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Christine Fréchette première ministre : une continuité caquiste sous vernis de renouveau
Christine Fréchette, la nouvelle première ministre du Québec, prétend incarner le changement. Cette prétention mérite d'être critiquée sans détour. En effet, comment prétendre représenter une rupture avec les politiques du gouvernement Legault quand on affirme vouloir gouverner au centre droit, prioriser la croissance économique en favorisant les entreprises privées — y compris dans les services publics —, reprendre pour l'essentiel l'architecture idéologique du gouvernement Legault sur le nationalisme identitaire et l'immigration, et ignorer, dans son discours présentant son conseil des ministres, toute référence à la crise climatique et à l'environnement ?
Comme première ministre : des premières initiatives clairement ancrées à droite
Depuis son entrée en fonction, elle a notamment promis d'augmenter le soutien aux PME. Mais, elle a décrit sa visite à Mark Carney comme la manifestation de sa volonté d'établir des liens de partenariat avec le gouvernement fédéral. La relation qu'elle entend tisser avec ce dernier est révélatrice de sa philosophie politique : elle a indiqué avoir discuté principalement d'économie et affirmé avoir besoin que le fédéral investisse dans l'industrie de la défense au Québec. Comme ce secteur est sur le fait de grandes entreprises, cette orientation s'inscrit dans la continuité directe du gouvernement Legault, qui a massivement subventionné les grandes entreprises, lequel a fait pleuvoir l'argent public sur de grandes entreprises comme Northvolt et qui aspirait à relancer l'économie du Québec grâce à la promotion de les industries de guerre du gouvernement Carney.
Un conseil des ministres : rebrasser les cartes pour défendre la même orientation politique
Contrairement à ce qu'elle avait laissé entendre durant la course à la direction de la CAQ, il n'y a pas eu de régime minceur : le cabinet Fréchette compte 29 ministres, comme lors du dernier remaniement de Legault. Il demeure dans la zone de parité, mais tout juste.
Bernard Drainville, son rival dans la course, devient ministre de l'Économie et de l'Énergie — une concession nécessaire à l'aile la plus nationaliste du parti. Déjà, le nouveau ministre a indiqué que l'important, pour lui, est que le Québec obtienne sa juste part des investissements militaires envisagées par le gouvernement Carney.
Ian Lafrenière est nommé vice-premier ministre, cumulant ce poste avec celui de ministre de la Sécurité intérieure et des Relations avec les Premières Nations. Le fait que le vice-premier ministre soit aussi responsable de la sécurité intérieure constitue un signal politique fort : la priorité de ce gouvernement sera celle de la loi et de l'ordre, comme l'a déjà montré la série de lois et de projets de loi liberticides défendus par la CAQ ces derniers mois.
François Bonnardel, qui avait appuyé Fréchette durant la course, fait son retour comme ministre de l'Immigration et est nommé leader parlementaire — un choix qui témoigne d'une continuité assumée dans une politique d'immigration restrictive.
Simon Jolin-Barrette est écarté de cette responsabilité, mais conserve la Justice et les Affaires constitutionnelles. Jean Boulet devient quant à lui responsable des Relations canadiennes. France-Élaine Duranceau (Conseil du trésor), Sonia Lebel (Éducation) et Sonia Bélanger (Santé) restent en place, comme piliers de la continuité tandis que Geneviève Guilbault est écartée du cabinet et a annoncé qu'elle ne se représentera pas aux prochaines élections.
Le dossier de la santé mérite une mention particulière.L'entente de principe conclue avec les médecins spécialistes, annoncée la veille du dévoilement du cabinet, a permis à Christine Fréchette de réaliser un coup d'éclat médiatique en déclarant qu'elle respecte la capacité de payer des Québécois.
On verra ce qu'il en est. Mais il semble que les corps professionnels les mieux organisés — et les mieux rémunérés — du système public aient encore réussi à imposer leur volonté. Pendant ce temps, les travailleuses et travailleurs de la santé subissent intensification du travail, surcharge dans des milieux de travail de plus en plus détériorés.
En somme, comme le souligne Benoît Lacoursière, président de la FNEEQ–CSN : « … ce gouvernement en fin de vie ne parviendra pas à faire du neuf avec du vieux en continuant d'imposer des lois liberticides et antisociales, d'appliquer ses politiques d'austérité aux réseaux et de sous-financer des infrastructures vétustes. »
Le discours d'assermentation : une discours idéologique qui occulte une politique de classe
Le discours prononcé par Fréchette lors de la cérémonie d'assermentation est un modèle d'instrumentalisation sentimentale au service d'un projet conservateur. Elle s'est gargarisée de généralités sur la nécessité de bâtir l'avenir et d'avancer ensemble, et s'est félicitée de l'équipe solide qu'elle venait de former.
Elle a égrainé des propositions concrètes (facilitation de l'accès à la propriété, baisse des prix à la consommation, services de garde à prix réduits…) et d'autres plus ambitieuses, qui ont peu de chances d'être réalisées dans les quelques mois dont elle dispose (production de logements abordables, rénovation des écoles, augmentation de la production d'énergie). Mais elle n'a pas dit un mot sur l'environnement. La lutte aux changements climatiques est écartée par la bourgeoisie, elle n'est donc même pas évoquée.
La clause dérogatoire ou le mépris des droits des minorités [1]
Aucun enjeu ne révèle plus clairement la nature profonde du projet politique de Christine Fréchette que son rapport à la clause dérogatoire. Cette disposition, en permettant d'interdire le port de signes religieux visibles à certaines catégories d'employé·es de l'État, ne touche pas tout le monde de la même façon. Une femme musulmane portant le hijab, un homme juif portant la kippa ou une personne sikhe portant un turban se voient concrètement exclu·es de pans entiers de la fonction publique, tandis que la majorité chrétienne, athée ou agnostique n'a rien à sacrifier.
Il ne s'agit pas d'une égalité de traitement, mais d'une discrimination par effet préjudiciable, reconnue et interdite par le droit québécois et canadien des droits de la personne. Prétendre le contraire, c'est régresser vers une vision purement formelle de l'égalité que les luttes du siècle dernier avaient précisément dépassée.
L'argument avancé par la CAQ — selon lequel il reviendrait à l'Assemblée nationale, et non aux tribunaux, de définir le modèle québécois de gestion de la diversité — est non seulement fallacieux, mais structurellement dangereux. Permettre à l'État d'être juge et partie dans l'évaluation de ses propres atteintes aux droits des minorités, c'est vider de son sens l'existence même des chartes et ériger en principe la tyrannie de la majorité.
L'environnement et la santé des travailleurs et travailleuses : le grand absent qui accuse — le dossier de la Fonderie Horne qui condamne
L'absence totale de référence à la lutte environnementale dans le discours d'assermentation n'est pas un oubli : c'est un choix politique. Et ce choix a déjà un visage concret : Rouyn-Noranda, la Fonderie Horne, Glencore.
La nomination de Pascale Déry à l'Environnement s'inscrit dans une orientation préoccupante : cette ministre a déjà indiqué vouloir s'inspirer de la ligne de Bernard Landry à ce ministère, marquée par un allègement des contraintes environnementales pour les entreprises.
Le dossier de la Fonderie Horne, hérité de Legault et assumé sans hésitation par Chrtistine Fréchette, en est l'illustration la plus accablante. À peine au pouvoir, elle a confirmé que le projet de loi accordant à Glencore des délais supplémentaires pour atteindre ses cibles d'émissions d'arsenic serait adopté — malgré l'alerte lancée par 118 médecins de l'Abitibi-Témiscamingue sur les effets sanitaires documentés : bébés de faible poids, maladies respiratoires, cancers du poumon, espérance de vie réduite dans les quartiers ouvriers voisins.
Dans un contexte de dérèglement climatique accéléré, de crise de la biodiversité, ce silence et ces choix constituent une double trahison : envers les générations futures et envers les communautés ouvrières que ce discours prétend défendre. L'ouverture aux gaz de schiste signale en outre une volonté d'hypothéquer davantage le territoire et la santé publique pour des gains économiques à court terme.
Québec solidaire : la seule critique de gauche dans le champ politique partisan
Le PLQ, le PCQ et le PQ ont tous dénoncé le gouvernement de Christine Fréchette comme dépourvu de réelle légitimité et inscrit dans la continuité du gouvernement Legault.
Le chef du PLQ a revendiqué la paternité de plusieurs idées reprises par Fréchette — télémédecine, soutien aux PME, recours au privé — suggérant un programme largement inspiré du Parti libéral du Québec.
Paul St-Pierre Plamondon a, pour sa part, souligné les similitudes entre la CAQ et le PLQ, les accusant de proposer des politiques insuffisantes pour la pérennité linguistique et culturelle, tout en critiquant le bilan de Christine Fréchette qui aurait mené une politique trop ouverte à l'immigration.
Le Parti conservateur du Québec d'Éric Duhaime a attaqué par la droite, estimant que les orientations caquistes rejoignent ses propres propositions : plus de privé en santé, réduction de l'État et baisse des impôts.
Seul Québec solidaire a articulé une critique ancrée à gauche, féministe et écologique. Sur les féminicides, Ruba Ghazal a rappelé que « les symboles ne sauvent pas des vies » et exigé des mesures concrètes. Sur l'environnement, le parti a dénoncé l'ouverture aux gaz de schiste. Sur le coût de la vie, il a accusé la CAQ d'inaction prolongée et d'opportunisme politique.
Conclusion : un gouvernement de gestion de crise du capitalisme québécois
Le gouvernement Christine Fréchette ne marque pas un tournant, mais une adaptation. Face aux crises multiples — économique, sociale, écologique —, il cherche à stabiliser le système en renforçant le rôle de l'État comme gestionnaire des intérêts du capital. Derrière le discours de renouveau, c'est une offensive de classe qui se poursuit : austérité, privatisation, répression et abandon des enjeux écologiques.
Le véritable clivage n'est pas entre les partis néolibéraux, mais entre les intérêts du capital et ceux de la majorité sociale. Et sur ce terrain, la continuité est totale.
[1] Voir, Louis-Philippe Lampron, La démocratie ne se défendra pas toute seule, Écosociété, 2026, particulièrement le chapitre 5, Protéger la digue des droits et libertés de la personne : l'insoutenable légèreté du mécanisme de dérogation aux droits.
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9ème CONFÉRENCE Antiracisme, féminisme et droits civils dans la lutte contre le fascisme
Nous publions un extrait de la vidéo et le texte intégral de la conférence de Mireille Fanon Mendes, fille de Frantz Fanon et présidente de la Fondation Frantz Fanon.
Cette conférence a eu lieu lors de la 9e conférence intitulée "Antiracisme, féminisme et droits civils dans la lutte contre le fascisme", dans le cadre de la 1re Conférence internationale antifasciste et pour la souveraineté des peuples, tenue à Porto Alegre du 26 au 29 mars 2026.
Elle y dresse un panorama d'une accélération de la marche vers un monde incertain, en analysant une série de crises internationales : la politique migratoire de l'administration Trump, la situation en Haïti placée sous tutelle d'une firme transnationale, le blocus de Cuba, et la poursuite du génocide en Palestine.
1ère Conférence INTERNATIONALE ANTIFASCISTE POUR LA SOUVERAINETÉ DES PEUPLES
10 avril 2026 | tiré du site de la Fondation Frantz Fanon , Vie de la fondation Frantz Fanon
https://fondation-frantzfanon.com/1ere-conference-internationale-antifasciste-pour-la-souverainete-des-peuples/
Que dit la succession d'évènements graves qui ne cessent de fracasser l'équilibre des relations internationales et surtout de déstructurer l'ensemble des normes impératives du droit international depuis ces derniers mois ? A commencer par le kidnapping illégal du Président Maduro et l'enlèvement de la députée, Cilia Flores, la mise en place par le gouvernement Trump d'une politique d'Etat contre les migrants relevant d'une déclaration de guerre contre les damnés, la décision des Etats Unis de gérer, après l'échec de la force militaire kenyane, la crise sécuritaire en Haïti d'une part, en envoyant trois navires USS Stockdale (DDG 106), USCGC Stone (WMSL 758) et USCGC Diligence (WMEC 616) (https://lelouverture.com/haiti-des-navires-americains-arrivent-a-port-au-prince-pour-renforcer-la-securite-et-la-stabilite/) face à Port-au-Prince et d'autre part, après la désignation du Premier Ministre, en attribuant le règlement de cette crise à la firme transnationale Evergreen Trading System Limited (https://evergreentradingsystems.com/), ce qui met l'Etat haïtien sous tutelle et dans l'obligation de payer la somme de 542 millions de dollars dans dix ans, peu importe que la crise socio-économique et politique que traverse Haïti soit le résultat de politiques imposées de l'extérieur, entre autres par la dette illégale imposée par l'ancien colonisateur français ; Cuba quant à elle est déclarée « menace inhabituelle extraordinaire et directe pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis », (https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/01/addressing-threats-to-the-united-states-by-the-government-of-cuba/) et de fait se trouve sous blocus total et tout pays qui, par solidarité, lui viendrait en aide sera soumis à la vindicte du locataire de la Maison Blanche, un conseil de la paix prétend prendre la main sur l'ONU avec un prix d'entrée de 1 milliard, ce même locataire fanfaronne sur la reprise “officielle” de la Doctrine Monroe contre les pays de l'Amérique du sud ; il mène de facto une guerre déclarée contre le droit à l'autodétermination et à la souveraineté politique (article 1-1, Charte des Nations Unies), en un mot contre la non-agression et les relations internationales amicales (article 1-2 et 1-3, Charte des Nations Unies), contre son propre peuple et contre les peuples. Et pendant ce temps-là la Palestine reste sous les bombes, victime d'un génocide et d'un ethnocide sans fin avec son territoire toujours plus englouti par les colonies illégales. Il ne faut pas oublier l'agression que subit depuis un mois la République islamique d'Iran qui n'a jamais eu le doigt sur le bouton des missiles nucléaires pas plus qu'elle n'a, en premier, agressé les Etats-Unis ou l'Etat d'Israël.
Cette accélération vers un monde incertain et particulièrement depuis le 7 octobre 2023 trouve sa justification dans les éléments de langage proférés par Marco Rubio à Munich « (…) Nous sommes liés les uns aux autres par les liens les plus profonds qui puissent unir des nations, forgés par des siècles d'histoire commune, de foi chrétienne, de culture, de patrimoine, de langue, d'ascendance et par les sacrifices consentis par nos ancêtres pour la civilisation commune dont nous sommes les héritiers » (ww.state.gov/releases/office-of-the-spokesperson/2026/02/secretary-of-state-marco-rubio-at-the-munich-security-conference).
Éléments repris par les défenseurs de la tech biberonnés à l'idéologie portée par l'apartheid en l'Afrique du sud, entre autres purification de la race, homogénéisation et hiérarchisation.
Quels désastres humains à venir avec un racisme institutionnel n'avançant plus à visage masqué mais la tête haute et plus que jamais nécessaire à un projet autoritaire exigeant le profit pour une élite et l'imposition de la colonialité du pouvoir sur les Non Êtres portée à de bien plus hauts niveaux qu'elle n'est actuellement. Il va falloir passer d'une démocratie -même s'il y aurait beaucoup à dire sur ce modèle hanté par le profit, la corruption et le pouvoir- où les mouvements sociaux pouvaient donner sens et corps à des revendications portant sur les Droits Economiques Sociaux et Culturels à un corps social hyper hiérarchisé défendant les valeurs portées par la white supremacy ; la question des réparations politiques et collectives sera encore plus inopportune ; elles pourront éventuellement, bénéficier de quelque visibilité pour peu qu'elles se limitent à des aspects mémoriels et psychologisants.
Tout cela au nom de la loi et de l'ordre pour aller vers un futur où seules les élites pourront respirer. Pour les tenants du technofascisme, c'est à ce prix que l'humanité, enfin une partie, pourra atteindre le futur, le transhumanisme où l'homme sera alors libéré de ses chaînes et cela seulement pour les élus. Pour les autres n'est-ce-pas à la fois le retour à la doctrine de la plantation qui les attend et celle de la guerre sans fin contre les peuples résistants ? La doctrine des découvertes, elle, sera remplacée par celle de l'accaparement des terres rares et des ressources naturelles au nom du futur de la white supremacy autoritaire et violente défendu par le droit des plus riches et des plus forts. Que deviendront les corps noirs et les autres racisés dans un tel projet ?
Si les corps noirs portaient atteinte à la domination eurocentrée blanche et étaient dépourvus de tous droits, et depuis les abolitions juste tolérés, actuellement les corps des damnés racisés, pour peu qu'ils démontrent une volonté d'entraver la mission des entreprises transnationales, seront vécus comme portant atteinte aux droits et aux libertés fondamentales des entreprises de la tech et des transnationales, qui, par le pouvoir de l'idéologie fasciste, se trouvent soudainement dotées d'humanité pendant que certains corps, et particulièrement ceux des racisés et des damnés, redeviennent des marchandises et perdent tous droits. On est loin du fascisme ayant émergé dans les années 30.
Ce qui est sûr c'est que de la mise en esclavage au technofascisme la question noire va encore être la variable d'ajustement structurel de ce nouveau futur à nos portes. Dès lors il serait essentiel que les mouvements sociaux n'oublient pas que combattre le capitalisme oblige à combattre le racisme institutionnel. Il n'y a pas de racisme sans capitalisme comme il n'y a pas de capitalisme sans racisme. Cette alliance consubstantielle entre racisme et capitalisme est trop souvent oubliée dans nos mouvements ce qui a laissé les corps noirs absents et invisibles. Au Brésil où 54% de la population est afrodescendante et indigène, il aura fallu attendre des années pour que leurs voix commencent à être entendues et acceptées. Et dans nos propres mouvements, même s'il y a des changements, la partie n'est pas gagnée ; à l'ouverture de cette première conférence sur le fascisme tous les panelistes étaient blancs. Et c'est bien trop souvent encore le cas. Résister, inventer, lutter, se déclarer solidaires sont des formes de combat qui doivent rompre avec le modèle colonial intériorisé qui a maintenu trop longtemps les racisés de côté.
Si cette idéologie précise que les transformations à venir ne visent qu'à améliorer le futur, il faut s'interroger sur cette vision du futur qui serait si désirable qu'il faudrait l'adopter au plus vite au risque de perdre le droit d'accéder à un futur où ne survivront à la lumière que ceux qui SONT ; pour tous les autres, réduits à ce qu'ils FONT, il leur sera assigné l'ombre et l'obscurité, est-ce le retour à la cale des bateaux ayant transporté nos ancêtres ?
L'appréhension décoloniale de ce que signifie Non-Être n'aura jamais été aussi pertinente. Et c'est ce qui se préfigure avec le génocide et l'ethnocide du peuple palestinien visant à l'émergence d'un nouveau Moyen Orient à coup d'un Conseil de la paix violant toutes les normes de régulation des relations internationales et d'une reconstruction de Gaza style Mar-a-lago pour un Etat s'étant auto-proclamé start-up-nation.
Dans ce nouvel ordre mondial, la loi et l'ordre est renforcée par l'établissement d'une justice privée rendue par les tribunaux d'arbitrage internationaux permettant aux multinationales d'attaquer des Etats lorsque des politiques publiques vont à l'encontre de leurs intérêts. Cette justice a été pensée et mise en place afin de garantir, aux transnationales, l'exploitation des ressources naturelles des pays nouvellement décolonisés (https://youtu.be/9nMuK_U0uvA?is=91uR86ORul7nKzhf).
Le droit de blocage des transnationales prédatrices sur les politiques publiques des Etats n'a-t-elle pas favorisé la collusion entre certaines d'entre elles qui ont des budgets bien supérieurs à ceux de nombreux d'Etats avec celles de la tech en faveur d'une approche hégémonique impérialiste, raciste et fasciste ?
Toutes ces questions auxquelles nous faisons face obligent à mettre en place des processus de radicalité permettant de s'extirper de ce qui a bétonnisé la Modernité eurocentrée portant l'idéal de l'Homme libéral blanc. Comment penser la mutation d'une société illibérale, capitaliste s'assumant raciste et fasciste ? Est-ce possible d'organiser les résistances en politisant des objectifs communs dans des luttes visant à l'autonomie et à l'émancipation des communautés opprimées comme le préconisait Huey P. Newton lorsqu'il évoquait l'intercommunalisme pour mieux lutter contre l'impérialisme nord-américain ayant « transformé toutes les autres nations en communautés opprimées » (H.P Newton ; To die for the people, 1972) ?
Concrètement, aujourd'hui nous devrions décider de porter nos engagements, nos résistances, nos rébellions contre le technofascisme entre autres, en soutien à Haïti pour que nous soyons l'écho de la voix de son peuple exigeant d'une part, la fin de la main mise étrangère qui décide de ses présidents et détruit et son autodétermination et sa souveraineté et d'autre part, la restitution de la dette illégale imposée par la France ; nous devrions être aux côtés de la Palestine, dans une campagne mondiale pour exiger l'arrêt total et sans condition du génocide en Palestine avec l'application des résolutions de l'ONU et exiger que la CPI juge les génocidaires et les criminels de guerre ; nous devrions exiger que soit mis fin à une opération militaire coloniale et illégale en République islamiste d'Iran et en République libanaise, entre autres en luttant pour la libération de ces « communautés opprimées » par un système meurtrier impérialiste. Cela doit, parmi les damnés, devenir comme le précise Frantz Fanon « une attitude de l'esprit et un mode de vie, une lutte poursuivie avec amour, en faisant preuve d'une attitude positive, sans laisser de côté sa rage. L'amour et la rage étant l'expression du « Oui » et du « Non » première expression d'une attitude décoloniale. C'est un enjeu de taille, mais c'est à ce prix que pourra éventuellement se construire un rapport de forces visant à inverser les volontés d'un pouvoir encore plus hégémonique et encore plus mortifère.
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{« 20 000, 30 000, 40 000 par année »}
« Bientôt une crise sociale sans précédent à cause de l'immigration » ... « La moitié des problèmes c'est la faute aux immigrants. » Depuis une douzaine d'années, on nous bombarde de déclarations fracassantes, de positions absolues, d'étiquettes et de chiffres contradictoires sur l'immigration... Mais de qui et de quoi parle-t-on, au juste ?
Anne-Marie Saint-Cerny, scénariste et co-autrice, et Djibril Morissette-Phan, artiste et co-auteur, ont voulu comprendre. Leur BD La grande mécanique démonte un à un les rouages des migrations internationales et met à plat les tensions qui accompagnent le phénomène dans les pays du Nord. Cet essai graphique nous emmène sur les routes des passeurs, dans les camps de migrants et sur des frontières militarisées. Du Texas à Calais, en passant par les pays de transit, quelle est la réalité sur le terrain ? Comment départager les faits des fausses perceptions ? Comment traiter dignement les migrants, sans faire l'impasse sur les problèmes sociaux des pays d'accueil ? Comment en sommes-nous arrivés à poser un regard aussi inhumain sur les migrants ?
Une BD bien trempée qui conjugue recherches sur le terrain, témoignages, documentation officielle et bagage familial avec une esthétique digne des meilleurs comics pour nous aider à y voir plus clair. Ou nous empêcher de fermer les yeux.
Autrice, recherchiste et militante de terrain depuis plus de 30 ans, Anne-Marie Saint-Cerny a publié Mégantic, une tragédie annoncée (prix Pierre-Vadeboncoeur 2018) et, avec Christian Quesnel, Mégantic, un train dans la nuit (Grand Prix de la Ville de Québec 2022 et prix Éco-Fauve du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême 2022).
Artiste visuel basé à Rimouski, Djibril Morissette-Phan publie entre autres chez Marvel, Le Lombard et Les Humanoïdes associés. Né d'une mère vietnamienne arrivée au Québec pendant la crise des boat people, il signe avec sa sœur Yasmine le roman graphique Khiêm. Terres maternelles (2020), puis Havana connection (2024) avec Michel Viau, chez Glénat Québec.
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Burkina Faso : Crimes et haine ethnique
Le rapport d'HRW souligne les graves violations des droits humains et pointe la responsabilité des autorités dans la haine ethnique à l'encontre des Peuls.
Deux années d'enquête ont été nécessaires à l'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) pour établir son rapport sur le Burkina Faso. La période couverte s'étend de janvier 2023 à août 2025, et l'analyse porte sur 57 événements dans onze régions du pays, ayant occasionné la mort de plus de 1 800 civils.
Politique de la terre brûlée
Parmi ces décès, 1 255, dont 193 enfants, sont dus à l'action de l'armée ou de sa milice supplétive, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Les groupes djihadistes, principalement le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, sont responsables de la mort de 582 personnes, dont 15 enfants.
L'étude de HRW montre que ces nombres élevés de victimes ne sont pas la conséquence d'actes isolés ou de groupes de combattants en déshérence, mais relèvent d'une stratégie de terreur commune aux forces belligérantes.
Parmi les exemples, on peut citer, du côté de l'armée, une de ses opérations baptisée Tchéfari 2 (« Le miel des guerriers 2 »). « Les soldats et les VDP ont ciblé des communautés vivant sous le contrôle du GSIM, tuant des centaines de civils. ». Du côté des djihadistes : « Lorsqu'une communauté compte des VDP parmi ses membres, le GSIM considère l'ensemble de cette communauté comme alliée aux forces de sécurité gouvernementales, ce qui en fait une cible de représailles, d'attaques et d'intimidation. »
Haine ethnique et médias muselés
À cette politique de prise en otage des civils s'ajoute celle menée par les plus hautes autorités du pays, qui entretiennent une haine ethnique vis-à-vis de la communauté peule, accusée d'être en collusion avec les islamistes. Ce racisme anti-peul n'est pas nouveau, mais il prend désormais des proportions inquiétantes avec la popularisation du slogan « zéro Peul ». Le président Traoré, qui a pris le pouvoir par un coup d'État, joue de cette rhétorique en déclarant à l'attention des Peuls : « Nous lancerons toutes nos forces dans la bataille et il y aura beaucoup de morts. Et ce sera plus compliqué pour votre communauté. »
L'interdiction de toutes les ONG et les restrictions drastiques imposées aux médias par le gouvernement empêchent de connaître le nombre réel de victimes. Les deux millions de déplacés à l'intérieur du pays donnent une idée de la violence qu'endurent les populations. En bâillonnant la presse, les autorités tentent de minorer les effets de cette guerre qui ne dit pas son nom. Lorsque l'armée subit des revers, les « Wayiyans » - les partisans de la junte - tentent d'allumer des contre-feux en arguant qu'il s'agit de fausses informations propagées par les ennemis du Burkina.
Si cette limitation du droit à l'information cache difficilement la progression des djihadistes, qui contrôlent une grande partie du pays, elle reste un instrument efficace favorisant l'impunité de la hiérarchie militaire pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.
Paul Martial
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Un fil d’Ariane rouge
Le jeudi 16 avril dernier, au Centre St-Pierre, s'est tenue une rencontre publique organisée par le Parti de la rue (PDLR). Karine Cliche était l'animatrice de la rencontre pour le PDLR. Elle nous a parlé, dans son allocution d'introduction, de la nécessité d'unir les mouvements sociaux pour organiser la riposte contre les dérives de la droite. En mettant l'accent sur l'importance de créer des réseaux de résistance, elle invite à engager un réel processus de changement menant vers un rapport de force plus efficace. Grâce à cette table ronde, nous participons à un travail de réseautage essentiel en permettant l'exposé de l'état des luttes dans des secteurs cruciaux, comme la lutte contre les guerres et les massacres de civils, l'attaque contre les droits et libertés, la défense des droits des travailleurs et travailleuses et aussi la lutte pour l'environnement. Elle a également rappelé que, non seulement, il faut travailler à l'unité des mouvements, mais qu'il faut également assurer l'unité de la gauche sociale et de la gauche politique, particulièrement face à l'échéance électorale qui vient.
Pour l'occasion, nous avions quatre invités représentant chacun·e des champs d'action différents, mais tous orientés vers un objectif commun soit de combattre la montée du fascisme et ses conséquences graves pour notre société : Laurence Guénettte (Ligue des droits et libertés), Chantal Ide (Conseil Central du Montréal Métropolitain – CSN), Zahia El-Masri (Femmes pour la Palestine et Alternatives) et Francis Waddell (Front commun pour la transition écologique) ont partagé l'état de leurs mobilisations respectives et les perspectives à venir. La discussion était animée par Karine Cliche, membre de PDLR. Cela a donné à des échanges très riches, intéressants et complémentaires.
Plutôt que d'un résumé plus traditionnel, je me permets de choisir les idées les plus marquantes de chaque invité, celles qui résonnaient le plus, car elles ont été reprises par plus d'une personne, soit parmi les panélistes ou les participant·es dans la salle. Bien que venant de différents horizons de la militance, il est remarquable de voir à quel point plusieurs des propos étaient au diapason.
Zahia El-Masri a insisté plusieurs fois sur la notion de ligne rouge. Elle entendait par là que chaque individu doit tracer sa ligne, au-delà de laquelle il refuse de consentir. Devant l'ignoble carnage qui a eu lieu et qui se continue, bien qu'on le voie moins dans les actualités, il est impossible de rester indifférent. Il faut tracer notre ligne rouge. Autant les politiciens que les journalistes ont minimisé la portée du génocide, le premier à avoir lieu en direct dans les médias, il est impossible de dire que nous ignorons ce qui s'est passé. Et la population québécoise, dans sa très grande majorité, comprend et est capable de nommer ce qui arrive à Gaza (on a sondé pour savoir si les gens croyaient qu'un génocide était en cours en Palestine et plus de 70% des répondants ont répondu oui). Deux braves Québécois vont se joindre à une nouvelle flottille pour tenter, encore une fois, d'amener de l'aide aux Palestiniens, il est possible de les soutenir avec ce lien : Soutien à Cynthia et Olivier - Flottille humanitaire pour Gaza Cette lutte est loin d'être terminée et il faut continuer d'être solidaires et rester du bon côté de cette ligne rouge, rouge d'indignation, que nous avons tracée pour nous-mêmes.
Chantal Ide nous a parlé de la grève sociale et des efforts conjoints entre le Conseil central, groupe syndical radical, et les groupes communautaires qui ont fait une grève historique à la fin mars et qui continuent d'être en escalade de moyens. Nous devrions nous inspirer de leur mobilisation. Chantal Ide a mentionné que les gens ont peur, car beaucoup se sentent arrivés au dernier recours avec la crise du logement, celle du prix des aliments et aussi, maintenant, celle de l'essence. Elle mentionne que les syndiqué·es, même ceux qui seraient timides et n'osent pas faire de sortie pour l'instant, connaissent tous leur oppresseur. Ils ne sont pas dupes ni des politiciens ni des journalistes abreuvés par les attachés de presse. Un membre de l'audience a mentionné les manifestations contre le PEQ, soulignant que les personnes immigrantes proches d'être expulsées sont bien les dernières personnes qui ont le temps et les moyens de se mobiliser pour manifester. Pourtant, elles l'ont fait, comme les gens du communautaire, comme, nous l'espérons, les syndicats des professeurs et professeures de cégep et les groupes étudiants. À leur manière, tous ces groupes sont en train de tracer leur ligne rouge.
Laurence Guénette nous a entretenus de la clause dérogatoire, qui a été utilisée par le gouvernement caquiste plus de fois depuis 2018 que pendant toute son existence. Cette clause est l'outil que le pouvoir exécutif peut utiliser pour restreindre les droits démocratiques des citoyens et des citoyennes. C'est aussi fait pour empêcher les contestations juridiques, ce qui fait sauter deux verrous des contre-pouvoirs contre l'autoritarisme : le pouvoir démocratique des citoyens et le pouvoir judiciaire qui peut, d'ordinaire, encadrer les débordements du législateur. Laurence Guénette a remarqué, fort judicieusement, que nous sommes rendus à l'étape de réviser nos méthodes de contestation. Malheureusement, les manifestations et les pétitions semblent de plus en plus ignorées par les gouvernements en place. Cela rejoint l'observation de Zahia El-Masri à propos de la surdité des gouvernants, alors que les trois quarts de la population ne sont pas d'accord.
Finalement, Francis Waddell nous a parlé des luttes écologiques. Il a souligné la victoire contre Norvolt. Il s'agit d'un K.-O. technique (la compagnie a fait faillite), un peu comme la victoire des gaz de schiste, il y a quelques années (le prix du gaz s'était effondré, ce n'était plus intéressant, car trop cher, de creuser au Québec). Évidemment, je mentionne cela non pas pour dénigrer le travail colossal des écologistes, dont je suis, mais pour mettre en évidence que la logique marchande est fragile et capricieuse. C'est la raison pour laquelle nous devrions nous tourner vers la décroissance, une manière d'être moins dépendants de l'extractivisme. Francis Waddell nous a invités à la manifestation pour le Jour de la terre. Au sujet de changer nos pratiques, il nous a dit que les groupes écologistes essaient d'impliquer les gens en faisant le party. Ce n'était pas une beuverie à laquelle il nous conviait, mais à des activités à caractère plus festif pour contrer le sentiment d'impuissance et de paralysie qui s'empare de nous parfois lorsque l'on pense aux terribles défis auxquels nous sommes confrontés : la crise climatique, la montée des autoritarismes, des guerres sans merci pour écraser des populations civiles. Les activités du jour de la terre s'inscrivent dans cette logique : choisir de montrer les aspects positifs de la lutte écologique.
Après les présentations, une discussion entre les participant·es présents dans la salle, de même que ceux qui étaient en ligne (il s'agissait d'une rencontre en mode hybride) a eu lieu. Cela fut informatif et enrichissant. Il faudrait répéter l'expérience aussi souvent que possible. En définitive, cette soirée m'a semblé un fil d'Ariane : tracer sa ligne rouge, cesser d'avoir peur et se montrer solidaire dans l'adversité, changer ses pratiques militantes pour s'ouvrir à l'espoir.
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Ce qu’il reste du Sommet des Amériques
Il y a vingt-cinq ans, Québec accueillait un événement d'envergure internationale : le Sommet des Amériques. La mobilisation qui s'y est opposée s'inscrivait dans le prolongement des manifestations de Seattle, qui avaient fait dérailler les négociations de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce. Elle faisait aussi suite à la Marche mondiale des femmes de l'an 2000, dont les féministes québécoises ont été les grandes instigatrices. Que faut-il en retenir un quart de siècle plus tard ?
Une prise de conscience massive
Les mobilisations entourant le Sommet des Amériques ne se résument pas à une fin de semaine d'actions. Elles ont duré plus d'un an et ont impliqué la distribution de dizaines de milliers de journaux, l'organisation de centaines de conférences et la création de nombreuses coalitions au Québec et ailleurs en Amérique, mobilisant des dizaines de milliers de personnes.
Le Québec prenait alors conscience des enjeux liés à la mondialisation et aux accords de libre-échange, notamment la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). À l'instar de l'ALENA, cet accord prévoyait des tribunaux permettant aux « investisseurs » de poursuivre les États dont les réglementations sociales et environnementales menaçaient leurs profits. Il comportait également des protections accrues pour les brevets, en particulier dans le secteur pharmaceutique, une des causes majeures de la hausse actuelle des coûts de santé. Par ailleurs, les négociations de la ZLÉA remettaient en cause des pans entiers de souveraineté nationale, de façon profondément antidémocratique : même les élus n'avaient pas accès aux textes en négociation. On mesurait aussi les effets concrets de l'ALENA, qui favorisait la désindustrialisation du Nord, avec la perte de bons emplois ici, délocalisés au Mexique dans des conditions précaires. La politisation de l'opinion publique sur ces enjeux s'est clairement reflétée dans les sondages effectués après le Sommet.
Une mobilisation massive
Plusieurs types de coalitions s'organisèrent en vue du Sommet, en recourant à des tactiques différentes. La question des moyens d'action fut d'ailleurs le principal angle retenu par les médias, plus préoccupés par le nombre de matraques et de masques à gaz déployés que par les enjeux du libre-échange et les alternatives possibles.
Durant le Sommet, deux mille représentants des mouvements sociaux de toutes les Amériques se réunirent au Sommet des peuples des Amériques. Leurs discussions aboutirent à l'adoption d'une déclaration qualifiant la ZLÉA de projet « néolibéral, raciste, sexiste et destructeur de l'environnement ». Sous la coordination du Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC), cet événement se combina à la célèbre Marche des peuples. Avec ses 60 000 participants, elle représenta sans doute la plus grande manifestation de l'histoire de la ville, et ce, malgré une campagne de peur relayée par les médias.
Le Sommet des Amériques, c'était aussi 10 000 militantes et militants du nord-est de l'Amérique hébergés dans des gymnases, des salles communautaires et des appartements de Québec. Cette convergence fut le fruit d'un moment rare de collaboration intensive entre les mouvements sociaux du Québec, du Canada et du nord-est des États-Unis. Pour un temps, Québec devint le centre militant de l'Amérique du Nord.
Le Sommet, c'était aussi sa manifestation d'ouverture, où 15 000 militantes et militants, répartis en deux groupes, marchèrent jusqu'au « mur de la honte » qui encerclait le centre-ville depuis plusieurs jours déjà. L'une des manifestations fit tomber ce mur, un symbole fort de cette époque. À partir de ce moment et pendant les trois jours suivants, les quartiers du centre-ville furent arrosés de gaz lacrymogènes, lancés notamment depuis des hélicoptères.
Sur le plan politique, de l'ADQ au PQ en passant par le PLQ, l'Assemblée nationale affichait une unanimité néolibérale favorable à la ZLÉA. Bernard Landry était alors premier ministre d'un gouvernement qui, avec ses ministres François Legault et Pauline Marois, procéda à des compressions dans les services publics d'une ampleur inégalée depuis (déficit zéro). M. Landry avait d'ailleurs déjà soutenu le libre-échange avec les États-Unis en appuyant les conservateurs de Mulroney dans les années 1980. En prévision du Sommet, la position du PQ se limitait à réclamer une chaise supplémentaire autour de la table, sans jamais offrir d'analyse sérieuse des dangers que ces accords faisaient peser sur notre souveraineté. En revanche, l'opposition à la ZLÉA vit émerger une première convergence de la gauche politique québécoise avec l'Union des forces progressistes — ancêtre de Québec solidaire —, qui obtint 24 % des voix aux élections partielles de Mercier, un mois avant le Sommet.
Une victoire : la ZLÉA est tombée, mais la lutte continue
La mobilisation contre le Sommet des Amériques a porté ses fruits. Elle aura constitué l'une des principales étapes menant au rejet de la ZLÉA en 2005, sous l'effet conjugué des mouvements sociaux et des gouvernements de gauche d'Amérique latine. Plusieurs d'entre eux ont d'ailleurs souligné le rôle joué par l'opposition au Sommet de Québec dans leur cheminement sur cette question.
La montée des luttes altermondialistes (pour une autre mondialisation) contre les grands sommets des dirigeants de la planète fut brutalement freinée par les attentats du 11 septembre. C'est paradoxalement le rejet de l'invasion de l'Irak, justifiée par la prétendue possession d'armes de destruction massive, qui remobilisera massivement la planète et le Québec. Des centaines de milliers de Québécoises et Québécois forcèrent alors le Canada à ne pas participer à cette guerre. Rappelons que cette invasion fut à l'origine du chaos qui mena à la création de « l'État islamique ».
La vision altermondialiste et Trump
Le mouvement altermondialiste a engrangé des victoires : la chute de la ZLÉA, l'échec des négociations de l'OMC, et avant eux, le rejet de l'AMI, l'Accord multilatéral sur l'investissement. Mais il n'est pas parvenu à démanteler les accords déjà en vigueur, comme l'ALENA. L'OMC, de son côté, s'est élargie, notamment à la Chine. Ces accords de libre-échange ont engendré une désindustrialisation des pays occidentaux et créé des « zones de rouille » où la classe ouvrière a été reléguée au chômage. Ce désastre libéral a alimenté une forte polarisation politique en Occident.
Pour le mouvement altermondialiste et les forces de gauche incarnées par Bernie Sanders aux États-Unis, la solution passe par des échanges internationaux équitables, l'abolition des paradis fiscaux et la réglementation des transactions financières. Ces politiques de redistribution de la richesse devaient s'accompagner d'un élargissement des services publics, d'une réglementation sociale et environnementale renforcée, et d'une amélioration des salaires. Malheureusement, le Parti démocrate n'a pas emprunté cette voie, laissant Donald Trump répondre seul aux effets dévastateurs du libre-échange sur la classe ouvrière. La suite est connue. Le président use des tarifs, sinon des menaces, pour imposer des échanges favorables aux États-Unis, déstabilisant au passage l'ordre international. Sur le plan intérieur, la chasse aux immigrant·e·s et des politiques antisociales favorables aux milliardaires complètent ce tableau.
Pour un retour de l'altermondialisme
Les politiques du gouvernement Trump imposent un renouvellement du mouvement altermondialiste. Ses agressions et celles de ses alliés ravivent la solidarité internationale, notamment avec la Palestine. Par ailleurs, la hausse du prix du pétrole et la faible réglementation de la finance internationale font planer le risque d'une crise économique. Il est temps, pour le mouvement altermondialiste et ses alliés, de remettre de l'avant leurs propositions afin d'éviter le désastre et de démontrer qu'un autre monde est possible.
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Premières impressions concernant la conférence antifasciste de Porto Alegre
Introduction
La planète et l'humanité sont en danger. La crise climatique, l'appauvrissement de la population et les guerres imposées tant par l'impérialisme américain, Israel et la Russie, nous imposent en priorité la construction d'un réseau de solidarité internationale qui ne laisse personne derrière. La conférence antifasciste de Porto Alegre était donc d'une importance primordiale pour la gauche.
Elle a été organisée à l'initiative du MES-PSOL en alliance avec le Parti des travailleurs (PT) et le Parti communiste (PCdoB) de Porto Alegre, alliance qui s'est étendue aux mouvements sociaux (tels que le Mouvement des sans-terre - MST) et divers syndicats nationaux de travailleurs, tels que les syndicats des travailleurs de l'éducation, des métroviarios et d'autres catégories plus organisées au Brésil. Le comité organisateur de la Conférence antifasciste a décidé que l'invitation serait ouverte à toutes les organisations et groupes qui se revendiquent antifascistes dans un large spectre, et que toutes les positions présentes dans ce domaine auraient la possibilité d'intervenir et de débattre, ainsi que d'organiser des ateliers et d'autres activités, garantissant ainsi la participation et le respect mutuel entre tous les camarades présents à Porto Alegre.(1)
J'ai participé à cette conférence, au début avec une certaine appréhension, en considérant ces débats complexes. Dans quelle mesure est-il possible de construire un mouvement de riposte unitaire alors que la majorité des personnes qui organisaient cette conférence se situaient dans le courant qu'on appelle le campisme, c'est-à-dire le combat anti fasciste contre les ÉU et l'OTAN. Cette perspective mettait de côté la solidarité avec le peuple Ukrainien et la solidarité avec les dissidents russes emprisonnés ou exilés. Sans parler de la Chine qui, dans ce contexte, ne fait pas partie du décor.
Le défi consistait pour le courant de gauche internationaliste auquel j'adhérais à élargir le débat politique et surtout à ne pas faire l'erreur qu'on reprochait à d'autres, de se camper dans nos positions. Cela a eu beaucoup de succès, grâce en bonne partie au travail du camarade Éric Toussaint. Cela permettait aussi de consolider et développer nos liens avec des camarades. Il faut aussi comprendre la source du campisme surtout pour la population d'Amérique du sud, aux prises avec l'impérialisme américain.
J'étais la seule personne du Québec à participer à cette conférence. Amir Khadir avait exprimé le désir d'y participer mais son agenda le limitait à une participation minimale. Lui et moi avons convenu de faire une rencontre virtuelle avec quelques camarades impliqués dont Éric Toussaint à mon retour.
Alors que les forces progressistes des États-Unis, Democratic Socialist of America (DSA) et son caucus de gauche Bread and Roses, La France Insoumise, ainsi que la CUP de Catalogne, formations politiques avec lesquels QS a eu des liens était présent, ce dernier était absent de la conférence. C'est une erreur importante qui ne doit pas se répéter. À l'heure de la montée des groupes et des Partis d'extrême droite, Québec solidaire ne peut se cantonner dans une perspective qui se limite au Québec. Nous sommes au cœur d'une lutte entre les grandes puissances pour le contrôle de la planète. Si les combats doivent rejoindre les problématiques liées au capitalisme dominant au Québec, ils ne peuvent trouver de solution sans une lutte qui se situe dans perspective de lutte internationale.
Sous l'influence des secteurs « campistes » de la conférence, il n'y a eu aucune condamnation de l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine, ni de position claire sur la nature du régime dictatorial en Russie. Il s'agit là d'un problème grave et d'un obstacle potentiel à l'action commune avec les antifascistes de Russie et d'Ukraine. La Russie est sans aucun doute l'un des régimes qui se rapproche le plus du fascisme, tandis que le peuple ukrainien – et aussi le peuple russe ! – souffrent sous ce régime, confronté à la misère et à des centaines de milliers de morts. (2)
Par contre il y a eu des ateliers autogérés dont un portant sur la situation en Ukraine et un autre dont j'ai été la personne responsable, concernant les dissidents russes. : Le combat de Boris Kagarlitsky pour la liberté des prisonniers politiques russes. Y participaient comme panélistes, Kseniia Kagarlitskaya la fille de Boris et Mikhail Lobanov militant russe qui a dû s'exiler.
Cet atelier, ainsi que celui organisé par les camarades ukrainiens, a permis de donner un point de vue qui dépassait la vision politique liée uniquement à l'impérialisme américain et permettait une ouverture sur la problématique globale du partage du monde entre l'impérialisme américain, la Russie et la Chine.
Grâce au travail de plusieurs camarades dont principalement Éric Toussaint, la déclaration finale a été modifiée afin de lui donner une forme plus inclusive. La déclaration finale de la conférence résume les larges convergences qui ont rendu son organisation possible : un rappel des grandes mobilisations contre Milei, contre l'extrême droite en Grande-Bretagne, des mobilisations No Kings ! aux États-Unis, et la solidarité avec Cuba. Elle énonce également une série de revendications sociales, environnementales, antiracistes, féministes et LGBTIQ+, et bien sûr contre l'impérialisme. Elle affirme clairement : « Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires. » En particulier, la déclaration s'oppose au génocide en Palestine, aux attaques contre le Liban et l'Iran, ainsi qu'à l'invasion du Venezuela et aux menaces contre Cuba. Ce large consensus a rassemblé des organisations extrêmement diverses, ce qui a contribué au succès de la conférence (3)
J'ai également été invité par nos camarades de la CUP en Catalogne dont Carles Riera, à participer à leur atelier et faire une présentation concernant la montée de la droite et l'extrême droite au Québec. Par la suite, nous avons eu des discussions concernant la proximité politique que nous avions établi entre la CUP et Québec solidaire au moment du référendum Catalan. Manon Massé et moi-même y étions allés au nom de QS afin d'exprimer notre solidarité.
Selon les camarades catalans, le contexte politique de la montée de l'extrême droite dans l'État Espagnol oblige un débat plus profond concernant l'utilité de l'indépendance et la sortie de l'Espagne. Paradoxalement la lutte devient plus internationaliste et oblige d'affermir la place des réseaux internationaux. Il y a également un phénomène de la droite nationaliste dans les endroits qui réclament l'indépendance comme on le voit autant au Québec qu'en Catalogne.
Quelle stratégie par rapport à l'État espagnol, en ce qui concerne la Galicie. Unité ou Gauche Catalane. Il y a aussi une nouvelle légitimation de l'État espagnol. C'est une problématique qui ressemble à la question de l'indépendance du Québec dans un contexte de la montée de l'extrême droite aux EU. Le premier réflexe est « sauvons le Canada ».
La réponse de Ana Miranda, députée européenne présente à cet atelier touche au but. « Pourquoi être indépendantiste si ce n'est pas pour mener une lutte sociale ? À travers la syndicalisation, contrer la droite. L'autodétermination populaire et syndicale, la classe ouvrière mobilisée vers la grève générale, la Solidarité avec les Basques, conduit vers une lutte internationaliste pour les droits sociaux ! »
Notes
(1) À propos de la Conférence antifasciste de Porto Alegre, Note du MES (Brésil)
(2) La Conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre : grandes avancées, défis et opportunités https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78490
(3) Idem

1er mai Journée internationale des travailleuses et des travailleurs : Droits piétinés, faut résister !
Au cours des dernières années, les droits économiques et sociaux de toute la population ont été piétinés.
Les travailleuses et les travailleurs sont frappés de plein fouet : nous subissons les attaques antisyndicales du gouvernement qui place les intérêts des patrons en avant-plan, tout en assistant, comme toutes les citoyennes et tous les citoyens, à l'effritement du filet social.
Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons résister pour exiger un modèle de société juste et solidaire, où les droits de la population sont protégés.
Rassemblons-nous ce samedi 2 mai pour résister ensemble !
Matériel promotionnel
Visuel (rassemblement national)
Visuel (rassemblement Montréal)
Visuel (rassemblement Montréal+logos)
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Entre succès inédit et obstacles majeurs
La conférence antifasciste et anti-impérialiste tenue à Porto Alegre du 26 au 29 mars 2026 a constitué un moment fort de recomposition internationaliste dans un contexte mondial marqué par la montée de l'extrême droite et la multiplication des guerres. Réunissant des milliers de participant·es venu·es de plus de quarante pays sans soutien institutionnel, elle témoigne d'une volonté réelle de convergence des forces de gauche malgré des divisions profondes.
Dans cet entretien, Éric Toussaint revient sur les conditions de son émergence, les nombreux obstacles politiques et organisationnels qui ont dû être surmontés, ainsi que sur les enseignements à tirer pour les luttes à venir.
Quand a surgi le projet de conférence ?
Suite à la tentative de coup des bolsonaristes du 8 janvier 2023 à Brasilia, est née l'idée de convoquer à partir du Brésil une conférence internationale antifasciste.
Rappelons qu'après avoir perdu les élections présidentielles en octobre 2022, les partisans du président néofasciste Jair Bolsonaro ont pris d'assaut le parlement brésilien et d'autres institutions centrales dans la capitale Brasilia le 8 janvier 2023, en prenant pour modèle l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021 par les partisans de Trump. Par la suite, la justice brésilienne a condamné à 27 ans de prison Jair Bolsonaro pour avoir dirigé une organisation criminelle armée, avoir prévu d'assassiner le président nouvellement élu Lula et avoir tenté d'abolir par la violence l'État de droit démocratique[1].
En 2023 également, le choc créé par la victoire du néofasciste Javier Milei en Argentine et l'offensive qu'il a commencé à lancer contre le mouvement populaire à partir du 10 décembre de la même année a représenté une stimulation supplémentaire pour prendre une initiative. On s'est dit : « N'attendons pas plus longtemps, lançons un processus aboutissant à une initiative de grande ampleur ». Le danger est mondial : du Cône Sud de l'Amérique latine à l'Inde en passant par les États-Unis, Israël, l'Italie, la France, la Hongrie, la Biélorussie, la Russie, la Turquie, l'Égypte, les Philippines,… pour ne citer qu'une série limitée d'exemples.
Pour aller plus loin| Déclaration de Porto Alegre : unité contre le fascisme et pour la souveraineté des peuples
Pourquoi avoir convoqué la conférence depuis le Brésil ?
La conférence aurait pu être convoquée à partir d'un autre pays mais le Brésil offrait des conditions particulières et pour ainsi dire uniques :
1. Les plus importantes forces politiques et sociales de gauche, en appelant à voter pour Lula du PT en 2022, avaient réussi à battre dans les urnes Jair Bolsonaro alors qu'il disposait d'une base électorale importante, d'un soutien de Washington et d'une partie significative du grand capital. Si les partis de gauche, en surmontant leurs divergences sur des points importants[2], ne s'étaient pas mis d'accord sur le nom d'un candidat commun en la personne de Lula, Bolsonaro aurait pu gagner les élections. L'unité concernait en particulier le PT, le PCdoB, le PSOL ainsi que le Mouvement des Sans Terre et plusieurs syndicats dont la CUT.
2. Au début de 2024, le PT et le PSOL de Porto Alegre se sont mis d'accord pour constituer un comité unitaire local pour convoquer une conférence internationale dans cette ville qui a été le berceau du Forum social mondial en janvier 2001. Les structures locales de ces deux partis ont obtenu le feu vert de leurs instances nationales (sans pour autant que celles-ci s'enthousiasment pour ce projet et en fassent une authentique priorité) et ont cherché à élargir la base d'appui.
Je précise qu'au moment où le processus a démarré à Porto Alegre, on n'écartait pas la possibilité que si le PT et le PSOL se mettaient d'accord pour convoquer la conférence à Sao Paulo ou dans une autre grande ville du Brésil, on aurait pu déplacer le lieu de la conférence afin d'assurer une plus grande participation brésilienne. Finalement, c'est Porto Alegre (POA) qui a été retenu ce qui, vu la proximité de l'Argentine et de l'Uruguay, permettrait à des délégations importantes de ces 2 pays de se déplacer en bus pour rejoindre la capitale de l'État de Rio Grande do Sul[3].
La conférence qui devait avoir lieu en mai 2024 a dû être reportée en raison des inondations dramatiques ayant affecté Porto Alegre et Rio Grande do Sul quelques jours avant le début de la conférence. Ces inondations, la pire catastrophe climatique de l'histoire de cet État brésilien, a entraîné la mort de plus de 180 personnes.
Tentative en 2024 de lancer une initiative en Europe
Il faut également ajouter que durant l'année 2024, des contacts ont été pris par le CADTM avec des responsables politiques de différents pays européens afin de proposer qu'on organise une conférence unitaire en Europe, mais cela n'a pas abouti. La fragmentation politique de la gauche en Europe est très forte et le repli sur la politique nationale prime très nettement sur l'international[4]. C'est un recul manifeste par rapport aux années 2000 et c'est très préoccupant quand on voit à quel point l'extrême-droite croît dans tous les pays d'Europe.
La convocation de la conférence antifa au Brésil
Pour revenir au Brésil, c'est en mai 2025 que le comité organisateur local à Porto Alegre décida de relancer le processus menant à la conférence et fixa la date du 26 au 29 mars 2026 pour sa tenue.
Entre temps le PCdoB, un allié de longue date du PT, s'était joint aux organisations qui convoquaient. De nombreux mouvements sociaux locaux apportaient leur soutien à l'initiative, le chiffre total atteignait 80 en septembre 2025.
C'est seulement à partir de fin septembre 2025, c'est-à-dire environ six mois avant la conférence internationale que les invitations ont commencé à être envoyées par le comité organisateur local à destination de l'étranger.
Au départ la conférence était centrée sur l'antifascisme, quand la thématique de l'anti impérialisme a-t-elle été ajoutée ?
C'est en octobre novembre 2025 que la dimension anti impérialiste a été ajoutée face à l'agressivité extrême adoptée par Trump, notamment par rapport au Brésil, suite à la condamnation de son allié Bolsonaro. Les menaces de Trump avaient encouragé l'extrême droite brésilienne à se mobiliser en masse début septembre (plus de 200 000 manifestant·es à Sao Paulo), ce qui à son tour avaient entraîné de très grandes mobilisations anti impérialistes réalisées dans les principales villes du Brésil le 22 septembre 2025 (plus de 220 000 manifestant·es à Sao Paulo en défense de la souveraineté nationale du Brésil et contre l'amnistie pour Bolsonaro et ses complices voulue par Trump et l'extrême-droite).
Comment peut-on mesurer l'appui reçu par la conférence sur le plan international ?
Au début alors que nous diffusions la lettre d'invitation signée principalement par les présidents du PT, du PSOL et du PCdoB de Porto Alegre, l'accueil n'a pas été très chaleureux. La lettre d'invitation mentionnait le soutien apporté à l'initiative par de nombreuses organisations sociales locales mais le rôle dirigeant de ces trois partis était évident et constituait un obstacle hors d'Amérique latine.
En Europe, les organisations n'ont pas l'habitude de signer des déclarations avec des partis ou de répondre à des appels venant des partis. Cela constituait une difficulté réelle. En Amérique latine et en Asie, cela pose moins de problème ou pas de problème du tout.
C'est à partir de décembre 2025 que nous est venue l'idée au CADTM international de rédiger un appel large et de le lancer en notre nom, comme réseau international, afin d'essayer de surmonter un maximum d'obstacles et d'amplifier le soutien. Entre le 19 décembre 2025 et le 20 janvier 2026, on a récolté des signatures pour l'appel international à renforcer la lutte antifasciste et anti-impérialiste. L'appel est radical, court, combattif, unitaire et évite de désigner les Etats-Unis et leurs alliés comme le seul bloc impérialiste. En effet, l'appel dénonce toutes les agressions impérialistes (et colonialistes) quelle qu'en soit l'origine et affirme qu'il faut soutenir face à celles-ci la résistance des peuples, y compris les armes à la main quand c'est nécessaire. Le génocide perpétré par le gouvernement néofasciste de Netanyahou à Gaza est dénoncé.
Très vite, on a pu obtenir les signatures de responsables de partis de gauche en Europe. Citons les signatures de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Olivier Besancenot (NPA A) en France, de Jeremy Corbyn et Zahra Sultana (Your Party) en Grande Bretagne, de Yanis Varoufakis (MERA 25) et Zoe Konstantopoulou (Trajet de Liberté) en Grèce, de Irene Montero (Podemos) et Ada Colau (Comuns) dans l'État espagnol, des europarlementaires italiens Ilaria Salis et Domenico Lucano. S'y ajoutaient des parlementaires d'Allemagne, du Danemark, du Luxembourg, de Suisse, de Turquie… En France, un nombre important de responsables et d'élus des différentes sensibilités de la gauche (LFI, Ecologistes, PCF, NPA A, Après, Génération et même quelques élues PS) ont signé. Dans la péninsule ibérique, des responsables de presque toute la gauche espagnole (Podemos, Sumar, Anticapitalistas), basque (EH Bildu), catalane (Comuns, CUP), gallega (BNG), andalouse (Adelante Andalucia), de la communauté valenciana (Compromis),…
Aux Etats-Unis, on a obtenu, ce qui était très encourageant, la signature de toute la direction des DSA (Les Socialistes démocratiques des Amériques), mouvement politique dont fait partie le nouveau maire de New York Zohran Mamdani.
D'Amérique latine, on a recueilli de très nombreuses signatures de parlementaires, de dirigeant·es de partis, d'intellectuel·les, d'activistes de renom,… de nombreux PC d'Amérique latine, des organisations membres de la IV internationale, du Bloc patriotique de Colombie, de Morena au Mexique, et d'Argentine : de Mouvement Socialiste des Travailleurs (membre du FIT-U et de la LIS), de Vientos del Pueblo, de l'Union Populaire,…
Parmi les intellectuel·les qui ont signé l'appel : la française Annie Ernaux (prix Nobel de littérature en 2022, le suédois Andreas Malm (écosocialiste), l'indien Vishay Prashad (membre du PCI M) directeur du Centre tricontinental basé au Chili et en Inde, Titi Bhattacharya et Nancy Fraser, auteures du Manifeste féministe des 99%, Paco Ignacio Taibo II, directeur de l'importante maison d'édition Fonds de Culture Économique (Mexique), Abel Prieto (Cuba), de l'économiste marxiste Michael Roberts (GB), des politologues Gilbert Achcar (GB), Joseph Daher (Syrie), Franck Gaudichaud (Fr.), Robert Brenner et Suzi Weissman (E-U), de Catherine Samary (Fr), Patrick Bond (Af. du Sud), Walden Bello (Philippines), Frei Betto (écrivain, Br.), Michaël Löwy (Fr.-Br.), Achin Vanaik d'Inde, Françoise Vergès (La Réunion/France), Jean Ziegler (Suisse), Mireille Fanon (Martinique/France) et bien d‘autres.
Des activistes de renommée internationale ont signé l'appel comme Thiago Avila, un des principaux coordinateurs de la flotille Soumoud pour Gaza et plus récemment de la flotille pour Cuba ; Adau Colau, ex maire de Barcelone et Rima Hassan (LFI) également actives dans la flotille Soumoud ; David Adler, coordinateur général adjoint de l'Internationale progressiste ; Massa Kone (Mali) du comité organisateur du Forum social mondial 2026.
Des responsables de médias alternatifs ont signé : Denis Robert directeur fondateur de Blast (Fr.), Bhaskar Sunkara directeur fondateur de Jacobin (E-U), Vivek Chibber directeur de Catalyst (E-U), Jaime Pastor (Viento Sur de l'État esp), Daniel Raventos (de Sin Permiso, État esp.), Antoine Larrache (Inprecor, Fr.), Penny Duggan (International Viewpoint), Ugo Palheta (Revue Contretemps), Angela Klein (Revue SOZ, All.), Farooq Sulehria, rédacteur en chef du Daily Jeddojehad (Pakistan), Martín Mosquera (Jacobinlat Amérique latine), Federico Fuentes (éditeur de LINKS, Australie), Rafaël Hernandez (revue Temas, Cuba), Sushovan Dhar, magazine Alternative Viewpoint(Inde).
Les régions sous représentées :
1. l'Asie même si des personnalités et des mouvements des Philippines, d'Indonésie, de Malaisie, d'Inde, du Pakistan, du Sri Lanka, du Bangladesh, du Népal, ont apporté leur soutien ;
2. l'Afrique subsaharienne, même si des activistes du Mali, du Togo, du Cameroun, de RDC, du Kenya, d'Afrique du Sud, d'Ouganda, d'Eswatini ont signé l'appel ;
3. la région arabe, même si des activistes et des responsables d'organisations des pays suivant ont signé : Maroc, Tunisie, Liban, Syrie, Irak.
Soutien apporté par les ATTAC : En France, ATTAC a beaucoup hésité et a finalement et heureusement signé l'appel. Presque tous les ATTAC d'Europe (ATTAC Autriche, ATTAC Espagne, ATTAC Wallonie/Belgique, ATTAC Hongrie, ATTAC Italie, ATTAC France,…) ont signé avec une exception majeure celle d'ATTAC Allemagne, qui n'a pas expliqué son refus et qui n'a envoyé personne à Porto Alegre. Les ATTAC d'Argentine, du Maroc, du Togo qui sont organiquement associés au CADTM ont également signé.
Le réseau international du CADTM a évidemment soutenu activement l'appel et a contribué à sa diffusion. Cela a encouragé ses organisations membres à contribuer à la large délégation qui s'est rendue à Porto Alegre : plus de 25 délégué·es provenant du Maroc, du Mali, de Côte d'Ivoire, de RDC, d'Inde, du Pakistan, des Philippines, du Mexique, de Colombie, de Puerto Rico, d'Argentine, de Belgique, de Suisse et de France, sans compter les délégués du Kenya et d'Haïti qui ont été empêchés de participer.
Soutien des organisations syndicales et de syndicalistes : plusieurs syndicats et dirigeant·es ont apporté leur soutien à l'appel international : ELA et LAB du pays basque, l'intersyndicale du pays Valencia, la confédération syndicale de Galicie, l'intersyndicale de l'État espagnol ; plusieurs syndicats du Brésil : CUT, ANDES, CTB,… ; en Belgique, Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne et Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE/CSC) ; Angélique Grosmaire, secrétaire générale de la Fédération Sud PTT (France) et Andres Gomez, Secrétaire général, CGT Beaulieu (France) ; Eliana Como, membre de l'Assemblée nationale du syndicat CGIL (Italie) ; Martín Esparza Flores et Humberto Montes de Oca, dirigeants du Sindicato Mexicano de Electricistas (SME) et Luis Bueno Rodríguez, Coordinateur de la Comisión de Organización Nueva Central de las y los Trabajadores ; Christian Dandrès, Président national du Syndicat suisse des services publics (SSP-VPOD).
Les listes des 1800 signataires jusqu'à la date du 15 mars 2026 sont rassemblées ici ( https://www.cadtm.org/Troisieme-liste-des-personnalites-signataires-de-l-appel-international-au#premiers_signataires ). Il est toujours possible de signer l'Appel international en cliquant ici.
Le CADTM a-t-il rencontré des refus de signer l'appel ?
Parmi les personnalités contactées peu ont refusé de signer. Notons quand même en Europe les refus de Tariq Ali en Grande Bretagne, de Daniel Tanuro (auteur marxiste écosocialiste) et Raoul Hedebouw (président du PTB) en Belgique,… Ces refus que nous regrettons sont peu nombreux et n'ont pas empêché le succès de la collecte de signatures
Le refus de la direction du syndicat italien CGIL de signer l'appel et d'aller à Porto Alegre
Ce qui a été très dur à vivre à cause de ses conséquences, c'est le refus de la direction de l'important syndicat italien CGIL qui a contacté d'autres directions syndicales afin qu'elles ne signet pas l'appel, c'est le cas de la direction de la FGTB en Belgique, et probablement de la CGT en France, des Commissions ouvrières et de l'UGT dans l'État espagnol,… La direction de la CGIL a refusé de signer en disant qu'elle était en désaccord avec la phrase qui parlait de la résistance des peuples les armes à la main quand c'est nécessaire. La direction de la CGIL a y compris contacté la direction de la CUT du Brésil pour qu'elle ne signe pas. Nous avons essayé de convaincre la direction de la CGIL en apportant des arguments (voir en encadré la lettre essayant de convaincre la CGIL et d'autres organisations de signer). Nous avons également expliqué que la signature de l'appel n'était absolument une condition pour participer à la conférence. Alors que la CGIL avait d'abord annoncé sa participation à la conférence de Porto Alegre en participant fin novembre 2025 à la première réunion en ligne du comité organisateur international, elle a finalement décidé de n'envoyer personne à Porto Alegre, ce qui est vraiment dommage. Elle aurait pu aller à Porto Alegre sans signer l'appel et elle aurait eu la parole dans au moins une plénière.
Lettre envoyée à la CGIL et à d'autres mouvements réticents opposés à un passage de l'appel international
Un passage de l'appel international publié le 20 janvier 2026 a suscité des interrogations : celui qui concerne le soutien à la lutte des peuples qui résistent à des agressions impérialistes et/ou coloniales, « y compris les armes à la main quand c'est nécessaire ». C'est cette dernière expression — « les armes à la main quand c'est nécessaire » — qui est à l'origine des questions soulevées.
En tant que rédacteur de cette phrase, que j'assume pleinement, je souhaite poser une série de questions à partir de l'expérience historique des luttes antifascistes et anti-impérialistes :
Était-il justifié de soutenir la résistance armée des partisans italiens durant la Seconde Guerre mondiale ?
De même, face à l'occupant nazi, était-il justifié de soutenir la résistance armée en France, en Yougoslavie, en Grèce, en Pologne, en Belgique[5] et ailleurs ? Je cite ces pays , sans prétendre à l'exhaustivité, parce que les mouvements de résistance y ont été importants.
Fallait-il soutenir le soulèvement armé du ghetto juif de Varsovie en avril-mai 1943 contre les nazis ?
Les civiles et civils d'Espagne qui ont résisté les armes à la main au soulèvement franquiste méritaient-ils un soutien ? Fallait-il soutenir les dizaines de milliers d'internationalistes antifascistes venu·es de l'étranger qui les ont rejoints au sein des Brigades internationales[6] ?
Le peuple cubain avait-il raison de résister les armes à la main à l'invasion de son territoire en avril 1961 par un groupe d'environ 1 500 mercenaires entraînés par le gouvernement des États-Unis[7] ?
Le peuple vietnamien avait-il raison de mener une résistance les armes à la main contre l'armée française, puis contre l'armée des États-Unis, dans les années 1950, 1960 et 1970 ?
Fallait-il soutenir les Chinois qui ont résisté de manière organisée et collective, les armes à la main, face à l'invasion japonaise à la fin des années 1930 et pendant la Seconde Guerre mondiale ?
On pourrait également évoquer les nombreux mouvements populaires de résistance armée qui ont jalonné tout le XXᵉ siècle et qui ont permis à de nombreux peuples et nations de conquérir leur indépendance face à la domination coloniale. Fallait-il les soutenir ?Chacune et chacun peut réfléchir aux résistances populaires nécessaires face aux agressions impérialistes et coloniales qui se déroulent aujourd'hui. La phrase qui suscite la controverse dit clairement qu'il s'agit d'un soutien à la résistance des peuples, y compris les armes à la main quand cela s'avère nécessaire. Aucun exemple contemporain n'est cité, et chacun et chacune est libre de se forger une opinion.
Ce sont les peuples eux-mêmes qui choisissent leurs formes de résistance, qu'elles soient pacifiques et/ou armées.
Par ailleurs, le droit international reconnaît comme légitime la résistance armée de populations organisées face à une occupation ou à une agression armée étrangère.
Très cordialement,
Éric Toussaint
Porte-parole du CADTM international,
assumant la responsabilité de la rédaction de l'appel internationalVoir en annexe 1, les échanges de messages du 30 janvier 2026 entre Éric Toussaint CADTM et Salvatore Marra de la direction de la CGIL
Le réseau international des syndicats antifascistes
La CGIL a contribué activement à la création d'un RÉSEAU INTERNATIONAL DES SYNDICATS ANTIFASCISTES dont on peut lire le texte fondateur en cliquant ici. Le texte fondateur est aussi disponible sur le site du CADTM. C'est une très bonne initiative et l'espace de convergence de la conférence antifa et anti impérialiste de POA ne constitue pas une concurrence par rapport à ce réseau international des syndicats antifascistes. Nous avons eu l'occasion de le répéter en Argentine de vive voix le 22 et le 24 mars 2026 lors d'importantes rencontres syndicales auxquelles notamment la CGIL, les Commissions ouvrières, la CGT participaient activement.
D'autres refus de signer l'appel à renforcer l'action anti fasciste et anti impérialiste
En Europe, le réseau de solidarité avec la résistance ukrainienne (RESU) a refusé de signer mais heureusement a envoyé une délégation à Porto Alegre. Le refus de RESU se base sur le fait que l'impérialisme russe n'était pas dénoncé dans l'appel, la condamnation de l'invasion russe de l'Ukraine n'était pas mentionnée. Le RESU soutient l'envoi des armes à l'Ukraine tandis que la CGIL d'Italie s'y oppose. RESU et la CGIL ont refusé de signer l'appel pour des raisons presque opposées, ce qui illustre la difficulté de construire une unité large.
Un autre syndicat a refusé de signer l'appel et d'aller à Porto Alegre pour d'autres raisons que celles de la CGIL, il s'agit de Sud Solidaires en France. Sud Solidaires n'a pas expliqué par écrit son refus de signer mais il semble que cela soit lié au fait que les partis PT, PCdoB et PSOL jouaient un rôle clé dans l'organisation de la conférence. D'autres raisons ont certainement joué comme la solidarité avec la résistance ukrainienne.
En Argentine, le PTS (membre du FIT-U) a aussi refusé de signer. Le PO (membre du FIT-U) est allé plus loin et a carrément mené campagne contre la conférence et a critiqué durement le MST pour avoir signé l'appel et pour envoyer une délégation à POA. Dans le cas du PTS et du PO, leur refus se base notamment sur le fait que la conférence incluait le PT de Lula qui fait des alliances avec des secteurs du grand capital.
Quelles différences entre la conférence antifa et anti impérialiste de POA et le Forum Social Mondial ?
Alors que dans le cadre des Forums sociaux mondiaux et de leurs homologues au niveau des continents, les partis politiques ne sont pas admis en tant que tels, dans le cas présent, partis politiques, mouvements sociaux, associations citoyennes sont présent·es ensemble.
De plus, il ne s'agit pas seulement de dénoncer le monde de l'extrême-droite et les agressions impérialistes d'où qu'elles viennent, il s'agit d'essayer de lancer une initiative pour tenter de changer la situation. Certes, c'est de manière modeste car nous ne sommes qu'au début du processus, mais vu que l'étape de Porto Alegre est encourageante, on devrait pouvoir progresser pas à pas. Cela impliquera de surmonter les divisions qui affaiblissent dramatiquement la gauche pour faire face à l'extrême-droite et aux politiques impérialistes et néo coloniales des différentes puissances.
La conférence de Porto Alegre constitue-t-elle un succès ?
Oui c'est un succès. Réussir à réunir plus de 5 000 participant·es (chiffre réel) lors de la marche d'ouverture, c'est un succès. Convaincre des participant·es de faire le déplacement depuis plus de 40 pays sans soutien financier des autorités ou de grandes fondations, c'est un succès.
La seule fondation étrangère qui a apporté un soutien financier est la fondation Rosa Luxembourg qui a payé l'interprétation des 11 grandes conférences plénières.
Il faut préciser que le PT, le PCdoB et le PSOL sont dans l'opposition à Porto Alegre et dans l'État de Rio Grande do Sul. C'est la droite dure qui est au gouvernement dans la région. Le gouvernement de Lula n'a pas apporté de financement.
Lors des premiers Forums sociaux, la situation était différente, le PT et ses alliés étaient au gouvernement à Rio Grande do Sul et à Porto Alegre. Le soutien du mensuel français Le Monde diplomatique et de ses nombreuses éditions nationales avait été très important pour permettre un large écho dès la première initiative. Et surtout, le mouvement d'opposition à la mondialisation capitaliste néolibérale était en pleine croissance : les années 1990 avaient vu se multiplier des mobilisations aux quatre coins de la planète, les années 1999 et 2000 avaient été marquées par d'énormes mobilisations internationales à Seattle, à Washington, à Bangkok, à Séoul, en Europe,… Portés par des mobilisations, plusieurs gouvernements progressistes ont vu le jour en Amérique latine : Chavez au Venezuela (1999), Lula au Brésil (2003), Evo Morales en Bolivie (2005), Manuel Zelaya au Honduras (2006), Rafael Correa en Équateur (2007), Lugo au Paraguay (2008).
Ce climat de progression des mobilisations et du mouvement qu'on a appelé altermondialiste, pour un autre monde possible, a duré au moins jusque 2006-2007, et a connu un rebond en 2009 – 2012 avec les mobilisations qui ont suivi la crise financière de 2008, le printemps arabe (2011) et les mouvements des indignés et d'Occupy Wall Street (2011).
Rien de tel n'existe en 2026. Nous vivons la période la plus difficile des 40 dernières années sur le plan mondial et si on se limite à l'Europe, la plus difficile depuis la seconde guerre mondiale avec une progression de l'extrême-droite inconnue sur le vieux continent depuis les années 1930 et une nouvelle guerre de grande ampleur suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Dans ce contexte, réunir pendant 3 jours durant plus de 3000 participant·es, dont beaucoup de jeunes très combattifs, pour assister à 11 conférences plénières et à 150 activités autogérées, c'est un important succès. Jusqu'à la dernière plénière inclue du dimanche 29 mars après-midi, les grandes salles ont été remplies.
Comment expliquer les différences très importantes dans la perception de l'impérialisme et des impérialismes ?
Parmi les obstacles très importants, il faut souligner les divergences qui existent concernant quelles sont les agressions impérialistes, qui sont les impérialismes à combattre. Je vais essayer de donner une explication qui, je m'en excuse par avance, est schématique mais a l'avantage d'offrir un éclairage rarement pris en compte.
La perception de l'impérialisme n'est pas du tout la même à différents endroits de la planète. En Amérique latine, depuis 120 ans, seul l'impérialisme des États-Unis a agressé les peuples, les nations et les pays de la région, et les premières agressions de E-U remontent à deux siècles et ont été codifiées dans la doctrine Monroe de 1823 (lire : https://www.cadtm.org/Hemisphere-occidental-une-histoire-des-Etats-Unis-ecrite-par-la-guerre).
En Europe centrale, les principales agressions militaires impérialistes ou autres ont été perpétrées du 19e au 21e siècle par l'empire germanique, puis par l'Allemagne nazie, par l'empire tsariste russe puis par l'URSS du temps de Staline (pacte germano soviétique avec occupation de la moitié de la Pologne et l'annexion des États baltes) ou post Staline dans le cadre des interventions du Pacte de Varsovie (Hongrie 1956, Tchécoslovaquie 1968).
En Afrique, les agressions impérialistes et colonialistes ont été perpétrées du 19e au 21e par les puissances impérialistes européennes.
Au Proche-Orient, les agressions impérialistes des 70 dernières années (càd après 1956 et la nationalisation du canal de Suez par Nasser suivie de l'intervention impérialiste française, britannique et israélienne) ont été perpétrées par Israël, les Etats-Unis et leurs alliés[8].
En Asie de l'Est, les agressions impérialistes de la fin du 19e s. aux années 1950 ont été perpétrées par l'impérialisme japonais (ainsi que par les impérialismes hollandais en Indonésie et français en Indochine) puis systématiquement par les Etats-Unis que ce soit dans la guerre de Corée au début des années 1950, en Indochine des années 1960 à 1975, et le soutien que Washington a apporté aux nombreuses dictatures de la région des années 1960 à la fin de années 1990.
Si on ne prend pas en compte ces différences, on ne peut pas expliquer pourquoi la gauche anti impérialiste adopte « aujourd'hui » des positions très différentes d'une grande région à l'autre de la planète, sauf, et c'est heureux, quand il s'agit de dénoncer le génocide du peuple palestinien par le gouvernement israélien qui rassemble (presque) toute la gauche anti-impérialiste.
Les anti impérialistes européen·nes devraient comprendre pourquoi la Russie de Poutine n'est pas perçue comme une puissance impérialiste menaçante de première importance par la gauche anti impérialiste dans les Amérique tout comme la gauche anti impérialiste des Amérique devrait comprendre pourquoi la gauche en Europe centrale et dans une bonne partie de l'Europe occidentale considère que la dénonciation de l'impérialisme russe est fondamentale et ne peut pas se limiter à la dénonciation de Washington, de leurs vassaux européens et de l'OTAN.
Il faut aussi comprendre pourquoi une partie importante de la gauche anti impérialiste africaine, notamment en Afrique de l'Ouest, perçoit comme prioritaire le combat contre l'impérialisme français et ne se mobilise pas (encore) contre les accords militaires de certains gouvernements de la région avec la Russie de Poutine, considérés comme un moindre mal ou un passage obligé dans la lutte contre le terrorisme djihadiste.
Les débats traversent de grands réseaux de gauche comme La Via Campesina : la vision et les positions concernant la Russie de Poutine ne sont pas les mêmes qu'il s'agisse des organisations paysannes européennes ou latino-américaines. C'est compréhensible et le débat est nécessaire. Des différences de sensibilité et de positionnement touchent aussi les ATTAC ou le réseau international CADTM.
Les différences de position contre les politiques ou les agressions impérialistes ne relèvent pas seulement de l'endroit où l'on vit et où l'on lutte, elles renvoient également aux différences de cadre théorique des différents courants politiques : communiste pro-Moscou de la période antérieure à l'implosion de l'URSS au 20e siècle, ou pro-chinois maoïste ou trotskyste ou castriste ou eurocommuniste… Ces différences marquent les anciennes générations militantes et influencent encore les jeunes générations.
Il faut dépasser ou abandonner l'orientation selon laquelle on peut soutenir une grande puissance ou un régime parce qu'il est l'ennemi de l'ennemi principal, position souvent désignée comme « campiste ».
D'ailleurs, dans le cas de la Russie de Poutine, il n'est pas du tout avéré qu'en ce moment, il soit réellement l'ennemi de l'administration de Trump et vice versa comme je le montre dans l'article https://www.cadtm.org/Trump-Poutine-et-l-Ukraine-vers-un-partage-des-zones-d-influence-au-detriment.
Il faut aussi abandonner la position selon laquelle non seulement il faut défendre un pays souverain face à une agression impérialiste (ce qui est indiscutable) mais aussi son régime politique, y compris quand celui-ci réprime les luttes des classes populaires, comme c'est le cas du régime iranien pour ne donner qu'un exemple.
Il faut aussi abandonner l'idée selon laquelle la Russie de Poutine serait d'une certaine manière l'héritière ou la continuité de la révolution russe de 1917. La Russie sous la direction de Poutine (qui est un anti communiste notoire) est une puissance capitaliste impérialiste de second rang qui cherche à se renforcer par la voie de la guerre et de la conquête territoriale.
La Chine actuelle a des caractéristiques différentes de la Russie, c'est évident. C'est une puissance capitaliste impérialiste émergente qui n'a pas eu recours à des agressions militaires pour atteindre ses objectifs. Contrairement à ce que certains veulent croire, elle ne construit pas à sa manière le socialisme. Elle s‘est insérée avec un grand succès dans le système capitaliste mondialisé et est en passe de devenir la première puissance économique mondiale. Elle est un pilier du système capitaliste mondial.
Pour agir ensemble dans une perspective anti impérialiste, il n'est pas obligatoire d'être d'accord sur la caractérisation de la Russie ou de la Chine du moment qu'on est d'accord sur des tâches concrètes de solidarité. Il est clair que c'est très difficile d'y arriver sur des sujets très sensibles comme l'invasion de l'Ukraine et la guerre qui s'y poursuit.
Il est très important d'adopter une politique internationaliste conséquente et de lutter contre toutes les agressions impérialistes ou néo coloniale quelle qu'en soit l‘origine. Il faut construire à partir d'en bas une solidarité entre les peuples afin de renforcer la résistance à la montée du néofascisme et à l'augmentation des agressions impérialistes d'où qu'elles viennent.
Que réponds-tu aux critiques de l'appel international selon lesquelles il n'est pas possible de le signer car il n'y a pas de dénonciation de l'invasion de l'Ukraine par la Russie ?
L'appel invite clairement « à combattre l'agression impérialiste et coloniale, quelle que soit son origine ; et à soutenir la lutte des peuples qui leur résistent, y compris les armes à la main quand c'est nécessaire. »
Trump et Poutine ne sont pas cités, ni d'autres impérialismes. Seule est mentionné « le cas de la Palestine, » (qui ) « prend la forme d'un génocide orchestré par l'État d'Israël, avec la complicité de ses alliés impérialistes. »
Des agressions impérialistes ou sous impérialistes, il y en a de nombreuses. Il y a toutes celles perpétrées par les Etats-Unis et Israël, celles de la Russie notamment contre l'Ukraine, celles des Émirats Arabes Unis notamment celle en soutien aux RSF au Soudan, responsables de crimes de guerre massifs et de crimes contre l'humanité, celles de différentes puissances dans l'Est de la République démocratique du Congo, celle de la Turquie contre les Kurdes dans le Nord de la Syrie et cette liste n'est pas complète.
Si on avait cité l'agression impérialiste russe contre l'Ukraine, il est clair qu'une grande partie des forces de gauches latino-américaines, d'Amérique du Nord, certaines forces de gauches européennes ou asiatiques auraient refusé de signer. Le PT, le PCdoB, une partie importante du PSOL, le Mouvement des Sans Terres, la CUT du Brésil, les PC latino-américains et plusieurs syndicats qui ont signé, des auteurs comme Vishay Prashad d'Inde, n'auraient pas signé.
Nous avons préféré proposer à signature un appel que beaucoup de forces pouvaient signer et qui contient la phrase citée plus haut qui appelle à combattre « toute agression impérialiste et coloniale quelle qu'en soit l'origine » et qui précise « y compris les armes à la main quand c'est nécessaire. »
Ceux et celles qui, en Europe et en Amérique du Nord, affirment qu'il fallait absolument dénoncer l'impérialisme russe et l'invasion de l'Ukraine dans le texte de l'appel devraient faire l'effort de réfléchir à ce qui a motivé la décision que nous assumons : permettre de réunir un grand nombre de signatures de personnes et de mouvements de gauche et favoriser une participation ample à la conférence de Porto Alegre afin que s'y déroulent des débats, afin que les un·es et les autres puissent écouter des points de vue différents.
On peut aussi attendre de ceux et celles qui font de dures critiques à l'égard de l'appel et de la conférence de Porto Alegre qu'ils et elles mettent la main à la pâte et investissent des forces et de l'énergie pour réaliser en Europe une grande rencontre unitaire anti fasciste et anti impérialiste rassemblant à la fois des mouvements et des activistes de l'Europe de l'est, de l'Europe centrale, de l'Europe occidentale, de la Méditerranée.
L'appel international a-t-il fait l'objet d'attaques publiques ?
L'extrême-droite italienne a pris pour cible l'appel international et en particulier trois personnalités italiennes qui l'avaient signé. Le média qui a lancé l'attaque le 17 février 2026 s'appelle Il Primato Nazionale[9]. C'est un acteur clé de la « guerre culturelle » menée par la droite radicale en Italie. Son importance réside moins dans ses chiffres de vente que dans sa fonction idéologique. Il constitue une référence tant pour le parti de la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia) que pour la Lega de Matteo Salvini, vice premier ministre. Il Primato Nazionale est l'organe de presse officiel de CasaPound Italia, un mouvement politique néo-fasciste qui se définit lui-même comme les « fascistes du troisième millénaire ». Voici la première moitié de l'article en question, nous la publions sans apporter la moindre modification. Cet article dénonce l'appel, ses signataires italiens et la création d'une nouvelle internationale rouge à Porto Alegre :
« Des paroles aux « actions concrètes » : le manifeste antifasciste signé par Ilaria Salis et Mimmo Lucano
Après la mort de Quentin Deranque à Lyon, l'« Appel international antifasciste et antimperialiste », signé notamment par Ilaria Salis, Mimmo Lucano et Eliana Como, ne peut plus être lu comme un simple document. Il doit être analysé pour ce qu'il est : un manifeste politique global qui appelle à une convergence organisée contre un ennemi défini en termes totaux et qui légitime une mobilisation sans frontières.Le manifeste antifasciste pour les « actions concrètes »
L'appel, publié le 12 février 2026 et relayé par le Comité pour l'Abolition des Dettes Illégitimes (CADTM), décrit une avancée planétaire de l'« extrême droite » unie par une série d'éléments : démantèlement des droits du travail, politiques migratoires restrictives, augmentation des dépenses militaires, répression, surveillance, austérité. Le cadre est celui d'un conflit global entre le capital et les peuples, entre l'impérialisme et la résistance. Jusqu'ici, nous sommes dans une narration idéologique cohérente avec la tradition de la gauche radicale internationale.
Cependant, le point politiquement le plus pertinent est ailleurs. Le texte ne se limite pas à une analyse ou à une dénonciation. Il invoque explicitement la nécessité de « convenir d'actions concrètes » et de soutenir « la lutte des peuples qui résistent, même lorsqu'ils sont contraints de prendre les armes ». Ce n'est pas une formule neutre. C'est un passage qui ouvre la voie à une légitimation politique de la violence comme outil de lutte, pourvu qu'elle s'inscrive dans le cadre de l'antifascisme et de l'anti-impérialisme.
Parmi les premiers signataires apparaissent des noms de poids de la gauche globale comme Jean-Luc Mélenchon, Jeremy Corbyn, Yanis Varoufakis et Annie Ernaux. Mais aux côtés de ces figures se trouvent aussi des représentants italiens occupant aujourd'hui des fonctions institutionnelles : Ilaria Salis et Mimmo Lucano, eurodéputés de l'Alliance Verts et Gauche, et Eliana Como, membre de l'Assemblée nationale de la CGIL. Ce ne sont pas des militants marginaux, mais des représentants ayant des responsabilités publiques.
À Porto Alegre, la nouvelle internationale rouge
Le document insiste sur la nécessité d'une coordination internationale contre l'« agression impérialiste », cite explicitement la Palestine comme exemple de situation coloniale et se termine par une citation de Che Guevara. La conférence prévue à Porto Alegre est présentée comme une étape dans un long parcours de mobilisation unitaire et permanente. »
Nous arrêtons ici la reproduction de cet article qui montre à quel point l'initiative de l'appel international est cruciale. En effet alors qu'une internationale néofasciste s'est mise en place, il était grand temps de réagir. En réagissant à la menace fasciste, on prend le risque de s'exposer à la violence verbale ou physique des néofascistes car ceux-ci ne font pas que publier des articles du type de celui reproduit plus haut, ils passent également à l'action. C'est ce qu'a dénoncé devant la justice italienne l'ex-eurodéputée italienne Eleonora Forenza, membre du parti Rifondazione Comunista. Elle a siégé au Parlement européen de 2014 à 2019 au sein du groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL). Lors d'une manifestation antiraciste à Bari dans le sud de l'Italie le 21 septembre 2018, Eleonora Forenza, son assistant Antonio Perillo et d'autres militant·es ont été violemment pris·es à partie par des membres de l'organisation d'extrême droite CasaPound qui publie Il Primato Nazionale. Son assistant a été grièvement blessé (traumatisme crânien). Eleonora Forenza s'est constituée partie civile dans le procès qui a suivi. En première instance, plusieurs membres de CasaPound ont été condamnés non seulement pour l'agression, mais aussi pour « reconstitution du parti fasciste » (une première judiciaire importante en Italie). Elle dénonce régulièrement la lenteur de la justice italienne, le verdict de premier degré étant intervenu plusieurs années après les faits.
Courageusement, Eleonora Forenza a signé l'appel international (voir son nom dans la troisième liste des signataires publiée le 19 mars 2026 https://www.cadtm.org/Troisieme-liste-des-personnalites-signataires-de-l-appel-international-au#premiers_signataires après la parution de l'article qui dénonçait trois autres signataires de l'appel.
Cela vaut la peine de dire quelques mots des deux eurodéputés signataires de l'appel international qui sont dénoncés par les néofascistes de Casa Pound : Domenico Lucano, maire de Riace en Calabre, a été persécuté par le système judiciaire italien et le ministre de l'Intérieur d'extrême-droite M. Salvini pour sa politique humaniste d'accueil des migrant·es et réfugié·es. Il a été injustement condamné à 13 ans de prison avant de gagner son appel après une longue bataille juridique et grâce à un mouvement de solidarité en sa faveur. Ensuite, en juin 2024, il a été élu membre du Parlement européen (groupe de gauche The Left).
Ilaria Salis, activiste antifasciste, accusée de violence contre des néonazis qui manifestaient à Budapest, avait été emprisonnée en Hongrie dans des conditions dégradantes (elle était apparue au tribunal enchaînée aux pieds et aux mains) avant d'être libérée en juin 2024 grâce à son élection comme eurodéputée pour l'Alliance des Verts et de la Gauche (AVS), rejoignant ensuite le groupe The Left. En 2025,une procédure officielle lancée par le gouvernement de Viktor Orbán pour lever l'immunité parlementaire d'Ilaria Salis a abouti à un vote très serré au parlement européen. Les autorités hongroises souhaitaient reprendre le procès contre elle pour l'agression présumée de militants néofascistes à Budapest en 2023. Le vote décisif concernant la levée de l'immunité parlementaire d'Ilaria Salis a eu lieu le 7 octobre 2025, lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg. Voici le détail des résultats et des positions politiques lors de ce scrutin qui s'est joué à une seule voix : Contre la levée de l'immunité (Soutien à Salis) : 306 voix, pour la levée de l'immunité (Demande de la Hongrie) : 305 voix.
La majorité du Parti Populaire Européen (Droite classique) et les trois groupes parlementaire d'extrême-droite au parlement européen ont voté pour la levée de l'immunité, il s'agit des Patriotes pour l'Europe (groupe d'Orbán et du RN), de l'ECR (Fratelli d'Italia de Meloni), et d'ESN (Europe des Nations Souveraines dirigé par l'AfD néofasciste allemande). Les euro parlementaires d'Italie soutenant le gouvernement de Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia et Lega) ont fermement voté pour la levée de l'immunité, qualifiant le résultat de « honte pour l'Europe ». Ilaria Salis a immédiatement réagi en déclarant que ce n'était pas seulement une victoire personnelle, mais une victoire pour « l'antifascisme européen ». Elle a profité de sa tribune au Parlement pour devenir une porte-parole des prisonnier·es politiques et des militant·es antifascistes en Europe. Elle a multiplié les interventions sur : les conditions carcérales en Europe ; la montée des mouvements néofascistes ; le droit au logement (sujet sur lequel elle est aussi active en Italie). Son soutien à l'appel international antifa et anti impérialiste lancé par le CADTM et à la conférence de Porto Alegre s'inscrit dans son combat, ce qui lui vaut des menaces de la part de l'extrême-droite.
D'autres signataires de l'appel international sont aussi l'objet de multiples menaces et d'actions en justice contre leur combat, il s'agit notamment de l'eurodéputée Rima Hassan et du député à l'assemblée nationale, Raphael Arnault, tous deux de la France insoumise.
Rima Hassan fait l'objet d'un harcèlement judiciaire et médiatique. La dernière en date l'a emmenée jusqu'en garde à vue le jeudi 2 avril 2026 à Paris. Pendant cette garde à vue, de nombreuses chaînes d'informations ont repris sans les vérifier de fausses informations disant qu'elle avait sur elle de la drogue de synthèse.
Après la mort de Quentin Deranque, un militant fasciste qui a succombé à ses blessures après une rixe avec des antifascistes à Lyon, le 14 février 2026, Raphaël Arnault a reçu de nombreuses menaces de mort et a subi un harcèlement médiatique alors qu'il n'avait rien à voir avec ce décès.
Les points de vue différents voire divergents sur les agressions impérialistes ont-ils pu s'exprimer lors de la conférence à Porto Alegre ?
Oui c'est indéniable. Dans leur intervention en plénière, Rafael Bernabe de Démocratie Socialiste (Puerto Rico), Sushovan Dhar du CADTM (Inde), Roberto Robaina président du PSOL de Porto Alegre (Brésil), Penny Duggan de la direction de la IV internationale (France), Patricia Pol d'ATTAC France, ont très clairement condamné l'invasion russe de l'Ukraine. Plusieurs d'entre eux ont exprimé leur opposition à l'agression contre l'Iran tout en affirmant leur opposition au régime théocratique iranien et leur soutien aux protestations. Ces interventions ont été bien plus nombreuses que celles qui ont justifié l'invasion russe. Lors de la plénière au cours de laquelle Rafael Bernabe (Puerto Rico), Sushovan Dhar du CADTM et Patricia Pol d'ATTAC France ont condamné l'invasion russe, un seul commentateur (Batista de section brésilienne de l'internationale antifa créée à Caracas en septembre 2024) a défendu celle-ci.
Concernant l'Iran, lors de cette plénière, un iman iranien basé au Brésil a pris la défense du régime politique iranien et de l'ayatollah Khomeini. Je crois que son invitation n'était pas bienvenue. Mais il est important de souligner que Rafael Bernabe (Puerto Rico) et Sushovan Dhar du CADTM avait clairement critiqué le régime iranien tout en condamnant l'agression de Washington et Tel Aviv contre l'Iran.
Parmi les ateliers, il y en avait un consacré à la solidarité avec les prisonniers politiques russes dont Boris Kagarlitsky. Y ont pris la parole André Frappier, Mikhaïl Lobanov et Ksenia, la fille de Boris. Un autre atelier auquel ont participé un nombre significatif de participant·es était organisé par des membres du Réseau européen de solidarité avec la résistance ukrainienne (RESU). Des camarades syndicalistes ukrainiens y ont pris la parole. Un des membres de RESU, Alfon Bech, actif à la conférence de Porto Alegre, a écrit ce qui suit à propos de la participation des camarades ukrainiens : « De ce point de vue, la participation des camarades a été un fait clairement positif. Outre notre atelier, qui a bénéficié d'une forte présence, le camarade Vasyl est intervenu dans un autre atelier où Eric Toussaint lui a demandé de prendre la parole[10]. Même si la parole n'était pas donnée lors des séances plénières, la présence des camarades ukrainiens, tout comme celle des opposants socialistes russes, a été mise en avant par des membres du MES, en particulier lors de la clôture finale de la conférence assurée par Roberto Robaina. Ils ont également pu avoir des conversations avec des militants du Brésil et d'autres pays. Et ils ont donné des interviews et tourné des vidéos qui sont en train d'être diffusées parmi les organisations de gauche. »[11] (Source : https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/05/notes-sur-la-premiere-conference-internationale-antifasciste-de-porto-alegre-autre-texte/ )
La pluralité des positions et leur libre expression est une condition sine qua non de la réussite du renforcement de l'action antifa et anti impérialiste. Entre mouvements de gauche, la capacité à écouter des points de vue avec lequel on n'est pas d'accord est une condition nécessaire à la construction de point de consensus pour mener ensemble des actions.
Concernant l'antifascisme, qu'y a-t-il comme débat ?
Concernant le débat à propos de l'antifascisme, il n'y a pas l'espace dans cet article pour aborder le sujet dans le détail mais il y a un point qui paraît tout à fait utile à souligner. La montée de l'extrême droite ne s'explique pas seulement par les effets de 40 ans de politique néolibérale qui ont entraîné l'appauvrissement et la précarisation de secteurs importants des classes populaires et de certains secteurs des classes dites moyennes. La montée de l'extrême droite ne s‘explique pas seulement par le rôle des grands médias de communication qui lui sont favorables. Il est clair qu'une des causes de la montée de l'extrême droite et de son influence sur une partie des classes populaires est le résultat des insatisfactions et des désillusions causées par les politiques menées par des gouvernements dits progressistes en Amérique du Sud ou sociaux-démocrates en Europe. C'est ce que j'ai indiqué dans mon intervention dans la première plénière de la conférence de Porto Alegre le 27 mars en faisant allusion aux politiques des gouvernements de Lula et de Dilma Roussef entre 2003 et 2013 ou aux désillusions créées par la politique menée par le gouvernement du président Alberto Fernandez en Argentine de 2019 à 2023. C'est vrai également en Europe avec la politique menée par des gouvernements comme celui du « socialiste » François Hollande en France, des socialistes au Portugal, des sociaux-démocrates en Allemagne ou de Syriza en Grèce. Nous pouvons également citer celle de Biden aux États-Unis.
Du coup, faut-il ou non proposer, face au danger néofasciste, une alliance qui les inclut ? C'est une des grandes questions auxquelles il faut répondre et qui divise profondément les forces antifascistes. La France Insoumise a-t-elle eu ou non raison de proposer le Nouveau Front Populaire en juin 2024 en y incluant le PS ? Je crois que oui car le programme proposé sans être anti-capitaliste marquait une rupture réelle par rapport à la gestion de Hollande et celle de Macron et a suscité un réel enthousiasme. Bref, la question de l'ampleur des alliances est une des questions à débattre et à résoudre en prenant en compte les leçons léguées par l'histoire des années 1930 en Europe. Il est clair que l'alliance construite entre le PT, le PCdoB, le PSOL est une réponse qui est nécessaire dans la lutte contre le danger d'un retour de l'extrême droite à la présidence du Brésil en octobre 2026, mais cela ne met pas fin au débat sur la politique concrète à mener pour forcer un véritable changement contre les intérêts du grand capital.
Quelles autres thématiques doivent être abordées ?
Elles sont nombreuses et de première importance : la nécessité d'un programme révolutionnaire écosocialiste ; la dimension féministe et LGBTQIA+ dans la lutte antifa et anti impérialiste ; le rôle vital des peuples autochtones ; les luttes contre les dettes illégitimes ; et bien d'autres sujets.
Quelle évaluation de la déclaration finale ?
La déclaration finale est utile car elle analyse clairement et de manière synthétique le danger fasciste actuel ainsi que la montée des agressions impérialistes. Le texte affirme : « Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires. » La déclaration insiste sur la nécessité de l'unité malgré les différences : « Les forces qui combattent l'ascension de l'extrême droite sont diverses et présentent différentes analyses, stratégies, tactiques, programmes et politiques d'alliance. L'expérience nous enseigne que, tout en reconnaissant ces différences, il est essentiel d'articuler une lutte unitaire contre nos ennemis. »
Le texte appelle « à combattre les agressions impérialistes et coloniales, quelle que soit leur origine ; à lutter pour la fin de l'OTAN ; et à soutenir la lutte des peuples et des gouvernements qui résistent. »
La déclaration affirme qu' « il est urgent de partager les analyses, de renforcer les liens et de mener des actions concrètes. » « La Conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples s'engage à poursuivre la lutte sans relâche et à constituer un espace de construction d'unités face à l'ascension de l'extrême droite et aux agressions impérialistes. Face à la barbarie, nous levons la bannière de la solidarité internationale, de la lutte des peuples et d'un avenir socialiste, écologique, démocratique, féministe et antiraciste. »
La déclaration finale a permis d'harmoniser les agendas et d'insister sur l'importance de la mobilisation pour les prochaines échéances internationales, parmi lesquelles :
- Les Rencontres écosocialistes internationales à Bruxelles (15-17 mai),
- Le contre-sommet face au G7 en Suisse et en France (mi-juin),
- Le Sommet contre l'OTAN en Turquie (juillet 2026),
- Le Forum social mondial à Cotonou au Bénin (4-8 août).
La volonté de convoquer des Rencontres antifascistes et anti-impérialiste au niveau de grandes régions a été affirmée avec la programmation d'une rencontre en Argentine et une autre pour l'Amérique du Nord et la Caraïbe à réaliser probablement au Mexique. Il y a également un accord pour reconvoquer une conférence internationale à Porto Alegre.
Il manque dans la déclaration une référence à la résistance du peuple ukrainien face à l'invasion impérialiste russe. La phrase qui dans les dernières heures qui ont précédé la lecture de la déclaration finale sur laquelle il n'a pas été possible pour les organisateurs locaux de trouver un consensus était la suivante : « Défense d'un processus de paix en Ukraine qui élimine les causes profondes du conflit, établisse des garanties de sécurité pour toutes les parties et respecte l'autodétermination et la volonté souveraine des populations touchées par la guerre. » On peut se demander si, malgré tout, il n'aurait pas mieux valu adopter cette formule plutôt que de ne rien avoir à propos de l'Ukraine dans la déclaration finale. Ce qui est également une évidence, c'est qu'il faudra trouver dans le futur un processus transparent et efficace pour adopter la déclaration finale au cours de la prochaine conférence. Ce ne sera pas facile mais c'est très important. Au bout du compte malgré les limites de la déclaration finale, celle-ci est utile.
Quelle position internationaliste adopter ?
La question essentielle pour nous, en tant que révolutionnaires et en tant qu'internationalistes, est la suivante : de quel côté nous plaçons-nous ? Notre réponse est claire. Nous sommes du côté des peuples, contre les objectifs du Grand Capital et les affrontements entre grandes puissances et les différents impérialismes.
Concrètement, cela signifie que nous soutenons les militants et militantes qui en Russie et en Ukraine s'opposent à la guerre menée par la Russie en Ukraine. Affirmer cela doit aller de pair avec la critique de la politique néolibérale et nationaliste chauvine du gouvernement de droite de V. Zelensky, avec la dénonciation de l'OTAN et des visées impérialistes de Trump et des Européens sur l'Ukraine.
Nous soutenons les travailleurs et travailleuses, les étudiant·es et les mouvements sociaux en Chine qui luttent pour leurs droits, pour l'amélioration de leurs conditions de vie et pour davantage de libertés politiques.
Nous soutenons également les travailleur·euses et les masses populaires aux États-Unis qui luttent contre les politiques de Trump.
Nous défendons la souveraineté des pays de l'hémisphère occidental et d'autres parties du monde contre la stratégie agressive de domination des États-Unis. Nous sommes du côté des peuples dans leur lutte pour le droit à l'autodétermination et pour l'exercice de leur souveraineté sur leurs ressources naturelles. Nous nous opposons à toutes les agressions impérialistes et colonialistes quelle qu'en soit l'origine.
En Europe, nous nous opposons à la politique impérialiste et néocoloniale de nos gouvernant·es et dénonçons leur complicité avec le gouvernement néofasciste de Netanyahou qui commet un génocide contre le peuple palestinien. Nous nous opposons aux politiques inhumaines pratiquées par la majorité des gouvernements de la planète à l'égard des migrant·es et des candidat·es réfugié·es. Nous soutenons toutes les activités de solidarité internationalistes.
Nous défendons une perspective authentiquement internationaliste. Nous choisissons le camp des peuples contre leurs oppresseurs. Nous nous engageons activement avec d'autres forces politiques et sociales dans la poursuite des efforts qui ont permis la réalisation et la réussite de la conférence anti fasciste et anti impérialiste de Porto Alegre au Brésil (26-29 mars 2026). Nous poursuivons la collecte de signatures pour l'Appel international au renforcement de l'action antifasciste et anti-impérialiste. Et nous signons comme réseau international CADTM la déclaration finale de la conférence de Porto Alegre.
Conclusion
Si les divergences sur la nature des différents impérialismes et les héritages du XXe siècle continuent de fragmenter la gauche, l'urgence dictée par la montée coordonnée des néofascismes et de agressions impérialiste a forcé une convergence inédite. Le succès de cette rencontre ne se mesurera pas à l'unanimité de ses déclarations, mais à sa capacité à transformer cette « unité d'action » en une résistance concrète et durable. En définitive, la conférence de Porto Alegre 2026 marque une étape significative dans la reconstruction d'un internationalisme combatif, capable de rassembler au-delà des divergences réelles qui traversent les forces de gauche à l'échelle mondiale. Son succès tient autant à l'ampleur de la mobilisation qu'à la capacité d'ouvrir des espaces de débat et de convergence dans une période défensive. Mais les obstacles rencontrés montrent que rien n'est acquis. La dynamique engagée à Porto Alegre ne pourra se consolider que par un approfondissement des discussions, une clarification des positions et surtout par la multiplication d'initiatives concrètes, ancrées dans les luttes. Plus qu'un aboutissement, cette conférence constitue ainsi un point de départ : celui d'un processus long, incertain mais nécessaire pour reconstruire une solidarité internationaliste à la hauteur

Exit Orban, Internationale Brune affligée, Poutine et Trump endeuillés !
Évidemment, le tombeur de Orban Peter Magyar est un conservateur endurci, et il y a encore deux ans, il était haut placé dans le parti du sieur Orban. Et aussi évidemment, son parti Tisza est un parti fourre tout à dominante conservatrice. Toutefois, cela n'empêche que le fleuron hongrois de l'extrême droite européenne parti en fumée, ses associés semblent inconsolables.
Par Yorgos Mitralias
L'Italienne Meloni, la Française Le Pen, l'Espagnol Abascal, le Portugais Ventura, le Néerlandais Wilders, le Belge Van Grieken, le Britannique Farage, ainsi que son grand ami le génocidaire Israélien Netanyahou et les chefs des formations néonazies comme l'AFD allemand, ne cachent pas leur déception. Mais, ce sont les mentors de M. Orban et guides suprêmes de l'Internationale Brune Vladimir Poutine et Donald Trump qui sont, à juste titre, désemparés et sonnés. Car tant pour l'un que pour l'autre, Orban et son régime constituaient la pièce maîtresse de leur projet -en cours de réalisation- qui ambitionne de subvertir l'Europe et la faire gouverner par des partis racistes, néofascistes et d'extrême droite dure à leur solde !
Alors, ce n'est pas un hasard que tout ce beau monde s'est empressé de soutenir le plus activement possible M. Orban en participant en personne à sa campagne électorale. Et surtout, que le vice-président américain J.D. Vance a fait de même en pleine guerre contre l'Iran, se déplaçant à Budapest seulement trois jours avant qu'il aille à Islamabad pour négocier avec les Iraniens ! Un J.D. Vance qui n'a pas hésité d'appeler Trump pour qu'il intervienne en direct au meeting de Orban au Palais de Sports de Budapest, avec ces mots : « Je suis un grand fan de Viktor – je le soutiens à 100 %, les États-Unis le soutiennent à 100 % » ! Peine perdue, la disparition de leur bastion hongrois les laisse bien assommés et décontenancés car elle interrompt -pour la première fois- la longue série des victoires électorales qui ont fait que l'extrême droite européenne monte en flèche depuis plus de dix ans dans pratiquement tous les pays de notre vieux continent.
Certes, il reste à voir l'impact qu'aura la disparition de ce que Trump aimait qualifier de « rempart civilisationnel pour l'Europe » tant sur les prochaines performances électorales de cette extrême droite européenne, que sur la guerre que mène Poutine contre l'Ukraine. Cependant, il n'est pas du tout exclu que la défaite cuisante d'Orban combinée aux difficultés grandissantes que sont en train de rencontrer Trump en Iran et Poutine en Ukraine, marque un coup d'arrêt à la progression ininterrompue de cette extrême droite européenne. Et cela d'autant plus que d'importantes divergences sont en train d'apparaître parmi les participants de l'Internationale Brune en gestation, en raison des guerres coloniales de Bibi Netanyahou et surtout en raison des politiques et des manières du président américain qui sont loin de faire l'unanimité, au point que plusieurs d'entre eux (Meloni, Le Pen et même ..le AFD allemand) considèrent désormais son soutien public plutôt dommageable qu'utile en raison de l'effondrement de la popularité de Donald Trump partout en Europe.
En somme, beaucoup dépendra de l'évolution des rapports entre les grands patrons de cette « confrérie » internationale de la réaction la plus agressive et décomplexée, les sieurs Trump et Poutine. Pour l'instant, tout indique que leurs rapports restent bons, profitant d'ailleurs du rééquilibrage de leur rapport des forces que provoque d'un côté, la perte d'influence de Trump en raison des impasses de sa guerre contre l'Iran, et de l'autre, les gains de Poutine qui a vu ses recettes pétrolières et gazières doubler en Mars passé en raison des conséquences de cette même guerre ! La meilleure preuve en est la façon dont Trump a commenté les informations des médias -fondées d'ailleurs sur des rapports des services américains -concernant l'aide que la Russie de Poutine offre aux Iraniens, pour que ces derniers tirent avec succès drones et missiles sur les militaires américains. Bien que les victimes en soient des compatriotes de Trump, celui-ci qui d'habitude jure de se venger et promet l'enfer à celui qui touche un cheveu d'un américain, s'est limité cette fois à minimiser l'importance du fait que la Russie partage avec l'Iran de tels renseignements, en disant que tout ça... « n'aide pas beaucoup les Iraniens » ! Une réaction ou plutôt un manque de réaction plus qu'éloquent...
Ceci étant dit, la crise du trumpisme et les divisions que provoquent dans les rangs de l'extrême droite européenne et internationale les performances guerrières et autres de Netanyahou, Poutine et Trump, contribuent à ce que la disparition du bastion hongrois laisse sans référence unificatrice l'extrême droite européenne. Et cela parce que Orban réussissait là où tous les autres échouent : faire l'unanimité parmi toutes les tendances et « sensibilités » racistes, misogynes, homophobes, anti-européennes, anti-migrants, anti-ouvrières, antisocialistes, fascistes et néonazies de l'extrême droite européenne et même mondiale. Si à tout ça on ajoute que Orban a servi pendant au moins 12 ans d'allié stratégique -et aussi de cheval de Troie dans les centres de décision et les institutions européennes- de Poutine et de son régime, on comprend mieux que sa disparition constitue un événement de premier ordre qui pourrait avoir d'importantes répercussions tant sur l'issue de la guerre de Poutine contre le peuple ukrainien, que sur l'évolution des rapports de force politiques en Europe et même au-delà.
Et la gauche européenne dans tout ça ? Malheureusement, force est de constater qu'elle brille par son absence, laissant la droite dite « libérale » monopoliser la défaite de Orban et la défense de la démocratie en Europe. Pourquoi ? Mais, parce que l'association de Trump avec Poutine perturbe fortement ses certitudes qui veulent que les impérialistes américains trouvent sur leur chemin les anti-impérialistes russes, que le « bon » Poutine soit l'ennemi du « mauvais » Trump. C'est ainsi que sa composante probablement majoritaire, soit s'abstient de commenter la défaite écrasante de Orban car tout commentaire l'obligerait de parler de Poutine et de sa guerre ukrainienne, chose qu'elle évite sciemment de faire depuis quatre ans. Soit se souvient et fustige uniquement le soutien à Orban du fasciste Trump et de l'extrême droite européenne, mais « oublie » de citer celui que - l'également fasciste et parrain des fascistes- Poutine lui a offert abondamment depuis bien longtemps. Deux poids et deux mesures et ensuite elle se demande pourquoi les citoyens persistent à lui tourner le dos...
Alors, étant donné l'état plutôt lamentable de la gauche actuelle, on se console tout d'abord avec ses rares oasis vraiment internationalistes qui ne renoncent pas et sauvent l'honneur de la gauche globale, comme avec la disparition d'Orban, ainsi qu'avec les échecs de Trump en Iran et les impasses de Poutine en Ukraine. On se console comme on peut tout en étant à l'affût de la petite étincelle qui pourra mettre le feu à nos sociétés plus inflammables que jamais.
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« Cette guerre est déjà perdue », Spencer Ackerman et Behrooz Ghamari-Tabrizi parlent de la débâcle de D. Trump en Iran
Nermeen Shaikh : L'Iran menace d'augmenter ses attaques dans le Moyen Orient après l'intervention télévisée du Président Trump à l'heure de grande écoute (le premier avril) où il menace de renvoyer le pays à « l'âge de pierre ». Les bourses ont basculé et le prix du pétrole a aussitôt augmenté après que le Président se soit engagé à continuer à frapper l'Iran alors même qu'il déclarait que déjà, le pays était détruit militairement et économiquement.
Democracy Now, 2 avril 2026
Traduction, Alexandra Cyr
(…)
Amy Goodman : Il a aussi répété ses menaces d'attaquer les infrastructures civiles ce qui est considéré comme un crime de guerre.
(…)
Nermeen Shaikh : Plus tôt aujourd'hui, il a pris la parole lors d'un lunch de Pâques à la Maison blanche. Il a donné un avant-goût de sa prestation télévisée en soirée :
Président Trump : « Ce soir je vais faire un petit discours à 21 heures. Essentiellement, je vais dire à tout le monde à quel point je suis monumental, quelle grande réalisation j'ai à mon crédit, quel travail phénoménal j'ai accompli. Oui, quel travail phénoménal j'ai accompli ».
Amy Goodman : Nous recevons deux invités ; Spencer Ackerman gagnant du prix Pulitzer et celui de reporter pour le National Magazine. Il est l'auteur de Reign of Terror ; How the 9/11 Era Destabilized America and Produce Trump. Il est l'hôte de la lettre Forever Wars. Son dernier article s'intitule : « So You Lost a War to Iran ».
Behrooz Ghamari-Tabrizi est membre du Centre pour la paix, la culture et les politiques au Graduate Center de l'Université Columbia à New-York. Antérieurement, il était professeur et président du Département des études sur le Moyen-Orient à l'Université Princeton. Il a publié plusieurs ouvrages dont : Islam and Dissent in Postrevolutionary Iran, et un mémoire intitulé Remembering Akbar : Inside the Iranian Revolution, à propos de son incarcération de plusieurs années dans le couloir de la mort de la prison Evin à Téhéran. Son dernier volume, publié tout juste cette année s'intitule : The Long War on Iran ; New Events, Old Questions.
Nous allons commencer avec vous Behrooz Ghamari-Tabrizi. Merci beaucoup d'être à nouveau avec nous. Pourquoi ne répondriez-vous pas à l'ensemble (de ce qui vient d'être dit) ? Beaucoup étaient en attente fébrile d'entendre ce que le Président va annoncer dans cette intervention, la première depuis l'attaque de l'Iran par les États-Unis. Qu'en avez-vous tiré ?
Behrooz Ghamari-Tabrizi : D'abord je veux vous remercier pour votre invitation.
Je trouve que c'était un discours hors propos et comme il fallait s'y attendre, organisé autour de mensonges et d'illusions. Il n'a rien ajouté de neuf à ce que nous avions déjà entendu de sa part. Je pense que c'est le moment de la diffusion qui a été le plus important dans cette affaire. On aurait dû entendre cela avant le déclenchement de la guerre parce que ça servait d'abord et avant tout à la justifier.
J'en tire que c'était en quelque sorte admettre l'impertinence des récits dans cette guerre. Comme s'ils, si la Maison blanche sentait qu'il leur faut retourner au point zéro et parler des raisons qui font que nous sommes en guerre avec l'Iran, quels sont les objectifs, les buts finaux et comment nous allons faire pour y mettre fin. (…)
N.S. : Alors, Spencer, une des choses que vient tout juste de dire Behrooz, c'est que non seulement le Président semble se répéter sans aucune variation avec les divers commentaires qu'il a faits au cours des semaines passées sur les réseaux sociaux, mais même sur des enjeux déterminants …. Pouvez-vous parler de ces enjeux dont il n'a pas fait mention dont l'augmentation du nombre de troupes, du personnel militaire, qui sont en route pour le Moyen-Orient en ce moment ?
Spencer Ackerman : Bien sûr. Bonjour Nermeen et Amy. Très agréable d'être ici avec Behrooz spécialement. Nous allons apprendre beaucoup dans cet échange.
Il ne faudrait pas attribuer de normalité à cette intervention, malgré sa familiarité dans le répertoire de D. Trump. C'était un défilé de mensonges ajoutés aux illusions et aux incohérences. Mais encore plus important, comme vous l'avez mentionné, pendant que le Président tente de rassurer sa base ici au pays, et peut-être encore plus réassurer les marchés à l'effet qu'il n'a pas plongé les États-Unis et le monde entier dans un désastre économique compliqué. Sa défense : un porte-avion avec 6,000 marins à bord et trois destroyers sont en chemin (vers le Golfe Persique). Ce seront les troisièmes navires de ce type voués à intervenir dans le conflit tout comme la onzième unité expéditionnaire des Marines une partie de la 82ième brigade aéroportée. Ils sont aussi en route avec des objectifs que le Président n'explique jamais, il ne les mentionne même pas. Donc, alors qu'il tente de calmer le tout, comme il l'a fait souvent au cour de cet affrontement, d'envoyer le message qu'il ne s'agit pas d'une guerre sans fin, pas un conflit sans aboutissement, qu'il n'est pas comme d'autres présidents un peu fous qui sont intervenus au Moyen-Orient, alors qu'il s'y enfonce de plus en plus et sans aucun mécanisme de solution en vue.
Pendant qu'il met de plus en plus l'accent sur sa constance, ou tente de convaincre en disant qu'il l'a toujours été, dans les explications qu'il a données à propos des buts américains dans cette guerre, il ne l'a pas été. Il prend toute la place. Dès le premier jour il a appelé les Iraniens.nes à se soulever et à renverser la République islamique. Ça n'est pas arrivé et franchement, il ne semble pas que cela va arriver non plus. Ce qui s'est passé réellement c'est que l'Iran a réussi à changer la totalité du conflit. Il l'a fait pivoter sur son propre terrain avec ses propres objectifs. Les États-Unis n'ont pas les mécanismes militaires pour redresser la situation et d'abord et avant tout, la fermeture du Détroit d'Hormuz.
N.S. : Behrooz, vous avez mentionné qu'il y avait là un risque. Comme vient de le dire Spencer, il y a maintenant des centaines de milliers de troupes en route vers le Moyen-Orient. Vous avez dit qu'il était possible que ces militaires aient pour tâche de s'emparer d'une des iles iraniennes mais pas nécessairement Kharg qui est la seule dont on entende parler.
B.G-T. : Oui. De toute évidence, tenter de prendre l'ile de Kharg est extrêmement dangereux et représente un grand risque. Ça mettrait à mal non seulement la stabilité de la région mais celle de la totalité de l'ordre mondial. Évidemment, nous sommes à un moment où l'instabilité mondiale est en jeu ; les Iraniens savent très bien ça, ils savent qu'ils détiennent cette carte dans leur jeu. S'ils ne sont pas à la hauteur face à l'armée américaine, ils peuvent bien sûr jouer cette carte de façon très efficace.
Je pense que l'invasion de l'ile de Kharg est plus qu'improbable, sauf si les États-Unis sont si désespérés qu'il n'y a aucune autre alternative à leur portée. Il y a d'autres petites iles que se disputent l'Iran et les Émirats arabes unis : les deux iles Tunb et Abu Musa où il n'y a aucune réserve de pétrole, mais avec une importance stratégique. Les troupes américaines pourraient s'y rendre sans trop de risques et déclarer qu'elles sont envahies. Mais même cela serait une escalade dans la guerre à un point où tous les acteurs qui y sont actuellement engagés en auraient perdu le contrôle.
A.G. : Berooz, le président iranien, M. Pezeshkian, a envoyé une lettre au peuple américain quelques heures avant le discours télévisé de D. Trump hier soir Il demandait si la guerre était en phase avec le slogan : « America First ». Dites-nous qui est M. Pezeshkian. Et comment cela s'inscrit-il dans la situation actuelle ?
B.G.-T. : M.Pezeshkian a été l'improbable candidat à la Présidence iranienne. Il était un élu au parlement et quand il a annoncé sa nouvelle mise en candidature, le gouvernement l'a vraiment disqualifié. Mais, un an plus tard, il se qualifiait à l'élection à la présidence. Cela vous donne un idée d'improbable président iranien il était.
En ce moment, il n'est pas un acteur clé des décisions iraniennes. Mais il joue un rôle important de maintien de la totalité du système politique du pays à son niveau habituel. Il communique bien avec le peuple iranien ; d'une certaine façon c'est un homme du peuple. Parce qu'il est le type de politicien un peu naïf, sa conversation politique ouvre néanmoins de l'espace pour sa position dans le pays.
A.G. : Comment se fait-il qu'Israël ne l'ait pas assassiné ? Il a tué tant de dirigeants iraniens les uns après les autres.
B.G-T. : Vous voulez vraiment que je spécule à ce propos ? Je ne le sais pas. D'abord, je pense qu'ils ont essayé de l'assassiner. Il a été blessé lors des attaques de juin dernier, sévèrement blessé. Il boitait après ça. Donc ils ont tenté de le tuer. Je ne sais pas pourquoi ils ne le font pas maintenant, néanmoins, ils ont tenté de le faire.
Je ne crois pas qu'il soit en position de faire bouger les choses en ce moment. Israël (…) s'attaque principalement aux personnes qui sont en situation de faire changer les choses, par exemple, Ali Larijani. Et hier j'ai lu qu'ils avaient attaqué Kamal Kharazi, l'ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement iranien. Il est gravement blessé.
A.G. : Pensez-vous que le Guide suprême Mojtaba est encore dans le pays ? Pensez-vous qu'il est vivant ?
B.G-T. : Je ne le sais pas. (…) Je pense qu'il est possible qu'ils jouent ce genre de jeu avec lui, soit qu'il soit l'Iman caché. Mais, dans la théologie chiite l'Iman l'imam caché joue un rôle très significatif. Qu'il soit blessé, incapable d'apparaître en public ou que ce soit un jeu politique de le tenir caché, je ne suis sûr de rien. Mais nous le saurons bientôt.
N.S. : Spencer, revenons au discours du Président américain où il semble changer les objectifs de cette guerre. Il a dit qu'il a mis fin au désastre de l'entente sur le nucléaire de 2015 qui avait permis de renvoyer en Iran des milliards et des milliards de dollars. Pouvez-vous, d'abord, nous expliquer cela ? Mais pour autant, il n'a rien dit de l'autorisation qu'il a donnée à l'Iran cette semaine de vendre du pétrole ce qui va lui permettre de gagner de milliards et des milliards de dollars.
S.A. : Oui. Jetons donc un coup d'œil sur ce qui se passe en ce moment. Une des premières stipulations de l'entente de 2015 était que les sanctions imposées à l'Iran pourraient être retirées. Elles avaient été introduites pour justement avoir un moyen de pression pour arriver à cette entente sur le nucléaire. L'Iran a ainsi récolté environ un milliard de dollars. C'était son propre argent que les États-Unis avaient gelé. Ceux et celles qui étaient contre cette entente, qui voulaient qu'elle ne se réalise jamais ne digéraient pas le fait qu'elle empêchait d'attaquer l'Iran militairement en aucun temps. Il y a eu de leur part d'énormes hauts cris, et manifestations de rejet en invoquant que l'entente finançait le soit disant régime terroriste iranien.
D. Trump a agi pour réassurer les marchés après le lancement de cette guerre insensée, en permettant à l'Iran de vendre du pétrole à nouveau. Bien sûr le pétrole est une marchandise mondiale. Il ne peut être concentré dans un endroit ou un autre sans que son prix n'est d'effets partout ailleurs. Donc, actuellement, l'Iran va profiter du prix en cours que D. Trump et B. Netanyahu ont poussé (et qui lui tapportera) jusqu'à 14 milliards de dollars. Bien au-delà ce que le retrait des sanctions permettait en 2015.
N.S. : Un argument important circule et il a été un enjeu majeur dans cette guerre : l'Iran utilise le détroit d'Hormuz pour se venger d'Israël et des États-Unis. Hier soir, le Président a prétendu que le détroit « s'ouvrirait automatiquement » quand les États-Unis se retireraient et il faisait pression sur les pays qui ont besoin du pétrole venant de cette région, d'y aller et : « de le prendre ». Il a aussi demandé à ces pays de se tourner vers le pétrole américain bien sûr. Quand dites-vous ? En particulier à propos du détroit d'Hormuz alors que depuis très longtemps, (D. Trump) dit qu'un de ses objectifs est d'ouvrir le détroit malgré qu'avant la guerre il était ouvert. Il est donc en train de tenter de résoudre un enjeu que sa guerre a créé. Qu'elles sont les implications de cette fermeture pour l'Iran alors que ces effets sont visibles dans tant d'endroits dans le monde ?
S.A. : Vous pouvez vous rendre compte à quel point, comment même simplement résumées, ces circonstances nous amènent non seulement dans l'absurdité mais dans les tragédies et l'horreur qu'apportent cette guerre.
Le plus important à comprendre à propos du détroit d'Hormuz, une des voies navigables les plus importantes de monde pour l'énergie et le commerce, c'est que le Président Trump n'a aucun moyen militaire pour en forcer l'ouverture. Tout ce qu'il est sur le point de faire, ce sont des crimes de guerre comme il l'a promis. En entendant le Secrétaire à la défense, P. Egseth, annoncer que (les États-Unis) allaient détruire toute la base industrielle de l'Iran, cela veut dire qu'ils vont bombarder chacune des cibles industrielles civiles qu'ils pourront identifier comme ils ont bombardé l'école de filles au tout début de la guerre et prétendre que c'était une cible militaire. Tout cela afin que les effets désastreux forcent l'Iran à rouvrir le détroit. Parce qu'il n'y a aucun autre moyen pour que les Américains y arrivent autrement.
A.G. : Spencer, je veux vous demander quel est le rôle d'Israël. Est-ce que les incohérences de D. Trump (sont en cause) ? Car il ne faut pas se raconter d'histoire, quand on ne peut absolument pas prédire les décisions de quelqu'un cela donne un niveau élevé de pouvoir aux autres. Est-ce que ce chaos dessert Israël ? Et quelles sont les relations (entre les deux nations) alors qu'Israël agit sur de multiples fronts : des attaques contre le Liban et de plus en plus profondément dans le territoire et bien sûr la poursuite de la guerre contre la population de Gaza ? Et un grand nombre de Palestiniens.nes ont été tués.es en Cisjordanie durant cette période.
S.A. : Si on commence en 2024, avec les assassinats génocidaires israéliens à Gaza, une grande partie des gens en Israël et dans la base que le supporte aux États-Unis, ont cru qu'il y avait là une opportunité de transformer le Moyen-Orient de façon permanente. Non seulement en attaquant les soutient iraniens au Liban, en Syrie, au Yémen et en Irak mais l'Iran lui-même. C'est ce que veut Israël, il ne cherche pas qu'à affaiblir l'Iran, il espère faire tomber la République islamique et rendre son État au statut d'État failli.
Des informations venant de médias et de déclarations politiques israéliens laissent percevoir que ses dirigeants.es savent qu'il est impossible d'entrainer D. Trump dans un conflit sans fin qui leur donnerait plus de capacités de compléter leur campagne. Je pense qu'un des moyens employés est mettre toute l'attention sur le front iranien pour leur permettre de s'emparer du sud libanais jusqu'à la rivière Litani.
A.G. : Ils se dirigent actuellement vers le nord du Litani.
S.A. : Et ils tuent, ils ont tué environ 1,300 personnes jusqu'à maintenant. Ils cherchent non seulement à changer les frontières, à redessiner l'État d'Israël, mais à l'établir comme le seul super pouvoir régional en lieu et place de l'Iran. Je ne pense pas que ça va se faire. Nous avons appris pour le meilleur et pour le pire, et je vais laisser Berooz décrire les clivages à l'intérieur de la République islamique et quels rapports elle établit avec sa population, mais il n'en reste pas moins qu'elle a affiché une résilience bien au-delà de ce que les planificateurs américains ont pu penser. On a pu observer que sa stratégie de défense et pour infliger un maximum de souffrances à la large coalition américaine-israélienne dans le Golfe (Persique) n'a en rien été dérangée par les bombardements de la coalition pendant un mois.
A.G. : Et voici une question extrêmement importante. Spencer, vous êtes journaliste, donc nous allons poser la question à Berooz : qu'arrive-t-il à la population iranienne ? Est-ce qu'internet est largement coupé ? Comment les gens communiquent-ils entre eux et avec l'extérieur ? Est-ce qu'il y a des fissures, des écarts à l'intérieur de la République en ce moment et qu'en est-il de la résistance ?
B.G-T : La société iranienne a été assez vibrante au cours des 40 dernières années. Elle a toujours été engagée dans les luttes importantes pour étendre les libertés civiles, pour dégager un espace de respiration simplement et dans la lutte pour la justice sociale.
A.G. : Vous avez participé à cela….
B.G.-T. : Bien sûr …
A.G. : Pour finir dans la prison Evin.
B.G.-T. : Et ça ne s'est pas arrêté, ça continue. Le peuple a gagné beaucoup de terrain et en a perdu beaucoup. Selon moi, une des tragiques conséquences de cette guerre c'est la destruction de l'espace dans lequel la population s'est battue pour la transformation de la société iranienne. Je répète que nous devons détacher cette guerre de la situation répressive en Iran et de la question de la justice sociale dans le pays. Cette guerre n'a absolument rien à voir avec la violation des droits humains et des libertés civiles en Iran. Elle n'a rien à voir du tout avec tout cela.
Ce qu'elle fait, et je veux reprendre quelque chose que Spencer a mentionné au début, elle rend normales les différentes conversations à propos de la façon par laquelle elle est menée. (…) Je pense que cette guerre a commencé à Gaza lorsqu'Israël a ouvertement, de manière criante et flagrante, violé toutes les règles de base et les conditions de conduite de la guerre. C'était un génocide perpétré ouvertement, même posté sur les réseaux sociaux. Et le monde entier n'a rien dit, non seulement n'a rien dit, a même aidé Israël à perpétrer ce génocide.
Je pense que ce que nous voyons en ce moment ….ce n'est pas une coïncidence si D. Trump parle ouvertement depuis le podium de la Maison blanche, de crimes de guerre et que personne ne réagit. Il plaide pour des crimes de guerre en parlant d'attaquer les infrastructures civiles, les sources d'énergie et les usines de désalinisation iraniennes. Je trouve qu'il est extrêmement important que nous ne laissions pas tomber ce type de discours dans la normalité.
N.S. : Avant que nous concluions, Behrooz, j'aimerais que nous nous arrêtions sur les commentaires de l'anthropologue de l'Université Johns Hopkins, Mme Narges Bajoghli. Dans un récent article dans Foreign Affairs, intitulé Iran Long Game elle écrit ceci : « Durant la guerre Iran-Irak, beaucoup de commandants (iraniens) sont morts. Cela a créé de dangereuses vulnérabilités pour Téhéran. Pour éviter cette situation durant des attaques américaines ou israéliennes, le régime a délibérément décentralisé ses postes de commandement militaires depuis des décennies. Il les a installés sous autorité politique partout dans les régions. Ils peuvent agir de manière autonome. Il a aussi assuré des potentiels successeurs à tous les niveaux de l'organisation des Gardiens de la révolution et des autorités gouvernementales ». Pouvez-vous nous parler de cela et des implications par rapport à un changement de régime ?
B.G-T. : Le terme changement de régime est un leurre que le Président Trumputilise ; c'est sans aucune signification en ce moment. Il est clair que la République islamique a installé au moins quatre niveaux de possibles remplacements. Ce n'est pas que dans les armées où ils ont entrainé et mis en place des commandants qui peuvent prendre la relève en quelques minutes. Ils ont procédé de même pour les structures politiques ; ils ont donné aux gouverneurs de divers niveaux une autonomie politique totale. En cas d'effondrement du gouvernement central, ils sont en position de prendre des décisions indépendantes pour la prise en charge des responsabilités politiques. Donc, les possibilités d'un changement de régime sont si lointaines. Je pense que l'administration Trump s'en est rendu compte, que c'est devenu très clair tout comme pour les Israéliens, qu'il n'y avait aucun plan pour un changement de régime.
A.G. : Je veux parler d'une autre Narges, Narges Mohammadi la gagnante du Prix Nobel de la paix. Je veux que nous parlions de la prison d'Evin, que vous connaissez bien.
B.G.-T. : Oui.
A.G. : Vous y avez été incarcéré dans le couloir de la mort. Craignez-vous que les bombardements américains ou israéliens la touche ? Narges Mohammadi et tant d'autres discidents.es y sont toujours.
B.G.-T. : Je pense qu'en ce moment, Narges Mohammadi n'y est pas. Ils l'ont transférée dans une autre ville. Mais il y a toujours une crainte. J'ai dit que cette guerre n'a rien à voir avec les questions de justice sociale et des libertés civiles en Iran. Et les gens qui sont dans les prisons ne sont pas ceux et celles que fondamentalement cette guerre veut protéger. Ce sont les personnes qui tentent de promouvoir et de se battrent pour la justice sociale et les libertés civiles. Donc, s'ils bombardent les prisons je pense que ce serait cohérant avec la manière que cette guerre a été menée.
A.G. : Spencer ?
S.A. : Cette guerre est déjà perdue. Je ne sais pas combien de temps elle va encore durer mais l'Iran s'est tellement montré plus adroit que les Américains, qu'on peut entendre D. Trump dire qu'il est d'accord pour se retirer du conflit qu'il a déclenché sans que le détroit d'Hormuz ne soit rouvert. Franchement, un gagnant n'agit pas de la sorte. Si les États-Unis laissent le détroit fermé ou fondamentalement en possession des Iraniens, ils auront changé les équilibres au Moyen-Orient et possiblement avec des effets étendus à toute l'économie mondiale. C'est la recette pour retourner en guerre.
A.G. : Il y aurait tant à discuter encore mais nous devons nous arrêter ici. La conversation continue. Merci à vous deux.
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En Iran, l’Empire américain à la rencontre de son propre déclin
La guerre contre l'Iran pourrait devenir celle qui révèle la fin de l'Empire américain. Washington touche, sur les bords du détroit d'Ormuz, aux limites de sa puissance et de sa volonté.
Tiré du blogue de l'auteur.
Dans un article célèbre paru en 2002, Robert Kagan écrivait que la division du travail stratégique d'un monde post seconde guerre mondiale consistait à ce que Washington “prépare le dîner” quand les Européens se chargeaient de “faire la vaisselle”. Le politologue américain pointait également la propension des États-Unis au recours à la force comme instrument de relations internationales, “tout comme leur penchant pour l'unilatéralisme et leur rejet du droit international”.
Quelque 24 ans plus tard, la guerre déclenchée contre l'Iran ce 28 février lui donne encore raison. Mais il semble que le reste du monde, et plus seulement l'Europe, devra aussi s'atteler à rassembler péniblement une vaisselle brisée par une administration américaine qui dîne en tête à tête avec Israël.
Mais, malgré ce dîner martial, Ormuz deviendra-t-il pour l'hegemon états-unien ce que Suez a été pour l'hegemon britannique : un goulet d'étranglement où viennent choir et mourir les empires ? En 1956, sur les bords du canal de Suez, la Grande-Bretagne fit la démonstration de son impuissance à changer le cours des choses. Elle y perdit aussi l'instrument monétaire de sa puissance, le déclin de la livre sterling ayant été accélérée par la pression de Washington, alors opposé à cette expédition punitive.
Sur les bords du détroit d'Ormuz, les États-Unis pourraient connaître le même destin. Et comme tout empire, ils ont l'obsession de leur déclin qu'ils perçoivent déjà et souhaitent empêcher. Pour s'en persuader, il suffit de lire le petit livre sur la nouvelle stratégie de sécurité américaine. 33 pages qui dévide l'obsession hypnotique d'un “effacement civilisationnel” de l'Occident.
Quand l'hyperpuissance américaine claudique
Dans le monde de Clausewitz, une guerre se justifie par des gains politiques à en attendre. Elle est une “continuation” de la politique par des moyens militaires. Dans le monde de Trump, la guerre n'a d'autre but qu'elle-même, en tautologie nihiliste. La guerre est la continuation de la guerre et c'est dans cette temporalité figée que le monde se trouve désormais enfermé, la politique ne se glissant que dans de rares interstices de répit. Mais le réel est têtu et le réel stratégique l'est doublement.
Un pays peut manquer de la puissance nécessaire à sa stratégie politique. C'est le cas d'Israël, qui s'appuie lourdement sur les États-Unis en termes d'armements et crédits ouverts pour imposer son hégémonie au Moyen-Orient. Il arrive aussi que la stratégie manque alors même que la puissance est réelle.
Pour les États-Unis, la guerre contre l'Iran est une monstration de puissance qui peine pourtant à se transformer en gains politiques. Or, pour un empire, c'est là aussi un signe de déclin quand sa stratégie politique et militaire peine à se hisser à la hauteur de sa puissance militaire, en inadéquation ou hiatus impérial. En paradoxe ultime, la puissance américaine devient non seulement incapable de maîtriser les enjeux, mais elle s'avère aussi impuissante et vaine.
Dès le 23 février, soit quelques jours avant le déclenchement de la guerre, le Wall Street Journal indiquait que des responsables du Pentagone et le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées, avaient mis en garde Trump contre les dangers d'une campagne prolongée contre l'Iran. Des questions ont même été soulevées concernant les stocks de munitions et la possibilité que l'utilisation d'armes représente un risque accru pour la sécurité nationale des États-Unis en cas de nouveaux conflits. Le Pentagone a envisagé, selon la presse états-unienne, de détourner vers le Moyen-Orient des armes destinées à l'Ukraine, car la guerre en Iran épuise certaines des munitions les plus critiques de l'armée américaine. L'appel de Trump aux fabricants d'armes américains pour qu'ils quadruplent la production d'armements de pointe est venu confirmer ces craintes du Pentagone.
La puissance est d'abord matérielle. Washington semble beaucoup plus bénéficier d'un reliquat d'une puissance en voie d'épuisement. Déjà des articles alertent sur le stock d'armes drastiquement entamés par cette guerre en Iran. Le Washington Post rapporte de son côté que les États-Unis ont lancé plus de 850 missiles de croisière Tomahawk en quatre semaines de guerre contre l'Iran. Or selon des spécialistes interrogés par le quotidien, avant le lancement de l'opération Epic Fury fin février, la Marine américaine disposait probablement de 4 000 à 4 500 missiles Tomahawk. D'autres analystes navals estiment que ce nombre pourrait être bien inférieur, peut-être plus proche de 3 000. Washington aurait donc épuisé un quart à un tiers de ses stocks de missiles en moins d'un mois de guerre.
Face à cet arsenal, Téhéran a déployé des drones bon marché et faciles à produire. Mais au-delà de la question de stocks largement entamés par Washington dans leur soutien à Israël ou l'Ukraine, la guerre contre l'Iran montre comment des armes bon marché, des drones d'attaque faciles à produire, en viennent à modifier la nature de la guerre. Une analyse notamment développée par Robert Pape dans un article publié par Foreign Affairs. Pour ce professeur de sciences politique à l'université de Chicago, les frappes iraniennes sur les voisins du Golfe et installations nécessaires à l'architecture économique mondiale s'inscrivent dans ce qu'il nomme “une stratégie d'escalade horizontale”, qui consiste à transformer les enjeux d'un conflit “en élargissant son champ d'action et en prolongeant sa durée”. Autrement dit, à faire durer la guerre en impliquant d'autres acteurs. Une stratégie qui profite à la partie la plus faible du conflit, estime l'analyste américain puisqu'elle permet “à un belligérant plus faible de modifier les calculs d'un adversaire plus puissant.” Pour ce spécialiste de la guerre aérienne, en s'appuyant aussi sur l'essentiel facteur que sont le temps et la géographie, l'Iran façonne son propre récit sur l'ordre régional.
En Iran, la puissance américaine est certes là, manifeste et exposée. Comme le signale le chercheur Ali Vaez dans le New York Times, Donald Trump a sans doute eu raison lorsqu'il a déclaré que les États-Unis avaient remporté tous les échanges tactiques contre l'Iran. Ce qu'il a omis d'indiquer, et d'admettre, est qu'il a malgré tout réussi à perdre le contrôle des événements. Les armes pleuvent, dans une guerre verticale. Mais l'Iran a développé une stratégie de déploiement et d'élargissement horizontal de la guerre, menaçant tout à la fois les pays arabes voisins et l'architecture énergétique mondiale. Dès lors, les mots pleuvent aussi, Trump multipliant des paroles inconséquentes qui viennent pallier le manque absolu de stratégie et de vision. L'Empire gesticule et tonne inutilement.
En Iran, l'hyperpuissance américaine claudique. Elle boite et tangue d'une jambe sur l'autre. Et, paradoxe stratégique, sa puissance hypertrophiée semble la source même de son incapacité à écraser son adversaire. On atteint là les limites de l'effectivité de la puissance, ce que Bertrand Badie et d'autres nomment déjà “l'impuissance de l'hyper-puissance”.
L'Empire décrédibilisé
Avec cette guerre, Washington dilapide un capital de crédibilité et de conduite rationnelle qu'il pensait visiblement solide. En Iran, la “relation spéciale” entre Londres et Washington a sérieusement tangué, Londres ayant opposé un refus net de s'associer aux frappes sur l'Iran, et même d'autoriser à utiliser leurs bases militaires conjointes dans cette guerre. Désormais, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, souhaite même que son pays se rapproche de l'Europe. L'insularité stratégique ne résiste pas face à un allié américain erratique et imprévisible. Une Europe qui d'ailleurs a opposé aussi un front du refus à Trump. Mi-mars, les pays européens ont refusé de s'engager davantage dans le conflit, alors même que le président américain leur demandait d'aider les États-Unis à rétablir la circulation maritime dans le détroit d'Ormuz. Dans le détail, le chancelier allemand, Friedrich Merz a affirmé que le conflit au Moyen-Orient “n'était pas la guerre de l'Otan” quand la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas soulignait que “l'Europe n'a pas intérêt à se lancer dans une guerre à durée indéterminée”.
Cette guerre intempestive, et l'irrationalité stratégique qui l'entoure, risque même de sonner le glas de l'instrument le plus affûté de la puissance militaire américaine et de sa capacité de projection impériale, l'OTAN. Rejouant presque le célèbre “I want my money back” de Thatcher, Donald Trump multiplie les menaces de claquer la porte de l'organisation mise en place après la Seconde Guerre mondiale. Dans le monde de “real estate” de Donald Trump, les États-Unis n'en ont pas eu pour leur argent et l'OTAN a été un investissement à perte. De son côté, Marco Rubio affirme que si les États-Unis ont aidé “dans les guerres” (notamment en Ukraine présentée comme une guerre européenne) lorsque les Américains en ont eu besoin, “l'OTAN n'a pas répondu favorablement” aux demandes étatsuniennes pour l'Iran. Pourtant, l'OTAN a beaucoup moins été un fardeau pour les États-Unis qu'un instrument de puissance. Ce sont aussi les réseaux d'alliances qui font l'Empire. Dans l'establishment sécuritaire américain, tel qu'il transparaît dans la presse du pays, un retrait américain de l'organisation est décrit comme catastrophique pour l'Amérique en tant que puissance mondiale.
La presse états-unienne interroge désormais frontalement la confiance que les États-Unis peuvent encore attendre des pays européens pour assurer leur défense. Au cœur du doute européen, l'article 5 du traité de l'Otan, qui régit la solidarité militaire entre alliés.
Aux yeux de leurs alliés historiques, les États-Unis contribuent beaucoup plus au désordre mondial qu'ils ne l'empêchent. Il n'est plus l'Empire bienveillant, Cité sur la Colline censée répandre la bonne parole et l'action juste dans le monde. Un impérialisme missionnaire qui, sous Trump, a perdu ses oripeaux pour ne révéler que l'amateurisme le plus têtu et l'avidité la plus crue. La notion de “rogue state” (État voyou) est désormais accolée aux États-Unis, tant la destruction de l'ordre international né de la Seconde Guerre mondiale, celui-là même qui a assis et assuré sa puissance, est mise en œuvre par l'Administration Trump.
Cette guerre aura même réussi à alarmer les pays du Golfe, pourtant particulièrement demandeurs et dépendants du parapluie américain au Moyen-Orient. Ces pays ont navigué, au début des attaques contre l'Iran, entre stratégie de défense et retenue devant les destructions causées par l'Iran. La région du Golfe est devenue la victime collatérale d'une guerre décidée par Israël et Washington, mais ce sont les monarchies de la région qui supportent le coût d'un conflit qu'elles ont aussi tenté d'éviter. Leur modèle économique, bâti sur les routes commerciales et énergétiques, subit des dommages importants avec la fermeture du détroit d'Ormuz. Face à ce désastre, l'Iran pousse le sarcasme jusqu'à annoncer être prête à établir « une union régionale de sécurité et militaire avec ses chers voisins », sans la présence des États-Unis ni d'Israël. Quand l'Empire est moqué et ridiculisé, c'est qu'il est déjà moins craint.
Dans sa logique bien à lui de diplomatie transactionnelle et de respect de la seule force, en virilisme clownesque (dont les scènes d'humiliation dans le Bureau oval sont l'illustration la plus évidente), Donald Trump a oublié que l'Empire américain dépendait aussi d'un réseau d'États alliés, affidés, vassaux, peu importe le terme qu'on voudra utiliser. Un Empire seul n'existe pas. Ou alors il est isolé.
“It's China, stupid”
Autre effet paradoxal de cette guerre contre l'Iran est qu'elle profite non pas aux intérêts de Washington, mais à ceux de Moscou et de Pékin. Selon la presse économique, en trois semaines, les revenus quotidiens du pétrole russe ont doublé, passant de 116 millions à 234 millions d'euros. Surtout, le front iranien a fait reculer la question ukrainienne dans l'attention déjà vacillante de Donald Trump. Et comme indiqué, des armes destinées au front russo-ukranien pourraient être détournées vers le Moyen-Orient, notamment des missiles de défense aérienne.
En Iran, Washington est tombé dans le “ piège de Thucydide ”. Cette expression désigne un fait constant dans les relations internationales : un empire aspire à l'exclusivité de sa puissance, au risque de la guerre de trop qui permettra l'émergence du rival. Ce qui a valu pour Athènes et Sparte dans leur affrontement lors de la guerre du Péloponnèse, vaut pour Washington et Pékin sur le terrain iranien. On peut même se demander si cette guerre contre l'Iran ne serait pas le premier affrontement, indirect en l'état, entre les deux pays.
La guerre a visé indirectement la Chine. Selon de nombreux analystes, elle devait exposer la dépendance chinoise au pétrole, iranien notamment, et son incapacité à aider ses alliés. Cette guerre devait aussi faire œuvre de “monstration” et capacité de projection de la puissance américaine. Pourtant Pékin y observe surtout un adversaire faire la preuve de son incapacité à concevoir et accepter les conséquences mêmes de ses propres actes, comme la fermeture du détroit d'Ormuz. La Chine s'offre même le luxe de rappeler à l'ordre et au respect du droit international Washington. Elle s'inscrit aussi dans une autre forme de temporalité, opposant à la fébrilité trumpienne une prudence qui imprime pour le reste du monde l'idée d'une puissance tranquille qui contraste avec la menace américaine.
Le relatif silence chinois s'explique aisément alors que Donald Trump tempête et en appelle à Pékin pour rouvrir le détroit d'Ormuz, arguant que la Chine “tire 90% de son pétrole du détroit”. En réalité, 45 % du pétrole importé par la Chine par voie maritime transite par ce détroit et Pékin s'est préparé à cette guerre, s'assurant une autonomie énergétique. L'Iran fait aussi le jeu de la Chine, visant ce qui fait le cœur de la puissance américaine, le dollar. Téhéran a en effet autorisé le passage de navires en provenance d'États « non hostiles », moyennant un droit de transit pouvant atteindre 2 millions de dollars, de préférence réglables en yuans. Une façon d'encourager le petroyuan en remplacement du pétrodollar, dans un contexte international de méfiance installée envers les États-Unis.
La guerre contre l'Iran offre à la Chine un formidable laboratoire dans lequel il observe en temps réel le déploiement de l'armement américain. Et ses failles évidemment. Pendant que Washington s'échine en Iran, il disperse ses forces et les éloigne de la zone indo-pacifique. À la grande satisfaction de Pékin.
Une guerre religieuse
Le récit alternatif façonné par l'Iran fonctionne aussi parce que le récit américain est de plus en plus incohérent, contradictoire et inaudible, même par ses alliés les plus proches. Là est l'autre aspect de la puissance : la capacité d'inscrire la guerre dans une narration qui emporte le soutien et indique un but atteignable aussi bien que juste. L'Empire, aussi impérieux qu'il soit, doit pourtant justifier son pouvoir, sa domination et ses excès.
Les États-Unis ne sont même pas donné la peine de justifier juridiquement cette guerre contre l'Iran. Ni devant le Congrès américain, ni devant l'ONU. Autrement dit, cette guerre ne s'appuie sur aucune autorisation préalable, nationale comme internationale. Elle ne se justifie pas plus par la légitime défense, des responsables du Pentagone ayant très vite admis devant des représentants du Sénat américain aucun danger imminent venant d'Iran ne menaçait les États-Unis. Le magistère moral des États-Unis, né essentiellement de la Seconde Guerre mondiale, s'est épuisé aussi vite que ses stocks d'armes.
Quand ni le droit, la stratégie ou le simple bon sens politique ne peuvent être convoqués, reste à trouver autre chose. C'est du côté de la religion et de la civilisation que Trump, Hegseth, Huckabee ou encore Netanyahou se sont tournés. Ils ont multiplié les références à un substrat biblique, rejouant en Iran une lutte eschatologique et une mission divine que Trump en nouveau Oint, remplirait en Iran. Le sénateur Lindsey Graham a affirmé, peu avant la guerre, que « Si l'Amérique abandonne Israël, Dieu abandonnera l'Amérique ». Le secrétaire d'État à la guerre, Pete Hegseth a déclaré que l'Amérique se trouvait « à l'endroit exact où elle devait être », « à genoux, reconnaissant la providence de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ». Du côté israélien, Nétanyahou compare, après le Hamas, l'Iran aux Amalécites.
Mais l'alerte est surtout venue du côté des soldats américains engagés dans cette guerre. Selon le Guardian, la Military Religious Freedom Foundation (MRFF) a reçu plus de 200 plaintes de soldats, portant sur la rhétorique religieuse accompagnant cette guerre. Leurs commandants leur ont présenté la guerre contre l'Iran comme « sanctionnée par la Bible », affirmant même que Trump avait été « oint par Jésus pour allumer le signal de feu en Iran et provoquer l'Armageddon et son retour sur Terre ». Une rhétorique qualifiée de “militarisme chrétien”, l'accouplement de notions aussi antagonistes rendant encore plus tragique l'affaire. Car il s'agit là beaucoup plus d'une “simonie diplomatique”, le sacré et la religion étant instrumentalisés comme de vulgaires leviers de puissance.
Le dernier homme dans le dernier empire
Mais il arrive que même la religion se révèle incapable d'expiquer un tel déchaînement d'irrationnalité stratégique et politique. Le nihilisme peut alors aider pour une guerre où le chaos et la destruction deviennent les seuls buts. Dans ce nihilisme impérial, Trump figurerait alors le dernier homme nietzschéen : « La terre est devenue petite, et dessus saute le dernier homme, qui rend tout petit. Sa race est indestructible comme celle du puceron ».
Trump est celui qui déforme le réel, au gré de sa seule volonté, celle-ci étant entendue comme la seule mesure du réel et du monde. La réalité en devient comme filandreuse, façonnée de simulacre en simulacre, de distorsion en distorsions. Trump avale les faits et les régurgite en logorrhée aussi fine et vertigineuse qu'un fil de funambule. Notre fascination tient aussi à cela : nous observons hébétés cette traversée du réel, persuadés qu'il finira par tomber. Mais le fil des mots continue à se tendre au-dessus d'un néant, entre deux extrémités tout aussi fumeuses, et la parole se dilue et se perd. Certes, on pourrait y voir les signes évidents d'un déclin cognitif ou d'un travers qui le fait traiter les affaires du monde comme un épisode de “The Apprentice”, le “you're fired” prenant la forme d'élimination concrète de dirigeants récalcitrants.
La guerre de Trump contre l'Iran est un nihilisme verbeux. Au mépris du réel, il pourrait d'ailleurs déclarer la victoire, comme le craignent déjà ses alliés israéliens. D'ailleurs il l'a fait plusieurs fois, de la proclamation d'une victoire écrasante à l'annonce d'un retrait tout aussi triomphal ou de pourparlers avec l'Iran évidemment exceptionnels. Il peut tout autant tempêter et menacer de destructions tout autant exceptionnelles. Là aussi, il l'a déjà fait.
“Nous sommes un empire, déclarait Karl Rove, “lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d'autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c'est ainsi que les choses se passent."" Sauf que pour Trump, il s'agit moins d'agir que de parler. Et c'est là aussi l'indice d'un déclin de puissance. Voilà pourquoi Trump accumule parfois lors d'une même séquence, une affirmation puis son contraire. Ce qui importe, pour Trump comme pour l'Empire qui décline, n'est pas le sens de ce qui est dit mais que quelque chose soit constamment dit. Un bruit permanent qui remplit et sature l'espace de plus en plus réduit de l'entendement et de l'attention. Pendant que nous nous arrêtons à sa dernière déclaration, tentant de la décrypter, Trump est déjà à la suivante, aussi contradictoire soit-elle. Le sens et la logique ne sont pas son affaire.
Seulement, tout ce nihilisme impérial ne tient qu'à coups d'expédients, de rafistolages rhétoriques. Trump est un bonimenteur qui, comme le dernier homme nietzschéen, cligne des yeux et fait de la retape. Vulgairement. Il suffirait alors de se détourner, de se boucher les oreilles, et voilà l'emprise réduite à rien.
La présidence de Trump a révélé une chute impériale. La foi inébranlable qu'avait l'Amérique en sa bonne foi (et là, entendez-le dans tous les sens), et dans sa capacité à façonner le monde se brise aussi. Ce qui sortira d'un monde post-américain reste la grande inconnue. Une inconnue angoissante que beaucoup d'alliés américains refusaient jusque-là d'affronter. L'irrationalité américaine, son mépris pour ses alliés, pourraient avoir tout modifié.
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Au Sud Liban, Israël poursuit les destructions et le dépeuplement
Depuis l'automne 2024, Israël organise le dépeuplement du Sud Liban. Dans cet article, Susann Kassem, elle-même originaire de cette partie du Liban, livre un témoignage sur la vie des habitant·es, entre déplacements forcés et réinstallation précaire sur un territoire sous occupation de facto. Elle met également en lumière l'incapacité de l'État libanais à faire face à l'envahisseur et à défendre la souveraineté du pays, une tâche que seules assument, hier comme aujourd'hui, les organisations de résistance.
Tiré du site de la revue Contretemps.
Depuis le début de la guerre israélienne contre Gaza en 2023, mon père, comme beaucoup d'autres villageois du sud du Liban, suivait les informations avec l'espoir de pouvoir retourner dans notre village, à la frontière du Sud Liban, et reconstruire notre maison. Lors de l'invasion israélienne de 2024, les soldats de Tsahal ont occupé la maison, l'ont saccagée et dévastée. Seule une partie est restée debout. La cuisine a été entièrement détruite. Dans le reste de la maison, les soldats avaient écrit sur les murs des insultes racistes, sexistes et de haine religieuse, ainsi que des messages menaçants en hébreu et en anglais. Ils ont arraché les portes et les armoires, vidé les placards, endommagé les murs, détruit les appareils électroniques et pillé les effets personnels. Les pièces étaient jonchées de détritus : bouteilles d'eau, restes de nourriture, urine et excréments.
Le Sud Liban a été entraîné dans le conflit dès le début, le 8 octobre 2023, lorsque le Hezbollah est entré en guerre pour soutenir Gaza. Le gouvernement israélien a envisagé des offensives contre le Liban dès les premières étapes de sa riposte à l'opération du Hamas du 7 octobre. Toutefois, pour beaucoup, en dehors de la base du Hezbollah, les dernières guerres israéliennes ont semblé se dérouler par vagues successives. Hormis le moment de l'escalade qui s'est déroulée de mi-septembre à fin novembre 2024, le gouvernement de Beyrouth a souvent délibérément ignoré le Sud. Après le cessez-le-feu du 27 novembre, une forme de paix a semblé s'installer, interrompue seulement par la nouvelle escalade israélienne suite au début de la guerre israélo-étasunienne contre l'Iran le 27 février 2026, et par les représailles, maintes fois annoncées, du Hezbollah en réponse aux violations du cessez-le-feu par Israël, et à l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Khamenei, le 2 mars 2026. De ce fait, nombreux sont ceux qui, au Liban, accusent le Hezbollah, et par extension, l'ensemble des chiites, d'avoir entraîné le Liban dans un nouveau conflit. Mais pour ceux qui ont des liens avec le sud du pays, la guerre ne s'est jamais terminée. Avant et pendant les quinze mois qui ont suivi le cessez-le-feu de 2024, les Libanais du Sud vivaient sous la menace et les attaques israéliennes régulières, dans ce qui s'apparentait à une cessation unilatérale des hostilités, Israël devenant – pour la première fois depuis 2000 – la véritable puissance militaire au sud du fleuve Litani.
Notre village fait partie des quelques 37 villages et villes qu'Israël a en grande partie détruits pendant et après l'invasion de 2024, en dynamitant et en rasant des maisons et des infrastructures essentielles. Les frappes aériennes et les démolitions israéliennes ont anéanti le vieux centre du village, y compris la mosquée historique du prophète Shuaib (Jethro), un édifice dont certains font remonter l'histoire à plus de 1 000 ans, ce qui en fait l'une des plus anciens monuments de la région de Jabal Amil au Liban, ainsi que d'autres témoignages de la vie sociale, historique et culturelle du village. De vastes étendues de terres ont été incendiées et des arbres déracinés. Sur les 1 050 bâtiments, 750 ont été entièrement ou partiellement détruits. Les infrastructures vitales du village ont été démantelées : l'électricité (fournie par l'État, par des générateurs individuels et des panneaux solaires), les réservoirs et canalisations d'eau, les lignes de télécommunication, trois écoles, des cimetières, des unités de protection civile, des rues, deux husayniyyas (salles de réunion chiites), d'autres lieux de culte, des commerces et des stations-service ainsi que de petites fabriques et des fermes.
Après le cessez-le-feu, la vie a semblé reprendre son cours ailleurs, mais la nôtre est restée paralysée. Le nouveau Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a promis à plusieurs reprises le retour en toute sécurité des personnes déplacées dans leurs foyers, mais l'État n'a pas pu tenir cette promesse. Les violations répétées du cessez-le-feu par Israël, notamment les attaques contre les efforts et le matériel de reconstruction, ont rendu cette promesse impossible. La récente escalade a déclenché une nouvelle vague de déplacements massifs de population, forçant plus d'un million de personnes à quitter leurs foyers (près d'un cinquième de la population libanaise), tandis que les destructions généralisées, y compris des ponts sur le fleuve Litani, ont coupé davantage encore le sud du reste du pays. Mais cette nouvelle offensive israélienne s'inscrit dans un statu quo qui s'est instauré entre les deux escalades – marqué par des attaques continues, des retours limités des déplacés dans leurs foyers et la tentative d'Israël de consolider son contrôle sur le sud.
En attente de retour
Ma première visite à Beyrouth après l'invasion et le cessez-le-feu de 2024 remonte à mai 2025. Mes oncles et tantes maternels, qui vivent en ville, étaient en train de réintégrer leurs appartements dans différents quartiers de Dahiyeh, la banlieue sud de Beyrouth particulièrement touchée par les bombardements israéliens. Ils avaient tous investi du temps, de l'argent et des efforts pour réparer leurs maisons endommagées. Pour beaucoup, il était difficile de savoir si leurs immeubles étaient suffisamment solides pour être habités. Quelques jours après le début du cessez-le-feu, un immeuble situé en face de celui de l'un de mes oncles s'est effondré, tuant une famille à l'intérieur. Hésitant à retourner dans le quartier, mon oncle et sa famille ont passé plus d'un an hors de Dahiyeh, d'abord dans un hôtel au nord de la capitale, puis dans un appartement loué à la périphérie sud. Bien que plus aisés que les autres membres de ma famille élargie, ils ne pouvaient pas se permettre de payer un loyer indéfiniment ; mon oncle a donc rénové ses deux appartements mitoyens et la famille s'y est réinstallée.
Lors de ma visite, ma famille et moi, ne pouvant rester dans notre maison de village au sud, avons d'abord séjourné à l'hôtel, puis dans un logement loué à Beyrouth. Le deuxième jour, alors que nous prenions notre petit-déjeuner dans la cour de l'hôtel, mon enfant, qui avait quatre ans à l'époque, a regardé dehors et dit : « Je ne veux pas venir dans ce Liban, je veux aller à beit jiddo (la maison de grand-père) ». J'ai dû lui expliquer que la sécurité n'était pas encore assurée pour retourner dans le sud car la guerre faisait toujours rage au village. Je voulais lui dire que beit jiddo a été partiellement détruite par l'armée. Je n'ai même pas voulu nommer l'occupant, mais je me suis retenue. Dès lors, il a compris que le Sud Liban vivait une réalité différente du reste du Liban. Des mois plus tard, il m'a demandé : « Est-ce que les armées ont aussi détruit mes legos ? », « Non », l'ai-je rassuré, « Tes legos sont intacts ». J'ai menti pour le protéger, alors qu'en réalité, Tsahal avait occupé et saccagé la maison, y compris la pièce où nous jouions et lisions.
D'habitude, toute la famille se réunissait chez mes grands-parents maternels, au village. Mais ce n'était plus possible. Ce fut donc une expérience étrange lorsque mes grands-parents vinrent nous rendre visite un soir dans notre appartement loué à Beyrouth. Jusqu'à ce jour, je n'avais jamais vu mon grand-père hors de notre village. Il avait même refusé d'assister à mon mariage à Tyr en 2014. « On est complètement perdus », avait-il dit, comprenant notre désarroi. Plus rien n'était comme avant, et aucun de nous ne savait si les choses redeviendraient jamais comme avant. Son village, c'était son identité. En 2010, il m'avait dit : « Je ne veux vivre nulle part ailleurs qu'ici. Si on me proposait d'aller vivre n'importe où dans le monde, je n'irais nulle part ailleurs. »
Depuis octobre 2023, les actions israéliennes ont affecté de manière disproportionnée la population chiite du Liban, contribuant à une insécurité persistante où les craintes individuelles sont étroitement liées à des dynamiques politiques plus larges. Lors de notre visite en mai, ma tante nous avait invités à déjeuner chez elle à Dahiyeh . Le lendemain matin, un avion de guerre a franchi le mur du son au-dessus de sa maison avant d'attaquer Toul, un village près de Nabatiyeh, dans le sud du pays, quelques jours seulement avant les élections municipales au Liban. Face à la gravité de la situation, le gouvernement a déplacé les bureaux de vote des villages frontaliers vers Nabatiyeh et d'autres villes au nord de la frontière. Israël avait déjà eu recours à de telles tactiques d'intimidation lors de moments politiques clés par le passé, par exemple juste avant les élections de 2009. Ma tante craignait qu'il ne se passe quelque chose à Dahiyeh pendant notre séjour, mais heureusement, rien de tel ne s'est produit. Une semaine plus tard, le 5 juin 2025, Israël a lancé plusieurs attaques contre Dahiyeh, ciblant jusqu'à huit bâtiments et forçant de nombreux habitants à sortir dans les rues en pleine nuit.
Lors d'un voyage ultérieur, en novembre 2025, alors que je m'apprêtais à rendre visite à mes oncles et tantes à Dahiyeh, ma tante m'a appelée, paniquée : « Ne viens pas maintenant ! À Dahiyeh, tout le monde fait ses valises, craignant de devoir quitter sa maison à nouveau ce soir. » Le Hezbollah venait de déclarer se réserver le droit de résister aux attaques israéliennes contre le Liban, et beaucoup s'attendaient à une frappe israélienne sur Dahiyeh en représailles. J'ai décidé d'y aller malgré tout. Mon cousin consultait constamment Facebook pour voir si Avichay Adraee, le porte-parole arabophone de Tsahal, avait publié des mises à jour ou de prétendus ordres d'évacuation. Ces ordres, semblables à ceux utilisés à Gaza, fonctionnent comme des directives de déplacement forcé sous couvert de protection des civils. Cet après-midi-là, Tsahal avait émis des ordres similaires pour plusieurs zones du Sud Liban. Israël n'a finalement pas frappé Dahiyeh ce jour-là, mais la terreur s'était installée.
Pendant que ma cousine était rivée aux réseaux sociaux, mon oncle regardait les informations. « Je ne suis pas sorti de la maison de la journée », a-t-il dit. « C'est notre vie maintenant. » Sa femme a ajouté qu'il ne voyait plus personne, pas même ses amis. « On est constamment sur les nerfs, sans savoir quand on devra repartir », m'a confié ma cousine, expliquant qu'ils n'avaient pas encore déballé leurs sacs d'urgence contenant leurs objets de valeur et leurs papiers. Je leur ai dit que mon père espérait encore pouvoir revenir bientôt pour reconstruire sa maison, « demain », comme il le dit si souvent. Mon oncle était moins optimiste. « Tout est parti en fumée », a-t-il dit. Il avait investi une grande partie de ses économies dans la construction d'une grande maison au village pour accueillir ses quatre enfants et sa petite-fille. Il avait même installé un ascenseur pour leur enfant handicapé. Les Israéliens ont fait exploser la maison de trois étages lors de leur invasion. Même le puits en dessous s'est fissuré. « Reconstruire quoi ? » a-t-il demandé. « Notre retraite confortable… C'est tout… C'est fini pour notre génération. »
La vie dans le village sous occupation de fait
Un autre de mes oncles maternels est retourné vivre au village avec sa famille – le seul, des deux côtés de ma famille, à l'avoir fait. Sa famille avait été déplacée à plusieurs reprises en deux ans, une période durant laquelle elle était constamment à la merci de ses propriétaires, qui cherchaient souvent à augmenter un loyer qu'elle ne pouvait déjà pas payer.
Leur maison, dans le village, était l'une des rares encore debout. Ils l'ont donc nettoyée, rénovée et réaménagée. Toutes les écoles du village ayant été détruites, mon oncle a inscrit sa plus jeune fille à l'école du village voisin. Le village n'était plus le havre de paix où ils avaient fondé leur famille après la libération du joug israélien en 2000. Ils vivaient désormais sous la menace constante de survols et d'intrusions israéliennes, et les nuits étaient souvent marquées par de nouveaux actes de terrorisme. Leurs déplacements dans le village étaient devenus très limités.
Le 30 octobre 2025, des soldats israéliens ont pénétré dans le village et tué Ibrahim Salameh, employé municipal, alors qu'il dormait dans le bâtiment municipal de fortune. Salameh s'y était réfugié car sa maison avait été détruite. Il vivait séparé de sa famille qui avait trouvé refuge ailleurs. Lors de l'incursion, trois soldats de l'armée libanaise qui s'approchaient des lieux auraient, selon certaines informations, pris la fuite lorsqu'ils ont été menacés par Tsahal. Plus récemment, le 11 février 2026, une autre famille a été chassée de sa maison en pleine nuit après qu'elle ait été la cible de grenades. Les soldats israéliens sont ensuite entrés et ont fait exploser la maison. À ces occasions, comme à d'autres, les soldats de Tsahal pénètrent profondément dans les zones résidentielles sans rencontrer de résistance, l'armée libanaise se montrant incapable ou peu disposée à contrer ces agressions, tandis que le Hezbollah se repliait derrière le fleuve Litani. L'occupation israélienne de facto était de nouveau une réalité le long de la frontière.
Ces violations s'ajoutaient aux bombardements fréquents, à la surveillance par drones, aux assassinats ciblés, à la destruction d'infrastructures essentielles et aux patrouilles quotidiennes à Jal al-Deir et dans ses environs, l'un des cinq nouveaux postes militaires israéliens établis au Liban. Malgré les risques encourus, certaines familles n'ont eu d'autre choix que de rentrer. Environ 300 des 2 000 habitants permanents du village sont ainsi retournés sur place.
Une fois de plus, l'occupation israélienne a mis à rude épreuve la cohésion sociale du village. Quelques jours avant qu'Israël et les États-Unis ne lancent une guerre d'agression non provoquée contre l'Iran, mon oncle paternel est décédé. Mon père a fait le voyage depuis l'étranger pour assister aux funérailles au village. Traditionnellement, les funérailles villageoises rassemblent tout le village et durent plusieurs jours. Mais cette année-là, seules douze personnes étaient présentes, outre les membres de la famille proche, et la cérémonie fut de courte durée. Avant octobre 2023, les villageois vivant à Beyrouth, et même ceux de la diaspora, revenaient présenter leurs condoléances. Mon oncle, quant à lui, a été enterré en présence de ses frères et sœurs et des quelques personnes qui avaient osé revenir vivre au village.
L'État libanais absent
Pour les villageois frontaliers, la récolte des olives d'octobre 2025 marquait leur retour sur leurs terres agricoles après deux ans d'absence. À l'heure actuelle, Israël bloque l'accès à ces exploitations, situées le long de la frontière, par l'intimidation et des attaques fréquentes contre les agriculteurs.
Début octobre 2025, les autorités municipales du village ont publié un communiqué demandant aux habitants de déclarer leurs intentions de récolte à l'avance afin de se coordonner avec ce qu'elle désignait vaguement comme les « autorités de sécurité compétentes ». Il leur était demandé de préciser les travaux qu'ils comptaient entreprendre, leurs nom et prénom, la localisation des terrains, le nombre de personnes impliquées, leurs numéros de téléphone et de fournir une photo du véhicule utilisé. L'accès aux champs était autorisé uniquement certains jours, définis par la municipalité. Ce communiqué a provoqué l'indignation des villageois. Il leur interdisait d'accéder à leurs terres sans autorisation préalable, pour laquelle ils devaient fournir des informations personnelles détaillées à des « autorités de sécurité » non identifiées, qu'ils ont interprétées comme étant des représentants israéliens. Ils y ont vu la confirmation que leurs terres étaient occupées.
Pourtant, les villageois ont fini par obtempérer et se sont enregistrés. La municipalité a coordonné des visites avec l'armée libanaise et la FINUL pour assurer la sécurité des villageois dans les champs proches de la frontière. Malgré l'obtention des autorisations, les agriculteurs ont continué à subir le harcèlement et les attaques israéliennes pendant la récolte. Mon oncle s'est rendu dans les oliveraies avec des représentants de la municipalité fin octobre. C'est alors que ma famille a appris que les forces israéliennes avaient ravagé les oliveraies de ma grand-mère et celles de nombreux autres agriculteurs. Lorsque ma grand-tante, la sœur célibataire de ma grand-mère, l'a appris, elle a pleuré comme si elle avait perdu un enfant. Les frappes israéliennes avaient déjà détruit sa modeste maison traditionnelle au centre du village. Les olives étaient l'une de ses rares sources de revenus et de subsistance.
Ces scènes révèlent l'ampleur de la violence israélienne, mais aussi la profondeur de la négligence délibérée de l'État libanais. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, la réponse du gouvernement libanais aux violations israéliennes s'est principalement traduite par des démarches diplomatiques visant à empêcher l'extension du conflit vers Beyrouth. Bien que les plus de 15 400 violations recensées du cessez-le-feu soient exclusivement le fait d'Israël, certains ministres au sein du gouvernement libanais ont rejeté la responsabilité uniquement sur le Hezbollah et continuent de le faire. En janvier 2026, le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a déclaré qu'Israël avait le « droit de poursuivre ses attaques » contre le Sud Liban.
Cette position – selon laquelle le Hezbollah et les civils du Sud doivent assumer seuls les conséquences de tout ce qui s'est passé après 2023 – occulte le danger de vivre aux côtés d'un État colonial génocidaire en constante expansion. Elle ignore les violences israéliennes passées et présentes dans la région. Les tentatives de capitulation de l'État face à Israël témoignent d'une volonté d'abandonner sa souveraineté territoriale sur le Sud.
En raison des positions prises par le gouvernement, au sein duquel le Hezbollah justifie son statut minoritaire comme un moyen de préserver la cohésion sociale et institutionnelle, de nombreux habitants du Sud Liban font peu confiance à l'action gouvernementale. Historiquement, l'État s'est montré absent lors de situations cruciales qui affectent directement leur vie. Le gouvernement libanais n'a pas apporté un soutien suffisant et durable aux personnes déplacées par la guerre. Il n'a pas non plus abordé la question de la reconstruction du Sud Liban. Le gouvernement n'a pas protégé les civils libanais des attaques et violations quasi quotidiennes perpétrées par Israël. Il n'a pas commencé à répondre de manière adéquate aux attaques illégales et répétées d'Israël et à la destruction de matériel de reconstruction. Sous la pression des États-Unis, d'Israël, du Conseil de coopération du Golfe et de l'Europe occidentale, son principal objectif s'est plutôt porté sur le désarmement du Hezbollah.
Au-delà de l'inaction de l'État libanais, il est important de souligner ses actions, notamment depuis la nomination du gouvernement actuel en février 2025 : il a activement démantelé les armes et les infrastructures du Hezbollah au sud du Litani, rendant publiques des informations sensibles sur ses capacités militaires, y compris pour Israël. Suite à l'intensification récente du conflit, le 2 mars 2026, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a officiellement interdit les activités militaires du Hezbollah, déclarant illégale la seule résistance active à l'occupation et à l'agression israéliennes. Le 24 mars, juste après la destruction par Israël de tous les ponts menant au Sud Liban et la déclaration de plusieurs ministres israéliens de leur intention d'annexer le territoire libanais jusqu'au fleuve Litani, le ministère libanais des Affaires étrangères a déclaré l'ambassadeur iranien persona non grata.
L'incapacité et le refus du gouvernement libanais de défendre les vies et les ressources contre la destruction et le pillage israéliens ont été parmi les principales raisons pour lesquelles par le passé de nombreux habitants du Sud – et d'autres régions du Liban – se sont tournés vers les organisations de résistance. Hier comme aujourd'hui, au lieu de dissuader ou de repousser l'agression israélienne, les institutions étatiques libanaises ont blâmé et combattu les organisations libanaises et palestiniennes qui ont émergé pour y résister. Au lieu de sécuriser le territoire national et les droits des citoyens le long de la frontière, le gouvernement et ses soutiens ont constamment chargé l'armée libanaise de réprimer le mécontentement interne.
Tant que le Sud reste exposé à une occupation israélienne sans opposition de l'État libanais, les raisons pour lesquelles tant de personnes empruntent la voie de la résistance deviennent de plus en plus évidentes.
*
Cet article a été initialement publié le 2 avril 2026 dans Middle East Research and Information Project. Traduit pour Contretemps par Stathis Kouvélakis.
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Têtes grises, cœurs orange
Selon le plus récent sondage Léger 360 réalisé du 20 au 22 mars dernier, le pourcentage de la population âgée de 55 ans et plus qui aurait l'intention de voter pour Québec Solidaire (QS) serait de 0%.
Cette donnée du sondage nous étonne. Comment un parti qui a 11 députés à l'Assemblée nationale pourrait ne susciter aucun intérêt pour une catégorie d'âge donnée ? S'agit-il d'une aberration statistique ? Est-ce le résultat d'un vice méthodologique ? Par ailleurs, soulignons que QS obtient généralement de meilleurs résultats aux élections que ce qu'annoncent les sondages.
Soucieux du monde que nous allons laisser aux générations qui nous suivent, nous, qui avons plus de 55 ans, trouvons que la lutte environnementale est plus importante que jamais ; que les services publics ont assez souffert d'une forme d'austérité permanente qui, désormais, met en péril leur mission.
Nous sommes particulièrement concerné.e.s par l'accroissement de la misère, par le manque de soutien envers les ressources qui viennent en aide aux gens démunis ainsi que par la crise du logement.
Dans un même élan, nous sommes préoccupé.e.s par différents enjeux sociaux qui menacent l'inclusion et l'intégration de toutes les personnes au développement de notre société démocratique. Notre expérience de vie nous permet de comprendre que la manière forte (menaces, répressions, chantage, harcèlement, etc.) n'est pas la bonne façon d'organiser notre « vivre ensemble ». Non seulement nous croyons qu'un autre monde est possible mais nous avons la conviction qu'il peut se développer avec bonheur quand on lui permet de s'épanouir.
Avoir plus de 55 ans c'est également être fier, fière, d'être québécois.e au point que nous pensons que notre Québec devrait devenir un pays qui ne laisse personne derrière.
Enfin, rappelons que Québec Solidaire est un parti multigénérationnel dans lequel militent des gens de tout âge, notamment des centaines de personnes qui ont plus de 55 ans. QS a été et reste le parti de Françoise David, de Manon Massé, d'Andrés Fontecilla, d'Amir Khadir, qui font partie de cette tranche d'âge.
Pour toutes ces raisons, nous ne nous reconnaissons pas dans les données du sondage Léger 360 et tenons à manifester publiquement notre soutien à Québec Solidaire.
À noter : Destinée aux personnes de 55 ans et plus.
Signatures : prénom et nom, âge, lieu de résidence
1. Martin Godon, 63 ans. Citoyen de Longueuil.
2. Daniel Di Raddo, travailleur manuel retraité, 69 ans.
3. Jeanne Gendreau sans âge mais tête teintée.
4. Marjolaine Goudreau, 68 ans, retraitée. Co-fondatrice et présidente d'un organisme communautaire en santé et services sociaux.
5. Simon Piotte, 62 ans, pas grisonnant car chauve. Charette
6. Nancy Dubé, 62 ans, Montreal .
7. Stéphane Morin 57 ans Montréal
8. Isabelle Larrivée, 67 ans, Montréal
9. André Frappier, 71 ans Montréal
10. Johanne Mathieu, 67 ans, grisonnante depuis1980, Montréal.
11. Pierre Alarie, 68 ans, Montréal, membre depuis 2006
12. Claude Lefrançois, 70 ans, St-Lambert.
13. Gilles Sabourin, 63 ans, St-Lambert.
14. Michèle St-Denis, 70 ans.
15. Lucie Mayer, 62 ans, traductrice agrée et réviseure, Prévost
16. Suzanne Arcand, 67 ans, étudiante à l'UQAM, Montréal
17. Michel Labelle, 67 ans, activiste et technicien en droit, Montréal
18. Louis Dupont, 66 ans, Montréal
19. Annie Pouliot, 63 ans, retraitée.
20. Mario Jodoin, 72 ans, économiste retraité montréalais très actif, notamment à QS. Et je ne réponds jamais aux sondages ! Alors, c'est certain que je ne suis pas non plus dans votre panel. Membre de QS depuis 2009.
21. Chantal Plamondon, 59 ans, Montréal, membre depuis 2007.
22. Nimâ Machouf, 61 ans, Montréal.
23. Amir Khadir, 64 ans, Montréal.
24. Élahé ChokraÏ, 82 ans, Pierrefonds
25. Louise Lavoie, 69 ans, Montréal
26. François Saillant, 74 ans, Montréal. Militant et auteur.
27. Stéphane Thellen, 55 ans, circonscription de Huntingdon
28. Mylène Jaccoud, 65 ans, Laurentides
29. Vanessa Durand,57 ans, Montréal.
30. Chantal Roger, 58 ans, Longueuil, Retraitée militante.
31. Jean-Yves Joannette, 72 ans, Montréal.
32. Luc Harvey, 62 ans, circonscription Marie-Victorin Longueuil, Ouvrier.
33. Marie Lavoie, 66 ans, retraitée, membre de QS, Manicouagan.
34. Paule Dufour 68 ans. Vote Solidaire depuis 8 ans
35. Luc Gallant 64 ans. Vote Solidaire depuis 8 ans
36. Johanne Landry, 65 ans. Retraitée du secteur santé et services sociaux, Ste-Béatrix.
37. Marie-Josée Forget, 56 ans, Mtl
38. Serge Dubé 75 ans Sorel
39. Priscilla Bittar, 67 ans, Montréal
40. Nancie Giroux, 57 ans, Québec
41. Johanne Heppell, 66 ans, Plaisance
42. Christian Collet, 60 ans, Montréal
43. Charles Rheault, 79 ans, économiste de l'emploi, retraité, Montréal
44. Feroz Mehdi, 71 years, Montreal
45. Rabah Moulla, 61 ans, prof, Laval
46. Deborah Murray, 67, Montréal
47. Isabelle Vallée, 75 ans, Québec
48. Yanik Crépeau, 65 ans, Montréal
49. Hélène Charpentier, 65 ans, Montréal
50. Claude Lussier, 64 ans, Mingan
51. Isabelle Houle, 55 ans, Mingan
52. Katah, 57 ans, Trois-Rivières
53. Sam Kerson, 79 ans, Trois-Rivières
54. Carmen Palardy, 68 ans, Montréal
55. Monika Firl, 65 ans, Montreal
56. Blanche Paradis, retraitée militante de 74 ans.
57. Nathalie Dubé, 60 ans, Terrebonne.
58. Philippe Badenas, 60 ans, Montréal
59. Élisabeth Germain, 80 ans, Québec
60. Michel Desautels 66 ans
61. Nathalie Rivest, 57 ans, Mauricie
62. Marie-Michelle Bellon, 57 ans, Montréal
63. Marthe Savoie 72 ans,Longueuil retraitée travailleuse sociale
64. Richard Leclerc,62 ans, Montréal
65. Ginette Langlois, 61 ans, Travailleuse sociale, Boucherville
66. Catherine Rixhon animatrice sociale et poétique. 65 ans. Saint-Damien
67. Isabelle Tondreau, 59 ans, employée réseau santé et des services sociaux, Montréal
68. Paul Dallaire, 71 ans Trois-Rivières
69. Solange Deraiche, 64 ans Trois-Rivières
70. Patrick Henein 56 ans Montréal, agent intégration avec les autochtones en détention . Vote solidaire depuis UFP
71. Gérard BRIAND, bientôt 71 ans et fier innu urbain de Rosemont rattaché à sa communauté de Mashteuiatsh (Lac Saint-Jean/Pekuakami).
72. Saeed Kamjoo, 61 ans, musicien , Pierrefonds
73. Christophe Reutenauer, 73 ans, professeur de mathématiques à l'UQAM, membre de QS, Longueuil
74. Jocelyne Dupuis, 72 ans, enseignante à Montréal et membre fondatrice de l'UFP et encore militante. Sainte-Élisabeth Lanaudière
75. Micheline Beaudry, 82 ans, retraitée, Laval
76. Lucie Thériault, 71 ans , retraitée , membre de QS Longueuil
77. Diane Gendron, 57 ans, soucieuse de justice sociale.
78. Liane Duchesne, 60 ans.
79. Frédérique Lafortune, 62 ans, Longueuil
80. Annick Hupperetz, 62 ans, Ste-Thérèse
81. Michel Rousseau, 71 ans, Ste-Thérèse
82. Janie Morin, 65 ans, St-Jacques le Majeur de Wolfestown
83. Gilles Labrosse, 76 ans, vote QS depuis ses débuts.
84. Stéphane Wolfe, 71 ans, vote QS depuis ses débuts
85. Louise Dostie, 69 ans, retraitée du ciusss et je vote QS
86. Alain Pérusse, 55 ans, votant pour QS depuis les débuts.
87. Lyne Massé 69 ans vote QS depuis ses débuts
88. Christian Montmarquette, mes 55 ans sont derrière moi, Laurentides
89. Pierre Dostie, 71 ans, Chicoutimi
90. France Piotte, 65 ans, EntreLacs
91. Claudette Lambert, 65 ans, fière Solidaire depuis ses toujours, Sherbrooke
92. Lynda Gadoury, 68 ans, solidaire depuis le début et fière de l'être. Sherbrooke
93. Roland Côté, 71 ans, Montréal
94. Josée Vanasse 78 ans Montréal
95. Marie Pelchat, 66 ans, Montréal
96. Paul-André Lévesque, 65 ans Montréal
97. Marlène Boudreault, 62 ans, Montréal
98. Louise Morin 77 ans, Montréal
99. Jean Cédras 80 ans, Montréal
100. Daniel Gauthier, 68 ans, Longueuil
101. Daniel Gagnon, 75 ans,St Félix de Valois
102. Nancy Chaput 61 ans, Sherbrooke
103. Louise Desforges, 82 ans, retraitée de l'éducation collégiale, Montréal.
104. Anne-Marie Claret, 63 ans, Montréal
105. Michel Carreau, 63 ans, Terrebonne
106. Marielle Savard, 66 ans, Longueuil
107. Bruno Dubuc, 61 ans, Montréal.
108. Pierre Jobin, 70 ans, syndicaliste retraité, Québec
109. Claudette Benoit, 67 ans Laval
110. Michel Seymour, 71 ans Montréal
111. Nancy Rooney, 64 ans, Boisbriand
112. Marguerite Gariépy, 58 ans, éducatrice , Saint-Amable
113. Thérèse Cloutier, 86 ans, Brossard, retraitée active
114. Ghislain Goulet, 68 ans,Varennes
115. Jacques Benoit, 68 ans, Longueuil.
116. Marc Bonhomme, 78 ans, Montréal
117. Jeanne O'Sullivan, 76 ans, Saint-Bruno de Montarville
118. François Dandurand, 57 ans, vote QS depuis ses débuts, Montréal
119. Marie Lauzon, 78 ans, retraitée de l'éducation, Montréal.
120. Danièle Bordeleau, 68 ans, Montréal
121. Michel Grillot 70 ans Sherbrooke
122. Pierre Tremblay, 57 ans, Farnham
123. Louise Trencia 76 ans, Montréal
124. Jacqueline Chénard 73 ans, Rimouski
125. Denis Roy, 71 ans, Laval
126. Danielle Dusseault, 71 ans, ex infirmière, Montréal.
127. Serge Adam, 77 ans, St-Charles-Borromée.
128. Caroline Fréchette, 56 ans, Montréal.
129. Patrick René, 56 ans, Longueuil
130. Solène Bourque, 58 ans, enseignante au collégial, Montréal
131. Françoise Roinsol. 78 ans, Québec
132. Jacqueline Loiselle, 86 ans, Montréal
133. Maria Giguère, 77 ans, Montréal
134. Lucie Villeneuve, 64 ans, Québec
135. Pénélope Guay 76 ans
136. Salem Tajeddine 71 ans, Notre Dame de l'Île Perrot
137. Claudia Berardi, 55 ans, Montréal
138. Nadia Palau, 57 ans, Cowansville
139. Élise Brunet, 58 ans, Laval
140. Louise Beaudry, 75 ans membre de QS depuis 2006
141. Marilyn Hedrich, 66 ans, Charette (fière solidaire)
142. Thérèse Ouellet, 68 ans, Québec
143. Corinne Boutterin, 62 ans, Saguenay
144. Danielle Richard, 71 ans Sainte-Rose
145. Marie-Andrée Bouchard, 94 ans, Sainte-Rose
146. Pierre-Paul St-Onge, 59 ans, Montréal
147. Nadine Beaudoin 57 ans, Montréal
148. Annette Beauvais, 75 ans, Longueuil
149. François Poisson, 58 ans, Bécancour, travailleur culturel et chauffeur d'autobus scolaire
150. Viviane Salette, plus de 60 ans, membre QS, Saint-Jérôme
151. Hélène Dion,74 ans, Québec
152. Jacques Boivin, 70 ans, Mtl
153. Ghislain Pelletier 79 ans Montréal
154. Serge Leclerc, 67 ans, Montréal.
155. Carole Lejeune, 67 ans, Montréal.
156. Jean-Claude Landry, 75 ans, Trois-Rivières.
157. Yv Bonnier-Viger, 75 ans, Gaspé.
158. Roger Rashi, 77 ans, Montréal.
159. Martin Roy, 62 ans St-Féréol-Les-Neiges
Marie Rochette, 62 ans, St-Férréol-les-Neiges
160. Isabelle Bouchard, 56 ans, Montréal.
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Synthèse des propositions, ajouts, amendements et argumentaires du CAP écologiste fait dans le cadre du débat sur plate-forme électorale de Québec solidaire.
Nous publions ici une synthèse des propositions, ajouts, amendements et argumentaires élaborés par le Comité d'Action Écologiste au Cahier de propositions qui ont été acheminés au Comité de Synthèse de Québec solidaire. Afin de la faciliter la lecture, cette synthèse reprend les titres originaux des mesures présentées dans le Cahier de propositions publié le 9 mars dernier. Le CAP écologiste, pour des raisons de délais, a décidé de concentrer ses réflexions et propositions sur trois blocs : le Bloc I, Coût de la vie et redistribution de la richesse, le Bloc 3, Environnement, transition socioécologique et transports et le Bloc 6 , Indépendance inclusive, féminisme, vivre-ensemble et amour du Québec. Une lecture à faire en attendant le cahier de synthèse qui sera publié le 23 avril prochain.
Bloc 1 — Coût de la vie et redistribution de la richesse
Mesure 1 —Réduire le coût du panier d'épicerie
Le CAP propose de remplacer la notion de « projet pilote » par un engagement ferme : mettre en place un réseau d'épiceries sans but lucratif à grande échelle. L'argumentaire souligne que la crise alimentaire est structurelle, découlant d'un marché hyper-concentré entre quelques grandes chaînes. Une approche expérimentale est jugée insuffisante face à un problème aussi ancré ; seule une mesure permanente et ambitieuse peut réellement faire baisser les prix.
Mesure 2 — Augmenter le salaire minimum
Deux modifications sont proposées. D'abord, hausser l'aide financière de dernier recours au niveau du revenu viable, soit entre 32 000 $ et 43 000 $ selon les régions, en s'appuyant sur les données de l'IRIS. Ensuite, remplacer un vague engagement d'« ajustement » du salaire minimum par une indexation automatique annuelle à l'indice le plus favorable aux salarié·es — inflation, IPC ou indice du coût de la vie. Le CAP fait valoir qu'une hausse ponctuelle ne suffit pas si l'inflation l'efface rapidement ; l'indexation garantit une protection durable du pouvoir d'achat.
Mesure 3 — Réduire la facture des femmes
Un ajout vise à compléter la mesure par deux leviers concrets : augmenter le financement des maisons d'hébergement selon les besoins réels et régionaux, et lutter contre la précarité du travail via le renforcement des normes, du droit à la syndicalisation et des recours contre les abus. Le CAP argue que l'égalité économique des femmes passe aussi bien par des services de protection bien financés que par de meilleures protections en emploi.
Mesure 4 - Réduire les inégalités de revenus
Mesure 5 — Réformer la fiscalité pour que toustes contribuent à leur juste part
Le premier amendement abaisse le seuil de la taxe sur les grandes fortunes de 25 à 5 millions de dollars, en excluant les fermes familiales exploitées, les outils de travail non spéculatifs et l'épargne-retraite ordinaire. L'argumentaire est que le seuil actuel est si élevé qu'il laisse presque intact le principal mécanisme de reproduction des inégalités — le transfert intergénérationnel des grandes fortunes — d'autant qu'il n'existe pas d'impôt sur les successions au Québec.
Le deuxième amendement ajoute une augmentation de la progressivité de l'impôt sur les profits des multinationales et des industries polluantes, l'abolition des échappatoires fiscales et le renforcement des moyens publics contre la fraude fiscale. Il s'agit, selon le CAP, de compléter la réforme en s'attaquant aussi aux mécanismes qui permettent aux grandes entreprises d'éviter l'impôt.
Le troisième amendement propose la création d'une banque publique pour financer les projets collectifs et encadrer les investissements publics dans le secteur privé, réduisant ainsi la dépendance de l'État aux institutions financières privées.
Mesure 6 Établir un droit universel à un revenu décentralisation
Mesure 7 Rémunérer les stages
Bloc 3 — Environnement . transition socioécologique et transports
Mesure 1 — Mettre l'environnement au cour de notre modèle de développement social et économique
Le CAP propose de remplacer entièrement la mesure par trois engagements. D'abord, une réduction des GES d'au moins 55 % d'ici 2030 et la carboneutralité au plus tard en 2040 — bien au-delà des cibles actuelles héritées du gouvernement Couillard et reconduites par la CAQ, jugées incompatibles avec les recommandations du GIEC. Ensuite, des plans de transition nationaux et régionaux visant une décroissance démocratiquement planifiée de certaines industries, confiés à un Conseil national de la transition incluant société civile et Premières Nations. Enfin, la garantie de reconversion industrielle et de maintien du revenu pour les travailleuses et travailleurs affectés, avec un principe de zéro perte d'emploi nette par région. L'argumentaire rejette la logique de « croissance verte » comme insuffisante et réclame une rupture claire avec les limites planétaires.
Mesure 2 — Offrir des transports collectifs efficaces et accessibles
La proposition remplace la mesure existante par un engagement à la gratuité universelle des transports collectifs sur l'ensemble du territoire, incluant la nationalisation du transport interrégional par autobus et des réseaux ferroviaires, le développement d'une filière industrielle publique de matériel roulant (autobus électriques, tramways, trains régionaux), et la fin de tout nouveau projet autoroutier favorisant l'étalement urbain. Le CAP soutient que la simple réduction tarifaire reste dans une logique marchande et que seule la gratuité provoque un véritable report modal de l'automobile vers le transport collectif.
Mesure 3 — Faire payer les industries polluantes et gaspilleuses
La mesure est entièrement remplacée pour exiger des compensations financières substantielles et la réparation intégrale des dommages environnementaux et sanitaires, l'abolition immédiate des subventions aux énergies fossiles, la fin planifiée du gaz naturel avec reconversion des travailleurs du secteur, l'interdiction de tout nouveau projet de transport ou transformation d'hydrocarbures, et le refus catégorique du nucléaire sous toutes ses formes, y compris les petits réacteurs modulaires. L'argumentaire dénonce la logique du pollueur-payeur comme insuffisante, car elle présuppose que les grandes industries peuvent continuer d'exister sous leur forme actuelle.
Mesure 4 — Adapter les territoires aux nouvelles réalités climatiques
Des ajouts précisent que les chantiers d'adaptation doivent être confiés aux communautés locales et autochtones avec financement national garanti, que le droit au relogement digne doit être garanti pour les populations des territoires devenus inhabitables, et que des normes contraignantes de reconstruction écologique (isolation, matériaux biosourcés, gestion des eaux) doivent s'appliquer à tous les bâtiments. La révision des règles d'urbanisme pour intégrer les projections climatiques jusqu'à 2100 est aussi demandée. Le CAP critique l'absence dans la plateforme actuelle de toute référence à la responsabilité des grands pollueurs.
Mesure 5 — Protéger les territoires et les communautés
Trois ajouts revendiquent : la reconnaissance d'un droit de veto réel (et non consultatif) des Premières Nations sur tout projet industriel ou extractif sur leurs territoires, avec cogestion et partage équitable des revenus ; la nationalisation et socialisation des grandes entreprises forestières et minières, soumises à un contrôle démocratique incluant travailleurs, communautés locales et Premières Nations ; et la fin des coupes à blanc au profit d'une gestion écosystémique favorisant la biodiversité. L'argumentaire soutient que protéger 30 % du territoire sans remettre en cause les régimes d'exploitation sur les 70 % restants revient à circonscrire géographiquement la prédation sans l'éliminer.
Mesure 6 — Soutenir notre agriculture et nos pêches pour assurer une alimentation de proximité
En plus d'un ajout terminologique valorisant les « petites productrices et petits producteurs », quatre nouvelles propositions sont avancées : créer des entreprises publiques et coopératives pour les intrants biologiques, interdire les brevets sur le vivant et garantir l'accès libre aux semences ; créer une caisse nationale publique de financement agricole à taux réduit ; mettre en place un programme national de sortie de l'élevage industriel intensif au profit d'élevages extensifs et de protéines végétales ; et interdire les importations agricoles ne respectant pas les normes québécoises, par réciprocité des normes. Le CAP argue que la crise agricole est liée à l'endettement structurel, aux monopoles des intrants et à l'absence de régulation sur l'élevage industriel — principales sources de GES agricoles.
Mesure 7 — Interdire les nouveaux pipelines et protéger la souveraineté énergétique du Québec
Quatre ajouts sont proposés : démocratiser Hydro-Québec par des conseils d'administration majoritairement composés de représentant·es des travailleurs et usagers, des assemblées publiques régionales et un droit de veto des communautés ; soutenir les municipalités dans le développement de micro-réseaux locaux sous contrôle public et coopératif ; lancer un programme public d'efficacité et de sobriété énergétique incluant rénovation thermique et normes de construction passive, financé par une fiscalité progressive ; et nationaliser l'ensemble du secteur des énergies renouvelables (éolien, solaire, géothermique). L'argumentaire dénonce le modèle actuel où Hydro-Québec achète l'électricité de privés à prix garantis, socialisant les risques tout en privatisant les profits.
Bloc 6 — Indépendance inclusive, féminisme, vivre-ensemble et amour du Québec
Mesure 1 — Favoriser une indépendance inclusive
Deux ajouts précisent la vision solidaire : élire au suffrage universel une assemblée constituante paritaire et représentative, ouverte à la participation des peuples autochtones tout en protégeant leur droit à l'autodétermination ; et proposer activement le projet de société de QS — fondé sur ses principes fondateurs — comme la seule perspective crédible pour une indépendance véritable. Le CAP souligne que la plateforme actuelle est silencieuse sur la composition de l'assemblée, et que le second ajout permet de différencier QS des autres partis qui réduisent le débat à la seule question référendaire, sans transformation sociale.
Mesure 2 — Accélérer le processus de citoyenneté pour tous les résidents permanents au jour ! De l'indépendance
Un ajout propose d'accorder la citoyenneté à tous les résidents permanents dans le cadre de la démarche constituante, de façon constitutionnellement garantie afin qu'aucune majorité parlementaire ultérieure ne puisse y revenir. L'argumentaire est que les personnes résidentes permanentes doivent avoir le droit de décider de la constitution du pays souverain dans lequel elles vivront.
Mesure 3 — Célébrer notre culture et notre langue
Plusieurs modifications et ajouts : étendre la Loi 101 à toutes les entreprises de dix personnes employées et plus en faisant porter le fardeau de conformité sur les employeurs ; créer un modèle universel de sécurité du revenu pour les artistes et travailleuses et travailleurs autonomes du secteur culturel, sans distinction d'origine ou de statut ; investir massivement dans des services publics de francisation universels et gratuits ; et améliorer la reconnaissance des diplômes étrangers pour combattre la déqualification professionnelle des personnes immigrantes. Le CAP soutient que cette déqualification est le principal obstacle réel à l'intégration en français au marché du travail.
Mesure 4 — Protéger les droits des femmes et l'accès à l'avortement
Un ajout propose d'abroger les lois 9, 21 et 94, dont les effets concrets sont d'exclure des femmes racisées et musulmanes de l'emploi, de l'éducation et de la vie publique. L'argumentaire défend un écoféminisme universel fondé sur les oppressions entrecroisées — sexiste, raciste et capitaliste — qui ne sélectionne pas ses bénéficiaires selon l'origine ou la religion, et qui se démarque explicitement de l'orientation identitaire de la CAQ et du PQ.
Mesure 5 — Lutter contre le racisme et pour la solidarité
Deux ajouts demandent l'abrogation des lois 9, 21, 84 et 94, jugées comme le socle législatif d'un nationalisme identitaire conservateur, et la promotion d'une politique d'intégration fondée sur les droits universels et l'apprentissage du français comme outil d'émancipation. Le CAP soutient qu'une indépendance inclusive est incompatible avec une définition de la nation fondée sur la conformité culturelle imposée.
Mesure 6 — Assurer une Immigration humaine et solidaire
Un ajout réclame la régularisation massive des personnes sans-papiers par l'octroi du statut de résident permanent, pour éviter la création de couches sociales surexploitées et sans droits. Le CAP critique l'invisibilisation de ce groupe dans la plateforme actuelle.
Mesure 7 — Reconnaître les Centres d'amitié autochtones comme partenaires stratégiques
Un ajout réclame la reconnaissance pleine du droit à l'autodétermination des Premières Nations et Inuit, y compris le droit de ne pas participer au processus constituant, et l'engagement dans un processus de restitution territoriale réelle allant au-delà de la simple cogestion. Le CAP souligne que les enjeux de réconciliation et de restitution territoriale doivent être rendus visibles et concrets dans la plateforme.
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Retour sur la fermeture des entrepôts d’Amazon au Québec en 2025
Rédigée par David Chapdelaine et Martin Gallié, cette 11e chronique des Conflits du travail du GIREPS se penche sur la fermeture des entrepôts d'Amazon au Québec en 2025, survenue dans un contexte de montée des efforts de syndicalisation.
L'objectif de cette chronique est de faire ressortir deux éléments.
Premièrement, en fermant ses entrepôts au Québec, Amazon a de nouveau privilégié et encouragé le recours à la sous-traitance au Québec et au travail dit « autonome ». Cette pratique contribue à miner le droit du travail, la liberté syndicale et plus généralement le salariat. Elle participe alors à opposer les travailleurs et les travailleuses salariés de Postes Canada à ces travailleurs et travailleuses précaires, aux conditions de travail inacceptables. Elle encourage concrètement le moins-disant social et participe à miner le service public de livraison.
Deuxièmement, cette remise en cause du droit du travail, de la liberté syndicale et du service public, n'a suscité aucune contestation notable de la part des deux niveaux de gouvernement. Ces attaques s'inscrivent de fait dans la continuité de celles menées par les deux niveaux de gouvernement contre la législation du travail et les services publics.
Difficile alors de ne pas constater une complémentarité évidente, entre les pratiques d'Amazon et celles de nos gouvernants.

Université McGill : près de 50 % du personnel académique à temps plein désormais syndiqué
Montréal, le 9 avril 2026 – Le Tribunal administratif du travail confirme aujourd'hui l'accréditation de l'Association mcgilloise de professeur·es de science (AMPS), le sixième syndicat à se joindre aux efforts de négociations entre le Conseil fédéré des associations mcgilloises de professeur·es et bibliothécaires (COFAM) et l'Université McGill.
Composée de près de 300 syndiqué·es, l'AMPS représente le deuxième plus grand syndicat facultaire de l'Université McGill. « Nous sommes impatients de nous joindre aux négociations en cours et d'ajouter notre voix aux efforts collectifs pour obtenir de meilleures conditions », mentionne le président par intérim, Louigi Addario-Berry.
Pour le COFAM, qui est à la table de négociation avec l'Université McGill depuis plusieurs mois, ce nouveau syndicat ajoute un poids considérable aux négociations en cours. « En se syndiquant, la Faculté de science et les cinq autres associations facultaires syndiquées représentent maintenant près de 50% du personnel académique à temps plein employé par l'Université McGill, ce qui crée un rapport de force majeur à la table de négociation », explique Kirsten Anker, porte-parole du COFAM.
À propos des négociations en cours
Le COFAM est en négociation avec l'Université McGill au sujet de demandes non pécuniaires depuis plusieurs mois. Les discussions portent sur des enjeux qui concernent tous les membres du COFAM, qu'il s'agisse de professeur·es avec des postes menant à la permanence, de bibliothécaires ou d'autres membres du personnel enseignant, notamment les chargé·es d'enseignement.
Les revendications non pécuniaires à l'étude comprennent l'amélioration des pratiques et réglementations relatives à la permanence ; les nominations et reconductions ; les promotions ; ainsi que d'autres questions essentielles à l'amélioration des conditions de travail de l'ensemble du personnel enseignant, y compris les membres contractuels, qui constituent le groupe le plus précaire.
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Défendre les soins publics, d’un océan à l’autre
Le 17 avril dernier, nous soulignions un moment clé de notre histoire collective : l'adoption, en 1984, de la Loi canadienne sur la santé. Une loi qui peut sembler technique, mais qui repose sur une idée profondément simple : au Canada, on devrait pouvoir recevoir des soins selon ses besoins, pas selon sa capacité de payer.
Universalité. Accessibilité. Équité.
Trois principes qui, depuis plus de 40 ans, façonnent le système de santé canadien. Trois principes qui font en sorte que, peu importe notre situation, on devrait pouvoir se faire soigner sans sortir sa carte de crédit.
Mais aujourd'hui, ces fondations sont ébranlées.
Quand le privé s'invite… et change les règles
En Alberta, l'adoption du projet de loi 11 marque un tournant préoccupant.
En permettant aux médecins de pratiquer dans le réseau public tout en facturant des frais aux patientes et patients, on ouvre la porte à un système à deux vitesses.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Que certaines personnes pourraient être soignées plus rapidement… simplement parce qu'elles ont les moyens de payer.
C'est exactement le type de dérive que la Loi canadienne sur la santé cherchait à éviter.
La United Nurses of Alberta, le syndicat des infirmières en Alberta, tire la sonnette d'alarme et dénonce des politiques qui risquent d'affaiblir le réseau public, de détourner des ressources déjà limitées et d'accentuer les inégalités d'accès aux soins.
Le Québec n'est pas à l'écart
On pourrait croire que ce débat se joue loin d'ici, mais au Québec aussi la question du rôle du privé revient avec insistance. La nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, a récemment évoqué la volonté « d'utiliser davantage le privé » pour améliorer l'accès aux soins.
Or, nombre d'études ont montré que ce type d'approche comporte des risques bien réels : concurrence pour le personnel, fragmentation des services, affaiblissement du réseau public.
La vraie solution : renforcer le réseau public
Dans ce contexte, il faut revenir à l'essentiel : la solution durable passe par un réseau public fort.
Un réseau où les conditions de travail permettent de retenir les professionnelles en soins. Un réseau où les équipes sont stables. Un réseau où l'accès aux soins ne dépend pas du portefeuille.
La solidarité entre professionnelles en soins dépasse les frontières provinciales. Lorsque les infirmières de l'Alberta se lèvent pour défendre leur système public, elles défendent aussi les valeurs que nous portons ici, au Québec.
Aujourd'hui, nous saluons leur courage et leur leadership.
Et nous réaffirmons, avec elles, une conviction simple : les soins de santé doivent rester un droit, pas un privilège.
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Avi Lewis ne divise pas le NPD : il se le réapproprie
L'histoire du parti, souvent édulcorée dans la mémoire collective, pointe vers une orientation bien plus radicale
7 avril 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : David Lewis (à gauche) et Stephen Lewis (au centre) félicitent Ed Broadbent (à droite) lors de la séance d'ouverture du congrès provincial du NPD de 1978 à Toronto. Photo gracieusement fournie par les archives du Toronto Star.
https://canadiandimension.com/articles/view/avi-lewis-isnt-breaking-the-ndphes-reclaiming-it
/ 7 avril 2026 / 7 min de lecture
Avi Lewis vient à peine de prendre les rênes du NPD fédéral que la réaction des commentateurs traditionnels est déjà, comme on pouvait s'y attendre, exagérée. En l'espace d'une semaine, les commentateurs de droite l'ont présenté à la fois comme politiquement insignifiant et comme une menace existentielle pour le pays — un dangereux « communiste » et un protecteur d'antisémites dont l'ascension annonce quelque chose de profondément sinistre. La contradiction serait amusante si elle n'était pas si révélatrice.
Les détracteurs affirment que Lewis représente une rupture avec les valeurs traditionnelles du NPD, que la vieille garde du parti a été balayée et remplacée par une sorte de « marxisme woke » qui aurait troublé Tommy Douglas. Même certains points de vue moins alarmistes présentent sa victoire comme l'aboutissement d'une longue lutte interne, l'aile gauche du parti ayant finalement pris le dessus sur son aile traditionnelle. Andrew Coyne, par exemple, a suggéré que ce moment équivaut à un triomphe tardif de la faction Waffle sur la direction dominante du parti, autrefois dirigée, ironiquement, par le propre grand-père de Lewis, David Lewis :
Quelque part, James Laxer verse une larme nostalgique. Aux côtés de Mel Watkins, Cy Gonick et d'autres, M. Laxer a dirigé la faction radicale des Waffle au sein du NPD fédéral à la fin des années 1960 et au début des années 1970, dont la mission était de faire basculer le parti nettement à gauche.
Ils prônaient la nationalisation des grandes industries, des limites strictes à la propriété étrangère, une forte augmentation des impôts pour les riches et, ce qui était peut-être le plus controversé, le retrait de l'OTAN. Ils étaient organisés, disciplinés et intransigeants : un parti au sein du parti.
Ils inquiétaient tellement la direction du parti qu'ils finirent par en être exclus. Je crois que le nom du chef était… non, ne m'aidez pas… c'était… Ah oui : David Lewis.
Il y a cependant plusieurs problèmes avec l'affirmation de Coyne selon laquelle Lewis représente une rupture avec le parti de son père et de son grand-père. Il est vrai que les Waffle ont défié l'establishment du NPD et défendu un programme résolument de gauche. Mais l'idée selon laquelle ils s'opposaient farouchement à une élite centriste du parti ne tient pas la route.
Le fossé idéologique entre les Waffle et le NPD dans son ensemble, bien que réel, a souvent été exagéré. Même si les dirigeants du parti ont repoussé cette faction, le NPD traditionnel des années 1960 et 1970 est resté fermement attaché aux principes du socialisme démocratique. En fait, sous la direction de Tommy Douglas, Ed Broadbent et David Lewis, entre autres, le parti était à bien des égards plus explicitement socialiste qu'il ne l'est aujourd'hui — même sous sa nouvelle direction.
Cela signifie que la version du socialisme démocratique d'Avi est fermement ancrée dans une histoire du NPD plus radicale que ne le réalisent la plupart des commentateurs.
On a beaucoup parlé de l'objectif de Lewis d'étendre la propriété publique au Canada par l'introduction d'options publiques dans des secteurs allant de l'alimentation aux télécommunications. Pour être clair, Lewis ne propose pas une nationalisation totale de ces industries, mais plutôt l'ajout d'alternatives publiques aux côtés des prestataires privés. Cette approche était courante au sein du NPD traditionnel des années 1970, même si les dirigeants du parti de l'époque étaient souvent plus disposés que Lewis à soutenir ouvertement une nationalisation plus large et l'idée d'une économie planifiée. Cette perspective était évidente même chez Tommy Douglas qui, dans son dernier discours en tant que chef du NPD en 1971, a présenté une vision socialiste ambitieuse pour le Canada. S'appuyant sur l'expérience de la Seconde Guerre mondiale, il a fait valoir que le pays avait déjà démontré sa capacité à organiser efficacement une grande partie de l'économie, réalisant ce que l'entreprise privée n'avait pas réussi à faire jusqu'alors :
Le gouvernement a mis sur pied plus d'une centaine de sociétés d'État. Nous avons fabriqué des produits qui n'avaient jamais été fabriqués auparavant. Nous avons garanti des prix à nos agriculteurs et à nos pêcheurs, et ils ont produit plus de denrées alimentaires que nous n'en avions jamais produit en temps de paix. Nous avons construit la troisième plus grande marine marchande au monde et nous l'avons dotée en équipage. Afin d'empêcher la spéculation et l'inflation, nous avons fixé les prix, et nous avons fait tout cela sans emprunter un seul dollar à l'extérieur du Canada. Mon message au peuple canadien est le suivant : si nous avons pu mobiliser les ressources financières, matérielles et humaines de ce pays pour mener une guerre victorieuse contre la tyrannie nazie, nous pouvons, si nous le voulons, mobiliser ces mêmes ressources pour mener une guerre permanente contre la pauvreté, le chômage et l'injustice sociale.
Dans l'esprit de Douglas, il est devenu évident que le NPD ne devait pas limiter son cadre politique à des ajustements mineurs. Le NPD ne devrait même pas limiter son horizon à l'adoption de programmes sociaux solides qui laissaient le capitalisme en place. L'objectif ne doit être rien de moins qu'une économie planifiée :
Nous disposons au Canada des ressources, du savoir-faire technique et d'une population travailleuse qui pourraient faire de ce pays une terre formidable si nous étions prêts à réunir ces différents facteurs pour construire une économie planifiée dédiée à satisfaire les besoins humains et à répondre aux aspirations humaines.
Ainsi, alors que beaucoup affirment que le NPD moderne aurait alarmé Tommy Douglas en raison de son virage à gauche, les archives historiques suggèrent que Douglas prônait en fait une vision plus large du contrôle public qu'Avi Lewis. Une dynamique similaire est observable dans les discussions sur les syndicats et la démocratie économique, un thème étroitement associé à Ed Broadbent pendant son mandat de chef du parti. Comme je l'ai soutenu ailleurs, Broadbent affirmait que le Canada ne pouvait être pleinement démocratique sans étendre les principes démocratiques au lieu de travail lui-même.
Certaines de ses idées politiques rejoignent celles de Lewis, notamment en ce qui concerne l'encouragement de la propriété des travailleurs dans les situations où les entreprises ont recours à la sous-traitance. Cependant, Broadbent est allé plus loin que Lewis sur la question de la syndicalisation automatique. Alors que Lewis met l'accent sur la facilitation de la syndicalisation par le biais d'une réforme du droit du travail, la position de Broadbent poussait le concept bien plus loin :
Tout comme un autochtone dans une nation moderne n'est pas tenu de décider s'il souhaite ou non devenir citoyen d'un pays, de même, sur un lieu de travail, les travailleurs ne devraient pas être tenus de justifier la création d'un syndicat. Cela devrait être un droit automatique, c'est-à-dire qu'aucun soutien minimum ne devrait être exigé avant qu'une section syndicale puisse être créée. Les syndicats devraient exister là où il y a des travailleurs, tout comme les citoyens existent là où il y a des nations.
Même sur la question de l'imposition des riches, l'approche de Lewis pourrait être qualifiée de plus modérée que celle qu'envisageait autrefois son grand-père. Cela ne veut pas dire qu'Avi Lewis élude la question. Il soutient notamment une hausse de l'impôt sur les plus-values, un impôt sur la fortune et un impôt sur les bénéfices exceptionnels. Mais à la fin des années 1970, David Lewis plaidait ouvertement en faveur d'une approche plus explicitement punitive de l'imposition de la fortune, y compris l'idée d'un revenu maximal. Dans un discours prononcé en 1979 devant la Fédération du travail de l'Ontario, il a clairement indiqué que la fiscalité ne visait pas seulement à financer les programmes sociaux, mais aussi à limiter la concentration du pouvoir économique : « On ne peut pas gagner beaucoup d'argent en leur retirant leurs revenus, mais on peut instaurer une attitude entièrement nouvelle dans la société canadienne en leur retirant cela. »
Plus concrètement, David Lewis a cité des exemples tels que celui d'un avocat d'affaires gagnant 336 000 dollars (environ 1,4 million de dollars actuels) et a fait valoir que personne ne devrait percevoir un revenu d'un tel niveau. Il s'est montré encore plus critique à l'égard des revenus de l'ordre de 500 000 dollars (environ 2,1 millions de dollars aujourd'hui), en posant la question suivante : « De quel droit, selon quelle logique un homme dans ce pays mérite-t-il […] un revenu d'un demi-million de dollars par an ? » S'il reconnaissait qu'un certain degré d'inégalité était inévitable, sa tolérance à cet égard était relativement limitée : « Si Ian Sinclair est si compétent, il peut toucher 36 000 dollars par an, mais pas 336 000 dollars par an. » Par implication, cela revenait à soutenir un plafond effectif des revenus — ce qui correspondrait à environ 1,5 million de dollars en termes actuels. C'est une position qui va bien au-delà de ce qu'Avi Lewis propose actuellement, et sans doute plus radicale que ne l'auraient anticipé même certains Wafflers.
Prises ensemble, ces comparaisons aident à clarifier qu'Avi Lewis n'est pas un cas isolé coupé des racines du parti, comme le suggèrent certains critiques. Au contraire, bon nombre de ses idées trouvent leur origine dans des décennies d'histoire du NPD, et dans certains cas remontent jusqu'aux débuts de la tradition du CCF. Vu dans ce contexte, Lewis peut apparaître moins comme une rupture radicale et davantage comme une continuité — voire, à certains égards, comme une approche relativement pragmatique par rapport aux générations précédentes de dirigeants du parti.
Cela met également en évidence une tendance plus générale. Des personnalités telles que Tommy Douglas, Ed Broadbent et la famille Lewis sont largement respectées dans tout le spectre politique, au point que Douglas a été désigné « le plus grand Canadien ». Pourtant, cette admiration transpartisane s'accompagne souvent d'une mémoire sélective. Les commentateurs libéraux et conservateurs qui louent ces figures en tant qu'icônes nationales ont tendance à minimiser leurs engagements explicitement socialistes. On se souvient de Douglas comme du père de l'assurance maladie, mais pas pour son plaidoyer en faveur d'une planification économique globale. On se souvient de Broadbent comme d'un défenseur de principe des « gens ordinaires », plutôt que comme de quelqu'un qui plaidait pour l'extension de la démocratie sur le lieu de travail. Et on se souvient de David Lewis pour s'être opposé à la faction Waffle, plutôt que pour avoir soutenu des propositions fiscales qui auraient imposé des limites strictes aux très hauts revenus.
En ce sens, les affirmations selon lesquelles le NPD aurait autrefois été le fief d'une gauche « modérée » reposent sur une lecture quelque peu édulcorée de son histoire. Lewis fait peur aux défenseurs du statu quo, non pas parce qu'il est déconnecté de l'histoire du NPD, mais parce qu'il y est fermement ancré.
Christo Aivalis est commentateur politique et historien, titulaire d'un doctorat en histoire canadienne de l'Université Queen's. Ses articles ont été publiés dans Jacobin, The Breach, Ricochet, Maclean's, le Globe and Mail et le Washington Post.
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Les audiences débutent pour la plus grande arrestation collective de manifestants pro-Palestine au Canada
Quarante-quatre (44) manifestant-e-s pro-Palestine comparaissent à la cour municipale cette semaine pour contester des accusations de méfait criminel pour avoir participé à un sit-in dans une succursale de la Banque Scotia au printemps 2024.
Cette semaine marque le début de 15 dates d'audience prévues en avril et en mai. Les coaccusé-e-s et leurs avocat-e-s présentent une requête à la Couronne faisant valoir que leurs droits garantis par la Charte ont été violés lors de leur détention et des arrestations qui ont suivi, au cours desquelles ils ont été pris en souricière, détenus illégalement harcelés par le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM). Les avocat-e-s du groupe soutiennent que l'ensemble de ces faits constituent des exemples de discrimination politique.
CONTEXTE :
Au printemps 2024, les coaccusé-e-s ont tenu un sit-in dans une succursale de la Banque Scotia à Montréal pour exiger que la banque désinvestisse d'Elbit Systems, un fabricant d'armes israélien. Les manifestant-e-s ont été soumis à une arrestation et une détention collective, incluant des mauvais traitements de la part du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), et ont par la suite fait l'objet d'accusations criminelles. À ce jour, il s'agit de la plus grande arrestation collective d'activistes pro-palestiniens au Canada depuis octobre 2023.
Au moment du sit-in, la Banque Scotia était le plus grand bailleur de fonds d'Elbit Systems au Canada et figurait parmi ses 5 plus grands actionnaires à l'échelle mondiale. En tant que plus grande entreprise d'armement d'Israël, Elbit Systems produit 80 % des armes et 85 % des drones destinés aux Forces d'occupation israéliennes. Elbit Systems fait la publicité de ses armes comme étant « testée au combat » sur les Palestinien-ne-s à Gaza, et joue un rôle important dans l'armement du génocide en cours en Palestine, qui a détruit les infrastructures physiques et tué plus de 72 000 Palestinien-ne-s à Gaza, tout en forçant de nombreux autres à se déplacer de force. Pour cette raison, la Banque Scotia et Elbit Systems sont devenus des cibles majeures du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et font l'objet d'une campagne toujours en cours impliquant des rassemblements, des sit-ins, des annulations massives de comptes et des actions directes à travers le Canada. En raison de la pression croissante, la Banque Scotia s'est entièrement désinvestie d'Elbit Systems en février 2026.
« La plupart des gens ne savent pas que leur banque investit dans des armes qui sont larguées sur des civils à Gaza. Combien d'entre eux l'accepteraient s'ils le savaient ? Les sit-ins comme le nôtre et la campagne de désinvestissement plus large sont nécessaires et ont réussi à faire pression sur la Banque Scotia pour qu'elle désinvestisse d'Elbit Systems. Quand nous perdons notre droit de manifester, nous perdons notre droit de changer les choses », déclare Harar, l'un-e des coaccusé-e-s.
Les coaccusé-e-s appellent au soutien du public, soulignant que leur arrestation collective est emblématique du phénomène plus large de criminalisation du militantisme de solidarité avec la Palestine. Ils et elles soutiennent que leur arrestation collective pointe vers un pattern de sur-poliçage du militantisme pour les droits des Palestinien-ne-s durant un génocide en cours bien documenté, et contribue à un climat de répression politique.
« Protester contre un génocide ne devrait pas être un crime. Ce groupe se bat pour le droit des Palestiniens à vivre en paix et pour le droit des Québécois-e-s à exprimer leurs opinions politiques », a déclaré Barbara Bedont, l'avocate représentant les coaccusé-e-s.
Maral, une autre coaccusée, affirme : « Il est important que lorsque nos institutions échouent à respecter le droit international et participent à des crimes de guerre sans aucune intervention du système judiciaire, nous, le public, les tenions responsables et utilisions notre pouvoir collectif. Cela est d'autant plus vrai lorsque nous n'avons d'autre choix que d'utiliser les services des banques pour fonctionner au quotidien. »
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9 féminicides en 2026 : Le manque de places en maisons d’aide et d’hébergement doit être la priorité du nouveau gouvernement
Montréal, le 17 avril 2026 – Au lendemain de l'annonce du 9e féminicide depuis le début de l'année, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale somme le gouvernement de prévoir la création de nouvelles places en maisons.
Malgré l'annonce de 21M$ sur 5 ans pour renforcer les services des maisons (ce qui répond à seulement 40% des besoins de consolidation des maisons existantes), le budget 2026 ne prévoyait aucune somme visant la mise sur pied de nouvelles maisons ni la reconnaissance de nouvelles places. Or la situation est critique, avec plus de la moitié des demandes d'hébergement faites à SOS violence conjugale qui ne trouvent pas de ressource appropriée.
« Les travaux du comité piloté par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) stagnent depuis des années alors que tous les signaux sont dans le rouge, dans au moins 13 des 17 régions du Québec. Quand on sait que sortir de terre une maison prend plusieurs années, il y a urgence d'agir pour enclencher les démarches. » alerte Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques.
En 2021, c'est à la suite d'une série de 8 féminicides conjugaux en 8 semaines que le gouvernement de la CAQ avait annoncé des investissements majeurs pour rattraper le retard de financement des maisons. Aujourd'hui, le Québec dénombre 9 féminicides en moins de 4 mois. Parmi les 9 femmes assassinées, 7 se trouvaient dans des régions déjà identifiées prioritaires par le MSSS depuis plusieurs années.
« Notre organisme tend la main à la nouvelle Première ministre, madame Christine Fréchette, qui s'est déjà engagée à créer des postes en maison. Nous avons besoin que son gouvernement, de même que le ou la futur.e ministre de la Santé et des services sociaux, fassent du manque de places et de services en maison leur priorité. On ne peut pas se contenter de ce qui a été fait, on doit trouver les moyens de répondre aux besoins actuels. » insiste Elise Brien, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement.
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Les femmes ont besoin d’une économie solidaire, pas d’une économie de propriétaires !
Montréal le 15 avril 2026- À l'occasion de l'assermentation de Christine Fréchette à titre de première ministre du Québec, L'R des centres de femmes du Québec tient à rappeler que les choix économiques du gouvernement auront des impacts directs sur les conditions de vie des femmes.
Dans un contexte marqué par la crise du logement, la hausse du coût de la vie et la persistance des inégalités, il est impératif de rompre avec une vision économique centrée sur la propriété individuelle comme solution universelle. Cette approche ne correspond pas aux réalités vécues par une grande partie des femmes, notamment celles en situation de précarité, qui peinent à accéder à un logement stable, sécuritaire et abordable.
Les centres de femmes constatent, partout au Québec, les effets concrets de ces choix : appauvrissement, insécurité résidentielle et augmentation des situations de violence.
« Les femmes n'ont pas besoin d'une économie qui mise sur l'accumulation individuelle et l'exclusion. Elles ont besoin d'une économie qui garantit des conditions de vie dignes, qui renforce le filet social et qui reconnaît le rôle essentiel des services publics et communautaires. » déclare Stéphanie Vallée, Cocoordonnatrice à L'R des centres de femmes du Québec
Face à ces constats, L'R appelle le gouvernement à s'engager résolument dans la construction d'une économie solidaire, qui place les besoins des personnes au cœur des décisions, reconnaît la valeur du travail invisible et soutient les services publics et communautaires autonomes.
Cela implique notamment :
– des investissements structurants dans le logement social et communautaire ;
– un rehaussement significatif et récurrent du financement des organismes communautaires autonomes ;
– une reconnaissance pleine et entière du travail des centres de femmes, notamment en matière de lutte contre les violences faites aux femmes ;
– des politiques économiques qui visent la réduction des inégalités et le renforcement du filet social.
Alors que débute ce nouveau mandat, L'R des centres de femmes du Québec interpelle directement la première ministre :
Les femmes du Québec n'attendront pas. Elles ont besoin de gestes concrets, maintenant.
Il est temps de choisir : maintenir une économie qui creuse les inégalités, ou construire une économie solidaire, à la hauteur des réalités vécues par les femmes.
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Stablex : d’importants dépassements des taux de contaminants banalisés par le gouvernement
Montréal, le 8 avril 2026- Alors qu'une quantité innombrables d'arbres ait sombré dans les dernières semaines sous la machinerie embauchée par Stablex pour préparer sa nouvelle cellule de stockage de déchets toxiques à Blainville, le ministère de l'Environnement a partagé récemment un communiqué banalisant complètement d'importants dépassements des taux de contaminants répertoriés dans ses données d'analyses des eaux souterraines et de surfaces prélevées au site de l'entreprise en 2025.
La Coalition Action déchets oxiques exige du ministère qu'il cesse de minimiser les cas de contamination et que des recherches sur la source des anomalies soient faites et communiquées à la population rapidement. Selon la Coalition, ces anomalies pourraient être un mauvais présage quant à l'usure prématurée des cellules.
Des taux plusieurs fois au-delà de la moyenne des dernières années
La Coalition a analysé les données du rapport des échantillonnages du ministère et sonne l'alarme sur d'importants dépassements du nickel et du cuivre observés en 2025. Les données montrent des taux dans l'eau bien au-delà de la moyenne des 10 dernières années dans les puits d'observations et fossés à proximité des cellules d'enfouissement de Stablex. L'ampleur des écarts par rapport aux moyennes sur 10 ans est si grande et
les anomalies étant mesurées dans plusieurs puits, que cela porte à croire à la présence potentielle d'une fuite.
Les données montrent notamment que le taux de cuivre observé en 2025 dans le puits S24, situé à 350 mètres d'un quartier résidentiel, dépasse de 269 fois les valeurs moyennes des 10 dernières années . Pour le nickel, les concentrations dans les eaux souterraines et de surface à certains points de surveillance à proximité des cellules ont augmenté de 4 à 167 fois par rapport à la concentration moyenne de nickel observée aux mêmes points de 2015 à 2024 . De plus, les données du ministère indiquent également une hausse marquée de la conductivité dans plusieurs puits en 2025- un indicateur typique de la présence accrue d'ions métalliques dans l'eau, soit exactement le type de contaminants associés aux déchets industriels traités et enfouis sur le site.
La Coalition est particulièrement inquiète d'une contamination plus large de l'eau souterraine si les vérifications et interventions ne sont pas faites rapidement. Rappelons-nous qu'une contamination des eaux souterraines est irréversible et pourtant ces eaux sont indispensables aux communautés locales. C'est pourquoi le ministère de l'Environnement doit cesser de banaliser ces anomalies qui deviendront peut-être rapidement normalité si elles ne sont pas prises au sérieux.
« Le ministère prévoit simplement observer la situation pendant les 3 prochaines années, en minimisant les impacts potentiels sur l'eau dans les alentours du site. Cette approche est irresponsable et va à l'encontre du principe de précaution qui devrait prévaloir dans ce cas-ci, compte tenu de la proximité des quartiers résidentiels et des risques pour l'eau souterraine », soutiennent les groupes.
Un legs toxique pour la population locale, et le Québec tout entier
La Coalition tient à rappeler que ces cellules de déchets dangereux sont toutes établies sur des lots appartenant au gouvernement du Québec et sont simplement louées à Stablex. Ceci implique que ce sera la population québécoise qui en sera responsable une fois que l'entreprise étatsunienne décidera d'arrêter d'y enfouir des déchets dangereux.
« Étant garant de la santé environnementale, la population est en droit de demander un meilleur suivi et bien plus de proactivité de la part du ministère de l'Environnement. Un nouvel échantillonnage indépendant devrait avoir lieu ce printemps et il doit absolument déterminer les sources de ces anomalies. Il est plus que temps de voir si les cellules sont réellement étanches, avant qu'il ne soit trop tard », martèlent les groupes.
La Coalition action déchets toxiques est formée des groupes et organismes suivants :
CAER (Coalition alerte à l'enfouissement rivière du Nord)
Eau secours
MARE(Mouvementd'action régional en environnement
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Le Mouvement Onésime Tremblay interpelle Rio Tinto et appuie entièrement les résidents de Pointe Langevin
Depuis plusieurs années, Rio Tinto cherche différentes manières de se dégager de ses responsabilités concernant l'érosion à la Pointe Langevin. Elle a notamment payé une firme de consultants, qui a identifié la Petite rivière Péribonka qui représente environ 5% du débit (de la Péribonka en volume), comme étant la source de l'érosion de la Pointe Langevin.
Pour Rio Tinto, la Petite rivière Péribonka (une rivière qu'elle ne contrôle pas) est devenue un alibi trop facile pour se disculper de ses responsabilités. Alors que Rio Tinto contrôle 60% du débit du bassin versant de la rivière Péribonka, qui représente 95 % du débit pouvant affecter l'érosion de la Pointe Langevin, le vrai coupable serait la toute petite Petite Péribonka. C'est à peine croyable, mais c'est attesté par des gens qu'on dit « scientifiques ». Pour le porte-parole du Mouvement Onésime-Tremblay, Denis Trottier qui est un des observateurs de ce milieu depuis près de 70 ans : « Ça se rapproche d'un miracle. Peut-être devrait-on penser y élever un monument commémoratif de ce miracle ».
Ce qui serait un vrai miracle, selon Denis Trottier, c'est qu'une firme de consultants
qui reçoit un contrat de plusieurs centaines de milliers de dollars fasse un rapport défavorable, responsabilisant la compagnie qui lui a donné le contrat.
Pour le Mouvement Onésime Tremblay il y a une évidence, celle de la hausse vertigineuse du débit de la rivière Péribonka, qui, sur une base annuelle, a été majoré de 500 mètres cubes, depuis la construction de ses barrages. La rivière Péribonka a de nos jours un débit moyen annuel de 612 mètres cubes. Il s'agit là du cœur du problème. Lorsque vous augmentez le débit de 500%, par le biais de vos ouvrages de production d'énergie et de leur réservoir, vous modifiez en profondeur un milieu naturel qui avait établi un équilibre fragile au fil des derniers millénaires.
Refuser de prendre ses responsabilités n'est malheureusement pas rares avec les multinationales. Chaque fois qu'elles peuvent le faire, notamment en faisant porter le fardeau aux municipalités et/ou au gouvernement, elles le font. Il n'y a qu'une chose qui compte pour Rio Tinto : c'est l'argent. Rio Tinto refuse de s'occuper du problème de la Pointe Langevin, parce que ça va coûter cher, ça va diminuer ses profits.
Au Mouvement Onésime-Tremblay, nous croyons qu'il s'agit là d'un bien mauvais calcul. Certains analystes estiment que le nom de l'entreprise équivaut à la moitié de sa valeur. Si vous avez une mauvaise réputation, vous pouvez perdre ces 50%. C'est pourquoi nous recommandons à Rio Tinto d'investir quelques millions de dollars pour réparer la Pointe Langevin, afin d'éviter des pertes beaucoup plus lourdes, associées à la mauvaise réputation qu'elle est en train de se faire. Les économies faites à court terme risquent de coûter très cher à long terme.
Nous désirons également rappeler à Rio Tinto, qu'en ce qui nous concerne, et qui concerne l'ensemble de la région, elle n'a pas rempli les conditions liées à l'octroi d'un bail supplémentaire de 25 ans sur ses installations hydroélectriques de la
Péribonka et que par conséquent, le gouvernement du Québec est en droit de reprendre ces installations. Par ailleurs, si nous acceptons d'exclure le secteur de la Pointe Langevin en ce qui regarde la responsabilité de Rio Tinto, ce sera le début d'un recul qui n'aura pas de fin. Chaque fois qu'un problème important surgira, elle va s'en laver les mains.
Pour nous, il n'y a pas de doute, tout le pourtour du lac doit être assujetti au prochain décret sur les berges, et plus particulièrement la Pointe Langevin. Selon Denis Trottier : « Chaque fois que nous accepterons que Rio Tinto se désengage de ses responsabilités elle deviendra plus riche à court terme et nous plus pauvres à long terme. C'est en se tenant debout qu'on se fait respecter, pas en étant à genoux ».
Le Mouvement Onésime-Tremblay est un mouvement citoyen qui vise la reprise en main de nos ressources électriques. C'est un bien public qui doit être exploité dans l'intérêt général et non des intérêts privés.
Source : Denis Trottier
Porte-parole du Mouvement Onésime-Tremblay
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Des découvertes fongiques inédites dans une forêt québécoise menacée par des coupes
QUÉBEC, le 15 avril 2026 — Un inventaire de biodiversité fongique réalisé dans la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière (Chaudière-Appalaches) a permis de documenter 8 espèces de champignons encore jamais identifiées dans le monde. En plus de ces découvertes potentiellement nouvelles pour la science, au moins 31 espèces de champignons y ont été identifiées pour la première fois au Québec.
Photo : François Guay, pour Mycosphaera.
Le rapport, réalisé par Mycosphaera en partenariat avec Nature Québec, souligne par ailleurs la présence de 13 espèces avec un statut de conservation préoccupant selon NatureServe et de 2 espèces considérées en péril au Québec : l'hygrophore pur (Humidicutis pura) et le mycène de Swartz (Rickenella swartzii).
La forêt dans laquelle a été réalisé l'inventaire abrite une grande concentration de forêts anciennes peu ou jamais exploitées. Elle est à l'étude par le gouvernement du Québec pour devenir une aire protégée, mais en l'absence de mesures temporaires de protection pendant l'analyse gouvernementale, certains secteurs inventoriés ont déjà été affectés par des coupes forestières. D'autres sites de même intérêt écologique pourraient l'être dans le futur.
« Ces résultats, obtenus sur une seule saison, sur un nombre limité de secteurs d'inventaire et malgré des conditions particulièrement sèches, témoignent d'une diversité fongique remarquable et viennent appuyer le dossier de candidature de ce territoire à titre d'aire protégée », explique Jonathan Cazabonne, président et cofondateur de Mycosphaera.
Une biodiversité exceptionnelle, mais vulnérable
Les vieilles forêts, comme celles retrouvées dans la Seigneurie de Lotbinière, constituent des habitats de prédilection pour plusieurs champignons, souvent rares et menacés. Or, avec la fragmentation et le recul des vieilles forêts à l'échelle du paysage, les coupes forestières menacent cette composante riche mais encore largement méconnue du patrimoine naturel québécois, et ce, malgré les multiples rôles écologiques que la fonge joue dans les écosystèmes forestiers.
« Ce qui se passe dans la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière illustre un problème plus large. Partout au Québec, des territoires d'exception dont la valeur écologique est reconnue sont exposés à diverses menaces pendant que leur protection est à l'étude ; c'est un non-sens », ajoute Marie-Audrey Nadeau Fortin, analyste Biodiversité de Nature Québec.
Elle appelle du même souffle le gouvernement du Québec à mettre en place des mesures ciblées permettant de préserver l'intégrité écologique de ces territoires, le temps que le processus d'analyse soit complété.
Un angle mort de la conservation à combler
Ce constat est d'autant plus préoccupant qu'aucune espèce fongique n'est inscrite sous la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, et que les données sur la diversité fongique demeurent très limitées au Québec.
« D'autres inventaires de biodiversité fongique doivent être menés au Québec afin de combler nos lacunes de connaissances et permettre à la fonge d'occuper enfin la place qui lui revient dans les politiques de conservation de la biodiversité et d'aménagement du territoire forestier, avant que les forêts qui l'abritent ne disparaissent avec elle », concluent les organisations signataires.
Télécharger le rapport
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L’agression contre l’Iran, accélérateur de la crise hégémonique nord-américaine
Loin de réaffirmer la puissance étatsunienne, la guerre actuelle contre l'Iran met en lumière et accélère la transition vers un ordre post-hégémonique.
11 avril 2026 | tiré de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/L-agression-contre-l-Iran-accelerateur-de-la-crise-hegemonique-nord-americaine
Au fil des dernières semaines, nous avons suivi pas à pas le développement de la guerre en cours contre l'Iran. Alors que des négociations, à l'issue incertaine, s'ouvrent au Pakistan entre Washington et Téhéran, nous entendons proposer ici un bilan provisoire de nature stratégique. Il ne s'agit pas de reconstituer les différents moments de cette guerre mais d'évaluer leurs conséquences sur la structure de l'ordre international en pleine recomposition.
Loin de confirmer la toute-puissance de Washington, le conflit avec l'Iran jette une lumière assez crue sur ses limites. Ce à quoi nous assistons, ce ne sont pas seulement des erreurs de conduite ou des décisions discutables, mais une crise plus profonde, qui combine épuisement militaire, désorientation stratégique et fragilité interne.
La puissance étatsunienne, surestimée, a montré ses limites
La guerre a montré à quel point la puissance militaire étatsunienne tend à être surestimée. À Washington – et en particulier dans l'entourage de Donald Trump – persiste l'idée selon laquelle la démonstration de force suffit à mettre au pas les adversaires et à intimider des puissances comme la Chine. Le conflit avec l'Iran révèle les limites de cette logique.
À rebours de toute démonstration de force, les États-Unis ont dû se battre dans un cadre contraint : marchés instables, opinion publique volatile et structure politique fragmentée rendant difficile la conduite de conflits prolongés avec des objectifs clairs. Le fait le plus marquant a été, précisément, la faible adhésion, en interne, à la guerre. Ce phénomène n'est pas conjoncturel. L'héritage des « guerres sans fin » consécutives au 11 septembre a laissé des traces, au sein de l'opinion publique, au sujet de toute nouvelle intervention, et cette situation pèse lourdement sur la capacité de Trump à susciter une adhésion à cette guerre. L'impact politique et moral de la guerre à Gaza, qui a relancé le débat sur l'alliance avec Israël, notamment parmi les jeunes et les secteurs progressistes, renforce ces contradictions. L'effet traditionnel de « ralliement autour du drapeau », ou d'« union sacrée » en temps de guerre, tend à s'éroder.
À ces facteurs s'ajoute un élément décisif, le recours intensif aux stocks militaires étatsuniens. Le rythme de consommation des armements – missiles de précision, systèmes de défense, plateformes navales – met au jour un appareil militaro-industriel conçu pour des guerres courtes, plutôt que pour des affrontements prolongés contre des adversaires résilients. Dès le premier mois de combats, la marine américaine aurait lancé plus de 850 missiles Tomahawk, près d'un quart de ses stocks. Le déploiement de systèmes extrêmement coûteux, comme les Patriot, pour intercepter des drones bon marché et facilement reproductibles, fait apparaître une asymétrie qui érode l'avantage technologique étatsunien.
L'ensemble de ces éléments met en évidence un problème central : l'absence de stratégie. Comme le soulignaient des conseillers militaires ukrainiens, les Américains « tirent sans réfléchir ». L'accumulation de puissance de feu ne se traduit pas en victoire. Sans objectifs clairs ni théorie de la victoire, la supériorité militaire se transforme en usure.
Plus grave encore, la guerre intensifie un malaise croissant au sein même des forces armées. Bien que le Pentagone nie l'existence de problèmes structurels, plusieurs organisations signalent un accroissement des courriers de démission de militaires souhaitant mettre fin à leur service. La démoralisation, les questionnements éthiques et l'absence de clarté stratégique alimentent une crise de cohésion susceptible d'avoir des effets durables sur l'institution militaire.
Première conséquence : la crise de l'empire maritime des États-Unis
L'un des effets les plus significatifs de la guerre est la crise de la domination maritime étatsunienne. Pendant des décennies, Washington s'est présenté comme garant du bien commun au niveau international : routes commerciales, flux énergétiques et nœuds stratégiques du commerce international. Ce rôle, hérité de l'Empire britannique, constituait le cœur de son hégémonie. Aujourd'hui, c'est ce principe même qui est remis en question. L'Iran a démontré qu'une puissance régionale peut refuser à une puissance globale l'accès à son propre voisinage. Le détroit d'Ormuz – point névralgique du système énergétique mondial – n'est plus un espace sous contrôle effectif des États-Unis.
Tout cela est lourd de conséquences : les États-Unis ne peuvent plus garantir la sécurité des principaux points de passage du commerce mondial. Ce qui est en crise, ce n'est pas seulement une capacité militaire, mais le principe même sur lequel l'hégémonie étatsunienne s'est construite après 1945. « L'empire maritime » nord-américain, fondé sur la projection navale et le contrôle des routes maritimes, montre des signes évidents d'affaiblissement. La flotte étatsunienne, longtemps symbole de suprématie, apparaît désormais incapable d'imposer l'ordre dans des régions clés du globe.
Deuxième conséquence : l'érosion de la dissuasion étatsunienne
La guerre affaiblit également la dissuasion, c'est-à-dire le mécanisme central de la puissance étatsunienne, qui lui assure la confiance de ses alliés et la crainte de ses adversaires. Une guerre longue, coûteuse et sans résultats décisifs transmet le message inverse à celui, recherché, d'une démonstration de force.
Pour les alliés, c'est l'incertitude. Si les États-Unis ne peuvent pas garantir la stabilité dans le Golfe, dans quelle mesure seraient-ils véritablement capables de tenir leurs engagements ailleurs ? À l'inverse, pour les adversaires de Washington, s'ouvre une fenêtre d'opportunité. La puissance hégémonique n'apparaît plus comme invulnérable, mais contrainte, corsetée et exposée.
Dans ce contexte, des dynamiques potentiellement déstabilisatrices se mettent en place : course aux armements, diversification énergétique et recherche d'autonomie stratégique. Le système international commence ainsi à se réorganiser non plus autour de l'hégémonie nord-américaine, mais en fonction de son affaiblissement. Plus significatif encore : loin d'agir comme facteur de stabilité, Washington commence à fonctionner comme un facteur de désordre global, sapant les fondements même de la légitimité internationale des États-Unis.
Une illustration frappante de ce tournant est l'évolution du néoconservateur Robert Kagan, éminent défenseur de la suprématie nord-américaine et ancien fervent partisan de la guerre en Irak. Dans un article récent pour The Atlantic, il affirme : « America is now a rogue superpower », une superpuissance déviante, scélérate ou, tout simplement, un État-voyou. Kagan soutient dans ce texte qu'indépendamment de la façon dont « la guerre entre les États-Unis et l'Iran prendra fin, elle a à la fois mis en évidence et exacerbé les dangers de notre nouvelle réalité multipolaire et fracturée : elle a creusé davantage le fossé entre les États-Unis et leurs anciens amis et alliés ; elle a renforcé la position des grandes puissances expansionnistes, la Russie et la Chine ; elle a accéléré le chaos politique et économique mondial ; et elle a laissé les États-Unis plus affaiblis et plus isolés qu'ils ne l'ont jamais été depuis les années 1930. »
Troisième conséquence : un tournant dans la fracture atlantique
La guerre contre l'Iran n'a pas seulement érodé la dissuasion globale des États-Unis : elle a aussi accéléré la fracture interne de l'alliance atlantique.
Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre, un conflit impulsé par Washington a rencontré un refus actif de ses principaux alliés européens. Il s'agit d'un changement majeur, qualitativement différent des désaccords autour de l'Ukraine ou des tensions commerciales sous la seconde présidence Trump. Des pays comme l'État espagnol, la France ou l'Italie ne se sont pas contentés de prendre leurs distances : ils ont bloqué l'usage de bases, restreint l'espace aérien et refusé de participer aux opérations. Même des alliés traditionnels comme la Pologne ont posé des limites explicites à leur engagement.
Il ne s'agit pas d'un désaccord tactique, mais d'une redéfinition stratégique. Contrairement à ce qui s'était produit lors des interventions en Afghanistan ou en Irak, en 2003 – intervention à laquelle seules la France et l'Allemagne s'étaient opposées –, l'Europe ne se perçoit plus automatiquement comme partie prenante des guerres étatsuniennes.
Ce découplage s'explique par plusieurs facteurs : perception d'une guerre unilatérale, crainte de ses conséquences économiques et énergétiques, et détérioration du lien politique avec Washington. Le résultat est une alliance atlantique traversée par une incertitude structurelle, où l'automaticité de l'engagement mutuel – cœur de la capacité dissuasive nord-américaine – commence à se fissurer. Face à cette situation, les différentes bourgeoisies et gouvernements européens se sentent stratégiquement orphelins, privés du principal facteur de sécurité et de stabilité depuis les grands conflits du début du XXᵉ, ce qui renforce leur sentiment de vulnérabilité.
Quatrième conséquence : les avantages de la Chine
Dans ce contexte, la Chine apparaît comme la grande bénéficiaire structurelle du conflit. Tandis que Washington consomme ses ressources, fragilise ses alliances et entame sa légitimité, Pékin avance avec une stratégie de long terme fondée sur l'expansion économique, le contrôle des chaînes d'approvisionnement et le renforcement de ses capacités industrielles.
Sa logique est claire : maintenir les forces américaines à distance de son périmètre stratégique, éviter une confrontation directe et tirer parti de l'usure de son adversaire. Dans une logique classique, il s'agit de « gagner sans combattre » : transformer la surextension américaine en ressource stratégique. Comme l'a déclaré en 2020 l'ancien ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, « au Moyen-Orient, au cours des vingt dernières années, les États-Unis se sont battus sans gagner tandis que la Chine a gagné sans se battre ». La guerre actuelle est l'exemple parfait de ce schéma.
Aujourd'hui, la Chine domine des secteurs clés de la transition énergétique et technologique (énergies renouvelables, batteries, terres rares, composants électroniques), ce qui lui confère une position privilégiée dans un contexte où la guerre accroît la demande de ressources critiques. Cette centralité productive renforce non seulement son poids économique, mais aussi sa capacité d'influence mondiale. De fait, le conflit renforce son discours international. Face à des États-Unis perçus comme déstabilisateurs, la Chine se présente comme un acteur prudent, tourné vers la stabilité et le développement.
Le recul relatif de Washington permet aussi à Pékin de se concentrer sur ses propres défis internes, à la fois économiques, sociaux et militaires, sans pression immédiate d'un affrontement direct. Pour Xi Jinping, il est essentiel de consolider la « renaissance de la nation chinoise » en vue du Congrès du Parti communiste de 2027, qui pourrait déterminer sa réélection à la tête de la République populaire, puis des élections à Taïwan en 2028, étape potentiellement décisive pour la réunification du pays, selon ses plans.
Cinquième conséquence : une source d'inspiration pour le « Sud global »
La guerre redéfinit également les imaginaires stratégiques dans le « Sud global » et repositionne l'Iran comme une référence. Loin d'apparaître affaibli, l'Iran émerge comme un exemple de résistance efficace face à une superpuissance. Sa capacité à soutenir une guerre prolongée, à encaisser les coups et à maintenir ses structures étatiques montre qu'il est possible de défier un adversaire supérieur.
Sa stratégie combine technologies accessibles (drones, missiles bon marché) et doctrine de guerre asymétrique orientée vers la guerre d'usure. Le résultat est un renversement du rapport de force : l'Iran contraint les États-Unis à dépenser des ressources disproportionnées pour neutraliser des menaces relativement peu coûteuses.
Cette capacité militaire repose sur une base économique construite pendant plusieurs décennies : une « économie de résistance » conçue pour supporter les sanctions, reposant sur une industrialisation par substitution aux importations et le maintien d'une certaine autonomie productive. Paradoxalement, les décennies d'embargo ont contribué à l'émergence de l'une des économies les plus diversifiées et industrialisées de la région. L'économie iranienne, malgré ses contraintes structurelles, a su préserver l'élan modernisateur des années 1960 et 1970, en se réappropriant le tissu industriel mis en place par la monarchie Pahlavi au service du nouveau régime. Ce tissu productif permet d'expliquer sa résilience stratégique.
Dans plusieurs domaines, la guerre a légitimé ce modèle. La technologie iranienne, éprouvée en conditions réelles, devient attractive pour des pays aux ressources limitées mais aspirant à davantage d'autonomie. Plus qu'un alignement sur Téhéran, c'est une nouvelle référence qui émerge : la possibilité de résister, de négocier et de se repositionner dans un ordre mondial plus fragmenté.
Dans un contexte où les alliances inconditionnelles avec les États-Unis ne garantissent plus les mêmes protections qu'au cours de la phase unipolaire de son hégémonie, l'expérience iranienne suggère l'existence de marges de manœuvre pour des stratégies plus autonomes. En ce sens, l'issue de la guerre constitue un défi direct lancé à des gouvernements tels que celui de Milei, en Argentine, et à d'autres gouvernements d'extrême droite qui ont misé stratégiquement sur Trump.
Reste une question historique majeure : assistons-nous au début d'un nouveau cycle de nationalismes dans le « Sud global », porté par l'affaiblissement relatif de l'hégémonie étatsunienne ? Contrairement aux cycles de nationalismes précédents, ce processus éventuel se déroulerait dans des sociétés bien plus urbanisées et en présence d'une classe ouvrière très nombreuse, ce qui entraînerait des tensions et des contraintes d'un genre nouveau.
En Iran même, l'échec stratégique de l'opération américano-israélienne a probablement offert à la théocratie iranienne une nouvelle chance de survivre. Cependant, il ne faut pas oublier que, à la différence des précédents historiques du XXᵉ siècle - où l'affaiblissement de l'État, en lien généralement avec une défaite militaire ou une invasion étrangère, avait été une condition préalable à la révolution - la révolution iranienne de 1979 a pu se développer en faisant face à l'armée du Shah, un gendarme régional efficace, qui a bénéficié du soutien des États-Unis jusqu'à la fin. Ces éléments doivent être pris en compte pour penser l'impact des attaques sur la situation intérieure en Iran. En particulier, selon certains observateurs de gauche, l'agression impérialiste n'a pas renforcé une adhésion passive au régime, mais a favorisé un haut degré d'auto-organisation sociale, visible tant dans les grandes villes que dans les zones rurales. De larges secteurs – avec un rôle prépondérant des femmes – ont agi de manière autonome. Plutôt qu'un peuple aligné sur le pouvoir, le régime semble contraint de s'appuyer sur cette mobilisation venue de la base qui a émergé, dont le maintien dans le temps devient désormais l'un des principaux défis pour consolider une trêve après les hostilités.
Conclusion : la première guerre post-hégémonique ?
Le bilan provisoire de la guerre montre une tendance claire : les États-Unis font face non seulement à des limites externes, mais à une crise plus profonde de leur condition de superpuissance. L'épuisement militaire, l'absence de stratégie et la fragmentation interne sont les symptômes d'un problème structurel. La guerre contre l'Iran accélère et rend visible cette crise. Aux yeux de ses alliés, de ses adversaires, mais aussi de l'opinion publique mondiale, son issue constitue incontestablement une humiliation pour les États-Unis, par-delà les pirouettes verbales de Trump.
Ce conflit met également en lumière un élément plus inquiétant encore pour Washington. Tandis que son modèle de puissance s'épuise, d'autres gagnent en légitimité. L'Iran n'a pas vaincu les États-Unis au sens classique du terme. Mais il a démontré quelque chose de plus stratégique, à savoir qu'il est possible de contrer, résister et de limiter la capacité d'action de la puissance impérialiste.
Si la guerre n'inaugure pas un nouvel ordre, elle accélère la fin de l'ancien. La question centrale n'est plus de savoir si d'autres puissances remplaceront les États-Unis, mais si ceux-ci peuvent encore assurer les bases matérielles et stratégiques de leur primauté. À Washington, les experts s'échinent à prédire quand et comment la Chine remplacera l'hégémonie mondiale des États-Unis, mais la véritable question est tout autre. Comme l'affirme le politologue Anatol Lieven : « Ce que l'establishment américain de la politique étrangère et de la sécurité devrait se demander, ce n'est pas si la Chine entend ravir la primauté aux États-Unis, mais si les États-Unis méritent de la conserver. » En ce sens, la guerre en Iran pourrait inaugurer l'ère de la post-hégémonie américaine. Elle ne marque pas la fin de la puissance américaine, mais elle met en évidence quelque chose de plus décisif : cette suprématie ne peut plus s'imposer sans coût, sans résistance ni, surtout, sans se heurter à des limites de plus en plus flagrantes et difficiles à dépasser.
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