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Des cennes noires pour mettre fin au « trou noir »

31 mars, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Alors que la montée du prix du pétrole et la guerre commerciale font tanguer l'économie canadienne, l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi, composée de syndicats et (…)

Alors que la montée du prix du pétrole et la guerre commerciale font tanguer l'économie canadienne, l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi, composée de syndicats et de groupes communautaires pour la défense des sans-emplois dans tout l'Est du pays, exige une réforme majeure de l'assurance-emploi et des mesures urgentes pour soutenir les multiples oublié-es de l'assurance-emploi, et en particulier les travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière.

Tiré de l'infolettre CSN En Mouvement

Photo :Présence de la CSN au Parlement du Canada.

Une délégation d'une vingtaine de personnes provenant de plusieurs provinces est aujourd'hui à Ottawa afin de livrer un message clair au ministre des Finances : il y a urgence d'agir pour nos régions ! Munis de jarres remplies de cennes noires, les membres de l'Alliance rappellent que mettre fin au « trou noir » de l'assurance-emploi ne coûterait que… quelques cennes.

Un système qui abandonne nos régions

Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse ou Terre-Neuve : partout dans l'Est du Canada, les travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière se retrouvent chaque année sans revenu pendant plusieurs semaines à cause de paramètres administratifs mal adaptés aux réalités des régions. Pourtant, ces personnes occupent des emplois essentiels à l'économie régionale : pêche, transformation du poisson, foresterie, construction, tourisme, pourvoiries, lutte contre les incendies… Le problème est connu : entre la fin des prestations d'assurance-emploi et le retour au travail, un vide se crée. C'est ce que l'on appelle le « trou noir ».

La coalition réclame une réforme en profondeur de l'assurance-emploi afin d'en élargir l'accès et de mieux contrer les aléas du travail saisonnier. À court terme, elle demande la prolongation et l'amélioration du projet-pilote qui prend fin en octobre 2026 et octroie cinq semaines supplémentaires de prestations aux travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière. Les différents groupes demandent que cette mesure soit non seulement maintenue, mais pérennisée et bonifiée de 15 semaines.

L'Alliance apporte l'argent nécessaire au ministre Champagne

Pour dénoncer l'inaction du gouvernement face à ce problème de longue date, l'Alliance interprovinciale a apporté des cennes noires récoltées auprès des employeurs, des travailleuses et travailleurs et de la population des régions concernées.

« En apportant nos cennes noires au ministre Champagne, on veut rappeler que le problème du “trou noir”, ce n'est pas un problème financier ni une fatalité, mais un manque de volonté politique. Les 15 semaines supplémentaires dont bénéficieraient les travailleuses et les travailleurs de l'industrie saisonnière ne coûteraient qu'une cenne par 100 $ de revenu. Alors, voici les cennes : on attend maintenant l'action politique ! », déclare Fernand Thibodeau, porte-parole de l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi.


Des travailleuses et des travailleurs laissés pour compte

Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles. Des travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière et des membres de l'Alliance sont venus témoigner pour que les députés comprennent la réalité en région :

« Le système d'assurance-emploi actuel nous abandonne complètement. On exige des heures impossibles à atteindre et on réduit nos prestations avec des calculs injustes. Les travailleuses et travailleurs de la mer méritent mieux », témoigne Mandy Symonds, de la Nova Scotian Seasonal Workers Association.

« On fournit le bois, le poisson et une destination touristique au Québec. On aime notre travail. Tout ce qu'on demande, c'est de pouvoir passer l'hiver dignement », souligne Audrey Boulianne, travailleuse de l'industrie saisonnière à Tadoussac.

« Les travailleuses et travailleurs saisonniers méritent un régime d'assurance-emploi qui tienne compte de leur véritable saison de travail et de la stabilité de l'emploi dans leur région, et non des taux en constante évolution. Il est essentiel de moderniser l'assurance-emploi et d'y ajouter des mesures de soutien en cas de crise pour protéger les communautés rurales et côtières », rappelle Johan Joensen, représentant de Fish, Food and Allied Workers Union (FFAW-Unifor) à Terre-Neuve-et-Labrador.

Une réforme nécessaire pour tous les citoyens

« De moins en moins de travailleuses et travailleurs sont couverts par l'assurance-emploi, alors même que le chômage augmente. Le gouvernement doit régler ce problème. La CSN salue la décision du gouvernement de prolonger les mesures temporaires pour faire face à la crise tarifaire, dont l'octroi de 20 semaines supplémentaires pour les travailleuses et travailleurs de longue durée, mais dénoncent que trop peu y aient accès. Par exemple, les jeunes, souvent les premiers mis à pied, n'ont pas droit à cette mesure », affirme David Bergeron-Cyr, vice-président de la CSN.

« Le régime actuel continue d'exclure celles et ceux qui en ont le plus besoin. Il est temps d'avoir le courage politique de faire une réforme en profondeur », ajoute Olivier Carrière, secrétaire général de la FTQ.

Pour l'Alliance, la question dépasse largement l'assurance-emploi : elle touche à l'avenir des régions. Sans solution, préviennent les organisations, les communautés côtières et rurales continueront de se vider, fragilisant des pans entiers de l'économie canadienne. Aujourd'hui, avec leurs cennes noires, les travailleuses et travailleurs envoient un message simple au gouvernement : les solutions existent, elles sont abordables — il ne manque que la volonté politique.

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Violence conjugale - l’inaction tue | L’APTS interpelle Québec pour l’octroi de 10 jours d’absence rémunérés aux victimes

31 mars, par Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) — , ,
Une délégation de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s'est présentée aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour (…)

Une délégation de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s'est présentée aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour accueillir les parlementaires et les sensibiliser à une revendication urgente : accorder 10 jours d'absence rémunérés aux personnes victimes de violence conjugale, protégés par la Loi sur les normes du travail.

« En moins de 3 mois, on recense déjà 7 féminicides en 2026 ! Représentant une majorité de femmes, nous sommes inquiet·ète·s. Derrière ces chiffres, des femmes tentaient de survivre à de la violence conjugale. Ce qu'on demande, c'est d'accorder aux victimes le temps nécessaire pour s'en sortir, sans avoir à choisir entre leur sécurité et leur salaire. Qu'attendons-nous pour freiner l'évolution alarmante de ces statistiques ? », dénonce Isabelle Mantha, vice-présidente de l'APTS.

Québec en retard sur d'autres provinces

Aux côtés de l'Alberta, le Québec accuse un retard important. Pourtant, cette mesure déjà éprouvée ailleurs au Canada peut sauver des vies. Elle enlève l'un des obstacles qui empêchent les victimes de passer à l'action en leur permettant de se mettre en sécurité, de consulter des ressources spécialisées ou même de participer à des démarches judiciaires.

« Pour nous, cette revendication dépasse le cadre de nos conventions collectives. Protéger les victimes, syndiquées ou non, c'est l'affaire de toutes et tous. Y compris des employeurs, parce que la violence ne s'arrête pas aux portes du travail », affirme-t-elle.

Rappelons qu'à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les parlementaires ont voté à l'unanimité pour dénoncer les féminicides et améliorer la prévention. Représentant plus de 68 000 personnes - dont des professionnelles et des techniciennes en santé mentale intervenant quotidiennement auprès des victimes - l'APTS pense qu'il est temps que les élu·e·s transforment ces engagements en actions concrètes.

« Le ministre du Travail nous répond que la mesure serait trop coûteuse. Mais pouvons-nous vraiment mettre un prix sur la vie des victimes et de leurs enfants ? La vie des femmes ne devrait pas avoir à être négociée ! », conclut-elle.

Cette revendication est portée en collaboration avec l'Intersyndicale des femmes.

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Évènement de Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale, Centre des femmes de la Basse-Ville et ROSE du Nord

31 mars, par Centre des femmes de la basse-ville, Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (Portneuf-Ouébec-Charlevoix) , Rose du Nord — , ,
Le 1er avril, les féministes seront dans la rue pour exiger un meilleur financement à la mission des organismes d'action communautaire autonome et des conditions de travail (…)

Le 1er avril, les féministes seront dans la rue pour exiger un meilleur financement à la mission des organismes d'action communautaire autonome et des conditions de travail décentes.

Tiré de Facebook

➡️ ➡️➡️Les femmes représentent 80% des travailleuses du communautaire. Des femmes qui tiennent à bout de bras des organismes sous-financés qui pallient au désengagement de l'état.

Nous sommes à boutte, en colère et mobilisées !

🪧Rejoignez-nous avec vos bannières et pancartes pour cette action de visibilité.

📍Rendez-vous entre 12h15 et 12h45 au coin Langelier et Charest
ACTION MIXITE - bienvenue à tout le monde !

Une invitation du Centre des femmes de la Basse-Ville, de ROSE du Nord et du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale.

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Pourquoi un mouvement permanent de la Marche mondiale des femmes ?

31 mars, par Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) — , ,
Voici un extrait de l'analyse de la conjoncture présentée aux membres lors du bilan de la 6e action de la MMF au Québec et qui rappelle l'importance d'un mouvement féministe (…)

Voici un extrait de l'analyse de la conjoncture présentée aux membres lors du bilan de la 6e action de la MMF au Québec et qui rappelle l'importance d'un mouvement féministe internationaliste.

Tiré de l'infolettre de la CQMMF Coordination du Québec de la Marche Mondiale des Femmes
https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDqcwLcwbckCwXCwcNDnfHjCsNDTQknpbSHFXnQrbTGpFCpLDDnDsDqcxcDMMZJrl

« La conjoncture internationale s'est grandement déglinguée depuis la dernière année. Les attaques aux droits démocratiques et aux droits humains sont en hausse dans plusieurs régions du monde. Les menaces et risques de guerre sont plus nombreux actuellement.

Cette conjoncture désolante nous oblige à poursuivre notre résistance féministe et à répandre nos messages de solidarité envers les femmes et les peuples qui élèvent la voix, qui se rassemblent et se mobilisent.

Pensons particulièrement à nos compagnes de la MMF aux États-Unis qui organisent la résistance aux côtés de l'ensemble des forces progressistes en descendant dans la rue. Par cette solidarité, elles visent à créer un front uni face à la répression. En collaboration avec des groupes de la société civile, elles mènent également une réflexion sur l'inclusion et l'organisation d'une grève générale.

✊Pensons aux femmes iraniennes qui vivent une répression sauvage mais qui continuent à choisir la liberté et la vie.

✊Pensons aux femmes palestiniennes, soudanaises, ukrainiennes, afghanes et à toutes celles qui subissent la violence au quotidien, qui vivent dans la peur et la terreur.

Nous devons continuer à dénoncer les injustices et les attaques subies par les femmes et les populations concernées.

Nous devons développer encore davantage la solidarité internationale féministe en dénonçant les attaques et les abus des régimes autoritaires et hégémoniques… »

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L’ultime legs de François Legault : des lois anti-démocratiques en faveur des pollueurs

31 mars, par Tessa Bernier — , ,
« Les discours des politiciens s'envolent, mais leurs lois restent. Si on ne se réveille pas à temps, l'ultime legs de François Legault sera une liasse de modifications (…)

« Les discours des politiciens s'envolent, mais leurs lois restent. Si on ne se réveille pas à temps, l'ultime legs de François Legault sera une liasse de modifications législatives au profit des pires pollueurs. Les dirigeants de Glencore et d'autres multinationales multimilliardaires ont de quoi se frotter les mains. La CAQ leur offre sur un plateau d'argent, au milieu d'un projet de loi mammouth, des modifications à 61 lois et 13 règlements. »

Et cela sans cris, sans larme, sans inquiétude pour les habitants de la ville. En cachette. On sacrifie + ou - 25 000 (secteur urbain) êtres humains pour des profits qui quittent le pays. Les coûts en santé, en éducation seront payés par nous. Pas par Glencore.

Personnellement, oui j'envisage de déménager de ce quartier maudit. De sacrer mon camp comme je me le fais dire tout le temps par plein de "gentilles personnes" sur les réseaux sociaux quand j'exprime mon inquiétude et mon indignation de ces décisions contre l'avenir et contre les chances égales de tous les enfants du Québec et de tous les habitants du Québec. Il y a donc des citoyens de premier ordre, de 2e ordre et à Rouyn-Noranda on est au dernier niveau d'ordre. On est de l'ordre de l'ordure ? Car il est faux de croire que ce ne sont que les habitants du quartier qui sont à risque. Et les autres citoyens de la ville s'en foutent de toute cette pollution, de cette contamination. C'est pourtant toute la population de Rouyn-Noranda qui l'est ; contaminée. Cependant, tout a augmenté, les loyers, les maisons. Qui voudra de ma maison si elle est près de la fonderie ? Comment on se sort de cette situation ? Comment on protége nos enfants ? Oui jai acheté une maison dans ce quartier en 2023 car j'étais naïve. Je croyais au projet Aeris. Je connaissais des gens de coeur qui travaillaient dans ce projet et ils y croyaient.

En plus, les nouvelles ententes particulières entre le GOUVERNEMENT (qui est sensé nous représenter, qui est sensé prendre soin de ses citoyens, qui est sensé protéger les enfants afin d'assurer un bel avenir à tous ces êtres humains) et Glencore (compagnie Suisse, qui exportent ses profits avec elle, qui enrichie ses actionnaires qui ne voient que des chiffres et non les Monique, les Serge, les Mathieu et j'en passe) sera catastrophique car non seulement l'arsenic ne baissera pas, mais en plus les autres métaux lourds présents pourront aussi être augmentés. Le melting pot de tout cela, les repercussions sur la santé des citoyens de Rouyn-Noranda n'est pas connus, ni documenté précisément.
J'ai mal à toute cette perte d'humanité de la part d'un Gouvernement. Qui s'est probablement fait menacer encore une fois d'une éventuelle fermeture et probablement fait offrir de belles opportunités.

L'argent ça nourrit pas le corps.
L'argent ne s'ingère pas pour prévenir des cancer.
L'argent ça ne se met pas en capsule pour traiter les retard de développement des bébés à naître à Rouyn-Noranda.
L'argent ne sauvera pas le monde.
L'argent mènera le monde à sa perte.

De cet argent, Rouyn-Noranda ne verra jamais sa couleur. Et nous on s'intoxiquera à petit feu.

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L’énergie éolienne au Québec : un gouffre financier sans fond

31 mars, par Claude Charron — , ,
Le 4 septembre 2024 à Rimouski, François Legault s'adresse aux élus de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) : « Je fais le pari que l'éolien sera payant un jour ; (…)

Le 4 septembre 2024 à Rimouski, François Legault s'adresse aux élus de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) : « Je fais le pari que l'éolien sera payant un jour ; ça veut dire qu'on peut dans les 10-20-30 prochaines années développer en masse d'éolien puis revendre ça à profit. »

M. Legault avoue ainsi implicitement que, depuis les 25 dernières années, tous les gouvernements ayant fait le même pari éolien ont contribué à cumuler plus de $10 milliards de pertes. Hydro-Québec confirme qu'à terme, en 2040, les surcoûts générés par la filière s'élèveront à $25 milliards.(1-2) En confiant le développement éolien à des promoteurs privés, ce sont $695 millions par année qui échappent à notre société d'État et au Trésor public, soit $1,9 million chaque jour ! (3). Dans le contexte où l'éolien est mis de l'avant au nom du développement régional, c'est l'équivalent de priver chacune des 1091 municipalités du Québec de redevances annuelles de $640 000.

Mais il y a pire.

Les 5e et 6e appels d'offres retenus récemment par Hydro-Québec entraîneraient des pertes de plusieurs centaines de millions par année. Depuis la pandémie l'augmentation effrénée du coût des matériaux, du transport, de la main d'œuvre et du capital fait en sorte qu'il en coûte au minimum 13 cents/kWh à Hydro-Québec pour intégrer l'énergie éolienne dans le réseau. La revente à 8 cents/kWh aux ménages québécois et à 5 cents/kWh à la grande industrie explique ce déficit. Le récent contrat de vente d'électricité au Massachusetts, transigé à 9 cents/kWh par année pendant 20 ans, fera économiser aux États-Uniens $150 millions par année sur leur facture d'électricité au détriment des abonnés d'Hydro-Québec qui, depuis dix ans, sont frappés d'une hausse de 10-15 % pour éponger les surcoûts de l'éolien (4).

Pire encore.

Au printemps 2026, Hydro-Québec s'apprête à lancer un 7e appel d'offres pour un approvisionnement éolien potentiel de 6 700 MW. Il s'agit de déployer 1 000 éoliennes gigantesques de 690 pieds de hauteur (250 pieds de plus que les éoliennes actuelles) assorties de 5 000 km de nouvelles lignes de transport, et cela dans les zones les plus densément peuplées du Québec et en territoire agricole protégé. Un scénario catastrophe pour les riverains, qui verraient leur milieu de vie transformé en zones industrielles. Non seulement auraient-ils à en subir les nombreux impacts, mais ils devraient, comme tous les Québécois, financer à perte ce projet pharaonique.

Selon l'analyste-expert en énergie Jean-François Blain : « même dans le meilleur des scénarios, les consommateurs se verraient refiler d'ici 10 ans une hausse de 50 % sur leur facture d'électricité. De plus l'attribution à des projets industriels de blocs d'électricité à un tarif inférieur à la nouvelle production d'énergie générerait un manque à gagner de $22 milliards sur 20 ans »(5).

L'ampleur du scandale financier de la filière éolienne n'a d'égal que les besoins criants de la province en santé, en éducation, en logements abordables, en infrastructures routières, en gestion de l'eau, alors que nos lacs et nos rivières sont fortement contaminés, etc.
L'adoption sous bâillon, en 2025, de la loi 69, non seulement confirme, mais consolide la participation du privé dans la gestion de nos ressources énergétiques, en plus d'accélérer son emprise sur le territoire. Les promesses d'Hydro-Québec de s'acquitter de la maîtrise du développement éolien, en conformité avec sa mission sociale, devront attendre. (6) Du même souffle, le rôle de la Régie de l'Énergie est amputé au profit de l'État dans sa poursuite d'un agenda énergétique accéléré, rigide et unilatéral, dirigé essentiellement vers un développement industriel énergivore.

Est-il légal d'agir en contradiction des statuts et de la mission d'Hydro-Québec en confiant le développement de nos ressources énergétiques à des firmes privées qui s'approprient la rente éolienne, une richesse collective ? Est-il légal pour les municipalités d'investir l'argent des contribuables, sans leur permission, dans des projets éoliens privés ? (7) Est-il légal d'autoriser des appels d'offres et des contrats déficitaires, de vendre à perte l'énergie nécessaire à notre propre développement ? La filière éolienne ne traîne pas seulement une lourde dette, mais également un lourd déficit démocratique.

Les enjeux énergétiques en lien avec l'occupation du territoire et la qualité de vie des citoyens doivent faire partie d'un débat de société global et inclusif. Un moratoire éolien immédiat s'impose, prévoyant notamment l'abandon de l'appel d‘offres d'Hydro-Québec visant le Sud du Québec. Doit-on cribler la province de structures industrielles démesurées, de la frontière américaine en passant par la vallée du Saint-Laurent jusqu'au rocher Percé ? Bien sûr que non. Sinon adieu la Belle Province, adieu la quiétude, la paix sociale, l'attrait rural ; beaucoup de rêves risquent de s'écrouler à l'ombre des éoliennes. (8)

En attendant de faire des choix éclairés et rassembleurs, il existe des alternatives. Les meilleurs gisements éoliens, bien identifiés, situés à proximité des barrages et des lignes de transmission, ne généreraient pas seulement de hauts rendements, mais également la nécessaire acceptabilité sociale et d'importantes économies d'échelle. Les premiers projets éoliens arrivent à échéance et offrent des centaines de sites dont le potentiel énergétique pourrait être rehaussé sous la responsabilité exclusive d'Hydro-Québec (rachat), en privilégiant les territoires non habités. Renforçons les mesures d'efficacité et d'économie. Rapatrions l'énergie de nos barrages jadis confiés au privé.

Le dictat de l'État, la croissance à tout prix et le culte du profit lié au privé caractérisent le carcan éolien qui étouffe le Québec. Le prochain gouvernement aura t-il la lucidité et le courage de rétablir la démocratie et les contre-pouvoirs, de mettre fin au saccage du territoire, de colmater ce gaspillage éhonté, ce scandale financier sans précédent dans l'histoire du Québec ?

Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de L'Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d'élus

(1) Michel Morin, $23 milliards sur 25 ans pour l'éolien déjà en place, JDM, 9 avril 2016
(2) Pierre Couture, $2.7 milliards pour brancher les éoliennes au réseau d'Hydro-Québec, TVA Nouvelles, 28 novembre 2018,
(3) IEDM, Les coûts croissants de la production d'électricité au Québec, Youri Chassin, juin 2013
(4) Sylvain Larocque, Électricité : les Américains économiseront $150 millions par année grâce à Hydro-Québec, JDM, 27 novembre 2025
David Descôteaux, Contrat d'électricité au Massachusetts, JDM, 17 janvier 2026
(5) Jean-François Blain, analyste-expert en énergie, Quelle transition ?, février 2026.
(6) IREC, La privatisation de l'énergie éolienne et l'impact sur la mission d'Hydro-Québec, Noël Fagoaga, Krystof Beaucaire, mars 2024
(7) IRIS, Énergie éolienne au Québec : une filière en manque de planification et de transparence, Krystof Beaucaire, 26 novembre 2025
(8) Francis Halin, « Ça nous pogne au cœur » : il voit son avenir disparaître dans l'ombre des éoliennes, JDM, 6 mars 2026

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Un moratoire maintenant : non au détournement du vent !

31 mars, par Regroupement vigilance énergie Québec — , ,
Laval, le 28 mars 2026 — Un regroupement de plus de 25 comités citoyens à travers le Québec unit sa voix pour réclamer un moratoire sur le développement éolien, et ce, jusqu'à (…)

Laval, le 28 mars 2026 — Un regroupement de plus de 25 comités citoyens à travers le Québec unit sa voix pour réclamer un moratoire sur le développement éolien, et ce, jusqu'à la tenue d'un BAPE générique sur la filière. (Consultez la liste des membres de cette coalition ici)

Plus de 800 éoliennes pourraient être implantées dans la vallée du Saint-Laurent au cours des prochaines années.

Rassemblements citoyens :

Laval : 28 mars 2026 à 8h30 au Château Royal, 3500 boulevard du Souvenir, Laval
En ligne : Image et vidéo en direct sur https://www.facebook.com/rvequebec/
La zone agricole principalement visée

La Montérégie, les Laurentides, Lanaudière, l'Estrie, le Centre-du-Québec et Chaudière-Appalaches sont visés par un appel d'offres éolien prévu en avril. Ces projets concernent majoritairement des territoires agricoles, comme l'illustre l'affiche de la mobilisation.

Les éoliennes projetées sont plus imposantes que celles des premiers parcs en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, tout en étant implantées plus près des habitations.

« Sommes-nous en train de sacrifier des communautés rurales et des terres agricoles pour une énergie dont la nécessité n'est pas démontrée ? » questionne Janie Vachon-Robillard, du Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ), qui coordonne l'action des différents comités à travers la province.


Une orientation précipitée et incohérente

Les récentes décisions en matière énergétique ont été prises sans vision d'ensemble ni réelle consultation démocratique : attribution de milliers de mégawatts à des projets industriels, accélération du développement éolien, ouverture accrue au secteur privé et affaiblissement de certains mécanismes d'évaluation environnementale.

Des nuisances et des risques insuffisamment évalués

Il est essentiel d'évaluer rigoureusement les impacts sur la santé humaine et animale, ainsi que sur les sources d'eau potable. Une distance adéquate entre les éoliennes et les habitations doit être assurée afin de garantir une intégration harmonieuse et socialement acceptable.

Sans ces conditions, les projets éoliens risquent de susciter une contestation croissante. Un BAPE générique permettrait de définir un cadre de développement responsable, respectueux des milieux de vie, des paysages, de la biodiversité et des terres agricoles.

Le faux motif de la décarbonation

Les comités dénoncent l'utilisation croissante de l'électricité québécoise pour soutenir une expansion industrielle énergivore — notamment les centres de données — alors même que les objectifs de réduction des GES sont repoussés. Dans ce contexte, l'éolien s'ajoute à la consommation d'énergies fossiles plutôt que de s'y substituer.

L'éolien doit servir le bien commun

Les citoyens rappellent que l'électricité québécoise est un bien commun stratégique, essentiel à l'atteinte des cibles climatiques. Les choix énergétiques doivent prioritairement reposer sur :

la réduction de la demande et la sobriété énergétique
l'électrification des transports et des bâtiments
la protection du territoire agricole et des milieux naturels
le respect des droits des Premières Nations
une planification démocratique et transparente

Ils soulignent également que le partage actuel des revenus de la production éolienne avec des intérêts privés se fait au détriment des finances publiques.

Un mouvement qui s'inscrit dans une mobilisation plus large

Cette demande s'inscrit dans la continuité des revendications formulées le 2 mars dernier par une large coalition d'organisations environnementales, d'acteurs de la société civile et de chercheurs, appelant à un changement de cap dans la planification énergétique du Québec. Elle rejoint également la demande de moratoire sur l'attribution de nouveaux mégawatts à des projets industriels énergivores.

Un appel aux partis politiques

Les comités demandent aux partis d'opposition de s'engager à convoquer un BAPE générique sur la filière éolienne avant toute poursuite de son développement.

« Il est impératif de définir collectivement un modèle conciliant décarbonation, justice sociale, viabilité économique et protection des écosystèmes », souligne Jacques Tétreault, porte-parole pour cette mobilisation du RVÉQ.

Les comités réaffirment que les choix énergétiques doivent être faits dans l'intérêt public, de manière démocratique et transparente, et non dictés par des impératifs industriels à court terme.

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Les citoyen.ne.s de la Rive-Sud face aux impacts du terminal Porter Airlines

31 mars, par Coalition Halte-Air Saint-Hubert — , ,
Longueuil, le 26 mars 2026. - On sait maintenant quand le terminal Porter Airlines va commencer à polluer des dizaines de milliers d'habitants. À partir du 15 juin 2026, avec (…)

Longueuil, le 26 mars 2026. - On sait maintenant quand le terminal Porter Airlines va commencer à polluer des dizaines de milliers d'habitants. À partir du 15 juin 2026, avec 40 vols par jour entre 7h et 23h, finis les barbecues tranquilles !

Si la presse a parlé en quelques mots de la pollution sonore, elle n'a pas évoqué ses conséquences sur la santé (maladies cardiovasculaires, troubles du sommeil, risques accrus de maladies métaboliques), ni les répercussions de la pollution de l'air (plomb, particules ultrafines) qui seront largement amplifiées par cette expansion et dont nous avons largement discuté sur nos plateformes en donnant des références scientifiques. À ce jour, il n'existe pas de suivi sérieux de ces polluants à l'échelle locale autour du site. Pas un mot non plus sur les émissions de GES à venir, personne n'y voyant une contradiction flagrante avec les engagements climatiques du Canada, du Québec et bien sûr de l'agglomération de Longueuil. Aucune photo des réservoirs de kérosène de 3.2 millions de litres. Et, bien sûr, pas un mot non plus sur les vols nolisés transfrontaliers existants qui, eux, n'ont pas à respecter les règles d'horaire, mais ajoutent à la pollution sonore et atmosphérique.
Seule l'économie semble compter, avec le nombre de prises USB du salon d'attente des voyageurs.

Pourtant, personne ne s'est interrogé sur le fait que le nombre de passagers des vols domestiques sur le grand Montréal n'est pas en augmentation, ayant chuté de 10% par rapport à 2019. Personne n'a confronté le directeur de l'aéroport avec ses déclarations
de 2023 où il annonçait l'arrivée de 5 compagnies aériennes : il n'y aura que Porter et, bien sûr, Pascan, dont le nombre de passagers est négligeable (moins de 75 000 depuis Saint-Hubert, selon Statistiques Canada). Le doublement du prix de construction du terminal n'a intrigué personne. Aucune question non plus sur la dépréciation immobilière pour des milliers de riverains. Certain.e.s se voient déjà partir du MET vers le soleil sans comprendre que le monopole de Montréal Trudeau pour les vols commerciaux internationaux n'est pas près de disparaître.

D'ailleurs, Montréal-Trudeau a annoncé des investissements massifs de 10 milliards et sera desservi dès 2027 par le REM, tandis que le fédéral a lancé le TGV entre Montréal et Toronto, destination principale de Porter depuis St-Hubert. Le terminal Porter sera lui desservi par des bus aux 30 minutes, et l'A30 n'est pas près d'être élargie. Heureusement les futurs embouteillages pourront être contournés avec une belle piste cyclable et l'installation d'une station BIXI !

L'aérogare Porter n'est pas un projet de son temps. Il a été conçu par des amateurs qui ont coulé dans le béton le futur éléphant blanc de la Rive-Sud, un "petit Mirabel" comme a déclaré Patrice Roy sur Radio-Canada.

Plus de mille citoyens suivent désormais nos publications sur les réseaux sociaux, et plus de 6000 personnes ont signé notre pétition. Tous les candidats aux élections municipales de Saint-Lambert et de Saint-Bruno étaient opposés au projet du terminal Porter, et le maire de Saint-Bruno a lui-même déclaré qu'il n'y avait pas d'acceptabilité sociale. Il n'y a rien d'étonnant : la consultation publique de 2022 a fait l'objet d'un maquillage politique de la part des élu.es de Longueuil, un maquillage qui a été décrit en détail dans le documentaire COLÈRE CITOYENNE : DÉTOURNEMENT DE L'ACCEPTABILITÉ SOCIALE .

Sans l'appui de différent.e.s élu.es locaux, provinciaux et fédéraux, ce projet n'aurait pas pu voir le jour. Il est temps qu'ils et elles assument les conséquences de leurs actes. Pour les élu.e.s provinciaux, la Coalition Halte-Air Saint Hubert se réjouit de voir que la plupart des élu.e.s de la CAQ qui ont soutenu sans discernement le projet n'osent même pas se représenter. Il est vrai que leur bilan est difficilement défendable.

Le 15 juin 2026 ne doit pas marquer le début d'une dégradation irréversible de la qualité de vie sur la Rive-Sud. La Coalition Halte Air Saint-Hubert continuera de défendre la santé des citoyens, la transparence des décisions publiques et une planification cohérente du transport dans la grande région montréalaise.

Source : Coalition Halte-Air Saint-Hubert
Pour information :
Courriel : coalition.halteair@gmail.com
Site web : http://coalitionhash.qc.lu
Facebook : https://www.facebook.com/coalitionhalteairSH
Instagram : instagram.com/coalitionhalteairsh/
Twitter : https://x.com/Coalition_YHU
Linkedin : http://www.linkedin.com/company/coalition-halte-air-st-hubert

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Péril en la demeure à la Pointe Langevin : Les résident(e)s crient au secours

31 mars, par Germain Dallaire — , ,
Il y a un peu plus d'un an, j'ai publié un article concernant la situation plus que précaire des résident(e)s de la Pointe Langevin située au confluent de la rivière Péribonka (…)

Il y a un peu plus d'un an, j'ai publié un article concernant la situation plus que précaire des résident(e)s de la Pointe Langevin située au confluent de la rivière Péribonka et de la petite rivière du même nom. Aujourd'hui, quelques mois avant le renouvellement du décret (pour 10 ans) concernant la gestion des berges de ce qu'on devrait appeler le réservoir Rio Tinto, les résidents de la Pointe Langevin alertent devant leur effacement total du débat public. Ils alertent avant leur effacement tout court.

Rappelons en gros les faits. Du côté nord de la Pointe Langevin arrive la petite rivière Péribonka qui frappe de plein fouet, en sens inverse, la rivière Péribonka. Cette dernière est harnachée depuis les années 50 et son débit est maintenu à un niveau anormalement élevé, particulièrement en hiver. Les effets ravageurs de ce débit élevé sont d'autant plus importants que le niveau du réservoir Rio Tinto est en moyenne dix pieds plus haut que celui du lac avant juin 1926.

Jusqu'en 2018, Rio Tinto réalisait des travaux réguliers permettant de stabiliser un tant soit peu l'érosion de la Pointe Langevin. En 2017, une crue exceptionnelle a provoqué des dégâts importants amenant même Rio Tinto à acheter à sa valeur marchande une propriété au bout de la Pointe. Avant le décret de 2018, Rio Tinto s'était engagé à poursuivre les travaux. Une fois que le décret a été adopté, Rio Tinto a effectué un virage à 180 degrés en se désengageant totalement de ce qui se passe à la Pointe Taillon. Voilà ce que vaut la parole de cette multinationale. Si le Saguenay lac Saint-Jean est un royaume comme aiment bien le dire les bleuets, Rio Tinto en est le roi. Pour cette multinationale, c'est le beurre, l'argent du beurre et même plus. Suffit de rappeler que Rio Tinto profite d'une subvention annuelle de 1,2 milliard aux frais des québécois à cause de son avantage comparatif au niveau de l'électricité, de son exemption touchant les GES et des congés d'impôt. Pour ce qui est du programme de stabilisation des berges, c'est un programme volontaire même si, comme tout monde le sait, il est la conséquence directe du niveau artificiellement élevé du réservoir Rio Tinto. Un programme qui, de surcroît, leur coûte sûrement moins cher que le salaire d'un haut dirigeant de Rio Tinto.

Depuis bientôt dix ans, les résident(e)s de la Pointe assistent impuissants à une érosion constante. Ils voient littéralement le sol se dérober sous leurs pieds. Suite au désengagement de Rio Tinto, c'est la ville de Dolbeau et le Ministère de la Sécurité Publique qui ont pris charge de la situation. Ils ont installé une clôture annonçant une zone dangereuse et Dolbeau a dévalué les propriétés pour aussi peu que 2 000$ pour trois d'entre elles. En 2017, Rio Tinto avait déjà détruit une résidence. En 2019, Dolbeau et le Ministère en ont détruit une autre. Ce printemps, une troisième démolition est prévue.

Rio Tinto, après une phase intense de rencontres avec les notables du coin, a fait connaître son programme pour le renouvellement du décret. La question de l'érosion autour de la Pointe Langevin y brille par son absence. Dire que les résidents sont inquiets est un euphémisme. Ils craignent que le programme de Rio Tinto, fort de l'appui des notables, conduisent à un statu quo jusqu'en 2037, un luxe qu'ils ne peuvent tout simplement pas se permettre. Près de dix ans de stress, ça gruge d'autant plus que la majorité de la vingtaine de résidents est à un âge relativement avancé.

Le Ministère de l'environnement a tenu une consultation préliminaire fin 2024-début 2025. 50% des commentaires portaient sur la Pointe Langevin. Tout est possible avec la CAQ, y compris de ne pas tenir de BAPE et renouveler le décret sur la base du programme produit par Rio Tinto.

Personne n'a les capacités de produire des imposants rapports comme le fait l'armée de communicants bien cravatés et bien gominés mais surtout bien payés par Rio Tinto. Personne… sauf des gens enracinés dans leur milieu qui le connaissent intimement et parlent avec leur cœur. Les résidents de La Pointe sont de cette pâte. Malgré la fatigue et le stress accumulés au cours des dernières années, ils puisent dans leur réserve d'énergie pour alerter la population, les organismes, les élus et les médias de l'injustice qu'ils subissent. Ils demandent à toutes et on tous 1-de refuser de renouveler le décret tant que la situation de Pointe Langevin n'est pas résolue. 2- Changer les règles de fonctionnement du programme de stabilisation des berges pour éviter que Rio Tinto puisse modifier unilatéralement le territoire couvert par le programme.

Leur campagne fonctionne. Il y a des oreilles à l'affût. L'allié de Rio Tinto est le silence et son ennemi principal est le mouvement social. Ils ont obtenu l'appui du Mouvement Onésime-Tremblay, de Climat Québec et d'un bon nombre de citoyennes et citoyens. Les rencontres avec les médias se multiplient. Toutes et tous, nous pouvons faire avancer les choses. Pour plus d'information, vous pouvez aller sur la page Facebook du comité (Érosion Pointe à Langevin) ou encore leur écrire directement à comitépointelangevin@gmail.com.

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Lettre à mon fils et à tous ceux et celles qui ne sauront peut-être jamais que notre territoire est (était) un jardin...

31 mars, par François Véronneau — , ,
Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères. Salut mon Grand, J'aurais pu (…)

Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères.

Salut mon Grand,
J'aurais pu t'envoyer un courriel ou un texto pour te dire la profonde inquiétude qui m'habite. Mais je crois que mon écriture la plus lisible, griffonnée sur cette feuille de papier que tu recevras dans une enveloppe adressée à ton nom, servira beaucoup mieux mon dessein.

Je voudrais d'abord évoquer ces noms d'il y a quelques générations, ceux de tes ancêtres, François-Xavier Véronneau, Ernestine Bernard, Ernest Véronneau ou Théoline Morel, fiers agriculteurs-paysans dans la campagne maskoutaine des XIXe et du XXe siècles. Leur empreinte dans cette terre si fertile est toujours perceptible, indélébile, imprégnée dans le paysage. Comme celui de ton grand-père Laurent, fier défenseur du fait français au Québec, de la souveraineté et de la nationalisation de l'électricité. Jamais il n'aurait oublié sa campagne natale de Saint-Hugues, et ses vallons sinueux le long de la rivière Chibouet.
Dès ta plus tendre enfance, j'ai voulu t'initier aux beautés du territoire, te montrer les nombreux profils du mont Yamaska, te faire découvrir le contraste des champs à perte de vue. Marcher aussi dans les boisés où l'érable est roi. Je t'ai appris à reconnaître le chant des oiseaux des prés, le vol caractéristique des rapaces, la majesté des voiliers d'outardes et d'oies blanches. Parcourir en canot le lit sinueux de la rivière Noire.

Mais aujourd'hui mon fils, ce territoire parsemé de villages séculaires et pittoresques, écrin d'un paysage jusqu'ici préservé, est menacé. Hydro-Québec, fleuron de l'hydro-électricité patrimoniale des Québécois, a en effet décidé au printemps 2026 de lancer un appel d'offres afin d'implanter des parcs d'éoliennes dans la vallée du Saint-Laurent. Cette première ronde de soumissions pourrait amener une augmentation de la production d'électricité de jusqu'à 6400 mégawatts (MW) d'ici 2035, dont 675 MW en Montérégie.

À ce jour, trois municipalités de la MRC des Maskoutains sont visées, Saint-Dominique, Saint-Valérien-de-Milton et Saint-Liboire. Une vingtaine d'éoliennes de 6 à 7 MW pourrait y être implantée. Ce sont des promoteurs privés, choisis à partir de soumissions (possiblement Innergex, une entreprise québécoise, ou Invenergy, une entreprise américaine), qui, à raison d'une contribution à 50 % des coûts en partenariat avec la MRC des Maskoutains (également à 50 %) et possiblement les communautés autochtones, seraient les maîtres d'œuvre et les bénéficiaires de ces éventuels projets. Hydro-Québec s'engage de son côté à racheter toute l'électricité produite.

Les éoliennes de 6-7 MW n'ont rien en commun avec les moulins à vent que combattait Don Quichotte… Elles mesurent de 200 à 220 mètres (m) de hauteur totale. À titre de référence, le sommet du mont Yamaska culmine en moyenne à 330 m de hauteur. Le mât de ces géants se dresse à 130 m de hauteur et mesure 7 m de diamètre à sa base. Une fondation en béton armé de plus de 30 à 40 m de diamètre, totalisant entre 600 et 800 m³ de volume, est enfouie sous la surface, et souvent pieutée au roc, pour assurer la stabilité de l'ouvrage. Comme ces éoliennes peuvent projeter des blocs de glace si les pales ne sont pas chauffées en hiver, une zone de sécurité de 417 m de diamètre est souvent établie autour de chacune d'elles. Des chemins d'accès doivent aussi être aménagés pour leur implantation et leur entretien. Enfin, un réseau électrique enfoui relie ces éoliennes au poste de transformation.
Bien que les promoteurs s'acharnent à convaincre les autorités chargées de la protection du territoire agricole et les agriculteurs (CPTAQ, UPA)2 de l'absence d'impacts négatifs de leurs futurs parcs éoliens, on peut en douter. Pensons seulement au paysage massacré pour des décennies ; aux restes éventuels des fondations de béton qui contamineront les terres ; aux impacts sur la nappe phréatique, à ceux de la rotation des pales sur la faune ailée et à ceux des infrasons sur les élevages riverains ; à la zizanie entre les bénéficiaires du projet et ceux qui s'y opposent ; à la dévaluation des habitations situées à la limite des distances séparatrices établies ; etc.

Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères. Crois-moi, mon fils, l'éolien n'a pas sa place en territoire agricole et habité. J'espère que ma lettre t'aura touché et qu'elle t'aura convaincu de l'urgence de se battre pour empêcher cela. L'intégrité et la beauté de notre territoire en dépendent.

François Véronneau
Saint-Pie, MRC des Maskoutains
1-https://www.hydroquebec.com/achats-electricite-quebec/plan-approvisionnement.html
2-Dossiers 451029-451030-451031-45103, Analyse et refus, CPTAQ/Kruger, Jardins de Napierville

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Quand l’illusion d’égalité entre les parties vole en éclats

31 mars, par Guylain Bernier, Yvan Perrier — , ,
Dans le conflit de travail au CPE Le Jardin de Robi, le tribunal administratif du travail a déclaré « suffisants » les services à maintenir pour assurer le bien-être de la (…)

Dans le conflit de travail au CPE Le Jardin de Robi, le tribunal administratif du travail a déclaré « suffisants » les services à maintenir pour assurer le bien-être de la population pendant « la grève en cours […] pour éviter que ne soit affectée de manière disproportionnée la sécurité sociale ou économique de la population, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité. »

photo CSN De nombreuses travailleuses du Jardin de Robi ont assisté à l'audience.

Ce que la décision prévoit comme services à offrir durant la grève

Durant la présente grève, « [l]es services de garde éducatifs seront offerts trois jours par semaine, les mercredis, jeudis et vendredis de 8 h 30 à 15 h 45 ». Les membres du tribunal mentionnent ceci : « [b]ien que les heures d'ouverture soient réduites et qu'il y ait une absence complète de services les lundis et mardis, l'entente permet aux parents et aux enfants d'avoir une stabilité et une prévisibilité. »

Inspiré par un élan de sagesse douteuse, qui ne déplaira pas au premier ministre du Québec, François Legault et à son ministre du Travail, Jean Boulet, les juges du tribunal administratif ont précisé ceci :

« Cependant, en ce qui concerne un éventuel nouvel arrêt de travail, advenant que la grève actuelle prenne fin, le Tribunal déclare que les services prévus dans l'entente intervenue entre les parties sont insuffisants. »

Nous laissons aux organisations syndicales le soin d'approfondir la portée sociale et juridique de cette décision. Une chose semble claire, une grève de deux jours sur une semaine de cinq jours de travail correspond, minimalement, à un arrêt de travail collectif « amputé » dans sa portée réelle. Il s'agit, à proprement parler, d'une « grève partielle » dont l'efficacité, pour la partie syndicale, est susceptible d'être fortement affectée pour ne pas dire grandement réduite.

Au sujet de l'impact de cette inique Loi 14 sur la Charte des droits et libertés de la personne : S'agit-il d'une nouvelle ère ?

Mais est-ce vraiment une nouvelle ère ou tout simplement un résultat inévitable qui planait depuis quelques décennies ? Chose certaine, la nouvelle ère présumée repose sur des actes concrets de législation, après avoir défini les Chartes canadienne et québécoise des droits et des libertés. D'ailleurs, Guy Rocher (1996) pour nous aider ici, soutient une expansion du droit public (qui gère les relations entre les citoyenNEs et l'État) sur le droit civil (les relations entre les citoyenNEs), y compris une montée des droits et libertés individuels. Cet état de fait se comprend, d'abord, dans la mesure où la vision de la société canadienne (et même québécoise) campe dans l'image d'une société capitaliste néolibérale, qui contribue à définir les rapports entre les personnes et les biens, mais aussi entre les personnes elles-mêmes, à cause de la primauté accordée à la propriété privée et au marché. Cette vision sert les tribunaux et se veut difficile à concilier avec une autre plus collectiviste du droit public, d'où des frictions avec le droit du travail et particulièrement avec les entités collectives, comme les syndicats, lors des négociations de travail. Par ailleurs, cette vision capitaliste de la société est également atomisée, faisant en sorte que « l'intérêt général » est souvent particularisé.

Si Rocher affirmait dans les années quatre-vingt-dix que la Charte canadienne était plus individualiste que la Charte québécoise, qui était alors plus « centrée » entre la personne et la collectivité, il semble donc qu'avec des gouvernements provinciaux successifs davantage favorables à l'idéologie économique en marche, la Charte québécoise tend désormais résolument vers la droite néolibérale qui flirte avec certains aspects de l'idéologie dite illébérale en regard, plus spécifiquement ici, avec la remise en question de certains droits et libertés.

Pour conclure

Avec cette décision du tribunal administratif du travail, l'illusion d'égalité entre la partie patronale et la partie syndicale lors d'une grève - illusion postulée par l'idéologie libérale - vient tout simplement de voler en éclats.

Guylain Bernier
Yvan Perrier
29 mars 2026
20h15


Références :

https://www.tat.gouv.qc.ca/uploads/tat_registres/1461070.docx_01.pdf. Consulté le 26 mars 2026.

https://www.tat.gouv.qc.ca/menu-utilitaire/actualites/cpe-le-jardin-de-robi-le-tribunal-declare-suffisants-les-services-a-maintenir-pour-assurer-le-bien-etre-de-la-population-pendant-la-greve-en-cours. Consulté le 28 mars 2026.

Rocher, Guy. 1996. Études de sociologie du droit et de l'éthique. Montréal : Les Éditions Thémis inc., 327 p.

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La FAE entendue à la Cour suprême sur la loi sur la laïcité de l’État

31 mars, par Fédération autonome de l'enseignement (FAE) — , ,
Le lundi 23 mars 2026, la FAE s'est fait entendre par la Cour suprême du Canada concernant certains éléments discriminatoires de la Loi sur la laïcité de l'État. Cette (…)

Le lundi 23 mars 2026, la FAE s'est fait entendre par la Cour suprême du Canada concernant certains éléments discriminatoires de la Loi sur la laïcité de l'État. Cette démarche, entamée en 2019, vise à contester des atteintes aux droits fondamentaux ainsi que la discrimination à l'embauche et à l'emploi, tout en défendant le droit du travail.

Publié le 24 mars 2026 | tiré du site de la Fédération Autonome de l'enseignement (FAE)
https://www.lafae.qc.ca/actualites/la-fae-entendue-a-la-cour-supreme-sur-la-loi-sur-la-laicite-de-letat

La FAE conteste également l'opération de dénombrement, menée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de la Loi en 2019, qui visait à recenser le port de signes religieux chez le personnel enseignant par un sondage. Cet événement a créé un sentiment de stigmatisation chez les minorités religieuses.

Au milieu du recours se trouve aussi la clause de droits acquis, qui limite la possibilité pour certaines personnes enseignantes de changer de poste ou d'établissement sans perdre leur droit de porter un signe religieux. Pour la FAE, cette disposition instaure un frein à la mobilité professionnelle et à l'accès à certains postes.

Tout en contestant ces aspects de la Loi, la FAE réaffirme son appui au principe de laïcité de l'État ainsi que son opposition à toute forme d'intégrisme et de prosélytisme.

Pour connaître l'historique de ce dossier, nous vous invitons à consulter la section qui y est consacrée sur notre site Web au https://www.lafae.qc.ca/fae-laicite-faits.

La FAE conteste également l'opération de dénombrement, menée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de la Loi en

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La loi 21 : La Cour suprême me du Canada accepte d'entendre l'appel de la FAE

Publié le 23 janvier 2025

La FAE, qui conteste quelques sections de la Loi sur la laïcité de l'État qu'elle considère discriminatoire, sera entendue par la Cour suprême du Canada au cours des prochains mois.

Prenant connaissance de l'annonce ce matin, Mélanie Hubert, présidente, a déclaré que la FAE était « satisfaite » de la décision rendue par la Cour suprême.

La FAE avait entamé cette démarche de contester des pans de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21) à l'hiver 2019. Plus précisément, la FAE conteste notamment deux éléments devant les tribunaux : l'opération de dénombrement orchestrée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de cette loi ainsi que la discrimination à l'embauche, la discrimination à l'emploi et le droit au travail.

Opération dénombrement

En novembre 2018, le ministère de l'Éducation a fait parvenir aux directions d'établissements scolaires un sondage, lequel visait à obtenir des informations quant au port de « symboles religieux » par les employés ainsi que le nombre et la nature de demandes d'accommodements demandés pour des motifs religieux, linguistiques ou ethnoculturels. On cherchait à connaître le nombre exact d'enseignantes et d'enseignants portant des signes religieux. Les minorités religieuses, plus particulièrement les femmes musulmanes portant le voile, avaient ressenti un effet de stigmatisation à la suite de l'opération de dénombrement.

Discrimination à l'embauche, discrimination à l'emploi et droit au travail

Une portion de l'article 27 du PL 21, communément appelée « clause grand-père », vient restreindre, par son libellé, ce droit acquis de porter un signe religieux en précisant qu'il demeurera tant que l'enseignant exercera la même fonction au sein de la même commission scolaire. Ainsi, une personne enseignante qui souhaiterait accéder à de nouvelles fonctions (ex. poste de direction) ou irait travailler dans un autre centre de services scolaire perdrait ce droit. Or, du fait de sa mission, la FAE se doit de protéger tant le droit au travail que l'accès à ce dernier.

Pour des institutions laïques

Afin d'éviter toute confusion, amalgame ou désinformation, la FAE tient à rappeler qu'elle est en faveur de la laïcité de l'État et qu'elle dénonce et s'oppose à toutes les formes d'intégrisme ainsi que de prosélytisme.

Pour rappel, à la suite de l'arrêt de la Cour d'appel rendu en février 2024, concernant la contestation de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21), la FAE a décidé d'en appeler de ce jugement. Ainsi, elle avait alors déposé une requête pour permission d'en appeler à la Cour suprême du Canada.

La FAE a non seulement la responsabilité de défendre les droits de ses membres, à plus forte raison leurs droits fondamentaux, elle a le devoir de le faire. Il faut se méfier de la distorsion qui est actuellement faite des chartes, canadienne et québécoise, et de la facilité avec laquelle les parlements suspendent nos droits fondamentaux en utilisant excessivement les clauses dérogatoires.

Baliser le recours à la dérogation

Les clauses dérogatoires (ou nonobstant) sont incluses dans l'une et l'autres des chartes des droits et libertés (art. 33 de la Charte canadienne et art. 52 de la Charte québécoise) et permettent aux parlements, sous certaines conditions, de supplanter, de contourner ou de suspendre temporairement certains droits de l'une ou l'autre des chartes.

La FAE n'est pas contre l'utilisation des clauses dérogatoires. Elle souhaite néanmoins que leur utilisation soit balisée. Cette utilisation devrait être faite avec parcimonie et de manière exceptionnelle. Un parlement qui y recourt devrait pouvoir démontrer que son objectif est clair et urgent. Là est l'un des principaux écueils du PL 21.

Une situation qui dépasse le Québec... et la laïcité

Si, au départ, la FAE a entamé cette démarche pour, notamment, défendre le droit au travail de ses membres, la banalisation de l'utilisation de la clause dérogatoire par plusieurs parlements provinciaux nous donne malheureusement raison d'être inquiets.

En effet, dans les dernières années au Canada, on a vu plusieurs cas de clauses dérogatoires utilisées sans avoir l'obligation de démontrer un objectif réel et urgent. Par exemple, le parlement ontarien a suspendu la liberté d'association en 2022, alors qu'en Saskatchewan, le parlement a invoqué la disposition de dérogation pour empêcher les enfants de moins de 16 ans de changer de prénom ou de pronom à l'école, sans le consentement de leurs parents.

Qui plus est, juste au sud de nos frontières, des états américains sont venus restreindre, voire dans certains cas interdire, le droit à l'avortement. Des personnes enseignantes risquent maintenant des mesures disciplinaires si elles affichent leur appartenance à la communauté LGBTQ2+, notamment en Floride, alors qu'on est aussi venu interdire, non seulement en Floride, mais aussi dans certains états, de parler des réalités LGBTQ2+ à l'école. Il est évident que le Québec ou le Canada ne sont pas à l'abri de tels reculs des droits fondamentaux. Il est primordial de demeurer vigilants.

Sociopolitique
Publié le 23 janvier 2025
La FAE, qui conteste quelques sections de la Loi sur la laïcité de l'État qu'elle considère discriminatoire, sera entendue par la Cour suprême du Canada au cours des prochains mois.

Prenant connaissance de l'annonce ce matin, Mélanie Hubert, présidente, a déclaré que la FAE était « satisfaite » de la décision rendue par la Cour suprême.

La FAE avait entamé cette démarche de contester des pans de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21) à l'hiver 2019. Plus précisément, la FAE conteste notamment deux éléments devant les tribunaux : l'opération de dénombrement orchestrée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de cette loi ainsi que la discrimination à l'embauche, la discrimination à l'emploi et le droit au travail.

Opération dénombrement
En novembre 2018, le ministère de l'Éducation a fait parvenir aux directions d'établissements scolaires un sondage, lequel visait à obtenir des informations quant au port de « symboles religieux » par les employés ainsi que le nombre et la nature de demandes d'accommodements demandés pour des motifs religieux, linguistiques ou ethnoculturels. On cherchait à connaître le nombre exact d'enseignantes et d'enseignants portant des signes religieux. Les minorités religieuses, plus particulièrement les femmes musulmanes portant le voile, avaient ressenti un effet de stigmatisation à la suite de l'opération de dénombrement.

Discrimination à l'embauche, discrimination à l'emploi et droit au travail
Une portion de l'article 27 du PL 21, communément appelée « clause grand-père », vient restreindre, par son libellé, ce droit acquis de porter un signe religieux en précisant qu'il demeurera tant que l'enseignant exercera la même fonction au sein de la même commission scolaire. Ainsi, une personne enseignante qui souhaiterait accéder à de nouvelles fonctions (ex. poste de direction) ou irait travailler dans un autre centre de services scolaire perdrait ce droit. Or, du fait de sa mission, la FAE se doit de protéger tant le droit au travail que l'accès à ce dernier.

Pour des institutions laïques
Afin d'éviter toute confusion, amalgame ou désinformation, la FAE tient à rappeler qu'elle est en faveur de la laïcité de l'État et qu'elle dénonce et s'oppose à toutes les formes d'intégrisme ainsi que de prosélytisme.

Pour rappel, à la suite de l'arrêt de la Cour d'appel rendu en février 2024, concernant la contestation de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21), la FAE a décidé d'en appeler de ce jugement. Ainsi, elle avait alors déposé une requête pour permission d'en appeler à la Cour suprême du Canada.

La FAE a non seulement la responsabilité de défendre les droits de ses membres, à plus forte raison leurs droits fondamentaux, elle a le devoir de le faire. Il faut se méfier de la distorsion qui est actuellement faite des chartes, canadienne et québécoise, et de la facilité avec laquelle les parlements suspendent nos droits fondamentaux en utilisant excessivement les clauses dérogatoires.

Baliser le recours à la dérogation
Les clauses dérogatoires (ou nonobstant) sont incluses dans l'une et l'autres des chartes des droits et libertés (art. 33 de la Charte canadienne et art. 52 de la Charte québécoise) et permettent aux parlements, sous certaines conditions, de supplanter, de contourner ou de suspendre temporairement certains droits de l'une ou l'autre des chartes.

La FAE n'est pas contre l'utilisation des clauses dérogatoires. Elle souhaite néanmoins que leur utilisation soit balisée. Cette utilisation devrait être faite avec parcimonie et de manière exceptionnelle. Un parlement qui y recourt devrait pouvoir démontrer que son objectif est clair et urgent. Là est l'un des principaux écueils du PL 21.

Une situation qui dépasse le Québec... et la laïcité
Si, au départ, la FAE a entamé cette démarche pour, notamment, défendre le droit au travail de ses membres, la banalisation de l'utilisation de la clause dérogatoire par plusieurs parlements provinciaux nous donne malheureusement raison d'être inquiets.

En effet, dans les dernières années au Canada, on a vu plusieurs cas de clauses dérogatoires utilisées sans avoir l'obligation de démontrer un objectif réel et urgent. Par exemple, le parlement ontarien a suspendu la liberté d'association en 2022, alors qu'en Saskatchewan, le parlement a invoqué la disposition de dérogation pour empêcher les enfants de moins de 16 ans de changer de prénom ou de pronom à l'école, sans le consentement de leurs parents.

Qui plus est, juste au sud de nos frontières, des états américains sont venus restreindre, voire dans certains cas interdire, le droit à l'avortement. Des personnes enseignantes risquent maintenant des mesures disciplinaires si elles affichent leur appartenance à la communauté LGBTQ2+, notamment en Floride, alors qu'on est aussi venu interdire, non seulement en Floride, mais aussi dans certains états, de parler des réalités LGBTQ2+ à l'école. Il est évident que le Québec ou le Canada ne sont pas à l'abri de tels reculs des droits fondamentaux. Il est primordial de demeurer vigilants.

Pourquoi la FAE se rend-t-elle à la Cour suprême du Canada dans ce dossier ?

La FAE savait depuis le début de ce processus que ce dossier pouvait se rendre en Cour suprême du Canada, puisque cette cour est la seule, ultimement, à pouvoir modifier les règles de droit qu'elle a elle-même établies pour l'utilisation des clauses dérogatoires.

Par quels processus démocratiques la FAE a-t-elle décidé d'aller de l'avant dans ce dossier ? Les membres ont-ils été consultés ?

Puisque les droits des membres sont remis en question par le PL 21, la FAE avait l'obligation de les défendre. De plus, le Congrès de 2013 s'est prononcé en faveur de la défense des droits acquis de ses membres, comme des autres travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic, de porter des vêtements ou des accessoires ayant une connotation religieuse ou culturelle, à moins que ceux-ci ne contreviennent aux règles de base du professionnalisme et de sécurité qui régissent déjà l'exercice des différents métiers et professions concernés.

Enfin, à chacune des étapes, la FAE a fait état de ses démarches au Conseil fédératif et le Comité exécutif, conformément à ses attributions prévues aux Statuts, a pris la décision du recours.

Que sont les clauses dérogatoires ?Les clauses dérogatoires (ou nonobstant) sont incluses dans l'une et l'autre des chartes des droits et libertés (art. 33 de la Charte canadienne et art. 52 de la Charte québécoise) et permettent aux parlements, sous certaines conditions, de supplanter, de contourner ou de suspendre temporairement certains droits de l'une ou l'autre des chartes.

La FAE est-elle contre les clauses dérogatoires ?

Non. Toutefois, les clauses dérogatoires devraient être utilisées avec parcimonie et exceptionnellement. Un parlement qui y recourt devrait pouvoir démontrer que son objectif est clair et urgent.

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Le gouvernement tente de museler le chien de garde des droits de la personne et de la jeunesse

31 mars, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
La CSN dénonce vigoureusement l'intention du gouvernement caquiste d'intégrer le personnel de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) à la (…)

La CSN dénonce vigoureusement l'intention du gouvernement caquiste d'intégrer le personnel de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) à la fonction publique québécoise, tel que le stipulent des amendements adoptés mardi par la Commission des finances publiques dans le cadre de l'étude du projet de loi n°7.

Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/le-gouvernement-tente-de-museler-le-chien-de-garde-des-droits-de-la-personne-et-de-la-jeunesse/

25 mars 2026

« C'est ahurissant de voir ce gouvernement – l'un des plus impopulaires de l'histoire du Québec – persister à affaiblir l'état de droit et à museler les contre-pouvoirs », s'insurge la présidente de la CSN, Caroline Senneville, qui rappelle au passage que la CDPDJ s'est récemment montrée critique à l'endroit de plusieurs projets de loi controversés du gouvernement, comme la loi constitutionnelle et le projet de loi n°9 sur le renforcement de la laïcité. « En intégrant le personnel de la CDPDJ dans la fonction publique, le gouvernement porte sérieusement atteinte à son indépendance et donc à sa capacité à jouer son rôle de chien de garde et à protéger les enfants et les autres populations vulnérables. »

Constituée en 1976 par la Charte des droits et libertés de la personne, la CDPDJ a notamment pour mission d'assurer la promotion et le respect des principes de la Charte et de faire respecter la Loi sur la protection de la jeunesse et la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans les organismes publics. Dans l'exercice de son mandat, il arrive couramment qu'elle traite des plaintes et intente des recours contre des ministères et organismes de la fonction publique, en faveur des victimes et dans l'intérêt public, lorsqu'une atteinte aux droits protégés par la Charte leur est reprochée.

« Les membres du personnel de la CPDPJ ne sont pas des fonctionnaires », explique Marie-Iris Légaré, présidente du Syndicat des employé-es de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (SECDPDJ-CSN). « Depuis 50 ans, ils sont nommés par la CDPDJ, un organisme public indépendant du gouvernement. Le travail que nos membres réalisent en vertu du mandat inscrit dans la Charte implique notamment de remettre en question des décisions prises par le gouvernement qui sont contraires aux droits, de relever des dispositions de projets de loi qui ne sont pas conformes à la Charte et de faire valoir les droits de personnes discriminées, exploitées ou dont les droits en protection de la jeunesse n'ont pas été respectés. L'indépendance de la Commission est vitale pour réaliser sa mission. »

Une réforme effectuée sur un coin de table

Cette attaque frontale du gouvernement envers les droits et les libertés individuelles des Québécoises et des Québécois est d'autant plus inattendue en raison de la façon dont celle-ci a été faite selon Jessica Goldschleger, présidente de la Fédération des professionnèles (FP-CSN).

« Une réforme aussi importante, touchant une loi fondamentale comme la Charte québécoise, aurait dû faire l'objet d'une large consultation, dans la transparence, pour permettre à l'ensemble des parties prenantes de commenter la proposition et donner le temps aux membres de la Commission parlementaire de l'analyser, expose Mme Goldschleger. Proposer un tel changement sans avertissement simplement en présentant des amendements lors de la dernière séance d'étude du projet de loi est un autre exemple du mépris de ce gouvernement envers les institutions et les processus démocratiques », conclut-elle.

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La FEESP–CSN dénonce une situation intenable dans nos écoles

31 mars, par Fédération des employés et employées des services publics (FEESP-CSN) — , , ,
À peine une semaine après le dévoilement du budget de la CAQ, prévoyant moins de 1% d'investissement en éducation primaire et secondaire publique, la Santé publique de Montréal (…)

À peine une semaine après le dévoilement du budget de la CAQ, prévoyant moins de 1% d'investissement en éducation primaire et secondaire publique, la Santé publique de Montréal dévoile une hausse inquiétante de la violence envers les filles dans nos écoles.

Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/la-feesp-csn-denonce-une-situation-intenable-dans-nos-ecoles/
25 mars 2026

Des chiffres troublants dans le contexte où le personnel de soutien dévoilait, il y a quelques mois, des chiffres similaires concernant la violence subie par le personnel. Manque de ressources ; budget insuffisant ; personnel à bout de souffle et élèves victimes de violence : notre système d'éducation est une poudrière et la CAQ joue avec des allumettes.

« Notre réseau public manque déjà de ressources, dénonce Annie Charland, présidente du Secteur soutien scolaire de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN). On se remet à peine des allers et retours d'un demi-milliard de l'été dernier. Notre personnel est de plus en plus victime de violence, sous toutes ses formes, et on apprend, sans grande surprise, que la violence envers les filles augmente dans nos écoles. Et la réponse de la CAQ : donner des miettes au réseau ! »

« On l'a dit ; les profs l'ont dit ; les professionnel-les l'ont dit ; les directions le disent, mêmes les élèves le disent : le réseau de l'éducation n'a plus aucun moyen, il n'y a nulle part où couper. Comment voulez-vous qu'on aide les élèves victimes de violence si on n'a pas le personnel suffisant pour même assurer le service de base », poursuit Annie Charland.

La semaine dernière, le gouvernement du Québec se targuait d'octroyer un financement à hauteur de 2,4 % pour l'éducation. Or, en regardant plus attentivement le budget, on constate que seul 0,9 % d'augmentation est prévu pour les centres de services et les commissions scolaires. La balance de l'enveloppe globale de l'éducation est affectée à d'autres programmes ou projets.

« Au-delà du débat de chiffres, on n'a toujours pas les sommes suffisantes pour remplir adéquatement la mission du réseau et aider nos jeunes. Il faut comprendre que, depuis l'arrivée de la CAQ au pouvoir, le réseau de l'éducation est mis à mal. La CAQ le démonte tranquillement, à coups de gel d'embauche, de sous-financement chronique, de laisser-aller de nos établissements et d'improvisation. Il est grand temps que nous passions à autre chose et que les Québécoises et les Québécois aient un gouvernement qui pense à l'avenir et qui investit massivement en éducation. Il en va de la santé et de la sécurité de nos enfants », conclut Annie Charland.

À propos

La Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN) représente environ 69 000 membres dans près de 425 syndicats, dont 36 000 travailleuses et travailleurs de soutien dans le réseau scolaire dans 37 syndicats regroupés au sein de notre Secteur soutien scolaire, ce qui fait de la FEESP–CSN l'organisation représentant la vaste majorité du personnel de soutien au Québec.

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La Suisse rend des trésors pillés du Bénin

31 mars, par Patricia Bechard — , , ,
La Suisse s'apprête à restituer au Nigeria 28 bronzes issus de l'ancien Royaume du Bénin, pillés lors de l'expédition britannique de 1897. Cette décision, fondée sur un travail (…)

La Suisse s'apprête à restituer au Nigeria 28 bronzes issus de l'ancien Royaume du Bénin, pillés lors de l'expédition britannique de 1897. Cette décision, fondée sur un travail inédit de recherche de provenance, marque une avancée significative dans les politiques de restitution et la reconnaissance des violences coloniales.

Tiré de MondAfrique.

La décision marque un tournant discret mais significatif dans la gestion du patrimoine africain conservé en Europe. Trois musées suisses ont acté la restitution prochaine de 28 objets en bronze issus de l'ancien Royaume du Bénin, aujourd'hui situé dans le sud du Nigeria. Ces pièces, pillées lors de l'expédition punitive britannique de 1897, seront soit physiquement rapatriées vers Abuja, soit juridiquement restituées tout en restant exposées en Suisse sous forme de prêts de longue durée.

Cette double modalité illustre une évolution des pratiques muséales. Elle traduit une volonté de concilier restitution patrimoniale et continuité de l'accès public aux œuvres, tout en reconnaissant explicitement leur origine et les conditions violentes de leur acquisition.

Les objets concernés – défense royale sculptée, cloche d'autel ornée d'un léopard, pendentifs en cuivre et autres artefacts – témoignent de la richesse artistique et symbolique du Royaume du Bénin. Ils avaient été saisis lors d'une opération militaire britannique qui s'était soldée par la destruction de la capitale du royaume et le pillage systématique du palais royal. Par la suite, ces œuvres ont été dispersées sur le marché de l'art européen, intégrant collections privées et institutions muséales.

Longtemps, leur présence en Europe a été considérée comme acquise. Mais depuis plusieurs années, les débats sur la restitution des biens culturels spoliés ont profondément évolué, portés par des revendications politiques, académiques et éthiques.

La restitution annoncée repose sur un travail méthodique de recherche de provenance, mené dans le cadre d'un projet réunissant huit institutions suisses sous la coordination du Musée Rietberg, en collaboration avec des partenaires nigérians.

Ce travail d'enquête visait à retracer l'origine des objets, leur trajectoire depuis leur création jusqu'à leur entrée dans les collections suisses, et à déterminer dans quelles conditions ils avaient été acquis. Ce type de recherche, longtemps marginal dans les musées ethnographiques, est désormais au cœur des politiques de restitution.

Au total, 96 objets issus du Royaume du Bénin ont été identifiés dans les collections des institutions participantes. Parmi eux, plusieurs pièces conservées notamment au Musée d'ethnographie de Genève (MEG), au Musée Rietberg et au Musée d'ethnographie de l'Université de Zurich ont été formellement ou très probablement liées au pillage de 1897.

Sur les neuf objets conservés au MEG, trois ont ainsi été jugés suffisamment documentés pour justifier une restitution. Les autres institutions ont suivi la même logique, en s'appuyant sur des critères de preuve similaires.

Les directrices des musées concernés ont souligné dans un communiqué commun leur responsabilité éthique. Elles ont affirmé leur volonté de participer à la préservation et à la transmission de la mémoire nigériane, tout en engageant un dialogue avec les communautés d'origine. Cette prise de position s'inscrit dans un mouvement plus large de relecture critique des collections européennes.

Parmi les œuvres emblématiques concernées figure la défense d'autel Aken'ni Elao. Sculptée vers 1735, cette défense d'éléphant richement ornée était destinée à un autel royal du palais du Bénin. Elle était associée au culte des ancêtres royaux, où les objets sacrés servaient à honorer les souverains défunts.

L'analyse stylistique et historique attribue cette pièce à la guilde Igbesanmwan, un groupe d'artisans spécialisés travaillant exclusivement pour l'Oba, le roi du Bénin. Transmise de génération en génération jusqu'au règne d'Oba Ovonramwen, dernier souverain avant l'expédition britannique, elle constitue un témoignage rare de la continuité des traditions artistiques du royaume.

Autre objet notable, un masque de ceinture en alliage cuivreux, réalisé selon la technique de la cire perdue. Porté par des initiés de haut rang au sein du palais royal, cet ornement symbolisait le statut et l'autorité. Comme de nombreuses pièces issues du pillage de 1897, il a été rapidement mis sur le marché de l'art à Londres, avant de circuler en Europe et d'intégrer une collection suisse.

Des objets utilisés dans des rituels

La cloche d'autel Eroro illustre également la dimension symbolique de ces objets. De forme quadrangulaire et décorée de bas-reliefs représentant des figures du royaume et un léopard – symbole du pouvoir royal – elle était utilisée dans des contextes rituels. Les recherches ont établi qu'elle datait d'avant 1897, ce qui renforce la probabilité de son acquisition dans le contexte du pillage.

Ces objets ne relevaient pas de la production artistique ordinaire. Dans le Royaume du Bénin, les artisans spécialisés travaillaient sous l'autorité directe du roi. Les bronzes, souvent offerts à des dignitaires ou utilisés dans des rituels, participaient à la structuration du pouvoir et à la transmission de la mémoire royale.

La restitution de ces pièces ne constitue donc pas seulement un transfert matériel. Elle engage une dimension symbolique forte, liée à la reconnaissance des violences coloniales et à la réappropriation d'un patrimoine historique.

Cette démarche s'inscrit dans un contexte international marqué par une multiplication des restitutions. Plusieurs pays européens, dont la France, ont récemment engagé des processus similaires. Le Sénat français a ainsi adopté une loi visant à faciliter le retour d'œuvres acquises dans des conditions contestées pendant la période coloniale.

Le cas du Bénin est souvent cité comme pionnier dans ce domaine. Il a été l'un des premiers pays à obtenir des restitutions significatives de la part d'anciennes puissances coloniales. Cette dynamique contribue à redéfinir les relations culturelles entre l'Europe et l'Afrique, en introduisant des logiques de coopération et de reconnaissance mutuelle.

Au-delà des enjeux juridiques et diplomatiques, ces restitutions interrogent la fonction même des musées. Elles posent la question de la légitimité des collections constituées dans des contextes de domination, et de la manière dont ces institutions peuvent évoluer pour intégrer ces héritages.

En choisissant de restituer ces bronzes, tout en maintenant certains objets en prêt, la Suisse adopte une approche pragmatique. Elle reconnaît la propriété des œuvres par le Nigeria tout en préservant leur visibilité dans les espaces muséaux européens.

Ce modèle hybride pourrait préfigurer les formes futures de circulation du patrimoine. Il repose sur un équilibre entre restitution, coopération scientifique et partage culturel.

Dans ce cadre, la restitution des bronzes du Bénin apparaît comme une étape structurante. Elle ne clôt pas le débat, mais elle en redéfinit les termes, en inscrivant la question patrimoniale dans une perspective de responsabilité historique et de dialogue international.

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Qui l’eut cru ?

31 mars, par Zaz Pitit Dessalines — ,
Face aux intempéries l'imperméable je l'ai revêtu. À contre-courant je me suis débattue. Ma détresse, je l'ai tue. Les obstacles sur mon chemin se sont accrus. Mourir de (…)

Face aux intempéries
l'imperméable je l'ai revêtu.
À contre-courant je me suis débattue.
Ma détresse, je l'ai tue.

Les obstacles sur mon chemin se sont accrus.
Mourir de chagrin, j'y ai cru
quand la source d'inspiration a décru.

La mort en face, je l'ai vue.
L'ombre du passé, je l'ai revue.
Un pied dans la tombe, je me suis vue,
prise au dépourvu, dans cet air de déjà-vu.

J'errais parmi les rebuts de la société, sans but.
La mer à boire, je l'ai bu, à mes débuts.

La poussière, plus d'une fois, je l'ai mordue.
Mes biens, une fois de plus, j'ai tout perdu.
Bien qu'en cours de route, je me suis perdue,
me dépasser j'ai dû
m'accrocher au fil suspendu.

Sans toit, dans la rue, j'ai vécu.
Du mal de vivre, j'ai survécu.
Mes peurs handicapantes, je les ai vaincues.

Sous la brume, du chemin, j'ai parcouru
pour retrouver, ce qu'hier avait disparu
de mon champ de vision incongru.

Aujourd'hui, je me rue sur cette avenue.
J'accueille à bras ouvert, sans retenue
la lueur d'espoir revenue
illuminer ma cour intérieure bien entretenue.

À l'abri des regards inconnus,
cette fleur méconnue
est parvenue à mettre à nue
ce qu'elle est devenue

Dorénavant elle connait sa plus value
n'a plus peur des passages occlus.
Elle marche la tête haute vers son salut.
Elle évolue.

Zaz pitit Dessalines

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Basse-cour - Chronique d’une désillusion journalistique | À paraître le 8 avril

31 mars, par Héloïse Bargain, Éditions Écosociété — , ,
De Radio-Canada au Moscow Times en Russie, Héloïse Bargain relate son parcours de journaliste avec un esprit critique abrasif et une verve remplie d'humour. Un reflet souvent (…)

De Radio-Canada au Moscow Times en Russie, Héloïse Bargain relate son parcours de journaliste avec un esprit critique abrasif et une verve remplie d'humour. Un reflet souvent peu reluisant de la pratique du journalisme aujourd'hui. Idéalistes s'abstenir.

Le livre Basse-cour - Chronique d'une désillusion journalistique, d'Héloïse Bargain, paraîtra en librairie le 8 avril prochain.

À propos du livre

« Je m'en vais, régurgitant et ravalant ce dont je me suis goinfrée pendant sept ans. J'ai brûlé mon cul et ma jeunesse sur cette chaise en mousse des milliers d'heures pour allaiter le monstre et le spectacle de l'information en continu. [...] Après avoir passé la journée à découper des vidéos d'enfants morts en discutant de bol poké, on finit par rentrer chez nous se brûler un peu plus le cul et l'esprit devant une télé de CHSLD pour se faire accroire qu'on a encore fait "un ostie de bon show" et, même si on le veut, on ne change pas la machine. C'est elle, et elle seule, qui nous avale, nous digère et nous conchie. »

Voici comment s'ouvre le livre d'Héloïse Bargain. Dans un récit abrasif et plein d'humour, elle nous propose une incursion inédite dans les salles de nouvelles pour nous faire vivre de l'intérieur le quotidien d'une journaliste. Partant d'une vision critique d'un journalisme souvent tourné vers le spectacle et l'opinion, un journalisme qui peut aussi manquer, parfois, de rigueur et de sensibilité, Basse-cour raconte les désillusions qui ont jalonné son parcours, du Nouveau-Brunswick au Manitoba, en passant par Moscou.

Publireportages sur des cabanes à patates, passions macabres pour les faits divers, enquêtes impossibles à mener faute de temps, sujets pertinents mis de côté, burn-out (les journalistes sont quatre fois plus exposés à la dépression que le reste de la population)... Comme elle le souligne d'emblée, sa critique est destinée au système médiatique comme entité et non à ceux et celles qui le composent. Les noms et les lieux ont presque tous été changés, mais les anecdotes qu'elle raconte, elles, sont véridiques et illustrent de façon incarnée différentes facettes du journalisme d'aujourd'hui : « Les écrans sont allumés sur de grands tableaux bleus classant dans un top 20, comme aux courses de chevaux, les articles les plus populaires. En tête de course, ce n'était [pas] la fuite des Panamas Papers [...], mais plutôt "Une dame de Sherbrooke trouve un serpent caché dans un ananas"  ».

Avec un talent littéraire certain, l'autrice déploie également un bestiaire dans lequel, à défaut d'être elle-même devenue un chien de garde de la démocratie – comme les journalistes aiment se représenter –, elle se reconnaît plutôt dans la musaraigne, un animal qui peut littéralement mourir de peur : en cas de stress intense, son rythme cardiaque s'accélère tellement qu'elle se brise la cage thoracique et meurt sur le coup. De quoi faire un bon topo, d'ailleurs...

À propos de l'auteur

Héloïse Bargain a été journaliste pour Radio-Canada (au Manitoba, en Acadie et à Montréal) ainsi que pour le Moscow Times (en Russie). Après trois démissions et un épuisement professionnel, elle quitte définitivement le métier. Basse-cour est son premier livre.

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Décolonialité et résistances queers

31 mars, par Les Éditions du remue-ménage, Marianne Chbat — , ,
Décolonialité et résistances queers coordonné par Marianne Chbat | essai Parution le 31 mars 2026 au Québec | En librairie en Europe Illustration de la couverture pas (…)

Décolonialité et résistances queers
coordonné par Marianne Chbat | essai
Parution le 31 mars 2026 au Québec | En librairie en Europe
Illustration de la couverture pas Isadora Ayesha Lima

Tandis que l'autoritarisme et les discours réactionnaires gagnent du terrain, et que les communautés LGBTQ+ en subissent les violences répétées, la pensée critique se dresse comme un rempart.

Après Sexualités et dissidences queers, ce deuxième tome rassemble des chercheur·es et des militant·es qui inscrivent les résistances queers dans une approche frontalement décoloniale et transnationale. Du racisme sexuel aux effets du colonialisme, de la fragilité blanche à la question de la foi, des expériences de bispiritualités aux solidarités transféministes, en passant par la convergence avec les luttes palestiniennes, cet ouvrage propose un vocabulaire renouvelé pour combattre la haine et construire une réelle solidarité.

Avec des textes de Reem Alameddine, Samya Amrani, Anne C. (Gao Wen) Beaulieu, Marianne Chbat, Fadwa Cherraj, Xan Choquet, Joée Dufresne, Chacha Enriquez, Javi Fuentes Bernal, Siobhan Guerrero McManus, Farah Hafez, Ahmed Hamila, Diane Labelle, Edward Ou Jin Lee, Gwendoline Lüthi, Alexandra Pierre et Élise Ross-Nadié.

Marianne Chbat
Marianne Chbat est sociologue, chercheure et militante. Elle est professeure associée à l'École de travail social de l'Université de Montréal et directrice de la recherche au GRIS-Montréal. Elle a fait paraître en 2024 Famille queers. Récits et célébrations.

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La lutte contre le fascisme

31 mars, par Clara Zetkin, Editions M — ,
Témoin de la montée des fascismes en Italie et en Allemagne, Clara Zetkin est parmi les premières à saisir l'ampleur de la menace. Dès 1923, elle comprend que le fascisme ne (…)

Témoin de la montée des fascismes en Italie et en Allemagne, Clara Zetkin est parmi les premières à saisir l'ampleur de la menace. Dès 1923, elle comprend que le fascisme ne puise pas uniquement sa force de la violence, mais aussi de sa capacité à séduire les masses. Les textes réunis dans ce recueil révèlent une pensée aussi ferme que tranchante, forgée par des décennies d'engagement au sein du mouvement ouvrier. Zetkin en tire une leçon troublante d'actualité : là où la peur et l'indifférence l'emportent sur le courage et la solidarité, le fascisme prospère. Un rappel que seule la lutte collective peut vaincre la peste brune.

« Nous ne pourrons combattre le fascisme que si nous comprenons qu'il attire et mobilise de larges couches sociales qui, ayant perdu la sécurité dont elles jouissaient naguère, ont dès lors perdu toute confiance dans le système actuel. »

L'AUTRICE

Clara Zetkin (1857-1933) était une militante socialiste et féministe. Enseignante de formation, elle s'est engagée très tôt dans le mouvement ouvrier et a contribué à la défense des droits des travailleuses. Membre du Parti communiste d'Allemagne et députée du Reichstag, elle a consacré sa vie à la lutte contre le capitalisme, le militarisme et l'oppression des femmes.

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Camarade

31 mars, par Editions M, Jodi Dean — , ,
En librairie dès mai Dans les milieux de gauche, on parle aujourd'hui plus volontiers d'allié·es que de camarades. Face à la montée des droites réactionnaires et aux attaques (…)

En librairie dès mai

Dans les milieux de gauche, on parle aujourd'hui plus volontiers d'allié·es que de camarades. Face à la montée des droites réactionnaires et aux attaques répétées d'un capitalisme néolibéral en crise, Jodi Dean propose de puiser dans la riche histoire des mouvements socialistes du 20e siècle pour élaborer une théorie politique du « camarade ». Avec humour et provocation, elle montre que la camaraderie, par son caractère générique, égalitaire et utopique, constitue une relation essentielle pour combattre le capitalisme racial et patriarcal. Traduit de l'anglais (états-unien) par Isabelle Le Bourdais.

« Camarade est le degré zéro du communisme parce qu'il désigne la relation entre celles et ceux qui sont dans le même camp dans la lutte pour produire des relations sociales libres, justes et égalitaires – des relations sans exploitation. »


L'AUTRICE

Jodi Dean est théoricienne politique et enseignante aux Hobart and William Smith Colleges, à New York. Elle a publié et édité plus d'une dizaine d'ouvrages, dont The Communist Horizon en 2012 et Crowds and Party en 2016.

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« Overshoot », l’arnaque des capitalistes pour décourager tout effort pour le climat

31 mars, par Vincent Lucchese — ,
Pour sauver leurs profits, les capitalistes construisent un mythe : que la technologie permettra de revenir sur le réchauffement du climat, expliquent Andreas Malm et Wim (…)

Pour sauver leurs profits, les capitalistes construisent un mythe : que la technologie permettra de revenir sur le réchauffement du climat, expliquent Andreas Malm et Wim Carton, auteurs d'« Overshoot ». Ils dénoncent une propagande funeste relayée jusqu'au Giec.

25 mars 2026 | Tiré de Reporterre
https://reporterre.net/Overshoot-l-arnaque-des-capitalistes-pour-decourager-tout-effort-pour-le-climat

C'est une vérité aussi simple que sordide : il serait techniquement tout à fait possible de limiter le réchauffement climatique sous la barre de 1,5 °C et d'éviter ainsi des atrocités et souffrances décuplées dans les décennies à venir. Mais nous ne le faisons pas. Pour préserver les intérêts du capital.

Dit autrement, le capitalisme est fondamentalement incompatible avec la préservation d'un climat viable pour l'être humain. Le constat n'est pas nouveau mais il fait l'objet d'une démonstration limpide, sous un angle original, dans un nouvel essai, Overshoot — Résister à l'idéologie du dépassement (éditions La Fabrique, 2026).

Ses deux auteurs, Andreas Malm, maître de conférences en géographie humaine, et Wim Carton, professeur en sciences de la durabilité, tous deux à l'université de Lund, en Suède, y exposent la manière dont l'industrie fossile, et derrière elle l'ensemble de la classe capitaliste, ont imposé l'idée qu'un dépassement des objectifs climatiques était inéluctable.

« Impératif révolutionnaire »

Ce que l'on appelle dépassement — ou overshoot en anglais — renvoie à l'idée que l'on pourrait sortir temporairement des clous, émettre trop de carbone, dépasser l'objectif de 1,5 °C ou 2 °C de réchauffement mais que cela ne serait pas si grave car on pourrait ensuite faire machine arrière et revenir à un seuil de température viable d'ici 2100.

Comment ? Grâce à des solutions technologiques dont on fait le pari qu'elles seront, un jour, disponibles : élimination technologique du carbone et géoingénierie. Des techniques à l'efficacité hautement spéculative et limitée et aux effets secondaires potentiellement catastrophiques.

Ce narratif s'est pourtant imposé, au point que l'écrasante majorité des scénarios climatiques qui respectent l'objectif de 1,5 °C ou 2 °C en 2100 intègrent aujourd'hui une phase de dépassement. Ce que démontrent Malm et Carton, c'est comment cette « idéologie du dépassement », qui n'a rien d'inéluctable, était la seule solution possible pour le capital pour éviter une crise mortelle.

Car l'urgence climatique et le besoin de décarboner immédiatement nos sociétés sont tels que la seule alternative au dépassement — la solution en réalité la plus rationnelle — impliquerait de remettre en cause toute l'organisation sociale. Ce que l'ONU nomme pudiquement « une transformation en profondeur de nos économies et de nos sociétés ». Et ce que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) appelle « des transitions systémiques » qui seraient « sans précédent ».

En d'autres termes, écrivent Malm et Carton, analyser notre situation avec lucidité conduit à prendre acte de « l'impératif révolutionnaire » que l'inaction climatique des dernières décennies n'a fait que renforcer. « La révolution — en tant que nécessité logique — est née du retard historique de l'atténuation », résument-ils.

Des scénarios climatiques biaisés

Pour échapper à cette conclusion implacable, la classe capitaliste a construit et martelé un contre-récit, défini par les auteurs comme « antirévolutionnaire ». Ce récit s'est notamment imposé via les biais introduits dans les scénarios climatiques pour 2100, formulés dans les rapports du Giec.

Il est important ici de bien distinguer deux choses. D'une part, les modèles climatiques utilisés par les climatologues, qui utilisent les lois de la physiques et décrivent les liens entre émissions de gaz à effet de serre et évolution du climat. Ils sont un outil scientifique robuste, et nous fournissent aujourd'hui des connaissances climatiques solides et incontestables.

Mais, d'autre part, existent ce que l'on appelle les modèles d'évaluation intégrés souvent mentionnés sous leur acronyme anglais IAM (Integrated assesment models). Ces derniers produisent des scénarios d'évolution de nos émissions jusqu'en 2100, en modélisant l'évolution de nos économies.

Ce que dénoncent Malm et Carton, ce sont les multiples biais induits par l'écrasante majorité de ces modèles, calibrés pour proposer une politique climatique « économiquement optimale ». La plupart intègrent les dogmes de la théorie économique néoclassique et prennent, par exemple, comme hypothèse la recherche de croissance économique continue.

Par construction, ces modèles tendent aussi à privilégier le report des efforts climatiques à plus tard. Car les progrès techniques et la croissance économique sont supposés rendre ces efforts plus efficaces et moins chers à l'avenir. Autrement dit : le cadrage de ces modèles exclut toute option révolutionnaire et rend le dépassement du budget carbone inéluctable. La seule solution pour faire repasser la courbe sous 1,5 °C en 2100 consiste alors à sortir du chapeau des solutions technologiques miraculeuses.

Chantage à la crise

Un autre levier extrêmement puissant a été mobilisé par le capitalisme fossile pour imposer cette idéologie du dépassement : le chantage aux actifs échoués. On appelle par ce terme les investissements, ou les « actifs », devenus irrécupérables car dévalorisés par l'évolution de la situation.

Plus concrètement, dans le cas qui nous préoccupe, les auteurs pointent l'existence de milliers de milliards de dollars d'infrastructures, plateformes offshore, oléoducs, gazoducs, supertankers, centrales électriques, etc. Ces actifs, décrits comme « le plus gros réseau d'infrastructures jamais construit », seraient brutalement dévalués par une politique climatique ambitieuse qui planifierait une sortie rapide des énergies fossiles.

Pire, le capital investi dans l'industrie fossile imprègne l'ensemble du marché des actions et des crédits dans le monde. Les banques, les États et les gestionnaires d'actifs sont bourrés d'actifs fossiles, au point de lier le destin de l'économie mondiale à celle des fossiles.

Il fut donc aisé, dans les années 2010, pour les lobbies de l'industrie fossile, d'agiter le spectre d'un krach global, et de défendre leurs intérêts en évoquant le risque que toute action climatique sérieuse ferait peser sur « le capital commun de la classe » capitaliste. Confrontées à ce dilemme entre sauver le climat et sauver le capital, les classes dirigeantes s'en sont sorties par la pirouette du dépassement.

Vertus anticapitalistes des énergies renouvelables

Un dernier argument crucial permet à Malm et Carton d'exclure toute possibilité de solution pour le climat dans un contexte capitaliste : les énergies renouvelables, solaires et éoliennes, sont incompatibles avec l'impératif d'accumulation du capital.

Dans les années 1990 ou 2000, racontent les auteurs, Total, BP, Shell, Chevron et la plupart des majors pétrolières avaient investi massivement dans les énergies renouvelables, affichant fièrement leur politiques de verdissement. Mais toutes ont brutalement retourné leur veste et tourné le dos aux renouvelables dans les années 2020.

La raison ? L'énergie offerte par le soleil ou le vent n'est, par nature, pas profitable à long terme. Ces énergies de flux sont offertes sans travail humain (une fois amorti l'investissement initial dans le panneau solaire ou l'éolienne), leur coût est voué à fondre, l'électricité tend vers la gratuité et le taux de profit qu'elles génèrent tend vers zéro.

Ce phénomène est aussi logique qu'inéluctable pour les auteurs, qui l'analysent avec leur grille de lecture marxienne, selon laquelle seul le travail humain génère de la valeur. Les énergies fossiles, énergie de stock, nécessitent un travail humain constant pour leur extraction, et ce travail, exploité par le capital, peut produire ainsi de la « survaleur », donc du profit capitaliste.

À l'inverse, les renouvelables sont des énergies de flux, virtuellement infinis, sans travail humain, donc sans exploitation et sans valeur. Si la part de l'électricité provenant des renouvelables devient trop vaste, elle menace de transformer cette électricité en « non-marchandise ». Ce phénomène de « déclin de la valeur » s'accélère dès que solaire et éolien atteignent un quart à un tiers de l'ensemble de l'électricité produite, notent les auteurs.

Organiser le krach contrôlé du capital fossile

Voir des multinationales capitalistes engager une véritable transition énergétique serait donc une impossibilité structurelle. La biomasse ou le nucléaire, en revanche, restent des énergies de stock, nécessitant un travail humain exploitable. Raison pour laquelle ces sources d'énergies auraient les faveurs des classes dominantes, malgré leur faible pertinence face à l'urgence climatique.

La démonstration étayée et pédagogique livrée ici par Malm et Carton a le mérite de mettre en lumière les mécanismes profonds qui précipitent le désastre climatique. Le capitalisme a un besoin vital d'accroître continuellement son taux de profit et le capital fossile, pour maintenir cette course effrénée, a réussi à imposer son idéologie du dépassement.

Pour en sortir, il est urgent d'imaginer une manière d'échouer ces actifs mortifère. Soit, plaident les auteurs : organiser le krach contrôlé du capital fossile, son démantèlement, et déployer une production énergétique renouvelable postcapitaliste.

« C'est l'ampleur herculéenne de cette tâche qui explique que le dépassement continue de s'imposer », concluent-ils, tout en se gardant de livrer une solution clé en main pour mener à bien une telle tâche. Identifier les racines du mal et l'objectif à atteindre, aussi « extrêmement improbable » soit-il, est au moins une première étape pour entretenir l'espoir.

Overshoot — Résister à l'idéologie du dépassement, de Wim Carton, Andreas Malm, éditions La Fabrique, février 2026, 300 p., 22 euros.

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« Quand le monde dort » : un plaidoyer contre l’indifférence et pour la résistance palestinienne

Dans son dernier ouvrage, "Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine" (éditions Mémoire d'Encrier, 2025), Francesca Albanese livre un récit poignant de son (…)

Dans son dernier ouvrage, "Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine" (éditions Mémoire d'Encrier, 2025), Francesca Albanese livre un récit poignant de son combat en soutien à la Palestine occupée. À travers une série de portraits de personnes qui ont marqué sa trajectoire personnelle et professionnelle, elle nous invite à sortir de l'indifférence et à agir pour soutenir la cause palestinienne. Nous publions ici l'introduction de l'ouvrage, avec l'aimable autorisation de la maison d'édition Mémoire d'Encrier à qui nous devons sa traduction en français.

Tiré du site de la revue Contretemps.

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés, est l'une des voix les plus respectées sur le droit international et l'oppression des palestinien·nes. Mais elle est également victime, depuis quelques années, d'une série d'intimidations, de menaces et d'une véritable campagne de harcèlement de la part des gouvernements états-unien et européens.

En février dernier, le gouvernement français, en la personne du ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot, l'a accusée d'être « une militante politique qui agite des discours de haine » et a appelé à sa démission de l'ONU après des propos de la juriste italienne évoquant un « ennemi commun » à l'humanité, responsable d'un « génocide » à Gaza.

C'est lorsque le monde dort que naissent les monstres. Et des monstres, nous en avons déjà beaucoup parmi nous. Le premier d'entre eux : notre indifférence.

Pour la première fois, je me sens véritablement indignée.

Indignée par l'indifférence.

Par la violence de ce génocide, la manière dont il s'est immiscé dans notre quotidien, le constat que certains n'en sont absolument pas affectés alors que d'autres sont dévastés. Je me retrouve, une fois encore, face à des représentants d'État qui – ensemble, et certains plus que d'autres – pourraient mettre un terme à tout cela.

Il suffirait d'un trait de plume.

Cela m'indigne et me déçoit, comme cela m'arrive souvent dans cette salle, de voir la plupart d'entre vous réciter la même comédie de toujours.

Bien sûr, nous condamnons l'attaque du Hamas.

Bien sûr, nous sommes solidaires des victimes israéliennes. Bien sûr, nous demandons la libération des otages.

Mais est-il possible qu'après la mort de quarante-deux mille personnes à Gaza, il y ait encore des gens incapables d'éprouver la moindre empathie pour les Palestiniens ?

Voilà : ceux d'entre vous qui, aujourd'hui, n'ont pas prononcé un seul mot sur ce qui se passe à Gaza montrent que l'empathie a disparu de cette salle.

L'empathie est le ciment qui nous relie les uns aux autres en tant qu'humanité. Et il ne s'agit pas de charité envers les Palestiniens.

Il s'agit du respect de vos fonctions qui impliquent aussi l'obligation, pour vos États, de faire appliquer fermement la Convention sur le génocide afin de prévenir ce crime.

Alors, si nous sommes réellement ici aujourd'hui pour faire respecter le droit international, il n'y a pas d'autre issue que d'imposer des sanctions à Israël et de revoir nos relations diplomatiques, économiques, politiques, militaires et stratégiques avec cet État.

Pour que cela soit le dernier génocide de l'histoire de l'humanité.

Francesca Albanese – Extraits de son intervention à l'Assemblée générale des Nations Unies – 30 octobre 2024

Introduction

La solidarité est une forme politique de l'amour

Je suis devenu à dix ans ce qu'on appelle un réfugié.

Dans ma tête d'enfant, je me demandais qui était

cet ennemi invisible qui a détruit ma vie.

À quoi ressemblait-il ? Était-ce un humain ou un

monstre ? Pourquoi avait-il fait de moi un réfugié ?

Qu'est-ce que je lui avais fait ? D'où venait-il ?

Quelle langue parlait-il ?

— Salman Abu Sitta,Mapping My Return[1]

Ces derniers temps, je me suis souvent surprise à repenser à George Orwell. Son célèbre aphorisme – « la guerre, c'est la paix ; la liberté, c'est l'esclavage ; l'ignorance, c'est la force » – ne m'a jamais semblé aussi actuel, aussi juste que dans le cas de la Palestine et d'Israël.

J'écris ces lignes à un moment particulier de ma vie : les États-Unis viennent de me sanctionner. Depuis le 9 juillet 2025, le Département du Trésor m'a inscrite sur la liste des « ressortissants spécialement désignés », ce qui interdit à tout citoyen ou toute entreprise étatsunienne d'avoir le moindre lien financier avec moi.

Je deviens ainsi la première responsable des Nations Unies à être sous le coup d'une telle mesure – je partage désormais le même sort que Vladimir Poutine, l'ayatollah Ali Khamenei ou encore le président vénézuélien Nicolás Maduro – pour le « crime » absurde d'avoir, dit-on, collaboré avec la Cour pénale internationale. La réalité est tout autre : ce que l'on me reproche, c'est d'avoir dénoncé les violations des droits de la personne commises par Israël contre les Palestiniens. Les États-Unis choisissent d'appeler cela « antisémitisme ». Une accusation à la fois infondée et dangereuse, car elle dessert profondément les communautés juives du monde entier et banalise la mémoire ainsi que la réalité de la haine antisémite. Ces sanctions ne sont rien d'autre qu'une punition pour avoir exercé, avec constance, le mandat que m'a confié l'ONU, au moment même où Gaza et les territoires palestiniens occupés subissent des souffrances indescriptibles.

Je n'avais pas prévu, en commençant ma vie, de me retrouver dans un combat contre le pouvoir. Je suis née et j'ai grandi à Ariano Irpino, une petite ville montagneuse du sud de l'Italie, un lieu que peu de gens quittent et où ils sont encore moins à s'y installer. Mon adolescence a été façonnée par un rejet viscéral de l'injustice. Dans le même temps, la violence mafieuse – ses assassinats de juges, d'avocats et de journalistes – a laissé une empreinte indélébile sur moi. Lorsque les procureurs antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino ont été assassinés en 1992, la Sicile a éclaté de colère. Les gens ordinaires se sont mobilisés partout à travers le sud de l'Italie contre le crime organisé. J'ai alors compris que la solidarité et le courage sont les moteurs les plus puissants de changement.

À dix-huit ans, après le décès de mon père, j'ai trouvé refuge dans le havre de rationalité que m'offraient les études de droit. Bien qu'un profond sens de la justice sociale ait toujours coulé dans mes veines, l'ordre, la structure et la logique du droit m'ont apaisée. J'ai aussi eu la chance d'avoir une mère forte, toujours présente à mes côtés, qui me tenait la main ou posait simplement la sienne sur mon épaule quand j'en avais besoin.

À l'université, j'ai trouvé ma véritable voie. Je me suis engagée dans un collectif d'étudiants critiques. J'animais la vie culturelle du campus et je représentais mes camarades dans les instances académiques. J'ai été indignée par la décision de mon département de vouloir honorer Giovanni Gentile, ministre de l'Éducation de Mussolini et signataire des lois raciales de 1938 qui ont condamné des milliers de juifs[2] italiens à la mort. J'ai organisé une manifestation, et nous avons gagné : la plaque commémorative prévue pour Gentile n'a pas été installée à la faculté de droit.

Pour subvenir à mes besoins, je cumulais deux, parfois trois petits emplois en même temps, et j'ai tout de même obtenu mon diplôme avec la plus haute mention. Ces années m'ont permis de voyager, d'apprendre l'anglais à l'étranger et de découvrir des horizons bien plus vastes que ceux de ma petite ville. Mais devenir avocate n'a jamais été ma vocation : la notion de « juriste des droits de la personne » n'existait pas en Italie à l'époque, et je n'avais aucune envie de passer le Barreau. Ce qui me motivait réellement, c'était de défendre les personnes privées de leurs droits. Pendant un moment, j'ai rêvé de devenir journaliste, mais ce rêve s'est transformé lorsqu'une généreuse bourse m'a permis de poursuivre des études de droit international et de développement dans une grande ville du sud que j'aimais tant, Lecce

C'est au détour d'un de mes nombreux petits boulots étudiants que j'ai découvert pour la première fois le monde des relations internationales, grâce à un stage au ministère italien des Affaires étrangères. Cette expérience a ouvert la voie à une bourse onusienne, puis à ma première mission à l'étranger : deux années passées au Maroc, où j'ai travaillé tout en vivant pleinement, à la fois comme voyageuse curieuse et comme témoin malgré moi des injustices et atteintes aux droits de la personne. Cette étape m'a donné envie de faire mon doctorat, et j'ai finalement choisi de poursuivre mes études à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de Londres.

Mon passage à Londres a joué un rôle décisif dans ma trajectoire intellectuelle. Alors étudiante de troisième cycle à SOAS, j'ai découvert les approches critiques du droit international et des études sur le développement. Ce fut une révélation, non sans peine. C'est là que j'ai rencontré Edward W. Said – non pas en personne, mais à travers ses écrits. L'Orientalisme[3] et ses autres ouvrages m'ont offert une langue et un cadre pour comprendre la politique de la représentation, la construction de « l'Autre » et les distorsions profondément ancrées dans les récits eurocentrés. Ces idées n'étaient pas toujours confortables, mais elles exerçaient une force irrésistible en dévoilant le monde tel qu'il est.

Edward W. Said – aux côtés d'Antonio Gramsci, autre phare intellectuel dans ma vie – m'a aidée à comprendre comment la culture soutient le pouvoir, et que la résistance doit d'abord commencer par la remise en question des récits que le pouvoir impose. Ces influences ont marqué mon parcours et guidé mes choix. S'en sont suivies quatre années au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, vécues entre le monde arabe et l'Asie du Sud-Est. Finalement, je me suis installée en Palestine pour travailler au sein de l'UNRWA[4], l'agence de l'ONU créée en 1949 après la Nakba, la catastrophe de l'expulsion forcée des Palestiniens à la suite de la création de l'État d'Israël en 1948. Je réalisais ainsi un rêve que je portais depuis longtemps.

À Londres, j'avais étudié la question palestinienne à travers le prisme du droit. J'en suis ressortie avec le sentiment d'une injustice à la fois immense et persistante. Juriste onusienne dans la ville occupée de Jérusalem, je me débattais chaque jour avec la dissonance entre les principes du droit international – égalité, justice, dignité – et la réalité brutale des rapports de force. Nulle part ailleurs cet écart n'était plus flagrant qu'en Palestine, où l'inaction de la communauté internationale tournait en dérision le droit qu'elle prétendait défendre. Cette contradiction m'a finalement poussée à quitter l'ONU, tout en poursuivant mes recherches de manière indépendante.

Entre-temps, mon mari Max et moi nous sommes installés à Washington, où est née notre première fille, Leila. Jeune mère, j'explorais la ville et ses contradictions. J'avais mis de côté le droit et la Palestine, et m'étais formée pour devenir professeure de yoga. Mais les bombardements incessants de Gaza – en 2012 puis en 2014 – m'ont brutalement ramenée à la réalité. Avec Leila en porte-bébé, je participais aux manifestations, cherchant à apaiser la culpabilité de ne pas être aux côtés de mes collègues de l'UNRWA et des Gazaouis qui pleuraient leurs proches. Le sentiment d'impuissance était étouffant.

Je me souviens d'un sit-in devant le magasin Target, sur la rue Columbia, où j'ai éclaté en larmes dans les bras de bénévoles de l'organisme Jewish Voices for Peace. Ce fut le début de mon amitié avec nombre d'activistes pacifistes basés à Washington. Parallèlement, je me suis mise à enseigner bénévolement le yoga dans des communautés défavorisées, de la rue Columbia jusqu'à Anacostia. Il n'a pas fallu longtemps avant que, malgré un emploi bien rémunéré mais émotionnellement stérile, mon cœur et mon esprit ne reviennent à la Palestine. Cette fois-ci, ce fut sous l'angle de la recherche à l'université de Georgetown.

Quatre ans plus tard, un nouveau départ : cette fois en Indonésie, où nous avons vécu jusqu'à la naissance de notre deuxième enfant, Giordano. C'est au cours de cette période que mes recherches ont abouti à un livre consacré aux réfugiés palestiniens[5], qui montre l'humanité des Palestiniens, malgré la tragédie de leur histoire.

Pour ces réfugiés, leur « statut » n'est pas qu'une mention juridique ; il incarne l'expérience quotidienne de l'exil, celle de l'arrachement à une patrie qui a bel et bien existé. Très vite, il m'est apparu évident que leur situation ne pouvait être résolue sans d'abord la reconnaissance du droit collectif du peuple palestinien à l'autodétermination. C'est aussi ce que j'ai souligné dans mon tout premier rapport en tant que Rapporteuse spéciale de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés.

Dans ce rôle, je cherche à incarner ce qu'Edward W. Said appelait le « témoin véridique ». Pour moi, l'impartialité ne signifie pas l'indifférence : elle implique d'enquêter avec rigueur, de confronter les faits au droit, et de dire la vérité au pouvoir, même lorsqu'elle dérange. En Palestine, cela revient à dévoiler l'asymétrie profonde entre occupant et occupé, colonisateur et colonisé, et à montrer comment des décennies de dépossession ont fini par être norma- lisées par une communauté internationale trop souvent impuissante.

Mon parcours, de ma petite ville du sud de l'Italie jusqu'au cœur du droit international, a été marqué par l'intranquillité, la force de mes convictions et une intolérance viscérale face à l'injustice. Si une leçon se dégage de ce cheminement, c'est bien celle-ci : lorsque nous nous tenons ensemble, avec courage, même face à des pouvoirs solidement ancrés, le changement n'est pas seulement possible, il devient inévitable.

Je suis aujourd'hui la huitième Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de la personne dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 – et la première femme à occuper ce poste en 30 ans. Ce mandat a été créé en 1993 par la Commission des droits de l'homme (aujourd'hui le Conseil des droits de l'homme) pour documenter et rapporter à l'ONU les violations commises par Israël dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, territoires alors occupés militairement depuis 26 ans déjà.

Cette occupation, qui viole de manière flagrante le droit international, a permis à la puissance occupante d'établir des dizaines de colonies réservées aux seuls citoyens israéliens juifs (une violation grave de la Quatrième Convention de Genève et un crime de guerre au regard du Statut de Rome). Israël a en parallèle déplacé de force des Palestiniens (autre crime de guerre et crime contre l'humanité), exécuté extrajudiciairement des centaines d'entre eux, et arrêté arbitrairement et détenu dans des conditions inhumaines des dizaines de milliers d'adultes et d'enfants (des actes également constitutifs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité).

Les Palestiniens qualifient depuis longtemps ce régime d'apartheid : d'un côté, un droit militaire imposé aux Palestiniens – des lois rédigées par des soldats, appliquées par des soldats, et révisées dans des tribunaux militaires par ces mêmes soldats ; de l'autre, un droit civil pour les colons israéliens. Il aura pourtant fallu près de trois décennies pour que le mot apartheid circule plus librement à l'échelle internationale.

À titre d'experte indépendante de l'ONU, ma tâche consiste à examiner les faits avec impartialité et à fournir une analyse juridique rigoureuse et étayée de la situation des droits de la personne des Palestiniens au regard des normes internationales pertinentes.

Il convient de rappeler que mon mandat est pro bono et limité à l'examen des violations commises par Israël, en tant que puissance occupante. Lors de sa création, il reposait sur un constat clair : depuis 1967, Israël occupait illégalement un territoire palestinien et y commettait, depuis plus de 30 ans, des violations répétées et documentées. Annexions rampantes, déplacements forcés, exécutions extrajudiciaires… toutes ces pratiques se poursuivent aujourd'hui encore.

Il m'est arrivé aussi d'examiner les violations commises par le Hamas et par les autorités de facto en place. Mais, par définition, ces actes échappent au cadre de mon mandat, qui est centré sur la racine du problème : l'occupation. Le fait central est ceci : Israël maintient une occupation illégale, de type colonial, visant à perpétuer la dépossession, la privation et l'assujettissement du peuple palestinien. Fondamentalement, cette occupation sans fin repose sur le déni du droit du peuple palestinien à l'autodétermination – l'un des droits fondateurs de l'ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale.

Face au déni abject de leurs droits fondamentaux, les Palestiniens ont cherché à se libérer par tous les moyens, dont beaucoup sont pleinement légitimes en droit international. L'Assemblée générale de l'ONU elle-même a reconnu le droit des peuples colonisés à résister à une occupation étrangère « par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée ». Mais, comme je l'ai toujours affirmé dans mes fonctions de Rapporteuse spéciale, cela ne signifie en aucun cas que les crimes commis contre des civils puissent être justifiés. J'ai toujours été claire : ceux qui commettent de tels crimes, dont certains groupes armés palestiniens, doivent rendre des comptes devant les institutions appropriées du droit international, et non par le biais d'opérations de vengeance militaire qui ne font qu'accroître la souffrance des populations civiles.

Pour comprendre pourquoi ces opérations de représailles sont particulièrement odieuses dans le contexte palestinien, il faut rappeler qu'Israël a été fondé sur des terres palestiniennes, habitées depuis des siècles par une population qui n'a jamais souhaité vivre sous un régime d'apartheid ni sous une occupation étrangère. Que la Palestine d'alors n'ait pas correspondu aux critères occidentaux de l'État-nation est sans importance : la Charte de l'ONU reconnaît à tous les peuples le droit à l'autodétermination et à un gouvernement représentatif. Or, depuis 77 ans, les Palestiniens se voient refuser ce droit, tout en subissant une occupation militaire indéfinie, une colonisation rampante et une annexion de facto. Ces conditions ne font qu'alimenter le cycle de la violence et éloignent toujours plus la possibilité d'une paix juste.

Malgré cette réalité accablante, la question palestinienne reste au cœur des préoccupations mondiales, en Italie notamment, où ce livre a connu un grand succès dès sa parution. Partout, des milliers de personnes sont venues m'écouter, avides de comprendre la situation et d'agir. Cet enthousiasme est inhabituel pour un récit écrit par une juriste, d'autant plus qu'il traite d'un sujet systématiquement effacé de l'agenda public par une presse docile et par l'idéologie dominante. D'où mon bonheur de savoir que Quand le monde dort rejoindra des lecteurs à travers le monde grâce à ses diverses traductions.

Les États-Unis, de par leur soutien inconditionnel à Israël, demeurent l'obstacle principal à une résolution pacifique. En épargnant Israël de toute sanction internationale – que ce soit par leur veto au Conseil de sécurité ou par leurs milliards de dollars d'aide militaire –, ils ont instauré une culture de l'impunité qui a permis à Israël de perpétrer les pires crimes. Comme je l'ai montré dans mes travaux, cette impunité a conduit à l'irréparable : à Gaza, Israël a pu commettre un génocide, c'est-à-dire la négation ultime du droit d'un peuple à l'autodétermination, et même de son droit à exister.

Ce constat n'a pas été une surprise pour les chercheurs spécialisés. Tous les signes avant-coureurs étaient présents dans la période qui a précédé le 7 octobre 2023, ce jour fatidique où le Hamas et d'autres groupes armés palestiniens ont tué environ 1 200 personnes en Israël et en ont enlevé 252, emmenées à Gaza comme otages. La ségrégation raciale, les déplacements forcés, l'apartheid, les exécutions extrajudiciaires, l'impunité de leurs auteurs tous ces crimes perpétrés à différents moments et contre différentes communautés palestiniennes convergeaient vers un but commun : effacer la présence palestinienne vivante en Palestine, afin de laisser place à un projet sioniste de « Grand Israël ».

Cette tragédie, hélas, était annoncée. Elle résulte de l'échec des États-Unis et de l'Europe à assumer leurs responsabilités au regard du droit international. Selon le droit de la responsabilité des États, un crime tel que le génocide entraîne trois obligations claires pour les États tiers : ne pas reconnaître la situation illégale, ne pas aider à la perpétrer, et coopérer activement pour y mettre fin par des moyens légaux (sanctions, embargos, mesures concrètes). Or ni les États-Unis ni l'Europe n'ont respecté ces obligations. Ils ont continué à entretenir des relations économiques et politiques normales avec Israël, légitimant ainsi son occupation illégale, et se sont refusés à imposer la moindre sanction significative.

Le résultat, tragique, est que le génocide de Gaza est désormais inscrit dans notre histoire : la destruction quasi totale du territoire, le massacre de dizaines de milliers de familles, l'instrumentalisation cynique de l'aide humanitaire, et la tentative désespérée du gouvernement israélien d'expulser définitivement les Gazaouis hors de leurs terres. Tout cela aurait pu être évité, et de nombreux experts en droits de la personne n'ont cessé de le prédire depuis des années.

Pourtant, la répression ciblant à la fois le message que je porte, mes fonctions et ma personne a atteint un niveau sans précédent – à l'image de l'intolérance qui mine de plus en plus le débat sur la question israélo-palestinienne.

Alors, qu'est-ce qui a changé ?

Juste avant mon arrivée en Allemagne, en février 2025, deux événements universitaires auxquels je devais participer ont été annulés sous pression politique. Le premier – un cours prévu à l'Université de Munich – a été supprimé immédiatement. Grâce aux étudiants, j'ai pu tout de même donner le cours dans un centre d'accueil pour réfugiés, indépendant du gouvernement, financé par des fonds privés, dont le directeur courageux n'a pas cédé aux menaces.

À l'Université de Berlin, je devais présenter une conférence avec Eyal Weizman, expert israélien d'architecture médicolégale ; mais l'université avait déjà annulé l'événement public, nous proposant plutôt de tenir l'événement à huis clos. Nous avons refusé : cela n'avait aucun sens de se rendre sur place pour une rencontre accessible uniquement en ligne. Quelques professeurs et étudiants sont parvenus à déplacer la conférence dans un centre culturel qui pouvait accueillir au plus 600 personnes, alors que 1 200 personnes étaient déjà inscrites. L'ambassadeur israélien, la police, plusieurs responsables politiques, un ministre et d'autres figures institutionnelles ont alors exercé de nouvelles pressions : insatisfaits de l'annulation par l'université, ils ont menacé de couper les subventions du centre culturel s'il persistait à nous accueillir. Face au risque de fermeture, le centre a cédé. Le lendemain matin, ses murs étaient recouverts de graffitis par les habituels groupes pro-israéliens : « Albanese antisémite », « Albanese terroriste », assortis d'insultes contre l'ONU et moi-même.

Finalement, la conférence a eu lieu dans les locaux du journal Junge Welt, où il n'y avait de place que pour une centaine de personnes. À l'extérieur, une foule s'était massée. La police avait encerclé le bâtiment avec des agents en tenue antiémeute, matraques et mitraillettes bien visibles. C'est dans ce décor qu'Eyal Weizman et moi avons parlé de la souffrance d'un peuple et de paix.

En Allemagne, comme ailleurs en Europe et de plus en plus ouvertement aux États-Unis, la répression peut être d'une extrême violence. J'ai lu à propos de charges policières contre des étudiants et manifestants de tous âges et nationalités, et j'ai vu, de mes propres yeux, des Palestiniens, mais aussi des Juifs antisionistes, se faire frapper, matraquer, incarcérer.

Le drame est double : ces personnes luttent pour mettre fin à des crimes atroces, tout en exerçant leur droit fondamental à la critique et à la dissidence – droit indissociable de la liberté d'expression, censée être l'un des piliers de nos dites démocraties libérales.

Mais que vaut la démocratie si elle ne laisse aucune place au débat ?

Cette fois-là, aucun membre de nombreux think tanks (groupes de réflexion) rencontrés à Berlin l'année précédente ne s'est présenté. Sur dix-huit délégués d'organismes non gouvernementaux (ONG), seuls trois sont venus.

La veille de l'événement au Junge Welt, une menace d'arrestation est survenue. La police fédérale allemande a contacté les groupes organisateurs pour les prévenir que je risquais d'être arrêtée pour violation des lois allemandes sur l'antisémitisme. Après une nuit blanche, j'ai appelé Max, mon mari, à six heures du matin :

— Je ne sais pas quoi faire, Max… Je sais que ce que je fais est juste, mais je ne veux pas être arrêtée, je n'ai pas vu les enfants depuis trois semaines.

Il m'a répondu, avec son calme habituel :

— Vas-y. Fais ce que tu dois faire. Nous sommes là.

Alors j'y suis allée.

Il a fallu que l'ONU intervienne, rappelant à la police allemande qu'en tant que Rapporteuse spéciale des Nations Unies, je bénéficie de l'immunité diplomatique, et qu'une arrestation serait un scandale sans précédent. Ce n'est qu'à ce moment-là que les choses se sont calmées. L'événement a tout de même eu lieu sous haute surveillance : une vingtaine de fourgons de police étaient stationnés devant le journal, et des policiers en tenue d'assaut encombraient la salle. Je suis entrée souriante, comme si de rien n'était. Je suis montée sur scène, le cœur débordant d'indignation, mais cela ne m'a pas empêchée de m'exprimer clairement, avec précision. À la fin de l'événement, Michael Barenboim, violoniste et professeur à la Barenboim-Said Akademie, a joué aux côtés de musiciens palestiniens. C'était bouleversant. Le lendemain, Melanie Schweizer, une fonctionnaire du gouvernement allemand présente à la soirée, déjà suspendue pour ses prises de position critiques à l'égard de la politique israélienne, a été licenciée.

Tel est le climat de répression que l'on respirait en Allemagne.

L'incapacité de l'Occident à appliquer le droit international à la Palestine, alors même qu'il en est l'un des principaux architectes et garants, montre clairement son désengagement pour une paix véritable. Il maintient l'illusion de son rôle de médiateur, tout en laissant se cristalliser une situation intenable : trois décennies d'un processus de paix sans issue, sous l'égide des accords d'Oslo[6].

Présentés à l'origine comme une voie vers la libération palestinienne, ces accords ont en réalité agi comme un cheval de Troie, permettant le contrôle et le pillage de la société palestinienne. J'ai récemment décrit cette situation comme un continuum carcéral sociopolitique : les Palestiniens sont détenus à la fois « derrière les barreaux » et « au-delà des barreaux », par la contrainte physique, la bureaucratie envahissante et une surveillance omniprésente. Voilà pourquoi je parle des territoires palestiniens occupés comme d'un « panoptique moderne ».

À l'occasion de récents anniversaires politiques, j'ai relu attentivement les déclarations officielles. Ce qui frappe, c'est la volonté de la communauté internationale de maintenir le statu quo, en répétant les mêmes recettes éculées depuis trois décennies. On parle d'ouvrir une « nouvelle voie », « au-delà d'Oslo », sans en reconnaître les failles, en particulier l'incapacité à placer les droits et la dignité des Palestiniens au cœur de toute démarche politique. Voilà qui résume l'air du temps : un mélange d'amnésie, d'aveuglement et de déni.

Le contraste est d'autant plus flagrant quand on observe la réaction internationale face à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Là, les violations du droit international – l'agression, l'occupation illégale, l'annexion – ont immédiatement suscité une condamnation ferme et une mobilisation rapide en faveur de la justice internationale. À l'inverse, pour la Palestine, le silence est assourdissant.

Cette disparité révèle une profonde dissonance cognitive au sommet des institutions politiques occidentales, ces « grands prêtres de l'empire ». Elle expose aussi les limites du droit international, dont l'application reste tributaire de la volonté des États. Ce double standard mine les fondements mêmes de l'ordre international axé sur les droits de la personne, tel qu'il avait été conçu à l'issue de la Seconde Guerre mondiale.

L'histoire de la Palestine illustre cruellement comment les pratiques internationales peuvent perpétuer l'injustice, même en présence d'un corpus juridique solide. Dans le paysage politique actuel, où les États oscillent entre l'angoisse « post-Oslo », l'oubli volontaire ou la myopie assumée, je tiens à rappeler ceci : la priorité demeure le respect des obligations internationales et non la définition abstraite de ce que devrait être la paix. Mettre fin à l'occupation, stopper la colonisation et bloquer toute annexion : telles sont les exigences inscrites dans le droit international. Car ce que la loi requiert, au fond, c'est de permettre à l'autre de vivre dans la liberté, la sécurité et la dignité. Voilà la justice dans son sens le plus simple.

Le génocide de Gaza fait désormais partie de notre histoire collective, une tache indélébile qui pèsera sur l'humanité et pour laquelle nos petits-enfants demanderont des comptes. C'est dit, c'est fait. La question qui se pose à présent est celle de l'avenir : comment avancer ?

Il m'est souvent arrivé de penser que la Palestine, pour moi, a été comme la pilule rouge du film The Matrix – celle qui révèle la vraie nature du monde. Mon travail, après des années d'étude de la question palestinienne, m'a permis de voir et de comprendre plus clairement le système dans lequel nous vivons.

J'en suis venue à constater le courage qu'il faut pour affronter les rouages de ce système. J'ai vu ce courage se manifester à d'innombrables occasions lors de mes longs voyages, à travers une multitude de visages et d'histoires : représentants officiels, membres de la société civile, chercheurs, intellectuels, travailleurs, syndicats et, surtout, des foules d'étudiants et de gens ordinaires. Des personnes précieuses qui cherchent à faire circuler des propos utiles et à propager l'espoir.

C'est arrivé aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle- Zélande, en Espagne, en Norvège, au Danemark, aux Pays-Bas, au Portugal, en Égypte, en Jordanie, au Canada et en Italie. Même en Belgique, où la présence des institutions européennes – parfois plus attachées à leur bureaucratie qu'à leur efficacité – rend souvent l'atmosphère lourde. Ce périple m'a permis de percevoir l'élan qui lie tant de communautés et les pousse à lutter pour la justice, la vérité, la dignité et un avenir plus juste, par-delà les différences.

Ce livre que vous tenez entre vos mains a vu le jour grâce à tous ces compagnons et compagnes de route qui m'ont entourée de près ou de loin. J'ai donc choisi de centrer l'exploration de thèmes que je considère comme fondamentaux pour comprendre l'histoire, le présent et l'avenir de la Palestine sur les récits de dix personnes qui me sont chères. Ces dix personnes, par leur enseignement, leur témoignage ou même simplement leur présence, m'ont guidée sur mon cheminement vers la connaissance de cette terre qui souffre depuis bien trop longtemps.

George, l'un de nos amis les plus proches à l'époque où Max et moi vivions à Jérusalem, nous fera sillonner la ville, ses ruelles, ses recoins, entre les maisons anciennes pleines de charme, les librairies où les livres pour enfants sont désormais confisqués par les soldats israéliens, et les cafés où, il y a quelques années encore, il n'était pas rare de danser aux côtés de jeunes Israéliens – sans uniforme.

Ingrid, une femme européenne qui a choisi la Palestine et qui lui a tant donné, montrera l'exigence de la rigueur dans la pensée et de l'utilisation du cadre juridique de l'apartheid – comme elle me l'avait fait comprendre en 2017, avec une clarté fondatrice.

Eyal, qui a quitté Israël depuis longtemps et estime ne pas avoir le droit d'y retourner tant qu'il ne pourra le faire avec un passeport palestinien, c'est-à-dire celui d'un État unique et démocratique, éclairera sur la complexité des conditions physiques et matérielles qui engendrent un génocide.

Hind, morte à six ans pour le seul fait d'être palestinienne, ouvrira les yeux sur ce que signifie être un enfant dans un pays où, depuis des générations, les mineurs n'ont pas le droit à un nid qui les protège et respecte leurs racines.

Gabor, marqué dès son enfance par les persécutions contre les juifs, révélera l'absurdité de ce que subit aujourd'hui le peuple palestinien et l'illusion de normalité.

Et puis il y a Ghassan, le chirurgien venu de Londres, plongé au cœur de l'horreur innommable de Gaza dans les premiers mois de l'assaut génocidaire ; Malak, la jeune artiste dont l'œuvre illustre la première de couverture, elle qui a fait le chemin inverse, quittant Gaza pour rejoindre Londres, afin de raconter en peinture ce que vit son peuple ; Abu Hassan, qui nous a guidés à travers les lieux marqués par l'oppression que subissent les Palestiniens ; Alon, éminent spécialiste du génocide et ami précieux, qui m'a aidée à mieux comprendre les conflits intérieurs d'un juif israélien qui « voit » les Palestiniens et fait sienne leur cause – car la libération du peuple palestinien de l'apartheid est aussi la clé de la libération des Israéliens eux-mêmes ; et enfin, Max, mon mari, l'une des personnes les plus proches de moi, dans la vie comme dans cette recherche de lucidité que nous aspirons à traduire en action.

Dix personnes, dix récits qui s'entrelacent avec les vies et les visages de beaucoup d'autres – moi-même, les membres de ma famille, la caissière d'un magasin irlandais, ou encore les enfants qui venaient manger les mûres devant notre maison à Jérusalem.

En développant, en ce moment terrible, le germe d'une idée qui me trottait en tête depuis des années – celle d'écrire un livre de « Polaroids de Jérusalem » –, je souhaite aussi raconter ici la Palestine telle que je l'ai vécue : non pas comme une militante, mais comme une personne qui s'en est approchée d'abord par curiosité culturelle, puis avec un regard de juriste.

J'ai voulu interroger, à travers ces récits, à la fois le passé et le présent de la Palestine, dans l'espoir d'imaginer un avenir meilleur pour tous ceux qui partagent cette terre. Mon propos n'est pas d'adoucir la réalité cruelle dans laquelle nous vivons : ces récits sont brutaux, dévastateurs, parfois insoutenables. Certains viennent du cœur même du génocide, d'autres de la position douloureuse de ceux qui, impuissants, ont dû regarder les atrocités de loin.

Et pourtant, au milieu de cette souffrance, j'espère transmettre une conviction : la paix au Moyen-Orient, et en Palestine, reste possible. Cette terre peut redevenir un foyer pour juifs, chrétiens, musulmans et pour tous ceux qui la considèrent comme leur chez eux – quel que soit le nom qu'on lui donne. Mais cette paix ne pourra voir le jour qu'en s'appuyant sur la justice universelle et la responsabilité partagée. Chaque récit de Quand le monde dort offre un regard singulier et complémentaire sur le génocide et sur les erreurs qui nous y ont conduits. Ce sont ces expériences humaines, brutes et authentiques, qui peuvent servir de base à un avenir commun, juste et durable.

Il est temps de se dresser contre la dévastation de Gaza et contre la destruction de ce qu'il reste de la Palestine, et de lutter contre un système international fondé sur la force, au nom d'une soi-disant « paix » toujours invoquée au bénéfice de quelques-uns, et toujours avec des mots servant à travestir la réalité de ce qui est commis – exactement comme Orwell l'avait prophétisé il y a près d'un siècle.

Aujourd'hui, le concept de doublepensée[7] imaginé dans 1984 par le Ministère de la Vérité ne nous paraît plus du tout fantaisiste ; il nous invite au contraire à regarder ce que nous avons vraiment sous les yeux.

Face à ce mal qui se répand, et qui voudrait nous soumettre ou nous abattre, nous devons répondre par la conscience et l'action. Le savoir est une arme essentielle, car la connaissance est notre meilleure défense contre la manipulation, l'exploitation et le mensonge. Et de cette connaissance devrait naître, naturellement, l'action.

Mais alors, quelle issue salvatrice peut encore exister, pour nous tous, pour les Palestiniens comme pour les Israéliens ? Moi, je la vois. Même si ce n'est qu'avec les yeux de l'esprit, je la vois – et je vois aussi les contours du chemin qui pourrait nous y mener. Et je sais que cette vision est réellement partagée : toutes celles et tous ceux qui, depuis le début du génocide, ont reconnu en moi un espoir, une lumière, un point de repère, m'ont donné une force que je n'aurais jamais imaginée. Malgré les plaintes, les menaces de mort, la peur que quelque chose n'atteigne ce que j'ai de plus précieux au monde, lutter pour une cause juste est un appel que plusieurs d'entre nous sont incapables d'ignorer.

Je crois profondément en la possibilité de nous retrouver, ensemble, comme une famille humaine, en redécouvrant le sens vrai et profond de la solidarité. Le mot latin solidum signifie précisément « un tout » : quelque chose d'entier, d'indivisible, de complet – souvent à l'opposé de ce qui est fragmenté ou brisé. Et ainsi, comme un seul corps, nous devrions pouvoir nous unir, nous rencontrer et résister. La solidarité, dans ce sens, devient une « forme politique de l'amour », comme l'a si justement dit la rabbine étatsunienne Alissa Wise.

Le succès de Quand le monde dort ne se mesurera pas au nombre d'exemplaires vendus, mais à sa capacité à susciter un élan collectif en faveur de la justice. J'espère un effet papillon : que, malgré nos fragilités individuelles, nous soyons capables, ensemble, de provoquer une transformation profonde au nom de notre humanité commune.

Sans trahir le message d'Edward W. Said, j'inclus résolument les Israéliens dans ce discours de réhumanisation. Comme les Palestiniens, ils sont pris dans un projet colonial anachronique – avec, bien sûr, des responsabilités et des souffrances incomparables. Mettre fin à la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens serait un acte de réhumanisation. Car nul ne peut opprimer et brutaliser les autres sans perdre lui-même une part de son humanité.

C'est dans la convergence des luttes pour l'émancipation et la liberté – qu'elles soient individuelles ou collectives – que nous devons retrouver notre solidum, notre socle commun. Ensemble, nous pouvons relever tous les défis.

Une chose est certaine : l'avenir dépend du travail que nous accomplissons aujourd'hui. Ce qui importe, c'est d'arrêter immédiatement les injustices passées et de prévenir celles à venir. La responsabilité revient à nous tous – société civile internationale, juristes, étudiants, citoyens du monde – de nous lever et d'utiliser nos voix pour exiger de nos gouvernements qu'ils respectent leurs obligations et défendent l'ordre multilatéral, aujourd'hui plus menacé que jamais.

Lorsque le monde s'endort, c'est à nous, peuples, de le réveiller. Et aujourd'hui plus que jamais, le monde a besoin de cet éveil. Alors faisons du bruit, provoquons la tempête, ou mieux encore – comme on dit chez moi – faisons de l'ammuina[8] !

Bonne lecture,

Francesca Albanese

Notes

[1] Salman Abu Sitta, Mapping My Return : A Palestinian Memoir, American University in Cairo Press, Cairo/Oxford University Press, Oxford, 2016. Sauf mention contraire, toutes les notes de bas de page proviennent de la traductrice.

[2] Est appliquée dans ce livre la règle suivante : on écrit le nom des religions et des adeptes d'une religion avec une lettre minuscule, soit les musulmans, les chrétiens, les juifs, ou l'islam, le christianisme, le judaïsme. (Note de l'éditeur.)

[3] Edward W. Said, L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident, Points, Paris, 2015 ; paru originalement en anglais en 1978, chez Routledge & Kegan Paul Ltd, à Londres.

[4] L'UNRWA fournit de l'aide humanitaire et des services essentiels aux réfugiés palestiniens forcément déplacés par la guerre de 1948 en Jordanie, au Liban, en Syrie et dans les territoires occupés de la Palestine. L'UNRWA est financée par les contributions des États membres de l'ONU. Contrairement au HCR (l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés), l'UNRWA ne propose pas de réinstallation dans des pays tiers. Son mandat est lié à la résolution 194 de l'ONU, qui affirme le droit au retour des réfugiés palestiniens.

[5] Francesca Albanese et Lex Takkenberg, Palestinian Refugees in International Law, Oxford University Press, Oxford, 2020.

[6] Officiellement la Déclaration de principes sur des arrangements intérimaires d'autonomie, les accords d'Oslo, signés en 1993, comprenaient entre autres le retrait partiel des forces israéliennes et la négociation ultérieure de certains enjeux d'autonomie palestinienne. Ces négociations, poursuivies jusqu'en 2014, n'ont jamais abouti.

[7] Concept central du roman 1984 de George Orwell, la doublepensée est une forme de contrôle mental et de manipulation idéologique qui désigne la capacité de croire simultanément deux idées contradictoires, tout en acceptant que les deux soient vraies.

[8] C'est un terme issu du dialecte napolitain où fare ammuina signifie un joyeux brouhaha, s'agiter dans le vide, et, parfois, s'agiter pour attirer l'attention bienveillante de ses supérieurs.

Comptes rendus de lecture du mardi 31 mars 2026

31 mars, par Bruno Marquis — , ,
Ni vivants ni morts Federico Mastrogiovanni Traduit de l'espagnol Cette enquête fouillée qui s'est étendue sur plusieurs années et comprend de nombreux entretiens avec les (…)

Ni vivants ni morts
Federico Mastrogiovanni
Traduit de l'espagnol

Cette enquête fouillée qui s'est étendue sur plusieurs années et comprend de nombreux entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes et des journalistes démontre que la disparition forcée des personnes est au Mexique un outil de pouvoir terriblement cruel et efficace, qui fait taire toute possibilité de contestation. L'auteur de ce très bon bouquin est allé au fond des choses. Le trafic de drogue dont on nous parle tant, nous explique-t-il, n'est qu'un rideau de fumée. Le véritable donneur d'ordres des enlèvements et des assassinats est l'armée, dans le but de créer un « haut niveau de terreur », de faire taire quiconque s'oppose à l'exploitation des matières premières – minières, pétrolières et gazières – et de chasser les populations pour faire place nette. Un autre de ces livres qui nous permet de comprendre bien des choses.

Extrait :

Je ne suis pas mexicain, mais je vis et travaille au Mexique depuis des années. J'ai sillonné ce pays, côtoyé ses habitants, en compagnie des personnes les plus banales et parfois les plus marginales. J'ai beaucoup parlé, et écouté encore plus. Tel est mon travail : écouter, puis raconter des histoires, des récits, des expériences, écrire des chroniques. Je me suis intégré à la vie quotidienne de ce pays en partageant la vie quotidienne de nombreux habitants. Et je me suis rendu compte qu'il était littéralement impossible d'ignorer l'ampleur des disparitions forcées, une pratique déjà si évidente, si banalisée, si massive. C'est un danger tellement proche que tous les Mexicains, ainsi que les touristes et les étrangers qui, comme moi, travaillent dans ce pays, le vivent comme un épouvantable cauchemar, dont beaucoup ne se réveillent pas.

Les boeufs sont lents mais la terre est patiente
Pierre Falardeau

Le départ de Falardeau, il y a un peu plus de seize ans, a laissé un vide. C'est avec beaucoup de plaisir qu'aujourd'hui encore on revoit ses films et relit ses textes. L'essai « Les bœufs sont lents mais la terre est patiente », qui regroupe des lettres, des articles et des projets de films, écrits pour la plupart après le référendum de 1995, est un véritable délice intellectuel pour tous ceux qui ont apprécié et aimé ce grand cinéaste. Un bon bouquin qu'on se plaît à redécouvrir.

Extrait :

Aujourd'hui, par exemple, je n'ai que mon calice de crayon et une calice de feuille de papier pour m'opposer aux Américains qui bombardent en Irak. C'est dérisoire face aux bombes téléguidées, aux chasseurs supersoniques, aux porte-avions nucléaires. C'est minable face à la parole des criminels qui contrôlent le discours médiatique. Là-bas des gens meurent, des hommes, des femmes, des enfants. Je me sens triste. Je me sens mal. Je me sens vide.

La fin de l'histoire
Luis Sepúlveda
Traduit de l'espagnol

Les romans de Luis Sepúlveda sont souvent liés à la dictature chilienne d'Augusto Pinochet mise en place avec l'aide décisive des États-Unis en 1973. Ils sont toujours très près de la réalité des événements. « La fin de l'histoire » est un autre très bon roman qui nous fait découvrir ou redécouvrir sur le sujet des réalités qu'on mentionne peu de ce côté-ci de l'Amérique : la Villa Grimaldi, la DINA (la Direction nationale du renseignement), l'Oficina, l'ELN (l'Armée de libération nationale), etc. Comme le dit ce bon et grand écrivain, « la littérature raconte ce que l'histoire officielle dissimule ».

Extrait :

Posant l'Uzi sur ses genoux, Espinoza évoqua alors sa jeunesse, ses rêves similaires, la femme qu'il avait aimée et perdue, le fils perdu lui aussi, et de la pire manière. Quant le cercle de ses camarades s'était réduit autour de lui, il avait reçu l'ordre de partir en exil, d'abord au Mexique puis, un mois plus tard, en Union soviétique, afin de recevoir une formation de cadre militaire de haut niveau. La dictature avait des conseillers américains, et la plupart des officiers du renseignement avaient été formés à l'Escuela de Las Américas, au Panama. Le parti l'avait choisi pour intégrer le service de renseignement de la future armée révolutionnaire. La compartimentation était absolue. Il ne devait pas se soucier de sa famille, car le parti subvenait à ses besoins. Il étudiait depuis deux ans à l'académie Rodion Malinovski, sous la tutelle du colonel du KGB Stanislav Sokolov quand, par le biais d'un autre Chilien tout juste arrivé à Moscou, il apprit le terrible sort qu'avait connu sa famille. Sa femme et leur fils étaient tombés entre les mains d'un commando des Opérations spéciales. Les soldats avaient attaché la mère et l'avaient forcée à assister aux tortures de son fils. Ils ne la touchèrent pas mais transformèrent l'enfant en un amas de chair et de sang, jusqu'à ce qu'il meure au cours d'une session de torture. Alors ils s'étaient occupés d'elle et, après lui avoir arraché le peu d'informations qu'elle pouvait leur donner, l'avaient fait disparaître.

L'Ontario français, quatre siècles d'histoire
Paul-François Sylvestre

J'ignore si on utilise ou étudie ce livre d'histoire dans les écoles françaises de l'Ontario, mais si ce n'est pas le cas, on devrait le faire. « L'Ontario français, quatre siècles d'histoire », qui a été publié au cours de la dernière décennie, retrace merveilleusement bien l'histoire de la présence française en Ontario jusqu'à maintenant depuis les premiers établissements de la Nouvelle-France dans les Pays-d'en-Haut. Organisé de façon chronologique, mais aussi thématique, il nous explique avec précision les nombreuses luttes et différents événements qui ont influé et continuent d'influer sur la présence française en Ontario. J'ai beaucoup apprécié que l'on y souligne le rôle fondamental des communautés religieuses en éducation (et dans d'autres domaines aussi), rôle qui a grandement contribué à la continuation du fait français en Ontario.

Extrait :

Pour plusieurs historiens, les États généraux du Canada français constituent un point tournant dans l'identité franco-ontarienne. Il importe d'abord d'examiner le contexte socio-politico-culturel qui a présidé à cet événement des années 1960. Nous avons déjà vu que des Québécois se sont massivement établis en Ontario, notamment dans les comtés de Prescott et Russell, au point où l'élite anglo-saxonne n'hésitait pas à parler d'une « French invasion » ou d'une « Quebec invasion ». Nous avons aussi vu que de nombreuses communautés religieuses envoyaient leurs sœurs et frères du Québec pour œuvrer en Ontario, pour maintenir une vie francophone. Pour leur part, certains évêques ontariens faisaient appel à leurs collègues québécois pour obtenir des curés francophones. Souvenez-vous du cas de Mgr Lynch qui écrivit à Mgr Fabre pour obtenir un curé pouvant desservir les francophones de Toronto (l'abbé Philippe Lamarche : paroisse du Sacré-Coeur).

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La litanie du Litani

31 mars, par Mohamed Lotfi — , ,
. Un fleuve, une histoire et une prédation coloniale des plus abjectes Le Litani n'est pas qu'un fleuve. C'est une mémoire qui coule, un récit ancien qui serpente entre les (…)

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Un fleuve, une histoire et une prédation coloniale des plus abjectes

Le Litani n'est pas qu'un fleuve. C'est une mémoire qui coule, un récit ancien qui serpente entre les montagnes du Liban et les fractures de son histoire. Il traverse la Bekaa, irrigue des terres, porte des vies. Il est, depuis toujours, une promesse de souveraineté dans une région où l'eau vaut parfois plus que le territoire lui-même.

Mais le Litani est aussi une convoitise ancienne. Dès les années 1940, des projets d'ingénierie hydraulique envisagent déjà son détournement vers le sud. Certains plans, élaborés dans le contexte du projet sioniste naissant, évoquent l'idée d'intégrer les eaux du Litani dans un système régional au profit d'Israël, au prix d'un redécoupage territorial.
Cette tentation n'a jamais complètement disparu.

Elle trouve aussi un ancrage dans la géographie. Environ trente kilomètres séparent le Litani du bassin du Jourdain. Une distance relativement courte à l'échelle des grands aménagements hydrauliques, qui alimente depuis longtemps les projections stratégiques autour de ces deux systèmes fluviaux.

Aujourd'hui, cette question ressurgit dans un contexte de guerre. Les mots ne sont plus seulement ceux des ingénieurs, mais ceux des dirigeants. Le ministre israélien Bezalel Smotrich a affirmé que le Litani devait constituer une frontière. Une phrase lourde de sens, qui dépasse la seule logique sécuritaire.

Sur le terrain, les faits donnent corps à ces discours. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré récemment que les forces déployées au sol « manœuvraient à l'intérieur du territoire pour s'emparer d'une ligne de défense avancée » jusqu'au fleuve Litani. Depuis plusieurs jours, les communiqués de Tsahal annoncent la destruction de ponts traversant ce cours d'eau, qui s'étend à environ cinquante kilomètres au nord de la frontière entre Israël et le Liban.

Le fleuve devient alors une ligne. Une frontière militaire possible. Un objectif stratégique implicite.

Dans le discours officiel, il s'agit de sécurité. Éloigner une menace. Créer un espace de protection. Mais dans la profondeur de l'histoire, une autre lecture s'impose. Celle d'un territoire convoité pour ses ressources. Celle d'un fleuve qui, parce qu'il est entièrement libanais, représente une richesse rare dans une région marquée par le stress hydrique.
Faut-il parler d'un plan explicite visant à relier le Litani au Jourdain

L'histoire montre que cette idée a existé, qu'elle a été formulée, étudiée, puis officiellement abandonnée. Mais les logiques qui l'ont rendue pensable, elles, persistent.

Ce qui se joue aujourd'hui est peut-être moins visible, mais tout aussi déterminant. Contrôler un territoire, c'est aussi contrôler son eau. Et contrôler l'eau, c'est peser sur l'avenir.
La litanie du Litani, c'est donc la répétition d'un même récit. Un fleuve qui nourrit, puis un fleuve convoité. Un territoire habité, puis fragilisé. Une justification sécuritaire, puis une réalité stratégique.

Et au milieu, des populations déplacées. Des villages meurtris. Une souveraineté mise à l'épreuve.

Le Litani a déjà été une ligne militaire. Il revient aujourd'hui au centre du jeu, comme si l'histoire refusait de se taire.

Mais un fleuve n'est pas une frontière. Le réduire à une ligne, c'est déjà l'appauvrir.
Alors oui, la litanie continue. Elle se répète dans les discours, dans les cartes, dans les conflits. Elle se répète dans cette manière constante de transformer une ressource en enjeu de domination.

La prédation avance rarement à visage découvert. Elle emprunte le langage de la sécurité, du progrès, de la nécessité. Mais elle laisse derrière elle des territoires fragilisés et des peuples sous pression.

Et pourtant, malgré tout, le Litani continue de couler.

Il résiste, comme une vérité qu'on ne peut détourner. Celle que porte chaque Libanaise et chaque Libanais au fond de son cœur et de son âme. Une vérité simple et irréductible. Le Liban n'est pas à vendre.

Mohamed Lotfi
27 Mars 2026

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Hôpital, il faut avancer !

31 mars, par Collectif de défense de l'hôpital de Die — , ,
Les élections municipales ont montré clairement un désaveu du choix de construire un nouvel hôpital à Chanqueyras. Mais faut-il pour autant perdre à nouveau plusieurs années, (…)

Les élections municipales ont montré clairement un désaveu du choix de construire un nouvel hôpital à Chanqueyras.

Mais faut-il pour autant perdre à nouveau plusieurs années, modifier le PLUI, les règlements d'urbanisme, refaire les études de terrains, etc. pour construire un nouvel hôpital à Chamarges ?

Pendant ce temps perdu, notre hôpital n'est pas entretenu, rénové, modernisé et les solutions pour améliorer les conditions de travail et d'accueil du public ne sont pas étudiées.
Que coûterait la construction d'un hôpital neuf ?

En utilisant les bases de données de l'ANAP et à partir des éléments donnés lors de l'enquête public pour la modification de la ZAC de Chanqueyras, on peut estimer un montant total minimum de 70 à 80 M€ (études, construction, prestations intellectuelles, parking, voirie, réseaux, etc). L'hôpital qui gère déjà ses deniers au plus proche peut-il avoir les moyens d'investir autant sans baisser ses charges de fonctionnement et donc la qualité de vie des travailleurs hospitaliers et des patients ?

La ville aurait, elle, à financer l'ensemble des équipement publics de desserte routière, mais aussi avec toutes les viabilités en limite de lot : voirie, réseaux d'eaux et incendie, réseau télécom, EDF, GDF.

Pourquoi la ville, donc ses habitants, auraient à supporter les charges de ces investissements pour un service public qui touche tout le bassin de population du Diois ?

Nous voulons encore citer le coût de démolition ou de réhabilitation des bâtiments actuels de l'hôpital, dont il faudrait tenir compte lorsque ceux-ci seraient abandonnés, non chiffré et non chiffrable à l'heure actuel mais bien réel.

La rénovation in-situ aurait l'avantage d'être moins chère (sous réserve d'une étude sérieuse à mener dans les plus brefs délais) d'environ 20% (Source : ANAP).

Un projet bien plus respectueux pour notre environnement à l'heure où la sobriété est de mise et qui aurait aussi l'avantage de laisser la possibilité de relancer des constructions de logements à Chanqueyras et des terres agricoles à Chamarges.

Et enfin l'impact positif sur la vie du centre-ville et de nos commerces serait indéniable, alors qu'à l'inverse une reconstruction décentralisée ne pourrait qu'avoir des conséquences néfastes…

A lire actuellement sur le site de la mairie : L'observatoire du commerce local 2026. On y lit que la fragilisation des centres-villes ne relève pas uniquement des facteurs économiques ponctuels mais constitue un phénomène structurel, associant « baisse démographique, désindustrialisation, pertes de fonctions centrales et dégradation des représentations symboliques de villes ».

Si nous ne sommes pas concernés par la baisse démographique, pour l'instant du moins, à nous de tenir compte des deux derniers facteurs cités, fonctions centrales et représentation symbolique maintenues.

On pourrait encore parler des résidents de l'Ehpad : ils et elles méritent bien mieux qu'un isolement loin de la vie, des cafés et des petits commerces accessibles à pied, loin des autres générations. Les placer à l'écart, les effacer de notre vivre-ensemble est aujourd'hui une ineptie politique, intellectuelle et vitale. La crise du COVID19 en a d'ailleurs montré les pires aspects. C'est de notre condition humaine qu'il s'agit. Quand on sait que 1/3 de la population est âgée de plus de 60 ans (site de la mairie) ça en fait du monde concerné ou prochainement concerné !

Aussi le projet de rénovation intégrale des actuels bâtiments – voire une extension – écologique, créative, moderne, ambitieuse a toute sa place. Si les tutelles hospitalières – et leurs partenaires (Ville, Interco, Département) – s'en donnent les moyens, notamment intellectuels, rénover les actuels bâtiments de l'hôpital serait un projet fédérateur, ambitieux, ouvert sur la ville, accessible, écologiquement exemplaire, bref un outil de travail de qualité pour les soignants et un lieu de soins et de résidence confortable pour les usagers.
Tout est encore possible

Ensemble nous sommes forts
Envoyez-vous vos questions et vos suggestions

Le Collectif de défense de l'hôpital de Die
Collectifhopitaldie26@gmail.com

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Le Yémen, un atout en réserve pour l’Iran

31 mars, par Afrah Nasser — , ,
La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février s'est étendue à toute la région. Un seul front est resté calme, celui du Yémen. Les houthistes qui (…)

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février s'est étendue à toute la région. Un seul front est resté calme, celui du Yémen. Les houthistes qui contrôlent Sanaa se sont pour l'instant tenus à l'écart tout en soutenant verbalement Téhéran. Une hésitation qui tient autant à des facteurs internes au Yémen qu'aux calculs de la République islamique à ce stade du conflit.

Tiré de orientxxi
25 mars 2026

Par Afrah Nasser

Sanaa (Yémen), le 6 mars 2026. Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la place Sabeen, contrôlée par les Houthis soutenus par l'Iran au Yémen, pour protester contre l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei lors de frappes aériennes états-uniennes et israéliennes et pour condamner les attaques contre l'Iran.
Mohammed Hamoud / ANADOLU / Anadolu via AFP

Le 26 mars 2015, alors que l'Arabie saoudite démarrait son intervention militaire au Yémen, Adel Al-Jubeir, ambassadeur saoudien à Washington, assignait un double objectif à la coalition militaire dirigée par le royaume : rétablir le gouvernement yéménite internationalement reconnu, et mettre fin à l'emprise des houthistes sur Sanaa, débutée en septembre 2014. Onze ans plus tard, le gouvernement yéménite n'a toujours pas été rétabli et les houthistes tiennent la capitale. La guerre perdure, non sous la forme d'un affrontement spectaculaire d'armées en mouvement, mais comme une impasse, un conflit qui refuse de se résoudre et qui continue d'affecter les moyens de subsistance des civils yéménites.

Le Yémen se trouve dans un entre-deux précaire que les diplomates qualifient volontiers de situation de « ni guerre ni paix ». Les grandes offensives qui ont autrefois structuré le conflit se sont pour l'essentiel interrompues depuis la trêve de 2022 qui, bien que n'ayant pas été renouvelée, perdure. Les bombardements saoudiens, qui incarnaient visuellement le conflit, ont en grande partie cessé depuis quatre ans. Pourtant, aucune paix véritable ne s'est matérialisée.

Le pays s'est au contraire installé dans une fragmentation durable. Les houthistes contrôlent Sanaa et l'essentiel du nord-ouest du territoire, administrant un espace conquis au fil des années. Ailleurs, un ensemble de forces alignées sur le gouvernement reconnu internationalement et sur l'Arabie saoudite domine en théorie les régions du sud et de l'est.

Fragmentation du camp anti-houthiste

Pendant une grande partie de la dernière décennie, les forces opposées aux houthistes ont passé moins de temps et d'énergie à lutter contre leurs ennemis qu'à se diviser, et parfois même se battre entre elles. La fragmentation était profonde, accentuée par les priorités divergentes de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Pour l'essentiel, Riyad visait un État yéménite unifié sous l'autorité du gouvernement reconnu, tandis qu'Abou Dhabi semblait privilégier un Yémen fragmenté, notamment avec un sud semi-autonome, voire indépendant. Chacune des deux puissances régionales a ainsi investi dans ses propres réseaux d'alliés.

Abou Dhabi a soutenu plusieurs acteurs, dont le Conseil de transition du Sud (CTS), formation sécessionniste dirigée par Aïdarous Al-Zoubaïdi qu'elle a contribué à créer en 2017, les forces de la Ceinture de sécurité à Aden, les Brigades des Géants d'Abdulrahman Al-Mahrami, les forces de Tareq Saleh, neveu de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, ainsi que les unités d'élite hadramies et shabwanies. Riyad, pour sa part, s'est appuyée sur des personnalités liées au parti Islah, dont Sultan Al-Arada, gouverneur de Marib, et Abdallah Al-Alimi Bawazir, ancien chef du bureau présidentiel.

Carte du Yémen montrant les forces en présence et les régions en décembre 2025.

Ces logiques ont donc fragmenté le camp anti-houthiste et détourné le conflit de sa logique initiale. Les structures de commandement se superposaient ou entraient en concurrence, le soutien militaire arrivait de manière inégale et les loyautés politiques demeuraient fragmentées.

Les formations soutenues par les Émirats arabes unis opéraient selon des ordres extérieurs aux institutions étatiques. À l'inverse, les forces soutenues par l'Arabie saoudite demeuraient formellement rattachées aux ministères de la défense et de l'intérieur, en lien notamment avec des réseaux affiliés à Islah. En pratique toutefois, ces structures pro-saoudiennes coexistaient sans réelle intégration, répondant à des parrains et à des agendas politiques variés.

À maintes reprises, ces fractures ont affaibli les tentatives de pression sur les positions houthistes, transformant ce qui aurait pu être des campagnes coordonnées en une succession d'échecs. Ainsi, en 2019, les affrontements entre forces gouvernementales et unités du CTS à Aden ont conduit ces dernières à s'emparer de la capitale intérimaire. En 2020, l'effondrement de l'offensive gouvernementale dans la province d'Al-Jawf, suivi d'une avancée houthiste vers Marib et Shabwah, a mis en lumière l'absence de commandement coordonné.

Évolution et réorganisation des différentes forces

Au début de l'année 2026, toutefois, le paysage intérieur a commencé à évoluer significativement. L'engagement militaire des Émirats arabes unis au Yémen a pris fin après l'échec de leur stratégie visant à étendre le contrôle du CTS vers l'est. L'Arabie saoudite s'y est opposée, consolidant son influence puis remodelant le mouvement sudiste à son avantage.

Ces évolutions ont ouvert la voie à une possible réorganisation des forces yéménites opposées aux houthistes. Cette dynamique s'est notamment traduite par l'annonce de la nomination d'un nouveau gouvernement en février 2026. Toutefois, pléthorique comme il est et incapable d'intervenir pleinement dans l'ensemble des zones hors du contrôle houthiste, celui-ci demeure bien fragile.

Des efforts existent désormais — encore hésitants et inégaux — pour regrouper les différentes formations militaires sous une forme de commandement unifié. Parallèlement, l'Arabie saoudite a renforcé son rôle direct dans la supervision de zones stratégiques clés, notamment Aden et certaines portions de la côte occidentale. Les partisans du CTS restent néanmoins actifs, capables d'organiser des manifestations importantes en soutien à Aïdarous Al-Zoubaïdi, exilé depuis janvier 2026.

L'approche de Riyad porte désormais la marque d'une puissance ayant appris, lentement et à grands frais, les limites de l'usage de la force au Yémen. Pourtant, rien n'est vraiment réglé sur le terrain. Dans le nord, les dirigeants houthistes conservent le pouvoir sur la majorité de la population totale du Yémen. Leur stratégie militaire agressive en mer Rouge au cours des deux dernières années et demie montre qu'ils ne constituent pas une nuisance passagère, mais un enjeu stratégique durable que Riyad et le reste du monde ne peuvent vraiment ignorer.

Depuis novembre 2023, les forces houthistes ont ciblé les routes maritimes commerciales, s'attaquant d'abord à des navires liés à Israël avant d'étendre leurs frappes à des bâtiments associés à des dizaines de pays, souvent sans discrimination. En octobre 2024, elles avaient mené plus de 190 attaques en mer, contraignant plus de 2 000 navires à contourner la zone, perturbant ainsi le commerce mondial. Des dizaines de missiles et drones avaient aussi été envoyés en Israël.

Avant cette phase de projection de la violence, les flux de missiles et de drones houthistes envoyés vers des positions en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis jusqu'en 2022 avaient déjà mis en lumière la vulnérabilité des monarchies du Golfe. La stratégie militaire des houthistes, appuyée sur des transferts de technologie iraniens, a préfiguré la situation actuelle qui, avec les attaques iraniennes et la fermeture du détroit d'Ormuz, a mis au jour les failles béantes du dispositif sécuritaire régional.

Aéroports, infrastructures pétrolières et même, potentiellement, La Mecque demeurent donc à portée d'attaque des houthistes. Pour les Saoudiens, il paraît donc nécessaire de trouver un terrain d'entente avec eux. Pour l'heure, les diplomates et militaires à Riyad semblent moins enclins à lancer une nouvelle offensive qu'à consolider ses positions : unifier leurs partenaires yéménites et renforcer les lignes déjà tenues hors des zones houthistes.

Dès lors, le terrain yéménite demeure, pour l'instant, relativement calme comparé à d'autres foyers de tension au Proche-Orient. Les lignes de front tiennent. La guerre se suspend sans s'achever, tandis que l'économie et la situation humanitaire, malgré leur dureté manifeste, révèlent une certaine capacité d'adaptation de la société.

Face à la guerre contre l'Iran, les hésitations des houthistes

Mais le calme apparent est fragilisé par la guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Le conflit yéménite pourrait bien, une nouvelle fois, déborder de ses frontières. Les houthistes, interviendront-ils pour soutenir leur principal allié, l'Iran, comme ils l'ont fait en appui à Gaza, ou choisiront-ils la retenue ? S'ils le décident, la mer Rouge pourrait alors redevenir leur théâtre d'action.

À la mi-mars 2026, les appels publics de la nouvelle direction iranienne à fermer le détroit de Bab El-Mandeb ont reçu des réponses ambiguës de la part des dirigeants militaires houthistes. Depuis une décennie, leurs opérations au-delà des frontières semblent certes s'articuler avec les calculs stratégiques de Téhéran. Mais la relation entre les houthistes et l'Iran ne relève pas d'une hiérarchie stricte de type mandataire (« proxy »), mais plutôt d'un réseau souple d'acteurs alliés, unis par une idéologie commune, des intérêts partagés et des mécanismes de coordination régionale.

Cette configuration s'exprime dans le discours offensif des houthistes, qui insiste sur une forme de disponibilité à soutenir Téhéran. Ils multiplient les déclarations et mobilisent des foules importantes, comme lors de la manifestation du 7 mars à Sanaa dénonçant « l'agression américano-sioniste ». Pourtant, ils n'ont pas franchi le seuil d'un engagement total. Leur posture révèle une forme d'ambiguïté stratégique liée à un calcul géopolitique autant qu'interne. Les houthistes ont en effet beaucoup à perdre de la fin d'un statu-quo qui leur est favorable.

Le détroit de Bab El-Mandeb représente pour eux un levier considérable. Une perturbation, même limitée, peut affecter les flux commerciaux et énergétiques mondiaux. Mais toute escalade comporte des risques. Une campagne prolongée contre des cibles israéliennes ou étatsuniennes entraînerait très probablement une riposte d'une ampleur inédite. Les pertes subies par les houthistes — notamment la mort de membres de leur cabinet lors d'une frappe israélienne sur Sanaa en août 2025 — illustrent le coût potentiel d'une telle escalade.

Une partie du calcul se joue aussi à Téhéran. Après l'affaiblissement de plusieurs de ses partenaires régionaux, l'Iran pourrait être peu enclin à compromettre un acteur à la fois solide et stratégiquement utile. Les houthistes occupent en effet une position singulière : résilients, situés à proximité de routes maritimes vitales et capables, s'ils le décidaient, d'exercer une pression bien au-delà du Yémen. Cet atout pourrait bien être mobilisé plus tard, ultime carte gardée en réserve par l'Iran et ses rares alliés.

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Guerre en Iran. Le Maghreb se refuse à condamner les États-Unis

31 mars, par Khadija Mohsen-Finan — , ,
Des trois pays du Maghreb, le Maroc se situe le plus fermement du côté des attaques états-uniennes et israéliennes contre l'Iran. Plus surprenante est la position de l'Algérie (…)

Des trois pays du Maghreb, le Maroc se situe le plus fermement du côté des attaques états-uniennes et israéliennes contre l'Iran. Plus surprenante est la position de l'Algérie et de la Tunisie qui, rompant avec leur positionnement traditionnel, cherchent à s'attirer les bonnes grâces du président états-unien Donald Trump.

Tiré de orientxxi
24 mars 2026

Par Khadija Mohsen-Finan

De gauche à droite : le roi du Maroc Mohammed VI, le président tunisien Kaïs Saïed et le président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Photomontage Orient XXI

La guerre contre l'Iran par Israël et les États-Unis intervient alors que des négociations sur le Sahara occidental sont en cours sous l'égide des États-Unis et de leur président Donald Trump. Washington, qui a déjà reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire, soutient Rabat dans ce conflit. Par-delà cette première contrainte, le positionnement du Maroc est conditionné par le partenariat stratégique et économique dans lequel ce pays est engagé avec l'administration Trump d'une part, mais aussi avec Israël depuis la normalisation des relations bilatérales en 2020.

Ces paramètres expliquent que Rabat ait condamné les tirs de missiles iraniens contre les pays du Golfe, sans exprimer la moindre réserve sur l'opération lancée contre l'Iran. L'attitude du Maroc paraît d'autant plus cohérente qu'en juin 2025, lors de la guerre dite « des 12 jours » qui avait opposé déjà Israël, puis les États-Unis à l'Iran, Rabat n'avait publié aucun communiqué officiel.

Une hostilité ancienne à la République islamique

L'hostilité du Maroc à la République islamique d'Iran est ancienne. La première rupture entre les deux pays remonte à 1980, lorsque l'Iran de l'ayatollah Ruhollah Khomeiny reconnaissait le mouvement indépendantiste du Front Polisario. La seconde date de 2018, le Maroc avait alors rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran, l'accusant de livrer des armes au Front Polisario. Il n'est donc pas étonnant de voir les autorités politiques marocaines qualifier, en mars 2026, d'« abjectes » les frappes iraniennes sur les pays du Golfe, considérant cette agression comme une « violation flagrante de la souveraineté nationale de ces États, inacceptable à leur sécurité et une menace directe à la stabilité de la région. » (1)

Cette position n'est pas partagée par l'ensemble des formations politiques marocaines. Certaines d'entre elles, comme le Parti de la justice et du développement (PJD) ou la Fédération de la gauche démocratique (FGD), ont publié des communiqués condamnant l'attaque contre l'Iran. D'autres ont appelé à des actions, comme le Groupe d'action nationale pour la Palestine qui voulait organiser un sit-in pour « dénoncer l'agression sioniste américaine contre l'Iran ». Mais les rassemblements ont été empêchés par les autorités, tout comme la manifestation du 2 mars à Tétouan, organisée par le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation avec Israël, et qui rassemble des ONG et des partis politiques.

L'opposition à l'attitude officielle du Maroc est également venue du monde religieux. Dans un communiqué signé par plusieurs oulémas marocains, ces derniers ont exprimé leur solidarité avec l'Iran en tant que pays musulman. Le théologien Ahmed Raïssouni, qui avait autrefois cofondé et dirigé le Mouvement unicité et réforme (MUR), véritable matrice idéologique du PJD, avant de présider l'Union internationale des oulémas musulmans (UIOM), a exprimé un positionnement sans ambiguïté : « Je suis avec l'Iran parce qu'ils sont musulmans et parce qu'ils sont opprimés. Je suis contre les agresseurs criminels et leurs alliés (2) ». Même si elles émanent d'une figure paradoxale qui a toujours défendu la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux dans un pays où le roi est commandeur des croyants, ces déclarations remettent explicitement en cause le positionnement officiel du Maroc dans le camp anti-Iran.

Washington et Tel-Aviv, meilleurs alliés du roi

Mais les autorités de Rabat ne font pas grand cas de ces voix et assument leur posture solidaire des pays du Golfe avec lesquels elles entretiennent des liens solides. Les bénéfices que le Maroc tire de son partenariat avec les États-Unis et avec Israël expliquent l'absence de dénonciation de leurs bombardements. En 2020, Donald Trump reconnaissait la marocanité du Sahara occidental, ouvrant la voie à des changements de positionnement d'autres États, comme l'Espagne ou encore la France sur cette question. C'est aussi l'administration Trump qui multiplie les rencontres en 2026, de manière à clore le conflit en privilégiant l'option marocaine d'une autonomie sous souveraineté marocaine. Elle a aussi soutenu Rabat lors du vote historique du 31 janvier 2026 de la résolution 2797 du conseil de sécurité de l'ONU reconnaissant le plan d'autonomie marocain comme la référence principale d'une solution au conflit.

La contrepartie de ce soutien était la signature par le Maroc des accords d'Abraham en 2020. Dès lors, l'administration Trump considérait ce pays comme un acteur de stabilité au Maghreb et en Afrique, jugé digne d'être récompensé. Le Maroc a été invité par Donald Trump à rejoindre le Conseil de la paix, et devrait également participer à la force internationale de stabilisation à Gaza, en envoyant des soldats sur place.

Ces bonnes manières faites au Maroc ne se limitent pas au dossier du Sahara : les droits de douane imposés aux pays du Maghreb sont nettement plus faibles pour le Maroc (10 %), au lieu de 30 % pour l'Algérie et 25 % pour la Tunisie. Autre signe de distinction, Donald Trump pense transférer le siège du commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom) de Stuttgart à Rabat, qui accueille régulièrement l'exercice multinational African Lion, conduit par Africom. Ces différents gains, auxquels s'ajoutent les investissements états-uniens au Sahara occidental (3), ne peuvent être remis en question par la guerre contre l'Iran.

D'autant que le Maroc est engagé dans une coopération avec Israël, comme l'atteste l'achat d'un système de défense antiaérienne Barak MX (4), ou l'installation d'une usine de drones du groupe israélien BlueBird Aero Systems dans la province de Benslimane, près de Casablanca, qui entrera en service en avril 2026. Ce double partenariat dont bénéficie le Maroc le place naturellement dans le camp des anti-Iran. Face à ses détracteurs, Rabat n'hésite pas à mettre en avant son rôle de médiateur au service des Palestiniens, que ce soit pour débloquer des fonds, retenus par Israël, destinés à l'Autorité palestinienne, ou encore pour permettre à l'aide humanitaire d'entrer dans Gaza, sans grand succès pour l'instant.

Le revirement diplomatique de l'Algérie

Si l'attitude du Maroc s'inscrit dans le sillage des accords d'Abraham, la position algérienne confirme une rupture avec ses principes diplomatiques, et vis-à-vis de l'Iran. Le 1er mars, le ministre algérien des affaires étrangères, Ahmed Attaf, a exprimé « la solidarité totale de l'Algérie avec les pays arabes frères qui ont été victimes d'attaques militaires ». En revanche, Alger n'a pas déploré la mort du Guide suprême Ali Khamenei, alors qu'elle avait réagi, lors de la « guerre des 12 jours », aux bombardements israéliens sur le sol iranien en évoquant « une agression qui n'aurait pas été possible sans l'impunité dont jouit l'agresseur ». Le 13 juin 2025, l'Algérie avait aussi appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à « assumer pleinement sa responsabilité de protéger la paix et la sécurité internationales ».

Bien sûr, cette rupture avec Téhéran n'est pas une première. Il y eut un grand moment de froid entre les deux pays, de 1993 à 1999. Alger accusait alors l'Iran de soutenir et de financer les groupes armés islamistes dans le contexte de la décennie noire, et avait rompu ses relations avec Téhéran. Mais le président Abdelaziz Bouteflika les a rétablies en 2000. Ses homologues iraniens Mohammad Khatami et Mahmoud Ahmadinejad s'étaient rendus à Alger en 2004 et 2007. En 2026, Ali Khamenei y était même attendu pour une visite officielle dont la date restait à déterminer.

Ces dernières années, l'Algérie avait défendu le droit de l'Iran d'acquérir la technologie nucléaire à des fins pacifiques. Les relations avaient retrouvé leur niveau de proximité de l'année 1980. Dans le contexte de la guerre entre l'Irak et l'Iran (1980-1988), Alger avait mis en œuvre sa diplomatie en jouant un rôle majeur dans la libération des otages de l'ambassade états-unienne (5), qualifiant l'Iran de « pays tiers ami ». Aujourd'hui pourtant, elle ne condamne pas les attaques israéliennes et états-uniennes.

L'atout gazier ?

Soucieuse de ménager Donald Trump, l'Algérie estime que cette guerre pourrait peut-être lui offrir l'opportunité de se positionner comme acteur économique. Si la guerre au Proche-Orient s'inscrit dans la durée, Alger pourrait profiter de sa proximité géographique avec l'Europe et être tentée d'augmenter sa production de barils afin d'exporter son pétrole vers des pays en difficulté d'approvisionnement. Selon une information du média spécialisé dans les affaires énergétiques Attaqa, reprise par Algérie 360 le 2 mars 2026, le pays pourrait également se positionner en recours gazier stratégique pour satisfaire une demande de plus en plus grande dans le contexte de la guerre en Iran et en Ukraine. Ses ventes de gaz liquéfié destinées au Vieux Continent peuvent s'intensifier, à travers les gazoducs Trans-med et Medgaz qui passent sous la Méditerranée. Une perspective toutefois discutable compte tenu de l'état du secteur gazier et pétrolier et de sa productivité.

Alger espère aussi sortir de son isolement diplomatique et stratégique auquel sa rigidité doctrinale et son incapacité à s'adapter aux évolutions géopolitiques ont largement contribué. Depuis 2021, le pays s'est brouillé avec la plupart de ses voisins : le Maroc en 2021, l'Espagne en 2022 pour reconnaissance de la marocanité du Sahara et la France en 2024pour la même raison. La même année, Alger était en froid avec les Émirats arabes unis (6). Sur son flanc sud, l'Algérie, traditionnellement influente dans les pays du Sahel, a été rejetée par les nouveaux gouvernements issus des coups d'État militaires — Mali, Burkina Faso et Niger —, tandis que ces États se sont regroupés dans l'Alliance des États du Sahel (AES) qui participe à la recomposition de la géopolitique de la région. Enfin, en s'éloignant progressivement de la Russie, son partenaire historique, Alger éprouve des difficultés à peser dans le conflit libyen.

Consciente de cette solitude, le pays a décidé d'opérer un rapprochement avec Washington. Ce choix explique sa non-participation au vote de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'autonomie du Sahara occidental ou encore la non-condamnation des bombardements d'Israël et des États-Unis.

Diplomatie « de la retenue » pour la Tunisie

Comme pour Alger, le changement de posture vis-à-vis de l'Iran est de mise pour la Tunisie. Le président Kaïs Saïed s'était en effet rapproché de Téhéran ces deux dernières années. Les deux pays ont exprimé leur volonté de s'engager dans une coopération technologique dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA). Le chef de l'État s'est également rendu à Téhéran en mai 2024 suite à la mort du président iranien Ibrahim Raïssi. Lors de la « guerre des 12 jours » contre l'Iran, Tunis avait dénoncé une atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la République islamique, une violation flagrante de la Charte des Nations unies et de toutes les lois et coutumes internationales.

Le communiqué du ministère tunisien des affaires étrangères du 1er mars 2026 est radicalement différent : il n'évoque pas l'assassinat du guide Ali Khamenei, ne condamne ni Israël ni les États-Unis — qui ne sont même pas cités — et se contente d'appeler à la sagesse et au retour à la table des négociations.

Mais contrairement à l'Algérie, qui interdit toute manifestation de protestation contre les bombardements de l'Iran, la colère des Tunisiens a pu s'exprimer dans le centre-ville de la capitale au neuvième jour de la guerre. Les participants ont pu agiter des drapeaux iraniens et des drapeaux palestiniens, ainsi que des portraits d'Ali Khamenei. En revanche, Tunis a donné des gages à Washington en arrêtant sept membres de la campagne Global Sumud Flottilla qui a organisé un départ de bateaux pour briser le siège de Gaza à l'été 2025, et s'apprêtait à refaire de même en avril 2026. Ils et elles ont été accusés de « blanchiment d'argent » dans le cadre de la collecte de fonds pour la flottille.

Dans un communiqué publié le 17 mars, plusieurs organisations, dont la Ligue tunisienne des droits de l'homme, ont dénoncé un recours « abusif » à ces accusations dans des affaires à caractère politique. Pour ces collectifs, l'objectif ne se limite pas à empêcher le départ de navires vers Gaza, mais vise plus largement à affaiblir le mouvement de soutien à la cause palestinienne. Elles accusent également le régime de « s'être contenté pendant des années de discours et de slogans sur les droits des Palestiniens, sans prendre de mesures concrètes pour les soutenir ».

Ces arrestations confirment l'embarras de l'exécutif tunisien. Depuis quelques années, sa diplomatie était quelque peu calquée sur la diplomatie algérienne. En outre, le souverainisme mis en avant par le président Saïed ne lui permet pas de se brouiller avec Donald Trump, l'armée tunisienne étant en partie financée par les États-Unis. Enfin, le pays bénéficie de l'aide financière de certains États du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite. Autant dire que Carthage dispose d'une marge de manœuvre étroite et n'a plus d'espace diplomatique et géopolitique pour faire entendre une quelconque singularité. Comme l'Algérie, la Tunisie n'a plus les moyens d'être dans la dissidence diplomatique.

Notes

1. NDLR. Dans un communiqué du ministère des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, 28 février 2026.

2. Jassim Ahdani, « Au Maroc, le cas iranien divise », Jeune Afrique, 5 mars 2026.

3. En août 2025, le département d'État a donné son feu vert à ces investissements avec un premier programme de 5 millions de dollars (4,3 millions d'euros).

4. NDLR. Construit par la coentreprise entre Israel Aerospace Industries (IAI) et la société Rafael (Rafael Advanced Defense Systems).

5. NDLR. Du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, 52 diplomates et civils états-uniens sont retenus en otage par des étudiants iraniens dans l'ambassade des États-Unis à Téhéran.

6. NDLR. Le gouvernement algérien reproche aux Émirats une politique régionale interventionniste, notamment en Libye, au Mali et au Soudan, des investissements au Sahara occidental et des tentatives d'ingérence dans les affaires intérieures algériennes.

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L’économie US, l’IA et la destruction créatrice

31 mars, par Michael Roberts — , , ,
Ces dernières années, les investissements dans l'intelligence artificielle (IA) ont explosé et ont contribué de façon non négligeable à la croissance américaine. Mais (…)

Ces dernières années, les investissements dans l'intelligence artificielle (IA) ont explosé et ont contribué de façon non négligeable à la croissance américaine. Mais l'économiste Michael Roberts pointe le risque d'une bulle spéculative, potentiellement plus dangereuse que la bulle internet de la fin des années 1990 en raison de son large recours à l'endettement, notamment auprès d'entités non réglementées. En outre, si l'IA conduit à un boom de la productivité, il est à craindre que ce soit au prix d'importantes destructions d'emplois.

Tiré de la revue Contretemps
26 mars 2026

Par Michael Roberts

Les géants du cloud et de la « tech » continuent d'investir massivement dans les centres de données et les puces dédiées à l'IA. Jusqu'à présent, la hausse des investissements liés à l'IA n'est pas particulièrement importante au regard des standards historiques.

Selon une étude de la Banque des règlements internationaux (BRI), à environ 1 % du PIB américain, elle est comparable au boom du pétrole et du gaz de schiste américain du milieu des années 2010 et moitié moins importante que l'essor des investissements informatiques lors de la bulle internet des années 1990. Les booms de l'immobilier commercial et de l'investissement minier observés au Japon et en Australie dans les années 1980 et 2010, respectivement, étaient plus de cinq fois supérieurs en proportion du PIB.

Elle n'a peut-être pas atteint l'ampleur de la fièvre ferroviaire du dix-neuvième siècle, mais elle s'en approche.

L'investissement total dans les technologies de l'information, y compris dans d'autres équipements de technologies d'information et logiciels, a atteint 5 % du PIB, dépassant ainsi son précédent pic, celui atteint en 2000 avec la bulle internet.

Les investissements liés à l'IA prennent diverses formes. La plus directe est l'investissement dans les centres de données, qui hébergent l'infrastructure informatique spécifique nécessaire pour entraîner, déployer et fournir des applications et des services d'IA. Ces dépenses incluent les coûts de construction des installations physiques, ainsi que les dépenses en technologies de l'information et autres équipements électriques nécessaires à leur fonctionnement, notamment les serveurs et les équipements réseau.

Pour aller plus loin
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L'économie américaine : la réalité derrière le récit trumpien

Contrairement à la bulle internet, qui a été alimentée presque entièrement par les dépenses des entreprises utilisatrices de technologies d'information, la bulle actuelle est, pour l'instant, portée par les entreprises productrices de technologies de l'information. Mais la situation évolue. Au-delà des centres de données, les investissements liés à l'IA peuvent aussi englober les usines de matériel informatique, qui produisent les puces et matériels spécialisés qui font fonctionner ces systèmes.

Enfin, les avancées en matière d'IA pourraient aussi stimuler plus largement l'investissement dans les produits informatiques, par exemple si l'IA incite les entreprises à moderniser leur matériel informatique ou à acheter de nouveaux logiciels. L'investissement lié à l'IA est donc devenu un moteur important de la croissance économique américaine. Alors que leur contribution était négligeable avant 2022, les dépenses consacrées aux usines de semi-conducteurs et aux centres de données ont contribué en moyenne à hauteur de 0,4 point de pourcentage à la croissance du PIB au cours des trois années suivantes.

On prévoit que les centres de données américains consommeront près de 10 % de la capacité du réseau électrique des Etats-Unis d'ici 2030, soit quatre fois la part prévue pour la Chine. Les États-Unis hébergent environ la moitié des centres de données mondiaux, alors qu'ils ne représentent que 4 % de la population mondiale.

Alors que l'activité manufacturière américaine reste atone, les investissements dans les technologies de l'information ont atteint, en pourcentage du PIB américain, leur plus haut niveau depuis 2001, stimulant fortement l'investissement global et l'activité des entreprises. Bien que ce boom informatique ait été concentré aux États-Unis, il génère aussi des retombées positives à l'échelle mondiale, notamment sur les exportations technologiques asiatiques.

L'investissement total dans les technologies de l'information, qui inclut aussi les dépenses des entreprises en équipements et logiciels facilitant l'utilisation de l'IA, a représenté près de la moitié de la croissance du PIB ces derniers trimestres, contribuant ainsi à limiter l'impact des droits de douane de Trump sur la croissance. Les dépenses annuelles consacrées aux centres de données pourraient augmenter de 100 à 225 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Cela porterait la part des dépenses liées aux centres de données dans le PIB entre 0,8 et 1,3 %, contre 0,5 % actuellement.

L'enthousiasme des institutions financières pour le boom des actions liées à l'IA ne faiblit guère. Nvidia, Microsoft et Amazon prévoient d'investir ensemble 60 milliards de dollars dans OpenAI, le concepteur de ChatGPT. Amazon envisage d'investir à elle seule 50 milliards de dollars dans cette entreprise, tandis que SoftBank prévoit d'y investir 30 milliards de dollars supplémentaires. Parallèlement, OpenAI recherche 50 milliards de dollars auprès d'investisseurs du Moyen-Orient.

Les entreprises qui tirent actuellement le boom des investissements dans l'IA ont par le passé opéré avec moins de dette que les autres entreprises. Elles se sont plutôt appuyées sur leurs activités très rentables pour générer les flux de trésorerie nécessaires au financement de leurs investissements. Cependant, ces sociétés ont fortement accru leurs dépenses d'investissement, ces dernières augmentant à la fois en valeur absolue et en pourcentage du chiffre d'affaires. Ainsi, l'ampleur de ces investissements dépasse désormais les flux de trésorerie disponibles.

Le financement par la dette se généralise, augmentant l'effet de levier. Et c'est là que réside le risque d'éclatement de la bulle, si les rendements ne se concrétisent pas ou si les conditions financières se durcissent.

En outre, la rentabilité des investissements dans l'IA est très sensible à la dépréciation fréquente des puces. Cela comprime les marges bénéficiaires et nécessite donc de nouveaux emprunts. Les prêts accordés par des fonds de crédit privés (c'est-à-dire en dehors des banques traditionnelles) aux secteurs liés à l'IA ont connu une croissance rapide, dépassant désormais les 200 milliards de dollars, leur part dans le volume total des prêts en cours passant de moins de 1 % à près de 8 %. Les prêts en provenance de sources non réglementées pourraient tripler d'ici la fin de la décennie.

En outre, de nombreuses entreprises essentielles du secteur de l'IA ne sont actuellement pas cotées en Bourse. Leurs emprunts pourraient avoir des conséquences que nous n'avons pas vues durant la bulle internet.

OpenAI est généralement considéré comme le meneur dans la course à l'IA. Depuis le lancement de ChatGPT en 2022, la start-up a rassemblé 800 millions d'utilisateurs actifs hebdomadaires, soit plus du double du trafic des IA concurrentes développées par Meta Platforms (propriétaire de Facebook) et Alphabet (la maison mère de Google).

Mais cette position dominante implique d'énormes coûts. OpenAI prévoit d'augmenter sa puissance de calcul de 1,9 GW à 36 GW au cours des huit prochaines années et a conclu une série d'accords pour construire des centres de données et acquérir des puces de pointe, ce qui a augmenté ses passifs de 1 400 milliards de dollars. Ses plus importants concurrents, comme Alphabet et Meta, disposent d'activités historiques générant des centaines de milliards de dollars par an sur lesquelles ils peuvent s'appuyer. OpenAI, en revanche, ne peut survivre que tant que ses bailleurs sont prêts à la maintenir à flot.

OpenAI a levé plus de 60 milliards de dollars depuis 2015, dont 41 milliards l'an dernier lors d'une levée de fonds record conduite par SoftBank. Mais l'entreprise s'apprête à épuiser sa trésorerie cette année et, avec une rentabilité qui risque de ne pas être positive avant plusieurs années, la question est de savoir si les investisseurs sont prêts à financer ce géant déficitaire. L'entreprise fait face à un trou de 20 milliards de dollars dans ses comptes cette année, comme plusieurs accords de financement différé conclus avec des fournisseurs tels que Nvidia, Oracle et CoreWeave arrivent à échéance.

Cette situation met la start-up sous forte pression pour trouver de nouveaux investisseurs aux amples ressources financières afin d'assurer son avenir. Cette année pourrait être décisive pour OpenAI. Avec des recettes ne couvrant qu'une fraction de ses coûts croissants, le trou dans ses finances devrait atteindre environ 130 milliards de dollars au cours des deux prochaines années.

OpenAI envisage une introduction en Bourse la valorisant à 100 milliards de dollars. Ce montant serait plus de trois fois supérieur à celle de la plus grosse introduction en Bourse jamais réalisée jusqu'à présent : l'introduction de Saudi Aramco en 2019, d'une valeur de 29,4 milliards de dollars, qui générait à l'époque plus de 1 000 milliards de dollars de recettes pétrolières.

Un éclatement de la bulle de l'IA reste une hypothèse plausible pour 2026. L'effondrement des précédents booms d'investissement a retranché en moyenne un point de pourcentage à la croissance du PIB réel américain.

Comme l'indique la BRI, « si une baisse des investissements dans l'IA devait s'accompagner d'une correction boursière significative, les répercussions négatives pourraient être plus importantes que ne le laissent supposer les précédents booms. Les investisseurs ont privilégié les actions américaines pour s'exposer aux entreprises d'IA et un effet de levier caché pourrait avoir des retombées négatives sur le marché du crédit. Alors que l'IA pourrait donner un coup de pouce durable à la croissance économique, rien ne garantit que ce potentiel se matérialisera ».

Gita Gopinath, ancienne économiste en chef du FMI, a calculé qu'un krach boursier lié à l'IA, équivalent à celui qui a mis fin à la bulle internet, effacerait quelque 20 000 milliards de dollars de patrimoine des ménages américains et 15 000 milliards de dollars supplémentaires à l'étranger, suffisant pour étrangler la consommation et provoquer une récession mondiale.

C'est également l'avis du FMI, qui craint que les entreprises d'IA ne parviennent pas à dégager des bénéfices à la hauteur de leurs valorisations boursières élevées. Même une correction modérée des valorisations boursières liées à l'IA réduirait la croissance mondiale de 0,4 %. « Conjuguées à des gains de productivité totale des facteurs plus faibles qu'attendu et à une correction plus marquée des marchés boursiers, les pertes de production mondiale pourraient s'accroître, concentrées dans les régions à forte intensité technologique comme les États-Unis et l'Asie. »

Mais même si une bulle éclatait et plongeait l'économie américaine dans la récession, celle-ci ne serait peut-être que de courte durée, si l'adoption généralisée de l'IA dans tous les secteurs augmentait fortement la productivité américaine.

De nombreux économistes orthodoxes partagent cet optimisme. Eric Brynjolfsson, économiste à l'université de Stanford, prédit que l'IA suivra une « courbe en J » : dans un premier temps, son effet sur la productivité sera lent, voire négatif, car les entreprises investissent massivement dans cette technologie, avant d'en récolter les fruits. Puis viendra le boom.

On a observé une courbe en J dans la croissance de la productivité manufacturière américaine : celle-ci a chuté au milieu des années 1980, puis, après la récession de 1991, s'est fortement accélérée jusqu'au milieu des années 2000.

Ainsi, d'abord la bulle éclate, puis il y a une récession et enfin il y a une reprise basée sur les applications liées à l'IA, comme ce fut le cas après l'éclatement de la bulle ferroviaire au milieu du dix-neuvième siècle. Cela semble d'ailleurs être la vision de Kevin Warsh, le candidat de Trump à la présidence de la Réserve fédérale. Warsh estime que l'IA va tellement stimuler la productivité qu'elle constituera une « puissante force déflationniste ».

Telle est la théorie de la destruction créatrice, initialement développée par l'économiste autrichien Joseph Schumpeter au vingtième siècle. Sa théorie a récemment été ravivée par les derniers lauréats du « prix Nobel » d'économie, Philippe Aghion et Peter Howitt. Ils affirment que le rythme auquel émergent de nouvelles entreprises aux technologies innovantes et déclinent les entreprises vieillissantes aux technologies obsolètes est positivement corrélé à la croissance de la productivité du travail. « Cela pourrait refléter la contribution directe de la destruction créatrice. »

Mais la « destruction créatrice » comporte deux versants. La productivité augmente, certes, mais seulement après la destruction d'une partie du capital existant. Tout saut d'ampleur de la productivité ne sera possible qu'au prix d'une réduction de l'emploi. Le FMI estime que 60 % des emplois dans les économies avancées seront affectés. Les économistes de Morgan Stanley prévoient que les banques européennes pourraient réduire leurs effectifs d'environ 10 % d'ici 2030. Cette estimation repose sur une analyse de 35 grandes banques qui emploient au total environ 2,12 millions de personnes.

Une telle réduction se traduirait par la disparition d'environ 212 000 postes au cours des cinq prochaines années. D'ores et déjà, certains éléments suggèrent que l'adoption de l'IA affecte les perspectives d'emploi des travailleurs américains, selon une étude réalisée par trois chercheurs de l'Université de Stanford. Cette étude met en évidence « des preuves préliminaires et à grande échelle cohérentes avec l'hypothèse selon laquelle la révolution de l'IA commence à avoir un impact significatif et disproportionné sur les nouveaux entrants sur le marché du travail américain » : depuis 2022, les travailleurs âgés de 22 à 25 ans dans les emplois les plus exposés à l'IA, tels que le service client, la comptabilité et le développement de logiciels, ont connu une baisse de 13 % de l'emploi.

Une économie fondée sur des agents d'IA est en train d'émerger. Des agents d'IA commencent déjà à réserver des voyages et à effectuer de petits achats de manière autonome pour le compte de consommateurs. Bientôt, ils prendront en charge une part plus importante du processus d'achat, même pour les transactions complexes : négociation des prix et des conditions, coordination des livraisons et des retours et transactions avec d'autres agents à très haute vitesse. D'après les prévisions, le marché mondial des agents d'IA, estimé à 5,4 milliards de dollars en 2024, devrait atteindre 236 milliards de dollars d'ici 2034.

Pour les entreprises, cela signifie qu'une part croissante des clients ne seront plus des humains. Il s'agira d'agents agissant pour le compte d'individus, interagissant avec d'autres agents représentant des vendeurs, des prestataires logistiques et des prestataires de paiement. À terme, la majeure partie de la chaîne d'approvisionnement commerciale pourrait s'opérer d'agent à agent.

Mais historiquement, il y a un revers à l'impact de la technologie. Le changement technologique a été le principal moteur de la croissance de l'emploi tout au long de l'histoire. Aux États-Unis, environ 60 % des travailleurs occupent aujourd'hui des emplois qui n'existaient pas en 1940. Dans les années 1840, Friedrich Engels affirmait que la mécanisation entraînait des suppressions d'emplois, mais qu'elle créait également de nouveaux emplois dans de nouveaux secteurs. Dans les années 1850, Marx a clarifié ces deux versants de la destruction créatrice :

« Voici les faits réels, que l'optimisme des économistes déforme : les travailleurs, chassés de l'atelier par les machines, sont jetés sur le marché du travail. Leur présence sur ce marché accroît la quantité de force de travail disponible pour l'exploitation capitaliste… L'effet des machines, présenté comme une compensation pour la classe ouvrière, est au contraire un effroyable fléau… Dès que les machines ont libéré une partie des travailleurs employés dans une branche donnée de l'industrie, les hommes de l'armée industrielle de réserve sont également dirigés vers de nouveaux emplois et absorbés par d'autres branches ; entre-temps, les victimes initiales, durant la période de transition, ne mangent pas à leur faim et pour la plupart d'entre elles périssent » (Manuscrits des « Grundrisse »).

Cela implique que l'automatisation se traduit par une précarisation accrue de l'emploi et une augmentation des inégalités à long terme. Daron Acemoglu, « prix Nobel d'économie » et spécialiste de l'économie de la technologie, est parvenu à des conclusions similaires à celles d'Engels et de Marx :

« Je pense que l'une des choses qu'un économiste doit faire, c'est de garder en tête deux idées contradictoires », explique-t-il. « D'une part, la technologie peut générer de la croissance sans pour autant enrichir les masses (du moins pas avant longtemps). Le progrès technique est le principal moteur de l'épanouissement humain, mais on a tendance à oublier que ce processus n'a rien d'automatique ».

Dans un mode de production capitaliste axé sur le profit et non sur les besoins sociaux, il y a une contradiction. « Modéliser mathématiquement et comprendre quantitativement la lutte entre le capital, qui capte l'essentiel des bénéfices du progrès technologique, et le travail n'est donc pas une tâche facile. » En effet.

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Michael Roberts, « AI and creative destruction », sur son blog The Next Recession, 3 février 2026. Traduit par Martin Anota.

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Pays basque : bilan de la grève générale du 17 mars

Le bilan quantitatif de la grève a été clair et sans équivoque : plus de 105 000 manifestant.es dans les capitales des quatre provinces le matin, puis une deuxième vague (…)

Le bilan quantitatif de la grève a été clair et sans équivoque : plus de 105 000 manifestant.es dans les capitales des quatre provinces le matin, puis une deuxième vague l'après-midi dans presque tous les villages et villes d'Euskal Herria, impossible à quantifier. Quant aux arrêts de travail, ils ont touché la majeure partie de l'industrie et, de manière inégale, les autres secteurs.

22 mars 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots

Le résultat qualitatif est impressionnant. La question du salaire minimum interprofessionnel s'est définitivement imposée dans l'agenda social.

La question du salaire minimum a été le facteur fédérateur, mais les autres revendications (logement, soins, retraites, etc.) n'ont pas été oubliées, elles étaient présentes dans toutes les manifestations. Les revendications des travailleuses du secteur domestique et des services de soins, avec leur dimension racialisée et décoloniale, ont eu un impact important.

Des actions contre la guerre ont eu lieu à Bilbao.

Fait curieux, à Pampelune, l'EHKS-GKS [voir la présentation des organisations ci-dessous.], la CNT (qui ailleurs a participé aux appels à la mobilisation unitaire), la CGT et Anticapitalistas ont choisi de ne pas participer aux manifestations unitaires au nom de l'unité de la classe ouvrière autour d'un ensemble de revendications plus larges. Il convient de noter que le GKS a été très actif dans la grève, mais avec des piquets de grève et des mobilisations en marge du reste du mouvement syndical.

Les attitudes de l'UGT, des CC OO et de Sumar sont grotesques : elles s'opposent à la revendication d'un salaire minimum pour l'Euskal Herria, la considérant comme une revendication non solidaire avec le reste des travailleurs de l'État.

Cette grève a été possible parce qu'il existe en Euskal Herria une majorité syndicale qui comprend que la négociation n'est viable et possible que par la confrontation. Cette attitude la distingue des CC OO et de l'UGT, qui ne savent négocier qu'à la baisse. En effet, le patronat de Confebask a systématiquement refusé de discuter de la question du salaire minimum à 1 500 euros. Et au Parlement basque, le PNV et le PSE ont refusé ne serait-ce que d'inscrire cette question à l'ordre du jour, malgré le soutien social majoritaire dont bénéficiait l'initiative législative populaire présentée par la majorité syndicale (tout comme ils l'ont fait avec le mouvement des retraités et sa demande d'une pension minimale égale au salaire minimum interprofessionnel). Auparavant, ils avaient exigé du gouvernement basque qu'il soumette au Parlement espagnol la proposition visant à ce que le Statut des travailleurs permette aux communautés autonomes, et pas seulement à la communauté basque et à celle de Navarre, d'avoir le pouvoir de fixer le salaire minimum interprofessionnel.

Il convient de mentionner tout particulièrement l'attitude du PNV et du gouvernement basque face à la grève, qui ont privilégié la voie de la négociation plutôt que celle de la confrontation, alors qu'il est de notoriété publique que (tout comme le patronat) ils ont refusé de débattre au sein des institutions des questions relatives au salaire et à la pension minimale. Nous verrons bien ce qu'ils feront lorsque ces questions seront portées devant le Parlement espagnol.

Cette grève a été précédée par l'impressionnante commémoration du 3 mars, anniversaire du massacre de Gasteiz, et du 8 mars, tout aussi impressionnante. Ces trois événements étaient étroitement liés

Il a été important de garder pendant 40 ans dans notre mémoire collective ce qui s'est passé le 3 mars 1976. À cette époque, le mouvement ouvrier a dû faire face à deux problèmes : défendre ses revendications et répondre à la dictature fasciste. Aujourd'hui, nous devons faire face à un problème similaire : lutter pour nos droits, notamment pour garantir un salaire minimum interprofessionnel décent, et répondre aux héritiers du franquisme qui frappent à la porte. Et il n'y a qu'une seule voie : constituer un front unique du mouvement ouvrier et, en même temps, organiser la majorité sociale de ce peuple.

Ceux d'entre nous qui avons participé aux comités de grève et aux vastes initiatives de mobilisation lors de la grève du 30 janvier 2020 ont pu constater l'efficacité et le caractère transversal de son organisation, ainsi que l'importance de la mener non seulement sur les lieux de travail, mais aussi dans l'espace social et au sein des communautés.

Cette fois-ci, nous avons reproduit la même formule. Syndicalistes, salarié.e.s précaires, étudiant.e.s et retraité.e.s, militant.es sociaux de tous horizons, féministes, citoyens et citoyennes engagé.es dans la grève, ainsi que les travailleurs et travailleuses du commerce et de l'hôtellerie, militant.e.s de différents partis politiques (il faut toutefois souligner la contribution active d'EH Bildu, présent dans la plupart des comités de grève et des mobilisations avec ses figures les plus connues pour soutenir la grève générale, au grand dam du PNV)… toutes et tous ensemble, nous avons organisé la grève, élaboré nos arguments, intégré nos revendications propres, tissé des liens de solidarité : en un mot, nous avons fades provinces it peuple. Il faut souligner la participation massive et très active de la jeunesse étudiante à toutes les mobilisations. Une expérience merveilleuse.

Hier comme aujourd'hui, nous pouvons affirmer que ni les libertés politiques ni les améliorations économiques n'ont été des concessions des classes dominantes, mais des conquêtes obtenues au prix de dures luttes.

Cependant, ces acquis ne sont jamais garantis. Ce qui a été obtenu au prix de grands efforts peut être perdu par des contre-réformes et des contre-révolutions si les classes dominantes estiment avoir suffisamment de force pour faire pencher la balance en leur faveur. C'est ce qui s'est produit au cours des vingt dernières années et s'est intensifié après la crise de 2008. C'est ainsi que les portes du tsunami néolibéral se sont grandes ouvertes, emportant comme un torrent bon nombre des acquis sociaux antérieurs.

Nous savons tous et toutes que le pouvoir de la bourgeoisie réside dans la propriété de l'argent et dans le contrôle de l'État. En revanche, les travailleur.es, les syndicats et la gauche sociale et politique ne doivent pas oublier que la véritable source de leur pouvoir réside, fondamentalement, dans la capacité de mobilisation sur les lieux de travail et dans la rue. Et la grève générale est, malgré ses limites, l'un des outils les plus efficaces. À condition, bien sûr, qu'elle ne soit pas considérée comme une action isolée et qu'après la journée de grève, les syndicats ne retournent pas dans leurs quartiers d'hiver ou à leur routine habituelle.

Depuis le début de la crise, nous avons insisté sur le même mot d'ordre et nous n'y renoncerons pas : le capitalisme et ses institutions économiques et politiques ont pris l'initiative et nous ont déclaré la guerre, une guerre sociale, une guerre des classes. Et les partis de gauche, les syndicats et les mouvements sociaux concernés doivent y répondre au même niveau.

La crise, avec ses hauts et ses bas, sera longue, et si elle se résout, ce sera le rapport de forces qui se dispute dans tous les territoires et tous les coins de la planète qui déterminera son issue. Nous ne sortirons pas indemnes de cette situation si nous ne reléguons pas au rebut de l'histoire le système qui a conduit l'être humain et la nature à une situation limite, et si, dans le même temps, nous ne faisons pas des pas déterminés vers la construction d'un autre modèle de société. La lutte — unitaire et large — est, en outre, la manière la plus efficace de faire face au climat de guerre et au fascisme.

La grève générale du 17 mars a été la répétition de ce que nous avons réussi à faire il y a 50 ans à Gasteiz : un mouvement ouvrier (aux côtés du mouvement féministe) affrontant hier le franquisme et aujourd'hui ses successeurs.

Joxe Iriarte, Bikila
Joxe Iriarte, Bikila, est membre d'Alternatiba
Source – Viento sur, 19 mars 2026 :
https://vientosur.info/un-balance-de-la-huelga-general-del-17-de-marzo/
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78381

Présentation succinte des organisations mentionnées (P. V.)

Anticapitalistas, section espagnole de la IVe internationale.
CC OO : Commissions Ouvrières, principal syndicat espagnol, à l'origine combatif et construit dans l'illégalité, aujourd'hui syndicat d'accompagnement plutôt proche du Parti communiste et de Podemos.
CGT : syndicat libertaire plus « souple » que la CNT.
CNT : syndicat anarchosyndicaliste
EH Bildu : Coalition de gauche indépendantiste basque abertzale (nationaliste basque).
EHKS : (Euskal Herriko Kontseilu Sozialista) et sa branche jeune.
GKS : Scission « communiste », dynamique et sectaire de la gauche indépendantiste EH Bildu
PNV : Parti Nationaliste Basque, parti de la bourgeoisie basque, autonomiste, qui domine la vie politique basque.
PSE : branche basque du PSOE souvent allié au PNV.
UGT : Union Générale des Travailleurs, traditionnellement réformiste et proche du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).
Sumar : Coalition de la gauche gouvernementale.

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Israël tue trois journalistes libanais, les médias français « crachent sur leur tombe »

31 mars, par Meriem Laribi — , , ,
« Les journalistes tués à Gaza sont accusés par Israël d'être liés au Hamas. Au Liban, ils sont accusés d'être liés au Hezbollah. Les bons journalistes doivent être liés à (…)

« Les journalistes tués à Gaza sont accusés par Israël d'être liés au Hamas. Au Liban, ils sont accusés d'être liés au Hezbollah. Les bons journalistes doivent être liés à Netanyahou », résume le journaliste français Jack Dion sur son compte X. Ce post entend dénoncer l'alignement occidental massif sur le narratif israélien, notamment dans les médias français.

Tiré d'Agence média Palestine.

Trois journalistes libanais·es ont été assassiné·es dans leur pays et dans l'exercice de leur fonction le 28 mars par une frappe israélienne qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, dans le sud du Liban. Elle s'appelait Fatima Ftouni et travaillait pour la chaîne Al-Mayadeen. Son frère s'appelait Mohammed Ftouni et travaillait comme caméraman. Le troisième était le correspondant vedette d'Al-Manar, il s'appelait Ali Shoieb. Tous trois étaient très admirés et respectés dans leur pays.

Contacté par l'Agence Média Palestine, Jack Dion dénonce la « tuerie invraisemblable de journalistes à laquelle nous avons assisté à Gaza et qui recommence au Liban ». À ce jour, le site Stop murdering journalists compte 318 journalistes et professionnel·les de la presse assassiné·es par Israël à Gaza depuis le 7 octobre 2023 et 21 au Liban.

Sur toutes les chaînes d'information francophones, l'nnonce de l'assassinat des trois journalistes libanais a systématiquement été affublée du fameux « considérés comme proches du Hezbollah », une épithète employée à dessein par Israël afin de décrédibiliser la fonction même de journaliste.

« Les tuer une deuxième fois »

S'il est juste de dire qu'Al-Mayadeen et Al-Manar sont des médias proches du Hezbollah, ajouter cette précision au moment de l'assassinat de leurs journalistes ne peut pas être considéré comme neutre et vise à jeter le discrédit sur leur travail, et par la même occasion contribue à l'effacement de la distinction entre combattants et non combattants. Pour Jack Dion, un ancien du magazine Marianne, cela permet d'accorder un « droit de tuer » sous prétexte d'une affiliation supposée ou avérée à une organisation telle que le Hamas ou le Hezbollah. « Quand bien même ces journalistes seraient liés d'une manière ou d'une autre au Hamas ou au Hezbollah, cela ne donne pas le droit de les tuer, en droit international ça n'existe pas », rappelle-t-il. De son point de vue, il s'agit d'un « argument que l'on ressort pour diaboliser les journalistes dont on parle ». Sans surprise, l'argument est brandi par les autorités israéliennes mais le « plus grave » pour Jack Dion est que cela soit cité tel quel par les médias français qui « globalement reprennent le narratif israélien ». Et d'ajouter : « Il suffit de voir le nombre de représentants israéliens reçus sur les chaînes de télévision et de radios tandis qu'on ne voit presque jamais l'ambassadrice palestinienne alors même que la Palestine est reconnue par la France ».

« Est-ce qu'on a le droit de tuer les journalistes israéliens proches de l'extrême droite israélienne aux propos et actions génocidaires ? Les médias français trouveraient-ils légitime de tuer de tels journalistes », interroge Jack Dion. « Les gens qui sont du côté des Palestiniens, du Liban ou de l'Iran sont considérés comme suspects », estime-t-il, tandis que le côté israélien bénéficie de la « sympathie » des médias français, dénonce le journaliste qui constate qu'il n'y a chez les journalistes français des chaînes dominantes « aucun sens de la solidarité » professionnelle. « Le carnage qui a eu lieu à Gaza et le manque de réaction de la presse française est inexplicable, injustifiable et extrêmement choquant. Nous n'avons pas vu le début d'une critique sur ces pratiques détestables. Les journalistes palestiniens et libanais ne sont pas des terroristes, ce sont des journalistes. Les affubler de cette affiliation est une manière de cracher sur leur tombe et de les tuer une deuxième fois », dénonce Jack Dion.

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