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17 mars, par Renel Exentus
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par Renel Exentus À la conférence de Munich du 14 février 2026, le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, a invité les puissances européennes à se mettre du côté des États-Unis pour la reconquête des parts de marchés des pays du Sud global. Après avoir ouvertement exprimé sa nostalgie de (…)

Les Canadiens doivent soutenir Cuba face au siège barbare imposé par Trump.

Alors que les États-Unis resserrent leur emprise, les Canadiens doivent prendre le relais là où leur gouvernement fait défaut. tiré de Canadian Dimension (…)

Alors que les États-Unis resserrent leur emprise, les Canadiens doivent prendre le relais là où leur gouvernement fait défaut.

tiré de Canadian Dimension
https://canadiandimension.com/articles/view/canadians-must-support-cuba-against-trumps-barbaric-siege

La révolution cubaine traverse sans doute l'épreuve la plus sombre de
toute son histoire.

Le président américain Donald Trump a ouvertement déclaré son intention de renverser le gouvernement cubain d'ici la fin de l'année. Pour atteindre cet objectif, Washington renforce son blocus de Cuba, en place depuis 60 ans, pour en faire un véritable siège. L'administration Trump a qualifié cette petite nation pacifique des Caraïbes de « menace inhabituelle et extraordinaire » pour les États-Unis et a imposé des droits de douane à tout pays vendant du pétrole à Cuba.

L'invasion américaine au Venezuela, et la campagne de pression contre la compagnie pétrolière nationale mexicaine PEMEX, orchestrées par Trump, ont privé le Cuba de ses principaux fournisseurs d'énergie. L'île a vu disparaître près de 77 % de ses importations de pétrole. Le modeste apport provenant de la Russie, ajouté au maigre soutien humanitaire apporté par le Mexique, ne suffit pas à combler le déficit.

L'objectif explicite des responsables administratifs et de la diaspora cubano américaine d'extrême droite est de semer la misère sur l'île, de provoquer la famine, des pénuries de médicaments et des coupures d'électricité. Lorsque le représentant de Floride Carlos Gimenez a menacé de priver le Cuba, île peuplée de près de 11 millions d'habitants, « de pétrole, de voyages, et d'oxygène », le masque est enfin tombé. La représentante Maria Elvira Salazar, également de Floride, a admis que le siège américain privait les Cubains de nourriture et de soins médicaux, et a déclaré qu'elle soutenait cette politique pourvu qu'elle permette de « libérer le Cuba pour toujours ».

Le but explicitement déclaré par les responsables de l'administration et la diaspora cubano-américaine d'extrême droite est de semer la misère sur l'île, en provoquant la famine, des pénuries de médicaments et des coupures d'électricité.

Les intentions des États-Unis envers Cuba sont plus claires que jamais : Washington veut étrangler une nation entière jusqu'à ce qu'elle cède à la soumission.

Le 31 janvier, le Réseau canadien de solidarité avec Cuba (CNC, par son acronyme en anglais) a publié une déclaration condamnant la dernière agression de Trump contre l'île :

Cette action répréhensible, illégale et immorale constitue une attaque directe et flagrante contre le peuple cubain et intensifie des décennies de pression économique et de sabotage…le gouvernement américain n'a jamais hésité à recourir au terrorisme économique dans ses tentatives de reconquête de Cuba, mais la sévérité de cette nouvelle stratégie menace le peuple cubain d'anéantissement.

Isaac Saney est membre du comité exécutif du CNC et spécialiste des études afro-américaines et cubaines à l'université Dalhousie. Dans une entrevue accordée au Canadian Dimension, M. Saney a souligné que « les Cubains ont toujours fait preuve d'une résilience incroyable ». Il a ajouté que « c'est sans doute la période la plus dangereuse que la Révolution cubaine ait jamais affrontée. Et c'est évidemment le plus grand défi auquel le mouvement de solidarité avec Cuba n'ait jamais été confronté. »

Longtemps victime des pénuries imposées par les États-Unis, Cuba est désormais entrée dans une nouvelle ère de privations. À la fin janvier, des rapports ont révélé que les réserves de pétrole de Cuba se limitaient à seulement 15 à 20 jours.

Les coupures de courant qui menacent l'île depuis des années risquent de s'aggraver, plongeant Cuba dans une obscurité prolongée et paralysant le fonctionnement des hôpitaux, des exploitations agricoles, des systèmes électriques, des transports, des établissements d'enseignement et d'autres services essentiels.

À la suite de l'imposition d'un blocus pétrolier illégal le mois dernier, Trump a déclaré : « Les Cubains se plaignent du « blocus » depuis des années.

Mais désormais, ils auront droit à un vrai blocus. » Il s'avère que ce blocus est réel – et impitoyable – depuis plus de soixante ans. Pendant 33 années consécutives, une très large majorité des pays membres de l'assemblée générale des Nations unies ont voté en faveur de la condamnation des mesures illégales et unilatérales prises par Washington visant à étouffer économiquement Cuba.

Le célèbre mémorandum Mallory d'avril 1960, rédigé par Lester Mallory, sous-secrétaire d'État adjoint américain aux Affaires interaméricaines, a révélé les efforts déployés par Washington pour infliger des difficultés économiques à Cuba dès l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Fidel Castro en 1959. Le mémorandum constate que « la majorité des Cubains soutiennent Castro (l'estimation la plus basse que j'ai vue est de 50 %) ». Mallory concluait que « le seul moyen prévisible d'aliéner le soutien interne passe par le désenchantement et la désaffection liés à l'insatisfaction et aux difficultés économiques... il en découle que tous les moyens possibles doivent être mis en œuvre pour affaiblir la vie économique de Cuba ». Quels moyens Mallory recommandait-il ? « Refuser de fournir de l'argent et des approvisionnements à Cuba, afin de faire baisser les salaires monétaires et réels, pour ainsi provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement ».

Selon le gouvernement cubain , le blocus américain a entraîné un coût d'environ 150 milliards de dollars US pour l'île. Chaque mesure prise pour renforcer le blocus – la loi Helms-Burton de 1996 et les désignations absurdes de « pays soutenant le terrorisme » de 2021 et 2025 – a intensifié la punition collective infligée à la population cubaine.

En novembre 2025, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les sanctions, Alena Douhan, s'est rendue à Cuba pour évaluer l'impact du blocus. Elle a constaté que les sanctions unilatérales imposées par les États-Unis « étouffaient le tissu social cubain » et que le blocus avait « de graves conséquences sur la jouissance des droits de la personne, notamment les droits à la vie, à l'alimentation, à la santé et au développement ». Elle a également signalé « des pénuries de nourriture, de médicaments, d'électricité, d'eau, de machines essentielles et de pièces de rechange... tandis que l'émigration croissante de travailleurs qualifiés, notamment de personnel médical, d'ingénieurs et d'enseignants, pèse davantage sur le pays ».

Pourtant, selon Trump, il n'y avait pas eu de « réel » blocus à Cuba avant le mois dernier.

Tout en subissant plus de 60 ans d'attaques brutales de la part des États Unis, les Cubains ont réussi à mettre en place l'un des systèmes de santé les plus avancés au monde en offrant l'accès universel au logement et à l'éducation. Le blocus n'a jamais réussi à vaincre l'esprit internationaliste de Cuba. Dans les années 1970 et 1980, les combattants cubains ont joué un rôle central dans la libération de l'Afrique de l'apartheid.

À ce jour, l'internationalisme médical de Cuba est reconnu dans le monde entier, des dizaines de milliers de médecins cubains fournissant des services de santé vitaux à travers le globe. Pendant la pandémie de COVID 19, le gouvernement cubain a envoyé des professionnels de la santé en Italie, qui a été durement touchée par le virus. En février 2025, la première ministre barbadienne Mia Mottley a déclaré : « Nous n'aurions pas pu traverser la pandémie sans les infirmières et les médecins cubains. » Le premier ministre de la Grenade a été encore plus direct : « Je ne pense pas qu'un système de santé publique dans les Caraïbes puisse survivre sans le soutien du personnel médical cubain. »

Les Canadiens devraient également se rappeler qu'en 2020, les Premières Nations du Manitoba ont demandé à Ottawa d'autoriser les médecins cubains à se rendre dans les réserves afin de protéger les peuples autochtones contre la COVID-19. Le gouvernement Trudeau a refusé. Si seulement Ottawa avait donné son accord, les médecins cubains auraient été plus que disposés à se rendre au Manitoba pour fournir des soins médicaux de haute qualité aux communautés autochtones.

Compte tenu de la générosité mondiale de Cuba, le silence du gouvernement canadien face aux dernières provocations de Trump est honteux. Ni le premier ministre Mark Carney ni les Affaires mondiales Canada n'ont condamné les efforts de Trump pour accélérer les souffrances cubaines et mener le pays vers l'effondrement. Selon deux anciens ambassadeurs canadiens à Cuba, la réponse du Canada – ou plutôt son absence de réponse – à l'agression américaine est motivée par « le besoin d'Ottawa de conclure un nouvel accord commercial avec les États-Unis ». Alors que Cuba a toujours partagé ses ressources limitées avec le monde malgré des décennies de sabotage de la part des États-Unis, le gouvernement canadien n'est pas disposé à risquer la moindre réprimande de Washington en défendant le droit international et les droits de la personne des Cubains.

L'hypocrisie de Mark Carney est flagrante. Il a remporté les élections fédérales d'avril 2025 en promettant de tenir tête à Trump et en défendant les principes de souveraineté nationale et d'intégrité territoriale. Le mois dernier, lors du Forum économique mondial de Davos, Carney a déclaré que le Canada avait « la capacité de construire un nouvel ordre qui englobe nos valeurs, telles que le respect des droits de la personne, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l'intégrité territoriale des différents États ». Aujourd'hui, alors que la campagne américaine contre Cuba piétine tous ces principes, Carney refuse de dire un mot, tout comme il a refusé de condamner l'agression illégale et non provoquée de Trump contre le Venezuela le 3 janvier.

Saney souligne que, malgré le siège américain, Cuba n'est pas totalement isolée.

La Chine vient de lui envoyer 80 millions de dollars pour moderniser son réseau électrique, ainsi que 60 000 tonnes de riz. L'île a également reçu l'aide du Vietnam. Sans oublier la relation économique entre Cuba et le Canada. Le tourisme cubain a subi un coup très dur en raison des menaces et de l'agression des États-Unis, mais le Canada reste l'une des principales sources de touristes à Cuba, et d'investissements étrangers. Les pays du BRICS ont dénoncé l'attaque américaine.

Pourquoi les Canadiens devraient-ils faire preuve de solidarité envers Cuba ? Saney évoque deux raisons : l'obligation éthique et morale, mais aussi l'intérêt national.

« Les États-Unis infligent une punition collective à un pays qui refuse de se plier à leur volonté », déclare Saney. « Les pays ont un droit fondamental à l'autodétermination. Ils devraient pouvoir déterminer leurs systèmes économiques, politiques et sociaux sans ingérence ni coercition extérieure. » Il ajoute que le Canada a également un intérêt direct à défendre Cuba contre les attaques des États-Unis. « Les États-Unis ont également pris pour cible le droit du Canada à l'autodétermination, à l'indépendance et à la souveraineté. Ainsi, en défendant l'autodétermination, l'indépendance et la souveraineté de Cuba, nous défendons également celles du Canada. »

Le gouvernement canadien refuse de défendre Cuba, mais les Canadiens à la base peuvent le faire. Nous pouvons soutenir les campagnes d'organisations nationales de solidarité telles que le Réseau canadien de solidarité avec Cuba. Nous pouvons participer aux comités régionaux de solidarité dans nos villes. Nous pouvons faire des dons à des collectes de fonds, adresser des pétitions au Parlement et nous rendre sur l'île dans le cadre de brigades de travail ou pour voyager en tant que touristes.

Le temps presse. Il n'a jamais été aussi important pour les Canadiens de montrer leur solidarité envers Cuba, de manifester leur respect pour la résilience et l'indépendance du peuple cubain, ainsi que leur gratitude pour les décennies de générosité dont il a fait preuve.

Si les Cubains peuvent partager le peu qu'ils ont avec le monde entier, les Canadiens peuvent partager certaines de leurs ressources avec le peuple cubain au moment où il en a le plus besoin.

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Non à l’Europe de la guerre – Non au réarmement européen

17 mars, par Comité international (CI) de la Quatrième Internationale — , ,
La crise historique du capitalisme commence à avoir des effets visibles à tous les niveaux. Les conflits impérialistes et interimpérialistes menés par les puissances régionales (…)

La crise historique du capitalisme commence à avoir des effets visibles à tous les niveaux. Les conflits impérialistes et interimpérialistes menés par les puissances régionales conduisent à des guerres ouvertes. L'attaque de la Russie contre l'Ukraine alimente la remilitarisation de la bourgeoisie européenne. La guerre génocidaire lancée par Israël a abouti aux « accords de paix » néocoloniaux en Palestine, tandis que l'impérialisme américain recourt une fois de plus à la coercition militaire en Amérique latine, tout en pratiquant un blocus inhumain contre Cuba. D'autres guerres contre les peuples et les minorités sont menées au Yémen, en Birmanie, au Soudan, au Congo, en Syrie et dans le Sahel africain.

Tiré de Quatrième internationale
13 mars 2026

Par le Comité international

Les actions des États-Unis, qui ont kidnappé Maduro et sa femme au Venezuela et menacé d'envahir le Groenland en janvier 2026, contribuent à la déstabilisation du monde et à l'idée que le réarmement est nécessaire.

La Quatrième Internationale et ses sections rejettent le concept capitaliste de « sécurité » qui nécessite un déploiement encore plus important d'armes de destruction massive. L'Europe est déjà fortement militarisée et souffre de plusieurs années d'austérité et de coupes dans les services publics, mais lorsqu'il s'agit de financer l'industrie de l'armement, les fonds ne manquent pas.

Les « démocraties » libérales deviennent de plus en plus autoritaires ; le grand patronat cherche des moyens de sortir de sa crise structurelle de rentabilité, à garantir des profits plus importants sans développement social ; la transition verte promise par les puissants s'est transformée, sans débat public, en une augmentation exponentielle des dépenses militaires au niveau international.

La course à la guerre n'est pas indépendante de la montée du racisme et du fascisme à travers le continent, ni de l'expansion de Frontex et du pacte sur l'asile et l'immigration ; la surveillance de masse, la militarisation des frontières et les attaques contre les réfugié·s, voilà ce que la classe dirigeante prévoit pour nous tous, alors que la crise climatique s'aggrave et que la société devient moins stable. Le racisme et le fascisme sont en hausse en Europe, et les États capitalistes se renforcent. En Europe, cela se traduit par un durcissement de la politique à l'égard des migrant·es. Non seulement aux frontières, mais aussi à l'intérieur des pays européens et sur les routes qui y mènent.

En fait, l'Union européenne est en train de connaître une augmentation sans précédent de ses dépenses militaires : jusqu'à 800 milliards en quatre ans. À cette fin, elle propose d'assouplir les omniprésentes règles de discipline budgétaire en permettant aux 27 États membres de s'endetter, d'encourager de nouveaux prêts aux États grâce à la réforme de la Banque européenne d'investissement (BEI) et même de détourner l'argent destiné aux Fonds de cohésion vers les dépenses militaires. Ceux-là mêmes qui disaient que l'Europe sociale ne pouvait être financée promeuvent aujourd'hui une Europe de la guerre, du militarisme et des barbelés.

Il s'agit d'un véritable changement de paradigme qui vise non seulement à augmenter les dépenses militaires, mais aussi à promouvoir la réindustrialisation européenne par le militaire, tout en continuant à détruire les services publics et la protection sociale. Cette vision de la défense européenne, exposée dans le document Boussole stratégique, n'est plus fondée sur le maintien de la paix, mais sur la protection des infrastructures critiques, la sécurité énergétique, le contrôle des frontières et la protection des « routes commerciales clés ». En d'autres termes, protéger les intérêts coloniaux européens en garantissant « l'autonomie stratégique » de l'UE, en dernière instance soumise aux desseins de l'empire américain et de l'OTAN, son bras armé. Une Union européenne qui a continué à faciliter de diverses manières la livraison d'armes à Israël pour mener le génocide du peuple palestinien.

Ainsi, la transformation tant annoncée du modèle de production, ainsi que la transition énergétique nécessaire pour se conformer aux plans de décarbonation, ont été ensevelies sous les bombes. Mais la course européenne à l'armement, en plus de mettre en évidence l'échec du greenwashing, représente une accélération vers l'abîme de l'urgence climatique. Les matières premières essentielles et rares seront désormais également utilisées dans les plans de réarmement européens, alors qu'elles seraient nécessaires pour assurer une transition écosocialiste. Le réarmement européen, tout comme la course à l'intelligence artificielle générative, représente une véritable course accélérée vers l'abîme climatique.

La remilitarisation et la fermeture des frontières sont devenues la clé de voûte du nouveau projet « Europe puissance » dans le contexte de la polycrise mondiale, complétant l'absolutisme du marché qui prévalait jusqu'à présent. L'invasion impérialiste de Poutine a servi de catalyseur à l'offensive militariste du réarmement européen, basée sur la construction d'un fort sentiment d'insécurité.

Une stratégie de choc, avec en toile de fond les tambours de la guerre, est utilisée par les élites européennes non seulement pour atteindre leur vieil objectif d'intégration militaire européenne, mais aussi pour renforcer un modèle de fédéralisme oligarchique et technocratique. Car notre lutte n'est pas pour une UE, indépendante des États-Unis, de la Russie et de la Chine, fondée sur le renforcement de sa propre stratégie impérialiste et colonialiste, mais pour la construction d'un horizon européen écosocialiste qui établisse une relation de solidarité et de soutien mutuel avec les autres peuples.

Sans une politique internationaliste indépendante, le prolétariat et les peuples d'Europe sont condamnés à être les marionnettes des grandes puissances ; l'économie se concentrera encore plus sur l'industrie militaire et le pillage écologique, et le monde du travail ne sera rien d'autre que de la chair à canon entre les mains de gouvernements bellicistes.

Pour toutes ces raisons, nous appelons les peuples d'Europe à se soulever contre le réarmement et l'économie de guerre promus par l'UE et ses gouvernements.

Ils doivent rechercher des alliances internationalistes pour faire face au risque d'une nouvelle guerre mondiale et à la menace nucléaire qui se profile à l'horizon.

Nous devons nous engager dans une politique antimilitariste et internationaliste qui rejette l'impérialisme sous toutes ses formes.

Nous rejetons le nationalisme et les préjugés nationaux. Notre projet politique est d'unir les peuples d'Europe, de la Russie à l'Irlande, de la Norvège à l'Italie, dans une lutte commune contre leurs gouvernements capitalistes et l'impérialisme.

Nous devons nous opposer à toute augmentation des budgets militaires dans nos pays et mener une lutte internationaliste contre les nouveaux projets de service militaire, qui s'inscrivent dans le processus de militarisation.

Nous devons lier la lutte pour le climat à la lutte contre le militarisme, car un avenir écosocialiste est incompatible avec tout processus de réarmement impérialiste.

Nous combattons pour mettre fin au commerce des armes, convertissons la production d'armes en production sociale.

Nous exigeons la dissolution des blocs militaires de l'OTAN et de l'OTSC.

Dans cette situation, des slogans tels que « guerre à la guerre », « à bas les budgets militaristes » et « contre le service militaire » doivent servir à armer politiquement un mouvement antimilitariste qui vise à limiter la capacité de nos bourgeoisies à faire avancer un réarmement qui encourage la croissance de l'extrême droite, augmente la répression interne et aux frontières, ainsi que la possibilité d'une guerre.

Seul un monde écosocialiste peut mettre fin à la menace de guerre. Nous devons au contraire concentrer les efforts de l'humanité sur l'amélioration de la vie de toutes et tous, en veillant à ce que les ressources soient réparties démocratiquement et équitablement afin de garantir une vie meilleure, loin de l'exploitation sans fin et de l'oppression autoritaire.

Nous devons soutenir les mobilisations et les grèves contre le réarmement impérialiste menées par les organisations de travailleurs dans des pays comme l'Italie, ainsi que les mobilisations telles que celles qui auront lieu le 5 mars dans plusieurs villes d'Allemagne et le 28 mars à Rome.

Guerre à la guerre : pour l'internationalisme et la solidarité entre les classes ouvrières et opprimées du monde entier.

Le 25 février 2026

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« Mediapart » en 2025 : toujours plus d’abonnés et d’indépendance

17 mars, par Carine Fouteau — , ,
En toute transparence, et comme chaque année en mars, « Mediapart » publie ses résultats. Le soutien indéfectible de nos lecteurs permet à notre journal, structurellement (…)

En toute transparence, et comme chaque année en mars, « Mediapart » publie ses résultats. Le soutien indéfectible de nos lecteurs permet à notre journal, structurellement rentable, de se développer pour atteindre un public toujours plus vaste et pour défendre, dans un climat de plus en plus hostile, le droit de savoir.

Tiré de Médiapart, section Le club.

Mediapart fête cette année ses dix-huit ans d'existence, l'âge magnifique d'une jeunesse florissante et de la majorité !

Grâce à nos fondateurs, notre journal est devenu incontournable dans l'espace médiatique français. Grâce aux efforts déployés par l'ensemble de l'équipe, et après une transmission réussie à une direction renouvelée en 2024, il continue de tracer son sillon singulier : Mediapart est plus que jamais un média à part, intransigeant dans sa mission d'intérêt général et dans la protection de son indépendance, indomptable dans sa capacité à produire des informations qui dérangent et indispensable pour donner du sens au monde dans lequel nous vivons.

Nos lecteurs et nos lectrices nous rendent au centuple notre passion journalistique, et nous les en remercions du fond du cœur.

En total contraste avec un contexte médiatique particulièrement dépressif, nos résultats sont au-delà de nos espérances : en 2025, le nombre de nos abonné·es a augmenté de 10 % pour atteindre 257 000 fin décembre, et plus de 260 000 à ce jour.

Cette envolée conforte notre place d'exception : selon le panorama annuel de mind Media, Mediapart engrange la plus forte croissance d'abonné·es numériques, ce qui nous positionne dans le trio de tête des médias d'informations générales (avec Le Monde et Le Figaro) qui rassemble 70 % des abonnements en France. Et encore, notre mode de calcul particulièrement strict nous distingue de nos compétiteurs : nous comptons un abonnement pour chaque abonnement collectif, les extrapolations nous paraissant trop peu rigoureuses en raison du manque de fiabilité des outils actuellement disponibles.

L'actualité particulièrement chaotique a porté cet élan. Notre couverture internationale a été marquée par le vertige fasciste infligé par Trump, le génocide à Gaza, l'interminable guerre en Ukraine, le massacre en Iran et l'accélération de la catastrophe climatique. En France, nous avons chroniqué les dangers de l'extrême droite, ainsi que la corruption politico-financière sous toutes ses formes et les violences systémiques contre les personnes racisées, les femmes, les enfants et le corps social dans son ensemble. La justice a pu se saisir de certaines de nos enquêtes pour en donner un prolongement, que ce soit en termes d'investigations judiciaires, voire in fine de condamnation pénale, comme ce fut le cas pour Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Gaël Perdriau ou encore Gérard Depardieu (voir notre rétrospective).

Cette hausse des abonnements, nous la devons aussi à nos innovations : notre film documentaire Personne n'y comprend rien, autour de l'affaire libyenne, a été salué par le public : il a été vu par plus de 155 000 personnes dans les salles de cinéma, a donné lieu à plus de cent cinquante débats avec notre équipe partout en France, a été élu « meilleur documentaire » sur AlloCiné et a été nommé aux César. Pour l'accompagner, nous avons mis en place une plateforme de VOD qui nous a également permis de diffuser le spectacle de l'humoriste Waly Dia.

Nous avons lancé notre chaîne WhatsApp et de nouvelles newsletters (« Antiraciste », « Batailles culturelles » et « L'éco à part ») ainsi que des chroniques sur les jeux vidéo (« Aux manettes » par Théo Dezalay) et en BD (« La semaine de Soulcié » par Thibaut Soulcié et « Pécho avec l'éco » par Lisa Mandel et Anne-Laure Delatte).

Alors que notre équipe, à taille humaine, compte aujourd'hui 156 salarié·es, parmi lesquel·les la moitié de journalistes, notre chiffre d'affaires progresse pour atteindre 28,1 millions d'euros fin 2025, soit une hausse de 12 % par rapport à l'année précédente, ce qui nous permet d'enregistrer un bénéfice net de 4,4 millions d'euros (+ 31 %). Mediapart continue ainsi de marquer sa différence en étant profitable pour la quinzième année consécutive.

Ces précieuses ressources, nous les devons presque exclusivement (99 %) à nos abonné·es, qui garantissent l'indépendance financière de Mediapart, l'un des rares journaux en France et en Europe à produire de l'information sans publicité, sans aides publiques, sans milliardaire à sa tête et sans accord commercial avec les multinationales de la Big Tech.

Nous nous félicitons d'autant plus de ne dépendre que de nos abonné·es que l'année 2025 a été marquée par le ralliement mortifère des géants du numérique au pouvoir réactionnaire de Donald Trump. Cet événement aux répercussions antidémocratiques majeures déstabilise profondément l'industrie mondiale de l'information : nous sommes entrés dans l'ère du faux contre les faits. Des milliers de journaux à travers le monde sont menacés : à leur place, des algorithmes opaques et tout-puissants, contrôlés par quelques milliardaires, inondent le débat public de fake news au risque de formater les esprits et de reconfigurer les opinions politiques.

Les pouvoirs illibéraux se saisissent de cette opportunité pour diffuser leur propagande et accroître leur emprise sur la planète, réduisant au silence les journalistes quand ils ne les attaquent voire ne les assassinent pas. De Washington à Gaza, en passant par Moscou et Téhéran, les entraves à la liberté d'informer ne cessent de s'aggraver.

L'arbitraire contre la démocratie, le deal contre la diplomatie, le pillage des données contre les libertés individuelles, le mensonge contre la vérité des faits : ces nouveaux maîtres du monde ont en commun de défendre leurs intérêts privés au détriment de l'intérêt général. En France, l'internationale réactionnaire trouve de redoutables relais dans les « médias » de la sphère Bolloré. En quelques années, cette dernière a considérablement accru son pouvoir de nuisance, en amplifiant, de CNews au JDD en passant par Europe 1, la portée des fausses nouvelles, au point que l'extrême droite, désormais, avec ses clashs et ses polémiques, cadre le débat public, en même temps qu'elle l'empoisonne.

Face à ces vents contraires, notre objectif est de faire de Mediapart l'épicentre de la bataille de l'information, en nous adressant à un public toujours plus large. En 2025, notre audience s'est accrue, passant de 25 à 29 millions de pages vues par mois. Les vues sur nos vidéos explosent, atteignant 60 millions, soit une hausse de 100 %, tandis que le nombre des personnes inscrites à nos newsletters augmente de 30 %, pour atteindre 565 000. De même, les internautes nous suivant sur les réseaux sociaux sont toujours plus nombreux et nombreuses (5 millions, + 11 %).

Retrouvez tous les chiffres et résultats dans notre rapport d'activité 2025.

En cette année d'élections municipales, test grandeur nature de l'élection présidentielle, pour pousser les feux toujours plus loin, nous nous sommes fixé plusieurs objectifs : accroître l'accessibilité de nos contenus pour peser dans le débat démocratique, en valorisant notre offre audiovisuelle et en consolidant l'organisation de notre central d'édition ; installer Mediapart comme lieu d'échange et de riposte citoyenne contre l'extrême droite, en proposant à nos abonné·es des espaces de discussions vivants et respectueux ; convaincre, aussi, nos audiences, notamment les plus jeunes, de rejoindre notre communauté en leur donnant à voir l'impact de nos informations par des formats spécifiques.

Parce que notre capacité à remplir notre mission d'utilité publique dépend de la cohésion de notre collectif, nous portons une attention particulière aux conditions de travail dans l'entreprise, afin d'aligner nos pratiques internes sur les valeurs portées dans nos colonnes.

Alors que l'extrême droite est aux portes du pouvoir en France, nous nous employons, enfin, à consolider l'édifice juridique abritant Mediapart. La création du Fonds pour une presse libre (FPL), en 2019, a sanctuarisé notre capital : cette structure à but non lucratif empêche, par l'intermédiaire de la Société pour la protection de l'indépendance de Mediapart (Spim), tout rachat et toute revente de notre entreprise, pour aujourd'hui et pour toujours.

Les résultats réalisés en 2025 nous permettent d'accroître les réserves financières qui pourraient nous être utiles en cas de catastrophe.

Notre indépendance structurelle nous distingue, là encore, dans le paysage médiatique. Mais nous ne cédons pas aux postures vantardes et solitaires. Nous savons que c'est ensemble, avec nos confrères et nos consœurs de la presse indépendante, que nous pouvons résister aux sirènes antidémocratiques qui résonnent de plus en plus fort sur notre planète.

Observer la chute d'un journal de renom, comme le Washington Post, tombé entre les mains du milliardaire de la tech Jeff Bezos, rallié à Donald Trump, nous rappelle que notre liberté est intrinsèquement liée à nos lecteurs et nos lectrices, qui nous font confiance pour les informer. Aussi sommes-nous bien décidé·es à saisir toutes les occasions d'aller, cette année encore, à leur rencontre pour échanger, de vive voix, avec elles et eux.

En 2025, nos multiples événements nous ont permis de toucher plus de 7 200 personnes. À la suite de notre tournée pour accompagner Personne n'y comprend rien, nous travaillons sur un nouveau projet de documentaire sur l'extrême droite, dont nous ambitionnons qu'il soit vu par toutes et tous avant l'élection présidentielle.

Plus que jamais, nous sommes à votre service. Nous comptons sur vous, vous pouvez compter sur nous.

Face au nouveau fascisme : comprendre et agir

17 mars, par André Prone — ,
Préface de Janine Guespin-Michel, professeure honoraire Du fascisme historique au nouveau fascisme : Alternative et complexité dialectique analyse les métamorphoses du (…)

Préface de Janine Guespin-Michel, professeure honoraire

Du fascisme historique au nouveau fascisme : Alternative et complexité dialectique analyse les métamorphoses du fascisme, des années 1930 à nos jours, en mettant au jour leurs racines communes et leurs formes nouvelles. À partir d'une pensée dialectique du complexe,
l'ouvrage propose des clés pour comprendre notre présent et penser l'« Alternative » face aux dérives autoritaires contemporaines.

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Comptes rendus de lecture du mardi 17 mars 2026

17 mars, par Bruno Marquis — , ,
Nous n'irons plus aux urnes Francis Dupuis-Déri Ce plaidoyer pour l'abstention est un petit essai convaincant qui nous rappelle que la seule véritable démocratie est celle (…)

Nous n'irons plus aux urnes
Francis Dupuis-Déri

Ce plaidoyer pour l'abstention est un petit essai convaincant qui nous rappelle que la seule véritable démocratie est celle que l'on appelle de nos jours la démocratie directe. Il nous propose une critique radicale du système électoral, cette « démocratie représentative » qui ne saurait, en toute honnêteté, être assimilable à la démocratie – comme l'écrivaient en leur temps Rousseau, Montesquieu et avant eux Spinoza. Dupuis-Déri a aussi écrit, dans la même veine, « Démocratie – Histoire politique d'un mot » et « Agoraphobie et agoraphilie politiques ». « Nous n'irons plus aux urnes » est un petit ouvrage de vulgarisation éclairant et d'une lecture facile, dont je vous recommande vivement la lecture.

Extrait :

Si on évoque souvent le sacrifice des personnes mortes pour le droit de vote, on souligne rarement que les régimes parlementaires sont responsables de l'emprisonnement, de la torture et de l'assassinat de gens du peuple qui tentaient de s'organiser de manière autonome, sans chef ni Parlement, au nom des principes pourtant reconnus de liberté, d'égalité et de solidarité. Rappelons que le gouvernement républicain français a ordonné à ses troupes d'écraser la Commune de Paris en 1871, ce qui s'est soldé par le massacre de 20 000 à 30 000 adeptes d'une démocratie autonome et locale ; que le gouvernement républicain social-démocrate allemand a déployé les miliciens des corps francs pour éradiquer les conseils ouvriers qui autogéraient certaines entreprises et même des villes entières, comme Munich, en 1919 ; que les troupes coloniales du régime parlementaire britannique ont mitraillé en 1929 des dizaines de femmes igbo au Nigéria qui protestaient contre de nouvelles taxes, avant de leur interdire de tenir leurs assemblées non mixtes ; que le gouvernement républicain espagnol a dépêché des milices commandées par des officiers soviétiques pour imposer par les armes la reprise des terres collectivisées dans des villages autogérés pendant la révolution de 1936-1939 ; que le gouvernement républicain mexicain a ordonné l'attaque des villages libérés par les zapatistes au Chiapas dans les années 1990. Sans parler des exécutions par pendaison ou électrocution d'anarchistes accusés de crimes qu'ils n'avaient pas commis, entre autres Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, assassinés par la république des États-Unis en 1927. Rendre hommage avec insistance aux personnes mortes pour le droit de vote contribue souvent à occulter la mémoire de celles qui défendaient et même exerçaient à petite ou grande échelle l'autogestion, l'autonomie, l'anarchie ou la démocratie (directe) – peu importe le terme choisi – et que des policiers, soldats, miliciens ou bourreaux à la solde de parlements ont massacrées pour s'assurer que le pouvoir reste entre les mains des parlementaires ou d'un parti politique.

Les brutes et la punaise
Dominique Payette

Vous prendrez certainement beaucoup de plaisir vous aussi à lire ce livre qui dresse l'historique des radios-poubelles de la région de Québec et nous décrit leurs conséquences néfastes sur la vie collective. L'injure, le mépris et la propagande libertarienne y prennent toute la place, les animateurs de ces stations de radio s'en prenant avec hargne aux femmes, aux pauvres, aux autochtones, aux immigrants, aux intellectuels…

Extrait :

Ces radios ne sont devenues que progressivement des fers de lance du populisme de droite. La première expression de cette nouvelle orientation a été la grande manifestation de l'été 2004. Il s'est ensuite développé une sorte de symbiose entre Radio X – menacée de fermeture par le CRTC – et l'Action démocratique du Québec (ADQ), le parti de Mario Dumont, qui se trouvait à l'époque en position de faiblesse. Mario Dumont n'avait fait élire que quatre députés en 2003 et son parti stagnait dans les sondages. L'ADQ a alors choisi de miser sur la colère d'une partie de la population contre le CRTC, et d'appuyer la station de radio. En retour, Radio X a soutenu le candidat adéquiste Sylvain Légaré lors de l'élection partielle de septembre 2004, dans la circonscription de Vanier. Le candidat libéral s'est rallié à son tour à Radio X dans les derniers jours de sa campagne électorale, mais trop tard, et l'ADQ a remporté une victoire décisive le soir des élections.

La Porte du soleil
Elias Khoury
Traduit de l'arabe

Ce superbe roman nous fait découvrir la triste histoire des Palestiniens depuis leur exode forcé de leurs villages et de leurs propriétés par les Israéliens en 1948, avec les massacres et les humiliations, puis leurs parcours et leurs séjours sans fin dans des camps de réfugiés dans les pays voisins. Le tout à travers le long monologue de Khalil, un infirmier qui fait office de médecin dans un hôpital à l'abandon du camp de Chatila. Par ses récits et ses soins, Khalil tente de maintenir en vie un héros palestinien, Younès, plongé dans un long coma. Le roman par excellence sur la triste histoire du peuple palestinien. Un roman poignant aussi. À lire… si bien sûr vous aimez la bonne littérature !

Extrait :

Samih parlait sans arrêt de son rêve d'écrire un livre qui n'aurait ni début ni fin. Une épopée, disait-il. L'épopée du peuple palestinien. Il commencerait par raconter les détails de la grande expulsion de 1948. Il disait toujours que nous ne connaissions pas notre histoire, qu'il fallait réunir les histoires de chaque village afin que chaque village demeure vivant dans notre mémoire.

Les Montréalais - Portraits d'une histoire
Jean-François Nadeau

Je voulais lire – et regarder – « Les Montréalais » depuis sa publication il y a une dizaine d'années. Jean-François Nadeau nous y fait redécouvrir Montréal à partir de photos en noir et blanc et de textes éclairants sur son histoire et ses habitants. Le livre nous fait aussi découvrir la photographie à travers Montréal et ses nombreux photographes. Un très beau livre sur l'histoire de notre métropole par la photo.

Extrait :

À l'époque victorienne, les autochtones du Québec sont déjà installés dans des réserves. Leur existence réelle est voilée par une vision stéréotypées que soutiennent notamment les photographes du studio Notman. On s'attache à capter un certain pittoresque mis en scène en studio et destiné à satisfaire les curieux en quête de souvenirs. Bien que l'on connaisse l'identité individuelle des autochtones qui sont photographiés, ces images rendent compte avant tout d'un type culturel que souligne à grands traits la présence d'objets – raquettes, broderies, mocassins, coiffe, etc. – que les Montréalais peuvent alors assez facilement se procurer.

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Se tirer dans le pied

17 mars, par Jean-François Delisle — , , , ,
Donald Trump et Benjamin Netanyahou semblent avoir trouvé la méthode parfaite pour aboutir à un échec retentissant dans la lutte à finir qu'ils mènent contre le régime iranien, (…)

Donald Trump et Benjamin Netanyahou semblent avoir trouvé la méthode parfaite pour aboutir à un échec retentissant dans la lutte à finir qu'ils mènent contre le régime iranien, peu importe ses dirigeants. Le conflit s'étend et il devient toujours plus complexe, en plus de nuire aux économies occidentales.

Il n'est peut-être pas très utile de savoir lequel a influencé l'autre pour lancer cette offensive majeure contre Téhéran. Ils se sont entendus comme larrons en foire pour utiliser la force afin de parvenir à leurs politiques. C'est la parfaite illustration de l'affirmation de Clausewitz selon qui la guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens.

Il est difficile (pour moi en tout cas) de discerner des motifs clairs et précis dans cette initiative aussi folle que meurtrière. La raison officielle, du côté israélien, veut qu'on empêche l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. Les explications de Trump, elles, sont confuses et contradictoires, ce qui fait qu'une bonne partie de l'opinion américaine s'y oppose. L'engagement des États-Unis risque de les mener à un cul-de-sac.

La victoire totale du camp israélo-américain est-elle possible ? C'est plus que douteux.
Tout d'abord, comme plusieurs analystes et observateurs l'ont déjà fait remarquer, l'Iran est un vaste pays très peuplé (entre 80 et 90 millions d'habitants) au relief varié, ce qui faciliterait la résistance de la population à tout envahisseur, même doté d'une technologie militaire très supérieure aux maquisards nationaux. Ceux-ci et les restes de l'armée régulière iranienne seraient en mesure d'infliger de lourdes pertes aux Israéliens et aux Américains, ce qui renforcerait l'opposition de la population des États-Unis à de conflit, comme à l'époque de la guerre du Vietnam.

Pour Israël, occuper et coloniser la Cisjordanie, écraser la résistance des Gazaouis est une chose, puisqu'il s'agit de petits territoires au relief plat ; même chose pour le Liban sud. Mais il ne va tout autrement pour l'Iran. La mégalomanie des dirigeants israéliens et américains peut les mener au désastre.

Quelques considérations d'ordre militaire d'imposent ici. Tout d'abord, les bombardements aériens ((par avions et missiles), s'ils peuvent provoquer d'énormes dégâts, ne sont pas en mesure d'emporter la décision finale, c'est-à-dire la capitulation officielle du régime en place et la soumission totale de sa population. La Seconde guerre mondiale l'a bien démontré : les bombardements aériens sur l'Allemagne nazie n'ont pas suffi à abattre le régime de Hitler. Il a fallu une invasion terrestre en bonne et due forme (le fameux débarquement de Normandie) pour y arriver. Le Japon, lui, n'a cédé qu'à l'arme atomique. Autrement, il aurait fallu là aussi un débarquement qui aurait été extrêmement coûteux en vies humaines, tant pour l'armée américaine que pour la population japonaise.

Si on transpose ce que cette histoire nous enseigne à la situation actuelle en Iran, les mêmes remarques s'appliquent. Ni Israël ni son protecteur américain ne peuvent changer le régime en place à Téhéran sans une invasion en règle, ce qui s'avérerait extrêmement lourd tant en termes de vies humaines que sur le plan budgétaire. Même en Israël, l'opposition à cet éventuel élargissement du conflit (et l'alourdissement des pertes qui en résulterait) monterait en flèche.

De plus, la crédibilité de ces deux pays, déjà mise à mal par la guerre à Gaza, menée par le gouvernement Netanyahou avec l'appui de Donald Trump, son bon ami, baisserait encore davantage que ce n'est le cas maintenant, ce qui accentuerait les divisions entre les États-Unis et leurs alliés. Même le plus proche allié des États-Unis, le Canada en appelle par la voix de son premier ministre Mark Carney à la désescalade.

Il apparaît donc impossible de mettre à genoux le régime de Téhéran simplement en multipliant les bombardements aériens. Dirigeants américains et israéliens (surtout ces derniers) se laissent aller à la conviction que les pays voisins de l'État hébreu ne comprennent que la force et que seule la politique du gros bâton peut les faire plier. Mais si un corps expéditionnaire israélien, même accompagné d'un corps d'armée américain imposant, s'aventurait en territoire iranien, cela signifierait la fin du mythe de l'invincibilité militaire israélienne.

Tel-Aviv et Washington se sont donc jetés dans ce qui risque de devenir une impasse.
Ils ne peuvent reculer sans s'humilier ni continuer sans conséquences négatives pour l'économie mondiale. Comment et quand se terminera cette équipée meurtrière ? Impossible de le prévoir. Mais Israël et les États-Unis se sont embourbés dans une aventure qui a toutes les chances de tourner à l'impasse, une tragédie qui nous concerne tous.

Jean-François Delisle

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En tant que baby-boomer, je suis choquée par l’attitude de la génération Z envers les femmes – quelque chose ne va vraiment pas.

De nouvelles recherches suggèrent que les personnes âgées ont des opinions plus progressistes sur les droits des femmes que les jeunes générations. Cette tendance est très (…)

De nouvelles recherches suggèrent que les personnes âgées ont des opinions plus progressistes sur les droits des femmes que les jeunes générations. Cette tendance est très préoccupante.

Tiré de Entre les lignes et les mots

On suppose généralement que les jeunes sont plus libéraux que les générations précédentes. Ce n'est pas ce que révèle une nouvelle étude surprenante menée dans 29 pays, dont le Royaume-Uni, qui suggère que près d'un tiers des hommes de la génération Z pensent qu'une femme doit toujours obéir à son mari. Un nombre similaire estime que le mari doit avoir le dernier mot sur les décisions importantes.

Bien que ces statistiques correspondent à une moyenne de 29 pays, elles semblent refléter les inquiétudes concernant une crise de la masculinité chez les jeunes hommes au Royaume-Uni. Dans quel siècle vivons-nous ? On pourrait croire à un instantané des années 1970, mais ces chiffres sont tirés d'une enquête publiée cette semaine par Ipsos et le Global Institute for Women's Leadership du King's College de Londres. Pourtant, il y a encore cinq décennies, les hommes britanniques qui exprimaient de telles opinions pouvaient s'attendre à être ridiculisés. Ils nageaient à contre-courant, car une loi avait été votée pour interdire la discrimination sexuelle et créer un droit (théorique) à l'égalité salariale.

Il est donc difficile de ne pas être choquée par la découverte que tant d'hommes nés entre 1997 et 2012 partagent des opinions qui semblent appartenir à un ecclésiastique déconnecté de la réalité ; l'époque où les femmes étaient censées « aimer, honorer et obéir » devrait être révolue depuis longtemps.

Heureusement, l'enquête révèle également un écart entre les hommes et les femmes de la génération Z. Moins d'un cinquième (18%) des femmes de la génération Z interrogées sont d'accord pour dire que les femmes doivent obéir à leur mari, ce qui suggère un décalage important entre les sexes dans cette tranche d'âge. Mais ce qui est également frappant, c'est l'écart entre les différentes générations. Ma tranche d'âge, les baby-boomers nés entre 1946 et 1964, a des opinions plus libérales sur tout, depuis qui doit prendre l'initiative dans les relations sexuelles jusqu'à la question de savoir s'il est acceptable pour les femmes d'apparaître comme indépendantes.

Les opinions des femmes de la génération Z et des femmes baby-boomers sont plus proches, la grande majorité des deux groupes rejetant l'idée bizarre selon laquelle les femmes ne devraient pas paraître trop autonomes. D'une certaine manière, cela montre que les femmes sont généralement plus attachées à l'égalité entre les sexes que les hommes. Bien sûr que nous le sommes, après avoir souffert pendant des siècles d'attitudes intransigeantes envers les rôles de genre. En terminale, on m'a dit que je ne pouvais pas passer le baccalauréat en économie parce que « ici, c'est une école de filles ». Dans les années 1970, il n'était pas rare qu'on nous dise qu'il fallait un garant masculin pour obtenir un prêt immobilier.

En même temps, j'ai bénéficié d'une éducation universitaire gratuite et je n'ai jamais eu à me soucier de trouver un emploi. Avec le recul, les baby-boomers des pays occidentaux formaient une génération exceptionnellement optimiste, ce qui a favorisé des attitudes sociales libérales. Mais il est plus facile de penser aux droits des autres quand on n'est pas accablé·e par les dettes, incapable de trouver un emploi et inquiet e pour l'avenir. Les plus âgé·es de la génération Z avaient environ 11 ans lorsque la crise financière mondiale a frappé en 2008, marquant le début d'années d'austérité. Les frais de scolarité en Angleterre ont grimpé à 9250£ par an en 2017, tandis que la pandémie de Covid a eu un effet dramatique sur le marché de l'emploi trois ans plus tard. Une réaction possible à des conditions économiques hostiles est de rêver d'un passé idéalisé où les rôles de genre étaient clairement définis, ce qui est une mauvaise nouvelle pour les femmes du même groupe d'âge.

Le nombre d'hommes de la génération Z (43%) qui sont d'accord avec l'affirmation « les jeunes hommes devraient essayer d'être physiquement forts, même s'ils ne sont pas naturellement costauds » suggère un retour alarmant à la masculinité traditionnelle. S'ils ressentent une pression pour se conformer à des stéréotypes de genre rigides, ils sont susceptibles d'avoir des attentes similaires envers les femmes. Ces attitudes sont encouragées par le fait qu'une grande partie des interactions sociales se déroule désormais en ligne, où les hommes de la génération Z constituent un groupe cible pour les misogynes tels qu'Andrew Tate.

Les résultats des recherches universitaires peuvent sembler arides, mais il existe un lien entre les attitudes et les comportements, et il est indéniable que la violence à l'égard des femmes atteint des niveaux épidémiques dans ce pays. Il y a cinq ans cette semaine, l'enlèvement et le meurtre de Sarah Everard ont révélé d'énormes défaillances de la police. Sir Mark Rowley, commissaire de la police métropolitaine, a marqué cet anniversaire en admettant, non sans honte, qu'il comprenait pourquoi certaines femmes ne faisaient toujours pas confiance aux forces de l'ordre.

La misogynie est le moteur de ces crimes et son omniprésence n'est pas le fruit du hasard. Les femmes et les filles sont des cibles faciles pour les jeunes hommes en colère qui cherchent quelqu'un à blâmer pour leur faible estime de soi. Les conditions économiques difficiles peuvent expliquer ce phénomène, mais elles ne constituent en aucun cas une excuse. Les attitudes réactionnaires sont partagées par une minorité d'hommes de la génération Z, pour l'instant, mais elles révèlent une tendance inquiétante. Il est plus important que jamais de les dénoncer sans cesse et de donner aux jeunes femmes la confiance nécessaire pour remettre en question les stéréotypes préjudiciables.

Joan Smith, 5 mars 2026
Joan Smith est autrice, journaliste et ancienne présidente du comité VAWG (Violence Against Women and Girls) du maire de Londres. Son dernier livre s'intitule Unfortunately, She Was a Nymphomaniac : A New History of Rome's Imperial Women (Malheureusement, elle était nymphomane : une nouvelle histoire des femmes impériales de Rome).
https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/mar/05/boomer-shocked-gen-z-attitude-towards-women-change
Traduit par DE

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« Assistance sexuelle », « accompagnement sexuel » pour personnes handicapées, notre rapport

17 mars, par Claudine Legardinier — ,
« Assistance sexuelle ». Régulièrement, tel le serpent de mer, la question de « l'accompagnement sexuel pour les personnes handicapées » est remis au devant de l'actualité. Le (…)

« Assistance sexuelle ». Régulièrement, tel le serpent de mer, la question de « l'accompagnement sexuel pour les personnes handicapées » est remis au devant de l'actualité. Le premier mouvement, face à ces propositions, est souvent d'adhésion. Pourtant, cette mesure aux allures altruistes est porteuse de dérives inaperçues, aussi bien pour les personnes concernées que pour la société dans son ensemble.

Tiré de Entre les lignes et les mots

On peut certes se féliciter de voir abordée au grand jour la question de la sexualité des personnes handicapées dans un contexte bienvenu d'affirmation de leurs droits. Mais faut-il espérer la régler par une « réponse » marchande qui exige la révision à la baisse de nos lois sur le proxénétisme ? Faut-il créer en France un emploi de nature sexuelle au moment où les femmes réaffirment plus que jamais leur droit de vivre libres de toute obligation en la matière ?

Plutôt qu'une ghettoïsation de plus, le véritable enjeu n'est-il pas celui de l'intégration pleine et entière des personnes handicapées, leur accès dans l'égalité à une vie sociale, affective et sexuelle ? En un mot la création, par nous toutes et tous, d'une société plus inclusive qui profitera à l'ensemble des citoyen.ne.s.

Les questions posées, éthiques, philosophiques, sont fondamentales. Existe-t-il un droit à la sexualité ? Peut-on donner une réponse marchande à la souffrance ? La prostitution, même « aménagée », peut-elle constituer un emploi à promouvoir ?

Face à ces interrogations, nos associations, Femmes pour le Dire Femmes pour Agir, qui accueille des personnes en situation de handicap, et le Mouvement du Nid, investi auprès des personnes prostituées, ont jugé bon de présenter leur analyse, loin des habituelles approches émotionnelles et sensationnalistes.

Souhaitons que ce document enrichisse le débat sur la question de l'assistance sexuelle et contribue, que l'on soit personne valide ou handicapée, à défendre une approche positive, égalitaire et non marchande de la sexualité.

Consulter le rapport complet : Rapport Handicap

A lire également, notre dossier dans Prostitution et Société :[ Assistance sexuelle, voie sans issue
https://mouvementdunid.org/prostitu...->->https://mouvementdunid.org/prostitution-societe/dossiers/assistance-sexuelle-voie-sans-issue/]]
Claudine Legardinier
Journaliste indépendante, ancienne membre de l'Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l'enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.

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L’exploitation sexuelle sous le couvert de l’assistance sexuelle

Ne soyons pas dupes. Depuis quelque temps, nous assistons à une véritable guerre des mots autour de « l'assistance sexuelle » pour personnes en situation de handicap. Dans (…)

Ne soyons pas dupes. Depuis quelque temps, nous assistons à une véritable guerre des mots autour de « l'assistance sexuelle » pour personnes en situation de handicap.

Dans son documentaire Toucher, Vanessa Boisset, tentent de nous faire croire que l'assistance sexuelle serait un besoin vital, voire un droit pour les personnes en situation de handicap et que, si nous refusons ce « service essentiel », au même titre qu'avoir accès à un médecin, nous contribuons à les stigmatiser et à les empêcher d'être heureux

Utilisons les vrais mots : ce qu'on appelle l'« assistance sexuelle » n'est rien d'autre que de l'exploitation sexuelle. Redéfinir l'exploitation en « service d'assistance » ne la rend ni éthique, ni acceptable. Ce n'est pas en changeant les mots qu'on change la réalité. Il est toujours ici question de faire appel à la prostitution, c'est-à-dire acheter des femmes, pour assouvir des désirs sexuels et, il faut le dire, le plus souvent ceux des hommes. Même en changeant de nom, l'industrie du sexe reste un système de violences socialement inégalitaire qui touche particulièrement les filles et les femmes racialisées et précarisées.

Nous sommes confrontés à une glamourisation de l'industrie du sexe et une valorisation des pratiques qui s'y rattachent, mais ce discours occulte les voix de la vaste majorité de celles qui y survivent et y ont survécu ainsi que le fait qu'une vaste majorité de ces femmes y sont contraintes et souhaitent en sortir.

Le « droit » à la sexualité

Qu'en est-il du droit à la sexualité ? Il n'existe tout simplement pas, contrairement à ce qui est sous-entendu par la réalisatrice, Mme Boisset. Nous sommes libres d'avoir une vie sexuelle épanouissante, mais il n'y a pas de droit à la sexualité. Voir la sexualité comme un droit transforme des rapports de domination en besoins légitimes, et des violences en services. C'est encore aux femmes que nous allons demander de remplir leur « devoir » pour répondre au « droit » des hommes d'avoir accès à notre corps.

Les droits des femmes encore remis en question

Les femmes ont lutté de longue date et luttent encore pour ne pas être assujetties aux désirs et aux besoins des hommes. Le discours sur « l'assistance sexuelle » et par le fait même sur « le droit à la sexualité » rappelle le « devoir conjugal » et autres « droits d'accès au corps des femmes » que nous avons combattus. On ne répond pas à un besoin que l'on considère comme essentiel en créant ou en perpétuant une injustice. Présenter l'achat de leur corps comme un service d'accompagnement, parfois même comme un geste altruiste, relève d'un dangereux renversement moral : la souffrance des unes devient la solution proposée à celle des autres.

Jennie-Laure Sully
Coordonnatrice
Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES)

La CLES accompagne des femmes qui ont un vécu en lien avec la prostitution.

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Fémonationalisme/lesbonationalisme : c’est pas du féminisme ! Nemesis hors de nos rues

En, 1975, Christine Delphy publiait un texte décapant intitulé « Nos amis et nous. À propos des fondements cachés de quelques discours pseudo-féministes ». Elle parlait (…)

En, 1975, Christine Delphy publiait un texte décapant intitulé « Nos amis et nous. À propos des fondements cachés de quelques discours pseudo-féministes ». Elle parlait d'hommes pseudo-féministes. Aujourd'hui, ce sont des femmes, carrément fascistes, qui essaient de détourner et de capter les luttes féministes pour leur projet nauséabond. Pincez-moi je rêve ! Pas question de les laisser faire…

27 février 2026 | tiré du blogue de l'autrice | Illustration 1 : Henrique Campos / Hans Lucas via HP
https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/270226/femonationalismelesbonationalisme-c-est-pas-du-feminisme-nemesis-hors-de-nos-rues

Qu'est-ce que le fémonationalisme /lesbonationalisme ? Le concept dit bien ce qu'il veut dire : c'est du nationalisme, porté par des femmes ou des lesbiennes. Le terme a été forgé par des féministes et des lesbiennes pour nommer et dénoncer les tentatives de récupération de leurs luttes.

Car chaque fois que le féminisme a le vent en poupe, comme aujourd'hui, on assiste à deux types d'attaques :

  • de l'extérieur, le retour de bâton ou « backlash », avec toutes sortes d'accusations portées contre le féminisme et le lesbianisme
  • les tentatives de récupération ou de retournement de l'intérieur, lorsque de groupes réactionnaires prétendent redéfinir le féminisme

En fait, ces deux types d'attaques se combinent. Un petit retour sur l'histoire nous aidera à le comprendre.

Dès 1991, la journaliste états-unienne Susan Faludi écrivait Backlash, la guerre froide contre les femmes, un livre retentissant, rapidement traduit en français. Elle y expliquait notamment le rôle central des médias dans cette tentative de ridiculiser les avancées gagnées de haute lutte par les féministes, de culpabiliser les femmes qui seraient « allées trop loin », pour les ramener vers des préoccupations plus « féminines » : lutter contre les rides et les kilos, plaire aux hommes, s'occuper des enfants et de leur intérieur, s'habiller « sexy » et non pas « pro ». Certains médias inventèrent même la notion « d'horloge biologique » pour mettre une énorme pression sur celles qui voudraient ou devraient d'abord gagner leur vie avant de penser à procréer. Et on vit fleurir les discours (confusionnistes, déjà) selon lesquels le véritable ennemi des femmes était… le féminisme ! Les attaques extérieures, idéologiques et mêmes psychiques furent massives.

Mais le mal venait de plus loin : de l'intérieur même du mouvement. Dès 1980, Monique Wittig analysait avec lucidité le fait que le MLF soit rapidement devenu le « mouvement des femmes », sans l'idée de libération. Elle rappelait que dans le MLF, loin d'une « sororité » radieuse, il y avait des courants bien distincts et que le sien, le courant dit « radical », luttait contre l'oppression des femmes par les hommes. Au même moment d'ailleurs, aux Etats-unis, le Combahee River Collective, un groupe féministe Noir radical, se levait carrément contre quatre systèmes qu'elles jugeaient étroitement imbriqués : raciste, patriarcal, capitaliste et hétérosexuel.

Dans un article fameux (« On ne naît pas femme »), Wittig soulignait que le terme féminisme lui-même, né avec les premières luttes de la fin du XIXème siècle, en reprenant le terme de femme, produisait une ambiguïté. En effet, pour certaines, le féminisme signifie : lutter pour toutes les femmes, car les femmes sont toutes unes, elles partagent une nature (maternelle), une identité (féminine), injustement dévalorisée, écrasée. En France, Wittig attaquait alors le courant d'Antoinette Fouque, Psyképo. Aux Etats-unis, ce serait le féminisme culturel. Finalement, pour les unes comme pour les autres, le problème est dans les mentalités, dans la culture, c'est le machisme. C'est psychologique, puisque ce n'est pas matériel. Et c'est souvent « les autres » qui portent cette « culture machiste » défectueuse, retardataire. De là à penser qu'il s'agit d'une culture autre, étrangère, il n'y a qu'un pas et le suprémacisme blanc ou le nationalisme (fémo, lesbo) et l'islamophobie ne sont pas loin…

Pour d'autres, comme pour Wittig, le féminisme est une lutte contre l'oppression : celle des femmes, par les hommes, qui sont leur groupe antagoniste parce qu'ils tirent bénéfice, concret, immédiat, de l'oppression des femmes. Ce n'est pas du tout le même projet. Il ne s'agit pas de défendre une nature des femmes, mais de combattre des logiques politiques d'oppression, où ceux qui veulent être les maîtres enferment les autres, après les avoir baptisées « femmes », dans des rôles et des identités qui leur sont utiles, en y ajoutant une bonne dose d'idéologie de l'amour (sacrificiel, maternel et hétérosexuel). Quand on comprend les choses de cette manière, il n'est pas question de défendre quiconque défend les rôles et les identités créées pour opprimer les femmes. Même si ce sont des femmes.

De plus, si on adhère à l'idée de l'imbrication de plusieurs systèmes, on sait bien que tous les hommes n'exercent pas la même oppression sur toutes les femmes, et que toutes les femmes ne sont pas opprimées de la même manière. Par exemple, les bourgeois blancs oppriment davantage —et autrement— les femmes prolétaires et racisées qu'ils ne le font avec les femmes blanches de la classe moyenne. Et ces femmes de la classe moyenne blanche sont tout à fait capables d'opprimer d'autres femmes, mais aussi des hommes prolétaires et/ou racisés. Nous sommes face, en fait, à une cascade d'oppressions entrecroisées, et si on veut vraiment résoudre le problème, il faut toutes les attaquer simultanément. Le racisme (et ses origines coloniales), le patriarcat (et ses racines hétérosexuelles) et le capitalisme (et ses rejetons néolibéraux et illibéraux).

Alors, face aux attaques conjuguées de l'extérieur et de l'intérieur, et face à l'ampleur de la tâche des féministes et des lesbiennes, il faut des allié·es. Mais pas les femmes qui veulent devenir ou rester les braves femmes que le patriarcat hétérosexuel encense. Pas les femmes de droite et encore moins d'extrême droite, pas les fémonationalistes ni les lesbonationalistes. Elles nous haïssent et nous n'avons rien en commun avec elles. Nous avons beaucoup plus en commun, peut-être, avec les hommes dont ces femmes-là se méfient. Surtout s'ils luttent, comme c'est bien probable, contre le racisme, et même peut-être contre le capitalisme. On a des choses à faire ensemble —et on les fait déjà. Et c'est ça le féminisme, le lesbianisme. Construire des alliances larges, non pas sur des bases identitaires (ni de sexe, ni nationales) mais à partir d'une conscience partagée de ce que le fonctionnement social actuel est radicalement injuste, oppressif, odieux, insupportable en un mot. Et qu'il nous mène droit dans le mur. Alors que tant d'autres mondes sont possibles…

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Avis aux dirigeants d’Acciaierie d’Italia : les ouvriers n’ont pas d’ailes pour voler !

Un nouvel accident mortel sur le site de l'ancienne usine Ilva de Tarente alors que la production stagne et que le ministre Urso ne bouge pas. Mobilisation des ouvriers. (…)

Un nouvel accident mortel sur le site de l'ancienne usine Ilva de Tarente alors que la production stagne et que le ministre Urso ne bouge pas. Mobilisation des ouvriers. Solidarité de Sinistra Anticapitalista [depuis Tarente, Francesco Maresca]

7 mars 2026 | tiré d'Inprecor.fr

Il est révoltant d'assister à une série d'accidents mortels qui sont presque des copies conformes les uns des autres. D'après ce que nous savons, il s'agit une fois de plus d'une « passerelle qui cède ». Cela semble être un coup du sort, mais ce n'est évidemment pas le cas. Depuis des décennies que l'usine existe, d'autres cas similaires se sont produits. En somme, la production stagne, mais les accidents (et non les incidents) ne peuvent plus être considérés comme fortuits. Lorsque les accidents se répètent, il y a alors intention, car on n'intervient pas sur les causes et il ne suffit pas de faire des déclarations déploratives. Car, chefs et dirigeants, vous êtes responsables des tragédies qui se produisent.

Essayons de replacer ce dernier saut dans le vide dans son contexte. L'ouvrier reçoit l'ordre d'aller retirer du minerai, probablement sous les rouleaux d'un convoyeur à bande qui, d'ailleurs, est à l'arrêt depuis un certain temps. Et pourquoi est-il à l'arrêt ? Parce que la production est réduite au minimum et que les deux lignes D et E de l'agglomérat sont en trop. Alors, que faire ? On les abandonne, il n'est pas important de les entretenir, de les garder prêtes au cas où la ligne en service connaîtrait un dysfonctionnement plus long et, par conséquent, de remettre en marche la ligne à l'arrêt forcé. La poussière minérale s'accumule alors sur l'installation, alourdissant les passerelles qui ont des caillebotis perforés, mais avec le temps, la poussière et d'autres matériaux se déposent sur les caillebotis qui s'alourdissent et l'humidité, voire la pluie, les imbibe d'eau, de sorte qu'à la longue, ils ne supportent plus le moindre poids, même celui d'une personne qui doit travailler dessus.

Aujourd'hui, le malheureux Loris, employé d'une entreprise de nettoyage industriel, tout comme le malheureux Claudio, ouvrier en CDI, ont tous deux subi le même type d'accident à 50 jours de distance (bien que sur des installations très différentes) et n'ont eu aucune chance de s'en sortir.

Ce qui est révoltant, c'est que précisément au moment où ces événements dramatiques se produisent, le potentiel acquéreur du groupe Acieri d'Italia (AdI), Flackas Group (qui, je le rappelle, a proposé 1 € pour l'achat), présente une brillante demande d' « immunité pénale ». Oui, il voudrait se prémunir contre d'éventuels autres accidents ou contre des rejet de cochonneries sur la ville. Mais le gouvernement lui-même y met du sien, par l'intermédiaire du ministre Urso, probablement inquiet que M. Flacks ne parvienne pas à faire face au poids éventuel de la restructuration de l'usine, et renoue avec Jindal, géant international de l'acier (rappelons que Jindal a déjà ruiné l'usine de Piombino en Toscane), pour voir s'il serait intéressé par le rachat du groupe. Ce dont Urso est sûr, c'est que l'État ne doit pas prendre directement en charge les travaux de rénovation de l'usine. C'est cette attitude qui est la cause du déclin de l'usine et qui la conduit à la fermeture.

La colère ouvrière ne tarda pas à se faire entendre. Les ouvriers de l'ancienne ILVA se mobilisèrent immédiatement avec une grève de 24 heures, y compris à Gênes et à Racconigi. Le lendemain de l'homicide sur le lieu de travail, les ouvriers des entreprises sous-traitantes se sont mis en grève. La déclaration d'un ouvrier à l'entrée des entreprises était émouvante : « Nous avons lancé une souscription, d'une journée de travail, ouverte à tous ceux qui veulent y participer, dont le produit sera reversé à la famille de Loris ». La générosité de la classe ouvrière est immense.

Seule l'intervention de l'État peut empêcher la fermeture. Arrêter les installations, procéder à leur remise en état et construire de nouvelles installations : fours électriques et unité de pré-réduction. Tout le reste consiste simplement à prolonger la durée de vie d'une installation qui ne tient plus debout. En effet, dès qu'une installation entre en service, elle s'arrête peu après en raison de pannes.

Sinistra Anticapitalista soutiendra toutes les initiatives que les syndicats et les travailleurs voudront mettre en œuvre par la luttte afin de s'attaquer sérieusement au problème ancien de la sécurité au travail.

Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro. Source - Anticapitalista, 4 mars 2026.

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Une voix pour les travailleuses du coton au Pakistan

Ancienne enfant travailleuse, Hafeeza Mai dirige un syndicat au Pakistan et aide les femmes du secteur du coton à revendiquer leurs droits, à exiger l'égalité salariale et à (…)

Ancienne enfant travailleuse, Hafeeza Mai dirige un syndicat au Pakistan et aide les femmes du secteur du coton à revendiquer leurs droits, à exiger l'égalité salariale et à protéger leurs enfants contre le travail des enfants.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/13/une-voix-pour-les-travailleuses-du-coton-au-pakistan/?jetpack_skip_subscription_popup

Je m'appelle Hafeeza Mai. J'ai 45 ans et je viens de Basti Pinjran, dans la province du Pendjab, au Pakistan.

Quand j'étais enfant, je voulais aller à l'école, mais mes parents m'ont envoyée cueillir du coton. J'étais très jeune. Mes sœurs et moi travaillions, tandis que nos frères allaient à l'école.

Nous travaillions toute la journée en famille et ne gagnions que 150 roupies (0,55 dollar des États-Unis) pour un maund de coton (40 kg). J'ai été piqué par des insectes et j'ai subi de nombreuses blessures en travaillant dans les champs, plus que je ne peux même en décrire. Une fois, j'ai été gravement blessé près d'un poteau électrique dans le champ.

Quand j'avais 14 ans, mes parents ont décidé qu'il était temps pour moi de me marier.

J'ai refusé, mais ils ont insisté. Je leur ai dit : « Vous ne m'avez jamais éduquée, jamais guidée et jamais préparée à la vie. » Ma mère m'a répondu : « Ne refuse pas. C'est notre tradition. »

Je pleurais parce que je ne comprenais même pas ce que signifiait le mariage. Je pensais que le mariage consistait simplement à s'asseoir ensemble, comme des frères et sœurs.

Lorsque mon mari s'est approché de moi lors de la première nuit de notre mariage, je suis tombée malade de peur. La fièvre a duré jour et nuit, et ma santé s'est effondrée.

Plus tard, mon mari a compris ce qui s'était passé et l'a regretté, réalisant à quel point j'étais jeune et innocente.

Le mariage et le travail volent l'enfant.
Hafeeza Mai, Présidente du Syndicat des travailleurs agricoles unis

Le mariage et le travail volent l'enfance. Tout ce que j'ai toujours voulu, c'était une éducation et la liberté de ne plus cueillir le coton. Les rêves qui m'ont été refusés, j'ai essayé de les réaliser à travers mes quatre enfants. C'est pourquoi je les ai envoyés à l'école.

Puis mon mari est tombé malade et est resté alité pendant 16 ans jusqu'à son décès. J'étais encore très jeune à ce moment-là. Tous mes enfants ont été contraints d'abandonner l'école et de travailler dans les champs de coton.

Puis l'Organisation internationale du Travail est arrivée dans notre région. Elle a soutenu des cueilleurs et cueilleuses de coton comme moi, ce qui a permis à nos enfants d'aller à l'école.

Je me suis assurée que mes enfants poursuivent leurs études jusqu'à la fin du secondaire. L'OIT a fourni des livres, des uniformes, des sacs et du matériel scolaire. Même des chaussures ont été fournies.

Ensemble, les cueilleuses de coton ont formé un syndicat et, pour la première fois, j'ai ressenti un véritable espoir.
Hafeeza Mai, Présidente du Syndicat des travailleurs agricoles unis

La plupart des travailleurs du secteur du coton sont des femmes. C'est un travail épuisant, mal rémunéré et, par le passé, nos salaires étaient souvent retardés pendant des mois.

À cette époque, nous n'avions pas de vêtements adaptés pour travailler dans les champs de coton. Après de longues heures de travail, nos mains nous démangeaient, nos yeux nous brûlaient et nos doigts saignaient parfois. Nous nous sentions souvent étourdies.

Nous pensions que les engrais étaient faits de sucre blanc. Nous ne comprenions pas à quel point les produits pulvérisés étaient dangereux. Les enfants confondaient les bouteilles de pulvérisation avec de l'eau et tombaient malades.

La prise de conscience est venue seulement après notre engagement avec l'OIT. Nous avons appris des mesures de sécurité de base ainsi que nos droits. Nous avons appris que ces produits chimiques endommagent la peau et causent des effets durables. La pulvérisation est devenue plus réglementée et plus sûre.

Grâce aux formations de l'OIT, nous avons appris à nous organiser et compris qu'une seule personne ne peut pas apporter de changement.

Ensemble, les cueilleuses de coton ont formé un syndicat et, pour la première fois, j'ai ressenti un véritable espoir. Par le biais du syndicat, nous rassemblons les femmes et parlons des problèmes auxquels sont confrontées les cueilleuses de coton.

Je suis désormais la présidente du syndicat et je sais que lorsque nous restons unies, nous pouvons résoudre nos problèmes.

Je vais de porte en porte pour expliquer aux femmes comment la cueillette du coton affecte notre santé et les nombreuses difficultés que nous rencontrons dans ce travail. Je les encourage à envoyer leurs enfants à l'école et à défendre leurs droits.

Je parle aux femmes qui sont restées silencieuses pendant des années. Nous parlons ouvertement de la violence — de la part des propriétaires terriens, de membres de la famille et même des maris.

Avant le syndicat, nos vies étaient remplies de peur. Les propriétaires nous menaçaient, parfois avec des armes à feu ou des couteaux, et nous ne pouvions rien dire ni rien faire.

Il existe également beaucoup de discrimination entre le travail des hommes et celui des femmes. Les hommes gagnaient environ 1 000 roupies (3,58 dollars des États-Unis), tandis que les femmes ne recevaient que 350 roupies (1,25 dollar des États-Unis) pour le même travail. Nous croyons qu'à travail égal, salaire égal.

Le syndicat nous aide de nombreuses façons et nous protège, en particulier lorsque les salaires sont refusés. Désormais, les femmes se rendent ensemble chez le propriétaire lorsque nos droits ne sont pas respectés.

Les abus et le désordre dans les champs ont diminué, et les femmes ont désormais accès à des installations de base, comme des sanitaires. Nos conditions de travail sont plus sûres qu'auparavant.

Pendant la plus grande partie de ma vie, je n'ai pas eu le courage d'élever la voix. Aujourd'hui, en tant que présidente d'un syndicat, cela me rend très heureuse de savoir qu'environ 1 200 femmes se tiennent à mes côtés.

Mon message pour elles est simple : connaissez vos droits et défendez-les. Éduquez vos enfants afin qu'ils ne subissent pas les injustices auxquelles nous avons été confrontées dans notre jeunesse.

En bref
* Hafeeza Mai est bénéficiaire du projet de l'OIT « RISE for Impact : principes fondamentaux et droits au travail dans la chaîne d'approvisionnement du coton – Une nouvelle phase, une nouvelle vision ».
* Le projet est mis en œuvre au Pakistan, en Inde et en Ouzbékistan, et est financé par INDITEX.
* Le Pakistan est le cinquième producteur mondial de coton, et sa production alimente les chaînes d'approvisionnement mondiales du textile – ce qui rend le travail décent dans ce secteur essentiel pour les travailleurs et les marchés internationaux.
* Le projet promeut le travail décent en mettant en œuvre une approche intégrée des cinq principes et droits fondamentaux au travail dans la chaîne d'approvisionnement du coton au Pakistan.
* Il s'agit de la liberté d'association et de la reconnaissance effective du droit de négociation collective, de l'élimination de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire, de l'abolition effective du travail des enfants, de l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et de profession, ainsi que d'un environnement de travail sûr et sain.
* Au Pakistan, ce sont principalement des femmes qui récoltent le coton. Grâce à l'action collective soutenue par le projet RISE for Impact de l'OIT, les travailleuses du coton ont créé et rejoint des syndicats, renforcé les pratiques de sécurité, lutté contre les discriminations salariales et de genre, prévenu le travail des enfants et accru la scolarisation des enfants.
* Le 8 mars 2026 marque la Journée internationale des femmes, placée sous le thème « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles ».

Hafeeza Mai
Hafeeza Mai dirige un syndicat au Pakistan et est bénéficiaire du projet de l'OIT « RISE for Impact : principes fondamentaux et droits au travail dans la chaîne d'approvisionnement du coton », financé par INDITEX.
https://www.ilo.org/fr/about/newsroom/une-voix-pour-les-travailleuses-du-coton-au-pakistan

A voice for women cotton workers in Pakistan
https://www.ilo.org/about/newsroom/voice-women-cotton-workers-pakistan
Una voz para las trabajadoras del algodón en Pakistán
https://www.ilo.org/es/about/newsroom/una-voz-para-las-trabajadoras-del-algodon-en-pakistan

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De la parole aux actes : le syndicalisme féministe au cœur d’IndustriALL

17 mars, par industriall-union.org — ,
En novembre 2025, alors que les délégués et déléguées se réunissaient à Sydney pour le quatrième congrès d'IndustriALL, le syndicalisme féministe occupait le devant de la (…)

En novembre 2025, alors que les délégués et déléguées se réunissaient à Sydney pour le quatrième congrès d'IndustriALL, le syndicalisme féministe occupait le devant de la scène. La Vice-présidente Rose Omamo y donnait le ton politique de ce qui allait devenir un moment décisif pour l'organisation.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/11/de-la-parole-aux-actes-le-syndicalisme-feministe-au-coeur-dindustriall/

« Cette résolution nous invite à embrasser le féminisme comme un projet politique transformateur. Il ressort comme outil pour s'attaquer aux causes profondes de l'oppression. »

Son intervention ne relevait pas d'une démarche procédurale, elle avait pour objectif d'indiquer un cap. En tant que défenseure de longue date du syndicalisme féministe au sein d'IndustriALL, ses paroles reflétaient des années de travail de syndicalisation mené par le Comité des femmes qui a façonné la résolution et contribué à ce moment crucial. Le féminisme, a-t-elle précisé, n'est pas une thématique de second plan. Il se pose en cadre politique pour le développement du pouvoir d'agir.

Le vote n'a fait l'objet ni d'aucun rejet, ni d'aucune abstention.

Loin d'un simple moment symbolique, l'adoption de ce texte marque un tournant stratégique, une décision politique délibérée des affiliés d'IndustriALL de placer le syndicalisme féministe au centre du programme de l'organisation.

Ce qui s'est déroulé à Sydney a été annonciateur d'un changement structurel. Le féminisme ne siégeait plus en marge du débat syndical. Il était reconnu comme un élément central des stratégies de syndicalisation, des priorités de négociation et de l'orientation au plan international.

La résolution féministe stipule que le syndicalisme féministe doit être intégré dans tous les domaines d'activité d'IndustriALL, de la transition juste à la politique commerciale, de la syndicalisation aux accords-cadres mondiaux, de la santé et la sécurité au travail à la responsabilité des entreprises.

Il ne s'agit pas d'un quelconque accessoire mais d'un témoin de la façon dont l'organisation évolue.

Le féminisme comme projet politique transformateur

Si Rose Omamo a défini l'orientation politique, la première intervention de l'assemblée a prouvé que le syndicalisme féministe constitue un engagement collectif, y compris de la part des dirigeants masculins.

Etienne Vlok, du SACTWU en Afrique du Sud, a commencé par citer les femmes dirigeantes de son syndicat : Présidentes, Secrétaires générales et Représentantes internationales. Pas de geste rhétorique en l'occurrence mais la reconnaissance de changements concrets dans le rapport de force.

« Je viens d'un syndicat dont la Présidence est assumée par une femme. Je viens d'un syndicat dont la Secrétariat général est occupée par une femme… Cela me rend fier. »

Il a exprimé cette fierté avec détermination, validant les progrès accomplis tout en refusant de céder à la complaisance.

« Aujourd'hui 40% des délégués présents à ce congrès sont des femmes. Mais 40%, ce n'est pas la parité. C'est une pierre angulaire sur laquelle construire. »

En tant que premier intervenant dans le débat et en tant que syndicaliste masculin, il s'est exprimé sans détour : la thématique de la transformation féministe ne concerne pas uniquement les femmes. Elle concerne aussi les syndicats. L'objectif poursuivi ne se résume pas à une parité de représentation. Il vise l'égalité structurelle.

La résolution reflète cette approche. Elle exige que la pensée féministe inspire les stratégies de syndicalisation, les négociations collectives et la gouvernance syndicale.

Le leadership des femmes doit non seulement être rendu visible mais doit aussi faire l'objet d'une habilitation avérée, être outillé et intégré dans les processus décisionnels.

Remettre en question les cultures syndicales patriarcales
Plusieurs affiliés ont évoqué en toute franchise la dynamique interne des syndicats.

Leontine Mbolanomena, de la FESATI Madagascar, s'est montrée directe :
« Nous pouvons définir des quotas. Nous pouvons attribuer des titres aux femmes. Mais nous ne faisons pas confiance aux quotas dans la mesure où ils n'impliquent pas de réelles responsabilités ni de prise de décisions. »

Ses propos ont fait mouche, car ils ont soulevé une vérité dérangeante. L'inclusion formelle ne se traduit pas automatiquement par l'exercice du pouvoir. Le syndicalisme féministe requiert un changement structurel dans les processus décisionnels, la prise de responsabilité et la culture du leadership.

Maria Travasson Ramos, de la CNM CUT Brésil, a affiné les enjeux politiques :
« Le féminisme doit s'ancrer dans notre travail quotidien. Pas des mots vides de sens, mais une véritable politique en faveur de la justice. Il ne peut y avoir de syndicats forts sans un féminisme fort. »

Cette logique s'inscrit dans l'ADN de la résolution Les principes féministes doivent façonner les structures, les politiques et les campagnes syndicales. Avec pour ligne de mire la transformation et non la visibilité.

Ancrée dans les réalités du monde du travail

Le débat s'est appuyé sur les expériences vécues dans des secteurs où les travailleuses sont confrontées à une discrimination et à une violence systémiques.

Rukmini VP, de l'INTWF en Inde, a expliqué :
« J'ai été témoin de harcèlement et de discrimination quotidiens à l'égard des salariées sur leur lieu de travail. »

EndangWahyuningsih, de la FSP KEP Indonésie, a établi un lien direct entre le syndicalisme féministe et la santé et la sécurité sur le lieu de travail :
« Les travailleuses ne doivent pas seulement faire partie du Comité des femmes. Elles doivent être représentées dans tous les comités, en particulier ceux chargés de la santé et de la sécurité au travail, où elles ont besoin de protection, notamment en matière de santé reproductive et de harcèlement sexuel. »

La résolution étoffe les normes de santé et de sécurité au travail pour inclure explicitement la santé et les droits sexuels et reproductifs. Elle sollicite une formation sur l'égalité des genres dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement. Elle renforce les engagements visant à institutionnaliser la prévention de la violence et du harcèlement sexistes dans les conventions collectives et les cadres de travail.

Sujana Purba, de FSP2KI Indonésie, l'a exprimé haut et fort :
« Le harcèlement sexuel et la discrimination ne doivent pas être tolérés. »

Ces revendications s'alignent sur l'appel de la résolution en faveur de pratiques salariales transparentes et de mécanismes structurels visant à éliminer les disparités de rémunération et de promotion fondées sur le genre.

Économie politique féministe

L'un des aspects les plus novateurs de la résolution réside dans son adhésion à l'économie politique féministe.

Le texte établit un lien entre la justice de genre et les régimes commerciaux au plan international, la restructuration néolibérale et la crise climatique. Il réclame une stratégie coordonnée d'économie politique féministe au sein d'IndustriALL afin de définir des politiques commerciales et des réponses solidaires.

Darius Guerrero, de PTGWO aux Philippines, a mis ce lien en lumière :
« Nous faisons pression pour obtenir un impôt sur la fortune et la justice climatique, afin que ces deux aspects soient placés au cœur de la transition juste pour laquelle nous nous battons. »

La résolution exige une transition juste en matière de genre qui intègre les charges familiales et l'autonomie économique des femmes. Elle range ces prestations au titre d'activité fondamentale qui doit être formalisée, protégée et intégrée dans les négociations collectives et la politique économique. Le rôle du syndicalisme féministe évolue ainsi de simple agent de représentation à acteur d'une restructuration économique.

Rester ferme face aux réactions négatives

Le texte évoque également la montée de l'autoritarisme de droite et les réactions antiféministes. Il engage les syndicats à défendre l'espace civique et à protéger les femmes syndicalistes confrontées à la répression.

Lamia Safa, du SNP-CDT au Maroc, a résumé les enjeux plus vastes :
« Libérer les femmes, c'est libérer notre société. »

Dans le contexte international actuel, cette position n'a rien de neutre mais elle se veut au contraire stratégique.

Leadership et appropriation institutionnelle

Après le congrès, la Secrétaire générale adjointe Christina Olivier a décrit la résolution comme une étape décisive pour l'orientation politique de l'organisation.

« Cette résolution montre de façon incontestable qu'IndustriALL ne fait pas du féminisme une thématique secondaire. Il est au cœur de notre manière de syndiquer, de négocier et de lutter. Dans le climat actuel d'inégalité et d'hostilité perceptible partout dans le monde, adopter cette position n'est pas une option mais une nécessité. »

Elle souligne que le vote unanime a envoyé un signal fort tant en interne et qu'en externe :
« Nos affiliés se sont exprimés d'une seule voix. Le syndicalisme féministe représente la direction prise par notre mouvement. »

Pour les dirigeants, l'importance de la résolution ne réside pas seulement dans son adoption, mais aussi dans ce qu'elle exige pour aller de l'avant, à savoir des changements concrets dans les stratégies de syndicalisation, les priorités de négociation et la culture institutionnelle.

De la parole aux actes

La résolution défend une vision collective du syndicalisme féministe qui se focalise sur le leadership, les expériences et les droits des travailleuses dans toute leur diversité.

À Sydney, les affiliés ont fait plus qu'adopter un texte. Ils ont revendiqué le féminisme comme cadre central de syndicalisation pour lutter contre le pouvoir des entreprises, l'injustice climatique et les inégalités économiques.

De la représentation à la restructuration

De la reconnaissance à la redistribution du pouvoir

Des paroles aux actes

Au départ d'un engagement, le syndicalisme féministe est devenu une stratégie au cœur même du programme d'IndustriALL. Ce faisant, l'organisation s'est positionnée comme une fédération syndicale internationale tournée vers l'avenir, prête à relever les défis politiques actuels avec lucidité et conviction.

https://www.industriall-union.org/fr/de-la-parole-aux-actes-le-syndicalisme-feministe-au-coeur-d-industriall

From words to power : feminist trade unionism at the heart of IndustriALL
https://www.industriall-union.org/feminist-trade-unionism-industriall-congress-2025

De las palabras al poder : el sindicalismo feminista en el corazón de IndustriALL
https://www.industriall-union.org/es/de-las-palabras-al-poder-el-sindicalismo-feminista-en-el-corazon-de-industriall

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Les experts de l’OIT publient leur rapport annuel sur le respect des normes internationales du travail par les pays

17 mars, par Organisation internationale du travail (OIT) — ,
Comment les pays mettent-ils en œuvre les normes internationales du travail ? Le rapport annuel de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations (…)

Comment les pays mettent-ils en œuvre les normes internationales du travail ? Le rapport annuel de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations (CEACR) de l'OIT apporte une réponse approfondie et indépendante à cette question.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/10/les-experts-de-loit-publient-leur-rapport-annuel-sur-le-respect-des-normes-internationales-du-travail-par-les-pays/?jetpack_skip_subscription_popup

L'édition 2026 revêt une importance particulière, puisqu'elle coïncide avec le 100e anniversaire de la Commission, pilier du système de contrôle de l'OIT en matière de normes internationales du travail.


Télécharger le rapport

GENÈVE (OIT Infos) – Depuis un siècle, la Commission d'experts joue un rôle central dans le système de contrôle de l'OIT, en examinant la manière dont les États Membres mettent en œuvre les conventions et protocoles ratifiés, en droit et dans la pratique, et en contribuant à garantir la responsabilité, la cohérence et les progrès dans la promotion de la justice sociale et du travail décent. Dans son rapport annuel publié le 13 février 2026, la Commission a adopté une déclaration réaffirmant les valeurs et principes qui ont guidé ses travaux pendant cent ans au sein du système de contrôle de l'OIT.

Le rapport présente également un bref compte rendu de son échange interactif avec les présidents des organes des Nations Unies chargés de surveiller l'application des traités internationaux relatifs aux droits humains, ainsi qu'avec la Présidente du Groupe de travail des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l'homme, portant sur les synergies et complémentarités entre leurs mandats respectifs.

Les normes internationales du travail sont des instruments juridiques internationaux adoptés par les gouvernements, les employeurs et les travailleurs représentés à la Conférence internationale du Travail (CIT). Elles peuvent prendre la forme de conventions, de protocoles et de recommandations et visent à promouvoir la justice sociale et le travail décent dans le monde entier. Ils reflètent un seuil universellement applicable de valeurs et de principes communs régissant le monde du travail. Une fois qu'un pays a ratifié une convention ou un protocole de l'OIT, il est tenu de faire régulièrement rapport sur les mesures qu'il a prises pour la mettre en œuvre.

Si les États membres de l'OIT peuvent choisir de ratifier ou non une convention ou un protocole de l'OIT, le système de contrôle de l'OIT examine aussi régulièrement l'effet donné aux recommandations et aux conventions qui n'ont pas été ratifiées. Chaque année, la Commission élabore une Étude d'ensemble consacrée à un thème spécifique. Cette année, l'Étude d'ensemble porte sur l'Emploi et le travail décent pour la paix et la résilience.

La Commission d'experts est un organe indépendant composé de 20 juristes de haut niveauissus de toutes les régions du monde, chargés d'examiner l'application des conventions, protocoles et recommandations de l'OIT par les États Membres, en droit et dans la pratique. Ils siègent à titre personnel et exercent leurs fonctions en toute indépendance et impartialité. La diversité de leurs profils régionaux et professionnels permet à la Commission de bénéficier d'une expérience directe couvrant différents systèmes juridiques, économiques et sociaux.

Le rapport sera soumis à la 114e session de la Conférence internationale du Travail, où les gouvernements, les employeurs et les travailleurs en discuteront au sein de la Commission de l'application des normes de la Conférence.

https://www.ilo.org/fr/resource/actualites/les-experts-de-loit-publient-leur-rapport-annuel-sur-le-respect-des-normes
ILO Experts publish annual report on countries' compliance with International Labour Standards
https://www.ilo.org/resource/news/ilo-experts-publish-annual-report-countries'-compliance-international
Los expertos de la OIT publican su informe anual sobre el cumplimiento de las normas internacionales del trabajo por los países
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Des pistes pour agir syndicalement contre l’extrême droite

Le travail est un lieu central pour faire face à la vague brune et empêcher la prise annoncée de l'appareil d'État. Pour le syndicalisme c'est la base que de partir du (…)

Le travail est un lieu central pour faire face à la vague brune et empêcher la prise annoncée de l'appareil d'État. Pour le syndicalisme c'est la base que de partir du quotidien et du concret, d'échanger, de créer du rapport de force avec nos collègues. Il y a urgence à passer à la vitesse supérieure en termes d'actions et d'unité intersyndicale. Treize propositions pour aller dans ce sens.

Simon Duteil est syndicaliste donc unitaire ☆ Alliance écologique et sociale ☆ Prof et parent d'élèves en Seine-Saint-Denis ☆ Historien.

11 mars 2026 | tiré du blog de l'auteur sur Mediapart.fr |

Une partie de la force de l'extrême-droite c'est la banalisation de ses propos dans des espaces où il devient difficile voire impossible de contredire. Les idées déshumanisantes peuvent alors devenir majoritaires, banales. Là où l'influence de l'extrême-droite progresse, ce sont aussi les systèmes de dominations patriarcales, racistes, lgbtqiphobes et validistes qui se renforcent appuyant une déshumanisation croissante d'une partie de la population, principalement en France les étrangèr·es, les racisé·es, puis rapidement les “wokes”, les écologistes, les femmes, les LGBTQIA+, les handicapé.es, les syndicalistes…

Pour des millions de travailleuses et travailleurs, nous vivons au quotidien au travail des interactions qui, pour banales qu'elles puissent paraître, servent à forger nos opinions et nos comportements, nos sociabilités, y compris politiques. C'est là que le syndicalisme est essentiel. Il représente aujourd'hui la plus grande force sociale dans ce pays par son nombre d'adhérent.es, son implantation sectorielle et territoriale, ses formations… Il est un outil majeur de mobilisation, de victoires concrètes, de solidarité, d'émancipation, de socialisation positive.

Regardons les choses en face : après le sursaut général de juin et juillet 2024, nos organisations se sont (re)plongées dans leur fonctionnement quotidien, un peu comme si cette situation n'existait pas, comme si la menace allait disparaître. Dérouler dans notre coin nos stratégies et nos tactiques n'ont jusque-là pas permis d'inverser durablement la tendance lourde vis-à -vis de l'extrême-droite. Notre action générale est extrêmement précieuse. Mais peut-on seulement par une action ordinaire faire face à une menace hors du commun ? Il est temps de sortir des inerties internes et de faire dérailler le quotidien.

Que faire ?

Voici quelques pistes qui permettent une mise en œuvre rapide, sans la prétention d'apporter une réponse toute construite, encore moins de donner des leçons aux camarades des différentes forces syndicales. Elles sont complémentaires de l'action quotidienne de défense, de formation, de lutte, de discussions dans nos organisations qui restent centrales et essentielles.

1. En parler dans nos syndicats à toutes les échelles : il faut s'emparer de ce sujet et en faire un élément central de nos discussions. “ Que faisons-nous pour faire reculer l'extrême-droite” ? “Quel impact de telle ou telle décision/action syndicale sur le sujet ?”. Chaque syndicat a son fonctionnement et sa culture propre, avec des logiques d'impulsions différentes. Il est possible d'introduire ces discussions à plein de niveaux, allons-y, sans oublier à chaque fois la dimension unitaire.

2. Faire adhérer son syndicat à VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifasciste) et construire des VISA sur nos territoires, par exemple à l'échelle de départements : cela permet à la fois de renforcer un outil unitaire mais aussi de développer un espace de liaison régulier et intersyndical sur le sujet, comme par exemple avec la création récente d'un VISA 93.

3. Renforcer le travail syndical concret et se réapproprier collectivement les questions qui divisent, qui sont instrumentalisées par l'extrême-droite, pour les dépasser. Il s'agit d'échanger avec les collègues et travailler la transposition en revendications positives et progressistes ce qui est actuellement instrumentalisée à l'échelle individuelle par des discours de peurs, de haines ou de division sur les conditions de travail. En faisant collectif on fait reculer l'extrême-droite comme le rappellent des membres des Ateliers Travail et Démocratie.

4. Créer des espaces de discussions au travail sur des bases larges en partant de la défense des droits humains et des libertés démocratiques : l'objectif c'est de se regrouper le plus largement possible, de sortir de la torpeur et des angoisses individuelles, de se redonner de la confiance collectivement. Il s'agit aussi de permettre à celles et ceux qui veulent se serrer les coudes, qui souffrent de la période, qui veulent agir, y compris des collègues non syndiqué·es, de trouver un espace pour agir qui peut être informel ou non (collectif, comité...). Et si jamais en 2027 l'extrême droite s'empare de l'appareil d'État, les liens construits pourront servir de base de solidarité pour s'allier, ralentir et empêcher les politiques inhumaines, notamment racistes, sur le modèle de ce que nous avons pu voir à Minneapolis.

Stopper la subvention de l'extrême-droite par les comités d'entreprises : box de Stérin, séjour au Puy du faux, boycott de la galaxie Bolloré… Il faut en finir avec ces financements directs et les syndicats peuvent assez facilement le porter ensemble dans un maximum d'entreprises.

6. Quitter les outils de la fascisation. Si nous avons toutes et toutes des contradictions, il est temps de fermer les comptes X (ex Twitter) qui enrichissent Elon Musk et faussent le débat public pour migrer vers des espaces plus neutres en terme algorithmique (Bluesky) et/ou libres (Mastodon)…

7. Travailler l'unité syndicale, y compris électorale : plus nous avançons ensemble, plus nous donnons confiance dans le syndicalisme aux travailleuses et travailleurs. Bien sûr ce n'est pas possible partout. Mais dans une période où il faut faire bloc, construire l'unité, ce qui demande des efforts, n'a jamais été aussi important. Et nous avons souvent plus en commun que ce que l'on croit. De fait, sur ce sujet dans les secteurs professionnels, la responsabilité incombe le plus souvent “au plus gros”. L'année 2026 est particulièrement importante en termes d'élections professionnelles : nous devons éviter les crispations et les fracturations dans un moment démocratique majeur au travail.

8. Faire reculer le désert syndical : l'existence de sections, l'implantation syndicale est un frein à l'expansion de l'extrême-droite. Le mouvement syndical, malgré ses efforts, est en échec et n'est pas présent dans de nombreux secteurs et entreprises. C'est d'ailleurs une des causes de la mobilisation des Gilets Jaunes. Et si on imaginait une campagne unitaire de syndicalisation à porter ensemble pour aller en direction des travailleuses et travailleurs ? Ce serait un signal fort vers le monde du travail. Expérimentons ça avec nos unions locales et nos unions départementales et dans les secteurs où l'entente est bonne pour créer et diffuser des exemples concrets d'action unitaire car là où le syndicalisme avance, l'extrême-droite recule.

9. Adopter et développer la centralité d'une écologie protectrice pour les travailleuses et travailleurs, basée sur l'utilité sociale des modes de production et de consommation. La crise climatique et environnementale accélère l'urgence pour des transformations et bifurcations majeures. Nous devons nous en emparer de façon plus forte dans nos syndicats pour en faire un levier de convergences et de mobilisations et contrer les peurs, mensonges et les politiques climaticides entretenues en particulier par l'extrême-droite qui, dans un cercle vicieux, s'en alimente.

10. Porter des revendications communes positives et unifiantes avec le mouvement social et la société civile : le travail de la coalition en 2024 a été fait en urgence. Il peut être repris et approfondi car au-delà d'un projet défensif, il nous faut des mesures claires, fortes et unifiantes pour irriguer la société et proposer un autre avenir que celui de haine de l'extrême-droite qui intègre une approche intersectionnelle des dominations.

11. Mettre en place une relation indépendante avec les partis politiques progressistes : il est possible de protéger à la fois notre autonomie vis-à-vis des partis politiques et de pouvoir inventer un nouveau un dialogue constructif et critique, en particulier avec une alliance électorale progressiste. Si nos mesures sont reprises par un pouvoir politique, nous pouvons mettre en place un comité de vigilance post-électoral pour suivre l'application des mesures et maintenir notre rôle de contre-pouvoir.

12. Affirmer notre solidarité inter-organisationnelle : l'extrême-droite se nourrit de polémiques et d'attaques contre des bouts de notre écosystème général pour pousser nos divisions et nous affaiblir : combien d'associations, de syndicats, de personnalités attaquées, parfois physiquement ? Acceptons d'avoir des différences de positions et de pratiques tout en défendant celles et ceux qui sont pris.es pour cible. Le pluralisme est une de nos forces, la solidarité aussi.

13. Être capable d'impulser des luttes et d'utiliser ensemble l'ensemble des outils de mobilisation : car nous n'aurons rien sans nous mobiliser, que nos victoires améliorent le quotidien et font reculer les peurs et les haines. Cerise sur le gâteau, l'extrême-droite est particulièrement inaudible quand nous occupons le terrain social. De la pétition à la grève, de la réunion d'information syndicale à la tenue d'événements publics, multiplions notre visibilité unitaire pour engranger des victoires concrètes qui permettent de faire avancer l'égalité et les droits des travailleuses et des travailleurs.

S'unir et repasser à l'offensive

Aujourd'hui nous sommes au bord d'un nouveau gouffre dont nous percevons les contours mais ne mesurons pas la profondeur. S'il paraît difficile de résister à son attraction, il sera encore plus difficile d'en sortir. Que serions nous alors obligé·es de faire ? Quelles alliances désespérées dans un paysage dévasté ? Quels renoncements pensés comme impossibles aujourd'hui seraient nécessaires pour constituer une alliance encore plus large permettant de tourner la page d'une extrême-droite au pouvoir ?

Ne tardons pas et soyons à la hauteur de la situation en regardant en face ce que nous faisons actuellement et ce que nous pourrions faire. Nous ne pourrons pas dire “nous ne savions pas”.

Le syndicalisme est un pragmatisme du quotidien. Mais nous avons toutes et tous une responsabilité dans nos lignes d'actions dans la période. Si nous créons de la division dans un moment de montée des périls, nous affaiblissons nos capacités de résistance. Et elle peut être multiple, à toutes les échelles.

Mesurons nos choix au miroir de la période et à leur impact sur notre camp social si nous proposons des mesures clivantes chez les travailleuses et travailleurs - par exemple sur le type de système de retraites - ou si nous construisons avant tout de l'identitaire de type “On est les plus fort·es” qui permet peut être de serrer les rangs en interne à court terme mais qui construit du désintérêt des autres, du sectarisme et du repli sur soi.

Il faut se préparer activement. Je ne fais pas partie de ces gens, parfois des camarades, qui ont baissé les bras et qui pensent que nous allons, quoi qu'il arrive, devoir subir une majorité parlementaire et un·e président·e d'extrême-droite, devoir subir des violences et des reculs d'une réaction sans précédents depuis plus d'un demi-siècle. Notre fatalisme fera leur victoire.

Rien n'est écrit. Alors ni stupeur, ni résignation.

Que ce soit en pacte, en alliance ou en coalition nous avons l'impérieuse nécessité d'empêcher le pire. Nous pouvons faire la différence, et construire une alternative enviable. Et si ensemble on contre-attaque, on pourrait même y prendre goût et transformer l'urgence en force pour écrire une nouvelle page majeure de l'histoire du syndicalisme au profit des travailleuses et des travailleurs.

Ce texte est l'extrait d'une publication de décembre 2025 sur ce blog Médiapart qui a été réactualisée et augmentée pour le prochain numéro de larevue de réflexion syndicale Les Utopiques à paraître ce printemps aux éditions Syllepse.

Cinq façons de concrétiser la transformation de genre au travail

17 mars, par industriall-union.org — ,
Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/16/pas-de-justice-pour-les-femmes-sans-droits-syndicaux-et-autres-textes/?jetpack_ski

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/16/pas-de-justice-pour-les-femmes-sans-droits-syndicaux-et-autres-textes/?jetpack_skip_subscription_popup

Si vous êtes une femme active, vous éprouvez probablement déjà ce sentiment. Vous travaillez aussi dur que votre collègue masculin, mais vous gagnez moins. Vous assumez davantage de responsabilités à la maison, mais vous en êtes pénalisée sur votre lieu de travail. Vous prenez la parole lors d'une réunion, mais on vous la coupe aussitôt.

L'inégalité des genres au travail n'est pas le fruit du hasard. Elle est intégrée dans les structures, assimilée par les personnes qui établissent les règles, par celles à qui elles s'adressent et par celles qui en sont exclues. La transformation des relations entre les sexes se pose en vecteur de changement. Voici cinq façons d'atteindre cet objectif.

1. Reconnaître que « mettre tout le monde sur le même pied » n'est pas synonyme d'égalité

La plupart des employeurs affirment traiter les hommes et les femmes de manière égale. Ce qui n'est pas synonyme de résultats équitables, surtout lorsque les règles ont été rédigées en fonction d'un seul groupe.

Prenons l'exemple des équipements de sécurité. Pendant des décennies, les équipements de protection ont été conçus pour le corps masculin moyen. Les femmes devaient se contenter d'une panoplie qui ne convenait pas à leur morphologie et se trouvaient donc exposées à un risque d'accident plus élevé. La règle était « la même » pour tout le monde. Au détriment du résultat.

La transformation de genre implique d'aller au-delà du simple constat de la problématique. Il s'agit de changer les règles en profondeur, d'impliquer les femmes dans leur rédaction, de remettre en question les idées reçues sur les personnes auxquelles certains emplois sont destinés et de s'assurer que les systèmes de sécurité, de rémunération et de promotion fonctionnent de manière analogue pour tout le monde.

Un bon test d'évaluation pour toute politique en milieu de travail : pour qui a-t-elle été conçue et qui exclut-elle ?

2. Prendre en compte le travail que personne ne veut voir

Avant et après leurs heures de travail rémunéré, la plupart des femmes prestent une seconde journée de labeur. Cuisiner, nettoyer, élever les enfants, s'occuper des parents âgés, autant de tâches qui permettent aux familles et aux communautés de fonctionner, mais qui ne figurent ni sur une fiche de paie ni dans les chiffres du PIB.

À l'échelle mondiale, les femmes effectuent 76,2% de l'ensemble des tâches domestiques non rémunérées, soit au-delà de trois fois plus que les hommes, selonl'Organisation internationale du travail (OIT). On évalue à 708 millions le nombre de femmes qui sont totalement exclues du marché du travail rémunéré en raison de leurs responsabilités familiales, contre 40 millions d'hommes. Au rythme où les choses évoluent actuellement, l'OIT estime qu'il faudra 210 ans pour combler cet écart.

Cet aspect est important pour les travailleuses, car leurs responsabilités familiales les suivent sur leur lieu de travail, délimitant les emplois qu'elles peuvent occuper, les horaires qu'elles peuvent assumer ainsi que leur évolution de carrière. Une véritable égalité entre les sexes implique de reconnaître ce travail, de le redistribuer plus équitablement et de créer des lieux de travail qui en tiennent compte. Et ce par le biais de congés parentaux que les pères utilisent réellement, de services de garde d'enfants abordables et d'horaires flexibles qui ne compromettent pas la carrière.

3. Combler l'écart salarial et obliger les employeurs à en apporter la preuve

Les femmes gagnent environ 20% de moins que les hommes à l'échelle mondiale. Comme l'affirment les Nations Unies : à travail de valeur égale, pour chaque dollar gagné par un homme, une femme perçoit 77 cents. Les mères sont les plus touchées : leur salaire diminue à chaque nouvelle naissance, tandis que celui des pères augmente la plupart du temps.

Une partie de cet écart résulte d'une discrimination flagrante. Mais il reflète surtout un phénomène plus profond : les emplois principalement exercés par des femmes sont moins valorisés que des postes équivalents majoritairement occupés par des hommes. Une aide-soignante gagne une fraction du salaire d'un agent de sécurité, en dépit de compétences et de responsabilités comparables.

Pour combler cet écart, il importe avant tout de le rendre visible. Les employeurs doivent publier des données salariales ventilées par sexe et par fonction, pour éviter toute tentative de dissimulation. Les travailleurs, les travailleuses et les syndicats pourront alors utiliser ces données pour contester les inégalités salariales lors des négociations, publiquement et devant les tribunaux.La boîte à outils sur l'équité salariale d'IndustriALL est un guide pratique gratuit spécialement conçu pour aider les syndicats à lutter contre l'écart salarial entre les sexes, depuis la sensibilisation jusqu'à la négociation de la transparence salariale avec les employeurs.

4. Changer l'institution, pas uniquement les règles

Les politiques ont leurs limites. Pour obtenir un changement durable, il faut modifier la culture des organisations, y compris les syndicats eux-mêmes. Comme l'a fait valoir la Professeure Akua Opokua Britwum, l'une des principales académiciennes féministes d'Afrique, lors de la réunion du Comité des femmes d'IndustriALL qui s'est tenue au Cap en juin 2023 :

« Vous pouvez nommer 100% de femmes à la direction d'un syndicat, mais si les structures et la culture restent inchangées, ce syndicat continuera à décevoir les travailleuses. »

IF Metall, la fédération syndicale suédoise des métallurgistes, a inscrit les principes féministes dans ses statuts fondateurs, tandis que le syndicat français CGT a introduit la parité hommes-femmes au sein de son Comité directeur en 1999. En Espagne, en 2017, ELA a mené une enquête anonyme auprès de l'ensemble de ses adhérents, posant des questions sans fard sur la discrimination et les préjugés au sein du syndicat lui-même. Les questionnaires ont été complétés par 95% des personnes interrogées et les résultats obtenus se sont avérés embarrassants. Les dirigeants d'ELA ont néanmoins agi en conséquence.

Les hommes font également partie de ce processus. Un milieu de travail qui attend des femmes qu'elles s'occupent de tout à la maison et qu'elles défendent l'égalité au travail ne constitue pas un environnement féministe, mais un contexte épuisant. Les syndicats et les employeurs qui ont directement impliqué les travailleurs, par le biais de formations et de conversations sans détour sur la manière dont les normes de genre nuisent également aux hommes, ont réalisé des progrès plus durables.

5. Connaissez vos droits et exigez qu'ils soient respectés

Les travailleurs et travailleuses ont plus de droits que beaucoup ne le pensent et ces droits existent parce que les générations précédentes se sont battues pour les obtenir. En matière d'égalité des sexes au travail, certaines des protections parmi les plus importantes proviennent des normes internationales établies par l'OIT.

La Convention sur la violence et le harcèlement (C190) établit que chaque travailleur et travailleuse a droit à un lieu de travail exempt de violence et de harcèlement, y compris de violence sexiste. La Convention sur l'égalité de rémunération (C100) énonce le principe de l'égalité de rémunération pour un travail de valeur égale. Il ne s'agit pas d'objectifs ambitieux, mais de normes contraignantes dans les pays qui les ont ratifiées.

Le problème réside souvent dans leur mise en application. Les droits sur le papier n'ont que peu de sens en l'absence de pression pour les mettre en œuvre. Cette pression émane des travailleurs syndiqués, au sein de leurs organisations, durant les campagnes et sur les lieux de travail. IndustriALL a développé une boîte à outils pour former les formateurs sur la C190, disponible en une quinzaine de langues, afin d'aider ses affiliés à mettre la convention en pratique.

La résolution féministe de 2025, adoptée par les affiliés d'IndustriALL, définit un programme complet : de l'égalité salariale et la sécurité sur le lieu de travail au care, en passant par la justice climatique et la lutte contre la montée de l'autoritarisme. Elle indique explicitement que la justice de genre n'est pas une question secondaire pour le mouvement syndical. Elle est le mouvement syndical.

« La transformation des relations entre les sexes ne se fera pas sans lutte. Les outils, les cadres et la solidarité existent bel et bien. La question est de savoir si nous les utilisons avec détermination et dans un but commun. », a déclaré Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL.

https://www.industriall-union.org/fr/5-facons-de-faire-de-la-transformation-de-genre-au-travail-une-realite

5 ways to make gender transformation at work a reality
https://www.industriall-union.org/5-ways-to-make-gender-transformation-at-work-a-reality
5 maneras de hacer realidad la transformación de género en el trabajo
https://www.industriall-union.org/es/5-formas-de-hacer-realidad-la-transformacion-de-genero-en-el-trabajo

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Palestine : Francesca Albanese lance un appel à contributions sur le rôle des médias depuis le 7 octobre 2023

17 mars, par Agence Média Palestine — , , ,
Francesca Albanese, rapporteure spéciale sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 lance un appel à contributions sur « le (…)

Francesca Albanese, rapporteure spéciale sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 lance un appel à contributions sur « le rôle des médias dans le contexte des politiques et pratiques d'Israël à l'égard du peuple palestinien, en particulier après le 7 octobre 2023 ».

Tiré d'Agence média Palestine.

L'appel commence par rappeler le contexte : en janvier 2026, 292 journalistes palestinien·nes avaient été tué·es par Israël, des centaines blessé·es et plus de 200 arrêté·es et détenu·es arbitrairement. Sans compter les violences, les intimidations, les déplacements forcés et le ciblage des familles des journalistes de Gaza. L'interdiction des médias étrangers d'entrer dans Gaza « viole les principes fondamentaux de transparence et entrave la vérification indépendante des crimes de guerre allégués », ajoute l'appel.

Dans cette situation d'entrave à la liberté d'information, les médias étrangers, souligne le texte, ont relayé des « schémas récurrents de désinformation, y compris des cas de discours de haine et de rhétorique déshumanisante ». De même des « restrictions » et des « représailles » ont été constatés dans certaines rédactions à l'encontre de journalistes pour leur couverture des questions israéliennes ou palestiniennes.

« Il est rare qu'un conflit mette en cause la liberté d'opinion et d'expression de manière aussi étendue et bien au-delà de ses frontières », ajoute l'appel.

Les contributions attendues pourront provenir de simples citoyens·nes, de journalistes, de travailleur·euses des médias, d'universitaires, d'organisations de la société civile et d'autres acteurs pertinents sur le rôle des médias. Ils devront, entre bien d'autres points, donner des exemples illustrant « les processus de déshumanisation des Palestinien·nes, notamment par des représentations niant leur statut de civils ou présentant les Palestinien·nes comme un ennemi indifférencié », « la diffusion de désinformation et de récits discréditant le travail des journalistes palestiniens » et apportant des preuves que « de tels récits reflètent des lignes éditoriales institutionnelles plutôt qu'une conduite journalistique isolée ».

Une perspective de gauche sur la guerre entre le Pakistan et l’Afghanistan

17 mars, par Farooq Sulehria — , , ,
Alors que les frappes transfrontalières s'intensifient et que le ministre pakistanais de la Défense déclare une « guerre ouverte » contre le gouvernement taliban afghan, la (…)

Alors que les frappes transfrontalières s'intensifient et que le ministre pakistanais de la Défense déclare une « guerre ouverte » contre le gouvernement taliban afghan, la politique menée de longue date par Islamabad vis-à-vis de l'Afghanistan semble soumise à de fortes tensions. S'agit-il simplement d'un nouvel épisode dans une relation frontalière instable — ou des retombées de décennies de stratégie militarisée et de politique par procuration ?

Tiré de Inprecor
1er Mars 2026

Par Farooq Sulehria

Dans cet entretien accordé à Alternative Viewpoint, Farooq Sulehria – militant de la IVe Internationale, universitaire et journaliste pakistanais – analyse la crise sous un angle structurel. Il revient sur l'héritage de la « profondeur stratégique », sur la dynamique de Frankenstein du patronage djihadiste, sur le caractère idéologique du régime taliban et sur les dangers du campisme au sein de certaines fractions de la gauche. Rejetant à la fois le militarisme d'État et l'autoritarisme théocratique, Sulehria soutient que la confrontation actuelle reflète une crise plus profonde de l'ordre régional, dont les coûts seront supportés en premier lieu par les classes populaires des deux côtés de la ligne Durand (1).

Le ministre pakistanais de la Défense a déclaré une « guerre ouverte » contre le gouvernement taliban afghan. Cette escalade constitue-t-elle une rupture tactique ou marque-t-elle l'épuisement de la vieille doctrine du Pakistan concernant l'Afghanistan ?

Il ne s'agit ni d'une rupture tactique ni de l'épuisement du concept de la « profondeur stratégique ». Cette déclaration traduit la frustration croissante d'Islamabad face à un conflit qui s'enlise. Une déclaration de guerre ne se fait pas à la légère ; elle suppose des préparatifs préalables. Ce n'est qu'après avoir épuisé d'autres options que le Pakistan a désigné comme adversaire le régime taliban qu'il avait autrefois contribué à installer. Ironie de l'histoire : le ministre de la Défense Khawaja Asif avait lui-même exprimé sa gratitude lorsque les talibans avaient vaincu les États-Unis et repris Kaboul.

Les affrontements frontaliers se sont intensifiés depuis octobre dernier, donnant lieu à des frappes pakistanaises contre Kaboul et d'autres villes. Le Qatar, la Turquie et la Chine auraient facilité 65 cycles de négociations entre Kaboul et Islamabad — sans résoudre la question du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP, mouvement des talibans pakistanais). Pendant ce temps, ce dernier a intensifié ses attaques au Pakistan, opérant depuis des sanctuaires en Afghanistan. Près de 1 000 attentats ont été recensés l'an dernier, la plupart attribués au TTP.

Depuis octobre, le Pakistan a fermé sa frontière et suspendu ses échanges commerciaux avec l'Afghanistan. Pays enclavé, celui-ci dépend fortement du Pakistan pour le transit commercial – notamment vers l'Inde – ainsi que pour des importations essentielles comme le blé, les légumes ou les médicaments.

Parallèlement, les actions nationalistes se sont intensifiées dans la province pakistanaise du Baloutchistan. Islamabad accuse l'Inde de soutenir les séparatistes baloutches. De son côté, le régime taliban a développé des relations avec New Delhi, au grand dam d'Islamabad, en partie pour contrebalancer la pression pakistanaise.

Pendant des décennies, le Pakistan a justifié l'octroi de refuges aux talibans afghans au nom de la « profondeur stratégique », selon laquelle l'Afghanistan devait servir d'« arrière-cour amicale » en cas de conflit avec l'Inde, puissance démographiquement et militairement supérieure. Cette logique continue de structurer la pensée stratégique pakistanaise.

Le concept de « profondeur stratégique » a influencé la politique d'Islamabad pendant des décennies. Cette doctrine s'est-elle effondrée ?

Au contraire, elle semble loin d'avoir disparu. Des commentateurs proches de l'establishment évoquent ouvertement l'hypothèse d'un changement de régime à Kaboul. Il est difficile de déterminer si Islamabad poursuit activement cette option, mais on ne peut l'exclure. Le Pakistan a déjà expérimenté diverses formes d'ingérence politique en Afghanistan.

Ces idées peuvent paraître irréalistes, voire contre-productives. Elles révèlent néanmoins la persistance – voire l'obsession – dans la « profondeur stratégique ». L'escalade actuelle traduit la volonté d'Islamabad de discipliner un régime taliban qui ne se comporte plus comme un mandataire docile.

Dans quelle mesure ce conflit est-il le produit de l'engagement historique du Pakistan dans la guerre par procuration ?

C'est un cas classique du monstre de Frankenstein – ou de l'apprenti sorcier. Le Pakistan est depuis longtemps à la fois le berceau et le terreau du fondamentalisme islamique. Depuis le soi-disant « djihad afghan » – que ses critiques qualifiaient de « djihad du dollar » – l'État a encouragé ce qui s'apparente à une véritable industrie du djihad.

D'abord dirigée contre l'occupation soviétique, cette infrastructure a ensuite été tournée contre l'Inde. La distinction opérée entre « bons » et « mauvais » talibans montre que la logique politique sous-jacente demeure intacte.

Comment évaluer la responsabilité du régime taliban ?

Le régime afghan a manifestement peu fait pour contenir le TTP. Certains invoquent son incapacité à contrôler pleinement le groupe. Mais des affinités idéologiques, des contraintes pratiques et des calculs géopolitiques entrent également en jeu. Les talibans ont utilisé la carte du TTP pour affirmer leur autonomie vis-à-vis du Pakistan et diversifier leurs alliances régionales.

Sommes-nous face à un simple cycle d'agression et de représailles ?

Il s'agit d'un choc de barbaries. Aucune des deux parties ne peut prétendre à une supériorité morale. Le régime taliban a institutionnalisé ce qui s'apparente à un apartheid de genre et gouverne par la peur. Sa base sociale est étroite.

De son côté, l'establishment militaire pakistanais raisonne à travers une vision sécuritaire du monde, considérant chaque question comme une affaire de sécurité nationale. Lorsque deux régimes privilégient la coercition au détriment de la politique, l'espace diplomatique se réduit.

Les civils en paient le prix. Les Afghans vivent dans des conditions infernales depuis 1979. Les populations pakistanaises, notamment au Khyber Pakhtunkhwa (2), ont subi la violence des talibans, les opérations militaires de l'État et les conflits confessionnels. Les interventions impérialistes occidentales – de la guerre froide à la « guerre contre le terrorisme » – ont posé les bases de cette catastrophe, que les acteurs régionaux ont ensuite consolidée.

Comment caractériser le régime taliban aujourd'hui ?

Certains ont tenté de présenter les talibans comme des islamo-nationalistes. Je ne partage pas cette analyse. Ils représentent l'une des formes les plus extrêmes du fondamentalisme islamique.

Le nationalisme met l'accent sur la langue, la culture et l'histoire communes. Le fondamentalisme islamique subordonne ces catégories à un ordre religieux transnational régi par la charia. La culture y est souvent dénoncée comme une corruption morale.

Certaines lectures ont même voulu voir dans les talibans une expression de la lutte des classes. Ces interprétations relevaient déjà d'un campisme apparu après le 11 septembre.

Comment aborder la question de la souveraineté ?

Le Pakistan invoque la souveraineté contre les sanctuaires du TTP ; les talibans l'invoquent contre les frappes aériennes. Chacun mobilise le droit international de manière opportuniste. C'est un choc de barbaries.

Les véritables victimes sont les civil·es des deux côtés de la ligne Durand.

Que révèle cette crise sur l'ordre régional ?

Elle s'inscrit dans une instabilité croissante des relations internationales. L'ONU apparaît marginalisée. Un ordre libéral profondément hypocrite est remplacé par une configuration plus volatile encore. La multiplication des guerres interétatiques est un signe inquiétant.

Quel impact pour les classes populaires ?

Comme toujours, ce sont les classes populaires qui paieront le prix – déplacements, chômage, militarisation, austérité accrue.

Quelle position pour la gauche ?

Le Pakistan ne pourra vaincre le fondamentalisme sans adopter une orientation résolument laïque. Le régime taliban ne doit pas être reconnu. La solidarité doit aller au peuple afghan – en particulier aux femmes confrontées à un apartheid institutionnalisé.

La gauche ne doit s'aligner ni sur Islamabad ni sur Kaboul. Nous rejetons la guerre et exigeons justice, démocratie et responsabilité.

Il est préoccupant de voir certains se réclamant de la gauche soutenir l'escalade militaire au nom de l'anti-fondamentalisme. Cela relève d'un « orientalisme interne » : une lecture chauvine du conflit comme choc des civilisations.

Existe-t-il un espace pour une solidarité régionale ?

Nous devons dépasser le cadre strictement pakistano-afghan et penser en termes sud-asiatiques. En Afghanistan, la répression rend les réseaux diasporiques essentiels. Au Pakistan aussi, les voix progressistes sont marginalisées.

Mais un tel projet est indispensable. Ce n'est qu'en construisant une solidarité régionale que nous pourrons affronter à la fois le militarisme et le fondamentalisme.

Publié le 1er mars 2026 par Alternative Viewpoint.

1. La ligne Durand est le nom donné à la frontière de 2 430 kilomètres entre l'Afghanistan et le Raj britannique, établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l'émir Abdur Rahman Khan et Sir Mortimer Durand représentant l'Empire britannique. Elle divise artificiellement des tribus pachtounes qui partagent la même langue et la même organisation sociale. Cette frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan n'est pas reconnue par ce dernier.

2. Khyber Pakhtunkhwa est l'une des quatre provinces fédérées du Pakistan, située dans le nord-ouest du pays, le long de la frontière avec l'Afghanistan.

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L’Afrique face aux chocs de la guerre contre l’Iran

17 mars, par Paul Martial — ,
Sans grande possibilité d'atténuer le choc économique provoqué par la guerre dans le Golfe, l'Afrique apparaît plus fragilisée dans un monde où prévaut la loi du plus fort. (…)

Sans grande possibilité d'atténuer le choc économique provoqué par la guerre dans le Golfe, l'Afrique apparaît plus fragilisée dans un monde où prévaut la loi du plus fort.

À l'exception d'un missile aperçu dans le ciel égyptien, le Continent reste pour l'heure à l'écart du conflit déclenché par les États-Unis et Israël contre l'Iran, tant que les Houthis, alliés du régime des mollahs, préfèrent consolider leur pouvoir dans le nord du Yémen. Le risque de bombardement par leurs forces sur les positions israéliennes de l'archipel de Dahlak et du mont Soira en Érythrée, ou encore sur la base militaire américaine de Djibouti, est donc pour l'instant écarté.

Conséquences spécifiques

Au Nigeria, où la communauté chiite est importante, le Mouvement islamique du Nigeria a organisé des manifestations dans plusieurs grandes villes du Nord, mais aussi à Lagos et à Abuja. Une partie de cette communauté pourrait se radicaliser, d'autant que le gouvernement a autorisé une présence militaire des USA sur le territoire.

Autre possibilité, la réduction par Dubaï de son soutien en armement aux Forces de soutien rapide du Soudan et à l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar.

La flambée du prix du pétrole inquiète particulièrement les pays enclavés. À cet égard, le Mali est parmi les plus durement touchés : il doit importer bien plus que ses besoins habituels afin d'anticiper les bombardements des groupes islamistes contre les convois de camions citernes approvisionnant Bamako.

Une économie encore plus fragilisée

À l'exception des exportateurs de pétrole et de gaz — comme l'Angola, le Nigeria ou l'Algérie — susceptibles d'en tirer un bénéfice relatif, la majorité des pays africains subissent une hausse brutale du coût de l'énergie sans disposer de marges de manœuvre, qu'il s'agisse de réserves stratégiques ou de capacités budgétaires. Les crises successives — la pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine — ont déjà profondément ébranlé les économies africaines.

Depuis le début du conflit, les monnaies locales sont délaissées au profit du dollar, alourdissant le service de la dette et le coût des importations, ce qui accentue l'inflation. Celle-ci est également nourrie par la désorganisation des chaînes d'approvisionnement, perturbées par le blocage du détroit d'Ormuz.

Répercussions à moyen terme

À moyen terme, les effets risquent d'être lourds. En une décennie, les pays du Conseil de coopération du Golfe ont investi près de 100 milliards de dollars en Afrique dans les domaines des ports, de la logistique, de l'énergie et des technologies. Désormais, ces priorités financières seront réorientées vers la réparation et la reconstruction des infrastructures bombardées par l'Iran.

Les exemples répétés de violation du droit international des grandes puissances, affaiblissent davantage l'Afrique et encouragent les ambitions territoriales de certains tyrans comme Paul Kagamé, Abiy Ahmed en Ethiopie ou Mohammed VI. Ces dynamiques risquent d'accentuer des conflits, souvent ignorées par la communauté internationale.
Paul Martial

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Sénégal : la fracture au sommet

17 mars, par Serigne Sarr — , ,
Nous présentons la première partie d'une analyse de notre correspondant à Dakar sur les tensions au sommet de l'État entre le président Bassirou Diomaye Faye et le premier (…)

Nous présentons la première partie d'une analyse de notre correspondant à Dakar sur les tensions au sommet de l'État entre le président Bassirou Diomaye Faye et le premier ministre Ousmane Sonko, tous deux des membres dirigeants du parti Pastef. Rappelons que les deux ont été emprisonnés durant le mandat de l'ancien président, Macky Sall. Devant l'inéligibilité de Sonko, le plus populaire des deux protagonistes, à se présenter à la présidence en 2024, Faye fut présenté comme le substitut à Sonko et gagna dès le premier tour l'élection présidentielle. La deuxième partie sera disponible dans une semaine. La rédaction.

Tiré d'alter.quebec

Il y a moins de deux ans, le Sénégal vivait un moment historique rare sur le continent africain : deux hommes sortis de prison, portés par une vague populaire de rupture, accédaient au pouvoir avec une majorité écrasante et la promesse solennelle d'une gouvernance nouvelle. « Diomaye moy Sonko » — Diomaye est Sonko — résumait en trois mots ce que le peuple sénégalais avait choisi : non pas un homme, mais un projet ; non pas un leader, mais un tandem.

Aujourd'hui, ce slogan fondateur et fédérateur semble s'essouffler au grand désarroi de la population et la Nation retient son souffle.

Anatomie d'une rupture annoncée

L'année 2025 restera gravée dans la mémoire collective nationale en raison des divergences apparues au sommet de l'exécutif entre le chef de l'État, Bassirou Diomaye Faye, et son premier ministre Ousmane Sonko. Ces tensions ont éclaté publiquement le 10 juillet 2025, à l'occasion de l'installation du Conseil national du Pastef, le parti du pouvoir, lorsque Sonko dénonça le silence du Président face aux attaques répétées dont il estimait être la cible.

Le casus belli décisif surgit en novembre 2025. La décision de Bassirou Diomaye Faye de nommer Aminata Touré, ancienne ministre de Macky Sall, à la tête de la coalition présidentielle a suscité de vives critiques au sein du Pastef. Je participais publiquement à interpeller Mimi Touré afin de plutôt décliner.

Alors qu'Ousmane Sonko avait affirmé publiquement en 8 novembre qu'il n'y aurait pas de changement à la tête de la coalition, le Président Diomaye, par une lettre du 11 novembre, mit fin à la mission de Madame Aïda Mbodj — proche alliée de Sonko pour la remplacer par Aminata Touré. La réponse du Pastef fut cinglante : le parti d'Ousmane Sonko estima que le chef de l'État n'avait tout simplement pas le pouvoir de prendre une telle décision, affirmant ne partager avec Aminata Touré « ni les mêmes valeurs ni les mêmes principes ».

Le 7 décembre 2025, lors de la Journée des Martyrs, Ousmane Sonko admit sans équivoque ses divergences avec le Président, devant une foule de militantes et militants. Le slogan originel « Diomaye moy Sonko » s'était désormais inversé dans la rue en « Diomaye du Sonko » — Diomaye n'est pas Sonko.

Une divergence de nature, pas seulement de méthode

Il serait réducteur de ramener cette crise à une simple querelle d'égos politiques à une bataille de positionnement pour 2029. La fracture est plus profonde, plus structurelle et j'espère beaucoup me fourvoyer.

Sonko présente une orientation politique dominante au sens de la valeur centrale comme levier de transformation. Diomaye manifeste une orientation davantage sociale et théorique, privilégiant la cohésion et la légitimité institutionnelle sur l'affirmation de puissance. Ces orientations différentes expliquent non pas un désaccord sur les fins — les deux partagent le projet souverainiste et panafricaniste — mais une divergence profonde sur les moyens, le rythme et la méthode.

Le Président Faye semble privilégier le dialogue et la préservation de l'unité nationale, agissant avec prudence dans les réformes judiciaires et le traitement des dignitaires de l'ancien régime. Le premier ministre Ousmane Sonko lui reproche une dérive technocratique éloignée des idéaux du projet initial.

Sur le terrain économique, la divergence est tout aussi nette. Le Sénégal traverse une période économique délicate. Ousmane Sonko adopte une position ferme face aux propositions de restructuration du Fonds monétaire international, refusant certaines mesures jugées inacceptables. Bassirou Diomaye Faye privilégie pour sa part une approche plus diplomatique, visant à rassurer les marchés.

Deux visions du souverainisme s'affrontent : l'une radicale et populiste, l'autre pragmatique et institutionnelle.

Les réseaux sociaux : amplificateurs d'une crise, fossoyeurs du dialogue

Dans cette confrontation, les réseaux sociaux jouent un rôle aussi puissant que pernicieux. Facebook, Twitter/X, TikTok et les groupes WhatsApp ne se contentent pas de relayer l'information : ils la fabriquent, l'amplifient et la polarisent. Les adeptes des deux camps s'y affrontent avec une virulence qui rend tout espace de nuance impossible. Chaque déclaration présidentielle est accueillie par des « Vive Diomaye, à bas Sonko » ; chaque discours du premier ministre suscite l'opération inverse.

Cette polarisation numérique a un effet réel et documenté sur les positions des leaders eux-mêmes. Conscients de la puissance de leurs bases respectives sur les réseaux, ils sont tentés de durcir le ton pour ne pas paraître faibles aux yeux de leurs adeptes. La radicalisation de la base devient ainsi un carburant pour l'escalade au sommet. Ce cercle vicieux transforme une divergence politique — normale et saine dans toute démocratie — en crise d'État potentielle.

Le citoyen ou la citoyenne ordinaire, bombardé de montages, de rumeurs et de prises de position partisanes, perd de vue l'essentiel : l'intérêt supérieur de la Nation sénégalaise.

Le Pastef entre loyautés contradictoires

La coalition « Diomaye Président » est clairement divisée. Une dynamique « Pro-Sonko » s'oppose à une dynamique « Pro-Diomaye », aggravant la crise. Le Bureau politique du Pastef a réaffirmé sa volonté de restructurer la coalition en plaçant le Pastef au centre, refusant de reconstruire avec des dignitaires recyclés de l'ancien régime de Macky Sall.

La question de la légitimité populaire cristallise les tensions internes. Lors des dernières élections législatives, le Pastef sous la direction de Sonko a remporté 130 des 165 sièges, et beaucoup de cette députation ont affirmé leur loyauté envers le premier ministre.

Si Diomaye venait à rompre avec le noyau dur du Pastef, sa coalition « Diomaye Président » aurait du mal à rivaliser avec la légitimité populaire d'Ousmane Sonko, au Sénégal et dans la diaspora, et pourrait peiner à faire voter des lois importantes avant la prochaine présidentielle de 2029.

Des médiateurs de bonne volonté sont intervenus pour tenter d'aplanir les différends, notamment des membres de la société civile, des marabouts, et même des proches des familles des deux hommes. Mais selon la presse sénégalaise, le fossé Diomaye-Sonko continuerait de se creuser.


À suivre dès la semaine prochaine : L'alerte rouge : le Sénégal ne peut pas se payer le luxe de cette crise

Nationalité algérienne : une loi qui menace les droits fondamentaux

17 mars, par Groupe de solidarité Algérie — , ,
Adopté en décembre 2025-janvier 2026 à l'unanimité des deux chambres du Parlement algérien, le texte de loi introduit un nouvel article 22 bis au Code de la nationalité (…)

Adopté en décembre 2025-janvier 2026 à l'unanimité des deux chambres du Parlement algérien, le texte de loi introduit un nouvel article 22 bis au Code de la nationalité (ordonnance n° 70-86 du 15 décembre 1970), élargissant les motifs et les procédures de déchéance de la nationalité algérienne. Elle a été promulguée et publiée au journal officiel le 17 février 2026.

Tiré du blogue de l'auteur.

Cette loi s'inscrit dans un contexte politique marqué, depuis la fin du Hirak, par un climat de répression accrue. Les forces de sécurité surveillent, menacent et poursuivent plus systématiquement encore que lors des périodes antérieures. Les dispositifs répressifs se sont multipliés, traquant toute velléité d'expression ou de manifestation pacifique. Il suffit désormais d'émettre une critique des politiques gouvernementales sur une page Facebook pour s'exposer à des poursuites pénales.

Tout se passe comme si les détenteurs du pouvoir redoutaient la réédition de la mobilisation populaire massive initiée par le soulèvement du Hirak à partir de février 2019 sur l'ensemble du territoire national. La menace de déchéance de nationalité apparaît, dans ce contexte, comme l'usage d'une arme juridique lourde destinée à dissuader les citoyens d'exercer leur droit de critique. Ce triste constat s'impose d'autant plus que les voies de recours juridictionnelles indépendantes sont, en pratique, inexistantes ou inefficaces, et qu'aucune institution démocratique librement élue ne peut constituer un contre-pouvoir effectif.

La réforme ne constitue nullement une réponse circonstancielle à une menace objectivement établie. Elle s'inscrit dans une dynamique plus large de durcissement autoritaire de la gouvernance, fondée sur un détournement de la notion de souveraineté. Le lien de nationalité — qui rattache les citoyens à leur pays et à leur histoire familiale — devient un instrument susceptible d'être manipulé par les détenteurs du pouvoir, durables ou circonstanciels, à des fins politiques répressives.

Des justifications fallacieuses

La loi introduit différents motifs susceptibles de fonder une action en déchéance : atteintes graves aux intérêts vitaux de l'État ou à la sécurité nationale ; atteinte à l'unité nationale ou à la cohésion du pays ; allégeance manifeste à un État étranger portant préjudice aux intérêts algériens ; collaboration avec des États ou entités hostiles ; participation, financement ou propagande en faveur d'organisations qualifiées de terroristes ou subversives ; actes commis à l'étranger, après avertissement officiel, continuant de porter préjudice au pays.

Ces incriminations reposent sur des notions volontairement vagues, insuffisamment définies juridiquement, et favorisent une assimilation dangereuse entre critique politique, engagement citoyen et atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Il s'agit d'une instrumentalisation du lien de nationalité visant à mettre au pas celles et ceux qui exercent leur droit à la liberté d'expression et d'opinion.

La logique à l'œuvre est celle d'une sanction à finalité politique, détachée d'infractions pénales précisément caractérisées et établies selon les exigences du procès équitable.

Une loi inscrite dans un cycle autoritaire

Dans le contexte algérien actuel, cette loi ne peut être analysée indépendamment de son usage potentiel comme instrument de neutralisation de la contestation, y compris au-delà du territoire national.

La menace de déchéance devient un outil de dissuasion massive visant journalistes, militants des droits humains, intellectuels et acteurs de la société civile, notamment au sein de la diaspora. Des accusations telles que le fait de « ternir l'image du pays » ou l'« ingérence » permettent de criminaliser l'exercice légitime des libertés d'expression et d'association, instaurant un contrôle politique à portée transnationale.

En créant de facto une catégorie de citoyens « révocables », souvent assimilée aux binationaux, la loi rompt avec le principe d'égalité devant la loi. La nationalité cesse d'être un lien stable et protecteur pour devenir un instrument de loyauté conditionnelle, exposée à des sanctions différenciées selon l'origine, l'engagement politique ou l'appartenance supposée à des groupes stigmatisés.

Dans un contexte de difficultés économiques et d'impasse politique, la rhétorique de la « trahison » et de la souveraineté relève d'un registre populiste classique. Elle vise à détourner l'attention des revendications socio-économiques, des questions de gouvernance et des enjeux de corruption en construisant la figure d'un ennemi intérieur ou extérieur.

Une violation manifeste du droit constitutionnel et international

Les promoteurs de la loi invoquent la défense de la souveraineté nationale face au « terrorisme », à « l'ingérence étrangère » et aux « menaces hybrides ». La déchéance de nationalité est ainsi présentée comme un instrument de protection de l'État contre de supposés ennemis internes ou externes.

Or, en droit algérien, la déchéance constitue historiquement une mesure exceptionnelle et strictement encadrée. L'extension opérée par la nouvelle loi à des notions vagues — « intérêts fondamentaux de l'État », « unité nationale », « sécurité intérieure et extérieure » — s'effectue sans garanties effectives contre l'arbitraire, en violation du principe de légalité et de prévisibilité de la norme.

Si l'article 36 de la Constitution renvoie à la loi pour définir les conditions de perte ou de déchéance de la nationalité, toute interprétation extensive heurte la lettre et l'esprit des dispositions constitutionnelles consacrant les droits fondamentaux et les libertés publiques (Titre II, chapitre Ier). Une déchéance fondée sur des motifs politiques revêt le caractère d'une peine infamante, disproportionnée et attentatoire au principe d'égalité civique.

La nature administrative de la procédure, combinée au flou des incriminations, confère à l'exécutif un pouvoir discrétionnaire excessif et prive les personnes visées des garanties fondamentales d'un procès équitable devant une juridiction indépendante. Présenter la déchéance comme un outil de lutte contre le terrorisme apparaît ainsi juridiquement infondé et politiquement contre-productif.

L'Algérie est partie (Alger le 08/06/1964) à la Convention relative au statut des apatrides (New York, 28 septembre 1954), qui interdit toute déchéance ayant pour effet de rendre une personne apatride. L'application de cette loi aux binationaux demeure par ailleurs juridiquement fragile et politiquement dangereuse : elle institue une hiérarchie entre citoyens et ouvre la voie à des abus graves et systématiques.

La résurgence, en 2025, d'un texte élargissant la déchéance de nationalité — après le rejet d'un projet similaire en mars 2021 — constitue un signal alarmant de régression autoritaire. Elle ne répond à aucun impératif de sécurité crédible, mais procède d'une logique de contrôle social et d'épuration politique.

Elle révèle l'incapacité du pouvoir à affronter le pluralisme démocratique autrement que par l'exclusion. Elle compromet toute perspective d'État de droit et viole les engagements internationaux de l'Algérie, lesquels rappellent que la protection de l'État ne saurait s'opérer au prix de la négation des droits des citoyens. Défendre le droit à la nationalité, c'est défendre l'égalité civique et la souveraineté populaire.

Au-delà de sa portée symbolique et politique, la déchéance de nationalité entraîne des conséquences concrètes d'une extrême gravité. La personne déchue se voit privée de carte nationale d'identité, de passeport et de l'ensemble des relations administratives indispensables à la vie quotidienne. Les effets politiques de la déchéance annihilent son existence en tant que citoyen ; ses effets civils s'apparentent à une véritable mort civile.

Enfin, priver un citoyen de sa nationalité pour ses idées ne protège pas la nation : une telle mesure l'appauvrit et porte atteinte à l'un des principes fondamentaux du combat historique des Algériennes et des Algériens pour leur libération.

L'abrogation de cette loi constitue dès lors une exigence juridique, politique et morale.

Associations membres du Groupe de solidarité Algérie

Alliance Transméditerranéenne des Femmes Algériennes (ATFA)

Collectif de sauvegarde de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (CS-LADDH)

Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA)

Ibtykart

La Fondation pour la promotion des droits

Libertés Algérie

L'Association Féministe Algérienne Tharwa n'Fadhma n'Soumer

Riposte Internationale

« La contre-réforme du travail entre en vigueur ce vendredi : principaux changements et raisons de s’y opposer » (1)

Ce vendredi 6 mars 2026 restera dans l'histoire comme le jour où le gouvernement de Javier Milei [1] a achevé de sceller son plan de guerre contre ceux qui vivent de leur (…)

Ce vendredi 6 mars 2026 restera dans l'histoire comme le jour où le gouvernement de Javier Milei [1] a achevé de sceller son plan de guerre contre ceux qui vivent de leur propre travail. Par la publication du décret 137/2026 au Journal officiel, le pouvoir exécutif a promulgué la loi dite « loi de modernisation du travail » (n° 27.802), qui entre en vigueur immédiatement pour tous les emplois privés du pays.

6 mars 2026 | tiré du site alencontre.org
https://alencontre.org/ameriques/amelat/argentine/argentine-dossier-la-contre-reforme-du-travail-entre-en-vigueur-ce-vendredi-principaux-changements-et-raisons-de-sy-opposer-1.html

Après une semaine passée à « peaufiner les détails » dans les bureaux officiels, le texte de 25 chapitres est désormais la norme qui régit les relations de travail, tentant d'effacer d'un trait de plume des acquis qui ont nécessité des décennies de lutte.

Un pacte avec la caste dans le dos du peuple

L'adoption définitive de cette loi, qui a eu lieu le vendredi 27 février dernier au Sénat, n'est pas le fruit d'un large soutien populaire, mais d'une négociation minutieuses avec les secteurs proches et éloignés du gouvernement. En effet, le gouvernement de Milei, qui se vante de son discours contre « la caste », n'a pu apporter que 21 voix propres à La Libertad Avanza [sur 72 sénateurs]. La victoire parlementaire a été obtenue grâce au soutien de ses alliés inconditionnels du PRO-Propuesta Republicana [fondé en 2005, restructuré en 2010, avec comme dirigeant Mauricio Macri] et de l'UCR-Union civique radicale [formation historique ayant une forte base à Buenos Aires], mais surtout grâce au soutien des gouverneurs de Misiones (Hugo Passalacqua de la formation Concordia social), Chubut [Ignacio Torres, PRO], Neuquén [Rolando Figueroa], Communidad depuis 2022] et de certains secteurs du péronisme de Córdoba (Martin Llaryora), Tucumán (Osvaldo Jaldo) et Salta (Gustavo Sáenz).

Le vote s'est terminé par 42 voix pour, 28 contre et 2 abstentions des sénateurs de Santa Cruz.

Alors qu'à l'intérieur on se partageait les bonnes grâces, à l'extérieur le Congrès s'est réveillé barricadé et militarisé pour contenir la colère sociale qui s'est exprimée dès les premières heures du jour par des manifestations, bien que la CGT (Confederación General del Trabajo de la República Argentina) n'ait appelé à aucune action de lutte.

Comme l'a dénoncé le bloc des députés de gauche, cette procédure a été accélérée et est restée secrète jusqu'au dernier moment.

Les points clés de la réforme qui attaquent nos droits

Ce que le gouvernement appelle « modernisation » est en réalité un retour au XIXe siècle. Le texte définitif est un document « monstrueux », rédigé sous la dictée des chambres patronales afin de maximiser leurs profits en réduisant le « coût » de la vie des travailleurs

Voici les changements déjà en vigueur qui constituent une attaque frontale contre notre classe :

Réduction du coût et fractionnement du licenciement : la réforme modifie le calcul des indemnités, en excluant de celui-ci la prime de fin d'année, les congés payés et les primes.

En outre, les grandes entreprises pourront payer aux travailleurs les résultats des condamnations judiciaires en 6 mensualités maximum, tandis que les PME pourront étaler le paiement sur 12 mensualités. Dans un contexte d'inflation croissante, cela signifie que le travailleur ne touchera finalement qu'une misère.

2. Le vol des retraités pour financier les licenciements : un Fonds d'aide à l'emploi (FAL) est créé, qui sera financé par des cotisations obligatoires des employeurs. Cependant, la critique est claire : l'intention est d'utiliser l'argent de l'ANSES (Agence nationale de la sécurité sociale), c'est-à-dire des retraités, pour couvrir les coûts des licenciements, en déchargeant l'employeur de sa responsabilité financière directe.

3. La fin des heures supplémentaires et de la journée de 8 heures : grâce à la « banque d'heures », les entreprises pourront prolonger la journée de travail jusqu'à 12 heures par jour sans payer de majoration pour heures supplémentaires, à condition de compenser par des congés ultérieurs à la discrétion de l'employeur. Cela perturbe l'organisation de la vie familiale et la santé des travailleurs.

4. Congés au compte-gouttes : il est désormais possible de fractionner les congés en périodes de seulement 7 jours consécutifs. Les employeurs ne sont tenus de garantir qu'une fois tous les trois ans que les congés aient lieu en été. Cela porte atteinte au droit à un repos prolongé et rend difficiles les vacances en famille, en particulier pour ceux qui ont des enfants en âge scolaire.

5. Atteinte à l'organisation syndicale et collective : la (contre)réforme établit que les conventions par entreprise auront la priorité sur les conventions sectorielles par branche, ce qui affaiblit le pouvoir de négociation des grands syndicats et laisse les travailleurs des petites usines à la merci de leurs employeurs. En outre, l'« ultraactividad » [ultra-protection : permanence de certains droits à l'échéance d'une convention] est supprimée, ce qui signifie que si une convention expire et qu'aucun accord n'est conclu, tous les droits acquis sont perdus et les négociations doivent repartir de zéro.

6. Criminalisation de la grève et des assemblées : dans un revirement autoritaire, le droit de grève est restreint en déclarant presque toutes les activités (transports, alimentation, sidérurgie, etc.) comme « essentielles » ou « vitales », obligeant à garantir entre 50% et 75% du service même en cas de grève. Pire encore, les assemblées pendant les heures de travail nécessitent désormais l'autorisation préalable de l'employeur, ce qui revient en pratique à interdire la démocratie ouvrière sur le lieu de travail.

7. Légalisation de la précarité : la réforme crée un régime spécial pour les travailleurs des plateformes (livreurs par exemple) afin d'établir par la loi qu'ils ne sont pas des salariés et n'ont pas les droits qui en découlent, et supprime les amendes pour ceux qui emploient des travailleurs non déclarés, encourageant ainsi le travail informel.

La légitimité ne se vote pas : la colère qui monte depuis la base

Que Milei et son cabinet gouvernemental célèbrent cette victoire parlementaire ne signifie pas qu'ils aient convaincu la société. Des études récentes menées par des cabinets de conseil tels qu'Atlas Intel confirment que 49% de la population ne considère pas cette (contre)réforme comme nécessaire, et que le rejet de points spécifiques tels que la limitation du droit de grève (59% d'opposition) ou le fractionnement des congés (56%) est majoritaire.

La victoire de Milei repose sur deux piliers de boue : le pacte avec la « caste » politique et la trahison ouverte de la direction de la CGT. La bureaucratie syndicale a cédé des acquis historiques en échange du maintien de ses propres finances [ce qui est lié à la dimension clientéliste du péronisme, y compris syndical], abandonnant la rue pour se réfugier dans une « voie juridique » qui ne sert qu'à gagner du temps pendant que l'austérité se poursuit. Mais la colère sociale ne peut être contenue indéfiniment par des décrets ou des décisions de justice.

L'exemple de FATE et la nécessité de s'organiser
C'est maintenant que commence la phase la plus difficile : celle de l'application de la loi. Le gouvernement et les patrons tenteront de s'imposer dans chaque lieu de travail pour établir le nouveau décompte des heures, les licenciements à moindre coût et la limitation des assemblées de travailleurs. Mais comme l'histoire nous l'enseigne, la loi est freinée dans la rue et dans les usines. Le conflit des travailleurs de FATE [entreprise de fabrication de pneus dans la périphérie de Buenos Aires], qui continuent de lutter contre la tentative de fermeture et de licenciements [qui a lancé une vague de plus de 900 licenciements en février 2026], est la première grande lutte contre la réforme du travail. Il démontre que, face au plan de guerre patronal, la seule réponse est l'action directe et l'organisation à partir de la base. Comme nous le voyons également avec la lutte du Garrahan [hôpital pédiatrique], des enseignants, de Lustramax [fabrication d'emballages], qui, après des mois de lutte, ont obtenu la décision de justice de réintégration de l'un de leurs délégués qui avait été licencié illégalement. Nous ne pouvons rien attendre des « généraux » qui signent des trêves depuis leurs fauteuils confortables.

C'est pourquoi il est nécessaire d'organiser des assemblées dans chaque usine, bureau et établissement. Reconquérir les syndicats, les commissions internes et les comités d'entreprise pour qu'ils soient des outils de lutte et non des appendices du patronat ou de la bureaucratie. La lutte pour l'application de cette (contre)réforme est ouverte, et la force pour y faire face réside dans l'unité de la classe ouvrière, dans la démocratie ouvrière et dans la conscience que nos droits ne sont pas négociables. Face à une loi illégitime, l'organisation est notre meilleure défense.

C'est ce sur quoi nous comptons au sein du PTS (Parti des travailleurs socialistes) en participant aux espaces de coordination dans le nord, le sud et à La Plata, où convergent différents secteurs de travailleurs et travailleuses en lutte, des groupes combatifs et antibureaucratiques et des partis de gauche.

De plus, jeudi dernier, une importante réunion de travailleurs, d'étudiants et de retraités s'est tenue à La Plata avec Nicolás del Caño [député du PTS et du FIT-Fente de Izquierda y de Trabajadores Unidad] pour discuter de la manière dont nous nous organisons contre la réforme. Ce samedi 7 mars aura lieu une autre importante réunion d'enseignants, qui ont participé lundi à la grève nationale contre les salaires de misère. (Article publié par La Izquierda Diario, le 6 mars 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)


[1] Le 7 mars doit se réunir à Miami, sur appel de Trump, un rassemblement de dirigeants d'extrême droite ou de droite affirmée de l'Amérique du Sud – Javier Milei, Nayib Bukele (Salvador), Rodrigo Paz Pereira (Bolivie), Nasry Asfura (Honduras), Rodrigo Chaves Robles (Costa Rica), Santiago Peña Palacios (Paraguay), Daniel Noboa (Equateur), Irfaan Ali (Guyana) et José Antonio Kast (Chili). Le but est de construire un bloc de droite et de faire face à toute « interférence étrangère dans l'hémisphère », autrement dit de toute force impérialiste opposée aux intérêts des Etats-Unis trumpiens. Le « Bouclier des Amériques » est la qualification du corollaire Trump à la doctrine Monroe : le Donroe. (Réd.)

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La réforme du travail : renforcer la subordination du travail au capital (2)

Illustration d'ANRed.

Par Alejandro Belkin

[Cet article d'Alejandro Belkin a été écrit antérieurement à l'adoption par le Sénat du projet de loi sur la réforme du travail. Les principales décisions adoptées, définitivement, sont mentionnées dans l'article précédent de Leire Vila. L'article de Belkin saisit les traits fondamentaux de cette contre-réforme, traits qui sont à l'oeuvre à l'échelle internationale dans l'ensemble des contre-réformes de la législation du travail, et qui structurent une dimension clé de la montée des pouvoirs autoritaires. Réd. A l'Encontre]

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Le projet de « loi sur la modernisation du travail » comprend 182 articles qui abordent un large éventail de sujets, allant de la journée de travail au système d'indemnités. Quel est le fil conducteur qui relie la totalité ou la plupart de ses articles ?

Les objectifs de la réforme du travail

L'objectif principal est de renforcer la subordination du travail au capital, afin que les entreprises puissent organiser, avec la plus grande liberté possible, le processus de travail, en fonction de leurs intérêts et des exigences fluctuantes du marché. Les employeurs aspirent à disposer de la main-d'œuvre à leur entière discrétion, ils veulent établir les conditions de travail sans obstacle d'aucune sorte ou avec un minimum de restrictions. Les intérêts vitaux de la classe ouvrière sont relégués au second plan et subordonnés aux caprices des employeurs, qui prennent leurs décisions en fonction de la maximisation de leurs profits. En définitive, la loi sur la réforme du travail n'a pas pour objectif d'éliminer le travail informel ni de créer des « emplois de qualité », mais d'assurer la disponibilité absolue de la main-d'œuvre. Le projet de « modernisation du travail » vise à accentuer la souveraineté patronale sur l'espace et le temps de production.

Il s'agit de mettre la main-d'œuvre [force de travail] au même niveau que n'importe quelle autre marchandise, comme une vis ou un meuble, que l'on achète, que l'on consomme et que l'on jette sans « friction » juridique. La bourgeoisie exige de disposer librement de ce qu'elle a acheté, elle veut que la main-d'œuvre se comporte exactement comme n'importe quelle autre marchandise. Si vous achetez de l'acier, il n'y a pas de syndicat de l'acier qui vous dise comment l'utiliser ou combien de temps le garder en stock. La réforme du travail vise à faire perdre à la main-d'œuvre cette « exception » humaine et juridique qui la protégeait. C'est la marchandisation totale. Une relation de travail « épurée » de toute réglementation peut être plus productive et plus moderne, mais elle est beaucoup plus despotique. Le capitaliste peut introduire des technologies et réorganiser le travail sans être obligé de demander l'autorisation ni de négocier les conditions. En supprimant les médiateurs (syndicats, lois, État), ils laissent le travailleur isolé face au capital.

Plan d'extermination des acquis sociaux

En d'autres termes, la loi que l'on tente de faire adopter vise à balayer la plupart des acquis sociaux obtenus par la classe ouvrière au cours de son histoire en Argentine. Mais que sont les acquis sociaux ? Ce terme désigne précisément les limites imposées par la classe ouvrière à la libre utilisation de la main-d'œuvre par le capital. Il s'agit de réglementations essentielles telles que la journée de huit heures, l'interdiction du travail des enfants, la réduction du temps de travail pour les tâches insalubres, les indemnités de licenciement, les congés payés et les congés de maternité. Il s'agit également de restrictions au pouvoir des employeurs de modifier arbitrairement les conditions de travail. En définitive, chacun de ces droits constitue une barrière juridique contre le pouvoir discrétionnaire du capital dans l'utilisation de la main-d'œuvre.

La classe ouvrière a imposé ces limites au pouvoir despotique du capital afin de préserver ses intérêts économiques, de protéger sa santé physique et mentale, de se prémunir contre la précarité et les aléas du marché et d'aspirer à une vie aussi digne que possible dans le cadre du capitalisme. Ainsi, la bourgeoisie a été contrainte, par la force organisée du prolétariat, de prendre en compte les intérêts vitaux de la classe ouvrière, limitant ainsi sa marge de manœuvre.

La liberté pour qui ?

La réforme du travail représente donc un choc direct entre deux conceptions antagonistes de la liberté. La bourgeoisie, avec le soutien du gouvernement [de Milei], entend éliminer toute restriction à sa liberté dans le domaine du marché et de la production. Le projet de loi facilite à la fois l'embauche et le licenciement de main-d'œuvre, en allongeant la période d'essai et en créant un fonds de licenciement, entre autres dispositions. En outre, à travers divers articles, il élargit le pouvoir des employeurs de modifier à leur guise les conditions de travail de leurs employés (art. 23). Si ce projet était approuvé, il augmenterait de manière significative la soumission de la classe ouvrière aux caprices de ses employeurs. En d'autres termes, ce qui pour les patrons est un élargissement de leur liberté d'action représente pour les travailleurs une plus grande subordination au capital.

Dans la société capitaliste, la liberté n'est pas un concept universel qui s'applique de la même manière aux individus de toutes les classes sociales. Dans le domaine de la production, en particulier, elle révèle tout son caractère de classe. Cette plus grande soumission des salarié·e·s à leurs patrons génère en outre une grande incertitude. Par exemple, le système de compte épargne-temps (art. 42 et 43) permet d'étendre arbitrairement la journée de travail jusqu'à 12 heures, ce qui déstabilise la vie quotidienne des familles ouvrières et rend impossible toute planification hebdomadaire. La liberté dont jouissent les employeurs de disposer à leur guise de la journée de travail de leurs employés détruit la liberté des travailleurs et travailleuses de planifier leur vie quotidienne. En définitive, une même mesure élargit la liberté d'une classe et la restreint pour l'autre. Lorsque le gouvernement parle de liberté [le parti de Milei a pour nom « La Liberté avance »], il fait référence à la liberté de la bourgeoisie, la liberté de commercer et d'organiser la production sans restrictions, ce qui se traduit par une plus grande asservissement de la classe laborieuse.

Le projet de réforme du travail ne profite pas à l'ensemble de la société, il défend exclusivement les intérêts des entrepreneurs. Rappelons que les patrons constituent une part très réduite de la société, ils ne représentent que 3,2% de la population économiquement active [en Argentine]. Dans un sens plus large, ce que le discours officiel présente comme « modernisation » ou « sécurité juridique » n'est rien d'autre que l'élévation de l'intérêt privé de la bourgeoisie au rang d'intérêt national, l'identification totale entre l'État et le Capital. Lorsque l'intérêt privé de la bourgeoisie est élevé au rang d'« intérêt national », toute résistance ouvrière cesse d'être considérée comme une revendication légitime et est qualifiée d'« attaque contre le progrès », d'« extorsion » ou d'« atteinte à la liberté ».

Conquêtes, lois et organisations ouvrières

Comme nous l'avons souligné plus haut, les conquêtes ouvrières constituent des limites au pouvoir despotique du capital et à l'exploitation effrénée de la classe ouvrière. Mais comment s'expriment-elles ? Autrement dit, comment se concrétisent-elles dans la pratique ? Les conquêtes ouvrières s'expriment dans les lois et les conventions collectives de travail, qui constituent leur forme juridique. Pour que ces réglementations soient appliquées dans la pratique, elles nécessitent la volonté ferme des organisations ouvrières, des syndicats, des commissions internes et des délégués. C'est pourquoi la classe ouvrière s'est également battue pour le libre fonctionnement de ses organisations, afin de disposer des outils nécessaires pour préserver les conquêtes obtenues. Sans organisation, il n'y a pas de conquêtes. Consciente de ce lien entre conquêtes et organisation, la bourgeoisie cherche à affaiblir le pouvoir des syndicats, des commissions internes et des délégués du personnel et, plus généralement, à entraver toute forme d'organisation ouvrière. De diverses manières, la loi sur la réforme du travail entrave et/ou pénalise l'action syndicale (articles 133, 134 et 143). Elle cherche ainsi à museler la classe ouvrière afin d'imposer la réforme du travail, mais surtout à l'empêcher de se rebeller à l'avenir, cristallisant ainsi un nouveau rapport de forces entre la bourgeoisie et le prolétariat. Si cette nouvelle réglementation est approuvée, la classe ouvrière perdrait tout droit de s'organiser et de manifester librement.

En s'attaquant aux cotisations syndicales, en limitant le droit de grève (services essentiels) et en encourageant la figure du « collaborateur » indépendant (employé des plateformes), le projet vise à empêcher qu'un « nous » puisse dire non. Sans organisation collective, les abus individuels deviennent la norme et, avec le temps, se normalisent. C'est l'irréversibilité que recherchent les employeurs : que les travailleurs oublient qu'ils ont un jour eu un certain pouvoir sur leur temps (même si ce n'était que partiellement).

Pourquoi une réforme du travail ?

Il convient de rappeler que l'Argentine traverse une longue période de stagnation économique ; depuis près de quinze ans, le produit intérieur brut ne croît plus et le PIB par habitant affiche une tendance à la baisse. Le facteur déterminant est le manque d'investissements productifs. Partant de ce diagnostic, le gouvernement promeut sa réforme du travail en arguant qu'elle permettra de créer des conditions attractives pour les capitaux [entre autres impérialistes]. L'objectif est d'offrir aux investisseurs, tant nationaux qu'étrangers, une main-d'œuvre disciplinée et désarticulée afin d'encourager les investissements et de relancer ainsi l'économie. Il existe donc une rationalité capitaliste rigoureuse et délibérée dans l'insistance officielle à déréglementer le marché du travail et à saper le pouvoir syndical.

Elle cristallise et accentue les tendances déjà existantes

Plus qu'une rupture, la réforme du travail institutionnalise et approfondit les tendances préexistantes, en donnant un cadre juridique définitif à la précarité des travailleurs et travailleuses. Actuellement, près de la moitié des travailleurs occupés (47,2%) sont des salariés déclarés [ayant un minimum de sécurité sociale et de droits], l'autre moitié étant composée de travailleurs indépendants (25,4%) et de salariés non déclarés (27,4%). En d'autres termes, depuis des années, une réforme du travail est en cours (avec la complicité des gouvernements successifs et des dirigeants syndicaux), et l'administration Milei souhaite approfondir encore davantage ce processus. Elle entend mettre sur un pied d'égalité, dans la mesure du possible, les travailleurs déclarés et les travailleurs informels. En d'autres termes, elle cherche à atténuer, voire à dissoudre complètement, la relation de dépendance, en institutionnalisant l'emploi informel. L'objectif est le même : contourner les lois du travail (qui traduisent les acquis sociaux) et accorder une grande liberté aux entrepreneurs pour disposer librement de la main-d'œuvre et organiser le processus de production à leur guise, sans tenir compte des intérêts des travailleurs et travailleuses.

En supprimant ou en affaiblissant les lois du travail et les conventions collectives, la bourgeoisie entend renforcer le despotisme patronal (pouvoir absolu et illimité sur ses employés), en reprenant entièrement le contrôle du processus de travail. Le capital cherche à priver les travailleurs de tout recours juridique (en dehors de l'usine) qui leur permettrait de désobéir aux ordres du capital (à l'intérieur de l'usine).

En d'autres termes, cette réforme vise à restaurer l'unité de commandement. L'employeur doit être le seul souverain sur le lieu de travail, en éliminant toute « distorsion » générée par les syndicats et les réglementations étatiques. C'est « plus purement capitaliste » car cela redonne au capital son essence : la capacité de dicter la loi privée au sein de son unité de production.

La réforme ne vise pas seulement à réduire les coûts, son objectif principal est d'obtenir la disponibilité absolue de la main-d'œuvre. Dans le langage de Federico Sturzenegger [président de la Banque centrale nommé par Macri, membre du parti La Liberté avance, ministre de la Dérégulation et de la Transformation de l'Etat depuis juillet 2024] et des idéologues de Milei, la « flexibilité » signifie que l'employeur peut disposer de la main-d'œuvre en fonction des fluctuations du marché.S'il y a de la demande, il utilisera son personnel pendant 12 heures d'affilée. S'il n'y a pas de travail, il les licenciera sans frais. Et si un travailleur osait remettre en question les décisions de l'employeur, il serait remplacé par un « collaborateur » sans droits. L'employeur entend utiliser ses employés comme s'ils étaient des meubles. Cela transforme le travailleur en une « matière première juste à temps », une marchandise que l'on achète et que l'on jette en fonction des besoins du marché, éliminant ainsi toute trace de stabilité vitale pour l'ouvrier.

Le capital veut que toute la vie des travailleurs soit une « ressource en attente ». Si l'employeur peut changer votre horaire ou votre lieu de travail du jour au lendemain, le travailleur perd la capacité de planifier sa propre reproduction (étudier, se reposer, être avec sa famille). Le travailleur devient un appendice de la machine (ou de l'application, ou de la logistique de l'entreprise) 24 heures sur 24. C'est la souveraineté absolue du capital sur le temps vital du travailleur.

Ce qu'on appelle aujourd'hui « modernisation » est en réalité une réaction : le retour au contrat de location de services du droit civil, où l'employeur et le travailleur sont censés être « égaux » devant la loi, en ignorant que l'un possède le capital et l'autre seulement sa faim.

Les conquêtes ouvrières expriment les intérêts et les besoins de la classe ouvrière, intérêts et besoins que la (contre)réforme du travail prétend ignorer et bafouer. C'est pourquoi nous sommes confrontés à un conflit d'intérêts irréconciliables. Le gouvernement et les employeurs prétendent balayer les conquêtes ouvrières, ignorant les intérêts vitaux de la classe laborieuse. L'extension des libertés patronales dans le domaine de la production implique nécessairement une plus grande asservissement de la classe ouvrière. (Article publié sur ANRed-Agencia de Noticias RedAcción, le 20 janvier 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)

Alejandro Belkin est professeur d'histoire à l'Université de Buenos Aires UBA et membre du Conicet (Conseil national de la recherche scientifique et technique).

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Un président d’extrême droite investi au Chili : la destruction environnementale au programme

Le nouveau président chilien d'extrême droite, José Antonio Kast, devrait prendre ses fonctions le 11 mars entouré de plusieurs dirigeants d'ultradroite. Leur point commun : (…)

Le nouveau président chilien d'extrême droite, José Antonio Kast, devrait prendre ses fonctions le 11 mars entouré de plusieurs dirigeants d'ultradroite. Leur point commun : intensifier les politiques extractivistes au détriment de l'environnement.

11 mars 2026 | tiré de reporterre.net
https://reporterre.net/Avec-Kast-investi-au-Chili-l-ultradroite-extractiviste-gagne-du-terrain-en-Amerique
Santiago (Chili), correspondance

C'est une cérémonie d'investiture marquée par l'extrême droite. Le 11 mars, sous le ciel estival du Chili, le nouveau président d'ultradroite José Antonio Kast prendra ses fonctions, après avoir été élu le 14 décembre face au chef d'État progressiste sortant, Gabriel Boric. Une passation de pouvoir à laquelle ont prévu de participer d'autres dirigeants d'ultradroite latino-américaine, comme Javier Milei(Argentine), Daniel Noboa (Équateur) et Santiago Peña (Paraguay).

Quelques jours plus tôt, le 7 mars, ces mêmes présidents s'étaient réunis avec Donald Trump à Miami, aux États-Unis, pour le sommet Shield of the Americas (Bouclier des Amériques), présenté par la Maison Blanche comme une « coalition historique » pour « promouvoir la liberté, la sécurité et la prospérité ». Le signe d'une « trumpisation du continent », selon Franck Gaudichaud, professeur d'histoire et d'études de l'Amérique latine contemporaine à l'université Toulouse-Jean Jaurès.

« On assiste clairement à une consolidation de l'extrême droite réactionnaire d'Amérique latine », analyse-t-il. Un des points communs de ces droites autoritaires néolibérales est de « considérer l'environnement comme une variable d'ajustement de leur programme économique », explique Franck Gaudichaud. Mais aussi de présenter l'exploitation intensive des ressources naturelles comme la seule solution à la crise économique.

Un « continuum extractiviste néocolonial »

Une des principales mesures partagées par ces dirigeants ultralibéraux latino-américains est la déréglementation environnementale. Au Brésil, Jair Bolsonaro avait drastiquement réduit les financements à la grande institution de régulation de l'environnement (Ibama). En Équateur, Daniel Noboa a fait adopter une loi d'urgence économique pour flexibiliser les investissements dans le secteur minier. En Argentine, Javier Milei défend une proposition de loi qui dérégule la protection des glaciers andins pour permettre l'exploitation du cuivre.

José Antonio Kast clamait pendant sa campagne : moins de permis, plus d'investissements. « Tous ont la même critique des normes de protection et de ce qu'ils appellent la “bureaucratie environnementale” », souligne Franck Gaudichaud.

Ce risque de déréglementation inquiète les mouvements socioenvironnementaux du pays. Au lendemain de la victoire de José Antonio Kast, plusieurs ONG lançaient « l'alerte face au risque de recul », considérant la victoire du candidat d'extrême droite comme « une grave menace pour les avancées environnementales », expliquait Defendamos Patagonia.

Ezio Costa, directeur de l'association chilienne Fima, fait partie de ceux qui seront vigilants dans les prochaines années « pour que le futur gouvernement applique le principe de non-régression des droits humains et environnementaux ». Au Chili, la société civile doit toujours être vigilante, précise-t-il, « que ce soit avec les gouvernements progressistes ou d'extrême droite : tous ont toujours été plus favorables aux industries qu'aux personnes ».

« L'Amérique latine est aujourd'hui en première ligne des bouleversements écoclimatiques »

Les pays d'Amérique latine font face à un « continuum extractiviste néocolonial », estime Franck Gaudichaud. Le chercheur a publié avec d'autres collègues le livre Greenbacklash, aux éditions du Seuil, dans lequel ils montrent comment le retour de bâton actuel qu'on observe en matière d'écologie s'accélère avec « l'arrivée au pouvoir de leaders d'extrême droite climatonégationnistes ou libertariens ». « L'Amérique latine est aujourd'hui en première ligne des bouleversements écoclimatiques du fait de ses immenses quantités de matières premières nécessaires au fonctionnement du technocapitalisme », écrivent-ils dans leur livre.

Lire aussi : Au Chili, tout pour le lithium, au détriment de l'environnement

Les économies latino-américaines, encouragées par la demande de puissances émergentes telles que la Chine, favorisent l'extraction et l'exportation à très grande échelle des ressources naturelles. Toujours « au détriment des terres et des peuples autochtones », regrettent les auteurs. Les élus progressistes sont également « enfermés dans cette logique extractiviste, précise Franck Gaudichaud, ils prônent une plus grande régulation environnementale et une présence plus forte de l'État, davantage redistributive ». Les politiques d'extrême droite, elles, « dérégulent, encouragent la privatisation et appliquent une vision sécuritaire ».

Ezio Costa craint aussi que la répression s'accentue avec la montée en puissance des conservateurs. « Les risques encourus par les personnes qui défendent la nature ont clairement augmenté ces dernières années », observe-t-il. Le continent recense ainsi l'un des plus grand nombre d'assassinats de défenseurs de l'environnement au monde.

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L’ère des prédateurs. Les enjeux de l’intervention impérialiste de Trump au Venezuela

17 mars, par Antoine Larrache, Franck Gaudichaud — , ,
L'attaque contre le Venezuela de début janvier et l'enlèvement de Nicolás Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle stratégie impériale des États-Unis. Dans le (…)

L'attaque contre le Venezuela de début janvier et l'enlèvement de Nicolás Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle stratégie impériale des États-Unis. Dans le contexte d'une réorganisation du monde et des rapports de forces inter-impérialistes, cette stratégie agressive passe notamment par un renforcement de la pression économique et de l'interventionnisme militaire direct envers l'Amérique latine.

11 mars 2026 tiré du site du cadtm | Photo : Adrián Martínez, Wikimedia Commons, CC, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Primera_Manifestaci%C3%B3n_Anti_-_Trump_%2832393209236%29.jpg
https://www.cadtm.org/L-ere-des-predateurs-Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-de-Trump-au

Que s'est-il passé lors de l'enlèvement de Maduro et de sa compagne ?

Franck Gaudichaud : Pas mal d'éléments et de détails nous sont encore inconnus, même plus d'un mois après, mais nous sommes évidemment face à une agression impérialiste de grande envergure et, littéralement, à un coup d'État, qui se sont déroulés dans la nuit du 2 au 3 janvier.

Le Venezuela a été bombardé avec un déploiement militaire inédit (avec plus de 150 avions et hélicoptères en parallèle). C'est la première fois qu'un pays d'Amérique du Sud est bombardé de la sorte (on a toutes et tous en mémoire les dernières interventions dans l'espace Caraïbe et en Amérique centrale, contre le général Noriega au Panama, en 1989 ou encore l'invasion de la Grenade en 1983, précédée de l'arrestation puis l'exécution du Premier ministre Maurice Bishop).

Le présence militaire US était massive dans l'espace Caraïbes depuis plusieurs mois, se traduisant y compris par la présence du plus grand porte-avion au monde, le Gerald Ford et de toute une armada, tout cela au prétexte de la lutte contre le narcotrafic et signifiant plusieurs exécutions extrajudiciaires et le bombardement d'embarcations. La possibilité d'une intervention s'est finalement confirmée. Il y a eu débarquement au sol de forces spéciales le temps de l'intervention et destruction de plusieurs points névralgiques et de défense du Venezuela.

L'absence quasi totale de défense organisée et centralisée, notamment antiaérienne, des Forces armées nationales bolivariennes (FANB) a permis de capturer en un temps record et de séquestrer le président en exercice Nicolás Maduro et sa compagne, la députée Cilia Flores, qui ont donc été « extrait·es » et déporté·es aux États-Unis. Ils ont été présentés à un juge à New York avec des charges fantaisistes, dont celles d'être à la tête d'un « Narco-État ».

Cette opération militaire, qui viole la souveraineté du Venezuela et – bien sûr– toutes les lois internationales (qui sont le dernier des soucis de Trump), inaugure une tentative brutale de recolonisation du pays et, peut-être même, la mise en place d'un protectorat sur le moyen terme, si on l'en croit les premières annonces de la Maison Blanche.

Dans le cadre de la longue crise du capitalisme, du déclin de l'hégémonie mondiale des États-Unis et de la réorganisation violente du système inter-impérialiste, Trump a pour objectif de discipliner tout « l'hémisphère » sous sa coupe, grâce à l'utilisation ou la menace tous azimuts du plus grand arsenal militaro-industriel que l'humanité n'ait jamais construit. Il s'agit, également et plus directement, de reprendre le contrôle du Venezuela bolivarien et de préparer le saccage colonial de l'immense réserve de pétrole lourd du pays.

Selon tes informations, quelle est l'attitude de l'appareil d'État et des couches dirigeantes au Venezuela suite à cette opération ?

Franck Gaudichaud : C'est encore en voie de réorganisation. Ce qu'on constate clairement – et que confirment nos contacts sur place –, c'est que suite à la séquestration du président et de sa compagne, il y a bien continuité de l'appareil d'État maduriste, qui est incarné aujourd'hui par la figure de la présidente intérimaire Delcy Rodríguez. Aussi bien les directions militaires que civiles, les hautes strates de la bureaucratie, les dirigeants du PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) et les différentes factions de la bourgeoisie affairiste bolivarienne semblent faire bloc… pour l'instant. Bien sûr, ce qui est déterminant ici est et sera l'attitude de l'armée, pilier du mouvement national civico-militaire bolivarien et aussi du contrôle politique de Maduro, particulièrement depuis les crises de 2014 et de 2017-2019.

On voit pour l'instant aux côtés de Delcy Rodríguez les principaux dirigeants de ce qu'était le madurisme au pouvoir depuis le décès de Hugo Chávez, en 2013. À commencer par Diosdado Cabello, qui est l'homme fort du régime, puisqu'il tient la police, a des liens très forts avec l'armée et aussi jusque-là avec la Chine ; le ministre de la Défense et chef d'État-major, l'indéboulonnable Vladimir Padrino López qui affiche son soutien (il n'a pas été limogé malgré la déroute de janvier) ; et le frère de la présidente, Jorge Rodríguez, l'un des hommes clés du chavisme, puis du madurisme, aujourd'hui président de l'Assemblée nationale. Au sein des gauches critiques mais aussi chavistes (jusque chez des ministres en poste), chez de nombreux analystes, il y a débat sur jusqu'à quel point un secteur ou tout du moins certains membres du régime auraient pu « lâcher » Maduro en amont ; savoir s'il y a eu des « trahisons » ou des défections dans l'entourage proche de Maduro, face à la pression maximale exercée par les États-Unis (et aux récompenses promises), et suite aux échecs répétés des négociations avec Trump déjà menées par le président désormais incarcéré aux États-Unis.

Tout une partie de la bureaucratie en place, et particulièrement les hauts dignitaires militaires, ont des intérêts économiques à sauver dans l'extraction pétrolière et minière, et leur impunité à négocier en cas de changement de régime… Mais avec quelle marge de manœuvre pourront-ils peser aujourd'hui (surtout en l'absence d'un vaste mouvement de résistance populaire et autonome national) ?

Le fait est qu'il n'y a pas eu de capacité de réaction immédiate, politico-militaire, face à une agression du Pentagone, si ce n'est attendue en tout cas possible, et malgré des forces armées supposément en alerte permanente. Plusieurs milliards de dollars ont été investis avec du matériel russe et chinois, notamment pour protéger Caracas et l'espace aérien, avec une défense anti-aérienne et des radars sophistiqués, au cours des dernières années. Tout semble avoir été neutralisé en amont, peut-être y compris à l'aide d'armes électro-magnétiques et sans aucun doute par un patient travail d'espionnage.

Il y a donc de nombreuses inconnues de ce point de vue, mais il n'y a eu aucun mouvement de défense nationale coordonné. Cela signifie-t-il certaines complicités actives ou passives internes à une échelle limitée, une perte de contrôle de la chaine de commandement, une passivité stratégique assumée de l'État-Major en l'attente d'une réorganisation du pouvoir ? Les débats vont bon train à Miraflores, et les rumeurs et fake news sont aussi alimentées avec frénésie par les services de Washington pour garder la main. Ceux et celles qui ont payé le prix fort de cette débâcle sont plus de 110 personnes (civiles et militaires), dont les membres de la garde personnelle de Maduro et particulièrement 32 agents cubain·es assassiné·es dans l'affrontement.

Quant à la position de Delcy Rodríguez, au plan interne, elle a tout d'abord confirmé le renforcement de l'État d'exception (on semble donc loin d'une perspective « d'ouverture »), puis elle vient de soutenir une large loi d'amnistie dite de « coexistence démocratique » couvrant la période 1999-2025, qui permettrait – si elle est approuvée par le parlement – la libération – sous conditions – de plusieurs centaines de prisonnier·es politiques.

Ce projet de loi confirme d'ailleurs officiellement l'existence de prisonnier·es d'opinion au Venezuela (détenus pour comisión de delitos políticos ou « critique de fonctionnaires ») ; rappelons que cette loi ne concerne pas les assassinats ou les violences aggravées, notamment commises par l'extrême-droite, ni même la corruption (ce qui est plutôt positif). Ce projet d'amnistie est aussi le produit de l'intense mobilisation de plusieurs collectifs de familles de détenu·es.

Plus globalement, les Rodriguez semblent néanmoins confirmer ce que Trump et Marco Rubio ont fièrement annoncé, dans leur conférence de presse, dès après l'agression : ils seraient disposés à la mise en place d'une nouvelle ère de « coopération » avec les États-Unis, notamment pour faciliter la « reconstruction » de l'industrie pétrolière sous tutelle impérialiste. Les marges de manœuvres sont certes limitées.

La présidente a néanmoins répété qu'il s'agit de sauver la souveraineté du pays, elle demande officiellement la libération immédiate de Maduro et Flores, et prend des accents anti-impérialistes dans ses discours à la TV. Le patron de la CIA, John Ratcliffe a pourtant été reçu à Caracas et même médaillé ! Et Trump a annoncé qu'il annulait toute nouvelle attaque car « les États-Unis et le Venezuela travaillent désormais bien ensemble »… L'accueil enthousiaste et souriant par la présidente intérimaire du ministre du pétrole des États-Unis en ce début février, pour planifier la nouvelle donne impériale, a fait réagir avec consternation de nombreux vénézuéliens et vénézuéliennes attachés à la souveraineté de leur pays.

Jusqu'à quel point pourra s'organiser un « madurisme sans Maduro », sous pression de l'impérialisme et en collaborant avec Trump ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de mobilisations importantes des bases chavistes et populaires ?

Franck Gaudichaud : L'option que l'on pensait être celle de Trump était celle d'un regime change [changement de régime] en plaçant sur le « trône » l'opposition ultraconservatrice néolibérale et pro-États-Unis incarnée par Maria Corina Machado et le candidat présidentiel de 2024 Edmundo Gonzalez, battu suite à une fraude électorale. Mais Machado a été humiliée publiquement et mise de côté par Trump, pour l'instant en tout cas. Et ce n'est pas le cadeau de sa médaille de prix Nobel de la paix à l'autocrate des États-Unis qui y changera grand-chose !

Le pari de Trump est donc clairement de s'appuyer sur l'appareil d'État et le madurisme, en faisant le calcul qu'ils tiennent le pays, constatant qu'ils conservent le soutien essentiel de l'armée et aussi des bases sociales réelles (bien qu'amoindries) : le chavisme populaire dont il convient d'essayer de canaliser les possibles résistances. Ceci en exerçant en parallèle une menace et une contrainte politico-militaire et économique considérables. Les calculs de Washington sont que Corina Machado et Edmundo González ne seraient pas capables de réorganiser brutalement le pays, à court terme, sans un appui direct de l'impérialisme, y compris avec des troupes au sol.

Un scénario à l'irakienne est inenvisageable pour Trump et serait trop couteux, y compris au plan domestique, alors que sa base MAGA est très critique, que la situation aux États-Unis est sous tension, avec des luttes très importantes en cours (contre ICE notamment) et que les élections de mi-mandat arrivent bientôt (en novembre).

C'est quand même assez surprenant que l'appareil d'État et la « bolibourgeoisie » soient capables d'un tel bouleversement.

Franck Gaudichaud : Tout le monde est dans l'expectative, le gouvernement intérimaire vénézuélien en place, comme je l'ai dit, souffle le chaud et le froid, y compris par rapport à sa propre population. Mais la chute est violente, notamment pour celles et ceux qui pensaient possible une résistance nationale anti-impérialiste massive, alimentée par des années de « Révolution bolivarienne ». C'est la peur et l'incertitude qui dominent à ce stade et s'il y a eu bien eu des manifestations de soutien pour la libération de Maduro, avec quelques dizaines de milliers de personnes, elles sont restées relativement timides et bien peu spontanées.

Ce n'est pas si surprenant d'ailleurs. D'une part, face à l'immense asymétrie militaire et à la pression politique maximale exercée par l'impérialisme US, dans un contexte régional – de plus – adverse. Mais aussi parce qu'on assiste, depuis bien plus d'une décennie, à un délitement autoritaire, à un effondrement politique, à la destruction économique du pays de Chávez et de ce qu'avait pu incarner, dans les années 2000, le processus bolivarien et son impulsion national-populaire progressiste, « césariste redistributrice » et anti-impérialiste.

Le madurisme a approfondi les points les plus problématiques du chavisme et consolidé une caste bolibourgeoise au pouvoir, nouvelle oligarchie, qui a accumulé par la dépossession et par la corruption les devises issues de l'extraction pétrolière et minière, et certains actifs de l'État. Après avoir réprimé les manifestations (souvent violentes) et les secteurs de l'opposition conservatrice pro-impérialiste, fermé un temps le parlement élu, et concentré les pouvoirs autour de l'exécutif, Maduro a fait de même pour l'opposition de gauche, contre d'anciens alliés d'hier (le PCV [Parti communiste vénézuélien] notamment), emprisonné des syndicalistes ou des ex-dirigeant·es et ministres chavistes.

La situation interne aggravée et même décuplée par des années de blocus des États-Unis et des milliers de sanctions iniques, a provoqué l'exil de 8 millions de Vénézuélien·nes (sur 28 millions d'habitant·es !). Même si dans les dernières années, on assiste à une lente et continue récupération macroéconomique, d'ailleurs incarnée par la gestion très pragmatique de Delcy Rodríguez, notamment chargée de l'extraction du pétrole.

Pourtant, comme le dénoncent plusieurs syndicats vénézuéliens, la politique économique et les droits du travail sous Maduro ressemblent davantage à une dystopie néolibérale, à une destruction de tous les droits fondamentaux et à une fuite en avant extractiviste aux conséquences écologiques catastrophiques, qu'à du « socialisme du XXIe siècle »… Un large front syndical avait même prévu de mener des grèves et mobilisations pour la mi-janvier, projet contrecarré par Trump et sa folie guerrière.

Dans cette situation, l'absence des conditions de possibilité d'une résistance anti-impérialiste large, pluri-partisane, avec une base populaire mobilisée derrière un gouvernement national légitime est criante. Et l'administration Trump en a parfaitement conscience. Nous ne sommes pas du tout en avril 2002 quand Hugo Chávez subissait un coup d'État, soutenu par la CIA et le patronat local, et fut « sauvé » par les « barrios », par une mobilisation populaire très forte, tandis que les militaires montraient leur disposition à rejeter ce coup d'État pro-impérial.

Y a-t-il néanmoins des pans de l'appareil civico-militaire encore ancrés dans cette perspective nationale-populaire et prêts à résister à la nouvelle tutelle coloniale ? Le chavisme populaire, les gauches critiques, les syndicats et les mouvements sociaux sont considérablement affaiblis, certains démoralisés et d'autres cooptés. Se maintient pourtant une mémoire du chavisme des origines et, çà et là, des expériences collectives communautaires communales toujours debout.

Il semble néanmoins qu'une partie non négligeable de la population, avec beaucoup de résignation, pense que cette nouvelle crise pourrait peut-être desserrer l'étrangement du pays et que l'arrivée des capitaux étatsuniens pourrait amener un rebond économique, voire un retour des millions d'exilé·es…

Va-t-on assister à la mise en place d'une sorte de cogestion forcée entre le capitalisme fossile yankee et la bolibourgeoisie ? Et au plan politique, à une collaboration « pro-impériale » de la part du gouvernement pour – essayer de – sauver ses intérêts et, pour d'autre part, continuer à diriger le pays dans ce contexte de quasi protectorat ? Il n'est pas pour l'instant question de transition, voire d'élections, à court terme. Mais elle est déjà envisagée par tous à moyen terme.

Une réaction nationaliste du pouvoir est-elle envisageable ? En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures défendue par Rodriguez comme une avancée (sic) et qui vient d'être approuvée, approfondit fortement la libéralisation que Maduro avait débutée ces derniers mois. Elle remet en cause radicalement la souveraineté de l'Etat sur la ressource, ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999 au profit des multinationales étatsuniennes. C'est un recul historique ! Les Etats-Unis vont décider de l'extraction. Ils ont annoncé qu'ils commenceraient par confisquer à leur profit 50 millions de barils et qu'une partie des futurs dividendes de l'exploitation pétrolière seraient placés au Qatar et restitués au compte-goutte pour faire fonctionner les services publics vénézuéliens, selon leur bon vouloir…

En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui vient d'être approuvée approfondit fortement ce que Maduro avait débuté ces derniers mois et elle remet en cause radicalement la souveraineté de l'État sur la ressource ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999, au profit des multinationales étatsuniennes. C'est un recul historique ! Quelles seront, dans ces conditions, les capacités de réorganisation autonome des classes populaires pour rejeter à la fois la tutelle de Trump et exiger la démocratisation réelle du pays, dans ce nouveau contexte d'oppression coloniale, après des années d'immense précarité matérielle et de dérives autoritaires ? C'est une question clef.

Trump expliquait qu'il voulait récupérer ce qui avait été soi-disant volé aux États-Unis en termes de ressources pétrolières.

Franck Gaudichaud : Le satrape étatsunien annonce sans périphrases le saccage auquel il veut se livrer et la reprise du contrôle du pays. Historiquement, depuis la découverte du pétrole et les premiers puits en 1914, et surtout au moment de l'âge d'or de l'extraction dans les années 60 sous la coupe des multinationales yankees, celles-ci ont pu bénéficier à plein de l'extraction pétrolière, avec des taux de profit gigantesques, démesurés, beaucoup plus par exemple qu'en Arabie saoudite ou au Moyen-Orient.

Ceci est dans l'esprit de l'oligarchie au pouvoir aux États-Unis, et il y a une volonté de revenir à ce type d'accumulation « sauvage » par dépossession. Quand Trump dit qu'ils ont été « écartés », on pourrait penser qu'il parle de la nationalisation de 1976 par la social-démocratie vénézuélienne (sous Carlos Andrés Pérez), mais en fait il se réfère plus directement à 2007 quand Chávez a réorganisé des entreprises mixtes au profit de PDVSA, et nationalisé une grande partie de l'extraction dans la frange pétrolifère de l'Orénoque, là où se situe la principale réserve actuellement, avec peut-être 300 milliards de barils ! C'est la première réserve prouvée à l'échelle planétaire, mais d'un bitume extra-lourd, très couteux à raffiner.

Ce que voudrait le milliardaire Trump, c'est que cette réserve repasse dans les mailles des filets d'Exxon, de Chevron et des grands groupes étatsuniens, et aussi pouvoir dicter le prix du brut mondial (le Venezuela est un acteur central de l'OPEP). Ce n'est pas si facile en réalité, dans un contexte où pour l'instant 80 % des exportations vont vers la Chine, et où l'état de délabrement très avancé des infrastructures pèse sur les capacités d'extraction (avec tout de même 800 000 barils/jour actuellement).

En tout cas, il y a des gros investissements à faire, certains parlent de 60 milliards de dollars, voire de 100 milliards de dollars sur plusieurs années à injecter pour le capital nord-américain. Rien n'est joué car il faudrait réussir à garantir pour ces capitalistes sur une longue durée que la maitrise sociale et politique du pays sera stable et que la Chine sera effectivement écartée ou au moins marginalisée. C'est vraiment une perspective de recolonisation qui pourrait se mettre en place.

En même temps, si l'axe énergétique, pétrolier, saute aux yeux– dans son discours, Trump dit que « l'argent sort du sol au Venezuela » – il faut analyser l'aspect géostratégique qui, à mon sens, est essentiel et qui, d'ailleurs, est exprimé avec brutalité par Marco Rubio : discipliner toute la région, menacer l'Amérique du Sud. Avec en ligne de mire, le Brésil, qui a encore une capacité de relative autonomie géostratégique. Et en même temps, réaligner l'espace des Caraïbes et surtout faire tomber Cuba (l'obsession du clan de Miami de Marco Rubio) comme un « fruit mûr » plutôt que par une intervention.

Cuba qui perd son allié essentiel à Caracas et son approvisionnement en pétrole, alors que l'économie de l'ile est exsangue, dans une situation encore pire que durant la « période spéciale en temps de paix » du début des années 1990. L'ile est très clairement menacée aujourd'hui, cela serait une nouvelle défaite majeure pour la souveraineté latino-américaine. Et de menacer au passage la Colombie et le Mexique, qui sont tous les deux encore gouvernés par des gouvernements progressistes et avec une certaine capacité d'autonomie relative dans l'échiquier régional (les élections sont proches en Colombie et la pression sera forte).

Les documents de la « Nouvelle stratégie de sécurité nationale » (NSSS) de la Maison Blanche, publiés en décembre dernier, confirment une volonté de bouleverser les relations internationales et même de « fascisation » croissante de l'ordre mondial. Éric Toussaint vient d'y consacrer une étude détaillée [1]. On rentre à nouveau dans l'ère des États prédateurs, du gangstérisme impérialiste (qui certes n'a jamais disparu) où seule la force brute compte : l'Amérique latine est leur arrière-cour, tandis que Poutine peut plus ou moins faire ce qu'il veut à l'échelle européenne (la bourgeoisie européenne est méprisée pour sa faiblesse, sa pusillanimité et sa division), y compris en Ukraine, tandis que la Chine incarne le véritable l'ennemi « systémique » : un Empire du milieu à affaiblir dans la région latino-américaine et à contenir en Asie du Sud Est.

L'administration Trump est en train de redécouper le monde pour faire face au déclin de son Empire autrefois hégémonique. Cette nouvelle phase des relations internationales à l'ère du quatrième âge du capitalisme et des grands basculements climatiques et écologiques est plus dangereuse que jamais ; c'est celle de la remilitarisation des relations inter-étatiques et de conflits guerriers à des échelles continentales. Gilbert Achcar décrit une « nouvelle guerre froide » [2], bloc contre bloc, mais celle-ci est de plus en plus peuplée de conflits ouverts, « chauds » et de violence coloniale, à commencer par le génocide à Gaza.

Comment vois-tu le processus de cette recolonisation en Amérique latine, sachant que la Chine est actuellement le premier partenaire commercial de l'Amérique latine ?

Franck Gaudichaud : On voit les conséquences de ce que nous appelons, depuis quelques temps, la « polycrise » du système capitaliste et inter-impérialiste. Les grandes puissances n'ont pas réellement récupéré de la crise depuis 2008 et nous sommes plus largement dans une onde longue de « stagnation séculaire », avec une réorganisation en cours des chaînes de valeur, et marquée par l'hyperconcentration du capital au plan mondial [3]. Dans cette phase, la première puissance actuelle – les États-Unis d'Amérique – en déclin veut récupérer violemment de l'espace, des ressources, des marchés et de la capacité de projection géostratégique.

En ce sens, revenir aux écrits de Lenine, Rosa Luxemburg, d'Ernest Mandel ou de Samir Amin sur l'impérialisme est très intéressant, sans les lire comme une « vérité révélée » bien sûr ; même chose pour les riches débats sur les rapports centre-périphérie, la théorie du développement inégal et combiné ou encore celle de la dépendance dans les années 70 [4]. Les auteurs·trices qui pensaient que l'ère de l'impérialisme était plus ou moins finie, ou encore qu'on allait voir émerger un « super-impérialisme » des multinationales, trans-étatique qui gouvernerait le monde, se sont lourdement trompés : ce qui se confirme est bien un système inter-impérialiste fortement hiérarchisé et concurrent, appuyé avant tout sur des États nationaux forts et sur des puissances militaires nationales. Les multinationales les accompagnent dans le processus, tout comme le capital financier.

Dans ce contexte, l'idée de la « sécurité hémisphérique » et de la doctrine de la sécurité nationale, qui est au cœur de la pensée stratégique étatsunienne pour l'Amérique latine, se réaffirme de manière ultraviolente. La doctrine Monroe, comme corolaire de la présidence Roosevelt et de la politique de la canonnière est revisitée par l'administration de Donald Trump avec fracas et violence en doctrine « Donroe ».

Selon cette vision du monde, le problème est désormais la concurrence de la Chine sur tous les plans, notamment celui de la technologie, des infrastructures (y compris celle des Big tech et les infrastructures monétaires) et de la puissance géopolitique (même si ce n'est pas encore le cas au niveau militaire). Le travail de Benjamin Bürbaumer est éclairant à ce propos : le développement capitaliste de la Chine depuis les années 90 met en péril directement la mondialisation sous hégémonie étatsunienne et celle du dollar, tel qu'elle s'est construite au cours de la seconde moitié du 20e siècle [5].

La Chine est en train de dépasser au plan commercial et économique les États-Unis dans la région latino-américaine : elle est le premier partenaire commercial du Brésil, du Pérou ou du Chili et de l'ensemble de l'Amérique du Sud. Cette dynamique semble presque inaltérable. Même le Mexique, qui est pourtant complètement intégré au réseau et aux chaînes de valeur états-uniennes (via un accord de libre-échange notamment), a pour deuxième partenaire commercial la Chine, avec des entreprises directement installées par l'Empire du milieu à la frontière avec les États-Unis.

Trump l'a dit et le répète : il n'était plus possible que la Chine contrôle les ports pacifiques et atlantiques aux entrées du canal de Panama, et il a réussi à modifier la situation à coup de pression politique et de millions de dollars : Panama est de nouveau un canal totalement sous bannière étoilée. Ses outils sont les multiples bases états-uniennes, le déploiement de la quatrième flotte [6], le contrôle très serré au plan militaire, informationnel et toujours économique, alors que la Chine n'a pas de véritables moyens militaires dans la région (à ce stade).

La relation avec la Colombie est à ce propos central, puisque jusque-là, ce pays était la clé de la géostratégie militaire pour la région sud-américaine, via le « plan Colombie » et au prétexte de la lutte contre les guérillas et les « narcos ». Ceci tandis que l'espace centre-américain et des Caraïbes est considéré comme plus aisément maitrisable (bien que Cuba continue à y résister). Cela explique les conflits diplomatiques assez durs de Trump avec le président Petro, même si des négociations sont en cours.

Les résultats de cette bataille de titans sont incertains – même dans l'Argentine de Javier Milei, la Chine reste centrale dans les échanges commerciaux. Il y a donc des aspects géopolitiques et idéologiques : Trump veut renforcer les « siens », les extrême-droites régionales, les Milei, les Bolsonaro, les Kast…, et pratique l'interventionnisme électoral, comme il l'a fait lors des élections de mi-mandat en Argentine. Il y est aussi parvenu avec succès au Honduras tout récemment, et il va continuer à s'appuyer sur Kast, le pinochetiste nouvellement élu au Chili, sur le milliardaire conservateur Noboa en Équateur, sur la droite conservatrice libérale en Bolivie, et mettre la pression sur les gouvernements, même très modérés, comme celui de Lula au Brésil, pour dire : « si vous nous résistez, vous serez considérés comme des ennemis, et si vous êtes des ennemis, on vous applique des droits de douane complètement inédits de 40 ou 50 %, ou carrément nous vous menacerons militairement, comme on a su le faire au Venezuela ».

Ce déploiement de force, qui est aussi celui en cours contre le Groenland, montre que les États-Unis sont de moins en moins un « hégémon » capable de projeter de la force mais aussi du soft power, de l'adhésion et du consensus : ils représentent désormais la domination brute centrée sur les rapports de forces politico-militaires et les oukases commerciaux, avec en toile de fond la menace de destruction économique ou coloniale contre les « non-alignés », Europe et alliés de l'OTAN y compris si besoin.

Ça doit être très complexe de modifier les chaînes de valeurs et l'organisation internationale du travail, donc cela va nécessiter des gouvernements extrêmement répressifs. Même au Venezuela, ça risque d'être très vite contradictoire avec ce que Trump ou d'autres vont pouvoir présenter comme une supposée ouverture démocratique.

Franck Gaudichaud : Exactement. Il est intéressant de noter les déclarations récentes de figures représentant le capitalisme fossile étatsunien et les grandes majors de l'exploitation des hydrocarbures, qui faisaient part de leurs doutes et réticences sur l'investissement considérable que représenterait la « reconquête » du pétrole au Venezuela à leur profit, et le peu de garanties sur l'avenir qu'ils auraient sans une stabilisation politique toujours difficile (sinon par la mise en place d'un protectorat répressif et couteux). Trump a dû les recevoir et leur réitérer son engagement à leurs côtés. En retour, les dirigeants chinois ont faire part de leur rejet de l'agression contre leur allié vénézuélien, mais ils devront reconnaitre que c'est un coup dur qu'ils viennent de recevoir, alors que leur matériel militaire sur place s'est avéré inefficace.

L'envoyé spécial de Xi Jinping pour l'Amérique latine avait longuement rencontré Maduro à Caracas quelques heures à peine avant le raid de Trump… Néanmoins, ils ont émis de nouveaux documents stratégiques renouvelant leur rejet de l'impérialisme US, leur disposition à la coopération « amicale » et au transfert de technologies avec les pays latino-américains, à rebours de l'attitude guerrière des États-Unis. La Chine a bien compris la menace et elle a un talon d'Achille : sa dépendance énergétique (le pays achète à l'étranger 70 % de ses besoins pétroliers). Les dirigeants chinois vont chercher à consolider leur influence en Amérique latine, au nom du respect mutuel, malgré le revers vénézuélien, sans entrer en confrontation directe avec Trump dans l'hémisphère.

Ils affichent un discours « gagnant-gagnant » ; pourtant la relation Chine/Amérique latine reste complètement asymétrique : ils veulent toujours plus de matières premières, de minéraux, de terres arables, d'agro-industrie. Ils annoncent vouloir atteindre leur objectif des 700 milliards de dollars d'investissement dans la région d'ici 2035. Le mégaport de Chancay qui vient d'être inauguré est leur fleuron dans la région pour les « routes de la soie ». Néanmoins, le ralentissement économique affecte également la Chine.

Même si le Parti communiste chinois s'inscrit dans le discours sur le multilatéralisme, la construction des BRICS et du « Sud Global », nombreux sont les militant·es qui ont bien conscience que le capitalisme vorace du géant asiatique ne saurait incarner une perspective alternative réelle en termes d'émancipation, de développement et, même, en termes diplomatiques d'ailleurs. On l'a vu avec leur silence face aux massacres à Gaza, voire leur soutien à Netanyahou de manière directe ou indirecte. Ils défendent un autre ordre global, certes, mais qui ne sera pas forcément celui de libération des peuples du Sud [7].

La région latino-américaine se trouve au contact de deux plaques tectoniques en lutte : un impérialisme dominant, violent et en crise et une hégémonie impériale globale potentiellement en devenir à l'échelle du siècle. À ce stade, les États-Unis dépensent plus de 36 % de l'ensemble des dépenses militaires de la planète. C'est considérable. 250 000 militaires étatsunien·nes sont déployé·es autour du monde, alors qu'il y a quelques centaines de militaires Chinois et peut-être 30 à 35 000 Russes… Trump veut s'appuyer sur cette énorme puissance militaro-industrielle pour essayer de recomposer la place des États-Unis comme acteur global global player toujours intouchable.

Est-ce que tu as des éléments sur les résistances à cette offensive en Amérique latine ? Ainsi que l'attitude des gouvernements dits « progressistes » ?

Franck Gaudichaud : Concernant les gouvernements progressistes ou de centre-gauche, ils dénoncent l'agression contre le Venezuela, l'enlèvement du Président Maduro, la rupture de l'ordre international, la violation de souveraineté d'un pays voisin. Aussi bien Lula, Claudia Sheinbaum au Mexique, Boric au Chili et Gustavo Petro de manière plus claire encore en Colombie, ce qui ne veut pas dire d'ailleurs une adhésion au régime Maduro.

Lula est intervenu essentiellement au plan diplomatique et de manière assez timorée : il a réclamé une réunion urgente de l'ONU, comme espace légitime de règlement des conflits internationaux, essayé de mobiliser l'Organisation des États américains également, mais il montre en même temps une certaine impuissance, et a redit que selon lui, la libération de Maduro n'était pas la priorité (marquant à nouveau ses distances avec Caracas). Alors que dans les années 2000, les gouvernements nationaux-populaires avaient une capacité forte de coopération et de mise en commun, avec l'UNASUR, la CELAC et même l'ALBA [8] pour essayer de peser sur la scène internationale, on est plutôt face de nouveau à la fragmentation.

On ne parle plus des projets de Banque du Sud, voire d'une monnaie commune alternative . Aujourd'hui, l'idéal de la Patria grande (la grande Patrie latino-américaine de José Martí) est en recul, les nationalismes et les extrêmes droites ont le vent en poupe, l'effondrement de l'expérience bolivarienne pèse sur toute la région, Cuba est asphyxiée et en danger, le Mouvement au socialisme (MAS) bolivien s'entredéchire, l'expérience Boric laisse la place à Kast, etc. Les gouvernements progressistes en place (Brésil, Colombie, Mexique, Uruguay) paraissent relativement isolés, même si Petro et davantage encore Claudia Sheimbaum ont su consolider une base sociale pluriclassiste et électorale solide.

Le facteur décisif dans un tel contexte sont et seront les résistances « par en bas », les luttes de classes et populaires, féministes, paysannes, autochtones, indépendamment de la position des gouvernements, pour l'auto-détermination et la souveraineté nationale. Une manière d'avoir plus de poids sur la scène régionale et face à Trump, y compris pour les gauches au pouvoir, serait de s'appuyer sur une population mobilisée, revendiquant l'horizon historique anti-impérialiste qui est encore très présent dans les imaginaires et valeurs collectives d'une partie des latino-américain·es.

Pourtant, au Brésil ou chez Boric au Chili, la politique progressiste a plutôt été de désactiver les luttes et les acteurs mobilisés. Sans parler d'ailleurs du Venezuela. Le gouvernement Maduro a coopté et/ou réprimé les résistances, et ce qu'il n'a pas fait directement, l'effondrement économique et les sanctions s'en sont chargés. Il reste des « communes » et certaines expériences d'auto-organisation courageuses, à soutenir, mais fragiles.

Ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas en ce moment même des mobilisations et des résistances multiples. Le continent de Sandino et des zapatistes reste parsemé de luttes. Au Brésil c'est très clair, on l'a vu dans la dernière période et le Mouvement des sans terre (MST) reste puissant, malgré ces débats internes quant à la relation avec le lulisme. En Équateur aussi face à Noboa, avec les grandes mobilisations de la CONAIE, la Confédération des nations indigènes d'Équateur, des syndicats urbains, des collectifs écologiques, qui ont réussi à infliger une défaite politique cuisante au gouvernement lors du référendum de novembre 2025, rejetant le projet de nouvelle base militaire yankee et la réforme autoritaire de la Constitution. Donc dans plusieurs pays, ça bouge.

On pourrait parler de la puissance des mouvements féministes, autochtones et décoloniaux : c'est par exemple un espoir au Chili pour affronter Kast et ses mesures de régression sociale, raciste et patriarcale. Mais il n'y a pas actuellement de mobilisations à une échelle continentale, comme il y a pu en avoir par le passé, par exemple pour affronter le projet de l'ALCA [9], défait en 2005. Un point d'appui qui pourrait être vraiment fondamental ce sont les mobilisations de plus en plus massives en cours dans le cœur des États-Unis, le mouvement « No King », les luttes contre les violences policières et la police fasciste de l'immigration (ICE), la victoire de Mamdani à New York, la recomposition de la gauche contre l'establishment Démocrate…

Sinon, il faut bien reconnaitre qu'il a un flux montant néo-conservateur, voire réactionnaire, sur de nombreux plans dans la plupart des pays, qui pèse lourdement. La violence aussi envahit le quotidien et les médias, celle des cartels et du narcotrafic, celle de l'État ou des paramilitaires ou celle liée aux migrations forcées. C'est le cas au Chili, que je connais de près. Il est impératif pour nous de bien comprendre ce qui a conduit ce pays d'un grand soulèvement populaire en 2019 (lourdement réprimé) à la victoire massive du néo-pinochetisme de José Antonio Kast en 2025 : c'est fondamental, selon moi, car c'est une défaite majeure pour toutes les gauches sociales et politiques dans un pays emblématique du néolibéralisme mondial [10].

Nous traversons un moment où les néofascismes et les extrêmes droites conservatrices peuvent apparaitre comme une « alternative » aux yeux d'une partie significative des classes populaires. Où les gauches sont décrédibilisées ou ont perdu le contact avec les couches populaires au profit des Églises évangéliques conservatrices. Où les gauches anticapitalistes restent faibles, sectaires ou peu crédibles.

Bien sûr, de notre point de vue, les extrêmes-droites sont une « alternative » ultra-régressive au service du capital, de la destruction de l'environnement, du patriarcat, de la domination brutale des oligarchies, du technoféodalisme, etc. Et aussi au service de l'impérialisme US dans les Amériques. Ainsi, Kast s'est félicité bruyamment de la séquestration de Maduro et de Cilia Flores. C'est la même chose du côté de Noboa qui a publié des tweets affirmant que l'attaque était une excellente nouvelle pour l'Amérique latine. L'extrême droite brésilienne pense la même chose. Ce sont des « laquais » de Trump.

Alors que les élections vont avoir lieu au Brésil, en Colombie et au Pérou dans quelques mois. En Colombie, il y a un risque réel de voir un retour de la droite. Qu'en sera-t-il au Brésil, avec une gauche institutionnelle toujours dépendante de la figure d'un Lula vieillissant (80 ans) ?

Quelles pistes donnerais-tu comme programme transitoire anti-impérialiste mondial ?

Franck Gaudichaud : C'est très (trop) ambitieux !, car je ne saurai répondre seul à une telle question, qui, de plus, devrait être déclinée selon des conditions locales, nationales, puis globales sur la base des élaborations collectives des populations concernées. Ce qu'on peut dire aisément, c'est que ce n'est certainement pas dans ce contexte de militarisation, d'offensives impériales, de guerres, de génocide de Gaza, d'invasion du Venezuela, de soumissions généralisées des peuples à des gouvernements autoritaires, de répression de masse comme en Iran, de fascisation qu'on va trouver l'issue… Donc comme le disait l'ami Daniel Bensaïd, il faut déjà commencer par dire « non ! » et résister à l'air du temps, surtout quand le fond de l'air est brun [11].

Dans le contexte actuel latino-américain, ce que les gauches militantes et radicales cherchent à construire, c'est déjà une résistance anti-impérialiste la plus large et la plus unitaire possible à une échelle continentale, en soutien au Venezuela et pour se défendre dès maintenant face à de nouvelles interventions sur le continent. À ce stade, comme nous le disent les compañerxs sur place, la mobilisation continentale reste très en deçà de l'urgence du moment. Ils et elles exigent déjà le retrait immédiat de l'immense armada que les États-Unis maintiennent depuis des mois dans les Caraïbes et la libération immédiate de Nicolás Maduro et de Cilia Flores, selon le principe clair que c'est au peuple vénézuélien, et seulement lui, de décider qui le gouverne [12].

Dans les pays du « Sud », cela nécessite la création de fronts unis larges pour rejeter les atteintes à la souveraineté, à l'autodétermination. Mais de tels fronts de résistance, ouverts, ne devraient aucunement sacrifier, en même temps, la construction de gauches combatives, indépendantes des bourgeoisies nationales, de toute forme de bonapartisme et de progressismes gouvernementaux chancelants qui ont montré toutes leurs contradictions depuis 25 ans.

Cela veut dire aussi un débat clair avec les nombreux courants « campistes » latino-américains, comme au plan international : la « géopolitique » ne saurait conduire à mettre sous le tapis la lutte contre les autoritarismes (quels qu'ils soient) et la nécessaire défense inconditionnelle des peuples en lutte contre des impérialismes autres que celui de Trump (à commencer par la Russie). Dans les pays du « Nord global », l'urgence est la construction d'une solidarité internationaliste active et concrète. C'est ce que nous avons commencé, encore timidement, à mettre en place en France autour du Venezuela et qui commence à être pensé à nouveau pour Cuba.

Un internationalisme qui aura aussi comme tâche de dénoncer l'hypocrisie et la responsabilité de nos propres gouvernements dans le désordre du monde et leur soumission à Trump : Gaza est venu le rappeler douloureusement et, sur le Venezuela, la position scandaleuse du gouvernement Macron également. À court terme, en mars 2026, la conférence antifasciste de Porto Alegre pourrait être un point d'appui à valoriser [13].

On espère qu'elle saura être transformée aussi en conférence internationale anti-impérialiste pour essayer de regrouper autour d'objectifs communs, sans sectarismes, des forces politiques mais aussi sociales, qui ne sont pas d'accord sur tout, le PT, le PSOL, la CUT brésilienne, des secteurs des gauches radicales de tout le continent, la Via Campesina, les forces syndicales et féministes, des mouvements sociaux d'un peu partout.

Concernant les alternatives concrètes, on devrait essayer de mettre en avant la consigne de « guerre à la guerre impérialiste », contre la militarisation folle en cours, tout en soutenant celles et ceux qui mènent courageusement, les armes à la main, des résistances de libération, notamment en Ukraine, en Palestine ou dans le Kurdistan. Au-delà de cet aspect « défensif », cela signifie penser collectivement et « en positif », la construction d'alternatives démocratiques dans un contexte d'effondrement climatique, de la biosphère, de la biodiversité, et donc penser un programme de transition postcapitaliste et postproductiviste, soit une perspective à la fois écosocialiste et de la décroissance choisie.

Décroissance évidemment dans les pays riches, mais « juste », différenciée selon des critères intersectionnels (de classe, de genre, de race) et aussi décroissance pour les oligarchies des pays du Sud. Avec une reconstruction des services publics, une redistribution radicale des richesses, la planification écologique à plusieurs échelles (du local au global) basées sur la délibération, le communalisme, l'auto-organisation et le contrôle démocratique. Une perspective qui pose la question de l'exploitation et des oppressions qui traversent nos sociétés et nous traversent comme individus (racistes, sexistes, validistes, etc.).

Tout cela, on ne saurait le « proclamer » de manière abstraite, comme un mantra. Comment co-construire des programmes et des mesures transitoires très concrètes qui s'inscrivent dans une stratégie plus générale sur la base de délibérations larges ? De quelles histoires passées nous inspirer et tirer des leçons ? Comment les gauches peuvent-t-elles à nouveau « enchanter le monde », parler aux « affects » de millions de personnes, forger un bloc historique qui pose la question du pouvoir et de sa conquête, sans se renier, ni verser dans le dogmatisme ? Commençons déjà par éviter les réponses toutes faites, le 20e siècle et ses horreurs sont toujours là…

On le sait, il n'y aura pas d'émancipation, s'il n'y a pas une émancipation du travail ; la reconstruction des droits des travailleurs·euses (salarié·es comme précaires) pourrait être une première boussole. Ayons aussi des « antennes », à l'écoute des utopies et expériences pratiques. Par exemple, l'Amérique latine est la terre du zapatisme, de plusieurs processus révolutionnaires, et ces mouvements débattent depuis une vingtaine d'années des chemins pour construire une société du « bien-vivre », qui s'appuie sur une réinterprétation de certaines revendications et pratiques communautaires des peuples autochtones. Même chose sur les droits des femmes et toutes les revendications féministes contre le patriarcat [14].

On a vu à quel point le mouvement féministe chilien était capable d'avoir une vision transversale et radicale pour répondre à la « précarisation de la vie », pour affronter le néolibéralisme, favoriser l'accueil digne des migrant·es, défendre les droits des peuples autochtones. Il faut donc partir de là pour penser les transitions, les décliner pays par pays, mais aussi par la reconstruction de solidarités régionales et internationales. Face au capital mondialisé, il est indispensable de penser aussi à ce niveau-là. Ceci sans céder aux sirènes du « patriotisme » d'une partie de la gauche, y compris décoloniale, en assumant qu'il faut effectivement « rêver » à nouveau, réinventer nos puissances collectives, aider à coconstruire les souverainetés populaires à plusieurs échelles (dont l'échelle nationale, c'est certain) [15].

Nous pensons que la situation est surdéterminée par la catastrophe (déjà en cours) du bouleversement climatique et qu'il faut tout repenser sur cette base si nous voulons éviter un véritable cataclysme. Le fameux « programme de transition » (proposé dès 1938 par Trotsky) doit ainsi être repensé de fond en comble. C'est dans cette perspective que la Quatrième internationale a versé au débat, en plusieurs langues, le Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste, fruit d'une élaboration collective internationale de plusieurs années [16]. Les défis sont colossaux : il est urgent de « tirer le frein d'urgence », pour reprendre la belle formule de Walter Benjamin. Cependant l'ampleur des enjeux ne doit pas nous paralyser. Comme l'écrit Daniel Tanuro, « il est trop tard pour être pessimistes » [17]. Trump, Netanyahu, Macron, Poutine et leur monde sont capables du pire, sentons-nous capables de penser le meilleur !

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Cet entretien a été mené par Antoine Larrache pour la revue Inprecor (https://inprecor.fr), et actualisé pour Contretemps Web.

Source : Contretemps

Notes

[1] « États-Unis : comprendre la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » et ses implications », Contretemps web, 16 janvier 2026.

[2] La nouvelle guerre froide, Gilbert Achcar, janvier 2024, Éditions du Croquant. Lire aussi « Aux origines de la nouvelle guerre froide. Entretien avec Gilbert Achcar », Contretemps web, 29 avril 2023.

[3] Diogo Machado, Francisco Louçã, « Nouvelles et anciennes oligarchies – Les transformations du régime d'accumulation du capital », Contretemps Web, 13 janvier 2026.

[4] Samir Amin, Le développement inégal, Éd. de Minuit, 1973 et Ernest Mandel, Le troisième âge du capitalisme, Édition 10/18, 1976. Pour une synthèse des débats sur l'impérialisme, voir Benjamin Bürbaumer, Le Souverain et le Marché. Théories contemporaines de l'impérialisme, Ed. Amsterdam, 2020.

[5] Benjamin Bürbaumer, Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, La Découverte, 2024.

[6] La quatrième flotte de la marine militaire étatsunienne a été créée en 1943 pour faire face aux sous-marins allemands dans l'océan atlantique, puis dissoute en 1950. Elle a été reconstituée en 2008 pour veiller sur les côtes latino-américaines.

[7] Éric Toussaint, « Pourquoi les BRICS n'agissent pas contre le génocide en cours à Gaza », Contretemps web, 6 octobre 2025.

[8] Les États-Unis sont membres de l'OEA, mais pas de l'Union des nations sud-américaines (UNASUR), de la Communauté d'États latino-américains et caraïbes (CELAC) et de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA).

[9] Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA selon la langue).

[10] Karina Nohales, Pablo Abufom Silva, « Kast : la “voie démocratique” vers le pinochetisme », Contretemp Web, 15 décembre 2025.

[11] Daniel Bensaid, Les irréductibles. Théorèmes de la résistance à l'air du temps, Textuel, 2001.

[12] Lire la démarche initiée par des militant·es latino-Américains « Arrêter l'offensive néocoloniale de Trump au Venezuela et en Amérique latine ».

[13] Du 26 au 29 mars. Les informations, programme et inscriptions sont sur le site : https://antifas2026.org.

[14] Veronica Gago, La puissance féministe ou le désir de tout changer, Ed. Divergences, 2021.

[15] Collectif, « Rêver en matérialistes internationalistes », Contretemps web, 10 mars 2025.

[16] Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste est disponible dans diverses langues sur le site de la IVe Internationale, et édité par La Brèche.

[17] Daniel Tanuro, Trop tard pour être pessimistes ! Écosocialisme ou effondrement, Textuel, 2020.

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Mobiliser les gens ordinaires contre le fascisme et l’impérialisme

La présidente du PSOL-Rio Grande do Sul raconte les conditions politiques de préparation de la conférence. Du 26 au 29 mars, la ville de Porto Alegre au sud du Brésil sera le (…)

La présidente du PSOL-Rio Grande do Sul raconte les conditions politiques de préparation de la conférence.

Du 26 au 29 mars, la ville de Porto Alegre au sud du Brésil sera le siège de la 1re Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples. Comment cette initiative d'une conférence internationale est-elle née ?

12 mars 2026| tiré du site inprecor.org | Photo : Rodrigo Dilélio, Gabi Tolotti et Roberto Robaina.
https://inprecor.fr/mobiliser-les-gens-ordinaires-contre-le-fascisme-et-limperialisme

Nous sommes à l'épicentre d'un débat intense sur l'avenir du monde : le peuple brésilien a traversé le tragique mandat du gouvernement Bolsonaro, il a affronté son projet autoritaire et en a tiré les leçons. Après une intense mobilisation sociale et politique, Bolsonaro a subi une défaite électorale. Mais le bolsonarisme est toujours présent dans la société. Et ce n'est pas qu'un problème brésilien, c'est un problème qui touche les intérêts de la classe ouvrière et des peuples du monde entier. L'extrême droite gouverne ou est en situation d'accéder au pouvoir dans presque toute l'Europe. Ailleurs, elle montre sa force et met sous pression les gouvernements qui se revendiquent démocratiques et populaires, ainsi que les différents types de gouvernements libéraux.

La montée de l'extrême droite s'accompagne de l'émergence d'organisations clairement fascistes ou néofascistes.

Porto Alegre est une capitale d'État aux traditions et aspirations démocratiques importantes. C'est là que se sont tenues les premières éditions du Forum social mondial. Elle constitue un terrain fertile pour construire l'unité entre des forces militantes, influentes dans la société, au niveau électoral mais aussi politique et idéologique, en définissant comme priorité la lutte contre l'extrême droite sur plusieurs fronts, sur la base d'accords d'unité politique, dans le respect de nos différences.

La conférence, initialement prévue en 2024, s'intitulait alors Conférence antifasciste, tout court. Pourquoi ce changement de nom ?

La conférence devait initialement avoir lieu en 2024, mais nous avons dû reporter le projet en raison des inondations qui ont frappé le Rio Grande do Sul, une tragédie politico-environnementale effroyable. Mais nous n'avions pas abandonné l'idée d'organiser cet événement, qui représente une nécessité historique, une réponse d'organisations qui veulent lutter ensemble contre la montée de l'extrême droite, du fascisme, du néofascisme, quelle que soit la façon dont on veut l'appeler.

Au départ, il s'agissait de la première conférence internationale antifasciste, et maintenant on l'appelle première conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples.

Ce changement représente un changement politique visant à mieux prendre en compte deux menaces très profondes : la question de la lutte contre le fascisme, bien sûr, mais aussi la manière dont l'impérialisme menace la souveraineté des peuples. L'invasion du Venezuela par les États-Unis, et l'enlèvement du président Maduro, démontre concrètement qu'il s'agissait d'un élargissement judicieux.

Outre l'enlèvement de Maduro et de Cilia Flores, qui sont détenu·es depuis deux mois par le gouvernement américain, il y a aussi toutes les menaces que le gouvernement étatsunien a proférées à l'encontre de la Colombie et de Cuba. Le changement de nom est antérieur à ces événements, mais dans la pratique sa nécessité se vérifie.

Qui se joint à la conférence ?

En 2024, l'appel a d'abord été lancé par le PSOL, le PT, le PcdoB1 et le Mouvement des travailleurs sans terre et deux syndicats liés à l'éducation (Durges et le Cepers). Avec l'appui d'Éric Toussaint, du CADTM, avec qui le comité local est en dialogue permanent, nous avons commencé à établir des relations avec des organisations du monde entier et à construire le caractère international de l'événement.

Cette année, plus d'une centaine d'entités brésiliennes appellent déjà à la conférence. Des entités importantes telles que l'association nationale de professeur·es d'université, celle des travailleur·ses de l'éducation, le syndicat des enseignant·es de Rio de Janeiro. En plus de cet appel brésilien, nous avons organisé des réunions régulières d'un comité international qui rassemble des organisations et des militant·es du monde entier.

Au niveau international, à l'initiative du CADTM, plus de 1 200 militant·es ont signé un appel international pour renforcer l'action antifasciste et anti-impérialiste. Tou·tes ne pourront pas être présent·es avec nous à Porto Alegre, mais tou·tes soutiennent l'initiative de la conférence.

Il est donc évident que la conférence a pris de l'ampleur, qu'elle est désormais bien établie et que nous travaillons pour que tout se passe bien ici à Porto Alegre.

Comment se prépare-t-elle ?

Outre le comité local et le comité international, certains pays et certaines villes ont leur propre comité. Ainsi, par exemple, en Argentine, d'où une délégation importante va venir au Brésil, les militant·es sont organisé·es en un comité qui rassemble des dizaines d'organisations argentines, et leur projet est de venir avec au moins deux bus, soit entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix personnes. Nous avons aussi un comité au Chili, par exemple.

Nous organisons des pré-conférences dans certaines villes du Brésil. Le 26 février, il y en aura une à São Paulo. Le 28 février, il y en aura une autre à Pelotas, une ville de l'intérieur de l'État du Rio Grande do Sul, et c'est ainsi que les comités organisent leurs délégations pour venir à Porto Alegre.

Quels seront les points forts de la programmation ?

La Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples va proposer quatre types d'activités, toutes très importantes. Je vais vous parler un peu de chacune d'entre elles.

La marche d'ouverture aura lieu le 26 mars à 18 h dans le centre de Porto Alegre, et nous la souhaitons la plus large possible, qu'elle réunisse non seulement celles et ceux qui sont venu·es à la conférence, mais aussi des associations, des partis politiques, des personnalités, le peuple de Porto Alegre, pour composer cette marche qui sera une marche contre le fascisme, pour la souveraineté des peuples, mais aussi une marche de tou·tes celles et ceux qui luttent pour leurs droits. Ce sera l'un des points forts de la conférence.

Nous aurons dix conférences thématiques réparties entre vendredi, samedi et dimanche. Ces tables rondes réuniront des personnalités venues de tous les coins du Brésil et du monde. Sur le site web, vous trouverez le programme complet de chaque thème. Cette partie de débats est évidemment l'autre point fort de la conférence.

Un autre format proposé est celui des activités autogérées, pour lesquelles ont été réservés des créneaux horaires afin que les organisations puissent elles-mêmes proposer des activités, des intervenant·es et des organisations, car les dix conférences thématiques ne suffiront pas à rendre compte de la pluralité et de la diversité des luttes et des tâches que les organisations mènent dans le cadre de leurs activités. Nous avons donc ouvert cet espace pour que les personnes puissent organiser elles-mêmes leurs activités.

Et, en marge de la conférence, avant les tables rondes officielles, le jeudi 26, à partir de 14 h, nous aurons le Forum des autorités antifascistes, qui se tiendra à l'Assemblée législative du Rio Grande do Sul, afin de réunir des personnes, des institutions, des organisations qui ont une expérience en matière de gestion et une expérience institutionnelle de la lutte contre le fascisme et pour le renforcement de la souveraineté des peuples.

Des participant·es du monde entier sont attendu·es, d'Amérique latine et d'Amérique du Nord, d'Europe, d'Asie, d'Océanie et d'Afrique. Pour certains, le voyage sera long et coûteux… Comment la solidarité va-t-elle s'organiser ?

Nous allons réunir des milliers de personnes. Évidemment, une grande partie des participant·es viendront du Brésil, mais nous aurons quelques centaines d'organisations et de militant·es venus de divers pays du monde. C'est une richesse et cela montre la qualité de la conférence et nous pose aussi de nouveaux défis. Ces voyages sont longs et souvent très couteux. Surtout au regard des disponibilités financières des personnes venues du Sud global, forcément moindres que celles des personnes venues des pays qui ont plus de moyens financiers. C'est donc tout un casse-tête que nous sommes en train de résoudre. Nous essayons, avec tous les syndicats et toutes les organisations ici à Porto Alegre, d'obtenir le plus d'hébergements solidaires possible pour les organisations et les militant·es des pays du Sud, des pays qui ont le plus de difficultés à financer leurs voyages.

Nous avons déjà conclu un accord avec le CPERS, un syndicat des personnels de l'éducation dans le Rio Grande do Sul, et ils vont mettre à disposition 80 places, que nous sommes en train de négocier pour la délégation argentine qui fait un effort considérable pour faire venir deux bus de son pays. En outre, nous recherchons d'autres hébergements moins chers et nous essayons de répondre aux besoins de toutes les personnes qui justifient la nécessité d'un hébergement solidaire. Nous n'avons pas encore d'hébergement pour tout le monde, mais nous nous mobilisons pour essayer d'en trouver autant que possible.

Des participant·es d'Afrique et d'Asie rencontrent d'énormes difficultés obtenir un visa, voire pour simplement déposer une demande. Comment traitez-vous cette question ?

En ce qui concerne la question des visas, nous sommes en contact avec le ministère des Relations extérieures. Deux députées fédérales élues par le Rio Grande do Sul, Fernanda Melchionna et Maria do Rosário, ont envoyé un courrier formel à ce même ministère. La députée Fernanda Melchionna a beaucoup œuvré lors des réunions avec le ministère des Relations extérieures pour que les invité·es internationaux qui viennent au Brésil pour participer à l'événement se voient délivrer un visa de courtoisie2. Nous sommes donc en train d'élaborer et d'orienter les protocoles de ce processus, mais il existe déjà un accord avec le ministère des Relations extérieures pour que nous obtenions ce visa gratuit pour celles et ceux qui en ont besoin et qui ont été invité·es à participer à la conférence.

Et après le 29, après l'assemblée générale ?

La conférence de Porto Alegre sera une étape importante sur un chemin bien plus long. Une Lettre de Porto Alegre est en discussion. Elle constituera un appel à lutter sans relâche et de la manière la plus unie possible contre la montée de l'extrême droite et de l'agression impérialiste, une dimension essentielle de notre projet émancipateur, socialiste, écologiste, féministe, antiraciste et internationaliste.

Le 17 février 2026

Propos recueillis et traduits par Luc Mineto.

1. Parti socialisme et liberté, organisation fondée en 2004 à la gauche du PT lors du premier mandat de Lula. Les membres de la IVe Internationale militent dans ce parti. Le Parti des travailleurs est le parti de classe fondé en 1980 et dirigé par Lula. Le PCdoB est le Parti communiste du Brésil.

2. Visa accordé en dehors des catégories (tourisme, travail, études) et procédures classiques, pour des motifs officiels ou institutionnels mais non diplomatiques.

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France : Après le premier tour des municipales

17 mars, par aplutsoc — , ,
Ces élections municipales ont connu le plus fort taux d'abstention de leur histoire à l'exclusion du scrutin de 2020 qui s'était déroulé sous le Covid. Beaucoup de faits sont (…)

Ces élections municipales ont connu le plus fort taux d'abstention de leur histoire à l'exclusion du scrutin de 2020 qui s'était déroulé sous le Covid. Beaucoup de faits sont allégués pour expliquer cela, mais la division à gauche a joué, sans aucun doute, pour paralyser une partie de l'électorat de gauche soucieux de défendre les droits sociaux et démocratiques.

Tiré d'aplutsoc.

À terme, cette situation, combinée à la casse des services publics et au pouvoir des intercommunalités, menace le caractère démocratique de l'institution communale.

Alors que l'électorat de gauche est ainsi confronté à la division (qui pèse nationalement même là où l'unité est réalisée sur la commune), l'électorat de droite n'a désormais plus aucune restriction, aucune barrière, à voter extrême droite que ce soit sous la forme du RN, de Reconquêtes comme à Paris, ou sous d'autres formes (faux « divers droite », etc.) C'est bien l'union des droites le tremplin vers la prise du pouvoir par les relais de Trump et Poutine en France qui veulent en finir avec les libertés publiques et l'État de droit. Là où il doit choisir, il choisit l'union des droites extrêmes, comme à Nice. C'est là la raison, avec la désunion à gauche, pour laquelle le RN peut conquérir des mairies importantes au second tour comme à Marseille, et non pas une poussée massive en sa faveur.

À gauche, les scores de LFI demandent une analyse politique précise, car ils combinent deux facteurs : des percées municipales par ancrage local et un évident affaiblissement de l'élément national-présidentiel dans la place de LFI. Les succès incontestables à Saint-Denis, Roubaix, Limoges, Toulouse, Courbevoie …, ne doivent donc pas être interprétés (ainsi que le fait bien entendu la direction de LFI) comme la confirmation de la « juste ligne », car ils se combinent à de vastes zones de faiblesse et au score « tassé » des deux candidatures LFI les plus liées à la stratégie nationale de division, Delogu à Marseille et surtout Chikirou à Paris. Ces résultats n'augurent donc rien concernant les présidentielles, et sont même potentiellement porteurs de crise d'un mouvement initialement fondé sur le seul présidentialisme.

À l'exception notable du Nord/Pas-de-Calais, les listes à dominante PS ou d'union dominée par le PS résistent bien, et les écologistes semblent capable de « sauver » Lyon, Bordeaux et peut-être Grenoble. En simplifiant, le vote populaire à gauche se porte sur les listes les plus susceptibles de gagner, et quand en plus, elles peuvent sembler tirer la dynamique d'ensemble le plus à gauche possible, cela leur profite.

Ces réalités ont produit un infléchissement dans l'orientation de LFI qui parle désormais de « front antifasciste » et de « fusions techniques ».

Front antifasciste ? Bien sûr, mais soyons précis : le front antifasciste, c'est le front commun contre l'union des droites, sur le plan électoral, et c'est la centralisation des luttes contre patronat et gouvernement, au plan social – les syndicats y ont vitalement leur place. Le front antifasciste ne consiste pas à saisir la « main tendue » par LFI, mais à frapper ensemble tout en marchant séparément et en discutant des orientations.

Fusions techniques ? Oui, mais rien n'est plus politique qu'une fusion technique ! Une fusion technique veut dire qu'on veut faire prévaloir les besoins sociaux et démocratiques communs contre les ennemis des libertés : ce n'est pas rien ! Et même si ceci ne conduit pas à des majorités municipales officiellement unies, ceci peut y pousser. Des fusions techniques voir plus s'imposent évidemment dans toutes les communes où les listes LFI sans dominer réalisent des scores significatifs dont l'apport est nécessaire pour barrer la route à l'union des droites, de Toulouse à Marseille en passant par Clermont-Ferrand et Lyon. Il faut donc combattre pour elles.

À Paris, Sophia Chikirou qui avait défini la nature politique de sa candidature en disant qu'elle visait à ce que le PS ne tienne plus la mairie, a déclaré hier soir que le danger était la droite et l'extrême-droite, mais pour faire porter toute la responsabilité du danger au seul PS sommé de « répondre à son appel ». Cette manière de tendre la main, à la manière du KPD allemand engagé dans une division forcenée et violente qui, soudain, le 20 juillet 1932, somme les sociaux-démocrates de le rejoindre dans une grève générale… le lendemain matin, est volontairement contre-productive et prolonge en fait la stratégie du secteur dirigeant de LFI que représente Chikirou, faisant le jeu de l'union des droites au compte de l'axe Trump-Poutine.

Mais, dans tout le pays, cette orientation vacille, de même que vacille la position imprimée au PS de refuser « tout accord national » avec LFI, comme l'a répété hier soir Olivier Faure, laissant entendre toutefois que des accords locaux sont possibles. Évidemment, puisqu'ils sont nécessaires, et le reconnaître est une position nationale !

Le 8 mars dernier, le 14 mars, et maintenant dans la pression pour stopper l'union des droites de Paris à Marseille et dans tout le pays, la poussée d'en bas imposant l'unité est engagée.

Dans les urnes, dans la grève et dans la rue, front commun contre l'union des droites !

Suède : Nooshi, oseras-tus faire comme les sociaux-démocrates espagnols ?

17 mars, par Internationalen — , ,
Cette adresse est parue sur le site Internationalen – animé par des militant·es de Socialistisk Politik – à Nooshi Dadgostar, présidente du Parti de gauche (Vänsterpartiet). (…)

Cette adresse est parue sur le site Internationalen – animé par des militant·es de Socialistisk Politik – à Nooshi Dadgostar, présidente du Parti de gauche (Vänsterpartiet). Fille de réfugiés politiques iraniens, elle est reconnue pour es interventions sur les questions sociales. Le PG dispose de 24 député·es ( 6,75% en 2022). Il est membre du groupe GUE/NGL au Parlement européen avec die Linke et le PCFI (PV)..

7 mars 2026 | tiré d'inprecor.fr | Photo : News Oresund / CC BY 2.0
https://inprecor.fr/suede-nooshi-oseras-tus-faire-comme-les-sociaux-democrates-espagnols

Bonjour Nooshi !

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont déclaré la guerre à l'Iran. En un seul raid, ils ont tué le plus haut dirigeant du pays, l'ayatollah Khamenei, ainsi qu'un grand nombre de représentants de l'État iranien et des centaines de civils. Pour Trump et Netanyahu, il s'agit d'une guerre totale qui doit être menée jusqu'à ses conséquences ultimes. Le terrorisme d'État que cela implique a secoué le monde, et tous les dirigeants européens savent très bien qu'il s'agit d'un acte qui a non seulement été mené sans l'accord du Congrès, mais qui a également enfreint le droit international.

L'extrême droite et les alliés de la mégalomanie de Trump et de la politique génocidaire de Netanyahu ont justifié cet acte de guerre. D'autres tentent de garder le silence pour ne pas provoquer Trump. Mais il y a une exception en Europe. Le gouvernement espagnol, dirigé par Pedro Sánchez, a refusé que les bases militaires américaines installées dans leur pays soient utilisées pour attaquer l'Iran.

Le 3 mars, Trump a réagi avec colère et a déclaré : « Nous allons interrompre tout commerce avec l'Espagne. Nous ne voulons plus avoir affaire à l'Espagne. » Il a également ajouté : « L'Espagne a été terrible. »

Trump est convaincu que les dirigeants européens sont ses vassaux et ignore complètement la souveraineté des États. C'est là que Pedro Sánchez, en Espagne, l'a défié. Après ces menaces, Sánchez a déclaré dans un discours prononcé le 4 mars que la position de son pays pouvait se résumer « en quatre mots » : « No a la guerra » (Non à la guerre), ce même slogan qui fut popularisé pendant la guerre en Irak en 2003.

Sánchez a rappelé que les États-Unis nous avaient déjà « entraînés » dans la guerre en Irak en 2003, ce qui, selon lui, avait déclenché « la plus grande vague d'insécurité » en Europe depuis la chute du mur de Berlin. Le leader social-démocrate a également souligné que la position de l'Espagne était « claire et nette » et que le pays ne se rendrait pas complice « de cette violation du droit international qui protège chacun d'entre nous ».

Depuis le début des bombardements américains et israéliens sur l'Iran, Nooshi Dadgostar n'a pas dit un mot. Elle n'a fait aucune déclaration pour se distancier de l'agression criminelle contre l'Iran. Sa dernière déclaration connue remonte au 14 février, lorsqu'elle a déclaré que le régime iranien devait être renversé. Quel genre de parti est le Parti de gauche ? Quel genre de leader est Nooshi pour ne pas oser adopter une position « claire et nette » telle que celle des sociaux-démocrates espagnols, qu'elle-même a l'habitude de louer ?

Nooshi : vas-y, laisse ton parti soutenir la position des sociaux-démocrates espagnols.

Oserez-vous le faire ?

Publié le 6 mars par Internationalen, traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro

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Faisons front face à la montée du fascisme - Lettre ouverte aux organisations politiques, sociales et syndicales

17 mars, par Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) — , , ,
La séquence des dernières semaines marque une nette accélération de la fascisation du débat public. Minute de silence à l'Assemblée nationale, diabolisation de l'antifascisme, (…)

La séquence des dernières semaines marque une nette accélération de la fascisation du débat public. Minute de silence à l'Assemblée nationale, diabolisation de l'antifascisme, complaisance envers l'extrême droite… Face à cette offensive politico-médiatique, la gauche sociale et politique doit être à la hauteur de la situation et construire un véritable front antifasciste avant qu'il ne soit trop tard.

27 février 2026 | tiré du site du NPA l'Anticapitaliste | Crédit Photo : Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas.
https://npa-lanticapitaliste.org/actualite/politique/faisons-front-face-la-montee-du-fascisme-lettre-ouverte-aux-organisations

Si nous n'agissons pas dès maintenant, la fascisation du monde et du pays sera inévitable. L'extrême droite peut compter et compte déjà sur le soutien des milliardaires et de leurs médias, avec la légitimité que lui donne la droite traditionnelle en reprenant une partie de son discours et de son agenda. Elle peut compter aussi sur la complaisance du gouvernement et des institutions, la police et la Justice.

Le risque est immense

Le risque est grand que le 22 mars prochain l'extrême droite gagne de nombreux élus dans des municipalités clés, avec pour conséquence non seulement le verrouillage des institutions mais aussi un sentiment de confiance accrue pour les groupuscules nazis.

La bataille médiatique et politique pour les présidentielles qui s'engagera dès le 23 mars 2026 risque d'être bien pire encore du point de vue du débat démocratique que ce que nous avons connu ces derniers mois.

Fake news, contre-vérités, matraquage médiatique nauséabond d'une part, attaques contre des locaux associatifs, syndicaux et politiques, les militantEs, les personnes racisées et les LGBTQIA+, d'autre part. Sans parler des menaces de répression, d'interdictions, de dissolutions… LFI étant odieusement ciblée de façon systématique pour la seule raison qu'elle incarne une opposition radicale au gouvernement et aux attaques antisociales, tant à l'Assemblée que sur le terrain.

Nous réaffirmons notre pleine solidarité face à ces attaques, qui n'ont eu de cesse d'accabler la Jeune Garde et de dédouaner les groupuscules nostalgiques du régime de Vichy. Derrière LFI, c'est tout le mouvement ouvrier, toute la gauche sociale et politique, tout le mouvement pour l'égalité et l'émancipation qui est menacé. Ce sont nos conditions d'existence mêmes, à tout-es celleux qui luttent et résistent, qui sont mises en cause par la fascisation actuelle.

Notre arme, l'unité

Nous, exploitées et opprimées, nous ne pouvons compter que sur notre propre force et notre nombre. Pour cela nous devons nous unir au-delà de tout calcul d'appareil.

Nous avons besoin d'une réponse politique et sociale unitaire. C'est la seule manière de faire entendre notre voix, de montrer qu'une autre issue est possible, d'arrêter cette dynamique qui nous mènera à des années sombres.

L'enjeu dépasse donc de loin les concurrences électorales. Et les règlements de comptes politiques à gauche ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ni l'alignement sur les positions les plus droitières ni le sectarisme ne permettront de créer les conditions pour sortir de la nasse politico-médiatique. Nous devons faire front toutes et tous ensemble !

Construire un front antifasciste

Depuis des décennies, les politiques de casse sociale, sécuritaires et racistes nourrissent l'extrême droite. Au service des riches, Lecornu et Macron imposent leur politique par l'autoritarisme, la violence et le passage en force. Ces politiques ont ouvert la voie au RN et à la fascisation ambiante. Nous vivons un moment de bascule.

Il est urgent que l'ensemble des organisations politiques, syndicales et associatives, au-delà des nuances et des calculs d'appareil, se réunissent pour préparer une riposte à la fois institutionnelle et militante partout dans les villes, les quartiers, les lieux d'études et les entreprises, à l'image de ce qu'a pu être la mobilisation pour le Nouveau Front populaire en 2024. Plus que jamais nous avons besoin d'un nouveau front résolument antifasciste et militant, car l'autodéfense unitaire sera vitale dans la prochaine période.

Dans ce contexte, la mobilisation du 8 mars sera une première échéance de mobilisation sociale, féministe, antiraciste. La réussite de cette journée aura une importance capitale pour construire une réponse à l'extrême-droite. Mais nous devrons continuer.

Nous vous proposons de nous rencontrer le plus rapidement possible, dès avant la manifestation du 14 mars, qui apparaît comme une échéance de mobilisation centrale pour nos organisations. Notre front commun qui doit s'inscrire dans la durée sera une base solide pour des initiatives : déclarations, meetings, manifestations. Nous, NPA-l'Anticapitaliste, ferons tout ce qui est à notre portée pour mettre en place un travail commun et nous nous inscrivons dans toutes les initiatives qui iraient dans ce sens.

No Pasaran !

Avec nos salutations anticapitalistes et antifascistes,

Le Comité exécutif du NPA-l'Anticapitaliste

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Iran, Liban : Macron complice de la sale guerre de Trump et Netanyahou au Moyen-Orient

17 mars, par NPA - L'Anticapitaliste — , ,
Tout le Moyen-Orient est désormais déstabilisé par cette nouvelle guerre déclenchée par les États-Unis et l'État d'Israël contre la République islamique d'Iran. Cette guerre, (…)

Tout le Moyen-Orient est désormais déstabilisé par cette nouvelle guerre déclenchée par les États-Unis et l'État d'Israël contre la République islamique d'Iran. Cette guerre, menée hors cadre juridique, a déjà fait près de 2000 morts parmi les civilEs, et les destructions des infrastructures essentielles à la vie des populations sont massives.

6 mars 2026 | tiré du site du NPA l'Anticapitaliste | Crédit Photo. Capture d'écran​​​
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78252

Netanyahou s'acharne en parallèle sur le Liban et son peuple déjà meurtri. L'État d'Israël bombarde massivement et étend son occupation du territoire libanais.

En ouvrant les bases militaires françaises au Moyen-Orient et celle d'Istres à l'aviation étasunienne, Macron se fait le complice de la guerre impérialiste menée par les fascistes Trump et Netanyahou.

En envoyant le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée, et en indiquant vouloir sécuriser le détroit d'Ormuz, Macron s'engage chaque jour un peu plus dans une guerre criminelle. Alors que le président espagnol Pedro Sanchez a refusé à Trump l'utilisation des installations militaires de l'État espagnol, Macron se range une fois de plus du pire côté de l'histoire.

Il accélère la militarisation de la France et augmente les budgets affectés au réarmement du pays, alors que le manque d'argent est systématiquement invoqué pour refuser l'augmentation des salaires ou encore les moyens alloués pour la santé, l'éducation, la transition écologique et les services publics en général.

Nous rejetons les politiques bellicistes de réarmement de la France et la militarisation de la société. Plus que jamais nous réclamons des moyens pour la satisfaction des besoins sociaux et environnementaux.

Dans le même temps, nous devons construire un mouvement anti-guerre massif par-delà les frontières et exprimer largement le refus de cette nouvelle guerre impérialiste, le soutien du gouvernement français à Trump et Netanyahou.

Il incombe aux forces de la gauche sociale et politique en France et en Europe de s'opposer ensemble à la sale guerre de Trump et de Netanyahou, de soutenir les peuples d'Iran sous les bombes impérialistes aujourd'hui et en lutte depuis 47 ans contre la République islamique d'Iran.

Nous exigeons l'arrêt immédiat de la guerre de Trump et Netanyahou.

Nous dénonçons le soutien de la France à Trump et Netanyahou.

Solidarité avec les peuples d'Iran !

Montreuil, le 6 mars 2025

NPA-l'Anticapitaliste

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