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La Ministre Diab et le Ministre Anandasangaree appelés à intervenir dans le cas d’un militant Sénégalais qui fait face à une déportation dans six jours

14 avril, par Solidarité sans frontière — , ,
Montréal, 13 avril 2026 – Le 19 avril, Amadou*, réfugié politique, sera renvoyé de force vers le Sénégal où il sera confronté à une grave répression, à moins que la ministre de (…)

Montréal, 13 avril 2026 – Le 19 avril, Amadou*, réfugié politique, sera renvoyé de force vers le Sénégal où il sera confronté à une grave répression, à moins que la ministre de l'immigration Diab ou le ministre de la Sécurité Publique Anandasangaree n'interviennent sur son cas.

La Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) du Canada avait reconnu qu'il avait déjà été arrêté et torturé à de nombreuses reprises en tant que membre d'un parti politique qui s'opposait à l'arbitraire du gouvernement, mais elle avait refusé sa demande parce que son ancien avocat n'avait pas remis suffisamment de preuves attestant des risques encourus sous le gouvernement actuel.

"Je suis contre toutes les formes d'injustice. C'est pourquoi j'ai subi la répression sous le gouvernement de Macky Sall en tant que membre d'un parti d'opposition. Maintenant, le Canada me renvoie vers le Sénégal où je subirai la répression du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye. Depuis l'arrivée du nouveau gouvernement, nous avons vu les arrestations arbitraires et des actes de brutalité policière se multiplier, jusque dans mon village où des députés ont été arrêtés. Je me suis montré très critique envers le nouveau gouvernement, qui a trahi ses promesses de justice sociale et d'équité politique, et j'ai reçu des menaces en conséquence. Le Sénégal n'est pas sûr pour moi," a déclaré Amadou.

Activistes, représentant-e-s d'organisations et des communautés, proches et personnes soucieuses de montrer leur solidarité se sont rassemblés samedi dernier pour demander à la Ministre Diab d'accorder un permis de séjour temporaire et au Ministre Anandasangaree d'accorder un sursi de déportation, en souligné le fait que la Cour Fédérale n'a pas encore se prononcer sur son appel qui est toujours en cours.

"Tout le monde mérite d'être traité avec humanité et dignité. Défendre la vie et les droits des personnes vulnérables est un devoir moral," a dit Tania Luzolo de Solidarité sans frontières.

"ICE reçoit beaucoup d'attention mais ici-même au Canada, nous voyons se mettre en place une machine de déportations en masse," a souligné Aboubacar Kane, porte-parole de Solidarité sans frontières, dénonçant l'accélération du rythme des expulsions au Canada qui avait atteint en 2025 une moyenne de 400 déportations par semaine.

"Les déportations sont une forme de racisme systémique. Elles déchirent des familles et des communautés, conduisant les gens à des situations de grande précarité où ils peuvent ne plus subvenir aux besoins de leurs familles ni être en sécurité," a rappelé Samira Jasmin de Solidarité sans Frontières.

Source :
Solidarité sans frontières (SSF)

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Marinwest Energy, fossoyeur d’avenir

14 avril, par Pierre Prud'homme — , ,
« Le nouveau mégaprojet de gazoduc et d'usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) que l'entreprise Marinwest Energy veut construire sur la Côte-Nord, au Québec, est « (…)

« Le nouveau mégaprojet de gazoduc et d'usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) que l'entreprise Marinwest Energy veut construire sur la Côte-Nord, au Québec, est « incompatible » avec la voie à suivre pour éviter le naufrage du climat planétaire ».

Voilà ce qu'affirmait dans une entrevue au Devoir (30 mars 2026), M. Alain Webster, le président du Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC), mis sur pied par le gouvernement du Québec lui-même, pour le conseiller.

Mais qu'est-ce que nous ne comprenons pas, au niveau cognitif, pour réaliser que ce « naufrage du climat planétaire » ne mène à rien d'autre qu'à notre propre naufrage ? Qu'est-ce qui nous échappe, au niveau affectif, quand nous sommes capables, au quotidien, de serrer sincèrement dans nos bras nos enfants et petits-enfants et de vouloir ce qu'il y a de meilleur pour eux, et parallèlement, de laisser se développer sur notre territoire et dans nos instances décisionnelles, une activité économique qui se veut fossoyeuse d'avenir pour nos êtres chers ?

Et qu'on ne s'y méprenne pas : je n'en appelle pas au sentiment de culpabilité qui, pour moi, est aussi mortifère que le projet de Marinwest Energy. L'avenir des générations futures est dans nos mains. Nous en sommes les bâtisseurs. Il est de notre responsabilité. Ne sous-estimons pas ce pouvoir que nous avons individuellement et collectivement. Mais ce pouvoir est conditionnel, entre autres, au choix qui est le nôtre de faire confiance en la science climatique.

M. Webster ne s'arrête pas là. Il nous prévient que le projet de Marinwest Energy sabote la voie à suivre qui nous permettrait de « développer une économie résiliente pour les décennies à venir ».

On connaît déjà la réserve des scientifiques à utiliser des expressions ou des termes qui pourraient faire peur et provoquer ainsi la paralysie et la démobilisation. Mais jusqu'où, pour éviter l'éco-anxiété, nous faut-il éviter de nommer les choses par leur nom pour rendre compte de la réalité ?

Devant celle-ci, M. Webster ne se défile pas. En parlant du projet de Marinwest Energy, son constat est clair et limpide : « D'un point de vue économique, c'est une catastrophe. D'un point de vue environnemental, c'est une catastrophe. D'un point de vue social, c'est une catastrophe. C'est donc une très mauvaise idée ».

Pourtant, on a déjà joué dans ce film-là. Les promoteurs essaient de nous convaincre que leur projet constitue un outil de « transition énergétique », comme avait fait l'entreprise GNL Québec il y a quelques années. Avons-nous déjà oublié l'analyse qu'en faisait l'Agence internationale de l'énergie en rappelant qu'au contraire, une telle infrastructure gazière représenterait un frein à la nécessaire transition énergétique dont l'urgence n'est plus à démontrer ?

On se fait une belle jambe en voulant répondre à court terme aux besoins énergétiques de certains pays par nos énergies fossiles. Mais en gardant le silence sur le fait que la consommation de notre gaz dans ces pays retardera leur propre transition énergétique, nous nous faisons complices de l'accentuation du disfonctionnement du climat.
Nous sommes d'accord avec M. Webster quand il nous rappelle que retarder la transition énergétique revient aussi à « perdre des occasions de développement économique ».

Au Mouvement des travailleuses et travailleurs chrétiens, nous avons adopté au niveau international un plan d'action des quatre dernières années sur le thème : Justice sociale dans une économie pour la vie. Pour nous, une économie qui entretient notre dépendance aux énergies fossiles ne peut prétendre servir la vie, ni aspirer à une plus grande justice sociale, puisqu'elle sape les fondements d'une meilleure justice intergénérationnelle.

Voilà pourquoi nous en appelons à élever nos voix contre le projet de Marinwest Energy et contre la stratégie économique du gouvernement Carney qui mise sur la croissance des exportations d'énergies fossiles canadiennes et qui collabore depuis des mois à ce que le projet de Marinwest se réalise au Québec.

Pour reprendre l'image de M. Carney à Davos, faute d'être à la table de négociation sur la crise climatique, nos enfants, petits-enfants et générations futures n'ont pas à voir la qualité de leur avenir passer « au menu » de nos décisions à courte vue.

Pierre Prud'homme
Laval

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Criminalisation du contrôle coercitif : une avancée majeure pour les victimes, à condition d’une mise en œuvre rigoureuse

14 avril, par Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale — , ,
Ottawa, 13 avril 2026 – Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale présente aujourd'hui son mémoire devant le Comité permanent de la justice et des (…)

Ottawa, 13 avril 2026 – Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale présente aujourd'hui son mémoire devant le Comité permanent de la justice et des droits de la personne dans le cadre de l'étude du projet de loi C-16, lequel offre une nouvelle façon d'analyser et de sanctionner les infractions entre partenaires intimes.

La reconnaissance législative du contrôle coercitif comme infraction criminelle marque un tournant décisif dans la lutte contre la violence conjugale et la protection des victimes. Cependant, la création de cette infraction ne suffira pas à elle seule à garantir un meilleur accès à la justice ni une sécurité accrue pour les femmes victimes.

Après être allé à la rencontre des acteurs impliqués dans plusieurs de ces réformes en Écosse, en Angleterre et en Australie (Nouvelle-Galles du Sud et Queensland), le Regroupement peut témoigner de l'importance d'accompagner l'infraction de mesures structurantes permettant d'assurer la meilleure application possible. Autrement, on risque de passer à côté de ce moment historique qui reconnaît enfin le caractère particulier de la violence conjugale.

Les conditions indispensables au succès

Pour éviter que la nouvelle infraction de contrôle coercitif ne reste lettre morte ou ne soit mal appliquée, le Regroupement recommande que certaines mesures soient inscrites dans le texte de loi :

1- Formation exhaustive : Tous les acteurs socio-judiciaires travaillant auprès des victimes et des auteurs de violence entre partenaires intimes devraient être formés avant l'entrée en vigueur de la loi pour être en mesure de reconnaître, documenter et mettre en preuve le contrôle coercitif.

2- Mécanisme de monitorage, de comptabilisation des données et de reddition de comptes : En raison du changement de paradigme et de pratiques introduit par la reconnaissance du contrôle coercitif dans le Code criminel, un monitorage de l'application de l'infraction constitue un instrument essentiel pour évaluer l'efficacité de la réforme, éviter les effets non désirés et corriger d'éventuels dysfonctionnements. Ce mécanisme devrait être confié, sur le modèle de l'État australien de la Nouvelle-Galles du Sud, à un Comité d'expert·e·s chargé de superviser et de rendre compte du déploiement de la réforme d'un océan à l'autre.

3- Révision de la loi : Basée sur les travaux du Comité d'expert·e·s, la loi devrait faire l'objet d'une révision à intervalles réguliers afin d'ajuster le cadre législatif selon les lacunes ou besoins identifiés dans la pratique.

En plus des mesures prévues dans le projet de loi C-16, le succès de la réforme devra passer par une collaboration accrue avec les services d'aide aux victimes, des directives claires, une vaste campagne de sensibilisation du public, et aussi un financement adéquat pour répondre aux besoins des victimes.

« Nous constatons déjà au Québec l'impact des activités de sensibilisation offertes à différents services de police sur la capacité des policières et policiers à documenter les différentes manifestations de contrôle coercitif. Ces avancées rendent mieux compte du vécu des victimes et facilitent le travail des procureur·e·s. » illustre Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement.

Le Canada devra relever le défi de garantir une application uniforme à l'échelle du pays, exigeant une collaboration des provinces et des territoires, afin d'éviter que des failles fragilisent les droits des victimes ou entrainent une jurisprudence préjudiciable à toutes. L'expérience entourant l'adoption de la loi sur l'aide médicale à mourir a démontré notre capacité à construire une voie canadienne malgré les juridictions et les champs de compétences différents.

« En Australie, une interlocutrice nous disait que le soin accordé à l'implantation est aussi, si ce n'est plus, important que la création de l'infraction elle-même. On espère que les moyens déployés par le gouvernement seront à la hauteur des attentes et des besoins des victimes. » déclare Karine Barrette, avocate et chargée du projet Améliorer la pratique judiciaire pour accroître la sécurité des femmes victimes de violence conjugale.

Liens

Consulter le mémoire du Regroupement sur C-16

Consulter le rapport de mission du Regroupement sur la criminalisation du contrôle coercitif en Australie (mars 2026)

Consulter le rapport de mission du Regroupement sur la criminalisation du contrôle coercitif en Grande-Bretagne (septembre 2024)

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Christine Fréchette première ministre désignée : pour des choix à la hauteur des enjeux

14 avril, par L'R des centres de femmes du Québec — , ,
Le 12 avril, Christine Fréchette a été élue à la tête de la Coalition Avenir Québec. Elle a affirmé bien connaître les groupes de femmes et être issue de ce milieu. Nous (…)

Le 12 avril, Christine Fréchette a été élue à la tête de la Coalition Avenir Québec. Elle a affirmé bien connaître les groupes de femmes et être issue de ce milieu. Nous prenons acte de cette déclaration, qui devra maintenant se traduire en engagements concrets. À ce moment charnière, L'R des centres de femmes du Québec souhaite rappeler des attentes claires envers le gouvernement du Québec.

Dans un contexte marqué par la montée des violences faites aux femmes, la précarité grandissante et la fragilisation du filet social, il est impératif que la nouvelle Première ministre du gouvernement du Québec fasse des choix à la hauteur des enjeux.

Nous appelons à des engagements concrets :

Augmenter de façon significative et immédiate le financement à la mission des organismes communautaires ;

Reconnaître pleinement le travail essentiel des centres de femmes en matière de violences faites aux femmes, et leur rôle incontournable en prévention ;

Assurer des pratiques démocratiques respectueuses des débats et du rôle des institutions, sans recourir à des mesures qui en limiteraient indûment la portée.

Les centres de femmes sont au cœur des communautés. Ils accompagnent, préviennent, mobilisent avec des ressources insuffisantes.

La nouvelle Première ministre a l'occasion d'envoyer un signal fort : celui d'un gouvernement qui choisit de soutenir les groupes qui tiennent le filet social, de s'attaquer réellement aux violences faites aux femmes et de renforcer la démocratie.

Nous serons attentives aux engagements qui seront pris.

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Un couronnement qui sent la fin de règne

14 avril, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Des centaines de personnes issues de la CSN, du Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA), du mouvement le Communautaire à boutte et du collectif Le Québec, (…)

Des centaines de personnes issues de la CSN, du Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA), du mouvement le Communautaire à boutte et du collectif Le Québec, c'est nous aussi étaient présentes aujourd'hui, en marge du congrès de la CAQ, pour le couronnement du nouveau premier ministre ou de la nouvelle première ministre. Ils sont d'avis que les chances de voir les priorités de la population être prises en compte par le gouvernement à l'issue de la course à la chefferie sont minces.

À quelques mois des élections, le gouvernement caquiste a fait le choix de multiplier les projets de loi qui affaiblissent l'État de droit, en s'en prenant aux contre-pouvoirs et en ciblant des boucs émissaires comme les syndicats, les immigrantes et les immigrants. Pendant ce temps, le gouvernement laisse dans l'ombre les priorités de la population, comme le coût de la vie, l'accès aux services publics et la préservation du filet social.

« Ce gouvernement vit sur du temps emprunté. Il a décidé d'utiliser ses derniers mois au pouvoir pour affaiblir le filet social en tirant dans toutes les directions. Pendant ce temps-là, bien des Québécoises et des Québécois doivent choisir entre manger ou se loger. Le Québec qu'on veut, il est bien différent. Il s'occupe des travailleuses et des travailleurs et il remet les services publics sur pied pour aider toute la population. Dans les prochaines semaines, nous allons continuer de faire valoir nos revendications aux partis politiques pour que les choses changent », lance le premier vice-président de la CSN, François Enault.

« Devant un filet social en ruines et des droits trop souvent piétinés, nous nous tenons aujourd'hui en solidarité avec les forces syndicales et citoyennes pour exiger que la dignité humaine et la justice sociale redeviennent la boussole de l'État québécois. Nous demandons au prochain ou à la prochaine chef-fe du gouvernement d'enfin oser s'attaquer au sous-financement chronique du milieu communautaire. Le temps du mépris doit cesser pour faire place à une reconnaissance réelle de notre rôle essentiel au filet social et à la prospérité du Québec », expriment d'une même voix Caroline Toupin, du RQ-ACA, et Mathieu Gélinas, du mouvement Le communautaire à boutte.

« Des milliers d'immigrants francophones, intégrés et à l'emploi vivent avec la peur au ventre, car le gouvernement organise leur départ forcé depuis l'abolition sans préavis et sans clause de droits acquis du Programme de l'expérience québécoise (PEQ). Les Québécoises et les Québécois l'ont prouvé à maintes reprises : il faut de toute urgence rouvrir le PEQ et permettre à toutes les personnes qui en remplissaient les conditions d'obtenir la résidence permanente. Les solutions sont là, il faut juste les mettre en place », rappelle la vice-présidente du collectif Le Québec, c'est nous aussi, Sabrina Kouider Philippon.

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Les conditions d’emploi des chargé-es de cours universitaires propices à la détresse psychologique

14 avril, par Natacha Laprise, Christine Gauthier, Pierre-David Desjardins — , ,
Au Québec, près de 50% des cours sont donnés par des enseignants en situation d'emploi contractuel. Si les personnes chargées de cours partagent des conditions d'emploi (…)

Au Québec, près de 50% des cours sont donnés par des enseignants en situation d'emploi contractuel. Si les personnes chargées de cours partagent des conditions d'emploi similaires, elles ne font pas partie d'un groupe homogène.

Par Christine Gauthier, Natacha Laprise, Pierre-David Desjardins
Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) et Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Entre celles qui font leur doctorat à temps plein, celles qui bénéficient d'une carrière fortement engagée en dehors de la vie universitaire et celles qui s'installent durablement dans une « carrière » académique à statut précaire, leur participation à la vie universitaire ne s'inscrit pas dans les mêmes trajectoires et ne génèrent pas les mêmes attentes à l'égard du travail.

Pour les chargé-es de cours qui font carrière à l'université malgré leur position instable et leur intégration incertaine (environ 30%, selon nos données), nous avons voulu réfléchir aux conditions psychosociales dans lesquelles elles travaillent. L'enquête quantitative que nous avons menée, qui s'est déroulée pendant l'année 2022-2023, visait ainsi exclusivement les personnes dont les contrats d'enseignement universitaire représentaient leur principale source de revenu. Nous avons constitué un échantillon de 431 participant-es qui ont répondu à un sondage visant à mesurer les risques psychosociaux de leur travail à l'université et leurs impacts sur leur santé psychologique. Ce sondage a été construit à partir de questionnaires validés.

La précarité face à l'engrenage du capitalisme académique

Les résultats obtenus confirment la présence de risques psychosociaux pour les personnes participantes. La faible reconnaissance et la charge de travail élevée sont les facteurs qui arrivent en tête de liste et qui touchent respectivement 69 % et 64 % des personnes sondées. Il ressort notamment, pour 52 % des répondant-es, un important déséquilibre entre les efforts déployés pour faire face à la charge de travail élevée versus la reconnaissance qu'ils perçoivent. De plus, 70 % des personnes sondées mentionnent que le travail est devenu plus exigeant depuis les dernières années. Environ 50% d'entre elles rapportent aussi recevoir un faible soutien de leurs pairs et de leur supérieur lorsqu'elles vivent des situations de tension.

Face à l'engrenage du capitalisme académique (Cantwell et Kauppinen, 2014) et à la culture du « toujours plus », les personnes précaires se retrouvent souvent prises dans le piège du travail sans fin et soumises aux logiques de compétition entre pairs afin de maintenir leur valeur « sur le marché ». Sans rémunération stable et sans garantie quant à leur avenir, même à court terme, elles choisissent souvent de cumuler les contrats et de surengager leurs tâches.

En plus des demandes accrues (d'accommodements, de sollicitation par courriels, de corrections), c'est aussi tout le poids associé au clientélisme qui accroît la demande psychologique ressentie. Confrontées à des injonctions paradoxales (à la fois sanctionner les études et ne pas déplaire aux étudiant-es), les chargé-es de cours doivent tout faire pour éviter les plaintes et les embûches, qui peuvent être des menaces réelles à leur lien d'emploi. Cette réalité permet d'expliquer entre autres le fait que 74 % des personnes sondées considèrent que leur travail est émotionnellement exigeant.

Du fait de leur statut précaire, les chargé-es de cours de carrière vivent aussi un fort sentiment d'isolement et de mise à l'écart. Absent-es des assemblées départementales, elles n'ont souvent pas accès à un bureau personnel pour travailler sur le campus.

La vie personnelle au ballotage

À ce « cocktail » de conditions psychosociales délétères pour la vie professionnelle, s'ajoutent les impacts sur la vie personnelle. Le poids de la précarité et l'incertitude des revenus qu'elle génère ont des effets sur la capacité à réaliser des projets personnels et financiers importants. De fait, pour les deux tiers des personnes répondantes, la nature contractuelle de l'emploi limite leur capacité à planifier leur avenir à long terme, tels qu'avoir des enfants ou acheter une maison. Parmi celles-ci, 43% mentionnent que l'incertitude de ne pas être réembauchées rend impossible les engagements financiers importants.

En somme, la relation d'emploi exclusivement contractuelle en enseignement universitaire dresse les contours d'une profession confrontée à des risques psychosociaux qui peuvent être similaires à ceux mesurés dans une récente enquête menée par l'Institut national de santé publique chez le personnel de l'enseignement (2025). Toutefois, nous entrevoyons le poids des conséquences multiples de la précarité chez les chargé-es de cours. Ainsi, il n'est pas étonnant de constater que nous avons obtenu la même proportion de répondants présentant un niveau de détresse psychologique élevée ou très élevée, soit 56% des personnes sondées. Également, 95 % des chargé-es de cours associaient leur détresse psychologique partiellement ou totalement en lien avec leur travail. Rappelons par ailleurs que ce 56 % de personnes avec un niveau de détresse psychologique élevée ou très élevée est en fait 15 % de plus que les résultats obtenus par l'Enquête québécoise sur la santé de la population 2020-2021, réalisée auprès de la population active durant la pandémie de Covid-19 (Institut de la statistique du Québec).

Quelles solutions pour l'avenir ?

Au Québec, de nouvelles dispositions législatives en santé et sécurité au travail imposent dorénavant aux établissements des mécanismes de prévention qui tiennent compte des risques psychosociaux dans l'analyse de l'environnement de travail et des impacts potentiels sur la santé psychique. Il s'agit d'une avancée importante dans la mise en place de milieux de travail sécuritaires pour la santé de tous, particulièrement en enseignement.

Nous proposons deux pistes d'action à explorer pour s'attaquer à la racine des problèmes. La première consiste à réduire la précarité de l'emploi, par exemple par l'allongement des contrats et le retrait des décisions arbitraires qui mènent à l'obtention de contrats, mais aussi en s'attaquant au capitalisme académique qui « broie » les intellectuels précarisés, notamment en renforçant le financement public et inconditionnel des universités. La seconde vise à soutenir l'enrichissement professionnel et la reconnaissance des chargé-es de cours, par exemple par une plus grande participation démocratique à l'université, par le soutien à la réalisation et à la rémunération des activités de recherche et par un renforcement des processus d'accueil.

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Colloque des États généraux du syndicalisme : la réflexion se poursuit

14 avril, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Les États généraux du syndicalisme ont réuni cette semaine plus de 500 militantes et militants provenant des neuf principales organisations. Pour la vaste majorité des (…)

Les États généraux du syndicalisme ont réuni cette semaine plus de 500 militantes et militants provenant des neuf principales organisations. Pour la vaste majorité des travailleuses et des travailleurs consultés au préalable, le syndicalisme demeure le moyen privilégié pour lutter contre les inégalités sociales et faire face à la crise du coût de la vie. Une mise en commun des travaux et l'élaboration d'un plan d'action sont prévues au cours des prochaines semaines.

Tiré de l'Infolettre CSN En Mouvement

31 mars 2026

Plus de 500 militantes et militants provenant des neuf principales organisations syndicales québécoises — l'APTS, la CSN, la CSD, la CSQ, la FAE, la FIQ, la FTQ, le SFPQ et le SPGQ — se réunissent aujourd'hui pour franchir une étape décisive des États généraux du syndicalisme : définir ensemble des solutions pour répondre aux défis actuels et futurs.

« Démarche collective sans précédent dans l'histoire du mouvement syndical, son thème – L'Union fait l'avenir – reflète pleinement notre démarche collective axée sur l'écoute et le partage d'idées. Alors que les droits des travailleuses et travailleurs sont attaqués, nous répondons par la solidarité et la volonté de renforcer l'action syndicale », déclarent conjointement les présidentes et présidents des organisations syndicales, Robert Comeau (APTS), Luc Vachon (CSD), Caroline Senneville (CSN), Éric Gingras (CSQ), Mélanie Hubert (FAE), Julie Bouchard (FIQ), Magali Picard (FTQ), Christian Daigle (SFPQ) et Guillaume Bouvrette (SPGQ).

Les organisations syndicales en mode solution

Lancés il y a un an, les États généraux ont débuté par une vaste consultation menée auprès des membres de toutes les organisations syndicales. Cette démarche a permis d'identifier clairement les perceptions de nos membres et les défis auxquels est confronté le mouvement syndical.

Premier constat : pour la vaste majorité des travailleuses et des travailleurs consultés, le syndicalisme est toujours aussi essentiel, notamment pour continuer à lutter contre les inégalités sociales grandissantes et faire face à la crise du coût de la vie.

Parmi les thèmes abordés, la participation et l'implication des membres en dehors des périodes de négociation, le besoin de renforcer le rapport de force et la capacité de mobilisation des organisations syndicales ressortent comme des enjeux prioritaires. Ils seront au cœur des discussions durant le colloque.

Cette consultation révèle aussi l'importance d'accroître les efforts pour favoriser l'inclusion des jeunes, des personnes racisées ou immigrantes, des membres de la communauté 2ELGBTQIA+ et des travailleuses et travailleurs étrangers temporaires. Elle met également en lumière le besoin d'assurer une démocratie syndicale toujours plus vivante dans toutes les organisations.

À partir de ces constats – et avec l'expertise du milieu universitaire – les personnes participantes mettront en commun leurs idées et leurs propositions afin de bâtir, au cours des prochains mois, un plan d'action inspirant, porté par des solutions concrètes pour l'avenir du syndicalisme québécois.

«  Les consultations nous l'ont clairement montré : les membres veulent un mouvement syndical fort, inclusif et mobilisé. Ce colloque, c'est notre occasion de transformer leurs préoccupations en solutions concrètes. Ensemble, nous avons la responsabilité — et la capacité — de construire un rapport de force solide et un avenir syndical répondant aux aspirations de nos membres », concluent les présidentes et présidents.

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Bombarder l’Iran, c’est aussi détruire le patrimoine de l’humanité et hypothéquer la recherche

« Outre les morts qu'elles causent par milliers, ces guerres conduisent à l'effacement d'une mémoire partagée en visant des sites patrimoniaux. » Parce que le cessez-le-feu (…)

« Outre les morts qu'elles causent par milliers, ces guerres conduisent à l'effacement d'une mémoire partagée en visant des sites patrimoniaux. » Parce que le cessez-le-feu conclu ce 8 avril entre les Etats-Unis et l'Iran est précaire, un large collectif d'acteurs et actrices de la recherche sur les mondes iraniens et de soutiens alerte sur les frappes visant à « effacer les traces du passé » : « elles participent à la déshumanisation des sociétés du Moyen-Orient en oblitérant leurs histoires longues ».

Tiré du blogue de l'auteur.

Depuis le 28 février 2026, les gouvernements des États-Unis et d'Israël ont lancé une campagne de bombardements intenses sur le sol iranien, illégale du point de vue du droit international. En dépit du cessez-le-feu précaire annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril, ces bombardements ont déjà eu un impact considérable. Nous exprimons ici notre solidarité avec le peuple iranien sur lequel repose et reposera l'essentiel des conséquences de cette guerre.

Les répercussions désastreuses de cette guerre pour le patrimoine iranien, et plus largement pour celui du Moyen-Orient, ont été dénoncées par l'UNESCO dans plusieurs déclarations publiées au cours du mois de mars (la dernière en date ici) pour alerter la communauté internationale. Ces alertes ont été relayées par d'autres organisations internationales chargées de la préservation et de la protection du patrimoine (Europa Nostra ; ICOM ; ICOMOS ; United States Committee of the Blue Shield). Au-delà des cas emblématiques des dommages subis par le Palais du Golestan à Téhéran, le palais Chehel Sotun et la place Naqsh-e Jahan d'Ispahan, inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, de trop nombreuses destructions irréparables sont signalées quotidiennement par des organisations internationales, les administrations iraniennes en charge du patrimoine, ainsi que par plusieurs médias iraniens et internationaux.

En effet, à ce jour plus de 120 sites ont été touchés. Au-delà des cyniques « dommages collatéraux », ces dégâts relèvent parfois de frappes intentionnelles, destinées à effacer les traces du passé et à détruire les institutions dédiées à la préservation de ce patrimoine et à la formation scientifique des nouvelles générations qui en auront la charge (exemples des tirs visant des universités à Téhéran et Ispahan).

Ces frappes touchent non seulement les sites mais également les agents chargés de leur étude et de leur conservation. A titre d'exemple, nous sommes particulièrement préoccupés par les frappes du 8 mars dernier qui ont détruit les bureaux de l'organisation iranienne du patrimoine culturel à Khorramabad, dans la province du Luristan, et dont la vallée environnante est classée sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Plusieurs membres de cette organisation ont été blessés (voir ici et ici). Le sort des archives archéologiques et de la documentation scientifique qui y étaient conservées reste incertain. Ces frappes ont également causé des dégâts sur l'antique citadelle de Falak-ol-Aflak ainsi que sur le musée voisin.

Pourtant, ces bâtiments, comme tant d'autres, avaient été dûment signalés et leurs coordonnées transmises aux belligérants par l'UNESCO pour que de telles frappes soient évitées. Plus généralement, le patrimoine iranien a déjà payé un lourd tribut aux événements désastreux successifs qui ont secoué le pays depuis les premiers bombardements israélo-américains déjà massifs au mois de juin 2025. Nous tenons donc à relayer les déclarations de l'UNESCO qui rappellent « à toutes les parties leurs obligations de respecter le droit international, notamment la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, ainsi que la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel ».

« Témoins irremplaçables du passé de l'Iran pour les générations présentes et futures »

En tant qu'acteurs et actrices de la recherche sur les mondes iraniens, nous tenons à témoigner de l'exceptionnelle richesse patrimoniale de ce pays. Outre les 29 sites classés sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO, environ 40 000 sites ont été inscrits sur la liste nationale du patrimoine iranien depuis 1930, époque à laquelle a débuté la construction du Musée national d'Iran à Téhéran, lequel conserve des collections archéologiques inestimables. À ce patrimoine matériel s'ajoutent les nombreux et volumineux fonds d'archives que le pays abrite.

Ces sites, ces collections et ces archives constituent des témoins irremplaçables du passé de l'Iran pour les générations présentes et futures. Pour nous, chercheurs, elles représentent aussi des sources essentielles pour étudier les sociétés anciennes, modernes et contemporaines qui ont occupé et occupent l'actuel territoire iranien. Parce que nous les étudions quotidiennement, nous pouvons attester combien ces sources sont essentielles pour approfondir notre connaissance de l'Histoire, non seulement à l'échelle nationale de l'Iran et à celle, régionale, du Proche et du Moyen-Orient, mais aussi à l'échelle de l'humanité dans son ensemble.

Cette histoire remonte en effet au Paléolithique, il y a plus de 300 000 ans, comme l'ont démontré des recherches archéologiques récentes au nord-ouest du pays. Depuis, le territoire iranien actuel a vu naître et s'épanouir de nombreuses cultures et civilisations. Elles nous ont laissé des témoignages matériels exceptionnels, tels que les indices de foyers précoces de néolithisation, c'est-à-dire d'émergence de l'agriculture ; les signes d'une écriture parmi les plus anciennes au monde (proto-élamite) ; les vestiges de villes datées de l'âge du Bronze, pleinement intégrées à des réseaux d'échanges internationaux (telles que Suse, Shahr-e Sokhteh et Konar Sandal).

Elles nous ont également légué des ensembles monumentaux construits par les souverains achéménides, parthes et sassanides, à la tête de vastes empires (tels que Pasargades, Persépolis, Firuzabad et Takht-e Suleiman), ainsi qu'une multitude d'édifices illustrant les évolutions des traditions architecturales remarquables issues de dynasties islamiques successives (par exemple, à Yazd, Ispahan, Kashan et Shiraz), sans compter la production d'arts décoratifs exceptionnels (céramique, dinanderie, textiles, etc.).

Si ces quelques exemples suffisent à démonter la place centrale de l'Iran dans l'histoire mondiale, le pays regorge aussi de sites archéologiques et patrimoniaux vernaculaires qui constituent des témoignages moins visibles (sanctuaires et mausolées locaux, vestiges d'habitations en terre, inscriptions rupestres, traces d'activités agricoles…) mais tout aussi cruciaux pour comprendre la vie quotidienne et les échanges des populations des nombreuses cultures anciennes de l'actuel Iran et de ses voisins.

Cette diversité concerne également la géographie d'un pays grand comme trois fois la France, intégrant des zones au climat tempéré dans le nord-ouest, des déserts et des chaînes montagneuses sur le plateau Iranien, ainsi que des ouvertures vers la mer, sur le golfe Persique au sud et la mer Caspienne au nord. Ces conditions environnementales font du territoire iranien un espace unique pour étudier la capacité d'adaptation des sociétés anciennes à l'évolution du climat, un enjeu majeur aujourd'hui, dont témoignent les prémices de la domestication des plantes et des animaux il y a plus de 10 000 ans, le développement de pratiques agro-pastorales, de systèmes d'irrigation complexes ou encore des emblématiques jardins persans. La guerre en cours entraînera également des conséquences écologiques graves sur ces milieux souvent fragiles et les populations qui les habitent.

Des dispositifs d'accueil à accroître pour les collègues iraniens

Nous ne sommes que des maillons dans l'écriture et la préservation de cette vaste histoire, qui reposent avant tout sur un réseau dense de collègues et partenaires iraniens (chercheurs, professeurs, conservateurs, archivistes, restaurateurs, et les étudiants de ces disciplines), membres d'institutions académiques, muséales et patrimoniales réparties sur l'ensemble du pays. Nous tenons à leur exprimer notre plus profond soutien en ces temps troublés, où l'urgence est d'abord d'assurer leur protection et celle de leurs familles tout en essayant de continuer à préserver leur patrimoine et à documenter et réparer les dommages qui lui ont été causés.

Nous soutenons l'appel, relayé par la « Museums Association » basée au Royaume-Uni, lancé par plusieurs professionnels du patrimoine pour une surveillance accrue du patrimoine iranien et une coordination des efforts internationaux. Nous insistons sur l'importance de toutes les initiatives internationales visant à recenser les dommages causés aux sites archéologiques, musées et centres d'archives iraniens (par exemple l'atlas lancé par la Society of Iranian Archaeology – SIA en collaboration avec le Center of Ancient Middle Eastern Landscapes – CAMEL). Notre connaissance du terrain et nos liens avec les milieux académiques iraniens ainsi que nos compétences méthodologiques peuvent en effet contribuer à documenter et évaluer précisément les dégâts causés. Ce travail de documentation est toutefois freiné par l'isolement de nos collègues iraniens, les communications internet avec l'Iran étant coupées depuis de longues semaines.

Nous en appelons à l'ensemble de nos institutions de rattachement (ministères, organismes de recherche, universités) pour qu'elles agissent et prennent toutes les mesures nécessaires afin de soutenir les initiatives internationales visant à protéger le patrimoine iranien et son exceptionnel potentiel scientifique. Nous leur demandons de rappeler aux parties prenantes, en toutes occasions, leur obligation de tout mettre en œuvre pour en assurer la préservation. En tant que chercheurs sur les mondes iraniens, nous appelons à ce que soient mis en œuvre tous les moyens nécessaires au maintien d'une recherche dynamique dans ce domaine. La France, forte d'une expérience de plus de 150 ans de coopération scientifique et académique avec l'Iran, a un rôle déterminant à jouer. En effet, la multiplication des zones de conflits sur l'ensemble du Proche et Moyen-Orient, de l'Afghanistan au Liban, a certes entraîné des conséquences lourdes sur la recherche dans cette vaste aire géographique, mais elle nous a également appris à poursuivre résolument notre travail en contexte de terrains empêchés.

Nous appelons nos institutions de rattachement à un engagement fort, non seulement dans l'immédiat, par le biais d'impérieuses mesures de sauvegarde, mais aussi dans le temps long. À ce titre, nous demandons d'agir en soutien à nos collègues iraniens en amplifiant les moyens permettant de maintenir leurs activités au sein des réseaux de collaborations scientifiques internationaux. Une recherche empêchée est aussi une recherche en danger. Ainsi, il est crucial que nos pouvoirs publics soutiennent la continuité de la recherche fondamentale et collaborative en sciences humaines et sociales sur le domaine iranien.

Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin de connaissances éclairées sur l'Iran. Nous ne pouvons pas laisser se creuser un fossé entre des peuples et des sociétés qui, sur le temps long, partagent évidemment une communauté de destins. Un enjeu majeur que nous devons surmonter est la fermeture des terrains qui nous pousse à explorer de nouvelles pistes de recherche sur l'histoire des mondes iraniens. Des moyens doivent donc être mobilisés pour la recherche sur les mondes iraniens, y compris de financements exceptionnels pour répondre à cette situation d'urgence. A ce titre, pour nos collègues iraniens, les dispositifs d'accueil en mobilité internationale en France doivent être accrus (séjours de recherche de type chaire temporaire, bourses de recherche, visas Talents, etc.).

L'engagement de l'ANR est essentiel pour soutenir et visibiliser des programmes de recherche sur les mondes iraniens (appels Flash de l'ANR par exemple). Des programmes de numérisation des fonds d'archives sur les mondes iraniens sont indispensables pour en assurer la préservation, le partage et la valorisation scientifique. Comme pour toutes les disciplines dites « rares », une attention particulière doit être portée au renouvellement et à la création de postes dédiés au sein des institutions de recherche, au risque, sinon, de connaître une disparition progressive des études iraniennes du champ académique. Il faut impérativement continuer à former des spécialistes, de jeunes chercheurs, en leur apportant des financements solides et pérennes (bourses de thèse ou financements post-doctoraux).

La France a en outre la chance de pouvoir s'appuyer sur un remarquable réseau d'instituts de recherche français répartis dans la région (unités de recherche du MEAE et, pour certaines, du CNRS (UMIFRE) : Institut Français de Recherche en Iran (IFRI), Institut Français d'Etudes sur l'Asie Centrale (IFEAC), Délégation Archéologique Française en Afghanistan - DAFA). Ancrés en Iran et dans les pays voisins, depuis plus d'une centaine d'années pour certains, ils jouent un rôle crucial dans le maintien de liens avec les communautés scientifiques sur place, la coordination de la recherche, et ils constituent des centres de ressources importants (bibliothèques, archives).

Si la situation actuelle a parfois conduit à la fermeture de leurs locaux, nous devons, avec l'appui des tutelles, trouver les moyens pour qu'ils continuent à jouer un rôle moteur dans l'animation et la structuration des réseaux de collaboration. Pour fédérer, soutenir et visibiliser la recherche sur les mondes iraniens, il est également nécessaire de s'appuyer plus encore sur les réseaux nationaux de recherche en études aréales (GIS Moyen-Orient et mondes musulmans, GIS Asie). Ils sont les incubateurs d'une réflexion de fond sur le maintien d'une recherche dynamique ainsi que les vecteurs d'un soutien renforcé aux programmes de recherche sur les mondes iraniens.

Oblitérer l'histoire du Moyen-Orient

Au-delà de l'Iran, le maintien du dialogue scientifique, la préservation et l'approfondissement des connaissances du passé sont au fondement de notre humanité. Le peuple iranien et l'ensemble des populations de la région ont bien vite été oubliés au gré des développements de cette nouvelle et énième guerre du Golfe dont les objectifs paraissent chaque jour plus aberrants et sa sortie plus qu'incertaine – et ce même si nous ne pouvons que saluer l'annonce d'un cessez-le-feu depuis le 7 avril au soir.

Les exemples récents de destructions, non seulement en Iran, mais aussi chez ses voisins du Moyen-Orient, démontrent que les conséquences de ces guerres sont, elles, certaines et que, outre les morts qu'elles causent par milliers, elles conduisent à l'effacement d'une mémoire partagée à travers les frappes qui visent les sites patrimoniaux. Elles participent ainsi à la déshumanisation des sociétés du Moyen-Orient en oblitérant leurs histoires longues, riches et connectées au profit d'enjeux géopolitiques et économiques de court terme. Ce faisant, elles continuent aussi d'alimenter le concept fumeux et funeste de choc des civilisations.

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Premiers signataires

Sébastien Gondet, chercheur au CNRS, archéologue, UMR 5133 Archéorient (Lyon)

Camille Rhoné-Quer, maîtresse de conférences, histoire, Aix-Marseille Université, UMR 7310 IREMA. Co-responsable du programme SEFIR – Soutien aux Etudes Françaises sur les mondes IRaniens (GIS Asie et GIS MOMM)

Sandra Aube Lorain, chercheuse au CNRS, historienne de l'art, UMR 8041 CeRMI. Co-responsable du programme SEFIR – Soutien aux Etudes Françaises sur les mondes IRaniens et du réseau RePaZ (Recherche et Patrimoine en Zones de crises)

Marjan Mashkour, directrice de Recherche CNRS, Bioarchéologue, UMR 7209 CNRS/MNHN-BioArch

Hossein Davoudi, Researcher, Bioarchaeology Laboratory of the University of Tehran, and Post-Doc fellow in UMR 7209 BioArch MNHN/CNRS

Zahra Hashemi, chargée de mission, Département des Antiquités Orientales, Musée du Louvre

Eloïse Brac de la Perrière, professeur, Sorbonne Université / co-directrice de RePaZ (Recherche et Patrimoine en Zones de crises), Institut national d'histoire de l'art

Benjamin Mutin, professeur d'archéologie à Sorbonne Université (UFR d'Histoire de l'Art et Archéologie), chercheur UMR 8167 Orient & Méditerranée
Denis Hermann, chercheur au CNRS, historien, UMR 8041 CeRMI

Sipana Tchakerian, coordinatrice scientifique de RePaZ (Recherche et Patrimoine en Zones de crises), Institut national d'histoire de l'art

Laurent Glattli, Chargé d'enquête et d'édition pour le programme SEFIR – Soutien aux Etudes Françaises sur les mondes IRaniens, CNRS UAR 2999 Etudes aréales

Autres signataires

Frédéric Abécassis, maître de conférences en histoire contemporaine à l'ENS de Lyon, directeur du GIS MOMM
Fatemehgol Abedi, doctorante à l'Inalco
Camille Abric, doctorante, Paris 1 Panthéon-Sorbonne - ArScAn (UMR 7041)
Denise Aigle, directrice de recherche émérite, UMR 8167 "Orient et Méditerranée"
Ekin Akalin, expert des arts de l'Islam auprès de Fnepsa, chercheuse associée à Cetobac et à l'Ifea
Ayda Alehashemi, enseignante chercheuse, ENSA paris-malaquais-PSL
Viola Allegranzi, post-doc, Académie autricienne des sciences
Abbas Amanat, Graham Sumner Professor of History Emeritus, Yale University
Christiane Amberg Penroz, historienne
Branka Arrivé, PRCE, Université Sorbonne Paris Nord
Rigas Arvanitis, directeur de recherche émérite IRD
Mohsen Ashtiany, retired associate editor, Encyclopaedia Iranica
Martine Assénat, maîtresse de conférences en histoire ancienne, Université Montpellier Paul-Valéry
Association pour la Promotion des Arts du Monde Islamique (APAMI), association étudiante, Sorbonne-Université
Bayram Balci, CERI/Sciences Po, Paris
Johnny Samuele Baldi, chercheur au CNRS
Mehmet Balsever, éditeur, docteur Inalco
Joel Bastenaire, retraité (ancien attaché culturel à l'ambassade de France en Russie)
Marie-Noelle Beauvieux, enseignante-chercheuse en littératures comparées, Université Meiji Gakuin (Tokyo)
Orestis Belogiannis, docteur en histoire perse, Université de Strasbourg, UMR 7044
Nourane Ben Azzouna, maîtresse de conférences, Université de Strasbourg
Zaïneb Ben Lagha, maitresse de conférences en littérature arabe contemporaine, Université Sorbonne Nouvelle
Julio Bendezu-Sarmiento, directeur MAFTUR, CNRS-MNHN
Sami Benkherfallah, chercheur postdoctorant, enseignant à l'Université d'Angers
Simon Berger, historien, chercheur postdoctorant Inalco, CeRMI
Gilles Berillon, directeur de recherche au CNRS, Archéo-préhistorien, UMR 7194 HNHP, Paris
Marie Besse, professeure ordinaire à l'Université de Genève
Sophie Biard, postdoctorante, IAO (CNRS-UMR 5062)
Mélisande Bizoirre, chercheuse indépendante
Alice Bombardier, professeure agrégée à Sorbonne Université, historienne et géographe, CERMOM EA 4091
Stéphanie Bonilauri, chargée de recherche CNRS, préhistorienne, UMR 7194 CNRS-MNHN/HNHP
Olivier Bordeaux, chargé de recherche, CNRS
Rémy Boucharlat, directeur de recherche honoraire au CNRS
Olivier Bouchaud, Université Sorbonne Paris Nord
Frederique Bressand, présidente de l'Association Timuride
Pierre Briant, professeur émérite Collège de France
François Bridey, conservateur en chef, département des Antiquités orientales, musée du Louvre
Christian Bromberger, ancien directeur de l'IFRI, professeur émérite d'anthropologie à l'université
Noémie Cadeau, doctorante en littérature comparée, INALCO
Marie-Eve Celio, Senior curator & head of the collection of graphic arts, Musée d'art et d'histoire, Geneva
Frantz Chaigne, enseignant agrégé, historien d'art
Marie-Laure Chambrade, chercheuse contractuelle, CNRS
Agnès Charpentier, CNRS, UMR 8167
Gosia Chwirot, pilotage administratif du GIS Asie, CNRS, Unité d'appui aux études aréales, UAR2999
Robin Clément, masterant Études sur le genre Angers
Annabelle Collinet, ingénieure de recherche, collections du monde iranien médiéval (DAI, musée du Louvre)
Patrice Cressier, chargé de recherche CNRS (retraité), CIHAM-UMR 5648, LLyon
Julien Cuny, musée du Louvre
Ken Daimaru, maître de conférences, historien. Université Paris Cité, CRCAO (UMR 8155)
Méryl Defours Rivoira, doctorante, Université de Genève
Nicolas Dejenne, maitre de conférences, Département d'Etudes orientales, Université Sorbonne Nouvelle
Sylvie Denoix, directrice de recherche émérite, CNRS, UMR 8167
Agnès Devictor, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Ecole d'Histoire de l'Art et d'Archéologie
Aurore Didier, chargée de recherche au CNRS, UMR 7041 ArScAn
Karima Dirèche, directrice de recherche CNRS/TELEMMe
Morteza Djamali, chercheur au CNRS, paléoécologue, IMBE (UMR 7263)
Djavad Djavahery, romancier
Sohrab Dolatkhah, linguiste, chargé de conférences à l'EPHE-PSL, Traducteur littéraire indépendant
Cloé Drieu, chargée de recherche, CNRS
Maxime Durocher, maître de conférences en archéologie du monde islamique, Sorbonne Université - UMR 8167
Julie Duvigneau, maîtresse de conférences, Inalco
Anne-Marie Eddé, professeur émérite en histoire des pays d'Islam à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Sepideh Farsi, Cinéaste
Sébastien b. Fasel, Architecte EPFL, conservateur des Monuments Historiques
Nastaran Fatemi, professeure, University of Applied Sciences, Switzerland
Adrien Fauve, enseignant-chercheur en science politique, Université Paris Saclay
Marie Favereau, historienne (Université Paris Nanterre), directrice de l'Institut Français d'études sur l'Asie Centrale (IFEAC)
Eve Feuillebois, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle, Etudes iraniennes, Laboratoire d'études sur les monothéismes
Emmanuel Francis, chercheur au CNRS, CESAH (UMR 8077)
Charles Ganier, historien de l'Iran Qajar, Université Paris Cité (CESSMA)
Laurent Garreau, Chercheur associé, DICEN. Directeur fondateur du Festival Nouvelles Images Persanes de Vitré
Claudine Gauthier, professeur des universités, Université de Bordeaux
Didier Gazagnadou, professeur des universités émérite à l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis
Asyeh Ghafourian, doctorante en histoire moderne, Sorbonne Nouvelle, bibliothécaire, Bulac
Parsa Ghasemi, postdoctorant de l'université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, UMR 7041 ArScAn
Fârès Gillon, maître de conférences en islamologie et langue arabe, Aix-Marseille Université
Chloé Girardi, chercheuse contractuelle au CNRS, archéologue, UMR 8167 Orient & Méditerranée
Gwenola Graff, archéologue, chargée de recherche à l'IRD
Frantz Grenet, professeur au Collège de France
Manelli Grisoni, professeur d'histoire géographie
Christiane Gruber, professeure, University of Michigan
Carol Guillaume, chercheuse indépendante
Valentine Guillocheau, doctorante en linguistique à l'université Lyon 2, DDL (UMR 5596) / CeRMI (UMR 8041)
Negar Habibi, chargée de cours d'études iraniennes, Université de Genève
Yves-Jean Harder, maître de conférences émérite en philosophie, CREPHAC Strasbourg
Wouter Henkelman, maitre de conférences, EPHE, directeur Centre Sarikhani d'Études Élamites
Sophie Hohmann, maîtresse de conférences, Inalco
Bernard Hourcade, ancien directeur de l'IFRI
Philip Huyse, directeur d'études à l'EPHE, philologue et historien, CeRMI (UMR 8041)
Belgheis Jafari, chargée de cours à l'Inalco, chercheure affilée au CERLOM
Lou Judas, master en études asiatiques, Université de Genève
Marmar Kabir, statisticienne, journaliste du Monde Diplomatique Persan et membre du comité éditorial d'Orient XXI
Farhad Kazemi, conservateur du patrimoine, département des arts de l'Islam, musée du Louvre
Loraine Kennedy, directrice de recherche CNRS, CESAH (UMR 8077)
Yassaman Khajehi, enseignante-chercheuse, Université Clermont Auvergne
Zakir Khan, Archaeologist Field Archaeologist, Directorate of Archaeology and Museums Government of Balochistan
Farhad Khosrokhavar, directeur d'études de l'EHESS
Azadeh Kian, université Paris Cité
Leila Koochakzadeh, chargée de cours, Inalco (CERMOM)
Margaux Kubler, doctorante, université de Strasbourg
Giuseppe Labisi, chercheur contractuel Université de Constance, membre associé Polen Orléans
Marie Ladier-Fouladi, directrice de recherche honoraire au CNRS-CETOBaC/EHESS
Damien Laisney, ingénieur de recherche CNRS, Maison de l'Orient et de la Méditerranée (Lyon)
Sarah Lakhal, ATER, Sorbonne Université
Claudine Le Blanc, professeure, littérature comparée, Sorbonne Nouvelle
Corinne Lefèvre, chargée de recherche au CNRS, Centre de Sciences Humaines, Delhi
Eva Lefèvre, doctorante, Paris 1 Panthéon Sorbonne
Théo Lefort, doctorant, IHEID
Benjamin Lellouch, Maître de conférences HDR, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis
Nathalie Lelong, secrétaire générale de l'Institut français de recherche en Iran (IFRI)
Agnès Lenepveu-Hotz, maître de conférences en langue et linguistique persanes, Université de Strasbourg - UR 1339 LiLPa
Anaïs Leone, chercheuse associée, historienne de l'art, LA3M (UMR 7298)
Evelyne Lesigne-Audoly, maîtresse de conférences, Université de Strasbourg
Johanna Lhuillier, chercheure au CNRS, archéologue, UMR 5133 Archéorient (Lyon)
Yixin Lu, doctorante, CeRMI (UMR 8041)
Elise Luneau, chercheuse, CNRS UMR 8215
Lucie Martin, collaboratrice scientifique, laboratoire d'archéologie préhistorique et anthropologie, Université de Genève
Catherine Marro, directrice de recherche au CNRS, archéologue, UMR 8068 TEMPS
Martina Massullo, docteure en Histoire de l'art, documentaliste scientifique, département des arts de l'Islam, Musée du Louvre
Charlotte Maury, chargée de collection, musée du Louvre
Sepideh Maziar, Senior researcher, Institute of Archaeological siences, Goethe University, Frankfurt
Delphine Miroudot, conservatrice en chef du patrimoine, Musée national de Céramique, Sèvres
Iman Moinzadeh, chargée de collections et d'expositions à l'Institut du monde arabe
Benoît Moussu, chercheur indépendant
Sophia Mouttalib, ATER Université Grenoble Alpes
Virginie Muller, maitresse de conférences, assyriologie, Université Lumière Lyon 2
Esra Mungan, Assoc. Professor (retired), Bogazici Universitey, Istanbul
Olivia Munoz, chargée de recherche au CNRS, archéologue, UMR 8215 Trajectoires, Paris
Annliese Nef, professeure, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Amélie Neuve-Eglise, maîtresse de conférences, islamologie, Inalco
Clélia Paladre, chercheure, Département des Antiquités orientales, musée du Louvre
Hervé Pennec, directeur de recherche au CNRS, Directeur du GIS Afrique(s), Institut des mondes africains-Aix (UMR 8171)
Sarah Piram, responsable de l'unité patrimoniale Afrique du Nord et Moyen-Orient, Musée du quai Branly - Jacques Chirac
Anja Pistor-Hatam, professeur, Université de Kiel, Allemagne
Yves Porter, professeur (retraité), Aix-Marseille Université
Flore Provoost, Doctorante, université de Strasbourg
Malika Rahal, directrice de l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS- Université Paris 8), membre de l'équipe Gazahistoire
Rocco Rante, professeur des universités, Sorbonne-Panthéon, ArScAn UMR 7041
Caroline Renard, maitresse de conférences, études cinématographiques (Aix-Marseille université)
Niloufar Rezaei Naraghi, chercheuse associée, archéologue, UMR 7041 Archéologies et Sciences de l'Antiquité
Jean-David Richaud-Mammeri, historien, chercheur associé à l'UMR 8167 Orient & Méditerranée
Gulcin Kaya Rocheman, maitre de langue, Département Eurasie, INALCO
Marcella Rubino, maîtresse de conférences, Inalco
Aya Sakkal, maître de conférences, manuscrits de l'Orient médiéval /GEO Université de Strasbourg
David Sarmiento-Castillo, IGR en Archéologie à l'IRD, PaLoc UMR 208 /8087 "Patrimoines locaux, environnement et globalisation"
SEMOMM, Société des Etudes sur le Moyen-Orient & les Mondes Musulmans
Noémie Sévêque, UMR 7044 Archimède / GéoArchEon. Archéozoologue membre du programme FIPP
Laurianne Sève, directrice de la DAFA
Fabrizio Speziale, directeur d'études, EHESS, Paris-Marseille
Tara Steimer, Université de Genève, Laboratoire d'archéologie préhistorique et anthropologie, Chargée
Nicoletta Lilly Stendardo, chargée d'accompagnement des Bibliothèques - OpenEdition
Homeira Sunderland, artiste peintre
Aseman Talebi, doctorante en histoire de l'art iranien, Université du Michigan
Elise Tancoigne, chargée de recherche, CNRS
Margareta Tengberg, professeure, Muséum national d'Histoire naturelle
Mathieu Terrier, directeur d'études à l'EPHE, directeur adjoint de l'IISMM (Institut d'études sur l'islam et les sociétés du mon
Jean-Jacques Thibon, profeseur émérite, Inalco, Cermom
Julien Thorez, chargé de recherche au CNRS, géographe, CeRMI
Eve Tignol, chercheuse CNRS, historienne, CESAH (EHESS)
Jean-Joinville Vacher, directeur de recherche émérite IRD, UMR PALOC
Eric Vallet, professeur des universités, Université de Strasbourg
Stéphane Valter, professeur à l'université Lumière Lyon 2
James Vanzo, doctorant, Inalco, CERMOM
Aurélie Varrel, chargée de recherche, CNRS
Françoise Vaufrey Briegel, collaboratrice externe, Université de Genève
Chantal Verdeil, professeure des Universités, Inalco
Emmanuelle Vila, directrice de recherche, CNRS
Anne-Sophie Vivier-Muresan, anthropologue et théologienne, Institut Catholique de Paris
Jean-Claude Voisin, membre du bureau de la Société Asiatique
Perin Emel Yavuz, chercheuse indépendante, Groupe de recherche sur les arts visuels au Maghreb et au Moyen-Orient (ARVIMM)
Chantal Zabus, Research Professor, CEPED (Centre Population et Développement- UMR 196), Université Sorbonne Paris Nord
Eva Zahiri, Post-doctorante à l'EPHE, histoire des idées, CeRMI (UMR 8041)
Valéry Zeitoun, directeur de recherche, Centre de recherche en paléontologie UMR 7207
Leili Anvar, maître de conférences en langue et littérature persane, Inalco
Marcia Camargos, historienne, journaliste et écrivaine
Romeo Carabelli, ingénieur de recherche HDR, Université de Tours
Mina Dabbagh, chercheuse associée à l'UMR 5133 Archéorient
Elisa Eschenlauer, PhD student, UniGe
Mathilde Moeini, réalisatrice
Zahra Wejdani, doctorante en patrimoine culturel, laboratoire POLEN, Université d'Orléans

Signataires complémentaires

Martine Abed
Sylvie Baboukhian
Haleh Bagheri
Annik Baradat
Myriam Birchmeier
Christian Blatter, bénévole à Amnesty Internatkonql
Agnès Cathelin
Colette Courtois
François Devianne, médecin hospitalier hôpital de PARIS SACLAY 91
Alexia Dorkel
Marlyse Fasel
Marie-Aude Firmin
Suzanne Forel
Madeleine Frantzen
Emmanuel Frossard
Patrice Ghane
Mitra Goberville
Anne Granjon
Rafi Hadid
Farrokh Hesabi
Mahdieh Hessabi
Moussa Kamara
Françoise Lavoir
Jean-Yves Lavoir
Annalisa Lollo
Emmanuelle Madra
Yannick Monsnereau
Agnès Montanari
Mmohammad Montazeri
Pakdaman Nahal
Nora Njima, étudiante
Victoria Oroudji
Martin Ouwehand
Elisabeth Perzo
Souad Sellami, géophysicienne
Fereshteh Shojaei
Danielle Viterbo
Pierre Vuilleumier
Rita Wilson
Genevieve Ziegler, Lausanne
Mani Zirak
Sharareh Zolfaghari
Ali Majidi
Anne-Christine Reinberg

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Visages des massacres d’Israël au Liban

14 avril, par Pascal Maillard — , , ,
Avec les femmes, les hommes et les enfants, Israël assassine aussi la culture en Iran et au Liban. Parmi les 350 victimes du massacre du 8 avril, la poétesse Khatoun Salma (…)

Avec les femmes, les hommes et les enfants, Israël assassine aussi la culture en Iran et au Liban. Parmi les 350 victimes du massacre du 8 avril, la poétesse Khatoun Salma Kershet et tant d'autres vies auxquelles il est essentiel de donner un visage.

Tiré du blogue de l'auteur.

Les gouvernements d'extrême droite des États-Unis et d'Israël incarnent désormais le visage le plus hideux d'une politique de haine, de destruction et de prédation. Ces gouvernements qui propagent le feu et le sang dans tout le Moyen-Orient, nous font sortir de l'humanité.

Au désastre humanitaire s'ajoute aussi un désastre écologique, patrimonial et culturel sans précédent. De nombreux sites iraniens classés au Patrimoine mondial de l'Unesco ont été endommagés gravement par les tirs des armées israéliennes et étasuniennes, que ce soit le Palais du Golestan à Téhéran, ou celui de Chehel Sotoun à Ispahan (voir ICI).

Ce sont aussi les universités et des institutions scientifiques qui ont été visées. Dès le 9 mars l'UNESCO alertait la communauté internationale : « Le personnel de l'éducation, les étudiants et les infrastructures éducatives, ainsi que les installations liées aux médias et aux sciences, sont de plus en plus exposés aux conséquences de la dégradation de la situation sécuritaire dans certaines parties de la région ».

Le « mercredi noir » de ce 8 avril 2026 à Beyrouth restera certainement dans l'histoire comme l'un des symboles les plus effrayants de la barbarie du gouvernement israélien : destruction intégrale d'immeubles résidentiels, absence de toute alerte, des familles entières décimées en pleine journée, 40% de femmes et d'enfants, 358 morts d'après un dernier décompte.

Parmi les victimes, parmi les enfants, les étudiant·es, les médecins, les journalistes et tant d'autres civils, il y a la poétesse Khatoun Salma Kershet, à laquelle le site « Resumen Latinoamericano » consacre ce 10 avril un article que je restitue en traduction ci-dessous. J'invite aussi à consulter cet article de « L'Orient-Le Jour » qui met un nom et un visage derrière « celles et ceux tués par Israël ».

Pascal Maillard


Liban. Culture réduite au silence : La poétesse libanaise Khatoun Salma Kershet tuée par Israël lors d'un bombardement à Beyrouth !

La célèbre poétesse libanaise Khatoun Salma Kershet a été tuée avec son mari lors d'un bombardement israélien de quartiers résidentiels à Beyrouth. L'attaque, qui visait des zones civiles de la capitale, a coûté la vie à l'écrivaine et à son époux, ajoutant leurs noms à la liste des victimes de l'offensive actuelle au Liban.

« Cette voix vide / La lutte de mes lèvres / Répétant la tentative / Encore et encore. » Les vers de la poétesse libanaise Khatoun Salma Kershet résonnent aujourd'hui comme un tragique écho de ce qui se passe dans son pays.

Dans son recueil de poésie, Les Derniers Reclus de la Lune, son écriture fragmentée, riche en métaphores et en symboles, cherchait à saisir l'insaisissable : la douleur, l'absence, l'impossibilité de construire la plénitude au milieu du chaos. Aujourd'hui, cette fragmentation n'est plus seulement esthétique, mais une réalité brutale : des vies brisées, des histoires inachevées, des familles déchirées par la guerre.

Kershet est morte aux côtés de son mari lors d'un bombardement israélien à Beyrouth. Sa voix, comme celle de tant d'autres civils, a été réduite au silence lors de l'une des journées les plus meurtrières qu'ait connues le Liban ces derniers mois.

Plus de 300 personnes ont été tuées et plus de 1 000 blessées lors de frappes aériennes qui, selon l'armée israélienne elle-même, ont comporté plus de 100 bombardements en seulement dix minutes.

Un poète, plusieurs journalistes : tous assassinés par Israël

Bien qu'Israël affirme que ses cibles sont des positions du Hezbollah, la réalité sur le terrain est tout autre : enfants, médecins, journalistes, étudiants et citoyens ordinaires figurent parmi les victimes.

La mort de la journaliste Ghada Dayekh, après qu'un missile a touché sa maison dans la ville de Tyr, illustre tragiquement cette situation.

Pendant 37 ans, elle a été une voix familière sur les ondes de la radio Sawt al Farah, relatant le quotidien de son pays. Sa station lui a fait ses adieux en tant que professionnelle dévouée, « martyre » d'une attaque qui n'a fait aucune distinction entre combattants et civils. À ses côtés, une autre journaliste, Suzanne Khalil, a également perdu la vie dans un attentat à la bombe à Kaifoun, tandis que le reporter Amin Shomer a été blessé à Saïda.

Le journalisme libanais paie ainsi un prix très élevé. Avec la mort de Dayekh, le nombre de journalistes tués dans le conflit actuel s'élève à au moins six, parmi lesquels Mohammed Sherri, Hussain Hamood, Ali Shoaib, Fatima Ftouni et Mohamad Ftouni. Chacun d'eux représente un récit interrompu, une perspective qui ne pourra plus jamais témoigner de ce qui se passe.

Israël attaque la population civile au Liban

Mais la liste des victimes ne s'arrête pas aux médias. Il y a aussi le Dr Nadim Shamseddine, tué avec sa femme et ses trois enfants lorsqu'une attaque a détruit leur maison à Kaifoun, où il exerçait également.

Il y a Rana Hessaiki Mlaheb, assassinée alors qu'elle achetait des médicaments pour les personnes déplacées. Il y a Ola Attar, qui a perdu la vie à Beyrouth, laissant deux enfants orphelins, après avoir déjà perdu son mari des années auparavant lors de l'explosion du port. Il y a aussi les jeunes Talin Ahmed Hamzi et Yasmin Hussein Allam, étudiants dont la vie a été brutalement interrompue.

Dans ce paysage dévasté, la poésie de Kershet prend un sens nouveau. Ses textes, dont certains lecteurs avaient du mal à saisir la cohérence, semblent désormais refléter fidèlement l'expérience d'un pays incapable de se reconstruire. Des fragments de douleur, des images éparses, des émotions sans continuité.

« La fille arrivera seule / Elle n'aura rien d'autre que son nom », écrivait-elle. Cette fille pourrait être n'importe laquelle de celles qui survivent aujourd'hui parmi les décombres.

L'utilisation de symboles innocents – une lune, une larme, une poupée – dans son œuvre résonne avec force au cœur de cette guerre, où les objets du quotidien demeurent les seuls témoins après les bombardements. À l'instar de ce sac rose et de ces chaussures qui subsistent parmi les ruines d'autres tragédies récentes, un rappel qu'à chaque statistique se cache une vie.

L'offensive s'est intensifiée malgré l'annonce d'un cessez-le-feu temporaire dans la région. Tandis que les discours officiels évoquent des objectifs militaires, la réalité révèle un massacre de civils. Plus de 300 morts au total lors des dernières attaques, selon diverses sources, confirment une escalade qui frappe sans distinction.

Une question demeure, qui traverse aussi bien la poésie que la réalité : comment reconstruire une histoire lorsqu'elle est réduite à des fragments ?

Au Liban aujourd'hui, chaque nom – journaliste, poète, médecin ou étudiant – est une pièce d'une histoire plus vaste que le monde ne peut plus ignorer. Car dans le tumulte de la guerre, ce ne sont pas seulement les bâtiments qui disparaissent, mais aussi les voix qui tentaient de raconter cette histoire.

Publication originale : https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/10/libano-voces-de-la-cultura-son-silenciadas-por-ataques-de-israel/

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Jacmel Jazz Festival : Dix ans de résilience et de rythmes caribéens

14 avril, par Smith Prinvil — , ,
Perchée sur la côte haïtienne, Jacmel n'était pas vraiment une ville de jazz pourtant, en 2016, des passionnés audacieux ont lancé le Jacmel Jazz Festival, avec l'ambition de (…)

Perchée sur la côte haïtienne, Jacmel n'était pas vraiment une ville de jazz pourtant, en 2016, des passionnés audacieux ont lancé le Jacmel Jazz Festival, avec l'ambition de transformer la cité en un carrefour musical international.

Par Smith PRINVIL

Dix ans plus tard, le pari est réussi : le jazz y pulse désormais dans les rues, les cafés et les places publiques, porté par une énergie à la fois locale et cosmopolite.

Ainsi, ce festival n'est pas seulement un rendez-vous musical. En effet, il reflète une ville qui résiste, une scène qui s'invente et une communauté qui croit à la musique comme moteur de changement. Malgré les crises politiques et économiques, les organisateurs ont su maintenir une programmation audacieuse, soutenir les jeunes talents haïtiens et attirer des musiciens des États-Unis, de Port-au-Prince, des Cayes et de Petit-Goâve. C'est pourquoi cette vitalité leur a valu le prix du Meilleur Festival Émergent aux Prestigious Awards 2024.
Pour cette 10e édition, le festival retrouve sa forme originelle tout en gagnant en ampleur : trois jours de concerts, une quarantaine d'artistes, ainsi que trois conférences et cinq ateliers qui font dialoguer musique et réflexion.

De plus, déplacé sur la rue du Commerce, le festival devient plus accessible, plus vivant, et laisse le jazz respirer dans un espace ouvert à tous.

À la tête de l'événement, Jeux Dits Pwezi co-organise avec la Alliance Française de Jacmel, tandis qu'Allan Adifils et Lamy Shalomson représentent le festival aux États-Unis et en Europe.

Ainsi, ils font de Jacmel un lieu où le jazz retrouve son essence : liberté, créativité et partage.En somme, le Jacmel Jazz Festival n'est pas qu'une célébration musicale. Au contraire, c'est un manifeste : le jazz peut survivre et fleurir même là où tout semble fragile. Aujourd'hui, dix ans après sa création, Jacmel continue de swinguer, invitant le monde à écouter et à vibrer au rythme de ses rues. Et plus que jamais, le festival affirme que la musique est un langage universel capable de rassembler, d'inspirer et de célébrer la vie, même au cœur des défis.

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L’IA et les autocrates : Pandémie existentielle

14 avril, par Gaétan Roberge — , ,
Le puzzle géopolitique est de plus en plus fragmenté et ses pièces volent en éclats. Des gouvernements abdiquent face à la montée des eaux chaudes du climat et glaciales de (…)

Le puzzle géopolitique est de plus en plus fragmenté et ses pièces volent en éclats. Des gouvernements abdiquent face à la montée des eaux chaudes du climat et glaciales de l'autoritarisme et banalisent le tsunami provoqué par les géants du Web. L'humanité est en état de siège face à cette nouvelle pandémie existentielle et se dirige droit vers son effondrement.


Avènement des alchimistes de l'IA et des autocrates

Nous venons d'entrer de plain-pied dans un monde multipolaire marqué du sceau de l'incertitude. Les populations sont troublées et les têtes dirigeantes faiblardes de nombreux gouvernements choisissent de plier l'échine ou de s'accommoder plutôt que de résister et livrer combat face à cette bande d'autocrates, de ploutocrates et de seigneurs de la tech qui aspirent à la conquête matérielle et virtuelle du monde. Cette bande d'autocrates est déterminée à oblitérer l'État de droit et balayer les changements climatiques et les problèmes de l'humanité sous le tapis de la désinformation et des duperies. Quant aux gouvernements en place, ils se comportent tels des vassaux en manque de volonté politique pour affronter les défis locaux et globaux. Ils se refusent à effectuer des ponctions salutaires dans les fortunes scandaleuses des ultra-riches qui pourraient permettre une répartition plus équitable des richesses. Ils tardent à adopter une réglementation à l'échelle mondiale encadrant non seulement les dérives des réseaux sociaux et du web, mais également les avancées et les implications de l'IA. Que nous réserve l'avenir ? Les autocrates et les faux prophètes ont déjà dressé des plans de « vol » et pris position à la tour de contrôle pour occuper le tarmac du chaos. Ils entendent gérer les trafics d'influence et définir les pistes d'atterrissage de leurs projets. Leur but à peine voilé est de réfuter les aspirations légitimes de solidarité, de justice et de liberté et d'imposer leur vision – pour ne pas dire illumination mystique – d'un royaume InnovAnt, autoritaire et sectaire. Ils s'autoproclament maîtres du monde afin de pouvoir s'élever vers les glorieux cieux « cloudiens » de la félicité. Ils deviendront, tel Bellérophon ayant vaincu la Chimère, les seuls à avoir droit de cité sous les murailles de leur nouvelle parousie. Eh oui, ces alchimistes et seigneurs de l'IA ont été désignés personnalités – prophétiques – de l'année en 2025 par le magazine Time. Trump l'a été en 2016 et 2024. Adolph Hitler l'avait été en 1938 et Joseph Staline deux fois, en 1939 et en 1942 …

Apologie des autocrates et de l'IA

Ces autocrates, les Netanyahou, Poutine et Trump et al., incarnent les nouveaux « Borgia » corrompus et assoiffés de pouvoir qui après avoir parachevé leur travail de prédation sont plus que jamais déterminés à s'installer à demeure et s'imposer par la tyrannie au cœur même des affaires de l'État et des institutions. – Poutine règne sur la Russie depuis 26 ans, Netanyahou sur Israël depuis 18 ans et Xi Jinping sur la Chine depuis 13 ans. – Institutions qu'ils ont d'ailleurs déjà commencé à saccager ainsi qu'à encager brutalement des responsables, museler des opposants, enfirouaper des populations et imposer leur froid et sombre agenda. Ils projettent d'harponner le développement de nos sociétés, éteindre les phares de la science, précipiter davantage de personnes dans les abîmes de la pauvreté et de l'exclusion, s'attaquer aux droits fondamentaux et supprimer les libertés individuelles. Et s'il le faut : en dehors de tout cadre juridique et alimenté par des campagnes de désinformation pour légitimer leurs répressions, leurs conquêtes et leurs guerres. Quant aux apôtres de l'IA, ils s'évertuent à instaurer un chaos programmé de « zéro à l'infini » à l'aide de leurs algorithmes et leurs métadonnées mystificatrices et de nous envoûter avec leurs informations enrobées de promesses éternelles et leurs communications prophético-alarmistes saupoudrés de graines de chantage éhontées et de séduction subliminale.

L'IA – Vaccin ou virus

À l'image d'habiles prestidigitateurs, ils braquent tel un bouclier providentiel les possibilités infinies et « salvatrices » de leur créature. Une IA devant protéger la planète de menaces et présentée devant le parquet des nations à la foire mondiale aux illusions tel un essentiel et unique vaccin universelocivilisationnel. Ces conquistadors du numérique implantent leurs mines sociétales au fond des esprits et au centre des rouages du monde consolidant ainsi leur pouvoir régalien usurpé, favorisant l'accroissement de leurs richesses et protégeant les territoires de leur nouvel Eldorado financier et numérique. Ainsi, par une sorte de « mirage » parfaitement programmé : leur pseudo-vaccin salvateur opère alors sa transformation. Il se mute en une espèce de virus attaquant les fondements des États, contaminant les objectifs et les priorités des sociétés en plus de bâillonner les voix dissidentes et dérouter les voies légitimes de l'humanité …

L'IA générative ou dégénérative

Concernant les « 7 magnifiques », (Alphabet (Google), Amazon, Apple, Meta (Facebook), Nvidia et Tesla), leur capitalisation boursière représente 34,3 % du S&P 500 et approche les 21 800 milliards de dollars américains. C'est totalement « giga gigantesque » et pourrait provoquer une bulle financière qui risquerait d'éclater et d'éclabousser ainsi les économies mondiales. Selon des projections du Fonds monétaire international (FMI), celui de tous les États d'Afrique devrait atteindre 3 320 milliards de dollars américains en 2026. Ces « 7 mercenaires » veulent dorénavant régner sans partage sur les affaires du monde grâce à leur domination boursière et leur influence économique, politique et sociale. Ainsi, après eux le déluge car ils se sont construits une « Arche » boursière insubmersible dotée d'un gouvernail GPS/satellite, d'une voile numérique, d'un bastingage en or, d'une ancre d'argent en plus d'un équipage robotisé, non syndiqué et « bezosgnant » beau temps, mauvais temps, de jour comme de nuit. – L'Arche de Jeff Bezos a pour nom Koru signifiant « nouveau départ » en maori de Nouvelle-Zélande et elle a coûté 500 millions de dollars américains ! L'Arche bat pavillon des Îles Caïmans et mouille sur les littoraux de cette île à l'abri des tempêtes fiscalotropicales. –

L'IA assoiffée

Ces géants non verts du Web aux pieds d'argile numérique épandent un fumier argenté et polluant à la surface de nos terres. Il s'agit de gargantuesques centres de données (plus de 11 000 dans le monde) produisant un bruit constant pouvant atteindre 85 décibels, une chaleur accablante et consommant des quantités colossales d'énergie et d'eau « potable » nécessaire au refroidissement des serveurs. Selon la revue scientifique Nature, un centre de données de 1 mégawatt utilisé pour les services nuagiques ou l'IA peut consommer jusqu'à 25,5 millions de litres d'eau par an. À l'échelle mondiale, cela représentait 560 milliards de litres d'eau en 2023 et pourrait atteindre 1 200 milliards d'ici 2030 … Ce qui peut aussi s'avérer catastrophique pour l'approvisionnement en eau, l'agriculture, provoquer l'assèchement de terres humides et entraîner le tarissement de nappes phréatiques. Tout cela, sans parler des conséquences environnementales et sociales ainsi que des énormes coûts associés aux infrastructures nécessaires à leur implantation et à leur exploitation. Pendant ce temps, selon les données de l'ONU, plus de 2 milliards d'êtres humains n'ont pas accès à une eau potable. Ils meurent empoisonnés ou atteints de graves maladies et crient au secours dans le vide sidéral du cortège « funèbre » des pays intoxiqués par leur opulence ventripotente et troublés par leur cécité volontaire.

L'IA s'en va-t-en guerre

L'IA est actuellement utilisée par Israël et les États-Unis en Iran et au pays du cèdre vert par Israël. Elle l'a également été de façon criminelle à Gaza alors qu'on invoquait la possibilité grâce à son utilisation d'effectuer des bombardements dits « chirurgicaux » sur des cibles supposées menaçantes et militaires et non sur des civils innocents, des enfants dans les écoles et des infrastructures civiles dont des hôpitaux. Mais en vérité, la communauté internationale a plutôt assisté lâchement à la destruction totale de la bande de Gaza, aux déplacements forcés de 1,9 million de personnes et à un atroce carnage humain qui constitue à n'en jamais douter une véritable opération de nettoyage ethnique et un génocide. Qu'arrivera-t-il lorsque des gouvernements choisiront d'abandonner leurs responsabilités pour les confier à un nouveau « chef de guerre » : soit une « machine » ploguée au mur de la bêtise et branchée sous perfusion constante à une intelligence artificielle avancée ? L'IA décidant seule du type d'arme employé, des règles d'engagement, de la stratégie et des objectifs légitimes ou non à atteindre. Où se situera notre part de responsabilité et qu'elles seront les conséquences létales, légales et morales ? Nous jouons déjà depuis plus d'un mois dans un film de série gros « B » pour budget au coût deux milliards de dollars par jour de tournage et dans lequel un fervent metteur en scène, le Secrétaire américain à la Défense, déclare brutalement et naïvement : « Il faut de l'argent pour tuer les méchants ». Il demande alors 200 milliards de dollars de plus pour le faire et pouvoir utiliser encore plus d'IA. Quant à Trump, le producteur en faillite, il réclame 1 500 milliards au Congrès et implore Dieu – lui-même – pour sauver son film d'horreur sur sa « guerre sacro-sainte » contre les animaux et les tarés … Cependant, il n'a pas d'argent* pour les programmes de santé Medicare et Médicaid venant en aide aux personnes âgées et aux plus démunies. * « In Trump We Don't Ttrust » –

Big IA vous a à l'œil

Adieu, veau, vache, cochon, vie privée et liberté individuelle car nous sommes fichés, filmés et catalogués du berceau au tombeau – version contemporaine : du landau à l'urne –. Quoique nous pensions, affirmions et où que nous nous trouvions, nous sommes sous surveillance constante. Avec l'aide des multitudes de caméras de surveillance assistées de l'IA au service de la reconnaissance faciale à des fins de contrôle social et d'ostracisation comme en Chine et en Russie. En plus de la surveillance numérique des GAFAM – pensons aux programmes Prism de la CIA et XKeyscore de la NSA dénoncés par Snowden – et de leur collecte massive de données sur nos vies privées et publiques. À savoir nos aspirations et préoccupations sociales, nos allégeances politiques, nos appartenances à des causes et ce que nous préférons manger, boire, lire, écouter, et avec qui et dans quelle circonstance. Sans oublier la surveillance dans les milieux de loisir et de travail ou celle tentaculaire exercée par les réseaux sociaux par l'entremise d'un torrent de plateformes, Instagram, Facebook, X (Twitter), de commerce en ligne Amazon, eBay et de streaming tel YouTube, etc. –Votre grand frère vous surveille pour assurer votre protection. Merci d'accepter qu'il ne soit pas essentiel que vous contrôliez votre propre vie puisque nous le faisons déjà. Bienvenue chez vous ! Vous êtes maintenant à votre nouveau village global « Dystopia » et n'oubliez-pas : le libre arbitre conduit à l'adversité, votre identité numérique est votre seule identité, la surveillance c'est la liberté et votre devise est maintenant : « Bonjour chez vous ! » –

L'IA – Un univers aux portes du paradis et des fosses de l'enfer

À l'évidence, nous venons d'entrer dans une ère d'innovation et d'inquiétude face à l'arrivée de l'IA. Elle a rapidement tracé sa voie insidieuse, tumultueuse et elle est déjà utilisée, sans manuel d'instructions, par des millions de personnes. Nous ne sommes qu'à ses balbutiements, mais l'on sait déjà qu'elle occupera une place centrale dans notre développement. Elle apportera une riche contribution dans de nombreux domaines comme la climatologie, l'éducation, l'ingénierie, la médecine, la robotique etc. Malheureusement, elle participera au perfectionnent d'armes létales tels des robots tueurs et à déterminera des cibles militaires. L'IA représente à la fois un levier pour les États et un gigantesque marché pour les entreprises de technologies. Mais, nous ne devrons pas commettre les mêmes erreurs qu'avec l'arrivée d'internet et attendre plus de 20 ans avant de se doter d'un début de règlementation. Nous en payons d'ailleurs un fort prix avec la dérive des réseaux sociaux et les problèmes d'addiction et sa litanie d'intimidation, de désinformation et d'infiltration dans les débats politiques et le fonctionnement des institutions ; et cela en toute impunité ou presque. Depuis sa venue, nous assistons à une contamination pestilentielle de deapfakes, ces hypertrucages déformant la réalité, corrompant les contenus du web et nous plongeant dans un maelstrom de fumisteries et où le chaos semble se complaire en toute liberté.

L'IA– Un défi monumental pour l'humanité

Nous devrons impérativement faire nos devoirs. Comment affronter la déferlante mondiale de l'Intelligence Artificielle et corriger ses déviances, répondre aux inquiétudes légitimes et multiplier les débats fondamentaux sur les questions éthiques. Et surtout, nous doter d'un solide cadre juridique « planétaire » afin de tracer les frontières de son utilisation et faire en sorte que les autocrates ne puissent en prendre possession à des fins criminelles. En terminant, trois choses devraient nous préoccuper au plus haut point. D'abord, comment réussirons-nous à contrer la brutalité fanatique et répressive des droites autoritaires carburant à la censure, à l'obscurantisme et au sectarisme ? Comment allons-nous parvenir à intégrer à la marche du monde les nombreux pays qui ne disposent pas à ce moment-ci des ressources humaines et matérielles à l'implantation de l'IA ? En troisième lieu, si nous n'y prenons pas garde, le web et les réseaux sociaux se transformeront en véritables poubelles virtuelles débordantes d'algorithmes en folie et expurgées des réalités factuelles et historiques et dont la science serait bannie au profit de croyances ineptes telles celles des antivax et des créationnistes. Ainsi, nous pourrions alors être précipités dans un univers complètement dystopique. Et, qu'à force d'être à la fois surinformé dans notre instantanéité obsessionnelle et sans cesse envahi par des campagnes de désinformation et de manipulation, nous finirons par douter de tout et deviendrons incapables de distinguer le « vrai du faux ». Nous risquons alors d'être en état de siège plongés au cœur d'une sombre et dévastatrice pandémie existentielle atteints du virus de la déraison chaotique, en manque d'empathie, de sens et de vérité contribuant à l'effondrement de notre civilisation. – Finalement, peut-être que la terre et l'univers ne s'en porteront que mieux. –

« Le développement d'une intelligence artificielle complète pourrait signer la fin de l'humanité. » Stephen Hawking

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De Nature morte à Muhammad en passant par Taxi, l’Iran moderne se raconte !

14 avril, par Mohamed Lotfi — , ,
En 1976, à deux pas de chez moi, je pouvais me rendre en Iran. Une traversée d'à peine 150 mètres entre notre maison et le Grand Théâtre Mohammed V, vaste navire posé au cœur (…)

En 1976, à deux pas de chez moi, je pouvais me rendre en Iran. Une traversée d'à peine 150 mètres entre notre maison et le Grand Théâtre Mohammed V, vaste navire posé au cœur de Rabat, où le monde venait accoster son théâtre et parfois son cinéma.

Ces Journées du cinéma iranien furent pour moi une initiation. J'avais 16 ans et déjà une curiosité inquiète pour ce pays aux contours anciens, chargé de rois, de poètes, de grands esprits scientifiques et de mythes. Mais ce que je découvrais-là n'était pas la Perse des livres d'histoire, c'était une Perse vivante, faisant sa transition entre tradition et modernité, saisie dans le grain d'une pellicule dominé encore par le noir et blanc. Une Perse du vingtième siècle qui respirait, doutait, aimait et se débattait.

Les films défilaient, sous-titrés en arabe ou en français, et j'entrais dans des maisons modestes, des ruelles poussiéreuses, des visages graves. Il y avait dans ces images une vérité nue, souvent rude, qui me bouleversait. Je ne savais pas encore nommer cette impression, mais c'était la force de la Nouvelle Vague iranienne, portée alors par une effervescence rare. Un cinéma qui osait regarder la société en face, sans fard, avec une tendresse inquiète.

J'appris avec étonnement cette année que l'Iran avait produit plus de 1000 films. Ce chiffre me semblait vertigineux. Rien qu'en 1976, une soixantaine de longs métrages avaient vu le jour. Pour l'adolescent que j'étais, cela relevait presque du miracle. Comment un pays que je connaissais à peine pouvait-il produire une telle richesse d'images, alors que tant d'autres, comme le Maroc, de toute son histoire, n'avait réalisé qu'une dizaine de long-métrages.

De tous les films, j'avais été marqué par Nature Morte que j'ai revu dernièrement sur youtube. Ce deuxième film de Sohrab Shahid Saless n'est pas passé inaperçu dans plusieurs festivals dont celui de Berlin où il a remporté l'Ours d'or en 1974, l'année de sa sortie. Pourtant, Nature morte est un film lent, exigeant, austère, mais profondément cohérent. Il transforme la banalité en matière cinématographique et fait du temps un personnage à part entière. Ce n'est pas un film que l'on consomme. C'est un film que l'on traverse.

Nature morte c'est l'histoire d'un vieux garde-barrière et sa femme, isolés dans une routine qui semble hors du temps. Chaque geste est répété, chaque journée ressemble à la précédente. Le train passe, la barrière se lève, puis se baisse. Rien ne change, ou si peu que cela en devient imperceptible.

Ce minimalisme radical n'est pas gratuit. Il traduisait une réalité sociale, celle d'une existence réduite à une fonction. L'homme n'est plus vraiment un individu, mais une extension de son travail. Le temps ne progresse pas, il s'accumule. Si le film frappait par son caractère universel, il renvoyait aussi à une réalité iranienne avant la révolution.

Le garde-barrière, après 30 années de loyaux services, est remplacé sans ménagement. Aucune reconnaissance, aucune transition. L'humain est interchangeable. La modernité avance, indifférente.

Le film pointe une réalité brutale. Les structures sociales utilisent, puis écartent. Et ceux qui ont vécu toute leur vie dans une fonction se retrouvent démunis face au vide. Les petits et les hauts fonctionnaires se montraient entièrement indifférents au sort de ce vieil homme et sa femme après une vie de travail.

Après la révolution de 1979, les cinéastes iraniens vont doubler d'effort et de créativité pour rester fidèles à l'héritage du cinéma de la nouvelle vague. Il n'est pas exagéré d'affirmer que c'est un des cinémas les plus inventifs au monde. Malgré la censure, malgré l'emprisonnement de plusieurs artistes, des cinéastes iraniens ont créé des chefs-d'œuvre. Certains, comme Jafar Panhabi et Mohammad Roussolof, ont su intégrer la réalité de la censure directement dans leurs films, transformant la contrainte en source d'inspiration.

Taxi est un exemple éclatant de cette audace. Panhabi, déjà reconnu pour son grand film Séparation, transforme un simple taxi en véritable plateau de cinéma. À l'intérieur de cette cabine, chaque passager devient le porte-voix d'une société complexe et plurielle. Les discussions, parfois légères, parfois profondes, révèlent les tensions, les espoirs, les frustrations et les interrogations d'un peuple qui, autrement, n'aurait pas de tribune. Le taxi devient un espace de liberté, un lieu où les mots peuvent circuler sans filtre, où les réalités sociales se dévoilent avec sincérité et humour.

Mais le film ne se limite pas à une observation documentaire. Il crée une intimité rare avec les personnages, mélangeant fiction et réalité, et montre comment la vie quotidienne peut refléter des vérités plus larges sur le pays. À travers ce microcosme mobile, Panhabi capte la poésie des gestes simples, la gravité des situations et la résilience des individus. Taxi n'est pas seulement un film sur l'Iran, c'est un film qui laisse parler l'Iran, qui donne la parole à ceux que l'on n'entend pas toujours et qui révèle, avec une subtilité remarquable, les contradictions et la vitalité de la société iranienne.

Par ailleurs, un cinéaste comme Majid Majidi, qualifié comme le cinéaste du régime, a réalisé en 2015 le film le plus cher du monde musulman. Muhammad a coûté 40 millions de dollars. Le film retrace les 13 premières années de la vie du prophète. Objectif officiel du film, montrer un islam tolérant. Après avoir vu le film à deux reprises, au défunt Festival des Films du Monde, Muhammad me paraît plus qu'un joli film à grand déploiement.

La première de « Muhammad » en Iran avait été repoussée d'une journée afin de laisser la primeur mondiale à Montréal, lors de la 39e édition du Festival des films du monde. Quelque cinq cents Montréalais avaient ainsi pu découvrir, le jeudi 27 août 2015, la plus grande et la plus coûteuse production cinématographique iranienne. À quelques mètres de l'Impérial, une cinquantaine d'opposants au régime iranien manifestaient, rappelant haut et fort les atteintes aux droits humains en Iran.

La sortie de « Muhammad » dans une ville occidentale n'était pas anodine. Elle s'inscrivait dans un contexte de rapprochement diplomatique entre l'Iran et l'Occident. L'histoire du film se déroule il y a quatorze siècles, mais elle résonne avec les tensions contemporaines, à la fois entre l'Iran et les puissances occidentales, et entre chiites et sunnites au Moyen-Orient.

La décision de produire un film sur le prophète de l'islam remonte à 2008, à une époque où l'administration Bush envisageait sérieusement l'hypothèse d'une guerre contre l'Iran. N'est-ce pas ce même président qui, en 2002, avait désigné l'Iran, aux côtés de l'Irak et de la Corée du Nord, comme faisant partie de « l'axe du mal » ? « Muhammad » naît ainsi d'une volonté claire de dédiabolisation de l'Iran dans l'opinion publique occidentale.

L'islam étant religion d'État en Iran, quoi de plus stratégique que de convoquer la figure fondatrice du prophète pour incarner une résistance ? Le courage de Muhammad devient alors une métaphore de la détermination d'un peuple à préserver son autonomie face aux pressions extérieures. À travers cette fresque spirituelle, c'est une lecture politique qui se dessine.

Depuis plus de deux millénaires, l'histoire de l'Iran est jalonnée de luttes pour préserver sa souveraineté territoriale, culturelle et linguistique. Des invasions afghanes, ottomanes, russes, britanniques jusqu'aux tensions contemporaines avec les États-Unis, cette mémoire historique irrigue le film. Il suffit de lire entre les images pour en saisir les échos.

Dans les dernières séquences, Muhammad, encore adolescent, fait face à la mer pour contenir une vague dévastatrice, ne laissant passer que les poissons qui sauveront une tribu affamée. Au-delà du miracle religieux, la scène prend une dimension symbolique. À travers le prophète, c'est l'Iran lui-même qui se met en scène comme une force capable de résister, de filtrer, de survivre.

Après la destruction de l'Irak, il n'était pas question pour l'Iran de subir le même sort. La question nucléaire a renforcé son pouvoir de négociation sur la scène internationale. Dans ce contexte, « Muhammad » est apparu comme un moyen de réhabilitation, une œuvre accompagnant les efforts d'un pays cherchant à redéfinir son image après des années d'isolement et de sanctions économiques.

Au-delà de ses qualités cinématographiques et artistiques indéniables, le film demeure profondément politique, pour ne pas dire idéologique. Lorsqu'un État investit des moyens considérables dans une telle production, il ne s'agit pas seulement de répondre à une ambition artistique, aussi sincère soit-elle.

Derrière « Muhammad », la République islamique d'Iran adressait un message au monde. Et pour le porter, elle a choisi un cinéaste reconnu, Majid Majidi, qui s'est entouré de techniciens de haut niveau, y compris occidentaux, afin de donner au film une ampleur visuelle à la hauteur de son ambition.

Après 171 minutes de projection, un message s'est imposé. L'Iran cherchait à dire qu'il n'est ni l'Irak, ni la Syrie. Qu'il est une entité singulière, ancienne, enracinée, capable de résilience et de continuité.

Parce qu'il est seulement le deuxième film d'envergure consacré à la vie du prophète de l'islam depuis « Le Messager » de Moustapha Akkad en 1976, « Muhammad » ne pouvait qu'attirer l'attention, autant celle de ses sympathisants que de ses détracteurs.

Un film comme « Muhammad » ne livre jamais un seul message. Il agit comme un miroir. Chacun y projette ses attentes, ses convictions, ses craintes. Certains y verront une œuvre spirituelle, d'autres un instrument de communication politique, d'autres encore une tentative sincère de dialogue entre les cultures. En regardant ce Muhammad, chacun fait de l'Iran son film.

C'est peut-être là sa véritable réussite. Dans sa grande ambiguïté, le film ne se contente pas de raconter une histoire, il propose un menu d'interprétations.

À la lumière de cette dernière année tumultueuse où l'Iran a su se défendre face aux flammes de l'histoire, le cinéma iranien continue de se renouveler, fidèle à sa capacité à observer, à interroger et à émouvoir. Le retour de Panhabi en Iran, en 2025, malgré les risques de censure et d'emprisonnement, témoigne de la force d'engagement des artistes.

Comme un vieux film qui se réinvente à chaque projection, le cinéma iranien nous entraîne encore dans ses ruelles, ses maisons, ses visages et ses silences. Il nous rappelle que l'Iran n'est jamais figé, qu'il respire, qu'il doute, qu'il crée. Et tant que ces histoires seront racontées, il continuera à nous captiver, à nous surprendre, et à nous parler d'un pays à la fois ancien et éternellement jeune.

Mohamed Lotfi
8 Avril 2026

PS : Aujourd'hui, l'industrie cinématographique iranienne reste très active malgré les contraintes politiques et sociales. Dans les années récentes, la production annuelle de **films – longs métrages de fiction, principalement pour le public iranien – se situe généralement entre 80 et 120 films par an. Cette estimation inclut essentiellement les films produits pour la distribution dans les salles mais aussi ceux qui trouvent leur voie vers les plateformes numériques ou les festivals internationaux. Ce chiffre varie selon les années en fonction des conditions économiques, de la censure et des possibilités de financement, mais il donne une bonne idée de l'ampleur de la production cinématographique iranienne contemporaine.

PS2 : Ce texte reprend et actualise un brouillon entamé il y a quelques années, à la suite du visionnement du film iranien Nature morte (1975), découvert sur YouTube.

https://www.youtube.com/watch?v=uGZLUBQd4r8
فیلم سینمایی ایرانی طبیعت بی جان برنده جشنواره برلین خرس نقره ای بهترین کارگردان
youtube.com

https://www.facebook.com/mohamed.lotfi.90410/posts/pfbid02uBCBvjTjp6qBQMpLcte8V1tLnNZ6D3WNQJma2zJALAcBkdDApsFnGNtz6rRTxg3Zl
De Nature morte à Muhammad en passa... - Mohamed Lotfi
facebook.com

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Point virgule

14 avril, par Zaz Pitit Dessalines — ,
Caresser l'envie d'y déroger arriver à les déloger ces arrières pensées ne plus y penser Aspirer à ne plus dépenser autant pour compenser ce manque en nous déposé (…)

Caresser l'envie d'y déroger
arriver à les déloger
ces arrières pensées
ne plus y penser

Aspirer à ne plus dépenser
autant pour compenser
ce manque en nous déposé
S'affranchir de ce qui a tant indisposé

Quoique prédisposé
à suivre les règles du jeu
avec lesquelles on a du mal à composer
faudrait bien un jour faire face aux enjeux
S'imposer

Balayer son terrain de jeu miné
par la peur ruminée
relayée de génération en génération
déterminé à dominer
ses pulsions, ses émotions
Cheminer

Au pied du mur acculé à défaut de reculer
se méfier de ce qui nous fera basculer
Défier les lois de la gravité
À son instinct se fier, léviter

Réfugié au port d'attache clandestin
point d'ancrage faconner son destin
Ces bagages encombrants s'en séparer
Ce qui en nous est brisé les réparer

Flairer le moment propice pour s'aligner
Faire amende honorable pour sa lignée
Mettre l'emphase sur sa quête d'identité
Se mettre en phase avec ses entités.

Zaz pitit Dessalines

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Amer café

14 avril, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Samedi matin, je me suis levée plutôt tard et, pour une fois, j'ai perdu du temps à ne rien faire, allant même jusqu'à prendre deux cafés que je n'ai pas accompagnés de ma (…)

Samedi matin, je me suis levée plutôt tard et, pour une fois, j'ai perdu du temps à ne rien faire, allant même jusqu'à prendre deux cafés que je n'ai pas accompagnés de ma lecture quotidienne du contenu des fils de mes médias sociaux. Cela m'amène à considérer une question existentielle : est-ce la lecture de nouvelles déprimantes qui rend le Java si amer ? Autre question, pourquoi est-ce que je sabote toujours mon café en lisant les actualités sur mon téléphone ?

Boire son café devrait être un moment sacré que l'on se donne à soi-même, si l'on en croit certains adeptes de la pensée positive ou de la croissance personnelle. L'important n'étant pas ici la substance ingurgitée – on pourrait avoir l'idée saugrenue d'avaler du matcha – mais de s'octroyer un moment pour se recentrer. Après quoi, on serait prêts à affronter toutes les adversités sans en être fondamentalement bouleversés. Oubliés les déconvenues du service des transports, les itinérants, en nombre toujours grand, qui dorment n'importe où, l'anxiété galopante des étudiants et étudiantes, aucune irritation devant les travaux pollués par les artifices qu'on a l'audace d'appeler de l'intelligence, générée par des robots conversationnels. Dans mon cas, le recentrage ne fonctionne jamais, je passe souvent ma journée indignée par le climat social. Mais, je m'emporte, j'étais en train de raconter ce que je n'ai pas fait ce matin. Ou plutôt ce que j'ai tardé à faire ; en réalité, je dois être un moustique qui, inévitablement, va aller se griller contre une ampoule électrique.

Vers 11h, j'ai ouvert Meta et ma bonne humeur s'est évanouie. J'ai trouvé un post d'un collègue, syndicaliste de gauche, qui commentait le dernier sondage Léger. On y apprend que le parti libéral prend la tête des sondages. La publication était en ligne depuis moins de 3 heures et avait reçu 157 commentaires déjà. 157 personnes avaient ressenti le besoin de prendre la parole et d'écrire des commentaires, parfois assez longs, pour réagir. En dehors du fait que la gauche patauge en dessous des 10%, ce qui est passablement irritant, ce qui m'a mis particulièrement de mauvaise humeur, c'est la somme des énergies humaines détournées par la machine. Mon temps, le temps de mon collègue et de tous ceux qui sont intervenus. Les médias sociaux sont conçus pour faire développer des comportements addictifs (à ce sujet, deux poursuites de parents contre Facebook et d'autres de ces géants ont été gagnées en Californie, ce qui devrait entrainer des changements dans les règles d'admission dans les plateformes), je le sais, néanmoins je me fais prendre. Beaucoup d'énergie militante se perd dans les médias sociaux. Trop en fait.

S'il fut un temps où la gauche pouvait détourner Facebook et consorts pour les utiliser comme outils de mobilisation et d'information, je pense que cette époque est révolue. Il y a 10 ou 12 ans de cela, je pouvais lire une revue de presse quotidienne sur les nouvelles écologistes, je voyais toutes les femmes féministes que je suivais en ligne pour me renseigner sur les sujets qui me préoccupaient. Puis, je voyais passer une panoplie d'activités militantes, ateliers, tables rondes, manifestations. Zuckerberg, depuis, a fait une série d'ajustements qui contrôlent le contenu des usagers. Le premier a été de laisser visibles environ 15% des amis des usagers. Il faut maintenant décider d'aller consulter les pages qui n'apparaissent plus sur le fil. Cela fait qu'on oublie des gens et qu'on perd de vue certaines analyses. Je ne vois plus rien des groupes et des militants contre les gaz de schiste, certes, ils ont été moins actifs depuis quelques années. Je ne vois que rarement les publications des députés de Québec solidaire, pourtant, ils devraient être dans ma chambre d'écho. Le deuxième changement majeur a eu lieu quand Facebook a décidé qu'il n'autorisait plus le contenu des médias d'information canadiens. S'il existe des moyens pour contourner cette difficulté, disons que la spontanéité de lire des articles et de les partager est brisée. Finalement, Facebook a licencié plusieurs milliers de vérificateurs de contenu, laissant la porte grande ouverte aux publications contenant des virus et des fake news.

D'habitude, après avoir vu un ou deux Reels stupides, comme des requins qui sautent dans une chaloupe pour manger un chien, ou des piscines situées au 100e étage qui éclatent et déversent tous leurs baigneurs dans le vide, ou, la meilleure, de la tour Eiffel qui brûle – cela donne un sentiment panique d'une demi-seconde qui paralyse, jusqu'à ce que le sens critique revienne et rappelle qu'une tour en métal ne peut pas prendre en feu – je me sens suffisamment flouée pour quitter la plateforme. À la rigueur, je peux endurer des vidéos de Huskies qui se prennent pour des sirènes de police, parce que c'est un peu drôle.

Il y a bien des luttes qui se font dans les médias sociaux et qui fonctionnent, en partie. Je pense aux intrépides, par exemple Alexandre Dumas ou Marie-Ève Cotton qui interviennent régulièrement pour commenter l'actualité politique. Mais à quel coût personnel ! Juste à voir le torrent de trolls plaignards qui déversent leur fiel avec tellement de fautes d'orthographe que je frôle l'anévrisme à chaque fois que je les lis, cela donne le tournis. Quant à leur argumentation, on pourrait finir par admettre que la tour Eiffel a la capacité de brûler, ce serait plus sensé. Évidemment, depuis l'élection de Trump, les abysses de l'imbécillité se sont approfondis. Néanmoins, les publications des intrépides et de leurs compagnons et compagnes idéologiques ont fini par montrer les faiblesses du chef du PQ. Ses échanges sur les médias sociaux ont laissé apparaître un homme à l'égo surdimensionné, prompt aux déclarations à l'emporte-pièce, réticent à admettre ses erreurs. Parfois, Facebook peut être franchement divertissant. J'ai hâte de voir les milliards de réfugiés qui vont vouloir venir honorer le bonhomme Carnaval, comme un symbole de la société québécoise, dont Carney voudrait s'emparer. Du bonhomme Carnaval, pas des réfugiés, ceux-là vont tous arriver au Québec.

À ce stade, plusieurs lecteurs devraient être singulièrement agacés par mes digressions et les détours que j'ai pris. C'était délibéré. Je cherche à reproduire le sentiment de vertige qui peut frapper l'usager des médias sociaux : tellement de contenu disjoint, de motifs disparates.

Comment trouver du sens ? Difficilement. Aussi, je vais revenir au message essentiel de cet article, car l'esprit humain dépasse et déborde les outils technologiques. En apparence, se renseigner et commenter dans les médias sociaux pourrait sembler un geste militant significatif. On peut cependant craindre que ce ne soit plus le cas, si cela ne l'a jamais été. Virtuellement, on peut contribuer à ce que PSPP s'autopeluredebananise, mais cela suppose les trolls, les Reels de requins et un BBQ de tour Eiffel. Québec solidaire serait à 8% dans les sondages, cela signifie que le recul du PQ ne nous profite pas. Comment reprendre les énergies dépensées dans les médias sociaux pour bâtir quelque chose de constructif ? Je suggère les mobilisations et les actions en personne. Justement, le 16 avril, le Parti de la rue tient une rencontre au Centre St-Pierre.

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Que pensent les Parisiens (es) et les touristes de l’hystérie belliqueuse de Trump ?

14 avril, par Omar Haddadou — , ,
Eu égard à la situation géopolitique actuelle, nous avons jugé opportun de greffer à notre enquête sur le terrain (ci-dessous accolée), cette modeste synthèse des derniers (…)

Eu égard à la situation géopolitique actuelle, nous avons jugé opportun de greffer à notre enquête sur le terrain (ci-dessous accolée), cette modeste synthèse des derniers développements.

France

De Paris, Omar HADDADOU

La campagne belliqueuse et dévastatrice menée par le tandem Trump - Netanyahou, au Moyen-Orient, sur fond d'une probable débâcle cuisante face à l'Iran, atteste d'un bouleversement des rapports de force à l'échelle internationale, et de toute évidence, d'un essoufflement de l'hégémonie étasunienne.

Au 46 ème jour du conflit, empreint d'une flambée des prix à la pompe et de la sidérante proposition de Poutine d'accueillir l'Uranium enrichi, Donald Trump, qui s'en est pris hier au Pape par l'IA pour lui avoir pris la vedette, a encore braillé dans la journée : « Tout navire iranien qui s'approche du blocus sera détruit ! »
A l'issue de l'échec des négociations à Islamabad, samedi 11 avril 2026, où les émissaires iraniens ont rejeté d'un revers de main un deal biaisé, le locataire de la Maison Blanche a tenté, le lendemain, un ultime coup de force que d'aucuns définissent d'esbroufe : Un blocus naval du détroit d'Ormuz, depuis hier 13 avril à partir de 10 heures ! Mesure qualifiée par l'armée iranienne « d'illégale et d'acte de piraterie ! ».
Tordre le bras aux Gardiens de la Révolution et faire tomber tout le régime pour récupérer les 440 kg d'uranium, n'est, indubitablement, pas une mince affaire. Elle épouse les contours d'une campagne suicidaire, susceptible d'accoucher de conséquences dramatiques, à postériori.
Ce bastion de combattants aguerris, vient d'annoncer « avoir entièrement sous contrôle le détroit d'Ormuz (truffé de mines) et menaçait d'y piéger ses ennemis dans un tourbillon mortel ! ».

Une saillie qui corrobore la déclaration récente d'un Amiral français à la retraite : « L'Iran a trouvé la méthode pour ne pas perdre la guerre ! »
Animé d'une volonté d'apaiser les tensions, le Président français, Emmanuel Macron, a annoncé hier, lundi 13 avril, la tenue dans les prochains jours d'une conférence franco-britannique en vue de créer « une Mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation dans le détroit ». Selon le chef de l'Etat, elle sera déployée quand la situation le permettra et demeurera « strictement défensive et distincte des belligérants ». Histoire de marquer le point aux Bellicistes à l'origine du chaos au Moyen-Orient. Ces derniers restent verrouillés dans leur acharnement à atteindre les objectifs stratégiques, à savoir, le démantèlement du programme nucléaire iranien, ses ambitions balistiques, l'éradication du Hizbollah libanais et la mainmise sur l'or noir et surtout le détroit d'Ormuz ! Une culture d'interventionnisme prédateur, sans cesse rééditée.
D'où le « delirium tremens » de Trump, un Président souffrant du syndrome de visibilité médiatique : « Notre armée refait le plein et se repose, en attendant avec impatience sa prochaine conquête ! En réalité, Trump aux abois, ne parvenant pas à briser la citadelle iranienne, négocie une sortie rapide avec autant de fanfaronnade ubuesque. Téhéran peut se targuer de son courage de ruer dans les brancards, face à un ogre impérialiste totalement siphonné !
O.H

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Réactions a chaud des Parisiens (es)et des touristes que nous avons interroges samedi soir sur le despotisme trumpiste :

(Boulevard Voltaire dans le 11 ème, les restos, les cafés et les théâtres, sont pris d'assaut à l'instar d'autres établissements sur la Place de Paris. La guerre ? On en parle, autour d'une tablée ).

3 touristes italiennes enfourchant des Vélibs au sortir d'un petit restaurant : - Notre regard sur la guerre en Iran ? - Oui. – Donald Trump, el PASSO ! el Passo ! - El Passo ? Je veux bien. Attendez ! Ne partez pas ! C'est la presse canadienne. Vous pouvez me traduire SVP ? (Elles éclatent de rire en donnant vivement un coup de pédale ) - Fou ! Fou !

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2 touristes américaines de la Californie sur le même Boulevard. C'est Ashley, l'Universitaire qui se prête à l'échange : ( Sur un ton acéré, elle fustige ) : - Donald Trump est fou ! Ce conflit a mis au jour le racisme sous-jacent. Il s'agit d'une guerre de religion, avec une cristallisation d'un nationalisme chrétien blanc que les électeurs américains auraient dû anticiper bien avant, au lieu de regretter le vote d'aujourd'hui. La situation est aussi dangereuse pour l'Europe et le reste du monde. Le discours sur la suprématie américaine a dépassé le simple nationalisme pour devenir une propagande pure, comme à l'époque du Nazisme.
Trump agit en Autocrate, verrouillant les médias criques d'une manière très sévère. Il exerce des pressions sur les Journalistes et les Artistes, les empêchant de parler des sujets sensibles, comme ICE ou la guerre. La France reste comme destination privilégiée pour les demandeurs d'Asile. En tant que qu'Américaine, il m'est incroyablement difficile, sous le mandat Trump, d'accéder à la Vérité. L'Amérique est actuellement en train de perdre la guerre !

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1 Etudiant chinois de la province Wenzhou, sud de Shanghai nous répond par un seul vocable : - Injustice ! (De loin son père accoure et lui susurre d'arrêter)

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1 Franco vietnamien, Place Odéon 6ème Arrondissement. (Edouard, sosie de l'acteur David Carradine, élancé, crâne rasé, la besace en bandoulière, l'allure sereine et élégante, il inspire le respect) - C'est triste cette guerre ! nous répond-t-il. On ne peut même pas se projeter dans la semaine qui arrive. Il n'y a pas de solution. On ne voit pas de freins à cette violence ! Au Liban, en Iran, en Palestine, au Yémen, tout est détruit ! (Mon interlocuteur scrute un long moment le sol dans un silence qui en dit long, puis se reprend) :
On ne voit pas la fin de tout ça ! C'est l'Amérique ! (Je lui demande des nouvelles de ses proches au Vietnam pour sortir du contexte tragique) - Au téléphone, on me dit que tout le monde est impacté sur le carburant. Mais ils s'en sortent bien. (Je hasarde une facétie) : - Un peuple débrouillard qui gagne des batailles avec un bambou contre des armadas occidentales, ça mérite Révérence ? - (Edouard rigole. Il me serre la main et, après une longue discussion, on se quitte avec sa touche rassurante) : - Ça va, Omar, pour le moment on ne sent pas la menace nucléaire de « l'Autre » ! A bientôt !

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1 Etudiant de Sorbonne-Université, Paris 5ème. (Corentin ne cache pas son inquiétude) : - Je suis à la fois préoccupé et désabusé. On a frôlé la catastrophe. Tout est imprévisible avec « ce mec ! » C'est la folie totale ce qu'il est en train de faire. Et je pense qu'il ne se rend pas compte des conséquences de ce qu'il fait. Il n'a aucune conception de l'importance du Droit international et des retombées de ses actions sur le peuple américain. Je pense que c'est quelqu'un qui garde la face et fera tout pour montrer qu'il a la main. Et qu'il sait bien manœuvrer. Alors que récemment, il a réalisé (Excusez-moi du terme ) qu'il a « merdé ! ».
Tout ce que je peux voir en lui, c'est une fuite en avant ! A moins qu'il soit arrêté par les Institutions internationales, mais… Vu que l'Europe ne se mouille pas, cela m'étonnerait. De toute façon, toutes les interventions américaines sont un désastre ! Avec l'Iran, un pays extrêmement puissant militairement, et un peuple intelligent, il aura du mal.
(A la question si Trump va s'arrêter ?, Corentin tranche) : - Il y a dans son mouvement MAGA des fascistes, prêts à tout. Ce sont des gens qui ne connaissent que la Loi du marché et de la force ! Trump est prêt à envahir le monde, s'il le pouvait !
O.H

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Aimer pour survivre

14 avril, par Dee Graham —
Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/07/aimer-pour-survivre/?jetpack_skip_subscription_popup Dans Loving to survive, (…)

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/07/aimer-pour-survivre/?jetpack_skip_subscription_popup

Dans Loving to survive, Dee Graham montre que l'« amour », les liens affectifs que les femmes développent avec les hommes, ne sont qu'une stratégie de survie dans le contexte du régime de terreur patriarcal dans lequel elles vivent, comme les otages avec le syndrome de Stockholm.

Vous vous demandez pourquoi les femmes ont été plus sympathiques que les hommes envers O. J. Simpson ? Pourquoi les femmes n'étaient pas plus favorables à l'égalité des droits que les hommes ? Pourquoi les femmes ne sont-elles pas plus susceptibles que les hommes de soutenir une candidate politique féminine ? Pourquoi les femmes ne sont pas plus susceptibles que les hommes d'embrasser le féminisme, un mouvement par, environ et pour les femmes ? Pourquoi certaines femmes restent avec des hommes qui les agressent ? Loving to Survive résout ces problèmes et propose une réponse surprenante. En comparant la situation des femmes à celle des otages, Dee L. R. Graham et ses co-autrices soutiennent que les femmes se lient aux hommes et adoptent la perspective des hommes dans un effort pour échapper à la menace de la violence masculine contre elles.

L'annonce par Dee Graham, en 1991, de ses recherches sur le lien homme-femme a été immédiatement suivie d'une tempête nationale d'intérêt médiatique. Sa conclusion surprenante et provocatrice a été couverte dans des dizaines de journaux nationaux et débattue avec enthousiasme. Dans Loving to Survive, Graham nous fournit un compte rendu complet de ses remarquables connaissances sur les relations entre les hommes et les femmes.

En 1973, trois femmes et un homme ont été retenues en otage dans l'une des plus grandes banques de Stockholm par deux anciens détenus. Ces deux hommes ont menacé leur vie, mais leur ont également fait preuve de gentillesse. Au cours de la longue épreuve, les otages en sont venues s'identifier à leurs ravisseurs, développant un lien émotionnel avec eux. Elles et ils ont commencé à percevoir la police, leurs libérateurs potentiels, comme leurs ennemis, et leurs ravisseurs comme leurs amis, comme une source de sécurité. Cette réaction apparemment bizarre à la captivité, dans laquelle les otages et les ravisseurs se lient mutuellement les uns aux autres, a également été documentée dans d'autres cas, et est devenue largement connue sous le nom de syndrome de Stockholm.

Les autrices de ce livre prennent ce syndrome comme point de départ pour développer une nouvelle façon de voir les relations hommes-femmes. Loving to Survive considère la violence des hommes contre les femmes comme cruciale pour comprendre la psychologie actuelle des femmes. La violence masculine crée une terreur omniprésente, et donc souvent méconnue, chez les femmes. Cette terreur est souvent vécue comme une peur pour toute femme de viol par un homme ou comme une peur de mettre un homme en colère. Elles proposent que la psychologie actuelle des femmes est en fait une psychologie des femmes dans des conditions de captivité, c'est-à-dire dans des conditions de terreur causée par la violence masculine contre les femmes. Par conséquent, les réactions des femmes aux hommes et à la violence masculine ressemblent aux réactions d'otages à leurs ravisseurs.

Loving to Survive explore le lien entre les femmes et les hommes en ce qui concerne la violence des hommes contre les femmes. Il propose que, comme les otages qui s'efforcent d'apaiser leurs ravisseurs de peur qu'ils ne les tuent, les femmes travaillent pour plaire aux hommes, et de là jaillit la féminité des femmes. La féminité décrit un ensemble de comportements qui plaisent aux hommes parce qu'ils communiquent l'acceptation par une femme de son statut subordonné. Ainsi, les comportements féminins sont, par essence, des stratégies de survie. Comme les otages qui se lient à leurs ravisseurs, les femmes se lient aux hommes dans un effort de survie.

Il s'agit d'un livre qui changera à jamais la façon dont nous regardons les relations hommes-femmes et la vie des femmes.

https://tradfem.wordpress.com/2026/03/27/aimer-pour-survivre-2/

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La saignée

14 avril, par Les Éditions du remue-ménage, Tracey Lindeman — , ,
Tracey Lindeman · traduction de Catherine Ego | essai Parution le 14 avril 2026 au Québec | 21 août 2026 en Europe Combien d'années faut-il souffrir pour que notre voix soit (…)

Tracey Lindeman · traduction de Catherine Ego | essai
Parution le 14 avril 2026 au Québec | 21 août 2026 en Europe

Combien d'années faut-il souffrir pour que notre voix soit enfin entendue ?

Entre récit intime et enquête de terrain, Tracey Lindeman se lance dans un implacable réquisitoire contre le silence qui entoure l'endométriose. Diagnostiquée après des décennies d'errance médicale, la journaliste remonte aux racines de la médecine pour comprendre pourquoi le système de santé moderne continue de faillir. Elle expose une vérité brutale : la prise en charge de la douleur est encore trop souvent parasitée par le sexisme, la grossophobie et le racisme. Un essai corrosif qui agit comme un cri de ralliement pour toutes les personnes ignorées ou malmenées par l'institution médicale. Pour que, plus jamais, elles ne soient seules.

Pendant très longtemps, j'ai vécu ces tribulations médicales en silence. En tant que « Journaliste Professionnelle de la profession écrivant sur des Sujets Très Sérieux », je m'interrogeais : est-ce que je voulais vraiment que le grand public sache ce qui se passait dans mon corps ? Je me trouvais faible de laisser la douleur se répercuter dans tous les aspects de ma vie. J'avais le sentiment que, si j'entrouvrais la porte, si j'évoquais publiquement mes problèmes de santé, tôt ou tard, ils me définiraient tout entière. Pire encore, ils altéreraient le regard que les autres posaient sur moi. J'aurais l'air folle, à m'élancer ainsi à l'assaut d'un système que la société tenait pour un parangon d'altruisme érigé pour le plus grand bien de l'humanité.

Tracey Lindeman est une journaliste anglo-canadienne de renommée internationale. Née à Montréal, elle vit aujourd'hui à Chicago où elle poursuit des études doctorales.

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Face à des bouleversements politiques inouïs, Françoise David lance un cri du cœur et nous invite à reprendre du pouvoir sur ce qui nous arrive.

14 avril, par Françoise David — , ,
Le livre Se tenir debout !, un appel et un cri du cœur de Françoise David, paraîtra en librairie le 22 avril prochain. À propos du livre « L'année 2026 est celle de (…)

Le livre Se tenir debout !, un appel et un cri du cœur de Françoise David, paraîtra en librairie le 22 avril prochain.


À propos du livre

« L'année 2026 est celle de nombreux dangers. Mais je crois de plus en plus qu'elle sera aussi celle de prises de position courageuses et de mobilisations sociales d'envergure. Je demeure confiante en notre capacité à réagir, et certaines actions collectives récentes me donnent espoir. »

Hautement préoccupée par la montée des droites autoritaires, inquiète pour l'avenir de ses petits-enfants et toujours animée par la même soif de justice et d'égalité, Françoise David lance ici un plaidoyer et un appel à l'action individuelle et collective.

Avec Se tenir debout !, un petit livre abordable et facile à lire, l'ex-politicienne et fière grand-maman interpelle tous ceux et celles qui se sentent dépassés par les bouleversements politiques récents et qui ne se reconnaissent pas dans les choix politiques de nos gouvernements. « Nous avons le droit d'imaginer et de construire un monde plus juste, et le pouvoir de le faire advenir », nous dit-elle. Que ce soit en soutenant le mouvement « Le communautaire à boutte », en prenant la rue le 2 mai prochain lors de la manifestation nationale « Droits piétinés, faut résister », qui rassemble les syndicats et la société civile, ou en participant aux prochaines élections québécoises à l'automne, nous avons les moyens de nos ambitions : nous pouvons agir.

Prenant position sur de nombreux sujets qui lui tiennent à cœur, dont les inégalités, les reculs environnementaux, la laïcité, les droits des femmes et l'indépendance, elle ancre sa parole dans le présent, tout en nous faisant bénéficier de sa mémoire et de son expérience.

« Ensemble, nous pouvons agir. Nous l'avons fait lors de la Révolution tranquille, nous le faisons en ce moment en nous mobilisant : continuons. Allons plus loin, ensemble ! Et surtout : ne laissons personne derrière. »

À propos de l'autrice

Militante féministe et femme politique, Françoise David a été présidente de la Fédération des femmes du Québec, députée de Gouin (2012−2017) et porte-parole de Québec solidaire. Elle est l'auteure, chez Écosociété, de Bien commun recherché (2004) et De colère et d'espoir (2011).

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Dans le ciel sombre d’orage, il faut suivre le plus petit trait de lumière [Adresses – internationalisme et démocr@tie n°19]

14 avril, par Didier Epsztajn, Michel Lanson, Patrick Silberstein — ,
Le premier numéro, d'Adresses : internationalisme et démocr@tie est paru le 15 mars 2024. Depuis, Adresses a suivi l'évolution de luttes multiples contre diverses formes de (…)

Le premier numéro, d'Adresses : internationalisme et démocr@tie est paru le 15 mars 2024. Depuis, Adresses a suivi l'évolution de luttes multiples contre diverses formes de domination et d'aliénation, relayé les actions de solidarité et soutenu les résistances dans une période marquée par une triple ouverture : l'attaque impérialiste de l'Ukraine par la Russie poutiniste [1], le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 et l'entrée de Donald Trump [2] à la maison Blanche.

3 avril 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/03/dans-le-ciel-sombre-dorage-il-faut-suivre-le-plus-petit-trait-de-lumiere-adresses-internationalisme-et-democrtie-n19/#more-103560

Des crimes, des génocides et des atteintes aux droits humains et au droit international ont été commis à Gaza, en Ukraine, au Congo, au Soudan, en Iran, en Syrie, etc. Les projecteurs braqués sur les souffrances des Palestinien·nes, sur Netanyahou, sa politique et le génocide à Gaza, laissent dans l'ombre de nombreuses souffrances, de nombreux crimes mais aussi de courageuses résistances.

Nous avons maintenu l'attention sur le courage du peuple ukrainien afin de préserver le lien de soutien internationaliste que certain·es, que l'on a la faiblesse d'appeler encore « campistes », veulent rompre. Nous avons fermement soutenu cet éclairage en publiant des articles et des déclarations.

Beaucoup d'autres analyses et reportages ont été publiés dans la revue Soutien à l'Ukraine résistante [3] publiée sous l'égide des Brigades éditoriales de solidarité, une esquisse de coalition internationaliste.

Nous avons toujours privilégié les mots, les paroles, les témoignages, les analyses des protagonistes et des combattant·es aux discours de tribune, aux considérations gnérales.

Le combat mené par les Ukrainien·nes est courageux et exemplaire ; résister à l'un des pôles impérialistes est un exploit qui éclaire la période.

Aujourd'hui, la Russie, comme Israël ou les États-Unis [4], tente de créer une nouvelle réalité dans laquelle les saisies illégales de terres sont présentées comme une « justice historique », les déportations d'enfants comme une bagatelle. Une « nouvelle réalité » où les guerres préventives, les frappes préventives, les assassinats préventifs générés par l'IA ne sont plus de la science-fiction. Un monde sous le regard des caméras et des drones. En guerre comme paix. À Minneapolis comme à Beijng [5].

Face à cette « nouvelle réalité », les Ukrainien·nes nous ont montré et nous montrent la voie du refus. Une armée « ouvrière » riposte à l'agression russe [6] ; une classe de travailleur·euses refuse les mesures gouvernementales ordonnées par le FMI. Elle maintient debout un État chancelant. Combattre les armes à la main l'impérialisme russe au sein des forces armées ukrainiennes et lutter en même temps contre l'ordre néolibéral défendu par le gouvernement ukrainien est un de ces traits de lumière dont la gauche de transformation devrait être à l'affût. Ce double combat est la voie étroite de l'espérance en un avenir simplement possible.

Cette transformation du monde, ces bouleversements d'équilibres, cette « nouvelle

réalité » ont été abordés dans d'importants textes d'analyse. Nous pensons notamment à ceux qui traitent de la multipolarité impérialiste, un concept popularisé par Kavita Krishnan [7]. L'imbrication des chaînes de production et des lignes de financement à l'échelle mondiale, la concurrence exacerbée par l'innovation, comme l'intelligence artificielle, la toujours plus difficile extraction de la plus-value ainsi que les conflits ex-cluant toute négociation ne pouvaient que conduire au pire.

Mais nous n'avions jamais assisté encore, dans cette nouvelle période, à l'explosion d'une guerre régionale qui implique maintenant l'ensemble du monde. Une « unjustified war » (comme le dit la presse états-unienne)

guerre injustifiée, aux répercussions politiques, économiques, écologiques qui s'étendent sur la totalité de la planète. Une guerre incertaine non seulement par son issue militaire mais surtout par sa durée, ses suites politiques et économiques, ses victimes innocentes. Une guerre de pilonnages aériens, terrible pour les populations civiles, qui pourrait engendrer des effondrements sociaux, des famines dans les pays les plus

fragiles, une inflation record et une crise économique dans les autres. Le détroit d'Ormuz contrôlé par les Gardiens de la révolution iraniens (une milice antipopulaire au cœur du fonctionnement du régime des mollahs) est un nœud coulant pour le trafic des produits pétroliers qui étouffe une grande partie de l'économie mondiale.

C'est à cette aune qu'il faut apprécier les articles de Frieda Afary [8] et celui de Sepehr Haghighi [9] sur l'Iran et leurs appels aux progressistes du monde entier. C'est toujours à cette aune qu'il faut entendre l'appel que lancent les Kurdes d'Iran aux nations opprimées [10] et celle de la Confédération syndicale iranienne [11].

C'est évidemment à cette aune qu'il faut comprendre les appels aux progressistes d'Occident à sortir des vieilles références pour aborder les situations actuelles et que lutter contre la guerre de Trump et de Netanyahou ne peut que signifier dénoncer et combattre le régime des mollahs en criant encore plus fort « Femme, vie, liberté » [12].

C'est aussi à cette aune – et c'est un trait de lumière dans l'obscurité –

qu'il faut mesurer la lutte des femmes afghanes pour l'éducation des enfants et la préservation de la culture [13].

Dans cette situation politique globale, souvent mal appréciée ou dessinée à grands traits, la difficulté réside à tracer un chemin, une espérance. Articuler la recherche et la pratique dans une lutte constante pour ouvrir des perspectives comme en Argentine même sous Milei, dans l'Inde de Modi est indispensable [14] ou encore dans les États-Unis de Trump [15].

De manière générale, les grandes proclamations ne suffisent plus, les équations électorales paraissent dérisoires, le temps est à l'autodéfense des peuples contre les pays agresseurs, des salarié·es contre les exploi- teurs, des démocrates contre les fascistes.

Cadres unitaires, autodéfense sociale et politique, auto-organisation pour défendre ensemble les intérêts de la majorité des populations. Sans oublier l'indispensable démocratie de la base au sommet au sein des mouvements populaires, ce que semblent oublier ou négliger certain·es.

Dans ce ciel sombre d'orage, il faut suivre le plus petit trait de lumière.

Notes

[1] Voir Adresses, n°15, spécial « Russie » , 30 septembre 2025.
[2] « La croisade de Trump : nationalisme chrétien et guerre sainte », p.64. À l'heure où nous bouclons ce numéro, nous apprenons la disparition de Jean-Pierre Faye qui a tant contribué à démêler les fils de la « stratégie des deux discours dans le même langage » de l'extrême droite, à distinguer comment s'opèrent les transformations du langage qui font passer le discours de l'extrême droite du « contre » au « pour » et à rendre ainsi intelligible les processus de fascisation qui font qu'une idéologie se cristallise en bloc politico-social (Langages totalitaires, Hermann, 1972 ; La déraison antisémite et son langage, avec Anne-Marie de Vilaine, Babel, 1996).
[3] Téléchargeable sur le site des Éditions Syllepse, sur celui du Comité belge du Resu, sur celui du Centre Tricontinental ou encore sur le site des Utopiques, la revue de l'Union syndicale Solidaires.
[4] Voir aussi dans ce numéro, « Les menaces croissantes de Trump contre Cuba », p.60.
[5] Voir Adresses, n°8, spécial « Chine », 12 janvier 2025 et dans ce numéro : « Que reste-t-il de la gauche chinoise ? », p. 40.
[6] Voir dans ce numéro, « Socialisme européen, militarisme et défense de l'Ukraine », p.29 et « Le peuple ukrainien contre l'envahisseur russe », p. 35
[7] Voir « Multipolarité : une doctrine au service des autoritarismes », Adresses, n°0, janvier 2024. Voir également Joey Ayoub, Romeo Kokriatski, Kavita Krishnan et Promise Li, « Contre l'impérialisme multipolaire », Adresses, n°2, 1er mai 2024
[8] Voir « La guerre contre l'Iran : quelle approche pour une gauche socialiste attachée à ses principes ? », p. 9.
[9] « Le capitalisme politique iranien et les hésitations de la gauche occidentale : une révolte filtrée par l'idéologie », p.15.
[10] « Les Kurdes d'Iran lancent un appel à l'unité des nations opprimées », p. 25.
[11] « Déclaration de la Confédération syndicale iranienne », p.26.
[12] « Ni turban ni couronne, mais femme, vie, liberté », p.21.
[13] « Comment les Afghanes reconstruisent le savoir en dehors des institutions », p.51.
[14] Voir « L'économie des travailleur·euses confronté au libertarisme », p.43 et « Ce que la nuit enseigne : vers une nouvelle gauche indienne à l'ère de la non-liberté », p.55.
[15] Trait de lumière dans le monde trumpien : le 28 mars, le troisième et plus imposant « No Kings Day » , avec ses 3 200 évènements dans 50 États et ses 8 millions de participant·e dans les villes, y compris les plus petites, apporte une lueur d'espoir. Tout comme les 500 000 manifestant·es dans les rues de Londres. Mais Trump, pendant ce temps, jouait au golf en Floride. Sur les mouvements de résistance au trumpisme, voir Adresses, n° 18, n° spécial « Free America », 23 février 2026.

Didier Epsztajn, Michel Lanson, Patrick Silberstein

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Pour affronter le fascisme, il faut comprendre la fascisation

14 avril, par Côme Rothé, Ismaël Chanard — , ,
Cette recension du livre d'Ugo Palheta, "Comment le fascisme gagne la France "(La Découverte, 2025), revient sur l'analyse que l'auteur consacre au processus de fascisation à (…)

Cette recension du livre d'Ugo Palheta, "Comment le fascisme gagne la France "(La Découverte, 2025), revient sur l'analyse que l'auteur consacre au processus de fascisation à l'œuvre dans la société française. Les auteurs en présentent les principaux arguments et en soulignent la portée dans le contexte politique que nous traversons, en concluant sur les éléments de stratégie antifasciste avancées par Ugo Palheta.

10 avril 2026 | tiré du site contretemps.eu
https://www.contretemps.eu/a-propos-de-comment-le-fascisme-gagne-la-france-dugo-palheta-la-decouverte-2025/

Ugo Palheta, Comment le fascisme gagne la France, Paris, La Découverte, 2025.
Paru à La Découverte en mai 2025, Comment le fascisme gagne la France, de Macron à Le Pen, est une édition actualisée par son auteur d'une première version datant de 2018 et intitulée La possibilité du fascisme. Reprenant les principaux arguments de l'ouvrage d'origine, Ugo Palheta insiste notamment sur le raidissement autoritaire et l'offensive raciste qu'a connus le pays sous les deux quinquennats Macron pour alerter sur le fait qu'il existe actuellement une possibilité que le fascisme s'installe en France.

Conscient que la lutte contre le fascisme nécessitera plus que l'invocation des valeurs républicaines, ce livre propose une analyse solide du processus de fascisation en cours dans la société française et amène des clés de compréhension nécessaires à une réponse antifasciste unitaire et déterminée.

Le premier chapitre s'attache à démontrer la pertinence du concept de fascisme dans l'analyse du contexte politique français.

Depuis les années 1980, les notions de totalitarisme, puis de populisme, ont progressivement remplacé celle de fascisme, contribuant ainsi à assimiler des projets politiques que tout oppose tout en délégitimant les alternatives au projet politique néolibéral. De tels concepts contribuent à occulter la centralité du racisme dans les projets fascistes d'hier et d'aujourd'hui. Bien plus, la notion de populisme tend à désigner le peuple comme seul responsable de la progression de l'extrême-droite, faisant ainsi l'impasse sur la responsabilité d'une série d'acteurs (médiatiques, économiques, politiques et universitaires) dans le processus de fascisation.

C'est pourquoi il est nécessaire de réhabiliter le concept de fascisme, ce qui suppose cependant de le définir rigoureusement : un des enjeux inhérents à la définition du fascisme est de parvenir à le cerner à la fois comme une idéologie et une pratique du pouvoir. L'auteur propose une définition a minima et provisoire : le fascisme est un mouvement de masse prétendant œuvrer à la régénération d'une communauté imaginaire (nation, race et/ou civilisation) dont il craint la décomposition. Cette régénération passe par une purification ethno-raciale, l'anéantissement de toute forme de conflit social, vise une unité sans faille de ladite communauté imaginaire et s'appuie sur une pratique politique centrée sur la répression et la violence systématique (p. 37-38).

L'histoire ne repassant pas les plats, il faut se garder d'imaginer qu'un retour du fascisme se ferait à l'identique et selon les mêmes modalités qu'après la Première Guerre mondiale. Il faut plutôt envisager une telle résurgence sous la forme de ce que Robert Paxton désigne comme une équivalence fonctionnelle[1]. Si l'on considère que le fascisme est le produit d'une crise d'hégémonie du capitalisme (chapitre 2) et en se référant à la définition proposée ci-dessus, on peut avancer qu'il existe une actualité du fascisme, c'est-à-dire une possibilité – qui n'est donc ni une fatalité ni une imminence – de son avènement dans le contexte actuel.

Dès lors, « la mise en parallèle du fascisme classique et de l'extrême-droite contemporaine est […] utile et productive si elle permet de mieux cerner le fascisme de notre temps, à travers les conditions économiques et sociales qui le rendent possible, les dynamiques politiques qui favorisent son ascension, les complicités structurelles qu'il peut trouver parmi les acteurs sociaux dominants, ainsi que les idées et affects qui permettent à l'extrême-droite d'influencer et parfois de mobiliser une partie du corps social » (p.53).

Le but de l'ouvrage n'est dès lors pas de crier au loup ou de formuler une quelconque prophétie alarmiste mais bien d'identifier les conditions d'émergence du fascisme pour mieux l'affronter. Pour Palheta, c'est la mise à mal des structures économiques, institutionnelles et sociales qui ouvre la voie à un éventuel retour du fascisme car « c'est lorsque les structures sont en crise que l'événement devient possible » (p.65).

Capitalisme néolibéral et fascisme

Le deuxième chapitre vise à démontrer que le fascisme doit avant tout être compris comme le symptôme de la décomposition du capitalisme et non comme une anomalie dans une supposée marche inéluctable de l'histoire vers le progrès.

Cette partie permet également de dépasser l'analyse marxiste orthodoxe considérant le fascisme comme l'ultime rempart de la bourgeoisie face à la montée des masses révolutionnaires. Cette lecture fonctionnaliste présente en effet diverses limites : d'une part, le fascisme a une dynamique qui lui est propre et dispose d'une relative autonomie vis-à-vis de la bourgeoisie. D'autre part, les fascistes historiques se sont appuyés sur diverses fractions de classes aux intérêts divergents pour accéder et se maintenir au pouvoir.

Par ailleurs, le lien de cause à effet entre masses révolutionnaires et fascisme ne se vérifie pas dans le contexte actuel où le mouvement social révolutionnaire est plutôt faible et la menace fasciste importante. On peut également noter qu'historiquement la bourgeoisie n'a pas besoin du fascisme pour réprimer les mouvements contestataires. Enfin, cette analyse conduit à minimiser la place centrale jouée par le racisme et le conspirationnisme dans la dynamique fasciste. Il s'agit donc de chercher à saisir le fascisme dans son autonomie vis-à-vis de la classe possédante tout en démontrant en quoi il représente l'ultime recours pour le capitalisme en crise.

Depuis les années 1970, le capitalisme mondial est entré dans une phase de crise permanente. Les réformes néolibérales, présentées comme réponse à la crise, sont venues démanteler les conquis sociaux et mettre à mal le compromis social d'après-guerre. Cela a eu pour effet de remettre en cause l'adhésion des travailleurs au système capitaliste provoquant une crise d'hégémonie prolongée du néolibéralisme[2].

Loin de nous permettre d'annoncer la fin du capitalisme, cette crise peut en revanche donner lieu à une « subjectivation politique de masse sur laquelle le fascisme peut s'appuyer » (p. 90). En effet, l'insécurité sociale et la précarité généralisée génèrent une importante fragmentation du marché du travail : les fractions de travailleurs plus stabilisées craignent de perdre leur position alors que les plus précaires ne disposent ni des ressources ni de la sécurité nécessaire pour s'organiser collectivement. Une telle situation produit du ressentiment, ce qui constitue un terreau fertile pour le fascisme[3].

Depuis 2007, la bourgeoisie parvient difficilement à se maintenir au pouvoir. Elle n'a plus de relais dans la société civile notamment car la classe travailleuse n'est plus intégrée via les syndicats réformistes ou la social-démocratie. Le rejet des réformes néolibérales s'est accompagné d'un effondrement des partis ayant conduit ces politiques ces trente dernières années. Depuis 2016-17, on assiste ainsi à la recomposition du champ politique autour d'un extrême-centre[4], dont l'assise politique et électorale repose sur une part toujours plus congrue de la classe dominante[5].

Nous nous trouvons donc actuellement dans une situation d'entre-deux : les gouvernements ne parviennent pas à mener au bout le projet néolibéral tout en étant en capacité d'imposer des contre-réformes, la gauche radicale et les mouvements sociaux arrivent encore à empêcher le pire mais sans réussir à faire advenir un nouveau modèle. Dans cette situation, le FN/RN semble alors comme le seul opposant en mesure de l'emporter en agrégeant des votes d'adhésion à son projet et de contestation au néolibéralisme.

Ainsi, le néolibéralisme, en générant des inégalités toujours plus importantes et la classe politique bourgeoise, en réprimant de manière de plus en plus autoritaire la contestation des réformes, participent largement du processus de fascisation en cours.

Autoritarisme néolibéral et fascisation

Palheta commence par rappeler les différentes étapes du raidissement autoritaire de la France au cours de ces vingt dernières années. Les gouvernements qui se sont succédé ont conduit une politique toujours plus répressive, particulièrement ciblée contre les musulmans et les organisations de gauche, construisant la figure d'un ennemi intérieur à combattre.

Cette tendance autoritaire s'inscrit plus largement dans une volonté d'émancipation de la bourgeoisie des carcans de la démocratie libérale : son projet politique étant remis en cause dans les urnes et dans la rue, la bourgeoisie cherche à rétablir un pouvoir capitaliste en conservant l'apparence de la démocratie tout en la vidant de sa substance. L'auteur identifie trois éléments permettant à la classe dominante d'imposer son agenda néolibéral en contournant les instances démocratiques.

En premier lieu, la mondialisation néolibérale échappe au contrôle politique des États et est en mesure d'imposer des politiques publiques favorables au capital grâce à des institutions comme le FMI, l'OMC ou la Banque mondiale. Ensuite, le processus d'intégration régionale des économies capitalistes permet le pilotage des économies nationales par des instances non-élues par les peuples telle que la Commission européenne. Enfin, la transformation des États capitalistes via l'étatisme autoritaire conduit au déclin de la démocratie dans la vie politique de ces pays.

Le principal danger pour la démocratie est donc la bourgeoisie qui cherche à gouverner via des institutions politiques placées aussi loin que possible de toute forme de contrôle populaire. En effet, capitalisme et démocratie ne sont pas nécessairement liés, au contraire :

« partout où la gauche et les mouvements populaires ont remis en cause leurs intérêts […], les classes possédantes et leurs représentant politiques n'ont ainsi jamais craint de se débarrasser purement et simplement de la démocratie libérale, allant jusqu'à user de moyens criminels, pour maintenir ou asseoir leur pouvoir » (p.167).

Ainsi, pour Palheta – qui rompt ici avec d'autres théoriciens de gauche révolutionnaire réduisant la démocratie à un instrument au service du capital – la démocratie peut au contraire représenter un obstacle au capitalisme et les attaques répétées de ce dernier contre celle-ci participent pleinement du processus de fascisation en cours.

En accoutumant les élites politiques traditionnelles à recourir à des procédures d'exception et à la répression, l'autoritarisme facilite l'accession au pouvoir des fascistes. D'autre part, le peuple s'habitue peu à peu à cet état de fait, entrant dans une forme d'apathie politique face au risque encouru face à la répression. Le tournant autoritaire conduit en outre à une autonomisation croissante des appareils répressifs, posant ainsi des bases institutionnelles et juridiques sur lesquelles l'extrême-droite peut s'appuyer une fois arrivée au pouvoir.

On voit alors comment la crise d'hégémonie du capitalisme génère un processus d'auto-renforcement de l'autoritarisme : en remettant en cause l'État de droit pour maintenir coûte que coûte leur domination, les gouvernements affaiblissent ce qui constitue un élément décisif de stabilisation de la domination capitaliste et légitiment ainsi des modes de gouvernance autoritaires. La crise d'hégémonie devient alors une crise de régime si un mouvement fasciste se montre suffisamment habile pour s'imposer comme une alternative crédible et mettre son projet à l'ordre du jour. En cela, la transformation autoritaire de l'État favorise les fascistes en créant les conditions de la crise de régime via la fascisation des élites, de l'État et de la société.

Le fascisme ne doit cependant se comprendre ni comme « le stade terminal d'un lent processus menant inexorablement les démocraties capitalistes au totalitarisme en passant par tous les degrés d'autoritarisme » (p.175) ni comme une simple progression électorale de l'extrême-droite. La conquête du pouvoir par les fascistes est toujours précédée d'une période de fascisation. C'est la fascisation des institutions (à commencer par les corps répressifs) qui permet le fascisme, c'est à dire un régime d'exception dans lequel le droit tel que nous le connaissons n'existe plus. Si la démocratie assure à la classe dominante une certaine légitimité, le fascisme reste toujours une option par défaut de la bourgeoisie qui s'y résout faute d'une meilleure option, avec l'illusion de pouvoir le contrôler.

Le processus de fascisation en cours procède donc d'un affaiblissement de l'État social (chapitre 2) et d'un durcissement autoritaire (chapitre 3), mais il s'inscrit également dans la lutte hégémonique menée par la classe bourgeoise (chapitre 4)[6].

Offensive raciste et fascisation

Cette bataille culturelle s'appuie sur une idéologie raciste qui, délaissant les discours pseudo-biologiques, repose désormais sur l'idée d'une incompatibilité entre les cultures, faisant de l'islam une menace intérieure. Cette islamophobie n'est pas simplement une reformulation d'un racisme anti-arabes déjà existant mais présente des caractéristiques en partie inédites.

Premièrement, on remarquera que cette idéologie, véritable « racisme d'État » (p. 219) s'est largement diffusée par « en haut », par l'intermédiaire des forces politiques qui ont gouverné à partir des années 1980 (p. 219). Ce discours a pu se diffuser en se donnant une apparence respectable à travers une instrumentalisation de la laïcité[7] désignée par l'auteur comme la « pièce centrale du dispositif islamophobe » (p. 221).

L'objectif idéologique de cette offensive raciste est double : à l'international, elle répond à une crise de l'impérialisme français duquel découle un besoin de renouveau du nationalisme qui permettrait de légitimer le « renouveau des interventions militaires » (p. 233). À l'intérieur des frontières, il s'agit de construire une alliance de classes hétérogènes sous la forme d'un « bloc blanc sous domination bourgeoise » (p. 192), tout en soumettant matériellement et idéologiquement les classes subalternes non blanches.

Palheta insiste longuement sur le fait que cette obsession xénophobe n'est pas l'apanage de l'extrême droite. En effet, la gauche comme la droite ont abondamment participé à banaliser cette idéologie à partir des années 1980 au point que ce discours soit aujourd'hui hégémonique. Pour comprendre comment a pu se constituer ce consensus, l'auteur décrit non seulement la radicalisation de la droite dans les années 2000 (avec l'arrivée au pouvoir de Sarkozy en 2007), mais également l'alignement du PS sur ce discours entre 2012 et 2017, prolongeant ainsi le travail opéré par Mitterrand et Rocard et par le PCF avant eux.

L'alignement d'une grande part des forces politiques sur les obsessions xénophobes du RN pourrait nous pousser à relativiser la dimension raciste de son projet politique. Au fond, il n'y aurait qu'une différence de degré dans la part qu'occupe le racisme dans les différentes idéologies partisanes. Palheta rappelle pourtant que « le RN constitue la composante la plus brutalement raciste du nationalisme français », le racisme y jouant toujours un rôle « central dans son idéologie et son développement » (p. 239).

Cela permet à l'auteur de récuser l'idée d'une dédiabolisation du parti de Marine Le Pen, qui est moins le signe d'un assagissement de l'extrême droite que d'un climat raciste qui « tend à rendre acceptablel'hostilité publiquement manifestée à l'égard des musulmans » (p. 252). On a donc assisté à un virage tactique dans la politique frontiste, remplaçant son antisémitisme (encore présent chez ses militants et chez ses cadres, bien que de plus en plus masqué dans les discours de ces derniers) par une islamophobie virulente empruntant au vocabulaire républicain.

Ancrage et politique du FN/RN

Après avoir adopté une « approche par le haut » révélant le processus de fascisation issu de la lutte hégémonique menée par les classes dominantes, Palheta propose une « approche par le bas » qui analyse, à travers une étude du vote RN et du programme du parti, la manière dont cette idéologie est reçue au sein de la population. Analyser la manière dont le parti progresse dans la population permet à la fois à l'auteur de récuser la thèse d'un attrait inhérent du fascisme, et d'étudier la force réelle de l'extrême droite au sein du pays.

Palheta retrace l'ascension du RN, fondé en 1972 avec quelques centaines de militants, jusqu'à ses 89 députés en 2022, marquée par une progression récente chez les classes aisées. Bien que Marine Le Pen soit souvent présentée comme l'artisane d'un virage idéologique du RN, le faisant passer du fascisme à un populisme compatible avec les normes républicaines, Palheta conteste l'idée d'un changement en profondeur et distingue dans la stratégie du parti les évolutions réelles (le succès de l'unification des extrême droites) des constantes (refus d'alliance gouvernementale avec la droite traditionnelle, persistance de l'anticommunisme sous forme d'anti-wokisme, la centralité du racisme).

En analysant l'ancrage du RN dans la population, Palheta réfute plusieurs idées reçues. Premièrement, l'étiquette de parti « populaire » donnée au RN mérite d'être nuancée : bien que le vote progresse chez les classes populaires, la gauche reste dominante chez les plus précaires et l'abstention demeure majoritaire. De plus, la base électorale du RN est un « conglomérat » (p. 307) où la petite bourgeoisie constitue le principal réservoir de voix, suivie des employés. La progression chez les jeunes électeurs, bien que notable, est relativisée par la persistance d'une forte abstention et d'un soutien à gauche[8].

Il est important de rappeler contre un aveuglement typiquement français que les caractéristiques ethno-raciales « constituent l'un des principaux facteurs de différenciation des votes au sein des classes populaires » (p. 315). Ce fait amène l'auteur à se demander si le vote RN devrait être qualifié de vote de classe ou de vote raciste. Palheta s'oppose à l'idée défendue par Thomas Piketty et Julia Cagé[9] selon laquelle le vote RN relèverait essentiellement du dépit.

La thèse défendue par ces derniers s'appuie sur deux arguments : les communes les plus favorables au RN compteraient peu de populations immigrées, et un électorat animé par un racisme assumé aurait davantage soutenu un candidat comme Éric Zemmour, perçu comme plus radical sur ces questions. Palheta rejette ces deux arguments en faisant valoir que le racisme ne résulte pas forcément de la proximité avec l'immigration, et que les électeurs du RN et de Zemmour se différencient moins par le degré de xénophobie que par le capital économique.

Enfin, comme l'a montré Félicien Faury[10], même lorsque d'autres déterminants de vote sont affichés par les électeurs RN, comme le pouvoir d'achat par exemple, ils sont reformulés en termes nativistes (les dépenses publiques bénéficieraient indûment aux immigrés), le racisme y joue le rôle de « ciment » (p. 323).

Reste tout de même à expliquer la progression du vote RN chez les classes populaires. Palheta y voit une manifestation de la conscience sociale triangulaire[11] des classes populaires : un mélange d'attentes envers les élites et de ressentiment envers les plus précaires, perçus dans un contexte néolibéral comme des assistés ou fraudeurs, stigmatisation qui se racialise sous l'effet des discours xénophobes. L'effritement des solidarités collectives favorise un repli sur le groupe affinitaire, qui s'exprime en un « déjà-nous » trouvant sa traduction électorale dans le mot d'ordre « les Français d'abord »[12] (p. 332-333).

Au sein des classes dominantes, la progression du vote en faveur du RN s'explique par d'autres facteurs. On peut notamment évoquer la porosité entre la droite traditionnelle et l'extrême droite. Le vote RN relèverait d'un héritage familial, consolidé par des trajectoires scolaires et professionnelles (le parti offrant des perspectives d'ascension sociale plus rapides que d'autres formations politiques).

On constate que le FN/RN parvient à surmonter le problème de l'hétérogénéité de classes de son électorat par une surenchère du discours nativiste. Néanmoins, cette stratégie pose problème lorsqu'il s'agit d'élaborer un programme économique. Initialement pro-néolibéral, le FN commence à critiquer ce courant dans les années 1990, profitant du vide laissé par la gauche, jusqu'à en faire, sous Marine Le Pen, un axe central mais relativement flou de son programme. Depuis 2017, le parti a clairement renoncé à cet aspect vaguement social (p. 340). En effet, son électorat étant peu sensible aux propositions de gauche, le parti a depuis 2022 préféré réorienter son programme vers les employeurs et accentuer sa critique du mondialisme et du wokisme.

L'ambiguïté du RN sur ces questions et sa difficulté à présenter un programme cohérent sur le long terme rapprochent le parti des fascismes historiques (si on met de côté ses obsessions nationalistes et xénophobes). En effet, le fascisme s'est toujours présenté comme la synthèse entre le libéralisme et le marxisme. Ce caractère « caméléon » est toutefois immédiatement abandonné une fois au pouvoir : le projet fasciste de dépassement de l'opposition capital-travail par une forme de corporatisme n'a jamais vu le jour dans l'histoire ; c'est toujours une politique violemment capitaliste qui a été mise en place (p. 353-354).

Une des grandes différences qui permet de distinguer le RN des différents fascismes historiques est qu'il n'est pas un parti de masse (p. 357-358). Néanmoins, cela ne fait pas du RN un parti moins fasciste, les ancrages populaires du parti nazi sont à relativiser par exemple, tandis que les succès électoraux de Mussolini étaient carrément inexistants (p. 359). On pourrait également remarquer un usage moins systématique de la violence politique. Le parti serait davantage dans une période de guerre de position ayant pour but principal de parvenir au pouvoir par les urnes. Néanmoins, sa capacité à préparer l'opinion à la violence, par un discours alarmiste et ses liens avec des groupes violents, ne doit pas être sous-estimée.

Quel antifascisme ?

La conclusion de l'ouvrage permet à l'auteur d'esquisser les contours d'une stratégie antifasciste efficace (p. 368).

Palheta commence par écarter deux tactiques vouées à l'échec, à commencer par la tactique électoraliste de l'antifascisme bourgeois qui se contenterait d'appeler à constituer un front républicain, comprenant parfois en son sein des tendances politiques qui ont alimenté le processus de fascisation, dans le but de « faire barrage » aux partis d'extrême droite. Palheta alerte en effet sur le fait que des alliances de ce type ne peuvent constituer l'alpha et l'oméga de notre stratégie antifasciste et, bien qu'étant parfois nécessaires, elles risquent à long terme de faire apparaître l'extrême droite comme la seule alternative crédible.

La seconde visée stratégique vouée à l'échec est une posture qu'on peut trouver chez une partie de l'extrême gauche et qui revient à affirmer que l'antifascisme serait un leurre[13] et que seul un véritable bouleversement révolutionnaire permettrait d'écarter pour de bon le danger fasciste. Bien qu'on puisse s'accorder sur la nécessité d'un tel bouleversement, cette tendance maximaliste freine toutes avancées antifascistes concrètes.

Une variante vulgaire de cette tactique est celle opposant les combats sociaux « traditionnels » (autour des questions matérielles) aux autres luttes d'émancipation dans le but de séduire un électorat qu'on présume peu sensible aux combats féministes et antiracistes. C'est sur ce genre d'oppositions fallacieuses que se base le projet d'un Roussel ou d'un Ruffin qui, en plus d'affaiblir la possibilité d'un réel surgissement antifasciste, s'avère être une tactique électorale perdante[14].

Comment dès lors pratiquer un antifascisme réel qui ne tombe ni dans l'opportunisme ni dans le sectarisme ?

I. Prendre au sérieux l'antifascisme dans sa dimension sectorielle :une priorité pour un mouvement antifasciste pourrait être d'empêcher la constitution sur tout le territoire d'organisations militantes fascistes capables de « harceler les mouvements de contestation » (p. 373). Cette implantation est un risque réel car cette dimension est précisément ce qu'il manque au RN pour signer l'avènement d'un « mouvement fasciste achevé » (p. 374). Concrètement chaque rassemblement doit être l'occasion pour notre camp d'une mobilisation unitaire capable de « surpasser les fascistes en nombre » et ainsi de la marginaliser publiquement (p. 374).

II. Mais dans la mesure où l'ascension du fascisme se fait davantage par le démantèlement du modèle social et la pénétration de la xénophobie dans le champ politique et les médias que par le militantisme de base, on ne saurait cantonner notre antifascisme à de l'autodéfense, et il faut également mener la bataille culturelle :Cela implique 1. de défaire le récit d'une victoire inévitable de l'extrême droite, en prenant appuis sur les victoires récentes (juillet 2024) et sur les limites réelles du RN (implantation militante, formations des cadres, attraction intellectuelle, etc… (p. 379)). 2. Briser l'image du parti comme parti du « peuple » en rappelant qu'il est dans les faits violemment anti-social. 3. Cette bataille culturelle doit aller au-delà d'une bataille intellectuelle, il faut « que les idées d'égalité, de justice sociale, les idées de gauche pour faire vite, soient incarnées par des figures au niveau local » comme le remarque Benoit Coquard[15].

III. Il faut que cette autodéfense et cette bataille culturelle soient « connectées étroitement à la construction d'une offre politique alternative »comme a pu l'être le NFP, réunissant partis de gauche, syndicats, associations, collectifs de quartier, organisations féministes et antiracistes, médias indépendants. Néanmoins, l'auteur regrette entre autres que ce front ne soit pas devenu pour toutes les organisations membres une « priorité en cherchant à se doter de comités locaux, de manière à permettre un engagement allant bien au-delà des seuls membres de cette organisation » (p. 380).

IV. Un antifasciste conséquent doit garder un regard lucide sur les enjeux électoraux.L'auteur reconnaît à la France Insoumise le mérite d'avoir brisé « l'hégémonie de la gauche d'accompagnement du capitalisme néolibéral », mais avertit que tout miser sur les élections peut conduire à négliger « la nécessité, pour la gauche, de disposer d'une réelle assise dans la société » (p. 382). À l'inverse, on ne peut les négliger au motif d'une « mythologie conservatrice de la grève générale » ou « l'appel réconfortant à vivre autrement » en dehors des institutions (p. 383).

V. Cet appel à dépasser les oppositions — parfois érigées en options stratégiques irréconciliables — entre électoralisme et mouvements sociaux, social et politique, local contre global, doit se faire à travers un projet de rupturedont l'antifascisme pourrait être à la fois le moteur et le résultat, et qui devra s'articuler autour de trois axes principaux suffisamment fédérateurs pour réunir différentes organisations autour d'un projet unitaire : un anti-capitalisme rigoureux, une lutte contre le durcissement autoritaire devant aboutir à une démocratie réelle, une lutte contre le racisme et ses structures institutionnelles.

VI. Enfin cette alternative doit parvenir à être « identifiée par les exploité·e·s et les opprimé·e·s comme un monde meilleur, désirable »[16]. Cela implique de ne pas s'en tenir à « des propositions d'urgence ou à des positions défensive »[17].

L'ouvrage de Palheta offre un panorama convaincant et exhaustif de la manière dont procède le processus de fascisation en cours. On soulignera la clarté et le caractère didactique du texte. L'un des apports majeurs de son approche à nos yeux est de décrire la fascisation comme un processus déjà à l'œuvre, alimenté par la décomposition du champ politique français et par la « triple offensive – néolibérale, autoritaire et raciste ». Cela permet d'éviter l'écueil consistant à considérer le fascisme comme un danger lointain.

On peut toutefois remarquer que si l'ouvrage se donnait pour but de « décrire la trajectoire d'un désastre possible (…), mais résistible », c'est davantage sur le premier point qu'il se montre le plus solide. Cela ne signifie pas qu'il laisse un sentiment de fatalité : l'auteur insiste constamment sur le caractère contingent d'une arrivée au pouvoir du fascisme. Mais on pourrait avancer que les quelques éléments de stratégie antifasciste avancés en conclusion auraient pu mériter un chapitre à part entière.

Ceci dit, ce léger manque est largement comblé par le travail d'Ugo Palheta dans les épisodes de son podcast Minuit dans le siècle – où l'on trouve des entretiens avec des militants antifascistes européens qui explorent les apports des luttes passées et présentes. On comprend également que, face à l'extrême droite, l'analyse et l'action sont en partie indissociables. La description précise des causes du fascisme, « si elle cohabite avec la conscience de notre capacité à la conjurer, peut constituer pour nous, et autour de nous, une incitation à l'action politique » (p. 387).

L'ennemi est désormais identifié : espérons que cette lucidité se transforme en élan politique.

Notes
[1] Robert O. Paxton, « The Future of fascism », Slate, 6 avril 2017.

[2] Voir Stathis Kouvélakis, « Une crise d'hégémonie prolongée », Contretemps, n°1, 2009.

[3] Voir notamment la première partie de l'ouvrage collectif Extrême droite : La Résistible ascension (Dir. Ugo Palheta, Éditions Amsterdam, 2024).

[4] Ludivine Bantigny fournit par ailleurs une critique intéressante de cette notion d'extrême-centre, soulignant à quel point cette expression tend à occulter la dimension droitière des politiques ainsi désignées.

[5] Ce que démontrent Julia Cagé et Thomas Piketty dans Une histoire du conflit politique, Le Seuil, 2023.

[6] Comme l'affirmait l'auteur dans un récent entretien, « la fonction historique du fascisme, du point de vue des classes dominantes, est donc davantage hégémonique que militaire (faire face à une montée révolutionnaire des classes populaires, un soulèvement en cours ou imminent, etc.) ». « Le fascisme gagne-t-il la France ? Entretien avec Ugo Palheta », Rob Grams, Frustration magazine, 24 septembre 2025.

[7] Jean Baubérot, La laïcité falsifiée, La Découverte 2012.

[8] Voir Chapitre 1 de Extrême droite : la Résistible ascension (coord. Ugo Palheta), Éditions Amsterdam, 2024.

[9] Julia Cagé et Thomas Piketty, Une histoire du conflit politique : Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022, Le Seuil, 2023.

[10] Félicien Faury, Des électeurs ordinaires, enquête sur la normalisation de l'extrême-droite, Le Seuil 2024.

[11] Olivier Schwartz, « Vivons-nous encore dans une société de classes ? Trois remarques sur la société française contemporaine », La Vie des idées, 22 septembre 2009.

[12] Benoit Coquard, Ceux qui restent : faire sa vie dans les campagnes en déclin, La Découverte, 2022.

[13] Eric Hazan et Kamo, Premières mesures révolutionnaires, Paris, La Fabrique, 2013, p. 103-104, cité par Ugo Palheta p. 373.

[14] « Le fascisme gagne-t-il la France ? Entretien avec Ugo Palheta », Rob Grams, Frustration magazine, 24 septembre 2025.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Ibid.

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Québec 2001 : vingt cinq ans d’altermondialisme au Québec

14 avril, par Baptiste Godrie, Claude Vaillancourt — , ,
Nous reproduisons l'introduction publiée le 27 avril 2021 du livre d'ATTAC-Québec, Vingt ans d'altermondialisme au Québec, à l'occasion du 20e anniversaire de la mobilisation (…)

Nous reproduisons l'introduction publiée le 27 avril 2021 du livre d'ATTAC-Québec, Vingt ans d'altermondialisme au Québec, à l'occasion du 20e anniversaire de la mobilisation contre la ZLÉA à Québec en avril 2001. Sous la direction de Baptiste Godrie et Claude Vaillancourt, la publication fut publiée chez M Éditeur et est toujours disponible auprès d'ATTAC-Québec. Québec 2001 : contre la nouvelle Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA)

8 avril 2026 | tiré du journal Alter-Québec
https://alter.quebec/vingt-ans-daltermondialisme-au-quebec/

Le Sommet de Québec en 2001 a fortement marqué les militante·s qui y ont participé. Ce Sommet suivait d'autres rencontres internationales du même type, dont la ministérielle de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) à Seattle, en 1999, alors que beaucoup de personnes dans le monde militant partageaient l'impression que le sort de l'humanité se décidait derrière les portes closes d'hôtels luxueux. S'y rassemblaient élue·s et riches patrons, pendant que, dans la rue, la population essayait de faire entendre sa voix, subissant pour cela une forte répression policière.

À Québec, en mai 2001, tout était en place pour qu'éclate le drame. Les gouvernements des Amériques avaient concocté en secret, sous l'impulsion des plus importantes entreprises, un immense accord commercial qui permettrait de marchandiser les principaux secteurs de l'économie. Ces gens avaient préparé leur mise en scène qui devait se terminer par une photo des chefs des États d'Amérique (sauf Fidel Castro, qui n'avait pas été invité) réunis sur la terrasse Dufferin, et par l'annonce d'une prospérité relancée grâce à la nouvelle Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA).

Déjà, les gens de Québec avaient ressenti les contrecoups d'une telle opération de propagande. Les services d'ordre avaient encerclé une partie du centre historique d'une hideuse clôture de métal. Pendant tout le sommet, Québec a pris l'apparence d'une ville assiégée. Les rues commerciales étaient vides et les commerces placardés. La clôture, défendue par des centaines de policiers aux allures de pelotons d'intervention, a été constamment attaquée, alors qu'ils asphyxiaient les manifestant·es en utilisant d'importantes quantités de gaz lacrymogène. Des hélicoptères bourdonnaient dans le ciel, la police prenait en chasse des individus de façon parfois arbitraire et les arrestations se multipliaient.

La question devenait évidente : mais dans quelle sorte de démocratie vivions-nous ? Nos réprésentant·es politiques, dont le devoir est d'œuvrer pour le bien de la population qui les élit, choisissaient plutôt de se cacher d'elle et de violenter celleux qui voulaient tout simplement qu'on les écoute. Dans une société habituellement aussi calme que la nôtre, le Sommet de Québec a surpris par les forts antagonismes qu'il a déclenchés. Depuis le virage engendré par le néolibéralisme dans les années 1980, les gouvernements avaient rassuré les populations en promettant un avenir radieux si on libéralisait autant que possible les marchés. À Québec, en 2001, s'est produit un choc majeur : les manifestant·es ont démontré qu'iels ne croyaient plus dans ces belles paroles, alors que les gouvernements ne cherchaient qu'à accélérer le processus de libéralisation. C'est de cet affrontement qu'est né le mouvement altermondialiste. Un affrontement que l'on retrouvait ailleurs dans le monde, dans les pays du Sud notamment, chez les négligé·es de la mondialisation, et parmi les populations autochtones.

Naissance et vie d'un grand mouvement

Le Sommet de Québec est un événement parmi d'autres qui préside à la naissance de l'altermondialisme chez nous. Cet enfantement aurait pu être relié, par exemple, à la Marche du pain et des roses, en 1995, une dénonciation de la pauvreté des femmes, qui se transformera en événement international, la Marche mondiale des femmes. Ou encore, on pourrait penser à la lutte contre l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI), une opposition ferme à une entente internationale donnant aux entreprises le pouvoir démesuré de poursuivre les États par l'intermédiaire des tribunaux conçus pour elles. Les aspirations à un monde meilleur et plus juste ne remontent certes pas à ces années-là et d'autres mobilisations encore auraient pu être qualifiées comme moment de naissance de l'altermondialisme au Québec.

Le Sommet de Québec a cependant été exceptionnel par la mobilisation très large, intergénérationnelle, touchant une partie importante du mouvement social au Québec, les syndicats, les associations étudiantes, les écologistes et les regroupements progressistes les plus divers. La dimension du projet de la ZLÉA, ses implications multiples à la fois sur les fronts de l'économie et de l'organisation sociale, de même que la très forte réplique citoyenne, en ont fait un événement unique dans l'histoire moderne du Québec. Il méritait donc qu'on l'associe – celui-là au lieu d'un autre – à l'origine du mouvement altermondialiste.

D'autant plus qu'il coïncide à l'expansion du mouvement sur le plan international. Les personnes qui l'ont défendu ont cherché à se qualifier elles-mêmes, lasses de s'entendre traités d'« antimondialistes » – un terme négatif trop associé à la violence des manifestations, dont les médias attribuaient très souvent la responsabilité aux militant·es plutôt qu'à la police. Elles ont inventé le mot « altermondialiste ». Il était inspiré par leur propre slogan « Un autre monde est possible ! » Cette nouvelle création a été annoncée, entre autres événements, à l'Université d'été d'ATTAC-France, en 2002, alors qu'on se demandait si le terme aurait du succès et s'il serait bel et bien adopté.

Personne ne doute plus aujourd'hui de la pertinence de ce mot. Le Sommet de Québec a aussi coïncidé avec la naissance des forums sociaux, qui ont été un véritable tremplin pour le mouvement. Les astres étaient donc parfaitement alignés : tant sur le plan national qu'international, l'altermondialisme se présentait comme le plus important opposant de l'ordre néolibéral.

Vingt ans après le Sommet de Québec, il nous paraissait nécessaire de revenir sur l'aventure de l'altermondialisme chez nous. Si le mouvement s'est d'abord distingué par son extraordinaire éclosion, qui lui donnait une grande visibilité, comme beaucoup de phénomènes nouveaux, il s'est depuis développé, transformé, consolidé. Il s'est trouvé de nombreux compagnons et compagnes de route au cours des dernières années : les Indigné·es en Espagne, le mouvement Occupy, le mouvement étudiant au Québec, celui pour la transition juste. Quelques partis politiques se revendiquent de lui, plus spécifiquement Québec solidaire chez nous. Ses idées ont beaucoup cheminé, même s'il n'a toujours pas réussi à arrêter le rouleau compresseur du néolibéralisme.

Persistance et questionnements

Bien que peut-être moins éclatant qu'à ses débuts, le mouvement altermondialiste reste pertinent. Les inégalités sociales qui se perpétuent et la grande dégradation de l'environnement le rendent toujours aussi nécessaire. Plus que jamais, il importe de se pencher sur les solutions offertes par les altermondialistes : aborder les problèmes en considérant leur dimension locale, mais dans un contexte global et selon une pensée internationaliste ; assurer les droits de chacun·e et les égalités entre les individus ; planifier la transition écologique dans ses aspects les plus divers ; entrevoir d'importants mécanismes de distribution de la richesse ; diversifier les modes de production, sortir du consumérisme et démanteler les entreprises transnationales ; protéger le bien commun et réduire autant que possible la marchandisation.

Ce programme ambitieux est encore très loin d'être réalisé. Toutefois, les idées des altermondialistes ne cessent de circuler et constituent sûrement, encore aujourd'hui, l'opposition la plus articulée, présentant le projet de société le plus élaboré, contre le capitalisme débridé que les gens au pouvoir continuent à soutenir au Québec et ailleurs dans le monde.

L'altermondialisme au Québec est-il un succès ou un échec ? Quelles en sont ses plus importantes avancées et transformations ? Quelles leçons faut-il retenir de ses différents combats ? Nous n'avons pas, bien sûr, la prétention de répondre à la perfection à ces questions. Notre point de vue est celui de personnes qui ont participé à ce mouvement, l'ont vu évoluer de près, se sont franchement impliquées dans des luttes particulières. La réflexion se fait aussi par l'intermédiaire d'ATTAC-Québec, une association qui s'est toujours identifiée à l'altermondialisme, qui s'est inscrite au cœur de ses combats. C'est à la fois comme acteur·trices et comme témoins que nous intervenons ici.

Cet ouvrage commence par un bilan des vingt dernières années des luttes altermondialistes au Québec, esquissé par Claude Vaillancourt, des combats qui se transforment considérablement à la suite d'une conjoncture au parcours nécessairement imprévisible. Il nous semblait nécessaire de raconter le Sommet de Québec, sa préparation, son déroulement très animé, tel que vu par Robert Jasmin, un témoin et un organisateur de la résistance qui a perturbé cette rencontre internationale.

L'altermondialisme au Québec n'a jamais été replié sur lui-même, il s'est au contraire intégré à de vastes réseaux et s'est alimenté de rencontres diverses avec les individus qui l'ont façonné dans le monde, ce que raconte Pierre Beaudet, fort impliqué dans l'internationalisation du mouvement. Féminisme et altermondialisme ont été indissociables et ont partagé des luttes significatives pour Diane Lamoureux dans une réflexion étoffée sur la question. Impossible de parler de l'altermondialisme sans mentionner le rôle central des forums sociaux ; ces forums nous ont beaucoup marqués : par deux forums sociaux québécois, par d'importantes délégations dans les forums sociaux mondiaux (FSM), et par la tenue de l'un de ces FSM à Montréal en 2016, tout cela vu par Raphaël Canet, très engagé dans ces projets.

Dès les tout débuts, on a reproché aux altermondialistes leurs comportements violents, ce qui semble contredire leur pacifisme revendiqué ; Catherine Caron fait la lumière sur ce sujet complexe et délicat. Le mouvement syndical a appuyé fermement l'altermondialisme au Québec et a participé à ses grands événements ; sans ce soutien majeur, celui-ci n'aurait pas pu bénéficier d'une pareille expansion, selon Amélie Nguyen, qui nous montre que les syndicats sont restés unis dans leur volonté de protéger le bien collectif. Le Québec est l'un des rares endroits au monde où l'on trouve un parti politique qui se dit clairement altermondialiste, ce qui implique une réflexion nécessaire sur le rôle du mouvement social et celui de la politique active pour mettre de l'avant le programme altermondialiste, une situation qu'analyse Ronald Cameron, militant aguerri sur ces deux plans. L'environnement a toujours été une préoccupation majeure du mouvement, mais depuis ces dernières années, à la suite des grandes préoccupations causées par le réchauffement climatique, ce sujet s'impose au-delà de tous les autres, mais sans perdre de vue la justice sociale, un positionnement sans ambiguïté qu'expose Baptiste Godrie. Si Montréal et Québec ont été le théâtre d'événements qui ont marqué l'évolution du mouvement, l'altermondialisme a aussi été particulièrement présent dans nos régions, par des activités multiples et un engagement à la base, ce que nous démontre Corinne Lamy.

Dans ce livre, nous n'avons certes pas l'intention de couvrir entièrement un sujet aussi large que l'altermondialisme, qui laisse place à tant de points de vue et tant d'interprétations. Néanmoins, nous sommes convaincu·es que les diverses analyses et différents témoignages présentés ici pourront efficacement nourrir la réflexion et offrir quelques jalons à une discussion dont nous souhaitons qu'elle se poursuive encore longtemps.

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Comptes rendus de lecture du mardi 14 avril 2026

14 avril, par Bruno Marquis — ,
Oka : Dernier alibi du Canada anglais Robin Philpot C'est une amie de ma femme qui m'a fait découvrir, avec ce livre, le journaliste et écrivain Robin Philpot. Il y a trente (…)

Oka : Dernier alibi du Canada anglais
Robin Philpot

C'est une amie de ma femme qui m'a fait découvrir, avec ce livre, le journaliste et écrivain Robin Philpot. Il y a trente ans, du 11 juillet au 26 septembre 1990, se déroulait ce que l'on eut tôt fait d'appeler la crise d'Oka, opposant les Mohawks aux gouvernements québécois et canadiens. Le Canada anglais en avait alors profité pour salir l'image du Québec une nouvelle fois, d'où le titre du livre, le comparant à un Alabama du Nord, une sorte de paria dans leur monde civilisé. Mais la réalité était – et est encore – toute autre, et c'est ce que démontre, preuves et statistiques à l'appui, Robin Philpot : les Québécois, comme tous les Français d'Amérique, ont toujours entretenu avec les Amérindiens de meilleures rapports que les Anglais ! Le livre a été édité en 1990, quelques mois après les événements, puis réédité plusieurs fois par la suite. C'est un ouvrage essentiel sur la crise d'Oka et sur nos relations avec les Amérindiens. Vous allez apprécier !

Extrait :

Le premier indicateur de discrimination, celui qui m'avait amené à pousser plus loin la comparaison Québec-Canada et qui a abouti à la publication de ce livre, mérite qu'on s'y attarde un peu aujourd'hui : c'est l'incarcération excessive des Autochtones au Canada anglais. Dix ans plus tard, les prisons du Canada anglais débordent toujours d'Autochtones, lesquels se voient incarcérer jusqu'à 10 fois plus souvent que le reste de la population. Qui plus est, la tendance marquée des Autochtones au Canada – pas au Québec - à quitter leurs réserves, dont les services de base (tout-à-l'égout, eau courante, écoles, électricité à des tarifs acceptables) sont quasi absents, et à s'installer dans les villes permet de présumer que cette situation va s'aggraver.

Chronologie du Québec depuis 1534
Jean Provencher

Cette quatrième édition de la chronologie du Québec de 1534 à nos jours (soit jusqu'à la fin de 2016) est un petit livre agréable à lire qui nous permet de relier de façon fort agréable l'histoire de la Nouvelle-France et du Québec aux événements, développements, écrits et inventions des mêmes années ailleurs en Amérique du Nord et dans le monde. C'est une belle façon de redécouvrir notre histoire, avec ses vicissitudes et avancées, et de la resituer, de façon plus globale, dans l'histoire du monde. Vous n'aurez pas besoin de beaucoup vous intéresser à l'histoire pour apprécier cette lecture.

Extrait :

1642 – Le 17 mai, fondation de Ville-Marie, ville missionnaire, par un laïc dévot, Paul Chomedey de Maisonneuve. En août, pour lutter contre les Iroquois, le gouverneur Montmagny se hâte de bloquer le Richelieu, leur route traditionnelle. Il emploie 40 soldats à construire le fort Richelieu, sur l'emplacement de la future ville de Sorel.

Kolkhoze
Emmanuel Carrère

Ce bouquin s'est mérité le dernier prix Médicis. L'auteur, qui n'en était pas à son premier prix littéraire, semble depuis plusieurs années posséder un vaste lectorat. Kolkhoze aurait dû me plaire, parce que l'auteur y relate la vie de ses ancêtres sur plusieurs générations, jusqu'au décès de ses parents, et qu'il le fait en grande partie à partir des recherches et des souvenirs de son père et de son oncle, mais ça n'a pas été le cas. C'est un long récit plein de prétention, l'auteur aimant certainement beaucoup les hommages et la reconnaissance ; mais ce qui m'a surtout déplu, c'est son petit côté souvent réactionnaire, qui finit inévitablement par se révéler agaçant, même, sans doute, pour des lecteurs qui ne sont que modérément progressistes.

Extrait :

Pour résumer : ce n'est pas la même chose, ce n'est pas le même rapport au monde d'avoir eu comme ami de la famille Romain Gary ou Maurice Bardèche. Un demi-siècle plus tard, je suis bien placé pour savoir que cela pèse encore.

Le Livre noir du Canada anglais 2
Normand Lester

Ce second livre noir du Canada anglais de Normand Lester, publié en 2002, poursuit le survol de l'histoire du Canada avec ses injustices, ses pratiques discriminatoires, ses propos racistes et haineux, ses encouragements à la violence et ses menées infâmes d'hommes politiques, de journalistes et d'intellectuels anglo-canadiens contre les Canadiens français, les Indiens, les Japonais et les Juifs. Il traite plus précisément du Ku Klux Klan au Canada, de la crise de la conscription, du lac Meech, de Charlottetown, du référendum de 1995, des siècles d'injustices du Canada anglais envers les Autochtones, de l'esclavage et de la ségrégation raciale au Canada anglais, du mépris à l'endroit des asiatiques, des Sikhs, des Ukrainiens… Peut-être plus virulent que le premier, il jure également avec l'histoire officielle, consensuelle et souvent mielleuse, de nos livres d'histoires.

Extrait :

Dans les années 1920, le racisme et le mépris à l'endroit des minorités sont des comportements courants au Canada anglais. C'est durant cette décennie que le Ku Klux Klan fait son apparition au Canada. Pour le Klan, seuls les blancs protestants et anglo-saxons devraient obtenir la citoyenneté canadienne. Tous les autres, et en particulier les catholiques, les Juifs et les Noirs devraient être bannis ou, à tout le moins, empêchés de voter. Le Klan canadien calque son idéologie sur celle de la maison mère américaine dont les deux journaux, The Kourier Magazine et The American Standard, sont largement distribués au Canada.

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Un autre petit pas pour l’homme, une occasion manquée pour l’humanité !

14 avril, par Mohamed Lotfi —
Pourquoi, au moment même où l'Amérique découvre la face cachée de la Lune, annonce-t-elle, par la voix de son président, qu'elle s'apprête à faire disparaître une civilisation (…)

Pourquoi, au moment même où l'Amérique découvre la face cachée de la Lune, annonce-t-elle, par la voix de son président, qu'elle s'apprête à faire disparaître une civilisation vieille de 6000 ans ?

La question dérange parce qu'elle juxtapose deux élans que tout devrait opposer. D'un côté, l'exploit scientifique, la maîtrise, la précision, la capacité de l'homme à s'arracher à sa condition terrestre pour aller voir ce qui, pendant des millénaires, lui était caché. De l'autre, une décision froide, presque administrative, qui réduit des siècles d'histoire humaine à un obstacle, à une variable que l'on ajuste. L'humanité progresse, dit-on. Mais vers quoi, exactement ?

Dans ce décor vertigineux, trois astronautes à bord d'Artemis regardent la Terre comme aucun regard ordinaire ne peut le faire. Là-haut, il n'y a plus de frontières, plus de cartes, plus de discours. Il n'y a qu'une sphère fragile, suspendue dans le noir. Un monde entier contenu dans un silence. Ce recul, rare entre tous, devrait offrir une clarté nouvelle. Une lucidité presque brutale. Voir la Terre ainsi, c'est comprendre à quel point tout y est lié, à quel point tout y est précaire.

Et pourtant, lorsque vient le moment de nommer, le geste reste intime. Un cratère reçoit le nom d'une femme disparue, l'épouse de l'un des astronautes. Le geste est humain, profondément humain. Il y a dans ce choix une fidélité, une douleur, une mémoire que l'on refuse d'abandonner, même à des centaines de milliers de kilomètres. Un autre cratère est baptisé d'un mot noble, intégrité. Là encore, rien à redire. C'est respectable.

Mais une question persiste, insolente dans sa simplicité.

Pourquoi pas Paix ?

Pourquoi, dans cet instant unique où la Terre entière tient dans un regard, où les conflits disparaissent à l'échelle de la vision, où l'humanité pourrait, pour une seconde, se penser comme un tout, ce mot n'a-t-il pas été prononcé, encore moins accordé à un cratère ? Il ne manquait ni le symbole, ni l'occasion, ni même la nécessité. L'urgence. Il ne manquait peut-être qu'un pas de côté. Un geste qui dépasse l'individu. Un mot qui n'appartient à personne et qui concerne tout le monde.

Pendant ce temps, sur cette même Terre devenue si petite vue de là-haut, d'autres décisions se prennent. Des décisions qui engagent des peuples, des cultures, des mémoires vieilles de plusieurs millénaires. Des décisions qui parlent d'effacement, de disparition, de recomposition du monde au nom d'intérêts que l'on dit supérieurs. Quel contraste. Là-haut, on honore une mémoire. Ici-bas, on projette effacer d'autres.

Les astronautes n'ont fait que ce que les hommes font depuis toujours. Ils ont inscrit leur histoire personnelle dans l'immensité. Ils ont ramené l'infini à une échelle humaine. Mais c'est précisément là que réside le malaise. Être allé si loin pour, au fond, rester si près de soi.

Ce voyage, que l'on présente comme un autre petit pas pour l'homme dans l'espace, portait en lui la possibilité d'un geste plus grand. Nommer un cratère Paix n'aurait rien coûté. Aucun calcul, aucune technologie, aucun risque. Juste un mot. Un mot simple, universel, presque banal à force d'être répété, mais qui, prononcé depuis la Lune, aurait peut-être retrouvé son poids, sa gravité, son urgence.

Au lieu de cela, l'humanité a confirmé ce qu'elle sait déjà faire. Explorer sans forcément donner sens à ce dont elle a le plus besoin. S'élever sans forcément grandir. Toucher les étoiles sans parvenir à régler ce qui se joue sous ses pieds.
Alors la question demeure, entière, intacte.

Pourquoi ?

Pourquoi, au moment même où l'Amérique découvre la face cachée de la Lune, annonce-t-elle, par la voix de son président, qu'elle s'apprête à faire disparaître une civilisation vieille de 6000 ans ?

Peut-être parce que la véritable distance n'est pas celle qui sépare la Terre de la Lune, mais celle qui sépare ce que l'homme est capable de faire de ce qu'il est capable de devenir.

Mohamed Lotfi
7 Avril 2026

https://www.facebook.com/mohamed.lotfi.90410/posts/pfbid02Pm7WKRMQyqbRUT2CHdQfrF1MtXeaJyzeatH4MUpL1UndBXgMbUwsVhj4K1AnMWgkl
Un autre petit pas pour l'homme, u... - Mohamed Lotfi
facebook.com

Rédaction Presse toi à gauche

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Environnement Le retour à l’entraide

14 avril, par Bruno Marquis —
(Ce texte a d'abord été publié dans l'édition d'avril du journal Ski-se-Dit.) À la lumière des événements en cours à l'échelle planétaire, il peut certes nous apparaître (…)

(Ce texte a d'abord été publié dans l'édition d'avril du journal Ski-se-Dit.)

À la lumière des événements en cours à l'échelle planétaire, il peut certes nous apparaître décourageant – et même déprimant – d'écrire ou de lire sur l'environnement. Ce n'est pourtant qu'une question de perspective...

Ce qui pourrait nous décourager, à courte vue, c'est de réaliser que ceux à qui nous nous en remettons – bien bien indirectement, il faut dire – ne font en fait pas grand-chose face aux importants défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés. Et ce n'est pas tant l'inaction de cette élite politique inféodée aux pouvoirs économiques des multinationales et des banques qui nous angoisse, que notre propre sentiment d'impuissance, comme femmes ou comme hommes, à changer le cours des événements.

Sans en avoir conscience, nous sommes incapables de sortir du cercle de pensée dans lequel nous enferme le discours ambiant. Et c'est en fait en sortant de ce système de pensée pernicieux, qui tend à nous réduire à l'insignifiance, et nous tenir à l'écart, et en agissant, que nous pourrons le mieux contrer cette angoisse et assurer notre bien-être mental.

Assumer d'abord

Nous devons d'abord admettre certaines réalités : nous n'atteindrons pas les objectifs pourtant timides que nos élites s'étaient sentencieusement fixés pour nous lors de la conférence des Nations Unies de décembre 2015 menant à l'Accord de Paris (la COP 21), objectifs qui visaient à limiter le réchauffement climatique mondial d'ici la fin du siècle bien en dessous de 2°C – et de préférence à 1,5°C – par rapport aux niveaux préindustriels.

Pas plus d'ailleurs que nous ne mettrons un frein rapidement aux autres atteintes à l'environnement : pollution de l'air, empoisonnement des écosystèmes par des substances chimiques, changement d'affectation et dégradation des sols, acidifications des océans et disparition des récifs coralliens, diminution des ressources en eau douce, perturbation des cycles de l'azote et du phosphore entraînant la prolifération d'algues et l'appauvrissement de l'eau en oxygène, pollution par le plastique et pollution et dangers associés à l'énergie nucléaire.

Agir ensuite

Le fait de ne pas atteindre certains de ces objectifs ne devrait cependant pas nous empêcher d'agir, pour notre avenir et l'avenir de nos proches, comme pour l'avenir des humains d'aujourd'hui et de demain, pour lesquels nous devrions éprouver de l'empathie, et pour les autres êtres vivants. Parce que dans le cas du réchauffement climatique, par exemple, même si nous n'atteindrons pas les objectifs fixés, plus nous en limiterons l'augmentation, plus nous limiterons la quantité et la portée des catastrophes, et les souffrances et le nombre de morts qu'ils entraîneront. Il en va de même pour tous les autres défis qui se posent en matière d'environnement.

Ce n'est en fait qu'en surface, qu'en apparence, que nous sommes impuissants. Parce que nous vivons dans l'immédiat, dans l'isolement propre aux sociétés de consommation, du chacun pour soi, nous avons souvent l'impression d'être seuls... et impuissants. Mais dans les faits, nous sommes extrêmement nombreux à nous soucier de notre environnement et de notre avenir sur la planète. Et, nous l'ignorons souvent, il existe autour de nous un très grand nombre d'organismes voués à la défense de l'environnement et à une foule d'autres causes qui y sont liées, de près ou de loin, et plus souvent de près que de loin, comme la justice sociale, le partage des ressources, le logement abordable, la démocratie directe (la véritable démocratie en fait), l'égalité entre les femmes et les hommes, l'égalité de genre, la libération animale, et d'autres encore.

Il existe aussi une foule de sources d'information crédibles, de livres et de sites Web, bien sûr, pour mieux s'informer ; mais l'important demeure de créer des liens, de rencontrer d'autres gens qui luttent aussi en faveur d'un monde plus écologique, plus juste, et d'unir nos forces aux leurs, de partager avec eux nos joies aussi, nos triomphes, nos combats. Rien n'est plus stimulant que la présence de l'autre, que la lutte en commun, que les amitiés et le réseautage en vue de quelque chose d'aussi édifiant que notre bien-être collectif, et notre survie et la survie d'une foule d'autres êtres vivants sur la planète.

Nos bibliothèques et des institutions scolaires ou d'enseignements et d'autres organisations publiques (et donc désintéressées) organisent également des conférences sur ces sujets et sur l'environnement. C'est une belle occasion de créer des liens et de s'impliquer, d'en apprendre plus, de développer ses connaissances et sa pensée, pour agir plus et mieux. Bref, une belle occasion de créer des liens, d'agir ensemble et de créer et de nourrir des mouvements menant aux changements désirés.

Retour aux sources

Ce n'est que très récemment dans l'histoire de l'humanité, vieille de 300 mille ans, que nous vivons un tel isolement structurel. L'Homo sapiens – l'humain que nous sommes – n'a pu assurer sa survie souvent fragile au cours de ces nombreux millénaires qu'en faisant preuve de solidarité et d'entraide. Et c'est ce que nous serons de plus en plus amenés de nouveau à faire à mesure que la crise climatique et la crise écologique entraîneront des catastrophes – catastrophes qui surviendront de plus en plus souvent et avec de plus en plus d'intensité.

Des mouvements de solidarité et d'entraide surgissent bien sûr lorsque surviennent des catastrophes – inondations, incendies de forêt, tsunamis, tempêtes violentes, famines ou pandémies – mais s'amenuisent et finissent pas disparaître une fois le danger disparu. Notre défi, dans la mesure où nous nous impliquerons dans de tels organismes et mouvements, sera de maintenir ces mouvements de solidarité, d'entraide et de lutte pour un environnement sain toujours vivants et de plus en plus vivants.

Je vous recommande, pour en savoir plus sur le sujet, la lecture des deux importants bouquins : d'abord « L'Entraide – Un facteur de l'évolution » de Pierre Kropotkine, l'essai de référence dans ce domaine, puis, plus récemment, « L'Entraide - L'autre loi de la jungle », de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle.

Problèmes de perspective

Je crois que ce qui perturbe aussi notre perception de la réalité et limite donc notre engagement en matière d'environnement, c'est notre conception tronquée de la réalité sur la Terre et de la mesure du temps et de l'espace dans lequel nous avons évolué.

Ces quelques rappels pourront, je l'espère, éclairer certains lecteurs :
• selon les estimations les plus récentes, l'Univers observable contiendrait environ 2000 milliards de galaxies ;
• notre galaxie, la Voie lactée, qui est tout de même une galaxie assez imposante, contient entre 200 et 400 milliards d'étoiles, notre soleil étant l'une de ces nombreuses étoiles ;
• notre Univers serait né il y a environ 13,8 milliards d'années ;
• et notre planète, la Terre, se serait formée il y 4,5 milliards d'années.

Pour mieux comprendre l'histoire de l'apparition de la vie, ramenons ces 4,5 milliards d'années à une année de calendrier :
• si la Terre s'est formée le 1er janvier, la vie n'est quant à elle apparue que le 26 février avec les bactéries ;
• le 3 avril, apparaît la photosynthèse, faculté qui permet d'utiliser la lumière du soleil pour assembler le vivant ;
• il faut ensuite attendre le 24 septembre pour observer l'apparition des premiers organismes multicellulaires ;
• le 22 novembre, presque deux mois plus tard, les premières plantes se répandent sur terre, mais les premières forêts s'épanouissent seulement à partir du 1er décembre ;
• le 6 décembre apparaissent les premiers reptiles, suivis, le 14 décembre, des premiers mammifères ;
• les premiers primates - l'ordre auquel nous appartenons – apparaissent le 25 décembre ;
• et finalement l'Homo sapiens, nous, les humains, apparaissons le 31 décembre à 23 h 23, soit juste à temps pour le Nouvel An...

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Trois caractéristiques générales de la nouvelle ère du fascisme

Au cours de la dernière décennie, et plus particulièrement ces derniers temps, le fascisme a fait l'objet d'un débat animé au sein de la gauche. Mais, comme le déplorait un (…)

Au cours de la dernière décennie, et plus particulièrement ces derniers temps, le fascisme a fait l'objet d'un débat animé au sein de la gauche. Mais, comme le déplorait un long éditorial du collectif Salvage à propos des débats sur la manière d'interpréter la guerre de la Russie contre l'Ukraine, une grande partie de ce débat s'est enlisée dans le marécage de l'analogie historique. Le trumpisme s'apparente-t-il davantage au fascisme de Mussolini ou à celui d'Hitler ? Lorsque l'on dresse la liste de toutes les violations et atteintes aux droits, l'extrême droite d'aujourd'hui résiste-t-elle à la comparaison avec les grands événements fascistes du XXe siècle ?

4 avril 2026 | tiré d'International viewpoint
https://internationalviewpoint.org/Three-general-characteristics-of-the-new-era-of-fascism

Deux penseurs en particulier ont tenté de contourner ce problème d'analogie en soutenant que ce à quoi nous sommes confrontés aujourd'hui est un « fascisme tardif » (Alberto Toscano) ou un « post-fascisme » (Enzo Traverso) : un phénomène d'extrême droite qui s'appuie sur la mémoire culturelle du fascisme d'antan et la mobilise, mais sous des formes propres à notre moment historique. Mais une partie de cette analyse de la « farce de la seconde fois » implique que le fascisme du XXIe siècle n'a pas de forme particulière : pas de caractéristiques universelles, pas de politiques ou de modes de gouvernance spécifiques. Le problème que je vois dans cette approche est que, poussée à son extrême, elle nous fait perdre toute compréhension utile du fascisme en tant que quelque chose de distinct de la démocratie bourgeoise, avec toutes ses exceptions et ses variétés de violence.

Je viens de terminer la première journée de la conférence antifasciste à Porto Alegre, au Brésil — un rassemblement de milliers d'antifascistes venus de toute l'Amérique latine, avec une représentation plus restreinte de délégués d'autres régions du monde. Il y avait beaucoup trop de tables rondes simultanées pour que je puisse évaluer la dynamique de la conférence dans son ensemble, mais d'après les tables rondes auxquelles j'ai assisté et les conversations que j'ai eues, une question utile s'est posée : celle des formes concrètes que prend le fascisme aujourd'hui.

D'après les différentes perspectives des antifascistes réunis ici, trois caractéristiques générales du fascisme du XXIe siècle se dessinent : la guerre comme solution, le durcissement des frontières et des conditions de citoyenneté, et la fin du consensus sur les droits humains universels. Cela ne signifie pas que le fascisme ne possède que ces trois caractéristiques. Cela signifie simplement que j'ai remarqué que ces trois caractéristiques émergeaient des discussions auxquelles j'ai pris part lors de la première journée de cette conférence. Mais je pense qu'il est significatif que de telles synthèses émergent, et qu'il vaut la peine de les noter afin de discuter, débattre et améliorer notre compréhension ensemble.

Première caractéristique : le fascisme s'appuie sur la guerre comme solution aux problèmes nationaux

Des décennies de politique néolibérale ont engendré une crise de la reproduction sociale pour la classe ouvrière et de la croissance productive pour la classe capitaliste mondiale. Pour la classe capitaliste aux États-Unis, cette crise prend la forme d'un effondrement de l'hégémonie mondiale, un problème pour lequel, comme l'a dit Giovani Culan, conseiller municipal de Porto Alegre, « la guerre est la seule issue, et Trump est la personnification de cette solution violente ».

Pour les classes capitalistes et les gouvernements du Sud, la crise se traduit par la dissolution de leur souveraineté — une souveraineté qui s'était érodée au cours des décennies de néolibéralisme, mais qui prend désormais la forme de menaces ouvertes de l'empire : guerres, coups d'État et assassinats. C'est pourquoi, a déclaré Culan, « nous nous opposons à l'enlèvement par les États-Unis du président vénézuélien Maduro et de la députée Celia Flores, ainsi qu'à l'étranglement de Cuba ».

Cette forme de domination impérialiste signifie que, comme l'a déclaré Valter Pomar, représentant du Parti des travailleurs (PT) brésilien, « le cœur des gouvernements d'Amérique latine se trouve à Washington », subordonné à leurs maîtres, et non à la « souveraineté populaire » du peuple. Cette dynamique a pour effet d'accélérer la montée de l'extrême droite en Amérique latine, alors que les besoins des populations sont subordonnés à l'empire et que la pauvreté et le désespoir s'aggravent.

Ainsi, pour paraphraser Aimé Césaire, le fascisme naît dans le corps de l'empire et jaillit de la peau comme une plaie purulente, d'abord dans les néocolonies. Il se propage, non pas comme les vagues ou les graines d'un mouvement populaire, mais comme une maladie, le long des canaux du capital, circulant dans le monde, puis revenant vers le cœur, plus fort et plus sûr de lui grâce aux infections qu'il a pu propager ailleurs. La guerre comme solution est le résultat de cette dynamique, et elle subordonne davantage les gouvernements nationaux capitalistes du Sud, qu'ils soient progressistes ou réactionnaires dans leur politique, à l'empire.

Deuxième caractéristique : le fascisme arme les frontières contre les migrants

Lors d'une table ronde sur l'utilisation et l'exploitation des migrants par l'extrême droite, Bea Whitaker a fait valoir que la domination impérialiste a chassé les migrants du Sud, et que les fascistes ont réagi par une force étatique brutale pour bloquer leur arrivée et contrôler la présence de ceux qui franchissent leurs murs.

Les premiers contrôles migratoires sérieux de l'Union européenne à l'époque contemporaine, a-t-elle déclaré, remontent aux années 1990, en réponse à l'arrivée de personnes fuyant les guerres. Puis, dans les années 2000, en particulier après le soulèvement de la place Tahrir, des millions de migrants sont arrivés dans l'UE. « Les pays ont érigé un mur de lois pour empêcher les migrants d'entrer et pour réguler ceux qui arrivaient », a-t-elle déclaré. Puis « l'UE a créé une agence appelée Frontex pour surveiller les migrants », les pourchassant avec des navires, des avions, des radars, des caméras et « tous les types de robots imaginables ». L'UE a ensuite sous-traité la fabrication de cette technologie, ainsi que son exploitation, à des entreprises privées. Mme Whitaker a déclaré : « C'est un paradis pour les entreprises qui fabriquent des armes et des dispositifs de surveillance. On parle de milliards d'euros. Et il est devenu plus rentable pour ces entreprises de vendre leurs produits à Frontex que sur le marché privé. »

Veronica Carrillo, du Comité mexicain pour l'abolition de la détention illégitime, a déclaré que cette dynamique décrite entre l'UE et les pays d'Afrique et d'Asie occidentale se reflète dans le traitement réservé par les États-Unis aux Latino-Américains. Dans le monde trumpiste, l'externalisation du contrôle des migrants passe par la mobilisation des gouvernements d'extrême droite d'Amérique latine pour qu'ils participent au contrôle de leurs propres peuples. L'exemple le plus frappant est la transformation par Trump des prisons salvadoriennes en lieux infernaux où les migrants expulsés peuvent disparaître. Il existe d'innombrables autres exemples où l'État américain canalise les ressources publiques vers les poches des entreprises carcérales privées. Carrillo affirme que les États d'extrême droite « utilisent nos ressources pour construire leurs partis et leurs politiques fascistes, pour mobiliser les ressources publiques contre les travailleurs, et non contre le système capitaliste », tout en rejetant la responsabilité de la crise mondiale sur les migrants, plutôt que de les considérer comme ses pires victimes.

Une contradiction fondamentale de notre époque réside dans le fait que le néocolonialisme et l'impérialisme ont sapé et anéanti les objectifs de développement des mouvements anticolonialistes et indépendantistes de l'après-guerre. Et en plus de la crise économique et sociale qui en a résulté et qui se répercute dans de nombreux pays du Sud, davantage de guerres et de catastrophes climatiques ont poussé plus de personnes à migrer à l'échelle mondiale qu'à aucun autre moment de l'histoire humaine. Le fascisme a une réponse à cette contradiction : construire le mur. Et le privatiser.

Troisième caractéristique : le fascisme en a fini avec les droits humains

La solution frontalière à la panique raciste face aux migrants engendre la troisième caractéristique comme un élément nécessaire. Comme l'a dit Bea Whitaker, la mobilisation anti-migrants de l'UE « va totalement à l'encontre de toutes les conventions relatives aux droits de l'homme, et ils le savent. Ils enfreignent les principes de l'UE en matière de droits de l'homme ». Et plutôt que de créer des échappatoires ou des justifications, l'ensemble du corps juridique, politique et social de l'Europe détourne le regard des corps de migrants qui s'échouent sur ses côtes.

Il existe une anecdote révélatrice à ce sujet dans le livre de David Scott Fitzgerald publié en 2019, Refuge Beyond Reach. Il raconte qu'après que les gardes-frontières eurent coulé un bateau de migrants, un corps s'est échoué près du rivage d'un village de pêcheurs grec. Un pêcheur, horrifié, a signalé le corps de cette personne, qu'il avait repéré depuis son bateau et sorti de l'eau. L'État grec a réagi en saisissant son bateau dans le cadre de son enquête, privant ainsi ce pêcheur de ses revenus et le punissant pour avoir signalé le corps. Les pêcheurs de sa communauté ont compris le message, et lorsqu'ils ont ensuite trouvé des corps, ils les ont repoussés en mer. Ce n'est pas que notre perception de la valeur des vies soit dictée d'en haut, mais l'État peut montrer quelles vies seront officiellement sauvées, et à quel point vous êtes vous aussi jetable.

Veronica Carillo a déclaré que dans la terreur anti-migrants de Trump, les droits humains sont totalement absents. Et en introduisant un nouveau langage de la brutalité à la place du discours universel sur les droits humains, les gouvernements fascistes renvoient les tensions sociales vers les travailleurs pour qu'ils ressentent et naviguent différemment selon leur statut de citoyenneté légale.

Les droits humains ont toujours été une rubrique qui renvoyait à la relation d'une personne particulière à un processus de valorisation de la propriété. Mais il était possible pour les socialistes de reprendre le langage des droits de l'homme pour faire avancer les revendications de liberté des travailleurs et des personnes dépossédées, ou d'interroger les questions relatives aux droits de l'homme pour révéler l'hypocrisie éhontée de la classe capitaliste. Aussi tendus et imprégnés de pouvoir capitaliste soient-ils, le fait que les gouvernements abandonnent la rhétorique et les cadres juridiques formels des droits de l'homme est caractéristique du virage fasciste.

La dynamique entourant l'utilisation sélective par Poutine des cadres des droits de l'homme nous en dit long sur cette tendance. Mikail Lobanov a déclaré que Poutine a toujours utilisé la répression comme partie intégrante de son modèle particulier de gouvernance ; jouer ainsi avec les droits de l'homme n'a donc rien de nouveau pour lui. Mais Poutine sait que, pour l'Occident, les revendications en matière de droits de l'homme peuvent servir de revendications contre la souveraineté des anciens pays colonisés et fonctionner comme un instrument d'intervention impérialiste, tout en identifiant l'Occident aux droits de l'homme. Poutine a donc compris comment utiliser les structures internationales des droits de l'homme dans le cadre de la gestion de la répression politique : en offrant une issue extra-systémique en cas de pression concernant un prisonnier particulier, et aussi comme preuve du mythe de Poutine selon lequel des gouvernements étrangers s'ingèrent dans la souveraineté de la Russie.

Parce qu'elle comprend la manœuvre de Poutine, Kseniia Kagarlitskaya a déclaré que son père, Boris Kagarlitsky, avait refusé d'être ajouté à une liste d'échange de prisonniers au début de sa peine de cinq ans de prison, qu'il purge actuellement pour son activité journalistique. Il a donné deux raisons : premièrement, que l'exil est aussi une forme de répression, et qu'il ne s'agit donc pas d'une libération.

Et deuxièmement, qu'il estime que les échanges de prisonniers politiques s'inscrivent dans un système qui normalise la répression ; que les détentions devraient être abolies, et non manipulées.
Un problème unitaire

Ce que ces trois caractéristiques ont en commun, c'est que les gouvernements bourgeois dirigés par des politiciens fascistes ou influencés par le fascisme abandonnent les routines bien rodées de la recherche du consentement (au sein de certaines parties de leur électorat) et de la diplomatie (avec certains pays) sur la scène internationale. Ce qui remplace cette stratégie de construction d'un bloc hégémonique, c'est un recours accru à la force violente comme moyen de gouvernance et de relations internationales.

On pourrait expliquer ces phénomènes comme des moments extrêmes ou exceptionnels dans l'évolution politique d'un État bourgeois plus ou moins normal. Mais considérer ces trois caractéristiques comme des éléments d'un fascisme du XXIe siècle nous confronte à un problème unitaire, face auquel nous pouvons alors élaborer une stratégie pour l'affronter, le combattre et le vaincre, de manière unifiée. Cela revêt une valeur tant épistémologique que stratégique.
Restons attentifs aux autres caractéristiques constitutives de cette menace fasciste contemporaine.

Source : Against the Current
28 mars 2026

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Des luttes altermondialistes, les gauches du nord ont appris à décoloniser leur pensée critique

Le CADTM, qui a participé activement à la conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre au Brésil, du 26 au 29 mars, est heureux de publier la communication (…)

Le CADTM, qui a participé activement à la conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre au Brésil, du 26 au 29 mars, est heureux de publier la communication réalisée par Patricia Pol d'Attac France lors de la cinquième plénière.

2 avril 2026 | tiré du site du CADTM | Photo : De gauche à droite Patricia Pol (ATTAC France), Rafael Bernabe (Democracia socialista Puerto Rico), Sushovan Dhar (Cadtm Inde), le 27/3/2026 à la cinquième plénière de la conférence de Porto Alegre. Photo : Éric Toussaint Cadtm
https://www.cadtm.org/Des-luttes-altermondialistes-les-gauches-du-nord-ont-appris-a-decoloniser-leur

Compañeras, compañeros buenas tardes, camarades, bonjour, hello comrades, olà camaradas

Permettez-moi tout d'abord de remercier les organisatrices et les organisateurs de cette initiative vivifiante et stimulante qui réunit une grande diversité de participantes et de participants à Porto Alegre, dans cette ville qui nous est chère. Une ville aux fortes traditions de démocratie participative et à l'origine du 1er Forum Social Mondial (FSM) qui s'est tenu en janvier 2001 pour proposer un autre monde que celui des forums économiques de Davos. Mais aussi dans cette ville qui, en 2024, a connu les conséquences dramatiques du changement climatique. Lorsqu'en février 2024, dans une plénière du FSM au Népal, Éric Toussaint nous a parlé de ce projet de réunir partis politiques, mouvements sociaux et citoyens à Porto Alegre en mai pour constituer un front mondial contre le fascisme et l'impérialisme, nous l'avons suivi. La conférence a dû être reportée et nous voici ici réuni.es. Une occasion magnifique pour recharger nos batteries de ce que j'ai pu voir depuis hier !

Permettez-moi également de remercier l'Université Fédérale de Rio Grande do Sul qui nous accueille tout comme nous avait accueillis l'université do Para pour le Sommet des peuples en novembre 2025 parallèlement à cette COP 30 et ses fausses solutions étatiques. Cela ne serait pas possible en France en ce moment tant les universités publiques françaises ont perdu de leur autonomie en matière de partage des savoirs et de libertés académiques. Soumises aux injonctions ministérielles du gouvernement d'Emmanuel Macron, nombreuses et nombreux sont les étudiant.es, enseignant.es, chercheuses et chercheurs, personnel administratif qui connaissent une forte répression lors des luttes pour la solidarité avec le peuple de Palestine, contre le génocide à Gaza et les impérialismes américains et israéliens. Parler de génocide reste encore suspect en France, alors autant vous dire combien nous apprécions cette reconnaissance en Amérique Latine.

Plénière de clôture de la conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre

Étant à cette plénière la seule représentante de ce qu'il est convenu d'appeler le nord global dans les rapports de force géopolitiques, je voudrais commencer par souligner quelques éléments de contexte. Je viens en effet d'une Europe confrontée à l'impérialisme russe qui a déclenché une guerre contre l'Ukraine dont on ne voit pas la fin. Je viens d'une Union européenne (UE) championne en matière de politiques néolibérales et rompue aux accords de libre-échange. Parmi les plus récents, soulignons les accords avec le Mercosur qui met dans la rue nombre de nos agriculteurs défendant une agriculture paysanne non productiviste, avec l'Inde ou le refus de dénoncer l'accord avec Israël. Une Union européenne aux investissements massifs dans l'armement pour une économie guerrière, aux programmes de recherche au service de fausses solutions des technosciences, une UE imposant une politique migratoire raciste et totalement déshumanisée.

De nationalité française, je vis dans un pays toujours colonialiste ; en effet les Kanaks luttent pour leur indépendance et les colonies des départements et territoires d'outre-mer subissent de plein fouet des inégalités croissantes ; un pays qui dispose d'un droit de véto avec les autres quatre membres permanents impérialistes du Conseil de sécurité des Nations Unies (États-Unis, Chine, Russie, Royaume Uni), avec un gouvernement qui se glorifie d'être le deuxième exportateur mondial d'armes ; un pays où l'extrême droite est de mieux en mieux insérée dans les petites et moyennes villes comme viennent de le montrer les élections municipales du 22 mars 2026 mais également un pays où une gauche dite de rupture (la France insoumise) a réussi à faire une percée notable lors de ces mêmes élections malgré les tentatives permanentes de diabolisation par les médias, le gouvernement et une frange du parti socialiste ; un pays où des alliances entre les mouvements sociaux et citoyens s'unissent contre la guerre pour défendre la justice sociale, écologique et démocratique.

Alors non, l'arrivée de l'extrême droite en France n'est pas une fatalité et cette Conférence internationale peut nous aider à le démontrer !

Représentant Attac au Conseil international du FSM, je voudrais poursuivre avec vous mes interrogations sur ce que les luttes altermondialistes ont apporté et peuvent encore apporter à nos combats contre l'impérialisme et le fascisme structurés autour de cette implacable dynamique capitaliste qui ravage la planète, les droits humains et ceux de la nature. Quelles leçons tirer de ces 30 années de luttes altermondialistes ?

Force est de constater que nous n'avons pas réussi à désarmer les marchés comme le proposaient Bernard Cassen et Ignacio Ramonet dans un article publié dans le Monde diplomatique de décembre 1997 suivi par la création de Attac (Association pour la Taxation des Transactions Financières et l'Action Citoyenne) en 1998. Attac qui a joué un rôle déterminant dans les combats menés contre la mondialisation néolibérale en s'attaquant aux mécanismes et aux institutions internationales qui dirigent le monde depuis 1945 (Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international(FMI), Banque Mondiale, G7, Forum économique mondial de Davos) et en participant très activement dans le lancement et le développement des FSM.

L'impunité des FMN domine toujours et les rares tentatives de régulation sont mises à mal. L'exemple de remise en cause de la directive européenne de 2024 sur le devoir de vigilance est à cet égard significatif. Les injustices fiscales, sociales, écologiques sont de plus en plus grandes (les 10% les plus riches de la planète possèdent 75% du patrimoine mondial [1]). Nous n'avons donc pas réussi à empêcher cette nouvelle phase du capitalisme mondialisé où la souveraineté des États est entrée en collusion permanente avec les intérêts privés : austérité, économie de guerre, répression, remise en cause du droit international, États en très grande partie dirigés par des hommes : Trump, Netanyaou, Poutine, Xi jinping, Modi, Milei, Kast, Orban, Macron, pour n'en citer que quelques-uns car malgré les luttes féministes (et je pense tout particulièrement à mes sœurs iraniennes du mouvement Femme, Vie, Liberté), la domination patriarcale reste un danger majeur pour nos sociétés. Nous n'avons pas réussi à forger un front mondial post-capitaliste, anti-productiviste féministe, anti-raciste.

Peut-on pour autant parler d'un relatif échec historique comme l'analysent mes camarades Christian Laval et Pierre Dardot [2] ?

Si l'objectif était de créer une gauche mondiale unie, c'est en effet raté ! Mais est-ce l'objectif qu'il faut suivre en 2026 ? On pourrait le souhaiter lorsque l'on voit par exemple dans le cas français que les gauches réunies dans le Nouveau Front Populaire [3] en 2024 ont réussi à faire barrage à l'extrême droite lors des dernières élections législatives. Mais deux ans plus tard, à l'approche des élections présidentielles de 2027, cette union a déjà vacillé…

En revanche, les luttes altermondialistes restent bien vivantes. Sans prétendre fournir une théorie universelle, nos luttes restent, comme le soulignait Oskar Negt [4] en 2007, un « espace public oppositionnel » à l'échelle mondiale capable d'impulser des initiatives plus ou moins coordonnées. Par exemple récemment, en Europe, une campagne européenne « Tax the Rich » a mis en valeur les contradictions criantes du capitalisme qui permet aux riches de payer moins d'impôts que les classes moyennes et populaires ; des actions contre la multinationale Total énergies face au projet EACOP d'oléoduc géant entre la Tanzanie et l'Ouganda ont ralenti les opérations, le Sommet des peuples à Belem où les peuples autochtones ont crié haut et fort : « la réponse c'est nous ». Lors d'une Rencontre européenne organisée début mars par Attac et le CRID, l'organisation d'une campagne contre Palantir est en cours, cette entreprise américaine à la pointe de l'intelligence artificielle, un contre G7 se profile en France et en Suisse mi-juin, un contre- sommet de l'OTAN au Cameroun en juillet, le FSM 2026 à Cotonou en août. La liste pourrait être beaucoup plus longue et se poursuivra au-delà de cette Conférence.

De ces luttes altermondialistes, les gauches du nord ont par ailleurs appris à décoloniser leur pensée critique. Ce n'est pas une mince affaire comme vous le savez ! Il ne faudrait pas perdre cet acquis à un moment où nous sommes toutes et toutes menacé.es par des tendances au repli sur nos seules luttes territoriales et nationales.

Cette Conférence internationale antifasciste, qui se veut une première étape vers un au-delà (une Internationale des peuples antifasciste ?) est donc très importante. Nous devons nous poser la question de savoir quel chemin nous voulons suivre pour aller plus loin. Va-t-il falloir renverser la table, ne plus se contenter d'encadrer le capitalisme et remettre en question ses bases mêmes ? Viser un au-delà du capitalisme, une bifurcation décidée vers le post-capitalisme tout en restant à l'abri du jeu des rivalités des partis.

Désarmer les marchés oui mais cela est impossible sans désarmer les États souverains en pleine collusion avec les intérêts du capital. Désarmer les États- nations quand ils s'opposent à l'égalité des peuples que nous défendons envers et contre tout. S'appuyer sur les alternatives de ci de là, émanant de tous les coins de la planète, telles des irruptions cosmopolitiques pour reprendre l'analyse de Dardot et Laval, sans programme clé en main mais une boussole suffisamment claire pour produire des alliances capables de transformer le système à la racine afin de trouver des solutions à la hauteur des enjeux.

N'est-ce pas en effet la radicalité que nos luttes doivent poursuivre pour affirmer cette souveraineté des communs, caminando preguntando pour reprendre la devise zapatiste. Pour que plusieurs mondes soient possibles dans cet autre monde post-capitaliste que nous voulons construire tous ensemble, partis, syndicats, mouvements ouvriers, féministes, écologiques, anti-racistes, anti-impérialistes, anti-guerre…

Alors unissons-nous pour construire ensemble un agenda commun de mobilisation contre les guerres.
Pour lutter contre l'impérialisme et pour la solidarité entre les peuples, faisons la Guerre à la Guerre.
Faisons la Guerre au Capitalisme, faisons la Guerre au Patriarcat !
Hasta la victoria siempre !

Notes

[1] https://www.inegalites.fr/inegalites-patrimoine-monde

[2] Pierre Dardot et Christian Laval, Instituer les mondes, Pour une cosmopolitique des communs, La Découverte, Février 2025.

[3] Le Nouveau Front Populaire (NFP) réunissait la France Insoumise, le parti socialiste, les parti communiste, Europe, écologie les verts (EELV), Place PUBLIQUE, Génération(s), Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), la Gauche républicaine et socialiste, la Gauche écosocialiste avec le soutien des forces syndicales et citoyennes dont Attac.

[4] Oskar Negt, L'espace public oppositionnel, Critique de la politique, avril 2007.

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Antiracisme, féminisme et droits civils dans la lutte contre le fascisme

Le CADTM est heureux de publier la communication présentée par Mireille Fanon Mendes France lors de la plénière intitulée « Antiracisme, féminisme et droits civils dans la (…)

Le CADTM est heureux de publier la communication présentée par Mireille Fanon Mendes France lors de la plénière intitulée « Antiracisme, féminisme et droits civils dans la lutte contre le fascisme » organisée dans le cadre de la conférence antifasciste et anti imperialiste de Porto Alegre le 29 mars 2026.

9 avril 2026 | tiré du CADTM
https://www.cadtm.org/Antiracisme-feminisme-et-droits-civils-dans-la-lutte-contre-le-fascisme

Que dit la succession d'évènements graves qui ne cessent de fracasser l'équilibre des relations internationales et surtout de déstructurer l'ensemble des normes impératives du droit international depuis ces derniers mois ? A commencer par le kidnapping illégal du Président Maduro et l'enlèvement de la députée, Cilia Flores, la mise en place par le gouvernement Trump d'une politique d'Etat contre les migrants relevant d'une déclaration de guerre contre les damnés, la décision des Etats Unis de gérer, après l'échec de la force militaire kenyane, la crise sécuritaire en Haïti d'une part, en envoyant trois navires USS Stockdale (DDG 106), USCGC Stone (WMSL 758) et USCGC Diligence (WMEC 616) (https://lelouverture.com/haiti-des-navires-americains-arrivent-a-port-au-prince-pour-renforcer-la-securite-et-la-stabilite/) face à Port-au-Prince et d'autre part, après la désignation du Premier Ministre, en attribuant le règlement de cette crise à la firme transnationale Evergreen Trading System Limited (https://evergreentradingsystems.com/), ce qui met l'Etat haïtien sous tutelle et dans l'obligation de payer la somme de 542 millions de dollars dans dix ans, peu importe que la crise socio-économique et politique que traverse Haïti soit le résultat de politiques imposées de l'extérieur, entre autres par la dette illégale imposée par l'ancien colonisateur français ; Cuba quant à elle est déclarée « menace inhabituelle extraordinaire et directe pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis », (https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/01/addressing-threats-to-the-united-states-by-the-government-of-cuba/) et de fait se trouve sous blocus total et tout pays qui, par solidarité, lui viendrait en aide sera soumis à la vindicte du locataire de la Maison Blanche, un conseil de la paix prétend prendre la main sur l'ONU avec un prix d'entrée de 1 milliard, ce même locataire fanfaronne sur la reprise “officielle” de la Doctrine Monroe contre les pays de l'Amérique du sud ; il mène de facto une guerre déclarée contre le droit à l'autodétermination et à la souveraineté politique (article 1-1, Charte des Nations Unies), en un mot contre la non-agression et les relations internationales amicales (article 1-2 et 1-3, Charte des Nations Unies), contre son propre peuple et contre les peuples. Et pendant ce temps-là la Palestine reste sous les bombes, victime d'un génocide et d'un ethnocide sans fin avec son territoire toujours plus englouti par les colonies illégales. Il ne faut pas oublier l'agression que subit depuis un mois la République islamique d'Iran qui n'a jamais eu le doigt sur le bouton des missiles nucléaires pas plus qu'elle n'a, en premier, agressé les Etats-Unis ou l'Etat d'Israël.

Toutes ces questions auxquelles nous faisons face obligent à mettre en place des processus de radicalité

Cette accélération vers un monde incertain et particulièrement depuis le 7 octobre 2023 trouve sa justification dans les éléments de langage proférés par Marco Rubio à Munich « (…) Nous sommes liés les uns aux autres par les liens les plus profonds qui puissent unir des nations, forgés par des siècles d'histoire commune, de foi chrétienne, de culture, de patrimoine, de langue, d'ascendance et par les sacrifices consentis par nos ancêtres pour la civilisation commune dont nous sommes les héritiers » (ww.state.gov/releases/office-of-the-spokesperson/2026/02/secretary-of-state-marco-rubio-at-the-munich-security-conference).
Éléments repris par les défenseurs de la tech biberonnés à l'idéologie portée par l'apartheid en l'Afrique du sud, entre autres purification de la race, homogénéisation et hiérarchisation.

Quels désastres humains à venir avec un racisme institutionnel n'avançant plus à visage masqué mais la tête haute et plus que jamais nécessaire à un projet autoritaire exigeant le profit pour une élite et l'imposition de la colonialité du pouvoir sur les Non Êtres portée à de bien plus hauts niveaux qu'elle n'est actuellement. Il va falloir passer d'une démocratie -même s'il y aurait beaucoup à dire sur ce modèle hanté par le profit, la corruption et le pouvoir- où les mouvements sociaux pouvaient donner sens et corps à des revendications portant sur les Droits Economiques Sociaux et Culturels à un corps social hyper hiérarchisé défendant les valeurs portées par la white supremacy ; la question des réparations politiques et collectives sera encore plus inopportune ; elles pourront éventuellement, bénéficier de quelque visibilité pour peu qu'elles se limitent à des aspects mémoriels et psychologisants.

Tout cela au nom de la loi et de l'ordre pour aller vers un futur où seules les élites pourront respirer. Pour les tenants du technofascisme, c'est à ce prix que l'humanité, enfin une partie, pourra atteindre le futur, le transhumanisme où l'homme sera alors libéré de ses chaînes et cela seulement pour les élus. Pour les autres n'est-ce-pas à la fois le retour à la doctrine de la plantation qui les attend et celle de la guerre sans fin contre les peuples résistants ? La doctrine des découvertes, elle, sera remplacée par celle de l'accaparement des terres rares et des ressources naturelles au nom du futur de la white supremacy autoritaire et violente défendu par le droit des plus riches et des plus forts. Que deviendront les corps noirs et les autres racisés dans un tel projet ?

Si les corps noirs portaient atteinte à la domination eurocentrée blanche et étaient dépourvus de tous droits, et depuis les abolitions juste tolérés, actuellement les corps des damnés racisés, pour peu qu'ils démontrent une volonté d'entraver la mission des entreprises transnationales, seront vécus comme portant atteinte aux droits et aux libertés fondamentales des entreprises de la tech et des transnationales, qui, par le pouvoir de l'idéologie fasciste, se trouvent soudainement dotées d'humanité pendant que certains corps, et particulièrement ceux des racisés et des damnés, redeviennent des marchandises et perdent tous droits. On est loin du fascisme ayant émergé dans les années 30.

Il serait essentiel que les mouvements sociaux n'oublient pas que combattre le capitalisme oblige à combattre le racisme institutionnel

Ce qui est sûr c'est que de la mise en esclavage au technofascisme la question noire va encore être la variable d'ajustement structurel de ce nouveau futur à nos portes. Dès lors il serait essentiel que les mouvements sociaux n'oublient pas que combattre le capitalisme oblige à combattre le racisme institutionnel. Il n'y a pas de racisme sans capitalisme comme il n'y a pas de capitalisme sans racisme. Cette alliance consubstantielle entre racisme et capitalisme est trop souvent oubliée dans nos mouvements ce qui a laissé les corps noirs absents et invisibles. Au Brésil où 54% de la population est afrodescendante et indigène, il aura fallu attendre des années pour que leurs voix commencent à être entendues et acceptées. Et dans nos propres mouvements, même s'il y a des changements, la partie n'est pas gagnée ; à l'ouverture de cette première conférence sur le fascisme tous les panelistes étaient blancs. Et c'est bien trop souvent encore le cas. Résister, inventer, lutter, se déclarer solidaires sont des formes de combat qui doivent rompre avec le modèle colonial intériorisé qui a maintenu trop longtemps les racisés de côté.

Si cette idéologie précise que les transformations à venir ne visent qu'à améliorer le futur, il faut s'interroger sur cette vision du futur qui serait si désirable qu'il faudrait l'adopter au plus vite au risque de perdre le droit d'accéder à un futur où ne survivront à la lumière que ceux qui SONT ; pour tous les autres, réduits à ce qu'ils FONT, il leur sera assigné l'ombre et l'obscurité, est-ce le retour à la cale des bateaux ayant transporté nos ancêtres ?

L'appréhension décoloniale de ce que signifie Non-Être n'aura jamais été aussi pertinente. Et c'est ce qui se préfigure avec le génocide et l'ethnocide du peuple palestinien visant à l'émergence d'un nouveau Moyen Orient à coup d'un Conseil de la paix violant toutes les normes de régulation des relations internationales et d'une reconstruction de Gaza style Mar-a-lago pour un Etat s'étant auto-proclamé start-up-nation.

Dans ce nouvel ordre mondial, la loi et l'ordre est renforcée par l'établissement d'une justice privée rendue par les tribunaux d'arbitrage internationaux permettant aux multinationales d'attaquer des Etats lorsque des politiques publiques vont à l'encontre de leurs intérêts. Cette justice a été pensée et mise en place afin de garantir, aux transnationales, l'exploitation des ressources naturelles des pays nouvellement décolonisés (https://youtu.be/9nMuK_U0uvA?is=91uR86ORul7nKzhf).
Le droit de blocage des transnationales prédatrices sur les politiques publiques des Etats n'a-t-elle pas favorisé la collusion entre certaines d'entre elles qui ont des budgets bien supérieurs à ceux de nombreux d'Etats avec celles de la tech en faveur d'une approche hégémonique impérialiste, raciste et fasciste ?

Toutes ces questions auxquelles nous faisons face obligent à mettre en place des processus de radicalité permettant de s'extirper de ce qui a bétonnisé la Modernité eurocentrée portant l'idéal de l'Homme libéral blanc. Comment penser la mutation d'une société illibérale, capitaliste s'assumant raciste et fasciste ? Est-ce possible d'organiser les résistances en politisant des objectifs communs dans des luttes visant à l'autonomie et à l'émancipation des communautés opprimées comme le préconisait Huey P. Newton lorsqu'il évoquait l'intercommunalisme pour mieux lutter contre l'impérialisme nord-américain ayant « transformé toutes les autres nations en communautés opprimées » (H.P Newton ; To die for the people, 1972) ?

Concrètement, aujourd'hui nous devrions décider de porter nos engagements, nos résistances, nos rébellions contre le technofascisme entre autres, en soutien à Haïti pour que nous soyons l'écho de la voix de son peuple exigeant d'une part, la fin de la main mise étrangère qui décide de ses présidents et détruit et son autodétermination et sa souveraineté et d'autre part, la restitution de la dette illégale imposée par la France ; nous devrions être aux côtés de la Palestine, dans une campagne mondiale pour exiger l'arrêt total et sans condition du génocide en Palestine avec l'application des résolutions de l'ONU et exiger que la CPI juge les génocidaires et les criminels de guerre ; nous devrions exiger que soit mis fin à une opération militaire coloniale et illégale en République islamiste d'Iran et en République libanaise, entre autres en luttant pour la libération de ces « communautés opprimées » par un système meurtrier impérialiste. Cela doit, parmi les damnés, devenir comme le précise Frantz Fanon « une attitude de l'esprit et un mode de vie, une lutte poursuivie avec amour, en faisant preuve d'une attitude positive, sans laisser de côté sa rage. L'amour et la rage étant l'expression du « Oui » et du « Non » première expression d'une attitude décoloniale. C'est un enjeu de taille, mais c'est à ce prix que pourra éventuellement se construire un rapport de forces visant à inverser les volontés d'un pouvoir encore plus hégémonique et encore plus mortifère.

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Résistances, articulations, défis et alternatives | un autre monde est possible

Nous sommes à Porto Alegre, nous serons en Argentine, au Mexique, à Bruxelles, à Ankara, à Cotonou, à toutes les réunions antifascistes. Je m'appelle Fernanda Gadea, membre (…)

Nous sommes à Porto Alegre, nous serons en Argentine, au Mexique, à Bruxelles, à Ankara, à Cotonou, à toutes les réunions antifascistes. Je m'appelle Fernanda Gadea, membre d'ATTAC Espagne depuis environ 17 ans. Mon organisation, l'Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Action Citoyenne, est étroitement liée à Porto Alegre ; elle est née en 2001 avec cette devise qui reste d'actualité aujourd'hui : « Un autre monde est possible ». Je vais commencer par la façon dont nous comprenons l'alter mondialisation des peuples.

9 avril 2026 | tiré du site du CADTM | Photo : Fernanda Gadea à la tribune de la plénière finale de la conférence de Porto Alegre le 29 mars 2026. Photo : CADTM, CC
https://www.cadtm.org/Contribution-a-la-pleniere-finale-de-la-conference-de-Porto-Alegre-le-9-mars

Ce panel s'intitule Résistances, Articulations, Défis et Alternatives pour « Un autre monde est possible », donc je commencerai par vous dire notre position, qui est NON à abandonner la lutte, OUI aux à toutes les articulations qui font avancer le combat, OUI à accepter les défis, quoi qu'il arrive,... C'est une alternative, ce que nous faisons ici, que nous finalisons aujourd'hui après trois jours de conférences, d'activités autogérées et beaucoup de travaux antérieurs, c'est une alternative que nous présentons face à la montée du fascisme et de l'impérialisme dans le monde et en faveur de la souveraineté des peuples. Cette étape est la première marche d'un escalier que nous commençons à construire ici et qui nous rapprochera de cet « autre monde possible » plus nécessaire que jamais.

Très brièvement, je vais commenter les revendications concrètes et réalistes (j'insiste sur le « réaliste ») que l'ATTAC a lancées pour une altermondialisation des peuples. Premièrement, nous appelons à une fiscalité progressive des finances, puis à l'insistance sur le contrôle des flux de capitaux et à l'annulation des dettes injustes. De plus, nous exigeons des services publics universels et de qualité, ainsi qu'un NON retentissant aux privatisations et un OUI à la renationalisation des services publics déjà privatisés.

De plus, nous nous sentons très sérieusement engagés dans la bifurcation énergétique au-delà de la simple « transition », en proposant une économie souhaitable et possible qui représente réellement un défi social plutôt qu'un défi technique, puisque beaucoup des réponses que la technologie peut offrir sont déjà là. Ce sera une autre chose si nous les utilisons au profit du peuple, c'est un autre aspect du défi, d'utiliser toute la technologie, tout cet arsenal d'idées, cette connaissance universelle, au service de ceux qui comptent vraiment, au service du peuple, à notre service. Et enfin, chez ATTAC, nous nous déclarons fermement défenseurs des droits humains de toutes les personnes, en tout lieu. Je vais vous parler d'une campagne que nous menons en lien avec d'autres organisations concernant la régularisation des migrants, une campagne qui, fondée sur l'approche « personne n'est illégale » et « la migration est un droit », a conduit le gouvernement espagnol, après six ans de plaidoyer politique et communicatif face au racisme à tous les niveaux, à approuver une régularisation extraordinaire en janvier 2026.

Il n'y a pas de frontières pour le capital, alors comment admettre qu'il y en a pour les gens ? Migrer est un droit et le sera toujours, et nous n'accepterons pas non plus la criminalisation des migrants.

D'un autre côté, je voudrais souligner ici notre affinité avec le CADTM, le Comité pour l'Abolition des Dettes illégitimes. Ne pas payer ses dettes peut sembler un peu tiré par les cheveux, non ? Cela a même été considéré comme une utopie, mais c'est une réalité. Abolir les dettes illégitimes est possible, c'est déjà un fait ici en Amérique latine, en Équateur, par exemple, dans de nombreux autres endroits et à différentes époques de l'histoire, cela s'est déjà produit. Et nous allons continuer avec l'initiative, nous allons continuer à le faire. Parce qu'on peut le faire. La dette tue, et c'est quelque chose que nous devons garder à l'esprit. Le CADTM International organise ses sections et sessions partout dans le monde, toujours avec la même vision et approche : la dette tue.

Migrer est un droit et le sera toujours, nous n'acceptons pas la criminalisation des migrant·es

« Nous ne payons pas parce que nous ne devons pas » ne sont pas nos dettes, pas en notre nom. Je pense que nous pouvons comprendre ce paradigme : la dette n'est pas la mienne, je ne vais pas la payer. Nos droits passent avant tout, et nous devrons découvrir ce que certaines personnes ont fait de cet argent qui devrait nous appartenir. La plupart des politiciens comprennent très bien ce langage ; si nous leur disons d'en bas ce qu'ils doivent faire, ils finissent par le faire.

En Espagne, quelque chose qui semblait impossible, comme la régularisation des migrants, est déjà un fait, c'est un petit progrès, puisque 800 000 migrant-es auront la possibilité d'obtenir quelque chose qui leur correspond de droit, mais c'est déjà quelque chose...

Et puisque je vois que le temps file vite, je vais maintenant dénoncer une question d'une importance vitale : après cette conférence, quoi ? Par où commencer pour assurer la continuité de notre action ?
Eh bien, pour le plus immédiat, on, pourrait annoncer une rencontre spécifique de l'Amérique latine qui pourrait avoir lieu dans la région du cône sud (l'Argentine, par exemple) puis être reproduite en Amérique du Nord (Mexique ou États-Unis eux-mêmes). Quant au Mexique, avec près de 3200 km de frontière avec l'empire, il est d'un intérêt maximal d'affronter le fascisme et l'impérialisme, mais nous n'oublierons pas qu'au cœur de l'empire il y a aussi une place pour la résistance, il ne s'agit que de nous organiser pour nous sauver, d'ajouter une cellule à une autre jusqu'à obtenir l'organisme qui fera que tout le mal commence à s'effondrer.

Je vous parle également de notre présence décisive à la 7e Réunion internationale écosocialiste à Bruxelles, du 15 au 17 mai 2026. À une époque où la survie de l'humanité est en jeu, nous avons besoin d'un mouvement qui repense l'espoir d'une alternative confrontée à l'extrême droite et au néolibéralisme. Cette réunion propose la lutte contre l'austérité budgétaire, ainsi que la demande de remboursement des dettes publiques aux marchés financiers, ce qui accélère la catastrophe écologique et climatique, ainsi que le transfert massif de richesses du Sud global vers le Nord et des classes ouvrières vers les capitalistes. Cela empêche une redistribution équitable des richesses dans le monde.

Nous avons un autre engagement à être présents, un contre-sommet lors de la réunion du G7 à Évian, en France, les 15 et 17 juin pour célébrer la présidence française du G7, eh bien, nous serons là aussi, soutenant les personnes qui se réuniront pour montrer leur rejet de ce Groupe des Sept qui ne nous représente pas et en leur tenant un miroir sous le visage : Nous sommes plus qu'eux, ils vont devoir commencer à penser que la peur va changer de camp dès que nous nous montrons unis et organisés.

Et il y a d'autre dates importantes à l'horizon proche : le sommet de l'OTAN à Ankara, en Turquie, les 7 et 8 juillet. Là, ils vont nous avoir en face d'eux, il est nécessaire que nous disions « Rien pour la guerre », NON à l'augmentation des budgets militaires déjà exorbitants depuis des décennies ; encore une fois, « PAS en notre nom. »

Et enfin, je veux parler de la 17e édition du Forum Social Mondial à Cotonou, au Bénin, en Afrique, le continent frère qui saigne à travers l'histoire. Cela doit finir. Il existe une dette historique que tous les pays du Nord global doivent assumer et réparer, par des actions concrètes, sans hypocrisie ni paroles en l'air. Le FSM nous attend, la Conférence antifasciste et anti-impérialiste doit être présente au Bénin pour poursuivre les alliances et actions sur lesquelles nous avons travaillé durant cette période.

Nous quittons cette conférence les mains pleines, ce qui me procure une satisfaction indescriptible.
Je dis adieu avec une phrase de José Martí, le politicien, le poète qui nous a tant inspirés : « une cause juste, même au fond d'une grotte, a plus de pouvoir qu'une armée. »

Les fascistes veulent nous voir au fond d'une grotte, mais nous n'y sommes pas. Nous sommes à Porto Alegre, nous serons en Argentine, au Mexique, à Bruxelles, à Ankara, à Cotonou, à toutes les réunions antifascistes.

Nous ne sommes dans aucune grotte et s'il y a une cause juste, c'est l'antifascisme.

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La guerre au Soudan primée par le World Press Photo

14 avril, par La Rédaction de Mondafrique — , ,
Le photojournaliste franco-syrien Abdulmonam Eassa a reçu le 9 avril le prix du World Press Photo dans la catégorie « Stories », pour son reportage « Guerre au Soudan, une (…)

Le photojournaliste franco-syrien Abdulmonam Eassa a reçu le 9 avril le prix du World Press Photo dans la catégorie « Stories », pour son reportage « Guerre au Soudan, une nation prise au piège », réalisé en octobre 2024 et décembre 2025 pour Le Monde.

Tiré de MondAfrique.

Au cours de deux reportages en octobre 2024 et décembre 2025, le photographe Abdulmonam Eassa et le journaliste Eliott Brachet sont partis pour le quotidien sillonner le pays des deux Nils, où sévit l'une des plus graves crises humanitaires contemporaines.

Ce qui avait commencé comme un soulèvement populaire en faveur de la démocratie a dégénéré en affrontement ouvert entre l'armée régulière soudanaise et les Forces de soutien rapide du général Hemedti. Depuis trois ans, ce conflit a jeté 13 millions de personnes sur les routes et fait au moins 150 000 morts. Abdulmonam Eassa a photographié « les écoles transformées en camp de réfugiés voire en sites d'inhumation d'urgence, les morts et ceux qui les pleurent, l'université qui peine à poursuivre ses activités, les rues jonchées de gravats. »

La Photo de l'Année sera révélée le 23 avril.

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Macron relance l’arme atomique

14 avril, par Dominique Boury — , ,
En annonçant une « dissuasion avancée » et un renforcement de l'arsenal nucléaire, Macron relance la logique de course aux armements et tourne le dos aux politiques de (…)

En annonçant une « dissuasion avancée » et un renforcement de l'arsenal nucléaire, Macron relance la logique de course aux armements et tourne le dos aux politiques de désarmement.

12 avril 2026 | tiré de l'Hebdo L'Anticapitaliste - 791 (12/03/2026)
https://lanticapitaliste.org/actualite/politique/macron-relance-larme-atomique

Le 2 mars, sur la base opérationnelle de l'Île Longue, devant le dernier sous-­marin nucléaire, le Téméraire (!), Macron a annoncé un tournant décisif dans la ­doctrine d'emploi de l'arme nucléaire.

Dissuasion nucléaire renforcée et étendue

Jusqu'à présent, la dissuasion nucléaire était étroitement liée à une vision gaullienne de l'indépendance nationale (nourrissant le fantasme d'une France puissante et respectée). Aujourd'hui, la « dissuasion avancée » étendrait le parapluie nucléaire à plusieurs pays européens. Les armes nucléaires permettraient de faire de la gesticulation « nucléaire » en déployant des avions français équipés de leurs ogives nucléaires chez les partenaires européens.

Macron annonce en même temps une augmentation et une modernisation des ogives nucléaires, ainsi que la construction d'un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d'engins.

Ce renforcement de l'arsenal nucléaire n'a aucune justification, puisque nous disposons déjà de suffisamment de ressources pour anéantir n'importe quel agresseur… et la planète entière !

Une bombe utilisable sur le champ de bataille

Pour le président, l'arme nucléaire ne serait plus l'arme de dernier recours contre un éventuel agresseur, mais pourrait être considérée comme une arme de bataille. Il utilise même la notion d'« ultime avertissement », un concept nouveau, très discutable et très dangereux : un pas vers son emploi possible.

Avec cet affaiblissement de la frontière entre armes classiques et arme nucléaire, Macron s'inscrit de manière explicite dans un nouvel âge de l'arme nucléaire : « Le demi-siècle qui vient sera un âge d'armes nucléaires », un horizon dominé par le nucléaire où Macron/Zeus serait investi du pouvoir de vie et de mort…

Un virage à l'opposé du désarmement

Cette prise de position de la France est un signal fort de participation à la course aux armements nucléaires. Cette banalisation de l'arme nucléaire (et de son usage) rend progressivement acceptable ce qui devrait rester impossible.

Alors que les tensions géopolitiques sont à leur niveau maximum, mettant en jeu des puissances nucléaires (Russie, États-Unis, Israël, Inde, Pakistan), il est urgent de relancer une politique internationale de désarmement nucléaire. Comment les diplomaties française et européenne pourront-elles défendre de manière crédible la non-prolifération lors de la prochaine conférence d'examen du TNP (Traité de non-prolifération), du 27 avril au 22 mai, tout en valorisant l'intérêt des armes nucléaires pour leur propre sécurité ?
Absence de débat démocratique

Aucune consultation parlementaire n'a précédé cette annonce et aucun débat à l'Assemblée nationale n'est programmé. Le président prévient qu'aucune information ne sera donnée quant au nombre d'ogives nucléaires supplémentaires. De même, les négociations sur les conditions d'emploi entre pays européens (notamment avec le Royaume-Uni, autre puissance nucléaire européenne) se mèneront à l'écart des instances de débat public.

Pour stopper la dérive militariste des dirigeants de l'UE, le mouvement contre l'armement nucléaire doit se mobiliser et réagir vite et fort — en lien avec le mouvement anti-guerre, les associations contre le nucléaire civil et tous nos partenaires européens.

Dominique Boury

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Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

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