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Éducation et droits humains

9 novembre 2023, par Revue Droits et libertés

 

La Ligue des droits et libertés consacre ce numéro de Droits et libertés aux enjeux liés à l'éducation à partir de la lorgnette de l'interdépendance des droits humains. Par éducation, on réfère à l'information, à la formation, à l'accès aux savoirs et à l'apprentissage tout au long de la vie.

Sous toutes ses formes (formelle, non formelle, informelle), l'éducation joue un rôle déterminant dans nos sociétés. Comme l'énonce l'UNESCO, « L'éducation est un droit émancipateur en soi et c'est l'un des outils les plus puissants pour permettre aux enfants et aux adultes marginalisés sur le plan économique et social de s'extraire de la pauvreté et de participer pleinement à la société ».

Depuis les années 1960, le système de l'éducation au Québec a permis à un nombre sans précédent de personnes d'accéder à l'éducation.  Le vaste écosystème de l'éducation formelle et non formelle pourrait nous laisser croire que les portes de l'éducation et des connaissances sont grandes ouvertes, permettant ainsi aux titulaires de droits de s'émanciper et de participer pleinement à la société ! Qu'en est-il vraiment? Quels sont les enjeux pour les personnes migrantes dont les diplômes sont difficilement reconnus, les personnes ayant des compétences apprises ailleurs qu'à l'école et les enfants en situation de handicap en bris de scolarisation? Est-ce que l'éducation formelle demeure une garantie de mobilité sociale? Quelles sont les voies de l'éducation qui permettent le développement de l'action collective et la capacité de remettre en question les autorités? Comment valoriser les savoirs et les compétences acquis informellement? Qu'en est-il de l'éducation aux adultes au Québec?

Au-delà de l'accès à l'éducation, les obstacles structuraux (conditions de vie, moyens de transport, moyens financiers, accès aux technologies, congés payés, etc.) sont multiples et limitent les possibilités d'exercer pleinement le droit à l'éducation pour un grand nombre de titulaires de droits. Le rôle et les responsabilités de l'État en matière d'éducation doivent être discutés de façon large pour identifier des façons de réduire et d'éliminer les obstacles à l'éducation.

Dans le contexte de pénurie de main d'œuvre et de la dévalorisation des métiers d'enseignement, des inégalités du système scolaire - le système à trois vitesses, des bris de scolarisation, ou encore des crises écologiques, nous appelons à une réflexion sur le rôle de l'éducation pour donner force à la dignité et l'épanouissement de chaque personne, à la promotion des droits humains, à la lutte contre les inégalités et la pauvreté, au respect de la diversité (culturelle, sociale, politique…), à la citoyenneté et à la solidarité.

Dans ce numéro de la revue, un court dossier sur le 75e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme est également prévu.

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* Les articles sont mis en ligne de façon régulière. *

Dans ce numéro

Éditorial

Contrer la banalisation et l'instrumentalisation des droits humains
Alexandra Pierre

Chroniques

Ailleurs dans le monde
Ce qui se joue à travers le voile des Iraniennes
Yalda Machouf Khadir Un monde sous surveillance
Quel respect des droits humains avec l'identité numérique?
Anne Pineau Le monde de l'environnement
Business as usual ou la transition énergétique selon la CAQ
Éric Pineault

 

Dossier 75e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH)

Introduction

La DUDH : genèse de l'édifice universel des droits humains
Édouard de Guise Mettre en oeuvre des droits : complexification et marginalisation
Sylvie Paquerot

L'avenir des droits humains

Collectif

Hommage à Denis Langlois

Diane Lamoureux et André Paradis

 

Dossier principal

** Des articles du dossier seront ajoutés au site Web à chaque semaine jusqu'au 31 mars 2024. **

ÉDUCATION ET DROITS HUMAINS

L'éducation au coeur des possibilités
Laurence Guénette Le droit à l'éducation en tant que droit humain
Christine Vézina La participation des parents, un incontournable pour la création d'écoles inclusives
Jacinthe Jacques et Safa Chebbi Pour une éducation émancipatrice, équitable et de qualité
Suzanne-G. Chartrand et Jean Trudelle Contrer la normalisation de l'exclusion des élèves par l'État
Laurence Simard-Gagnon et Christine Vézina À la recherche des mots perdus
Elisabeth Dupuis Apprendre ensemble l'innu-aimun
Isabelle Jourdain Le droit à l'éducation : son exercice pour les adultes
Daniel Baril et Pierre Doray L'éducation à la citoyenneté, au coeur de la mission éducative
Alexis Legault et Ronald Cameron Des tiers-lieux engagés à créer un avenir différent?
Pascale Félizat La course à obstacles imposée aux étudiant-e-s internationaux
Émilie Bouchard, Maude Bisson, Samantha Taboada et Audrey Simard

Reproduction de la revue

L'objectif premier de la revue Droits et libertés est d'alimenter la réflexion sur différents enjeux de droits humains. Ainsi, la reproduction totale ou partielle de la revue est non seulement permise, mais encouragée, à condition de mentionner la source.


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La place de la marche en ville

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France et Allemagne — la gauche divisée à l’ère de la solidarité avec le peuple palestinien

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Haïti : le comité populaire de construction du canal n’a pas d’entente avec le gouvernement

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Déclaration unitaire des mouvements anticolonialistes des colonies françaises

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Appel du Comité d’organisation du FSM 2024 au Népal

7 novembre 2023, par Rédaction-coordination JdA-PA
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Éditorial

7 novembre 2023, par Tennessee Maciol et Rosalinda Hidalgo
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Soudan : la population civile prisonnière des ambitions politiques de deux chefs militaires

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Non au génocide du peuple palestinien au profit de l’impérialisme !

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Australie : désinformation, espoirs et déceptions pour les droits autochtones

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Hausse de l’aide alimentaire

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Le rôle essentiel des prisonniers

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Cuba vit et résiste : regardez la vidéo sur la solidarité avec le peuple cubain

6 novembre 2023, par Rédaction-coordination JdA-PA
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La fatigue de compassion dans une société capitaliste et patriarcale

6 novembre 2023, par Rédaction

Capitalisme, colonialisme, patriarcat et intersectionnalité des mal-être.

L’éthique du care n’est pas une éthique de la réciprocité, mais une éthique désintéressée : nous ne nous soucions pas d’autrui pour nous acquitter d’une dette ni pour que notre sollicitude soit récompensée, mais parce que sa vulnérabilité nous engage moralement[2].

Dans une ère de pénurie de main-d’œuvre, de définancement et de privatisation des services publics, il importe de réfléchir au soin et à la façon dont celui-ci s’intègre dans notre quotidien. Que l’on pense au manque de main-d’œuvre dans le secteur de la santé et des services sociaux, aux places en garderie qui se font rares ou à la proche aidance qui est le lot de plus de 30 % de la population active au Canada[3], la prestation de soins s’érige comme une question sociale et politique importante qui dépasse largement la sphère privée.

Si prendre soin des autres est un don de soi remarquable qui contribue à la santé et au bien-être d’autrui, la personne qui offre ces soins peut voir sa santé et son bien-être significativement affectés. En effet, selon l’Institut de la statistique du Québec, 64 % des proches aidantes et aidants ont diminué leurs activités sociales ou de détente, 50 % ont réduit le temps passé avec leur conjoint·e et 34,5 % ont modifié ou annulé leurs vacances, des facteurs qui tous contribuent à l’épuisement[4]. Dans ce contexte, il est juste de parler de fatigue de compassion, soit une forme d’épuisement émotionnel lié à la prise en charge d’autrui.

La fatigue de compassion est une usure émotionnelle qui apparaît lorsqu’une personne est témoin de la souffrance d’autrui de façon répétée et se sent impuissante devant cette souffrance[5]. Alors que la fatigue de compassion est largement documentée, son intersection avec les systèmes de pouvoir et d’oppression est moins étudiée. La fatigue de compassion semble pourtant amplifiée par certains systèmes sociaux. En effet, les femmes occupent davantage de rôles de care comparativement aux hommes[6]. Par ailleurs, les impératifs de productivité capitalistes semblent dénaturer le don de soi désintéressé.

Cet article explore la façon dont les dynamiques genrées et le capitalisme peuvent influer sur la fatigue de compassion chez les personnes qui prodiguent des soins. Le travail de care sera d’abord défini. On proposera ensuite des pistes de réflexion pour analyser la façon dont les dynamiques genrées du care et le capitalisme peuvent constituer un terreau fertile pour la fatigue de compassion.

Care et épuisement : le poids invisible de la compassion

Le terme « care » se traduit particulièrement mal en français. Il est fréquemment traduit par « sollicitude ». Le « care » signifie à la fois « prendre soin de », mais aussi « accorder de l’importance à », « se sentir concerné par », « tenir à », « être attaché à », « ressentir de l’affection pour », ou encore « avoir à cœur »[7]. La théoricienne Joan Tronto définit le care comme « une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre “monde”, en sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible[8] ».

Le care exprime donc à la fois le geste et la préoccupation et comporte des dimensions cognitives, morales et émotionnelles, tout comme les gestes physiques et les paroles motivés par ces composantes de nature psychologique. Il inclut autant des activités rémunérées visant au bien-être physique et psychologique des autres, les professions du domaine de la santé comme les soins infirmiers, la psychologie ou le travail social, le travail dans le milieu communautaire, l’enseignement…, mais aussi les tâches effectuées gratuitement, que ce soit au sein du foyer familial, les tâches domestiques, les soins aux enfants, ou à l’extérieur, comme prêter main forte ou une oreille attentive à un proche dans le besoin, y compris la proche aidance. Le care peut aussi comprendre les actions militantes en santé, pour l’environnement, pour la justice sociale, pour les droits des animaux, etc.

Or, être dans un état de préoccupation et poser constamment des gestes pour favoriser le bien-être des autres ou de la société peut devenir épuisant. Les professions de soins sont largement associées à la fatigue de compassion dans la littérature scientifique[9]. Toutefois, dans certains types de texte, la fatigue de compassion semble souvent mal mesurée et comprend une variété de facteurs de stress professionnel qui n’ont parfois rien à voir avec la compassion et l’épuisement qui peut y être associé. Sinclair et ses collègues[10] parlent de la fatigue de compassion comme d’une expression en suremploi quand elle décrit l’épuisement professionnel dans le domaine de la santé. Cette expression serait potentiellement sous-utilisée dans le cas de la fatigue militante[11] ou de celle des proches aidantes et aidants, toutes deux une forme de fatigue de compassion[12]. En ce sens, la fatigue de compassion peut donc accabler toute personne qui se trouve engagée moralement par la vulnérabilité d’autrui et effectue un travail de care.

Le care : une dynamique genrée qui vulnérabilise les femmes

Le care constitue, encore aujourd’hui, un ensemble d’activités hautement genrées. Traditionnellement, les femmes ont été perçues comme naturellement douées pour ce rôle et ont donc davantage été conditionnées à dispenser des soins[13]. Cette assignation de genre a des effets sur elles : non seulement elle limite leurs perspectives, mais elle les expose à un risque accru de fatigue de compassion en raison des attentes disproportionnées dont elles sont l’objet. Les femmes sont placées dans une situation de vulnérabilité de différentes manières, notamment sur les plans économique et social, ce qui peut contribuer à la fatigue de compassion.

Dans le système capitaliste, le care en tant que travail a des conséquences économiques importantes. Sur le plan salarial, les femmes qui occupent des emplois associés au care, socialement et historiquement dévalorisés, ont un salaire qui n’est pas toujours à la hauteur de leur investissement émotionnel[14]. Effectué gratuitement, le care peut avoir pour effet de précariser financièrement les personnes qui le pratiquent, majoritairement des femmes. En effet, plus de 20 % des personnes proches aidantes vivent de l’insécurité financière[15]. Il s’agit d’une préoccupation qui s’ajoute à la charge mentale de ces personnes et peut contribuer à leur vulnérabilité émotionnelle. Quelques statistiques du Conseil du statut de la femme[16] illustrent le fardeau économique et émotionnel des proches aidantes :

  • plus nombreuses que les hommes, les femmes proches aidantes travaillent plus d’heures et manifestent un engagement qualitativement différent;
  • les femmes sont plus nombreuses à travailler à temps plein en plus d’apporter de l’aide à leur proche;
  • les femmes sont plus nombreuses à devoir quitter leur emploi, que ce soit de façon temporaire ou permanente, afin de s’occuper de leur proche à temps plein, ce qui a inévitablement des conséquences sur leur situation économique;
  • les personnes proches aidantes ont des enfants à charge : 42 % des femmes et 35 % des hommes;
  • les femmes considèrent davantage leurs responsabilités de proches aidantes comme stressantes (40 % des femmes, 22 % des hommes) et considèrent que ces responsabilités ont des conséquences négatives sur leur vie familiale;
  • les femmes effectuent une plus grande variété de tâches qui exigent un engagement personnel et émotif plus intense. Ce sont souvent des tâches qui ont un effet direct sur la personne et qui doivent être accomplies systématiquement (planifier et préparer les repas, organiser des rendez-vous, s’occuper de l’hygiène de la personne, acheter les médicaments, etc.), tandis que les hommes effectuent d’habitude des tâches d’entretien ponctuelles (peinture, rénovations, etc.) qui ont un effet moins direct sur la personne et comportent donc une charge mentale ou émotive moins grande;
  • enfin, les femmes sont moins nombreuses à bénéficier du soutien financier du gouvernement pour leur travail de proche aidante et plus nombreuses à avoir un faible revenu[17].

En plus des coûts psychologiques et des revenus perdus, les proches aidantes dépensent beaucoup d’argent pour les soins à leurs proches, soit en moyenne 7 600 dollars par année, peu importe leur revenu[18]. De plus, la proche aidance, tout comme les autres formes de care accomplies gratuitement, permet à l’État de faire des économies substantielles. Une étude indique que si ce travail était effectué par des employé·e·s du secteur public, « il en coûterait environ 3,95 milliards de dollars à l’État québécois » chaque année[19]. C’est donc l’État qui bénéficie du travail, invisible, des proches aidantes, pour lequel elles reçoivent bien peu tant financièrement qu’en termes de reconnaissance. Ces chiffres mettent en lumière la façon dont l’enjeu du soin dans nos sociétés dépasse largement la sphère privée et constitue une question politique importante. Cette situation économique, ajoutée à la dévalorisation de leur travail, peut accentuer le stress et l’épuisement et ainsi rendre les femmes plus vulnérables à la fatigue de compassion. Les soins prodigués aux autres et la préoccupation envers autrui peuvent également entraver le soin envers soi-même et la régénération de l’énergie nécessaire pour occuper cette fonction déjà lourde émotionnellement.

Au-delà des effets liés à la nature genrée de ce travail sur les femmes, les hommes, socialement éloignés des rôles compassionnels, vivent également les contrecoups de cette double contrainte. Ils peuvent se sentir détachés de leur propre capacité à prodiguer des soins, ressentir une pression à ne pas exprimer leur propre fatigue ou leur besoin de soutien et renforcer ainsi une dynamique genrée toxique et les risques d’épuisement[20].

La combinaison du capitalisme et du patriarcat crée un environnement où les femmes sont à la fois poussées à prodiguer des soins et contraintes par un système qui dévalorise cette compassion[21], notamment en ne leur offrant ni soutien financier adéquat ni reconnaissance. La reconnaissance du care peut être financière (crédits d’impôt, aide gouvernementale, salaire, etc.), mais aussi sociale (accommodements au travail, changement d’attitude à grande échelle concernant la place du soin dans la société, humanisation des soins institutionnalisés ou désinstitutionnalisation et communautarisation des soins, etc.).

Individualisme et productivité : le prix de l’empathie dans le système capitaliste

Le capitalisme, en mettant l’accent sur la compétitivité et l’individualisme, crée un environnement où la compassion peut être perçue comme une faiblesse ou même une distraction[22] au travail. La course incessante à la productivité et à l’efficacité laisse peu de place à la vulnérabilité et à l’humanité : prendre soin des autres et faire preuve d’empathie deviennent un « luxe » souvent inaccessible.

Certaines professions exposent plus les praticiennes et praticiens à la fatigue de compassion en raison de leur proximité avec la souffrance humaine. Celles et ceux qui choisissent une profession d’aide, comme le travail social, la psychologie ou la médecine se trouvent pris au piège : être efficaces ou rentables et en même temps profondément humains et compatissants[23]. Les valeurs du marché rendent la compassion « coûteuse », car elle contrevient à l’impératif de rentabilité[24]. Ainsi ces personnes vivent-elles un paradoxe entre la productivité qu’on attend d’elles et l’empathie dont elles souhaitent faire preuve dans leur travail. L’épuisement qui résulte de cette incapacité à effectuer adéquatement leur travail tout en respectant les contraintes externes peut entraver leur capacité à prodiguer des soins de qualité, ce qui crée un cercle vicieux qui offre de moins en moins de soutien à ceux qui sont déjà vulnérables. L’exigence de productivité dans les emplois associés au soin, où la productivité est difficile à quantifier, peut ainsi mettre en danger la santé des travailleuses et travailleurs et priver de sens leur travail.

Le fait de travailler dans un milieu de soins et la charge de travail[25] sont associés à la fatigue de compassion[26]. Le soutien de l’organisation, des superviseurs et des collègues, tout comme la réduction de la charge de travail, peuvent affaiblir les facteurs associés à la fatigue de compassion[27]. Mais, dans le système de santé actuel, les professionnel·le·s sont encouragés à voir le plus de patientes et patients possible, le plus rapidement possible, ce qui contribue à la fatigue de compassion.

De plus, ces conditions de travail ancrées dans la dévalorisation sociale de ces professions – enseignement, soins infirmiers, psychologie, éducation à l’enfance, etc. – limitent l’autonomie professionnelle et peuvent décourager l’exercice de ces professions, ce qui contribue à la pénurie de main-d’œuvre dans ces secteurs. En effet, les contrecoups de la fatigue de compassion dans les professions liées au care comprennent une hausse de l’absentéisme et du roulement de personnel, une dégradation de la qualité des soins et de la satisfaction des patientes et patients, de même que des difficultés liées au recrutement et à la rétention du personnel[28]. Par ailleurs, les conséquences individuelles comportent des sentiments de frustration, de déconnexion, d’intolérance, de mélancolie, de dépression et un manque de compassion pour les personnes qui reçoivent les soins, notamment[29].

Dans un monde qui a plus que jamais besoin de compassion, nos structures sociales et économiques semblent presque conçues pour l’éradiquer. Prendre soin de l’autre devient un fardeau, une source de souffrance et met parfois en danger la santé de la personne aidante.

Ce texte met en lumière le rôle du capitalisme et du patriarcat dans la fatigue de compassion et l’importance de reconnaitre la valeur intrinsèque du soin, indépendamment des contraintes capitalistes ou des attentes patriarcales. Au-delà de la fatigue de compassion, le care peut avoir des effets grandement positifs sur celles et ceux qui le pratiquent, dont un sentiment de réalisation personnelle et de connexion aux autres[30]. Il semble impératif de repenser la manière dont nos sociétés valorisent et soutiennent celles et ceux qui prennent soin des autres, de façon à favoriser leur bien-être mais aussi celui des personnes soignées. Repenser les structures sociétales et organisationnelles pour valoriser davantage la solidarité et l’entraide pourrait contribuer à un environnement moins propice à cette fatigue[31].

Par Catherine Côté, candidate à la maîtrise en science politique à l’Université de Montréal et patiente partenaire[1]


NOTES

  1. « Le ou la patiente partenaire est une personne dont le vécu et les savoirs avec la maladie sont reconnus par son équipe médicale, dont il ou elle fait partie intégrante.» Association québécoise de l’encéphalomyélite myalgique, <https://aqem.ca/2022/03/15/pour-en-savoir-plus-sur-le-role-dun-patient-partenaire/>.
  2. Caroline Ibos, Aurélie Damamme, Pascale Molinier, Patricia Paperman, Vers une société du care. Une politique de l’attention, Paris, Le Cavalier Bleu, 2019.
  3. Janet Fast, Caregiving for Older Adults with Disabilities. Present Costs, Future Challenges, IRPP Study n° 58, Montréal, Institut de recherche en politiques publiques, 2015.
  4. Chantale Lecours, « Portrait des proches aidants et les conséquences de leurs responsabilités d’aidant », Institut de la statistique du Québec, Coup d’œil sociodémographique, n° 43, 2015.
  5. Charles R. Figley (dir.), Compassion Fatigue. Coping with Secondary Traumatic Stress Disorder in Those who Treat the Traumatized, New York, Brunner/Mazel, 1995.
  6. Nancy Folbre, « Should women care less ? Intrinsic motivation and gender inequality », British Journal of Industrial Relations, vol. 50, n° 3, 2012, p. 597-619.
  7. Word Reference (s.d.), Care, <www.wordreference.com/synonyms/SD%20card>.
  8. Joan Tronto, « Du care », Revue du MAUSS, vol. 2, n° 32, 2008, p. 243-265.
  9. Richard E. Adams, Joseph A. Boscarino et Charles R. Figley, « Compassion fatigue and psychological distress among social workers. A validation study », The American Journal of Orthopsychiatry, vol. 76, n° 1, 2006, p. 103-108 ; Charles R. Figley, 1995, op cit. ; Charles R. Figley, « Compassion fatigue. Psychotherapists’ chronic lack of self care », Journal of Clinical Psychology, vol. 58, n° 11, 2002, p. 1433-1441 ; Jasmeet Singh, Maria Karanika-Murray, Thom Baguley et John Hudson, « A systematic review of job demands and resources associated with compassion fatigue in mental health professionals », International Journal of Environmental Research and Public Health, vol. 17, n° 19, 2020, p. 6987 ; Dorien Wentzel et Petra Brysiewicz, « The consequence of caring too much : Compassion fatigue and the trauma nurse », Journal of Emergency Nursing, vol. 40, n° 1, 2014, p. 95‑97.
  10. Shane Sinclair, Shelley Raffin-Bouchal, Lorraine Venturato, Jane Mijovic-Kondejewski et Lorraine Smith-MacDonald, « Compassion fatigue. A meta-narrative review of the healthcare literature », International Journal of Nursing Studies, vol. 69, avril 2017, p. 9‑24.
  11. Paul Gorski, « Fighting racism, battling burnout. Causes of activist burnout in US racial justice activists », Ethnic and Racial Studies, vol. 42, n° 5, 2019, p. 667‑687, 2019 ; Paul Gorski et Stacy Lopresti-Goodman, «“Nobody’s paying me to cry”. The causes of activist burnout in United States animal rights activists », Social Movement Studies, vol. 18, n° 3, 2019, p. 364‑380.
  12. Conseil du statut de la femme, Les proches aidantes et les proches aidants au Québec. Analyse différenciée selon les sexes, Québec, Gouvernement du Québec, 2018.
  13. Carole Gilligan, In a Different Voice. Psychological Theory and Women’s Development, Cambridge, Harvard University Press, 1982, p. 24-39; Nancy Folbre, 2012, op. cit.
  14. Marie-Françoise Colliere, « Invisible care and invisible women as health care-providers », International Journal of Nursing Studies, vol. 23, n° 2, 1986, p. 95-112.
  15. Janet Fast, 2015, op. cit.
  16. Conseil du statut de la femme, 2018, op. cit.
  17. Catherine Côté, « La proche aidance, un enjeu féministe ? D’“aidante naturelle” à “proche aidante”», L’Amnésique, 2019.
  18. Janet Fast, 2015, op. cit.
  19. Raphaëlle Corbeil, « Proche aidance : un portrait qui donne l’heure juste », La Gazette des femmes, 2018.
  20. Raewyn Connell, Masculinities, Londres, Routledge, 2005.
  21. Arlie Russel Hochschild, The Managed Heart, Berkeley, University of California Press, 1983.
  22. Katherine N. Kinnick, Dean N. Krugman et Glen D. Cameron, « Compassion fatigue. Communication and burnout toward social problems », Journalism & Mass Communication Quarterly, vol. 73, n° 3, 1996, p. 687-707.
  23. Arlie Russel Hochschild, 1983, op. cit.
  24. Nancy Eisenberg et Paul Mussen, The Roots of Prosocial Behavior in Children, Cambridge (R-U), Cambridge University Press, 1989.
  25. Charles R. Figley, 2002, op cit.
  26. Jasmeet Singh et coll., 2020, op. cit.
  27. Ibid ; Charles R. Figley, 2002, op cit.
  28. Dorien Wentzel et Petra Brysiewicz, 2014, op. cit.
  29. Ibid.
  30. Susan H. Lynch et Marie L. Lobo, « Compassion fatigue in family caregivers. A Wilsonian concept analysis », Journal of Advanced Nursing, vol. 68, n° 9, 2012, p. 2125‑2134.
  31. Richard E. Adams et coll., 2006, op. cit.

Marche mondiale des femmes : cinq continents et 65 pays à l’unisson

5 novembre 2023, par Rédaction-coordination JdA-PA
13e rencontre internationale de la Marche mondiale des femmes : un agenda commun et la devise « force féministe pour transformer le monde ». Plus de 150 femmes représentes de (…)

13e rencontre internationale de la Marche mondiale des femmes : un agenda commun et la devise « force féministe pour transformer le monde ». Plus de 150 femmes représentes de leurs pays respectifs ont livré un puissant message. L’article Marche mondiale des femmes : cinq continents et 65 pays (...)

Appel de la gauche ukrainienne en solidarité avec le peuple palestinien

4 novembre 2023, par Rédaction-coordination JdA-PA
Nous publions un appel d’intellectuel.les, d’artistes, de militant.es politiques et sociaux en solidarité avec le peuple palestinien qui contraste avec la prise de position du (…)

Nous publions un appel d’intellectuel.les, d’artistes, de militant.es politiques et sociaux en solidarité avec le peuple palestinien qui contraste avec la prise de position du gouvernement ukrainien en appui à Israël. Nous, chercheurs-chercheuses, artistes, militant.es politiques et syndicaux (...)

L’accord entre l’UAW et les trois géants de Détroit « marque un tournant dans la lutte des classes »

3 novembre 2023, par International
Le 30 octobre, le syndicat américain United Auto Workers (UAW) a conclu un accord de principe avec General Motors (GM), mettant fin à une grève sans précédent de six semaines (…)

Le 30 octobre, le syndicat américain United Auto Workers (UAW) a conclu un accord de principe avec General Motors (GM), mettant fin à une grève sans précédent de six semaines contre les "trois géants" de l'automobile à Détroit. L'accord avec GM, qui fait suite à des accords similaires conclus (...)

JQSI —pour réinventer notre culture de consommation

3 novembre 2023, par Lilli Berton Fouchet
Lilli Berton Fouchet, correspondante et stagiaire Si l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) a retenu le thème de la souveraineté (…)

Lilli Berton Fouchet, correspondante et stagiaire Si l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) a retenu le thème de la souveraineté alimentaire cette année, c’est parce qu’on a constaté que l’heure de l’urgence climatique est inévitable. Ce thème interroge (...)

CISO, la table de concertation intersyndicale en solidarité internationale tient son AGA 2023

2 novembre 2023, par Rédaction-coordination JdA-PA
La dernière assemblée générale annuelle du Centre international de solidarité ouvrière (CISO) s’est tenue le 23 octobre dernier, sous le thème Renforcer la solidarité entre (…)

La dernière assemblée générale annuelle du Centre international de solidarité ouvrière (CISO) s’est tenue le 23 octobre dernier, sous le thème Renforcer la solidarité entre travailleuses et travailleurs du Québec et d’ailleurs dans le monde pour une société plus juste et démocratique. La (...)

Violence et conseil municipal

2 novembre 2023, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Certaines municipalités, dont Trois-Pistoles et Rimouski, se plaignent de la colère et des revendications de la part (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Certaines municipalités, dont Trois-Pistoles et Rimouski, se plaignent de la colère et des revendications de la part des citoyen.nes lors des séances de conseil de ville. Pour y remédier, un renforcement des coercitions est exercé par (...)

Appel de candidatures de Lojiq pour le FSM 2024 au Népal

1er novembre 2023, par Rédaction-coordination JdA-PA
Appel de candidatures publié sur le site de Lojiq LOJIQ – Les Offices jeunesse internationaux du Québec s’associe avec Katalizo, l’Association québécoise des organismes de (…)

Appel de candidatures publié sur le site de Lojiq LOJIQ – Les Offices jeunesse internationaux du Québec s’associe avec Katalizo, l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), Alternatives et le Journal des alternatives : une Plateforme Altermondialiste, afin de (...)

Lancement du Collectif québécois En route vers le FSM 2024 au Népal

1er novembre 2023, par Rédaction-coordination JdA-PA
Communiqué du Collectif québécois En route vers le Forum social mondial 2024 au Népal C’est en mars dernier que le Conseil international (CI) du Forum social mondial (FSM) a (…)

Communiqué du Collectif québécois En route vers le Forum social mondial 2024 au Népal C’est en mars dernier que le Conseil international (CI) du Forum social mondial (FSM) a accueilli la proposition de tenir la prochaine édition du FSM au Népal. L’Association québécoise des organismes de (...)

Catastrophe annoncée à Gaza – Un déchirant sentiment d’impuissance

1er novembre 2023, par Pierre Mouterde
Par Pierre Mouterde, sociologue et essayiste Pierre Mouterde rappelle le drame humain en cours en Palestine et plaide pour un engagement des Canadien.ne.s des et Québécois.es. (…)

Par Pierre Mouterde, sociologue et essayiste Pierre Mouterde rappelle le drame humain en cours en Palestine et plaide pour un engagement des Canadien.ne.s des et Québécois.es. à devenir une force sociale et politique auprès de leurs gouvernements respectifs afin de réclamer la paix et une (...)

NORMAN LAFORCE (1952-2023)

1er novembre 2023, par Archives Révolutionnaires
Le 5 octobre 2023, c’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre ami et camarade, le militant Norman Laforce (1952-2023). Norman était un ami (…)

Le 5 octobre 2023, c’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre ami et camarade, le militant Norman Laforce (1952-2023). Norman était un ami fidèle, sensible, bienveillant, un camarade dévoué, combatif, prêt à tout donner. C’est en sa mémoire que nous présentons cet article biographique à son sujet : pour que ses engagements ne soient pas oubliés et qu’ils servent d’inspiration aux jeunes générations.

Norman est né dans la ville ouvrière de Jacques-Cartier (maintenant intégrée à Longueuil) le 25 mars 1952. Mis au monde par le médecin militant Jacques Ferron, il fréquente la même école que Paul et Jacques Rose, futurs membres du Front de libération du Québec (FLQ). Au début des années 1960, la famille de Norman déménage dans l’État New York, d’abord dans un quartier populaire de la métropole puis dans la ville de Corning où il fréquente la Corning Painted Post West High School qu’il délaisse pour travailler. Norman a rapidement été conscient de l’injustice qui fonde notre monde. À l’adolescence, sa réflexion se consolide par la lecture du Rat Subterranean News, un journal contre-culturel adoptant des positions anti-capitalistes, pacifistes et écologistes.

De retour à Montréal, Norman structure de plus en plus sa pensée au contact des mouvements marxistes en pleine ascension. En tant que plombier (et plus tard déménageur), il constate quotidiennement la pauvreté dans les appartements dont il doit s’occuper. D’ailleurs, il fait régulièrement des travaux gratuitement pour ses voisin·e·s pauvres ayant des propriétaires négligents. Norman acquiert ainsi une conviction durable comme quoi le système capitaliste entraîne une lutte des classes qui oppose la bourgeoisie au prolétariat. Dans le but de faire avancer la cause du peuple, Norman s’investit dans les années 1970 au sein du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), étant même candidat au poste de conseiller municipal à l’élection de 1978.

Au tournant des années 1980, Norman s’intègre de plus en plus à la scène punk et skinhead émergente de Montréal. Il participe à l’organisation de concerts locaux (Genetic Control, SCUM) et de groupes internationaux (dont Angelic Upstarts et Dead Kennedys), assure la sécurité dans les spectacles et compose quelques chansons. En plus de son implication musicale, Norman assume le leadership d’une bande de skinheads marquée à gauche – les East End Skins – qui combat manu militari les groupes fascistes de la métropole. C’est ainsi qu’à la fin des années 1980 et au début des années 1990, Norman devient un des piliers de la lutte anti-fasciste à Montréal. Il mène ce combat avec succès, notamment contre l’éphémère section montréalaise du KKK dirigée par Michel Larocque. Grâce à ses nombreuses contributions à la scène musicale et au combat anti-fasciste, Norman continuera d’entretenir de forts liens de camaraderie avec les Red and Anarchist Skinheads (RASH) de Montréal et d’ailleurs. Il est salué personnellement par Roddy Moreno, chanteur de The Oppressed, lors du passage du groupe à Montréal en décembre 2021.

Norman contribue aussi grandement aux luttes des locataires des années 1990 jusqu’à son décès en 2023. Il est membre du Comité logement Ville-Marie où il intègre le conseil d’administration de 2012 à 2014, et participe au POPIR Comité Logement dont il est vice-président en 2016, tout en écrivant pour son journal Le Canal. Il s’implique en sus au Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), au Comité logement du Plateau Mont-Royal, au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) dont il est président aussi en 2016 et, enfin, au Regroupement information logement (RIL). Installé dans Pointe-Saint-Charles depuis 2013, Norman participe aux mobilisations pour que la communauté récupère les terrains et la bâtisse qui deviendront le Bâtiment 7 (B7). Lorsque nous obtenons gain de cause en 2017, Norman poursuit son implication dans les différents cercles du B7, à l’épicerie communautaire Le Détour et au regroupement Action-Gardien. Ces dernières années, il était au cœur du grand projet communautaire qu’est le B7.

Au fil du temps, Norman évolue du marxisme à l’anarchisme « lutte de classes » qu’il découvre dans les années 1980 grâce au livre L’anarchisme (Daniel Guérin, 1965). Norman s’investit beaucoup dans le mouvement montréalais, faisant régulièrement des permanences à la librairie L’Insoumise puis à la Bibliothèque DIRA (toutes deux situées sur la rue Saint-Laurent). Il assume deux mandats comme membre du conseil d’administration de l’Association des espèces d’espaces libres et imaginaires (AEELI) qui gère le bâtiment abritant ces deux « institutions ». Norman donne des ateliers lors de plusieurs Salons du livre anarchiste de Montréal et aide diverses initiatives militantes révolutionnaires. Il mène plusieurs actions conjointement avec la branche montréalaise du Industrial Workers of the World (IWW), dont il devient officiellement membre en 2014.  Pour souligner sa longue implication dans la défense de la classe ouvrière, la branche le nomme « membre à vie » en 2019 ; Norman est la première et seule personne ayant obtenu ce statut honorifique à ce jour.

Norman participe aussi à l’Association pour la liberté d’expression (ALE), dont il sera président, qui met sur pied la Commission populaire sur la répression politique (CPRP) en 2014-2015. L’objectif est de documenter et dénoncer les abus policiers, et le projet débouche sur la publication de l’ouvrage collectif Étouffer la dissidence. Vingt-cinq ans de répression politique au Québec (Lux, 2016). En 2017, il cofonde le Collectif d’éducation et de diffusion anarcho-syndicaliste (CÉDAS) qu’il anime jusqu’en 2021, traduisant la brochure La libération queer est une lutte de classe. Dans les dernières années, Norman a consacré beaucoup de temps et d’énergie aux luttes LGBTQ+, notamment à la défense des droits des personnes trans. Peu avant son décès, il a joint le Comité queer de Pointe-Saint-Charles à titre d’homme bisexuel pro-transidentités. Il cherchait toujours une manière de lier les luttes afin qu’ensemble, nous puissions détruire le capitalisme et instaurer une société égalitaire. Enfin, que ce soit contre l’extrême droite, au sujet du logement, pour le 1er Mai (Journée internationale des travailleuses et des travailleurs), pour des actions de désobéissance civile ou contre la répression, Norman a participé à des centaines de manifestations partout au Québec : il était littéralement de tous les combats.

Depuis 2018, Norman a contribué au collectif Archives Révolutionnaires, en achetant des ouvrages pour le collectif, en numérisant des archives et en éclairant nos lanternes sur les luttes passées. Il était plus qu’un compagnon de route pour nous : c’était un véritable ami. La collaboration devait se poursuivre puisque Norman voulait faire des permanences à notre local, mais la mort en aura décidé autrement. Atteint de la maladie de Forestier et d’un cancer, Norman Laforce est décédé le 5 octobre 2023 à Pointe-Saint-Charles. Qu’importe, son esprit revendicateur continuera d’habiter notre projet et nous poursuivrons notre mission de documenter les luttes passées pour dynamiser les luttes actuelles. Longue vie cher ami, c’est maintenant à nous de continuer le combat pour l’égalité.

/ / /

Par ce texte, nous voulons pérenniser l’héritage de Norman Laforce. Si vous constatez des erreurs ou que vous souhaitez nous informer de faits absents du texte, n’hésitez pas à nous contacter.

Le dessin en couverture est l’œuvre de Maxime Archambault (2020)

World Press Photo 2023 : au-delà du spectacle monde

1er novembre 2023, par Kalya Nzesseu
Kalya Nzesseu, correspondante et stagiaire Lorsque l’on entre dans le hall de l’exposition, une grande affiche nous présente le but du concours World Press Photo 2023 : (…)

Kalya Nzesseu, correspondante et stagiaire Lorsque l’on entre dans le hall de l’exposition, une grande affiche nous présente le but du concours World Press Photo 2023 : représenter autant les événements majeurs de l’actualité 2022 que d’autres moments importants négligés de la presse (...)
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À l’ère du capitalisme de surveillance

31 octobre 2023, par Revue Droits et libertés
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À l’ère du capitalisme de surveillance

Dominique Peschard, militant à la LDL et président de la LDL de 2007 à 2015

Retour à la table des matières Revue Droits et libertés, printemps / été 2023

L’intrusion du numérique dans toutes les facettes de nos vies a permis une cueillette de données sans précédent qui touche tous nos champs d’activités, privés et sociaux. Tout est prétexte à cette captation de données qui ne cesse de s’étendre avec le développement de l’Internet des objets, la multiplication des applications de gestion de la vie courante, les capteurs corporels, les villes intelligentes, etc. Ce modèle d’affaires fondé sur l’extraction des données, initié par les Google, Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft (GAFAM), est maintenant repris par toutes les entreprises et services publics. Les gouvernements, dépassés par l’expertise et les moyens des géants du numérique, ont abandonné toute velléité de souveraineté numérique et cèdent de plus en plus à l’entreprise privée la gestion et le stockage dans le nuage des données qu’ils recueillent sur les citoyens. Ces données sont utilisées à des fins de surveillance et de contrôle, pour analyser et influencer nos comportements. Elles servent tant pour nous solliciter à des fins lucratives que pour évaluer le risque que nous représentons. Cette masse immense de données est traitée par des systèmes de décision automatisés (SDA) qui placent les individus dans des catégories qui leur sont favorables ou défavorables. Les algorithmes derrière ces SDA sont opaques et souvent biaisés. Ces entreprises s’approprient notre expérience personnelle afin de comprendre et d’influencer nos comportements. C’est ce que Shoshana Zuboff appelle le commerce de l’avenir humain1. Les systèmes de protection de ces données sont déficients et on assiste régulièrement à des fuites, des vols de données et à de l’extorsion par rançongiciel. Les victimes de ces actes criminels ont peu de recours et la protection offerte par l’anonymisation des données n’est pas très fiable. La guerre au terrorisme menée par les États après les attentats du 11 septembre 2001 a certainement contribué à ce que le capitalisme de surveillance puisse se développer sans entraves de la part des gouvernements. Les États ont eux aussi mis en place un système de surveillance généralisé des populations en prétextant que c’était le seul moyen d’assurer notre sécurité. Comme l’a révélé Edward Snowden, les agences de renseignements se sont généreusement abreuvées, à l’insu des populations, à même les données amassées par le capitalisme de surveillance. Les techniques d’identification biométriques se développent sans encadrement adéquat. Le développement de banques d’ADN et d’outils de reconnaissance faciale menace toute prétention à l’anonymat. Ces outils sont utilisés de manière opaque par les forces policières et permettent de faire des enquêtes en ayant recours à des moyens intrusifs sans mandat judiciaire. Le modèle d’affaires des GAFAM repose non seulement sur la captation de données sur l’usager, mais aussi sur la capacité de capter son attention et de l’inciter à visiter le plus de sites possible. Plus de clics égalent plus de revenus publicitaires. Une conséquence est que l’usager se voit orienter vers des sites sensationnalistes qui reflètent ses biais. Ces mécanismes favorisent la propagation de fausses nouvelles et l’enfermement de l’internaute dans des chambres d’écho qui renforcent ses préjugés. Ils empoisonnent le débat démocratique et facilitent la polarisation des extrêmes. Une autre conséquence est de développer la dépendance aux écrans, phénomène particulièrement nocif pour les jeunes, au point de devenir un problème de santé publique. La distanciation et l’anonymat que permettent les plateformes ont favorisé l’humiliation, le harcèlement et l’intimidation en ligne de nombreuses personnes, la plupart du temps des filles et des femmes, laissées à elles-mêmes face à leurs agresseurs. Des adolescent-e-s vulnérables se sont suicidés. La croissance du capitalisme de surveillance repose sur un développement sans limites de communication de données, y compris pour des usages les plus superficiels. A-t-on vraiment besoin d’une application qui envoie un message pour nous avertir que la pinte de lait dans le frigidaire est à moitié vide ou d’envoyer une photo de notre assiette à tous nos amis ? Notons qu’un simple courriel avec pièce jointe a une empreinte carbone d’environ 20 grammes ! Cette transmission sans limites de données entraîne une explosion des infrastructures, telles que la 5G et les mégas centres de données, la consommation de matières premières comme les métaux rares et d’énergie avec des effets désastreux sur l’environnement. Comme on le constate, ces développements soulèvent de nombreux enjeux de droits qui dépassent le seul droit à la vie privée. La surveillance et la manipulation des comportements sont des atteintes à l’autonomie des individus et à la vie démocratique. Le manque de transparence dans la collecte de données et les SDA qui servent à la prise de décision sont source de discrimination, portent atteinte au droit à l’information et accentuent le déséquilibre de pouvoir entre les individus et les géants du numérique et les gouvernements. Le développement en catimini de l’identité numérique par le gouvernement Legault en est un exemple. La notion qu’il existe une solution technique à chaque problème et l’idéalisation de l’intelligence artificielle (IA) – pensons à l’application de traçage COVID – permet d'escamoter le débat public sur les enjeux sociaux sous-jacents. Les phénomènes de dépendance et l’impact environnemental du capitalisme de surveillance portent atteinte au droit à la santé et à un environnement sain.

Le défi des années à venir

À ses débuts, dans les années 1990, Internet était source d’espoir. Internet allait briser le monopole des grands médias écrits et électroniques traditionnels sur le débat public et permettre à des voix qui n’avaient pas accès à ces moyens de se faire entendre et de s’organiser. Pour ce faire, Internet devait demeurer neutre, accessible à tous et à l’abri d’interférence étatique. Cet espoir n’était pas sans fondement et Internet a effectivement permis à de nombreux mouvements sociaux (MeToo, Black Lives Matter, la campagne pour l’abolition des mines antipersonnel…) de se développer à une échelle mondiale et d’avoir un impact. Les réseaux sociaux permettent de diffuser et de dénoncer en temps réel les violations de droits aux quatre coins de la planète. On a aussi vu comment ces moyens de communication pouvaient être utiles en temps de pandémie. Ceci ne doit toutefois pas nous faire perdre de vue que, si nous n’intervenons pas, le développement du numérique sous la gouverne du capitalisme de surveillance, comporte de graves dangers pour les droits humains. Nous devons pouvoir utiliser Internet et les plateformes de communication et d’échange à des fins socialement utiles. Le défi des prochaines années est de se réapproprier ces outils numériques afin de les mettre au service du bien commun. Le capitalisme de surveillance n’est pas une fatalité et les nouveaux moyens d’information et d’échange sont devenus tellement névralgiques qu’ils constituent un commun qui doit être soustrait au capitalisme de surveillance. Les marchés qui font le commerce de l’avenir humain entrainent des conséquences néfastes, dangereuses et antidémocratiques, et causent des préjudices intolérables dans une société démocratique. Ils devraient être illégaux tout comme le commerce d’organes et d’êtres humains est illégal. Nous devons définir un droit qui garantisse à chacun la protection de son expérience personnelle. Nous devons aussi refuser les moyens de fichage et de surveillance biométriques, tout particulièrement, la reconnaissance faciale. La croissance débridée du numérique à des fins socialement néfastes et inutiles induit un impact environnemental majeur qui est encore largement méconnu. Le numérique est présenté comme quelque chose d’immatériel et la population est maintenue dans l’ignorance de la vaste quantité de ressources et d’énergie que requièrent ces infrastructures. Les considérations environnementales sont une partie intégrante de la réappropriation du numérique dans un objectif de promotion du bien commun. Nous sommes au tout début de la prise de conscience de l’existence du capitalisme de surveillance et de ses effets. L’enjeu de la prochaine période est de dénoncer et de s’opposer au développement d’une société de surveillance et de revendiquer la mise en place d’un cadre règlementaire qui fait primer les droits humains sur les intérêts de tous les acteurs qui tirent profit du capitalisme de surveillance, qu’il s’agisse des États, des entreprises ou des acteurs du secteur privé.
  1. En ligne : https://www.ourcommons.ca/Content/Committee/421/ETHI/Brief/BR10573725/br-external/ZuboffShoshanna-10073190-f.pdf

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Logement et agriculture

31 octobre 2023, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Pour répondre à la crise du logement, l’une des solutions complémentaires réside dans la création de nouveaux (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Pour répondre à la crise du logement, l’une des solutions complémentaires réside dans la création de nouveaux logements. Seulement, l’une des limites se trouve dans l’étalement urbain qu’il est tentant de faire en s’étendant au (...)
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Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

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Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

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