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Sud-Soudan, virer les dirigeants pour stopper la guerre
Par leur corruption et leur politique ethniciste, les élites du pays plongent le Sud-Soudan dans un nouvel abîme de violence.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
4 octobre 2025
Par Paul Martial
Depuis sa séparation avec le Soudan en juillet 2011, le pays n'a connu que des guerres civiles, d'intensité plus ou moins forte. Depuis huit mois, Riek Machar, vice-président, comparaît devant un tribunal sous plusieurs chefs d'inculpation tels que crimes contre l'humanité, rébellion et trahison.
Une guerre permanente
Il est accusé notamment d'avoir incité l'armée « blanche », une milice réputée proche de son organisation, le Sudan People's Liberation Movement-in Opposition (SPLM-IO), à attaquer la caserne de Nasir, une ville de l'État du Nil Supérieur, causant ainsi la mort de plus de 250 militaires. Les opérations de représailles lancées par le président du Sud-Soudan, Salva Kiir, ont pris pour cible les civils et provoqué la fuite de dizaines de milliers de personnes. Les accords de paix de 2018, censés mettre fin à la guerre civile, n'ont jamais été réellement appliqués. Les affrontements n'ont eu de cesse de se poursuivre des deux côtés.
Le procès contre Riek Machar ainsi que plusieurs dirigeants du SPLM-IO est considéré comme une rupture de cet accord de paix, d'autant qu'il s'accompagne de violents bombardements aériens contre les centres de cantonnement des troupes de cette organisation, qui devaient être intégrées. Ces combattants se sont dispersés à travers le pays et n'ont désormais d'autre choix que de reprendre la guérilla. Cette situation est préoccupante, car une alliance s'est créée entre le SPLM-IO et une autre milice, la National Salvation Front (NSF) de Thomas Cirilo, qui risque de faire basculer le pays à nouveau dans une guerre civile généralisée.
Ethnicisme et corruption
Pour Salva Kiir, le but est de se débarrasser de l'opposition. Il a réussi à débaucher quelques dirigeants du SPLM-IO pour maintenir la façade d'un gouvernement d'union nationale. Sa préoccupation est d'assurer sa succession et de transmettre le pouvoir à Benjamin Bol Mel, homme d'affaires intime du clan familial de Salva Kiir, déjà nommé vice-président. Une telle politique ne fait qu'enferrer le pays dans une situation conflictuelle.
Depuis sa création, les élites à la tête du jeune État n'ont eu de cesse d'instrumentaliser les divisions ethniques en utilisant leur communauté d'appartenance : Riek Machar pour les Nuer, Thomas Cirilo pour les Bari et Salva Kiir pour les Dinka. Dans le même temps, la situation économique est désastreuse. Les exportations de pétrole du Sud-Soudan sont bloquées à cause de la guerre au Soudan et surtout les fonds du pays sont détournés à grande échelle.
C'est ce qu'indique un rapport de la commission des droits de l'homme de l'ONU, qui se départit de son langage diplomatique pour dénoncer une « prédation éhontée ». Le rapport cite Bol Mel, le dauphin de Salva Kiir, coupable d'un détournement de deux milliards de dollars destinés aux infrastructures routières. Autre exemple : le ministère de la Santé n'a touché que 19 % de son budget, soit 29 millions de dollars, tandis que celui des affaires présidentielles dépasse sa dotation de 584 %, soit 557 millions.
La seule solution pour la paix est que les populations, toutes communautés confondues, se débarrassent de ces fauteurs de guerre.
Paul Martial
P.-S.
• Hebdo L'Anticapitaliste - 769 (02/10/2025). Publié le Samedi 4 octobre 2025 à 09h00 :
https://lanticapitaliste.org/actualite/international/sud-soudan-virer-les-dirigeants-pour-stopper-la-guerre
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Retraites, budget, démocratie : face à l’enfumage, reprendre la rue !
Ce que le PS présente comme sa grande victoire — une suspension —, personne n'en parle mieux que Macron lorsqu'il déclare : « Le Premier ministre a fait un choix, pour apaiser le débat actuel, qui a consisté à proposer le décalage d'une échéance — ce n'est ni l'abrogation ni la suspension, c'est le décalage d'une échéance. »
Cette sortie est, pour un président et un gouvernement plus isolés que jamais (malgré le soutien du PS, le gouvernement n'échappe à la censure que d'une dizaine de voix), une tentative de reprendre la main.
Hebdo L'Anticapitaliste - 772 (23/10/2025)
https://lanticapitaliste.org/actualite/politique/retraites-budget-democratie-face-lenfumage-reprendre-la-rue
Macron essaie de reprendre la main
Macron vise autant à décourager la mobilisation qu'à rassurer la bourgeoisie et son propre camp politique ; on voit mal comment Macron pourrait lâcher le totem de son second quinquennat. L'inscription de la suspension de la réforme dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) ne change rien au tour de passe-passe. Par contre pas de suspension des « accords » de Bougival qui écrasent les droits du peuple kanak ni des mesures phares du budget Bayrou. Et aggravation des attaques sur nos droits sociaux dans le PLFSS. Les raisons de se mobiliser restent entières et il est urgent de reprendre le chemin des luttes, de la rue, de la grève pour gagner. Et la période, très instable, est pleine de possibles qui doivent nous regonfler.
La mobilisation compte
D'abord l'affaire de la « suspension/décalage » montre que la lutte paie ! Des millions de manifestantEs en 2023, des grèves, trois journées de mobilisation en cette rentrée, des blocages. Tout ça pour… ça ? Oui, avec, en prime, une crise politique et une usure d'un pouvoir qui peine à gouverner. C'est peu mais ce n'est pas rien, tant matériellement que symboliquement : même ce pouvoir ne peut ignorer la rue. Mais oui, avec la crise économique, la bourgeoisie est aux abois et ne lâchera rien de fondamental. À nous d'élever encore le rapport de forces.
La crise politique est toujours là
Ensuite, le déplacement sur le terrain institutionnel ne signe pas l'arrêt de la mobilisation. Comme en 2023, nous vivons une séquence où des moments de lutte — avec manifs, grèves et blocages — alternent avec des moments plus institutionnels. Mais la crise est toujours là et, comme en 2023 au moment de l'usage du 49-3 et du vote de confiance remporté à 9 voix près, cette phase institutionnelle pourrait bien permettre des démonstrations.
Vers le « super 49-3 » des ordonnances
Car l'abandon annoncé du recours au 49-3 va nous faire découvrir d'autres joyeusetés que la 5e République offre au pouvoir pour faire barrage à nos aspirations émancipatrices et démocratiques. En effet, en l'absence de compromis et de vote sur les textes du PLFSS et du budget à l'issue du délai constitutionnel requis (cinquante jours pour le PLFSS et soixante-dix jours pour le budget de l'État), la Constitution permet au chef de l'État de mettre en œuvre ces textes par simple signature en conseil des ministres (ordonnances)... Une manière de faire revenir par la fenêtre un « super 49-3 », puisqu'il s'agit d'un 49-3 sans même un vote de confiance au Parlement. Un nouvel aspect de l'autoritarisme que permet la 5e République serait ainsi mis au jour. Il ne fait donc pas de doute que les aspirations démocratiques nourriront les futures mobilisations.
La clé est dans l'auto-organisation
Alors, repartir ça veut dire continuer à reconstruire nos forces et des habitudes militantes. Et s'il peut y avoir des accélérations dans la crise politique et les mobilisations, il n'y a pas de raccourci vers la victoire. Nous avons besoin de davantage d'auto-organisation, d'AG, qui permettent à la fois des discussions sur la stratégie pour gagner et la mise en œuvre de la grève et d'actions communes à l'échelle des boîtes, des bahuts, des quartiers, des villages, etc. Dans cet objectif, la contribution du mouvement Bloquons tout ! est notable : il a permis la création de nouveaux liens militants tissant de la confiance à travers des AG, des groupes d'action et des comités de quartier qui se réunissent, agissent et discutent.
Mais nous avons aussi besoin d'un horizon politique porteur d'espoir. Car nos revendications, à commencer par l'abrogation totale de la réforme des retraites, sont majoritaires. Quelle gauche pour porter ce projet et faire barrage à l'extrême droite ? Une gauche de rupture, comme le dessinait le programme du Nouveau Front populaire, et pas une gauche d'accompagnement, que dessine le PS dans son accord avec Lecornu et Macron. Une gauche résolument unie contre l'extrême droite. Et une gauche qui s'ancre dans les luttes. Car une gauche de rupture ne tirera sa force que de la mobilisation : elle rencontrera sur sa route l'intransigeance du capital et le présidentialisme de la 5e. C'est bien à ce régime que nos mobilisations vont devoir s'attaquer. Nous voulons une autre société — et c'est d'une autre Constitution que celle qui est au service de Macron et de son monde, dont nous avons impérativement besoin.
William Daunora
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Un soutien indéfectible à l’Ukraine
Alors que Trump n'intervient en Ukraine que pour défendre les intérêts étatsuniens, les Ukrainien·nes ne peuvent faire confiance qu'à elleux-mêmes pour face à l'invasion russe comme à leur gouvernement libéral.
27 octobre 2025 | tiré deu site de La gauche anticapitaliste
https://www.gaucheanticapitaliste.org/un-soutien-indefectible-a-lukraine/
L'Ukraine continue de résister héroïquement à la guerre d'annexion impérialiste menée par la Russie. Des espoirs ont été suscités par le sommet réunissant Trump et Poutine en Alaska, dans l'optique d'un cessez-le-feu. Mais depuis les jours précédant le sommet, la Russie a intensifié ses attaques contre l'Ukraine. Elle utilise davantage de drones et de missiles pour cibler des habitations civiles et des infrastructures, mais ne réalise cependant que des progrès limités sur le terrain. La Russie a également envoyé des drones dans l'espace aérien de la Pologne et de la Roumanie.
L'escalade des attaques contre les civil·es menées en août a incité Trump à menacer la Russie de sanctions plus sévères si elle n'acceptait pas un cessez-le-feu et n'entamait pas des négociations. Le sommet en Alaska s'est avéré un grand succès pour Poutine. Il n'a fait aucune concession, tandis que Trump lui accordait une légitimité internationale, malgré les mandats d'arrêt émis à son encontre par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et génocide.
Trump manipulé par Poutine ?
Trump s'est retourné contre l'Ukraine en suggérant qu'elle échange des territoires avec la Russie contre un accord de paix, ce qui signifie que l'Ukraine accepterait l'annexion russe du Donbass et de la Crimée. Trump laisse en même temps aux pays européens le soin d'acheter des armes aux États-Unis pour soutenir l'effort de guerre de l'Ukraine. Les droits de douane de 50 % imposés par les États-Unis à des pays comme l'Inde, qui achètent du pétrole russe, relèvent davantage du protectionnisme de Trump et de ses tentatives de diviser l'alliance pro-russe de pays comme la Chine que d'un soutien à l'Ukraine. N'ayant obtenu aucune concession de la part de Poutine, Trump se dit à présent en colère, et affirme avoir été « manipulé » par lui. Mais ces paroles n'ont pas effrayé Poutine.
Poutine a clairement indiqué que ses objectifs de guerre restaient inchangés : la reconnaissance par l'Ukraine des territoires occupés, la destitution de Zelensky, un veto sur l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN et une réduction drastique des forces armées ukrainiennes. Poutine a rejeté tout cessez-le-feu comme condition préalable à des négociations de paix. En réalité, il ne souhaite pas de négociations, car il espère affaiblir progressivement la résistance ukrainienne. Il a même proposé que Zelensky se rende à Moscou pour négocier. Outre le fait que cela constituerait une menace considérable pour la sécurité de Zelensky, cela serait considéré comme une capitulation de l'Ukraine.
La Russie estime qu'elle peut gagner la guerre grâce à l'importance de ses ressources et elle sait que l'Occident rechigne à soutenir l'Ukraine. L'Occident est divisé entre les pays qui souhaitent une fin rapide de la guerre afin de normaliser leurs relations commerciales avec la Russie et ceux qui souhaitent une guerre plus longue dans le but de l'affaiblir. C'est pourquoi l'aide, notamment militaire, n'a pas été fournie à l'Ukraine suffisamment rapidement en quantité satisfaisante.
Les États-Unis sont probablement le pays le plus désireux de normaliser leurs relations avec la Russie, non seulement parce que Trump admire en Poutine le « leader fort » d'extrême droite auquel il s'identifie, mais aussi pour favoriser les intérêts du capital américain. En effet, l'envoyé spécial américain Keith Kellogg s'est récemment rendu en Biélorussie, un allié clé de la Russie, pour rencontrer son président autoritaire Alexandre Loukachenko. Le résultat est la libération de certains prisonniers politiques en échange de l'autorisation accordée par les États-Unis à Boeing de fournir des pièces détachées à la compagnie aérienne biélorusse.
Après plus de trois ans de guerre, il n'est pas surprenant que de nombreux·ses Ukrainien·nes souhaitent négocier un accord de paix, mais Poutine n'est pas intéressé. Les Ukrainien·nes n'ont d'autre choix que de continuer à résister à l'invasion russe. S'ils veulent la paix, ils ne veulent pas pour autant capituler devant la Russie. Après plus de trois ans de guerre, la Russie n'a pas été en mesure d'atteindre ses objectifs de guerre initiaux, qu'elle espérait atteindre en quelques semaines. Cela démontre que la population ukrainienne continue de soutenir l'effort de guerre.
Attaques néolibérales
Mais le peuple ukrainien ne résiste pas seulement à la guerre d'annexion menée par la Russie, il résiste également aux attaques néolibérales de Zelensky.
En mai, le parlement ukrainien, la Rada, a voté en faveur d'un accord avec les États-Unis pour l'extraction et la fourniture de minéraux rares. Cette décision donne aux États-Unis de nouveaux leviers d'influence sur la situation économique et politique de l'Ukraine. Le gouvernement Zelensky attire des capitaux étrangers peu fiables plutôt que de nationaliser les industries stratégiques, d'introduire un impôt progressif et de lutter contre le marché noir.
En juin, des manifestant·es ont protesté contre la saisie de la Maison des syndicats par la société privée KAMparitet et ont exigé qu'elle soit restituée à son propriétaire légitime, la Fédération des syndicats d'Ukraine.
En juillet, des manifestations de masse ont éclaté dans tout le pays contre le gouvernement Zelensky. Celui-ci a fait adopter à la hâte par la Rada une loi supprimant l'indépendance les unités anticorruption que sont le Bureau national anticorruption (NABU) et le Parquet spécialisé dans la lutte contre la corruption (SAPO). Les manifestations se sont poursuivies jusqu'à ce que Zelensky soit contraint de faire marche arrière en introduisant une nouvelle loi qui rétablissait l'indépendance du NABU et du SAPO.
Le 5 septembre, des centaines de manifestant·es se sont rassemblé·es sur la place de l'Indépendance, à Kiev, pour protester contre des projets de loi parlementaires qui imposeraient des sanctions pénales plus sévères aux soldats désobéissants. Cependant, l'expérience de ces dernières années montrent au contraire que les mesures punitives non seulement ne résolvent pas les problèmes, mais en créent de nouveaux. Une fois de plus, face aux mobilisations, le gouvernement a fait marche arrière et a supprimé certaines des mesures les plus sévères.
Les possibilités des masses ukrainiennes
Le fait que ces manifestations et protestations aient pu avoir lieu en Ukraine, alors que le pays est en guerre, montre à quel point la situation dans le pays est différente de celle de la Fédération de Russie. Là-bas, les manifestations contre le gouvernement ne sont pas tolérées.
Contrairement à la Russie et malgré les conditions de guerre, il existe une société civile dynamique en Ukraine. Une auto-organisation fournit un soutien aux autres citoyen·nes lorsque l'État est défaillant. Des organisations socialistes, syndicales et féministes indépendantes offrent une alternative au néolibéralisme de Zelensky. Les syndicalistes et les jeunes défendent leurs salaires, leurs droits et leurs conditions de travail contre les réformes néolibérales, la corruption et les oligarques, tout en assurant la défense de leur pays, tant sur le front qu'à l'arrière. Les Ukrainien·nes ne sont pas les pions de l'impérialisme occidental, malgré l'intérêt cynique évident de ce dernier à soutenir l'Ukraine.
L'impérialisme occidental souhaite manifestement une reconstruction capitaliste néolibérale de l'Ukraine. C'est notamment pour cela qu'il n'annule pas la dette ukrainienne. La Grande-Bretagne et d'autres pays pourraient prendre des mesures concrètes pour soutenir l'Ukraine, telles que la saisie des avoirs russes gelés, l'annulation des coupes dans l'aide étrangère, l'imposition de sanctions plus sévères contre le régime russe, la sanction des entreprises, telles que Seapeak, basée au Royaume-Uni, qui contournent les sanctions existantes, la prolongation de la protection des réfugié·es ukrainien·nes au-delà de 2026 et l'octroi de l'asile aux militant·es antiguerre russes et biélorusses. Cette dernière mesure pourrait devenir encore plus importante si les opposant·es russes et biélorusses qui vivent actuellement aux États-Unis sont menacés d'expulsion.
L'Occident profite de la guerre en Ukraine pour faire passer une remilitarisation de l'Europe avec le programme ReArmEurope de l'UE et la révision de la défense britannique. Si l'Ukraine doit recevoir toutes les armes et l'aide nécessaires pour résister à la Russie, cela ne doit pas nécessairement entraîner une augmentation massive des budgets militaires. Les ventes d'armes à des pays tels que le régime brutal saoudien ou le gouvernement génocidaire israélien devraient être immédiatement arrêtées. S'opposer au militarisme et aux guerres impérialistes ne signifie pas être pacifiste, car les pays devraient avoir le droit de se défendre contre les occupation et les annexions, y compris par des moyens militaires.
L'ordre établi après la Seconde Guerre mondiale est en train de changer, alors que nous entrons dans un nouveau monde multipolaire où l'impérialisme américain affronte de plus en plus directement la Russie et la Chine. Certaines personnes – même à gauche – se réjouissent de cette évolution. Elles critiquent à juste titre l'histoire de l'impérialisme occidental, mais considèrent la montée en puissance économique et militaire de la Russie et de la Chine comme un progrès. Elles partent du principe erroné que « l'ennemi de mon ennemi est mon ami ». Au contraire, la gauche doit s'ancrer dans l'internationalisme et l'anti-impérialisme, en soutenant les luttes de la classe ouvrière et les luttes démocratiques à l'échelle mondiale. La priorité doit être de donner la primeur aux personnes plutôt que de réduire la politique à des manœuvres géopolitiques entre gouvernements. L'Ukraine doit recevoir tout ce dont elle a besoin pour obtenir une paix juste.
Publié par Anti*capitalist Resistance le 20 septembre 2025, traduit par Lalla F. Colvin. Repris du site d'Inprecor le 22 octobre
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Grèce : Le retour à l’esclavage ne passera pas !
Le 1er octobre, une grève générale était appelée par la GSEE (confédé unique du privé), l'ADEDY (fédé unique du public) et de nombreuses fédérations et syndicats. Très suivie, elle était centrée sur le refus d'un projet de loi monstrueux : permettre une journée de travail de 13 heures pour le même employeur (on sait que de nombreux Grecs sont réduitEs depuis longtemps à avoir deux emplois).
9 octobre 2025 | tiré de Hebdo L'Anticapitaliste - 770 |Photo : Grèce - campement du gréviste de la faim Panos Routsi - photo NPA
Provocation du gouvernement ultralibéral « offrant » cette mesure, qui vaudrait pour 37 jours annuels, en promettant la liberté de choix pour l'employeur comme pour le salariéE ! Après la mesure de 2024 permettant des semaines de 6 jours de travail, la surexploitation des salariéEs prend des allures orwelliennes, et l'augmentation des accidents du travail, sur fond de bas salaires et de casse des services publics, en est l'illustration. Et c'est la même logique à l'œuvre dans le secteur public, où la moindre critique syndicale aux mesures de « rentabilisation » conduit à des sanctions, voire à des licenciements, notamment dans l'éducation.
Des manifs solidaires et en colère
Même si la manif athénienne manquait un peu de punch (autour de 15 000 personnes dans les différents cortèges), le pays a connu une bonne mobilisation dans la rue, et surtout, on assiste ici aussi à une convergence des colères qui s'accumulent. Colère contre l'étouffement des nombreux scandales — le dernier en date portant sur des subventions agricoles européennes versées par la droite pour clientélisme. Contre les cadeaux aux fascistes (le führer criminel d'Aube dorée vient d'être libéré pour raisons médicales…), avec le 18 septembre une grosse manif antifa pour l'hommage annuel à Pavlos Fyssas, assassiné par les tueurs nazis.
Soutien au peuple palestinien
Et, très fort dans la période, le soutien au peuple palestinien, avec de très nombreux drapeaux et slogans dans les cortèges, est indispensable face à la complicité de Mitsotakis avec Netanyahu. Cet été, des rassemblements (réprimés !) ont protesté contre les provocations de touristes mais aussi de soldats israélienNEs en croisière drapeaux au vent, se permettant d'arracher des affiches de soutien au peuple palestinien et d'insulter les habitantEs solidaires. Et bien sûr, le soutien à la flottille pour Gaza (avec une petite trentaine de Grecs) était très fort (les bateaux ont été attaqués mercredi soir), et la mobilisation continue. Par contre, faiblesse dramatique : toujours aucune forme de soutien à la résistance populaire ukrainienne…
Soutien aux victimes de la catastrophe ferroviaire de Tèmbi
Soutien aussi à Panos Routsi, père d'une des victimes de la tragédie (ou plutôt crime) ferroviaire de Tèmbi en 2023, qui réclame des examens sur le corps de son fils, avec le soupçon persistant du transport illégal par un des deux trains d'une substance explosive. En grève de la faim depuis le 15 septembre devant le Parlement, son combat est massivement soutenu, et les cortèges l'ont salué, montrant la très large volonté populaire de rendre justice aux 57 victimes.
Se pose dès maintenant la question de la suite, urgente !
Dernière minute : victoire pour Panos Routsi – et pour toutes les familles des 57 victimes – qui vient d'obtenir, le 7 octobre, satisfaction à ses demandes, soutenues par plus de 80 % de la population !
A. Sartzekis, Athènes, le 5 octobre 2025.
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La droite néolibérale tchèque a perdu. Les trumpistes tchèques ont gagné
Les élections tchèques ont donné la victoire au milliardaire Andrej Babiš, semblable à Trump, le week-end dernier. Les sortants de droite néolibérale ont peu fait pour freiner le coût élevé de la vie et ont de nouveau perdu face à un candidat qui a promis de faire quelque chose à ce sujet.
16 octobre 2025 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/10/16/la-droite-neoliberale-tcheque-a-perdu-les-trumpistes-tcheques-ont-gagne/
Les électeurs tchèques ont décidé. Après quatre ans au pouvoir, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Petr Fiala touche à sa fin. Lorsque ce camp traditionnellement de droite a défait de manière inattendue Andrej Babiš lors des élections de 2021, les voix de gauche tchèques ont averti le nouveau gouvernement de ne pas poursuivre sa politique d'austérité. Elles ont soutenu que pour vraiment vaincre Babiš, le gouvernement devait se concentrer sur les couches moins aisées de la société et sur la réduction des différences entre les régions tchèques. Le gouvernement n'a pratiquement pas tenu compte de ce conseil et est rapidement devenu extrêmement impopulaire. Grâce principalement à son aveuglement idéologique, son arrogance et son incompétence, l'oligarque et agro-industriel Babiš — l'une des personnes les plus riches du pays — revient maintenant au pouvoir au nom de la résolution des difficultés économiques des Tchèques ordinaires.
Le gouvernement de Fiala n'a certainement pas eu la tâche facile. Il a dû faire face à toute une série de crises — crises de la chaîne d'approvisionnement et de l'inflation, crise énergétique, guerre en Ukraine et arrivée de personnes fuyant ce conflit. Mais il a également réalisé l'une des pires performances économiques d'Europe. La République tchèque a connu l'un des taux d'inflation les plus élevés de l'UE, les salaires réels ont chuté de manière spectaculaire, les prix de l'immobilier ont fortement augmenté, et les gens ont eu du mal à payer les frais de base pour la nourriture, l'énergie et le logement. Ce n'est qu'au deuxième trimestre de cette année que l'économie a commencé à croître lentement, et l'économie tchèque revient maintenant à son niveau d'avant 2019 après la chute.
Le mouvement ANO [1] de Babiš a profité brutalement de tout cela. Lors des élections nationales du 3 au 4 octobre, il a remporté la deuxième plus grande victoire électorale de l'histoire moderne, obtenant 34,51 pour cent de tous les suffrages. Au lieu de rivaliser avec Babiš sur les questions économiques, le gouvernement sortant s'est concentré sur les questions géopolitiques et l'affiliation du pays à la sphère d'influence occidentale. Cependant, Babiš a réussi à balayer cela avec plusieurs apparitions médiatiques au cours desquelles il a qualifié la Russie d'agresseur, l'Ukraine de victime, et a rejeté le retrait tchèque des structures de l'OTAN et de l'UE. Cela a effectivement mis fin au différend géopolitique, ne laissant au bloc de droite plus rien avec quoi jouer.
Cela ne signifie pas, cependant, que Babiš joue un rôle positif, et encore moins progressiste, dans la politique tchèque. Il est toujours un oligarque, dont les intérêts ne résident pas dans l'émancipation des couches les plus pauvres de la société tchèque, mais au mieux dans le bien-être des employés honnêtes et mal payés de ses entreprises.
En fait, Babiš considère tous les citoyens de la République tchèque comme étant en quelque sorte ses employés. En 2013, il s'est présenté au parlement pour la première fois avec le slogan « Gérer l'État comme une entreprise », presque comme un avant-goût des développements dans la politique américaine.
Babiš offre aux électeurs une compétence managériale, des impôts bas et le maintien des dépenses sociales existantes. Même ces objectifs peu ambitieux et, à certains égards, irréalistes ont suffi pour vaincre facilement ses concurrents de droite et drainer l'électorat des partis traditionnels de gauche tels que les sociaux-démocrates et le Parti communiste, qui n'ont pas offert beaucoup plus qu'ANO lors de ces élections.
Assez, ça suffit
Ce qui était nouveau, cependant, c'est que ces partis traditionnels de gauche — une partie stable du système politique tchèque jusqu'aux dernières élections parlementaires de 2021 — ont uni leurs forces pour former une nouvelle coalition appelée Stačilo ! (Assez !). Ils n'étaient pas seuls dans ce pacte, qui s'appuyait également sur une rhétorique anti-Ukraine, des influenceurs anti-vaccination et, dans certains cas, même des figures ouvertement d'extrême droite.
Kateřina Konečná (dirigeante des communistes) et Jana Maláčová (dirigeante des sociaux-démocrates) se sont ouvertement inspirées du mouvement de Sahra Wagenknecht en Allemagne, cherchant un virage conservateur et nationaliste dans la politique de gauche tchèque. En fait, comparé à Stačilo !, même le Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW) [2] en Allemagne avait offert une politique de gauche assez traditionnelle, fusionnée avec une rhétorique anti-immigration et l'antimilitarisme.
Stačilo ! est allé beaucoup plus loin. En tête de liste dans la région de Bohême centrale lors de cette élection se trouvait Jana Bobošíková, qui s'était présentée lors du précédent scrutin sous la bannière du Parti des travailleurs de la justice sociale — une force au passé ouvertement néo-nazi et dissoute par les tribunaux en 2010 en raison de son soutien à l'activité violente. Dans la région d'Ústí nad Labem, son candidat en deuxième position était le maire de la ville nord-bohémienne de Duchcov. Il y a formé une coalition dirigeante avec ce même Parti des travailleurs de la justice sociale. Nous pourrions trouver d'autres figures similaires avec de bonnes relations avec les néo-nazis tchèques et slovaques dans Stačilo ! En revanche, le BSW n'a pas encore franchi cette ligne de coopération directe avec les néo-nazis.
Pendant longtemps, il semblait que Stačilo ! entrerait au parlement et formerait une sorte de gouvernement avec Babiš. Ces derniers mois, il s'était maintenu au-dessus de 5 pour cent dans les sondages, ce qui lui aurait assuré une place au parlement. Finalement, cependant, il est resté en deçà, avec 4,3 pour cent, et aucun siège. Cela est particulièrement tragique pour la présidente sociale-démocrate Maláčová, qui a imposé l'alliance avec Stačilo ! malgré l'opposition de larges pans de son parti, arguant que cela ramènerait les sociaux-démocrates au parlement après quatre ans. Cela ne s'est pas produit, et lundi, Maláčová a annoncé qu'elle démissionnait, ainsi que la direction supérieure du parti.
Il s'est avéré qu'une partie de l'électorat de Stačilo ! a décidé à la dernière minute de soutenir Babiš, qui offrait un programme économique presque identique tout en s'opposant à toute possibilité que la République tchèque quitte l'UE ou l'OTAN. Il semble que même la société tchèque traditionnellement eurosceptique n'est pas ouverte aux risques qu'apporterait une indépendance au sein de l'Europe dans la situation géopolitique actuelle. La même question a également été récemment confrontée par le parti d'extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD) dirigé par le politicien d'origine japonaise Tomio Okamura, qui proposait également un référendum sur le départ de l'UE et de l'OTAN. Le SPD anti-immigration et conservateur (à ne pas confondre avec le parti allemand du même acronyme) est entré au parlement, mais avec 7,8 pour cent des voix, bien en deçà des attentes.
En route vers l'avant
Compte tenu à la fois de la campagne et de la rhétorique de partis tels que le SPD et Stačilo !, ces élections ont été largement présentées comme un choix géopolitique entre l'Est et l'Ouest. Cependant, Babiš a raison de dire qu'en réalité, il n'a jamais mené de politique pro-russe en tant que Premier ministre. En effet, après qu'il a été révélé que des agents du GRU [3] russe étaient responsables de l'explosion d'un dépôt de munitions en 2014 à Vrbětice, dans l'est du pays, il a expulsé le plus grand nombre de diplomates et d'agents russes de l'histoire moderne de ce pays.
Comme le montrent les négociations actuelles dans le nouveau gouvernement, la véritable menace géopolitique pourrait finalement venir d'une direction complètement différente. Babiš envisage actuellement une forme de coopération gouvernementale avec deux partis minoritaires d'extrême droite, à savoir le SPD et l'assez bizarre Motoristes pour eux-mêmes. Ce dernier est le dernier projet de l'ancien président Václav Klaus, figure éminente du mouvement mondial des climatosceptiques. Au cours de sa carrière politique active, Klaus a eu des opinions fortement eurosceptiques, s'est opposé au multiculturalisme et à « l'agenda LGBTQ+ », et, surtout, a cultivé des relations solides avec les think tanks libertariens américains liés au Parti républicain, tels que le Cato Institute [4].
Le parti Motoristes pour eux-mêmes peut être considéré comme la version tchèque de MAGA [5], épousant des opinions xénophobes et misogynes. Plus important encore, cependant, le parti adopte une position néolibérale dure et, suivant le Département de l'efficacité gouvernementale (DOGE) [6] d'Elon Musk, veut réduire radicalement les dépenses de l'État tchèque et limiter tout soutien aux mouvements écologistes et aux organisations à but non lucratif promouvant des politiques progressistes. Les Motoristes sont partenaires de l'ANO de Babiš dans la faction d'extrême droite Patriotes pour l'Europe, que Babiš a fondée avec le Premier ministre hongrois autoproclamé « illibéral » Viktor Orbán et le dirigeant du Parti de la liberté d'Autriche, Herbert Kickl.
Cette faction comprend le Rassemblement national de Marine Le Pen en France et le parti d'extrême droite espagnol Vox, et il est également question de l'adhésion de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Ces partis ne cachent pas leur admiration pour l'administration Trump et pourraient à l'avenir former un allié trumpien important dans la politique européenne. L'objectif ne sera pas de détruire le projet européen, comme certains critiques le préviennent, mais de déplacer l'UE de l'État-providence social vers l'extrême droite et vers une coopération plus étroite avec les États-Unis.
Tout comme d'autres dirigeants mondiaux, Babiš s'en tient maintenant au slogan « La Tchéquie d'abord », et son inventaire comprend des casquettes rouges de style Trump avec des messages nationalistes. Les politiques isolationnistes, nationalistes et corporatistes de Donald Trump sont depuis longtemps proches du cœur de Babiš, et les deux hommes partagent un fort esprit entrepreneurial. Babiš est également un admirateur de longue date d'Orbán, qu'il admire pour la façon dont il traite l'opposition politique et consolide son hégémonie. Bien que Babiš manque de la verve idéologique d'Orbán et que, dans la République tchèque athée, il ne tente même pas d'imiter ses récits chrétiens-nationalistes, nous pouvons nous attendre à une érosion lente des institutions libérales-démocratiques et de l'État de droit.
Deuxième administration
En gouvernant avec les Motoristes trumpiens — comme cela semble maintenant probable, sinon certain — les tendances autoritaires de Babiš et les attaques contre l'opposition se renforceront sûrement. Lorsque Babiš a gouverné avec les sociaux-démocrates de 2017 à 2021, il est devenu un partisan d'un État fort et d'une augmentation au moins lente du niveau de vie des couches les plus pauvres de la société tchèque. Cependant, nous ne verrons pas ce type de Babiš dans le nouveau gouvernement. Au lieu de cela, nous pouvons nous attendre à des guerres culturelles, une bataille avec la société civile et le silence des opinions qui contredisent sa vision du monde technocratique et entrepreneuriale. Les Tchèques ont été hantés par l'Est et la Russie pendant si longtemps que l'autoritarisme leur est venu de l'Ouest, vers lequel ils ont toujours levé les yeux.
Les élections ont également apporté de bonnes nouvelles. Après quinze ans d'absence, des représentants du Parti vert, se présentant sur la liste du Parti pirate, sont entrés au parlement. Certains députés entrants du Parti pirate lui-même défendent certaines politiques progressistes. Une opposition pourrait commencer à se former qui pourrait libérer la politique tchèque de la lutte binaire entre la droite néolibérale et le populisme autoritaire, et ouvrir un espace plus large pour une politique pro-sociale, émancipatrice et démocratique. Ces députés pourraient bientôt être rejoints par des transfuges des sociaux-démocrates, des Pirates et d'autres petits partis de gauche non parlementaires tels que Levice (la Gauche) et Budoucnost (Avenir), créant ensemble un contrepoids aux deux camps principaux qui ont dominé la politique tchèque au cours des vingt dernières années.
Ce n'est pas grand-chose, mais il y a un certain espoir pour un autre type de politique. Et ce n'est pas peu de chose.
Jan Bělíček est cofondateur et rédacteur en chef du quotidien en ligne Deník Alarm, le média progressiste le plus lu en République tchèque. Il écrit également sur la politique et la culture pour les médias tchèques grand public.
https://jacobin.com/2025/10/czech-election-trumpists-andrej-babis
Traduit pour ESSF par Adam Novak
[1] ANO (Akce nespokojených občanů) : Action des citoyens mécontents, mouvement politique populiste fondé par Andrej Babiš en 2011
[2] Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW) : Alliance Sahra Wagenknecht, parti politique allemand fondé en 2024 par l'ancienne dirigeante de Die Linke, combinant des positions de gauche économique avec des positions conservatrices sur l'immigration
[3] GRU : Direction principale du renseignement (Glavnoïe Razvedyvatelnoïe Oupravlenié), service de renseignement militaire russe
[4] Cato Institute : think tank libertarien américain fondé en 1977, promouvant les politiques de libre marché, la réduction du rôle de l'État et la déréglementation
[5] MAGA : Make America Great Again, slogan et mouvement politique associé à Donald Trump
[6] DOGE : Department of Government Efficiency, organisme créé par l'administration Trump en 2025 et dirigé par Elon Musk, visant à réduire drastiquement les dépenses de l'État fédéral américain
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76552
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Un Liban impuissant face à l’étau israélo-américain
Le Liban s'avance au bord de la rupture : frappes inédites au Sud et dans la Bekaa, drones à basse altitude sur Beyrouth, et ultimatum sans détour lancé par Washington. Jamais la pression régionale et internationale n'a été aussi explicite, ni la marge de manœuvre du pouvoir libanais aussi réduite.
Tiré de MondAfrique.
Beyrouth n'a pas eu besoin de regarder le ciel pour sentir, ce lundi 20 octobre, la gravité du moment. Les drones israéliens ont survolé la capitale à très basse altitude, rendant visible l'invisible : l'état de siège psychologique dans lequel est plongé le Liban. Quelques jours plus tôt, le Sud et la Bekaa subissaient les frappes les plus violentes depuis le cessez-le-feu de novembre 2025, faisant craindre une bascule du fragile statu quo. Mais ce sont surtout les déclarations, le même jour, de l'émissaire américain Tom Barrack qui ont marqué un tournant : désormais, les lignes rouges et les faux-semblants semblent tomber, et le gouvernement libanais, aussi bien que le président de la République, se retrouvent face à des choix historiques – et à une responsabilité directe, désormais impossible à éluder.
Frappes record et drones sur Beyrouth
La semaine avait commencé sous le signe de la sidération. Dans la nuit du 17 au 18 octobre, des raids israéliens d'une intensité inédite depuis des mois frappaient simultanément le sud du Liban, de Naqoura à Khiam, et la plaine de la Bekaa, bastion logistique et politique du Hezbollah. Les chiffres officiels font état de plusieurs dizaines de frappes, ayant touché des infrastructures civiles, des positions militaires et provoqué une vague de déplacements dans les villages frontaliers. L'armée libanaise, dans un communiqué rare, parle de « violations graves et répétées », tandis que la FINUL se contente d'exprimer sa « profonde préoccupation ».
Mais ces violences, qui ravivent les souvenirs de la guerre de septembre-novembre 2024, s'inscrivent dans une stratégie graduée : il ne s'agit plus seulement d'exercer une pression militaire, mais de créer un sentiment d'étouffement total – politique, économique, psychologique. Ce lundi 20 octobre, la présence massive de drones israéliens à basse altitude au-dessus de Beyrouth et de sa banlieue sud complète ce tableau : la souveraineté nationale se mesure désormais à la hauteur d'un engin volant et au bruit qu'il imprime dans l'air. C'est tout le Liban qui vit au rythme des survols.
L'ultimatum américain
C'est dans ce climat de tension extrême que sont tombées les déclarations, lundi, de l'émissaire américain Tom Barrack. Elles ont eu l'effet d'une déflagration silencieuse dans les cercles du pouvoir. Pour la première fois, les États-Unis abandonnent l'ambiguïté et exposent, frontalement, leurs exigences et leurs lignes rouges :
Premièrement, le Liban doit accélérer le processus de retrait des armes du Hezbollah, et aborder ce dossier avec la gravité qu'il exige – en finir avec la fiction du « dialogue national » ou des « commissions techniques » qui reportent sans trancher.
Deuxièmement, il lui est intimé d'ouvrir des négociations directes avec Israël, sur tous les dossiers sensibles : frontières, cessez-le-feu, et même reconnaissance mutuelle. Ce qui fut longtemps un tabou s'impose soudain comme une feuille de route dictée de l'extérieur.
Troisièmement, le message est limpide : à défaut d'engagement sérieux, Israël pourrait déclencher une opération militaire d'envergure contre le Hezbollah, dont le Liban tout entier assumerait le prix – en vies humaines comme en destruction.
Ce changement de ton, relevé par de nombreux analystes (cf. L'Orient-Le Jour, 20/10/2025), fait écho à la lassitude occidentale vis-à-vis de la paralysie institutionnelle libanaise. À Washington comme à Paris, la patience s'épuise : « Le temps du double-jeu est terminé », confie sous couvert d'anonymat un diplomate européen. Sur le terrain, l'accélération des frappes israéliennes et la fréquence inédite des survols de drones sont la traduction concrète de cette doctrine du fait accompli : il s'agit de mettre le Liban devant ses responsabilités, de l'obliger à choisir.
L' impossible choix
Mais choisir quoi ? Le gouvernement voit sa marge de manœuvre se réduire chaque jour. Les partis traditionnels se divisent sur la méthode et sur la légitimité même d'entamer un dialogue avec Israël. Le président de la République, en fonction depuis janvier 2025, doit arbitrer entre l'exigence de souveraineté et le risque d'une confrontation qui emporterait tout. Jamais, depuis 2008, la classe politique libanaise n'a été aussi exposée à ses propres contradictions : refuser de trancher, c'est risquer l'irréparable.
Côté Hezbollah, la ligne n'a pas changé : tout désarmement est conditionné à la fin de l'occupation israélienne des fermes de Chebaa et à des garanties sur la sécurité du Liban Sud. Mais le mouvement chiite, dont la légitimité populaire s'érode dans une partie de la société libanaise, se sait lui aussi sous pression : il lui faut éviter à tout prix un affrontement généralisé qui lui serait imputé.
La population, elle, se sent prise en otage. Les témoignages recueillis dans la banlieue sud comme dans les villages du Sud oscillent entre colère et résignation : « On nous demande de choisir entre l'humiliation et la guerre », résume un habitant de Tyr. Dans les écoles, on apprend à reconnaître le bourdonnement des drones comme autrefois celui des avions ; dans les rues, la peur se dit à demi-mots.
Les chancelleries arabes observent, partagées entre solidarité affichée et crainte de l'escalade. Le Qatar tente une médiation discrète, la France plaide pour une « solution libanaise », mais nul ne conteste que l'heure est au rapport de force – et que le temps du compromis mou semble bel et bien clos.
Ce lundi 20 octobre aura peut-être marqué un point de bascule dans le dossier libanais : la fin d'une ère d'ambiguïté, le surgissement d'une pression totale, militaire autant que politique. Le Liban est sommé de choisir : désarmer le Hezbollah, négocier avec Israël, ou s'exposer à une guerre dont nul ne connaît l'issue. Au sommet de l'État comme dans les rues, une question traverse toutes les conversations : face à l'histoire, saurons-nous écrire notre destin – ou le subir, une fois encore, dans la stupeur et le fracas ?
La nuit tombe sur Beyrouth. Au loin, le bruit des drones recommence, ponctuant le silence d'un pays suspendu à son propre souffle.
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Bangladesh : rassemblement de protestation massif, chaîne humaine et manifestation à Dhaka suite à l’incendie de l’usine chimique Mirpur Shiyal Bari
À 11 h aujourd'hui, un rassemblement de protestation, une chaîne humaine et une manifestation ont été organisés au carrefour de Mirpur Shiyal Bari dans la capitale, par le Combined Garment Workers' Organizations of Greater Mirpur (Les organisations syndicales coordonnées des travailleur.es de l'habillement du Grand Mirpur). L'événement était présidé par Lovely Yasmin, présidente de la Ready-Made Garments Workers' Federation (Fédération des travailleur.s du prêt-à-porter), et conduit par Md. Al-Amin, secrétaire général de Motherland Garments Workers' Federation (Fédération des travailleur.es de l'habillement de la Patrie).
Tiré d'Europe solidaire sans frontière.
Parmi les orateurs figuraient Badrul Alam, président de la Fédération Bangladesh Krishok ; Zayed Iqbal Khan, secrétaire général de la même fédération ; Mariam Akter, secrétaire générale de la Fédération nationale du travail ; Saleha Islam Shantona, présidente de la Fédération des travailleurs de l'habillement Motherland ; Parvin Akter, vice-présidente de la Fédération des travailleurs coordonnés ; Rupali Khatun et Sohel Rana, secrétaires organisation de la Fédération des travailleur.es du prêt-à-porter ; Shirin Shikdar, présidente de la Fédération nationale progressiste des travailleur.s et employé.es de l'habillement ; Ruhul Amin Hawlader, président du Comité métropolitain de Dhaka de la Fédération des travailleur.es de la confection ; Abul Kalam Azad, dirigeant du comité régional ; Halima Yasmin et Shiuli Begum de la Fondation Jagorani ; Seema Akter, vice-présidente de la Fédération des travailleur.es de l'habillement Ekota ; Aleya Begum, vice-présidente de la Fédération nationale des travailleur.es de l'habillement ; et Tanima Hamid Sumi, dirigeante de la Fédération de l'unité des travailleur.es de l'habillement, entre autres.
Les intervenants ont déclaré : « Le 14 octobre, un incendie dévastateur s'est déclaré dans une usine chimique à Mirpur, Dhaka, tuant au moins seize travailleurs et en blessant beaucoup d'autres qui sont actuellement soignés à l'hôpital. Cet événement tragique a bouleversé toute la nation et constitue un sombre avertissement quant aux conditions dangereuses qui règnent dans le secteur industriel au Bangladesh. »
Ils ont souligné que la propagation rapide du feu était due à des bâtiments dangereux, au stockage illégal de produits chimiques et à l'absence de dispositifs anti-incendie en état de marche.
Les dirigeants ont ajouté : « Cet incendie n'est pas un simple accident, il reflète les défaillances structurelles profondément enracinées de notre système de sécurité industrielle. Lorsque la vie des travailleur.es est mise en danger, que les normes de sécurité sont ignorées et que les propriétaires restent impunis, de telles tragédies sont vouées à se reproduire. Il ne s'agit pas seulement d'une perte de vies humaines, mais d'un échec moral de la société et d'un signe de l'irresponsabilité de l'État. »
Les intervenants ont exigé :
« Nous exigeons fermement une indemnisation et une réhabilitation immédiates et adéquates pour les familles des travailleur.es décédés et blessés, ainsi que des poursuites judiciaires rapides contre les responsables. Les normes de sécurité industrielle doivent être strictement appliquées à Mirpur et dans toutes les zones industrielles du pays. Des exercices d'évacuation incendie, des issues de secours dégagées et des équipements de lutte contre l'incendie efficaces doivent être garantis dans toutes les usines. »
Soulignant que la vie des travailleur.es n'est pas une marchandise à vil prix, ils ont déclaré : « Leur dignité ne repose pas sur le capital, mais sur le travail. Notre protestation, notre lutte et notre revendication sont simples : l'État doit garantir la sécurité des travailleur.es. Tant que justice ne sera pas rendue et que les coupables ne seront pas punis, les incendies ne cesseront pas. »
Revendications
1. Conformément à la convention 121 de l'OIT, les familles des travailleur.es décédé.es et blessé.es doivent recevoir immédiatement une indemnisation et une réadaptation.
2. Des poursuites judiciaires doivent être engagées sans délai contre les responsables.
3. Les normes de sécurité industrielle doivent être strictement appliquées à Mirpur et dans toutes les autres zones industrielles du pays.
4. Des exercices d'évacuation incendie, des issues de secours dégagées et des systèmes de lutte contre l'incendie fonctionnels doivent être garantis dans toutes les usines.
Dhaka, le 21 octobre 2025
Md. Shahjahan Sarkar
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepLpro.
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« Gaza n’est pas une tragédie sans responsables » le dernier rapport de Francesca Albanese
Résumé du dernier rapport de la rapporteuse spéciale à l'ONU sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, intitulé « Le génocide de Gaza : un crime collectif ».
Tiré d'Agence médias Palestine.
« Aucun État ne peut se dire attaché au droit international tout en armant ou protégeant un régime génocidaire. »
Les précédents rapports d'Albanese, “Anatomie d'un génocide”, “L'effacement colonial par le génocide” (2024) et “D'une économie d'occupation à une économie de génocide”(2025) ont documenté le génocide commis par Israël à Gaza, son origine et ses fondations. “Le génocide de Gaza : un crime collectif”, paru le 20 octobre dernier, se concentre sur la complicité internationale qui le caractérise.
« Encadrée par des discours coloniaux qui déshumanisent les Palestiniens, cette atrocité diffusée en direct a été facilitée par le soutien direct, l'aide matérielle, la protection diplomatique et, dans certains cas, la participation active d'États tiers. Elle a mis en évidence un fossé sans précédent entre les peuples et leurs gouvernements, trahissant la confiance sur laquelle reposent la paix et la sécurité mondiales. Le monde se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins entre l'effondrement de l'état de droit international et l'espoir d'un renouveau. Ce renouveau n'est possible que si la complicité est combattue, les responsabilités assumées et la justice respectée. »
Les 4 composants de la complicité
Albanese identifie quatre axes dans lesquels cette complicité s'est matérialisée : politique et diplomatique, militaire, humanitaire, et économique.
Dans le premier domaine, elle démontre que les États ont systématiquement adopté la rhétorique et les éléments de langages israéliens, qualifiant les israélien-nes de « civils » et d'« otages », tandis que les Palestinien-nes étaient présenté-es comme des « terroristes du Hamas », des cibles « légitimes » ou « collatérales », des « boucliers humains » ou des « prisonnier-es » légalement détenu-es.
Elle identifie également ces éléments de langage dans les négociations de paix, quand les pays comme la France ont appelé à des « pauses humanitaires » plutôt que d'exiger un cessez-le-feu permanent, offrant une couverture politique à la poursuite de la guerre et banalisant les violations du droit par Israël.
Sur le volet militaire, Albanese rappelle le le Traité sur le commerce des armes, qui impose de ne pas commercer avec des Pays soupçonnés de génocide. La France est entre autres pointée du doigt pour n'avoir pas cessé ses exportations et avoir permis le transit par ses ports de cargaisons d'armes à destination d'Israël. Albanese dénonce également que de nombreux soldat-es servant en Israël ont une double nationalité et qu'il appartient à leurs pays de les juger. La France en fait partie.
Le rapport poursuit en dénonçant la militarisation et l'instrumentalisation de l'aide humanitaire, à travers le blocus total de Gaza. Albanese dénonce le retrait de financements de la part de nombreux pays, dont la France, à l'UNRWA, sur la base d'allégations israéliennes qui n'ont pas été démontrées, et ont par la suite été invalidées par des observateur-ices de l'ONU.
Le volet concernant l'aide humanitaire dénonce aussi la création de la Gaza Humanitairian Foundation par les État-Unis, qui a participé au déplacement contraint de nombreux-ses Palestinien-nes affamé-es et a été le théatre du meurtres d'au moins 2 100 d'entre elles et eux.
Dans le dernier volet, concernant l'aspect économique, Albanese rappelle qu'Israël est profondément dépendant de ses accords commerciaux, et que le maintien par les pays concernés de tels accords « malgré l'illégalité de l'occupation [israélienne] et ses violations systématiques des droits humains et du droit humanitaire – qui ont désormais atteint le stade du génocide – légitiment et soutiennent le régime d'apartheid israélien. »
Elle souligne, entre autres, que la France a augmenté ses transactions avec Israël plutôt que de les restreindre, avec 75 millions de dollars supplémentaires d'échanges. Le rapport pointe aussi la nécessité d'un embargo sur les armes et sur l'énergie, pointant l'implication de la France dont les ports sont utilisés pour le transit d'armes, de pétrole et de gaz destiné à Israël.
« Il faut désormais rendre justice »
« À ce stade critique, il est impératif que les États tiers suspendent et réexaminent immédiatement toutes leurs relations militaires, diplomatiques et économiques avec Israël, car tout engagement de ce type pourrait constituer un moyen d'aider, d'assister ou de participer directement à des actes illégaux, notamment des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des génocides », affirme le rapport.
Albanese rappelle les recommandations figurant déjà dans les rapports précédents : mesures coercitives contre Israël, embargo sur les armes et le commerce avec Israël, refus de passage aux navires/aéronefs israéliens, poursuite des auteurs et complices du génocide.
Elle appelle les pays à faire pression sur Israël pour un cessez-le-feu permanent et un retrait complet de ses troupes de Gaza, une levée du blocus et la réouverture de la frontière avec l'Égypte, de l'aéroport international et du port de Gaza.
« Le monde entier a les yeux rivés sur Gaza et toute la Palestine. Les États doivent assumer leurs responsabilités. Ce n'est qu'en respectant le droit du peuple palestinien à l'autodétermination, si ouvertement bafoué par le génocide en cours, que les structures coercitives mondiales durables pourront être démantelées. Aucun État ne peut prétendre adhérer de manière crédible au droit international tout en armant, soutenant ou protégeant un régime génocidaire. Tout soutien militaire et politique doit être suspendu ; la diplomatie doit servir à prévenir les crimes plutôt qu'à les justifier. La complicité dans le génocide doit cesser. »
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Gaza. D’un « Quartet » à l’autre, mêmes recettes, mêmes échecs
Le 29 septembre 2025, le plan Trump en 20 points, par lequel Washington a imposé un cessez-le-feu à Gaza, a été rendu public. Ainsi a été mis un terme (provisoire) à la guerre menée depuis deux ans par l'armée israélienne, en échange de la libération des otages et des prisonniers israéliens et palestiniens. Or, ce plan contient des éléments de doctrine qui se trouvaient déjà dans le projet du Quartet pour le Proche-Orient apparu en 2002, à un moment où la paix d'Oslo de 1993 était déjà moribonde.
Tiré d'Orient XXI.
Le Quartet pour le Proche-Orient est un groupe réunissant les représentants des États-Unis, de l'Union européenne (UE), de l'Organisation des Nations unies (ONU) et de la Fédération de Russie. Sa création en 2002 était liée à la seconde Intifada, à la déliquescence du processus d'Oslo qui a suivi les échecs des négociations de Camp David en 2000 à Taba en janvier 2001, ainsi qu'aux attaques du 11 septembre 2001 contre les États-Unis. Ses missions ont évolué au fil du temps. La plus importante a été de piloter la « Feuille de route » (avril 2003), une sorte de mode d'emploi supposé guider Israéliens et Palestiniens dans leurs « négociations ». Si ces circonstances historiques ont disparu aujourd'hui, le Quartet existe toujours sans qu'on sache où il se trouve ni ce qu'il fait.
Ce sont les attaques d'Al-Qaida contre les États-Unis du 11 septembre 2001 qui ont « inventé » le Quartet pour en faire l'outil précurseur de la nouvelle donne diplomatique au Proche-Orient. Au lendemain du 11 septembre, représentants étatsuniens, européens, onusiens et russes sont convenus d'intervenir, conjointement, à Gaza, auprès de Yasser Arafat pour qu'il affirme publiquement qu'il avait compris que les rapports Occident/Orient allaient changer et qu'il n'avait pas d'autre choix que de se ranger derrière ceux qui menaient « la guerre contre le terrorisme ». La déclaration en faveur d'un cessez-le-feu du président palestinien le 18 septembre 2001, depuis Gaza, a répondu à leur exigence commune et préfiguré une nouvelle forme de relation entre la communauté internationale et les Palestiniens. Si le Quartet a été créé en 2002, c'est véritablement en cette semaine de septembre 2001 qu'il a commencé à mûrir. Son apparition sur la scène proche-orientale doit être comprise dans le cadre de la coalition internationale qui s'est formée pour éliminer Al-Qaida et renverser les talibans qui abritaient en Afghanistan Oussama Ben Laden. L'une des exigences du Quartet était bien « qu'il soit mis fin à la violence et au terrorisme dès que le peuple palestinien disposera d'une autorité agissant résolument contre la terreur (…) ».
Guerre contre le terrorisme
Les crimes commis par le Hamas le 7 octobre 2023 ne sont pas assimilables au terrorisme international de 2001, encore que pour le premier ministre israélien il n'y a pas de discontinuité entre le Hamas, le Djihad islamique, l'Iran, le Hezbollah, les milices pro-iraniennes en Syrie et en Irak ou les houthistes yéménites. Le président français Emmanuel Macron a semblé un temps partager cette conception globalisante lorsqu'il a recommandé que la « coalition internationale contre Daech (…) puisse lutter aussi contre le Hamas » (Jérusalem, 23 octobre 2023). Cette exigence de lutte contre le « terrorisme » se retrouve dans le plan Trump. Elle figure même en son point 1 :
- Gaza sera une zone déradicalisée, où le terrorisme n'aura plus cours, qui ne représentera pas une menace pour ses voisins ». En d'autres termes, le Hamas et ses alliés doivent désarmer sous peine de subir la foudre de l'armée américaine. Leur désarmement sera placé sous la « supervision de moniteurs indépendants ».
Tant la feuille de route du Quartet que le plan Trump doivent être perçus comme un réflexe de défense de l'Occident (et d'Israël), hier face au terrorisme international, aujourd'hui face à la résistance armée du Hamas.
L'idée d'une « paix imposée »
Au tournant des années 2000, c'est à partir des échecs successifs des négociations qu'a mûri l'idée d'une « paix imposée » par la communauté internationale ou, à tout le moins, de son « implication forcée » puisque Israéliens et Palestiniens ne parvenaient pas à conclure seuls. Si les premiers, dans leur grande majorité, rejetaient les ingérences étrangères, les Palestiniens n'étaient pas hostiles à une plus forte présence internationale pour éviter de se retrouver seuls face à Israël. Le Quartet sera l'un des instruments de cette ingérence dans les affaires palestiniennes. C'est lui qui sera notamment chargé entre 2002 et 2003 de faire comprendre à Yasser Arafat qu'il était temps de créer un poste de premier ministre, manière de le priver d'une partie de ses attributions. Ce poste sera occupé par Mahmoud Abbas (Abou Mazen) qui, une fois devenu président de l'Autorité palestinienne (AP), s'avèrera réceptif aux exigences étatsuniennes et israéliennes en troquant la lutte contre l'occupation pour la répression contre le Hamas. C'est aussi le Quartet qui a régulièrement conseillé aux Palestiniens d'accepter telle ou telle concession au motif qu'elle adoucirait les positions israéliennes. Sans jamais faire pression sur Israël, notamment sur la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem.
Le plan Trump est le symbole même de cette « paix imposée » dont la première vertu n'est pas contestable : avoir exigé et obtenu le cessez-le-feu. Il prévoit que Gaza soit gouverné par une « autorité transitoire temporaire composée d'un comité palestinien technocratique et apolitique, chargé d'assurer la gestion quotidienne des services publics et des municipalités au profit de la population de Gaza ». Cette notion de gouvernance technocratique — sous-entendre : dépourvue de tout élément politique, de toute revendication nationaliste et n'incluant évidemment pas le Hamas — était déjà à l'œuvre en 2007 (gouvernement Salam Fayyad), et en 2013 (gouvernement Rami Hamdallah).
Selon certaines informations provisoires, cette Autorité transitoire temporaire serait composée de 7 à 10 membres dont un seul serait palestinien. Dans la logique de ses concepteurs, ce Palestinien solitaire ne pourrait être qu'un homme d'affaires ou un responsable sécuritaire. Mohammed Dahlan, ancien responsable palestinien de la sécurité à Gaza à l'époque d'Arafat, aurait parfaitement combiné ces deux caractéristiques par sa détestation du Hamas, par sa proximité avec Israël (et, dit-on, avec la CIA), par les réseaux régionaux arabes qu'il s'est constitué depuis son exil dans les Émirats arabes unis et par son goût du lucre. Mais il semble aujourd'hui démonétisé au sein de la société gazaouie qui ne l'accepterait pas facilement.
Le retour de Tony Blair
L'Autorité serait placée « sous la supervision et le contrôle d'un nouvel organisme international transitoire, le “conseil de la Paix”, qui sera dirigé et présidé par le président Donald J. Trump. D'autres membres et chefs d'État seront annoncés, dont l'ancien premier ministre (britannique) Tony Blair ». En d'autres termes, les Gazaouis n'auront que des attributions municipales : reconstruire leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs routes ou être en charge du ramassage des ordures ménagères. Ces mêmes attributions municipales leur avaient déjà été réservées par l'Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (Oslo II, 1995). Le fait que le « conseil de la paix » international soit dirigé par Washington avec à la manœuvre l'inoxydable Tony Blair constitue un autre rappel de la période d'Oslo.
Tony Blair avait déjà été unilatéralement nommé par les États-Unis en 2007 en qualité d'envoyé du Quartet pour le Proche-Orient. C'est lui qui imaginait de mirifiques « projets à impact rapide » comme une station d'épuration à Gaza, des logements en Cisjordanie, des parcs industriels, le développement d'un « corridor de paix et de prospérité », etc., tous projets qui, sous couvert de progrès économique dont auraient bénéficié Israéliens et Palestiniens, dissimulaient leur enracinement dans les structures de l'occupation. Les Palestiniens n'en ont pas gardé le meilleur souvenir.
Quartet, Autorité transitoire palestinienne et « conseil de la Paix » international renvoient à une même certitude étatsunienne et israélienne : les Palestiniens en sont encore à un stade infantile de leur histoire et ne sont pas mûrs pour assumer leur autodétermination et des responsabilités étatiques. Il faut donc leur prendre la main pour les conduire sur le droit chemin, quitte à faire preuve de fermeté et d'autorité s'ils se montrent rétifs.
Le cavalier seul des États-Unis
À l'époque où l'appellation « accords d'Oslo » ne résonnait déjà presque plus, Washington concevait le Quartet comme une simple chambre d'enregistrement de ses positions. Diverses initiatives diplomatiques et sécuritaires d'obédience étatsunienne ont jalonné le début des années 2000 : plan sécuritaire Tenet (du nom du directeur de la CIA), mission diplomatique Zinni (du nom du général à la retraite du corps des Marines), commission d'enquête internationale du sénateur Mitchell, paramètres du président Clinton, et feuille de route du Quartet. Toutes ont la particularité de n'avoir pas sollicité ou entendu l'avis ou le consentement des partenaires ou alliés étatsuniens, toutes ont attendu des alliés ou partenaires de Washington qu'ils en soient les promoteurs auprès d'Arafat. Indépendamment de leurs mérites propres, ces initiatives ont fonctionné comme un groupe de pression, un « lobby », destiné à convaincre, voire contraindre, les partenaires diplomatiques de Washington d'influencer la partie la plus faible, les Palestiniens.
Il y a fort à parier que le conseil de la Paix du président étatsunien s'inscrira dans cette même trajectoire dans laquelle les partenaires internationaux seront perçus comme des obligés. Rien n'est prévu dans le plan Trump en termes de responsabilité et de redevabilité. À qui rendre compte de la situation ? Devant qui expliquer les choix étatsuniens ? Qui assumera les conséquences des décisions prises ? Qui jugera des progrès accomplis ? Ces questions étaient celles d'hier. Elles restent d'actualité.
À l'époque du Quartet, les Étatsuniens avaient clairement fait savoir que leurs intérêts nationaux — y compris la relation stratégique spécifique qu'ils entretiennent avec Israël — ne sauraient se diluer au sein d'un Quartet multilatéral dans sa forme (Russie, UE, ONU). Ce risque n'existe plus tant les concepteurs du plan Trump ont verrouillé tous les éléments qui le constituent. L'une des questions qui restent sans réponse est celle de la composition du conseil de la Paix. Devraient y participer des « membres et des chefs d'État ». Des alliés arabes ? Des responsables politiques participant aux accords d'Abraham de 2020 ? Des Européens ? D'autres ? Des Israéliens ?
Assurer la protection d'Israël
À l'époque d'Arafat, le Quartet était chargé de rappeler systématiquement au président palestinien que le terrorisme anti-israélien au-delà de la « ligne verte » était inacceptable, politiquement et moralement, et qu'il ne pouvait se définir comme résistance. Le plan Trump ne dit pas autre chose. S'il ne mentionne que la bande de Gaza, il est évident qu'il s'appliquera aussi à la Cisjordanie.
Le plan Tenet de 2001 était une proposition de cessez-le-feu et de restauration de la coopération sécuritaire entre Israël et l'Autorité palestinienne. Il s'inscrivait dans le contexte de la Seconde Intifada (2000–2005), une période marquée par une intensification des affrontements entre Israéliens et Palestiniens. Il prévoyait des formations de police sous la houlette de la CIA. Il a servi de base technique au Quartet et s'est placé en amont d'un processus politique qui se dessinait en pointillés.
La Force temporaire internationale de stabilisation du plan Trump a exactement le même objectif. Il s'agit de reconstituer une force de police palestinienne pour assurer la sécurité sur la ligne de séparation entre Israël et les Territoires palestiniens, c'est-à-dire pour éviter des attaques ou des incursions en Israël, notamment à partir de l'Égypte. La Jordanie fera partie, avec l'Égypte, des États chargés de contribuer à la formation de la police palestinienne. Elle est accoutumée à cette tâche. Entre 2005 et 2010, cette formation avait été confiée au lieutenant général Keith Dayton depuis Amman. Le plan Trump esquisse un processus politique. Il précise que « les États-Unis mettront en place un dialogue entre Israël et Palestiniens pour s'accorder sur un horizon de coexistence pacifique et prospère », déclaration irénique qui sent bon la négociation, la modération ou le compromis.
Le Quartet s'était intéressé à des projets économiques ou à des mesures pour alléger les restrictions israéliennes. La perspective était de jeter les bases économiques d'un État viable, pas de faire ouvertement des affaires. Shimon Pérès, alors premier ministre d'Israël, avait depuis longtemps défendu l'idée que la prospérité économique allait de pair avec la paix (Assemblée générale des Nations unies, septembre 1993, « la région peut devenir prospère, pas seulement une région de paix »). Cette idée irriguait régulièrement les discours à l'époque du Quartet. Salam Fayyad, alors premier ministre palestinien, déclarait en 2008 : « Vous pouvez faire des affaires en Palestine. » Tous avaient cette particularité d'associer économie et paix, l'économie devant entraîner la paix.
Le plan Trump a moins de pudeur. Pour l'homme d'affaires devenu président, des projets mirifiques sont à portée de mains en bord de Méditerranée. À Gaza, tout est à reconstruire. Là où les Palestiniens ne voient que destructions et ravages, Trump y voit un chantier de démolition nécessaire à la construction de « cités modernes » telles qu'il en existe au Proche-Orient. Son projet avait déjà été esquissé par son gendre, Jared Kushner, qui dès 2024 évoquait la création d'une « station balnéaire internationale » à Gaza, propos confirmés par le président lui-même indiquant en février 2025 que « Gaza pouvait surpasser Monaco » ou encore devenir « la Riviera du Proche-Orient ». Un plan Trump de développement économique sera donc créé et invitera les meilleurs des développeurs immobiliers internationaux — essentiellement anglo-saxons — pour construire des villes nouvelles. Faudra-t-il vider Gaza de ses habitants pour mener à bien ces projets grandioses et les commercialiser ?
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Reconnaître l’État de Palestine, au milieu des ruines ?
Depuis octobre 2023, l'assaut colonial d'Israël contre Gaza a produit l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire récente — un génocide en cours rendu possible par les puissances occidentales qui soutiennent Israël, et qui se poursuit sans relâche malgré l'immense solidarité mondiale pour la Palestine.
Tiré de la revue Contretemps
22 octobre 2025
Par Khalil Allahham
En réponse à cette catastrophe, plusieurs États européens ont commencé à reconnaître l'État de Palestine. En septembre 2025, la France, le Royaume-Uni, la Belgique, entre autres, ont reconnu l'État palestinien. La vague récentede reconnaissances symboliques, initiée en 2024, semble désormais être la seule mesure que beaucoup de puissances européennes soient disposées à prendre face au génocide, après deux années de soutien moral, militaire et diplomatique continu au régime israélien.
Parce qu'il est impératif de faire entendre les voix palestiniennes à ce sujet, nous publions ce texte de Khalil Allahham, chercheur postdoctoral à l'Université de Birzeit, qui montre notamment comment ces reconnaissances – et le discours prétendant œuvrer à la « paix » qui les accompagnent – ne visent pas seulement à détourner l'attention vis-à-vis du génocide, qui se poursuit à Gaza malgré le cessez-le-feu (toujours avec la complicité des puissances occidentales), mais aussi à légitimer une nouvelle gouvernance coloniale.
***
Depuis son compte X, le président Macron a annoncé le 24 juillet vouloir reconnaître l'État de Palestine sur le territoire occupé depuis 1967, comprenant la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza. D'autres États occidentaux, dont le Canada et le Royaume-Uni, ont évoqué la possibilité de suivre cette voie. L'initiative a associé ensuite la Ligue des États arabes, l'Union européenne ainsi que d'autres États d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud.
Le projet se présente comme une réponse à la « guerre » à Gaza. Il a donné lieu à l'adoption d'une déclaration par les ministres des affaires étrangères des États concernés le 29 juillet 2025 [1], en vue de la préparation d'une conférence internationale au niveau des chefs d'État et de gouvernement. À la demande de l'Arabie saoudite, l'Assemblée générale des Nations unies a repris l'initiative par une résolution adoptée le 6 septembre. Un sommet international de haut niveau sur la solution à deux États s'est tenu le 22 septembre à New York.
Les dirigeants qui se sont réunis à New York ont créé un débat parallèle contribuant à dissimuler la complicité d'un certain nombre entre eux dans la commission du génocide et d'autres crimes de masse à l'encontre des Palestiniens. Il leur incombe portant au titre du droit international de mettre fin à ces crimes et à prévenir leur répétition. En l'état, le projet de reconnaissance reflète une escroquerie, qui cherche à détourner l'attention des véritables actions et devoirs des dirigeants et des États face aux crimes coloniaux attribués à l'État d'Israël.
Ce projet de reconnaissance rappelle des tentatives de règlement « pacifique » de la question israélo-palestiniennes pendant les années 1990. En parallèle des négociations de paix entre l'Organisation de libération de Palestine (OLP) et l'État d'Israël, le philosophe français Jacques Derrida confie en 1998 sa vision d'une véritable « paix » entre Palestiniens et Israéliens. C'est « le jour où la paix viendra dans les corps et dans les cœurs ». Derrida se laisse dire comment y parvenir :
Cette paix « viendra […] quand le nécessaire aura été fait par ceux qui ont le pouvoir ou qui tout simplement ont le plus de pouvoir, le pouvoir d'État, le pouvoir économique ou militaire, national ou international », à qui il appartient « d'en prendre l'initiative de façon d'abord sagement unilatérale [2]. »
Loin de construire une véritable paix, le Sommet de New York vient invisibiliser les corps mortifiés et massacrés des Palestiniens. Il réactive la dynamique ancienne des négociations, ayant permis de réorganiser et de légitimer le système colonial israélien. Avant de reconnaître la Palestine comme entité abstraite, il est nécessaire de reconnaître les Palestiniens comme égaux en humanité. Car c'est la déshumanisation de cette population dans le discours politique et médiatique occidental qui a permis en partie la violation systémique de leurs droits pendant des décennies, et qui atteint un niveau de criminalité sans précédent depuis octobre 2023.
Dans ces conditions, l'initiative d'Emmanuel Macron ayant conduit au Sommet de New York propose une transaction de rechange à une situation de grave injustice et de violations des droits des Palestiniens. Elle alimente par ailleurs une gouvernance coloniale légitimée historiquement au nom de la paix.
Légitimer et renforcer un système de gouvernance coloniale
La déclaration du 29 juillet, adoptée par des ministres des États associés à l'initiative franco-saoudienne, reprend une rhétorique ancienne qui se veut équilibrée, tout en faisant abstraction d'une situation de violence coloniale et d'un rapport de force asymétrique. L'objectif affiché des États consiste à « parvenir à un règlement juste, pacifique et durable du conflit israélo-palestinien reposant sur une mise en œuvre véritable de la solution des deux États » [3].
Le projet de reconnaissance s'apparente en l'état à une solution de rechange, venant dissimuler l'inaction des États et des dirigeants politiques face aux crimes de masse commis à l'encontre de la population palestinienne au cours de ces 24 derniers mois. À moins de reconnaître parallèlement la violence extrême que subissent les Palestiniens et d'en engager véritablement les responsabilités, le sommet de New York risque de perpétuer les conditions politiques d'une violence structurelle à l'encontre des Palestiniens. La déclaration du 29 juillet de New York reprend le discours ancien d'une promesse de paix par le soutien financier à l'Autorité palestinienne, en mettant l'accent sur la nécessité d'une coopération sécuritaire de celle-ci avec l'armée israélienne. Une coopération parrainée historiquement par les États-Unis [4].
Dans ce contexte, la dissociation entre politique et justice rappelle fortement de la manière dont les États-Unis ont conduit, pendant les années 1990, les négociations de paix entre l'Organisation de libération de Palestine (OLP) et l'État d'Israël. Au nom d'une realpolitik, l'administration étasunienne a dirigé les négociations selon le principe « d'ambiguïté constructive » [5]. Celui-ci a notamment consisté à exclure les références explicites au cadre juridique international ainsi que dans l'« absence criante de principes directeurs d'ordre conceptuel et organisationnel » [6].
Dans le même temps, la machine militaire israélienne n'a cessé de poursuivre sa politique du fait accompli sur le terrain, en intensifiant la construction des colonies et en consolidant les moyens de contrôle et d'oppression à l'encontre des populations palestiniennes. Le « processus de paix » fixé par les accords d'Oslo a perpétué le déni des droits des Palestiniens. Il a banalisé l'idée d'une paix sans justice qui, dans un rapport de force asymétrique, ne sert qu'à justifier et à dissimuler une violence coloniale généralisée. Le temps a changé depuis, la violence à l'encontre des Palestiniens s'est amplifiée, mais la gouvernance coloniale de ces derniers est restée la même.
À la suite de l'occupation du reste du territoire de la Palestine mandataire en 1967, et pendant près de trois décennies, l'objectif stratégique et politique des gouvernements israéliens successifs consistait à empêcher la création d'un État palestinien. La création de celui-ci est devenue le pilier principal du projet politique de l'OLP depuis juin 1974, ayant fait l'objet du consensus de ses différentes factions partisanes lors du Conseil national palestinien qui s'est tenu au Caire. La stratégie israélienne d'entraver le projet de l'OLP a été officialisée en 1977 avec l'arrivée du Likoud [7] pour la première fois au pouvoir en Israël. Elle a tiré sa légitimité de l'interprétation israélienne de certaines dispositions des accords de Camp David I entre Israël et l'Égypte (1978), évoquant sobrement la nécessité de trouver une solution pour la question palestinienne.
Appelé curieusement le « plan d'autonomie », le projet du Likoud est devenu de fait le projet des gouvernements israéliens successifs. Malgré la différence des programmes politiques des différents gouverneaux israéliens, les pratiques d'oppression à l'encontre des Palestiniens n'a cessé de s'intensifier depuis. Se limitant principalement à une « autonomie administrative », la réalisation de ce projet s'est concrétisée en déchargeant l'État d'Israël de ses responsabilités de puissance occupante en maintenant les Palestiniens dans une situation permanente de privation de leurs droits fondamentaux.
Le plan d'autonomie a donné lieu à un ensemble de pratiques dont l'objectif est de normaliser l'occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est. Avec l'échec des négociations de paix entre l'État d'Israël et les Palestiniens, et le déclenchement de la seconde intifada en 2000, les autorités israéliennes ont consolidé l'architecture d'une occupation coloniale dans le Territoire palestinien occupé (TPO).
En poursuivant l'occupation et le nettoyage ethnique ayant d'ores et déjà commencé avec l'établissement du Mandat britannique sur la Palestine. Sur le territoire occupé depuis 1967, seule occupation illicite du point de vue du droit international, les autorités israéliennes ont intensifié la violence à l'encontre des populations palestiniennes, accentué leur enfermement et amplifié la construction des colonies en Cisjordanie [8].
Un ensemble de pratiques institutionnelles est venu dès lors renforcer un système colonial de domination ethnique, infériorisant les populations palestiniennes et maintenant les privilèges des populations juives israéliennes sur l'ensemble du territoire de la Palestine mandataire. Ces pratiques sont constitutives de crimes de masse du point de vue du droit international. Elles varient dans leur intensité en fonction des conjonctures politiques, mais restent constantes dans leur logique. Des organes onusiens et de nombreuses ONG qualifient ces pratiques de crimes contre l'humanité, d'apartheid, de violations massives, graves et sérieuses du droit international des droits humains et du droit international humanitaire ainsi que des actes constitutifs du crime génocide depuis octobre 2023.
Parallèlement à l'oppression continue des populations palestiniennes dans le TPO depuis 1967, les autorités israéliennes y ont réduit de fait l'ensemble des institutions palestiniennes à des sous-traitants de l'occupation, en leur léguant la gestion directe des affaires civiles et sociales des populations. Si la création de l'Autorité palestinienne à la suite des accords d'Oslo a changé la forme de certaines de ces pratiques, elle n'a jamais rompu avec cette vision gestionnaire qui est toujours à l'œuvre. C'est dans ces conditions d'oppression que les États participants au Sommet de New York ont imposé la reconnaissance de l'État de Palestine comme priorité.
Déresponsabiliser l'État d'Israël de ses crimes
Dans ce contexte, et après de 24 mois de guerre d'anéantissement contre la population civile dans la bande de Gaza, les dirigeants réunis à New York proposent de réagir par la reconnaissance de l'État de Palestine, reconnu d'ores et déjà par 148 États dont certains États européens. Le projet de reconnaissance risque de devenir un moyen de tordre la réalité en invisibilisant les crimes de masses en cours, et en suscitant un débat parallèle ne correspondant pas aux préoccupations actuelles de justice, qui sont celles des victimes et d'une majorité de l'opinion politique internationale. Le débat sur la reconnaissance de l'État de Palestine vient camoufler l'inaction des États face à ces crimes, en proposant une équation diplomatique biaisée à une situation de graves violations des droits des Palestiniens qui dure depuis des décennies.
Contrairement à l'affirmation du président français, qui prétend qu'il appartient aux historiens de qualifier de « génocide » ce qui se passe à Gaza, ce sont les États et les dirigeants politiques qui sont les destinataires et les opérateurs principaux du droit international. Il leur appartient à ce titre de nommer les violations massives des droits des Palestiniens et de prendre toute mesure pour les faire cesser et prévenir leur répétition. De multiples rapports de l'ONU documentent la violation des droits des Palestiniens en incitant les États à agir, sont rendus ineffectifs par l'inaction des États puissants.
Lors d'une visite en Israël en juin 2025, Anne-Claire Legendre et Romarci Roignan, respectivement conseillère Afrique du Nord et Moyen Orient d'Emmanuel Macron et directeur du Ministère des affaires étrangères de cette zone, ont déclaré auprès du site israélien Ynet qu'« il n'est pas question d'isoler ou de condamner Israël, il s'agit d'ouvrir la voie à la fin de la guerre à Gaza », rapporte Le Monde (le 6 juin 2025). Les diplomates français présentent la reconnaissance de l'État de Palestine comme une concession française, un recul dans leur politique à un soutien inconditionnel à l'État d'Israël.
L'initiative d'Emmanuel Macron prétend équilibrer la situation en posant des conditions supplémentaires : la démilitarisation du Hamas et la réforme de l'autorité Palestinienne comme préalable à la mise en place d'une gouvernance de la bande de Gaza. De même, et surtout, Paris a tenté de convaincre l'Arabie saoudite et d'autres États arabes de reconnaître l'État d'Israël en parallèle de la reconnaissance de l'État Palestinien par la France, le Royaume-Uni et le Canada.
L'initiative d'Emmanuel Macron à l'origine du sommet de New York contribue, d'une part, à déresponsabiliser l'État d'Israël des atteintes graves au droit international. Elle se présente, d'autre part, comme une dynamique multilatérale de reconnaissance, en apportant le soutien des États de la région à l'État d'Israël à un moment où les appels au boycott étatique et citoyen se multiplient à l'encontre de celui-ci.
Ainsi, en se présentant comme une dynamique égalitaire, ce projet passe sous silence la réalité sur le terrain. En évoquant la normalisation des relations de certains États arabes avec l'État d'Israël, l'initiative cherche à restaurer l'image détériorée de celui-ci au sein de l'opinion publique internationale. Sans reconnaissance des crimes commis et d'engagement de la responsabilité de l'État et dirigeants israéliens, une telle initiative contribue à dissimuler la violence extrême subie par la population palestinienne, en banalisant ces violations et en déshumanisant davantage les victimes par le déni.
Les pratiques militaro-civiles israéliennes ont créé des conditions profondes de domination, d'oppression, d'expropriation, d'accaparement, de pillage, d'humiliation, de déshumanisation et de répression à l'encontre des populations palestiniennes. Les autorités israéliennes poursuivent sans cesse un projet de nettoyage ethnique à l'encontre des Palestiniens, en créant délibérément des conditions de vie avilissantes pour ces populations.
Le choix qui s'impose à ces dernières aujourd'hui est, soit d'accepter la situation d'assujettissement qui leur est infligée, soit de fuir le territoire occupé [9]. La cessation et la prévention des crimes de masses qui sont commis en Palestine nécessitent de mettre à l'arrêt une machine d'oppression et de déshumanisation, créée et légitimée historiquement par le colonialisme occidental à travers des discours et des actes ayant conduit à la situation actuelle [10].
La logique de marchandage qui a animé les initiatives de paix dans le passé, et sa réactivation actuelle avec l'initiative en cours, fait abstraction des rapports de force asymétriques inhérents à une situation coloniale. Elle alimente une représentation biaisée réduisant une situation de violence extrême à une « guerre contre l'islamisme ». Cette représentation fait écho à la position de certains chercheurs qui font circuler des préjugés encourageant la complicité dans la continuité des crimes en cours.
Le système colonial israélien déshumanise à la fois les Palestiniens et les Israéliens, en les assignant à leurs places respectives d'opprimés et d'oppresseurs. Les jeunes Israélien.ne.s qui doivent effectuer un service militaire obligatoire (pendant 2 ans et huit mois pour les jeunes hommes et deux ans pour les jeunes femmes) sont amenés régulièrement à accomplir des exactions, des actes de tortures, de meurtre et d'humiliation à l'encontre des populations palestiniennes.
L'idéologie sioniste se trouve au fondement du système éducatif israélien et elle banalise l'infériorisation des Palestiniens et leur oppression. Face à cela, il est essentiel de reconnaître une violence coloniale structurelle pour mettre à l'arrêt une machine de mort afin qu'une solution politique soit imaginable. Reconnaître l'État de Palestine parallèlement ? Pourquoi pas, mais encore ?
*
Khalil Allahham est chercheur postdoctoral à Birzeit University.
Illustration : Jaber Jehad Badwan /Wikimedia Commons.
Notes
[1] Déclaration de New York sur le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États adoptée le 29 juillet 2025 : (La déclaration se trouvant sur la page du MAE : Déclaration de New York du 29 juillet 2025).
[2] Jacques Derrida, « Avouer —l'impossible. “Retours”, repentir et réconciliation », in Le dernier des Juifs, Paris, Galilée, 2014, p. 26 ; ce texte fut publié d'abord dans les actes du XXXVIIe Colloque des intellectuels juifs de langue française [1998], Comment vivre ensemble ?, Jean Halérin et Nelly Hansson (dir.), Paris, Albin Michel, 2001, p. 179-216.
[3] § 2 de la déclaration.
[4] Voir § 19 de la déclaration du 29 juillet 2025.
[5] J. al-Husseini et R. Bocco, « Les négociations israélo-palestiniennes de juillet 2000 à Camp David : Reflets du Processus d'Oslo », Relations internationales, PUF, 2008/4 n° 136, p. 64.
[6] Ibid.
[7] Parti politique israélien regroupant différentes factions de droite. Il est actuellement le parti politique du premier ministre actuel Benjamin Netanyahou.
[8] Le sociologue Abaher El Sakka parle de première colonie pour désigner l'occupation du territoire palestinien en 1948, et de seconde colonie pour nommer l'occupation du territoire de 1967, voir EL SAKKA Abaher (en arabe), « naḥwa iʿādat al-tfkīr fī al-ʾūṭūr al-mfāhīmīẗ ltḥlīl al-sīāq al-istʿmārī fī flsṭīn, (trad. Repenser les cadres conceptuels dans l'analyse du contexte colonial en Palestine) », Omran, Issue 39, vol. 10, 2022, pp. 39-68
[9] Voir Khalil Allahham, « La détention des Palestiniens, instrument et reflet du nettoyage ethnique », Tumultes, numéro 64/2025, S. Dayan-Herzbrun et A. Kadri (dir.) Déplacement forcés, histoires de vies, histoires de mort, pp. 87-106.
[10] Voir Sbeih Sbeih, « La Palestine, de la SDN à l'ONU : histoire d'une hypocrisie occidentale », Recherches internationales, n° 133, été 2025, pp. 53-73.
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Comment le génocide de Gaza est-il arrivé : les mots accablants des politiciens israéliens
En partenariat avec Scotland for Palestine, The National a publié des [traductions anglaises des] citations de personnalités israéliennes de premier plan, mettant en évidence le sentiment génocidaire qui a alimenté deux années d'atrocités.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
13 octobre 2025
Par The National (Scotland)
Bezalel Smotrich (ministre des Finances et leader du parti sioniste religieux, d'extrême-droite) : Lors d'une « Conférence des colonies », il a déclaré : « D'ici quelques mois, nous pourrons déclarer que nous avons gagné. Gaza sera totalement détruite. Et d'ici six mois de plus, le Hamas n'existera plus en tant qu'entité fonctionnelle. »
Il a dit à l'auditoire que la population de Gaza, quelque 2,3 millions de Palestiniens, serait « concentrée » dans une bande étroite de terre entre la frontière égyptienne et le Couloir Morag qui court sur toute la largeur de Gaza entre Khan Younis et la ville frontière de Rafah.
La zone serait une zone « humanitaire », a dit le leader du parti sioniste religieux, « débarrassée du Hamas et du terrorisme ».
Le reste de la Bande de Gaza, a-t-il ajouté, « sera vide ».
Moshe Sa'ada (membre du Likud à la Knesset) : « Exactement comme il est clair pour tout le monde aujourd'hui que l'aile droite avait raison sur la question politique concernant le problème palestinien, aujourd'hui c'est simple : vous allez n'importe où et ils vous disent ‘exterminez-les'. Dans les kibboutz, ils vous disent « 'Exterminez-les'. »
« Mes amis du bureau du procureur qui ont lutté avec moi sur des questions politiques, dans des débats, ils me disent : ‘Moshe, évidemment, nous devions exterminer tous les … Gazaouis'. Je veux dire, ce sont des phrases que je n'avais jamais entendues. »
Zvi Sukkot (membre du parti sioniste religieux à la Knesset) : « Occuper, annexer, détruire toutes les maisons là-bas, pour construire des quartiers vastes et spacieux, de grandes colonies qui seront nommés d'après les héros de la nation qui ont combattu là-bas, distribuer des parcelles de terre aux soldats qui ont combattu, aux blessés qui ont combattu — de sorte que la place Palestinedeviendra la place des héros israéliens. Écoutez les paroles du groupe de la victoire à la Knesset aujourd'hui. »
Daniella Weiss (fondatrice de Nachala, une organisation israélienne de colons ) : « Aucun Arabe ne restera à Gaza. Les Arabes ont terminé ce chapitre. Le 7 octobre, un nouveau chapitre dans l'histoire du Moyen-Orient et du monde a été ouvert. Le Hamas n'a pas l'option de rester [à Gaza] et ceux qui veulent une vie tranquille, ils peuvent vivre une vie tranquille au Canada, en Écosse, en Égypte …. »
Beni Ben Muvhar (président de conseil régional) : « Jusqu'à la rivière Litani. Rasez tout. Ce sont tous des terroristes, personne n'est citoyen de quoi que ce soit. Détruisez tous les villages. Ce ne sont pas des villages, ce sont des noeuds terroristes de Redwan et d'Hezbollah. »
Bezalel Smotrich a dit que les Palestiniens devraient être encouragés à émigrer de la Bande de Gaza pour avoir l'expérience d'une situation différente sur le terrain à la fin de la guerre : « 1,8 million de Gazaouis devraient être encouragés à émigrer pour changer les faits sur le terrain après la guerre. »
« S'il y avait 100000-200000 Arabes dans la Bande de Gaza au lieu de deux millions, tout le discours sur le jour d'après [la guerre] serait complètement différent », a dit Smotrich à la radio de l'armée. « Ils veulent partir. Ils ont vécu dans un ghetto pendant 75 ans et ils sont dans le besoin ».
Marilyn Baron (mère d'un soldat israélien qui est mort à Gaza) : « Je pense que les politiciens doivent accepter de presser le bouton … Personne ne doit habiter cette terre si ce n'est le peuple juif. »
Dans une interview avec i24NEWS FR, elle a dit qu'Israël est un pays doté d'armes atomiques et que les politiciens devraient accepter d'« appuyer sur le bouton ».
Zvi Yehezkeli (commentateur sur la chaîne israélienne 13 News) a dit que 100000 Gazaouis auraient dû être tués dès la première attaque.
David Azoulay (ex-politicien de la Knesset, maintenant chef du conseil municipal de la ville de Metula) : « Israël devrait faire que Gaza ressemble au musée d'Auschwitz ». Il a proposé d'envoyer tous les Gazaouis dans des camps de réfugiés au Liban et de raser toute la Bande de Gaza pour qu'elle devienne un musée vide, comme Auschwitz.
Il a dit à la station de radio 103FM qu'Israël devrait envoyer les Gazaouis palestiniens fuyant les combats vers des camps de réfugiés au Liban, la Bande de Gaza étant toute entière vidée et rasée et transformée en un musée comme le camp de concentration d'Auschwitz en Pologne.
« Après le 7 octobre, au lieu de pousser les gens à aller vers le sud, nous devrions les diriger vers les plages. La Marine peut les transporter vers les côtes du Liban, où il y a déjà assez de camps de réfugiés. Ensuite, une bande de sécurité devrait être établie de la mer à la clôture de la frontière de Gaza, complètement vide, comme un rappel de ce qu'il y a eu jadis à cet endroit. Cela devrait ressembler au camp de concentration d'Auschwitz », a-t-il dit lors d'une interview avec Ben Caspit et Yinon Magal.
Il a continué : « Dites à tout le monde à Gaza d'aller vers les plages. Les navires de la Marine devraient transporter les terroristes sur les rives du Liban. Toute la Bande de Gaza devrait être vidée et nivelée, exactement comme à Auschwitz.
Que cela devienne un musée, une vitrine montrant les capacités de l'État d'Israël et dissuadant quiconque de vivre dans la Bande de Gaza. C'est ce qui doit être fait. Leur donner une représentation visuelle. »
Et il a dit : « Ce qui est arrivé le 7 octobre était un deuxième Holocauste. Le Liban a déjà des camps de réfugiés et c'est là où ils devraient aller. Nous devrions laisser Gaza désolée et détruite pour servir de musée, démontrant la folie du peuple qui a vécu là. »
Plus tard, il a clarifié sa position sur la situation au nord : « Le Hezbollah observe la situation dans le sud, et si nous ne gérons pas cela adéquatement, ils le verront comme une faiblesse. Peu importe la force du terrorisme, nous ne pouvons pas vivre dans la peur ou déraciner les gens de leurs maisons. Nous devons agir de manière décisive. »
Azoulay a terminé l'interview en disant : « Les résidents déplacés du nord méritent de savoir quand et comment ils retourneront dans leurs foyers. Nous ne voulons pas de guerre ni de victimes. Cependant, je ne crois pas que le Hezbollah capitulera pacifiquement. »
Shimon Riklin (journaliste israélien) : « Je suis pour des crimes de guerre, je m'en moque si je suis critiqué, je suis incapable de dormir sans voir les maisons dans Gaza détruites, plus de maisons, plus de bâtiments, je ne veux pas qu'ils aient quoi que ce soit où ils pourraient revenir. »
Danny Neumann (ancien membre de la Knesset) : Il a formulé un plaidoyer inquiétant pour l'extermination des gens de Gaza, les étiquetant tous comme « terroristes » et les déshumanisant. Il a appelé à ce que Gaza soit rasée, sa « poussière » nettoyée et à ce qu'une nouvelle zone sûre pour Israël soit construite à la place.
Rafi Kishon (conférencier et humoriste) a proposé d'inonder Gaza avec des déchets toxiques et de leur mettre le feu.
Arieh King (maire adjoint de la municipalité de Jérusalem gérée par Israël) a appelé à enterrer vivants des dizaines de civils palestiniens qu'il a décrits comme « sous-humains ». King a appelé les hommes non armés qui étaient arbitrairement extirpés de leurs foyers à Gaza par l'armée israélienne, « des musulmans nazis ».
« Nous devons accélérer le rythme », a-t-il dit sur Twitter/X, en se référant à l'« élimination » des Palestiniens par l'armée israélienne.
King a ajouté que s'il ne tenait qu'à lui, il aurait utilisé les bulldozers blindés D-9 pour enterrer les hommes vivants, les appelant des « fourmis » et disant : « Ce ne sont pas des êtres humains et ce ne sont même pas des animaux humains, ils sont sous-humains et c'est comme cela qu'ils devraient être traités. »
Yinon Magal (soldat israélien) : « Je viens pour conquérir Gaza et mettre cela dans la tête d'Hezbollah et m'en tenir à un mitzvah : Effacez les graines d'Amalek [tribu biblique hostile aux Israélites]. J'ai laissé ma maison derrière moi et, jusqu'à la victoire, je n'y reviendrai pas. Vous connaissez notre slogan. Personne n'est non-impliqué. »
Extraits choisis de sources du Cabinet : « En dehors de la question du contrôle de la Bande, on s'attend à ce qu'un plan dessiné par Ron Dermer à la requête de [Benjamin] Netanyahou, qui examine les façons de réduire la population de Gaza à un minimum, provoque une controverse. »
« Pour le Premier ministre, c'est un objectif stratégique, le sommet de la sécurité le considère comme un fantasme irréaliste … et si dès le stade de la conduite de la guerre il y a des opinions différentes, sur la question du « jour d'après », des différences importantes entre les principaux acteurs sont déjà évidentes.
« Et le problème du jour d'après est l'un des plus délicats aujourd'hui, le gérer n'aura pas lieu dans un forum officiel, mais seulement dans des consultations internes.
« Même la nouvelle demande de ne pas causer de préjudices aux personnes déplacées dans le sud de la Bande de Gaza, quand les Forces de défense d'Israël commencent à opérer là, peut avoir comme réponse une déclaration non contraignante comme ‘nous essaierons' ».
« Un autre programme s'ajoute à cela. La plupart des ministres du Cabinet ne le savent pas. Pas même les ministres du Cabinet de guerre. Ce n'est pas discuté dans ces forums à cause de son caractère, qui est évidemment explosif : réduire la population de Gaza au minimum possible.
« Joe Biden est fortement opposé et de même toute la communauté internationale. Yoav Gallant, le chef de l'État-major, et le sommet des Forces armées affirment qu'une telle possibilité n'existe pas. Mais le Premier ministre Benjamin Netanyahou voit cela comme un objectif stratégique.
« Il a même chargé son confident au Cabinet de la guerre, le ministre Ron Dermer, de formuler un projet de travail pour le personnel sur la question.
« C'est un plan qui contourne la résistance américaine sans confrontation, la résistance déterminée des Égyptiens sans qu'ils commencent à tirer sur les réfugiés qui entreront sur leur territoire par l'axe Philadelphia, et la résistance mondiale générale qui se manifestera quand les premiers Gazaouis quitteront leurs foyers et migreront vers un autre lieu. »
Document du ministère du renseignement : Malgré son nom, le ministère du renseignement n'est pas directement responsable d'un quelconque organisme de renseignement, mais il prépare indépendamment des études et des documents de politique qui sont distribués au gouvernement et aux agences de sécurité israéliennes pour examen, sans être contraignants.
Le budget annuel du ministère est de 25 millions de shekels israéliens (environ 6,5 millions d'euros) et son influence est considérée comme relativement petite. Il a actuellement à sa tête Gila Gamliel, membre du parti du Likoud de Netanyahou.
Ce ministère du gouvernement israélien a préparé une proposition détaillée pour transférer de force les résidents de Gaza vers l'Égypte et une offensive militaire à large échelle sur la Bande de Gaza, à la suite de l'attaque mortelle du Hamas et des massacres dans les communautés israéliennes du sud le 7 octobre 2023, reflétant la manière dont l'idée d'un transfert forcé de la population a été soulevée dans des discussions officielles de politique. De tels plans constitueraient un grave crime de guerre.
Une source au ministère du renseignement a confirmé à Local Call/+972 que le document était authentique, qu'il était distribué à l'establishment de la défense par la division de politique du gouvernement et qu'il « n'était pas supposé atteindre les médias ».
Tally Gotliv (membre du Likoud à la Knesset) : « En ce moment même, des camions d'aide humanitaire continuent à entrer dans la Bande de Gaza ! Assez ! Combien de temps allons-nous courber la tête et endurer la honte ? Ce n'est pas la manière de vaincre le terrorisme. Arrêtez tout immédiatement, revenez à un blocus total. Reprenez les instructions pour ouvrir le feu dans le nord de Gaza contre tous les Gazaouis qui arrivent. Laissez gagner les soldats et les commandants. Grâce à eux, grâce à leur courage et leur compréhension de la nécessité de combattre, nous vaincrons. »
Itamar Ben-Gvir (ministre de la Sécurité nationale et leader du parti Force juive, d'extrême-droite) : « Je veux la possibilité de décapiter la Nukhba tête après tête. »
Nissim Vaturi (membre du Likoud à la Knesset et vice-président du Parlement israélien) : « Toute la préoccupation pour savoir s'il y a ou non internet à Gaza montre que nous n'avons rien appris. Nous sommes trop humains. Brûlez Gaza maintenant, rien de moins ! »
Shlomo Karhi (ministre des Communications) : Le ministre des Communications a appelé les Forces de défense à couper les prépuces des combattants du Hamas, comme David l'a fait avec les Philistins dans le Tanakh, en guise de « vengeance ».
Bezalel Smotrich : « Je termine maintenant une visite de condoléances aux familles de Nathaniel Harosh et Yossi Hershkowitz, Que Dieu venge leur sang qui a coulé à Gaza. Le message des familles est sans équivoque : nous n'arrêterons pas jusqu'à ce qu'Amalek soit exterminé pour de bon.
« Ceux qui ont payé le plus cher demandent de nous que ce coût ne soit pas en vain. Ils ont raison. Qu'il en soit ainsi avec l'aide de Dieu. »
Narkis (chanteur) : Le journaliste David Sheen a rapporté : « Le chanteur pop Narkis chante avec les soldats israéliens pour une extermination et une colonisation qui seront exemplaires et inspireront d'autres pays à les copier : ‘Nous achèverons Gaza ! Nous retournerons à Gush Katif [anciennes colonies israéliennes dans la Bande de Gaza] ! Nous sommes une lumière parmi les nations !' »
Amihai Eliyahu (membre de Force juive à la Knesset et ministre du Patrimoine) : Yaki Adamker a rapporté une interview avec lui et Israel Cohen, où le ministre Amichai Cohen a dit sur un ton égal : « Nous n'aurions pas donné d'aide humanitaire aux Nazis. Il n'existe pas de personne non-impliquée à Gaza. »
Question : « Et donc ? Est-ce que nous devrions lâcher une bombe atomique sur tout Gaza ? »
Ministre Eliyahu : « C'est une des options. ».
Question : « Mais n'y a-t-il pas plus de 240 otages israéliens à Gaza ? »
Ministre Eliyahu : « Nous prions et espérons leur retour, mais il y a aussi un prix à payer dans toute guerre. »
Yitzhak Kroizer (membre de Force juive à la Knesset) : Sur Twitter/X en réponse à @IsraelGaley : « La Bande de Gaza devrait être effacée de la carte. » À @tuchfeld : « Tout doit être fait pour ramener les otages dans leurs foyers. En même temps, la Bande de Gaza doit être rasée et chacun y a reçu sa sentence et c'est la mort. »
« Je pense que le ministre Amichai Eliyahu a envoyé un message très clair : la Bande de Gaza devrait être effacée de la carte pour envoyer un message au reste de nos ennemis, avec cet objectif que nous devrions aussi faire revenir nos otages.
« Il n'y a pas d'innocents dans la Bande de Gaza, ceux qui sont entrés pour violer et tuer nos enfants n'étaient pas tous armés, avec des rubans du Hamas sur le front, certains étaient des civils. Ce sont des Nazis et des Nazis. Il n'y a qu'une sentence : la mort. »
Galit Distel Atbaryan (membre du Likoud à la Knesset et ancienne ministre de l'Information) : « Haïssez l'ennemi. Haïssez les monstres. Tout vestige de chamailleries internes est un gaspillage d'énergie stupidement exaspérant.
« Investissez cette énergie dans une seule chose : effacer tout Gaza de la face de la Terre. Que les monstres gazaouis fuient à leur frontière sud et essaient d'entrer en territoire égyptien. Ou ils mourront et leur mort sera maléfique. Gaza devrait être rasée. »
Tally Gotliv (membre du Likoud à la Knesset) : « Sans faim et soif dans la population gazaouie, nous ne réussirons pas à recruter des collaborateurs, nous ne réussirons pas à recruter des renseignements [ou]… à soudoyer les gens avec de la nourriture, des boissons, des médicaments, pour obtenir des renseignements. »
Naftali Bennett (ancien Premier ministre) : « Écrasez, écrasez, écrasez. Correctement. […] Patience. Nous avons le temps. […] Écrasez, écrasez et écrasez l'ennemi nazi, avant d'envoyer nos soldats, nos garçons. Écrasez ces Nazis avec une puissance de feu jamais vue ici. […] Qu'un millier de mères terroristes pleurent de l'autre côté et plus une seule mère de notre côté. »
Nir Barkat (membre du Likoud à la Knesset member, ministre de l'Économie et ancien maire de Jérusalem) : « Vous vous rappelez la Deuxième Guerre mondiale ? Ce que [les alliés] ont fait à l'Allemagne ? Ce sont les ennemis d'Israël, ils veulent nous effacer, ils sont nos ennemis ! »
Interviewer : « Mais vous dites que vous n'avez pas de problème avec les civils innocents, donc pourquoi ne pas lever le blocus ? »
Barkat : « Ramenez-nous ceux qui ont été kidnappés ! Vous voulez un peu de considération humanitaire ? Ramenez-nous les plus de 200 personnes kidnappées […] et nous reconsidérerons. »
Interviewer : « […] Mais assiéger une population civile est … »
Barkat : « C'est ce qui vous préoccupe maintenant ? La vraie question est : comment effaçons-nous ces gens de la face de la Terre. Voilà la question ! ».
Interviewer : « Je dis, la prise d'otages par [le Hamas] est un crime de guerre — mais assiéger une population civile est aussi un crime de guerre . Est-ce que cela ne vous préoccupe pas ?
Barkat : « Nous sommes en guerre. Et quand vous avez les gens contrôlant Gaza qui utilisent les civils pour se couvrir […] Cela ne va plus marcher avec Israël désormais. Nous ne ferons pas … Nous allons les cibler. Et nous disons aux civils, aux civils innocents : ne couvrez pas les terroristes.
« Ce par quoi nous sommes passés en Israël, nous ne l'avions pas vu depuis l'époque des Nazis. Le temps d'ISIS. OK ? Et donc, Israël les effacera de la surface de la Terre. »
Moshe Feiglin (politicien israélien et leader du parti Zehut) : « Ce n'est pas le Hamas qui devrait être éliminé. Gaza devrait être rasée et le régime d'Israël devrait être restauré à cet endroit. C'est notre pays. »
Arieh King (maire adjoint de Jérusalem) : « Si le Premier ministre s'en souciait—, ou si ses ministres de l'État d'Israël s'en souciaient, il y aurait eu déjà 150000 morts dans la Bande de Gaza et pas un seul bâtiment de la Bande de Gaza ne serait resté debout. »
Boaz Bismuth (membre du Likoud à la Knesset) : « Nous ne devons pas montrer de pitié à des personnes cruelles, il n'y a pas de place pour des gestes humanitaires — nous devons effacer la mémoire d'Amalek ».
Amit Halevi (membre du Likoud à la Knesset) : « Cette victoire devrait avoir deux objectifs : 1. Plus de terre musulmane dans la Terre d'Israël. Ce qu'ils imaginent comme si c'était Dar al-Islam, sera à jamais territoire israélien, ‘la Terre sainte' [dit en arabe], qui appartient aux Israélites […]
« C'est ce qu'est la victoire. Et après que nous en ayons fait une terre d'Israël, Gaza devrait être laissée comme un monument, comme Sodome, où rien ne soit semé et où rien ne pousse [Deuteronome 29:23]. Et le deuxième objectif […] c'est : plein contrôle israélien […] Plein contrôle militaire et civil. Rien de moins. »
Nissim Vaturi : Dans une série de tweets édités, Vaturi a d'abord posté : « Effacez Gaza. Effacez Gaza. Rien d'autre ne nous satisfera. Il n'est pas acceptable que nous maintenions une autorité terroriste à côté d'Israël. Ne laissez pas un seul enfant là, expulsez tout le monde. »
Il a ensuite édité le tweet : « Effacez Gaza. Rien d'autre ne nous satisfera. »
« Il n'est pas acceptable que nous maintenions une autorité terroriste à côté d'Israël. Ne laissez pas un seul enfant là, expulsez tous ceux qui resteront pour qu'ils n'aient pas de résurrection. »
Et finalement : « Effacez Gaza. Rien d'autre ne nous satisfera. Il n'est pas acceptable que nous maintenions une autorité terroriste à côté d'Israël. Ne laissez pas un seul enfant là, expulsez tous ceux qui resteront à la fin, pour qu'ils n'aient pas de résurrection. »
Yoav Kisch (ministre de l'Éducation) : « Cette [attaque] n'est pas suffisante, il devrait y avoir plus, il ne devrait pas y avoir de limites dans la réponse, je l'ai dit un million de fois, jusqu'à ce que nous voyons des centaines de milliers de personnes fuyant Gaza, les Forces de défense israéliennes n'auront pas achevé leur mission.
« C'est une phase qui devrait arriver. Je dis cela parce que ce sont les instructions qui ont été données aux Forces de défense […]. Je ne veux pas non plus que les [Forces de défense] entrent à l'intérieur [ de Gaza] avant de tout écraser. Je préférerais que 50 bâtiments s'écroulent plutôt qu'une victime de plus dans nos forces. »
Yoav Gallant (ancien ministre de la Défense et ancien membre du Likoud à la Knesset) : « Nous imposons un siège complet à la ville de Gaza. Il n'y aura ni électricité, ni nourriture, ni eau, ni carburant, tout est fermé. Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence. »
Effi Eitam (ancien brigadier general dans les Forces armées, conseiller de Netanyahou depuis le 7 octobre) : « L'objectif devrait être clair : une manœuvre [terrestre] aggressive, avec beaucoup de puissance de feu, qui fera aussi des victimes parmi les civils, mais ce n'est pas le moment pour ces sortes de calculs.
« Ceux qui ont élevé ce serpent qui a émergé de son antre samedi, y compris la population civile, aura à gérer les conséquences. C'est la manière dont cela se passe dans toutes les guerres, dans toute l'histoire.
« Bien sûr, ce ne sont pas des cibles en eux-mêmes, par eux-mêmes, mais quiconque est sur notre chemin quand nous nous occupons du serpent —du Hamas, de ses militants, de son infrastructure, de son régime — tant pis pour le méchant et tant pis pour son voisin.
« Quiconque se trouve sur notre chemin devrait savoir qu'il sera frappé, et frappé durement […] Actuellement, l'État d'Israël a un seul objectif : annihiler. Annihiler, j'utilise ce mot. »
Ariel Kallner (membre du Likoud à la Knesset) : « Nakba sur notre ennemi maintenant ! Ce jour est notre Pearl Harbour. Nous apprendrons nos leçons en temps voulu. Pour le moment, un objectif : Nakba ! Une Nakba qui éclipsera la Nakba de 48. Une Nakba dans Gaza et une Nakba pour quiconque osera les rejoindre ! Une Nakba sur eux, parce que comme en 1948, l'alternative est claire. »
Benjamin Netanyahou (Premier ministre israélien) : « Nous vengerons avec une grande force le jour noir qu'ils ont infligé à l'État d'Israël et à ses citoyens. Comme l'a dit Biyalik : la vengeance pour le sang d'un petit enfant – n'a pas encore été conçue par Satan.
« Tous les endroits où le Hamas s'est positionné, dans cette cité du mal, tous les endroits où le Hamas se cache, opère, nous allons en faire des tas de décombres. Je dis aux habitants de Gaza : sortez de là, maintenant. Nous allons opérer partout, et à pleine puissance ».
Isaac Herzog (président israélien) : « C'est une nation entière qui est responsable là-bas. Ce n'est pas vrai, cette rhétorique sur le fait que les civils ne sont pas informés, ne sont pas impliqués. Ce n'est absolument pas vrai … »
Benjamin Netanyahou : Le 17 octobre 2023, dans les rapports sur une explosion meurtrière à l'hôpital Ahli al-Arabi de Gaza, des utilisateurs de Twitter/X ont affirmé qu'un post de la veille du Premier ministre d'Israël Benjamin Netanyahou avait été effacé.
Ce post de @IsraeliPM, le compte gouvernemental officiel du Premier ministre, disait : « C'est une lutte entre les enfants de la lumière et les enfants de l'obscurité, entre l'humanité et la loi de la jungle. »
Israel Katz (ministre de la Défense) a dit que Gaza serait « détruite » si le Hamas ne capitulait pas.
Israel Katz : « Un puissant ouragan frappera aujourd'hui les cieux de la ville de Gaza. »
Israel Katz : Quand Israël a lancé son attaque terrestre, Katz a dit : « Gaza brûle. »
Bezalel Smotrich : « Gaza sera entièrement détruite. »
The National
P.-S.
• AURDIP, octobre 18, 2025 :
https://aurdip.org/comment-le-genocide-de-gaza-est-il-arrive-les-mots-accablants-des-politiciens-israeliens/
• Traduction CG pour l'AURDIP.
Source - The National, 13 octobre 2025 :
https://www.thenational.scot/news/25536929.gaza-genocide-happened-damning-words-israels-politicians/
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Exil, incertitude et abus pour les journalistes et migrants afghans au Pakistan
En août 2025, l'Afghanistan marque le triste anniversaire des quatre ans de la prise de pouvoir des Talibans. Pour des milliers de journalistes, militants et familles réfugiés au Pakistan, l'exil s'éternise. Entre lenteurs administratives, menaces d'expulsion et abus policiers, leurs espoirs d'un avenir sûr restent suspendus. Quatre ans après la prise de Kaboul, l'exil au Pakistan vire au cauchemar.
Tiré du blogue Voix en exil. Photo : Ahmad shah Shadab, journaliste dans le sud de l'Afghanistan durant la République.
En août 2025, l'Afghanistan marque le triste anniversaire des quatre ans de la prise de pouvoir des Talibans. Pour des milliers de journalistes, militants et familles réfugiés au Pakistan, l'exil s'éternise. Entre lenteurs administratives, menaces d'expulsion et abus policiers, leurs espoirs d'un avenir sûr restent suspendus.
Depuis août 2021, de nombreux journalistes afghans ont trouvé refuge au Pakistan, espérant obtenir un visa pour l'Europe ou les États-Unis grâce au soutien d'organisations de défense des médias. Si certains ont pu partir, d'autres attendent encore un rendez-vous avec les ambassades européennes.
C'est le cas d'Ahmad shah Shadab, journaliste dans le sud de l'Afghanistan durant la République, où il a documenté les crimes de guerre talibans. Après deux ans passés au Pakistan, il vit dans la peur d'un retour forcé :
« En raison de la fermeture des ambassades européennes à Kaboul, j'ai dû venir au Pakistan. Mon visa a expiré mais j'ai réussi à le prolonger. Ici, la police arrête ou expulse les Afghans, même avec des papiers en règle. »
Étant donné que le processus de délivrance des visas européens pour les Afghans est particulièrement lent en Iran, de nombreux demandeurs se trouvent au Pakistan. L'augmentation de la demande à Islamabad a encore ralenti ce processus, et l'examen des dossiers par les ambassades prend beaucoup de temps. À plusieurs reprises, cela a conduit à la suspension temporaire de la délivrance de visas pour certains pays, comme l'Allemagne, avant une reprise après un certain délai.
Par ailleurs, avec la mise en œuvre de la politique américaine instaurée sous Donald Trump, interdisant la délivrance de visas à certains pays, dont l'Afghanistan, des milliers de collaborateurs des forces étrangères, y compris américaines, se retrouvent dans une incertitude totale au Pakistan. Depuis plus de trois ans, des familles ayant déposé des demandes d'asile, de visas humanitaires ou d'autres démarches pour des pays européens et les États-Unis attendent, bloquées par un processus administratif long et complexe. Elles ne peuvent ni retourner en Afghanistan, en raison de menaces sécuritaires, ni rejoindre un pays tiers pour se mettre à l'abri avec leurs proches.
Ces expulsions massives ont été vivement critiquées par les organisations internationales. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et l'Organisation internationale pour les migrations ont appelé à plusieurs reprises à mettre fin à ces expulsions forcées et à respecter les droits humains des rapatriés.
Cette crise constitue non seulement un immense défi humanitaire pour l'Afghanistan, mais elle pèse également lourdement sur les organisations humanitaires et sur la communauté internationale, mobilisées pour venir en aide à des millions de personnes sans abri et sans perspective. Malgré ces appels, le processus d'expulsion des migrants afghans du Pakistan se poursuit, et son issue reste incertaine.
Abus et extorsion de la police pakistanaise envers les migrants afghans
L'extorsion d'argent par la police pakistanaise à l'encontre des migrants afghans est devenue une pratique courante, voire systématique.
Freshta Sadid, une citoyenne afghane, raconte que la police pakistanaise a fait irruption à son domicile et l'a arrêtée :
« La police m'a demandé de payer un lakh de roupies (environ 350 euros) en échange de ma libération. Même si je disposais d'un visa français et que j'étais sur le point de quitter le Pakistan, ils n'ont pas tenu compte de mes explications. Ils m'ont arrêtée et détenue pendant trois jours. »
Elle n'est pas la seule victime d'extorsion. Mansour, un autre citoyen afghan, explique :
« Je suis venu au Pakistan pour le traitement de ma mère. La nuit, sur le chemin du retour de l'hôpital, à un poste de contrôle, lorsque la police a compris que j'étais Afghan, elle m'a demandé de l'argent. Même avec mes documents et les ordonnances médicales, ils ont refusé de me laisser partir avant que je ne paie cinq mille roupies. »
À Rawalpindi, comme ailleurs, les Talibans eux-mêmes ont exprimé leur inquiétude face au harcèlement subi par les migrants afghans au Pakistan, appelant les autorités à les traiter avec respect et dignité. Plusieurs organisations de soutien aux journalistes, de défense des droits humains et des droits des femmes ont, dans certains cas, tenté d'empêcher des arrestations, mais leurs interventions restent souvent ignorées par la police pakistanaise.
Cette situation est d'autant plus préoccupante qu'aucune disposition de la législation pakistanaise sur l'immigration ne prévoit l'octroi de la résidence ou de l'asile aux migrants vivant depuis des décennies dans le pays, y ayant fondé une famille ou investi. Ainsi, même ceux qui ont passé la majeure partie de leur vie au Pakistan, sans connaître l'Afghanistan, se retrouvent aujourd'hui menacés d'expulsion forcée.
De l'autre côté de la frontière, l'Afghanistan accueille aussi des migrants qui, après des années passées au Pakistan, reviennent désormais dans un pays où un avenir sombre et incertain les attend.
Halima Karimi est une journaliste afghane, connue pour ses reportages d'investigation sur les violations de droits humains et la corruption en Afghanistan.
Également présentatrice de radio engagée pour les droits des femmes, elle animait un programme hebdomadaire sur les violences domestiques.
Contrainte à l'exil en raison de menaces du régime taliban, elle arrive en France en 2022, d'où elle poursuit notamment son travail auprès de la rédaction franco-exilée Guiti News et d'autres organes de presse.
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Une catastrophe sanitaire atroce se déroule dans les camps de déplacés de Gaza
Le cessez-le-feu est un soulagement. Après deux ans de guerre, nous pouvons enfin respirer, mais cela ne signifie pas que nos souffrances sont terminées. Pour beaucoup d'entre nous, elles ne font que commencer. Les tentes, et les personnes qui y vivent encore, nous rappellent cruellement que nos difficultés sont loin d'être terminées. Après deux ans de destructions massives par l'armée israélienne, la plupart des familles de Gaza vivent désormais dans des tentes, faites de nylon et de tissu, qui ne les protègent ni de l'été ni de l'hiver.
Tiré d'À l'encontre.
Dans la vie sous tente, il y a une guerre invivable, une guerre qui ne commence pas par des bombes [1], mais par l'absence de tout ce qui rend la vie humaine. C'est une guerre dont les armes sont le refus de l'eau potable, le manque d'hygiène, l'absence de toilettes, de dignité et de sécurité. Je n'écris pas cela en tant que témoin distant. Non, j'écris cela de l'intérieur. Depuis cette terre. Depuis l'intérieur de la tente. Ce ne sont pas des histoires que j'ai entendues, ce sont des sensations que j'ai vécues.
Un mois de vie sous une tente m'a suffi pour comprendre l'immense catastrophe sanitaire et les conditions horribles qui font que les personnes déplacées se sentent étouffées par tout ce qui les entoure. Ce genre d'informations ne fait pas la une des journaux, et vous n'en avez peut-être pas entendu parler. Mais c'est une forme de violence silencieuse, qui nous tue chaque jour.
Je suis ici pour vous raconter comment mon peuple, y compris ma famille, fait face aux conséquences dévastatrices de la crise sanitaire dans ces tentes.
Des milliers de tentes de fortune dans les camps de déplacés à travers Gaza sont remplies de familles en quête d'un refuge.
Le manque de toilettes, l'accès à l'eau potable et la présence d'égouts à ciel ouvert sont des conséquences catastrophiques auxquelles sont confrontés les Palestiniens déplacés, des conditions qui persistent depuis les premiers mois de la crise des déplacements à Gaza.
Après avoir passé plus d'un mois dans la ville de Gaza sous occupation israélienne, Asma Mohammad, 39 ans, et sa famille ont fui vers le centre de la bande de Gaza, cherchant refuge dans le camp d'Al-Nuseirat pour échapper à l'offensive israélienne en cours. S'adressant à moi via WhatsApp, elle m'a décrit la lutte quotidienne pour accéder à des installations sanitaires de base. « Je dois marcher près d'une demi-heure juste pour aller aux toilettes », a déclaré Asma. « J'ai arrêté de boire du café ou du thé pour ne pas avoir à marcher aussi loin pour utiliser des toilettes sales partagées par des centaines de personnes. »
C'est quelque chose qui touche à notre dignité. Je comprends ce qu'elle veut dire, car je vis la même chose. Ici, à az-Zawayda, dans le centre de Gaza, les hommes passent une semaine entière à construire des toilettes. Cela prend autant de temps, car il n'y a plus aucun système d'égouts. Israël a détruit la grande majorité des installations d'égouts dans toute la bande de Gaza.
Les gens ont essayé de trouver une solution à ce désastre, mais ce n'est pas vraiment une solution, c'est la propagation d'une nouvelle maladie. Ils creusent des trous profonds et sans fin pour remplacer les systèmes d'égouts appropriés, mais ces trous ne font qu'augmenter les risques pour la santé.
La crise sanitaire à Gaza s'est rapidement aggravée pendant les mois d'été. Des odeurs nauséabondes se sont répandues dans tout le camp, le seul refuge disponible pour des milliers de familles palestiniennes. « C'est insupportable », m'a dit un jour Amsa. « Je me suis échappée de la chaleur à l'intérieur de la tente », a-t-elle ajouté.
Asma et les cinq membres de sa famille ont eu la chance d'obtenir une cuvette de toilettes et de creuser un trou près de leur tente. Mais cela ne demande pas seulement des efforts, cela coûte aussi de l'argent, que les familles qui survivent à la guerre ne peuvent se permettre : il faut compter entre 600 et 700 dollars pour construire des toilettes rudimentaires, sans compter l'aggravation de la situation en matière d'égouts.
Les difficultés ne s'arrêtent pas là. L'accès à l'eau potable est devenu un nouveau défi difficile à relever pour la plupart des familles palestiniennes, non seulement pendant la guerre, mais aussi maintenant, après le cessez-le-feu.
« Nous ne pouvons obtenir de l'eau qu'une fois par semaine, voire deux fois si nous avons de la chance », explique Refaat Abu Jami, 24 ans, écrivain et journaliste actuellement déplacé dans une tente du site d'Al-Mawasi.
Il a été déplacé de son domicile à Khan Younès dès les premiers mois de la guerre. « Nous vivons dans la crainte que des maladies se propagent dans les conditions horribles auxquelles nous sommes confrontés à l'intérieur de la tente », explique Refaat. « Il n'y a aucune possibilité d'avoir un approvisionnement en eau propre ou suffisant pour assurer l'hygiène », ajoute-t-il dans un message WhatsApp.
En l'absence d'infrastructures sanitaires adéquates, de nombreuses familles sont contraintes de partager des toilettes de fortune. Dans les zones proches de mon camp, j'ai personnellement vu de longues files d'attente, composées de 20 à 30 personnes, qui attendaient simplement de pouvoir satisfaire leurs besoins les plus élémentaires. Il n'y avait aucune intimité, aucune sécurité, rien.
Partager des toilettes avec autant de personnes est inimaginable. Cela nous prive de notre dignité et augmente le risque de maladie, en particulier pour les enfants et les personnes âgées. « C'est un véritable cauchemar quand je fais la queue pour aller aux toilettes », m'a dit un jour mon frère Baraa.
Ce sont là des détails que les médias, et même la plupart des Palestiniens déplacés eux-mêmes, ne vous diront jamais. Je les mets en lumière parce que je ressens un profond sentiment de responsabilité, en tant que témoin et victime de ces catastrophes.
Pour les mères, garder leurs enfants propres et en bonne santé est un défi permanent. Vivant dans des tentes montées sur le sable, la poussière et la saleté s'infiltrent partout. Il n'y a ni toilettes, ni eau courante, ni installations sanitaires, rien pour protéger leurs enfants des maladies. La plupart des mères sont obligées de marcher jusqu'à la plage pour aller chercher de l'eau afin de laver leurs enfants.
« Je ne suis pas habituée à voir mes enfants dans cet état. Je suis épuisée », a déclaré Hadeel Ahmad, une mère déplacée, âgée de 35 ans, qui a quitté sa maison et vit désormais dans une tente.
L'hiver approche à grands pas et nous sommes tous débordés par la tâche qui consiste à protéger nos tentes des fuites d'eau de pluie. « L'hiver dernier, je n'ai pas dormi pendant plusieurs nuits. Je suis restée éveillée toute la nuit pour essayer de protéger nos affaires de la pluie », raconte Refaat.
Malgré tout ce que nous avons vécu, même le temps est devenu une menace.
L'assainissement devrait être un droit fondamental, et non un luxe. Creuser des trous au lieu d'avoir des toilettes est une réalité très éloignée de tout ce qui est normal ou humain.
La guerre ne s'arrête jamais vraiment pour ceux d'entre nous qui vivent dans des tentes. Chaque matin, nous nous réveillons dans la même atmosphère suffocante, entourés de maladies, de poussière et de l'odeur insupportable des égouts à ciel ouvert.
C'est une souffrance silencieuse. Je ne suis pas seulement témoin, je la vis. Et je vous le dis : c'est insupportable. Nous mourons en silence à cause de choses insignifiantes, des choses si basiques, si humaines, que personne n'a rien fait pour changer.
Notes
[1] Selon Nicholas Torbet, de directeur de Middle East, HALO Trust (UK), sur les 200'000 tonnes de bombes larguée sur Gaza quelque 70'000 tonnes n'ont pas explosé ou ont déversé de la sous-munition. Cela provoque, actuellement, de nombreux drames pour des personnes, entre autres des enfants, qui souffrent de graves blessures aux jambes, aux bras, aux mains, alors que le système hospitalier reste totalement dysfonctionnel suite aux destructions subies et par manque quasi complet de fournitures qui n'ont pas accès à Gaza, sous l'effet du boycott imposé par l'armée israélienne. (Réd.)
Sara Awad est étudiante en littérature anglaise, écrivaine et conteuse basée à Gaza. Article publié sur le site Truthout le 25 octobre 2025 ; traduction rédaction A l'Encontre.
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Beaucoup de gens sont furieux contre les Démocrates. Bernie Sanders sait pourquoi
La direction du parti démocrate est très loin d'où les Américains.es se trouvent. Il est effrayant de constater l'ampleur de la colère et du mépris qu'on lui voue.
John Nichols, The Nation, 14 octobre 2025
Traduction, Alexandra Cyr
Les sondages des derniers mois nous révèlent que pendant que le niveau d'approbation de D. Trump est à la baisse tout comme celui du Parti républicain, celui du Parti démocrate est encore pire. The Christian Science Monitor le souligne : « C'est sa propre base qui le met dans cette situation. Un récent sondage CNN démontre que l'électorat démocrate voit son parti bien plus négativement que celui du Parti républicain. Durant les débats public locaux, les Démocrates frustrés.es disent vouloir que leur représentants.es soient plus vigoureux.ses (dans leurs attaques) contre l'administration Trump ». D'autres sondages mettent en évidence la colère des militants.es de terrain contre la direction de leur Parti. On lui attribue son incapacité à structurer une opposition cohérente contre les Républicains au Congrès et d'élaborer des positions fortes sur les enjeux d'actualité.
Bernie Sanders partage ces frustrations. Le Sénateur indépendant du Vermont et deux fois candidat à la nomination à la candidature démocrate à la présidence, a passé ces derniers mois à parcourir le pays avec un message : Combattre l'oligarchie. Des foules massives ont participé à ces événements que ce soit dans les États démocrates ou même les plus républicains. Il présente une idée puissante de sens, tirées de son expérience : ce Parti a besoin d'une nouvelle direction. En cohérence avec cela, il appuie des candidatures rebelles dans les primaires démocrates et dans des États où l'organisation démocrate est atrophiée. Il déclare être aussi prêt à endosser des candidatures indépendantes. Il passe à l'action et endosse le socialiste démocrate, Zohran Mamdani candidat à la mairie de New-York. Mais si le Sénateur est enthousiasmé par cette campagne, la direction du Parti démocrate a refusé cette position.
The Nation : Cela vous donne une perspective incomparable sur le Parti. Vous êtes sans doute un de ceux et celles qui a le plus réfléchi sur lui dans le pays. Donc, au point où nous en sommes, alors que bien des gens se débattent de savoir à quoi il tient, où en est la direction, donnez-nous une idée de votre pensée actuelle sur ce dont il souffre.
B. Sanders : Je pense que la réponse évidente a été répétée cinq millions de fois : (la direction) du Parti est loin, très loin de la population ordinaire. Sauf exceptions, chaque État est un peu particulier. Le Parti démocrate, comme ses dirigeants.es est composé de personnes qui ont de l'argent, de consultants.es et de politiciens.nes qui travaillent avec des gens qui ont de l'argent et font affaire avec des consultants.es. Donc, si vous jetez un coup d'œil sur le nombre de dirigeants.es du Parti qui occupent leur fonction, est-ce qu'ils et elles organisent des rallyes électoraux, parlent aux gens ordinaires ? Ça leur est impossible parce que personnes n'y ira, il n'y a rien à voir. La recherche de financement leur prend un temps fou. S'attaquer aux gens qui leur apportent de l'argent n'est pas à l'ordre du jour.
J'en ai été vraiment surpris et je n'en ai pas pris la mesure avant que je ne fasse campagne pour la présidence. Et aussi à quel point le Parti est faible dans presque tout le pays. Il leur a fallu s'arracher les cheveux pour me battre. J'ai démarré à 1% dans les sondages sans argent, sans soutien, rien.
J'ai découvert que ce Parti est un tigre de papier. Une coquille vide. En 2016, nous avons conçu nos horaires, pour être présents.es aux événements du Parti, avoir un ralliement le même jour. Nous étions dans les mêmes communautés, Une pierre, deux coups. Donc, en après-midi nous avions un ralliement ; environ 10,000 personnes y participaient. Elles étaient jeunes, excitées et impliquées dans l'activité. Le soir, c'était celui bien officiel du Parti démocrate. Il y avait 200 personnes, plus âgées, des gens d'affaire, des avocat.es, des politiciens.nes. C'était le jour et la nuit. Deux mondes bien différents.
De toute évidence l'avenir est avec les jeunes, les gens de couleur, les membres des syndicats etc. etc. Mais la direction du Parti ne semble pas reconnaitre cela. Récemment je suis allé en Virginie occidentale. J'y ai rencontré quelques une des meilleures personnes. Dans cet État, le Parti n'a qu'une seule personne qui travaille à temps plein, presque rien. C'est probablement de même dans cinq ou dix États au pays où les Démocrates n'ont presque aucun.e représentant.e dans les législatures, n'y ont pas de gouverneur et pas d'élus.es à Washington. La base démocrate s'est complètement effondré dans ces zones. Je pense que la situation n'est pas solide dans les États traditionnellement démocrates comme New York par exemple où le monde ordinaire n'entend pas grand-chose (de la part du Parti).
Pour savoir où se situe ce Parti il faut regarder la campagne de Zohran Mamdani à la mairie de New York, en ce moment. C'est un condensé de tout ça. On pourrait penser qu'un candidat qui réussit à engager, selon ce que j'ai entendu, 50,000 bénévoles, énormément d'enthousiasme et gagne la primaire démocrate sans dépenses excessives, rendrait le leadership du Parti excité, enthousiaste. C'est un candidat qui soulève l'énergie des jeunes, des travailleurs.euses ; grand Dieu, à l'époque Trump, quel moment extraordinaire !
Mais la direction du Parti déclare : « Nous ne pouvons le soutenir parce qu'il dit ce que 75% Démocrates disent à propos d'Israël, pas d'argent pour Netanyahu ; nous ne pouvons le soutenir ». Ça frise l'absurde. Ça ne fait même pas rire. C'est pathétique. Donc, il y la direction démocrate dans l'État de New York, si je comprends bien, qui n'a pas encore indiqué qu'elle soutiendrait ce candidat qui a gagné haut la main la nomination dans le Parti. Qui représentent-elle ? Les 75% qui ne veulent pas qu'on donne de plus l'argent à Netanyahu ? Je suppose que non. Est-ce qu'elle représente la vaste majorité des gens qui ont voté Mamdani dans la primaire ? Je suppose que non.
The Nation : Pourquoi un tel fossé entre cette direction et son propre électorat ?
B.S. : Elle ne veut pas ouvrir la porte ; de fait elle est plutôt vigoureuse à ne pas le faire. Donc, si la porte reste ouverte c'est par effraction. Vous ne demandez pas la permission vous annoncez que vous êtes là. Je pense que la campagne de Mamdani cristallise bien cela. Parce que si la direction du Parti ne peut soutenir son candidat qui a obtenu la nomination, qu'est-ce que ce Parti ? Qu'est-il au juste ?
The Nation : C'est une dynamique intéressante, c'est très inégal, très injuste pour ce qui est des soutiens. N'est-ce pas ? Si un.e modéré.e gagne la primaire, alors les leaders envoient ce message aux progressistes : « Vous devez embarquer maintenant. Vous devez prouver votre soutien, être loyaux envers le Parti ».
B.S. : Oui, c'est exact. Encore une fois, vous avez absolument raison. Mais ça ne fonctionnera plus. Plus personne ne croit en ça maintenant. C'est du passé. Le Parti démocrate ne peut même plus rêver de nous dire : « Mary Smith a gagné. Vous n'aimez peut-être pas ses politiques mais elle est la Démocrate désignée. Vous êtes progressiste, vous devez la soutenir ». C'est fini ça. Plus personne ne le prend au sérieux. S'ils ne peuvent soutenir Mamdani, évidemment qu'ils ne peuvent demander ça à personne.
Ajout : Quelqu'un.e gagne la primaire avec un grand enthousiasme, avec un activisme soutenu de la base et leur réponse est : « Nous ne pouvons vous soutenir ». D'après vous, quel est l'avenir du Parti démocrate ? Est-ce le lien avec l'intelligence artificielle et sont appui financier ? Je ne le crois pas.
The Nation : Creusons un peu plusieurs choses que vous venez de dire. Vous parlez de ce que vous avez vu dans le pays : dans certains États, le Parti démocrate est atrophié, presque inexistant. J'ai l'impression que c'est encore plus vrai dans les comtés, au niveau local. Mais d'une certaine façon, n'est-ce pas une ouverture pour les progressistes ? N'y a-t-il pas des endroits où les gens pourraient voter démocrate, être le Parti démocrate ?
B.S. : Quelqu'un de Virginie occidentale je crois, me disait récemment que dans certaines élections locales, les Démocrates n'avaient aucun candidat, zéro candidat. Alors, si vous n'avez rien, quand vous n'êtes pas un Parti, est-ce qu'il peut y avoir quelqu'un.e intéressé.e à devenir candidat.e ? Probablement mais cela veut dire autre chose : quand vous pensez à un Parti, peut-être suis-je vieux jeu et conservateur, vous pensez à des centaines de personnes qui vont se réunir à la base pour désigner un.e candidat.e et le ou la soutenir ; l'énergie allant de bas en haut. Ce n'est pas du tout ce qui occupe le Parti démocrate.
Voulez-vous savoir à qui les leaders du Parti porte attention pour réfléchir à ce sujet : je me rappelle quand J. Biden a démissionné (de la candidature présidentielle) ou juste avant, le New York Times avait un article en première page à propos de toutes ces personnes, qui sont, maintenant, la classe des donnateurs.trices comme ils le disent qui déclaraient que A.B.C. sont les bons.nes candidats.es. Cette classe dit ceci et sans plus se cacher maintenant. D'accord, les riches décident qui sera candidat.e, fournissent l'argent et (c'est leur candidat.e). Pendant ce temps, comme je l'ai dit, dans cinq ou dix État, le Parti existe à peine. Comment pouvez-vous vous présenter comme un Parti national si vous êtes à peine présent dans cinq ou dix États dans le sud ou à l'ouest ?
The Nation : Donc, 2026 approche et vous encouragez des candidats.es à se présenter et vous faites campagne pour ces personnes. La plupart du temps se sont des candidatures qui ne sont pas au diapason avec la direction du Parti. Certains.es se présentent comme indépendants.es. Pensez-vous que le Parti soit à un moment critique ? Comment devrions-nous voir cela ?
B.S. : Il faut comprendre que ce n'est pas qu'un enjeu américain. Les Partis centristes comme le Parti démocrate sont en chute libre partout dans le monde. Je suis allé au Royaume Uni récemment. Savez-vous quel est le Parti en tête là en ce moment ? C'est le Reform Party, un Parti d'extrême droite.
The Nation : (Dont le chef) est Nigel Farage, un ami de D. Trump.
B.S. : Exactement. Il gagne. Il a une bonne longueur d'avance. Le Partir Travailliste est comme le Parti démocrate ; il ne défend rien. Vous vous souvenez de l'ancien dirigeant du Parti Travailliste, Jeremy Corbyn ; il est en train de fonder un nouveau Parti. C'est comme ça partout à travers le monde.
The Nation : Les Partis traditionnellement centristes, de centre gauche qui ont gouverné des pays sont maintenant battus. L'électorat les rejette.
B.S. : Il y a le Parti démocrate, le Parti travailliste en Angleterre, en Allemagne les Socio-démocrates sont dans la peine ; tous les Partis centristes qui étaient à une certaine époque en lien avec la classe ouvrière dans leur pays sont en difficulté. On peut donc se poser la question de l'existence du Parti démocrate à l'avenir. Il peut tomber complètement comme le Whig Party. C'est possible. Mais le nom a un sens.
Si vous vous demandez s'il est concevable que de bonnes personnes prennent ce Parti en mains et le transforme en parti de la classe ouvrière, multigénérationnel qui accepte divers points de vue, vous pouvez vous dire que c'est une possibilité. Mais je pense que les gens se demandent maintenant si ça vaut la peine de se battre pour ça. Pour combattre D. Trump, est-ce qu'ils veulent l'intelligence artificielle avec le Parti démocrate, ou former un nouveau Parti ? C'est ce dont on parle en ce moment en Angleterre. J. Corbin s'y attaque. Et je parie qu'il a conclu que le Parti travailliste était sans issue. Et je pense que beaucoup de personnes en pensent autant du Parti démocrate en ce moment. Donc, le choix se fait entre transformer le Parti démocrate en Parti de la classe ouvrière ou en former un nouveau.
The Nation : C'est très difficile de créer un troisième Parti qui puisse durer aux États-Unis.
B.S. : Très difficile dans ce pays et dans notre contexte. C'est plus facile en Angleterre je pense. Ici, vous devez avoir une très bien garni financièrement et vous devez agir dans 50 États avec chacun leurs règles et lois qui sont toutes contre un troisième Parti. Donc c'est un défi.
Mais c'est sans dire que la direction du Parti est complètement coupée d'où se trouve la population et c'est presque effrayant d'assister au niveau de colère et de mépris qu'elle ressent envers cette direction.
The Nation : Vous avez été témoin de cette colère cette année en voyageant dans le pays pour vos ralliements « Fighting Oligarchy ». Il est évident que très tôt durant la nouvelle présidence Trump, vous avez décidé qu'il était plus valable de passer une bonne partie de votre temps à Omaha au Nebraska ou à Iowa City en Iowa qu'à Washington.
B.S. : En effet.
The Nation : Vous y êtes allé pour parler aux gens. D'une certaine façon, c'est une expérience en temps réel qui permet de savoir où se situent les Américains.es face à D. Trump. L'affluence a été énorme à ces événements. Mais personne ne vient vous dire : « Nous aimons le Parti démocrate ».
B.S. : En effet. Pour la plupart des Américains.es en ce moment, il est entendu que le système ne fonctionne pas, pour le dire sèchement. Personne y compris les Républicains.es les plus à l'extrême droite pense que c'est correct qu'E. Musk dépense 270 millions de dollars pour faire élire un personnage qui va enrichir les multimillionnaires. Chacun.e sait que le système de financement des campagnes électorales est pourri. Nous voyons tous et toutes ce que fait la crypto-monnaie. On voit ce que font les Comités d'action politique liés à l'intelligence artificielle. Les gens de cette industrie créent des supers Comités politiques et on sait ce que ça donne. Je pense que tout le monde comprend cette réalité. Nous comprenons tous et toutes qu'il y a des leviers massifs et toujours grandissants d'inégalité de revenus et d'inégalité (sociale). Tout le monde comprend que le système de soins est complètement brisé ; que c'est la même chose dans l'habitation.
Il y a quelques années, le Pew Research (Center) a publié un sondage où on demandait : « Pensez-vous que vous êtes en meilleure situation ou en pire situation qu'une personne de votre catégorie il y a 50 ans » ? Quel fut le résultat ? Presque 60% des répondants.es ont déclaré penser que les personnes d'il y a 50 ans étaient mieux. (…)
C'est fascinant. J'ai posé cette question à Newport au Vermont récemment. Une personne s'est levée et à crié : « Des biens et services abordables ». (Affordability). Et elle a poursuivi : « Quand j'étais jeune mon père était propriétaire d'un bar au Rhode Islan. Nous vendions les bières pression dix cents et nous pouvions nous payer (ce dont nous avions besoin) ». Une dame s'est aussi levée pour dire : « Mon père vendait des voitures ; il ne faisait pas beaucoup d'argent mais ma mère était à la maison pour s'occuper des enfants. Nous avions un niveau de vie décent ». Quelqu'un a commencé à parler du coût des loyers. J'ai pensé à ma vie personnelle. J'ai grandi dans un appartement à loyer contrôlé dans Brooklyn à New York. Mon père n'a jamais fait beaucoup d'argent. Mais nous n'avons jamais été pauvres. Nous mangions bien et nous avions un toit sur la tête. Nous avons bénéficié du contrôle des loyers. J'ai fait un calcul rapide : savez-vous combien ma famille dépensait pour le loyer d'un petit appartement, un trois et demie, pour quatre personnes ? Dites au hasard le pourcentage du salaire de mon père qui était consacré à ça ?
The Nation : 30% ?
B.S. : 18%
The Nation : Moins du cinquième du revenu.
B.S. : Exact ! Quand vous dépensez 18% (pour le logement), il vous reste de l'argent pour faire des choses qui permettent à la famille de survivre. Si par contre, vous devez payer 30-40-50% (à cet effet), on se retrouve à la rue à se demander si on aurait pu faire autrement.
Voici le plus pervers, comment se fait-il qu'il y a cinquante ans, avant les ordinateurs, les cellulaires etc., une personne qui ne faisait pas beaucoup d'argent pouvait avoir au moins un style de vie solide de classe moyenne et que maintenant ce n'est plus possible ?
The Nation : Ne pensez-vous pas que la direction du Parti démocrate pourrait se donner une plateforme à ce sujet ?
B.S. : Elle n'y comprend rien ; ça ne fait pas partie de son monde.
The Nation : Je veux que vous nous parliez d'un autre enjeu dont la direction démocrate parait être hors de portée. Vous avez fait cette expérience en temps réel, parlez aux gens, écoutez ce qu'ils veulent entendre et une des choses fascinantes est la discussion que vous avez eue au sujet de Gaza. Je vous ai vu le faire d'abord à Kenosha au Wisconsin. Vous avez fait des déclarations importantes à ce sujet. L'audience a répondu par des applaudissements les plus forts de la soirée.
B.S. : (…) Je veux être très clair. J'ai mentionné Gaza dans pratiquement tous mes discours. Et sans exception, que ce soit à Viroqua au Wisconsin, à Los Angeles en Californie ou à Newport au Vermont, partout ce sont presque des applaudissements debout. C'est un enjeu très, très profond. Alors, quand les idiots.es du Parti démocrate disent : « Nous avons fait un sondage et c'est l'économie qui domine, d'autres choses viennent ensuite et Gaza n'arrive qu'en 10ième place. Oui, les gens sont inquiets à ce sujet mais, ce n'est pas en première place dans leur liste ». Le fait est que même si les gens ne connaissent pas grand-chose aux politiques, ce sont des êtres humains avec de forts instincts. Et si vous ne pouvez pas faire confiance au leadership pour prendre position à propos d'horreurs indescriptibles, financées par vos taxes et impôts, si votre leadership ne peut rien dire à ce sujet, à qui allez-vous faire confiance sur n'importe quoi ?
Comme vous le dites, partout où je vais, je dis : « Vous savez, nous sommes à la tête d'un effort pour tenter à ce que les États-Unis cessent de soutenir militairement Israël », les audiences explosent. C'est ce qu'on veut entendre parce c'est dégoutant, profondément dégoutant ce qui se passe.
Et je vais ajouter : je pense que si Mamdani mène une si grande campagne c'est pour plusieurs raisons mais précisément aussi à cause de sa prise de position à propos d'Israël et Gaza. C'est la position d'une vaste majorité d'électeurs.trices qui penchent vers le Parti démocrate. Et de plus en plus de Républicains,es en sont là aussi. Que la direction du Parti démocrate doive respecter la ligne qui la lie à l'intelligence artificielle et ses propriétaires, ce n'est pas qu'une horrible politique, une politique indescriptible, ce sont vraiment de mauvaise politiques (qui en résultent) aussi.
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Affrontement à New York et problème du « timing » syndical
Les syndicats ont un rôle clef dans la possibilité même d'existence d'une société civile et donc de toute démocratie. Leur limite apparaît dès que la question du pouvoir central est posée. Elle prend alors la forme du timing décalé ou d'un mauvais timing.
Tiré de Arguments pour la lutte sociale
22 octobre 2025
Par Aplutsoc2
Amis lectrices et lecteurs, vous pensez forcément, si vous avez lu jusque là, que nous allons parler de la France, et vous avez raison, il va falloir en parler, mais il y a plus pressant encore : les Etats-Unis.
De l'avis admis dans les médias, le 18 octobre a été la plus grande journée de manifestations de l'histoire des Etats-Unis (7 millions), même s'il y a a peut-être bien eu déjà 13 millions le 14 juin, et qui sais plus encore cette fois-ci …
Quoi qu'il en soit, cet immense mouvement démocratique sur le double slogan No King ( à bas Trump)/No Kings ( à bas les oligarques, Trump, Vance, Musk, Miller, Thiel et tout le gang) ne vient certainement pas du parti démocrate, ni même d'ailleurs de l'aile socialiste de Bernie et Alexandra Ocasio Cortez (qui y participent), mais de réseaux de base qui ont construit des journées nationales de manifestations sans précédents.
Leur importance est mondiale. Et les sections syndicales de base sont le plus souvent fortement présentes dans ce mouvement. Mais pas les sommets. Pas qu'ils n'y soient pas un peu, ils n'y sont absolument pas : les sommets, au niveau de l'Union et aussi au niveau, en général, des Etats, regardent ailleurs, dans le vide.
Il y a pourtant, dans l'AFL-CIO, une aile combative de renouveau, dont nous avons parlé ici, qui a gagné la direction de l'Automobile, l'UAW, avec Shawn Fain, et a mené de grandes grèves salariales victorieuses fin 2023. Ils ont appelé à voter Biden mais n'y reviennent pas et sont équivoques à propos des tarifs douaniers de Trump. L'UAW avait, fin 2023, évoqué la « grève générale » aux Etats-Unis pour le … 1° mai 2028, oui, 2028. Ils appellent à faire converger les expirations de contrats collectifs de branche à cette date-là.
C'est irréel à présent, même si c'était intéressant de lancer ça fin 2023, au vu de la bataille de masse qui se déroule tout de suite, laquelle conditionnera, de toute façon, les droits collectifs, ou leur absence, en 2028.
Figurez vous qu'il existe des « syndicalistes révolutionnaires » français qui s'extasient devant cette combativité américaine en comparant la perspective du 2028 de l'UAW à l'appel du congrès de Bourges de la CGT, en 1904, à la grève générale le 1° mai 1906 pour la journée de 8 heures. Ils oublient juste un détail : quand la campagne du 1°mai 1906 est lancée en 1904, les antidreyfusards, monarchistes, bonapartistes et préfascistes, ont perdu, et l'Etat de droit n'est pas menacé mais il est en train de se renforcer avec le débat sur les lois laïques. Le syndicalisme ne saurait être « indifférent » à la politique et les syndicalistes révolutionnaires de 1904, en fait, ne l'étaient pas, eux.
Aux Etats-Unis aujourd'hui, l'Etat de droit s'effondre et la bataille pour les libertés conduit à la bataille pour le pouvoir. Fixer comme date clef le 1° mai 2028, c'est, concrètement, désarmer les citoyens et les travailleurs contre leurs pires ennemis, maintenant.
Et les dates sont claires :
1) élections municipales à New York le mardi 4 novembre (2025, pas 2028 !) : la victoire annoncée de Zohran Mamdani défiera le King et les Kings au point de vue national.
2) marche nationale, manifestation centrale du mouvement No King/No Kings/50501 le 22 novembre.
Le maire de Chicago, Brandon Johnson, dans un impressionnant discours à la manifestation de samedi, a employé les mots « grève générale » et a déclaré qu'il allait falloir affronter la police.
Attention, en toute rigueur, il n'a pas « appelé à la grève générale » comme le disent certains messages qui prennent leurs désirs pour la réalité, mais il s'est rapproché, lui, le maire démocrate d'une ville clef du pays, du peuple qui l'a élu en avançant fortement sur la voie de l'affrontement avec le pouvoir central – mais c'est le pouvoir qui l'a choisi – d'une ville où cet affrontement a commencé, le syndicat des instituteurs ( ce sont surtout des institutrices noires !) le CTU, Chicago Teachers Union, organisant la protection et l'autodéfense des écoles et des quartiers.
Et des pages FB grassroots (de base) ou démocrates appellent de leur vœux maintenant un « réveil syndical » en s'appuyant sur Chicago. C'est très important.
Gauchistes et sectaires qui font la fine bouche parce que ce sont des Démocrates ou qui dissertent sur Zohran Mamdani « politicien bourgeois », vous êtes hors sol : ceux-là sont en train de vous doubler par la gauche, en défendant la Constitution ! Car c'est ça le mouvement réel !
Mais attention, attention : le pouvoir lui aussi sait que le calendrier, ce n'est pas « le 1° mai 2028 » de l'UAW, mais les quatre prochaines semaines, et les bandes de ICE ont attaqué Chinatown, à New York, ce matin.
Les affrontements ont commencé à Chinatown . Et si la provocaition armée contre Chinatown préparait la suspension trumpiste du vote le 4 novembre ?
Les chefs de l'AFL-CIO et de l'UAW et leurs structures ont une responsabilité historique.
Autodéfense ! Préparation de la grève générale de défense de la démocratie contre les milliardaires dans tous les secteurs ! Montée à Washington le 22 novembre !
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Le président fantôme : Russell Vought, architecte du projet 2025, profite du shutdown pour affaiblir les agences fédérales
Invité : Andy Kroll, journaliste d'investigation pour ProPublica
Nous examinons l'influence du principal conseiller budgétaire de Trump et l'architecte du Projet 2025, Russell Vought, sur les politiques de l'administration Trump et sur Trump lui-même. Vought est « la force motrice derrière le shutdown [gouvernemental] » et « essentiellement un second commandant en chef, un président fantôme », explique le journaliste de ProPublica Andy Kroll, qui a passé des mois à enquêter sur Vought pour un profil approfondi du directeur de l'Office of Management and Budget. Pendant cette deuxième administration Trump, l'idéologie profondément conservatrice de Vought n'a été remise en question par un Congrès docile, plaçant un pouvoir sans précédent entre les mains de l'exécutif.
21 octobre 2025 | tiré de democracy now !
https://www.democracynow.org/2025/10/21/russell_vought_propublica_shadow_president
AMY GOODMAN : Ici Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman, avec Juan González.
Alors que le shutdown gouvernemental entre dans son 21ᵉ jour, le président Trump a promis de cibler les agences dites « démocrates ». Vendredi, le puissant directeur de l'Office of Management and Budget de Trump, Russell Vought, a annoncé une réduction de financement de 11 milliards de dollars pour les projets du Army Corps of Engineers dans les villes dirigées par les démocrates : Baltimore, New York, San Francisco et Boston. Vought était l'auteur principal du plan conservateur d'extrême droite, Projet 2025, que Trump avait auparavant désavoué. Il occupe désormais le poste de principal conseiller budgétaire de Trump. Politico rapporte que le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a récemment averti ses collègues lors des négociations budgétaires : « Nous ne contrôlons pas ce que [Vought] va faire », citation. Au début du shutdown, Trump avait publié une vidéo générée par IA sur la chanson classique de Blue Oyster Cult, « (Don't Fear) The Reaper », représentant Vought comme la Faucheuse de Washington, D.C.
Aujourd'hui, nous nous intéressons à « ce président fantôme », comme certains l'appellent. Ceci fait partie d'une vidéo accompagnant une nouvelle enquête du journaliste d'investigation d'ProPublica, Andy Kroll, qui nous rejoindra dans un instant.
ANDY KROLL : J'avais entendu le nom de Russ Vought, mais il était toujours légèrement en dehors du champ de vision. Puis j'ai mis la main sur cette vidéo.
RUSSELL VOUGHT : Nous voulons que les bureaucrates soient traumatisés. Quand ils se réveillent le matin, nous voulons qu'ils n'aient pas envie d'aller travailler.
ANDY KROLL : Il parle de cet objectif de vouloir traumatiser les fonctionnaires fédéraux.
RUSSELL VOUGHT : Nous voulons les traumatiser.
ANDY KROLL : Cela a simplement planté une graine dans mon esprit, et j'ai senti que je devais comprendre qui était cette personne. Il a refusé ma demande d'interview, alors j'ai essayé de parler à tout le monde possible, de regarder toutes les vidéos, d'écouter tous les podcasts. J'ai obtenu des heures de briefings de ses partisans qui n'avaient jamais été publiées auparavant.
RUSSELL VOUGHT : L'Amérique n'a rien vécu de moins qu'une révolution silencieuse… Nous connaissons le CRT et les absurdités transgenres qui sont injectées dans nos écoles et institutions… Une invasion des frontières poursuivant, franchement, une colonisation inversée… Nous essayons réellement de sauver le pays.
ANDY KROLL : Ces enregistrements m'ont vraiment aidé à comprendre son évolution, de simple expert en chiffres à leader à part entière du mouvement MAGA.
LAURA BARRÓN-LÓPEZ : L'un des auteurs clés du Projet 2025, Russell Vought…
JOY REID : … a dit aux journalistes que Trump déploierait l'armée pour faire taire les troubles.
RUSSELL VOUGHT : Je pense qu'il faut réhabiliter le nationalisme chrétien… Vous avez la plus grande déportation de l'histoire… Bloquer le financement de Planned Parenthood… Je veux être la personne qui écrase l'État profond… Oui, j'ai appelé au traumatisme au sein des bureaucraties. Les bureaucraties détestent le peuple américain.
ANDY KROLL : Il a vraiment une vision pour changer le cours de l'histoire américaine.
RUSSELL VOUGHT : Nous devons faire notre devoir pour le destin de ce pays, franchement, pour le destin de la civilisation occidentale et pour le cours de l'histoire.
AMY GOODMAN : Pour en savoir plus, nous accueillons Andy Kroll, journaliste d'investigation pour ProPublica. Cette vidéo accompagne son nouvel article intitulé « Le président fantôme ». Andy, bienvenue à Democracy Now ! Décrivez-nous exactement qui est Russ Vought, l'homme derrière le Projet 2025, le projet dont Trump disait ne pas connaître l'existence, ce qu'il fait actuellement et pourquoi Républicains et Démocrates le craignent.
ANDY KROLL : C'est un plaisir d'être de retour, Amy. Merci de m'accueillir.
Je soutiendrais que Russ Vought est probablement l'assistant le plus important de Donald Trump dans l'administration actuelle. Les spectateurs connaissent peut-être des noms comme Stephen Miller, considéré comme le numéro deux de Trump. Mais en ce moment, au 21ᵉ jour de ce shutdown, Russ Vought est aussi influent que quiconque dans cette administration. Il est la force motrice — probablement la force motrice — derrière ce shutdown, et notamment dans les efforts de la Maison-Blanche pour licencier massivement des fonctionnaires fédéraux, utiliser la menace de licenciements supplémentaires, la menace de gel des financements de projets clés comme levier ou punition à l'encontre des démocrates et, encore, des fonctionnaires non partisans.
En tant que directeur du budget de la Maison-Blanche, mais surtout comme visionnaire de l'administration Trump, il pousse presque à lui seul l'agenda du Projet 2025, dont il a joué un rôle clé dans la mise en œuvre, en jouant un rôle instrumental mais largement discret pour faire avancer l'agenda de Trump sur le plan intérieur. On le décrit comme expert en budget, homme des chiffres du président, mais il est bien plus que cela. Selon mes sources dans le gouvernement fédéral, il est en fait « un second commandant en chef, un président fantôme ». C'est dire combien sa présence a été influente en seulement neuf mois de cette présidence.
JUAN GONZÁLEZ : Mais Andy, je voulais vous demander — il y a 40 ans, sous la première présidence de Ronald Reagan, un autre directeur du budget, David Stockman, est devenu célèbre pour ses réductions d'impôts et surtout de dépenses publiques. Qu'est-ce qui est unique ou différent dans la manière dont Vought agit ?
ANDY KROLL : J'aime cette référence, Juan, car j'ai beaucoup lu sur Stockman en travaillant sur cet article, et j'ai revisité son livre The Triumph of Politics. Stockman y expliquait comment la politique entravait ce qu'il voulait accomplir, notamment réduire drastiquement les budgets, réduire l'État-providence, les programmes gouvernementaux, etc. Il écrivait ce livre presque comme une lamentation de ne pas pouvoir réaliser sa vision.
Quarante ans plus tard, nous avons Russ Vought, qui réussit là où Stockman n'a pas réussi, et a probablement tiré quelques leçons du passé. Pourquoi Vought a-t-il réussi ? En partie parce qu'il a testé, et parfois totalement ignoré, l'état de droit, défiant les lois votées par le Congrès qui imposent comment dépenser l'argent pour certains programmes, défiant les obligations de transparence sur le financement géré par l'Office of Management and Budget. Vought adopte une approche beaucoup plus agressive pour appliquer les réductions et les reculs dramatiques sur les fonctions du gouvernement fédéral, que ce que Stockman aurait souhaité. Ils partageaient probablement la vision et l'idéologie, mais Vought a appris à être beaucoup plus agressif pour la mettre en œuvre, sans laisser les lois ou précédents judiciaires l'empêcher d'avancer son agenda conservateur très ambitieux.
JUAN GONZÁLEZ : Et la réaction des majorités républicaines à la Chambre et au Sénat face à cette remise en cause, voire démolition, du pouvoir du Congrès sur les finances fédérales ?
ANDY KROLL : C'est remarquable à observer. C'est une différence importante avec l'ère Reagan. À l'époque, le Congrès défendait son pouvoir budgétaire. Aujourd'hui, Vought agit comme si le pouvoir de l'Article I du Congrès n'existait pas, gelant des financements déjà approuvés et bloquant des programmes que le Congrès veut financer. Et le Congrès n'a rien fait. Les majorités républicaines laissent Vought et la Maison-Blanche marcher sur elles, avec quelques commentaires faibles de leurs leaders, mais sans faire valoir leur autorité constitutionnelle. La Maison-Blanche bouleverse ainsi le système démocratique en trois parties. C'est vraiment remarquable à observer en temps réel.
AMY GOODMAN : Votre reportage vidéo de ProPublica montre un extrait de la conférence 2023 du Center for Renewing America de Vought, où il est sur scène avec l'allié de Trump, Steve Bannon.
STEVE BANNON : Je sais que certains remettent Trump en question, mais regardez cette performance qu'il a donnée l'autre soir. C'est comme Charlemagne. Comme un chef viking sur scène. Russ est un instrument imparfait, mais c'est un instrument du Seigneur pour sa vengeance.
AMY GOODMAN : « Un instrument du Seigneur pour sa vengeance », disait Steve Bannon à propos de Russell Vought. Andy Kroll, votre dernière analyse sur l'importance de ce qu'il fait et si quelque chose peut l'arrêter, y compris la Cour suprême ?
ANDY KROLL : Beaucoup des actions agressives de Vought, sa vision d'un exécutif unitaire très puissant, vont se retrouver devant les tribunaux, probablement jusqu'à la Cour suprême des États-Unis, sur des questions comme la capacité du président à retenir des fonds fédéraux ou à licencier massivement des fonctionnaires, brisant les syndicats gouvernementaux. Nous nous dirigeons vers une bataille judiciaire titanesque dans un an ou deux, qui pourrait changer profondément notre conception de la démocratie représentative.
AMY GOODMAN : Andy Kroll, journaliste d'investigation pour ProPublica. Nous mettrons un lien vers votre article « Le président fantôme ».
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Quand la Constitution québécoise ignore les peuples autochtones
La Coalition avenir Québec (CAQ) projette non seulement d'imposer une Constitution du Québec aux Premières Nations et Inuit, mais en plus le projet de loi s'inscrit en contradiction avec les droits des Autochtones garantis par la Constitution canadienne. Adopter une telle approche en 2025 ignore des droits constitutionnels bien reconnus, reproduit la vieille approche coloniale et constitue une grave erreur juridique comme historique.
Tiré de The conversation.
Il y a plus de 40 ans, on enchâssait dans la Constitution canadienne l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Cette disposition garantit les droits des peuples autochtones issus de traités et leurs droits ancestraux. Le projet de Constitution de la CAQ en fait complètement fi. Aucune disposition du projet de loi déposé ne traite des droits constitutionnels autochtones. Plus encore, les quelques mentions des Premières Nations et Inuit au préambule du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, sont de nature à minimiser des droits pourtant clairement reconnus.
On y mentionne en effet les Autochtones pour affirmer qu'ils « existe[nt] au sein du Québec ». On ne reconnaît pas qu'il s'agit de « peuples », contrairement à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007, mais plutôt de simples « descendants des premiers habitants du pays ». On désigne même nos nations sous des appellations coloniales francisées, rappelant le processus d'effacement des noms de nos ancêtres.
Le projet de loi affirme l'« intégrité territoriale » ainsi que la « souveraineté » culturelle et parlementaire du Québec. Les Autochtones ne pourraient selon ce projet de Constitution que « maintenir et développer leur langue et leur culture d'origine ». Autrement dit, les droits territoriaux et de gouvernance garantis en vertu de l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 sont complètement ignorés, voire niés.
L'imposition coloniale des « droits collectifs » de la « nation québécoise » sur les droits collectifs et fondamentaux des peuples autochtones est également affirmée par des dispositions d'interprétation spécifiques. Alors que les droits des Premières Nations et Inuits sont réduits, on précise que ceux de la nation québécoise « s'interprètent de manière extensive ».
De plus, on propose la création d'un Conseil constitutionnel ayant pour mandat d'interpréter la Constitution du Québec. Or, les facteurs explicitement précisés dont devrait tenir compte ce Conseil ne portent que sur les droits et « caractéristiques fondamentales du Québec », son « patrimoine commun », son « intégrité territoriale », ses « revendications historiques », son « autonomie » et son « économie ». Pas une seule mention ici de l'existence des peuples autochtones ou de leurs droits.
Les Wendat, Kanien'keháka (Mohawk), Attikamekw, Anishinaabe, Cris (Eeyou Istchee), Abénakis, Mi'kmaq, Innus, Naskapis, Wolastoqiyik et Inuit n'existent pas sur un territoire « appartenant » au Québec. C'est le Québec qui existe sur les territoires dont ces nations sont les gardiennes et pour lesquels nous avons une responsabilité commune. Nos droits ne sauraient être effacés à nouveau en 2025 par ce projet de Constitution du Québec.
La Cour suprême et les tribunaux du Québec comme d'ailleurs au pays reconnaissent de façon constante que les peuples autochtones ont une souveraineté préexistante à celle imposée historiquement par la Couronne, c'est-à-dire une souveraineté qui existait bien avant les débats sur l'autonomie du Québec au Canada. Cette souveraineté existe toujours et doit être réconciliée avec celle de l'État dans un esprit de « justice réconciliatrice ».
Il en découle des droits concrets en matière de consultation, de consentement, d'autonomie gouvernementale. Aucune dérogation à ces droits n'est possible, contrairement aux droits et libertés visés par la clause dérogatoire de l'article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés.
Or, la CAQ souhaite mettre à l'abri de contestations constitutionnelles toute disposition législative qui « protège la nation québécoise ainsi que l'autonomie constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec » en interdisant toute contestation judiciaire d'un organisme qui utiliserait pour ce faire des fonds publics du Québec. Fort nombreuses sont les organisations qui reçoivent des fonds publics, incluant celles ayant justement la mission publique de protéger la société contre les actions illégales ou délétères de l'État. Il s'agit d'un des fondements de l'État de droit.
Du point de vue autochtone, cette interdiction rappelle l'époque coloniale où il était interdit aux Premières Nations de contester les actions illégales de l'État qui avaient pour but de les déposséder de leurs terres, de nier leurs droits et de les assimiler. Cette mesure a participé au génocide des peuples autochtones au Canada.
Un projet de loi qui s'ajoute à d'autres violations de droits par Québec
Ce projet de Constitution du Québec s'ajoute à plusieurs autres atteintes claires aux droits autochtones. Pensons à la contestation de Québec de la loi fédérale reconnaissant le droit inhérent des peuples autochtones de mettre en place leurs propres politiques familiales et de protection de la jeunesse. La Cour suprême lui a donné tort et a confirmé la constitutionnalité de la loi fédérale.
La CAQ a aussi refusé d'exclure les étudiants autochtones des règles de renforcement de la Charte de la langue française (projet de loi 96), alors que les langues autochtones ne menacent pas le français. Cette décision accroît les obstacles aux études supérieures et limite les droits de gouvernance en éducation des peuples autochtones. La contestation de la constitutionnalité de la loi québécoise est en cours.
Enfin, pensons au récent projet de loi 97 visant à réformer le régime forestier, lequel avait été sévèrement critiqué. Celui-ci proposait un retour en arrière et rappelait l'approche préconisée au début de la colonisation du territoire, alors que l'industrie jouait un rôle accru en matière de gouvernance du territoire. Le projet de loi a finalement été abandonné fin septembre, mais il aura fallu que les peuples autochtones se battent à nouveau pour faire respecter leurs droits.
Moderniser la Constitution du Québec pour respecter les droits des Autochtones
Le contexte n'est plus le même qu'à la fondation du pays en 1867 ou lors des discussions des années 1980 ayant précédé le rapatriement de la Constitution. En 2025, il ne serait ni légal, ni légitime, d'adopter une Constitution du Québec ignorant les droits des Autochtones.
Une Constitution québécoise doit minimalement reconnaître les mêmes droits ancestraux et issus de traités que ceux protégés par la Constitution canadienne et les décisions des tribunaux en la matière. Cela inclut des droits de gouvernance notamment quant au territoire.
De plus, la Charte des droits et libertés de la personne est silencieuse sur les droits autochtones. L'article 10 garantissant le droit à l'égalité devrait être modifié pour indiquer que l'identité et le statut autochtone sont des motifs de discrimination spécifiquement prohibés au Québec. Cette Charte devrait également reconnaître expressément le droit à la sécurité culturelle afin que toute personne autochtone ait accès aux services publics de façon équitable. Ces changements permettraient qu'un mandat conséquent soit donné à la Commission des droits de la personne pour agir afin d'enrayer cette discrimination.
Le Québec doit également mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le Canada fait partie de nombreux pays qui se sont engagés à le faire et nos tribunaux ont commencé à s'y référer. La Déclaration exige de construire avec les peuples autochtones les politiques qui touchent à leurs droits, de respecter leur consentement et leur autonomie ainsi que le droit d'avoir accès aux services publics sans discrimination, à l'instar du Principe de Joyce.
Le projet de Constitution de la CAQ ne correspond en rien à ce qu'un véritable processus constituant doit faire. Ni les Québécois ni les peuples autochtones ne participent à cette démarche. Une Constitution devrait être pensée pour au moins les sept prochaines générations, comme nous l'enseignent les Aînés, et non en vue de la prochaine élection.
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Repères de pauvreté, repères de société
En 2002, l'Assemblée nationale adoptait à l'unanimité la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Cette loi nous engageait à « tendre vers un Québec sans pauvreté ». Où en sommes-nous ?
Depuis cette date, bon an, mal an, les moyens ont été là pour y arriver. Le revenu total après impôt dont ont disposé les ménages québécois pour vivre a été suffisant pour assurer en moyenne à chaque ménage environ deux fois le seuil de couverture des besoins de base qui lui était attribuable selon sa taille et sa localité d'après la mesure du panier de consommation (MPC) qui sert au suivi de la loi. Pour le dire autrement, si la capacité de couvrir ses besoins de base équivaut à un indice panier de 1, soit la possibilité d'acquérir un panier de consommation selon la MPC, notre capacité collective d'aisance a tourné autour de deux paniers, soit un indice panier de 2.
Est-ce à dire qu'il n'y avait pas de pauvreté au Québec ? Certainement pas. Pour donner un ordre de grandeur, pendant cette période, le dixième le plus pauvre des ménages, surtout composé de personnes seules, a disposé en moyenne de l'équivalent de plus ou moins un demi-panier (un peu plus en 2020 en raison de la Prestation canadienne d'urgence, qui a augmenté temporairement les ressources d'une partie de ce décile).
Autrement dit, ce dixième le plus pauvre des ménages n'a eu chroniquement accès qu'à la moitié du nécessaire pour couvrir ses besoins de base, avec les impacts connus sur la santé et l'espérance de vie de la partie qui manquait. Pendant la même période, le dixième le plus riche des ménages a vu sa part augmenter d'environ quatre paniers à près de quatre paniers et demi en moyenne. De fait, les données montrent par l'absurde que si la volonté politique avait été là, avec des politiques sociales et fiscales à l'avenant, il aurait été constamment possible dans les deux dernières décennies de résoudre durablement le déficit de couverture des besoins de base au Québec sans perte de niveau de vie pour le reste de la population.
Il aurait suffi d'appliquer un principe d'amélioration prioritaire des revenus du cinquième le plus pauvre de la population sur ceux du cinquième le plus riche, comme le préconisait la proposition de loi citoyenne pour un Québec sans pauvreté qui avait précédé l'adoption de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. À défaut d'un tel principe dans la loi adoptée, et de règles pour l'appliquer, la croissance du niveau de vie est allée en haut de l'échelle des revenus plutôt qu'en bas.
Voilà pourquoi il importe de considérer l'ensemble de l'échelle des revenus quand on se préoccupe de mesurer la pauvreté, plutôt que de se limiter à ceux et celles qui se trouvent sous les seuils – à tout le moins, si on veut avancer en direction d'une société sans pauvreté comme le veut la loi, dans une perspective de bien-vivre mieux partagé.
Si la pauvreté n'est pas qu'économique, elle est nécessairement économique et tributaire des règles du jeu économique et de la vie qu'on veut vivre ensemble, ne serait-ce que parce que le revenu dont on dispose détermine le niveau de vie qu'on peut avoir dans la société telle qu'elle est.
La MPC, qui est compilée et révisée périodiquement par Statistique Canada depuis 2002, sert au Québec depuis 2009 au suivi des situations de pauvreté sous l'angle de la couverture des besoins de base. Pourtant, comme l'a expliqué alors le Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion (CÉPE) en référant à la définition de la pauvreté donnée dans la loi et à une définition fondée sur la capacité d'exercer l'ensemble de ses droits reconnus, le panier de biens et services (qui prend en compte l'alimentation, les vêtements, le logement, le transport et d'autres besoins) qui en détermine les seuils ne remplit pas pour autant l'ensemble des conditions nécessaires à une vie exempte de pauvreté.
Si on utilise la MPC comme repère et qu'on situe l'ensemble de la population par rapport à ce repère, on aperçoit alors tout le continuum de niveaux de vie qui constitue notre réalité comme société. Où situer la démarcation entre la pauvreté et son absence dans ce continuum ? La question reste ouverte.
Dans ses comparaisons internationales, le Québec utilise comme mesure de faible revenu (MFR) deux pourcentages du revenu médian, soit 50 % (MFR-50) et 60 % (MFR-60). Utilisée dans plusieurs pays européens, la MFR-60 sert de critère pour la cible donnée dans la loi, soit de rejoindre les rangs des nations industrialisées où il y a le moins de personnes pauvres.
De son côté, l'IRIS publie depuis 2015 un indicateur de revenu viable fondé sur un panier de biens et services offrant plus de latitude que celui de la MPC tout en lui restant comparable. Jusqu'à maintenant, il s'avère situé à environ 1,3 fois le seuil de la MPC, du moins pour une personne seule à Montréal. Si la MPC suppose généralement un revenu après impôt un peu en dessous de la MFR-50 au Québec, le revenu viable avoisine le seuil de la MFR-60 selon les localités étudiées.
Comme le montre le tableau 1, ces quatre mesures se complètent pour donner une assez bonne idée d'un revenu après impôt nécessaire à la transition entre la pauvreté et son absence pour une personne seule à Montréal en 2020.
Utilisées conjointement avec l'indice panier, ces données évitent de se limiter aux seules populations sous les seuils et de les y cantonner par le fait même dans les décisions publiques les concernant. Leur croisement dans un tableau de bord dont on peut suivre l'évolution au fil des ans impose un regard et une action sur l'ensemble du pacte social et fiscal.
On voit qu'en 2020, 55,1 % de la population pouvait être située dans la classe moyenne selon un critère courant (un revenu entre 75 % et 150 % du revenu disponible médian, alors de 48 200 $ pour une personne seule et de deux fois plus pour une famille de quatre). Sous le seuil d'entrée à 75 % du revenu médian (autour de 1,5 panier), 26,2 % de la population était à plus faible revenu, avec des degrés de gravité différents :
Les ménages disposant de l'équivalent de 2 ou 3 paniers étaient en plein dans la classe moyenne ainsi définie. Environ 18,7 % de la population se trouvait au-delà de ce critère, même si plusieurs pouvaient se croire en deçà. À 4 paniers, on se trouvait même dans le décile le plus riche des ménages.
- Faible revenu autour ou au-delà du revenu viable et de la MFR-60 comme critères de sortie de la pauvreté (60 % – 75 % du revenu médian) (12 %) ;
- Entre la couverture des besoins de base et la sortie de la pauvreté (50 % – 60 % du revenu médian) (6,5 %) ;
- Autour ou en deçà de la couverture des besoins de base (moins de 50 % du revenu médian) (7,7 %, dont 4,8 % [1] sous le seuil de la MPC avec moins d'un panier pour vivre).
Les ménages disposant de l'équivalent de 2 ou 3 paniers étaient en plein dans la classe moyenne ainsi définie. Environ 18,7 % de la population se trouvait au-delà de ce critère, même si plusieurs pouvaient se croire en deçà. À 4 paniers, on se trouvait même dans le décile le plus riche des ménages.
Le suivi sur plusieurs années de ce tableau de bord s'avère également instructif. Il montre par exemple l'impact positif, quoique temporaire, de la PCU et des autres mesures d'aide à l'emploi en temps de COVID sur les revenus disponibles en 2020. Comparativement à 2019 et contrairement à la tendance des années précédentes, l'amélioration du revenu disponible est allée cette fois dans le bas et le milieu de la courbe (tassement vers la droite, donc vers de meilleurs revenus en dollars constants) sans perte de niveau de vie en haut de celle-ci en dollars constants.
Des questions à se poser
En disposant de l'ensemble de cette distribution et de son évolution dans le temps, il devient plus facile de poser certaines questions de société et de pacte social et fiscal.
Il y a par exemple cette question incontournable : comment justifier, devant un tel schéma, la règle qui plafonne à un demi-panier (en fait 55,1 % du seuil de la MPC, lequel devrait servir de plancher) la garantie de revenu d'une personne sans emploi à l'aide sociale de base ?
Et cette question existentielle : quel écart en plus ou en moins de deux paniers (la moyenne pour l'ensemble de la population) est-il acceptable de viser vers une société sans pauvreté où le bien-vivre est mieux partagé ?
Vient alors une autre question : devrait-il y avoir un plafond ? La question se pose d'autant plus que plus l'indice panier est élevé, plus le revenu en cause hypothèque fortement le budget carbone collectif.
Arrive finalement cette inévitable question socio-environnementale : vers quel indice panier écologiquement soutenable devrions-nous tendre en tenant compte de nos formes de production et de consommation, actuelles et à faire évoluer ?
Aborder l'ensemble des ménages à partir des seuils qui servent de repères au suivi de la pauvreté pour pouvoir ensuite se situer collectivement dans l'échelle des revenus est un équipement à se donner pour en venir, et ça presse, à répondre à ces questions et à reconsidérer notre rapport au revenu et à la richesse en conséquence.
[1] Comparativement à 8,9 % en 2019 sans les mesures de soutien liées à la COVID.
Vivian Labrie est chercheure associée à l'IRIS.
Illustration : Anne Archet
POUR ALLER PLUS LOIN
En continuité avec cette conclusion, et pour des références vers les concepts et les données présentés à grands traits dans cet article, voir le mémoire présenté par l'IRIS au ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale dans le cadre des consultations pour la quatrième mouture du plan d'action requis par la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale : IRIS, Trois ingrédients pour un Québec sans pauvreté et résilient face à l'urgence climatique, 2023.
https://iris-recherche.qc.ca/publications/memoire_lutte_pauvrete/

Une personne sur dix
Le Collectif pour un Québec sans pauvreté regroupe 36 organisations nationales québécoises, populaires, communautaires, syndicales, religieuses, féministes, étudiantes, coopératives ainsi que des collectifs régionaux dans la plupart des régions du Québec. Depuis ses débuts, le Collectif travaille en étroite association avec les personnes en situation de pauvreté. Propos recueillis par Yannick Delbecque.
À bâbord ! : Pourquoi le Collectif a-t-il été formé ?
Virginie Larivière : Le Collectif s'appelait à son origine le Collectif pour une loi visant l'élimination de la pauvreté. Il a été créé à la fin des années 1990 par des groupes de Québec réunis autour d'une proposition de réforme de l'assistance sociale par le gouvernement de l'époque. Ces groupes ont su aussi mobiliser plusieurs personnes en situation de pauvreté concernées par cette réforme, notamment des personnes âgées ou assistées sociales. Ce mouvement a vraiment pris beaucoup d'ampleur et l'idée de revendiquer une loi visant l'élimination de la pauvreté est apparue comme étant mobilisatrice. Les groupes ont rédigé une proposition citoyenne de loi visant l'élimination de la pauvreté, laquelle a été présentée à l'Assemblée nationale, puis largement amendée par les parlementaires pour finalement être adoptée à l'unanimité en 2002.
Après l'adoption de la loi, le collectif a été renommé Collectif pour Québec sans pauvreté. Nous agissons depuis comme chien de garde au sujet des enjeux liés à la pauvreté, des mesures proposées, des budgets. Le Collectif a maintenant trois grands champs d'action. Premièrement, nous faisons de la représentation politique. On utilise notre influence pour faire adopter de meilleures politiques publiques en matière de lutte contre la pauvreté. On interpelle aussi le gouvernement et les partis d'opposition pour mettre de la pression. Le deuxième volet de notre action est ce que nous appelons « les pratiques avec ». Il s'agit du principe selon lequel on doit mener cette lutte avec les personnes en situation de pauvreté concernées par l'objet de ces luttes. Enfin, le troisième volet de notre action est celui de la recherche. Nous avons développé des projets de recherche-action participative et nous participons à des projets de recherche universitaire.
ÀB ! : Qu'est-ce qui explique qu'il y a de la pauvreté dans notre société ?
V. L. : Parce qu'on tolère le fait que des gens ne couvrent pas leurs besoins de base. Parce que nous sommes dans un système capitaliste qui crée de la pauvreté en générant des gagnant·es et des perdant·es. Les perdant·es, ce sont les personnes en situation de pauvreté. Historiquement, ce sont les travailleurs et les travailleuses qui sont exploité·es pour alimenter le jeu du capitalisme. Le capitalisme fait en sorte que les possédants, ceux qui réussissent à se hisser au sommet, puissent s'approprier les profits. Les possédants peuvent maintenant gagner cent fois le salaire de leurs ouvrières et ouvriers les moins payé·es. C'est ce qui fait apparaître les inégalités de toute nature, qu'elles soient économiques, sociales, de santé et culturelles.
Dans les dernières décennies, ces écarts se sont agrandis de façon absolument indécente sans qu'on arrive à y trouver de réponse politique. Nous sommes paralysé·es devant le grand jeu du capital et du mythe du capitaliste qui réussit grâce à son seul travail et à son génie. Il y a encore des gens qui saluent ces « réussites » de personnes qui seraient sorties de nulle part et qui réussiraient seules à monter au sommet. On ne calcule cependant jamais le coût collectif de ces succès individuels. On sait que personne n'arriverait seul·e à monter si haut dans notre monde compétitif mondialisé. Il y a nécessairement eu tout un échafaudage d'appuis, de relations, de connaissances, de moyens financiers, moyens auxquels la grande majorité du monde n'a pas accès.
On accepte l'existence de la pauvreté comme une fatalité. Il y aurait toujours eu des pauvres et des gagnants et la seule chose à faire serait de tirer son épingle du jeu : faire les bons choix, réussir à l'école, rester en santé. Comme si le fait de se retrouver en situation de pauvreté ou de devenir riche était la conséquence de choix individuels.
ÀB ! : Comment éradiquer la pauvreté ?
V. L. : Il faut beaucoup de volonté politique ! Évidemment, éliminer la pauvreté, c'est une question de revenus. Les gens sont pauvres parce qu'ils manquent de revenus. Ils n'ont pas assez d'argent pour s'offrir la couverture des besoins de base pour sortir de la pauvreté. L'augmentation des revenus figure bien sûr dans nos revendications.
Je pense cependant que la clé de la lutte à la pauvreté est de défaire les importants préjugés à l'égard des personnes en situation de pauvreté et à l'égard du système générant de la pauvreté. On a tellement de préjugés que ça nous empêche de rehausser le revenu des plus pauvres, de nous attaquer véritablement aux inégalités socioéconomiques. S'il y avait moins de préjugés, si le portrait global était mieux compris, il serait beaucoup plus facile d'éliminer la pauvreté. Par exemple, il y a encore beaucoup de préjugés à l'égard des personnes assistées sociales. Pour comprendre comment cela est nuisible aux luttes que nous menons, on peut se rappeler comment en 2012 les préjugés envers le mouvement étudiant ont pu lui nuire. Iels seraient des « enfants gâté·es pourris » qui buvaient de la sangria sur des terrasses avec des cellulaires. On dépeint beaucoup les personnes en situation de pauvreté comme étant profiteuses, paresseuses et en manque de volonté. Beaucoup au Québec ont un avis assez campé au sujet de l'assistance sociale, mais très peu connaissent véritablement ce système et son fonctionnement. Ses conditions d'accès extrêmement contraignantes sont méconnues : qui en est exclu·e, quelles sont les conditions pour y avoir accès, quelles sont les conditions pour le conserver, etc. Il est urgent de défaire ces préjugés et la méconnaissance qu'on peut avoir envers les personnes en situation de pauvreté.
Ensuite, il faut la volonté politique. Depuis 20 ans, les gouvernements de tout ordre clientélisent la population. On peut mettre de l'avant des mesures de lutte contre la pauvreté, de rehaussement du revenu, mais visant certaines catégories de personnes, ce qui clientélise ces mesures. Par exemple, des mesures pour les personnes aînées, pour les femmes seules de 60 ans et plus, etc. Depuis quelques années, les deux paliers de gouvernements ont mis en place des mesures pour les personnes aînées, mais de 70 ans et plus, alors que depuis longtemps, on considère comme aînées les personnes à partir de 65 ans, dès leur retraite. Cela coûte moins cher, mais cela clientélise. Ce ne sont plus des mesures universelles. Il arrive la même chose au système d'assistance sociale. On catégorise les gens en fonction de leur capacité à rejoindre le marché du travail avec toutes sortes de biais dans la manière de déterminer ces catégories. Dans les dernières années, on a aussi beaucoup mis de l'avant des mesures pour les familles. Ce n'est pas une mauvaise chose, mais c'est encore une approche clientéliste qui, cette fois-ci, a comme effet d'exclure les personnes seules et les couples sans enfants. Ces personnes sont les plus oubliées en matière de lutte contre la pauvreté et ne sont l'objet d'aucune mesure particulière.
Quand on n'a pas la volonté de lutter contre la pauvreté de manière large, on tombe dans ces petites catégories. C'est ce qui fait que malgré l'adoption de la loi visant l'élimination de la pauvreté il y a 20 ans, malgré le fait que le préambule de cette loi donnait 10 ans au Québec pour devenir une des nations qui compte le moins de personnes pauvres, nous en sommes à peu près au même point. Aujourd'hui, une personne sur dix au Québec ne couvre pas ses besoins de base.
Virginie Larivière est porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.
Illustration : Anne Archet

Le capitalisme coupable
Nous avons posé à différents groupes les deux mêmes questions : pourquoi y a-t-il de la pauvreté dans notre société et comment l'éradiquer définitivement ? Voici leurs réponses.
Mouvement Action-Chômage (Mac)
Le MAC est un groupe de défense des droits des sans-emploi. Il informe et défend les gens tout en visant la sauvegarde et l'amélioration du régime d'assurance-chômage.
Au Mouvement Action-Chômage de Montréal, on a un très gros parti pris pour les classes populaires. Depuis plus de 50 ans, on est de toutes les luttes contre la pauvreté, une pauvreté révoltante compte tenu de l'abondance et de la richesse produite à Montréal, au Québec et au Canada. Cette indigence est aussi absurde quand on sait qu'elle est le fruit d'une transgression crasse des droits humains, constamment bafoués. Rappelons qu'encore en 2024, des personnes ne peuvent pas manger à leur faim, se loger convenablement ou se déplacer.
Dans les bureaux du MAC de Montréal, on côtoie quotidiennement la cause profonde de cette pauvreté : le capitalisme. La pauvreté existe dans notre société parce que le système en a besoin pour se maintenir. Sans la pauvreté, il ne pourrait y avoir de riches qui s'approprient le fruit du travail collectif. En attendant que la main invisible du marché se manifeste enfin, les inégalités nourrissent la pauvreté qui le lui rend bien. Mais pourquoi se plaindre ? On nous assure que le travail c'est la santé, que ce sont les patrons qui prennent les risques pour faire fructifier le bien commun et que la richesse finira bien un jour par ruisseler vers le bas, à condition que tout le monde y mette du sien ? Ces idées ont largement infiltré la façon dont on gère les services publics comme la santé, l'éducation et les programmes sociaux tels que l'aide sociale et l'assurance-emploi.
Au MAC de Montréal, on voit aussi comment l'État peut être au service des patrons en gérant la caisse d'assurance-emploi – sans y mettre un sou – de manière que seule la moitié des travailleuses et travailleurs aient accès à leurs prestations quand ils ou elles en ont besoin. C'est évident pour nous que le patronat a besoin de la menace du chômage pour garder les travailleuses et travailleurs à leur poste. La justification pour un piètre programme social de remplacement de revenu est toute trouvée. Il ne faudrait pas être trop confortable… L'armée de réserve est essentielle au renouvellement constant du bassin de cheap labour sur lequel reposent des pans entiers de notre économie. Le régime actuel d'assurance-emploi est donc un outil de régulation de la main-d'œuvre pour s'assurer que les travailleur·euses prennent le premier emploi venu et restent bien ancré·es dans la pauvreté.
Endiguer la pauvreté est impossible dans notre organisation économique actuelle. La seule façon d'y arriver serait d'atteindre le plein emploi, une impossibilité structurelle à l'intérieur du capitalisme. En attendant le grand soir et un changement de paradigme profond, il nous reste à lutter pour un régime d'assurance-chômage décent qui donne un vrai revenu de remplacement en cas de perte d'emploi – pas seulement 55 % – qui s'assure que les personnes puissent faire une bonne recherche d'emploi pour trouver un emploi qui corresponde à leurs besoins, à leurs compétences et à leurs obligations. Un régime qui soit idéalement géré par et pour les travailleuses et travailleurs, pas par un État constamment au service du patronat.
Comité intersyndical Montréal métropolitain (CIMM)
Le CIMM est une table de concertation intersyndicale représentant plus de 400 000 travailleuses et travailleurs à travers les syndicats et les structures régionales de la plupart des organisations syndicales montréalaises.
Le Québec est traditionnellement présenté comme une société égalitaire, juste, dotée d'un filet social robuste et attentive aux besoins des plus précaires. Pourtant, force est de constater que les inégalités sociales et la pauvreté y font des ravages depuis longtemps, et plus particulièrement ces dernières années. Après des décennies de néolibéralisme, nous sommes moins bien outillé·es que nous le croyions pour répondre à la crise du logement et à la montée galopante de l'inflation. Celles-ci touchent une proportion significative de la population ; nous en sommes même rendu·es au point où des travailleuses et travailleurs, parfois à temps plein et syndiqué·es, doivent avoir recours aux banques alimentaires. La situation actuelle est inacceptable et nous avons la responsabilité collective d'y faire face.
Contrairement à ce dont on voudrait nous convaincre, la pauvreté n'est ni inévitable ni naturelle. Elle est une conséquence du système socioéconomique au sein duquel nous évoluons et de l'inégale répartition du pouvoir politique au sein de la société. Il est donc possible d'y mettre fin : il s'agit d'avoir la volonté, le courage et la créativité politiques, ainsi que la mobilisation sociale pour y parvenir. Évidemment, une telle chose est plus facilement dite que faite. On peut imaginer que les bénéficiaires des injustices actuelles résisteront à des changements qui mettraient en péril leurs privilèges. Ceci complique l'affaire, mais ne la rend pas irréalisable.
Dans les faits, il serait possible de pourvoir aux besoins de toutes et de tous. Pour y parvenir, il faudrait répartir la richesse d'une manière égalitaire. Or, cet objectif est profondément opposé à celui du système capitaliste, qui carbure aux inégalités et à la concentration de la richesse aux mains d'une minorité, d'ailleurs de plus en plus infime.
S'ajoute à cela que la répartition du pouvoir au sein de la société reflète de manière assez rigoureuse celle de la richesse : autrement dit, que les personnes qui disposent du pouvoir sont celles qui bénéficient des inégalités socioéconomiques. La surreprésentation des riches à l'Assemblée nationale et au gouvernement l'illustre très bien, de même que l'influence démesurée des corporations sur notre vie politique et sociale.
Il serait naïf d'espérer que des gens qui profitent du statu quo fassent quoi que ce soit pour le changer. S'ils peuvent admettre quelques mesures cosmétiques qui apaisent leur conscience et flattent leur image, jamais ils ne mettront réellement en péril leurs privilèges et les inégalités sur lesquelles ceux-ci sont fondés. Pensons par exemple au projet de loi 31 sur le logement, qui favorise outrancièrement les propriétaires ; au refus du ministre de l'Éducation de reconnaître l'école à trois vitesses ; aux baisses d'impôts successives décrétées par la CAQ ; aux subventions gigantesques octroyées à des multinationales pour les inciter à s'établir ici : chacune de ces décisions récentes de la CAQ manifeste son biais en faveur des riches ou son refus de mettre en place des mesures systémiques et structurantes pour lutter contre les inégalités sociales.
Face à ces constats, nous sommes d'avis qu'il ne faut pas baisser les bras. Mais il ne faut pas non plus sombrer dans l'angélisme : jamais nous ne convaincrons les profiteurs de mettre fin à une situation dont ils bénéficient. La société est traversée de rapports de force qui jouent actuellement et depuis longtemps à l'avantage des riches et des puissants : c'est sur ce plan que nous devons mener la lutte contre la pauvreté, l'injustice et l'exclusion sociale. Comme syndicalistes, nous avons la conviction que c'est par la constitution d'un rapport de force puissant, unitaire, démocratique et inclusif que nous y parviendrons. C'est donc en ce sens qu'il faut travailler : travailler à l'éveil de la conscience populaire et rallier les forces vives de la société civile et tenir tête aux riches et aux puissants afin que la population se gouverne par elle-même, libérée de l'oppression et de l'injustice. C'est là notre seul espoir de vaincre durablement les fléaux de la pauvreté et des inégalités sociales.
Collectif Emma Goldmann
Le Collectif Emma Goldmann est une organisation anarchiste/autonome active à Saguenay, sur le Nitassinan
Pourquoi, sur Terre, des personnes meurent-elles de faim alors qu'il y a une surproduction de nourriture ? Elles meurent simplement parce qu'elles n'ont pas les moyens d'acheter de quoi se nourrir.
Pour les capitalistes, tout est marchandisable – des aliments à l'habitation – et ce, indépendamment des droits de la personne. Pire, l'humain ne représente qu'une ressource parmi tant d'autres. Une ressource dont on peut disposer à volonté (compression, fermeture, délocalisation) et ce, indépendamment des conséquences sur les individus et les communautés. Après tout, le but est de maximiser le profit et non de travailler pour le bien commun.
Une infime minorité d'individus possèdent les moyens de production, tandis que l'immense majorité des gens ne possèdent que leur force de travail à offrir en échange d'un salaire. Dans les mots du Collectif Mur par Mur :
« Le travail tel qu'il s'instaure et se généralise avec le capitalisme est fondé sur l'organisation de la dépendance matérielle à travers la privation des moyens de production et le commerce de la subsistance […] Il faut d'abord avoir été dépossédé de tout moyen d'existence pour être obligé de vendre sa force de travail à un patron en vue de recevoir un salaire pour ensuite acheter des marchandises afin de survivre. [1] »
Comment en finir avec la pauvreté ? Le plein travail ne règle pas à lui seul la question de la pauvreté ; loin de là.
Le capitalisme est un système violent et mortifère. Au-delà des limites inhérentes à une planète aux ressources limitées, l'économie capitaliste, même lorsqu'elle roule à plein régime, laisse une part significative d'individus jugés non productifs, non compétitifs ou excédentaires sur les lignes de côté.
Aujourd'hui, nous subissons les contrecoups de l'inflation. Demain, ce sera la récession ou la stagnation économique qui entraîneront leurs lots de misères, d'endettement et de pauvreté. Ces crises sont inhérentes à l'économie capitaliste.
Nous croyons, à l'instar du philosophe et écrivain John Holloway, que « L'impératif n'est […] pas de construire le parti en vue de la prise du pouvoir, mais recréer de l'autonomie là où celle-ci a été détruite par l'intermédiaire mortifère engendré par le marché mondialisé. [2] »
C'est donc ici et maintenant qu'il faut créer des fissures dans le système, par nos résistances, nos rébellions. En réhabilitant le commun, en créant comme l'appelle Holloway, des brèches. Que ce soit une occupation, un piquet de grève, derrière une barricade dans un chemin forestier, etc. Ces moments sont des brèches portant un nouveau rapport au temps où les rapports de domination sont brisés pour en créer d'autres.
[1] Collectif Mur par Mur, Pour un anarchisme révolutionnaire, Les éditions L'échappée, 2021.
[2] Holloway, Crack capitalism : 33 thèses contre le capital, Libertalia, 2016.
Illustration : Anne Archet

Le Sahel face au péril militariste
Au Sahel, le coup d'État militaire survenu au Niger le 26 juillet 2023 est le sixième du genre depuis 2020 dans cet espace en proie à une crise sécuritaire inédite, après ceux enregistrés au Mali, au Burkina Faso et au Tchad.
Il se singularise d'autres événements tant par son mode opératoire, à savoir la séquestration du président par sa propre garde, que par les circonstances de sa venue, marquée par l'absence de tensions sociales ou politiques visibles. Ce coup d'État militaire a surpris toutes les personnes qui, à l'intérieur comme à l'extérieur, se sont refusées à considérer sérieusement le risque de voir la crise politico-sécuritaire ouvrir la voie à un retour au pouvoir des militaires un peu partout au Sahel, y compris au Niger, pays considéré comme le plus résilient de l'espace sahélien.
Au cours des dix dernières années, il faut dire que la plupart des acteur·trices internationaux sont resté·es fortement attaché·es à l'idée, vendue par certain·es expert·es, que le Niger représente une certaine exception au Sahel : d'abord, du fait de sa stabilité politique, puisqu'il n'a pas connu une rupture violente de l'ordre constitutionnel depuis 2010, et ensuite du fait de sa relative résilience face aux attaques des groupes armés, qui opèrent sur plusieurs fronts, notamment à l'est et à l'ouest. Ces deux éléments de contexte, associés au fait que le pays a connu récemment la première transition du pouvoir pacifique entre deux présidents, ont contribué à forger ce qu'il convient de considérer à présent comme le mythe de l'exception nigérienne, et c'est ce mythe qui s'est effondré le 26 juillet dernier de façon plutôt brutale, au grand bonheur de ceux et celles qui rêvent de voir le pays renouer avec l'autoritarisme d'antan.
Un procès en règle
À la faveur de ce coup d'État, il est apparu qu'un nombre significatif de citoyen·nes de ce pays ne sont pas loin de croire qu'un régime militaire est mieux placé qu'un régime civil pour relever les grands défis du moment, comme essaient de le faire admettre certains soutiens intellectuels de la junte militaire à travers des analyses soutenant que l'avènement de la démocratie a été un facteur sérieux de déstabilisation des États au Sahel. Les événements de ces derniers mois ont montré que le soutien au coup d'État militaire ne se nourrit pas seulement des rancœurs accumulées au cours des douze années de gestion du pays par le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarrayya), ou de la colère suscitée par les sanctions et menaces de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ; il se nourrit également d'un procès en règle du modèle même de la démocratie représentative, présentée comme un produit importé, sinon comme un véritable cheval de Troie des Occidentaux, qui ne servirait qu'à diviser pour mieux régner au Sahel.
Après le Mali et le Burkina Faso, on peut donc affirmer que le Niger semble bien parti pour refaire durablement l'amère expérience d'un pouvoir militaire qui pourrait s'avérer bien plus redoutable que ceux qu'il a connus dans le passé. Et cela même malgré l'espoir de voir les acteurs nationaux et régionaux se mobiliser pour transformer la crise ouverte par le coup d'État du 26 juillet en une opportunité de remettre la démocratie sur les rails. Cette crise, faut-il le rappeler, a été un révélateur des divisions et clivages qui traversent la société nigérienne, et a permis à beaucoup de Nigérien·nes de prendre conscience de l'intérêt que portent les grandes puissances internationales à leur pays. Les diverses réactions au coup d'État militaire ont été très riches en enseignements. Elles ont mis en lumière le jeu des grandes puissances et la capacité de certains acteurs nationaux à le faire correspondre à leurs propres agendas.
Politique d'un putsch
Ainsi, dès les premiers jours du coup d'État militaire, il est clairement apparu que les militaires putschistes et leurs soutiens civils sont bien conscient·es des enjeux de la crise en cours pour les puissances extérieures. Le contexte international actuel, marqué par de fortes rivalités entre ces dernières, ne leur a pas échappé et leur offre quelques marges de manœuvre pour se maintenir au pouvoir. Ainsi, les faits montrent que les militaires nigériens n'ont pas perdu de vue deux facteurs dont ils pourraient tirer profit : d'abord, la difficulté pour les puissances extérieures, bien qu'unanimes à condamner la prise du pouvoir par la force, à s'entendre sur la marche à suivre pour les obliger à retourner dans leurs casernes ; ensuite, l'existence d'un potentiel réel de soutien à des projets de restauration autoritaire de la part de certaines puissances comme la Russie et la Chine qui ne les appréhendent pas comme une menace à leurs intérêts stratégiques.
Outre ces deux facteurs importants, il convient de noter que les militaires putschistes et leurs soutiens civils n'ont pas perdu de vue l'existence, au sein de l'opinion sahélienne, d'un ressentiment profond à l'égard des puissances occidentales présentes sur le terrain. Comme leurs homologues du Mali et du Burkina Faso, ils ont bien compris que ce ressentiment, qui se double d'une forte demande de souveraineté, peut servir de levier à la fois pour légitimer localement leur irruption sur la scène politique et pour mettre sur la défensive toute puissance qui s'y opposerait. C'est en tenant compte de tout cela ainsi que des craintes légitimes que suscite la menace d'intervention militaire de la CEDEAO (à présent abandonnée) qu'ils se sont empressés à placer la question de la présence des forces extérieures, en particulier françaises, au cœur des enjeux de la crise ouverte par leur prise du pouvoir. Cette stratégie a été payante : elle a permis de rallier à la junte de larges pans de la population.
Aujourd'hui, après avoir obtenu le départ des forces françaises présentes dans le pays depuis bientôt une décennie, la junte espère encore tirer profit des sanctions et des menaces de la CEDEAO pour continuer à souder derrière elle les forces armées et la population, mais elle semble bien consciente que nombre de ses propres soutiens, civils comme militaires, attendent aussi des signaux clairs indiquant qu'elle n'est pas le bras armé de l'ancien président Issoufou Mahamadou qui cristallise toutes les rancœurs nées des douze années de gestion du pays par son parti, le PNDS-Tarrayya.
Échec démocratique et militaire
Les manifestations des mois précédents, dont le thème principal était le départ immédiat des forces françaises du Niger, ont été l'occasion pour certains de rappeler à la junte que leur soutien ne lui sera définitivement acquis que si elle prend ses distances d'avec l'ancien président, accusé d'être l'instigateur même du putsch du 26 juillet.
Quoi qu'il en soit, il est important de garder à l'esprit que le retour au pouvoir des militaires au Niger, comme au Mali et au Burkina Faso d'ailleurs, n'est pas seulement le symptôme d'une crise de la démocratie. Il est aussi la sanction de l'échec de tout ce qui a été entrepris jusqu'ici pour vaincre les groupes armés, à commencer par le déploiement sur le terrain des forces extérieures, qui n'a pas permis de faire reculer l'insécurité dans les pays. La rhétorique des militaires putschistes, au Niger comme au Mali et au Burkina Faso, est claire sur ce sujet : elle impute cet échec aux dirigeant·es civils, accusé·es d'avoir fait de mauvais choix, et aux forces extérieures, présentées comme des complices des groupes armés. L'enjeu pour les militaires putschistes n'est pas seulement d'éluder la part de cet échec qui incombe aux forces de défense et de sécurité nationales, mais il s'agit surtout de se poser en libérateurs providentiels des peuples dont les dirigeants civils et leurs alliés extérieurs n'ont pas pu assurer la sécurité qu'ils étaient en droit d'attendre. Le pari est encore loin d'être gagné.
A. T. Moussa Tchangari est journaliste et militant altermondialiste.
Photo : Soldats nigériens à Diffa, Département de la défense des États-Unis (CC0 License)

Guatemala. Victoire pour la démocratie
L'entrée en poste du nouveau président élu Bernardo Arévalo le 15 janvier 2024 marque un tournant pour le Guatemala. Si elle représente une victoire pour la démocratie et l'État de droit, les obstacles demeurent nombreux et l'avenir, incertain…
Le Guatemala s'inscrit parmi les pays les plus corrompus au monde selon l'organisation Transparency International. Cette corruption se matérialise à travers ce que plusieurs nomment communément le « pacte des corrompus » : un réseau d'élites politiques, militaires et économiques qui a réussi, au fil des ans, à modeler à son avantage la scène politique et économique du pays, notamment par la manipulation des institutions publiques, électorales et juridiques. Cette corruption s'est accentuée depuis la dissolution de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala en 2019 par le président Jimmy Morales et l'inéligibilité de plusieurs candidats progressistes ou anti-establishment. Dans ce contexte particulier, la création du parti Movimiento Semilla suite aux protestations anticorruptions de 2015 représente possiblement l'étincelle ayant permis le changement de paradigme observé aux dernières élections.
La surprenante arrivée d'Arévalo
L'élection présidentielle de 2023 marque ainsi un tournant avec l'élection à la présidence du candidat progressiste Bernardo Arévalo. Arévalo se dresse comme un défenseur de l'État de droit et une figure forte du mouvement anticorruption au Guatemala. De plus, la candidature d'Arévalo présente également une distinction importante du fait de son absence de lien avec le monde politique et les autres instances corrompues. Le dénouement étonnant du premier tour, positionnant Arévalo favorablement pour le deuxième tour, fut en effet une réelle surprise pour la sphère politique conservatrice qui ne tarda pas à mettre en œuvre certaines actions pour empêcher son élection. En effet, l'élite politique et économique du pays tenta de bloquer la participation de son parti au deuxième tour et de bannir Arévalo de l'élection en entamant des poursuites judiciaires contre le candidat et son parti.
Une procédure légale auprès de la Cour constitutionnelle pour dénoncer de soi-disant irrégularités lors du premier tour des élections et pour révoquer l'immunité politique d'Arévalo fut lancée par les différents partis conservateurs. Cette attaque envers la démocratie fut secondée d'une tentative par le Ministère Public de révoquer le statut du parti. Ces actions furent entre autres portées par la procureure générale du Guatemala, María Consuelo Porras, et le chef du Bureau du procureur spécial contre l'impunité du Ministère Public, Rafael Curruchiche. Dans la même lignée, en décembre dernier, Curruchiche tenta – en vain – d'inciter le tribunal suprême électoral d'annuler le résultat de l'élection lors d'une conférence de presse. Ces actions sont d'ailleurs qualifiées de « tentative de coup d'État » par l'Organisation des États d'Amérique.
Un changement de paradigme
La mobilisation du peuple guatémaltèque face aux diverses tentatives de la droite de saboter l'élection a eu un impact majeur sur la préservation de l'État de droit et de la démocratie du pays. Cette mobilisation étonnante du peuple guatémaltèque représente un changement de paradigme important pour le pays, caractérisé par le retour dans la rue d'une population qui avait délaissé cette forme de manifestation dans les dernières années, par peur de représailles. Plusieurs nomment ainsi cette révolution sociale le deuxième printemps guatémaltèque. Les manifestations publiques en faveur du respect de la démocratie et en soutien au président élu ont représenté une pression constante sur le « pacte des corrompus » afin de respecter le résultat de l'élection.
Cette mobilisation a particulièrement été portée par des leader·euses autochtones et par la jeunesse guatémaltèque qui ont joué un rôle majeur, autant dans la campagne électorale d'Arévalo que dans son entrée en poste. Cette jeunesse s'est fortement mobilisée en faveur du nouveau président, dans la rue et sur différents médias sociaux. De même, plusieurs regroupements autochtones ont lutté pour le respect du processus démocratique en manifestant devant le bureau de la procureure générale pendant plusieurs mois. Après une longue période d'incertitude et de lutte acharnée, Arévalo réussit enfin à atteindre sa cérémonie d'assermentation dans la nuit du 14 au 15 janvier, malgré les tentatives de la droite de l'en empêcher.
Un avenir semé d'embûches
Bien qu'elle représente sans aucun doute une victoire pour l'État de droit, la démocratie et la lutte anticorruption au Guatemala, l'élection de Bernardo Arévalo ne marque pas la fin de ces combats. Les nombreuses tentatives visant à empêcher son entrée en poste montrent la persévérance du pacte des corrompus ainsi que son emprise sur les instances du pays. Par ailleurs, la transition politique ne se déroule pas sans heurts. Le refus de la procureure générale Porras de rencontrer Arévalo illustre la dure conciliation entre le nouveau chef de l'exécutif et l'establishment politique. Le froid entre Arévalo et la procureure générale représente une difficulté bien particulière pour le nouveau président qui ne peut pas entamer de poursuite pénale contre l'élite corrompue sans son appui. Cette paralysie du système judiciaire – retardant les objectifs anticorruptions d'Arévalo – pourrait bien lui coûter certains de ces soutiens. Dans la même lignée, l'absence de majorité du Movimiento Semilla au Congrès présage de nombreuses difficultés à venir.
Ainsi, malgré la forte mobilisation de la population et bien que la jeunesse et certains mouvements autochtones se soient montrés en faveur de l'entrée en poste d'Arévalo, cette mobilisation n'est pas garante d'un appui pérenne de ces groupes et de la population en général, dont les attentes sont élevées. Le président devra faire ses preuves et présenter des résultats tangibles afin de préserver cet engagement.
Photo : Président Bernardo Arévalo, Gouvernement du Guatemala (Crédit : PDM 1.0 DEED)

Israël - Palestine : la fabrique du consentement occidental
Depuis le 7 octobre, Israël poursuit de façon incessante ses bombardements, ses frappes de missiles et ses attaques ciblées contre des hôpitaux, des écoles, des universités et des résidences au vu et au su du monde entier. Ces crimes de guerre sont accompagnés d'une rhétorique où Israël se présente comme la victime des Palestinien·nes, ce qui justifie, croit-il, son « droit de se défendre ».
Cette guerre contre Gaza est accompagnée d'un récit repris par les principaux médias occidentaux qui répètent allègrement la version israélienne voulant que tout ait commencé le 7 octobre, lors de l'attentat du Hamas qui a fait un peu plus de 1 200 victimes, essentiellement des civil·es israélien·nes. Notre propos ici n'est pas de nier l'ignoble tuerie commise par le Hamas, mais de questionner l'absence de mise en contexte dans laquelle s'est produit cet événement. Aucun média (ou si peu) n'a rappelé au monde que cet événement s'inscrit dans le cadre d'une occupation militaire et d'un blocus isolant complètement Gaza, et empêchant les Gazaoui·es de circuler, que ce soit pour aller en Cisjordanie, en Égypte ou ailleurs.
Aucun journaliste (ou si peu) n'a eu le réflexe ou le courage de rappeler ce que signifie concrètement ce blocus pour près de deux millions de personnes qui sont en confinement total sur un petit territoire depuis 16 ans maintenant, confinement collectif qui les prive de soins de santé plus performants, qui leur interdit de retrouver les membres de leurs familles vivant en Cisjordanie ou en Israël, qui les prive également d'opportunités d'emploi ou encore de visites à la Mosquée al-Aqsa, le troisième lieu de pèlerinage pour les musulman·es. Qui a entendu parler de l'intervention de l'armée israélienne à Jénine l'été dernier, l'une des plus importantes opérations militaires depuis le début de l'occupation israélienne de la Cisjordanie en 1967 ? L'armée est intervenue dans le camp de réfugié·es et dans la ville même de Jénine, tirant notamment sur la mosquée. Selon le ministère palestinien de la Santé, douze Palestinien·nes ont été tué·es et on compte quelque 100 blessé·es, dont 20 sont dans un état grave. Ce type d'intervention de l'armée israélienne, qui viole les droits des habitant·es des territoires palestiniens, fait désormais partie des faits divers. Cette banalisation de la violence du colonialisme israélien a contribué à ce que désormais, la « question palestinienne » disparaisse du radar médiatique occidental.
L'affaire de l'hôpital de al-Shifa
Ainsi, les médias occidentaux reprennent sans scrupules la trame narrative israélienne et la reconstitution de « preuves », à partir de données et de photos satellitaires fournies par l'armée israélienne. L'affaire de l'hôpital de al-Shifa à Gaza en est un bon exemple. Les dirigeants de l'armée ont déclaré que cet hôpital cachait des infrastructures stratégiques et militaires du Hamas. Pour soutenir cette affirmation, l'armée israélienne a présenté des photos de caches d'armes dans un endroit qui aurait pu être n'importe où, de même que des vidéos de soldats israéliens marchant dans un tunnel, lampes frontales au front et armes droites devant. Où ont été tournées ces scènes, nul ne le saura. Mais il demeure que des médecins européens présents sur place pour aider la population palestinienne ont démenti la version israélienne. Malgré cela, les journalistes non palestiniens, qui opèrent de l'extérieur de la bande de Gaza, ont repris ce récit presque mot pour mot, ce qui a servi à justifier l'explosion et la destruction totale de cet hôpital à l'heure où les intervenant·es des Nations Unies, et en premier lieu son secrétaire général Antonio Guterres, évoquent une crise humanitaire d'une ampleur sans précédent…
Le contrôle des médias
Pour ajouter, est-il nécessaire de rappeler que la couverture journalistique occidentale se fait de l'extérieur de Gaza ? Il est interdit pour les journalistes d'entrer dans cette zone de guerre. Celles et ceux qui, comme Céline Galipeau, vont dans la région se voient contraint·es d'aller rendre visite à des résident·es israélien·nes des colonies de peuplement environnantes. Les reportages qui donnent la parole à des personnes qui ont été enlevées par le Hamas ou aux membres de leur famille participent à renforcer le récit israélien, diffusé largement à la télévision. Il semble qu'aucun·e journaliste de Radio-Canada ou d'une autre télévision d'ici n'ait pris la peine d'aller rencontrer des opposant·es ou militant·es israélien·nes qui interviennent en solidarité avec le peuple palestinien, ou à tout le moins qui travaillent en matière de défense des droits humains. Pourtant, de telles organisations existent, et elles sont connues.
En effet, d'autres voix que celles de l'État ou de l'armée existent en Israël et dénoncent le génocide en cours, même s'il leur est plus difficile de se faire entendre en temps de guerre. À titre d'exemple, le journal israélien Haaretz a fait connaître l'une des conclusions d'une enquête policière israélienne révélant qu'un hélicoptère de l'armée israélienne a tiré sur des personnes qui couraient dans tous les sens lors des attentats de militants palestiniens du Hamas, le 7 octobre dernier. Selon le rapport révélé par Haaretz, l'hélicoptère israélien aurait vraisemblablement tué un·e ou des Israélien·nes. Peu de médias occidentaux ont relayé cette information pourtant crédible, et provenant d'un média israélien. Même si l'armée israélienne a nié ces accusations, ces éléments d'information illustrent à quel point cette guerre est aussi une guerre médiatique. Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux jouent également un rôle important. S'il n'y avait pas eu d'individus utilisant leur cellulaire pour filmer les Palestinien·nes marchant nu·es dans le désert, aurions-nous cru aux atrocités et aux humiliations commises par l'armée israélienne ?
Enfin, notons que les journalistes qui travaillent à Gaza sont les cibles privilégiées de l'armée israélienne. Ce ciblage fait partie intégrante de la fabrique du consentement. Au début de l'année 2024, selon le Syndicat des journalistes palestiniens, 102 journalistes ont été tué·es à la suite de bombardements israéliens de leurs maisons ou de leurs bureaux, ainsi que lors de leur pratique journalistique, soit « 8,5 % des journalistes de Gaza » [1].
Fabriquer le consentement
Tous ces éléments nous amènent à évoquer la célèbre thèse de Noam Chomsky et Edward Hemann : la fabrique du consentement. On renvoie ici à la création d'un récit constitué de faits choisis (ou omis), et d'informations répétées ad nauseam par les médias, qui contribue à imposer une « vérité ». Un processus qui permet aujourd'hui à Israël de justifier le processus d'annihilation de la population palestinienne de Gaza.
Notons que cette volonté israélienne d'empêcher que les faits soient dévoilés est appuyée par un bon nombre de dirigeants de pays occidentaux comme le président français Emmanuel Macron, qui a tenté d'interdire les manifestations propalestiniennes (le premier ministre François Legault avait évoqué cette idée pour finalement y renoncer) et a fait expulser la représentante de l'Autorité palestinienne qui avait été invitée par des organisations de la société civile à prendre la parole lors de certains événements. Aux États-Unis, les rectrices de grandes universités comme Harvard ou le MIT ont été forcées de démissionner, du fait des pressions des philanthropes pro-israéliens qui financent ces vénérables institutions. Le principe même de manifester son appui au peuple palestinien est menacé, et c'est pourquoi plus que jamais nous devons leur témoigner concrètement notre appui et participer au boycott, aux sanctions et au désinvestissement à l'égard d'Israël.
[1] Cela comprend 78 praticien·nes du journalisme et 24 professionnel·les des médias selon le Syndicat des journalistes palestiniens. Selon le Committee to Protect Journalists, en date du 23 janvier 2024, il s'agirait plutôt de 83 journalistes et travailleur·euses des médias tué·es (donnée confirmée) ; 76 journalistes palestinien·nes ; quatre journalistes israélien·nes, et trois Libanais·es ; 16 journalistes ont été blessé·es et trois journalistes sont portés disparu·es. Enfin, 25 journalistes auraient été arrêtés.
Anne Latendresse est militante internationaliste.
Illustration : Ramon Vitesse
gauche.media
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