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Le règlement du conflit israélo-palestinien : un préalable au règlement du conflit israélo-palestinien bien plus qu’un point d’aboutissement.
Depuis longtemps, les plans de paix visant à pacifier le Proche-Orient se sont succédé, ce qui n'empêche pas la région de demeurer une poudrière.
Photo Serge D'Ignazio
Or, un des éléments centraux de cette instabilité chronique reste le conflit israélo-palestinien, lequel fragilise toute cette zone à divers degrés. Son dernier rebondissement (la guerre Gaza-Israël) en illustre l'acuité. Le conflit s'est étendu sur une petite étendue de territoire mais a provoqué des répercussions qui ont accentué les divisions même parmi les chancelleries occidentales. Désormais, la cause palestinienne a gagné beaucoup en termes de crédibilité auprès des opinions publiques de l'Occident, même aux États-Unis.
Pourtant, avec la conclusion ce qu'on a nommé les Accords d'Abraham conclus en 2020 sous le premier mandat présidentiel de Donald Trump, on avait cru qu'enfin une paix globale se trouvait à portée de main. Cinq États avaient alors normalisé leurs relations diplomatiques avec l'État hébreu : les Émirats arabes unis, et Bahrein (15 septembre), le Soudan (23 octobre), le Maroc (10 décembre) et le Bhoutan (12 décembre). L'Égypte et la Jordanie l'avaient déjà fait depuis longtemps. Ces pays rompaient ainsi avec la position traditionnelle de la plupart des gouvernements proche-orientaux selon laquelle il ne saurait y avoir de paix ni d'échanges commerciaux avec l'État hébreu sans règlement de la question palestinienne, Ce retournement a provoqué la colère compréhensible de l'Autorité palestinienne, laquelle a dénoncé la conclusion de ces ententes comme une trahison.
Cependant, des enquêtes d'opinion dans les pays arabes ayant signé ces ententes de normalisation avec Israël ont montré qu'une majorité de citoyens les considéraient d'un oeil sceptique, par exemple, en novembre 2022, 76% des Saoudiens et Saoudiennes entretenaient une opinion négative à ce propos. En novembre-décembre 2023, après l'offensive du Hamas et la réaction israélienne démesurée qui en a résulté, 96% des participants saoudiens et saoudiennes à un sondage pensaient que les nations arabes devaient rompre leurs liens avec Israël, seulement 16% d'entre eux appuyant l'idée que le Hamas devait accepter une solution à deux États. On trouverait sans doute de semblables proportions dans d'autres pays de la région si des sondages s'y tenaient (s'ils ont été faits, je n'ai pas pu en consulter les résultats). Cette radicalisation des opinions arabes a plongé dans l'embarras leurs dirigeants, tout autocratiques soient-ils.
Bref, entre les classes politiques arabes bon-ententistes avec Tel-Aviv et leurs populations, on note une distance évidente sur ce problème crucial : le conflit entre Israël et la Palestine. Les classes populares arabes sont conscientes de la duplicité de leurs gouvernants et de leur complicité avec Washington.
En réalité, toute la stratégie des gouvernements occidentaux, et en particulier de l'américain, a longtemps consisté à tenter d'isoler les Palestiniens en poussant les gouvernements de la région à conclure la paix avec Israël et ce avant même de régler le point essentiel du contentieux israélo-arabe : le conflit entre la Palestine et l'État hébreu.
Isoler les Palestiniens et Palestiniennes équivaut à les couper du soutien de leurs « frères arabes » et par conséquent, à les affaiblir. Divers pays musulmans, arabes et nord-africains, ne reconnaissent toujours pas l'État hébreu` : l'Algérie, l'Irak, l'Iran, le Liban, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite, la Syrie, la Libye, la Tunisie et le Yémen, mais n'apportent aucun soutien réel à la Palestine.
La politique américaine d'isolement relatif de la Palestine vise à l'affaiblir et en fin de compte, à la pousser à conclure une paix au rabais avec Tel-Aviv par d'importantes concessions territoriales en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
Toute cette stratégie américaine d'encerclement de la Palestine par l'intermédiaire de gouvernements arabes enfin « réconciliés avec la seule société démocratique de la région » vise à réaliser la sécurité de cette dernière mais sans garantir pour autant la liberté des Palestiniens et Palestiniennes.
Elle repose sur l'idée que le règlement du contentieux israélo-palestinien constitue un point d'aboutissement de la pacification du Proche-Orient alors que c'est l'inverse : seule la justice envers les Palestiniens peut faire baisser durablement les tensions dans la région, bien qu'il en subsistera toujours, comme partout dans le monde. Mais il faut cesser d'essayer de passer à la trappe le droit du peuple palestinien à l'autodétermination en le noyant dans un faux processus global de paix. Même si ses propos sont méprisables et condamnables, au moins le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou l'a dit ces derniers temps : « Il n'y aura pas d'État palestinien ». Il exprimait ainsi la pensée à peine dissimulée des responsables américains. Sa brutalité remplaçait leur hypocrisie.
Jean-François Delisle
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L’antisionisme, condition indépassable pour une gauche anticoloniale et antiraciste
Thomas Vescovi explique en quoi l'antisionisme est un impératif pour une gauche anticoloniale et antiraciste. Pour cela, il revient sur l'histoire du sionisme et développe une réflexion sur les significations de l'antisionisme, notamment à partir de ses travaux sur la société israélienne.
Tiré du site de la revue Contretemps.
Rappelons qu'outre les différents antisionismes élaborés par des courants très minoritaires de la société israélienne, présentés ici par Thomas Vescovi, il faut compter avec l'antisionisme palestinien et arabe dont l'enjeu principal est la libération de la Palestine. Au nom de cet objectif, une lutte anticoloniale palestinienne et arabe se déroule depuis près de cent ans, dont les élaborations théoriques et les stratégies doivent aussi nourrir les positionnements de toute gauche aspirant à rompre avec l'européocentrisme.
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La question du sionisme peut être abordée sous trois angles : un débat théorique, une analyse pratique, et un questionnement sur son actualité.
D'un point de vue théorique, le sionisme peut être défini comme un mouvement nationaliste juif visant à se libérer de la persécution antisémite par la construction d'un État[1]. Ce projet étatique sous-tend de nombreux débats autour des notions d'identité (« qu'est-ce qu'être Juif ? »), de nation (« existe-t-il un fait national juif ? »), de peuple (« existe-t-il un peuple juif ? »), de la nature de l'État à créer (théocratique, libéral, socialiste…), mais aussi du rapport des populations juives au diasporisme[2] et aux meilleures stratégies pour lutter contre l'antisémitisme. Ces débats ont été inhérents au mouvement sioniste et ont nourri la vie intellectuelle juive européenne tout au long des XIXe et XXe siècles. C'est à ce titre que se sont développés, parmi les communautés juives, les premiers positionnements antisionistes[3], qu'ils émanent du marxisme, de l'humanisme libéral ou du rabbinat[4]. La littérature à ce sujet est riche et les débats continuent d'être vifs[5].
À ce stade, une question mérite d'être posée : considérant qu'au sein des luttes antiracistes les modalités doivent être d'abord discutées par les premiers concernés, qu'aurais-je à faire, en tant qu'homme blanc non-juif, dans ce débat théorique ? Si la revendication d'un État est devenue à travers l'histoire pour une partie significative des communautés juives la solution centrale pour être protégée de l'antisémitisme, assurément que nous pouvons le regretter en considérant que d'autres voies sont possibles que celle d'un nationalisme ethnoreligieux, mais suis-je le mieux placé pour le contester ?
En d'autres termes, contrairement à l'idée répandue selon laquelle les antisionistes s'opposeraient par principe à l'existence d'un État juif, l'opposition n'est pas fondamentalement théorique mais strictement pratique.
Nationalisme colonial, colonialisme nationaliste
Aux origines du mouvement sioniste, non seulement son caractère colonial est affirmé[6], mais la réalité concrète de la présence d'une population sur la terre convoitée pour réaliser le projet national est prise à bras le corps : l'historien Nur Masalha[7], notamment, a montré combien l'idée de « transfert » a été récurrente dans les débats des congrès sionistes et au sein des échanges épistolaires de ses dirigeants. Lorsque sont entendus aujourd'hui au sein du gouvernement israélien des ministres plaider pour le « déplacement » des Palestiniens de Gaza, c'est-à-dire un nettoyage ethnique, ils ne s'inscrivent pas en rupture de l'histoire du sionisme, mais pleinement dans sa continuité sous une forme radicalisée.
En 1946, à la veille du vote onusien, si le mouvement sioniste ne dispose que de 9 à 10 % maximum du territoire palestinien, pour une population deux fois moins nombreuses, il est cependant parvenu à constituer les bases d'institutions pré-étatiques. Celles-ci s'avèrent décisives pour imposer par la force un État sur 78 % de la Palestine et expulser près des deux tiers de la population arabe. Dès le lendemain de cette séquence, le narratif israélien a cherché à réfuter le caractère originellement colonial de son entreprise, pourtant assumé à ses débuts.
Le premier argument, qui repose sur l'absence d'une métropole, ne tient pas face à la réalité des faits. Rappelons que déjà dans les années 1950, l'historiographie palestinienne, suivie par une partie du champ intellectuel français, a appréhendé la création d'Israël comme une construction coloniale, ce que les settler colonial studies sont venues affirmer avec davantage de détails et de précisions à partir des années 2010[8]. Le sionisme n'aurait jamais pu se réaliser sans l'aide conséquente apportée par des fondations occidentales, le soutien logistique d'États européens, puis l'armement soviétique fourni lors de la première guerre israélo-arabe.
Ce dernier constitue d'ailleurs le second argument, systématiquement invoqué pour relativiser l'expulsion des Palestiniens en 1948, en faisant une « conséquence malheureuse » d'un affrontement militaire. Or, l'entrée en guerre des États arabes ne se produit qu'au lendemain de la déclaration d'indépendance d'Israël, le 14 mai 1948 : environ 400 000 Palestiniens ont alors déjà été contraints à l'exil forcé, dans un contexte d'affrontements irréguliers entre groupes armés arabes et juifs depuis janvier de cette année. Le nettoyage ethnique de la Palestine ne s'opère pas en conséquence de la guerre, mais comme le projet essentiel à la réalisation du projet sioniste qui ne peut avoir lieu qu'en ayant anéanti les moyens de défense des autochtones.
Dès lors, le positionnement antisioniste, avant toute chose, découle de l'anticolonialisme. C'est parce que le sionisme, qui passe par l'émigration et le rassemblement d'une population sur une terre, transforme ces émigrés en colon, que l'anticolonialisme nous oblige à nous y opposer. Parce que la sécurité promise à ces populations par cette émigration ne se réalise qu'au travers d'un projet colonial, et donc la dépossession des Palestiniens, que l'anticolonialisme nous oblige à nous y opposer.
Arrivé à ce stade, apportons deux précisions essentielles.
En aucun cas cet anticolonialisme ne nie la réalité d'une potentielle relation affective et/ou culturelle des populations juives à travers le monde avec la Palestine. En revanche, cette relation ne peut en aucun cas être constitutif de droits particuliers sur cette terre : pour paraphraser Elias Sanbar, « la Bible n'est pas un cadastre »[9].
De la même manière, en aucun cas cet anticolonialisme ne s'oppose à l'émigration de population juive en Palestine, fidèle au principe de la libre circulation des êtres humains. Ce à quoi cet antisionisme s'oppose, c'est au fait que l'organisation sioniste se soit appuyée, et continue de le faire, sur cette émigration pour constituer au début du XXe siècle une société à part de celle existante[10], puis à partir de 1948 en remplacement par le biais de politiques coloniales et d'apartheid[11].
En d'autres termes, c'est parce que le sionisme constitue un colonialisme de peuplement[12] que le positionnement antisioniste se justifie. Il ne s'agit pas d'une « question juive », mais d'un enjeu colonial.
En étant le fruit d'une expropriation coloniale, l'État d'Israël, tel qu'il s'établit en 1948, ne peut se définir autrement que sur une base ethniciste et profondément inégalitaire. L'intellectuel et dirigeant politique Ilan Halevi[13] expliquait qu'en s'affirmant depuis sa création comme État juif, Israël distingue parmi ses citoyens ceux qui sont Juifs et auquel l'État appartient et ceux qui ne le sont pas et auquel l'État va délivrer certains droits sans une égalité pleine et entière. Jusqu'à aujourd'hui, la législation israélienne comprend encore près d'une cinquantaine de lois d'apartheid structurant le statut de sous-citoyenneté des non-Juifs, à commencer par les 18 % de Palestiniens[14], descendants des quelques 160 000 autochtones qui n'ont pas été chassés hors de la Palestine pendant la nakba.
Tel qu'il se réalise au prisme de la création d'Israël, le mouvement sioniste place le racisme et l'inégalité des droits comme des normes acceptables. L'évolution extrême droitiste de la société israélienne et de ses dirigeants ne constitue en aucun cas une rupture avec l'histoire du pays, mais une évolution politique et intellectuelle nourrie par les fondements coloniaux, ethnicistes et suprémacistes d'Israël[15]. Un racisme qui, rappelons-le, s'est aussi appliqué à l'égard de populations juives, à l'instar des Juifs dits orientaux, originaires du monde musulman. Les universitaires Ella Shohat[16] ou Yakov Rabkin[17], à travers leurs travaux, ont démontré comment le sionisme, par le colonialisme, a participé à la construction d'une antinomie entre arabité et judéité.
Un colonialisme en échec
Mais ce projet sioniste s'est confronté à un échec. Alors qu'en Australie ou en Amérique du nord, les colonialismes de peuplement ont réussi à faire disparaître les autochtones, la quête en Palestine pour plus de terres et le moins d'autochtones s'est enrayée. Si la souveraineté israélienne est une réalité de la mer Méditerranée au fleuve Jourdain, soit la délimitation géographique de la Palestine historique, la démographie conteste la viabilité de cette emprise coloniale avec un équilibre entre Arabes et Juifs[18].
Cette configuration place Israël face à une équation pouvant se résumer ainsi : maintenir le caractère juif de l'État conduit à structurer sur l'ensemble de la Palestine historique un régime d'apartheid au détriment de toute prétention démocratique ; soutenir un idéal démocratique conduit inexorablement à s'attaquer aux structures coloniales et suprémacistes de l'État, délaissant son caractère juif. La droite et l'extrême droite israéliennes soutiennent sans ambiguïtés la première option, assurant même agir au nom de la défense de la démocratie, comme le démontre la sociologue Nitzan Perelman en parlant de « democratic washing »[19].
Du côté de l'opposition sioniste à Netanyahou, le refus de l'option démocratique et d'un État pleinement égalitaire peut être moins assumé, mais n'en demeure pas moins réel. Les manifestations de 2023 contre la réforme judiciaire du gouvernement Netanyahou en sont une illustration[20] : au terme des quarante semaines d'une historique mobilisation, jamais la contradiction d'un État à la fois juif et démocratique n'a été réellement interrogée, ni les structures coloniales des institutions que les manifestants tenaient à défendre, à commencer par la Cour suprême.
Cette seconde option peut quant à elle connaître deux variables. D'une part, celle de la construction d'un État binational sur l'ensemble de la Palestine historique[21]. D'autre part, le soutien à la solution à deux États mais en défendant une transformation radicale d'Israël pour faire advenir un « État de tous ses citoyens ». Cette dernière variable est parfois interprétée comme une défense indirecte du sionisme, alors même que ses partisans récusent cette affirmation. À titre d'exemple, le Parti communiste israélien soutient indéfectiblement la solution à deux États avec un Israël radicalement réformé, tout en appréhendant le sionisme comme « une idéologie basée sur le suprémacisme et le racisme »[22].
Que faire du sionisme ?
La réalité démographique actuelle était prévisible dès 1967, et ce n'est pas un hasard si les années 1970 ont été riches en Israël de débats pour repenser le sionisme. Il y a ainsi eu, à gauche, le courant post-sioniste[23], les appels à dé-sioniser Israël[24] ou à former une nation hébraïque israélienne plutôt que juive. À l'autre extrémité du champ politique, la droite n'a pas été absente de ces réflexions, en façonnant un néo-sionisme qui connaît une première victoire électorale en 1977, avant de devenir le courant politique hégémonique dans les années 2000[25].
Les néo-sionistes réfutent l'idée que le sionisme serait dépassé dès lors qu'Israël a été créé et enraciné, puisque de leur point de vue demeurent des territoires sous contrôle israélien mais où la souveraineté juive n'est pas encore une réalité effective, à savoir la bande de Gaza et la Cisjordanie notamment. Ce néo-sionisme va également renforcer le caractère ethniciste, religieux et d'apartheid de l'État, à l'image de la Loi fondamentale dite d'État-nation du peuple juif votée à l'été 2018[26].
Confronté à cette réalité pratique du projet sioniste, l'antisionisme apparait comme un positionnement politique naturel pour demeurer fidèle aux convictions anticoloniales et antiracistes. Toutefois, les débats autour de cette question ces dernières années prouvent, qu'à gauche, il n'en n'est rien. Aussi pouvons-nous entendre que l'antisionisme serait en réalité « anachronique » dès lors qu'Israël existe : les antisionistes chercheraient à aller contre l'histoire en rejouant 1948 à l'envers. Ou encore que le positionnement antisioniste ne prendrait pas en compte le « sionisme d'origine », en d'autres termes celui théorique de la construction d'un État-refuge.
Ces deux postulats tendent ainsi à plaider pour un délaissement de l'antisionisme au profit du soutien à un « sionisme libéral et démocratique » ou à ménager les critiques envers un « sionisme de gauche » avec qui des convergences politiques seraient possibles.
Mais un tel sionisme a-t-il déjà existé en pratique ? À quel moment et en quel lieu, depuis 1948, les Palestiniens ont-ils pu rencontrer ce « sionisme libéral et démocratique ou socialisant » ? La réalité pratique est aussi brutale que concrète : peu importe la couleur des gouvernements, la politique israélienne à l'égard des Palestiniens s'est résumée à la violence de la soldatesque et la dépossession de leur terre, de leur culture, de leur identité, par le colonialisme. Actuellement, dans le champ politique israélien, il n'existe aucune figure ou représentation d'un « sionisme libéral » défendant sans ambiguïté le droit à l'autodétermination du peuple palestinien.
Une telle offre politique pourrait-elle advenir ? Il convient d'en rester sur une analyse empirique et matérielle : les responsables politiques israéliens issus du champ sioniste ont toujours privilégié la préservation de l'État colonial aux dépends des droits des Palestiniens. La diplomatie publique israélienne, ou hasbara, s'est employée à longueur d'argumentaires à façonner un narratif afin de justifier les pires injustices à l'encontre des Palestiniens : le gouvernement militaire d'exception (1948-1966) consacrant leur humiliation et leur expulsion comme une méthode légitime de gestion, la colonisation et l'occupation de leurs terres avec leur lot d'exactions et de meurtres, la mise en place de centaines de check-points qui étouffent leur quotidien, la construction d'un mur qui sépare des familles et empêche des paysans d'accéder à leurs champs, l'incarcération massive de centaines de milliers d'individus (sans distinction de religion, de sexe ou d'âge), la destruction de milliers de maisons… Et à présent un génocide.
La séquence Rabin-1993 ne serait-elle pas un contre-exemple de ce qui précède ? Cet argument devenu central dans la défense de l'idée qu'un autre sionisme est possible reste fallacieux à plus d'un titre. Tout en reconnaissant le logique espoir que les accords d'Oslo ont pu faire naître, nombre d'études et d'ouvrages ont démontré le piège qu'ils ont constitué : une puissance coloniale imposant au colonisé une réforme du régime d'occupation sans jamais remettre en question les structures et les rapports de domination[27].
Enfin, le dernier argument fréquemment mobilisé pour soutenir le caractère inopérant du positionnement antisioniste tient à mettre en avant un soutien prétendument massif des populations juives à travers le monde en faveur du sionisme. Bien que martelé de façon péremptoire, rappelons que cette affirmation ne repose sur aucune étude empirique et mériterait, dans tous les cas, d'observer dans le détail la complexité des positionnements réels.
Surtout, l'extrême droitisation d'Israël et le génocide à Gaza nourrissent la réflexion sur une reconsidération de la relation entretenue par une partie des juifs occidentaux avec Israël, comme le montrent les textes récents de Peter Beinart[28] ou Naomi Klein[29]. Mais aussi, rappelons-le, c'est précisément parce que l'idéal d'un ou de deux États pleinement égalitaires sur la Palestine historique contrevient à la réalité pratique du sionisme que des organisations juives, en Israël comme ailleurs, continuent de se proclamer antisioniste par fidélité à l'anticolonialisme et à l'antiracisme.
Arrivé au terme de cet argumentaire, il reste à se confronter à un enjeu déterminant pour la stratégie politique à adopter : l'antisionisme ne peut pas se suffire à lui-même. Différents exemples par le passé ont montré qu'une position antisioniste stricte et vide de toute autre grille d'analyse pouvait mener à soutenir des dictatures par simple convergence antisioniste et campiste, mais aussi à se risquer à une forme de confusionnisme tant à l'extrême droite plusieurs figures ont su maquiller leur antisémitisme derrière une posture antisioniste.
Dès lors, le positionnement antisioniste doit en permanence être adossé à un engagement antifasciste, antiraciste et croisé à une grille de lecture décoloniale. De son côté, le mouvement antiraciste ne peut pas prétendre être en capacité de pointer le plus finement possible les rapports de domination au sein de la société française s'il manque de lucidité sur les systèmes oppressifs à travers le monde, dont l'État colonial israélien, fruit du projet sioniste, fait pleinement partie.
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Ce texte est tiré des interventions réalisées les vendredi 22 et dimanche 24 août lors des universités d'été de La France insoumise et de Révolution écologique pour le Vivant.
Thomas Vescovi, doctorant en Études et sciences politiques (Ehess/ULB), auteur de L'échec d'une utopie, une histoire des gauches en Israël (2021), et membre fondateur du collectif Yaani.
Notes
[1] Nous lirons notamment Zeev Sternhell, Aux origines d'Israël (1996) et Walter Laqueur, Histoire du sionisme Vol. 1 et 2 (1994).
[2] Béatrice Orès et Sonia Fayman, « Comment le sionisme instrumentalise le concept de diaspora », Yaani.fr, 31 mai 2025 : https://www.yaani.fr/2025/05/31/comment-le-sionisme-instrumentalise-le-concept-de-diaspora/
[3] Béatrice Orès, Michèle Sibony et Sonia Fayman, Antisionisme. Une histoire juive (2023).
[4] Yakov Rabkin, Au nom de la Torah : une histoire de l'opposition juive au sionisme (2004).
[5] Sarah Benichou et Tal Madesta, « Depuis le 7-Octobre, des voix juives de gauche en ébullition », Mediapart, 24 mai 2024 : https://www.mediapart.fr/journal/france/250524/depuis-le-7-octobre-des-voix-juives-de-gauche-en-ebullition
[6] Michael Seguin, « Conceptualiser la colonialité d'Israël : retour sur la trajectoire d'une analyse polémique », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 131, 2016 : http://journals.openedition.org/chrhc/5192
[7] Nur Masalha, Expulsion of the Palestinians. The Concept of “Transfer” in Zionist Political Thought, 1882-1948 (2012).
[8] Leila Seurat, « Palestine. La recherche au défi du discours colonial », Orient XXI, 14 janvier 2025 : https://orientxxi.info/magazine/palestine-la-recherche-au-defi-du-discours-colonial,7902
[9] Elias Sanbar, Figures du Palestinien. Identités des origines, identité du devenir (2004) et Les Palestiniens dans le siècle (2007).
[10] Deborah Bernstein, Constructing boundaries : Jewish and Arab Workers in Mandatory Palestine (2000) et Zachary Lockman, Comrades and Enemies : Arab and Jewish Workers in Palestine, 1906-1948 (1996)
[11] Ilan Pappé, Le nettoyage ethnique de la Palestine (2008) et Thomas Vescovi, L'échec d'une utopie, une histoire des gauches en Israël (2021).
[12] Sbeih Sbeih, « Sur la condition coloniale en Palestine », Contretemps, 24 juillet 2024 : https://www.contretemps.eu/author/sbeih-sbeih/
[13] Lire notamment Ilan Halevi, Sous Israël, la Palestine (1978) et Question juive. La tribu, la loi, l'espace (2016).
[14] Ben White, Être palestinien en Israël. Ségrégation, discrimination et démocratie (2015) et Thomas Vescovi et Dominique Vidal, « Arabes israéliens : les discriminations au service de l'apartheid », Palestine Solidarité, n°85, juillet 2023 : https://www.france-palestine.org/Arabes-israeliens-les-discriminations-au-service-de-l-apartheid
[15] Sylvain Cypel, L'État d'Israël contre les Juifs (2020).
[16] Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives (2006) et Colonialités et ruptures. Écrits sur les figures juives arabes (2021).
[17] Yakov Rabkin, Judaïsme, islam et modernités (2022).
[18] « Territoire et population, les chiffres clés 2024 », Plateforme-palestine.org : https://plateforme-palestine.org/Territoire-et-population-les-chiffres-cles-2019
[19] Nitzan Perelman, « DemocraticWashing : le cas israélien », Yaani.fr, 29 juin 2024 : https://www.yaani.fr/2024/06/29/democraticwashing-le-cas-israelien/
[20] Thomas Vescovi, « La contestation au défi de l'occupation », Orient XXI, 28 mars 2023 : https://orientxxi.info/magazine/la-contestation-au-defi-de-l-occupation,6329
[21] Caterina Bandini et Thomas Vescovi, « Le charme discret de l'idée binationale », Yaani.fr, 15 septembre 2024 : https://www.yaani.fr/2024/09/15/le-charme-discret-de-lidee-binationale/
[22] Interview d'Ofer Cassif, député communiste au Parlement israélien, par Pierre Barbancey, dans L'Humanité dimanche, 4 septembre 2025.
[23] David Newman, « Le post-sionisme : une vision plus juste de la société israélienne contemporaine », Mouvements, 2004/3, n°33-34, 2004 [En Ligne] : https://shs.cairn.info/revue-mouvements-2004-3-page-49?lang=fr&tab=cites-par
[24] Michel Warschawski, Sur la frontière (2013).
[25] Uri Ram, Israeli Nationalism : Social conflicts and the politics of knowledge (2010).
[26] Dominique Vidal, « En Israël, les trois dimensions d'une dérive fascisante », Orient XXI, 10 juillet 2018 : https://orientxxi.info/magazine/en-israel-les-trois-dimensions-d-une-derive-fascisante,2542
[27] Lire notamment Gilbert Achcar, Gaza, un génocide annoncé (2025) et Xavier Guignard, Comprendre la Palestine (2024)
[28] Sylvain Cypel, « « Je ne crois plus en un État juif ». La bombe Peter Beinart », Orient XXI, 24 juillet 2020 : https://orientxxi.info/magazine/je-ne-crois-plus-en-un-etat-juif,4036
[29] Naomi Klein, « We need an exodus from Zionism », The Guardian, 24 avril 2024 : https://www.theguardian.com/commentisfree/2024/apr/24/zionism-seder-protest-new-york-gaza-israel
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Crise Washington–Bogotá : dignité colombienne et double morale antidrogue

Dans le cadre de la première phase du plan Trump pour Ghaza : Libération de 20 otages israéliens et 2000 prisonniers palestiniens ce matin
Pendant que la première étape du Plan Trump pour « la paix à Ghaza » tire à sa fin aujourd'hui, avec la restitution par le Hamas de 20 otages vivants, en contrepartie de la libération de 2000 prisonniers palestiniens, plus d'une vingtaine de dirigeants du monde prendront part au sommet des chefs d'Etat pour l'après-guerre à Ghaza, qui se tiendra à Charm El Cheikh, en Egypte, là où les pourparlers pour un accord de cessez-le-feu ont eu lieu, sous la supervision des Etats-Unis et avec la médiation qatarie, égyptienne et turque.
Tiré d'El Watan.
Un sommet auquel prendra part le président Donald Trump (après une visite éclaire en Israël, où il a prononcé un discours devant la Knesset), pour sceller définitivement le plan de 20 points qu'il a conçu pour l'avenir de Ghaza et des Palestiniens, sans la présence de l'Autorité palestinienne.
Parmi les premiers dirigeants qui ont annoncé leur participation à cet événement, il y a ceux de la France, de l'Italie, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la Jordanie, de l'Arabie Saoudite, des Emirats arabes unis, du Qatar et de la Turquie. Hier et après l'annonce par l'armée israélienne de l'achèvement de la première phase de son retrait de Ghaza, entamé dès l'entrée en vigueur du cessez-le-feu vendredi dernier, des informations contradictoires sur la libération des otages par le Hamas, tantôt présentée comme « imminente » et « anticipée » et tantôt pour aujourd'hui. Mais, au début de l'après-midi, « une source importante du Hamas », non identifiée, a déclaré à la chaîne qatarie Al Jazeera que « les factions de la résistance ont terminé de compter le nombre de prisonniers encore en vie et de les répartir dans différents endroits de Ghaza, en vue de leur transfert », en précisant que les délégations de la résistance et de la Croix-Rouge se retrouveront dans la nuit pour convenir d'un mécanisme de remise des prisonniers de l'occupation, qui s'effectuera sur trois axes différents de la bande de Ghaza.
La même source a révélé à la chaîne qatarie que « le mouvement était en contact intensif avec les médiateurs pour affiner les listes de prisonniers palestiniens devant être libérés » et précisé que les « médiateurs travaillent toujours pour parvenir à un règlement définitif concernant les listes de prisonniers, malgré le refus de l'occupation, suite aux informations faisant état de l'intransigeance israélienne concernant les noms de certains dirigeants du mouvement des prisonniers ». Le « responsable » du Hamas qui s'est confié à Al Jazeera a indiqué, en outre, que « les factions de résistance ont renouvelé leur engagement à libérer les prisonniers de l'occupation selon le calendrier convenu ».
Des femmes et des enfants parmi les prisonniers palestiniens libérés
Pour sa part, la Chaîne 12 israélienne a annoncé le « déplacement vers le sud d'Israël des bus de la Croix-Rouge, en prévision de la libération des otages israéliens lundi matin ». De son côté, le bureau d'information des prisonniers palestiniens a parlé d'« obstacles complexes » qui, selon lui, « continuent d'empêcher l'annonce officielle des listes de prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de l'accord d'échange, qui comprend des prisonniers de la bande de Ghaza, des femmes et des enfants ».
Selon le bureau, « des efforts sont déployés 24 heures sur 24 pour surmonter ces obstacles et mener à bien les procédures requises », et d'ajouter que « les noms et les détails complets de l'accord seront annoncés immédiatement après la conclusion des négociations et l'approbation des listes définitives, jusqu'au dernier nom ». Juste après, dans un communiqué, le bureau du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a déclaré que « le gouvernement israélien espère que les prisonniers israéliens seront remis à la Croix-Rouge lundi matin ».
Lui emboîtant le pas, et dans une lettre adressée aux familles des otages israéliens, le coordinateur des affaires des prisonniers israéliens écrit que la libération des otages « commencera le lundi matin » et que « les corps des otages décédés ne seront pas tous restitués après les 72 heures prévus. Israël travaillera avec la force internationale pour les localiser », ajoutant : « Nous nous attendons à ce que le Hamas déploie des efforts pour assurer leur retour. »
En outre, le vice-président américain, J. D. Vance, a confirmé le voyage de Donald Trump « au Moyen-Orient pour rencontrer les otages israéliens qui seront libérés dans le cadre de la première phase de l'accord de paix entre Israël et le Hamas », avant d'ajouter aux médias américains : « Touchons du bois, nous sommes très confiants que les otages seront libérés et que le Président se rendra effectivement au Moyen-Orient, probablement ce soir (NDLR : hier soir), pour les rencontrer et les saluer en personne. »
Pour ce qui est de l'exécution de la première étape de l'accord, Vance l'a qualifiée de « grand jour pour leurs familles, mais je pense que plus important encore, c'est un grand jour pour le monde entier ». Il a déclaré que le Plan Trump était « une tâche très ambitieuse » et que le président américain a « mené une diplomatie très peu traditionnelle avec des personnes qui n'étaient pas des diplomates de 40 ans, mais qui apportaient une perspective nouvelle (…). Nous sommes désormais à l'aube d'une paix durable au Moyen-Orient ». Le vice-Président a cependant averti que la mise en œuvre de la deuxième phase de l'accord, qui prévoit que le Hamas accepte de remettre les armes et l'administration de Ghaza, à un organisme palestinien de technocrates indépendants, « nécessitera une influence et une pression constantes de la part du président des Etats-Unis vers le bas ».
Des corps de certains otages décédés pourraient être portés disparus
Vance a également estimé, à propos des 200 militaires dépêchés à Ghaza que « ce ne sont pas des troupes qui seront déployées à Ghaza, mais des troupes qui sont déjà au Commandement central (NDLR : base aérienne d'Al Udeid au Qatar). Elles sont sur cette base depuis de très nombreuses années et elles contribueront à la surveillance et à la médiation de cette paix ». Pour lui, « il y aura inévitablement des conflits ici. Il y aura des points sur lesquels les habitants de Ghaza seront en désaccord avec Israël, et les Israéliens seront en désaccord avec les Etats arabes du Golfe. Nous considérons que notre rôle consiste réellement à servir de médiateur dans certains de ces conflits, et la pression reste sur tout le monde pour parvenir à une solution durable et pérenne ». Il a parlé des pays arabes et à majorité musulmane, en citant comme exemple l'Indonésie, qui « vont fournir des troupes pour assurer la sécurité de Ghaza » et que cela, a-t-il souligné, « permettrait de reconstruire, de démanteler les réseaux ''terroristes'' et d'assurer une paix durable. Les Etats-Unis continueront à jouer leur rôle de médiateur, et je pense que c'est une très, très bonne position pour nous tous ».
Quelques heures plus tard, le porte-parole du gouvernement israélien a averti que la libération des détenus palestiniens « n'aurait lieu qu'après la confirmation » de la restitution des otages israéliens, « prévue pour lundi matin ». Selon lui, la restitution des otages « commencerait tôt lundi matin (…) » et s'effectuera « en une seule fois ». Le responsable a confirmé que l'armée israélienne « s'était retiré jusqu'à la ligne jaune, attendant la libération imminente de tous » les otages et que « les Palestiniens seraient libérés après que la libération des prisonniers israéliens soit confirmée ».
Il a également déclaré qu'il s'attendait « à ce que la plupart » des corps des otages « soient retrouvés », et averti que « certains pourraient rester portés disparus », confirmant ainsi les informations publiées par des médias israéliens, selon lesquelles certaines familles des otages décédés ont été informées du fait que les dépouilles ne seront pas restituées durant la première étape de l'accord de cessez-le-feu.
Cependant, le porte-parole du gouvernement israélien n'a pas été aussi direct. Il a affirmé que les responsables de son pays « étaient prêts à recevoir les corps des 28 otages décédés après la libération des 20 otages vivants ». Selon les termes de l'accord, le Hamas a jusqu'à aujourd'hui à midi (9h GMT) pour restituer les 20 otages vivants, en échange de près de 2000 prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes.
Le Hamas insiste pour la libération des prisonniers enlevés de sa liste par Israël
Dans l'après-midi d'hier, Ousama Hamdan, un des dirigeants du Hamas, a confirmé à l'Agence France Presse (AFP) que « l'échange de prisonniers devrait commencer lundi matin comme convenu ». Mais le Hamas a insisté, hier, pour que sept dirigeants palestiniens portés sur la liste qu'il a remis aux médiateurs et entérinée par Israël, dans le cadre du Plan Trump, soient libérés. Israël et sous la pression de l'extrême droite messianiste, représentée notamment par le ministre de la Sécurité, Itamar Ben Gvir, a apporté, selon le porte-parole du bureau du Premier ministre, « des modifications de dernière minute » à la liste des prisonniers palestiniens libérables. Le leader d'extrême droite exhorte, a écrit Times Of Israel, a exhorté « le bureau du Premier ministre à expulser plusieurs prisonniers reconnus coupables de meurtre ou de tentative de meurtre, plutôt que de les libérer en Cisjordanie ».
Ces changements, ont rapporté des médias hébreux, ont porté sur l'exclusion de 11 militants palestiniens qui purgent de lourdes peines, le remplacement de leurs noms par ceux d'autres militants emprisonnés. « Le Hamas insiste pour que la liste finale comprenne sept hauts dirigeants, notamment Marwan Barghouti, Ahmad Saadat, Ibrahim Hamed et Abbas Al Sayyed », a déclaré, hier à l'AFP, « une source » non identifiée. Vendredi dernier, le ministère israélien de la Justice avait publié la liste des noms de 250 prisonniers à libérer, amputée de plusieurs noms dont, entre autres, ceux de Marwan Barghouti du Fatah et Ahmad Saadat du Front populaire de libération de la Palestine (FDLP). Le Hamas a continué à faire pression sur les médiateurs pour qu'Israël libère tous les prisonniers portés sur la liste entérinée par les médiateurs.
Moussa Abou Marzouk, le numéro 2 du Hamas, a affirmé à la chaîne qatarie Al Jazeera que le mouvement de la résistance « insiste sur la libération de Barghouti et d'autres personnalités importantes », en précisant que cela est « en pourparlers avec des médiateurs ».
Dans le cadre de la première phase de l'accord, 250 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité doivent être libérés. Parmi eux, 115 retourneront chez eux en Cisjordanie et à Al Qods, tandis que 135 autres seront expulsés vers l'étranger. D'après le site d'information hébreu Walla, Ben Gvir estime que laisser entrer des militants qu'il a qualifié de « terroristes condamnés en Cisjordanie répandra la peur parmi les résidents du territoire, même si les responsables de la Défense préféreraient qu'ils restent à proximité pour les surveiller de près ».
En fin de journée, alors que le bureau des médias de Ghaza confirmait l'« existence d'obstacles empêchant l'annonce officielle des listes des prisonniers palestiniens » devant être libérés aujourd'hui, dans les prisons israéliennes, l'administration pénitentiaire a mis le niveau d'alerte au plus haut degré, en raison de l'opération de libération des détenus palestiniens, la population de Ghaza et de Jordanie, et malgré la dévastation de l'enclave et les opérations de perquisition et d'arrestation des forces d'occupation israéliennes en territoire occupé, pour empêcher toute démonstration de joie à l'accueil des prisonniers libérés, se préparent à recevoir les leurs après des années d'absence passées dans les geôles mouroirs de l'occupant.
Chronique d’une néophyte de l’altermondialisme
Appel à soutenir les communautés équatoriennes contre le projet de la minière canadienne Loma Larga

À vous toustes mes solidaires,
Déjà 20 ans que je suis investie corps et âme dans notre parti. Comme plusieurs autres j'avais besoin de voir naître et grandir un parti politique qui partage complètement mes valeurs et qui porte la même vision du projet de société auquel j'aspire tant. J'ai décidé de porter ce rêve de transformation comme élue de l'Assemblée nationale. Ça fait aujourd'hui 11 ans que je suis députée dont 7 à titre de porte-parole. Je ne vous cacherai pas que je suis éreintée. Voyant venir l'élection 2026, j'ai dû me poser la question : est-ce que je suis prête à m'embarquer pour un autre 4 ans ?
La décision n'a pas été facile à prendre et c'est avec un pincement au cœur que j'en suis arrivée à la conclusion qu'il serait mieux pour moi de ne pas me représenter. Je suis arrivée à la fin d'un cycle dans lequel j'ai bataillé très fort, j'ai appris beaucoup et j'ai donné énormément, j'ai donné tout ce que j'avais. Maintenant il est temps pour moi de passer à une autre étape de ma vie et de passer le flambeau.
Tout au long de ce parcours vous m'avez témoigné confiance et amour. Vous m'avez rappelé quotidiennement, qu'en se tenant les coudes serrés, on est plus solide. Mais j'ai aussi expérimenté que lorsqu'on les desserre, le vent de droite passe par toutes les craques et fini par éroder la nécessaire solidarité, cet ingrédient essentiel pour transformer un jour ce monde qui devient de plus en plus invivable pour de plus en plus de gens.
Je suis très fière d'avoir représenté Québec solidaire, ce parti qui a passé au travers mille tempêtes depuis sa création, mais qui finit toujours par retomber à flot parce que le Québec à besoin de nous comme parti. Et ça nous le savons.
Un nouveau cycle s'amorce avec bientôt la formation de notre nouveau duo de PP. En ces temps où plus que jamais nous devons être au coude-à-coude pour résister à ce qui est devant nous, je compte sur vous pour honorer ce défi. La droite veut nous voir à genoux, voir même mort, et ne cesse de le répéter sur toutes les tribunes. Certains des plus progressistes finissent même par croire que notre parti est moribond. Je veux vous faire une mise en garde : ne les croyez pas, les tenants de la droite espèrent ardemment de nous voir nous décourager et baisser les bras. On ne se laissera pas berner. Longue vie à notre Québec solidaire !
J'ai un merci tout particulier aux personnes militantes de ma circonscription qui, à travers ces années, m'ont soutenue et aidée à garder Ste-Marie-St-Jacques solidaire. Nous aurons encore besoin de vous. Et comment remercier à la hauteur de leur engagement toutes ces femmes et ces hommes qui au fil des années dans mon bureau de comté, ont été mes yeux, mes oreilles et ma tête pour assurer à mes concitoyen⋅nes les services auxquels elles, ils et iels avaient droit. Merci de m'avoir accompagnée et fait briller. Je vous dois beaucoup.
Je resterai avec vous comme députée et militante pour la prochaine année et j'irai par la suite trouver mon nouveau chemin pour continuer à faire advenir ce qui m'a toujours motivée : changer le monde en profondeur. Je commence à comprendre que le chemin qui nous y mènera sera rempli de courage, de respect, d'humilité et de beaucoup d'amour.
Nous continuerons ensemble cette bataille contre ces vents et ces gens qui ne sont pas du même côté de l'histoire que nous.
Avec tout mon amour,
Manon
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Le caractère de classe du fascisme – Georges Dimitrov
Georges Dimitrov (1882-1949) a été l’un des principaux dirigeants du mouvement communiste durant l’entre-deux-guerres. Il a dirigé l’insurrection communiste de Bulgarie en 1923, avant de s’exiler en URSS. De 1934 à 1943, il est secrétaire général de l’Internationale communiste. Dans le cadre de ses fonctions, il propose une analyse approfondie du fascisme lors du VIIe Congrès de l’Internationale (août 1935). Dimitrov montre que le fascisme poursuit la tendance autoritaire du capitalisme et qu’il représente une « forme extrême » du grand capital. Il souligne que le fascisme trouve un écho auprès de certains groupes, car il mobilise un discours de changement, contrairement au statu quo libéral. Enfin, Dimitrov avance que les organisations révolutionnaires doivent combattre le fascisme par la force.
Nous présentons un extrait du rapport de Dimitrov qui décrit le caractère de classe du fascisme. Ce texte peut nous aider à décoder les phénomènes autoritaires et fascistes contemporains, et à mieux organiser notre riposte. Comme l’affirme Dimitrov : « Quiconque ne lutte pas, au cours de ces étapes préparatoires, contre les mesures réactionnaires de la bourgeoisie et le fascisme grandissant, n’est pas en état d’entraver la victoire du fascisme, mais au contraire la facilite. »
Source : DIMITROV, Georges. Œuvres choisies (tome 2), Sofia-Presse, 1972, pages 6-11.
Le caractère de classe du fascisme (G. Dimitrov, 1935)
Le fascisme au pouvoir est, comme l’a caractérisé avec raison la XIIIe Séance plénière du Comité exécutif de l’Internationale communiste, la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier.
La variété la plus réactionnaire du fascisme, c’est le fascisme du type allemand, il s’intitule impudemment national-socialisme sans avoir rien de commun avec le socialisme allemand. Le fascisme allemand, ce n’est pas seulement un nationalisme bourgeois, c’est un chauvinisme bestial. C’est un système gouvernemental de banditisme politique, un système de provocation et de tortures à l’égard de la classe ouvrière et des éléments révolutionnaires de la paysannerie, de la petite-bourgeoisie et des intellectuels. C’est la barbarie médiévale et la sauvagerie. C’est une agression effrénée à l’égard des autres peuples et des autres pays.
Le fascisme allemand apparaît comme la troupe de choc de la contre-révolution internationale, comme le principal fomenteur de la guerre impérialiste, comme l’instigateur de la croisade contre l’Union soviétique, la grande patrie des travailleurs du monde entier.
Le fascisme, ce n’est pas une forme du pouvoir d’État qui, prétendument, « se place au-dessus des deux classes, du prolétariat et de la bourgeoisie », ainsi que l’affirmait par exemple Otto Bauer. Ce n’est pas « la petite bourgeoisie en révolte qui s’est emparée de la machine d’État », comme le déclarait le socialiste anglais Brailsford. Non. Le fascisme, ce n’est pas un pouvoir au-dessus des classes, ni le pouvoir de la petite-bourgeoisie ou des éléments déclassés du prolétariat sur le capital financier. Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même. C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels. Le fascisme, en politique extérieure, c’est le chauvinisme sous sa forme la plus grossière, cultivant une haine bestiale contre les autres peuples.
« Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même. C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière […] L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie – la démocratie bourgeoise – par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée.»
Il est nécessaire de souligner avec une vigueur particulière ce véritable caractère du fascisme, parce que le masque de la démagogie sociale a permis au fascisme d’entraîner à sa suite, dans une série de pays, les masses de la petite bourgeoisie désaxée par la crise, et même certaines parties des couches les plus arriérées du prolétariat, qui n’auraient jamais suivi le fascisme si elles avaient compris son caractère de classe réel, sa véritable nature.
Le développement du fascisme et la dictature fasciste elle-même revêtent dans les différents pays des formes diverses, selon les conditions historiques, sociales et économiques, selon les particularités nationales et la situation internationale du pays donné. Dans certains pays, principalement où le fascisme n’a pas de large base dans les masses et où la lutte des différents groupements dans le camp de la bourgeoisie fasciste elle-même est assez forte, le fascisme ne se résout pas du premier coup à liquider le Parlement et laisse aux autres partis bourgeois, de même qu’à la social-démocratie, une certaine légalité. Dans d’autres pays, où la bourgeoisie dominante appréhende la proche explosion de la révolution, le fascisme établit son monopole politique illimité ou bien du premier coup, ou bien en renforçant de plus en plus la terreur et la répression à l’égard de tous les partis et groupements concurrents. Ce fait n’exclut pas, de la part du fascisme, au moment d’une aggravation particulière de sa situation, les tentatives d’élargir sa base et, sans changer d’essence de classe, de combiner la dictature terroriste ouverte avec une falsification grossière du parlementarisme.
L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie – la démocratie bourgeoise – par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée. Méconnaître cette distinction serait une faute grave, qui empêcherait le prolétariat révolutionnaire de mobiliser les couches laborieuses les plus tendues de la ville et de la campagne pour la lutte contre la menace de la prise du pouvoir par les fascistes, et d’utiliser les contradictions existant dans le camp de la bourgeoisie elle-même. Mais c’est une faute non moins grave et non moins dangereuse de sous-estimer l’importance que revêtent, pour l’instauration de la dictature fasciste, les mesures réactionnaires de la bourgeoisie, qui s’aggravent aujourd’hui dans les pays de démocratie bourgeoise, et qui écrasent les libertés démocratiques des travailleurs, falsifient et rognent les droits du Parlement, accentuent la répression contre le mouvement révolutionnaire.
Camarades, on ne saurait se faire de l’arrivée du fascisme au pouvoir l’idée simpliste et unie qu’un comité quelconque du capital financier déciderait d’instaurer à telle date la dictature fasciste. En réalité, le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à l’intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche et dans d’autres pays. Tout cela sans affaiblir cependant l’importance du fait qu’avant l’instauration de la dictature fasciste, les gouvernements bourgeois passent ordinairement par une série d’étapes préparatoires et prennent une série de mesures réactionnaires contribuant à l’avènement direct du fascisme. Quiconque ne lutte pas, au cours de ces étapes préparatoires, contre les mesures réactionnaires de la bourgeoisie et le fascisme grandissant, n’est pas en état d’entraver la victoire du fascisme, mais au contraire la facilite.
« Le fascisme ne se borne pas à attiser les préjugés profondément enracinés dans les masses ; il joue aussi sur les meilleurs sentiments des masses, sur leur sentiment de justice et parfois même sur leurs traditions révolutionnaires. […] Le fascisme vise à l’exploitation la plus effrénée des masses, mais il aborde celles-ci avec une habile démagogie anti-capitaliste, en exploitant la haine profonde des travailleurs pour la bourgeoisie rapace, les banques, les trusts et les magnats financiers »
Les chefs de la social-démocratie estompaient et cachaient aux masses le vrai caractère de classe du fascisme, ils n’appelaient pas à la lutte contre les mesures réactionnaires de plus en plus fortes de la bourgeoisie. Ils portent la grande responsabilité historique du fait qu’au moment décisif de l’offensive fasciste, une partie considérable des masses travailleuses, en Allemagne et dans une série d’autres pays fascistes, n’a pas reconnu dans le fascisme le rapace financier sanguinaire, leur pire ennemi, et du fait que ces masses n’ont pas été prêtes à la riposte.
Quelle est donc la source de l’influence du fascisme sur les masses ? Le fascisme réussit à attirer les masses parce qu’il en appelle, de façon démagogique, aux plus sensibles de leurs besoins et de leurs aspirations. Le fascisme ne se borne pas à attiser les préjugés profondément enracinés dans les masses ; il joue aussi sur les meilleurs sentiments des masses, sur leur sentiment de justice et parfois même sur leurs traditions révolutionnaires. Pourquoi les fascistes allemands, ces laquais de la grande bourgeoisie et ces ennemis mortels du socialisme, se font-ils passer devant les masses pour des « socialistes » et représentent-ils leur avènement au pouvoir comme une « révolution » ? Parce qu’ils visent à exploiter la foi dans la révolution, l’élan vers le socialisme, qui vivent au cœur des grandes masses travailleuses d’Allemagne.
Le fascisme agit dans l’intérêt des ultra-impérialistes, mais il se montre aux masses sous le masque de défenseur de la nation lésée et en appelle au sentiment national blessé, comme, par exemple, le fascisme allemand qui entraîna les masses derrière lui avec le mot d’ordre « Contre Versailles ! ».
Le fascisme vise à l’exploitation la plus effrénée des masses, mais il aborde celles-ci avec une habile démagogie anti-capitaliste, en exploitant la haine profonde des travailleurs pour la bourgeoisie rapace, les banques, les trusts et les magnats financiers, et en formulant les mots d’ordre les plus tentants au moment donné pour les masses politiquement frustes. En Allemagne : « l’intérêt général prime l’intérêt privé ». En Italie : « notre État n’est pas un État capitaliste, mais corporatif ». Au Japon : « pour un Japon sans exploitation ». Aux États-Unis : « Pour le partage de la richesse ». Etc.
Le fascisme livre le peuple à la merci des éléments vénaux les plus corrompus, mais se présente devant lui en revendiquant un « pouvoir honnête et incorruptible ». En spéculant sur la profonde déception des masses à l’égard des gouvernements de démocratie bourgeoise, le fascisme s’indigne hypocritement contre la corruption (par exemple, les affaires Barmat et Sklarek en Allemagne, l’affaire Staviski en France, et une série d’autres).
« Le fascisme capte, dans l’intérêt des cercles les plus réactionnaires de la bourgeoisie, les masses déçues qui abandonnent les vieux partis bourgeois. Mais il en impose à ces masses par la violence de ses attaques contre les gouvernements bourgeois, par son attitude intransigeante à l’égard des vieux partis de la bourgeoisie. »
Le fascisme capte, dans l’intérêt des cercles les plus réactionnaires de la bourgeoisie, les masses déçues qui abandonnent les vieux partis bourgeois. Mais il en impose à ces masses par la violence de ses attaques contre les gouvernements bourgeois, par son attitude intransigeante à l’égard des vieux partis de la bourgeoisie.
Dépassant en cynisme et en hypocrisie toutes les autres variétés de la réaction bourgeoise, le fascisme adapte sa démagogie aux particularités nationales de chaque pays et même aux particularités des différentes couches sociales dans un seul et même pays. Et les masses de la petite bourgeoisie, voire une partie des ouvriers, poussés au désespoir par la misère, le chômage et la précarité de leur existence, deviennent victimes de la démagogie sociale et chauvine du fascisme.
Le fascisme arrive au pouvoir comme le parti de choc contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat, contre les masses populaires en fermentation, mais il présente son avènement au pouvoir comme un mouvement « révolutionnaire » contre la bourgeoisie au nom de « toute la nation » et pour le « salut » de la nation. Rappelons-nous la « marche » de Mussolini sur Rome, la « marche » de Pilsudski sur Varsovie, la « révolution » nationale-socialiste de Hitler en Allemagne, etc.
Mais quel que soit le masque dont le fascisme s’affuble, sous quelque forme qu’il apparaisse, quelle que soit la voie qu’il emprunte pour arriver au pouvoir : Le fascisme est l’offensive la plus féroce du Capital contre les masses travailleuses. Le fascisme, c’est le chauvinisme effréné et la guerre de conquête. Le fascisme, c’est la réaction forcenée et la contre-révolution.
Le fascisme, c’est le pire ennemi de la classe ouvrière et de tous les travailleurs !

« Le vautour fasciste a découvert que nous ne sommes pas des moutons », 1944. Affiche antifasciste produite par le caricaturiste Viktor Nikolaevich Deni (1893-1946).
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Une École d’été citoyenne dans une perspective de justice sociale
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[1]La justice sociale est une des principales valeurs au fondement du travail social[2]. Elle est d’ailleurs abordée dès le début du parcours universitaire au premier cycle. Toutefois, cette valeur est portée par de nombreuses personnes à l’extérieur du milieu universitaire et du travail social. Ces dernières se soucient de la justice sociale et participent à diverses actions en ce sens en espérant contribuer à l’émergence d’un monde plus juste et plus égalitaire.
Toutefois, malgré un objectif commun, ces deux « mondes » œuvrent en parallèle. En effet, l’université est difficile d’accès, voire intimidante pour un nombre important de personnes. On pense ici aux lieux physiques, mais également aux différentes activités de transmission des connaissances qui y sont associées, les publications scientifiques et les colloques universitaires. Il y a donc lieu de réfléchir à la façon dont ces deux « mondes » peuvent se rejoindre, partager leurs savoirs et agir ensemble dans la perspective d’améliorer la société. Il faut se demander comment créer un espace, une intersection, où les savoirs expérientiels et les savoirs théoriques peuvent se rejoindre et se partager. C’est dans cette perspective que fut imaginée et organisée l’École d’été citoyenne à l’Université du Québec en Outaouais (UQO).
Le présent article présente les débuts de l’École d’été citoyenne. Suivent la description de l’École et les deux premières éditions. Enfin, nous soulèverons différentes questions auxquelles réfléchir avant de poursuivre le travail.
Genèse du projet
La professeure Nathalie St-Amour, du département de travail social de l’UQO, a eu l’idée d’une école d’été citoyenne en Outaouais pour créer un espace de rencontre entre la communauté et le milieu universitaire. Deux collègues du département de travail social, Grace Chammas et Célyne Lalande, ont manifesté un intérêt pour le projet. Ensemble, ces professeures ont décidé d’organiser une journée sur le thème de la justice sociale pendant la semaine du travail social en 2020 à l’UQO. L’organisation de l’événement avançait bien, jusqu’à ce qu’on doive annuler le tout en raison de la pandémie mondiale de COVID-19.
L’après-COVID-19
À la reprise des activités dites normales, en 2022, la professeure St-Amour a de nouveau mis de l’avant le projet. À ce moment-là, la rectrice de l’UQO, Mme Murielle Laberge, s’est montrée intéressée et a mandaté le Centre de soutien et d’innovation pédagogique universitaire (CSIPU) pour se joindre à la professeure St-Amour et réactiver le projet[3].
De nouveau à la recherche de partenaires, les pionnières du projet ont contacté un nouvel organisme communautaire de la région, le Laboratoire de formation populaire de l’Outaouais (LFPO ou LabPop). C’est ainsi que la coordonnatrice du LFPO, Mme Joscelyne Lévesque, s’est jointe à l’équipe de l’école d’été. Par la suite, l’auteur de ce texte a intégré le groupe à titre de chargé de projet. L’organisation de la première édition de l’École d’été citoyenne s’est alors accélérée[4].
Le Laboratoire de formation populaire de l’Outaouais
Partenaire de l’UQO lors des deux premières éditions de l’École d’été citoyenne, le LFPO a officiellement été créé en 2022 à Gatineau. Parrainé par la Table régionale des organismes communautaires autonomes de l’Outaouais (TROCAO)[5], il a reçu une aide financière du Fonds de soutien au développement des communautés (FSDC), de la Ville de Gatineau et de la Conférence des préfets de l’Outaouais grâce au Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale (PAGIEPS). Le LFPO définit ainsi sa mission : « En concordance avec les valeurs et principes de l’action communautaire autonome, le LabPop vise à soutenir le mouvement communautaire en Outaouais afin d’augmenter sa capacité et son pouvoir d’agir sur son territoire et dans une diversité de milieux[6] ». Cet organisme est venu combler un besoin important dans la région.
École d’été citoyenne 2023, la première édition
Avant de poursuivre, il est important de préciser une particularité de l’événement. En effet, il ne s’agit pas d’une école d’été comme en présentent certains établissements d’enseignement supérieur, qui s’adresse davantage aux étudiantes et étudiants qui doivent s’y inscrire et qui permettent d’acquérir des crédits ou des unités. Il s’agit plutôt d’une activité ouverte à toutes les personnes intéressées par des enjeux sociaux et des projets d’implication citoyenne.
Cette première édition de l’École d’été citoyenne s’est tenue durant quatre jours, du 30 mai au 2 juin 2023 sur le campus de l’UQO. Elle avait comme objectif de « faire de l’université un espace ouvert et délibératif qui permet de valoriser tous les types de savoirs et qui contribue au renforcement de nos compétences citoyennes, tant sur le plan personnel que collectif[7] ». Selon la professeure St-Amour : « Il s’agit de mettre ensemble les expertises et les compétences de toutes les personnes présentes afin de participer à l’édification d’une société inclusive et engagée[8] ».
L’idée de départ consistait à organiser l’événement hors des murs de l’université pour favoriser le rapprochement avec la communauté. Toutefois, le comité organisateur a dû se rendre à l’évidence et admettre que ce ne serait pas possible compte tenu du temps dont il disposait. Il a donc décidé de tenir l’événement à l’UQO et a cherché à rendre ce dernier plus convivial et accessible à toutes et tous. Ainsi, certaines activités se sont déroulées à l’extérieur sous un chapiteau alors qu’à d’autres moments, des musiciens sont venus se produire. De plus, l’événement, financé par l’UQO, était totalement gratuit, inscription, repas, transport. Une collaboration avec des personnes rattachées au programme de Techniques d’éducation à l’enfance du Cégep de l’Outaouais afin d’offrir un service de garde gratuit pour les personnes participantes a dû malheureusement être annulé faute de demande.
Organisée sous le thème de la participation citoyenne, chaque journée de l’événement exploitait un thème plus spécifique, soit : 1) la participation citoyenne en contexte de diversité et d’immigration ; 2) les pratiques innovantes en soutien à la participation citoyenne ; 3) la participation écocitoyenne des jeunes ; et 4) appels à l’action pour soutenir la participation citoyenne. Chacune des journées comportait diverses activités telles que des présentations, des panels, des ateliers thématiques et des activités ludiques. Ces activités étaient animées et présentées par des personnes provenant de divers milieux : citoyennes et citoyens, organismes et regroupements communautaires, politiciennes et politiciens, professeur·e·s d’école secondaire, d’université, étudiantes et étudiants[9]…
Un partenariat intéressant fut également développé avec le Centre d’intervention et de prévention de la toxicomanie en Outaouais (CIPTO)[10] et son programme Le LAB. Ce dernier se veut : « un lieu d’expression et de création artistique qui s’adresse aux personnes de 16 ans et plus[11] ». Ainsi, des artistes du LAB furent présents à l’ensemble des activités de la semaine afin de recueillir du matériel pour produire un « zine » de l’événement. Un zine est une « [p]ublication à diffusion restreinte (faible ou moyenne) dont la périodicité est irrégulière et qui est éditée par un petit groupe de personnes sur des sujets qui les passionnent (bandes dessinées, science-fiction, cinéma, musique, artistes ou auteurs favoris)[12]. Celui produit par des artistes du LAB accompagnés par l’artiste Camille Dion comportait une quarantaine de pages et fut imprimé en cent copies. Le lancement officiel de l’œuvre eut lieu lors de l’édition suivante de l’École d’été citoyenne, en 2024.
La deuxième édition, 2024
À la suite du succès de la première édition, l’événement fut organisé de nouveau, du 1er au 4 mai 2024. Toujours sur le thème de la justice sociale et l’implication citoyenne, on a jumelé l’École d’été citoyenne avec la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs du 1er mai. Dans ce contexte, de nouveaux partenariats se sont établis avec le Conseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais (CSN) et le Conseil régional de l’Outaouais de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) qui ont collaboré à l’organisation de l’École d’été, ainsi que des citoyens et citoyennes et des personnes du milieu communautaire.
Comme l’édition précédente, chacune des quatre journées a abordé un thème particulier. La journée du 1er mai a été consacrée à la Journée internationale des travailleuses et travailleurs ; la première partie de la journée a traité du syndicalisme alors que le lancement du zine de l’École d’été citoyenne de 2023 a eu lieu en après-midi. Les personnes présentes ont ensuite été invitées à se joindre à la marche des travailleuses et des travailleurs dans les rues du centre-ville de Gatineau. Le jeudi, les thèmes de la transition socioécologique et des mobilisations anichinabées ont été suivis de celui de la citoyenneté engagée et, pour terminer la semaine, de celui de la solidarité au travail. La conférence de Julia Posca, Travailler moins ne suffit pas, titre de son dernier essai, a précédé la présentation du film Richelieu et une discussion avec l’acteur Luis Olivia[13].
Cette deuxième édition a eu lieu principalement dans les salles municipales de la Maison du citoyen à Gatineau, sauf le samedi sur le campus de l’université. Afin de rendre l’événement plus accessible et écologique, la Société de transport de l’Outaouais (STO) et l’UQO ont conclu une entente pour que le transport en commun soit gratuit pour toutes les participantes et participants. Toutefois, cela a présenté le défi de rejoindre l’ensemble de la population de l’Outaouais, une grande région dont plusieurs secteurs ruraux ne sont pas desservis par les transports en commun. De plus, des collaborations ont été établies avec des organismes communautaires de la région, ce qui a permis de réduire de façon substantielle le coût de la location des salles de la Maison du citoyen.
Appréciation générale de l’événement
Les deux premières éditions de l’École d’été citoyenne ont constitué un succès. La très grande majorité des commentaires exprimés ont été positifs. En général, on a souligné la variété, la qualité, la pertinence et l’accessibilité des activités offertes, quelle que soit la provenance des personnes présentes. De nouvelles collaborations ont également émergé de l’événement, entre des personnes de différents milieux. Nous avons reçu des commentaires positifs de professeur·e·s qui ont été enchantés de pouvoir discuter, partager et réfléchir avec des personnes hors du milieu universitaire. Nous avons également reçu des témoignages de personnes disant qu’elles n’auraient jamais pensé un jour assister à une activité à l’université et qui en ont retiré une grande fierté.
Enjeux
Malgré tous ces aspects positifs, l’expérience nous a montré qu’il est loin d’être simple de mettre en œuvre un espace de collaboration entre des milieux qui se côtoient peu habituellement. Loin d’être insurmontables, nous croyons que ces difficultés sont partie intégrante de ce genre d’expérience, surtout lors des premières éditions. Comme nous souhaitons voir ce type d’activité se multiplier, nous voulons présenter les défis qui se dégagent de notre expérience à la suite des deux éditions de l’École d’été citoyenne de façon à aider quiconque veut s’inspirer de notre projet et créer des espaces de collaboration entre acteurs de différents milieux.
Le calendrier
Un des premiers défis sur lequel il faudrait réfléchir est le peu de participation de personnes appartenant au milieu universitaire. En effet, l’expérience montre une belle participation de la communauté, que ce soit à la première édition qui s’est tenue principalement sur le campus, qu’à la deuxième dans des locaux externes. Toutefois, la participation des universitaires (étudiantes et étudiants, professeur·e·s, etc.) a été plutôt faible. Or, pour mieux répondre à l’objectif de rapprochement entre la communauté et l’université, il serait impératif de les attirer davantage. Cette situation soulève la question du meilleur moment où tenir l’événement. En effet, les mois de mai et juin se veulent des mois fort occupés pour les professeur·e·s alors que c’est la fin de session, la correction et une série de colloques où leur participation est nécessaire pour diffuser leurs travaux et pour se tenir à jour dans leur domaine d’expertise. D’autre part, beaucoup d’étudiantes et d’étudiants ont quitté la région à la fin de la session et la majorité a intégré un emploi rémunéré dès la fin de la session.
Des réalités différentes
Il faut aussi considérer les différentes réalités, celles du milieu universitaire, des organismes communautaires et de la population. À titre d’exemple, examinons la production du zine. Du côté de l’université, cette activité s’intègre à plusieurs autres et les réflexions et échanges lors de l’événement s’insèrent souvent dans un bassin plus grand de matériaux nécessaires au développement de travaux de recherche. De l’autre côté, les personnes peuvent parfois s’attendre à des résultats plus rapides associés aux suites de l’événement. Dans le cas des artistes du LAB, il aurait été souhaitable de voir les résultats concrets de leur travail plus rapidement, alors que le zine de la première année a été lancé un an plus tard, à l’ouverture de la seconde édition.
Outre le moment de l’année où tenir ce genre d’événement, l’horaire demeure une difficulté. La première édition de l’École d’été a eu lieu du mardi au vendredi. Or, selon des commentaires adressés au comité organisateur, les personnes occupant un emploi peuvent difficilement se libérer quatre jours durant la semaine pour assister à l’événement. C’est ainsi que la deuxième année, on a décidé de tenir l’événement du mercredi au samedi. Dans ce cas-là, la participation a été moindre le samedi, alors que les personnes en congé ont profité d’une belle journée estivale.
Un troisième défi consiste à trouver un juste milieu quant au degré de sensibilisation des personnes présentes. Loin de nous l’intention de les hiérarchiser, mais il faut quand même reconnaitre qu’il est normal qu’il y ait certaines différences. C’est justement dans cette perspective que ça devient un défi. Nous avons d’un côté des personnes dont le niveau de sensibilisation à certains enjeux sociaux est élevé alors qu’il l’est moins chez d’autres. Évidemment, cette situation peut occasionner des frictions. Or, si nous revenons à l’objectif premier de l’événement, soit de démocratiser l’université en favorisant un rapprochement avec la population, il faudra voir à créer un lieu de réflexion où les deux milieux peuvent se côtoyer et se respecter. Il faudra développer une certaine tolérance pour éviter les clivages et pour créer des espaces d’ouverture afin que des discussions franches puissent avoir lieu dans l’optique de sensibiliser le plus grand nombre et de favoriser un meilleur vivre ensemble.
Un autre défi consiste à trouver la place de toutes et tous dans l’organisation de l’événement, c’est-à-dire mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Évidemment, il est normal de donner de la visibilité à l’université qui finance l’ensemble du projet. Cependant, la contribution des acteurs est à la hauteur de leurs ressources. Donc, encore ici, il faut se rappeler l’objectif initial de l’événement : rapprocher la population et l’université. Dans cette perspective, l’ensemble des acteurs qui collaborent à l’organisation devraient être mis à égalité dans les médias, à titre d’exemple.
Finalement, il faut soulever l’enjeu de la gratuité de l’inscription à l’événement. En effet, nous avons constaté, lors des deux événements, un important taux d’absentéisme par rapport au nombre de personnes inscrites. Il devient alors difficile de planifier les activités. Dès lors, comment maintenir l’accessibilité à l’événement, ici la gratuité, tout en ayant un moyen fiable de prédire le nombre de personnes participantes ?
Conclusion
En terminant, il est important de rappeler que malgré les nombreux enjeux soulevés, nous demeurons fiers des résultats obtenus. Nous croyons à la pertinence de ce genre d’événement et nous souhaitons cerner ces enjeux afin d’améliorer les éditions à venir, mais également pour faciliter la tâche des personnes qui seraient tentées de s’en inspirer. Nous espérons voir les initiatives de ce type se multiplier afin de travailler vers l’objectif commun, soit une société plus juste où l’implication de toutes et tous est encouragée.
Finalement, nous pouvons annoncer qu’une troisième édition de l’École d’été citoyenne aura lieu. Elle se déroulera les 21 et 22 mai ainsi que les 6 et 7 juin 2025. La programmation sera disponible prochainement sur le site Internet de l’UQO ainsi que sur la page Facebook de l’événement.
Par Martin Chartrand, Chargé de cours au département de travail social de l’UQO
- Martin Chartrand a agi comme chargé de projet lors des deux premières éditions de l’École d’été citoyenne. ↑
- Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, Référentiel des compétences des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux, 20212. ↑
- La directrice du CSIPU, Mme Stéphanie Demers, maintenant doyenne des études, et son équipe vont collaborer avec la professeure St-Amour à l’organisation de l’événement. ↑
- Le comité organisateur fut complété par Joey Néron du CSIPU. ↑
- <https://trocao.org/wp/>. ↑
- <https://lfpo.org/qui-sommes-nous/>. ↑
- UQO, Une toute première École d’été citoyenne à l’UQO, 2023. ↑
- Ibid. ↑
- Pour plus de détails, voir le Guide de la personne participante. ↑
- <http://www.cipto.qc.ca/>. ↑
- <http://www.cipto.qc.ca/le-lab/>. ↑
- <https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8363521/zine>. ↑
- Pour davantage de détails, voir le Guide de la personne participante : <https://uqo.ca/ecole-ete-citoyenne-2024/guide-la-personne-participante>. ↑
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Pour le gouvernement Legault : de l’argent pour les grandes entreprises, des politiques d’austérité et de répression pour la majorité populaire
Le gouvernement Legault est au service de la classe dominante. Et il en est fier. Il distribue l'argent aux grandes entreprises (Northvolt, Airbus, Lion électrique, etc.) [1], sans s'assurer d'un retour sur ces investissements. Il a réussi à perdre plus d'un milliard de dollars en une année dans ces opérations [2]. Mais il n'a pas d'argent pour les services hospitaliers, pour les écoles ou pour la francisation. Le parti pris de ce gouvernement pour la classe dominante est bien compris par des secteurs de plus en plus larges de la population. Sa dégringolade dans les sondages est loin d'être terminée. Et c'est pour masquer le caractère de classe de sa politique et pour se construire une rente électorale qu'il multiplie les déclarations contre les travailleuses et travailleurs immigrés,afin de les rendre responsables de tous les maux qui frappent la société québécoise.
L'explosion des subventions et des cadeaux fiscaux pour les grandes entreprises
La politique économique du gouvernement Legault repose essentiellement sur une dépense d'argent public au profit du capital. Sa politique de subventions et d'évitement fiscal vise le soutien massif à des « champions industriels » jugés stratégiques pour la compétitivité du Québec dans l'économie mondiale.
Les entreprises privées, souvent des multinationales ou de grands groupes industriels, sont les principales bénéficiaires de cette politique. Les dix premiers récipiendaires – dont Nemaska Lithium, Northvolt, Airbus, Résolu, Kruger, CAE et Davie – accaparent à eux seuls près de 3 milliards de dollars, soit davantage que le budget annuel du ministère de la Culture et des Communications. Ces aides se concentrent dans quelques filières jugées stratégiques : électrification et batterie (Northvolt, Nemaska, Ultium CAM), aéronautique et défense (Airbus, CAE, Pratt & Whitney), forêt et papier (Résolu, Kruger), énergie et biocarburants (Varennes, Enerkem) et sécurité privée (GardaWorld). Peu de soutien est dirigé vers les petites et moyennes entreprises régionales, les coopératives ou l'économie sociale [3].
Cette logique s'accompagne d'un fort soutien à la recherche et à l'innovation, qui totalise plus de 1,6 milliard $. Cependant, cette recherche est largement orientée vers les besoins industriels et organisée en partenariat avec les entreprises, au détriment de la recherche fondamentale et indépendante. Le modèle d'innovation québécois s'apparente ainsi à un capitalisme où la production de savoirs est intégrée à la logique marchande.
Le gouvernement Legault a décidé de placer les fonds publics dans des projets phares : batterie, aéronautique, intelligence artificielle, afin d'attirer les investisseurs étrangers et d'ancrer le Québec dans les chaînes de valeur mondiales. Ces choix ont débouché sur des pertes majeures d'argent public. Il a subordonné le soutien à la recherche aux besoins de l'industrie et il a privilégié les villes industrielles comme Montréal, Varennes ou Bécancour, tout en négligeant les régions périphériques.
Sur le plan politique, cette orientation correspond à un néonationalisme économique où l'État québécois, via Investissement Québec, assume un rôle d'actionnaire et de bailleur de fonds du capital privé. Les investissements publics massifs visent à consolider une base industrielle qui renforce la dépendance envers les multinationales, au détriment des services publics et de la redistribution sociale.
Une orientation pro-patronale couplée à une offensive contre les intérêts populaires
Depuis le début de la session parlementaire d'automne 2025, une série de mobilisations féministes, syndicales et populaires dresse un même constat : le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) mène une politique budgétaire et économique qui affaiblit systématiquement les services publics, les organismes communautaires et les protections sociales, au profit des intérêts privés et des plus fortunés. Derrière le discours sur « l'efficacité de l'État » et « la rigueur budgétaire » se déploie une restructuration idéologique et matérielle de l'action publique : compressions, sous-financement chronique, désengagement social et dérégulation économique et environnementale.
Au moment même où les services essentiels subissent des compressions, le gouvernement Legault se prépare à octroyer, par l'entremise d'Investissement Québec, des subventions massives à l'industrie de l'armement. Québec solidaire dénonce ce virage comme un signe inquiétant de militarisation économique : alors que les ressources manquent pour les femmes, les enfants et les travailleurs, des fonds publics iront soutenir des entreprises d'armement « très rentables » et souvent étrangères. Ce déplacement des priorités révèle une logique de sécurisation autoritaire, centrée sur la puissance industrielle et militaire plutôt que sur la sécurité humaine et sociale [4].
La marginalisation de la lutte aux changements climatiques
Le gouvernement de la CAQ opère une réorientation majeure de sa politique climatique. Sous la direction du ministre Bernard Drainville, Québec entend désormais consacrer une part plus importante de ses ressources non plus à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), mais à l'adaptation de la population aux effets déjà perceptibles des changements climatiques. Selon un document interne du ministère de l'Environnement obtenu par Radio-Canada, le Plan pour une économie verte 2030 sera modifié afin de transférer une portion significative du budget vers des mesures d'aide aux citoyens touchés par les inondations, les tornades, les glissements de terrain ou les refoulements d'égouts. Le Fonds d'électrification et de lutte contre les changements climatiques — anciennement le Fonds vert — fera donc l'objet d'une révision en profondeur. Actuellement, seules 13 % des sommes du plan (1,3 milliard sur 10,1 milliards) sont destinées à l'adaptation ; cette proportion devrait augmenter sensiblement.
Cette réorientation s'inscrit dans une volonté politique plus large de François Legault de revoir à la baisse les ambitions du Québec en matière de réduction des GES. Déjà, la cible actuelle de 37,5 % de réduction des émissions sous le niveau de 1990 d'ici 2030 semble compromise : le Québec n'a pour l'instant atteint qu'une réduction de 19 %.
En parallèle, d'autres changements confirment un assouplissement général des normes environnementales. Le ministère prévoit de simplifier et d'alléger la réglementation sur la gestion des sols contaminés : sept règlements deviendraient deux d'ici 2026. De nombreuses enquêtes avaient pourtant révélé les dérives de ce secteur — dépôts illégaux, fraudes, implication du crime organisé —, ce qui avait conduit à l'imposition du traçage GPS des camions en 2019. Malgré cela, le cabinet du ministre parle d'une approche « équilibrée et responsable », conciliant environnement et économie « dans une perspective de développement durable » [5].
De plus, avec l'arrivée de Bernard Drainville, environ 130 postes ont été supprimés au ministère de l'Environnement, dans le cadre d'un plan gouvernemental de réduction de la fonction publique. Officiellement justifiés par des motifs d'« efficacité » et de « rationalisation », ces licenciements risquent d'entraîner des pertes d'expertise, des retards dans les évaluations environnementales et un affaiblissement de la capacité d'action écologique de l'État. Les syndicats dénoncent une réorientation politique où la gestion budgétaire prime sur la protection de l'environnement [6].
Des services sociaux minés par des politiques austéritaires
Violence conjugale et ressources pour femmes
Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale tire la sonnette d'alarme : trois budgets successifs (2023, 2024 et 2025) ont ignoré la hausse dramatique des besoins. Malgré qu'il y ait plus de 8 000 femmes et enfants hébergé-es par an, une demande sur deux est refusée, faute de ressources. Les maisons vivent un déficit de financement structurel de 30 % et un taux de roulement de personnel de 33 %, mettant en péril la sécurité de femmes déjà en danger. Les organismes demandent un financement récurrent de 57 millions sur trois ans et une reconnaissance salariale équitable, rappelant que la violence conjugale n'attend pas et que l'austérité tue [7].
Éducation : une attaque du primaire à l'université
Dans le réseau scolaire, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) rapporte une adhésion record de 160 000 signatures contre les nouvelles restrictions budgétaires imposées aux centres de services scolaires. Ces compressions, dénoncées comme des coupes déguisées, menacent directement les services aux élèves en difficulté ou en situation de handicap. L'austérité éducative revient ainsi au cœur d'un modèle où les besoins particuliers sont traités comme des charges, non comme des droits [8].
En mai dernier, le gouvernement de la CAQ annonçait des compressions de 150 millions de dollars dans le réseau de l'enseignement collégial en 2025-2026. De plus, l'augmentation des subventions de fonctionnement de ce réseau pour 2025-2026 sera réduite à seulement 0,3 %, ce qui ne permettra pas de faire face adéquatement à l'augmentation des coûts du système [9]. Le gouvernement de la CAQ a également réduit de 31 millions $ le financement des universités pour 2025-2026 et, en limitant le nombre d'étudiant-es étranger-es, a accentué les pressions budgétaires sur l'ensemble du réseau universitaire. [10]
Travail et santé au travail
Au sein de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), le SCFP-Québec dénonce la suppression de 250 postes à temps plein, soit près de 5 % des effectifs. Ces coupes frappent directement les travailleurs et les travailleuses accidentées et celles qui réclament l'équité salariale, alors même que les délais de traitement sont déjà trop longs. La disparition de postes d'enquêteur-ices, de conseiller-es et d'agent-es d'indemnisation allonge les délais, dégrade la qualité du service et accroît la souffrance des personnes blessées. Ces « économies » se traduisent par une détérioration des droits fondamentaux au travail et par l'affaiblissement d'une institution clé de la justice sociale [11].
Habitation et logement social
Les organisations de locataires — le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) et le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) — dénoncent une politique du logement fondée sur la dérégulation et la financiarisation. Le gouvernement caquiste poursuit une logique pro-propriétaire : refus du contrôle des loyers, nouveaux règlements favorisant les hausses cumulatives et transfert complet des coûts des rénovations aux locataires. Pendant que les loyers atteignent des sommets, le Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ) permet désormais des logements dits « abordables » à 150 % du loyer médian, rendant le terme vide de sens. Ces décisions traduisent un choix politique clair : confier la réponse à la crise au marché privé, au détriment du logement social, communautaire et public. Le FRAPRU réclame 10 000 nouveaux logements sociaux par an, la réorientation du PHAQ vers les besoins réels des ménages et la reconnaissance du logement comme droit fondamental [12].
Pauvreté, itinérance et services communautaires
Le Collectif pour un Québec sans pauvreté, le FRAPRU, le RSIQ, la TNCDC, le RTRGFQ et d'autres réseaux communautaires dénoncent une crise sociale sans précédent : explosion de l'itinérance, paupérisation des ménages, effondrement du filet social. Les organismes sont eux-mêmes au bord du gouffre, étranglés par le sous-financement chronique et le gel de leurs budgets. Le gouvernement a vidé de toute substance sa stratégie en habitation, réduit de quatre fois le budget de son plan de lutte contre la pauvreté et laissé expirer sans suite son plan d'action interministériel en itinérance (2026). Pendant ce temps, les cadeaux fiscaux s'accumulent : 7,4 milliards $ de baisses d'impôts et 6,7 milliards $ de chèques électoralistes depuis 2022, profitant surtout aux mieux nantis. Ces décisions privent les finances publiques des moyens de répondre aux urgences sociales et accélèrent la fracture entre riches et pauvres [13].
Les axes et intentions des politiques caquistes
Les multiples communiqués syndicaux et populaires convergent sur une analyse commune : le gouvernement de la CAQ cache, sous un discours prétendant viser la rigueur financière, une politique d'austérité sociale fondée sur des compressions sélectives ; le transfert de fonds publics vers les grandes entreprises et les mieux nantis ; le démantèlement du filet social par le sous-financement des services publics et communautaires ; et la redéfinition des priorités gouvernementales autour de « l'efficacité », de « l'identité » et de la « sécurité », au détriment de l'égalité et de la solidarité.
Ces politiques traduisent une intention politique de refondre l'État québécois en un appareil gestionnaire et pro-entreprise, où les enjeux sociaux sont traités comme secondaires ou comme des charges. La lutte contre la pauvreté, l'itinérance, la violence conjugale et pour l'accessibilité au logement, à l'éducation et aux services de santé au travail est ainsi remplacée par le soutien à une hypothétique rentabilité des entreprises.
Les discours de Legault sur la responsabilité des travailleuses et travailleurs migrants dans les difficultés de la population du Québec à avoir accès aux services publics nourrissent un nationalisme conservateur et régressif. Cette stratégie du « diviser pour régner » n'est pas nouvelle. En désignant tour à tour des boucs émissaires – immigrant·e·s temporaires, musulman·e·s, demandeurs d'asile, Étudiant·e·s étrangers– comme responsables des difficultés économiques et sociales du Québec, le gouvernement détourne la colère populaire de sa véritable cible : le capitalisme québécois et ses alliés politiques.
Il mobilise une laïcité falsifiée, qui n'a rien à voir avec la neutralité de l'État et la défense de la liberté de conscience, pour présenter les minorités culturelles comme un danger pour la culture et la langue françaises. De principe émancipateur, la laïcité devient un instrument de contrôle culturel, au service d'un projet identitaire exclusif. Ce qui devrait servir à libérer l'espace public des discriminations est désormais utilisé pour les justifier.
Il utilise la notion confuse de « capacité d'accueil » pour appeler à la réduction de l'immigration, au rejet des demandes des réfugié·e·s et pour dresser des obstacles à la régularisation de nombreux travailleurs et travailleuses issus de l'immigration, qui n'ont pas les mêmes droits que les autres Québécois·es. Ces propos démagogiques contre les personnes migrantes cachent une offensive idéologique dirigée contre la gauche, les syndicats, les mouvements féministes et antiracistes — bref, contre toute forme de solidarité de classe.
Un mouvement social en riposte à l'offensive caquiste
Face à cette offensive, les syndicats, les groupes de femmes, les comités logement et les réseaux communautaires s'unissent dans un même front de résistance, à la hauteur des luttes pour les besoins populaires, pour l'égalité, la justice économique et la fin des discriminations ainsi que du racisme systémique. Ce front de résistance appelle à un réinvestissement massif dans les services publics, à un financement stable des organismes communautaires, à une reconnaissance salariale équitable dans les secteurs féminisés et à la mise en œuvre immédiate d'un plan de lutte contre la pauvreté, contre le logement inabordable et contre tous les rapports d'oppression.
[1] Aide aux entreprises : les promesses d'emploi et de productivité liées aux subventions se réalisent rarement, Journal de Québec, 17 décembre 2024
[2] Émilie Nicolas, S'enfler à en crever. Le nationalisme conservateur projette une pression d'hommes d'État forts… pour qui arrive à y croire, Le Devoir, 9 octobre 2025.
[3] Sylvain Larocque, Aide aux entreprises : des milliards de dollars chaque année, mais bien peu de transparence, Journal de Montréal, 15 décembre 2024, et toute une série d'articles de la fin décembre de ce même journal
[4] Québec solidaire, Subventions publiques dans l'industrie militaire : Québec solidaire exige de la transparence, 5 octobre 2025
[5] Thomas Gerbet, Québec change de stratégie face aux changements climatiques, Radio-Canada, 14 octobre 2025
[6] Thomas Gerbet, Québec supprime 134 postes au ministère de l'Environnement, Radio-Canada, 24 septembre 2025
[7] Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, On ne protège pas les femmes à moitié – Une campagne nationale pour exiger un financement à la hauteur des besoins des maisons d'hébergement, 9 octobre 2025
[8] Centrale des syndicats du Québec, Compressions budgétaires en éducation – Adhésion massive et spontanée à la pétition dénonçant les restrictions budgétaires du gouvernement, 2 octobre 2025
[9] Léa Carrier, Des compressions historiques dans les cégeps, La Presse, 12 mai 2025
[10] L'Union étudiante du Québec, L'austérité frappe en enseignement supérieur, mars 2025.
[11] SCFP, Coupes à la CNESST : les travailleurs et travailleuses écopent encore !, 8 octobre 2025
[12] RCLALQ, rcalq.qc.ca, et FRAPRU, Le FRAPRU reproche au gouvernement Legault sa déconnexion et manifeste pour un plan de développement du logement social, 5 octobre 2025
[13] Collectif des organisations mentionnées, Un gouvernement déconnecté : la pauvreté, l'itinérance et le logement absents du discours d'ouverture, 5 octobre 2025
RÉGÉNÉRATION : Remettre à l’heure du printemps l’horloge du temps

Le Canada et la politique impérialiste occidentale
Un texte de Martin Forgues
Biographie de l’auteur : Martin Forgues est un ancien militaire devenu journaliste indépendant. Actuellement chroniqueur pour Pivot, il s’intéresse particulièrement au militarisme, aux dérives sécuritaires ainsi qu’aux guerres et conflits. Auteur de trois essais, il développe également plusieurs projets journalistiques, littéraires et documentaires.
Où se situe le Canada dans la reconfiguration de l’impérialisme occidental et la défense de son hégémonie, considérant la fascisation rapide de l’imperium américain sous le régime Trump et des métastases qu’elle cause partout dans le Nord global ? Au printemps 2025, dès son élection, le premier ministre canadien Mark Carney promettait d’augmenter massivement les dépenses militaires du pays pour atteindre non pas le seuil minimum de 2 % requis par l’OTAN, mais plutôt de 5 %, cédant ainsi aux pressions exercées par l’amerikanischer führer. Que retenir de cette promesse ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ? Est-elle réalisable ? Est-elle même souhaitable ? Avant de décortiquer la question, j’aimerais vous faire part, puisqu’elles sont pertinentes aux questions susmentionnées, de mes observations personnelles quant à la transformation de la politique militaire canadienne au tournant du XXIe siècle.
Lorsque je me suis enrôlé dans l’Armée canadienne en mai 1999, l’état des forces du pays se résumait en un seul mot : lamentable, sous-financé et profondément balafré par une multitude de scandales. Nos uniformes vert olive étaient basés sur un design des années 1960, les armes et l’équipement étaient désuets, les vieux hélicoptères Sea King et Labrador ont fait des victimes dans leurs propres équipages, la marine était incapable d’assurer la souveraineté du pays. Parallèlement, le gouvernement canadien, en plus de maintenir une brigade de combat et des avions de chasse en Allemagne de l’Ouest, avait engagé ses troupes dans de nombreuses missions sous l’égide des Nations-Unies et de l’OTAN, soit de « maintien de la paix » (Chypre, ex-Yougoslavie) ou « d’imposition de la paix » (Somalie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo).
Mal entraînés, sous-équipés et handicapés par des règles d’engagement grotesques, les Casques bleus déployés en ex-Yougoslavie – officiellement dans le cadre d’une mission de « maintien de la paix », mais en réalité dans une zone de guerre active – ont dû observer, impuissants, le massacre de milliers de civils. Pour sauver la face, le gouvernement canadien, dirigé à l’époque par les Libéraux de Jean Chrétien, avait cherché à camoufler que des soldats canadiens s’étaient retrouvés en situation de combat dans la région de Medak en Croatie et qu’un soldat canadien, le caporal Daniel Gunther, avait été tué lors d’une patrouille en Bosnie. En Somalie, le déploiement de troupes d’élite du Régiment aéroporté du Canada, unité déjà sur la sellette en raison de son infiltration par des groupes d’extrême droite et de son leadership déficient, a mené au meurtre de civils somaliens et déclenché une commission d’enquête dont le résultat fut le démantèlement du régiment et la condamnation de simples soldats alors que les hauts responsables militaires furent amnistiés. En somme, les tentatives du Canada de jouer dans « la cour des grands » menaient invariablement à une forme ou une autre d’humiliation publique.
Contrairement à d’autres pays occidentaux, le Canada avait entamé un vaste effort de démilitarisation dès les années 1970, alors que la Guerre froide s’amenuisait avec la politique de détente amorcée après la Crise des missiles à Cuba en 1962. Pendant ce temps, les États-Unis, en plus de constituer le fer de lance atlantiste contre les forces du Pacte de Varsovie, poursuivaient, au nom de la lutte contre le communisme, une politique étrangère agressive teintée de coups d’État, de tentatives de renversement de régimes (souvent élus démocratiquement) et d’invasions militaires, que ce soit en Iran, au Guatemala, à Cuba, au Vietnam ou en Afghanistan. La tentative américaine de contrer la Révolution de Saur de 1978 en Afghanistan a d’ailleurs mené à l’intervention militaire soviétique dans ce petit pays d’Asie du Sud-Ouest, ce qui a contribué à la fin de la détente des années 1970, à l’aube de l’élection du belliciste Ronald Reagan.
De leur côté, les pays européens, dont l’histoire coloniale n’est plus à démontrer, n’ont pas cessé d’influencer et de soutenir des régimes qui leur étaient favorables longtemps après l’accession à l’indépendance de leurs anciennes colonies, notamment en Afrique. La France et la Belgique furent également derrière les assassinats de Patrice Lumumba au Congo et de Thomas Sankara au Burkina Faso. Sinon, le bon vieux colonialisme s’était simplement revêtu de nouveaux habits, les grandes entreprises européennes et leur mainmise sur les abondantes ressources naturelles du continent ayant remplacé les administrations coloniales et les garnisons militaires. La Grande-Bretagne, de son côté, avait perdu le lustre de son vieil empire au sortant de la Seconde Guerre mondiale, avec l’indépendance de l’Inde en 1947. Elle est devenue, rapidement et non sans ironie, le valet des États-Unis en Europe, tout en poursuivant un impérialisme soft notamment via la British Petroleum (BP) et ses intérêts en Iran, qui furent menacés avec l’arrivée au pouvoir du socialiste Mohammed Mossadegh en 1952. Pour régler le « problème », Mossadegh fut renversé l’année suivante par un putsch organisé par la CIA américaine et le MI6 britannique.
Par ailleurs, les grands mouvements anti-coloniaux dans ce qu’on appelait à l’époque le « Tiers-monde » (aujourd’hui rebaptisé le Sud global) ont largement résulté d’une volonté de résister aux politiques néocoloniales occidentales. Un symbole parlant à ce sujet demeure la crise du Canal de Suez en 1956, lorsque le gouvernement égyptien de Gamal Abdel Nasser a nationalisé le canal de Suez et qu’il a chassé le consortium anglo-français du pays. C’est ce qui a d’ailleurs mené à la création des Casques bleus de l’ONU à l’initiative du diplomate canadien, plus tard premier ministre, Lester B. Pearson. Même si le Canada, pourtant un des grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, s’est largement contenté d’un rôle de soutien sur la scène impérialiste internationale en se concentrant sur la diplomatie et un engagement militaire strictement onusien, on y a poursuivi des politiques néocoloniales agressives, surtout envers les Premiers peuples, mais aussi contre les minorités linguistiques, ainsi que contre le Québec. Je vous propose donc cette analyse présentée comme une synthèse historique qui, en aucun cas, ne saurait être exhaustive.
La « fin de l’Histoire », un rendez-vous manqué
Le politologue Francis Fukuyama avait considéré que la chute de l’URSS en 1991 représentait « la fin de l’Histoire », pour mieux se récuser en 2006. Car c’est plutôt le contraire qui s’est produit – ce fut le début d’une nouvelle ère impérialiste pour l’Occident en général et les États-Unis en particulier. Alors que le Pacte de Varsovie se démantelait, l’OTAN, de son côté, loin de se désarmer, s’est réinventée en « policier mondial » à l’heure où l’ONU, avec les échecs meurtriers de ses missions de « maintien de la paix » dans les Balkans et au Rwanda, était frappée d’une importante crise de légitimité. On assistait à une remise en question de sa capacité à assurer la stabilité de ce « nouvel ordre mondial » néolibéral et capitaliste.
J’insiste ici sur la dimension capitaliste, incarnée par la militarisation de la finance à travers les organisations banditistes que sont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Pendant ce temps, la Russie faisait face aux promesses brisées de son rival qui, manifestement, n’avait rien retenu des leçons de l’histoire qui démontrent qu’humilier un ennemi vaincu ne fait que garder allumées les braises du ressentiment, lesquelles alimentent le foyer du nationalisme revanchard, comme ce fut le cas en Allemagne de 1919 à 1933. Et la Chine post-Mao, de son côté, continuait de troquer le communisme pour un capitalisme d’État franchement affirmé en devenant le sweatshop de l’Occident…

Le point tournant : 11 septembre 2001
Les années 1990 furent largement prospères pour les pays occidentaux nonobstant une brève récession en début de décennie, partiellement (et ironiquement !) causée par une baisse généralisée des dépenses militaires, témoignant ainsi de l’importance du complexe militaro-industriel dans le tissu économique occidental. Je me souviens, personnellement, alors que j’étais l’adolescent aîné d’une famille banlieusarde de classe moyenne, d’une époque qui était empreinte d’optimisme, bercé par des illusions dont je n’ai réalisé le caractère factice que bien plus tard. C’est donc au tournant du XXIe siècle que je me suis enrôlé dans les Forces armées canadiennes, motivé par l’idée de me faire Casque bleu et non d’être l’instrument d’une politique étrangère impérialiste. Je pensais être différent des recrues des forces américaines à qui on faisait miroiter l’idée de « défendre la liberté » alors qu’ils servaient les intérêts des oligarques et du complexe militaro-industriel, pourtant dénoncé par deux généraux élevés au rang de mythes, Smedley Butler dans War is a Racket en 1935 et Dwight Eisenhower lors de son discours d’adieu à la présidence en 1961.
Malgré ces deux-là, il faut dire que l’impérialisme américain a toujours pu compter sur une machine de propagande et de fabrication du consentement bien huilée. Pendant que l’Occident se vautrait dans l’opulence crasse que lui procurait ce qu’on appelait de manière orwellienne les « dividendes de la paix », qui étaient en réalité les richesses spoliées dans l’ancien Tiers-Monde désormais privé du soutien de l’URSS, le nouvel ennemi désigné se manifestait : l’Islam. Après le « péril rouge », c’était le « péril vert », qu’il vienne de l’Iran des mollahs qui avaient renversé le pantin britanno-américain Reza Pahlavi, de l’Irak de Saddam Hussein (pourtant une république laïque et un allié durant la guerre Iran-Irak des années 1980 qui a par la suite « désobéi » aux ordres du maître), de la Libye de Mouammar Kadhafi ou encore de la nébuleuse al-Qaïda fondée par un autre ancien allié américain, Oussama ben Laden.
Pour quelque temps, à l’époque de Bill Clinton (1993-2001), l’Amérique des riches s’est bercée au son d’un chant de sirène qui cachait, derrière ses airs angéliques, les pleurs et les cris de détresse des pauvres et des peuples opprimés sur le dos de qui se construit toujours la richesse des dominants, qui comptent sur l’apathie des « gens de bien » comme les appelait l’historien populaire Henri Guillemin. Mais l’élection de George W. Bush en novembre 2000 incarnait le retour au pouvoir des néo-conservateurs avérés, dont les velléités impérialistes ne se cachaient pas derrière un vernis de progressisme social. Il s’agissait du retour à la Maison-Blanche d’un reaganisme plus sophistiqué, repensé dans les laboratoires politique du Project for a New American Century, de la Heritage Foundation et du Carlyle Group. Avec « W. » pour servir d’idiot utile et de pancarte présidentielle aux vrais détenteurs du pouvoir : Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et le reste de la fauconnière américaine d’arrière-boutique.
À peine arrivé en place, le régime définissait le nouvel « Axe du Mal » qui menaçait désormais le « monde libre » : l’Iran, l’Irak, la Corée du Nord, Cuba, la Libye et la Syrie, un mélange de pays « islamistes » et de reliques de la Guerre froide. Le 11 septembre 2001, le suzerain obtenait son casus belli pour exécuter les premières phases de son plan. Comme membre de l’OTAN, le gouvernement Bush a invoqué l’article 5 de la Charte de l’organisation pour forcer les autres pays membres à le suivre dans cette nouvelle épopée guerrière, dont le Canada. Dès octobre 2001, ce dernier déployait une troupe de 40 soldats des forces spéciales en Afghanistan, où se cachait Oussama ben Laden, protégé par le régime des Talibans, lui-même issu des mujahidin anti-soviétiques financés et armés par les États-Unis et l’Arabie saoudite, qui a disséminé sa théologie intégriste via un réseau d’écoles religieuses entre l’Afghanistan et le Pakistan.
En novembre 2001, une équipe des forces spéciales américaines a reçu comme mission d’infiltrer le pays avec Hamid Karzai, un politicien afghan qui a mangé dans presque toutes les auges politiques du pays – incluant les Talibans – et qui était devenu un agent de la CIA. Karzai avait été désigné pour devenir président après avoir également travaillé comme consultant pour Unocal, une pétrolière qui cherchait à brasser des affaires avec le régime taliban à la fin des années 1990. Le même mois, le Pentagone dressait une liste de sept pays musulmans à envahir au cours des années subséquentes : Syrie, Liban, Libye, Iran, Somalie et Soudan. Dans le même temps, le Secrétaire à la Défense Rumsfeld (qui avait également servi sous Richard Nixon et Gerald Ford) demandait au conseiller spécial en contre-terrorisme Richard Clarke de fabriquer des preuves qui montreraient des liens, en réalités inexistants, entre l’Irak et les attentats d’al-Qaïda. Ce même Clarke avait d’ailleurs cherché à alerter la Maison-Blanche de la haute probabilité d’attaques en sol américain par l’organisation de ben Laden, mais sans succès.

Irak : un crime contre l’humanité toujours impuni
En 2003, les États-Unis, appuyés par la Grande-Bretagne et une douzaine d’autres pays plus ou moins impliqués, envahissent l’Irak après des mois à justifier l’invasion à l’aide de preuves plus ou moins bien fabriquées, souvent bâclées, mais jamais crédibles aux yeux des autres pays qui demandaient des preuves tangibles que l’Irak représentait une menace pour les États-Unis. Pensons seulement au Secrétaire d’État Colin Powell, généralissime américain pendant la Guerre du Golfe contre l’Irak en 1991, pris à agiter de petites fioles de poudre blanche – on ne saura jamais s’il s’agissait d’anthrax ou de bicarbonate de soude – à la table du Conseil de Sécurité de l’ONU, aux « laboratoires mobiles » et à un grossier canular cherchant à prouver que Saddam Hussein cherchait à acheter de l’uranium… au Niger. L’invasion illégale de l’Irak, en vertu du droit international, marquait une rupture avec le multilatéralisme qui semblait la norme depuis plusieurs décennies et venait cristalliser l’idéologie néo-conservatrice résumée dans cette citation de George W. Bush à la suite des attentats du 11 septembre : « Vous êtes avec nous, ou vous êtes avec les terroristes. » Pourtant, la raison réelle de l’invasion était simplement la mainmise sur le pétrole irakien… Ce qui n’empêcha pas le vice-président Dick Cheney – qui avait dirigé de 1995 à 2000 la compagnie pétrolière Halliburton qui profitait de l’invasion – de clamer que les troupes américaines allaient être reçues en « libérateurs ».
Mais l’Irak allait surtout être l’élément déclencheur d’une réaction en chaîne. Dès 2004, le pays s’est embrasé et une guerre civile impitoyable allait perdurer pour plus d’une décennie après que Bush ait, dans une des plus vulgaires démonstrations de propagande jamais mises en scène, atterri sur le porte-avions USS Abraham-Lincoln, sur lequel fut déployée une immense banderole ornée du Stars and Stripes et de la mention : « Mission Accomplished ». C’était au même moment où plusieurs groupes jihadistes s’insurgeaient contre le nouveau régime irakien soutenu par les États-Unis. Un de ces groupes a retenu l’attention : al-Qaïda en Irak, qui allait devenir le socle sur lequel s’est élevé… Daech.
De la Libye vers Daech : les pompiers pyromanes à l’assaut du Sud global
En 2011, c’est la Libye de Mouammar Khadafi qui fait les frais de l’élan néo-impérialiste de l’OTAN, peu de temps après que le leader panarabe et panafricain eut suggéré que son dinar devienne une nouvelle pétro-devise. Il n’en fallut pas davantage pour que le gendarme mondial, sous l’impulsion de la France sarkozyste, s’engage à « libérer » le peuple libyen d’un autre « tyran » tiers-mondiste. Cette fois, il s’agissait surtout d’appuyer des groupes armés rebelles qui s’opposaient à Kadhafi. Dans les faits, la plupart de ces groupes étaient des jihadistes plus ou moins liés à al-Qaïda. L’ennemi juré d’hier devenait l’allié du moment – énième démonstration du cynisme qui guide cette « guerre contre le terrorisme » qui, au moment d’écrire ces lignes, continue de faire rage de manière de plus en plus clandestine. Où a donc mené cette nouvelle « libération » ? À une Libye déchirée, avec une multitude de groupes armés qui disputent le pouvoir à un gouvernement qui contrôle à peine la capitale Tripoli et quelques régions éparses, à l’image de l’Afghanistan des années 2000 où le président Hamid Karzai était sarcastiquement appelé « le maire de Kaboul ».
Mais cette guerre a surtout embrasé une grosse partie de l’Afrique de l’Ouest quand les arsenaux de l’armée libyenne se sont retrouvés dans les mains d’une pléthore de groupes armés : Touaregs, séparatistes, jihadistes. Réponse occidentale ? Une autre invasion, cette fois par l’armée française, au Mali, pour chasser ces jihadistes qui avaient pris le contrôle d’une grande partie du nord du pays après avoir été les vainqueurs de ces microconflits entre groupes armés. La politique, comme la nature, a horreur du vide, et la France, après des décennies de jeux de coulisses pour asseoir son influence sur ses anciennes colonies, a profité de la crise pour réaffirmer sa mainmise économique et militaire sur la région. En fait, dans la région, les indépendances n’ont souvent été que nominales et les grandes multinationales françaises gardent la main sur les ressources de la région. À la même époque, on voyait dans certains médias des reportages sur les « bienfaits » de l’époque coloniale.
C’est au cours de cette période, au tournant de 2014, que Daech a profité de l’instabilité pour saisir un territoire s’étendant sur une partie de l’Irak et de la Syrie pour y établir un « califat ». L’organisation a ainsi pu livrer une guerre violente, notamment contre sa propre population, et planifier des attentats qu’elle a revendiqués un peu partout en Occident. Les pays de l’OTAN, dont la France, les États-Unis et le Canada, ont alors déployé des troupes d’élite des forces spéciales et des avions de chasse en Irak et en Syrie pour lutter contre une organisation qui, sans les invasions de l’Irak et de la Libye en 2003 et en 2011, n’aurait pas pu exister telle qu’elle. Mais l’impérialisme a besoin, pour croître et se maintenir, de pompiers pyromanes qui soient éteignent les feux qu’ils ont déclenchés, ou qui arrosent les brasiers avec de l’essence.

L’Amérique du Sud et la résurgence de la doctrine Monroe
L’insuccès des épopées militaires au Moyen-Orient a grandement endommagé l’hégémonie impérialiste de l’Occident, en montrant sa faiblesse, notamment sur le plan militaire, avec son incapacité à vaincre des groupes armés locaux dans une dynamique de guerre complètement asymétrique. On peut poser la question : est-ce pour cette raison que les États-Unis semblent avoir décidé de réaffirmer leur suprématie sur l’Amérique du Sud ?
Cette politique ne date pas d’hier – on peut remonter jusqu’au XIXe siècle et à la création de la doctrine Monroe par le président éponyme en 1823, qui stipulait que la région devenait la chasse gardée des États-Unis et devait être exempte de colonisation par les puissances européennes, et qui fut modifiée sous Theodore Roosevelt pour inclure un droit d’ingérence américain dans les affaires politiques d’Amérique latine. C’est par ailleurs l’application de cette doctrine qui a fait dire au général Smedley Butler dans War is a Racket (et d’autres écrits parus notamment dans le magazine socialiste Common Sense) qu’il fut le bras armé des compagnies américaines telles que la United Fruit Company et la Standard Oil. Dans les décennies qui ont suivi, l’imperium états-unien s’est ingéré dans les affaires politiques des pays sud-américains, notamment en 1954 au Guatemala quand vint le temps de renverser le gouvernement issu de la révolution guatémaltèque, alors que les réformes agraires allaient nuire aux profits de la United Fruit.
Dès le lendemain de la révolution cubaine de 1959, qui a chassé du pouvoir le crime organisé américain et les suppôts corrompus du président Batista, les États-Unis ont constamment cherché à éliminer le président Fidel Castro, surtout après son rapprochement avec l’URSS. L’échec de l’invasion de la baie des Cochons en 1961 fut une autre humiliation et c’est aussi à Cuba qu’a failli se jouer le sort de l’humanité lors de la crise des missiles soviétiques en sol cubain qui aurait pu dégénérer en conflit nucléaire. Notons qu’en dépit de la résilience de la révolution cubaine, l’empire américain a réussi à maintenir une présence négociée avec la base navale de Guantanamo, devenue tristement célèbre après avoir été convertie en centre de tortures dans une dimension politique parallèle, alors que nombre des prisonniers n’avaient jamais été reconnus coupables de quoi que ce soit.
En 1973 au Chili, un coup d’État soutenu par les États-Unis renverse le gouvernement élu démocratiquement de Salvador Allende et installe le général Augusto Pinochet qui allait présider à un des régimes dictatoriaux les plus répressifs et sanglants du continent. Dans les années 1980, ce fut le tour du Nicaragua de Daniel Ortega et du Panama de Manuel Noriega, en plus des ingérences motivées par l’infâme « Guerre à la drogue ». Puis, au tournant du XXIe siècle, la révolution bolivarienne au Venezuela, l’arrivée au pouvoir de leaders socialistes au Brésil (Luis Ignacio Lula da Silva) puis en Bolivie (Evo Morales), et la vague progressiste qui a balayé une partie du continent sud-américain, a mené le régime impérialiste de la Maison-Blanche à réorienter leur attention vers ce qu’il considère son arrière-cour, en soutenant des politiciens de droite et d’extrême droite surtout au Chili, en Colombie, en Argentine, au Brésil et au Venezuela.

Conclusion : le renouveau militariste canadien et nos pistes de sortie
Comme je l’écrivais plus haut, cette analyse cherche à présenter une synthèse historique de l’impérialisme occidental, ses mutations et ses orientations, sans en faire une description exhaustive. On pourrait y ajouter un nombre effarant d’autres exemples que j’ai soit omis, soit consciemment laissé de côté pour des fins de clarté et de concision.C’est ainsi que je viens refermer la boucle entamée plus haut pour revenir vers le rôle et la posture du Canada (et, conséquemment, du Québec qui est toujours pris dans les rets du néocolonialisme canadien), que j’avais quelque peu délaissé au fil de l’écriture, pour mieux y retourner.
De son rôle de soutien pendant la Guerre froide à ses tentatives ratées de revenir dans la cour des grands après l’avoir désertée dans les années 1970, le Canada a profité des attentats du 11 septembre 2001 pour réaffirmer son engagement au sein de l’appareil impérialiste occidental. Il fut un des principaux pays impliqués dans l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan, d’abord à Kandahar aux côtés des forces américaines, puis dans une mission de « stabilisation » à Kaboul de 2003 à 2005. À la suite du refus du gouvernement libéral de Jean Chrétien d’envoyer des soldats canadiens en Irak (davantage par incapacité opérationnelle que par réel souci du respect du droit international), son successeur Paul Martin a cédé à la pression du régime Bush et redéployé les troupes à Kandahar, dans un rôle de combat, pour la première fois depuis la Guerre de Corée.
L’arrivée au pouvoir des Conservateurs de Stephen Harper (qui avait soutenu en 2003 la participation canadienne à l’invasion de l’Irak en tant que chef de l’opposition) a exacerbé ce que j’avais baptisé en 2015 dans mon essai le « renouveau militariste canadien ». Non seulement il a reconduit à deux reprises la mission de combat à Kandahar, mais il a engagé le pays dans l’invasion de la Libye en 2011 malgré les avertissements du renseignement militaire qui avaient prédit, avec précision, les conséquences horribles d’une Libye post-Kadhafi. Il a également autorisé une intervention militaire en Irak et en Syrie en 2014, comprenant des avions de chasse CF-18 et des soldats des forces spéciales pour former et conseiller les Peshmergas kurdes. Cette forme d’aide, nommée « défense, diplomatie et assistance militaire », est devenue une panacée en Afghanistan, en Irak de même que dans des pays d’Afrique de l’Ouest comme le Mali et le Niger. Elle rend les forces armées locales dépendantes des ressources militaires de l’Occident et ne vise pas une réelle souveraineté de ces pays quant à leur sécurité. Elle reste également conditionnelle à un alignement idéologique avec le pays « fournisseur ». À preuve, les coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger par des anticolonialistes, inspirés notamment par le mouvement de Thomas Sankara dans les années 1980, ont mené à l’interruption abrupte de toute aide militaire par les pays occidentaux qui y étaient impliqués.
La chute des Conservateurs au profit des Libéraux de Justin Trudeau nous a montré qu’à l’image de la dualité Républicains-Démocrates aux États-Unis, le mirage du progressisme social ne résiste pas aux velléités impérialistes propres à l’establishment politique élargi. Les mêmes guerres, toujours plus clandestines, se sont poursuivies jusqu’à aujourd’hui. Puis, en 2022, l’invasion russe de l’Ukraine a pu servir à ramener le monde à une logique de Guerre froide opposant l’OTAN et ses alliés à un bloc formé par la Russie et ses alliées. C’est l’histoire qui se répète, pour paraphraser George Santayana, un analyste qui avait aussi dit, au sujet de la guerre, que seuls les morts en voient la fin. Quelle porte de sortie pour le Canada et, conséquemment, le Québec, tant qu’il fera partie du Canada ? Des militant·es québécois·es de gauche avaient autrefois publié un petit manifeste intitulé Un Québec sans armée. Cette proposition, quoique louable, est atrocement naïve. Les ressources naturelles abondantes et fortement en demande du Canada attisent la convoitise mondiale, surtout de l’omnipotent voisin américain dont le président Trump a ouvertement suggéré que nous devenions le 51e État.
Ce qui nous force, au minimum, à développer les ressources, les alliances internationales et les stratégies militaires suffisantes pour y résister. En ce sens, l’approche suisse et celles des pays dits « non alignés » sont ce qui ressemble le plus à une réelle « défense nationale », surtout à l’heure où le Pentagone a renommé le Département de la Défense en Département de la Guerre. Il faut donc une politique militaire, mais qui est anti-impérialiste et strictement axée sur la défense territoriale terrestre, maritime et aérienne. Parce qu’avoir une politique militaire de défense, ça ne veut aucunement dire avoir une politique belliciste. Il faut pouvoir se défendre, mais il faut aussi pouvoir tenir tête aux va-t’en-guerre. Et pour cela, il nous faut un mouvement pacifiste fort. Voilà notre principal chantier à l’heure actuelle.
Bibliographie
BENJAMIN, Medea et SWANSON, David. L’OTAN : une alliance au service de la guerre, Lux, 2025
BUTLER, Gen. Smedley D. War is a Racket, Feral House, 2003
CHOMSKY, Noam et VLTCHEK, André. L’Occident terroriste, Écosociété, 2015
FORGUES, Martin. L’Afghanicide, cette guerre qu’on ne voulait pas gagner, VLB Éditeur, 2014
FORGUES, Martin. Un Canada errant sur le sentier de la guerre, Poètes de brousse, 2016
MBEKO, Partick. Le Canada dans les guerres en Afrique centrale, Éditions Le Nègre, 2012
MBEKO, Partick. Objectif Khadafi, Éditions Libre-pensée, 2016
QADERI, A Hadi. Dans ma tête vos champs de ruines, Éditions de la rue Dorion, 2016
ZIEGLER, Jean. L’empire de la Honte, Fayard, 2005
Adolfnald Trumper - Prix Nobel de la guerre
Trump incarne un narcissique malfaisant aux visées à la fois expansionnistes et isolationnistes. Il est habité d'un esprit guerrier carburant aux menaces et aux poursuites judiciaires. Passé maître dans l'utilisation de l'abc délétère de l'humanité, soit l'argent, la bêtise et la corruption. Il représente un réel péril pour l'humanité et nous devrions lui dire au plus tôt : « you're fired » !
Un bandit à cravate
Coupable de discrimination envers les locataires noirs en 1975. Dans les années 90, il fait des « affaires » avec des entreprises liées à la Mafia à cravate. À la fin des années 2000, 25 femmes ont signalé des agressions de sa part. En 2005, il fonde la Trump University (sans licence universitaire) et escroque 5000 étudiants et étudiantes pour 40 millions de dollars. En 2016, Trump et son ami Epstein sont accusés de viol. Six de ses hôtels et casinos font faillite. S'amuse à virer des personnes dans son émission de téléréalité The Apprentice. Il accepte un Boeing 747 offert par le Qatar pour l'utiliser comme avion présidentiel alors que la Constitution américaine interdit à la présidence d'accepter des cadeaux. Il se sert de sa présidence afin de faciliter les « affaires » de sa propre famille dans plusieurs endroits de la planète, dont le Qatar … Où il s'est fait promettre 1400 milliards de dollars d'investissements sur dix ans ! Voilà pourquoi il a forcé Netanyahou à téléphoner pour s'excuser auprès du Qatar pour y avoir lancé une attaque.
Un psychopathe à la Maison Blanche
45e et 47e Président des États-Unis. En 2017, le psychologue américain John Gartner affirmait que : « les handicaps mentaux de Donald Trump étaient un mélange de narcissisme, de paranoïa, de sociopathie et de sadisme ». Tandis que d'autres, comme Boucar Diouf, pensent qu'il souffre sans doute de dissonance cognitive. En 2018, Trump s'est moqué de son homologue nord-coréen, Kim Jong-Un, affirmant avoir un bouton nucléaire « plus gros et plus puissant que le sien » … – De vrais p'tits culs dans la cour d'école, mais fort dangereux. – Il conteste avec entêtement et sans preuve la victoire de Joe Biden à la présidence. Plagie le slogan de campagne de Ronald Reagan de 1980 : (Let's) Make America Great Again (MAGA). La Trump Organization condamnée à payer une amende 1,6 million de dollars pour fraudes fiscales. Accusé de conspiration criminelle dans le but d'invalider les résultats électoraux de l'État de Géorgie. Possession illégale de documents secrets stockés dans une salle bain de sa résidence. – Sale histoire n'est-ce pas ? – Ce fabulateur, maître des grands sparages, se vante d'avoir mis fin à sept guerres ! – À part la première phase du cessez-le-feu à Gaza, lesquelles ? – Monsieur déteste les escaliers roulants, n'ingurgite pas de Tylenol et a en sainte horreur le fentanyl. Mais, il aime bien les alligators, les colonnes gréco-romaines, tout ce qui recèle de la dorure et c'est qui explique que son poisson préféré soit la dorade.
Le culte de la personnalité ou In Trump we trust
Donald Trump a remodelé le bureau Ovale de la Maison Blanche de manière ostentatoire en s'entourant d'accessoires clinquants et de préférence dorés en plus de faire construire une immense salle de bal attenante à la Maison Blanche. Une grande affiche de lui-même est désormais accrochée au bâtiment du ministère du Travail à Washington. Il existe une rumeur à l'effet qu'éventuellement l'on érige un gigantesque Arc de triomphe dépassant celui de Paris. – Bien évidemment. – Pour la célébration des 250 ans de l'indépendance des États-Unis, en 2026, une pièce commémorative de 1 dollar à son effigie pourrait voir le jour … Et ce, même si la législation américaine actuelle l'interdit formellement.
Vive les riches – À bas les pauvres
Propulsé au pouvoir grâce au financement des milliardaires de la Silicon Valley, ces oligarques de la tech et de l'Intelligence Artificielle (IA). Il fait adopter la loi de réduction des impôts et des dépenses, son fameux « One Beautiful Big Bill », qui équivaut en réalité à un transfert de richesses des pauvres aux riches … Cette loi réduit les impôts de 5 000 milliards, de 1 200 milliards les allocations Medicaid et les bons d'alimentation. Ainsi, 12 millions de personnes parmi les plus pauvres perdront leur assurance maladie et 3 millions leurs bons d'alimentation. S'attaque aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Multiplie les décrets visant la communauté LGBTQ+ et les personnes trans. Licencie massivement sans raison et selon ses caprices des milliers de fonctionnaires fédéraux. Démantèle le département de l'Éducation et fait du chantage, musèle et coupe le financement d'universités.
« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps ». Abraham Lincoln
La devise de Trump : Fight – Fight – Fight
Menace d'annexer le Groenland, de prendre le contrôle du canal de Panama et de faire du Canada le 51ième état américain. Il rebaptise le ministère de la Défense en « ministère de la Guerre ». – Cela en dit long sur ses véritables intentions. – Dépêche la Garde nationale et l'Armée pour « pacifier » les villes, surtout démocrates et sanctuaires, afin « d'é-rat-diquer » toute opposition légitime à ses idées. Attribue les pleins pouvoirs à ICE, cette force paramilitaire masquée et violente à l'image des « chemises brunes » et ne respectant aucune règle de droit. Commande la plus grande campagne « brutale » d'expulsions de l'histoire américaine. Ainsi, le « statut de protection temporaire » de 520 000 Haïtiens a été révoqué et ils risquent l'expulsion vers leur pays d'origine en plein chaos. – Entre les années 1933 et 1939, 520 000 Juifs ont été contraints de fuir l'Allemagne. – Trump commande avec une certaine joie la création d'un centre de rétention pour migrants surnommé « l'Alcatraz des alligators ». – Les premiers camps nazis sont des lieux de détention extrajudiciaires établis en 1933-1934, pour contrôler les opposants politiques et les individus et groupes jugés nuisibles à la communauté nationale. – Soutenant la même rhétorique qu'Hitler envers les Juifs, les immigrés, les gauchistes, les intellectuels et les musulmans représentent des « ennemis » de l'Amérique.
Gracie les insurgés, des « Patriotes » selon lui, qui ont pris d'assaut le Capitole, siège emblématique de la démocratie américaine. On estime à quelque 200 Proud Boys, des suprémacistes blancs, ainsi que des Oath Keepers, un mouvement d'extrême droite organisé en milices anti-gouvernement fédéral, ont participé à cet assaut. – Cette action n'est pas sans rappeler le coup d'État manqué d'Hitler, en 1923 et l'incendie du Reichstag, en 1933. – Impose sa guerre des tarifs au monde entier. Met sous tutelle l'Agence américaine pour le développement international (USAID). Fustige sévèrement les organisations internationales comme l'OTAN et l'ONU et se retire de l'UNESCO, de l'accord de Paris sur le climat et de l'OMS. En plus de son soutien politique, il a accordé 22,7 milliards en 2023-24 et 12,5 milliards en 2024-25 d'aide militaire à Israël pour financer le génocide à Gaza. Et n'oublions pas qu'il avait proposé de faire une espèce de « Riviera » avec la bande de Gaza et de « nettoyer » la place ! Promet plus de 1 000 milliards de dépenses militaires pour 2026. Son administration, par la bouche de son secrétaire à la défense, pourfend l'obésité des militaires, alors que le président pèse « officiellement » rien de moins qu'un léger poids plume de 110 kilos … Par contre, la nouvelle stratégie pour combattre l'obésité chez les jeunes présente des pistes pour combattre la malbouffe … tout en ménageant grandement l'industrie agro-alimentaire.
La naissance d'une autocratie
Puisqu'il leur est redevable, les Seigneurs de la tech ont dorénavant le champ libre pour faire tout ce qu'ils veulent et sans aucune entrave pour le développement de l'Intelligence Artificielle (IA). Cette situation s'avère des plus troublante pour la suite du monde. Il attaque et censure la presse et les chaînes de télévision. – Reporter sans frontières parle « d'une dégradation inquiétante de la liberté de presse, évoque la polarisation croissante des institutions, la réduction du soutien aux médias indépendants et la mise au pas de journalistes ». – Il va même jusqu'à demander de retirer des milliers de pages des sites web des départements fédéraux de la Santé, des Sciences, de l'Environnement et de l'Éducation en plus d'éliminer des mots provenant d'une liste préétablie ; des mots tels équité, diversité, égalité, justice sociale, même le mot « femmes » y figure. Pourtant, cette information appartient au peuple américain et personne n'a le droit de la censurer ou de la retenir. Fonde son propre réseau social, Truth social, alimenté par sa novlangue et le vomissement quotidien de ses élucubrations odieuses et mensongères. Devant un parterre de flancs-mous siégeant à l'assemblée générale de l'ONU, il affirme que les changements climatiques sont une arnaque alors que les éléments se déchainent à vitesse grand « V », pour violence, sur tous les continents. Il tente de détruire la science du climat en coupant du financement et démantelant des équipes de recherche et annule 7 projets solaires et 11 projets éoliens. À l'image de l'Allemagne nazie de 1933, il ordonne l'autodafésde données numériques indispensables à la science et la recherche.
S'en prend aux juges « politisés » qui entravent ses décisions inconsidérées et fragilise subséquemment la balance des pouvoirs aux États-Unis. Au bout du compte, il bouscule le fragile équilibre mondial et malheureusement tous mettent un genou au sol … Monsieur « l'État c'est moi » ne respecte pas la Constitution américaine, brime la liberté d'expression et impose son régime d'injustice et de terreur. Il se grise littéralement de ses provocations et s'entête malicieusement à démanteler l'État de droit mettant ainsi en péril la démocratie libérale. Oui, ce Brother Trump est tout cela, sauf présidentiel et nobélisable. Ne commettons pasles erreurs de 1933 en Allemagne. Levons-nous et stoppons-le avant qu'il soit trop tard.
« Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter ». George Santayana
Prix Nobel de la guerre
Si jamais le Comité Nobel norvégien avait osé décerner le Prix Nobel de la Paix à Donald Trump, ce prédateur responsable de tant d'infamies, cela aurait constitué une injure envers les formidables personnes et organisations qui l'ont mérité auparavant. Mais en plus, cela aurait été une grave insulte pour une partie du peuple américain et surtout pour les 67 200 êtres humains tués avec de l'armement et le soutien américain dans la guerre, non dans le « massacre » dans la bande de Gaza. Sans oublier ceux et celles qui ont souffert des bombardements, des déplacements et de la famine et qui vont souffrir encore. Les Gazaouis n'ont plus rien, sauf leurs larmes de douleur et le profond sentiment d'avoir été abandonnés par le reste du monde. Ce terrible « génocide » en Palestine s'est produit sous nos yeux et nous sommes donc maintenant redevables à ce peuple. On pourrait peut-être enfin lui offrir un pays ! Un pays espéré depuis 1948 …
Gaétan Roberge
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DÉMOCRATISER LA POLITIQUE

Débat de Sherbrooke : un forum sans étincelle, dans un moment qui exige plus
Jeudi soir 9 octobre, à Sherbrooke, avait lieu le débat des trois candidatures au co-porte-parolat de Québec solidaire.
Je n'étais pas sur scène — mais, en tant que militant de gauche et politologue, j'ai écouté attentivement, avec l'espoir d'y voir s'esquisser un vrai débat d'idées, une vision d'ensemble et peut-être un souffle politique. Malheureusement, il faut le dire : ce débat n'en était pas vraiment un. C'était davantage un forum, soigneusement balisé, où les différences de fond ont à peine pu s'exprimer. Les questions, très générales, portaient sur l'économie, le logement et l'écologie — des sujets essentiels, bien sûr, mais sans véritable ancrage dans les débats internes qui secouent QS depuis des mois et surtout dans une volonté d'y répondre pour corriger la situation et les dépasser.
On a peu, voire pas du tout, abordé les questions organisationnelles, les tendances internes propres à un parti qui coalise des gauches, ni la démocratie du parti, pourtant au cœur des difficultés actuelles
Comment prétendre refonder le parti, sans nommer ses failles ?
Ces failles, pourtant, ne sont pas invisibles — elles sont simplement tues.
Depuis plusieurs années, Québec solidaire semble se résigner à un certain pragmatisme gestionnaire, hérité de la dernière campagne électorale. Le moment de la « taxe orange » en fut le symbole : un repli sur une posture défensive, où l'on cherche à rassurer plutôt qu'à convaincre, à ménager l'opinion publique plutôt qu'à la transformer.
Au lieu de pointer les véritables responsables du déséquilibre fiscal — les multinationales, les grandes fortunes, les profits indécents —, on a choisi la prudence du calcul, au détriment du courage politique. C'est là que s'est amorcée la dérive : celle d'un parti qui se veut radical dans ses idéaux, mais modéré dans ses gestes.
À cela s'est ajouté un glissement démocratique plus profond. Le Comité national de Saguenay a été un moment révélateur : une tournée des régions qui devait nourrir un grand débat collectif, mais dont le rapport n'a jamais été présenté aux membres. Ce processus, transformé en déclaration programmatique rédigée à huis clos, illustre un malaise croissant : celui d'un parti qui consulte sa base sans réellement lui confier le pouvoir de décider.
Ce déficit démocratique s'est aussi reflété dans la réactualisation du programme. On a produit un « manifeste des travailleurs », certes bien intentionné, mais vidé de sa teneur politique. On a refusé de nommer les rapports de force, les classes sociales, les logiques de domination qui structurent le capitalisme. On a parlé de précarité, sans parler de profits. D'écologie, sans parler d'exploitation.
Comme si la transformation sociale pouvait se faire à coût neutre, sans conflit avec le capital.
Et que dire de nos structures internes ? L'élection des porte-parole au suffrage universel, présentée comme un geste de démocratisation, reproduit en réalité les biais du système médiatique. Elle favorise les figures déjà connues, celles qui disposent de réseaux, de visibilité et de ressources financières — bref, celles qui peuvent se permettre de faire campagne. Cette logique exclut de fait une grande partie des militant·e·s de terrain, pour qui la politique se vit dans l'action, pas dans la communication. Elle transforme ce qui devrait être un exercice d'émancipation démocratique en un concours de notoriété.
Enfin, le repli du parti sur lui-même, sur sa seule scène nationale, mine la portée de notre projet. Québec solidaire parle trop peu du nécessaire travail commun avec la gauche du reste du Canada, alors même que toute lutte pour l'indépendance populaire se heurtera au pouvoir du capital financier et à l'appareil fédéral.
Nous parlons trop rarement aussi de la gauche internationale, de ces mouvements populaires et écosocialistes qui, partout dans le monde, affrontent les mêmes ennemis : la spéculation, la privatisation du vivant, le démantèlement du droit du travail.
Or, sans solidarité transnationale, sans alliances concrètes avec ces luttes sœurs, notre projet de transformation demeure prisonnier de ses frontières — condamné à n'être qu'une réforme locale d'un système globalement injuste.
Ce sont ces angles morts, ces renoncements successifs, qui expliquent aujourd'hui la fatigue militante et le sentiment de déconnexion. Refonder le parti, ce n'est pas seulement changer de ton ou de visage : c'est d'assumer et d'ouvrir les débats qui ont été refermés trop tôt, et redonner sens à ce qu'une « gauche de rupture » veut dire dans les faits.
C'est d'autant plus regrettable que la direction actuelle, parfois au cœur de ces tensions, a balisé le débat — peut-être par peur de froisser les esprits ou « donner l'impression » que les séquences turbulentes des derniers mois sont choses « du passé ».
Sans regard critique sur soi, il est difficile d'avancer. Difficile aussi d'éviter de répéter les mêmes erreurs.
Une course qui peine à mobiliser
Soyons honnêtes : cette course ne soulève pas les passions. Elle demeure confidentielle, peu médiatisée, et encore trop distante de la base militante. Pourtant, elle aurait pu être un moment fort de réflexion et de réappropriation collective — un temps pour redonner souffle au projet solidaire.
Au lieu de cela, on assiste à un exercice convenu, sans véritables débats politiques. Comme si la recherche du consensus devait remplacer la confrontation d'idées. Ce silence traduit moins une sérénité qu'un essoufflement : celui d'un parti qui s'éloigne peu à peu de sa vocation de rupture pour s'enfermer dans les logiques institutionnelles.
Une course porteuse d'avenir aurait dû poser les vraies questions : comment refonder la démocratie interne ? Comment renouer avec les luttes populaires ? Comment rompre, concrètement, avec le modèle néolibéral qui détruit le vivant et fragilise nos solidarités ? Ces débats n'auraient pas divisé le parti : ils l'auraient revivifié.
Trois approches politiques, trois visages d'une même recherche de sens
J'ai perçu trois visions distinctes, chacune apportant une pièce du puzzle, mais aucune d'entre elles ne propose une réponse complète au moment politique que nous vivons.
La première vision mise sur l'imaginaire du rêve, de l'audace, de la créativité politique. Elle invite à retrouver l'enthousiasme des débuts de Québec solidaire — ce souffle de liberté et d'espoir collectif qui avait su inspirer bien au-delà des cercles militants. Cette approche parle à ce qu'il y a de plus noble dans la gauche : la conviction que l'action politique peut encore transformer le monde, que l'espérance est un moteur de changement.
Mais rêver ne suffit pas si les conditions matérielles de l'espérance ne sont plus réunies. Pour espérer collectivement, il faut pouvoir se loger, se nourrir, se soigner, respirer. Sans cela, l'appel à « l'audace » devient une incantation — belle, certes, mais détachée du réel vécu par la majorité.
Le discours s'appuie sur des propositions comme la taxation des riches, des banques ou des grandes fortunes. Ce sont des mesures justes, nécessaires, mais qui font aujourd'hui consensus au sein de Québec solidaire. Elles ne définissent plus à elles seules une orientation politique. Elles atténuent les excès du capitalisme sans jamais en remettre en cause la logique centrale : celle de la marchandisation du monde et de l'accumulation infinie. Autrement dit, on en ressort inspiré, mais pas outillé. Le rêve n'est pas encore devenu stratégie.
Et puis, il y a ce silence qui dérange.
Celui sur la compatibilité avec le Parti québécois.
Non pas qu'une tendance soit elle-même complaisant envers des idées réactionnaires — loin de là, soyons clairs. Cependant, depuis plusieurs années, le PQ s'est habitué à un discours qui franchi les lignes rouges : un nationalisme identitaire, qui exclut et qui divise plus qu'il n'unit.
Lorsqu'on demande jusqu'où ils seraient prêt à aller dans une éventuelle alliance avec un PQ dans le camp du « oui » qui continue de tolérer ces dérives, la réponse se fait attendre. Toujours. Et ce silence, à force de durer, finit par dire quelque chose.
À quel moment trace-t-on la ligne entre ouverture stratégique et compromission politique ?
Si un référendum sur l'indépendance devait s'organiser demain, sur quelle base et avec qui le mènerait-on ? Avec un PQ incapable de condamner clairement le racisme ou la xénophobie lorsqu'ils se glissent dans ses rangs ?
Ces questions ne sont pas accessoires : elles sont centrales pour une gauche qui veut bâtir un projet émancipateur, décolonial et inclusif.
Cette première vision émeut, sans doute. Elle ranime le goût de croire en un Québec plus juste, plus humain. Mais elle contourne la conflictualité du moment politique. Elle inspire, mais ne confronte pas. Et dans une période où les droites sont en ascension et où le débat public est de plus en plus polarisé, une gauche qui n'ose pas nommer ses adversaires politiques finit par devenir inoffensive
La seconde vision, elle, incarne davantage la continuité de la ligne actuelle du parti. C'est celle qui prône « l'unité », la « modération du ton » et la « cohésion interne ». Dans un parti parfois fracturé, cette approche part d'une intention sincère : éviter la division, maintenir le dialogue, préserver une image publique stable. Elle valorise la civilité et la prudence, deux qualités trop souvent absentes de la gauche.
Mais sans un diagnostic lucide des échecs récents, la continuité devient inertie.
Depuis plusieurs années, QS peine à faire entendre sa voix. Nous plafonnons dans les sondages, oscillant autour de 6 %. Le discours électoral se dilue dans le bruit ambiant. Les militant·e·s, eux, s'épuisent, faute d'avoir l'impression de peser réellement sur les orientations du parti. La démocratie interne s'est affaiblie au fil des processus de « réactualisation » du programme, vidés de débats substantiels.
Face à ce constat, l'appel à « l'unité » ne suffit pas.
L'unité, oui en principe — mais autour de quoi ? Autour d'un projet commun clair, d'une stratégie partagée, d'une vision de société. Pas autour d'un silence poli ou d'une discipline imposée d'en haut.
Lorsque l'unité devient un objectif en soi, elle se transforme en prétexte pour éviter les débats de fond : ceux sur le rapport au pouvoir, sur la place du parti dans les luttes sociales, sur la stratégie indépendantiste ou encore sur la transformation de l'État.
Cette vision a le mérite d'être rassurante, de vouloir protéger le parti de la division. Mais elle peine à rallumer la flamme. Elle ne parle pas au cœur des militant·e·s fatigués ni à la base qui cherche un sens à son engagement.
Dans un contexte de crise sociale et écologique profonde, cette prudence risque de ressembler à une forme de conservatisme organisationnel. Et c'est une ironie tragique : une gauche devenue conservatrice d'elle-même.
La troisième, enfin, quant à elle, incarne une gauche sincère, humaniste et profondément animée par le désir de rassembler. C'est une approche portée par de belles intentions, une foi dans la bienveillance et la capacité de dialogue. Mais à mes yeux, dans le contexte actuel, cela ne suffit plus.
Nous traversons un moment charnière : la droite est décomplexée, elle se structure, et occupe sans gêne le terrain médiatique, culturel et politique. Les droites — et leurs relais — avancent avec aplomb, pendant que nous hésitons encore à assumer pleinement notre radicalité. Dans ce contexte, une gauche douce, trop conciliante, risque d'être perçue comme désarmée.
Ce qu'il nous faut aujourd'hui, plus que jamais, c'est une gauche qui s'assume, qui parle fort, qui bouscule, qui confronte les fausses évidences et les conforts du statu quo. Une gauche qui n'a pas peur d'être en désaccord ni d'être jugée « trop radicale » par les gardiens de l'ordre établi. Les temps exigent de la fougue, de la vigueur, de la répartie — pas seulement de la bonté et de la bienveillance.
Sans cette combativité, nous risquons de devenir une force morale sympathique, mais inoffensive. Or, le moment historique que nous vivons nous commande autre chose : une gauche vivante, insurgée, capable de dire non avec force — et d'incarner, par son audace, la possibilité d'un autre monde.
Un moment politique critique
Au-delà des personnes, c'est le contexte qui devrait nous préoccuper.
Le Québec vit une montée rapide des droites — certaines se disent modérées, d'autres ne se cachent même plus. Les médias dominants, eux, oscillent entre complaisance et défense du statu quo.
Pendant ce temps, Québec solidaire stagne à 6 % dans les sondages.
C'est effarant : nous sommes, 19 ans après notre fondation, aux mêmes niveaux qu'à nos débuts.
Certes, il reste une éternité politique avant octobre 2026. Mais si la tendance se maintient, nous risquons non seulement de perdre des député·es, mais aussi de perdre le sens même de notre projet collectif.
Et ça, ce serait plus grave encore.
Cette course devrait être un wake-up call.
Un moment pour repolitiser notre parti, rouvrir le débat stratégique, reconnecter QS à sa base populaire, syndicale, communautaire. Un moment pour redonner du souffle à la gauche — une gauche de rupture, vivante, enracinée.
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Le pompier-pyromane et son Nobel de la Paix !
Après avoir laissé s'embraser Gaza, Washington se félicite d'un cessez-le-feu à Sharm el-Sheikh et rêve d'un Nobel de la Paix.
Une manœuvre diplomatique cynique, où le pompier-pyromane vient récolter les lauriers d'un incendie qu'il a contribué à allumer.
Le 8 octobre dernier, à Sharm el-Sheikh, un accord de cessez-le-feu a été signé entre Israël et le Hamas. Présentée comme une avancée “historique”, cette trêve, censée ouvrir la voie à un échange d'otages et à un apaisement progressif, a été largement mise en avant par l'administration Trump, qui y voit un succès diplomatique majeur.
Mais la réalité est plus trouble : ce cessez-le-feu intervient après deux ans de bombardements massifs, de destructions d'infrastructures civiles, et d'un bilan humain dépassant les 150 000 victimes, morts, blessés et disparus.
Pendant que la Maison-Blanche se met en scène en artisan de la paix, les convois humanitaires continuent d'être bloqués, les flottilles de la liberté interceptées, et la population gazaouie privée de nourriture, d'eau et de soins. La juxtaposition entre les images de diplomates souriants et celles des hôpitaux en ruine dit tout du décalage entre la rhétorique politique et la tragédie humanitaire.
L'expression n'est pas nouvelle, mais elle n'a jamais été aussi juste. Le “pompier-pyromane”, c'est celui qui crée le problème pour mieux prétendre le résoudre. Celui qui laisse se consumer un brasier qu'il aurait pu éteindre, pour apparaître ensuite en sauveur.
C'est ainsi que les États-Unis, principaux fournisseurs d'armes d'Israël, et premiers à opposer leur veto à toute résolution de l'ONU exigeant un cessez-le-feu, se présentent aujourd'hui comme médiateurs de paix. Cette stratégie est ancienne : maintenir une position dominante en se posant comme arbitre “indispensable”, tout en s'assurant que les déséquilibres du conflit demeurent. Le discours est calibré, Israël a “le droit de se défendre”, les Palestiniens ont “droit à une aide humanitaire”, mais les faits montrent que le soutien militaire américain a prolongé la guerre bien plus qu'il ne l'a freinée.
L'accord signé à Sharm el-Sheikh ne change rien à la nature du conflit. Il ne parle ni de fin de l'occupation, ni de gel de la colonisation, ni de création d'un État palestinien viable. Il ne reconnaît pas davantage la nécessité d'une reconstruction à grande échelle de Gaza, ni de dédommagement pour les victimes. Rien, dans ce texte, n'évoque une justice réparatrice ou un règlement durable. Ce n'est pas un accord de paix : c'est une pause politique. Une respiration destinée à soulager les chancelleries occidentales avant les cérémonies du prix Nobel, le 10 décembre. Un coup de peinture blanche sur les ruines.
Les ONG et plusieurs rapporteurs des Nations unies continuent de parler de crimes de guerre et de violations du droit international humanitaire. Le cessez-le-feu, aussi nécessaire soit-il, n'efface pas la responsabilité de ceux qui ont ordonné les bombardements aveugles, imposé un siège total ou entravé les secours. Mais dans le jeu diplomatique actuel, la justice est le grand absent : aucun mécanisme contraignant, aucune exigence de réparation, aucune sanction réelle. Si le pompier-pyromane obtient demain le Nobel de la Paix, ce ne sera pas une récompense pour la paix, ce sera un certificat d'impunité. Un symbole d'un monde où la reconnaissance prime sur la responsabilité, et où la diplomatie spectacle remplace le courage politique.
Ce conflit marque plus qu'une tragédie régionale : il révèle une crise morale de l'Occident. En soutenant sans réserve un État accusé de violations graves, tout en prétendant défendre les valeurs des droits humains, l'Amérique et ses alliés sapent leur propre crédibilité. À force de fermer les yeux sur l'injustice, ils risquent non seulement le déclin d'Israël qu'ils prétendent protéger, mais aussi leur propre discrédit historique.
L'histoire jugera non pas sur les discours, mais sur les actes : Qui aura eu le courage d'exiger la fin de l'occupation ? Qui aura financé la reconstruction de Gaza ? Qui aura défendu la justice, plutôt que la façade de la paix ?
Pour l'heure, le pompier-pyromane savoure ses lauriers. Mais la fumée n'a pas fini de s'élever au-dessus des ruines.
Mohamed Lotfi
9 octobre 2025
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Le 18 octobre prochain, on débarque en force à Québec !
Sous le thème « Encore en marche pour transformer le monde », des féministes de toutes les régions se rassemblent pour une grande journée de mobilisation collective
🔥Tiré de Facebook de la CQMMF
Ensemble, nous marcherons pour dénoncer la pauvreté, les violences faites aux femmes et la crise environnementale afin d'opposer une vision d'un monde juste, solidaire et féministe.
💥 Au programme :
Samedi 18 octobre 2025
Québec – Place de l'Assemblée nationale
Début des animations dès 10h
Départ de la marche à 12h
Cérémonie festive et engagée dès 15h
Pour poursuivre les festivités, en soirée, deux options s'offrent à vous :
– Une boisson féministe pour célébrer nos solidarités dès 19h30, lieu à confirmer.
– Un spectacle féministe organisé par le Regroupement des femmes de la Côte-de-Gaspé se déroulera à la salle Raoul Jobin du Palais Montcalm à 20h00. Les billets pour le Spectacle F sont disponibles au lien suivant : https://www.palaismontcalm.ca/.../f-regroupement-des.../
🔸 L'événement est ouvert à toustes. Nous invitons cependant les hommes cisgenres à adopter une posture de soutien en laissant à l'avant les femmes et les personnes de la diversité de genre, afin que leur corps et leur voix soient en premier plan.
🥾 Le trajet formera une boucle de 2km sur un parcours relativement plat.
💧 Il y aura des fontaines d'eau sur place. Apportez votre gourde, nous ne fournirons pas de bouteilles de plastique.
🥪 Prévoyez d'être autonome sur la nourriture. Il n'y aura pas de tables en quantité suffisante. Apportez une couverture pour pique-niquer.
♿️Mesures d'accessibilité :
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite, des toilettes adaptées seront disponibles, et une interprétation en Langue des signes du Québec (LSQ) sera assurée. Des coins enfants et un parcours court rendront l'événement convivial pour toustes.
🚌 Des transports en autobus seront organisés à partir de différentes régions
✨ Un événement coordonné par la CQMMF, dans le cadre de la 6e action internationale de la Marche mondiale des femmes, en collaboration avec le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale (RGF-CN) qui, en tant que région hôte, soutient avec brio l'organisation logistique et l'idéation de cette action d'envergure. Une mobilisation rendue possible grâce à la force de notre travail collectif. 💪
Un merci tout spécial à nos commanditaires notamment, la Caisse d'économie solidaire Desjardins.
𝐕𝐢𝐥𝐥𝐚𝐠𝐞 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐞
Et la veille, vendredi 17 octobre, ne manquez pas le Village féministe organisé par le RGF-CN !
Une journée d'ateliers créatifs, de panels et d'activités d'éducation populaire féministe pour échanger, créer, s'organiser… et se préparer ensemble à la grande action du lendemain.
Lien vers l'évènement : https://www.facebook.com/events/1406670513929560
🔎 Qu'est-ce que la Marche mondiale des femmes ?
Née en 2000, la MMF est un mouvement international de lutte féministe contre la pauvreté et la violence envers les femmes. Tous les cinq ans, une action d'envergure mobilise les militantes du monde entier pour porter des revendications concrètes et transformantes. Au Québec, c'est la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) qui anime ce grand mouvement dans toute sa diversité.
💜 Le 18 octobre, nous marcherons pour une société basée sur les valeurs féministes qui place l'économie au service du vivant.
🌍Le 18 octobre, nous serons Encore en marche pour transformer le monde
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Les centrales syndicales et le RATTMAQ appellent à dépolitiser l’immigration
Québec, le 7 octobre 2025. – Les grandes centrales syndicales (CSD, CSN, CSQ et FTQ) ainsi que le Réseau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ) demandent au gouvernement de dépolitiser la gestion de l'immigration.
7 octobre 2025 | tiré du site de la CSQ
« La planification pluriannuelle de l'immigration est un exercice trop important pour être entaché des débats politiques qui sont souvent inutilement partisans. On doit offrir aux personnes immigrantes toutes les chances de contribuer pleinement à la société québécoise et traiter véritablement avec humanité. Ce que l'on souhaite de tous nos vœux, c'est que le gouvernement fasse la démonstration que les dés ne sont pas pipés », ont affirmé d'une seule voix Luc Vachon, président de la CSD, Katia Lelièvre, vice-présidente de la CSN, Pascal Côté, troisième vice-président de la CSQ, Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ et Mélanie Gauvin, porte-parole du RATTMAQ.
« Bien que nous participions aux consultations, nous demeurons dubitatifs quant à la volonté réelle du gouvernement d'écouter et d'ajuster sa politique. De nombreux acteurs, issus d'horizons variés, recommandent d'offrir des réelles voies d'accès à la résidence permanente pour les personnes à statut temporaire qui sont actuellement au Québec, notamment afin de répondre à des besoins de main-d'œuvre qui sont à la base permanents. Or, le plan actuel s'oriente clairement à l'inverse et ne répond pas adéquatement aux défis d'immigration, de francisation et d'inclusion au Québec », a ajouté Luc Vachon, président de la CSD.
Miser sur la résidence permanente
Depuis de nombreuses années, les centrales syndicales préconisent la résidence permanente plutôt que la précarité associée à la résidence temporaire. À long terme, croient-elles, seule l'immigration permanente motive l'apprentissage du français et peut soutenir la démographie, le marché du travail et la prestation de services.
« Le Québec a des besoins démographiques, de main-d'œuvre et de services qui sont permanents. Nous devons combler ces besoins en offrant des statuts permanents aux immigrantes et immigrants qui sont ici présentement. Il faut être responsables dans notre façon d'accueillir ces gens. Pour ce faire, nous devons hausser les seuils de la résidence permanente par l'admission de résidents temporaires déjà chez nous, ce qui aura pour effet de réduire leur nombre sur le territoire », affirme la vice-présidente de la CSN, Katia Lelièvre.
Le piège des permis de travail fermés
Afin de mettre fin aux pratiques abusives dont souffrent les travailleurs étrangers temporaires, les centrales syndicales et le RATTMAQ exigent du gouvernement qu'il mette fin au permis de travail lié à un seul employeur dans tous les programmes temporaires et qu'il procède à une réforme en profondeur du Programme des travailleurs étrangers temporaires. Mélanie Gauvin, porte-parole du RATTMAQ explique que : « Pour les travailleuses et travailleurs migrants temporaires, la seule véritable capacité d'accueil du Québec doit passer par l'abolition des permis de travail fermés et par un accès égal et inclusif à la résidence permanente. Nous souhaitons que le Québec agisse dans le respect des droits humains. »
Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ poursuit : « Québec doit arrêter de tourner en rond dans le dossier des travailleuses et travailleurs migrants. Il doit, de façon urgente, régulariser la situation de ces milliers de travailleuses et travailleurs en leur accordant le statut permanent et en mettant fin aux permis de travail fermés » déclare Denis Bolduc secrétaire général de la FTQ.
Soutenir la francisation et reconnaître l'apport des étudiantes et étudiants étrangers
Les leaders syndicaux appellent le gouvernement à reconnaître pleinement la contribution des étudiantes et des étudiants internationaux et à réinvestir massivement en francisation, à tous les niveaux, dans les centres de services scolaires, en entreprise et celle offerte par les groupes communautaires.
« L'apprentissage du français est un formidable passe-partout pour l'intégration des personnes immigrantes au Québec ! Le gouvernement devrait éviter de jouer au yo-yo avec le financement comme il l'a fait l'automne dernier. Ce sont des parcours de vie dont il est question, pas de simples chiffriers Excel. En matière d'intégration, on ne peut pas non plus faire abstraction des étudiantes et étudiants internationaux. Ils sont déjà bien intégrés à leurs communautés et contribuent à la vitalité économique, sociale et culturelle de celles-ci », a conclu Pascal Côté, troisième vice-président de la CSQ.
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À Charm el-Cheikh, une paix négociée sans Israéliens, ni Palestiniens
Réuni en Égypte, le sommet de Charm el-Cheikh s'annonce décisif pour l'après-ceasez-le-feu à Gaza. Derrière l'unanimité diplomatique affichée, la rencontre révèle les fractures du dossier palestinien, la stratégie américaine et la difficile relance d'une dynamique de paix.
Tiré de MondAfrique.
Le sommet de Charm el-Cheikh, qui s'ouvre en Égypte, a tout du rendez-vous diplomatique majeur. L'enjeu affiché : assurer la consolidation du cessez-le-feu récemment conclu entre Israël et le Hamas, enclencher la reconstruction de la bande de Gaza, et définir une nouvelle architecture sécuritaire régionale. À la table, les grands acteurs internationaux – États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Nations unies – multiplient les signes d'unité. Mais un fait s'impose, à la fois symptomatique et révélateur des limites du moment : ni Israël ni aucune représentation palestinienne n'ont été invités à prendre part officiellement aux discussions.
Cette absence, loin d'être anecdotique, éclaire la complexité d'une séquence où chaque acteur tente de préserver ses intérêts, parfois au prix d'une paix durable. Du côté américain, Donald Trump s'affiche en chef d'orchestre d'un processus voulu « inédit », misant sur l'effet d'annonce d'une coalition occidentale et arabe sous égide égyptienne. Il s'agit, selon ses mots, de « coordonner avec de nombreux alliés l'organisation du plan Trump et d'ancrer le soutien international » (Orient-Le Jour). Washington veut mettre en scène sa capacité à relancer la dynamique de paix, mais sans véritable engagement sur les paramètres du conflit, ni interlocuteur local autour de la table.
Le maréchal Sissi, intermédiaire incontournable
L'Égypte, pour sa part, capitalise sur son statut d'intermédiaire incontournable. Le Caire, fort de ses réseaux auprès du Hamas comme de l'Autorité palestinienne, cherche à s'imposer comme garant de la stabilité régionale, tout en contrôlant la reconstruction de Gaza – enjeu diplomatique mais aussi économique majeur. Emmanuel Macron et ses homologues européens, eux, affichent leur appui à une reprise du dialogue, mais se gardent de bousculer les lignes rouges posées par Washington et Jérusalem.
Dans les faits, le sommet s'inscrit dans une séquence incertaine. Le cessez-le-feu, obtenu au prix d'intenses pressions américaines sur Israël, ne dissipe ni la défiance entre les parties, ni les failles béantes du processus. « Il y a en réalité un malaise persistant à Gaza, car le Hamas reste présent à Gaza, et l'Autorité palestinienne demeure le seul représentant légitime du peuple palestinien », confie un diplomate européen cité dans l'article de Dany Moudallal. L'absence de représentants locaux, l'embarras de l'ONU et la prudence des Européens témoignent d'une diplomatie de l'entre-soi, soucieuse d'afficher des résultats mais incapable d'impliquer les premiers concernés.
L'enjeu du sommet, sous ses airs de grand-messe consensuelle, se révèle donc double : d'une part, gagner du temps en affichant la perspective d'un après-guerre à Gaza, d'autre part, imposer un format de négociation qui esquive les points de blocage – la question des otages israéliens, le retour des réfugiés palestiniens, et la gouvernance future de l'enclave.
La pression américaine
Si Charm el-Cheikh se présente comme la première étape d'une « relance du processus de paix », la réalité du rapport de force impose un constat plus nuancé. Le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, arraché dans la douleur, porte la marque d'une pression diplomatique sans précédent de la Maison-Blanche sur le gouvernement Netanyahou. « Aucun président, sans exception, n'avait exercé une telle pression sur un Premier ministre israélien », rappelle Aaron David Miller, ancien conseiller du département d'État américain, dans l'entretien accordé à L'Orient-Le Jour. Selon lui, c'est la « dynamique du second plan Trump » et la crainte d'une escalade incontrôlable qui ont poussé Israël à céder – temporairement – sur l'arrêt des hostilités.
Mais la fragilité du compromis est manifeste. La trêve ne résulte ni d'un accord politique durable ni d'un règlement des principaux contentieux : elle a été obtenue grâce à un échange partiel d'otages, sous la menace d'une reprise immédiate des combats. Pour Aaron David Miller, la première phase « est cruciale parce qu'elle répond aux trois facteurs essentiels : une gestion espérée de la sortie des otages, la couverture de 50 ou 90 Palestiniens tués par jour, et la bonne architecture ». Mais la fenêtre reste étroite. La suite du processus – notamment la libération massive de prisonniers palestiniens et la possible réintégration de l'Autorité palestinienne à Gaza – bute sur l'absence de confiance mutuelle, et sur les calculs de chaque camp.
La posture de Benyamin Netanyahou est celle d'un leader en sursis, soumis à la fois à la pression de Washington et à la défiance de son propre camp. L'accord sur la trêve, mal accepté par une partie de la droite israélienne, lui coûte sur le plan politique et n'engage en rien une acceptation d'un compromis définitif sur Gaza. L'ouverture de la bande à une administration internationale ou palestinienne demeure un tabou, tout comme la question du retour des réfugiés ou la levée du blocus.
Côté palestinien, le Hamas joue sa survie politique et militaire, refusant tout processus qui signifierait sa mise à l'écart ou son désarmement. L'Autorité palestinienne, elle, se retrouve marginalisée, cantonnée à un rôle d'acteur secondaire, sans réelle prise sur la réalité du terrain.
Dans ce contexte, la diplomatie américaine mise sur un « effet d'entraînement » : la reconnaissance, à terme, d'Israël par certains pays arabes, et la création d'un mécanisme international de reconstruction pour Gaza, géré par l'Égypte et supervisé par l'ONU et la France. Mais le calendrier reste flou, tout comme l'adhésion réelle des acteurs régionaux à ce schéma. La conférence de Charm el-Cheikh s'apparente, pour Washington, à une scène de bal où il s'agit d'occuper l'espace, de fixer le récit, et d'imposer les termes d'un après-guerre qui reste à définir.
Des lignes de fracture assumées
En creux, le sommet égyptien illustre l'incapacité des puissances à trancher les questions centrales du dossier israélo-palestinien. Malgré les annonces et les promesses de reconstruction, la nouvelle architecture régionale promue par l'administration Trump ne règle ni la question du statut de Gaza, ni celle du sort des réfugiés, ni celle des garanties sécuritaires pour Israël.
Les Européens, soucieux d'éviter l'escalade mais impuissants à imposer un cadre contraignant, se bornent à soutenir les initiatives américaines et à défendre la nécessité d'une solution politique négociée, sans offrir de perspectives concrètes. L'Égypte, pivot stratégique, profite du vide diplomatique pour renforcer sa position, mais se garde de s'impliquer au-delà de la gestion humanitaire et logistique.
Quant aux principaux absents – Israéliens et Palestiniens –, ils restent spectateurs d'un processus qui se joue largement sans eux. L'absence de représentants locaux lors des discussions trahit la défiance persistante, l'incapacité à produire un consensus minimal, et l'inadéquation des formats internationaux à la réalité du conflit.
L'après-sommet s'annonce donc incertain. Pour Aaron David Miller, le vrai test viendra dans la durée : « C'est toute la dynamique américaine sur ce que l'on pourrait juger opportun de rappeler “l'architecture Trump d'ordre régional” ». L'ouverture de Gaza, la pérennité du cessez-le-feu et la relance d'un dialogue politique restent suspendus à la capacité des acteurs à dépasser les postures, à accepter des compromis, et à impliquer réellement les sociétés concernées.
En somme, le sommet de Charm el-Cheikh acte davantage une transition prudente qu'un tournant décisif. La paix y est moins l'horizon que le prétexte d'une gestion collective du statu quo, sur fond d'alignements stratégiques, de rivalités régionales et de diplomatie d'affichage. À court terme, il s'agit surtout d'éviter la rechute dans la violence. À plus long terme, la reconstruction de Gaza et la reconnaissance d'Israël par les pays arabes resteront suspendues à des équilibres fragiles, et à l'implication – ou non – des principaux intéressés.
Sources : Article de Dany Moudallal, L'Orient-Le Jour ; entretien avec Aaron David Miller, Carnegie Endowment for International Peace, OLJ.

Trois Canadien·ne·s enlevé·e·s ont été libéré·e·s ; trois autres sont toujours détenues en Israël. Que fait le gouvernement Carney ?
Si les familles, les proches et les défenseur·e·s des droits humains universels sont soulagé·e·s et heureux·ses d'apprendre que trois des six volontaires canadien·ne·s enlevé·e·s en eaux internationales sont arrivé·e·s sain·e·s et sauf·ves à Istanbul, nous demeurons très inquiet·ète·s pour les trois autres Canadien·ne·s qui figurent parmi les dizaines de volontaires internationaux de la Flottille toujours illégalement interné·e·s par le régime israélien dans la prison tristement célèbre de Ketzi'ot.
Leur détention continue—tout comme l'abordage et la saisie des navires de la Flottille en eaux internationales, ainsi que le vol de l'aide humanitaire à bord—constituent des violations flagrantes du droit international par l'État voyou d'Israël. Nous devons poser la question : quand le gouvernement du Canada agira-t-il contre l'illégalité israélienne ?
Les conditions de détention seraient épouvantables, et nous craignons pour le bien-être et la santé de toutes les personnes détenues. Nous savons que ces conditions inacceptables pâlissent néanmoins devant le traitement brutal réservé à plus de 11 000 Palestinien·ne·s, dont des centaines d'enfants, incarcéré·e·s par Israël, souvent sans accusation ni peine déterminée.
Alors que Mskwaasin Agnew (Ontario), Khurram Musti Khan (Ontario) et Nimâ Machouf (Québec) font partie des personnes libérées de cette incarcération illégale et expulsées aujourd'hui par le système carcéral israélien, Devoney Ellis, Sadie Mees et Nikita Stapleton—toutes de St. John's (T.-N.-L.)—comptent parmi les dizaines de volontaires internationaux toujours illégalement détenu·e·s en prison en Israël, possiblement parce qu'ils et elles refusent, par principe, de signer un « reconnaissement » affirmant qu'ils et elles seraient « entré·e·s illégalement » dans l'État qui les a enlevé·e·s en eaux internationales.
Nous appelons la ministre Anand et le reste du gouvernement libéral de Carney à prendre des mesures concrètes et immédiates pour faire cesser les violations continues des droits humains des Palestinien·ne·s par l'État d'apartheid génocidaire d'Israël. Rien ne permet de croire qu'Israël respectera les termes du récent « accord de paix ». Si le génocide par les bombes a pu cesser, le génocide par la famine délibérée se poursuivra tant que l'aide humanitaire ne pourra pas être acheminée sans entrave vers les Palestinien·ne·s de Gaza—sans contrôle israélien—ainsi que l'ordonne la Cour internationale de Justice.
Passez à l'action : Appelez les bureaux de circonscription des députés des personnes détenues et exigez que chaque député contacte la ministre des Affaires étrangères et qu'elle appelle sans délai son homologue israélien :
• Paul Connors, PLC (Avalon) : 709-834-3421 — (Ellis & Stapleton)
• Joanne Thompson, PLC (St. John's-Est) : 709-772-7171 — (Mees)
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Pour une gauche qui combat Trump, Netanyahou et Poutine, sans distinction !
Avec Greta Thunberg Pour une gauche qui combat Trump, Netanyahou et Poutine, sans distinction !
Yorgos Mitralias, Blogue de Mediapart 7 octobre 2025
Mais, de quel plan de paix en Palestine parlent-ils ? Celui qui, du haut de sa magnanimité, va jusqu'à consentir à laisser en vie les survivants du génocide des Palestiniens de Gaza ? Ou celui qui récompense leur recherche acharnée d'un État indépendant bien à eux, en les gratifiant d'un « gouvernement » d'étrangers pro-israéliens dirigé par un Américain (Trump) et/ou un Anglais (Blair) ? Un tel plan de paix n'a rien de pacifique, ressemble plutôt à une blague macabre et est condamné d'avance à rester lettre morte. Comme d'ailleurs, sont restés lettre morte tous ceux qui l'ont précédé. En d'autres mots, le génocide continue…
Alors, que faire ? D'abord, perdre les illusions qui sont aussi responsables de la situation actuelle. Et comprendre une fois pour toutes, que Netanyahou, comme d'ailleurs Poutine, sont intraitables, sûrs de leurs force (militaire) et surtout de l'appui sans faille de l'Internationale Brune dont ils sont tous les deux des éminences fondatrices et dirigeantes. Et aussi, que le salut des Palestiniens ne viendra jamais ni des « Grands » de ce monde, ni de ceux d'en haut, même s'ils sont arabes ou coreligionnaires. Et il ne viendra jamais d'eux parce qu'ils n'ont aucun intérêt de changer une situation qu'ils ont eux-mêmes créée et entretenue. Car même dans le meilleur des cas, leur reconnaissance si tardive d'un État Palestinien ressemble fort à la reconnaissance non pas d'un État mais plutôt d'un cimetière, du cimetière palestinien qu'est l'actuelle Gaza rasée au sol…
La leçon à tirer de ces constats crève les yeux : le salut tant des Palestiniens que des Ukrainiens ne peut venir que de ceux d'en bas. De cette humanité qui ne se contente plus de mots et passe aux actes, et manifeste sa solidarité dans la rue presque partout au monde. De ceux et celles, juifs de la Diaspora inclus, qui, armés de leur seul internationalisme militant, vont jusqu'à défier avec leur flottille désarmée la machine a tuer des génocidaires Israéliens. Et aussi de ces -malheureusement, encore peu nombreux- Juifs Israéliens qui sont solidaires du peuple palestinien et se battent courageusement au cœur même du monstre sioniste. Comme d'ailleurs, de ces Russes et Biélorusses héroïques qui n'hésitent pas de manifester leur solidarité au peuple Ukrainien bien que cela leur coute leur liberté et parfois même leur vie…
Alors, force est de constater que la scandaleuse hypocrisie de nos gouvernants, qui dénoncent l'écrasement de l'Ukraine par l'armée russe mais soutiennent sans condition celui de Gaza par l'armée israélienne, non seulement alimente grandement la révolte populaire quasi planétaire en cours contre les génocidaires Israéliens et leurs complices, mais exacerbe aussi la crise de ces gouvernants et de leurs régimes. C'est ainsi que le deux poids deux mesures pratiqué cyniquement par les droites et les extrêmes droites qui gouvernent désormais presque partout au monde, est en train de priver la domination bourgeoise de ce qui est son atout, probablement le plus précieux : sa crédibilité qu'elle construit patiemment depuis fort longtemps !
Cependant, force est aussi de constater que, cette crise majeure de la crédibilité bourgeoise et capitaliste ne profite pas du tout à la gauche internationale. Pourquoi ? Mais parce que la même hypocrisie et la même crise de crédibilité caractérisent actuellement la majeure partie de cette gauche internationale. En effet, si les droites soutiennent l'Ukraine mais arment, financent et couvrent diplomatiquement l'écrasement des Palestiniens de Gaza par Israël lequel, selon le ministre des affaires étrangères russe Serguei Lavrov, " poursuit des objectifs similaires à ceux de la Russie » en Ukraine (1), cette gauche internationale soutient sans réserves les Palestiniens contre Israël mais refuse ostensiblement de soutenir l'Ukraine agressée militairement par la Russie de Poutine. Et pire encore, une partie de cette gauche va jusqu'à soutenir Poutine auquel elle attribue des vertus… antiimpérialistes et progressistes totalement imaginaires.
Et pourtant, il y a -fort heureusement- une autre gauche internationale, minoritaire pour l'instant mais en pleine ascension, qui abhorre l'hypocrisie et refuse de pratiquer les deux poids et deux mesures : c'est pourquoi elle soutient tant les Palestiniens contre Israel de Netanyahou, que les Ukrainiens contre la Russie de Poutine. Et cela parce qu' elle refuse de choisir le bon bourreau contre le mauvais bourreau, en faisant cause commune avec le prétendu bon impérialiste contre le mauvais parce que tout simplement il n'y a pas de bon impérialiste et de bon capitaliste ! C'est la gauche qui se bat contre toutes les injustices et sur tous les fronts aux cotés des humbles, des pauvres et des opprimés, et dont le personnage emblématique n'est autre que la jeune suédoise Greta Thunberg que le mentor du trumpisme triomphant, le milliardaire néonazi Peter Thiel a ciblé, à juste titre, comme l'ennemi No 1 de la contre-révolution réactionnaire mondiale, allant jusqu'à la qualifier de… « antéchrist » !
Mais, il n'y a pas seulement le sieur Thiel qui lance des anathèmes contre Greta. Comme nous l'écrivions il y a presque deux ans (2), M. Poutine en 2019, « réagissant au discours de Greta à l'ONU, a fait preuve d'un paternalisme pitoyable en la traitant de « gentille fillette » mal informée qui ne comprend pas à quel point le monde d'aujourd'hui est complexe ! » Et nous complétions le tableau des horreurs anti-Greta rappelant que « c'est avec le même ton paternaliste de procureur de pacotille, que le célèbre magazine allemand, Der Spiegel, a récemment attaqué Greta, la qualifiant de « naïve ou peut-être antisémite » lorsqu'elle a osé manifester dans les rues d'Amsterdam en solidarité avec les Palestiniens. Apparemment parce que, selon le bon magazine allemand, seules les personnes « naïves » et « antisémites » peuvent se sentir solidaires des civils palestiniens massacrés par l'armée israélienne. Encore plus grave, elle a subi des attaques hystériques, allant jusqu'à l'identifier à... la jeunesse hitlérienne ( !), lorsque Greta a osé scander, avec d'autres manifestants, le mot d'ordre Krossa Sionismen (écrasez le sionisme) devant l'ambassade d'Israël à Stockholm.
Et tout cela sans oublier que des « libéraux » occidentaux sont allés jusqu'à la menacer... d'une « balle entre les yeux » lorsque Greta les a dénoncés avec les mêmes mots que ceux qu'elle utilise contre Poutine et ses acolytes, car tant les uns que les autres s'obstinent à émettre toujours plus de gaz à effet de serre, commettant ainsi le plus grand des crimes contre la planète et ses habitants. D'ailleurs, lorsque Greta déclare que « pour sauver la planète, le monde doit se débarrasser du capitalisme », cette affirmation catégorique ressemble à une déclaration de guerre contre les uns et les autres, sans aucune exception… ».
Et voici comment nous concluions ces rappels utiles aux quels nous n'avons aujourd'hui absolument rien à ajouter :
« Greta est donc emblématique de notre époque aussi pour une autre raison : parce qu'elle rallie contre elle la coalition la plus hétéroclite et sans précédent historique de tyrans sanguinaires, de capitalistes milliardaires, de grands bourgeois cossus et autres dictateurs frustes et démocrates assassins aux bonnes manières, lesquels se battent entre eux mais sont unis par leur commune passion du pouvoir et leur commune avidité pour des profits toujours plus grands. Mais en provoquant cette unanimité sans précédent et en ralliant contre elle tous ces destructeurs de l'humanité, Greta révèle aux yeux de tous l'essence des choses, les auteurs et les responsables de la crise historique généralisée d'aujourd'hui. D'ailleurs, comme elle est entièrement d'accord avec le grand prisonnier palestinien Marwan Barghouti (22 ans dans les prisons israéliennes !) qui se déclare « pacifique mais pas pacifiste », Greta apparaît comme l'ennemie jurée numéro un de « ceux d'en haut », et la principale source d'inspiration militante pour la multitude de « ceux en bas » et leurs avant-gardes révoltées. Quant à la gauche désorientée et confuse d'aujourd'hui, l'esprit clair de Greta pourrait lui être utile pour clarifier une fois pour toutes ses idées, ses priorités et ses orientations… »
Notes
1. Voir Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères : « Israël poursuit des objectifs similaires à ceux de la Russie » ! : https://www.pressegauche.org/Serguei-Lavrov-ministre-russe-des-affaires-etrangeres-Israel-poursuit-des
2. Voir aussi Contre la Russie, l'OTAN et Israël - Greta montre la voie ! : https://aplutsoc.org/2024/01/06/contre-la-russie-lotan-et-israel-greta-montre-la-voie-un-billet-de-yorgos-mitralias/
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