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Déclaration finale du séminaire régional sur l’écoféminisme, l’endettement et l’extractivisme face à la crise climatique, tenu à Ouagadougou au Burkina Faso du 02 au 04 avril 2026
La Coordination des luttes féministes du réseau CADTM-Afrique (Comité pour l'Abolition des Dettes illégitimes), en coordination avec l'Association pour une Taxation des Transactions financières pour l'Aide aux Citoyens (Attac Burkina) et le Mouvement Africain pour le Développement Endogène et l'Education (MADE), ont organisé un séminaire international sur l'écoféminisme, la dette, les microcrédits et les crises climatiques ainsi que leurs rôles dans le renforcement des inégalités du 2 au 04 Avril 2026, à Ouagadougou au Burkina Faso, à l'Institut Panafricain pour le Développement Afrique de l'Ouest et du Sahel (IPD-AOS) sis à Avenue Dassasgo.
Tiré de l'infolettre du CADTM
https://www.cadtm.org/Declaration-finale-du-seminaire-regional-sur-l-ecofeminisme-l-endettement-et-l
13 avril par Coordination des Luttes Féministes du CADTM Afrique
Nous, participantes au Séminaire régional sur l'écoféminisme, l'endettement et l'extractivisme face à la crise climatique, tenu à Ouagadougou du 02 au 04 avril 2026 ;
Réunissant une soixantaine d'actrices issues de mouvements féministes, organisations sociales et citoyennes venant de plusieurs pays africains (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée Conakry, Mali, Niger, Sénégal, Togo et Tunisie).
Dans le cadre du projet de renforcement des synergies écoféministes pour abolir la dette illégitime et construire un monde fondé sur la justice sociale et le respect de la nature ;
Réaffirmons notre volonté commune de contribuer à la transformation structurelle des systèmes économiques, politiques et sociaux qui perpétuent les inégalités, les injustices et la destruction des écosystèmes.
Nos travaux ont mis en évidence que l'Afrique est confrontée à une crise systémique caractérisée par l'imbrication de trois dynamiques majeures :
1. L'endettement structurel illégitime, qui détruit la souveraineté économique des États ;
2. L'extractivisme, qui repose sur une exploitation intensive des ressources naturelles au détriment des populations ;
3. La crise climatique, qui exacerbe les vulnérabilités existantes.
Ces trois dimensions ne sont ni isolées ni conjoncturelles : elles relèvent d'un système global historiquement construit, fondé sur des rapports de domination hérités de la colonisation et renforcés par les politiques néolibérales contemporaines.
Nous constatons que la dette illégitime en Afrique constitue un mécanisme assignant à la dépendance et à la domination :
Le poids du service de la dette réduit drastiquement les marges budgétaires des États, compromettant les investissements dans les services sociaux essentiels ;
Les politiques d'ajustement et d'austérité associées entraînent la dégradation des services publics et le transfert des charges vers les ménages ;
Les femmes, en raison de leur rôle central dans la reproduction sociale, absorbent de manière disproportionnée les effets de ces politiques.
En outre, les dispositifs de microfinance, loin de constituer une solution durable, participent souvent à la féminisation de la pauvreté, en individualisant les risques et en enfermant les femmes dans des cycles d'endettement chronique.
Le modèle extractiviste dominant en Afrique repose sur une logique d'exportation des ressources brutes, générant :
• Une dégradation accélérée des écosystèmes (pollution, déforestation, épuisement des ressources) ;
• Des phénomènes d'accaparement des terres et de déplacements forcés ;
• Des violations récurrentes des droits humains, notamment du droit au consentement libre et informé au préalable.
Les femmes sont particulièrement affectées :
• Elles subissent la perte de leurs moyens de subsistance ;
• Leur travail productif et reproductif est intensifié et invisibilisé ;
• Elles restent largement exclues des espaces de décision.
Ainsi, l'extractivisme constitue une violence structurelle genrée, à la fois économique, sociale et écologique.
La crise climatique agit en multiplicateur d'inégalités :
L'Afrique est l'une des régions les plus exposées aux impacts climatiques, malgré sa faible responsabilité historique ;
Les femmes, en première ligne face aux effets néfastes de la crise climatique, voient leur charge de travail et leur vulnérabilité s'accroître ;
Les effets combinés de la sécheresse, de l'insécurité alimentaire et des déplacements forcés accentuent la précarité.
Cette situation révèle l'existence d'une dette climatique et écologique, contractée par les pays industrialisés à l'égard des peuples africains.
Cependant, les mécanismes internationaux actuels demeurent insuffisants, inéquitables et souvent conditionnés, reproduisant ainsi des logiques d'endettement et de dépendance.
Nous affirmons que l'endettement, l'extractivisme et la crise climatique s'inscrivent dans un système global articulé autour de :
• Le patriarcat, qui structure les rapports de pouvoir et marginalise les femmes ;
• Le capitalisme néolibéral, qui privilégie l'accumulation au détriment du vivant ;
• Les héritages coloniaux, qui perpétuent des relations asymétriques entre le Nord et le Sud.
Ces systèmes produisent des inégalités croisées qui affectent particulièrement les femmes, les communautés rurales et les populations marginalisées.
Face à ces constats, nous affirmons que l'écoféminisme constitue :
• Un cadre d'analyse critique, mettant en lumière les liens entre domination des femmes et exploitation de la nature ;
• Un projet politique transformateur, fondé sur la souveraineté, la justice, l'égalité et la durabilité ;
• Un espace de résistance et d'alternatives, valorisant les savoirs endogènes, les pratiques communautaires et les solidarités locales.
L'écoféminisme africain, en particulier, porte des réponses concrètes ancrées dans les réalités locales et les expériences vécues.
Concernant nos revendications stratégiques :
Sur la dette
• L'annulation totale et inconditionnelle des dettes illégitimes ;
• La réalisation d'audits citoyens et transparents de la dette ;
• La fin des conditionnalités imposées par les institutions financières internationales.
• La fin des dérives de la microfinance qui transforme la précarité des femmes en profit financier. Nous exigeons le passage d'une logique de dette individuelle étouffante à un soutien massif pour un capital collectif et coopératif, géré par et pour les femmes ;
Sur l'extractivisme
• Plaidons auprès du gouvernement burkinabè qui assure la Présidence de l'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) de mettre à l'agenda des réunions du Conseil des Ministres de l'UEOMA, la révision des critères de convergence pour la réduction du plafond du taux d'intérêt des microcrédits de 24 à 2% ;
• Plaidons auprès des gouvernements africains, la reconnaissance des tontines traditionnelles des femmes et leur transformation en système d'épargne et de crédits auto-gérés, et non clientéliste ;
• Refusons que nos ressources soient pillées sous prétexte de programmes d'ajustement structurel. Nous appelons à une gestion communautaire des ressources naturelles, garantissant l'accès des femmes à la terre et à l'eau ;
• Le respect strict des droits des communautés, notamment le consentement libre informé au préalable (CLIP) ;
• La reconnaissance et la valorisation du rôle des femmes dans la gestion des ressources.
Sur la justice climatique, exigeons :
• L'opérationnalisation immédiate du Fonds de pertes et préjudices, non pas sous forme de prêts, mais de réparations directes pour les communautés impactées ;
• La mise en place de financements climatiques publics, suffisants, accessibles et non générateurs de dette ;
• Le soutien aux transitions justes, inclusives et centrées sur les besoins des populations.
Sur les droits des femmes :
• L'intégration systématique de l'approche genre dans toutes les politiques publiques ;
• La participation pleine et effective des femmes aux processus décisionnels ;
• L'accès et la sécurisation des terres au profit des femmes ;
• Les politiques publiques qui reconnaissent et soutiennent l'économie du « care » au lieu de l'exploiter
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Compte rendu de la Journée des femmes : « le féminisme au cœur de la lutte contre le néolibéralisme, l’autoritarisme et la militarisation » organisée à Rabat le 28 mars 2026
Cette rencontre a réuni des militantes et des militants, ainsi que des travailleuses et des travailleurs engagés dans des luttes dans différents secteurs. L'objectif de cette rencontre était de discuter des perspectives du mouvement féministe dans un contexte national et international marqué par des changements profonds et préoccupants.
Tiré de l'infolettre du CADTM
https://www.cadtm.org/Compte-rendu-de-la-Journee-des-femmes-le-feminisme-au-coeur-de-la-lutte-contre
13 avril par ATTAC/CADTM Maroc
Les travaux de la journée ont débuté par une présentation des caractéristiques de la situation locale et internationale dans laquelle s'inscrivent les sessions de cette rencontre féministe.
Caractéristiques de la situation locale et internationale : intensification de l'offensive néolibérale et répression des libertés d'expression et de manifestation.
Au Maroc, la période récente a été marquée par une intensification de l'offensive contre les libertés et une répression accrue des mobilisations sociales (notamment dans le cadre du mouvement Génération Z), dans un contexte d'intensification des politiques néolibérales. Cela se traduit principalement par une attaque contre les droits du travail, la privatisation croissante des services publics, ainsi que par l'aggravation de l'accaparement des terres et des ressources naturelles. Le ciblage des femmes militantes opposées aux orientations générales de l'État et engagées dans les luttes ouvrières et populaires constitue l'une des caractéristiques de cette répression généralisée et croissante.
Contexte international : aggravation de la crise multidimensionnelle du capitalisme et intensification des guerres impérialistes et de la militarisation.
Au niveau international, la crise profonde que traverse le capital, conjuguée à la crise de l'hégémonie américaine, a ouvert une phase caractérisée par l'escalade d'agressions impérialistes décomplexées, telles que la guerre américano-sioniste contre l'Iran et le génocide à Gaza. Le droit international et les institutions multilatérales sont en recul, au profit d'un recours à la force brute dans les relations internationales pour consolider des zones d'influence. Par ailleurs, la droite réactionnaire qui accède au pouvoir dans un contexte de forte polarisation politique remet en cause le modèle de la démocratie libérale. Pour relancer l'accumulation du capital, ces régimes mènent une offensive brutale contre les services publics et les politiques de redistribution, ainsi que contre les mouvements sociaux, féministes, antiracistes et écologistes, et la classe ouvrière.
Dans ce contexte, les femmes sont particulièrement exposées tant aux conséquences de la précarité économique qu'à la violence liée aux conflits armés. Trente ans après la Conférence mondiale sur les femmes de Pékin (1995), les limites du cadre établi par cette conférence apparaissent de plus en plus clairement. Si ce cadre, qui reposait en grande partie sur une perspective centrée sur les droits individuels, reste aujourd'hui encore une référence fondamentale dans l'action féministe, il n'a pas réussi à induire des transformations matérielles substantielles et durables dans les conditions de vie de la majorité des femmes, en particulier dans les pays du Sud. Et si des avancées importantes ont été enregistrées au niveau législatif dans de nombreux pays, elles restent insuffisantes face aux dynamiques qui visent à perpétuer les rapports de de domination, qu'ils soient de classe, de genre, de race ou coloniaux. De plus, ces acquis juridiques sont aujourd'hui fortement menacés par la montée en puissance de forces et de courants réactionnaires.
C'est dans cette optique que nous avons souhaité organiser cette journée de débat afin d'ouvrir un espace de réflexion critique sur les fondements, les orientations et les limites des politiques actuelles en matière d'égalité de genre. Et de chercher à analyser les liens entre le féminisme, les transformations économiques, les luttes sociales, l'anti-impérialisme et l'anti-militarisme, tout en explorant les conditions d'émergence d'un féminisme autonome, ancré dans la réalité sociale et capable de contribuer à un changement structurel des rapports de pouvoir.
Première session : L'empowerment, voie vers l'émancipation ou domestication néolibérale du féminisme ?
La première session de cette journée a constitué un espace privilégié pour proposer une analyse critique du concept d'« empowerment » / autonomisation, largement utilisé dans les discours et les programmes institutionnels relatifs à l'égalité de genre. Alors que l'autonomisation est présentée comme un outil d'émancipation, elle est en pratique comprise dans un cadre essentiellement individualiste et dépourvu de dimension politique, axé sur l'intégration des femmes dans le marché du travail sans remise en cause des structures économiques et sociales qui produisent les inégalités. Dans ce contexte, le témoignage de Mounia Hal Hemna, travailleuse de l'entreprise textile Sicomek à Meknès (où plus de 500 travailleurs et travailleuses, majoritairement des femmes, ont été victimes d'un licenciement collectif en 2021 et poursuivent un sit-in ouvert depuis 2024), a mis en lumière les conditions de travail dans les secteurs d'exportation. Ces secteurs, fortement féminisés, se caractérisent par une précarité structurelle, une protection sociale insuffisante et des violations répétées du droit du travail.
Ce témoignage, enrichi par les interventions des travailleuses licenciées de l'entreprise Namatex à Tanger, ainsi que des travailleuses agricoles de Chtouka Aït Baha-Agadir, met en évidence les limites du discours dominant sur « l'empowerment » / autonomisation des femmes. Au lieu de constituer une voie vers l'émancipation, cette intégration s'inscrit dans les dynamiques d'accumulation du capital, où la main-d'œuvre féminine occupe une place centrale en tant que force de travail productive, flexible et faiblement rémunérée. Cette situation s'explique principalement par l'intersection des relations de genre et de classe dans l'oppression et l'exploitation des femmes des classes populaires : dans un contexte marqué par la persistance des structures patriarcales, le travail des femmes est souvent considéré comme un revenu d'appoint, ce qui contribue à légitimer leur sur-exploitation et à masquer les répercussions sociales des licenciements collectifs.
Le discours de « l'empowerment » / autonomisation est également utilisé pour élargir l'accès des femmes issues des classes populaires au système bancaire et les intégrer dans le circuit financier, comme l'a souligné Fatima Belmeddahia, militante d'Attac Maroc. S'appuyant sur l'étude menée par l'association sur les victimes du microcrédit dans la région de Ouarzazate, ainsi que sur l'analyse des récentes évolutions du secteur du microcrédit au Maroc, son intervention a mis en évidence le rôle central de l'endettement dans le financement de la vie quotidienne. Ainsi, les femmes des classes populaires constituent une cible privilégiée pour les institutions de microfinance, compte tenu de leur position particulière à l'intersection des relations de genre et de classe. En d'autres termes, ces institutions exploitent la précarité économique qui pousse les femmes à s'endetter, tout en tirant parti des rôles genrés qui limitent la résistance des femmes lorsqu'elles sont confrontées à des pressions et à des abus en cas d'incapacité de remboursement.
Plutôt que de constituer un simple outil « d'inclusion financière » ou d'autonomisation, le microcrédit contribue à un processus plus large de financement de la reproduction sociale, où la précarité économique des femmes se transforme en un outil d'extraction de valeur. Bien que l'endettement soit présenté comme un moyen d'émancipation individuelle, il ne permet pas aux groupes les plus vulnérables de sortir structurellement de la spirale de la pauvreté. Au contraire, le fait de confiner les groupes issus des classes populaires, en particulier les femmes, dans le cercle vicieux de l'endettement contribue à renforcer les relations de dépendance et à reproduire les structures d'inégalité existantes.
Cette session a vu la participation d'Oumaima Jmad, militante au sein de l'Association marocaine pour les droits des femmes (AMDF). Au début de son intervention, elle a retracé l'origine et l'évolution du concept d'« empowerment » / autonomisation, en soulignant le fossé entre sa signification fondatrice à caractère progressiste et subversif (qui renvoyait à un parcours collectif de réappropriation du pouvoir par les groupes marginalisés) et sa récupération institutionnelle au service d'une approche individualiste et dépourvue de la dimension politique de la libération.
Elle a également mis en lumière la multiplication des formes de mobilisation menées par les femmes, notamment au cours de l'année 2025, autour de revendications liées au droit à l'eau, à la santé et au logement, ainsi qu'à des conditions de travail décentes. L'action de protestation, devenue une nécessité et constituant une réponse à la situation d'injustice, de marginalisation et d'oppression, met en évidence les inégalités dans la répartition des ressources et remet en question les politiques publiques et le rôle de l'État en matière de protection sociale.
Ces mobilisations et les revendications qu'elles portent s'inscrivent dans un contexte de pression croissante sur les classes populaires et mettent concrètement en évidence les effets du désengagement de l'État, de la faiblesse des infrastructures publiques et de l'absence de mécanismes de redistribution. Ces mobilisations populaires se heurtent également au modèle dominant de la notion d'autonomisation telle que la promeuvent les institutions internationales. A rebours de l'approche individualiste de l'autonomisation, fondée sur l'intégration au marché et la responsabilisation des individus face à leur situation, les luttes populaires et ouvrières récurrentes révèlent au contraire des dynamiques collectives de contestation des structures mêmes qui engendrent la précarité et la pauvreté.
Ces luttes mettent également en évidence les limites d'un modèle qui occulte les relations de domination sociale et tend à faire porter aux femmes la responsabilité de leur autonomisation individuelle, dans un contexte de recul du rôle social de l'État et d'accaparement des ressources de la majorité par une minorité. Cette réalité conduit à la nécessité de redéfinir l'horizon politique du mouvement féministe. L'objectif n'est plus de revendiquer, sous le slogan de « l'empowerment », une intégration plus large dans les structures existantes, mais de pousser vers des transformations structurelles profondes, fondées sur la justice économique et sociale, la redistribution équitable des richesses et la souveraineté populaire sur les ressources.
Deuxième session : Féminisme ou barbarie, quelles luttes féministes face à la montée des guerres et du fascisme ?
La deuxième session de la journée a abordé le rôle du mouvement féministe au niveau mondial et régional face à la montée des agressions impérialistes et à la poursuite du génocide à Gaza. Le slogan « Féminisme ou barbarie », inspiré de Rosa Luxemburg, repose sur la conviction profonde que toute lutte résolue contre l'impérialisme ne peut se développer sans une mobilisation autonome des peuples opprimés, organisée à la base. Dans cette perspective, le mouvement féministe ne peut rester isolé, mais doit être au centre d'un front stratégique qui articule lutte contre l'impérialisme et lutte contre toute forme d'oppression.
Alors que, depuis le 11 septembre 2001, les droits des femmes sont devenus un terrain privilégié d'intervention idéologique pour les puissances impérialistes, servant de justification morale à des interventions militaires et néocoloniales menées au nom de la « libération des femmes », le mouvement féministe de la région se trouve confronté à une responsabilité historique. Il lui revient de refuser toute instrumentalisation impérialiste et de se positionner sans ambiguïté aux côtés des peuples opprimés. Cela suppose une rupture nette avec les discours hégémoniques qui isolent la question des droits des femmes des mécanismes de domination au sens large.
Cette session a constitué un espace pour évoquer les expériences de lutte contre les guerres impérialistes, le colonialisme et la politique de normalisation que connaissent les pays de la région. L'intervention de la militante féministe palestinienne Hadeel Shatara, prisonnière libérée, a ainsi mis en lumière les conditions tragiques endurées par les femmes du peuple palestinien, mises en évidence par l'augmentation du nombre de femmes ayant perdu la vie au cours des deux années de la guerre d'extermination sioniste. Comme l'a indiqué Hadeel, leur nombre s'élève à douze mille cinq cents femmes dans la bande de Gaza, sans compter les dizaines de milliers de femmes déplacées vivant dans des tentes de réfugiés. Elle a précisé que le colonialisme ne se manifeste pas seulement par les meurtres, les expulsions et les déplacements forcés, mais aussi par la destruction des structures économiques et sociales, créant les conditions pour l'intensification des violences de genre. Elle a souligné le rôle de l'Autorité palestinienne qui resserre l'étau contre les populations et contribue à leur asphyxie économique, ce qui engendre de nouvelles formes de violence sociale et économique, en particulier à l'encontre des femmes palestiniennes.
Cette situation contribue à priver les femmes palestiniennes des outils de lutte, À cet égard, Hadeel a mis l'accent sur les organisations de la société civile issues de la communauté palestinienne locale, qui rencontrent d'importantes difficultés pour mener à bien leur travail et intervenir, contrairement aux organisations internationales libérales de défense des droits humains. Elle a souligné le recul considérable de l'action féministe de ces organisations dans le contexte de la guerre et de l'occupation. De plus, les organisations féministes radicales en Palestine sont poursuivies en vertu des lois antiterroristes visant à les criminaliser. Au même moment, le fardeau pesant sur les femmes s'alourdit, d'autant plus qu'elles se retrouvent de plus en plus souvent seules à subvenir aux besoins de leur famille, et qu'elles subissent toutes les formes de blocus, d'oppression coloniale et de pressions économiques et sociales. Hadeel a souligné que la liberté des peuples passe par la liberté des femmes et l'obtention de leurs droits. Elle a expliqué comment, dans le contexte palestinien, « l'empowerment » a contribué à affaiblir le rôle militant des femmes palestiniennes et a laissé le champ libre à l'expansion d'ONG de type occidental, qu'elle a qualifiées d'étrangères à la société palestinienne confrontée à un colonialisme de peuplement. Car la lutte pour la libération, tout comme les luttes féministes, ne peut être réduite à une simple action civile de défense des libertés individuelles. Pour Hadeel, le féminisme est un combat qui libère les sociétés dans leur ensemble. Elle a également attiré l'attention sur le fait que parler de la situation des femmes palestiniennes implique de parler de ce que vivent les femmes au Soudan, au Yémen et dans tous les pays de la région. Hadeel a conclu son intervention en énumérant les formes de résistance et de résilience dont font preuve les femmes palestiniennes dans les prisons de l'occupation sioniste pour repousser toutes les formes de barbarie et de torture. Hadeel Shatara fait partie de ces prisonnières palestiniennes qui ont transformé leur captivité en résistance contre l'oppression et l'injustice de l'occupation sioniste.
Dans le cadre de la lutte locale contre la normalisation et en soutien à la cause palestinienne, ainsi qu'à son importance dans la lutte féministe solidaire des peuples, Dounia Benslimane, membre du mouvement BDS au Maroc et active au sein du groupe de boycott culturel et universitaire (MACBI) apparu en 2018 a explicité les objectifs de cette initiative, qui vise à rallier intellectuels, universitaires et artistes afin d'étendre les activités de boycott culturel. Comme l'a souligné Dounia, la culture est un outil de lutte et de libération. L'objectif du boycott culturel est de boycotter les institutions universitaires et culturelles complices des crimes commis par l'ennemi sioniste à l'encontre du peuple palestinien. Dounia a également évoqué les types d'activités menées par le mouvement BDS, qui reposent sur le boycott économique et le désinvestissement, comme en témoignent les campagnes contre Carrefour et Atacadao. L'intervenante a insisté sur le fait que la normalisation culturelle consiste à boycotter toutes les plateformes et manifestations culturelles qui ne reconnaissent pas le droit du peuple palestinien à l'autodétermination et à la libération de toutes les formes de colonialisme, d'occupation militaire et d'apartheid, ainsi que le droit des réfugiés au retour. Dans ce contexte, la lutte contre la normalisation consiste à refuser un récit colonial qui met sur un pied d'égalité l'opprimé et l'oppresseur, et à déconstruire la propagande sioniste qui présente l'occupation de la Palestine comme un conflit entre deux camps. Dounia Benslimane a également mis en lumière le rôle stratégique de la culture et de l'art dans les logiques de l'impérialisme : des terrains mobilisés pour diffuser une propagande qui accompagne l'expansion de ses marchandises à l'échelle globale, tout en façonnant une image faussement progressiste et émancipatrice de ce même impérialisme. Elle a souligné l'importance d'articuler luttes féministes et lutte contre la normalisation, leur convergence renforçant leur capacité à faire face aux formes de domination imposées et à leur criminalisation, dans un contexte où la normalisation et les formes de répression qui l'accompagnent s'intensifient.
Clôture des travaux de la Journée féministe : pour une perspective féministe qui réponde au contexte actuel
Dans un contexte d'escalade guerrière et de militarisation accrue, les réponses institutionnelles, en particulier celles apportées par des organisations telles que l'ONU, semblent profondément insuffisantes. Gaza montre clairement les limites du droit international et l'impuissance des instances internationales, qui ont échoué à mettre fin à la violence coloniale et à démanteler les structures qui la produisent. Dans ce contexte, repenser l'action féministe exige de rompre avec toute perspective d'intégration aux dispositifs institutionnels qui reproduisent l'ordre colonial.
Il s'agit, au contraire, de reconstruire un féminisme ancré dans les luttes populaires, étroitement articulé aux mouvements sociaux et anti-impérialistes, et résolument orienté vers une transformation radicale des rapports de pouvoir.
Groupe femmes ATTAC CADTM MAROC
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Les chemins tortueux de la résistance
Iran, Liban, Ukraine, Palestine, Mali, Congo, Soudan... les foyers guerriers semblent toujours plus nombreux, incarnant l'ampleur de la crise capitaliste et donnant également la mesure des enjeux pour y faire face.
27 avril 2026
Initialement prévue pour 2024, la Conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples de Porto Alegre avait été reportée à la suite des terribles inondations ayant frappé la ville - conséquences directes de l'accélération de la crise climatique. La Conférence a rassemblé plusieurs milliers de participant·es du monde entier contre la montée du fascisme, des régimes autoritaires et des guerres. C'est une réussite indéniable - cela fait plus de 20 ans que l'on n'avait pas vu un tel événement, international et pluraliste, rassembler des mouvements sociaux, des syndicats et des partis du monde entier pour réfléchir et tenter d'agir.
Un peu d'humanité dans un monde en guerre
Pour les militant·es qui s'y sont rendu·es, cela a représenté une bouffée d'oxygène. Des militantes africain·es, des Ukrainien·nes avec leurs allié·es russes opposé·es à Poutine, les délégations des États-Unis, du Canada, d'Europe, d'Amérique latine et d'Asie étaient présentes. Cela a créé une émulation extrêmement positive, des réseaux d'échanges et une compréhension commune qui doivent contribuer à reconstruire un internationalisme concret.
Mais la conférence a aussi ses limites. que ce soit la participation insuffisante des grands mouvements sociaux réformistes (syndicats, associations comme partis...) ou les confusions politiques liées à la situation que nous vivons.
Ainsi, il n'a pas été possible que la conférence adopte une position de soutien à la résistance ukrainienne contre les Poutine, en raison de la présence courants pro-russes - ou du moins relayant une partie de sa propagande anti-ukrainienne sous prétexte de lutte intransigeante contre l'OTAN. Pire, un représentant (indirect) du régime iranien est intervenu lors de tribunes, masquant derrière un discours anti-impérialiste feutré la nature sanguinaire du régime au pouvoir à Téhéran, responsable d'une répression ayant causé la mort de dizaines de personnes. C'est une forte contradiction, lors d'une conférence antifasciste, qu'ait pu s'exprimer le représentant du pays qui répond sans doute le plus aux caractéristiques du fascisme.
Urgence et frustrations
La tentation est grande, y compris dans la gauche internationaliste, de tourner le dos à la conférence pour ces raisons, et d'effacer tout ce qu'elle produit de positif, la contribution qu'elle apporte à la construction d'actions internationales concrètes.
Luttes contre les guerres, flottilles (pour Gaza ou pour Cuba.. .), pour le climat, pour tes salaires, mobilisations féministes, les batailles ne manquent pas. Mais, paradoxalement, la multiplicité des enjeux semble rendre plus difficiles les convergences. D'un point de vue analytique, la polycrise capitaliste mise en lumière par le congrès de la Quatrième Internationale connecte l'ensemble des dynamiques : crise économique, crise écologique accélérée, guerres impérialistes et tensions inter-impérialistes, montée de l'extrême droite et renforcement des violences réactionnaires contre les femmes les LGBTI ou les racisé·es. Tout cela est très cohérence et renforce la conviction de la nécessité d'une révolution sociale mondiale. Mais ainsi que l'indiquent Martin Lallana et Julia Marti dans leur article « Le pouvoir et l'urgence dans la crise écologique »(1) la gravité de la situation , sur chacun des terrain, convainc de très larges secteurs militant·es de la nécessité d'une réponse partielle, ceux-ci croyant dégager la possibilité de résolution d'un combat, si ce n'est de tous.
Ainsi, certain·es objectifs à la Palestine dans « l'axe de la résistance » de l'Iran, du Hezbollah et du Hamas, sécrétant des illusions tant sur leurs capacités militaires que sur la nature de leur projet politique. Cette impasse est d'autant plus grande que paraissent de plus en plus vains les projets nationaux - de l'Algérie au Venezuela en passant par le Brésil - dans une situation de crise globale exacerbée.
D'autres espèrent affaiblir l'OTAN par le biais de la Russie de Poutine. Certaines croient voir une solution à la crise dans la planification chinoise. D'autres encore chantent les louanges des acquis démocratiques occidentaux en oubliant ce qu'ils coûtent aux peuples opprimés et à quelle vitesse les classes dominantes en abandonnent jusqu'à l'idée. Certaines enfin, voyant le fascisme partout, sont prêts à tous les compromis, perdant de vue la nécessité, face au fascisme réel - celui qui répond à la crise par la destruction physique du mouvement ouvrier et des libertés acquises par les opprimé.es — de renforcer une gauche prête à l'affrontement avec les classes dominantes.
Analyser pour agir
C'est là que se situent la question et les difficultés : quelles alliances sont inévitables, et quel projet politique indépendant doit être défendu. Les alliances permettent d'agir de façon unitaire à un moment donné sur un point précis... mais pas seulement : dans une période de recul des organisations de la classe ouvrière, elles représentent aussi la cristallisation à un moment donné de forces sociales, qu'elles soient interclassistes (pour des combats démocratiques ou anti-impérialistes par exemple) ou la concrétisation de la classe pour soi.
On doit également les envisager non seulement comme des actions ponctuelles, mais également dans ce qu'elles produisent de façon dynamique : des chemins dans la bonne direction ou des impasses, des prises de confiance ou des déperditions d'énergie. C'est l'analyse d'une situation concrète et son inclusion dans le contexte plus général qui doivent nous donner des indications quant aux choix nécessaires et pertinents.
Ainsi, on peut avoir tendance à isoler les guerres menées par les États-Unis et leurs alliés de celle menée par la Russie ou de la défense des intérêts européens ou chinois dans le monde. Voire englober tout cela dans les supposées visées communes d'une « internationale fasciste ». Une telle vision atteint rapidement ses limites, dans le cadre de la réorganisation du monde, tant sur le plan des rapports de forces que des bouleversements économiques. D'une part parce qu'on n'explique pas alors les conflits entre les « fascistes iraniens » et le « fasciste Trump ». D'autre part parce que le moment actuel, qui a l'apparence d'une répartition des sphères d'influence entre Trump et Poutine, est vraisemblablement une phase de courte durée. Enfin parce qu'une nation opprimée, même dirigée par un régime très réactionnaire, ne se situe pas au même niveau dans les contradictions mondiales, qu'une puissance impérialiste.
Les plus grandes confrontations sont devant nous
« Les crises, les émeutes et les manifestations de masse sont trois phénomènes qui se produiront dans les années à venir » nous disent encore Martin Lallana et Jülia Marti. Rien ne dit que ces actions produiront, à court terme, des convergences. Au contraire même, chaque bataille, constatant son urgence partielle, pourrait se craindre affaiblie par les autres. Les camarades poursuivent : « Ce sont des événements qui fractureront le temps politique. [...l Se préparer à intervenir dans les crises et les soulèvements exige d'élargir notre base, de renforcer nos alliances ». En effet, chacune de ces luttes possède, pour nous qui la réinscrivons dans une compréhension globale du système, un potentiel subversif dans le cadre d'un capitalisme déjà extrêmement instable : qui pourrait prédire le potentiel d'une révolution en Iran sur la région et le monde entier ? Ou même le recul des États-Unis face à la résistance anti-impérialiste de plusieurs forces de la région ? Quel espoir cela créerait-il dans les pays limitrophes ?
Par ailleurs, quelle forme revêtirait aujourd'hui un nouveau mouvement mondial pour le climat ? Que provoquerait la chute d'un Poutine consécutive à une défaite en Ukraine ? Ces questions tendent à renforcer l'idée qu'attendre les objectifs des luttes anti-impérialistes ou d'autres luttes sectorielles pourrait bouleverser les rapports de forces et les certitudes. Surtout dans un monde où, plus que jamais dans l'histoire, tout est lié. Et même si pour cela, nous devons accepter des alliés de circonstance, réactionnaires ou réformistes, que « nous ne parons pas (...) de toutes les vertus révolutionnaires » (2)…
Face à la discordance des temps
La situation rappelle à bien des égards la « discordance des temps » constatée par Daniel Bensaïd dans les années 2000 et à laquelle il tentait de répondre : « Comment d'une multiplicité d'acteurs qui peuvent être rassemblés par un intérêt négatif commun (de résistance à la marchandisation et à la privatisation du monde), faire une force stratégique de transformation sans recourir à cette douteuse métaphysique du sujet ? Je précise pour autant que, pour moi, la lutte des classes n'est pas une forme de conflit parmi d'autres, mais le vecteur qui peut traverser les autres antagonismes et surmonter les fermetures de clan, de chapelle, de race, etc. » (3)
Être à l'avant-garde des luttes partielles, construire des alliances et en assumer les contradictions, tout en gardant son indépendance politique l'indépendance de classe comme l'indépendance d'un projet révolutionnaire écosocialiste — est sans doute la clé.
Pour ce qui concerne les grands rassemblements internationaux qui semblent refaire surface, à Porto Alegre hier, demain sur les flottilles pour Gaza, face au G7 d'Évian en juin, au sommet anti-OTAN de juillet en Turquie, au Forum social mondial de Cotonou au Bénin en août. Et pour ce qui concerne les grandes luttes sociales qui auront inévitablement lieu dans la prochaine période.
Le 27 avril 2026
Notes
1) Inprecor n'744, mai 2026.
2) « Les contradictions d'une direction nationaliste bourgeoise Michel Rovère, Inprecor no 80, 26juin 1980.
3) « Penser la politique », entretien à la revue argentine Praxis en 2006, in Contretemps, janvier 2018.
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Écosocialisme ou compromis de classe : un carrefour sur la route antifasciste après Porto Alegre
Compte rendu de la conférence internationale antifasciste de 2026 à Porto Alegre, Brésil
22 avril 2026 | tiré de Solidarity | Photo : Événement de lancement du Manifeste écosocialiste de la Quatrième Internationale. Porto Alegre, Brésil
https://solidarity-us.org/ecosocialism-or-class-compromise-a-fork-in-the-antifascist-road-after-porto-alegre
Le succès le plus important de la conférence antifasciste de 2026 à Porto Alegre est celui que j'ai personnellement ressenti en tant que participant. Ce fut un accomplissement remarquable du comité organisateur que de rassembler une masse de militants pour scander, marcher, discuter, débattre, apprendre et célébrer ensemble. Les liens tissés dans les rues de Porto Alegre et dans les couloirs de son université, de ses hôtels et autres lieux de rassemblement nous ont inspirés et encouragés, et ont créé des connexions qui doivent, si chacun d'entre nous peut continuer à les entretenir, renforcer nos organisations, nos politiques et nos mouvements contre le fascisme, l'impérialisme et le capitalisme. Pour cela, nous devons une dette de gratitude aux organisateurs.
Le deuxième succès le plus important était plus local : pour les organisations et mouvements brésiliens. Des militants brésiliens m'ont confié que la conférence avait contribué à améliorer la coalition électorale entre différents groupes, ce qui sera crucial dans la lutte contre Bolsonaro lors de la prochaine élection. Israel Dutra, militant du Mouvement socialiste de gauche (MES) au sein du Parti socialisme et liberté (PSOL), résume ce succès dans un [article](https://movimentorevista.com.br/2026/04/38667/) sur le site du MES en évoquant d'abord les chiffres : 7 000 personnes à la marche d'ouverture, 4 000 participants enregistrés en provenance de 40 pays, et 150 ateliers thématiques auto-organisés. Ce niveau de participation représentait un coup d'éclat pour le comité organisateur, démontrant sa capacité à mener une activité politique commune.
C'est la composition de la coalition dirigeante qui a organisé ce succès qui lui a donné toute sa signification pour la prochaine élection. La coalition était composée de trois grands partis de gauche au Brésil : le Parti des travailleurs (PT) de Lula ; le Parti socialisme et liberté (PSOL), qui s'est séparé du PT en 2004 [en opposition](https://europe-solidaire.org/spip.php?article75566) au virage à droite du PT ; et le Parti communiste du Brésil (PCdoB), allié au PT. Dutra a estimé que l'efficacité de ces groupes dans l'organisation de la formidable mobilisation de Porto Alegre « nous arme, sur le plan national et international, pour les défis que représentent la confrontation avec l'extrême droite, l'impérialisme et Trump, dont l'élection brésilienne elle-même sera un chapitre clé ».
Ces deux succès sont importants, mais la conférence s'est conclue sur une note marquée par une limite structurelle : la [Déclaration de Porto Alegre], qui a retenu une définition du fascisme manquant de cohérence et de radicalisme, et une vision stratégique hésitante. Et parce qu'elle constituait le dernier mot d'un rassemblement de plus de trois jours, cette limite se fait particulièrement sentir.
Je souhaite évaluer les limites de la Déclaration et de la conférence en général, et formuler une proposition sur la manière de les contourner dans le travail futur de ce mouvement antifasciste international encore embryonnaire. La meilleure voie pour les internationalistes de la classe ouvrière, je veux le soutenir, se trouve dans un autre germe présent lors de la conférence, représenté par le Manifeste écosocialiste de la Quatrième Internationale.
L'antifascisme poutiniste
Le [bilan](https://fourth.international/en/latin-america/760) de la Quatrième Internationale (QI) sur la conférence soulève le problème suivant : « sous l'influence des secteurs "campistes" de la conférence, il n'y a eu aucune condamnation de l'invasion de l'Ukraine par Poutine, ni de position claire sur la nature du régime dictatorial en Russie ». Au-delà d'un problème de cohérence antifasciste, la QI écrit : « C'est un problème grave et un obstacle potentiel à l'action commune avec les antifascistes de Russie et d'Ukraine.
La QI a raison de se concentrer sur le problème stratégique qui découle d'une coalition comprenant des groupes politiquement engagés dans une vision de l'anti-impérialisme qui s'arrête aux coalitions anti-américaines, ainsi que des partis ayant des raisons diplomatiques et pragmatiques de prioriser leurs relations avec la Russie. José Reinaldo Carvalho du Parti communiste du Brésil a **[critiqué](https://cebrapaz.org.br/2026/03/30/artigo-jose-reinaldo-unidade-antifascista-exige-clareza-estrategica-e-prioridade-na-luta-contra-o-imperialismo-estadunidense/)** cette Déclaration de l'autre côté, déplorant son refus de saluer l'« action militaire de caractère antifasciste » de la Russie « contre le régime pro-impérialiste de Zelensky, avec des visées libératrices pour les populations opprimées et massacrées du Donbass et de Louhansk ». Avec de tels compagnons de lit ouvertement poutinistes, il n'est pas étonnant que la meilleure chose que la déclaration finale ait pu faire soit d'omettre entièrement la question de la guerre de la Russie contre l'Ukraine.
Un antifascisme qui a besoin du féminisme
La Déclaration est également coupable d'autres omissions criantes. Le corps du texte mentionne la persécution fasciste des femmes, des communautés LGBTQ et des migrants, mais ces points d'analyse ne se reflètent pas dans des appels programmatiques à l'action. La Déclaration se conclut par un ensemble de propositions traitant de problèmes logistiques pour l'organisation de rassemblements de suivi, dresse la liste des nations à défendre contre la guerre et l'occupation impérialistes, et promet un soutien aux prochaines mobilisations mondiales. Il n'y a rien de faux dans ces priorités, et l'anti-impérialisme en général doit certainement être au cœur d'un mouvement antifasciste mondial, mais il est curieux que les personnes et les communautés que le fascisme cible particulièrement à l'intérieur des nations ne soient pas des priorités pour la contre-mobilisation, la défense et comme leaders des futurs rassemblements antifascistes.
Les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la facilitation et la coordination de la conférence de Porto Alegre. Des femmes ont mené les slogans, porté des banderoles et pris la parole tout au long de la manifestation qui a lancé la conférence. Des femmes ont présidé et pris la parole dans d'innombrables panels auto-organisés. Et des femmes ont pris la parole lors des plénières principales, bien qu'elles aient souvent été moins nombreuses que les hommes. Mais, comme le note la QI, « la problématique féministe était largement absente des panels officiels, bien que présente dans un certain nombre d'ateliers auto-organisés ».
Absent du programme principal également : les représentants des mouvements LGBTQ. Compte tenu de l'attaque fasciste mondiale contre les communautés et mouvements trans, cette absence est particulièrement frappante. Ce fossé est méthodologique et politique, non fortuit. La centralité des États-nations comme unités d'analyse de l'assaut fasciste et de la défense antifasciste a conduit à une homogénéisation des populations nationales, traitant des peuples complexes, souvent multinationaux, toujours pluriclassistes, plurigenrés, plurisexuels et pluriraciaux comme s'ils étaient simplement encapsulés dans une nation unique représentée par un gouvernement unique. Cette préférence pour l'organisation du pouvoir et du contre-pouvoir centrée sur l'État-nation évacue conceptuellement la critique féministe, ainsi que les critiques de l'hétérosexualité obligatoire et les luttes qui en découlent. Si la conférence avait été planifiée avec une politique socialiste-féministe, il est probable que les questions de genre et d'expression sexuelle, comme l'assaut fasciste contre les communautés trans, auraient été incluses dans le programme principal.
Les limites politiques du campisme
Ces absences montrent que former des coalitions avec des campistes et des représentants d'États capitalistes est politiquement aussi bien que stratégiquement limitant. Pour les libéraux, le fascisme est une politique d'autoritarisme excessif, qui entrave l'expression et la propriété légalement protégées que les personnes dotées du droit de vote attendent dans une société démocratique bourgeoise.
Pour les campistes et les gouvernements d'États attaqués par l'impérialisme, le fascisme est avant tout un problème d'assujettissement national. La politique de ces deux groupes n'est pas identique, mais ils partagent une priorité : arrêter l'impérialisme américain en tant que menace radicale et prééminente pesant sur les « peuples », dont la souveraineté s'exprime à travers un gouvernement d'État-nation. Ce cadrage exige un compromis de classe à sa fondation : que les luttes de classe et toutes les luttes sociales — qu'il s'agisse des nations opprimées internes à ces États, des personnes persécutées en raison de leur genre ou de leur expression sexuelle, ou de leur religion — doivent être subordonnées à l'intérêt de l'autodétermination nationale, une lutte représentée par l'État.
Il y a un germe marxiste dans cette analytique de l'« autodétermination ». Lénine en a longuement traité dans sa contribution aux débats sur la question nationale aux premiers jours de la première grande guerre inter-impérialiste. Lénine disait que les socialistes doivent soutenir le droit des nations opprimées à l'autodétermination parce qu'une agression impérialiste submerge leur développement historique souverain. Les guerres impérialistes poussent toutes les classes vers une défense nationale commune, forçant les combattants de la classe ouvrière à s'unir à la classe capitaliste de leur pays, et obligeant également les capitalistes à armer les travailleurs. Ce processus ne met pas fin aux luttes de classe dans le pays assujetti, mais il les interrompt et les pervertit. Lénine dit que la seule sortie de cette combinaison sous pression est de la traverser — que les envahisseurs doivent être repoussés.
Mais la défense nationale ne signifie pas que la classe ouvrière et les autres groupes nationalement opprimés et exploités doivent abandonner leurs luttes contre leur bourgeoisie nationale. Et les exigences permanentes de la lutte des classes n'orientent pas non plus nécessairement la classe ouvrière à chercher une alliance avec les envahisseurs impérialistes. Plutôt que de se soumettre à l'une ou l'autre de ces coalitions compromises, qui subordonnent les travailleurs à l'agenda politique d'une classe capitaliste nationale ou internationale, un internationalisme militant de la classe ouvrière reconnaît que la lutte de classe, sous la pression de l'impérialisme, peut prendre la forme de la défense nationale. Pour paraphraser Trotsky dans sa défense de sa théorie de la révolution permanente, une telle guerre de classe-nation inclut la lutte pour reconstruire la nation sous la direction de la classe ouvrière.
Il existe un désaccord sur le sens de la « souveraineté » entre un tel internationalisme militant de la classe ouvrière et l'anti-impérialisme borné de ceux qui dissolvent les intérêts de classe des travailleurs et des groupes opprimés dans l'État. La Quatrième Internationale a **[expliqué](https://fourth.international/en/latin-america/760)** cette différence dans le contexte de la guerre américaine contre l'Iran en déclarant : « Bien que nous défendions le droit de la République islamique à se défendre contre l'agression impérialiste, et que nous souhaitions la défaite de cette attaque, nous soutenons pleinement les mouvements sociaux en Iran, notamment les mouvements féministes, qui n'ont rien à voir avec les représentants du Shah parrainés par les États-Unis et Israël. » Cette vision de la souveraineté populaire reconnaît la complexité des luttes nationales, y compris la possibilité que, à travers la guerre de défense nationale, les féministes, les luttes kurdes et les mouvements socialistes ouvriers puissent également contester le pouvoir de la République islamique.
L'écosocialisme : une vision stratégique positive contre l'apocalypse et l'utopisme
Une telle vision positive a été articulée lors de la conférence à travers le **[Manifeste écosocialiste](https://fourth.international/en/world-congresses/874/699)** de la Quatrième Internationale, lancé devant une assemblée de plus de six cents personnes.
Lors de l'événement de lancement, Michael Löwy, auteur du Manifeste, a présenté l'écosocialisme non pas comme un « chapitre » dans un programme socialiste, mais comme un « fil conducteur ». « L'écologie », a-t-il dit, « est devenue une question décisive. » Et il a lié la lutte pour l'écosocialisme à la cause antifasciste. « Les capitalistes aujourd'hui », a-t-il dit, « sont prêts à détruire la planète pour leurs profits. » Cette manie écocide est « un aspect de la montée du fascisme, qui est la forme politique dominante émergeant dans les pays dominants. » Par conséquent, a-t-il dit, « Ce manifeste peut nous aider dans la lutte antifasciste. Nous ne pouvons pas lutter contre le fascisme sans nous battre pour l'écologie. »
Cette première partie de la critique écosocialiste de Löwy était pratique et stratégique, mais plus ou moins une forme de militantisme anticapitaliste. Il a ensuite expliqué que le Manifeste va au-delà de la lutte pour élaborer une vision pour une société post-capitaliste et ses valeurs. J'ai pensé que c'était la partie la plus émouvante de la discussion écosocialiste, et la dynamique dont je me suis rendu compte qu'elle manquait dans le reste de la conférence.
Löwy a dit : « La philosophie qui nous inspire est que le vrai sens de la vie n'est pas d'avoir des choses, c'est d'avoir du temps libre pour participer à la société, pour produire socialement ensemble. La célébration est importante. Avoir des choses n'est pas important. » Il a mis cela dans un cadre social en expliquant ce que certains socialistes appellent la « décroissance » en termes concrets. « Nous sommes contre la consommation inutile d'énergie », a-t-il dit. « Réduire le temps de travail aura pour effet de réduire l'usage inutile d'énergie. »
« Je voudrais terminer en affirmant que nous ne vaincrons le fascisme que si nous présentons une alternative radicale au capitalisme… une perspective révolutionnaire », a dit Löwy. Dans son récit, cette alternative doit refuser et contrecarrer l'intégralité de la production capitaliste, sa logique et ses façons de connaître, sa culture et ses façons de ressentir ; nous devons contrer les priorités et les valeurs du capitalisme, et apporter des réponses radicalement différentes aux problèmes qui nous tourmentent dans notre monde aujourd'hui.
Penelope Duggan de la Quatrième Internationale a ensuite expliqué que la publication du Manifeste signale l'avènement d'un moment historique. « Au sein de la QI, comme dans le mouvement marxiste et communiste en général, la production d'un manifeste marque un moment important de notre histoire, et de notre compréhension du monde », a-t-elle dit. « Le premier manifeste du mouvement trotskyste a été rédigé en 1938, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, un événement historique majeur. La QI a également produit un manifeste à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour rendre compte de la situation à la fin de la guerre et avec l'expansion du bloc soviétique. Alors pourquoi avons-nous produit ce manifeste en 2025 alors qu'il n'y avait pas eu d'événement historique de cette ampleur ? Parce que, comme Michael l'a dit, la crise écologique était devenue telle que nous devions changer notre regard et notre compréhension de la façon de lutter pour le socialisme. »
Bien qu'il ne faisait pas partie du programme principal, la discussion autour du Manifeste a résonné tout au long de la conférence. Je l'ai entendu débattre dans les couloirs entre les événements, et des panélistes l'ont mentionné comme point de référence jusqu'aux panels du dernier jour. Un article publié sur le site du Mouvement des sans-terre (MST) faisait référence à un programme de réforme agraire et agricole ancré dans le principe écosocialiste que Löwy a explicité, déclarant : « Une écologie qui n'est pas socialiste n'a pas d'avenir, et un socialisme qui n'est pas écologique n'est pas à la hauteur des défis du XXIe siècle. » Lors du panel de clôture de cette journée, qui portait certes sur la crise climatique, les panélistes y ont fait référence comme à une étoile directrice pour le combat à venir. C'est un témoignage de sa portée positive et tournée vers l'avenir.
Un carrefour sur la route antifasciste
La Déclaration de la conférence stipule que l'organe de convocation existant sera responsable de la prochaine conférence internationale, avec des groupes supplémentaires que ce groupe désignera, de sorte que la coalition paralysée qui a lié cette conférence aux intérêts des États en matière de stratégie est prédestinée à se poursuivre.
Que doivent faire les groupes qui ont des engagements anti-étatiques ou de socialisme par en bas ? Il est important de dire qu'en termes de politique active de la conférence elle-même, notre politique internationaliste de la classe ouvrière anti-campiste était prévalente au point d'être caractéristique de la grande majorité des discussions. Tant que nous continuons à participer, il n'y a aucune raison de penser qu'il en serait autrement lors de futurs rassemblements. Mais il n'y a pas non plus de raison de penser que les futurs rassemblements seraient plus capables que celui-ci de développer une stratégie unifiée.
Il y a deux façons de sortir de ce piège. L'une serait de rompre et d'organiser une conférence et un mouvement séparés. Pour les groupes aux États-Unis ou au Canada, où les forces campistes ne constituent pas vraiment une force sociale, ce ne serait pas un grand problème. Mais pour les organisations de la majeure partie du reste du monde, cela signifierait la scission de mouvements qui pratiquent l'unité dans l'action sur des campagnes locales, contre l'extrême droite, contre l'impérialisme et dans les élections. Une scission, dans de nombreux cas, affaiblirait leurs coalitions locales et enhardirairt l'extrême droite. Beaucoup de ces groupes seraient peu disposés à saper leurs coalitions locales existantes pour la promesse d'une action internationale.
Une autre voie vers une action stratégique serait de formaliser la conférence-dans-la-conférence qui fut une dynamique organique du rassemblement de 2026. Les panels pléniers et la Déclaration des organisateurs de la conférence ont été l'endroit où l'impasse entre les groupes étatistes-campistes et les groupes internationalistes de la classe ouvrière était la plus visible. Mais dans les ateliers auto-organisés et dans les nombreuses réunions ad hoc, événements sociaux et discussions qui ont occupé la plupart du temps et de l'espace de la conférence pour la plupart des participants, il y avait davantage une division gravitationnelle entre ces deux tendances politiques.
En organisant une conférence dans la conférence, préparée par un corps de coordination de représentants de groupes clés ayant une politique de socialisme par en bas et d'internationalisme de la classe ouvrière, ces réunions et discussions informelles pourraient être planifiées et organisées. Ce corps de coordination pourrait fournir le leadership féministe, antiraciste et LGBTQ qui fait défaut au corps dirigeant officiel.
Notre tendance est également large et a d'importantes différences et problèmes à discuter et débattre. Les stratégies et tactiques communes que nous devrions poursuivre ne sont pas évidentes. Ainsi, une conférence dans la conférence nous permettrait d'avoir ces discussions et de travailler à l'élaboration d'une stratégie commune qui pourrait être publiée de manière autonome, comme document complémentaire, aux côtés d'une future déclaration générale de conférence.
Le meilleur exemple d'une telle déclaration autonome est le manifeste écosocialiste de cette année. Bien que non élaboré pendant la conférence, il a été repris par de nombreux groupes et participants à Porto Alegre comme une articulation positive — quelque chose que nous cherchons tous, indépendamment de la façon dont nous répondons à la question de comment lutter contre l'impérialisme américain.
Références
Pour les articles en portugais et en espagnol, je me suis appuyé sur la traduction automatique, et là où j'ai utilisé des citations, j'ai édité ces traductions pour en améliorer la lisibilité.
Porto Alegre Declaration : Unity Against Fascism and for the Sovereignty of the Peoples, AntiFascista : Porto Alegre 2026, March 29, 2026.
Fourth International, The Anti-Fascist and Anti-Imperialist Conference in Porto Alegre : Great achievements, challenges and opportunities, Fourth International, April 4, 2026.
Israel Dutra, First international anti-fascist conference : A political victory, Links : International Journal of Socialist Renewal, April 5, 2026.
Edgard Sanchez, Porto Alegre and the urgent anti-imperialist action, Sem Mexico, March 23, 2026. [Spanish]
Vanessa Dourado, Anti-fascism and the ecosocialist agenda, Lauro Campos e Marielle Franco Fundacao (PSOL), April 1, 2026 [Portuguese]
Marcelo Ferreira, Climate debate and Agrarian Reform in Porto Alegre defends break with capitalism and agribusiness, Movimento dos Trabalhadores Rorais Sem Terra (MST), March 31, 2026. [Portuguese]
Paolo de Mello, Chronicle and analysis of the 1st International Anti-fascist Conference and for the Sovereignty of Peoples, Sin Permiso, April 5, 2026. [Spanish]
Fourth International, Against Neo-Fascist Authoritarianism and All Forms of Imperialism : Declaration of the Fourth International at the First International Anti-Fascist Conference for the Sovereignty of the Peoples, Fourth International.
Jose Reinaldo Carvalho, Anti-fascist unity demands strategic clarity and priority in the struggle against US imperialism, CEBRAPAZ.ORG, March 30, 2026. [Portuguese]
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Coupe du monde sous Trump : « Le consumérisme et le capitalisme à leur paroxysme »
À un mois du coup d'envoi de la Coupe du monde de football 2026, Donald Trump a fait du méga-événement son terrain de jeu politique, explique la chercheuse en sociologie du sport Carole Gomez.
Tiré de Reporterre. Légende de la photo : Les président étatsunien Donald Trump après avoir reçu le prix FIFA pour la paix des mains de Gianni Infantino, président de la Fifa, à Washington le 5 décembre 2025. Jia Haocheng/Pool/AFP.
Du 11 juin au 19 juillet 2026, les États-Unis, le Canada et le Mexique coorganisent la Coupe du monde masculine de football. Un méga-événement que Donald Trump a fait sien. Chercheuse associée à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) en géopolitique du sport, Carole Gomez décrypte comment le président étasunien instrumentalise le tournoi pour servir son idéologie, et ce que cette mainmise révèle des fragilités structurelles du sport-spectacle.
Reporterre — Le Mondial couvre 3 pays et 16 villes, avec des estimations autour de 9 millions de tonnes de CO₂, notamment en raison des déplacements en avion, en faisant potentiellement la compétition la plus carbonée de l'histoire. Trump a retiré les États-Unis de l'Accord de Paris et relancé les fossiles. Est-ce le méga-événement parfait pour son idéologie ?
Carole Gomez — Cet événement était sur les rails bien avant que Trump soit réélu. C'est lui qui l'a récupéré, pas lui qui l'a conçu. Cela dit, ce méga-événement, avec son gigantisme, ses prix de billets exorbitants, la promotion d'une certaine Amérique qui gagne… C'est un récit qui, in fine, colle assez bien au Make America Great Again (Maga). C'est un peu l'apologie du consumérisme et du capitalisme conduits à leur paroxysme, du pain et des jeux version XXIᵉ siècle.
Le comportement des deux autres coorganisateurs va être intéressant à observer. La cérémonie d'ouverture et le premier match auront lieu au Mexique, dont la présidente est en désaccord avec Trump sur de nombreux points. De même pour le Premier ministre canadien Mark Carney, qui s'était distingué lors du sommet de Davos en 2026 par son discours sur le nouvel ordre mondial.
Que représente, pour Donald Trump, la Coupe du monde masculine de football 2026 ?
Cette désignation est intervenue sous son premier mandat. Au départ, cette candidature ne l'intéressait pas du tout. Puis, à partir de janvier 2018, à l'approche du vote d'attribution, il s'y est impliqué, notamment pour dénigrer le Canada et le Mexique, avant de menacer directement les pays susceptibles de voter pour le Maroc, qui portait la candidature concurrente. La Fédération internationale de football (Fifa) n'a réagi qu'en publiant un rappel au code de bonne conduite — alors qu'elle peut se montrer bien plus véhémente quand il ne s'agit pas des États-Unis.
Cet événement représente pour lui une plateforme d'autopromotion exceptionnelle. Pour la première fois de son histoire, la compétition va réunir 48 équipes, soit un quart des pays membres de l'ONU présents sur le sol nord-américain. Trump va pouvoir se mettre en scène en permanence, dans un contexte géopolitique particulièrement dramatique, notamment avec la guerre israélo-étasunienne menée contre l'Iran. Il y a aussi une dimension symbolique forte : le tournoi se déroulera pendant l'anniversaire des 250 ans de l'indépendance des États-Unis.
La relation entre Trump et Gianni Infantino, le président de la Fifa, est souvent présentée comme une simple complicité personnelle. Qu'est-ce que cette lecture rate ?
Réduire cette relation à une « bromance » [nom anglophone pour décrire une relation fusionnelle et fraternelle entre deux hommes] dépolitise la relation d'intérêts et invisibilise les enjeux de fond. Il s'agirait au contraire d'interroger ce que ce rapport signifie en termes de pouvoir et de gouvernance, d'ingérence directe dans l'organisation de la compétition.
Le discours dithyrambique d'Infantino à Davos en hommage à Trump, son invitation personnelle au sommet pour la paix de Charm el-Cheikh, la remise d'un Fifa Peace Prize sans critères ni candidats à Donald Trump, les scènes surréalistes... [Le chercheur] Pascal Boniface parle d'une OPA faite par Trump sur la Fifa, avec la vassalisation d'Infantino. Il y a indéniablement quelque chose de ce ressort. Et il ne faut pas oublier ce qu'y gagne Infantino en influence, en pleine campagne pour un nouveau mandat à la tête de la Fifa.
Le sport-business que Trump s'approprie si facilement, c'est aussi celui qui se vend au Qatar et à l'Arabie saoudite, qui est sponsorisé par le géant du pétrole Aramco. Qui interroge encore sérieusement ce modèle aujourd'hui ?
Des chercheurs, chercheuses et des ONG (Human Rights Watch, Amnesty International) publient depuis des années sur ces questions. Mais ce qui m'interroge, c'est : pourquoi ça n'imprime pas ? Avant le Qatar 2022, l'enquête du Guardian sur les conditions des ouvriers des stades avait fait beaucoup de bruit, certaines équipes nationales s'en étaient emparées. Mais l'argument récurrent des fédérations et du pouvoir politique était qu'il aurait fallu le dire avant.
Sauf que cela était dit avant : des rapports existaient depuis des années. C'est la même chose aujourd'hui : Human Rights Watch documente les violations des droits des migrants sur le territoire étasunien depuis longtemps. Ces dénonciations existent. Pourquoi ne se traduisent-elles pas en réaction politique ? J'ai l'impression que la réflexion bouillonnante qui existait avant le Qatar est beaucoup moins présente aujourd'hui, alors même que le contexte prêterait justement à la poursuite de ces réflexions.
En mars 2025, Trump a créé une « Fifa World Cup 2026 Task Force » qu'il préside lui-même. Comment ça se traduit concrètement ?
La Task Force réunit Trump et son vice-président J.D. Vance, présentée comme un conseil de pilotage alors que des structures équivalentes existent déjà. Ce qui est révélateur, c'est d'aller sur son site, hébergé par la Maison Blanche : on y trouve des priorités 100 % Maga : l'intelligence artificielle, la sécurité des frontières et le programme Doge d'Elon Musk. La Coupe du monde y est un vecteur supplémentaire de sa politique.
Il applique d'ailleurs aussi sa stratégie du « flood the zone » [stratégie politique visant à détourner l'attention en diffusant une grande quantité d'informations] à la Coupe du monde : en septembre 2025, Trump a dit en conférence de presse qu'il appellerait « Gianni » pour déplacer les matchs dans les villes hôtes dirigées par des maires démocrates. C'est ubuesque — les contrats des villes hôtes rendraient cela juridiquement très compliqué. Mais l'objectif n'est pas d'être réaliste : il s'agit de saturer, de détourner l'attention, de dérégler la boussole pour qu'on ne sache plus ce qui est vrai et ce qui est faux.
L'administration Trump a créé un « Fifa Pass », un visa spécial pour les détenteurs de billets. Lors de la Coupe du monde des clubs, un demandeur d'asile a été interpellé dans un stade par les services d'immigration, devant ses enfants. Que disent ces faits de sa vision de l'hospitalité ?
Le Fifa Pass a été lancé début 2026, quelques mois après le gel de visas empêchant des ressortissants de plusieurs États de se rendre aux États-Unis. La logique qui le sous-tend est révélatrice : vous êtes les bienvenus si vous payez, à condition de repartir ensuite. Et dès que c'est fini, vous êtes indésirables. L'interpellation dans un stade d'un demandeur d'asile devant ses enfants, documentée par Human Rights Watch, n'est que l'aboutissement de cette logique.
Sous couvert de « protéger le sport féminin », Trump applique aussi un agenda transphobe, mobilisant régulièrement l'exemple d'Imane Khelif — qui n'est pourtant pas une athlète trans. Pour les personnes LGBTQIA+ qui feront le déplacement cet été, c'est un signal clair sur le climat qui les attend.
Ces questions, déjà peu présentes, ne risquent-elles pas de disparaître dès le coup d'envoi de la compétition ?
On observe à chaque compétition que dès le premier match, toutes ces problématiques s'évaporent petit à petit. C'est pour cela qu'il est important d'en parler avant et de voir comment faire bouger les lignes. C'était d'ailleurs la stratégie des différentes ONG avant le Qatar : informer, mobiliser, questionner et essayer d'obtenir des avancées sur les différents sujets.
Il y a une forme d'atonie générale. Voir la double désignation par acclamation par visioconférence des Mondiaux masculins 2030 et 2034 — 2030 sur deux continents et dans cinq pays, 2034 en Arabie Saoudite — passer comme une lettre à la poste… J'ai été stupéfaite.

Contre le G7, construisons la résistance internationaliste à Genève
Face au G7, qui se réunit à Évian pour organiser la destruction des peuples, l'exploitation du vivant et la domination des corps, organisons notre résistance contre le fascisme et l'impérialisme ! Retrouvons-nous du 13 au 17 juin 2026 à Genève pour construire la riposte internationaliste !
6 mai 2026 | tiré d'inprecor.fr numéro 744 - mai 2006| Photo : Le pape François lors du G7 de 2024 en Italie. Photo Yacaworca - Suisse
https://inprecor.fr/contre-le-g7-construisons-la-resistance-internationaliste-geneve
« Le G7 rassemble chaque année les gouvernements de sept des pays les plus riches du monde, qui discutent d'économie et de géopolitique. Depuis 1975, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, le Canada et le Japon se réunissent pour organiser la direction capitaliste du monde – rejoints en 1997 par la Russie, aujourd'hui exclue à la suite de l'annexion de la Crimée en 2014. »
C'est ainsi que débute l'Appel à la mobilisation de la Coalition internationale NOG7, composée de plus de 40 organisations, à la gauche du Parti socialiste et des Verts genevois, actuellement majoritairement issues de la région lémanique.
Un club restreint au service des puissants et des multinationales
Le G7 est un « forum » créé en 1975 sous la forme d'une réunion « informelle » des puissances industrielles occidentales. Le G7 incarne l'ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale, avec les États-Unis comme pivot. À son apogée, il représentait plus des deux tiers du produit intérieur brut mondial. Bien que son poids économique ait aujourd'hui diminué, ses membres continuent de concentrer une grande partie du capital technologique, militaire et financier de la planète. Le G7 n'a aucune légitimité démocratique, mais ça ne l'empêche pas de se considérer comme un gouvernement mondial permanent des multinationales, du capital financier et des complexes militaires.
Le G7 joue un rôle actif dans l'imposition des politiques néolibérales au Sud comme au Nord, et dans l'accaparement des ressources des peuples du Sud. Il prône la baisse des dépenses publiques, la réduction de l'État à la seule fonction de contrôle social et de militarisation accrue.
Pour imposer ces politiques, il s'appuie sur les institutions financières internationales, comme le Fonds Monétaire International, et la Banque Mondiale, et plus tard l'Organisation Mondiale du Commerce, dans lesquelles les membres du G7 disposent de la majorité du capital et par conséquent déterminent les décisions.
Le G7 a une double fonction : la reproduction de l'ordre économique mondial pour les intérêts des grandes puissances et le contrôle et le pillage des pays dominés, principalement à travers la dette. Le G7 poursuit sans pitié sa politique malgré l'ampleur des désastres écologiques et sociaux qui l'accompagnent.
Le G7 aujourd'hui
Nous vivons dans un monde caractérisé par les inégalités croissantes : inégalités sociales et économiques, politiques, écologiques, géopolitiques, dont la manifestation la plus significative est la domination néocoloniale des pays du Sud Global. À cela s'ajoutent encore la guerre permanente des États-Unis pour garder son hégémonie, le génocide israélien à Gaza, l'invasion russe de l'Ukraine, etc.
La réunion qui aura lieu en juin sur les rives du lac Léman se déroulera dans un contexte géopolitique et économique particulier, différent des précédents sommets. Les tensions et conflits d'intérêts au sein du G7, souvent masqués par une façade d'unité, se sont accentués, au point que la traditionnelle « photo de famille » ne pourra plus les dissimuler. Nous traversons une période de profonde mutation à l'échelle internationale, marquée par la montée en puissance de l'extrême droite réactionnaire – au gouvernement dans plusieurs pays, à commencer par les États-Unis – l'intensification des contradictions inter-impérialistes et les tentatives de rompre les anciens équilibres mondiaux.
Il y a des intérêts opposés entre les membres du G7,notamment sur la guerre en Ukraine et sa continuation ; l'intervention militaire des États-Unis et d'Israël en Iran et les conséquences géopolitiques pour la région et économiques pour le reste des pays riches ; les ambitions expansionnistes de l'administration Trump visant même des pays de l'Union européenne ; la confrontation avec la Chine, la principale concurrente à l'hégémonie des États-Unis, etc. Nous assistons à la restructuration du système-monde au niveau international et à des luttes inter-impérialistes, qui se traduisent par une montée du militarisme et du bellicisme, ainsi que par de nouvelles dynamiques extractivistes visant à préserver ou à étendre de nouvelles zones d'influence.
Adopter une perspective anticapitaliste sur le G7, ce n'est pas simplement dénoncer ses décisions ponctuelles, mais analyser le système qu'il incarne et reproduit, la nature même de cette institution mondiale. Un petit noyau de chefs d'État qui représentent les privilégiés de la planète ne peut pas s'arroger le monopole de décider pour nous.
Face à cela, des alternatives écosocialistes et anticapitalistes existent, et nous allons en débattre lors de notre contre-sommet à Genève, les 13 et 14 juin.
Construire la résistance internationaliste
À l'initiative de la Grève féministe, de secteurs antifascistes et d'un centre autonome (le Silure) à Genève, une large coalition, comprenant notamment des syndicats, BDS, Solidar, le NPA-L'Anticapitaliste et le CADTM, s'est constituée pour dénoncer le rôle du G7 dans le désordre mondial et construire une mobilisation importante, notamment les 13 et 14 juin 2026. Le sommet officiel aura lieu du 15 au 17 juin, à Évian, côté français, à proximité de Genève.
Les autorités françaises ayant interdit toute manifestation sur leur territoire, la mobilisation se déroulera en Suisse, dans un cadre restreint et sous contrôle. Le gouvernement fédéral déploiera plus de 2 000 soldats et la police des cantons limitrophes viendra en renfort de leurs collègues genevois. Elles veulent fermer les frontières et restreindre la libre circulation. Les autorités tentent de créer une ambiance de peur en disant que les « casseurs » sont de retour, 23 ans plus tard. De l'autre côté de la frontière, aucune salle n'est disponible pour le contre-G7, sur ordre de la préfecture, et côté genevois, aucun espace public ne nous est accordé. Aucune commune, même celles dites de gauche, ne veut pour le moment mettre à disposition un terrain pour le campement.
Le 14 juin, une manifestation féministe haute en couleur
En Suisse, le 14 juin est une date centrale dans la lutte pour l'égalité salariale et la reconnaissance du travail visible et invisible des femmes. Elle correspond à l'anniversaire de la première grève des femmes en Suisse, le 14 juin 1991. Organisée dix ans après l'inscription de l'égalité dans la Constitution, elle a réuni plus de 500 000 femmes, autour du slogan : « Les femmes, bras croisés, le pays perd pied ». Cette journée a contribué à l'adoption de la Loi sur l'Égalité en 1996. Une autre grève féministe massive a eu lieu le 14 juin 2019, dénonçant la persistance des inégalités.
Aujourd'hui, la Grève féministe en Suisse constitue l'un des principaux moteurs des mobilisations sociales contre le patriarcat, le racisme et le fascisme. La manifestation contre le G7, du 14 juin, dans l'après-midi, prendra les couleurs violettes de cette colère.
Un appel relativement radical a été élaboré, accordant une large place à la lutte contre le fascisme. D'autres axes sont également mis en avant : la lutte contre l'impérialisme, la dénonciation des nouvelles formes de domination postcoloniale, ainsi que l'extractivisme et l'utilisation de la dette comme instrument de domination.
Nous envisageons d'organiser plus d'une dizaine de conférences, ateliers et plénières, dès le jeudi 11 juin au soir. Plusieurs thématiques seront abordées : le rôle de la grève féministe, l'écofascisme, la solidarité avec la Palestine, le nouvel ordre mondial, l'extractivisme, comment combattre le fascisme, etc. Des concerts et des activités artistiques sont également prévus. Et, bien entendu, une manifestation aura lieu le dimanche 14 juin, dans l'après-midi.
Un contexte politique différent par rapport à 2003
Les médias suisses comparent la mobilisation actuelle à celle de 2003, contre le G8 à Évian. Pourtant, le contexte est profondément différent. En 2003, le mouvement altermondialiste était à son apogée, porté par plusieurs années de mobilisations massives à l'échelle internationale. Aujourd'hui, les dynamiques sont différentes, même si certaines luttes, notamment la solidarité avec le peuple palestinien et la grève féministe, restent centrales. En vingt ans, la répression et la criminalisation des mouvements sociaux se sont intensifiées, réduisant les espaces de contestation.
Pour l'instant, nous ne savons pas si les activités prévues à Genève, ainsi que la manifestation du 14 juin, seront autorisées. Malgré cela, la mobilisation s'organise. Entretemps, une large coalition s'est constituée en France et un Appel a été lancé. Nous travaillons en collaboration et appelons ensemble aux mobilisations.
L'appel genevois se conclut par une invitation à rejoindre la mobilisation à Genève :
« Pour l'internationalisme et la solidarité entre les peuples, contre le colonialisme et les politiques migratoires mortifères, organisons la résistance !
Pour la solidarité entre les travailleur·euse·s de tous les pays et contre les spoliations, manifestons ensemble contre le G7 ! »
Nous vous attendons !
Le 24 avril 2026
Juan Tortosa est membre de solidaritéS et de la Coordination NoG7 de Genève
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Tour d’horizon sur la situation internationale
On conviendra que la situation internationale est à l'image de Donald Trump : instable et mouvante, ce qui requiert une analyse à la fois structurée et non dogmatique. Cet article n'est rien de plus ni rien de moins que la présentation non exhaustive de quelques aspects déterminants, pas toujours mis en avant par les commentateurs, de la dernière période.
6 Mai 2026 | tiré du site Arguments pour la lutte sociale | Article destiné à Démocratie et Socialisme, revue de L'APRES.
https://aplutsoc.org/2026/05/06/tour-dhorizon-sur-la-situation-internationale-vincent-presumey/
Le premier d'entre eux, c'est que si cette situation est à l'image de Trump, tout ne vient pas pour autant de lui (heureusement !). La politique de Trump elle-même doit se lire comme une fuite en avant causée par les difficultés et les échecs auxquels son offensive réactionnaire est confrontée.
Difficultés : à plusieurs reprises aux États-Unis les journées No King-No Kings (contre le « roi » Trump et tous les oligarques) ont mobilisé de 5 à 13 millions de manifestants, le point clef du mouvement ayant été la bataille de Minneapolis ce mois de janvier. L'ampleur de la lame de fond démocratique est de très loin plus puissante que les mobilisations fascisantes et MAGA, et cette bataille est maintenant un récit avec ses chansons – cet aspect culturel des grandes luttes sociales est très important. De plus MAGA est en crise, en raison de la politique extérieure et de l'affaire Epstein.
Échec : c'est en Ukraine que Trump est en échec, et par conséquent en Europe. Car sa politique visait à abandonner et désarmer l'Ukraine, mais celle-ci résiste et devient de plus en plus autonome en armements, tout du moins en intelligence tactique et stratégique. Or, Trump voulait offrir l'Ukraine à Poutine, et au-delà, ce que J.D. Vance d'ailleurs ne cache pas, lui offrir l'Europe centrale et orientale, et s'attribuer le contrôle des deux Amériques et des Antilles, et détacher la Russie de la Chine. La résistance ukrainienne est la pierre d'achoppement qui le met en échec.
La fuite en avant engagée depuis le début de l'année vise à la fois à asseoir le coup d'État rampant aux États-Unis avant les élections mid-terms, en finissant de briser toute séparation des pouvoirs au profit de l'exécutif, et à forcer la domination états-unienne sur les Amériques tout en imposant des faits accomplis à la Chine.
Cet emballement a comporté une première opération militaire au Nigeria, le kidnapping de Maduro au Venezuela sans changement de régime mais avec collaboration de D. Rodriguez, le début d'agression contre le Groenland – et donc, fait décisif, contre l'Europe – puis les menaces envers Cuba et, depuis le 28 février, la guerre menée contre l'Iran avec un autre partenaire et criminel de masse qui joue sa survie politique, judiciaire et personnelle : Netanyahou.
Cette guerre devait être le couronnement de l'incendie. Or, ce couronnement est une impasse. On a eu ce que les historiens militaires appellent un « effet Pearl Harbor » : un éclatant succès initial qui précipite le vainqueur dans une sorte de vide et s'avère stratégiquement catastrophique pour lui. Pour que Pearl Harbor soit en boomerang une catastrophe pour le Japon, il a fallu 4 ans. Pour que l'effet de sidération de l'assassinat de Khamenei se tourne en KO-debout pour Trump, Hedsegh and co, il aura suffi de quelques jours.
En choisissant délibérément d'attaquer après que le régime iranien ait massacré des dizaines de milliers de jeunes et de femmes, puis en éliminant le premier cercle de ses dirigeants, ils lui ont procuré sa survie, et sa contre-attaque a visé les monarchies du golfe arabo-persique puis le détroit d'Ormuz. La guerre de Trump vise maintenant à débloquer un détroit qui, avant son intervention, ne l'était pas : on peut difficilement inventer pire fiasco !
Faisons le point sur cette question d'Ormuz. Quand bien même Trump et Hegseth « anéantiraient » l'Iran comme ils le tweetent, ils ne débloqueront pas le détroit. Celui-ci à vrai dire n'a jamais été « blocable » au sens propre, et les risques, de longue date, y servent à hausser primes d'assurance et prix pétroliers.
Mais à présent, ils peuvent bien raser l'Iran et accompagner quelques pétroliers US avec des armadas, la paralysie du trafic est installée – par l'Iran mais aussi par Trump. Les pétroliers, gaziers et vraquiers ne passeront pas tant que les assurances ne les y autoriseront pas, et celles-ci ne le feront pas ne pouvant indemniser la possible destruction d'un navire.
De plus, volontairement ou non, intox ou non, l'Iran laisse entendre avoir « perdu » ou « oublié » des mines.
L'État iranien a d'autant plus intérêt à prolonger la situation qu'il a une porte de sortie pour son pétrole, moyennant des coûts d'aménagement, par le corridor Gadb-Gwadar qui débouche hors détroit, à proximité du Pakistan et avec son accord, et derrière lui, celui de la Chine. Un blocus de l'Iran pleinement opérationnel (contre les ressources du régime et pas pour affamer la population …), supposerait rompre avec le Pakistan et avancer vers la confrontation avec la Chine. Les hurlements à la mort de Trump et Hegseth contre l'Iran montrent qu'ils ne l'envisagent pas présentement.
Par ailleurs, les Houthis ne bloquent pas Bab-el-Mandeb pour l'instant, cela bien entendu en accord avec le régime iranien : le message est que la perturbation mondiale est centrée sur Ormuz et n'a pour seuls responsables que Trump et Netanyahou, et les monarchies du golfe.
Dans ces conditions, toute attaque US visant à « libérer le passage » scellera un peu plus le bouchon. De fait, c'est là une opération de fracturation du marché mondial autant ou même plus efficace que les tarifs douaniers de Trump !
Cette situation de paralysie d'un exécutif nord-américain complètement déchaîné est bien entendu dangereuse, car il peut être tenté d'en sortir par d'autres mauvais coups, toujours plus violents.
L'on lit souvent que la Chine, en position d'attente patiente, tire les marrons du feu. Qu'elle attende est certain, qu'elle en profite l'est moins, car là encore la « géopolitique » oublie la population et les luttes sociales, globalement montantes en Chine.
Par contre, il est certain que, malgré la hausse des prix énergétiques et le viol ouvert et généralisé des sanctions et autres embargos, le régime russe est mis en difficulté par les difficultés de Trump, et conduit à s'adosser toujours plus à la Chine, ce qui produit des contradictions dans l'appareil d'État russe.
La tentation d'ouvrir un nouveau front, soit contre l'Ukraine à partir de la Biélorussie vassalisée, soit contre les trois pays baltes, ne peut que s'accentuer, d'autant qu'avec la crise groenlandaise Trump a bien montré à Moscou que l'Europe est son ennemie.
Le début d'effondrement du régime malien, devant la double offensive des « djihadistes » et des forces touaregs, est en outre une catastrophe pour Moscou, perçue au mieux comme un avertissement, au pire comme le glas de sa présence néocoloniale en Afrique : à Kidal, l'Africakorps (successeurs des Wagner : admirons le choix du sigle ! ), ont passé un accord pour laisser la ville aux djihadistes.
Cette tectonique globale des plaques entraîne des repositionnements implicites ou explicites.
La conférence tenue à Barcelone les 17-18 avril, à l'initiative du Parti Socialiste Européen et de l'Alliance progressiste qui l'associe aux Démocrates US, a été menée par Pedro Sanchez et Lula. Ce n'est pas pour rien que Trump appelle à punir P. Sanchez, refrain repris en France par le RN et par Retailleau qui veut mettre l'Espagne « au ban des nations ». Le gouvernement de gauche espagnol est conduit à s'opposer réellement à la guerre de destruction des Palestiniens et du Liban de Netanyahou et à la guerre contre l'Iran. Lula et le PT brésilien sont conduits à s'opposer de plus en plus nettement à Trump. Et pour l'un et l'autre, Poutine n'est pas un allié dans cette affaire.
Dans cette conférence, la défense de l'Ukraine, peu mise en avant, a donc tout de même été rappelée par Sanchez, et la défense de Cuba contre le blocus et les menaces US, fortement mise en avant, elle, l'a été d'autant plus que, comme Caracas, La Havane n'a plus grand-chose à attendre de Moscou !
Lula et le gouvernement brésilien avaient jusqu'à fin 2025 axé leur éloge de la « multipolarité » dans l'optique des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), et avec une complicité affichée (comme précédemment Bolsonaro ! ) avec Poutine. Mais la fuite en avant de Trump et la réalité de l'axe Trump/Poutine rend cela difficile. La « multipolarité » de Lula se tourne alors, via l'Espagne, d'autant plus vers l'Europe.
Mais justement, et ceci nous fournira notre conclusion provisoire, que fait l'Europe ?
Pas grand-chose et surtout pas grand-chose qui rompe réellement avec l'axe Trump-Poutine. Le chancelier Merz envisage que l'Ukraine pourrait céder des territoires !
Le monde a besoin, en Europe, de gouvernements démocratiques, donc de gauche, s'engageant à fond dans la voie qu'a quelque peu dessinée Sanchez à Barcelone. Dans cette voie, la France est décisive. Mais attention : si Meloni est entrée dans l'ère des difficultés en Italie avec l'échec de son référendum, et si Orban a perdu en Hongrie, l'extrême droite se situant dans l'axe Trump/Poutine vise le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France.
La France est pour elle le maillon décisif, où elle hériterait du potentiel autoritaire de la V° République et du contrôle de l'armée et des armes nucléaires. Sortir du macronisme en battant le RN et l'union des droites en France, c'est battre l'axe Trump/Poutine. Combat national et combat international sont inséparables. Le monde a besoin de notre combat, amis et camarades !
Vincent Présumey, le 05/05/26.
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Afrique du Sud : La haine des étrangers progresse
Les émeutes xénophobes s'intensifient. Elles sont nourries par la crise économique et sociale, mais aussi par les agissements des politiciens.
L'Afrique du Sud a connu de nombreuses explosions de violence contre les étrangers, dont certains vivent depuis des décennies dans le pays. Ces incidents xénophobes deviennent de plus en plus fréquents, et n'importe quel sujet, même le plus banal, peut mettre le feu aux poudres.
Une xénophobie récurrente…
C'est une tradition chez les Igbo, un peuple du sud-est du Nigeria : chaque communauté vivant à l'extérieur du pays choisit son roi. Ainsi, les Igbo de KuGompo (anciennement East London), dans la province du Cap-Oriental, en Afrique du Sud, n'ont pas dérogé à la règle en intronisant Solomon Ogbonna Eziko comme roi des Igbo d'East London. Sauf que cette cérémonie a déclenché des émeutes xénophobes.
Le chef traditionnel Xhanti Sigcawua a considéré que cette coutume constituait une insulte aux valeurs traditionnelles xhosas et portait atteinte à la souveraineté de l'Afrique du Sud. Il a appelé à la mobilisation. Rapidement, l'affaire a pris une tournure nationale et une manifestation devant le Haut-Commissariat du Nigeria à Pretoria a dégénéré en pogrom contre les Nigérians, dont 26 ont dû être hospitalisés.
Un cas parmi d'autre, car des organisations extrémistes comme « Operation Dudula » mobilisent leurs adhérents, souvent issus des populations pauvres, pour harceler les petits commerçants étrangers et parfois piller leurs boutiques dans les quartiers populaires. « March and March », un autre groupe xénophobe, n'a pas hésité à organiser des descentes dans les hôpitaux pour empêcher les étrangers d'accéder aux soins, bénéficiant de la passivité des forces de l'ordre.
… organisée par les élites dirigeantes
Cette xénophobie envahit peu à peu l'espace politique. Des organisations comme ActionSA, regroupant des transfuges de l'ANC et du parti libéral Democratic Alliance, ou encore uMkhonto weSizwe Party (MK), dirigé par l'ex-président Jacob Zuma, n'hésitent pas à stigmatiser les ressortissants des autres pays africains.
De nombreux dirigeants de l'ANC ne sont pas en reste. Ainsi, l'ancienne ministre des Affaires étrangères Naledi Pandor déclarait : « De nombreuses personnes originaires du Nigeria se livrent au trafic de drogue dans notre pays et nuisent à notre jeunesse en leur facilitant l'accès aux drogues. »
Le maire ANC de Johannesburg, Dada Morero, cible les vendeurs ambulants, dont la grande majorité est étrangère. Il s'en est aussi pris à l'Institut des droits socio-économiques (SERI), qui fournit des avocats bénévoles pour défendre les immigrés, tandis que l'Operation Dudula organisait des manifestations contre le siège de cette association.
La pauvreté, les coupures incessantes d'électricité et le délabrement des services publics exaspèrent une population à qui les élites politiques et financières, responsables de l'état du pays, proposent comme boucs émissaires les immigrés. Cela fonctionne d'autant plus que la gauche, fragmentée et faible, ne parvient pas à proposer une alternative de rupture audible.
Paul Martial
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Les efforts les plus efficaces pour réduire la violence au Soudan aujourd’hui ne sont pas menés par des diplomates
Quatre ans après le début d'une guerre dévastatrice, le Soudan demeure une priorité diplomatique. Les initiatives de médiation se sont multipliées, mais une véritable avancée politique reste hors de portée et la frustration grandit.
Tiré d'Afrique en lutte.
Ce sombre tableau présuppose que la paix ne viendra qu'après la négociation d'un cessez-le-feu national entre les principaux acteurs armés. Or, cette hypothèse occulte la réalité du terrain. Au Soudan aujourd'hui, on observe certes une baisse tangible de la violence, mais elle est le fruit d'initiatives locales et non de négociations formelles.
Durant les premiers mois de la guerre, alors que les efforts internationaux se concentraient sur la négociation d'une trêve humanitaire, les communautés locales négociaient discrètement leurs propres accords. Chefs tribaux, personnalités religieuses, réseaux de jeunes et membres de la communauté se sont mobilisés pour la médiation, souvent au péril de leur vie. Ils ont facilité des cessez-le-feu locaux, des pactes de non-agression, l'accès humanitaire et des voies d'évacuation pour les civils.
- Ces efforts ont rarement fait la une des journaux. Pourtant, ils ont sauvé des vies. Et ils se poursuivent aujourd'hui.
Ils interviennent dans un contexte profondément fracturé. Des années de guerre ont exacerbé les divisions, érodé la confiance et alimenté les ressentiments. Un accord national peut certes mettre fin aux combats de grande ampleur, mais il ne saurait, à lui seul, panser les plaies de la société. Même si un accord de paix était signé demain, le Soudan serait encore loin d'une paix véritable. C'est pourquoi la consolidation de la paix au niveau local devient indispensable.
Sauver des vies au Darfour
Dans des localités comme Zalingei, dans l'État du Darfour central, nous avons constaté ce qui est possible. Lorsque la guerre a éclaté ici en 2023, des jeunes formés à la consolidation de la paix se sont mobilisés et ont collaboré avec les anciens et d'autres personnalités respectées de la communauté pour apporter une réponse. Ils ont relogé les civils des quartiers situés en première ligne, protégé les hôpitaux et diffusé des informations pratiques sur la sécurité auprès des populations sous le feu ennemi. Ils ont également agi par l'intermédiaire de personnes respectées au niveau local pour dialoguer avec les groupes armés, contribuant ainsi à un cessez-le-feu local qui a tenu plusieurs semaines, sauvant de nombreuses vies au milieu de violents combats de rue et permettant l'acheminement de l'aide humanitaire et des services essentiels.
Au Darfour, des dynamiques similaires se mettent en place avec des comités de paix locaux et des structures de médiation, où des acteurs communautaires tels que les chefs tribaux et les groupes de jeunes sont à l'origine du changement. Dans un contexte de tensions communautaires exacerbées, ces comités œuvrent sans relâche pour apaiser les conflits, négocier un accès partagé aux ressources et maintenir un minimum de coexistence entre les communautés, souvent sans reconnaissance internationale et au prix de risques personnels considérables.
Bien que séparés par les lignes de front, les affiliations politiques ou les zones de contrôle, ils échangent des informations et interagissent entre eux dans un contexte où la plupart des autres formes de connexion se sont rompues.
Moins visible, mais tout aussi importante, est la résilience de l'infrastructure de consolidation de la paix que représentent ces acteurs. Bien que séparés par des lignes de front, des affiliations politiques ou des zones de contrôle, ils échangent des informations et dialoguent dans un contexte où la plupart des autres formes de connexion se sont rompues. Cette identité partagée d'artisans de la paix sert de pont pour maintenir des relations essentielles à la consolidation de tout futur processus de paix.
Voilà à quoi ressemble le progrès dans la guerre au Soudan : non pas des percées spectaculaires dans des capitales lointaines, mais des avancées progressives dans de petits villages : une route qui reste praticable, une clinique aux portes ouvertes, une conversation qui ne dégénère pas en violence.
Des ressources supplémentaires sont nécessaires
Malheureusement, ces efforts incroyables restent sous-estimés et sous-financés.
Cela n'a aucun sens. Investir dans la consolidation de la paix ancrée dans le contexte local est relativement peu coûteux et a fait ses preuves. Cette approche s'appuie sur les capacités existantes plutôt que de réinventer la roue. Elle renforce la médiation de haut niveau car les initiatives locales permettent de reconnecter les processus politiques aux réalités qu'ils visent à résoudre. Elle garantit également que les accords politiques ne soient pas élaborés en vase clos, mais qu'ils soient enracinés dans la réalité du terrain.
Pour que les efforts internationaux restent pertinents face aux crises actuelles, ils doivent reconnaître le rôle essentiel du peuple soudanais dans la construction de sa propre paix.
Après plus de trois ans de guerre au Soudan, il est temps de repenser notre approche de la paix en élargissant notre perspective diplomatique. La paix ne viendra pas uniquement d'une diplomatie imposée d'en haut. Elle doit aussi se construire à la base, par ceux qui, même en temps de guerre, continuent de privilégier le dialogue à la division.
Pour que les efforts internationaux restent pertinents face aux crises actuelles, ils doivent reconnaître le rôle essentiel du peuple soudanais dans la construction de sa propre paix.
Au Soudan comme ailleurs, les fondements de la paix existent. Ils ne surgissent pas de l'extérieur, mais peuvent être consolidés par les efforts internationaux. Il est temps d'adapter notre soutien à cette réalité.
Haoliang Xu, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et administrateur associé du Programme des Nations Unies pour le développement
Source : https://www.thenewhumanitarian.org
Traduction automatique de l'anglais

En Tunisie, la suspension de la LTDH accélère la dérive autoritaire
Le 24 avril dernier, l'État de droit a encore subi une attaque à Tunis, avec la suspension soudaine, pour un mois, de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH). Cette décision des autorités tunisiennes s'inscrit dans la continuité de la gouvernance liberticide de Kaïs Saïed qui persiste et se durcit même ces dernières années.
Tiré du Journal des alternatives.
Démantèlement du pluralisme politique
Depuis 2021 et le « coup de force constitutionnel » du président tunisien, c'est l'arbitraire qui gouverne le pays. Les principales décisions des autorités sont manifestement destinées à la destruction de toute opposition ou contestation politique, en témoignent les attaques frontales contre l'Union Générale Tunisienne du Travail qui avaient ébranlé Tunis en août 2025. Un régime hyper-liberticide se met en place : démantèlement du pluralisme politique avec emprisonnement des opposants, censure médiatique, hyper-présidentialisation, attaques envers le syndicalisme et les droits des travailleuses et travailleurs… Kaïs Saïed continue sans relâche ses politiques autocratiques où toute instance démocratique est asphyxiée et tout contre-pouvoir étranglé.
Suspension arbitraire de la LTDH
Dans la lignée de ces dernières politiques antidémocratiques, les autorités tunisiennes ont donc annoncé le 24 avril dernier la suspension pour un mois de toute activité de la LTDH. Cette association, fondée en 1976, est la doyenne de la Ligue des droits de l'Homme en Afrique et dans le monde arabe, symbolisant le pluralisme politique et la résistance de la société civile contre les dérives autoritaires. Elle a pour objectif la défense et le respect des droits de l'homme en Tunisie et a joué un rôle central dans la transition démocratique du pays pour lequel elle a reçu le prix Nobel de la paix en 2015.
Le gouvernement justifie cette décision par d'hypothétiques irrégularités administratives relatives à des financements étrangers et soutient donc agir au nom de la protection de la souveraineté nationale, un argument déjà avancé à maintes reprises pour justifier l'interruption des activités d'organisations ou de syndicats. Ces justifications peinent à convaincre la communauté internationale, témoin de l'évolution inquiétante de la démocratie tunisienne ces dernières années. Il paraît évident que Kaïs Saied a pour seule ambition de renforcer sa main de fer sur le pouvoir et qu'il tente de le faire sous couvert de protection de la souveraineté nationale.
Attaque contre la société civile
La société civile est la première victime de cette décision qui entrave les libertés fondamentales. La justice tunisienne aussi en fait les frais. S'il est devenu évident que les autorités ne se soucient pas du respect des lois et que le pouvoir judiciaire n'est maintenant plus indépendant, cette suspension reste fondamentalement illégale sur le plan juridique. Le Décret-loi 88 par exemple, relatif aux associations s'en trouve, complètement transgressé, puisqu'il stipule que « Le présent décret-loi garantit la liberté de constituer des associations, d'y adhérer, d'y exercer des activités et le renforcement du rôle des organisations de la société civile ainsi que leur développement et le respect de leur indépendance. » Au niveau international, cette suspension enfreint aussi de nombreux engagements de la Tunisie en matière de libertés fondamentales, comme l'article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques aux Nations Unies, ratifié par la Tunisie et adopté en 1966.
D'ailleurs, les membres de la LTDH ont immédiatement réagi dans un communiqué en condamnant fermement la décision des autorités de geler les activités de l'association. Ils rappellent la violation flagrante de la constitution que constitue une telle décision qui, de surcroît, s'inscrit dans un climat de répression politique et d'étranglement de toute activité syndicale ou d'organisation engagée.
Appel au soutien de la LTDH
Dans son communiqué, la LTDH appelle aussi toutes les associations et les composantes démocratiques et progressistes de la société civile à s'unir au nom de la défense de l'association, de la liberté et des droits humains.
Au niveau international, le Président de la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH) Alexis Deswaef dénonce l'attaque contre la société civile tunisienne et exprime son soutien indéfectible à la LTDH. Il rappelle que la lutte pour les libertés est une responsabilité collective et exprime ainsi sa gratitude et sa reconnaissance envers celles et ceux qui choisissent de donner leur voix pour la justice et la défense de la dignité et des droits. Pour que ceux-ci ne faillissent pas, pour qu'aucun compromis ne soit nécessaire, chaque acte de solidarité compte : il est donc de notre devoir de dénoncer cette offensive contre les libertés fondamentales qui s'inscrit dans une nouvelle dérive autoritaire.














