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Guerre avec l’Iran : quel impact sur l’économie chinoise ?
L'économie chinoise résiste pour le moment au choc de la guerre au Moyen-Orient, avec un mélange très spécifique d'effets négatifs et d'opportunités. Mais cette résilience ne va pas durer si le blocage du détroit d'Ormuz se prolonge au-delà de l'été.
Tiré de Asialyst Photo : Wang Yi et son homologue Seyyed Abbas Araghchi le 6 mai 2026 à Pékin. Source ministère chinois des affaires étrangères. DR.
18 mai 2026
Par Hubert Testard
La presse chinoise rapportait triomphalement mi-avril dernier les bons résultats de l'économie nationale, avec une croissance de 5% au premier trimestre, dans la fourchette haute des ambitions du gouvernement pour l'année 2026, et un commerce extérieur toujours flamboyant, avec une progression des exportations de 14,7% et des importations de 27,8% en dollars. Comme si le premier mois de la guerre en Iran n'avait aucun impact.
La Chine est pourtant largement dépendante des fournitures de pétrole et de gaz qui passent par le détroit d'Ormuz. Celles-ci représentent environ la moitié de ses importations de pétrole et le quart de ses achats de gaz naturel liquéfié. C'est beaucoup moins que d'autres pays asiatiques comme le Japon, la Corée, Taïwan, l'Inde ou les Philippines, mais beaucoup plus que l'Europe et à fortiori les États-Unis, qui sont exportateurs nets de ces énergies fossiles.
La Chine n'échappe pas au blocage du détroit d'Ormuz
L'alliance stratégique entre la Chine et l'Iran ne prémunit pas le pays contre le blocage du détroit. Les exportations iraniennes de pétrole brut (dont 80% sont destinées à la Chine) passaient encore ce détroit en mars. Ce n'est plus le cas depuis le contre-blocus organisé par les États-Unis à partir du 13 avril. Lors d'un entretien entre les ministres des affaires étrangères chinois et thaï le 25 avril dernier, Wang Yi aurait indiqué à son homologue thaïlandais que plus de 70 navires chinois étaient bloqués dans le golfe persique à l'entrée du détroit d'Ormuz.
Le cabinet de conseil Kpler, spécialiste des enjeux énergétiques internationaux, signalait récemment le passage d'un méthanier par le détroit à destination d'un port chinois, un fait suffisamment rare pour être souligné, qui ne modifie qu'à la marge le blocage actuel. Le ministre des affaires étrangères Wang Yi a commencé à hausser le ton lors de sa rencontre avec son homologue iranien Seyyed Abbas Araghchi à Pékin le 6 mai dernier, déclarant « pour ce qui concerne le détroit d'Ormuz, la communauté internationale partage une volonté commune de restaurer un passage normal et sûr à travers le détroit, et la Chine espère que toutes les parties impliquées vont rapidement répondre à cet appel. »
Rentrant de Pékin le 15 mai dernier, Donald Trump a indiqué que la Chine avait offert son aide pour faciliter la réouverture du détroit, la presse chinoise se contentant d'indiquer que les deux parties avaient eu des « conversations » sur le sujet, manifestement pour ménager l'Iran.
Comment Pékin s'adapte au choc d'offre
La Chine avait anticipé la guerre en augmentant considérablement ses importations de brut en janvier-février 2026 (+16% par rapport à la même période de 2025). Ses réserves stratégiques et commerciales de pétrole sont estimées à 1,2 milliard de barils par l'agence Kpler, soit 200 jours de consommation. Ce niveau de réserves place la Chine – avec le Japon – parmi les pays d'Asie les mieux protégés contre des chocs d'offre de court terme, ce qui explique l'absence actuelle de pénuries sur le marché chinois, à l'inverse de ce que l'on observe déjà aux Philippines, en Thaïlande, en Inde ou au Pakistan.
Globalement le taux d'autonomie énergétique de la Chine est de l'ordre de 84%, principalement parce que le charbon représente 52% du mix énergétique chinois, avec un taux d'autosuffisance élevé pour le charbon, proche de 94%. Par ailleurs, les importations chinoises de charbon ne proviennent pas du Moyen-Orient, ses deux principaux fournisseurs étant l'Indonésie et l'Australie. Faire davantage appel au charbon est donc logique du point de vue de la sécurité énergétique du pays, mais problématique par rapport à ses objectifs de décarbonation et de transition énergétique.
Le compromis pratiqué depuis déjà quelques années par les autorités chinoises consiste à développer la conversion du charbon vers le gaz et certains produits chimiques. La gazéification du charbon permet d'obtenir l'équivalent du GPL (gaz de pétrole liquéfié), particulièrement touché par le blocage du détroit d'Ormuz, ou du GNL (gaz naturel liquéfié). Cette conversion concernait déjà 276 millions de tonnes de charbon en 2024 selon le CREA (Center for Research on Energy and Clean Air) et une vingtaine de projets de gazéification du charbon sont en cours de réalisation.
Ce procédé permet d'émettre moins de CO2 que le charbon lui-même tout en polluant l'air et en consommant beaucoup d'eau. Deux inconvénients dont s'accommode le gouvernement car les sites de gazéification sont situés au Xinjiang ou en Mongolie intérieure, deux provinces excentrées habitées principalement par des minorités ethniques (les Ouighours et les Mongoles).
Pour le pétrole la production nationale couvre un tiers des besoins. Les importations en provenance du Moyen-Orient représentent donc 30% de la demande intérieure (contre près de 100% pour le Japon). La Chine s'est rapidement engagée dans une politique de diversification de ses approvisionnements dès le début de la guerre. Au mois de mars, la chute des achats en provenance du Golfe persique a été presque entièrement compensée par une augmentation des achats de pétrole russe (+13% en volume), brésilien et africain.
En avril les exportations russes sont affectées par les attaques de drones ukrainiens qui provoquent une chute de plus de 20% de ces exportations par voie maritime. Du côté chinois l'ajustement se fait cette fois-ci par une baisse brutale des importations de pétrole brut en volume (-30% par rapport à la moyenne des achats en 2025), sans doute grâce au recyclage des achats supplémentaires réalisés en début d'année. Les possibilités d'ajustement par la diversification ou la baisse de la demande vont devenir plus limitées dans les semaines à venir, ce qui explique le ton plus alarmiste des messages adressés par Pékin aux belligérants.
Le gouvernement chinois a par ailleurs restreint fortement les exportations chinoises de produits pétroliers (kérosène, essence et diesel), sans se préoccuper du choc de prix provoqué sur les marchés spots de ces produits en Asie, au détriment de pays comme le Japon, la Corée, l'Indonésie ou le Pakistan. Une décision qui montre les limites de l'approche coopérative dont la diplomatie chinoise se veut le chantre.
L'impact sur les prix affecte des pans entiers du secteur manufacturier et de l'agriculture
Au-delà des risques sur les approvisionnements énergétiques, la guerre a un impact important sur les prix intérieurs. Les prix de l'essence à la pompe ont progressé de près de 40% en mars, sensiblement plus qu'au début de la guerre en Ukraine. Le gouvernement est intervenu pour réduire cette hausse à 25% fin avril en dépit du maintien à plus de 100 dollars des prix baril de Brent.
La hausse des prix du brut importé affecte le secteur pétrochimique, particulièrement important en Chine. Les prix des produits raffinés ont progressé de près de 10% et ceux de l'industrie chimique de 3%. L'industrie des semi-conducteurs est touchée par l'explosion des prix de l'hélium (dont le Qatar est le deuxième producteur mondial) et du naphta. L'agriculture est affectée par la hausse des prix de l'urée et de l'acide sulfurique qui impacte la chaîne de production des fertilisants.
Gros producteur et exportateur de fertilisants, la Chine a pris des mesures de restrictions sur ses exportations, avec les mêmes effets négatifs pour ses partenaires asiatiques que dans le cas des produits pétroliers.
L'industrie des plastiques – qui représente un tiers de l'industrie mondiale – est également fortement touchée. Un exemple : les prix du polypropylène ont bondi de 40% sur le marché intérieur.
Globalement, et pour la première fois depuis longtemps, l'indice des prix à la production manufacturière est reparti à la hausse en Chine (+2,8% en avril). Et pas pour des « bonnes raisons, » car il n'y a pas de relance de la demande intérieure dans le pays.
Un effet contrasté sur le commerce extérieur chinois
Les chiffres du commerce extérieur chinois sont restés très bons en avril, avec une progression de 14% des exportations et de 25% des importations en dollars, qui reste en ligne avec les données du premier trimestre. Pour autant, le FMI anticipe dans son World Economic Outlook d'avril dernier une baisse significative des exportations chinoises vers l'Inde et les six principaux pays de l'ASEAN en 2026. Les échanges bilatéraux de la Chine avec le Moyen-Orient sont déjà en train de s'effondrer, avec une chute de plus de 40% dès le mois de mars.
L'enjeu est de taille pour Pékin car l'accroissement de l'excédent commercial avait représenté 30% de la croissance du pays en 2025. Si l'atonie de la demande mondiale et les difficultés du Moyen-Orient conduisent à un freinage marqué des excédents chinois, l'objectif de 4,5 à 5% de croissance fixé par le gouvernement pour 2026 sera difficile à atteindre.
Sur le plan sectoriel, la Chine bénéficie de l'explosion de la demande internationale en énergies renouvelables et en voitures électriques provoquée par le goulot d'étranglement sur le pétrole et le gaz. Les exportations de véhicules hybrides et électriques progressent actuellement à un rythme de 15% par an, avec l'Union européenne et l'ASEAN comme principaux marchés. BYD anticipe pour l'année 2026 des exportations atteignant 1,5 million de véhicules contre un peu plus d'un million en 2025. Les ventes chinoises de panneaux solaires dans le monde ont doublé en mars.
Les investissements mondiaux sur l'intelligence artificielle soutiennent par ailleurs un boom des ventes chinoises de semiconducteurs. Les exportations de circuits intégrés du pays ont progressé de 87% sur les quatre premiers mois de 2026.
La résilience aux chocs du commerce extérieur chinois a souvent surpris. Elle se confirme une nouvelle fois depuis le début de l'année, avec les mêmes effets qu‘en 2025 sur l'accroissement de la pression concurrentielle chinoise en Europe et en Asie.
Les investissements chinois au Moyen Orient sont menacés
Les principaux investissements étrangers au Moyen-Orient directement affectés par le conflit sont à ce stade américains, comme le signale un article récent du China Power Project. Il s'agit en particulier de deux centres de données d'Amazon Web Services aux Emirats Arabes Unis et à Bahreïn. L'Iran a publié une liste de 29 cibles potentielles concernant les investissements dans la région des leaders de la high-tech américaine (AWS, Oracle, Nvidia, Microsoft, IBM, Google…).
Mais les investissements chinois n'ont pas été entièrement épargnés. L'attaque iranienne sur le port en construction de Mubarak Al-Kabeer au Koweït a endommagé les installations de la China Communications Construction Company qui avait signé un contrat majeur de 4 milliards de dollars pour la réalisation de ce nouveau port. Les investissements et les contrats de construction chinois en Iran même représentent un stock cumulé de 25 milliards de dollars dont on ne connaît pas l'état après les vagues de bombardement américains et israéliens.
Globalement la Chine a signé de nombreux contrats d'investissement et surtout de construction au Moyen-Orient. Selon les données recensées par le China Investment tracker de l'American Foundation sur la période 2005-2025, ces contrats représentent un total de 240 milliards de dollars, soit près de 10% du stock mondial d'investissements et contrats de construction chinois dans le monde et 20% de ceux réalisés au titre de la Belt and Road Initiative, les trois premiers destinataires étant l'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et l'Irak.
Source : Heritage Foundation. China Investment tracker.
Globalement l'économie chinoise s'adapte à la guerre avec un mix d'effets négatifs et d'opportunités. Elle a les moyens de résister sensiblement mieux que ses voisins asiatiques, en particulier l'Asie du Sud-Est et du Sud qui sont durement touchées. Mais elle ne résistera pas à l'impact d'une récession mondiale qui paraît difficilement évitable si le détroit d'Ormuz reste fermé jusqu'à l'automne.
Par Hubert Testard
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Après Donald Trump, Vladimir Poutine rencontre à Pékin un Xi Jinping impérial
À peine cinq jours après Donald Trump, le président russe Vladimir Poutine a rencontré à Pékin mercredi 20 mai son homologue Xi Jinping pour y réaffirmer leur « coopération sans limites. » Une nouvelle visite qui a renforcé l'homme fort chinois dans son image de maître des horloges sur la scène mondiale, la Chine devenant de plus en plus le passage obligé des grands dirigeants de ce monde.
Tiré de Asialyst. Photo : Poignée de main entre les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping avant leurs entretiens au Palais du Peuple à Pékin. DR.
La Russie – en guerre contre l'Ukraine depuis plus de quatre ans – a nettement plus besoin de la Chine que l'inverse. Vladimir Poutine est venu à Pékin en vassal, sans parvenir à obtenir satisfaction sur son principal dossier qui est le lancement d'un nouveau gazoduc pharaonique, Power of Siberia 2, reliant les gisements de Sibérie à la deuxième puissance mondiale, pour compenser en partie les pertes des débouchés européens pour les hydrocarbures russes du fait des sanctions occidentales.
Le président russe était d'autre part, de l'avis de certains observateurs, à la recherche d'assurances chinoises, inquiet qu'il pourrait être d'un possible rapprochement entre la Chine et les États-Unis qui se ferait à ses dépens. Sur ce chapitre aussi, son hôte chinois ne lui aura peut-être pas donné toutes les assurances attendues.
Comme de coutume, le cérémonial d'une visite d'État était réglé au millimètre : le passage en revue de la garde d'honneur de l'armée chinoise en rangs serrés, des dizaines d'enfants sautillant d'une joie factice, agitant des drapeaux des deux pays à la vue des deux présidents sur l'immense place Tiananmen devant le perron du Grand Palais du Peuple au cœur de la capitale chinoise.
Dans le sillage de la première visite de Donald Trump depuis neuf ans, Xi Jinping a reçu au même endroit mercredi Vladimir Poutine pour un nouveau sommet qui, une fois de plus, place la Chine au centre du jeu face à une Russie affaiblie et isolée par la guerre en Ukraine et face aux États-Unis dont l'image est devenue exécrable sur la scène internationale.
Vladimir Poutine vient en moyenne une fois par an en Chine, celle-ci ayant été la 14e depuis 2013. Xi Jinping s'est de son côté rendu onze fois en Russie. Le président russe s'est entretenu plus de 40 fois avec Xi Jinping, les deux dirigeants se qualifiant de « meilleurs amis. »
Cette visite de deux jours, mardi 19 et mercredi 20 mai, avait cependant pour lui une importance particulière du fait de la venue préalable de Donald Trump et de la guerre en Iran dont il veut profiter pour rééquilibrer ses relations économiques avec Pékin. La Chine et, dans une moindre mesure la Russie, sont les deux seules puissances au monde à entretenir des liens directs et relativement étroits avec Téhéran et à avoir une diplomatie globalement alignée.
« Nous avons su approfondir sans cesse la confiance politique mutuelle et la coordination stratégique avec une persévérance inébranlable qui a résisté à mille épreuves, » a déclaré Xi Jinping, selon l'agence de presse d'État Xinhua. M. Poutine a quant à lui parlé mais sans convaincre de relations à un « niveau sans précédent, » en particulier dans le domaine économique.
Pas de résultat probant pour le mégaprojet de gazoduc Power Siberia 2
Le président russe est en effet reparti pour Moscou sans accord avec la Chine sur ce projet phare de gazoduc stratégique censé relier les plus grosses réserves de gaz naturel de Russie aux zones côtières de Chine. Un porte-parole du Kremlin a salué mercredi des « progrès » dans les discussions avec Xi Jinping mais, a-t-il souligné, « il reste à s'entendre sur certains détails. »
Si les deux pays ont partagé « une compréhension des principaux paramètres » du projet, notamment concernant le tracé du gazoduc et la façon dont il sera construit, aucun « délai de mise en œuvre » n'a été évoqué, a précisé ce porte-parole, Dmitri Peskov. Ce projet n'est d'ailleurs pas mentionné dans la longue liste d'accords bilatéraux publiés sur le site internet du Kremlin à l'issue de la rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping.
Seule vraie chance de compenser en partie les volumes d'exportations perdus vers l'Europe, ce gazoduc est particulièrement important pour la Russie. Selon les estimations, il permettrait de transporter quelque 50 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit environ la capacité de Nord Stream 1, le premier des deux gazoducs qui reliaient la Russie et l'Allemagne, ce qui permettrait de doubler ses exportations de gaz vers la Chine. Pékin s'est jusqu'à présent montré hésitant à concrétiser ce projet, dont la capacité représenterait environ 12% de sa consommation de gaz. Sur le papier, cette liaison terrestre lui permettrait de sécuriser davantage ses approvisionnements.
Un protocole d'accord a été signé en septembre dernier, mais des désaccords persistaient ces dernières semaines, notamment sur la question du prix. L'an passé, Gazprom avait indiqué que le gaz serait vendu moins cher que le tarif pratiqué avec les clients européens. De plus, Pékin entend garder de la flexibilité et rechigne à s'engager à acheter des volumes fixes sur une longue période, comme le souhaite la Russie.
La Chine prend soin de diversifier ses sources d'approvisionnement, afin de ne pas être trop dépendante d'un seul fournisseur. En outre, le gaz ne représente que 10% de sa consommation énergétique, de plus en plus orientée vers l'électricité mais encore largement tournée vers le charbon et le pétrole.
L'arme énergétique permettrait à la Russie de rééquilibrer en partie un rapport de force toujours plus défavorable face à la Chine, à mesure que son économie est aspirée dans l'orbite chinoise. Si le commerce bilatéral s'est envolé depuis 2022 pour atteindre un record de 228 milliards de dollars en 2025, le marché russe reste marginal pour les entreprises chinoises, pesant moins de 5 % de ses exportations, loin derrière l'Asie du Sud-Est, l'Europe ou les États-Unis.
Xi et Poutine d'accord pour critiquer les États-Unis
De façon plus générale, les deux présidents ont, sans surprise, réaffirmé dans une déclaration leur vision partagée d'un monde « multipolaire » et appelé à « un nouveau type de relations internationales. » « Les tendances néocoloniales négatives telles que les approches unilatérales coercitives, l'hégémonisme et la confrontation entre blocs sont en hausse, » peut-on lire dans ce document, le pays visé bien que non mentionné étant les États-Unis.
Dans une critique de la guerre en Iran initiée conjointement par les États-Unis et Israël et face aux menaces répétées par Donald Trump de reprendre les attaques contre l'Iran, Xi Jinping a déclaré devant son hôte qu'il était « impératif de parvenir sans délai à un cessez-le-feu global, et qu'il est encore plus inacceptable de raviver les hostilités. »
La déclaration conjointe mentionne « la crise en Ukraine, » Xi Jinping et Vladimir Poutine s'accordant sur la nécessité de s'attaquer aux « causes profondes » du conflit. Elle souligne également que la Russie apprécie la « position impartiale » de la Chine.
Selon le Financial Times, Xi Jinping aurait déclaré à Trump lors de leur sommet que Poutine pourrait finir par regretter l'invasion. Pékin n'a jamais condamné « l'opération spéciale » russe en Ukraine, les experts occidentaux s'accordant pour estimer que la Chine accorde une aide directe et indirecte à la Russie sans laquelle il lui serait difficile sinon impossible de la poursuivre.
Bien que le pays dispose de vastes réserves de pétrole, la guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz ont tout de même fait grimper les prix à la pompe et alourdit les coûts industriels de la deuxième économie mondiale, qui achète environ 80 % des exportations de pétrole iraniennes.
Moscou a profité de la crise en Iran et de la fermeture du détroit d'Ormuz pour augmenter ses exportations de brut vers son voisin. Selon Moscou, les livraisons de pétrole russe à la Chine ont augmenté de 35 % au premier trimestre, tandis que le commerce bilatéral total a dépassé les 200 milliards de dollars par an au cours des trois dernières années.
Les dernières statistiques du Centre de Recherche sur l'Énergie et l'Air propre (CREA en anglais) font certes apparaître une progression des exportations de combustibles fossiles de la Russie depuis le début du conflit en Iran, mais en réalité plutôt modeste en raison des frappes de drones ukrainiens qui ont visé les infrastructures russes.
C'est ainsi qu'en avril 2026, ces recettes ont augmenté de 4 % par rapport à mars, atteignant 733 millions d'euros par jour — le niveau le plus élevé depuis deux ans et demi. Cette croissance s'est produite malgré une baisse de 7 % des volumes d'exportation. Les recettes d'exportation de pétrole brut russe ont été freinées en avril, reculant de 9 % par rapport au mois précédent.
L'alignement sino-russe est là pour durer
Pour Claus Soong, analyste à l'Institut Mercator pour les études chinoises (MERICS), les déclarations sino-russes pendant cette visite permettent de penser que « l'alignement sino-russe ne sera pas affecté par le rapprochement [encore théorique] de la Chine avec les États-Unis. »
« Bien que Pékin et Moscou ne soient pas des alliés officiels, ils sont devenus plus importants l'un pour l'autre sur les plans stratégique et politique, en tant que sources de soutien et de levier dans leurs relations avec l'Occident, » a-t-il ajouté, cité mercredi par le quotidien japonais Nikkei Asia.
Pour le journaliste et analyste de la Chine américain d'origine chinoise Howard Zhang, la visite de Vladimir Poutine à Pékin a cependant pleinement donné la mesure de la dépendance croissante de la Russie à l'égard de la Chine qui est de facto devenue son suzerain.
« La conclusion principale est la suivante : les deux capitales décrivent le même partenariat, mais dans des registres si différents qu'elles racontent presque des histoires différentes. Pékin donne l'impression d'une institution chevronnée gérant les affaires avec sang-froid. Moscou donne l'impression d'un partenaire qui a besoin que cette rencontre aboutisse à des résultats, » explique-t-il dans sa dernière lettre d'information.
« Il existe un vieux principe chinois que tout observateur sérieux de la Chine finit par noter sur une fiche et garder à un endroit visible « 聽其言,觀其行, » soit « Écoutez ce qu'ils disent. Observez ce qu'ils font, » explique ce même expert.
Côté russe, les communiqués du Kremlin, des agences TASS, Novosti et d'autres médias officiels russes soulignent des « attentes très sérieuses, » un « niveau sans précédent, » côté chinois, le registre change sensiblement puisque l'agence Xinhua, la chaîne de télévision chinoise CCTV, le quotidien Global Times et les communiqués du ministère des Affaires étrangères chinois évoquent plus sobrement la « stabilité, » « l'énergie positive, » « une coordination stratégique de meilleure qualité, » « un rôle constructif dans les affaires internationales. »
De même, le protocole à l'aéroport faisait passer le même message par la cérémonie plutôt que par les mots. À l'arrivée de Trump, Pékin a déployé un accueil de plus haut niveau puisqu'il a été accueilli par le vice-président Han Zheng tandis que Vladimir Poutine a été accueilli par le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, certes membre du Politburo et ministre des Affaires étrangères mais d'un rang protocolaire inférieur.
« Dans la grammaire méticuleuse du protocole d'État chinois, cette distinction n'est jamais fortuite. Pékin communiquait un message aux deux capitales avant même que Xi n'ait prononcé un mot : le partenariat avec la Russie est apprécié, mais il n'est pas équivalent » à celui avec les États-Unis, relève Howard Zhang.
De plus, le commerce bilatéral sino-russe qui s'élevait à 1 630 milliards de yuans (240 milliards de dollars) en 2025 a affiché une baisse de 6,5 % par rapport au record atteint en 2024, ce qui constitue la première baisse annuelle en cinq ans.
La Russie plus que jamais vassale de la Chine
« La Russie [avait] besoin que cette visite porte ses fruits, contrairement à la Chine. Pékin peut se permettre d'être patiente ; Moscou, qui soutient une économie de guerre sous le poids de sanctions prolongées, ne le peut pas, » explique-t-il encore.
Reste toutefois que Pékin et Moscou conservent une stratégie géopolitique commune bâtie sur leur détestation partagée de l'Occident qui constitue le socle de leur alliance de circonstance.
Ils « construisent de manière cohérente depuis au moins 2022 un projet spécifique : un monde dans lequel les institutions dirigées par l'Occident ne fixent plus les règles dominantes, et dans lequel la Chine et la Russie peuvent exercer leur autorité au sein de leurs sphères revendiquées sans avoir à rendre de comptes à l'extérieur, » insiste encore ce sinologue.
Si les relations économiques se sont considérablement renforcées entre la Chine et la Russie depuis l'invasion de l'Ukraine le 22 février 2022, les importations russes n'ont représenté qu'environ 5 % des importations de la Chine en 2025, selon les douanes chinoises.
A l'inverse, la Chine a représenté plus du tiers des importations et plus du quart des exportations de la Russie en 2025, selon l'agence russe TASS. La Chine était aussi, fin 2025, le principal acheteur de pétrole brut et de charbon russes et le deuxième de gaz acheminé par pipeline, selon le Centre pour la recherche sur l'énergie et la propreté de l'air (CREA).
La visite de Vladimir Poutine à Pékin était programmée de longue date et n'a donc pas de lien direct avec celle de Donald Trump. L'occasion du sommet Xi-Poutine était le 30e anniversaire d'un « partenariat de coordination stratégique » et le 25e anniversaire d'un traité de bon voisinage que les deux hommes ont convenu de prolonger.
Le président russe a invité son homologue en Russie l'an prochain et a confirmé sa présence au sommet de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) en novembre prochain en Chine.
Le 4 février 2022, venu pour assister à l'ouverture à Pékin des Jeux olympiques d'hiver, Vladimir Poutine avait rencontré Xi Jinping pendant plusieurs heures à l'issue desquelles les deux dirigeants avaient pour la première fois annoncé une « coopération sans limites » entre la Chine et la Russie.
Le 4 juillet 2025, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi avait fait preuve d'une sincérité inattendue lorsqu'il avait déclaré lors d'un entretien à Bruxelles avec Kaja Kallas, la responsable de la diplomatie de l'Union européenne, que « la Chine ne peut pas permettre un échec de la Russie en Ukraine. » Pékin livre notamment à la Russie des matériels électroniques à utilisation duale, c'est-à-dire également militaire, tels que des semiconducteurs et des composants pour la fabrication de drones qui se révèlent d'une utilité critique dans la guerre russo-ukrainienne.
Selon Reuters, la Chine aurait d'autre part formé plus de 200 militaires russes l'an passé, dont certains sont depuis déployés sur le front ukrainien, affirme l'agence qui cite des services de renseignements européens. Le quotidien allemand Die Welt confirme ces informations, précisant que selon des services de renseignement européens, plusieurs centaines de soldats russes ont participé fin 2025, sur six sites militaires différents en Chine, à des programmes de formation de l'Armée populaire de libération.
Les visites de Trump et Poutine, tout bénéfice pour Xi Jinping
Ceux-ci portaient sur « l'emploi de systèmes sans pilote, les contre-mesures électroniques contre les drones ainsi que des simulations de combat modernes, » poursuit le journal. Les participants étaient de différents grades et de différentes générations. Certains étaient membres de l'unité d'élite russe Rubicon spécialisée dans les drones. A l'issue de la formation, des dizaines d'entre eux ont participé début 2026 à des combats en Ukraine, dont certains à des postes de commandement, d'après Die Welt.
« Tout ce qui met la Russie en position de poursuivre cette guerre d'agression contre l'Ukraine constitue une menace pour la sécurité européenne, pour notre sécurité en Allemagne, » a commenté un porte-parole du ministère allemand des affaires étrangères, qui s'est cependant gardé de confirmer ou d'infirmer les révélations de Die Welt.
Ajoutée à une visite plutôt ratée de Donald Trump qui s'est achevée vendredi dernier et où il est clairement apparu en situation de faiblesse face à un Xi Jinping impérial, celle de Vladimir Poutine a montré, elle, une dépendance de plus en plus aiguë de la Russie à l'égard de la Chine.
Alexander Gabuev, directeur du Carnegie Russia Eurasia Center à Berlin, a résumé cet état de fait dans les colonnes du Financial Times le 19 mai : « La Russie se trouve dans une situation désespérée, à la recherche de nouvelles sources de revenus. »
Xi Jinping a tout lieu de se féliciter de ces deux visites d'où émerge encore un peu plus, par effet de miroir, l'image obsédante d'une Chine de plus en plus puissante qui aura désormais les coudées encore plus franches pour se présenter en « pays pôle de stabilité et faiseur de paix » dans un monde de plus en plus proche du chaos.
Par Pierre-Antoine Donnet
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Le pas décisif d’Erdoğan vers une « autocratie fermée » : une Turquie sans opposition
Une décision judiciaire majeure marque un tournant en Turquie, paralysant l'ensemble de l'opposition et signalant un basculement vers la dictature.
Tiré du blogue de l'auteur.
Dans une décision aux conséquences profondes rendue le 21 mai 2026, la cour d'appel d'Ankara a annulé les résultats du 38e congrès, tenu les 4 et 5 novembre 2023, invalidant l'élection d'Özgür Özel à la tête du principal parti d'opposition turc, le Parti républicain du peuple (CHP). La décision annule également l'ensemble des actes du parti pris sous la direction d'Özel depuis lors.
Cette décision entraîne la destitution d'Özel, qui occupait la direction du parti depuis sa victoire face à l'ancien président de longue date Kemal Kılıçdaroğlu lors de ce congrès.
Le congrès national du CHP de 2023 avait, sur fond d'allégations d'achat de voix et d'irrégularités procédurales, été ajourné à plusieurs reprises sous une pression publique considérable, avant d'être finalement rejeté en première instance en octobre 2025 — un soulagement de courte durée — au motif que le congrès extraordinaire du CHP du 21 septembre 2025, qui avait réélu Özel de manière préventive, avait rendu l'affaire « sans objet ».
La dernière décision rétablit l'annulation et supprime le garde-fou que le CHP avait tenté de construire. Elle se fonde sur des allégations de violations procédurales et d'achat de voix lors du congrès de novembre 2023 — des accusations que le CHP a constamment et catégoriquement rejetées comme politiquement fabriquées.
Point crucial, les experts juridiques ont depuis longtemps souligné qu'en vertu de la Constitution turque, seule la Haute Commission électorale (YSK) — et non les juridictions civiles — est compétente pour les élections internes des partis ; celle-ci avait déjà validé l'élection d'Özel. Cet argument constitutionnel a désormais été balayé.
Ce à quoi nous assistons en Turquie depuis hier, dans un contexte de chaos grandissant, est une démolition délibérée et calculée de la démocratie, menée au grand jour et habillée du langage de la procédure et de la légalité.
Appelons les choses par leur nom : l'achèvement d'un auto-coup d'État, une nouvelle phase de la prise de pouvoir implacable d'Erdoğan. Non pas la prise de pouvoir spectaculaire et soudaine que l'histoire associe habituellement à ce terme, mais quelque chose de plus insidieux — un étranglement constitutionnel au ralenti, orchestré par des tribunaux capturés, des institutions vidées de leur substance et l'instrumentalisation du droit lui-même contre l'État de droit.
Lorsque les tribunaux écartent des dirigeants de l'opposition que les sondages donnent vainqueurs face à l'AKP d'Erdoğan dans une élection libre, la prétence s'effondre.
Les implications sont structurelles et, à court terme, irréversibles.
La capture du pouvoir judiciaire est désormais totale. Le revirement de la cour d'appel indique qu'aucune garantie procédurale construite par l'opposition ne sera tolérée. Les tribunaux n'interprètent plus le droit ; ils exécutent des instructions politiques.
La compétition électorale est criminalisée par procuration. Avec Ekrem İmamoğlu, maire élu d'Istanbul, emprisonné, et Özel désormais écarté de la présidence du parti, le régime a effectivement décapité en une seule fois toute la direction de l'opposition.
Le Parlement est réduit à un rôle décoratif. Une assemblée dont le principal parti d'opposition peut voir sa direction élue annulée par une juridiction civile agissant au-delà de ses compétences constitutionnelles n'est pas un parlement — c'est une mise en scène contrôlée.
Ce qui rend ce moment particulièrement dangereux, c'est qu'il a été précédé d'une véritable leçon de neutralisation de l'opposition — et le régime mérite un crédit sinistre pour la précision de sa tactique. Celle-ci s'est développée selon deux axes : apprivoiser le segment politique kurde tout en écrasant l'opposition principale, séculariste et centriste.
Le DEM, qui représente le mouvement politique kurde en Turquie, a été entraîné dans un processus opaque de « Turquie sans terrorisme » centré sur Abdullah Öcalan, chef emprisonné du PKK. L'attrait était irrésistible : après des décennies de conflit armé et de persécution politique, la promesse de « paix » possède un poids moral immense pour les Kurdes de Turquie.
Mais l'architecture de ce processus est entièrement contrôlée par le régime — aucune vérification indépendante, aucune feuille de route transparente, aucun suivi international. Les déclarations d'Öcalan, délivrées depuis l'isolement total de l'île d'İmralı, ont été instrumentalisées pour conférer au régime un vernis d'homme d'État tout en neutralisant le DEM comme vecteur d'opposition démocratique.
Le CHP, quant à lui, est maintenu depuis des mois sur une ligne de crête, fracturé de l'intérieur par des débats acrimonieux. La destitution d'Özel va raviver les lignes de fracture internes — entre ceux qui prônent l'engagement et l'accommodement avec le régime et ceux qui défendent une résistance structurelle.
La question de savoir si Kılıçdaroğlu, profondément discrédité au sein du parti, pourrait être réinstallé — ou si un comité de tutelle favorable au régime pourrait être imposé — plane désormais ouvertement sur le CHP. Une opposition divisée, occupée à se disputer sa propre direction, ne combattra pas Erdoğan.
Özel déchu n'a que deux options : résister en s'ancrant au siège du parti et en faisant appel de la décision, ou lancer une nouvelle formation politique. Il convient toutefois de noter que des dossiers ont déjà été soumis au Parlement visant à lever l'immunité de huit députés, dont Özel — avec, à la clé, une possible interdiction politique.
Quelles seront les conséquences à long terme ?
– Le CHP fait face à de profondes divisions internes. Le principal parti d'opposition compte actuellement 138 députés. Il est usé depuis longtemps par des luttes intestines entre différentes factions et intérêts. On estime qu'au moins 25 de ces députés soutiennent Kılıçdaroğlu. Selon l'évolution de la situation, ce nombre pourrait augmenter — provoquant une fracture irréversible au Parlement. Cette division s'inscrit dans le plan d'Erdoğan, qui évoque ouvertement l'objectif d'atteindre le seuil critique de 360 voix — nécessaire pour convoquer des élections anticipées (lui permettant de briguer un nouveau mandat présidentiel) et pour soumettre des amendements constitutionnels à référendum en sa faveur.
– L'élection de 2028 est structurellement jouée d'avance. İmamoğlu est emprisonné et constitutionnellement empêché. Özel est désormais écarté par voie judiciaire. L'opposition aborde le prochain cycle présidentiel sans direction cohérente, sans plateforme unifiée et sans structure organisationnelle juridiquement protégée.
– Pour la politique kurde, le pari du DEM pourrait laisser le mouvement exsangue. Si le processus de paix s'effondre sans garanties juridiques contraignantes — comme toutes les négociations turco-kurdes précédentes — le DEM se sera neutralisé comme force d'opposition démocratique en échange de rien.
Les marchés continueront d'intégrer le risque politique. Les vagues récurrentes de ventes montrent que les investisseurs comprennent ce que les analystes hésitent parfois à dire ouvertement : l'éviction judiciaire des dirigeants de l'opposition n'est pas une normalisation juridique — c'est une instabilité institutionnalisée.
Sur le plan international, la réponse restera insuffisante. L'appartenance de la Turquie à l'OTAN et la fiction persistante de sa candidature à l'UE continueront de protéger le régime contre des pressions occidentales significatives. Les calculs stratégiques liés à la migration, à la défense et à la stabilité régionale primeront, comme toujours, sur les principes démocratiques.
Ce coup judiciaire, à retenir par sa date — le 21 mai 2026 — confirme une fois de plus la détermination d'Erdoğan dans sa marche vers une « autocratie fermée », sous le regard largement indifférent des alliés de la Turquie. À l'approche du dixième anniversaire de la tentative de coup d'État, en juillet prochain, son pari audacieux continue de porter ses fruits, consolidant sa vision d'un pouvoir purgé de toute opposition significative. Deux de ses rivaux potentiels, Selahattin Demirtaş et İmamoğlu, sont en prison.
La résistance démocratique est en état de survie.
Le circuit est désormais presque bouclé.
Depuis plus d'une décennie, je soutiens qu'Erdoğan, soutenu par son allié Bahçeli, pousse la Turquie vers une « azerbaïdjanisation » : un système dans lequel l'opposition est marginalisée et rendue impuissante, le pouvoir judiciaire est instrumentalisé au service d'un régime autocratique, les médias sont transformés en une machine de propagande, et surtout, les élections ne servent plus que de mécanisme de légitimation du régime et de ses dirigeants.

Italie : relancer la bataille des idées à gauche
Le 11 mai 2026, Stéfanie Prezioso s'est entretenue avec Salvatore Cannavò, engagé dans la rédaction de Jacobin Italia, collaborateur du Fatto quotidiano et directeur de la maison d'édition Alegre. Au centre de la discussion : comment la gauche de gauche peut-elle reprendre pied en Italie ?
Tiré de Inprecor
20 mai 2026
Par Salvatore Cannavò, Stéfanie Prezioso
Stéfanie Prezioso : Giorgia Meloni semble aujourd'hui fragilisée à l'intérieur du pays, après l'échec du référendum sur la justice, mais aussi à l'extérieur — tensions avec Donald Trump, échec d'Orbán en Hongrie… Pourtant, Fratelli d'Italia (FdI) reste le premier parti d'Italie et elle est aujourd'hui à la tête du deuxième gouvernement le plus long de l'histoire de l'Italie républicaine. Comment expliques-tu cet apparent paradoxe ?
Salvatore Cannavò : Ce paradoxe découle avant tout des sondages électoraux ; il faudra donc l'évaluer réellement lorsque les élections auront lieu. La défaite au référendum a marqué un tournant, car pour la première fois, la puissance de Meloni, qui semblait incontestable, a été ébranlée, avec un taux de participation inattendu. Cela ne signifie pas pour autant que Meloni perdra les prochaines élections, mais sa capacité à gouverner est aujourd'hui véritablement mise à mal. Les principaux dossiers du gouvernement sont complexes (la guerre, le respect des contraintes européennes liées au déficit budgétaire, les politiques migratoires, la politique industrielle), et les tensions internes à la coalition de droite s'intensifient de jour en jour.
Meloni s'est certes forgé une réputation de leader compétente, au discours clair et direct, dotée d'une crédibilité qui n'a été ébranlée que récemment. Ce qu'elle fera au cours de la dernière année de la législature, les élections ayant lieu en 2027, sera assez déterminant. Toutefois, à ce jour, elle ne semble pas en mesure de prendre des décisions politiques susceptibles d'avoir un impact réel sur les conditions de vie des plus démunis et des classes populaires italiennes.
S.P. : Quelle place occupe selon toi l'Italie dans le tournant autoritaire global auquel nous assistons à l'échelle internationale depuis une quinzaine d'années au moins ? Quelle est sa spécificité ?
S.C. : Il est regrettable de constater, que pour un pays qui a inventé le fascisme, la spécificité du souverainisme italien réside dans sa capacité à récupérer, accumuler et relancer les cultures et les idées du fascisme italien. C'est particulièrement le cas sur la question de l'immigration, que cette droite interprète à travers des termes tels que « remplacement ethnique », en redécouvrant des concepts comme celui de « remigration », qui peuvent facilement être interprétés comme une « déportation ». Le souverainisme italien, ou plutôt le populisme raciste et de droite, ne parvient pas à se libérer de cet héritage ; au contraire, il s'en nourrit et l'utilise pour se doter d'un ciment idéologique dont il serait autrement dépourvu.
La polémique sur l'hégémonie culturelle en est la preuve, avec les attaques constantes contre l'intelligentsia, le monde du cinéma et des arts, dans le but de les réduire au silence — par exemple, en coupant les subventions — et de promouvoir des personnalités douteuses liées à la droite. L'affaire de la cheffe d'orchestre Beatrice Venezi, d'abord nommée puis chassée de la Fenice de Venise, en est la preuve. Autre spécificité, toujours en phase avec cette récupération du fascisme : l'attaque constante contre la Constitution, la Résistance, les valeurs de la Libération, et donc la tentative de réviser le pacte fondateur de la République. Une sorte de « guerre civile », heureusement non armée, est ainsi développée dans le pays par l'empoisonnement du climat et du débat politique, une tendance qui, il faut le dire, a toutefois commencé avec Silvio Berlusconi.
S.P : On entend parfois dire que le gouvernement Meloni n'est finalement pas plus « illibéral » que celui d'Emmanuel Macron, par exemple. A-t-on assisté, au cours de ces presque quatre dernières années, à la mise en place d'un système de plus en plus autoritaire en Italie ? Et si oui, quelles en ont été les principales manifestations ?
S.C. : Une autre particularité du gouvernement Meloni est d'avoir su concilier et associer des idées autoritaires à une ligne économique classiquement libérale. En matière d'autoritarisme, il suffit de rappeler que le gouvernement a adopté pas moins de quatre « paquets Sécurité », c'est-à-dire des lois, par décrets d'urgence, visant à renforcer la répression, notamment contre les migrant·es et la rébellion des jeunes, offrant ainsi à son électorat le maximum possible en termes de « loi et ordre ». Le gouvernement Meloni est celui qui a garanti une voie judiciaire préférentielle aux policiers coupables d'infractions lors de manifestations de rue ou même pendant leur service ; c'est celui qui a durci les conditions de vie dans les prisons en laissant carte blanche aux gardiens ; c'est celui qui a rendu illégales et passibles de poursuites les raves et sanctionné par des amendes de plusieurs milliers d'euros les manifestations non autorisées, etc.
Dans le même temps, c'est le gouvernement qui a exaucé tous les vœux de la Commission européenne en respectant à la lettre le Pacte de stabilité, en cherchant une ligne de compromis et de rapprochement avec les industriels par le biais de fonds et d'incitations de l'État, en s'attaquant en profondeur aux politiques écologistes et en relançant la consommation d'énergies fossiles, en réduisant les garanties de retraite, en supprimant le revenu de citoyenneté et en s'attaquant de manière idéologique aux syndicats, en particulier à la CGIL : par exemple en l'accusant sans cesse d'organiser la grève générale toujours le vendredi, une manière de propager l'idée que les syndicats pensent avant tout à ne pas travailler plutôt qu'aux droits des travailleurs et des travailleuses.
S.P. : Tu as écrit Si fa presto a dire sinistra en mettant en exergue ce que tu appelles les trois gauches en Italie. Quels sont selon toi les espaces qu'occupe aujourd'hui la gauche en Italie ?
S.C. : Dans le livre que tu mentionnes, j'ai procédé à une analyse historique de l'évolution de l'idée de gauche, m'appuyant notamment sur les travaux de Marco Revelli et m'inspirant de l'ouvrage de Georges Lefranc, Les Gauches en France de la Révolution à nos jours. Dans cet ouvrage, l'auteur analyse les six années de bouleversement, de 1789 à 1795, et montre comment, dès le début du processus révolutionnaire, trois courants se sont dessinés à gauche. Il distingue une ligne « libérale », ancrée dans la bourgeoisie anti-Ancien Régime, qui place la liberté au premier plan ; une gauche « démocratique », composante la plus radicale de la petite bourgeoisie jacobine, qui privilégie « l'égalité » ; et enfin une gauche « à tendance socialiste », bien qu'embryonnaire, qui prend forme dans la Conjuration des Égaux de Babeuf.
Cette tripartition, entendue non pas comme un triptyque partisan, mais comme des tendances politiques, des lignes directrices fondamentales, est toujours valable aujourd'hui. La ligne libérale, par exemple, est celle qu'incarne Matteo Renzi, quand il était leader du Parti démocrate et aujourd'hui en tant que manœuvrier du « centre » libéral ; la ligne démocratique peut être celle de l'actuelle leader du PD, Elly Schlein, mais aussi du Mouvement 5 étoiles, une sorte de gauche démocrate-radicale à la Robespierre, au sein de l'alliance progressiste (avec un Parti démocrate où coexistent les deux lignes, la libérale et la démocratique). Et, au-delà de ce cadre, il y a la gauche à tendance socialiste, en Italie très profondément en crise.
S.P. : Dans ce cadre que dire de ce que Perry Anderson appelait le « désastre » de la gauche italienne ?
S.C. : Si l'on doit utiliser la catégorie de « désastre », celle-ci doit se référer à la composante socialiste ou de classe, aujourd'hui au plus bas, qui ne peut certainement pas être incarnée par l'Alliance des Verts et de la Gauche (AVS), un assemblage purement électoral qui, à gauche, regroupe de petits partis très identitaires, souvent retranchés sur des positions néo-campistes, et qui n'ont aucune volonté de faire face à l'histoire et aux nécessités du moment.
On pourrait longuement débattre pour savoir si le « désastre » de la gauche de classe est entièrement dû aux choix suicidaires de Rifondazione Comunista, qui, entre 2005 et 2008, en liant son destin à celui du gouvernement dominé par la gauche libérale de Romano Prodi, a disparu de la scène politique, ou si, comme je le crois, il trouve son origine dans l'histoire finale du Parti communiste et dans l'héritage qu'il a laissé à ses épigones, tous incapables, sans exception, de faire face à ses limites, de dresser un bilan sérieux du passé et d'aborder la nouvelle phase politique qui s'est ouverte après 1989 avec un patrimoine d'idées et de pratiques sociales à la hauteur de l'époque.
S.P. : Tu places le M5S dans la catégorie de la gauche démocrate radicale, à quoi te réfères-tu exactement ? Sa base sociale ? De fait le M5S a beaucoup changé ces dernières années, sauf peut-être sur la question de l'immigration (Sahra Wagenknecht était récemment invitée à leur congrès) et sur la question ukrainienne.
S.C. : Par « démocratie radicale », j'entends une orientation qui ne remet pas en cause le capitalisme, mais qui cherche à renouer avec la tradition démocratique de la pensée libérale progressiste. Après sa phase initiale et son essor lors des élections de 2018, le M5S, sous la présidence de Giuseppe Conte et avec la marginalisation de Beppe Grillo, a choisi de se positionner dans le camp progressiste en s'appuyant sur cette définition. Il a mis en avant les aspects les plus sociaux de son programme, à commencer par le revenu de citoyenneté et le salaire minimum, en misant sur un rôle décisif de l'État dans l'économie et sur une limitation des profits par l'imposition des patrimoines.
Sur le terrain de l'immigration, il a modifié ses orientations initiales – c'est l'ancien leader du M5S, Luigi Di Maio, qui a qualifié les ONG qui sauvent les migrants en Méditerranée de « taxis de la mer » – et a une politique désormais en phase avec la gauche réformiste qui revendique « l'accueil » des migrant·es, même dans le cadre d'un régime de flux contrôlés et de gestion de l'immigration, y compris par des accords avec les pays d'origine. Une orientation similaire à celle du Parti démocrate. Ainsi, la définition de la démocratie radicale – évidemment de nature théorique et certainement pas de contenu politique immédiat – aide à situer cette tendance dans un cadre plus cohérent pour saisir les lignes d'orientation qui existent aujourd'hui au sein de la « gauche » italienne.
Ce n'est pas un hasard si cette identification s'accompagne d'une concurrence de plus en plus intense avec l'orientation d'Elly Schlein, qui a donné au PD un tournant démocratique-radical par rapport à l'orientation classiquement libérale de Matteo Renzi d'abord, puis de la direction d'Enrico Letta ensuite. Les véritables différences entre le PD et le M5S portent désormais sur la guerre – en particulier sur l'Ukraine – différences qui, selon moi, pourront toutefois être gérées.
S.P. : Comment « la gauche de gauche », comme disait Bourdieu, peut-elle reconquérir une capacité d'initiative politique et idéologique dans un contexte où la droite semble avoir imposé non seulement sa domination parlementaire, mais aussi les termes du débat public et ses propres narrations ?
S.C. : Depuis longtemps, je pense que deux axes sont nécessaires : des idées fortes et des pratiques innovantes. Par « idées fortes », j'entends la capacité, surtout face à une droite qui n'hésite pas à reprendre les idées les plus horribles du XXe siècle, à porter une critique radicale du capitalisme et à ne pas craindre de relancer une réflexion sur le socialisme. Dans le dernier numéro de Jacobin Italia, Socialism for future , nous avons commencé à nous pencher sur cette nécessité et je signale en particulier les entretiens avec Nancy Fraser sur le « socialisme de la reproduction sociale » et celui avec Cédric Durand sur le « socialisme ici et maintenant », mais aussi de nombreuses autres contributions sur l'écosocialisme ou le confédéralisme démocratique. Mais la discussion n'en est qu'à ses débuts et, en particulier, l'imbrication avec la lutte écologique offre les pistes les plus intéressantes, à condition de se montrer à la hauteur de l'urgence, car le risque de catastrophe écologique exige des mesures urgentes qui ne peuvent être reportées et qui nécessitent un certain degré de cohésion et de détermination.
Dans ce débat, je crois en outre qu'il faut redonner une place centrale au thème de l'autogestion et de l'organisation en « commune » de la force de la classe ouvrière, et par « commune », j'entends précisément celle de Paris, de 1871, et toute la réflexion que Karl Marx a développée à ce sujet et qui n'a jamais été au centre du socialisme du XXe siècle. Ce débat sur le socialisme est très nécessaire, mais il ne peut se réduire à une commémoration de ce qui a été ou à une simple tentative de redorer le blason des idées traditionnelles. Beaucoup d'entre elles, bien sûr, conservent leur actualité, mais la capacité à toucher les jeunes générations exige un surcroît d'élaboration et d'imagination et, je le répète encore, le terrain de l'écosocialisme peut constituer un excellent canal de transmission. Vient ensuite le problème d'une force sociale dotée de la puissance nécessaire pour relever ce défi. Et là aussi, je pense qu'il est nécessaire de procéder aux ajustements qui s'imposent.
S.P. : Justement, quels sont ces ajustements ?
S.C. : La gauche la plus radicale ou révolutionnaire a l'habitude de mener des combats pour que les organisations syndicales et sociales adoptent la « bonne ligne » face aux dérives de leurs directions. Cette approche, très typique du XXe siècle, ne tient pas tout à fait compte de la nécessité de recréer une dimension de classe dans laquelle se reconstruisent la confiance mutuelle, la juste intégration entre pratiques et idées, la reconnaissance de son propre rôle. Tout cela ne se réalise pas simplement par une « bataille au congrès », mais en reconstruisant des organismes sociaux qui possèdent ces caractéristiques. C'est pourquoi je pense, depuis quelque temps, que la pratique du « mutualisme conflictuel » représente un outil – certes pas le seul et certainement pas généralisable à toutes les pratiques : la grève reste évidemment un outil décisif – pour construire cette confiance réciproque et cette « classe pour soi » dont nous avons perdu de vue l'existence.
Par « mutualisme conflictuel », on entend des organismes de solidarité directe – syndicaux, coopératifs, sociaux, d'entraide – qui reconstruisent la relation horizontale entre travailleurs et travailleuses et qui maintiennent une dose nécessaire de conflictualité pour exiger des droits, des ressources, des outils. Il ne s'agit pas de construire des « îlots de bonheur » comme on l'a reproché à la tradition libertaire, mais plutôt un archipel et un écosystème avec des organismes qui se jettent directement dans la lutte pour obtenir des résultats, tout en essayant, dans le même temps, de consolider les capacités autogénérées par la classe elle-même et ses besoins de solidarité réciproque pour résister au temps présent.
Ces dernières années, ce n'est pas un hasard si nous avons investi beaucoup d'énergie, avec la maison d'édition Alegre et aussi avec la revue Jacobin Italia, pour soutenir la lutte des ouvriers de l'ancienne GKN qui travaillent dans une perspective d'autogestion ouvrière avec un plan industriel élaboré en collaboration avec le territoire et une intelligentsia solidaire. Nous avons en effet vu dans cette lutte, très généreuse, qui a duré près de cinq ans avec un piquet de grève permanent devant l'usine abandonnée, une ressource pour reconstruire une dimension de classe, même si ce n'est qu'à titre « exemplaire », capable de parler à tous et à toutes. Et c'est également avec cette approche que nous avons défini l'activité de la Global Sumud Flotilla comme une forme de « mutualisme conflictuel ».
S.P. : Quel rôle peuvent jouer les jeunes générations, comme celles qui se sont mobilisées pour la Palestine ? Peux-tu nous expliquer comment ces imposantes mobilisations se sont préparées sur le terrain par un long travail d'organisation ?
S.C. : Le fait que le gouvernement Meloni ait subi un coup dur pour sa crédibilité et sa cohésion ne s'explique pas sans comprendre ce qui s'est passé dans les rues italiennes l'automne dernier. Des millions de personnes sont descendues dans la rue, indignées par la situation à Gaza et par l'impunité dont jouit Israël, mais aussi par les attaques de Trump contre l'Iran. Quelque chose s'est profondément déclenché, surtout parmi les jeunes générations, les jeunes de vingt ans, qui se sont ensuite rendus aux urnes lors du référendum de mars sur la justice et ont manifesté le 25 avril, jour de la Libération du fascisme, une date toujours attaquée par la droite et qui continue de représenter une variable à suivre avec attention.
Cette mobilisation est plus éthique que politique, motivée par l'indignation morale face à la guerre, mais elle comprend désormais, notamment parce qu'elle est attentive à la crise écologique, que certains mécanismes du monde capitaliste sont à l'origine de certaines défaillances. Cette mobilisation n'a pas dépendu de capacités organisationnelles, même si les organisations syndicales, en particulier, ont été très utiles, notamment en convoquant la grève générale. Mais il s'agit d'une participation qui a massivement dépassé les capacités de mobilisation des organisations existantes, démontrant ainsi l'existence d'un nouveau potentiel. Nous ne savons pas si la « génération Gaza » peut être comparée à la « génération Vietnam » des années 1960 et 1970 : aujourd'hui, il n'existe plus cette conscience de classe, cette organisation politique et sociale, ni cette unité profonde qui existaient encore dans les usines, les quartiers et les écoles. Il y avait également une homogénéité idéologique — malgré de nombreuses divisions, nous étions tous redevables à la Révolution russe —, homogénéité qui fait aujourd'hui totalement défaut. C'est pourquoi nous ne savons pas clairement où cette indignation peut mener.
Je ne pense pas que notre rôle, en tant que journalistes, intellectuels, revues, forces politiques ou sociales, soit simplement de faire de la propagande, mais de proposer à cette jeunesse de nouvelles formes d'engagement direct et collectif. C'est là que se mesure notre capacité à inventer des structures à la hauteur de notre époque, afin de donner aux jeunes l'occasion de faire mûrir leur prise de conscience et de l'orienter politiquement.
S.P. : Tu as été vice-directeur du Fatto Quotidiano, tu diriges la maison d'édition Alegre et tu participes par ailleurs à la rédaction de Jacobin Italia. Quel rôle joue selon toi la bataille pour l'hégémonie culturelle aujourd'hui ?
S.C. : Je ne suis plus le rédacteur en chef adjoint du Fatto, mais je continue à contribuer à ce journal et je suis bien sûr très engagé dans la mise en place de Jacobin Italia. J'ai mené une vie politique très intense et structurée, du milieu des années 80 au milieu des années 2000, soit pendant plus de vingt ans. Cette nouvelle activité m'a permis d'étudier beaucoup, et je pense que c'est là une tâche importante pour la politique, qui reste encore trop vague et laissée à l'improvisation. Plus que « l'intellectuel organique », dont parlait Gramsci à une autre époque historique, ce sont aujourd'hui des « idées organiques » qui sont nécessaires à la lutte des classes, et la question de l'hégémonie, elle aussi conçue par notre cher Gramsci, est au contraire une question décisive, et cette intuition reste encore aujourd'hui extrêmement précieuse.
L'hégémonie se construit en faisant circuler les bonnes idées au bon moment, en sachant aussi utiliser au mieux les nouveaux outils, comme les réseaux sociaux, mais surtout en prenant le temps de réfléchir, d'écrire et de débattre. L'une des raisons de la crise de la gauche de classe, depuis au moins trente ans, est précisément celle-ci : le manque de revues, de maisons d'édition, de maisons de la culture. Et je dois dire qu'après vingt ans d'existence, le fait d'avoir réussi, avec les camarades d'Alegre, à donner de la force à ce projet culturel nous fait nous sentir très utiles dans le paysage désastreux de la gauche italienne.
Publié par Marx21.ch le 12 mai 2026
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LvivPride 2026 (Ukraine) : Invitation à l’action
Cette année, l'ONG « Atelier féministe », en collaboration avec l'ONG « Insight », organise la deuxième LvivPride de l'histoire de la ville : une action publique de soutien à la communauté LGBTQIA+ et d'opposition à la nouvelle législation discriminatoire actuellement en cours d'adoption en Ukraine. L'événement aura lieu le 7 juin 2026
L'une des conditions préalables essentielles à l'intégration de l'Ukraine à l'UE est la reconnaissance et la protection légales des couples de même sexe, conformément à l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne dans l'affaire Maymulakhin et Markiv contre l'Ukraine, et au processus d'adhésion de l'Ukraine à l'UE déterminé par la Commission européenne.
Par conséquent, les principales revendications de l'action de cette année sont les suivantes :
– Supprimer le concept de « bonnes mœurs » (Ukr. dobrozvychainist) du nouveau Code civil ukrainien (projet de loi n° 15150) ;
– Inclure les droits des personnes LGBTQIA+ dans le nouveau Code civil, y compris la reconnaissance légale des partenariats entre personnes de même sexe ;
– Simplifier la procédure de reconnaissance légale du genre et adopter la CIM-11 au sein du ministère de la Santé ukrainien
– Harmoniser le Code civil avec le droit de l'UE pour soutenir le processus d'intégration européenne de l'Ukraine ;
– Reconnaître et protéger le droit des personnes LGBTQIA+ à la visibilité dans l'espace public.
L'objectif principal de cette action publique est d'attirer l'attention sur les personnes LGBTQIA+, qui font partie intégrante de la communauté de Lviv et de la société ukrainienne dans son ensemble, et qui paient des impôts, soutiennent l'armée et servent dans les rangs des Forces de défense ukrainiennes, bien qu'elles ne bénéficient toujours pas de la protection des droits humains fondamentaux.
C'est pourquoi nous sollicitons votre soutien pour LvivPride 2026, qui peut prendre les formes suivantes :
Adressez une lettre officielle au Conseil municipal de Lviv et/ou aux autres autorités compétentes, les appelant à faciliter la marche pacifique du 7 juin, dans le cadre de LvivPride 2026, en signe de solidarité, de valeurs démocratiques et de l'engagement de Lviv en faveur de l'Europe. Nous vous demandons également de garantir des conditions appropriées et la sécurité des participants. Par ailleurs, nous vous encourageons à exprimer votre préoccupation face aux actes de censure et aux interventions policières survenus lors de la manifestation pacifique du 7 mai, afin de dénoncer les violations des droits humains inscrites dans le nouveau Code civil (notamment la confiscation des effets personnels et de l'eau des participants par la police). Un modèle de lettre et les coordonnées utiles sont disponibles ici .
Aujourd'hui, vous pouvez influencer les droits dont bénéficieront demain les personnes LGBTQIA+ en Ukraine. Nous vous prions d'adresser un courrier au Conseil municipal de Lviv avant le 22 mai 2026.
Modèle de lettre
English below
Пошти для відправки / Email address :
agu@lvivcity.gov.ua
press@lvivcity.gov.ua
+copy office@femwork.org
Тема листа / Subject : Щодо сприяння безпеці та свободі зібрань під час « Львів Прайд 2026 »
До уваги Львівської міської ради
Міському голові м. Львова п. Андрію Садовому
пл. Ринок, 1, м. Львів, 79008
Шановний пане Садовий !
Ми звертаємося до Вас як представники міжнародної спільноти, що послідовно підтримує демократичний розвиток України та її зусилля на шляху до повноправного членства в Європейському Союзі.
Нам стало відомо про намір проведення у Львові 7 червня 2026 року правозахисної вуличної акції « Львів Прайд 2026 », організованої ГО « Феміністична майстерня » за підтримки ГО « Інсайт ». Метою акції є захист прав ЛГБТІК+ спільноти, обговорення викликів, пов'язаних із новим проєктом Цивільного кодексу України, та наголошення на важливості правового визнання одностатевих партнерств, зокрема для українських військовослужбовців та військовослужбовиць.
Варто підкреслити, що забезпечення прав людини, свобода слова та мирних зібрань є невід'ємними складниками критеріїв вступу до ЄС. Окрім того, забезпечення рівних прав для всіх громадян та захист вразливих груп є фундаментальними принципами, на яких базується Європейський Союз. Сприяння проведенню цієї акції стане чітким сигналом того, що Україна поділяє ці цінності та на ділі дотримується європейських стандартів демократії та недискримінації.
Враховуючи вищевикладене, ми закликаємо Львівську міську раду та Вас особисто як очільника громади :
Забезпечити належне сприяння у проведенні ходи під час мирної акції 07 червня 2026 року.
Гарантувати безпеку всіх учасниць та учасників заходу, тісно співпрацюючи з правоохоронними органами для запобігання будь-яким проявам насильства чи провокацій.
Забезпечити безперешкодну реалізацію права на свободу зібрань, що є фундаментальною ознакою вільного та демократичного суспільства.
Львів завжди був містом, яке задає стандарти відкритості та культурного діалогу. У цей складний час для України єдність суспільства та захист прав усіх громадян, незалежно від їхньої сексуальної орієнтації чи гендерної ідентичності, є критично важливими для стабільності та міжнародного іміджу країни.
Сподіваємося на Вашу конструктивну позицію та підтримку демократичних цінностей у місті Львові.
З повагою,
(Підпис)
(Ім'я та Прізвище)
(Назва організації / Посольства / Представництва)
Subject : Facilitation of Safety and Freedom of Assembly during Lviv Pride 2026
To the Lviv City Council
To the Mayor of Lviv, Mr. Andriy Sadovyi
1 Rynok Square, Lviv, 79008
Dear Mayor Sadovyi,
We are writing to you as representatives of the international community who consistently support the democratic development of Ukraine and its ongoing efforts toward full membership in the European Union.
We have been informed of the upcoming human rights public action, "Lviv Pride 2026," scheduled to take place in Lviv on June 7, 2026. This event is organized by the NGO "Feminist Workshop" in support of the NGO "Insight." The action aims to advocate for the rights of the LGBTQIA+ community, address the challenges posed by the draft of the new Civil Code of Ukraine, and emphasize the necessity of legal recognition for same-sex partnerships—a matter of profound significance, particularly for Ukrainian servicemen and women.
It is essential to underscore that the protection of human rights, freedom of expression, and the right to peaceful assembly are indispensable components of the criteria for EU accession. Furthermore, ensuring equal rights for all citizens and protecting vulnerable groups are fundamental principles upon which the European Union is built. Facilitating the successful conduct of this action will serve as a clear signal that Ukraine shares these core values and is actively upholding European standards of democracy and non-discrimination.
In light of the above, we call upon the Lviv City Council and you personally, as the leader of the community, to :
Provide proper assistance in holding the march during the peaceful action on June 7, 2026 ;
Guarantee the safety and security of all participants by coordinating closely with law enforcement agencies to prevent any manifestations of violence or provocation ;
Ensure the unhindered exercise of the right to freedom of assembly, which remains a cornerstone of a free and democratic society.
Lviv has long been a city that sets the standard for openness and cultural dialogue. In these challenging times for Ukraine, social cohesion and the protection of the rights of all citizens—regardless of their sexual orientation or gender identity—are vital for the country's stability and international standing.
We trust in your constructive position and your dedication to upholding democratic values in the city of Lviv.
Respectfully,
(Signature)
(Name and Surname)
(Title / Organization / Embassy / Mission)
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L’écart salarial entre les hommes et les femmes s’est légèrement creusé en 2025 et ce que les États peuvent faire pour y remédier
Le 26 mars est la Journée de l'égalité salariale, qui nous rappelle qu'il existe encore un écart salarial important entre les hommes et les femmes dans notre pays. Cette date correspond à la période de l'année 2026 jusqu'à laquelle les femmes devraient travailler, en plus des heures qu'elles ont effectuées en 2025, simplement pour atteindre le même salaire que celui des hommes en 2025.
Salaires horaires moyens, par sexe et niveau d'études, 2025
Points clés :
* L'écart salarial entre les sexes, qui persiste, s'est légèrement creusé en 2025 ; les femmes gagnaient en moyenne 18,6% de moins que les hommes après prise en compte de l'origine ethnique, du niveau d'études, de l'âge, de la situation matrimoniale et de l'État de résidence.
* Les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes, quel que soit leur niveau d'études. Les femmes titulaires d'un diplôme de troisième cycle gagnent en moyenne moins que les hommes titulaires d'un simple diplôme universitaire.
* L'écart salarial entre les sexes s'est creusé à la suite d'une année marquée par les attaques de l'administration Trump contre les travailleurs et ls travailleuses, notamment les réductions d'effectifs au sein de la fonction publique fédérale, les attaques contre les efforts en matière de diversité, d'équité et d'inclusion, les ordres de déportations massives et le démantèlement des services de garde d'enfants et d'aide à domicile.
* Les États peuvent réduire l'écart salarial entre les sexes grâce à des politiques garantissant l'accès à des congés familiaux et médicaux rémunérés, imposant la transparence salariale, augmentant le salaire minimum et facilitant la création de syndicats par les travailleurs/travailleuses.
Le 26 mars est la Journée de l'égalité salariale, qui nous rappelle qu'il existe encore un écart salarial important entre les hommes et les femmes dans notre pays. Cette date correspond à la période de l'année 2026 jusqu'à laquelle les femmes devraient travailler, en plus des heures qu'elles ont effectuées en 2025, simplement pour atteindre le même salaire que celui des hommes en 2025.
Sur une base horaire, les femmes ont été payées en moyenne 18,6% de moins que les hommes en 2025, après prise en compte de l'origine ethnique, du niveau d'éducation, de l'âge, de la situation matrimoniale et de l'État de résidence. Après s'être réduit à un plus bas historique de 18,0% en 2024 — probablement sous l'effet d'une forte reprise du marché du travail suite à la récession liée à la COVID-19, qui a davantage fait progresser les salaires dans la partie inférieure de la distribution salariale globale —, l'écart salarial entre les sexes s'est légèrement creusé en 2025. Bien que loin d'annuler totalement les progrès réalisés ces dernières années, cette légère aggravation en 2025 reflète le ralentissement de la croissance des salaires les plus bas et les conséquences économiques de la première année du second mandat de Trump.
Les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes en raison de la discrimination liée à la ségrégation professionnelle, à la dévalorisation du travail des femmes et aux normes sociales, dont une grande partie s'enracine bien avant que les femmes n'entrent sur le marché du travail. L'écart salarial est le plus faible chez les travailleurs/travailleuses à bas salaire, en partie parce que le salaire minimum fixe un seuil salarial. Au 10e centile, les femmes gagnent 1,39 $ (soit 9,1%) de moins par heure que les hommes, tandis qu'au milieu de l'échelle, l'écart salarial est de 4,12 $ par heure (soit 14,7%). Les femmes situées au 90e centile de leur distribution salariale gagnent 14,05 $ (soit 19,6%) de moins par heure que les hommes situés au 90e centile de la distribution salariale.
Les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes, quel que soit leur niveau d'études
Bien que les femmes aient progressé en matière de niveau d'études au cours des cinq dernières décennies, elles restent confrontées à un écart salarial important. Parmi les actifs, les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes parmi la population active titulaire d'un diplôme universitaire et sont nettement plus susceptibles d'obtenir un diplôme de troisième cycle que les hommes. Malgré cela, les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes, quel que soit leur niveau d'études, comme le montre la figure A.
Parmi les travailleurs/travailleuses titulaires uniquement d'un diplôme d'études secondaires, les femmes sont payées 21,5% de moins que les hommes. Parmi les travailleurs/travailleuses titulaires d'un diplôme universitaire, les femmes sont payées 23,8% de moins que les hommes. Cet écart de 12,07 dollars de l'heure se traduit par un revenu annuel inférieur d'environ 25 100 dollars pour une travailleuses à temps plein. Les femmes titulaires d'un diplôme de troisième cycle subiront également un écart salarial horaire important de 17,70 dollars en 2025, soit plus de 36 800 dollars par an.
Ce que ces données montrent très clairement, c'est que les femmes ne peuvent pas échapper à l'écart salarial entre les sexes par le biais de l'éducation. Les inégalités systémiques sont si persistantes que les femmes titulaires d'un diplôme de troisième cycle sont payées, en moyenne, moins par heure que les hommes titulaires d'un simple diplôme universitaire. Les hommes titulaires d'un simple diplôme universitaire sont payés en moyenne 50,61 dollars de l'heure, contre 49,67 dollars pour les femmes titulaires d'un diplôme de troisième cycle.
Les femmes noires et hispaniques sont confrontées aux écarts salariaux les plus importants
Pour les femmes noires et hispaniques, les écarts salariaux par rapport aux hommes blancs sont encore plus marqués en raison d'une discrimination cumulée et d'une ségrégation professionnelle fondée à la fois sur le genre et sur l'origine ethnique. Dans la figure B, nous comparons les salaires médians — c'est-à-dire le 50e centile de la distribution salariale de chaque groupe — des femmes d'origine asiatique et des îles du Pacifique (AAPI), noires, hispaniques et blanches à ceux des hommes blancs. [Dans cette analyse, les catégories de race et d'origine ethnique s'excluent mutuellement. Nous entendons ici par « Blanc·hes » les Blanc·hes non hispaniques, par « Noir·es » les Noir·es non hispaniques, par « Américain·es d'origine asiatique et des îles du Pacifique (AAPI) » les AAPI non hispaniques, et par « Hispaniques » les Hispaniques, quelle que soit leur race.]
Les femmes blanches et AAPI perçoivent respectivement 81,9% et 93,3% du salaire des hommes blancs non hispaniques. Les femmes noires ne perçoivent que 68,3% du salaire des hommes blancs au niveau médian, contre 69,6% en 2024. Cela représente un écart de 9,87 dollars de l'heure, ce qui se traduit par un revenu annuel inférieur d'environ 20 500 dollars pour une travailleuse à temps plein. Pour les femmes hispaniques, l'écart est encore plus important : elles ne perçoivent que 64,5% du salaire des hommes blancs, soit un écart salarial horaire de 11,06 dollars. Pour une travailleuse à temps plein, cet écart représente plus de 23 000 dollars par an. Cette disparité a également légèrement augmenté par rapport à l'année dernière.
Même en tenant compte de l'âge, du niveau d'études, de la situation matrimoniale et de l'État de résidence, les femmes noires et hispaniques sont respectivement rémunérées 25,3% et 27,4% de moins que leurs homologues masculins blancs. En d'autres termes, la différence salariale observée s'explique très peu par des différences de niveau d'études, d'expérience ou de conditions économiques régionales.
Les politiques de l'administration Trump aggravent les écarts salariaux et rendent plus difficile l'application des lois anti-discrimination
Au cours de l'année écoulée, l'administration Trump a pris à plusieurs reprises des mesures préjudiciables aux travailleuses, notamment :
* réduire drastiquement les effectifs de la fonction publique fédérale ;
* instrumentaliser les agences chargées de défendre les travailleurs/travailleuses et de lutter contre la discrimination en les transformant en défenseurs de pratiques discriminatoires ;
* supprimer l'application des mesures d'égalité en matière d'emploi fondées sur l'origine ethnique et le genre pour les prestataires de services fédéraux ;
* ordonner des expulsions massives ;
* affaiblir les structures d'accueil pour enfants et les financements publics essentiels ;
* limiter l'accès au financement de l'enseignement supérieur ;
* réduire les protections accordées aux aides à domicile ; et
* normaliser le harcèlement et les représailles sur le lieu de travail.
Les femmes noires et hispaniques ont subi et continueront de subir les conséquences de ces attaques plus durement que bon nombre de leurs collègues masculins blancs non hispaniques. La réduction imprudente des effectifs fédéraux menée par Trump, par exemple, a touché de manière disproportionnée les femmes noires, pour qui les emplois dans la fonction publique ont toujours constitué un puissant levier de mobilité économique et de sécurité. En 2025, le taux d'emploi des femmes noires a chuté de 1,4 point de pourcentage pour s'établir à 55,7%. Il s'agit de l'une des baisses annuelles les plus marquées de ces 25 dernières années, bien plus spectaculaire que celle enregistrée chez les autres femmes ou chez les hommes noirs. Les femmes noires diplômées de l'enseignement supérieur ont connu la plus forte baisse d'emploi, probablement parce que près de la moitié des fonctionnaires fédéraux noir·es sont titulaires d'une licence ou d'un diplôme supérieur. Cette diminution des emplois bien rémunérés et traditionnellement stables entraînera presque certainement une insécurité économique accrue. De plus, les expulsions massives réduiront probablement le nombre d'emplois tant pour les femmes immigrées que pour celles nées aux États-Unis, en particulier dans le secteur des soins, ce qui affectera de manière disproportionnée les femmes hispaniques.
L'administration Trump a également restreint la capacité du gouvernement à protéger les travailleurs/travailleuses et à sanctionner les employeurs coupables de discrimination. La restriction de l'utilisation de termes tels que « genre », « race », « équité » et « discrimination », ainsi que les tentatives visant à instrumentaliser la Commission pour l'égalité des chances en matière d'emploi (EEOC) contre les femmes et les travailleurs issus des minorités ethniques, porteront préjudice à l'ensemble des travailleurs/travailleuses, tout en affaiblissant notre capacité à surveiller l'équité salariale et à faire respecter les lois anti-discrimination. Les effectifs de l'EEOC n'ont cessé de diminuer au cours des quatre dernières décennies, mais les récentes coupes budgétaires et le changement de priorités vont aggraver sa capacité d'application déjà réduite. La disponibilité et la collecte continue de données clés au sein des agences fédérales sont également menacées. Si les agences qui collectent des données sur les salaires et les revenus en fonction des caractéristiques démographiques se retiraient, ce serait un désastre pour tous ceux et toutes celles – décideur·es politiques, chercheurs/chercheuses, employeurs ou travailleurs /travailleuses – qui souhaitent disposer de données de base sur les performances économiques pour différent·es travailleurs/travailleuses et différents secteurs.
Malgré les menaces fédérales, les États peuvent contribuer à réduire l'écart salarial entre les sexes
Pour réduire les écarts salariaux liés au genre, à la race et à l'origine ethnique, il faudra mettre en place des mesures politiques sur plusieurs fronts. Bien que les attaques contre l'égalité entre les sexes et l'égalité raciale se poursuivent au niveau fédéral, les législateurs/législatrices des États peuvent et doivent prendre des mesures pour lutter contre l'écart salarial entre les sexes. Parmi les solutions possibles figurent l'adoption de lois sur la transparence salariale, l'instauration obligatoire de congés familiaux et médicaux rémunérés (PFML), l'augmentation du salaire minimum, le financement de services de garde universels et la suppression des lois anti-travailleurs/travailleuses dites « droit au travail » (RTW). La figure C met en évidence les États qui ont déjà adopté certaines de ces mesures législatives essentielles, tout en soulignant la nécessité de normes fédérales strictes pour couvrir les millions de travailleurs/travailleuses qui vivent en dehors de ces États.
Voir figure C – dynamique – sur le site Portside
Seuls 14 États ont mis en place des politiques obligatoires et complètes en matière de congés parentaux et familiaux rémunérés (PFML), alors même que ces congés offrent des avantages essentiels qui aident les travailleurs/travailleuses à subvenir à leurs besoins tout en prenant soin d'elleux-mêmes et de leur famille. Des études montrent que l'accès aux congés PFML améliore la situation des parent·es et des enfants, favorise la participation au marché du travail et le maintien en emploi, et qu'il s'agit d'une politique bénéfique tant pour les employé·es que pour les employeurs. Il est également démontré que l'accès aux congés rémunérés contribue à réduire les inégalités raciales en matière de soins et de rémunération.
Les lois sur la transparence salariale constituent un autre outil utile qui empêche les employeurs de proposer des rémunérations inégales en les obligeant à inclure des informations sur les salaires dans les offres d'emploi. Bien qu'il existe certaines variations entre les lois, toutes prévoient l'obligation pour les employeurs de fournir des informations salariales dans les offres d'emploi, mais les employeurs du Connecticut, du Maryland et du Rhode Island ne doivent fournir ces informations que si les candidat·es en font la demande. Cette transparence salariale a le potentiel de réduire la discrimination fondée sur le genre en fournissant davantage d'informations aux demandeurs/demandeuses d'emploi et en limitant la capacité des employeurs à verser des salaires différents à des candidat·es ayant des qualifications similaires. Une loi sur la transparence salariale du Colorado, par exemple, a réduit les écarts de salaire entre les sexes pour les travailleurs/travailleuses ayant changé d'emploi de pas moins de 8,9%.
À partir des années 1980, les décideurs politiques ont de facto cessé de protéger le droit des travailleurs/travailleuses à se syndiquer et à négocier collectivement, ce qui a affaibli le pouvoir de négociation des travailleurs/travailleuses et accru les inégalités de revenus. La faiblesse de la législation du travail permet aux employeurs de prendre des mesures de rétorsion contre la syndicalisation et de porter atteinte au droit des travailleurs/travailleuses à la négociation collective. Les conventions collectives peuvent contribuer à réduire les écarts salariaux entre les sexes et les races en fixant des salaires clairs pour un niveau donné d'expérience et de formation, ce qui limite la capacité des employeurs à pratiquer une discrimination lors de la fixation des salaires. Malheureusement, 26 États ont adopté des lois « RTW » (Right to Work) qui rendent encore plus difficile pour les syndicats de s'organiser efficacement et de négocier de meilleures conventions. Les États dotés de ces lois affichent non seulement des taux de syndicalisation plus faibles, mais aussi des écarts salariaux entre les sexes plus importants. En facilitant la création de syndicats par les travailleurs/travailleuses, les décideurs politiques peuvent contribuer à réduire ces écarts salariaux.
Le salaire minimum empêche les salaires de descendre en dessous d'un seuil obligatoire. Alors que la valeur réelle du salaire minimum fédéral a été laissée à la baisse, perdant près de 5 dollars de l'heure depuis son pic de 1968, les États sont intervenus et ont augmenté leur salaire minimum. En janvier 2026, 30 États et le district de Columbia avaient des salaires minimums supérieurs au salaire minimum fédéral, couvrant plus de la moitié des travailleurs/travailleuses étasunien·nes. Étant donné que les femmes sont surreprésentées parmi les travailleurs/travailleuses à bas salaire, ces lois sont essentielles pour renforcer leur sécurité économique et réduire les écarts salariaux au bas de l'échelle des salaires.
Bien qu'il n'existe pas de mesure unique capable de combler l'écart salarial, chacune de ces solutions permettra de le réduire et d'améliorer les conditions de travail des salarié·es à travers le pays. Au cours de sa première année de nouveau mandat, Trump a aboli des normes du travail essentielles, décimé les syndicats fédéraux et licencié des dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux. Aujourd'hui plus que jamais, il est essentiel que les États prennent des mesures pour protéger les travailleurs/travailleuses menacé·es, empêcher l'aggravation de l'écart salarial entre les sexes et bâtir une économie équitable au service de tous et toutes.
Emma Cohn (elle) a rejoint l'EPI en 2024 en tant qu'assistante de recherche au sein de l'équipe du Réseau d'analyse et de recherche économiques (EARN). À ce titre, elle collecte, analyse et présente des données économiques, réalise des visualisations de données et participe à la rédaction de rapports et d'articles de blog.
Elise Gould, économiste principale, a rejoint l'EPI en 2003. Ses domaines de recherche portent notamment sur les salaires, l'emploi, les inégalités économiques et l'économie des soins. Elle est co-auteure de l'ouvrage *The State of Working America*, 12e édition. Mme Gould a rédigé un chapitre sur la santé dans The State of Working America 2008/09 ; elle a coécrit un ouvrage sur la couverture d'assurance maladie à la retraite ; elle a publié des articles dans des revues telles que The Chronicle of Higher Education, Challenge Magazine et Tax Notes ; et elle a écrit pour des revues universitaires, notamment Health Economics, Health Affairs, Journal of Aging and Social Policy, Risk Management & Insurance Review, Environmental Health Perspectives etInternational Journal of Health Services. Mme Gould a été citée par divers médias, notamment Bloomberg, NPR, The Washington Post, The New York Times et The Wall Street Journal, et ses opinions ont été publiées dans les pages d'opinion de USA Today et The Detroit News. Elle a témoigné devant la commission des voies et moyens de la Chambre des représentant·es des États-Unis, les commissions des finances du Sénat et des affaires économiques de la Chambre du Maryland, le conseil municipal de New York et le conseil du district de Columbia.
À propos de l'EPI. L'Economic Policy Institute (EPI) est un groupe de réflexion à but non lucratif et non partisan qui œuvre depuis 30 ans pour lutter contre la montée des inégalités, les bas salaires et la faiblesse des prestations sociales pour les travailleurs,/travailleuses le ralentissement de la croissance économique, les conditions de travail inacceptables et l'aggravation des écarts salariaux entre les races. Nous plaçons délibérément les familles de travailleurs/travailleuses à faibles et moyens revenus au cœur des débats sur la politique économique aux niveaux fédéral, étatique et local, alors que nous luttons pour un monde où chaque travailleur a accès à un bon emploi avec un salaire équitable, des soins de santé abordables, une retraite sûre et un syndicat.
Nous savons également que la recherche seule ne suffit pas : c'est pourquoi nous associons délibérément nos travaux de recherche à des actions de sensibilisation et de plaidoyer efficaces, alors que nous nous battons pour apporter des changements concrets dans la vie quotidienne des personnes.
https://portside.org/2026-03-22/gender-pay-gap-widened-slightly-2025
Traduction DE
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Les États-Unis lèvent discrètement les sanctions contre Francesca Albanese
Les États-Unis viennent de lever en toute discrétion les sanctions imposées à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés. La décision, confirmée par le département du Trésor américain qui a supprimé son nom de la liste des personnes sanctionnées (SDN list), intervient après plusieurs mois de controverses diplomatiques et une décision judiciaire embarrassante pour l'administration Trump.
21 mai 2026 | tiré de l'Agence media Palestine
Le 13 mai 2026, après un recours de l'intéressée et de sa famille aux États-Unis, un juge fédéral américain a en effet décidé de suspendre les sanctions à l'encontre de Mme. Albanese. Le magistrat a estimé que l'administration américaine a probablement violé le Premier Amendement de la Constitution en sanctionnant une personne essentiellement pour ses opinions politiques et ses déclarations publiques. Selon la décision judiciaire, Albanese « n'a fait que parler ». Le juge considère également que ses liens familiaux avec les États-Unis lui permettent de bénéficier de certaines protections constitutionnelles américaines. Cette décision représente un revers juridique important pour l'administration Trump.
Juriste italienne spécialisée en droit international et en droit des réfugiés, Francesca Albanese s'est imposée comme l'une des voix les plus importantes de la critique d'Israël à l'ONU depuis le début de son mandat. Ses rapports, notamment Anatomy of a Genocide en 2024, accusaient Israël de commettre un génocide à Gaza et appelaient à des sanctions internationales ainsi qu'à un embargo sur les armes.
En juillet 2025, l'administration de Donald Trump a décidé d'imposer des sanctions inédites contre Mme. Albanese. Washington l'accusait alors de mener une « guerre juridique » contre Israël et les États-Unis, notamment après un rapport dans lequel elle dénonçait la complicité de grandes entreprises étatsuniennes avec Israël et appelait à ce que la Cour pénale internationale enquête sur de possibles crimes de guerre commis par Israël et les États-Unis grâce à ces complicités. Le secrétaire d'État Marco Rubio avait alors affirmé alors que « la campagne de guerre politique et économique contre les États-Unis et Israël ne sera plus tolérée ».
Les sanctions imposées à Francesca Albanese incluaient l'interdiction d'entrée sur le territoire américain ; le gel de ses avoirs ; l'interdiction pour des entités américaines de faire affaire avec elle ; des restrictions bancaires et financières très lourdes. Les mesures ont eu des effets immédiats sur la vie de Francesca Albanese : elle ne pouvait plus utiliser ses cartes bancaires ni accéder normalement à ses comptes. Elle ne pouvait plus voyager librement aux États-Unis, y compris pour rejoindre sa famille à Washington ou se rendre au siège des Nations unies à New York. Son mari et sa fille, citoyens américains, ont participé à l'action judiciaire contestant les sanctions. Sur le plan professionnel, Georgetown University a mis fin à son statut de chercheuse affiliée fin 2025 afin de se conformer aux sanctions américaines.
Francesca Albanese a dénoncé à plusieurs reprises des sanctions « obscènes » destinées, selon elle, à punir sa « quête de la justice ». L'affaire a suscité de nombreuses réactions internationales. Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a demandé à Washington d'annuler les sanctions. Des ONG comme Amnesty International ont parlé d'une « atteinte scandaleuse à la justice internationale ».
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« Du racisme pur et simple » : l’administration Trump bloque la réinstallation des réfugié-es, sauf pour les Sud-Africain-es blanc-hes
L'administration Trump poursuit son projet visant à accueillir 10 000 Sud-Africain-es de race blanche supplémentaires aux États-Unis en tant que réfugié-es. Selon la proposition du président Trump, soumise au Congrès lundi, les États-Unis feraient passer leur quota d'admission de réfugié-es — actuellement au plus bas — de 7 500 à 17 500, les places supplémentaires étant réservées aux Afrikaners. Cette initiative intervient alors que l'administration continue de bloquer l'entrée de réfugié-es provenant d'autres pays.
https://www.democracynow.org/2026/5/21/afrikaners
21 mai 2026
Les États-Unis ont réinstallé un peu plus de 6 000 réfugié-es entre octobre et avril — tous, sauf trois, provenaient d'Afrique du Sud. Trump a déclaré que les Afrikaners faisaient face à la persécution raciale et au génocide en Afrique du Sud, des allégations qui ont été rejetées, entre autres, par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. L'année dernière, il a suspendu l'aide au pays et a boycotté le sommet du G20 à Johannesburg.
« La blancheur est présentée comme une espèce en voie de disparition », explique Lebohang Pheko, professeur de pratique à l'Université de Johannesburg. « On observe un glissement vers l'alt-right, le discours MAGA, qui repose sur la théorie du remplacement, et qui vise clairement à supplanter l'idée que toute norme autre que la blancheur est acceptable. » Pheko suggère également que les actions de Trump envers l'Afrique du Sud constituent une riposte à la plainte pour génocide que ce pays a déposée contre Israël devant la Cour internationale de justice.
« Nous traitons les dossiers de réinstallation des Afrikaners blancs à un rythme record », ajoute Sharif Aly, président de l'International Refugee Assistance Project, qui mène actuellement un recours collectif contre le démantèlement du programme américain d'accueil des réfugié-es par l'administration Trump. « Ce programme n'a jamais été rapide, et il est accéléré uniquement pour cette population-là. » Alors que les Afrikaners sont rapidement réinstallés, « des milliers d'autres personnes qui ont subi des années de vérification, qui ont subi des années de persécution et de violence », se voient refuser l'entrée aux États-Unis, affirme M. Aly.
NERMEEN SHAIKH : L'administration Trump va de l'avant avec des plans visant à augmenter le nombre de Sud-Africain-es blanc-hes qu'elle admettra aux États-Unis en tant que réfugié-es au cours des prochains mois. La proposition prévoit la réinstallation de 10 000 Sud-Africain-es blanc-hes supplémentaires aux États-Unis, alors même que l'administration Trump continue de bloquer l'entrée de réfugié-es provenant d'autres pays. Les États-Unis ont réinstallé un peu plus de 6 000 réfugié-es entre octobre et avril, et tous sauf trois provenaient d'Afrique du Sud. En vertu de la nouvelle proposition de Trump, qui a été soumise au Congrès, les États-Unis feraient passer leur quota annuel d'admission de réfugié-es, actuellement à son plus bas niveau historique, de 7 500 à 17 500, les places supplémentaires étant réservées aux Afrikaners. Trump a faussement affirmé qu'ils faisaient l'objet de persécutions raciales et d'un génocide. Voici ce qu'a déclaré le président Trump en décembre dernier.
LE PRÉSIDENT DONALD TRUMP : C'est un génocide qui est en train de se produire, dont vous ne voulez pas parler, mais c'est une chose terrible qui se passe. Et des agriculteurs sont assassinés. Il se trouve qu'ils sont blancs, mais qu'ils soient blancs ou noirs, cela m'importe peu ; ce qui compte, c'est que des agriculteurs blancs sont brutalement assassinés et que leurs terres sont confisquées en Afrique du Sud.
AMY GOODMAN : Les allégations de génocide des Blancs et de violence raciale ont été rejetées, entre autres, par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.
Pour en savoir plus, nous sommes en compagnie de deux invités. Lebohang Pheko est chercheuse principale et économiste politique au sein du groupe de réflexion Trade Collective, ainsi que professeure de pratique à l'Université de Johannesburg ; elle nous rejoint depuis Johannesburg. Et à Washington, D.C., nous accueillons Sharif Aly, président de l'International Refugee Assistance Project, qui mène actuellement un recours collectif contre le démantèlement par l'administration Trump du programme américain d'accueil des réfugié-es.
Commençons par vous, votre poursuite. Expliquez-nous de quoi il s'agit. Les gens seront choqués d'apprendre, Sharif Aly, que 6 000 réfugié-es ont été accepté-es, un nombre incroyablement bas de réfugié-es provenant du monde entier, mais en fait pas du monde entier, seulement d'Afrique du Sud, à l'exception de trois. Pouvez-vous expliquer ce qui se passe ? Et maintenant, le président Trump veut lever le plafond imposé par son administration, mais uniquement pour accueillir des Blanc-hes, davantage de Sud-Africain-es blanc-hes.
SHARIF ALY : Oui. Merci beaucoup de m'accueillir.
Ce que je peux vous expliquer, c'est que le jour de son investiture, il a signé un décret visant à suspendre le programme américain d'accueil des réfugié-es. Depuis, nous sommes engagés dans une procédure judiciaire, dans le cadre de l'affaire Pacito c. Trump, pour rétablir ce programme, qui est absolument essentiel.
Non seulement ils limitent l'entrée aux États-Unis à cette seule population, mais cela a des répercussions sur la vie de milliers d'autres personnes qui ont subi des années de vérification, qui ont enduré des années de persécution et de violence et qui tentent de trouver la sécurité. Par exemple, avant ce décret, 12 000 personnes avaient reçu une autorisation conditionnelle de voyager. Ce sont des personnes qui avaient vendu tous leurs biens. Ce sont des personnes qui ont quitté leur foyer. Il y a maintenant des gens qui ne savent pas où ils vont, et, en fait, beaucoup d'entre eux ne peuvent même pas travailler dans les pays de premier asile où ils résident actuellement.
Il y a également plus de 100 000 personnes qui étaient en cours de procédure de réinstallation aux États-Unis. Elles sont désormais bloquées, dans l'incertitude, alors que nous traitons les dossiers de réinstallation des Afrikaners blancs à un rythme record. Ce programme n'a jamais été rapide, et il est accéléré uniquement pour cette population-là. Ce que je peux vous dire, c'est qu'il s'agit là d'un racisme flagrant, où seul un groupe, généralement blanc, est autorisé à entrer dans le pays, tandis qu'on refuse l'accès aux Noir-es, aux personnes de couleur, aux personnes d'origine musulmane ainsi qu'aux autres nationalités et minorités religieuses.
NERMEEN SHAIKH : Et, Dr Pheko, pourriez-vous réagir à cette proposition de Trump et expliquer quelle est réellement la situation en Afrique du Sud, notamment par rapport à son affirmation selon laquelle il y aurait un génocide des Blancs et que les Afrikaners blancs seraient persécutés dans le pays ?
LEBOHANG PHEKO : Merci, et merci également à votre invité.
Je pense donc que nous — l'une des choses sur lesquelles nous pouvons nous entendre à l'échelle mondiale, c'est qu'il n'y a pas de génocide des Blancs en Afrique du Sud. Et je pense que l'ironie, qui n'échappe pas à bon nombre d'entre nous, c'est que cela survient à un moment où un véritable génocide est en train d'être perpétré contre, vous savez, plusieurs personnes, à travers la bande de Gaza, la Palestine, l'Iran et ainsi de suite.
Et cela a aussi à voir, en réalité — nous devons replacer cela dans un certain contexte. L'un des éléments est la réhabilitation du statut de victime des Blancs. Cela a également à voir avec la délégitimation de la souveraineté africaine et du pouvoir de la majorité noire. Il est également important de noter que cela est lié à la panique démographique et au glissement mondial vers la droite, l'alt-right, la théorie du remplacement, etc. Et cela conduit à une certaine hostilité envers l'immigration en provenance du monde majoritairement non occidental, comme l'a déjà souligné mon collègue panéliste.
Je pense que le danger réside aussi dans le fait que cela s'inscrit dans une politique anti-Noir-es très marquée et dans l'anti-noirisme, même si le président Trump prétend que cela lui serait égal s'il s'agissait de Blancs — s'il s'agissait d'agriculteurs noirs. La vérité, c'est que dans ce pays, il y a de la criminalité, et il y a, vous savez, des homicides et des meurtres, comme dans n'importe quel pays et partout dans le monde.
L'une des crises auxquelles nous sommes confrontés est certainement celle de la justice pénale et de la criminalité — vous savez, les statistiques sur la criminalité et les taux élevés de divers maux sociaux et de violences sociales. Ces problèmes ne sont pas liés à la race. Ils sont liés aux économies d'échelle. Elles sont liées à l'exclusion. Elles sont liées au chômage. Elles sont liées au désespoir des gens. Et elles sont aussi liées aux défaillances structurelles dont nous avons hérité du régime d'avant 1994, ce qui signifie qu'il y a des millions de personnes dans ce pays qui sont non seulement au chômage, mais inemployables, qui n'ont jamais trouvé leur place dans cette économie.
Nous avons également un passé marqué par la violence, une violence sanctionnée par l'État, soit dit en passant, et la manière dont notre propre politique personnelle, la politique interpartis, a reproduit cette violence, qui était aussi souvent fomentée par la main invisible de l'État. Donc, dire que cela revient maintenant à un génocide des Blancs, c'est aussi essayer de réécrire l'histoire et essayer de réinterpréter l'autorité morale de notre victoire sur le colonialisme de peuplement comme quelque chose de sinistre. Et c'est là la forme la plus flagrante de révisionnisme blanc.
NERMEEN SHAIKH : Passons maintenant à ce qu'a déclaré le président sud-africain Cyril Ramaphosa, réfutant les affirmations de Trump selon lesquelles les Blancs seraient persécutés dans son pays, qualifiant cela de « récit complètement faux ». S'exprimant lors du Forum des PDG africains à Abidjan, en Côte d'Ivoire, Ramaphosa a raconté une conversation qu'il a eue avec Trump au sujet de la situation dans son pays.
LE PRÉSIDENT CYRIL RAMAPHOSA : J'ai eu une conversation téléphonique avec le président Trump. Et je… il m'a demandé : « Que se passe-t-il là-bas ? » Et j'ai répondu : « Monsieur le Président, ce que vous ont dit ces gens qui s'opposent à la transformation chez nous, en Afrique du Sud, n'est pas vrai. » Et j'ai ajouté : « Nelson Mandela et d'autres leaders emblématiques, comme Oliver Tambo, nous ont bien appris comment continuer à bâtir une nation unie à partir des divers groupes que nous avons en Afrique du Sud. Nous sommes le seul pays du continent où les colonisateurs sont venus pour rester, et nous ne les avons jamais chassés de notre pays. Ils restent donc, et ils font de grands progrès. Il s'agit d'un groupe marginal, qui ne bénéficie pas d'un large soutien, qui est opposé à la transformation et au changement, et qui préférerait en réalité voir l'Afrique du Sud revenir à des politiques de type apartheid.
NERMEEN SHAIKH : C'est donc le président Ramaphosa qui s'exprimait l'année dernière. Vous avez mentionné, Dr Pheko, le génocide en cours, le génocide qui est en fait en train de se produire et qui s'est produit. Pourriez-vous nous parler du contexte dans lequel les États-Unis, et plus précisément l'administration Trump, ont pris cette décision, à savoir la saisie de la Cour internationale de justice par l'Afrique du Sud en décembre 2023 pour une affaire de génocide contre Israël ? Était-ce un facteur pertinent ?
LEBOHANG PHEKO : C'est tout à fait pertinent. Je veux dire, je pense que nous sommes d'accord pour dire qu'il n'y a pas de génocide des Blancs en Afrique du Sud. Il existe cependant un mécanisme mondial qui continue de normaliser les guerres impérialistes, l'occupation et les souffrances des personnes noires et métisses. Et ce que nous constatons, c'est que la blancheur est présentée comme une espèce en voie de disparition, tandis que les Palestinien-nes, les Syrien-nes, les Soudanais-es, les Congolais-es et d'autres peuples confrontés à des violences massives, aux déplacements et à la dépossession se voient refuser une sympathie mondiale équivalente.
Et clairement, ce que cela — ce que la position de l'Afrique du Sud à la CIJ tente de faire — c'est de réhumaniser et de recentrer une éthique morale et judiciaire autour de ce sur quoi l'humanité devrait se concentrer. Et cela revient vraiment à affirmer que si nous disons « plus jamais ça », en tant que personnes qui avons été dépossédées, occupées, qui avons été les premiers colons ¬— vous savez, le premier État d'apartheid, en soi, formellement inscrit juridiquement — il ne fait aucun doute que cela semble survenir à un moment où, dans le même temps, on observe un glissement vers l'extrême droite, le discours MAGA, qui repose sur la théorie du remplacement, et qui vise clairement à supplanter l'idée que — l'idée que toute chose autre que la blancheur est normative.
Le président Trump et son administration ont clairement fait savoir qu'ils étaient très mécontents de notre position devant la CIJ, à laquelle se sont bien sûr ralliés plusieurs autres pays. Cependant, cela ne s'arrêtera pas là, car il ne s'agit pas seulement d'un affrontement entre l'Afrique du Sud et les États-Unis. Il s'agit en réalité d'une éthique humaine. Il s'agit en réalité d'une éthique anti-impérialiste. Et il s'agit vraiment d'une éthique qui devrait nous placer au cœur d'une nouvelle forme d'internationalisme et d'une nouvelle forme de compassion, et qui devrait également nous éloigner de ce genre d'intimidation, d'intimidation impérialiste, qui semble se produire sous l'impulsion du président Trump, et qui tente ensuite d'utiliser comme arme la position adoptée par des pays comme l'Afrique du Sud contre le génocide, le véritable génocide, qui se déroule en Palestine.
AMY GOODMAN : Lebohang Pheko, je voulais vous interroger sur ce qu'on appelle la « mafia PayPal » et les personnes qui entourent le président Trump et le vice-président JD Vance. Il y a Peter Thiel, le mécène de longue date sud-africain de JD Vance, qui a fait ses études dans la ville sud-africaine de Swakopmund, où régnait à l'époque où il y vivait un climat incroyablement raciste : on y célébrait l'anniversaire d'Hitler et les gens se saluaient en faisant le salut nazi. Et, bien sûr, cela ressemblait beaucoup à ce qu'un autre Sud-Africain, Elon Musk, a fait lors d'un de ces rassemblements, où, vous savez, il a fait ce salut avec le bras tendu, et tout le monde s'est demandé : « Était-ce un salut nazi ? » Bon, il y a Peter Thiel, David Sacks et Elon Musk. Ce sont des gens très proches de Trump et de JD Vance. Parlez-nous de ceux qui l'influencent.
LEBOHANG PHEKO : Eh bien, vous avez tout à fait raison. Tout ça… c'est une coïncidence vraiment étrange de l'histoire et de la géopolitique qu'il se retrouve entouré de ces « tech bros », ces « tech apartheid bros », en réalité — Peter Thiel, Elon Musk, David Sacks, Reid Hoffman aussi — et qui ont tous des liens différents avec l'Afrique du Sud et l'Afrique australe. C'est vraiment important, parce qu'ils représentent aussi le capital technologique. Ils représentent le libertarianisme. Ils représentent une forme vraiment virulente de nationalisme blanc. Ils représentent aussi une forme de capital de surveillance virulent, de politique de surveillance, qui se cache derrière cette idée d'apatridie et l'idée que l'État ne devrait pas intervenir du tout ou trop profondément dans les affaires des entreprises.
Mais ils relient aussi cela à la technologie de défense et à une sorte de politique libertarienne antilibérale vraiment nauséabonde, qui prétend, encore une fois, être, vous savez, au-delà de la politique. Et pourtant, tous ont tenu des propos autour de ce qu'on appelle l'« anti-wokeness », une terminologie très, très problématique. Ils sont hostiles à la réglementation. Ils ont un programme anti-DEI. Et nous avons vu Elon Musk tenter de s'imposer de force, avec son projet Starlink, sur les marchés africains, notamment sud-africains, comme si nous n'avions pas déjà le Wi-Fi. Et ils colportent aussi ces discours vraiment déplaisants sur le déclin de la civilisation.
Et c'est vraiment problématique et inquiétant qu'aucun d'entre eux, à ma connaissance, ne soit, en soi, profondément ancré dans les sciences politiques, la sociologie ou la philosophie politique — vous savez, la réflexion politique —, ce qui leur donnerait une compréhension aussi solide de la crise civilisationnelle. Mais ils défendent aussi une politique d'État forte lorsqu'elle protège le capital ou leurs propres intérêts géopolitiques, et c'est une étrange coïncidence que ces cinq « tech bros » partisans de l'apartheid se soient justement regroupés autour de Donald Trump.
NERMEEN SHAIKH : Eh bien, Sharif Aly, alors que l'administration Trump augmente ce qui était un nombre sans précédent, qui était si bas, d'admissions de réfugié-es aux États-Unis, elle augmente ce nombre uniquement pour les Sud-Africain-es blanc-hes. Pourriez-vous expliquer quelle est la situation de tous les réfugié-es fuyant des conditions absolument dévastatrices, de la Syrie à la RDC en passant par l'Afghanistan, et quel est leur sort à la lumière de ce que l'administration Trump a fait et continue de faire actuellement avec cette augmentation réservée exclusivement aux Sud-Africain-es blanc-hes ?
SHARIF ALY : Merci. Leur sort change de jour en jour, et le fait que leur statut soit dans les limbes a créé davantage d'incertitude et d'ambiguïté dans leur vie. Et ils souffrent considérablement. Leur vulnérabilité augmente à un rythme effréné. En décembre, je me suis rendu en Jordanie et au Liban pour rencontrer nos équipes, discuter avec nos clients et mieux comprendre le travail qu'ils accomplissent — ainsi que les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Malheureusement, leur vulnérabilité ne cesse de croître. On constate donc que des personnes qui avaient prévu de se réinstaller, de déménager et de trouver la sécurité se retrouvent en réalité avec moins de perspectives d'emploi, sans permis de travail et sans sécurité. En Jordanie plus particulièrement, on a constaté une augmentation du nombre de sans-abri, ce qui a conduit à une exploitation accrue. Les gens, en particulier les femmes, courent un réel risque d'exploitation sexuelle en échange de faveurs qui leur permettraient de survivre. Cela aggrave le traumatisme et les difficultés auxquels sont confrontés les réfugié-es et les personnes déplacées.
Prenons un autre exemple : après le retrait des forces américaines d'Afghanistan, les alliés afghans qui devaient venir aux États-Unis grâce à des visas d'immigrant spéciaux n'ont pas pu voir leur dossier traité et venir en Amérique. Ces personnes font partie des exceptions que la 9e Cour d'appel a exigé et que le Congrès exige que le gouvernement américain respecte : les personnes issues de minorités religieuses, celles dont la famille est réfugiée, et celles qui sont des alliées de guerre. Et pourtant, nous avons aujourd'hui un groupe d'Afghan-es dans un camp au Qatar qui attendent d'être réinstallé-es, et la rumeur veut qu'ils et elles soient envoyé-es en République démocratique du Congo, un pays avec lequel ils n'ont aucun lien, où ils n'ont aucune relation, où ils n'avaient pas l'intention de s'installer, et où sévit actuellement une grave épidémie d'Ebola.
Je veux simplement vous montrer qu'il y a là un véritable mépris pour l'humanité. Plus de 117 millions de personnes dans le monde sont aujourd'hui déplacées. Quarante-cinq millions d'entre elles sont des réfugiées. Les États-Unis accueillent une fraction de ces personnes dans leur pays, dans notre pays. Et ces personnes sont désormais livrées à elles-mêmes dans une société qui ne leur vient pas en aide.
AMY GOODMAN : Sharif Aly, nous tenons à vous remercier de votre présence parmi nous. Vous êtes président de l'IRAP, l'International Refugee Assistance Program, qui poursuit actuellement l'administration Trump en justice pour le démantèlement du programme américain d'accueil des réfugiés. Nous remercions également Lebohang Pheko, chercheuse principale et économiste politique au sein du groupe de réflexion Trade Collective, ainsi que professeure de pratique à l'Université de Johannesburg, qui s'adresse à nous depuis Johannesburg, en Afrique du Sud.
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La Coalition du Québec URGENCE Palestine dénonce un nouvel acte de piraterie du gouvernement israélien et demande la libération immédiate de tou.tes les Canadien.nes arrêté.es par Israël
Tiohtià:ke/Moonyang/Montréal, le 19 mai 2026. Quarante-huit (48) navires de la flottille internationale pour Gaza ont été arraisonnés dans les eaux internationales au large de Chypre. Une autre partie de la flottille avait déjà été interceptée dans les eaux internationales au large de la Crète dans la nuit du 28-29 avril dernier. 400 personnes, dont 11 des 12 des participant.es du Canada, sont détenues illégalement par Israël suite à ce nouvel acte de piraterie. Nous exigeons la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées. De plus, celles-ci doivent être traité.es dignement et ne pas être soumis.es à la torture.
Tiré de Coalition du Québec URGENCE Palestine
La flottille Global Sumud a été rendue nécessaire du fait de l'inaction des gouvernements occidentaux qui tolèrent depuis plus de deux ans le blocus de Gaza. La société civile a pris le relais. Il s'agit là d'une tentative pacifique de ramener l'attention sur le génocide qui se poursuit à Gaza et d'acheminer une infime partie de l'aide humanitaire dont la population palestinienne de Gaza a cruellement besoin,
Cette action du gouvernement israélien est totalement illégale en vertu du droit international et le gouvernement canadien doit promptement demander des comptes au gouvernement israélien et prendre les sanctions qui s'imposent.
Nous joignons notre voix à celle de plus de 200 ancien.nes diplomates canadien.nes qui, dans une lettre ouverte du 15 mai dernier, demandent au gouvernement canadien de prendre des sanctions contre « des responsables gouvernementaux israéliens, des colons ou des organisations qui encouragent la violence contre les Palestiniens et la confiscation de leurs terres », de poursuivre les compagnies canadiennes qui soumissionnent pour des projets de construction de nouvelles colonies israéliennes en Cisjordanie, de suspendre l'Accord stratégique Canada-Israël et de réviser en profondeur l'Accord de libre-échange Canada-Israël.
À Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Iran et en Méditerranée, Israël se comporte en État voyou et doit être traité comme tel par la communauté internationale. Le gouvernement Carney ne doit pas tergiverser et se rendre complice, par son silence ou par la fourniture de munitions, d'un gouvernement coupable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et même de génocide.
Nous exigeons également un embargo bilatéral immédiat sur tout transfert de matériel militaire (direct et indirect) et la fin de toute collaboration avec Israël dans le domaine de la « sécurité ».
Citation
« Toutes les personnes illégalement détenues par Israël suite à cet arraisonnement, y compris les 11 Canadien.nes, doivent être immédiatement relâchées. Le gouvernement canadien doit faire pression sur Israël pour obtenir leur libération et prendre immédiatement les sanctions qui s'imposent. » déclare Diane Lamoureux pour la Coalition du Québec URGENCE Palestine
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Le Parti Québécois et le troisième référendum sur l’indépendance
En cas d'une troisième défaite consécutive de l'option souverainiste, que deviendrait son principal porteur, le Parti québécois ? Il est une des formations politiques majeures au Québec et l'éventuelle disparition qui pourrait résulter d'une autre défaite de sa raison d'être pourrait entraîner sa marginalisation ou même sa disparition. Cela laisserait un vide qu'il faudrait combler. Trois hypothèses majeures s'imposent alors à l'esprit de l'analyste.
1- La première est l'éclatement du parti en groupuscules, les uns voulant à tout prix relancer l'option indépendantiste et d'autres l'abandonner au profit d'une forme d'autonomie prononcée du Québec au sein de la fédération canadienne ; certains quitteraient le PQ et renonceraient à l'action politique, ou rejoindraient peut-être Québec solidaire (QS)..
On peut cependant se demander si un parti doté d'une longue tradition de pouvoir et ayant eu à sa tête des chefs prestigieux, parfois charismatiques comme René Lévesque serait susceptible de disparaître purement et simplement. Ça reste à voir. Mais il peut faire naufrage tranquillement, sa crédibilité atteinte par la défaite référendaire. La survie d'un parti voué avant tout à la réalisation de la souveraineté se révélerait problématique.
2- Le PQ se transformerait peut-être alors, pour surmonter la défaite référendaire en un parti autonomiste même si son motif officiel d'exister demeurerait l'obtention de la souveraineté. Cette stratégie l'assurerait peut-être l'appui d'une bonne partie de l'électorat nationaliste autonomiste, ce qui serait susceptible de compenser pour le départ des indépendantistes purs et durs.
3- La troisième et dernière hypothèse repose sur l'abandon officiel de la souveraineté et l'adoption de l'option fédéraliste. Elle serait susceptible de rallier une masse d'électeurs et d'électrices qui adhèrent au nationalisme autonomiste, mais pas à l'indépendance. Une partie des souverainistes demeurerait quand même peut-être fidèle au PQ. La formation anciennement souverainiste de René Lévesque et de Jacques Parizeau capterait ainsi le sentiment national majoritaire au Québec. Mais il y a fort à gager que cette réorientation provoquerait de sérieuses divisions au sein du parti allant possiblement jusqu'au schisme, dont pourrait éventuellement profiter Québec solidaire, sait-on jamais ?
Il faut aussi se souvenir que si le Parti québécois est une formation politique majeure, il existe des partis concurrents qui bénéficient également d'une audience électorale importante, comme le Parti libéral (caractérisé lui aussi par une longue tradition de pouvoir, plus que son rival péquiste), la Coalition avenir Québec (en dépit de ses récents déboires) et même le Parti conservateur provincial, passé de12.9% du vote en 2022 à 14% au dernier sondage. La concurrence est donc forte, aiguillonnée par la soif du pouvoir. Tous ces partis se présentent comme plus réalistes et crédibles que « les séparatistes ».
Sur le plan du programme socio-économique,le Parti québécois a rallié grosso modo le camp néolibéral comme ses concurrents (sauf deux d'entre eux, Québec solidaire et le Parti Vert), même s'il n'est pas aussi anti-étatiste qu'eux.
Comme on voit, une troisième défaite référendaire de l'option indépendantiste poserait de graves problèmes au principal parti qui la défend, et menacerait peut-être sa survie. Mais le nationalisme autonomiste, avec toutes ses nuances se maintiendrait, consubstantiel qu'il est à la société québécoise. Serait-ce un retour au statu quo ou au contraire un tremplin pour redessiner l'avenir national du Québec ? Les voies de la politique sont souvent labyrinthiques.
Jean-François Delisle
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