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Pas un camion de plus : appel à l’action !

26 mai, par Table citoyenne du littoral Est — , ,
Nous lançons aujourd'hui la campagne Pas un camion de plus, une grande campagne de mobilisation citoyenne d'opposition au projet de terminal de conteneurs de QSL Chers (…)

Nous lançons aujourd'hui la campagne Pas un camion de plus, une grande campagne de mobilisation citoyenne d'opposition au projet de terminal de conteneurs de QSL

Chers citoyen-nes et partenaires,

Le gouvernement fédéral de Mark Carney a désigné, le 24 avril dernier, le Port de Québec comme Port de conteneurs international. Ce n'est maintenant plus qu'une question de jours avant que l'entreprise QSL dépose officiellement son avis de projet de terminal de conteneurs au Port de Québec. Cette étape enclenchera enfin le processus d'évaluation et d'atténuation des impacts (PEAI) du Port de Québec.

De notre côté, nous lançons aujourd'hui la campagne Pas un camion de plus, une grande campagne de mobilisation citoyenne d'opposition au projet de terminal de conteneurs de QSL, qui aura pour effet d'augmenter le transport de marchandises par bateau, par train et par camion dans nos milieux de vie déjà saturés en pollution.

Comme lorsque nous avons vaincu Laurentia il y a maintenant 5 ans, nous vous interpellons afin d'unir nos voix et nous mobiliser ensemble contre ce nouveau projet de terminal de conteneurs à la baie de Beauport.

1) Signez la lettre ouverte

Le Littoral Est : une zone sacrifiée

Les quartiers du Littoral Est logent des personnes aux revenus significativement plus bas que les autres quartiers de Québec et l'espérance de vie y est aussi moindre. Ainsi, sous le couvert du « développement économique », les promoteurs du projet de conteneurs veulent sacrifier la santé et la qualité de vie des plus vulnérables de notre société ; il s'agit d'une profonde injustice sociale et environnementale.

Historiquement, Limoilou, Beauport et la basse-ville de Québec sont aux prises avec un lourd héritage industriel, qui se traduit par la présence de nombreuses installations industrielles, portuaires et autoroutières. Ces quartiers (les nôtres) sont donc particulièrement touchés par les enjeux de pollution atmosphérique. D'ailleurs, la Direction régionale de santé publique et le Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques ont dressé, au cours des dernières années, un portrait alarmant de cette pollution. Celle-ci est causée principalement par le transport (maritime, ferroviaire et routier) et les activités industrielles lourdes concentrées sur les rives du fleuve. Suivant ce constat, les recommandations sont claires : nous devons impérativement réduire la capacité routière, le volume de transport routier, ferroviaire et maritime, ainsi que toutes autres sources de pollution industrielle.

Un danger pour notre sécurité et notre qualité de vie

Le transit de 200 000 conteneurs annuellement dans nos quartiers n'est pas sans conséquence sur notre qualité de vie et notre sécurité. En effet, en plus des risques de déraillement de trains et des accidents routiers, une certaine portion de matières dangereuses se trouve à l'intérieur des conteneurs. Cette matière transite sur nos routes principales, mais également par voie ferrée, dans les cours arrière de nos logements, nos écoles, nos CPE, nos RPA, notre hôpital, etc.

C'est sans compter les risques d'explosion, les inconvénients liés au bruit, à la luminosité nocturne, à la congestion aux passages à niveaux, aux embouteillages. Parlez-en aux personnes qui habitent en haut de l'Anse au Foulon ou près du chantier du nouvel hôpital de l'Enfant-Jésus : ils connaissent très bien ces irritants.

Le Port de Québec, l'incinérateur et la papetière White Birch à eux seuls génèrent déjà près de 1000 passages de camions par jour directement dans nos quartiers. Il ne faut pas en ajouter !

Un obstacle à la phase IV de la Promenade Samuel de Champlain

La Santé publique recommande de convertir l'autoroute Dufferin-Montmorency en boulevard urbain et de réduire la capacité routière du boulevard Henri-Bourassa, les deux artères menant à la péninsule beauportoise du Port de Québec. Or, la quantité de camions engendrée par le terminal de QSL exacerberait, au contraire, la circulation routière sur ces deux artères.

Pour diminuer la pollution, mais aussi pour redonner un accès au fleuve dans ce secteur négligé, il est essentiel de mener à bien le projet de conversion de l'autoroute Dufferin-Montmorency en boulevard urbain et de renaturalisation des berges prévues par la phase IV de la promenade Samuel-De Champlain. Nous sommes plus près que jamais de réaliser ce grand projet d'intérêt collectif. Il ne faut pas laisser un terminal de conteneurs de QSL le compromettre.

Une consultation biaisée

Dans l'état actuel des choses, les impacts environnementaux du projet seraient évalués par le Port lui-même. Or, le Port n'est pas impartial ; il est non seulement favorable au projet, mais a également participé à des stratégies médiatiques pour le promouvoir. Ceci est inacceptable ; nous demandons que le processus d'évaluation d'impacts environnementaux soit confié aux entités pleinement indépendantes que sont le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et l'Agence d'évaluation d'impact du Canada (AEIC).

En somme, considérant :

Que le projet de conteneurs s'inscrit dans un milieu préalablement saturé en pollution ;

Que le transport de marchandises conteneurisées par camion et par train dans nos quartiers densément peuplés constitue un danger pour notre sécurité et notre qualité de vie ;

Que l'augmentation du transport terrestre et maritime est incompatible avec les recommandations d'experts indépendants (GTCA) et de la Santé publique (MEMS) ainsi qu'avec la réalisation de la phase 4 de la promenade Samuel-De Champlain ;

Nous demandons :

Que le projet de terminal de conteneurs au port de Québec soit abandonné et que toutes les mesures de réduction de la pollution et d'amélioration de la qualité de vie possible soient mises en œuvre.

On ne veut pas un camion de plus !

Signer la pétitionici

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« Syndicalistes. Point. »

26 mai, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
À l'occasion de l'ouverture de son 68e Congrès, qui se tient sous le thème « Syndicalistes. Point. » et qui réunit plus de 2 000 délégué-es de tous les secteurs d'emploi, la (…)

À l'occasion de l'ouverture de son 68e Congrès, qui se tient sous le thème « Syndicalistes. Point. » et qui réunit plus de 2 000 délégué-es de tous les secteurs d'emploi, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) lance un message clair à l'ensemble des partis d'opposition : tout changement de garde à Québec en octobre prochain doit s'accompagner d'un abandon immédiat des réformes antisyndicales imposées par la Coalition avenir Québec (CAQ).

« Il n'y a aucune ambiguïté pour nous. Les partis qui souhaitent former le prochain gouvernement doivent prendre le parti des travailleuses et des travailleurs et du progrès social en s'engageant à abolir les lois antisyndicales adoptées par la CAQ. Surtout dans un contexte où ces législations anti-travailleurs adoptées risquent d'être déclarées inconstitutionnelles », déclare la présidente de la CSN, Caroline Senneville.

Une vision pour transformer le Québec

Les sujets débattus lors de ce congrès mettent en lumière l'ampleur des attaques portées au droit du travail et au mouvement syndical, notamment les restrictions au droit de grève ; l'effritement des services publics et de l'État social ; l'affaiblissement des mécanismes de santé et sécurité du travail et les entraves à l'autonomie syndicale.

Le 68e Congrès met de l'avant une identité forte et un positionnement clair : « Être syndicaliste aujourd'hui, c'est défendre un projet de société. C'est refuser les reculs, c'est proposer des solutions et c'est porter une vision ambitieuse pour le Québec », souligne la présidente.

Cette vision repose notamment sur :

Le renforcement des services publics universels et accessibles, mis à mal par les politiques d'austérité et le recours au privé ;

Une fiscalité plus juste et des investissements structurants pour réduire les inégalités ;

Une transition écologique fondée sur la justice sociale et des emplois de qualité ;

Le développement économique des régions et la vitalité du territoire.

Encadrer l'intelligence artificielle et protéger le travail

La CSN appelle aussi les partis politiques à prendre acte des transformations majeures du monde du travail, notamment liées à l'intelligence artificielle. Elle réclame un encadrement législatif rigoureux et une stratégie de souveraineté numérique pour protéger les emplois, les droits et la démocratie. « Le prochain gouvernement devra agir rapidement pour encadrer l'intelligence artificielle et éviter qu'elle aggrave les inégalités et la précarité. Le progrès technologique doit profiter à tout le monde », insiste Mme Senneville.

L'avenir politique et constitutionnel du Québec

Le 68e Congrès amorce également une réflexion importante sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Fidèle à son rôle dans la société civile, la CSN souhaite que ses membres lui donnent le mandat d'entamer des consultations afin d'actualiser sa position sur cette question au cours des trois prochaines années.

« Pour la CSN, l'avenir politique du Québec n'appartient pas à un parti politique, mais à la population québécoise et à elle seule. C'est pourquoi la société civile, incluant le mouvement syndical, doit prendre sa place dans ce débat. Il s'agit d'un enjeu qui mérite un débat démocratique large, rigoureux et ancré dans les réalités d'aujourd'hui. Dans cette optique, nous voulons donc prendre le temps de consulter nos membres et construire une position qui reflète leurs aspirations, dans une perspective de justice sociale, d'égalité et d'inclusion », souligne Caroline Senneville.

Un appel clair à la responsabilité politique

La présidente termine en rappelant que peu importe l'issue du scrutin en octobre prochain, la centrale demeurera mobilisée et vigilante.

« Notre message est simple : il est temps de renouer avec le progrès social. Les droits syndicats et du droit du travail, ce sont des droits humains. On ne peut pas s'essuyer les pieds dessus », conclut Mme Senneville.

Les enjeux discutés au 68e congrès de la CSN

26 mai, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Le 68e Congrès de la CSN se tiendra à Québec du 25 au 29 mai prochain. Il s'ouvrira par une séance d'accueil destinée aux nouvelles et nouveaux délégué·es, suivie du rapport du (…)

Le 68e Congrès de la CSN se tiendra à Québec du 25 au 29 mai prochain. Il s'ouvrira par une séance d'accueil destinée aux nouvelles et nouveaux délégué·es, suivie du rapport du comité exécutif et d'une rétrospective des luttes menées entre 2023 et 2026. Le rapport du comité exécutif abordera les questions suivantes : la défense des droits fondamentaux syndicaux et du monde du travail, le renforcement des services publics et de l'économie québécoise, l'encadrement de l'intelligence artificielle et une prise de position sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Il précise le contexte de ces différents thèmes et soumet à la discussion des propositions pour relever les défis identifiés.

Le congrès discutera également des rapports portant sur les efforts de syndicalisation et sur les prévisions budgétaires. L'élection du comité exécutif de la CSN occupera une place centrale dans ce congrès. Les questions statutaires sont au programme, avec l'examen des amendements aux statuts et règlements de la CSN ainsi qu'au code des règles de procédure. Le congrès se conclura par la discussion et l'adoption des propositions des organisations affiliées. Nous publions ci-dessous les propositions du comité exécutif. (PTAG !)

Propositions du comité exécutif de la CSN

Propositions adoptées par le comité précongrès les 21, 22, 23 avril 2026

Au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde, les travailleuses, les travailleurs et la population dans son ensemble sont confrontés à des défis et à des bouleversements sans précédent. Jamais les attaques n'ont été plus virulentes.

Durant les derniers mois, la CSN, avec ses alliés syndicaux et populaires, a fait front pour le Québec que l'on veut. Le 68e Congrès, c'est l'occasion d'affirmer, haut et fort, que nous voulons que la société québécoise renoue avec le progrès social ! Le congrès marque un moment important de notre démocratie, il constitue un point de départ afin de propulser nos actions pour la période 2026-2029. Une période pendant laquelle nous aurons fort à faire pour continuer nos luttes dans un contexte où un nouveau gouvernement pourrait prendre le pouvoir. Or, peu importe le parti politique qui sera élu, lors des élections québécoises d'octobre prochain, peu importe la velléité des patrons, la résignation n'est pas à l'ordre du jour. Le courage, la combativité et la détermination, oui ! Les propositions en vue du 68e Congrès mettent au jeu une vision et des revendications pour aller chercher de nouvelles avancées sur le chemin des droits et des libertés, de la justice sociale et de la solidarité. Elles constituent aussi des jalons pour s'assurer que nos manières de faire s'adaptent continuellement. Soyons fiers du projet de société que nous portons, soyons fiers de qui nous sommes. Nous sommes syndicalistes, point !

1) Prendre l'offensive pour défendre les droits fondamentaux, syndicaux et du travail

Rarement avions-nous vu un gouvernement s'attaquer aussi frontalement aux droits du travail. La CAQ a déposé un nombre ahurissant de projets de loi et de règlements antisyndicaux pour :

• Restreindre de manière grotesque et abusive le droit de grève dans certains milieux de travail.
• Affaiblir gravement les mécanismes de prévention en santé et sécurité du travail qui seront appliqués dans les réseaux publics de santé et de services sociaux et d'éducation.
• Entraver l'autonomie syndicale de nombreuses manières, à commencer par l'impossibilité de financer certains recours juridiques ou des luttes politiques autrement qu'au moyen d'une cotisation dite facultative.
• Mettre en péril les décrets de conventions collectives tels que nous les connaissons et affaiblir de manière importante les mesures de prévention dans l'industrie de la construction.
• Réduire les obligations des grands employeurs du privé en matière de formation de la main-d'œuvre.

Le glossaire en annexe contient une description de chacun des projets de loi antisyndicaux. Dans son ensemble, ces manœuvres visent clairement à affaiblir les organisations syndicales et, par le fait même, s'attaquent à la capacité qu'ont les travailleuses et les travailleurs d'améliorer collectivement leur sort et de redistribuer la richesse. Elles constituent aussi une atteinte directe au contre-pouvoir essentiel en démocratie que constitue le mouvement syndical. Cela s'inscrit dans une volonté du gouvernement de diriger comme bon lui semble à l'abri des critiques qui pourraient lui être adressées. De son côté, le gouvernement fédéral a lui aussi bafoué, à de nombreuses reprises, le droit de grève en utilisant abusivement l'article 107 du Code canadien du travail.

Les attaques antisyndicales ne constituent qu'une des nombreuses attaques aux contrepouvoirs et aux droits fondamentaux ; des groupes vulnérables et des alliés du mouvement syndical en sont aussi victimes. Pensons, par exemple, au projet de constitution qui empêchera dans certaines circonstances des organismes communautaires de contester des lois.

Ces attaques doivent cesser ! La CSN entend faire des droits du travail et des droits syndicaux une de ses priorités en vue des élections provinciales et entend poursuivre la mobilisation auprès du prochain gouvernement pour que soient retirées ces réformes antisyndicales. La confédération entend aussi se porter à la défense des droits fondamentaux pour l'ensemble de la population.

Par ailleurs, avec ses attaques antisyndicales, le gouvernement du Québec a non seulement porté atteinte à nos droits, mais il a également mis à mal l'image même du syndicalisme. Nous ne pouvons pas laisser passer ces attaques. C'est pourquoi nous devrons œuvrer d'arrachepied à valoriser le syndicalisme. Ce travail doit être fait, peu importe si les réformes sont abolies par le prochain gouvernement ou non. La mise en valeur du syndicalisme passera par l'action de l'ensemble des composantes du mouvement, incluant les syndicats, et devra notamment miser sur l'éducation sociopolitique dans nos rangs.

Au-delà des attaques antisyndicales, divers aspects du droit du travail sont obsolètes et mal adaptés aux réalités actuelles du monde du travail : sous-traitance, privatisation, travail atypique, intelligence artificielle, etc. Pensons à la notion d'établissement dans le Code du travail, au harcèlement psychologique qui est mal couvert par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), qui ne dispose pas des outils et des ressources pour bien accompagner les travailleurs ainsi qu'aux diverses règles qui favorisent constamment l'employeur, notamment en facilitant la sous-traitance. Des pratiques patronales antisyndicales virulentes ont aussi eu lieu au Québec et notre droit du travail doit pouvoir les empêcher. Visiblement, les protections du Code du travail n'ont pas freiné Amazon qui, pour empêcher un groupe CSN d'obtenir un contrat collectif de travail, a jeté à la rue 4 700 travailleuses et travailleurs.

De plus, à la suite du dernier congrès, la CSN a travaillé conjointement avec les fédérations à améliorer l'analyse du rapport de force en négociation. Il est indéniable que nous devrons poursuivre ce travail, notamment en ce qui concerne l'identification des moyens de pression efficaces et l'exercice du droit de grève. Ceci est vrai pour l'ensemble des syndicats, en particulier pour ceux qui pourront être visés par les nouvelles dispositions de la loi 14, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out.

Il est proposé :

• Que la CSN élabore une stratégie de mise en valeur du syndicalisme dans la société visant à cimenter l'adhésion des travailleuses et des travailleurs aux revendications politiques portées dans le mouvement qui intègre les préoccupations réelles de la population.
• Que la CSN travaille activement à l'éducation sociopolitique de ses membres et de la population dans la perspective de l'enracinement et de l'élargissement de la portée de ses revendications.
• Que la CSN poursuive la lutte pour exiger l'abolition des réformes et des lois liberticides antisociales et antisyndicales allant à l'encontre de l'intérêt des travailleuses et des travailleurs.
• Que la CSN revendique des réformes du droit du travail pour faire avancer la condition des travailleuses et des travailleurs et interpelle les autres organisations syndicales à ce sujet, notamment concernant les pratiques antisyndicales et les dispositions anti-briseurs de grève.
• Que la CSN, appuyée des fédérations et des conseils centraux, soutienne les syndicats dans l'analyse et l'exercice du rapport de force, en portant une attention particulière, dans le contexte de la loi 14, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out, à l'identification des moyens de pression efficaces et à l'amélioration de la préparation à l'exercice de la grève.
• Que la CSN amorce une réflexion concernant les campagnes confédérales dans le but d'accroı̂tre la cohésion interne et l'efficacité des luttes politiques menées dans ce cadre.

2) Renforcer les services publics pour le bien commun et l'économie québécoise

Québec, une dégradation des services publics est très perceptible : alors que le gouvernement peine déjà à répondre aux besoins de la population, celui-ci s'enfonce dans l'austérité, les gels d'embauche [1] et les compressions. Ceci entraı̂ne des répercussions concrètes et réelles pour la population.

Des infrastructures publiques deviennent carrément inutilisables, des urgences doivent réduire leurs heures d'ouverture, des patients ne reçoivent pas les soins en temps opportun, des étudiantes et des étudiants sont privés de nouveau matériel à la bibliothèque, des élèves à défis particuliers ne reçoivent plus les services spécialisés, des parents, en particulier les femmes, doivent retarder leur retour au travail faute de place dans les services de garde éducatifs, des citoyennes et des citoyens font le choix de se déplacer en voiture, faute d'alternative adéquate en matière de transport collectif, etc. Pendant ce temps, les travailleuses et travailleurs du secteur public sont surchargés, tombent au combat ou désertent le secteur. Encore plus fondamentalement, le désengagement de l'État dans les services publics concourt à façonner une société où la cohésion sociale est moins bonne et où les inégalités s'aggravent.

Bien que le gouvernement ne contrôle pas tout, notamment la hausse des coû ts en santé induits par le vieillissement de la population, plusieurs choix récents expliquent cette dérive : baisse des impôts qui profite davantage aux plus riches, priorisation du remboursement de la dette pourtant sous contrôle, recours accru au privé ou à la sous-traitance – chirurgies en clinique privée, médecins hors du régime d'assurance maladie du Québec –, mauvaise gestion des deniers publics, comme dans le dossier SAAQclic, investissement dans des initiatives inutiles ou contre-productives – maisons des aı̂né-es, maternelles 4 ans, agences de santé et de transport, etc. Tout cela au lieu de consolider les services publics et les programmes sociaux existants. Au surplus, devant les grands enjeux de société – inégalités, crise du logement, rareté de main-d'œuvre, vieillissement – la CAQ a trop souvent fermé les yeux, plutôt que de mettre en place des solutions structurantes.

Nous devons l'affirmer haut et fort : d'autres choix de société sont possibles. Il est plus que nécessaire de réengager l'État dans la prestation de services publics universels, accessibles et de qualité. Pour y parvenir, il faut faire payer leur juste part aux plus fortuné-es et aux entreprises, à commencer par les géants du numérique, et s'attaquer à l'évasion fiscale. Nous devons réhumaniser les services publics et en accroı̂tre l'accessibilité. Cela signifie de bonifier l'offre de services – aux soins de première ligne ou aux soins à domicile – et d'accroı̂tre l'accessibilité financière, notamment par l'accès gratuit à l'éducation et à l'enseignement supérieur, ainsi qu'aux soins de santé et aux services sociaux.

Renforcer les services publics passe également par la préservation des organismes publics et des sociétés d'État et par le respect de leur mission d'origine : protection de la santé publique, promotion de la culture québécoise, etc. À l'heure de l'austérité gouvernementale, plusieurs d'entre elles sont sous attaque. Pensons à la Société des alcools du Québec (SAQ) qui, dans le but d'augmenter ses profits, ferme et privatise des succursales et encourage l'exploitation des travailleuses et des travailleurs de la plateforme UBER.

À l'instar des services publics traditionnels – services de garde éducatifs, santé et services sociaux, éducation et enseignement supérieur –, en tant que bien commun, l'environnement procure des bénéfices essentiels à l'ensemble de la population. En conséquence, sa préservation suppose des actions collectives. Plutôt que de s'enfoncer dans un modèle économique dépassé reposant sur les hydrocarbures, nos gouvernements doivent promouvoir une transition vers un modèle économique où l'on peut travailler et gagner dignement sa vie sans polluer. Une transition juste, qui ne laisse aucun travailleur ni aucune communauté derrière.

Afin de pleinement maı̂triser le devenir des régions du Québec et l'atteinte des objectifs sociaux, économiques et environnementaux qui sont les nôtres, l'État doit mieux jouer son rô le dans le contrôle de nos ressources naturelles : eau, forêt, terres agricoles, ressources halieutiques, minières et ressources énergétiques.

Enfin, les services publics peuvent également être un puissant levier pour stimuler l'emploi dans le secteur manufacturier et celui de la construction, par l'entremise des marchés publics. Malheureusement, la signature de nombreux accords commerciaux a restreint la marge de privilégier des technologies, des entreprises et des emplois locaux. Il est inacceptable, par exemple, que les véhicules du Réseau express métropolitain (REM) aient été fabriqués en Inde, que la structure métallique du pont de l'Île d'Orléans provienne de l'étranger ou qu'Hydro-Québec ait décidé de s'approvisionner en pales d'éoliennes chinoises, alors que des entreprises bien implantées au Québec ont l'expertise nécessaire.

Il est proposé :

• Que la CSN fasse de la lutte pour un renforcement des services publics universels, accessibles et de qualité, une de ses priorités pour le prochain mandat, et ce, sur l'ensemble du territoire québécois.
• Que, dans une perspective de transition juste, la défense de l'environnement portée par la CSN passe par la propriété publique et le contrôle démocratique de l'électricité, pour favoriser la sobriété énergétique, ainsi que par une bonification de l'offre publique des transports collectifs.
• Que la CSN élabore une plateforme de revendications concernant le contrôle démocratique des ressources naturelles du Québec.
• Que la CSN réaffirme le rôle historique des sociétés d'État comme levier de développement économique et de protection de la santé publique, de démocratisation de l'économie et de création d'emplois de qualité, et qu'elle s'engage à défendre leur mission publique face aux logiques de privatisation, et à exiger qu'elle contribue activement à la création et au maintien d'emplois de qualité. • Que, dans le cadre des revendications pour une véritable stratégie industrielle, la CSN réclame des politiques d'achat au sein des administrations publiques, afin de favoriser les entreprises québécoises et d'accroître les retombées locales en matière d'emploi.

3) Encadrer l'intelligence artificielle

En raison du développement et de l'implantation très rapide de l'intelligence artificielle (IA) ces dernières années, des bouleversements brusques s'opèrent dans toutes les dimensions de la vie, que ce soit au travail ou sur les plans social et culturel. Ce développement fulgurant de l'IA se distingue des transformations technologiques du passé par l'ampleur des tâches automatisables, incluant les tâches dites cognitives et non répétitives, par la rapidité des développements observés et parce que ses conséquences sont attendues dans pratiquement tous les secteurs d'activité. L'utilisation des modèles d'intelligence artificielle générative (IAG) s'est déjà généralisée alors qu'ils sont commercialisés depuis à peine trois ans.

On ne peut le nier, l'IA peut avoir des effets bénéfiques, être porteuse d'améliorations, procurer, sous certaines conditions, de la satisfaction au travail ou contribuer à la productivité. En revanche, elle comporte aussi des risques non négligeables. Pensons, pour n'en nommer que quelques-uns, au renforcement des biais discriminatoires, à l'opacité du fonctionnement des algorithmes dans la prise de décision, aux risques quant à la sécurité des données et de la vie privée, à la désinformation, aux effets négatifs sur la démocratie et le processus de délibération collective, à la centralisation des pouvoirs aux mains des géants du numérique, à l'exploitation des travailleuses et des travailleurs des plateformes numériques et aux coûts environnementaux. L'IA bouleverse fondamentalement le milieu de l'enseignement et celui de la culture. Des risques importants sont aussi à craindre dans nos milieux de travail alors que l'arrivée de l'IA peut entraı̂ner une dégradation de la qualité des emplois, porter atteinte à l'autonomie professionnelle ou nuire à la capacité de jugement critique et augmenter les mécanismes de surveillance et de contrôle. Évidemment, en raison des enjeux d'automatisation et de robotisation, l'avenir des emplois demeurera au centre de nos préoccupations.

Dans ce contexte, nous ne pouvons laisser les géants du numérique dicter eux-mêmes comment l'IA se développe et pour quel usage. Ces multinationales sont en cabale pour que les États et les populations n'aient pas leur mot à dire. Face à ces attaques, le Québec et le Canada doivent impérativement adopter un cadre législatif robuste pour encadrer et contrer les risques éthiques et les débordements possibles liés aux technologies d'IA. Le Québec et le Canada doivent également adopter une stratégie de souveraineté numérique pour contrer la dépendance envers des technologies étrangères et des infrastructures qui les soutiennent, afin d'avoir le plein contrôle sur notre avenir économique, social et culturel.

Quant aux bouleversements des emplois, l'État ne doit laisser personne de côté et doit adapter son filet social et ses politiques d'emploi, à mesure que certaines compétences deviennent désuètes et que d'autres s'imposent comme essentielles dans l'économie de demain. Il faut reconnaı̂tre le rô le de la négociation collective et du dialogue social dans la régulation de l'intelligence artificielle.

Sur le terrain, les syndicats doivent également assumer un leadership, prendre les devants afin de s'assurer que les transformations se font au bénéfice des travailleuses et des travailleurs. C'est d'ailleurs ce sur quoi s'attarde le comité de coordination générale des négociations (CCGN) avec la préparation d'un guide de négociation relatif à l'intelligence artificielle.

Il est proposé :

• Que la CSN réclame un encadrement législatif du développement et de l'utilisation éthique de l'intelligence artificielle et qu'elle exige des gouvernements la mise sur pied d'une stratégie de souveraineté numérique.
• Que la CSN se penche sur l'avenir du monde du travail, qu'elle appuie les fédérations et les syndicats dans la négociation de dispositions relatives à l'encadrement de l'intelligence artificielle et qu'un suivi soit effectué au comité de coordination générale des négociations (CCGN).
• Que la CSN dénonce la précarisation du travail, les inégalités socioéconomiques, les discriminations et les impacts environnementaux liés aux recours à l'intelligence artificielle et défende le caractère humain du travail et la sobriété numérique dans l'utilisation de cette technologie

4) Se prononcer sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec

Selon toute vraisemblance, la question de la souveraineté du Québec risque de prendre de l'ampleur à l'approche de la prochaine campagne électorale. L'éventualité d'un gouvernement péquiste promettant la tenue d'un référendum aurait pour effet de ramener la question nationale au premier plan des enjeux politiques québécois. Pour la CSN, l'avenir politique du Québec n'appartient pas à un parti politique, mais à la population québécoise et à elle seule. C'est pourquoi la société civile, incluant le mouvement syndical, doit prendre sa place dans ce débat. Cela nécessite donc que le débat démocratique sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec soit libre et ouvert. Comme pour d'autres enjeux sociaux et politiques qui touchent notre avenir collectif, la CSN compte faire entendre sa voix au sein de la société civile.

Depuis de nombreuses décennies, la CSN s'est inscrite en faveur de la souveraineté, lors de son 55e Congrès en 1990 ainsi que lors de congrès subséquents. Or, comme la question nationale n'a pas été à l'avant-scène de nos réflexions et de nos actions syndicales depuis plusieurs années, cette position doit être actualisée. Il serait possiblement prématuré de statuer en la matière dès aujourd'hui. Toutefois, le 68e Congrès doit constituer un jalon important dans l'implication des syndicats au sein du processus démocratique d'actualisation de notre orientation à l'égard de la souveraineté. Suivant la proposition soumise aux débats, au cours des prochains mois, la CSN mènerait des travaux dans le but d'actualiser sa position au cours de la période 2026-2029, notamment par l'entremise de réflexions du comité d'orientation et par des consultations dans le mouvement.

Dans le cadre de ces travaux, nous devrons prendre le temps de nourrir nos réflexions pour se réapproprier collectivement le débat sur l'avenir politique du Québec. Ces travaux devront nous permettre d'avoir une pensée critique qui se base notamment sur une compréhension approfondie de l'histoire entourant la question nationale québécoise et les relations Québec-Canada, ainsi que des fondements historiques du positionnement de la CSN. Depuis plus de trente ans, la souveraineté a fait partie du projet de société de la CSN, un projet axé sur la justice sociale, l'égalité et l'inclusion. La souveraineté a depuis ce temps représenté un moyen nécessaire à la réalisation de ce projet de société, que nous avons continué de promouvoir au travers, par exemple, de nos revendications sur les droits fondamentaux et les droits syndicaux ou encore de celles sur le réengagement de l'État tat dans les services publics. Nos travaux devront, en outre, tenir compte de la conjoncture sociale, politique, culturelle et économique du Québec contemporain, ainsi que des revendications portées par la CSN d'aujourd'hui. Que l'on pense, par exemple, à nos positions récentes en ce qui concerne les enjeux de la langue française, de la culture, de l'inclusion et du vivre-ensemble. Notre appui à l'égard des préoccupations et des droits des peuples autochtones devra également être pris en compte.

Il est proposé :

CSN entame des consultations dans le but d'actualiser sa position concernant la souveraineté du Québec.

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Les syndicats du Canada ont aidé à obtenir une décision historique de la CIJ affirmant le droit de grève, mais ils mettent en garde contre l’affaiblissement du Code canadien du travail

26 mai, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
OTTAWA, Ontario — Le Congrès du travail du Canada a aidé à remporter une victoire historique pour les travailleuses et travailleurs devant la Cour internationale de justice (…)

OTTAWA, Ontario — Le Congrès du travail du Canada a aidé à remporter une victoire historique pour les travailleuses et travailleurs devant la Cour internationale de justice (CIJ) quand ce tribunal le plus haut du monde a affirmé hier que le droit de grève est garanti en droit international.

« C'est une victoire pour les travailleuses et travailleurs de partout », déclare Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada. « La cour la plus haute du monde a indiqué clairement que les travailleuses et travailleurs ont le droit de se mettre en grève en vertu du droit international. Cette précision importe énormément aux travailleuses et travailleurs, aux syndicats, aux gouvernements et aux employeurs. Et nous sommes fiers du rôle que le CTC a joué en faveur de cette décision. »

La décision faisant date confirme que le droit de grève est protégé par la Convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de l'Organisation internationale du Travail (OIT), mettant ainsi fin à un conflit qui dure depuis des décennies au sujet d'un des droits les plus fondamentaux qu'ont les travailleuses et travailleurs.

Le Congrès du travail du Canada a aidé à faire avancer la cause devant la CIJ en faisant des pressions pour que le conflit soit renvoyé à cette Cour par l'Organisation internationale du Travail, en apportant le contexte syndical canadien aux observations syndicales internationales présentées à la Cour et en appuyant financièrement l'effort juridique.

« Les enjeux pour les travailleuses et travailleurs du monde entier sont énormes », a déclaré Lily Chang, secrétaire-trésorière du CTC et membre du Conseil d'administration de l'Organisation internationale du Travail. « Les travailleuses et travailleurs ne peuvent pas vraiment exercer leur liberté d'association ou négocier collectivement sans droit de grève, et cette décision l'indique de manière on ne peut plus claire. »

La décision a été rendue à un moment critique où les travailleuses et travailleurs du Canada font face à des pressions grandissantes sur les droits de négociation collective et de grève.

En Alberta, le gouvernement provincial de Danielle Smith a invoqué la disposition de dérogation pour priver le personnel enseignant en grève de ses droits garantis par la Charte. Sur la scène fédérale, le gouvernement a invoqué de plus en plus souvent l'article 107 du Code canadien du travail pour mettre un terme à des grèves légales et affaiblir le pouvoir de négociation des travailleuses et travailleurs. Les syndicats des secteurs sous réglementation fédérale expriment la mise en garde suivante : il se peut que les vastes consultations trop rapides sur les modifications à apporter au Code du travail restreignent encore davantage la capacité des travailleuses et travailleurs de prendre des mesures de grève.

Le CTC dit que la décision de la CIJ devrait servir d'avertissement clair aux gouvernements qui projettent de modifier les lois sur le travail au Canada.

« Cette décision indique une limite à ne pas franchir », ajoute madame Bruske. « Le Code canadien du travail ne doit pas devenir un outil d'affaiblissement d'un des droits démocratiques les plus fondamentaux des travailleuses et travailleurs. Le droit de grève doit être protégé, respecté et appliqué. »

Eurovision 2026 : les Européens « unis par la musique », vraiment ?

26 mai, par Cyrille Bret, Florent Parmentier — ,
Par-delà la victoire surprise de la candidate bulgare Dara et les chiffres d'audience toujours massifs, la 70ᵉ édition du concours Eurovision, le « plus grand événement musical (…)

Par-delà la victoire surprise de la candidate bulgare Dara et les chiffres d'audience toujours massifs, la 70ᵉ édition du concours Eurovision, le « plus grand événement musical en direct du monde », aura reflété les tensions qui traversent actuellement le continent.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
18 mai 2026

Par Cyrille Bret, FLorent Parmentier

Pour sa 70ᵉ édition, célébrée à la Stadthalle de Vienne (Autriche) et organisée par l'ÖRF, le groupe audiovisuel public autrichien, le concours Eurovision a, une fois encore, été profondément marqué par la géopolitique européenne et les dynamiques internationales.

Depuis sept décennies maintenant, ce concours se proclame apolitique, par la lettre (son règlement) et par l'esprit (promotion d'une forme d'unité européenne et pacifisme post-1945). Pourtant, c'est aussi un champ de frictions politiques, culturelles et médiatiques entre des imaginaires et des États, où nombre d'acteurs entendent se saisir de la visibilité de l'événement afin de promouvoir leurs priorités politiques et leurs valeurs.

Prendre un peu de recul est nécessaire pour évaluer la portée de l'édition 2026, loin du vacarme des polémiques et de la transe d'un spectacle télévisé de plus de trois heures pour la seule finale. Désormais installé dans le paysage médiatique international mondial, « l'événement monstre » (selon l'expression de l'historien Pierre Nora) que constitue l'Eurovision donne la mesure de la géopolitique actuelle.

Longévité du concours, concurrence des récits

Le rassemblement viennois a souligné combien l'Eurovision est devenu un rituel médiatique et symbolique continental : il a réuni des dizaines de millions de téléspectateurs, et drainé vers Vienne des dizaines de milliers de spectateurs, de fans, de touristes et de professionnels. Si l'édition 2026 a pu rencontrer un tel succès malgré le boycott de cinq pays https://www.20minutes.fr/arts-stars... – l'Espagne, l'Irlande, l'Islande, les Pays-Bas et la Slovénie –, c'est que cette grand-messe musicale, séculière et commerciale rencontre une tendance profonde de la géopolitique contemporaine : le besoin de jalons collectifs et la lutte des narratifs.

En effet, les relations internationales sont désormais dominées par une succession ininterrompue de sommets, expositions, concours, commémorations, défilés, qui sont autant de jalons collectifs car fortement médiatisés. Le calendrier mondial est scandé par ces événements. Mais il est aussi marqué par les affrontements auxquels ces événements donnent lieu : en faire partie ou non, telle est la question.

La charge géopolitique extra-européenne

Le bilan géopolitique de l'Eurovision 2026 ne saurait être complet s'il ne comprenait son lot de polémiques, fugaces ou fondamentales.

Cette année, la principale polémique a porté sur la participation au concours de Noam Bettan, candidat franco-israélien porté par la KAN, l'audiovisuel public de Tel-Aviv. Sa présence avait suscité des débats acharnés et mené au boycott des cinq pays sus-cités au nom de la condamnation de la politique du gouvernement Nétanyahou à l'égard des Palestiniens. Le 11 mai, à la veille du début du concours, le New York Times a d'ailleurs publié une longue analyse consacrée à la façon dont Israël utilisait l'Eurovision comme un outil de soft power.

Le premier ministre Pedro Sanchez a affirmé que l'Espagne était « du bon côté de l'Histoire »en boycottant l'édition de cette année au nom du respect du droit international et des droits de l'homme. Rappelons que les polémiques sur la participation d'Israël au concours (le pays a été admis en 1973) sont récurrentes au sein de l'UER depuis des années. Elles ont enflé avec l'exclusion de la Russie et de la Biélorussie en 2022, et été considérablement amplifiées par les opérations militaires destructrices et meurtrières de l'armée israélienne à Gaza menées en représailles des massacres commis par le Hamas, le 7 octobre 2023. Depuis lors, plusieurs groupes audiovisuels ont agité le spectre du boycott, et cinq d'entre eux ont mis cette fois cette menace à exécution – une rupture avec les éditions 2024 et 2025 qui n'avaient pas connu de boycott, alors même que la guerre à Gaza était plus intense.

Ce ne fut pas la seule polémique ayant marqué l'édition 2026. Quelques heures avant la finale du 16 juin, le patron de l'Eurovision, le Britannique Martin Green, a évoqué un possible retour de la Russie au concours. Ce jugement choque à Kiev et chez ses soutiens, alors même que Moscou a été exclu depuis 2022, organise son propre concours, l'Intervision, et continue de bombarder massivement l'Ukraine.

Par ailleurs, si depuis 2013 la Turquie ne participe plus à l'Eurovision, qu'elle juge « immorale » car certains musiciens affichent explicitement leur appartenance à la communauté LGBTQIA+, elle a été irritée par la chanson du groupe croate Lelek, qui a mis en lumière le sicanje, une tradition remontant à l'époque de l'occupation ottomane : les jeunes femmes catholiques de Croatie et de Bosnie-Herzégovine se faisaient alors souvent tatouer les mains et le visage pour ne pas être prises de force en concubines par des militaires ottomans.

Polyphonie en hymne à la diversité

À plusieurs égards, l'Eurovision 2026 a également illustré les accords et désaccords de l'Europe actuelle.

Une Europe qui est restée unie lorsqu'il a fallu exclure la Russie en 2022, mais qui s'avère divisée en ce qui concerne le sort d'Israël, redessinant la carte du concours. C'est aussi une Europe qui s'interroge sur l'équilibre entre souveraineté culturelle et mondialisation : si la gagnante bulgare a concouru en anglais, 60 % des pays ont chanté dans leur langue en 2026, y compris dans l'Europe nordique qui présente généralement des candidats chantant en anglais, contre seulement 24 % en 2016.

Classiquement, on a retrouvé une Europe avec un certain nombre d'invariants dans sa géographie affective, traversée par les proximités géographiques et les diasporas : le jury chypriote a voté pour la Grèce et réciproquement, la Suède a voté pour la Finlande, le Monténégro pour la Serbie, la Norvège pour le Danemark, l'Albanie pour l'Italie. Tout juste pourra-t-on s'étonner, pour un concours qui a vu la victoire du groupe ABBA en 1974 avec Waterloo, des douze points attribués par le jury britannique à la candidate française Monroe.

Le bon classement (deuxième place) du candidat présenté par Israël démontre, une fois encore, que la politique n'explique pas tous les palmarès du concours : le groupe audiovisuel israélien KAN présente régulièrement d'excellents artistes, des chansons attrayantes et des chorégraphies qui suscitent l'intérêt. En outre, par-delà le boycott de certains pays, certaines autres opinions publiques ont manifesté leur sympathie pour Israël. Dans les votes en faveur de Noam Bettan, la part des soutiens artistiques et politiques est difficile à évaluer, sans même parler des soupçons de manipulation en sa faveur dans plusieurs États. Là encore, politique, technique, marketing et chorégraphies se sont mêlés.

Enfin, et c'est peut-être plus surprenant, on perçoit une Europe qui peut vivre une crise en son sein, mais continuer d'exercer une certaine attractivité au-delà de ses frontières, comme en témoigne l'expansion en novembre prochain du concours à l'Asie une première. L'Eurovision s'est même étendue aux antipodes avec l'Australie, membre affiliée de l'Union européenne de radio-télévision (UER) et participante depuis une dizaine d'années, et le Canada s'interroge sérieusement sur sa participation.

En dépit de tout, l'historien et prospectiviste israélien Yuval Noah Harari, détracteur de Benyamin Nétanyahou, rappelle combien ce modèle peut être nécessaire aujourd'hui :

« Aujourd'hui, alors que des forces politiques remettent en cause de nombreuses institutions internationales et que des technologies telles que les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle menacent de pousser les gens à s'éloigner les uns des autres au lieu de les rapprocher, l'Eurovision offre un rappel d'une vision très différente de l'avenir. »

Florent Parmentier, Secrétaire général du CEVIPOF. Enseignant, Sciences Po et Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po

< !—> The Conversationhttp://theconversation.com/republishing-guidelines —>

P.-S.

• The Conversation. Publié : 18 mai 2026, 16:46 CEST.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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À Cannes, les films africains cherchent leur place

26 mai, par Marine Jeannin — ,
Le Festival de Cannes s'achève ce week-end, sans avoir vraiment répondu à une question récurrente : quelle place le plus grand rendez-vous mondial du cinéma réserve-t-il aux (…)

Le Festival de Cannes s'achève ce week-end, sans avoir vraiment répondu à une question récurrente : quelle place le plus grand rendez-vous mondial du cinéma réserve-t-il aux films africains ? Pour cette 79e édition, la présence du continent aura, une nouvelle fois, été marginale parmi une sélection pourtant riche d'une soixantaine de films.

Tiré d'Afrique XXI.

Cette année aura pourtant apporté quelques symboles. L'actrice franco-malienne Eye Haïdara est devenue la première femme noire à présenter les cérémonies d'ouverture et de clôture de l'évènement. Le jury de la Palme d'or comptait également deux acteurs africains, l'Ivoirien-États-unien Isaach de Bankolé et l'Irlando-Éthiopienne Ruth Negga. Mais derrière cette maigre visibilité institutionnelle, aucun film africain n'était en compétition officielle, et la récompense suprême du festival, la Palme d'Or, ne reviendra pas, cette année non plus, à un cinéaste du continent.

Cette absence s'explique en partie par le calendrier des festivals internationaux, plusieurs cinéastes africains majeurs ayant réservé leurs nouveaux films à d'autres compétitions. Dao, d'Alain Gomis (voir notre billet dans notre lettre n° 223 du 10 avril), et À voix basse, de Leyla Bouzid, étaient ainsi présentés en compétition officielle à la Berlinale en février, de même que Soumsoum, la nuit des astres, de Mahamat Saleh Haroun, qui a reçu le prix Fipresci (le prix de la critique internationale du festival de Cannes) du meilleur film. À la Mostra de Venise, en septembre 2025, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania avait reçu le Lion d'argent pour son documentaire The Voice of Hind Rajab, consacré aux travailleurs du Croissant-Rouge palestinien. Reste qu'à Cannes la présence africaine demeure l'exception plutôt que la norme.

L'histoire du Festival est cependant jalonnée de quelques (rares) réussites africaines. Les premiers cinéastes du continent foulent le tapis rouge dès les années 1960, avec La Noire de… (1966), d'Ousmane Sembène, considéré comme le premier long métrage d'Afrique subsaharienne sélectionné à Cannes. Il est suivi en 1971 par Sarah Maldoror avec Monangambée (1968), puis par Djibril Diop Mambéty et son film culte Touki Bouki (1973), primé par la critique internationale et devenu une œuvre majeure du cinéma mondial. Et en 1975, Chroniques des années de braise, de l'Algérien Mohamed Lakhdar Hamina, remporte la Palme d'or, la seule africaine de toute l'histoire du Festival de Cannes à ce jour. En 1987, Souleymane Cissé reçoit le Prix du jury pour Yeelen, première grande distinction pour un cinéaste d'Afrique subsaharienne en compétition officielle, exploit réitéré en 2010 par le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun avec Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse. Le cinéaste égyptien Youssef Chahine a lui été sélectionné sept fois à Cannes, dont quatre fois en compétition officielle, et a reçu en 1997 le Prix du cinquantenaire du festival pour l'ensemble de son œuvre.

En revanche, il faut attendre 2019 pour que la réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop, qui entre en compétition officielle avec Atlantique, devienne la première femme noire africaine à obtenir le Grand Prix du festival. Entre ces jalons en forme de pointillés, les cinémas africains peinent toujours à s'imposer dans la sélection officielle.

Aussi les amateurs ont-ils pris l'habitude de se consoler avec les sections parallèles, moins exposées médiatiquement. Cette année, « Un Certain Regard », consacré aux voix émergentes, comptait trois films africains. Le jury, présidé par l'actrice française d'origine algérienne Leïla Bekhti, incluait aussi la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang. On y retrouvait notamment Congo Boy, de Rafiki Fariala, première participation centrafricaine à Cannes, autofiction inspirée de son expérience d'immigré congolais en Centrafrique.

Autre film remarqué, La Más Dulce (Les Fraises), de la réalisatrice marocaine Laïla Marrakchi, sur l'exploitation des travailleuses saisonnières marocaines en Andalousie, dans le sud de l'Espagne. Et Ben'Imana, de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, coproduit avec le Gabon et la Côte d'Ivoire, en lice pour la Caméra d'or, qui explore le Rwanda post-génocide à travers la figure d'une survivante tutsie engagée dans les tribunaux populaires.

Dans la section « Quinzaine des cinéastes », les frères Chuko Esiri et Arie Esiri rappellent également l'existence d'un cinéma d'auteur nigérian, hors de l'industrie ultra-populaire – et rentable – des soaps nollywoodiens, en transposant dans Clarissa l'intrigue du roman de Virginia Woolf, Mrs Dalloway (1925), dans la haute société contemporaine de Lagos, marquée par un système de castes toujours puissant, le passé colonial et la menace terroriste.

« C'est important que l'Afrique soit présente à Cannes, interpellait Mahamat-Saleh Haroun en 2013, à l'occasion de la présentation de son film Grigris, en compétition officielle. Et il faut que l'on se batte pour faire des films importants. Le cinéma a besoin d'Afrique, et l'Afrique a besoin de ces rendez-vous importants comme Cannes, parce que nos films sont déjà invisibles. Il n'y a pas de circuits de distribution, pas de visibilité dans notre propre continent. »

Face à cette sous-représentation persistante, des initiatives indépendantes tentent d'ouvrir d'autres espaces de visibilité. À Cannes même, le Festival international du film panafricain, fondé et présidé par l'entrepreneur culturel d'origine camerounaise Eitel Basile Ngangue, organise chaque automne une programmation parallèle. Dans la capitale, la deuxième édition du Paris Ivoire Cinéma, initié par l'animatrice de télévision ivoirienne Sonia Guiza, est attendue du 29 au 31 mai. Autant de contre-espaces qui rappellent que le cinéma africain, malgré sa vitalité et quelques victoires, continue de chercher sa pleine reconnaissance dans les lieux où se fabrique encore la légitimité mondiale du septième art.

Ode à l’enfance

26 mai, par Gaétan Roberge — , ,
L'enfance symbolise les débuts initiatiques de nos chevauchées épiques dans les terres nourricières de la civilisation, nos exodes meurtriers dans les steppes arides du chaos (…)

L'enfance symbolise les débuts initiatiques de nos chevauchées épiques dans les terres nourricières de la civilisation, nos exodes meurtriers dans les steppes arides du chaos de l'histoire et l'ordonnancement irrémédiable du temps cosmique.

Prologue

Telle une matrice originelle issue de poussières d'étoiles, l'enfance imprègne les pourtours initiaux de nos parcours qui s'accomplissent souvent en l'absence de sa mémoire. Quant à la suite des choses, nous tentons à l'occasion de reconstituer les dalles de l'innocence fugace de ce fondateur et fragile bout de chemin de vie. L'enfance joue à la vie tout comme nous jouons parfois à l'enfance afin de masquer l'indolence de nos vies.

« L'enfant, c'est un feu pur dont la chaleur caresse ; c'est de la gaîté sainte et du bonheur sacré ». Victor Hugo

La source

L'enfance représente la source originelle profondément enfouie de nos trésors de souvenirs qui se déversent au compte-goutte dans les étangs calmes et parfois agités de nos éphémères et uniques vies. Elle évoque une source intarissable de beauté, de création, de liberté et de pureté. N'oublions pas qu'ils et elles, les îles de nos secrets et les ailes de nos espérances composent le miroir métamorphosé de nos propres enfances. Ne tarissons pas cette source par nos déserts d'absence et de silence et nos désapprobations réitérées sabotant ainsi l'estime de soi et provoquant de l'insécurité.

« L'enfant n'est pas un vase qu'on remplit, mais une source qu'on laisse jaillir ». Maria Montessori

La fondatrice

L'enfance évoque le point d'ancrage de la singulière aventure humaine et les prémisses indispensables à nos apprentissages. Elle constitue les premiers et mémorables tout-petits pas hésitants et chancelants mais courageux d'une longue et périlleuse marche vers la découverte du monde extérieur et de contrées intérieures à explorer. Elle nous permet d'accomplir nos premières expériences comme celle de jouer à la vie, de parler et crier, de rire et sourire et de bouder et pleurer. Ainsi que de réaliser nos premières découvertes telle la singularité de l'autre, de l'amour de soi et d'autrui, de l'amitié partagée, du chagrin et de la joie et malheureusement parfois de l'abandon. Elle façonne les décors, les éclairages, les odeurs et les sonorités de notre imaginaire et ravitaille les courants tentaculaires de notre pensée l'aidant ainsi à percevoir et affronter un monde foisonnant de défis, d'inconnus et de promesses. En définitive, l'enfance maçonne sans trop le savoir une à une les premières pierres angulaires assemblant nos essentielles fondations.

« Les îles de l'enfance dorment sur l'eau du Temps, on ne saurait y revenir qu'avec des pas d'enfant ». Gilles Vign

eault

L'innocente

Elle blottit sa frêle joue contre les contreforts enveloppants et apaisants de notre cœur. Elle se recroqueville délicatement entre les strates secrètes de notre mémoire pour ensuite se réfugier dans les alcôves de nos étourderies, de nos absences et de nos rêveries. Son innocente tendresse nous fait parfois rire et sourire, tantôt chanter et danser et à l'occasion pleurer et regretter. Son innocence candide loin des pièges de la malice et des astuces de la ruse parvient même par pur et simple bonheur à nous redonner souffle et vigueur et apporter espoir et vie.

« L'enfance ne se vit pas dans l'action mais dans quelque chose de plus subtil, qu'on appelle l'innocence à défaut de mieux la nommer ». Victor-Lévy Beaulieu

La lointaine

D'aussi loin que nous nous souvenions, l'enfance semble nous appartenir un peu, mais en vérité nous lui appartenons entièrement et pour longtemps. Cette lointaine enfance incarne le phare solidement agrippé aux flancs de la presqu'île de nos vies guidant prudemment nos pas de son étrange faisceau parfois aveuglant et dont nous ne contrôlons pas toujours l'intensité et la direction. Cette enfance balise les sentiers de notre destinée à l'image des bras de mer de nos imaginaires dessinant des rivages valsant en compagnie des vagues du ressac qui bordent et définissent nos continents intérieurs secrets et bercent nos rêveries englouties.

La gardienne

Cette enfance protectrice et salvatrice préserve soigneusement nos intimes pensées, nos rêves, nos peurs et nos errances dans son inviolable et précieux écrin. Elle protège fidèlement tant les nuances de gris que les couleurs qui arcenciellent nos cœurs et modulent la chaleur, la fraicheur et la tiédeur des saisons intimes de nos vies. Elle révèle également les pouvoirs nourriciers de la liberté et le ravissement de la créativité et elle temple sereinement au cœur même de nos désirs et aspirations. Elle emmagasine une à une les graines de souvenir qui ensemencent nos pâturages intérieurs de promesses verdoyantes et protège jalousement les sources d'émerveillement qui ravitaillent les faims et les soifs de nos destinées. L'enfance symbolise la gardienne du temps et de l'avenir.

L'universelle

L'enfance de tous et toutes, à chaque instant de son merveilleux et essentiel souffle s'acharne à pousser la vie en avant d'elle et repousser la mort sur les bas-côtés de la route du temps. Elle continue inlassablement d'incarner ce souffle de l'énergie mémorielle d'un univers grandissant et persévérant qui inspire la marche à l'amour et au bonheur vers les siens, ses ami-e-s, les autres de sa communauté et de son pays. Elle aspire également au ravissement intemporel et se refuse obstinément de sombrer dans les méandres de la noirceur ou d'être emportée avec les trombes de la tourmente.

« On est de son enfance comme on est d'un pays. » Antoine de Saint-Exupéry

L'héritage

Ainsi l'enfance de chacun d'entre nous révèle celle des autres mystérieusement malaxée à la nôtre. Toutes ces myriades d'enfances uniques et entrelacées, réelles ou imaginaires, participent avec force et bonheur de la création de la source fondatrice et mystérieuse de notre monde intérieur et des paysages extérieures que nous traverserons. Célébrons l'enfance car elle représente le plus beau et le plus inestimable des maillons de l'aventure humaine. Elle incarne un formidable et fragile héritage à chérir, protéger et transmettre ainsi qu'elle est et sera toujours omniprésente au cœur même des étapes de notre existence. Au nom de la préciosité de l'enfance ainsi que du respect et de l'amour de la vie, nous avons le devoir suprême de cesser de violenter et tuer l'enfance qui évoque la résurrection perpétuelle du Genre humain et du renouveau de la civilisation.

Épilogue

Sachons que si par bonheur les enfants dirigeaient le monde, il ne s'en porterait que mieux. De la sorte que les enfants innocents ne seraient pas injustement violentés et cruellement tués dans les guerres … des adultes. Le pire dans ces folies meurtrières c'est qu'après tous ces coûts humains irréparables et ces destructions coûteuses et massives des sociétés, nous nous retrouvons presque toujours dans l'incapacité totale à garantir une résolution juste et définitive dans la majeure partie des conflits et des guerres. Le jour où notre espèce Homo sapiens renoncera à sauvegarder l'enfance ; ce sera alors au sens de la bienveillance, de l'empathie et de la compassion la fin non seulement de notre humanité, mais de l'Humanité elle-même.

« Une société qui est obligée de mettre sur papier les droits de ses enfants est une société qui mérite la tutelle ». Serge Bouchard

Gaétan Roberge
NDLA Faut-il être vieux pour écrire sur l'enfance ? Peut-être.
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Bas les masques

26 mai, par Zaz Pitit Dessalines — , ,
À vous qui, du camp adverse, pris de panique, pour diviser, multipliez vos coups bas merdiques, quand s'achève votre règne pathétique. À vous qui, sur l'écran cathodique, (…)

À vous qui, du camp adverse, pris de panique,
pour diviser, multipliez vos coups bas merdiques, quand s'achève votre
règne pathétique.

À vous qui, sur l'écran cathodique, médiatique, additionnez vos faits et
gestes archaïques,
au prorata de votre plan machiavélique,
institutionalisé en racisme systémique.

À vous qui contaminez l'air ambiant toxique
avec vos envolées démagogiques,
quand on vous démasque sur la place publique
à glorifier les fauteurs de troubles sporadiques.

À vous qui souffrez de dépendance chronique, augmentez les facteurs
pathologiques
de votre soif de sang diabolique.

À vous qui, avec vos ondes positives dogmatiques,
cherchez à vous soustraire à ce côté maléfique qui défie toute logique,
tout indique que bientôt prendra fin cette scène tragique.

Zaz pitit Dessalines

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La violence en spectacle Féminisme, État punitif et figure de la victime

26 mai, par Elsa Deck Marsault, Les Éditions du remue-ménage — ,
NOUVEAUTÉ Elsa Deck Marsault | essa Parution le 26 mai 2026 au Québec De l'autrice de Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les (…)

NOUVEAUTÉ
Elsa Deck Marsault | essa

Parution le 26 mai 2026 au Québec

De l'autrice de Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes

Le mouvement féministe fait-il fausse route en cédant à l'idéalisme pénal ? Elsa Deck Marsault signe ici un essai incisif sur les contradictions d'un mouvement qui, à force de s'en remettre à l'État et à la brutalité de ses instances disciplinaires, s'englue dans une illusion sécuritaire. Loin d'être protégées, les victimes en sont broyées au passage. L'autrice propose de substituer à la logique punitive une approche fondée sur le soin, l'entraide et la solidarité. Un plaidoyer puissant pour un féminisme antipunitif — seule voie pour renouer avec une perspective révolutionnaire.

« Si l'on doit s'écarter d'une stratégie centrée sur la protection des victimes par l'État, c'est parce que, à mon sens, le rôle du féminisme est de questionner les institutions et les normes. Il s'agit de s'attaquer aux structures qui, malgré l'intégration de la lutte contre les violences sexuelles dans les politiques publiques, vident toutes ces initiatives de leur contenu. En l'occurrence, la rationalité et les affects répressifs, autoritaires, punitifs sont consubstantiels aux formes actuelles de l'oppression liées aux genres et aux sexualités. Adapter nos agencements, nos mots d'ordre nécessite de donner une réponse spécifiquement féministe et antirépressive à cet état de fait. »

Elsa Deck Marsault a cofondé Fracas, collectif queer et féministe d'entraide à la prise en charge des conflits et des violences dans les groupes communautaires. Elle est l'autrice de Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes (2024).

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La campagne menée par Israël contre le New York Times et les organisations de défense des droits de l’homme, une tentative visant à dissimuler les actes de torture et les violences sexuelles commis dans ses prisons.

26 mai, par Euro-Med Human Rights Monitor — , , ,
Euro-Med Human Rights Monitor suit avec une profonde inquiétude la campagne officielle organisée par Israël, qui a abouti aux déclarations du Premier ministre israélien (…)

Euro-Med Human Rights Monitor suit avec une profonde inquiétude la campagne officielle organisée par Israël, qui a abouti aux déclarations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa'ar après la publication par le New York Times d'un article du journaliste Nicholas Kristof, deux fois lauréat du prix Pulitzer, intitulé « Le silence qui entoure le viol des Palestiniens », qui rapportait les témoignages de 14 hommes et femmes affirmant avoir été victimes de viols, de tortures et d'autres formes de violence sexuelle dans les centres de détention israéliens.

Tiré de Association France Palestine Solidarité
19 mai 2026

Par Euro-Med Human Rights Monitor

Au lieu d'appeler à une enquête indépendante et transparente sur ces graves allégations, ou d'autoriser des enquêteurs internationaux, des experts médico-légaux, des observateurs de l'ONU et le Comité international de la Croix-Rouge à accéder aux centres de détention, le gouvernement israélien a réagi en s'en prenant au journaliste, au journal et aux organisations de défense des droits de l'homme qui ont documenté ou contribué à révéler ces violations. Cela reflète une tentative évidente de détourner l'attention du fond des témoignages et des preuves pour discréditer leurs sources.

Les crimes évoqués dans l'article du New York Times ne reposent pas uniquement sur les documents d'Euro-Med Monitor ou de Kristof lui-même. Ils s'inscrivent plutôt dans un processus de documentation plus large et cumulatif impliquant des organismes indépendants des Nations unies, internationaux, israéliens et palestiniens, notamment le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, des rapporteurs et experts indépendants des Nations unies, la Commission d'enquête internationale indépendante des Nations unies sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et Israël, Amnesty International, Human Rights Watch, l'organisation israélienne B'Tselem, Physicians for Human Rights – Israël, l'Association Addameer de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l'homme, et le Centre palestinien pour les droits de l'homme (PCHR), en plus des témoignages recueillis par des organismes professionnels spécialisés dans la protection des journalistes et le suivi des conditions de détention.

L'aspect le plus dangereux de la campagne israélienne ne réside pas seulement dans le fait qu'elle nie les faits, mais aussi dans sa volonté de créer un récit trompeur en réduisant un dossier documenté par de multiples sources à une seule entité ou à un seul individu, tout en s'attaquant à la crédibilité d'Euro-Med Monitor, de son président Ramy Abdu et du journaliste qui a publié l'enquête. Cela ne tient toujours pas compte des témoignages, des rapports de l'ONU et de la documentation relative aux droits humains faisant état de schémas répétés de violences sexuelles au sein du système de détention israélien, notamment des viols avec des objets, des tortures sexuelles, des agressions génitales, des menaces de viol, la nudité forcée, des fouilles corporelles humiliantes, des enregistrements vidéo non consentis dans des positions dégradantes et d'autres actes de violence sexuelle.

Les tentatives visant à jeter le doute sur les organismes susmentionnés ignorent leur mandat et la nature de leur travail. Ces entités ne sont pas des tribunes d'opinion, mais des organismes de documentation, de surveillance et d'enquête qui opèrent depuis des années selon des normes internationales claires. Leurs conclusions sont soumises à un contrôle professionnel, comprenant notamment la vérification de la cohérence des témoignages, de l'indépendance des sources, des schémas émergents, des indicateurs médicaux et juridiques, ainsi que des risques encourus par les victimes et les témoins.

La convergence de leurs conclusions sur les schémas de torture, de mauvais traitements et de violences sexuelles et sexistes au sein du système de détention israélien ne peut donc être écartée comme de simples allégations ou des récits isolés. Il s'agit d'indicateurs sérieux d'une politique systématique, en particulier compte tenu de l'avertissement lancé par la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens, Francesca Albanese, selon lequel la torture est devenue une « doctrine d'État » dans le traitement des Palestiniens par Israël.

La capacité de ces organismes à entrer en contact avec les victimes et à recueillir des témoignages corroborants, malgré le siège illégal en cours de la bande de Gaza, les interdictions de circulation, la dissimulation des centres de détention et des prisons, l'interdiction des visites indépendantes et l'absence de transparence, n'affaiblit en rien la crédibilité de la documentation. Au contraire, elle met en cause Israël, qui monopolise les dossiers, les caméras et les dossiers médicaux, les garde hors de portée, puis demande au monde de croire ses dénégations et s'en prend à ceux qui ont documenté ce qu'il a tenté de dissimuler, sans apporter aucune réfutation matérielle ou juridique des faits documentés.

La documentation d'Euro-Med Monitor sur la torture et les violences sexuelles à l'intérieur des centres de détention et des prisons israéliens repose sur un processus indépendant et approfondi de surveillance, d'entretiens et d'analyse juridique, et non sur des ouï-dire ou des témoignages non vérifiés. Elle s'est appuyée sur de multiples témoignages directs de détenus palestiniens libérés, recueillis selon une méthodologie des droits humains fondée sur les principes de « ne pas nuire », de confidentialité, de consentement éclairé et d'évaluation des risques pour les victimes et les témoins, en particulier dans les cas de torture et de violences sexuelles, qui exigent une sensibilité professionnelle particulière et des mesures de protection strictes.

La cohérence des témoignages recueillis a été vérifiée et ceux-ci ont été mis en perspective avec le contexte général, les schémas récurrents de violations et les informations provenant de sources des Nations unies et de défense des droits humains. Ce processus a abouti au rapport d'Euro-Med Monitor d'avril 2026, Another Genocide Behind Walls, qui a documenté des schémas généralisés de torture et de violences sexuelles.

Le rapport a conclu que l'utilisation répétée des mêmes méthodes à l'encontre de multiples détenus dans différents centres de détention révèle un schéma systématique qui ne peut être traité comme des incidents isolés. Cela nécessite une enquête internationale indépendante et une mise en cause pénale en vertu du droit international, y compris le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

La gravité de cette documentation découle non seulement de la diversité des sources internationales qui l'ont confirmée, mais aussi de sa convergence avec les conclusions publiées par des organisations israéliennes indépendantes qui ne peuvent être accusées de partialité envers les Palestiniens.

B'Tselem a publié deux rapports, Welcome to Hell en août 2024 et Living Hell en janvier 2026, documentant les témoignages de détenus libérés indiquant que les prisons et les centres de détention israéliens sont devenus un réseau organisé de torture. Les abus signalés comprennent le viol à l'aide d'instruments, les agressions génitales, les attaques de chiens et le fait de forcer les détenus à regarder d'autres personnes se faire agresser sexuellement.

Physicians for Human Rights Israel a également publié des rapports sur des violations systématiques à l'encontre de détenus palestiniens, notamment la torture, les disparitions forcées, le refus de soins médicaux et les abus sexuels à l'encontre du personnel médical palestinien de Gaza.

En outre, des organisations palestiniennes disposant d'une longue expérience sur le terrain, notamment l'Association Addameer pour le soutien aux prisonniers et les droits de l'homme et le Centre palestinien pour les droits de l'homme, ont documenté des schémas répétés de violences sexuelles et sexistes au sein du système de détention israélien depuis les premiers mois qui ont suivi le 7 octobre. Il s'agit notamment de harcèlement sexuel, de menaces de viol, de fouilles à nu, de filmer de manière dégradante et d'agressions génitales.

Dans son rapport de mai 2025, le Centre palestinien pour les droits de l'homme a également documenté des témoignages plus détaillés de nudité forcée, d'insultes à caractère sexuel, d'attouchements, de viols ou de menaces de viol, de violences contre les parties intimes du corps et de l'utilisation de chiens dans des agressions sexuelles.

La tentative du gouvernement israélien de présenter l'article du New York Times comme reposant principalement sur les documents d'Euro-Med Monitor, ou comme une extension de ceux-ci, est trompeuse et contredit les faits exposés et la méthodologie de l'enquête elle-même. Kristof a clairement indiqué que son article était « fondé sur des conversations avec 14 hommes et femmes qui ont déclaré avoir été agressés sexuellement par des colons israéliens ou des membres des forces de sécurité ».

Ces témoignages n'ont pas été publiés comme des allégations isolées. Ils ont été vérifiés et recoupés avec d'autres sources, notamment des témoins, des avocats et des proches. Cela confirme que l'enquête journalistique a suivi un processus de vérification indépendant et ne peut être réduite à une seule source ; de même, l'ensemble des faits qu'elle a présentés ne peut être remis en cause en s'en prenant à une seule partie.

La convergence de ces sources multiples et indépendantes ne laisse aucune place pour réduire les faits à une seule organisation ou à un seul article de presse. Lorsque les mêmes schémas se répètent dans les rapports de l'ONU, les communications officielles des rapporteurs spéciaux, les organisations internationales, les groupes de défense des droits humains israéliens et palestiniens, ainsi que les témoignages directs sur le terrain, ils indiquent une tendance qui nécessite une enquête indépendante et sérieuse.

La question légitime qui se pose désormais n'est pas de savoir qui a transmis le témoignage, mais pourquoi Israël s'obstine à faire obstruction à tout processus de vérification indépendant. Cela inclut la rétention des dossiers médicaux, des dossiers de détention et des images de vidéosurveillance, l'empêchement du Comité international de la Croix-Rouge d'avoir un accès régulier et sans restriction aux détenus palestiniens, et le fait de maintenir les centres de détention fermés aux observateurs internationaux, aux experts médico-légaux et à la presse internationale.

Dans le même temps, Israël prend pour cible les journalistes, les organisations de défense des droits humains, les victimes, les témoins et tous ceux qui cherchent à documenter les faits, à les vérifier ou à les présenter devant les mécanismes internationaux compétents.

La norme professionnelle et juridique applicable aux cas de torture et de violences sexuelles ne dépend pas de l'acceptation ou du rejet par l'État accusé de la partie dénonçant la violation. Elle est déterminée par la cohérence des témoignages, l'indépendance des sources, la répétition des schémas, la disponibilité d'indicateurs médicaux et juridiques, et la mesure dans laquelle les autorités s'acquittent de leur devoir de mener une enquête sérieuse, indépendante et transparente.

Ce qui devrait inciter la communauté internationale et l'opinion publique mondiale à agir, c'est la gravité des faits documentés et la récurrence des schémas. Les règles de vérification et de responsabilité ne doivent pas dépendre à chaque fois de l'approbation d'Israël. Continuer à traiter Israël comme une exception à ces règles ne fait pas que renforcer l'impunité, mais transforme également la dénonciation et la documentation des crimes en motifs de poursuite, de criminalisation et d'attaque.

L'accusation du gouvernement israélien selon laquelle ce travail « porte atteinte aux intérêts d'Israël » parce qu'il documente les violations et transmet des témoignages aux rapporteurs de l'ONU et aux instances juridiques internationales révèle que son problème ne réside pas dans l'exactitude de la documentation, mais dans son impact.

Le travail en faveur des droits humains, par nature, vise à dénoncer les violations et à aider les victimes à accéder à la justice, y compris devant les Nations unies et les tribunaux internationaux. Présenter ce rôle légitime comme de la propagande ou une activité hostile constitue une tentative de délégitimer l'ensemble du système de responsabilité internationale.

Les accusations répétées, notamment de « calomnie sanglante » et d'« antisémitisme », ne constituent pas une réfutation juridique ou factuelle des témoignages concernant les viols et les tortures sexuelles. De telles positions éludent les questions qui devraient être au cœur de tout examen sérieux de ces faits.

Israël a-t-il ouvert une enquête indépendante et sérieuse ? A-t-il permis à la Croix-Rouge un accès complet et régulier aux centres de détention ? A-t-il mis les dossiers et les dossiers médicaux à disposition pour un examen indépendant ? A-t-il conservé et fourni les enregistrements de vidéosurveillance ? A-t-il permis aux victimes et aux témoins de faire leurs déclarations en toute sécurité, hors du contrôle de la partie accusée ? A-t-il annoncé des mesures de responsabilité pénale ou disciplinaire à l'encontre des responsables ou du personnel soupçonnés d'implication dans des actes de torture et de violence sexuelle ? A-t-il autorisé la presse internationale et des observateurs indépendants à entrer à Gaza et à rencontrer librement les victimes et les témoins ?

Les faits publics entourant l'affaire de viol de Sde Teiman apportent une réponse troublante à ces questions. Israël n'a pas traité les soupçons selon lesquels un détenu palestinien aurait été violé et torturé sexuellement dans l'un de ses centres de détention comme un crime grave nécessitant une condamnation officielle claire et une enquête indépendante et transparente. Au contraire, cette affaire a été l'occasion de défendre les soldats soupçonnés, de prendre d'assaut des bases militaires pour protester contre leur détention, d'inciter politiquement et dans les médias à ne pas demander de comptes, et d'ouvrir un débat public choquant sur la question de savoir si un gardien ou un soldat a le droit d'agresser sexuellement un prisonnier palestinien.

L'affaire s'est ensuite conclue par l'abandon des poursuites contre les suspects, malgré l'existence d'images de vidéosurveillance de l'incident, tandis que la responsabilité a été réorientée vers l'ancienne procureure générale militaire Yifat Tomer Yerushalmi après qu'elle eut reconnu avoir divulgué ces images. Cela reflète une structure d'impunité qui non seulement protège les accusés, mais vise également ceux qui dénoncent les violations ou contribuent à faire rendre des comptes.

Les crimes de violence sexuelle contre les Palestiniens au sein du système de détention israélien n'ont pas commencé après le 7 octobre 2023. Ils remontent à plusieurs années, période durant laquelle ces violations ont été accueillies par le déni, la dissimulation et l'impunité.

Un exemple révélateur est le cas documenté par Defence for Children Palestine, concernant le viol d'un garçon palestinien de 13 ans à l'intérieur d'un centre de détention israélien. Après que l'organisation eut signalé le cas aux autorités américaines compétentes, Israël a mené une descente dans son siège et confisqué ses appareils électroniques. L'organisation a ensuite été désignée comme entité terroriste et a récemment été contrainte, sous le poids de ces mesures et d'autres restrictions, de mettre fin à son travail dans le territoire palestinien occupé.

Malgré les risques graves que fait peser la campagne d'incitation israélienne, Euro-Med Monitor continuera à surveiller et à documenter les violations conformément aux normes professionnelles et juridiques reconnues. Elle continuera à recueillir et à analyser des témoignages et des preuves, et à les soumettre aux instances internationales compétentes, y compris les mécanismes des Nations Unies et les instances judiciaires concernées.

Israël porte l'entière responsabilité de tout préjudice infligé aux équipes d'Euro-Med Monitor, aux témoins, aux victimes ou à ceux qui coopèrent avec l'organisation dans le cadre d'un travail légitime en faveur des droits de l'homme. Les tentatives d'intimidation et de déformation des faits n'empêcheront pas l'organisation de remplir son devoir de dénoncer les violations et de demander des comptes à leurs auteurs.

Le Conseil des droits de l'homme, les Nations unies, la Commission d'enquête internationale indépendante, les rapporteurs spéciaux et le Comité international de la Croix-Rouge doivent prendre des mesures urgentes pour garantir le lancement d'une enquête internationale immédiate et indépendante sur la torture et les violences sexuelles et sexistes au sein des centres de détention et des prisons israéliens.

Cela doit inclure l'octroi à des mécanismes d'enquête internationaux et à des experts médico-légaux d'un accès sans restriction aux lieux de détention, permettant des entretiens sûrs et indépendants avec les victimes, les témoins et les détenus libérés, l'examen des dossiers médicaux, des dossiers d'enquête, des ordres de détention et de transfert, ainsi que des enregistrements de surveillance, la divulgation de tous les décès survenus en détention, la préservation des preuves et la prévention de leur altération ou de leur destruction.

En outre, la Cour pénale internationale doit inclure ces crimes dans le champ de son enquête en cours sur la situation en Palestine, car ils peuvent, selon les faits et le contexte, constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Ils peuvent également s'inscrire dans des actes et des schémas révélateurs d'un génocide, en particulier lorsqu'ils sont commis dans un contexte plus large visant à la destruction physique et psychologique des Palestiniens et à leur soumission à des conditions portant atteinte à leur existence en tant que groupe. Euro-Med Monitor demande que ces faits soient présentés devant la Cour internationale de Justice lors de l'examen de la responsabilité internationale d'Israël pour le crime de génocide. La torture et les violences sexuelles et sexistes en détention doivent être considérées comme des faits pertinents pour prouver les actes de génocide, l'intention spécifique de détruire, et le manquement d'Israël à son obligation de prévenir les actes interdits punissables en vertu de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Israël doit être contraint de publier des listes complètes des détenus palestiniens et de leurs lieux de détention, de révéler le sort de toutes les personnes victimes de disparitions forcées ou détenues au secret, et d'autoriser le Comité international de la Croix-Rouge à reprendre des visites régulières et sans restriction auprès de tous les détenus palestiniens. Il doit également garantir aux détenus l'accès aux soins médicaux, à des avocats et à leurs familles, mettre immédiatement fin à toutes les formes de torture, de mauvais traitements et de violences sexuelles, et traduire en justice les responsables à tous les niveaux, y compris ceux qui ont ordonné, supervisé, permis ou dissimulé ces violations.

La communauté internationale ne doit pas considérer la campagne israélienne comme un conflit médiatique ou un débat politique, mais comme une tentative officielle d'intimider la presse indépendante, les organisations de défense des droits humains, les témoins et les victimes, et d'entraver la responsabilité internationale. Les campagnes de dénigrement et les menaces de poursuites judiciaires n'effaceront pas les témoignages des victimes, n'invalideront pas les documents établis par les organes indépendants des Nations unies et des droits humains, ne transformeront pas le déni en vérité, ni n'exempteront Israël de son devoir d'ouvrir ses prisons et ses centres de détention à une enquête indépendante.

Traduction : AFPS

Photo : Les gardiens israéliens font subir des abus aux détenus palestiniens à la prison de Meggido, avril 2025 © Motassem A Dalloul

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