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Le coût environnemental de la guerre du Golfe
Lorsque les forces irakiennes ont été chassées du Koweït en 1991, elles ont incendié des centaines d'installations pétrolières et déversé des milliards de barils de pétrole directement dans le golfe Persique. L'horreur et la consternation suscitées par ce désastre et par d'autres dommages environnementaux causés par toutes les parties, tant par accident que délibérément, se sont propagées à travers le monde. Quatre ans plus tard, un article publié dans International Law Studies soulignait que le seul aspect positif de la guerre résidait dans le fait que les « pratiques destructrices pour l'environnement » que les juristes militaires auraient pu autrefois tolérer « sont désormais pratiquement interdites ».
tiré de The Climate Issue, The Economist, 22 mai 2026 | Traduction : Marc Bonhomme
Cette affirmation semble aujourd'hui précipitée. De nombreuses prévisions optimistes laissaient entendre que la guerre qui sévit actuellement dans le golfe Persique pourrait accélérer la transition vers les énergies renouvelables. Mais les dégâts environnementaux ont été relativement peu médiatisés.
Ces dernières semaines, un nombre croissant de nappes de pétrole est apparu sur les images satellites du détroit d'Ormuz. Il est difficile de déterminer à partir des seules images la quantité exacte de pétrole qu'elles contiennent, et les estimations varient donc considérablement : une marée noire au large de l'île de Kharg, principal terminal pétrolier de l'Iran, pourrait représenter entre quelques milliers et plusieurs dizaines de milliers de barils. En 2020, un seul cargo échoué ayant déversé environ 7 000 barils au large des côtes de l'île Maurice a déclenché l'état d'urgence et une mobilisation internationale. Depuis que les États-Unis ont attaqué l'Iran pour la première fois, au moins cette quantité s'est probablement déjà déversée dans le golfe sans aucune réaction. Beaucoup plus pourrait encore se déverser : les centaines de pétroliers bloqués dans et autour du golfe peuvent transporter entre 0,75 et 2 millions de barils chacun.
Plusieurs sources m'ont indiqué qu'une marée noire importante risquerait de rester sur place jusqu'à la conclusion d'un accord de paix en bonne et due forme : la crainte d'être pris pour cible ou d'entrer en contact de manière inappropriée avec des navires soumis à des sanctions rend l'offre d'assistance bien plus difficile qu'en temps normal. Le nettoyage est également plus compliqué et risque d'être retardé, en partie à cause d'une réticence accrue à envoyer les navires spécialisés nécessaires dans une zone de combat, et en partie parce que les problèmes liés à l'établissement de la responsabilité rendent plus difficile l'obtention des fonds nécessaires pour le financer. Cette perspective est particulièrement alarmante étant donné que la plupart des États du Golfe dépendent du dessalement de l'eau de mer pour leur approvisionnement en eau potable. Le pétrole à bord des pétroliers coincés est un mélange complexe d'hydrocarbures, dont certains sont toxiques à des concentrations si faibles qu'ils sont difficiles à identifier par le goût ou l'odeur. Le benzène, en particulier, est un cancérigène connu pour l'homme. Les hydrocarbures peuvent également endommager directement les infrastructures de dessalement, en obstruant les membranes d'une manière qui peut prendre des semaines à réparer. Dans les voies navigables peu profondes et fermées comme le Golfe, les courants peuvent transporter des quantités dangereuses vers des usines situées à des dizaines de kilomètres.
À cela s'ajoute la pollution atmosphérique causée par les bombes et les incendies, qui a exposé quelque 15 millions d'Iraniens à une « pluie noire » chargée d'hydrocarbures toxiques, d'oxydes de soufre et de composés azotés. Au cours des deux premières semaines de la guerre, l'Organisation mondiale de la santé a lancé des avertissements concernant les risques pour la santé liés à l'inhalation de ces substances. À court terme, cela peut aggraver considérablement les troubles respiratoires et, à long terme, augmenter de manière significative le risque de développer certains cancers.
La haute atmosphère subit une autre conséquence de ce conflit. Dans un article publié plus tôt cette année, des chercheurs ont estimé que chaque missile tiré par Israël sur Gaza rejetait l'équivalent de 0,14 tonne de dioxyde de carbone, soit l'équivalent d'un vol aller-retour entre Londres et Madrid. Et une analyse du Climate and Community Institute, un groupe de réflexion américain, estime que les 14 premiers jours de la guerre actuelle ont généré, directement et indirectement, 5 millions de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone, soit plus que le total annuel de l'Islande. Parallèlement, le choc pétrolier a conduit des pays comme l'Italie à revenir sur leurs engagements climatiques, tels que la sortie progressive du charbon. Les divers écosystèmes du golfe ont déjà du mal à faire face à l'explosion démographique et à la hausse des températures due au réchauffement climatique. Ils n'ont pas besoin que ces problèmes soient aggravés par des gaz à effet de serre supplémentaires.
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Sombres nuages sur l’Ethiopie
De nouveau, une menace de guerre civile plane sur l'Éthiopie, opposant différentes factions au détriment des populations déjà durement meurtries.
En 2020 éclatait une guerre meurtrière en Éthiopie entre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF en anglais), qui a gouverné le pays pendant des décennies, et le gouvernement fédéral dirigé par Abiy Ahmed. Un conflit qui se terminera deux années plus tard avec les accords de Pretoria, dont les deux parties s'accusent mutuellement de violer les dispositions.
La guerre de 2020
Abiy Ahmed est arrivé au pouvoir en avril 2018 sur fond de mobilisation populaire contestant le pouvoir du TPLF, notamment sa faible représentativité, les Tigréens ne représentant que 10 % de la population. Depuis, les tensions entre le gouvernement fédéral et le TPLF n'ont fait qu'augmenter, débouchant sur la guerre de 2020. Dans ce conflit, les forces fédérales se sont liguées avec les milices communautaires amhara et afar, et surtout avec l'armée érythréenne, avec laquelle elles étaient en guerre six ans auparavant.
Défait militairement, le TPLF dut se résoudre à signer les accords de Pretoria, stipulant entre autres la mise en place au Tigré d'un gouvernement régional consensuel entre les deux parties. Les tensions actuelles s'exacerbent autour de cette question.
Nouvelles alliances
Juste après la paix, des oppositions ont vu le jour entre l'Éthiopie et l'Érythrée qui s'est approfondie avec les déclarations d'Abiy Ahmed. Il considère que son pays doit avoir accès à la mer par tous les moyens, ressuscitant le différend historique autour du port d'Assab, situé en territoire érythréen.
Au Tigré, l'aile radicale du TPLF a mené un coup de force contre le gouverneur régional Tadesse Werede, accusé d'être trop conciliant avec Abiy Ahmed.
Le TPLF reproche également l'occupation par les milices amhara d'une partie de son territoire et l'impossibilité, pour les réfugiés tigréens, de revenir sur leurs terres. Le gouvernement fédéral, considère que le coup de force contre Tadesse équivaut à la fin de l'accord de paix. Il tente aussi de saper l'activité du TPLF en promouvant des forces politiques et militaires favorables à sa politique. À cela s'ajoute un retournement de situation dont le pays est coutumier : les ennemis d'hier deviennent les alliés d'aujourd'hui à travers une alliance entre le TPLF et les forces érythréennes.
Les enjeux de ces luttes entre les différentes factions éthiopiennes ne sont que des enjeux de pouvoir, car toutes ces forces sont libérales, avec pour objectif d'intégrer le pays dans la mondialisation capitaliste en imposant les contraintes sociales à leur population.
La paix en sursis
Le risque d'une nouvelle guerre existe, mais il n'est pas certain. Des élections doivent se tenir en juin et Abiy Ahmed n'a peut-être pas envie de gâcher un scrutin dont il sait qu'il sortira vainqueur faute d'opposition. L'Éthiopie, comme la plupart des pays africains, connaît des pénuries de carburant liées au blocage du détroit d'Ormuz, ce qui poserait des problèmes logistiques à l'armée fédérale en cas d'offensive. Enfin, une guerre ouverte constituerait une opportunité pour d'autres pays que l'Érythrée de soutenir le Tigré, comme l'Égypte, qui entretient un fort contentieux avec l'Éthiopie sur la gestion du Nil, ou encore les Forces armées soudanaises.
Abiy Ahmed pourrait donc choisir une autre option : celle d'un renforcement du blocus économique. Dans tous les cas, ce seraient les populations civiles, déjà sévèrement touchées, qui en feraient les frais. Dès lors, beaucoup de jeunes hommes tentent de fuir la région pour éviter d'être impliqués dans un éventuel conflit.
Paul Martial
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Sahel : l’échec du tout-militaire et le retour inévitable de la voie politique
Entre fatigue internationale, isolement diplomatique des régimes sahéliens et impasse sécuritaire, l'ancien responsable mauritanien de l'Union africaine Abdel Nasser Ould Ethmane Elyessa alias Jamal Yessa, interviewé par la radio algerienne, il dresse un constat sévère de la crise au Mali et au Sahel. Pour lui, la victoire militaire promise par les juntes de l'AES est devenue une illusion dangereuse, tandis que la négociation et la médiation apparaissent désormais comme l'unique issue possible.
Écrit par Mohamed AG Ahmedou
Le Sahel n'est plus une priorité internationale :
Le constat est brutal, presque sans appel. Pour Abdel Nasser,ancien responsable au sein du centre de l'Union africaine, il ne s'agit même plus d'une impression mais d'une réalité déjà installée, les crises sahéliennes ont été reléguées à l'arrière-plan des urgences mondiales.
« Les crises africaines sont nombreuses, concomitantes et de faible incidence sur l'économie mondiale », explique-t-il. Dans un monde dominé par les logiques de puissance et les priorités stratégiques des grandes économies, l'Afrique souffre d'un déclassement humanitaire et diplomatique. Selon lui, un phénomène de lassitude internationale vis-à-vis du continent s'est progressivement installé. Pendant que d'autres foyers de tensions mobilisent les ressources et l'attention des puissances mondiales, le Sahel s'enfonce dans une guerre devenue presque routinière aux yeux du monde.
Cette marginalisation intervient pourtant au moment où la crise humanitaire atteint des niveaux alarmants au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les violences s'étendent géographiquement, les attaques se multiplient et les victimes civiles augmentent de manière exponentielle.
Une Union africaine absente face au drame sahélien :
Le diagnostic porté sur l'Union africaine est particulièrement sévère. Pour Abdel Nasser, l'organisation continentale apparaît aujourd'hui « absente » de la gestion de la crise sahélienne.L'ancien responsable rappelle que l'Union africaine reste avant tout une union d'États, dépourvue de l'autonomie politique et institutionnelle que possède par exemple l'Union européenne. Cette dépendance limite fortement sa capacité d'action et empêche l'émergence d'une réponse cohérente face à la guerre qui ravage le Sahel.
La situation est aggravée par la rupture entre les régimes militaires de l'Alliance des États du Sahel et les organisations régionales. Depuis leur retrait de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ne reconnaissent plus à l'organisation ouest-africaine une quelconque légitimité sur les questions sécuritaires. Pire encore, les discours officiels accusent régulièrement la CEDEAO de servir des intérêts étrangers, voire de soutenir indirectement des groupes armés.Pour l'expert mauritanien, cette situation illustre les effets destructeurs de la désinformation politique dans la région. Résultat, ni l'Union africaine ni les organisations régionales ne semblent aujourd'hui capables de porter une médiation crédible ou une initiative diplomatique d'envergure.
Plus inquiétant encore, Ould Ethmane, observe qu'aucune de ces institutions ne défend réellement une solution politique au conflit. Les communiqués officiels privilégient presque exclusivement « l'éradication du terrorisme » par la force militaire, alors même que cette stratégie montre chaque jour davantage ses limites.
L'AES face au piège de la victoire militaire impossible :
L'ancien responsable africain estime que les régimes militaires sahéliens se sont enfermés dans une logique de guerre totale dont l'issue paraît de plus en plus inaccessible.À l'origine, rappelle-t-il, l'Alliance des États du Sahel reposait sur une idée politiquement séduisante, construire une réponse africaine mutualisée face à l'insurrection djihadiste. Le discours souverainiste et patriotique promettait une rupture avec la dépendance sécuritaire envers les anciennes puissances occidentales.
Mais derrière cette ambition panafricaniste s'est progressivement dessinée une recomposition géopolitique majeure. Les partenaires européens, notamment la France, ont été écartés. Les États-Unis maintiennent une posture ambiguë. Et de nouveaux acteurs se sont imposés dans le paysage sécuritaire sahélien.
La Russie fournit désormais une assistance militaire directe, notamment au Mali, avec l'engagement de combattants russes sur le terrain. La Turquie, quant à elle, s'est imposée comme un partenaire stratégique à travers la vente de drones militaires devenus centraux dans les opérations des armées sahéliennes.
Mais cette militarisation accrue n'a pas produit les résultats promis. « Il n'y a jamais eu autant de violence », affirme l'ancien responsable mauritanien. Selon lui, les attaques s'intensifient, les groupes armés étendent leur présence et les populations civiles paient le prix le plus lourd.La guerre menée au nom de la souveraineté nationale se transforme ainsi en une guerre d'usure régionale où les États semblent incapables d'imposer un rapport de force décisif.
Le retour inévitable de la négociation :
Pour Abdel Nasser, l'histoire des conflits modernes montre pourtant une constante, les réponses exclusivement militaires échouent presque toujours lorsqu'elles ne s'accompagnent pas d'une solution politique.« Les causes profondes du conflit reviennent tant qu'elles ne sont pas traitées », insiste-t-il. Les frustrations sociales, les fractures communautaires, la marginalisation territoriale et les crises de gouvernance constituent selon lui le terreau durable de l'insurrection au Sahel.
L'expert mauritanien considère même que l'année 2026 pourrait représenter un tournant décisif. Selon son analyse, le conflit serait entré dans une phase de « maturation », c'est-à-dire le moment où les différents protagonistes commencent à comprendre qu'ils ont davantage à perdre dans la poursuite de la guerre qu'à gagner dans une paix négociée.Cette fenêtre reste toutefois fragile. Si aucun processus d'apaisement, de médiation ou de reconstruction de la confiance n'émerge rapidement, le risque de propagation de la menace vers les pays du golfe de Guinée deviendra considérable.
L'Algérie, une vision appelée à revenir au centre du jeu :
Dans ce contexte, Abdel Nasser Ould Ethmane estime que la vision défendue depuis des années par l'Algérie finira probablement par s'imposer.Depuis longtemps, Alger plaide pour une approche combinant sécurité, dialogue politique et développement. Une doctrine forgée par sa propre expérience de lutte contre le terrorisme dans les années 1990, où la réponse militaire avait finalement été complétée par des mécanismes de réconciliation et de dialogue national.
L'Algérie dispose également, selon lui, d'une expérience diplomatique importante dans les tentatives de médiation au Mali et au Sahel. Pour cette raison, Jamal Yessa, considère qu'« il n'y a pas d'autre voie » que celle d'une solution politique négociée.
Au-delà des rivalités géopolitiques et des discours souverainistes, le Sahel semble ainsi confronté à une réalité incontournable, aucune armée, aucun drone et aucune puissance étrangère ne pourront, seuls, mettre fin à une crise dont les racines sont à la fois politiques, sociales et historiques.Et pendant que les capitales sahéliennes poursuivent leur fuite en avant militaire, une question demeure : combien de temps encore le Sahel pourra-t-il supporter une guerre sans horizon politique ?
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Famine au Soudan, une arme de guerre néocoloniale
Contrairement au récit qui présente la famine au Soudan comme une conséquence naturelle de la guerre, cet article montre que la faim est utilisée comme arme de guerre par les milices FSR. La famine est aussi le produit d'un système de prédation néocolonial au profit des Émirats arabes unis. L'autonomie alimentaire devient dès lors un enjeu de résistance et d'émancipation décoloniale.
Tiré du blogue de l'auteur.
Dès que l'on aborde la situation humanitaire au Soudan, la famine est systématiquement évoquée : l'ONU estime que 20 millions de personnes, soit plus de 40 % de la population, souffrent de faim aiguë. Quatorze zones du Darfour du Nord, du Darfour du Sud et du Kordofan du Sud sont menacées de famine, alors qu'environ 135 000 personnes y souffrent déjà de niveaux de faim extrêmes.
Pourtant, le pays est le deuxième plus vaste d'Afrique, traversé par le plus long fleuve du monde et doté de terres agricoles fertiles couvrant près des deux tiers de son territoire. Dans le cas soudanais, la famine n'est ni une conséquence naturelle ni inévitable de la guerre. Elle résulte de l'utilisation délibérée de la faim comme arme de guerre, voire comme arme de génocide. L'instrumentalisation de l'approvisionnement alimentaire comme moyen de domination et de contrôle des populations civiles est caractéristique des conflits coloniaux et impérialistes contemporains, comme on l'observe aujourd'hui au Soudan et à Gaza.
Au Soudan, plutôt que de parler de famine, on peut parler d'« affamement » délibéré de la population. D'abord, parce que la guerre est menée par les milices contre les populations agricoles afin de s'approprier leurs terres. S'y ajoutent la destruction délibérée des structures de l'État et la généralisation des économies de guerre, conçues comme un mode d'investissement et de profit néolibéral.
Face à ces violences, les chambres d'urgence proposent un modèle de résistance révolutionnaire fondé sur l'autonomie alimentaire.
Les terres agricoles, cibles d'attaques systématiques
Depuis le début de la guerre en avril 2023, la prise de contrôle des terres par les milices, le blocage des voies d'acheminement et les déplacements imposés à certaines communautés paysannes ont fortement réduit la production agricole. Trois saisons se sont déroulées avec une récolte très faible, alors que la population soudanaise dépend de son agriculture pour satisfaire ses besoins essentiels.
Le 4 mai 2026, une investigation du média Al Jazeera par image satellite utilisant l'index de différence normalisée de végétation (NDVI) a démontré que la guerre avait un impact dévastateur sur les plus grands projets agricoles irrigués du Soudan dans les états de Gezira, Sennar et Khartoum. Les plaines fertiles du centre du Soudan – considérées comme le « grenier » du pays – ont été dévastées : sur les images satellites, les quadrillages verts et géométriques qui caractérisaient autrefois le cœur agricole du pays ont désormais laissé place à un paysage aride, d'un brun poussiéreux.
Quand la capitale de l'état de Gezira, Wad Madani, est tombée aux mains des Forces de Soutien Rapide (FSR) en décembre 2023, des agriculteur·ices désespéré·es avaient alors inondé leurs propres canaux d'irrigation pour transformer leurs champs en bourbiers afin d'arrêter les pick-ups armés des FSR. Suite à la prise de l'état de Gezira par les FSR, celles-ci ont démantelé tout le système agricole de la région. Les miliciens ont détourné les canaux d'irrigation, inondé les terres agricoles et utilisé les sacs de récoltes comme ponts de fortune pour franchir les canaux. Les traces de cet événement sont encore visibles aujourd'hui depuis le ciel.
Des dégâts similaires ont été constatés dans les zones agricoles de Rahad et de Suki, situées dans les états de Sennar et de Gedaref, qui couvrent 126 000 hectares (311 350 acres) et 37 800 hectares (93 400 acres). Tout au long de l'année 2024, sous le contrôle des FSR, l'état des cultures s'est considérablement détérioré dans ces deux régions.
Mais cette détérioration n'a rien d'une conséquence « naturelle » de la guerre. Une étude de l'université de Yale de mars 2026 a démontré que les FSR ont ciblé délibérément les communautés agricoles résidant aux alentours de la ville d'El Fasher, dans le but d'affamer la population locale alors qu'elles entamaient le siège de la ville. Le siège a duré plus de 18 mois, durant lesquels des milliers de personnes sont mortes de faim et d'absence de soins, jusqu'à la prise d'El Fasher en octobre 2025.
Ces attaques autour d'El Fasher ont ciblé 41 communautés agricoles. Leur objectif était de déplacer de force les agriculteur·ices pour les empêcher de semer — décimant ainsi les réserves alimentaires locales. La politique de la terre brûlée menée par les FSR après leurs attaques vise à empêcher les résident·es de se réinstaller dans leurs villages, rendant toute la région inhabitable. Ces images montrent clairement l'intention des FSR : dépeupler ces localités et entraver toute capacité de la population à semer, cultiver et récolter de la nourriture.
Outre la destruction des terres agricoles locales, les FSR empêchent les organisations humanitaires d'acheminer de l'aide vers la ville, comme l'ont montré de nombreux rapports. Enfin, depuis le début du conflit, les miliciens ont pillé systématiquement les marchés, qui sont les premiers espaces urbains attaqués dès qu'ils conquièrent une ville. Tous ces éléments mettent en évidence le projet génocidaire des FSR, qui s'attaquent aux moyens de survie de la population.
Le démantèlement des structures de l'État et l'émergence d'un « colonialisme agraire »
La guerre n'a pas arrêté l'économie, elle l'a transformée. D'un système fragile sous un État affaibli, on est passé à une économie de guerre structurée par des réseaux — armes, contrebande, aide humanitaire et financements extérieurs. Ce basculement s'inscrit dans une logique néolibérale où l'effondrement de l'État laisse le champ libre au marché, même lorsqu'il se nourrit de la catastrophe.
La destruction délibérée des institutions, ainsi que des entreprises publiques et privées, par des attaques menées par les milices à des fins de pillage, a rendu l'appareil étatique incapable de répondre aux besoins essentiels de la population — qu'il s'agisse de l'accès à la nourriture ou des services indispensables à sa production, tels que l'électricité et l'eau. 90 % des hôpitaux sont hors service, tandis que les banques et l'ensemble des institutions publiques ont été à l'arrêt pendant plusieurs années.
Dans les régions contrôlées par les FSR, même dans les zones où les villages sont encore debout, les agriculteur·ices indiquent que l'insécurité et les conflits avec les éleveur·ices nomades rendent la culture pratiquement impossible. L'administration ad hoc mise en place par les FSR au Darfour pour protéger la saison agricole n'arrive pas à résoudre ces problématiques et des agriculteur·ices témoignent auprès du média Ayin Network que « des chameaux appartenant à des éleveur·ices locaux ont piétiné ses champs sous les yeux des forces des FSR qui contrôlent la ville. » Les agriculteur·ices qui tentent de protéger leurs récoltes sont victimes d'agressions, de menaces et de pillages de leurs charrettes.
Dans ces zones où l'agriculture, bien que fortement entravée, est encore possible, les récoltes ne bénéficient pas aux populations locales ni à la population soudanaise dans son ensemble. Ce n'est pas un hasard : la famine est produite et entretenue par des logiques économiques impérialistes et néolibérales.
Les produits agricoles (des céréales, la gomme arabique et l'arachide ainsi que du maïs) et le bétail, de même que l'or, sont acheminés et exportés par les FSR via des réseaux informels vers le Tchad, la Libye et les marchés du Golfe. Les milices s'emparent de terres arables afin de se financer par la contrebande de denrées, notamment vers les Émirats Arabes Unis.
Ces échanges s'inscrivent dans un « néocolonialisme agraire » qui était déjà à l'œuvre avant la guerre. Le chef des FSR, Hemedti, exerçait lui-même le commerce de bétail avec la Libye avant de rejoindre les FSR, qui lui a permis d'étendre ces activités à une échelle plus large. Dans ce contexte, l'agriculture cesse donc d'être une ressource pour la survie des civil·es : elle devient un moteur de la guerre, qui alimente le conflit et permet aux violences de se perpétuer.
Alors même que le Soudan, un pays principalement agricole, est privé de son autonomie alimentaire, il se retrouve en proie à « l'économie de l'aide ». Cette transformation inquiétante face à l'aggravation de la catastrophe humanitaire illustre une nouvelle phase de la dépossession du pays aux mains des puissances étrangères. L'aide n'est plus seulement une réponse d'urgence, elle est devenue un secteur économique à part entière, avec ses financements, ses emplois, ses contrats, ses chaînes d'approvisionnement, ses rapports de force, ses indicateurs et sa concurrence pour les ressources.
Le problème n'est pas l'aide en elle-même, mais son évolution en substitut implicite aux options de production locale, et en mécanisme de gestion de la crise plutôt que de sortie de celle-ci. Lorsque la réponse humanitaire repose sur la durabilité de la crise, plutôt que sur la sortie de la crise, alors la persistance de situations comme la famine et la privation devient une condition objective de la poursuite du financement et de l'activité humanitaire.
Les organisations humanitaires émiraties constituent l'illustration la plus emblématique de ce système cynique : les Emirats alimentent la guerre pour s'approprier les ressources soudanaises d'un côté, tout en apportant de l'aide humanitaire de l'autre. Cette aide est mise en avant par le gouvernement émirati selon une mise en scène bien orchestrée qui cache les mécanismes de prédation. Les Soudanais·es sont conscient·es de cette instrumentalisation de l'aide alimentaire et la dénoncent. On a ainsi vu circuler sur les réseaux sociaux des vidéos d'habitant·es qui refusaient l'aide alimentaire apportée par des organisations humanitaires émiraties en exprimant leur colère : “Que les Emirats arrêtent de détruire notre pays, plutôt que d'apporter à manger !”.
Les “salles d'urgence”, un projet révolutionnaire d'autonomie alimentaire
Contre cette logique de conquête néocoloniale, le Soudanais·es résistent en inventant des alternatives concrètes malgré le manque total de moyens. Les organisations d'entraide au Soudan, comme les “salles d'urgence” (parfois traduites aussi par “chambres d'urgence”) via le projet des cuisines collectives, représentent des solutions révolutionnaires. Ces initiatives issues de la société civile tentent d'atténuer la crise grâce à des outils locaux et à un effort populaire quotidien. Elles visent à construire des solutions durables et structurelles pour sortir de la crise.
Des centaines de cantines solidaires ont ainsi émergé depuis le début de la guerre. Elles nourrissent des centaines de milliers de personnes les plus vulnérables, notamment les familles déplacées par le conflit. Leur organisation par la base s'inspire du modèle autogestionnaire des comités de résistance pendant la révolution. Les chambres d'urgence de Khartoum, par exemple, comptent jusqu'à 4 000 bénévoles qui gèrent 42 cuisines communautaires dans la capitale et les villes alentour.
Les volontaires ont investi des espaces collectifs abandonnés par les pouvoirs publics à cause du contexte de guerre (écoles, bâtiments publics) pour en faire des lieux de regroupement de denrées alimentaires et de cuisines collectives. Ils et elles y préparent puis distribuent ces repas dans les quartiers les plus précaires et les camps de déplacé·es. Ces groupes s'organisent sur les réseaux sociaux et c'est également via ce moyen qu'ils collectent des fonds, en s'appuyant sur la solidarité internationale et de la diaspora.
Les “chambres d'urgence” ne se contentent pas de cuisiner dans les centres urbains, mais travaillent à sécuriser toute la chaîne d'approvisionnement alimentaire depuis les campagnes vers les villes. Le programme « Sécurité alimentaire » des chambres d'urgence de Khartoum illustre cette approche. Sa priorité : soutenir les marchés de quartier dans chaque commune pour qu'ils deviennent des points de distribution de proximité, approvisionnant les épiceries locales, plus facile à protéger au sein des quartiers. Les cagnottes de soutien aux chambres d'urgence sont utilisées pour aider les grossistes à acheminer leurs marchandises.
Ces volontaires surveillent également les points de contrôle des armées et milices le long des routes, afin de faire respecter la libre circulation des personnes et des marchandises. Ils mènent des négociations localisées avec les autorités pour garantir l'accès aux différents quartiers.
Enfin, plusieurs projets d'agriculture en ville ont également émergé. Ils visent à installer une production locale et favoriser au maximum les circuits courts, permettant un approvisionnement local et évitant le pillage des denrées alimentaires par les miliciens.
Ces groupes révolutionnaires n'emploient pas le terme de « famine » mais parlent plutôt d'« affamement ». Ce choix leur permet de mieux décrire la privation délibérée imposée aux Soudanais·es. Ils préfèrent un vocabulaire révolutionnaire afin d'éviter le piège des termes spectaculaires du système néoliberal — ces mots qui construisent une population victime et incapable de résister. En imposant et consolidant une lecture néolibérale des événements, l'utilisation de ces termes atténue les perceptions et neutralise la critique, tout en garantissant la pérennité des crises — au lieu de les résoudre. A l'inverse, les initiatives de terrain des “chambres d'urgence” transforment à la fois l'économie et les modes d'actions humanitaires par la solidarité locale, mais proposent aussi une pensée radicale d'autonomie et de souveraineté alimentaire, ouvrant des perspectives écologiques et décoloniales.
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Par l'équipe de Sudfa

Flottille : À leur libération, les militants dénoncent humiliations, violences physiques et agressions sexuelles
Après le tollé suscité par la vidéo du ministre israélien Itamar Ben Gvir où on le voit se réjouir de leur humiliation, les militants de la flottille humanitaire Global Sumud, interceptée illégalement par la marine israélienne, ont commencé à témoigner publiquement après leur libération ces dernières heures. Plusieurs d'entre eux décrivent des violences physiques, des humiliations, des privations de sommeil, ainsi que des agressions sexuelles et du harcèlement pendant leur détention.
Tiré d'Agence média Palestine.
Le militant brésilien Thiago Avila, kidnappé et détenu durant dix jours par Israël, au début du mois de mai, était à Istanbul pour accueillir ses camarades. Dans une vidéo face caméra qui a fait des centaines de milliers de vues, il affirme que plusieurs militants auraient été « violés ». « Des soldats israéliens ont violé des activistes humanitaires transportant de la nourriture et des médicaments à des enfants affamés à Gaza ! Nous devons arrêter ces monstres ! Nous devons arrêter cette force d'occupation qui ne respecte pas le droit international et le droit humanitaire. Ce n'est pas seulement Itamar Ben Gvir, mais tout le régime colonial avec Benjamin Netanyahu, Bezalel Smotrich, Gideon Sa'ar, Israël Katz et tous les autres criminels de guerre et leurs alliés complices à l'intérieur et à l'extérieur d'Israël », a-t-il déclaré.
Plusieurs organisations proches de la flottille évoquent également des violences sexuelles. Le Comité international pour briser le siège de Gaza affirme avoir recueilli des témoignages faisant état « d'agressions sexuelles », de harcèlement sexuel, de passages à tabac, de militants traînés au sol, menottés et maintenus les yeux bandés. Selon ces témoignages relayés par l'agence turque Anadolu et TRT Français, certains militants auraient subi des attouchements et des humiliations à caractère sexuel pendant les interrogatoires et les transferts. Les organisateurs parlent d'« une violation flagrante de la dignité humaine ».
De nombreux militants ont été victimes de violences physiques à tel point que certains ont dû être hospitalisés. Les images les montrent sur des brancards, visiblement affaiblis ou portant des ecchymoses sur leur dos, leurs bras ou leurs jambes. Une militante allemande a été équipée d'une minerve. Le journaliste italien Alessandro Mantovani, présent à bord de la flottille, affirme avoir été frappé à son arrivée dans un centre de détention israélien. Il décrit un « lieu de terreur » où des gardiens auraient distribué coups de pied et coups de poing aux détenus. « Me tabasser, ça veut dire qu'ils m'ont donné des coups de pied dans les jambes et des coups de poing au visage. Ce sont des gens qui savent ce qu'ils font, donc je n'ai pas de traces visibles importantes (…) Ils vous tabassaient et vous disaient “Bienvenue en Israël” », a-t-il dit aux journalistes à son arrivée à l'aéroport de Rome.Un autre militant italien, le député Dario Carotenuto, dit avoir reçu des coups au visage et dans l'œil pendant sa détention.

78 ans de Nakba et l’expansionnisme israélien continue
78 ans depuis la Nakba — la catastrophe — qui marque la création de l'État d'Israël le 16 mai 1948 et le début du nettoyage ethnique de la Palestine. Le nouvel autoproclamé État d'Israël va étendre son territoire et vider des dizaines de villes et villages de leurs habitantEs. Ce processus d'annexion et d'expulsion est toujours en cours, et s'accélère depuis le début du génocide à Gaza — la Nakba continue.
Tiré d'Europe solidaire sans frontière.
Derrière le prétendu cessez-le-feu, la reconstruction de Gaza est bloquée et Israël prépare déjà une nouvelle offensive d'ampleur.
Comme toujours avec Israël, les accords ne sont pas respectés et les cessez-le-feu servent surtout à se réarmer et préparer l'offensive suivante. Près de 800 personnes ont ainsi été tuées depuis ce prétendu cessez-le-feu.
Netanyahu a déclaré qu'Israël allait désormais « se concentrer sur le Hamas », suggérant une nouvelle phase de guerre de grande intensité contre Gaza. Une chaîne israélienne a révélé que l'état-major et l'armée se préparaient à relancer l'offensive « dès le mois prochain », après le refus du Hamas et d'autres factions palestiniennes de déposer les armes.
Exiger le désarmement sans contrepartie
Lors de réunions tenues en avril entre des représentantEs des principales factions palestiniennes — Hamas, Fatah, FPLP, FDLP et Jihad islamique — et Nickolay Mladenov, le « Haut Représentant pour Gaza » du « Board of Peace » de Trump, tous ces groupes ont refusé de discuter d'un quelconque désarmement tant qu'Israël n'aurait pas appliqué les engagements prévus lors de la première phase du cessez-le-feu — il y a plusieurs mois — notamment le retrait progressif de la bande de Gaza, la libre entrée de l'aide humanitaire et des marchandises, ainsi que le début de la reconstruction.
L'après-guerre et la reconstruction entravées
Plus tôt en avril, des représentantEs du Fatah et du Hamas se sont rencontréEs au Caire afin de discuter des mesures permettant de passer à une phase d'après-guerre, notamment autour de la reconstruction et du désarmement. Les deux organisations avaient accueilli favorablement la création du Comité national pour l'administration de Gaza — connu sous le nom de « comité technocratique » et composé de PalestinienNEs chargéEs d'administrer la bande de Gaza — dans le but d'amorcer la reconstruction humanitaire. Ce comité reste toutefois subordonné au « Board of Peace » et séparé des institutions politiques palestiniennes, sans pour autant être indépendant des institutions israéliennes. Cependant, la farce semble ne plus avoir de limites : le comité n'a toujours pas été autorisé par Israël à entrer dans la bande de Gaza.
Orange, jaune et vert, les couleurs de la colonisation de Gaza
Avant même qu'une nouvelle offensive soit lancée, la situation continue de s'aggraver. Les forces israéliennes ont étendu les zones placées sous leur contrôle effectif à l'intérieur de la bande de Gaza, au-delà de la soi-disant « ligne jaune » établie après l'accord de cessez-le-feu.
Cette ligne jaune était censée reculer progressivement au fil des différentes phases. C'est l'inverse qui se produit : les autorités israéliennes ont transmis de nouvelles cartes aux organisations humanitaires, définissant une zone d'accès restreint élargie, baptisée « ligne orange », qui représente à elle seule environ 11 % du territoire de Gaza situé au-delà de la « ligne jaune » initiale. Dans le même temps, les forces d'occupation ont continué à repousser cette « ligne jaune » vers la mer à coups de destructions. De fait, le territoire placé sous contrôle israélien s'est étendu d'environ 10 % dans la bande de Gaza.
L'occupation s'étend encore
La frontière « invisible » des lignes jaune et orange constitue en outre une zone de danger mortel pour toute personne s'en approchant, même sans le savoir. Selon plusieurs témoignages, il est possible de s'endormir dans une zone et de se réveiller dans une autre, après un déplacement des lignes par l'armée israélienne. En pratique, les GazaouiEs sont désormais réduitEs à vivre sur seulement 40 % de leur territoire initial.
Dans la partie de la bande de Gaza placée sous contrôle militaire israélien — la fameuse zone « verte » — Israël organise et finance plusieurs milices armées qui y opèrent, tout en ciblant et assassinant le personnel chargé des fonctions de police à Gaza sous prétexte qu'il s'agirait de combattantEs du Hamas. Cette destruction systématique des structures civiles de Gaza, souvent administrées par le Hamas, constitue aussi une stratégie de désorganisation empêchant tout retour à une vie normale. Ces assassinats permettent en outre à des bandes armées de jouer le rôle d'une police directement aux ordres d'Israël.
La reprise de la guerre contre Gaza, dans la continuité de l'annexion de fait de la Cisjordanie et du Sud-Liban, ainsi que les expulsions à Gaza, replacent dans leur contexte l'intensification de la Nakba. Même si une annexion totale de la Cisjordanie reste irréalisable, Israël semble vouloir accélérer ses offensives à grande échelle avant qu'une éventuelle remise en cause de son impunité internationale n'émerge. Même si, en pratique, cette impunité n'a jusqu'à présent rencontré que très peu de limites.
L'unification palestinienne pour passer du Sumud à la libération
Cependant, les PalestinienNEs ne restent pas passifVEs. Les factions et groupes de Gaza demeurent opérationnels malgré presque trois ans de génocide. Malgré la complicité de l'Autorité palestinienne, des groupes s'organisent dans les camps de réfugiéEs en Cisjordanie, mais aussi dans les villages de la zone C, notamment face à la recrudescence des violences des colons. Des groupes auto-organisés tentent de protéger les habitantEs, les animaux et les habitations.
Le « Sumud » [1] palestinien demeure présent malgré l'occupation, la colonisation et le génocide. Mais la situation est rendue complexe par la fracture et la paralysie persistantes de la vie politique palestinienne.
Selon Khaled Odetallah, intellectuel palestinien et fondateur du Centre Suleiman Halabi d'études sur le colonialisme et la libération :
« La crise est celle d'une société actuellement incapable de définir clairement son objectif de libération, après que ses structures sociales aient été détruites par l'occupation israélienne. La violence de l'occupation a décimé les structures sociales telles que les syndicats, les mouvements étudiants et les associations, tuant de nombreuses personnes et emprisonnant des milliers d'autres. Elle a également cloisonné les Palestiniens dans des réalités géographiques distinctes. La séparation entre Gaza et la Cisjordanie, par exemple, s'est construite au fil des années, et des réalités différentes se sont créées entre le nord et le sud de la Cisjordanie, sans parler de Jérusalem et des Palestiniens détenant la citoyenneté israélienne, et il existe de nombreux groupes sociaux aux intérêts divergents dans chacune de ces régions. La représentation politique naît généralement de l'interaction et de la lutte entre les groupes sociaux, ce qui construit la représentation d'une société de bas en haut. Ce processus a été systématiquement empêché par la ségrégation et la répression israéliennes, ce qui se traduit par l'absence d'une direction unifiée ».
Nous l'expliquons depuis longtemps : la possibilité d'une réponse politique palestinienne unitaire dépend aussi de l'espace que la solidarité internationale est capable de créer en faisant pression sur Israël. Les marches de commémoration de la Nakba sont là pour rappeler l'existence du peuple palestinien, et celle de sa résistance.
Le nettoyage ethnique de Jérusalem
Le contrôle total de Jérusalem constitue depuis longtemps un objectif central de l'État d'Israël. Depuis la Nakba, la ville possède un statut particulier : théoriquement conçue comme une « ville internationale », elle occupe une place centrale pour les grandes religions monothéistes et abrite d'importants lieux saints.
Divisée en deux lors du plan de partage, la partie Est est occupée illégalement depuis 1967 par l'État d'Israël qui, depuis lors, n'a cessé d'imposer aux populations non juives qui y vivent des conditions de vie insupportables, dans le cadre d'une véritable politique de nettoyage ethnique.
Colonisation et expulsions
Dès 1967, Israël a annexé 70 000 hectares et placé une partie de ce territoire sous la juridiction municipale de Jérusalem. Dans les années qui ont suivi, l'État a consacré environ un tiers des terres annexées à la construction de colonies israéliennes. Depuis une dizaine d'années, ce processus connaît une brutale accélération dans les quartiers où vivent encore des Arabes.
Rien que la semaine passée, 1 800 personnes ont été menacées d'expulsion de leurs maisons dans le quartier emblématique de Silwan. Avec Sheikh Jarrah, ce quartier arabe figure parmi les plus visés par la politique israélienne de dépossession à Jérusalem-Est. Tous deux se situent dans ce que les autorités israéliennes appellent le « Bassin sacré », qui englobe également les quartiers musulmans et chrétiens de la vieille ville ainsi que le mont des Oliviers.
La richesse archéologique et historique de Silwan sert de prétexte à des politiques d'urbanisme destinées à limiter le développement palestinien et à renforcer le contrôle israélien sur la zone. Il suffit ainsi de classer un terrain en parc national, site archéologique ou réserve naturelle pour déposséder, dans les faits, les résidentEs palestinienNEs de leurs terres. Cette politique s'appuie aussi sur des ONG d'extrême droite chargées de faire « revivre » un passé largement fantasmé afin de légitimer idéologiquement la domination sioniste tout en effaçant les traces historiques incompatibles avec ce récit.
Dépossession et apartheid
Mais il ne s'agit pas de la seule méthode : les autorités israéliennes ont développé de multiples mécanismes de dépossession dans une logique d'apartheid. Les permis de construire sont accordés quasi exclusivement aux JuifVEs, rendant de fait illégales la plupart des habitations palestiniennes. La loi dite de l'absence permet également de transférer à des associations juives des biens achetés avant 1950. Plus récemment, la Cour suprême israélienne, tout en reconnaissant que certaines familles avaient acquis leurs maisons légalement, a estimé que les droits de propriété des colons primaient. Tous les recours juridiques se heurtent ainsi à la logique d'un État d'apartheid ethno-racial et suprémaciste.
L'expulsion des PalestinienNEs de leurs foyers est menée au grand jour, à travers la législation, le système judiciaire et la coopération avec les organisations de colons, tandis que la vie quotidienne est rendue toujours plus insupportable par la négligence systématique des autorités et les violences constantes.
Les quartiers arabes sont privés d'infrastructures et de développement, tout en étant la cible de violences policières récurrentes. Du fait du statut particulier de Jérusalem, ses habitantEs palestinienNEs ne disposent pas de la citoyenneté israélienne mais d'un simple permis de résidence, que les autorités peuvent retirer à tout moment, notamment en cas de séjour prolongé à l'étranger ou d'engagement politique — comme dans le cas emblématique de Salah Hamouri.
Des violences quotidiennes
Le 14 mai, lors de la « journée de Jérusalem », l'extrême droite israélienne défile dans les rues de la vieille ville aux cris de « Mort aux Arabes » ou « Que vos villages brûlent », sous protection policière. Cette manifestation donne régulièrement lieu à des violences contre des passantEs, des commerces et des lieux saints, musulmans comme chrétiens. Depuis octobre 2023, ces violences sont devenues quasi quotidiennes dans la vieille ville.
À Silwan, comme dans d'autres quartiers palestiniens de Jérusalem ou dans les villages de Cisjordanie, l'État d'Israël mobilise tous les moyens à sa disposition pour déposséder les PalestinienNEs de leurs terres. Cette politique poursuit un objectif clair : créer un territoire à majorité juive en expulsant les PalestinienNEs ou en les concentrant dans des espaces toujours plus réduits.
La bataille des familles palestiniennes de Jérusalem pour conserver leurs maisons fait pleinement partie de la résistance à la colonisation, à l'occupation, au nettoyage ethnique et à l'apartheid. La situation de Jérusalem illustre de manière particulièrement claire la politique qu'Israël entend imposer aux populations placées sous son contrôle.
Édouard Soulier
Notes
[1] Sumud est un mot arabe qui exprime la résistance, la résilience, la persévérance des PalestinienNEs, leur attachement à la terre et à la culture palestinienne.

« En tant que médecins, nous sommes pratiquement aveugles. Nous ne pouvons plus faire de diagnostics adéquats »
Depuis des mois, Jana Al-Hajj, une Palestinienne de 12 ans, perd peu à peu l'usage de ses membres. D'abord, elle s'est retrouvée incapable d'utiliser l'une de ses jambes. Puis, la paralysie s'est étendue à son autre jambe, et commence désormais à se propager dans ses bras. « Je ne supporte plus de voir ma fille dépérir ainsi », a déclaré sa mère, Fedaa Al-Hajj, au magazine +972 depuis leur domicile dans le camp de Nuseirat à Gaza, la voix brisée après des mois de visites à l'hôpital et de nuits blanches.
Tiré d'À l'encontre.
Jana souffre depuis le début de la guerre en octobre 2023, lorsque sa famille a été déplacée à Deir Al-Balah avant de finalement rentrer chez elle. Pourtant, au cours de ces deux ans et demi, aucun médecin à Gaza n'a été en mesure de diagnostiquer son état, car la bande de Gaza ne dispose pas de la technologie nécessaire pour fournir une interprétation. « J'ai le cœur brisé chaque fois que je la regarde », a déclaré Fedaa. « Son état se détériore sous mes yeux, et les médecins restent là, impuissants face au manque de technologie. »
Fin 2023, les médecins ont informé la famille qu'une IRM (imagerie par résonnance magnétique) urgente était indispensable pour déterminer la cause des symptômes de Jana et mettre en place un protocole de traitement susceptible de la sauver d'un handicap permanent. Ils ont averti que chaque heure d'attente supplémentaire était critique. Bien qu'elle ait reçu en février une recommandation médicale officielle pour se faire soigner à l'étranger, le nom de Jana est resté sur les listes d'attente, pris au piège dans l'étranglement bureaucratique et physique du régime de permis israélien, tandis que le système de santé de Gaza s'effondrait sous le poids de la guerre et du blocus.
Aujourd'hui, le monde de Jana s'est réduit à la taille de sa chambre. Elle ne peut plus marcher seule – son père la porte et l'installe sur un simple vélo qu'il pousse pour l'emmener à ses séances de kinésithérapie. Elle refuse farouchement d'utiliser un fauteuil roulant, s'accrochant plutôt au souvenir du mouvement et de ses capacités d'équilibre.
« Je ne peux plus aller à l'école, et je ne peux plus jouer avec mes amis comme avant », murmure Jana, le regard fixé au loin. « Même pour mes prières – mon corps ne peut plus supporter les mouvements de prosternation. Je veux juste pouvoir marcher normalement à nouveau. »
Au cours du génocide, plus de 1500 membres du personnel médical ont été tués lors de frappes aériennes israéliennes et des centaines d'autres ont été arrêtés et détenus dans des prisons israéliennes. Mais une autre forme de destruction, plus silencieuse, a rendu les hôpitaux de Gaza incapables de soigner bon nombre de leurs patients : il n'y a toujours aucun appareil d'IRM en état de marche dans la bande de Gaza, alors qu'il s'agit d'outils essentiels pour diagnostiquer des centaines de maladies, du cancer aux accidents vasculaires cérébraux en passant par l'épilepsie.
Alors que certains appareils ont simplement été détruits par des bombardements directs, d'autres ont été rendus inutilisables par la pénurie de pièces de rechange et d'hélium liquide nécessaire à leur fonctionnement, causée par le blocus. L'hélium est l'élément vital de l'IRM, refroidissant les puissants aimants jusqu'à une température proche du zéro absolu ; sans lui, le champ magnétique de l'appareil s'effondre et celui-ci ne peut plus fonctionner.
Des médecins ont déclaré à +972 que des situations comme celle de Jana sont de plus en plus courantes à mesure que leur capacité à diagnostiquer les patients s'amenuise. « La perte des appareils d'IRM constitue un obstacle catastrophique tant pour les médecins que pour les patients », a déclaré le Dr Mohammed Ibrahim Abu Nada, consultant en neurologie pédiatrique à l'Hôpital de l'amitié turco-palestinienne, le seul hôpital oncologique de Gaza. « En tant que médecins, nous sommes pratiquement privés de nos moyens de diagnostic. Nous ne pouvons pas diagnostiquer avec précision l'épilepsie pharmacorésistante, les inflammations cérébrales ou les stades précoces de tumeurs chez les enfants. Nous sommes contraints de les regarder souffrir, sachant que l'outil dont nous avons besoin pour les sauver reste inutilisé dans une pièce située à quelques mètres seulement. »
De la médecine fondée sur des preuves à une médecine l'approxime
Même avant octobre 2023, la couverture en IRM de Gaza était déjà bien en deçà des normes internationales. Selon le ministère palestinien de la Santé et le Centre palestinien pour les droits de l'homme, les 2,2 millions d'habitants de la bande de Gaza ne disposaient que de sept appareils d'IRM. Les normes médicales internationales recommandent que les pays disposent d'au moins un appareil pour 100'000 habitants, ce qui signifie que Gaza aurait dû avoir trois fois plus de scanners y compris avant la guerre.
La plupart des appareils étaient situés dans deux hôpitaux publics – Al-Shifa et l'Hôpital européen – et effectuaient plus de 16'000 examens par an. Bien qu'ils fonctionnaient au-delà des heures de travail normales pour réduire les retards, les listes d'attente s'étendaient sur plusieurs mois. « Nous avions prévu d'augmenter le nombre d'appareils à 15 en partenariat avec des ONG internationales », se souvient le Dr Mohammed Amin Mattar, chef du service de radiologie de l'hôpital Al-Shifa. « Mais la guerre n'a pas seulement mis un terme à ces projets – elle les a ensevelis sous les décombres. »
Ce vide technologique a fait reculer la qualité des soins à Gaza, faisant passer de l'ère de la médecine fondées sur des preuves à celle de l'approximation clinique et du traitement symptomatique. Les médecins de Gaza sont contraints de se fier à leur propre intuition ou aux tomodensitométries (scanners), qui fournissent des coupes transversales du corps mais ne peuvent pas fournir les détails sur les tissus mous ou neurologiques nécessaires pour diagnostiquer des pathologies complexes.
« Nous faisons ce que nous pouvons avec ce que nous avons », a déclaré le Dr Mohammed Amin Mattar. « Mais ce que nous avons ne suffit pas à nos patients. Ce déficit diagnostique a directement entraîné la perte d'innombrables vies, en particulier celles d'enfants, car nous avons détecté leurs pathologies trop tard ou les avons complètement mal identifiées. »
Il est certain que cette crise a touché les Palestiniens de tous âges. Pour Hajja Fadwa Hussein, âgée de 64 ans, une grave compression vertébrale lui cause des douleurs chroniques et la rend de plus en plus incapable de marcher. Elle a déjà subi une arthroplastie de la hanche et souffre désormais d'un gonflement et de douleurs nerveuses du côté opposé de son corps, une douleur lancinante constante qui l'empêche de dormir.
Alors qu'elle souhaite vivement se faire soigner, les chirurgiens lui ont dit qu'ils ne pouvaient pas intervenir en toute sécurité sans imagerie médicale de pointe, et les déplacements répétés pendant la guerre n'ont fait qu'aggraver son état. Aujourd'hui, cette femme qui autrefois maintenait sa famille unie – la principale personne s'occupant de ses petits-enfants orphelins – ne peut rester debout plus de cinq minutes, même avec l'aide d'un déambulateur.
Mais l'absence d'IRM est particulièrement problématique pour les enfants atteints de troubles du développement et de troubles neurologiques. Lorsque Masa Khalaf, âgée de 14 mois et originaire de la ville de Gaza, a commencé à montrer des signes de faiblesse musculaire à l'âge de quatre mois seulement, les médecins ont suggéré d'attendre qu'elle ait six mois pour lui faire passer un scanner, moment auquel elle a également reçu une recommandation d'évacuation médicale.
Mais au fil du temps, son état s'est détérioré et elle a commencé à souffrir d'infections pulmonaires récurrentes, de graves difficultés respiratoires et de violentes crises épileptiques. Le consensus médical s'est imposé : Masa avait besoin d'une IRM pour déterminer si le problème sous-jacent provenait de son cerveau ou de son système nerveux.
La mère de Masa, elle-même aux prises avec de l'hypertension, des problèmes thyroïdiens et des varices douloureuses, a fait part de l'épuisement causé par le fait de vivre dans les services de l'hôpital pour enfants Al-Rantisi de la ville de Gaza depuis un mois. « Il n'y a ni repos ni sommeil – la petite souffre 24 heures sur 24 », a-t-elle expliqué. « Chaque fois qu'ils essaient de lui poser une canule [intraveineuse], je suis bouleversée et je me mets à pleurer pour elle, car ils essaient pendant près d'une heure avant de trouver une veine. »
Au milieu de notre conversation, elle a poussé un soupir de chagrin pur et sincère qui a résonné dans le couloir froid de l'hôpital et m'a laissée, en tant que journaliste et étudiante en cinquième année de médecine, complètement sans voix.
Le piège des transferts
Pour certaines familles, une évacuation médicale hors de Gaza est leur seul espoir. Pourtant, le système qui offrait autrefois un nombre limité de transferts vers des hôpitaux à Jérusalem, en Cisjordanie ou à l'étranger est devenu une impasse.
Avec près de 20'000 personnes nécessitant une évacuation médicale, et seulement 12 autorisées à partir par jour, les critères de sélection sont incroyablement stricts. Pour être prioritaires, Israël exige que les patients disposent d'un rapport diagnostique définitif. Mais comme l'obtention de ces diagnostics nécessite souvent une IRM, technique indisponible à Gaza, les patients qui ont désespérément besoin de ce service sont relégués en bas de la liste des départs, dans une logique cruelle et vicieuse.
Nous, étudiants en médecine à l'université Al-Azhar, sommes peut-être les plus conscients de cette absurdité. Nous passons nos nuits à étudier la physique de l'IRM et les détails complexes de la neuroimagerie à partir de manuels de niveau mondial. Nous mémorisons les signes de maladies que nous savons ne jamais pouvoir voir sur un écran dans nos hôpitaux. Ce fossé entre notre formation et notre réalité pratique est une source de déchirement professionnel quotidien.
L'absence de technologie IRM à Gaza équivaut à une exécution silencieuse et continue. Dr Mohammed Ibrahim Abu Nada a insisté sur le fait que la communauté internationale doit intervenir pour fournir ces appareils ; sinon, nous, les professionnels de santé ne pouvons que rester là à attendre que ces enfants meurent. Pour Jana, Fadwa et Masa, l'IRM fait littéralement la différence entre la vie et la mort.
Tant que le blocus technique ne sera pas levé et que les médecins de Gaza n'auront pas retrouvé leurs capacités de diagnostic, nous serons condamnés à pratiquer une forme désespérée de triage – et à vivre dans un monde qui a décidé que certaines vies ne valaient pas le coût d'un simple examen d'imagerie.
En réponse à la demande de commentaires de +972, le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) de l'armée israélienne a déclaré qu'Israël « autorise et facilite l'entrée de matériel médical » à Gaza en coopération avec les organisations humanitaires et la communauté internationale. Il a en outre ajouté qu'il n'y avait « aucune restriction quantitative » concernant les camions transportant des fournitures médicales et a cité l'entrée de divers articles, notamment des appareils de radiographie et de tomodensitométrie, des générateurs d'oxygène, des appareils de dialyse, des couveuses, des lits d'hôpital et des médicaments ! Il n'a pas abordé spécifiquement la question de l'entrée des appareils d'IRM, ni celle de l'hélium et des pièces de rechange nécessaires à leur fonctionnement. (Article publié par le magazine israélien et palestinien +972 le 14 mai 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)
Jinin Rummaneh est étudiante en cinquième année de médecine à l'université Al-Azhar de Gaza. Elle se consacre à documenter les multiples facettes de la souffrance humaine dans la bande de Gaza, en mettant l'accent sur les crises dévastatrices qui touchent le secteur médical, et en faisant le lien entre ses connaissances cliniques et les réalités dont elle est témoin au quotidien en première ligne du système de santé.

L’inculpation de Raúl Castro sert de prétexte à Washington
Cela fait des décennies que Washington protège les terroristes cubains en exil tout en qualifiant de criminelle la riposte de Cuba à leur encontre. L'inculpation de Raúl Castro constitue le dernier épisode en date de cette histoire — et sert de prétexte à quelque chose de bien pire.
5 mai 2026 | tiré de Jacobin | Photo : L'ancien président cubain Raúl Castro dans la province de Pinar del Río, à Cuba, le 26 juillet 2017. (Adalberto Roque / AFP via Getty Images)
https://jacobin.com/2026/05/castro-indictment-cuba-us-war
La violence, y compris le terrorisme, à l'encontre de Cuba est depuis longtemps tolérée à Washington ; la riposte de Cuba ne l'est pas. Ce double standard est une fois de plus pleinement mis en évidence alors que l'administration Trump s'apprête à inculper l'ancien président cubain Raúl Castro pour le tir sur deux avions il y a trente ans — alors même que l'armée américaine fait régulièrement exploser des bateaux dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, tuant près de 200 personnes en toute impunité.
L'abattage en 1996 de deux Cessna appartenant au groupe Brothers to the Rescue, basé à Miami, n'était pas un acte soudain ou hors contexte. Il faisait suite à des provocations et des incursions répétées, à de nombreux avertissements et au refus du gouvernement américain de freiner un groupe politique cherchant ouvertement la confrontation.
Présentée à Miami et à Washington comme une mise en cause de la responsabilité, attendue depuis longtemps, pour la mort de quatre hommes, l'inculpation en cours repose sur des fondements familiers : l'indignation sélective, l'amnésie historique et l'exceptionnalisme juridique.
Des missions de sauvetage à la provocation
Brothers to the Rescue a été fondé par José Basulto, un vétéran de l'invasion ratée de la Baie des Cochons et collaborateur de la CIA ayant un passé d'actions violentes contre Cuba. En 1961, Basulto a été impliquédans un complot visant à faire sauter une base de missiles à La Havane. Un an plus tard, il a aidé à positionner un bateau armé d'un canon de 20 mm au large de La Havane et a tiré sur l'hôtel Hornedo de Rosita, où il pensait que Fidel Castro dînerait, selon The Atlantic.
« J'ai été formé comme terroriste par les États-Unis », a déclaré Basulto.
Le récit qui suit s'inspire en grande partie de Back Channel to Cuba de William M. LeoGrande et Peter Kornbluh, qui documentent les échanges diplomatiques et les événements ayant conduit à la destruction en vol d'un avion de Brothers to the Rescue.
Brothers to the Rescue a vu le jour en 1991 en menant des missions de recherche et de sauvetage pour les réfugiés cubains sur radeaux. Mais après qu'un accord sur l'immigration de 1994 eut fortement réduit le flux de migrants traversant le détroit de Floride, le groupe est passé des opérations de sauvetage à la provocation ouverte. « Ils ont commencé […] à mener un programme politique consistant à harceler et à menacer le gouvernement cubain », se souvient Richard Nuccio, alors conseiller spécial de la Maison Blanche pour Cuba. Les pilotes de Brothers to the Rescue ont violé à plusieurs reprises l'espace aérien cubain, larguant des médailles religieuses et des tracts antigouvernementaux au-dessus de La Havane, dont un, comme l'ont documenté LeoGrande et Kornbluh, exhortant les Cubains à « changer les choses maintenant ».
Les responsables cubains ont utilisé tous les moyens de communication disponibles pour faire savoir que leur patience était à bout.
Basulto ne cachait pas l'objectif de ces vols. Après un survol de La Havane en 1995, il a déclaré : « Nous voulons la confrontation. » La mission, a-t-il dit, visait à montrer que « le régime n'est pas invulnérable ».
Le gouvernement cubain a averti à plusieurs reprises Washington que ces vols étaient illégaux et dangereux. Les responsables cubains ont déposé des protestations diplomatiques, envoyé des preuves à la Federal Aviation Administration (FAA) et clairement indiqué que si les incursions se poursuivaient, Cuba pourrait abattre les avions.
Les responsables américains savaient que le danger était réel. Dans un courriel de janvier 1996, obtenu par les Archives de la sécurité nationale, Cecilia Capestany, responsable de la FAA, a informé ses supérieurs que « d'ici peu, les Cubains abattraient l'un de ces avions ».
Pourtant, Washington n'a pas mis fin à ces vols. Les responsables cubains ont utilisé tous les moyens de communication à leur disposition : notes diplomatiques, briefings militaires, intermédiaires et contacts officieux pour faire clairement savoir que leur patience était à bout.
Le 24 février 1996, trois Cessna de Brothers to the Rescue décollèrent de Floride après avoir déposé un faux plan de vol prétendant qu'ils recherchaient des boat people en mer. En réalité, la mission visait une fois de plus à pénétrer dans l'espace aérien cubain.
Alors que les avions approchaient de l'île, les contrôleurs cubains les avertirent immédiatement de ne pas franchir leur espace aérien. « Vous courez un danger en pénétrant de ce côté », répondirent-ils.
« Nous sommes prêts à le faire », a répondu Basulto, comme le montre le National Security Archive. « C'est notre droit en tant que Cubains libres. »
Peu après, des avions de chasse cubains ont abattu deux des appareils, tuant les quatre hommes à bord. L'avion de Basulto a réussi à regagner Miami.
Une tragédie instrumentalisée
La destruction des avions de Brothers to the Rescue n'a pas seulement servi à diaboliser Cuba. Il a également redéfini la politique américaine pendant des décennies.
Avant l'incident, l'administration Clinton avait prudemment exploré des ouvertures limitées avec La Havane. Mais après que les avions eurent été abattus, les partisans de la ligne dure au Congrès saisirent l'occasion. À la Maison Blanche, certains responsables mirent en garde contre une réaction excessive. « Brothers to the Rescue avait joué avec le feu », déclara Nuccio au conseiller principal Sandy Berger. « Ils ont obtenu exactement ce qu'ils espéraient provoquer. »
L'avertissement est resté lettre morte. Bill Clinton s'est empressé de soutenir la loi Helms-Burton, qui a codifié l'embargo américain et, par le biais de son titre III, a étendu sa portée extraterritoriale, permettant aux ressortissants américains de poursuivre en justice des entreprises étrangères accusées de « trafic » de biens nationalisés après la révolution cubaine. Clinton et tous les présidents qui lui ont succédé ont suspendu le titre III pendant plus de deux décennies, jusqu'à ce que Donald Trump active cette disposition en 2019, déclenchant des dizaines de poursuitesjudiciaires qui ont entraîné un exode des investissements étrangers de l'île.
L'acte d'accusation du ministère de la Justice passe sous silence la longue histoire d'extrémistes violents basés en Floride qui ont pris pour cible Cuba, et qui se poursuit encore aujourd'hui.
Le crash de l'avion des « Brothers to the Rescue » a également joué un rôle central dans le procès de Gerardo Hernández, l'un des « Cinq Cubains », un groupe d'agents infiltrés envoyés en Floride du Sud pour surveiller des organisations terroristes liées à des attentats contre des civils à Cuba. En 1998, les autorités cubaines ont remis au FBI une documentation exhaustive détaillant des dizaines de complots terroristes financés par les États-Unis. Le FBI a réagi en arrêtant les agents qui avaient infiltré les réseaux terroristes. Hernández a été condamné en 2001, à l'issue d'un procès très controversé, pour complot en lien avec le crash de l'avion des Brothers to the Rescue, bien qu'aucune preuve ne démontre qu'il ait participé, ordonné ou eu connaissance préalable de la décision d'abattre l'appareil.
Près de trois décennies plus tard, ce même incident est une nouvelle fois utilisé comme arme pour attaquer Castro, dépouillé du contexte plus large dans lequel il s'est produit. L'acte d'accusation du ministère de la Justice passe sous silence la longue histoire d'extrémistes violents basés en Floride qui prennent pour cible Cuba, et qui se poursuit encore aujourd'hui.
Le terrorisme basé en Floride et des décennies d'impunité
Le 25 février 2026, un bateau immatriculé en Floride transportant dix hommes armés a échangé des tirs avec les garde-côtes cubains à un mile au large de la côte nord de Cuba. Selon le ministère de l'Intérieur cubain, ce sont ces hommes qui ont ouvert le feu les premiers, blessant un commandant cubain. À l'issue de l'échange de tirs, cinq d'entre eux ont été tués, et le bateau a été saisi,ainsi que plus de 12 000 cartouches, des fusils de précision, des cocktails Molotov, des gilets pare-balles et du matériel de vision nocturne. Les dix hommes à bord étaient, selon les informations disponibles, des résidents des États-Unis nés à Cuba.
Cet incident est le dernier épisode en date d'une campagne de plusieurs décennies d'attaques armées, de sabotage et de terrorisme dirigés contre Cuba depuis le sol américain, souvent en toute impunité et, parfois, avec la protection politique tacite de Miami et de Washington.
L'exemple le plus tristement célèbre est celui du vol Cubana 455. Orlando Bosch et Luis Posada Carriles sont largement considérés comme les cerveaux de l'attentat à la bombe de 1976 contre cet avion de ligne civil, qui a explosé au large des côtes de la Barbade, tuant les soixante-treize personnes à bord. À l'époque, il s'agissait de l'attentat terroriste aérien le plus meurtrier de l'hémisphère occidental. Parmi les victimes figuraient des enfants et tous les membres de l'équipe nationale cubaine d'escrime.
Le FBI a par la suite décrit l'organisation de Bosch, la Coordination des organisations révolutionnaires unies (CORU), comme une « organisation faîtière terroriste anticastriste », tandis que l'ancien ministre américain de la Justice, Dick Thornburgh, qualifiait Bosch de « terroriste impénitent ». Posada Carriles a été impliqué dans une longue série d'opérations violentes s'étalant sur plusieurs décennies, notamment une campagne d'attentats à la bombe de 1997 visant des hôtels à La Havane, qui a tué un touriste italien et en a blessé plusieurs autres.
Loin de poursuivre Bosch et Posada Carriles, les États-Unis ont finalement protégé les deux hommes. En 1990, le président George H. W. Bush a autorisé Bosch à rester dans le pays malgré une décision du ministère de la Justice de 1989 visant à l'expulser, invoquant « des preuves substantielles concernant ses activités terroristes passées et présentes ». Posada Carriles, quant à lui, s'est évadé d'une prison vénézuélienne alors qu'il attendait son procès pour l'attentat contre le vol de la Cubana et a refait surface plus tard en Amérique centrale pendant le scandale Iran-Contra (voir les documents déclassifiés concernant Posada Carriles dans les Archives de la sécurité nationale). Après être entré illégalement aux États-Unis en 2005, Posada Carriles a été protégé contre toute extradition vers le Venezuela et Cuba et n'a jamais été jugé aux États-Unis pour l'attentat contre le vol Cubana.
Posada Carriles et Bosch ont tous deux vécu librement à Miami jusqu'à leur mort.
Miami est le point névralgique du double standard qui guide la politique américaine envers Cuba. Les partisans de la ligne dure cubano-américains qui dominent la politique de la ville prônent depuis longtemps la violence, le terrorisme et les sanctions collectives contre Cuba au nom de la « liberté » et des « droits de l'homme ». Sans surprise, la poussée actuelle visant à inculper Castro est survenue trois mois après que des partisans de la ligne dure cubano-américains de Floride aient exhorté le ministère de la Justice à faire exactement cela.
« C'était une initiative mûrement réfléchie que je souhaitais mener à bien », a déclaré le représentant Mario Díaz-Balart (R-FL) à USA Today. « Et je pensais que c'était le président qui le ferait. »
Cuba devant les tribunaux, Washington au-dessus des lois.
L'hypocrisie ne s'arrête pas au détroit de Floride. Depuis le début du siècle, les États-Unis ont bombardé des cibles dans de nombreux pays sans déclaration de guerre, sans autorisation de l'ONU et souvent sans se soucier des victimes civiles. Plus récemment, dans les Caraïbes et le Pacifique, les États-Unis ont mené des frappes militaires avec un tel niveau d'impunité que les actions de Cuba en 1996 semblent modérées en comparaison.
Alors que Washington et Miami préparent des actes d'accusation contre un homme de 94 ans pour un incident vieux de trois décennies, l'administration Trump a passé ces derniers mois à exécuter des personnes à bord de bateaux dans les eaux internationales sans rendre de comptes à quiconque. Depuis septembre 2025, les États-Unis ont lancé près de soixante frappes militaires contre des navires dans les Caraïbes et le Pacifique dans le cadre de l'opération Southern Spear, prétendant cibler des « trafiquants de drogue » et des « organisations terroristes ».
L'acte d'accusation en cours sert les objectifs actuels de la politique étrangère visant à transformer des accusations criminelles fragiles en un prétexte juridique pour un changement de régime et éventuellement une intervention militaire.
Ces opérations ont causé la mort d'au moins 193 personnes, en partie à cause de tactiques telles que l'utilisation d'avions militaires camouflés et de frappes « double tap » sur des navires déjà hors d'état de nuire, visant les survivants après une première attaque. Presque aucune preuve n'a été présentée au public. Les images satellites sont classées confidentielles. Les écoutes sont dissimulées. Même les noms des victimes ne sont pas divulgués. Les victimes de la puissance de feu américaine se voient rarement accorder la dignité d'une reconnaissance publique.
Ces exécutions extrajudiciaires reflètent un double standard bien connu de la politique étrangère américaine : la violence des États-Unis est légitime, tandis que celle de leurs adversaires ne l'est pas, même en cas de légitime défense.
Déguiser le changement de régime en justice
L'acte d'accusation en cours n'est pas simplement un moyen de régler un compte vieux de plusieurs décennies ; il sert plutôt des objectifs actuels de politique étrangère visant à transformer des accusations criminelles fragiles en un prétexte juridique pour un changement de régime et éventuellement une intervention militaire.
Selon NBC News, Trump « est de plus en plus frustré par la capacité du gouvernement cubain à se maintenir au pouvoir » et « fait pression sur ses conseillers » pour savoir pourquoi l'effondrement n'a pas encore eu lieu malgré des sanctions extraterritoriales sans précédent et un blocus pétrolier qui provoque une crise humanitaire. Alors que les responsables de l'administration estiment que le gouvernement cubain tombera avant la fin de l'année, Trump « juge ce délai insuffisant ».
La guerre économique intensifiée n'ayant pas réussi à provoquer l'effondrement du gouvernement cubain, le département de la Défense élabore des plans en vue d'une éventuelle action militaire contre Cuba.
La seule pièce manquante est un prétexte juridique. L'accusation de « narco-terrorisme » utilisée pour justifier l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro ne peut pas être facilement appliquée à Cuba. Depuis des décennies, la « position consensuelle » au sein de la communauté du renseignement américaine est que Cuba ne soutient pas le terrorisme. Parallèlement, le Département d'État considère depuis longtemps Cuba comme un partenaire clé des États-Unis dans lacoopération en matière de lutte contre le trafic de drogue.
L'acte d'accusation contre Castro semblerait fournir une justification, bien que fragile, à une action militaire. Loin d'être l'aboutissement d'une longue quête de responsabilité, cette affaire semble jeter les bases juridiques d'une nouvelle phase, plus violente, du siège de Cuba par Washington.
Cet article a été publié en collaboration avec Belly of the Beast, un média indépendant qui couvre Cuba et les relations entre les États-Unis et Cuba.
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Cri d’alarme face à la déshumanisation des déplacés de la plaine du Cul-de-Sac et à la démission de l’État.
Lettre ouverte, à l'attention des membres du gouvernement de la République d'Haiti, à l'attention du Protecteur du Citoyen (OPC) et aux organisations internationales.
Petion ville, Haïti, 20 mai 2026
Objet : Cri d'alarme face à la déshumanisation des déplacés de la plaine du Cul-de-Sac et à la démission de l'État.
Mesdames, Messieurs,
En tant qu'organisation responsable et engagée dans la lutte pour le respect des droits et de la dignité humaine en Haïti, nous vous adressons cette lettre ouverte pour dénoncer, avec la plus grande fermeté, le laxisme complice de celles et ceux qui détiennent les rênes de l'État face au
drame humanitaire qui se joue sous nos yeux.
À quelques mètres à peine de l'aéroport international Toussaint Louverture, au carrefour dit « Trois Mains », des centaines de nos concitoyens survivent dans des conditions qui bafouent les principes les plus élémentaires de la dignité humaine.
Depuis plus d'une semaine, plusieurs milliers d'habitants de la plaine du Cul-de-Sac ont été contraints de fuir l'horreur des assauts perpétrés par des groupes armés. Le bilan provisoire de cette terreur est effroyable : plus de cinquante citoyens lâchement assassinés, plus d'une centaine de maisons incendiées, des commerces pillés et du bétail décimé.
Face à des alertes répétées et restées sans secours, ces familles se sont installées à même le sol, sur la route de l'aéroport. Sous le bicolore national, symbole d'une souveraineté aujourd'hui humiliée, des hommes, des femmes et des enfants subissent le soleil, la pluie et le mépris institutionnel. Ils ne dépendent désormais que de la seule solidarité de rares bons samaritains.
Cette démission de l'État expose les populations aux pires vulnérabilités et hypothèque l'avenir de notre jeunesse :
Une enfance en péril :
Des centaines d'enfants, livrés à eux-mêmes, risquent à tout moment d'être embrigadés ou initiés à des activités subversives par les gangs armés.
Un droit à l'éducation bafoué :
Les établissements scolaires de la zone sont fermés, créant une discrimination intolérable alors que dans d'autres communes, le programme du Ministère de l'Éducation Nationale suit son cours.
Des risques sanitaires et sécuritaires majeurs :
L'absence totale de prise en charge fait peser sur ce site de déplacés des risques immédiats de prostitution de survie, d'explosion des cas de VIH/IST et de violences sexuelles sur les mineures.
Face à ce désastre, nous demandons publiquement : où est passé l'Office de Protection du Citoyen (OPC) ?
Quel est le rôle de cette institution nationale de promotion des droits humains face à une telle déstresse ?
Haïti est pourtant signataire et partie prenante de nombreux traités et instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l'homme. Ces ratifications imposent à l'État l'obligation contraignante d'adopter des mesures politiques, administratives et sécuritaires pour protéger sa population. Malheureusement, le constat est sans appel : aucune priorité n'est accordée au rétablissement de l'ordre public ni à la mise en œuvre de politiques publiques de protection sociale.
Ce spectacle déshumanisant se déroule au vu et au su de tous. Il est profondément humiliant et inadmissible de voir des compatriotes exposés à une telle indigence sur leur propre territoire. Il est inconcevable que l'État haïtien nie toutes ses responsabilités régaliennes et se focalise sur des futilités politiques en totale inadéquation avec l'intérêt supérieur de la Nation.
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L’onde de choc iranienne en Asie
À force de durer, la guerre des États-Unis contre l'Iran semble devenir un véritable point de bascule international dont la portée varie suivant les régions. Ses conséquences s'annoncent majeures en Asie. Sur le terrain géopolitique bien entendu, comme l'illustre le sommet Xi-Trump à Pékin des 14 et 15 mai derniers. Mais elle va également aggraver la crise sociale dans nombre de pays. Elle donne aussi un coup de fouet à la crise climato-écologique globale. Elle amorce de multiples bouleversements dont on ne pourra prendre la pleine mesure qu'avec du recul.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
19 mai 2026
Par Pierre Rousset
Un duopole sino-étasunien en tension
Donald Trump avait reporté sa venue à Pékin (au grand déplaisir de Xi Jinping) le temps, espérait-il, d'en finir avec l'Iran et d'arriver en position de force. C'est l'inverse qui s'est produit. Il est venu supplier les Chinois, alliés des Iraniens, de l'aider à sortir d'un pétrin dont il est seul responsable.
Dans la situation présente, Pékin et Washington partagent des objectifs communs, à commencer par la réouverture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux. La Chine importe actuellement environ 40% de son pétrole du Moyen-Orient et nombre de ses raffineries sont conçues pour traiter celui qui provient d'Iran. De plus, même s'il soutient l'Iran, le régime chinois ne veut pas voir un nouveau pays entrer dans le club très fermé des puissances nucléaires. C'est une donnée que Téhéran ne semble pas avoir comprise. Posséder (ou menacer de posséder) l'arme apparait certes comme une garantie de sécurité et d'influence, mais les grandes puissances n'ont toléré l'apparition de nouveaux postulants que si leurs propres intérêts étaient en jeu (par exemple la Corée du Nord du point de vue de Pékin, État tampon entre la Corée du Sud et les bases étasuniennes et sa frontière).
Xi Jinping sait cependant que Trump est sous pression pour des raisons de politique intérieure (les élections de mi-mandat ont lieu en novembre) et il lui a mis le marché en main : il doit céder gros concernant le soutien à Taïwan. Pour l'heure, il ne semble avoir pris aucun engagement d'intervenir vis-à-vis de l'Iran (en présumant qu'il peut effectivement infléchir la politique de Téhéran).
Incertitude dangereuse pour Taïwan
Xi a explicité son avertissement le 14 mai, le lendemain de l'arrivée de Trump, affirmant, lors d'une conférence de presse, que la question de Taïwan était « la plus importante dans les relations sino-américaines ». Bien traitée, « les relations entre les deux pays pourront rester globalement stables. » Sinon, ils « se heurteront, voire entreront en conflit ». Donald Trump semble avoir été pris de court, ce sujet n'étant usuellement pas traité sur la place publique, et a esquivé les questions des journalistes.
Très concrètement, Xi exige que les États-Unis remplacent leur position officielle, « les États-Unis ne soutiennent pas l'indépendance de Taïwan » par « s'opposer à l'indépendance de Taïwan » et qu'ils cessent de fournir des armes à l'État insulaire.
Après avoir annoncé un accord portant sur la livraison pour 11 milliards de dollars d'armes américaines fin 2025, l'administration étasunienne envisage en effet un nouveau programme portant sur quelque 14 milliards de dollars, montant record depuis que les États-Unis se sont engagés en 1979 dans le Taiwan Relations Act (traité sur les relations avec Taïwan) à livrer à Taïwan du matériel militaire en quantité suffisante pour se défendre. Cette loi avait été adoptée par le Congrès étasunien dans le sillage de l'établissement la même année des relations diplomatiques entre Washington et Pékin et la rupture concomitante des liens diplomatiques des États-Unis avec Taïpeh. Depuis, l'Amérique est restée quasiment le seul pays à apporter une aide militaire à Taïwan. Pour répondre aux exigences chinoises, le Congrès US devrait donc abroger ce traité.
Le PCC préférerait aujourd'hui imposer un blocus économique sévère de l'île, plutôt que tenter une invasion militaire assez aléatoire. L'invasion de Taïwan ne serait pas une mince affaire. Xi Jinping promet monts et merveilles aux hommes d'affaires, mafieux et politiques qui lui serviraient de cinquième colonne, pour assurer la mainmise de Pékin, mais vu la façon dont il purge allègrement ses alliés d'un temps, ils devraient se méfier. Il joue aussi sur le soft power, de nombreuses émissions ludiques étant visionnées de part et d'autre du détroit.
Taïwan (la République de Chine) est issu d'une histoire très particulière. Pékin joue sur ses contradictions internes. Le Kuomintang, parti de la contre-révolution, avait envahi l'île après sa défaite sur le continent en 1949, imposant un régime dictatorial jusqu'au Mouvement des tournesols en 2014, qui a conduit progressivement à l'établissement d'une démocratie. Le KMT garde néanmoins une base sociale et un poids politique, clientélisme et corruption aidant. Ses dirigeants se divisent aujourd'hui sur les rapports à la Chine.
Cependant, on voit mal pourquoi la population taïwanaise, qui bénéficie d'une démocratie (bourgeoise et imparfaite), opterait librement pour l'abandonner au profit d‘un régime opaque et super-autoritaire. Elle a droit à une autodétermination exercée sans menaces extérieures.
Taïwan est de fait indépendant, mais ne le proclame pas officiellement. Tout l'équilibre régional tient à cette ambiguïté stratégique. Xi Jinpping la remet à nouveau en cause et Donald Trump semble prendre en compte sa pression. Juste avant de quitter Pékin, il a adressé, dans une déclaration à la chaîne Fox News, une forme de mise en garde envers Taïwan contre toute déclaration d'indépendance au prix d'une guerre lointaine. « Je veux que [Taïwan] fasse baisser la température. Je veux que la Chine fasse baisser la température ». Si le propos inquiète, c'est que la proclamation de l'indépendance n'était en rien à l'ordre du jour.
Ce faisant, Trump a forcé les autorités taïwanaises à réagir. Le ministre des Affaires étrangères a déclaré qu'il prenait note de ces propos, rappelant que les ventes d'armes étaient un engagement US pour assurer la sécurité de l'ile qui étaient garantis par le Taiwan Relation Act et constituaient une forme de dissuasion commune dans la région. Le gouvernement taïwanais, dirigé par le Parti démocratique progressiste (PDP), et le président Lai Ching-te, ont déclaré le 16 mai que « Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine », réaffirmant la position traditionnelle : indépendance de fait, bien que pas proclamée.
Équilibres stratégiques en Asie orientale
Donald Trump contribue donc aujourd'hui à rouvrir la question de Taïwan, véritable boite de Pandore : les équilibres géostratégiques et le contrôle des mers en Asie orientale sont en cause. Cet État est situé au milieu de la première chaîne des îles de l'Océan Pacifique. En prendre possession donnerait à Pékin un point d'appui clé pour avoir la maîtrise de cette voie maritime internationale de première importance sur le plan commercial (c'est l'un des axes les plus fréquentés), très riche en ressources (y compris en son sous-sol marin), dont la Chine revendique, à l'encontre du droit international, la souveraineté (au moins dans sa partie sud, qu'elle a militarisée à outrance, sans reconnaître les frontières maritimes des autres pays riverains).
Toute la région est donc concernée, du Japon et de la Corée du Sud jusqu'au Vietnam, en passant par Singapour, la Malaisie, Brunei l'Indonésie et les Philippines. La conquête de Taïwan serait un véritable séisme dont les « répliques », compte tenu de la centralité géopolitique de l'Eurasie, pourraient toucher l'Asie centrale, l'Arctique, la Russie et l'Europe…
L'ératisme de Donald Trump et le peu de cas dont il fait preuve quant aux intérêts de ses alliés ont déjà des conséquences. Ainsi, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a engagé un véritable tournant stratégique pour que le Japon s'affirme comme une grande puissance militaire. Les Etats-Unis avaient imposé au pays une Constitution pacifiste en 1947 (avec l'article 9), que la population avait dans une large mesure acceptée. La contrepartie à cette renonciation à la guerre était évidemment l'assurance de la protection étasunienne en cas de menace. Cette contrepartie n'apparaît plus évidente et permet à Tokyo de justifier l'accélération de son programme militariste, alors que lesdites Forces d'autodéfense japonaise sont déjà dans le haut du panier des armées conventionnelles (sans le nucléaire), vidant de fait de sa substance la Constitution.
En 1976, sous le Premier ministre Takeo Miki, la vente d'armes avait été interdite. En 2014, le Premier ministre Shinzo Abe avait ouvert une première brèche dans cette politique d'embargo. Le 21 avril dernier, ce sont tous les principes antérieurement affichés de la politique étrangère du pays qui ont été annulés. Le Japon peut désormais exporter des armes, y compris « létales » vers les 17 pays avec lesquels il a conclu un accord de défense. L'un des plus grands contrats d'exportation militaire depuis 1945 a été signé avec l'Australie, portant sur des frégates de classe Mogami produites par Mitsubishi Heavy Industries (ces frégates ont de multiples fonctions et peuvent opérer avec un équipage réduit, de la haute qualité). De même, 1.400 soldats participent à part entière aux exercices Balikatan (« épaule contre épaule » en tagalog) aux Philippines, conjointement avec les Etats-Unis et six autres pays (la Chine s'est invitée dans cette zone, procédant elle aussi à ses propres manœuvres concurrentes).
Que veut vraiment Donald Trump ? S'il laissait Pékin conquérir Taïwan sous une forme ou sous une autre, la crédibilité des États-Unis en Asie s'effondrerait, laissant le champ libre à la Chine. Il déclare ne pas vouloir mener une guerre distante de « 15 000 kilomètres ». Problème : les plus grandes bases militaires US à l'étranger se trouvent précisément dans cette région : en Corée du Sud et au Japon (avant tout sur l'île d'Okinawa). Aux premières loges. Voudrait-il négocier des zones d'influence : le sud des mers d'Asie orientale à la Chine, le nord aux Etats-Unis ? On a du mal à y croire. Peut-être cherche-t-il simplement à gagner du temps vu le pétrin dans lequel il s'est mis en Iran. Il use et abuse de ses moyens militaires et risque de retrouver avec une partie de son armada hors service, alors que la remise en état d'un porte-avion, par exemple, exige beaucoup de temps. Ce que Xi Jinping sait parfaitement. L'armée chinoise n'est cependant pas aujourd'hui opérationnelle. Son état-major a été victime de purges successives, dans tous les secteurs. La paranoïa de Xi fait des ravages. Lui aussi a besoin de temps. Cerise sur le gâteau, nous avons à faire à deux psychopathes, l'un froid et calculateur, l'autre explosif, et cela n'est pas rassurant.
Spéculer ne cherche pas à grand-chose, surtout quand on n'est pas dans le secret des Dieux. Nous vivons cependant un dangereux moment d'incertitude. Face au militarisme et aux rivalités entre grandes puissances, la solidarité de « peuples à peuples » reste notre boussole politique, tant dans la région que sur le plan international. Pour le droit à l'autodétermination (y compris pour Taïwan), pour la démilitarisation (notamment des espaces maritimes), pour que les mers et les océans soient libérés des frontières étatiques afin de redevenir des biens communs de l'humanité.
Vers un duopole conflictuel sino-étasunien ?
Ce qui se confirme cependant, c'est que nous tendons (temporairement ?) vers un duopole mondial sino-étasunien (nécessairement très conflictuel) et non vers une confrontation militaire entre grandes puissances à court terme. C'était l'hypothèse qui me semblait depuis longtemps privilégiée. Aujourd'hui, la Chine renforce sa main au sein de ce duopole en Asie, mais il ne faut pas oublier son impuissance quand Trump a « coopté » une aile du régime vénézuélien et alors qu'il menace Cuba, deux pays qui avaient ou ont l'appui chinois.
Pékin renforce certes sa présence militaire mondiale grâce à sa politique d'achat de ports à double fonction, économique et militaire. Des fonds considérables ont été consacrés à cette fin. Entre 2000 et 2025, la Chine aurait ainsi acquis 168 ports dans 90 pays, sur tous les continents. Par ailleurs, dans les entreprises chinoises implantées à l'étranger, c'est l'armée qui en assure la « sécurité » (sans l'afficher). Elle développe sa Navale. Le lancement en novembre 2025 de son troisième porte-avion, le Fujian, représente une avancée majeure en matière de modernisation avec son système de catapultage électromagnétique. Son armée n'a cependant jamais été testée lors d'un conflit militaire contemporain réel (fiabilité des armements, capacité de la chaîne de commandement, coordination interarmes, etc.). Son déploiement concerne en premier lieu l'Asie-Pacifique.
L'Indo-Pacifique est devenue une région d'importance stratégique majeure où se jouent (aussi) les équilibres mondiaux. Joe Biden l'avait compris et l'un de ses principaux succès a été d'avoir préparé, au moment de la débâcle afghane dont il avait hérité de Donald Trump, un déploiement de moyens politico-militaires, économiques et diplomatiques dans cette région. De retour au pouvoir, Trump s'est empressé de défaire ce « pivot » asiatique. Mal lui en a pris. Il a donné l'occasion à la Chine de tisser plus avant ses propres coopérations dans cette partie du monde (en rivalité avec l'Inde). Ce qui a renforcé sa main vis-à-vis de Washington. D'un point de vue géopolitique, au-delà des mers d'Asie orientale, c'est ici que la rivalité sino-étasunienne va être la plus vivace.
Plus généralement, la fonctionnalité du duopole sino-étasunien sera testée dans les prochains mois, Trump et Xi devant se rencontrer à de multiples occasions, soit en tête à tête (visite Xi à Washington, fin septembre, avant les élections US de mi-mandat), soit lors de réunions : en novembre le sommet de l'organisation de coopération économique en Asie-Pacifique (APEC) à Shenzhen (Chine) ; en décembre, réunion du G20 à Miami (États-Unis). Si Pékin et Washington ont des terrains d'intérêts communs, ils feront la loi, comme ce fut le cas par le passé. Les terrains de confrontations, en revanche, devraient s'exprimer.
Malgré les cris de victoire de Donald Trump, aucune avancée significative ne semble s'être produite lors du récent sommet concernant les normes de déploiement de l'Intelligence artificielle et la très haute technologie (super-conducteurs), les terres rares, les déficits commerciaux… Une trêve dans la guerre des tarifs avait été décidée jusqu'en octobre (à l'avantage de la Chine). Son extension n'a pas (encore) été annoncée. Or, le principal sinon l'unique résultat tangible du sommet sur le plan économique pourrait être le maintien de cette fragile trêve commerciale précédemment conclue à Busan en Corée du Sud, lorsque Trump avait suspendu les droits de douane à trois chiffres sur les produits chinois, tandis que Xi Jinping renonçait à étrangler l'approvisionnement américain en terres rares essentielles.
Un duopole sino-américain peut-il durer ? Qui vivra verra. Les Etats-Unis sont en proie à une crise de régime majeure et c'est probablement aussi le cas de la Chine si l'on en croit l'ampleur des purges, la désaffection de la population qui n'espère plus une amélioration de son niveau de vie, le vieillissement démographique, la corruption, la crise environnementale, la dépendance croissante envers les exportations… Par ailleurs, les effets boomerang de la crise climato-écologique se font de plus en plus sentir. Voilà qui démultiplie les incertitudes.
Un sommet sans importance ?
De nombreux analystes considèrent, semble-t-il, que ce sommet fut de peu d'importance.
Il est vrai qu'il n'aura pas la même portée historique que la rencontre à Pékin, en 1972, entre le président US Richard Nixon et Mao Zedong, ou que celle de Deng Xiaoping aux États-Unis en 1979. Cependant, c'est la première visite en Chine d'un président étatsunien depuis 2017, voilà quasiment une décennie – et c'était lors du précédent mandat de Trump !
Xi Jinping vise probablement à profiter du moment « Trump-Iran » pour fixer un rapport de force plus à l'avantage de la Chine en vue de l'après Trump, comme un fait établi. Une étape dans la montée en puissance de l'impérialisme chinois (sauf dans le domaine non négligeable de la finance, Xi n'osant pas faire du Yuan une monnaie réellement internationale) et à sa volonté d'affirmer une hégémonie alternative à celle de « l'Occident ».
Les classes populaires, l'inflation et le désastre écologique
L'inflation nourrie par la guerre iranienne touche les classes populaires en Asie comme ailleurs, avec une particularité. Dans de nombreux pays d'Asie, l'argent envoyé par les émigré.es permet aux familles de survivre. Or, le Moyen-Orient est une destination majeure de cette immigration, pour ce qui est des pays musulmans. Selon l'Organisation internationale du travail, la région accueille 24 millions de travailleur.es migrant.es. Elle s'avère être la première destination mondiale pour la main-d'œuvre étrangère. La plupart d'entre eux viennent d'Asie : Bangladesh, Inde, Indonésie, Pakistan, Philippines (Mindanao), Sri Lanka. Beaucoup de ces travailleurs occupent des emplois peu rémunérés ou précaires et ont peu accès à des services tels que les soins de santé.
Les rapatriements d'émigré.es sont nombreux. Ainsi, ces deux derniers mois, le gouvernement philippin a assuré le retour de plus de 9 500 de ses ressortissant.es qui travaillaient au Moyen-Orient. Nombreux sont celles et ceux qui restent bloqué.es sur place dans des conditions invivables.
Enfin, les guerres du Moyen-Orient alimentent la crise climatique et écologique, la crise globale. Un véritable désastre. Cette « polycrise » est le plus grand défi auquel nous sommes confrontés. C'est elle qui fait la différence avec toutes les périodes passées. Le nombre des « victimes climatiques » augmente de façon exponentielle en Asie, en particulier.
En Asie, la pauvreté et la précarité s'étendent. Or, une fois entré dans la grande pauvreté, on n'en sort plus sans une aide de longue durée que les États ne fournissent pas, mais que des mouvements tentent d'assurer (avec notre aide, parfois).
La crise climato-écologique
C'est l'éléphant dans le magasin de porcelaine dont personne (ou presque) ne parle. Les débats s'enchaînent sur les conséquences économiques de la fermeture du détroit d'Ormuz, sans dire un mot de la crise climatique ou des atteintes majeures à la biodiversité. La presse militante internationale n'échappe malheureusement pas toujours à ce syndrome. Des articles paraissent qui occultent carrément le sujet. D'autres le mentionnent, mais sans conclure pour autant sur les campagnes à mener en ce domaine. Étrange autocensure.
Si l'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, les conséquences sanitaires et sociales sont particulièrement sévères en Asie, où les sociétés sont très vulnérables. Une grande partie du Bangladesh va disparaître sous les eaux, mais également des zones de population dense en Indonésie. Quand le taux d'humidité dans l'air devient trop élevé, même une température « normale » peut devenir mortelle, le corps ne pouvant plus se refroidir en suant. La violence des typhons s'accroît. Des inondations massives succèdent à des sécheresses exceptionnelles…
P.-S.
• Version augmentée d'un dossier préparé pour l'hebdomadaire L'Anticapitaliste du 19 mai 2026.
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