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Ils soutiennent le journalisme indépendant dans les Balkans

19 mai, par Le Courrier des Balkans — ,
Le Courrier des Balkans s'apprête lancer une nouvelle version de son site. Beaucoup de personnalités soutiennent Le Courrier et vous appellent à le soutenir vous aussi. (…)

Le Courrier des Balkans s'apprête lancer une nouvelle version de son site. Beaucoup de personnalités soutiennent Le Courrier et vous appellent à le soutenir vous aussi.

Tiré du blogue de l'auteur.

Depuis 1998, Le Courrier des Balkans raconte les Balkans autrement : avec des reportages, des analyses et des enquêtes qui donnent la parole à celles et ceux qui vivent dans la région, et en juin, nous lançons un nouveau site internet !

Un site qui sera plus facile à naviguer et plus agréable à lire, avec des fonctionnalités mieux adaptées aux usages d'aujourd'hui. Bref, un site plus moderne pour continuer à faire vivre un journalisme indépendant sur les Balkans.

Pour cela, nous avons engagé de gros moyens et le Courrier des Balkans a bénéficié d'une bourse dédiée du Fonds stratégique pour le développement de la presse du ministère de la Culture. Mais comme tout média indépendant, nous dépendons avant tout de notre communauté de lecteurs. Et pour finaliser ce projet, nous avons besoin de vous.

Nous lançons donc une campagne de financement participatif : cliquez ici pour participer

Ylljet Aliçka, écrivain, scénariste, ancien ambassadeur d'Albanie en France : « J'aimerais saluer le rôle essentiel du Courrier des Balkans, une voix forte et indispensable pour comprendre les réalités des Balkans. Grace à ce journal, les Balkans deviennent mieux connus, mieux compris, plus présents dans le domaine public francophone, et pas seulement.

Le travail essentiel et rigoureux de son équipe ont fondé une histoire de confiance, de liberté d'expression et de journalisme au service de la société. »

Florence Aubenas, journaliste : Des informations fiables, de la culture, de la recherche, des reportages… Le Courrier des Balkans constitue bien plus qu'un média. C'est un lien intime et puissant avec une région d'Europe qui passe régulièrement sous nos radars. La liberté du Courrier des Balkans est aussi la nôtre. À vous lire, encore et encore.

François Bonnet, président du Fonds pour une presse libre (FPL) : « Les Balkans constituent un angle mort pour les grands médias dominants, à quelques rares exceptions près. Or c'est là que se nouent de nombreux enjeux européens et que se mènent de féroces guerres d'influence. C'est aussi-là que s'inventent de nouvelles dynamiques sociales et naissent d'innombrables mouvements pour la démocratie, la défense de l'environnement, contre la corruption. La jeunesse de Serbie, rejointe par une large partie de la population, en fait la démonstration depuis des mois.

Depuis vingt-huit ans, Le Courrier des Balkans informe au plus près de ces réalités grâce à un réseau de correspondants présents dans une douzaine de pays, grâce aussi à de nombreux partenariats avec des médias indépendants de la région. C'est pour cela qu'il faut soutenir ce site d'information de référence et indépendant qui nous donne à voir les dynamiques sociales et culturelles de nos voisins européens.

Le Courrier des Balkans fait œuvre d'utilité publique. Il rappelle chaque jour qu'une information libre et de qualité se construit avec des reportages, des analyses, des portraits. Soutenons Le Courrier des Balkans. Son équipe le mérite. »

Velibor Čolić, écrivain (Bruxelles) : « Il existe trois types de personnes : celles qui ne savent pas, celles qui savent et celles qui lisent. L'information circule aujourd'hui rapidement et de façon éphémère.

Le Courrier des Balkans a pour vocation de relier différents mondes, notamment les Balkans, si proches, et la langue française. Un travail professionnel. Soutenons-les. »

Dernier livre : Guerre et pluie, Gallimard, 2024. Prix Joseph Kessel, Prix Ouest France Etonnants Voyageurs, Pris François Mauriac, Prix Maurice Genevois, etc.

Ivan Čolović, anthropologue et éditeur à

Belgrade

: Lire Le Courrier des Balkans, c'est s'informer sur ce coin d'Europe souvent mystifié et mal compris, mais c'est aussi une lecture qui corrige et complète notre savoir sur l'identité européenne. Autrement, le Courrier des Balkans est aussi le Courrier de l'Europe. Un pas vers les Balkans, c'est un pas pour devenir tous de vrais Européens. Donc, n'hésitez pas, soutenez le Courrier des Balkans !

Pascale Delpech, traductrice littéraire (Arles) : Que ferais-je sans le Courrier des Balkans ? Fascinée pour la Yougoslavie multiethnique, multiculturelle, multiconfessionnelle à 14 ans, j'ai appris plus tard de serbo-croate/croato- serbe à l'Université et n'ai plus jamais quitté ce monde, objet de mon travail. Ni ce pays, ni cette langue n'existent plus, mais avec le Courrier des Balkans, avec les publications qui y sont rattachées, j'ai pu suivre et mieux comprendre son destin dramatique.

Maintenant, pour rester excellement informée également des pays environnants, le Courrier représente pour moi une source d'information fiable, riche, avec des analyses subtiles et objectives, touchant la politique, la culture et tous les domaines d'activité de cette importante partie de l'Europe, encore mal connue de par chez nous. C'est brillant, précis, documenté et argumenté, courageux et INDISPENSABLE.

Sébastien Gricourt, fondateur de l'observatoire Balkans de la Fondation Jean Jaurès : « Le Courrier des Balkans, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. C'est d'abord une belle aventure humaine avant d'être devenu un indispensable pour se plonger dans les Balkans, hors des sentiers (re)battus. On peut ne pas toujours être en accord avec des choix éditoriaux, mais qu'importe, ce journalisme-là indépendant est un acte de résistance démocratique, une respiration nécessaire. Les connaissances profondes historiques que transmet Le Courrier des Balkans est une source infinie d'inspiration et de modestie. Merci à vous. »

Belgzim Kamberi, journaliste, politologue, traducteur et militant des droits humains et des minorités : Soutenir aujourd'hui Le Courrier des Balkans, c'est non seulement défendre un journalisme professionnel et indépendant, en langue française, sur les Balkans occidentaux, mais aussi s'opposer à la propagation des politiques de repli identitaire, à la loi du plus fort, à la montée des autoritarismes et au recul des solidarités dans cette partie du continent européen.

Ilda Mara, éditrice de la revue Art & Trashëgimi (Art & Patrimoine), directrice de l'organisation franco-albanaise Argjiro : Je connais le Courrier des Balkans depuis 1999, juste après la guerre du Kosovo. À mes yeux, il reste l'unique média français spécialisé sur la région. Au fil des années, j'y ai trouvé bien plus qu'une source d'information : un espace interculturel, attentif aux nuances, qui refuse les simplifications et révèle toute la complexité d'une région riche, souvent mal comprise et réduite à des clichés.

Véritable pont entre les Balkans, l'espace francophone et l'Europe, il rend intelligible, accessible et vivante cette région multiple. Un média d'une rare qualité : riche, précis, courageux et essentiel. Soutenons-le !

Prince Nikola Petrović Njegoš de Monténégro (Cetinje) :

« Des liens qui unissent
Des valeurs qui se partagent
Au delà des frontières
C'est le secret du vivre ensemble
Le Courrier des Balkans y contribue
Contribuez à assurer son avenir ! »

Christophe Solioz, philosophe, essayiste et critique littéraire : En regardant dans le rétroviseur, je fais le deuil de nombres de revues trop tôt disparues : Lettre internationale, L'autre Europe, Le messager européen, La Nouvelle alternative, Le Courrier des pays de l'Est, Diagonales Est Ouest… Contre vents et marées toujours présent, Le Courrier des Balkans ne cesse de porter un indispensable regard critique sur une espace aussi bien post-yougoslave et que centre-européen en pleine recomposition. Son indépendance n'a pas de prix et mérite notre soutien.

Mila Turajlić, réalisatrice de cinéma : Rencontrer l'équipe du Courrier des Balkans et assister à certains de leurs événements a été une manière incroyable de trouver en France des personnes qui comprennent profondément la région et qui comprennent d'où je viens. J'ai regardé, au cours des deux dernières décennies, l'intérêt de la France pour les Balkans apparaître puis disparaître par vagues, au gré des crises et des priorités géopolitiques. Eux ont continué à être là, de manière constante, à saisir l'importance de ce qui s'y joue, et à faire le travail patient de le raconter, de le traduire et de le transmettre à un public français. Surtout, je leur suis reconnaissante de se battre pour créer un espace de nuance face aux récits médiatiques simplistes sur les Balkans et sur celles et ceux qui en viennent. Mais ce qui est peut-être encore plus frappant, c'est qu'en les écoutant et en lisant leurs reportages, j'ai fini par comprendre autrement mon propre pays, ma propre histoire, et aussi la manière dont on est perçu. Parfois, il faut de la distance - ou un autre angle - pour voir plus clairement. Leur travail donne aux Balkans une présence complexe, vivante et profondément humaine dans l'espace français. Aidons cela à continuer.

Nicolas Wieers, producteur du festival Balkan Trafik ! : « Mon nom est Nicolas Wieërs. Je suis le producteur du festival Balkan Trafik !, un festival des cultures des Balkans qui existe depuis plus de 20 ans maintenant. Je lis Le Courrier des Balkans depuis à peu près le même nombre d'années. C'est pour moi une source d'information extrêmement précieuse, notamment grâce à son réseau de correspondants sur le terrain et à tout le travail de traduction et de relais des médias nationaux en langue française. Leur travail est d'une richesse exceptionnelle. J'utilise énormément leurs articles et analyses dans le cadre de chacune de mes éditions, que ce soit pour nourrir ma réflexion autour de la culture ou pour développer des thématiques de débats et de rencontres organisés durant le festival. Je souhaite une longue vie au Le Courrier des Balkans. J'ai moi-même, ainsi que mon association, fait un don pour soutenir leur action. C'est un média de niche, mais un média essentiel — autant pour la diversité de l'information que pour les liens qu'il contribue à créer entre l'Europe et les pays de l'Europe du Sud-Est. À ma connaissance, ils sont les seuls à faire ce travail avec une telle profondeur et une telle constance. »

La bataille décisive contre l’extrême droite se jouera-t-elle en France ?

19 mai, par Léonard Brice — , ,
A un an de l'élection présidentielle en France, la campagne bat déjà son plein. Les enjeux sont d'importance, puisque l'une des grandes puissances européennes pourrait bientôt (…)

A un an de l'élection présidentielle en France, la campagne bat déjà son plein. Les enjeux sont d'importance, puisque l'une des grandes puissances européennes pourrait bientôt basculer aux mains de l'extrême droite. Dans ce contexte, les discussions sur les stratégies pour vaincre le Rassemblement national et l'union des droites se multiplient. Nous publions ci-dessous le texte de notre camarade Léonard en tant que contribution à ce débat.

Tiré de Gauche anticapitaliste
5 mai 2026

Par Léonard Brice

Bruxelles deviendra-t-elle la capitale d'une Union européenne fasciste ? Le récit fataliste d'une Europe (et d'un monde) grignotée par la montée inexorable de l'extrême droite s'est quelque peu fragilisé ces dernières semaines, avec deux événements majeurs qui ont pu être interprétés comme des victoires antifascistes : l'échec du référendum commandité par Giorgia Meloni en Italie, et la fin de l'interminable règne de Viktor Orban en Hongrie. Mais si ce sont des victoires, elles sont pour le moins partielles et fragiles. L'extrême droite garde le vent en poupe, et mûrit plus que jamais le projet de prendre le pouvoir à l'échelle de l'Union. Et dans cet affrontement, il se pourrait bien que l'élection présidentielle française, dans un an, constitue une bataille décisive.

Où en est l'extrême droite en Europe ?

À bien des égards, la Hongrie du parti Fidesz constituait un laboratoire pour l'extrême droite européenne. En 16 ans de pouvoir continu, Orban a patiemment sapé les fondements de la démocratie libérale, mis la justice aux ordres et placé la quasi-totalité des médias sous sa coupe, le tout en assumant progressivement une idéologie de plus en plus réactionnaire. Très vite, cette évolution s'est menée sous l'égide d'un inspirateur principal : Vladimir Poutine, qui est devenu sur cette période le modèle principal de toute l'extrême droite européenne, et qui a fait d'Orban son ambassadeur au sein de l'Union. Les partis comme le RN français et le Vlaams Belang belge ont, longtemps, embrassé cette orientation tournée vers l'est, dont le rejet de l'Union européenne était le principal étendard.

Mais cela fait un certain temps qu'ils ont changé leur braquet d'épaule. Le chaos du Brexit, puis la guerre d'Ukraine, ont forcé de nombreux partis, le RN en tête, à réviser leur logiciel. Le grand inspirateur de l'extrême droite européenne n'est plus Poutine, mais Trump. Sa figure de proue n'est plus Orban, mais Meloni. Son projet n'est plus la dislocation de l'Union, mais sa conquête, par une alliance fusionnelle avec une droite en pleine radicalisation.

De ce point de vue, la victoire de Péter Magyar peut se lire comme une simple confirmation de cette tendance. Son parti, Tisza, se revendique du centre-droit et est affilié au Parti Populaire Européen (PPE) d'Ursula von der Leyen, aux côtés des LR français ou du CD&V belge. Mais lui-même est un transfuge du Fidesz, et s'est désolidarisé du système Orban il y a deux ans seulement. Ses positions sur l'immigration ou les questions LGBTI sont indiscernables de celles de son ancien patron. En fait, il ne se démarque de lui que sur deux points : la dénonciation de la corruption au sein du régime, et son positionnement anti-russe et pro-européen. Alors, parti de centre-droit traditionnel, ou extrême droite réactualisée ? En tout cas, mieux vaut ne pas compter dessus pour faire barrage à nos nouveaux réactionnaires respectables et bien habillés que sont les Meloni, les Bardella et les De Wever.

Même si elle n'a pas conduit à un changement de gouvernement, la défaite de la dirigeante italienne dans son référendum sur la réforme de la justice, le 22 mars dernier, pourrait être un signe plus positif. Cette réforme devait être le point de départ d'une lente refonte des institutions, dont on imagine bien la finalité ; la victoire du non l'oblige, au minimum, à retarder ce projet. À bien des égards, c'est une victoire de la rue italienne, qui a ces derniers mois connu un regain de dynamique spectaculaire – en témoigne l'impressionnante grève générale du 22 septembre, où près d'un million de personnes ont manifesté contre le génocide en Palestine.

Dans l'Union, la reconfiguration de l'ordre mondial et le consensus militariste ont permis à l'extrême droite, Meloni en tête, de s'affirmer avec la proposition d'un réarmement dans le cadre de l'OTAN, aligné sur les disiderata de Trump. Sur cette question, son adversaire immédiat est Emmanuel Macron, qui préfère affirmer l'« autonomie stratégique » du vieux continent, pour l'éloigner de l'industrie militaire étatsunienne et renforcer le rôle de celle de la France – qui reste le troisième pays exportateur d'armes, derrière les États-Unis et la Russie. Entre les deux, l'Allemagne de Merz et de von der Leyen joue les arbitres. En révélant soudainement sa fragilité dans son propre pays, la dirigeante fasciste pourrait perdre en autorité à l'international – et avoir besoin de nouveaux alliés. Son principal espoir, aujourd'hui, est que la France elle-même devra bientôt remettre les clefs du pouvoir en jeu. Et par cette magie dont les régimes présidentiels ont le secret, l'élection d'avril 2027 pourrait rebattre totalement les cartes, dans un sens ou dans un autre : le maintien d'une orientation européiste et libérale, le basculement vers l'axe Meloni-Trump, ou l'irruption d'une gauche porteuse d'un projet alternatif. La France est la deuxième puissance économique européenne et, surtout, la première puissance militaire – la seule à détenir l'arme atomique. Si elle bascule, l'Europe pourrait bien basculer avec elle. Il n'est donc pas inutile, au lendemain des élections municipales et alors que la campagne présidentielle commence déjà, de se demander à quel point ces trois scénarios sont plausibles.

Sondages et dynamiques

Dans le dernier sondage de l'institut Elabe (1), l'extrême droite est donnée largement en tête au premier tour, autour de 35% pour Jordan Bardella ou Marine le Pen. Au niveau de la droite et du « centre », Édouard Philippe semble pour l'instant être le seul capable de rassembler, avec des scores allant de 20% à 25%, là où Gabriel Attal et Gérald Darmanin vivotent autour de 10% ; la plupart de ces hypothèses supposent aussi la présence de Bruno Retailleau, quelque part entre 7 et 10%, et d'un Dominique de Villepin, autour de 5%. À gauche, Mélenchon serait autour de 12%, au coude-à-coude avec Raphaël Glucksmann dans l'hypothèse où ce dernier serait candidat – à sa place, François Hollande ferait légèrement moins, vers 8%, et Olivier Faure devrait se contenter de 5%. Une candidature solitaire de Fabien Roussel ferait entre 3 et 4%, tandis que Marine Tondelier serait donné à 5% ; à sa place, François Ruffin pourrait atteindre 8%. À l'extrême gauche, seule Nathalie Arthaud est testée, entre 0 et 1%. Le total gauche, dans une définition généreuse du terme, tourne entre 25 et 30%.

Que signifient ces sondages à ce stade ? Peu de choses. La véritable liste des candidatures n'est pas encore connue, et on peut imaginer de nombreux scénarios qui ne sont pas testés. La grande inconnue de la participation ajoute une importante couche d'incertitude – rappelons qu'en France, le vote n'est pas obligatoire, et que l'abstention au premier tour de la présidentielle de 2022 est montée à 28%. Mais surtout, il y aura entre ce sondage et l'élection une année de campagne, dont il est difficile de dire où elle peut nous amener.

À l'extrême droite, le nom qui figurera sur le bulletin reste suspendu à une décision de justice, attendue pour le 7 juillet prochain. Pour rappel, Marine le Pen a été condamnée à une peine d'inéligibilité avec exécution provisoire, pour une vaste affaire de détournement de fonds européens. Si la justice confirme cette décision en appel, elle ne pourra pas être candidate et passera donc la main à son poulain, le jeune Jordan Bardella. À ce stade, les deux candidats font peu ou prou les mêmes scores – très haut, donc. Mais l'expérience des dernières élections législatives montre que le RN n'est pas à l'abri d'une mauvaise campagne qui dégonfle la baudruche. Surtout si le parti est forcé de se rabattre sur Jordan Bardella, candidat par défaut qui est bien moins rompu à l'exercice que sa patronne.

Au centre-gauche, le PS est théoriquement engagé, par la voix de son premier secrétaire Olivier Faure, dans une primaire « de la gauche non-mélenchoniste », portée à bout de bras par les Écologistes et quelques transfuges de la France insoumise. Théoriquement, car la droite du parti refuse catégoriquement le processus, et est parvenue à le paralyser : personne ne sait dire à ce stade si le PS sera réellement de la partie, et les organisateurs de la primaire en sont réduit à attendre de ses nouvelles, compromettant fortement les chances de la tenir à la date prévue, le 11 octobre. La probabilité qu'il émerge de ce processus un bloc capable de mener une campagne fonctionnelle et dynamique diminue donc de jour en jour.

Pour l'instant divisé entre les partisans de François Hollande, ceux de Raphaël Glucksmann et ceux de Boris Vallaud, ce centre-gauche sectaire qui torpille cette primaire semble plus déterminé que jamais à porter sa propre candidature, mais ne semble pas avoir le début du commencement d'une idée pour donner à sa propre campagne un contenu politique – sauf à croire que le rejet de la figure de Jean-Luc Mélenchon puisse faire office de programme présidentiel. La performance catastrophique de Raphaël Glucksmann dans son débat contre Éric Zemmour en novembre dernier ne laisse pas beaucoup de place au doute : les 12% dont il est aujourd'hui crédité seront très compliqué à conserver sur la durée. Quel que soit le candidat de ce pôle, le spectre de la campagne d'Anne Hidalgo, qui avait terminé à 1,75% en 2022, n'est pas loin.

Plus à gauche, ces derniers mois, le leader de la France insoumise a été écorné par de nombreuses polémiques qui, a priori, devraient le fragiliser, d'autant que sa défense a parfois été très mauvaise, en particulier face aux accusations d'antisémitisme. Pourtant, le succès inattendu de la formation de gauche aux dernières municipales relativise l'impact réel de ces attaques, en tout cas dans les 10% de la population qui constituent son socle électoral, quasiment inamovible à ce stade. À l'inverse, elle dispose de quelques atouts dans sa manche. Même s'il n'a toujours pas officialisé sa candidature, Jean-Luc Mélenchon est en pratique, depuis de nombreux mois, le seul candidat à gauche dont la feuille de route est prête et dont les troupes sont en ordre de marche. Depuis 2022, la France insoumise a très largement renforcé son assise électorale, avec un nombre de député·es multiplié par quatre et maintenant la conquête de villes importantes comme Saint-Denis, Roubaix et Le Tampon (en 2022, elle ne dirigeait aucune ville de plus de 20 000 habitant·es). Cette implantation supplémentaire implique aussi des ressources financières supplémentaires, qui la dotent d'un appareil sans commune mesure avec ce qu'elle a pu déployer dans les campagnes précédentes. Et cet appareil comporte aussi une machine de production intellectuelle (entre autres par le biais de l'Institut La Boétie, son think tank) qui, pour critique qu'on puisse être des idées qui en sortent, travaille à plein régime, et sort régulièrement des concepts qui font mouche – comme celui de « nouvelle France » pour aborder la diversité culturelle du pays, ou avant lui celui de « créolisation ». Un avantage réel en période présidentielle, là où l'élaboration politique et intellectuelle du reste de la gauche approche du néant absolu. On ne prend donc pas beaucoup de risque en pronostiquant que Jean-Luc Mélenchon prendra tôt ou tard le leadership à gauche, et sans doute tôt – ce qui constituerait une donnée nouvelle par rapport à 2022, où il n'a commencé à décoller des 12% qu'un mois avant le scrutin (pour atteindre 22%).

Finalement, la plus grande inconnue vient de la droite. Emmanuel Macron, qui ne peut plus se représenter, n'a pas désigné de successeur officiel et se garde bien de le faire, tant les prétendants eux-mêmes se démènent pour ne pas être associés à sa fin de mandat crépusculaire. Le terrain est pour l'instant disputé par deux de ses anciens premiers ministres, Édouard Philippe et Gabriel Attal. Mais d'autres restent en embuscade, et attendent sans doute que cette lutte fratricide leur ouvre une porte pour se présenter en candidature de rassemblement. À leur droite, les Républicains viennent de confirmer la candidature du très réactionnaire Bruno Retailleau, qui tente de tracer son sillon après sa sortie fracassante du gouvernement. Ce combat de coq permettra-t-il de dégager un vainqueur, qui s'imposera comme candidat naturel de la droite et du centre ? Si c'est le cas, celui-ci règnera sur un espace qui s'est considérablement affaibli depuis 2022. Et Mélenchon compte sur cet affaiblissement pour décrocher le ticket d'entrée au second tour, et se retrouver en face-à-face avec l'extrême droite.

Pourquoi Mélenchon peut gagner

Au second tour, justement, les sondages sont à considérer avec encore plus de précaution. Pour l'instant, Bardella ou Le Pen sont donnés gagnants dans tous les scénarios testés, sauf peut-être, dans un mouchoir de poche, face à Philippe. Le lieu commun veut que Mélenchon soit le pire candidat de second tour face à l'extrême droite, car il suscite encore plus de rejet qu'elle. Mais outre la longue année de campagne qui nous sépare de cette date, les seconds tours inédits entraînent des reconfigurations inédites. L'exemple des dernières législatives montre qu'au bord du gouffre, les Français sont capables de sursauts antifascistes inattendus. Jean-Luc Mélenchon a eu le temps de peaufiner son plan pour utiliser au mieux les deux semaines d'entre-deux tours, et on peut imaginer qu'il fera ce que tous les candidats de gauche « radicale » font dans une telle situation : se recentrer, modérer son discours, et négocier des ralliements actifs jusqu'au, voire chez une partie des macronistes. Après ses 22% en 2022, il a réussi le tour de force de rassembler presque toute la gauche derrière le mot d'ordre « Mélenchon premier ministre » ; dans un entre-deux tours, il sera en position de force pour négocier un nouveau-Nouveau Front Populaire, dont il sait de toute façon qu'il ne pourra pas se passer s'il veut obtenir une majorité aux législatives qui suivront. Ce n'est qu'un des scénarios possibles, mais ce qui est certain, c'est que le choix qui sera concrètement proposé aux électeur·rices n'aura pas grand-chose à voir avec un scénario hypothétique parmi d'autres au milieu d'un sondage. Et peut-être les Français·es placé·es face à ce choix prendront-ils conscience que la France insoumise n'est ni un parti d'extrême gauche ni une officine islamiste mais, in fine, une simple scission de gauche du PS.

À côté d'une victoire de l'extrême droite, qui reste le plus probable à ce stade, et d'une simple passation de pouvoir à droite, qui n'est pas à exclure, il y a donc bien un scénario où Mélenchon gagne – mais il dépend de beaucoup de facteurs. Jusqu'où pourra-t-il monter cette fois ? Arrivera-t-il une nouvelle fois à rassembler cet électorat hésitant, qui s'est retranché sur sa candidature à la dernière minute ? Trouvera-t-il la bonne formule pour transformer l'essai au second tour ? Ou, au contraire, commettra-t-il le faux pas de trop, comme les commentaires douteux sur un nom à consonnance juive ou le soutien aveugle à un homme condamné pour violences conjugales, au moment où les projecteurs seront braqués sur lui ? Si la France insoumise justifie son absence de démocratie interne par la recherche d'efficacité, c'est aussi toute la faiblesse de ce modèle : in fine, la gauche est suspendue aux performances, à la clairvoyance et aux erreurs d'un seul homme.

Dilemmes pour les anticapitalistes

Face à cette situation, nos camarades de la section française de la Quatrième internationale sont divisé·es sur la stratégie à adopter – et on peut les comprendre. Certain·es défendent un soutien plus ou moins critique à Mélenchon, d'autres une candidature autonome qui pourrait toujours se rallier à lui au second tour, d'autres encore espèrent voir une dynamique unitaire émerger de la primaire.

Parmi les scénarios plausibles à ce stade, la victoire de Mélenchon est de très loin le plus souhaitable. Mais Mélenchon n'est, au fond, qu'un nostalgique de Mitterrand, qui porte un projet réformiste de redistribution des richesses qui se heurtera instantanément au refus des capitalistes, le conduisant le plus probablement à l'impuissance, et finalement à la conversion en un simple gouvernement social-démocrate parmi d'autres. À cette nécessaire lucidité s'ajoutent d'autres difficultés, comme les désaccords profonds sur ce que doit être une politique internationaliste (nous n'avons pas oublié son soutien aux frappes russes contre la révolution syrienne, ni sa naïveté face à la Russie de Poutine) ou sur la place de la démocratie dans les partis et les mouvements sociaux. Il faut donc aussi qu'une voix réellement anticapitaliste parvienne à se faire entendre, sans tout sacrifier à une échéance électorale, dans laquelle le moins mauvais des scénarios portera aussi inévitablement son lot de déceptions. Mais il ne s'agit pas que d'éviter le pire : la victoire d'une candidature de gauche peut aussi permettre à notre camp social, en France et en-dehors, de relever la tête, de reprendre confiance et de retrouver la voie de la lutte par en bas, la seule qui peut changer durablement les rapports de forces. À charge pour nos camarades français de tenir tous ces bouts à la fois.

Photo : Paris, 2025-01-26. Une manifestante avec une pancarte sur laquelle on peut lire « Uni es contre le fascisme ». Manifestation feministe contre l extreme droite. Photographie de Martin Noda / Hans Lucas. Source : Photothèque rouge
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Notes

↑1. https://www.commission-des-sondages.fr/notices/files/notices/2026/mars/10166-pres-elabe-28-mars.pdf

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Pourquoi l’Ukraine a besoin d’une défaite définitive de la Russie – et pas seulement d’une dissuasion

Cinq ans après le début du conflit à grande échelle, il est désormais évident que le modèle de dissuasion stratégique – le « porc-épic d'acier » [steel porcupine] auquel Ursula (…)

Cinq ans après le début du conflit à grande échelle, il est désormais évident que le modèle de dissuasion stratégique – le « porc-épic d'acier » [steel porcupine] auquel Ursula von der Leyen fait souvent référence lorsqu'elle évoque l'Ukraine – n'offre aucune garantie de résilience ni de paix durable.

11 mai 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/11/pourquoi-lukraine-a-besoin-dune-defaite-definitive-de-la-russie-et-pas-seulement-dune-dissuasion/

Le modèle du « porc-épic d'acier » part du principe que, compte tenu de l'avantage considérable de la Russie en termes de ressources, la seule stratégie réaliste pour l'Ukraine consiste à mettre en place une défense si solide que la poursuite de l'agression devienne d'un coût prohibitif pour la Russie.

Cependant, à partir de 2026, ce modèle ne suffira plus à lui seul.

Il occulte la réalité selon laquelle l'Ukraine est progressivement vidée de ses ressources tout en se défendant et en défendant l'Europe. Dans une guerre technologique, même une défense robuste se détériore progressivement sous la pression de réseaux de drones de haute précision et d'attaques constantes, en particulier lorsqu'il faut lutter contre un État disposant de ressources abondantes.

La théorie de la « défaite fonctionnelle » semble elle aussi peu susceptible de produire des résultats significatifs à elle seule. Cette approche vise à créer les conditions dans lesquelles un adversaire, bien que conservant ses capacités militaires, perd la capacité de les déployer efficacement.

L'Ukraine a mis en œuvre cette stratégie en mer Noire en 2023 et 2024, réussissant à restreindre la liberté de manœuvre de la Russie sans détruire purement et simplement sa flotte. Cependant, il s'est avéré difficile de reproduire ce succès dans d'autres domaines et, en 2026, aucune voie claire pour y parvenir ne s'est encore dessinée.

Au Centre de sécurité Sahaidachnyi, nous estimons qu'une victoire décisive consiste à priver la Russie de la simple capacité de faire la guerre. C'est ce que nous appelons une « défaite terminale », et voici comment elle peut être obtenue.

Ce modèle repose sur deux axes interdépendants.

Le premier est l'axe de neutralisation : identifier et exploiter systématiquement les vulnérabilités critiques au sein de la Fédération de Russie afin de produire des effets en cascade et irréversibles au niveau stratégique.

Cette approche diffère fondamentalement des frappes ponctuelles contre des infrastructures qui peuvent être réparées par la suite. Il s'agit plutôt d'exercer une pression soutenue sur l'économie, la base technologique et l'opinion publique russes de manière à causer des dommages durables et difficiles à réparer — érodant progressivement à la fois sa capacité à soutenir la guerre et le fonctionnement général de l'État.

L'Ukraine intensifie déjà ses frappes en profondeur, mais cela ne suffit pas. Au-delà des efforts militaires en cours, elle devrait mettre en place des équipes spécialisées chargées d'identifier les faiblesses systémiques et d'anticiper les répercussions à long terme, et non pas seulement l'impact immédiat de chaque action.

Elle devrait également continuer à développer des capacités de frappe en profondeur de nouvelle génération grâce aux technologies d'autonomie et de technologies d'essaim [swarm technologies], en soutenant activement son secteur émergent des technologies militaires.

Si l'objectif est l'élimination définitive de la menace posée par la Russie, cela redéfinit la logique du deuxième vecteur — la dissuasion et la défense également. Dans ce modèle, la défense n'est plus une fin en soi. Son but est de tenir la ligne et de limiter les pertes tout en gagnant du temps pour mener des efforts visant à affaiblir la Russie à un niveau plus profond.

Cela signifie maintenir la stabilité du front et, surtout, protéger les soldat·es ukrainien·es — en acceptant que les territoires occupés puissent être reconquis plus tard, une fois que la capacité de guerre de la Russie commencera à s'effriter.

Plutôt que de maintenir indéfiniment une défense fragile, la priorité est de tenir bon pendant une période déterminée tout en concentrant les ressources là où elles sont le plus utiles, et de veiller à ce que la Russie subisse des pertes en effectifs et en matériel plus rapidement qu'elle ne peut les remplacer.

Cette approche doit toutefois tenir compte de deux risques importants.

La Russie pourrait se tourner vers des tactiques de frappe à distance. Elle pourrait réduire ses assauts terrestres tout en continuant à cibler les forces ukrainiennes avec de l'artillerie, des munitions errantes [loitering munitions] et des drones.

Elle pourrait également opter pour une mobilisation générale ou une nouvelle mobilisation partielle. Le manque d'effectifs reste un goulot d'étranglement pour la Russie, mais il est en partie artificiel, limité par le cadre de « l'opération militaire spéciale » que la Russie s'est elle-même imposé et par la crainte du Kremlin d'un retour de bâton social.

Pour faire face à ces risques, deux mesures s'imposent. Premièrement, il faut renforcer considérablement la protection des soldat·es, tant sur la ligne de front qu'immédiatement derrière celle-ci, compte tenu de l'extrême létalité d'un champ de bataille soumis à une surveillance constante et à des frappes de précision.

Deuxièmement, l'Ukraine doit développer sa capacité à frapper et à neutraliser à distance les forces en progression, de sorte que même une force russe nettement supérieure puisse être efficacement contenue.

Ce changement de stratégie exige des réformes accélérées sur les plans doctrinal, organisationnel et des effectifs — et surtout, une robotisation rapide des combats en première ligne.

Le projet actuel visant à porter les forces de systèmes sans pilote à 5% de l'effectif total n'est qu'un minimum, et si le commandement ukrainien souhaite parvenir à un véritable contrôle stratégique des risques, il devra peut-être porter cette part à 10%, voire 20%, avec une intégration en profondeur dans toutes les branches de l'armée.

Associé à des fortifications techniques et à un réseau de neutralisation unifié, cela permettrait de créer une zone d'exclusion sans personnel le long de la ligne de contact et de la frontière russe.

L'Ukraine a également besoin d'un cadre stratégique plus clair pour la défense aérienne, idéalement assorti d'une évaluation différenciée des menaces qui tienne compte des dommages réels, du potentiel d'escalade et des contre-mesures rentables.

Les drones de type Shahed, Geran et Gerbera représentent la menace stratégique la plus grave : ils sont bien moins chers que les missiles, causent déjà de graves dommages aux infrastructures et gagnent sans cesse en précision. La défense aérienne anti-drones doit donc être la priorité.

Cela n'enlève rien à l'importance de la lutte contre les menaces de missiles, en particulier balistiques, pour lesquelles les solutions viables restent rares. Les intercepteurs PAC-3 MSE destinés aux systèmes Patriot constituent actuellement la seule option véritablement efficace, et l'offre mondiale est bien insuffisante pour répondre aux capacités de la Russie.

L'Ukraine doit donc opérer dans des conditions de pénurie persistante. Alors que les efforts visant à obtenir des intercepteurs supplémentaires se poursuivent, une réponse à plus long terme devrait inclure le développement d'un équivalent national ou européen commun au système Patriot, ce qui a peu de chances de se produire dans un avenir proche. La seule option viable restante est un programme soutenu visant à déplacer les infrastructures critiques sous terre.

En fin de compte, la victoire — si l'on veut que ce terme conserve un sens — passe par l'élimination de la source même de la menace. Le succès stratégique, aussi incertain soit-il, n'est possible qu'en agissant simultanément sur deux fronts : le confinement et l'élimination. L'un ne peut fonctionner sans l'autre.

Lesia Ogryzko, 2 mai 2026
Directrice et cofondatrice du Centre de sécurité Sahaidachnyi

https://kyivindependent.com/why-ukraine-needs-russias-terminal-defeat-not-just-deterrence/

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Ukraine : La société civile sur un double front

19 mai, par Groupe d'intervention Solidarité Ukraine du NPA-A — , , , ,
Quatre années de guerre n'ont pas suspendu les conflits sociaux et politiques. La société civile, largement engagée dans une guerre de survie face à l'agression russe, continue (…)

Quatre années de guerre n'ont pas suspendu les conflits sociaux et politiques. La société civile, largement engagée dans une guerre de survie face à l'agression russe, continue de se battre pour défendre ses droits

15 mai 2026 | tiré de l'Hebdo L'Anticapitaliste – 800

L a population dénonce la corruption qui gangrène les marchés publics, l'armée, ainsi que les hautes sphères administratives et politiques jusqu'au sommet de l'État. Déjà en juillet 2025, d'importantes mobilisations avaient obligé Zelensky à reculer et à garantir l'indépendance des agences de contrôle anti-corruption. Relayée par des journalistes d'investigation, la pression populaire pour des démissions et des poursuites judiciaires s'amplifie.

Contre la réforme du Code civil

La réforme du Code civil ouvre un nouveau front de mobilisation contre le recul des droits civils, en particulier de ceux des minorités sexuelles. La loi exclut les couples homosexuels du champ du droit de la famille, interdit l'adoption par des personnes de même sexe, considère qu'un changement de genre entraîne la nullité d'un mariage hétérosexuel. La communauté LGBTI est mobilisée contre cette loi qui va à l'encontre des obligations internationales en matière d'égalité.

Une autre disposition soulève des enjeux complexes : « la primauté absolue du registre public » qui devient la source exclusive de vérité juridique sur la propriété et les droits réels. Or, les déplacements forcés, l'occupation de territoires, l'inaccessibilité des registres entraînent des absences ou retards d'inscription qui affectent particulièrement les personnes précaires, déplacées ou réfugiées. Et surtout, une inscription dans un registre officiel rend quasi impossible toute contestation même lorsqu'elle est frauduleuse. Les ONG environnementales soulignent un risque majeur de spoliation de biens communs, forêts, rivières, terres protégées qui pourraient être enregistrées illicitement, et définitivement soustraites aux collectivités, en particulier dans le contexte de corruption massive. À Kyiv et Kharkiv, des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour s'opposer à la loi n° 15150 relative au nouveau Code civil.

L'Ukraine marque des points contre l'armée russe

L'inventivité est au cœur de la résistance ukrainienne. Face à la destruction des infrastructures énergétiques, les initiatives décentralisées de captation de l'énergie solaire pour les hôpitaux ou les centres communautaires se multiplient, et ça marche ! Cette capacité d'initiative se manifeste aussi au plan militaire. L'utilisation performante de toutes les formes de drones neutralise l'offensive de printemps programmée par Moscou. Pour la première fois, les troupes russes ont perdu du terrain au mois d'avril.

Ce renversement de situation a un impact psychologique sur les militaires et sur les civilEs. Pour saper leur moral, la Russie intensifie ses frappes de drones et de missiles contre des cibles civiles et des infrastructures critiques. Lors d'une supposée trêve récente, ces attaques ont fait des dizaines de morts et plusieurs centaines de blesséEs parmi la population, dans des écoles ou quartiers résidentiels.

Kyiv multiplie les attaques aériennes contre des zones clés de la logistique militaire russe à l'arrière du front, ainsi que les frappes contre des navires et des infrastructures pétrolières ou industrielles à l'intérieur de la Fédération de Russie. Elles créent un sentiment d'insécurité dans la population russe. Elles s'ajoutent aux restrictions imposées par le Kremlin sur l'usage des réseaux sociaux, affectent le niveau de vie et alimentent un mécontentement diffus contre Poutine.

La résistance des UkrainienNEs à l'agression russe et leurs luttes contre les dérives anti-démocratiques et antisociales ouvrent, pour tous les peuples, un autre avenir pour l'après-guerre.

Groupe d'intervention Solidarité Ukraine du NPA-A

Zohran Mamdani et la contradiction du socialisme démocratique

19 mai, par Peter Frase — , ,
Que se passe-t-il lorsqu'un homme politique du parti des DSA (Democratic Socialists of America) prend les rênes de la plus grande ville des États-Unis ? Zohran Mamdani a eu un (…)

Que se passe-t-il lorsqu'un homme politique du parti des DSA (Democratic Socialists of America) prend les rênes de la plus grande ville des États-Unis ? Zohran Mamdani a eu un début de parcours marqué par de nombreux succès, mais également émaillé de contradictions entre la politique socialiste et la gestion d'un État capitaliste.

Tiré de Jacobin

27 avril 26 2026 / de : Peter Frase
Traduction Johan Wallengren

Alors que Zohran Mamdani atteint le jalon des cent premiers jours en tant que maire de New York, de nombreuses rétrospectives rendant compte de ses premiers résultats nous sont proposées. Certains commentateurs cherchent à lui donner une note pour son travail politique et à évaluer son succès dans la mise en œuvre de son programme. D'autres se penchent sur l'état de ses alliances politiques au sein et en dehors du gouvernement. Des bilans plus idéologiques visent à mettre en correspondance ses actions avec sa propre rhétorique et celle du mouvement socialiste qui l'a porté au pouvoir.
Une autre façon de regarder ces différentes facettes du maire Mamdani est de le considérer sous l'angle de la contradiction propre à son rôle. Il s'agit d'une contradiction au sens strictement dialectique du marxisme, d'un antagonisme qui ne peut être résolu sans une analyse par le desus du système plus large qui le génère, comme ce qui oppose capital et travail. Dans le cas qui nous préoccupe, la contradiction oppose Mamdani en tant que produit des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), une organisation visant – du moins en théorie – à renverser le mode de production capitaliste, et Mamdani en tant qu'homme politique cherchant à faire fonctionner la machine de l'appareil d'État capitaliste.

Avant même sa victoire, une ligne de front s'était dessinée au sein de la gauche entre deux visions différentes de la manière d'appréhender l'administration Mamdani. Cette division peut être considérée comme le reflet de la contradiction que nous venons de décrire. D'un côté, il y a ceux qui considèrent que la mission des DSA est de défendre le programme politique de Mamdani et de lui construire une base de soutien populaire. De l'autre, il y a ceux qui se préoccupent davantage de dénoncer les compromis ou les trahisons qui éloignent les mesures prises par le nouveau maire au pouvoir des principes d'une organisation socialiste démocratique.

Pareille tension apparaît partout où les partis socialistes parviennent à faire élire leurs membres au sein de gouvernements bourgeois et a souvent conduit, historiquement, à des conflits entre le « parti parlementaire » et la base militante. Les DSA, notamment, ont déjà été confrontés à cette contradiction concernant ses autres élus dans divers conseils et assemblées législatives. Mais maintenant qu'un socialiste occupe un poste exécutif plutôt que simplement législatif dans la plus grande ville du pays, chargé non seulement d'adopter des lois, mais aussi de gérer la bureaucratie du gouvernement lui-même, l'ampleur des différends est devenue plus aiguë.

Mamdani, contrairement à d'autres élus de premier plan comme Alexandria Ocasio-Cortez, est un véritable « élu des DSA. Autrement dit, il s'est forgé politiquement en grande partie grâce à son engagement au sein des DSA, a été intronisé à l'Assemblée de l'État sur une liste soutenue par la direction politique et la force des bénévoles des DSA et est devenu maire grâce à une campagne qui, bien qu'elle ait fini par rassembler une large coalition progressiste, a été lancée et menée par les DSA.

Les gens à l'extérieur du parti ont souvent du mal à comprendre la culture interne tumultueuse des DSA, qui est très différente de celle de la plupart des autres grandes institutions politiques de la vie américaine. Ce parti est intensément démocratique, la direction, les soutiens et les campagnes étant soumis au vote et à la consultation de l'ensemble des membres, qui sont désormais plus de cent mille à l'échelle nationale. Et comme l'organisation est financée presque entièrement par les cotisations de ses membres, son caractère démocratique, c'est vraiment à souligner, est à l'abri du veto de riches bailleurs de fonds ou d'un conseil d'administration comme celui d'une organisation à but non lucratif. De plus, les principes énoncés par les DSA sont si ouverts et généraux qu'ils peuvent soutenir une organisation qui attire tout le monde, des sociaux-démocrates aux communistes, en passant même par des anarchistes.

Il est donc important, et en fait inévitable, que les membres des DSA débattent du juste équilibre entre critiquer le maire et agir comme ses fantassins. Le conflit qui en résulte revêt cependant souvent un caractère rigide et stérile, chaque camp caricaturant l'autre, se réduisant ainsi lui-même à une caricature.

D'un côté, on entend l'argument selon lequel critiquer nos propres élus relève tout simplement d'un sectarisme désorganisateur.Comme le dit Álvaro López, dirigeant des DSA de New York : « Nous devons passer d'un cadre de “responsabilisation” à un cadre de “construction du pouvoir” ». Apparemment, dans cette conception, « construire le pouvoir » revient à créer une base d'organisateurs capables de faire gagner les élections aux candidats de gauche, puis de continuer à s'organiser au service du programme politique des élus.

À l'opposé de la perspective de López, on trouve ceux qui se méfient de la corruption du pouvoir et de la facilité avec laquelle des politiciens peuvent être cooptés individuellement. Au sein des DSA, cette tendance s'est manifestée par des campagnes périodiques visant à censurer, voire à expulser, des personnalités telles que Jamaal Bowman et Alexandria Ocasio-Cortez pour des actes publics qui contredisent directement les positions déclarées de l'organisation.
Nous devons dépasser ce débat répétitif en le traitant comme une véritable contradiction et en analysant la manière dont cette contradiction s'est manifestée au début du mandat du maire. Cela nous permettra de développer des idées sur la façon dont les DSA et l'administration Mamdani peuvent maintenir une unité contradictoire, en fonctionnant de manière indépendante tout en évitant l'opposition directe.

Contradiction et honnêteté révolutionnaire

Mon approche de la contradiction entre Zohran et les DSA consiste à l'examiner sous l'angle de l'honnêteté révolutionnaire. Ce sont Karl Marx et Friedrich Engels, dans le Manifeste communiste, qui proclament que « les communistes ne cachent pas leurs opinions ni leurs buts. Ils déclarent ouvertement que leurs fins ne peuvent être atteintes que par le renversement par la force de toutes les conditions sociales existantes ». Dissimuler ou édulcorer nos positions pour un avantage immédiat serait, de ce point de vue, une trahison de la révolution.

Dans le même ordre d'idées, les socialistes aiment citer le leader socialiste guinéen Amílcar Cabral, quia déclaré à ses camarades en 1965 : « Ne mentez pas. Dénoncez les mensonges dès qu'ils sont proférés. Ne dissimulez pas les difficultés, les erreurs, les échecs. Ne revendiquez pas de victoires faciles. » C'est un appel convaincant à l'honnêteté révolutionnaire, à faire confiance aux masses plutôt que de penser que les dures réalités de la révolution doivent être cachées ou édulcorées.

Naturellement, à un certain niveau, il y aura toujours des points de vue divergents sur ce qu'est réellement la vérité d'une situation politique donnée, c'est pourquoi un débat politique sérieux est nécessaire. Mais en politique, une pression particulière s'exerce pour faire dire des choses dont on sait qu'elles ne sont pas tout à fait vraies ou pour faire des choses dont on sait qu'elles contredisent notre vision et nos objectifs déclarés. C'est de ce genre de mensonge politique que je veux parler.

En ce sens, dire la vérité est un principe séduisant, surtout face au caractère hypocrite d'une grande partie de la politique. Nous pourrions donc l'appliquer directement à la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui. Les DSA peuvent-ils être honnêtes ? Zohran Mamdani le peut-il ? Dans quelles conditions cela devient-il possible ?
En accédant à une fonction élective bourgeoise et en assumant la responsabilité de gérer la plus grande ville des États-Unis, Mamdani se retrouve pris entre deux projets : celui de gérer le capitalisme et celui de le renverser.

Il pourrait être tentant d'utiliser les citations ci-dessus pour « demander des comptes », en saisissant chaque occasion de dénoncer les élus des DSA pour avoir édulcoré les véritables objectifs de la révolution. Le problème, cependant, est qu'Amílcar Cabral était confronté à une situation bien différente de celle de Zohran Mamdani, faisant face à des contradictions très différentes.

En tant que chef d'une armée et d'un gouvernement révolutionnaires, il pouvait envisager l'ensemble de sa politique à travers le prisme de l'honnêteté révolutionnaire. Zohran, s'il veut réussir en tant que maire, devra parfois se résoudre à mentir et à revendiquer des victoires faciles. La question est de savoir si nous, en tant que socialistes qui souhaitons en fin de compte qu'il réussisse, pouvons défendre notre propre capacité à rester fidèles à nos principes politiques tout en gardant les yeux ouverts sur les réalités stratégiques.

En accédant à une fonction élective bourgeoise et en assumant la responsabilité de gérer la plus grande ville des États-Unis, Mamdani se retrouve pris entre deux projets : celui de gérer le capitalisme et celui de le renverser. Cette contradiction est structurelle, et elle ne se confond ni avec son programme politique ni avec ses convictions personnelles. La question est de savoir si le mouvement qui l'a élu saura gérer cette contradiction ou s'il sera déchiré par elle.

Le maire et l'autorité policière

Le projet Mamdani (et, plus généralement, le projet électoral des DSA) repose sur l'idée qu'il est possible pour un élu socialiste non seulement d'agir en tant que porte-parole de la gauche, mais aussi de gouverner efficacement et d'apporter des améliorations concrètesà la vie de la classe ouvrière de la ville. Cela implique de travailler avec divers acteurs politiques et économiques selon leurs propres termes, conventionnellement capitalistes. Cela signifie notamment équilibrer le budget, naviguer sur le marché obligataire et faire face à un gouvernement fédéral hostile, à un gouverneur centriste et à un président du conseil municipal opposé à une grande partie du programme du maire.

Mais un autre obstacle, peut-être encore plus grand celui-là, émane de l'intérieur même de l'administration municipale. New York, comme pratiquement toutes les grandes villes américaines, dispose en substance de deux gouvernements : la bureaucratie civile supervisée par le maire et le département de police de New York (NYPD). Comme l'explique Stuart Schrader dans son ouvrage Blue Power, récemment publié, la police, par l'intermédiaire de ses syndicats, a « construit un mouvement politique qui a rendu les policiers intouchables », capables de « faire pression sur les dirigeants locaux et de réduire à néant toute tentative de contrôle public ». Et ces services de police sont des alliés fiables des forces du capital urbain, en particulier de la finance et de l'immobilier, qui les préfèrent aux branches de l'État plus soumises à la responsabilité démocratique. C'est vers cette lutte particulière que nous nous tournons à présent.

Les relations de Mamdani avec le département de police de New York ont inévitablement été vouées à constituer un obstacle majeur aux objectifs de son administration. Son choix de maintenir Jessica Tisch, fille d'une famille milliardaire, au poste de commissaire de police a été perçu par beaucoup comme une tentative de rassurer les forces de la classe dirigeante à New York, et cela a suscité des critiques de la part d'une grande partie de sa base. Mais on peut aussi y voir une tentative de sa part de gérer stratégiquement une situation pour ainsi dire intenable.

Si les policiers relèvent nominalement du maire, la réalité est bien plus compliquée. Comme dans de nombreuses grandes villes, le NYPD – avec ses 33 000 agents et son budget de 6,4 milliards de dollars – représente un socle indépendant de pouvoir de nature à le rendre à certains égards plus puissant que le bureau du maire lui-même. La nature pléthorique des services de police urbains, conjuguée à l'érosion néolibérale du pouvoir citoyen, signifie que les agents armés de l'État sont intégrés au fonctionnement de la société de multiples façons – non seulement dans des situations très médiatisées comme les crises de santé mentale, situations pour lesquelles Mamdani a plaidé pour que des spécialistes non armés prennent le relais, mais aussi dans le cadre de tâches banales comme l'assistance aux automobilistes en panne, la gestion des défilés et le remplissage de formulaires après un cambriolage.

Que ce ne soit pas là le moyen de gérer une société saine ne signifie pas pour autant qu'on puisse simplement retirer d'un seul coup les policiers de ces processus sans créer de désordre ; il en découle que les membres des forces policières ont la capacité de nuire à la qualité de vie de la ville et, par là même, à la légitimité du maire. C'est ce qui s'est produit sous le mandat de Bill de Blasio, qui a provoqué une révolte ouverte de la police – au point que celle-ci amême menacé publiquement sa fille – et a pour autant échoué à la réformer de manière significative, ce qui devrait servir de leçon. C'est ce qui rend le pouvoir du corps policier de New York si difficile à contester, car les appels à la suppression du financement de la police (defund the police) sont faciles à présenter comme un renforcement de l'austérité plutôt que comme une réorientation du gouvernement vers les besoins humains.
Les relations de Mamdani avec le département de police de New York étaient vouées à constituer un obstacle majeur aux objectifs de son administration.

À la lumière de tout cela, l'identité du commissaire de police devient une question délicate. On pourrait nommer Angela Davis à ce poste, mais cela n'aboutirait qu'à une perte de tout contrôle pouvant être exercé sur les services de police ; le meilleur scénario au début du mandat de Mamdani était probablement de trouver quelqu'un capable de s'assurer la loyauté du NYPD tout en étant peu susceptible de saper activement l'autorité du maire.

Il y avait peut-être de meilleures options que Tisch — le journaliste Spencer Ackerman, par exemple,a suggéré de puiser dans les rangs des officiers sud-asiatiques, une partie du corps policier qui soutient largement Mamdani. Mais briser le pouvoir structurel du NYPD est un projet à long terme qui ne peut se résoudre par le choix de la bonne figure de proue.

Mamdani est certainement conscient de cette dynamique, et sa proposition de créer un département de la sécurité communautaire (Department of Community Safety) peut être comprise comme une autre voie vers le désarmement, car elle réattribuerait des tâches telles que la gestion des crises de santé mentale à des employés civils non armés. Mais le mouvement réclamant d'enlever son financement à la police n'a pas échoué juste parce qu'on n'avait pas choisi de bon slogan. Même si la police prétend parfois être désireuse de se décharger de certaines de ses tâches non essentielles, comme Mamdani le relève régulièrement à des fins rhétoriques, ce qu'il ne dit pas, c'est que les policiers n'ont pas l'intention d'accompagner cela d'une réduction proportionnelle de leur budget et de leurs effectifs.

Les progrès concernant le Département de la sécurité communautaire ont été lents au début. Plutôt que la proposition initiale d'un département doté d'un budget d'un milliard de dollars, qui aurait nécessité un dispositif législatif du conseil municipal, il a opté pour un Bureau de la sécurité communautaire (Office of Community Safety) plus modeste intégré au fonctionnement de la mairie. Cette proposition n'a fait surface qu'en mars, même après la fusillade policière de janvier contre un jeune homme en crise de santé mentale, soit exactement le type de situation que Mamdani s'était engagé à prévenir.

S'il est impossible de savoir ce qui s'est passé en coulisses, l'ampleur et le calendrier de la mise en place de ce bureau suggèrent un équilibre des pouvoirs délicat, non seulement avec le conseil municipal, mais aussi avec Mme Tisch et la direction du NYPD. Mme Tischn'a pas assisté à la conférence de presse de lancement et s'est montrée évasive quant à son soutien à la proposition d'un département plus important.

Elle a également bloqué une autre promesse de Mamdani : la dissolution du Groupe d'intervention stratégique (Strategic Response Group) du NYPD, tristement célèbre pour ses interventions violentes lors de manifestations politiques. Ce n'est que le 9 avril, à l'issue de ses cent premiers jours au pouvoir, que le maire a pour la première fois évoqué la possibilité de passer outre la décision du commissaire, faute de s'entendre avec lui sur cette question. Cela suggère une fois de plus une lutte de pouvoirs complexe se déroulant en coulisses.

Dans ces conditions, qu'exige de nous l'honnêteté révolutionnaire ? En termes simples, nous pouvons simplement continuer à exiger le programme initial de Mamdani. Mais nous pouvons aussi aller au-delà, vers une forme plus large d'abolitionnisme qui envisage le genre de démantèlement généralisé des institutions carcérales, proposition qui a brièvement émergé après la révolte suscitée par le cas George Floyd en 2020. Cela ne devrait pas prendre la forme d'une simple exigence d'un programme maximaliste de la part de Mamdani, car il serait structurellement incapable de le concrétiser, même s'il le voulait. Mais nous ne devrions pas non plus faire de nécessité vertu et prétendre que les compromis qui doivent être conclus avec la force policière sont autre chose que cela.

Le maire, le gouverneur et les millionnaires

Un deuxième thème en lien avec la mairie de Mamdani concerne ses relations avec les autres responsables politiques et les autres branches du gouvernement. Beaucoup craignaient que l'administration d'extrême droite de Trump n'étende à New York sa série d'attaques contre les grandes villes, que ce soit en refusant les fonds fédéraux ou en lançant une vague de raids de contrôle de l'immigration à l'image de ceux menés à Los Angeles, Chicago et Minneapolis. Cela a été en grande partie évité pour l'instant, que ce soit grâce à la capacité apparente de Mamdani à charmer personnellement le président, à la défaite du régime dans les rues de Minneapolis ou à la distraction causée par les nombreuses crises dans lesquelles la Maison Blanche a imprudemment plongé le pays.

L'attention s'est donc portée sur les relations de Mamdani avec les responsables politiques au niveau de la ville et de l'État. Le plus significatif est sa relation, ainsi que celle des DSA, avec la gouverneure Kathy Hochul. Hochul est une centriste pro-entreprises qui a pris l'habitude de bloquer les mesures du programme de la gauche au niveau de l'État. Elle s'est notamment opposée à l'une des propositions centrales du maire : augmenter les impôts des riches pour combler le déficit budgétaire et préserver les services publics. Et pourtant, après à peine un mois en fonction, et bien qu'il y ait eu un adversaire aux primaires plus à gauche que celle-ci (qui s'est ensuite retiré), Mamdani a apporté son soutien à Hochul pour sa réélection.

D'un point de vue stratégique, cette décision est compréhensible : Hochul a de très bonnes chances de l'emporter, et Mamdani a besoin de sa coopération pour augmenter les impôts des riches et financer son programme. Dans un articlepublié dans The Nation, il a justifié sa décision en décrivant Hochul comme « quelqu'un de prêt à s'engager dans un dialogue honnête qui mène à des résultats » et le Parti démocrate comme une « grande tente » qui « canalise les conflits vers le progrès ». Il a qualifié Hochul, une figure de l'establishment démocrate qui a bloqué le changement progressiste pendant des années, de personne qui « croit en la transformation ». Quelle que soit la substance de ces propos, ils semblent assurément discordants. Ce n'est pas de l'honnêteté révolutionnaire.

Il y a bien sûr aussi des critiques stratégiques à faire, bien qu'il soit difficile, vu de l'extérieur, de se prononcer à ce sujet. Ce soutien était-il nécessaire ? Qu'en a concrètement retiré Mamdani ? Peut-on attribuer à cette initiative la récente tentative de la gouverneure de taxer les riches en levant une taxe limitée sur les résidences secondaires de grande valeur ? Il y avait aussi la particularité du moment choisi – plusieurs mois avant les primaires et en pleine grève des infirmières, que Mamdani soutenait ostensiblement et que Hochul tentait de briser. Mais tout cela est secondaire par rapport à l'incompatibilité fondamentale entre les principes d'une politique socialiste et la substance de ce que Mamdani a décidé qu'il était contraint de dire.

Les DSA se positionnent comme une force qui se battra pour le programme concret sur lequel Mamdani a fait campagne, et non comme une armée que le maire peut mobiliser pour n'importe quelle bataille de son choix.

La décision de Mamdani a immédiatement posé un défi à sa base socialiste, tant à ses collègues élus qu'aux gens de l'administration des Democratic Socialists of America. Et en effet, la réponse qu'ils ont apportée est encourageante, car elle montre qu'il est possible de rester honnête même lorsqu'une composante du projet politique se sent structurellement contrainte à la malhonnêteté.

Dès le lendemain de la déclaration de soutien à Hochul, le sénateur d'État socialiste Jabari Brisport a fait unedéclarationqui, sans nommer Mamdani, ne laissait aucun doute sur sa cible : Hochul, a-t-il déclaré, existait « par les milliardaires, pour les milliardaires », et « aucun politicien n'aura jamais assez d'influence pour changer cela ». Pour renforcer son argument, il a poursuivi en déclarant que « notre mouvement est plus grand que n'importe quelle décision prise par un individu » et a apporté son soutien à l'adversaire de Hochul aux primaires, Antonio Delgado.

De son côté, les NYC-DSA (le chapitre local du parti) se sont montrés un peu plus circonspects, mais ont fait preuve d'indépendance à leur manière.Leur déclaration, présentée comme une réponse directe au soutien apporté par Mamdani, ne critique pas ce dernier directement, au grand dam de certains membres. Mais c'est une façon d'affirmer que l'organisation « ne pense pas que la gouverneure Kathy Hochul se soit montrée à la hauteur de ce moment » et souligne ensuite que « le maire Mamdani a clairement indiqué que la gouverneure doit taxer les riches » et que les DSA « s'efforceront de veiller à ce qu'elle tienne cette promesse ». Même s'ils restent quelque peu évasifs quant à la signification du soutien en lui-même, cette rhétorique établit au moins que l'organisation a des priorités distinctes de celles du maire et qui ne dépendent pas de lui.

Cela positionne les DSA comme une force qui se battra pour le programme concret sur lequel Mamdani s'est présenté, et non comme une armée que le maire peut mobiliser pour n'importe quelle bataille de son choix. C'est un point important et, en effet, la relation que cela révèle pourrait bien être la clé du succès de l'ensemble du projet électoral socialiste. On peut à ce sujet se remémorer le moment où Hochul, ayant tardivement soutenu Mamdani avant l'élection, a dû faire face à une foule de manifestantsscandant « Taxez les riches » pendant son discours.

Ces slogans ont été un moment fugace et cathartique, mais ils symbolisent quelque chose de plus profond, quelque chose que Mamdani et tous les politiciens socialistes devraient saluer. Ils représentent la réalité autonome des masses en mouvement, qui existe avant et indépendamment des dirigeants élus. Cette autonomie est en fin de compte la source de la force des personnalités politiques elles-mêmes. Elle permet à Mamdani de dire à Hochul : « Vous voyez, c'est ce qui m'a amené ici, et non seulement vous ne pouvez pas le contrôler, mais moi non plus. » La véritable politique de masse dit la vérité et exige ce qu'elle veut, et elle n'est pas soumise aux considérations stratégiques d'un politicien au sein de l'État bourgeois.

Entre l'intérieur et l'extérieur

Parallèlement à toutes ces luttes plus importantes, il y a bien sûr eu un flux constant de couverture médiatique et de discussions sur les réseaux sociaux, avec des réactions aux diverses déclarations ou positions prises par Mamdani et son entourage. C'est là que la question de l'honnêteté se pose de la manière la plus flagrante. Parfois, ce sont les tabloïds qui tentent de lier Mamdani à des positions des DSA qu'ils s'attendent à voir rejetées. D'autres fois, ce sont des membres des DSA et d'autres militants de gauche qui s'alarment face à ce qu'ils perçoivent comme des concessions excessives de Mamdani à ces critiques de droite, qu'il s'agisse de son désaveu du slogan Globalize the intifada (qui appelle l'intifada à s'internationaliser) ou de ses publications occasionnelles faisant l'éloge de la police de New York.

C'est également un domaine où la contradiction entre les besoins du mouvement et les exigences de la gouvernance peut se manifester de la manière la plus directe qui soit. Mamdani peut ne pas avoir appelé l'intifada à s'internationaliser (c'est ce qu'il revendique), mais nous, nous le pouvons. Il n'est peut-être pas en mesure de traiter les flics de racistes ou d'appeler à une restructuration radicale de la police de New York, même s'il pourrait être d'accord sur certains points. Mais nous, nous le pouvons, et nous le devons. Laissons les louanges au bureau du maire ; nous, nous pouvons continuer de dire la vérité.

Néanmoins, les organisateurs des DSA vont inévitablement se pencher sur les déclarations publiques de Mamdani et les scruter pour déterminer si elles reflètent un compromis politique ou un véritable changement d'objectifs politiques. Dans ce cas précis, gérer cette contradiction nécessite un moyen de communication par-delà le fossé, un signal semi-fiable de ce que le maire a réellement en tête. Il vaut donc la peine ici d'examiner de plus près les relations internes entre Zohran et les DSA, plutôt que de se contenter de les renvoyer dos à dos.

La délicate tâche de légiférer ou de gouverner implique que les élus ne peuvent pas traiter avec une totale transparence toutes les réalités politiques confinées aux coulisses, même avec les membres des DSA eux-mêmes.
Jusqu'à présent, je me suis surtout attaché à dépeindre les DSA et l'appareil de Zohran (par exemple, le bureau du maire et Our Time for NYC, une organisation qui milite pour la réalisation des promesses de campagne de Mamdani) comme des entités déconnectées, opérant à distance l'une de l'autre. Mais manifestement, il n'en est rien. Outre la pléthore de membres des DSA employés par le bureau du maire, il existe aussi des mécanismes formels de coordination avec l'organisation dans son ensemble, sous la forme de réunions régulières avec les coprésidents élus de la section new-yorkaise. Cela reflète le système des comités New York State Socialists in Office (un groupe d'élus faisant la promotion de dispositions législatives défendant les intérêts de la classe ouvrière) qui sont censés être des mécanismes de cogouvernance entre les représentants des membres des DSA et des législateurs élus du parti au niveau de l'État et des municipalités.

C'est là que se rejoignent l'« intérieur » et l'« extérieur » de la fameuse stratégie inside-outside. Et c'est également là que le principe d'honnêteté révolutionnaire se heurte aux exigences du fonctionnement au sein de l'État. Invariablement, la délicate tâche de légiférer ou de gouverner implique que les élus ne peuvent pas traiter avec une totale transparence toutes les réalités politiques confinées aux coulisses, même avec les membres des DSA eux-mêmes – l'organisation est, après tout, remarquablement perméable, et n'importe qui peut y adhérer simplement en saisissant ses coordonnées bancaires sur un site web. Ainsi, le mieux que les élus puissent parfois faire est de réunir, pour une discussion franche, un petit groupe composé de dirigeants de confiance, qui doivent ensuite exercer leur propre jugement afin d'éclairer l'ensemble des membres.

Pour ceux qui craignent que les élus socialistes ne poussent inévitablement les DSA vers une cooptation libérale, c'est là, dans la rencontre métaphorique et littérale entre les politiciens et les masses, que réside le plus grand danger. Et ce n'est pas une préoccupation que nous devrions ignorer, mais une question à laquelle nous devons prêter une attention particulière. Dans le même temps, si nous voulons réellement tenter l'expérience du socialisme électoral américain du XXIe siècle, l'existence de certains de ces mécanismes est inévitable et nécessaire.

Vérité révolutionnaire et conséquences

Au début du mois, la section new-yorkaise des DSA a organisé un forum avec Alexandria Ocasio-Cortez alors que la section débattait de l'opportunité de la soutenir à nouveau pour son élection à la Chambre des représentants. Cela fait des années que Madame Ocasio-Cortez prête à controverses au sein de l'organisation, et l'un des points particulièrement sensibles a été son vote en faveur du financement du système de défense antimissile israélien dit dôme de fer. Lors du dernier cycle électoral, bien que la section l'ait soutenue, la direction nationale des DSA s'était scindée sur cette question, ce qui avait conduit à l'absence de soutien national.

Cette année pourrait marquer un point de rupture, semble-t-il. Alors qu'Israël est de plus en plus discrédité dans l'opinion publique, comment peut-on justifier qu'une élue vote de la sorte, d'autant plus qu'il apparaît clairement qu'aucun calcul politique réel ne justifie de s'écarter de la position correcte ? Quelle que soit l'opinion que l'on ait des compromis qu'implique la relation avec cette dernière, les DSA ont continué d'affirmer une vérité évidente : la distinction entre armes « défensives » et « offensives » n'a aucun sens dans une situation où Israël est l'agresseur contre les Palestiniens occupés et les pays voisins et où les boucliers antimissiles défensifs sont de nature à lui permettre de mener une guerre sans fin sans devoir en assumer les conséquences.

Lors du forum, à la surprise de beaucoup, Mme Ocasio-Cortez a annoncé qu'elle s'opposait désormais à toute aide militaire à Israël, quelle qu'elle soit. Si pour certains, c'était trop peu, trop tard, la plupart des factions du spectre des DSA se sont empressées de s'en attribuer le mérite et de crier victoire, et dans un certain sens, elles le méritaient toutes. Grâce à une combinaison de pressions en coulisses et d'indignation publique, les socialistes avaient continué à dire la vérité, et finalement, la représentante Ocasio-Cortez a décidé qu'elle le pouvait aussi. On l'a mise face à ses responsabilités. Ou bien nous avons renforcé notre pouvoir. Ou encore les deux. Ou peut-être, alors que les ambitions de celle-ci continuent d'évoluer et que la position libérale générale se détourne d'Israël, qu'aucune de ces deux affirmations n'est vraie.

Dire la vérité et poser les vraies questions

Il ne s'agit pas ici d'appeler toutes les factions des DSA, ou de la gauche en général, à simplement s'entendre. Ce n'est même pas vraiment un appel à abandonner les débats sur la construction du pouvoir ou la responsabilisation des élus. Après tout, si la mairie de Zohran représente une contradiction objective que nous ne pouvons actuellement pas transcender, alors cette contradiction sera inévitablement représentée au sein même des DSA. C'est une façon d'envisager l'importance et la fonction de notre nature multitendancielle et ouverte à tous.

Il est possible, dans la phase actuelle du capitalisme, de construire un nouveau type de social-démocratie institutionnalisée pour remplacer celle, fordiste et défaillante, qui a soutenu les États-providence fortement syndiqués du XXe siècle.

Un plaidoyer pour l'honnêteté révolutionnaire est un appel à faire preuve de franchise dans les discussions concernant les points sur lesquels nous sommes d'accord, entre nous et avec le public. Mais il existe des désaccords importants et des inconnues qui méritent d'être débattus, ainsi que des analyses plus approfondies et plus substantielles qui devraient être davantage mises de l'avant. Je n'en suggérerai qu'une seule qui concerne directement Mamdani et le reste des élus des DSA.

En fin de compte, le sort du projet audacieux et fragile de socialisme électoral mené par les DSA dépend de la validité de son postulat de base, à savoir qu'il est possible, dans la phase actuelle du capitalisme, de construire une nouvelle forme de social-démocratie institutionnalisée pour remplacer le modèle fordiste défaillant qui a soutenu les États-providence fortement syndiqués du XXe siècle. Car quelle que soit la diversité des idéologies revendiquées au sein de la grande coalition des DSA, même les tendances les plus révolutionnaires et les moins gradualistes n'auraient pas vraiment de raison d'y être si on ne croyait pas, à un certain niveau, que le projet de social-démocratie du XXIe siècle était viable, au moins pendant un certain temps.

Si c'est le cas, ce ne sera pas un régime qui ressemblera exactement à l'apogée des États-providence d'après-guerre. Et probablement pas un régime susceptible de durer indéfiniment ou qui ferait une transition en douceur vers le postcapitalisme.À un moment donné,soit il y aura une rupture révolutionnaire qui enlèvera définitivement le pouvoir à la classe capitaliste, soit la nouvelle social-démocratie subira le même sort que l'ancienne, repoussée par la contre-révolution de la classe dirigeante.

Nous avons besoin d'une analyse sérieuse de cette question, d'une compréhension des façons dont le projet peut être contrecarré et réorienté par les forces du capital. Peut-être devons-nous commencer à construire de nouveaux types d'institutions pouvant aller au-delà de l'État populaire, comme les assemblées populairesproposées par Bhaskar Sunkara et Gabriel Hetland. Mais en attendant, nous pouvons toujours nous organiser, dire la vérité et essayer d'utiliser tous les leviers du pouvoir étatique qui nous sont accessibles pour tenir nos promesses envers la classe ouvrière.
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Trump et son régime meurtrier

Durant son second mandat présidentiel, débordant de confiance en lui, fanfaronnant, Donald Trump a opté pour un pouvoir fondé sur la mise à mort, sur le meurtre, aussi bien à (…)

Durant son second mandat présidentiel, débordant de confiance en lui, fanfaronnant, Donald Trump a opté pour un pouvoir fondé sur la mise à mort, sur le meurtre, aussi bien à l'étranger qu'à l'intérieur des États-Unis.

Hebdo L'Anticapitaliste - 800 (14/05/2026)

Par Dan La Botz

Crédit Photo
DSA

La brutalité et l'insensibilité de Trump, sa manière de parler des violences contre les immigréEs et les IranienNEs avec une totale absence d'empathie et d'humanité, sont devenues la caractéristique définissant son régime. Trump a parlé d'éliminer la civilisation iranienne, il évoque des « pays de merde » et qualifie les immigréEs somalienNEs de « déchets ». Jamais une pensée pour l'enfant mort, la famille déplacée, le quartier anéanti.

La guerre contre le « narco-terrorisme »

En violation du droit international et du droit étatsunien, Trump et son secrétaire à la Défense Pete Hegseth ont déjà mené 58 attaques contre des bateaux dans les Caraïbes et dans l'est du Pacifique, tuant 193 personnes. Ils prétendent mener une guerre contre des « narco-terroristes », alors qu'aucune preuve n'a été apportée et qu'aucun procès n'a eu lieu : seulement des « exécutions extrajudiciaires », autrement dit des meurtres. De nombreuses poursuites sont engagées contre le gouvernement pour meurtres et pour « crimes contre l'humanité », sans résultat jusqu'à présent.

L'attaque de Trump contre le Venezuela et l'arrestation de Nicolás Maduro, lui aussi accusé de « narco-terrorisme », saluée par Trump comme une « opération parfaite » et « spectaculaire », a coûté la vie à environ 80 à 100 membres des forces de sécurité vénézuéliennes et cubaines ainsi qu'à des civilEs.

Les guerres au Moyen-Orient

Israël a mené une guerre génocidaire contre Gaza, pour laquelle les États-Unis ont fourni 1,7 milliard de dollars d'aide militaire ainsi qu'un soutien politique, devenant ainsi partenaires des atrocités. Au 3 mai 2026, au moins 73 770 personnes avaient été tuées à Gaza, en majorité des civilEs et de nombreux enfants. Leur sang aussi est sur les mains de Trump.

La guerre étatsuno-israélienne contre l'Iran, pour un coût de 25 milliards de dollars, aurait fait plus de 3 000 mortEs — hommes, femmes et enfants — dont la plupart sont décrits comme des « dommages collatéraux » d'attaques visant des cibles militaires. L'étranglement de l'économie iranienne affectera également le système de santé et entraînera d'autres morts faute de soins médicaux.

Dans le même temps, Israël, avec l'argent et les armes des États-Unis, a lancé une nouvelle guerre contre le Liban le 2 mars qui, dès le 9 mai, avait déjà fait 2 795 mortEs, plus de 8 300 blesséEs et 1,3 million de déplacéEs, soit 20 % de la population libanaise, désormais à la recherche d'un logement et de nourriture.

La guerre contre les immigréEs

La guerre se poursuit également à l'intérieur du pays. Le Congrès républicain a ajouté 75 milliards de dollars au budget déjà colossal de 10 milliards de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), afin de financer ses rafles et de construire de nouveaux centres de détention. Lors de ses opérations en 2026, l'ICE a tué huit personnes, certaines ­immigrées, d'autres citoyennes étatsuniennes.
48 personnes détenues dans les centres de l'ICE sont mortes durant le second mandat de Trump. La plupart sont mortes faute d'avoir reçu des soins médicaux appropriés et à temps ; 9 se sont suicidées ; une a été tuée ; les autres sont mortes pour diverses raisons. L'ICE, qui gère ces centres et est censée fournir des soins médicaux ainsi qu'un environnement sûr, porte la responsabilité de l'ensemble de ces morts.

Et Trump n'était pas le pire

La guerre de Harry Truman et Dwight Eisenhower en Corée a fait entre trois et cinq millions de morts. John F. Kennedy, Lyndon Johnson et Richard Nixon ont causé deux millions de morts dans la guerre du Vietnam. Les guerres de George W. Bush en Irak et en Afghanistan ont fait deux millions de morts. Et la police ainsi que la patrouille frontalière ont elles aussi fait des milliers de victimes. Par exemple, les Texas Rangers ont tué environ 1 500 MexicainEs entre 1910 et 1920.

C'est pourquoi nous avons besoin d'un mouvement pour mettre fin aux violences policières, à la guerre et au militarisme.

Dan La Botz, traduction par la rédaction

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Astra Taylor s’exprime sur la résistance aux centres de données d’IA et la lutte contre « le programme des géants de la technologie milliardaires »

19 mai, par Amy Goodman, Astra Taylor — , ,
Alors que la construction « à toute vitesse » de nouveaux centres de données destinés à alimenter l'intelligence artificielle envahit le pays, un mouvement de résistance (…)

Alors que la construction « à toute vitesse » de nouveaux centres de données destinés à alimenter l'intelligence artificielle envahit le pays, un mouvement de résistance croissant contre ces projets d'entreprise colossaux, face à l'absence de contrôle public, ne tarde pas à émerger. Comme l'explique l'organisatrice Astra Taylor, les luttes locales à travers le pays s'appuient sur ce « point d'étranglement de l'industrie » pour soulever des questions cruciales, allant de la répartition des ressources foncières, hydriques et énergétiques à la gouvernance démocratique d'un secteur actuellement guidé par « l'agenda des géants de la technologie milliardaires ». Alors que les partisans de l'IA présentent cette technologie comme inévitable, Taylor affirme : « Je pense que beaucoup de gens sont plus sceptiques que cela. […] Cela fait partie de ce que signifie exercer une gouvernance démocratique sur l'IA : dire “Non, nous n'avons pas besoin que cette technologie prenne le contrôle de tous les aspects de notre existence” ».

https://www.democracynow.org/2026/5/13/astra_taylor_ai_data_centers_backlash

13 mai 2026

AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman.

Aux États-Unis, les appels se multiplient en faveur d'un moratoire sur les nouveaux centres de données d'IA en raison de leur impact sur les coûts énergétiques, l'utilisation de l'eau et des terres, l'économie américaine, les émissions de gaz à effet de serre et la démocratie. Dans le Maine, les législateurs de l'État ont récemment approuvé le premier moratoire à l'échelle de l'État, mais la gouverneure, Janet Mills, a opposé son veto à cette mesure. Un nouveau sondage Gallup publié aujourd'hui montre que sept Américains sur dix s'opposent à la construction de centres de données près de chez eux, et cette opposition transcende les clivages politiques.

Dans l'Utah, les habitants s'opposent à un projet de construction de ce qui serait le plus grand centre de données au monde dans le comté de Box Elder. S'il voyait le jour, ce centre produirait et consommerait plus d'énergie que l'ensemble de l'État de l'Utah. Le complexe proposé s'étendrait sur une superficie plus de deux fois et demie supérieure à celle de Manhattan. Selon les estimations, ce projet pourrait faire grimper de 50 % les émissions de gaz à effet de serre de l'Utah.

Au Capitole, le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders et la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez ont présenté un projet de loi visant à imposer un moratoire national temporaire sur la construction de nouveaux centres de données dédiés à l'intelligence artificielle.

DÉPUTÉE ALEXANDRIA OCASIO-CORTEZ : Plus de 100 collectivités locales réparties dans 12 États ont déjà adopté des moratoires locaux sur les centres de données, et le Congrès lui-même a l'obligation morale de se ranger à leurs côtés et d'empêcher les géants de la technologie de ruiner leurs collectivités. Notre projet de loi à la Chambre et au Sénat mettrait un frein à la construction de nouveaux centres de données jusqu'à ce que nous nous attaquions à plusieurs des principaux domaines où l'IA cause des dommages.

AMY GOODMAN : Nous nous rendons maintenant en Caroline du Nord, où nous sommes en compagnie d'Astra Taylor, autrice, militante et cofondatrice de Debt Collective. Elle a coécrit un nouvel article pour The Guardian intitulé « La lutte contre les centres de données d'IA ne concerne pas seulement la technologie — elle concerne la démocratie ». Le prochain livre d'Astra Taylor et de Naomi Klein, qui paraîtra en septembre, s'intitule End Times : Fascism and the Fight for the Living World.

Astra, bienvenue à nouveau dans Democracy Now ! Pourquoi ne commencerais-tu pas par nous expliquer ce que sont ces centres de données dédiés à l'IA, notamment le plus grand d'entre eux, situé en Utah ? Je me trouvais justement à Middleburg, en Virginie, hier soir. Presque tout le monde m'a parlé de ce sujet, qui est actuellement au cœur des débats en Virginie. Explique-nous en quoi ils consistent.

ASTRA TAYLOR : Merci de m'accueillir.

Oui, les centres de données sont essentiellement l'épine dorsale de la révolution de l'IA. Les centres de données ne sont pas une nouveauté. Chaque fois que vous utilisez Internet, vous utilisez des centres de données ; ils existent donc depuis un certain temps. Mais ils ont connu un essor fulgurant grâce à la poussée vers l'intelligence artificielle.

La Virginie est en effet la plaque tournante des centres de données dans ce pays, mais ils se répandent rapidement à travers les États-Unis. Sam Altman, le directeur d'OpenAI, a déclaré que, vous savez, nous devrons peut-être recouvrir le monde entier de centres de données. Et tout cela est lié à la course à la puissance de calcul.

Et ils sont souvent d'une échelle absolument gigantesque, comme vous l'avez décrit pour le centre de données proposé en Utah, qui consommerait en fait deux fois plus d'énergie que l'ensemble de l'État. Un autre projet est à l'étude au Michigan : il serait aussi grand que 32 terrains de football de la NFL.

Et ils consomment des quantités incroyables d'énergie, souvent du gaz, un combustible fossile. Ils servent de prétexte pour remettre en service même de vieilles usines à charbon et la production de charbon. Et les émissions ont de nombreuses conséquences négatives pour les communautés. Souvent, ils sont alimentés par des turbines à gaz temporaires qui sont utilisées de manière quasi permanente. Il y a donc la pollution atmosphérique, les substances cancérigènes.

Il y a la pollution lumineuse et sonore. Vous savez, les gens sont vraiment tourmentés par le bruit de ces immenses entrepôts remplis d'ordinateurs qui vrombissent. Il y a aussi des problèmes liés à la consommation d'eau, selon l'emplacement.

Et puis il y a simplement la question suivante : qu'est-ce que les gens reçoivent en échange ? Parce que ce sont des « usines » gigantesques, entre guillemets, mais il n'y a pas d'emplois et cela cause beaucoup de tort aux personnes qui vivent à proximité, ainsi que des dommages encore plus importants pour notre société.

AMY GOODMAN : Expliquez pourquoi cela nécessite autant d'énergie. Quel est le rapport avec l'IA ? Pourquoi l'intelligence artificielle a-t-elle besoin de cela, Astra ?

ASTRA TAYLOR : C'est simplement la nature de ce qu'on appelle le calcul, vous voyez ? Les ordinateurs eux-mêmes nécessitent une quantité incroyable d'énergie pour fonctionner, puis pour être refroidis, car ils doivent être maintenus à une température stable. Il faut donc de l'énergie pour refroidir ces machines, car elles produisent une quantité énorme de chaleur. Et c'est là un autre problème.

Et cela fait voler en éclats — cela contribue à faire voler en éclats tous les engagements climatiques que nous avions pris et qui sont désormais bien loin derrière nous. Mais cette course à l'IA a été — vous savez, quand on regarde la Silicon Valley, on dit que c'est l'IA qui est la raison pour laquelle nous ne pouvons plus respecter nos engagements climatiques, n'est-ce pas ? Toutes ces entreprises, Google, Meta, se présentaient comme des champions du climat, et l'IA les a amenées à jeter ces idéaux par la fenêtre.

AMY GOODMAN : L'un des principaux investisseurs du mégacentre de données proposé en Utah est Kevin O'Leary, mieux connu sous le nom de « M. Wonderful » dans l'émission de téléréalité Shark Tank. Voici O'Leary défendant le projet et balayant d'un revers de main les manifestants.

KEVIN O'LEARY : Eh bien, je suis en fait le seul promoteur de centres de données au monde à avoir un diplôme en études environnementales, donc je suis tout à fait conscient de ces préoccupations. Elles concernent l'air, la consommation d'eau, la chaleur et la pollution sonore. La durabilité est donc au cœur de tout ce que nous faisons dans le cadre de tous ces projets, pas seulement en Utah. Nous avons 10 000 acres en Alberta, au Canada, où les mêmes préoccupations se posent. Nous recherchons donc la meilleure technologie. Il existe aujourd'hui de nombreuses turbines refroidies à l'air, ce qui permet de combiner le refroidissement à l'air et à l'eau. Et il y a tellement de façons différentes de produire de l'électricité. Nous pouvons également consacrer une partie de la production d'électricité à l'énergie solaire, éolienne et aux batteries, car la technologie des batteries est 10 fois plus efficace qu'il y a seulement cinq ans. C'est donc très utile, car cela réduit le coût de l'énergie. Donc, personne — vous savez, si vous êtes un écologiste et que vous vous fichez de tout ça, bien sûr, vous manifestez. Et c'est ce qui se passe. J'ai remarqué, vous savez, que ce qui se passe actuellement en Utah, c'est que nous pensons que plus de 90 % des manifestants ne sont en fait pas des gens qui vivent en Utah ou dans le comté de Box Elder. Ils sont amenés en autobus.

AMY GOODMAN : C'est Kevin O'Leary, mieux connu sous le nom de « M. Wonderful » dans l'émission de téléréalité Shark Tank. Votre réaction, Astra Taylor ?

ASTRA TAYLOR : Eh bien, on devrait l'appeler « M. Je-sais-tout ». Je veux dire par là que ses affirmations sont tout à fait absurdes. Vous savez, on pourrait construire des centres de données alimentés par des sources d'énergie renouvelables et durables. Ce n'est pas ce que font ces entreprises technologiques, car elles se précipitent pour se disputer la place de leader dans ce secteur. Prenez par exemple quelqu'un comme Elon Musk, qui a construit trois centres de données, des superordinateurs, près de Memphis, au Tennessee. L'un d'entre eux, le premier, consomme suffisamment d'énergie pour alimenter près de 300 000 foyers. Il utilise des turbines à gaz extrêmement polluantes. Colossus 2, comme s'appelle le deuxième superordinateur, consomme suffisamment d'énergie pour alimenter 2 millions de foyers. Vous savez, c'est un homme qui s'est présenté comme un champion de l'écologie pendant de nombreuses années, mais il n'a pas construit ces ordinateurs, ces superordinateurs, ces centres de données, d'une manière qui reflète ces valeurs.

Vous savez, et bien sûr, l'argument selon lequel ce mouvement de protestation contre les centres de données ne serait pas populaire, mais serait rémunéré, est absolument absurde. Ce qui est incroyable dans ce mouvement, c'est son caractère populaire et la façon dont il rassemble des gens de tous les horizons politiques. Il rassemble des gens qui vivent à Memphis, au Tennessee, des agriculteurs ruraux, de simples citoyens inquiets, qui se demandent : « Qu'est-ce que ça nous apporte ? » Vous savez, avant, quand une usine s'installait en ville, c'était un bon marché. On obtenait des emplois, même si elle polluait un peu ou bénéficiait d'allégements fiscaux. Ces immenses entrepôts — vous savez, ces immenses entrepôts — créent peut-être 30, 50, une centaine d'emplois au mieux, souvent des emplois à bas salaire dans des domaines comme la sécurité ou l'entretien. Et aujourd'hui, certaines entreprises vont même jusqu'à annoncer qu'elles vont assurer les services de sécurité avec des chiens robots — n'est-ce pas ? — avec des robots. Ce seront donc des robots qui surveilleront les ordinateurs. Du coup, les gens se disent à juste titre : « Quoi ? Pourquoi devrions-nous soutenir ça ? » Et c'est ce qui est à l'origine de ce mouvement extraordinaire qui se mobilise pour bloquer ces projets à travers le pays.

AMY GOODMAN : Astra, Holly Buck, professeure en environnement et durabilité à l'Université de Buffalo, a récemment publié un article dans Jacobin intitulé « La gouvernance démocratique de l'IA est la véritable solution », dans lequel elle s'oppose à l'idée d'un moratoire sur les centres de données. Elle écrit : « Un moratoire sur les centres de données d'IA est une idée terrible — une idée qui soulève de graves préoccupations en matière d'équité. Un moratoire découle du désir de mettre fin à la concentration de la richesse, mais, ironiquement, il risque de l'exacerber. C'est une énorme erreur stratégique pour la gauche, et nous devrions réfléchir aux implications en matière de justice mondiale et aux répercussions qui en découleraient. … Nous devrions nous méfier des propositions qui ne feraient que déplacer le fardeau ailleurs. Sous le capitalisme néolibéral, les industries délocalisent les dommages environnementaux vers des endroits où la gouvernance est plus faible, la main-d'œuvre moins chère et les mesures de protection de l'environnement moins nombreuses », fin de citation. Buck affirme que l'IA devrait être réglementée comme un service public. Quelle est votre réponse à son argument concernant un moratoire ?

ASTRA TAYLOR : Oui, l'article que j'ai écrit pour The Guardian avec Saul Levin était une réponse à ses critiques à l'égard de ce mouvement, qu'elle qualifiait d'impasse, ainsi qu'à ses critiques concernant l'idée d'un moratoire sur les centres de données.

Tout d'abord, je tiens à dire que j'apprécie l'idée d'une gouvernance démocratique de l'IA, mais il faut disposer d'un moyen de pression pour exercer un quelconque contrôle démocratique. Nous pensons qu'il est important de prendre le temps de constater à quel point le déploiement de l'IA a été antidémocratique jusqu'à présent. Personne n'a demandé cela. Vous avez cité des sondages. Il s'agit d'une technologie extrêmement impopulaire. Même 80 % des républicains et des indépendants, parmi ceux qui ont voté pour Donald Trump, affirment vouloir davantage de réglementations sur l'IA, même si cela ralentit les choses. L'année dernière, un sondage a révélé que seulement 10 % des gens sont enthousiastes quant à l'avenir de cette technologie. Et c'est parce que ceux qui la contrôlent, qui en sont propriétaires, ont clairement indiqué qu'ils n'avaient pas la démocratie à l'esprit. Ils définissent l'AGI, l'intelligence artificielle générale — c'est la définition d'OpenAI — comme des systèmes autonomes capables de faire — essentiellement — le travail des humains. Il s'agit donc d'une machine à éliminer les emplois humains, et peut-être même une machine à éliminer les humains, dans le sens où l'IA ne se contente pas d'automatiser le travail sur le lieu de travail, mais aussi, vous savez, d'usurper l'identité des êtres humains, d'essayer d'être votre meilleur ami et votre compagnon, et en quelque sorte de prendre le contrôle de la vie humaine. Ce n'est donc pas — et, encore une fois, ce n'est pas quelque chose que les gens ont souhaité.

Vous savez, la Silicon Valley a apporté un soutien très énergique à Donald Trump, qui a déclaré qu'il allait bloquer toute tentative visant à réglementer ou à contrôler cette technologie, et que nous sommes dans une mentalité « accélérationniste ». Ainsi, si vous êtes un citoyen ordinaire qui n'a pas de ligne directe avec Donald Trump ni des millions de dollars pour l'acheter, vous ne pouvez exercer votre pouvoir démocratique pour vous opposer à cela qu'en participant à des manifestations ou en menant des actions de perturbation. Et les centres de données constituent des points de ralliement locaux, des points d'étranglement locaux, où les gens peuvent se rassembler pour repousser le programme des géants de la technologie et dire non. Et cela a complètement changé la donne, je pense, dans le débat politique. C'est crucial. Je pense que certaines personnes — une critique de bonne foi serait : « Est-ce vraiment la chose la plus tactique que les gens puissent faire ? » Et je dirais que c'est tactique, car cela offre, encore une fois, aux gens un lieu de rencontre local et un moyen de faire connaître leur mécontentement.

Mais je dirais — je pense que là où je suis en désaccord avec Buck, c'est que, vous savez, je pense qu'il y a une question à se poser : dans quelle mesure voulons-nous de l'IA dans nos vies, n'est-ce pas ? Vous savez, je pense qu'une partie de son argument est qu'il est un peu luddite de résister à cette technologie. C'est inévitable. C'est l'avenir. Tout le monde devrait y avoir accès dans tous les aspects de son existence. Et je pense que beaucoup de gens sont plus sceptiques que ça, et se demandent : « Voulons-nous vraiment que l'IA enseigne à nos enfants dans nos écoles ? Voulons-nous vraiment que l'IA parle à nos enfants ? » « Et voulons-nous que l'IA soit notre patron au travail ? » Vous savez, il y a donc là un débat plus profond sur la place que nous voulons accorder à cette technologie. Et pour moi, cela fait partie de ce que signifie une gouvernance démocratique de l'IA : dire « Non, nous n'avons pas besoin que cette technologie envahisse tous les aspects de notre existence, du domaine industriel à la sphère intime. »

AMY GOODMAN : Et enfin, très brièvement, pouvez-vous expliquer comment le secteur technologique riposte contre le mouvement anti-centres de données — vous écrivez, je cite, à propos d'« efforts concertés de relations publiques, inondant les élections d'argent noir, voire de tactiques encore plus louches » — en cette dernière minute ?

ASTRA TAYLOR : Oui. Vous savez, Bernie Sanders a récemment déclaré que, selon ses estimations, le secteur de l'IA a déjà investi 400 millions de dollars dans les élections de 2026. Ils tentent également d'utiliser d'autres tactiques, notamment de relations publiques, pour discréditer les manifestants. Par exemple, l'idée selon laquelle il s'agirait en réalité d'un mouvement financé et non d'un mouvement populaire fait partie de leur campagne contre le soulèvement contre les centres de données.

Et, vous savez, cela ne semble pas fonctionner pour l'instant, car il y a un tel élan populaire. Des gens de tous horizons se rassemblent et se rendent compte qu'ils ont plus en commun autour de cette question. Ils ont peut-être voté pour Donald Trump. Ils sont peut-être démocrates. Mais ils disent : « Ce n'est pas l'avenir que nous voulons. Nous voulons un avenir où nous pouvons respirer l'air, boire l'eau, où nous avons des emplois, où nos enfants ont des emplois, où nous avons un avenir viable. » Naomi Klein et moi-même, dans notre prochain livre, qualifions cela de nouveau mouvement pro-vie. Nous ne voulons pas être soumis à des maîtres robots.

Il y aura donc une riposte, sans aucun doute, et d'autres ripostes à venir de la part du secteur technologique. Et j'espère que les personnes favorables à l'idée de réglementer cette technologie sauront apprécier à quel point ce mouvement est stratégique. La lutte contre les centres de données nous donne un levier pour créer les conditions dans lesquelles, espérons-le, le Parti démocrate pourra intervenir, saisir l'occasion et proposer non seulement des réglementations intelligentes, mais aussi des mesures telles qu'une garantie d'emploi, en insistant pour que cette technologie soit liée à l'énergie verte et à d'autres initiatives similaires. Cela crée les conditions nécessaires aux changements dont nous avons besoin pour contrer la Silicon Valley et son programme autoritaire.

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Le congrès de Québec solidaire de mai 2026 : un simple recentrage ?

13 mai, par André Frappier — ,
Les 6, 9 et 10 mai 2026, Québec solidaire tenait son congrès préélectoral à Montréal pour d'élaborer sa plate-forme en vue des élections d'automne. Les débats ont porté sur le (…)

Les 6, 9 et 10 mai 2026, Québec solidaire tenait son congrès préélectoral à Montréal pour d'élaborer sa plate-forme en vue des élections d'automne. Les débats ont porté sur le salaire minimum, le logement, la fiscalité des grandes fortunes, la lutte climatique, l'école, le système de santé, l'indépendance, droits des femmes, des personnes migrantes et les droits démocratiques. Dans un premier article, il s'agit de présenter ici les principales résolutions adoptées et certaines de celles qui ont été rejetées pour en tirer les premières leçons.

Quelles perspectives de lutte pour contrer l'offensive néolibérale ?

La première question qui devrait animer a priori la direction d'un parti de gauche est comment construire un rapport de force pour changer cette société et en faire une société égalitaire et respectueuse de l'environnement. Il s'agit inévitablement de construire un rapport de force qui ne peut se limiter au travail parlementaire. Pour changer cette société contrôlée par les conglomérats industriels, les multinationales et leurs serviteurs politiques, nous devons mobiliser et construire un rapport de force.

Est-ce que la démarche du débat de la plateforme correspond à cet objectif ? Le fait que nous ne mettons pas en perspective la situation politique globale, qui inclut la montée de la droite et de l'extrême droite, l'augmentation de la violence faite aux femmes, l'accélération des changements climatiques, permet difficilement de mesurer l'importance et l'urgence du combat que nous devons mener.

Pour changer cette société il faut aussi être en mesure d'identifier les raisons de la détérioration de l'environnement et de l'appauvrissement de la population.

Coût de la vie et redistribution de la richesse

Adoptée — Pour leur permettre de mener une vie digne, un gouvernement solidaire augmentera le salaire minimum à 20 $ de l'heure, et l'indexera annuellement au coût de la vie pour protéger le pouvoir d'achat des personnes à bas salaire.

Rejetée — Plusieurs instances avaient proposé des mesures plus complètes : l'augmentation à 25 $ de l'heure ; l'indexation à l'indice le plus favorable aux personnes salariées ; ou encore la présentation de cette politique comme une mesure de transition vers le revenu minimum garanti. Une proposition rejetée proposait également qu'un gouvernement solidaire assure l'indexation de tous les salaires à l'inflation.

Adoptée — Tant pour les personnes ultrariches que pour les entreprises aux moyens disproportionnés, notre régime pénal ne réussit pas à jouer son rôle de sanction-dissuasion. Un gouvernement solidaire instaurera le principe des amendes proportionnelles à leurs moyens afin qu'elles respectent nos lois, notamment en matière d'environnement, de travail et de non-discrimination.

Adoptée — Un gouvernement solidaire réformera la fiscalité des grandes entreprises, des industries polluantes et des grands patrimoines pour assurer la progressivité de l'impôt et une juste contribution, tout en luttant fermement contre l'évitement fiscal, les échappatoires fiscaux et les paradis fiscaux.

Adoptée — Un gouvernement solidaire révisera les paliers d'imposition pour les particuliers, afin d'augmenter la contribution des plus riches et de protéger les travailleuses et travailleurs et la classe moyenne.

Adoptée — Afin d'assurer une distribution plus équitable de la richesse et le financement approprié de nos services publics, un gouvernement solidaire instaurera une taxe progressive sur la part des grandes fortunes excédant 25 millions de dollars.

Rejetée — Un gouvernement solidaire instaurera une taxe progressive sur la part des grandes fortunes excédant 5 millions de dollars, sans toucher aux fermes familiales exploitées, aux outils de travail non spéculatifs et à l'épargne-retraite ordinaire. Un gouvernement solidaire tiendra des États généraux sur la fiscalité et la richesse pour refonder notre système d'imposition et de taxation.

Logement et habitation

Adoptée – Face à la hausse spectuclaire des loyers, un gouvernement solidaire mettre en place dans la première année de son mandat un gel des loyers à l'inflation.

Rejetée — biffer à l'inflation et défendre un gel des loyers.

Adoptée — Un gouvernement solidaire enlèvera le fardeau des épaules des locataires en exigeant des propriétaires d'obtenir une autorisation auprès du TAL pour pouvoir augmenter un loyer au-delà de l'indice annuel.

Adoptée — Un gouvernement solidaire rétablira le droit des locataires de céder leur bail en empêchant les propriétaires de refuser sans motif sérieux.

Adoptée — Un gouvernement solidaire visera l'ajout de 50 000 logements sociaux et communautaires dans un premier mandat, soit par la construction, le rachat ou la rénovation du parc actuel, pour qu'ils représentent, d'ici 2050, 20 % du parc locatif.

Rejetée — Un gouvernement solidaire viserait l'ajout de 100 000 l9gements sociaux et communautaires dans un premier mandat…

Adoptée — Un gouvernement solidaire investira en logement dans les communautés autochtones ainsi que pour les Autochtones vivant en milieu urbain en s'assurant de leur totale participation, du respect de leurs spécificités culturelles et de la réponse à leurs besoins spécifiques.

Environnement, transition socioécologique et transports

Adoptée — Un gouvernement solidaire s'engagera à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 37,5 %, et idéalement de 45 %, d'ici 2030. Un gouvernement solidaire s'engagera également à atteindre la carboneutralité au plus tard d'ici 2050.

Rejetée — Un gouvernement solidaire s'engagera à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55 % d'ici 2030 et à atteindre la carboneutralité au plus tard d'ici 2040.

Adoptée — Afin de freiner les dommages de la crise forestière qui affectent les régions du Québec, un gouvernement solidaire lancera un vaste processus de concertation afin de repenser le modèle de gestion de nos forêts et d'en assurer la pérennité dans une perspective de co-gestion par et pour les communautés.

Adoptée — Un gouvernement solidaire travaillera à augmenter la proportion d'investissements dans les transports collectifs au-delà de 50 % des dépenses publiques en transport.

Adoptée — Afin d'aider les productrices et les producteurs agricoles à faire évoluer leur production pour se conformer aux normes internationales en environnement et en bien-être animal, un gouvernement solidaire les soutiendra pour moderniser leurs installations et leurs pratiques.

Rejetée — Afin de mieux protéger les animaux d'élevage, un gouvernement solidaire adoptera des codes de pratique obligatoires et confiera la responsabilité de la protection animale à une instance autonome au sein du ministère de la Justice.

Adoptée — Un gouvernement solidaire interdira tout nouveau projet d'exploration, d'extraction, de transformation et de transport des énergies fossiles au Québec, incluant les gaz de schiste.

Rejetée — Afin de protéger notre territoire face à l'appétit croissant pour nos minéraux à des fins militaires, un gouvernement solidaire soumettra l'industrie minière à une étroite surveillance publique et nationalisera certains minéraux stratégiques.

Santé et services sociaux

Adoptée — Un gouvernement solidaire créera jusqu'à 400 points d'accès de services en première ligne, principalement via les CLSC, pour simplifier l'accès au réseau pour la population. Mettons fin à la recherche interminable de rendez-vous !

Adoptée — Un gouvernement solidaire prendra également des mesures en vue d'améliorer l'accès à des soins de santé spécialisés de qualité pour toutes les régions du Québec.

Rejetée – Un gouvernement solidaire transformera le statut des médecins omnipatriciens de celu d'entpreneurs privés à celui d'employé de l'État, reverra leur mode de rémunération en abolissant le paiement à l'acte et en introduisant le salariat, tel que pratiqué en CLSC.

Éducation

Adoptée — Québec solidaire entend rétablir un réseau scolaire commun dans lequel les écoles privées qui le souhaitent pourront être subventionnées par l'État si elles acceptent d'être non sélectives et gratuites, et où l'accès aux programmes particuliers sera gratuit et non conditionnel aux résultats scolaires.

Adoptée - Pour nourrir nos jeunes, créera un programme de dîners universels gratuits fondé sur les initiatives déjà en place, l'économie sociale, des normes de qualité élevées et valorisant les aliments sains issus de l'agriculture locale.

Adoptée — Un gouvernement solidaire lancera un chantier majeur afin de bâtir, rénover et d'assurer l'entretien adéquat de tous les établissements scolaires reconnus par le gouvernement du Québec, incluant les écoles populaires et la formation professionnelle et continue.

Rejetée — Afin de soutenir les parents dans leurs conciliations famille-études/travail, un gouvernement solidaire développera le réseau des CPE, notamment par les « micro-CPE ».

Indépendance inclusive, féminisme, vivre ensemble et amour du Québec

Adoptée – D'ici la création de l'État du Québec, un gouvernement solidaire mènera une action internationale forte et autonome dans tous les domaines relevant de ses priorités nationales.

Rejetée – D'ici la création de l'État du Québec, un gouvernement solidaire mènera une action internationale forte et autonome fondée sur la solidarité entre les peuples, la paix, le respect du droit international, l'autodétermination des peuples et la coopération internationale.

Adoptée — Québec solidaire mettra en place une passe-culture pour toutes et tous les jeunes de 12 à 18 ans vivant au Québec.

Adoptée — Un gouvernement solidaire agira pour mettre fin aux féminicides, notamment en rendant disponibles les antécédents judiciaires des conjoints violents, en renforçant leur surveillance et en instaurant 10 jours d'absence rémunérée pour quitter une situation de violence conjugale.

Adoptée — Un gouvernement solidaire reconnaîtra l'État palestinien et fermera le bureau du Québec à Tel-Aviv. De plus, un gouvernement solidaire n'octroiera pas de fonds publics aux compagnies privées complices des crimes du gouvernement israélien et interdira aux sociétés d'État, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et la Société des alcools du Québec (SAQ), de faire affaire avec celles-ci.

Adoptée — Il respectera les traités internationaux en matière de droits des réfugiés. Il mettra fin aux permis de travail fermés et donnera accès à la RAMQ aux titulaires de permis de travail ouverts. Il s'assurera que les normes minimales de travail soient appliquées à l'ensemble des personnes salariées.

Rejetée — Un gouvernement solidaire adoptera une Charte des droits des personnes résidentes permanentes, garantissant l'accès effectif et sans discrimination aux mêmes droits sociaux, économiques et culturels que l'ensemble de la population québécoise.

Démocratie et droit du travail

Adoptée — Il imposera aux ancien·nes élu·es une carence de 5 ans avant d'exercer des activités de lobbyisme auprès d'institutions étatiques.

Adoptée — Un gouvernement solidaire reverra la fiscalité des municipalités pour réduire leur dépendance envers les taxes foncières et leur donner les moyens nécessaires à la réalisation de leurs mandats.

Adoptée — Un gouvernement solidaire réformera le Code du travail afin de protéger et d'élargir les droits des travailleuses et des travailleurs, notamment en facilitant la syndicalisation, en renforçant la protection syndicale, en consolidant les lois anti-briseurs de grève et en interdisant les lockouts, et en reconnaissant le droit aux grèves politiques et de solidarité.

Rejetée — Pour améliorer réellement la qualité de vie de la population et la conciliation famille-travail, un gouvernement solidaire réduira le temps de travail à 35 heures par semaine sans perte de salaire et reconnaîtra le droit au télétravail volontaire.

Adoptée — Un gouvernement solidaire annulera les dispositions liberticides des lois adoptées par les gouvernements précédents qui sont antidémocratiques ou qui enfreignent la Charte des droits et libertés du Québec. Il abrogera donc le projet de loi 1 sur la Constitution et retirera les dispositions liberticides des lois 21 et 94 sur la laïcité, entre autres.

Adoptée — Un gouvernement solidaire renforcera la Charte des droits et libertés québécoise, la protégera de la clause dérogatoire et évitera toute modification de celle-ci par un simple vote majoritaire de la députation.

Des comparaisons avec la plateforme de 2018

La plateforme de 2018 avait une position concernant la solidarité internationale. C'est la grande absente des débats du congrès, dans une situation pourtant extrêmement grave pour l'avenir de la démocratie et de la survie de la planète.

Voici quelques éléments de la plateforme de 2018 où, faut-il le rappeler, nous avons fait élire 10 personnes à l'Assemblée nationale.

Québec solidaire développera des relations de collaboration avec des partis et des mouvements sociaux sur le plan international, notamment avec la Marche mondiale des femmes, basées sur des principes d'équité, de solidarité et de respect de l'environnement. Il permettra la poursuite pour des exactions commises à l'étranger, notamment des compagnies minières, suivant les législations du Québec. Un gouvernement de Québec solidaire défendra la paix et luttera contre l'impérialisme. Dans ce but, Québec solidaire rejettera toute politique militariste canadienne et étrangère ; mettra en place un programme de transition de l'industrie de l'armement dans le but d'éliminer la production et la vente d'armes. Il remettra en question le principe du remboursement intégral et inconditionnel de la dette par la mise en place d'audits et l'annulation partielle de la dette des pays surendettés.

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No Music For Genocide – Appel au boycott de l’Eurovision

En raison du maintien d'Israël dans l'Eurovision, un appel au boycott de ce concours a été lancé par des artistes internationaux. Nous le publions ici, et appelons à appliquer (…)

En raison du maintien d'Israël dans l'Eurovision, un appel au boycott de ce concours a été lancé par des artistes internationaux. Nous le publions ici, et appelons à appliquer le boycott de l'Eurovision, dans le cadre du nécessaire boycott culturel, sportif, économique et politique d'Israël jusqu'à la libération de la Palestine.

Tiré du site de la revue Contretemps.

En mai prochain, des millions de téléspectateurs.trices suivront la 70ème édition du Concours Eurovision de la chanson. Pour la troisième année consécutive, ils et elles verront Israël célébré sur scène, malgré le génocide que l'État israélien perpétue à Gaza. Et ce, alors que la Russie reste bannie pour son invasion illégale de l'Ukraine.

En tant que musicien.ne.s et travailleurs.euses culturels, dont beaucoup vivent dans la zone couverte par l'Union européenne de radio-télévision (UER), nous refusons que l'Eurovision soit utilisé pour blanchir et normaliser le génocide, le siège et l'occupation militaire brutale des Palestinien.ne.s par Israël.

Nous sommes solidaires des appels lancés par les Palestinien.ne.s aux diffuseurs publics, aux artistes, aux organisateur.trice.s de soirées de projection, aux équipes techniques et aux fans pour qu'iels boycottent l'Eurovision jusqu'à ce que l'UER interdise le diffuseur israélien KAN qui s'est rendu complice des crimes contre l'humanité commis par Israël.

Nous saluons le retrait des diffuseurs espagnols, irlandais, islandais, slovènes et néerlandais, ainsi que celui de nombreux finalistes des sélections nationales qui se sont engagés à refuser de participer à l'Eurovision. Tout comme les artistes s'étaient opposés à l'oppression en Afrique du Sud, nous sommes aujourd'hui unis.

Le président de l'apartheid israélien, Isaac Herzog – cité dans la requête déposée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice pour incitation au génocide – a joué un rôle de premier plan dans le lobbying auprès des diffuseurs pour qu'ils n'excluent pas Israël du concours, l'événement musical le plus regardé au monde.

Les réponses hypocrites de l'UER face aux crimes de la Russie et d'Israël ont ôté toute illusion quant à la prétendue « neutralité » de l'Eurovision. En 2022, l'UER a déclaré que la présence de la Russie « jetterait le discrédit sur le concours ».

Pourtant, plus de 30 mois de génocide à Gaza – en parallèle au nettoyage ethnique et au vol de terres en Cisjordanie occupée – ne sont pas considérés comme suffisants pour appliquer les mêmes principes à Israël.

Comment un.e artiste ou un.e fan de l'Eurovision peut-iel en toute conscience participer à la prochaine édition du concours en Autriche alors que les États-Unis et Israël prévoient de créer des camps de concentration hyper-surveillés dans ce qu'ils nomment le « nouveau Gaza » ? Alors que nous vivons une période très sombre, le silence et la passivité ne sont pas une option.

Nous refusons de nous taire alors que la violence génocidaire d'Israël étouffe et réduit au silence la vie des Palestinien.ne.s. Alors que des enfants dans les prisons israéliennes sont battus pour avoir fredonné une mélodie. Alors que tout ce qui reste de quasiment toutes les scènes, studios, librairies et universités de Gaza, sont des tas de décombres sous lesquels des corps massacrés attendent toujours d'être récupérés et enterrés dignement.

En tant qu'artistes, nous reconnaissons notre pouvoir d'action collectif et notre pouvoir de refus. Nous refusons de nous taire. Nous refusons d'être complices. Nous appelons les autres acteurs.trices de notre secteur à se joindre à nous. Et nous sommes solidaires de toute démarche dans tous les secteurs basée sur des principes et qui a pour but de mettre fin à la complicité.

Pas de scène pour un génocide. #BoycottEurovision.

Les premiers signataires incluent : Brian Eno, Massive Attack, Sigur Rós, Nadine Shah, Idles, Young Fathers, Kneecap, Erika de Casier, Mogwai, Mechatok, Laurel Halo, Black Country New Road, AITANA, Paul Weller, Smerz, Nemahsis, Macklemore, Roger Waters, Peter Gabriel, Primal Scream, Ólafur Arnalds, Of Monsters And Men, Paloma Faith, Salute, David Holmes, Dry Cleaning, Hot Chip, Midland, Olof Dreijer from The Knife, Lido Pimienta and former Eurovision winners Emmelie de Forest and Charlie McGettigan.

Cliquer ici pour signer l'appel.

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Appel initialement publié sur le site suivant : https://nomusicforgenocide.org/eurovision

Illustration : Wikimedia commons.

Ce que François ne comprend pas, une liste

12 mai, par Marie-Ève Mathieu — , ,
1. La politesse Québec solidaire représente un collectif d'individus de divers horizons. François Lambert ne représente que sa propre personne . Il somme un groupe entier de (…)

1. La politesse

Québec solidaire représente un collectif d'individus de divers horizons. François Lambert ne représente que sa propre personne . Il somme un groupe entier de se taire parce qu'il n'aime pas ce que nous disons. Pire, il considère que de nommer son nom en congrès est de la diffamation. On lui rappellera que diffamer une personne est faire une atteinte injuste à sa réputation. Donc, de lui suggérer de ne pas être inquiet de la qualité du vin qu'il pourrait (ou non) boire le vendredi soir n'entre définitivement pas dans cette catégorie. D'affirmer que s'il a plus de 25 millions de fortune et qu'il pourrait se voir imposé davantage en fonction d'une proposition de plateforme est un exemple factuel. En contrepartie, les réquisitoires pleins de procès d'intention à l'égard d'un groupe de gens qui, bénévolement, essaient de réfléchir à des solutions pour améliorer les services publics, c'est pour le moins impoli. Dire que les personnes et les entreprises devraient contribuer, selon leurs revenus, était un des principes de base l'équité en matière d'impôts avant que le néolibéralisme ne s'y attaque. Je ne crois pas que personne au congrès n'ait traité les entrepreneurs de parasites, on a seulement suggéré qu'ils devraient payer leur juste part, exactement comme les citoyens ordinaires.

2. La fiscalité équitable

L'État canadien imposait jusqu'à 52% les entreprises dans les années 50, lorsqu'on additionnait l'impôt provincial et fédéral. Aujourd'hui ce chiffre est de la moitié, soit moins de 26% en 2012 (je sais que mes chiffres datent quelque peu, mais je ne crois pas que la tendance des baisses d'impôts pour les entreprises ait radicalement changé en faveur de l'État, au contraire…) Justement, la thésaurisation des grandes entreprises a augmenté de 4 à 11% entre 1990 et 2012. En économie, on qualifie cette avarice entrepreneuriale, pour le dire gentiment, « d'argent mort ». Alors, clairement, François ne se renseigne pas avant de nous imposer ses opinions pas très judicieuses. De prétendre que l'argent des compagnies ne « dort » pas est tout simplement statistiquement faux.

3. La géologie

Il n'y a pas de quantité suffisante pour une exploitation rentable du pétrole au Québec. « Le record du débit le plus élevé au Québec revenait au puits Haldimand numéro 1 de Pétrolia, à Gaspé, qui avait produit 40 barils par jour pendant trois jours en novembre 2011, après l'injection de pétrole sous pression. Il avait donc fallu le stimuler tellement la pression était faible. » C'est sûr qu'avec notre consommation quotidienne de 340 000 barils dans la province, nous allons faire toute une percée avec Pétrolia, qui, s'il faut le mentionner, a été rachetée et n'existe plus. Super rentable.

4. Les OBNL financés par le gouvernement

Québec solidaire n'a rien à voir ni de près ni de loin avec le Panier bleu. Cette entreprise, sans but lucratif, a été créée par le Gouvernement du Québec en 2020. Qui gouvernait à ce moment ? Un autre François, grand entrepreneur, Legault. Le Panier bleu a été financé à hauteur de 20 millions de dollars. De ce point de vue, l'ancien PDG d'Air Transat a fait particulièrement mauvaise figure sur le plan de la gestion, bien qu'issu de la filière des entrepreneurs - ceux qui sont supposés connaitre l'économie réelle -, il a accumulé les fiascos économiques. Des exemples : SAAQ cliq, Norvolt, Lion électrique. « Sans entrepreneurs, sans investisseurs et sans gens qui prennent des risques, il n'y a pas de richesse à redistribuer », conclut notre politicologue dilettante. Sans vouloir user de mauvais jeu de mots, il semble qu'à cause d'entrepreneurs, qui prennent des risques avec les investissements publics, il n'y a plus de richesse à redistribuer serait une conclusion plus juste.

5. Celles qui bâtissent

Les selfs made men pensent toujours qu'ils se sont autocréés. Cependant, ils sont plutôt myopes. Ils oublient que leur mère leur a donné naissance et leur a inculqué leur première langue, elle les a nourris, habillés, protégés jusqu'à ce qu'ils soient autonomes. L'école les a éduqués jusqu'à ce qu'ils puissent se débrouiller pour avoir un travail rémunéré. L'hôpital les a soignés et a vaccinés à chaque fois qu'ils en ont besoin pour qu'ils ne meurent pas de rougeole ou de bronchite dans leur enfance. Il y a beaucoup de femmes, car elles ont majoritairement la charge du domaine du care. Ces femmes, ce sont elles qui permettent la véritable création de la richesse, car elles amènent la jeune génération à l'âge adulte et lui permettent de réaliser son plein potentiel. Elles le font, bien souvent, soit en travail invisible (la mère et la ménagère), soit en travaillant pour l'État (l'enseignante, l'infirmière, la technicienne de garde). Sans elles, pas de travailleurs, pas d'entrepreneurs, pas de têtes brûlées qui prennent des risques avec des investissements privés ou publics, pas non plus d'inventeurs de boîtes de centres d'appel spécialisées en externalisation et délocalisation. Vous savez, ces génies qui ont permis aux grosses compagnies, comme Bell de se délester de leurs employées (encore une fois, majoritairement des femmes) et de confier leur service à la clientèle à des télémarketeurs, souvent de nouveaux arrivants avec une maîtrise approximative de la langue et, bien sûr, payés au salaire minimum. C'était un premier jalon dans ce que nous appelons aujourd'hui l'Uberisation du service à la clientèle. Le sacrifice des employés et les décisions « intelligentes » des gestionnaires de grosses compagnies, qui ont détruit la satisfaction et le sentiment de sécurité des consommateurs pour le profit des actionnaires, voilà une des contributions de monsieur Lambert.

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