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À vous M. Legault alias Grinch,

Vous vous présentez comme un père de famille compréhensif du peuple ordinaire alors que vous n'en faites pas partie. Vous êtes en train de voler Noël non seulement de vos employés de la fonction publique, mais également à toutes leurs familles comme vous l'avez fait à votre départ d'Air Transat. Vos anges gardiens sont en train de déserter vos réseaux et vous pensez qu'à coup de bâillon et d'omission de BAPE vous aurez notre compréhension et notre sympathie ?
Votre caucus, je m'excuse vous, parce que c'est seulement vous la CAQ ne peut être unanime sur vos décisions. Il est plus qu'évident que votre Parti a comme valeur et fondement la recherche de Pouvoir et que c'est pour cela que vous couvez un ministre s'étant parjuré ou encore étant le fou du roi des plaintes éthiques. Cela suffit de nous prendre pour des personnes qui vont encore avaler vos stratégies de communication : C'est la faute des anciens gouvernements, de la pandémie, des syndicats, de Trudeau… ou encore de l'immigration comme mentionnée lors de vos rassemblements caquistes.
Je vous demande une seule chose M. Grinch, pouvez-vous enfin continuer de faire ce que vous faites actuellement ?
C'est-à-dire montrer votre seul et vrai côté affairistes. Vous êtes comptable et adoré plus vos chiffres que vos citoyens. Parce que vous croyiez réussir en privatisant ou ignorant tous les mécanismes de défense sociétaux que nous avons créés, mais en réalité vous ne montrez que la réelle nécessiter et l'avancement que nous avons fait de les mettre en place. Le peuple aime leurs services publics et aime que l'on se soucie de nos voisins et d'un meilleur partage de la richesse. Arrêter de vous comparer à l'Ontario pour que l'on évite de vous évaluer singulièrement et assumer pleinement votre supposé nationalisme.
Par-dessus tout, je vous demande de respecter votre dernier slogan, continuer ! Parce que nous, peuple québécois, avons trop souvent besoin d'être confrontés en pleine face des choses pour qu'enfin que nous réagissions. Ça l'aura fallu presque deux décennies libérales et votre Changement-Continuation pour nous faire réaliser qu'on ne veut plus être gouverné comme vous le faites. Je ne me considère pas comme un intellectuel qui ne jase pas assez dans les autobus, mais s'il vous plait, vous avez encore la chance de quitter pour que l'on se souvienne d'une bonne chose que vous ayez fait. Je ne parle pas de votre gouvernance sous McKinsey ou encore le maintien de l'État d'urgence durant la pandémie en évitant l'Assemblée nationale. Je vous demande tout simplement d'agir en bon paternaliste que vous êtes et de tenir votre première promesse. Je ne parle pas d'embrasser votre sœur quand vous avez gagné les élections, mais bien d'effectuer la réforme du mode de scrutin électoral.
Parce que nous savons vous et moi, que vous faites de votre mieux et que demain d'autres tenteront de le faire et le problème n'est pas ça, mais il est que vous le faites en pensant pour nous et en tentant de nous convaincre de ce qui est bien, alors que nous tentons continuellement d'informer nos politiciens des solutions concrètes. Il est temps de remettre les cadeaux sous les sapins M. Legault, continuez de détruire nos solidarités sociales si vous le souhaitez, continuer d'économiser en maintenant nos familles, amis et collègues en grève, mais SURTOUT ne laisser pas une autre personne après 2026 de le faire au nom du peuple alors que nous tentons d'assumer pleinement notre démocratie et non la monarchie que vous semblez tout à coup aimer. Réformez le mode de scrutin !!
David Jutras
Un faux intellectuel, beau-père, époux d'une gréviste
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Un Bureau du Québec en Israël : pour y faire quoi, au juste ?

L'ouverture éventuelle d'un Bureau du Québec en Israël vise-t-elle à y faire la promotion de notre sirop d'érable ou serait-ce plutôt celle de notre matériel militaire ?
La question se pose, notamment à la lecture d'un rapport se trouvant sur le site internet du Ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, lequel nous apprend que la plus grande part de nos exportations vers ce pays, et de beaucoup, provient du secteur économique désigné de l'appellation suivante : « avions, hélicoptères et autres véhicules aériens et spatiaux ». Or il serait étonnant qu'il s'agisse ici de matériel civil, Israël n'étant pas, à ce que je sache, une plaque tournante du tourisme international. Par contre, des centaines de ses avions et hélicoptères, équipés à la fine pointe de la technologie militaire, bombardent actuellement la population de Gaza. Se pourrait-il que ces engins proviennent d'ici, du moins en partie, et que ce soit leur commerce très lucratif qui motive notre classe politique et nos gens d'affaires à se faire ouvrir encore plus grandes les portes du marché israélien ? Se pourrait-il aussi que ces engins soient financés en grande partie par notre propre argent, celui que nous déposons dans nos fonds de pension ? Voyons l'exemple suivant pour le savoir.
Mars 2021, communiqué de la Caisse de dépôt et de placement du Québec : « La CDPQ annonce un investissement de 475 M$, dans le cadre d'un placement privé de reçus de souscription dans CAE, un chef de file mondial dans les solutions de formation et de soutien opérationnel dans les domaines de l'aviation civile, de la défense et sécurité, et des soins de santé. Cet investissement permettra à CAE de procéder à l'acquisition des activités de formation et de simulation en défense de la société américaine L3Harris Technologies ».
Que fait donc CAE dans la vie ? Son siège social est à Ville St-Laurent. Sa spécialité est la conception d'appareils de simulations de vols utilisés pour l'entraînement des pilotes d'avions et d'hélicoptères militaires. Un de ses clients est l'armée israélienne. Dans quelle mesure, impossible à dire évidemment, mais la compagnie ne se gêne pas pour afficher sur son site internet les commentaires élogieux du Ministère israélien de la Défense : « La technologie de CAE assurent une préparation à chaque mission, y compris pour assurer le ravitaillement en vol, les atterrissages en poussière, la collaboration avec les navires militaires, le levage de charges utiles et les vols à basse altitude ».
Et d'où vient donc cet argent qu'investit en notre nom la Caisse de dépôt ? Il vient essentiellement de nos cotisations à des fonds de pension, au premier chef au Régime de retraites du Québec (RRQ), puis à celui des employés de l'État, (le REGOP). En faisant le calcul sur 40 ans, soit durant toute leur carrière, et y ajoutant ce qu'elles verseront aux mêmes fins d'armement israélien par le biais de cet autre investisseur qu'en est le Régime de pension du Canada, j'en viens à la conclusion qu'une travailleuse ou un travailleur du secteur public québécois, actuellement sur des lignes de piquetage, auront placé entre 2 000 $ et 4 000$ de leur argent dans cet armement, sans le savoir le moindrement ni qu'on ne leur ait demandé leur avis sur cette utilisation.
Bien sûr, diront certains, le « retour sur cet investissement » sera bon, puisqu'il faudra bien renouveler ce matériel durant les années à venir pour continuer d'occuper la Palestine durant 70 années supplémentaires au moins. Ça fait rouler l'économie, dira notre premier ministre. Il nous faudra seulement oublier que cela détruit des vies humaines en passant…
Yves Rochon, Montréal
La référence du premier document mentionné est la suivante :
https://www.economie.gouv.qc.ca/bibliotheques/economie-et-commerce/notes-sur-leconomie-et-le-commerce/asie/note-sur-leconomie-et-le-commerce-disrael
Celle du deuxième, à savoir le site de la compagnie CAE qui reprend notamment le communiqué de la Caisse de dépôt, est la suivante :
https://www.cae.com/fr/defense-et-securite/
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Au Québec, on aime ça avoir mal aux dents !

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé lundi que les personnes âgées auront accès, en 2024, au régime fédéral d'assurance dentaire. Le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-François Roberge, s'est empressé de dénoncer cette annonce arguant que « le Québec a déjà un régime de soins dentaires qui fonctionne très bien ». Ah oui ?
Émilie Laurin-Dansereau, conseillère budgétaire à l'ACEF du Nord de Montréal
La condition buccodentaire des Québécois et Québécoises est une des pires du Canada
Comment peut-il dire une telle chose alors qu'on sait que chaque année, des milliers de Québécois.e.s se privent de soins dentaires en raison du coût ? En effet, en 2016, plus du quart des Québécois.e.s se sont privés de soins dentaires faute de moyens financiers. Le Québec est d'ailleurs la province où les soins dentaires coûtent le plus cher.
Des études ont démontré que l'état de santé buccodentaire des Québécois et Québécoises, ainsi que leurs pratiques de consultation et d'adhésion à une protection via l'assurance sont moins favorables à une bonne santé buccodentaire que celles des personnes du reste du Canada. En effet, au Québec on retrouve
• plus de personnes édentées,
• plus de personnes portant des prothèses et des fausses dents,
• moins de personnes bénéficiant d'une assurance couvrant les frais dentaires,
• et moins de personnes ayant consulté sur une période de 12 mois (indépendamment du fait d'avoir ou pas une assurance).
Pourtant, une mauvaise santé buccodentaire a des impacts majeurs sur la santé globale. La bouche est la porte d'entrée vers tous les organes du corps humain. Une infection présente en bouche peut donc être transmise aux poumons, au cerveau, aux sinus, aux oreilles, à l'œsophage, à l'estomac, etc. Selon l'Ordre des dentistes du Québec, la carie et les maladies du parodonte sont au stade épidémique et constituent même une cause de mortalité chez les clientèles vulnérables.
Qu'attend le gouvernement pour agir ?
Chaque année, nous accompagnons des centaines de personnes avec leur budget. Parmi celles-ci, on retrouve un grand nombre de ménages à faible et moyen revenu pour qui l'accès aux soins dentaires est un enjeu majeur.
Dans les dernières années, les coûts des soins dentaires et les primes d'assurance ont augmenté plus vite que l'inflation. Rien n'indique qu'ils baisseront dans un avenir rapproché. Conséquence de cette situation ? Les adultes sont de plus en plus nombreux à se priver de soins dentaires. Sans surprise, les personnes à faible revenu sont les personnes qui souffrent le plus de problèmes buccodentaires et qui ont le moins accès aux soins de santé buccodentaire.
Le seul fait que des maladies systémiques puissent être causées ou reliées à des problèmes dentaires devrait forcer le gouvernement à considérer les coûts sociaux de la carie et de l'absence de mesures préventives. Quand les traitements ne sont pas effectués au moment nécessaire, les problèmes s'accentuent. C'est alors le système de santé qui devra en assumer la responsabilité.
Les intérêts du Québec ou les intérêts des Québécois.e.s ?
L'accès aux soins dentaires est le maillon faible du filet social en santé et ce, malgré qu'on sait que le manque de prévention et d'accessibilité engendre des coûts sociaux et médicaux importants. Si le gouvernement du Québec ne veut pas participer au régime fédéral, il doit de manière urgente ajouter les soins dentaires au panier de soins couverts par la RAMQ. Ce serait relativement économique si l'on tient compte de ce que ça coûte de soigner des maladies plus graves, comme les problèmes cardiaques, les ACV ou le diabète qui peuvent être causées par les maladies buccodentaires. Le mauvais état de santé buccodentaire est un problème de santé publique. Les maladies buccodentaires sont fréquentes, la morbidité est importante alors que des traitements préventifs et curatifs simples existent.
Non, le régime de soins dentaires ne fonctionne pas très bien. Suffit d'en parler aux milliers de Québécois.e.s qui ont mal aux dents pour le savoir. L'argument de la défense des champs de compétences semble n'être qu'un prétexte pour justifier l'inaction. Tous les individus devraient être égaux dans l'accès aux services de santé et ça inclut les soins buccodentaires. C'est une question de justice sociale.
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Une mauvaise décision pour la santé démocratique québécoise

Le 12 décembre 2023, Maria – La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) dénonce aujourd'hui l'adoption sous bâillon du projet de loi n° 15 visant à rendre le système de santé et de services sociaux plus efficace.
Ainsi,sans tenir compte des recommandations lancées par différents acteurs et actrices de la société civile au cours des derniers mois, dont le milieu communautaire autonome, la CAQ choisit d'imposer sa réforme en laissant dans l'angle mort de nombreux questionnements.
Ce déficit démocratique s'ajoute aux ratés entourant les audiences publiques sur le PL n° 15 alors qu'un grand nombre d'organisations telles la CTROC se sont vu refuser la présentation de leur mémoire sous prétexte du manque de plages horaires disponibles. Pourtant, la mission de la CTROC consiste, entre autres, à faire l'analyse de l'organisation du réseau public de la santé et des services sociaux, ainsi que de ses impacts sur les organismes communautaires autonomes et sur la population. En outre, elle possède une perspective unique du fait qu'elle est constituée de regroupements régionaux qui, eux, représentent les organismes communautaires auprès des établissements régionaux actuels. Il est difficilement compréhensible que le ministre Dubé ait fait le choix d'ignorer ces connaissances et ces expertises mises à sa disposition.
La CTROC se joint aux dizaines de voix qui s'élèvent pour dénoncer le manque de respect de la CAQ envers les processus démocratiques dont la société québécoise s'est dotée. Elle tient également à rappeler que la réforme imposée à la population comporte des dangers liés, entre autres, à la centralisation des pouvoirs, à la disparition des structures décisionnelles dans les régions, et à l'ouverture de plus en plus grande faite à la privatisation des services. Il est actuellement difficile de prévoir quels impacts cette réforme aura sur l'autonomie des organismes communautaires, mais certains indices laissent présager des tentatives de récupération de leurs actions pour pallier les lacunes du réseau public alors qu'ils répondent d'abord et avant tout aux besoins signifiés par leur milieu.
Durant la période de transition, la CTROC suivra de près le ministre Dubé pour connaître ses intentions quant aux organismes communautaires, à leur financement à la mission qui constitue le principal moyen de garantir la préservation de leur autonomie, et aux marges de manoeuvre régionales réelles qui resteront suite à l'adoption de la réforme en santé et services sociaux.
Pour terminer, le gouvernement est fortement invité à faire appel à la CTROC, au milieu communautaire autonome, et aux acteurs et actrices de la société civile pour régler les questions et enjeux laissés en suspens à la suite de l'adoption du PL n° 15.
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Mise en demeure pour être en demeure

L'incroyable augmentation de la précarité et le recul de nos droits fondamentaux, et ce dans l'ensemble de nos régions, est un bien triste legs de la Coalition avenir Québec. Dans un esprit de saine démocratie, d'équité et de paix sociale, nous sommes d'avis que nous avons tous intérêt à régler cette situation à l'amiable. Cependant, sachez que si la situation perdure, nous demanderons que vous soyez évincé, délogé du pouvoir, et ce sans autre avis ni délai afin de rénover notre filet social.
Par courrier recommandé
Sous toutes réserves
SANS RÉSERVE
7 décembre 2023
À l'attention de :
François Legault, premier ministre du Québec
831, boulevard de l'Ange-Gardien Nord, Bureau 208
L'Assomption (Québec) J5W 1P5
France-Élaine Duranceau, ministre responsable de l'Habitation
197, rue Principale Est, Bureau 101
Sainte-Agathe-des-Monts (Québec) J8C 1K5
Mise en demeure pour être en demeure
Monsieur Legault et madame Duranceau,
La présente est pour vous mettre en demeure afin de vivre dans une demeure abordable et de qualité. Nous considérons que vous avez failli à vos responsabilités. Plusieurs citoyenNEs vivent une détresse sociale et économique sans précédent dans l'histoire récente de notre province. Avec l'explosion des demandes d'aide pour des besoins de bases et la difficulté de nombreux ménages à boucler leur fin de mois, nous sommes dans une situation se rapprochant des grandes crises économiques vécues par le passé.
Face à la crise du logement, force est de constater :
• La précarisation de l'habitation chez une pluralité de QuébécoisEs ;
• Une augmentation de 50 % de personnes en situation d'itinérance depuis 2018, au Centre-du-Québec et en Mauricie ;
• Un logement respectant notre budget, diminue l'insécurité alimentaire ;
• La santé physique et mentale des gens est affectée par la situation ;
• Les femmes sont affectées de manière importante due à une plus grande précarité
économique ;
• Les ressources pour personnes âgées ferment en grand nombre ;
• Des propriétaires abusent de leurs droits en discriminants, en augmentant indument les loyers ou en expulsant les locataires ;
• La « Vallée de la transition » exacerbant la crise du logement était prévisible. L'argent
octroyé est nettement insuffisant ;
• Les organismes communautaires manquent de ressources pour répondre à la grande
détresse sociale.
Nous exigeons des solutions durables telles que :
• Donner les moyens à l'ensemble des organismes communautaires autonomes afin
d'augmenter leur capacité d'agir. Ils offrent une approche globale et structurante afin defavoriser le maintien et la dignité des locataires ;
• Investir massivement dans l'aide au logement, dont la construction de 55 000 logements sociaux ;
• Remettre en place le programme Accès-logis et le bonifier (tel que promis par votre
gouvernement) ;
• Élargir les critères d'admissibilités de l'allocation au logement et le bonifier ;
• Établir un programme complet, pérenne et dédié uniquement au logement social ;
• Interdire les hausses de loyers abusives ;
• Empêcher les évictions pour agrandissement ou subdivision pendant la crise et instaurer une loi pour restreindre les rénovictions ;
• Mettre en place un registre des loyers obligatoires ;
• Abolir le projet de loi 31 et consulter les groupes en défense de droits afin de faire
progresser les droits et non le contraire ;
• Intervenir face aux fermetures de résidences pour personnes âgées afin de les maintenir en fonction ;
• Cesser les mesures d'austérité et les demi-mesures face à la crise sociale.
L'incroyable augmentation de la précarité et le recul de nos droits fondamentaux, et ce dans l'ensemble de nos régions, est un bien triste legs de la Coalition avenir Québec. Dans un esprit de saine démocratie, d'équité et de paix sociale, nous sommes d'avis que nous avons tous intérêt à régler cette situation à l'amiable. Cependant, sachez que si la situation perdure, nous demanderons que vous soyez évincé, délogé du pouvoir, et ce sans autre avis ni délai afin de rénover notre filet social.
VEUILLEZ VOUS GOUVERNER EN CONSÉQUENCE.
Sébastien Bois,
Porte-parole du comité régional « Engagez-vous pour le communautaire »
(Centre-du-Québec, Mauricie)
1060 Rue St François Xavier, Trois-Rivières, QC
CC Députés de la Mauricie et du Centre-du-Québec : Simon Allaire, Jean Boulet, André Lamontagne, Sonia Lebel, Éric Lefebvre, Donald Martel, Sébastien Schneeberger, Marie-Louise Tardif
À propos de la campagne nationale « Engagez-vous pour le communautaire » :
« Engagez-vous pour le communautaire » est une grande campagne nationale de
mobilisation qui unit les différents secteurs de l'action communautaire autonome de partout au Québec. Près de 4000 groupes y prennent part. Nous réclamons au gouvernement qu'il soutienne adéquatement l'action communautaire autonome (ACA) par l'augmentation de son financement et le respect de son autonomie, tout en réalisant la justice sociale, notamment en réinvestissant massivement dans les services publics et les programmes sociaux. https://engagezvousaca.org/
À propos de la campagne régionale d'Engagez-vous au Centre-du-Québec et en Mauricie :
Composé de 19 regroupements régionaux du territoire et de CDC, il vise l'adaptation,
l'organisation, la coordination et la participation des organismes communautaires de la
région aux activités liées à la campagne. Le Comité de coordination régional d' « Engagez-vous pour le communautaire » soutient la TROCCQM (Table régionale des organismes communautaires en santé et services sociaux, Centre-du-Québec, Mauricie) dans son mandat d'antenne régionale de la campagne nationale. Envoie par courrier recommandé et réception aux bureaux du premier ministre et de la ministre de l'Habitation
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« Le Premier ministre et la ministre de l’Habitation mis en demeure par le milieu communautaire »

Centre-du-Québec/Mauricie, 15 décembre 2023 – Les organismes communautaires du Centre-du-Québec et de la Mauricie mettent en demeure le premier ministre François Legault et la ministre de l'Habitation France-Élaine Duranceau. Le comité régional d'Engagez-vous pour le communautaire dénonce le laxisme du gouvernement face à la crise du logement et le manque d'appui aux organismes.
« La crise du logement menace carrément la santé physique et mentale d'une partie de la population de plus en plus nombreuse au Centre-du-Québec, en Mauricie et dans l'ensemble de la province », s'inquiète Madame Émilie Bélanger-Gagné, co-directrice à l'Association des groupes d'éducation populaire autonome au Centre-du-Québec et partenaire d'Engagez-vous.
« Pour vivre dignement chez soi, c'est plus qu'avoir un toit sur la tête. Cela implique un ensemble de facteurs structurants, dont le soutien offert par les organismes communautaires. L'augmentation des besoins sur le terrain impacte les groupes qui subissent une pression supplémentaire tant sur le plan humain que financier » constate Madame Amélie Dubuc, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Trois-Rivières et partenaire d'Engagez-vous.
« L'actuel gouvernement semble totalement décroché de la réalité des Québécois et des Québécoises. L'incroyable augmentation de la précarité des jeunes aux aînés, et le recul de nos droits fondamentaux, dont le droit au logement, est un bien triste legs que nous préparela Coalition avenir Québec », renchérit Monsieur Philippe Kubisiac, représentant des Maisons de jeunes au Centre-Du-Québec et partenaire d'Engagez-vous.
« Notre gouvernement doit cesser son discours d'austérité et les demi-mesures face à la crise sociale présente. Il est responsable de défendre nos droits et d'assurer à l'ensemble de la population un minimum pour vivre dignement. En ce sens, nous exigeons des actions rapides et structurantes de sa part », conclut Monsieur Sébastien Bois, porte-parole de la campagne régionale Engagez-vous pour le communautaire, au Centre-du-Québec et en Mauricie.
À propos d' « Engagez-vous pour le communautaire »
« Engagez-vous pour le communautaire » est une grande campagne nationale de
mobilisation qui unit les différents secteurs de l'action communautaire autonome de partout au Québec. Près de 4000 groupes y prennent part. Nous réclamons au gouvernement qu'il soutienne adéquatement l'action communautaire autonome (ACA) par l'augmentation de son financement et le respect de son autonomie. Nous réclamons davantage de justice sociale, notamment par des investissements massifs dans les services publics et les programmes sociaux. https://engagezvousaca.org/
À propos du comité régional au Centre-du-Québec et en Mauricie
Le Comité de coordination régional d' « Engagez-vous pour le communautaire » soutient la TROCCQM (Table des regroupements des organismes communautaires en santé et services sociaux, Centre-du-Québec, Mauricie) dans son mandat d'antenne régionale de la campagne nationale.
Composé de 19 regroupements régionaux du territoire et de CDC, il vise l'adaptation,
l'organisation, la coordination et la participation des organismes communautaires de la
région aux atteintes des objectifs de financement, de respect de notre autonomie et de
justice sociale.
Les partenaires régionaux sont :
Association des groupes d'éducation populaire autonome Centre-du-Québec
Corporation de développement communautaire Bécancour
Corporation de développement communautaire Bois-Francs
Corporation de développement communautaire Des Chenaux
Corporation de développement communautaire Drummond
Corporation de développement communautaire de l'Érable
Corporation de développement communautaire Haut St-Maurice
Corporation de développement communautaire Maskinongé
Corporation de développement communautaire Mékinac
Corporation de développement communautaire Nicolet-Yamaska
Corporation de développement communautaire Shawinigan
Centre de formation communautaire de la Mauricie
Regroupement des Maisons des jeunes Centre-du-Québec
Regroupement des Maisons des jeunes Mauricie
Regroupement des organismes d'éducation populaire autonome Mauricie
Regroupement d'organismes de personnes handicapées Centre-du-Québec
Regroupement d'organismes de promotion pour personnes handicapées Mauricie
Table de concertation du mouvement des femmes Mauricie
Table des regroupements des organismes communautaires en santé et services sociaux Centre-du-Québec
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Lancement de la Plateforme gauche media

La plateforme gauche media https://gauche.media a été officiellement lancée le 8 décembre dernier au Bar Brouhaha dans le quartier Rosemont.
photos et articles André Frappier
Une bonne trentaine de personnes représentantes y assistaient dont celles représentant les médias membres soit : Archives Révolutionnaires, Journal des Alternatives, Journal le Mouton Noir, L'Étoile du Nord – La perspective du peuple, Liberté Ouvrière, Nouveaux Cahiers du socialisme, Presse-toi à gauche !, Revue À bâbord !, Revue Caminando, Revue Droits et libertés, Revue Possibles, Revue Relations
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.
La création de cette plateforme est le fruit d'un travail qui a duré plus de deux ans sous l'initiative de plusieurs personnes dont notre regretté camarade Pierre Beaudet. Ce regroupement des médias de gauche arrive à point nommé dans une situation où on aura besoin d'analyses, de reportages et de débats dans la gauche afin de permettre de mieux comprendre la réalité politique et ainsi dresser des perspectives alternatives.
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COP 28 : fourberies à Dubai

« Que diable allait-il faire dans cette galère ? ». C'est cette réplique de Molière qui me vient à l'esprit en voyant le spectacle burlesque où la Première ministre de l'Alberta, Mme Danielle Smith, avec une importante délégation financée par les contribuables albertains, va à la COP 28 pour défendre agressivement la production du sale pétrole de sa province.[1]
Il en va de même pour une délégation de la Saskatchewan. Je dois être naïf. Je croyais qu'une COP était une réunion annuelle où toutes les nations et tous les intervenants tentaient de trouver une solution à notre surconsommation d'énergies fossiles, responsable des changements climatiques.
Avouons que cette 28e conférence est très controversée. Tenir une conférence, dont l'objectif est de réduire la consommation de pétrole, dans les Émirats Arabes Unis (EAU), un des grands producteurs de pétrole, sous la présidence du Sultan Al Jaber, est un tour de force qui donne le tournis. En effet, M. le Sultan est également le président de l'ADNOC, la 12e plus grande compagnie pétrolière au monde.[2] De plus, quelque 2 400 lobbyistes et représentants de l'industrie pétrolière sont présents dans les kiosques de cette conférence et tentent de minimiser tout projet qui oserait réduire l'utilisation du pétrole et du gaz.[3] Peut-on s'étonner que l'ex-cheffe de l'ONU climat, Mme Christina Figueres, fustige ces représentants qui, minimalement, donnent l'impression d'être en conflit d'intérêts ? [4]
De Dubai, notre ministre de l'environnement, M. Guilbeault, propose que le Canada réduise ses émissions de carbone.[5] L'industrie pétrolière canadienne fait une crise de nerfs enfantine. De Dubai, Mme Smith qualifie M. Guilbault « d'extrémiste et de menace qui refuse de collaborer avec sa province. »[6] Pour sa part, l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) se plaint amèrement que cette annonce n'est pas une limite aux émissions de carbone, mais plutôt « une limite de facto à la production » de pétrole.[7] Dans leur réaction épidermique à la mesure timide de M. Guilbeault, les richissimes producteurs pétroliers des sables bitumineux albertains négligent de dire que ces émissions sont calculées SEULEMENT sur la production en sol canadien et qu'en réalité les émissions de ce pétrole compteront dans le bilan du pays importateur lorsque celles-ci sortiront du tuyau d'échappement d'une voiture de ce pays ! En d'autres mots, ces enfants-rois hurlent leur indignation si le Canada ose imposer la moindre restriction à leurs privilèges de générer des profits illimités et à leur « droit » de polluer la planète.
Comme les conférences précédentes, la COP 28 est censée rechercher un modus-operandi pour réduire notre surconsommation d'énergies fossiles, responsable des dérèglements climatiques que nous avons subis de plein fouet cette année. Malgré ce noble objectif, cette conférence est présidée par un promoteur pétrolier de grande envergure ; à cela s'ajoutent près de 2 400 lobbyistes de l'industrie sans oublier les gouvernements provinciaux de l'Alberta et de la Saskatchewan qui surveillent étroitement leurs intérêts financiers et qui nient obstinément que leurs activités soient un prélude à la 6e grande extinction des espèces. Même s'il faut un consensus entre les pays, l'OPEC (Organisation des pays exportateurs de pétrole) s'oppose à l'idée de mettre progressivement fin à l'exploitation du pétrole.[8] Même le Sultan Al Jaber fait l'objet d'allégations qu'il aurait profité de la COP pour conclure des ententes pétrolières.[9]
Par rapport aux constats du GIEC, est-ce-ce que la diplomatie internationale pourrait faire des avancées dans la bonne direction ? Il faudrait un miracle car cela ressemble à un théâtre dénaturé où tous les mauvais acteurs ont les premiers rôles. Avec toutes ces fourberies, cette COP 28 semble correspondre à la 2e définition du verbe prostituer : « avilir par intérêt » ?
Gérard Montpetit
membre du CCCPEM (Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l'environnement maskoutain)
le 9 décembre 2023
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2] https://en.wikipedia.org/wiki/Abu_Dhabi_National_Oil_Company

Journée internationale des migrant-e-s : *Les sans papiers de Montréal se joignent aux actions partout au Canada et dans le monde*

Solidarité sans frontières et le Centre de travailleurs immigrants accueillent l'engagement du ministre Miller pour un programme de régularisation vaste et complet et réclament la fin des déportations et des détentions
*Rasemblement 'Speak-Out' des personnes sans papiers et avec un statut d'immigration précaire*
*lundi le 18 décembre 2023 à 10h30bureaux de Justin Trudeau au 1100, boul.
Crémazie est, Montréal*
Autres actions au Canada
<https://migrantrights.ca/migrant-ri...>
Autres pays
Des personnes sans papiers et avec un statut d'immigration précaire de Montréal remettront des lettres personnelles au Premier ministre Trudeau lors de la journée internationale des migrant·e·s, deux ans après la promesse initiale de programme de régularisation, et quelques jours après que le ministre d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Marc Miller, ait publiquement promis de proposer au Cabinet, au printemps 2024, un
programme de régularisation vaste et complet. Solidarité sans frontières et le Centre de travailleurs et travailleuses immigrants demandent la mise en oeuvre urgente d'un programme qui accorderait le statut de résident permanent à toutes les personnes sans-papiers au Canada, y compris les réfugié-e-s refusé-e-s, les étudiant·e·s étranger·ère·s, et les travailleur·euse·s , sans exclusion, et la fin immédiate des déportations et des détentions.
Au rassemblement de Montréal, les personnes sans papiers et avec un statut d'immigration précaire liront leurs lettres, attirant l'attention sur la pauvreté, la peur, l'exploitation et l'exclusion vécues par près de deux millions de migrant·e·s au pays à qui l'on a refusé le statut de résident permanent. Le rassemblement de Montréal est coordonné avec des actions à Fredericton, Toronto, St Catharines, Welland et Vancouver, ainsi que l'Argentine, l'Espagne, les États unis, la France, et l'Angleterre.
*Contexte*
Migrant Rights Network (qui inclut le Centre de travailleurs et travailleuses immigrants et Solidarité sans frontières) propose un programme exhaustif et sans plafond de régularisation - qui octroierait la résidence permanente sans exclusion
<https://drive.google.com/file/d/1pg...>
.
Plus de cinq cent organisations de la société civile, de travailleur·euse·s et environnementales - en collaboration avec des organisations dirigées par des migrant·e·s - militent pour un statut complet et permanent pour tous·toutes les migrant·e·s et la l'octroi du statut de résident permanent pour les arrivées futures. Près de 36 000 personnes ont envoyé des messages au Cabinet pour soutenir l'octroi d'un statut de résident permanent pour
tous et toutes : http://www.StatusforAll.ca.
Malgré ce soutien massif, le premier ministre a supervisé près de 21 000 déportations depuis son engagement vers la régularisation le 16 décembre 2021. Les déportations doivent cesser immédiatement pour assurer la cohérence avec l'annonce du ministre Miller qu'un programme de régularisation est à venir.
Des migrant·e·s prennent soin des aînés et des enfants, travaillent en usines, font fonctionner nos hôpitaux, cultivent notre nourriture et bâtissent nos maisons, mais ils·elles sont privé·e·s des mêmes droits que la plupart des gens au Canada tiennent pour acquis parce qu'on leur a refusé le statut de résident permanent.
La résidence permanente pour tous·toutes ajouterait des milliards de dollars aux fonds publics par années à travers la contribution d'employeurs qui ne paient pas d'impôts ni taxes lorsqu'ils engagent des personnes sans-papiers. Elle améliorerait les résultats en matière de santé pour des centaines de milliers de personnes qui pourraient accéder à des soins de
santé primaires et qui ne se retrouveraient pas dans les salles d'urgence.
Elle mettrait fin à la pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail causée par l'exploitation de personnes migrantes par les employeurs. Elle permettrait aux migrant·e·s de s'enraciner, de participer pleinement à la société et de gagner de la mobilité au travail pour répondre aux besoins en matière d'emploi au sein d'industries et de
régions qui en ont besoin.
*Extraits des lettres des personnes sans papiers et avec un statut d'immigration précaire
<https://drive.google.com/file/d/1o1...>
demandant l'octroi du statut de résident permanent pour tous et toutes*
« Je serai plus heureux si mes parents avaient leur statut. C'est Noël : le
temps de donner. »
« Sans la carte de résident permanent, j'ai peur de tomber malade parce que
je n'ai pas d'assurance-maladie. »
« Notre vie a pris fin lorsque nous avons perdu notre statut, nous vous
demandons de nous écouter, de nous donner le statut pour que nous puissions
vivre comme tout le monde. »
« Tout le monde voyage pour les fêtes pour profiter du temps en famille et
avec leurs êtres chers, mais il y a plusieurs immigrants au Canada qui
n'ont pas le statut de résident permanent et qui manqueront ce temps avec
leurs familles. »
« C'est beaucoup de stress à endurer. La dépression est un sentiment
horrible à travers lequel les gens passent. Je suis ici depuis cinq ans,
j'ai quitté ma famille, mes enfants. J'essaie de rester positif. Passer à
travers est très difficile. »
*Source :*
Solidarité sans frontières <https://www.solidarityacrossborders...> et
le Centre de travailleurs et travailleuses immigrants
<https://iwc-cti.ca/fr/>
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Signes prometteurs de paix

Annoncés surtout par des femmes, des signes prometteurs de paix à l'international se dessinent, imperceptibles car soigneusement dissimulés par les médias qui à part le Monde Diplomatique et Pressenza se régalent des conflits et ne savent que faire des avancées de paix : pour eux, quelle platitude !
Par Pierre Jasmin, secrétaire général des Artistes pour la Paix, 17 décembre
Quatre déclarations de la semaine écoulée les contredisent :
1- De retour de la COP28 à Dubai, Tamara Lorinczi universitaire, membre du collectif Voix des Femmesii, nous fait part des jeux de coulisses de cet événement salué avec raison par le ministre de l'Environnement Steven Guilbeault comme un tournant historique, dont il a remercié la présidence émiratie. Aspergé d'insultes par la Première ministre de l'Alberta Michelle Smith (premier prix fossile accordé par une COP à une entité autre qu'un pays), il a été félicité par l'ex-ministre Catherine McKenna, pourtant très critique du pétrole des sables bitumineux favorisé par le pipeline libéral ruineux.
200 pays participant à ce sommet des Nations unies sur le climat ont conclu l'accord final avec la nécessité pour les systèmes énergétiques de s'acheminer vers une transition loin des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz). Sa première version, omettant cette conclusion détestée par les centaines de lobbyistes pétroliers actifs à la COP28 dont de riches Canadiens et Saoudiens, a heureusement été déclarée inacceptable par un représentant des Nations insulaires du Pacifique, qui a fait pencher la balance, lorsqu'il a gémi : « ce n'est pas vrai que j'ai fait tout ce trajet vers Dubaï pour y signer notre arrêt de mort ! » Son cri a résonné dans le monde entier, comme celui d'Einstein-Russell à l'origine de Pugwash : « Souvenez-vous de votre humanité et oubliez tout le reste » (voir 4e partie).
Faisant part à Tamara de mon optimisme face à la COP30 du Brésil et de mon pessimisme face à la COP29 de l'Azerbaïdjan à l'économie très dépendante de ressources fossiles, qui plus est hostile à l'Arménie avec l'annexion militaire récente du Nagorno-Karabakh, elle m'a communiqué, selon ses sources de Dubaï, un revirement politique inattendu, favorisé par la Russie et la Turquie : le pays musulman s'apprêterait à partager avec l'Arménie l'accueil aux délégués 2029 ! Cette nouvelle nous console des annonces d'équipements militaires pour l'OTAN envoyés en Europe de l'Est par le balourd ministre de la Défense nationale, Bill Blair, vendredi le 15 décembre.
2- La déclaration saisissante de la ministre Mélanie Joly augure-t-elle un changement de cap majeur du Canada depuis Paul Martin, succédant en 2003 à un Jean Chrétien évincé pour n'avoir pas suivi Blair et Bush dans l'invasion meurtrière de l'Irak ? Elle a voté avec 153 pays pour un cessez-le-feu entre le Hamas et Nétanyahou, réclamé par le Secrétaire général des Nations-Unies Antonio Guterres, bloqué au Conseil de Sécurité par le veto unique des États-Unis. Biden persiste avec 9 autres pays seulement à soutenir Nétanyahou, tenant toutefois à blâmer Tsahal (verbalement : les fournitures d'armes continuent !) pour ses massacres de populations civiles palestiniennes.
Nos éditorialistes sont déconcertés, après deux mois de nos déclarations censurées par les médias canadiens vu notre usage du mot cessez-le-feu, toujours verboten pour l'Ukraine. Au moins 268 organisations de la société civile canadienne avaient pourtant signé une déclaration commune appelant à un cessez-le-feu que la pétition parlementaire électronique d'Alexandre Boulerice avait endossé en recueillant près de 300 000 signatures, la plus populaire de l'histoire du Parlement (et après, les médias s'interrogent sur le pourquoi des faked news, quand ils persistent à crypter ces faits et vérités).
Les Artistes pour la Paix remercient la ministre Joly dont la demande de cessez-le-feu est soutenue par le Bloc Québécois, le NPD et le Parti Vert, pendant que le parti conservateur de Pierre Poilièvre se gratte encore la tête. Notre déception la plus grande provient de la CAQ, qui, comme nous l'apprend, en enterrant la nouvelle en page B6, Le Devoir du 17 décembre, n'appuie pas la demande de la ministre Joly, jugée prématurée par la Ministre des Relations internationales Martine Biron ; issue des médias (donc typiquement conservatrice et guerrière ?), la ministre caquiste insistait encore vendredi pour que les otages soient tous libérés AVANT tout cessez-le-feu : espérons qu'elle a changé d'idée depuis que Tsahal a massacré trois de ses concitoyens-otages, pourtant porteurs d'un drapeau blanc ! Heureusement, le Parti Québécois et Québec Solidaire ont sauvé l'honneur du Québec, la députée d'origine palestinienne Ruba Ghazal déclarant : « Je suis tellement choquée. La CAQ brise la tradition pacifiste du Québec qui historiquement a toujours été du côté de la paix. La majorité des Québécois sont pour un cessez-le-feu. »
3- Merci à Heidi Rathjen et Nathalie Provost, de Polysesouvient, pour l'adoption par le Sénat du projet de loi C-21. Les Artistes pour la Paix ont dès 1990 aidé le travail accompli par ces survivantes du féminicide de l'École Polytechnique, en particulier au Sénat en 1994-5 lorsque Jean-Louis Roux avait converti le sénateur leader progressiste-conservateur et juriste Gérald Beaudoin aux bienfaits d'une loi contrant l'influence néfaste de la National Rifle Association des États-Unis. Cette semaine, c'est avec vous que « nous célébrons l'adoption finale des mesures législatives suivantes :
1) Un gel de l'achat de nouvelles armes de poing.
2) L'obligation de présenter un permis de possession d'armes pour acheter des chargeurs.
3) Plusieurs mesures visant à lutter contre la contrebande et les armes fantômes.
4) La prohibition automatique de posséder des armes à feu pour toute personne qui fait l'objet d'une ordonnance de protection.
5) L'obligation pour un contrôleur des armes à feu (CAF) de révoquer le permis d'un individu dans les 24 heures lorsque le contrôleur a des motifs raisonnables de soupçonner que celui-ci a participé à un acte de violence familiale ou d'harcèlement criminel.
6) Une définition élargie de la « violence familiale » de manière à inclure violence conjugale et familiale, dont les formes non physiques comme le contrôle coercitif et les menaces de suicide...
Dans l'ensemble, il s'agit d'une victoire concrète et solide en matière de sécurité publique et d'une démonstration qu'il est possible de vaincre le lobby des armes. »
4- 69 États du monde, c'est-à-dire tous les membres ayant signé et ratifié à ce jour le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires (TIAN - TPNW), qui font aussi tous partie du vieux Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), viennent de déclarer publiquement que les États-Unis, la Fédération de Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni manquent à leurs obligations juridiques en vertu du TNP. Ce consensus extraordinaire et sans précédent a été exprimé dans la déclaration de la deuxième réunion des États parties au TIAN, tenue aux Nations Unies à New York du 27 novembre au 1er décembre 2023. L'article VI du TNP définissant les obligations des États dotés d'armes nucléaires de poursuivre le désarmement de bonne foi, « le comportement des États armés de bombes nucléaires représente incontestablement un manquement à leurs obligations juridiquement contraignantes en vertu de cet article VI, car aucun des États dotés d'armes nucléaires n'a réalisé de progrès conformément à leur engagement sans équivoque de parvenir à l'élimination de leurs armes nucléaires ». Cette déclaration juridiquement fondée sur les documents historiques du TNP ne concerne hélas pas Israël, ni le Pakistan, ni l'Inde, ni la Corée du Nord, qui se sont autoexclus du TNP.
Cesar Jaramillo de Project Ploughshares et membre de Pugwash Canada qui nous a communiqué cette nouvelle, conclut : « Les experts juridiques, les décideurs politiques et les diplomates doivent s'engager dans des discussions approfondies pour façonner une architecture juridique plus efficace, mettre à jour les dispositions des traités, renforcer les mécanismes de conformité et s'adapter aux réalités géopolitiques en évolution. Il est désormais temps de s'engager dans une réflexion visionnaire pour développer des approches innovantes qui transcendent les obstacles historiques et ouvrent la voie à des progrès significatifs. Il est impératif que la communauté internationale réponde par une action décisive et concertée. La responsabilité partagée d'assurer un monde sans armes nucléaires repose sur les efforts collaboratifs des États, des organisations internationales et de la société civile pour tirer parti de cette situation et réaliser des progrès démontrables vers l'abolition complète du nucléaire. » www.ploughshares.ca
Un des plus grands obstacles à l'abolition des armes nucléaires est le jeu mortel de nos banques canadiennes qui continuera tant que le Canada n'endossera pas le TIAN. Le site de l'ONG PAX www.don'tbankonthebomb.com, animé par la tenace et toujours fiable Suzi Snyder, nous informe que sur deux ans, 748 milliards en U.S.$ accordés par 325 banques mondiales ont financé l'industrie principalement américaine des bombes nucléaires (chiffres de 2021). Nos banques canadiennes ont largement contribué : Power Corporation, Royal Bank, SCOTIA, Sunlife et Toronto Dominion, principalement.
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Enquête québécoise sur la violence commise par des partenaires intimes : un regards critique sur les résultats

Montréal, le 14 décembre 2023 – Aujourd'hui, plusieurs associations provinciales et chercheures universitaires oeuvrant en matière de violences envers les femmes, émettent des réserves quant aux résultats de la première édition de l'Enquête québécoise sur la violence commise par des partenaires intimes menée en 2021-2022. Alors que l'importance de dresser un portrait en vue de mieux comprendre la violence conjugale (1) est indéniable, nous remettons en question la capacité de cette enquête à saisir pleinement sa complexité.
D'emblée, il nous est important de souligner que cette enquête n'est pas une étude sur la violence conjugale, qui constitue « un moyen choisi pour dominer l'autre personne et affirmer son pouvoir sur elle », telle que définie par le Gouvernement du Québec dès 1995 (2).
En effet, les résultats de l'étude ne distinguent pas la violence exercée dans le but de dominer l'autre (la violence conjugale) des autres types de violences en contexte de relations intimes, comme la violence situationnelle ou la résistance violente. Selon le rapport, le fait de subir deux actes de violence physique au cours de sa vie, sans considérer le contexte, qualifie une personne comme victime de violence entre partenaires intimes (VPI). En considérant des occurrences isolées d'actes de violence, sans évaluer les motivations, la dynamique de pouvoir et leurs conséquences, l'enquête ne parvient pas à saisir la véritable nature de la violence conjugale, sa complexité et ses subtilités. Le rapport indique d'ailleurs lui-même qu'il n'est tout simplement pas possible d'affirmer hors de tout doute qu'il s'agit de violence entre partenaires intimes dans ses résultats.
La façon dont a été intégrée la notion de contrôle coercitif dans l'enquête est également questionnée, car elle ne parvient pas à mettre en lumière un schéma de comportements, souvent invisible et insidieux, mais essentiel pour comprendre la privation de libertés, la microrégulation du quotidien et le climat de terreur permanent, au-delà des actes.
En comptabilisant des actes de violence situationnelle ou de résistance au même titre que des actes de violence conjugale, l'enquête crée une confusion et renforce la thèse de la symétrie de la violence entre les hommes et les femmes. Les gestes de l'agresseur et ceux d'une victime qui se défend dans un contexte de violence conjugale sont comptabilisés sans distinction. Nous exprimons nos inquiétudes quant à l'utilisation de ces statistiques, craignant qu'elles ne minimisent la réalité de la violence conjugale, qui appelle des interventions et des moyens adaptés pour la combattre. Une mauvaise utilisation de celles-ci pourrait mettre en danger la sécurité des femmes violentées et de leurs enfants.
En conclusion, le RMFVVC, la FMHF, l'Alliance MH2, L'R des centres de femmes ainsi que SAS-Femmes appellent le Secrétariat à la condition féminine à demander à l'ISQ des changements dans la méthodologie, pour les enquêtes ultérieures, afin de se doter d'instruments de mesure plus sensibles pour capter la violence conjugale dans sa complexité. Les signataires appellent également à une collaboration plus étroite avec les groupes experts pour garantir une compréhension exhaustive de la violence conjugale au Québec afin de dresser un portrait plus juste.
Notes
(1) Dans l'enquête, le concept de « violence entre partenaires intimes » est utilisé de façon équivalente à « violence conjugale ».
(2) Gouvernement du Québec (1995). Politique d'intervention en matière de violence conjugale : prévenir, dépister, contrer la violence conjugale, [En ligne], Québec, Gouvernement du Québec, 78 p. [https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2000/00-807/95-842.pdf]
Source
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale (RMFVVC)
Fédération des maisons d'hébergement pour femmes (FMHF)
L'Alliance des maisons d'hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2)
L'R des centres de femmes du Québec
Marie-Marthe Cousineau, pour SAS-Femmes, Collectif de recherches et d'actions pour la sécurité, l'autonomie et la santé de toutes les femmes
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Entrevue avec des membres du personnel de l’École Louis-Joseph-Papineau

Cette entrevue a été réalisée avec des membres du personnel enseignant de l'École Louis-Joseph Papineau sur la ligne de piquetage un froid matin de décembre. Cet entretien permet de porter un éclairage sur les raisons qui les motivent à mener ce combat, qui somme toute visent l'amélioration des conditions d'enseignement et de soutien, mais aussi, fondamentalement, l'encadrement des élèves selon leurs besoins afin de leur assurer une chance de réussir et de trouver leur place dans la société.
Leurs témoignages dépassent de loin ce qu'on peut habituellement voir dans un conflit de travail. Selon leur témoignage, plusieurs enseignants et enseignantes d'écoles privées se demandent comment ceux qui œuvrent au public font pour persister à faire ce travail. D'ailleurs, les statistiques le démontrent : 50 % des nouvelles personnes enseignantes quittent la profession dans les cinq premières années.
La recomposition des classes compte sans nul doute parmi les plus importantes questions à régler dans les demandes syndicales. Cela signifie en fait mieux classer les élèves selon leur niveau et leurs aptitudes. Voici les commentaires que nous avons recueillis.
« Dans le feedback que le gouvernement donne, j'ai l'impression qu'il parle plus de soutien à la classe. Il ne parle pas de revoir forcément la composition des classes. Mais moi, je trouve qu'on fait pire parce que nos jeunes, ils n'ont pas trop de repères. Dans le fond, ils sont à l'école, mais ils ne fonctionnent pas dans les groupes où on les a mis. Ils vont réussir pareil, on ne les fait pas échouer. Un jeune qui échoue son secondaire I, puis je parle d'échouer vraiment dans plusieurs matières, il s'en va quand même en secondaire II. »
« La première chose c'est ça, il (l'élève) n'écoute pas en classe, il n'est pas capable de faire ses travaux puis il fournit peu d'efforts, mais quand tu creuses derrière ça bien tu te rends bien compte qu'il ne comprend pas, il est complètement dépassé par ce qui se passe et donc il n'a pas envie d'aller se mettre dans cette situation où il va se sentir complètement incompétent en classe. Par conséquent, il est systématiquement en retard, se promène dans l'école, fait toutes les autres choses qu'il peut faire plutôt que d'aller en classe, parce que pour lui il n'y a aucune raison d'y aller. Ça ne lui sert vraiment à rien, il n'est pas à la bonne place, mais on l'a mis là en disant, t'es capable, tu vas être avec tes amis. »
« Il faudrait remettre en place les classes de cheminement particulier, qui ont été coupées. Ils ont tout intégré ou réglé parce que le cheminement, il faut savoir que ça coûte plus cher que le régulier. Il y a moins d'élèves, nos jeunes avaient de l'encadrement, il y avait beaucoup plus d'intervenants par groupe d'élèves. Ça, c'était un bel avantage du cheminement, et on avait une équipe super solide. »
« C'est comme si on était davantage un service qu'on a à vendre plutôt qu'un service public. C'est une approche vraiment clientéliste. Moi, je me suis fait dire c'est terminé, le dénombrement flottant (suivis et ateliers en petits groupes d'élèves ciblés), il faut qu'il y ait du volume (il faut toucher plus d'élèves). Mais considérant la persistance des difficultés des jeunes, il faut beaucoup plus de temps, on le sait, mais ce n'est pas grave, il faut du volume. On a cinquante pour cent des jeunes en difficulté, ils ont des notes en bas de cinquante pour cent. On n'a aucun service à leur offrir. L'école publique ne peut pas offrir de services à cinquante pour cent des jeunes en difficulté, ils sont trop en difficulté. »
« Socialement, une telle situation c'est très sérieux, surtout que le gouvernement ne s'en préoccupe pas. Pour lui, c'est une affaire d'opinion publique, tous nos élèves doivent avoir un secondaire 5. C'est une vision qui n'est pas réaliste, ce n'est pas vrai que tous les élèves sont capables d'aller chercher un secondaire 5. Il y a quand même cette nouvelle vision de, on va faire une diplomation à tout le monde. Là, ils ont comme réalisé que le secondaire 5 n'était pas réalisable. Alors leur objectif, c'est que tous les élèves aient quelque forme de diplomation à la fin de leur parcours secondaire, que ce soit DEP ou autre chose. Mais encore là, on ne fait pas le travail de bien classer les élèves à la bonne place. Il y en a bien trop qui sont au régulier et qui auraient besoin d'autres options, d'autres cheminements. Alors bon courage aux enseignants et enseignantes qui sont là, qui enseignent et prennent soin d'élèves avec des grandes difficultés de comportement ».
Cela fait donc porter une grande pression sur le personnel enseignant ?
« Pour ma part, moi, cette annonce indiquait qu'on allait les classer par âge. Ça veut dire que je peux me retrouver avec des enfants qui avaient une troisième année dans ma classe de secondaire I, la direction a dit oui, mais vous allez faire de la différenciation (enseignement et activités différenciés, adaptés aux différents besoins et intérêts des élèves). On n'avait jamais entendu parler de ça, l'adaptation dans les évaluations. C'est comme du service à la carte pour chaque élève, tous les élèves de la classe ont un plan d'intervention, ce n'est pas possible. »
Un prof reprend l'analogie présentée dans un article de La Presse qui illustre bien cette réalité.
« Tu es prof de ski alpin, tu as dix élèves devant toi, t'en as un qui peut aller faire des bosses, l'autre qui fait des sauts dans le snowpark, un qui n'est pas capable de faire son chasse-neige, un autre qui n'est pas capable d'attacher ses bottes. Il y en a un qui tombe du chairlift quand il arrive en haut. Ça c'est ton groupe. Là il faut que tu fasses de l'enseignement différencié pour chacun d'entre eux, c'est un beau principe, mais ça ne fonctionne pas ».
Cela fait en sorte que l'école publique est dévalorisée et que les parents qui le peuvent vont favoriser l'école privée, comme l'explique un des grévistes.
« L'école publique a déjà perdu la course contre l'école privée. C'est vrai que l'encadrement est meilleur et que le jeune a beaucoup plus de chances d'avoir un cheminement scolaire réussi au privé qu'au public. Les parents en savent suffisamment pour choisir le privé s'ils le peuvent. »
Parce que dans le fond, il n'y a pas une intention du gouvernement d'améliorer l'école publique ?
« Il y a la loi de l'offre et de la demande. Ici les parents ont accès (au privé) parce qu'il y a beaucoup de subventions, tandis que partout ailleurs au Canada les subventions aux écoles privées sont minimes, c'est là qu'on voit la différence. Aujourd'hui, les maisons sont presque aussi chères au Québec qu'en Ontario. Si on regarde les prix, l'inflation fait que l'économie du Québec est rendue presque égale à celle de l'Ontario, mais les salaires y sont beaucoup plus élevés.
Le gouvernement ontarien peut mettre plus d'argent public parce qu'il n'a pas besoin d'en donner au privé. Au Québec, le gouvernement prétend qu'on n'a pas d'argent à mettre en éducation publique, mais il subventionne le privé à plus de 60 %. Tu envoies à l'école publique, mais tu payes des taxes au gouvernement afin de réduire les coûts des enfants qui fréquentent l'école privée, ça ne marche pas. Ça crée deux systèmes où le privé accapare les meilleures ressources.
La conséquence de cette situation est que ça devient plus intéressant d'aller travailler au privé qui offre de meilleures conditions, pendant que nous, on en cherche des techniciennes en éducation spécialisée et des surveillants d'élèves. Ils vont préférer aller là où les conditions et les relations avec les élèves sont plus intéressantes. Moi, je pense que c'est ça l'essentiel du problème, c'est la même chose en santé.
On a beaucoup de pression de garder les élèves en classe à tout prix, on se demande quel est le meilleur fonctionnement, est-ce qu'on doit donner des devoirs ? Est-ce qu'on doit compter les retards parce que ça devient une gestion impossible ? C'est fou, c'est trop compliqué. »
Une autre enseignante s'exprime dans le même sens
« Je peux dealer avec, ce n'est pas un problème. Ce qui me brise le cœur, c'est que je n'ai pas le temps de donner toute l'énergie, puis les efforts que je voudrais aux élèves qui sont inclus dans des classes régulières, car en réalité, il leur faut des classes spécialisées.
Il y a cinq ans, on nous parlait d'intégration, on va intégrer les élèves. On va fermer des classes d'adaptation scolaire, on va les intégrer au régulier. Les élèves du régulier vont les niveler vers le haut. On parlait d'inclusion, ils ont le droit d'être inclus. Ces jeunes-là, on ne veut pas les stigmatiser, mais l'intégration a juste été un prétexte pour moins financer les élèves en difficulté, parce que ça paraît bien au départ comme idée.
Mais c'est toujours sur les épaules du prof. C'est toujours le prof qui va adapter son enseignement, il va trouver des projets plus stimulants, des stratégies. C'est toujours plus de planification, plus d'adaptation. Je ne suis pas là depuis longtemps, mais on dirait que chaque changement qui survient dans le monde de l'éducation, ça rajoute toujours quelque chose à la tâche des profs.
Avec le projet de loi 23 qui vient dans un très mauvais timing d'être voté à l'Assemblée nationale, on vient en ajouter encore un peu plus sur le rôle des enseignants, la réussite des élèves dans un contexte où on est moins encadrés pour les aider, dans un contexte de démotivation scolaire. À un moment donné il y a une limite, je veux dire même moi en tant qu'adulte, si tu me forces à rester dans un endroit où je ne vis que des échecs, je vais être démotivée.
Ça va faire des jeunes qui vont arriver sur le marché du travail de deux façons, soit en se disant je suis totalement immunisé parce que peu importe les gestes que je fais, je vais gravir les échelons, ou ces jeunes n'oseront plus rien faire de peur de vivre constamment des échecs. »
Il ressort de ces entretiens qu'au-delà de la question salariale, de multiples autres enjeux doivent être abordés de front pour assurer la réussite des élèves. D'une part, oui il faut mieux classer les élèves et revaloriser le cheminement particulier. Ensuite, il faut aussi revaloriser la profession enseignante et toutes les autres professions si utiles au bon fonctionnement d'une école (technicienne en éducation spécialisée, orthopédagogue, psychologue, psychoéducateur, orthophonistes, surveillants d'élèves, technicien en loisir). Cela passe par le salaire, mais aussi par l'instauration de conditions de travail décentes. Si on voulait aller plus loin, on pourrait même envisager le définancement du réseau privé. Il est vrai que celui-ci est une aubaine pour le gouvernement, car le coût de la scolarisation des jeunes qui passent par là est moindre pour lui. Or, comme il a été dit, ces écoles bénéficient de plus de ressources, mais leurs élèves sélectionnés à coup de tests et d'entrevues, soutenus par leurs parents, sont aussi plus compétents, connaissants et motivés. Ces écoles sont donc des milieux où l'élève a beaucoup plus de chance de réussir, où il y a du nivellement vers le haut. Abolir les subventions au privé permettrait de rapatrier toutes ces ressources au public afin d'offrir plus équitablement des services dont les élèves en grande difficulté et les écoles publiques ont tant besoin. Là on pourrait penser offrir un vrai milieu fonctionnel pour tous.
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Les enseignant.es de la FAE, ces combattant.es au front

Les femmes qui font du piquetage jour après jour devant leur école ou au coin de la rue portent fièrement leur tuque FAE, pancartes à la main. Elles qui voulaient améliorer leurs conditions de travail deviennent, au fil de cette grève qui se prolonge maintenant depuis 18 jours, les porteuses du projet de l'école publique laïque du Québec.
Rencontrées sur les lignes de piquetage devant les écoles primaires du quartier Ahuntsic, elles savent ce qui est nécessaire pour que la tâche qui est la leur, se réalise :
. « J'ai 26 élèves et 19 d'entre eux ont des plans d'intervention. Les services auxquels les enfants ont droit pour réussir manquent. »
. « Je fais ce métier depuis 34 ans et chaque jour, je viens sur la ligne de piquetage pour signaler mon ras-le-bol de la situation. Pourquoi est-ce à nous de ternir l'école à bout de bras ? »
. « Je ne suis pas contre une aide à l'enseignement mais ça ne pourra jamais remplacer une professionnel.le en orthophonie, en psychologie ou une travailleuse sociale. »
. « Pourquoi le gouvernement ne veut-il pas entendre ce que nous avons à dire ? Pourquoi ne pas trouver de solutions concrètes aux problèmes du quotidien ? Je crains que les plus jeunes ne quittent le métier sans réelles solutions. »
Devant une école secondaire à Saint-Anne des Plaines, l'équipe enseignante se réchauffe autour d'un foyer portatif. Chaises, poêle au propane, table, ustensiles, ces enseignant.es, invisibles de la rue principale persévèrent et font du piquetage devant leur école jour après jour.
. « Je ne sais si ça va durer encore longtemps, mais nous on ne veut pas lâcher après tant de jours de grève »
. « C'est difficile financièrement mais on se serre la ceinture. Il faut que nos conditions de travail s'améliorent. Nous avons des groupes de 34 élèves dont bon nombre ont de grands retards, sans soutien spécifique de qui que ce soit. »
. « Parfois, je suis découragée. Rien ne semble bouger. Qu'est-ce que le gouvernement attend pour bouger ? »
Ces équipes enseignantes des grands centres urbains (Montréal, Laval, Québec, Gatineau) et de la ceinture nord de Montréal, de la Montérégie et de l'Estrie, font preuve d'un grand courage en poursuivant cette lutte des plus justes. Les dernières rondes de négociation (2010, 2015, 2020) n'ont pas permis que des solutions concrètes consolident les équipes enseignantes en poste, ni ne développent des équipes multidisciplinaires essentielles à la réussite de tous les jeunes.
Les syndicalistes qui les représentent ont le soutien de ces équipes école. Le mandat qui leur a été donné en assemblée, par vote secret, est lourd à porter et révocable par les enseignant.es en assemblée générale. Ce fonctionnement démocratique est rarement verbalisé alors qu'il n'en est pas de même pour nos élus. Ne serait-il pas souhaitable de les rendre imputables tant de leurs décisions que de leur absence de décisions ?
Ghislaine Raymond
18 décembre 2023
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La grève générale du secteur public prend un sens de « grève sociale »

La CAQ concentre son tir sur la FAE, en alternant le chaud et le froid, pour percer une brèche dans la digue de la résistance à la stratégie caquiste de démolition-privatisation des services publics. À l'inverse, elle fait poiroter le Front commun et la FIQ qu'elle diabolise. Sa tactique consiste à faire capituler la FAE afin de scissionner le Front commun pour ensuite en finir avec le secteur de la santé dont la grève, cadenassée par la loi des services essentiels, n'est à toute fin pratique que symbolique.
L'erreur de synchronisation relève-t-elle du ras-le-bol de la base de la FAE que sa direction n'a pas su ou voulu canaliser, ou plutôt du refus du Front commun de déclencher une grève générale avant les Fêtes ? Peu importe la « game » des bureaucraties syndicales, la résultante en est une grève générale d'environ seulement 10% des effectifs en négociations et sans fonds de grève.
Le parti-pris antisyndical de la CAQ n'est plus à prouver. « Le tribunal [administratif du travail] a ordonné au gouvernement du Québec, au ministre de la Santé Christian Dubé et au comité patronal de négociation en santé de verser la somme de 315 000 $, répartie entre sept syndicats dans la santé, parce qu'il a entravé leurs activités et négocié de mauvaise foi [et…] il leur ordonne aussi de cesser de le faire » (La Presse canadienne, 15/12/23). Voilà comment l'auteur ex-financier de l'infâme loi 15 adopté sous bâillon traite le droit syndical. Le même jour, on apprend que « le gouvernement du Québec n'appuie pas la demande d'Ottawa pour un ‘'cessez-le-feu humanitaire immédiat'' à Gaza car le Hamas, mouvement terroriste reconnu par plusieurs États dont le Canada, doit rendre les armes. De plus, les otages doivent être libérés pour que l'on puisse envisager un cessez-le-feu », estime le cabinet de la ministre des Relations internationales, Martine Biron » (Le Devoir, 15/12/23). Et vive la guerre génocidaire de l'État sioniste !
Toujours le même jour, « le gouvernement de François Legault refuse de laisser Ottawa contourner ses seuils d'immigration dans la catégorie du regroupement familial. […] La liste d'attente en réunification familiale a beau frôler les 40 000 personnes, la ministre québécoise de l'Immigration, Christine Fréchette, a récemment refusé une main tendue du fédéral pour traiter toutes ‘'les demandes de résidence permanente qui ont reçu un [Certificat de sélection du Québec]'' […] Québec a fixé ses cibles en regroupement familial à environ 10 000 nouveaux arrivants pour les deux prochaines années » (Le Devoir, 15/12/23). Encore une fois presque le même jour, cette fois de connivence avec Ottawa, « [l]e Procureur général du Québec et la Couronne contestent devant la Cour d'appel une décision qui ordonnait l'arrêt des procédures contre deux hommes de Kahnawà:ke dans une affaire d'importation de tabac. » Québec et Ottawa ne reconnaissent pas « la validité de la Covenant chain – ou Chaîne d'alliance –, une série de traités remontant au 17e siècle qui constituaient une entente entre la Couronne britannique et Confédération haudenosaunee, un regroupement de six nations iroquoises dont font partie les Mohawks. » Ce qui revient à ne pas reconnaître la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (Radio-Canada, 13/12/23)
Quelle hypocrisie que d'être « ‘'déçu'' du manque d'ambition de la COP28 » (Le Devoir, 13/12/23) pour faire mauvaise fortune d'être sans hydrocarbure bon cœur d'être gavé d'hydroélectricité vendue à rabais, sans compter les subventions gargantuesques, à toute transnationale venant. Il y a de quoi construire une escalade vers la grève sociale, c'est-à-dire une grève générale politique. Tous et toutes, mouvement syndical, organisations étudiantes et féministes, grand public ont intérêt à soutenir les grévistes en argent sonnant et en militance dans la rue.
Par les réseaux sociaux, le grand public s'y est mis illico. Plusieurs syndicats ont suivi par des dons non négligeables — Métallos, Unifor, Machinistes, AFPC (Le Devoir, 15/12/23). Reste à soutenir les lignes de piquetage et plus encore. Des groupes de parents ont aussi commencé à se mobiliser (Radio-Canada, 15/12/23). Ce branlement de combat commence à sentir la « grève sociale » comme ce fut le cas pour un bref moment lors du Printemps érable de 2012 quant les Libéraux sont passés en mode ouvertement répressif. L'on peut penser que cette leçon historique fait réfléchir la CAQ au cas où une résistance, inattendue par elle, induirait la grande tentation de la loi spéciale. Raison de plus pour le mouvement syndical et tous le peupletravailleur derrière lui, de tenir le coup et d'enfoncer le clou.
Marc Bonhomme, 16 décembre 2023
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca
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Permis de travail fermés – Des centrales syndicales réclament des changements majeurs au gouvernement fédéral

Montréal, le 18 décembre 2023 – En cette Journée internationale des migrants et dans le cadre de la consultation sur les permis de travail fermés et les travailleurs étrangers temporaires (TET) du Comité permanent de la citoyenneté et de l'immigration, quatre grandes centrales syndicales ont déposé un mémoire conjoint et réitèrent leur demande d'abolir ces permis et de les remplacer par des permis de travail ouverts, sans attache sectorielle ou régionale.
La Centrale des syndicats démocratiques (CSD), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) dénoncent que le Programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET) soit devenu aujourd'hui un moyen simple et rapide de combler des pénuries de main-d'œuvre persistantes, alors qu'au début, il visait réellement à combler de rares cas de pénuries. Cette voie de passage facile n'encourage pas les employeurs à améliorer les conditions de travail ni à investir dans la productivité de leur entreprise. Si les besoins du marché de l'emploi sont permanents, le gouvernement du Canada doit plutôt favoriser l'accès à la résidence permanente et améliorer le système d'immigration permanente.
« Le moment est opportun pour que le Canada change ses lois et ferme une des voies les plus décriées de l'exploitation contemporaine. Le recours aux TET est devenu d'une telle ampleur qu'on ne peut plus ignorer les effets délétères du permis de travail fermé, pour lequel il n'y a tout simplement plus d'acceptabilité sociale. Nous unissons nos voix pour défendre une vision de l'immigration plus inclusive, plus respectueuse de la dignité des personnes immigrantes et plus structurante pour les milieux de travail », soutiennent le président de la CSD, Luc Vachon, le vice-président de la CSQ, Mario Beauchemin, la présidente de la CSN, Caroline Senneville, et le secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc.
De plus, dans le contexte actuel de contraction du marché du travail et de hausse du taux de chômage, des TET ont perdu ou sont à risque de perdre leur emploi, sans possibilité d'opter pour un autre boulot, et le PTET contribue grandement à les faire basculer dans la catégorie des personnes sans statut, un nombre en augmentation.
Solutions
Les personnes immigrantes temporaires liées à un employeur unique sont vulnérables à toutes sortes d'abus, de discriminations et d'exploitations, car l'exercice de leurs droits comporte de hauts risques de représailles, comme le démontrent de nombreuses études. Les TET sont aussi exposés à des risques de santé et de sécurité plus élevés, car souvent, ils n'osent pas dénoncer une situation, même lorsqu'ils sont syndiqués.
Au-delà du remplacement des permis de travail fermés par des permis ouverts, la CSD, la CSN, la CSQ et la FTQ demandent :
1- Une augmentation des investissements dans les mécanismes d'information des personnes immigrantes temporaires sur leurs droits, d'inspection de leur milieu de travail, et de plaintes et de sanctions ;
2- Une priorisation de l'immigration permanente plutôt que temporaire, afin de combler de manière définitive les besoins socioéconomiques du pays ;
3- Une collaboration et un respect des compétences constitutionnelles des provinces et des accords entre les divers ordres de gouvernement ainsi qu'une concertation avec les partenaires de la société civile, dont les organisations syndicales.
Au Canada, le nombre de personnes immigrantes temporaires a plus que doublé en l'espace de trois ans (de 1 305 206 en 2020 à 2 198 679 en 2022), notamment à la suite de l'Entente Québec-Ottawa allégeant les règles du PTET.
La CSD, la CSQ, la CSN et la FTQ sont présentes dans tous les secteurs d'activités économiques. Ensemble, elles représentent près de 1,2 million de travailleuses et travailleurs.
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La crise climatique, un enjeu de santé et sécurité au travail

L'été 2023 s'annonçait comme le premier véritable été post-pandémique. Après trois ans de crise sanitaire, nous pouvions espérer un certain retour à la normale. Mais les feux de forêt qui ont frappé le Québec tout au long de la saison chaude nous ont rappelé qu'une crise encore plus grande se profile à l'horizon : celle liée aux changements climatiques. Tout comme la crise sanitaire, la crise climatique touche directement les milieux de travail. En ce sens, elle interpelle le mouvement syndical, qui peut prendre des mesures pour y faire face.
Tiré du Monde ouvrier no 146. L'auteur est chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques.
D'après le dernier rapport du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la fenêtre pour agir afin de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré se referme rapidement, mais chaque dixième de degré gagné peut faire une différence dans la vie des habitant·e·s de la Terre. Au cours du siècle, on peut s'attendre à une augmentation des événements météorologiques extrêmes et à une aggravation des catastrophes naturelles. Les averses dangereuses vont être de plus en plus probables. On fera aussi face à un accroissement du risque de tornades, de sécheresses, de feux de forêt et de vagues de chaleur. Selon des prévisions de Santé Canada, le nombre de journées de plus de 30o pourrait tripler d'ici 2080.
Ces changements affecteront directement les travailleuses et les travailleurs. En 2018, une vaste étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) – l'équivalent français de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) – a évalué les risques induits par le réchauffement climatique sur la santé au travail. D'après l'étude, il y a consensus autour du constat que les changements climatiques vont mener à une hausse de la fréquence et de la gravité des risques professionnels. Parmi les risques directs identifiés, il y a ceux associés aux vagues de chaleur, qui peuvent provoquer la déshydratation, les coups de chaleur et même la mort. Mais il y a aussi des risques indirects. Par exemple, les auteurs et autrices de l'étude mentionnent que la chaleur élevée peut nuire à la qualité du sommeil, ce qui peut engendrer une baisse de vigilance au travail, et donc accroître la probabilité que des accidents surviennent. L'étude préconise le développement d'une « culture de la prévention » face aux impacts des changements climatiques.
Pistes d'action syndicale face aux changements climatiques
Il faut donc dès maintenant poser des gestes pour limiter le réchauffement de la planète et repenser l'organisation du travail afin de réduire les risques associés aux perturbations du climat. On peut par exemple mettre en place des mesures pour éviter que des gens soient forcés de travailler lorsque les conditions ne sont pas sécuritaires.
Il serait ainsi possible d'instaurer des congés climatiques dans les conventions collectives et dans les normes du travail. Ces congés pourraient prendre une forme individuelle ou collective. Les congés individuels pourraient fonctionner de la même manière que les congés de maladie. Au cours d'une année, chaque personne aurait la possibilité de s'absenter du travail un certain nombre de jours lorsqu'une condition météorologique inhabituelle met en péril sa santé, sa sécurité, sa capacité à travailler ou sa capacité à se rendre au travail. Pensons par exemple aux familles qui ont subi l'inondation de leur maison à Longueuil en septembre 2022 ou à Baie-Saint-Paul en mai 2023. Parions qu'elles auraient souhaité pouvoir prendre un congé payé au moins le temps de gérer la catastrophe.
Les congés collectifs consisteraient à fermer automatiquement un milieu de travail (ou à limiter automatiquement le temps de travail) au-delà d'un certain seuil qu'on juge dangereux. En France, il existe déjà des « congés intempéries » pour les personnes employées dans le domaine de la construction. Des élu·e·s français·e·s ont proposé de mettre en place des « congés canicule » qui toucheraient l'ensemble des milieux de travail. En Allemagne, un·e salarié·e ne peut travailler plus de 4 heures lorsqu'il fait 29°C sur son lieu de travail. Quand la température atteint 35°C, le travail doit être suspendu pour la journée. Les établissements scolaires allemands doivent aussi fermer lorsqu'il fait trop chaud dans les salles de classe, l'idée étant qu'il est difficile de se concentrer quand la température est trop élevée.
Le droit de refuser de faire une tâche pourrait aussi être repensé en tenant compte des changements climatiques. À l'heure actuelle, la Loi sur la santé et la sécurité du travail reconnaît qu'un travailleur ou une travailleuse peut refuser d'exécuter une tâche s'il ou elle a des motifs raisonnables de croire que l'exécution de ce travail l'expose à un danger pour sa santé, sa sécurité ou son intégrité physique ou psychique ou peut avoir l'effet d'exposer une autre personne à un semblable danger. Dans un contexte où les risques climatiques augmentent, il importe de prendre en considération les conditions météorologiques dans lesquelles la tâche se déroule pour juger de sa dangerosité.
Mais pourrait- on pousser encore plus loin la réflexion sur la notion de tâche dangereuse ? Pourrait-on envisager de reconnaître que l'exécution d'une tâche peut porter atteinte à l'environnement et à la biodiversité ? La Charte québécoise des droits et libertés de la personne reconnaît depuis 2006 le droit de toute personne de « vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité ». Or, certaines activités commerciales et industrielles mettent en péril ce droit.
L'industrie fossile, notamment, représente une grave menace pour la planète et son expansion doit être stoppée, selon le rapport 2022 du GIEC. Conséquemment, on pourrait concevoir que le droit de refus soit étendu à des tâches jugées dangereuses du point de vue des risques climatiques. À titre d'exemple, si le droit de refus était appliqué de cette façon, des fonctionnaires chargé·e·s d'évaluer un projet de pipeline ou des travailleurs et travailleuses chargé·e·s de construire une telle infrastructure pourraient se prévaloir de ce droit pour refuser d'y participer. Ce droit de refus pourrait alors servir de fondement pour planifier une transition écologique à l'échelle des entreprises.
Dans les milieux de travail et dans l'espace public, des campagnes pour l'instauration de congés climatiques et pour l'extension du droit de refus seraient sans doute de bonnes occasions de sensibiliser la population aux conséquences des bouleversements climatiques.
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Les défis de 2024 pour une société plus juste et plus égalitaire

L'année 2023 est enfin derrière nous et nous en sommes à l'heure des bilans, sans oublier de jeter un regard sur ce que nous réserve 2024.
Tiré du Monde ouvrier no 146.
Il y a maintenant un an, la FTQ a élu un nouveau Bureau lors de son 33e Congrès, ainsi qu'une première femme à la présidence, un moment historique. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, comme le dit si bien l'expression, et nous en avons accompli des choses. Ne craignons pas de célébrer nos victoires.
Le dépôt d'un projet de loi anti-briseurs de grève au fédéral, la décision d'Ottawa allonger jusqu'à quatre semaines supplémentaires les prestations de chômage pour celles et ceux qui œuvrent dans les industries à activités saisonnières, l'adoption d'une loi protégeant les régimes de retraite en cas de faillites d'entreprises pour ne nommer que ces dossiers. Nous croyons sincèrement que le lobbying que nous avons fait auprès du gouvernement fédéral a porté ses fruits.
Au Québec, le gouvernement de la CAQ est plus difficile à suivre, mais nous avons tout de même réussi à lui faire abandonner sa réforme du Régime de rentes du Québec. Cependant, nous sommes inquiets en ce qui a trait à la centralisation qui s'annonce en santé et en éducation : il faudra rester attentifs et vigilants. Peutêtre que nous aurons à nous engager dans une vaste campagne d'accréditations syndicales en santé. Il faudra être solidaires et prêts à mener ce combat : nous le devons à nos membres. D'ailleurs, avec l'accord du Bureau de la FTQ, nous avons mis en place un comité de syndicalisation qui profitera à tous nos affiliés. Aussi, lors du dernier Congrès, comme équipe de direction, nous avons pris l'engagement de tenir une fois par année un Conseil général en région. Ce premier Conseil général en région a eu lieu en mai dernier à Baie-Comeau et, franchement, ce fut un grand succès de participation ! En 2024, nous aurons un deuxième Conseil général en région qui se tiendra à Matane au mois de mai.
Au cours de la prochaine année, nous aurons à nous mobiliser pour la modernisation de la loi anti-briseurs de grève du Québec et à faire pression pour la mise en place d'un véritable programme d'assurance médicaments public et universel à l'échelle du pays et aussi au Québec. D'ailleurs, le gouvernement fédéral a déjà promis d'aller de l'avant avec ce projet. Nous sommes également à préparer un plan d'action sur la vie chère, avec un salaire permettant d'assurer ses besoins de base, soit l'accès à un logement et à un panier d'épicerie à un prix abordable, mais aussi qui permet de mettre un peu d'argent de côté pour d'autres besoins essentiels afin que les travailleuses et travailleurs soient des acteurs économiques épanouis et que leurs familles puissent vivre dignement.
Enfin, il faudra faire comprendre au gouvernement que les permis de travail fermés pour les personnes immigrantes embauchées par différentes entreprises doivent être abolis. Une travailleuse ou un travailleur doit avoir le choix de quitter un patron qui ne le respecte pas pour offrir ses services dans un autre établissement.
La FTQ est la plus grande centrale syndicale du Québec, soyons en fiers. Bien sûr, il y aura des tempêtes, mais il y aura aussi de grandes victoires, et c'est ensemble et unis que nous aurons à livrer nos batailles !
Solidairement,
Magali Picard, présidente
Denis Bolduc, secrétaire général
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Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable

Le premier décembre dernier, une vaste coalition de groupes citoyens, écologistes, syndicaux, communautaires, ainsi que des professionnels, spécialistes et personnalités publiques de divers horizons lançait le Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable..
Ce manifeste est une réponse globale à l'empressement du gouvernement Legault à favoriser l'augmentation de la production électrique, l'extractivisme pour soutenir la filière batteries et la privatisation des énergies renouvelables. La publication de ce Manifeste vise à ouvrir la discussion la plus large possible.sur la question de l'énergie afin d'aboutir à des politiques visant à véritablement lutte contre les changements climatiques à protéger le territoire et la planète. (PTAG)
Nous sommes des forces convergentes de groupes environnementaux, du milieu syndical, de scientifiques, de professionnel·les et de spécialistes de divers domaines ainsi que des groupes citoyens et communautaires. Nous sommes engagé·es pour un avenir viable et juste. Nous savons que les défis pour y arriver sont de taille. Nous nous regroupons pour agir collectivement sur l'avenir énergétique de la société québécoise.
Cet été, le gouvernement Legault a organisé, sans grand bruit et en toute hâte, une consultation publique sur un projet de loi visant l'encadrement et le développement des énergies propres au Québec. Ce projet de loi devrait être déposé cet automne et visera entre autres à « moderniser » le cadre légal et réglementaire du secteur de l'énergie, la Loi sur Hydro-Québec et la Loi sur la Régie de l'énergie 1. Cette loi, nous dit le gouvernement, répond à un impératif : décarboner le système énergétique du Québec et atteindre la carboneutralité. Les modifications sont présentées comme des détails techniques visant à faciliter les transformations dont nous avons besoin pour atteindre cet avenir durable et juste auquel nous aspirons.
Or, à en juger par les déclarations récentes de François Legault, Pierre Fitzgibbon et Michael Sabia, il est clair que les enjeux touchés par cette loi vont bien au-delà de la question de l'électricité et de l'usage des énergies fossiles. Leur perspective sur le futur diverge indéniablement de la nôtre, et il existe un risque réel que leurs propositions nous éloignent considérablement du projet de société dont nous avons besoin pour un avenir viable et juste.
Questions et enjeux
Plusieurs questions se posent à nous dans le contexte où le Québec devra se défaire de sa dépendance aux énergies fossiles qui représentent la moitié de l'énergie consommée chaque année. Comment prendre pleinement conscience de l'effort collectif que nécessiterait la transition énergétique ?
- Accepterons-nous d'octroyer notre production énergétique en priorité à des industries étrangères énergivores ? Ou prioriserons-nous l'électrification de nos maisons, nos transports et nos industries ?
- Cette priorisation implique-t-elle une redéfinition de ce qui est entendu d'une vie épanouissante afin de protéger le territoire et la planète ? Ou souhaitons-nous plus simplement électrifier le statu quo ?
- Sommes-nous prêt·es à réduire la demande en énergie et mettre en place les transformations socio-économiques nécessaires pour y arriver de façon juste ? Ou souhaitons-nous endommager irrémédiablement le territoire ainsi que les écosystèmes qui s'y trouvent et affecter les communautés locales par la construction de grands barrages, de parcs éoliens, de centrales nucléaires et de mines d'uranium ?
- Si, au final, nous devons augmenter notre production énergétique, quelles options sont les plus acceptables ?
- Allons-nous continuer à confier la production d'énergies renouvelables au secteur privé, ou est-il plutôt souhaitable d'en reprendre la gestion publique ?
- Devrions-nous renforcer une gestion centralisée ou décentralisée de la responsabilité de la production et de la distribution vers les municipalités, les MRC ou les Régies intermunicipales ?
Pour quels arbitrages opterons-nous ? Ce ne sont que quelques exemples des grands choix de société qui se présentent à nous et qui auront des impacts à long terme.
Alors que les décisions d'une telle importance devraient émerger du dialogue social et du débat démocratique, elles semblent plutôt se prendre derrière des portes closes par une poignée de personnes. La situation est d'autant plus critique que le ministre de l'Économie et de l'Énergie se promène à travers le globe en faisant miroiter des térawattheures (TWh) d'énergie propre et à bas coût pour attirer des entreprises étrangères énergivores, quitte à construire toujours plus de barrages pour leur fournir plus d'électricité. Gouverner le Québec comme le Dollarama de l'énergie 2 pourrait avoir des conséquences désastreuses sur le territoire, sur notre capacité à fournir une énergie abordable à la population et à électrifier l'économie.
Ce bradage des ressources énergétiques est peut-être rentable à court terme pour un gouvernement et une industrie qui confondent transition écologique et occasions d'affaires. À long terme, des investissements privés et sans vision d'ensemble seront autant de verrous qui limiteront notre capacité à prendre en main collectivement et de façon démocratique notre avenir énergétique. Pour faire face à la crise climatique et environnementale qui nous menace, ce n'est pas d'un plan de développement industriel dont nous avons besoin, mais bien d'un véritable plan pour une transition énergétique porteuse de justice sociale.
Contexte historique et précédents
Nous dénonçons le manque de dialogue social, de vision et de planification dans le secteur énergétique depuis plusieurs années. Nous sommes collectivement confronté·es à des choix historiques qui vont déterminer l'avenir du Québec pour plusieurs générations. Les transformations à mettre en place auront des impacts importants sur nos modes de vie ainsi que sur nos façons de produire et de consommer. Les investissements faits aujourd'hui seront structurants pour l'économie et la société de demain. Malheureusement, le projet de loi censé baliser l'avenir énergétique du Québec risque de s'inscrire dans une logique extractiviste et de mettre en place les bases pour une importante crise sociale.
Rappelons que des situations similaires, où des projets de loi mal ficelés et inadéquats concernant des décisions importantes pour notre avenir énergétique ont été prises sans consulter adéquatement et ont été imposées à la population. Les lois adoptées, parfois sous bâillons, ont par la suite été contestées fortement, menant à des revirements plus conformes à la volonté populaire. Notons entre autres le projet de loi 106 adopté en 2016 et qui ouvrait la porte à l'exploitation du gaz au Québec. Il a été renversé en 2022 par la loi R-1.01 4 qui mettait fin à l'exploitation pétrolière et gazière sur l'ensemble du territoire. Notons également que plusieurs projets peu en phase avec la transition énergétique tels que l'exploitation des gaz de schiste, le 2 Suroit, le pipeline Énergie Est, le port méthanier de Cacouna et GNL Québec ont été abandonnés suite à de fortes mobilisations de la société civile dont nous nous réclamons.
Ainsi le manque de vision et de planification actuel cause un gaspillage d'énergies et de temps forts précieux. En plus, il risque de nous plonger dans une crise sociale qui pourrait braquer la population et ralentir les changements dont nous avons besoin. Pourquoi continuer sur cette voie ?
De nombreuses organisations ont déjà contribué à dessiner les grandes lignes d'un plan de transition ainsi qu'à élaborer des propositions concrètes telles la Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité du Front commun pour la transition énergétique 4 ; les 101 idées pour la relance du Pacte pour la transition énergétique et le Plan de la Déclaration d'urgence climatique 5. Chacun de ces plans permet d'esquisser les mesures dont nous avons besoin pour aborder les défis qui se posent à nous. Pouvons-nous nous appuyer sur ces réflexions pour mieux anticiper la profondeur des transformations nécessaires et en assurer la cohérence ?
Notre vision
Nos efforts ne doivent plus être consacrés essentiellement à nous opposer à des projets destructeurs. Il nous faut plutôt travailler à la construction d'un avenir viable. Nous croyons fermement que l'énergie doit être gérée de manière responsable, c'est-à-dire de façon démocratique, orientée vers l'intérêt public et générée en respectant les limites biophysiques de la planète. Nous demandons que l'énergie soit considérée comme un bien public. Nous réclamons un débat large sur l'avenir énergétique du Québec menant à une nouvelle politique énergétique cohérente. Celle-ci doit être basée sur une planification intégrée des ressources et permettre une réduction des demandes en énergie ainsi qu'une sortie juste, graduelle et prévisible, mais rapide, des énergies fossiles. Nous nous opposons à toute augmentation des tarifs d'électricité qui accentuerait la précarité et risquerait de ralentir la transition énergétique. Nous exigeons une meilleure protection des territoires, qui se fera en consultant les peuples autochtones et avec le consentement des communautés locales, en assurant leur participation aux prises de décisions qui les concernent et en reconnaissant leurs droits. En nous engageant ainsi, nous visons à protéger notre patrimoine énergétique commun pour les générations futures.
Des valeurs fondamentales
Nous prenons fermement parti pour le bien commun, la démocratie, la transparence, l'imputabilité, la justice sociale, la tolérance, la prise en compte des limites biophysiques de la planète, la stabilité, la sécurité énergétique, la préservation de nos acquis sociaux, la responsabilité face aux générations futures et la qualité de vie pour toutes et tous.
Nous voulons nous consacrer à construire un Québec résilient, décarboné, viable et juste.
Ce que nous nous engageons à faire
Face aux menaces qui pèsent sur notre avenir énergétique, nous sommes prêt·es à intensifier notre mobilisation pour mettre une pression incontournable sur les titulaires de charges publiques. Nous sommes déterminé·es à faire entendre nos voix et à exiger des modifications à cette loi qui soient adaptées au contexte actuel. Ensemble, nous travaillerons sans relâche pour défendre un avenir viable, basé sur des choix énergétiques cohérents et démocratiques et nous n'accepterons aucune régression dans notre quête pour protéger le vivant, l'intégrité de nos territoires et pour garantir l'équité énergétique pour tous et toutes.
Le rôle fondamental de l'énergie pour répondre à nos besoins essentiels
L'énergie joue un rôle central dans la satisfaction des besoins essentiels et du fonctionnement des sociétés modernes. Que ce soit pour éclairer nos maisons, nous transporter, chauffer nos bâtiments, faire fonctionner nos industries, sécuriser nos approvisionnements, l'énergie est une composante fondamentale de notre vie quotidienne. L'accès à l'énergie assure non seulement notre confort, notre bien-être, notre sécurité et nos activités économiques, mais c'est aussi une condition à la pleine réalisation des droits humains tels que le droit au logement, à la santé, à l'alimentation et à la dignité.
Cependant, ce n'est généralement pas l'énergie elle-même qui est requise par la population. Ce sont plutôt les services fournis par l'énergie : chauffage, climatisation, éclairage, cuisine, transport, communication. Pour réaliser le droit à la santé et à la dignité, il faut avoir accès à un espace de vie dans lequel la température est raisonnable en été comme en hiver. Pour ce faire, une maison convenablement isolée contribue autant au confort hivernal qu'un volume supplémentaire de combustible. De la même manière, un ménage a le droit à la mobilité et non pas un droit à l'essence 6. Cette distinction est importante puisqu'elle permet d'envisager des solutions pour réduire la consommation d'énergie tout en répondant aux mêmes besoins et en assurant un niveau similaire de bien-être.
Il en découle que la population doit avoir le droit d'accéder à des services énergétiques pour assurer un niveau de vie décent. Garantir un accès aux services énergétiques tout en limitant le gaspillage d'énergie est un équilibre crucial pour répondre aux besoins de la société tout en minimisant les impacts environnementaux. Nous croyons fermement que l'énergie est un bien public essentiel et qu'il en découle qu'elle doit être gérée dans l'intérêt collectif, plutôt que pour le profit privé.
Pour une énergie publique sous contrôle démocratique
Nous demandons à ce que l'énergie soit reconnue comme un service public dont les actifs sont stratégiques. Nous demandons que les actifs, la production, le transport et la distribution d'électricité renouvelable au Québec soient entièrement publiques, sous contrôle démocratique et soient utilisés dans le but d'atteindre les objectifs climatiques du Québec.
Une énergie gérée publiquement permet d'assurer l'accès universel, ce qui signifie que tous les citoyens et toutes les citoyennes, quel que soit leur lieu de résidence ou leur niveau de revenu, ont un accès le plus abordable possible aux services énergétiques.
Une vision globale à long terme et une planification cohérente sont nécessaires
Compte tenu de l'importance des enjeux et des besoins de transformation profonde du système énergétique, il est impératif que le gouvernement du Québec adopte une vision globale et à long terme pour élaborer et mettre en oeuvre des politiques cohérentes et ambitieuses, garantissant la sécurité énergétique et la protection du territoire tout en répondant aux défis de la crise climatique et du déclin de la biodiversité.
Nous dénonçons la forme de la consultation mise en place par le gouvernement en amont du projet de loi visant l'encadrement et le développement des énergies propres au Québec. Cette consultation était précipitée, incomplète et bien en deçà des engagements du premier ministre Legault sur la tenue d'un débat de société sur l'énergie. Elle se déroulait l'été, en période de vacances, ce qui a empêché plusieurs personnes d'intervenir. Nous estimons que l'absence de réelle consultation risque de porter atteinte aux fondements mêmes du système énergétique québécois et de nous priver de la possibilité de faire les choix énergétiques en phase avec nos valeurs.
Le manque de vision du gouvernement du Québec concernant la transition énergétique a été souligné à plusieurs reprises 7,8,9. Cette absence de vision se traduisait dans les résultats du Plan d'action 2013-2020 sur les changements climatiques du précédent gouvernement, qui ont été qualifiés de consternants 10. Elle se manifeste encore clairement dans le Plan pour une économie verte (PEV). Ce dernier se concentre principalement sur les occasions d'affaires liées à l'électrification et aux emplois bien rémunérés, sans prendre suffisamment en compte la faisabilité et les véritables répercussions d'une telle transformation. Selon cette approche, la transition vers une économie plus « verte » serait principalement une affaire lucrative pour le secteur privé.
En 2019, Hydro-Québec mentionnait un surplus d'énergie de 40 TWh 11. À peine trois ans plus tard, les besoins supplémentaires pour atteindre la carboneutralité d'ici 2050 étaient estimés à 100 TWh de plus que les 212 TWh que nous produisions déjà 12. Ensuite, le ministre Pierre Fitzgibbon a suggéré que les exigences pourraient atteindre 150 TWh 13, puis a évoqué l'idée d'augmenter la production jusqu'à 200 TWh 14. Ces chiffres contradictoires montrent à quel point la consommation d'énergie est mal planifiée. Des positions tout aussi contradictoires ont également été énoncées concernant l'augmentation des tarifs d'électricité, le recours au nucléaire, les nouveaux aménagements hydroélectriques et des mesures favorisant une sobriété plus ou moins bien définie.
Au-delà de cette vision incertaine et changeante, il y a lieu de demander s'il est réaliste de prévoir mettre en place les infrastructures pour augmenter de façon aussi considérable la production d'énergie. Ces nouvelles infrastructures, qui devraient être installées rapidement, équivaudraient en termes de capacité à celles qui ont été construites au Québec depuis la fin du XIXe siècle. Il faudrait déterminer quelles sources d'énergie privilégier, sacrifier une portion importante du territoire à cette production énergétique et trouver une quantité suffisante de matériaux et de main-d'oeuvre pour accomplir une telle tâche, ce qui est loin d'être acquis 15,16. Cela sans compter les investissements majeurs requis. De plus, alors que des choix d'une telle importance devraient émerger du dialogue social et du débat démocratique, les décisions semblent plutôt prises par un nombre restreint de personnes, derrière les portes closes du bureau du ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Cette façon de procéder favorise les décisions à la pièce et les solutions à court terme qui ne nous permettront pas d'atteindre nos objectifs, tels que définis dans ce manifeste.
Pour un débat sur l'énergie au Québec
Nous appelons à un débat public large, éclairé et ouvert sur l'avenir énergétique du Québec afin de tracer une feuille de route cohérente qui nous permettra d'atteindre nos objectifs collectifs. Nous demandons que le gouvernement mobilise les structures nécessaires pour un dialogue social permettant une concertation démocratique sur l'avenir énergétique du Québec. Nous demandons que chaque partie souhaitant participer à ce processus de débat public puisse être entendue et que tous les efforts nécessaires pour la participation de groupes diversifiés et représentatifs soient faits, y compris les communautés autochtones qui, par la richesse de leurs savoirs ancestraux, pourraient grandement enrichir nos réflexions.
Pour une nouvelle politique énergétique au Québec
La transformation du système énergétique et les investissements doivent être guidés par une vision ambitieuse et cohérente pour l'avenir. Nous demandons que le gouvernement mette en place une nouvelle politique énergétique permettant d'implanter un système énergétique socialement juste, décarboné et respectueux des limites des écosystèmes. Nous demandons que les objectifs, les moyens et les scénarios de transition d'une politique énergétique soient élaborés au grand jour, à la suite d'un débat public large mobilisant des instances de plénière et de concertation avec des groupes diversifiés, le tout à partir d'une méthodologie transparente. La politique devrait tenir compte des points présentés dans la suite de ce manifeste.
Reconnaître la crise écologique - au-delà du remplacement des énergies sales par des énergies « propres »
Le gouvernement a fait récemment plusieurs annonces au nom de la transition énergétique, avec une approche qui laisse penser que l'électrification résoudra tous les problèmes. Cependant, l'angle environnemental semblent n'y être qu'un lointain arrière-plan. La recherche de consertement des populations locales et des communautés autochtones ne semble pas non plus une priorité.
La prise de conscience croissante des défis environnementaux, tels que la crise climatique, la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes, transforme la manière dont nous pouvons envisager l'utilisation de l'énergie et le développement de nouvelles sources. La décarbonation du système énergétique québécois est essentielle pour répondre aux engagements internationaux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et préserver l'environnement pour les générations futures. Ce processus est confronté à plusieurs défis majeurs et la décarbonation nécessite un effort soutenu et coordonné.
Cependant, il est nécessaire de reconnaître que même les sources d'énergie renouvelable ne sont pas exemptes de contraintes écologiques et sociales. L'installation de parcs éoliens, de centrales solaires, de barrages hydroélectriques, l'extraction de graphite, de cuivre et de lithium ou encore la production de bioénergie ont des impacts environnementaux. Ces infrastructures et ces projets souvent imposants perturbent notamment les écosystèmes locaux, la qualité ou la disponibilité de l'eau et les habitats naturels dans un contexte où la biodiversité est en déclin sévère 16. Ils peuvent occuper de vastes superficies et entrer en conflit avec l'utilisation du territoire à des fins autres qu'énergétiques et ainsi affecter également les communautés locales. De plus, la disponibilité à long terme de plusieurs ressources stratégiques nécessaires à ces énergies est de plus en plus remise en question. L'hydroélectricité, bien que moins émettrice de GES, n'est pas non plus sans impact sur l'environnement. Le harnachement de rivières, la création de réservoirs et l'ouverture de nouveaux accès à des territoires auparavant inaccessibles ont des conséquences importantes sur les écosystèmes entiers, entraînant des perturbations dans les habitats naturels. L'effet cumulatif des barrages au fil de l'eau et des centrales hydroélectriques, tant sur le cycle de l'eau que sur la biodiversit, n'a d'ailleurs jamais fait l'objet d'études.
La transition vers les énergies renouvelables est cruciale pour réduire notre empreinte carbone, mais elle n'est pas suffisante à elle seule pour décarboner l'économie tout en respectant les limites planétaires. La transition doit également être guidée par une approche holistique qui tient compte des multiples impacts environnementaux à tous les stades du cycle de vie de l'énergie. Cela exigera de miser sur la réduction des demandes énergétiques.
Pour une planification intégrée des ressources
Nous demandons une planification énergétique intégrée selon une approche systémique plutôt que selon une approche en silo. Celle-ci devrait tenir compte des besoins actuels et futurs de la société québécoise. Elle devrait notamment prendre en considération les options liées à la réduction des demandes, l'ecacité énergétique, les sources d'énergie renouvelable et devrait également impliquer les ministères parties prenantes (par exemple, le ministère des Transports et celui des Affaires municipales et de l'Habitation). Au-delà des questions énergétiques, elle devrait considérer l'impact sur
le climat, la qualité de l'air, le territoire, les écosystèmes et les communautés humaines et viser à minimiser ces impacts. Elle devrait étendre sa compréhension à tout le cycle de vie des différentes filières énergétiques, de la récolte ou de l'extraction de matières premières à la production de l'énergie en passant par la production des infrastructures, le transport, jusqu'à l'utilisation, les émissions et les déchets. Elle garantira enfin garantir un accès aux services énergétiques pour assurer un niveau de vie décent dans le respect des limites planétaires et des territoires. L'évaluation environnementale régionale développée par le Centre québécois du droit de l'environnement est une piste qui pourrait être explorée pour évaluer l'effet cumulatif des projets envisagés 18,19, 20. Le cadre écologique de référence publié par le Ministère de l'environnement et de la lutte contre les changements climatiques devrait contribuer à informer les décisions. 21
Pour des mesures qui favorisent la réduction des demandes en énergie
En conformité aux possibilités et contraintes biophysiques de chaque bio-territoire, nous demandons l'utilisation de mesures pour réduire les demandes d'énergie, à la fois totale et par secteur, notamment en visant l'efficacité énergétique et l'incitation collective à des modes de vie durables. Les politiques à mettre en place pour réduire la consommation d'énergie devraient notamment favoriser la mobilité active, collective et partagée, un aménagement plus durable du territoire, des bâtiments plus écoénergétiques, un système alimentaire plus local, sain et écologique, et soutenir des comportements individuels et collectifs favorisant le partage, la sobriété de manière équitable. Cette réduction de la demande concerne aussi bien les citoyennes et les citoyens que le secteur institutionnel et les petites, moyennes et grandes entreprises.
Bien qu'elle présente des défis dans sa mise en œuvre, la réduction de la consommation d'énergie est essentielle pour préserver le territoire et lutter contre la crise climatique, ainsi que pour permettre un partage équitable des ressources entre le Nord et le Sud global.
Se débarrasser de notre dépendance aux énergies fossiles - une nécessité !
Nous nous apprêtons à dépasser dangereusement les limites planétaires liées aux émissions de GES. Selon l'Agence internationale de l'énergie, d'ici 2035, les émissions de GES doivent diminuer de 80 % dans les économies dites « avancées » et ces dernières doivent atteindre des émissions nettes nulles vers 2045 22. Pour sa part, le secrétaire général des Nations unies demande aux pays développés « de s'engager à atteindre l'objectif d'une consommation nette nulle le plus près possible de 2040 23 ». En tant que nation riche, le Québec doit faire sa juste part 24 dans la lutte climatique et faire preuve de beaucoup plus d'ambition alors que la cible gouvernementale de réduction de 20 % en 2020, par rapport à 1990, a été manquée, que le Québec n'est nullement en voie de réaliser la baisse officiellement visée de 37,5 % d'ici 2030 (par rapport à 1990 25) et que cette cible est largement insuffisante.
Nous savons que toutes les trajectoires modélisées à l'échelle mondiale qui limitent le réchauffement à des seuils nous évitant de basculer dans des scénarios de plus en plus catastrophiques impliquent des réductions rapides et majeures des émissions de GES dans tous les secteurs 26. Au Québec, près des trois quarts de nos émissions sont attribuables aux énergies fossiles 27. De ces émissions fossiles, les trois quarts proviennent de l'utilisation de pétrole dans le secteur des transports et un cinquième résulte de l'utilisation du gaz « naturel » dans les secteurs résidentiel, commercial, institutionnel et industriel. Le remplacement des combustibles fossiles par l'électricité pourrait nous faire profiter d'un avantage économique considérable : la diminution de nos importations massives de gaz et de pétrole, qui nous permettra d'importantes économies et réduira notre déficit commercial.
Le principe du pollueur payé - l'exemple de l'entente entre Énergir et Hydro-Québec
Le gaz naturel est une énergie fossile qu'il faut éliminer le plus rapidement possible : nous continuerons d'aggraver la crise climatique tant qu'il sera utilisé dans nos maisons et immeubles. Pourtant, en juillet 2021, Hydro-Québec et Énergir annonçaient un partenariat qu'elles qualifiaient d'« inédit » pour « réduire les émissions de GES 28 ». L'entente vise à présenter la biénergie, c'est-à-dire le passage de systèmes de chauffage au gaz vers la biénergie hydroélectricité/gaz,comme un pas vers la décarbonation du parc immobilier. En réalité,miser sur la biénergie plutôt que sur l'électrification permet deprolonger la dépendance au gaz.
Cette entente contrevient au principe fondamental du pollueur-payeur, voire introduit le concept troublant de pollueur-payé. Elle prévoit qu'Hydro-Québec dédommagera financièrement la firme gazière privée pendant au moins 25 ans pour compenser les pertes causées par ce transfert énergétique. Aurait-on idée de compenser les pétrolières pour chaque recharge de voiture électrique ? On parle ici de quelque 2,4 milliards de dollars versés par les client·es d'Hydro-Québec 29 ! Bien que l'entente tienne toujours, plusieurs groupes ont plaidé à la Régie de l'énergie contre l'idée qu'Hydro-Québec puisse refiler la facture à ses clients au travers d'augmentations des tarifs d'hydroélectricité et ont eu gain de cause 30.
Pour atténuer nos craintes, on veut nous faire croire qu'un mélange de gaz naturel ordinaire et de gaz de source renouvelable (GSR) peut être efficace pour réduire les GES. Il s'agit en fait d'une fausse solution. Le GSR représente à peine 1 % de ce que transporte Énergir dans ses conduites jusqu'à nos maisons. La réglementation prévoit que le GSR comptera pour 2 % du gaz distribué à compter de 2023, pour 5 % à compter de 2025 et pour 10 % à compter de 2030 31. C'est donc dire qu'en 2030, Énergir distribuera encore 90 % de gaz « naturel » fossile issu de la fracturation hydraulique ! Plusieurs groupes dénoncent l'entente entre Énergir et Hydro-Québec et demandent son abandon.
Cette entente met en danger la notion de responsabilité environnementale et économique. Il est impératif de garantir que les entreprises qui ont un impact sur l'environnement assument pleinement leurs responsabilités.
Pour des plans contraignants visant une sortie graduelle et prévisible, mais rapide des énergies fossiles
Nous appelons à la mise en place de politiques énergétiques qui prévoient l'élimination progressive, mais rapide des énergies fossiles de manière prévisible et ordonnée.
Contre le principe du pollueur payé
Nous demandons que le gouvernement rejette toute mesure qui ferait payer la transition énergétique ou les pertes de revenus des producteurs et des distributeurs d'énergies fossiles par les entreprises productrices d'énergies renouvelables ou par leurs consommateurs et consommatrices. Nous dénonçons tout « dédommagement » versé à des entreprises d'énergie fossile autre que pour soutenir la transition juste des emplois.
Nos infrastructures stratégiques - Hydro-Québec : un patrimoine collectif
L'énergie est bien plus qu'une simple commodité ; elle est également produite par des infrastructures stratégiques. Les installations de production, les réseaux de transport et les systèmes de distribution d'énergie forment l'épine dorsale de l'économie et des sociétés modernes. Ces infrastructures sont
essentielles pour maintenir la stabilité économique, la sécurité nationale et la qualité de vie. Par conséquent, la gestion et la sécurisation de ces ressources énergétiques revêtent une importance capitale, tant pour répondre aux besoins présents que pour préparer un avenir viable.
Le Québec a depuis longtemps compris l'importance stratégique de l'énergie. Avant qu'Hydro-Québec ne soit fondée en 1944, la population était insatisfaite des services plus ou moins fiables, du refus d'électrifier certaines régions rurales 25 des entreprises privées faute de « rentabilité ». Les tarifs souvent élevés, malgré les profits importants 26, et inégaux selon l'adresse et la région étaient également une source de mécontentement. En 1963, une deuxième vague de nationalisation d'un système largement privé jugé coûteux et inecace a consolidé la société d'État responsable de la production, du transport et de la distribution de l'électricité au Québec permettant ainsi d'électrifier l'ensemble du territoire québécois. Depuis, de grands projets hydroélectriques ont été développés dans le Nord québécois ainsi que d'imposants réseaux de transport à haute tension, technologie développée au Québec. Hydro-Québec est ainsi devenue l'un des plus importants producteurs d'hydroélectricité au monde.
Hydro-Québec est bien plus qu'une simple entreprise d'énergie. C'est une pièce importante du patrimoine profondément ancrée dans l'identité collective du Québec. C'est un bassin d'expertise comme nulle autre ailleurs et plus que jamais une clé pour notre avenir. Il est cependant important de reconnaître que le développement de ces immenses réservoirs et les infrastructures de transport de l'électricité ont souvent eu des répercussions disproportionnées sur les terres, les ressources et les modes de vie des communautés autochtones, notamment des nations Kanien'kehá:ka, Anishinabeg, Atikamekw, Innus, Mi'kmaq, Wendat, Abénaquis, Eeyou et Inuit. affectant profondément et de façon irrémédiable leur mode de vie et leur culture et entraînant des pertes douloureuses de territoires ancestraux et de lieux de sépulture.
Aujourd'hui, l'hydroélectricité produite au Québec émet peu de GES comparativement aux énergies fossiles. Elle est convoitée par des entreprises de partout dans le monde qui souhaitent s'accoler l'étiquette « verte », comme en témoignent les nombreux projets énergivores qui ont été soumis au gouvernement récemment 34. François Legault a d'ailleurs affirmé qu'Hydro-Québec se préparait à annoncer « beaucoup de barrages » pour répondre à cette demande 35. Le plan d'action d'Hydro-Québec, déposé en novembre 2023, prévoit d'ici 2035 « l'ajout de 60 TWh, soit entre 8 000 et 9 000 MW de puissance additionnelle. C'est équivalent à trois de nos plus grands ouvrages hydroélectriques : l'aménagement Robert-Bourassa (LG-2), Manic-5 et le complexe de la Romaine 36 »
Un retour en arrière avec des bras grand ouverts au privé
Hydro-Québec a été fondée alors que les défauts du système énergétique privé préexistant étaient évidents et que la population exprimait une grande insatisfaction devant les problèmes causés par des services défaillants. Aujourd'hui, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne envisagent la possibilité d'étendre considérablement la portion publique de leur secteur de l'énergie, notamment pour garantir la sécurité de ce maillon névralgique de leur économie 37. La sécurité d'approvisionnement, soit une livraison stable et fiable d'énergie, est récemment devenue un enjeu important sur lequel les États souhaitent avoir plus de contrôle. Irons-nous dans le sens contraire ? Souhaitons-nous réellement un retour en arrière ?
Le spectre de la privatisation et de la dérèglementation plane sur le secteur énergétique québécois. Le projet de loi qui sera déposé à l'automne pourrait favoriser la participation du secteur privé au développement des infrastructures énergétiques 38 et faire ainsi augmenter encore la part grandissante d'énergie déjà produite par le privé 39. Le trio de décideurs formé par François Legault, Pierre Fitzgibbon et Michael Sabia a laissé entendre que le privé pourrait avoir un rôle important à jouer, notamment dans la construction de petits barrages et d'éoliennes, tout en assurant que « les grands ouvrages vont rester l'apanage de la société d'État » 40,41,42. La possibilité de permettre à un plus grand nombre d'entreprises de produire leur propre énergie a aussi été évoquée 43.
Les mémoires soumis par les organisations liées au monde des affaires mettent en lumière de façon claire des positions en ligne avec cette tendance et les demandes exprimées illustrent les intentions du secteur privé concernant la question de l'énergie :
• Augmenter la production d'énergie en vue de stimuler la croissance économique ;
• Maintenir l'utilisation des combustibles fossiles aussi longtemps que possible 36 et même l'augmenter 37 ;
• Encourager la privatisation de la production d'énergies renouvelables 38,39,40 ;
• Réduire les réglementations qui entravent les initiatives du secteur privé 41,42 ;
• Abolir les mécanismes qui garantissent l'accès à une énergie abordable dans le secteur résidentiel 43,44,45,46,47 ;
La privatisation risquerait ainsi de compromettre l'accès à une énergie propre, fiable et abordable pour la population québécoise, tout en réduisant la capacité du gouvernement à orienter la politique énergétique dans l'intérêt public à long terme. C'est pourquoi nous nous joignons à de nombreux défenseurs de l'énergie publique au Québec qui s'opposent vigoureusement à la privatisation et plaident en faveur du maintien d'un système énergétique sous contrôle public 56 57, 58, 59.
Hydro-Québec doit rester dans le giron public afin d'écahapper à la course au profits et de lui permettre d'accorder la priorité à la décarbonation des activités existantes de la société québécoise plutôt qu'aux nouveaux projets industriels énergivores.
Contre la privatisation totale ou partielle d'Hydro-Québec
Nous nous opposons fermement à toute tentative de privatisation d'Hydro-Québec ou de ses actifs. Hydro-Québec est un actif patrimonial et stratégique et doit rester sous contrôle public. Nous rejetons toute forme d'érosion de cette institution, cruciale pour notre bien-être collectif, au profit du privé. Nous demandons à ce que l'obligation d'Hydro-Québec de distribuer l'électricité à toute personne qui le demande soit maintenue pour le secteur résidentiel. Nous demandons que la production serve en priorité à l'électrification des transports ainsi que des industries et des bâtiments existants. Nous demandons également des modifications réglementaires pour permettre à Hydro-Québec d'acheter les surplus d'électricité des autoproducteurs et le maintien des règles qui empêchent les grands consommateurs d'acheter leur électricité directement d'un producteur d'électricité renouvelable sans transport ou avec transport privé.
Favoriser la démocratie dans la gestion de l'énergie : la Régie de l'énergie, un outil indispensable
L'une des principales préoccupations dans la préservation de l'énergie publique au Québec est d'assurer une imputabilité des décisions. La Régie de l'énergie du Québec joue un rôle central dans les processus démocratiques de gestion de l'énergie. En tant qu'organisme gouvernemental indépendant, elle régule les secteurs de l'électricité, du gaz naturel et du pétrole, approuvant les plans d'approvisionnement et établissant des tarifs et des normes, tout en favorisant la transparence et la participation publique. Selon la loi, elle a pour mandat d'assurer « la conciliation entre l'intérêt public, la protection des consommateurs et un traitement équitable du transporteur d'électricité et des distributeurs ». Elle favorise également « la satisfaction des besoins énergétiques dans le respect des objectifs des politiques énergétiques du gouvernement et dans une perspective de développement durable et d'équité au plan individuel comme au plan collectif 52 ». Elle prend des décisions basées sur des données factuelles, contribuant ainsi à éviter les décisions politiques arbitraires.
Le rôle de la Régie de l'énergie est donc essentiel pour équilibrer les intérêts des citoyen·nes, des entreprises et la protection de l'environnement et ainsi renforcer la démocratie dans ce domaine vital pour la société québécoise. C'est un rempart contre les abus et une contre-expertise au gouvernement et à Hydro-Québec.
Il est essentiel de sauvegarder et de renforcer le rôle de la Régie de l'énergie, garantissant ainsi un échange public entre experts et permettant l'intervention du public. La Régie doit avoir les ressources et l'autorité nécessaires pour protéger les intérêts des citoyen·nes et veiller à ce que les décisions en matière d'énergie soient prises de manière équitable et transparente. Le processus de sélection des régisseurs et administrateurs devrait être transparent et relever d'instances démocratiques.
Une volonté d'affaiblir la Régie de l'énergie ?
Déjà, des dispositions ont affaibli la Régie dans les dernières années. En 2000, le projet de loi 116 retirait à la Régie son droit de regard sur la production énergétique, soustrayant du même coup la production, dont la construction de nouveaux barrages, de tout examen public 53. En 2019, le projet de loi 34 était adopté sous bâillon, au mépris de la forte opposition. Il affranchissait Hydro-Québec de plusieurs contrôles de la Régie de l'énergie sur sa tarification, levant notamment l'obligation de se soumettre à un exercice d'examen chaque année au profit d'un examen aux cinq ans et arrimant les augmentations des tarifs à l'inflation plutôt qu'aux taux les plus bas compatibles avec une saine administration financière, comme c'était le cas lors de la création d'Hydro-Québec. En février 2023, depuis l'adoption du projet de loi 2, c'est le gouvernement du Québec, avec Hydro-Québec, plutôt que la Régie, qui autorisent les projets industriels qui demandent plus de 5 MW de puissance 54. Notons également qu'à ce jour, bien que la Régie soit tenue au « respect des objectifs des politiques énergétiques du gouvernement et dans une perspective de développement durable et d'équité », elle ne dispose pas des pouvoirs pour assurer l'atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) lors de ces arbitrages.
Plusieurs intervenants du milieu des affaires réclament d'affaiblir davantage la Régie de l'énergie. La Fédération des Chambres de commerce s'attend par exemple « à ce que l'allègement du fardeau réglementaire et administratif soit au cœur de la nouvelle approche en matière énergétique et ce, autant pour les autorisations de projets d'envergure que pour le fonctionnement de la Régie 55 ».
Ouvrir une nouvelle brèche dans les compétences de la Régie équivaudrait à renoncer à notre capacité à exercer nos droits de représentation, de contestation et de révision des décisions politiques qui, autrement, resteraient inaccessibles à tout recours. Nous ne devrions pas permettre un glissement vers des choix énergétiques faits par un nombre restreint d'individus, ce qui compromettrait la prise de décisions éclairées basées sur des données scientifiques et techniques ainsi que la possibilité d'une participation publique au débat.
Pour la sauvegarde et le renforcement des pouvoirs de la Régie de l'énergie
Nous demandons que tous les moyens et les structures nécessaires soient mis en place pour garantir et protéger le rôle la Régie de l'énergie du Québec en tant que tribunal administratif indépendant et impartial en matière énergétique. Nous demandons d'étendre ses pouvoirs à l'évaluation des activités de production énergétique en toute transparence.
En plus de ses rôles actuels de réglementation et d'approbation des projets d'approvisionnement énergétique, nous demandons que la Régie de l'énergie, conformément à une politique énergétique basée sur une planification intégrée des ressources, soit tenue d'intégrer les objectifs de lutte au réchauffement climatique et de protection de l'environnement à ses critères prioritaires de décision et approuve les projets de production d'énergie pour qu'ils soient alignés sur la transition vers un système énergétique juste, décarboné et respectueux des écosystèmes. Cette obligation ne doit d'aucune manière exempter les projets des évaluations environnementales stratégiques et des procédures d'enquête et d'audiences publiques auxquelles ils sont soumis en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement.
Les processus de la Régie doivent être plus inclusifs, indépendants et transparents.
L'importance d'une transition juste et inclusive
Les impacts de la crise climatique et de la transition énergétique ne sont pas distribués également. La notion de transition énergétique et écologique juste — ou transition juste — a été développée par le mouvement syndical mondial pour protéger les travailleuses et les travailleurs touché·es par la transition vers une économie sobre en carbone. Elle est née de la nécessité de protéger les moyens de subsistance de ces personnes et de s'assurer que les gouvernements accordent une attention aux conséquences des transformations profondes liées à la transition. Elle a permis de renforcer les capacités d'agir ainsi que le partage d'expériences et de compétences tout en établissant les bases d'un dialogue social inclusif.
La transition énergétique provoque des changements majeurs et constitue une occasion de transformations importantes dans le monde du travail. Ce phénomène concerne les travailleuses et les travailleurs dont les emplois dépendent d'industries à hautes émissions de GES, qui pourraient se retrouver en situation de précarité et devoir réorienter leur carrière.
En 2015, l'Organisation internationale du Travail (OIT) a adopté les Principes directeurs de la transition juste, qui soulignent que cette transition repose sur le dialogue social, la protection sociale, le droit au travail décent et le droit à l'emploi. Il est maintenant nécessaire d'adapter ce concept à la situation actuelle du Québec, que ce soit dans ses différentes régions ou secteurs d'activité.
Pour les travailleuses et travailleurs ainsi que les communautés qui dépendent des énergies fossiles, une transition juste signifie leur donner accès à de bons emplois de remplacement avec toute la formation nécessaire. Cela signifie également une pleine participation démocratique des personnes concernées à la planification de la transition. Les travailleurs et travailleuses touché·es par la transition font un travail crucial en plus de posséder une expertise essentielle dans un contexte de transformation du système énergétique et de sortie graduelle des énergies fossiles.
La crise climatique et la transition auront des répercussions sur l'ensemble de l'économie et pas seulement sur le secteur de l'énergie 64. Les travailleurs et travailleuses des services publics, des secteurs agricole, forestier et de la construction, les femmes, les populations à faible revenu, les jeunes, les personnes âgées et les peuples autochtones sont également parmi les plus affectés par la transition.
Les mesures visant à juguler la crise climatique pourraient elles aussi pénaliser injustement certaines personnes et accroître les inégalités. À moins de prévoir des mécanismes de compensation, certaines mesures fiscales, réglementaires ou tarifaires, entre autres, pourraient avoir un impact démesuré sur les groupes les moins nantis. Pourtant, ils contribuent généralement le moins au réchauffement climatique. Il importe donc que chaque mesure de transition écologique soit assortie d'une analyser d'impact social, par exemple l'analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) ou l'analyse différenciée selon les sexes plus (ADS+), afin d'évaluer ses effets sur les populations les plus vulnérables et d'adopter des politiques publiques plus inclusives. Des mesures visant à contrer les impacts négatifs sur ces populations devraient également être mises en place. La progressivité des mesures est donc un élément essentiel d'une transition porteuse de justice sociale. La transition peut être l'occasion de construire une société plus résiliente dans laquelle la richesse sera mieux distribuée.
En intégrant ces aspects sociaux et économiques dans la planification de la transition énergétique, nous pouvons non seulement faciliter l'acceptabilité de la lutte contre la crise climatique, mais également promouvoir une société plus équitable et viable.
Pour une transition juste pour les travailleurs et travailleuses
Nous exigeons une transition juste vers une économie décarbonée respectant les limites planétaires qui garantit le dialogue social, des emplois décents pour tous et toutes, qui protège les droits des travailleurs et travailleurs, qui favorise l'inclusivité, qui soutient la formation et la reconversion professionnelles et qui adopte des politiques industrielles et publiques pour une véritable protection sociale permettant de faire face aux défis environnementaux. La transition juste est essentielle pour créer un avenir où le travail décent, la justice sociale et l'éradication de la pauvreté vont de pair.
Pacte social, bloc patrimonial et interfinancement : notre héritage énergétique
En 1962, un « pacte social » entre l'État québécois, Hydro-Québec et la population a été établi. La population assumait collectivement le risque financier de la nationalisation d'Hydro-Québec en garantissant les emprunts et en les payant avec ses impôts. En retour, l'accès à l'électricité lui était facilité par une tarification relativement basse et uniforme sur l'ensemble du territoire 57, notamment grâce à l'uniformisation régionale et à une mesure appelée l'interfinancement 58. L'interfinancement consiste à faire payer une catégorie de clients (les clients des secteurs commercial, institutionnel et industriel) des tarifs plus élevés que les coûts afin de financer des tarifs plus bas que les coûts pour une autre classe de consommateur (les clients résidentiels).Grâce à l'interfinancement, la population québécoise paie 86 % des coûts de service des coûts de l'hydroélecetricité. 61.
Malgré l'interfinancement, les entreprises et les industries paient l'électricité à des tarifs extrêmement compétitifs comparativement à d'autres villes nord-américaines 60. De plus, les entreprises et les industries, qui financent cette réduction, ont accès à des avantages fiscaux tels que le remboursement des taxes et la déduction de leur compte d'électricité de leurs impôts, ce que la clientèle résidentielle ne peut obtenir.
En 1981, le concept du versement d'un dividende d'Hydro-Québec à son actionnaire unique a été mis en place. En 2022, Hydro-Québec remettait ainsi près du trois quarts de ses bénéfices au Gouvernement du Québec, soit un dividende de 3,4 milliards de dollars. Avec les taxes, frais et redevances, la contribution de la société d'État aux coffres publics était portée à 6 milliards de dollars 61. Ces ponctions compromettent cependant la mission initiale d'Hydro-Québec de fournir une énergie à faible coût à la population québécoise.
En 2000, un changement législatif, qui dérèglementait la production de l'électricité et introduisait des mécanismes de concurrence, a mené en contrepartie à la création du « bloc patrimonial ». Le bloc patrimonial désigne une quantité d'électricité destinée prioritairement à la desserte des besoins québécois et dont le prix, fixé dans la Loi, devait préserver l'esprit du pacte social de 1962 62. « Il s'agit en quelque sorte d'un dividende consenti à la population québécoise pour refléter l'investissement collectif dans le développement du potentiel hydroélectrique par le passé. Ce bloc d'énergie protégé de la fluctuation des prix du marché se chiffre à 165 TWh, ce qui représentait en 2018 environ 90 % de l'énergie électrique consommée annuellement au Québec 63 ». Au-delà de ce bloc, l'énergie supplémentaire est fournie au prix du marché.
Nos investissements gigantesques dans Hydro-Québec nous valent ainsi, encore aujourd'hui, un accès universel relativement abordable en électricité.
Précarité énergétique : un problème affectant déjà les ménages québécois
La précarité énergétique désigne la situation où un ménage a de la diculté à se procurer l'énergie nécessaire pour la satisfaction de ses besoins de base dans son logement ou y arrive au détriment d'autres besoins essentiels 64, ce qui peut compromettre leur qualité de vie, leur santé et leur bien-être. Malgré les tarifs d'énergie relativement bas, selon la mesure retenue, entre 9 et 16 % des ménages sont en précarité énergétique au Québec.
En 2018, Hydro-Québec a procédé à près de 50 000 interruptions de service chez ses clients en recouvrement, et dans 11 % des cas pendant plus d'une semaine 65. Une coupure de service de plusieurs jours, lorsqu'il fait froid, met en danger ces personnes. À Montréal, où il fait plus chaud que dans bien des régions du Québec, la température est inférieure à 0 °C, en moyenne 19 jours en novembre et 13 jours en avril 66. Cette réalité prive de nombreux ménages à faible revenu au Québec de leur droit fondamental à des services énergétiques nécessaires à leur bien-être et à leur participation à la société. La prise en compte de la précarité énergétique dans la planification énergétique est essentielle pour assurer une transition énergétique véritablement équitable et inclusive.
Dans un contexte où le prix de l'énergie augmente plus rapidement que la capacité de payer des ménages, la planification énergétique devrait intégrer cette dimension et cibler des solutions spécifiques pour aider les ménages vulnérabilisés à accéder à une énergie abordable, à améliorer l'ecacité énergétique de leurs logements et à réduire leur dépendance aux énergies polluantes. Cela contribue non seulement à réduire les inégalités énergétiques, mais également à créer une société plus résiliente et socialement équitable, où chacun peut bénéficier des avantages de la transition énergétique.
Un manque de vision qui pourrait causer une hausse douloureuse des tarifs
Plusieurs menaces planent et pourraient engendrer une pression à la hausse sur les tarifs :
• La révision de la tarification : Au début mai, lors de l'étude de crédits, le ministre Pierre Fitzgibbon ramenait son concept de sobriété énergétique en l'associant à une révision possible de la tarification résidentielle Hydro-Québec afin « d'ajuster les comportements » des Québécois 67. Pour certains des experts consultés par le gouvernement, le processus actuel d'établissement des tarifs ne donne pas un signal de prix incitatif, ce qui est considéré comme problématique dans un contexte où l'ecacité énergétique doit être mise au premier plan 68. Le projet de loi risque de remettre en question la tarification qui procure actuellement une énergie relativement abordable, d'autant plus que le PDG 12 d'Hydro-Québec arme que l'électricité est devenue un « actif précieux », ce qui justifierait des augmentations de tarifs 69 ;
• L'attribution abusive de blocs d'énergie à des projets énergivores : Il est inacceptable de dilapider des TWh imaginaires en les octroyant à des industries énergivores pour qui l'utilisation d'hydroélectricité considérée comme « verte » est une plus-value, de créer ainsi en toute connaissance
de cause une rareté énergétique et d'utiliser le spectre de la hausse de tarifs pour « ajuster les comportements des Québécois·es » et forcer la sobriété. De même, la vente d'électricité à nos voisins du Sud précarise la position d'Hydro-Québec dans son devoir de distribuer cette énergie aux citoyens qui ont payé pour la produire. C'est le symbole flagrant du manque de capacité de voir loin du gouvernement de la CAQ ;
• L'interfinancement remis en question : La fin de l'interfinancement a été réclamée par plusieurs intervenants proches du monde des affaires 70,71,72,73. Au Québec, les entreprises se plaignent, mais oublient qu'elles bénéficient de tarifs très avantageux, si on les compare à ce qui leur en coûterait ailleurs en Amérique du Nord ;
• L'abolition du bloc patrimonial : Le bloc patrimonial est régulièrement remis en question par divers protagonistes 74,75 et l'Institut économique de Montréal revenait à la charge avec cette proposition lors des consultations 76 ;
• L'entente Énergir-Hydro : Cette entente prévoit des compensations à Énergir, un distributeur de gaz naturel, par Hydro-Québec, un fournisseur d'hydroélectricité. C'est grâce au processus de la Régie de l'énergie que des organismes ont pu demander à ce que les coûts de l'entente ne soient pas refilés aux client·es d'Hydro-Québec et ont eu gain de cause 77 ;
• La marge de profit et les garanties exigées par le privé : Afin de satisfaire la demande énergétique du Québec qui va au-delà de la production d'électricité historique (le bloc patrimonial), Hydro-Québec doit conclure des accords d'approvisionnement avec des fournisseurs d'électricité à la suite d'appels d'offres. Tous les producteurs peuvent soumissionner, y compris Hydro-Québec et les producteurs privés. Bien que Fitzgibbon arme que le privé soit plus ecient, l'effet de la privatisation sur les tarifs d'électricité peut être significatif. Les bénéfices de la vente d'énergie d'un distributeur public reviennent à la communauté, tandis que l'entreprise privée a un impératif de rentabilité et que les dividendes sont distribués aux propriétaires ou aux actionnaires. Ces actionnaires peuvent délocaliser leurs revenus et ainsi appauvrir le Québec ;
• Une transformation du système énergétique chaotique et mal planifiée : Le manque de vision et de planification adéquate pour l'avenir énergétique peut engendrer des coûts et une pression à la hausse sur les tarifs, notamment en s'engageant sur des pistes qui seront éventuellement abandonnées. Les projets énergétiques provoquant de l'opposition forte, des retards et même leur annulation ne sont pas sans conséquences financières, sans compter qu'ils nous font perdre un temps précieux.
Une hausse des tarifs pourrait donc être imposée à cause de choix discutables de la part de notre gouvernement. Elle affecterait de façon disproportionnée les ménages à faible revenu et augmenterait la précarité énergétique. Nous devons nous assurer que les tarifs restent équitables et stables, évitant ainsi les disparités régionales, notamment en assurant une planification adéquate. Il faut aussi confier la discussion sur la fixation des tarifs à la Régie de l'énergie, en considérant la nécessité de restaurer son rôle initial. Elle pourra ainsi déterminer chaque année si les hausses demandées par les distributeurs d'énergie sont justifiées.
Contre une augmentation des tarifs d'électricité qui accentue la précarité et risque de ralentir la transition énergétique
Dans un contexte de bouleversements climatiques, une transition énergétique porteuse de justice sociale implique de garantir la sécurité et l'équité en matière d'accès à l'énergie propre et abordable pour toutes et tous, en particulier pour les populations vulnérabilisées. Nous demandons que le gouvernement rejette tout plan de transition énergétique qui pénaliserait les ménages à revenus faibles ou modestes. À cet effet, la préservation du bloc patrimonial et de l'interfinancement est cruciale.
Nous demandons à ce que les énergies renouvelables et à faible impact environnemental soient encouragées par des tarifs compétitifs, tandis que les sources d'énergies polluantes ou non durables devraient supporter des coûts plus élevés pour refléter leurs externalités négatives.
Des impacts démesurés sur le territoire
La transition énergétique, si elle n'est pas adéquatement planifiée, pose un risque important pour le territoire. Le développement de la production de 200 TWh supplémentaires d'ici 2050, comme le suggère le gouvernement Legault, pose de nombreux défis environnementaux et sociaux d'une telle ampleur qu'ils seront parfois fort diciles, voire impossibles à surmonter.
Pour générer 200 TWh supplémentaires d'électricité au moyen d'installations hydroélectriques seulement, il faudrait plus que doubler notre production actuelle d'hydroélectricité (182 TWh), ce qui causerait de nombreux problèmes. En termes de superficie, selon le ratio actuel, il faudrait des réservoirs qui couvriraient près de 24 000 km2, souvent en territoires autochtones, soit cinquante fois la superficie de l'île de Montréal. Le potentiel réel pour harnacher des rivières est aujourd'hui limité et les cours d'eau sur lesquels il serait possible de bâtir de nouveaux barrages sont de plus en plus éloignés. Les coûts de production augmenteraient alors substantiellement. Il faudrait aménager plusieurs milliers de kilomètres de lignes à haute tension et de voies terrestres dans le pergélisol de plus en plus instable et dans des milieux naturels fragiles. Les futurs développements toucheraient le territoire du caribou dont les populations sont actuellement en déclin marqué 88.
Si cette quantité d'énergie (200 TWh) était produite à partir d'éoliennes seulement, il faudrait dix-neuf fois la capacité éolienne actuelle (10,4 TWh). Produire cette énergie (ou 80 000 MW) exigerait de déployer les fermes de vent sur environ 30 000 km2 : l'équivalent de soixante fois la superficie de l'île de Montréal 89.
On compte présentement quarante parcs éoliens au Québec 90 et de nombreux appels d'offres sont à prévoir. Or, l'installation d'éoliennes provoque déjà une résistance dans certaines communautés locales. Avec une multiplication des projets, celle-ci pourrait augmenter. Les impacts de la présence d'éoliennes sur le territoire sont assurément moindres que ceux associés à des énergies fossiles, comme les sables bitumineux de l'Ouest canadien. Cependant, bien que l'énergie éolienne soit une source renouvelable, les parcs d'éoliennes sont des infrastructures qui nécessitent l'utilisation de matériaux non renouvelables (acier, béton, etc.). Les pales ont également une durée de vie limitée, en moyenne de vingt ans, et sont pour le moment difficiles à recycler 91. La construction et l'entretien des parcs éoliens crée une pression à la hausse pour lancer de nouveaux projets extractifs. De plus, il est à noter qu'en 2017, plus de la moitié des parcs éoliens étaient de propriété non québécoise 92.
Le développement prévu par le Plan pour une économie verte, axé sur l'électrification des voitures individuelles, exigera d'importantes quantités de matière et d'énergie. Il est responsable d'une bonne partie de l'augmentation de la consommation d'énergie prévue dans les prochaines années et d'une pression accrue pour l'exploitation de mines de lithium et de graphite nécessaires à la fabrication de batteries. Le nombre de claims miniers est en hausse importante 93. Ces droits exclusifs d'exploration du sous-sol québécois ont préséance sur tout autre usage du territoire et engendrent actuellement des problèmes importants de non acceptabilité sociale concernant l'accès et l'administration du territoire94,95.
Il ne s'agit ici de discréditer les énergies renouvelables, mais bien de reconnaî

L’UMQ doit abandonner ses partenariats avec Énergir et défendre l’autonomie des villes en matière de décarbonation

Greenpeace, le Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ), Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) et Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC) sont fortement préoccupés par les récentes révélations de liens de proximité entre l'Union des municipalités du Québec (UMQ) et Énergir, le principal lobby gazier du Québec, qui nuisent aux efforts de décarbonation entrepris par les municipalités. Les groupes estiment que l'UMQ devrait mettre fin à ses partenariats avec Énergir et soutenir activement ses membres qui souhaitent une sortie du gaz naturel des bâtiments.
Cette demande des groupes survient après que le président de l'UMQ ait récemment déclaré que l'UMQ prépare un règlement-type que devraient suivre ses membres afin de respecter les orientations du gouvernement du Québec en matière d'utilisation du gaz naturel dans les bâtiments. Cette façon d'obtempérer aux orientations du gouvernement Legault plutôt que de représenter les intérêts des villes, lesquelles agissent au Québec en tant que réels gouvernements de proximité, est inquiétante et inacceptable, d'autant que plusieurs de ses membres prônent des solutions climatiques plus ambitieuses.
Apparence de conflit d'intérêt
La déclaration du président de l'UMQ a été faite dans la foulée des allégations d'apparence de conflit d'intérêt entre l'UMQ et son partenaire Énergir. Celui-ci a récemment engagé une poursuite contre la ville de Prévost, laquelle a décidé cet automne d'adopter un règlement novateur pour décarboner les bâtiments sur son territoire.
Au micro de Radio-Canada, Rémy Trudel, ancien ministre des Affaires municipales et professeur associé à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP) en gouvernance des organisations, s'inquiétait grandement de ce règlement-type de l'UMQ présentement en préparation parce qu'il pourrait mettre en cause l'autonomie des municipalités : « Le doute qui se soulève, c'est [sur] quel type de relation entretient-on corporativement avec l'État, avec le gouvernement, pour voir se profiler de telles clauses dans le règlement qui seraient conseillées aux municipalités. Il y a une ligne là, une ligne très dangereuse qui est franchie. »
Selon Jean-Pierre Finet du ROEÉ, « il doit être jugé inacceptable que le président de l'UMQ suive les orientations de Québec sans les remettre en question. Son rôle est de représenter l'intérêt de ses membres auprès du gouvernement. Pas l'inverse. »
« Il y a moins de 2% de gaz naturel renouvelable dans le réseau d'Énergir. Les maires de Prévost, Montréal, Candiac, Mont Saint-Hilaire et plusieurs autres qui désirent aussi bannir le gaz des nouveaux bâtiments ne sont pas dupes. Ils ne veulent pas faire semblant que leurs nouveaux bâtiments consomment du gaz naturel renouvelable, sachant très bien qu'en réalité, ils consommeront du gaz presqu'entièrement fossile, comme tous les clients d'Énergir d'ailleurs » de souligner Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada.
Les groupes demandent donc que l'UMQ agissent avec fermeté et retrouvent son indépendance par rapport à la gazière alors que, selon les dires du président, les membres du conseil d'administration doivent se rencontrer sous peu pour discuter des liens entre l'UMQ et Énergir.
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Hommage national pour Karl Tremblay

Le groupe Les Cowboys fringants touche le cœur des gens dans toute la francophonie. Ses chansons dénoncent notamment la cupidité des politiciens-hommes d'affaires indifférents au monde vivant qui les entoure, indifférents au bien commun et aux destructions qu'ils créent et dont nous voyons les conséquences désastreuses croître à chaque saison : dérèglement climatique, perte de biodiversité, perte de démocratie, accroissement des inégalités sociales (Plus rien, La cave, 8 secondes, L'Amérique pleure, En berne).
Le gouvernement de François Legault, avec ses barons techno-financiers, incarne parfaitement au Québec ce système politico-économique qui conduit directement, dans l'aveuglement volontaire, au délabrement social et à la destruction du vivant.
Cet été, selon les sources officielles, plus de 18 millions d'hectaresde forêt ont été incendiés au Canada, dont plus de 4 millions au Québec. Selon la biologiste experte des forêts Catherine Potvin, ces incendies sont une conséquence du réchauffement climatique. Comme plusieurs scientifiques, elle est d'avis que la forêt boréale a peut-être atteint un point de bascule. Dorénavant, les forêts affaiblies émettent davantage de CO₂ qu'elles n'en captent, ce qui accélère le réchauffement et laisse présager encore plus de catastrophes à venir. Depuis longtemps, les scientifiques sonnent l'alarme et exhortent les gouvernements et les populations à transformer l'économie et notre mode de vie pour freiner la crise climatique. Les solutions sont connues. Les plus urgentes sont l'élimination de notre dépendance aux énergies fossiles, la diminution de notre consommation d'énergie (ce qui implique, entre autres, de mettre fin au commerce mondialisé), et la protection et la restauration de 30% des milieux naturels terrestres et marins d'ici à 2030 et de 50% d'ici à 2050.
Les politiques du gouvernement Legault sont à l'opposé de ces priorités. En effet, ce gouvernement favorise la dépendance au gaz (politique de biénergie entre Énergir et Hydro-Québec) et soutient les projets autoroutiers et le transport individuel aux dépens du développement dutransport en commun. Sous prétexte de répondre aux besoins de la transition, il autorise la destructiondes milieux humides et de l'habitat d'espèces menacées et octroie des droits miniers partout au Québec (jusqu'à 408% d'augmentation dans Lanaudière), en plus d'accorder des droits de coupes forestières dans des aires protégées et jusque dans l'habitat du caribou. Il ignore les demandes des citoyens et des experts qui réclament une évaluation environnementale (BAPE) du projet d'usine de batteries de Northvolt et une réflexion sur la filière éolienne et sur l'avenir énergétique du Québec. Il continue enfin à accorder des passe-droits aux promoteurs d'un développement énergétique illimité et semble vouloir ouvrir la porte au démantèlement du monopole d'Hydro Québec et à un retour à la privatisation de la production d'électricité. Ces orientations, comme bien d'autres, sont contraires à la volonté des Québécois et des Québécoises, qui veulent assurer un avenir viable à leurs enfants et bénéficier d'un environnement sain.
François Legault a offert de rendre un hommage national à Karl Tremblay, le chanteur des Cowboys fringants, décédé récemment. Souhaitons que cet hommage marque pour lui et pour son gouvernement le début d'une prise de conscience du sens et de la valeur du message social, politique et environnemental véhiculé par les chansons des Cowboys fringants.
Merci Karl Tremblay, merci Cowboys fringants.
Louise Morand
L'Assomption
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Coupe en altitude dans les Chic-Chocs : Une coalition en demande l’arrêt

Nouvelle, Matane, Gaspé, Val-d'Or et Québec, 18 décembre 2023 - Une coalition de groupes environnementaux composée de Environnement Vert Plus, du Comité de protection des monts Chic-Chocs, de la Société de Conservation ZICO de la Baie de Gaspé, de l'Action Boréale et de Nature Québec demande la fin des coupes dans les zones situées à plus de 600 mètres d'altitude.
Selon nos informations, le ministère des forêts a permis au Groupe Lebel l'abattage de sapinières centenaires à l'été 2023. Ces sapinières faisaient l'objet d'un plan de récupération de bois affecté par la tordeuse des bourgeons de l'épinette, ou Plan d'Aménagement Spécial 2022-2033 (PAS 22-23).
L'image satellitaire ci-bas montre, en rouge, les zones où Groupe Lebel a eu des autorisations de coupes totales dans la réserve faunique de Matane. Les zones en noir ont été retirées du PAS 22-23 suite à des pressions du Comité de protection des monts Chic-Chocs et à des négociations au sein de la table GIRT. Les zones encerclées en jaune sont des zones du PAS où l'on voit que Groupe Lebel a effectué ces coupes. Ces coupes ont eu lieu entre 720 m et 850 m d'altitude. Elles surviennent après d'autres coupes totales déjà fortement critiquées sur les flancs du mont Hélène et du mont Jimmy Russell à l'été 2022, ces dernières situées dans la zone d'habitat en restauration (ZHR) du caribou.
« Les sapinières centenaires en altitude dans les Chic-Chocs sont des écosystèmes très résilients qui ont subi plusieurs épisodes de tordeuse de bourgeon de l'épinette. Elles y ont résisté et survécu. La diversité d'âge de ces populations est une clef dans leur résistance aux aléas environnementaux - et maintenant on a remis le compteur à zéro » se désole Judes Côté du Comité de Protection des Monts Chic-Chocs.
« Ces vieilles sapinières sont des forêts inéquiennes, i.e. des forêts dont l'âge des arbres varie beaucoup. Les forêts comme celle-là ne retournent pas à leur état initial après une coupe totale, à cette altitude. Mais laissée à elle-même, les vieux arbres morts apportent une protection aux arbres plus jeunes contre les intempéries hivernales particulièrement rigoureuses. Les coupes totales en altitude empêchent le renouvellement de la forêt, ce qui fait de ces parcelles des émettrices de carbone. » explique Pascal Bergeron d'Environnement Vert Plus.
« La grive de Bicknell niche dans ces vieilles sapinières inéquiennes en altitude. Elle est menacée en raison de la disparition de cet habitat. La situation est d'autant plus fâcheuse que le ministère des Forêts ne replantera pas ces parcelles en sapin : il ne fera planter que de l'épinette. Donc on aura remplacé un habitat propice à une espèce menacée par un habitat qui ne sera plus celui de prédilection qu'elle recherche. » explique Margret Grenier de la Société de conservation ZICO de la Baie-de-Gaspé.
Les groupes signataires condamnent ces coupes et demandent à Groupe Lebel et au ministère qui les a permises de cesser toutes les coupes dans la réserve faunique de Matane, peu importe le motif, lorsqu'elles se situent :
- en altitude, au-delà de 600 mètres ;
- dans la zone d'habitat en restauration identifiée dans le scénario pour la Stratégie caribou
<https://mffp.gouv.qc.ca/la-faune/es...>
;
- dans l'habitat de la grive de Bicknell.
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Gros CAQa

Gros CAQa
Pas envie d'écrire avec des mots bien lichés.
Jos est tombé dans une CrAQ de ton système de CAQa
Depuis il tente de tuer les CAQuerelles
Qui envahissent le lit de sa fille la nuit.
Mais ça, c'est pas mauvais pour les petits enfants ?
Mononc Lego ?
Lili CAsQue encore pour la facture
D'effets scolaires pour sa classe
Les petits auront des collations, des crayons, des cahiers,
Même si sa petite paie en prend une ClAQue.
Tout le monde en a marre de ce gouvernement
AntidémoCrAQtique,
AutoCrAQtique.
Dans la CAQcophonie de tes sorties médiatiques
Quand tu parles pour rien dire,
Les yeux en signes de piastres,
Tu nies la déCAQlade,
De tout ce qui faisait
Du Québec, le Québec.
T'en as rien à foutre en vrai.
Tu fais des CAQous aux pleins
Dans l'espoir que tu en seras
Minable minus.
T'as de vision que pour tes poches proches.
Mais nous, tu sais nous ?
Nous qui subissions tes exCAQtions ?
Jos, Lili et Maude la PAB,
Qui rêve du jour où tu te retrouveras à dépendre d'elle
Pour t'enfoncer ta misogynie là où elle pense,
Nous en en a plein notre frCAQ.
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Notre Royaume n’est pas de ce monde

L'écrivaine, franco-américaine, Jennifer Richard , Prix Ivoire 2023 pour son roman" Notre Royaume n'est pas de ce monde" répond aux questions de Feguerson Thermidor, directeur harique littéraire.
Feguerson THERMIDOR : Vous avez remporté le prix Ivoire cette année pour votre roman : "Notre Royaume n'est pas de ce monde", quel sentiment ressentez-vous ? Et parlez-nous de ce roman ?
Jennifer RICHARD : Ce fut une grande surprise pour moi de voir mon livre récompensé par un prix en Côte d'Ivoire. Savoir que ce livre est lu loin de chez moi m'honore grandement. Et il me semble que cela fait sens, dans la mesure où je m'efforce, par mon travail, de participer à la décentralisation culturelle.
F.T : Vous êtes franco-américaine, d'origine guadeloupéenne par votre mère et normande par votre père, comment toutes ces origines ont-elles contribué à votre carrière d'écrivaine ?
J.R : Mes origines, ainsi que mes liens avec les territoires français d'outre-mer, ont contribué avant tout à faire de moi une citoyenne critique. Découvrir mon propre pays par les extrémités plutôt que par son centre politique m'a influencée sans que je m'en rende compte, pendant longtemps. Aujourd'hui, si je suis si attentive à la façon dont se déploie la démocratie à la française, je sais que c'est grâce à ces liens. Le regard que je porte sur l'histoire, et que je transcris dans mes livres, est la continuité de mon regard de citoyenne.
F.T : Votre roman se déroule sur plusieurs continents, Amérique, l'Afrique, l'Europe, etc., comment êtes-vous parvenue à camper ces personnages ayant des traits culturels différents pour enfin donner ce bel ouvrage littéraire ? Était-ce un travail aisé pour vous ? Peut- on parler d'un roman complexe ?
J.R : Le travail aurait été colossal si je ne l'avais pas dompté dès l'abord. Je travaille avec méthode, depuis toujours, quoi que je fasse. Mes études de droit ont sans doute figé la rigidité de ma discipline. Je rassemble les sources, lis les documents glanés, parcours livres, articles et photos, dresse un plan détaillé, chapitre par chapitre, élabore un arc de dramaturgie. Quand tout cela est effectué, je commence à rédiger. Il m'a fallu cinq ans pour les recherches et la rédaction de mes trois livres sur l'impérialisme (Il est à toi ce beau pays, Le diable parle toutes les langues, et Notre royaume n'est pas de ce monde).
F.T : Vous avez publié en 2018 aux éditions Albin Michel : "Il est à toi ce beau pays", par rapport à la multiplicité de vos origines, quelle place occupent la langue et la notion d'ethnie dans vos romans ?
J.R : "Il est à toi ce beau pays" est la première partie d'un long récit, qui se termine avec Notre royaume n'est pas de ce monde, bien que les deux parties puissent se lire indépendamment. Cette longue histoire, qui court de 1873 à 1916, est commentée par des chef d'Etat ou des intellectuels qui ont été assassinés pour leurs idées ou leurs actes entre 1830 et 2011. Le récit au premier niveau se déroule sur trois continents, les protagonistes sont originaires de nombreux pays. Sexe, religion, nationalité ne comptent pas. Race et ethnie, encore moins. Ce sont les idées qui sont mises en commun, échangées, discutées, contrées et appuyées par les uns et les autres. La Révolution, oui, mais laquelle ?
F.T : Pourrait-on dire que vous êtes dans un réalisme merveilleux ?
J.R : Je serais ravie qu'un lectorat haïtien décèle un réalisme merveilleux dans certains chapitres du livre. Oui, certains passages "décrochent" de la narration classique et mêlent rêve et réalité, sans que je détermine une frontière précise. J'invite parfois le lecteur à admettre une réalité parallèle, un glissement vers un autre monde, qui influerait sur le nôtre.
F.T : Comment vous voyez la littérature dans la vie des gens ??? Pensez-vous que cela sauve des vies ?
J.R : La littérature n'est pas assez présente. Elle ne l'a jamais été et ne le sera jamais. Mais il faut peut-être accepter qu'elle soit une porte difficile à ouvrir pour beaucoup de personnes, qu'elle soit même invisible. Sauver des vies... qui a ce pouvoir ?
Propos recueillis par Feguerson Thermidor
Écrivain-poète
Directeur Hafrikque littéraire
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Hein ! qu’on est bien à la manif ?

– Tu appelles ça une journée d'action ?
– Attends Lucky ! Ils arrivent. Sois patient !
– Ça fait une heure qu'on poireaute dans le froid.
– Parole engagée de Gilet jaune, vaut toutes les professions de foi.
– Mon œil !
– Regarde là-bas ! Y ‘en a un qui pointe.
– C'est un éboueur. Avec la même chasuble, bébête.
– Tu crois, Lucky ?
– Tes militants sont de la fête avant les fêtes.
– Tu penses ?
– Un clébard n'a pas l'étoffe d'un Froussard ni d'un Politicard !
– C'est-à-dire ?
– Il ne ment pas, ne se ravise pas !
-T'as raison, l'esplanade est vide.
– J'te dis, ce RDV des Gilets jaunes est un bide. Ton sit-in devant le siège du média raciste et bienpensant, fait chou blanc.
– J'étais sûr qu'ils allaient chopiner en cette période récréative, jusqu'à mettre la Sécu à sec, mon Lucky.
– T'as qu'à tendre l'oreille aux sirènes des ambulances.
– Ils sont combien à y croire encore, Lucky ?
– A peine une dizaine, Tambourineur inclus.
–Pas glorieux.
– J'étais bien au chaud à regarder mes copains « Les 101 Dalmatiens », mes croquettes allégées à portée de museau, et finalement…
– Finalement, le Collectif a botté en touche ! Désolé Lucky !
– J'ai la dalle. Et comble du désespoir, pas une poubelle accessible dans ce 15ème cossu.
– J'te promets un gourmet canin royal, Lucky.
–Trop tard !
-Tu me tiens rigueur ?
-Oui ! J'aime pas les batailles qui avancent à reculons. Une banderole qui se déploie qu'à la lumière d'un ciel azur.
– Je vois où tu veux en venir.
–Si t'avais l'intelligence de m'en parler, je t'aurais évité cet affront.
– Ah bon ?
– Oui Monsieur !
– Je t'aurais ameuté, d'un coup d'aboiement, des bataillons de klebs pour éradiquer cette gangrène xénophobe. Il y aura des Pit-bulls, Rottweilers, Bergers allemands, Lycaons d'Afrique, le club des Inuits du Canada, des Sloughis d'Algérie, les Bergers du Caucase et même les Chow Chow chinois.
–Et si le mouvement s'essouffle encore une fois, Lucky ?
- T'inquiète ! Les SPA* arriveront en renfort !
Texte et photo : Omar HADDADOU 2023
* Société Protectrice des Animaux.
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La fabrique des migrations : Une interminable perte de connaissances (3/4)

Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain·es à s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays « d'accueil » ? Dans cette série du magazine ZAM déclinée en quatre épisodes, cinq journalistes décryptent les mécanismes de la migration. Ce troisième volet est consacré à la « fuite des cerveaux ».
Tiré d'Afrique XXI.
La circulation extrêmement dense en semaine sur Zakariya Maimalari Street et Muhammadu Buhari Way, dans le quartier central des affaires d'Abuja, au Nigeria, est en grande partie due aux va-et-vient de jeunes hommes et femmes qui garent leurs voitures sur les trottoirs pour s'engouffrer dans les centres de demande de visas. Le parking réservé aux visiteurs de la société VFS Global, qui occupe plusieurs étages de l'immeuble de la Sterling Bank, sur Muhammadu Buhari Way, ne suffit plus depuis longtemps à accueillir le trop-plein de demandeurs. Il en va de même pour le parking du concurrent de VFS, TLS Contact, dont les bureaux sont situés au troisième étage de la gigantesque Mukhtar El-Yakub Plaza, sur Zakariya Maimalari Street.
Les centaines de candidats au départ sont des personnels de santé qualifiés, des experts en informatique ou encore des comptables. Ils veulent faire « japa », un mot yoruba que l'on peut traduire par « s'échapper » ou « s'enfuir ». Les raisons qui poussent à faire « japa », selon les personnes interrogées dans les files d'attente par le journaliste de ZAM Theophilus Abbah, vont du taux de chômage élevé (estimé à environ 41 % de la tranche d'âge active au Nigeria) à l'extrême pauvreté (qui touche 133 millions de personnes sur une population de 200 millions de Nigérians), en passant par la corruption et la mauvaise gouvernance d'une élite richissime. Nombreux sont ceux qui disent ne pas croire au changement – en tout cas pas dans un avenir proche.
En février 2023, des élections contestées ont une fois de plus porté au pouvoir un autocrate âgé et malade : Bola Tinubu, 71 ans, dont le premier acte a été de s'envoler pour la France afin d'y suivre un traitement médical. Ces dernières années, les manifestations en faveur de la justice sociale et des droits de l'homme au Nigeria ont été violemment réprimées.
Pour le docteur Ejike Oji, ancien conseiller du gouvernement, c'est précisément « la frustration de l'excellence » dans un système fondé sur le favoritisme plutôt que sur la compétence qui fait fuir les professionnels de santé. « Les nominations ne sont pas basées sur le mérite. Les personnes qualifiées sont écartées au profit des enfants des riches, des politiciens et de l'élite. Les personnes discriminées doivent donc trouver d'autres moyens de survie, et cela inclut le départ vers l'Europe et l'Amérique du Nord », déplore-t-il.
Au Zimbabwe, voter avec ses pieds
Parmi les milliers de jeunes gens qui font la queue pour obtenir un passeport au Makombe Building, le siège de l'état civil zimbabwéen situé en périphérie de Harare, la capitale, beaucoup s'éloignent dès que nous nous présentons comme journalistes. « Je ne veux pas avoir d'ennuis. Ils me refuseront un passeport si vous prenez une photo de moi ici », explique une femme d'une vingtaine d'années en cachant son visage. D'autres disent au journaliste Brezh Malaba qu'ils craignent d'être arrêtés s'ils parlent. Depuis le 23 décembre 2022, date à laquelle le projet de loi sur la codification et la réforme du droit pénal (Criminal Law Codification and Reform Amendment Bill), communément appelé « projet de loi patriotique » (Patriotic Bill), a été publié dans la gazette du gouvernement, le fait de « porter délibérément atteinte à la souveraineté et à l'intérêt national du Zimbabwe » est considéré comme un crime. Cela inclut le fait de critiquer le gouvernement.
Ceux qui acceptent de s'exprimer sur leur situation personnelle ne le font que sous le couvert de l'anonymat. Leurs histoires se ressemblent toutes : ils veulent obtenir un passeport et quitter le Zimbabwe au plus vite. Ces entretiens ont eu lieu plusieurs mois avant les élections générales du 23 août 2023, ce qui signifie que beaucoup de ceux qui s'expriment dans cet article ont probablement déjà quitté le pays – votant, pour ainsi dire, avec leurs pieds.
Au Zimbabwe, la motivation économique est, plus encore qu'au Nigeria, aggravée par la répression de toute forme d'opposition, de critique ou d'activisme en faveur du changement. Le président de l'Amalgamated Rural Teachers Union of Zimbabwe (Artuz), Obert Masaraure, et ses camarades de lutte affirment qu'ils tentent depuis des années d'améliorer la situation des enseignants : « Nous avons écrit des lettres ouvertes, nous avons manifesté, nous avons essayé d'attirer l'attention des autorités. Mais l'année dernière, le gouvernement a porté contre nous des accusations de meurtre forgées de toutes pièces. »
L'accusation de meurtre, visant notamment Masaraure et un de ses collègues, Robson Chere, secrétaire général de l'Artuz, porte sur la mort d'un homme appelé Roy Issa, décédé en 2016 après avoir chuté du balcon d'un hôtel à Harare. Cette accusation laisse perplexe : aucun des deux n'a jamais été officiellement suspecté par la police, et une enquête a déjà abouti à une mort accidentelle. Amnesty International a publié une déclaration dans laquelle l'ONG affirme que cette affaire est un exemple de persécution politique.
« Nous ne pouvons avoir une vie digne »
L'accusation de meurtre n'est que l'une des nombreuses affaires portées par l'État zimbabwéen contre le président du syndicat. En 2019, il avait été accusé d'« incitation » à « commettre des violences publiques » et de « subversion ». Alors que l'affaire Roy Issa est en cours, Masaraure a dû comparaître à nouveau devant le tribunal le 31 mai 2023, cette fois pour un tweet dans lequel il encourageait le public à soutenir Robson Chere lors de son procès. Masaraure a également été victime d'effractions à son domicile et de passages à tabac par les forces de sécurité. Les deux hommes sont actuellement en liberté sous caution.
Ces dernières années, des dizaines d'avocats des droits de l'homme et de militants de l'opposition au Zimbabwe ont été arrêtés et mis en prison, sur la base d'accusations souvent considérées comme ridicules. Une recherche Google sur les « accusations forgées de toutes pièces » au Zimbabwe renvoie à des centaines d'informations depuis 2017, année où l'actuel président, Emmerson Mnangagwa, est arrivé au pouvoir à la faveur du coup d'État contre Robert Mugabe.
Lors de son entrevue avec Brezh Malaba, Masaraure a évoqué une enquête menée auprès des membres de l'Artuz selon laquelle 95 % d'entre eux déclarent qu'ils cherchent du travail à l'extérieur du Zimbabwe. Le syndicaliste dit comprendre les enseignants qui participent à la fuite des cerveaux. « Ici, on ne peut pas se nourrir, et quand on élève la voix, on est puni. Nous ne pouvons pas avoir une vie digne », déplore-t-il.
En Ouganda, les universitaires bâillonnés...
En Ouganda, le campus de l'université Makerere de Kampala, qui était jadis un lieu de débats animés pour les intellectuels en herbe et qui a produit des auteurs et des chercheurs de renom tels que l'écrivain kényan Ngũgĩ wa Thiong'o, le poète malawite David Rubadiri et le président fondateur de la Tanzanie Julius Nyerere, est bien triste. Au cours de la dernière décennie, la répression du régime dirigé par l'autocrate Yoweri Museveni, âgé de 79 ans, s'est intensifiée. Des universitaires critiques comme Stella Nyanzi ont quitté l'Ouganda après avoir été arrêtés et détenus. D'autres ont été réduits au silence.
Les professeurs qui sont encore là, interrogés sous le couvert de l'anonymat par le journaliste Emmanuel Mutaizibwa, disent qu'ils ont peur d'être harcelés par des personnes nommées à des postes à responsabilité, comme le nouveau vice-chancelier Barnabas Nawangwe, et le nouveau président de la commission des nominations, le gendre du président, Edwin Karugire. « Les universitaires ne peuvent plus s'exprimer librement. Quel que soit le point de vue que l'on adopte, cette situation est dangereuse », déclare l'un d'entre eux.
Yusuf Serunkuma, ancien élève de Makerere, qui enseigne les études africaines à l'université Martin-Luther, en Allemagne, a lui aussi constaté une « peur omniprésente » chez ses anciens collègues de l'université, ajoutant que « la vitesse à laquelle le professeur Nawangwe signe des lettres d'expulsion d'universitaires et d'étudiants dissidents est époustouflante ». Son collègue basé aux États-Unis, Moses Khisa, ancien élève de Makerere lui aussi, aujourd'hui professeur associé à l'université d'État de Caroline du Nord, estime que ces mesures sont prises à dessein : « Une fois que vous avez soumis l'intelligentsia, vous pouvez gouverner à votre guise. »
Au pays, le numéro de téléphone de Danson Kahyana, professeur de littérature à Makerere depuis l'année dernière, ne répond plus. Son dernier article, publié en avril 2022 dans l'hebdomadaire ougandais The Observer, faisait état d'une agression dont il avait été victime après avoir écrit des papiers critiques à l'égard du gouvernement. Il y expliquait qu'il avait été suivi et arrêté par des hommes à moto, qui l'avaient agressé et lui avaient cassé les dents. Dans le même article, il affirmait que sa vie avait changé « à bien des égards » depuis lors. « Vous voyez un agresseur potentiel sur chaque boda boda [moto-taxi, NDLR]) qui passe. Mais pire que le traumatisme, c'est l'autocensure : on meurt intérieurement en tant qu'écrivain et en tant qu'intellectuel. » Divers enseignants de Makerere s'accordent à dire qu'ils partiront dès qu'ils trouveront des opportunités à l'étranger…
... Et les médecins lessivés
Toujours à Kampala, des jeunes médecins qui ont tenté d'améliorer les conditions de travail des agents de la santé ont fini par jeter l'éponge après que la police et l'armée ont réprimé leurs manifestations – des marches pour réclamer de meilleures conditions d'hospitalisation et le paiement des salaires impayés, au moment même où une campagne sur X (ex-Twitter) intitulée « Uganda Health Exhibition » faisait circuler des photos de médecins opérant des patients à même le sol et de cliniques sans toit. Interrogée par Emmanuel Mutaizibwa, l'interne en médecine Judith Nalukwago, qui a participé à ces manifestations, explique qu'elle souhaite rester en Ouganda parce qu'elle rêve d'y créer son propre hôpital et un fonds caritatif pour aider ses concitoyens, mais elle constate que maintenant de nombreux collègues se préparent à partir, « dès qu'ils obtiendront leur licence ».
L'ancien président de l'Association médicale ougandaise, le Dr Ekwaro Obuku, estime que 2 500 médecins sur les quelque 8 000 praticiens agréés, soit près d'un tiers, sont déjà partis travailler à l'étranger au cours des dernières années.
Ce qui irrite peut-être le plus les professionnels ougandais, c'est le fait que le secteur public reste désespérément pauvre alors que, comme dans les quatre autres pays où cette enquête a été menée, l'élite dirigeante, elle, mène la belle vie. Selon plusieurs journaux ougandais, le président Museveni s'est récemment vu allouer l'équivalent de 350 millions de shillings ougandais (84 000 euros) pour sa literie, ses vêtements et ses chaussures, rien que pour cette année.
Larmes de crocodile
Les gouvernements du Nigeria, du Kenya et du Zimbabwe ont officiellement exprimé leur inquiétude face à la « fuite des cerveaux » qui touche leur pays, mais ils n'ont pas encore pris de mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail ou les possibilités d'emploi. Début 2023, l'Assemblée nationale du Nigeria a tenté d'adopter une loi permettant d'empêcher un agent de santé de quitter le pays pour travailler à l'étranger tant qu'il n'aura pas servi sur place pendant au moins cinq ans. Le projet de loi a été rejeté au motif qu'il était discriminatoire – une explication qui pourrait être liée au fait que les députés nigérians eux-mêmes sont susceptibles d'avoir des parents et des amis qui pourraient un jour faire « japa ».
Au cours de la même période, les représentants du gouvernement kényan ont annoncé des mesures visant à améliorer les conditions de travail des médecins, mais aucune n'avait été réellement mise en œuvre au moment de la publication de cet article.
Le Zimbabwe a de son côté demandé à l'ONU d'imposer « des dommages et intérêts » aux pays qui « braconnent » le personnel de santé des pays du Sud, comme le Royaume-Uni. Sans répondre directement, le gouvernement britannique a depuis publié un code de recrutement révisé pour le secteur de la santé, qui stipule que « les organisations de santé et de soins sociaux en Angleterre ne recrutent pas activement dans les pays que l'Organisation mondiale de la santé reconnaît comme ayant les défis les plus pressants en matière de personnel de santé et de soins [parmi lesquels figurent la plupart des pays africains, NDLA] à moins qu'il n'y ait un accord de gouvernement à gouvernement ».
Néanmoins, les médecins et les infirmières ont continué à quitter les hôpitaux délabrés du Zimbabwe, ce qui a fait dire à un correspondant d'Al-Jazeera qu'il est « futile de blâmer le Royaume-Uni alors que le Zimbabwe porte la part de responsabilité la plus importante dans la crise qu'il traverse aujourd'hui ». Les larmes versées sur le départ des médecins par un gouvernement qui préside aux destinées d'hôpitaux dépourvus de médicaments ou d'appareils ressemblent à celles d'un crocodile – il s'agit d'ailleurs du surnom du président du Zimbabwe.
Au Cameroun, la militante de l'opposition Kah Walla, qui a été à la pointe de la lutte contre la corruption et l'injustice sociale dans le pays, ne voit pas les gens revenir de l'étranger de sitôt. « Tant que nous serons dans ce régime, les choses continueront à empirer, et de plus en plus de gens partiront », dit-elle. Mais elle garde espoir : « Si nous parvenons à changer le régime et à reconstruire notre pays, même les personnes qui ont émigré reviendront ». Son ONG, Stand Up 4 Cameroon, plaide pour que la communauté internationale aide les forces démocratiques locales et mette un terme à l'aide au développement non contrôlée qui atterrit dans les poches du régime de Paul Biya. Mais ses appels sont tombés dans l'oreille d'un sourd lorsque le FMI a de nouveau accordé une subvention de 300 millions de dollars au gouvernement camerounais. Cette aide est censée aider les pays africains à se développer. « Mais comment allons-nous nous développer alors que tous nos cerveaux s'en vont ? » s'interroge un des Nigérians interviewés pour cette enquête.
Notes : Cet article a été publié en anglais dans le cadre d'une enquête transnationale menée par une équipe de journalistes dans cinq pays africains en partenariat avec le magazine ZAM, et intitulée « Migration is not the West's problem, it is Africa's » (« La migration n'est pas le problème de l'Occident, c'est celui de l'Afrique »).
Cette enquête s'intéresse aux raisons qui poussent de nombreux Africains à prendre la route de l'exil pour l'Europe, le Golfe ou l'Amérique.
L'équipe d'enquêteurs et d'enquêtrices est composée de : Emmanuel Mutaizibwa (Ouganda), Elizabeth BanyiTabi (Cameroun), Ngina Kirori (Kenya), Theophilus Abbah (Nigeria) et Brezh Malaba (Zimbabwe). L'ensemble a été coordonné et édité par Evelyn Groenink, rédactrice en chef des enquêtes de ZAM.
En partenariat avec ZAM Magazine, Afrique XXI publie l'intégralité de cette série. Article traduit de l'anglais par Rémi Carayol.
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Économie politique et société : Mode de production, mode d’existence
Par Ivonaldo Leite
Université Fédérale de Paraíba, Brésil
On entend par rapports de production les relations qui s'établissent entre les membres (groupes ou classes) de la société au cours du processus de production et qui déterminent le rôle de chacun dans ce processus et la modalité de la répartition du produit social entre eux.
On sait que l'être humain ne vit pas sa lutte contre la nature individuellement mais en société où les membres coopèrent et dépendent les uns autres, la division social du travail étant donnée. On sait aussi qu'à partir d'une certaine étape dans son développement l'être humain crée par son travail des instruments qui visent à augmenter sa productivité. Mais quel est le but immédiat de l'activité économique ?
On peut dire que l'objectif général de l'activité économique est de satisfaire les besoins des membres de la société, selon l'approche de l'économie politique mise en avant par Dowidar (L'économie politique : une science sociale). Je le pense aussi et je suivrai ici ses thèses.
L'ensemble des besoins à satisfaire est le produit de l'ensemble des conditions de la vie sociale dans une société déterminé. La détermination de ces besoins détermine en même temps les buts qu'on vise lors de l'activité économique dans cette société, buts stabilisés par les habitudes et les moeurs sociales, reconnus par la religion et protégés par le droit dans certains cas. Si l'objective générale final de l'activité économique, la satisfaction des besoins des membres de la société, est le même pour toutes les sociétés, le but immédiat de l'activité économique, c'est-à-dire le but immédiate au point de vue de ceux qui prennent les décisions de production, se détermine socialement – et donc historiquement – et diffère d'un mode production à l'autre.
De ce point de vue, on peut distinguer trois types de but immédiat d'activité économique. C'est-à-dire : 1) Le but à atteindre par ceux qui effectuent la production peut être la satisfaction des besoins des producteurs directs et des besoins de ceux auxquelles ils sont obligés de céder une partie du produit de leur travail (ou une partie de leur temps de travail) ; 2) Le but immédiat de l'activité économique peut être la réalisation du gain monétaire sous la forme d'un revenu monétaire ; 3) Le but immédiat de l'activité économique peut être finalement la satisfaction des besoins des membres de la société. Ici, la production se fait pour la satisfaction des besoins que l'utilisation des ressources de la société permet de satisfaire pour les producteurs directs, sous les conditions techniques et sociales de la production historiquement données. Dans ce cas, le but immédiat de l'activité économique et le but final de cette activité coïncident : la satisfaction des besoins des membres de la société engagés dans le processus du travail productif.
A ce propos, on peut distinguer un mode de production où le processus de production et de reproduction fonctionne d'une manière spontanée, c'est-à-dire où le résultat final du processus économique dans son ensemble est fonction des différentes décisions individuelles prises indépendamment, sans coordination effective préalable. On peut distinguer ce mode du mode de production où le fonctionnement du processus économique est conscient, planifié : le résultat social de l'activité économique dans son ensemble est envisage a priori en déterminant ses réalisations au cours d'une période future déterminée.
Mais qu'est-ce qu'un mode de production ? Tout d'abord, il est important de souligner une perspective de base : pour produire, les conditions du processus de production doivent être remplies. Ces conditions son : 1) le travail, l'effort conscient fourni par la force de travail, avant une certaine formation technique qui lui permet d'utiliser ; 2) les moyens de production : la terre, les instruments et les objets de travail.
Ces conditions, qu'on a appelées, au point de vue terminologique, les forces productives, représentent l'essence du processus de production, abstraction faite de la forme social qu'il revêt. Ces forces montrent, dans leur changement incessant, le niveau de la productivité du travail et reflètent, par conséquent, le degré de maîtresse de la nature par l'homme, dans la société.
Dans le cadre de ces forces, les moyens de production font l'objet d'une relation sociale qui détermine la situation de chaque individu (groupe ou classe) vis-a vis des autres, en ce qui concerne ce moyens de production, et qui détermine, par conséquent, son rôle dans le processus de production et sa parte du résultat de l'appropriation collective de la nature par la travail social. Cette relation représente donc la base des relations qui s'établissent entre les individus dans le processus de production. Ces relations correspondent à un certain niveau de développement des forces productives et se combinent avec pour former un mode de production qui se distingue des autres modes de production.
Le mode de production se détermine donc à la fois par un certain type de rapports de production dominants et par un certain niveau de développement des forces productives.
Il est donc important de comprendre que l´économie capitaliste est une forme historique de la production marchande monétaire qui se généralise jusqu'à couvrir, d'une manière ou de autre, l'économie mondiale en pénétrant les sociétés précapitalistes qui existaient dans les différentes parties de l'Asie, de l'Afrique et de Amérique Latine.
En effet, l'approche des caractéristiques du mode de production capitaliste doit le prendre dans son développement historique pour montrer comment ce développement a abouti à une économie mondiale composée de deux types de sociétés, produits de ce même processus, comme le souligne la théorie de la dépendance. C'est-à-dire, les sociétés capitalistes avancées, avec une économie ayant les caractéristiques essentielles du mode production capitaliste, et las sociétés sous-développées avec leurs économies subordonnées dans le cadre de l'économie capitaliste mondiale.
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Derrière les mots
Kaveh Boveiri
Si la compréhension de complication des énoncés des politiciens n'est pas la première leçon en sciences politiques, elle en est certes une des premières.
Cette compréhension se manifeste en une double étape avec deux composantes entrelacées. Il faut, d'une part, contextualiser chaque énoncé dans la totalité d'énoncés dudit politicien. Mais, d'autre part, il faut décortiquer la manière dont cet énoncé est lié avec les actes de ce politicien.
Ici, nous essayons de réaliser une telle pratique.
« Bibi (le surnom du dirigeant israélien), je t'aime beaucoup, mais je ne suis d'accord avec rien de ce que tu dis. »
Cette phrase, confirmée par Joe Biden, peut être lue, entre autres, dans La Presse du 11 décembre. Dans un autre passage de même article, nous pouvons lire :
« C'est le gouvernement le plus conservateur de l'histoire d'Israël » et la frange la plus à droite de l'exécutif « ne veut rien qui ressemble de près ou de loin à une solution à deux États », a insisté le président américain, pour qui c'est au contraire.
Ces énoncés ont créé une joie délectable dans la situation carrément sans espoir de la situation actuelle à Gaza. « Il s'est finalement réveillé. Partiellement grâce à nous, sans doute, les membres de ce monde conscient » nous le disent, plusieurs parmi nous. Une conséquence logique de cela est la possibilité d'être moins actifs concernant le démocideactuel à Gaza. En tant que les artistes, plus de 4000 de nous, ont déjà signé une pétition exprimant notre solidarité avec les Palestiniens. C'est aussi le cas pour milliers des écrivains contre la guerre à Gaza. Les millions de nous descendent aussi dans les rues chaque semaine.
Laissons-nous contextualiser ces énoncés, pour voir si cet espoir est légitime.
S'il veut être cohérent, la personne qui articule cette phrase, ou son gouvernement, devrait logiquement accepter le cessez-le-feu humanitaire. En revanche, nous témoignons que le mardi 12 décembre,devant l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU), 153 votent pour une mesure, avec 23 pays abstentions — Les États-Unis restent avec 8 autres pays dans le monde en votant contre ! Ainsi, le gouvernement de Biden avec son amour de ce dernier pour Bibi préfère à rester dans son isolement aggravant contre une telle mesure. Cela c'est pour contextualisation verbale, la mise en contexte de quelques énoncés dans la totalité des énoncés.
D'autre part, il faut voir la manière dont ces énoncés se trouvent en consistance ou inconsistance avec les actes. Juste quelques jours avant, notamment, le samedi 9 décembre, le congrès est informé par le gouvernement de l'approbation « d'urgence » de fournir l'Israël par 14 000 obus de chars,sans que cette mesure soit passée d'abord par le congrès !
Nous voyons ainsi que lesoutien sans faille des États-Unisauprès de l'Israël, depuis le 7 octobre, reste ininterrompu dans les actes et dans les paroles.
« Bibi, je t'aime beaucoup. Tout ce qui vient après “mais” dans la phrase ci-dessous n'est que pour fermer les gueules des gens qui sont jaloux à notre amour mutuel ». On peut imaginer cette phrase de la part de Joe Biden en s'adressant à son amour en privé.
En ce qui concerne notre rôle, nous sommes loin d'avoir achevé nos objectifs.
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Face à la convergence des crises, le défi de faire avancer les travailleur·es et les peuples

Le siège et le massacre en cours contre les Palestinien·nes de Gaza, menés par l'État israélien avec le soutien ouvert des États-Unis et le silence complice des autres puissances impérialistes occidentales, s'ajoutent à la guerre de Poutine contre l'Ukraine pour prouver l'instabilité et la violence brutale qui caractérisent le nouveau scénario géopolitique mondial. La multiplication des guerres et l'aggravation des tensions entre et au sein des États ne sont qu'un des signes de la nouvelle période historique de convergence des crises, qui a débuté avec la crise de 2008.
Tiré de Quatrième internationale
13 décembre 2023
Par Ana Cristina Carvalhaes
Le texte suivant n'est pas un travail personnel mais le résultat de discussions que nous avons eues ces derniers mois entre les membres du Comité international de la IVe Internationale. Nous constatons une situation d'internationalisation sans précédent des grandes questions qui se posent à l'humanité. La crise du capitalisme a pris une nouvelle ampleur depuis le krach de 2008 et la récession qui a suivi, mais surtout avec la pandémie de Covid. La crise capitaliste est clairement devenue multidimensionnelle. Il y a une convergence, une articulation entre la crise environnementale – qui produit depuis quelques années des phénomènes climatiques de plus en plus extrêmes, dont les récentes vagues de chaleur excessive – et la phase de stagnation économique durable, avec l'intensification de la lutte pour l'hégémonie dans le système interétatique entre les États-Unis et la Chine, avec les avancées de l'autoritarisme et du néofascisme, avec la résistance des peuples et des travailleurs et la multiplication des guerres dans le monde (Palestine, Ukraine, Soudan, République démocratique du Congo et Myanmar).
Cette articulation montre que nous sommes entré·es dans un nouveau moment de l'histoire du capitalisme. Une période qualitativement différente de celle que nous avons vécue depuis la mise en place de la mondialisation néolibérale à la fin des années 1980 et beaucoup plus conflictuelle du point de vue de la lutte des classes que celle qui s'était ouverte avec l'effondrement de l'Union soviétique et des régimes bureaucratiques d'Europe de l'Est. Comme nous le disions en mars 2021, « la pandémie aggrave la crise multidimensionnelle du système capitaliste et ouvre un moment d'imbrication de phénomènes anciens qui s'étaient développés de manière relativement autonome et qui, avec la pandémie, convergent de manière explosive : […] Il s'agit de processus qui se manifestent et interagissent entre eux, modifiant l'ordre mondial hérité des années 1990 avec la fin du bloc de l'Europe de l'Est, l'implosion de l'URSS et la restauration capitaliste tant dans cette partie du monde qu'en Chine ».
La toile de fond et le point de rencontre de toutes les facettes de cette crise multidimensionnelle, c'est la crise écologique, causée par deux siècles d'accumulation capitaliste prédatrice. L'escalade de la crise climatique et environnementale frappe durement l'humanité et la vie sur la planète : le climat s'emballe, la biodiversité disparaît, on est face à la pollution, à des contaminations et à des pandémies. L'économie mondialisée, basée sur la combustion d'énergies fossiles et la consommation croissante de viande et d'aliments ultra-transformés, produit rapidement un climat qui réduira les limites dans lesquelles l'humanité peut vivre sur la planète. La fonte des pôles et des glaciers accélère la montée des eaux et la crise de l'eau. L'agro-industrie, l'exploitation minière et l'extraction d'hydrocarbures progressent (non sans résistance) sur les forêts tropicales, pourtant essentielles au maintien des systèmes climatiques et de la biodiversité de la planète. Les effets de la crise climatique continueront à se manifester violemment, détruisant les infrastructures, les systèmes agricoles, les moyens de subsistance et provoquant des déplacements massifs de populations. Rien de tout cela ne se produira sans une exacerbation des conflits sociaux.
Cette situation a-t-elle des précédents ? C'est un débat collatéral mais très animé parmi les historiens. Bien sûr, ce qui se rapproche le plus de ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la convergence des crises qui a eu lieu au début du 20e siècle – celle qui a abouti à « l'âge des catastrophes », comme l'a nommé Hobsbawm (1914-1946), et à deux guerres mondiales sanglantes. Il y a au moins deux très grandes différences avec cette situation : premièrement, nous sommes aujourd'hui face à la crise écologique. Le système a créé les conditions d'une complète transformation, régressive, de la vie de l'humanité et de toutes les formes de vie. La seconde, non moins cruciale, est que les changements, de plus en plus rapides, se combinent avec le maintien d'un élément de la période précédente : l'absence d'une alternative au capitalisme qui soit crédible aux yeux des masses, l'absence d'une force ou d'un ensemble de forces anticapitalistes dirigeant des révolutions économiques et sociales.
Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de luttes et de résistances. Au contraire. Ce siècle a connu au moins deux grandes vagues de luttes démocratiques et anti-néolibérales, dont ont fait partie le mouvement des femmes, un mouvement renouvelé, et le mouvement antiraciste qui a débuté aux États-Unis. Cependant, ces grandes luttes ont été confrontées, d'un point de vue objectif, non seulement au capitalisme néolibéral et à ses gouvernements, mais aussi aux dilemmes de la réorganisation structurelle du monde du travail – la classe ouvrière industrielle a perdu de son poids social dans une grande partie de l'Occident ; les opprimé·es, les jeunes et les nouveaux secteurs de travailleur.es précaires ne sont pas encore organisés de manière permanente et ont en général des difficultés à s'unir avec le mouvement syndical. Cette situation s'accompagne d'une régression de la conscience des opprimé·es et des exploité·es, affectée par les reconfigurations géographiques, technologiques et structurelles et par l'hyper-individualisme néolibéral. À cela s'ajoute l'extrême fragmentation de la gauche socialiste, pour constituer une situation où les luttes sont plus difficiles et où les résultats en termes de conscientisation et d'organisation politique sont plus rares.
La combinaison des crises les amplifie
Caractériser la crise capitaliste comme multidimensionnelle signifie qu'il ne s'agit pas d'une simple somme de crises, mais d'une combinaison dialectiquement articulée, dans laquelle chaque sphère a un impact sur l'autre et est impactée par les autres. En ce qui concerne la relation entre l'économique-social et l'écologique, les pays impérialistes centraux de l'Ouest et de l'Est (du moins du point de vue d'une partie non suicidaire des bourgeoisies centrales) ont le défi très difficile de mettre en œuvre une transition énergétique qui minimiserait les effets du changement climatique à un moment où la tendance à l'accélération de la baisse du taux de profit s'accentue. Le lien entre la guerre en Ukraine (avant l'explosion du conflit en Palestine) et la stagnation économique a aggravé la situation alimentaire critique des plus pauvres dans le monde, avec plus de 250 millions de personnes supplémentaires souffrant de la faim en dix ans (2014-2023). Le flux de personnes déplacées par les guerres, le changement climatique, la crise alimentaire et la propagation des régimes répressifs augmente, en particulier dans les pays du Sud, bien que les médias accordent plus d'importance aux déplacements forcés Sud-Nord.
Les perspectives désastreuses dans les domaines environnemental et économique, depuis au moins 2016, ont sans aucun doute joué un rôle important en poussant une partie des fractions bourgeoises dans différents pays à se détacher du projet des démocraties formelles comme meilleur moyen de mettre en œuvre les préceptes néolibéraux. Des secteurs de plus en plus importants de la bourgeoisie adoptent des alternatives autoritaires au sein des démocraties libérales, ce qui a conduit au renforcement des mouvements fondamentalistes de droite et des gouvernements d'extrême droite (Trump, Modi, Bolsonaro), ainsi qu'à l'établissement de liens entre les partisans de ces forces à l'échelle internationale.
L'expansion d'une sociabilité néolibérale hyper-individualiste qui, combinée à l'utilisation par la droite des réseaux sociaux et peut-être maintenant de l'IA, favorise encore plus la dépolitisation, la fragmentation des classes et le conservatisme. Les technologies numériques contribuent également à approfondir la subordination-clientélisation de la petite et moyenne paysannerie, voire leur réduction massive, alors qu'elles sont les principales productrices d'aliments dans le monde. D'autre part, le néolibéralisme, en continuant à attaquer violemment ce qui reste des États-providence, en imposant la surexploitation des travailleuses et travailleurs de l'industrie et des services, et surtout des soignant·es, jette les femmes, en particulier les travailleuses, dans le dilemme de survivre (mal) ou de se battre.
Avec les plans d'austérité le système s'attaque brutalement aux services sociaux qu'il avait créés dans le passé : il les supprime complètement ou, lorsque des bénéfices peuvent être réalisés, les donne au secteur privé. De cette manière, le néolibéralisme maintient les femmes dans la main-d'œuvre formelle (dans le Nord) ou moins formelle, plus informelle (dans le Sud), réduisant encore les salaires et les revenus de celles qui « travaillent à l'extérieur » ou fournissent des services, tout en accablant les femmes actives dans leur ensemble avec les tâches de soins aux enfants, aux personnes âgées, aux malades, aux personnes différentes – le travail que l'État-providence couvrait autrefois, lorsqu'il existait. Les réseaux de reproduction sociale étant en crise, davantage dans les pays néocoloniaux que dans les métropoles, la société néolibérale « domestifie » (rend domestique à nouveau) et racialise (confie aux femmes non blanches, noires, indigènes, immigrées) les tâches de soins, mais n'assume pas la responsabilité de la reproduction sociale dans son ensemble.
D'un point de vue géoéconomique, dispositifs numériques et algorithmes permettent au capitalisme néolibéral d'aujourd'hui et à son système interétatique d'exploiter de nouvelles forces productives (plateformes numériques), de nouveaux types de relations sociales de production (ubérisation) et la marchandisation de diverses relations sociales . Dans le même temps, le centre de gravité de l'accumulation mondiale de capital s'est déplacé au 21e siècle de l'Atlantique Nord (Europe-États-Unis) vers le Pacifique (États-Unis, en particulier la Silicon Valley, l'Asie de l'Est et du Sud-Est). Ce n'est pas seulement la Chine qui est décisive, mais toute la région, du Japon et de la Corée à l'Australie et à l'Inde.
Sur le plan politique, le grand ennemi
Les nouvelles extrêmes droites, sous différentes versions, progressent en Europe – en France elles pourraient arriver au gouvernement –, en Amérique latine, où elles viennent de conquérir la Casa Rosada (Argentine), après le coup d'État de Dima Boluarte au Pérou, en 2022, et aux États-Unis, où Trump pourrait revenir à la Maison Blanche. Elles sont de véritables menaces en Asie, avec le fils du dictateur Marcos aux Philippines et le xénophobe anti-musulman Narendra Modi en Inde. Dans cette crise politique de longue durée, le mécontentement touche de plein fouet non seulement la droite « traditionnelle » ou plus « cosmopolite » (au sens de néolibérale « progressiste », comme le dit Nancy Fraser), comme aux États-Unis, en Italie, en Inde (Parti du Congrès) et aux Philippines, mais aussi les social-démocraties et les « progressismes » qui ont cogéré les États néolibéraux des dernières décennies – cf. les victoires de Duterte en 2016 contre une coalition de droite et de Bolsonaro contre le PT en 2018, ainsi que la récente défaite du péronisme et la montée de Vox en Espagne.
Depuis 2008, et de manière plus marquée depuis le Brexit et la victoire de Trump en 2016, les mouvements et partis d'extrême droite se sont renforcés et multipliés avec des victoires électorales à l'intérieur des systèmes politiques. Ils se présentent comme contre-systémiques, bien qu'extrêmement néolibéraux, conservateurs, nationalistes, xénophobes, racistes, misogynes, antiféministes, anti-droits LGBTQIA+, transphobes, et inspirés ou massivement soutenus par le fondamentalisme religieux, de type chrétien néo-pentecôtiste en Amérique latine et aux États-Unis, et hindouiste en Inde. Contrairement aux fascismes d'il y a cent ans, ils répandent le négationnisme scientifique, la négation de la science dans la compréhension du changement climatique – parce qu'ils ont besoin de nier la réalité tragique pour présenter un quelconque espoir – et dans l'orientation de la prise en charge collective des populations face aux pandémies et aux épidémies.
La montée de cette constellation de néo ou post-fascismes est principalement le résultat d'au moins deux décennies de crise des démocraties néolibérales et de leurs institutions. Ces régimes néolibéraux ont été responsables – et sont perçus comme tels par les populations – de l'accroissement des inégalités, de la paupérisation, de la corruption, de la violence et de l'absence de perspectives pour les jeunes. Ils se sont révélés incapables de répondre de manière satisfaisante aux aspirations des peuples et des travailleurs. La racine profonde de la nouvelle extrême droite est donc le désespoir des secteurs sociaux appauvris face à l'aggravation de la crise, la désintégration du tissu social imposée par le néolibéralisme – dans lequel le fondamentalisme religieux se développe – combinée aux échecs des « alternatives » représentées par le social-libéralisme et le « progressisme ». En conséquence, des fractions de la bourgeoisie sont apparues et se sont développées dans le monde entier, qui soutiennent le néofascisme en tant que solution politico-idéologique capable de mettre fin à des régimes, de contrôler les mouvements de masse d'une main de fer, d'imposer des ajustements brutaux et des dépossessions afin de récupérer les taux de profit. L'exemple le plus notable de cette division est la polarisation aux États-Unis entre le trumpisme (qui a pris d'assaut le Parti républicain) et le Parti démocrate.
Parallèlement et conjointement, on assiste au renforcement d'une tendance : théocraties meurtrières et véritables califats au Moyen-Orient, dictatures en Asie centrale, néofascisme oligarchique-impérial de Poutine en Russie, tandis que le Parti communiste chinois sous Xi Jing Ping étend la répression. Cette combinaison constitue une menace historique pour les libertés civiles et les acquis démocratiques partout dans le monde, parmi lesquels les révolutionnaires, sans abaisser notre critique des limites des démocraties bourgeoises formelles, valorisent tout particulièrement le droit des exploités et des opprimés à lutter et à s'organiser pour lutter. Dans ce contexte défavorable à celleux d'en bas, la soi-disant gauche nostalgique du stalinisme qui défend Poutine et le modèle chinois ou Maduro et Ortega comme alternatives au système impérial, collabore à l'affaiblissement et à l'usurpation de ces libertés, créant un obstacle de plus à la lutte pour une démocratie réelle et socialiste.
La crise économique et sociale
Nous vivons toujours sous l'impact de la grande crise financière de 2008, qui a ouvert une nouvelle grande dépression (au sens de Michael Roberts), comme celle des années 1873-90 et surtout comme celle de 1929-1933. Pour la plupart des analystes de gauche, nous vivons une crise de la mondialisation néolibérale. D'abord parce que ce mode de fonctionnement capitaliste n'est plus capable, comme par le passé, de garantir la croissance et les taux de profit qu'il a connus à la fin des années 1980 et 1990. Ensuite parce que la polarisation géopolitique, aggravée par l'invasion de l'Ukraine, par la progression des nationalismes et maintenant par le massacre de Gaza par Israël, ébranle les chaînes de valeur super-internationalisées (citons la chaîne énergétique Europe-Russie et la production mondiale de puces, cible de la fureur américaine pour empêcher le leadership chinois dans les télécommunications et l'intelligence artificielle). Avec la pandémie de Covid, puis l'invasion russe de l'Ukraine et ses conséquences, ainsi que la rivalité accrue entre les États-Unis et la Chine, les chaînes de production mondiales, déjà ébranlées, sont en train d'être remodelées. Cependant, aucune de ces difficultés n'empêche les gouvernements impérialistes néolibéraux et leurs subordonnés de poursuivre leurs ajustements et leurs attaques vicieuses contre les salaires et les budgets sociaux, ainsi que la marchandisation de l'agriculture.
Malgré la croissance dérisoire enregistrée après 2008, l'économie néolibérale lutte contre sa propre crise en fuyant vers l'avant, à travers la concentration continue du capital, la financiarisation, l'endettement public et privé, la numérisation – qui confère de plus en plus de pouvoir aux grandes sociétés transnationales en général et aux grandes entreprises technologiques en particulier. La combinaison de la stagnation en Occident, de l'inflation croissante (aggravée par la guerre en Ukraine) et de la mise en œuvre des mêmes politiques néolibérales ne fait qu'exacerber les inégalités sociales, régionales, raciales et de genre entre les pays et à l'intérieur de ceux-ci.
La reprise des échanges économiques internationaux et l'importante offre de crédit pour soutenir la reprise des activités après la pandémie de Covid ont créé une augmentation soudaine de la demande, une spéculation sur l'énergie et les matières premières et un niveau d'inflation inconnu depuis des décennies, une situation aggravée à tous égards par l'impact économique des guerres sur les chaînes de production et de distribution mondialisées.
La forte hausse de l'inflation est exacerbée par une spirale d'augmentation des marges bénéficiaires et des prix, et non par une spirale d'augmentation des salaires et des prix, contrairement à ce que prétendent la BCE et la Fed en particulier. La Fed, la BCE et d'autres banques centrales ont augmenté les taux d'intérêt, avec le risque d'une récession mondiale en 2023, et en affectant les systèmes financiers moins réglementés tels que ceux des États-Unis et de la Suisse. La recherche effrénée de la protection contre la crise (ou du maintien des profits) encourage la spéculation financière et menace en permanence le système avec la vague de faillites de 2008 qui a touché non seulement les banques mais aussi de grandes entreprises industrielles comme General Motors, Ford, General Electrics, ou de grandes sociétés immobilières. Outre son caractère récessif – qui ébranle le niveau de vie des masses laborieuses – la hausse des taux d'intérêt accroît les dettes souveraines et privées, créant les conditions de nouvelles crises de défaut régionales, voire mondiales.
L'ordre géopolitique en reconfiguration
Le « chaos géopolitique » dont nous parlions il y a quelques années s'est aggravé, d'une part, et, d'autre part, il donne lieu à ce que l'économiste marxiste Claudio Katz appelle une crise du système impérial, c'est-à-dire un affaiblissement de la puissance hégémonique accompagné de l'affirmation de nouveaux impérialismes, tels que le chinois et le russe. Il s'agit d'une reconfiguration en cours dans un contexte mondial d'immense instabilité, sans que rien ne soit consolidé, de sorte que toute affirmation catégorique est aujourd'hui un pari sur l'hypothèse la plus probable. En tout état de cause, l'unipolarité du bloc sous leadership américain n'existe plus.
Les faits montrent qu'avec le renforcement du géant asiatique dans les domaines économique, technologique et militaire, nous vivons, à tout le moins, un conflit inter-impérialiste basé sur la rivalité entre l'ancien système impérial – le bloc américain avec les impérialismes européens, la province canadienne, le Japon, la Corée du Sud, l'Australie – et le bloc qui est en train de se construire autour de la Chine. Le bloc chinois en expansion et offensif inclut la Russie (malgré ses intérêts particuliers et ses contradictions avec Pékin), la Corée du Nord, de nombreuses républiques d'Asie centrale, se fait de nouveaux amis parmi les califats du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Iran) et tente de transformer les BRICS en une alliance contre les impérialismes occidentaux.
La nature du « grand bond » chinois des 30 dernières années est capitaliste. Héritier d'une grande révolution sociale et d'un tournant restaurateur à partir des années 1980, indispensable à la refonte néolibérale du monde (menée en partenariat avec les États-Unis et leurs alliés), l'impérialisme chinois présente des caractéristiques particulières, comme tous les impérialismes. Il repose sur un capitalisme étatique planifié, centralisé dans le PCC et les forces armées chinoises, avec des politiques développementalistes classiques, où de nombreuses grandes entreprises sont des joint-ventures entre des entreprises appartenant à l'État ou contrôlées par l'État et des entreprises privées. Son impérialisme est encore, bien sûr, en construction, mais il est très avancé dans cette construction. Au cours des dix dernières années, la Chine a fait un bond en avant dans l'exportation de capitaux et est devenue le pays qui dépose et enregistre le plus de brevets au monde. Au cours des deux dernières années seulement, la Chine est devenue davantage un exportateur qu'un importateur de capitaux, en mettant l'accent sur ses participations dans des sociétés énergétiques, minières et d'infrastructure dans les pays néocoloniaux (Asie du Sud-Est et Asie centrale, Afrique et Amérique latine). Elle investit de plus en plus dans l'armement et franchit avec véhémence la ligne – Taïwan et la mer du Sud – que ses rivaux et les États plus faibles ne doivent pas franchir. Elle n'a pas encore envahi ou colonisé « un autre pays » sur le modèle européen ou américain, bien que sa politique à l'égard du Tibet et du Xijiang (et des petits territoires historiquement en litige avec l'Inde et le Bhoutan) soit essentiellement impérialiste et colonialiste.
La Russie d'aujourd'hui, en revanche, est l'État résultant de la grande destruction des fondations de ce qu'était l'Union soviétique et de la restauration chaotique et non centralisée qui y a eu lieu, basée sur la prise de contrôle d'anciennes et de nouvelles entreprises par des bureaucrates devenus oligarques. Poutine et son groupe, issu des secteurs des anciens services d'espionnage et de répression, ont conçu au début du siècle le projet de recentraliser le capitalisme russe, en utilisant les relations bonapartistes entre oligarques et une version 21e siècle de la vieille idéologie nationale-impérialiste de la Grande Russie, transformée en principal instrument pour réaffirmer le capitalisme russe dans la concurrence impérialiste et pour accroître qualitativement la répression des peuples de la Fédération – y compris le peuple russe.
C'est dans ce nouveau contexte que nous devons comprendre l'invasion russe de l'Ukraine, la guerre qui dure depuis presque deux ans maintenant, et l'offensive israélo-américaine contre Gaza. La guerre en Ukraine pourrait durer encore longtemps, sans qu'aucune force armée ne l'emporte sur l'autre, d'autant que les Etats-Unis ont eu bien plus intérêt, en octobre 2023, à garantir par une aide militaire et financière le massacre palestinien que la guerre défensive du gouvernement et du peuple ukrainiens pour leur autodétermination. Les États-Unis sont à l'offensive avec Israël en Palestine, leur bloc reste actif sur le théâtre des opérations en Europe de l'Est, tout en se préparant à l'éventualité de conflits en Asie (Taïwan, mer de Chine) et en Océanie. Avec une Chine en difficulté économique, un Poutine renforcé pour l'instant et un régime américain en grave crise – avec la possibilité d'un retour de Trump à la Maison Blanche – le scénario du système capitaliste interétatique est celui de conflits croissants, de tensions et d'incertitudes tout aussi grandes pour les travailleurs et les peuples.
Ce nouveau (dés)ordre impérialiste n'a pas seulement entraîné des guerres en Ukraine et en Palestine. Nous assistons à la multiplication des situations de guerre dans le monde entier, comme en Syrie, au Yémen, au Soudan et dans la partie orientale de la République démocratique du Congo, sans parler des guerres civiles évidentes ou déguisées, comme la guerre civile au Myanmar, premier exemple de celles à venir, et la guerre permanente des États latino-américains contre les organisations criminelles, et de ces dernières contre les masses, comme au Mexique et au Brésil. Cette situation conflictuelle progresse dans la géoéconomie et la géopolitique de l'Afrique, où la Russie rivalise économiquement et militairement avec la France et les États-Unis, notamment dans les anciennes colonies francophones d'Afrique de l'Ouest. De son côté, la Chine continue d'essayer d'accroître son influence économique dans toutes les parties du continent africain. Ce nouveau désordre menace de multiplier les conflits inter-impérialistes et de relancer la course au nucléaire, rendant le monde plus instable, plus violent et plus dangereux.
L'émergence de rivaux n'enlève rien à la nature des États-Unis en tant que pays le plus riche et le plus puissant militairement, dont la bourgeoisie est la plus convaincue de sa « mission historique » de dominer la planète à tout prix, et donc de faire la guerre pour poursuivre son hégémonie. Le fait est que si les États-Unis sont imbattables en matière de coercition, ils ont un sérieux problème : une hégémonie impérialiste (comme toutes les hégémonies) ne peut être maintenue que si elle convainc également ses alliés et son opinion publique intérieure. L'Oncle Sam est en effet celui qui a le dernier mot dans la « collectivité » impérialiste encore hégémonique, mais il a de très graves problèmes qui n'existaient pas dans la période précédente : son élite économique et politique est divisée comme jamais auparavant sur le projet de domination intérieure (une société et un régime démocratique bourgeois en crise ouverte depuis que le Tea Party et Trump ont pris le contrôle du Parti républicain de l'intérieur) et est obligée de faire face au gâchis de défaire les chaînes de valeur qui ont profondément lié l'économie des États-Unis à celle de la Chine au cours des 40 dernières années.
Cette conception est devenue plus évidente depuis l'ascension de Trump aux États-Unis et a été consolidée par la posture de la Chine dans la guerre en Ukraine. (Certains experts font remonter les origines de la rivalité actuelle à 1991-2000, avec l'hégémonisme unipolaire des États-Unis. Cela vaut la peine d'être lu et débattu). ) S'il est essentiel de caractériser ce qui change dans le bloc des puissances et des anciennes puissances, cette refonte a de profondes implications pour la périphérie et la semi-périphérie.
La place de la guerre en Ukraine
L'invasion de l'Ukraine par l'armée de Poutine a accéléré le remodelage du monde géopolitique. Avec l'escalade des tensions en Asie de l'Est à propos de Taïwan et de la mer de Chine méridionale, le risque de guerres directes entre les principales puissances impériales s'est accru. Il existe un risque d'escalade nucléaire, même si ce n'est pas le scénario le plus probable. Le « nouvel ordre » en construction, qui comporte déjà la menace de conflits inter-impérialistes plus nombreux et d'une reprise de la course nucléaire, rend le monde plus conflictuel et plus dangereux.
L'invasion russe, atroce et injustifiée, de l'Ukraine décidée par Poutine le 24 février 2022 et la guerre qu'elle a provoquée ont déjà fait plus de 250 000 morts (50 000 dans l'armée russe) et près de 100 000 civils ukrainiens. La Russie continue de bombarder les zones civiles et d'attaquer les chemins de fer, les routes, les usines et les entrepôts, ce qui a détruit les infrastructures ukrainiennes. Des millions d'Ukrainiens ont été contraints de fuir le pays, laissant des familles et des communautés brisées. Elles et ils sont devenus des réfugiés, ce qui, selon les pays d'accueil, peut signifier sans statut permanent, sans logement, sans travail ou sans revenu, et faisant peser une lourde charge sur les pays voisins dont les populations se sont mobilisées pour apporter un soutien matériel.
Nous défendons le droit du peuple ukrainien à déterminer son propre avenir dans son propre intérêt et dans le respect des droits de toutes les minorités ; son droit à déterminer cet avenir indépendamment des intérêts de l'oligarchie ou du régime capitaliste néolibéral actuel, des conditions du FMI ou de l'UE, avec l'annulation totale de sa dette ; et le droit de tous les réfugié·es et personnes déplacées de retourner chez eux en toute sécurité et dans le respect de leurs droits.
La seule solution durable à cette guerre passe par la fin des bombardements des populations civiles et des infrastructures de l'énergie, ainsi que le retrait complet des troupes russes. Toute négociation doit être publique devant le peuple ukrainien. Nous luttons pour le démantèlement de tous les blocs militaires – OTAN, OTSC, AUKUS – et nous continuons également à lutter pour le désarmement mondial, en particulier en ce qui concerne les armes nucléaires et chimiques.
En Russie et en Biélorussie, celleux qui s'opposent à la guerre impérialiste de Poutine sont criminalisés. En Russie, les déserteurs de l'armée et celleux qui osent protester ouvertement sont sévèrement réprimés. Des centaines de milliers de personnes ont également été contraintes de fuir la Russie, souvent sans statut de réfugié et en subissant les effets des mesures destinées à punir les partisans du régime russe. Elles aussi méritent toute notre solidarité, et nous appelons à la fin de toute répression des opposants russes à la guerre et, si nécessaire, leur accueil dans le pays de leur choix.
Coups d'État récents en Afrique
Les récents coups d'État militaires dans les anciennes colonies françaises d'Afrique (Mali, Burkina Faso et Niger) sont un indicateur de la profonde crise sociale et politique que traverse cette région, fragilisée par la montée en puissance des actions militaires des groupes terroristes islamistes, renforcés par la défaite de Kadhafi en Libye et l'intervention des puissances occidentales. Dans ces trois pays, les militaires qui ont pris le pouvoir, sans rencontrer de résistance dans un contexte de crise de régime, ont profité du discrédit total des institutions politiques et du rejet généralisé de la présence impérialiste française au sein de la population, notamment parmi les jeunes du Sahel. Ce rejet de la France impérialiste par la population s'est également exprimé très clairement au Sénégal lors des mouvements sociaux de 2021. Dans le cas du coup d'État militaire au Gabon, qui fait partie de l'Afrique centrale et qui est également une ancienne colonie française, ce qui est décisif, c'est la crise du régime, car dans ce pays il n'y a pas de rejet de la France comme dans ses voisins.
En tout état de cause, les militaires qui sont arrivés au pouvoir n'offrent pas de véritable alternative aux politiques impérialistes et au modèle néolibéral, tout comme les islamistes qui sont arrivés au pouvoir par le biais des élections en Tunisie et en Égypte après le printemps arabe. Aucun d'entre eux ne se prononce même sur la question de l'anti-impérialisme – si puissant sur le continent dans les années 1960 et 1970 – et sur la nécessité d'une unité africaine radicalement différente de la prétendue unité représentée par l'UA et son orientation d'intégration dans la mondialisation néolibérale.
En tant que Quatrième Internationale, nous rejetons le discours impérialiste occidental qui, sous prétexte de rétablir l'ordre constitutionnel dans ces pays, veut soutenir une intervention militaire pour préserver ses intérêts. Nous soutenons la demande de retrait des troupes militaires françaises de toute la région, à commencer par le Niger. Nous exigeons la fermeture de la base militaire américaine d'Agadez au Niger et le départ des troupes du groupe Wagner. Nous soutenons tous les efforts pour récupérer la souveraineté politique et économique des peuples, dans le sens d'un mouvement nouveau et anti-systémique pour l'unité des pays et des peuples d'Afrique.
Ceux qui sont au bas de l'échelle réagissent par des mobilisations
Après la crise de 2008, les mobilisations de masse ont repris partout dans le monde. Printemps arabe, Occupy Wall Street, Plaza del Sol à Madrid, Taksim à Istanbul, juin 2013 au Brésil, Nuit Debout et Gilets jaunes en France, mobilisations à Buenos Aires, Hong Kong, Santiago et Bangkok. Cette première vague a été suivie d'une deuxième vague de soulèvements et d'explosions entre 2018 et 2019, interrompue par la pandémie : la rébellion antiraciste aux États-Unis et au Royaume-Uni, avec la mort de George Floyd, les mobilisations de femmes dans de nombreuses parties du monde, y compris la lutte héroïque des femmes en Iran, les révoltes contre les régimes autocratiques comme en Biélorussie (2020), une mobilisation de masse des paysans indiens qui a triomphé en 2021. L'année 2019 a vu des manifestations, des grèves ou des tentatives de renversement de gouvernements dans plus d'une centaine de pays – dans plus d'un pays sur trois, les soulèvements ont conduit au départ du chef d'État ou de gouvernement (Soudan, Algérie, Bolivie, Liban), à un remaniement ministériel (Irak, Guinée, Chili) ou encore à l'abandon des réformes qui firent éclore les mobilisations (France, Hong Kong, Indonésie, Équateur, Albanie, Honduras) (étude du site d'information français Mediapart, 24/11/2019, https://www.me…).
Il faut souligner, au lendemain de la pandémie, les trois mois de résistance en France contre la réforme des retraites de Macron et le soulèvement des travailleurs, des étudiants et de la population en Chine qui a contribué à mettre en échec la politique du PCC « Zéro Covid ». Aux États-Unis, le processus de syndicalisation et de lutte se poursuit dans les nouvelles branches de production (Starbuck's, Amazon, UPS), avec l'émergence de nouveaux processus anti-bureaucratiques de base, avec des grèves de travailleurs dans l'éducation, les soins de santé et, en 2022/2023, les grandes grèves des scénaristes et des acteurs d'Hollywood, ainsi que la grève historique et jusqu'à présent victorieuse des travailleurs des trois grandes entreprises automobiles du pays.
La classe ouvrière au sens large, qui se prépare aujourd'hui aux impacts de l'intelligence artificielle (et qui résiste, comme le montre la grève des scénaristes et des acteurs américains), est toujours vivante et nombreuse, bien que restructurée, réprimée, moins consciente et organisée qu'au siècle dernier. Les grands complexes industriels survivent en Chine et s'étendent en Asie du Sud-Est. Les paysans d'Afrique, d'Asie du Sud (Inde et Pakistan) et d'Amérique latine résistent courageusement à l'invasion de l'agro-industrie impérialiste. Les peuples autochtones, qui représentent 10 % de la population mondiale, résistent à l'avancée du capital sur leurs territoires et défendent les biens communs indispensables à toute l'humanité. La défaite du Printemps arabe et la tragédie syrienne retardent la résilience des peuples du Proche et du Moyen-Orient ; malgré cela, nous avons assisté au soulèvement héroïque des femmes et des filles d'Iran.
En Amérique latine, les explosions sociales et les luttes – qui ont combiné les revendications démocratiques et économiques – sont canalisées dans les élections des gouvernements dits « progressistes » de la deuxième vague, avec toutes les différences qui existent entre les gouvernements de Lula, Amlo, Petro et Boric. Notre politique générale ne doit pas être une opposition frontale et sectaire à ces gouvernements, mais une politique de revendication et de mobilisation (y compris vers de meilleurs moyens de combattre l'extrême droite), tout en maintenant l'indépendance des mouvements et des partis dans lesquels nous agissons avec toutes leurs contradictions.
Les travailleur.es résistent toujours au capital et luttent pour leurs conditions de vie, bien que sous de nouvelles formes d'organisation du travail et de nouvelles manières de s'organiser pour lutter, et donc avec plus de difficultés que pendant les années « glorieuses » de l'État-providence du 20e siècle. L'enjeu est de travailler plus que jamais, dans chaque pays, dans chaque périphérie urbaine, sur chaque lieu de travail, dans chaque occupation et chaque grève, dans chaque nouveau syndicat de base, dans chaque nouvelle catégorie et chaque nouveau mouvement populaire de résistance à l'ordre, en s'unissant les un·es aux autres pour des revendications communes, en créant et en renforçant l'auto-organisation et la politisation anticapitaliste des revendications, en vue de la reconstruction d'une conscience des exploités et des opprimés contre le capitalisme et de leur indépendance de classe.
En Afrique subsaharienne il y a, d'une part, les mouvements dits citoyens (Le Balai citoyen, Y en a marre !, Lucha, etc.) qui semblent chercher un nouvel élan et, d'autre part, les manifestations populaires, y compris celles de l'opposition politique, auxquelles les régimes répondent aussi par une répression féroce (Sénégal, Swatini/ex-Swaziland, Zimbabwe, etc.). En général, l'ancrage à gauche ou « progressiste » (anti-néolibéral) n'est pas évident, sans parler d'une perspective anticapitaliste (évoquée par les camarades algériens lors du Hirak).
Des exigences centrales pour une nouvelle ère
Dans ce contexte général, la situation des classes laborieuses, des exploité·es et des opprimé·es met en avant différentes revendications qui combinent les domaines économiques, féministes et antiracistes avec les questions socio-environnementales et démocratiques en général – contre les régimes autoritaires, le néofascisme et tous les impérialismes. Les politiques unitaires de gauche (fronts uniques) et même l'unité transitoire avec les secteurs moyens ou bourgeois contre le fascisme (fronts larges) constituent une partie importante de notre répertoire en ces temps, mais jamais en négociant ou en acceptant la perte de notre indépendance politique ou celle des mouvements sociaux.
Les besoins fondamentaux, les droits fondamentaux doivent être satisfaits pour tous les humains, avec des soins de santé gratuits, un logement et un travail dignes et des salaires et pensions décentes, ainsi que l'accès à l'eau. Une grande partie de l'humanité dispose de moins en moins de ces avantages en raison de la privatisation de la terre et des moyens de production pour les profits capitalistes, des politiques d'austérité et du changement climatique aux conséquences catastrophiques.
Nous devons lutter contre les gouvernements autoritaires et pour les droits démocratiques, pour le droit général de la société aux soins, contre la discrimination dont les femmes sont victimes, empêchées de disposer de leur propre corps et de leur propre vie, pour le droit à l'avortement, pour l'égalité des salaires et des revenus, contre le racisme structurel qui discrimine les Noirs, les peuples indigènes et les autres ethnies racialisées, et contre l'homophobie et la transphobie qui s'attaquent à la communauté LGBTQI dans le monde.
Toutes ces luttes doivent s'unir pour vaincre les nouveaux fascismes, pour renverser les régimes d'exploitation et d'oppression, pour mener la lutte contre le capitalisme. Toutes ces tâches, au milieu des guerres, des catastrophes climatiques et des menaces d'ajustement, induisent la nécessité d'un nouvel internationalisme, un internationalisme militant des peuples d'en bas. Alors que de nombreux mouvements sociaux et mobilisations explosent aujourd'hui, il faut reconstruire des liens et des initiatives internationalistes – comme celles des travailleur·es portuaires de toute l'Europe boycottant Israël –, des campagnes qui rassemblent la gauche et les mouvements sociaux, avec des échanges qui permettent de défendre des revendications communes, de faciliter des victoires et des avancées capables de retourner la situation en faveur des majorités sociales.
21 novembre 2023
Ana Cristina Carvalhaes est journaliste, militante du PSOL (Brésil) et membre du Bureau exécutif de la Quatrième Internationale.
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Appel à ne pas financer le projet de TotalEnergies en Papouasie Nouvelle-Guinée

Nos 50 organisations de la société civile de Papouasie Nouvelle-Guinée, du Pacifique, de France et d'ailleurs vous demandent de vous engager à ne pas financer ou fournir de soutien financier au projet Papua LNG, développé par TotalEnergies avec ExxonMobil, Santos et JX Nippon (1). En effet, nous savons que TotalEnergies cherche actuellement à obtenir des soutiens financiers pour ce projet, avec l'appui du Crédit Agricole, conseiller financier du projet.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Votre banque a financé le projet PNG LNG en Papouasie Nouvelle Guinée (2) et/ou un autre projet de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) impliquant TotalEnergies dans la région Asie-Pacifique au cours des 6 dernières années (3). Nous vous demandons de cesser de soutenir l'expansion des énergies fossiles, qui est incompatible avec l'objectif mondial de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a confirmé que les émissions des infrastructures fossiles existantes dépasseront largement le budget carbone restant pour limiter le réchauffement planétaire à moins de 1,5°C (4). Le scénario Net zero by 2050 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) indique par ailleurs qu'aucun nouveau projet de production de pétrole ou de gaz, ni aucun nouveau terminal de liquéfaction n'est nécessaire pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux (5). Le projet Papua LNG, qui comprend 9 puits offshore, une usine de traitement du gaz, 4 trains de liquéfaction électrique et un gazoduc de 320 km, n'est donc pas compatible avec le scénario Net zero de l'AIE (6).
En tant que tel, ce projet n'est pas compatible avec les politiques des banques australiennes et françaises BNP Paribas, Commonwealth Bank of Australia, Crédit Mutuel, Société Générale et Westpac, qui ont accordé des prêts à l'infrastructure PNG LNG entre 2010 et 2014 (7), et qui ont depuis adopté des politiques climatiques excluant ce type de projet (8). Afin de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C, tous les acteurs financiers devraient suivre la même logique et cesser de financer l'expansion pétrolière et gazière.
En l'occurrence, les émissions totales du projet Papua LNG sont estimées à 220 millions de tonnes d'équivalent CO2 (MTCO2e). Au cours de sa durée de vie, ce seul projet émettra autant que la population entière du Bangladesh – 169 millions de personnes – en une année entière (9).
De plus, alors que TotalEnergies affirme que ses projets de GNL contribueront à remplacer le charbon par le gaz pour produire de l'électricité, l'impact climatique du GNL peut être aussi important que celui du charbon si l'on prend en compte les émissions de gaz à effet de serre tout au long de la chaîne de valeur. En effet, le gaz fossile est principalement composé de méthane fossile, dont le potentiel de réchauffement est 82,5 fois plus élevé que celui du CO2 sur une période de 20 ans (10). Il suffit de quelques pour cent de fuites de gaz pour que le gaz devienne un facteur de changement climatique aussi important que le charbon à court terme (11).
Le projet risque également d'avoir de graves répercussions environnementales, sociales et potentiellement économiques en Papouasie Nouvelle Guinée. Le projet serait développé dans la province du Golfe, une province dont les zones côtières sont déjà durement touchées par le dérèglement climatique. L'élévation du niveau de la mer et les tempêtes océaniques ont contraint certaines communautés de la baie d'Orokolo à déplacer leurs habitations à plusieurs reprises (12).
Un projet antérieur développé par ExxonMobil – PNG LNG – fait l'objet d'un grave bilan en matière de violations de droits humains, de violences intra-communautaires, de conflits fonciers et à de promesses non tenues (13). Les consultations avec les communautés affectées dans le cadre du projet Papua LNG laissent craindre que leurs droits ne seront pas davantage protégés : les consultations ne sont pas menées avec la transparence nécessaire pour garantir leur consentement libre, informé et préalable (14).
Il n'est donc pas surprenant qu'un conseil de chefs, représentant 600 clans dans la région où le projet Papua LNG est développé, ait vivement dénoncé le processus de consultation en septembre dans le Post Courier, l'un des journaux les plus importants de la Papouasie Nouvelle Guinée. Selon cet article, ces chefs de clan ont indiqué que la rivière Purari, utilisée par TotalEnergies pour transporter des matériaux vers le site du projet, avait été « fermée par les propriétaires terriens pendant deux semaines » et que les opérations seraient interrompues si le dialogue n'était pas établi (15).
Le projet comporte également des risques financiers considérables. S'il est mis en oeuvre, le projet Papua LNG commencera à fonctionner à la fin de 2027 ou en 2028, alors que la demande mondiale de gaz devrait atteindre son maximum avant la fin de la décennie, selon les trois scénarios de l'AIE (16). La date des premiers chargements de GNL du projet coïncide avec une probable offre excédentaire des livraisons mondiales de gaz. En effet, les capacités de liquéfaction devraient augmenter en 2026 et 2027. Les perspectives de baisse des prix sont donc importantes à partir de cette période, avec des risques élevés pour les rendements des investisseurs du projet (17).
En outre, rien ne garantit que le GNL produit par le projet Papua LNG sera vendu, car aucun accord de vente et d'achat à long terme n'a été rendu public à ce jour (18). Comme en Europe (19), la surcapacité en GNL peut donc conduire à des actifs échoués et les infrastructures de GNL du projet Papua LNG pourraient demeurer inutilisées.
Enfin, la Papouasie Nouvelle Guinée n'a pas besoin de ce projet – dont 95% de la production doit être exportée – même pour ses propres besoins énergétiques et sa transition énergétique durable. Un rapport récent montre que le gouvernement du pays a déjà identifié de nombreux projets qui, s'ils se concrétisaient, augmenteraient considérablement l'accès à l'énergie grâce aux nouvelles énergies renouvelables (20). Le financement nécessaire pour ces projets est estimé à moins de 100 fois le budget du projet Papua LNG (21).
Pour contribuer à maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C, nous vous demandons de mettre fin immédiatement à tous les services financiers directs aux nouveaux projets pétroliers et gaziers en amont et en aval et de conditionner les services financiers généraux aux développeurs pétroliers et gaziers, y compris TotalEnergies, ExxonMobil, JX Nippon et Santos, à leur engagement de ne pas développer de tels projets. En conséquence, nous vous demandons de vous engager à ne pas soutenir le projet Papua LNG.
Nous vous remercions de l'attention que vous porterez à ce sujet important et serions heureux de vous rencontrer, vous et votre équipe, pour en discuter plus avant. Une réponse à cette lettre avant le vendredi 22 décembre serait très appréciée.
Organisations signataires : Center for Environmental Law and Communities Rights (CELCOR, Papua New Guinea) ; Reclaim Finance (International) ; Alofa Tuvalu (France, Tuvalu) ; Les Amis de la Terre / Friends of the Earth France ; Bank Climate Advocates (United States) ; Bank on our Future (United Kingdom) ; BankTrack (International) ; Bio Vision Africa (BiVA, Uganda) ; Bloom (France) ; Both ENDS (The Netherlands) ; Carrizo/Comecrudo Tribal Nation of Texas (United States) ; Earth Action, Inc. (United States) ; Earthlife Africa (South Africa) ; Environment Governance Institute Uganda ; Extinction Rebellion Carnage Total (France) ; Extinction Rebellion France ; FairFin (Belgium ; Friends of the Earth Japan ; Fridays for future Uganda ; Friends of the Earth United States ; Fund Our Future (South Africa) ; Global Witness (International) ; Greenpeace France ; Green Faith Indonesia ; The Green Youth Movement Denmark (Den Grønne Ungdomsbevægelse) ; JA ! Justica Ambiental (Mozambique) ; Japan Center for a Sustainable Environment and Society (JACSES) ; Jordens Vänner / Friends of the Earth Sweden ; Jubilee Australia Research Centre ; Justice Institute Guyana ; Kiko Network (Japan) ; Laudato Si Movement (International) ; LDH (0L0igue des droits de l'Homme) (France) ; Liveable Arlington (United States) ; Market Forces (International) ; Mekong Watch (Japan) ; Missão Tabita (Mozambique) ; NOAH – Friends of the Earth Denmark ; Oil Change International (International) ; Parents for Climate (Australia) ; Positive Money UK ; Public Citizen (United States)
Rainforest ActionNetwork (United States) ; ReCommon (Italie) ; Society of Native Nations (International) ; Stand.earth (International) ; StopTotal (France) ; Switch It Green (United Kingdom) ; Texas Campaign for the Environment (United States) ; Urgewald (Germany).
Paris, le 13 décembre 2023
Lire le communiqué « Appel à ne pas financer le projet de totalenergies en Papouasie Nouvelle Guinée” en format pdf
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L’Argentine n’est pas à vendre : les syndicats réagissent à la privatisation

Le 19 novembre 2023, Javier Milei a largement battu le ministre de l'Economie Sergio Massa, remportant les 24 provinces argentines sauf trois. Il promet de tout privatiser y compris l'énergie.
28 novembre 2023 | tiré de canadian.dimension | Photo : Photo avec l'aimable autorisation de Vox España/Flickr.
https://canadiandimension.com/articles/view/argentina-is-not-for-sale-unions-respond-to-privatization
Les Argentins, lassés de l'inflation annuelle qui dépasse les 140 % et d'un taux de pauvreté qui atteint 40 %, ont élu l'économiste libertaire de droite Javier Milei. Le dimanche 19 novembre 2023, Milei a largement battu le ministre de l'Economie Sergio Massa par 55,7 % contre 44,3 %, remportant toutes les provinces du pays sauf trois. Il avait fait campagne en promettant de privatiser les entreprises d'État, de réduire les dépenses publiques, de dollariser l'économie, d'éliminer la banque centrale et de fermer des ministères clés, dont ceux de la Santé et de l'Éducation.
Milei fait de la privatisation de la compagnie pétrolière publique argentine, YPF, une priorité absolue. « La première chose à faire est de larestructurer pour que YPF puisse être « vendu de manière très favorable aux Argentins ». Il a ajouté : « Tout ce qui peut être entre les mains du secteur privé sera entre ses mains. » Milei a déclaré qu'il privatiserait également la télévision publique, la radio nationale et l'Agence nationale de presse (Telám). Les actions cotées à New York de l'argentine YPF ont grimpé de plus de 40 % après cette annonce.
Les commentateurs ont souligné qu'un programme de privatisation aussi radical nécessitera des réformes constitutionnelles et, dans certains cas, de nouvelles lois de la part d'un Congrès où Milei n'a pas encore la majorité.
Appel à l'action des syndicats argentins
Hugo « Cachorro » Godoy, secrétaire général du CTA-Autónoma, a présenté une première analyse des facteurs à l'origine de ces résultats :
Nous avons voté contre ce gouvernement [d'Alberto Fernández], qui n'a rempli aucun des objectifs et des engagements pris, et qui était initialement aux antipodes de la politique de Macri et des impositions du FMI. À la fin de quatre années de gouvernement, la situation était pire qu'à ses débuts, particulièrement dans les domaines économique et social. Milei arrive au pouvoir porté par la fragmentation du camp populaire [la base de la classe ouvrière] et de la fragmentation des relations de travail, où la précarité a produit des dommages économiques et sociaux, y compris 43 pour cent de pauvreté [et] 10 pour cent de personnes souffrant de la faim. En ce qui concerne [Milei], il dénie le rôle de l'État comme instrument d'équité et d'équilibre dans une société, il est indispensable de construire un programme alternatif pour reconstituer les secteurs populaires et la base ouvrière.
La Confédération générale du travail de la République argentine (CGT), la plus grande confédération syndicale du pays, a réuni ses syndicats et a averti qu'elle n'accepterait aucun recul de ses droits ni aucun retard dans les négociations. Il a également rejeté les menaces de Milei concernant la paralysie des travaux publics et la privatisation des chemins de fer et des Aerolíneas Argentinas.
« Beaucoup de gens ont voté pour Milei en sachant ce qu'il allait faire, mais ils pensaient qu'il ne les toucherait pas. Si c'est le cas, la CGT sera là [...] Nous n'allons pas permettre la privation des droits et encore moins qu'il attaque les salaires », a déclaré Héctor Daer, représentant du secteur de la santé à la CGT.
Le Syndicat des travailleurs de la métallurgie (UOM) a annoncé que les mesures drastiques annoncées par Milei « ne sont pas bonnes pour les travailleurs, comme la paralysie des travaux publics en cours de développement dans tout le pays ».
Pedro Wasiejko, secrétaire général de la Fédération des syndicats des travailleurs de l'énergie, de l'industrie, des services et des secteurs connexes (Fetia), a fait référence à un récent sommet de la fédération qui s'est conclu à l'unanimité sur le fait que « sans développement productif autonome, il n'y a pas de possibilité de justice sociale ou de souveraineté nationale... Le [sommet] a mis en évidence l'énorme potentiel de nos entreprises d'État ainsi que les connaissances approfondies et les capacités de leurs travailleurs qui ont clairement émergé, en contraste clair avec les propositions de ceux qui prétendent que la seule issue est de les privatiser et de les fermer.
Julio Acosta, secrétaire général de la Fédération des travailleurs de l'énergie d'Argentine (FeTERA), a partagé ses réflexions sur la nécessité de construire un sentier public en Argentine. Le texte suivant a été écrit juste avant les élections, lorsque FeTERA a rejoint le TUED :
La dénationalisation des entreprises publiques a fait perdre à l'Argentine sa souveraineté, dans cette offensive du capital contre le travail, elle a mis notre pays à genoux au point qu'actuellement la politique économique est dictée par le FMI, et tous les trois mois, une délégation du Fonds arrive dans notre pays pour vérifier si les objectifs qu'ils proposent sont atteints, ce qui signifie plus d'ajustements pour les travailleurs, plus de dépendance, plus d'arriération.
La seule issue pour l'Argentine est de recouvrer sa souveraineté. Défaire les transformations structurelles du néolibéralisme, retrouver la souveraineté énergétique, la souveraineté alimentaire (nous sommes un pays qui produit de la nourriture pour plus de 450 millions d'habitants, et il y a des millions de personnes qui souffrent de la faim), ainsi que la souveraineté financière et économique.
Recouvrer la souveraineté signifie démarchandiser le secteur de l'énergie, le nationaliser, renationaliser les services essentiels, changer le modèle de privatisation pour un modèle de propriété étatique avec la participation et le contrôle des utilisateurs et des travailleurs, et ainsi récupérer les droits des travailleurs, des utilisateurs et de la société dans son ensemble.
En réponse aux annonces de privatisation de Milei, les mouvements sociaux regroupés au sein de l'Union des travailleurs de l'économie populaire (UTEP) et de l'Association des travailleurs de l'État (ATE) ont appelé à « éviter la destruction de l'État proposée par Milei » et ont affirmé qu'ils ne permettraient pas « la nouvelle tentative de privatisation des entreprises publiques ».
« Nous ne nous écarterons pas d'un millimètre du mandat qui nous a été confié par nos membres. Avant de partir, le gouvernement actuel doit garantir les augmentations promises pour novembre et décembre. Et à la prochaine, nous voulons dire que nous défendrons de toutes nos forces les emplois et les politiques publiques que nous avons gagnés », a déclaré Rodolfo Aguiar, secrétaire général de l'Association des travailleurs de l'État (ATE).
« Nous devons être forts et unis parce que la sortie est toujours collective. Nous avons besoin d'un État fort et souverain, et il est clair que la moitié de notre pays n'est pas en mesure d'en apprécier l'importance. C'est très affligeant parce que ceux d'entre nous qui sont au courant de l'histoire de notre pays savent ce qui s'est passé avec les privatisations et les démantèlements », a ajouté Mercedes Cabezas, secrétaire adjointe de l'ATE.
Le Syndicat de la presse de Buenos Aires (SiPreBA) a appelé à des rassemblements cette semaine à Radio Nacional, TV Pública et Télam, respectivement, sous le slogan « Sans médias publics, il n'y a pas de démocratie ».
Brésil : Reconstruire après la présidence Bolsonaro
Sans minimiser les différences importantes entre l'Argentine et le Brésil, ce dernier a été confronté à des défis similaires sous les administrations Temer et Bolsonaro avec la privatisation d'importantes entreprises publiques telles qu'Eletrobras et Petrobras. La lutte contre ces privatisations et la lutte actuelle, sous Lula, pour récupérer et restaurer les entreprises peuvent offrir des informations précieuses sur la stratégie.
CUT du Brésil s'est adressé au mouvement ouvrier argentin dans une déclaration post-électorale. « Notre histoire de solidarité entre la CUT Brésil et les syndicats argentins est marquée par des luttes acharnées et des résistances aux gouvernements autoritaires et néolibéraux qui, pendant des décennies, ont œuvré pour remettre les biens publics, les secteurs stratégiques de nos économies aux entreprises multinationales et, sous prétexte de réduire les dépenses, détruire nos systèmes publics de protection sociale et du travail. Le résultat, nous le savons déjà, est que des millions de travailleurs seront abandonnés par l'État minimal, poussés vers la famine, la violence et le chômage [...] Nous serons ensemble dans cette période de résistance, mais aussi d'organisation de la lutte pour défendre un projet souverain d'intégration régionale...
La reconquête de la politique industrielle de l'État et la restauration de la démocratie, du mouvement ouvrier et des services publics figuraient parmi les thèmes centraux du 14e Congrès national de la CUT Brésil (CONCUT14) qui s'est tenu en octobre 2023. Plus de deux mille délégués brésiliens et 150 délégués internationaux, dont le TUED, ont participé à ce congrès historique qui a marqué le premier depuis la défaite de Bolsonaro.
Dans les jours qui ont précédé la CONCUT, la TUED a participé à la troisième édition du Forum syndical international pour une transition sociale et écologique, organisé par la CUT du Brésil, la Rosa Luxemburg Stiftung (RSL), la Confédération générale du travail de France (CGT), la Confédération coréenne des syndicats (KCTU) et la TUED. À la suite du Congrès, le TUED a également participé à la convocation par Industriall Global Union Brésil des syndicats du secteur industriel du pays, notamment la Fédération brésilienne des travailleurs du pétrole (FUP), la Confédération nationale des métallurgistes de la CUT (CNM/CUT), la Fédération nationale et la Confédération des travailleurs urbains - FNU/CNU et le Syndicat des travailleurs de l'énergie (Sinergia CUT), entre autres.
Les Syndicats pour la démocratie de l'énergie (TUED) sont une initiative mondiale et multisectorielle visant à faire progresser la direction et le contrôle démocratiques de l'énergie d'une manière qui promeut des solutions à la crise climatique, à la pauvreté énergétique, à la dégradation des terres et des personnes, et répond aux attaques contre les droits et la protection des travailleurs.
Cet article a été publié à l'origine sur le site Web du TUED.
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