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Lettre ouverte sur le virage numérique
Il y a plusieurs semaines, la sortie du rapport de la vérificatrice générale du Québec sur SAAQclic a braqué le projecteur sur la transformation numérique gouvernementale. Depuis lors, les révélations explosives s'enchainent, forçant la démission d'Éric Caire de son poste de ministre de la Cybersécurité et du Numérique et le déclenchement d'une enquête publique. Face à ce fiasco, des questionnements sur la fiabilité des autres projets de transformation numérique gouvernementale commencent à émerger.
Le RGPAQ, ses groupes membres et ses alliés n'ont pas attendu le scandale SAAQclic pour s'inquiéter. Depuis plusieurs années, nous tirons la sonnette d'alarme sur les conséquences de la transformation numérique sur la population québécoise. À l'occasion de la Semaine de l'alphabétisation populaire, qui se tient du 7 au 11 avril 2025, laissez-nous taper sur le clou une fois de plus.
Saviez-vous que, selon les dernières données du PEICA (2022), 22 % des adultes québécois âgés de 16 à 65 ans sont considérés comme peu alphabétisés ? Ces personnes, qui ont de grandes difficultés pour lire, écrire, compter et comprendre les informations, ont bien du mal à évoluer dans notre société. Sans compter les murs que le numérique vient dresser sur leur parcours déjà semé d'embûches.
Effectivement, les personnes peu alphabétisées sont souvent en situation de pauvreté. Elles peuvent donc avoir plus de difficultés à accéder à Internet et aux outils numériques. De plus, avec des compétences en littératie plus faibles, elles manquent parfois de connaissances ou ne savent pas bien utiliser Internet et ces outils. Elles peuvent ainsi rencontrer des difficultés à faire des tâches qui nous semblent simples, comme chercher de l'information sur un site Internet, envoyer un courriel, télécharger un document ou prendre un rendez-vous en ligne. Bref, ces personnes sont plus vulnérables aux fractures numériques. Et elles sont loin d'être les seules ! Les personnes âgées, immigrantes, autochtones, en situation de handicap ou vivant dans la pauvreté, sont également concernées. En réalité, au Québec, plus d'une personne sur quatre trouve les interactions en ligne complexes !
Or, malgré tous les voyants rouges qui s'allument, le gouvernement de François Legault ne semble pas prêt à ralentir sa transformation numérique, comme en témoigne le dépôt récent du projet de loi n° 82 visant à implanter la future identité numérique.
Pourtant, sur le terrain, la situation ne cesse de se dégrader. Et SAAQclic n'est que la pointe émergée de l'iceberg ! Depuis la mise en place de la prise de rendez-vous médicaux en ligne via des plates-formes comme Clic-Santé, l'accès aux soins se complexifie. À l'assistance sociale, le déploiement du projet UNIR s'accompagne déjà de nombreux problèmes comme des pertes de documents ou des envois de lettres erronées. On passe également trop souvent sous silence la fermeture de points de services, comme ceux de la CNESST et de la SAAQ, ainsi que l'orientation croissante vers les services en ligne. De plus, les demandes sur papier sont souvent plus coûteuses que leurs équivalents numériques, comme c'est le cas pour le remplacement d'une carte de la RAMQ perdue. Sans oublier le temps interminable passé à tenter de joindre un employé ou une employée du gouvernement par téléphone.
Est-ce là le Québec que nous voulons ? Un Québec où seules les personnes à l'aise avec le numérique auront accès facilement aux services publics ? Un Québec où toute une partie de la population se verra privée des services auxquels elle a droit ? Un Québec qui exclut ? Il faut impérativement renverser cette tendance. C'est pourquoi le RGPAQ a lancé, avec des alliés, la déclaration Traversons l'écran Pour que l'humain demeure au cœur des services publics. Cette déclaration, qui a récolté 12 804 signatures, revendique notamment le maintien des services en personne, l'humanisation des services et la conservation d'alternatives au numérique, accessibles et de qualité. Le gouvernement doit entendre raison. La transformation numérique ne peut se poursuivre en laissant de côté une part importante de la population !
Signataires
Martine Fillion, présidente, Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec
Pierre Lynch, président, Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées
Serge Petitclerc, co-porte-parole, Collectif pour un Québec sans pauvreté
Catherine Tragnée, organisatrice communautaire, Front commun des personnes assistées sociales du Québec
Élianne Venne, citoyenne et membre du Mouvement Personne D'Abord de Sainte-Thérèse, Fédération des Mouvements Personne d'Abord du Québec
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"Résistance ou soumission ? Le Québec, dernier rempart contre l’expansionnisme américain"
En 1982, Margaret Thatcher entra en guerre contre l'Argentine, un pays militairement inférieur à la flotte britannique. À l'époque, la nécessité d'assurer l'approvisionnement pétrolier et la quête d'indépendance énergétique ont déclenché un conflit que peu auraient imaginé quelques années plus tôt.
Cette guerre, bien que localisée dans l'hémisphère sud, n'eut qu'un impact limité sur la scène internationale, malgré les vies perdues et la défaite argentine dans sa tentative de défendre les îles Malouines.
Quarante-trois ans plus tard, les ambitions impériales du bloc anglo-saxon renaissent sous l'impulsion de Donald Trump aux États-Unis. Cette fois, les cibles sont le Groenland et le Canada, deux territoires où l'anglais domine et qui sont dans le viseur de l'administration Trump – et ce n'est pas un hasard. La bataille pour le contrôle de l'Arctique et de ses ressources naturelles a déjà commencé. En réalité, ce sont les Soviétiques qui ont lancé l'offensive à la fin des années 1940 avec l'expédition *Sever*, découvrant et revendiquant la dorsale de Lomonossov, comme l'explique le journaliste catalan Enric Juliana dans La Vanguardia. Au cours des décennies suivantes, la Russie y a établi des bases scientifiques et militaires, identifié d'immenses gisements de gaz, de pétrole, d'uranium et de nickel, construit des brise-glaces ultra-puissants et anticipé les opportunités offertes par la fonte des glaces pour le transport maritime vers l'Europe et la Chine. Aujourd'hui, 20 % du PIB russe provient du cercle polaire arctique.
Les États-Unis, quant à eux, envisagent clairement l'assimilation du Canada et du Groenland, avec pour objectif le contrôle des futures routes commerciales maritimes. Mais les richesses naturelles de ces territoires sont tout aussi convoitées. Le Canada concentre l'essentiel de sa population dans une bande de 200 km le long de la frontière américaine, laissant l'immense majorité de son territoire vierge et inexploité. L'eau, les minéraux, les terres rares et la faible densité démographique du nord du pays font de cette région une proie idéale pour Trump – et pour Elon Musk, qui rêvent d'étendre leurs frontières en intégrant l'Alaska et le Canada.
Une menace imminente
Il ne s'agit plus de savoir si le conflit éclatera, mais quand. Le Canada, aujourd'hui, n'a ni les moyens ni la capacité de protéger ses frontières contre une assimilation rampante. Et la population, consciente du danger, redoute l'avenir.
Que faire face à la menace Trump ? L'histoire récente nous enseigne une logique implacable : là où il y a des ressources naturelles convoitées par des puissances étrangères, les populations locales paient un prix terrible. Pensons à l'Irak, où plus d'un million de civils ont péri sous l'occupation américaine. À la Palestine, colonisée depuis les années 1940, où des centaines de milliers de personnes ont été expulsées ou massacrées. Au Venezuela, dont l'économie a été étranglée par des sanctions américaines après que Hugo Chávez eut repris le contrôle du pétrole aux multinationales étrangères.
La réponse canadienne à la menace Trump s'annonce problématique, d'autant plus que l'Europe, où les idées de Trump et de Musk gagnent du terrain, pourrait se montrer complaisante. Le scénario d'un démantèlement de l'État au profit des grandes corporations n'est plus une dystopie – l'Argentine en est l'exemple contemporain.
La résistance québécoise : un espoir ?
Au Canada, la population, éduquée sous l'influence culturelle et médiatique américaine (surtout dans les provinces anglophones), ressemble de plus en plus à ses voisins du Sud. Une résistance organisée à une annexion territoriale y semble donc difficile.
Mais le Québec est une autre histoire. La Belle Province, par sa culture et son héritage francophone, reste une enclave européenne en Amérique du Nord. Les récentes manifestations à Montréal contre l'idée de devenir le *51e État américain* ont rassemblé des milliers de personnes, montrant un rejet clair de l'expansionnisme trumpiste. Les aspirations indépendantistes et la solidarité sociale pourraient servir de rempart contre cette menace.
Une question glaçante
Une question hante les esprits : Pourquoi les États-Unis iraient-ils s'emparer du pétrole irakien ou syrien alors qu'ils pourraient se contenter de celui de l'Alberta sans déployer un seul soldat ? Pourquoi intervenir en Afrique ou au Moyen-Orient quand le Canada offre autant de ressources sans résistance armée ?
L'avenir du Canada face à l'administration Trump dépendra de sa société civile – et surtout des Québécois, qui pourraient être amenés à écrire une page décisive de l'histoire. Le Canada n'est ni le Venezuela ni l'Irak, mais il pourrait s'inspirer des BRICS et chercher des alliances hors de l'orbite américaine. Ni la Russie, ni le monde arabe, ni la Chine n'ont menacé le Canada, malgré son alignement traditionnel sur les croisades américaines.
La menace vient des États-Unis. Le Canada est-il prêt à corriger le tir et à revoir ses alliances internationales ? Ou ses dirigeants céderont-ils discrètement aux États-Unis en criant Canada First ?
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Solidarité avec La Palestine
Nous vous invitons à appuyer (soit comme individu ou comme organisme) la campagne québécoise Sortons la Caisse (de depôt et placement du Québec) des crimes en Palestine —soient les violations graves du Droit international humanitaire— lancée par la Coalition Urgence Gaza basée à Montréal.
Notre résumé : la campagne vise concrètement 87 entreprises qui soient aident des colonies illégales (chose absolument contraire aux obligations internationales stipulées par le Conseil de sécurité de l'ONU) ou encore qui fournissent à l'armée israélienne de l'équipement ou services alors que celle-ci commet des violations graves du Droit internationale humanitaire contre la population de Gaza notamment (DIH : Crimes de guerre, Crimes contre l'Humanité dont des actes de génocide, etc.). Toutefois, le but est aussi que la Caisse se donne un système plus long terme face aux violations graves des Droits Humains.
Les revendications :
1 Désinvestissement : la CDPQ doit retirer immédiatement ses 14,2 milliards $ d'investissement dans les 87 entreprises complices de crimes contre le peuple palestinien.
2 Transparence : la CDPQ doit mettre en place un processus de contrôle transparent pour garantir qu'aucune entreprise dans laquelle elle investit ne soit associée à des violations des droits humains et du droit international.
Actions suggérées
* Adoptez une position collective d'appui à la campagne et peut-être aussi rejoindre la Coalition Urgence Gaza . Vous pouvez d'ailleurs écrire à urgencepalestine.qc@gmail.com si vous avez des questions ou pour informer la coalition de l'appui de votre groupe.
* Invitez votre réseau à envoyer (rapides en ligne) un message à la CDPQ et/ou à votre député-e québécois (Assemblée nationale). Le site de la campagne permet de le faire rapidement et vous pouvez modifier ou adapter le message.
Le site a une page avec du matériel pratique pour ces actions, et autres informations :
https://cdpq-palestine.info
* Nous vous invitons aussi à suivre la Page Facebook du Collectif de Québec pour la paix pour voir les actions à venir à Québec (probablement une manifestation en mai) :
https://www.facebook.com/CollectifPaix
Nous présumons ici qu'il n'est pas nécessaire de vous informer de la destruction systématique et massive de toutes les infrastructures civiles, nécessaires à la vie, à Gaza, des blocages même de l'aide humanitaire et des agences de l'ONU comme l'UNICEF, des massacres incessants, etc.
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"Les Invisibles"
Dans chaque ville, il existe des quartiers marginalisés où le trafic de drogue, les gangs de rue et les petits larcins coexistent avec la survie et la précarité.
Montréal ne fait pas exception, et des endroits comme Deuf Court à Lachine ou Saint-Michel, dans le nord de l'île, en sont des exemples frappants. Une immigration entassée, combinée au manque d'opportunités pour des communautés déjà marquées par les traumatismes de l'exil et la violence de leurs pays d'origine, condamne leurs habitants à une vie d'invisibilité.
Abisay Cruz Isidro était l'un de ces immigrés condamnés. Originaire du Honduras, il est mort lors d'une intervention policière disproportionnée dans son logement du quartier Saint-Michel le dimanche 30 mars. Peu importent les raisons de l'opération, la vérité, comme me l'a dit un de ses proches lors d'une veillée commémorative, est la suivante : "Ils l'ont pris vivant, menotté, et nous l'ont rendu mort."
Des cas comme celui d'Abisal abondent en Amérique du Nord : George Floyd, Frank Tyson, Sonya Massey, Anthony Lowe Jr., Vanessa Renteria, Jean René Junior Olivier... La liste est si longue qu'il serait impossible de nommer toutes les victimes de violences policières aux États-Unis et au Canada rien que ces dernières années. L'usage disproportionné de la force dans des situations qui devraient relever du médical ou du social se solde par des morts qui, trop souvent, restent impunies.
Ce qui est le plus révélateur dans le cas d'Abisay, c'est le silence médiatique. Aucun média n'a couvert son histoire. Pas d'articles, pas de reportages, pas de couverture ; son nom n'existe que pour sa famille et ses amis du quartier. Il est probable qu'il n'apparaisse même pas dans les statistiques des violences policières, devenant ainsi une victime invisible de plus, dont la famille n'obtiendra jamais justice.
Le Canada n'est pas exempt de racisme et de xénophobie, tout comme les États-Unis, et cela devient évident quand les médias ignorent une vie fauchée par la police. Si Abisay avait été blanc, un parti politique aurait exigé des comptes. S'il avait vécu à Westmount, le quartier riche de Montréal, il y aurait eu des démissions dans la police, et la mairesse de Montréal comme celle de Westmount seraient venues présenter leurs condoléances à la famille en promettant justice.
Mais Abisay n'était qu'un Hondurien de 29 ans, immigré issu d'une famille modeste. Aucune personnalité publique ne s'est déplacée, aucune promesse de justice n'a été faite. Seulement l'invisibilité, l'impunité, et une vie de plus brisée par un système qui continue de faillir envers les plus vulnérables.
Dites son nom : #Abisay Cruz Isidro
Manuel Tapial,
Community Organizer
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Une mobilisation provinciale pour renverser la tendance en itinérance
Québec, le 8 avril 2025 – Le Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec (RSIQ) lance une vaste campagne de mobilisation pour recueillir 50 000 signatures en appui à la déclaration commune pour renverser la tendance en itinérance, issue des 4es États généraux de l'itinérance.
La déclaration commune se veut un signal fort aux décideurs publics, à l'image de la déclaration de 2010, qui avait mené à l'adoption de la Politique nationale de lutte à l'itinérance. Aujourd'hui, face à une situation qui s'aggrave, un engagement renouvelé est nécessaire pour exiger que la lutte à l'itinérance devienne une véritable priorité des gouvernements.
Renversons la tendance : c'est possible !
La crise de l'itinérance est bien documentée quotidiennement partout au Québec. Pourtant, l'itinérance n'est pas une fatalité : des solutions existent et ont fait leurs preuves. La déclaration commune pour renverser la tendance en itinérance met en avant des mesures concrètes pour renverser cette tendance :
• Développer massivement des logements sociaux et abordables afin de garantir un accès au logement pour les personnes vulnérables.
• Renforcer la prévention par un meilleur accompagnement des jeunes, des personnes en sortie d'institution et un accès élargi aux services en santé mentale.
• Assurer une réponse coordonnée des différents paliers de gouvernement et un financement stable pour maximiser l'efficacité des actions menées.
« Nous connaissons les solutions et les gouvernements ont le devoir d'agir. La population québécoise exige des actions immédiates et ambitieuses pour prévenir et réduire l'itinérance », affirme Gabriel Pallotta, Président du conseil d'administration du Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec.
Un geste concret pour faire avancer la lutte contre l'itinérance
En signant la déclaration commune pour renverser la tendance en itinérance, les citoyens et citoyennes lancent un appel fort au gouvernement pour exiger des mesures concrètes afin de prévenir et réduire l'itinérance. D'ailleurs, plusieurs citoyens, municipalités et organismes ont déjà signé la déclaration commune pour renverser la tendance en itinérance avant même le lancement de la campagne nationale.
L'ampleur de cette mobilisation démontrera l'importance accordée par la population à cet enjeu et incitera les décideurs à poser des gestes concrets.Le RSIQ invite l'ensemble des citoyen.e.s, organismes, élu.e.s, entreprises et personnes concernées à signer la déclaration commune pour renverser la tendance en itinérance et à la partager largement.
D'ailleurs, les influenceur.e.s Annie Archambault et Farnell Morisset, très engagés dans les causes sociales, participent à la campagne de mobilisation et portent le message que renverser la tendance en itinérance, c'est possible !
Pour signer la déclaration commune pour renverser la tendance en itinérance, rendez-vous au itinerance.ca/declaration.
À propos du Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec
Le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec a été créé en 1998 et consiste en un regroupement de quinze concertations régionales de lutte à l'itinérance et une vingtaine de membres associés, totalisant plus de 200 organismes à travers le Québec qui visent entre autres à améliorer les conditions de vie des personnes en situation d'itinérance ou à risque de l'être.
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Pourquoi je me dissocie de la position majoritaire du Comité de rédaction de Presse-toi à gauche
La crise se poursuit.
Vers la fin de l'après-midi 26 mars, le président Trump annonçait qu'à partir du 2 avril, il allait imposer des droits de douane de 25% sur tous les véhicules importés aux États-Unis. Après avoir écouté le premier ministre de l'Ontario Doug Ford et le premier ministre du Canada Mark Carney réagir, j'ai passé, une fois couché ce soir-là, de longs moments d'insomnie.
Dans de telles circonstances tout à fait historiques, savoir pour qui voter dans les prochaines élections fédérales importe énormément.
La position majoritaire du Comité de rédaction de Presse-toi à gauche est qu'il faut appuyer le NPD, le seul parti qui reflète réellement les valeurs progressistes. Appuyer stratégiquement le Parti libéral pour empêcher une victoire de Pierre Poilievre, serait, selon ce point de vue, contribuer à la méséducation de la population, aller à l'encontre de nos valeurs et de nos aspirations. Cela reviendrait à voter pour le moindre mal en mettant sous le tapis la défense réelle des intérêts de la majorité populaire. L'urgence, selon cette position, serait de prendre la rue et de militer pour la mise en place d'un réel projet de société en finissant une fois pour toutes avec le capitalisme, le patriarcat, les guerres, les génocides et l'exploitation de la terre.
Il y a quelques mois, le Comité de rédaction m'invitait à me joindre à lui. J'aime y participer et je respecte et admire énormément mes collègues. Les valeurs qu'ils et elles défendent m'inspirent. Leur engagement à produire et maintenir vivant, ce cela de façon tout à fait bénévole, un journalisme de qualité, m'impressionne.
Cependant, je ne partage pas la position majoritaire du comité.
Pour étayer mon opinion dissidente, je traçais, dans un article précédent, le portrait de l'actuel premier ministre du Canada, Mark Carney, en me fondant sur son livre Values : Building a Better World for All (2021), dont je venais tout juste de terminer la lecture. Et je remettais carrément en question ce qu'affirment de nombreux progressistes tels que James Hardwick et David Moscrop et ce que laisse entendre la position majoritaire. À savoir que Carney n'est qu'un néolibéral qui vénère à l'autel du fondamentalisme du marché et qu'il va faire pencher le Parti libéral plus à droite.
Carney, comme je l'ai démontré dans mon article, rejette carrément dans son livre à la fois l'analyse des économistes néoclassiques et celle des économistes néolibéraux. À certains égards, son analyse me rappelle beaucoup celle du psychanalyste américain de tendance marxiste Erich Fromm, qui, dans The Sane Society (1955), rejette le capitalisme parce que celui-ci, dit-il, réduit l'être humain à une simple marchandise. Le capitalisme, allègue Fromm, mène à l'aliénation, et c'est pourquoi il plaide pour un projet de socialisme humaniste et démocratique. Fromm s'inspire partiellement des écrits du jeune Marx et rejette, comme ce dernier, la sacralisation ou le fétichisme des forces du marché.
Cependant, même si je maintiens mordicus que dans la crise historique existentielle que nous vivons présentement au Canada, la grande priorité des progressistes devraient être de tout faire pour empêcher une victoire de Pierre Poilievre, quitte à appuyer stratégiquement le Parti libéral, cela ne veut pas dire que je partage toutes les opinions que Mark Carney exprime dans son livre Values.
Selon Carney, il est tout à fait faux d'alléguer, comme le font la plupart des économistes de la gauche comme de la droite, qu'Adam Smith, que plusieurs perçoivent comme le pionnier de la science économique, était un fondamentaliste du marché. Autrement dit, qu'il croyait que les riches n'ont qu'à chercher à s'enrichir de plus en plus pour que soit automatiquement atteint, comme par magie et grâce à la main invisible présumément de Dieu, le bien commun.
Il est facile de croire cela, affirme Carney, si on ne concentre que sur un ou deux passages de l'œuvre majeure de Smith, Wealth of Nations. Cependant, dès qu'on considère l'ensemble de son œuvre, et surtout son premier livre The Theory of Moral Sentiments, cette thèse – la recherche de la richesse des puissants mène automatiquement au bien commun – ne tient plus du tout la route.
Sur ce point, qui est tout de même fort important, je ne partage pas l'opinion de Mark Carney.
***************
Les crises, cela est bien connu, mènent souvent à la polarisation. Disparaissent rapidement, dans de telles situations, les nuances.
Vous êtes pour nous ou contre nous, affirmait George Bush Jr à la suite de l'attaque des tours jumelles à New York, mardi matin, le 11 septembre 2001.
Si Mark Carney découvrait la sagesse d'Adam Smith alors qu'il vivait les conséquences de la crise financière de 2008, je découvrais Adam Smith, pour la première fois de ma vie, alors que je vivais le coup d'État chilien qui renversait, en 1973, le gouvernement socialiste de Salvador Allende.
Comme l'attaque des tours jumelles à New York, c'était aussi un mardi matin. Et, de plus, c'était aussi un 11 septembre. Même le nombre de morts ici et là était à peu près le même : 3 000.
Les lunettes évènementielles que portait Mark Carney comme gouverneur de la Banque d'Angleterre lorsqu'il lisait The Theory of Moral Sentiments étaient fort différentes des lunettes évènementielles que je portais lorsque je lisais minutieusement ce même livre.
Les lunettes académiques que Carney portait lorsqu'il lisait ce livre étaient aussi fort différentes des lunettes académiques que je portais lorsque je le lisais. Carney détenait une licence en économie de l'Université de Harvard (1988), ainsi qu'une maitrise (1993) et un doctorat (1995) en économie de l'Université d'Oxford. Je détenais un baccalauréat des arts (1961) et une maitrise en philosophie (1966) de l'Université d'Ottawa et un baccalauréat en théologie (1968) de l'Université Saint Thomas d'Aquin à Rome. Je ne terminerais ma scolarité de maitrise en économie à l'Université McGill que plus tard (1978).
Avant d'expliquer davantage, dans un prochain article, pourquoi je me dissocie de la position majoritaire du Comité de rédaction de Presse-toi à gauche, qui qualifie carrément le Canada de pays impérialiste, colonisateur et extractiviste, et ce au moment même où ce dernier se trouve plongé dans une crise historique existentielle, je vais comparer, dans cet article, l'interprétation que j'ai faite d'Adam Smith en 1974 avec celle qu'en a faite Mark Carney dans son livre de 2021.
Une comparaison qui devrait montrer que, bien que je me dissocie de la position majoritaire du Comité de rédaction, je partage plusieurs des valeurs et inquiétudes profondes qui sous-tendent celle-ci.
Deux interprétations fort différentes de la pensée d'Adam Smith
Carney semble avoir découvert la grande sagesse d'Adam Smith alors qu'il tentait, comme gouverneur de la Banque centrale d'Angleterre, de résoudre les problèmes issus de l'énorme crise financière de 2008, des problèmes dont la gravité était telle qu'une partie substantielle de la population remettait en question l'économie de marché comme telle.
Lorsque j'étais à la Banque centrale d'Angleterre, nous nous sommes souvent inspirés de ses idées pour aborder des questions allant de l'avenir de la monnaie à l'ère des cryptoactifs à la manière de reconstruire les fondements sociaux des marchés financiers après la crise financière de 2008, affirme Carney (...). Ce faisant, nous avons été inspirés par Smith, le sage de la politique, de la morale, de l'éthique et de la jurisprudence, et non par Smith, le fondamentaliste du marché de la légende et de l'opportunisme politique de la droite et de la gauche.
Je découvrais Adam Smith, comme mentionné plus haut, dans un tout autre contexte.
J'avais 31 ans, et je me trouvais alors à Santiago, Chili. Quelques mois plus tôt, j'avais vécu le violent coup d'État du 11 septembre 1973 par lequel les militaires, soutenus par les riches hommes d'affaires chiliens et le gouvernement américain, renversaient le gouvernement socialiste démocratiquement élu de Salvador Allende.
Semaine après semaine, j'entendais les militaires proclamer avec fierté que le Chili avait retrouvé la liberté. Vive le retour du marché libre, nous disaient-t-ils ! Vive le retour des investissements !
Cependant, ces proclamations me bouleversaient et me révoltaient profondément, car je voyais ces mêmes militaires exécuter sommairement, s'adonner à la torture la plus barbare imaginable – selon une Commission d'enquête, quelques 27 000 de Chiliens et Chiliennes ont subi de la torture – , faire disparaître des personnes, acheminer comme du bétail de dizaines de milliers d'adeptes de l'Unité populaire dans des camps de concentration, imposer la censure totale des médias et bannir la plus grande centrale ouvrière du Chili.
Si ma mémoire est bonne, c'était le début mars 1974 que je découvrais Adam Smith. Je venais de commencer à suivre un cours d'économie à l'Instituto Latinoamericano de Doctrinas y Estudios Sociales (ILADES). Mon professeur m'avait demandé de faire une dissertation sur Adam Smith, et j'avais sorti de la bibliothèque sa première œuvre, The Theory of Moral Sentiments (1759). Il s'agissait d'un livre de philosophie morale, et bien qu'il soit assez volumineux, sa lecture ne m'était pas du tout rébarbative, puisque que je détenais une maitrise en philosophie.
ILADES n'était pas mon premier choix.
En arrivant au Chili fin juillet 1973, ma conjointe d'alors, Wynanne Watts, et moi nous étions inscrits dans le Centro del estudio de la realidad nacional (CEREN), une institution progressiste qui faisait partie de l'Université catholique du Chili.
Cependant, à peine nos cours commencés fin aout, le coup d'État du 11 septembre y mettait subitement fin, la dictature démantelant immédiatement le CEREN.
Ce geste répressif n'étonnait guère, puisque cette institution était hautement réputée et son influence dans la gauche était remarquable, non seulement au Chili et toute l'Amérique latine, mais aussi au niveau international.
Privés de cours, Wynanne et moi nous tournions alors immédiatement aux tâches qui, dans ces évènements dramatiques que nous vivions, nous paraissaient les plus urgentes : aider les personnes traquées par les militaires à prendre refuge dans une ambassade, faire parvenir des rapports au Comité Québec-Chili à Montréal, rencontrer les nombreux journalistes qui arrivaient à Santiago pour leur raconter ce qui arrivait au Chili.
Ayant passé presque huit ans au séminaire à me préparer à la prêtrise, j'étais abasourdi et profondément révolté de voir la complicité de l'Église catholique dans le coup. J'ai donc commencé à exprimer ma frustration dans mon journal, et, peu à peu, ce dernier s'est transformé en livre.
Début mars 1974, je réussissais, après quelques tentatives manquées, à faire parvenir mon manuscrit Chili : le coup divin à Montréal. Et c'est à ce moment-là, si ma mémoire est bonne, que Wynanne et moi ont commencé à suivre des cours à ILADES.
Si ILADES n'avait pas connu le même sort que le CEREN, c'est parce que cette institution était dirigée par les Jésuites, lesquels étaient proches du Parti démocrate-chrétien, un parti qui, initialement, avait appuyé le coup d'État.
Mon professeur d'économie à ILADES m'avait demandé de faire une dissertation sur Adam Smith, mais je lui avais expliqué discrètement que je voulais aussi poursuivre, à l'insu de tous, le projet de recherche que j'avais initié au CEREN, soit découvrir la pensée de Karl Marx.
Comme les militaires brûlaient dans la rue tous les livres de tendance socialiste ou même social-démocrate qui leur tombaient sous la main, les Jésuites avaient discrètement accepté que soient entreposés dans l'énorme sous-sol d'ILADES les livres de la bibliothèque du CEREN.
C'est dans ce sous-sol, vers lequel mon professeur a eu la gentillesse de me diriger, que j'ai trouvé quelques livres de Karl Marx. Non sans difficulté énorme, d'ailleurs, car il y avait des montagnes de livres et ils étaient empilés par terre dans un désordre total !
Lire Smith, le grand apôtre du capitalisme, et Marx, le plus grand et illustre critique du capitalisme, dans le contexte du coup d'État brutal qui était en marche, m'ouvrait les yeux.
Si quelqu'un cognait à la porte de notre appartement situé dans un quartier populaire de Santiago, je cachais immédiatement, avant d'ouvrir la porte, le livre de Marx que j'étais en train de lire.
L'interprétation de Mark Carney de l'œuvre d'Adam Smith
Dans son livre Values, Mark Carney affirme, comme noté plus haut, que les économistes se sont trompés en présentant Adam Smith comme le préconiseur d'un laissez-faire où individus et entreprises n'auraient qu'à poursuivre égoïstement le profit afin que soit automatiquement atteint le bien commun. Si on s'en tient, affirme-t-il, au deuxième livre de Smith, Wealth of Nations (1776), le livre de loin le plus acheté et lu, on peut facilement avoir cette impression. Cependant, insiste Carney, pour comprendre Smith, il faut absolument tenir compte de l'ensemble de son œuvre. Et de façon particulière de son premier livre, The Theory of Moral Sentiments (1759), où Smith, dit-il, adhère clairement aux valeurs éthiques classiques, reconnaissant que toute société saine doit se fonder sur les grandes vertus humaines que sont justice, compassion, amour, respect etc.
Une société purement commerciale, dans laquelle les hiérarchies sociales sont basées sur la richesse, amène naturellement les gens, note Carney, à se concentrer sur la recherche systématique de la richesse, cette recherche que Max Weber considère comme principal déterminant sociologique du capitalisme.
Adam Smith craignait, poursuit Carney, qu'une telle recherche systématique n'encourage un comportement amoral. En cela, il était en désaccord total avec la conclusion du théoricien social du XVIIe siècle Bernard Mandeville dans sa parabole des abeilles, selon laquelle la poursuite de vices privés par les abeilles conduit à la prospérité de la ruche, faisant de ces vices des vertus publiques.
Au lieu de reconnaître que Smith rejetait carrément la fameuse parabole des abeilles de Mandeville, poursuit Carney, les économistes ont fait exactement le contraire. Ils ont présenté Adam Smith comme le père et grand défenseur du laissez-faire.
Il est révélateur, écrit Carney dans son livre, que les économistes se soient rangés du côté des abeilles, en les adoptant comme symbole de la Royal Economic Society.
Présenter Smith comme le père du laissez-faire, insiste Carney, n'est qu'une caricature de ce grand économiste, une déformation grossière de sa pensée. C'est passer sous silence, poursuit l'ex-banquier catholique qui pratique la méditation, le fait que Smith était le plus réfléchi et catholique des philosophes du monde entier !
Les écrits de Smith, affirme Carney, mettent en garde contre les erreurs consistant à assimiler l'argent au capital et à dissocier le capital économique de son partenaire social, erreurs que l'on peut commettre en ne lisant que quelques pages, certes brillantes, de Wealth of Nations. Cette caricature de Smith en tant que « père du laissez-faire » dévalorise grossièrement le plus réfléchi et le plus catholique des philosophes du monde entier ; l'expression « main invisible » n'apparaît qu'une seule fois dans ce livre et seulement trois fois dans les œuvres rassemblées de Smith.
Smith, Carney argumente, n'était pas du tout un intellectuel au service du grand capital. Il était tout à fait conscient du danger que le gouvernement soit indument influencé par le capital.
Smith a mis en garde contre le fait qu'un système politique dominé par les entreprises permettrait une conspiration de l'industrie contre les consommateurs, les entreprises cherchant à influencer la politique et la législation.
Mon interprétation de l'œuvre d'Adam Smith
Plongé dans un Chili où riches et puissants avaient orchestré le renversement brutal du gouvernement de l'Unité populaire qu'appuyaient fortement la grande majorité des travailleurs et travailleuses ainsi que les marginalisés des bidonvilles, ma lecture de The Theory of Moral Sentiments – j'avais méticuleusement lu ce livre au complet – fut fort différente de celle de Carney.
Voici un extrait du journal que j'écrivais en avril 1974, alors que j'étais en train de lire ce livre. Un extrait où parfois je paraphrase et souvent je cite longuement et textuellement Smith.
Pour moi, l'exemple qui suit va au cœur de la philosophie du père du capitalisme, Adam Smith.
Smith parle d'un fils de pauvre qui, voyant et enviant le rang et la situation matérielle d'un homme riche, s'efforce d'obtenir pour lui-même ce rang et cette situation. À cette fin, il travaille beaucoup plus fort qu'il ne l'aurait fait autrement, sacrifie beaucoup de choses dont il aurait pu jouir, apprend un métier très difficile, étudie jour et nuit, puis fait tout son possible pour faire connaître publiquement son excellence afin d'obtenir un emploi toujours plus élevé et de meilleure qualité. À cette fin, il va même jusqu'à faire la cour à toute l'humanité, à servir ceux et celles qu'il déteste et à être obséquieux envers ceux et celles qu'il méprise.
Une fois qu'il a atteint la richesse, le pouvoir et la gloire, il est vieux, usé par le travail et le labeur, et il découvre alors que ce monde de rêve qu'il avait toujours imaginé, et qui l'avait toujours poussé à aller de l'avant, est beaucoup plus imaginaire que réel. Il découvre que sa richesse est très précaire et remplie de soucis qui lui font perdre temps et quiétude de l'esprit, et qu'en outre, les vraies valeurs qui réconfortent le cœur de l'homme sont ailleurs, et qu'il aurait pu les atteindre depuis longtemps sans toute cette peine et toute cette ambition.
Cet extrait de mon journal fait apparaître Smith comme un grand sage. Comme, pour reprendre les paroles de Mark Carney, le plus réfléchi et le plus catholique des philosophes du monde entier. Quelqu'un qui nous montre, un peu comme ne le faisaient Platon et Aristote, que les vraies valeurs qui réconfortent le cœur des personnes humaines ne résident aucunement dans la poursuite de richesse, choses matérielles, rang, pouvoir et prestige. Quelqu'un qui nous rappelle l'importance d'enseigner aux jeunes de prioriser amour, solidarité, et relations humaines profondes.
Cependant, le passage qui suit dans mon journal laisse entendre que selon Smith, l'Anglosaxon pragmatique, ce serait une erreur que de tenter d'enseigner une telle morale aux jeunes. Car le bon Dieu, dit Smith, nous a créé avec cette tromperie innée en nous. Un peu comme la loi de la gravité que découvrait Newton, elle est implantée dans notre nature. Et c'est d'ailleurs précisément cette tromperie – la tendance de prioriser richesse, puissance, et prestige au lieu de l'amour et la solidarité – qui représente le grand propulseur des progrès que réalise l'humanité.
Il est bon, poursuit Smith, que la nature nous impose cette façon de faire. Car c'est cette tromperie qui suscite et maintient en mouvement continuel l'industrie de l'humanité. C'est elle qui a incité les humains à cultiver le sol, à construire des maisons, à fonder des villes et des états, et à inventer et améliorer toutes les sciences et tous les arts qui ennoblissent et embellissent la vie humaine.
Ce dernier passage de Smith, que je citais textuellement dans mon journal chilien d'avril 1974, ressemble comme deux gouttes d'eau à un autre passage que je découvrais en 1977 lorsque je me préparais pour une maitrise en économie à l'Université McGill. Celui que l'on trouve dans le livre Capitalisme et liberté (1961) du grand théoricien du néolibéralisme, Milton Friedman, de l'Université de Chicago. Un livre, d'ailleurs, qui représente en quelque sorte la bible de la révolution économique néolibérale qu'a imposée par la force brutale la dictature chilienne pendant 17 ans. Et un livre qui a profondément impressionné Pierre Poilievre dans sa jeunesse.
La seule modification à apporter pour rendre pratiquement identiques ce passage tiré de The Theory of Moral Sentiments et celui tiré de Capitalisme et liberté est de remplacer le mot tromperie par l'expression qu'utilise Friedman entreprise individuelle (individual endeavour).
Revenons à mon journal d'avril 1974.
Immédiatement après cité dans mon journal le passage ci-haut de Smith, je poursuis en me lançant dans une critique percutante de la philosophie morale d'Adam Smith, utilisant pour ce faire le couteau analytique que m'ont permis d'aiguiser mes quatre années d'études en philosophie.
L'amour du système lui-même, affirme Smith en 1759, est le moteur du monde des affaires ! L'amour de l'harmonie, de la régularité, de l'efficacité du système ! L'amour des moyens et non des fins ! L'amour non pas tant de la richesse, du pouvoir et des honneurs extérieurs, mais plutôt des mécanismes qui permettent de les obtenir. En tant que fins, jugées comme telles, la richesse et le pouvoir font en effet de bien piètres concurrents, car "ils apparaissent toujours au plus haut point méprisables et insignifiants", affirme Smith. Ce n'est que lorsque nous considérons ces fins que sont richesse et pouvoir, "non pas dans leur contexte abstrait et philosophique, poursuit-il, mais dans leur contexte concret et complexe", c'est-à-dire "liées à l'ordre, au mouvement régulier et harmonieux du système, de la machine ou de l'économie qui les produit", qu'elles apparaissent vraiment valables et dignes d'efforts.
Avant de reproduire la longe citation textuelle de Smith qui apparaît dans mon journal immédiatement après cette critique mordante, j'aimerais rappeler à lectrices et lecteurs que pour Mark Carney, The Theory of Moral Sentiments représente la preuve par excellence que Smith était bel et bien le plus réfléchi et le plus catholique des philosophes du monde entier. Que pour Carney, c'est surtout dans ce livre que Smith rend clair le fait que toute société saine devrait reposer sur les grandes valeurs éthiques.
Les leaders de ce grand mouvement du système, les riches, affirme Smith, peuvent s'efforcer tant qu'ils veulent de ne poursuivre que leurs propres intérêts. L'estomac du riche n'est pas plus gros que celui du paysan le plus pauvre : le reste, le riche est obligé de le distribuer entre ceux et celles qui préparent, de la plus belle manière, le peu dont il fait usage lui-même, entre ceux et celles qui aménagent le palais où ce peu doit être consommé, entre ceux et celles qui fournissent et maintiennent en ordre toutes les différentes babioles et bibelots qui sont employés dans l'économie de la grandeur ; tous et toutes tirent ainsi du luxe du riche et de son caprice une part des nécessités de la vie et de la justice. (...)
Les riches, poursuit Smith dans The Theory of Moral Sentiments, ne consomment guère plus que les pauvres ; et malgré leur égoïsme et leur rapacité naturels, bien qu'ils ne songent qu'à leur propre intérêt, bien que la seule fin qu'ils se proposent en faisant travailler de milliers d'hommes et de femmes ne soit que la satisfaction de leurs vains et insatiables désirs, ils partagent avec les pauvres le produit de toutes leurs améliorations.
Ils sont conduits par une main invisible à faire à peu près la même distribution des choses nécessaires à la vie que celle qui aurait été faite si la terre avait été divisée en portions égales entre tous ses habitants, poursuit Smith ; et ainsi, sans le vouloir, sans le savoir, les riches favorisent l'intérêt de la société, et fournissent les moyens de multiplier l'espèce. Lorsque la Providence a partagé la terre entre quelques maîtres seigneuriaux, elle n'a ni oublié ni abandonné ceux et celles qui semblaient avoir été écartés du partage. Ces derniers et dernières jouissent aussi de leur part de tout ce que cette terre produit.
Certes, avoue Smith, la Providence, c'est-à-dire le bon Dieu, n'a pas fait un très bon boulot lorsqu'il a partagé la terre entre tous ses habitants. Les riches, quelques maitres seigneuriaux, ont reçu à peu près tout.
On se croirait en 2025 ! C'est comme si Smith, qui écrivait pourtant ces mots il y a quelques siècles, plus précisément en 1759, était en train de décrire notre monde actuel, et non le sien.
Le bon Dieu ne semble pas s'être amélioré au cours des siècles ! Encore à l'heure actuelle, il ne semble pas faire un très bon boulot, puisque qu'il distribue la part de lion des revenus et de la richesse à une petite poignée de riches !
Mais ne vous en faites pas trop, mesdames et messieurs, poursuit Smith. Car, en partageant de façon aussi inégale la terre, le bon Dieu n'a ni oublié ni abandonné ceux et celles qui semblaient avoir été écartés du partage !
Non, nous dit Smith. il ne les a pas oublié et abandonné du tout ! Il a fait en sorte que grâce à cette tromperie innée qu'il a placée dans notre nature, une tromperie qui nous pousse sans cesse à rechercher ces fausses valeurs que sont biens matériels, pouvoir, puissance et prestige, l'humanité progresse à grands pas. Car les riches, nous dit Smith, malgré leur rapacité et leur seule poursuite du profit, sont conduits par une main invisible à faire à peu près la même distribution des choses nécessaires à la vie que celle qui aurait été faite si la terre avait été divisée en portions égales entre tous ses habitants !
Je crois Mark Carney lorsqu'il affirme que lui et ses collègues de la Banque centrale d'Angleterre se sont inspirés des idées brillantes de Smith pour solutionner un tas de problèmes issus de la crise financière de 2008, allant de l'avenir de la monnaie à l'ère des cryptoactifs à la manière de reconstruire les fondements sociaux des marchés financiers. Smith, il est vrai, ne souffrait aucunement de l'étroitesse de perspective qui caractérise la science économique contemporaine, surtout l'école néolibérale qui prédomine.
Cependant, son interprétation de Smith, selon moi, laisse à désirer. Elle manque énormément de rigueur, surtout en ce qui concerne la philosophie morale d'Adam Smith.
Mark Carney a beau insisté sur le fait qu'il importe de considérer l'ensemble de l'œuvre d'Adam Smith, et non pas de se limiter aux seuls trois passages dans celle-ci, dont celui que je viens de reproduire, où il se réfère à la beauté et merveille de la main invisible...
Il a beau nous rappeler, et ce fort justement d'ailleurs, que Smith savait nuancer. Qu'il dénonçait le fait que parfois les entreprises se concertent pour maintenir artificiellement hauts les prix ; le fait que les entrepreneurs, les « masters » comme les appelait Smith, cherchent souvent à maintenir les salaires les plus bas possibles, et qu'ils ont le gros bout du bâton, puisque les travailleurs et les travailleuses, pour résister à de telles manœuvres, ne peuvent faire la grève que quelques jours, faute de moyen financiers...
Il a beau insister sur le fait que selon Smith, le fonctionnement sain du marché suppose confiance, intégrité et équité...
Il a beau nous rappeler tout cela...
Toujours est-il que la vision du monde qui se dégage clairement de la philosophie globale d'Adam Smith n'a rien de très réconfortant pour les Damnés de la terre (1961) dont parle Franz Fanon dans son livre.
En tout cas, elle ne me réconfortait nullement lorsque je me retrouvais à Santiago, Chili, en avril 1974.
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Ensemble, debout face aux élections fédérales 2025 : Pour un avenir féministe, solidaire et inclusif
Alors que le Canada s'apprête à retourner aux urnes le 28 avril 2025, la Fédération des femmes du Québec souhaite s'adresser à toutes ses militantes, allié·es, partenaires, et surtout, à toutes les femmes dans la lutte pour un monde plus juste. Nous sommes à un moment charnière, un moment où nos solidarités doivent être plus fortes que jamais.
2 AVRIL 2025
S'informer et se mobiliser : ressources, campagnes, événements et outils
Depuis plusieurs années, nous assistons à la montée inquiétante des droites et de ses discours visant à s'opposer aux évolutions sociales tout en revenant à des valeurs traditionnelles. Cette vague s'accompagne d'attaques frontales contre les droits des femmes, des personnes trans et non binaires, des personnes migrantes, ainsi que de toutes les communautés historiquement marginalisées. Les droits durement acquis sont remis en question. Nos filets sociaux s'effritent. Les violences queerphobes et transphobes augmentent. Le droit à l'avortement est fragilisé. La crise du logement frappe de plein fouet les femmes en situation de précarité. Les discours démagogiques sur l'immigration attisent la peur plutôt que la solidarité. Les défenseur·es de la diversité, de l'équité, de l'inclusion et de la recherche sont attaqué·es.
Mais nous savons que, face à ces vents contraires, nous avons le pouvoir collectif de riposter et de proposer un autre avenir.
À la FFQ, nous croyons qu'un avenir féministe ne peut se construire qu'en intégrant une perspective intersectionnelle : en reconnaissant que les oppressions se croisent et se renforcent, et que notre lutte pour les droits des femmes est indissociable des luttes contre le racisme, la transphobie, la pauvreté, la crise climatique, et toutes les formes d'injustice.
Les élections fédérales de 2025 sont une occasion cruciale de faire entendre nos voix, de faire valoir nos revendications et de rappeler aux décideur·euses que nous ne resterons pas silencieuses.
Nous appelons toutes les féministes et toutes les personnes engagées pour un avenir plus juste à se mobiliser, à s'informer, à sensibiliser leurs entourages et à poser des gestes concrets pour défendre nos droits. Chaque vote, chaque parole, chaque action compte !
Ensemble, refusons les politiques qui nourrissent les inégalités.
Ensemble, exigeons un accès réel au logement, à l'avortement, à la sécurité économique pour toutes.
Ensemble, défendons les droits des personnes trans, non binaires, migrantes, racisées et précaires.
Ensemble, portons une voix forte pour la justice environnementale et sociale.
Notre espoir ne réside pas dans les promesses électorales, mais dans la force de notre solidarité qui sera pérenne. C'est ensemble, dans nos communautés, dans la rue, que nous ferons reculer la haine et avancer nos droits.
Pour vous outiller et vous informer, nous vous proposons plus bas une série de ressources féministes, médiatiques et citoyennes : guides d'analyse, outils de mobilisation, revues de presse et initiatives de nos allié·es. Que ce soit pour mieux comprendre les enjeux électoraux, planifier des actions militantes ou outiller votre entourage, ces ressources sont là pour nourrir notre riposte et renforcer notre solidarité.
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Agir avec détermination contre la pauvreté et les inégalités
Dans le cadre de la présente campagne électorale fédérale, les membres du Mouvement ATD Quart Monde, un mouvement de lutte à la grande pauvreté, appellent le futur gouvernement fédéral à mener une ambitieuse stratégie de lutte à la pauvreté et aux inégalités.
Posté le 31 mars 2025
Cette stratégie doit viser un grand objectif : améliorer, en priorité, le revenu et les conditions de vie du cinquième de la population le plus pauvre. Cette stratégie doit, de plus, se penser et se bâtir avec la pleine participation des personnes concernées, celles-là mêmes qui la vivent au quotidien.
Les membres du Mouvement souhaitent un État fédéral pro-actif, engagé et déterminé à protéger et améliorer les services publics tout en combattant les inégalités sociales et économiques qui se creusent depuis quelques années.
Les membres du Mouvement ont identifié 7 enjeux prioritaires sur lesquels ils interpellent les candidats et candidates.
Mener un grand chantier pour le logement social
Le dossier du logement est la préoccupation première des membres. Se loger adéquatement à un coût raisonnable est devenu un très grand défi budgétaire pour des centaines de milliers de ménages à faibles revenus au pays. Le coût du logement entraîne une aggravation très marquée de la pauvreté et une réelle dégradation du tissu de nos communautés.
Cette crise du logement est connue depuis plusieurs années et pourtant les choses bougent trop lentement. Il est plus que temps que soit mené un vaste et ambitieux chantier de logement social et communautaire. Le gouvernement fédéral doit ainsi accentuer considérablement ses efforts financiers afin de soutenir la construction de nouvelles unités de logement social et la rénovation des logements sociaux insalubres.
Financer plus largement des projets de transport collectif et de transport en commun
Se déplacer est souvent un grand défi pour des personnes plus démunies tant au niveau de la disponibilité des services de transport que de leur coût. Le gouvernement fédéral doit davantage soutenir les projets de transport collectif, régionaux et en commun afin d'assurer des services de qualité et accessibles financièrement qui assurent la mobilité de tous. De plus, de tels projets ont un impact positif sur l'environnement.
Agir plus fortement contre les changements climatiques
Il est largement documenté que ce sont les populations les plus pauvres, ici et ailleurs dans le monde, qui vivent dans les environnements les plus mauvais et qui souffrent le plus des changements climatiques. Cette injustice climatique doit cesser et le gouvernement fédéral doit mener des actions ambitieuses et ciblées afin de contrer ces inquiétants dérèglements. Le gouvernement doit soutenir le verdissement des villes, la lutte aux îlots de chaleur, les technologies vertes, etc. et s'assurer que cela soit équitablement réparti entre les populations du pays.
Augmenter l'aide internationale directe et sans conditions aux pays les plus pauvres
Les Nations Unies ont fixé à 0,7 % du Produit national brut (PNB) le niveau d'aide internationale que les pays doivent viser. Le Canada avec 0,23 % est encore loin de cet objectif et c'est une honte pour un pays aussi riche que le nôtre. Les membres d'ATD Quart Monde, en toute solidarité avec les populations les plus démunies du monde, demandent donc, dans les meilleurs délais, l'augmentation du niveau d'aide internationale du Canada afin d'atteindre la cible de 0,7 %. Ils demandent que cette aide soit directe, sans conditions et au bénéfice des populations les plus marginalisées de ces pays.
Être un pays ouvert pour les réfugiés et les demandeurs d'asile
Le contexte mondial actuel de guerre et de catastrophes et l'extrême pauvreté qui persiste dans plusieurs régions du monde crée des mouvements migratoires importants. Les membres souhaitent largement que notre pays reste ouvert et accueillant et que les services publics nécessaires soient en place pour bien réussir cet accueil. Les membres souhaitent également que soient combattues le racisme et la discrimination y compris celle basée sur le statut social de la personne.
Agir plus durablement pour améliorer les conditions de vie des peuples autochtones
Les membres du Mouvement reconnaissent l'histoire et la situation particulières des personnes issues des Premières Nations et des Inuits, et sont solidaires des nombreuses injustices qu'ils ont connues. Les membres appellent à une réelle réconciliation entre les peuples du pays. De plus, ils demandent que les personnes des Premières Nations et Inuits soient impliquées directement dans les décisions et les investissements requis qui les concernent. Il est inacceptable qu'ils ne puissent avoir accès au même niveau de services publics (eau potable, logement, services sociaux, etc.) que le reste de la population du pays.
Assurer la sécurité du pays sans impacter les mesures sociales
Les membres s'inquiètent de l'augmentation annoncée du budget des dépenses militaires. Quoiqu'ils reconnaissent que l'enjeu de la sécurité du pays doit être pris en considération, ils craignent que cela se fasse au détriment des budgets sociaux. Ils ont la même crainte au regard du retour à l'équilibre budgétaire. Dans les choix budgétaires à faire, il importe impérativement de protéger les budgets sociaux au bénéfice des composantes de la population canadienne les plus défavorisées.
En terminant, les membres du Mouvement ATD Quart Monde rappellent que la pauvreté ne peut se mesurer uniquement à partir du panier de consommation (MPC), mesure privilégiée par le gouvernement fédéral.
En conséquence, ils portent à l'attention des candidats et candidats l'excellent rapport Les Dimensions cachées de la pauvretéauquel le Mouvement a contribué et qui démontre qu'une stratégie efficace de lutte à la pauvreté doit intégrer d'autres dimensions soit :
Dépossession du pouvoir d'agir
Souffrances dans le corps, l'esprit et le cœur
Combat et résistance
Maltraitance sociale
Maltraitance institutionnelle
Contributions non reconnues
Manque de travail décent
Revenu insuffisant et précaire
Privations matérielles et sociales
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Élections fédérales 2025 - Beauport Limoilou : Vers un air plus pur, de meilleurs accès au fleuve et le droit au logement
Québec, 3 avril 2025 - Des membres de la Table citoyenne Littoral Est et d'Accès Saint-Laurent Beauport demandent aux candidates et candidats à la campagne fédérale de la région de Québec de s'engager concrètement en vue de transformer nos quartiers en un territoire plus propre, plus sain et comportant davantage de logements sociaux.
Ceux-ci sont actuellement caractérisés par trop d'activités industrialo-portuaires, de la contamination des sols et beaucoup de pollution de l'air à proximité d'une population vulnérable.
Ainsi, nos organismes leur demandent de reconnaître la zone sacrifiée du Littoral Est et de s'opposer à un éventuel projet de terminal de conteneurs promu par l'entreprise QSL au Port de Québec et à tout autre projet émetteur de pollution atmosphérique. Il est généralement reconnu que ce type de projet détériore davantage la qualité de l'air, ce qui est inacceptable dans un secteur déjà saturé en contaminants atmosphériques comme le secteur Beauport-Limoilou. La réalisation de ce projet exacerberait aussi la congestion routière, alors que le Directeur de la santé publique recommande plutôt de réduire la capacité routière. Il nuirait également à l'aménagement tant attendu de la phase 4 de la promenade Samuel-De Champlain, pour laquelle citoyennes et citoyens se sont battus.
Ce sont des mesures d'assainissement de l'air qui doivent être envisagées prioritairement par nos élu.es. De plus, nous demandons aux candidates et candidats de s'engager à accorder un statut légal de protection aux battures de Beauport afin de les protéger des effets négatifs de tout développement autoroutier et industriel futur. L'intégrité de ce milieu écologique exceptionnel est régulièrement menacée par des projets industriels irresponsables et ces battures doivent être reconnues à leur juste valeur.
Ensuite, afin d'assurer un accès direct, sécuritaire et convivial à la baie de Beauport via l'avenue D'Estimauville, les candidates et candidats devraient s'engager pour que le prochain gouvernement fédéral, de concert avec le Canadien National et l'Office des transports du Canada, contribuent aux
futurs aménagements de la phase 4 de la Promenade Samuel-de-Champlain pour accéder directement à la plage, et ce, sans entrave. Ce joyau qu'est la plage, légué à la Ville de Québec par le gouvernement fédéral en 2008, est peu accessible à la population. En effet, la cour de triage du CN fait obstacle à cet accès naturel.
Enfin, nous demandons aux candidates et candidats et à leurs partis de défendre un accroissement des investissements fédéraux dans le logement social et de se doter d'un objectif chiffré de bonification de l'enveloppe budgétaire destinée au logement social (HLM, coop et OBNL), de manière à réaliser l'objectif de rehausser la part de logements sociaux à hauteur d'un minimum de 20% du parc de logements locatifs des quartiers du Littoral Est.
La crise du logement est criante dans nos quartiers, qui sont également de plus en plus touchés par la gentrification. Plus de 2300 ménages sur notre territoire sont en situation de « besoin impérieux » de logement, c'est-à-dire que leur logement est inadéquat, inabordable ou d'une taille non convenable, et que leur niveau de revenus est insuffisant pour leur permettre de payer les frais d'un logement approprié et adéquat dans leur communauté.
En résumé, nous demandons aux candidates et aux candidats de :
● reconnaître que le Littoral Est est une zone sacrifiée ;
● s'opposer à un éventuel projet de terminal de conteneurs promu par l'entreprise QSL au Port de Québec et à tout autre projet émetteur de pollution atmosphérique ;
● d'accorder un statut légal de protection aux battures de Beauport ;
● d'assurer un accès direct, sécuritaire et convivial à la baie de Beauport via l'avenue D'Estimauville ;
● se doter d'un objectif chiffré de bonification de l'enveloppe budgétaire destinée au logement social dans le secteur afin d'atteindre 20% du marché locatif.
Que proposent nos candidates et candidats à titre d'engagements électoraux pour améliorer la qualité de vie des quartiers littoraux, assainir l'air de la Basse-Ville, aménager de meilleurs accès au fleuve et concrétiser notre droit au logement ? Nous souhaitons vous entendre.
Accès Saint-Laurent Beauport
Table citoyenne Littoral Est
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« Quand la menace plane, ça prend une vraie assurance emploi ! » dit le Conseil National des Chômeurs et Chômeuses
Montréal, le 3 avril 2025 – Le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) s'invite dans la campagne électorale, revendiquant un régime d'assurance-emploi plus juste et plus robuste dans le contexte actuel d'incertitude politique et économique provoquée par les menaces et décisions du président des États-Unis.
Le slogan du CNC, « QUAND LA MENACE PLANE, ÇA PREND UNE VRAIE ASSURANCE-EMPLOI » sera destiné aux partis fédéraux, tout en cherchant à sensibiliser la population, afin de faire de l'assurance-emploi un enjeu important de l'élection. Dans cet objectif, le CNC s'est inscrit comme « tiers » auprès d'Élections Canada, et déploiera sur l'ensemble du territoire québécois des milliers de pancartes de type électoral et une large panoplie d'outils de communication en ligne.
En conférence de presse, les co-porte-paroles du CNC, Selma Lavoie et Milan Bernard, ont fait valoir la nécessité d'un filet social réformé, plus juste et mieux adapté aux réalités du monde du travail et aux crises qui s'abattent sur nos sociétés.
« On ne peut pas s'arrêter aux mesures de soutien annoncées juste avant la campagne électorale et on ne peut encore moins se permettre des reculs. Il faut que le régime soit bonifié, qu'il devienne plus simple et plus protecteur. C'est fondamental, particulièrement dans le contexte actuel où les décisions et menaces du président des États-Unis font craindre des pertes d'emplois importantes » - Milan Bernard, co-porte-parole du CNC
« Nous en appelons ainsi aux partis fédéraux : ils doivent s'engager à élargir la couverture et assouplir les trop graves sanctions rattachées aux raisons de fin d'emploi présentement jugées invalides. Ils doivent aussi mettre des mesures qui protègent mieux les travailleurs et travailleuses des industries saisonnières. Les électeurs et électrices vont avoir cela en tête au moment de voter le 28 avril prochain » - Selma Lavoie, co-porte-parole du CNC
« Ceux qui aspirent à nous gouverner ne doivent en aucun cas se laisser influencer par le démantèlement de l'État opéré au sud de notre frontière par Trump et sa bande, cela doit être dit haut et fort », ont conclu les co-porte-paroles.
Nos revendications
En compagnie des grandes centrales syndicales québécoises (FTQ, CSN, CSQ et CSD) et du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE), le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) revendique les mesures suivantes pour faire face aux crises d'aujourd'hui et de demain :
• Une norme universelle d'admissibilité de 420 heures ;
• Une augmentation du montant des prestations et l'établissement d'un seuil plancher à 500 $ ;
• L'exclusion pour fin d'emploi invalide circonscrite au dernier emploi occupé (un demandeur sur 4, qui a travaillé et cotisé au régime au cours de la dernière année, est refusé en raison de ces sanctions) ;
• Un prolongement de la mesure actuelle permettant de recevoir des prestations plus tôt en simplifiant les règles qui régissent le traitement des indemnités de départ et autres sommes versées à la suite d'une cessation d'emploi.
Pour en savoir plus : www.lecnc.com/pensezy
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Lutte contre les paradis fiscaux : un appel aux candidats fédéraux
Alors que la campagne électorale fédérale bat son plein, le collectif Échec aux paradis fiscaux met en garde contre l'absence de mesures concrètes pour lutter contre l'évasion fiscale. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir le 1er avril 2025, l'organisme propose deux pistes d‘action pour renforcer la justice fiscale et protéger les services publics.
Tiré de Ma CSQ.
Un manque de transparence persistant
Le Canada figure parmi les pays les plus permissifs en matière d'opacité fiscale. Depuis 2016, les multinationales doivent produire une « déclaration pays par pays » détaillant leurs activités à l'étranger, mais ces données restent confidentielles. Échec aux paradis fiscaux revendique un accès public à ces informations afin de permettre aux journalistes et aux organismes de la société civile de jouer pleinement leur rôle de contre-pouvoir.
Une imposition plus juste des multinationales
Malgré l'adoption en 2024 d'un impôt minimum mondial de 15 %, le collectif estime que cette mesure est insuffisante. Elle laisse subsister de nombreuses exemptions et contribue à normaliser un taux d'imposition artificiellement bas. Selon les estimations, les stratégies d'évitement fiscal coûtent à l'État canadien 12,7 milliards $ annuellement, ce qui correspond à plus de 3 % des dépenses de santé du pays. Le groupe plaide pour un taux effectif d'imposition des multinationales porté à 25 % afin d'assurer la pérennité du modèle social canadien.
Face à ces enjeux, Échec aux paradis fiscaux exhorte les partis politiques à intégrer ces revendications à leur programme. Pour l'heure, les principaux candidats demeurent silencieux sur ces questions cruciales pour l'avenir fiscal du Canada.
Paradis fiscaux : deux pistes pour dépasser l'évidence électorale (Élections fédérales 2025)
La dernière page de l'ère Trudeau se tourne à peine que, déjà, les dés électoraux semblent jetés. En dépit des divergences entre les partis, les principaux candidats semblent s'entendre sur une chose : l'heure est aux baisses d'impôt. Les prochaines semaines de campagne électorale annoncent une surenchère de mesures d'« allégement » qui, au nom de la vigueur économique nationale, continueront d'affaiblir un filet social déjà vacillant.
La question de la répartition juste des responsabilités fiscales est bien sûr cruciale, mais elle ne peut se résumer à la réduction des sources de revenu public. Le changement de ton à Washington, où trumpiens et GAFAM parlent d'une même voix, appelle un nouvel élan de solidarité sociale, que le gouvernement fédéral doit soutenir pleinement. Cette solidarité passe avant tout par la défense de nos services publics et la lutte contre le recours aux paradis fiscaux, qui chaque année prive l'État de revenus essentiels à la santé des finances publiques.
Le silence des candidats sur cette question fait douter de leur résolution à prendre le problème de l'évitement fiscal des multinationales et des riches particuliers au sérieux. Dans le cadre de cette campagne électorale, le collectif Échec aux paradis fiscaux propose ici aux aspirants premiers ministres deux pistes concrètes d'action afin de parer notre modèle social à la tempête qui vient.
Combattre l'opacité canadienne
L'opacité considérable du système canadien nous empêche d'avoir une idée claire de la somme d'impôts effectivement payée par les multinationales faisant affaire au pays. Les compagnies opérant sur le sol canadien sont en effet soumises à des exigences de déclaration particulièrement faibles, qui classent le Canada parmi les cinq principaux pays responsables des abus transfrontaliers identifiés par le Tax Justice Network[1] .
Pourtant, depuis 2016, le gouvernement fédéral dispose d'une source d'information importante sur les activités des multinationales connue sous le nom de « déclaration pays par pays ». Dans ces déclarations, les sociétés multinationales répertorient les activités économiques qu'elles mènent dans l'ensemble des pays où elles opèrent. Le problème n'en est donc pas un de disponibilité des données, mais bien d'accès à celles-ci : le gouvernement refuse de les rendre disponibles au grand public, invoquant des questions de protection des données privées.
« Le problème n'en est donc pas un de disponibilité des données, mais bien d'accès à celle-ci […] »
En garantissant un accès public et gratuit aux données des déclarations pays par pays, le Canada permettrait aux journalistes et aux organisations de la société civile de jouer plus efficacement leur rôle de chien de garde de la démocratie. Alors que le pouvoir économique des multinationales confère à celles-ci une influence politique grandissante, la préservation de ces foyers de contre-pouvoir est essentielle. Cette mesure, déjà mise en œuvre depuis l'automne dernier par l'Australie, contribuerait à un assainissement considérable du système fiscal canadien.
Imposer justement les profits des multinationales
En dépit de l'opacité, il y a de bonnes raisons de croire que les sommes d'impôt payées effectivement par les multinationales sont minimes. Les rares estimations, forcément partielles, évoquent des taux moyens d'imposition allant « au mieux » jusqu'à 9,6 %[2], bien en deçà du taux statutaire fédéral-provincial moyen établi à 26,6 %.
Pour lutter contre cette tendance à la moins-disance fiscale, le gouvernement canadien place depuis 2019 ses espoirs dans la loi dite de l'« impôt minimum mondial ». Cette mesure phare de la réforme de la fiscalité internationale de l'OCDE, entrée en vigueur au Canada en juin 2024, promet de mettre fin à la concurrence fiscale entre les États en instaurant un seuil d'imposition minimale de 15 % pour toutes les multinationales réalisant un chiffre d'affaires annuel de plus de 750 millions d'euros.
À bien y regarder, cette promesse semble plutôt relever de l'illusion. L'impôt minimum mondial ne dispose pas des armes législatives pour mener son projet à bien. Non seulement prévoit-il des provisions exemptant certains types de revenu de l'assujettissement au taux minimum, mais il contribue également à normaliser la pratique d'un taux d'imposition artificiellement bas. Pourquoi en effet payer le taux prévu par la loi fiscale lorsque le taux minimum est fixé à seulement 15 % ?
Un sérieux coup de barre est nécessaire pour éviter d'accentuer la tendance en vigueur, conséquence de la stratégie actuelle du gouvernement canadien. Depuis des années, le collectif Échec aux paradis fiscaux réclame une cible du taux effectif d'imposition des multinationales fixé à 25 %, ce qui rapprocherait le Canada de la moyenne des États de l'OCDE. L'évitement fiscal des grandes sociétés s'élève annuellement à 12,7 milliards de dollars, soit plus de 3 % des dépenses canadiennes totales en santé.
Un engagement ferme du Canada en faveur d'un taux effectif à 25 % représenterait un premier pas en vue de la pérennisation des assises fiscales de notre modèle social[3]. En ces temps tumultueux, nous appelons les candidats à faire preuve de courage et à exiger que les multinationales paient leur juste part au Trésor public.
Notes
[1] Tax Justice Network, “Justice fiscale : État des lieux 2024”, 2024, p. 34. En ligne : https://taxjustice.net/wp-content/uploads/2024/11/State-of-Tax-Justice-2024-French-Tax-Justice-Network.pdf ..
[2] Anis Maaloul, “L'adoption de la déclaration pays par pays (DPP) du projet BEPS a-t-elle affecté l'évitement fiscal des multinationales ? Cas des multinationales canadiennes”, 2023, Cahier de recherche 2023-03, Université de Sherbrooke, Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques, p. 17-19.
[3] Consulter la section “Encaisser” de la campagne “Démasquer, Condamner, Encaisser” du collectif Échec aux paradis fiscaux à l'adresse suivante : https://echecparadisfiscaux.ca/campagne/encaisser/ .

Élections : 4 des 5 partis fédéraux s’engagent à respecter le Consensus québécois en environnement
À l'aube des élections fédérales, quatre des cinq principaux partis politiques – le Bloc Québécois, le Nouveau Parti démocratique (NPD), le Parti libéral (PLC) et le Parti vert – se sont engagés à respecter le Consensus québécois en environnement dans le cadre de l'élaboration de leurs plateformes politiques respectives.
Cette initiative, portée par la coalition Vire au vert – qui regroupe une vingtaine d'organisations de la société civile québécoise – représente le « strict minimum » à respecter pour assurer la crédibilité des propositions environnementales des plateformes électorales aux yeux de l'électorat du Québec.
Quant au Parti conservateur du Canada (PCC), il n'a toujours pas signifié d'appui au Consensus, et ce, malgré de multiples communications initiées par Vire au vert depuis le lancement du Consensus en octobre dernier.
« On a donné beaucoup de temps aux partis pour qu'ils puissent prendre position, même si pour nous, ce consensus représente le strict minimum à respecter en matière d'environnement. Les élections approchent à grands pas et l'électorat du Québec a le droit de savoir où logent leurs potentiels élu(e)s sur ce plan », affirment les groupes membres de la coalition.
« Qui nous sommes »
La coalition Vire au vert rappelle que le Consensus québécois ne constitue en rien une liste de souhaits idéalistes ou radicaux, mais plutôt une série de grands principes à respecter sur le plan climatique et environnemental.
Par exemple, notre eau, nos lacs et nos rivières sont des richesses collectives précieuses que nous voulons protéger contre la pollution, et nos terres agricoles sont cruciales pour notre résilience alimentaire. Voyez l'ensemble des éléments du Consensus.
« Il s'agit d'une série de choix politiques et sociaux qui ont façonné le développement du Québec, qui représente qui nous sommes comme nation, comme peuple », concluent les groupes.
Partenaires de Vire au vert pour les élections fédérales 2025
Accès transports viables, Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME), Centre d'écologie urbaine, Coalition Québec meilleure mine, Eau Secours, ENvironnement JEUnesse, Équiterre, Fondation David Suzuki, Fondation Rivières, Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Front étudiant d'action climatique (FÉDAC), Mères au front, Nature Québec, Piétons Québec, Réalité climatique Canada, Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec, Réseau des femmes en environnement, Trajectoire Québec, Vélo Québec, Vigilance OGM, Vivre en Ville.

Ces universitaires experts du fascisme qui quittent les États-Unis pour le Canada
Trois professeurs de la prestigieuse université Yale ont quitté les États-Unis de Trump pour enseigner à Toronto, au Canada. Il s'agit du couple d'historiens formé par Timothy Snyder et Marci Shore, tous deux spécialisés sur les régimes autocratiques et l'Europe de l'Est, et du professeur de philosophie Jason Stanley, qui a abondamment écrit sur le fascisme et la propagande.
Tiré de Courrier international.
C'est un peu comme si l'université de Toronto était en train de se muer en refuge pour les universitaires américains experts de l'autocratie et du fascisme, souligne le quotidien canadien The Globe and Mail.
Trois professeurs de la prestigieuse université Yale – tous trois virulents critiques du président Donald Trump – occupent en effet désormais des postes d'enseignement à la Munk School of Global Affairs & Public Policy, le département des affaires internationales et des politiques publiques de l'université de Toronto, rapporte le journal.
La semaine dernière, le professeur de philosophie américain Jason Stanley, expert du fascisme et de la propagande, a en effet annoncé qu'il quittait lui aussi les bancs de Yale pour ceux de l'université de Toronto. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages remarqués, dont Les Ressorts du fascisme, paru en 2022 en France aux éditions Eliott.
Il vient y rejoindre le couple d'universitaires spécialisés dans l'histoire de l'Europe de l'Est et de l'Union soviétique, Marci Shore et Timothy Snyder, qui ont déménagé à Toronto l'été dernier dans le cadre d'un congé sabbatique et pour lesquels “la réélection de Donald Trump a lourdement pesé dans leur décision de rester au Canada” et d'enseigner à l'université de Toronto.
“Sonner l'alarme”
Ces universitaires américains ont non seulement choisi de s'exiler, mais ils utilisent leurs nouvelles chaires pour “sonner l'alarme” sur les dérives de l'administration Trump, notamment ses attaques contre l'enseignement supérieur aux États-Unis, ainsi qu'exprimer “leurs craintes face à la montée de l'autoritarisme au sud de la frontière”, souligne le quotidien canadien. Début février, l'historien Timothy Snyder a été l'auteur d'un post très remarqué sur la plateforme Substack, dans lequel il dénonçait le coup d'État numérique en cours de Donald Trump et Elon Musk.
C'est aussi ce que fait le professeur de philosophie Jason Stanley dans une longue interview accordée au magazine américain Vanity Fair et publiée ce 31 mars. Dans cet entretien, il confesse quitter Yale à regret pour rejoindre le Canada, devenu, en quelque sorte, “l'Ukraine de l'Amérique du Nord”.
Il y souligne notamment que l'Amérique de Trump est de plus en plus enferrée dans les griffes du fascisme : “Les choses vont très mal dans ce pays. Nous sommes face à un régime autoritaire. Les gens ne réagissent pas. Les choses vont plus vite qu'en Russie, et les journalistes n'agissent même pas de manière à se faire tirer dessus ou à être défenestrés – ce qui est censé arriver aux journalistes dans ce genre de situation”, déplore-t-il non sans une pointe d'humour noir.
L'élément déclencheur qui l'a poussé à déménager au Canada ? C'est la récente “capitulation de l'université Columbia”. La célèbre université new-yorkaise a en effet très récemment accédé à l'essentiel des demandes du gouvernement Trump pour ne pas perdre ses financements fédéraux.
“La démocratie passe avant le prix des œufs”
Dans cette interview, l'universitaire dénonce un climat étouffant et confesse être en train de vivre, en tant qu'Américain juif, “le moment le plus antisémite de ma vie”. Il évoque les manifestations pro-Gaza de ces derniers mois sur les campus et leur répression, et qualifie la politique du gouvernement Trump d'“attaque antisémite sur l'antisémitisme”.
“J'aimerais vivre aux États-Unis, mais je veux vivre aux États-Unis parce que c'est un pays libre”, conclut-il sur une note aussi alarmiste que caustique. “Un grand nombre d'Américains se moquent de la liberté. Les sondages montrent que les Américains n'ont que faire de la démocratie. Mes valeurs sont différentes. Pour moi, la démocratie passe avant le prix des œufs [une denrée particulièrement touchée par l'inflation outre-Atlantique]. Ce que je trouve particulièrement insensé, naïf et stupide, c'est de renoncer à la démocratie et d'augmenter le prix des œufs.”
Interrogée dans les colonnes du Globe and Mail, la directrice de la Munk School of Global Affairs & Public Policy de l'université de Toronto, Janice Stein, souligne de son côté qu'il est essentiel que son département multiplie les travaux de recherche et les enseignements sur l'autoritarisme et la démocratie alors que les États-Unis s'engagent “sur une voie profondément inquiétante”.
“Il est très troublant d'y voir les universités prises pour cible, des étudiants harcelés, arrêtés, expulsés, détenus”, explique-t-elle au quotidien canadien, avant de conclure : “Les universités sont la première cible. Les universités et les tribunaux – c'est toujours ainsi que se déroule le scénario du pire. Et malheureusement, c'est ce que nous voyons se dérouler sous nos yeux.”
Bérangère Cagnat
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La nostalgie centriste ne viendra pas à bout de la menace trumpiste sur le Canada
Même si les Démocrates sont encore abasourdis.es et dans la peur post-électorale, les libéraux centristes dans d'autres pays occidentaux dont les démocraties les plus importantes, on observe un regain d'énergie et de soutien populaire grâce aux menaces de D. Trump. Une des particularités de sa vision élargie c'est de considérer les alliés traditionnels des États-Unis méritent d'être punis.
Jeet Heer, The Nation, 24 mars 2025
Traduction, Alexandra Cyr
Pour preuve la guerre commerciale lancée contre le Canada, le Mexique et l'Europe. De même de son appel pour que le Canada, le Groenland et le Panama soient intégrés aux États-Unis. Mais ce fut une bénédiction pour les partis de centre gauche qui faisaient face à des insurrections de la part de partis populistes de droite et qui maintenant ont l'opportunité de se présenter comme les défenseurs du patrimoine national.
Le cas du Canada est particulièrement intéressant. Jusqu'à récemment, le Parti libéral, sous la gouverne du Premier ministre Justin Trudeau, s'apprêtait à être battu fermement lors de la prochaine élection (fédérale). Après une décennie de pouvoir, le charme juvénile de J. Trudeau avait pâli, subit le traumatisme de la Covid et une inflation démoralisante pour le Parti. L'électorat indécis, dans ce contexte, était prêt au changement. Le Parti conservateur sous la direction de Pierre Poilievre, un troll habile agitateur « anti woke » à la JD Vance, avait brandit un puissant message anti système : Le Canada est brisé.
Mais, quand D. Trump a commencé à dire qu'il n'y avait aucune raison pour que le Canada existe comme nation et qu'il devrait devenir le 51ième État américain, la dynamique politique canadienne a été transformée. Brisé ou non, li fallait se porter à la défense du Canada. Les Libéraux se sont retrouvés en bien meilleure position pour se présenter comme le Parti de l'unité nationale en temps de crise, plutôt que les Conservateurs, le Parti néodémocrate (NPD) ou les séparatistes du Bloc Québécois. Après avoir dirigé le pays pendant 70 ans au 20ième siècle, les Libéraux sont tenus pour le Parti de gouvernement naturel du pays ; le parfait Parti auquel se rallier en temps de crise.
Le 19 février, après une courte course à la direction du Parti, les Libéraux sont passés de J. Trudeau à l'ancien banquier, Mark Carney qui a endossé le costume du leader de l'unité nationale. Durant cette période échevelée, les Libéraux ont vu leur quote de popularité atteindre un point historique dans les sondages. Au moment de l'assermentation du Président Trump, les Conservateurs était à 44.8% dans les sondages et les Libéraux à 21.9% selon l'agrégateur de la CBC. Depuis ce moment, les scores se sont rapproché à 37.8% pour les Libéraux à 37.2% pour les Conservateurs. Cette amélioration de la position des Libéraux est largement attribuable à l'effondrement des appuis au NPD et au Bloc québécois. Le NPD a été le Parti associé aux Libéraux depuis 2021 qui avait été élu sans majorité et qui avait besoin d'un partenaire parlementaire pour gouverner. Mais la menace de D. Trump a affaibli la prétention du NPD à l'effet qu'il méritait une récompense pour avoir poussé le gouvernement libéral à sa gauche et obtenu l'introduction de politiques comme le financement des soins dentaires.
L'électorat de centre gauche, effrayé par D. Trump et convaincu que les Conservateurs étaient trop proche de lui pour leur faire confiance, ont rallié la bannière libérale. Le rapprochement entre les deux Partis dans les sondages est trompeur ; les Conservateurs bénéficient d'un important appui dans les zones rurales de l'ouest du pays alors que les libéraux ont une position enviable partout dans le pays ce qui leur permet de jouir du vote « utile » pour utiliser le jargon des sciences politiques.
Compte-tenu de cette remontée dans les sondages et de l'actuel courant nationaliste canadien anti Trump, il n'est pas étonnant que dimanche, Mark Carney ait convoqué les électeurs.trices à une élection anticipée le 28 avril prochain. Les libéraux ont de bonnes raisons de penser qu'ils pourront profiter d'une majorité malgré que le dynamisme des élections canadiennes puisse renverser la tendance actuelle.
Mais gagner les élections n'est qu'une partie de la politique ; gouverner est également crucial. Même si je ne doute pas que les Libéraux aient d'excellentes chances de gagner cette élection, je crains que la politique d'unité centriste de M. Carney ne réussisse pas à transformer la passion nationaliste en politiques qui puissent résoudre les profonds problèmes économiques et sociaux (du pays).
Il est fort possible qu'il continue la politique néo libérale d'affaiblissement des capacités de l'État ce qui rendrait le Canada vulnérable devant le populisme de droite interne, devant les visées expansionnistes et les attaques de D. Trump. D'une certaine façon, M. Carney est la version canadienne de Joe Biden en 2020 : le candidat sûr pour tenir la position et qui promet le retour de la normalité en temps perturbés. Mais, comme J. Biden a été incapable de maitriser la situation, on a toutes les raisons de penser que les politiques d'ancien régime de M. Carney n'auront fait que repousser le triomphe de l'extrême droite.
Dans toute sa personnalité, M. Carney est un technocrate néo libéral, même s'il se présente en assurant qu'il a une conscience sociale aiguisée. Il est né en 1965, a étudié à Harvard et Oxford avant de travailler pendant 13 ans comme consultant chez Godman Sachs. En 2003, il entre à la Banque centrale du Canada et occupe aussi divers postes au gouvernement. En 2007, il devient Gouverneur de la Banque centrale du Canada et ensuite, de 2013 à 2020, gouverneur de celle d'Angleterre. Il a plus tard été vice-président de la firme multinationale Brookfield qu'on évalue à la hauteur de trois mille milliard de dollars. (Son portefeuille de New-York comprends Brookfield Place).
Pas étonnant, qu'avec ce passé, les premiers gestes de M. Carney dans le Parti libéral, qui n'était pas vraiment des plus énergiques, soient de le recentrer. À titre de Premier ministre, il a immédiatement aboli la taxe carbone qu'il avait pourtant soutenue pour souligner sa fibre envers la lutte aux changements climatiques. Ensuite il a aussi annulé une proposition d'augmentation de l'échelle des gains en capitaux. Ces deux décisions visent directement l'électorat conservateur entre autre l'annulation de l'augmentation de l'échelle des gains en capitaux va directement bénéficier au plus riches contribuables.
Dans un article dans Canadian Dimensions, James Hardwick souligne que dans son ouvrage de 2021, Value(s) : Building a Better World for All, M. Carney souligne les grands problèmes comme les changements climatiques et les inégalités économiques. Mais il insiste pour dire que leur solution passe par des bricolages techniques et une amélioration de la conscience sociale. Il écrit : « les individus et leurs entreprises doivent redécouvrir leur sens de la solidarité et de responsabilité envers le système. Plus largement, en basant plutôt nos valeurs sur celles de la société nous pourrons créer des plateformes de prospérité ».
Comme le souligne M. Hardwick, ces nobles sentiments sont bien loin de l'ampleur des problèmes du Canada et du monde :
« C'est le fondement de sa vision pour un monde meilleur. Il croit sincèrement qu'il est possible de créer un nouveau véhicule néo libéral éthiquement responsable. Ultimement, il n'est pas intéressé à affronter l'oligarchie corporative et son pouvoir. Il veut plutôt utiliser les incitations financières des marchés pour encourager les oligarques à agir en faveur de l'aspect social. Il pense que les excès du capitalisme peuvent être contenus par la création de mesures justes, des métriques spécifiques et du « benchmarking ». (Limites à ne pas franchir. Nd.t.)
Sur Substack, le journaliste Luke Savage est dans le même ton. Il donne une analyse tout aussi dévastatrice de l'énorme fossé entre la crise mondiale actuelle, que M. Carney comprend autant que n'importe qui et ses propositions de solutions anémiques : « Avec un manque d'analyse sérieuse du pouvoir, tout en opérant dans les limites du système qu'il prétend critiquer, il nous laisse avec des propositions qui sont autant brumeuses qu'insatisfaisantes. Un peu de persuasion morale ici, un peu plus de conscience de classe éthique, quelques ajustements mineurs dans les règles du gouvernement et Miracle : un capitalisme mondial plus gentil, plus tendre nous attend ».
Pour avoir une idée d'à quel point les alternatives avancées par M. Carney sont inadéquates pour répondre au « trumpisme » il vaut la peine de visionner la publicité qu'il a publié samedi où il se met en scène avec le comédien Mike Myers. Tous les deux portent des chandails de hockey, se rencontrent dans une aréna et assistent à une partie. M. Carney questionne M. Myers, qui est né au Canada mais réside aux États-Unis, à propos de divers aspects de la culture populaire canadienne. Ils échangent à propos du programme pour enfants, Mr. Dressup, avec les marionnettes Casey et Finnegan, la bande rock The Tragically Hip et la chanson « Bud the Spud » de Tom Connor.
Pour la génération des Canadiens.nes anglais.ses de 40 ans et plus, c'est une plongée dans les souvenirs. Ce fut un succès relatif sur les médias sociaux. Mes ces références à la culture populaire auront peu de résonnance chez les plus jeunes, l'émission a disparu en 1996, ni chez beaucoup d'immigrants.es et pas non plus chez les Canadiens.nes français.es.
L'étroitesse de cette annonce n'est pas le seul problème. Le nationalisme de M. Carney est nostalgique et lisse. Jusqu'ici, le nationalisme canadien a toujours inclus de grands projets d'État : la construction du chemin de fer au 19ième siècle, la création du système de santé national, un soutien important à la culture canadienne avec le diffuseur national et la promotion du bilinguisme.
Dans la crise actuelle, il se peut que le chamboulement économique exige des réponses fortes de ce type. Un nationalisme plus visionnaire pourrait renforcer notre alliance avec le Mexique et des nations de notre hémisphère autre que les États-Unis. Nous pourrions renforcer notre population avec des programmes pour recruter des Américains.nes découragés.es, en investissant dans un train à haute vitesse (TGV), et en mettant à jour notre système de santé. En bon néo libéral qu'il est, M. Carney refuse d'investir l'imagination nécessaire que la politique du moment exige. D. Trump est un fasciste avéré aux États-Unis qui menace d'annexer le Canada. En semant le doute sur la souveraineté du pays et la sécurité de sa frontière, il parle de son voisin du nord de la même manière que Vladimir Poutine parle de l'Ukraine et que Benjamin Netanyahu parle de Gaza et de la Cisjordanie. Devant une telle menace, il faut un esprit combattif sans nostalgie. On ne peut combattre le fascisme en invoquant des marionnettes de la télévision que vous avez aimées lorsque vous étiez enfant.
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Corridor pour fossiles
Les élections du 28 avril se tiennent dans le contexte d'une tourmente trumpienne. Nous devons réagir ! Pour tenter de coordonner une réponse commune face à cette menace économique, le Premier ministre Carney et ses homologues provinciaux ont tenu une conférence au Musée de la guerre le 21 mars dernier.
Ils ont convenu de favoriser le commerce interprovincial sur un axe est-ouest et de faciliter l'exportation de nos ressources vers des marchés autres que les États-Unis. Ils sont « ...tombés d'accord pour créer un corridor national pour faciliter le transport et l'exportation du pétrole et du gaz... » ainsi que d'autres produits.[1]
Un corridor est-ouest pour faciliter les échanges commerciaux entres les provinces et pour diversifier nos marchés d'exportation, je veux bien…, pourvu que ce corridor respecte la priorité des priorités. L'éléphant dans la pièce durant cette élection hors normes, ce sont les changements climatiques. Il ne faudrait pas que notre réponse à l'ouragan de la perruque orange nous fasse oublier l'avenir des jeunes générations vivant sur une planète dont les écosystèmes ont été fragilisés par la combustion de trop d'énergies fossiles ! Dans les faits, est-ce que le CORRIDOR proposé se limitera uniquement à la résurrection de l'oléoduc Énergie Est et du gazoduc GNL Québec et de son port méthanier ? Est-ce que l'électricité et les énergies de l'avenir nécessaires à une véritable transition énergétique seront renvoyées aux calendes grecques ?
Comme des joueurs d'échecs, nous devons réagir à la menace immédiate à notre « roi » tout en planifiant nos actions stratégiques pour le combat à long terme. Même pour un jovialiste, construire un oléoduc de 4 600 Km comme Énergie Est requiert minimalement 5 ans. À ce moment-là, le mandat de Trump sera terminé. Mais nous serons pris avec un éléphant blanc dispendieux. Le coût pharaonique de ce future corridor risque d'être tellement élevé qu'on se rappellera avec nostalgie que TransMountain a coûté seulement 50 milliards de dollars aux contribuables canadiens.[2]
Énergie Est et GNL Québec ont été abandonnés par le gouvernement du Québec ET celui d'Ottawa à cause des problèmes économiques et environnementaux et du manque d'acceptabilité sociale. Aussi bien la société québécoise que les deux paliers de gouvernement ont convenu que le jeu n'en valait pas la chandelle ! Malgré Trump et l'incertitude économique, il faut évaluer sérieusement si les raisons qui ont amené le rejet de ces projets générateurs de destruction climatique sont toujours valides.
En ce qui a trait aux évaluations nécessaires pour ce futur corridor, M. Poilievre déplore que « ...la loi anti-pipeline C-69 est toujours en vigueur…. »[3] Quant à M. Carney, il propose d'éliminer les dédoublements en « ...reconnaissant les évaluations des provinces ... ».[1] Heureusement qu'il reconnaît la qualité des évaluation du BAPE (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement). On se souviendra qu'en 2015-2016, Trans-Canada Pipelines et Énergie Est refusaient systématiquement de se soumettre aux audiences du BAPE alléguant qu'ils reconnaissaient seulement l'autorité du NEB/ONE (National Energy Board/Office national de l'énergie). On a compris le pourquoi de cette obstination lorsqu'on a appris que M. Watson, le premier dirigeant du NED, et deux membres de l'office ont eu une rencontre secrète derrière des portes closes avec un lobbyiste d'Énergie Est.[4] Ce manque de transparence par une entité quasi-judiciaire a mis du plomb dans l'aile de la cause d'Énergie Est ! Est-ce que la justification pour construire les pipelines de ce corridor énergétique requiert des évaluations bidons ???
En période électorale, les lobbyistes tordent le bras de tous les politiciens prétextant l'urgence ; ils placent leurs « pions » pour être en position de force pour l'avenir prévisible.[5] Dans la campagne électorale, la taxe fédérale sur le carbone, un outil efficace contre les changements climatiques, est tombée, victime de la petite politicaillerie partisane avec une vue à court terme. Mais, dans cette partie d'échecs, les tarifs et la lubie du « 51e État » de Trump mettent une pression difficilement tolérable sur les « tours » et les « chevaliers » du Canada et du Québec. Mais la partie se gagne en protégeant le « roi », c'est-à-dire le climat. Notre « reine » est placée stratégiquement car le corridor des énergies fossiles doit obligatoirement traverser le Québec. Au nom des jeunes et de toute la biodiversité, utilisons cet atout pleinement pour mettre les projets pétroliers et gaziers « échec et mat » !
Gérard Montpetit
membre du CCCPEM
le 2 avril 2025
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Solidarité avec la Palestine
Rien ne peut pas nous arrêter,
l'injustice ne peut pas nous paralyser,
l'oubli ne peut pas s'installer dans nos esprits.
C'est la mémoire qui doit nous guider,
c'est le sens de l'amour et de la justice qui doit nous faire marcher, parler, pleurer sur le chemin, mais sans rester à la traîne.
« La Palestine, du fleuve à la mer, vaincra » n'est pas seulement une phrase,
c'est une conviction dans la lutte contre les cruautés,
c'est un désir de se souvenir de l'humanité,
c'est comprendre que dans tous les territoires où la persécution, la criminalisation et le meurtre ont lieu, où tout fait mal et fait rage,
c'est là que les racines de nos pieds nous disent que nous ne pouvons pas abandonner, que nous ne pouvons pas nous fatiguer.
Abandonner n'a jamais été une option,
car tout comme en Palestine, en Amérique latine,
nous continuons à rêver d'une vie digne pour tous, pour chacun, pour tous.
Nous continuons parce que nous savons que les vies pour lesquelles nous luttons vont au-delà des vies humaines ;
nous luttons pour des vies qui, à leur tour, donnent la vie,
parce que le complément fait partie de la vie même que nous défendons.
Le poème est écrit par Cony Oviedo, militante féministe du Paraguay, Marche mondiale des femmes et représentante des Amériques au Comité international de la Marche mondiale des femmes.
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Marchons pour Du pain et des roses, encore… et plus que jamais !
Il y a 30 ans, à l'initiative de la Fédération des Femmes du Québec, dans un élan sans précédent, plus de 850 femmes parcouraient plus de 200 km, en 10 jours, sur les routes du Québec pour réclamer du pain et des roses — du pain, pour mettre fin à la pauvreté, et des roses, pour vivre dans la dignité.
Aujourd'hui, en 2025, la FFQ vous invite à honorer et poursuivre cette grande mobilisation pour l'égalité des femmes et la justice sociale que demeure la Marche des femmes contre la pauvreté “Du pain et des roses”.
Événement très rassembleur pour la société québécoise, cette marche historique a concentré les énergies et les espoirs d'un nombre incalculable de femmes, d'individus et d'organisations très variées. Son rayonnement a dépassé le Québec et a été la bougie d'allumage de la Marche mondiale des femmes qui en sera à sa 6e édition en 2025 et qui réserve une place de choix au 30e anniversaire de “Du pain et des roses”.
Marchons ensemble pour garder la mémoire collective bien vivante, souligner l'héritage de ce mouvement, se rappeler qu'il reste des kilomètres à parcourir et, surtout, ne jamais baisser la garde.
Des marches locales et régionales auront lieu partout au Québec ce printemps du 26 mai au 4 juin 2025, pour souligner les luttes féministes, faire entendre nos voix et bâtir un avenir plus juste.
Le point culminant de cette mobilisation consistera en une grande marche, le 7 juin prochain, de 13h a 16h, à Québec. Réservez cette date à votre agenda et faisons ensemble vibrer nos pas et notre volonté à l'unisson.
Dans un contexte géopolitique et socioéconomique instable et préoccupant, nous sommes encore en marche et nous ne pouvons pas rester immobiles face aux reculs, aux actualités, à la menace qui gronde.
Il est aussi essentiel de faire l'état des lieux quant au 9 revendications de la marche contre la pauvreté Du pain et des roses de 1995, de protéger nos acquis et de revendiquer à nouveau.
De grandes figures du féminisme d'hier et d'aujourd'hui, les militantes et marcheuses de l'époque et d'autres personnalités inspirantes seront présentes, prendront la parole et surtout, marcheront et chanteront avec nous.
Que vous ayez marché en 1995 ou que vous découvriez ce pan d'histoire féministe québécois marquant, votre présence compte.
Vous voulez marcher avec nous ?
Organisez ou informez-vous sur les marches locales et régionales entre le 26 mai et le 4 juin auprès des groupes de femmes ou organisations de votre région
Notez la date du 7 juin pour la marche nationale à Québec.
Invitez vos ami·es, vos collègues, vos proches.
Suivez les actualités de la page FB dupainetdesroses
Épinglez et consultez régulièrement cette page du site FFQ pour ne rien manquer et accéder à des ressources.
Joignez-vous aux bénévoles et organisatrices : painetdesroses@ffq.qc.ca
Le samedi 7 juin : une marche et un grand rassemblement à Québec
La FFQ vous donne rendez-vous à Québec, le samedi 7 juin à 13h, pour une marche symbolique et un rassemblement festif, aux côtés des féministes de 1995 et de 2025.
Toute la population est conviée.
Départ : Musée national des beaux-arts de Québec — là même où les marcheuses des trois contingents se sont rassemblées le dernier jour de la marche de 1995.
Arrêt : Devant l'Assemblée nationale, en mémoire du rassemblement de 15 000 personnes du 4 juin 1995.
Arrivée : Parc de la Francophonie, pour un moment de célébration, de mémoire et de mobilisation.
Du 26 mai au 4 juin 2025 : Marches dans vos milieux
Partout au Québec, des groupes (mixtes et non mixtes) sont invités à organiser des marches collectives de proximité, dans leur quartier, leur localité ou leur région en commémoration du 30e anniversaire de Du pain et des roses. Une actualisation de la mobilisation sous forme de marches.
Ces marches peuvent prendre la forme qui vous convient :
– Une seule sortie ou plusieurs
– Courtes ou longues distances
– En silence ou en musique
– Symboliques ou revendicatrices
L'objectif : marcher ensemble pour du pain et des roses, dans l'inclusion et la solidarité, avec les personnes en situation de pauvreté, de handicap ou vivant d'autres formes de marginalisation.
En marche vers un meilleur avenir, toujours et encore !
Un rappel : les 9 revendications de 1995
1- Un programme d'infrastructures sociales avec des emplois accessibles dès maintenant aux femmes.
2- Une loi proactive sur l'équité salariale.
3- L'augmentation du salaire minimum au-dessus du seuil de la pauvreté (8.15$ de l'heure).
4- L'application de la loi des normes minimales du travail à toutes les personnes participant à des mesures d'employabilité.
5- Un système de perception automatique des pensions alimentaires avec retenue à la source.
6- La création d'au moins 1 500 nouvelles unités de logement social par année.
7- L'accès aux services et aux programmes existants de formation générale et professionnelle, avec soutien financier adéquat, pour toutes les personnes qui ne sont pas prestataires de l'assurance-chômage ou de la sécurité du revenu, en vue de leur insertion ou de réinsertion au travail.
8- L'application rétroactive de la réduction du parrainage de 10 ans à 3 ans pour les femmes immigrantes parrainées par leur mari ainsi que la mise sur pied d'un mécanisme d'accès aux droits sociaux pour les femmes parrainées victimes de violence conjugale et familiale.
9- Le gel des frais de scolarité et l'augmentation des bourses aux étudiantes/ts.
Les marraines de 1995
Titres qu'elles portaient en 1995 :
Anne-Marie Alonzo, auteure dramatique (décédée en 2005)
Audrey Benoît, comédienne et vice-présidente de la Commission des jeunes sur l'avenir du Québec
Aoura Bizzarri, Collectif des femmes immigrantes du Québec.
France Castel, comédienne et chanteuse.
Ariane Émond, écrivaine et journaliste.
Ranee Lee, chanteuse de jazz.
Chantal Petitclerc, marathonienne.
Michèle Rouleau, animatrice de télévision.
Marie-Claire Séguin, compositrice.
Marie-Josée Turcotte, journaliste sportive.
Marjorie Villefranche, de la Maison d'Haïti.
Pour en savoir plus sur la Marche contre la pauvreté : Du pain et des roses
Vous souhaitez contribuer à l'événement, comme organisme ou en votre nom personnel, ou annoncer votre intérêt à y participer ? https://bit.ly/Du-pain-et-des-roses-1995-2025-interet-organisation-participation
Pour rester informée, nous vous invitons à suivre : https://www.facebook.com/Dupainetdesroses1995
Plongez dans l'univers des archives de Du pain et des roses 1995 : https://bit.ly/duPainDesRoses1995
Communiquez avec le comité organisateur : painetdesroses@ffq.qc.ca
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Des changements gouvernementaux en défaveur des femmes et des minorités
Le premier ministre Mark Carney a prêté serment le 14 mars dernier devant un cabinet ministériel réduit. En effet, ce sont 13 ministères qui sont soit disparus ou effacés, dont celui des Femmes, de l'Égalité des genres et de la Jeunesse et celui de la Diversité, de l'Inclusion et des Personnes en situation de handicap. Cette situation inquiète les groupes de femmes à travers le Canada, dont la Fédération des femmes du Québec.
Créé en 1976, le ministère des Femmes, de l'Égalité des genres et de la Jeunesse, autrefois connu sous le nom de ministère de la Condition féminine, jouait un rôle clé pour faire avancer les droits des femmes et l'égalité des genres. Sa disparition en 2025 n'a rien d'anodin : elle prive les femmes et les minorités de genre d'une voix forte au sein du gouvernement, à un moment où les reculs sont déjà tangibles. Il ne s'agit pas simplement d'un réaménagement administratif : l'effacement d'un ministère dédié envoie un message politique fort, reléguant au second plan les questions cruciales d'égalité des genres, de droits des jeunes et des personnes marginalisées.
Comble de l'ironie, pendant qu'on effaçait ce ministère à Ottawa, la ministre Marci Ien défendait avec conviction son importance devant l'ONU, lors de la 69e session de la Commission de la condition de la femme. Un contraste saisissant.
Pendant ce temps, ailleurs dans le monde…
Le Canada n'est pas le seul pays où les mécanismes institutionnels pour l'égalité sont fragilisés. En Hongrie, Viktor Orbán a dissout le ministère de l'Égalité en 2010. En Pologne, depuis 2015, les politiques d'égalité ont été reléguées à un secrétariat symbolique. Aux États-Unis, Donald Trump a dissout le Council on Women and Girls. Ce démantèlement progressif crée des précédents inquiétants, où l'égalité devient une simple variable d'ajustement idéologique.
Aux États-Unis, les droits des femmes sont sauvagement attaqués – tout comme ceux des personnes LGBTQIA2S+, immigrantes et racisées – par un gouvernement ouvertement misogyne et raciste. Coupures dans les politiques d'équité, diversité et inclusion (EDI), restriction jusqu'à l'absurde de l'accès à l'avortement, affaiblissement des législations contre la violence conjugale, rapatriement de l'influenceur masculiniste accusé de trafic humain Andrew Tate, pas une journée ne se passe sans l'annonce d'un nouvel affront.
Mais qu'on se le dise : bien que le Canada soit souvent cité en exemple en matière d'égalité des genres, nous sommes bien loin d'être à l'abri des idées réactionnaires si populaires chez nos voisins du sud et ailleurs dans le monde. Selon un sondage Léger, 15 % des Canadiens voteraient pour Donald Trump s'ils en avaient la possibilité. Qui plus est, 46% des Canadiens sont en accord avec la mesure de Donald Trump d'interdire l'accès aux sports féminins aux personnes transgenres et 40% approuvent sa décision de légaliser qu'il n'y a que deux sexes [sic]. Ces appuis sont révélateurs des courants conservateurs présents ici aussi.
Une montée inquiétante du masculinisme
Au Québec, la montée du masculinisme et le retour des soi-disant « valeurs traditionnelles » inquiètent, comme l'a démontré le tollé autour du documentaire Alpha de Simon Coutu et de l'invitation – heureusement retirée – de l'influenceur masculiniste Joël McGuirk à l'émission Tout le monde en parle en novembre dernier.
Ce retour en arrière trouve évidemment écho dans l'arène politique. Pierre Poilièvre, le chef conservateur qui mène dans les intentions de vote au fédéral, a souvent critiqué les politiques féministes du gouvernement libéral de Justin Trudeau et ce qu'il appelle les « politiques identitaires ». Sa proximité avec des groupes conservateurs et pro-vie dans le parti inquiète les groupes de femmes, notamment en ce qui a trait à ses positions sur l'avortement.
Gare au retour en arrière
Dans ce contexte délétère, la disparition du ministère des Femmes, de l'Égalité des genres – même dans un gouvernement temporaire – inquiète grandement la Fédération des femmes du Québec. Les droits des femmes, des personnes en situation de handicap, des personnes LGBTQIA2S+ et des jeunes ne peuvent être traités comme des enjeux secondaires. Ils constituent le socle d'une société forte, juste et résiliente et d'une économie solide. Dans ce contexte préoccupant, il est plus crucial que jamais de renforcer nos politiques en faveur de l'égalité des genres et de l'inclusion. Aucun acquis n'est permanent. L'égalité des genres n'est pas un luxe ni un dossier accessoire : c'est un indicateur fondamental de la santé démocratique et économique d'un pays. Nous appelons les décideurs, la société civile et l'ensemble des citoyen·nes à rester vigilants et à refuser tout recul.
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Changer la game : le RLQ mobilise le milieu sportif pour plus d’inclusion
À l'approche de l'édition 2025 de la Journée de visibilité lesbienne , le Réseau des lesbiennes du Québec lance aujourd'hui la campagne nationale Changer la game, une initiative visant à transformer le milieu sportif québécois en un espace plus inclusif pour les personnes lesbo-queer. Inspirée par l'univers du sport, cette campagne met en lumière les défis spécifiques rencontrés par ces athlètes tout en proposant des actions concrètes pour favoriser un changement durable. Cette campagne invite à devenir des game changers, une expression utilisée pour décrire des événements et des idées qui entraînent un changement important dans les façons de faire ou de penser dans un domaine.
Un terrain plus inclusif : des actions concrètes
Tout au long du mois d'avril, le RLQ invite plusieurs associations sportives du Québec à adopter des pratiques plus inclusives, dans le but de favoriser des changements durables au sein de leurs organisations. Ces actions visent à contrer la lesbophobie et à promouvoir un environnement où toutes les athlètes peuvent évoluer sans crainte de discrimination. « Dans un contexte où de plus en plus d'associations professionnelles pour les femmes voient le jour, il était important pour nous de nous mobiliser pour changer concrètement la game dans le milieu sportif, que ce soit en invitant les associations sportives à adopter ou renforcer une politique anti-discrimination, à offrir des formations sur l'inclusion et la diversité à l'interne ou en les invitant à créer des espaces sécuritaires pour les personnes LGBTQ+ dans leur milieu », explique Cynthia Eysseric, directrice générale du RLQ.
Des chiffres qui parlent
● 67 % des athlètes LGBTQ+ et 85 % des athlètes trans ont vécu au moins un épisode d'homophobie dans le sport canadien (Guylaine Demers, 2017).
● 42 % des Canadiens gais et des Canadiennes lesbiennes ont été victimes ou témoins de discrimination dans un contexte sportif, soit plus du double des personnes hétérosexuelles (Statistique Canada , 2024).
● Les piscines publiques et les vestiaires sont perçus comme les endroits les moins sécuritaires pour les personnes LGBTQ2+ en raison de l'exposition du corps et des espaces genrés (Mémoire UQTR « À la quête d'un safe space en loisir : l'accès des personnes LGBTQ2+ aux services publics et municipaux de loisir ainsi qu'aux infrastructures municipales récréatives et sportives », 2023).
Un appel à l'action pour toute la communauté sportive
« L'absence de visibilité et de représentations positives des sportives lesbo-queer nourrit un sentiment d'exclusion, créant un environnement où des athlètes peuvent se sentir invisibles ou dévalorisées. Cela décourage de nombreuses jeunes personnes lesbo-queer de s'investir pleinement dans le sport ou de se dévoiler, par peur de discrimination ou de marginalisation », ajoute Cynthia Eysseric.
Pour y remédier, la campagne Changer la game met en lumière des athlètes inspirantes à travers des portraits diffusés sur les réseaux sociaux. En offrant des modèles accessibles, cette initiative vise à sensibiliser le grand public et à encourager les fédérations, clubs et athlètes à adopter des pratiques plus inclusives.
Pour en savoir plus sur la campagne, visitez le siteWeb
À propos du RLQ
Le Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ) est la référence centrale en ce qui concerne les enjeux touchant les différentes communautés lesbiennes au Québec. Depuis 1996, il défend collectivement les droits des femmes et des personnes des communautés lesbo-queer, afin d'amplifier leurs voix et leur visibilité pour leur permettre d'exister pleinement.
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Stablex ou l’art de masquer la vérité !
« Il faut être capable de prendre ces décisions-là pour le bien de l'ensemble des Québécois ! » Voilà en quels termes, d'un air frondeur, notre Premier ministre François Legault, justifie la procédure d'exception qu'est le bâillon, pour accélérer l'adoption du projet de loi 93 qui vise à transférer un terrain de la municipalité de Blainville à la compagnie américaine Stablex, spécialisée dans l'enfouissement des déchets dangereux.
Non seulement M. Legault prétend-il parler en notre nom, mais il s'octroie une supposée dose de détermination ou de courage que n'auraient pas les personnes qui s'opposent à l'adoption du projet de loi 93.
Quelques semaines à peine après le fiasco de NorthVolt, avec la destruction de plusieurs milliers de mètres carrés de terrains humides et la dilapidation de centaines de millions de dollars de fonds publics, nous voilà en train de revivre le même scénario avec le dossier de Stablex à Blainville : même empressement, même manque de transparence, même absence d'écoute de divers représentants de la population !
Il faudrait être bien malvenu et malhonnête de remettre en question la crédibilité et la légitimité des personnes qui, au nom du bien commun, contestent la décision du gouvernement Legault, à commencer par la mairesse de Blainville, Mme Liza Poulin et son conseil, appuyés en cela par la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM), par la Fédération québécoise des municipalités, par l'Union des municipalités du Québec, par des représentants du monde agricole, par des groupes écologistes et par le BAPE (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement) qui a exprimé un avis négatif sur ce projet. Cela commence à faire beaucoup de monde !
À qui faut-il faire confiance pour la défense de nos intérêts quand le gouvernement et Stablex refusent de rendre publique l'étude que cette dernière a commandée à Englobe pour connaître la valeur écologique du terrain convoité ? Heureusement, le Devoir a pu mettre la main sur ce document de 430 pages, daté d'octobre 2023, mais qui n'a jamais été rendu public !
À qui faut-il se fier quand la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Mme Maïté Blanchette Vézina, affirme qu'on a affaire à un « terrain dénaturé et desséché » et qu'il n'y a plus de tourbières « depuis longtemps », alors que l'étude même d'Englobe, dont elle a sûrement pris connaissance, la contredit et rappelle qu'on retrouve 97 237 mètres carrés de tourbières dont le « rendement des fonctions écologiques … est élevé ».
Mostefa Khallaf, poète et philosophe franco-algérien, disait : « Le mensonge qui était l'art des faussaires, des dupeurs et des flatteurs, est devenu à la portée de tout le monde. Le palmarès revient aux hommes politiques dupant une plèbe anesthésiée et complice du désordre sociétal. »
Nous n'avons pas de pouvoir sur les personnes qui ne se gênent pas pour manipuler et fausser les faits à leur avantage et intérêt. Mais nous avons le pouvoir, individuellement et collectivement, de refuser de nous laisser duper et anesthésier par leurs discours.
Ce terrain compte une superficie de milieux humides deux fois plus importante (278 000 mètres carrés) que celle qui a été détruite par NorthVolt. Selon les experts du GIEC (Groupe international d'experts sur l'évolution du climat), ces milieux naturels jouent un rôle important pour la protection de la biodiversité et pour la lutte contre la crise climatique, dont l'urgence n'est plus à démontrer pour l'avenir de nos enfants, petits-enfants et générations futures.
Dans une autre perspective, au cœur d'un contexte de guerre tarifaire avec le gouvernement américain et des menaces qu'il fait peser sur notre souveraineté, comment se fait-il qu'on n'ait pas trouvé d'entreprises québécoises compétentes pour gérer nos propres déchets, de sorte que nos fonds publics mettent à profit les compétences des gens d'ici en plus de nous enrichir ?
Surtout, face au président Trump qui répète qu'il n'a pas besoin de nous, pourquoi faudrait-il qu'on sacrifie nos milieux naturels de haute qualité pour servir de poubelle pour ses déchets dangereux ?
Devant le refus par le gouvernement Legault d'accepter la proposition de la CMM d'une solution de rechange qui aurait permis à Stablex de s'installer sur un autre terrain appartenant déjà au gouvernement, nous appuyons fortement la ville de Blainville et la CMM dans leur recours en Cour Supérieure pour contester la légalité et la constitutionnalité du projet de loi 93 car, contrairement à M. Legault, nous ne croyons pas que sa décision sert l'intérêt des citoyennes et citoyens actuels et futurs du Québec.
Pierre Prud'homme
30 mars 2025
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Des milliers de travailleuses réclament que le gouvernement en fasse plus pour les CPE
La convention collective est échue depuis plus de deux ans et le gouvernement tarde toujours à donner des conditions qui permettraient de s'assurer d'avoir une relève dans le secteur. Alors que les travailleuses sont à bout de souffle, sa préoccupation principale est d'augmenter la force de travail.
3 avril 2025 | tiré du site de la CSN
Des milliers de travailleuses et de travailleurs des CPE de la CSN ont participé à la manifestation nationale pour réclamer que le gouvernement Legault écoute leurs solutions pour freiner la pénurie de personnel et valoriser les emplois en CPE. La CSN annonce de plus que la prochaine séquence de grève sera les 7 et 8 avril prochain.
Les travailleuses et travailleurs des CPE qui participent à la manifestation nationale proviennent de toutes les régions du Québec. Depuis des décennies, les travailleuses des CPE et la CSN luttent sans cesse pour faire des gains pour bonifier les conditions de travail afin de maintenir ce réseau qui est un joyau collectif depuis sa création. Malheureusement, la convention collective est échue depuis plus de deux ans et le gouvernement tarde toujours à donner des conditions qui permettraient de s'assurer d'avoir une relève dans le secteur. Alors que les travailleuses sont à bout de souffle, sa préoccupation principale est d'augmenter la force de travail.
« En prenant la rue aujourd'hui, les travailleuses des CPE veulent que le gouvernement comprenne qu'elles sont déterminées à bonifier leurs conditions de travail. Pendant qu'on lui parle de la pénurie qui frappe notre secteur et des cohortes qui sont vides dans les cégeps, le gouvernement veut nous faire travailler encore plus. Le problème dans les CPE, ce n'est certainement pas qu'on n'en fait pas assez pour les enfants, c'est qu'on ne nous donne pas toutes les conditions pour faire notre travail. Comment expliquer que le gouvernement continue d'accepter une disparité de traitement entre le secteur des CPE et le secteur public ? », demande Stéphanie Vachon, représentante des CPE de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN).
En grève les 7 et 8 avril
Si les pourparlers ne sont pas rompus, la négociation ne progresse pas suffisamment pour espérer arriver à une entente de principe rapidement. Les employeurs et le gouvernement restent campés sur leur position et refusent surtout d'en faire davantage pour aider un réseau qui en a grand besoin. Chaque journée de grève supplémentaire met la pression nécessaire pour que la négociation chemine avant de se rendre à la grève générale illimitée. C'est pourquoi la CSN indique dès maintenant que deux nouvelles journées de grève s'ajoutent, soit les 7 et 8 avril.
« Les CPE sont un réseau créé par et pour les femmes. Ce que les travailleuses et les parents veulent, c'est que les services reprennent dans les CPE avec de meilleures conditions de travail. Le gouvernement aura grand besoin d'être plus attractif s'il veut réussir à créer les milliers de places que les parents attendent tellement. Comme le gouvernement bouge trop peu, les travailleuses accentuent la pression avec deux nouvelles journées de grève », lance Lucie Longchamp, vice-présidente responsable des secteurs privés de la FSSS–CSN.
« La détermination des travailleuses des CPE est remarquable. Depuis toujours elles se battent pour améliorer leurs conditions de travail et les services aux enfants. Les conditions qu'elles ont aujourd'hui, ce n'est pas un cadeau des gouvernements, c'est le fruit de leurs luttes. Cette bataille des 13 000 travailleuses des CPE de la CSN bénéficie à l'ensemble des enfants qui fréquentent un service de garde. Que ça plaise ou non aux employeurs et aux gouvernements, la grève est l'ultime moyen qui permet à des milliers de travailleuses et de travailleurs d'améliorer leur sort. C'est pourquoi le gouvernement doit retirer le projet de loi 89 », de conclure Caroline Senneville, présidente de la CSN.
Une grève partout au Québec
La CSN représente plus de 80 % des travailleuses syndiquées dans les CPE. La grève touche l'ensemble des régions du Québec, alors que la CSN est présente dans plus de 400 CPE. Voici le nombre de centres affiliés à la CSN par région :
7 CPE en Abitibi-Témiscamingue
11 CPE au Bas-Saint-Laurent
10 CPE sur la Côte-Nord
22 CPE dans le Centre-du-Québec et la Mauricie
36 CPE en Estrie
12 CPE en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine
11 CPE dans Lanaudière
25 CPE dans les Laurentides
51 CPE en Montérégie
112 CPE à Montréal et à Laval
23 CPE en Outaouais
64 CPE à Québec et dans Chaudière-Appalaches
31 CPE au Saguenay–Lac-Saint-Jean
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Travailleurs étrangers temporaires – Québec doit permettre à ceux déjà ici d’accéder à l’immigration permanente
Montréal, le 31 mars 2025. – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec et plusieurs de ses syndicats affiliés présents dans le secteur privé demandent au gouvernement de mettre en place une voie de passage exceptionnelle pour accueillir de façon permanente au Québec les travailleurs étrangers temporaires déjà présents sur le territoire et qui ne sont plus en mesure de renouveler leur permis de travail.
321 mars 2025 | tiré du site de la FTQ
https://ftq.qc.ca/travailleurs-etrangers-temporaires-quebec-doit-permettre-a-ceux-deja-ici-dacceder-a-limmigration-permanente/
« Il faut absolument trouver le moyen de leur ouvrir les portes de l'immigration permanente. Ces travailleurs et ces travailleuses vivent dans nos régions, plusieurs avec leurs familles, ils sont souvent essentiels au bon fonctionnement de nos usines. Bon nombre d'entre eux ont appris le français et le Québec a investi dans différents programmes en vue de faciliter leur établissement dans nos communautés. Des liens humains se sont créés. Le gouvernement du Québec doit absolument leur tendre la main pour qu'ils et elles puissent immigrer de façon permanente au Québec », souligne le directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux.
Alors que le gouvernement fédéral a resserré considérablement l'octroi de permis de travailleurs étrangers temporaires, plusieurs permis arrivent à échéance et des travailleurs et des travailleuses devront quitter le territoire.
Le secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc, souligne que le Québec aurait avantage à accueillir définitivement ceux et celles déjà sur le territoire. « Il est urgent de donner la possibilité aux travailleurs étrangers temporaires présents sur le territoire actuellement de faire une demande d'immigration auprès du gouvernement du Québec. Le Québec a besoin d'eux. L'avenir de plusieurs entreprises en dépend. Il faut cesser le système à deux vitesses des permis de travail fermé et tendre la main à ceux et celles qui sont déjà sur le territoire pour qu'ils immigrent de façon permanente, et qu'ils deviennent des citoyens à part entière, avec les mêmes droits que tous. »
Plusieurs syndicats affiliés à la FTQ, dont les Métallos, les Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) et l'Union des employés et employées de service (UES-800), Unifor constatent le phénomène. Le premier ministre lui-même reconnaît que les besoins des régions doivent être considérés.
Les récentes restrictions dans les renouvellements de permis de travail entraînent des difficultés sur le terrain. « Par exemple, dans certaines usines, entreprises, manufactures, de nombreux travailleurs sont sur des permis temporaires. Avec les restrictions, une bonne partie d'entre eux devraient partir, ce qui met en péril la production. Ce serait important qu'on puisse leur donner l'occasion de rester en immigrant de façon permanente », font valoir les leaders syndicaux Anouk Collet, conseillère principale au président national des TUAC, Marie Deschênes, vice-présidente exécutive de l'UES 800, et Olivier Carrière, directeur exécutif adjoint Unifor, qui comptent parmi leurs rangs de leurs organisations plusieurs centaines de travailleurs étrangers temporaires.
La sélection des immigrantes et des immigrants permanents relève entièrement du gouvernement du Québec. « Québec a toute la marge de manœuvre nécessaire pour accueillir les travailleurs étrangers temporaires présents sur le territoire de façon permanente, en leur délivrant un certificat de sélection du Québec. Ce sont des candidats et des candidates de choix, qui ont des compétences importantes pour le marché du travail et qui sont essentiels à la vitalité économique de nos régions », conclut le secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc.
La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses
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Un pour tous, et tous contre Amazon : la solidarité internationale face à la crise
En réponse à la fermeture des entrepôts d'Amazon au Québec et aux récentes campagnes de boycottage visant l'entreprise, nous souhaitons vous proposer un article d'opinion corédigée par le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), la présidente de la CSN, Caroline Senneville, et le président du STT d'Amazon Laval - CSN, Félix Trudeau. Celle-ci vise à dépeindre l'importance de la solidarité internationale dans cette période de crise, ainsi que le pouvoir qu'exercent les grandes firmes comme Amazon sur les droits des travailleurs et travailleuses.
Signataires :
Félix Beauchemin, chargé de l'éducation, Centre international de solidarité ouvrière (CISO)
Amélie Nguyen, coordonnatrice, CISO
Félix Trudeau, président du STT d'Amazon Laval - CSN
Caroline Senneville, présidente, Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Dans un monde turbulent qui semble révéler de plus en plus le pouvoir sournois des grandes entreprises multinationales, le cas d'Amazon au Québec souligne l'urgence d'une lutte internationale coordonnée et forte.
On s'en rappelle : le 22 janvier 2025, l'entreprise Amazon annonce la fermeture soudaine de ses sept entrepôts au Québec, causant la perte de plus de 4 700 emplois. Selon l'entreprise, le retour à un modèle de livraison par sous-traitance était tout simplement préférable. Cependant, pour tous les acteurs des secteurs économiques et sociaux concernés par cette affaire, la raison sous-jacente est incontestable : la récente syndicalisation de 287 employé·e·s d'un entrepôt de Laval a été la bougie d'allumage de l'entreprise reconnue pour ses pratiques antisyndicales flagrantes.
C'est maintenant une évidence, le plan d'affaires de la multinationale repose sur l'exploitation des travailleur·se·s pour faire un profit considérable. Si ces mêmes travailleur·se·s usent de moyens légaux pour faire valoir leurs droits, l'entreprise usera, elle aussi, de passe-droits pour contrer la menace. Partout dans le monde, les schémas antisyndicaux se répètent : affichage anti-syndicat, rencontres individuelles avec les employé·e·s, renvoi de militant·e·s, pressions, menaces et surveillance. Aux États-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France, toute tentative est rapidement et fortement réprimée à coups de millions de dollars.
Ces échecs individuels sont lourds de conséquences, comme en témoignent la perte d'emplois et l'affaiblissement du droit au travail dans chaque région touchée. Selon nous, ces défaites doivent cependant agir comme un signal d'alarme sur le pouvoir réel de ces firmes : lorsque les travailleuses et travailleurs se battent isolément dans des juridictions locales, Amazon peut déployer ses ressources et déplacer ses activités là où les syndicats sont plus faibles, les lois plus laxistes, les salaires bas et les conditions de travail encore plus précaires. C'est le principe même de la délocalisation – une escroquerie légalisée, voire encouragée, par les systèmes législatifs et économiques mis en place depuis les années 1980 –, qui a pour effet de placer les travailleur·se·s locaux en compétition avec les travailleur·se·s du monde entier.
Il serait donc valable de baisser les bras, de s'avouer vaincus face au pouvoir incontestable d'une entreprise scélérate. Cependant, l'histoire atteste que les efforts d'ampleur concertés et organisés par une masse de travailleurs et travailleuses ont la capacité de faire flancher les géants. Il y a quelques années, la transmission d'informations entre les syndicats québécois etbelge de l'entreprise Kronos a mis en lumière les mensonges de l'employeur quant aux assurances fournies aux travailleuses et travailleurs de son usine canadienne, ouvrant de nouvelles avenues de négociation. Des actions mondiales concertées ont même permis d'organiser collectivement certaines usines textiles au Bangladesh. En raison de l'impact direct de ces gains sur les conditions des travailleur·se·s d'ici, les syndicats investissent depuis plus de 50 ans dans plusieurs campagnes
de solidarité internationale, notamment par la création d'un réseau intersyndical de solidarité internationale, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO).
Dans un contexte où les pressions sur le marché sont de plus en plus fortes, la compétition grandissante et où les actionnaires scrutent chaque dollar investi, il peut devenir financièrement intenable de continuer à gaspiller des dollars dans des entrepôts neufs et vides, comme c'est le cas avec Amazon au Québec. Plus les initiatives de résistance se multiplient, plus les mouvements de contestation gagnent en ampleur, et plus la colère populaire gronde, l'entreprise n'aura d'autre choix que d'ouvrir la porte à la négociation. Et ce sera à ce moment précis que nous pourrons enfin renverser la balance du pouvoir.
Solidarité aux luttes syndicales du monde entier ! Solidarité aux campagnes de boycottage d'Amazon !
Le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) est un réseau intersyndical de solidarité internationale qui réunit près de 80 syndicats à travers le Québec. Il célèbre cette année ses 50 ans.
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L’austérité du gouvernement Legault ronge nos services publics
Nous voilà toutes et tous plongés dans une époque improbable et inquiétante, faite entre autres de guerre tarifaire avec nos voisins du Sud, de dérives autoritaires, de menaces à nos droits sociaux et syndicaux et de possibles reculs environnementaux malgré l'urgence climatique.
Alors que ce pourrait être l'occasion de se donner les moyens d'un Québec moins dépendant des échanges avec les États-Unis, plus juste et écologiquement exemplaire, le gouvernement Legault nous entraîne dans la voie inverse. Il nous replonge dans le mauvais film de l'austérité et des coupes de services. Avec le nouveau budget qui vient d'être déposé, de nouvelles scènes désolantes de ce navet sont à prévoir.
Avec un minimum de courage politique et sans toucher en général le portefeuille de la population, ce gouvernement pourrait pourtant augmenter de plusieurs milliards les recettes de l'État. Comment ? En s'assurant d'une part d'avoir les moyens suffisants pour mieux lutter contre l'évasion et l'évitement fiscal, d'autre part en mettant en place des mesures comme l'établissement d'un régime fiscal plus progressif, l'instauration de taxes sur le patrimoine, l'imposition des superprofits de grandes entreprises et surtout, sabrer dans le recours à la sous-traitance.
Ce gouvernement a plutôt choisi la facilité avec l'austérité et la mise à mal de nos services publics à la grandeur du Québec. Quand les budgets des ministères et organismes publics ne permettent pas de couvrir la hausse des besoins et donc de soutenir la hausse des coûts de programmes, il s'agit bien d'austérité, car ces ministères et organismes devront couper à quelque part. On fonce droit dans le mur quand il n'y a plus d'embauches externes et que le personnel occasionnel est mis à pied depuis novembre. Ce gouvernement ne veut pas l'admettre et craint le vilain mot, mais c'est bien le cas.
Les répercussions se font déjà sentir aux quatre coins du Québec sur la capacité des ministères et organismes de la fonction publique et parapublique à réaliser leur mission et sur les services à la population.
Des bureaux de Services Québec qui ferment leurs portes plusieurs jours par semaine ; plusieurs mises à pied dans le Centre de communication avec la clientèle du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale ; des inventaires fauniques et des analyses écotoxicologiques de l'eau, de l'air et du sol compromises au ministère de l'Environnement ; le délai d'attente pour obtenir un rendez-vous au Tribunal administratif du logement qui dépasse souvent les 20 jours, si le bureau n'est pas ouvert qu'un jour par mois ; etc.
Est-ce là les services publics auxquels on serait en droit de s'attendre, dans toutes les régions du Québec ? Il a pourtant été démontré que le secteur public contribue fortement à la résilience économique régionale, ce qui est d'autant plus essentiel en période de crise.
De grâce, à l'inverse des dérives cauchemardesques qui se révèlent jour après jour tout près de nous aux États-Unis, ayons la clairvoyance de ne pas saboter nos services publics, garants du vivre-ensemble, et efforçons-nous plutôt de saisir l'occasion pour cheminer vers un meilleur Québec.
Christian Daigle, président général du SFPQ.
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« Dehors la CAQ, ça presse »
« Dans la vraie vie, quand une ou un employé n'atteint pas ses objectifs et fait plus de tort que de bien, on le remercie. Ça devrait être pareil pour les député-es. Il serait à peu près temps que l'on dise collectivement ‘'dehors'' à la CAQ ». - Barbara Poirier, présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches.
Restés sur leur faim à la suite de sa performance comme député, comme ministre responsable des infrastructures et comme ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, des syndiqué-es ont symboliquement remercié Jonathan Julien cet avant-midi et commencé le déménagement de son bureau de comté.
« On ne peut pas attendre 2026 avant de “remercier'' le gouvernement de la CAQ, il faut les sortir avant qu'ils ne fassent plus de dégâts, ça presse », a déclaré Barbara Poirier, présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches. La syndicaliste souligne qu'il n'y a pas que l'incertitude concernant les nombreux projets d'infrastructure en matière de transport dans la région qui pose problème, mais un ensemble de décisions douteuses qui s'avèrent finalement non seulement coûteuses mais inefficaces.
Barbara Poirier cite pêle-mêle la création de Santé Québec, qui fait exploser la rémunération des cadres sans améliorer en rien la situation sur le terrain (au contraire, on assiste à des suppressions de postes), les dossiers Norvolt et Stablex, l'inaction face à la crise du logement, la désinvolture face à la fermeture sauvage des entrepôts d'Amazon, la valse-hésitation face aux projets de transport en commun, le moratoire sur l'immigration permanente qui ajoute à l'incertitude économique ambiante…
« Comme si ce n'était pas suffisant, le gouvernement en rajoute en s'attaquant au droit de grève des travailleuses et des travailleurs avec le projet de loi 89. N'en jetez plus, la cour est pleine ! » poursuit la présidente du conseil central. « Dans la vraie vie, quand une ou un employé n'atteint pas ses objectifs et fait plus de tort que de bien, on le remercie, ça devrait être pareil pour les député-es, » conclut Barbara Poirier, « il serait à peu près temps que l'on dise collectivement ‘'dehors'' à la CAQ ».
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Chloé Sainte-Marie chante la vraie nature de Gilles Carle
Chloé Sainte-Marie APLP2009 (i) a inauguré le 3 avril une riche exposition d'œuvres d'art intitulée la vraie nature de Gilles Carle, attirant une foule nombreuse envahissant tout le Centre Culturel Pierre-Gobeil de Rock Forest (Sherbrooke). Même ses escaliers étaient chargés de photos, principalement, celles de Pierre Dury, ami proche du regretté cinéaste.
Par Pierre Jasmin, 6 avril 2025. Tiré du site des Artistes pour la paix. Photo : Portrait de Chloé par Gilles Carle qui orne son CD 2008 du temps où son amour créateur était encore vivant.
Une exposition choyée de la vie culturelle sherbrookoise
« Tantôt caricaturaux, humoristiques ou érotiques, pastichant même des maîtres de l'histoire de l'art, les dessins, les tableaux et les photographies de Gilles Carle sont une incursion dans son univers intime. Grâce à la collaboration de sa muse et compagne Chloé Sainte-Marie, découvrez les multiples facettes d'un homme libre qui a célébré la vie sans retenue », a prononcé en discours de bienvenue le commissaire François Renaud.
Remplacé à Radio-Canada par le membre illustre des APLP Frédéric Back qui quittait l'École des Beaux-Arts où il avait succédé à Borduas, Gilles Carle entre à l'Office national du film du Canada au début des années 60 à titre de scénariste. Il y tourne quelques courts métrages documentaires, mais c'est la fiction qui l'intéressera davantage et le centre montrera plusieurs de ses films, dont, en présence de Micheline Lanctôt, la Vraie nature de Bernadette, l'histoire d'une des premières écolos woke du cinéma québécois. Comme les Artistes pour la Paix, Chloé Sainte-Marie croit que dans le contexte politique actuel, il est vital de s'inspirer de la liberté d'esprit de Gilles Carle. En marge de l'exposition, Chloé donnera son formidable spectacle Maudit Silence le 12 avril à 19 h 30.
Ici et là sur les murs, des textes évocateurs rappelaient mon prédécesseur secrétaire des Artistes pour la Paix, le regretté Bruno Roy (ii). L'ancien ministre de la Santé du gouvernement Marois, Réjean Hébert, président d'honneur de l'expo, est resté muet sur le fiasco du ministre actuel Christian Dubé (iii). On est reconnaissants au Dr Hébert à la forte présence pour ses recherches sur les aînéEs et pour l'appui généreux qu'il a accordé, avec certaines ministres de la CAQ dont trois députées étaient présentes, aux neuf maisons Gilles-Carle miraculeusement fondées : elles peinent actuellement, vu l'état budgétaire lamentable de la Santé, à recruter les infirmières requises à leur fonctionnement optimal. C'est Chloé qui avec Pierre-Karl Péladeau avait réussi à convaincre le gouvernement en remplissant la salle Maisonneuve (où je m'étais pressé avec ma conjointe) que les proches-aidantes méritaient d'être aidées, et une aide leur fut accordée d'abord à titre de soulagement temporaire.
Petit récital de chansons
Nouvellement membre de l'Ordre du Canada, ce qui attira peut-être la curiosité de la ministre Marie-Claude Bibeau en grande forme qui m'avoua son appétit culturel et sa hâte du 28 avril pour se tourner vers sa nouvelle carrière municipale, nous eûmes droit d'abord à trois chansons par Annie Bouchard à la forte présence scénique. C'est au rez-de-chaussée, dans la salle de spectacles bondée d'une centaine de personnes aux applaudissements nourris, que nous avons assisté ensuite à quatre chansons de Chloé, accompagnée à la guitare par le directeur du centre, l'auteur-compositeur-interprète Ian Fournier. À l'origine, trois chansons étaient prévues, dont une magnifique en langue innue inspirée par un poème de sa grande amie Joséphine Bacon, puis celle à laquelle les spectateurs ont communié de toute leur âme en répétant le premier couplet :
Brûle brûle brûle
la chandelle de la vie
brûle brûle brûle
la chandelle de l'amour
passe le temps de vivre
le temps du bonheur
passent les heures exquises
le printemps et les fleurs
déjà la flamme vacille
déjà notre cœur aussi
la noirceur tombe sur la ville
adieu l'ami
adieu la vie
Se tournant alors vers moi, Chloé a tenu à me dédier la chanson « chamaille » pour saluer l'effort surhumain des Artistes pour la Paix à subsister sans sous, avec comme agenda unique la paix et ses exigences de vérité heurtant l'establishment. De l'album "Je marche à toi" (2008), avec 19 chansons sur des vers de Roland Giguère, Gaston Miron, Alexis Lapointe et des musiques de Gilles Bélanger, certaines d'entre elles prophétiques (Patrice Desbiens La haine), elle a interprété, encore sur des paroles de Gilles et la musique de François Guy :
Les plaines brûlent, mon cœur chavire
Qu'il est amer parfois de vivre !
Où est mon ami, mon ami de cœur ?
Pourquoi ce feu, cette rancœur ?
Chamaille, chamaille,
Maudite chamaille !
Chamaille, chamaille,
Maudite chamaille !
Est-il blessé, encore vivant ?
Ou est-il mort dans la bataille,
Les yeux crevés, la jambe perdue ?
Ram'nez-le moi, mort ou crochu !
La ville brûle ; mon cœur chavire
Qu'il est amer parfois de vivre !
Méchante France, mauvaise Angleterre
Maudits vieux pays, toujours en guerre ...
Toute notre reconnaissance à l'incomparable Chloé Sainte-Marie, belle muse vivante de la paix des corps et des âmes dont la générosité (et celle de Pierre D.) permet à cette exposition de durer jusqu'en juillet et d'être gratuite, en attendant le relais du Musée d'Art contemporain de Montréal qui se réveillera peut-être lors du centenaire de Gilles Carle en juillet 2028 ?
PS Voici deux reportages qui ont salué l'exposition :
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2153359/exposition-gilles-carle-dessins-sherbrooke-chloe-sainte-marie
https://www.latribune.ca/arts/arts-visuels/expositions/2025/04/04/trois-mois-pour-renouer-avec-gilles-carle-son-art-et-sa-muse-FXPCAAGHBFC55HZNB3VD7YN5ZM/
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Une entente de principe acceptée à une forte majorité !
Québec, le 5 avril 2025 — Les quelque 6 000 membres de Revenu Québec représentés par le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) ont approuvé l'entente de principe intervenue avec leur employeur à 88 %. Le taux de participation était de 86 %.
Rappelons que la convention collective était échue depuis le 31 mars 2024. Le nouveau contrat de travail est d'une durée de cinq ans et se terminera donc le 31 mars 2029.
« Nous sommes heureux d'en être arrivés à une entente avec l'employeur qui est satisfaisante pour nos membres dans le contexte actuel d'instabilité économique. Nous avons obtenu des gains importants, notamment une augmentation de la cotisation de l'employeur aux assurances collectives et l'ajout de congés mobiles. Cependant, une négociation est un exercice de compromis alors des enjeux demeurent comme le fait que la politique de télétravail demeure non conventionnée et l'absence de congés destinés aux personnes victimes de violence conjugale. Nous poursuivrons notre travail et nos efforts en vue de la prochaine négociation », indique Guillaume Bouvrette, président du SPGQ.
Faits saillants
Voici les principaux faits saillants de l'entente de principe :
• Augmentations salariales de 12,4 % sur 5 ans (pour les échelons de 1 à 19), soit 2,8 % en 2024, 2,6 % en 2025, 2,5 % en 2026, 3,5 % en 2027 et 1,0 % en 2028.
• Au 1er avril 2028, majoration salariale de 0,5 % au 19e échelon pour toutes les personnes concernées.
• Clause remorque en 2028-2029 avec le personnel professionnel de la fonction publique (dont 1 % garanti).
• Somme forfaitaire de 1 500 $ à tout le personnel professionnel à l'emploi au 31 mars 2025.
• Prime de criticité rétroactive au 2 décembre 2024 jusqu'au 30 mars 2029 pour les employés qui exercent des fonctions critiques dans le secteur d'activité de la conformité fiscale.
• Ajout de trois congés mobiles pour cinq années consécutives d'ancienneté dans la même catégorie d'emploi professionnelle à Revenu Québec et un jour de congé mobile pour trois années consécutives d'ancienneté.
• Augmentation significative de la contribution de l'employeur aux assurances collectives.
• Attente moins longue pour avoir accès à des jours de vacances supplémentaires.
• L'employeur s'engage à poursuivre ses démarches pour la certification auprès des Milieux de travail alliés contre la violence conjugale.
À propos du SPGQ
Le SPGQ est le plus grand syndicat de personnel professionnel du Québec. Créé en 1968, il représente plus de 35 000 spécialistes, dont environ 26 000 dans la fonction publique, 6 000 à Revenu Québec et 3 000 répartis dans les secteurs de la santé, de l'enseignement supérieur et au sein de diverses sociétés d'État.
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Politiser la question du logement
Au Québec, le mouvement de lutte pour le droit au logement a longuement été seul à parler de « crise du logement ». Ce vocable lui permettait de mettre en lumière des urgences vécues par les locataires : difficulté extrême à trouver et louer un logement, aggravation du problème d'incapacité de payer, explosion du nombre d'évictions, montée de l'itinérance, etc. Il pouvait du même coup dénoncer les pratiques du marché privé de l'habitation et avancer ses propres revendications en faveur de la réalisation massive de logements sociaux et du renforcement des mesures de protection légale des locataires, en particulier du contrôle ou du gel des loyers.
Au mieux, comme ce fut le cas au début du millénaire, l'expression réussissait à se frayer un chemin dans les grands médias et auprès des autorités politiques et permettait d'obtenir certains gains, par exemple de l'aide d'urgence pour les ménages sans logis ou à risque immédiat de le devenir.
Au tournant des années 2020, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a de nouveau sonné l'alarme, cette fois sur les conséquences de la rareté grandissante d'appartements accessibles financièrement. L'appel a, dans un premier temps, été accueilli par un haussement d'épaules de la part des autorités politiques, des grands mélias et de la plupart des autres acteurs. La situation a bien changé au cours des toutes dernières années. Il se passe rarement une semaine sans que la « crise du logement » rebondisse dans l'actualité. Le mot « crise » a quant à lui été récupéré par les gouvernements, les associations de constructeurs ou de propriétaires, le Conseil du patronat, les chambres de commerce, les institutions financières, et tant d'autres.
Le récit et les solutions mises de l'avant ne sont cependant plus les mêmes. Pas question de dénoncer la responsabilité du marché privé dans cette situation, mais d'appeler tous les intervenants à mettre l'épaule à la roue afin d'intensifier et d'accélérer la construction de logements, sans égard au coût des loyers. Le tout est assorti de timides engagements gouvernementaux quant à la réalisation d'une minorité de logements qualifiés d'abordables, mais dont le loyer est trop cher pour les ménages les plus en difficulté.
En présentation de sa Stratégie québécoise en habitation, dévoilée en août 2024, la ministre responsable, France-Élaine Duranceau, offre un concentré de ce discours : « Notre vision est claire : la clé de la sortie de crise, c'est d'augmenter l'offre de logements. Il faut accélérer le rythme. Développer plus. Développer plus vite, tout en préservant les logements existants. Voilà l'imposant chantier auquel la Stratégie nous convie tous. L'action gouvernementale ne pourra suffire à elle seule, compte tenu de l'ampleur des besoins. Tous les acteurs de l'écosystème de l'habitation sont concernés. Et pour que chacun puisse contribuer à sa pleine mesure, l'environnement doit être propice au développement, et la productivité stimulée. » [1]
La parution de la traduction du livre de Ricardo Tranjan, adaptée à la réalité québécoise, arrive à point nommé dans ce contexte. Paru en anglais en mai 2023, il représente un véritable antidote contre le discours dominant. Économiste politique et chercheur principal au Centre canadien de politiques alternatives, l'auteur montre que l'utilisation faite de la formule « crise du logement » vise à dissimuler la vraie nature du marché. Celui-ci n'est pas, comme on tente de nous le faire croire, aux prises avec des difficultés temporaires, de simples accidents de parcours, pouvant se régler par des solutions techniques. Il est plutôt basé « sur une inégalité structurelle et une exploitation économique ». Il s'agit d'un enjeu politique qui appelle une lutte politique.
Pour en finir avec la « dépolitisation du logement », Tranjan propose de le considérer comme le théâtre d'une lutte des classes, opposant celle des locataires à celle des propriétaires. Même si l'auteur admet lui-même que cette division de la société n'est pas « aussi structurelle que le travail salarié », elle lui permet d'en parler en termes d'appropriation, amorcée dès la colonisation et le vol des terres aux peuples autochtones, puis poursuivie par la quête incessante de profits de la part des propriétaires.
L'auteur considère que cette dépolitisation repose sur des perceptions faussées des réalités des locataires comme des propriétaires. Il s'attarde donc à démolir les préjugés permettant de traiter les locataires comme des « citoyens de seconde zone » qui ont échoué à avoir accès à la propriété - et. à réaliser le « rêve canadien ». Il s'en prend du même souffle aux mythes, véhiculés depuis toujours au Québec par les associations de propriétaires, laissant croire que les propriétaires dans leur ensemble vivent dans une constante précarité financière. Il démontre au contraire, estimations chiffrées à l'appui, que la classe des propriétaires est principalement composée de « familles bien nanties, de petites entreprises, des sociétés immobilières et des investisseurs financiers », bien loin de risquer d'y laisser à tout moment leur chemise.
Un autre intérêt de La classe locataire est son récit de résistances passées ou actuelles sur le front du logement. Amateur d'histoire, Ricardo Tranjan raconte des épisodes de lutte qui se sont déroulés dans plusieurs provinces canadiennes depuis les années 1860. Dans le cas de Montréal, l'auteur a fait le choix d'écrire sur une lutte oubliée, celle des locataires des Habitations Jeanne-Mance, premier HLM construit au Québec, qui, dans les années 1960, ont dû affronter l'autoritarisme de ses administrateurs inspirés par l'idéologie de la rénovation urbaine dont l'un des objectifs était de « discipliner les locataires ».
L'essai coup-de-poing de Ricardo Tranjan se termine par un appel à « choisir son camp » dans la lutte des classes entre locataires et propriétaires. Il est à souhaiter que cet appel soit entendu et repris, les forces étant de plus en plus inégales, avec la marchandisation et la fiscalisation du logement, qui continuent sans entraves à étendre leurs tentacules.
François Saillant,
auteur et militant pour le droit au logement
Ricardo Tranjan, La classe locataire, Québec Amérique, 2025
[1] Gouvernement du Québec, Ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, Stratégie québécoise en habitation, Bâtir ensemble pour mieux se loger, 2024,p. 4.

Alain Deneault et Claude Vaillancourt lèvent le voile sur le pouvoir incandescent des multinationales
Organisé par Attac Québec et accueilli par la librairie Zone Libre, le lancement de l'ouvrage « Multinationales : Une histoire du monde contemporain » a eu lieu mercredi 26 mars dernier. Claude Vaillancourt, président de l'organisation altermondialiste ATTAC-Québec et Alain Deneault, philosophe québécois, tous deux contributeurs de l'ouvrage, étaient sur place pour présenter la publication.
Tiré d'Alter Qiuébec.
Le livre noir des multinationales
Alain Deneault est notamment connu pour son ouvrage « Noir Canada », paru en 2008, dans lequel il remet en cause le discours discursif d'un Canada internationaliste et pacifiste qui soutient pourtant des entreprises qui exploitent et pillent les ressources du continent africain. Réitérant un projet militant et engagé à travers « Multinationales : Une histoire du monde contemporain », il estime que cet ouvrage aurait pu s'intituler « Le livre noir des multinationales » du fait de son approche critique qui s'attelle à dénoncer le vrai visage de ces entreprises et à mettre en lumière l'ampleur du pouvoir de dépendance qu'elles exercent à tous les niveaux de la société.
Structuré autour d'une ligne du temps débutant en 1850 à l'ère de la révolution industrielle, l'ouvrage rassemble les contributions d'environ quarante autrices et auteurs francophones. Il se lit aisément grâce à une approche historique riche en récits, permettant une lecture par période, qui en fait une véritable encyclopédie.
Cet ouvrage invite à nuancer l'idée célèbre avancée par Max Weber, selon laquelle l'État détient le monopole de la violence physique légitime en mettant en lumière le contre-pouvoir que représentent les multinationales. Il affirme que les États ont tendance de plus en plus à céder leur pouvoir au privé, jusqu'à placer les entreprises au-dessus des lois nationales.
Pour saisir la logique sous-jacente de cette dynamique, Claude Vaillancourt mentionne que tout cela fût rendu possible par l'avènement du néolibéralisme et le climat de libre-échange qui en découle. Cela a permis aux multinationales de se développer à une vitesse fulgurante.
Multinationales et absence d'éthique
L'histoire a montré que la croissance d'une multinationale est souvent impossible sans manquements à l'éthique ou exploitation. Dans un monde où leur pouvoir s'accroît sans cesse, l'ouvrage agit aussi comme un acte d'accusation contre le système lui-même.
On y dénonce l'incompatibilité croissante entre le développement des multinationales et les enjeux sociaux et environnementaux contemporains. Typiquement, les règles environnementales sont bien souvent considérées comme des obstacles par ces entreprises, ce qui témoigne de leur volonté d'adapter les lois, voire de les supprimer, à leurs seuls intérêts.
La relation entre les multinationales et l'extrême droite
Ce contournement et ce refus de politique environnementale illustrent d'ailleurs en partie la relation intime que les multinationales entretiennent avec l'extrême droite : les patrons des entreprises ne montrent en effet aucune réticence à s'associer à de tels partis, recherchant un environnement politique favorable à leurs profits.
Vincent Bolloré, chef d'entreprise à la tête du Groupe Bolloré — qui contrôle notamment Canal+, CNews, C8, Europe 1, ainsi que le groupe Lagardère — incarne parfaitement la dangerosité de ces stratégies d'influence idéologique, par lesquelles les multinationales cessent d'être de simples entreprises pour devenir de véritables acteurs politiques.
Historiquement centrée sur la logistique, la communication et le transport, et très implantée en Afrique, cette multinationale française s'est progressivement tournée vers le secteur des médias, ce qui permet aujourd'hui à Vincent Bolloré de façonner le débat public.
L'ère Trump
La récente réélection de Donald Trump mérite une attention particulière quant à son impact sur les multinationales. Connu pour ses mesures protectionnistes et isolationnistes, portées par un discours populiste et climatosceptique, l'exercice du pouvoir du milliardaire invite à s'interroger sur l'avenir de la mondialisation et des multinationales, qui se sont pourtant construites et renforcées en parallèle grâce à l'essor du libre-échange et à la « course vers le bas ».
Dans la continuité de son ouvrage « La fin du néolibéralisme » paru en 2023, Claude Vaillancourt signale que D.Trump ne fait que perpétuer la mise en œuvre des politiques néolibérales, mais à un niveau national et que son premier mandat a largement bénéficié à certaines multinationales. Ainsi sa réforme fiscale de 2017 a abaissé le taux d'imposition sur les sociétés de 35 à 21 % et ses remises en cause de certains accords de libre-échange ne visaient pas à limiter le pouvoir des multinationales, mais plutôt à tendre vers sa devise « America First », en appelant à un retour à une économie d'après-guerre.
Dans ce contexte, l'approche de D. Trump représente un paradoxe avec d'une part un discours patriotique et antisystème et d'autre part des politiques renforçant les multinationales. Conscient de leur portée stratégique, le président des États-Unis utilise les tarifs douaniers comme un outil de négociation et d'intimidation. Face à cette logique, il faudrait recréer une économie basée sur d'autres principes que ceux utilisés par ces multinationales et le libre-échange.
L'ouvrage démontre que la puissance et le champ d'action acquis par les multinationales sont tels, qu'elles peuvent s'adapter à toute conjoncture économique pour en tirer profit, faisant ainsi fi de principes tels que le pacifisme, l'éthique, les enjeux sociaux, le respect de l'environnement et du droit, la lutte contre les conflits d'intérêts et le capitalisme sauvage…. Claude Vaillancourt et Alain Deneault nous mettent aussi en garde contre l'influence de ce secteur privé qui favorise l'avènement de l'extrême droite dans nos sociétés. Ils critiquent la non-réaction des personnes politiques et, loin d'être défaitistes, les incitent, par leur volonté, à jouer un rôle qui rendrait nos sociétés plus démocratiques et conformes à leur posture morale.
Pour en savoir plus
Sous la direction d'Olivier Petitjean et Ivan du Roy (2025), Multinationales, une histoire du monde contemporain, Éditions La Découverte. Paris, 860 pages,
Site de l'Observatoire des multinationales
Site des Éditions La Découverte
Extrait du livre sur le site des Éditions de La découverte
Vidéo du lancement à Paris

Comptes rendus de lecture du mardi 8 avril 2025
La stratégie de l'autruche
Omar Aktouf
Omar Aktouf nous a quitté mercredi dernier. Professeur en gestion à l'École des hautes études commerciales de Montréal (HEC Montréal), il était un grand défenseur de la justice sociale et un ardent critique des modèles économiques néolibéraux. Je l'ai découvert à la lecture de son fameux ouvrage « La stratégie de l'autruche », publié en 2002. Il nous y expliquait en somme que « lorsque 3 milliards d'individus — soit la moitié de la planète — vivent avec moins de 3 $ par jour, que 225 milliardaires possèdent l'équivalent de l'avoir de 2 milliards de personnes, que 51 sociétés figurent parmi les 100 premières économies du monde, que l'économie mondiale est à 90% spéculative, que la masse financière (hors actions et obligations) circulant quotidiennement représente 10 fois la valeur des réserves cumulées de toutes les banques centrales du monde… » on était plus loin « du non-sens absolu ». Un bouquin où j'ai beaucoup appris et qui avait à l'époque contribué à nous ouvrir les yeux sur les aspects structurels des iniquités.
Extrait :
Chacun pourrait se demander ce que peut bien apporter un énième livre portant sur la mondialisation, ses conséquences, ses tenants et ses aboutissants lorsque, déjà, le sujet est au bord de la saturation. Ce que, en toute humilité, mais aussi avec une certaine certitude de praticien de première ligne, je prétends apporter avec cet ouvrage, c'est une autre façon d'interroger notre ordre économique dominant : en le mettant en parallèle constant avec son inséparable bras armé, le management. Bras armé devenu tout aussi mondialisé que la cause idéologique et théorique qu'il sert.
L'homme qui aimait les chiens
Leonardo Padura
Traduit de l'espagnol
Ivan, écrivain cubain en devenir miné par les difficultés et le découragement, rencontre sur la plage un singulier personnage qui prétend avoir bien connu Ramòn Mercader, l'assassin de Trotski. Cet homme lui racontera, au fil des rencontres, ce qui deviendra la trame du roman : la perpétuelle fuite de Trotski, traqué à mort par Staline, et le cheminement de son assassin, depuis la guerre d'Espagne jusqu'au tragique événement, et son emprisonnement et son rejet des siens. Un roman historique admirable, qui nous fait pénétrer au coeur du régime stalinien, avec ses purges, ses assassinats, et la peur diffuse, généralisée, qu'il provoque. Des millions de vies brisées, anéanties... Un vif désir de justice sociale, devenu, surtout sous Staline, une monstrueuse dictature.
Extrait :
Pour la première fois, Ramòn devait entendre parler avec insistance de l'opportunisme de Trotski, à l'époque exilé en Turquie, Trotski le plus sournois des ennemis, et ses partisans espagnols, dangereux infiltrés au sein de la classe ouvrière. Mais la véritable passion d'África ressortait quand elle dissertait sur la pensée et la pratique de Joseph Staline, l'homme qui faisait de la révolution bolchevik une forteresse radieuse. Tout à sa dévotion pour África, Ramòn se laissa gagner par sa haine démesurée pour Trotski et par sa vénération pour Staline, sans imaginer jusqu'où le mènerait ces passions.
Jacques Prévert
Yves Courrière
J'ai découvert cette biographie de Jacques Prévert en fouinant dans la bibliothèque de ma belle-sœur Sylvie. J'aime depuis longtemps ce grand poète anarchiste de l'après-guerre, connu d'abord pour son recueil « Paroles ». Cette biographie de 688 pages, écrite dans un style dense, nous fait beaucoup mieux connaître cet homme profondément épris de justice et de liberté.
Extrait :
C'est dans ce contexte que parut « Dîner de têtes », à l'instant où la dépression allait frapper vraiment la France. On mesure mieux l'impact subversif de ce texte quand on connaît la situation du pays au moment de sa publication, même si Commerce et les différentes revues littéraires d'avant-garde qui avaient publié Prévert n'étaient guère susceptibles de parvenir dans les mains ouvrières. L'important était de faire quelque chose au moment ou la misère et le mécontentement grandissaient dans la classe la plus défavorisée, mais aussi dans la classe moyenne. De nombreux citoyens y avaient, comme les ouvriers, de plus en plus de mal à joindre les deux bouts mais, contrairement à la classe ouvrière dont les espoirs allaient vers le parti communiste, ils se tournaient ver l'extrême droite où des ligues, ayant pour objectif de renverser la République, étaient en gestation.
Le pavillon des cancéreux
Alexandre Soljenitsyne
Traduit du russe
C'est l'un des plus connus et des bons romans de ce grand écrivain russe du XXe siècle qu'est Soljenitsyne. Au pavillon des cancéreux, quelques hommes, alités, souffrent d'un mal inexorable que l'on dit incurable. Mais le cancer n'est pas le véritable personnage de ce roman. Il est plutôt l'occasion pour ces hommes en sursis de s'interroger sur le sens de leur vie…
Extrait :
Une rivière qui finit dans les sables ! Une rivière qui ne se jette nulle part, qui distribue généreusement ses meilleures eaux, ses meilleures forces, comme ça, au passage et à l'occasion, à ses amis ! N'est-ce pas l'image de nos vies de bagnards, auxquelles il n'est pas donné de réaliser quoi que ce soit, qui sont vouées à un étouffement sans gloire, et ce que nous avons eu de meilleur, c'est un plan d'eau où nous n'étions pas encore à sec, et tout ce qui reste de nous, c'est ce qu'il tient d'eau dans la paume des deux mains, ce que nous avons mis de nous-mêmes et échangé avec autrui dans une rencontre, une conversation, un secours.
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