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Gaza. Avec Donald Trump, en avant toute vers le nettoyage ethnique

11 février 2025, par Alain Gresh, Sarra Grira — , , ,
Le Proche-Orient a connu, au cours des dernières décennies, de nombreux plans, souvent américains, mais aussi onusiens, soviétiques, russes, arabes ou israéliens. Celui que le (…)

Le Proche-Orient a connu, au cours des dernières décennies, de nombreux plans, souvent américains, mais aussi onusiens, soviétiques, russes, arabes ou israéliens. Celui que le président Donald Trump a présenté lors de sa rencontre avec Benyamin Nétanyahou le 4 février a ceci de particulier qu'il ne prétend plus s'abriter, même partiellement, derrière la façade du droit international. Il le piétine de manière cynique en arguant d'un seul principe : la loi du plus fort. Les idées qu'il avance violent ce qui reste de légalité internationale, déjà largement mise à mal par les crimes contre l'humanité et le génocide à Gaza, qui se poursuivent en toute impunité avec le soutien des États-Unis et un large aval européen.

Tiré d'Orient XXI. Photo : L'image montre deux hommes assis dans un bureau opulent, probablement dans le Bureau Ovale. L'un porte un costume noir avec une cravate rouge, tandis que l'autre est habillé en costume bleu avec une cravate rouge. Ils semblent engagés dans une conversation, avec des expressions sérieuses. En arrière-plan, on voit une cheminée décorée et divers objets sur des étagères. L'ambiance est formelle et politique.
Washington, le 4 février 2025. Le président américain Donald Trump rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Andrew Caballero-Reynolds / AFP

L'histoire retiendra que le président étatsunien a été le premier chef d'État à recevoir le premier ministre israélien depuis l'émission d'un mandat d'arrêt à son encontre par la Cour pénale internationale pour crime de guerre à Gaza ; un accueil que le locataire de la Maison Blanche a qualifié d'« honneur ». Le trajet de Nétanyahou jusqu'à Washington a pourtant dû être prolongé pour ne pas traverser l'espace aérien de pays susceptibles, quant à eux, d'appliquer le droit international.

Donald Trump a d'abord affirmé sa volonté de faire de Gaza un territoire appartenant à long terme aux États-Unis (« long-term ownership ») : « Nous prendrons la bande de Gaza et nous ferons le travail ; nous nous approprierons ce territoire. » Depuis son accession à la présidence, il a revendiqué la prise de contrôle du canal de Panama et celui du Groenland, sans oublier sa proposition d'intégrer le Canada aux États-Unis. Tout cela au nom de la « défense de [leurs] intérêts » et au mépris des autres, sans exclure, pour cela, l'usage de la force. On comprend que Trump se réclame d'un de ses prédécesseurs, William McKinley (1843-1901), qui déclara la guerre à l'Espagne et, à l'issue de sa victoire, prit le contrôle de Porto Rico, de Guam et des Philippines, annexa Hawaï tandis que Cuba devenait un protectorat. Pire que Vladimir Poutine avec l'Ukraine, Trump ouvre ainsi la voie à la justification de tous les changements de frontières, de la conquête du Congo par le Rwanda à celle de Taïwan par la Chine.

Des projets liés à des intérêts personnels

Cette prise de contrôle d'un territoire situé à des milliers de kilomètres des États-Unis s'accompagne de la proposition de vider Gaza de sa population, de l'installer ailleurs, en Égypte ou en Jordanie qui n'en veulent pas. Gaza deviendrait, selon Trump, « la Côte d'Azur du Proche-Orient », dans la lignée des propositions de son gendre Jared Kushner, en mars 2024 (1). Celui-ci espère y investir et en retirer d'importants bénéfices — il est bon de rappeler que, pour Trump et son entourage, les projets sont souvent liés à des intérêts personnels sonnants et trébuchants.

Le président américain a inscrit ses déclarations dans le sillage des « accomplissements » de son premier mandat : la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël et l'installation de l'ambassade américaine sur place, la légitimation de l'annexion illégale par Israël du plateau du Golan syrien, les accords d'Abraham et le retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien. Il a également précisé que Gaza « ne devrait pas passer par un processus de reconstruction et d'occupation par la même population qui y vit une existence misérable ». Quelle commisération pour ses habitants.

De plan, Trump n'en a guère en réalité : « Cela pourrait être payé par de riches pays voisins. Il pourrait s'agir [pour le point de chute des Palestiniens] de nombreux sites ou d'un seul grand site », n'en déplaise aux rédactions qui n'ont rien trouvé de mieux que de discuter de la faisabilité de la chose au lieu de rappeler son illégalité et, subsidiairement, son immoralité.

La fenêtre d'Overton

Il existe un danger à discuter « objectivement » dans les médias de ce plan de transfert massif de la population — un objectif qu'Israël cherche à remplir depuis 1948 —, c'est de le rendre légitime ; on le fait ainsi entrer dans le cadre de la « fenêtre d'Overton » (2)
. Pour cela, il faut « exposer régulièrement l'opinion publique à des idées auparavant considérées comme extrêmes, en les rendant plus visibles dans les médias et les réseaux sociaux. Cette exposition répétée peut graduellement normaliser ces idées et les rendre moins choquantes, les faisant entrer progressivement dans la fenêtre acceptée. »

En discutant en toute objectivité du nettoyage ethnique, on le rend « discutable ». Le fait même que le chef d'État le plus puissant au monde puisse se permettre de tels propos en dit long de cette fenêtre ouverte par 15 mois de génocide à Gaza. On a beau faire de Donald Trump le symbole d'un homme capable de toutes les folies et de tous les excès, c'est bien le bilan macabre de son prédécesseur et la complicité de ses homologues occidentaux qui lui permet de dérouler un tel discours.

On ne discute pas de savoir si le transfert de population, un crime contre l'humanité selon l'article 7 du statut de Rome (3), est possible ; on ne demande pas non plus à ses lecteurs et lectrices s'ils « [croient] au projet de Trump de transformer Gaza en Riviera », comme l'a suggéré Le Figaro dans un sondage. Sur France Info, chaîne du service public, on ne juge pas utile de reprendre un invité qui qualifie la démarche de Donald Trump de « pragmatique ». Mieux, on le questionne sur la faisabilité de la chose : « Comment imaginer ce transfert dans d'autres pays ? Dans quel pays ? L'Égypte ? La Jordanie, pays qui aujourd'hui refuse cette idée ? » Rien ne résiste au professionnalisme journalistique, pas même la perspective d'un nettoyage ethnique au lendemain d'un génocide.

Quand Arte met en bandeau, le 31 janvier 2025, dans son émission « 28 Minutes », « Faudrait-il évacuer la bande de Gaza le temps de la reconstruction ? », la chaîne, particulièrement muette sur le génocide à Gaza, contribue à l'acceptabilité de l'inacceptable. Il aurait été plus honnête de titrer « un crime contre l'humanité est-il nécessaire pour reconstruire Gaza ? ». Car c'est bien la question qui est posée après les déclarations de Trump.

Notes

1.« “Nettoyer Gaza” qui a un bord de mer au “potentiel précieux” : tollé en ligne après des propos de Jared Kushner », L'Orient Le Jour, 20 mars 2024.

2. Expression utilisée « pour désigner le fait que les idées jugées acceptables par la population sont toutes à l'intérieur d'un périmètre précis. Une sorte de fenêtre, en quelque sorte. »

3. « Le transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante d'une partie de sa population civile, dans le territoire qu'elle occupe, ou la déportation ou le transfert à l'intérieur ou hors du territoire occupé de la totalité ou d'une partie de la population de ce territoire. »

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Après le cessez-le-feu à Gaza, Israël dirige son feu sur la Cisjordanie

Bassam Assous était en train de dîner chez lui avec sa famille lorsque les coups de feu ont commencé. Il était environ 20 heures, le samedi 25 janvier, et des soldats (…)

Bassam Assous était en train de dîner chez lui avec sa famille lorsque les coups de feu ont commencé. Il était environ 20 heures, le samedi 25 janvier, et des soldats israéliens étaient entrés à leur insu dans leur village de Muthalath Al-Shuhada, situé près de Jénine, en Cisjordanie occupée. Les fenêtres et les volets étaient fermés – "nous n'avions aucune idée de ce qui se passait à l'extérieur jusqu'à ce que nous entendions des tirs tout près ", a déclaré Assous à +972 Magazine.

Tiré d'Agence médias Palestine.

Assous et sa femme, Ghada, se sont rapidement éloignés des fenêtres, tandis que leurs deux filles, Shaimaa et Teema, se sont cachées dans une chambre avec la fille de Teema, Laila, âgée de 2 ans.

Soudain, Assous a entendu ses filles crier. « Je me suis précipité dans la chambre avec ma femme ; Shaimaa tenait fermement Laila, tandis que Teema criait à côté d'elles », a-t-il raconté. « J'ai pris Laila dans mes bras et mes mains se sont rapidement couvertes de sang. Le sang coulait de sa tête – elle avait été touchée par une balle.

Portant sa petite-fille en sang et inconsciente, Assous est sorti en courant dans la rue et s'est rendu compte qu'elle était remplie de soldats israéliens et de véhicules blindés. » Ma femme a crié : "Pourquoi as-tu tué cette fille ? Qu'est-ce qu'elle t'a fait ?', poursuit-il. L'un des soldats, qui se tenait à une certaine distance, a répondu : ‘Désolé' ".

J'ai répliqué en criant : « Pourquoi l'avez-vous tuée ? », poursuit Assous. « Les soldats ont pointé leurs armes sur moi et m'ont dit de ne pas m'approcher. Ma femme a continué à crier et l'un des soldats lui a indiqué un endroit situé à 100 mètres et lui a dit : « Va là-bas et attends une ambulance ».

Lorsque l'ambulance est arrivée, Ghada est montée avec Laila. Shaimaa, qui avait été blessée par des éclats d'obus à la mâchoire et au flanc, et Teema, qui avait été blessée par des éclats d'obus à la main droite, avaient également besoin d'être soignées. » J'ai dit aux soldats que je voulais partir avec mes filles, mais ils m'ont dit : “Non, vous allez venir avec nous” », ajoute Assous.

« Les soldats m'ont emmené dans la maison de mon oncle, où ils avaient déjà arrêté quatre de ses fils, tandis que mon oncle et le reste de la famille étaient assis à proximité », a-t-il raconté. « Je n'avais aucune idée de ce qui se passait avec ma femme et mes filles – nous n'avions pas le droit d'utiliser nos téléphones ni même de parler. Lorsque j'ai insisté pour appeler, un soldat a menacé de me menotter. Je suis resté détenu ainsi jusqu'à 23 h 30 environ, heure à laquelle les soldats se sont retirés de la zone. Ils n'ont arrêté personne et n'ont rien confisqué.

« Après le départ des soldats, des voisins sont venus voir comment nous allions », poursuit M. Assous. « C'est là que j'ai su que Leila était décédée, parce qu'ils ont commencé à nous présenter leurs condoléances. J'étais sous le choc, mais j'ai vite compris que je devais me montrer fort pour ma fille Teema, qui s'est effondrée en larmes et ne parvenait pas à comprendre la perte de son enfant. Je l'ai emmenée dans un centre médical proche, où on lui a administré des sédatifs ».

Assous explique que Teema – qui est étudiante en master à l'université An-Najah de Naplouse, spécialisée dans l'ingénierie de l'environnement et de l'eau – a déjà perdu son mari, Mohammad Al-Khatib, il y a deux ans lors d'un accident de travail. » Elle avait du mal à surmonter le traumatisme de la perte de son mari, alors je l'ai fait venir avec sa fille pour qu'elle vive avec nous à la maison », explique-t-il. » Elle disait toujours : “Je veux juste élever ma fille et m'occuper d'elle”, mais aujourd'hui, elle me demande sans cesse :"Pourquoi ont-ils tué ma fille ? Qu'est-ce que cette petite enfant a fait pour mériter cela ?"

En réponse à la demande de +972, un porte-parole de l'armée israélienne a déclaré « regretter tout préjudice causé à des civils non impliqués » et a affirmé avoir reçu des renseignements sur des terroristes qui s'étaient barricadés à l'intérieur d'un bâtiment dans le village. Selon le porte-parole, les soldats ont averti « à plusieurs reprises » toutes les personnes se trouvant à l'intérieur de sortir avant d'ouvrir le feu. Assous a nié avoir entendu un tel avertissement.

Un état de terreur dans le camp de réfugiés de Jénine

Le meurtre de Laila n'a pas été commis isolément. Depuis le matin du 21 janvier, deux jours seulement après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, l'armée israélienne est engagée dans une vaste campagne militaire dans le nord de la Cisjordanie. Selon l'armée, l'opération, baptisée « Mur de fer », est destinée à « préserver la liberté d'action des FDI » et à réprimer la résistance armée dans le territoire occupé. Elle fait suite à une campagne de sept semaines menée par l'Autorité palestinienne (AP) contre des groupes armés dans le camp de réfugiés de Jénine.

Les opérations de l'armée israélienne se concentrent également sur Jénine et ses environs, ainsi que sur Tulkarem. Jusqu'à présent, l'opération a tué 16 Palestiniens à Jénine et trois à Tulkarem, tout en détruisant massivement des infrastructures civiles dans les deux villes et en déplaçant de force des milliers de Palestiniens de leur domicile.

« Mardi dernier, vers 11 heures, une unité spéciale de l'armée d'occupation a pris d'assaut le camp », explique à +972 Ahmed Hawashin, chercheur au Centre palestinien pour les droits de l'homme (PCHR) et résident du camp de réfugiés de Jénine. « Les soldats – je soupçonne qu'il s'agissait d'une escouade de tireurs d'élite – se sont positionnés dans des bâtiments surplombant le camp et ont commencé à tirer sans discernement, tandis que des missiles étaient tirés depuis les airs. Les véhicules de l'AP, qui étaient présents dans le camp depuis 45 jours, ont commencé à se retirer.

« La peur s'est répandue parmi tous les citoyens lorsque la nouvelle de l'opération militaire à Jénine a circulé », poursuit Hawashin. » Ma famille s'est réfugiée à l'extérieur du camp et a essuyé des tirs bien qu'il s'agisse de civils. Je me suis réfugié chez un ami dans le quartier Joret A-Dahab du camp.

» D'autres véhicules militaires sont arrivés et ont assiégé le camp alors que les forces commençaient leurs incursions », raconte-t-il. « Pendant toute la nuit, les bruits de tirs et d'explosions n'ont pas cessé. À deux reprises, alors que j'étais assis avec un groupe de volontaires ambulanciers devant la maison de mon ami, un drone a lancé des grenades sur nous. L'un des jeunes hommes a été blessé par des éclats de grenade – nous étions terrifiés ».

Le lendemain matin, un drone israélien a diffusé un message de l'armée ordonnant à tous les résidents du camp d'évacuer. Des hordes de familles ont commencé à sortir, et Hawashin a décidé qu'il serait trop dangereux de rester sur place plus longtemps. « La situation sur le terrain et ce qui circulait dans les médias à propos de cette invasion nous ont effrayés – nous ne savions pas ce qu'ils allaient faire ».

Selon Hawashin, un groupe d'environ 100 personnes du quartier de Jorat A-Dahab s'est rassemblé pour partir ensemble – et a été accompagné par un drone militaire jusqu'à ce qu'il atteigne l'entrée ouest du camp. À ce moment-là, les soldats leur ont ordonné par haut-parleur de se diviser en groupes de cinq personnes et de se soumettre à une inspection. « Il y avait une caméra qui prenait des photos, et les soldats ont décidé qui arrêter en se basant sur les données de la caméra », a-t-il raconté. « Nous avons ensuite continué notre chemin dans la ville.

Dans la ville de Jénine elle-même, où les forces israéliennes ont assiégé les hôpitaux, « la vie est aussi paralysée. Des affrontements ont lieu [entre l'armée israélienne et les groupes de résistance palestiniens], et des véhicules militaires circulent dans les rues. Les magasins sont fermés et la plupart des citoyens ne sortent pas de chez eux, craignant pour leur vie ».

Les conditions dans le camp se détériorent rapidement. Les écoles sont fermées depuis le début de l'opération de l'Autorité palestinienne, début décembre, et l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) est dans l'incapacité de fournir des services depuis plus d'un mois. L'électricité a également été complètement coupée dans le camp.

« Le camp est également devenu un danger pour la santé », a ajouté M. Hawashin. « Depuis le début de la campagne de l'Autorité palestinienne, les déchets n'ont pas été ramassés, laissant des tas d'ordures s'accumuler le long des rues. Les rues et les infrastructures d'approvisionnement en eau sont toujours détruites par les précédentes invasions israéliennes, si bien que les habitants comptent sur les réservoirs d'eau et les conteneurs installés sur les toits, mais nombre d'entre eux ont été endommagés par les tirs de la campagne de l'Autorité palestinienne et de l'opération israélienne actuelle, ce qui les rend inutilisables.

Je n'ai jamais été confronté à une attente aussi longue au poste de contrôle »

Parallèlement aux attaques contre le camp de réfugiés de Jénine et ses environs, l'armée israélienne a fermé les routes principales dans toute la Cisjordanie – par des postes de contrôle, des barrières en fer et des monticules de terre – en guise de punition collective, n'ouvrant certaines routes qu'à des heures précises de la journée. Ces fermetures obligent les habitants à attendre de longues heures dans les embouteillages, à emprunter des itinéraires alternatifs à travers les champs et les chemins de terre, ou à éviter complètement de se déplacer. Aux points de contrôle, les soldats ont eu recours à d'autres pratiques répressives, comme la confiscation arbitraire de clés de voiture pendant des heures.

Mohammad Hureini, étudiant en littérature anglaise à l'université de Birzeit, près de Ramallah, et militant de Youth of Sumud, devait passer un examen la semaine dernière, mais celui-ci a été reporté après le lancement par Israël de son opération militaire en Cisjordanie, qui a empêché de nombreux étudiants de se rendre à l'université.

Le lendemain, Hureini, qui était resté près de l'université, a décidé de rentrer en voiture dans son village d'A-Tuwani, dans les collines du sud de l'Hébron – un trajet qui, avant le 7 octobre, prenait habituellement environ deux heures. Cependant, après le début de la guerre à Gaza et l'élargissement des restrictions imposées par Israël aux déplacements des Palestiniens en Cisjordanie, Hureini mettait quatre ou cinq heures pour rentrer chez lui. Cette fois-ci, avec les fermetures supplémentaires, le voyage a duré 13 heures.

« Depuis Naplouse, je me suis rendu au point de contrôle d'Atara, au nord de Ramallah, mais il était fermé et des dizaines de voitures y étaient bloquées », explique-t-il. » J'ai fait demi-tour pour me rendre au point de contrôle de Jaba', au sud-ouest de Ramallah, mais à mesure que j'approchais, il y avait de gros embouteillages : les soldats avaient fermé le point de contrôle à pratiquement toute la circulation et fouillaient les véhicules l'un après l'autre ».

Pendant des heures, Hureini est resté assis dans les embouteillages alors que des centaines, voire des milliers de voitures faisaient la queue pour être inspectées. » On aurait dit qu'un véhicule passait toutes les demi-heures », raconte-t-il. « Au bout de trois heures, j'ai vu des gens abandonner leur véhicule et appeler des taxis pour qu'ils viennent les chercher de l'autre côté du poste de contrôle après avoir traversé à pied. Je n'avais jamais connu une attente aussi longue à ce poste de contrôle »

Environ six heures plus tard, c'est enfin au tour de Hureini de se soumettre à l'inspection. « Il y avait deux soldats au poste de contrôle », explique-t-il. « L'un d'eux m'a fait signe de m'arrêter, alors j'ai coupé le moteur. Les deux soldats étaient au téléphone, sans prêter attention à moi ni aux véhicules qui faisaient la queue derrière moi. Pendant que j'attendais, j'ai compris qu'ils faisaient cela pour humilier les gens, leur briser le moral et perturber nos vies, rien d'autre.

Dix minutes plus tard, le soldat m'a demandé ma carte d'identité et a commencé à fouiller le véhicule en me demandant : « D'où venez-vous ? Où allez-vous ? Que faites-vous ? Au bout de cinq minutes, il m'a dit de continuer ».

Le calvaire de Hureini n'était pas terminé. « Après cela, j'ai emprunté la route de contournement – qui, bien sûr, n'a pas de points de contrôle parce que les colons l'utilisent – jusqu'à ce que j'atteigne le point de contrôle de Container, qui sépare les parties nord et sud de la Cisjordanie. Il y avait trois voies de circulation menant au poste de contrôle. Pour la première fois, j'ai vu ce qui ressemblait à des milliers de véhicules à l'arrêt. On m'a dit que les soldats avaient fermé le poste de contrôle sans donner de raison et qu'ils n'autorisaient personne à passer.

« J'ai attendu une demi-heure sans bouger, car d'autres voitures arrivaient derrière moi », poursuit-il. « L'un des conducteurs m'a parlé d'un chemin de terre qui pouvait être utilisé pour contourner le poste de contrôle. Il a commencé à conduire et je l'ai suivi. Des dizaines de véhicules nous ont bientôt rejoints. La route était dangereuse – elle était pleine de rochers et de trous. J'ai roulé prudemment pendant 45 minutes, craignant que ma voiture ne tombe en panne. Cette distance aurait pu être parcourue en cinq minutes s'il n'y avait pas eu de poste de contrôle ».

Et pourtant, ce n'est pas tout. « J'ai atteint Bethléem à 19h30 et j'ai trouvé la porte principale de la ville fermée. J'ai pris un autre itinéraire en passant par Beit Jala, où des soldats avaient installé un poste de contrôle et fouillaient les véhicules. Après avoir appris qu'il existait une autre route qui contournait le poste de contrôle, je l'ai suivie jusqu'à ce que j'atteigne à nouveau la route principale et j'ai continué à rouler jusqu'à mon village.

» Parti de l'université de Birzeit, près de Ramallah, à 8 heures du matin, je suis arrivé chez moi à 21 heures, épuisé et avec un mal de tête. Je n'avais rien mangé de la journée, j'ai donc dîné et je me suis couché. La situation depuis que l'armée israélienne a lancé sa nouvelle opération est devenue insupportable ».

En réponse à la demande de commentaire de +972 concernant les nouvelles fermetures de routes, l'armée israélienne nous a renvoyés à un briefing du porte-parole international de l'armée dans lequel il déclare : » Les points de contrôle sont un outil que nous utilisons dans la lutte contre le terrorisme, permettant la circulation des civils tout en fournissant une couche de contrôle pour empêcher les terroristes de s'échapper et de saper l'opération ».

‘L'occupation n'a besoin d'aucune excuse pour nous détruire‘

Pour comprendre cette nouvelle opération militaire d'Israël et les mesures de punition collective, les Palestiniens de Cisjordanie font un lien direct avec le cessez-le-feu à Gaza.

« Le gouvernement israélien n'a pas le moral après avoir quitté Gaza, malgré le fait qu'il ait commis un génocide, tué des dizaines de milliers de personnes et détruit la bande de Gaza », a déclaré à +972 Omar Assaf, un résident du camp de réfugiés de Deir Ammar, près de Ramallah, qui dirige une initiative visant à reconstruire le leadership populaire palestinien à travers la Palestine et la diaspora. « Pour compenser, il a lancé une campagne militaire ciblant le camp de réfugiés de Jénine et fermant le reste des villes et villages palestiniens à la recherche d'une image de victoire dans cette guerre.

« La Cisjordanie a toujours été un front majeur pour l'occupation, mais il y a toujours eu une résistance palestinienne contre ses ambitions », poursuit Assaf. « Ces dernières années, des groupes armés sont apparus dans le nord de la Cisjordanie pour s'opposer à l'occupation, aux attaques des colons et à l'expansion des colonies sur les terres palestiniennes. En réponse, les relations entre l'Autorité palestinienne et l'occupation ont évolué dans la lutte contre ces groupes, passant d'une coordination de la sécurité à une coopération pure et simple.

« L'Autorité palestinienne a réussi à mettre fin à l'activité de la Fosse aux lions à Naplouse en recrutant certains de ses combattants au sein des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne », a-t-il déclaré. « L'occupation [israélienne] a dû s'occuper des groupes armés dans le camp de réfugiés de Jénine [par la force], et jusqu'à présent, elle n'y est pas parvenue.

L'incursion de sept semaines de l'AP dans le camp, juste avant la dernière opération israélienne, était « une action sans précédent dans l'histoire de la cause palestinienne », affirme Assaf. Et si l'Autorité palestinienne a prétendu qu'elle réprimait la résistance armée afin de protéger le camp du devenir de la bande de Gaza, il considère qu'il s'agit là d'une « déclaration honteuse », ajoutant : » L'occupation n'a pas besoin d'excuses pour nous détruire, occuper nos terres et construire des colonies ; elle le fait parce que c'est son projet principal ».

L'AP, conclut Assaf, devrait faire l'une des deux choses suivantes : « Elle peut revenir au peuple palestinien, le soutenir contre les politiques d'occupation, unifier le front palestinien interne et mettre fin à la division. Ou bien, si elle ne peut pas le faire, elle doit organiser des élections pour permettre au peuple palestinien de choisir des dirigeants qui le représentent et le conduisent vers la réalisation de ses aspirations. Si l'AP poursuit son approche actuelle, elle augmentera les tensions au sein de la population et affaiblira le front interne face à l'occupation ».


Basel Adraa est un militant, journaliste et photographe du village d'a-Tuwani, dans les collines du sud d'Hébron.

Traduction : JB pour l'Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine

Les déplacements de civils et la présence prolongée de l’armée israélienne distinguent cette opération en Cisjordanie

Un mois après que les dirigeants des colons juifs ont appelé à une opération israélienne en Cisjordanie « comme à Gaza », le gouvernement a donné son accord. Les plans de (…)

Un mois après que les dirigeants des colons juifs ont appelé à une opération israélienne en Cisjordanie « comme à Gaza », le gouvernement a donné son accord. Les plans de démolition de maisons et les discussions sur une présence militaire à long terme signalent une escalade évidente.

Tiré d'Association France Palestine Solidarité. Article publié à l'origine dans Haaretz. Photo : L'armée israélienne continue son agression à Tulkarem pour le 11ème jour consécutif, le 6 février 2025 © Quds News Network.

La plupart des routes du camp de réfugiés de Tulkarm ont été détruites par l'armée israélienne - et ce n'est pas la première fois.

« Je pense que nous avons détruit cette route au moins quatre ou cinq fois l'année dernière », a déclaré lundi le chef de la brigade régionale d'Ephraim, le colonel N., lors d'une visite de la région pour les journalistes.

La nature répétitive de l'activité de l'armée israélienne dans le camp de réfugiés de Tulkarm, comme dans d'autres camps de réfugiés en Cisjordanie au cours des deux dernières années, est évidente. L'entrée de forces importantes, la destruction de routes sur lesquelles des explosifs avaient été placés, les frappes aériennes et les arrestations, tout cela s'est déjà produit ici, à maintes reprises.

Et comme pour souligner cette circularité, le chef de la brigade qualifie même cette activité de « continuation de l'opération Bouclier défensif » - une opération qui a eu lieu il y a plus de 20 ans.

Les rues du camp sont désertes.

Contrairement à la position officielle, le commandant de la brigade admet que des résidents ont bien été expulsés du camp par l'armée israélienne, mais il affirme qu'ils n'ont été évacués que des zones où il y a des combats, tout en continuant leur vie quotidienne dans d'autres zones, là où c'est possible.

Selon les estimations de l'armée israélienne en date de lundi, quelque 2 000 résidents ont été évacués du camp, mais des sources palestiniennes font état d'un nombre beaucoup plus élevé. Le gouverneur de Tulkarm a déclaré lundi matin que près de 9 000 résidents avaient été expulsés.

Bien que l'incursion dans le camp ressemble aux précédentes, bien qu'elle soit plus importante, elle comprend certaines choses dont les militaires n'avaient jamais parlé auparavant. Aujourd'hui, elles font l'objet de discussions ou sont déjà mises en œuvre : la destruction de maisons dans les camps de réfugiés dans le but d'élargir leurs routes internes et une présence militaire continue et prolongée.

Dimanche, l'armée a démoli des maisons dans le camp de réfugiés de Jénine précisément dans ce but, diffusant même des vidéos montrant des structures explosées et des volutes de fumée. Selon le colonel N., dont le nom ne peut être publié en vertu d'une nouvelle politique de l'armée israélienne - bien qu'il apparaisse sur Wikipedia et Google - l'armée souhaite mener une opération similaire à Tulkarm également.

« Il y a des points hauts dans le camp où les hommes armés se rassemblent », explique le commandant de la brigade. « Nous souhaitons ouvrir des routes et démolir des maisons à cette fin, car elles sont actuellement inaccessibles aux véhicules blindés. »

Il ajoute qu'il souhaite détruire six maisons pour atteindre le cœur du camp et que sa demande a été transmise aux autorités juridiques pour approbation.

Même si l'armée a déjà détruit des bâtiments dans des camps de réfugiés par le passé, l'activité est différente cette fois-ci. Il s'agit d'une action calculée, approuvée par les dirigeants politiques. Alors que lors des opérations précédentes dans les camps de réfugiés, les bâtiments étaient « rasés » par les véhicules lourds de l'armée israélienne - même lorsque les routes étaient suffisamment larges pour permettre l'accès - cette fois-ci, selon les témoignages recueillis à Jénine, l'armée israélienne fait exploser les bâtiments.

La semaine dernière, le ministre de la défense, Israël Katz, a affirmé que l'armée resterait dans le camp de réfugiés de Jénine même après la fin de l'opération. Le commandant de l'opération Tulkarm ne semble pas en désaccord avec cette affirmation.

« Nous devons maintenir une action et une continuité, et même lorsque nous partons, maintenir les patrouilles et l'activité de l'infanterie », déclare-t-il. N. pense que l'armée devra maintenir une activité constante dans le camp au cours des prochains mois, ce qui nécessitera des centaines de soldats. « Au moins un bataillon, soit 200 à 300 soldats pour les patrouilles et les activités quotidiennes à l'intérieur du camp », a déclaré le chef de brigade, soulignant que sa position ne serait pas nécessairement acceptée.

Selon les données du ministère palestinien de la santé, 70 personnes ont été tuées par l'armée israélienne depuis le début de l'année, dont cinq à Tulkarm. L'armée a déclaré que, depuis le début de l'opération dans le camp de réfugiés, trois hommes armés ont été tués, plus de 50 suspects ont été arrêtés et quelque 45 engins explosifs ont été détruits - considérés par l'armée comme la principale menace pour les soldats sur le terrain.

Dans le cadre de l'opération, l'armée a également mis en place un point de contrôle à l'entrée de l'hôpital Thabet Thabet, les patients n'étant admis qu'après un contrôle de sécurité. Le chef de la brigade estime qu'il est impossible de classer la plupart des habitants du camp comme innocents et sans lien avec des activités militantes. « Dans chaque maison, on trouve des explosifs, des armes, des gilets pare-balles et des lance-pierres », explique-t-il, soulignant toutefois que l'armée ne peut pas arrêter toutes ces personnes.

Au début de l'opération de Tulkarm, l'armée a annoncé qu'elle avait tué le principal commandant du Hamas dans la ville, Ihab Abu Atiwi, lors d'une frappe aérienne - mais ce n'est qu'en octobre 2024 que l'armée israélienne a tué quelqu'un d'autre qui occupait le même poste lors d'une frappe aérienne à Tulkarm. Son prédécesseur avait été tué par l'armée en avril.

L'armée mène actuellement des opérations simultanées à Jénine, à Tulkarm et dans le village de Tammun, tous situés dans le nord de la Cisjordanie. Leur opération devrait s'étendre au camp de réfugiés de Nur Shams, également à Tulkarm. Il y a quelques semaines, afin de permettre une activité militaire dans plusieurs endroits à la fois, les brigades ont été redistribuées en Cisjordanie : La brigade Ephraïm a reçu Tulkarm ainsi que Qalqilyah, tandis que la brigade Menashe a reçu les régions de Tammun et Tubas ainsi que Jénine.

Tout au long de la tournée, le personnel militaire a répété le message selon lequel la décision d'une opération dans le nord de la Cisjordanie a été prise par crainte d'une répétition possible des événements du 7 octobre 2023. Si le traumatisme de l'armée face à cet échec est évident, il est difficile de ne pas remarquer les effets de la campagne permanente des colons appelant à une déclaration de guerre en Cisjordanie. Ces campagnes ont mis l'accent sur le risque d'un scénario similaire au massacre des communautés frontalières de Gaza, qui se déroulerait également dans les colonies et les villes centrales.

En décembre dernier, les chefs des conseils des colonies de Cisjordanie ont adressé une lettre au cabinet de sécurité israélien, exigeant un changement de stratégie en Cisjordanie. Ils ont insisté pour que la population palestinienne résidant dans les « zones associées au terrorisme, en particulier les camps de réfugiés » soit déplacée et ont demandé de « démanteler toutes les structures terroristes, comme nous l'avons fait à Gaza ». Chaque maison incriminée est détruite, chaque terroriste est éliminé ».

Un mois plus tard, alors que l'accord de cessez-le-feu à Gaza était en cours de signature, les objectifs de la guerre ont été actualisés au sein du cabinet et incluent désormais la Cisjordanie.

Cette décision est clairement ressentie sur le terrain : les importantes forces militaires présentes dans les camps de réfugiés, les annonces pompeuses d'une opération sans précédent, l'intensification des raids aériens, l'évacuation des résidents des camps de réfugiés et les points de contrôle qui ont poussé comme des champignons après la pluie, perturbant la vie des habitants. Tout cela porte la Cisjordanie à un point d'ébullition jamais atteint depuis le début de la guerre.

Traduction : AFPS

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Israël. L’armée coloniale à l’heure du messianisme

Derrière les crimes contre l'humanité commis par l'armée israélienne à Gaza se profile l'influence grandissante des nationalistes fondamentalistes au sein de l'institution (…)

Derrière les crimes contre l'humanité commis par l'armée israélienne à Gaza se profile l'influence grandissante des nationalistes fondamentalistes au sein de l'institution militaire, entre autres. Une ascension qui ne se dément pas depuis trente ans.

Tiré d'Orient XXI.

Général de brigade, Yehuda Vach commande la 252e division de l'armée israélienne. Entre décembre 2024 et janvier 2025, le journal israélien Haaretz lui a consacré deux enquêtes et un éditorial (1) révélant les actes commis sur ses ordres par ses soldats dans la zone de Gaza, incluant les villes de Beit Hanoun et de Jabaliya, ainsi que les camps de réfugiés palestiniens adjacents. L'ensemble s'apparente à une leçon sur le traitement réservé aux « animaux humains » que sont les Palestiniens. L'essentiel se passe le long d'une « ligne imaginaire » imposée par l'armée sur le corridor de Netzarim. Son tracé n'est nulle part indiqué. Aucun Palestinien n'en a été informé. Mais tout homme, femme, enfant qui la franchit doit être abattu sans sommation. Ordres du général Vach. « Il n'y a pas de civils. Chacun est un terroriste », a-t-il dit à ses hommes. La quasi-totalité des officiers et des soldats se soumettent à ses ordres – hormis quelques rares qui, écœurés et épouvantés, ont fini par vendre la mèche, bien après que cette tragédie a commencé, cinq mois plus tôt.

« Le petit Napoléon »

Le premier article évoque, entre autres, les corps des victimes abandonnés en pleine nature sur cette ligne. Des chiens errants affamés rôdent par paquets pour s'en repaître. Les soldats l'appellent « la ligne des cadavres ». Après que le porte-parole de l'armée a annoncé que « plus de 200 terroristes [ont été] abattus » dans cette zone, l'officier d'un des bataillons dira à Haaretz : « Parmi les victimes, seules dix étaient connues comme appartenant au Hamas ». Cette approche, indique le journaliste Yaniv Kubovich, « ne se limite pas à la division 252 ». Il cite un réserviste de la division 90 qui raconte avoir été témoin d'un événement qui l'a révulsé : non armés, un père et ses deux enfants traversent la « ligne interdite » inconnue. Ils sont abattus par une roquette tirée d'un hélicoptère de combat. « Ils ne pouvaient rien nous faire. On est dans le mal absolu », s'indigne-t-il. Les témoignages similaires abondent. Lorsque le commandant en second d'un bataillon conteste les tirs sur des Palestiniens brandissant un drapeau blanc, son supérieur rétorque : « Je ne sais pas ce qu'est un drapeau blanc. On tire pour tuer. »

Yehuda Vach est l'homme qui, dans sa zone d'activité, mène cette campagne où une armée surarmée assassine sans distinction des civils par milliers. Appelé par certains soldats « le petit Napoléon », il évoque devant ses adjoints, après la mort de Yahya Sinwar, le chef du Hamas abattu le 16 octobre 2024, son regret de ne pas avoir vu le corps de ce dernier être démembré, pour le « désacraliser » aux yeux de ses partisans. « Ce n'était pas une blague, se souvient un officier. C'était une réunion d'évaluation formelle. » Fin décembre 2024, lorsqu'une autre mission lui est confiée, Vach déclare : « On n'a pas atteint notre but. » Ce but, avait-il dit à ses proches, était d'expulser les 250 000 Gazaouis encore vivants de la zone qu'il gérait.

Pour cela, rapporte la seconde enquête journalistique, Vach n'hésite pas à prendre des initiatives jamais débattues avec ses supérieurs. Ainsi constitue-t-il, dixit Haaretz, sa petite « armée privée » : une escouade secrète composée de soldats sous ses ordres, essentiellement des religieux messianiques, et de civils amenés à Gaza par son frère, Golan Vach. Le but de cette milice est de détruire tout ce qui ne l'a pas encore été dans la zone, sans en informer quiconque. Lorsque les faits sont révélés par Haaretz, le porte-parole de l'armée déclare que ces opérations sont « approuvées à tous les échelons. […] Les décisions du commandant de la division ont été professionnelles et réfléchies ». L'équipe de génie lourd réunie par les frères Vach « était une force militaire autorisée de réservistes formés » et « les allégations concernant l'entrée de civils et de véhicules civils sur le territoire de la bande de Gaza par le commandant de la 252e division ne sont pas vraies ». Bref, l'armée ment. Des faits qui auraient dû faire l'objet d'une enquête approfondie sont a posteriori validés. À ce jour, aucune sanction n'a été prise à l'encontre du général messianique.

Une tendance de plus en plus puissante

Quelle peut être l'explication de ce repli peu glorieux de l'état-major face à des comportements formellement contraires à ses normes officielles ? La réponse réside précisément dans l'identité politique du général Vach. Ce dernier adhère aux convictions de la frange coloniale messianique et fasciste qui, depuis trois décennies, pèse de plus en plus lourd dans l'armée israélienne. Lorsque la police militaire est intervenue dans le camp de détention Sde Teiman, en juillet 2024, afin d'y arrêter neuf geôliers soupçonnés de tortures graves à l'encontre de détenus palestiniens, des membres de la mouvance coloniale messianique qui avaient forcé l'entrée du camp s'y sont violemment opposés. Aucun d'eux n'a été poursuivi. Ainsi le général Vach se sent-il suffisamment protégé au niveau de l'état-major pour servir ses propres intérêts politiques en toute autonomie. Et le même état-major, de facto, capitule. Tel est aujourd'hui le poids de la tendance messianique en Israël, qui n'est pas majoritaire dans la société juive, mais qui impose chaque jour un peu plus son agenda politique.

Dans l'histoire d'Israël, l'armée n'a jamais été factieuse. Mais une mouvance factieuse, celle du colonialisme messianique, impose aujourd'hui son bon vouloir à l'armée. Comment l'expliquer ? Les enquêtes de Yaniv Kubovich montrent que le supérieur hiérarchique de Vach était hostile à ses actes, mais qu'il n'a rien fait, ou rien pu faire, pour l'en empêcher. Exactement comme, à Sde Teiman, des députés messianiques factieux se sont sentis plus forts que la justice. Dans les deux cas, on attend toujours les sanctions. Quoi d'anormal ? Depuis longtemps les colons messianiques se déchaînent en Cisjordanie en imposant leur volonté à des officiers qu'ils transforment en factotums au service de leurs méfaits à l'égard des Palestiniens.

Depuis trente ans, quand, le 25 février 1994, Baruch Goldstein, un colon kahaniste (membre de la fraction la plus raciste du pays), assassine 29 fidèles palestiniens au caveau des Patriarches à Hébron et en blesse 250 autres, puis que, l'année suivante, Yigal Amir, lui aussi influencé par des rabbins messianiques, assassine le Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin, le champ d'action du camp messianique ne cesse de se renforcer. Pourtant, il a longtemps occupé une place secondaire dans le sionisme.

« L'âne du Messie »

Le premier qui a établi ce lien entre le sionisme et la fin des temps bibliques est le premier grand-rabbin de Palestine, Abraham Isaac Kook (1865-1935) qui énonce la fameuse idée que le sionisme, pourtant une idéologie nationaliste laïque au départ, constitue « l'âne du Messie ». On dirait aujourd'hui l'idiot utile. La Bible dit que le Messie viendra assis sur un âne. Pour Kook, en bâtissant un État juif en Terre sainte, le sionisme portait sans le savoir sur ses épaules l'arrivée du Messie. Kook fonde l'école talmudique Merkaz HaRav (le « centre rabbinique ») en 1924 pour promouvoir ses idées.

Longtemps, sa mouvance reste marginale au sein du sionisme, même parmi les religieux, où la mouvance politique dite Mizrahi était beaucoup moins nationaliste et belliqueuse que la fraction travailliste ou celle nommée « révisionniste », qui coalisait la droite et l'extrême droite. Mais la victoire « miraculeuse » de juin 1967 fournit le déclic. Elle suscite dans la population un vent de mysticisme alimenté par l'idée du « Grand Israël » (la Palestine historique). Incarné par Tsvi Yehuda HaCohen Kook (le fils du précédent), qui accentue fortement la vision suprémaciste juive de son père ; le messianisme va s'enraciner. Son école rabbinique devient le pilier du Goush Emounim (« Bloc de la foi »), moteur politique du messianisme juif. Ce mouvement politique fondamentaliste a depuis disparu, mais il a généré de très nombreux héritiers disséminés dans divers courants : les deux partis fascistes d'Itamar Ben Gvir et de Bezalel Smotrich, mais aussi au Likoud et dans les partis religieux orthodoxes. Ensemble, ils incarnent l'essor d'un ultranationalisme messianique devenu un acteur politique et surtout social de premier ordre, influant très au-delà du seul camp dit sioniste religieux.

Comment est-ce arrivé ? D'abord, ce camp a mieux surfé que les autres sur la logique de la colonisation. Et comme le font tous les fondamentalismes, ceux juifs israéliens ne retiennent que les parties les plus identitaires de leur lecture littérale et sélective des textes saints. Tout est écrit d'avance, et si l'on sait bien lire, Dieu sera de notre côté. Lors d'un récent séjour en Israël, un rabbin m'a expliqué que l'attaque du Hamas le 7 octobre était « un miracle divin ». Dieu nous montre la voie. L'heure est venue de respecter ses désirs : s'emparer de toute la « Terre d'Israël ». Dès lors, si cette terre « nous appartient » exclusivement, et que les Palestiniens sont une résurrection d'Amalek, l'ennemi éternel des Juifs, pourquoi tergiverser ? Ce discours paraît simpliste, mais si le conflit est inexorable et insoluble parce qu'existentiel, autant y mettre fin radicalement, et au plus tôt.

Ensuite, aucun gouvernement israélien, ni de droite ni de gauche, n'a su ni voulu brider l'ardeur des messianiques. Lorsqu'en 1994 est commis le massacre de Hébron, des conseillers du Premier ministre Yitzhak Rabin préconisent de profiter de l'aubaine pour évacuer les 80 colons messianiques barricadés au cœur de la ville. Vu les circonstances, qui oserait s'y opposer ? Rabin tergiverse et finit par renoncer. Depuis, la colonisation a plus que triplé, à Hébron et ailleurs. Et le poids des messianiques avec.

Enfin et surtout, les messianiques ont su mettre en place une logistique dont l'impact n'a cessé de grandir. Dans Au nom du Temple, Charles Enderlin (2) retrace la manière dont l'extrême droite coloniale messianique, en usant d'une stratégie très articulée mêlant guerre culturelle et capture de positions stratégiques dans des domaines clés de la société, est parvenue à occuper une place politique et à produire un impact sociétal, surtout dans la jeunesse, qu'on aurait eu du mal à imaginer cinquante ans plus tôt. Lorsque, au soir de la conquête de l'esplanade des Mosquées par Israël, en juin 1967, Shlomo Goren, grand-rabbin de l'armée, appelle à raser la mosquée Al-Aqsa pour reconstruire le Temple sur ses cendres, 99 % des Israéliens le prennent pour un fou dangereux. Aujourd'hui, de multiples organismes alimentent cette idée de la « reconstruction du Temple ». Leurs défenseurs siègent au gouvernement.

Hitler s'est juste trompé de cible

Le camp messianique n'a pas seulement proliféré dans le circuit éducatif religieux en Israël. Il touche désormais amplement le secteur public. Il jouit de médias nombreux, écrits, télévisés et radiophoniques. Il dispose de plus en plus de députés, et de soutiens financiers considérables. Enfin, il s'est emparé de positions très importantes dans l'armée. L'affaire commence en 1953, quand celle-ci accueille la première Yechivat Hesder (académie militaire religieuse). Le principe consiste à offrir aux jeunes portant la kippa un service militaire où l'apprentissage de l'usage des armes se mêle aux études bibliques. En 1967, il n'y en avait que trois. En 1990, treize. Aujourd'hui, on en compte près de quatre-vingt-dix. Le Merkaz HaRav et ses émules ont mis la main sur ces écoles, souvent installées dans des colonies en Cisjordanie.

L'éducation qu'on y reçoit est fondée sur le suprémacisme juif en particulier à l'encontre des Arabes et des musulmans. En 2000, un célèbre rabbin de cette mouvance, Yitzhak Guinzburg, explique en une du supplément hebdomadaire du quotidien Maariv que « l'Arabe a une âme animalière » (3). Vingt ans plus tard, le rabbin Giora Redel, un dirigeant de la Yechivat Hesder Bnei David, explique aux recrues que « l'idéologie de Hitler était à 100 % correcte, mais [qu']il visait la mauvaise cible » (4). Il entend par là qu'il aurait dû exterminer les musulmans, pas les juifs. Son compère de la même académie, Eliezer Kashtiel, déclare sur la chaîne 13 : « Je crois au racisme », ajoutant que « les Arabes ont un problème génétique » (5). Ces rabbins n'ont jamais subi la moindre sanction.

Dans les bataillons les plus « problématiques » de l'armée israélienne, ceux qui massacrent sans remords les civils, enfants, femmes et hommes, et qu'on voit ensuite s'en réjouir en chantant sur les réseaux sociaux israéliens, beaucoup sont issus des écoles militaro-messianiques de cet acabit. Aujourd'hui « 40 % des officiers d'infanterie qui sortent des écoles de formation des officiers sont issus de la communauté nationale religieuse », (6) alors que cette mouvance ne regroupe que treize députés au Parlement sur cent vingt. Avant chaque affrontement armé, nombre de ces officiers tiennent des discours où ils appellent les soldats à prier pour que le Dieu d'Israël leur permette d'annihiler leurs ennemis.

Un exemple parmi d'autres, le bataillon Netzah Yehuda (« Éternité de Juda ») est composé à 60 % d'anciens élèves de ces académies militaires messianiques. Ses soldats ont été régulièrement accusés de crimes perpétrés contre des Palestiniens. L'un d'entre eux a été incarcéré pour avoir usé de la gégène à leur encontre, quatre autres pour sévices sexuels sur un « suspect », d'autres pour avoir frappé à mort un Palestinien de 78 ans. Ils n'ont pas été poursuivis. Et devinez quoi ? Lorsqu'il était jeune, Yehuda Vach a suivi sa propre formation militaire à l'académie Bnei David, celle-là même où l'on enseigne que Hitler s'est juste trompé de cible. Quelques années plus tard, il a pu faire bénéficier de son apprentissage l'école d'entraînement des officiers de l'armée israélienne, lorsqu'il en a pris le commandement.

Notes

1- Yaniv Kubovich, « “No civilians. Everyone's a terrorist” : IDF soldiers expose arbitrary Killings and rampant lawlessness in Gaza's Netzarim corridor », 18 décembre 2024, « “Flatten” Gaza, halt aid : the Israeli division commander overseeing Gaza's brutal Netzarim corridor », 1er janvier 2025 ; « Editorial : Vach's private army : the growing gap between the IDF and rogue commanders », 2 janvier 2025. Les citations de ce paragraphe et des quatre suivants sont toutes tirées de ces trois articles.

2- Charles Enderlin, Au nom du Temple, Israël et l'arrivée au pouvoir des juifs messianiques, Le Seuil, Points, 2013. Édition augmentée en 2023.

3- Maariv, supplément du vendredi, 20 octobre 2000.

4- Amir Tibon : « Trump envoy Greenblatt condemns Israeli rabbis' remarks that endorsed racism, Hitler », Haaretz, 1er mai 2019.

5- Ibid.

6- Peter Beaumont et Quique Kierszenbaum, « National religious recruit challenge values of IDF once dominated by secular elite », The Guardian, 18 juillet 2024.

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Le plan de Trump pour Gaza fait déjà des dégâts

11 février 2025, par Meron Rapoport — , , , ,
La proposition de nettoyer Gaza des Palestiniens s'appuie sur un courant profond de la société israélienne, mettant en péril toute chance d'un avenir pacifique dans la région. (…)

La proposition de nettoyer Gaza des Palestiniens s'appuie sur un courant profond de la société israélienne, mettant en péril toute chance d'un avenir pacifique dans la région.

Tiré d'Agence médias Palestine.

En septembre 2020, vers la fin de son premier mandat présidentiel, Donald Trump a supervisé la signature des accords d'Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn sur la pelouse de la Maison Blanche. Ces accords, auxquels le Soudan et le Maroc allaient également adhérer dans les mois suivants, ont été proclamés « accords de paix », mais il aurait été plus juste de les qualifier d'« accords de mise à l'écart du peuple palestinien ». Leur objectif n'était pas de créer la paix – il n'y avait pas de guerre entre ces États à l'origine – mais plutôt d'établir une nouvelle réalité régionale dans laquelle la lutte de libération palestinienne serait marginalisée et, en définitive, oubliée.

Les quatre années et demie qui ont suivi ont été les plus sanglantes de l'histoire du conflit israélo-palestinien. Un an et demi après la signature des accords, les forces israéliennes ont attaqué les prieurs du Ramadan à la mosquée Al-Aqsa et ont entrepris d'expulser des familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, déclenchant un déluge de roquettes du Hamas depuis Gaza et une éruption de violence intercommunautaire entre Juifs (soutenus par les soldats et la police israéliens) et Palestiniens qui a embrasé l'ensemble du territoire situé entre la mer Méditerranée et le Jourdain, pour la première fois depuis 1948. 2022 et 2023 ont vu un nombre record de Palestiniens tués par des soldats et des colons israéliens, ainsi qu'un pic d'attaques contre des Israéliens. Puis vint le 7 octobre, preuve ultime qu'essayer de marginaliser la lutte palestinienne, c'est comme ignorer un séparateur d'autoroute : cela se termine par une collision fatale.

Que Trump le comprenne ou non, sa nouvelle approche consiste essentiellement à dire : si nous ne pouvons pas contourner les Palestiniens, expulsons-les. « J'ai entendu dire que Gaza ne leur a vraiment pas porté chance“, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en début de semaine, ajoutant qu'il serait donc préférable que l'ensemble de la population de la bande déménage vers un « bon et beau morceau de terre tout frais ».

L'un des premiers critères d'examen de l'idée est sa faisabilité. De ce point de vue, elle est manifestement vouée à l'échec. Les chances que plus de 2 millions de Palestiniens – dont la plupart sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés de la Nakba de 1948 qui, depuis 75 ans, demeurent dans des camps de réfugiés à Gaza plutôt que de quitter leur patrie – acceptent aujourd'hui de la quitter sont proches de zéro.

La probabilité que des pays comme la Jordanie ou l'Égypte acceptent ne serait-ce qu'une fraction de cette population est tout aussi faible, car une telle décision pourrait déstabiliser leurs régimes. Et l'idée que les États-Unis, après avoir mis fin à des occupations longues, coûteuses et meurtrières en Irak et en Afghanistan, seraient maintenant prêts à « posséder » Gaza, à la gouverner et à la développer semble tout aussi farfelue.

Mais ce plan est pire que la somme de ses parties. Même sans avancer d'un pouce, il a déjà eu un impact profond sur le discours politique juif-israélien. En réalité, il serait peut-être plus judicieux de dire que la proposition de Trump puise dans un profond courant sous-jacent de la société juive-israélienne.

Aux côtés de M. Trump lors de la conférence de presse, M. Netanyahu a été le premier à saluer l'initiative du président. « C'est le genre de réflexion qui peut remodeler le Moyen-Orient et apporter la paix », a-t-il proclamé. Sans surprise, les leaders de la droite messianique israélienne se sont également empressés d'exprimer leur joie face à cette proposition, traitant la conférence de presse de M. Trump comme une révélation divine. Mais ils étaient loin d'être les seuls.

Benny Gantz, qui a quitté le gouvernement en raison de la direction de la guerre à Gaza, a qualifié le plan de transfert de M. Trump de « créatif, original et intéressant ». Yair Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid, a qualifié la conférence de presse de « positive pour Israël ». Yair Golan, chef du parti démocrate sioniste de gauche, s'est contenté de commenter l'impraticabilité de l'idée. C'est comme si les politiciens de l'ensemble du spectre sioniste avaient simplement attendu le moment où le nettoyage ethnique recevrait le sceau d'approbation « Made in America » pour l'adopter.

Ce poison transfériste n'est pas près d'être éliminé de la circulation sanguine israélienne. Et les conséquences pourraient être catastrophiques pour l'ensemble de la région.

Pas d'incitation à la négociation

Même sans bottes américaines sur le terrain, le sentiment qu'Israël est tombé sur une occasion historique de vider la bande de Gaza de ses habitants palestiniens donnera un élan énorme aux demandes de Bezalel Smotrich et d'Itamar Ben Gvir, qui pressent Netanyahou de faire sauter le cessez-le-feu avant qu'il n'atteigne sa deuxième phase, de conquérir Gaza et de construire les colonies juives dans la bande de Gaza. Netanyahou, qui a semblé quelque peu embarrassé par la franchise de Trump, est lui-même favorable à l' idée de « réduire » la population de Gaza et pourrait bien céder à ces exigences, surtout s'il craint de perdre sa coalition.

Quant à l'armée israélienne, un haut fonctionnaire cité par le site d'information israélien Ynet a qualifié l'initiative de Trump d'« excellente idée ». Par ailleurs, le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), l'organe de l'armée chargé de superviser les affaires humanitaires à Gaza et en Cisjordanie, a déjà commencé à élaborer des plans. Si, par exemple, l'Égypte refuse que le point de passage de Rafah soit utilisé pour faciliter le nettoyage ethnique de Gaza, l'armée peut ouvrir d'autres itinéraires « depuis la mer ou la terre et de là vers un aéroport pour transférer les Palestiniens vers les pays de destination ».

Même si le cessez-le-feu passe aux phases deux et trois, que les otages sont tous libérés, que l'armée se retire de Gaza et qu'un cessez-le-feu permanent est instauré, le plan de Trump ne disparaîtra pas de la politique israélo-juive. Quelle motivation aurait un gouvernement ou un parti à promouvoir un accord politique avec les Palestiniens si l'opinion publique juive considère leur expulsion comme une alternative viable ? Chaque accord, chaque cessez-le-feu pourrait être perçu comme une étape temporaire vers l'objectif ultime d'un transfert massif. Les possibilités d'une coopération politique juive-palestinienne efficace se réduiront considérablement.

Et pourquoi s'arrêter à Gaza ? Il n'y a aucune raison particulière pour que la proposition de Trump ne soit pas étendue aux Palestiniens de Cisjordanie – une région qu'il considère probablement aussi comme « très malchanceuse » pour eux – ou à Jérusalem-Est, ou même à Nazareth.

Dans la rue palestinienne, le plan de Trump ne fera que miner davantage toute notion de réconciliation avec Israël. Parfois avec enthousiasme, parfois à contrecœur, mais depuis les accords d'Oslo en 1993 (et même avant), les dirigeants politiques palestiniens ont affirmé la possibilité de vivre aux côtés d'un État né du déplacement massif et des ruines de leur propre peuple en 1948. Cela n'a certainement jamais été évident ; il y a eu de nombreux obstacles, beaucoup de double discours, et beaucoup d'opposition violente – notamment de la part du Hamas – mais cette approche est restée dominante pendant des décennies.

Une fois que le président américain propose le transfert comme solution au « problème palestinien » et que tout Israël – de la droite fasciste religieuse au centre libéral et même à la gauche sioniste – y adhère, le message adressé aux Palestiniens est clair : il n'y a aucune possibilité de compromis avec Israël et son protecteur américain, du moins sous sa forme actuelle, parce qu'ils sont déterminés à éliminer le peuple palestinien.

Cela ne signifie pas nécessairement que des masses de Palestiniens se lanceront immédiatement dans la lutte armée, bien qu'il s'agisse là d'un résultat potentiel. Mais il est certain qu'il sera impossible pour tout dirigeant palestinien qui tente de parvenir à un accord avec Israël de conserver le soutien de la population. La légitimité de l'Autorité palestinienne est déjà au plus bas ; en s'engageant à nouveau dans un processus politique avec Israël dans l'ombre du plan de Trump, elle ne fera que se détériorer davantage.

Une recette pour la guerre régionale totale

Et le danger ne s'arrête pas là. Trump, dans son ignorance totale du Moyen-Orient (tout au long de la conférence de presse, il a répété que « les Arabes et les Musulmans » bénéficieraient de la prospérité que son plan apporterait), a « régionalisé » la question palestinienne, considérant que sa résolution n'était pas l'affaire des Juifs et des Palestiniens vivant entre le fleuve et la mer, mais qu'il se déchargeait de cette responsabilité sur les États environnants. Non seulement il demande à l'Égypte, à la Jordanie, à l'Arabie saoudite et à d'autres pays d'accepter des centaines de milliers de Palestiniens sur leur territoire, mais il leur demande également de signer l'enterrement de la cause palestinienne.

Une telle demande constitue une menace directe pour les régimes du monde arabe. Le gouvernement jordanien craint qu'un afflux important de Palestiniens dans son royaume n'entraîne sa chute en perturbant le fragile équilibre démographique du pays, qui penche déjà fortement du côté palestinien. Mais même dans d'autres pays moins directement liés à la Palestine, la situation est tout aussi fragile. Il suffit de regarder les chaînes d'information saoudiennes le jour de l'annonce de Trump pour saisir le niveau de choc, de menace et de peur entourant cette décision.

Quinze ans avant que l'OLP ne fasse un compromis historique avec l'État d'Israël, l'Égypte avait conclu que non seulement elle pouvait accepter l'existence d'Israël dans la région, mais qu'elle pouvait aussi en tirer profit, et avait signé le traité de paix de 1979. La Jordanie lui a emboîté le pas et, il y a quatre ans et demi, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont adopté la même ligne de pensée. Même sans avoir officiellement normalisé ses relations avec Israël, l'Arabie saoudite, poids lourd de la région, semble être parvenue à une conclusion similaire.

Mais la démarche bulldozer de Trump, et l'adhésion spontanée d'Israël à cette démarche, pourraient indiquer aux régimes du Moyen-Orient – y compris ceux qualifiés de « modérés » (qui, en réalité, sont souvent plus autocratiques que les autres) – que le compromis est futile. Il suggère qu'Israël, grâce à sa puissance militaire et au soutien des États-Unis, pense pouvoir imposer à la région toutes les solutions qu'il souhaite, y compris le déplacement forcé de millions de personnes de leur patrie et le déni de leur droit à l'autodétermination, presque universellement reconnu.

Au cours de l'année et demie écoulée, Israël ne s'est pas contenté de commettre des massacres à Gaza et de détruire les infrastructures nécessaires à la vie humaine. Il a également occupé des parties du Liban et refuse de les quitter en violation de l'accord de cessez-le-feu ; il s'est emparé de certaines parties de la Syrie et n'a pas l'intention de les quitter de sitôt. Cette réalité ne fait que renforcer l'impression qu'Israël a décidé qu'il pouvait établir un nouvel ordre au Moyen-Orient par la force pure et simple, sans aucun accord ni aucune négociation.

La guerre de 1973 a été la dernière fois qu'Israël s'est battu contre les armées d'États souverains plutôt que contre des organisations militantes non étatiques, qui ont toujours été beaucoup plus faibles. Même si les manuels d'histoire israéliens affirment aujourd'hui qu'Israël n'a aucune responsabilité dans cette guerre, il ne fait aucun doute que l'Égypte et la Syrie l'ont déclenchée parce qu'elles avaient compris qu'il n'y avait aucune chance de récupérer pacifiquement les territoires qu'Israël avait occupés en 1967.

La voie qu'Israël suit aujourd'hui, sous l'influence de Trump, pourrait le conduire au même endroit, où ses voisins concluront qu'Israël ne comprend que la force. En effet, Middle East Eye a cité des sources à Amman déclarant que la Jordanie est prête à déclarer la guerre à Israël si Netanyahou tente de transférer de force des réfugiés palestiniens sur son territoire.

Cette situation n'est pas inévitable, bien sûr. Beaucoup de choses dépendent des caprices de Trump et de sa détermination à donner suite à ses déclarations face à l'opposition mondiale. La résistance doit venir non seulement des Palestiniens, mais aussi des Juifs d'Israël qui comprennent qu'ils n'ont pas d'avenir ici sans vivre sur un pied d'égalité avec les habitants de la terre. Elle pourrait également prendre la forme de nouvelles coalitions au Moyen-Orient et au-delà, qui refuseront d'accepter les diktats américains.

Ce qui est clair, c'est que les projets belliqueux de Trump, et la tentative pathétique d'Israël de surfer sur la vague, comportent le risque très réel d'être contrés par la force. Et ce serait désastreux pour tout le monde.


Meron Rapoport est rédacteur à Local Call.

Une version de cet article a d'abord été publiée en hébreu sur Local Call. Lire l'article ici.

Traduction depuis l'anglais : JB pour l'Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine

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Moyen-Orient. « Transférer » les Palestiniens : quand Donald Trump réactive un vieux fantasme de l’extrême droite israélienne

L'idée de Donald Trump n'est pas vraiment originale. Voilà des décennies que l'éventualité d'une expulsion massive des Palestiniens de Gaza, mais aussi de Cisjordanie, est (…)

L'idée de Donald Trump n'est pas vraiment originale. Voilà des décennies que l'éventualité d'une expulsion massive des Palestiniens de Gaza, mais aussi de Cisjordanie, est caressée par certaines franges de la classe politique israélienne.

Tiré d'Europe solidaire sans frontière.

Le 25 janvier, Donald Trump exprimait son souhait de « nettoyer » la bande de Gaza, devenue d'après lui « un véritable chaos » :

  • « Il s'agit littéralement d'un chantier de démolition. Presque tout est détruit et les gens meurent là-bas. Je préfère m'impliquer avec certaines nations arabes et construire des logements dans un endroit différent où ils pourront vivre un jour en paix. »

Le président américain ajoutait s'être entretenu avec le roi Abdallah II de Jordanie pour le presser d'accepter sur son territoire des millions de Palestiniens, et comptait prendre attache avec le président égyptien Abd al-Fattah al-Sissi en vue de formuler la même demande.

Quelques jours plus tard, lors d'une visite du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à Washington pour discuter de la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza, Trump réitérait ses propos en précisant que les États-Unis déploieraient des troupes pour faire de la petite enclave méditerranéenne leur « propriété » et « la Côte d'Azur du Moyen-Orient ».

Après ces déclarations choc, il importe de recontextualiser cette idée de « transfert » des Palestiniens, illégale du point de vue du droit international mais, en réalité, déjà ancienne dans la longue chronologie de ce conflit.

Entre sidération, indignation et acclamations

Les réponses à la proposition faite par la nouvelle administration américaine d'une évacuation des populations palestiniennes furent immédiates et, bien entendu, prévisibles.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'est dit scandalisé et a rejeté avec virulence tout projet d'occupation, d'annexion et de déplacement, tandis qu'un communiqué du Hamas soutenait que « les habitants de Gaza ont enduré la mort et ne quitteront leur patrie sous aucun prétexte ». Quant au Djihad islamique, qui, rappelons-le, avait pris part aux tueries du 7 octobre 2023, il fustigeait dans les termes les plus forts « la déportation des Palestiniens hors de leur terre », ajoutant que ce projet relevait d'une négation pure et simple de l'identité palestinienne.

L'Égypte et la Jordanie, mais également ces « nations arabes » dont Trump avait suggéré qu'elles pourraient accueillir des millions de réfugiés palestiniens, s'opposaient tout autant à cette option, notamment l'Arabie saoudite, pour qui la seule issue possible et acceptable reste la solution à deux États.

Désemparée, la communauté internationale se retrouvait quant à elle dans un état de sidération face à ce virage pris par Washington, à savoir celui d'une neutralisation de la « question palestinienne » dans ce Moyen-Orient en pleine reconfiguration.

Et sans surprise, les représentants de l'extrême droite israélienne, favorables depuis le début de la guerre à une recolonisation de Gaza, se réjouissaient de cette annonce, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, chef du parti sioniste religieux Mafdal, la qualifiant d'« excellente idée ».

Transfert : les racines anciennes d'un concept

Quoique cet aspect soit peu mentionné, voire tabou devant le déchaînement de passions qui a entouré la relance et l'escalade meurtrière des hostilités entre Israéliens et Palestiniens, il faut aller chercher les origines de cette notion de « transfert » dans les premières années du nazisme et la réponse alors développée par certaines organisations sionistes.

Le 25 août 1933, sur fond de persécutions grandissantes, est en effet signé entre, d'une part, l'Allemagne nazie et, d'autre part, les autorités juives et sionistes déjà établies en Palestine, essentiellement commandées par l'Agence juive, l'accord dit « Haavara » (« transfert » en hébreu), qui prévoit la migration de 50 000 à 60 000 Juifs allemands vers la Palestine, alors sous mandat britannique. Cet accord est loin de faire l'unanimité et provoque de nombreuses résistances, au sein même du courant sioniste comme parmi la communauté juive élargie. Il n'en reste pas moins perçu par ses promoteurs comme l'unique recours face à un environnement de plus en plus hostile, en Allemagne comme ailleurs sur le continent européen.

L'idée d'un transfert des Juifs d'Europe vers la Palestine a très tôt mué en un concept inscrit au cœur même du « Nouveau Yichouv » (« peuplement » en hébreu), ce mouvement d'implantation d'un certain nombre de Juifs en Palestine entre la seconde moitié du XIXe siècle et 1948, qu'il convient de distinguer du « Vieux Yichouv », qui désignait la présence juive dans la Palestine alors encore sous domination ottomane, soit les anciennes communautés juives historiques. Au moment de la partition de 1947, on recense près de deux millions d'habitants, dont 630 000 Juifs et 1 340 000 Arabes, dont plus de la moitié vivant dans les frontières du futur État juif qui se proclamera bientôt indépendant.

Tout au long de la première moitié du XXe siècle, les nouveaux arrivants juifs entretiennent avec ces populations arabes établies en Palestine des relations fluctuantes – entre indifférence, coexistence précaire et sentiment de supériorité.

La « question arabe » ne cessera de constituer un obstacle aux yeux de ceux qui aspirent à la création d'une nation juive majoritaire – comme il a été souligné, jusqu'en 1947 les Palestiniens représentaient encore l'écrasante majorité des habitants et possédaient aussi la plupart des terres. L'idée d'un transfert de ces autochtones vers les États arabes alentour, que Theodor Herzl adoubait lui-même explicitement dans ses écrits, progresse ainsi dans les esprits, surtout celui du père fondateur de l'État d'Israël, David Ben Gourion.

Après le 7 Octobre, la réactualisation d'une idée

Les modalités pratiques d'un tel plan n'ont cependant jamais fait l'objet d'un consensus parmi les élites israéliennes et la rhétorique actuelle fait plutôt écho aux positions les plus dures qui avaient été adoptées avant 1948 par le Fonds national juif notamment, une organisation fondée à Bâle en 1901 dont la raison d'être était l'achat de terres en Palestine et la préparation des premiers « pionniers » juifs. Cet organisme considérait en effet que la réalisation du rêve d'un État juif devrait nécessairement passer par le contrôle le plus extensif possible du territoire.

À défaut d'un transfert complet et définitif des Palestiniens au cours de la Nakba (« catastrophe » en arabe, terme employé pour désigner l'exode de centaines de milliers de Palestiniens à la suite de la défaite des armées arabes face à Israël lors de la première guerre israélo-arabe de 1948), ce sont des transferts locaux et des déplacements internes qui ont eu lieu, conduisant une partie des Palestiniens à opter pour le ralliement à l'État hébreu dont ils sont depuis des citoyens (aujourd'hui, près de 20 % des citoyens d'Israël sont arabes).

Or, l'idée d'un transfert plus massif des populations arabes de Palestine, telle qu'envisagée dès les années 1930 par la frange extrême du mouvement sioniste, n'a jamais fondamentalement disparu, resurgissant à chaque nouvelle guerre qui opposa Israël à ses adversaires locaux et régionaux, puis en réaction aux actions terroristes palestiniennes.

C'est cette violence qui a fini par convaincre de larges pans de la société israélienne qu'aucune paix durable ne serait jamais possible avec les Arabes et que la fondation d'un État palestinien indépendant et souverain aux portes d'Israël serait bien plus une menace existentielle qu'un gage de sécurité. Tragiquement, les événements du 7 Octobre sont venus renforcer cette conviction et éclairent sans doute aussi pourquoi une grande partie des Israéliens considèrent avec bienveillance le plan proposé par Donald Trump pour Gaza.

Trump réalisera-t-il son projet pour Gaza ?

Toute la question consiste dès lors à savoir si le président américain fraîchement investi a réellement l'intention, et plus encore les moyens, de cette stratégie de la table rase dans un Proche-Orient où, in fine, l'insoluble question palestinienne n'en serait plus une.

Depuis les annonces faites par le nouvel occupant de la Maison Blanche, ses conseillers s'emploient comme ils le peuvent à éteindre l'incendie en modérant ses propos et en indiquant qu'il ne s'agirait que d'un transfert « temporaire » des Gazaouis, le temps de la reconstruction des villes dévastées au cours des quinze derniers mois de guerre. Depuis le Guatemala, le secrétaire d'État Marco Rubio est allé jusqu'à évoquer « une offre généreuse » destinée à reconstruire Gaza et à la débarrasser de ses gravats, mines et autres munitions non explosées pour en faire un espace de nouveau vivable.

Du côté des principaux intéressés, les Palestiniens, après une guerre inédite par sa violence et qui a totalement anéanti leur habitat suivant une logique d'authentique urbicide, il va sans dire que la perception est radicalement différente et que ces affirmations intempestives font davantage craindre le scénario d'une seconde Nakba dont ils risqueraient de ne jamais se remettre. Le pire leur semble d'autant plus crédible que la colonisation de la Cisjordanie s'est accélérée et intensifiée ces derniers mois, hypothéquant toute perspective à court ou moyen terme d'un État palestinien.


Myriam Benraad, Responsable du Département International Relations and Diplomacy, Schiller International University - Enseignante en relations internationales, Sciences Po

• The Conversation. Publié : 8 février 2025, 13:18 CET.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

Myriam Benraad, Sciences Po" class="spip_out" rel="external">Myriam Benraad est politologue, docteure en science politique de l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po) et professeure en relations internationales, géopolitique et négociation. Elle dirige notamment le département International Relations and Diplomacy à l'Université internationale Schiller à Paris.

Ses travaux récents portent sur la problématique de la vengeance et des émotions dans leurs rapports à la violence politique et aux transformations internationales. Elle est l'auteure, entre autres publications, de L'Etat islamique est-il défait ? (CNRS Editions, 2023) ; L'Irak par-delà toutes les guerres. Idées reçues sur un Etat en transition (Paris, Cavalier Bleu, 2023) ; Terrorisme : les affres de la vengeance. Aux sources liminaires de la violence (Paris, Cavalier Bleu, 2021) ; Géopolitique de la colère. De la globalisation heureuse au grand courroux (Paris, Cavalier Bleu, 2020). Adresse électronique : myriam.benraad@schiller.edu

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L’accord de libre-échange entre le Canada et l’Équateur menace d’aggraver les violations des droits de la personne dont sont victimes les nations et les communautés autochtones

10 février 2025, par Communiqué des réseaux
Comuniqué: MiningWatch – Amnistie internationale — Common Frontiers — CCPA — Americas Policy Group – CONAIE – Amazonian Women Defenders of the Forest – Asociación Flor de Caña (…)

Comuniqué: MiningWatch – Amnistie internationale — Common Frontiers — CCPA — Americas Policy Group – CONAIE – Amazonian Women Defenders of the Forest – Asociación Flor de Caña — Alliance for Human Rights in Ecuador – Water Administrators of Victoria del Portete (Ottawa-Toronto-Quito-Cuenca). Le (…)

Appel │ SIGNEZ et MARCHEZ pour un avenir juste et égalitaire

10 février 2025, par Fédération des femmes du Québec — , ,
Depuis 25 ans, la Marche mondiale des femmes porte les centaines de milliers de voix de celles et ceux qui exigent, partout dans le monde, des changements réels et durables (…)

Depuis 25 ans, la Marche mondiale des femmes porte les centaines de milliers de voix de celles et ceux qui exigent, partout dans le monde, des changements réels et durables pour les femmes.

Cette année, avec le Collectif 8 mars nous nous unissons à la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes - CQMMF pour rappeler que nous sommes :

🔥ENCORE EN LUTTE pour mettre fin aux violences faites aux femmes.

🔥 ENCORE EN LUTTE contre la pauvreté vécue par les femmes.

🔥 ENCORE EN LUTTE pour la justice climatique féministe.

Signez la lettre de soutien aux orientations de la CQMMF et montrez que vous aussi, vous êtes ENCORE EN LUTTE !

Pour signer 👉 https://bit.ly/417D6MR

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Sous Ford, le chômage en Ontario au plus haut niveau en dix ans

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/02/Ontario_Legislative_Building_Toronto_South_view_20170417_1-1024x576.jpg10 février 2025, par Southern Ontario Committee
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Bien que le premier ministre Doug Ford affirme que l'Ontario est « ouvert aux affaires », il y a un problème. Le chômage a atteint l'un des niveaux les plus élevés depuis dix ans. La dernière enquête sur l'emploi publiée vendredi dernier montre que le taux de chômage en Ontario a augmenté pour (…)

Une formation unique au Québec : L’Écologie Intégrée pour une transition socio-écologique inspirante

10 février 2025, par Marc Simard
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L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local L’Écologie intégrée, une approche novatrice en éducation alternative, fait son entrée au Québec avec une formation véritablement unique. Ce programme, conçu par Jean Bédard et Isabelle Fortier, propose aux participants de redonner du sens (…)

Amazon est partout, la résistance l’est tout autant !

10 février 2025, par Maria Kiteme
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Maria Kiteme, correspondante en stage En réponse au soudain départ d’Amazon du Québec, une vaste campagne de boycottage est lancée qui ne se limite pas qu’au territoire québécois. La mobilisation s’étend maintenant aussi au Canada. L’empire tentaculaire de Jeff Bezos s’étend par ailleurs sur (…)

Échos de l’âme : un hommage à Jacques Roumain

10 février 2025, par Chantal Ismé
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Chantal Ismé, membre du CA de la Maison d’Haïti Pour commémorer les 80 ans marquant la disparition en 1944 du penseur, homme politique, romancier et poète, Jacques Roumain, une série d’activités politiques et culturelles ont été réalisées à Montréal. Il s’agissait de mettre en exergue l’apport (…)

Révolution québécoise, une revue « pour l’établissement d’un véritable socialisme »

10 février 2025, par Archives Révolutionnaires
Dans les années 1960, de nombreux mouvements contestataires émergent en Occident que l’on réunit sous l’appellation de Nouvelle gauche. Cette dernière désire renouveler (…)

Dans les années 1960, de nombreux mouvements contestataires émergent en Occident que l’on réunit sous l’appellation de Nouvelle gauche. Cette dernière désire renouveler l’analyse marxiste, tout en introduisant des pratiques militantes originales. Au Québec, plusieurs groupes s’inscrivent dans cette mouvance et cherchent une voie d’émancipation sociale, culturelle et économique. C’est le cas de l’équipe de Révolution québécoise qui joue un rôle central dans la discussion radicale avant que ses dirigeants ne rejoignent le Front de libération du Québec à l’automne 1965[1].

En juin 1960, le Parti libéral du Québec de Jean Lesage remporte les élections provinciales mettant fin à plus de quinze ans de règne de l’Union nationale. Le nouveau gouvernement introduit plusieurs mesures progressistes, notamment la restructuration de l’éducation, de la santé et des affaires sociales que l’État prend dorénavant en charge plutôt que l’Église catholique. Au niveau économique, les libéraux appuient la consolidation de la bourgeoisie francophone au Québec, tout en procédant à certaines nationalisations, dont celle de l’électricité en 1962. Pourtant, dès cette époque, plusieurs militant·es trouvent ces actions insuffisantes. Les plus radicaux soulignent que le progrès du Québec ne dépend pas du développement d’une bourgeoisie nationale, mais doit plutôt viser l’émancipation des masses laborieuses. Leurs réflexions tentent d’arrimer l’indépendance du Québec et la libération de son peuple, dont on trouve une première formulation dans la Revue socialiste (1959). Son directeur, Raoul Roy, affirme : « Seul l’établissement, par l’outil socialiste, d’une république souveraine, parce que seul le socialisme affranchit des chaînes capitalistes et de l’oppression nationale, émancipera le Québec du joug des colonialistes et de l’expansionnisme impérialiste du capital étranger. »[2]

Dans ce contexte, diverses organisations émergent, dont le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN, 1960-1968) et le Front de libération du Québec (FLQ, 1963-1972), ainsi que des revues comme Parti pris (1963-1968) et Révolution québécoise (1964-1965)[3]. Cette dernière est issue de la rencontre entre Pierre Vallières et Charles Gagnon, deux jeunes intellectuels déçus des publications existantes. À la différence de l’étapisme promu par Parti pris (indépendance d’abord, socialisme ensuite), la revue Révolution québécoise adopte une position plus fondamentalement marxiste, affirmant dans sa présentation liminaire : « La sécession en elle-même est une mesure à combattre, si elle n’est pas nécessitée par l’établissement au Québec d’une économie de type socialiste. »[4] Ceci dit, la revue défend l’indépendance si elle est réalisée par les prolétaires québécois dans l’optique de leur libération et de l’instauration d’un régime socialiste. La question de la lutte des classes est au cœur des huit parutions que connaît la revue jusqu’en avril 1965, ainsi que la volonté de lier la théorie et la pratique révolutionnaire.

Statue de la reine Victoria dynamitée par le FLQ en juillet 1963 dans la ville de Québec.

« Abolir l’exploitation de l’homme par l’homme »

À l’été 1964, lorsque Pierre Vallières décide de lancer Révolution québécoise, il est déjà connu en tant que secrétaire général du Syndicat des journalistes de Montréal (affilié à la CSN), leader de la grève en cours à La Presse et ancien collaborateur de la revue Cité libre. Charles Gagnon, quant à lui, est chargé de cours de l’Université de Montréal et a déjà publié quelques textes. Grâce à leur stature et à un climat social favorable, la revue exerce un certain attrait, dont témoigne la présence de Pierre Vadeboncœur dans ses pages. La revue se distingue par son intransigeance qui lui donne sa saveur et fait son intérêt. Dans une époque marquée par un nationalisme québécois censé rassembler tous les groupes de la société, il n’est pas bienvenu de souligner que la bourgeoisie québécoise travaille pour son propre intérêt et qu’elle est pratiquement aussi nuisible aux classes laborieuses que la bourgeoisie anglo-canadienne. Vallières précise : « Les travailleurs ne doivent avoir aucun scrupule à exploiter à leur profit et au maximum les compétitions très vives qui existent entre les capitalistes canadian et les capitalistes québécois. […] Le Québec demeurera l’appendice pauvre d’un système qui couvre la moitié du monde et qui favorise l’exploitation du plus grand nombre possible de pays au profit des actionnaires américains et de leurs amis, tant que la bourgeoisie québécoise conservera l’initiative de l’affirmation nationale. »[5]

Afin de participer au développement d’un mouvement révolutionnaire au Québec, la revue prône un travail d’éducation en vue de développer une conscience de classe antagonique et la formation d’un parti socialiste québécois axé sur la lutte contre le capital. « La propagande et l’organisation sont les deux jambes de la révolution en marche. »[6] Pour se faire, l’équipe déploie un effort visible de documentation des luttes ouvrières en cours, par exemple la grève de Bellerive Veneer and Plywood (Mont-Laurier), les luttes dans le secteur du textile ou le conflit à La Presse. Charles Gagnon, impliqué dans le mouvement étudiant, critique son manque de vision. En termes de modèles, la revue sollicite l’exemple de Cuba où une révolution populaire a renversé la dictature pro-américaine et instauré un régime socialiste très dynamique. L’idée générale qui habite la revue est la suivante : se lier avec les travailleur·euses en documentant leurs luttes, utiliser celles-ci comme exemples pour faire comprendre le système d’exploitation et la nécessité de son dépassement, puis encourager l’organisation révolutionnaire en s’inspirant de modèles internationaux. En somme, il faut passer d’une révolution tranquille à une révolution active.

Du Mouvement de libération populaire à la lutte armée

En plus de ses réflexions, l’équipe de Révolution québécoise participe à l’organisation politique concrète. En mars 1965, elle intègre un comité de coordination des mouvements de gauche comprenant Parti pris, le Parti socialiste du Québec, la Ligue socialiste ouvrière et plusieurs autres. Durant le printemps et l’été, le projet d’alliance se cristallise et plus de 150 personnes adhèrent au Mouvement de libération populaire (MLP). Alors que Révolution québécoise cesse de paraître en avril 1965 en raison de difficultés financières, ses dirigeants s’impliquent dynamiquement dans la nouvelle organisation. Pierre Vallières indique : « C’est dans cette perspective d’action directe que l’équipe de Révolution québécoise se joint à celle de Parti pris, moins pour écrire dans la revue que pour agir à partir du mouvement suscité par elle. »[7] Malheureusement, la formation éprouve des difficultés de deux ordres : d’abord, elle peine à recruter au-delà de ses adhérent·es initiaux·ales, ensuite, elle n’arrive pas à choisir entre le travail de masse et l’action avant-gardiste. De fait, la plupart des militant·es du MLP sont attiré·es soit par les grandes organisations existantes, soit par la lutte armée. En mars 1966, une majorité de membres du MLP rejoignent le Parti socialiste du Québec, alors que Vallières et Gagnon ont déjà intégré le FLQ.

Charles Gagnon explique dans le texte Violence, clandestinité et révolution (juin 1966)[8] que la lutte armée est nécessaire afin de provoquer un durcissement du pouvoir qui révélera aux travailleurs sa véritable nature. Le prolétariat sera ainsi poussé à la révolte, dont le FLQ pourra prendre la direction afin de mener à terme le processus révolutionnaire et d’instaurer le socialisme. Malgré les attentats et la répression, cette stratégie échoue, ce dont conviennent Vallières et Gagnon à l’hiver 1971-1972, le premier choisissant d’appuyer le Parti québécois, le second de lancer l’organisation marxiste-léniniste EN LUTTE !. Ainsi, c’est Charles Gagnon qui renoue avec le projet initial de Révolution québécoise, faisant écho aux desseins d’un syndicaliste qu’il interviewait en février 1965 : « Lorsqu’on va se battre systématiquement pour les travailleurs, ils vont retrouver leur dignité et le sens de leurs responsabilités et à partir de là, nous pourrons construire une société nouvelle à la mesure des travailleurs, faite pour eux et dirigée par eux. »[9]

Par Alexis Lafleur-Paiement, membre du collectif Archives Révolutionnaires


Notes

[1] Cet article est initialement paru dans le numéro 101 de la revue À Bâbord !

[2] « Propositions programmatiques de la Revue socialiste », Revue socialiste, no 1 (printemps 1959), page 21.

[3] Tous les numéros de Révolution québécoise sont disponibles en version numérisée : https://archivesrevolutionnaires.com/documents-numerises/

[4] « Présentation », Révolution québécoise, no 1 (septembre 1964), page 5.

[5] VALLIÈRES, Pierre. « Le nationalisme québécois et la classe ouvrière », Révolution québécoise, no 1 (septembre 1964), pages 18-19.

[6] ROCHEFORT, Jean. « Socialisme et sécession », Révolution québécoise, no 1 (septembre 1964), page 39.

[7] VALLIÈRES, Pierre. « Pour l’union de la gauche », Parti pris, vol. 2, nos 10-11 (juin-juillet 1965), page 103.

[8] Disponible dans GAGNON, Charles. Écrits politiques, vol. 1, Montréal, Lux, 2006, pages 11-30.

[9] « Vers une conscience de classe », Révolution québécoise, no 6 (février 1965), page 17.

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Soyons nombreux dans les rues de Montréal le samedi 15 février en appui aux 4500 travailleurs et travailleuses licenciés par Amazon et ses sous-contractants. Le 22 janvier dernier Amazon, annonçait son intention de fermer ses sept centres de distribution au Québec en guise de représailles à la syndicalisation de son entrepôt de Laval.

Cette décision brutale est contraire à nos lois du travail et démontre tout le mépris qu'à cette multinationale et son grand patron Jeff Bezos, allié de Donald Trump, envers les travailleurs et travailleuses du Québec. Nous devons riposter énergiquement en boycottant les produits d'Amazon et en exigeant que tous les paliers de gouvernement et toutes les institutions publiques cessent de s'approvisionner auprès de cette multinationale.

L'intersyndicale de Québec solidaire invite tous les membres du parti à se joindre à ce grand mouvement de boycottage et à le populariser dans leurs communautés. C'est une lutte ouvrière et une résistance populaire à l'impérialisme trumpiste !

Suivez le mouvement de boycottage ICI, ON BOYCOTTE AMAZON
https://www.facebook.com/boycottamazon.ca

Les travailleurs et les activistes se rassemblent à la porte d’Amazon

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/02/Screenshot_2025-02-05_at_11.04.31_PM-e1738969983101-1024x471.png8 février 2025, par Comité de Montreal
Bravant un froid intense, plus d'une centaine de personnes se sont présentées aux portes de l'entrepôt DXT4 d'Amazon à Laval, mercredi 5 février. Les manifestants se sont (…)

Bravant un froid intense, plus d'une centaine de personnes se sont présentées aux portes de l'entrepôt DXT4 d'Amazon à Laval, mercredi 5 février. Les manifestants se sont rassemblés pour exprimer leur soutien aux milliers de travailleurs qui perdent leur emploi en raison de la décision très (…)

Une cimenterie de C.-B. tente de renverser une convention de longue date

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/02/DSCF7090-scaled-e1738958901180-1024x534.jpg7 février 2025, par West Coast Committee
Plus de 70 travailleurs de la cimenterie Heidelberg Materials à Delta, en Colombie-Britannique, ont été mis en lock-out par leur employeur à la suite d'une rupture des (…)

Plus de 70 travailleurs de la cimenterie Heidelberg Materials à Delta, en Colombie-Britannique, ont été mis en lock-out par leur employeur à la suite d'une rupture des négociations contractuelles. Les travailleurs du site, représentés par le syndicat de la Fraternité internationale des (…)

Publication commémorative du Journal pour le 30e anniversaire d’Alternatives

7 février 2025, par Rédaction-coordination JdA-PA
À l’occasion du 30e anniversaire d’Alternatives, l’ONG a produit une édition spéciale commémorative du Journal ! 10 000 copies ont été imprimées et seront distribuées dans (…)

À l’occasion du 30e anniversaire d’Alternatives, l’ONG a produit une édition spéciale commémorative du Journal ! 10 000 copies ont été imprimées et seront distribuées dans plusieurs endroits au Québec. Vous pouvez accéder à la copie PDF en cliquant ici. Si vous souhaitez obtenir des copies, nous (…)

Salvador : les cinq défenseurs de l’eau refusent de se présenter en cour et craignent pour leur vie

7 février 2025, par Rédaction-coordination JdA-PA
John Cavanagh et Olivia Alperstein — 4 février 2025, mise à jour de la part de Institute for Policy Studies basé à Washington – Traduction Johan Wallengren. Cinq éminents (…)

John Cavanagh et Olivia Alperstein — 4 février 2025, mise à jour de la part de Institute for Policy Studies basé à Washington – Traduction Johan Wallengren. Cinq éminents défenseurs de l’eau au Salvador refusent de se présenter en cour et dénoncent le manque d’indépendance judiciaire, une (…)

Comment le calmer ?

7 février 2025, par Par Simon Banville

Pourquoi Trudeau s’allie à Trump contre le Mexique ?

7 février 2025, par Par Robin Philpot et Phil Taylor
En acceptant de qualifier les cartels de la drogue mexicains de « terroristes »

En acceptant de qualifier les cartels de la drogue mexicains de « terroristes »

Des mères montent au front à Rouyn-Noranda

7 février 2025, par Par Luc Allaire
Un mouvement décentralisé qui regroupe des milliers de mères, grand-mères et alliés

Un mouvement décentralisé qui regroupe des milliers de mères, grand-mères et alliés

Ce qui nous différencie de nos voisins du Sud

7 février 2025, par Par Éric Gingras
Ce sont des services publics forts!

Ce sont des services publics forts!

Une tournée de soupes populaires pour réfléchir à l’A20

6 février 2025, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Un collectif citoyen dénommé À la soupe ! lance une série d’événements conviviaux où la discussion et la réflexion sur (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Un collectif citoyen dénommé À la soupe ! lance une série d’événements conviviaux où la discussion et la réflexion sur le prolongement de l’autoroute 20 seront au menu. Et quoi de mieux qu’un bol de soupe chaude et gratuite pour (…)

« C’est du terrorisme envers la classe ouvrière »

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/02/dxt4hiver-e1738813491161-1024x653.jpg6 février 2025, par Comité de Montreal
L'entrepôt DXT4 d'Amazon à Laval, le premier à s'être syndiqué au pays, ferme ses portes le 8 février. Des centaines de travailleurs qui faisaient fonctionner l'entrepôt se (…)

L'entrepôt DXT4 d'Amazon à Laval, le premier à s'être syndiqué au pays, ferme ses portes le 8 février. Des centaines de travailleurs qui faisaient fonctionner l'entrepôt se retrouvent sans emploi, tout comme des milliers de travailleurs d'autres entrepôts d'Amazon au Québec. Certains d'entre eux (…)

900 travailleurs de soutien à l’éducation pourraient rejoindre les 4000 déjà en grève

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/02/Screenshot-2025-02-05-at-7.00.13%E2%80%AFPM-1-1024x1005.png5 février 2025, par L'Étoile du Nord
Près de 900 travailleurs de l'éducation de l'Alberta appartenant aux locales 3484 (Black Gold School Division) et 5543 (Parkland School Division) du Syndicat canadien de la (…)

Près de 900 travailleurs de l'éducation de l'Alberta appartenant aux locales 3484 (Black Gold School Division) et 5543 (Parkland School Division) du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) se trouvent dans une impasse de négociation et pourraient rejoindre plus de 4 000 autres (…)

Le projet de loi du gouvernement de la CAQ sur l’intégration nationale reste aveugle sur l’essentiel

5 février 2025, par Bernard Rioux — ,
Le 30 juin dernier, le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Jean-François Roberge, déposait un projet de loi sur l'Intégration nationale (PL84). « (…)

Le 30 juin dernier, le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Jean-François Roberge, déposait un projet de loi sur l'Intégration nationale (PL84). « Ce projet de loi a pour objet d'établir le modèle québécois d'intégration nationale, lequel favorise la vitalité et la pérennité de la culture québécoise en tant que culture commune et vecteur de cohésion sociale ; une culture dont la langue française est le principal véhicule et qui permet l'intégration à la société québécoise des personnes immigrantes et des personnes s'identifiant à des minorités culturelles ». Le ministre s'est engagé à évaluer toutes les options pour renforcer le sentiment d'appartenance des personnes immigrantes à la culture commune du Québec : mise à jour du test des valeurs québécoises, bonification des activités d'intégration du ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI), renforcement de la laïcité dans les écoles, opposition à l'entrisme religieux dans toutes les sphères de la société, définancement des activités culturelles qui ne respectent pas la culture commune … Le projet de loi, lui, en reste à de grands principes, mais il est important de discuter les fondements de ces derniers d'une part et d'expliciter les raisons de cette initiative gouvernementale d'autre part.

1. Les réactions des organisations syndicales, populaires et démocratiques au projet de loi 84 (PL84)

La CSN déplore que le projet de loi ait été déposé sans qu'aucun processus de consultation préalable n'ait été mis en place. La CSD résume bien le sens des critiques de ces organisations : « Le projet de loi propose des principes abstraits et des intentions, mais rien n'est mis au jeu pour voir comment réellement, concrètement, on améliorera l'accueil, la francisation et l'intégration des personnes immigrantes au Québec ». La FTQ dénonce les inconséquences du gouvernement qui prétend favoriser l'intégration des personnes migrantes alors qu'elles coupent les services en francisation. Les organisations syndicales n'ont pas de difficulté à multiplier les exemples des inconséquences à ce niveau. Mais des analyses de la part de ces organisations sur les fondements politiques et idéologiques de ce projet de loi restent à produire.

La Ligue des Droits et Libertés dans un communiqué intitulé Droits et libertés menacés pour la population québécoise, présente une analyse plus développée. Elle dénonce le fait que le PL84, fasse « porter aux personnes immigrantes le fardeau individuel de leur intégration à la société québécoise (…) et dénonce le fait que le PL84 vise à imposer les valeurs de la majorité plutôt qu'à ouvrir un dialogue respectueux des droits culturels de toutes et tous, souligne le fait que le projet de loi 84 fasse de la Loi 21 l'un des socles de sa politique » qui est « une loi discriminatoire, adoptée sous bâillon, sans l'unanimité de l'Assemblée nationale et en utilisant de manière préemptive et mur à mur les clauses dérogatoires de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et de la Charte canadienne des droits et libertés » et que le PL84 ne fasse « nulle part référence au droit des peuples autochtones à l'autodétermination, pourtant inscrit dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. »

2. Critiques des fondements du PL84

Malheureusement, jusqu'ici les critiques ne discutent pas les fondements politiques et idéologiques de ce projet de loi. C'est la notion d'intégration nationale qu'il faut d'abord discuter pour déconstruire le discours porté par le PL84.

Comme l'écrit Saïd Bouamama, le discours dominant sur « la question de l'intégration est de substituer l'alternative intégration / non-intégration à l'alternative intégration dominée / intégration égalitaire. Autrement dit, la place réelle de l'immigration et de ses enfants est un processus reflétant l'état d'une société, la place sociale qu'elle assigne à ses nouveaux membres, les réactions de luttes de ceux-ci pour obtenir une place plus égalitaire. Il s'agit bien de conflits entre une assignation dominée et le refus de celle-ci par les premiers concernés, et non d'adaptabilité, de « distance culturelle » ou de « volonté individuelle ». (…) Le paradigme culturaliste et intégrationniste réduit le réel social complexe en scission binaire, et permet ainsi une dépolitisation des questions analysées. (...). Le paradigme intégrationniste est le cadre idéologique, aujourd'hui quasi hégémonique, permettant cette évacuation des déterminants sociaux. ».

Le PL84 pose l'intégration nationale essentiellement sur le plan culturel et linguistique. De plus, il présente cette dernière avant tout comme un devoir des personnes migrantes, même si l'État est appelé à faciliter cette intégration. Le PL84 néglige ainsi les dimensions économiques, sociales, civiques et politiques de l'intégration.

Micheline Labelle rappelle les différentes dimensions de l'intégration. « Il y a intégration économique lorsqu'il y a participation active au marché du travail et que le travail accompli est en phase avec les compétences acquises et la reconnaissance des diplômes. Dans le cas contraire, la déqualification ou le chômage constituent un obstacle à l'intégration. (…) Oublier ce fait et mettre l'accent exclusivement sur la dimension culturelle revient à négliger les véritables obstacles à l'intégration qui constituent un terreau fertile pour l'adoption de postures antagonistes face à la société québécoise. » La non-reconnaissance des diplômes, les statuts spéciaux en matière de droit au travail et à la syndicalisation, les contrats fermés qui lient les travailleurs et travailleuses migrants temporaires à un employeur, les discriminations économiques de toutes sortes touchant les personnes migrantes et les communautés culturelles sont des exemples de ces obstacles à l'intégration, sans parler du racisme systémique dont le gouvernement de la CAQ, comme le PQ d'ailleurs, refuse de reconnaître la réalité.

L'intégration civique et politique est aussi exclue du projet du PL84. « L'intégration civique et politique signifie que les citoyens de toutes origines puissent participer dans les affaires publiques de la société d'accueil ; le vote, l'engagement dans les partis politiques nationaux, municipaux, les mouvements sociaux, la présence dans les instances municipales, etc. Cet engagement n'empêche en rien la participation dans les dossiers et débats concernant le pays d'origine, par le biais des réseaux transnationaux des immigrants. »(Micheline Labelle). Pourtant, les droits politiques, comme le droit de vote, sont déniés aux personnes migrantes, les constituant ainsi comme un secteur de la population séparé du reste de la société québécoise au niveau de droits politiques essentiels.

La conception culturaliste et individualiste de l'intégration mise de l'avant par le PL84 fait abstraction de l'égalité économique et se refuse à définir ce que serait une inclusion véritable à ce niveau. Elle refuse de prendre en compte le fait qu'une part de plus en plus importante de la population, constituée par les personnes migrantes, n'a pas les mêmes droits sociaux et politiques et en fait des citoyens et des citoyennes de deuxième classe. Le PL84 ne se donne nullement les moyens d'une véritable intégration. En ne tenant pas compte des conditions économiques, sociales et politiques de la population migrante, frappée par diverses discriminations, le PL84 évite d'identifier les réels fondements d'une véritable intégration qui ne peut passer par une égalité économique, sociale et politique. Plus encore, en refusant de reconnaître la réalité pluriculturelle et multinationale de la société québécoise, le PL84 risque de déboucher sur des ultimatums au vivre ensemble sans remettre en question l'assignation des personnes migrantes à vivre dans des positions subalternes dans la société québécoise.

3. Le gouvernement de la CAQ, moins préoccupé d'intégration nationale que de rente électorale

Pourquoi le gouvernement de la CAQ dépose-t-il un tel projet de loi en ce moment ? C'est qu'il juge qu'agiter le thème identitaire permettra de reconstruire sa base électorale. Il a connu un recul dans les intentions de vote au bénéfice du Parti québécois depuis des mois maintenant. Les sondages rappellent que la confiance de la population à son égard s'étiole. Et cela s'explique aisément. Des secteurs importants de la population souffrent de la crise du logement. Le gouvernement Legault s'est montré incapable de répondre aux attentes de la population en matière de santé et d'éducation. Plus, il multiplie les coupures dans les services publics. L'échec de Northvolt et son refus d'agir sérieusement sur le terrain de la lutte aux changements climatiques contribuent également à le discréditer. Sans ajouter que les coupures en matière de francisation démontrent une incohérence avec ses prétentions à vouloir défendre la langue française. La démagogie contre les immigrant-es, tenu-es responsables de tous les maux de la société québécoise, est une excuse facile pour cacher son désastreux bilan. La PL84 s'inscrit dans une politique de diversion.

4. Jeter les bases d'une véritable inclusion de toutes les composantes de la société québécoise

Une véritable politique d'inclusion des personnes migrantes et d'intégration à la société québécoise passera par une politique d'égalité sociale et d'extension des droits économiques, sociaux et politiques. Elle exigera : a) le rejet d'une vision ethniquement homogène de la société québécoise et le rejet du projet nationaliste d'homogénéisation culturelle ; b) une politique s'attaquant aux discriminations et le refus de l'existence de secteurs de la société privés de droits ; c) la liberté de circulation et d'installation de tous les migrant-es ; d) l'éradication du racisme systémique qui touche tant les nations autochtones que les autres secteurs racisés de la population ; e) le rejet des discours qui font des minorités les seules porteuses de l'inégalité des femmes dans la société ; f) par une politique linguistique qui refuse de faire des personnes immigrantes la cause du manque d'attractivité de la langue française ; et enfin, par g) le rejet d'une laïcité identitaire qui essentialise la réalité de la nation.

Il faut éviter de diviser le Québec entre un « nous » défini sur une base généalogique et culturelle et un « eux » qui en serait exclu. Partir sur cette base, c'est créer les conditions de l'approfondissement des divisions ethniques au sein de la société québécoise. La société québécoise doit se définir non pas comme un « nous » dont la substance se construit autour de certaines valeurs partagées. Elle se construit par l'apport de tous et de toutes dans un processus reflétant le nouveau contexte dans lequel toutes les personnes de la société sont appelées à vivre.

Toutes les personnes vivant au Québec, toutes celles qui y œuvrent et qui participent à la création de la richesse commune (et pas seulement économique) font partie de la société et contribuent à son destin national. Pour assurer une véritable inclusion des personnes migrantes, on ne peut accepter que des personnes se trouvant sur un même territoire et dans un même ordre juridique soient traitées différemment ou discriminées. Le principe d'égalité des droits implique donc la libre circulation, mais aussi une série d'autres droits, dont notamment : le droit de s'installer durablement, le droit au travail, le droit de recevoir un salaire égal, le droit d'acquérir la nationalité, le droit de vivre en famille, le droit de vote, le droit à la sécurité sociale, le droit d'avoir accès aux différents services publics, etc. La lutte pour l'égalité des droits doit être la tâche de tous les mouvements sociaux qui visent l'égalité sociale et la fin des discriminations (mouvement syndical, mouvement des femmes, des jeunes, mouvement populaire, mouvement antiraciste, …) Le combat contre les discriminations et l'égalité des conditions et des droits sont à la base de la convergence des différentes composantes de la majorité populaire.

Voilà quelques pistes, qu'il faudra approfondir. Mais elles marquent une rupture radicale avec le nationalisme étroit et d'exclusion que promeut le gouvernement de la CAQ et son projet de loi sur l'Intégration nationale.

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