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L’ogre de l’illimité : une analyse de la consommation à l’ère de l’abondance

20 mars 2025, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local L’économie moderne se distingue par un paradoxe intrigant : produire un bien pour la première fois coûte cher, mais (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local L’économie moderne se distingue par un paradoxe intrigant : produire un bien pour la première fois coûte cher, mais chaque unité supplémentaire devient de moins en moins coûteuse. Ce phénomène favorise les achats en gros, un modèle de (…)

Sortons la CDPQ des crimes en Palestine !

20 mars 2025, par Coalition du Québec URGENCE Palestine
Communiqué de la Coalition du Québec URGENCE Palestine Lancement de la campagne Sortons la Caisse des crimes en Palestine : Des milliards d’investissements de la CDPQ mis en (…)

Communiqué de la Coalition du Québec URGENCE Palestine Lancement de la campagne Sortons la Caisse des crimes en Palestine : Des milliards d’investissements de la CDPQ mis en cause Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 20 mars 2025 – La Coalition du Québec URGENCE Palestine a lancé cette semaine la (…)

Entretenir l’optimisme de la volonté

Pour commander ce numéro et le recevoir par la poste, passez sur le site des Libraires. Nous vivons des temps sombres. Dans de nombreux pays, des gouvernements (…)

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Nous vivons des temps sombres. Dans de nombreux pays, des gouvernements autoritaires, voire fascistes, prennent le pouvoir, comme c'est notamment le cas aux États-Unis, notre puissant voisin du sud. Ce gouvernement par et pour les milliardaires s'annonce d'une brutalité jamais vue depuis des décennies.

Cette communion entre les Zuckerberg, Bezos et autres barons voleurs de la techno d'une part, et le réseau de l'extrême droite européenne et latino-américaine d'autre part, est moins étonnante qu'il n'y paraît. Certes, par le passé, les élites de ces entreprises technologiques ont pourtant prétendu avoir des sympathies pour le parti démocrate et une certaine forme de progressisme. Mais les masques sont aujourd'hui tombés : on voit se déployer une convergence paisible entre un modèle de société fondé sur la hiérarchie raciale, la binarité des genres et l'exploitation de classe et l'idéologie accélérationniste, extractiviste et techno-fasciste cultivée depuis longtemps à la Silicon Valley.

Le deuxième mandat de Trump s'annonce bien différent du premier. Les médias et les grandes entreprises libérales semblent cette fois-ci beaucoup plus conciliantes avec les stratégies des républicains. Dès les premiers jours de sa présidence, les politiques d'Équité, Diversité et Inclusion, critiquées depuis des années (par la droite, mais aussi à l'occasion par la gauche), ont fait l'objet d'un nombre de décrets important. Ainsi, ces programmes se voient interdits tant au niveau de la fonction publique fédérale américaine que dans l'armée. À l'inverse, les personnes trans sont directement ciblées par ces nouvelles mesures discriminatoires.

Dans ce contexte, les multinationales américaines ne se soumettent pas simplement à Trump : elles participent à cette reconfiguration du pouvoir, y voyant des avantages économiques. Le capitalisme, même celui en apparence « diversitaire » ou « woke », s'accommode bien de la montée du fascisme.

Qu'advient-il des subjectivités militantes dans ce contexte si difficile ? Les espaces pour se rencontrer, qu'ils soient numériques ou même physiques, semblent se rétrécir. On observe une migration importante vers différents réseaux sociaux, et par là-même une fragmentation des solidarités. Notre rapport au monde devient une expérience de plus en plus solitaire, et donc anxiogène. Combien de temps peut durer ce repli sur soi ?

S'il est vrai qu'il faut prendre soin de sa santé mentale et s'offrir les repos et ressourcements nécessaires, l'isolement et le déni ne peuvent pas être bénéfiques à terme. Face aux crises et aux assauts, la solidarité et l'action demeurent des ressources puissantes, tant pour les collectivités que pour les individus. Les forces de gauche doivent resserrer les rangs, mettre de côté les querelles de chapelle et lutter pour les droits des personnes déjà marginalisées, contre qui la violence ne fait que croître.

Il importe aussi de ne pas se contenter de résister aux attaques et de bloquer des reculs. Nous devons continuer de faire vivre les propositions radicales et émancipatrices, qui seules peuvent ultimement nous sortir de l'emprise de cette haine et de cette répression.

Antonio Gramsci disait qu'il faut savoir conjuguer le pessimisme de la raison et l'optimisme de la volonté. Gramsci savait de quoi il parlait, puisqu'il s'était lui-même confronté à l'un des initiateurs du fascisme, Benito Mussolini. Plus que jamais, il nous faut entretenir cet optimisme de la volonté. Pour sa part, Angela Davis référait récemment à Martin Luther King en disant que « face aux déceptions finies, nous avons besoin d'espoir infini ». L'espoir n'est pas de la naïveté : il est cet horizon qui nous permet de garder le cap au milieu des plus violentes tempêtes.

Couverture : Ramon Vitesse

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Sommaire du numéro 103

19 mars 2025 —
Pour commander ce numéro et le recevoir par la poste, passez sur le site des Libraires. Travail Retour sur les grèves du secteur public de 2023 : Vers une renaissance (…)

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Travail

Retour sur les grèves du secteur public de 2023 : Vers une renaissance syndicale / Émile Lacombe

Dossier Noir de l'Assurance‑Chômage 2024-2025 / Entrevue avec Roxane Bélisle

Les limites de « l'entreprise citoyenne » / Thomas Collombat

Environnement

(Re)devenir écologiste / Quentin Lehmann

Sortie des cales

Feux en Californie. Une recette bien humaine du désastre / Jade Almeida

Santé

Pas de profit sur la maladie ! / Entrevue avec Réjean Leclerc

Regards féministes

Petit éloge de la bravoure / Kharoll-Ann Souffrant

Observatoire des luttes

Animal Liberation Front : La clef de voûte du Green Scare aux États-Unis / Ève Lynn Smollett

Mémoire des luttes

Max Chancy, militant et pédagogue socialiste / Alexis Lafleur-Paiement

Culture numérique

Le fédivers, un réseau social libre et résistant / Entrevue avec Evan Prodromou

Mini-dossier : L'éthique du care, partout, tout le temps !

Coordonné par Isabelle Bouchard, Alexia Leclerc, Selena Phillips-Boyle et Angelo Soares

Le care dans tous ses états / Entrevue avec Agnès Berthelot-Raffard

Le capitalisme à son apogée / Premilla Nadasen

Des obstacles importants / Entrevue avec le RÉCIFS (Regroupement, Échanges, Concertation des intervenantes et des formatrices en social)

Trans care. Se rendre « lisibles » pour se faire soigner / Emilie Morand et Patrick Martin

Dossier : À ras bord !

Coordonné par Louise Nachet et Ramon Vitesse. Illustrations : Ramon Vitesse

Être freegan : Vivre des rejets de la société de consommation / Simon Paré-Poupart

Mercier-Hochelaga-Maisonneuve : Au front pour la salubrité / André Philippe Doré

Les chimères de l'économie circulaire / Louise Nachet

Un monde jetable… / Simon Ian

Bombance et « déchets » alimentaires / Ramon Vitesse

Libérer le Nord du nucléaire / Entrevue avec Brennain Lloyd.

La récupération au service de la solidarité sociale / Entrevue avec François, membre-utilisateur de la Coop Les Valoristes

Élections municipales 2025 : Tendre vers le zéro déchet / Jean-Yves Desgagnés

Coup d'œil

Syrie, mémoire d'un printemps / Nicolas Lacroix

International

Palestine, Liban, Syrie : Réflexions diasporiques / Youssef al-Bouchi

Élections aux États-Unis et ailleurs dans le monde : Ce qui a changé / Claude Vaillancourt

L'éveil d'une nouvelle gauche au Mexique : Un mouvement progressiste indépendant gagne en force / Alexy Kalam et Daniel Arellano Chávez

Culture

Des livres militants pour une édition engagée / Entrevue avec Antoine Deslauriers et Alexis Lafleur‑Paiement

Recensions

À tout prendre ! / Ramon Vitesse

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À ras bord !

Pour commander ce numéro et le recevoir par la poste, passez sur le site des Libraires. À la fois omniprésents et invisibles, tout comme les travailleur·euses qui (…)

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À la fois omniprésents et invisibles, tout comme les travailleur·euses qui s'occupent de les ramasser, les déchets ne sont pas un effet secondaire déplorable et indésirable du capitalisme. Au contraire, ils sont le signe de sa domination. Un élément constitutif et nécessaire d'un système qui dépend de la création continue de surplus. La surproduction, l'obsolescence programmée, la création de besoins imaginaires ou le gaspillage sont autant de phénomènes mortifères qui semblent indéboulonnables au sein de nos sociétés.

Les déchets sont souvent traités comme un problème d'ordre technique. Une question de gestion. Il s'agit au contraire d'un problème profondément politique, ancré dans des enjeux de justice, d'inégalités sociales et environnementales, de racisme et de violence. Les impacts grandissants des dépotoirs, décharges et usines polluantes touchent encore de manière disproportionnée les communautés les plus marginalisées. Hors des centres urbains, les vastes territoires autochtones, autrefois perçus dans l'imaginaire colonial comme des espaces immaculés, sont parsemés par les dépotoirs toxiques de l'extractivisme forestier, fossile ou minier.

Pourtant, à l'image de l'effondrement de la biodiversité, l'enjeu des déchets semble avoir perdu en visibilité au sein des luttes écologiques au profit de la lutte contre les changements climatiques. De manière ironique, la popularité de la pratique du recyclage, largement adoptée dans les habitudes des Québécois·es, contribue à détourner notre attention des coûts élevés de la fabrication des biens que nous consommons et jetons, tout en nous procurant une bonne conscience.

La trajectoire du mouvement pour le recyclage, né dans les années 1970, est emblématique de l'impasse actuelle. Afin d'empêcher le développement de politiques et de lois contraignantes, les industriels ont réussi à imposer des « solutions » qui définissent les consommateurs individuels, et non les producteurs, comme les principaux responsables de la dégradation de l'environnement. Au lieu d'aspirer à des changements structurels, nous sommes toutes et tous enjoints à « faire notre part », à changer nos modes de vie, nos habitudes d'achats, au lieu de nous organiser collectivement pour lutter à la source contre la pollution et le gaspillage.

50 ans plus tard, nous produisons toujours plus de déchets, lesquels représentent une importante source de profits pour l'industrie du recyclage, largement privatisée. Malgré le caractère rassurant des expressions « durable », « réutilisable » ou « biodégradable », la majorité des déchets continuent à être brûlés, enfouis, déversés dans les océans ou exportés dans des pays du Sud global. La complexité des produits électroniques rend les processus de recyclage coûteux, inefficaces, voire impossibles. Les mouvements visant la décroissance, le zéro déchet ou la réparation, quant à eux, restent encore des mouvements de niche ou prompts à retomber dans les écueils de la consommation engagée individuelle. Les angles morts du recyclage et sa cooptation actuelle par les industriels et les pouvoirs publics nous poussent ainsi à nous questionner sur les manières de renforcer les luttes sociales et environnementales en cours et à venir, au Québec, au Canada et dans le monde ; dans un contexte morbide d'accélération des ravages du capitalisme.

Bien au-delà des ressources et de l'environnement, le capitalisme gaspille nos vies en tant qu'individus, en tant que communautés. Certains groupes tout entiers (réfugié·es, itinérant·es, chômeur·euses chroniques) sont traités comme autant d'indésirables à repousser loin de nos villes, voire de nos frontières. Contre la marchandisation, la dévalorisation et la jetabilité de nos vies, de nos corps, de nos relations et de nos imaginaires, d'autres horizons sont possibles.

Ce dossier réunit des points de vue différents, mais souvent complémentaires, dans leur manière de comprendre cette thématique complexe. Un espace éclectique de réflexions, de propositions, de luttes et même de poésie.

Dossier coordonné par Louise Nachet et Ramon Vitesse, illustré par Ramon Vitesse

Avec des contributions de Jean-Yves Desgagnés, André Philippe Doré, François de la Coop Les Valoristes, Simon Ian, Brennain Lloyd, Louise Nachet, Simon Paré-Poupart et Ramon Vitesse

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Démarche artistique de Ramon Vitesse

Pour illustrer la question des déchets j'ai d'abord jonglé avec l'idée de pochoir graffiti de rue… Puis, le collage s'est imposé avec la volonté de travailler avec de la récup'. Avec une pile de Le Devoir, la technique de papier déchiré a été préférée pour l'utilisation des doigts en visant une découpe imparfaite en « dentelle ». Pour évoquer le fatras des poubelles, ajouter d'autres approches était tentant ; il y a aussi des aquarelles et une encre en stylo bille !

Publication des résultats 2024 du Fonds jeunesse du Journal des Alternatives

19 mars 2025, par Ronald Cameron
Le 1er mars dernier, nous avons lancé notre première campagne publique. L’an dernier, à peu près à la même époque, nous sollicitions, sans faire campagne publiquement, l’appui (…)

Le 1er mars dernier, nous avons lancé notre première campagne publique. L’an dernier, à peu près à la même époque, nous sollicitions, sans faire campagne publiquement, l’appui d’organismes et de syndicats pour le Fonds jeunesse du Journal des Alternatives. À cette occasion, nous avons pris (…)

Lancement du numéro 103

Le collectif de rédaction de la revue À bâbord ! vous invite au lancement de son numéro 103 ayant pour titre de dossier « À ras bord ! ». L'événement se déroulera à la (…)

Le collectif de rédaction de la revue À bâbord ! vous invite au lancement de son numéro 103 ayant pour titre de dossier « À ras bord ! ».

L'événement se déroulera à la libraire Zone Libre (262 Rue Sainte-Catherine Est, Montréal) le mercredi 2 avril 2025 à partir de 18h.

Entrée libre, bienvenue à toutes et à tous !

L'événement se déroulera à la libraire Zone Libre (262 Rue Sainte-Catherine Est, Montréal) le mercredi 2 avril 2025 à 18h00. Les prises de parole commenceront à 18h30.Il y aura une présentation du dossier par les coordonnateurs·rices du numéro : Ramon Vitesse et Louise Nachet.

S'ensuivra la prise de parole de plusieurs des auteurs·rices du dossier.

Il y aura aussi une exposition réalisée par Selena Phillips-Boyle à partir des photos prises pour illustrer le mini-dossier sur l'éthique du care. Le mini-dossier sur le care a été coordonné par Isabelle Bouchard, Alicia Leclerc, Selena Phillips-Boyle et Angelo Soares.

Pour consulter l'événement Facebook, c'est ici.

Voici un petit extrait de la présentation du dossier principal : « À la fois omniprésents et invisibles, tout comme les travail­leur·euses qui s'occupent de les ramasser, les déchets ne sont pas un effet secondaire déplorable et indésirable du capitalisme. Au contraire, ils sont le signe de sa domination. Un élément constitutif et nécessaire d'un système qui dépend de la création continue de surplus. La surproduction, l'obsolescence programmée, la création de besoins imaginaires ou le gaspillage sont autant de phénomènes mortifères qui semblent indéboulonnables au sein de nos sociétés. »

Capitalisme et confédération – Compte-rendu de lecture

19 mars 2025, par Archives Révolutionnaires
En 1968, l’historien Stanley B. Ryerson faisait paraître son livre Unequal Union, une œuvre de synthèse sur l’histoire du Canada. L’ouvrage, traduit en français sous le titre (…)

En 1968, l’historien Stanley B. Ryerson faisait paraître son livre Unequal Union, une œuvre de synthèse sur l’histoire du Canada. L’ouvrage, traduit en français sous le titre Capitalisme et confédération en 1972, a récemment été republié chez M Éditeur avec la collaboration de trois membres du collectif Archives Révolutionnaires. L’auteur du présent compte-rendu, quant à lui, n’a pas été impliqué dans cette réédition, mais nous offre sa propre appréciation de l’ouvrage en regard des enjeux contemporains.

Un texte de Nicholas Bourdon

Stanley B. Ryerson (1911-1998) est issu d’une famille de la bourgeoisie torontoise. Il fait cependant le choix de militer au sein du Parti communiste du Canada (PCC) et en faveur des masses laborieuses au début des années 1930. Sa formation intellectuelle lui permet de gravir rapidement les échelons et d’occuper un rôle dirigeant au sein du parti dès les années suivantes. L’implication de Ryerson au sein du PCC sera cependant marquée de soubresauts alors que les contextes international et national l’amènent à remettre en question les positions du parti. D’une part, il est profondément affecté par le Printemps de Prague en 1968. D’autre part, son attachement à l’autodétermination du Québec et le rejet du nationalisme « petit-bourgeois » par le PCC l’amènent à se distancer de celui-ci : la rupture sera définitive en 1971. À partir de ce moment, il s’investit davantage dans le milieu académique, notamment à l’UQAM où il est professeur à partir de 1970. C’est avec la volonté d’élucider et de comprendre le nationalisme québécois qu’il se lance dans la rédaction de ses deux ouvrages historiques majeurs :  The Founding of Canada en 1960 et Unequal Union en 1968. Ce dernier ouvrage sera traduit en français par André d’Allemagne sous le titre Capitalisme et confédération en 1972 et publié aux éditions Parti Pris. La dernière réédition de cet ouvrage datant de 1978, M Éditeur a cru bon republier cette œuvre phare de l’historiographie canadienne en 2024, afin de la rendre accessible aux plus jeunes générations. En effet, ce livre est riche de contenu sur l’évolution politique et socio-économique du Canada au XIXe siècle dans une perspective marxiste.

Dans son premier chapitre, Ryerson nous présente son objectif, soit d’accorder autant d’importance aux phénomènes socio-économiques qu’aux phénomènes nationaux. L’auteur entend offrir une analyse matérialiste et marxiste de l’histoire du Canada tout en soulignant les revendications nationales du peuple canadien-français. Dans les chapitres 2 à 7, le contexte, le déroulement et les conséquences des insurrections du Bas et du Haut-Canada de 1837-1838 nous sont présentés synthétiquement, tout en offrant un niveau de détail suffisant pour intriguer et intéresser le lectorat. L’analyse de Ryerson sur ces événements est originale sur plusieurs plans, notamment en précisant la composition sociale du camp révolutionnaire, ainsi que celui des autorités coloniales. On constate aisément une analyse inspirée de la lutte des classes où les élites bourgeoises et le haut clergé se rangent systématiquement du côté des autorités coloniales, alors que la petite bourgeoisie et les masses ouvrières et paysannes se soulèvent majoritairement contre le régime britannique. L’auteur souligne également l’interrelation entre les revendications démocratiques et économiques des insurgés. De plus, Ryerson nous indique schématiquement les distinctions entre les ailes modérées et radicales du mouvement. En ce qui concerne le Bas-Canada, la révolution est présentée comme le fruit d’une affirmation nationale accompagnée de revendications politiques démocratiques incarnées par la devise : « Notre langue, nos institutions, nos lois ».  Finalement, l’auteur prend également le soin de fournir une analyse rigoureuse des événements révolutionnaires dans les deux Canadas en établissant les causes principales de leur échec.

Dans les chapitres 8 et 9, les conséquences immédiates de la répression violente des mouvements révolutionnaires dans les années suivant l’adoption de l’Acte d’Union en 1840 sont abordées.  L’auteur présente les mobilisations populaires comme une des causes primordiales de l’obtention du gouvernement responsable en 1848. Le blocage occasionné par le contexte colonial limitant le développement des institutions représentatives ainsi que celui d’une industrie locale insuffisamment développée prend une place importante dans la réflexion. Ensuite, les Canadiens français ne peuvent prétendre à un réel Home Rule à ce moment, puisque l’autonomie n’a été consentie qu’au moment où ceux-ci représentaient une minorité démographique dans la colonie, témoignant de l’aspect national de cette lutte. Les événements à l’échelle du monde et de l’Empire britannique ont également contribué à faire plier les autorités en faveur du gouvernement responsable, notamment avec l’arrivée massive d’immigrants irlandais victimes de la famine, la recrudescence du mouvement chartiste vers 1847-1848 dans un contexte de crise économique et, finalement, la vague révolutionnaire du printemps 1848 en Europe.

Lancement de l’ouvrage Capitalisme et confédération (Librairie N’était-ce pas l’été, novembre 2024)

Dans les chapitres 10 à 14, l’évolution industrielle du Canada est abordée sous l’angle de la transition du féodalisme au capitalisme dans les colonies britanniques en Amérique du Nord. Sans surprise, le système seigneurial au Bas-Canada est présenté comme le principal frein à la libération d’une main-d’œuvre paupérisée permettant la transition vers un capitalisme industriel dans la colonie. C’est en 1854 que ce vestige semi-féodal est aboli par les autorités coloniales, ce qui concorde selon l’auteur avec une accélération de l’industrialisation du Canada dans les années 1850 et 1860. Un autre facteur important du développement du capitalisme au Canada est la construction des chemins de fer grâce à un appui étatique important. L’ambivalence des élites canadiennes face à leur voisin du sud, les États-Unis, prend également une place importante autour de quatre points d’analyse : la pénétration économique étasunienne au Canada, l’expansionnisme étasunien, le mouvement annexionniste au Canada et le libre-échangisme entre les deux pays. D’un côté, le puissant voisin est un symbole de progrès économique, mais, de l’autre côté, il limite le développement d’un capitalisme canadien. La bourgeoisie canadienne naissante est prise entre deux feux.

Dans les chapitres 15 à 17, la volonté d’unir les différentes colonies britanniques en Amérique du Nord occupe la place principale. L’union est présentée par les élites canadiennes comme une solution pour éviter l’absorption par le puissant voisin étasunien, une façon de développer plus aisément le réseau du chemin de fer entre les colonies britanniques et d’étendre les rails de l’Atlantique jusqu’au Pacifique. Ces élites considèrent que cela favoriserait le développement capitaliste et industriel. Par contre, les autorités métropolitaines sont initialement opposées à tout projet d’union des colonies allant plus loin que le Canada-Uni de 1840 qui avait pour but de minoriser politiquement les Canadiens français. Cela s’inscrit dans une tradition de « diviser pour mieux régner ». Ce n’est que par réalisme que les Britanniques changeront leur position sur l’unité des colonies après la guerre de Sécession (1861-1865), devant la menace d’une invasion étasunienne du Canada. Malgré l’opposition initiale de la métropole, les milieux d’affaires canadiens-anglais réussissent à former une coalition pro-union qui tient le coup face à l’instabilité politique et ministérielle. MacDonald et Galt, représentants des milieux d’affaires canadiens-anglais, forment une telle alliance avec les réformistes du Canada-Ouest (Brown) ainsi qu’avec les élites économiques et cléricales canadiennes-françaises (Cartier). La réticence des Maritimes est un autre élément posant problème, qui sera réglé par des pressions politiques et économiques importantes sur celles-ci dans les années 1860. L’auteur souligne aussi avec brio l’antidémocratisme inhérent aux « Pères de la Confédération » qui voient dans le suffrage universel un mal pour la société.

Dans les chapitres 18 et 19, Ryerson aborde la place des Canadiens français et des Métis dans le contexte de l’union fédérale. Pour les premiers, la question d’un « pacte » entre les peuples francophones et anglophones est centrale. Fidèle à son habitude, Ryerson adopte une position mitoyenne entre les deux grandes écoles historiographiques sur le sujet. Sa position se résume ainsi : un « pacte » est établi entre Cartier et MacDonald avant les réunions de Québec et de Charlottetown sur les bases du futur régime fédératif. Celui-ci octroie certains pouvoirs locaux aux gouvernements provinciaux, ce qui permettrait de facto une autonomie limitée au Québec sur les questions culturelles et linguistiques. Cependant, l’auteur soulève les limites du nationalisme traditionnel et conservateur des élites canadiennes-françaises qui ne voulaient pas d’un régime binational, perçu comme trop radical et républicain. En ce qui concerne les Métis, leurs mobilisations sont présentées comme une véritable affirmation de la souveraineté des peuples des Plaines menant à la création du Manitoba en 1870. Sans la résistance des Métis à l’autorité canadienne dans l’Ouest, aucune concession n’aurait été accordée en faveur de leurs revendications. Le gouvernement MacDonald approchera d’abord le problème par une apparente conciliation et de nombreuses intrigues, par manque de moyens militaires, mais optera finalement pour la confrontation qui aura raison des membres du gouvernement provisoire des Métis qui seront emprisonnés ou bien poussés à l’exil. Ce tour de force permet aux colons anglophones de s’imposer démographiquement dans la province.

Dans le dernier chapitre, Ryerson revient sur le développement parallèle de deux mouvements nationaux principaux au Canada (les nationalismes canadien-anglais et canadien-français), ainsi que sur le mouvement ouvrier et prolétarien, afin de conclure en étayant à nouveau sa thèse principale. À cet effet, l’évolution du Canada est principalement caractérisée par deux collectivités nationales dans une situation inégalitaire et coloniale en défaveur de la nation canadienne-française. Selon l’auteur, ce développement national est parallèle au développement du capitalisme industriel qui voit également l’émergence d’une classe prolétarienne embryonnaire. Il conclut que le projet d’union fédérale, fait par et pour les élites bourgeoises des deux collectivités nationales, n’a jamais réussi à inclure la majorité, soit les classes travailleuses. L’auteur affirme clairement que l’égalité réelle devra passer par la fin du monopole de la propriété privée de la classe bourgeoise au détriment de la majorité, ainsi que par la reconnaissance formelle du principe d’autodétermination des peuples composant le Canada.

Pour conclure, l’ouvrage Capitalisme et confédération de Stanley B. Ryerson constitue une excellente synthèse de l’histoire politique et socio-économique du Canada au XIXe siècle. L’auteur ne s’en cache pas, il défend une approche marxiste pour interpréter les événements de l’histoire canadienne, tout en y intégrant la question nationale. Cela constitue l’élément le plus fort et le plus riche de l’ouvrage. Un autre élément intéressant et original de ce livre est la capacité de l’auteur à rattacher les événements proprement canadiens au contexte international. Par exemple, Ryerson lie habilement les mouvements insurrectionnels du Canada au mouvement chartiste en métropole, ou encore, il aborde avec justesse l’expansion impérialiste britannique pour l’accès au Pacifique dans le but d’obtenir un débouché commercial vers la Chine. En effet, ce livre est rempli de bonnes intuitions, peu abordées dans l’historiographie de son époque, qui ont permis à des recherches subséquentes d’approfondir ces thèmes effleurés par Ryerson. On pense notamment au lien avec le mouvement chartiste qui offre les bases d’une interprétation des insurrections canadiennes dans le contexte des révolutions atlantiques.

Cependant, ces intuitions, bien qu’intéressantes, ne sont pas suffisamment développées et sont lacunaires à certains égards. L’ouvrage concentre plutôt ses réflexions, comme annoncé, sur l’interrelation entre les revendications d’autonomie politique et les revendications nationales, ainsi que sur le développement du capitalisme canadien. Pour ce dernier sujet, l’interprétation est intéressante et bien défendue, mais reste majoritairement statistique et se cantonne à l’interprétation classique du développement industriel permis par un surplus de main-d’œuvre paupérisée et par « l’accumulation primitive du capital ». À mon avis, il aurait été intéressant d’explorer davantage d’autres formes de subsistance du mode de production féodal que le régime seigneurial, comme les corporations de métier. Une autre critique récurrente de l’ouvrage est son traitement des premiers peuples. Ryerson a eu le flair de les inclure dans son narratif, mais ceux-ci sont souvent présentés comme de simples victimes du régime colonial et capitaliste. L’auteur les relègue donc inconsciemment à un rôle passif dans l’histoire. Le chapitre sur les Métis constitue une belle tentative de l’auteur de ne pas reléguer les Autochtones à ce rôle, mais celui-ci manque de profondeur et n’est pas tout à fait convaincant quant aux autres nations présentes dans les Prairies.

Cela n’en fait pas un mauvais livre pour autant puisqu’il a ouvert la porte à plusieurs réflexions qui ont été explorées et élucidées par les générations subséquentes. Capitalisme et confédération reste, à mon avis, un ouvrage essentiel et incontournable pour comprendre et s’initier, sur des bases solides, à l’histoire canadienne.

Photo de couverture : Adrien HébertLes charbonnages (c. 1928)

Réseau militant intersyndical de QS/Résolutions pour le Conseil national du 5-6 avril 2025

18 mars 2025, par Réseau militant intersyndical de QS — , ,
Voici trois résolutions adoptées en AG par le RMI en vue du Conseil national de Québec solidaire le 5 et 6 avril prochain. La première propose de mettre à l'OJ le lancement (…)

Voici trois résolutions adoptées en AG par le RMI en vue du Conseil national de Québec solidaire le 5 et 6 avril prochain.

  1. La première propose de mettre à l'OJ le lancement d'une campagne politique pour un front uni contre la droite.
  2. La deuxième est une résolution d'urgence pour accentuer l'appui aux licenciés d'Amazon.
  3. La troisième est une résolution d'urgence en appui aux mobilisations contre le PL 89 brimant le droit de grève.

Solidairement,
Roger Rashi
Pour le comité de coordination du Réseau militant intersyndical

1. Face à la montée de l'extrême droite, de l'austérité et de l'antisyndicalisme Lançons une riposte unitaire et populaire

Considérant que le projet de loi 89, dit « Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out », proposé par le gouvernement caquiste, brime le droit de grève, constitue l'une des pires attaques contre le mouvement syndical québécois depuis plus de 40 ans et vise à affaiblir la riposte ouvrière et populaire aux attaques patronales et gouvernementales,

Considérant que la fermeture par AMAZON de ses sept entrepôts au Québec afin d'empêcher la syndicalisation de ses employé-es démontre tout le mépris de cette multinationale américaine, dont le patron Jeff Bezos est un proche allié de Donald Trump, envers la classe ouvrière québécoise et nos lois du travail,

Considérant que le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral vont profiter de la guerre commerciale déclenchée par l'administration Trump pour accroitre les mesures d'austérité, renforcer leurs politiques d'appui aux grandes entreprises et accentuer les reculs au niveau environnemental,

Considérant que lors du 8 mars dernier, un mouvement de groupes sociaux et communautaires, tel que Mères au front, s'est mis en marche pour protester contre la montée de l'extrême droite et de la misogynie, et qu'au courant de l'année qui vient des actions de la Marche mondiale des femmes s'organiseront à travers le monde,

Considérant que les politiques agressives, chauvines, racistes et intolérantes de l'administration Trump favorisent la montée de l'extrême droite -ici et dans le monde- ; briment les droits des femmes, des minorités, et des peuples ; aggravent les tensions géopolitiques et multiplient le danger de guerre,

Nous proposons
que Québec solidaire appuie résolument par une campagne publique, tant au parlement que dans la rue, les mobilisations sociales en cours et favorise leur convergence dans un front uni des luttes contre l'antisyndicalisme, notamment du projet de loi 89, l'austérité et l'extrême droite.

que le lancement d'une telle campagne publique contre le vent de droite est la meilleure façon de mobiliser nos membres, d'activer nos structures régionales et locales et d'accroitre notre appui populaire.

que cette proposition de lancer une campagne publique pour une riposte unitaire et populaire soit mise à l'ordre du jour et discutée lors du Conseil national du 5 et 6 avril prochain.
(Résolution adoptée comme ajout au Cahier de propositions du CN 5-6 avril 2025)

2. Résolution d'urgence en appui aux licenciés d'Amazon

Il est proposé que Québec solidaire :
Appuie énergiquement la campagne de boycottage publique et institutionnelle d'Amazon,

Appuie la revendication des travailleurs-euses licenciés exigeant un an d'indemnités de la part d'Amazon,

Exige le remboursement par Amazon de toutes les subventions accordées par le gouvernement,

Exige que, dans l'éventualité d'un jugement du tribunal administratif du travail contre Amazon, la compagnie délinquante soit interdite d'opérer sur le territoire québécois.

3. Résolution d'urgence en appui aux mobilisations contre le projet de loi 89 brimant le droit de grève

Il est proposé que Québec solidaire :

Continue de dénoncer sans arrêt le projet de loi 89 et toutes les formes de recul que tente d'imposer la CAQ au droit de grève et aux droits des travailleurs et travailleuses,

Appuie les mobilisations qui seraient lancer dans le cadre d'une campagne contre ce projet de loi profondément anti-démocratique et antisyndicale

À Khiam, la mémoire de l’occupation israélienne sous les bombes

18 mars 2025, par Amélie David
Amélie David, correspondante à Beyrouth Sur les hauteurs du village de Khiam, au sud du Liban, se dresse l’ancienne prison. Entre 1985 et 2000, environ 3 000 personnes y ont (…)

Amélie David, correspondante à Beyrouth Sur les hauteurs du village de Khiam, au sud du Liban, se dresse l’ancienne prison. Entre 1985 et 2000, environ 3 000 personnes y ont été emprisonnées et y ont subi les pires traitements. Cette prison était alors dirigée par l’armée du Liban-Sud, une (…)

L’impact de l’arrivée de Costco à Rimouski : enjeux et perspectives

18 mars 2025, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local L’arrivée imminente de Costco à Rimouski, prévue pour 2025, suscite des discussions animées parmi les acteurs (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local L’arrivée imminente de Costco à Rimouski, prévue pour 2025, suscite des discussions animées parmi les acteurs économiques locaux, surtout maintenant que le rapport de la SOPER a été rendu public récemment. La question centrale reste de (…)

Critique percutante de Donald Trump et Elon Musk

Critique percutante de Donald Trump et Elon Musk par le représentant du Connecticut John Larsen. Le 14 mars 2025. Traduction et sous-titres, Ovide Bastien. Note : John Barry (…)

Critique percutante de Donald Trump et Elon Musk par le représentant du Connecticut John Larsen. Le 14 mars 2025. Traduction et sous-titres, Ovide Bastien.

Note : John Barry Larson (né le 22 juillet 1948) est un homme politique et homme d'affaires américain. Il est représentant des États-Unis pour le 1ᵉʳ district congressionnel du Connecticut depuis 1999. Ce district est centré sur la capitale de l'État, Hartford. Membre du Parti démocrate, Larson a présidé le caucus démocrate de la Chambre des représentants lors des 111ᵉ et 112ᵉ congrès des États-Unis.
Il y a 5 jours, le représentant John Larson (D-CT) a critiqué Elon Musk et a houspillé ses collègues républicains après que le témoignage de Musk a été bloqué avant une audition du Comité des voies et moyens de la Chambre des représentants le 12 mars 2025.
Auteur de cette note : Henry Zeris

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Quand la barbarie s’attaque à la liberté : L’incendie criminel de Radio Télévision Caraïbes

18 mars 2025, par Smith Prinvil — ,
Dans la nuit du 12 au 13 mars 2025, un acte d'une brutalité révoltante a frappé Haïti en plein cœur. Radio Télévision Caraïbes (RTVC), l'un des plus grands bastions de la (…)

Dans la nuit du 12 au 13 mars 2025, un acte d'une brutalité révoltante a frappé Haïti en plein cœur. Radio Télévision Caraïbes (RTVC), l'un des plus grands bastions de la presse haïtienne, a été réduit en cendres par des criminels armés. Un crime de plus dans un pays plongé dans le chaos ? Non. Une attaque méthodique contre un symbole. Car toucher à la presse, c'est frapper au visage de la démocratie, c'est signifier à une nation que la vérité n'a plus sa place et que le silence doit régner.

Cet incendie n'est pas un simple fait divers ; c'est une déclaration de guerre contre la liberté d'informer. Il s'inscrit dans une longue série de tentatives visant à bâillonner la presse haïtienne, à instaurer un climat de terreur où les journalistes ne sont plus que des cibles à abattre. Que signifie encore l'État de droit si les médias, censés être son quatrième pouvoir, sont traqués et détruits sans que personne ne réponde de ces actes ?

Quand le silence devient complice

Face à cette attaque d'une violence inqualifiable, une question demeure : où est l'État ? Où sont les forces de l'ordre censées protéger les institutions essentielles au bon fonctionnement de la démocratie ? Depuis des années, Haïti s'enfonce dans une insécurité galopante, où les gangs imposent leur loi pendant que les autorités se contentent de discours creux et d'appels au calme.
L'inaction des pouvoirs publics face à l'escalade de la violence n'est plus une simple défaillance. Elle est devenue une forme de complicité passive. En laissant des bandes armées incendier des médias, assassiner des journalistes, kidnapper des citoyens et terroriser la population, l'État haïtien abdique. Il prouve qu'il n'a plus ni l'autorité ni la volonté de garantir la sécurité de ses propres institutions.

Ce drame dépasse largement les murs de Radio Télévision Caraïbes. Il pose une question fondamentale : peut-on encore parler d'un État haïtien, ou ne sommes-nous plus qu'un territoire livré à la loi des plus forts ?

RTVC : un symbole que l'on ne peut réduire en cendres

Depuis des décennies, Radio Télévision Caraïbes est bien plus qu'une station de radio et de télévision. Elle est un espace de débat, de vérité, de résistance. Elle a été le témoin des heures sombres du pays, des soubresauts politiques, des révoltes et des espoirs d'une nation qui refuse de sombrer.

Réduire ses locaux en cendres, c'est tenter de réduire au silence cette voix qui dérange, qui interroge, qui informe. Mais l'histoire nous l'a appris : les flammes ne suffisent pas à éteindre la vérité. Le feu qui a ravagé RTVC ne pourra jamais consumer l'engagement de ses journalistes, ni la mission qu'ils incarnent. Car un média n'est pas seulement un bâtiment, c'est une idée, un engagement, une lutte. Et tant qu'il y aura des Haïtiens prêts à défendre la liberté de la presse, RTVC renaîtra.

L'heure de l'engagement national

Aujourd'hui, plus que jamais, il est temps d'agir. La communauté nationale et internationale ne peut pas rester spectatrice de la descente aux enfers d'Haïti. Il est impératif que des mesures immédiates soient prises pour protéger les journalistes, pour garantir leur sécurité et pour assurer que des attaques comme celle contre RTVC ne restent pas impunies.

Les citoyens haïtiens doivent aussi prendre conscience de l'enjeu. Défendre la presse, ce n'est pas seulement défendre des journalistes. C'est défendre le droit de savoir, le droit de comprendre, le droit de choisir son avenir. Accepter la destruction d'un média aujourd'hui, c'est accepter qu'un jour, ce soit au tour de la société tout entière d'être bâillonnée.

La presse vivra, la vérité triomphera

L'incendie de Radio Télévision Caraïbes est une blessure profonde pour Haïti, mais elle ne doit pas être un coup fatal. Elle doit être un signal d'alarme, un cri de révolte, un appel à la mobilisation. Car un pays sans presse libre est un pays sans avenir.

Les criminels ont incendié RTVC, mais ils n'ont pas éteint l'esprit de résistance qui anime ceux qui, chaque jour, risquent leur vie pour informer. L'histoire l'a prouvé maintes fois : la vérité finit toujours par triompher. Reste à savoir si nous aurons, collectivement, le courage de la défendre avant qu'il ne soit trop tard.

Smith PRINVIL

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Femmes et filles en Haïti, entre lutte pour la dignité et protection des droits

En Haïti, la situation des femmes et des filles est devenue une urgence humanitaire, marquée par une violence croissante des gangs armés, une insécurité généralisée et une (…)

En Haïti, la situation des femmes et des filles est devenue une urgence humanitaire, marquée par une violence croissante des gangs armés, une insécurité généralisée et une pauvreté de plus en plus aiguë. Elles sont souvent les principales victimes dans ce contexte de crise, subissant des violences physiques, sexuelles et psychologiques. La montée des kidnappings et des exactions perpétrées par des groupes armés aggrave encore leur vulnérabilité.

La question se pose alors : comment garantir leurs droits et leur dignité dans un environnement aussi difficile ?

Novia Augustin : « Les femmes haïtiennes, des héroïnes invisibles »

Dans une interview exclusive avec Marc Arthur Alexandre et Smith Prinvil, Novia Augustin, diplomate, avocate et militante engagée pour les droits des femmes, a livré un éclairage essentiel sur cette situation désastreuse, tout en formulant des recommandations concrètes.

La violence systémique contre les femmes et les filles

Pour Novia Augustin, Présidente de Refuge des Femmes d'Haïti (Ref-Haïti) également Présidente de la FEDOFEDH, la violence à l'égard des femmes haïtiennes n'est pas seulement une question de criminalité ordinaire, mais un phénomène systémique qui perdure malgré les appels à l'aide. Elle explique :

« Les femmes et les filles subissent une double oppression : celle des gangs et celle d'un système judiciaire qui reste défaillant. Les violences sexuelles, l'exploitation et les abus physiques sont monnaie courante. Beaucoup de femmes sont prises dans des situations d'esclavage moderne, utilisées comme monnaie d'échange dans les conflits entre gangs. »

Elle souligne que, malheureusement, ces violences restent largement impunies, car les victimes n'ont ni la possibilité ni la confiance de porter plainte, souvent par peur de représailles ou à cause du manque d'infrastructures adéquates pour les protéger.

La nécessité d'un changement radical

Lors de l'entretien, Novia Augustin a insisté sur la nécessité d'un changement radical dans la gestion de cette crise, à commencer par une réforme profonde du système judiciaire. Elle a exprimé son désaveu des mesures qui, selon elle, ne vont pas au cœur du problème :

« Il est impératif d'avoir une réponse collective, coordonnée et d'urgence. Les autorités doivent déployer un dispositif plus solide pour protéger les femmes et les filles. Il faut des lois sévères, des tribunaux spécialisés et des formations pour les forces de l'ordre sur les questions de genre et de violence. L'impunité doit cesser. »

Elle a également souligné la nécessité d'une coopération entre les ONG, la communauté internationale et les autorités haïtiennes pour aider les victimes à accéder à la justice et à des ressources de soutien.

Les femmes en première ligne de la résistance

Malgré la dureté de la situation, Novia Augustin a salué le courage et la détermination des femmes haïtiennes qui luttent quotidiennement pour survivre et garantir un avenir meilleur à leurs enfants. À l'occasion de la commémoration de la Journée Internationale des Droits de la Femme, elle a souligné leur rôle essentiel dans la résistance face à la violence :

« Les femmes haïtiennes sont des héroïnes invisibles. Elles sont au cœur de la résilience nationale. Malgré tout, elles continuent de se battre pour leurs familles, leurs communautés et pour leurs droits. Leur force est un moteur qui doit nous inspirer à agir pour leur sécurité et leur autonomie. »

Elle a également appelé à une plus grande reconnaissance de leur rôle dans la société haïtienne et a réaffirmé l'importance de leur donner plus de pouvoir et de ressources pour qu'elles puissent jouer un rôle plus visible dans le processus de reconstruction du pays.
Des recommandations concrètes

Novia Augustin a formulé plusieurs recommandations pour améliorer la situation des femmes en Haïti :

1. Renforcer les mécanismes de protection des femmes : Mise en place de refuges sécurisés et de lignes d'urgence accessibles.

2. Accroître les programmes de sensibilisation sur la violence basée sur le genre et former les forces de l'ordre à la gestion de ces cas.

3. Promouvoir l'autonomisation économique des femmes : Créer des programmes d'accès au financement et à la formation professionnelle pour les femmes.

Conclusion : Une lutte qui doit se traduire en actions concrètes

Pour Novia Augustin, la situation des femmes haïtiennes n'est pas une fatalité. La clé réside dans un engagement collectif fort, tant au niveau national qu'international, pour mettre fin aux violences, garantir l'accès à la justice et offrir un avenir digne à ces femmes et filles qui, chaque jour, luttent pour leur survie et leur dignité.

Elle conclut sur un appel à l'action :

« Les femmes haïtiennes ne demandent pas la charité, elles demandent leur droit à vivre en paix et à réaliser leur potentiel. Il est temps de les soutenir dans cette lutte pour la justice et la dignité. »

En cette Journée Internationale des Droits de la Femme, Novia Augustin a su transmettre un message puissant : les femmes haïtiennes, malgré les obstacles immenses, sont des forces vives essentielles à la société haïtienne. Son appel à l'action, à la solidarité et à la justice résonne comme un impératif pour garantir un avenir où chaque femme, en Haïti et ailleurs, peut vivre dans la dignité, la sécurité et l'égalité des droits. La détermination des femmes haïtiennes, saluée par Mme Augustin, est plus que jamais un moteur de changement pour le pays et pour le monde

La militante des droits humains a également rendu hommage aux femmes de la diaspora haïtienne, qui jouent un rôle crucial dans la promotion des droits des femmes et dans la solidarité internationale. Elle a souligné l'importance d'une action collective à l'échelle mondiale pour soutenir les droits des femmes, en particulier dans les pays en développement comme Haïti, où les inégalités de genre sont exacerbées par la crise politique et sociale.

Smith PRINVIL

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Comptes rendus de lecture du mardi 18 mars 2025

18 mars 2025, par Bruno Marquis — , ,
Tenir tête aux géants du web Alain Sauliner J'avais lu « Les barbares numériques » du même auteur, que j'avais beaucoup aimé, il y a quelques années. « Tenir tête aux (…)

Tenir tête aux géants du web
Alain Sauliner

J'avais lu « Les barbares numériques » du même auteur, que j'avais beaucoup aimé, il y a quelques années. « Tenir tête aux géants du web » nous offre aujourd'hui une précieuse mise à jour sur la mainmise grandissante des géants du web (GAFAM et nouveaux venus) sur nos institutions, nos systèmes sociaux, nos communications, nos données personnelles et nos vies. C'est une œuvre fouillée qu'il vaut franchement la peine de lire, surtout pour les plus jeunes, les 14 à 35 ans. J'ai particulièrement aimé les sections sur l'impact environnemental de ces médias sociaux et des nouvelles technologies qui y sont liées, surtout avec l'émergence de l'intelligence artificielle, sur leurs impacts sur nos cultures minoritaires, en particulier sur le plan linguistique, et sur la propagation des valeurs d'extrême droite, de la haine, de la désinformation et de la mésinformation auxquelles elles ont ouvert les vannes.

Extrait :

L'actuel débat public sur l'immigration au Québec m'horripile. On accuse les migrants de tous les maux alors que ce qui influence le plus le coeur de notre identité culturelle, ce sont les géants américains du web, les géants de l'écoute en continu, Amazon, Apple, Netflix, Disney+, YouTube et d'autres encore, comme les entreprises de la télévision connectée.

Manuel d'autodéfense intellectuelle
Oeuvre collective

Le Monde diplomatique publiait en septembre dernier son fameux « Manuel d'autodéfense intellectuelle », un petit ouvrage consacré à l'histoire et aux méthodes d'autodéfense dont je vous recommande vivement la lecture. Des historiens et chercheurs en science sociale y déconstruisent d'abord une foule d'idée reçues : Churchill, soldat de la liberté ; la gauche adore les islamistes, le peuple a élu Hitler ; l'Occident défend les droits humains ; l'antisionisme équivaut à l'antisémitisme ; faire l'Europe, c'est faire la paix ; l'extrême droite, rempart contre le terrorisme ; etc. Puis, ils nous fournissent une boîte à outils pour nous aider à porter un regard critique sur le passé et à interpréter les événements en cours.

Extrait :

L'effort de guerre contre les nazis assèche l'économie de l'Empire britannique, qui, pour compenser, absorbe toutes les ressources agricoles du sous-continent indien. La disette emporte des millions de personnes. À Londres, le premier ministre reste indifférent à leur sort.

Aux quatre chemins
Yvan Lamonde

J'ai le sentiment qu'on est toujours passé un peu vite, dans nos cours et manuels d'histoire, sur cette période importante et révélatrice de notre histoire nationale que constituent les événements de 1837 et 1838. Yvan Lamonde nous en dresse ici un tableau éclairant à travers de quatre figures marquantes de l'époque : Louis-Joseph Papineau, Étienne Parent, Louis-Hyppolite La Fontaine et Cyrille-Hector-Octave Côté. D'un côté, celui de Papineau et Côté, en rupture avec le régime colonial britannique, qui ne visait à moyen ou long terme que notre assimilation ; de l'autre, Parent, puis La Fontaine, passant de compromis en compromis, jusqu'à la compromission. J'en ai appris beaucoup, je dois l'admettre, sur Parent et La Fontaine, personnages controversés qui occupent une grande place dans ce livre.

Extrait :

Le deuxième projet d'Union, concocté dans le secret par des marchands de Montréal en 1822, déclenche une prise de conscience irréversible chez Papineau, au Parti canadien et chez des Canadiens même, comme on nomme encore à l'époque les descendants des colons de la Nouvelle-France. Avec ce projet, il ne s'agit plus d'angliciser, de protestantiser les francophones catholiques ; la visée est plus radicale : unir le Haut et le Bas-Canada de façon à ce que le plus rapidement possible les Britanniques de la colonie prennent le contrôle de la Chambre d'assemblée, y deviennent majoritaires. Outre le pouvoir impérial du Colonial Office et le droit de véto du gouverneur, les Britanniques ont alors aussi recours au blocage par le Conseil législatif nommé par le gouverneur, Conseil qui doit entériner les lois votées par les députés élus, mais qui, précisément, refuse de les approuver. Une mobilisation civique délègue John Neilson et Papineau à Londres pour aller dénoncer le caractère non démocratique de ce projet d'Union méconnu du Parlement britannique.

L'automne du Patriarche
Gabriel García Márquez
Traduit de l'espagnol

Ce roman nous raconte la vie d'un dictateur sans âge dans un quelconque pays d'Amérique latine. On y retrouve le rythme entraînant de García Márquez, tout en virgules, dans une critique burlesque et impitoyable d'une dictature fictive, mais inspirée de la fuite du dictateur vénézuélien Marcos Pérez Jiménez en République dominicaine, puis aux États-Unis. Une satire éclairante !

Extrait :

Il vit le brasier allumé sur la Place d'Armes pour brûler les portraits officiels et les lithos de calendrier qu'on trouvait partout et à toute heure depuis le début de son régime, et il vit passer son propre corps qu'on tirait et qui laissait sur le pavé une traînée de décorations et d'épaulettes, de boutons de dolman, d'effilochures de brocard, une passementerie d'agrafes, de glands de sabre, de jeux de cartes, et les dix soleils tristes de roi de l'univers, maman, regarde dans quel état ils m'ont mis, disait-il, en sentant sur sa propre chair l'ignominie des crachats et des pots de chambre de malades qu'on lui vidait dessus au passage du haut des balcons, horrifié à l'idée qu'il pourrait être dépecé et digéré par les chiens et les charognards au milieu des hurlements délirants et du tonnerre de la pyrotechnie pour ce carnaval de ma mort.

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Gaza, entre resilience et nouvelles invasions des colons !

18 mars 2025, par Omar Haddadou — , ,
Le mouvement de l'extrême Droite israélienne, mené par Daniella Weiss, 79 ans, passe à l'offensive pour la construction d'autres colonies dans la Bande de Gaza. Cela se (…)

Le mouvement de l'extrême Droite israélienne, mené par Daniella Weiss, 79 ans, passe à l'offensive pour la construction d'autres colonies dans la Bande de Gaza. Cela se matérialise à l'heure où la trêve du cessez le feu est violée. A Paris, c'est Olivia Zémor d'EuroPalestine qui a appelé à la mobilisation, ce samedi 15 mars 2024.

De Paris, Omar HADDADOU

Dans un Monde nappé de domination bestiale, constellé de compromissions, de curée inextinguible putride vers le minerai et l'espace territoriale, des voix s'étranglent pour dénoncer le crime contre l'Humanité, la violation du Droit international, la spoliation de la ressource par des Puissances nourries de Capitalisme sauvage et d' injustices annexionnistes.

Avant d'en venir à la quintessence de la manifestation parisienne en soutien à la Résistance de Gaza, menée, sans éloge aucun, avec bio, par ce bout de femme, ô combien intrépide et laborieuse, qu'est la Présidente de France Palestine, Olivia Zémor, il y a lieu de donner du relief a cette déclaration scandaleuse de la cheffe du Mouvement Nachala, Daniella Weiss qui œuvre, selon une source française, avec détermination pour « la Recolonisation de la Bande de Gaza ». A la tête de ce courant de réoccupation, elle est, d'après l'organe public français, aux commandes de l'essentiel des manifestations de l'extrême Droite messianique et sioniste, coordonnées ces derniers temps à la frontière de la bande de Gaza.

Tel un Empereur à la fibre expansionniste en quête de territoires abondants vulnérables, elle se gonfle d'orgueil de faire main basse sur la terre des Gazaouis (es) : « Si je passe un coup de fil, il y aura 7 colonies ce soir ! »,
La carte des territoires occupés déployés sur la table de la salle à manger, elle colorie les terres et Kibboutz colonisés récemment et celles à conquérir dans les prochains jours. Des plans ficelés, en guise de pied de nez à la Communauté internationale et au Palais de Paix de la Cour Internationale de Justice (CIJ).
Pour Daniela Weiss, l'attaque du 7 octobre a été l'élément déclencheur pour passer à l'acte :

« Vous voyez les points rouges ? Ce sont 21 colonies. Gaza sera un territoire juif d'ici une génération. Depuis le 7 octobre, nous avons le devoir de jeter les Arabes en dehors de Gaza ! Les Arabes dehors, les Juifs à l'intérieur ! C'est à quoi je travaille ! Nous sommes prêts à partir maintenant. Avec 500 familles, c'est plus de 2000 personnes ! ».

Dans cette dynamique de violence barbare, approuvée par Trump et le tristement désillusionné Macron et son fantasme de l'Europe de la Défense (Un gouffre financier sur le dos du contribuable), une question reste en suspens : Que fera Netanyahou, une fois tous (es) les otages récupérés ?

A l'heure où nous couchons ces lignes, Tsahal affirme avoir mené plusieurs frappes sur les combattants dans la bande de Gaza.
A Paris, la mobilisation de ce samedi, Place du Châtelet, c'est Olivia Zémor, Présidente de Euro Palestine (arrivée la première sur les lieux ) qui était à la manœuvre pour donner du souffle au rassemblement. Teinté au vitriol, son discours s'attaque d'emblée aux responsables de la tragédie à Gaza dont le bilan des victimes frôle les 46 000 : « Pas une vie ! Pas un euro pour leur guerre ! Israël casse- toi ! La Palestine n'est pas à toi ! » lance-t-elle à la foule, persécutée par un froid polaire. Et de reprendre : « A vos interdictions, nous disons : Mobilisation ! Libérez les 10 000 otages palestiniens ! Nous sommes tous des soignants (es) de Gaza ! De sales guerres, on n'en veut pas ! »

Des intervenants (es) se sont relayés pour lever le voile sur le génocide - photos à l'appui – perpétré contre le peuple palestinien, les arrestations arbitraires, la torture, les sévices infligés et la violation des lieux du culte pendant le ramadhan.
Puis la voix d'Olivia d'entonner : « De Paris à Gaza, le fascisme ne passera pas ! Ghetto de Gaza, ghetto de Varsovie, plus jamais ça ! Et vive la Résistance ! du Peuple palestinien ! ».

Comment espérer la Paix quand des chefs d'Etat tels Macron et Trump, se disputent la suprématie, ne jurant présentement que pour la hausse du budget militaire. Couver un conflit, n'est autre que faire tourner une économie de guerre et gagner en influence stratégique.

En France, la Gauche accuse le Premier ministre de trahison suite à son refus de ratifier l'âge de départ à la retraite à 62 ans.

Le Président français s'est accointé avec Van der Leyen pour casser la tirelire du Peuple et débourser 800 milliards d'euros pour réarmer l'Europe !

Poutine aura bien allumé les Européens, au propre et au figuré !

O.H

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Les menaces de Trump, les défis du Canada

18 mars 2025, par Harry Glasbeek — ,
L'ancien Premier ministre canadien Pierre Trudeau a dit un jour que la relation entre le Canada et les États-Unis ressemblait à une souris qui dormait avec un éléphant : « "Peu (…)

L'ancien Premier ministre canadien Pierre Trudeau a dit un jour que la relation entre le Canada et les États-Unis ressemblait à une souris qui dormait avec un éléphant : « "Peu importe à quel point la bête est amicale et d'humeur égale, si je peux l'appeler ainsi, on est affecté par chaque tressaillement et chaque grognement. » - Citation de Jonathan Malloy, Inside Story , 13 juillet, 2018.

21 février 2025 / tiré de Socialist Project
https://socialistproject.ca/2025/02/trumps-threats-canadian-challenges/

Le président américain Donald Trump a sonné la charge : le Canada devrait être le 51e État, peut-être pourrait-il l'annexer légalement, le tenir certainement responsable de ses échecs en tant que garde-frontières, pour permettre aux personnes indésirables de se précipiter aux États-Unis et de permettre aux nantis de fournir un important marché de la consommation aux États-Unis. Plus encore, Trump a "Trump a affirmé que les dépenses du Canada pour son armée forcent les États-Unis, en tant que défenseur de tout ce qui est bon et sacré, à supporter un fardeau injuste.

Cela a poussé toutes sortes de Canadien-nes à se concentrer sur certaines vérités. Pas de nouvelles vérités, bien sûr. Les Canadien-nes sont conscients du fait qu'économiquement, ils ont toujours été étroitement intégrés aux marchés américains, une réalité qui s'est encore renforcée après la conclusion de l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), accords contre lesquels les nationalistes se sont battus bec et ongles, une opposition qui s'était estompée en 2020, lorsque la renégociation de ces accords commerciaux a conduit à leur remplacement par l'ACEUM (Accord Canada-États-Unis-Mexique). Les Canadien-s ont toujours compris qu'ils sont le partenaire junior dans bon nombre de ces relations et que, trop souvent, le terme « partenaire » embellit la réalité. Ils sont conscients du fait que cet enchevêtrement économique et cette subordination rendent très difficile pour le Canada d'agir en tant que pays politiquement souverain.

Les Inquiétudes du Canada

Ces inquiétudes toujours présentes ont été ravivées par Trump. Les Canadien-nes fiers veulent éviter une érosion accrue de leur indépendance. Ils cherchent des compromis, un adoucissement face à l'assaut brutal des États-Unis. Beaucoup soulignent l'absence de preuves à l'appui des affirmations de Trump selon lesquelles les soi-disant échecs du Canada ont un impact négatif significatif sur les États-Unis (comme le fait de signaler que la quantité de fentanyl provenant du Canada est infime par rapport au volume de drogue de contrebande). D'autres le critiquent pour sa croyance erronée selon laquelle l'imposition de tarifs douaniers a un sens économique et soulignent que cela nuira finalement aux États-Unis eux-mêmes. D'autres encore rappellent aux États-Unis à quel point les Canadien-nes ont été de bons amis et alliés tout au long de l'histoire et que d'autres pays moins fiables, comme le Mexique, devraient être la cible des tarifs (comme l'a soutenu le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford). Et nombreux sont ceux qui appellent à des représailles calculées et débattent de la meilleure façon de répondre, que ce soit par des contre-tarifs ou par des interdictions d'exportation.

Cette prise de conscience renouvelée du fait que le territoire que nous appelons le Canada n'a jamais résolu tous les obstacles à son émancipation économique et politique, et qu'il ne peut se permettre de sombrer davantage dans un statut de vassal, est à saluer. Même si c'est l'affirmation arrogante par Trump de la puissance américaine, plutôt qu'une introspection spontanée, qui a rappelé aux Canadien-nes l'inachèvement de leur projet d'établir un pays véritablement indépendant et souverain, elle remet à l'ordre du jour une lutte endormie. Cette lutte vise à rejeter la logique des rapports de production capitalistes, l'accent mis sur le caractère sacro-saint de la propriété privée, la liberté des contrats individuels et l'idéologie qui les accompagne, celle de l'anti-collectivisme. C'est un combat pour délégitimer le mantra selon lequel nos relations sociales devraient privilégier l'intérêt personnel individuel comme moteur du bien-être. Beaucoup d'entre nous défendent ces idées alternatives depuis longtemps, mais leurs efforts pour les concrétiser sur le territoire que nous appelons le Canada ont été atténués, marginalisés, justement parce que nous avons été si profondément intégrés à l'économie et aux compréhensions politiques des États-Unis.

Se Détacher des États-Unis ?

Les Canadien-nes doivent oser envisager de prendre leurs distances – économiquement, politiquement et socialement. Ils doivent commencer à découpler leur économie de celle des États-Unis. Ce n'est pas une mince affaire. Pour amorcer ce processus, ils doivent se convaincre mutuellement que l'idée politique selon laquelle le capitalisme est la seule voie pour assurer le bien-être du plus grand nombre est non seulement fausse, mais aussi dangereuse, car elle est la principale raison pour laquelle les peuples du monde sont confrontés à une crise écologique d'une ampleur existentielle. En bref, nous devons être prêts à nous considérer comme des abolitionnistes du capitalisme et des promoteurs du socialisme. Nous devons commencer par réimaginer notre système politique comme une entité distincte, nécessitant que ses principaux fondateurs – les peuples autochtones, les Québécois et les Anglo-Canadiens – parviennent à un consensus fondé sur une politique visant le bien commun de tous, tout en respectant l'autonomie relative de chaque groupe dans sa propre quête de ce bien commun.

Aussi impossible que cela puisse paraître, avec Trump ayant incité les gens à agir, le moment doit être saisi. Si ce n'est pas le cas, il est certain que Trump et ses successeurs obtiendront ce qu'ils veulent : plus de nos ressources, plus de notre complicité dans les projets impérialistes, les guerres et le pillage des États-Unis, une plus grande adhésion à un système de relations sociales fondé sur l'inégalité croissante, la satisfaction de la cupidité et la destruction de l'environnement. Mais nous devons être honnêtes avec nous-mêmes. Il existe de puissantes raisons pour lesquelles nombre d'entre nous pourraient ne pas vouloir saisir cette mince opportunité que cette crise provoquée par Trump nous offre. Le chemin vers une société meilleure est semé d'embûches.

Inévitablement, l'appel général à la résistance, aux représailles, à tenir tête au voisin oppresseur, s'inscrit dans le cadre séduisant du nationalisme et de la fierté patriotique. Les partis politiques traditionnels en profitent déjà : ils se positionnent comme les véritables leaders de la lutte nationaliste et patriotique. Cette posture sera renforcée alors que, par coïncidence, deux élections majeures approchent, durant lesquelles on peut s'attendre à ce que chacun de ces partis mette en avant sa fermeté dans l'obtention de concessions de la part de Trump, l'ennemi juré de tout ce qui fait du Canada un pays enviable. De nombreux Canadiens, révoltés par les États-Unis, s'allieront à l'un de ces partis dans l'espoir qu'ils tiennent certaines de leurs promesses. Ce qui risque de disparaître rapidement de la vue, c'est le fait que tous ces partis et leurs alliés dans les médias et les cercles d'opinion, et surtout la classe capitaliste canadienne elle-même, ont été et semblent toujours désireux d'être intégrés à l'économie américaine. En effet, nombre des déclarations de ces faiseurs d'opinion vantent les avantages d'un bloc économique commun, dans lequel les tarifs douaniers ne jouent qu'un rôle insignifiant.

De plus, tous ont accepté les notions fondamentales de la primauté de la propriété privée (demandez aux peuples autochtones) et d'une société basée sur l'individualisme (demandez aux syndicats les difficultés à promouvoir la collectivisation ou aux ONG les attaques toujours plus intenses contre le salaire social). En bref, lorsque ces partis traditionnels – et leurs partisans dans les médias traditionnels, les cercles intellectuels et les grandes entreprises – exigent que les Canadien-nes se tournent vers eux pour servir d'avant-garde à un mouvement de résistance, ils ne sont pas susceptibles de remettre en question la logique de la pensée et de l'action impérialistes américaines. Au mieux, ils se concentreront sur le retour des États-Unis à une position moins agressive, moins punitive dans leurs relations avec leurs partenaires subordonnés. Malheureusement, leur posture de nationalistes féroces peut rallier le soutien de nombreux Canadien-nes qui, pour le moment, sont suffisamment en colère pour envisager des réponses plus radicales. Les puissances en place, celles qui nous ont poussés à occuper la position de dépendance que nous occupons dans le bloc économique américain, sont susceptibles d'étouffer tout mouvement en faveur de changements plus radicaux. Elles sont susceptibles de guider les revendications transformatrices de la classe ouvrière vers des ports plus sûrs en obtenant quelques concessions, quelques compromis, ou du moins, en se battant dur pour les obtenir et, ce faisant, en consolidant la légitimité d'un système de relations sociales qui permet à une classe de dominer une autre. Nous devons être conscients de ce danger et en atténuer l'impact en disant la vérité.

Nous devons clairement indiquer que les partis traditionnels et leurs alliés nous demandent de croire en quelque chose qui n'est pas vrai. Implicite dans l'idée que nous sommes tous sur la même longueur d'onde lorsqu'il s'agit de considérer le pays que nous appelons le Canada comme une entité souveraine est la notion erronée que notre pays est un lieu où prévaut une sorte de cohésion sociale et politique. La classe sociale et notre histoire fondatrice disparaissent de notre champ de vision. Ces défenseurs du statu quo affirment que, bien que des différences existent entre individus et groupes, il existe un ensemble solide de liens, sociaux/culturels/historiques et économiques/politiques, qui nous unissent et soutiennent, de manière globale, une uniformité d'objectifs et d'aspirations. C'est pourquoi ces forces politiques prétendent qu'elles défendent – et se battent pour – une forme concrète de nationalisme existant que l'on peut qualifier de distinct. Cela est manifestement faux.

Trois peuples distincts

Tous les Canadien-nes savent qu'il existe au moins trois peuples bien distincts occupant le territoire que nous appelons le Canada : les peuples autochtones, les Québécois-es et les Anglo-Canadiens. Au sein de chacun de ces groupes, on observe d'autres différences, mais, dans l'ensemble, il s'agit de groupes clairement distincts ayant des histoires et des cultures différentes. Ils occupent des positions distinctes et inégales en termes d'influence politique et économique au sein de l'ensemble de la nation. Ces groupes vivent avec des tensions non résolues découlant de leurs passés et de leurs réalités présentes. Il est illusoire de parler d'une identité canadienne unique ou d'un projet national canadien distinct dans l'état actuel des choses. Ceux qui prétendent défendre le nationalisme canadien en ignorant cet ensemble fondamental de tensions nationales non résolues risquent d'adopter une position par défaut. Ils auront tendance à argumenter et à rechercher des résultats qui correspondent à ce qu'ils perçoivent comme étant dans l'intérêt du Canada. Cet intérêt sera défini en référence à la répartition actuelle du pouvoir économique, politique et idéologique, une situation qui a maintenu les peuples autochtones et les Québécois avec beaucoup moins d'autonomie, beaucoup moins de contrôle sur les manières particulières dont ils souhaiteraient vivre et, bien sûr, la classe ouvrière sous la domination du capital.

Cela indique qu'un des éléments constitutifs d'un mouvement cherchant à exploiter l'intimidation inspirée par le phénomène MAGA pour formuler des revendications transformatrices pourrait bien être la reconnaissance d'un État fédéral où les groupes fondateurs jusqu'ici marginalisés obtiendraient beaucoup plus d'autonomie sur leurs propres affaires. La lutte contre l'impérialisme américain pourrait devoir inclure des efforts pour corriger les injustices historiques. Dans le langage de certains défenseurs lors des débats de Charlottetown [1992], le Canada deviendrait une entité beaucoup plus démocratique s'il adoptait une constitution asymétrique à trois nations. Les difficultés liées à l'ouverture de cette boîte de Pandore sont évidentes. Mais les bénéfices pourraient en valoir la peine. Une telle lutte permettrait de remettre en question la position dominante actuelle, largement soutenue par le capital anglo-canadien, selon laquelle le credo du marché concurrentiel et dérégulé fait partie intégrante du pays que nous appelons le Canada.

D'un point de vue culturel, le Québec a montré à certaines occasions une préférence pour un modèle de gouvernance valorisant la cohésion des communautés autour de valeurs communes héritées du passé. Les peuples autochtones, bien que désormais beaucoup plus fragmentés qu'autrefois, ont historiquement privilégié une prise de décision fondée sur un consensus collectif. Ces deux approches de départ, bien qu'elles ne soient pas dominantes, rejettent le modèle préféré des États-Unis, profondément ancré dans la pensée et les actions de la classe dirigeante et des élites politiques et idéologiques du Canada. Ces deux approches remettent en question la subordination de la classe ouvrière. Le renforcement d'idées et d'idéaux contrastés, par des composantes nouvellement légitimées de l'entité nationale, offrirait une base non seulement pour résister, mais aussi pour rejeter la poursuite du modèle américain des relations capitalistes de production. Il serait alors plus facile d'accomplir ce qui doit être fait, à savoir échapper à l'enchevêtrement économique – et donc politique et idéologique – tissé par l'araignée en chef, Trump, ainsi que par ses prédécesseurs et successeurs.

Cette échappatoire ne sera pas facile. Elle exige de repenser la manière dont nous allons assurer le bien-être collectif et aborder des problèmes qui ne peuvent être contenus par des frontières, tels que les atteintes à l'environnement, la mobilité financière et les capacités de l'intelligence artificielle. Bien qu'il n'existe pas de solutions évidentes, il est impératif d'essayer.

Réinventer un Nouveau Canada

Nous devons nous battre avec ardeur pour renforcer et enrichir l'économie du soin. Nous devons protéger nos ressources des capitalistes étrangers et nationaux afin de bâtir notre propre infrastructure respectueuse de l'environnement, pour offrir un abri à tous ceux et celles qui en ont besoin. Nous devrons conquérir le contrôle des grandes industries. Nous devons accepter que les peuples autochtones aient le dernier mot quant à l'utilisation des ressources de leurs terres ancestrales ; une simple consultation ne suffit pas. Nous devons restituer à la sphère publique ce qui lui a été volé par la déréglementation, la privatisation et les modèles de partenariats public-privé. Nous devrons nous battre pour que les travailleurs et travailleuses contrôlent les immenses fonds auxquels ils contribuent pour assurer leur propre sécurité, mais qui sont actuellement gérés par des institutions financières et des employeurs qui les utilisent pour servir leurs intérêts capitalistes, bien trop souvent au détriment des travailleurs.

Cette liste incomplète est déjà intimidante, et bien d'autres enjeux restent à traiter. Tout aussi complexe est la question de savoir comment rassembler une masse critique d'alliés et comment élaborer des stratégies pour engager l'action face à ces immenses défis. C'est difficile, certes, mais ce qui est clair, c'est que l'angoisse suscitée par Trump, cette impression que nous n'avons plus aucun contrôle sur rien, nous offre un moment où le grand public pourrait être convaincu qu'un mouvement pour un changement radical a du sens. Nous devons tenter de saisir cette opportunité. Je ne dispose d'aucune épée pour trancher le nœud gordien des idées et pratiques dominantes, soutenues par la classe capitaliste canadienne et ses partisans, mais j'ai le sentiment que si nous nous contentons de suivre les partisans du compromis et de l'apaisement, nous nous retrouverons dans une situation encore pire, en tant que société et en tant que peuples.

Nous devons réimaginer un Canada capable de produire des biens et des services répondant aux besoins de la population. Nous devons rejeter la maximisation du profit comme moteur de production. Nous devons saisir cette opportunité, aussi mince soit-elle, non seulement pour atténuer les souffrances que Trump nous promet, mais aussi pour démontrer qu'il s'appuie sur un système qui a sapé notre contrôle sur nos vies, notre aspiration à la démocratie et au respect de tous, notre désir de trouver un sens à notre existence en servant l'ensemble de la société plutôt que nos seuls intérêts individuels. Il est rare que les socialistes soient confrontés à une situation où les capitalistes révèlent avec une brutalité aussi flagrante leur indifférence envers les êtres humains. Le mépris grossier de Trump pour les subtilités du débat nous donne l'occasion de dire : « Assez. Essayons quelque chose de nouveau, quelque chose d'humain. »

Harry Glasbeek est professeur émérite et chercheur principal à la faculté de droit Osgoode Hall de l'Université York. Ses derniers livres sont Class Privilege : How law shelters shareholders and coddles capitalism (2017), the follow-up,Capitalism : a crime story(2018), and Law at Work : The Coercion and Co-option of the Working Class(2024), publié par Between the Lines, Toronto.

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Une société pro-climat du soin et du lien est la société qui se libère du chantage commercial et annexionniste de Trump

18 mars 2025, par Marc Bonhomme — ,
Comme on l'a constaté dans mon dernier article, l'imbrication commerciale du Canada et du Québec dans l'économie étatsunienne est profonde suite à une trentaine d'années de « (…)

Comme on l'a constaté dans mon dernier article, l'imbrication commerciale du Canada et du Québec dans l'économie étatsunienne est profonde suite à une trentaine d'années de « libre-échange », avec comme héritage le capitalisme néolibéral. Soudainement Trump le jette aux orties pour une tentative de néofascisation des ÉU et du monde. En résulte un brusque retour au vieil impérialisme annexionniste d'antan maintenant que les ÉU n'ont plus les moyens d'être le gendarme du monde. De leur bastion nord-américain, les ÉU cherchent à bâtir l'improbable alliance néofasciste avec la Russie sur le dos de l'Europe larguée, en commençant par l'Ukraine, pour isoler la Chine.

La porte est ainsi ouverte à une guerre tarifaire qui peut aboutir à une capitulation annexionniste du Canada si elle est menée jusqu'au bout et rapidement. Quant à la superficielle résistance patriotique canadienne, elle a ses limites surtout au Québec mais aussi face au fort régionalisme de l'Ouest. C'est davantage le coût économique pour certains affairistes étatsuniens, et aussi pour le peuple des ÉU au prorata de sa mobilisation, qui peut freiner Trump. Mais mieux aguerri et préparé qu'en 2016 et faisant face à moins de résistance institutionnelle et populaire qu'alors, Trump semble vouloir ignorer pour l'instant le signal de la dégringolade des indices boursiers. À voir la suite des choses. Quant au Québec et au Canada, à eux de se libérer de l'emprise du Moloch par une société du soin et du lien.

De l'assurance-chômage au sirop d'érable en passant par le pétrole et l'électricité

La première ligne de défense populaire, à court terme, réside dans un programme d'assurance-chômage, dit assurance-emploi, bonifié comme l'avait promis le gouvernement Trudeau dès son premier mandat, promesse jamais tenue. Rappelons que « [l]es organisations syndicales ont déjà souligné que seulement 40 % des chômeurs se qualifient pour toucher des prestations. » Ce n'est pas le BS qui va faire vivre son homme et encore moins sa femme. De leur côté, les entreprises frappées, surtout manufacturières, — presque toutes le sont ou le seront directement ou indirectement ne serait-ce que vis-à-vis un marché atrophié — ont beau chercher éperdument une nouvelle clientèle, le monde entier sera en stagnation ou récession ou tout au moins en recul. Tous les pays par leur commerce, investissements et placements sont liés comme jamais par le marché mondial. En ce qui concerne les entreprises québécoises s'ajoute l'obstacle de la grande distance même par rapport aux autres provinces nonobstant le renforcement de la déréglementation de la mobilité des produits, des services et de la main-d'œuvre entre provinces. La proximité de l'Ontario (et l'importance relative de sa population) génère 60% du commerce interprovincial du Québec par rapport à seulement 10% pour la Colombie britannique.

Les importations québécoises venant des ÉU sont lourdement lestées par le secteur du transport routier, soit une part de plus de 40 % en voitures, camions, pneus, produits pétroliers, à peine contrebalancée par l'exportation d'un peu de camions et sans compter l'importation de pétrole et gaz albertains. Parmi le reste desimportations il faut compter une gamme de produits alimentaires, dont des fruits et légumes hors saison, et de la machinerie (toutes les statistiques de cet article proviennent de la publication Le commerce extérieur du Québec, Le calepin, Édition hiver 2025). Par contre, les exportations du Québec vers les ÉU sont plus diversifiées bien que l'électricité, brute ou sous forme d'aluminium brut compte pour environ 12 %, et seront plus importantes dans l'avenir avec la mise en marche des contrats fermes d'exportation d'électricité brute vers New-York et la NouvelleAngleterre. Le secteur de l'avionnerie contribue également à hauteur de 12 % mais est contrebalancé de moitié par des importations du même secteur. Pour les reste, le Québec exporte beaucoup de ressources naturelles semi-transformées ou transformées en produits de basse technologie tirées de la forêt (bois de construction, papier, pâte). de son sous-sol (cuivre, or) et de son sol (soja, porc… sirop d'érable).

L'éléphant dans la pièce, grand oublié médiatique, l'immense fuite de capitaux

À noter que si le Québec exporte hors Québec l'équivalent de 47 % de son PIB dont un peu plus de 20 % aux ÉU, l'apport de ces exportations à l'économie ne compte que pour 30 % étant donné l'importation de composantes. C'est vrai en particulier pour l'avionnerie mais aussi pour l'aluminium (bauxite). C'est donc dire que l'apport économique des ressources naturelles plus ou moins transformées est relativement plus important qu'il n'y paraît. Si les grands médias se concentrent sur le commerce avec les ÉU, il ne faut pourtant pas oublier le bilan (le stock cumulé à distinguer des flux annuels) des investissements internationaux disponible seulement pour le Canada :

Bilan net des investissements internationaux du Canada, selon la région

Alors que ce bilan net (actif moins passif) était négatif en 2015, il est devenu très positif depuis lors s'élevant à rien de moins que 1640 milliards $ à la fin de 2024 soit l'équivalent de près de 2.5 ans de formation de capital brut du Canada. On ne peut que constater une gigantesque fuite des capitaux canadiens vers les ÉU. Comme quoi le Canada re(devient) scieur de bois et porteur d'eau. Toutefois le Québec l'était (et le reste sans doute) moins que le Reste du Canada contrairement aux préjugés populaires comme François Moreau l'avait démontré dans son livre « Le commerce extérieur du Québec » en 1988. Cette réalité amène Trump à utiliser les tarifs pour récupérer ce qui reste de manufacture sophistiquée (véhicules, avions). Mais pourquoi diable l'acier et l'aluminium ce qui punit peut-être davantage les entreprises des ÉU et leurs travailleurs… à moins que le but non avoué ne soit que Canada devienne, en entier ou en morceaux, le 51e état.

Sur la base de cet état des lieux que faire pour combattre l'assaut annexionniste « économique » de la fascisante présidence étatsunienne dans l'optique de l'urgente édification d'une société pro-climat du soin et du lien sur la base d'une solidaire décroissance matérielle tel que développée dans mon dernier article ? La première grande tâche est certainement d'arrêter net et de rapatrier cette saignée monstrueuse de capitaux au service de l'impérialisme étatsunien dont le trumpisme révèle les vrais couleurs particulièrement en Palestine et en Ukraine.

Faut-il ajouter que cette tâche cruciale exigera non seulement la mise au pas du secteur financier mais aussi le contrôle des flux de capitaux internationaux ce qui aussi signifie interprovinciaux dans le cadre du « Nouveau Québec » Solidaire. Ce « Nouveau Québec » pourrait alors non seulement obtenir l'appui du peuple du Canada anglais mais aussi l'entraîner derrière lui. Le peuple-travailleur ne s'en tirera pas sans la socialisation, c'est-à-dire la nationalisation – démocratisation, des banques et autres institutions financières de sorte à recycler l'épargne nationale, fruit du labeur populaire mais usurpée par le grand capital, vers la construction de cette société du lien et du soin.

La clef de voûte anti-Trump du commerce avec les ÉU est de bannir l'auto-solo

La dépendance commerciale envers les ÉU commande comme tâche clef de voûte dans ce domaine de bannir la combinaison auto(VUS)-solo et hydrocarbones en supprimant chacun des deux termes. Ce rejet anti-Trump a pour vertu supplémentaire de couper court au nouvel extractivisme du capitalisme vert dont l'auto-solo électrique est un pillier. On aboutit inéluctablement à un système de transport en commun électrifié prenant possession du réseau routier. En résulte de se dispenser de coûteux métros et trains aériens exigeant maints éléments importés. Ce transport public se combine avec le transport actif dans le cadre de la proximité des fonctions urbaines parsemées d'espaces verts. Faut-il rappeler que le Québec dispose d'usines pouvant fabriquer des moyens de transport en commun potentiellement de qualité supérieur à ceux fabriqués en Inde pour le REM.

L'électricité requise pour le transport aux dépens des hydrocarbures ne justifie nullement une orgie de nouvelles centrales hydrauliques et de nouveaux champs d'éoliennes dont plusieurs composantes doivent être importées. L'alternative est le recyclage de l'électricité des bâtiments rénovés ou construits éco-énergiquement avec panneaux solaires d'appoint pour une consommation énergique (quasi)-nulle. Cette rénovation écoénergétique — la plus grande partie des matériaux de construction est ou peut être fabriquée au Québec ou au Canada — supprime en même temps les hydrocarbures nécessaire à la climatisation tant des bâtiments résidentiels non chauffés à l'électricité que ceux institutionnels et industriels.

La libération du fardeau de l'importation des hydrocarbures et des véhicules privés donne à la balance commerciale du Québec une marge de manœuvre pour absorber une baisse substantielle des exportations vers les ÉU à cause des tarifs trumpiens. Nulle nécessité non plus de s'endetter vis-à-vis le capital financier international pour financer un déficit de la balance des paiements, Les exportations du secteur de l'avionnerie (et de l'armement), surtout les jets privés de Bombardier, ont tout intérêt à être sacrifiées pour réduire des gaz à effet de serre et le militarisme.

Les employé-e-s de ces usines pourront se recycler dans la fabrication de moyens de transport collectif sans trop de problèmes. Les employé-e-s des raffineries et même des pâtes et papiers — sacrifier du bois debout pour du papier, surtout du papier-journal est un comble de pollution énergivore — seront avantageusement recyclés vers la rénovation de bâtiments, la fabrication de matériaux de construction et la reforestation. Ces exportations perdues vers les ÉU, surtout celles issues des ressources naturelles qui peuvent être davantage transformées, peuvent faire l'objet d'échange avec le reste du Canada, le Mexique et l'Europe quitte à ménager avec eux des ententes commerciales dans un esprit d'échange égal.

L'alimentation non-carnée libère l'agriculture à la fois des GES et de Trump

Le commerce interprovincial de produits et services du Québec est à peu près équilibré malgré une appréciable importation de pétrole albertain. On note un échange conséquent de produits alimentaires et du sous-sol et de services informatiques. Toutefois gare aux énergivores fermes de serveurs, produits importés des ÉU, surtout pour une intelligence artificielle boostée aux hormones par la désinformation des GAFAM.

Une réduction substantielle de l'alimentation carnée, l'autre pilier de la réduction des GES avec celle des hydrocarbures, favoriserait une drastique reforestation absorbant du gaz carbonique — 80% des surfaces cultivées servent à l'alimentation animale. Cette réduction minimiserait aussi tant le commerce interprovincial qu'international des produits alimentaires et maximiserait leurs circuits courts d'approvisionnement. Même si ce n'est pas vis-à-vis les ÉU, la production alimentaire pose le défi des travailleurs temporaires venus surtout du Mexique et du Guatemala. Une juste solution, passant par leur syndicalisation, fait appel à une combinaison de leur permanence citoyenne et de la participation de la jeunesse au travail agricole, surtout maraîcher, incluant dans un cadre scolaire.

Tâches anti-Trump irréalisables quand fin du mois s'oppose à fin du monde

On aura compris que l'ensemble de ces tâches est incompatible avec une économie dont la raison d'être est la maximisation de la rentabilité des entreprises. Sa conséquence attendue, soi-disant prospérité, est la croissance, l'alpha et l'oméga des politiques gouvernementales. Dans ce cadre, les services publics sont des charges à austériser et à charcuter pour les privatiser et ainsi les récupérer dans la sphère capitaliste. Pour enfoncer davantage le clou, cette récupération se fait aux dépens de la fiscalité (PPP, sous-traitance) afin d'en supprimer le risque ce qui transforme le profit en rente.

Ces services privatisés, sauf pour les riches, seront ainsi toujours soit réduits à l'os soit inexistants au prorata de la résistance populaire. Au revers de la médaille, l'accumulation capitaliste, conséquence inévitable de la rivalité entre capitaux imposant la maximisation du profit, développe le marché privé de la consommation de masse. Ses deux mamelles en sont le logement privé, dont la forme la plus matériellement prolifique est la maison individuelle, et l'auto/VUS solo toutes deux abondamment financées par les banques. Ainsi le peuple-travailleur se trouve prisonnier de l'endettement. La fin du mois en devient une entrave à la lutte contre la fin du monde.

Une société du soin et du lien dont le socle est la décroissance matérielle se situe aux antipodes du capitalisme néolibéral en voie de fascisation. Ce capitalisme devient incapable de maintenir la croissance nécessaire au maintien du profit moyen des capitaux rivaux qui s'accumulent. La majorité du peuple-travailleur des pays du Nord a besoin avant tout de services publics peu propices aux gains de productivité et générant une forte résistance à leur privatisation. La majorité travailleuse des pays du Sud est trop pauvre pour s'enliser rentablement dans la consommation de masse ce qui d'ailleurs accélérerait la course folle vers la terreétuve.

Le secret de la lutte anti-Trump et anti-GES est la mobilisation du secteur public

La rupture anticapitaliste s'impose. La dictature de l'Argent, sous un vernis démocratique formel de plus en plus mince et transparent, doit céder la place à la planification démocratique à défaut de la céder au néofascisme. D'autant plus que le capitalisme vert entrave la reproduction du peuple-travailleur à coups de superaustérité afin d'essayer en vain de rétablir le métabolisme de la nature à coups de géo-ingénierie. De la défense syndicale et citoyenne des services publics et de la nature (Stablex, Northvolt, Ray-Mont Logistique) émerge une démocratie à la base en vue d'une société écologique. Ajoutons-y l'accroissement des services communautaires populaires dramatiquement sous-financés. La multiplication des initiatives agricoles, dont les jardins communautaires et les PME maraîchères sont les prémisses économiques de cette nouvelle société écologique. Ces initiatives à la base appellent cependant une coordination au sommet dans un esprit de solidarité et exigeant la maîtrise de l'épargne nationale. Cette planification démocratique devrait être un point majeur du programme Solidaire… lequel point tarde à apparaître.

Les écologistes auraient intérêt à être au rendez-vous de l'inévitable prochaine mobilisation des travailleuses et travailleurs des services publics. La grève de 202324, malgré ses importantes défaillances, fut une des plus importantes au Canada et aux ÉU durant ces années. Cette grève était à la confluence des luttes syndicales, féministes et écologiques. Mais peu en était conscients surtout en ce qui concerne la dimension écologique. Plus le caractère écoféministe des grèves du secteur public devient une évidence, plus déterminée et profonde sera la volonté combative des grévistes, plus large sera la solidarité populaire. C'est d'ailleurs pour prévenir ce danger que la CAQ, dans le sillage trumpiste, tente à la mode fédérale de pratiquement foutre à terre le droit de grève avec le projet de loi 89. Le grand rendezvous sera, souhaitons-le, plus tôt qu'on le pense. Ce sera possible en autant que le peuple-travailleur ne demeure pas sidéré par la peur du trumpisme et paralysé par la fausse solution de la guerre tarifaire et, en ce qui concerne les GES, et par les fausses solutions des véhicules privés électriques et de la filière batterie.

Marc Bonhomme, 17 mars 2025
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca

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MAD

18 mars 2025, par Gérard Montpetit — ,
Depuis le 20 janvier, l'administration Trump veut imposer des tarifs douaniers sur tous les biens en provenance du Canada en violation directe de l'Accord (…)

Depuis le 20 janvier, l'administration Trump veut imposer des tarifs douaniers sur tous les biens en provenance du Canada en violation directe de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) qu'il a lui-même signé. Selon le Premier ministre Trudeau, ce serait une stratégie du président Trump visant à affaiblir le Canada économiquement en vue de l'annexer comme le « 51e État ». D'accord, le Canada est loin d'être parfait, mais de là à accepter béatement de tomber sous la tutelle de Trump…

Regarder les nouvelles en provenance du bureau ovale peut donner le tournis. Un jour des tarifs de 10 %, le lendemain c'est 25 %, puis c'est remis au 2 mars, et peut-être au 2 avril.[1] Les marchés financiers ne savent plus où donner de la tête ![2] L'économie d'un continent n'est pas la salle de jeu d'un enfant gâté qui ne sait pas ce qu'il veut. À le regarder, on a l'impression de voir un enfant de 4 ans qui trépigne durant une violente crise de nerfs mettant la patience des parents à rude épreuve alors qu'il crée un joyeux bordel en vidant son coffre à jouets.

Le Président annonce des tarifs douaniers de 25 % sur l'industrie automobile, qu'il met lui-même sur « pause » pendant 30 jours dès le lendemain. Les citoyens, les travailleurs et les investisseurs veulent de la stabilité ET connaître les règles du jeu économique.[3] Il faut rappeler que ce sont les consommateurs AMÉRICAINS qui vont payer la facture des tarifs de Mr. Trump alors que ce sont les consommateurs canadiens qui payeront les contre-tarifs inévitables. Le plan de Mr. Trump d'imposer des tarifs sur les biens que les Américains achètent du Canada et du Mexique fera inévitablement augmenter les prix. C'est « un pari risqué alors que les consommateurs sont irrités par l'inflation et que les électeurs ont reporté le Républicain au pouvoir dans l'espoir qu'il abaisserait les prix. »[4]

Cette guerre tarifaire ne fera que des perdants. Le Wall Street Journal, que personne ne peut qualifier de « média d'extrême gauche », affirme que ce gâchis est « The Dumbest Trade War in History » (la guerre commerciale la plus idiote de l'histoire).[5] Pendant la guerre froide entre l'ex-URSS et les États-Unis, la stratégie du MAD (« mutual assured destruction », ou DMA « destruction mutuelle assurée » ou « équilibre de la terreur » en français) était en place.[6] N'oublions pas que l'acronyme anglais « MAD » correspond au mot qui désigne la folie.[7] Aucun protagoniste n'était assez fou pour démarrer une guerre atomique car lui aussi avait la certitude qu'il serait anéanti ! Malgré quelques « frousses », cette politique du MAD a évité une conflagration nucléaire.

L'inflation et/ou la récession seront inévitables dans les deux pays ! La folie trumpienne serait-elle un cas de « mutual assured economic destruction » (destruction économique mutuelle assurée) ? Notre dilemme, c'est qu'il ne faut jamais lécher les bottes d'un « bully ».

Gérard Montpetit
le 12 mars 2025


1] https://www.ledevoir.com/economie/852841/quels-droits-douane-trump-sont-vigueur-ou-mis-pause ?

2] https://www.washingtonpost.com/world/2025/03/06/trump-mexico-tariffs/?utm_campaign=wp_the7&utm_medium=email&utm_source=newsletter&carta-url=https%3A%2F%2Fs2.washingtonpost.com%2Fcar-ln-tr%2F4177b0d%2F67cadd6d402d3c25bed19acf%2F679ba1b2e97f7d2ffeddd5e4%2F15%2F102%2F67cadd6d402d3c25bed19acf

3] https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/851737/editorial-regne-deraison ?

4] https://www.washingtonpost.com/world/2025/03/06/trump-mexico-tariffs/?utm_campaign=wp_the7&utm_medium=email&utm_source=newsletter&carta-url=https%3A%2F%2Fs2.washingtonpost.com%2Fcar-ln-tr%2F4177b0d%2F67cadd6d402d3c25bed19acf%2F679ba1b2e97f7d2ffeddd5e4%2F15%2F102%2F67cadd6d402d3c25bed19acf

5] https://www.wsj.com/opinion/donald-trump-tariffs-25-percent-mexico-canada-trade-economy-84476fb2

6] https://en.wikipedia.org/wiki/Mutual_assured_destruction ;
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibre_de_la_terreur

7] https://www.britannica.com/topic/mutual-assured-destruction

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Les scientifiques debout contre l’obscurantisme, aux États-Unis comme en France

18 mars 2025, par Vincent Lucchese — , ,
En réaction aux attaques de Donald Trump contre la science, des chercheurs du monde entier manifestent le 7 mars. Un mouvement d'ampleur pour bâtir une science loin des « (…)

En réaction aux attaques de Donald Trump contre la science, des chercheurs du monde entier manifestent le 7 mars. Un mouvement d'ampleur pour bâtir une science loin des « régimes totalitaires ».

Tiré de Reporterre
10 mars 2025

Par Vincent Lucchese

Les scientifiques contre-attaquent. Vendredi 7 mars, une marche pour défendre la science est organisée à Washington et dans des dizaines de villes aux États-Unis, par le mouvement Stand Up for Science(Debout pour les sciences). Celle-ci est relayée dans de nombreux pays, dont la France.

L'initiative est une réaction à la brutale offensive contre la recherche lancée par l'administration Trump depuis le 20 janvier et son investiture à la présidence des États-Unis. Coupes budgétaires et licenciements massifsdans les institutions et laboratoires de recherche, suppression de données scientifiques, censure et filtre idéologiquedes financements… La violence de l'attaque a pris de court la communauté des chercheurs.

« Il y a eu un moment de sidération aux États-Unis, témoigne Olivier Berné, astrophysicien au CNRS et co-initiateur en France de la mobilisation Debout pour les sciences. Mes collègues là-bas n'osent plus s'exprimer, ils ont peur, ils ne s'attendaient pas à être attaqués à ce point-là. »

Nommer la menace totalitaire

Les multiples mobilisations prévues le 7 mars doivent permettre de dépasser ce marasme. « Des chercheurs s'organisent au niveau fédéral et à l'international, de manière spontanée et populaire. Ce mouvement est le premier et le seul grand mouvement de contestation aujourd'hui aux États-Unis », dit Olivier Berné.

Le premier objectif est de mettre des mots sur le basculement en cours. « Obscurantisme », « mise en application littérale et affolante de la dystopie orwellienne », « attaques d'une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale », disent les divers textes de collectifs de scientifiques.

« C'est du négationnisme scientifique d'extrême droite »

« On vit un moment illibéral, avec des méthodes faisant penser à des régimes totalitaires. Même si l'on n'a pas envie de sortir ce mot tout de suite, il faut attendre de voir la réaction des contre-pouvoirs, des États fédérés, de la justice, des mobilisations dans la rue », commente Emmanuelle Perez Tisserant, historienne spécialiste des États-Unis, également initiatrice de la mobilisation en France. Et d'ajouter : « Mais lorsque Trump menace de couper les financementsaux universités qui autoriseraient des manifestations, cela fait clairement penser à de l'autoritarisme, voire à du fascisme. »

Toutes les sciences ne sont pas logées à la même enseigne : les sciences sociales, les travaux sur les discriminations ou sur le genre notamment, et les sciences de l'environnement, climat et biodiversité en tête, sont les cibles privilégiées.

Lire aussi : « Femme », « climat »... Trump interdit des mots dans les articles scientifiques

« Ils cherchent à museler ou supprimer les sciences les plus critiques : celles qui alertent sur les inégalités sociales ou l'urgence écologique, et montrent qu'un changement radical de société est nécessaire », dit Odin Marc, chercheur en sciences de la Terre au CNRS, membre de Scientifiques en rébellion et du collectif scientifique toulousain Atécopol, les deux organisations soutenant la mobilisation. Il affirme : « C'est du négationnisme scientifique d'extrême droite et une dynamique de criminalisation des lanceurs d'alerte, scientifiques et au-delà. »

L'Europe sur la même pente glissante

L'appel aux chercheurs et aux citoyens à descendre massivement dans la rue vise aussi à alerter sur l'ampleur des conséquences de ces attaques contre la recherche, et à leurs répercussions mondiales. Sur le climat, par exemple, les études et les données étasuniennes sont cruciales pour la recherche mondiale, via notamment les observations de la Nasa ou le travail de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

Or, cette dernière vient d'être victime d'une vague de licenciements massifs, tandis que Katherine Calvin, scientifique en chef de la Nasa, a été interdite de participer à une réunion du Giec, dont elle est coprésidente d'un groupe de travail.

Des scientifiques manifestent depuis plusieurs années contre les politiques qui ne sont pas à la hauteur de la crise écologique. Ici, lors d'une action des Scientifiques en rébellion à Montpellier (Hérault), le 15 octobre 2022. © David Richard/Reporterre

« Les données produites par les États-Unis sont étudiées dans le monde entier. Leur suppression ou restriction d'accès serait catastrophique. Cela montre notre très forte dépendance aux États-Unis et le besoin de repenser une forme d'autosuffisance dans la production des savoirs en Europe », dit Olivier Berné.

Ce qui suppose, a fortiori, que l'Europe ne suive pas le chemin des États-Unis. C'est l'autre signal d'alarme lancé par les chercheurs : « Ce qui se joue aujourd'hui aux États-Unis pourrait bien préfigurer ce qui nous attend si nous ne réagissons pas à temps », écrivent des scientifiques dans une tribune au Monde, qui appellent à rejoindre la mobilisation du 7 mars.

Les attaques frontales contre la science, et celles politiques et médiatiques, se multiplient aussi chez nous, en reprenant la rhétorique trumpiste : face à une crise, casser le thermomètre (ou les scientifiques) plutôt que de remettre en cause le modèle dominant. En France, sur l'écologie, le gouvernement comme l'extrême droite s'en sont pris brutalementces derniers mois aux institutions scientifiques ou aux agences relayant les messages de la recherche.

Une mécanique délétère qui vise toute tentative de discours divergeant. « On le voit encore avec la décision de justiced'annulation du chantier de l'A69 [entre Toulouse et Castres]. Plusieurs journalistes ou élus s'en sont pris aux juges ou à la rapporteuse publique avec la même stratégie que Trump : décrédibiliser toute parole qui n'est pas la leur, quitte à inonder le débat de contre-vérités », souligne Odin Marc.

Bâtir une science ni fasciste ni capitaliste

La menace est aussi plus insidieuse. Elle passe par les politiques de destruction des moyens publics de la recherche depuis des décennies. « On sous-finance depuis vingt ans l'université. Des postes disparaissent chaque année au CNRS et il y a de moins en moins de financements par étudiant. Ce désengagement de l'État de la production de connaissances, c'est l'autre versant de cette pente glissante dans laquelle nous sommes engagés », prévient Olivier Berné.

Le collectif Scientifiques en rébellion dénonce également la multiplication des partenariats public-privé, les financements par projet au cas par cas, l'application d'une politique sélective « darwinienne » dans la recherche selon les performances des équipes, qui privilégie les gros projets et une science utilitariste, au service de l'industrie. En 2024, un rapportpublié par un groupe de chercheurs alertait sur l'emprise croissante des intérêts privés sur la recherche publique en France. L'époque étant aux cures d'austérité drastiques, cette dynamique pourrait encore s'accélérer.

« Réclamer la liberté académique n'a pas de sens si on ne lui donne pas de budget. Sinon, la recherche est obligée de se lier à des intérêts privés. Il faut protéger la science du politique, en sécurisant son budget et en inventant des mécanismes pour qu'elle soit davantage en phase avec les besoins de la société », plaide Odin Marc.

Conventions citoyennes, forums citoyens et autres modalités d'interaction font partie des pistes avancées par Scientifiques en rébellionpour associer la société civile aux orientations de la recherche. « Protéger la science passe aussi pour nous par une critique de ses dérives actuelles. Il faut un vrai renouveau des relations entre science et société, pour que la production de connaissances soit vraiment au service de la démocratie et des nécessaires transitions écologique et sociétale », dit le chercheur.

Ce lien avec les citoyens est d'autant plus urgent à consolider face à la vague trumpiste. « Ce qui m'inquiète le plus, c'est qu'un certain nombre de nos concitoyens ne conçoivent pas les libertés académiques comme un bien à défendre, relève Emmanuelle Perez Tisserant. Un discours populiste qui gagne du terrain considère la recherche publique comme un repère de privilégiés. Il faut mieux défendre et formuler notre vision d'une science comme bien commun, comme savoir critique qui échappe à l'injonction de rentabilité économique. Sinon, ce sera toujours trop facile de couper les financements. »

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Livre à paraître : Mode jetable | 25 mars

18 mars 2025, par Éditions Écosociété, Philippe Gendreau — , ,
Entre gaspillage et surproduction, gros plan sur une industrie qui joue sur nos impulsions d'achats. Le livre *Mode jetable *du spécialiste des médias numériques Philippe (…)

Entre gaspillage et surproduction, gros plan sur une industrie qui joue sur nos impulsions d'achats.

Le livre *Mode jetable *du spécialiste des médias numériques Philippe Gendreau paraîtra en librairie le 25 mars prochain.

Un percutant essai, accessible et punché, qui cherche à attirer l'attention sur l'industrie de la mode jetable (*fast fashion) *qui
exploite, pollue et vole (nos données personnelles, les concepts des artistes, etc.), tout en sauvant les apparences. Mais, le prix environnemental et humain de la mode jetable n'est pas rose.

Il s'agit du 8e essai dans la collection Radar <https://ecosociete.org/livres/colle...> (15 ans +) chez
Écosociété. Le deuxième de l'auteur qui a écrit le premier titre de la collection : *GAFAM, le monstre à cinq têtes. *

*À propos du livre*

En cette période d'insécurités économique et écologique (pour ne nommer que celles-là), il est plus que jamais pertinent de réfléchir à nos habitudes de consommation. Il est bien évident que tout le monde n'a pas les moyens de s'habiller chez les grands designers québécois, et encore moins de « magasiner comme un-e milliardaire » (Slogan de Temu), ainsi les vêtements
à faible coût et à notre porte en un clic sont attrayants. C'est sans parler de la publicité et des différentes tactiques de vente à pression que nous subissons dès que nous sommes actif·ves sur les réseaux sociaux. Il faut acheter vite, sans trop réfléchir, et pour toutes les occasions.

Avec *Mode jetable, *Philippe Gendreau dévoile ce qui se passe dans les coulisses des grandes entreprises de mode, en montrant notamment comment les progrès du marketing en ligne les ont rendues encore plus redoutables.
Il brosse le tableau d'une industrie qui produit (et gaspille !) sans limite dans des ateliers de misère (sweatshop) où l'on dévore le coton, le polyester, qui utilisent des litres d'eau et de colorants, sans se soucier de la santé des personnes qui y travaillent.

L'auteur ne cherche pas à nous culpabiliser, il pense simplement qu'il faut connaître ce qu'il a derrière un chandail à 10 dollars, livré le lendemain. Il démontre comment notre surconsommation est programmée, souhaitée, mais il croit en notre capacité à faire bouger les choses.

Il n'est plus possible de fermer les yeux sur les dégâts de cette industrie, démodons-nous.

*À propos de l'auteur *

Philippe Gendreau enseigne aux adolescent·es depuis plus de 30 ans. Il a créé un cours d'éducation aux médias afin d'aiguiser le sens critique des élèves face à l'omniprésence et l'influence des médias. Il est l'auteur de *Gafam, le monstre à cinq têtes*, paru dans la collection Radar. Mode jetable est son second essai.

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SAUVER HYDRO. Notre avenir énergétique en jeu, un essai percutant de François Perreault aux Éditions Somme toure. En librairie le 25 mars.

18 mars 2025, par François Perreault — , ,
Un essai percutant sur l'avenir de notre patrimoine énergétique et sur l'influence nuisible du gouvernement auprès d'Hydro-Québec. SAUVER HYDRO Notre avenir énergétique en (…)

Un essai percutant sur l'avenir de notre patrimoine énergétique et sur l'influence nuisible du gouvernement auprès d'Hydro-Québec.

SAUVER HYDRO Notre avenir énergétique en jeu
de
François Perreault
Essai
Collection _Manifestement_

En librairie le 25 mars

Un essai percutant sur l'avenir de notre patrimoine énergétique et sur l'influence nuisible du gouvernement
auprès d'Hydro-Québec.

Les lecteurs de _Sauver Hydro_ seront nombreux, souhaitons-le, à adhérer à l'urgence d'un débat qu'il nous faut tenir en tant que détenteurs d'un patrimoine énergétique unique au monde, Hydro Québec. L'objectif est ici de mobiliser le plus grand nombre à nous faire tous entendre, afin d'amener le gouvernement à reconsidérer ses investissements démesurés et incertains dans une filière batterie. Le déséquilibre entre l'offre et la demande d'électricité qui en résultera ne peut en effet qu'accroître la pression sur notre réseau, aux réserves de puissance affaiblies. En réponse à la priorité de décarboner le Québec, le gouvernement crée donc un besoin en électricité au-delà de nos moyens. Dans ce scénario, une précarité
énergétique accélérée par plus encore que les seuls changements climatiques devient probable. À cette perspective, François Legault répond simplement qu'il faut doubler la capacité de production d'Hydro.

La mainmise politique sur Hydro-Québec ne date certes pas d'hier, mais depuis son élection en 2018, le gouvernement de la CAQ a redoublé d'efforts pour influencer l'autonomie de la société dans les recommandations et les choix de ses experts et des professionnels pour maintenir et améliorer son réseau.

L'auteur


Professionnel de la communication, François Perreault a d'abord prati-qué le journalisme successivement au quotidien _La Presse_, à Radio-Canada et au réseau CTV. Il a aussi été courriériste parlementaire à Ottawa. Puis, pendant plus de vingt ans, conseiller auprès de nombreu-ses grandes sociétés canadiennes et étrangères, il a géré pour elles des enjeux stratégiques dans des secteurs d'activité variés. Plus tard, dans le cadre de la _Commission d'enquête fédérale sur le programme des commandites_, il a agi à la fois comme responsable de la commu-nication et porte parole du président l'Hon. John Gomery.
Depuis 2006, il est auteur et écrivain public.

EXTRAIT – Sauver Hydro

« Notre situation énergétique actuelle est précaire et résulte
malencontreu-sement du manque de planification de nos gouvernements actuels
et passés. […] Avec si peu d'écoute et de transparence, le premier
ministre met en jeu le pire scénario, celui selon lequel nous pourrions
trop tard être à court de moyens pour corriger ses erreurs et recouvrer
une sécurité énergétique. […] Mauvaise foi, mauvaise volonté ou tout
simplement incompréhension du secteur énergétique, peu importe les
motifs, il faut nous faire entendre dans une consultation collective en
s'assurant de la participation d'experts et de parties prenantes. Ce
document est en partie le résultat de rencontres avec des observateurs,
des analystes du domaine de l'énergie qui ont bien voulu partager leurs
vues sur les défis d'une transition énergétique. Je me dois également
de remercier le syndicat des spécialistes et professionnels
d'Hydro-Québec de m'avoir guidé dans la recherche de documents
publics pertinents qui m'ont permis d'aller au cœur des enjeux. Je
souhaite enfin que la lecture de ce document puisse éveiller l'intérêt
du plus grand nombre et susciter la volonté de s'impliquer. Mon but
serait alors atteint. Il en va après tout de notre qualité de vie en tant
que société. »

François Perreault

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Pas d’illusions En bons fascistes, Trump et ses amis violeront droit international et toute règle établie !

18 mars 2025, par Yorgos Mitralias — ,
Quand au début du siècle, le grand écrivain américain Philip Roth réécrivait l'histoire de son pays avec son extraordinaire roman « Complot contre l'Amérique », en faisant (…)

Quand au début du siècle, le grand écrivain américain Philip Roth réécrivait l'histoire de son pays avec son extraordinaire roman « Complot contre l'Amérique », en faisant élire président des Etats-Unis le légendaire aviateur pronazi Charles Lindbergh à la place de Franklin Roosevelt, probablement il ne pouvait pas imaginer que la réalité politique de l'Amérique d'aujourd'hui présenterait plus que des similitudes avec celle décrite dans son livre.

12 mars 2025 | tiré du site entre les lignes entre les mots | Le dessin est de Sonia Mitralia
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/03/12/pas-dillusions/#more-91656

Un livre d'une fiction politique qualifiée pourtant alors de « cauchemardesque », se déroulant 85 ans plus tôt, en 1940 ! Car bien prophétique le roman de Roth l'est quand il fait élire un Lindbergh promettant, comme Trump, la paix. Ou quand une fois au pouvoir, ce même Lindbergh s'empresse de faire ce qu'est en train de faire Trump avec Poutine : conclure un pacte de non-agression avec Adolphe Hitler...tandis qu'il prend comme ministre à tout faire un nazi notoire, le grand capitaliste constructeur de voitures Henry Ford, là où Trump a pris un autre capitaliste également constructeur de voitures, Elon Musk...

C'est comme si les démons d'un passé qu'on croyait enterrés, continuent à hanter notre présent. Et cela pas seulement grâce aux intuitions géniales de Philip Roth. Mais aussi et surtout en raison du passé et de la formation idéologique de ceux qui sont à la fois les têtes pensantes et la garde rapprochée de Trump : le triumvirat de Elon Musk, Peter Thiel et David Sachs ainsi que leur protégé, le vice-président J.D. Vance. Moins connu que Musk, David Sachs a été nommé par Trump « czar en charge de l'Intelligence artificielle et des cryptomonnaies », c'est-à-dire de deux secteurs plus que névralgiques de son administration, tandis que Peter Thiel qui peut se targuer d'avoir « découvert » et senti le premier le potentiel de Trump, a formé idéologiquement, a financé et a propulsé sur la scène politique J.D. Vance, avant de l'imposer comme vice-président de Trump.

Évidemment, le contenu des professions de foi et des actes de ces messieurs suffiraient amplement à les qualifier de néonazis. D'ailleurs, ils s'évertuent eux-mêmes à poser en racistes et suprématistes convaincus et en soutiens et propagandistes de tout ce qu'il y a de néofasciste et surtout de néonazi de par le monde. Toutefois, c'est leur passé commun de sud-africains blancs, partisans enthousiastes de l'apartheid et grandis dans des milieux ouvertement nostalgiques du Troisième Reich, qui éclaire bien plus que les sanctions punitives de Trump contre l'Afrique du Sud, en raison de très timides mesures en guise de cette réforme agraire que ses gouvernements successifs n'ont jamais entrepris après la chute de l'apartheid. (1) En réalité, il éclaire la profondeur et la solidité de leurs convictions néonazies. Par exemple, Peter Thiel, le plus formé et influent de trois, a grandi à Swakopmund, une petite ville de l'actuelle Namibie, peuplée de blancs d'origine allemande, qui fêtaient chaque année jusqu'à récemment l'anniversaire... de Hitler et se saluaient dans les rues avec des...Heil Hitler décomplexés !

Alors, ceci étant dit on ne peut que constater qu'on est devant une garde rapprochée de Trump qui brille par ses références clairement nazies et pas du tout en présence des simples « provocateurs » et autres « fous » et « farfelus » ou même des « milliardaires aux idées confuses », comme le prétendent nos médias qui n'arrivent toujours pas à résoudre le prétendu « mystère » des saluts nazis de Elon Musk ! Ce constat n'est pas dépourvu des conséquences terriblement importantes et...effrayantes. D'abord, il fait la lumière sur les agissements présents et à venir, prétendument « chaotiques » et « incompréhensibles| de ce même Trump, leur donnant un sens qui reste caché tant qu'on essaye de les interpréter comme de simples variantes extrémistes de politiques néolibérales et autoritaires qu'on a connu par le passé. Et ensuite, il donne la mesure de la menace mortelle pour l'humanité que représentent les projets et les ambitions du tandem Trump-Vance et du trio maléfique de leur garde rapprochée !

Pour l'instant, une chose est sûre : après les grands chambardements de deux premiers mois de cette seconde présidence de Trump, les Etats-Unis d'Amérique ne sont plus le pays que le monde connaissait depuis la fin de la Première Guerre mondiale en 1918 ! Et vu que ces Etats-Unis font depuis plus d'un siècle, la pluie et le beau temps du monde entier, c'est ce monde qui se réveille aujourd'hui changé radicalement, métamorphosé et profondément angoissé par des lendemains désormais indéchiffrables !

Inutile de chercher la logique de ces « grands chambardements » de la seconde présidence de Trump à l'aide des habituels outils analytiques. Ce qui donne un sens à l'actuel processus de destruction de la grande démocratie (bourgeoise) nord-américaine ainsi qu'à l'avalanche de décrets présidentiels plus ou moins « incompréhensibles » et déconcertants qui l'accompagnent, c'est qu'ils servent tous un projet qui s'en fout éperdument des règles établis par les lois, les constitutions ou le droit international. Alors, le plus tôt comprennent nos gauches cette vérité première, le mieux sera pour elles et pour le monde entier...

C'est ainsi que ce qui rapproche et même unit des partis ou des dirigeants politiques à première vue assez différents, comme par exemple Trump, Poutine ou Netanyahu n'est pas nécessairement et en premier lieu la communauté de leurs intérêts géostratégiques, impérialistes et autres. C'est surtout et avant tout la communauté de leurs projets profondément antidémocratiques, racistes, obscurantistes, suprématistes, militaristes et violents. Et cette communauté idéologique rapproche non seulement les grands mais aussi les « petits » dirigeants autoritaires et antidémocratiques comme par exemple, le président Serbe Aleksandar Vucic, un fidele de Poutine, qui est devenu un grand pourvoyeur d'armes d'Israel de son ami Netanyahu : sa Serbie vient en 2024 d'augmenter de...3000% ses exportations d'armes vers cet Israël accusé de génocidà Gaza durant cette meme année.(2)

Mais attention. La communauté idéologique des projets et des ambitions de Trump, de Poutine, de Modi ou de Netanyahu ne signifie pas du tout que ces dirigeants et leurs régimes sont « condamnés » à coexister pacifiquement, à se faire la paix en partageant le monde entre eux. En réalité, c'est tout le contraire. Des régimes comme ceux de Trump ou de Poutine et de leurs clones idéologiques, mènent tôt ou tard à la guerre y inclus entre eux. À des guerres « fratricides » comme par exemple, celle qui a été évitée de peu au dernier moment en 1934 entre le fascisme italien et le nazisme allemand, quand Mussolini a envoyé urgemment 200.000 de ses soldats à la frontière autrichienne pour empêcher son ami Hitler d'annexer l'Autriche, à l'époque sous influence italienne !...

Alors, mesurons en toute priorité l'extrême gravité de la situation, et agissons en conséquence. Car la condition indispensable pour combattre efficacement son ennemi est de savoir ce qu'il est et ce qu'il a l'intention de te faire...

Notes

1. Voir notre article Quand l'Afrique du Sud des attentes trahies, trahit aussi son héros Dimitri Tsafendas ! : https://www.cadtm.org/Quand-l-Afrique-du-Sud-des-attentes-trahies-trahit-aussi-son-heros-Dimitri

2. Voir Haaretz : https://www.haaretz.com/israel-news/security-aviation/2025-01-28/ty-article/.premium/israel-serbia-ties-intensify-arms-sales-from-belgrade-to-idf-shoot-up-by-3-000/00000194-a962-d364-a99f-a977ff8c0000

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Marxian Totality : Inverting Hegel to Expound Worldly Matters

18 mars 2025, par Kaveh Boveiri — , ,
Kaveh Boveiri (PhD, 2019), BRILL 2024 Résumé : Cet ouvrage est la première monographie sur la conception marxienne de la totalité vue d'une perspective philosophique et (…)

Kaveh Boveiri (PhD, 2019), BRILL 2024

Résumé :

Cet ouvrage est la première monographie sur la conception marxienne de la totalité vue d'une perspective philosophique et sociopolitique. En se basant sur un grand nombre des œuvres classiques et contemporaines (en anglais, français, allemand, tchèque et italien), Boveiri élucide les caractéristiques de la totalité marxienne en se concentrant particulièrement sur sa méthodologie. Cette monographie a six chapitres. D'abord, elle argumente contre deux conceptions non dialectiques de la totalité, celle de Wittgenstein et celle de Schelling. Puis elle dépeint la totalité hégélienne en se concentrant sur La science de la logique. Ceci est suivi par deux chapitres, un discutant de la totalité selon Georg Lukács, l'autre selon Karel Kosík. Le cinquième chapitre démontre en détail les caractéristiques de la totalité marxienne. Le dernier chapitre discute de quelques implications méthodologiques de la conception présentée dans la monographie.

À propos de l'auteur :

Kaveh Boveiri est actuellement professeur associé au département de science politique à l'UQAM. Détenteur d'un doctorat en philosophie de l'Université de Montréal, il enseigne actuellement au département de sociologie dans cet établissement. Il a publié en français, en anglais, en allemand et en farsi sur la philosophie hégélienne et marxienne, ses domaines d'expertise. Comme traducteur, il a traduit plusieurs textes philosophiques en farsi. Il a également codirigé deux livres (un en français et anglais, un en allemand et anglais) et dirigé un livre avec les textes en anglais et français sur Marx et Hegel. Ces œuvres sont aussi traduites en farsi et chinois. Le brouillon de sa dernière monographie Sur l'actualité du socialisme : une relecture de lecture de Hegel par Axel Honneth sera discuté dans une table ronde lors du colloque Grande Transition en mai cette année. Il organise actuellement un colloque international (La réception ternaire de Hegel au 20e siècle : Kosík, Lukács, Goldmann, soutenu conjointement par le Centre d'étude en pensée politique et le département de science politique de l'UQAM. Le colloque aura lieu les 23 et 24 octobre 2025 à Montréal.

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Face aux attaques des groupes armés, l’Organisme de Défense des Droits Humains (ECCREDHH) exige des mesures urgentes pour neutraliser les coupables

18 mars 2025, par 'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) — , ,
Port-au-Prince, Haïti, 14/03/2024* Les groupes armés continuent d'imposer leur loi par la terreur, répandant violence et destruction à travers la République. Convaincus de (…)

Port-au-Prince, Haïti, 14/03/2024*

Les groupes armés continuent d'imposer leur loi par la terreur, répandant violence et destruction à travers la République. Convaincus de leur impunité, ils s'acharnent à semer le chaos, défiant ouvertement l'autorité de l'État et menaçant la paix sociale.

Cependant, la violence ne saurait devenir la norme, et l'impunité ne peut être tolérée. Les événements tragiques survenus dans la nuit du 12 au 13 mars 2025 dans les quartiers de Carrefour-Feuilles et des zones avoisinantes en sont une illustration alarmante. Ces exactions, marquées par des assassinats, des incendies criminels et une terreur généralisée, sont la preuve accablante de l'incapacité des autorités à protéger la population.

Face à cette situation dramatique, l'Organisme de Défense des Droits Humains (ECCREDHH) exprime sa solidarité et adresse ses plus sincères sympathies à la grande famille de Radio Télévision Caraïbes, dont les locaux ont été réduits en cendres par ces criminels sans foi ni loi.
S'attaquer à un média, c'est vouloir museler l'information, réduire au silence la vérité et renforcer un climat de peur généralisé. Une telle attaque constitue non seulement un acte criminel, mais aussi une menace directe contre la liberté de la presse et la démocratie.

Nous tenons également à saluer le courage et la résilience des familles de Carrefour-Feuilles et de Magloire Ambroise, qui vivent dans une détresse permanente, confrontées à l'horreur quotidienne imposée par ces groupes armés. Ces citoyens, abandonnés à leur sort, subissent de plein fouet
l'inaction et la complicité tacite des dirigeants, dont le silence coupable ne fait qu'aggraver la crise sécuritaire.

L'heure est grave !

Le pays est en état d'urgence absolue.

L'inaction n'est plus une option.

Laisser perdurer cette situation, c'est condamner la nation à une descente irréversible dans l'abîme.

Nous exigeons des actions immédiates, concrètes et efficaces pour neutraliser ces criminels et rétablir l'ordre. La sécurité des citoyens ne peut plus être sacrifiée sur l'autel de l'irresponsabilité et de l'indifférence des autorités.

Il est inacceptable qu'un pays tout entier soit livré aux mains de groupes armés alors que l'État prétend encore exister. L'histoire jugera sévèrement ceux qui, par lâcheté ou par calcul, auront laissé triompher la barbarie.


À propos d'ECCREDHH

L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) est une organisation dédiée à la promotion et la défense des droits humains, à l'éducation et à la recherche en Haïti. Elle œuvre pour une société plus juste et inclusive à travers des actions concrètes et des partenariats stratégiques.

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Une francophonie encore plus utile

18 mars 2025, par Michel Gourd — ,
Alors que les États-Unis font une guerre économique à la planète, un organisme qui regroupe près de 350 millions de francophones dans 93 États et gouvernements sur cinq (…)

Alors que les États-Unis font une guerre économique à la planète, un organisme qui regroupe près de 350 millions de francophones dans 93 États et gouvernements sur cinq continents peut aider à optimiser la restructuration économique mondiale en cours.

La Journée internationale de la Francophonie tombe cette année en pleine guerre commerciale mondiale déclenchée par les États-Unis. Le 20 mars permet donc de rappeler que les pays francophones touchés par les tarifs américains ont l'option d'augmenter leur commerce en français pour rééquilibrer leur balance commerciale.

L'éducation, la vraie richesse

La thématique choisie pour cette journée est « Je m'éduque, donc j'agis ». L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) veut lancer le message que l'éducation permet de former des personnes capables de contribuer au développement durable des pays. Elle fait en même temps la promotion de la langue française, de la paix, de la démocratie, des droits de l'Homme et de la recherche pour permettre de développer la coopération économique au service du développement durable.

Ce thème ne pouvait pas mieux tomber alors que le gouvernement Trump fait des coupes profondes dans le milieu des sciences et des universités. Ce grand malheur pour la science mondiale peut cependant amener le rapatriement dans les pays membres de l'OIF de scientifiques et universitaires partis chercher fortune aux États-Unis et qui sont maintenant disponibles pour ramener dans leurs pays d'origine des savoirs inestimables.

Il y a beaucoup de francophones à éduquer. Selon les projections de l'Observatoire démographique et statistique de l'espace francophone (ODSEF) ceux-ci devraient être actuellement environs 345 millions, mais des problèmes pour éduquer la génération montante ont fait passer les prévisions pour l'année 2060 de 450 à 750 millions, qu'elle était il y a quelques années, à un maximum de 550 millions.

Le Québec peut aider

Touché de plein fouet par les tarifs américains, le Québec annonce ces jours-ci qu'il veut renforcer ses liens économiques avec la francophonie. Des milliers d'étudiants de toute la francophonie, particulièrement l'Afrique francophone, y viennent déjà parfaire leurs études. La ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie, Martine Biron, tente d'utiliser les réseaux diplomatiques pour l'aider à tisser encore plus de liens en Europe et en Afrique. Les exportations du Québec vers la francophonie ont augmenté de 5 % en 2023, pour atteindre 12 milliards de dollars. En Suisse, ses exportations ont augmenté de 33 % entre 2023 et 2024. En Afrique, l'Algérie est son plus grand partenaire commercial avec un peu plus de 173 millions de dollars de marchandises vendues. Le Québec a aussi des bureaux en Côte d'Ivoire et au Maroc avec une délégation générale au Sénégal.

Une Africaine francophone pleine d'opportunités

Selon l'Observatoire de la Francophonie économique (OFE), le temps de miser sur le potentiel économique de la francophonie pourrait être arrivé. Cet organisme s'intéresse à la production de données socio-économiques pour la prise de décision, la formation des chercheurs et aux relations Québec-Afrique francophone. L'Afrique francophone possède 15 % des réserves de ressources naturelles mondiales. « La langue française a une valeur économique très importante. À mon avis, on ne mise pas assez là-dessus », affirme le directeur de l'OFE, Hervé A. Prince.

Les 22 pays de l'Afrique subsaharienne francophone ont réalisé en 2023 le niveau de croissance économique le plus élevé de cette région pour la dixième année consécutive avec une croissance annuelle de 3,9 % de 2014-2023, contre seulement 2,0 % pour le reste de l'Afrique subsaharienne.

Au Bénin du 17 au 19 juin

L'OIF tient d'ailleurs une mission économique de la francophonie à Cotonou au Bénin du 17 au 19 juin prochain. C'est la sixième édition de ces missions économiques. Celle-ci s'intéresse particulièrement à l'agro-industrie, aux industries culturelles et récréatives et à la transformation numérique. Une centaine d'entreprises, investisseurs et acteurs économiques internationaux en provenance de toutes les régions francophones feront partie de la délégation. Elle rencontrera plus de deux cents entreprises béninoises.

Il y a 9,3 millions de francophones en Côte d'Ivoire, environ un tiers de sa population. Avec un PIB par habitant de 2 729 dollars en 2023, ce pays est le plus riche de toute l'Afrique de l'Ouest continentale. Le Cameroun et le Sénégal ont aussi un grand dynamisme sur ce continent. Alors que des tarifs allant jusqu'à 250 % sont annoncés dans le cadre de la guerre commerciale mondiale en cours, l'augmentation des échanges commerciaux entre les pays de l'OIF a des chances de créer de nouveaux marchés pour les produits surtaxés aux États-Unis et de mettre le français encore plus en valeur.

Michel Gourd

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Comment interpréter le plan arabe pour Gaza

Les États arabes paraissent vouloir assumer la responsabilité de la question palestinienne non seulement parce que leurs projets pour l'avenir de la région sont en jeu, mais (…)

Les États arabes paraissent vouloir assumer la responsabilité de la question palestinienne non seulement parce que leurs projets pour l'avenir de la région sont en jeu, mais aussi parce que la stabilité même des régimes arabes est en jeu. Mais le plan arabe est-il bon pour les Palestiniens ?

Tiré de France Palestine Solidarité. Photo : 10 janvier 2024, des Palestiniens marchent au milieu des destructions dans les zones d'Al Matahin et d'Al Qarara dans le nord de Khan Younis © UNRWA/Ashraf Amra

Le sommet tant attendu de la Ligue des États arabes a finalement eu lieu au Caire mardi dernier, un mois après les déclarations de Trump disant Gaza deviendrait une « Riviera du Moyen-Orient » – « propriété » des États-Unis et vidée par la force de sa population.

Le sommet a eu lieu après le rejet du plan américain par plusieurs pays arabes, dont la Jordanie et l'Égypte, que Trump avait identifiés comme des destinations permanentes pour la population de Gaza. En prévision du sommet, l'Égypte a annoncé à la mi-février un plan de reconstruction de Gaza sans déplacement de population, comme alternative au plan de Trump. Ce plan a été adopté, comme prévu, par le sommet arabe mardi dernier.

Le plan arabe pour la reconstruction de Gaza, expliqué

Le plan prévoit la reconstruction de Gaza en quatre ans, avec des logements modernes, des infrastructures et un réseau de transport. Sa mise en œuvre coûterait 53 milliards de dollars.

Le plan comprend également une projection de l'administration politique de Gaza après la guerre, réaffirmant le lien entre la bande de Gaza et la Cisjordanie et la plaçant dans le cadre d'une solution à deux États.

Le plan prévoit la création d'une commission indépendante pour gérer Gaza pendant la phase de reconstruction, une période de transition destinée à réunir Gaza et la Cisjordanie sous la conduite de l'Autorité palestinienne (AP).

Le plan n'est plus seulement égyptien et constitue désormais la proposition arabe unifiée pour l'avenir de Gaza, censée contrer directement la vision dystopique et criminelle de Trump.

Le gouvernement israélien a rejeté catégoriquement le plan, déclarant dans un communiqué que le sommet arabe n'avait pas tenu compte de ce qu'il a appelé les « faits nouveaux » survenus après le 7 octobre 2023.

Israël a également objecté que le plan arabe ne mentionnait ni ne condamnait les attaques du 7 octobre et continuait de s'appuyer sur l'Autorité palestinienne et l'Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA) dans la phase de reconstruction.

Alors que la Maison Blanche a également rejeté le plan, l'AP et le Hamas l'ont accepté. Des divergences subsistent entre eux sur le sort de l'armements du Hamas et le maintien des Brigades Ezzedine al-Qassam en tant que groupe de résistance armée à Gaza sous l'administration de l'AP.

Il appartient désormais aux États arabes de convaincre l'administration Trump de soutenir leur plan et leur vision plus réaliste que l'expulsion massive de la population de Gaza.

Cela représente un intéressant défi pour les ambitions économiques de Trump au Moyen-Orient.

Les perspectives de normalisation des relations entre les pays arabes et Israël, les méga-investissements prévus dans la région impliquant des ressources naturelles (y compris les réserves de gaz naturel de Gaza) et l'intégration économique d'Israël avec les États du Golfe pour contrer l'expansion économique de la Chine sont en jeu.

Un recul pour la représentation politique palestinienne

Trente-quatre ans après que les Israéliens et les Palestiniens se sont assis pour la première fois à la table des négociations lors de la conférence de Madrid en 1991, et après que les deux parties ont entamé des négociations bilatérales directes à Washington, l'avenir de la cause palestinienne semble désormais dépendre de la capacité des États arabes à parvenir à un accord avec les États-Unis.

Bien que cette situation représente un précédent historique dans lequel les États arabes ont adopté une position unifiée sur la Palestine et se sont adressés d'une seule voix à l'administration américaine, elle constitue également un revers pour la cause palestinienne et une conséquence directe de l'échec des États arabes à l'égard de la cause palestinienne.

La dernière fois que les Arabes ont eu une position unifiée sur la Palestine, c'était lorsque la Ligue arabe a reconnu l'OLP comme le seul et légitime représentant du peuple palestinien lors du sommet de Rabat en 1974.

Il s'agissait d'une étape importante pour remettre la cause palestinienne entre les mains des Palestiniens et dissocier les États arabes de la responsabilité principale de la résolution de la question palestinienne.

La décision arabe de 1974 était elle-même en opposition avec la décision précédemment adoptée lors du sommet de Khartoum de 1968 qui rejetait les négociations avec Israël compte tenu de son occupation des terres arabes dans les hauteurs du Golan syrien, le désert du Sinaï égyptien, la Cisjordanie et Gaza.

La reconnaissance par les pays arabes de la représentation des Palestiniens par l'OLP en 1974 est intervenue après la guerre d'octobre 1973, que l'Égypte et la Syrie considéraient comme leur représailles contre Israël après que le secrétaire d'État américain Henry Kissinger eut commencé à jeter les bases d'un processus politique entre Israël et les États arabes.

En d'autres termes, la reconnaissance de l'OLP en 1974 était un moyen de libérer les États arabes de leur responsabilité envers la Palestine.

La même année, l'OLP adopta un nouveau programme politique, appelé « Programme en dix points », qui acceptait les négociations comme moyen d'établir un État palestinien.

Lorsque l'opposition la plus radicale à la direction d'Arafat au sein de l'OLP, représentée par plusieurs factions de gauche, critiqua Arafat pour avoir fait des compromis sur la libération complète, lui et son camp défendirent leur position en disant qu'ils exerçaient « l'indépendance de la prise de décision palestinienne ».

Depuis 1967, les États arabes ont tenté par tous les moyens de se dégager de leur responsabilité directe dans la résolution de la question palestinienne, tandis que les Palestiniens ont essayé de prendre leur destin en main.

Dans un certain sens, c'est l'une des réalisations les plus tangibles de la lutte palestinienne au cours des dernières décennies.

Mais un demi-siècle plus tard, la voie des négociations est bloquée, la solution à deux États est morte et l'OLP elle-même a perdu une grande partie de sa pertinence.

Ses dirigeants actuels continuent de s'appuyer sur leur passé de lutte politique pour maintenir leur légitimité, sans réel pouvoir ni influence sur le terrain et renonçant complètement à toute forme de résistance ou d'antagonisme envers l'occupation.

Pendant ce temps, une autre force palestinienne, le Hamas, a pris la direction opposée, poussant la stratégie de la lutte armée à ses limites les plus extrêmes. Il est maintenant contraint de négocier pour son propre avenir politique.

Le plus paradoxal est qu'après cinquante ans, l'avenir de la cause palestinienne est de nouveau entre les mains des États arabes et des États-Unis, bien loin de « l'indépendance du processus décisionnel palestinien » d'abord prônée par Yasser Arafat et actualisée par le Hamas.

Pourquoi les États arabes s'intéressent-ils à la Palestine aujourd'hui ?

Les États arabes assument aujourd'hui la responsabilité de la question palestinienne, non seulement parce que leurs projets pour l'avenir de l'économie de la région sont en jeu (lesquels, avant le 7 octobre, avançaient déjà à grands pas, sans tenir compte du peuple palestinien), mais aussi parce que la stabilité des États arabes eux-mêmes est en jeu.

L'alternative à la proposition arabe de reconstruction de Gaza est un « nettoyage ethnique » total, d'abord à Gaza et très probablement ensuite en Cisjordanie.

La figure la plus vociférante de l'extrême-droite israélienne aujourd'hui, le ministre des Finances israélien Bezalel Smotrich, appelle cette vision une « fin définitive du conflit ». Ce qu'Israël et l'administration Trump ne comprennent pas, c'est qu'une expulsion massive des Palestiniens ne mettrait pas fin au « conflit », mais lui donnerait plutôt un nouveau départ.

Après la Nakba de 1948 et l'expulsion massive de plus de 200 000 Palestiniens en 1967, des régimes arabes entiers sont tombés et de nouveaux gouvernements se sont élevés à leur place.

La présence des réfugiés palestiniens dans ces pays s'est transformée, contre toute attente, en une formation militante qui a bénéficié de la sympathie écrasante des sociétés dans lesquelles ils étaient intégrés.

Souvent, cela a menacé la légitimité des pays arabes d'accueil et leur position conciliante envers Israël. Les États arabes qui ont vécu ces expériences le savent.

Les dirigeants politiques palestiniens eux-mêmes sont incapables de parvenir à un programme politique unifié ou de reconstruire le mouvement national palestinien sur une base démocratique.

Une expulsion massive des Palestiniens serait le cataclysme qui ouvrirait une nouvelle ère, et personne ne peut garantir quel type de leadership palestinien en émergera.

La seule alternative est de rétablir la stabilité du système politique palestinien actuel et de lui donner une chance de se redresser. Cela ne peut se faire qu'en réunifiant Gaza et la Cisjordanie sous l'égide de l'OLP, et c'est pourquoi les États arabes ont apporté leur soutien à cette proposition.

Quant au Hamas, il a déjà accepté de renoncer au contrôle de l'administration de Gaza et de faire partie de l'OLP, en faisant sien le programme de l'OLP qui prévoit la création d'un État palestinien dans le cadre d'une solution à deux États.

Le compromis que l'Autorité palestinienne devrait faire pour que cela se produise serait d'autoriser des élections libres et de laisser s'exprimer tous les courants politiques de la société palestinienne, dont beaucoup sont apparus après la scission entre le Fatah et le Hamas en 2007 et n'ont jamais eu la possibilité de jouer un rôle dans la politique palestinienne.

Le génocide de Gaza a été un événement cataclysmique qui ne peut être effacé. Les choses ne seront plus jamais comme avant.

Les divisions politiques internes palestiniennes n'empêchent de faire face aux conséquences, et la scène politique israélienne est trop consumée par une vague sans précédent de fanatisme raciste pour produire un leadership pragmatique capable de proposer une vision réaliste de l'avenir.

Alors que le système politique arabe officiel, à travers l'accord trouvé entre les États, revient à la table des négociations pour discuter des termes de leur proposition avec les États-Unis, la réalité géopolitique du Moyen-Orient est en train d'être redessinée.

Mais une chose reste constante : le peuple palestinien n'est pas libre et il n'a pas renoncé à l'être. Le reste sera réorganisé autour de ce fait.

Traduction : Chronique de Palestine

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Une jeunesse instruite pour une société solidaire

‘' Tant vaut la jeunesse, tant vaut la nation ‘' Par Bleck Dieuseul Desroses La capacité d'une formation sociale à se projeter dans le futur dépend de sa politique de (…)

‘' Tant vaut la jeunesse, tant vaut la nation ‘'

Par Bleck Dieuseul Desroses

La capacité d'une formation sociale à se projeter dans le futur dépend de sa politique de jeunesse. Autrement dit, l'avenir d'une société repose sur la capacité de sa jeunesse à faire face aux défis des générations futures. Son rôle est alors crucial dans la construction de l'avenir et sa participation active à la citoyenneté est essentielle pour la démocratisation, le développement et la stabilité. Pour cela, elle doit intégrer certaines valeurs patriotiques comme la solidarité et la fraternité.

La solidarité en Haïti est un feu de paille. Elle se manifeste généralement pendant certains événements malheureux à teneur anxiogène comme les catastrophes naturelles : cyclones dévastateurs et/ou tremblements de terre désastreux.

L'élan de solidarité qui se dégage après le séisme du 12 janvier 2010 disparaît immédiatement sous le poids des intérêts mesquins et individualistes. Celle qui jaillit après celui du 14 août 2021 a pris l'allure d'un show médiatique où stars de la musique et politiciens en quête de visibilité et de légitimé, sans oublier des dirigeants de certaines organisations en panne de visibilité et/ou de financement se bousculent dans le grand Sud pour attirer l'attention de la presse nationale et internationale.

Loin d'être un geste de solidarité et de fraternité réelle, ces tragédies sont généralement l'occasion pour les ONG nationales et internationales de déployer leurs flottes médicales et leurs armées d'experts sans la moindre qualification, bref de pseudo-experts, sur le terrain afin de justifier des dépenses pharaoniques.

De par son éducation familiale et sa formation académique, l'Haïtien ne peut penser ou agir collectivement. Aux problèmes collectifs, il propose des solutions individuelles. Il devient narcissique et se contemple sans cesse dans un miroir qui lui donne une image erronée de sa personne et de sa beauté cosmétique. Il se croit beau même lorsqu'il est répugnant et hideux aux yeux de tous. Il souffre du syndrome du paraître.

Au problème d'électricité, l'Haïtien se procure d'autres sources d'énergie alternatives. Il s'agit d'une marque de distinction sociale témoignant d'une certaine réussite économique et professionnelle. Il le crie haut et fort partout où il passe.

Au problème de la performance du système éducatif, le parent aisé envoie ses enfants à l'étranger ou les confie aux écoles américaines ou françaises. Par naïveté, il met à la disposition d'Haïti un aliéné de plus. C'est typiquement le phénomène décrit dans‘' Peau noire, Masques blancs ‘'par Frantz Fanon.

Au problème de la détérioration des infrastructures routières, le nanti s'achète des véhicules adaptés pour des sommes exorbitantes. Ainsi se démarque-t-il de la foule.

Au problème de la défaillance du système sanitaire, il se dote d'une carte d'assurance internationale et s'envole à moins d'égratignures vers Cuba, République dominicaine ou Amérique du Nord pour se faire soigner par les meilleurs médecins dans des hôpitaux de première classe sans se soucier du sort des patients de l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti (HUEH) incendié récemment par les gangs de Village de Dieu.

L'Haïtien aisé ne se soucie jamais du sort des autres. Il ne pense qu'à lui-même et se montre aveugle devant la situation de ses frères. Aucun lien fraternel. Enfermés dans leur confort de petits bourgeois ou de bourgeois réactionnaires dans les hauteurs de Delmas ou de Pétion-Ville, le problème de l'insécurité à Martissant, Cité Soleil, Bel-Air, La Saline, Carrefour n'était jamais pour eux une préoccupation nationale. Ils n'ont compris le poids de ce drame que lorsque les quartiers huppés de l'aire métropolitaine sont devenus également la cible des bandes criminelles.

Quant à l'Haïtien modeste, il n'est solidaire que dans la folie incendiaire. Et la rage de destruction. Sans y être conscients, les manifestants tout comme les membres de l'organisation criminelle Viv Ansam adoptent la même attitude de destruction des biens et des infrastructures du pays.

Pour une société solidaire

La crise actuelle doit amener les élites à repenser la formation sociale haïtienne sur la base d'un nouveau contrat social. Il faut inculquer à la jeunesse des valeurs de solidarité et de fraternité. Ces valeurs sont fondamentales dans la construction d'une société juste, équitable et harmonieuse. Elles garantissent la cohésion sociale en ce sens qu'elles favorisent l'unité et la coopération entre les classes sociales. Elles font disparaître les clivages sociaux et permettent aux membres d'une société de se soutenir mutuellement, de se comprendre et de travailler ensemble pour le bien commun. Elles renforcent l'idée d'une communauté soudée, où chacun se sent responsable du bien-être des autres.

La solidarité est essentielle pour soutenir les personnes en situation de précarité, que ce soit sur le plan économique ou social. Elle encourage les actions de soutien, de partage et d'entraide pour réduire les inégalités et permettre à chacun de mener une vie digne.

Dans une société où les valeurs de solidarité et de fraternité sont présentes, il y a moins de tensions et de conflits. En favorisant le dialogue, l'écoute et la compréhension mutuelle, ces valeurs permettent de créer un environnement pacifique, où les différences sont acceptées et s'interprètent comme un enrichissement de notre humanité.

La solidarité et la fraternité incitent à la prise de responsabilité collective. Elles rappellent que chaque individu fait partie du corps social et que les actions de l'un peuvent entraînent des conséquences sur la vie des autres. Cela encourage à agir pour le bien-être de la communauté, plutôt que pour des intérêts égoïstes et mesquins.

En cultivant des relations basées sur la solidarité et la fraternité, une société favorise également le développement personnel et collectif. Ces valeurs renforcent l'empathie, la bienveillance et l'altruisme, des qualités qui contribuent à l'épanouissement de chaque individu et à la prospérité collective.

La solidarité et la fraternité sont des piliers dans la lutte contre les injustices, les discriminations et l'exclusion sociale. Elles favorisent la mise en place de politiques et d'actions pour créer un environnement plus égalitaire, où chaque personne a les mêmes chances de réussir sa vie sociale et professionnelle.

Pour une école républicaine

Les valeurs de solidarité et fraternité sont des construits. Il s'agit d'un travail quotidien qui s'inscrit dans un projet national élaboré et mis en œuvre par la puissance publique pour construire ou pérenniser les fondements de l'État-Nation. L'école, en tant que couloir de transmission des valeurs républicaines, devrait jouer un rôle crucial dans l'implémentation et le succès de ce projet. Au lieu d'inculquer aux jeunes des valeurs démocratiques et libérales, l'école haïtienne prépare des seigneurs féodaux, des princes auto-dominés pour reprendre un concept du sociologue Jean Anil Louis-Juste.

À la place de l'école féodale et de l'enseignement scolastique génératrice des égoïstes, apatrides, narcissiques, soumis et aliénés, il faut nous une école républicaine authentiquement haïtienne liée à la promotion d'une citoyenneté active, de l'unité nationale et de l'intégration des différentes classes sociales au sein de la société. Cette nouvelle école jouera alors un rôle clé dans la transmission des valeurs républicaines, comme le respect des droits de l'homme, la laïcité, et l'égalité entre les sexes. Pour cela, elle doit être laïque, gratuite et obligatoire pour tous les enfants, indépendamment de leur origine sociale ou de leurs croyances.

Dans une société comme la nôtre marquée par des inégalités socio-économiques criantes et des crises politiques récurrentes, les valeurs solidarité et fraternité sont indispensables pour bâtir un avenir fondé sur la paix, la tolérance et la justice. Elles ne doivent pas uniquement être des principes ontologiques, mais des engagements concrets au quotidien, à travers des actes de générosité, de partage et de bienveillance. Ainsi, la solidarité et la fraternité doivent constituer les piliers de la nouvelle fondation politique haïtienne en vue d'une société plus humaine et plus équitable à travers un système éducatif adapté et républicain. Haïti n'a qu'un choix : soit un pacte de solidarité soit un pacte de suicide collectif.

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Être ou ne pas être à la rue ? Telle est la question qui tue !

18 mars 2025, par Gaétan Roberge — , ,
Durant la nuit du 9 novembre 1989, le monde assiste stupéfait à la Chute du mur de Berlin. Cet événement annonçait les débuts de l'effondrement du bloc communiste et que le (…)

Durant la nuit du 9 novembre 1989, le monde assiste stupéfait à la Chute du mur de Berlin. Cet événement annonçait les débuts de l'effondrement du bloc communiste et que le capitalisme l'avait emporté et n'avait donc plus rien à prouver. Et pour paraphraser Winston Churchill « … ce fut le commencement de la fin »

Prélude

Les domestiques Thatcher et Reagan ayant mis la table sous la gouverne des chefs économistes Hayek, Friedman et de leurs collègues américains de l'École de Chicago confectionnèrent un menu pour le moins famélique et peu ragoûtant. La charrue libertarienne avait enfin le champ libre et pouvait se mettre en marche pour sarcler à grands traits les nouvelles structures déconfites de l'État, sabrer dans les programmes sociaux et déréglementer l'économie et la finance afin de semer à tous vents sa divine devise : « l'État est mort, vive le Marché ! » Et l'on peut affirmer que le gouvernement chaotique Trumpien « sponsorisée » – comme on dit en France – par le « complexe technologico-industriel » des ultra-riches qui proclament la fin de de l'État de droit et l'avènement d'une autocratie s'amuse « follement » à gouverner par « décrets technofacistes ». Cette ère de brutalité aveugle et de destruction, une gracieuseté du fou baveux devenu roi belliqueux, est en train de s'implanter à la vitesse grand « V » pour violence aux États-Unis et planter ses pieux malicieux partout dans le monde et s'inscrire en droite ligne blanche dans cet étroit et périlleux sillon ovalien libertarien.

Une crise annoncée

Nous nageons encore en pleine tragédie post-covidienne durant laquelle des ménages ont été littéralement laissés-pour-compte et plongés froidement dans une crise du logement qui ne date pas d'hier et n'existe pas qu'au Québec. Une crise qui s'accentue et tire ses origines d'un virus planétaire pieuté au cœur des sociétés et nommé « néolibéralisme ». Un virus latent et virulent qui depuis plus de trois décennies transmet son substrat de réduction de la taille de l'État, de l'effritement des programmes sociaux et du « tout au privé » au bénéfice du marché.

À preuve, au Canada, le 26 avril 1993, sous le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, le gouvernement fédéral décide de se retirer du développement du logement social et cette décision sera effective le 1er janvier 1994. Entre temps, lors des élections fédérales de novembre 1993, Jean Chrétien du Parti libéral promet, s'il est élu, qu'il renversera cette décision. Belle promesse de politicien ! Évidemment, il n'en fera rien et devra en porter tout l'odieux … Ainsi, selon le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) : « Si le fédéral ne s'était pas retiré du financement à long terme du logement social, en 1994, ce sont 85 000 logements sociaux supplémentaires au Québec qui offriraient aujourd'hui une alternative aux ménages locataires vivant les conséquences d'un marché locatif en crise ». – Cela aurait pu changer le visage de la crise actuelle. –

Plus ça change … plus c'est pareil !

« Nous devons résister, nous organiser et lutter pour notre droit à un logement décent qu'on peut payer. Nous devons résister à ces bourgeois promoteurs, spéculateurs et patrons et revendiquer nos droits. Luttons contre la crise ! Luttons pour le droit au logement ! » Déclaration de Nicole Breault – du Comité logement Centre-Sud, aujourd'hui Ville-Marie, – citée dans l'ouvrage : « Avant de se retrouver tout nu dans la rue », publié aux Éditions Parti Pris, en 1977 … Depuis cette déclaration citoyenne, 48 années se sont écoulées et de lourdes poussières se sont accumulées sur le dos des revendications légitimes et encore actuelles des locataires !

Un sacré désastre ou le sacre de la piasse

J'ai milité et travaillé dans le milieu communautaire plus de vingt ans au Comité logement Ville-Marie de Montréal. Aujourd'hui, c'est l'homme au cœur affligé et le travailleur retraité – toujours militant – qui décide de prendre la parole. Je suis profondément révolté face aux actions improvisées et tardives et aux tergiversations du gouvernement québécois actuel aveuglé par une vision paternaliste, affairiste, voire libertarienne de la société et surtout totalement dépourvu de réelle volonté politique afin de s'attaquer aux véritables enjeux de la crise du logement qui sévit au Caquistan, dans le reste du Canada et ailleurs dans le monde. – Au Québec, selon la SCHL, il manque 1,2 million d'unités supplémentaires, à l'horizon 2030 et 1,6 milliards de personnes dans le monde ne disposent pas d'un logement adéquat. – Nous sommes aux prises avec un gouvernement anti-coalition évoluant en symbiose avec sa base électorale, attentif aux lobbys des propriétaires et soucieux du bien-être des promoteurs et des gens d'affaires, mais lourdement « acouphènisé » par les souffrances et les clameurs de détresse de milliers de mal-logé-e-s ainsi que celles des pauvres et ceux de la classe moyenne qui viennent grossir le rang des indigents.e.s. Un gouvernement qui a trop longtemps nié la crise actuelle et ne cesse d'ignorer sciemment les légitimes et alarmants signaux lancés par des groupes logement, des organismes et regroupements de divers horizons. Un gouvernement balayant du revers de la main de sa ministre de l'Habitation, Mme Duranceau – à la fois courtière immobilière et couturière de la misère –, les solutions proposées à la crise actuelle qui secoue non seulement les grands centres urbains, mais toutes les régions du Québec.

Je me sens heurté par les blessures et les tourments de mes semblables – surtout depuis la Covid de Wehan – qui se sentent menacés, souffrent d'anxiété et peinent à garder espoir. Un nombre grandissant de ménages deviennent de plus en plus incapables de payer leur loyer. Un loyer qui a littéralement explosé depuis les dernières années et qui atteindra cette année des hausses jamais vues en 30 ans, soit de l'ordre de 5,9 % pour un logement non-chauffé. En octobre 2024, le taux d'occupation était de 1,5 % pour les deux chambres à coucher, dont la hausse moyenne du loyer a été de 7,9%, bien au-dessus des indices du Tribunal administratif du logement (TAL), dans la région de Montréal avec un loyer moyen de 1131 $. En effet, depuis les dix dernières années, le prix de l'immobilier résidentiel a augmenté deux fois plus rapidement que le revenu des ménages. Ajoutons à cela une spéculation immobilière qui se glisse sous les beaux draps fiscaux des villes, qui s'accouple avec le plafond des hausses de loyer abusives et balaie le plancher des taux de vacance.

La dernière enquête annuelle du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), parue en juin 2024, révélait que le loyer moyen d'un 4 ½ à louer est passé de 1222 $ par mois en 2020 à 1828 $ en 2024. Nous nous retrouvons face à des augmentations faramineuses du coût des logements qui frappent les ménages de plein fouet et que ces derniers deviennent alors à risque de perdre leur toit. Ainsi, selon un sondage de l'Enquête de Statistique Canada, publié en mai 2024, a estimé qu'environ 45 000 ménages québécois ont été évincés de leur logement dans l'année qui précède. N'oublions pas qu'être évincé signifie davantage que la perte d'un logement. Cela évoque un drame humain et financier provoquant de profondes séquelles de se voir ainsi brusquement « déraciner » de chez-soi, de son milieu de vie et couper de ses services et ressources. En fait, les personnes sont évincées soit pour avoir demandé des réparations, refusé des hausses de loyer abusives, subit des reprises de logement malveillantes ou des rénovictions frauduleuses. Des rénovictions prétextant d'éventuels travaux majeurs et souvent sous le coup de harcèlement, voire de menaces et de violentes tromperies et avec pour graves conséquences des ménages locataires paniqués de se voir littéralement chassés comme des malpropres ou des « non citoyen.nes » et projetés au bas de la chaîne de trottoir de la survie. Notons également que ces rénovictions touchent toutes les catégories d'habitation, y compris les résidences privées pour adultes (RPA). Nous ne l'affirmerons jamais assez à savoir que ces drames doivent être associés à de la violence, voire une forme de « nettoyage social ».

Selon une analyse del'Observatoire québécois des inégalités, les mauvaises conditions de logement exacerbent l'insécurité alimentaire et ont une influence néfaste sur la santé mentale et physique. Ainsi, la crise du logement, les augmentations du coût de la vie et l'insuffisance des revenus contribuent à l'aggravation de la pauvreté et du mal-logement. Quant aux autres ménages qui cherchent un toit convenant à leurs besoins, ils se voient incapables d'en trouver un à prix abordable. Ils sont alors contraints de demeurer dans des logements souvent trop exigus, en mauvais état ou de se voir dans l'obligation de louer à fort prix et avec en prime le risque de mettre leur situation en péril – 36 223 dossiers en non-paiement au TAL en 2024 – et de se retrouver à deux pas des chemins tragiques de l'itinérance et des périlleux nids-de-poule du décrochage social.

Pas de Métro, pas de Boulot, pas de Dodo ou le Canarie dehors de dehors

L'Itinérance est un phénomène complexe aux causes et aux conséquences multiples. Elle est en partie liée aux conditions difficiles de vie, aux disfonctionnements de politiques publiques et de programmes déficients, mais surtout causée par la rupture du contrat social. Et mettons les choses au clair : l'Itinérance n'a rien à voir avec la fatalité car elle représente en fait une forme d'aboutissement d'un processus de désaffiliation de la société en général et plus particulièrement du milieu de vie. Selon la rapporteuse spéciale sur le droit à un logement convenable des Nations Unies : « Le sans-abrisme porte profondément atteinte à la dignité et au droit à la vie et compromet l'inclusion sociale. Il constitue a priori une violation du droit au logement et enfreint plusieurs autres droits de l'homme en plus du droit à la vie, parmi lesquels les droits à la non-discrimination, à la santé, à l'eau et à l'assainissement et à la sûreté de la personne, ainsi que le droit de ne pas subir de traitement cruel, inhumain ou dégradant ». Selon un document du Regroupement des personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) : « Au-delà d'un toit, le droit au logement c'est aussi la capacité de s'ancrer dans son milieu de vie et sa communauté ce qui passe par un soutien et un accompagnement communautaire. Ainsi, il est primordial de considérer la question du droit logement au-delà de l'offre et du lieu physique. Les personnes marginalisées et vulnérabilisées ont besoin et droit à un toît, mais également d'un soutien communautaire ou individuel. Elles ont besoin et droit à la sécurité. Une diversité d'approches est nécessaire pour répondre aux problématiques complexes et variées liées au logement pour les personnes en situation d'itinérance et à risque de l'être. »

À posteriori, deux grands obstacles nous empêchent jusqu'à présent comme société d'apporter des solutions durables et viables et à la fois individuelles et collectives. Tout d'abord, le manque de reconnaissance de l'ampleur et de la progression du phénomène de l'itinérance jouxté au désengagement d'un État qui s'en remet aux fondations, soude ses paupières et dompe le problème dans la cour des villes, dans le cœur des groupes communautaires et par ricochet dans le regard à la fois détaché et agacé de la population. Cela résultant d'une volonté politique larvée et d'un sous-financement à la fois individuel, au niveau du soutien directe aux personnes, et collectif en restreignant et négligeant celui des institutions publiques et des groupes concernés. L'autre raison, et non la moindre, il s'agit d'un certain désintéressement de la population allant jusqu'à une forme de dramatique de banalisation de l'itinérance et du syndrome pas dans mon cœur, pas dans ma cour. Cependant, lorsque la pression devient trop forte, comme c'est le cas présentement à Montréal, la population exerce alors des pressions sur les élu.e.s municipaux et les services publics afin que l'on « tasse » – pas qu'on s'y attaque – le problème. – On doit cependant admettre que face de l'inaction de Québec, Montréal et les groupes sont exaspérés que cela repose presque toujours sur leurs épaules. – Ainsi, fini le flânage dans le métro. – Ils ne flânent pas, ils essaient de (sur)vivre … – Mais pour aller où ? Manque de logements sociaux et privés, manque de maisons de chambres, manque de haltes et d'hébergements d'urgence, refuges débordés, manque de ressources, groupes communautaires à bout, campements sauvagement démantelés et surtout manque de compréhension et de compassion. On les rejette à la rue, on les chasse de l'espace public et ils deviennent alors souvent victimes de judiciarisation et de profilages.

Mais au final que veut-on ? On veut les rendre silencieux et les balayer sous l'épais tapis de l'invisibilité. Pourtant, ces êtres humains – ça pourrait être votre sœur, votre père, votre ami ou vous-même – ne bénéficient-ils pas comme vous et moi du Droit de cité ? Malgré cela, ils sont tout de même mis au ban de la société et on leur interdit par surcroit de dormir sur un banc public pour contempler le ciel étoilé et agrémenté par le chant strident des sirènes des gyrophares des forces constabulaires, pigmenté par les odeurs polluantes de la ville et enveloppés par les klaxons des automobiles, qui elles ont droit de cité. Et pendant ce temps, le gouvernement du Québec demeure passivement tapi dans l'ombre ... Ça ! C'est pas son affaire parce que lui il s'occupe des affaires !

Le TAL ou un tribunal bancal

Une Régie du logement qui, suite à de multiples pressions, a tenté de revamper son image ternie en se transformant en Tribunal administratif du logement (TAL), a plutôt révélé son véritable visage de « machine à expulser les locataires ». Ce tribunal offre un service d'information déficient couplé à des délais d'audience injustifiables, des procédures complexes et une inégale représentation des parties. En plus de faire preuve d'amnésie volontaire au regard de mandats sciemment gommés au fil du temps, soit celui de produire des études et réaliser des campagnes d'information auprès de la population et d'assurer la protection du parc de logements locatifs privés. Il est plus que temps que la ministre responsable de l'habitation intervienne pour réformer la culture de ce tribunal et le doter d'un financement adéquat à la mesure de son fonctionnement et de ses obligations et responsabilités envers la population.

La financiarisation de l'habitation

Depuis un certain temps, Montréal et d'autres grandes villes sont en proie à la financiarisation du parc de logement locatif avec pour conséquence que le logement n'est plus reconnu comme un droit, mais qu'il est plutôt considéré telle une « simple marchandise » fort lucrative, que l'on troque à volonté et dont on fait disparaître les humains. Selon Louis Gaudreau, sociologue et professeur à l'École de travail social de l'UQÀM : « Le phénomène de la financiarisation se définit grossièrement par l'arrivée massive d'acteurs financiers dans le secteur de l'immobilier. Le cas typique observé est l'association d'un fonds d'investissement avec un promoteur immobilier dans la réalisation d'un projet résidentiel. Les fonds d'investissement investissent dans le but d'obtenir un rendement rapide ce qui influence le prix et le type de logement qui sera construit ».

Ce phénomène entraîne des augmentations abusives de loyer menant souvent à des évictions pour non-paiement ainsi que des coupures de service et d'entretien des bâtiments. On assiste à du harcèlement dans le but de chasser les ménages locataires de longue date, souvent des personnes âgées, car elles paient souvent moins cher de loyer et qu'elles ont investi dans leur logement. Ces logements sont attribués à coups d'enquêtes de crédit, de dépôts de garantie, pourtant illégaux au Québec, et de honteuses surenchères et discriminations habilement maquillées lors de la recherche de logement. En plus de faire grimper les thermomètres l'évaluation foncière et de la valeur marchande des immeubles et entraîner du même coup des hausses de taxes et conséquemment de loyer – sans pour autant qu'il y ait eu d'améliorations locatives – en plus d'être enfermé par la suite dans la spirale spéculative de la financiarisation.

L'économie collaborative ou le triomphe de la novlangue des Airbnb de ce monde


Malgré l'adoption plutôt tardives de réglementations et leurs applications larvées et leur non-respect, nous continuons toujours d'être aux prises avec le fléau mondial – on a qu'à penser aux villes de Barcelone, Paris et Venise – des plateformes d'hébergement touristique. À elle seule, la plateforme Airbnb propose plus de 7 millions d'annonces (de logements) dans le monde et 50 000 activités proposées par des hôtes locaux, actives d'en plus 220 pays différents et 100 000 villes et villages … Ces plateformes sont tout sauf collaboratives car elles monopolisent des milliers de logements en chassant leurs résident.e.s en usant souvent de méthodes malveillantes de chantage et de harcèlement. Elles empoisonnent également la vie des collectivités causant des problèmes de bruit, de salubrité, de sécurité et d'incivilité. Ces plateformes ne servent qu'à l'enrichissement de multinationales, d'opérateurs et de particuliers au détriment de la qualité de vie et de la sécurité en participant ainsi de l'appauvrissement et de la déprédation des populations. Selon unrapport du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ)en date de février 2023, uniquement sur le site d'Airbnb, il y avait 29 482 annonces affichées dont 23 245 n'étaient pas certifiées, donc illégales, soit une proportion de 79 %.

En vérité, à l'écoute des officines du pouvoir, nous savons que le gouvernement privilégie l'apport de ce type d'activités pour promouvoir l'industrie touristique et que cela lui permet de positionner et de maintenir certaines villes dans le cercle prisé des villes-musées et du cirque tonitruant de la Formule 1. La ministre Proulx du Tourisme nous l'a d'ailleurs démontré récemment en faisant les gorges chaudes lors de l'adoption d'une nouvelle mouture règlementaire par la Ville de Montréal. Au final, à la lumière des énormes problèmes sociaux occasionnées ici comme ailleurs dans le monde, les groupes logement sont persuadés, fort des désastres humains et urbanistiques de la dernière décennie, que la seule et véritable solution pérenne consisterait à bannir définitivement ce type d'activités commerciales dévastatrices pour nos villes et catastrophiques pour la qualité de vie des résidents.e.s.

La démission de l'État ou l'aveuglement volontaire

Pour une large part, les ménages québécois n'ont connu que des augmentations du coût de la vie et des hausses de revenu faméliques. Ils ont dû traverser un peu plus de 15 longues années d'austérité libérale, gracieuseté du gouvernement Charest, de 2003 à 2012. Puis celui de Couillard, de 2014 à 2018 connu pour son démantèlement tranquille du Québec. Mais, interrompu dans l'intervalle de 2012 à 2014 par le gouvernement péquiste de madame Marois marqué par une certaine incohérence de l'action gouvernementale. Sans compter deux pénibles années de pandémie et de ralentissement économique. Pendant tout ce temps et faute de volonté politique et de financement adéquat, la réalisation de logements sociaux s'est faite au compte-gouttes. Ainsi, depuis plus de deux décennies, les gouvernements successifs se sont obstinés à gommer la dure réalité des locataires et négliger l'entretien du parc de logements sociaux. À titre d'exemple, selon l'Office municipal d'habitation de Montréal (OMHM), 79 % des immeubles HLM sont en mauvais ou très mauvais état attribué à un sous-financement chronique. Des immeubles dont le gouvernement du Québec est pourtant propriétaire et donc tributaire des obligations légales qui s'y rattachent. Et cessons de passer sous silence le fait que des milliers de ménages sont malheureusement contraints de vivre dans ces mauvaises conditions de salubrité, de sécurité et de santé. – À ce propos, une chose qui m'a toujours profondément choqué et me heurte encore, c'est d'entendre dire : « De toute façon, c'est just'une gang de pauvres et y'ont pas d'affaire à chialer parce qu'eux autes y ont un toit pas cher au-dessus de leus têtes. » Et je me disais également en arrière-pensée, c'est probablement ainsi que pensent certaines personnes au gouvernement …– Cette situation constitue un véritable scandale et démontre que Québec fait figure de « gestionnaire délinquant » qui mériterait d'être sanctionné. Ainsi, au fil des années, les différents Offices municipaux d'habitation n'ont jamais pu disposer de budgets suffisants à l'entretien de ce parc vieillissant de 66 600 logements HLM. Ce parc qui en définitive appartient à la collectivité.

Comme si cela n'était pas suffisant, le gouvernement Legault a gratifié la population du Québec d'une messe basse pour célébrer la mise en terre du programme de financement du logement social AccèsLogis créé en 1997, – grâce, entre autres, aux revendications incessantes du FRAPRU –. Ce programme aura pourtant permis la réalisation de 32 000 logements par des coopératives, des OSBL et des offices d'habitation. AccèsLogis a été remplacé en 2022 par le Programme d'habitation abordable du Québec (PHAQ). Mais ce programme est davantage pensé pour le privé et mal adapté pour le logement social tout comme la Stratégie canadienne sur le logement avec son Programme de prêts pour la construction d'appartements. Malheureusement, tous deux tardent à donner des résultats probants et ne livrent jusqu'à présent que des logements au loyer inabordable. Des logements construits à la va-vite avec des conséquences fâcheuses pour l'avenir, dont les coûts de ne cessent d'augmenter et les loyers fixés en fonction d'un marché locatif privé carburant à l'énergie spéculative et à la financiarisation. En définitive et que l'on se dise une fois pour toute : mise à part l'incurie injustifiable des gouvernements provincial et fédéral pendant des années, la crise du logement actuelle est certes attribuable à un problème d'accessibilité, mais elle relève davantage d'un réel et criant problème d'abordabilité des logements.

Pour une reconnaissance du Droit au logement

Voici quelques-unes des solutions viables proposées par le RCLALQ et le FRAPRU pour la promotion et la sauvegarde du Droit au logement et sortir de la crise. Décréter un contrôle obligatoire des loyers associé à un plafonnement ainsi que la mise sur pied d'un registre des loyers universel et accessible. Améliorer le régime de protection du parc locatif en mettant fin aux évictions et aux reprises frauduleuses et renforcer la protection des ainé.e.s en rendant permanent le moratoire de trois ans instauré par Québec, en 2024. Soit le Projet de loi 65 stipulant que dans les cas d'éviction, aucune personne locataire ne puisse être évincée à des fins d'agrandissement, de subdivision ou de changement d'affectation d'un logement. Le Droit au logement, proclamé à l'article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et inscrit timidement à l'article 1936 du Code civil du Québec par « le droit personnel au maintien dans les lieux » a trop longtemps été brutalement bafoué et sacrifié sur l'autel sacré du Marché. Il est plus que temps que l'on assure son respect et son application au nom de la justice et de l'équité. On doit cesser de priver les locataires de leur « Droit de cité » et de les contraindre à vivre en zone rouge en éprouvant de la difficulté à demeurer dans leur quartier et à se loger convenablement dans une zone verte sécuritaire. Des milliers de ménages, dont 173 000 ménages locataires ont des besoins impérieux de logement, sont frappés de plein fouet par la crise du logement. Il faut y mettre un terme et admettre que ce désastre institutionnalisé trop souvent passé sous le silencieux moulinet de la fatalité revêt maintenant tous les accablants attributs d'une véritable « crise de société ».

Prendre des mesures afin d'empêcher d'autres ménages de se retrouver dans l'incapacité de demeurer dans leur logement et carrément jetés à la rue pour rejoindre les nouvelles vagues des « réfugié.e.s du 1er juillet à l'année longue ». Il est donc impératif de défendre et reconnaitre le Droit au logement comme « un droit fondamental ». Ce droit aurait d'ailleurs dû être enchâssé depuis longtemps dans notre Charte québécoise. Revendiquer la mise en place d'une légitime Politique d'habitation nationale sauvegardée sous la gouverne d'un véritable ministère de l'Habitation et doté de budgets suffisants. Socialiser une partie du parc locatif privé. Construire des logements au loyer « véritablement abordable » et doubler le parc de logements sociaux – qui avec représente seulement 11 % de logements locatifs avec 169 000 logements –. C'est pourquoi, claironnons haut et fort que ces formidables et indispensables équipements collectifs représentent une véritable richesse pérenne pour notre société et que sans leur existence, la crise actuelle qui secoue le Québec en entier serait davantage exacerbée. Créer de la richesse : n'est-ce pas là le sempiternel « Credo libertarien » du gouvernement affairiste actuel … Certes, l'on se doit de créer de la richesse, non pas de la richesse accumulée et concentrée dans quelques mains, mais de la richesse partagée entre toutes les mains. Car pour l'instant, nous pourrions reprendre à notre compte la citation de l'écrivain français Chamfort : « La société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d'appétit, et ceux qui ont plus d'appétit que de dîners ».

Monsieur Legault ou le choix de Claude

Monsieur le premier ministre, souhaitez-vous passer à l'Histoire pour celui qui devra porter l'odieux d'avoir englouti, selon des estimations préliminaires, 8 à 10 milliards pour l'édification d'un pontentre Québec et Lévis. – Ces 10 milliards de fonds publics suffiraient pour la construction de 100 000 logements sociaux et ce ne serait pas de l'argent jeté au fleuve ou englouti au fond d'unbaril de lithiumfuitant à hauteur d'un demi-milliard … – Un pont devant servir à l'amélioration de la fluidité de la circulation automobile, mais qui constituerait une menace pour l'environnement et l'aménagement du territoire en plus d'ouvrir à grande eau les vannes de l'étalement urbain et favoriser le plein de liquidité pour les carafes argentées des promoteurs immobiliers. Les jeux sont faits. Soit choisir entre un projet de troisième lien maintenant à sa 4e mouture préliminaire depuis 2014 et comportant un toit à la garniture de fer pour les chars et les trucks ou mettre de l'avant un Grand projet de société en établissant un premier lien essentiel garantissant un toit pour l'ensemble de la population du Québec. Ainsi, au lieu de bâtir un pont superflu et super coûteux, vous devriez bâtir des ponts de solidarité en lien avec les réels besoins de la population et avoir le courage et le sens du devoir digne d'un chef d'État responsable de lancer unGrand chantier de logements sociaux. Un chantier réclamé depuis des décennies par des organisations et des regroupements de la société civile ainsi que les 145 groupes membres du FRAPRU et par de nombreuses villes et municipalités du Québec. Soit d'assurer le financement de 10 000 logements sociaux par année pendant 15 ans, sous forme d'OSBL, de coopératives d'habitation et de logements sociaux publics afin de véritablement sortir de la crise actuelle et d'améliorer la qualité de vie de vos concitoyennes et concitoyens. Et surtout, de cesser de continuellement clamer que le financement en habitation constitue une dépense, mais de le considérer davantage tel un indispensable, structurant et pérenne investissement.

Pour l'instant, la question qui tue demeure tout entière : « être ou ne pas être à la rue ? » Ainsi, la meilleure des choses que nous puissions accomplir pour l'avancement de la société c'est d'œuvrer ensemble afin d'adopter à une feuille de route où dorénavant plus personne ne serait abandonné dans la marge et faire en sorte que le Droit au logement cesse d'être à l'image d'un fromage gruyère, « plein de trous ». L'Histoire et des milliers de ménages québécois éprouvés attendent impatiemment votre choix car il en va non seulement de leur dignité et de leur destinée, mais également de leur « droit fondamental » à un logement ainsi que de l'avenir même de la société québécoise. Une société qui néglige d'offrir de l'emploi, d'éduquer, de nourrir, de soigner et de loger sa population n'est pas digne de ce nom. Édifier contre vents et marées sociales un 3e pont au bénéfice de VUS et de lourds fardiers ou mettre en chantier une marée essentielle de logements sociaux et abordables au bénéfice de la population du Québec. La société québécoise attend votre choix monsieur Legault ?

« Paix, dignité et égalité sur une planète saine » La devise des Nations Unies

Gaétan Roberge

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Imposer la richesse pour éviter l’austérité

18 mars 2025, par Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) — , ,
Plutôt que de couper dans ses dépenses pour réduire son déficit, le gouvernement devrait augmenter ses revenus et mettre en place un nouvel impôt sur le patrimoine afin (…)

Plutôt que de couper dans ses dépenses pour réduire son déficit, le gouvernement devrait augmenter ses revenus et mettre en place un nouvel impôt sur le patrimoine afin d'augmenter la contribution des ménages les plus riches au trésor public. De 1999 à 2023, la richesse médiane des ménages appartenant au 10 % les mieux nantis a plus que doublé, passant de 1 197 800 $ à 2 643 100 $ après ajustement pour éliminer l'effet de l'inflation.

13 mars 2025 | Lettre de l'IRIS |Photo : Ron Cogswell (Flickr)

« Si nous nous trouvons dans la situation où nous sommes aujourd'hui, c'est à cause des baisses d'impôt répétées des dernières années et non parce que les services coûtent trop cher ou encore que les Québécois·es auraient des attentes trop élevées à l'égard de ces services. »
— Guillaume Hébert, chercheur à l'IRIS

La mise en place d'un impôt progressif sur le patrimoine des ménages appartenant au 10 % les mieux nantis permettrait de générer des revenus supplémentaires d'environ 6 G$ annuellement. Selon les données de l'Enquête sur la sécurité financière de Statistique Canada, il fallait qu'un ménage détienne des actifs nets d'une valeur d'environ 1,8 M$ au Québec en 2023 pour appartenir à cette catégorie de la population.

« 90 % des ménages du Québec ne seraient pas touchés par un tel impôt et les personnes qui le seront sont celles qui ont le plus bénéficié des congés fiscaux au cours des 25 dernières années. »
— Guillaume Hébert

En raison des baisses d'impôt accordées aux contribuables depuis 2000, les Québécois·es paient aujourd'hui 14 G$ de moins que si l'on prélevait toujours le même taux d'imposition qu'il y a 25 ans. Seulement pour le gouvernement du Québec, cela représente une perte fiscale annuelle de 6,9 G$.

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