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Voici pourquoi les féministes s’opposent au PL1

16 décembre 2025, par Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF), l'R des Centres de femmes — , ,
Tout comme la FFQ et de nombreux organismes, nous demandons le retrait complet du PL1et l'ouverture d'un véritable processus constituant Jusqu'au 17 février, les organismes (…)

Tout comme la FFQ et de nombreux organismes, nous demandons le retrait complet du PL1et l'ouverture d'un véritable processus constituant Jusqu'au 17 février, les organismes sont invités à appuyer la déclaration de la société civile contre le PL1 et à signer la pétition pour le retrait de l'article 29 portant sur l'avortement. Pour plus d"infos, on recommande vivement de visionner cette capsule. (source : CQMMF)

Tiré de l'infolettre de L'R des Centres de Femmes
Le Nouvel R 10 décembre 2025

La CQMMF déplore que ce projet de loi pose de sérieux enjeux quant à sa légitimité tout en menaçant nos droits :

En affaiblissant les mécanismes de protection des droits, le PL1 ouvre la porte à des reculs en justice reproductive, incluant l'accès à l'avortement, qui pourrait devenir plus vulnérable aux décisions politiques.

Le PL1 menace aussi les droits des peuples autochtones, en permettant au gouvernement d'imposer un cadre juridique unilatéral qui ignore leur souveraineté, leurs traités et leur autodétermination.

Il permettrait aussi au gouvernement d'accroître le pouvoir du parlement tout en neutralisant les mécanismes de contre-pouvoir existants : tribunaux, organismes de défense des droits, société civile.

Concrètement, certaines lois pourraient être protégées afin de préserver « la nation québécoise », ce qui empêcherait des organismes publics financés par des fonds publics de les contester ; leurs administrateurices pourraient même être poursuivi·es.

Tout comme la FFQ et de nombreux organismes, nous demandons le retrait complet du PL1et l'ouverture d'un véritable processus constituant Jusqu'au 17 février, les organismes sont invités à appuyer la déclaration de la société civile contre le PL1 et à signer la pétition pour le retrait de l'article 29 portant sur l'avortement. Pour plus d"infos, on recommande vivement de visionner cette capsule. (source : CQMMF)

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Un Noël festif et féministe mais dans un contexte de montée de la droite

16 décembre 2025, par Ginette Lewis — , ,
Le comité des femmes de Québec Solidaire de la région de Québec a organisé le 14 décembre un Noël festif et féministe à la Brasserie La Korrigane. Cette activité du comité des (…)

Le comité des femmes de Québec Solidaire de la région de Québec a organisé le 14 décembre un Noël festif et féministe à la Brasserie La Korrigane. Cette activité du comité des femmes se veut un événement festif tout en tenant compte des débats qui se tiennent dans le mouvement féministe.

L'année dernière, les élections de Trump aux États-Unis et sa pluie de décrets, en particulier contre les femmes et les personnes appartenant à la diversité de genre, avait décidé le comité des femmes à supprimer de son annonce le mot « festif ».

Cette année, le mot festif faisait partie de la thématique même si le contexte de la montée de l'extrême droite demeure d'actualité.

Un cabaret féministe, c'est quoi ?

Le comité des femmes organise trois cabarets par année. Un pour l'Halloween (le cabaret des sorcières), un pour Noël (le Noël festif) et un pour le 8 mars.

C'est ainsi que le comité des femmes tient à agir dans la mouvance féministe car les cabarets sont d'abord un <lieu de confiance> qui ne tolère aucune parole ou geste de violence ou de mépris.

Ces cabarets sont des lieux d'expression permettant aux femmes présentes de témoigner, de se confier, de parler au micro ouvert prévu lors des événements.

Enfin, ils offrent une belle visibilité à Québec Solidaire sur les questions féministes. Cela ouvre une vitrine pour une participation des militantes et militants de Qs et des mouvements sociaux mais aussi pour la population en général intéressée à connaître Qs sous un angle plus social.

Le Noël festif de 2025

L'après-midi a débuté par un mot de bienvenue d'Amélie Dubé Lambert expliquant la nature de la rencontre et posant le contexte politique général.

Cette entrée en matière fut suivie par une présentation sur la tuerie de Polytechnique en 89 avec la lecture d'un texte de Alix Parent au coeur duquel il y avait le poème suivant :

Poly

Elles sont quatorze
Nous sommes chacune.
Elles ont reçu une balle
Sans avoir le temps de réaliser, d'avoir mal.

Nous, nous avons reçu insultes, gifles,
Avec trop de temps pour sentir le vide.
Paralysées par la peur ou mortes
C'est la main, c'est la balle.
C'est le mépris de la même sorte
Du père, du mari ou de l'amant jaloux qu'importe.
Mais surtout pas simple acte de malade.

Non la semence a été longtemps cultivée
La haine en est le fruit rouge sang.
La violence : cette sève goutant amèrement
Et le pouvoir : ces racines si entremêlées.
Et vous voulez par vos mains, par vos balles
Lentement ou rapidement
Sournoisement, subitement, ou violemment
Nous faire goûter ce mal ;
Implanter dans nos cœurs cette obéissance ?

Mais notre silence et notre consentement
À toutes fins et pour longtemps
Vous ne l'aurez
Et de la société et de nos vies
Déraciner, couper, brûler
À jamais cet arbre maudit.

Et avec nos bras, nos cœurs, solidarité
Nos sifflets, notre ardeur, solidarité
Nos clés, nos pieds
Riposter comme collectivité, solidarité

Elles ont été quatorze
Nous serons toutes

11-12-89

Deux prestations artistiques ont eu lieu durant l'événement : une lecture de Flavie Dufour portant sur l'avortement et deux slams de Véronica Rioux parlant de violence et de neuro-diversité.

Des personnes députées ont aussi tenu à faire leurs voeux pour 2026 : Manon, Ruba, Sol, Étienne, Guillaume, Harroun et Alejandra ont toutes et tous mentionné la montée de la droite et les temps difficiles qui s'annoncent pour 2026. Mais elles et ils ont aussi parler d'espoir, de lumière....et des élections en 2026.

L'activité boules de Noël a permis aux personnes présentes d'exprimer sur des boules de papier leurs voeux pour 2026 et de les accrocher à un sapin de papier....un sapin qui a connu les changements climatiques...

L'activité micro ouvert, quant à elle, a permis d'entendre des témoignages exposent des faits de vie mais qui ont tous exprimé dans le concret de grandes thématiques du mouvement des femmes : maternité, violences contre les femmes sous toutes les formes, viols, suicide, politiques néolibérales des gouvernements actuels, lien mère-fille. Un moment riche de vécu, d'émotions et d'expression libre.

Les chansons des Amères Noëlles (groupe créé durant le Sommet des Amériques en 2001 et qui prend des chansons connues en modifiant les paroles pour leur donner un contenu politique) ont mis de l'enthousiasme dans l'air. Les gens présents ont chanté, tapé des mains et tambouriné sur les tables.

Pour terminer, le cercle de lecture du comité a fait connaître ses activités et a procédé au tirage de prix de présence : toute une variété de livres féministes nouvellement parus.

Et nouveauté, cette année, l'artiste visuelle VYK a peint durant tout le cabaret une oeuvre, sous l'inspiration des témoignages. Le tableau a été tiré à la fin du cabaret. L'oeuvre était magnifique et Jacinthe, la gagnante de l'oeuvre, a fait bien des jalouses.

Une belle activité qui, cabaret après cabaret, rallie les gens, porte un discours politique et féministe, permet une visibiité de Qs sur les questions femmes et, surtout, fait du bien au coeur.

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6 décembre : voici pourquoi le Canada doit reconnaître le crime de féminicide

16 décembre 2025, par Myrna Dawson — , , ,
Cela fait 36 ans que le massacre de 14 jeunes femmes a eu lieu à l'École Polytechnique de Montréal. Un homme les a abattues parce qu'elles étaient des femmes. Qualifié d'acte « (…)

Cela fait 36 ans que le massacre de 14 jeunes femmes a eu lieu à l'École Polytechnique de Montréal. Un homme les a abattues parce qu'elles étaient des femmes. Qualifié d'acte « violent de misogynie » par le gouvernement fédéral, ce massacre n'a pourtant jamais été officiellement qualifié de féminicide au Canada, malgré sa reconnaissance mondiale. Des femmes et des filles continuent d'être tuées tous les deux jours au pays, très majoritairement par des hommes. Et les chiffres continuent d'augmenter.

Tiré de The conversation.

La majorité de ces meurtres sont des féminicides, selon le cadre statistique des Nations unies pour mesurer les meurtres de femmes et de filles liés au genre. Le féminicide est défini de manière générale comme le meurtre d'une femme ou d'une fille en raison de son sexe ou de son genre.

Un balado qui pour dénoncer

Pour ces raisons, l'Observatoire canadien sur les féminicides pour la justice et la responsabilité (CFOJA) a lancé son balado « Too True Crime » le 25 novembre 2025, soit la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Le balado met en lumière les histoires de 580 femmes et filles tuées par des hommes dans des cas de féminicide depuis 2020.

Il ne tient compte que des cas où les informations disponibles indiquaient qu'il s'agissait d'un féminicide. Certains cas ont pu échapper à l'attention des autorités et rester sous le radar. Mais depuis le lancement de l'Observatoire en 2018, on a recencé plus de 1 100 femmes et filles tuées par des hommes.

Une partie des appels à l'action du balado comprends une pétition demandant au Canada de reconnaître officiellement le crime de féminicide et de l'inclure dans le Code criminel.

Les lois contribuent à apporter des changements

L'Italie est le dernier pays sur une trentaine dans le monde à avoir créé une infraction distincte de féminicide dans sa législation nationale.

Cette approche a ses détracteurs. Ils affirment :

Elle ne met pas l'accent sur la prévention ;

Elle ne s'attaque pas à la culture qui favorise le féminicide ;

Elle peut avoir des conséquences imprévues ;

Il est difficile de parvenir à un consensus sur la définition du féminicide ;

Elle n'a pas réduit le nombre de féminicides.

Mais la criminalisation par opposition à la prévention n'est pas une question de choix entre l'un ou l'autre.

Les lois constituent un élément clé d'une approche de santé publique en matière de prévention de la violence. Les lois nationales sur les féminicides s'accompagnent généralement de programmes de prévention, de formations destinées aux forces de l'ordre et de campagnes de sensibilisation du public. La loi italienne, par exemple, prévoit des mesures plus sévères contre les crimes sexistes tels que le harcèlement obsessionnel et la pornographie vengeresse.

Les lois ne constituent pas des réponses isolées. Elles ne sont qu'une partie des réponses multisectorielles à un problème social qui doit inclure le suivi des processus de mise en œuvre et des résultats.

Changer les lois peut changer les cultures

En Italie, certaines militantes féministes se sont plaintes que la loi n'allait pas assez loin, notamment en matière de changement culturel. Au Canada, une avocate féministe suggère qu'il faudrait peut-être « repenser radicalement » toute la question plutôt que de créer une nouvelle infraction dans le Code criminel.

Mais qualifier ce crime de « féminicide » — un terme spécifique au sexe ou au genre — constitue en fait une remise en question radicale dans un climat de neutralité qui masque trop souvent le fardeau disproportionné que supportent les femmes et les filles dans certaines formes de violence masculine.

Les réponses apportées par les États à travers leurs lois reflètent les valeurs culturelles. À l'heure actuelle, ces valeurs considèrent le féminicide comme un problème individuel plutôt que comme le résultat de structures et de processus sociaux fondés sur des inégalités profondément enracinées.

Une loi sur le féminicide reconnaîtrait que la violence masculine envers les femmes et les filles est systémique et nécessite un changement d'attitude dans les valeurs culturelles du Canada.

Aider les femmes et les populations marginalisées

Les lois visant à protéger les femmes peuvent avoir des conséquences imprévues, comme le montre le cas de l'obligation de poursuites judiciaires en cas de violence conjugale. Elle impose à la police de porter plainte si elle a des motifs raisonnables de croire qu'une agression a eu lieu. Et les lois non sexistes peuvent nuire aux femmes, en particulier lorsqu'elles sont appliquées dans un environnement sexiste et raciste.

C'est pourquoi le Canada doit inclure le féminicide dans son Code criminel. Le féminicide n'est pas neutre du point de vue du genre, et le reconnaître officiellement permettra de définir comment et pourquoi les femmes sont tuées par des hommes, ce qui est essentiel pour une prévention efficace.

Une loi sur le féminicide ne vise pas à alourdir les peines, mais à garantir que les accusations, les condamnations et les peines soient appropriées et que les auteurs soient tenus responsables dans les meurtres de femmes et de filles de tous horizons.

Il est possible de parvenir à un consensus

Le Canada doit parvenir à un consensus sur la définition du féminicide et en identifier clairement les éléments constitutifs.

Tous les pays dotés de lois sur le féminicide sont parvenus à un consensus, même si tous ne l'ont pas défini de la même manière. Cependant, les protocoles types et des lois types sont disponibles pour les pays qui envisagent d'inclure le féminicide dans leur législation nationale et leur code pénal.

Certaines recherches suggèrent que les lois sur le féminicide sont inefficaces. Elles n'ont pas permis de réduire le nombre de cas. Mais d'autres soulignent que les lois sur le féminicide ont renforcé la responsabilité et amélioré le signalement, la protection des survivantes et la sensibilisation à toutes les formes de violence sexiste.

Les effets variables d'une loi dépendent du contexte, notamment de qui la connaît, de sa clarté et de sa concision, et de la réactivité des personnes responsables de l'appliquer.

Les lois sur le féminicide ne suffiront pas à elles seules à réduire immédiatement le nombre de femmes tuées par des hommes ou victimes d'autres formes de violence sexiste. Peu de lois ont ce pouvoir. Le principal défi consiste à déterminer si et comment une loi sur le féminicide sera mise en œuvre.

Une réponse de l'ensemble de la société

Les lois sur le féminicide visent la prévention et peuvent changer notre culture. Elles pourraient venir en aide aux femmes et aux filles, en particulier celles dont la vie et la mort sont aujourd'hui marginalisées et ignorées.

Comme beaucoup d'autres pays, le Canada peut parvenir à un consensus sur la définition du féminicide et élaborer une loi qui conduira à des changements significatifs. Mais cela nécessite des consultations proactives, une volonté politique et des dirigeants à l'écoute.

Les 580 récits présentés dans Too True Crime démontrent clairement et sans ambiguïté que la vie des femmes et des filles en dépend.

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La loi 14 ne passera pas la rampe des tribunaux – on vous explique pourquoi

16 décembre 2025, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Au lendemain de son entrée en vigueur, la CSN a déposé une demande de pourvoi en contrôle judiciaire qui vise à faire déclarer inapplicable, invalide et inopérante la Loi (…)

Au lendemain de son entrée en vigueur, la CSN a déposé une demande de pourvoi en contrôle judiciaire qui vise à faire déclarer inapplicable, invalide et inopérante la Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out. Complètement en porte-à-faux du droit québécois, canadien et international, cette loi doit être déclarée inconstitutionnelle par la Cour supérieure, estime la CSN.

Tiré de l'Infolettre de la CSN En Mouvement
11 décembre 2025

Le ministre Boulet l'admet d'emblée : sa nouvelle loi vise à élargir la notion de « services essentiels » afin que le Tribunal administratif du travail (TAT) s'éloigne d'une interprétation trop restrictive des limitations pouvant être apportées au droit de grève. « Il faut penser à de nouveaux critères de détermination de ce qui constitue un service à maintenir [lors d'un conflit de travail] », exprimait-il quelques semaines avant de déposer son projet de loi 89, sanctionné depuis comme loi 14.

Ces nouveaux critères, la loi 14 les définit ainsi : des services devront être « minimalement requis pour éviter que ne soit affectée de manière disproportionnée la sécurité sociale, économique ou environnementale, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité. »

Il s'agit d'un virage à 180 degrés, y compris pour Jean Boulet lui-même : en 2019, lors du dépôt de son projet de loi 33, rendu nécessaire pour corriger les balises au droit de grève du secteur public à la suite de l'arrêt Saskatchewan de la Cour suprême, le ministre du Travail avait à l'époque déclaré que seule « la protection de la santé ou de la sécurité publique » devait être retenue comme critère général acceptable pouvant entraver le droit de grève, dorénavant hissé au statut de droit fondamental.

Le ministre avait raison… en 2019

Car c'est bien de cela dont il s'agit, souligne à grands traits la contestation juridique de la CSN : non seulement l'arrêt Saskatchewan identifiait clairement les seules limites acceptables au droit de grève (la santé et la sécurité de la population ; une urgence nationale extrême ; ou encore à l'endroit de salariés de la fonction publique qui exercent un pouvoir au nom de l'État), celles-ci sont également reconnues par le droit international comme étant les seules restrictions admissibles.

Sur ce plan, le droit de grève constitue un droit fondamental au sens de la convention no 87 de l'Organisation internationale du travail, un traité ratifié par le Canada, stipule le pourvoi en contrôle judiciaire, qui rappelle que la Cour suprême a reconnu, à plusieurs reprises, l'importance de respecter le consensus international en matière de liberté syndicale.

En fonction du principe de présomption de conformité au droit international, le gouvernement du Québec ne peut se placer en contravention avec ses obligations à l'égard des autres États et des organisations internationales, rappelle la CSN dans son recours.

D'autant plus que la Cour suprême et le droit international reconnaissent que, lorsque des restrictions au droit de grève sont possibles en regard des trois critères mentionnés plus haut, les balises se doivent d'être serrées. Non seulement l'objectif (la santé ou la sécurité de la population, par exemple) doit être suffisamment important pour justifier l'atteinte à un droit fondamental, mais les moyens adoptés doivent être soigneusement conçus pour atteindre l'objectif en question. En ce sens, les mesures ne doivent être ni arbitraires, ni inéquitables, ni fondées sur des considérations irrationnelles. Et, si un tel lien rationnel entre l'objectif et les moyens existe, ces derniers doivent être choisis de façon à porter « le moins possible » atteinte au droit de grève.

À la lecture de cette loi qui vise à éviter que ne soit affectée « de manière disproportionnée la sécurité sociale, économique ou environnementale, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité », force est de constater que la loi s'appuie sur « une définition très large référant à des concepts encore plus larges et peu juridiques », pourfend le recours juridique de la CSN.

Mais d'ici à ce que cette loi soit invalidée, le TAT devra l'appliquer… et rendre des décisions qui sont contraires à la jurisprudence établie par l'arrêt Saskatchewan, s'inquiète la CSN.

Sur l'arbitrage de différends obligatoire

En plus des services minimalement requis pour assurer le bien-être de la population, un deuxième mécanisme de la loi 14 pourrait difficilement passer le test de la Cour suprême : le pouvoir que s'accorde le ministre de mettre fin à une grève, par simple décret, s'il estime que celle-ci « cause ou menace de causer un préjudice grave ou irréparable à la population ». Dans de telles situations, aux contours des plus flous, le ministre pourrait alors imposer un arbitrage pour se substituer à la négociation.

Qu'elle soit québécoise, canadienne ou internationale, la jurisprudence est claire : lorsqu'un droit fondamental est entravé, le mécanisme de rechange se doit d'être juste, adéquat, indépendant et impartial, précise le recours de la CSN. Ici, l'arbitrage n'est pas imposé par un tiers neutre et impartial, mais bien par un ministre dans l'exercice d'un « pouvoir discrétionnaire fort peu encadré » qui court-circuite les processus habituels et démocratiques d'adoption d'une loi.

Aux yeux de la jurisprudence, l'arbitrage obligatoire ne peut s'avérer un substitut valide puisqu'il « sera toujours à l'avantage de la partie patronale, il aura pour effet de briser tout le rapport de force d'un syndicat, l'empêchant d'obtenir des gains », précise le recours de la CSN en Cour supérieure.

Un effet paralysant sur toutes les négociations

L'impact de cette possibilité d'être visé par un décret créera un effet paralysant sur toutes les négociations : nombre de syndicats seront confrontés à la possibilité toujours latente de voir sa grève être complètement arrêtée. Une véritable épée de Damoclès pour les syndicats qui voudraient envisager la grève dans la construction de leur rapport de force.

Pour la CSN, la loi 14 constitue une politisation sans fin de l'exercice d'un droit fondamental, où les grèves les plus impopulaires seront jetées à la vindicte populaire.

Cette possibilité d'adopter un décret à tout moment introduit une grande part d'arbitraire dans le droit à la négociation collective, souligne le pourvoi en contrôle judiciaire.

Et l'indépendance des tribunaux, dans tout ça ? Qu'arrivera-t-il lorsque le ministre, insatisfait d'une décision du TAT sur les services essentiels, décidera d'assujettir le même syndicat aux services minimalement requis pour assurer le bien-être de la population ?

Pour la CSN, il s'agit clairement d'un « droit d'appel détourné dans les mains du ministre », qui risque de mettre à mal la stabilité des décisions du TAT.

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Les contre-pouvoirs dans la ligne de mire

16 décembre 2025, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
À l'occasion du bureau fédéral de la FNCC–CSN, tenu le 29 novembre 2025 à Montréal, Louis-Philippe Lampron, professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval, (…)

À l'occasion du bureau fédéral de la FNCC–CSN, tenu le 29 novembre 2025 à Montréal, Louis-Philippe Lampron, professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval, s'est entretenu avec les délégué-es sur les attaques du gouvernement envers les contre-pouvoirs et le régime qui protègent les libertés fondamentales.

Tiré de l'Infolettre de la CSN En mouvement
10 décembre 2025

« Il y a un fil rouge qui lie les projets de loi 1, 2, 3, 7 et 9. La CAQ complexifie la possibilité de s'opposer à la légalité de l'action gouvernementale, et ce, dans tous les secteurs », affirme l'expert d'entrée de jeu.

Selon M. Lampron, le gouvernement fait deux choses. Par sa constitution, il tâche de limiter la capacité des tribunaux à interpréter les droits et libertés de la personne. En faisant en sorte que lorsque c'est l'Assemblée nationale « qui parle », les tribunaux ne peuvent intervenir pour remettre en cause les choix établis par l'institution. Ensuite, à travers ses projets de loi, le gouvernement caquiste s'attaque concrètement à la capacité des groupes de la société civile et des organisations publiques indépendantes de contester des lois.

Dans un État de droit comme le nôtre, nul n'est au-dessus de la loi, pas même le gouvernement. Ainsi, il existe des contre-pouvoirs pour ramener à l'ordre un gouvernement qui part en roue libre : les tribunaux, la société civile – dont les syndicats –, les organismes indépendants, les citoyennes et citoyens – par des manifestations et des pétitions par exemple –, les médias et les partis de l'opposition.

Les contre-pouvoirs viennent protéger les droits de la population. Dans la pyramide des lois, il y a tout en haut la Charte des droits et libertés de la personne. Les droits et libertés inscrits dans la charte priment donc sur toutes les autres lois. Avec ses nouveaux projets de loi, le gouvernement vient démanteler cette pyramide.

Inonder la zone

La stratégie de la CAQ est littéralement d'inonder la zone avec trop d'initiatives qui attaquent plusieurs groupes en même temps. Ce qui fait en sorte de forcer une division à la fois des journalistes – qui ne sont pas capables de tout couvrir – et des groupes qui sont attaqués. « Le grand problème, quand on inonde la zone, c'est qu'on prend chacune des initiatives isolément sans voir le portrait global de la situation », croit le professeur.

De plus, le gouvernement ajoute du bruit et du brouillard en accolant des titres racoleurs. Par exemple, le projet de loi 3 : Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail. « Qui n'est pas en faveur de la démocratie syndicale ? Je veux dire, c'est comme de la tarte aux pommes. Mais évidemment, entre cette étiquette “ d'appât ”, pour que le projet de loi passe bien dans les médias, et la capacité des syndicats à justement jouer leur rôle dans la société… il y a une marge épouvantable ! », prévient M. Lampron.

Des projets de loi liberticides

Lors de sa présentation, le professeur en droit a expliqué un par un les projets de loi liberticides afin de bien exposer les enjeux démocratiques en cause.

Avec le projet de loi 1, la « constitution caquiste » comme l'expert aime l'appeler, le gouvernement vient ici museler les contre-pouvoirs et affaiblir les libertés fondamentales.

Selon le Barreau du Québec, le projet de loi vient affaiblir le régime québécois de protection des droits fondamentaux, mettre à mal la séparation des pouvoirs et l'indépendance des tribunaux, soulever des enjeux constitutionnels importants et vient rouvrir le débat sur l'avortement. Rien de moins.

Mais ce qui choque le plus M. Lampron, c'est que le gouvernement normalise le recours à la disposition dérogatoire. Cette disposition permet aux législateurs de suspendre l'application des droits et libertés. En ce moment, au Canada, il y a une multiplication des recours à ces dispositions de dérogation. Par exemple, en Alberta, Daniel Smith a récemment cassé une grève et imposé un contrat de travail de quatre ans au personnel enseignant en utilisant une clause dérogatoire.

Avec le projet de loi 2, le gouvernement enlève le droit de négocier aux médecins en imposant un contrat de travail par une loi spéciale. Il met en place des mécanismes de surveillance « qui n'en finissent plus ».

« Au-delà de ça, il y a également des mesures qui interdisent de remettre en cause et de critiquer cette loi spéciale et tous ces mécanismes de surveillance. Ces mesures ne s'étendent pas seulement aux médecins, mais aussi à la grand-mère, aux voisins, à l'ami ou au prof d'université. Dans ces conditions, on ne pourra contester ce régime sans possiblement subir des sanctions pécuniaires », affirme M. Lampron.

Dans le projet de loi 3, le gouvernement érige des « haies », des obstacles, pour empêcher les syndicats d'agir dans l'espace public. Par exemple, pour contester une loi qui viendrait brimer le droit des travailleuses et des travailleurs, le syndicat devra consulter ses membres. Il faudra convoquer une assemblée générale et atteindre le quorum. Combien de temps ça prendra, organiser tout ça ? Combien ça coûtera ? Pour Louis-Philippe Lampron, ce sont des haies qui ralentiront et qui empêcheront les syndicats d'agir dans l'espace public. Mais selon lui, la principale source de difficultés concernant ce projet de loi, c'est l'idée selon laquelle le syndicalisme doit être enfermé dans une stricte case de relations de travail.

Le projet de loi 7 : Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires, vient fusionner et couper des institutions et des organismes importants à notre démocratie. « Ainsi, on limitera la protection contre la censure institutionnelle et on mettra fin à des obligations de reddition de comptes, préservées notamment par la Loi sur la liberté académique qui s'applique au milieu universitaire », souligne M. Lampron. Il ajoute : « C'est une perte sèche pour la nature démocratique des décisions gouvernementales. On a besoin de plus d'organismes avec de l'expertise, dans les différentes sphères où le gouvernement doit trancher, si l'on aspire aux meilleurs choix possibles et pas seulement à “ quelque chose ” qui se décide dans le bureau du premier ministre. »

Finalement, le projet de loi 9 vient, entre autres, étendre l'interdiction des signes religieux aux employé-es des centres de la petite enfance et interdire des pratiques religieuses dans l'espace public. Selon M. Lampron, c'est un cas classique de discrimination : « Parce que ceux qui vont subir les désavantages, ce sont les membres de groupes religieux minoritaires. »

De plus, le gouvernement « veut interdire les prières de rue au nom de la laïcité de l'État. On veut ainsi faire de la laïcité une valeur, ce qui la détourne de son sens », soulève Louis-Philippe Lampron. L'objectif de la laïcité, c'est d'assurer l'égalité et la liberté de tous les citoyens, croyants ou pas, et de toutes religions ou convictions, en garantissant la neutralité religieuse des institutions publiques et une séparation claire de l'État et de la religion.

Une mobilisation fondamentale

En plus de faire pression sur le gouvernement, M. Lampron croit qu'il faut « accentuer la pression politique exercée sur les partis de l'opposition, pour qu'ils s'engagent dès maintenant à abroger des initiatives de cette nature. Ils ne se mouillent pas assez. La manif du 29 novembre, ce n'était pas un soulèvement contre le projet de loi 3, c'était une manif contre les projets de loi 1, 2, 3, 7 et 9. Parce que c'est lié ensemble. Cette attaque-là, elle est tous azimuts. »

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Lettre ouverte | Vieillir dignement : une promesse que le Québec doit tenir

16 décembre 2025, par Collectif — , , ,
Vieillir dignement au Québec devrait être un droit, pas un luxe ou une promesse creuse. Pourtant, des milliers de personnes âgées vivent chaque jour dans l'attente, dans (…)

Vieillir dignement au Québec devrait être un droit, pas un luxe ou une promesse creuse. Pourtant, des milliers de personnes âgées vivent chaque jour dans l'attente, dans l'angoisse ou dans la solitude. Elles attendent qu'une place se libère, qu'une aide arrive, qu'un service reprenne. Elles attendent qu'on se souvienne d'elles.

Faute de places dans un centre d'hébergement public, combien de personnes aînées doivent s'éloigner dans la précipitation de l'endroit où elles ont tout bâti ? Combien de proches, souvent des femmes, s'épuisent à offrir des soins jour et nuit, sans soutien ni répit ? Combien de familles se saignent pour payer des résidences privées dont les coûts dépassent les 4 000 $ par mois, simplement pour assurer à leurs parents un repas chaud, un bain, une main tendue ?

La situation n'est guère plus rose pour celles et ceux qui souhaitent rester à domicile. Les soins et services se fragmentent, confiés à une multitude de sous-traitants privés dont la formation et la supervision n'est pas toujours adéquates. Les intervenant·e·s du réseau, quant à eux et elles, courent d'un domicile à l'autre, pris·es entre les formulaires, les contraintes et leur conscience professionnelle. Ces professionnel·le·s ont à cœur de bien faire, mais le système ne leur en laisse ni le temps ni l'autonomie - au détriment du lien de confiance qu'ils et elles tentent coûte que coûte de maintenir avec les personnes aînées et leur famille.

Vieillir, ce n'est pas disparaître. Ce n'est pas devenir un chiffre dans une liste d'attente ni une dépense à réduire. C'est continuer à faire partie du tissu vivant de notre société — à transmettre, à aimer, à exister pleinement. Heureusement, nous pouvons nous engager dans cette voie, ensemble. Nous pouvons construire un réseau public fort, universel, humain — où chaque personne aînée est respectée et entourée, et où chaque proche peut respirer, sachant que ses efforts sont soutenus, reconnus, partagés. Un Québec où vieillir serait synonyme de sécurité, pas de peur ; de sérénité, pas d'abandon.

Nous en appelons aujourd'hui à toutes les personnes qui se présenteront aux prochaines élections québécoises pour servir la population : vous avez le pouvoir — et la responsabilité — de transformer ce drame silencieux en véritable priorité nationale. Aurez-vous le courage de défendre un réseau public solide et accessible pour soutenir nos aîné·e·s ? Ferez-vous du vieillissement digne un objectif collectif plutôt qu'un fardeau individuel ? Serez-vous de celles et ceux qui choisiront la solidarité plutôt que l'indifférence, pour nos parents, nos grands-parents, et pour nous-mêmes demain ? C'est maintenant qu'il faut affirmer, ensemble, que la dignité des aîné·e·s doit être au cœur de notre projet de société.

Signataires

Robert Comeau, président de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)

Dre Julia Chabot, présidente de l'Association des médecins gériatres du Québec (AMGQ)

Pierre Lynch, président de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR)

Paul-René Roy, président de l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP)

Micheline Germain, présidente de l'AREQ - Le mouvement des personnes retraitées CSQ

Dr Marc-André Amyot, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)

Nathalie Déziel, directrice du Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal (RAANM)

Sylvie Tremblay, directrice générale du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU)

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Résolutions du congrès de la FTQ - extraits

16 décembre 2025, par Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) — , ,
La FTQ tenait son 34e congrès du 24 au 27 novembre derniers à Québec. À cette occasion, de multiples résolutions ont été adoptées. Nous publions ici certains extraits du cahier (…)

La FTQ tenait son 34e congrès du 24 au 27 novembre derniers à Québec. À cette occasion, de multiples résolutions ont été adoptées. Nous publions ici certains extraits du cahier de résolutions de ce congrès pour en résumer certains des principaux enjeux soulignés par la centrale et ses militant.e.s.

Pour lire l'intégral du cahier des résolutions.

Table des matières

CHAPITRE 1 -STATUTS

Art 40 1
Art 49 2
Art 85 3
Comité racisme systémique
Comité droits de la personne
Neutralité de genre

CHAPITRE 2-VIE SYNDICALE

Favoriser l'indépendance financière des postes de VP représentant les femmes au
bureau de direction de la FTQ
Pour développer le mandat des postes de VP femmes au bureau de direction de la
FTQ
Comité permanent sur le racisme systémique
Comité permanent sur la diversité sexuelle, corporelle et de genre
Combattre la désinformation
Concrétisation des pistes d'actions émanant des États généraux sur le syndicalisme
Création d'un poste d'ombudsman indépendant à la FTQ
Soutien à l'implication syndicale
Heure de libération syndicale rémunérées
Soutien à l'implication syndicale des femmes
Parce que la place des femmes est là où se prennent les décisions

CHAPITRE 3- RIPOSTE AUX ATTAQUES ANTISYNDICALES

Réponse aux attaques du gouvernement Legault
Équipe de choc en communications syndicales
Cotisations syndicales
Pour la défense du mouvement syndical et du bien commun face aux attaques
du gouvernement Legault
Loi 14 visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève
ou de lock-out

CHAPITRE 4 - ENJEUX POLITIQUES ET SOCIAUX

Crise du logement
Journée nationale d'action sur la crise du logement
Pour le droit de se loger : encadrer les loyers, protéger les locataires
Accès pour les ainés à un logement convenable
Travailleurs et travailleuses migrants
Abolition des permis fermés et l'accès à la résidence permanente pour travailleurs
et travailleuses migrant(e)s
Intégrer, protéger, informer pour une stratégie syndicale auprès des TMT
Reconnaissance et intégration des personnes immigrantes au Québec
Protection des emplois en sol québécois
Francisation
Francisation et intégration des membres issus de l'immigration
Francisation en milieu de travail
Pour le droit de travailler en français
Intelligence artificielle
Démystifier l'intelligence artificielle
Mode de scrutin
Évasion fiscale
Lutte aux dépendances
Clauses de convention collectives et dépendances
Paiement des thérapies pour dépendances aux jeux
Affichage sur les produits alcoolisés

CHAPITRE 5 - DÉFENSE DES SERVICES PUBLICS

Transport collectif
Lutte contre la privatisation du secteur de l'énergie
Système de santé
Protéger le réseau de la santé et des service sociaux
Accès à un médecin de famille
Pour une assurance médicament publique, universelle et équitable
Éducation
Journée nationale de lobbying FTQ sur l'éducation
Éducation a trois vitesses : Pour l'égalité des chances et la tenue d'états généraux

CHAPITRE 6 - EMPLOI ET ENJEUX SECTORIELS

Réagir face aux mesures tarifaires
Pour la défense des travailleurs et travailleuses face aux conflits commerciaux
Soutien aux emplois manufacturiers
Industrie de la construction
Interdiction de l'usage des agences de location d'emploi
Droit de grief dans l'industrie de la construction
Disposition anti-briseurs de grève dans le secteur de la construction
Formation pour les « occupations » dans l'industrie de la construction
Formation professionnelle
Planification des besoins de main-d'œuvre en construction 68
Machinerie lourde
Le maître d'œuvre et son impact sur le lien d'emploi des travailleurs et des
travailleuses de la construction
Transport public
Pour une action concertée contre le maraudage syndical dans le transport terrestre ... 73
Secteur public
Mesure d'attraction et de rétention équitable pour tous les emplois en pénurie
dans le secteur public
CPE et milieu scolaire
A la défense des CPE
Investissement budgétaire massif en soutien scolaire et pour les élèves en
difficultés
Violence en milieux scolaires
Secteur universitaire
Financement de la recherche universitaire
Investissement dans les universités
Politique salariale gouvernementale (PSG)
Décrets de convention collective
Maintenir, améliorer et développer de nouveaux décrets
Développement de nouveaux décrets
Protéger et revaloriser les décrets existants

CHAPITRE 7 - ACTIONS FÉMINISTES, LAÏCITÉ ET DROITS DE LA PERSONNE

Actions féministes
Pour une justice reproductive
Défense du droit à l'avortement et lutte contre le mouvement anti-choix
Congé de santé hormonale féminine
Protection des femmes s'exprimant dans les médias sociaux, contre le
cyberharcèlement antiféministe
Compensation des pertes de revenus à la retraite pour les congés de
maternité
Faire progresser les droits de toutes les femmes
Laïcité
Projet de loi 94 : Laïcité à l'école
Abandon du PL 94
Signes religieux
Droits de la personne
Rendre la journée nationale de la vérité et de réconciliation un jour férié provincial
Remplacement du terme « en quête d'équité » par « requérant l'équité »
Faire pression en faveur d'une législation sur la transparence salariale
Pour être de meilleur.e.s allié.e.s

CHAPITRE 8 - SANTÉ SÉCURITÉ DU TRAVAIL

Projet de loi 101- Pour l'égalité des protections de santé et sécurité au travail. 111-112
Maternité sans danger
Compressions à la CNESST et protection de la vie des travailleurs et
travailleuses
Que la direction de la CNESST cesse ses interventions politiques auprès du service
de l'inspection
Reconnaissance des RSS secteur de la construction
LATMP article 234 - Secteur construction
LATMP article 67- Indemnité de remplacement
LATMP- Règlement sur le barème des dommages corporels
Reconnaissance des cancers chez les pompiers et les pompières
Surdité professionnelle

CHAPITRE 9 - ENVIRONNEMENT ET TRANSITION JUSTE

Pour une écofiscalité juste et solidaire
Pour que l'environnement soit présent dans les thèmes des journées de rencontres
avec les député.e.s et ministres
Assurer un avenir sobre en carbone et socialement juste
Urgence climatique : réduction de l'empreinte carbone
Réduire les coûts sociaux de la transition
Leadership syndical en gestion écoresponsable des déchets
Adjudication des contrats publics, achat local et lutte contre les changements
climatiques

CHAPITRE 10-AFFAIRES INTERNATIONALES

Solidarité avec l'Ukraine
Conflit à Gaza : Cessez-le-feu, dénonciation et reconnaissance d'un génocide
Désinvestissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec en solidarité avec
le peuple palestinien
Implication des investissements du Fonds FTQ et de la CDPQ (conflit israélo-
palestinien)
Solidarité concrète avec le peuple palestinien
Diligence raisonnable obligatoire en matière des droits humains
Renforcement du mandat de l'ombudsman canadien pour la responsabilité des
entreprises

CHAPITRE 11 - DIVERS

Pour un gel des dépenses militaires
Renforcer la représentation syndicale au sein du Fonds de Solidarité de la FTQ
Contre la limitation basée sur le seuil de revenu au Fonds de solidarité FTQ
Pour les dossiers

Extraits des résolutions

RÉSOLUTION N° 13

CONCRÉTISATION DES PISTES D'ACTIONS ÉMANANT DES ÉTATS GÉNÉRAUX DU SYNDICALISME ET CONSTRUCTION D'UN INTERSYNDICAL SOLIDAIRE

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ s'engage à poursuivre la démarche des États généraux du syndicalisme au-delà de leur cadre formel, en créant un processus permanent d'action, de réflexion et de solidarité intersyndicale, enraciné dans les milieux de travail et les communautés ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ prenne le leadership du mouvement intersyndical, en favorisant la coordination horizontale entre syndicats, associations et collectifs de travailleur.es, sans distinction d'affiliation ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ affirme publiquement que la lutte syndicale dépasse la simple négociation des conventions collectives et qu'elle s'inscrit dans une lutte globale contre les politiques néolibérales, le patriarcat, le racisme, la précarité et l'exploitation sous toutes ses formes ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ renforce la participation syndicale aux manifestations, aux occupations symboliques, conférences de presse ainsi qu'aux actions directes et journées de résistance contre la dégradation des conditions de vie et de travail.

PARCE QUE les États généraux du syndicalisme représentent un moment historique de réflexion collective sur la place, les pratiques et les orientations du mouvement au Québec ;

PARCE QUE cette démarche ne peut se limiter à un exercice de consultation ou de bilan, mais doit déboucher sur une action collective soutenue ;

PARCE QUE la crise sociale, écologique et économique que nous vivons est aggravée par les politiques néolibérales et autoritaires des gouvernements, cherchant à affaiblir les droits collectifs, les services publics ;

PARCE QUE face à ces offensives, la seule réponse viable est l'union du nombre et la force de la base, au-delà des structures hiérarchiques et des divisions institutionnelles ;

PARCE QUE les attaques répétées des gouvernements néolibéraux, la montée de la droite économique et politique, ainsi que la dégradation des conditions de vie et de travail exigent une riposte collective, forte et coordonnée.

Soumise par la section locale 1294 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

CHAPITRE 3 Riposte aux attaques antisyndicales

RÉSOLUTION N°21

RÉPONSE DES ATTAQUES DU GOUVERNEMENT LEGAULT

ATTENDU QUE le gouvernement conservateur de François Legault a affirmé vouloir « faire la guerre aux syndicats » et annoncé en faire une priorité ;

ATTENDU QUE le gouvernement Legault a changé les règles du jeu en limitant notre droit de grève, démontrant son parti pris envers les patrons sans prendre en compte les conséquences pour les travailleuses et travailleurs du Québec ;

ATTENDU QUE le gouvernement Legault a changé la loi électorale pour museler les organisations syndicales et les groupes de la société civile durant les élections ;

ATTENDU QUE ce gouvernement vise à nous empêcher de prendre la parole sur tout enjeu de société qui ne touche pas directement les relations de travail ;

ATTENDU QUE si le Québec a été à l'avant-garde des droits des travailleurs et travailleuses en Amérique du Nord, c'est grâce à la contribution des syndicats qui se sont aussi battus pour notamment obtenir une plus grande équité salariale, des services de garderies pour tous, et des congés parentaux améliorant ainsi la qualité de vie de tous ;

ATTENDU QUE François Legault s'inspire des pires initiatives législatives, tel que le projet de loi no 32 de !'Alberta déposé par Jason Kenney en 2020, qui lui aussi assumait sans gêne ses attaques contre le mouvement syndical ;

ATTENDU QUE François Legault est incapable de gérer le Québec sans le ruiner en donnant des pans de l'économie aux intérêts privés, comme en santé et dans le secteur de l'énergie notamment ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ en collaboration avec ses alliés, réponde aux attaques du gouvernement conservateur de François Legault en soutenant toutes les campagnes de communication, recours légaux et autres outils, afin de freiner les initiatives législatives qui s'attaquent aux instances démocratiques syndicales.

Soumise par le Conseil général de la FTQ.

RÉSOLUTION N° 22

ÉQUIPE DE CHOC EN COMMUNICATIONS SYNDICALES

ATTENDU QUE le mouvement syndical est attaqué par le gouvernement de la Coalition Avenir Québec, qui cherche à l'affaiblir en limitant son rôle social et en imposant un fardeau financier démesuré ;

ATTENDU QUE le gouvernement cherche à s'immiscer dans la démocratie syndicale ;

ATTENDU QUE les syndiqués et syndiquées sont les meilleurs ambassadeurs et ambassadrices pour contrer la désinformation ambiante quant aux syndicats et à leur rôle ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ, de concert avec les autres organisations syndicales, mette sur pied une équipe de choc en communications pour formuler des messages communs pour les médias sociaux et traditionnels sous la bannière « L'Union fait la force » afin de faire connaître le rôle des syndicats et de mener la réplique aux attaques anti-travailleurs.euses et antisyndicales du gouvernement du Québec.
Soumise par le Conseil général de la FTQ.

RÉSOLUTION N° 23

COTISATION SYNDICALE

ATTENDU QUE le gouvernement du Québec veut réformer le régime syndical ;

ATTENDU QUE ce gouvernement tente de museler et affaiblir les pouvoirs d'actions des syndicats ;

ATTENDU QUE la FTQ, ses syndicats affiliés et les conseils régionaux jouent un rôle fondamental dans la défense des droits des travailleurs et travailleuses ;

ATTENDU QUE la formule Rand en vigueur depuis 1946, garantit une solidarité financière entre tous les membres d'une unité syndiquée ;

ATTENDU QUE les interventions politiques faites par la FTQ et les conseils régionaux découlent des mandats et des résolutions votés par les membres affiliés lors des différentes instances démocratiques, et ce, peu importe le parti politique au pouvoir ;

ATTENDU QUE les cotisations syndicales permettent non seulement de financer les activités de représentation, mais aussi les actions de mobilisation, les recours juridiques, les campagnes d'information et les engagements sociaux ;

ATTENDU QUE toutes tentatives de rendre facultative une partie des cotisations syndicales constitue une atteinte à l'autonomie syndicale et risque d'affaiblir la capacité de la Fédération et ses conseils régionaux à défendre efficacement les intérêts des travailleurs et travailleuses.

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ continue d'utiliser en toute légitimité les cotisations syndicales à des fins d'activités politiques, juridiques et sociales, mais sans s'y limiter ;

QU'IL SOIT DE PLUS RÉSOLU QUE la FTQ s'oppose à toute réforme visant à fragmenter ou à rendre facultative la cotisation syndicale, et demande au gouvernement de respecter l'indépendance des organisations syndicales ;

QU'IL SOIT RÉSOLU de sensibiliser par les médias, la population et nos membres aux enjeux liés à la solidarité syndicale ;

QU'IL SOIT ENFIN RÉSOLU QUE la FTQ réitère le rôle essentiel des conseils régionaux dans l'action politique au Québec afin de représenter ses affiliés.

Soumise par la section locale 578 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau - Québec (SEPB-Québec), la section locale 380 du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) et les Conseils régionaux FTQ Abitibi-Témiscamingue et Norddu-Québec, Estrie, Chaudière-Appalaches, Haute-Côte-Nord, haut du Lac-St-JeanChibougamau-Chapais, Laurentides-Lanaudière, Mauricie et Centre du Québec, Montérégie, Montréal métropolitain, Outaouais, Saguenay-Lac-Saint-Jean et Sept-Îles et Côte-Nord.

RÉSOLUTION N° 24

POUR LA DÉFENSE DU MOUVEMENT SYNDICAL ET DU BIEN COMMUN FACE AUX ATTAQUES DU GOUVERNEMENT LEGAULT

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ, de concert avec ses affiliés, mobilise ses ressources, lance et soutienne de vastes offensives de mobilisation, de communication et de recours juridiques pour faire échec aux manœuvres du gouvernement Legault qui visent à affaiblir le droit d'association, à museler la voix des travailleuses et travailleurs et à miner notre capacité d'action collective.

PARCE QUE le gouvernement Legault a déclaré ouvertement son intention de « faire la guerre aux syndicats » et que le 30 septembre il a annoncé qu'il en ferait une priorité de son agenda politique ;

PARCE QUE par ses interventions législatives qui briment le droit de grève, le gouvernement Legault rompt l'équilibre des rapports de force dans les négociations, ce qui favorise le patronat au détriment des droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs ;

PARCE QUE ce gouvernement cherche à nous interdire de débattre des enjeux de société qui dépassent le strict cadre des relations de travail et s'attaque ainsi au principe même d'une société civile forte et d'un débat démocratique éclairé ;

PARCE QUE le mouvement syndical est un pilier historique du progrès social au Québec ayant lutté pour des avancées majeures comme l'équité salariale, les services de garde universels et les congés parentaux, qui ont amélioré la qualité de vie de tous les québécois et québécoises ;

PARCE QUE l'inspiration de ce gouvernement provienne des pires législations antisyndicales telles que le projet de loi 32 de l'Alberta déposé en 2020, démontrant son adhésion à une idéologie qui voit le syndicalisme comme un ennemi à abattre ;

PARCE QUE les attaques du gouvernement contre le syndicalisme ne sont pas une fin en soi, mais un moyen stratégique pour museler le principal rempart contre la privatisation de nos services publics comme la santé et l'énergie, au profit d'intérêts privés.
Soumise par la section locale 6658 du Syndicat Métallos.

RÉSOLUTION N°25

LOI 14 VISANT À CONSIDÉRER DAVANTAGE LES BESOINS DE LA POPULATION EN CAS DE GRÈVE OU DE LOCK-OUT (LOI 14)

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ utilise tous les moyens à sa disposition afin de contrer la mise en vigueur de la Loi 14.

PARCE QU'en 2015, la Cour suprême du Canada a fondamentalement modifié l'état du droit en reconnaissant que la liberté d'association garantie par l'alinéa 2d) de la Charte canadienne des droits et libertés comprend la protection constitutionnelle du droit de grève ;

PARCE QUE la Loi 14 est une attaque directe au droit fondamental d'association ;

PARCE QUE les chartes canadienne et québécoise exigent que les restrictions au droit de grève ne soient jamais plus importantes que ce qui est nécessaire pour protéger la santé et la sécurité de la population ;

PARCE QUE la Loi 14 inclut des termes flous et inconnus en droit du travail (sécurité sociale, sécurité économique, sécurité environnementale, bien-être de la population...) qui sont susceptibles d'entraîner l'inconstitutionnalité de la loi parce qu'ayant une portée trop large portant atteinte aux droits fondamentaux ;

PARCE QUE la Loi 14 fait basculer de façon outrageuse le rapport de force en faveur des employeurs ;

PARCE QUE la Loi 14 accorde au ministre du Travail des pouvoirs qui ne devraient être exercés que par un tribunal indépendant ;

PARCE QUE la Loi 14 est susceptible d'entraîner une politisation accrue des relations de travail dans le secteur privé ;

PARCE QUE le Code du travail remplit déjà le rôle de protection du public en limitant la grève à des moments très précis et en restreignant le droit de grève dans les milieux assujettis aux services essentiels et qu'aucun dysfonctionnement n'est manifeste ;

PARCE QUE la Loi 14 se superpose ainsi à un ensemble normatif qui restreint déjà considérablement l'exercice du droit de grève.

Soumise par la section locale 298 du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES).

CHAPITRE 4 Enjeux politiques et sociaux

RÉSOLUTION N°26

JOURNÉE NATIONALE D'ACTION SUR LA CRISE DU LOGEMENT

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ mette de l'avant une mobilisation syndicale et sociale forte pour contrer la crise du logement et revendiquer des solutions structurantes et durables ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ organise, en collaboration avec ses affiliés, une Journée nationale d'action afin d'alerter la population et les gouvernements sur l'ampleur et l'urgence de la crise du logement ;

IL EST PROPOSÉ QUE cette journée comprenne des actions coordonnées à travers le Québec (manifestations, assemblées publiques, conférences de presse, actions symboliques) pour exiger des mesures structurantes et durables ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ mobilise ses réseaux pour inviter la population, les organismes communautaires, les groupes de défense des droits, les coopératives d'habitation, les OBNL en logement et les alliés syndicaux à participer ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ revendique auprès des gouvernements un plan massif d'investissement en logement social, communautaire et coopératif, un encadrement plus strict des loyers et une protection accrue des locataires contre les évictions abusives ;

IL EST PROPOSÉ QUE les résultats et retombées de cette journée soient présentés lors du prochain congrès de la FTQ et servent de levier pour maintenir la pression sur les autorités.

PARCE QUE la crise du logement atteint un niveau historique au Québec, avec des loyers en hausse, des taux d'inoccupation extrêmement bas et une multiplication des évictions ;

PARCE QUE cette situation fragilise les communautés, accentue les inégalités et menace la santé, la réussite éducative et la mobilité de la main-d'œuvre ;

PARCE QUE l'accès à un logement adéquat, abordable et sécuritaire est un droit fondamental reconnu.

Soumise par la section locale 1294 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), les sections locales 573, 578 et 579 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau - Québec (SEPS-Québec) et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

RÉSOLUTION N°27

POUR LE DROIT DE SE LOGER : ENCADRER LES LOYERS, PROTEGER LES LOCATAIRES

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ revendique du gouvernement du Québec la mise en place de mesures structurantes pour contenir la hausse des loyers, notamment :

la création d'un registre public des loyers ;

un meilleur encadrement légal des hausses de loyer ;

le renforcement des mécanismes de contrôle et des ressources du Tribunal administratif du logement ;

l'interdiction des évictions de mauvaise foi et la lutte contre la spéculation
immobilière ;

IL EST AUSSI PROPOSÉ QUE la FTQ réclame un réinvestissement massif dans le logement social, communautaire et coopératif afin d'offrir des solutions durables et de garantir un accès au logement pour les ménages à faible et moyen revenu ;

IL EST ENFIN PROPOSÉ QUE la FTQ sensibilise ses membres à la crise du logement, appuie les campagnes sociales pour le droit au logement, et se mobilise activement pour faire du logement un enjeu syndical et politique prioritaire.

PARCE QUE le logement est un besoin fondamental, et toutes les travailleuses et tous les travailleurs ont droit à un logement décent, accessible et sécuritaire, peu importe leur revenu ;

PARCE QUE les loyers ont augmenté de façon fulgurante au Québec dans les dernières années, avec des hausses dépassant 30 o/o dans plusieurs régions, alors que les salaires n'ont pas suivi ;

PARCE QUE cette flambée du coût du logement gruge une part toujours plus grande du revenu des ménages, limite leur pouvoir d'achat, nuit à leur santé mentale, et les rend plus vulnérables à l'endettement ou à l'itinérance ;

PARCE QUE les travailleuses et travailleurs à faible revenu sont les plus durement touchés et que l'absence de contrôle rigoureux sur les loyers aggrave les inégalités sociales ;

PARCE QUE le gouvernement du Québec est responsable de la réglementation du logement locatif et a le pouvoir d'agir pour mieux protéger les locataires contre les hausses abusives et les évictions injustifiées.

Soumise par la section locale 800 de l'Union des employés et employées de service (UES).

RÉSOLUTION N°29

ABOLITION DES PERMIS FERMÉS ET L'ACCÈS À LA RÉSIDENCE PERMANENTE POUR LES TRAVAILLEURS ET LES TRAVAILLEUSES MIGRANT(E)S

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ et ses syndicats affiliés exigent du gouvernement du Québec qu'il abolisse le recours aux permis de travail fermés, afin de garantir la liberté de changer d'emploi et de prévenir toute forme d'exploitation ou de dépendance abusive ;

IL EST PROPOSÉ QUE les travailleurs migrants présents au Québec obtiennent un accès facilité, rapide et équitable à la résidence permanente, sans discrimination basée sur le secteur d'emploi, le niveau de revenu, le pays d'origine ou le statut migratoire temporaire ;

IL EST PROPOSÉ QUE des mécanismes de protection, d'accompagnement et de syndicalisation soient garantis afin de défendre pleinement les droits du travail, la dignité et l'égalité des conditions pour tous les travailleurs, peu importe leur origine. Notamment, dans la production agricole, où un plein accès à la syndicalisation et à la négociation collective n'est pas permis par le Code du travail du Québec.

PARCE QUE les permis de travail fermés limitent la liberté des travailleurs migrants en les liant à un seul employeur, les rendant vulnérables à l'exploitation, aux abus et aux violations de leurs droits fondamentaux ;

PARCE QUE de nombreux secteurs de l'économie québécoise, tels que l'agriculture, la transformation alimentaire, la restauration, la santé et le soin aux personnes, dépendent largement de la contribution essentielle des travailleurs migrants ;

PARCE QUE la précarité imposée par le statut temporaire accentue les inégalités, empêche une intégration réelle et contrevient aux valeurs d'équité, de justice sociale et de solidarité ;

PARCE QUE l'accès à la résidence permanente est une condition essentielle pour assurer la pleine reconnaissance des droits des travailleurs migrants et leur permettre de s'établir dignement au Québec.

Soumise par la section locale 500, 501 et 1991-P du Syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC).

RÉSOLUTION N°30

INTÉGRER, PROTÉGER, INFORMER POUR UNE STRATÉGIE SYNDICALE AUPRÈS DES TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS MIGRANTS TEMPORAIRES (TMT)

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ exige du gouvernement du Québec un encadrement plus rigoureux des employeurs qui embauchent des TMT, incluant le respect des normes du travail, la durée des permis, la qualité des logements offerts et l'accès à des services d'accompagnement indépendants ;

IL EST AUSSI PROPOSÉ QUE la FTQ réclame l'élargissement des voies d'accès à la résidence permanente pour les TMT, en assouplissant les critères de sélection et en reconnaissant leur apport essentiel à l'économie québécoise ;

IL EST ENFIN PROPOSÉ QUE la FTQ développe une stratégie syndicale d'inclusion et de solidarité à l'égard des TMT, notamment par la formation des représentants syndicaux aux réalités spécifiques de ces travailleuses et travailleurs, afin de mieux les accueillir, les défendre et les mobiliser.

PARCE QUE le recours aux TMT est en forte croissance au Québec, surtout dans les secteurs en pénurie de main-d'œuvre comme l'agroalimentaire, la santé, le textile et la transformation ;

PARCE QUE plusieurs d'entre eux vivent des conditions précaires, sont vulnérables aux abus et dépendent directement de leur employeur, ce qui limite leur capacité à défendre leurs droits ;

PARCE QUE l'accès à l'information sur leurs droits au travail, les services publics et les recours syndicaux demeure limité, à cause de leur statut temporaire et des barrières linguistiques, administratives ou culturelles ;

PARCE QUE le gouvernement du Québec mise sur l'expansion du Programme des travailleurs étrangers temporaires, mais sans exiger des employeurs des engagements clairs par rapport à leurs responsabilités en matière de logement, de santé, d'accueil et de respect des droits fondamentaux ;

PARCE QUE les syndicats ont un rôle essentiel à jouer pour assurer une pleine intégration des TMT dans le mouvement syndical et pour garantir qu'ils soient traités avec justice, dignité et équité.

Soumise par la section locale 800 de l'Union des employés et employées de service (UES).

RÉSOLUTION N°31

RECONNAISSANCE ET INTÉGRATION DES PERSONNES IMMIGRANTES AU QUÉBEC

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ entreprenne les démarches nécessaires auprès des gouvernements provincial et fédéral pour :

renforcer les politiques et les programmes visant à valoriser les compétences des personnes immigrantes et à faciliter leur accès à des emplois correspondant à leur formation et expérience ;

soutenir et reconnaître officiellement le rôle positif des communautés culturelles dans l'intégration des personnes immigrantes en respect de leur sécurisation culturelle et linguistique ;

promouvoir une culture d'accueil inclusive et bienveillante qui reconnaît, valorise et célèbre la diversité culturelle des personnes immigrantes, tout en renforçant leur sentiment d'appartenance à la société d'accueil. Cela inclut un soutien concret à l'apprentissage et à l'accès à la langue commune, condition essentielle à une pleine participation sociale, professionnelle et citoyenne ;

intensifier ses efforts pour faciliter l'intégration socioéconomique des personnes immigrantes, notamment par des mesures adaptées aux réalités du marché du travail et aux besoins des secteurs en pénurie de maind'œuvre ;

sensibiliser la population à la contribution essentielle des personnes immigrantes au développement et l'enrichissement du Québec.

PARCE QUE les personnes immigrantes contribuent significativement à combler les pénuries de main-d'œuvre dans divers secteurs essentiels au développement de la province ;

PARCE QU'elles jouent un rôle crucial et que la sous-utilisation de leurs compétences demeure un défi important, notamment en ce qui concerne l'accès à des emplois correspondant à leur niveau de formation ;

PARCE QUE le sentiment d'appartenance des personnes immigrantes envers leur nouveau lieu de résidence est fort et qu'elles développent une double identité culturelle ;

PARCE QUE les obstacles systémiques à l'emploi, à la reconnaissance des diplômes limitent le plein potentiel des personnes immigrantes ;

PARCE QUE la diversité culturelle constitue une richesse pour la société et qu'elle favorise l'innovation, la créativité et l'ouverture au monde.

Soumise par la section locale 579 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau - Québec (SEPB-Québec).

CHAPITRE 5 Défense des services publics

RÉSOLUTION N°43

POUR LE FINANCEMENT DU TRANSPORT COLLECTIF

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ maintienne, diversifie et intensifie ses actions politiques auprès des gouvernements et des municipalités afin de défendre le transport collectif comme service public essentiel. La FTQ doit dénoncer le sousfinancement chronique du secteur et promouvoir des investissements structurants pour assurer sa pérennité.

PARCE QUE le transport collectif est un levier incontournable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et lutter contre les changements climatiques ;

PARCE QU'un système de transport collectif accessible et efficace améliore la qualité de vie, réduit la congestion routière et favorise la santé publique ;

PARCE QUE le sous-financement compromet la qualité des services et nuit aux conditions de travail des salarié·e.s du secteur ;

PARCE QUE la FTQ, par son poids politique et syndical, peut influencer les décisions publiques et défendre les intérêts des travailleuses et travailleurs du transport collectif.

Soumise par les sections locales 2850 et 5564 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

RÉSOLUTION N°47

LUTTE CONTRE LA PRIVATISATION DE SECTEUR DE L'ÉNERGIE

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ, en collaboration avec le SCFP-Québec, fasse pression et poursuive une campagne contre la libéralisation et la privatisation de l'énergie au Québec avec des recherches, des événements publics, des ressources pour influencer les décideurs publics, incluant le gouvernement actuel ou son successeur.

PARCE QUE le gouvernement du Québec et sa personne ministre de I'Economie ont fait sanctionner sous procédure de bâillon le projet de loi no 69 Loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives, en juin dernier ;

PARCE QUE le Premier ministre du Canada Marc Carney est l'ex-président directeur général de la firme Brookfield, spécialisée dans la privatisation des infrastructures et l'évasion fiscale et que la Banque d'infrastructures sera certainement mise à contribution dans les efforts de déréglementation de la production et de la distribution d'électricité au Québec ;

PARCE QUE la FTQ, avec ses alliés syndicaux internationaux et plusieurs associations de la société civile, des communautés autochtones, des groupes communautaires et environnementalistes, observe que la privatisation aura comme conséquence et une hausse de la tarification résidentielle ;

PARCE QUE la transition énergétique juste est nécessaire et que l'électrification des transports doit être accompagnée de mesures d'efficacité énergétique publique.

Soumise par les sections locales 957, 2000, 5514 et 5735 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et le Local 791 de l'Union des opérateurs de machinerie lourde (UOML).

CHAPITRE 7 Actions féministes, laïcité et droits de la personne

RÉSOLUTION N°86

POUR UNE JUSTICE REPRODUCTIVE

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ réaffirme son soutien indéfectible au droit des femmes, dont le droit à l'avortement libre, gratuit, accessible et sécuritaire pour toutes les femmes, sans discrimination ni entrave ;

QU'IL SOIT ÉGALEMENT RÉSOLU QUE la FTQ organise avant le prochain congrès, en collaboration avec son Comité d'actions féministes une journée de réflexion syndicale, d'y inviter des experts et des militantes du domaine, de partager des informations sur les droits inhérents des femmes à disposer de leur corps et de discuter des enjeux actuels liés à ce droit.

PARCE QUE le droit à l'avortement est un droit fondamental des femmes, reconnu au Canada depuis 1988, mais qu'il demeure vulnérable en l'absence d'encadrement législatif spécifique ;

PARCE QUE des reculs sont observés sur les droits reproductifs des femmes dans plusieurs pays, notamment sur l'accès à l'avortement aux États-Unis ;

PARCE QUE le dernier congrès de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a réaffirmé son engagement envers les droits des femmes et a adopté des résolutions visant à renforcer les actions féministes au sein de la Centrale ;

PARCE QUE la FTQ est engagée dans la défense des droits des travailleuses et des travailleurs, et reconnaît l'importance de promouvoir l'égalité des genres et l'autonomie corporelle.

Soumise par les sections locales 573, 578 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau - Québec (SEPB-Québec), la section locale 1981 de l'Association nationale des mécaniciens industriels (ANMI), le Local 9 de la Fraternité Nationale des Charpentiers-Menuisiers (FNCM), la Fraternité Inter-Provinciale des Ouvriers en Électricité (FIPOE), le Local 791 de l'Union des opérateurs de machinerie lourde (UOML) et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

RÉSOLUTION N°91

DÉFENSE DU DROIT À L'AVORTEMENT ET LUTTE CONTRE LE MOUVEMENT ANTI-CHOIX

ATTENDU QUE le droit à l'avortement est garanti au Canada depuis la décision Morgentaler (1988) et constitue un droit fondamental lié à l'autonomie corporelle et à la santé des femmes et personnes enceintes ;

ATTENDU QUE le Plan d'action gouvernemental 2024-2027 sur l'accès à l'avortement marque un progrès mais présente encore des lacunes, notamment en matière d'accessibilité régionale, de gratuité universelle et de lutte contre les obstacles systémiques vécus par les femmes autochtones, migrantes, racisées, handicapées et en situation précaire ;

ATTENDU QUE le mouvement anti-choix pratique de l'intimidation devant les cliniques, de la désinformation et de la diffusion de discours haineux, menaçant la sécurité des patientes, du personnel de santé et la qualité des services ;

ATTENDU QUE la FTQ a réaffirmé à plusieurs reprises son appui inconditionnel au droit à l'avortement et à la justice reproductive.

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ réaffirme son soutien au droit à l'avortement libre, gratuit et accessible partout au Québec, sans égard au statut migratoire ou à la couverture d'assurance maladie ;

QU'IL SOIT DE PLUS RÉSOLU QUE la FTQ demande au gouvernement du Québec de garantir l'accès à un service d'intervention volontaire de grossesse et d'assumer tous les frais reliés à cette intervention ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ mobilise ses syndicats affiliés pour sensibiliser leurs membres, soutenir les campagnes pro-choix et participer aux mobilisations visant à défendre et améliorer l'accès à l'avortement.

Soumise par le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain

RÉSOLUTION N° 104

PRENDRE POSITION SUR L'ABANDON DU PL94

ATTENDU QUE le SEPB-QC représente des membres du personnel de soutien scolaire dont une proportion de femmes non négligeable porte des signes religieux et que ce projet de loi LES vise particulièrement ;

ATTENDU QUE les syndicats et les conseils régionaux affiliés à la FTQ ont le devoir de défendre les droits fondamentaux des membres qu'ils représentent ;

ATTENDU QU'en tant que garant des droits des travailleurs et des travailleuses ce projet de loi menace directement le fonctionnement de nos écoles en privant du droit au travail, de liberté de conscience et de liberté de religion une partie du personnel de soutien ;

ATTENDU QUE les enfants seront les premiers à subir l'impact négatif en termes d'organisation, de service et d'accompagnement déjà déficitaire depuis plusieurs années dans nos écoles.

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ prenne position afin de demander l'abolition de ce projet de loi ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ soutienne le personnel de soutien et les sections locales touchés par les conséquences d'un tel projet de loi en dénonçant les incohérences discriminatoires ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ affirme publiquement leur opposition au PL94 qui ne renforce pas la laïcité existante mais qui stigmatise et retire des droits fondamentaux à une catégorie de travailleuses.

Soumise par les sections locales 573, 578, 610 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB) et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

CHAPITRE 9 Environnement et transition juste

RÉSOLUTION N° 126

POUR UNE ÉCOFISCALITÉ JUSTE ET SOLIDAIRE

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ fasse la promotion de l'écofiscalité et informe ses membres sur les bienfaits de la bourse du carbone, tout en exigeant que les fonds générés servent d'abord et avant tout à soutenir les travailleuses et travailleurs les plus précaires, plutôt qu'à enrichir les grandes entreprises pollueuses.

PARCE QUE la crise climatique est causée par les multinationales, mais ce sont les travailleuses et travailleurs, surtout les plus pauvres, qui en paient le prix ;

PARCE QUE trop souvent, les mesures vertes sont détournées pour servir les profits des pollueurs plutôt que la justice sociale ;

PARCE QUE les cotisations carbone doivent être un levier de solidarité et non un prétexte pour transférer encore plus de richesse vers le haut ;

PARCE QUE la FTQ doit être un acteur fort de la transition juste, où les plus vulnérables passent en premier et où les grands pollueurs paient leur juste part.

Soumise par les sections locales 573 et 578 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau - Québec (SEPB-Québec).et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

RÉSOLUTION N° 129

URGENCE CLIMATIQUE : RÉDUCTION DE L'EMPREINTE CARBONE

ATTENDU QUE l'urgence climatique exige des actions concrètes et mesurables ;

ATTENDU QUE la FTQ et ses affiliés doivent être des leaders dans la transition écologique, tant dans leurs pratiques internes que dans leurs revendications publiques ;

ATTENDU QUE l'exemplarité syndicale en matière d'environnement renforce la crédibilité de nos revendications sociales et politiques.

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ mette de l'avant des engagements clairs et mesurables pour réduire rapidement son empreinte carbone et exercer un leadership syndical exemplaire dans la lutte contre la crise climatique ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ encourage fortement ses affiliés à faire de même ; QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ fixe, d'ici un an, des cibles progressives de réduction sur 3, 5 et 7 ans, avec un suivi annuel des progrès réalisés par ses structures et affiliés ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ appuie et valorise publiquement les initiatives exemplaires de ses affiliés en matière de réduction des émissions, afin d'incarner un syndicalisme responsable et moteur de la transition écologique.

Soumise par les sections locales 573, 578 579 et 610 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB) et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

CHAPITRE 10 Affaires internationales

RÉSOLUTION N° 133

SOLIDARITÉ INTERNATIONALE AVEC L'UKRAINE

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ réaffirme sa condamnation de l'invasion russe, son appel à la diplomatie, son appui à la souveraineté de l'Ukraine et son soutien actif aux travailleuses, travailleurs et réfugiés ukrainiens ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ organise des activités d'information, de mobilisation et de collecte (plaidoyer) au sein de ses structures, pour soutenir les efforts humanitaires en Ukraine et auprès des réfugiés.

PARCE QUE la FTQ, avec la CSN, la CSQ et la CSD, a déjà dénoncé cette agression et réclamé un cessez-le-feu ;

PARCE QUE cette guerre constitue une atteinte grave aux droits humains et au droit international ;

PARCE QUE la solidarité syndicale internationale est essentielle pour défendre la paix et la dignité des peuples ;

PARCE QUE la FTQ doit aussi agir concrètement auprès des victimes.

Soumise par les sections locales 573, 578 et 579 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPS) et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

RÉSOLUTION N° 134

CONFLIT À GAZA : CESSEZ-LE-FEU, DÉNONCIATION ET RECONNAISSANCE D'UN GÉNOCIDE

ATTENDU QUE la FTQ et le CTC ont déjà pris position pour la levée du blocus et la protection des civils ;

ATTENDU QUE la crise humanitaire atteint un niveau tel qu'elle s'apparente à un génocide, avec destructions massives, déplacements forcés et privation d'accès aux besoins essentiels ;

ATTENDU QUE l'occupation illégale des territoires palestiniens et la négation du droit à l'autodétermination du peuple palestinien ;

ATTENDU QUE la solidarité internationale impose de dénoncer ces violations graves du droit international et de défendre la dignité humaine.

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ réaffirme sa demande d'un cessez-le-feu immédiat à Gaza, la protection des civils et l'accès humanitaire sans entrave, et presse le gouvernement du Canada de soutenir une solution politique durable incluant la reconnaissance de l'État de Palestine ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ exige un cessez-le-feu immédiat, la protection des civils et l'accès sans entrave de l'aide humanitaire ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ dénonce publiquement le« plan Trump » comme illégitime et contraire au droit international ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ qualifie la situation actuelle à Gaza de génocide et interpelle les instances internationales pour une enquête indépendante ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ presse le gouvernement du Canada de reconnaître l'État de Palestine et de soutenir une solution politique fondée sur le droit international et la coexistence des peuples ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ mobilise ses affiliés et ses réseaux pour informer, sensibiliser et appuyer les initiatives humanitaires reconnues sur le terrain.

Soumise par les sections locales 573, 578 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB) et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

RÉSOLUTION N° 135

POUR LE DÉSINVESTISSEMENT DE LA CAISSE DE DÉPÔT ET PLACEMENT DU QUÉBEC (CDPQ) EN SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE PALESTINIEN

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ se positionne pour le désinvestissement de la CDPQ de toutes les entreprises associées à des violations des droits humains et du droit international en Palestine ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ demande à la CDPQ de se désengager immédiatement des entreprises identifiées comme complices du génocide et d'affirmer son appui à la campagne sortons la caisse des crimes en Palestine.

PARCE QUE les positions historiques de la FTQ en soutiennent aux droits du peuple palestinien notamment la position adoptée en conseil général en 2023 en appui à la campagne BOS ;

PARCE QUE l'occupation israélienne des Territoires palestiniens viole le droit international, la IVe Convention de Genève et la Résolution 2334 du Conseil de sécurité de l'ONU (2016) ;

PARCE QU'israëi mène des offensives militaires en violation du droit international dans plusieurs pays voisins ;

PARCE QUE plus de 30 syndicats palestiniens appellent à cesser d'armer Israël et à mettre fin à toute complicité avec ses crimes ;

PARCE QU'au 31 décembre 2024, la CDPQ, a investi 27,4 milliards dans 76 entreprises liées à l'occupation, à la colonisation israélienne et au génocide du peuple palestinien.

Soumise par les sections locales 573 et 578 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB) et le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

RÉSOLUTION N° 137

SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE PALESTINIEN

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ, exige que la CDPQ revoie et modifie sa politique d'investissement afin de cesser tout financement ou soutien aux entreprises complices de l'occupation conformément aux principes de diligence raisonnable de l'ONU ;

IL EST ÉGALEMENT PROPOSÉ QUE la FTQ réclame un embargo total sur les armes entre le Canada et Israël ;

IL EST FINALEMENT PROPOSÉ QUE la FTQ exige la fermeture du bureau du Québec à Tel-Aviv, en solidarité avec le peuple palestinien et le respect du droit international.

PARCE QUE la solidarité internationale est au cœur des luttes syndicales pour la justice, la dignité et l'égalité des peuples ;

PARCE QUE l'occupation militaire, la colonisation des territoires palestiniens et le régime d'apartheid israélien sont dénoncés Amnistie internationale, Human Rights Watch, B'Tselem et AI-Haq, ainsi que par des juristes, experts rapporteurs de l'ONU qui qualifient les attaques sur Gaza de crimes contre l'humanité, voire de génocide ;

PARCE QUE la reconnaissance de la Palestine par près de 160 États membres de l'ONU est constamment sapée par l'expansion continue des colonies israéliennes ;

PARCE QUE ce régime d'oppression est rendu possible par la complicité d'entreprises multinationales fournissant armes, technologies et capitaux à l'armée israélienne ;

PARCE QUE la CDPQ investit plusieurs milliards de dollars dans 76 entreprises identifiées comme complices de l'occupation, de la colonisation et des crimes graves ;

PARCE QUE le Canada, en contradiction avec ses engagements au Traité sur le commerce des armes, continue d'exporter du matériel militaire vers Israël, contrairement à plusieurs autres pays alliés ;

PARCE QUE le bureau du Québec à Tel-Aviv, contribue à la normalisation des relations avec un État accusé de violations systématiques des droits humains ;

PARCE QUE la campagne « Sortons la Caisse des crimes en Palestine » vise les institutions dans des entreprises complices, jamais les travailleurs et les travailleuses.

Soumise par la section locale 6658 du Syndicat des Métallos.

CHAPITRE 11 Divers

RÉSOLUTION N° 141

POUR UN GEL DES DÉPENSES MILITAIRES ET L'INVESTISSEMENT DANS LES SERVICES ET INFRASTRUCTURES PUBLICS

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ s'oppose fermement au plan d'augmenter les dépenses militaires, y compris la trajectoire vers 5 % du PIB ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ demande un gel immédiat de toute nouvelle hausse militaire, y compris la hausse à 2 % annoncée pour 2025-2026, et que les sommes ainsi gelées soient réaffectées aux services publics essentiels et aux mesures de justice sociale et environnementale ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ lance avant la fin de 2026 une campagne d'information et de pression politique pour dénoncer cette militarisation du Canada ;

IL EST PROPOSÉ QUE la FTQ mandate son comité de solidarité internationale pour soutenir les initiatives politiques et citoyennes s'opposant à la hausse des dépenses militaires et la militarisation du Canada ;

IL EST PROPOSÉ QU'un rapport annuel soit présenté au Conseil général de la FTQ sur l'état des mobilisations, les réponses gouvernementales et les moyens de poursuivre ces revendications.

PARCE QUE le gouvernement fédéral prévoit d'atteindre dès cette année une dépense militaire équivalente à 2 % du PIB, soit une hausse de 9,3 G$, et d'augmenter cette dépense jusqu'à 5 % du Pl B d'ici 2035, ce qui représenterait environ 150 G$ annuels ;

PARCE QUE l'augmentation des dépenses militaires est largement influencée par des pressions des États-Unis, en particulier l'administration Trump, et que cette escalade pourrait entraîner un conflit global.

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Regroupement pour l’art humain : Pour un Noël sans intelligence artificielle

16 décembre 2025, par Regroupement pour l'art humain — , ,
Le Regroupement pour l'Art Humain (RAH) a pour mission de défendre, promouvoir et pérenniser la création artistique HUMAINE face à l'arrivée des intelligences artificielles (…)

Le Regroupement pour l'Art Humain (RAH) a pour mission de défendre, promouvoir et pérenniser la création artistique HUMAINE face à l'arrivée des intelligences artificielles génératives (IAG) au sein des sphères culturelles québécoises, mais tout particulièrement dans le domaine de l'illustration.

Nous représentons le Regroupement des Illustrateurs et Illustratrices du Québec qui militent pour les règlementation des utilisation de l'intelligence artificielle générative (IAG) dans les diverses sphères culturelles québécoises.

Le Regroupement agit afin de faire reconnaître la valeur irremplaçable du
travail créatif HUMAIN fondé sur :

l'expérience personnelle vécue ;

la sensibilité individuelle ;

la vision et la démarche artistique ;

l'éthique professionnelle ;

et le respect des droits d'auteur.

Le RAH soutient que l'illustration, comme l'ensemble des pratiques artistiques, ne peut être réduite à un simple produit généré par un processus automatisé sans porter atteinte à notre culture, aux droits des créateur·trice·s et à l'équilibre même de notre industrie culturelle.

Le RAH ne s'oppose pas aux avancées technologiques, mais plaide pour une réglementation claire et équitable de l'utilisation des IAG en culture en accord avec les lois sur le droit d'auteur.

Le RAH milite pour que notre culture cesse d'être pillée comme une matière première afin d'entrainer des IAG qui nous la revendent sous forme de contrefaçon.

Le RAH prend fait et cause pour que les artistes ne soient pas effacés du processus créatif au profit d'une automatisation technologique qui entraine la précarisation de leur métier.

Le RAH œuvre à :

défendre les droits économiques, moraux et intellectuels des illustrateurs et illustratrices ;

sensibiliser le public, les acteurs du milieu, les institutions culturelles et les décideurs politiques aux impacts sociaux, culturels, environnementaux et éthiques des IAG ;

promouvoir des normes de transparence quant à l'origine des œuvres et aux processus de création utilisés ;

encourager des pratiques professionnelles qui valorisent la création humaine, la diversité et la transmission des savoir-faire.

L'IAG

L'IA générative est un type d'intelligence artificielle qui permet de générer du contenu sous plusieurs formes (par exemple : texte, image, fichier audio ou vidéo, etc.) à partir de mots-clés ou autres requêtes (appelés prompts).

L'IA ne crée pas d'images, elle les génère. Pour ce faire, elle utilise des milliards d'illustrations et de photos qui servent à nourrir un algorithme. Elle synthétise des styles, des compositions, des éléments graphiques et des palettes de couleurs. La majorité des logiciels d'IA générative actuels s'alimente de milliards d'images appartenant à des autrices, auteurs, artistes ou ayants droit. Dans la très grande majorité des cas, ces images sont prélevées sans avoir obtenu d'autorisation, sans crédit et sans compensation financière pour l'utilisation de l'œuvre. Chaque nouvelle recherche, chaque nouvelle utilisation de l'IA générative contribue à développer et à améliorer l'efficacité des résultats que proposent les logiciels d'IA.

IA générative non-éthique et... éthique ?

La plupart des utilisations qui sont faites des logiciels comme Stable Diffusion, Midjourney, DALL-E, ou Firefly sont considérées non-éthiques. (Dans) la plupart des cas, les logiciels et leurs utilisateur·trice·s ne respectent pas la propriété intellectuelle et le droit d'auteur, manquent de transparence, peuvent renforcer des stéréotypes (par exemple en ce qui a trait au genre, à la race, etc.) et, entre autres, contribuer à la désinformation.

La pratique de génération d'images avec l'IA demeure contestée par plusieurs puisqu'elle risque de déshumaniser et de dévaloriser le travail de création artistique en automatisant la production d'images, en plus d'avoir des conséquences sociales et écologiques importantes.

Tiré du Guide d'Illustration Québec : L'illustration et l'intelligence artificielle – miracle ou mirage ?

Le RAH affirme haut et fort que la culture québécoise est constituée avant tout de l'imaginaire d'artistes en chair et en os. Elle est ce qui nous unit, ce qui nous rend uniques et pluriels à la fois. La culture, c'est l'ADN d'un peuple et nous n'accepterons pas que la nôtre se fasse cloner à notre insu pour alimenter une technologie qui vise à nous réduire à un produit de consommation.

Notre humanité est au cœur de notre art, de notre culture, de notre identité !

La liste de nos alliés.

Des outils pratiques.

Manifeste L'art est humain.

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Marie Ranjanoro, écrivaine : « Le passé colonial est un présent politique qui structure les relations entre Madagascar et la France »

16 décembre 2025, par Madjid Serrah — , ,
L'écrivaine malgache Marie Ranjanoro revient, dans cet entretien accordé à « Echorouk Online », sur les principales dates marquantes de l'histoire de Madagascar, dont la plus (…)

L'écrivaine malgache Marie Ranjanoro revient, dans cet entretien accordé à « Echorouk Online », sur les principales dates marquantes de l'histoire de Madagascar, dont la plus récente est la révolte de la « génération Z », qui a renversé le président Andry Rajoelina, celui-ci ayant fui le pays à bord d'un avion français après plusieurs semaines de protestations ininterrompues.

Cet article a d'abord été publié sur Echoroukonline.com.

L'autrice de « Feux, fièvres, forêts », un roman qui raconte les crimes du colonialisme français et les dizaines de milliers de victimes laissées par la répression de l'insurrection malgache déclenchée en 1947, évoque également la nature des relations entre la France et son ancienne colonie.

Madjid Serrah : Dans votre texte « Madagascar 1972-2025 : comment ne pas se faire voler sa Révolution ? », publié sur le site Histoire coloniale et postcoloniale, vous qualifiez les revendications du mouvement Gen Z, qui a conduit à la chute du président Andry Rajoelina, d'« antisystème, anticoloniales, et ancrées dans l'urgence quotidienne ». Pourriez-vous nous expliquer l'émergence de ce mouvement ?

Marie Ranjanoro : Le soulèvement de la Gen Z n'est pas arrivé par surprise. Il est né à l'intersection de deux choses : l'urgence du quotidien et une colère beaucoup plus ancienne. Au départ, ce sont des jeunes qui protestaient contre les coupures d'eau et d'électricité. Mais très vite, derrière ces coupures, on a vu réapparaître la silhouette familière de tout ce que le pays endure depuis des décennies : la corruption, l'absence de services publics, la confiscation du pouvoir, la dépendance économique, l'exaspération face aux « élites » politiques. Dans mon article, j'explique que ces jeunes portent des revendications « antisystème, anticoloniales, et ancrées dans l'urgence quotidienne ». Ce ne sont pas seulement des demandes pratiques : c'est une mise à nu de tout un système. Et ce qui est frappant, c'est que ce mouvement n'a pas eu besoin de leaders, ni de structures traditionnelles. Il est né de façon très spontanée, comme en 1972 : un mouvement d'étudiants au départ, puis très vite un mouvement populaire, transversal, qui déborde son point de départ. Ce sont les mêmes journées, les mêmes rues, les mêmes lieux — Analakely, Ambohijatovo, Anosy — qui se sont réveillés. La Gen Z malgache n'est pas apolitique, elle n'a jamais été passive. Elle a juste refusé de demander la permission pour exister politiquement.

Le président Rajoelina a été évacué par un avion militaire français le 12 octobre. Deux jours plus tard, lors d'un sommet sur Gaza à Chypre, Emmanuel Macron a déclaré : « Nous admirons la jeunesse malgache, mais elle ne doit pas être instrumentalisée », tout en appelant au respect de l'ordre constitutionnel. Comment interprétez-vous cette position française ?

Cette scène — un président évacué par un avion militaire français — dit déjà beaucoup de la nature persistante des relations entre les deux pays. Et la déclaration de Macron, deux jours plus tard, est tout aussi révélatrice : dire que l'on « admire la jeunesse malgache » tout en la mettant en garde contre une instrumentalisation, c'est une manière très douce de rappeler à l'ordre. Pour moi, c'est une posture typiquement postcoloniale : on salue la vitalité démocratique, mais à condition qu'elle ne déborde pas du cadre acceptable. On reconnaît la légitimité de la contestation, mais en rappelant subtilement ce qui fixe la limite du “bon” soulèvement. Cela témoigne d'une volonté de garder la main, de s'assurer que la transition ne conduise pas à une rupture trop profonde — notamment avec les intérêts français. Dans mon article, je montre que 1972 avait déjà provoqué cette inquiétude française : c'était un mouvement qui échappait à tous les codes, qui n'était pas manipulé par un parti, qui refusait la récupération. Or c'est exactement ce qui se passe en 2025. La France se trouve donc dans une position inconfortable, prise entre la nécessité diplomatique de reconnaître un mouvement massif et la crainte qu'il produise une véritable réorientation souveraine.

La relation postcoloniale entre Madagascar et la France demeure marquée par des enjeux économiques et géopolitiques, mais aussi par des dossiers historiques non résolus, comme la présence de restes humains malgaches conservés à Paris ou la question des îles Éparses. Selon vous, en quoi le passé colonial continue-t-il d'influencer les relations entre les deux pays ?

Le passé colonial n'est jamais sorti du cadre. Il est dans les structures de gouvernance, dans les dépendances économiques, dans les réflexes diplomatiques, dans la mémoire blessée de 1947, dans l'histoire des élites formées dans la proximité du pouvoir français, et même dans les non-dits. Dans mon article, je rappelle que Madagascar a connu plusieurs “indépendances” : celle que l'on a essayé d'arracher en 1947, celle que l'on nous a donnée en 1960, et celle dont on ne sait pas encore comment parler, celle de 1972. Ces discontinuités racontent à quel point la rupture n'a jamais été complète. L'État postcolonial a souvent fonctionné comme une continuité de structures héritées, qu'il s'agisse de la centralisation autoritaire, du clientélisme ou des rapports économiques. Quand on ajoute les dossiers qui n'ont jamais été résolus — les restes humains spoliés durant la colonisation et conservés en France, les îles Éparses dont la souveraineté reste suspendue, l'absence de geste symbolique clair autour de 1947 — on voit que le passé colonial n'est pas un souvenir : c'est un présent politique, un invisible qui structure les relations entre les deux pays. Le mouvement Gen Z exprime aussi cela : un désir très profond de souveraineté réelle, pas seulement formelle.

Vous faites partie de la diaspora malgache en France. Comment cette diaspora a-t-elle perçu le mouvement Gen Z à Madagascar et comment vit-elle la relation complexe entre son pays d'origine et son pays d'accueil, la France ?

Depuis la France, beaucoup d'entre nous ont vécu ce soulèvement avec un mélange de fierté, de soulagement et de vertige. J'en fais partie. Fierté de voir une jeunesse malgache qui refuse la résignation, qui n'a pas peur de dire “assez”. Soulagement, parce que cela faisait longtemps qu'on attendait que quelque chose bouge autrement que par les réseaux traditionnels de pouvoir. Et vertige, car l'histoire malgache est pleine de révolutions confisquées. La diaspora porte aussi en elle cette relation complexe à la France : nous y vivons, nous y travaillons, mais nous voyons aussi les structures postcoloniales qui persistent.

Nous sommes à la fois dedans et dehors. Quand la France s'exprime sur la situation à Madagascar, cela nous concerne doublement : en tant que Malgaches, et en tant que personnes vivant dans l'ancien pays colonisateur. Cela crée un regard particulier, plus critique, parfois plus inquiet, mais aussi très attentif. La diaspora malgache est celle qui envoie le moins de fonds et de capitaux au pays. Cette donnée est révélatrice d'une rupture forte entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. La diaspora malgache en France est très peu politisée, enkystée autour du mythe de la minorité modèle, acquise à la propagande assimilationniste républicaine. Le mouvement Gen Z au pays a pu réveiller la conscience politique de tous les Malgaches de l'étranger qui ont commencé à manifester en France et à alimenter les caisses de grève et de soins aux manifestants sur place. C'est un inédit pour une masse habituellement silencieuse.

Comment percevez-vous l'avenir politique de Madagascar dans ce nouveau contexte ?

Je crois à la possibilité d'une rupture, mais une rupture fragile. La force de ce mouvement, c'est son horizontalité, son absence de leader, son refus des vieilles structures. Mais c'est aussi ce qui peut devenir sa faiblesse : on ne gagne pas une révolution durable uniquement par la rue, il faut aussi inventer une manière nouvelle de faire politique. L'avenir dépendra de la capacité de la jeunesse à transformer l'élan de septembre-octobre en un projet clair : comment refonder la gouvernance, comment garantir la transparence, comment se protéger des tentatives de récupération. Et il dépendra aussi de la capacité des institutions à ne pas trahir ce moment populaire. Pour moi, ce qui se joue aujourd'hui est peut-être la version 2025 de 1972 : un moment de vérité où le pays peut réellement basculer sur une autre trajectoire, mais où rien n'est acquis. Le danger est le même qu'en 1972 : que le mouvement soit absorbé, confisqué, ou que l'on raconte son histoire à la place de ceux qui l'ont vécu. Je crois que les Malgaches — sur place et dans la diaspora — veulent enfin une souveraineté pleine. La révolution a eu lieu : reste maintenant à la protéger.

Propos recueillis par Madjid Serrah

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Le combat de l’internationalisme contre le campisme : le cas de l’Ukraine

16 décembre 2025, par Claire Comeliau — , , , ,
La guerre impérialiste que subit l'Ukraine depuis 2014 et certaines réactions occidentales remettent en lumière un terme poussiéreux de la guerre froide : le campisme. Les (…)

La guerre impérialiste que subit l'Ukraine depuis 2014 et certaines réactions occidentales remettent en lumière un terme poussiéreux de la guerre froide : le campisme. Les tensions qu'il entretient avec l'internationalisme révèlent un changement de paradigme dans les relations internationales, rendant ce cadre d'analyse obsolète aujourd'hui.

8 décembre 2025 |
https://alter.quebec/le-combat-de-linternationalisme-contre-le-campisme-le-cas-de-lukraine/?utm_source=Cyberimpact&utm_medium=email&utm_campaign=Les-Actus-dAlter-du-11-decembre-2025

Une invasion impérialiste face à une gauche désunie

Quand on en vient à évoquer la guerre en Ukraine dans les milieux de la gauche occidentale, on s'aperçoit vite que c'est un sujet qui divise et qui révèle un certain malaise dans ce spectre politique, pourtant promoteur de discours sur un « monde libre ».

Pourquoi une majorité de la gauche défend sans relâche le droit du peuple palestinien – et à juste titre – mais reste plus en retrait et parfois aphone lorsqu'il s'agit de l'Ukraine ? L'invasion russe relève pourtant du colonialisme de peuplement, comme le montrent l'annexion de territoires et la déportation de la population civile. L'agression baigne d'impérialisme, au détriment du peuple ukrainien qui lutte pour son droit à disposer de lui-même, droit figurant à l'article premier de la charte des Nations Unies.

On observe ces comportements détachés face à l'invasion dans une partie des milieux pacifistes et non alignés de la gauche occidentale. Ces positions font écho à certains votes, comme celui de cette Résolution appelant au renforcement du soutien à l'Ukraine le 12 mars 2025 votée à l'Assemblée nationale en France. Lorsque l'on se penche sur la synthèse du vote, on note que les 54 votes « contre » sur 474 votants sont issus du groupe « Gauche Démocrate et Républicaine » et du groupe de « La France insoumise ». Sous couvert du pacifisme et d'antimilitarisme, ils s'opposent au soutien financier et militaire à l'Ukraine, au point de voter contre des résolutions en faveur d'une paix durable. Ce positionnement est notamment influencé par ce qu'on appelle le campisme, un vestige de la guerre froide.

Le campisme : de la guerre froide à aujourd'hui

A l'époque de la guerre froide se dressait un monde bipolaire où s'affrontaient deux idéologies antagonistes : le capitalisme étatsunien et le communisme de l'Union soviétique. Le campisme désigne l'alignement systématique derrière Washington ou Moscou et incarne la vision dualiste du monde dans lequel il fallait impérativement choisir son camp entre un capitalisme impérialiste ou un communisme présenté comme anti-impérialiste.

Les deux superpuissances voulaient voir leur idéologie adoptée, quitte à soutenir des régimes autoritaires. Les Etats-Unis, en soutenant la dictature militaire d'Augusto Pinochet au Chili, après avoir appuyé le coup d'Etat à l'encontre du président socialiste Salvador Allende, en donnent un exemple frappant. Mais, si l'URSS s'est effondrée et la guerre froide terminée, le « campisme », lui, a survécu.

En revanche, le campisme post guerre froide a pris une nouvelle forme et se manifeste en soutenant, explicitement ou non, tout régime ou mouvement allant contre les Etats-Unis. Ce néocampisme est avant tout un positionnement instinctif contre Washington. Dès lors, on cerne mieux le tropisme anti-atlantiste ou contre OTAN que l'on peut retrouver dans certains milieux de gauche. C'est une logique de blocs prise dans le jeu des puissances étatiques qui conçoit les conflits politiques de manière binaire. La lutte obstinée contre l'impérialisme ne se joue plus dans les mêmes conditions qu'au temps la guerre froide. Quand on s'attarde sur les positions adoptées et décisions prises face l'invasion de l'Ukraine on observe clairement une manifestation de ce néocampisme.

Des échos néocampistes dans l'analyse de l'invasion

Le récit selon lequel l'OTAN serait responsable de l'invasion de l'Ukraine du fait de l'humiliation infligé à la Russie ou du sentiment d'insécurité de Poutine face à la potentielle entrée de l'Ukraine dans l'organisation – une demande émanant de l'Ukraine elle-même – est typiquement issu du campisme. En réalité, la guerre de Poutine contre l'Ukraine est une guerre impérialiste. Depuis l'annexion de la Crimée en 2014 qui marque le début de la guerre, il est indéniable que le dirigeant russe tente de reconstituer une grande Russie, animée par la nostalgie de l'URSS. La volonté expansionniste de Poutine se réalise au détriment de ses pays voisins : les droits des peuples à disposer d'eux même et le respect des droits de l'Homme en font les frais.

Ces échos néocampistes se manifestent dans certains milieux pacifistes de gauche. Aujourd'hui, le monde n'est plus bipolaire, mais multipolaire : les rapports de force et les dynamiques ont largement changé. Certains incluaient la Russie dans le camp « anti-impérialiste », mais le rapprochement clair entre Trump et Poutine les oblige à revoir leur analyse géopolitique. Tous deux soutiennent les extrêmes droites européennes, diffusent de fausses informations, sont climatosceptiques et accaparent des ressources… La complicité nouvelle entre les deux oligarques dérange la vision anti-atlantiste et campiste. On ne peut plus nier la convergence impérialiste entre la Russie et les Etats-Unis, et cela heurte la manière de voir le monde chez une partie de la gauche radicale. La Russie est impérialiste, et à ce titre, mérite la même condamnation que les Etats-Unis ou Israël. Les multiples menaces de Trump de quitter l'OTAN et ses différentes prises de parole à ce sujet attestent du désintérêt de ce dernier à l'égard de l'organisation et du renouvellement de l'ordre mondial.

Il faut déconstruire le récit selon lequel critiquer la Russie revient à défendre l'OTAN ou la politique étrangère des Etats-Unis. Critiquer à la fois l'impérialisme russe et les interventions occidentales ne relève pas de la contradiction ; c'est au contraire le campisme qui, en confondant critique d'un État et soutien automatique à son rival, produit cette fausse opposition.

C'est aussi la nature du gouvernement de Zelensky qui gêne : des scandales de corruption et l'orientation néolibérale du régime expliquent en partie la raison de ce retrait d'une partie de la gauche quand il s'agit de défendre le pays. Pourtant, la gauche d'aujourd'hui devrait défendre la population en tant que telle et ne pas la rattacher à la nature de son gouvernement.

Pour un internationalisme

L'internationalisme est une valeur au cœur de l'identité de la gauche qui se bat pour la diffusion de la paix, de la justice sociale et des droits humains au niveau transnational.

Cette vision néocampiste manichéenne de la société entrave le véritable internationalisme qui se place comme le défenseur des peuples et de leurs droits fondamentaux, au-delà des frontières. Il faut réussir à se détacher de cette vision étatique pour se soucier des êtres humains, parfois aliénés par les décisions gouvernementales et la nature de leur régime.

Concernant l'invasion de Ukraine, il est nécessaire d'arrêter de l'analyser sous le prisme de la guerre froide et d'un œil anti-impérialiste : c'est une vision anachronique des réalités géopolitiques mondiales. Le monde multipolaire dans lequel nous vivons aujourd'hui rend irrationnels et obsolètes les raisonnements campistes. Le soutien des gauches au peuple ukrainien, victime de l'impérialisme russe, devrait être une évidence.

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Sarkozy, pauvre innocent !

16 décembre 2025, par Mohamed Lotfi — , , ,
On a vu Nicolas Sarkozy entrer et sortir de prison si vite qu'on pourrait croire à un simple passage administratif. Il aura passé à peine vingt et un jours à la prison de la (…)

On a vu Nicolas Sarkozy entrer et sortir de prison si vite qu'on pourrait croire à un simple passage administratif. Il aura passé à peine vingt et un jours à la prison de la Santé, du 21 octobre 2025 au 10 novembre 2025, suite à sa condamnation le 25 septembre 2025 à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l'affaire du financement libyen de sa campagne de 2007. Une condamnation historique, puisque jamais sous la Ve République un ancien président n'avait été incarcéré.

Quelques semaines plus tard, il annonce soudainement la publication de son ouvrage Le journal d'un prisonnier, un livre de 216 pages qu'il présente comme une plongée dans son intériorité, sa souffrance, son isolement, sa nuit carcérale. Je l'ai reçu, un jour avant sa sortie officiel qui aura lieu demain le 10 décembre. J'en ai lu onze pages, je me suis arrêté à une phrase avant de poursuivre ma lecture en diagonale. Écoutez :

« J'ai donc été particulièrement imprévoyant. Je l'ai payé au prix le plus fort, celui de la prison. L'impensable était devenu réalité. ». C'était suffisant. Je reconnaissais là un ton, une posture, un mécanisme mental que j'ai vu chez d'autres hommes, derrière d'autres portes, dans un autre contexte. Dans ma vie professionnelle, j'ai eu accès à des milliers de détenus, de vrais détenus, brisés ou redressés par l'enfermement, la plus part lucides, d'autres présentaient les signes d'une très difficile réhabilitation. Ce sont ces derniers qui m'ont appris à reconnaître le déni.

Ils sont persuadés d'être innocents malgré l'évidence. Ils présentent un discours cohérent, structuré, presque séduisant. Ils manipulent le réel pour qu'il reflète leur version. Ils transforment souvent leur condamnation en martyr, en éternel victimes et leur incarcération en injustice.

Dans les premières pages du livre de Sarkozy, j'ai vu exactement cela. Un homme condamné qui ne parle pas de responsabilité. Sa responsabilité dans les crimes dont il est accusé. Un homme puni qui ne voit que la punition. Un homme qui se raconte victime, jamais acteur. Jamais responsable de son crime.

D'après les premières pages, son livre ne se présente pas comme un examen de conscience, mais plutôt comme une opération de nettoyage. Il ne cherche pas à sauver l'homme mais l'image. Pas l'individu mais le personnage. Il écrit pour reconquérir l'opinion, non pour reconnaître la faute (condition importante dans tout processus de réhabilitation).

Dans le cas de Sarkozy, s'il devait assumer, vraiment sa responsabilité, cela impliquerait de regarder en face un chapitre autrement plus lourd que trois semaines de cellule. La Libye.

Il y a un fait que l'Histoire ne pourra jamais contourner. Sarkozy est condamné pour financement occulte venu de la Libye de Mouammar Kadhafi. Financement qui aurait alimenté la campagne présidentielle de 2007. Et quatre ans plus tard, en 2011, c'est bien ce même Sarkozy qui pousse la France et une coalition de pays occidentaux à intervenir militairement dans ce pays durant le printemps arabe. On connaît le résultat.

La chute du régime Kadhafi n'a pas été une libération mais une implosion. La démocratie tant promise en alternative au l'ancien régime, tarde à mettre les pieds en Lybie. Ce pays est devenu un champ de ruines politiques, un carrefour de milices, de trafics, de morts. L'État a disparu, les frontières ont fondu, l'Afrique du Nord et l'Europe vivent encore les secousses de ce séisme.

Voilà le vrai dossier. Ce ne sont pas vingt et un jours à la Santé qui marquent l'Histoire. C'est l'effondrement d'un pays entier, conséquence directe d'une décision politique prise par Sarkozy en premier lieu à l'invitation d'un pseudo intellectuel. Tout cela s'est passé dans un contexte de deals, de financements occultes, de stratégies qui ont dépassé les peuples et les vies humaines.

Et aujourd'hui, Sarkozy écrit un livre pour raconter son malheur intime. Ni la cellule, ni ses nuits d'angoisse, ni le récit d'un lit trop dur ne pèsent face au chaos libyen. Ce livre est un écran, une diversion, un masque. Une tentative de nous faire regarder ailleurs.

Ce que je retiens de ces onze pages, ce n'est pas l'homme blessé, ce n'est pas l'ancien chef d'État fatigué. Ce que je vois, c'est un condamné qui se croit innocent. À défaut d'obtenir l'acquittement du tribunal, il espère ne pas trop perdre la sympathie de l'opinion publique. Un récit qui tente de laver plus blanc que blanc. Une plume qui cherche à réhabiliter l'image, pas la conscience. Pendant que l'auteur se regarde souffrir, un pays entier, la Lybie, souffre encore.

Cela dit, Nicolas Sarkozy aurait été le bienvenu devant le micro de mon émission, Souverains anonymes. Je ne lui aurais posé qu'une question. Une seule : « Quand tu repenses à ce coup de téléphone nocturne de BHL à l'Élysée en 2011, lorsqu'il t'a demandé d'engager la France en Libye, et que tu observes aujourd'hui ce qu'est devenue la Libye depuis la chute de Kadhafi, est-ce qu'au fond de ta cellule, tu te dis « J'ai été imprévoyant » ?

Mohamed Lotfi
9 Décembre 2025

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Avant d’en arriver là – Essai choral sur le péril fasciste

16 décembre 2025, par Les Éditions Écosociété — , ,
À la manière d'un film choral où plusieurs histoires s'entremêlent, cet essai polyphonique et stimulant croise les réflexions de 18 auteur·es pour faire face à la montée de (…)

À la manière d'un film choral où plusieurs histoires s'entremêlent, cet essai polyphonique et stimulant croise les réflexions de 18 auteur·es pour faire face à la montée de l'extrême droite. Des voix, mises en dialogue, qui redonnent un souffle à la résistance, un an jour pour jour après l'inauguration de la seconde administration Trump.

Discussion animée par David Murray et Pierre Mouterde.

Avec Anaïs Barbeau-Lavalette, Marc-André Cyr, Martine Delvaux, Alain Deneault, Catherine Dorion, Pierre Dubuc, Jonathan Durand Folco, Maxim Fortin, Ruba Ghazal, Dalie Giroux, Guillaume Hébert, Amir Khadir, Eric Martin, Philippe Néméh-Nombré, Éric Pineault, Alain Saulnier, Maïka Sondarjee et Judith Trudeau.

Hors série / environ 272 p.

En librairie le 20 janvier.

Ainsi le fascisme serait de retour. Abus de langage ? Expression galvaudée masquant le caractère inédit des changements en cours ? Il reste qu'entre la dangereuse dérive autoritaire de la seconde administration Trump et l'affolante normalisation des discours d'extrême droite dans le paysage politique, nous sommes plusieurs à nous inquiéter de la conjoncture actuelle. Désinformation, discours haineux, menaces envers l'état de droit, démantèlement des services publics, reculs sur le front écologique… Le temps est venu de résister avant qu'il ne soit trop tard.

Mais comment surmonter la sidération qui fige plusieurs d'entre nous ? Quels moyens mettre en oeuvre, dans un contexte où bien des facteurs poussent à la fragmentation de nos forces ? Comment répondre à la montée des courants autoritaires au Québec ? La gauche peine depuis des années à être considérée comme une voie politique crédible aux yeux de la majorité. Pourtant, freiner le processus de fascisation en cours implique de reprendre l'initiative et de réussir à imposer les termes du débat politique.

À la manière d'un film choral où plusieurs histoires s'entremêlent, cet essai polyphonique croise les perspectives, analyses et propositions stratégiques de 18 auteur·es ayant des points de vue complémentaires. Mises en scène, ou plutôt mises en dialogue par Pierre Mouterde et David Murray, leurs voix nous convient à un exercice franc et inspirant, ouvrant un débat salutaire. Créer du lien, des communautés, renforcer les mouvements sociaux, cibler l'oligarchie et les géants de la technologie, penser notre souveraineté numérique et l'indépendance, développer de nouveaux narratifs, fédérer la résistance… Les pistes abondent pour bâtir une stratégie de lutte appropriée en ces temps graves et déstabilisants. Il est encore temps d'agir.

Historien de formation, David Murray est éditeur chez Écosociété. Collaborateur de plusieurs médias indépendants, il a animé pendant près de dix ans une émission d'affaires publiques sur CISM en plus de militer au sein du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale. Il a collaboré et codirigé certains ouvrages, dont Creuser jusqu'où ? Extractivisme et limites à la croissance (Écosociété, 2015, avec Yves-Marie Abraham).

Sociologue, philosophe et essayiste, Pierre Mouterde est spécialiste des mouvements sociaux en Amérique latine et des enjeux relatifs à la démocratie et aux droits humains. Il est l'auteur de nombreux livres dont, aux Éditions Écosociété, Quand l'utopie ne désarme pas (2002), Repenser l'action politique de gauche (2005), Pour une philosophie de l'action et de l'émancipation (2009) et Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme (avec Marcos Ancelovici, 2019).

Aldous Huxley et le pire des mondes

16 décembre 2025, par Christophe Patillon — ,
Aldous Huxley n'était pas seulement un romancier prolifique mondialement connu pour son Meilleur des mondes (1932), il était aussi l'auteur de nombreux articles de critique (…)

Aldous Huxley n'était pas seulement un romancier prolifique mondialement connu pour son Meilleur des mondes (1932), il était aussi l'auteur de nombreux articles de critique politique et sociale dont quelques-uns ont été rassemblés sous le titre « Le prix du progrès ».

Tiré du blogue de l'auteur.

Aldous Huxley, Le prix du progrès, L'Echappée, 2025.

Aldous Huxley n'était pas seulement un romancier prolifique mondialement connu pour son Meilleur des mondes (1932), il était aussi l'auteur de nombreux articles de critique politique et sociale dont quelques-uns ont été rassemblés sous le titre « Le prix du progrès ».

Le Meilleur des mondes fait partie de ces œuvres dystopiques dans lesquelles l'aléa ne doit plus avoir de place, et Aldous Huxley voit dans le monde qui se dessine alors la préfiguration de ces sociétés parfaites, bureaucratiques et rationnelles, étouffantes de conformisme et de docilité.

Les écrits rassemblés dans ce volume ont été publiés entre 1923 et 1963. Le Progrès a alors les traits du socialisme soviétique, de l'eugénisme nazi, du capitalisme fordien, du consumérisme et de l'industrie du divertissement.

Dans les textes des années 1920, le jeune Huxley fait l'éloge du labeur créateur et de l'effort physique et intellectuel. L'individu libre ne se construit qu'en mettant à distance les plaisirs standardisés et la recherche du confort pour lui-même. Huxley méprise le cinéma, la presse grand-public, le spectacle sportif, ces « distractions toutes prêtes » et vulgaires. Le confort ? Il l'accepte à condition qu'il n'ait qu'une vocation : permettre aux individus de disposer de plus de temps pour penser et se cultiver. Il prévient : « la démocratie du futur succombera à un ennui chronique et mortel ».

Avec l'âge, sa pensée se fait moins aristocratique et condescendante. Sa critique des loisirs s'inscrit dans une contestation plus large, celle du capitalisme aliénant et avilissant. Il a en horreur cette organisation du travail qui ne recherche que l'efficience, qui, après avoir dépossédé l'individu de ses savoir-faire professionnels pour les transmettre à la machine, l'a transformé en simple rouage de la machine productive. « Le temps est notre tyran », écrit-il. Ce temps-là est un instrument de disciplinarisation des individus sur l'autel de la performance dans la production de marchandises. La machine, par « l'effrayante ponctualité des rouages » impose son rythme et l'individu cesse d'exister pour se fondre dans une communauté de travailleurs automates incapables d'échapper « à la tyrannie de la répétition » : « l'efficacité mécanique est en pratique synonyme d'imbécillité humaine » nous dit Huxley. Contre ce système immoral puisque déshumanisant, Huxley, qui se définit comme un anarchiste invétéré, plaide, sans le définir précisément, pour un socialisme pluraliste où coexisteraient coopératives et petites entreprises privées, où l'autogestion serait la règle.

Pacifiste, non-violent, internationaliste, Huxley est un homme inquiet : « Nous devons traiter la planète comme si elle était un organisme vivant. » La démographie galopante des pays pauvres l'angoisse : comment nourrir autant de bouches dans un monde en convulsion ? Comment sauver la nature de l'hubris humaine et du capitalisme prédateur ? « Si nos politiciens étaient réalistes, ils se soucieraient moins de missiles [et de conquête spatiale], et se préoccuperaient bien plus de la faim dans le monde, de la misère morale », et de la façon de « mener une existence humaine digne de ce nom sans pour autant saccager et souiller leur environnement planétaire ». Six mois après avoir écrit ces mots, Aldous Huxley s'éteignait. Nous étions le 22 novembre 1963, jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Comptes rendus de lecture du mardi 16 décembre 2025

16 décembre 2025, par Bruno Marquis — , ,
Photos trouvées Jacques Nadeau Ce livre de photos du photographe Jacques Nadeau – décédé la semaine dernière – a été publié quelques mois après qu'il se soit fait voler (…)

Photos trouvées
Jacques Nadeau

Ce livre de photos du photographe Jacques Nadeau – décédé la semaine dernière – a été publié quelques mois après qu'il se soit fait voler chez lui en juillet 2015 ses disques durs et ses archives personnelles contenant plus de trois décennies de photojournalisme. C'est un très bel album avec des photos de la toute fin des années 1970 jusqu'à il y a une dizaine d'années qui nous font redécouvrir notre histoire récente et d'autres événements d'ailleurs dans le monde. Le livre s'arrête avec de nombreuses photos sur deux grandes figures politiques, celle de René Lévesque, avec un texte de son ancienne attachée de presse Gratia O'Leary, et celle de Jacques Parizeau, avec un texte que j'ai vraiment aimé de son épouse Lisette Lapointe. Un très beau livre, qu'on prend énormément de plaisir à regarder.

Extrait :

C'était au Sri Lanka, lors du tsunami en 2004. Lorsqu'il la voit, la jeune orpheline est seule, appuyée contre un arbre, près de la mer, le regard perdu. « Devrais-je aller lui parler ? Ne devrais-je pas plutôt respecter sa solitude dans la douleur qu'elle éprouve ? » se demande Jacques Nadeau avant de songer que rien n'est plus effroyable que de perdre ceux qu'on aime.

George Orwell de la guerre civile espagnole à 1984
Louis Gill

Malgré son titre qui nous laisse présager un ouvrage spécialisé, cet essai de moins de 160 pages est une œuvre des plus accessibles et des plus éclairantes sur ce que nous avons appelé la guerre civile espagnole et qui fut en fait l'un des plus beaux moments d'espoir d'établir une société libre et égalitaire. George Orwell, qui a participé à cette « guerre civile espagnole » comme combattant, y a écrit en 1942 quelques phrases qui annoncent presque mot pour mot le monde fictif de son célèbre roman 1984.

Extrait :

Le mouvement ouvrier espagnol du début du XXe siècle se distingue du mouvement ouvrier des autres pays d'Europe par l'importance de son mouvement anarchiste, ennemi de toute forme d'État et opposé, en principe, à toute participation gouvernementale. À partir du noyau catalan, ses militants fondent à Barcelone en 1911 la Confédération nationale du travail (CNT), organisation anarcho-syndicaliste qui, en raison de ses rapides progrès et de son engagement résolu dans les luttes sociales, a été l'objet d'une sévère répression et s'est gagné un grand prestige auprès des masses ouvrières et paysannes. Elle joue un rôle de premier plan dans la direction de la grève générale insurrectionnelle de 1917 déclenchée dans tout le pays par l'impact de la révolution russe, ainsi que d'une multitude de grèves en Andalousie et en Catalogne de 1918 à 1921.

C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles
Marie Laberge

J'ai d'abord connu Marie Laberge par le théâtre. « C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles », l'une de ses nombreuses pièces, se déroule en 1936 dans le hameau de l'Anse-à-Gilles, entre Cap-Saint-Ignace et l'Islet. Les quatre personnages – la veuve Marianna, le jardinier Honoré, l'orpheline Rosalie et la tante Mina – sont bien campés avec leur parlé, leurs réalités et leurs préoccupations de l'époque. Une belle petite lecture en somme.

Extrait :

Vous dites ça, mais vous pouvez pas savoir si çà s'peut pour moé d'aller vers une aut' femme. Vous pouvez pas décider pour mon sentiment. Y a des racines din fois, que si on les arrache, toute vient avec, pis l'terrain vaut pus rien après. T'as beau mettre d'l'engrais, y a pus rien qui pousse. J'ai peur d'être de c'te sorte-là moi : toute d'une venue… avec jusse vous dans l'coeur.

L'entraide
Pierre Kropotkine
Traduit de l'anglais

J'ai beaucoup aimé ce livre, écrit à une autre époque – il y a plus de cent ans – qui nous démontre que l'entraide est au cœur de l'évolution humaine. Le social-darwinisme, dont on a malheureusement encore gardé quelques préceptes, tentait alors d'appliquer le mécanisme darwinien de sélection naturelle dans le domaine social, la compétition pour l'existence de la survie des plus aptes étant tenue pour les principes de l'évolution. Kropotkine, dans « L'entraide – Un facteur de l'humanité », combat ce discours, entrant sur le terrain même du darwinisme pour montrer que l'entraide est un facteur de l'évolution beaucoup plus déterminant que la compétition.

Extrait :

Deux aspects de la vie animale m'ont surtout frappé durant les voyages que je fis, étant jeune, dans la Sibérie orientale et la Mandchourie septentrionale. D'une part je voyais l'extrême rigueur de la lutte pour l'existence, que la plupart des espèces d'animaux ont à soutenir dans ces régions contre une nature inclémente ; l'anéantissement périodique d'un nombre énorme d'existences, dû à des causes naturelles ; et conséquemment une pauvreté de la vie sur tout le vaste territoire que j'eus l'occasion d'observer. D'autre part, même dans les quelques endroits où la vie animale abondait, je ne pus trouver – malgré mon désir de la reconnaître – cette lutte acharnée pour les moyens d'existence, entre animaux de la même espèce, que la plupart des darwinistes (quoique pas toujours Darwin lui-même) considéraient comme la principale caractéristique de la lutte pour la vie et le principal facteur de l'évolution.

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Mario Andrésol, un vrai **Secrétaire d’État à la Sécurité Publique en plastique

16 décembre 2025, par Me. Louimann MACEUS — , ,
*Port-au-Prince, Haïti , 10/ 12/ 2025* Nul n'est pas sans savoir qu'actuellement, Haiti traverse des moments extrêmement difficiles à tous les niveaux. Mais sur le plan (…)

*Port-au-Prince, Haïti , 10/ 12/ 2025*

Nul n'est pas sans savoir qu'actuellement, Haiti traverse des moments extrêmement difficiles à tous les niveaux. Mais sur le plan sécuritaire particulièrement, ce que le pays est en train de vivre quotidiennement, est sans nom. On pourrait même dire que le pays est livré aux diables par la mauvaise foi des dirigeants haïtiens.

À un pareil carrefour, des personnages connus, pourraient porter leurs expertises en vue de proposer des stratégies à travers un plan de sécurité, pouvant permettre la libre circulation des biens et des services.

C'est à ce moment-là que le nom de Mario Andrésol est venu sur la table des discussions. Un nom qui a fait peur. Un nom qui a un passé sur des questions relatives à la sécurité publique d'Haiti. C'était une lueur d'espoir.

En effet, Mario Andrésol, ancien officier d'infanterie des Forces Armées d'Haïti (FAd'H), où il a servi de 1982 à 1995. Il a aussi un passé à la tête de la police nationale, de 2005 à 2012, ce qui faisait de lui, un homme remarquable pour ses actes posés en vue de combattre l'insécurité.

Par contre, c'est cet homme là avec ce passé remarquable et fort, qui a été installé officiellement dans ses fonctions de Secrétaire d'État à la Sécurité Publique depuis janvier 2025. Et après douze (12) mois d'installation comme secrétaire d'État, des suspensions planent. c'est la honte totale. Ce nom passe inaperçu en se contentant de gagner son argent
sans pour autant rendre aucun service à la population.

Qu'est ce qu'il est devenu ?

Est-il toujours en poste ?

À rappeler, selon les déclarations de Monsieur Patrick Pélissier, ministre de la Justice, l'ancien chef de la PNH bénéficie le plein appui du ministère dans la lutte contre l'insécurité. Ceci étant dit, comme professionnel en la matière, comme un expérimenté dans la sécurité
publique, on pensait réellement que, la question de sécurité publique serait prise en grande considération.

Et pourtant, l'homme serait venu pour faire une santé économique, sans aucune gêne. Silencieusement, il gagne ses chèques et ignore la mission lui qui a été confiée. Le nom qui a créé l'espoir, le nom qui faisait peur est devenu le plus nul que personne n'oserait penser.

Le mannequin se défile dans le noir sans faire de bruit. il se contentait de servir ses pairs qu'au lieu d'agir pour améliorer considérablement les conditions de sécurité de la population Haïtienne en générale.

Présentement en poste de secrétaire d'État à la sécurité publique, l'insécurité est devenue plus qu'un défi. Les groupes armés gagnent beaucoup plus de territoire et imposent leur loi. Des postes de payage sont installés au cœur même de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, n'en parlons pas des autres régions du pays.

Qui l'aurait cru ?

Malheureusement, c'est une triste réalité que nous sommes en train de peindre. C'est la réalité de la majorité des professionnels Haïtiens. Ils n'ont surtout pas le courage de vaincre le mal ou dire la vérité.

Heureusement, le temps est maître de tout . Il nous permet toujours de découvrir les vrais visages de celles et ceux qui sont en complicité contre le bien être populaire. Et, comme secrétaire d'État à la sécurité publique, tout comme son ministère de tutelle, ils sont volontairement responsables de notre situation alarmante.

===//==//=====
Me Louimann MACÉUS, Av
President ECCREDHH.
Membre Amnesty International.

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Québec Solidaire : la souveraineté comme appendice

16 décembre 2025, par Jean-François Delisle — , ,
Québec solidaire a été fondé avant tout pour lutter contre le capitalisme néolibéral et en faveur d'une société plus égalitaire. Comme il fallait prendre position sur la (…)

Québec solidaire a été fondé avant tout pour lutter contre le capitalisme néolibéral et en faveur d'une société plus égalitaire. Comme il fallait prendre position sur la question du statut national du Québec, les membres y ont ajouté l'obtention de l'indépendance dans une optique socialiste. On réagissait ainsi à la position « lévesquiste » de soutien à nos gens d'affaires, qui s'est imposée au début des années 1980. En effet, pendant longtemps, le rêve inavoué de René Lévesque et de sa garde rapprochée fut de convertir le plus d'entrepreneurs possible à l'indépendance du Québec.

On voulait, du moins la grande majorité des fondateurs et fondatrices de Québec solidaire, substituer l'axe gauche-droite au sempiternel débat fédéralisme-indépendance qui perdurait depuis plus de trente ans. Comme on sait, Québec solidaire résulte de la fusion de l'Union des forces populaires (UFP) et d'Option citoyenne. Il est révélateur que le parti ait vu le jour après la période marquée par les politiques d'austérité de Lucien Bouchard et de Bernard Landry de 1996 à 2003 et de leurs efforts pour atteindre le déficit zéro. En matière de justice redistributive, le Parti québécois affichait d'ailleurs un bien triste bilan depuis le début de la décennie 1980.

Pour résumer, la direction péquiste, comme la plupart de celles des partis sociaux-démocrates occidentaux à vocation de pouvoir, s'est ralliée de gré et de force durant le première moitié des années 1980 au néolibéralisme, la nouvelle idéologie dominante. Parallèlement, le marxisme déclinait même au sein de plusieurs milieux de gauche. Une bonne partie de ceux-ci se sont alors senti trahis par le gouvernement Lévesque, seconde et dernière manière (1981-1985) et ensuite par les gouvernements Bouchard et Landry. La réaction organisée, en termes politiques, a été longue à venir ; les gens de gauche tâtonnaient, sans trop savoir quelle direction adopter, notamment sur le plan nationaliste. La méfiance à l'endroit du souverainisme, la raison d'être du Parti québécois, a commencé à monter. On jugeait qu'il y avait des limites à la discipline indépendantiste, d'autant plus qu'on était bien conscient que la réalisation de l'indépendance nécessiterait des sacrifices considérables dont on avait bien des motifs de craindre leur très inégale répartition au sein de la population.

Certes, en bas de page, Québec solidaire s'est défini comme indépendantiste. Il n'est en effet pas possible de former un parti politique ambitionnant d'assumer un rôle majeur au Québec sans prendre position sur la « question nationale ». Il ne suffit cependant pas de vouloir un changement radical de statut pour celui-ci, il y faut surtout un projet de société progressiste. C'est là que le bat blessait et blesse encore du côté péquiste. Par exemple, on ignore toujours pour l'essentiel quel type de politiques sociales et économiques un futur cabinet Plamondon adopterait. On comprend mieux dès lors pourquoi la direction solidaire a peu parlé de souveraineté de 2006 à 2017. C'est quand Option nationale a fusionné avec le parti en 2017 que le discours indépendantiste a pris plus d'importance au sein des instances dirigeantes de Québec solidaire, ce qui n'a pas empêché une forte majorité de délégués de repousser une alliance avec le Parti québécois, malgré les recommandations en ce sens de leurs têtes d'affiche. Le souvenir des politiques économiques rétrogrades péquistes était encore trop vif. Il faut ajouter que le Parti québécois stagnait alors dans les sondages, derrière Québec solidaire et que les membres de ce dernier ne voyaient aucun intérêt à s'allier avec une formation qui paraissait en voie de disparaître.

Mais depuis 2023, le parti dirigé par Paul Saint-Pierre Plamondon a repris du poil de la bête au point d'atteindre des scores inattendus dans les intentions de vote, alors que son rival solidaire pique du nez. Il a perdu ces dernières années de précieux poids lourds comme Gabriel Nadeau-Dubois, Vincent Marissal et Jimmy Thibodeau. Le chef du Parti québécois, lui, n'éprouve aucune difficulté à regarnir ses rangs.

Par rapport à 2017, la situation entre les deux formations s'est donc inversée : Québec solidaire se retrouve derrière loin le Parti québécois, bien plus d'ailleurs que celui-ci ne l'était derrière Québec solidaire. Mais une question demeure, obsédante : quelle position adopter sur l'enjeu central du statut national québécois ? En principe, Québec solidaire est indépendantiste, mais sur le plan social et économique, il est à l'opposé du Parti québécois.
Indépendance et socialisme ne se recoupent pas nécessairement. Dans une optique de gauche, la souveraineté ne s'impose pas nécessairement. On peut lui préférer la statut quo constitutionnel ou encore une forme d'autonomie plus grande pour le Québec au sein de la fédération canadienne.

Si les péquistes devraient se pencher davantage sur la dimension projet de société de l'indépendance, les solidaires, eux, devraient discuter avec ouverture d'esprit de la question nationale et de leurs liens éventuels avec les péquistes.

Par nature, le nationalisme se veut rassembleur et a donc tendance à minimiser les inégalités sociales, alors que la socialisme, sous ses différentes formes insiste sur les disparités de revenu et se méfie du discours rassembleur interclasses des nationalistes. Dans un cas comme dans l'autre, il faut tenir compte de ces deux réalités fondamentales : l'appartenance nationale d'une part et l'existence des inégalités sociales d'autre part, une dimension qui renvoie au peu de pouvoir des classes populaires.

Il importe donc d'entamer de grandes et franches discussions là-dessus au sein des instances de Québec solidaire. La survie du parti est en jeu.

Jean-François Delisle

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Godin ! Mine de Rien

16 décembre 2025, par Mohamed Lotfi — , ,
Le problème avec l'actuel chef du PQ ce n'est pas avec ce qu'il dit ou ce qu'il fait, mais avec ce qu'il ne dit pas et ce qu'il ne fait pas ! Le malaise qu'ont suscité (…)

Le problème avec l'actuel chef du PQ ce n'est pas avec ce qu'il dit ou ce qu'il fait, mais avec ce qu'il ne dit pas et ce qu'il ne fait pas !

Le malaise qu'ont suscité certaines prises de position du chef du Parti québécois, notamment sur l'immigration, ne tient pas tant à leur contenu qu'à l'absence d'une certaine autorité et une certaine crédibilité qui auraient pu leur donner un autre sens. Les mêmes mots sur l'immigration et les immigrants, prononcés par d'autres, à une autre époque, n'auraient peut-être pas soulevé autant de remous. Ce qui fait défaut à l'actuel chef, ce sont les gestes. Les gestes symboliques. Ceux qui installent une confiance durable. L'ouverture n'est pas un slogan mais une pratique.

Gérald Godin incarnait cela avec une évidence désarmante. Je l'ai côtoyé quand il était ministre de l'immigration et député de Mercier. Je l'ai vu de mes yeux faire. Il ne théorisait pas l'accueil, il le vivait et l'écrivait. Son rapport aux communautés immigrantes, notamment grecque, était d'une chaleur simple. Il ne cherchait pas à convaincre par des formules bien tournées. Il attirait naturellement les gens vers le français en allant à leur rencontre, dans leur réalité, dans leurs lieux, dans leurs codes.

Godin a fait l'effort de parler un peu grec, un peu portugais et un peu créole. Mal, approximativement, mais joyeusement. Il s'installait à la Skala sur l'avenue du Parc, prenait une bière, racontait son rêve de voyage en Grèce, bricolait quelques phrases. Les habitués riaient, le patron venait le saluer et corrigeaient son grecque, en français. Ce dernier en profitait pour dire l'extrait d'un poème de Miron « Montréal est grand comme un désordre universel ». Le patron faisait semblant de ne pas connaître Miron et Godin faisait semblant de ne pas être ministre de l'immigration. Mine de rien, le français circulait, sans injonction, sans crispation. Il devenait un espace commun, un terrain de jeu, un lieu de rencontre.

Godin considérait que les nouveaux arrivants sont des poèmes, une richesse et une vitalité au Québec, enrichissant le tissu social et linguistique. Il aurait pu tenir les mêmes propos que le chef actuel du PQ sur la nécessité de gérer avec rigueur les seuils d'immigration. Personne ne lui en aurait tenu rigueur. Parce qu'il avait bâti, au fil du temps, un lien de confiance profond avec ces gens qu'il qualifiait affectueusement de poèmes. Parce que son ouverture aux autres cultures, aux autres langues, aux autres cuisines, aux autres musiques ne faisait aucun doute. On la lisait d'abord dans son regard.

Ce lien de confiance disait quelque chose de plus large que lui. Il disait l'esprit d'un parti. D'un mouvement politique capable de conjuguer affirmation nationale et hospitalité sincère. Aujourd'hui, ce qui trouble, ce n'est pas tant ce qui est dit que ce qui n'est pas incarné. Et en politique, l'incarnation reste souvent la forme la plus convaincante du discours.

Comment oublier ce moment d'une intensité rare. Deux semaines après le décès de Godin en octobre 1994, un jeune Québécois issu de l'immigration a tenu à lui rendre hommage en mettant en rap l'un de ses poèmes. Louise Harel était présente. Elle est restée marquée à jamais par ce chant, cette voix, cet hommage. https://www.souverains.qc.ca/louise-harel

Pour un ami, pour un pays
Tout ce que t'as, c'est ton cœur
Aller au bout des vies, aller au bout de l'histoire
Tout ce que t'as, c'est ton cœur
Comprendre un peu mieux ce qui se passe
Tout ce que t'as, c'est ton cœur
S'acharner, te battre encore
Tout ce que t'as, c'est ton cœur
Ramer, ramer, ne pas céder
Tout ce que t'as c'est ton cœur
Pour un ami, pour un amour
Tout ce que t'as, c'est ton cœur

Dans son poème Tango de Montréal, tiré de son recueil Sarzène, dont un extrait est gravé sur le mur du métro Mont Royal, Godin évoque les travailleurs issus de l'immigration, de retour à la maison après une journée de labeur.

et dans leurs cœurs une musique différente
une musique qui est la leur
une musique qui est la nôtre
la musique de Montréal…

Si j'étais PSPP, je glisserais un extrait d'un poème de Godin. Je le répéterais dans un discours, dans une conversation, dans un café, un bar, mine de rien, comme Godin, comme Miron, comme Lévesque, comme tant d'autres savaient le faire.

Mine de rien, ils étaient beaux.

Mohamed Lotfi
14 Décembre 2025

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Droit du travail : la Cour internationale de Justice se prononce sur le droit de grève

16 décembre 2025, par Cour Internationale de Justice — ,
La Cour internationale de justice (CIJ) a ouvert lundi ses audiences pour déterminer si le droit de grève est protégé par le droit international. C'est la première fois que la (…)

La Cour internationale de justice (CIJ) a ouvert lundi ses audiences pour déterminer si le droit de grève est protégé par le droit international. C'est la première fois que la plus haute juridiction du monde est appelée à se prononcer sur l'équilibre entre les droits des travailleurs et les intérêts des employeurs.

27 octobre 2025 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/10/27/droit-du-travail-la-cour-internationale-de-justice-se-prononce-sur-le-droit-de-greve/

L'affaire fait suite à une requête déposée en 2023 par le Conseil d'administration de l'Organisation internationale du Travail (OIT), qui a sollicité un avis consultatif de la Cour sur la question de savoir si la Convention (n°87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948, inclut le droit de grève.

Adoptée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Convention n°87 est une pierre angulaire du droit international du travail, garantissant aux travailleurs et aux employeurs le droit de constituer les organisations de leur choix et d'y adhérer. Elle ne mentionne pas explicitement la grève, mais les défenseurs de la liberté syndicale interprètent depuis longtemps ce droit comme l'incluant.

Le Président de la CIJ, Yūji Iwasawa, a ouvert les débats de lundi en lisant la question formelle aux juges, en faisant référence à la résolution de l'OIT et à l'autorité procédurale de la Cour. Il a souligné la « structure tripartite de l'OIT, composée de représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs ».

Une demande rare

Tomi Kohiyama, conseillère juridique de l'OIT, a rappelé que l'OIT n'avait pas comparu devant la CIJ à titre consultatif depuis 1932, soulignant la rareté de telles demandes.

Elle a déclaré que le secrétariat de l'OIT ne prendrait pas position sur le sujet, mais aiderait la Cour en clarifiant le contexte institutionnel et les approches interprétatives au titre de la Convention de Vienne sur le droit des traités.

Fondée en 1919, l'OIT est unique au sein du système des Nations Unies par sa structure tripartite, réunissant des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs pour établir des normes internationales du travail.

Cet équilibre a cependant parfois conduit à des impasses, notamment en 2012, lorsque des groupes d'employeurs ont contesté la reconnaissance du droit de grève par les conventions n°87 et 98.

Arguments des syndicats et des entreprises

Paapa Danquah, s'exprimant au nom de la Confédération syndicale internationale (CSI), a décrit les grèves comme une expression intemporelle de l'action collective.

« La grève a été notre outil essentiel… pour améliorer les conditions de travail et défendre notre dignité humaine », a-t-il déclaré au tribunal.

Il a soutenu que le droit de grève fait partie intégrante de la liberté syndicale et devrait donc être reconnu comme protégé par la convention n°87.

En revanche, Roberto Suárez Santos, au nom de l'Organisation internationale des employeurs (OIE), a affirmé que si le droit de grève n'est pas contestable en principe, la convention n°87 ne le couvre ni explicitement ni implicitement.

Il a averti que l'intégrer maintenant à la convention reviendrait à imposer un régime prescriptif – définissant les modalités de la grève – susceptible de perturber les systèmes nationaux du travail.

Il a affirmé que la voie à suivre serait le consensus au sein des organes tripartites de l'OIT, et non une élévation unilatérale des normes par voie judiciaire.

Avis consultatifs de la CIJ

Pendant trois jours d'audience, 21 pays et organisations doivent témoigner, 31 déclarations écrites ayant déjà été déposées au greffe de la CIJ, témoignant de l'intérêt mondial pour l'issue de l'affaire.

L'avis consultatif de la Cour, attendu dans les prochains mois, ne sera pas juridiquement contraignant, mais pourrait profondément influencer le droit du travail international et national.

https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157638

Lavoro, la Corte Internazionale di Giustizia si pronuncia sul diritto di sciopero
https://andream94.wordpress.com/2025/10/28/lavoro-la-corte-internazionale-di-giustizia-si-pronuncia-sul-diritto-di-sciopero/

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L’action de l’OIT en Birmanie angoisse les travailleurs et syndicats

16 décembre 2025, par Laure Stephan — , ,
Dans le secteur textile, les travailleurs et dirigeants syndicaux affirment que la décision de l'Organisation internationale du travail (OIT) d'invoquer l'article 33 – une (…)

Dans le secteur textile, les travailleurs et dirigeants syndicaux affirment que la décision de l'Organisation internationale du travail (OIT) d'invoquer l'article 33 – une mesure punitive rare à l'encontre des États membres qui violent de manière persistante les conventions fondamentales du travail – pourrait finir par nuire davantage aux travailleurs qu'à la junte militaire au pouvoir.

Billet de blog 2 décembre 2025 | Illustration 1 : A worker sleeps in a delivery truck in Yangon © Laure Siegel
https://blogs.mediapart.fr/laure-siegel/blog/021225/l-action-de-l-oit-en-birmanie-angoisse-les-travailleurs-et-syndicats

En juin 2025, l'OIT a déclenché des sanctions au titre de l'article 33 contre le Myanmar [nom officiel de la Birmanie depuis 1989 sur décision de la junte au pouvoir] pour violation de la convention n° 87 - liberté syndicale et protection du droit syndical - et de la convention n° 29 - travail forcé. C'était la deuxième fois que cette mesure était utilisée contre le Myanmar, après la première occurrence sous le régime militaire de Than Shwe.

En 2000, l'OIT a adopté une résolution en vertu de l'article 33 de sa constitution pour lutter contre le recours généralisé au travail forcé au Myanmar, marquant la première fois que cet article était invoqué contre un État membre. Khin Nyunt, alors chef des services de renseignement et figure clé du régime militaire du Myanmar, était l'un des principaux représentants du pays dans les discussions avec l'OIT avant d'être purgé quelques années plus tard.

L'article 33 habilite les États membres de l'OIT à revoir leurs relations avec les gouvernements fautifs et à envisager des mesures telles que la suspension de la coopération, des investissements ou des échanges commerciaux. Bien que l'article 33 n'impose pas automatiquement des interdictions commerciales, les dirigeants syndicaux locaux l'ont décrit comme une mesure extrêmement sévère au sein du système de l'OIT, qui, selon eux, risque de nuire davantage aux travailleurs qu'aux autorités. Les travailleurs disent comprendre pourquoi le Myanmar a été sanctionné, mais affirment que cette mesure risque d'aggraver leurs difficultés économiques plutôt que de faire pression sur la junte.

Des conditions de travail indignes après le coup d'État

Les travailleurs et travailleuses, la plupart des employés étant des femmes, des usines CMP (cut-make-pack) témoignent d'une forte détérioration des droits du travail et de la sécurité sur le lieu de travail depuis le coup d'État en 2021. Bas salaires, heures supplémentaires obligatoires et horaires excessifs. Beaucoup évoquent des conditions dangereuses, dans des endroits non ventilés et insalubres, des restrictions à la formation de syndicats et des abus verbaux ou physiques de la part de leurs supérieurs. Certains rapportent avoir été contraints de signer des documents vierges, s'être vu refuser des congés ou avoir été mutés à titre de sanction pour avoir exprimé leur opinion.

Le rapport Stitches of Struggle and Hope (“Coutures de lutte et d'espoir”) révèle que 55 % des travailleurs interrogés ont déclaré travailler en moyenne 12 heures par jour, mais jusqu'à 21 heures dans les cas extrêmes, 62 % ont subi des blessures physiques et 60 % ont déclaré souffrir de détresse psychologique liée au travail. Ces conclusions concordent avec ce que les organisateurs locaux décrivent comme la période la plus répressive pour la main-d'œuvre birmane depuis des décennies, en plus d'une pauvreté urbaine record dans le centre économique du pays.

Pourquoi l'article 33 a-t-il été invoqué ?

L'OIT a justifié sa décision en invoquant les violations persistantes des conventions 29 et 87 par le Myanmar. En coordination avec les syndicats en exil et les représentants des employeurs, le gouvernement d'union nationale (NUG), formé en réponse au coup d'Etat par des parlementaires déposés, a salué cette initiative comme « une victoire du peuple », appelant les États membres de l'OIT à revoir leur coopération avec la junte, à suspendre les transferts de carburant aviation, d'armes et de financements qui soutiennent les opérations militaires, et à tenir les acteurs publics et privés responsables du travail forcé.

Pourtant, les travailleurs sur le terrain affirment qu'ils n'ont pas été consultés. Ils soutiennent que cette décision a été prise loin de la réalité à laquelle ils sont confrontés, sans avoir appréhendé comment les sanctions pourraient aggraver leur vulnérabilité. Les médias pro-régime, tels que le Global New Light of Myanmar, font état d'environ 700 usines de confection dans tout le pays et de 700 000 travailleurs rien qu'à Yangon. La junte affirme également que les exportations de vêtements ont généré un profit d'environ cinq milliards de dollars américains par an entre 2021 et 2024.

Illustration 2
Grève des travailleurs de l'industrie pétrolifère après le coup d'Etat au Myanmar

Réaction des travailleurs et des syndicats

Les représentants syndicaux soulignent que ces chiffres, bien que probablement exagérés, illustrent à quel point la junte est devenue dépendante des exportations de vêtements – et pourquoi ce sont les travailleurs plutôt que les généraux qui subissent le plus lourdement les sanctions.
Ma Zin Mar, dirigeante syndicale dans le quartier industriel de Hlaing Thar Yar, a exprimé sa frustration face à cette politique : « Si nous soutenons l'article 33, dites-nous clairement combien de temps il faudra pour renverser la junte. Qui peut le promettre ? Vous ne pouvez pas demander à 700 000 travailleurs qui dépendent de ce secteur d'absorber ce choc. » U Tun Wai Nyunt, militant syndicaliste chevronné qui milite depuis plus de vingt ans, a déclaré : « Fermer les usines ne nuit en rien aux généraux, mais détruit les moyens de subsistance des travailleurs. Ciblez leurs revenus, pas les nôtres. » Il a ajouté que les mesures punitives radicales « ne favorisent ni la démocratie, ni la paix, ni le fédéralisme » et a averti que les mesures qui nuisent à la classe ouvrière risquent de compromettre la révolution dans son ensemble.

Une enquête du CCTU (Comité de coopération des syndicats) aurait révélé que 98 % des personnes interrogées s'opposaient à la fermeture des usines, invoquant des besoins de survie.

Des problèmes de représentation et de consultation

L'OIT fonctionne selon un système tripartite qui comprend des représentants des travailleurs, des employeurs et des gouvernements. Le NUG et la junte prétendent tous deux être les institutions légitimes contrôlant ces structures. Lors de la 113e Conférence internationale du travail (2025), l'OIT a reconnu la délégation du NUG plutôt que celle de la junte, bien que les deux aient désigné la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) comme représentant des travailleurs.

U Tun Wai Nyunt a critiqué ce processus : « Les représentants devraient être choisis démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes. Comment des décisions concernant les droits du travail au Myanmar peuvent-elles être prises à Genève sans consulter les travailleurs ici ? »
Ko Kane, un dirigeant syndical d'usine âgé de 25 ans, a fait écho à cette préoccupation : « L'OIT nous semble très éloignée. Même nous, les dirigeants syndicaux, ne savons pas si elle a encore un bureau ici. Beaucoup de travailleurs n'ont jamais entendu parler de l'OIT. » Il a ajouté que les travailleurs n'avaient pas eu la possibilité d'exprimer leur opinion avant que la décision relative à l'article 33 ne soit prise.

Complicité des employeurs et répression syndicale

Ko Kane a décrit comment les efforts visant à créer un syndicat légal dans son usine ont été sabotés. La liste des travailleurs soutenant cette initiative a été divulguée à la direction, ce qui a donné lieu à des intimidations, des heures supplémentaires forcées et des licenciements. Lui-même a été muté à un poste sans rapport avec la construction, puis contraint de coopérer avec la direction ou de démissionner : « Passer directement à l'article 33, c'est comme brûler la maison parce qu'il y a une souris. »

U Tun Wai Nyunt a souligné que les employeurs partagent la responsabilité des abus : « Ce n'est pas seulement le gouvernement qui bloque les syndicats, de nombreux employeurs y participent eux-mêmes. L'OIT devrait impliquer non seulement les autorités, mais aussi les propriétaires d'usines et les représentants des marques, et leur demander des comptes. »

Leurs témoignages mettent en évidence une tendance à la répression conjointe par les acteurs étatiques et privés.

Les leçons du précédent de 2000

La première expérience du Myanmar avec l'article 33 en 2000 offre un parallèle édifiant. Malgré cette mesure, le régime dictatorial du Conseil d'État pour la paix et le développement (SPDC) dirigé par Than Shwe et Khin Nyunt est resté au pouvoir. Des usines ont fermé, des travailleurs ont perdu leur emploi et la junte a ensuite consolidé son contrôle grâce à la Constitution de 2008, qui réserve 25 % des sièges parlementaires aux militaires, et aux élections de 2010.

« Nous n'avons jamais dit de ne pas agir contre la junte », a déclaré U Tun Wai Nyunt. « Nous avons seulement dit : ne prenez pas de mesures qui nuisent à la population. Attaquez-vous aux véritables sources de revenus de la junte. » Il a cité les industries extractives comme exemple : « Personne ne s'est opposé au départ de Total ou d'autres géants pétroliers, mais ces entreprises n'ont jamais employé notre population. Elles se sont contentées de piller nos ressources. »

Pour lui et beaucoup d'autres, des sanctions efficaces devraient cibler les sources de revenus réelles de la junte, et non les industries qui font vivre les familles ordinaires.

Illustration 3
Grève de travailleurs en 1988 à Yangon / Rangoun

Réactions internationales et contexte commercial

En juillet 2025, l'administration Donald Trump a annoncé un taux de droits de douane de 40 % sur les importations en provenance du Myanmar, une mesure que la junte a saluée comme un signe de semi-normalisation après des années de sanctions quasi totales. Ce taux n'a pas rétabli les avantages du système de préférences généralisées (SPG), mais a permis aux exportateurs du Myanmar, en particulier dans le secteur de l'habillement, d'opérer dans le cadre d'un tarif légalement défini plutôt que d'être soumis à des restrictions d'embargo totales.

Ce changement a permis au régime de remporter une victoire en matière de relations publiques et d'ouvrir une nouvelle voie pour les recettes d'exportation, même si les sanctions contre les conglomérats liés à l'armée ont été maintenues. Elle a également offert aux importateurs occidentauxun moyen légal de continuer à s'approvisionner au Myanmar sans enfreindre les sanctions, assouplissant ainsi l'étranglement économique qui limitait auparavant les échanges commerciaux.

Les analystes régionaux notent que les États-Unis restent la quatrième destination d'exportation de vêtements du Myanmar. La junte a utilisé l'ajustement tarifaire pour projeter une image de reprise économique et de légitimité, bien que les travailleurs affirment que cela n'a pas rétabli la sécurité de l'emploi ni amélioré les salaires. Les dirigeants syndicaux ont également fait référence aux discussions en cours avec l'Union européenne, le plus grand marché d'exportation de vêtements du Myanmar.

Ils pensent que l'UE évitera un désengagement total comme celui de 2000, optant plutôt pour des mesures de diligence raisonnable ciblées exigeant des marques qu'elles rendent compte des conditions de travail dans leurs chaînes d'approvisionnement. Des marques comme Primark and Decathlon poursuivent leurs commandes de matériaux sources au Myanmar, mais l'industrie textile du Myanmar continue de dépendre en grande partie des investisseurs de Taïwan, de Chine, de Corée du Sud et de Macao, dont les réactions à la décision relative à l'article 33 restent incertaines.

L'invocation de l'article 33 par l'OIT visait à tenir la junte birmane responsable des violations systématiques des droits du travail. Pourtant, parmi les travailleurs du pays, cette mesure est accueillie avec ambivalence, entre espoir de justice et crainte d'un effondrement économique. Les travailleurs comme Ma Zin Mar insistent sans cesse sur une exigence : un engagement direct. « Vous ne pouvez pas voir d'en haut. Descendez, et vous comprendrez ce qui se passe entre les travailleurs et les employeurs. »

Le dilemme reste entier : comment punir un régime sans punir son peuple ?

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Quand on s’attaque à un·e syndicaliste, c’est tout le mouvement syndical qui se lève

16 décembre 2025, par Syndicat des avocats de France — , ,
Défenseur des avocat·es attaquées et mis·es en danger pour avoir exercé leur mission et vigie des libertés fondamentales, le SAF est aux premières loges des intimidations de (…)

Défenseur des avocat·es attaquées et mis·es en danger pour avoir exercé leur mission et vigie des libertés fondamentales, le SAF est aux premières loges des intimidations de l'extrême droite et de la droite. La plainte déposée contre la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet s'inscrit dans ce mouvement.

8 décembre 2025 | tir é du blog de mediapart du Syndicat des Avocat-es de France (SAF)
https://blogs.mediapart.fr/syndicat-des-avocat-es-de-france-saf/blog/081225/quand-sattaque-un-e-syndicaliste-cest-tout-le-mouvement-syndical-qui-se-le

Défenseur des avocat·es attaquées et mis·es en danger pour avoir exercé leur mission et vigie des libertés fondamentales, le SAF est aux premières loges des intimidations de l'extrême-droite et de la droite.

La plainte déposée contre la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, ayant conduit mardi dernier à sa mise en examen par l'effet quasi-automatique de la procédure prévue par la loi du 29 juillet 1881, s'inscrit dans ce mouvement.

A cet égard, il convient de rappeler que le groupe patronal minoritaire Ethic est présidé par Sophie de Menthon, laquelle s'avoue « charmée » par Marine Le Pen. Cette organisation a en outre affiché son soutien au groupe Bolloré lors de la disparition de C8 (cf. Laurent Mauduit, Collaborations, p. 207 et s.).

L'action visant Sophie Binet est donc dans le fruit d'une stratégie purement politique, exactement à l'inverse du dialogue social.

Par ailleurs, la CNCDH a récemment rappelé que les entreprises doivent participer activement à « protéger l'espace civique » et « éviter de nuire à tout groupe ou individu » qui souhaite faire part de ses préoccupations concernant les impacts négatifs liés à leurs activités, produits ou services (Avis sur la lutte contre les procédure-bâillons (A-2025-2) du 13 février 2025, citant les Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises).

L'association Ethic, qui prétend parler pour des entreprises, ne semble donc pas avoir connaissance des travaux de l'OCDE sur ces sujets, ce qui doit préoccuper le mouvement syndical et inviter les décideurs publics, les juridictions qui seront saisies, mais également les journalistes qui relaient leurs actions à la plus grande prudence.

Enfin, le SAF s'inquiète de l'instrumentalisation de la mise en examen, prévue par la procédure de presse comme une garantie des droits de la défense, mais souvent utilisée pour marquer négativement, ou tenter d'intimider, des ennemis politiques.

Dans son avis, la CNCDH recommande que « le législateur modifie les dispositions relatives au non-lieu ab initio prévues par l'article 86, alinéa 4 du code de procédure pénale, pour permettre au procureur de la République de prendre des réquisitions de non-lieu dans le cas où la plainte est manifestement infondée et vise à faire obstacle au débat public, en s'assurant que la partie plaignante soit entendue et qu'un recours soit possible devant la chambre de l'instruction » (Recommandation n° 11).

Une telle proposition mérite la plus grande attention pour promouvoir un débat public de qualité, objectif de la transposition en droit français de la Directive 2024/1069 du 11 avril 2024 sur la protection des personnes qui participent au débat public contre les demandes en justice manifestement infondées ou les procédures judiciaires abusives (dites « poursuites stratégiques altérant le débat public »).

Après les poursuites engagées contre des responsables syndicaux et politiques ayant exprimé un soutien aux peuple palestinien, la citation d'une expression classique de la langue française sert à nouveau de prétexte pour tenter d'intimider et museler toute parole d'opposition.

C'est peine perdue : ces méthodes ne nous intimident pas. Elles nous rendent encore plus déterminé·es à défendre la liberté d'expression.

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Mobilisation massive de la gauche dans la capitale contre la droite

16 décembre 2025, par Francisco Naif — , ,
Ce samedi 6 décembre, les partisans de la « Quatrième Transformation » [1]. sont descendus dans les rues de la place principale de Mexico pour commémorer sept années de la (…)

Ce samedi 6 décembre, les partisans de la « Quatrième Transformation » [1]. sont descendus dans les rues de la place principale de Mexico pour commémorer sept années de la gauche au pouvoir.

12 décembre 2025 | tiré de Rébelion
https://rebelion.org/la-izquierda-desborda-la-capital-y-responde-a-la-derecha/
La gauche déborde la capitale et répond à la droite

Dans un indéniable tour de force politique, environ 600 000 personnes — selon l'estimation du gouvernement de la ville — se sont massées dans le Zócalo et les rues avoisinantes. Le message de la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, ne laissait aucun doute quant à sa détermination à résister aux attaques internes comme externes.

Ces derniers temps, les campagnes de toute nature dirigées contre elle se sont intensifiées, en grande partie sous l'impulsion du magnat Salinas Pliego, fraudeur fiscal notoire, soudainement reconverti par une sorte de grâce divine en chef « moral » de la droite mexicaine et nouveau parrain du propagandiste Javier Negre. À cela s'ajoute la menace d'ingérence du Géant du Nord, apparemment convalescent, qu'il serait imprudent d'ignorer.

L'atmosphère autour de la Torre Caballito, sur le Paseo de la Reforma, était festive. Des groupes se rassemblaient autour de la Fontaine de la République ; des fanions de toutes tailles et de toutes couleurs flottaient en abondance, tout comme les slogans écrits en lettres capitales. Un contingent transportait une figure monumentale en papier mâché du président, comme lors d'une fête populaire. L'accès au Zócalo se faisait au milieu d'une foule dense, entre esquives et bousculades occasionnelles. Les commerces étaient ouverts, proposant boissons et vêtements aux passants — dont beaucoup venaient d'autres États.

Le flot humain se déversait dans un Zócalo débordant, où il était néanmoins encore possible de se frayer un chemin pour obtenir une meilleure place. La place était remplie de personnes de tous horizons ; dans certains secteurs, on distinguait les contingents d'organisations constituées, comme celui du SNTE. Une présence qui laisse un arrière-goût de corporatisme hérité du PRI du siècle dernier : l'intégration d'organisations satisfaites, prêtes à composer avec leurs dirigeants.

Sheinbaum est arrivée peu avant 11 heures. Elle a parcouru la rue Madero jusqu'à l'estrade installée devant le Palais national. À chaque pas, la foule l'arrêtait ; certains se contentaient d'une poignée de main, d'autres demandaient des photos ou des signatures sur des affiches ou des livres.

Le discours a commencé peu après l'heure prévue. Le rappel des réalisations de la gauche sous le gouvernement d'AMLO — comme la relance des trains de passagers ou l'expansion des programmes sociaux — était ponctué d'applaudissements et de slogans tels que « Présidente ! » et « Tu n'es pas seule ! ». Les acclamations furent particulièrement fortes lorsque le haut-parleur retrouva sa voix après une panne de micro.

L'un des points centraux du discours portait sur ce qui apparaît comme le terrain le plus âpre de la lutte politique contemporaine : la bataille du récit. La présidente a dénoncé les torrents d'argent dépensés par ses adversaires pour imposer l'idée d'un pays en crise, livré au chaos et dépourvu de gouvernance. Au-delà de l'élaboration d'une stratégie de communication, elle a affronté directement la droite en déclarant : « Peu importe tout ce qu'ils feront, ils ne vaincront ni le peuple mexicain ni sa présidente ! » Reste à voir si les fabrications et les campagnes de l'opposition — qui semble glisser vers une droite radicalisée — parviendront à entamer le soutien populaire.

Un autre moment fort fut l'allusion voilée de Sheinbaum à la perspective inquiétante, soutenue par certains Mexicains de l'étranger, d'une intervention américaine. Il ne s'agit pas de menaces en l'air : la veille, l'administration Trump avait publié un document redéfinissant la région et évoquant la nécessité de rétablir la « domination » en Amérique latine. Derrière cet euphémisme se trouvent les cadavres d'Allende, de Sandino, de Jara et de milliers d'autres. La présidente a tenté d'exorciser ce spectre en proclamant à haute voix : « Le Mexique est un pays libre, indépendant et souverain ! Nous ne sommes la colonie ni le protectorat de personne ! » Pour que cette affirmation soit effective, il faudra toutefois un exercice d'équilibrisme diplomatique particulièrement délicat face à un gouvernement américain qui flirte à nouveau avec le fascisme.

Après un peu plus d'une heure de discours, l'événement s'est conclu comme il avait commencé : par l'hymne national. La foule a peu à peu quitté le Zócalo, comme une lagune se vidant dans les rivières qui la composent. Beaucoup sont allés manger dans les environs. D'autres se sont dirigés vers le secteur surchargé des Beaux-Arts, les stations les plus proches étant saturées, ou vers les autobus les ramenant dans leurs villes d'origine.

Ainsi s'achevait une démonstration de force politique qui confirme que les prophètes de malheur, au pays comme à l'étranger, continuent de ne pas comprendre la réalité : une part non négligeable de la population soutient toujours son gouvernement et sa présidente.

Rebelión* a publié cet article avec l'autorisation de l'auteur, sous licence Creative Commons, dans le respect de sa liberté de le diffuser dans d'autres médias.


[1] La Quatrième Transformation (Cuarta Transformación, 4T) est le projet politique lancé par Andrés Manuel López Obrador et poursuivi par Claudia Sheinbaum, présenté comme une refondation pacifique du Mexique, comparable à l'Indépendance (1), à la Réforme libérale(2) et à la Révolution mexicaine(3)

L’inégalité extrême et ce qu’il faut faire à ce sujet

16 décembre 2025, par Michael Roberts — ,
Le dernier Rapport mondial sur les inégalités 2026 révèle l'ampleur vertigineuse du fossé entre riches et pauvres dans le monde, une division qui ne cesse de s'élargir jusqu'à (…)

Le dernier Rapport mondial sur les inégalités 2026 révèle l'ampleur vertigineuse du fossé entre riches et pauvres dans le monde, une division qui ne cesse de s'élargir jusqu'à des niveaux inimaginables. S'appuyant sur des données collectées par 200 chercheur·e·s réunis au sein du World Inequality Lab, le rapport conclut que moins de 60 000 personnes — soit 0,001 % de la population mondiale — contrôlent trois fois plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l'humanité.

13 décembre 2025 | tiré de viento sur
https://vientosur.info/la-desigualdad-extrema-y-que-hacer-al-respecto/

En 2025, les 10 % les plus riches de la population mondiale gagneront plus que les 90 % restants, tandis que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ne percevra moins de 10 % des revenus mondiaux totaux. La richesse — c'est-à-dire la valeur des actifs détenus par les individus — est encore plus concentrée que les revenus (salaires et revenus du capital), selon le rapport : les 10 % les plus riches possèdent 75 % de la richesse mondiale, tandis que la moitié la plus pauvre n'en détient que 2 %.

Selon le rapport, dans presque toutes les régions, le 1 % le plus riche est plus riche que les 90 % les plus pauvres, et les inégalités de patrimoine ont augmenté rapidement à l'échelle mondiale. « Le résultat est un monde dans lequel une petite minorité exerce un pouvoir financier sans précédent, tandis que des milliards de personnes restent exclues même de la stabilité économique de base », affirment les auteurs du rapport.

Cette concentration n'est pas seulement persistante : elle s'accélère. Depuis les années 1990, la richesse des milliardaires et des centimillionnaires a augmenté d'environ 8 % par an, soit presque le double du taux de croissance de la moitié la plus pauvre de la population. Les plus pauvres ont certes enregistré des gains modestes, mais ceux-ci sont éclipsés par l'accumulation extraordinaire au sommet. La part de la richesse mondiale détenue par le 0,001 % le plus riche est passée de près de 4 % en 1995 à plus de 6 %, tandis que la richesse des milliardaires a augmenté d'environ 8 % par an depuis les années 1990, presque deux fois plus vite que celle des 50 % les plus pauvres.

Au-delà de la stricte inégalité économique, le rapport montre que cette inégalité alimente les inégalités de résultats : les dépenses d'éducation par enfant en Europe et en Amérique du Nord, par exemple, sont plus de 40 fois supérieures à celles de l'Afrique subsaharienne, un écart environ trois fois plus élevé que celui du PIB par habitant.

L'inégalité est également responsable d'une part croissante des émissions de gaz à effet de serre. Le rapport montre que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ne représente que 3 % des émissions de carbone associées à la propriété du capital privé, tandis que les 10 % les plus riches en représentent environ 77 %.

Les revenus sont inégalement répartis partout dans le monde : les 10 % les plus riches gagnent systématiquement beaucoup plus que les 50 % les plus pauvres. Mais en matière de richesse, la concentration est encore plus extrême. Dans toutes les régions, les 10 % les plus riches contrôlent plus de la moitié de la richesse totale, laissant souvent à la moitié la plus pauvre une part infime.

Ces moyennes mondiales masquent d'énormes disparités régionales. Le monde est divisé en niveaux de revenus clairement distincts : des régions à hauts revenus, comme l'Amérique du Nord, l'Océanie et l'Europe ; des groupes à revenus intermédiaires, comme la Russie, l'Asie centrale, l'Asie de l'Est, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ; et des régions très peuplées où les revenus moyens restent faibles, comme l'Amérique latine, l'Asie du Sud et du Sud-Est, et l'Afrique subsaharienne.

Une personne moyenne en Amérique du Nord et en Océanie gagne environ 13 fois plus qu'une personne vivant en Afrique subsaharienne, et trois fois plus que la moyenne mondiale. Autrement dit, le revenu moyen quotidien y est d'environ 125 euros, contre 10 euros seulement en Afrique subsaharienne. Et il s'agit de moyennes : au sein de chaque région, de nombreuses personnes vivent avec beaucoup moins.

Selon le rapport, environ 1 % du PIB mondial est transféré chaque année des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches par le biais de flux nets de revenus liés à des rendements élevés et à de faibles paiements d'intérêts sur les dettes des pays riches — soit près de trois fois le montant de l'aide publique mondiale au développement. L'inégalité est également profondément enracinée dans le système financier mondial. L'architecture financière internationale actuelle est structurée de manière à produire systématiquement de l'inégalité. Les pays qui émettent des monnaies de réserve peuvent emprunter durablement à faible coût, prêter à des taux plus élevés et attirer l'épargne mondiale. À l'inverse, les pays en développement font face à la situation opposée : dettes coûteuses, actifs à faible rendement et sorties continues de revenus.

Le pouvoir du capital s'exerce à l'échelle internationale, entre les nations. En excluant les pays de moins de 10 millions d'habitants, les dix pays les plus riches perçoivent des revenus nets positifs provenant de leurs investissements étrangers. À l'inverse, les dix pays les plus pauvres du monde sont d'anciennes colonies, pour la plupart situées en Afrique subsaharienne. Ils présentent des tendances opposées : la majorité d'entre eux versent d'importants revenus nets au reste du monde. En d'autres termes, ces pays envoient plus d'argent qu'ils n'en reçoivent des investissements étrangers. Cette fuite limite leur capacité à investir dans des domaines essentiels comme les infrastructures, la santé et l'éducation — conditions indispensables pour sortir de la pauvreté. Il n'est donc pas surprenant qu'ils ne puissent jamais rattraper les pays riches et combler l'écart avec le Nord global.

Peut-on faire quelque chose pour réduire les inégalités ?

Dans la préface du rapport, l'économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz réitère son appel à la création d'un panel international sur les inégalités, comparable au GIEC de l'ONU pour le climat, afin de « suivre l'évolution des inégalités dans le monde et de formuler des recommandations objectives fondées sur des preuves ». Les auteurs du rapport soutiennent que les inégalités peuvent être réduites par des investissements publics dans l'éducation et la santé, ainsi que par des politiques efficaces de fiscalité et de redistribution. Ils soulignent que, dans de nombreux pays, les ultra-riches échappent à l'impôt, et que les paradis fiscaux abondent. Un impôt mondial de 3 % sur moins de 100 000 centimillionnaires et milliardaires permettrait de lever 750 milliards de dollars par an, soit l'équivalent du budget de l'éducation des pays à revenu faible et intermédiaire.

Le rapport propose d'autres leviers politiques. L'un des plus importants est l'investissement public dans l'éducation et la santé. Un autre passe par des programmes redistributifs : « les transferts monétaires, les pensions, les allocations chômage et le soutien ciblé aux ménages vulnérables peuvent transférer directement des ressources du sommet vers la base de la distribution ». La politique fiscale est un autre levier puissant : instaurer des systèmes fiscaux plus équitables, dans lesquels les plus riches contribuent davantage par le biais d'impôts progressifs. Les inégalités peuvent aussi être réduites par une réforme du système financier mondial : « les accords actuels permettent aux économies avancées d'emprunter à bas coût et de garantir des entrées constantes, tandis que les économies en développement font face à des obligations coûteuses et à des sorties persistantes ». Les réformes proposées incluent l'adoption d'une monnaie mondiale, avec des systèmes centralisés de crédit et de débit.

Le rapport montre que les transferts redistributifs réduisent effectivement les inégalités, surtout lorsqu'ils sont bien conçus et appliqués de manière cohérente. En Europe, en Amérique du Nord et en Océanie, les systèmes fiscaux et de transferts réduisent systématiquement les écarts de revenus de plus de 30 %. Même en Amérique latine, les politiques redistributives introduites après les années 1990 ont permis de réduire les inégalités. Autrement dit, sans ces mesures, les inégalités seraient encore plus importantes.

Mais le rapport reconnaît un problème central : les taux effectifs d'imposition sur le revenu ont augmenté pour la majorité de la population, mais ont chuté drastiquement pour les milliardaires et les centimillionnaires. Les élites paient proportionnellement moins que de nombreux ménages à revenus bien plus faibles. Ce caractère régressif prive les États de ressources essentielles pour l'éducation, la santé et l'action climatique, et mine la cohésion sociale en sapant la confiance dans le système fiscal. La réponse des auteurs est claire : recourir à la fiscalité progressive, qui « permet non seulement de mobiliser des recettes pour financer les biens publics et réduire les inégalités, mais renforce aussi la légitimité des systèmes fiscaux en garantissant que ceux qui disposent de plus grandes ressources contribuent équitablement ».

En résumé, les réponses politiques proposées par le rapport sont :

  • surveiller les inégalités ;
  • redistribuer les revenus par la fiscalité progressive et les transferts sociaux ;
  • accroître l'investissement public dans l'éducation et la santé ;
  • créer un système monétaire mondial.

Que manque-t-il ici ?

Il n'existe aucune politique visant à transformer radicalement la structure socio-économique de l'économie mondiale ; autrement dit, le capitalisme doit continuer d'exister. Il ne faut pas toucher aux propriétaires du capital — banques, entreprises énergétiques, géants technologiques, grandes firmes pharmaceutiques et leurs actionnaires milliardaires. Il suffirait simplement de les taxer davantage et d'utiliser les recettes fiscales pour financer les besoins sociaux. La politique proposée relève donc de la redistribution des revenus et des richesses existantes, et non de la prédistri­bution, c'est-à-dire de la transformation de la structure sociale qui produit ces inégalités extrêmes : la propriété privée des moyens de production.

Dans des travaux antérieurs, j'ai montré que le niveau élevé des inégalités de patrimoine est étroitement lié aux inégalités de revenus. J'ai mis en évidence une corrélation positive d'environ 0,38 : plus l'inégalité de richesse est élevée dans une économie, plus l'inégalité des revenus tend à l'être. La richesse engendre la richesse ; plus de richesse produit plus de revenus. Une élite extrêmement réduite possède les moyens de production et la finance, et s'approprie ainsi la majeure partie de la richesse et des revenus. La concentration de la richesse est fondamentalement liée à la propriété du capital productif, des moyens de production et des institutions financières. Le grand capital — la finance et les grandes entreprises — contrôle les investissements, l'emploi et les décisions financières à l'échelle mondiale. Selon l'Institut fédéral suisse de technologie, un noyau dominant de 147 entreprises, à travers des participations croisées, contrôle 40 % de la richesse du réseau économique mondial, et 737 entreprises en contrôlent 80 %.

C'est cette inégalité-là qui est décisive pour le fonctionnement du capitalisme : le pouvoir concentré du capital. Et puisque l'inégalité de richesse découle de la concentration des moyens de production et de la finance entre les mains de quelques-uns, et que cette structure de propriété reste intacte, toute politique redistributive fondée sur une augmentation des impôts sur la richesse et les revenus restera toujours insuffisante pour transformer durablement la répartition de la richesse et des revenus dans les sociétés modernes.

On affirme souvent à ce stade que la propriété publique de la finance et des secteurs clés des grandes économies mondiales est impossible et utopique, et qu'elle ne pourrait advenir qu'à la suite d'une révolution populaire — laquelle n'adviendrait jamais. Ma réponse est que l'adoption de politiques prétendument moins radicales, comme la fiscalité progressive, un changement profond de l'investissement public, ou une coopération mondiale visant à rompre le transfert de valeur et de revenus du Sud global vers l'élite riche du Nord global,est tout aussi utopique.

Quel gouvernement du G7 est prêt à adopter de telles politiques ? Aucun. À quel point s'en sont-ils approchés au cours des dix ou vingt dernières années ? Pas du tout : au contraire, les gouvernements ont réduit les impôts sur les riches et les entreprises, les ont augmentés pour le reste de la population, et ont diminué l'investissement public dans les besoins sociaux.Existe-t-il une coopération mondiale pour mettre fin à l'exploitation du Sud global par les multinationales et les banques, ou pour arrêter la production de combustibles fossiles et l'usage des jets privés ?

Les auteurs du rapport affirment : « L'inégalité est un choix politique. Elle résulte de nos politiques, institutions et structures de gouvernance. » Mais l'inégalité n'est pas le produit de « nos » politiques, institutions et structures de gouvernance : elle est le résultat de la propriété privée du capital et de gouvernements voués à sa préservation. Tant qu'on n'y mettra pas fin, l'inégalité des revenus et des richesses, aux niveaux national et mondial, persistera et continuera de s'aggraver.

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Ce que l’amitié de Noam Chomsky avec Jeffrey Epstein révèle sur la politique progressiste

16 décembre 2025, par Kavita Crishnan — , ,
L'icône de la gauche a fermé les yeux sur les violences sexuelles, tout comme les progressistes littéraires et culturels indiens ont embrassé un homme dont la condamnation pour (…)

L'icône de la gauche a fermé les yeux sur les violences sexuelles, tout comme les progressistes littéraires et culturels indiens ont embrassé un homme dont la condamnation pour viol a été annulée

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/12/09/ce-que-lamitie-de-noam-chomsky-avec-jeffrey-epstein-revele-sur-la-politique-progressiste/

« J'ai rencontré toutes sortes de gens, y compris des criminels de guerre majeurs. Je ne regrette pas d'avoir rencontré l'un d'entre eux. » Telle fut la réponse belliqueuse de l'intellectuel Noam Chomsky en 2023 à la question d'un journal sur ses liens avec Jeffrey Epstein [1]. Plus récemment, les courriels d'Epstein révèlent une amitié étroite avec Chomsky et son épouse [2].

Un témoignage (non daté mais rédigé en 2017 ou après) écrit par Chomsky pour Epstein présente un intérêt particulier. Il y décrit leur amitié de six ans comme une expérience « précieuse » et « enrichissante », grâce à l'étendue intellectuelle et aux idées d'Epstein, et affirme que « Jeffrey a pu organiser à plusieurs reprises, parfois sur-le-champ, des rencontres très productives avec des personnalités de premier plan dans les sciences et les mathématiques, ainsi que dans la politique mondiale, des gens dont j'avais étudié les travaux et les activités mais que je n'avais jamais espéré rencontrer. »

Dans la tristement célèbre interview de la BBC Newsnight, on a demandé à Andrew Mountbatten Windsor [3] si, rétrospectivement, sachant qu'Epstein était un pédophile et un prédateur sexuel, il ressentait une quelconque « culpabilité, regret ou honte » concernant son amitié avec Epstein. Non, répondit-il, « la raison étant que les personnes que j'ai rencontrées et les opportunités qui m'ont été données d'apprendre soit par lui soit grâce à lui étaient en fait très utiles… (cela) a eu des résultats sérieusement bénéfiques dans des domaines qui n'ont rien à voir avec (ses crimes). »

Chomsky et Andrew disent tous deux qu'ils ne regrettent pas d'avoir été amis avec Epstein parce que grâce à lui, ils ont pu rencontrer des personnes utiles et importantes.

Andrew fait face à l'accusation d'avoir violé une jeune fille mineure victime de trafic par Ghislaine Maxwell [4] et Epstein. Je dois souligner ici que connaître ou rencontrer Epstein n'implique en aucun cas que Chomsky ait été complice de ses crimes contre des filles et des femmes. Je ne suggère pas une « culpabilité par association » et je ne cherche pas à lui porter un coup bas.

Mais pour moi, la question est la suivante : que nous dit la relation de Chomsky avec Epstein sur l'importance accordée aux survivantes de violences sexuelles dans notre politique – dans la politique de gauche et progressiste ?

En 2005, les autorités avaient commencé à enquêter sur les allégations de 36 filles mineures, dont une âgée de seulement 14 ans, selon lesquelles Jeffrey Epstein les avait contraintes à lui donner des massages sexuels et les avait livrées à d'autres hommes. Elles ont mis au jour une masse de preuves corroborant les paroles des filles, et finalement, en 2008, un projet d'acte d'accusation l'a inculpé de 60 chefs d'accusation fédéraux, suffisants pour lui valoir une peine de prison à vie.

Mais Epstein s'en est notoirement tiré avec une simple tape sur les doigts. Dans un accord de plaidoyer complaisant, il a avoué une accusation mineure de sollicitation d'une mineure pour prostitution et a passé 13 mois dans un régime de prison ouverte où il était libre le jour et retournait en prison la nuit. Tout cela a été largement discuté et critiqué dans les médias grand public.

En 2023, Chomsky a expliqué pourquoi lui et son épouse s'étaient liés d'amitié avec Epstein malgré sa condamnation pour crimes sexuels contre des filles mineures. « Ce que l'on savait de Jeffrey Epstein, c'est qu'il avait été condamné pour un crime et avait purgé sa peine », a-t-il déclaré. « Selon les lois et normes américaines en vigueur, cela donne une ardoise vierge. »

Analysons cela d'un peu plus près.

Chomsky est une icône de la gauche dont les écrits ont initié des générations à la nature du pouvoir, à l'impunité des puissants et à la propagande qui fabrique le consentement à une telle iniquité, violence et impunité systémiques [5]. Si des enfants de la classe ouvrière s'étaient plaints d'avoir été exploités par un PDG richissime pour effectuer un travail toxique et dangereux, et que ce PDG s'en était tiré avec une simple tape sur les doigts, Chomsky soutiendrait-il qu'il a désormais une ardoise vierge ?

Mais les règles semblent différentes lorsque les enfants de la classe ouvrière en question sont des filles, victimes de trafic et réduites en esclavage non pas pour le travail en usine mais pour le travail sexuel. Dans le monde politique de Chomsky, ces survivantes individuelles de prédation sexuelle sont invisibles.

Le terme clé dans le témoignage de Chomsky est « normes en vigueur ». L'allusion est que le mouvement MeToo a changé les normes en vigueur et que l'amitié de Chomsky avec Epstein ne doit pas être jugée selon les nouvelles normes féministes [6]. Mais c'est faux. Même des responsables policiers ont publiquement condamné l'accord de plaidoyer d'Epstein comme une parodie des normes de justice en vigueur, tout comme la plupart des commentateurs des médias « grand public ». Pourquoi Chomsky était-il satisfait d'accepter les normes de l'accord de plaidoyer qui étaient tombées à un niveau honteusement bas selon tous les critères ?

S'adressant aux médias en 2008 après son plaidoyer de culpabilité, Epstein a utilisé une métaphore stupéfiante qui révélait comment il percevait ses actes et les « lois et normes en vigueur ». Il « s'est comparé à Gulliver naufragé parmi les habitants minuscules de Lilliput », affirmant que « l'espièglerie de Gulliver avait eu des conséquences imprévues. C'est ce qui arrive avec la richesse. Il y a des fardeaux inattendus aussi bien que des avantages ».

Dans son courriel à Epstein, rappelons-le, Andrew a signé avec les mots « On joue plus tard ». La prédation pédophile est perçue par Epstein et son cercle comme de l'« espièglerie ». Epstein se voyait comme quelqu'un de spécial, autorisé par sa richesse à « jouer » avec des « personnes minuscules » comme des filles mineures sans argent ni statut. Les lois et normes en vigueur avaient été faites par des personnes minuscules, à l'esprit étroit, qui ne pouvaient pas comprendre la culture de ceux qui étaient tellement au-dessus de leur condition.

En tant qu'intellectuel public, Chomsky est perçu comme un défenseur des « personnes minuscules ». Mais il s'est lié d'amitié avec Epstein et s'est porté garant de lui – et n'a jusqu'à ce jour pas prononcé un seul mot de soutien aux survivantes « minuscules ».

Le fait que Chomsky ait exprimé son admiration pour la capacité d'Epstein à décrocher son téléphone et à se connecter immédiatement aux Grands de ce monde est révélateur : n'a-t-il vraiment pas pensé que cette capacité, ces connexions, pourraient avoir quelque chose à voir avec la légèreté de sa peine ?

Pourquoi Chomsky a-t-il même écrit ce témoignage pour Epstein adressé « À qui de droit » ? Nous savons qu'Epstein a lancé une grande campagne de relations publiques pour se réhabiliter après avoir plaidé coupable d'abus sexuel sur enfant. Cette campagne de relations publiques comprenait des dons aux universités et des rencontres avec des intellectuels et des scientifiques, tout cela contribuant à redorer son image ternie. Chomsky a-t-il écrit ce témoignage à la demande d'Epstein – sa contribution à cette campagne de relations publiques ? Chomsky a écrit ce témoignage en tant que personnalité publique – il doit maintenant au public d'expliquer pourquoi il l'a fait.

Le problème, c'est que Chomsky n'est pas une exception. Ici en Inde, je viens de lire des critiques élogieuses d'une représentation théâtrale de Mahmood Farooqui dans Dastan-e-Ret-Samadhi, une adaptation du roman hindi Ret Samadhi (pour lequel l'écrivaine et la traductrice, toutes deux femmes, ont reçu le Booker Prize [7]). Farooqui a été condamné pour viol et sa condamnation a été annulée par une juridiction supérieure [8].

Le juge qui l'a acquitté a accepté l'évaluation du tribunal de première instance selon laquelle la parole de la survivante était crédible et qu'elle avait bien dit « non ». Selon la lettre et l'esprit de la loi « en vigueur », c'est un viol, clair et net. Mais le juge a créé un nouveau concept juridique, abaissant les lois et normes en vigueur, pour acquitter. Un « non faible », a-t-il statué, pouvait signifier un oui [9].

L'expression même « non faible » rappelle que la survivante a bien dit non, ce qui prouve qu'elle a, en fait, été violée contre sa volonté. J'entends des amis progressistes dire : « Il a été acquitté, donc il est innocent, alors pourquoi ne devrions-nous pas lui donner une tribune, nous ne pouvons pas le punir à perpétuité. »

À chacun d'entre eux, je dis : vous êtes libres de donner une tribune à Farooqui et de le célébrer. Mais sur chaque scène, chaque page où vous le faites, vous affichez votre approbation retentissante et votre publicité pour la devise – Un Non Faible est un Oui. Comme Chomsky, vous aussi êtes heureux d'embrasser la parodie la plus grotesque et la plus farcesque des normes judiciaires comme les vôtres [10].

Le juge du « non faible » a imposé à une femme éduquée un standard plus élevé pour son non : c'était son travail de rendre son « non » suffisamment énergique pour que l'homme comprenne. Mais il a imposé à l'homme un standard très bas : malgré sa maîtrise du langage, de la littérature, des arts du spectacle et du cinéma, on ne pouvait pas attendre de cet homme qu'il comprenne que non signifie vraiment non. On ne pouvait pas attendre de lui qu'il utilise ses mots en cas de doute et demande à la femme – tu as dit non, veux-tu que j'arrête ?

Chomsky était ébloui par Epstein et son compagnon de dîner « le grand artiste » Woody Allen [11] (également accusé d'avoir abusé sexuellement de sa propre fille quand elle était enfant). Les progressistes littéraires et culturels de l'Inde sont éblouis par l'art de l'homme avec la feuille de vigne du « non faible ».

Si vous considérez les accusations d'agression sexuelle contre un homme comme sans rapport avec votre évaluation politique de son intellect, de son art et de ses idées, vous êtes le contraire d'un progressiste. Les normes ont progressé et vous feriez mieux de vous mettre à jour ou d'être laissé pour compte [12].

Kavita Krishnan,militante féministe et écrivaine, auteure de Fearless Freedom (Penguin 2020) [13].
https://scroll.in/article/1089022/what-noam-chomskys-friendship-with-jeffrey-epstein-says-about-progressive-politics

Traduit pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77254

La politica progressista alla luce dell'amicizia di Noam Chomsky con Jeffrey Epstein
https://andream94.wordpress.com/2025/12/09/la-politica-progressista-alla-luce-dellamicizia-di-noam-chomsky-con-jeffrey-epstein/

Notes

[1] Jeffrey Epstein était un financier américain et délinquant sexuel condamné, décédé en prison en 2019 alors qu'il attendait son procès pour des accusations fédérales de trafic sexuel de mineures. Il a cultivé des relations avec de nombreuses personnalités influentes de la politique, du monde universitaire et des affaires.
[2] Voir « Why the rich and powerful couldn't say no to Epstein », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article77168
[3] Le prince Andrew, duc d'York, deuxième fils de la reine Elizabeth II. L'interview, diffusée en novembre 2019, a été largement critiquée pour son absence de remords concernant son amitié avec Epstein.
[4] Ghislaine Maxwell, mondaine britannique et délinquante sexuelle condamnée, a été reconnue coupable en 2021 d'avoir recruté et manipulé des adolescentes pour Epstein.
[5] Pour une critique de gauche de l'analyse politique de Chomsky, voir « Harsh Critique of Chomsky on Ukraine », Europe Solidaire Sans Frontières, avril 2022. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62190
[6] Sur l'impact du mouvement MeToo sur l'évolution des attitudes sociales envers les violences sexuelles, voir Park Ji-ah, « #MeToo and #WithYou in South Korea – Korea's Fight Against Sexual Violence », Europe Solidaire Sans Frontières, 2018. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article43343
[7] Le International Booker Prize 2022 a été décerné à Geetanjali Shree pour Ret Samadhi (Tomb of Sand), traduit par Daisy Rockwell. C'était le premier roman en hindi à remporter ce prix.
[8] Sur le schéma plus large de l'impunité pour les violences sexuelles en Inde, voir « India : Rapists Roam Free While Victims and Activists Are Jailed », Europe Solidaire Sans Frontières, janvier 2011. Disponible à :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article19936
[9] Le jugement de la Haute Cour de Delhi de septembre 2017 acquittant Farooqui a introduit le concept controversé selon lequel un « non faible » peut constituer un consentement, une décision largement critiquée par les juristes féministes et les organisations de défense des droits des femmes.
[10] Sur l'histoire des luttes féministes contre les violences sexuelles en Inde, voir Vibhuti Patel, « Women's Struggles & Women's Movement in India », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article27410
[11] Woody Allen, cinéaste américain, fait face depuis longtemps à des accusations d'abus sexuels de la part de sa fille adoptive Dylan Farrow, remontant à 1992. Il a nié ces accusations.
[12] Sur la façon dont le courage des survivantes qui prennent la parole transforme les normes sociales autour des violences sexuelles, voir Aurélie-Anne Thos, « France : Mazan trial, rape as a political fact », Europe Solidaire Sans Frontières, septembre 2024. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article72345 Voir aussi Andrew Harding, « Gisèle Pelicot : How an ordinary woman shook attitudes to rape in France », Europe Solidaire Sans Frontières, 17 décembre 2024. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article72967
[13] Pour en savoir plus sur l'analyse politique et le militantisme de Kavita Krishnan, voir « Goodbye, 'Russian Romance !' : an Interview with Kavita Krishnan », Europe Solidaire Sans Frontières, 12 novembre 2022. Disponible à :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article64664

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La bulle de l’IA et l’économie étatsunienne

16 décembre 2025, par Michael Roberts — , , ,
La bulle de l'IA masque l'état désastreux de l'économie américaine… en attendant l'inévitable crise qui découlera de son éclatement. Tiré de Inprecor 739 - décembre 2025 8 (…)

La bulle de l'IA masque l'état désastreux de l'économie américaine… en attendant l'inévitable crise qui découlera de son éclatement.

Tiré de Inprecor 739 - décembre 2025
8 décembre

Par Michael Roberts

Le marché boursier étatsunien continue d'atteindre de nouveaux records ; le prix du bitcoin est également quasiment à son plus haut et celui de l'or a atteint des sommets historiques.

Des investissements démesurés

Les investisseurs dans les actifs financiers (banques, compagnies d'assurances, fonds de pension, fonds spéculatifs, etc.) sont extrêmement optimistes et confiants en ce qui concerne le marché financier. Comme l'a déclaré Ruchir Sharma, président de Rockefeller International : « Malgré les menaces croissantes qui pèsent sur l'économie étatsunienne – des droits de douane élevés à l'effondrement de l'immigration, en passant par l'érosion des institutions, l'augmentation de la dette et l'inflation persistante –, les grandes entreprises et les investisseurs semblent imperturbables. Ils sont de plus en plus convaincus que l'intelligence artificielle est une force si puissante qu'elle peut relever tous les défis  ». Jusqu'en 2025, les entreprises travaillant sur l'IA ont généré à elles seules 80 % des gains boursiers américains. Cela a contribué et contribue encore à financer et à stimuler la croissance étatsunienne, car le marché boursier axé sur l'IA attire des capitaux du monde entier. Au deuxième trimestre 2025, les investisseurs étrangers ont injecté 290 milliards de dollars dans les actions étatsuniennes, un record. Ils détiennent désormais environ 30 % du marché étatsunien, une part d'une importance inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme le fait remarquer M. Sharma, les États-Unis sont devenus le meilleur pari, «  la meilleure mise pour ce qui concerne l'IA  ».

La « bulle » des investissements dans l'IA (mesurée grâce au rapport entre le cours des actions et la « valeur comptable » des entreprises) est 17 fois plus importante que celle de la bulle internet en 2000, ou encore que celle des subprimes en 2007. Le ratio entre la valeur du marché boursier étatsunien et le PIB du pays (l'« indicateur Buffett ») a atteint un nouveau record de 217 %, soit plus de 2 écarts-types au-dessus de la tendance à long terme.

Et ce ne sont pas seulement les actions des entreprises qui sont en plein essor. Il y a une forte demande pour acheter de la dette des entreprises étatsuniennes, en particulier des grandes entreprises technologiques et d'intelligence artificielle, les Magnificent Seven. L'écart entre les taux d'intérêt versés sur les obligations d'entreprise et ceux des obligations d'État, considérées comme sûres, est tombé à moins de 1 %.

Des dépenses colossales et des gains de productivité très incertains

Ces paris sur l'avenir de l'IA s'étendent à tous les secteurs. En d'autres termes, les États-Unis ont mis tous leurs œufs dans le même panier. Les investisseurs parient que l'IA finira par générer d'énormes rendements sur leurs achats d'actions et leurs titres de créance, lorsque la productivité du travail augmentera de manière spectaculaire et, avec elle, la rentabilité des entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle. Matt Eagan, gestionnaire de portefeuille chez Loomis Sayles, a déclaré que les prix exorbitants des actifs suggéraient que les investisseurs misaient sur « des gains de productivité sans précédent » grâce à l'IA. «  C'est le truc qui pourrait mal tourner ».

Jusqu'à présent, rien n'a encore indiqué que les investissements dans l'IA permettaient d'accélérer la productivité. Ironiquement, en attendant, les investissements colossaux dans les centres de données et les infrastructures d'IA soutiennent l'économie étatsunienne. Près de 40 % de la croissance du PIB réel étatsunien au dernier trimestre provient des dépenses d'investissement technologique – majoritairement liées à l'IA. Depuis 2022, la valeur de ces infrastructures a augmenté de 400 milliards de dollars.

Une part importante de ces dépenses a été dédiée aux équipements de traitement de l'information, qui ont connu une hausse de 39 % en valeur annualisée au cours du premier semestre de 2025. Jason Furman, économiste à Harvard, a fait remarquer que ces dépenses ne représentaient que 4 % du PIB étatsunien. Paradoxalement, Furman raconte qu'elles étaient à l'origine de 92 % de la croissance du PIB étatsunien au premier semestre de 2025. Si l'on exclut ces catégories, l'économie étatsunienne n'a progressé que de 0,1 % en rythme annuel au premier semestre de 2025.

Ainsi donc, sans ces dépenses technologiques, les États-Unis auraient été en récession économique, ou presque.

La stagnation économique

Cela montre l'autre facette de la situation étatsunienne, à savoir la stagnation du reste de l'économie du pays. Le secteur manufacturier étatsunien est en récession depuis plus de deux ans (c'est-à-dire tous les scores inférieurs à 50 dans le graphique ci-dessous).

Plus largement, aujourd'hui, certains signes indiquent que le secteur des services est également en difficulté. L'indice IMS Services PMI (1) est tombé à 50 en septembre 2025, contre 52 en août. Ce point est bien en dessous des prévisions de 51,7, ce qui indique que le secteur des services est au point mort.

Le marché du travail étatsunien semble également fragile. Selon les données officielles, l'emploi n'a progressé que de 0,5 % en taux annualisé au cours des trois mois précédant juillet. Ce chiffre est bien inférieur aux taux observés en 2024. «  Nous sommes dans une économie où les embauches et les licenciements sont rares », a déclaré le mois dernier Jay Powell, président de la Réserve fédérale étatsunienne.

Les jeunes travailleur·ses étatsunien·nes sont touché·es de manière disproportionnée par le ralentissement économique actuel. Le taux de chômage des jeunes aux États-Unis est passé de 6,6 % à 10,5 % depuis avril 2023. La croissance des salaires des jeunes travailleur·ses a fortement ralenti. Les offres d'emploi pour les nouvelles personnes arrivant sur le marché du travail ont chuté de plus de 30 %. Les travailleur·ses en début de carrière dans les professions exposées à l'IA ont connu une baisse relative de 13 % de l'emploi. Les seul·es Étatsunien·nes qui dépensent beaucoup d'argent sont les 20 % les plus riches. Ces ménages s'en sortent bien, et ceux qui se situent dans les 3,3 % les plus riches s'en sortent encore mieux. Les autres se serrent la ceinture et ne dépensent plus.

Les ventes au détail (après suppression de l'inflation des prix) sont restées stables pendant plus de quatre ans.

Le graphique ci-dessus montre que l'inflation a érodé le pouvoir d'achat de la plupart des Étatsunien·nes. Le taux d'inflation moyen reste bloqué à environ 3 % par an selon les chiffres officiels, bien au-dessus de l'objectif de 2 % par an fixé par la Réserve fédérale. Et ce taux moyen masque en grande partie l'impact réel sur le niveau de vie et les augmentations des salaires réels. Les prix des denrées alimentaires et de l'énergie augmentent beaucoup plus rapidement que prévu. L'électricité coûte aujourd'hui 40 % plus cher qu'il y a cinq ans.

Les prix de l'électricité sont encore plus poussés à la hausse par les centres de données de l'IA. OpenAI consomme autant d'électricité que New York et San Diego réunies, au plus fort de la vague de chaleur intense de 2024, ou encore autant que la demande totale en électricité de la Suisse et du Portugal réunis. Cela représente la consommation électrique d'environ 20 millions de personnes. Google a récemment annulé un projet de centre de données d'un milliard de dollars dans l'Indiana après que les habitant·es ont protesté contre le fait que ce centre de données «  ferait grimper les prix de l'électricité » et « absorberait des quantités incalculables d'eau dans une région déjà touchée par la sécheresse  ».

Qui absorbera les droits de douane ?

À cela s'ajoute l'impact des droits de douane imposés par Trump sur les importations de marchandises aux États-Unis. Malgré les démentis de l'administration, les prix à l'importation augmentent et commencent à se répercuter sur les prix des marchandises aux États-Unis (et pas seulement dans les domaines de l'énergie et de l'alimentation).

Jusqu'à présent, les entreprises étrangères, dans leur ensemble, n'absorbent pas les coûts des droits de douane. Lors de la guerre commerciale de 2018, les prix à l'importation ont été principalement réduits par les entreprises étrangères. Cette fois-ci, les prix à l'importation n'ont pas baissé. Ce sont plutôt les importateurs étatsuniens que les exportateurs étrangers qui paient les droits de douane, et les consommateurs risquent d'en subir les conséquences à l'avenir. Comme l'a déclaré le président de la Fed, «  les droits de douane sont principalement payés à l'importation et non plus à l'exportation, et les consommateur·rices… Toutes ces entreprises et entités intermédiaires vous diront qu'elles ont bien l'intention de répercuter ces coûts [sur le consommateur] en temps voulu ».

Les importateurs, les grossistes et les détaillants paient des coûts plus élevés dès le départ et espèrent pouvoir, à terme, augmenter suffisamment leurs prix pour répercuter la charge. Le problème est que les consommateur·rices sont déjà à bout. Les budgets des ménages sont sous pression en raison de l'augmentation de la dette, des impayés et des salaires qui ne suffisent pas. Tenter de répercuter les coûts des droits de douane dans ce contexte ne ferait que réduire encore davantage la demande.

Les entreprises le savent, c'est pourquoi beaucoup d'entre elles absorbent plutôt les coûts. Mais lorsqu'elles le font, leurs marges diminuent et il devient plus difficile de maintenir leurs activités sans procéder à des coupes ailleurs. Lorsque la rentabilité est mise sous pression, la direction de l'entreprise a peu d'options. Elle ne peut pas contrôler les droits de douane et ne peut pas forcer les consommateurs à dépenser davantage. Ce qu'elle peut contrôler, ce sont les dépenses. Cela commence par un ralentissement des embauches et une réduction des plans de croissance, puis par une réduction des heures de travail et des heures supplémentaires. Si les droits de douane restent en vigueur et que la consommation reste faible, les répercussions se propagent davantage sur le marché du travail.

Viennent ensuite les dépenses publiques. La fermeture [lors du shutdown] des services gouvernementaux imposée par le Congrès a donné à l'administration Trump une nouvelle occasion de réduire les effectifs de l'administration fédérale dans une vaine tentative de réduire le déficit budgétaire et la dette publique croissante. Cette tentative est vaine, car l'affirmation de Trump selon laquelle l'augmentation des recettes douanières fera l'affaire n'est pas crédible. Depuis janvier 2025, les recettes douanières ne représentent encore que 2,4 % des recettes fédérales totales prévues pour l'exercice 2025, qui s'élèvent à 5 200 milliards de dollars.

Quant à l'affirmation selon laquelle les droits de douane finiraient par résoudre le déficit commercial des États-Unis avec le reste du monde, elle s'est également révélée absurde jusqu'à présent. Au cours des sept premiers mois de 2024, le déficit s'élevait à 500 milliards de dollars ; au cours des sept premiers mois de 2025, il atteignait 654 milliards de dollars, soit une hausse de 31 % en glissement annuel, un niveau record.

Contrairement à ce qu'affirme Trump, les hausses tarifaires sur les importations ne contribueront guère à « rendre sa grandeur à l'Amérique » (Make America Great Again) dans le secteur manufacturier. Robert Lawrence, de la Kennedy School de Harvard, estime que «  la réduction du déficit commercial n'augmenterait que très peu la part de l'emploi manufacturier aux États-Unis  ». La valeur ajoutée nette correspondant au déficit commercial de produits manufacturés en 2024 représentait 21,5 % de la production étatsunienne. Ce serait donc l'augmentation de la valeur étatsunienne si le déficit commercial était éliminé. Combien d'emplois cela créerait-il ? Cela représenterait 2,8 millions d'emplois, soit une augmentation de seulement 1,7 point de pourcentage de la part du secteur manufacturier dans l'emploi étatsunien, pour atteindre 9,7 % de l'emploi total. Mais la part des ouvrier·es de production dans l'industrie manufacturière étatsunienne n'est en réalité que de 4,7 %, les 5 points de pourcentage restants étant constitués de cadres, de comptables, d'ingénieur·ses, de chauffeur·ses, de commerciaux·ales, etc. L'augmentation de l'emploi des ouvriers de production ne serait que de 1,3 million, soit seulement 0,9 % de l'emploi étatsunien.

L'économie étatsunienne n'est pas encore à genoux et en récession, car les investissements des entreprises continuent d'augmenter, même si leur croissance ralentit.

L'épuisement du modèle

Les bénéfices des entreprises continuent d'augmenter. Le résultat d'exploitation des sociétés du S&P 500 (hors secteur financier) (2) a progressé de 9 % au cours du dernier trimestre, par rapport à l'année précédente. Leur chiffre d'affaires a augmenté de 7 % (avant inflation). Mais cela ne concerne que les grandes entreprises, tirées par les Magnificent Seven. Dans l'ensemble, le secteur des entreprises non financières étatsuniennes commence à voir la croissance de ses bénéfices s'estomper.

Et la Fed devrait encore réduire son taux directeur au cours des six prochains mois, ce qui réduira le coût d'emprunt pour ceux qui souhaitent spéculer sur ces actifs financiers fictifs. La récession n'est donc pas encore là. Mais tout dépend de plus en plus de la capacité du boom de l'IA à générer de la productivité et de la rentabilité. Si les retours sur les investissements massifs dans l'IA s'avèrent faibles, cela pourrait entraîner une sérieuse correction boursière.

Il est vrai que les grandes entreprises technologiques ont principalement financé leurs investissements dans l'IA à partir de leurs flux de trésorerie disponibles. Mais les énormes réserves de trésorerie des Magnificent Seven s'épuisent et les entreprises spécialisées dans l'IA se tournent de plus en plus vers l'émission d'actions et de titres de créance.

Les entreprises de l'IA signent désormais des contrats entre elles afin d'augmenter leurs revenus. Il s'agit en quelque sorte d'un jeu de chaises musicales financières. OpenAI a signé cette année des contrats d'une valeur totale d'environ 1 000 milliards de dollars pour acquérir la puissance de calcul nécessaire au fonctionnement de ses modèles d'intelligence artificielle. Des engagements qui dépassent largement ses revenus. OpenAI dépense sans compter pour ses infrastructures, ses puces électroniques et ses talents, sans disposer des capitaux nécessaires pour financer ces projets ambitieux. Afin de financer son expansion, OpenAI a donc levé d'énormes montants en fonds propres et a commencé à se tourner vers les marchés obligataires. Elle a obtenu 4 milliards de dollars de dette bancaire l'année dernière et a levé environ 47 milliards de dollars auprès de fonds de capital-risque au cours des 12 derniers mois, même si une part importante de cette somme dépend de Microsoft, son principal bailleur de fonds. L'agence de notation Moody's a signalé qu'une grande partie des ventes futures de centres de données d'Oracle dépendait d'OpenAI et de sa rentabilité encore incertaine.

Beaucoup dépend désormais de la capacité d'OpenAI à augmenter suffisamment ses revenus pour commencer à couvrir la hausse exponentielle des coûts. Les économistes de Goldman Sachs affirment que l'IA stimule déjà l'économie étatsunienne d'environ 160 milliards de dollars, soit 0,7 % du PIB étatsunien au cours des quatre années depuis 2022, ce qui se traduit par une croissance annualisée d'environ 0,3 point de pourcentage. Mais il s'agit davantage d'une astuce statistique que d'une réelle croissance de la productivité grâce à l'IA jusqu'à présent, et le secteur de l'IA ne bénéficie que d'une faible augmentation de ses revenus.

En effet, les retours sur investissement liés au développement de l'IA pourraient être en baisse. Le lancement de ChatGPT-3 a coûté 50 millions de dollars, celui de ChatGPT-4 500 millions de dollars, tandis que le dernier ChatGPT-5 a coûté 5 milliards de dollars et, selon la plupart des utilisateur·rices, n'était pas nettement meilleur que la version précédente. Parallèlement, des concurrents beaucoup moins chers, tels que Deepseek, en Chine, sapent les revenus potentiels.

Une crise financière est donc à prévoir. Mais lorsque les bulles financières éclatent, les nouvelles technologies ne disparaissent pas pour autant. Elles peuvent au contraire être acquises à bas prix par de nouveaux acteurs, dans le cadre de ce que l'économiste autrichien Joseph Schumpeter appelait la «  destruction créatrice ». C'est d'ailleurs exactement l'argument avancé par les lauréats du prix Nobel d'économie de cette année, Philippe Aghion et Peter Howitt. Les périodes d'expansion et de récession sont inévitables, mais nécessaires pour stimuler l'innovation.

La technologie de l'IA pourrait éventuellement permettre une importante croissance de la productivité si elle parvient à limiter suffisamment le travail humain. Mais cela ne se concrétisera peut-être qu'après un krach financier et le ralentissement de l'économie étatsunienne qui s'ensuivra. Et si l'économie étatsunienne, tirée par l'IA, plonge, il en sera de même pour les autres grandes économies. Le temps ne joue pas en faveur des Magnificent Seven. En effet, l'adoption de la technologie de l'IA par les entreprises reste faible et est même en baisse parmi les grandes.

Pendant ce temps, les dépenses consacrées aux capacités d'IA continuent d'augmenter et les investisseurs continuent d'investir massivement dans l'achat d'actions et de titres de créance d'entreprises spécialisées dans l'IA. C'est donc un pari énorme sur l'IA pour l'économie étatsunienne.

Le 14 octobre 2025

Publié sur le blog de l'auteur, The Next Recession, et traduit par Lalla F. Colvin.

1. Le ISM Services PMI (Purchasing Managers' Index – Services) est un indice mensuel publié par l'Institute for Supply Management (ISM) aux États-Unis. C'est l'un des indicateurs économiques les plus suivis pour mesurer la santé du secteur des services, qui représente environ 70 % de l'économie américaine.

2. Le S&P 500 est un indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis (NYSE ou NASDAQ). L'indice est possédé et géré par Standard & Poor's, l'une des trois principales sociétés de notation financière. Il couvre environ 80 % du marché boursier américain par sa capitalisation.

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Au Liban, l’État colonial d’Israël a gagné une bataille, pas la guerre

16 décembre 2025, par Léonard Sompairac, Chris den Hond, Doha Chams, Walid Charara — , , ,
En novembre dernier, Chris den Hond s'est rendu à Beyrouth pour une série de reportages, dont l'entretien qui suit. La capitale libanaise, ainsi que d'autres régions du pays, (…)

En novembre dernier, Chris den Hond s'est rendu à Beyrouth pour une série de reportages, dont l'entretien qui suit. La capitale libanaise, ainsi que d'autres régions du pays, sont la cible d'attaques israéliennes quasi-quotidiennes, tandis que de nombreuses localités du sud sont toujours occupées par les forces militaires de l'Etat sioniste.

Tiré du site de la revue Contretemps.

En dépit du cessez-le-feu de novembre 2024, Israël multiplie les frappes aériennes, les incursions terrestres, les assassinats ciblés dans le sud du Liban, détruits les champs d'oliviers et construit même un mur. D'après la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban), le cessez-le-feu a été violé 6800 fois entre le 27 novembre 2024 et le 22 octobre 2025, « en grande majorité du fait d'Israël ».

En septembre 2024, des milliers de personnes ont été blessées, quand des bipeurs piégés, utilisés par le Hezbollah pour sa communication interne, ont explosé simultanément à travers le pays, tuant neuf personnes et en blessant près de 2 800. Peu après, Israël a déclenché une offensive militaire de grande ampleur qui a abouti à l'élimination de la direction militaire du Hezbollah et à l'assassinat de son dirigeant historique, Hassan Nasrallah.

Aujourd'hui, les puissances occidentales conditionnent leur aide financière à la reconstruction au désarmement du Hezbollah et à sa marginalisation, ainsi que celle de ses alliés, sur le plan politique. C'est sur ces aspects, et leurs conséquences régionales plus larges, que porte cet entretien avec Doha Chams, journaliste, et Walid Charara, journaliste au quotidien al-Akhbar. Fondé en 2006 par Joseph Samaha (1949-2007), intellectuel de gauche influent et grand nom du journalisme arabe, al-Akhbardemeure une référence dans la région en tant que média anti-impérialiste, radicalement opposé aux menées israéliennes et aux politiques occidentales. La contribution croisée de Léonard Sompairac, géographe et collaborateur d'Orient XXI, complète cette analyse de l'actualité libanaise.

***

Chris Den Hond – Est-ce que le Hezbollah va accepter de désarmer suite à la pression des puissances occidentales ?

Walid Charara – Il y a deux options. Le chef du gouvernement, le président de la République et toute la mouvance liée à l'extrême-droite chrétienne ainsi que certaines forces sunnites sont pour le désarmement du Hezbollah. Ils considèrent que le Liban doit s'allier avec l'Occident et/ ou avec des monarchies du Golfe. Le Hezbollah et ses alliés par contre considèrent qu'ils sont face à une offensive israélo-américaine ayant pour objectif de remodeler le Moyen-Orient. Mais, pour l'instant, cette offensive n'atteint pas ses objectifs. Si jamais le gouvernement libanais décide de désarmer le Hezbollah par la force, une confrontation armée s'ensuivra. De toute façon, le gouvernement libanais n'a pas les moyens d'appliquer une telle exigence américaine et israélienne.

Doha Chams – Le Hezbollah ne va pas désarmer, ce serait suicidaire, malgré toute la pression internationale. De nombreux médias ne cessent de dire : « On a perdu, donc il faut accepter les conséquences de la défaite. » C'est vrai que le Hezbollah a perdu une bataille importante, mais pas la guerre. Les combattants du Hezbollah ne sont pas disposés à se rendre.

Léonard Sompairac – Israël préfère cet état de guerre permanente qui lui permet de repousser ses frontières : en Syrie avec le Golan, zone stratégique qui, outre ses ressources naturelles offre, avec le Mont Hermon, une visibilité jusqu'à Damas et au sud Liban, créant de fait une zone tampon avec le nord du pays. Israël continue quotidiennement de violer l'espace aérien et terrestre libanais et entretient une pression et une peur constantes sur les Libanais avec les drones, les frappes ciblées et la menace d'une guerre étendue imminente. Des engins de chantiers comme des bétonnières sont délibérément ciblés par les bombardements israéliens. Les besoins pour la reconstruction ont été évalués à 11 milliards de dollars, ce qui nécessite un appui international. Or, à l'échelle internationale, il existe une réticence à débloquer des fonds : les bailleurs reprennent la rhétorique israélienne qui voudrait que le désarmement effectif du Hezbollah soit la condition pour les accorder. Enfin, même si des financements arrivaient, ils passeraient dans la marmite intra-libanaise en particulier via le CDR (Conseil pour le développement et la reconstruction) qui n'est pas réputé pour être l'organisme le plus intègre au Liban depuis un demi-siècle…

Chris Den Hond – À Gaza comme au Liban, l'armée israélienne se heurte néanmoins à une résistance persistante sur le terrain, malgré des bombardements massifs. Comment expliquez-vous cela ?

Walid Charara : Le Hezbollah a reçu un énorme coup l'année passée. Une partie de sa direction, de sa direction militaire surtout, a été assassinée. Hassan Nasrallah, son leader, a été tué. Les dégâts ont été énormes, les pertes très significatives, mais sur le plan sécuritaire c'était un succès tactique pour Israël, pas un succès stratégique. C'était le résultat du progrès technologique israélien et de l'alliance avec les États-Unis, qui ont beaucoup aidé Israël. Ce succès tactique aurait pu se transformer en succès stratégique si Israël avait réussi à percer la première ligne de défense du Hezbollah et à occuper le sud Liban jusqu'à la rivière Litani, ce qui était l'objectif déclaré de l'armée israélienne. Mais celle-ci n'est pas performante en matière de combats au sol. La première ligne de défense du Hezbollah a tenu tête pendant 66 jours à l'offensive israélienne. Le Hezbollah a perdu 5000 combattants. Ce sont des pertes énormes mais il a tenu. Trois brigades israéliennes ont attaqué le village de Khiam, mais n'ont pas réussi à le prendre. Donc malgré des moyens très inégaux sur le plan militaire, Israël n'a pas gagné et le Hezbollah n'est pas vaincu. L'objectif israélien d'occuper tout le sud jusqu'à la rivière Litani et de désarmer le Hezbollah n'est pas atteint.

Chris Den Hond – Quelles sont les forces politiques qui soutiennent l'option américano-israélienne et quelles sont celles qui s'y opposent ?

Doha Chams – Pendant les guerres, la majorité des Libanais s'est montrée unie. Pendant la dernière guerre, le Liban était redevenu le pays de Fayrouz [diva de la chanson libanaise et symbole de l'unité nationale], où tout le monde aime tout le monde. Les chrétiens dans le nord ont invité chez eux les chiites du sud qui fuyaient les bombardements. Israël a fait progresser la solidarité intercommunautaire, c'est le gouvernement qui est corrompu. Aujourd'hui, la population libanaise est divisée, c'est vrai. Il y a des gens qui parlent fort, qui bénéficient d'un puissant appui médiatique et qui poussent à un désarmement de la résistance. Mais, en général, l'opinion publique se rend compte qu'Israël viole quotidiennement le cessez-le-feu et empêche les réfugiés de retourner chez eux dans le sud Liban. Israël bombarde sans arrêt, cible des gens qui sont de près ou de loin liés au Hezbollah, détruit même les bétonnières utilisées pour reconstruire les maisons. Comment faire la paix avec un tel ennemi ? Malheureusement certains secteurs au Liban veulent un accord avec Israël. Il est arrivé que les Druzes filment la base de lancement des missiles par le Hezbollah et Israël a tout de suite bombardé le site. Cela s'est passé plus d'une fois. Mais c'est une minorité de Druzes qui agissent ainsi, la plupart continuent à suivre Walid Joumblatt [leader historique des Druzes libanais, proche des forces de la résistance].

Léonard Sompairac – Je suis allé dans le sud récemment. Nombre d'églises, d'écoles confessionnelles chrétiennes, de jardins d'enfants chrétiens sont frappés parce qu'ils accueillent des réfugiés libanais du sud. Nous avons tendance à penser que, dans le sud Liban, il n'y a que des villages chiites pro-Hezbollah, mais c'est beaucoup plus nuancé, c'est une mosaïque. Avant de se rattacher à une religion ou à un parti, ces gens sont surtout voisins et ils s'entraident. Cela se voit aussi dans certains quartiers de Beyrouth où tout le monde accueille tout le monde. Il y a eu environ un million de déplacés au Liban qui ont été accueillis ailleurs.

Walid Charara – Un secteur significatif de la population libanaise, pas seulement chiite, considère que l'agression israélienne contre le Liban et les pressions internationales (européenne, saoudienne, mais principalement américaine) sont inacceptables. Mais une autre partie de la population est malheureusement sensible aux thèses des organisations de la droite chrétienne ou musulmane qui disent « vous allez entraîner le Liban dans une nouvelle aventure ». Il faut savoir que le Hezbollah n'a jamais violé le cessez-le-feu du 27 novembre 2024. Il n'a pas riposté aux attaques israéliennes. Israël bombarde le Liban jour et nuit et les pays garants du cessez-le-feu n'interviennent pas. La guerre est devenue une guerre de basse intensité où Israël se permet d'assassiner tous les jours des militants qui se déplacent en voiture par des bombardements ciblés de drones. Plus de 100.000 personnes du sud ne peuvent plus rentrer chez elles, puisque tout a été détruit. Israël empêche aussi toute forme d'aide à la population pour la reconstruction.

Chris Den Hond – Qu'a changé pour le Liban la guerre d'Israël contre l'Iran ?

Doha Chams – Le gouvernement libanais n'existe que par la grâce des puissances internationales : les États-Unis, l'Union européenne, l'Arabie saoudite. Si les maronites regardent vers la France et les sunnites vers l'Arabie saoudite, il ne faut pas s'étonner que les chiites et la résistance regardent vers l'Iran.

Walid Charara – Cette guerre de 12 jours entre Israël et l'Iran a révélé le vrai rapport de force qui n'est pas autant en faveur d'Israël que certains voudraient le faire croire. Des sources israéliennes, américaines et européennes ont confirmé qu'il y avait des dégâts importants sur le territoire israélien. L'Iran a pu frapper des sites civils, militaires et stratégiques israéliens, ainsi un centre du Mossad et un centre de développement de la technologie militaire. Avec ses propres moyens, il a réussi à infliger des pertes significatives à Israël. L'idée de l'inviolabilité du territoire occupé par l'État sioniste grâce à son système de défense anti-aérien a été très vite mise en cause. Il est clairement apparu que l'Iran était en position de nuire à Israël, malgré le soutien massif que celui-ci reçoit des États-Unis et de toute la coalition occidentale. L'Iran a accepté le cessez-le-feu proposé parce qu'il voulait éviter une confrontation directe et à grande échelle avec les États-Unis. Quand les États-Unis ont bombardé le site d'Ispahan, l'Iran a frappé une base américaine au Qatar. A ce moment-là, la guerre s'est arrêtée.

Chris Den Hond – Certains disent maintenant : si le Hamas et la résistance palestinienne en général avaient su que le 7 octobre serait suivi d'un génocide, ils n'auraient pas lancé l'opération. Qu'en pensez-vous ?

Walid Charara – Si les combattants vietnamiens avaient su avant de lancer leur campagne de libération que deux millions de Vietnamiens seraient tués par les Américains, pensez-vous qu'ils n'auraient pas démarré leur lutte de libération nationale ? Et les Algériens ? La question qu'il faut poser est « que se passait-il en Palestine avant le 7 octobre 2023 » ? Les attaques des colons contre les villages palestiniens étaient quotidiennes, sans couverture médiatique, et la bande de Gaza transformée en prison à ciel ouvert en raison du blocus instauré depuis 2007. Le sionisme est davantage qu'un régime d'apartheid, c'est un système de nettoyage ethnique. L'objectif est de surveiller et punir les Palestiniens, mais surtout les faire partir de leur terre. C'est un processus lent, 1948, 1967, mais qui s'accélère avec le temps, comme à l'heure actuelle. Comment résister à cela ? Avec des marches citoyennes, en portant des bougies ? Ce n'est pas suffisant. Le droit à la résistance armée d'un peuple sous occupation est conforme au droit international, il est inaliénable.

« Sales connes » : l’insulte de Brigitte Macron qui dévoile son mépris du féminisme

En traitant de « sales connes » des militantes féministes ayant interrompu le spectacle d'Ary Abittan, Brigitte Macron dévoile le mépris de classe et l'hostilité du pouvoir (…)

En traitant de « sales connes » des militantes féministes ayant interrompu le spectacle d'Ary Abittan, Brigitte Macron dévoile le mépris de classe et l'hostilité du pouvoir envers les luttes contre les violences sexuelles. Une insulte révélatrice d'un système qui préfère protéger les puissants que écouter les femmes.

8 décembre 2025 |https://blogs.mediapart.fr/lalapolit/blog/081225/sales-connes-l-insulte-de-brigitte-macron-qui-devoile-son-mepris-du-feminisme

Il y a des lapsus qui disent tout.

Et puis il y a des insultes assumées, prononcées à chaud, sans filtre, parce qu'elles traduisent une vision du monde. En qualifiant de « sales connes » des militantes féministes venues interrompre un spectacle d'Ary Abittan, Brigitte Macron ne s'est pas simplement « emportée » : elle a révélé la colonne vertébrale du macronisme face au féminisme — un mélange de mépris social, de crispation de classe et de peur panique dès que les femmes sortent du cadre poli qu'on leur assigne.

Ce n'était pas une erreur.
C'était un aveu.
Quand la Première dame insulte, l'institution parle

La scène est connue : des militantes féministes perturbent un spectacle d'Ary Abittan, humoriste dont le retour sur scène interroge à l'heure où les violences sexuelles restent massivement impunies. Dans les coulisses, Brigitte Macron souffle à l'artiste, sourire aux lèvres :
« S'il y a des sales connes, on va les foutre dehors. »

Présomption d'innocence pour les puissants.
Présomption de « saleté » pour les militantes.

On ne peut pas faire plus clair dans la hiérarchie des vies et des paroles.

Le message est glaçant : dans cette République-là, la parole des femmes qui dérangent n'a pas seulement tort — elle salit.
Elle dérange parce qu'elle dénonce.
Elle dérange parce qu'elle rappelle ce que le pouvoir voudrait enfouir sous le tapis rouge des théâtres : les violences sexistes restent une réalité, même lorsqu'un dossier judiciaire se clôt.
Le féminisme acceptable selon Brigitte Macron : silencieux, poli, et surtout inoffensif

Que reproche-t-on vraiment à ces militantes ?
D'avoir dérangé un spectacle.
D'avoir troublé l'entre-soi culturel où le féminisme est toléré tant qu'il reste un thème de débat… mais jamais un geste politique.

Brigitte Macron n'a pas traité de « sales cons » des supporters d'extrême droite.
Elle n'a pas insulté les ministres qui protègent des agresseurs.
Elle n'a pas dérivé face aux multiples affaires qui éclaboussent son propre camp.

Non : son mépris se réserve pour les féministes, celles qui refusent de jouer leur rôle de décoration républicaine.
Celles qui rappellent que les violences sexuelles ne disparaissent pas par magie, encore moins grâce aux sermons institutionnels.

Ce que Brigitte Macron dit, au fond, c'est :
« Les femmes, taisez-vous. Les puissants parlent. »
Le mépris de classe, version haute couture

Dans le vocabulaire politique, rien n'est neutre.
Pourquoi « sales » ? Pourquoi « connes » ?

Parce que cette insulte n'attaque pas seulement une opinion : elle attaque une supposée infériorité sociale.
On insulte des femmes qui n'ont pas les codes, pas les bonnes manières, pas la place qu'on voudrait leur assigner.

Il n'y a rien de plus violent que de voir une figure institutionnelle qualifier des militantes — souvent jeunes, souvent précaires, souvent survivantes — de femmes « sales », indignes, presque contaminantes.

Il y a là tout le mépris de l'élite politique envers les luttes populaires.
Tout ce que le macronisme a toujours cherché à faire : dépolitiser les colères en les disqualifiant moralement.
Quand le pouvoir insulte, il révèle sa peur

On pourrait croire que l'affaire est anecdotique.
Elle ne l'est pas.
Elle montre une chose essentielle : le pouvoir a peur du féminisme quand il n'est plus instagrammable, quand il devient action directe, quand il touche à la question de l'impunité.

Ces militantes n'ont pas interrompu un spectacle pour faire du bruit.
Elles l'ont interrompu parce que la société refuse encore de regarder en face la réalité des violences sexuelles.

Et qu'a répondu l'institution représentée par Brigitte Macron ?
Pas un argument.
Pas un débat.
Juste : l'insulte.

Quand un pouvoir répond par l'insulte, c'est qu'il n'a plus rien d'autre à opposer.
Ce que cette scène dit de l'état du féminisme en France

Cette affaire s'inscrit dans un climat où :

les féminicides explosent,
les associations perdent des financements,
les victimes reçoivent toujours moins de protection réelle,
les agresseurs bénéficient d'un soutien public, politique, médiatique.

Dans ce contexte, voir la Première dame traiter des militantes de « sales connes » n'est pas une simple « maladresse ».

C'est un signal politique :
le féminisme dérange, et le pouvoir entend le remettre à sa place.
Conclusion : nous ne serons jamais « des sales connes », mais les héritières d'une colère légitime

Si défendre les victimes, si dénoncer l'impunité, si interrompre un spectacle pour rappeler que le patriarcat tue et broie…
… fait de nous des « sales connes »,
alors oui :
nous sommes la génération qui refuse de se taire.

Le pouvoir peut insulter.
Il peut mépriser.
Il peut tenter de ridiculiser.

Mais il ne pourra jamais effacer ce qui l'effraie :
un féminisme qui n'a pas peur des puissants.

*****

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Des syndicats ukrainiens à la 6e rencontre du Réseau syndical international de solidarité et de luttes

16 décembre 2025, par Christian Mahieux — , ,
Près de 200 syndicalistes mandaté·es par des organisations syndicales, des collectifs syndicaux ont participé à cette rencontre, du 13 au 16 novembre. Ils et elles venaient de (…)

Près de 200 syndicalistes mandaté·es par des organisations syndicales, des collectifs syndicaux ont participé à cette rencontre, du 13 au 16 novembre. Ils et elles venaient de Palestine, d'Ukraine, du Brésil, du Pakistan, de Côte d'Ivoire, d'Italie, d'Argentine, de Centrafrique, de l'État espagnol, du Venezuela, du Sénégal, de France, de Pologne, de Grande-Bretagne, de Colombie, du Portugal, de l'Équateur, des États-Unis d'Amérique, d'Allemagne, de Suisse… Les syndicats du Soudan, du Bénin, du Togo, de la DR Congo et du Burkina Faso qui devaient participer n'ont pu le faire faute de visa [1 – Ce fut aussi le cas de militants et militants du Sénégal et du Pakistan. Le NGWF du Bangladesh a dû annuler sa participation au dernier moment]. Cette participation de militantes et militants de divers continents est rendue possible par la mise en place d'un fonds de solidarité alimentée par les organisations européennes et nord-américaines. La conclusion du manifeste qui fonde l'appartenance au Réseau est claire : « Un réseau du syndicalisme combatif, de luttes et démocratique, autonome, indépendant des patrons et des gouvernements, anticapitaliste, féministe, écologiste, autogestionnaire, internationaliste, construisant le changement par les luttes collectives, combattant toutes les formes d'oppression (machisme, racisme, homophobie, xénophobie, etc.) ». Mais toute aussi important est le souci que ce syndicalisme internationaliste ne se limite pas à des discussions générales, mais s'ancre dans les pratiques quotidiennes ; d'où la volonté de mettre en avant le travail par secteur professionnel, celui-ci s'entendant comme partie intégrante du syndicalisme interprofessionnel.

11 décembre 2025 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/12/11/des-syndicats-ukrainiens-a-la-6e-rencontre-du-reseau-syndical-international-de-solidarite-et-de-luttes-autre-texte/

Ces journées ont permis d'organiser des réunions par secteurs professionnels. D'autres temps ont été consacrés à approfondir les discussions autour de thèmes transversaux. Deux débats ont été organisés en séance plénière ; le premier à propos du syndicalisme en temps de guerre, avec les camarades de Palestine et d'Ukraine ; les représentants de la Coordination des professionnels et syndicats soudanais devaient également animer cette soirée, mais aucun n'a pu obtenir de visa ; le second débat, introduit notamment par des représentants de syndicats de base italiens [2 La participation de nombreux « syndicats de base » italiens est un événement et s'inscrit dans le travail unitaire mené par certains d'entre eux depuis quelque temps. Étaient présents à cette rencontre du Réseau : Confederazione Unitaria di Base (CUB), Sindacato Intercategoriale Cobas (SI COBAS), Unione Sindacale Italiana (USI), Sindicato Autorganizzato Lavorator Cobas (SIAL-COBAS), Associazione Diritti Lavoratori dei Comitati di Base (ADL COBAS), COBAS Scuola Sardegna (COBAS Sardegna), Sindicato Generale di Base (SGB) et Coordinamento del Precariato Universitario (CPU – Siena)] et une représentante du syndicat du métro de Buenos Aires [3. Asociación Gremial de Trabajadores del Subterráneo y Premetro, Buenos Aires, affilié à la Central de Trabajadores de la Argentina de los trabajadores (CTA-T). Au printemps dernier, l'Union syndicale Solidaires avait organisé une tournée de réunions publiques en France avec un autre camarade de ce syndicat], portait sur les réponses syndicales à la montée de l'extrême droite. Enfin, diverses motions ont été approuvées, en soutien à des luttes syndicales et populaires ou pour dénoncer des répressions.

Trois syndicats ukrainiens étaient représentés

* Priama Diia, syndicat d'étudiants et étudiantes, représenté par Katya Gritseva ;
* Soyez comme nous sommes, syndicat du secteur médical, représenté par Yulia Lipitch-Kotchirka et Oksana Slobodyna ;
* l'union régionale KVPU de Kryvyï Rih, représentée par Yuriy Samoylov.

Ne pouvant se rendre en Italie, la section locale de Krivih Rih du syndicat des cheminots de la KVPU avait adressé un message de son président, Vyacheslav Fedorenko.

Pour les quatre camarades d'Ukraine, ce fut l'occasion de rappeler en direct à des syndicalistes de différents continents la situation sur place, mais aussi de participer pleinement à la construction d'un réseau syndical international, à travers les réunions par secteurs professionnels (éducation, industrie, santé-social) ou thématiques. La séance plénière consacrée aux pays en guerre a été un moment fort. Ces quatre jours ont permis de nombreux échanges, quelques mises au point quand deux syndicats italiens paraissaient oublier le peuple ukrainien, les syndicalistes ukrainien·nes, dans leurs interventions à propos d'impérialisme, de blocs militaires, d'économies de guerre (sujets par ailleurs bien présents dans le manifeste adopté par le Réseau).

Sur son site, Soyez comme nous sommes a rendu compte, au retour de ces rencontres :

Soyez comme nous sommes a participé à la conférence du Réseau syndical international de solidarité et de luttes. Cette organisation internationale s'oppose à la réduction des droits du travail et sociaux, est en faveur de l'annulation des dettes extérieures des pays qui se trouvent dans un état de subordination, et s'oppose à toutes les formes de discrimination et d'agression armée.

Ses militants ont exprimé leur soutien au peuple ukrainien.

Ses convois syndicaux organisés depuis le 1er mai 2022 sont l'expression de cette solidarité concrète.

Mais ce n'est pas tout : « des syndicats ukrainiens, qui participent activement à la résistance populaire contre l'occupation du territoire et s'opposent au libéralisme économique qui règne dans leur pays, sont membres de notre Réseau, et nous les soutenons ! », lit-on dans le manifeste du réseau.

Les militantes de Soyez comme nous sommes ont parlé de la situation des infirmières en Ukraine en temps de guerre et de leur lutte pour de meilleures conditions de travail.

Le Réseau a appelé à la solidarité et à la résistance contre une telle exploitation partout dans le monde.

Cela nécessite le développement d'actions solidaires actives, coordonnées au niveau mondial, tant par catégorie que par secteur, pays et continent, souligne son manifeste.

Présentation faite au nom de Priama Diia

Malheureusement, nous ne pouvons pas aujourd'hui prononcer un discours débordant d'enthousiasme, d'espoir ou de ferveur révolutionnaire, si chers à certains de nos camarades naïfs. La situation du peuple ukrainien est grave, peut-être la plus difficile depuis le début de la guerre. Le régime bonapartiste russe, mélange toxique de fascisme, d'inégalités sociales catastrophiques et d'atomisation, reste aussi réactionnaire et ignoble que jamais. Et pourtant, le peuple semble épuisé, ses forces de résistance épuisées. Des dizaines, voire des centaines de milliers d'hommes se cachent aujourd'hui pour échapper à la violence de la mobilisation forcée.

Que faire ?

Nous sommes un syndicat étudiant aux convictions radicalement démocratiques, qui lutte pour les droits sociaux et les intérêts de ceux qui vivent en Ukraine. Notre réponse doit donc commencer là où notre lutte trouve ses racines : dans le système d'enseignement supérieur. Et dans ce domaine, il reste beaucoup à faire.

Commençons par les problèmes sociaux et politiques, car l'un découle de l'autre. Les universités ukrainiennes ne sont pas vraiment libres. L'admission à des études gratuites est compétitive ; la plupart des étudiants doivent payer. Aujourd'hui, environ 60% d'entre eux paient leurs études supérieures, et le gouvernement fait tout pour que les frais d'inscription soient aussi élevés que possible. En seulement deux ans, les frais de scolarité ont grimpé en flèche de 82%, ce qui est stupéfiant. L'étudiant moyen paie désormais environ 1 000 euros par an, soit environ 80 UAH par mois, alors que le salaire minimum n'est que de 160 UAH.

Dans le même temps, la qualité de l'enseignement, en particulier dans les sciences humaines, est alarmante. Cela s'explique en partie par la bureaucratisation et le sous-financement chronique : en 2025, le budget national de l'éducation représente à peine 6% de celui de la France.

La situation sociale précaire des étudiants — la plupart commencent à travailler dès leur deuxième année — les empêche également de s'organiser efficacement et de participer à la prise de décision. Les syndicats étudiants officiels, absorbés par la Fédération des syndicats d'Ukraine, non seulement ne parviennent pas à initier le changement, mais calomnient activement notre syndicat, Priama Diia, et collaborent avec des organisations de jeunesse d'extrême droite.

Mais l'attaque va au-delà des droits sociaux : elle porte atteinte au droit même à l'autonomie et à l'éducation. Sous la pression de la Banque mondiale, le ministère de l'éducation et des sciences, dirigé par Oksen Lisovyi, a « réorganisé » les universités afin de réduire les dépenses publiques, sans débat public ni consultation. En conséquence, les étudiants perdent leur place dans les établissements d'enseignement. Parallèlement, les étudiants de sexe masculin, soupçonnés d'échapper à la conscription simplement parce que leur inscription leur accorde un report, sont illégalement privés de leur droit de poursuivre leurs études, une pratique particulièrement visible dans la persécution des doctorants.

Il est difficile, mais nécessaire, d'aborder ces questions en Ukraine. Sans éducation, il ne peut y avoir de reconstruction du pays, ni d'espoir d'un avenir socialement juste. C'est pourquoi nous appelons à la solidarité et à l'action dans les domaines clés suivants pour la lutte dans l'enseignement supérieur ukrainien :

1. Le peuple porte le plus lourd fardeau de la guerre. Il défend le pays, soutient l'arrière et paie le prix le plus élevé. Les oligarques, les bureaucrates, les intellectuels nationalistes et les fonctionnaires tentent de vaincre le Kremlin avec des hymnes et des fanfares, comme si l'ennemi ne venait pas de bases militaires mais de Jéricho. Les travailleurs ukrainiens portent les armes et font preuve de courage ; laissons les oligarques supporter les coûts : soins de santé, éducation, science, etc. Nous appelons le gouvernement à geler les frais de scolarité en redistribuant les revenus des grandes entreprises qui nous ont pillés pendant trente ans.

2. La Constitution garantit l'égalité d'accès à l'éducation. La restreindre sous prétexte de mobilisation est absurde et criminel. Nous appelons le gouvernement à affirmer que tous les étudiants inscrits ont un droit inconditionnel à être exemptés de la conscription. L'avenir de l'Ukraine n'est possible qu'en tant qu'État véritablement social doté d'une classe ouvrière éduquée.

3. La gouvernance universitaire reste étouffée par la bureaucratie. Après le Maïdan de 2014, les universités ont obtenu l'autonomie, mais sans financement ni outils efficaces pour l'exercer. Chaque dépense nécessite des rapports absurdement détaillés ; les revendications des étudiants se perdent ainsi dans la paperasserie. Nous exigeons que le gouvernement accorde aux universités une large autonomie ­ socio-financière. Sans cela, la voix des étudiants restera un simple bruit de fond.

4. Enfin, la corruption et l'inefficacité persistent parce que les bureaucrates à tous les niveaux ne se soucient pas de l'éducation, mais de leur propre reproduction. Seuls deux groupes souhaitent véritablement de meilleures conditions sociales et une éducation de haute qualité : les étudiants et le personnel technique. Nous exigeons donc que les universités élargissent le pouvoir décisionnel des étudiants et du personnel technique à tous les niveaux de la gouvernance.

Chers camarades, nous vous remercions pour votre solidarité. Nous avons toujours ressenti le soutien indéfectible du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, qui s'est tenu aux côtés du peuple ukrainien, non seulement contre le régime fasciste russe, mais aussi contre la corruption et l'oligarchie au sein de notre propre pays. Nous espérons que cette conférence permettra d'approfondir notre compréhension mutuelle, nous aidera à mieux comprendre la situation de nos nations respectives et renforcera notre cause commune. Le syndicat étudiant indépendant Priama Diia adresse ses salutations et sa solidarité à tous les participants : le mouvement étudiant radical et progressiste d'Ukraine est à vos côtés !

Présentation du syndicat indépendant du secteur médical Soyez comme nous sommes

La guerre totale a causé des dégâts considérables au système de santé ukrainien. Des milliers d'hôpitaux ont été détruits ou endommagés, certains d'entre eux ont été complètement rasés. Les professionnels de santé sont blessés et tués dans l'exercice de leurs fonctions, dans des conditions extrêmement dangereuses. La guerre engendre un risque constant et un manque d'accès aux services médicaux essentiels pour la population, en particulier dans les zones de front et les zones libérées, où le système de santé est soumis à une pression constante. La mobilisation, le danger constant, les bombardements et la surcharge de travail ont entraîné une pénurie de personnel médical. Ceux qui restent travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, souvent sans fournitures, ressources et soutien psychologique adéquats. Cela conduit à l'épuisement du personnel, au burn-out et à une détérioration de la qualité des services, ce qui, à long terme, menace la stabilité du système de santé.

Parallèlement aux défis posés par la guerre, la réforme du secteur de la santé, malgré ses objectifs stratégiques, a eu un certain nombre de conséquences négatives qui se sont particulièrement accentuées pendant la guerre. Le travail des infirmières et du personnel subalterne a été dévalorisé, leurs salaires restant faibles et leur protection sociale limitée. Les infirmières, qui remplissent des fonctions essentielles en temps de guerre, ne bénéficient souvent pas d'une rémunération adéquate, de conditions de travail convenables ou d'un soutien suffisant. Au cours du processus de réforme, de nombreux petits hôpitaux, voire des hôpitaux de district, ont été réorganisés ou fermés, ce qui a considérablement réduit l'accès aux soins de santé dans les municipalités rurales et isolées. Cette situation est particulièrement critique en temps de guerre, lorsque les besoins en infrastructures de santé augmentent et que les trajets des patients vers les grands hôpitaux sont souvent dangereux ou bloqués, ou qu'il y a tout simplement d'énormes files d'attente pour consulter un médecin dans les hôpitaux centraux. En outre, le passage à un financement basé sur le principe « l'argent suit le patient » dans le contexte de la guerre ne tient pas compte de la forte baisse du nombre de visites dans les régions situées en première ligne. En conséquence, de nombreux hôpitaux sont en mode de survie, manquant de fonds suffisants pour conserver leur personnel, leur équipement et fournir des soins d'urgence. Nous demandons sincèrement à la communauté internationale de soutenir l'Ukraine dans la préservation de son système de santé, fondement de la vie et de la stabilité de notre société. Nous vous appelons à :

* renforcer le soutien au système de santé ukrainien ;

* faciliter la reconstruction des hôpitaux détruits et la fourniture d'équipements médicaux ;

* assurer la protection et le soutien des professionnels de santé opérant dans la zone de combat ;

* développer des programmes conjoints de réadaptation psychologique et professionnelle pour les professionnels de santé ;

* promouvoir la stabilité financière des établissements de santé ukrainiens dans les régions situées en première ligne.

Les personnels médicaux ukrainiens sont aujourd'hui en première ligne pour sauver des vies. Leur courage et leur dévouement méritent le soutien inconditionnel de l'ensemble du monde civilisé. L'Ukraine tient bon, mais nous avons besoin d'aide pour continuer à sauver des vies. L'Ukraine apprécie énormément chaque manifestation de solidarité dont elle a déjà fait l'objet. Nous sommes reconnaissants à tous les partenaires, gouvernements, organisations et bénévoles qui aident notre pays à survivre. Nous ne demandons pas de la sympathie, nous demandons du soutien afin de pouvoir continuer à sauver des vies, à prendre soin des gens et à rétablir un avenir pacifique.

Ensemble, nous pouvons préserver ce qui compte le plus : l'humanité, la dignité et la vie.

Message adressé par la section du dépôt de Kryvyï Rih du syndicat libre des travailleurs du chemin de fer d'Ukraine (KVPU)
Depuis le début de la guerre à grande échelle, le syndicat PPO VPZU KLD joue un rôle organisationnel et de soutien, agissant en tant que porte-parole du personnel ferroviaire, rassemblant les employés et défendant leurs droits sociaux et économiques.

L'invasion à grande échelle par la Fédération de Russie a eu un impact sur tous les aspects de la vie ukrainienne. Les activités syndicales n'ont pas fait exception. Les droits et libertés constitutionnels des citoyens, y compris les droits du travail, ont été restreints pendant cette période difficile pour l'Ukraine. La protection des droits sociaux et économiques des travailleurs a été reléguée au second plan, et les victoires des travailleurs devant les tribunaux ont perdu de leur pertinence et de leur importance face aux décès incessants de nos défenseurs.

Nos cheminots se sont instantanément transformés en soldats, formant un rempart contre l'agression militaire de la Russie fasciste. Aujourd'hui, nos défenseurs, qui hier encore conduisaient des trains, réparaient des voies et s'occupaient des passagers, sont en première ligne pour défendre l'ensemble de l'Europe contre la horde. Les forces armées ukrainiennes sont tout ce que nous avons, la fine ligne entre la lumière et les ténèbres, entre les valeurs démocratiques et le régime totalitaire. Aujourd'hui, nos défenseurs ont besoin d'aide pour préserver leur vie et leur santé et protéger leurs droits socio-économiques.

Les mots « solidarité, unité, soutien », communs à toutes les organisations syndicales du monde entier, sont aujourd'hui plus pertinents et nécessaires que jamais pour la victoire de l'Ukraine et de toute la société progressiste sur le totalitarisme.

Ensemble vers la victoire !
Avec tout notre respect et notre gratitude pour votre aide.

***

Extrait du manifeste qui fonde l'appartenance au Réseau syndical international de solidarité et de luttes

[…] Les blocs militaires renforcent les menaces de guerre impérialiste partout dans le monde. Il faut les dissoudre (NATO, CSTO, etc.). Ce sont des instruments des impérialismes et nous combattons tous les impérialismes – américain, russe, chinois, mais aussi français par exemple. La classe ouvrière n'a pas à choisir entre les impérialismes et se doit de soutenir tous les peuples agressés. Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes appelle à l'unification de l'opposition des travailleurs et travailleuses à toute intervention impérialiste et au renforcement des mouvements contre la guerre, la militarisation et l'économie de guerre.

Le génocide perpétré par l'État israélien envers les Palestiniens et les Palestiniennes, avec le soutien actif des États-Unis d'Amérique et des régimes qui y sont alliés, est la suite de la politique raciste, colonialiste, assassine, de répression féroce et à grande échelle, menée depuis des années. Notre Réseau, à travers les organisations membres, a été présent dans nombre de mobilisations en ce sens (manifestations populaires, campagne de boycott-désinvestissement-sanctions, flottilles de la liberté, délégations sur place, syndicalistes venu·es de Palestine pour témoigner, soutien financier, etc.). Nous continuerons à répondre du mieux possible aux sollicitations des syndicats palestiniens, dont certains sont membres de notre Réseau.

Depuis plus de trois ans, le peuple ukrainien fait face à la guerre déclenchée par le gouvernement russe. Syndicalistes, internationalistes, nous apportons notre soutien à celles et ceux qui résistent en Ukraine, mais aussi au Bélarus et en Russie, en tentant de répondre aux besoins exprimés par nos camarades syndicalistes de cette région du monde. Les convois syndicaux organisés depuis celui du 1er mai 2022 marquent cette solidarité concrète. Mais cela va au-delà : des syndicats ukrainiens, qui participent activement à la résistance populaire contre l'occupation du territoire et agissent contre le « libéralisme économique » en vigueur dans leur pays, sont membres de notre Réseau et nous les soutenons !

Au Soudan, le coup d'État d'octobre 2022 a mis un terme au processus entamé par la révolution de décembre 2018 et a débouché sur la guerre aux conséquences effroyables. C'est une guerre entre deux ensembles d'oppresseurs contre les opprimé·es, un affrontement entre deux forces contre-révolutionnaires et les aspirations révolutionnaires du peuple soudanais. Les racines de cette guerre se trouvent dans la contradiction croissante entre la révolution de 2018, qui visait à renverser des décennies de dictature, et les forces contre-révolutionnaires qui ont détourné l'appareil d'État, soutenues par des puissances extérieures pour écraser cette même révolution. Dans cette situation, les syndicats indépendants poursuivent un travail important, tant de prise en charge de la population locale – dans des conditions extrêmement difficiles – que d'information vers le monde extérieur sur cette guerre.

Palestine, Ukraine, Soudan, bien d'autres régions du monde pourraient être citées. Il ne s'agit pas ici de dresser une hiérarchie des horreurs du capitalisme, des guerres, des impérialismes… Notre syndicalisme, ancré sur les réalités de terrain, s'oppose à tous ces méfaits. Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes appelle à unifier l'opposition des travailleuses et travailleurs à toute intervention impérialiste, à renforcer les mouvements contre la guerre, la militarisation et l'économie de guerre. Là encore, le syndicalisme ne doit occulter aucun sujet : quels moyens de défense collective et démocratique ? Comment contrôler la fabrication d'armement ? Comment organiser la reconversion de certains secteurs ? Tout cela concerne les travailleurs et les travailleuses, donc le syndicalisme. […]

Christian Mahieux
Christian Mahieux est membre de l'Union syndicale Solidaires. Il coanime le Réseau international de solidarité et de luttes, participe aux Brigades éditoriales de solidarité et au Comité français du RESU.
Publié dans le N°44 de Soutien à l'Ukraine résistante

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Soutenir fermement l'Ukraine :
l'AGM de l'USC s'unit contre l'autoritarisme et le fascisme

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Déclaration de la conférence de la campagne de solidarité avec l'Ukraine

Le 6 décembre, la campagne Ukraine Solidarity Campaign a tenu son assemblée générale annuelle à Londres, réunissant des militant·es et des syndicalistes de tout le Royaume-Uni. Des délégué·es de l'USC Scotland, du South Wales National Union of Mineworkers et de nos syndicats affiliés (GMB, UNITE, UNISON, UCU, PCS et ASLEF) se sont joint·es à nous, démontrant ainsi l'ampleur de la solidarité au sein du mouvement syndical. Nous avons eu l'honneur d'accueillir une délégation du parti de gauche polonais RAZEM, avec Zofia Malisz, de leur bureau international, et l'alliance de la Gauche européenne au Parlement européen, qui s'est exprimée lors de notre table ronde : La guerre de la Russie contre l'Ukraine – Résister à l'autoritarisme et à la renaissance du fascisme. Elle était accompagnée de Mick Antoniw, député travailliste au Parlement gallois, de Yuliya Yurchenko, économiste politique et représentante de la Confédération des syndicats libres d'Ukraine, et du député travailliste John McDonnell. La conférence a abordé l'évolution du paysage international suite à l'arrivée au pouvoir de l'administration Trump aux États-Unis et à la pression croissante pour imposer une paix injuste à l'Ukraine. En réponse, les délégué·es ont adopté une déclaration forte exposant la position de notre campagne sur l'axe Trump-Poutine et l'alternative de principe pour laquelle nous exhortons le mouvement syndical européen à se battre pour défendre l'Ukraine.

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La campagne de solidarité avec l'Ukraine réaffirme son soutien indéfectible au peuple ukrainien dans sa résistance courageuse à l'agression russe, qui a débuté en 2014 et s'est transformée en une invasion à grande échelle en février 2022. Contre toute attente, et malgré le refus de lui accorder toute l'aide internationale qu'elle mérite, l'Ukraine a empêché la Russie d'atteindre son objectif : l'asservissement et la destruction complets de la nation, de l'État et de la souveraineté ukrainiens.

À l'heure où l'Ukraine, malgré les pressions immenses exercées par près de quatre années de guerre totale, continue d'opposer une résistance farouche et a lancé une campagne aérienne remarquable contre la production russe, nous condamnons sans équivoque les tentatives de trahir l'Ukraine en imposant un plan approuvé par Trump.

Nous rejetons l'idée que le soi-disant plan en 28 points, rédigé en partie par le régime russe et présenté par les États-Unis, puisse servir de base à une paix juste et durable en Ukraine ou en Europe.

La plupart des Ukrainien·nes ont condamné à juste titre ces manœuvres, les qualifiant d'actes de capitulation et de trahison. Le plan proposé par Trump verrait la Russie, soutenue par son partenaire silencieux, la Chine, et les États-Unis traiter l'Ukraine comme un bien à se partager. Cela revient à un pillage néocolonial déguisé en souveraineté : cela renforce l'occupation russe, exclut les populations occupées de la gouvernance et bloque toute possibilité de renverser les conquêtes russes.

Le danger d'un rapprochement entre Washington et Moscou va au-delà du profit des oligarques américains et russes. La droite réactionnaire américaine partage des idées et des objectifs clés avec la Russie de Poutine, formant un axe qui s'étend à travers l'Europe et soutient les forces fascistes et autoritaires.

Les manœuvres de Washington, menées par des investisseurs vautours choisis de manière népotiste – à savoir Kushner et Witkoff – ont pour l'instant échoué, confrontées à la réalité que Moscou ne recherche pas la paix mais la victoire, et est prête à mener une guerre prolongée, confiante dans sa capacité à survivre au soutien international à l'Ukraine.

La menace qui pèse sur l'Ukraine et la démocratie mondiale est aggravée par l'incapacité des États européens à faire face à la réalité de la supercherie de Trump. Beaucoup ont accepté l'illusion selon laquelle Trump s'était retourné contre Poutine et agirait dans l'intérêt de l'Ukraine. Ce faisant, les dirigeant·es européens·ne ont trouvé des excuses et des accommodements aux plans de Trump, tentant, tel·les des alchimistes, de les transformer en quelque chose qu'ils ne pourront jamais être : des mesures en faveur d'une Ukraine libre.

En s'adaptant à Trump, les factions du capital et du travail au sein des gouvernements européens ont affaibli la démocratie face aux menaces internes croissantes des forces fascistes et autoritaires. Elles ont légitimé une stratégie qui sape la souveraineté de l'Ukraine, encourage la Russie et retarde une action européenne autonome qui pourrait aider efficacement l'Ukraine à résister à l'agression et à garantir une paix juste.

L'axe réactionnaire Trump-Poutine
Depuis février 2025, Washington cherche à contraindre l'Ukraine à accepter des conditions qui récompensent l'envahisseur, divisent le pays et consolident l'occupation russe.

* L'aide américaine à l'Ukraine a été suspendue et remplacée par des ventes d'armes lucratives à l'OTAN, qui ne couvrent qu'une fraction des besoins de l'Ukraine.

* Le partage de renseignements, essentiel pour l'alerte précoce des attaques de missiles russes, a été suspendu début mars pendant deux mois, puis rétabli avec un accès restreint, ce qui a entraîné des pertes importantes et enhardi la Russie.

* Les « sanctions ruineuses » promises ne se sont jamais concrétisées ; la loi sur les sanctions contre la Russie est restée en suspens.

* Le sommet de l'Alaska en août a offert une victoire au Kremlin, reproduisant le scénario d'apaisement des années 1930.

* Ce réalignement stratégique avec la Russie a normalisé un criminel de guerre inculpé et démantelé la pression exercée contre le régime.

* Les nouvelles sanctions visant à punir la guerre de conquête menée par la Russie ont disparu, la justice pour les crimes de guerre a été abandonnée et le fardeau de mettre fin à la guerre a été transféré du coupable à la victime.

Nous rejetons le mensonge de Trump et Poutine selon lequel la défaite de l'Ukraine serait inévitable ou l'effondrement du front imminent. Les difficultés auxquelles l'Ukraine est confrontée sont le résultat de l'incapacité des autres à fournir l'aide nécessaire. Ces discours visent à démoraliser la résistance et à camoufler la trahison.

Les enjeux sont importants
Si une « paix » récompensant l'invasion est imposée, elle renforcera les forces fascistes et autoritaires à l'échelle mondiale, accélérera la course vers de futures guerres et alimentera la prolifération nucléaire. Poutine a déjà déclenché quatre guerres pendant son règne ; les mêmes facteurs impérialistes et contre-révolutionnaires qui ont conduit la Russie à la guerre resteront présents, et la réaction se renforcera à l'intérieur du pays. Face à cela, nous exprimons notre solidarité avec les personnes persécutées en Russie qui s'opposent à l'invasion de l'Ukraine.

Le mouvement syndical britannique et européen ne doit pas se contenter d'observer passivement l'axe Trump-Poutine. Nous devons proposer une alternative et ne pas accepter le faux choix fabriqué par Trump.

L'alternative à la trahison consiste à modifier l'équilibre des forces avec la Russie et à rétablir la liberté de choix et l'autodétermination de l'Ukraine.

Nos revendications

En tant que campagne officielle de solidarité du mouvement syndical avec l'Ukraine, nous exigeons :

* Opposition à la réaction trumpiste
Reconnaître l'alignement de Trump sur Poutine comme une menace pour le progrès et la démocratie. Le mouvement syndical européen doit faire campagne pour une coopération internationale plus forte, en ralliant toutes les forces progressistes et de la classe ouvrière pour demander la fourniture urgente d'un soutien militaire et financier afin de garantir que l'Ukraine puisse agir librement, sans coercition ni dépendance vis-à-vis des États-Unis.

* Aide à l'Ukraine
Lancer un programme urgent pour réarmer l'Ukraine avec toutes les armes nécessaires, en donnant la priorité à l'Ukraine par rapport aux engagements préexistants avec des entités étrangères, et mobiliser et faciliter les volontaires pour aider les forces armées ukrainiennes. Pour modifier fondamentalement l'équilibre des pouvoirs contre l'impérialisme russe, restaurer la confiance en première ligne, renforcer les capacités militaires et rejeter toute perte de souveraineté.

* Mesures économiques
Les avoirs russes gelés doivent être transférés à l'Ukraine, sa dette internationale annulée et des sanctions totales imposées au régime de Poutine et à ses oligarques. Les entreprises britanniques doivent être interdites d'opérer en Russie, de commercer avec des entreprises russes ou d'acheter des produits fabriqués en Russie, et les contrats publics doivent être résiliés pour celles qui opèrent en Russie. Lorsque les gouvernements échouent, le mouvement syndical doit mener des campagnes pour boycotter le régime russe.

* Justice pour les crimes de guerre
Mettre en place des mécanismes internationaux pour que la Russie réponde de ses crimes de guerre, notamment le crime d'agression, le génocide et l'écocide : justice doit être faite. Les enfants ukrainien·nes enlevé·es doivent être rendu·es et les auteurs/autrices de ces crimes traduits en justice. Toute amnistie pour crimes de guerre est une trahison.

* Reconstruction de l'Ukraine
Soutenir une reconstruction progressive et socialement juste de l'Ukraine avec une pleine participation démocratique, en donnant plus de pouvoir aux syndicats et à la société civile. Retirer le projet de code du travail qui restreint les droits des travailleurs/travailleuses et mettre fin à toute aide du Parti travailliste britannique ou du gouvernement britannique à ceux qui poursuivent des réformes régressives. Tous les droits humains inscrits dans la constitution ukrainienne doivent être garantis par des politiques appropriées et financées de manière adéquate : logement, éducation, santé, travail, environnement sûr, etc.

* Annuler les coupes dans l'aide étrangère
La défense de l'Ukraine devrait être financée par la saisie des avoirs russes, l'imposition des milliardaires et des entreprises, et l'annulation des coupes dans l'aide étrangère. Un soutien total doit également être apporté aux victimes de l'agression russe, notamment par le sauvetage et la réhabilitation des enfants victimes de l'occupation.

Nous condamnons les sections du mouvement syndical qui promeuvent la fausse image de Trump en tant que pacificateur crédible, qui trahissent la gauche en refusant de soutenir l'Ukraine et qui, en s'opposant à l'aide, contribuent aux objectifs du Kremlin.

La campagne de solidarité avec l'Ukraine déclare : l'occupation n'est pas la paix. Avec ou sans accord conclu par Poutine et Trump, nous continuerons à faire campagne pour le retrait des troupes russes et pour une Ukraine libre et unie, libérée des oligarques et des occupants.

Rédigé et proposé par Christopher Ford, secrétaire
Adopté le 6 décembre à Londres
https://ukrainesolidaritycampaign.org/2025/12/07/standing-firm-for-ukraine-usc-agm-unites-against-authoritarianism-and-fascism/
Traduit par DE

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Etats-Unis/Venezuela : la guerre ou le deal ?

16 décembre 2025, par Grégory Rayko, Thomas Posado — , ,
Alors que Donald Trump exige qu'il démissionne, Nicolas Maduro refuse pour l'instant de quitter le pouvoir. Washington brandit la menace d'une intervention armée. Donald (…)

Alors que Donald Trump exige qu'il démissionne, Nicolas Maduro refuse pour l'instant de quitter le pouvoir. Washington brandit la menace d'une intervention armée.

Donald Trump l'a exprimé on ne peut plus clairement : il souhaite la chute du régime de Nicolas Maduro, au pouvoir au Venezuela depuis qu'il a pris en 2013 la suite d'Hugo Chavez. Pour cela, le président des États-Unis brandit diverses menaces : bombardements, opérations clandestines de la CIA, voire intervention militaire au sol. Lui qui se targue d'avoir mis fin à plusieurs guerres depuis son retour à la Maison Blanche il y a un an est-il sur le point d'en démarrer une ? Entretien avec Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine contemporaine à l'Université de Rouen-Normandie, auteur, entre autres publications, de Venezuela : de la révolution à l'effondrement. Le syndicalisme comme prisme de la crise politique (1999-2021) (Presses universitaires du Midi, 2023).

10 décembre 2025 | tiré du site alencontre.org Venezuela |Photo : Confidencial, site de Carlos F. Chamorro.
https://alencontre.org/ameriques/amelat/venezuela/etats-unis-venezuela-la-guerre-ou-le-deal.html

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Une déflagration militaire entre les États-Unis et le Venezuela vous semble-t-elle aujourd'hui possible ?

Je pense que oui, même si j'étais plutôt sceptique il y a encore peu de temps. Aujourd'hui, un tel développement est envisageable, mais sous quelle forme ? Une guerre ouverte entre les deux États et une intervention terrestre comparable à celles qu'on a connues en Irak ou en Afghanistan me semble hautement improbable. Ne serait-ce que parce que, pour envahir le Venezuela, il faudrait mobiliser au moins 100'000 hommes et il y aurait sans doute des pertes assez importantes du côté de l'US Army, ce qui ne serait pas bien pris par l'opinion publique états-unienne et, spécialement, par une bonne partie de la base trumpiste.

Les dernières interventions militaires de Washington sur le continent, c'était unilatéralement au Panama en 1989 et de manière multilatérale en Haïti en 1994. Deux petits pays de moins de 80'000 kilomètres carrés, alors que le Venezuela, c'est deux fois la France en superficie. Trump voudra sans doute éviter de plonger le pays dans un nouveau Vietnam ou un nouvel Afghanistan.

En revanche, des frappes ciblées ou des interventions terrestres extrêmement localisées — sur une raffinerie pétrolière par exemple — apparaissent comme des mesures crédibles au vu du déploiement militaire des États-Unis en mer des Caraïbes, et au vu de certaines actions que leurs forces armées ont conduites ces derniers mois — je pense notamment à leurs frappes contre l'Iran l'été dernier.

Trump a annoncé qu'il avait donné son feu vert à des actions clandestines de la CIA sur le territoire vénézuélien. De quoi pourrait-il s'agir, concrètement ?

Le fait même qu'on sache publiquement que Trump autorise des opérations secrètes de la CIA montre qu'il s'agit d'une manœuvre de communication. Le principe même des opérations secrètes est qu'elles ne sont pas claironnées à l'avance ! Il faut donc voir dans la déclaration de Trump avant tout un élément de pression psychologique sur l'adversaire.

Il n'empêche que cette annonce peut aussi avoir une traduction concrète. L'assassinat de certains hauts dirigeants vénézuéliens, voire de Maduro lui-même, est difficile à écarter. On sait en tout état de cause que ce n'est pas le respect du droit international qui bloquerait Donald Trump en la matière. Il a déjà ordonné ce type d'élimination de dignitaires étrangers — par exemple, pendant son premier mandat, celle du général iranien Ghassem Soleimani. L'assassinat extrajudiciaire est une mesure qui est présente dans le répertoire d'actions des États-Unis.

Autre possibilité : endommager gravement l'économie vénézuélienne en sabotant des infrastructures pétrolières. Une grande partie de l'électricité au Venezuela vient du barrage hydroélectrique de Guri, situé dans le sud du pays. Si vous touchez ce point, vous pouvez durablement impacter le réseau électrique du pays.

Vous avez dit que le droit international importait peu à Trump. Mais il doit tout de même composer avec la législation de son propre pays, s'il entend s'en prendre avec force à un État étranger…

Pour déclarer une guerre, il doit obtenir une majorité au Congrès, ce qui ne va pas de soi. Les votes sur la possibilité d'une guerre contre le Venezuela au Congrès des États-Unis sont toujours très serrés. Mais Trump tente de contourner cette règle. Il a classé comme « terroristes » des groupes comme le « Cartel de los Soles », dont il prétend qu'il serait dirigé par Maduro. En réalité, cette organisation n'existe pas vraiment, et n'a aucun lien structurel avec le gouvernement Maduro, selon les services de renseignement états-uniens eux-mêmes. Il n'empêche : Trump peut désormais prétendre qu'au Venezuela, il faut conduire une « opération antiterroriste ».

Il y a une dizaine de jours, Trump aurait eu une conversation téléphonique avec Maduro durant laquelle il aurait exigé que ce dernier démissionne et quitte le pays…

Il faut se méfier des déclarations des uns et des autres, mais apparemment, Trump aurait proposé à Maduro de s'exiler en Russie sous peine de représailles militaires et Maduro lui aurait répondu qu'il serait prêt à quitter le pouvoir, mais à condition que les sanctions soient levées ; qu'une centaine de dirigeants vénézuéliens soient amnistiés des accusation états-uniennes d'atteinte aux droits humains, de trafic de drogue ou de corruption ; qu'il continue à contrôler l'armée depuis son lieu d'exil ; et que sa vice-présidente, Delcy Rodriguez, assure un gouvernement par intérim. Conditions rejetées par Trump.

Du côté du pouvoir de Caracas, on a aussi laissé entendre que la discussion a été très cordiale et que Trump aurait invité Maduro à Washington — ce qui me semble peu crédible au vu des menaces qui pèsent sur le président vénézuélien, les États-Unis ayant promis 50 millions de dollars à quiconque faciliterait sa capture ! Je vois donc mal un sommet international entre les deux hommes ; mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a des manœuvres de communication de part et d'autre.

Trump veut un changement de régime, idéalement sans intervention militaire : cela représenterait une vraie victoire diplomatique pour lui. Maduro, lui, semble éventuellement disposé à accepter de quitter le pouvoir, mais à condition que la personne qui lui succédera maintienne la continuité — pour reprendre une expression classique, il est prêt à tout changer pour que rien ne change.

Qu'est-ce que Maduro peut céder pour obtenir un tel développement ?

Voilà des semaines que le camp Maduro tente de négocier pour faire baisser la pression. L'un des moyens d'y parvenir est de passer des accords préférentiels avec les entreprises états-uniennes, quitte à desserrer les liens commerciaux avec la Russie et la Chine, lesquels se sont développés ces dernières années.

L'administration Trump semble toutefois ne pas vouloir céder sur le changement de régime. Dans ce contexte, l'administration Maduro a tout intérêt à afficher sa combativité dans sa communication destinée au peuple vénézuélien : cela permet de remobiliser sa base sociale et de transformer le président impopulaire et autoritaire qu'il est en défenseur de la souveraineté vénézuélienne contre l'impérialisme états-unien. Mais on a bien conscience, à Caracas, de l'immense asymétrie des forces militaires. En cas de guerre, le premier budget militaire mondial affronterait le 57 ?.

À quel point Maduro est-il impopulaire ?

Selon les procès-verbaux de l'opposition vénézuélienne, lors de l'élection présidentielle de 2024, officiellement remportée par Maduro, il aurait en réalité recueilli 30% des suffrages. C'est minoritaire, mais ce n'est pas rien ! Pour autant, cela ne signifie pas que 30% des Vénézuéliens seraient prêts à se battre pour lui, mais il y a sans doute un noyau dur qui adhère vraiment à son discours et pourrait prendre les armes le cas échéant. Nicolas Maduro parle aussi volontiers des « milices bolivariennes » qui regrouperaient selon lui 2 millions, voire 4 millions de personnes. Ces chiffres sont sans doute exagérés mais, je le répète, une intervention au sol tournerait probablement au bourbier.

Pourquoi cette montée des tensions intervient-elle maintenant et pas il y a six mois, ou dans six mois, par exemple ?

Les explications sont sans doute multiples. D'une part, on peut y voir le poids croissant du secrétaire d'État Marco Rubio qui, à la différence de la partie isolationniste de l'administration Trump et du mouvement MAGA au sens large, est sur une ligne plutôt interventionniste, spécialement à l'encontre des gouvernements cubain et vénézuélien. En cela, il s'oppose à Richard Grenell, conseiller de Trump qui, quelques jours après l'entrée en fonctions de l'administration actuelle, s'était rendu à Caracas pour y négocier avec le régime de Maduro le renouvellement de l'allègement des sanctions promis par Joe Biden pour que Chevron puisse importer du pétrole vénézuélien aux États-Unis, en contrepartie de l'accord de Caracas de recevoir des vols de migrants vénézuéliens expulsés des États-Unis. Rubio semble avoir le dessus en ce moment, et il joue sans doute une partie importante de sa carrière politique sur ce dossier. Un changement de régime au Venezuela serait un succès dont il pourrait s'enorgueillir, ce qui pourrait le propulser à la vice-présidence, voire à la présidence, dès 2028.

D'autre part, cette focalisation sur le Venezuela peut aussi répondre à la nécessité, pour Trump, de faire diversion de son incapacité à obtenir la paix en Ukraine. Enfin, il n'est pas impossible qu'il y ait aussi chez lui le calcul de détourner l'attention du grand public vers le cas vénézuélien à un moment où les révélations embarrassantes pour sa personne se multiplient dans l'affaire Epstein…

Qui sont ces Vénézuéliens que Trump expulse déjà et veut continuer d'expulser vers Caracas ? Ne s'agit-il pas, en partie au moins, de gens ayant quitté leur pays par hostilité envers Maduro ?

C'est tout le paradoxe ! Cela dit, les immigrés politiques sont minoritaires même si l'immense majorité des migrants vénézuéliens sont hostiles à Maduro. Majoritairement, cette immigration est de nature économique. La plupart de ces gens sont partis à cause des conditions dramatiques dans lesquelles ils vivaient chez eux.

Qui sont les principaux leaders de l'opposition vénézuélienne à Maduro ?

La tête de gondole de l'opposition, c'est Maria Corina Machado, la récente prix Nobel de la paix, qui est une dirigeante politique reconnue dans tout le pays. Elle se trouve probablement au Venezuela, mais dans la clandestinité. Edmundo Gonzalez, le candidat de l'opposition unie qui a affronté Maduro à la présidentielle de 2024, est une personne relativement âgée, relativement inconnue de la population jusqu'au scrutin de l'année dernière, qui a servi de prête-nom à l'opposition dans cette élection face aux obstacles institutionnels que le gouvernement Maduro opposait à d'autres candidats. Juan Guaido, qui s'était autoproclamé président après la présidentielle de 2018, est aujourd'hui hors jeu. Il est exilé aux États-Unis et ne semble plus en mesure de jouer un rôle majeur. Il pourrait redevenir ministre en cas de changement de régime, mais il n'est plus une figure de premier plan.

Si changement de régime il y a, Machado et ses alliés pourraient-ils rapidement le remplacer et mettre le pays sur une nouvelle voie ?

Il n'est pas facile de passer de leaders dans la clandestinité à dirigeants d'un pays en proie à de très graves difficultés économiques. Il faut rappeler à cet égard que, entre 2014 et 2020, le pays a perdu 74% de son PIB, une crise sans précédent pour un pays qui n'est pas en guerre. Depuis 2020, on a assisté à un certain redémarrage de l'économie, du fait de l'assouplissement des sanctions promues par Joe Biden. Ce redémarrage s'est fait aussi au prix d'une dollarisation de l'économie, c'est-à-dire que l'on a essayé de redynamiser l'économie en attirant des capitaux en dollars, ce qui a d'ailleurs accru les inégalités. De fait, la situation du Venezuela reste terrible. Les salaires sont très bas, les conditions de vie sont extrêmement difficiles, avec des pénuries d'électricité, des pénuries d'eau, des pénuries d'essence… d'où d'ailleurs une émigration colossale. Près d'un quart des habitants auraient quitté le pays, essentiellement pour des États voisins, mais aussi pour les États-Unis et pour l'Espagne.

En cas de changement de régime, l'opposition arriverait avec un leadership national, oui ; mais il lui faudrait aussi tout un réseau de cadres, ce qui serait difficile à rebâtir, parce que cela fait plus de 25 ans que le chavisme est au pouvoir.

Mais de toute façon, tout cela, c'est dans le scénario rêvé où il n'y aurait pas de résistance et où le chavisme s'effacerait sans résistance. Machado exige un changement de régime total. Dans sa vision, le régime serait balayé, il y aurait une liesse populaire, les militaires fuiraient ou se convertirait en alliés du nouveau régime.

Cette vision peut sembler trop optimiste pour certains dans l'opposition, dont certains leaders, comme Henrique Capriles (candidat aux présidentielles de 2012 et de 2013), estiment qu'il faudra passer par une transition pacifique et donc par des négociations avec le camp chaviste afin d'aboutir à une réconciliation. L'opposition vénézuélienne n'est pas unie et alignée sur une seule posture.

Est-il encore possible que tout cela s'apaise dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines ?

Trump a besoin d'un changement notable à Caracas pour pouvoir se vanter d'une victoire. Maduro pourrait partir et établir à sa place un régime de transition piloté par Delcy Rodriguez, mais Rubio et l'opposition vénézuélienne veulent plus que cela. En réalité, il est très compliqué d'imaginer une option qui arrive à satisfaire à peu près toutes les parties prenantes.

Il reste qu'un deal « à la Trump » n'est pas impossible : il a déjà surpris son monde par le passé en menaçant un pays avant de s'afficher avec son leader — je pense à son rapprochement avec la Corée du Nord durant son premier mandat. Mais le Venezuela, pour la classe politique des États-Unis, pour une bonne partie de leurs électeurs latinos, notamment, revêt une importance bien plus grande que la Corée du Nord. La voie d'un règlement pacifique paraît donc à ce stade difficile à envisager… (Entretien publié sur le site The Conversation le 5 décembre 2025)

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Asie du Sud : « Les managers nous crient dessus en nous disant que si nous rejoignons le syndicat, nous serons aussi renvoyés »

16 décembre 2025, par Amnistie internationale — , , , , ,
L'industrie mondiale de l'habillement fait depuis longtemps l'objet d'un examen pour les atteintes aux droits humains signalées dans ses chaînes d'approvisionnement et son (…)

L'industrie mondiale de l'habillement fait depuis longtemps l'objet d'un examen pour les atteintes aux droits humains signalées dans ses chaînes d'approvisionnement et son modèle commercial.

Tiré de Entre les lignes et les mots

En Asie du Sud, les travailleurs·euses, en particulier les femmes, sont systématiquement privés de leurs droits en raison de contrats informels et précaires, de salaires de misère, de discriminations et de conditions de travail précaires.

Lorsque les travailleurs et travailleuses essaient de faire entendre leurs voix, ils sont ignorés. Lorsqu'ils tentent de s'organiser, ils sont menacés et licenciés. Enfin, lorsqu'ils protestent, ils sont battus, on leur tire dessus et on les arrête. – Taufiq*, membre d'une ONG de défense des travailleurs et travailleuses au Bangladesh

Dans les quatre pays étudiés, les ouvrières et ouvriers du textile ont déclaré qu'ils n'adhèrent pas à des syndicats par crainte de répercussions de la part des employeurs. Tous les syndicalistes interrogés par Amnesty International ont décrit un climat de peur dans lequel les contremaîtres et les directeurs d'usine harcèlent, licencient et menacent fréquemment les ouvrières et ouvriers au motif qu'ils fondent un syndicat ou en font partie, en violation flagrante de leur droit à la liberté d'association.

« Lorsque les travailleurs et travailleuses essaient de faire entendre leurs voix, ils sont ignorés. Lorsqu'ils tentent de s'organiser, ils sont menacés et licenciés. Enfin, lorsqu'ils protestent, ils sont battus, on leur tire dessus et on les arrête », a déclaré Taufiq*, employé d'une ONG qui défend les droits du travail au Bangladesh.

« Les violations des droits humains sont quotidiennes, dans chaque usine »

Les autorités des quatre pays se servent de nombreux moyens pour dissuader les travailleurs·euses de s'organiser ou les priver de leurs droits du travail par des pratiques antisyndicales, en entravant le droit de grève, comme les obstacles spécifiques à l'organisation syndicale dans les zones économiques spéciales (ZES), et en remplaçant les syndicats indépendants par des organes alliés de la direction.

Au Bangladesh, des restrictions juridiques privent les travailleurs et travailleuses du droit à la liberté syndicale dans les nombreuses zones économiques spéciales (ZES) où la majeure partie des vêtements sont confectionnés. Les ouvrières et ouvriers sont encouragés à constituer des associations ou des comités d'aide sociale, dont les moyens d'organisation et de représentation sont limités. Les autorités répriment avec violence les manifestations des travailleurs de l'habillement et instrumentalisent la loi pour sanctionner celles et ceux qui participent à des manifestations largement pacifiques.

En Inde, un grand nombre d'ouvriers et ouvrières à domicile dans l'industrie de l'habillement, qui travaillent en dehors de l'usine à la broderie ou à la finition des vêtements, ne sont pas reconnus comme des employés par le droit du travail du pays et ne peuvent donc pas bénéficier d'une retraite, d'allocations de protection sociale liées à l'emploi ou d'une affiliation à un syndicat.

Au Pakistan, les ouvrières et ouvriers de l'industrie textile luttent au quotidien pour obtenir un salaire minimum et des contrats de travail. Le sous-paiement des salaires en raison de l'absence de contrôles et de contrats en bonne et due forme, est endémique. En outre, la décentralisation de l'administration du droit du travail, ainsi que la répression antisyndicale généralisée imputable au gouvernement, ont conduit à un déni effectif du droit à la liberté syndicale pour les travailleurs et travailleuses des zones économiques spéciales (ZES).

Au Sri Lanka, les ouvrières et ouvriers des zones franches d'exportation (ZFE) se voient privés de leur droit à la liberté syndicale par des mesures administratives trop complexes qui dressent des obstacles souvent insurmontables à la formation d'un syndicat. Ceux qui parviennent à se syndiquer subissent harcèlement et intimidation, et sont souvent licenciés, car les autorités de l'État ne les protègent pas contre les représailles des propriétaires d'usines.

Les grandes enseignes mondiales de la mode – un allié précieux des gouvernements répressifs

Les entreprises de la mode contribuent à la vulnérabilité des ouvrières et ouvriers, car elles n'assument pas leurs responsabilités en matière de droits humains, transformant la diligence requise et les codes de conduite en QCM. Elles permettent le développement de chaînes d'approvisionnement opaques et se montrent disposées à se fournir en main-d'œuvre auprès de gouvernements et de partenaires commerciaux qui ne contrôlent pas les mauvaises pratiques au travail et n'y remédient pas, ou répriment activement la liberté syndicale. Du fait de l'absence de législation sur le devoir de diligence dans de nombreux pays, les marques ne sont pas tenues de rendre des comptes sur leurs chaînes d'approvisionnement, ce qui favorise une industrie d'extraction et d'exploitation. Lorsque ces lois existent, leur mise en œuvre et leur portée sont encore en projet.

Aux termes du droit international et des normes internationales, notamment des Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme et des Principes directeurs à l'intention des entreprises multinationales de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les entreprises de la mode sont tenues d'identifier et de traiter tous les risques et les répercussions de leurs activités sur les droits humains en faisant preuve de la diligence requise à toutes les étapes de leur chaîne d'approvisionnement. Cependant, dans la plupart des États producteurs de vêtements, du fait de l'absence de législation contraignante, les atteintes aux droits des ouvrières et ouvriers s'enracinent dans les chaînes d'approvisionnement, sans que des mesures réelles ne soient prises en vue d'y remédier. En outre, les gouvernements des pays où ces marques mondiales ont leur siège n'ont pas pris de mesures afin d'empêcher les atteintes commises à l'étranger par des entreprises relevant de leur juridiction.

En raison du manque de transparence des chaînes d'approvisionnement mondiales, peu d'éléments permettent de déterminer si les politiques en matière de droits humains sont ou non mises en œuvre au niveau des usines. Les 21 enseignes de mode et détaillants interrogés ont tous des codes de conduite pour les fournisseurs, ou des politiques ou principes liés aux droits humains, qui affirment que l'entreprise s'engage à protéger le droit à la liberté syndicale des ouvrières et ouvriers. Malgré ce soi-disant engagement de la part des marques, Amnesty International a constaté que très peu de syndicats indépendants sont actifs au niveau des chaînes d'approvisionnement des entreprises de mode dans les quatre pays. Ce déni de la liberté syndicale et de négociation collective entrave les initiatives visant à prévenir, atténuer et réparer les violations des droits humains émaillant les chaînes d'approvisionnement.

« L'accès à la justice est généralement très limité pour toutes les femmes… et c'est encore plus vrai pour les femmes dalits »

En Asie du Sud, la majorité de la main-d'œuvre de l'industrie textile est constituée de femmes, qui sont souvent des migrantes rurales ou des membres de castes marginalisées. Malgré leur nombre, elles sont sous-représentées dans la direction des usines, ce qui reproduit fréquemment le système patriarcal qui règne à l'extérieur, ainsi que les discriminations existantes fondées sur la classe, l'ethnie, la religion et la caste.

Les ouvrières du secteur de l'habillement déclarent subir régulièrement des actes de harcèlement, des agressions et des sévices physiques ou sexuels sur leur lieu de travail. Pourtant, elles obtiennent rarement justice. En raison de l'absence de mécanismes efficaces et indépendants pour recevoir leurs plaintes dans les usines dirigées par des hommes, des restrictions cautionnées par l'État en matière d'organisation et des menaces des employeurs vis-à-vis de celles qui se syndiquent, leurs souffrances perdurent.

« J'ai subi des attouchements physiques et des violences verbales. Aucun membre de la direction n'a voulu prêter attention à ma situation, alors j'ai demandé à d'autres femmes de s'organiser. J'ai été menacée de licenciement à de nombreuses reprises », a expliqué Sumaayaa*, une syndicaliste de Lahore, au Pakistan.

« La liberté syndicale est la clé qui ouvre la porte au changement dans l'industrie »

Comme l'a résumé le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit de réunion pacifique et la liberté d'association dans un rapport de 2016, « [L]es travailleurs privés de leurs droits de réunion et de libre association ont peu de moyens d'action pour faire évoluer des situations qui accentuent la pauvreté, creusent les inégalités… » Le Comité du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) indique clairement que « les droits syndicaux, la liberté syndicale et le droit de grève sont déterminants pour l'instauration, la préservation et la défense de conditions de travail justes et favorables ».

Amnesty International demande aux États de veiller à ce que toutes les ouvrières et tous les ouvriers puissent exercer leur droit à la liberté syndicale et à la négociation collective, notamment en ayant la possibilité de constituer des syndicats et d'y adhérer au niveau des usines. Les États doivent aussi enquêter sur toutes les violations éventuelles de la législation du travail et d'autres lois pertinentes. En cas d'infraction avérée, ils doivent dûment sanctionner les employeurs, y compris par le biais de poursuites en justice, et accorder des réparations adéquates et en temps voulu aux personnes lésées.

Les entreprises doivent de toute urgence prendre des mesures concrètes afin de protéger les droits des travailleurs·euses dans leurs chaînes d'approvisionnement et de favoriser l'autonomisation des ouvrières. Il importe de mettre en place un système de diligence raisonnable obligatoire afin de garantir que les marques demandent des comptes aux usines sur l'ensemble de leur chaîne d'approvisionnement mondiale et, surtout, qu'elles garantissent des voies de recours aux victimes de violations des droits humains et permettent de prévenir toute violation future.

L'heure est venue d'élaborer une stratégie d'approvisionnement respectueuse des droits humains pour l'industrie mondiale de l'habillement. – Agnès Callamard

« L'heure est venue d'élaborer une stratégie d'approvisionnement respectueuse des droits humains pour l'industrie mondiale de l'habillement. Une stratégie qui garantisse une véritable liberté syndicale, sanctionne les entraves à son exercice, interdise les représailles contre les syndicats et réexamine l'approvisionnement auprès de tout site qui priverait les travailleurs et travailleuses du droit à la liberté syndicale et à la négociation collective, a déclaré Agnès Callamard.

« La réussite économique de l'industrie de l'habillement doit aller de pair avec la réalisation des droits des travailleuses et travailleurs. La liberté syndicale est essentielle pour lutter contre les violations de leurs droits. Elle doit être protégée, promue et défendue. »

* Noms modifiés pour préserver l'anonymat.

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La production lucrative de poisons (I)

16 décembre 2025, par Ian Angus — ,
« La plus alarmante de toutes les agressions de l'homme contre l'environnement est la contamination de l'air, de la terre, des rivières et de la mer par des matières (…)

« La plus alarmante de toutes les agressions de l'homme contre l'environnement est la contamination de l'air, de la terre, des rivières et de la mer par des matières dangereuses, voire mortelles. Cette pollution est en grande partie irrémédiable ; la chaîne de malheurs qu'elle déclenche non seulement dans le monde qui doit soutenir la vie, mais aussi dans les tissus vivants, est en grande partie irréversible. » — Rachel Carson [1]

Tiré de A l'Encontre. Photo : De la mousse PFAS s'accumule au barrage de Van Etten Creek dans le canton d'Oscoda, dans le Michigan.

Par Ian Angus, 5 décembre 2025

L'une des caractéristiques fondamentales du capitalisme est sa volonté d'innover, de trouver de nouveaux moyens de générer des profits et d'accumuler du capital, le plus rapidement possible. Les défenseurs du système présentent généralement cela comme un bienfait absolu, mais [un produit] différent n'est pas synonyme d'[un produit] meilleur. Trop souvent, ces nouveaux produits profitables ont des effets secondaires mortels qui ne sont découverts (ou rendus publics) qu'après leur utilisation généralisée. [A propos du « différent » et du « meilleur », Stéphane Fourcart dans sa rubrique du Monde écrivait le 20 novembre 2025 : « Célèbre insecticide interdit dans ses usages agricoles dans les années 1970 un peu partout dans le monde, le DDT avait conduit à la quasi-disparition de plusieurs espèces d'oiseaux, aux Etats-Unis notamment. Cependant, sa létalité pour les insectes est considérablement plus faible que celle de l'imidaclopride [qui n'a été interdit qu'en 2018 en France et en Suisse en 2019]. La toxicité aiguë de ce dernier pour l'abeille domestique est plus de 8000 fois supérieure à celle du vieil organochloré. »]

Comme l'a écrit le philosophe marxiste István Mészáros, le capitalisme « n'est capable d'adopter des mesures de correction qu'après que le mal a été fait ; et même ces mesures correctrices ne peuvent être introduites que sous une forme très limitée ». [2]

Ce problème s'est accentué au cours des XXe et XXIe siècles, les entreprises chimiques ayant développé de plus en plus de produits et de composants chimiques qui n'ont pas d'équivalent naturel. Dans la plupart des cas, nous n'avons aucune idée des dommages qu'ils pourraient causer à court ou à long terme, ou en combinaison avec d'autres substances, car ils n'ont jamais été testés correctement, voire pas testés du tout.

Combien y en a-t-il ? Nous ne le savons pas. Il n'existe aucune base de données internationale répertoriant tous les produits chimiques actuellement commercialisés, ni leurs effets, et les différentes bases de données nationales ont des exigences différentes en matière d'enregistrement et d'informations fournies.

Une étude publiée en 2020 a recensé plus de 350'000 produits chimiques et mélanges de produits chimiques différents dans 22 inventaires gouvernementaux de 19 pays d'Amérique du Nord et d'Europe.

Parmi ces substances, l'identité chimique de plus de 50'000 de celles enregistrées est considérée comme relevant d'un secret commercial, et dans 70'000 autres cas les informations fournies étaient insuffisantes. [3] Nous ne savons donc rien des effets possibles de plus d'un tiers des produits chimiques enregistrés dans le commerce !

Ces chiffres n'incluent pas l'Asie, où la production totale de produits chimiques est 2,5 fois supérieure à celle de l'Europe et de l'Amérique du Nord. [4] Même en tenant compte d'un important chevauchement entre les régions, il pourrait y avoir plus d'un demi-million de substances chimiques différentes en cours de production. Et il existe peu ou pas d'informations publiques sur la plupart d'entre elles.

Dans quelle mesure est-il probable que ces données incluent des produits chimiques dangereux pour la vie ? C'est tout à fait certain. [Dans Le Monde du 3 décembre 2025, Stéphane Foucart écrit : « Une étude de 2000 qui concluait à la sûreté du célèbre herbicide (glyphosate), largement citée depuis lors, vient d'être officiellement désavouée par la revue Regulatory Toxicology and Pharmacology qui l'avait publiée. Les scientifiques signataires sont suspectés d'avoir endossé un texte préparé par des cadres de Monsanto. »]

Tout d'abord, les produits chimiques enregistrés comprennent des milliers de pesticides qui, par définition, tuent les organismes vivants. Rien qu'aux États-Unis, environ 390'000 kilogrammes de pesticides sont utilisés chaque année dans les exploitations agricoles, sur les pelouses et ailleurs. [5] Il n'est pas nécessaire de les utiliser pour être exposé à un risque : en 2023, le département de l'Agriculture des Etats-Unis a trouvé des résidus de pesticides dans plus de 60% des échantillons alimentaires qu'il a testés. [6] L'ONU estime que 200'000 personnes meurent chaque année d'un empoisonnement aigu aux pesticides, presque toutes dans des pays pauvres où la réglementation est faible ou inexistante. [7]

Les pesticides ne sont pas les seuls produits chimiques enregistrés qui sont mortels. Aux États-Unis, la loi sur le contrôle des substances toxiques (Toxic Substances Control Act) oblige les industries à enregistrer toutes les substances qu'elles fabriquent, distribuent, utilisent ou éliminent et qui « peuvent présenter un risque déraisonnable pour la santé ou l'environnement ». En 2025, le registre comprenait 86'862 substances de ce type, dont la moitié (42'578 substances) sont actuellement utilisées par des entreprises états-uniennes. [8]

C'est beaucoup trop pour pouvoir les surveiller toutes, mais au moins ces substances ont été enregistrées. Plus inquiétante encore est une catégorie non officielle qui pourrait être beaucoup plus importante : les substances qui présentent un risque inconnu ou délibérément dissimulé pour la santé ou l'environnement. (Article publié sur le site Climate&Capitalism le 30 novembre 2025 ; traduction rédaction A l'Encontre ; à suivre)


1. Rachel Carson, Silent Spring (Hughton Mifflin, 1962), 6. La première édition en français a été publiée en 1963 par Plon, avec pour titre Printemps silencieux.

2. István Mészáros, The Challenge and Burden of Historical Time (Monthly Review Press, 2008), 383.

3. Zhanyun Wang et al., “Toward a Global Understanding of Chemical Pollution : A First Comprehensive Analysis of National and Regional Chemical Inventories,” Environmental Science and Technology, January 2020.

4. UNEP, Global Chemicals Outlook II : From Legacies to Innovative Solutions, United Nations Environment Program, 2019.

5. Pesticides, US Geological Survey, https://www.usgs.gov/centers/ohio-kentucky-indiana-water-science-center/science/pesticides.

6. USDA, Pesticide Data Program Annual Summary Calendar Year 2023, U.S. Department of Agriculture Agricultural Marketing Service, 2024, 19.

7. Report of the Special Rapporteur on the right to food, UN Human Rights Council, 2017.

8. U.S. Environmental Protection Agency, “Now Available : Latest Update to the TSCA Inventory,” press release, August 14, 2025.

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