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Beaucoup de gens sont furieux contre les Démocrates. Bernie Sanders sait pourquoi

28 octobre 2025, par John Nichols — , ,
La direction du parti démocrate est très loin d'où les Américains.es se trouvent. Il est effrayant de constater l'ampleur de la colère et du mépris qu'on lui voue. John (…)

La direction du parti démocrate est très loin d'où les Américains.es se trouvent. Il est effrayant de constater l'ampleur de la colère et du mépris qu'on lui voue.

John Nichols, The Nation, 14 octobre 2025
Traduction, Alexandra Cyr

Les sondages des derniers mois nous révèlent que pendant que le niveau d'approbation de D. Trump est à la baisse tout comme celui du Parti républicain, celui du Parti démocrate est encore pire. The Christian Science Monitor le souligne : « C'est sa propre base qui le met dans cette situation. Un récent sondage CNN démontre que l'électorat démocrate voit son parti bien plus négativement que celui du Parti républicain. Durant les débats public locaux, les Démocrates frustrés.es disent vouloir que leur représentants.es soient plus vigoureux.ses (dans leurs attaques) contre l'administration Trump ». D'autres sondages mettent en évidence la colère des militants.es de terrain contre la direction de leur Parti. On lui attribue son incapacité à structurer une opposition cohérente contre les Républicains au Congrès et d'élaborer des positions fortes sur les enjeux d'actualité.

Bernie Sanders partage ces frustrations. Le Sénateur indépendant du Vermont et deux fois candidat à la nomination à la candidature démocrate à la présidence, a passé ces derniers mois à parcourir le pays avec un message : Combattre l'oligarchie. Des foules massives ont participé à ces événements que ce soit dans les États démocrates ou même les plus républicains. Il présente une idée puissante de sens, tirées de son expérience : ce Parti a besoin d'une nouvelle direction. En cohérence avec cela, il appuie des candidatures rebelles dans les primaires démocrates et dans des États où l'organisation démocrate est atrophiée. Il déclare être aussi prêt à endosser des candidatures indépendantes. Il passe à l'action et endosse le socialiste démocrate, Zohran Mamdani candidat à la mairie de New-York. Mais si le Sénateur est enthousiasmé par cette campagne, la direction du Parti démocrate a refusé cette position.

The Nation : Cela vous donne une perspective incomparable sur le Parti. Vous êtes sans doute un de ceux et celles qui a le plus réfléchi sur lui dans le pays. Donc, au point où nous en sommes, alors que bien des gens se débattent de savoir à quoi il tient, où en est la direction, donnez-nous une idée de votre pensée actuelle sur ce dont il souffre.

B. Sanders : Je pense que la réponse évidente a été répétée cinq millions de fois : (la direction) du Parti est loin, très loin de la population ordinaire. Sauf exceptions, chaque État est un peu particulier. Le Parti démocrate, comme ses dirigeants.es est composé de personnes qui ont de l'argent, de consultants.es et de politiciens.nes qui travaillent avec des gens qui ont de l'argent et font affaire avec des consultants.es. Donc, si vous jetez un coup d'œil sur le nombre de dirigeants.es du Parti qui occupent leur fonction, est-ce qu'ils et elles organisent des rallyes électoraux, parlent aux gens ordinaires ? Ça leur est impossible parce que personnes n'y ira, il n'y a rien à voir. La recherche de financement leur prend un temps fou. S'attaquer aux gens qui leur apportent de l'argent n'est pas à l'ordre du jour.

J'en ai été vraiment surpris et je n'en ai pas pris la mesure avant que je ne fasse campagne pour la présidence. Et aussi à quel point le Parti est faible dans presque tout le pays. Il leur a fallu s'arracher les cheveux pour me battre. J'ai démarré à 1% dans les sondages sans argent, sans soutien, rien.

J'ai découvert que ce Parti est un tigre de papier. Une coquille vide. En 2016, nous avons conçu nos horaires, pour être présents.es aux événements du Parti, avoir un ralliement le même jour. Nous étions dans les mêmes communautés, Une pierre, deux coups. Donc, en après-midi nous avions un ralliement ; environ 10,000 personnes y participaient. Elles étaient jeunes, excitées et impliquées dans l'activité. Le soir, c'était celui bien officiel du Parti démocrate. Il y avait 200 personnes, plus âgées, des gens d'affaire, des avocat.es, des politiciens.nes. C'était le jour et la nuit. Deux mondes bien différents.

De toute évidence l'avenir est avec les jeunes, les gens de couleur, les membres des syndicats etc. etc. Mais la direction du Parti ne semble pas reconnaitre cela. Récemment je suis allé en Virginie occidentale. J'y ai rencontré quelques une des meilleures personnes. Dans cet État, le Parti n'a qu'une seule personne qui travaille à temps plein, presque rien. C'est probablement de même dans cinq ou dix États au pays où les Démocrates n'ont presque aucun.e représentant.e dans les législatures, n'y ont pas de gouverneur et pas d'élus.es à Washington. La base démocrate s'est complètement effondré dans ces zones. Je pense que la situation n'est pas solide dans les États traditionnellement démocrates comme New York par exemple où le monde ordinaire n'entend pas grand-chose (de la part du Parti).

Pour savoir où se situe ce Parti il faut regarder la campagne de Zohran Mamdani à la mairie de New York, en ce moment. C'est un condensé de tout ça. On pourrait penser qu'un candidat qui réussit à engager, selon ce que j'ai entendu, 50,000 bénévoles, énormément d'enthousiasme et gagne la primaire démocrate sans dépenses excessives, rendrait le leadership du Parti excité, enthousiaste. C'est un candidat qui soulève l'énergie des jeunes, des travailleurs.euses ; grand Dieu, à l'époque Trump, quel moment extraordinaire !

Mais la direction du Parti déclare : « Nous ne pouvons le soutenir parce qu'il dit ce que 75% Démocrates disent à propos d'Israël, pas d'argent pour Netanyahu ; nous ne pouvons le soutenir ». Ça frise l'absurde. Ça ne fait même pas rire. C'est pathétique. Donc, il y la direction démocrate dans l'État de New York, si je comprends bien, qui n'a pas encore indiqué qu'elle soutiendrait ce candidat qui a gagné haut la main la nomination dans le Parti. Qui représentent-elle ? Les 75% qui ne veulent pas qu'on donne de plus l'argent à Netanyahu ? Je suppose que non. Est-ce qu'elle représente la vaste majorité des gens qui ont voté Mamdani dans la primaire ? Je suppose que non.

The Nation : Pourquoi un tel fossé entre cette direction et son propre électorat ?

B.S. : Elle ne veut pas ouvrir la porte ; de fait elle est plutôt vigoureuse à ne pas le faire. Donc, si la porte reste ouverte c'est par effraction. Vous ne demandez pas la permission vous annoncez que vous êtes là. Je pense que la campagne de Mamdani cristallise bien cela. Parce que si la direction du Parti ne peut soutenir son candidat qui a obtenu la nomination, qu'est-ce que ce Parti ? Qu'est-il au juste ?

The Nation : C'est une dynamique intéressante, c'est très inégal, très injuste pour ce qui est des soutiens. N'est-ce pas ? Si un.e modéré.e gagne la primaire, alors les leaders envoient ce message aux progressistes : « Vous devez embarquer maintenant. Vous devez prouver votre soutien, être loyaux envers le Parti ».

B.S. : Oui, c'est exact. Encore une fois, vous avez absolument raison. Mais ça ne fonctionnera plus. Plus personne ne croit en ça maintenant. C'est du passé. Le Parti démocrate ne peut même plus rêver de nous dire : « Mary Smith a gagné. Vous n'aimez peut-être pas ses politiques mais elle est la Démocrate désignée. Vous êtes progressiste, vous devez la soutenir ». C'est fini ça. Plus personne ne le prend au sérieux. S'ils ne peuvent soutenir Mamdani, évidemment qu'ils ne peuvent demander ça à personne.

Ajout : Quelqu'un.e gagne la primaire avec un grand enthousiasme, avec un activisme soutenu de la base et leur réponse est : « Nous ne pouvons vous soutenir ». D'après vous, quel est l'avenir du Parti démocrate ? Est-ce le lien avec l'intelligence artificielle et sont appui financier ? Je ne le crois pas.

The Nation : Creusons un peu plusieurs choses que vous venez de dire. Vous parlez de ce que vous avez vu dans le pays : dans certains États, le Parti démocrate est atrophié, presque inexistant. J'ai l'impression que c'est encore plus vrai dans les comtés, au niveau local. Mais d'une certaine façon, n'est-ce pas une ouverture pour les progressistes ? N'y a-t-il pas des endroits où les gens pourraient voter démocrate, être le Parti démocrate ?

B.S. : Quelqu'un de Virginie occidentale je crois, me disait récemment que dans certaines élections locales, les Démocrates n'avaient aucun candidat, zéro candidat. Alors, si vous n'avez rien, quand vous n'êtes pas un Parti, est-ce qu'il peut y avoir quelqu'un.e intéressé.e à devenir candidat.e ? Probablement mais cela veut dire autre chose : quand vous pensez à un Parti, peut-être suis-je vieux jeu et conservateur, vous pensez à des centaines de personnes qui vont se réunir à la base pour désigner un.e candidat.e et le ou la soutenir ; l'énergie allant de bas en haut. Ce n'est pas du tout ce qui occupe le Parti démocrate.

Voulez-vous savoir à qui les leaders du Parti porte attention pour réfléchir à ce sujet : je me rappelle quand J. Biden a démissionné (de la candidature présidentielle) ou juste avant, le New York Times avait un article en première page à propos de toutes ces personnes, qui sont, maintenant, la classe des donnateurs.trices comme ils le disent qui déclaraient que A.B.C. sont les bons.nes candidats.es. Cette classe dit ceci et sans plus se cacher maintenant. D'accord, les riches décident qui sera candidat.e, fournissent l'argent et (c'est leur candidat.e). Pendant ce temps, comme je l'ai dit, dans cinq ou dix État, le Parti existe à peine. Comment pouvez-vous vous présenter comme un Parti national si vous êtes à peine présent dans cinq ou dix États dans le sud ou à l'ouest ?

The Nation : Donc, 2026 approche et vous encouragez des candidats.es à se présenter et vous faites campagne pour ces personnes. La plupart du temps se sont des candidatures qui ne sont pas au diapason avec la direction du Parti. Certains.es se présentent comme indépendants.es. Pensez-vous que le Parti soit à un moment critique ? Comment devrions-nous voir cela ?

B.S. : Il faut comprendre que ce n'est pas qu'un enjeu américain. Les Partis centristes comme le Parti démocrate sont en chute libre partout dans le monde. Je suis allé au Royaume Uni récemment. Savez-vous quel est le Parti en tête là en ce moment ? C'est le Reform Party, un Parti d'extrême droite.

The Nation : (Dont le chef) est Nigel Farage, un ami de D. Trump.

B.S. : Exactement. Il gagne. Il a une bonne longueur d'avance. Le Partir Travailliste est comme le Parti démocrate ; il ne défend rien. Vous vous souvenez de l'ancien dirigeant du Parti Travailliste, Jeremy Corbyn ; il est en train de fonder un nouveau Parti. C'est comme ça partout à travers le monde.

The Nation : Les Partis traditionnellement centristes, de centre gauche qui ont gouverné des pays sont maintenant battus. L'électorat les rejette.

B.S. : Il y a le Parti démocrate, le Parti travailliste en Angleterre, en Allemagne les Socio-démocrates sont dans la peine ; tous les Partis centristes qui étaient à une certaine époque en lien avec la classe ouvrière dans leur pays sont en difficulté. On peut donc se poser la question de l'existence du Parti démocrate à l'avenir. Il peut tomber complètement comme le Whig Party. C'est possible. Mais le nom a un sens.

Si vous vous demandez s'il est concevable que de bonnes personnes prennent ce Parti en mains et le transforme en parti de la classe ouvrière, multigénérationnel qui accepte divers points de vue, vous pouvez vous dire que c'est une possibilité. Mais je pense que les gens se demandent maintenant si ça vaut la peine de se battre pour ça. Pour combattre D. Trump, est-ce qu'ils veulent l'intelligence artificielle avec le Parti démocrate, ou former un nouveau Parti ? C'est ce dont on parle en ce moment en Angleterre. J. Corbin s'y attaque. Et je parie qu'il a conclu que le Parti travailliste était sans issue. Et je pense que beaucoup de personnes en pensent autant du Parti démocrate en ce moment. Donc, le choix se fait entre transformer le Parti démocrate en Parti de la classe ouvrière ou en former un nouveau.

The Nation : C'est très difficile de créer un troisième Parti qui puisse durer aux États-Unis.

B.S. : Très difficile dans ce pays et dans notre contexte. C'est plus facile en Angleterre je pense. Ici, vous devez avoir une très bien garni financièrement et vous devez agir dans 50 États avec chacun leurs règles et lois qui sont toutes contre un troisième Parti. Donc c'est un défi.

Mais c'est sans dire que la direction du Parti est complètement coupée d'où se trouve la population et c'est presque effrayant d'assister au niveau de colère et de mépris qu'elle ressent envers cette direction.

The Nation : Vous avez été témoin de cette colère cette année en voyageant dans le pays pour vos ralliements « Fighting Oligarchy ». Il est évident que très tôt durant la nouvelle présidence Trump, vous avez décidé qu'il était plus valable de passer une bonne partie de votre temps à Omaha au Nebraska ou à Iowa City en Iowa qu'à Washington.

B.S. : En effet.

The Nation : Vous y êtes allé pour parler aux gens. D'une certaine façon, c'est une expérience en temps réel qui permet de savoir où se situent les Américains.es face à D. Trump. L'affluence a été énorme à ces événements. Mais personne ne vient vous dire : « Nous aimons le Parti démocrate ».

B.S. : En effet. Pour la plupart des Américains.es en ce moment, il est entendu que le système ne fonctionne pas, pour le dire sèchement. Personne y compris les Républicains.es les plus à l'extrême droite pense que c'est correct qu'E. Musk dépense 270 millions de dollars pour faire élire un personnage qui va enrichir les multimillionnaires. Chacun.e sait que le système de financement des campagnes électorales est pourri. Nous voyons tous et toutes ce que fait la crypto-monnaie. On voit ce que font les Comités d'action politique liés à l'intelligence artificielle. Les gens de cette industrie créent des supers Comités politiques et on sait ce que ça donne. Je pense que tout le monde comprend cette réalité. Nous comprenons tous et toutes qu'il y a des leviers massifs et toujours grandissants d'inégalité de revenus et d'inégalité (sociale). Tout le monde comprend que le système de soins est complètement brisé ; que c'est la même chose dans l'habitation.

Il y a quelques années, le Pew Research (Center) a publié un sondage où on demandait : « Pensez-vous que vous êtes en meilleure situation ou en pire situation qu'une personne de votre catégorie il y a 50 ans » ? Quel fut le résultat ? Presque 60% des répondants.es ont déclaré penser que les personnes d'il y a 50 ans étaient mieux. (…)

C'est fascinant. J'ai posé cette question à Newport au Vermont récemment. Une personne s'est levée et à crié : « Des biens et services abordables ». (Affordability). Et elle a poursuivi : « Quand j'étais jeune mon père était propriétaire d'un bar au Rhode Islan. Nous vendions les bières pression dix cents et nous pouvions nous payer (ce dont nous avions besoin) ». Une dame s'est aussi levée pour dire : « Mon père vendait des voitures ; il ne faisait pas beaucoup d'argent mais ma mère était à la maison pour s'occuper des enfants. Nous avions un niveau de vie décent ». Quelqu'un a commencé à parler du coût des loyers. J'ai pensé à ma vie personnelle. J'ai grandi dans un appartement à loyer contrôlé dans Brooklyn à New York. Mon père n'a jamais fait beaucoup d'argent. Mais nous n'avons jamais été pauvres. Nous mangions bien et nous avions un toit sur la tête. Nous avons bénéficié du contrôle des loyers. J'ai fait un calcul rapide : savez-vous combien ma famille dépensait pour le loyer d'un petit appartement, un trois et demie, pour quatre personnes ? Dites au hasard le pourcentage du salaire de mon père qui était consacré à ça ?

The Nation : 30% ?

B.S. : 18%

The Nation : Moins du cinquième du revenu.

B.S. : Exact ! Quand vous dépensez 18% (pour le logement), il vous reste de l'argent pour faire des choses qui permettent à la famille de survivre. Si par contre, vous devez payer 30-40-50% (à cet effet), on se retrouve à la rue à se demander si on aurait pu faire autrement.

Voici le plus pervers, comment se fait-il qu'il y a cinquante ans, avant les ordinateurs, les cellulaires etc., une personne qui ne faisait pas beaucoup d'argent pouvait avoir au moins un style de vie solide de classe moyenne et que maintenant ce n'est plus possible ?

The Nation : Ne pensez-vous pas que la direction du Parti démocrate pourrait se donner une plateforme à ce sujet ?

B.S. : Elle n'y comprend rien ; ça ne fait pas partie de son monde.

The Nation : Je veux que vous nous parliez d'un autre enjeu dont la direction démocrate parait être hors de portée. Vous avez fait cette expérience en temps réel, parlez aux gens, écoutez ce qu'ils veulent entendre et une des choses fascinantes est la discussion que vous avez eue au sujet de Gaza. Je vous ai vu le faire d'abord à Kenosha au Wisconsin. Vous avez fait des déclarations importantes à ce sujet. L'audience a répondu par des applaudissements les plus forts de la soirée.

B.S. : (…) Je veux être très clair. J'ai mentionné Gaza dans pratiquement tous mes discours. Et sans exception, que ce soit à Viroqua au Wisconsin, à Los Angeles en Californie ou à Newport au Vermont, partout ce sont presque des applaudissements debout. C'est un enjeu très, très profond. Alors, quand les idiots.es du Parti démocrate disent : « Nous avons fait un sondage et c'est l'économie qui domine, d'autres choses viennent ensuite et Gaza n'arrive qu'en 10ième place. Oui, les gens sont inquiets à ce sujet mais, ce n'est pas en première place dans leur liste ». Le fait est que même si les gens ne connaissent pas grand-chose aux politiques, ce sont des êtres humains avec de forts instincts. Et si vous ne pouvez pas faire confiance au leadership pour prendre position à propos d'horreurs indescriptibles, financées par vos taxes et impôts, si votre leadership ne peut rien dire à ce sujet, à qui allez-vous faire confiance sur n'importe quoi ?

Comme vous le dites, partout où je vais, je dis : « Vous savez, nous sommes à la tête d'un effort pour tenter à ce que les États-Unis cessent de soutenir militairement Israël », les audiences explosent. C'est ce qu'on veut entendre parce c'est dégoutant, profondément dégoutant ce qui se passe.

Et je vais ajouter : je pense que si Mamdani mène une si grande campagne c'est pour plusieurs raisons mais précisément aussi à cause de sa prise de position à propos d'Israël et Gaza. C'est la position d'une vaste majorité d'électeurs.trices qui penchent vers le Parti démocrate. Et de plus en plus de Républicains,es en sont là aussi. Que la direction du Parti démocrate doive respecter la ligne qui la lie à l'intelligence artificielle et ses propriétaires, ce n'est pas qu'une horrible politique, une politique indescriptible, ce sont vraiment de mauvaise politiques (qui en résultent) aussi.

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Affrontement à New York et problème du « timing » syndical

28 octobre 2025, par aplutsoc2 — , ,
Les syndicats ont un rôle clef dans la possibilité même d'existence d'une société civile et donc de toute démocratie. Leur limite apparaît dès que la question du pouvoir (…)

Les syndicats ont un rôle clef dans la possibilité même d'existence d'une société civile et donc de toute démocratie. Leur limite apparaît dès que la question du pouvoir central est posée. Elle prend alors la forme du timing décalé ou d'un mauvais timing.

Tiré de Arguments pour la lutte sociale
22 octobre 2025

Par Aplutsoc2

Amis lectrices et lecteurs, vous pensez forcément, si vous avez lu jusque là, que nous allons parler de la France, et vous avez raison, il va falloir en parler, mais il y a plus pressant encore : les Etats-Unis.

De l'avis admis dans les médias, le 18 octobre a été la plus grande journée de manifestations de l'histoire des Etats-Unis (7 millions), même s'il y a a peut-être bien eu déjà 13 millions le 14 juin, et qui sais plus encore cette fois-ci …

Quoi qu'il en soit, cet immense mouvement démocratique sur le double slogan No King ( à bas Trump)/No Kings ( à bas les oligarques, Trump, Vance, Musk, Miller, Thiel et tout le gang) ne vient certainement pas du parti démocrate, ni même d'ailleurs de l'aile socialiste de Bernie et Alexandra Ocasio Cortez (qui y participent), mais de réseaux de base qui ont construit des journées nationales de manifestations sans précédents.

Leur importance est mondiale. Et les sections syndicales de base sont le plus souvent fortement présentes dans ce mouvement. Mais pas les sommets. Pas qu'ils n'y soient pas un peu, ils n'y sont absolument pas : les sommets, au niveau de l'Union et aussi au niveau, en général, des Etats, regardent ailleurs, dans le vide.

Il y a pourtant, dans l'AFL-CIO, une aile combative de renouveau, dont nous avons parlé ici, qui a gagné la direction de l'Automobile, l'UAW, avec Shawn Fain, et a mené de grandes grèves salariales victorieuses fin 2023. Ils ont appelé à voter Biden mais n'y reviennent pas et sont équivoques à propos des tarifs douaniers de Trump. L'UAW avait, fin 2023, évoqué la « grève générale » aux Etats-Unis pour le … 1° mai 2028, oui, 2028. Ils appellent à faire converger les expirations de contrats collectifs de branche à cette date-là.

C'est irréel à présent, même si c'était intéressant de lancer ça fin 2023, au vu de la bataille de masse qui se déroule tout de suite, laquelle conditionnera, de toute façon, les droits collectifs, ou leur absence, en 2028.

Figurez vous qu'il existe des « syndicalistes révolutionnaires » français qui s'extasient devant cette combativité américaine en comparant la perspective du 2028 de l'UAW à l'appel du congrès de Bourges de la CGT, en 1904, à la grève générale le 1° mai 1906 pour la journée de 8 heures. Ils oublient juste un détail : quand la campagne du 1°mai 1906 est lancée en 1904, les antidreyfusards, monarchistes, bonapartistes et préfascistes, ont perdu, et l'Etat de droit n'est pas menacé mais il est en train de se renforcer avec le débat sur les lois laïques. Le syndicalisme ne saurait être « indifférent » à la politique et les syndicalistes révolutionnaires de 1904, en fait, ne l'étaient pas, eux.

Aux Etats-Unis aujourd'hui, l'Etat de droit s'effondre et la bataille pour les libertés conduit à la bataille pour le pouvoir. Fixer comme date clef le 1° mai 2028, c'est, concrètement, désarmer les citoyens et les travailleurs contre leurs pires ennemis, maintenant.

Et les dates sont claires :

1) élections municipales à New York le mardi 4 novembre (2025, pas 2028 !) : la victoire annoncée de Zohran Mamdani défiera le King et les Kings au point de vue national.

2) marche nationale, manifestation centrale du mouvement No King/No Kings/50501 le 22 novembre.

Le maire de Chicago, Brandon Johnson, dans un impressionnant discours à la manifestation de samedi, a employé les mots « grève générale » et a déclaré qu'il allait falloir affronter la police.

Attention, en toute rigueur, il n'a pas « appelé à la grève générale » comme le disent certains messages qui prennent leurs désirs pour la réalité, mais il s'est rapproché, lui, le maire démocrate d'une ville clef du pays, du peuple qui l'a élu en avançant fortement sur la voie de l'affrontement avec le pouvoir central – mais c'est le pouvoir qui l'a choisi – d'une ville où cet affrontement a commencé, le syndicat des instituteurs ( ce sont surtout des institutrices noires !) le CTU, Chicago Teachers Union, organisant la protection et l'autodéfense des écoles et des quartiers.

Et des pages FB grassroots (de base) ou démocrates appellent de leur vœux maintenant un « réveil syndical » en s'appuyant sur Chicago. C'est très important.

Gauchistes et sectaires qui font la fine bouche parce que ce sont des Démocrates ou qui dissertent sur Zohran Mamdani « politicien bourgeois », vous êtes hors sol : ceux-là sont en train de vous doubler par la gauche, en défendant la Constitution ! Car c'est ça le mouvement réel !

Mais attention, attention : le pouvoir lui aussi sait que le calendrier, ce n'est pas « le 1° mai 2028 » de l'UAW, mais les quatre prochaines semaines, et les bandes de ICE ont attaqué Chinatown, à New York, ce matin.

Les affrontements ont commencé à Chinatown . Et si la provocaition armée contre Chinatown préparait la suspension trumpiste du vote le 4 novembre ?

Les chefs de l'AFL-CIO et de l'UAW et leurs structures ont une responsabilité historique.

Autodéfense ! Préparation de la grève générale de défense de la démocratie contre les milliardaires dans tous les secteurs ! Montée à Washington le 22 novembre !

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Le président fantôme : Russell Vought, architecte du projet 2025, profite du shutdown pour affaiblir les agences fédérales

28 octobre 2025, par Democracy now ! — , ,
Invité : Andy Kroll, journaliste d'investigation pour ProPublica Nous examinons l'influence du principal conseiller budgétaire de Trump et l'architecte du Projet 2025, (…)

Invité : Andy Kroll, journaliste d'investigation pour ProPublica

Nous examinons l'influence du principal conseiller budgétaire de Trump et l'architecte du Projet 2025, Russell Vought, sur les politiques de l'administration Trump et sur Trump lui-même. Vought est « la force motrice derrière le shutdown [gouvernemental] » et « essentiellement un second commandant en chef, un président fantôme », explique le journaliste de ProPublica Andy Kroll, qui a passé des mois à enquêter sur Vought pour un profil approfondi du directeur de l'Office of Management and Budget. Pendant cette deuxième administration Trump, l'idéologie profondément conservatrice de Vought n'a été remise en question par un Congrès docile, plaçant un pouvoir sans précédent entre les mains de l'exécutif.

21 octobre 2025 | tiré de democracy now !
https://www.democracynow.org/2025/10/21/russell_vought_propublica_shadow_president

AMY GOODMAN : Ici Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman, avec Juan González.
Alors que le shutdown gouvernemental entre dans son 21ᵉ jour, le président Trump a promis de cibler les agences dites « démocrates ». Vendredi, le puissant directeur de l'Office of Management and Budget de Trump, Russell Vought, a annoncé une réduction de financement de 11 milliards de dollars pour les projets du Army Corps of Engineers dans les villes dirigées par les démocrates : Baltimore, New York, San Francisco et Boston. Vought était l'auteur principal du plan conservateur d'extrême droite, Projet 2025, que Trump avait auparavant désavoué. Il occupe désormais le poste de principal conseiller budgétaire de Trump. Politico rapporte que le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a récemment averti ses collègues lors des négociations budgétaires : « Nous ne contrôlons pas ce que [Vought] va faire », citation. Au début du shutdown, Trump avait publié une vidéo générée par IA sur la chanson classique de Blue Oyster Cult, « (Don't Fear) The Reaper », représentant Vought comme la Faucheuse de Washington, D.C.

Aujourd'hui, nous nous intéressons à « ce président fantôme », comme certains l'appellent. Ceci fait partie d'une vidéo accompagnant une nouvelle enquête du journaliste d'investigation d'ProPublica, Andy Kroll, qui nous rejoindra dans un instant.

ANDY KROLL : J'avais entendu le nom de Russ Vought, mais il était toujours légèrement en dehors du champ de vision. Puis j'ai mis la main sur cette vidéo.

RUSSELL VOUGHT : Nous voulons que les bureaucrates soient traumatisés. Quand ils se réveillent le matin, nous voulons qu'ils n'aient pas envie d'aller travailler.

ANDY KROLL : Il parle de cet objectif de vouloir traumatiser les fonctionnaires fédéraux.

RUSSELL VOUGHT : Nous voulons les traumatiser.

ANDY KROLL : Cela a simplement planté une graine dans mon esprit, et j'ai senti que je devais comprendre qui était cette personne. Il a refusé ma demande d'interview, alors j'ai essayé de parler à tout le monde possible, de regarder toutes les vidéos, d'écouter tous les podcasts. J'ai obtenu des heures de briefings de ses partisans qui n'avaient jamais été publiées auparavant.

RUSSELL VOUGHT : L'Amérique n'a rien vécu de moins qu'une révolution silencieuse… Nous connaissons le CRT et les absurdités transgenres qui sont injectées dans nos écoles et institutions… Une invasion des frontières poursuivant, franchement, une colonisation inversée… Nous essayons réellement de sauver le pays.

ANDY KROLL : Ces enregistrements m'ont vraiment aidé à comprendre son évolution, de simple expert en chiffres à leader à part entière du mouvement MAGA.

LAURA BARRÓN-LÓPEZ : L'un des auteurs clés du Projet 2025, Russell Vought…
JOY REID : … a dit aux journalistes que Trump déploierait l'armée pour faire taire les troubles.
RUSSELL VOUGHT : Je pense qu'il faut réhabiliter le nationalisme chrétien… Vous avez la plus grande déportation de l'histoire… Bloquer le financement de Planned Parenthood… Je veux être la personne qui écrase l'État profond… Oui, j'ai appelé au traumatisme au sein des bureaucraties. Les bureaucraties détestent le peuple américain.

ANDY KROLL : Il a vraiment une vision pour changer le cours de l'histoire américaine.

RUSSELL VOUGHT : Nous devons faire notre devoir pour le destin de ce pays, franchement, pour le destin de la civilisation occidentale et pour le cours de l'histoire.

AMY GOODMAN : Pour en savoir plus, nous accueillons Andy Kroll, journaliste d'investigation pour ProPublica. Cette vidéo accompagne son nouvel article intitulé « Le président fantôme ». Andy, bienvenue à Democracy Now ! Décrivez-nous exactement qui est Russ Vought, l'homme derrière le Projet 2025, le projet dont Trump disait ne pas connaître l'existence, ce qu'il fait actuellement et pourquoi Républicains et Démocrates le craignent.

ANDY KROLL : C'est un plaisir d'être de retour, Amy. Merci de m'accueillir.

Je soutiendrais que Russ Vought est probablement l'assistant le plus important de Donald Trump dans l'administration actuelle. Les spectateurs connaissent peut-être des noms comme Stephen Miller, considéré comme le numéro deux de Trump. Mais en ce moment, au 21ᵉ jour de ce shutdown, Russ Vought est aussi influent que quiconque dans cette administration. Il est la force motrice — probablement la force motrice — derrière ce shutdown, et notamment dans les efforts de la Maison-Blanche pour licencier massivement des fonctionnaires fédéraux, utiliser la menace de licenciements supplémentaires, la menace de gel des financements de projets clés comme levier ou punition à l'encontre des démocrates et, encore, des fonctionnaires non partisans.

En tant que directeur du budget de la Maison-Blanche, mais surtout comme visionnaire de l'administration Trump, il pousse presque à lui seul l'agenda du Projet 2025, dont il a joué un rôle clé dans la mise en œuvre, en jouant un rôle instrumental mais largement discret pour faire avancer l'agenda de Trump sur le plan intérieur. On le décrit comme expert en budget, homme des chiffres du président, mais il est bien plus que cela. Selon mes sources dans le gouvernement fédéral, il est en fait « un second commandant en chef, un président fantôme ». C'est dire combien sa présence a été influente en seulement neuf mois de cette présidence.

JUAN GONZÁLEZ : Mais Andy, je voulais vous demander — il y a 40 ans, sous la première présidence de Ronald Reagan, un autre directeur du budget, David Stockman, est devenu célèbre pour ses réductions d'impôts et surtout de dépenses publiques. Qu'est-ce qui est unique ou différent dans la manière dont Vought agit ?

ANDY KROLL : J'aime cette référence, Juan, car j'ai beaucoup lu sur Stockman en travaillant sur cet article, et j'ai revisité son livre The Triumph of Politics. Stockman y expliquait comment la politique entravait ce qu'il voulait accomplir, notamment réduire drastiquement les budgets, réduire l'État-providence, les programmes gouvernementaux, etc. Il écrivait ce livre presque comme une lamentation de ne pas pouvoir réaliser sa vision.

Quarante ans plus tard, nous avons Russ Vought, qui réussit là où Stockman n'a pas réussi, et a probablement tiré quelques leçons du passé. Pourquoi Vought a-t-il réussi ? En partie parce qu'il a testé, et parfois totalement ignoré, l'état de droit, défiant les lois votées par le Congrès qui imposent comment dépenser l'argent pour certains programmes, défiant les obligations de transparence sur le financement géré par l'Office of Management and Budget. Vought adopte une approche beaucoup plus agressive pour appliquer les réductions et les reculs dramatiques sur les fonctions du gouvernement fédéral, que ce que Stockman aurait souhaité. Ils partageaient probablement la vision et l'idéologie, mais Vought a appris à être beaucoup plus agressif pour la mettre en œuvre, sans laisser les lois ou précédents judiciaires l'empêcher d'avancer son agenda conservateur très ambitieux.

JUAN GONZÁLEZ : Et la réaction des majorités républicaines à la Chambre et au Sénat face à cette remise en cause, voire démolition, du pouvoir du Congrès sur les finances fédérales ?

ANDY KROLL : C'est remarquable à observer. C'est une différence importante avec l'ère Reagan. À l'époque, le Congrès défendait son pouvoir budgétaire. Aujourd'hui, Vought agit comme si le pouvoir de l'Article I du Congrès n'existait pas, gelant des financements déjà approuvés et bloquant des programmes que le Congrès veut financer. Et le Congrès n'a rien fait. Les majorités républicaines laissent Vought et la Maison-Blanche marcher sur elles, avec quelques commentaires faibles de leurs leaders, mais sans faire valoir leur autorité constitutionnelle. La Maison-Blanche bouleverse ainsi le système démocratique en trois parties. C'est vraiment remarquable à observer en temps réel.

AMY GOODMAN : Votre reportage vidéo de ProPublica montre un extrait de la conférence 2023 du Center for Renewing America de Vought, où il est sur scène avec l'allié de Trump, Steve Bannon.

STEVE BANNON : Je sais que certains remettent Trump en question, mais regardez cette performance qu'il a donnée l'autre soir. C'est comme Charlemagne. Comme un chef viking sur scène. Russ est un instrument imparfait, mais c'est un instrument du Seigneur pour sa vengeance.

AMY GOODMAN : « Un instrument du Seigneur pour sa vengeance », disait Steve Bannon à propos de Russell Vought. Andy Kroll, votre dernière analyse sur l'importance de ce qu'il fait et si quelque chose peut l'arrêter, y compris la Cour suprême ?

ANDY KROLL : Beaucoup des actions agressives de Vought, sa vision d'un exécutif unitaire très puissant, vont se retrouver devant les tribunaux, probablement jusqu'à la Cour suprême des États-Unis, sur des questions comme la capacité du président à retenir des fonds fédéraux ou à licencier massivement des fonctionnaires, brisant les syndicats gouvernementaux. Nous nous dirigeons vers une bataille judiciaire titanesque dans un an ou deux, qui pourrait changer profondément notre conception de la démocratie représentative.

AMY GOODMAN : Andy Kroll, journaliste d'investigation pour ProPublica. Nous mettrons un lien vers votre article « Le président fantôme ».

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Quand la Constitution québécoise ignore les peuples autochtones

27 octobre 2025, par Karine Millaire — , , ,
La Coalition avenir Québec (CAQ) projette non seulement d'imposer une Constitution du Québec aux Premières Nations et Inuit, mais en plus le projet de loi s'inscrit en (…)

La Coalition avenir Québec (CAQ) projette non seulement d'imposer une Constitution du Québec aux Premières Nations et Inuit, mais en plus le projet de loi s'inscrit en contradiction avec les droits des Autochtones garantis par la Constitution canadienne. Adopter une telle approche en 2025 ignore des droits constitutionnels bien reconnus, reproduit la vieille approche coloniale et constitue une grave erreur juridique comme historique.

Tiré de The conversation.

Il y a plus de 40 ans, on enchâssait dans la Constitution canadienne l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Cette disposition garantit les droits des peuples autochtones issus de traités et leurs droits ancestraux. Le projet de Constitution de la CAQ en fait complètement fi. Aucune disposition du projet de loi déposé ne traite des droits constitutionnels autochtones. Plus encore, les quelques mentions des Premières Nations et Inuit au préambule du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, sont de nature à minimiser des droits pourtant clairement reconnus.

On y mentionne en effet les Autochtones pour affirmer qu'ils « existe[nt] au sein du Québec ». On ne reconnaît pas qu'il s'agit de « peuples », contrairement à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007, mais plutôt de simples « descendants des premiers habitants du pays ». On désigne même nos nations sous des appellations coloniales francisées, rappelant le processus d'effacement des noms de nos ancêtres.

Le projet de loi affirme l'« intégrité territoriale » ainsi que la « souveraineté » culturelle et parlementaire du Québec. Les Autochtones ne pourraient selon ce projet de Constitution que « maintenir et développer leur langue et leur culture d'origine ». Autrement dit, les droits territoriaux et de gouvernance garantis en vertu de l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 sont complètement ignorés, voire niés.

L'imposition coloniale des « droits collectifs » de la « nation québécoise » sur les droits collectifs et fondamentaux des peuples autochtones est également affirmée par des dispositions d'interprétation spécifiques. Alors que les droits des Premières Nations et Inuits sont réduits, on précise que ceux de la nation québécoise « s'interprètent de manière extensive ».

De plus, on propose la création d'un Conseil constitutionnel ayant pour mandat d'interpréter la Constitution du Québec. Or, les facteurs explicitement précisés dont devrait tenir compte ce Conseil ne portent que sur les droits et « caractéristiques fondamentales du Québec », son « patrimoine commun », son « intégrité territoriale », ses « revendications historiques », son « autonomie » et son « économie ». Pas une seule mention ici de l'existence des peuples autochtones ou de leurs droits.

Les Wendat, Kanien'keháka (Mohawk), Attikamekw, Anishinaabe, Cris (Eeyou Istchee), Abénakis, Mi'kmaq, Innus, Naskapis, Wolastoqiyik et Inuit n'existent pas sur un territoire « appartenant » au Québec. C'est le Québec qui existe sur les territoires dont ces nations sont les gardiennes et pour lesquels nous avons une responsabilité commune. Nos droits ne sauraient être effacés à nouveau en 2025 par ce projet de Constitution du Québec.

La Cour suprême et les tribunaux du Québec comme d'ailleurs au pays reconnaissent de façon constante que les peuples autochtones ont une souveraineté préexistante à celle imposée historiquement par la Couronne, c'est-à-dire une souveraineté qui existait bien avant les débats sur l'autonomie du Québec au Canada. Cette souveraineté existe toujours et doit être réconciliée avec celle de l'État dans un esprit de « justice réconciliatrice ».

Il en découle des droits concrets en matière de consultation, de consentement, d'autonomie gouvernementale. Aucune dérogation à ces droits n'est possible, contrairement aux droits et libertés visés par la clause dérogatoire de l'article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Or, la CAQ souhaite mettre à l'abri de contestations constitutionnelles toute disposition législative qui « protège la nation québécoise ainsi que l'autonomie constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec » en interdisant toute contestation judiciaire d'un organisme qui utiliserait pour ce faire des fonds publics du Québec. Fort nombreuses sont les organisations qui reçoivent des fonds publics, incluant celles ayant justement la mission publique de protéger la société contre les actions illégales ou délétères de l'État. Il s'agit d'un des fondements de l'État de droit.

Du point de vue autochtone, cette interdiction rappelle l'époque coloniale où il était interdit aux Premières Nations de contester les actions illégales de l'État qui avaient pour but de les déposséder de leurs terres, de nier leurs droits et de les assimiler. Cette mesure a participé au génocide des peuples autochtones au Canada.

Un projet de loi qui s'ajoute à d'autres violations de droits par Québec
Ce projet de Constitution du Québec s'ajoute à plusieurs autres atteintes claires aux droits autochtones. Pensons à la contestation de Québec de la loi fédérale reconnaissant le droit inhérent des peuples autochtones de mettre en place leurs propres politiques familiales et de protection de la jeunesse. La Cour suprême lui a donné tort et a confirmé la constitutionnalité de la loi fédérale.

La CAQ a aussi refusé d'exclure les étudiants autochtones des règles de renforcement de la Charte de la langue française (projet de loi 96), alors que les langues autochtones ne menacent pas le français. Cette décision accroît les obstacles aux études supérieures et limite les droits de gouvernance en éducation des peuples autochtones. La contestation de la constitutionnalité de la loi québécoise est en cours.

Enfin, pensons au récent projet de loi 97 visant à réformer le régime forestier, lequel avait été sévèrement critiqué. Celui-ci proposait un retour en arrière et rappelait l'approche préconisée au début de la colonisation du territoire, alors que l'industrie jouait un rôle accru en matière de gouvernance du territoire. Le projet de loi a finalement été abandonné fin septembre, mais il aura fallu que les peuples autochtones se battent à nouveau pour faire respecter leurs droits.

Moderniser la Constitution du Québec pour respecter les droits des Autochtones

Le contexte n'est plus le même qu'à la fondation du pays en 1867 ou lors des discussions des années 1980 ayant précédé le rapatriement de la Constitution. En 2025, il ne serait ni légal, ni légitime, d'adopter une Constitution du Québec ignorant les droits des Autochtones.

Une Constitution québécoise doit minimalement reconnaître les mêmes droits ancestraux et issus de traités que ceux protégés par la Constitution canadienne et les décisions des tribunaux en la matière. Cela inclut des droits de gouvernance notamment quant au territoire.

De plus, la Charte des droits et libertés de la personne est silencieuse sur les droits autochtones. L'article 10 garantissant le droit à l'égalité devrait être modifié pour indiquer que l'identité et le statut autochtone sont des motifs de discrimination spécifiquement prohibés au Québec. Cette Charte devrait également reconnaître expressément le droit à la sécurité culturelle afin que toute personne autochtone ait accès aux services publics de façon équitable. Ces changements permettraient qu'un mandat conséquent soit donné à la Commission des droits de la personne pour agir afin d'enrayer cette discrimination.

Le Québec doit également mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le Canada fait partie de nombreux pays qui se sont engagés à le faire et nos tribunaux ont commencé à s'y référer. La Déclaration exige de construire avec les peuples autochtones les politiques qui touchent à leurs droits, de respecter leur consentement et leur autonomie ainsi que le droit d'avoir accès aux services publics sans discrimination, à l'instar du Principe de Joyce.

Le projet de Constitution de la CAQ ne correspond en rien à ce qu'un véritable processus constituant doit faire. Ni les Québécois ni les peuples autochtones ne participent à cette démarche. Une Constitution devrait être pensée pour au moins les sept prochaines générations, comme nous l'enseignent les Aînés, et non en vue de la prochaine élection.

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Haïti : Pour en finir avec cette sempiternelle transition de la honte

27 octobre 2025, par Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti (CHCCD)
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COP30 : il est temps de laisser la place aux communautés autochtones

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Guinée : radiographie des manœuvres de Lauriane Doumbouya, artisane du Soft Power économique

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Serigne Saar, colleboration depuis Dakar Depuis trois ans, une illusion diplomatique s’est solidement incrustée dans l’opinion : celle de Lauriane Doumbouya, épouse du président de Guinée, instrument de l’Élysée, manœuvre des services français au nom d’une géopolitique néocoloniale d’un autre (…)

Grève des enseignants partout en Alberta sous la menace d’une loi spéciale

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Depuis le 6 octobre, les 51 000 enseignants de l’Alberta sont en grève partout dans la province. Lundi, le gouvernement provincial devrait déposer un projet de loi pour les forcer à retourner au travail. Quelque 740 000 élèves des écoles publiques, catholiques et francophones sont touchés. Les (…)

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Repères de pauvreté, repères de société

En 2002, l'Assemblée nationale adoptait à l'unanimité la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Cette loi nous engageait à « tendre vers un Québec sans (…)

En 2002, l'Assemblée nationale adoptait à l'unanimité la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Cette loi nous engageait à « tendre vers un Québec sans pauvreté ». Où en sommes-nous ?

Depuis cette date, bon an, mal an, les moyens ont été là pour y arriver. Le revenu total après impôt dont ont disposé les ménages québécois pour vivre a été suffisant pour assurer en moyenne à chaque ménage environ deux fois le seuil de couverture des besoins de base qui lui était attribuable selon sa taille et sa localité d'après la mesure du panier de consommation (MPC) qui sert au suivi de la loi. Pour le dire autrement, si la capacité de couvrir ses besoins de base équivaut à un indice panier de 1, soit la possibilité d'acquérir un panier de consommation selon la MPC, notre capacité collective d'aisance a tourné autour de deux paniers, soit un indice panier de 2.

Est-ce à dire qu'il n'y avait pas de pauvreté au Québec ? Certainement pas. Pour donner un ordre de grandeur, pendant cette période, le dixième le plus pauvre des ménages, surtout composé de personnes seules, a disposé en moyenne de l'équivalent de plus ou moins un demi-panier (un peu plus en 2020 en raison de la Prestation canadienne d'urgence, qui a augmenté temporairement les ressources d'une partie de ce décile).

Autrement dit, ce dixième le plus pauvre des ménages n'a eu chroniquement accès qu'à la moitié du nécessaire pour couvrir ses besoins de base, avec les impacts connus sur la santé et l'espérance de vie de la partie qui manquait. Pendant la même période, le dixième le plus riche des ménages a vu sa part augmenter d'environ quatre paniers à près de quatre paniers et demi en moyenne. De fait, les données montrent par l'absurde que si la volonté politique avait été là, avec des politiques sociales et fiscales à l'avenant, il aurait été constamment possible dans les deux dernières décennies de résoudre durablement le déficit de couverture des besoins de base au Québec sans perte de niveau de vie pour le reste de la population.

Il aurait suffi d'appliquer un principe d'amélioration prioritaire des revenus du cinquième le plus pauvre de la population sur ceux du cinquième le plus riche, comme le préconisait la proposition de loi citoyenne pour un Québec sans pauvreté qui avait précédé l'adoption de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. À défaut d'un tel principe dans la loi adoptée, et de règles pour l'appliquer, la croissance du niveau de vie est allée en haut de l'échelle des revenus plutôt qu'en bas.

Voilà pourquoi il importe de considérer l'ensemble de l'échelle des revenus quand on se préoccupe de mesurer la pauvreté, plutôt que de se limiter à ceux et celles qui se trouvent sous les seuils – à tout le moins, si on veut avancer en direction d'une société sans pauvreté comme le veut la loi, dans une perspective de bien-vivre mieux partagé.

Si la pauvreté n'est pas qu'économique, elle est nécessairement économique et tributaire des règles du jeu économique et de la vie qu'on veut vivre ensemble, ne serait-ce que parce que le revenu dont on dispose détermine le niveau de vie qu'on peut avoir dans la société telle qu'elle est.

La MPC, qui est compilée et révisée périodiquement par Statistique Canada depuis 2002, sert au Québec depuis 2009 au suivi des situations de pauvreté sous l'angle de la couverture des besoins de base. Pourtant, comme l'a expliqué alors le Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion (CÉPE) en référant à la définition de la pauvreté donnée dans la loi et à une définition fondée sur la capacité d'exercer l'ensemble de ses droits reconnus, le panier de biens et services (qui prend en compte l'alimentation, les vêtements, le logement, le transport et d'autres besoins) qui en détermine les seuils ne remplit pas pour autant l'ensemble des conditions nécessaires à une vie exempte de pauvreté.

Si on utilise la MPC comme repère et qu'on situe l'ensemble de la population par rapport à ce repère, on aperçoit alors tout le continuum de niveaux de vie qui constitue notre réalité comme société. Où situer la démarcation entre la pauvreté et son absence dans ce continuum ? La question reste ouverte.

Dans ses comparaisons internationales, le Québec utilise comme mesure de faible revenu (MFR) deux pourcentages du revenu médian, soit 50 % (MFR-50) et 60 % (MFR-60). Utilisée dans plusieurs pays européens, la MFR-60 sert de critère pour la cible donnée dans la loi, soit de rejoindre les rangs des nations industrialisées où il y a le moins de personnes pauvres.

De son côté, l'IRIS publie depuis 2015 un indicateur de revenu viable fondé sur un panier de biens et services offrant plus de latitude que celui de la MPC tout en lui restant comparable. Jusqu'à maintenant, il s'avère situé à environ 1,3 fois le seuil de la MPC, du moins pour une personne seule à Montréal. Si la MPC suppose généralement un revenu après impôt un peu en dessous de la MFR-50 au Québec, le revenu viable avoisine le seuil de la MFR-60 selon les localités étudiées.

Comme le montre le tableau 1, ces quatre mesures se complètent pour donner une assez bonne idée d'un revenu après impôt nécessaire à la transition entre la pauvreté et son absence pour une personne seule à Montréal en 2020.

Utilisées conjointement avec l'indice panier, ces données évitent de se limiter aux seules populations sous les seuils et de les y cantonner par le fait même dans les décisions publiques les concernant. Leur croisement dans un tableau de bord dont on peut suivre l'évolution au fil des ans impose un regard et une action sur l'ensemble du pacte social et fiscal.

On voit qu'en 2020, 55,1 % de la population pouvait être située dans la classe moyenne selon un critère courant (un revenu entre 75 % et 150 % du revenu disponible médian, alors de 48 200 $ pour une personne seule et de deux fois plus pour une famille de quatre). Sous le seuil d'entrée à 75 % du revenu médian (autour de 1,5 panier), 26,2 % de la population était à plus faible revenu, avec des degrés de gravité différents :

Les ménages disposant de l'équivalent de 2 ou 3 paniers étaient en plein dans la classe moyenne ainsi définie. Environ 18,7 % de la population se trouvait au-delà de ce critère, même si plusieurs pouvaient se croire en deçà. À 4 paniers, on se trouvait même dans le décile le plus riche des ménages.

  • Faible revenu autour ou au-delà du revenu viable et de la MFR-60 comme critères de sortie de la pauvreté (60 % – 75 % du revenu médian) (12 %) ;
  • Entre la couverture des besoins de base et la sortie de la pauvreté (50 % – 60 % du revenu médian) (6,5 %) ;
  • Autour ou en deçà de la couverture des besoins de base (moins de 50 % du revenu médian) (7,7 %, dont 4,8 % [1] sous le seuil de la MPC avec moins d'un panier pour vivre).

Les ménages disposant de l'équivalent de 2 ou 3 paniers étaient en plein dans la classe moyenne ainsi définie. Environ 18,7 % de la population se trouvait au-delà de ce critère, même si plusieurs pouvaient se croire en deçà. À 4 paniers, on se trouvait même dans le décile le plus riche des ménages.

Le suivi sur plusieurs années de ce tableau de bord s'avère également instructif. Il montre par exemple l'impact positif, quoique temporaire, de la PCU et des autres mesures d'aide à l'emploi en temps de COVID sur les revenus disponibles en 2020. Comparativement à 2019 et contrairement à la tendance des années précédentes, l'amélioration du revenu disponible est allée cette fois dans le bas et le milieu de la courbe (tassement vers la droite, donc vers de meilleurs revenus en dollars constants) sans perte de niveau de vie en haut de celle-ci en dollars constants.

Des questions à se poser

En disposant de l'ensemble de cette distribution et de son évolution dans le temps, il devient plus facile de poser certaines questions de société et de pacte social et fiscal.

Il y a par exemple cette question incontournable : comment justifier, devant un tel schéma, la règle qui plafonne à un demi-panier (en fait 55,1 % du seuil de la MPC, lequel devrait servir de plancher) la garantie de revenu d'une personne sans emploi à l'aide sociale de base ?

Et cette question existentielle : quel écart en plus ou en moins de deux paniers (la moyenne pour l'ensemble de la population) est-il acceptable de viser vers une société sans pauvreté où le bien-vivre est mieux partagé ?

Vient alors une autre question : devrait-il y avoir un plafond ? La question se pose d'autant plus que plus l'indice panier est élevé, plus le revenu en cause hypothèque fortement le budget carbone collectif.

Arrive finalement cette inévitable question socio-environnementale : vers quel indice panier écologiquement soutenable devrions-nous tendre en tenant compte de nos formes de production et de consommation, actuelles et à faire évoluer ?

Aborder l'ensemble des ménages à partir des seuils qui servent de repères au suivi de la pauvreté pour pouvoir ensuite se situer collectivement dans l'échelle des revenus est un équipement à se donner pour en venir, et ça presse, à répondre à ces questions et à reconsidérer notre rapport au revenu et à la richesse en conséquence.


[1] Comparativement à 8,9 % en 2019 sans les mesures de soutien liées à la COVID.

Vivian Labrie est chercheure associée à l'IRIS.

Illustration : Anne Archet

POUR ALLER PLUS LOIN
En continuité avec cette conclusion, et pour des références vers les concepts et les données présentés à grands traits dans cet article, voir le mémoire présenté par l'IRIS au ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale dans le cadre des consultations pour la quatrième mouture du plan d'action requis par la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale : IRIS, Trois ingrédients pour un Québec sans pauvreté et résilient face à l'urgence climatique, 2023.
https://iris-recherche.qc.ca/publications/memoire_lutte_pauvrete/

Une personne sur dix

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté regroupe 36 organisations nationales québécoises, populaires, communautaires, syndicales, religieuses, féministes, étudiantes, (…)

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté regroupe 36 organisations nationales québécoises, populaires, communautaires, syndicales, religieuses, féministes, étudiantes, coopératives ainsi que des collectifs régionaux dans la plupart des régions du Québec. Depuis ses débuts, le Collectif travaille en étroite association avec les personnes en situation de pauvreté. Propos recueillis par Yannick Delbecque.

À bâbord ! : Pourquoi le Collectif a-t-il été formé ?

Virginie Larivière : Le Collectif s'appelait à son origine le Collectif pour une loi visant l'élimination de la pauvreté. Il a été créé à la fin des années 1990 par des groupes de Québec réunis autour d'une proposition de réforme de l'assistance sociale par le gouvernement de l'époque. Ces groupes ont su aussi mobiliser plusieurs personnes en situation de pauvreté concernées par cette réforme, notamment des personnes âgées ou assistées sociales. Ce mouvement a vraiment pris beaucoup d'ampleur et l'idée de revendiquer une loi visant l'élimination de la pauvreté est apparue comme étant mobilisatrice. Les groupes ont rédigé une proposition citoyenne de loi visant l'élimination de la pauvreté, laquelle a été présentée à l'Assemblée nationale, puis largement amendée par les parlementaires pour finalement être adoptée à l'unanimité en 2002.

Après l'adoption de la loi, le collectif a été renommé Collectif pour Québec sans pauvreté. Nous agissons depuis comme chien de garde au sujet des enjeux liés à la pauvreté, des mesures proposées, des budgets. Le Collectif a maintenant trois grands champs d'action. Premièrement, nous faisons de la représentation politique. On utilise notre influence pour faire adopter de meilleures politiques publiques en matière de lutte contre la pauvreté. On interpelle aussi le gouvernement et les partis d'opposition pour mettre de la pression. Le deuxième volet de notre action est ce que nous appelons « les pratiques avec ». Il s'agit du principe selon lequel on doit mener cette lutte avec les personnes en situation de pauvreté concernées par l'objet de ces luttes. Enfin, le troisième volet de notre action est celui de la recherche. Nous avons développé des projets de recherche-action participative et nous participons à des projets de recherche universitaire.

ÀB ! : Qu'est-ce qui explique qu'il y a de la pauvreté dans notre société ?

V. L. : Parce qu'on tolère le fait que des gens ne couvrent pas leurs besoins de base. Parce que nous sommes dans un système capitaliste qui crée de la pauvreté en générant des gagnant·es et des perdant·es. Les perdant·es, ce sont les personnes en situation de pauvreté. Historiquement, ce sont les travailleurs et les travailleuses qui sont exploité·es pour alimenter le jeu du capitalisme. Le capitalisme fait en sorte que les possédants, ceux qui réussissent à se hisser au sommet, puissent s'approprier les profits. Les possédants peuvent maintenant gagner cent fois le salaire de leurs ouvrières et ouvriers les moins payé·es. C'est ce qui fait apparaître les inégalités de toute nature, qu'elles soient économiques, sociales, de santé et culturelles.

Dans les dernières décennies, ces écarts se sont agrandis de façon absolument indécente sans qu'on arrive à y trouver de réponse politique. Nous sommes paralysé·es devant le grand jeu du capital et du mythe du capitaliste qui réussit grâce à son seul travail et à son génie. Il y a encore des gens qui saluent ces « réussites » de personnes qui seraient sorties de nulle part et qui réussiraient seules à monter au sommet. On ne calcule cependant jamais le coût collectif de ces succès individuels. On sait que personne n'arriverait seul·e à monter si haut dans notre monde compétitif mondialisé. Il y a nécessairement eu tout un échafaudage d'appuis, de relations, de connaissances, de moyens financiers, moyens auxquels la grande majorité du monde n'a pas accès.

On accepte l'existence de la pauvreté comme une fatalité. Il y aurait toujours eu des pauvres et des gagnants et la seule chose à faire serait de tirer son épingle du jeu : faire les bons choix, réussir à l'école, rester en santé. Comme si le fait de se retrouver en situation de pauvreté ou de devenir riche était la conséquence de choix individuels.

ÀB ! : Comment éradiquer la pauvreté ?

V. L. : Il faut beaucoup de volonté politique ! Évidemment, éliminer la pauvreté, c'est une question de revenus. Les gens sont pauvres parce qu'ils manquent de revenus. Ils n'ont pas assez d'argent pour s'offrir la couverture des besoins de base pour sortir de la pauvreté. L'augmentation des revenus figure bien sûr dans nos revendications.

Je pense cependant que la clé de la lutte à la pauvreté est de défaire les importants préjugés à l'égard des personnes en situation de pauvreté et à l'égard du système générant de la pauvreté. On a tellement de préjugés que ça nous empêche de rehausser le revenu des plus pauvres, de nous attaquer véritablement aux inégalités socioéconomiques. S'il y avait moins de préjugés, si le portrait global était mieux compris, il serait beaucoup plus facile d'éliminer la pauvreté. Par exemple, il y a encore beaucoup de préjugés à l'égard des personnes assistées sociales. Pour comprendre comment cela est nuisible aux luttes que nous menons, on peut se rappeler comment en 2012 les préjugés envers le mouvement étudiant ont pu lui nuire. Iels seraient des « enfants gâté·es pourris » qui buvaient de la sangria sur des terrasses avec des cellulaires. On dépeint beaucoup les personnes en situation de pauvreté comme étant profiteuses, paresseuses et en manque de volonté. Beaucoup au Québec ont un avis assez campé au sujet de l'assistance sociale, mais très peu connaissent véritablement ce système et son fonctionnement. Ses conditions d'accès extrêmement contraignantes sont méconnues : qui en est exclu·e, quelles sont les conditions pour y avoir accès, quelles sont les conditions pour le conserver, etc. Il est urgent de défaire ces préjugés et la méconnaissance qu'on peut avoir envers les personnes en situation de pauvreté.

Ensuite, il faut la volonté politique. Depuis 20 ans, les gouvernements de tout ordre clientélisent la population. On peut mettre de l'avant des mesures de lutte contre la pauvreté, de rehaussement du revenu, mais visant certaines catégories de personnes, ce qui clientélise ces mesures. Par exemple, des mesures pour les personnes aînées, pour les femmes seules de 60 ans et plus, etc. Depuis quelques années, les deux paliers de gouvernements ont mis en place des mesures pour les personnes aînées, mais de 70 ans et plus, alors que depuis longtemps, on considère comme aînées les personnes à partir de 65 ans, dès leur retraite. Cela coûte moins cher, mais cela clientélise. Ce ne sont plus des mesures universelles. Il arrive la même chose au système d'assistance sociale. On catégorise les gens en fonction de leur capacité à rejoindre le marché du travail avec toutes sortes de biais dans la manière de déterminer ces catégories. Dans les dernières années, on a aussi beaucoup mis de l'avant des mesures pour les familles. Ce n'est pas une mauvaise chose, mais c'est encore une approche clientéliste qui, cette fois-ci, a comme effet d'exclure les personnes seules et les couples sans enfants. Ces personnes sont les plus oubliées en matière de lutte contre la pauvreté et ne sont l'objet d'aucune mesure particulière.

Quand on n'a pas la volonté de lutter contre la pauvreté de manière large, on tombe dans ces petites catégories. C'est ce qui fait que malgré l'adoption de la loi visant l'élimination de la pauvreté il y a 20 ans, malgré le fait que le préambule de cette loi donnait 10 ans au Québec pour devenir une des nations qui compte le moins de personnes pauvres, nous en sommes à peu près au même point. Aujourd'hui, une personne sur dix au Québec ne couvre pas ses besoins de base.

Virginie Larivière est porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Illustration : Anne Archet

Le capitalisme coupable

25 octobre 2025, par Collectif anarchiste Emma Goldman, Comité intersyndical Montréal métropolitain (CIMM), Mouvement action-chômage (MAC) — , , , ,
Nous avons posé à différents groupes les deux mêmes questions : pourquoi y a-t-il de la pauvreté dans notre société et comment l'éradiquer définitivement ? Voici leurs (…)

Nous avons posé à différents groupes les deux mêmes questions : pourquoi y a-t-il de la pauvreté dans notre société et comment l'éradiquer définitivement ? Voici leurs réponses.

Mouvement Action-Chômage (Mac)

Le MAC est un groupe de défense des droits des sans-emploi. Il informe et défend les gens tout en visant la sauvegarde et l'amélioration du régime d'assurance-chômage.

Au Mouvement Action-Chômage de Montréal, on a un très gros parti pris pour les classes populaires. Depuis plus de 50 ans, on est de toutes les luttes contre la pauvreté, une pauvreté révoltante compte tenu de l'abondance et de la richesse produite à Montréal, au Québec et au Canada. Cette indigence est aussi absurde quand on sait qu'elle est le fruit d'une transgression crasse des droits humains, constamment bafoués. Rappelons qu'encore en 2024, des personnes ne peuvent pas manger à leur faim, se loger convenablement ou se déplacer.

Dans les bureaux du MAC de Montréal, on côtoie quotidiennement la cause profonde de cette pauvreté : le capitalisme. La pauvreté existe dans notre société parce que le système en a besoin pour se maintenir. Sans la pauvreté, il ne pourrait y avoir de riches qui s'approprient le fruit du travail collectif. En attendant que la main invisible du marché se manifeste enfin, les inégalités nourrissent la pauvreté qui le lui rend bien. Mais pourquoi se plaindre ? On nous assure que le travail c'est la santé, que ce sont les patrons qui prennent les risques pour faire fructifier le bien commun et que la richesse finira bien un jour par ruisseler vers le bas, à condition que tout le monde y mette du sien ? Ces idées ont largement infiltré la façon dont on gère les services publics comme la santé, l'éducation et les programmes sociaux tels que l'aide sociale et l'assurance-emploi.

Au MAC de Montréal, on voit aussi comment l'État peut être au service des patrons en gérant la caisse d'assurance-emploi – sans y mettre un sou – de manière que seule la moitié des travailleuses et travailleurs aient accès à leurs prestations quand ils ou elles en ont besoin. C'est évident pour nous que le patronat a besoin de la menace du chômage pour garder les travailleuses et travailleurs à leur poste. La justification pour un piètre programme social de remplacement de revenu est toute trouvée. Il ne faudrait pas être trop confortable… L'armée de réserve est essentielle au renouvellement constant du bassin de cheap labour sur lequel reposent des pans entiers de notre économie. Le régime actuel d'assurance-emploi est donc un outil de régulation de la main-d'œuvre pour s'assurer que les travailleur·euses prennent le premier emploi venu et restent bien ancré·es dans la pauvreté.

Endiguer la pauvreté est impossible dans notre organisation économique actuelle. La seule façon d'y arriver serait d'atteindre le plein emploi, une impossibilité structurelle à l'intérieur du capitalisme. En attendant le grand soir et un changement de paradigme profond, il nous reste à lutter pour un régime d'assurance-chômage décent qui donne un vrai revenu de remplacement en cas de perte d'emploi – pas seulement 55 % – qui s'assure que les personnes puissent faire une bonne recherche d'emploi pour trouver un emploi qui corresponde à leurs besoins, à leurs compétences et à leurs obligations. Un régime qui soit idéalement géré par et pour les travailleuses et travailleurs, pas par un État constamment au service du patronat.

Comité intersyndical Montréal métropolitain (CIMM)

Le CIMM est une table de concertation intersyndicale représentant plus de 400 000 travailleuses et travailleurs à travers les syndicats et les structures régionales de la plupart des organisations syndicales montréalaises.

Le Québec est traditionnellement présenté comme une société égalitaire, juste, dotée d'un filet social robuste et attentive aux besoins des plus précaires. Pourtant, force est de constater que les inégalités sociales et la pauvreté y font des ravages depuis longtemps, et plus particulièrement ces dernières années. Après des décennies de néolibéralisme, nous sommes moins bien outillé·es que nous le croyions pour répondre à la crise du logement et à la montée galopante de l'inflation. Celles-ci touchent une proportion significative de la population ; nous en sommes même rendu·es au point où des travailleuses et travailleurs, parfois à temps plein et syndiqué·es, doivent avoir recours aux banques alimentaires. La situation actuelle est inacceptable et nous avons la responsabilité collective d'y faire face.

Contrairement à ce dont on voudrait nous convaincre, la pauvreté n'est ni inévitable ni naturelle. Elle est une conséquence du système socioéconomique au sein duquel nous évoluons et de l'inégale répartition du pouvoir politique au sein de la société. Il est donc possible d'y mettre fin : il s'agit d'avoir la volonté, le courage et la créativité politiques, ainsi que la mobilisation sociale pour y parvenir. Évidemment, une telle chose est plus facilement dite que faite. On peut imaginer que les bénéficiaires des injustices actuelles résisteront à des changements qui mettraient en péril leurs privilèges. Ceci complique l'affaire, mais ne la rend pas irréalisable.

Dans les faits, il serait possible de pourvoir aux besoins de toutes et de tous. Pour y parvenir, il faudrait répartir la richesse d'une manière égalitaire. Or, cet objectif est profondément opposé à celui du système capitaliste, qui carbure aux inégalités et à la concentration de la richesse aux mains d'une minorité, d'ailleurs de plus en plus infime.

S'ajoute à cela que la répartition du pouvoir au sein de la société reflète de manière assez rigoureuse celle de la richesse : autrement dit, que les personnes qui disposent du pouvoir sont celles qui bénéficient des inégalités socioéconomiques. La surreprésentation des riches à l'Assemblée nationale et au gouvernement l'illustre très bien, de même que l'influence démesurée des corporations sur notre vie politique et sociale.

Il serait naïf d'espérer que des gens qui profitent du statu quo fassent quoi que ce soit pour le changer. S'ils peuvent admettre quelques mesures cosmétiques qui apaisent leur conscience et flattent leur image, jamais ils ne mettront réellement en péril leurs privilèges et les inégalités sur lesquelles ceux-ci sont fondés. Pensons par exemple au projet de loi 31 sur le logement, qui favorise outrancièrement les propriétaires ; au refus du ministre de l'Éducation de reconnaître l'école à trois vitesses ; aux baisses d'impôts successives décrétées par la CAQ ; aux subventions gigantesques octroyées à des multinationales pour les inciter à s'établir ici : chacune de ces décisions récentes de la CAQ manifeste son biais en faveur des riches ou son refus de mettre en place des mesures systémiques et structurantes pour lutter contre les inégalités sociales.

Face à ces constats, nous sommes d'avis qu'il ne faut pas baisser les bras. Mais il ne faut pas non plus sombrer dans l'angélisme : jamais nous ne convaincrons les profiteurs de mettre fin à une situation dont ils bénéficient. La société est traversée de rapports de force qui jouent actuellement et depuis longtemps à l'avantage des riches et des puissants : c'est sur ce plan que nous devons mener la lutte contre la pauvreté, l'injustice et l'exclusion sociale. Comme syndicalistes, nous avons la conviction que c'est par la constitution d'un rapport de force puissant, unitaire, démocratique et inclusif que nous y parviendrons. C'est donc en ce sens qu'il faut travailler : travailler à l'éveil de la conscience populaire et rallier les forces vives de la société civile et tenir tête aux riches et aux puissants afin que la population se gouverne par elle-même, libérée de l'oppression et de l'injustice. C'est là notre seul espoir de vaincre durablement les fléaux de la pauvreté et des inégalités sociales.

Collectif Emma Goldmann

Le Collectif Emma Goldmann est une organisation anarchiste/autonome active à Saguenay, sur le Nitassinan

Pourquoi, sur Terre, des personnes meurent-elles de faim alors qu'il y a une surproduction de nourriture ? Elles meurent simplement parce qu'elles n'ont pas les moyens d'acheter de quoi se nourrir.

Pour les capitalistes, tout est marchandisable – des aliments à l'habitation – et ce, indépendamment des droits de la personne. Pire, l'humain ne représente qu'une ressource parmi tant d'autres. Une ressource dont on peut disposer à volonté (compression, fermeture, délocalisation) et ce, indépendamment des conséquences sur les individus et les communautés. Après tout, le but est de maximiser le profit et non de travailler pour le bien commun.

Une infime minorité d'individus possèdent les moyens de production, tandis que l'immense majorité des gens ne possèdent que leur force de travail à offrir en échange d'un salaire. Dans les mots du Collectif Mur par Mur :

« Le travail tel qu'il s'instaure et se généralise avec le capitalisme est fondé sur l'organisation de la dépendance matérielle à travers la privation des moyens de production et le commerce de la subsistance […] Il faut d'abord avoir été dépossédé de tout moyen d'existence pour être obligé de vendre sa force de travail à un patron en vue de recevoir un salaire pour ensuite acheter des marchandises afin de survivre. [1] »

Comment en finir avec la pauvreté ? Le plein travail ne règle pas à lui seul la question de la pauvreté ; loin de là.

Le capitalisme est un système violent et mortifère. Au-delà des limites inhérentes à une planète aux ressources limitées, l'économie capitaliste, même lorsqu'elle roule à plein régime, laisse une part significative d'individus jugés non productifs, non compétitifs ou excédentaires sur les lignes de côté.

Aujourd'hui, nous subissons les contrecoups de l'inflation. Demain, ce sera la récession ou la stagnation économique qui entraîneront leurs lots de misères, d'endettement et de pauvreté. Ces crises sont inhérentes à l'économie capitaliste.

Nous croyons, à l'instar du philosophe et écrivain John Holloway, que « L'impératif n'est […] pas de construire le parti en vue de la prise du pouvoir, mais recréer de l'autonomie là où celle-ci a été détruite par l'intermédiaire mortifère engendré par le marché mondialisé. [2] »

C'est donc ici et maintenant qu'il faut créer des fissures dans le système, par nos résistances, nos rébellions. En réhabilitant le commun, en créant comme l'appelle Holloway, des brèches. Que ce soit une occupation, un piquet de grève, derrière une barricade dans un chemin forestier, etc. Ces moments sont des brèches portant un nouveau rapport au temps où les rapports de domination sont brisés pour en créer d'autres.


[1] Collectif Mur par Mur, Pour un anarchisme révolutionnaire, Les éditions L'échappée, 2021.

[2] Holloway, Crack capitalism : 33 thèses contre le capital, Libertalia, 2016.

Illustration : Anne Archet

Le Sahel face au péril militariste

Au Sahel, le coup d'État militaire survenu au Niger le 26 juillet 2023 est le sixième du genre depuis 2020 dans cet espace en proie à une crise sécuritaire inédite, après ceux (…)

Au Sahel, le coup d'État militaire survenu au Niger le 26 juillet 2023 est le sixième du genre depuis 2020 dans cet espace en proie à une crise sécuritaire inédite, après ceux enregistrés au Mali, au Burkina Faso et au Tchad.

Il se singularise d'autres événements tant par son mode opératoire, à savoir la séquestration du président par sa propre garde, que par les circonstances de sa venue, marquée par l'absence de tensions sociales ou politiques visibles. Ce coup d'État militaire a surpris toutes les personnes qui, à l'intérieur comme à l'extérieur, se sont refusées à considérer sérieusement le risque de voir la crise politico-sécuritaire ouvrir la voie à un retour au pouvoir des militaires un peu partout au Sahel, y compris au Niger, pays considéré comme le plus résilient de l'espace sahélien.

Au cours des dix dernières années, il faut dire que la plupart des acteur·trices internationaux sont resté·es fortement attaché·es à l'idée, vendue par certain·es expert·es, que le Niger représente une certaine exception au Sahel : d'abord, du fait de sa stabilité politique, puisqu'il n'a pas connu une rupture violente de l'ordre constitutionnel depuis 2010, et ensuite du fait de sa relative résilience face aux attaques des groupes armés, qui opèrent sur plusieurs fronts, notamment à l'est et à l'ouest. Ces deux éléments de contexte, associés au fait que le pays a connu récemment la première transition du pouvoir pacifique entre deux présidents, ont contribué à forger ce qu'il convient de considérer à présent comme le mythe de l'exception nigérienne, et c'est ce mythe qui s'est effondré le 26 juillet dernier de façon plutôt brutale, au grand bonheur de ceux et celles qui rêvent de voir le pays renouer avec l'autoritarisme d'antan.

Un procès en règle

À la faveur de ce coup d'État, il est apparu qu'un nombre significatif de citoyen·nes de ce pays ne sont pas loin de croire qu'un régime militaire est mieux placé qu'un régime civil pour relever les grands défis du moment, comme essaient de le faire admettre certains soutiens intellectuels de la junte militaire à travers des analyses soutenant que l'avènement de la démocratie a été un facteur sérieux de déstabilisation des États au Sahel. Les événements de ces derniers mois ont montré que le soutien au coup d'État militaire ne se nourrit pas seulement des rancœurs accumulées au cours des douze années de gestion du pays par le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarrayya), ou de la colère suscitée par les sanctions et menaces de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ; il se nourrit également d'un procès en règle du modèle même de la démocratie représentative, présentée comme un produit importé, sinon comme un véritable cheval de Troie des Occidentaux, qui ne servirait qu'à diviser pour mieux régner au Sahel.

Après le Mali et le Burkina Faso, on peut donc affirmer que le Niger semble bien parti pour refaire durablement l'amère expérience d'un pouvoir militaire qui pourrait s'avérer bien plus redoutable que ceux qu'il a connus dans le passé. Et cela même malgré l'espoir de voir les acteurs nationaux et régionaux se mobiliser pour transformer la crise ouverte par le coup d'État du 26 juillet en une opportunité de remettre la démocratie sur les rails. Cette crise, faut-il le rappeler, a été un révélateur des divisions et clivages qui traversent la société nigérienne, et a permis à beaucoup de Nigérien·nes de prendre conscience de l'intérêt que portent les grandes puissances internationales à leur pays. Les diverses réactions au coup d'État militaire ont été très riches en enseignements. Elles ont mis en lumière le jeu des grandes puissances et la capacité de certains acteurs nationaux à le faire correspondre à leurs propres agendas.

Politique d'un putsch

Ainsi, dès les premiers jours du coup d'État militaire, il est clairement apparu que les militaires putschistes et leurs soutiens civils sont bien conscient·es des enjeux de la crise en cours pour les puissances extérieures. Le contexte international actuel, marqué par de fortes rivalités entre ces dernières, ne leur a pas échappé et leur offre quelques marges de manœuvre pour se maintenir au pouvoir. Ainsi, les faits montrent que les militaires nigériens n'ont pas perdu de vue deux facteurs dont ils pourraient tirer profit : d'abord, la difficulté pour les puissances extérieures, bien qu'unanimes à condamner la prise du pouvoir par la force, à s'entendre sur la marche à suivre pour les obliger à retourner dans leurs casernes ; ensuite, l'existence d'un potentiel réel de soutien à des projets de restauration autoritaire de la part de certaines puissances comme la Russie et la Chine qui ne les appréhendent pas comme une menace à leurs intérêts stratégiques.

Outre ces deux facteurs importants, il convient de noter que les militaires putschistes et leurs soutiens civils n'ont pas perdu de vue l'existence, au sein de l'opinion sahélienne, d'un ressentiment profond à l'égard des puissances occidentales présentes sur le terrain. Comme leurs homologues du Mali et du Burkina Faso, ils ont bien compris que ce ressentiment, qui se double d'une forte demande de souveraineté, peut servir de levier à la fois pour légitimer localement leur irruption sur la scène politique et pour mettre sur la défensive toute puissance qui s'y opposerait. C'est en tenant compte de tout cela ainsi que des craintes légitimes que suscite la menace d'intervention militaire de la CEDEAO (à présent abandonnée) qu'ils se sont empressés à placer la question de la présence des forces extérieures, en particulier françaises, au cœur des enjeux de la crise ouverte par leur prise du pouvoir. Cette stratégie a été payante : elle a permis de rallier à la junte de larges pans de la population.

Aujourd'hui, après avoir obtenu le départ des forces françaises présentes dans le pays depuis bientôt une décennie, la junte espère encore tirer profit des sanctions et des menaces de la CEDEAO pour continuer à souder derrière elle les forces armées et la population, mais elle semble bien consciente que nombre de ses propres soutiens, civils comme militaires, attendent aussi des signaux clairs indiquant qu'elle n'est pas le bras armé de l'ancien président Issoufou Mahamadou qui cristallise toutes les rancœurs nées des douze années de gestion du pays par son parti, le PNDS-Tarrayya.

Échec démocratique et militaire

Les manifestations des mois précédents, dont le thème principal était le départ immédiat des forces françaises du Niger, ont été l'occasion pour certains de rappeler à la junte que leur soutien ne lui sera définitivement acquis que si elle prend ses distances d'avec l'ancien président, accusé d'être l'instigateur même du putsch du 26 juillet.

Quoi qu'il en soit, il est important de garder à l'esprit que le retour au pouvoir des militaires au Niger, comme au Mali et au Burkina Faso d'ailleurs, n'est pas seulement le symptôme d'une crise de la démocratie. Il est aussi la sanction de l'échec de tout ce qui a été entrepris jusqu'ici pour vaincre les groupes armés, à commencer par le déploiement sur le terrain des forces extérieures, qui n'a pas permis de faire reculer l'insécurité dans les pays. La rhétorique des militaires putschistes, au Niger comme au Mali et au Burkina Faso, est claire sur ce sujet : elle impute cet échec aux dirigeant·es civils, accusé·es d'avoir fait de mauvais choix, et aux forces extérieures, présentées comme des complices des groupes armés. L'enjeu pour les militaires putschistes n'est pas seulement d'éluder la part de cet échec qui incombe aux forces de défense et de sécurité nationales, mais il s'agit surtout de se poser en libérateurs providentiels des peuples dont les dirigeants civils et leurs alliés extérieurs n'ont pas pu assurer la sécurité qu'ils étaient en droit d'attendre. Le pari est encore loin d'être gagné.

A. T. Moussa Tchangari est journaliste et militant altermondialiste.

Photo : Soldats nigériens à Diffa, Département de la défense des États-Unis (CC0 License)

Guatemala. Victoire pour la démocratie

L'entrée en poste du nouveau président élu Bernardo Arévalo le 15 janvier 2024 marque un tournant pour le Guatemala. Si elle représente une victoire pour la démocratie et (…)

L'entrée en poste du nouveau président élu Bernardo Arévalo le 15 janvier 2024 marque un tournant pour le Guatemala. Si elle représente une victoire pour la démocratie et l'État de droit, les obstacles demeurent nombreux et l'avenir, incertain…

Le Guatemala s'inscrit parmi les pays les plus corrompus au monde selon l'organisation Transparency International. Cette corruption se matérialise à travers ce que plusieurs nomment communément le « pacte des corrompus » : un réseau d'élites politiques, militaires et économiques qui a réussi, au fil des ans, à modeler à son avantage la scène politique et économique du pays, notamment par la manipulation des institutions publiques, électorales et juridiques. Cette corruption s'est accentuée depuis la dissolution de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala en 2019 par le président Jimmy Morales et l'inéligibilité de plusieurs candidats progressistes ou anti-establishment. Dans ce contexte particulier, la création du parti Movimiento Semilla suite aux protestations anticorruptions de 2015 représente possiblement l'étincelle ayant permis le changement de paradigme observé aux dernières élections.

La surprenante arrivée d'Arévalo

L'élection présidentielle de 2023 marque ainsi un tournant avec l'élection à la présidence du candidat progressiste Bernardo Arévalo. Arévalo se dresse comme un défenseur de l'État de droit et une figure forte du mouvement anticorruption au Guatemala. De plus, la candidature d'Arévalo présente également une distinction importante du fait de son absence de lien avec le monde politique et les autres instances corrompues. Le dénouement étonnant du premier tour, positionnant Arévalo favorablement pour le deuxième tour, fut en effet une réelle surprise pour la sphère politique conservatrice qui ne tarda pas à mettre en œuvre certaines actions pour empêcher son élection. En effet, l'élite politique et économique du pays tenta de bloquer la participation de son parti au deuxième tour et de bannir Arévalo de l'élection en entamant des poursuites judiciaires contre le candidat et son parti.

Une procédure légale auprès de la Cour constitutionnelle pour dénoncer de soi-disant irrégularités lors du premier tour des élections et pour révoquer l'immunité politique d'Arévalo fut lancée par les différents partis conservateurs. Cette attaque envers la démocratie fut secondée d'une tentative par le Ministère Public de révoquer le statut du parti. Ces actions furent entre autres portées par la procureure générale du Guatemala, María Consuelo Porras, et le chef du Bureau du procureur spécial contre l'impunité du Ministère Public, Rafael Curruchiche. Dans la même lignée, en décembre dernier, Curruchiche tenta – en vain – d'inciter le tribunal suprême électoral d'annuler le résultat de l'élection lors d'une conférence de presse. Ces actions sont d'ailleurs qualifiées de « tentative de coup d'État » par l'Organisation des États d'Amérique.

Un changement de paradigme

La mobilisation du peuple guatémaltèque face aux diverses tentatives de la droite de saboter l'élection a eu un impact majeur sur la préservation de l'État de droit et de la démocratie du pays. Cette mobilisation étonnante du peuple guatémaltèque représente un changement de paradigme important pour le pays, caractérisé par le retour dans la rue d'une population qui avait délaissé cette forme de manifestation dans les dernières années, par peur de représailles. Plusieurs nomment ainsi cette révolution sociale le deuxième printemps guatémaltèque. Les manifestations publiques en faveur du respect de la démocratie et en soutien au président élu ont représenté une pression constante sur le « pacte des corrompus » afin de respecter le résultat de l'élection.

Cette mobilisation a particulièrement été portée par des leader·euses autochtones et par la jeunesse guatémaltèque qui ont joué un rôle majeur, autant dans la campagne électorale d'Arévalo que dans son entrée en poste. Cette jeunesse s'est fortement mobilisée en faveur du nouveau président, dans la rue et sur différents médias sociaux. De même, plusieurs regroupements autochtones ont lutté pour le respect du processus démocratique en manifestant devant le bureau de la procureure générale pendant plusieurs mois. Après une longue période d'incertitude et de lutte acharnée, Arévalo réussit enfin à atteindre sa cérémonie d'assermentation dans la nuit du 14 au 15 janvier, malgré les tentatives de la droite de l'en empêcher.

Un avenir semé d'embûches

Bien qu'elle représente sans aucun doute une victoire pour l'État de droit, la démocratie et la lutte anticorruption au Guatemala, l'élection de Bernardo Arévalo ne marque pas la fin de ces combats. Les nombreuses tentatives visant à empêcher son entrée en poste montrent la persévérance du pacte des corrompus ainsi que son emprise sur les instances du pays. Par ailleurs, la transition politique ne se déroule pas sans heurts. Le refus de la procureure générale Porras de rencontrer Arévalo illustre la dure conciliation entre le nouveau chef de l'exécutif et l'establishment politique. Le froid entre Arévalo et la procureure générale représente une difficulté bien particulière pour le nouveau président qui ne peut pas entamer de poursuite pénale contre l'élite corrompue sans son appui. Cette paralysie du système judiciaire – retardant les objectifs anticorruptions d'Arévalo – pourrait bien lui coûter certains de ces soutiens. Dans la même lignée, l'absence de majorité du Movimiento Semilla au Congrès présage de nombreuses difficultés à venir.

Ainsi, malgré la forte mobilisation de la population et bien que la jeunesse et certains mouvements autochtones se soient montrés en faveur de l'entrée en poste d'Arévalo, cette mobilisation n'est pas garante d'un appui pérenne de ces groupes et de la population en général, dont les attentes sont élevées. Le président devra faire ses preuves et présenter des résultats tangibles afin de préserver cet engagement.

Photo : Président Bernardo Arévalo, Gouvernement du Guatemala (Crédit : PDM 1.0 DEED)

Israël - Palestine : la fabrique du consentement occidental

Depuis le 7 octobre, Israël poursuit de façon incessante ses bombardements, ses frappes de missiles et ses attaques ciblées contre des hôpitaux, des écoles, des universités et (…)

Depuis le 7 octobre, Israël poursuit de façon incessante ses bombardements, ses frappes de missiles et ses attaques ciblées contre des hôpitaux, des écoles, des universités et des résidences au vu et au su du monde entier. Ces crimes de guerre sont accompagnés d'une rhétorique où Israël se présente comme la victime des Palestinien·nes, ce qui justifie, croit-il, son « droit de se défendre ».

Cette guerre contre Gaza est accompagnée d'un récit repris par les principaux médias occidentaux qui répètent allègrement la version israélienne voulant que tout ait commencé le 7 octobre, lors de l'attentat du Hamas qui a fait un peu plus de 1 200 victimes, essentiellement des civil·es israélien·nes. Notre propos ici n'est pas de nier l'ignoble tuerie commise par le Hamas, mais de questionner l'absence de mise en contexte dans laquelle s'est produit cet événement. Aucun média (ou si peu) n'a rappelé au monde que cet événement s'inscrit dans le cadre d'une occupation militaire et d'un blocus isolant complètement Gaza, et empêchant les Gazaoui·es de circuler, que ce soit pour aller en Cisjordanie, en Égypte ou ailleurs.

Aucun journaliste (ou si peu) n'a eu le réflexe ou le courage de rappeler ce que signifie concrètement ce blocus pour près de deux millions de personnes qui sont en confinement total sur un petit territoire depuis 16 ans maintenant, confinement collectif qui les prive de soins de santé plus performants, qui leur interdit de retrouver les membres de leurs familles vivant en Cisjordanie ou en Israël, qui les prive également d'opportunités d'emploi ou encore de visites à la Mosquée al-Aqsa, le troisième lieu de pèlerinage pour les musulman·es. Qui a entendu parler de l'intervention de l'armée israélienne à Jénine l'été dernier, l'une des plus importantes opérations militaires depuis le début de l'occupation israélienne de la Cisjordanie en 1967 ? L'armée est intervenue dans le camp de réfugié·es et dans la ville même de Jénine, tirant notamment sur la mosquée. Selon le ministère palestinien de la Santé, douze Palestinien·nes ont été tué·es et on compte quelque 100 blessé·es, dont 20 sont dans un état grave. Ce type d'intervention de l'armée israélienne, qui viole les droits des habitant·es des territoires palestiniens, fait désormais partie des faits divers. Cette banalisation de la violence du colonialisme israélien a contribué à ce que désormais, la « question palestinienne » disparaisse du radar médiatique occidental.

L'affaire de l'hôpital de al-Shifa

Ainsi, les médias occidentaux reprennent sans scrupules la trame narrative israélienne et la reconstitution de « preuves », à partir de données et de photos satellitaires fournies par l'armée israélienne. L'affaire de l'hôpital de al-Shifa à Gaza en est un bon exemple. Les dirigeants de l'armée ont déclaré que cet hôpital cachait des infrastructures stratégiques et militaires du Hamas. Pour soutenir cette affirmation, l'armée israélienne a présenté des photos de caches d'armes dans un endroit qui aurait pu être n'importe où, de même que des vidéos de soldats israéliens marchant dans un tunnel, lampes frontales au front et armes droites devant. Où ont été tournées ces scènes, nul ne le saura. Mais il demeure que des médecins européens présents sur place pour aider la population palestinienne ont démenti la version israélienne. Malgré cela, les journalistes non palestiniens, qui opèrent de l'extérieur de la bande de Gaza, ont repris ce récit presque mot pour mot, ce qui a servi à justifier l'explosion et la destruction totale de cet hôpital à l'heure où les intervenant·es des Nations Unies, et en premier lieu son secrétaire général Antonio Guterres, évoquent une crise humanitaire d'une ampleur sans précédent…

Le contrôle des médias

Pour ajouter, est-il nécessaire de rappeler que la couverture journalistique occidentale se fait de l'extérieur de Gaza ? Il est interdit pour les journalistes d'entrer dans cette zone de guerre. Celles et ceux qui, comme Céline Galipeau, vont dans la région se voient contraint·es d'aller rendre visite à des résident·es israélien·nes des colonies de peuplement environnantes. Les reportages qui donnent la parole à des personnes qui ont été enlevées par le Hamas ou aux membres de leur famille participent à renforcer le récit israélien, diffusé largement à la télévision. Il semble qu'aucun·e journaliste de Radio-Canada ou d'une autre télévision d'ici n'ait pris la peine d'aller rencontrer des opposant·es ou militant·es israélien·nes qui interviennent en solidarité avec le peuple palestinien, ou à tout le moins qui travaillent en matière de défense des droits humains. Pourtant, de telles organisations existent, et elles sont connues.

En effet, d'autres voix que celles de l'État ou de l'armée existent en Israël et dénoncent le génocide en cours, même s'il leur est plus difficile de se faire entendre en temps de guerre. À titre d'exemple, le journal israélien Haaretz a fait connaître l'une des conclusions d'une enquête policière israélienne révélant qu'un hélicoptère de l'armée israélienne a tiré sur des personnes qui couraient dans tous les sens lors des attentats de militants palestiniens du Hamas, le 7 octobre dernier. Selon le rapport révélé par Haaretz, l'hélicoptère israélien aurait vraisemblablement tué un·e ou des Israélien·nes. Peu de médias occidentaux ont relayé cette information pourtant crédible, et provenant d'un média israélien. Même si l'armée israélienne a nié ces accusations, ces éléments d'information illustrent à quel point cette guerre est aussi une guerre médiatique. Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux jouent également un rôle important. S'il n'y avait pas eu d'individus utilisant leur cellulaire pour filmer les Palestinien·nes marchant nu·es dans le désert, aurions-nous cru aux atrocités et aux humiliations commises par l'armée israélienne ?

Enfin, notons que les journalistes qui travaillent à Gaza sont les cibles privilégiées de l'armée israélienne. Ce ciblage fait partie intégrante de la fabrique du consentement. Au début de l'année 2024, selon le Syndicat des journalistes palestiniens, 102 journalistes ont été tué·es à la suite de bombardements israéliens de leurs maisons ou de leurs bureaux, ainsi que lors de leur pratique journalistique, soit « 8,5 % des journalistes de Gaza » [1].

Fabriquer le consentement

Tous ces éléments nous amènent à évoquer la célèbre thèse de Noam Chomsky et Edward Hemann : la fabrique du consentement. On renvoie ici à la création d'un récit constitué de faits choisis (ou omis), et d'informations répétées ad nauseam par les médias, qui contribue à imposer une « vérité ». Un processus qui permet aujourd'hui à Israël de justifier le processus d'annihilation de la population palestinienne de Gaza.

Notons que cette volonté israélienne d'empêcher que les faits soient dévoilés est appuyée par un bon nombre de dirigeants de pays occidentaux comme le président français Emmanuel Macron, qui a tenté d'interdire les manifestations propalestiniennes (le premier ministre François Legault avait évoqué cette idée pour finalement y renoncer) et a fait expulser la représentante de l'Autorité palestinienne qui avait été invitée par des organisations de la société civile à prendre la parole lors de certains événements. Aux États-Unis, les rectrices de grandes universités comme Harvard ou le MIT ont été forcées de démissionner, du fait des pressions des philanthropes pro-israéliens qui financent ces vénérables institutions. Le principe même de manifester son appui au peuple palestinien est menacé, et c'est pourquoi plus que jamais nous devons leur témoigner concrètement notre appui et participer au boycott, aux sanctions et au désinvestissement à l'égard d'Israël.


[1] Cela comprend 78 praticien·nes du journalisme et 24 professionnel·les des médias selon le Syndicat des journalistes palestiniens. Selon le Committee to Protect Journalists, en date du 23 janvier 2024, il s'agirait plutôt de 83 journalistes et travailleur·euses des médias tué·es (donnée confirmée) ; 76 journalistes palestinien·nes ; quatre journalistes israélien·nes, et trois Libanais·es ; 16 journalistes ont été blessé·es et trois journalistes sont portés disparu·es. Enfin, 25 journalistes auraient été arrêtés.

Anne Latendresse est militante internationaliste.

Illustration : Ramon Vitesse

Des travailleurs de Safeway à Winnipeg appellent à renforcer les TUAC

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/10/unnamed-scaled-e1761329205909-1024x612.jpg24 octobre 2025, par Manitoba Committee
Face aux pratiques abusives de leur employeur, des travailleurs et travailleuses de Safeway à Winnipeg affirment que les TUAC ont un rôle important à jouer pour les aider à se (…)

Face aux pratiques abusives de leur employeur, des travailleurs et travailleuses de Safeway à Winnipeg affirment que les TUAC ont un rôle important à jouer pour les aider à se tenir debout et à lutter pour mieux. Ils ajoutent aussi que le syndicat a été absent et qu’il doit commencer à prendre (…)

Des travailleurs de Safeway à Winnipeg appellent à renforcer les TUAC

24 octobre 2025, par Manitoba Committee
Face aux pratiques abusives de leur employeur, des travailleurs et travailleuses de Safeway à Winnipeg affirment que les TUAC ont un rôle important à jouer pour les aider à se…

Face aux pratiques abusives de leur employeur, des travailleurs et travailleuses de Safeway à Winnipeg affirment que les TUAC ont un rôle important à jouer pour les aider à se…

Quand le ROSEQ se fait phoquer

23 octobre 2025, par Marc Simard
Chaque automne, en octobre, le Réseau des Organisateurs de Spectacles de l’Est-du-Québec (ROSEQ) débarque à Rimouski avec ses valises pleines de cartes d’affaires, de (…)

Chaque automne, en octobre, le Réseau des Organisateurs de Spectacles de l’Est-du-Québec (ROSEQ) débarque à Rimouski avec ses valises pleines de cartes d’affaires, de costards-cravates et de techniques discursives. Les diffuseurs se retrouvent, les artistes se montrent sous leur meilleur jour, (…)

Sept thèses sur les insurrections de la Génération Z dans le Sud Global

23 octobre 2025, par Rédaction-coordination JdA-PA
Vijay Prashad, directeur exécutif de l’organisme Tricontinental: Institute for Social Research basé à Amsterdam. Les soulèvements menés par la génération Z dans les pays du Sud (…)

Vijay Prashad, directeur exécutif de l’organisme Tricontinental: Institute for Social Research basé à Amsterdam. Les soulèvements menés par la génération Z dans les pays du Sud témoignent de crises socioéconomiques et environnementales à long terme causées par le néolibéralisme. Pourtant, ils (…)

L’instrumentalisation politique de l’immigration par le gouvernement Legault

22 octobre 2025, par Bernard Rioux — ,
Le gouvernement de la CAQ soumet à la consultation populaire ses orientations sur la planification pluriannuelle de l'immigration pour la période de 2026 à 2029. De très (…)

Le gouvernement de la CAQ soumet à la consultation populaire ses orientations sur la planification pluriannuelle de l'immigration pour la période de 2026 à 2029. De très nombreux mémoires ont été déposés. Il s'agira d'examiner, en plus des orientations gouvernementales, les positions des organisations patronales, des organisations syndicales et des organisations de défense des personnes immigrantes. Cette consultation permet de dégager les enjeux économiques, sociaux et politiques, tant pour le gouvernement que pour les différents acteurs sociaux qui y participent.

Les propositions du gouvernement de la CAQ

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec propose de réduire le volume global d'immigration en diminuant les cibles d'immigrant·e·s permanents et le nombre de résident·e·s non permanent·e·s (étudiant·e·s étranger·e·s, travailleurs et travailleuses étranger·e·s temporaires et demandeur·euse·s d'asile).

Il présente trois scénarios en ce qui concerne les seuils d'immigration permanente : ramener ces seuils soit à 25 000, à 35 000 ou à 45 000 admissions par an. Ces trois scénarios constituent une réduction importante par rapport à la situation actuelle, alors que le nombre d'immigrant·e·s admis·e·s en 2024 frôlait les 60 000. Le gouvernement veut également réduire le nombre de résident·e·s non permanent·e·s, qui passerait d'environ 416 000 à quelque 200 000 d'ici 2029.

Le gouvernement de la CAQ vise aussi à exiger une meilleure connaissance du français pour les personnes immigrantes permanentes et temporaires. Il entend maintenir à une forte proportion l'immigration économique — soit plus de 60 % des admissions permanentes — et réduire les admissions dans les programmes d'immigration humanitaire. Dans tous les scénarios, le gouvernement vise à réduire considérablement le nombre de personnes réfugiées sélectionnées à l'étranger, en plus d'exiger d'Ottawa le transfert d'un certain nombre de ces personnes vers les autres provinces canadiennes.

Le gouvernement de la CAQ soutient que cette réduction est nécessaire pour respecter la capacité d'accueil et d'intégration de la société québécoise. Il prétend que le niveau actuel d'immigration exerce une pression sur les services publics, notamment en santé et en éducation, et que la crise du logement est directement liée à l'immigration. Ces arguments sont directement repris par le chef du PQ, **Paul St-Pierre Plamondon**.

Les politiques néolibérales, les désinvestissements et les privatisations des services publics, de même que la production insuffisante de logements laissée au marché privé et aux spéculateurs, sont ainsi excusés. De plus, derrière le discours sur la « protection du français » et la « cohésion culturelle », le gouvernement de la CAQ cherche à reconstruire sa base électorale en expliquant la multiplication des problèmes sociaux par l'immigration, et non par les logiques capitalistes et ses politiques d'austérité.

Sous couvert de laïcité, de cohésion linguistique et de « valeurs communes », le nationalisme conservateur érige une frontière symbolique entre un « nous » francophone menacé et un « eux » étranger, racisé, musulman ou non francophone. Les politiques de la CAQ – Loi 21, restrictions à l'immigration, discours sur la « capacité d'intégration » – visent à diviser la majorité populaire et à détourner la colère sociale des véritables responsables : le capital financier, la spéculation immobilière et la destruction des services publics.

Les organisations patronales défendent une vision strictement utilitariste de l'immigration

De leur côté, les grandes organisations patronales – le Conseil du patronat du Québec, la Fédération des chambres de commerce et **Manufacturiers et exportateurs du Québec** – réclament une augmentation substantielle des seuils d'immigration permanente, jusqu'à 70 000 admissions annuelles, et s'opposent à toute réduction des permis temporaires.

Elles considèrent que les propositions gouvernementales sont insuffisantes face à la rareté de la main-d'œuvre et insistent sur l'importance de répondre aux besoins du marché du travail et à la croissance des entreprises. Le CPQ propose également de suspendre les restrictions imposées à l'automne 2024 sur le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) afin d'éviter des pertes de main-d'œuvre indispensables au maintien des PME, particulièrement dans certaines régions hors des grands centres.

Leur conception de l'intégration est strictement utilitaire : il s'agit de maintenir un réservoir de main-d'œuvre flexible, bon marché et immédiatement disponible, sans nécessairement garantir la stabilité ou l'égalité des droits.

Au fond, les contradictions entre le gouvernement Legault et les organisations patronales reflètent deux logiques distinctes mais interdépendantes :

* la logique économique du patronat, orientée vers la maximisation de la main-d'œuvre disponible (une « armée de réserve »), la fluidité du marché et la déréglementation ;
* la logique politique du gouvernement de la CAQ, centrée sur la mise en scène d'une souveraineté culturelle identifiée à la défense du français, permettant de freiner l'érosion de sa base électorale.

Les positions des organisations syndicales

Dans leurs mémoires, les centrales syndicales – **FTQ, CSN, CSQ, CSD** – sont moins centrées sur le « seuil maximal » que sur les conditions, le statut et la protection des personnes immigrantes. Elles dénoncent la multiplication des statuts temporaires, la précarisation du travail immigrant et la dépendance des travailleurs et travailleuses à un seul employeur.

Les centrales insistent sur le fait que les personnes immigrantes doivent avoir accès à un statut permanent dès que possible, surtout celles déjà présentes sur le territoire avec un statut temporaire. Elles exigent la suppression des permis de travail fermés, l'accès rapide à la résidence permanente, la reconnaissance des qualifications étrangères et un véritable droit à la francisation gratuite et rémunérée. Elles réclament que l'intégration ne se limite pas à la seule dimension culturelle, mais qu'elle soit globale : logement abordable, services publics accessibles, soutien aux organismes d'accueil, lutte contre le racisme.

Pour les centrales syndicales, la politique actuelle repose sur une contradiction : on invoque la défense du français pour restreindre l'immigration, tout en négligeant de donner aux travailleurs et aux travailleuses les moyens matériels d'apprendre la langue et les droits leur permettant de participer pleinement à la vie collective. Les coupures dans les programmes de francisation opérées par la CAQ durant la dernière année en sont une illustration manifeste.

Les organisations de défense des personnes immigrantes

Les organismes de défense des personnes immigrantes appellent à une reconnaissance pleine et entière de la contribution des personnes immigrantes et à des voies claires et rapides vers la résidence permanente, notamment pour celles déjà établies au Québec.

Ils dénoncent le régime des permis fermés, les conditions de travail abusives, les obstacles à l'accès aux services publics et les politiques de francisation instrumentalisées comme filtres d'exclusion. Leur perspective est celle d'une politique fondée sur la dignité, l'égalité et la solidarité.

Pour ces organisations, une politique émancipatrice passerait par la régularisation des personnes sans statut, la suppression des permis fermés, la reconnaissance des diplômes étrangers et l'accès universel aux droits sociaux, linguistiques et culturels.

Si le patronat voit dans les seuils proposés et la diminution du nombre de travailleurs et travailleuses temporaires une difficulté pour répondre à la pénurie de main-d'œuvre, les organisations de défense des immigrant·e·s considèrent que ces seuils réduits et ces statuts temporaires prolongés sans perspectives claires créent de la précarité et de l'injustice.

La politique migratoire du Québec en phase avec celle du Canada

Si le gouvernement du Québec demande un transfert de pouvoirs en matière d'immigration, il faut voir que les politiques migratoires du Canada et du Québec verrouillent la mobilité humaine et criminalisent la migration. Ces politiques nourrissent un racisme systémique qui traverse l'ensemble des institutions. Elles révèlent un même projet : celui d'un État capitaliste et colonial cherchant à réaffirmer son autorité par le contrôle des corps, la hiérarchisation des vies et la fragmentation de la classe travailleuse. Les murs qu'il érige ne protègent pas la population : ils protègent le profit, l'ordre et la propriété.

Comme l'écrivait **Solidarité sans frontières** en dénonçant le projet de loi C-12 (devenu C-2) :

« Les migrant·e·s sans papiers, et toutes celles et ceux qui ont un statut d'immigration précaire, sont prisonnier·e·s au Canada. Elles et ils ne peuvent pas partir, ni travailler de façon légale ; elles et ils sont exploité·e·s sur leur lieu de travail encore plus que d'autres travailleur·euse·s ; elles et ils sont constamment menacé·e·s de détention arbitraire. Elles et ils sont ici parce que le Canada et d'autres pays occidentaux riches ont rendu leurs foyers invivables. Elles et ils sont ici, aspirant à une vie meilleure pour elles et eux-mêmes et pour leurs enfants. Elles et ils sont confronté·e·s à la violence bureaucratique et juridique du Canada, mais luttent dans la dignité et la résilience. »

Une politique migratoire véritablement émancipatrice doit jeter les bases d'une véritable inclusion de toutes les composantes de la société québécoise

Une véritable politique d'inclusion des personnes migrantes et d'intégration à la société québécoise passera par une politique d'égalité sociale et d'extension des droits économiques, sociaux et politiques.

Elle exigera :
a) le rejet d'une vision ethniquement homogène de la société québécoise et du projet nationaliste d'homogénéisation culturelle ;
b) une politique s'attaquant aux discriminations et refusant l'existence de secteurs de la société privés de droits ;
c) la liberté de circulation et d'installation de toutes les personnes migrantes ;
d) l'éradication du racisme systémique qui touche tant les nations autochtones que les autres secteurs racisés de la population ;
e) le rejet des discours qui font des minorités les seules porteuses de l'inégalité des femmes dans la société ;
f) une politique linguistique refusant de faire des personnes immigrantes la cause du manque d'attractivité du français ;
g) enfin, le rejet d'une laïcité identitaire qui essentialise la nation.

Il faut éviter de diviser le Québec entre un « nous » défini sur une base généalogique et culturelle et un « eux » qui en serait exclu. Partir sur cette base, c'est créer les conditions de l'approfondissement des divisions ethniques au sein de la société québécoise. La société québécoise doit se définir non pas comme un « nous » dont la substance se construit autour de certaines valeurs partagées de tout temps, mais comme un espace commun où la contribution de toutes et tous façonne une société plurielle et démocratique.

Toutes les personnes vivant au Québec, toutes celles qui y œuvrent et participent à la création de la richesse commune (et pas seulement économique) font partie de la société et contribuent à son destin national. Pour assurer une véritable inclusion des personnes migrantes, on ne peut accepter que des personnes se trouvant sur un même territoire et dans un même ordre juridique soient traitées différemment ou discriminées.

Le principe d'égalité des droits implique donc la libre circulation, mais aussi une série d'autres droits, dont notamment :

* le droit de s'installer durablement ;
* le droit au travail, à un salaire égal et à la syndicalisation ;
* le droit d'acquérir la nationalité et de voter ;
* le droit de vivre en famille ;
* le droit à la sécurité sociale ;
* le droit d'avoir accès aux différents services publics, etc.

La lutte pour l'égalité des droits doit être la tâche de tous les mouvements sociaux qui visent l'égalité sociale et la fin des discriminations : mouvement syndical, mouvement des femmes, des jeunes, mouvement populaire, mouvement antiraciste, etc. Le combat contre les discriminations et pour l'égalité des conditions et des droits est à la base de la convergence des différentes composantes de la majorité populaire.

Changement de culture : Mon moyen de transport n’est pas alternatif

22 octobre 2025, par Marc Simard
Je n’ai plus de permis de conduire. Pas qu’on me l’ait retiré à force d’infractions; j’ai choisi d’arrêter de le payer et de plutôt grossir le nombre de personnes sans ce (…)

Je n’ai plus de permis de conduire. Pas qu’on me l’ait retiré à force d’infractions; j’ai choisi d’arrêter de le payer et de plutôt grossir le nombre de personnes sans ce permis au Québec. L’auto (surtout solo, surtout thermique, mais même électrique) est pour moi vestige d’une civilisation déjà (…)

Palestine : quand dénoncer un génocide devient un crime

21 octobre 2025, par Blast — , ,
tiré du site de Blast https://www.blast-info.fr/emissions/2025/palestine-quand-denoncer-un-genocide-devient-un-crime-frYcbHMKRNuzGZReh8YUOQ Depuis plus de deux ans, on (…)

tiré du site de Blast
https://www.blast-info.fr/emissions/2025/palestine-quand-denoncer-un-genocide-devient-un-crime-frYcbHMKRNuzGZReh8YUOQ

Depuis plus de deux ans, on assiste à la criminalisation systématique et brutale du mouvement de solidarité avec la Palestine. Une mobilisation massive des infractions « d'apologie du terrorisme" et de "provocation à la haine raciale" pour restreindre significativement le débat public. Cette criminalisation ne date pas d'hier. Depuis les lois scélérates adoptées pour réprimer le mouvement anarchiste à la fin du 19ème siècle, le délit d'opinion a toujours été un outil redoutable pour s'attaquer à la solidarité anti-impérialiste. Quelle analyse en tirer ? Comment y résister ? C'est ce que nous verrons dans ce premier épisode de Légitime Défense écrit et animé par l'avocate Elsa Marcel et la constitutionnaliste Eugénie Mérieau.

Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste

Chers/chères camarades, Suite au dernier congrès mondial et à l'approbation du Manifeste, le Bureau de la Quatrième internatinale souhaite centraliser et développer la (…)

Chers/chères camarades,

Suite au dernier congrès mondial et à l'approbation du Manifeste, le Bureau de la Quatrième internatinale souhaite centraliser et développer la campagne afin de faire connaître largement ce texte en dehors de nos cercles militants.

Pour ce faire nous allons développer une campagne sous différents axes :

Nous allons publier un article sur les sites de la IV reprenant les liens vers les différentes éditions papier qui existent actuellement. Nous savons qu'il existe déjà des éditions en :
• portugais (Boi Tempo, Brésil https://www.boitempoeditorial.com.br/produto/manifesto-por-uma-revolucao-ecossocialista-153126),
• français (La Brèche, France https://la-breche.com/product/21671),
• néerlandais (Ernest Mandel Fonds, Belgique https://www.ernestmandelfonds.org/onze_publicaties.html),
• castillan (Textos de Combate, État espagnol https://www.anticapitalistas.org/wp-content/uploads/2025/06/TC-ManifiestoRevolucionEcosocialista.pdf),
• anglais (IIRE/Resistance Book https://resistancebooks.org/product/manifesto-for-an-ecosocialist-revolution/ ; Rupture - Irlande https://rupture.ie/store/manifesto-for-an-ecosocialist-revolution-pamphlet)...

Nous avons entendu parler d'éditions en grec, en japonais, en ourdou...

PTAG republie dans le cadre de cette campagne, une nouvelle fois, ce manifeste !

Adopté lors du 18e Congrès Mondial de la Quatrième Internationale- 2025

Ce Manifeste est un document de la Quatrième Internationale, fondée en 1938 par Léon Trotsky et ses camarades pour sauver l'héritage de la Révolution d'Octobre du désastre stalinien. Refusant un dogmatisme stérile, la IVe Internationale a intégré dans sa réflexion et sa pratique les défis des mouvements sociaux et de la crise écologique. Ses forces sont limitées, mais elles sont présentes sur tous les continents et ont activement contribué à la résistance au nazisme, à Mai 68 en France, à la solidarité avec les luttes anticoloniales (Algérie, Vietnam), à l'essor du mouvement altermondialiste et au développement de l'écosocialisme.

La IVe Internationale ne se considère pas comme la seule avant-garde ; elle participe, dans la mesure de ses forces, à de larges formations anticapitalistes. Son objectif est de contribuer à la formation d'une nouvelle Internationale, à caractère de masse, dont elle serait l'une des composantes.

Notre époque est celle d'une double crise historique : la crise de l'alternative socialiste face à la crise multiforme de la “civilisation” capitaliste.

Si la IVe Internationale publie ce Manifeste en 2025, c'est parce que nous sommes convaincu·es que le processus de révolution écosocialiste à différentes échelles territoriales, mais à dimension planétaire, est plus que jamais nécessaire : il s'agit désormais non seulement de mettre fin aux régressions sociales et démocratiques qui accompagnent l'expansion capitaliste mondiale, mais aussi de sauver l'humanité d'une catastrophe écologique sans précédent dans l'histoire humaine. Ces deux objectifs sont inextricablement liés.

Cependant, le projet socialiste qui est à la base de nos propositions nécessite une large refondation nourrie par l'évaluation pluraliste des expériences et par les grands mouvements de lutte contre toutes les formes de domination et d'oppression (classe, genre, communautés nationales dominées, etc.). Le socialisme que nous proposons est radicalement différent des modèles qui ont dominé le siècle dernier ou de tout régime étatiste ou dictatorial : c'est un projet révolutionnaire, radicalement démocratique, nourri par l'apport des luttes féministes, écologiques, antiracistes, anticolonialistes, antimilitaristes et LGBTI+.

Nous utilisons le terme d'écosocialisme depuis quelques décennies, car nous sommes convaincu·es que les menaces et les défis globaux posés par la crise écologique doivent imprégner toutes les luttes au sein de / contre l'ordre globalisé existant et nécessitent une reformulation du projet socialiste. La relation avec notre planète, le dépassement de la « fracture métabolique » (Marx) entre les sociétés humaines et leur milieu de vie, le respect des équilibres écologiques ne sont pas seulement des chapitres de notre programme et de notre stratégie, mais leur fil conducteur.

La nécessité d'actualiser les analyses du marxisme révolutionnaire a toujours inspiré l'action et la pensée de la Quatrième Internationale. Nous poursuivons cette démarche dans notre travail de rédaction de ce Manifeste écosocialiste : nous voulons contribuer à la formulation d'une perspective révolutionnaire capable d'affronter les défis du 21e siècle. Une perspective qui s'inspire des luttes sociales et écologiques, et des réflexions critiques authentiquement anticapitalistes qui se développent dans le monde.

La nécessité objective d'une révolution écosocialiste, antiraciste, antimilitariste, anti-impérialiste, anticolonialiste et féministe

Partout dans le monde, les forces d'extrême droite, autoritaires et semi-fascistes se renforcent et gagnent en influence. L'absence d'alternative à la crise du capitalisme tardif crée le désespoir qui favorise la misogynie, le racisme, la queerphobie, le déni du changement climatique et les idées réactionnaires en général. Effrayés parce que la crise écologique met objectivement en accusation l'accumulation pour le profit, des milliardaires se tournent vers une nouvelle extrême droite (allant des populistes de droite aux néofascistes) offrant ses services pour sauver le système par le mensonge et la démagogie sociale. Politiciens autoritaires et oligarques unissent leurs forces en défense du capital. Ciblant à la fois la protection de l'environnement et les programmes sociaux, ils mènent une guerre contre les travailleurs et les pauvres, tout en prétendant les représenter contre l'establishment libéral.

Le capital triomphe, mais son triomphe le plonge dans les contradictions insurmontables mises en évidence par Marx. En 1915, Rosa Luxemburg lançait un avertissement : « Socialisme ou barbarie ». Cent dix années plus tard, sonner l'alarme est plus urgent que jamais, car la catastrophe qui se développe est sans précédent. Aux fléaux de la guerre, du colonialisme, de l'exploitation, du racisme, de l'autoritarisme, des oppressions de toutes sortes, s'ajoute en effet un nouveau fléau, qui les exacerbe tous : la destruction accélérée par le capital de l'environnement naturel dont dépend la survie de l'humanité. L'élection de Trump en 2024 aggrave considérablement ce processus destructif. En se retirant des Accords de Paris, en encourageant l'exploitation illimitée des énergies fossiles (“drill, baby, drill”), en démantelant tous les règlements environnementaux aux USA, Donald Trump accélère la course planétaire vers l'abîme.

Les scientifiques identifient neuf indicateurs mondiaux de soutenabilité écologique. Les limites du danger sont estimées pour sept d'entre eux. En raison de la logique capitaliste d'accumulation, six de ces limites sont déjà franchies : (climat, intégrité des écosystèmes, cycles de l'azote et du phosphore, eaux douces souterraines et de surface, changement d'affectation des sols, pollution par de nouvelles entités chimiques). Les pauvres sont les principales victimes de ces destructions, surtout dans les pays pauvres.

Sous le fouet de la concurrence, la grande industrie et la finance renforcent leur emprise despotique sur les humains et la Terre. La destruction se poursuit, malgré les cris d'alarme de la science. La soif de profit, tel un automate, exige toujours plus de marchés et toujours plus de marchandises, donc plus d'exploitation de la force de travail et de pillage des ressources naturelles.

Le capital légal, le capital dit criminel et la politique bourgeoise sont étroitement liés. La Terre est achetée à crédit par les banques, les multinationales et les riches. Les gouvernements étranglent de plus en plus les droits humains et démocratiques par la répression brutale et le contrôle technologique.

Les mêmes causes sont à la base des inégalités sociales et de la dégradation de l'environnement. C'est peu dire que les limites de la soutenabilité sont franchies également au niveau social.

Le capitalisme implique la pénurie pour des milliards de personnes et l'enrichissement sans limite pour une infime minorité. D'un côté, le manque d'emplois, de salaires, de logements et de services publics alimente l'idée réactionnaire qu'il n'y a pas assez de ressources pour satisfaire les besoins de toutes et tous. De l'autre côté, avec leurs yachts, leurs jets, leurs piscines, leurs immenses terrains de golf particuliers, leurs nombreux SUV, leur tourisme spatial, leurs bijoux, leur haute couture et leurs résidences luxueuses aux quatre coins du monde, les 1 % les plus riches possèdent autant que 50 % de la population mondiale. La “théorie du ruissellement” est un mythe. C'est vers les riches que la richesse “ruisselle”, pas l'inverse. La pauvreté augmente, même dans les pays dits “développés”. Les revenus du travail sont comprimés sans pitié, les protections sociales – quand elles existent – sont démantelées. L'économie capitaliste mondiale flotte sur un océan de dettes, d'exploitation et d'inégalités.

Au sein des classes populaires, les populations les plus vulnérables et les groupes racisés sont frappés plus durement. Des communautés ethniques et raciales sont placées délibérément dans des zones contaminées par des déchets souvent toxiques et dangereux, plus polluées, ainsi que dans des zones à haut risque, dépourvues de planification urbaine (pentes des collines, par exemple). Victimes de racisme environnemental, ces populations sont de plus exclues systématiquement de la conception et de la mise en œuvre des politiques environnementales.

Assigner aux femmes le devoir de s'occuper des autres permet au capital de bénéficier d'une reproduction sociale à moindre coût et favorise la mise en œuvre de politiques d'austérité brutales dans les services publics. D'une manière générale, les inégalités et les discriminations touchent particulièrement les femmes. Elles ne perçoivent que 35 % des revenus du travail. Dans certaines régions du monde (Chine, Russie, Asie centrale), leur part diminue, parfois de manière significative. Les femmes rurales assurent 55 à 77 % du travail, mais ne possèdent que 9 % des terres, et ont peu accès aux ressources, aux crédits et aux politiques publiques. Au-delà du travail, les femmes sont attaquées sur tous les fronts en tant que femmes, par la violence sexiste et sexuelle – féminicides, viols, harcèlement sexuel, traite à des fins sexuelles et de travail – et dans leurs droits à l'alimentation, à l'éducation, leur droit d'être respectées et de disposer de leur propre corps.

Les personnes LGBTI+, et particulièrement transgenres, sont la cible d'une offensive réactionnaire mondiale qui aggrave leur précarité et les discriminations, compromet leur accès à la santé, et par conséquent aussi la santé publique.

Les personnes handicapées sont mises au rebut par le capital parce qu'elles ne peuvent pas travailler pour le profit, ou parce que leur travail nécessite des aménagements réduisant les profits. Certaines sont victimes de stérilisation forcée. Le spectre de l'eugénisme refait surface.

Les personnes âgées des classes populaires sont mises au rebut aussi, et la vie des générations futures est mutilée à l'avance. La plupart des parents des classes populaires ne croient plus que leurs enfants vivront mieux qu'elles et eux. Un nombre croissant de jeunes observent avec effroi, rage et tristesse la destruction programmée de leur monde, violé, éventré, noyé dans le béton, englouti dans les eaux froides du calcul égoïste.

Les fléaux de la famine, de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition avaient reculé à la fin du 20e siècle ; la convergence catastrophique du néolibéralisme, du militarisme et du changement climatique les fait resurgir : près d'une personne sur dix a faim, près d'une sur trois souffre d'insécurité alimentaire, plus de trois milliards n'ont pas les moyens de se nourrir sainement. Cent cinquante millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent d'un retard de croissance dû à la faim. La grande majorité d'entre eux ont pour seul tort d'être né·es à la périphérie du capitalisme.

L'espoir d'un monde pacifique s'évanouit. Plus de 30 pays du monde sont ou ont été récemment en proie à des guerres de grande ampleur, notamment le Soudan, l'Irak, le Yémen, la Palestine, la Syrie, l'Ukraine, la Libye, la République démocratique du Congo et le Myanmar. La crise climatique elle-même, la concurrence féroce pour les minerais (notamment les “terres rares”), les phénomènes météorologiques et les flux migratoires intenses qui en résultent alimentent de nombreux conflits. Les souffrances, les déplacements et la mort sont au rendez-vous.

Tandis que les impérialismes rivalisent, les mesures urgentes pour la transition climatique et un avenir soutenable sont remises en question. Outre le fait que les guerres éliminent des vies humaines, s'attaquent au corps des femmes, utilisent le viol comme instrument de terreur et déshumanisent la vie collective, elles aggravent aussi la destruction des écosystèmes, provoquent la déforestation, empoisonnent les sols, les eaux et l'air, et émettent de grandes quantités de carbone.

La guerre brutale de la Russie contre l'Ukraine et le nouveau degré de nettoyage ethnique perpétré à Gaza et contre le peuple palestinien en général sont des crimes majeurs contre l'humanité, qui confirment la nature de plus en plus barbare du capitalisme. L'agression impérialiste russe lancée en 2022 contre l'Ukraine a exacerbé les tensions géopolitiques à l'échelle mondiale. Elle confirme l'entrée dans une nouvelle ère de compétition inter-impérialiste pour l'hégémonie mondiale dans laquelle les ressources foncières, énergétiques et minérales constituent un enjeu important.

Tout le monde pourrait avoir une bonne vie sur la Terre, mais le capitalisme est un mode de prédation exploiteur, machiste, raciste, guerrier, autoritaire et mortifère. En deux siècles, il a conduit l'humanité dans une profonde impasse écosociale. Le productivisme est un destructivisme. La surexploitation des ressources naturelles, l'extractivisme forcené, la recherche des rendements maximums à court terme, la déforestation et le changement d'affectation des terres entraînent un effondrement de la biodiversité, c'est-à-dire de la vie elle-même.

Le changement climatique est l'aspect le plus dangereux de la destruction écologique, c'est une menace pour la vie humaine sans précédent dans l'histoire. La Terre risque de devenir un désert biologique inhabitable pour des milliards de pauvres qui ne sont pas responsables de ce désastre. Pour arrêter cette catastrophe, nous devons réduire de moitié les émissions mondiales de dioxyde de carbone et de méthane avant 2030, et atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre avant 2050. Cela signifie en priorité bannir les énergies fossiles, l'agro-industrie, l'industrie de la viande et l'hyper-mobilité… et par conséquent produire moins, globalement.

Est-il possible dans ce contexte de satisfaire les besoins légitimes de trois milliards de personnes qui vivent dans des conditions épouvantables, principalement dans les pays du Sud global1 ? Oui. Le 1 % le plus riche émet près de deux fois plus de CO2 que les 50 % les plus pauvres. Les 10 % les plus riches sont responsables de plus de 50 % des émissions de CO2. Les pauvres émettent beaucoup moins que 2 à 2,3 tonnes de CO2 par personne et par an (le volume moyen à atteindre en 2030 pour parvenir à des émissions nettes nulles en 2050 avec une probabilité de 50 %). Un dollar dépensé pour répondre aux besoins des 1 % les plus riches émet trente fois plus de CO2 qu'un dollar investi pour répondre aux besoins sociaux des 50 % les plus pauvres de la population mondiale.

La satisfaction des besoins fondamentaux des classes populaires, tant dans les pays dominés que dans les pays dits “développés”, n'aurait qu'une empreinte carbone modeste – surtout si elle est planifiée démocratiquement et assumée par le secteur public. Elle serait compensée largement par la réduction radicale de l'empreinte carbone des 1 % les plus riches – ils doivent diviser leurs émissions par trente en quelques années au Nord comme au Sud ! – et la sobriété pour tou·tes. En fait, arrêter la catastrophe nécessite une société qui assure le bien-être et garantit l'égalité comme jamais auparavant. C'est une perspective désirable mais le 1 % le plus riche refuse le moindre effort et veut toujours plus de privilèges !

Les gouvernements se sont engagés à rester en dessous de +1,5°C, à préserver la biodiversité, à atteindre un soi-disant “développement durable” et à respecter le principe des “responsabilités et capacités communes mais différenciées” dans la crise écologique… tout en produisant toujours plus de marchandises et en utilisant toujours plus d'énergie. Il est exclu que ces promesses conjuguées soient tenues par le capital. Les faits le montrent :

– Trente-trois ans après le Sommet de la Terre de Rio (1992), le bouquet énergétique mondial est encore entièrement dominé par les combustibles fossiles (84 % en 2020). La production totale de combustibles fossiles a augmenté de 62 %, passant de 83 000 térawattheures (TWh2) en 1992 à 136 000 TWh en 2021. Les énergies renouvelables viennent principalement s'ajouter au système énergétique fossile, offrant davantage de capacités et de nouveaux marchés aux capitalistes.

Avec la crise énergétique déclenchée par la pandémie et aggravée par la guerre impérialiste russe contre l'Ukraine, toutes les puissances capitalistes ont relancé le charbon, le pétrole, le gaz naturel (y compris le gaz de schiste) et l'énergie nucléaire.

– La promotion de l'intelligence artificielle (IA) par les compagnies de la Big Tech et les gouvernements capitalistes fait peser une nouvelle menace. Les data centers et le “crypto-mining” consomment déjà près de 2 % de l'électricité mondiale. Cette consommation augmentera de façon très importante avec l'expansion de l'IA, qui nécessite d'énormes quantités d'énergie et d‘eau. Les vies des peuples en seront affectées de nombreuses façons. L'utilisation capitaliste de l'IA menace des dizaines de millions d'emplois, dégrade et mine la création artistique et culturelle, renforce le racisme systémique et accélère la diffusion des mensonges de l'extrême droite. De plus, l'IA et les data centers accélèrent la frénésie d'un capitalisme sans repos, qui accapare l'attention des gens, corrompant ainsi leur temps libre et leurs liens sociaux.

– Principal responsable historique du dérèglement climatique, l'impérialisme américain dispose d'énormes moyens pour lutter contre la catastrophe, mais ses représentants politiques subordonnent criminellement cette lutte à la protection de leur hégémonie mondiale, quand ils ne la refusent pas tout simplement.

– Les mesures que les grands pollueurs mettent en œuvre sous le label “décarbonation” ne répondent pas à l'ampleur de la crise climatique. Elles sont déployées sans planification démocratique, en privilégiant le profit et en ignorant les impacts potentiels sur les écosystèmes. Elles accélèrent l'extractivisme, surtout dans les pays dominés, mais aussi au Nord et dans les océans, au détriment des populations et des écosystèmes.

– Cette soi-disant “décarbonation” exacerbe l'accaparement impérialiste des terres, le racisme environnemental et l'exploitation de la main-d'œuvre dans le Sud, avec la complicité des bourgeoisies locales (comme l'illustrent différents projets d'utilisation de l'énergie solaire et éolienne sur les territoires des communautés traditionnelles, des peuples indigènes, des agriculteurs et des petits pêcheurs dans les pays du Sud ainsi que dans des “zones franches”, afin de produire de “l'hydrogène vert” pour les industries des pays développés).

– Les “marchés du carbone”, les “compensations carbone”, les “compensations biodiversité” et les “mécanismes de marché”, fondés sur la compréhension de la nature comme un capital, pèsent sur les moins responsables, les pauvres, en particulier les populations autochtones, les populations racisées et les populations du Sud en général.

Valables en théorie, les concepts abstraits tels que “économie circulaire”, “résilience”, “transition énergétique”, “biomimétisme” deviennent des formules creuses dès lors qu'ils sont mis au service du productivisme capitaliste. Sans mise en œuvre d'un plan de reconversion de la production par l'ensemble de la société, les améliorations techniques ont un effet rebond3 : ainsi, une réduction du prix de l'énergie entraîne généralement une augmentation de la consommation d'énergie et de matières.

La droite attribue le réchauffement climatique et le déclin de la biodiversité à la croissance démographique “galopante”. Elle cherche ainsi à rendre les opprimé·es responsables des crises et de leur propre misère, pour leur imposer des mesures de contrôle de la population. En réalité, les taux de croissance démographique élevés sont une conséquence plutôt qu'une cause de la pauvreté. La sécurité des revenus, l'accès à la nourriture, à l'éducation, aux soins de santé et au logement, l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, contribuent tous à la transition démographique, parce que les taux de mortalité, puis les taux de natalité, diminuent.

Le fétichisme capitaliste de l'accumulation empêche de reconnaître cette vérité. En fin de compte, face à la crise climatique, il ne laissera finalement que deux options : déployer des technologies d'apprentis sorciers (nucléaire, capture-séquestration du carbone, géo-ingénierie…) ou sacrifier quelques milliards de pauvres dans les pays pauvres, en disant que “la nature” en a décidé ainsi.

Politiquement, l'impuissance et l'injustice du capitalisme vert font le jeu d'un néofascisme fossile, complotiste, impérialiste, raciste, violemment machiste et LGBTI+phobe, que cette seconde possibilité ne rebute pas. Une fraction des riches marche vers un immense crime contre l'humanité, en pariant cyniquement que sa richesse la protégera.

Le capitalisme mondial ne progresse pas graduellement vers la paix et le développement durable, il régresse à grands pas vers la guerre, le désastre écologique, le génocide et la barbarie néofasciste.

Face à ce défi, il ne suffit pas de remettre en cause le régime néolibéral et de revaloriser le rôle de l'État. Il ne suffirait même pas d'arrêter la dynamique d'accumulation (un objectif impossible sous le capitalisme !). La consommation finale mondiale d'énergie doit diminuer radicalement – ce qui implique produire moins et transporter moins à l'échelle mondiale – tout en augmentant la consommation d'énergie dans les pays les plus pauvres, pour satisfaire les besoins sociaux.

C'est la seule solution qui permette de concilier le besoin légitime de bien-être pour tou·tes et la régénération de l'écosystème mondial. La juste suffisance et la juste décroissance – la décroissance écosocialiste – est une condition sine qua non du sauvetage.

Sortir de l'impasse productiviste n'est possible qu'aux conditions suivantes :

– abandonner le “technosolutionnisme”, c'est-à-dire l'idée que la solution viendra des nouvelles technologies dont on présente la face écologique sans mesurer la consommation préjudiciable des énergies et ressources que leur production et usage induisent. Dans un souci de sagesse écologique, décider d'utiliser les moyens dont nous disposons, ils suffisent à répondre aux besoins de tou·tes ;

– réduire radicalement l'empreinte écologique des riches pour permettre une bonne vie pour tou·tes ;

– mettre fin au libre marché du capital (bourses, banques privées, fonds de pension, marché des crédits carbone...) ;

– réguler les marchés de biens et de services ;

– maximiser à tous les échelons de la société les relations directes entre producteur·ices et consommateur·ices, et les processus d'évaluation des besoins et des ressources sous l'angle des valeurs d'usage et des priorités écologiques et sociales ;

– déterminer démocratiquement quels besoins ces valeurs d'usage doivent satisfaire et comment ;

– placer au centre de cette délibération démocratique la prise en charge des humains et des écosystèmes, le respect attentif du vivant et des limites écologiques ;

– supprimer en conséquence les productions et les transports inutiles, refonder toute l'activité productive, sa circulation et sa consommation.

Ces conditions sont nécessaires, mais pas suffisantes. La crise sociale et la crise écologique ne font qu'une. Il faut reconstruire un projet émancipateur pour les exploité·es et les opprimé·es. Un projet de classe qui, au-delà des besoins fondamentaux, privilégie l'être au lieu de l'avoir. Un projet qui modifie en profondeur les comportements, la consommation, le rapport au reste de la nature, la conception du bonheur et la vision que les humains ont du monde. Un projet anti-productiviste pour vivre mieux en prenant soin du vivant sur la seule planète habitable du système solaire.

Le capitalisme a déjà plongé l'humanité dans des situations très sombres. À la veille du premier conflit mondial, l'hystérie nationaliste s'est emparée des masses et la social-démocratie, trahissant sa promesse de répondre à la guerre par la révolution, a donné le feu vert à des tueries sans précédent. Néanmoins, Lénine définissait la situation comme « objectivement révolutionnaire », parce que seule la révolution pouvait arrêter le massacre. L'histoire lui a donné raison : la révolution en Russie et la crainte de son extension ont contraint les bourgeoisies à mettre fin au bain de sang. La comparaison a évidemment ses limites. Les médiations vers l'action révolutionnaire sont aujourd'hui infiniment plus complexes. Mais le même sursaut des consciences est nécessaire. Face à la crise écologique, une révolution anticapitaliste est encore plus nécessaire objectivement qu'il y a un siècle. C'est ce jugement fondamental qui doit servir de base à l'élaboration d'un programme, d'une stratégie et d'une tactique, parce qu'il n'y a pas d'autre moyen d'éviter la catastrophe.

Le monde pour lequel nous nous battons

Notre projet de société future articule l'émancipation sociale et politique avec l'impératif d'arrêter la destruction de la vie et de réparer autant que possible les dégâts déjà causés.

Nous voulons (tenter d') imaginer ce que serait une vie bonne pour tou·tes et partout en réduisant la consommation de matière et d'énergie, et donc en réduisant la production matérielle, en tenant compte des responsabilités différentiées. Il ne s'agit pas de donner un modèle tout fait, mais d'oser penser un autre monde, un monde qui donne envie de se battre pour le construire en se débarrassant du capitalisme et du productivisme.

« Oui, c'est pour le pain que nous nous battons, mais nous nous battons aussi pour les roses. »

Une vie bonne pour tou·tes exige que les besoins humains fondamentaux – alimentation saine, santé, logement, air pur et eau propre – soient satisfaits.

Une bonne vie est aussi une vie choisie, épanouissante et créative, engagée dans des relations humaines riches et égalitaires, entourée de la beauté du monde et des réalisations humaines.

Notre planète dispose (encore) de suffisamment de terres arables, d'eau potable, de soleil et de vent, de biodiversité et de ressources de toutes sortes pour répondre aux besoins humains légitimes en renonçant aux combustibles fossiles nuisibles au climat et à l'énergie nucléaire. Cependant, certaines de ces ressources sont limitées et donc épuisables, tandis que d'autres, bien qu'inépuisables, nécessitent pour leur consommation humaine des matières épuisables, voire rares et dont l'extraction est écologiquement dommageable. En tout état de cause, leur utilisation ne pouvant être illimitée, nous les utilisons avec prudence et parcimonie, dans le respect de l'environnement.

Indispensables à notre vie, elles sont exclues de l'appropriation privée, considérées comme des biens communs, car elles doivent bénéficier à l'ensemble de l'humanité aujourd'hui et à long terme. Afin de garantir ces biens communs dans le temps, des règles collectives définissant les usages, mais aussi les limites de ces usages, les obligations d'entretien ou de réparation, sont élaborées.

Parce qu'on ne soigne pas une mangrove comme une calotte glaciaire, une zone humide comme une plage de sable, une forêt tropicale comme une rivière, parce que l'énergie solaire n'obéit pas aux mêmes règles, n'impose pas les mêmes contraintes matérielles que l'éolien ou l'hydraulique, l'élaboration de règles ne peut être que le fruit d'un processus démocratique impliquant les premier·es concerné·es, travailleur·ses et habitant·es.

Notre commun, c'est aussi l'ensemble des services qui permettent de répondre de manière égalitaire, et donc gratuite, aux besoins d'éducation, de santé, de culture, d'accès à l'eau, à l'énergie, à la communication, aux transports, etc. Ils sont, eux aussi, gérés et organisés démocratiquement par l'ensemble de la société.

Les services consacrés aux personnes et aux soins dont elles ont besoin aux différentes étapes de leur vie, brisent la séparation entre le public et le privé, l'assignation des femmes à ces tâches en les socialisant, c'est-à-dire en faisant en sorte qu'elles soient l'affaire de l'ensemble de la société. Ces services de reproduction sociale sont des outils essentiels, parmi d'autres, pour lutter contre l'oppression patriarcale.

Tous ces “services publics” décentralisés, participatifs et communautaires constituent la base d'une organisation sociale non autoritaire.

À l'échelle de la société dans son ensemble, la planification écologique démocratique permet aux populations de se réapproprier les grands choix sociaux relatifs à la production, de décider, en tant que citoyen·nes et usager·es, ce qu'il faut produire et comment le produire, des services qui doivent être fournis, mais aussi des limites acceptables pour l'utilisation des ressources matérielles telles que l'eau, l'énergie, les transports, le foncier, etc. Ces choix sont préparés et éclairés par des processus de délibération collective qui s'appuient sur l'appropriation des connaissances, qu'elles soient scientifiques ou issues de l'expérience des populations, sur l'auto-organisation des opprimé·es (par exemple : mouvements de libération des femmes, peuples racisés, personnes handicapées).

Cette démocratie économique et politique globale s'articule avec de multiples collectifs/commissions décentralisés : ceux qui permettent de décider au niveau local, dans la commune ou le quartier, de l'organisation de la vie publique et ceux qui permettent aux travailleur·ses et aux producteur·ices de contrôler la gestion et l'organisation de leur unité de travail, de décider de la manière de produire et donc de travailler. C'est la combinaison de ces différents niveaux de démocratie qui permet la coopération et non la concurrence, une gestion juste d'un point de vue écologique et social, épanouissante d'un point de vue humain, au niveau de l'atelier, de l'entreprise, de la branche… mais aussi du quartier, de la commune, de la région, du pays et même de la planète !

Toutes les décisions relatives à la production et à la distribution, à la manière dont nous voulons vivre, sont guidées par le principe suivant : décentraliser autant que possible, coordonner autant que nécessaire.

Prendre sa vie en main et participer à des collectifs sociaux demande du temps, de l'énergie et de l'intelligence collective. Heureusement, le travail de production et de reproduction sociale n'occupe que quelques heures par jour.

La production est exclusivement consacrée à la satisfaction des besoins démocratiquement déterminés. La production et la distribution sont organisées de manière à minimiser la consommation de ressources et à éliminer les déchets, les pollutions et les émissions de gaz à effet de serre, elle vise en permanence la sobriété et la “durabilité programmée” (par opposition à l'obsolescence programmée du capitalisme, qu'elle soit planifiée ou simplement due à la logique de la course au profit). Produire au plus près des besoins à satisfaire permet de réduire les transports et de mieux appréhender le travail, les matériaux et l'énergie nécessaires.

Ainsi, l'agriculture est écologique, paysanne et locale afin d'assurer la souveraineté alimentaire et la protection de la biodiversité. Des ateliers de transformation et des circuits de distribution permettent de produire la plupart des aliments en circuit court.

Le secteur de l'énergie basé sur les sources renouvelables est aussi décentralisé que possible afin de réduire les pertes et d'optimiser les sources. Les activités liées à la reproduction sociale (entre autres : santé, éducation, soins aux personnes âgées ou dépendantes, garde d'enfants) sont développées et renforcées, en veillant à ne pas reproduire les stéréotypes de genre.

Bien que le travail occupe moins de temps, il occupe une place essentielle, car, avec la nature et en prenant soin d'elle, il produit ce qui est nécessaire à la vie.

L'autogestion des unités de production combinée à la planification démocratique permet aux travailleur·ses de contrôler leur activité, de décider de l'organisation du travail et de remettre en cause la division entre travail manuel et travail intellectuel. La délibération s'étend au choix des technologies selon qu'elles permettent ou non au collectif de travail de maîtriser le processus de production. En privilégiant la connaissance concrète, pratique et réelle du processus de travail, les savoir-faire collectifs et individuels, la créativité, elle permet de concevoir et de produire des objets robustes, démontables et réparables, réutilisables et, le cas échéant, recyclables, et de réduire les consommations de matières et d'énergie – de la fabrication à l'utilisation.

Dans tous les domaines, la conviction de faire quelque chose d'utile et la satisfaction de le faire bien se conjuguent. En ce qui concerne les tâches fastidieuses, chacun·e veille à en réduire la lourdeur et la pénibilité. Il reste cependant une part incontournable que chacun·e accomplit à tour de rôle.

Une grande partie de la production matérielle, parce que le volume en est fortement réduit, peut être désindustrialisée (tout ou partie de l'habillement ou de l'alimentation) et les savoir-faire artisanaux, auxquels tout le monde peut être formé, sont valorisés.

Libérer le travail de l'aliénation permet d'abolir la frontière entre l'art et la vie dans une sorte de “communisme du luxe”. Nous pouvons garder ou partager des outils, des meubles, un vélo, des vêtements… toute notre vie parce qu'ils sont ingénieusement conçus et beaux.

Être plutôt qu'avoir

« Seul ce qui est bon pour tous est digne de vous.

Seul mérite d'être produit ce qui ne privilégie ni n'abaisse personne. » (A. Gorz).

La liberté ne réside pas dans une consommation illimitée, mais dans une autolimitation choisie et comprise, conquise contre l'aliénation consumériste. La délibération collective permet de déconstruire les besoins artificiels, de définir des besoins “universalisables” – c'est-à-dire non réservés à certaines personnes ou à certaines parties du monde – qui doivent être satisfaits.

La véritable richesse ne réside pas dans l'augmentation infinie des biens – avoir – mais dans l'augmentation du temps libre – être. Le temps libre ouvre la possibilité de s'épanouir dans le jeu, l'étude, l'activité civique, la création artistique, les relations interpersonnelles et avec le reste de la nature.

Nous ouvrons donc la voie à de nombreux travaux parce que nous avons le temps d'y réfléchir et parce que nous pouvons le faire en mettant au centre l'attention portée aux personnes et au reste de la nature.

Les lieux où nous vivons, chaque espace dans lequel nous nous socialisons, nous appartiennent pour construire d'autres relations sociales interpersonnelles. Libérés de la spéculation foncière et de la voiture, nous pouvons repenser l'usage des espaces publics, combler la séparation entre le centre et la périphérie, multiplier les espaces récréatifs, de rencontre et de partage, désartificialiser les villes avec l'agriculture urbaine et le maraîchage de proximité, restaurer les biotopes insérés dans le tissu urbain… Et au-delà, mettre en œuvre une politique à long terme visant à rééquilibrer les populations urbaines et rurales et à dépasser l'opposition entre ville et campagne afin de reconstituer des communautés humaines vivables et durables à une échelle permettant une réelle démocratie.

Nos désirs et nos émotions ne sont plus des choses qui s'achètent et se vendent, l'éventail des choix est considérablement élargi pour chacun·e. Chacun·e peut développer de nouvelles façons d'avoir des relations sexuelles, de vivre, de travailler et d'élever des enfants ensemble, de construire des projets de vie de manière libre et diverse, dans le respect des décisions personnelles et de l'humanité de chacun·e, avec l'idée qu'il n'y a pas une seule option possible, ou une option meilleure que les autres. La famille peut cesser d'être l'espace de reproduction de la domination, et cesser d'être la seule forme possible de vie collective. Nous pouvons ainsi repenser la forme de la parentalité de manière plus collective, politiser nos décisions personnelles en matière de maternité et de parentalité, réfléchir à la manière dont nous considérons l'enfance et la place des personnes âgées ou handicapées, aux relations sociales que nous établissons avec elles, et à la manière dont nous sommes capables de briser les logiques de domination que nous avons intériorisées, héritées des sociétés antérieures.

Nous construisons une nouvelle culture, à l'opposé de la culture du viol, une culture qui reconnaît les corps de toutes les femmes cis et trans, ainsi que leurs désirs, qui reconnaît chacun·e comme un sujet capable de décider de son corps, de sa vie et de sa sexualité, qui rend visible le fait qu'il y a mille façons d'être une personne, de vivre et d'exprimer son genre et sa sexualité.

Une activité sexuelle librement consentie et agréable pour toutes celles et tous ceux qui y prennent part est en soi une justification suffisante.

Nous devons apprendre à penser l'interdépendance des êtres vivants et développer une conception des relations entre l'humanité et la nature qui ressemblera probablement à certains égards à celle des peuples indigènes, mais qui sera néanmoins différente. Une conception selon laquelle les notions éthiques de précaution, de respect et de responsabilité, ainsi que l'émerveillement devant la beauté du monde, interféreront constamment avec une compréhension scientifique à la fois de plus en plus fine et de plus en plus consciente de son incomplétude. Les cultures des peuples indigènes peuvent constituer de précieuses sources d'inspiration.

Notre méthode transitoire

Notre analyse du capitalisme, et plus particulièrement des politiques de la classe dirigeante en relation avec les dangers écologiques et le changement climatique, nous conduit à affirmer ce qui suit :

Premièrement, la nécessité d'une alternative globale et d'un projet de société basé sur une production et une reproduction orientées vers la satisfaction des besoins humains et non vers les profits (produire des valeurs d'usage plutôt que des valeurs d'échange). Tourner telle ou telle vis à l'intérieur du système, sans changer le mode de production, ne permettra ni d'éviter ni même d'atténuer de manière significative les crises et les catastrophes auxquelles nous sommes confrontés et qui s'aggraveront avec la persistance du système capitaliste. Transmettre cette idée est au cœur de la politique révolutionnaire.

La compréhension de la nécessité d'un changement révolutionnaire global est une tâche qui ne peut être résolue directement et sans difficulté dans la pratique. C'est pourquoi, deuxièmement, il est important de combiner la présentation de la perspective globale avec la diffusion de revendications immédiates pour lesquelles des mobilisations peuvent effectivement être développées ou promues.

Troisièmement, il faut le souligner : convaincre ne peut se faire uniquement par l'argumentation. Pour convaincre de se détourner du système capitaliste et encourager à résister, il faut des luttes réussies qui donnent du courage et démontrent que des victoires partielles sont possibles.

Quatrièmement, pour que les luttes soient couronnées de succès, une meilleure organisation est nécessaire. C'est toujours vrai en principe, mais aujourd'hui – parce que les syndicats ont largement disparu politiquement (dans de nombreuses parties du monde) et que la gauche est fragmentée – il est important de promouvoir la coopération pratique de manière non sectaire, en particulier au sein de la gauche anticapitaliste, et en même temps de soutenir les travailleur·ses dans leur auto-organisation.

D'une part, le temps presse si nous ne voulons pas voir le réchauffement climatique s'accélérer de manière incontrôlable parce que des points de basculement cruciaux sont franchis. D'autre part, la grande majorité n'est pas prête à se battre pour un autre système, c'est-à-dire pour renverser le capitalisme. Cela est dû en partie à un manque de connaissance de la situation générale, mais plus encore à un manque de vision de ce à quoi l'alternative pourrait ou devrait ressembler. En outre, le rapport de forces social et politique entre les classes n'encourage pas vraiment la confrontation avec les dirigeants et les profiteurs de l'ordre social capitaliste.

Par ailleurs, un programme qui veut réformer le capitalisme ou le dépasser progressivement (de surcroît, par une politique venant d'en-haut) n'a pas non plus de chance de réussir. Les réformes qui respectent les règles du système capitaliste ne permettent pas de relever les défis de la crise écologique. Et les changements progressifs dans l'économie et l'État n'ont jamais conduit à un changement de système. Les propriétaires et les profiteurs du capitalisme n'assisteront pas tranquillement à la confiscation de leurs richesses et à la privation de leur mode d'enrichissement, morceau par morceau.

Le temps presse et des mesures urgentes s'imposent. Certains opposants à l'écosocialisme plaident pour des réformes légères “parce que nous ne pouvons pas attendre la révolution mondiale”. Les partisan·es de l'écosocialisme n'ont pas l'intention d'attendre ! Notre stratégie est de commencer MAINTENANT, avec des revendications transitoires concrètes. C'est le début d'un processus de changement global. Il ne s'agit pas d'étapes historiques distinctes, mais de moments dialectiques dans un même processus. Chaque victoire partielle ou locale est une étape dans ce mouvement, qui renforce l'auto-organisation et encourage la lutte pour de nouvelles victoires.

Dans les luttes de classes à venir – qui constituent la base de la bataille pour l'hégémonie impliquant des couches plus larges de la classe ouvrière, les jeunes, les femmes, les indigènes – il doit être clair qu'en fin de compte, il n'y a aucun moyen d'échapper à un véritable changement de système et à la question du pouvoir. La classe dirigeante doit être expropriée et son pouvoir politique renversé.

Pour un programme de transition anticapitaliste

La méthode transitoire était déjà suggérée par Marx et Engels dans la dernière section du Manifeste communiste (1848). Mais c'est la Quatrième Internationale qui lui a donné sa signification moderne, dans le Programme de transition de 1938. L'hypothèse de base est la nécessité pour les révolutionnaires d'aider les masses, dans le processus de la lutte quotidienne, à trouver le pont entre les revendications actuelles et le programme socialiste de la révolution. Ce pont devrait inclure un système de revendications transitoires, découlant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière. Son objectif est de conduire les luttes sociales vers la conquête du pouvoir par le prolétariat.

Bien entendu, les révolutionnaires n'écartent pas le programme des vieilles revendications “minimales” traditionnelles : ils défendent évidemment les droits démocratiques et les conquêtes sociales des travailleur·ses. Cependant, ils proposent un système de revendications transitoires, qui peut être compris de manière appropriée par les exploité·es et les opprimé·es, tout en étant dirigé contre les bases mêmes du régime bourgeois.

La plupart des revendications transitoires mentionnées dans le Programme de 1938 sont toujours d'actualité : échelle mobile des salaires et échelle mobile des heures de travail ; contrôle ouvrier dans les entreprises et ouverture des livres de comptes ; expropriation des banques privées ; expropriation de certains secteurs capitalistes… L'intérêt de telles propositions est d'unir dans la lutte les masses populaires les plus larges possible, autour de revendications concrètes qui sont en contradiction objective avec les règles du système capitaliste.

Mais nous devons mettre à jour ce programme de revendications transitoires, afin de prendre en compte les nouvelles conditions du 21e siècle, en particulier la nouvelle situation créée par la crise écologique et le danger imminent d'un basculement climatique catastrophique. Aujourd'hui, ces revendications doivent être de nature socio-écologique et, potentiellement, écosocialiste.

L'objectif des revendications écosocialistes transitoires est stratégique : pouvoir mobiliser de larges couches de travailleur·ses urbains et ruraux, de femmes, de jeunes, de victimes du racisme ou de l'oppression nationale, ainsi que les syndicats, les mouvements sociaux et les partis de gauche dans une lutte qui remette en cause le système capitaliste et la domination bourgeoise. Ces revendications, qui combinent des intérêts sociaux et écologiques, doivent être considérées comme nécessaires, légitimes et pertinentes par les exploité·es et les opprimé·es, en fonction de leur niveau de conscience sociale et politique. Dans la lutte, les gens prennent conscience de la nécessité de s'organiser, de s'unir et de se battre. Iels commencent également à comprendre qui est l'ennemi : non seulement les forces locales, mais le système lui-même. L'objectif des revendications écosociales transitoires est de renforcer, grâce à la lutte, la conscience sociale et politique des exploité·es et des opprimé·es, leur compréhension anticapitaliste et, espérons-le, une perspective révolutionnaire écosocialiste.

Certaines de ces demandes ont un caractère universel : par exemple, la gratuité et l'accessibilité des transports publics. Cette revendication à la fois écologique et sociale porte en elle les germes de l'avenir écosocialiste : services publics contre marché, gratuité contre profit capitaliste. Cependant, la signification stratégique des revendications écosocialistes transitoires n'est pas la même selon les sociétés et les économies. Il s'agit de prendre en compte les besoins et les aspirations des masses, en fonction de leur expression locale, dans les différentes parties du système capitaliste mondial.

Les grandes lignes d'une alternative écosocialiste à la croissance capitaliste

Satisfaire les besoins sociaux réels tout en respectant les contraintes écologiques n'est possible qu'en rompant avec la logique productiviste et consumériste du capitalisme, qui creuse les inégalités, nuit au vivant et « ruine les deux seules sources de toute richesse : la Terre et les travailleurs » (Marx). Briser cette logique implique de lutter en priorité pour les lignes de force suivantes. Elles forment un ensemble cohérent, à compléter et à décliner selon les spécificités nationales et régionales. Bien sûr, dans chaque continent, dans chaque pays, il y a des mesures spécifiques à proposer dans une perspective de transition.

Contre les catastrophes, des plans publics de prévention adaptés aux besoins sociaux, sous contrôle populaire

Certains effets de la catastrophe climatique sont irréversibles (élévation du niveau de la mer) ou dureront longtemps (canicules, sécheresses, précipitations exceptionnelles, tornades plus violentes, etc.) Les compagnies d'assurance capitalistes ne protègent pas les classes populaires, ou (au mieux) les protègent mal. Face à ces fléaux, les riches n'ont que le mot “adaptation” à la bouche. “L'adaptation au réchauffement”, pour eux, sert 1) à détourner l'attention des causes structurelles, dont leur système est responsable ; 2) à poursuivre leurs pratiques néfastes axées sur le profit maximum, sans se soucier du long terme ; 3) à offrir de nouveaux marchés aux capitalistes (infrastructures, climatisation, transports, compensation carbone, etc.) Cette “adaptation” capitaliste technocratique et autoritaire est en fait ce que le GIEC appelle une “maladaptation”. Elle accroît les inégalités, les discriminations et les dépossessions. Elle accroît également la vulnérabilité au réchauffement, au risque de compromettre gravement la possibilité même de s'adapter à l'avenir, en particulier dans les pays pauvres. À la “maladaptation” capitaliste, nous opposons l'exigence immédiate de plans publics de prévention adaptés à la situation des classes populaires. Elles sont les principales victimes des phénomènes météorologiques extrêmes, surtout dans les pays dominés. Les plans publics de prévention doivent être conçus en fonction de leurs besoins et de leur situation, en dialogue avec les scientifiques. Ils doivent concerner tous les secteurs, notamment l'agriculture, la sylviculture, le logement, la gestion de l'eau, l'énergie, l'industrie, le droit du travail, la santé et l'éducation. Ils doivent faire l'objet d'une large consultation démocratique, avec un droit de veto des communautés locales et des collectifs de travail concernés.

Partager les richesses pour prendre soin des humains et de notre environnement de vie, gratuitement

Des soins de santé de qualité, une bonne éducation, une bonne prise en charge des jeunes enfants, une retraite digne et une prise en charge respectueuse de la dépendance, un logement accessible, permanent et confortable, des transports publics efficaces, des énergies renouvelables, une alimentation saine, une eau propre, un accès à internet et un environnement naturel en bon état : tels sont les besoins réels qu'une civilisation digne de ce nom devrait satisfaire pour tous les humains, indépendamment de leur couleur de peau, de leur genre, de leur appartenance ethnique, de leurs convictions. Ceci est possible tout en diminuant de manière significative la pression globale sur notre environnement. Pourquoi Pourquoi n'en est-il pas ainsi ? Parce que l'économie est réglée sur la consommation induite créée en tant que sous-produit industriel par les capitalistes. Ils consomment et investissent toujours plus pour le profit, s'approprient toutes les ressources et transforment tout en marchandises. Leur logique égoïste sème le malheur et la mort.

Un virage à 180° s'impose. Les ressources naturelles et les connaissances constituent un bien commun à gérer prudemment et collectivement. La satisfaction des besoins réels et la revitalisation des écosystèmes doivent être planifiées démocratiquement et soutenues par le secteur public, sous le contrôle actif des classes populaires, et en étendant le plus possible le libre accès. Ce projet collectif doit mettre l'expertise scientifique à son service. La première étape nécessaire est la lutte contre les inégalités et les oppressions. La justice sociale et le bien vivre pour tou·tes sont des exigences écologiques !

Développer les biens communs et les services publics contre la privatisation et la marchandisation

C'est l'un des aspects clés d'une transition sociale et écologique, dans de nombreux domaines de la vie. Par exemple :

– L'eau : La privatisation, le gaspillage et la pollution actuelles de l'eau – rivières, lacs et nappes phréatiques – constituent un désastre social et écologique. La pénurie d'eau et les inondations dues au changement climatique sont des menaces majeures pour des milliards de personnes. L'eau est un bien commun et devrait être gérée et distribuée par des services publics, sous le contrôle des consommateur·ices. Les paysages et les villes devraient être désimperméabilisées, capables de stocker l'eau afin d'éviter les inondations massives.

– Le logement : Le droit fondamental de chaque personne à un logement décent, permanent et écologiquement durable ne peut être garanti sous le capitalisme. La loi du profit implique des expulsions, des démolitions et la criminalisation de celleux qui résistent. Elle implique également des factures d'énergie élevées pour les pauvres et des énergies renouvelables subventionnées pour les riches. Les premières étapes d'une politique alternative sont : le contrôle public du marché immobilier, l'abaissement et le gel des intérêts et des profits des banques, l'augmentation radicale du nombre de logements sociaux et coopératifs, un processus public d'isolation climatique des habitations et un programme massif de construction de bâtiments énergétiquement autonomes.

– La santé : Les millions de morts évitables du Covid 19 résultent de l'absence de politiques préventives, d'injonctions autoritaires et répressives remplaçant l'action collective, des politiques d'austérité, de privatisation et de marchandisation de la santé. L'égalité de toutes et tous devant les soins doit être garantie par leur gratuité, grâce à une protection sociale et un service de santé intégralement public disposant des moyens nécessaires. Les systèmes de santé doivent être réorientés pour inclure la prévention, le soin et le suivi. L'industrie pharmaceutique doit être socialisée et placée sous le contrôle des salariés et des usagers, les brevets doivent être abolis.

– Les transports : Le transport individuel dans le capitalisme privilégie les voitures individuelles, ce qui a des conséquences désastreuses sur la santé et l'écologie. L'alternative est un système large et efficace de transports publics gratuits, accessibles, ainsi qu'une grande extension des zones piétonnes et cyclables. Les marchandises sont transportées sur de grandes distances par des camions ou des porte-conteneurs, avec d'énormes émissions de gaz à effet de serre ; la réduction du gaspillage, la relocalisation de la production et le transport des marchandises par le train sont des mesures immédiates et nécessaires. Le transport aérien devrait être réduit de manière significative. Pas de trafic aérien pour les distances inférieures à 1 000 km quand il existe des systèmes ferroviaires opérationnels.

Prendre l'argent là où il est : les capitalistes et les riches doivent payer

Une stratégie globale de transition digne de ce nom doit articuler le remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables, la protection contre les effets déjà perceptibles du changement climatique, la compensation des pertes et préjudices, l'aide à la reconversion (notamment la garantie de revenu des travailleur·ses concerné·es) et la réparation des écosystèmes. Les besoins financiers nécessaires d'ici 2050 s'élèvent à plusieurs milliers de milliards de dollars. Qui doit payer ? les responsables du désastre : les multinationales, les banques, les fonds de pension, les États impérialistes et les riches du Nord et du Sud. L'alternative écosocialiste passe par un vaste programme de réforme fiscale et de réduction radicale des inégalités pour aller chercher l'argent là où il se trouve : imposition progressive, levée du secret bancaire, cadastre des patrimoines, taxation du patrimoine, impôt unique exceptionnel à taux élevé sur le patrimoine foncier, élimination des paradis fiscaux, abolition des privilèges fiscaux des entreprises et des riches, ouverture des livres de comptes des entreprises, plafonnement des hauts revenus, abolition des dettes publiques reconnues comme illégitimes (sans compensation, sauf pour les petits investisseurs), compensation par les pays riches du coût de la renonciation à l'exploitation de leurs ressources fossiles par les pays dominés (projet de parc Yasuni). Surtout, une véritable planification démocratique écosocialiste n'est pas possible sans la socialisation publique des banques. Le “crédit pour le bien commun”signifie éliminer définitivement le profit dans la détermination du taux d'intérêt et de la marge d'intérêt, soutenir la fonction publique et populaire du crédit, garantir le rôle public et coopératif des banques.

Pas d'émancipation sans lutte antiraciste

L'oppression raciale est un élément structurel et structurant du mode de production capitaliste. Elle a accompagnél'accumulation primitive du capital à travers la colonisation, la traite des Noirs et l'esclavage. Le déplacement forcé de millions d'Africains, leur commercialisation dans les Amériques et l'exploitation de leur travail ont assuré l'enrichissement des Européens et garantissent encore aujourd'hui leurs privilèges.

Le racisme se manifeste de manière centrale comme un mécanisme d'oppression de secteurs de la classe ouvrière, configurant des positions spécifiques et des accès socialement déterminés pour les blancs (le sujet supposé universel) et pour les personnes perçues comme racisées. Il façonne les relations sociales, renforce et complexifie les mécanismes de l'exploitation bourgeoise et de l'accumulation des richesses. La diversité qui s'écarte des normes de la blanchéité est transmutée en oppression.

La construction d'un nouveau monde libéré de toute oppression et de toute exploitation exige une lutte frontale contre le racisme. C'est une tâche centrale de la stratégie écosocialiste. Il faut rompre avec la logique génocidaire contre les groupes non blancs et renforcer la lutte anti-prison contre l'incarcération de masse, imposée notamment à travers la tactique libérale de la prétendue guerre contre la drogue,

La lutte contre la militarisation de la police doit être au cœur de la lutte antiraciste, tout comme l'accès à des conditions de vie décentes en général. Il est nécessaire de combattre toutes les politiques d'austérité, qui touchent principalement et de plus en plus lourdement les personnes non blanches. Elles structurent le racisme environnemental qui répartit inégalement les conséquences mortelles de la production capitaliste.

Liberté de circulation et de séjour sur Terre ! Personne n'est illégal !

La catastrophe écologique est un facteur de déplacement de population et de migration de plus en plus important. Entre 2008 et 2016, une moyenne annuelle de 21,5 millions de personnes ont été déplacées de force en raison d'événements météorologiques. La plupart d'entre elles sont des personnes pauvres de pays pauvres déplacées dans leur pays ou dans des pays voisins pauvres. Les migrations climatiques devraient s'intensifier au cours des prochaines décennies : 1,2 milliard de personnes pourraient être déplacées dans le monde d'ici à 2050. Contrairement aux demandeur·ses d'asile, les réfugié·es climatiques n'ont même pas de statut. Ils ne portent aucune responsabilité dans la catastrophe écologique mais le vrai responsable, le système capitaliste, les condamne à venir grossir les rangs des 108,4 millions de personnes dans le monde qui ont été déplacées de force en 2020 en raison de persécutions, de conflits, de violences, de violations des droits de l'homme. Les droits fondamentaux de ces personnes sont constamment attaqués : le droit d'être protégé contre la violence, d'avoir suffisamment d'eau et de nourriture, de vivre dans un logement sûr, de garder sa famille unie, de trouver un emploi décent. Un nombre croissant d'entre elles (4,4 millions, probablement beaucoup plus) sont même considérées comme apatrides par le HCR. Tout cela est contraire à la justice la plus élémentaire. Cela nourrit les fascistes qui font des migrant·es des boucs émissaires et les déshumanisent. C'est une menace énorme pour les droits démocratiques et sociaux de tou·tes. En tant qu'internationalistes, nous nous battons pour des politiques restrictives contre le capital, pas contre les migrant·es. Nous nous opposons à la construction de murs, à l'enfermement dans des centres, à la construction de camps, aux expulsions, aux déportations et à la rhétorique raciste. Personne n'est illégal sur Terre, tout le monde doit avoir le droit de se déplacer et de partir partout. Les frontières doivent être ouvertes à tou·tes celleux qui fuient leur pays, que ce soit pour des raisons sociales, politiques, économiques ou environnementales.

Éliminer les activités économiques inutiles ou nuisibles

L'arrêt de la catastrophe climatique et du déclin de la biodiversité passe impérativement par une réduction très rapide et significative de la consommation d'énergie finale au niveau mondial. Cette contrainte est incontournable. Les premières étapes consistent à réduire drastiquement le pouvoir d'achat des riches, à abandonner la fast fashion, la publicité et la production/consommation de luxe (croisières, yachts et jets ou hélicoptères privés, tourisme spatial, etc.), à réduire la production de masse de viande et de produits laitiers et à mettre fin à

Une tête en boule disco ou une poésie en kaléidoscope

21 octobre 2025, par Marc Simard
« Papa Maman je vous jure si j’avais un manuel d’instruction je vous le donnerais. » C’est bien ce que semble faire la poétesse rimouskoise Noémie Pomerleau-Cloutier avec son (…)

« Papa Maman je vous jure si j’avais un manuel d’instruction je vous le donnerais. » C’est bien ce que semble faire la poétesse rimouskoise Noémie Pomerleau-Cloutier avec son troisième recueil de poésie publié en octobre 2024 : elle fournit un manuel d’instruction. Après Brasser le varech et La (…)

Quand Trump ressuscite l’eugénisme des pires crimes contre l’espèce humaine !

21 octobre 2025, par Yorgos Mitralias — , ,
Force est de constater que ce qui était impensable -et inacceptable- il y a encore quelques mois, est en train de devenir un lieu commun : Trump est fasciste ! Et il s'emploie (…)

Force est de constater que ce qui était impensable -et inacceptable- il y a encore quelques mois, est en train de devenir un lieu commun : Trump est fasciste ! Et il s'emploie à mettre en place un régime fasciste ! Tout compte fait, on ne peut que se réjouir de ce constat désormais presque unanime, et s'écrier mieux vaut tard que jamais.

21 octobre 2025

yorgos mitralias
Abonné·e de Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/211025/quand-trump-ressuscite-leugenisme-des-pires-crimes-contre-lespece-humaine

Cependant, rares ont été ceux qui se sont empressés de comprendre ce que signifie en pratique ce constat, et encore plus rares ont été ceux qui ont réorienté leurs activités politiques et autres en conséquence. C'est ainsi que les dires et les actes de Trump sont restés « inexplicables », l'écrasante majorité des médias et des « politistes » se déclarant incapables de percer le « mystère » de ses politiques apparemment incohérentes et improvisées, et de révéler leurs sens profond et leur objectif final. Le résultat en est que pratiquement tout le monde, « experts » inclus, se contentent de s'interroger pourquoi Trump prend telle ou telle initiative. Comme par exemple, quand il déclare la guerre à la science et aux scientifiques, avec une rage et un fanatisme qui n'a pas d'équivalent depuis le temps de l'Inquisition…

Alors, qu'est ce qui fait que Trump s'acharne contre la santé publique, la protection de l'environnement, la sûreté nucléaire et surtout, contre tout ce qui a trait à la climatologie ? Pourquoi il démantèle la recherche scientifique et licencie en masse les scientifiques ? Pourquoi il va jusqu'à interdire des… mots-clés comme Antiracist (anti-racisme), Biases (biais), Disability (handicap), Diversity (diversité), Equity (égalité), Gender (genre), Female (femme), Hate speech (discours de haine), Historically (historiquement), Inclusion (inclusion), Inequities (inégalités), Minority (minorité), Segregation (ségrégation), Victims (victimes), etc afin de rendre impossibles les recherches correspondantes à ces mots que lui-même qualifie de… « mots d'extrême gauche » ? En somme, pourquoi Trump est en train de porter des coups à la science nord-américaine tels qu'il faudra très probablement plusieurs décennies pour qu'elle retrouve son niveau d'il y a seulement dix mois ?

Le « mystère » de cette guerre totale de Trump contre la science semble être percé par l'ex-directeur du Centre pour l'immunisation et les maladies respiratoires des CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies), le Dr. Demetre Daskalakis (1) lequel vient de dénoncer l'eugénisme des politiques de Trump, expliquant que toutes les mesures prises par Trump sont guidées par son souci de favoriser la sélection des « plus aptes » et des plus forts au dépens des plus faibles. C'est-à-dire des pauvres, des exclus, des malades, des handicapés, des différents, des LGBTQ, des personnes trans, des indigènes, des minoritaires, de tous ceux et celles qui ont la peau foncée.

C'est ainsi que, selon le Dr. Daskalakis, la politique antivax de Trump et de son protégé « ministre de la santé » Kennedy Jr. (celui qui déclare avoir…un ver qui lui mange le cerveau !), « nous ramènera à une ère pré-vaccinale où seuls les plus forts survivront et où beaucoup, sinon tous, souffriront ». Ce qui semble d'ailleurs être confirmé par l'hallucinante déclaration antivax du ministre Kennedy Jr. (RFK) en pleine épidémie de rougeole au Texas, « que contracter l'infection n'est pas grave, vraiment, car seuls les plus forts survivront » !

On laisse aux plus qualifiés, au Disability Rights Watch (Observatoire des droits des personnes handicapées) de conclure en rappelant à quels crimes monstrueux ont conduit les politiques eugénistes dans le passé pas si lointain : « Le Dr Demetre Daskalakis, l'un des scientifiques qui a démissionné, a tiré la sonnette d'alarme en quittant ses fonctions, dénonçant l'engouement de RFK pour l'eugénisme et ses fréquentes discussions sur la « génétique supérieure ». L'eugénisme, une école de pensée pseudo-scientifique liée aux idées suprémacistes blanches sur la « pureté » génétique et raciale, était à l'origine des lois américaines sur la stérilisation forcée et l'interdiction des mariages mixtes au début du XXe siècle. En Allemagne, les nazis ont poussé l'idéologie eugéniste à ses conclusions extrêmes en procédant au massacre des Juifs, des Roms, des personnes handicapées, des LGBTQ, des « traîtres à la race » et d'autres personnes qu'ils jugeaient indésirables ».

Évidemment, le très courageux et perspicace Dr. Daskalakis ne parle que de son domaine, de ce qu'il connaît mieux que tout autre. Nous, on ajoutera que le souci eugéniste traverse et domine la grande majorité, sinon toutes les mesures et les politiques de Trump, bien au-delà de la santé publique et bien au-delà des Etats-Unis d'Amérique : du présidentiel « drill baby drill » qui fait fi de la galopante catastrophe climatique et sous-tend l'interdiction de toute activité scientifique qui la concerne, au demantelement du USAID (United States Agency for International Development) « chargée de distribuer l'aide humanitaire et au développement à l'étranger, en œuvrant pour la réduction de la pauvreté ». Et de la chasse aux migrants et aux sans-papiers par les milices armées de Trump, aux réductions drastiques des aides alimentaires, des aides au logement et au chauffage des pauvres, au nom du principe de la survie des plus aptes, sans oublier sa complicité active à la tentative d'extermination par Israël des Palestiniens considérés apparemment comme des êtres « génétiquement inferieurs » qui ne méritent pas de vivre.

D'ailleurs, ce n'est pas le président Trump qui démentira son attachement à une vision ultra-raciste et eugéniste du monde quand il n'arrête pas de calomnier les migrants et leurs enfants avec des abominations comme les suivantes : “ Ce sont des criminels endurcis. ... Ils ne vont pas s'améliorer. Dans 10 ans, dans 20 ans, dans deux ans, ils seront des criminels. Ils sont nés pour être des criminels. Franchement, ils sont nés pour être des criminels. Ils sont durs, méchants, ils vous trancheront la gorge sans même y réfléchir le lendemain »… « Vous savez, je crois que le fait d'être un meurtrier est inscrit dans leurs gènes. Et notre pays compte actuellement beaucoup de mauvais gènes. »

Mais, pourquoi toutes ces politiques eugénistes du gouvernement Trump ? Quel est leur objectif final et de quel projet de société font-elles partie ? Questions non seulement légitimes mais surtout fondamentales pour comprendre ce qui nous arrive et ce qui nous attend. Dans son formidable article « La montée du fascisme et la fin des temps, co-écrit avec Astra Taylor, Naomi Klein rappelle que le trumpisme propose « une vision des Etats-Unis comme un bunker à part entière, dans lequel des agents de l'ICE traquent les rues, les lieux de travail et les campus, faisant disparaître ceux qui sont considérés comme des ennemis ». Et elle souligne que « la nation bunkérisée est au cœur du programme de Maga et du fascisme de la fin des temps. Dans cette logique, la première tâche consiste à renforcer les frontières nationales et à éliminer tous les ennemis, étrangers et nationaux ».(2)

Alors, rien de mieux pour des racistes et suprémacistes patentés comme Trump et ses amis, que recourir au bon vieux eugénisme, qui plonge d'ailleurs ses racines dans le passé et l'histoire nord-américaine. Et à Naomi Klein de citer les chercheurs en Intelligence Artificielle Timnit Gebru et Émile P Torres, pour souligner que « même si les méthodes sont nouvelles, cet ensemble de modes idéologiques « est directement issu de la première vague de l'eugénisme, qui voyait aussi une petite partie de l'humanité décider quelles parties de l'ensemble méritaient d'être conservées et lesquelles devaient être éliminées, supprimées ou détruites ».

Et qu'on ne s'empresse pas de nous dire que tout ça c'est de la politique fiction, et que l'eugénisme de Trump est pour le moment plutôt… « soft ». Parce que nous vivons déjà en pleine politique fiction cauchemardesque depuis que Trump s'est réinstallé à la Maison Blanche, et que rien ne peut nous garantir que son actuel eugénisme « soft » ne cèdera pas sa place demain ou après-demain à un eugénisme beaucoup plus dure venant tout droit de la pire barbarie misanthropique du siècle passé.

Concluons donc ce texte avec ces mots de Naomi Klein en guise à la fois d'avertissement et d'appel à la lutte : « Pour aller de l'avant avec détermination, on doit d'abord comprendre ce simple fait : on est confrontés à une idéologie qui a renoncé non seulement au principe et à la promesse de la démocratie libérale, mais aussi à la viabilité de notre monde commun – à sa beauté, à ses habitants, à nos enfants, aux autres espèces. Les forces auxquelles nous faisons face ont accepté la mort massive. Elles trahissent ce monde et ses habitants, humains et non humains ».

Notes

1. Contre Trump le dictateur, l'histoire ne se répète pas toujours comme farce ! :https://www.cadtm.org/Contre-Trump-le-dictateur-l-histoire-ne-se-repete-pas-toujours-comme-farce?debut_tous_articles_auteur=30

2. La montée du fascisme de la fin des temps : https://www.terrestres.org/2025/07/16/la-montee-du-fascisme-de-la-fin-des-temps/

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Jean-Luc Deveaux, défenseur de la classe ouvrière (partie 1)

21 octobre 2025, par Rédaction

Jean-Luc Deveaux est un enfant de la classe ouvrière, élevé dans le modeste quartier de Saint-Michel à Montréal avant d’être embauché comme ferrailleur. Rapidement initié au marxisme, il participe aux luttes sociales des années 1970, tout en militant pour la démocratisation des syndicats et pour l’unité des travailleurs et des travailleuses. Après une blessure sur un chantier, il décide de retourner aux études pour devenir avocat, un métier qu’il pratique dans plusieurs syndicats nationaux et internationaux. Gardant un fort attachement pour les métiers de la construction, il a terminé sa carrière comme vice-président de la CSN-Construction (2017-2023). Il appelle maintenant à des États généraux du syndicalisme, par et pour la classe ouvrière. Nous l’avons rencontré par une douce journée de fin d’été afin de recueillir son témoignage. L’entrevue-fleuve qu’il nous a donnée sera exceptionnellement publiée en deux parties, l’une dans le no 33 et l’autre dans le no 34 des Nouveaux Cahiers du socialisme.

Alexis Lafleur-Paiement – Avant d’aborder directement ton parcours, pourrais-tu me parler des grandes influences qui ont forgé ta vision de l’action syndicale et politique ?

Jean-Luc Deveaux – Naturellement, il y a la Commune de Paris, très importante pour moi. Eugène Varlin, puis Jules Vallès, qui a écrit les romans L’enfant, Le bachelier et L’insurgé. Mais aussi Karl Marx, Friedrich Engels, Proudhon (« la propriété, c’est du vol »), Bakounine (« la création destructrice »). Après ça, il y a les autres marxistes, Kautsky, Bernstein, Otto Bauer, l’austromarxisme. Quand j’étais jeune, j’étudiais tous les acteurs de la révolution russe. C’était quoi un menchévique, c’était quoi un bolchévique, c’était quoi un socialiste révolutionnaire. Je m’intéressais aux révolutionnaires russes et chinois : Lénine, Trotski, Staline, Kamenev, Radek, Zinoviev, le président Mao Tsé-Toung, le diplomate révolutionnaire Zhou Enlai, l’économiste Deng Xiaoping. J’aimais les documentaires, entre autres ceux sur la révolution bolchévique ou sur la Longue Marche de Mao. Tout ça a constitué pour moi un imaginaire dans ma jeunesse, bien avant les années 1970.

A. L.-P. – Tu t’es politisé très jeune. Peux-tu m’expliquer comment cela s’est produit ?

J.-L. D. – Je viens d’un milieu un peu hybride. La famille de ma mère, c’était des capitalistes qui habitaient à Westmount. Mais ma mère, qui était la plus jeune, n’a connu la richesse que jusqu’à l’âge de quatre ans. Après ça, c’est la crise, la faillite du capitalisme. La famille du grand-père maternel perd sa richesse. De l’autre côté, mon père, c’est la classe ouvrière et paysanne. D’ailleurs, mon père est décédé des suites d’un accident de travail. Mais je n’ai pas beaucoup connu mon père, parce qu’il avait un problème d’alcoolisme, et puis il était trop violent pour ma mère. Ma mère nous a donc élevés seule, j’ai connu l’extrême pauvreté. Mais ma mère partageait la richesse de sa pauvreté avec ses voisines qui avaient des problèmes : ça pouvait être pour un repas ou pour aider une voisine qui devait se rendre à l’hôpital. La solidarité, s’occuper de son prochain, c’est la première chose que j’ai apprise. Je remercie ma mère de m’avoir enseigné cela.

Il y a également eu Marcel Chaput, l’auteur du livre Pourquoi je suis devenu séparatiste ? Il était un grand copain d’un de mes oncles. Ma mère et mes tantes me parlaient souvent de Chaput, et je suis devenu indépendantiste. On me parlait aussi de la grève de Murdochville[1] dans la famille.

Sur notre rue, en face de chez nous, il y avait une famille de communistes français. Le père avait fait la résistance en France, il était membre du Parti communiste français. Ce vieux voisin voyait que j’étais disposé à étudier. Il m’a dit : « Tu sais, dans le communisme, tu vas pouvoir trouver des réponses ». Avec cette famille, on discutait ; j’ai découvert Maurice Thorez, le journal L’Humanité, Waldeck Rochet, Jacques Duclos, la CGT[2]. On me prêtait des livres, comme le Manifeste du Parti communiste. C’est ça mon vécu de jeune avant même que je sois à l’école secondaire.

Puis, il y a eu l’année 1967, l’année marquante pour moi. Le général Charles de Gaulle qui crie : « Vive le Québec libre ! » La mort de Che Guevara, le film La Chinoise de Jean-Luc Godard, le centenaire du Capital de Marx et le cinquantenaire de la révolution russe. C’est aussi la Grèce des colonels. J’ai connu un grand résistant à la dictature des colonels, le compositeur Míkis Theodorákis. Je l’ai rencontré, comme je te parle ; j’ai eu la chance de rencontrer un musicien communiste. Pour moi, c’était un modèle.

Quand je commence le secondaire, ce sont les manifestations pour la langue française, la période de McGill français et de la lutte de la Murray Hill. Je suis dans un bouillonnement. C’est la guerre du Vietnam, il y a les groupes populaires. Je m’intéresse aux comités de locataires parce que ma mère avait de la difficulté à payer le loyer. Grâce à la famille de communistes français, j’ai aussi rencontré le syndicaliste Henri Gagnon. C’était un ancien militant du Parti communiste du Canada. C’est lui qui m’a expliqué la différence entre les syndicats catholiques et les syndicats américains. À l’école, on peut faire du théâtre, du théâtre révolutionnaire. On faisait des manifestations, les gens chantaient : « Les Québécois sont en calvaire… révolution ! » La question de la révolution, ça m’impressionnait.

Jean-Luc Deveaux, plus jeune

A. L.-P. – Au début des années 1970, tu commences à t’impliquer dans différentes luttes. Quels combats retiennent ton attention, et pourquoi ceux-là ?

J.-L. D. – Pendant un petit moment, moi et mes camarades, on a travaillé pour le Parti québécois (PQ). Je me disais que c’était important d’avoir l’indépendance, même si j’étais socialiste. On croyait à l’indépendance et au socialisme ! Finalement, je n’ai pas eu l’indépendance ni le socialisme.

Le 1er mai 1970, je suis à la manifestation. Je me rappelle qu’il y a quatre personnes que je voyais à la télévision : Marcel Pepin, Louis Laberge, Raymond Laliberté et Fernand Daoust[3]. Ce qui m’a impressionné, c’était de voir Pepin quand il s’est fait dire « non » par la police et qu’il a décidé d’avancer quand même. Et puis arrive la crise d’Octobre. Dans la population, dans les groupes, on est tous en faveur du FLQ, le Front de libération du Québec, et de son action. Je te le dis, le monde appuie. Les jeunes militants, entre nous, on a un mot d’ordre : on ne dénonce pas le FLQ. Il y a une conscience collective qu’il se passe quelque chose de sérieux. Mais là arrivent les mesures de guerre[4]. Un jour, j’étais chez mon cousin Richard Gardner, j’avais affaire à aller chez ma tante et mon oncle. La police arrive, elle veut interroger mon cousin, elle veut l’arrêter : c’est le début de la répression.

Un poète que j’ai connu, Gaston Miron, s’est fait arrêter parce qu’il avait lu la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’intellectuel journaliste Gérald Godin se fait arrêter, Michel Chartrand, le président du Conseil central de Montréal de la CSN, se fait arrêter. Alors là, c’est la peur totale dans la population. Mais il y a d’autres gens qui n’ont pas peur, dont l’homme qui est devant toi. Moi, je suis prêt à mourir pour la libération nationale du peuple québécois. Avec des camarades, on va narguer l’armée canadienne. On s’achète des canettes de peinture jaune, puis devant les postes de police, à des endroits où il y a des soldats, on va écrire : « Vive le Québec libre ! Vive le FLQ ! Nous vaincrons ! » On ne s’est jamais fait arrêter.

Mais après ça, de façon générale, il ne se passe plus rien politiquement. Cela a pris quelques mois, mais on a fini par reprendre notre travail. Cette fois, on disait qu’il fallait travailler à faire l’unité, qu’il fallait rassembler le plus de monde possible. Je ne rêve qu’à la révolution. Je ne pense qu’à proclamer qu’il faut faire l’unité. Ainsi, je m’intéresse à l’unité pour appuyer les grévistes de La Presse en 1971. Une manifestation unitaire a eu lieu, tout le monde était là. Mais la répression a été épouvantable, une boucherie. Nous sommes dans un état de choc. Ça court à gauche, ça court à droite. Cette journée-là, j’ai vu Fernand Daoust, le leader syndical, pleurer parce qu’il voit les blessés. Quand la manif se termine, c’est la désolation. Il y a une rage… Après, il y a une réunion au Forum de Montréal où on discute, il faut travailler pour faire l’unité. Mais le PQ, lui, n’est pas venu à la manif.

Une autre fois, il y avait une réunion au cégep du Vieux Montréal. René Lévesque était venu parler, pour nous dire d’adhérer au PQ ; ça n’a pas marché. Moi aussi, j’ai parlé et j’ai dit à Lévesque : « Le pouvoir est au bout du fusil ». Je lui ai dit qu’on devrait suivre l’exemple des Patriotes pour faire l’indépendance du Québec. Mais la situation était compliquée. On sort de la crise d’Octobre, tout est désorganisé. Moi, je ne veux plus du PQ. Par contre, il y a une discussion pour former un autre genre de parti politique. Il y a le vieux Parti communiste, et aussi le Parti du travail du Canada qui existent. Il y a aussi les trotskistes. Mais ça ne débouche pas vraiment. Alors là, il y a le Front commun du secteur public de 1972. Ça, c’était quelque chose. J’ai participé le plus que je pouvais avec les travailleurs et les travailleuses de Front commun.

À ce moment-là, j’étais au cégep. Et comme je le disais à Marcel Pepin plus tard, si je n’ai pas fini mon cégep, c’est la faute au Front commun. Pendant toute cette période-là, il y a beaucoup d’initiatives, de camps, de discussions politiques. Il y a Charles Gagnon qui écrit des articles dans les journaux, et ensuite sa brochure Pour le parti prolétarien[5]. Dans les groupes révolutionnaires, Gagnon est une « rock star ». Comme René Lévesque pour le mouvement nationaliste. De mon côté, j’interroge Henri Gagnon, on discute parce qu’il y a une reconstruction du mouvement de la gauche sociale. Je suis un jeune militant, un peu romantique, je travaille avec plusieurs groupes. Puis en 1973, c’est la création du Comité de solidarité avec les luttes ouvrières, le CSLO[6]. Mon cousin Richard Gardner, devenu marxiste-léniniste, me fait connaitre la grève de Firestone à Joliette. Pour moi, c’était des évènements extraordinaires. Et il y a eu le Théâtre d’la shop. Ce n’est pas l’ouvrier qui va au théâtre, c’est le théâtre qui va vers lui. Il faut féliciter le Théâtre d’la shop pour son travail. Donc, on fait de la solidarité avec les gars de Firestone. Il y a eu ensuite la grève à la United Aircraft sur la Rive-Sud. Un spectacle en appui s’appelait L’Automne Show. On ramassait de l’argent pour les grévistes.

Moi, je veux militer, je ne veux pas juste appuyer les travailleurs, je veux être un travailleur. J’ai aussi besoin d’un salaire. Je m’en vais donc dans la construction.

A. L.-P. – Peux-tu me dire pourquoi tu choisis la construction, est-ce que tu voulais y militer aussi ?

J.-L. D. – La construction, je la connais par le syndicaliste Henri Gagnon, et aussi par des membres de ma famille et par des militants syndicalistes de l’industrie. Un copain de quartier, un électricien, me dit justement : « Eh, Jean-Luc ! il y a du travail au chantier olympique ! » On me dit qu’il y a un local qui engage, que les conditions sont bonnes. À l’époque, ça fonctionne avec des bureaux de placement. Ils ont besoin de monteurs de structure. Je me présente, mais il y a deux bureaux avec le même logo syndical. Comme ce n’est pas indiqué clairement lequel est celui des monteurs de structure, j’entre dans un des deux au hasard. Je prends le mauvais, c’est le bureau des ferrailleurs ! C’est comme ça que j’ai commencé comme ferrailleur. Je n’avais jamais mis un casque de construction sur la tête. Je ne savais pas poser de barres de fer non plus. J’apprends avec ceux qui ont de l’expérience, c’est la transmission orale.

Je travaille donc au chantier olympique comme ferrailleur, je gagne bien ma croûte. Je travaille sept jours par semaine. Ils nous forçaient à travailler même si on était censé avoir congé le dimanche. Et on travaillait 12 heures par jour. Le chantier n’avançait pas bien, les ingénieurs, les architectes et les contremaitres ne s’entendaient pas sur ce qu’il fallait faire. En tout cas, à un moment donné, on entend dire qu’il va y avoir une négociation. C’était proche du deuxième Front commun du secteur public, vers 1975. On veut discuter, mais pas sur le chantier; on organise des réunions à la taverne. Moi et d’autres, on essaye de rassembler, de faire l’unité. Il y a les ferrailleurs de l’Inter 823, affilié à la FTQ, il y a ceux de la CSN, et quelques autres de la CSD. La première chose à discuter, c’est que tout le monde reconnaisse que sur le chantier, on travaille tous ensemble, peu importe notre logo syndical. On devrait aussi appliquer la même règle, la même égalité pour les taux de salaire. Pour ça, il faut être unis comme nos prédécesseurs. Les gars disent oui.

Dans ces discussions, je dénonçais les différences que les syndicats mettaient entre nous. Les différences, ce n’est pas nous qui les créons. La preuve, on va aux mêmes toilettes, on prend une bière ensemble. C’est dans les syndicats qu’on devient des ennemis. Un syndicat ne devrait pas être là pour faire de la concurrence, il doit être là pour unir. C’est là que je reviens à Karl Marx, à Lénine, à la question de l’unité de la classe ouvrière.

Tous les ferrailleurs ont donc mené une lutte pour obtenir une augmentation de salaire pour tout le monde. On a fait une grève qui a fait du dégât, oui. C’était un conflit difficile, parce que les syndicats ne nous donnaient pas d’aide. Les « boss syndicaux » étaient même en colère. Il y en avait un, Alvarez de l’Inter 823, une vraie caricature. Il avait une chemise rose, une cravate jaune, il roulait dans une grosse Lincoln. Pendant la grève, il arrive sur le chantier pour nous dire : « Qu’est-ce que vous faites là, tabarnak ! Vous ne respectez pas le syndicat ! » Alvarez nous dit qu’il est le gérant d’affaires du local 823, qu’on n’a pas le droit de faire la grève, qu’on doit lui obéir et reprendre l’ouvrage. Là je dis : « Écoute, confrère gérant d’affaires, on ne reçoit pas d’ordre de toi. Si on a des ordres à recevoir, on fera ça en assemblée syndicale ». Nous, on paye son salaire avec nos cotisations, et il vient nous crier après, ça ne marche pas. Finalement, on ne rentre pas au travail. La police vient, on ne rentre pas. « Oh ! vous allez être arrêtés ! » Ben, ça ne change rien, on ne rentre pas. On ne travaille pas. Alors il y a des pourparlers. On va en assemblée syndicale. Les gars sont contents.

On a réussi à unir les travailleurs en front commun. J’ai toujours été partisan des fronts communs, autant pour les militants politiques que pour les militants syndicaux. J’ai aussi défendu cette conception-là dans le syndicalisme de l’industrie de la construction. Le travail est très dur dans la construction. Quand tu poses du fer, l’été, il fait chaud, il y a de la chaleur aussi dans le métal. L’hiver, tes doigts collent au métal. Les gars ont des problèmes de colonne vertébrale, parce que quand tu transportes les barres de fer sur tes épaules, ça finit par causer des problèmes de dos. Le travail est dur et les syndicats ne défendaient pas les travailleurs. Alors, on a pris en charge nos affaires, on a fait un front commun, on a fait la grève et on a gagné de meilleures conditions.

Moi je défendais le droit pour les travailleurs de contrôler leur syndicat. Des camarades qui pensaient comme moi ont décidé de se présenter aux élections syndicales, mais pas moi, car j’étais encore jeune. On perd l’élection, juste par quelques votes. C’est que les vieux dirigeants comme Alvarez ont fait venir des gars de partout en autobus pour voter pour eux. Tous les gars du chantier olympique ont voté pour nous, et on perd quand même l’élection ? On comprend que quelque chose ne marche pas. Quand le résultat est arrivé, les barres de fer sont sorties. C’est la police qui nous a maitrisés, la bagarre était partie. Plus tard, on s’est calmé. On regarde la situation et on se dit : « Bon, on a manqué notre coup, mais pas de beaucoup ». Et j’ai lancé une idée : on va faire mieux, on va se créer un syndicat. On va aller chercher les camarades de la CSN, ceux de la CSD et ceux du Syndicat de la construction de la Côte-Nord, le SCCN, qui est devenu le Syndicat québécois de la construction (SQC), plus nous autres. On va se former un syndicat, la Fédération interprovinciale des poseurs d’acier d’armature (FIPAA), local 777. Le 7, c’est un chiffre chanceux. Dans la salle, plusieurs gars jouaient aux cartes. Ils ont décidé que c’était le 7 partout, pour la chance.

La CSN est venue nous voir. On a dit : « On crée un syndicat neutre ». On disait neutre, même si on voulait être affilié à la FTQ, dans le sens qu’on voulait un seul local des ferrailleurs et pas de maraudage. Si les travailleurs avaient dit on s’en va à CSN, on serait à la CSN ; s’ils avaient dit on s’en va à la CSD, on serait à la CSD. Les gars de la base, ce qu’ils voulaient, c’est un seul syndicat. Alors finalement, on a créé notre syndicat.

On a finalement décidé d’aller au Conseil provincial du Québec des métiers de la construction-FTQ (CPQMC-FTQ). Alors on met le logo de la FTQ sur nos documents, vous savez, le petit bonhomme rouge. On commence à faire du recrutement, on a recruté la majorité des ferrailleurs. Mais là, c’est le scandale, on n’a pas le droit d’utiliser le logo… Ah ! Mon Dieu ! Injonction ! Pourtant, Fernand Daoust, secrétaire de la FTQ, nous laissait imprimer nos tracts pour le local 777, et même nos tracts qui demandaient plus de démocratie dans la centrale. En tout cas… Injonction du CPQMC-FTQ pour avoir utilisé le petit bonhomme de la FTQ, alors qu’on veut créer une fédération unitaire pour les ferrailleurs !

Et moi, je suis accusé : parce que j’avais une position radicale, que je critiquais les directions syndicales, que je ne voulais pas de maraudage, et que j’avais utilisé le petit bonhomme de la FTQ sans permission officielle. J’ai eu droit à un procès, conformément à nos statuts. C’est un procès comme au criminel, on choisit les jurés. Finalement, je suis condamné à trois mois sans travailler, c’est-à-dire que le syndicat ne me place pas. Je reçois le jugement et la sentence la journée même, c’est juste avant l’été. Pour un gars de la construction, ce n’est pas possible d’arrêter le travail pendant trois mois, pendant l’été. Des gars ont fait la collecte pour moi, mais là j’ai dit, ça ne marche pas. On garde le syndicat, mais moi je subis la répression des boss syndicaux.

A. L.-P. – C’est à ce moment-là que tu décides d’aller au Congrès du travail du Canada (CTC) ? Peux-tu me parler de tes activités durant cette période ?

J.-L. D. – Mon idée, c’était de demeurer dans la construction, mais un poste s’ouvre au CTC. Il y a un candidat qui est pressenti, c’est à peu près sûr qu’il va avoir le poste. C’est Jean-Marie Gonthier, un des leaders de la grève de la United Aircraft, le président du syndicat. Mais Jean-Marie ne parle pas anglais. Je passe l’entrevue devant trois gars, dont le secrétaire-trésorier, Don Montgomery. Il me demande : « Es-tu capable de parler en public ? » Ensuite : « Es-tu capable d’écrire ? » Puis : « Je comprends que tu connais la construction ? » Je réponds oui à toutes ses questions et j’ajoute : « Ben oui, je connais la construction, et je connais Henri Gagnon qui a œuvré comme électricien ». Finalement, ils m’ont engagé. Je pense que c’est à cause de mon expérience dans la construction, car le CTC avait deux syndicats de construction, les locaux 1675 et 1676 des monteurs de lignes.

Au CTC, je devais monter des cours sur la syndicalisation, les conventions collectives et l’histoire du syndicalisme. Un vieux conseiller politique et juridique de la FTQ, l’avocat Jacques Chaloux, m’avait dit que dans le mouvement syndical, il faut connaitre parfaitement les dossiers de conventions collectives. « Dans les cours que tu donnes, il faut que tu expliques ça aux travailleurs, et aussi comment faire les grèves. » Chaloux m’avait tout expliqué. Au CTC, je faisais aussi de la négociation et de la syndicalisation. Ce que j’ai trouvé drôle au CTC, c’est ma paye. Je n’ai jamais gagné autant d’argent. En plus, j’avais un per diem lors des déplacements, et on me donne une voiture. Mais là, je leur explique, pas besoin d’auto.

J’ai eu un dossier extrêmement difficile, celui des quincailleries Pascal que le CTC avait mal géré. Ça n’allait pas bien. Il y avait une possibilité de désaffiliation et une tentative de casser le syndicat. La direction de Pascal était féroce, elle ne respectait pas les droits des travailleurs. Les travailleurs organisaient des lignes de piquetage et de la propagande contre Pascal. Un jour, on s’en va à Trois-Rivières voir les gars de Pascal, parce qu’il y avait eu quatre ou cinq congédiements. On a ramassé de l’argent pour les congédiés. Pendant la campagne de solidarité, on a intéressé d’autres militants à la cause. Il y en a qui venaient d’EN LUTTE ! et du Parti communiste ouvrier (PCO), il y avait des trotskistes, des gars du Parti communiste du Canada marxiste-léniniste (PCCML), du Parti communiste du Québec (PCQ) et des anarchistes. Il y avait un militant marxiste-léniniste qui travaillait dans les magasins, il a constitué une force de frappe pour nous. Ç’a été un conflit important où la solidarité a été très bonne.

Dans le même temps, un gars est venu me voir et me dit : « Moi, je veux syndiquer ma place ». Il est chauffeur d’autobus pour Bonin dans la région de Sorel depuis plusieurs années, mais il ne sait pas comment syndiquer sa place. Il dit qu’à la CSN, ils ne connaissent pas ça, qu’ils ne sont pas capables de faire rentrer le syndicat. Lui, il est prêt à se battre pour faire rentrer le syndicat. « C’est parce que j’ai un de mes chums qui s’est suicidé. À la job, ils avaient refusé de lui donner son congé pour aller à l’enterrement de son père. Moi, je n’ai jamais accepté ça. » Je lui réponds qu’on va syndiquer sa place. J’appelle Montgomery, le trésorier, et je lui dis que j’ai besoin d’un budget ainsi que des gars pour quatre jours à Sorel. Le CTC accepte et il m’envoie du monde.

J’ai quatre jours pour la campagne de syndicalisation. J’arrive avant, je veux voir les chambres des motels, tout ça. Je parle aux gars : « Écoutez, pas de bière. On est payé par le CTC et la classe ouvrière pour syndiquer la place, pas d’alcool dans les prochains jours. On a des cartes à faire signer recto verso ». Le recto, c’est quand le gars signe avec nous, le verso, c’est pour qu’il démissionne s’il est membre d’un autre syndicat, sinon son adhésion avec nous ne comptera pas. On prépare un plan, c’est l’hiver, on est dans la région de Sorel, il y a des rangs, des villages. Dans la gang, il y a des militants, certains congédiés de Pascal pour leurs activités syndicales, des chômeurs qui sont payés. Je coordonne la campagne. J’ai l’impression que je vais manquer mon coup, à cause du décompte des cartes d’adhésion. Il y a des places où on me dit que ça ne marche pas. Il y a un chauffeur qui ne veut pas signer, mais on a besoin de lui. Il n’y a rien à faire. Je me suis dit qu’il fallait peut-être changer notre approche.

Je vais acheter de la bière avec mon recruteur, puis on se rend chez le chauffeur. Le gars répond à la porte, mais il ne veut pas nous jaser. Je lui dis : « Regarde, je veux juste prendre une bière avec toi, je veux te parler ». Il accepte, mais il n’est pas content. Je lui demande s’il est marié. « Non, je vais me marier la fin de semaine prochaine. » C’est pour ça qu’il a peur de la syndicalisation, il ne veut pas perdre sa job avant le mariage. « Aimes-tu ta future femme ? » Il me dit, ben oui, c’est pour ça que je vais me marier. Le recruteur m’écoute, sans vraiment comprendre. Moi je continue, je dis : « Si jamais t’as un problème et que ta femme apprend qu’il y a des gars qui sont allés te voir pour te donner une sécurité pour ta job, et que toi tu leur as dit non, sais-tu ce que ta femme va te dire ? Qu’elle n’aurait pas dû te marier. » Et j’insiste, que si sa femme apprend qu’il ne voulait pas du syndicat, et qu’il perd sa job alors qu’on aurait pu l’aider, elle va lui en vouloir en maudit, elle va peut-être le quitter. Le gars a signé !

Je devais déposer les cartes le lundi matin. Le dimanche soir, c’est presque fini. Les gars arrivent des rangs, des chemins de campagne, ils apportent des cartes. Il y avait une secrétaire avec nous pour taper la demande d’accréditation. Elle a fait cinq projets de requête en accréditation. Les gars veulent prendre de la bière, mais je leur dis d’attendre. Je fais le décompte. On a la majorité partout, sauf chez les mécaniciens. De plus, si on n’a pas la majorité des mécaniciens, on perd la majorité générale. Il faut que je prenne une décision. J’ai décidé en mon âme et conscience de syndicaliste d’exclure les mécaniciens, pour avoir la majorité générale pour tous les autres. Le groupe minoritaire, je peux me reprendre pour les syndiquer plus tard, s’ils veulent être syndiqués. Et là, je dis aux gars avant qu’ils prennent leur bière : « Il y a deux gars qui ne pourront pas prendre de bière. J’ai besoin d’un gars pour acheminer la demande en accréditation. Pourquoi l’autre ? C’est parce que si l’auto casse, il faut qu’il y ait un autre chauffeur, avec une autre voiture, pour m’aider à emmener la requête en accréditation à Montréal ». On a déposé la requête et on a gagné.

A. L.-P. – As-tu continué longtemps dans la syndicalisation au CTC ? Est-ce que c’est le moment où tu t’impliquais en parallèle dans le mouvement marxiste-léniniste (M-L) ?

J.-L. D. – À la suite de ce succès, Montgomery a décidé que j’allais syndiquer des usines à Montréal, celles dont les syndicats ne veulent généralement pas s’occuper, les petites usines, comme celles où les gars de Mobilisation allaient faire de l’implantation, comme chez Rémi Carrier[7]. On est allé chercher la papetière Roland, et ensuite, d’autres petites usines, d’autres petites compagnies. On est allés chercher 2000, puis 3000, puis 5000 syndiqué·e·s, tu sais. Les autres gars du CTC, mes camarades, les vieux, ils ne faisaient pas de syndicalisation. En même temps, moi, je donnais aussi de la formation. Mais à un moment donné, ma blonde, tannée de ne jamais me voir, parce que je suis toujours au travail, me dit : « Tu me choisis ou tu choisis ton syndicat ». Comme je ne pouvais pas choisir, j’ai choisi de prendre des vacances avec ma blonde.

Avant mon travail au CTC, j’avais côtoyé des militants des différentes mouvances M-L. Mais oui, c’est à ce moment-là que j’embarque dans le PCCML pour quelques mois. Je connaissais des gars là-dedans, ils me disent que ça adonne bien avec mes vacances, qu’ils organisent un voyage en Albanie. Je trouve ça intéressant comme opportunité d’aller dans un pays socialiste. Mais mon implication dans le PCCML n’a pas duré très longtemps, parce que j’ai appris par d’anciens membres que la direction tenait des propos racistes envers les Québécois. J’apprends aussi qu’Hardial Bains, le secrétaire général, battait sa femme, Sandra Smith. Moi, mon père battait ma mère, alors ça m’a fait un choc.

À mon retour au Canada, je passe aux douanes et là, on me saisit mes bagages, mes livres, mes brochures, tout ce que j’ai acheté. Le week-end passe, je suis déprimé, mais le lundi, quand j’arrive au bureau pour travailler, la serrure a été changée. La direction du CTC veut me parler. C’est là que j’apprends qu’un agent de la Gendarmerie royale du Canada les a contactés pour leur dire que je suis un élément dangereux pour le mouvement syndical canadien. Que je reviens d’Albanie, qu’ils ont saisi ma propagande communiste.

La direction du CTC m’a mis à la porte. Mais ils n’ont pas écrit que j’étais congédié, ils ont écrit que j’ai quitté volontairement mon travail. Personne ne m’a défendu, même pas ceux qui étaient communistes, ceux qui étaient dans des organisations M-L. J’ai compris, ce sont des gars mariés, qui ont une femme, des enfants, une maison à payer. Mais moi, je n’ai rien, je n’ai pas de revenu. Moi aussi, je viens de me marier. Je me retrouve encore une fois devant rien. Une première fois, c’était parce que je voulais plus de démocratie dans le syndicat, plus d’unité entre les travailleurs. Maintenant, c’est parce que je suis un communiste. Je veux juste lutter pour la classe ouvrière.

La deuxième partie de cette entrevue paraitra dans les Nouveaux Cahiers du socialisme, no 34 (automne 2025).

Entrevue réalisée par Alexis Lafleur-Paiement, doctorant en philosophie politique et chargé de cours à l’Université de Montréal, membre du collectif Archives Révolutionnaires


  1. La grève de Murdochville en Gaspésie en 1957 est l’une des plus importantes grèves au Québec. Les travailleurs de la mine de la Noranda ont tenu le coup pendant sept mois sous le régime du gouvernement conservateur et antisyndical de Maurice Duplessis. [Cette note ainsi que toutes les autres sont de la rédaction.]
  2. La CGT, la Confédération générale du travail, est une importante centrale syndicale en France.
  3. Les trois premières personnes sont les présidents des centrales syndicales, respectivement de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et de la Corporation des enseignants du Québec (CEQ), devenue la Centrale de l’enseignement du Québec, puis la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) en 2000. Fernand Daoust était le secrétaire général de la FTQ.
  4. Le 16 octobre 1970, le gouvernement fédéral applique la Loi sur les mesures de guerre. Les corps policiers peuvent arrêter sans mandat n’importe qui, n’importe où et n’importe quand. Près de 500 personnes sont arrêtées au Québec. Elles sont emprisonnées pendant des mois, sans motif et, dans certains cas, sans pouvoir consulter leur avocat ou avocate.
  5. Ce texte inspire la création de l’organisation marxiste-léniniste EN LUTTE ! (1973-1982) dont Charles Gagnon sera le secrétaire général.
  6. Le CSLO regroupait des éléments provenant de différents groupes marxistes (trotskystes et léninistes) ainsi que des groupes populaires et des syndicats.
  7. On pourra en savoir plus sur l’implication du groupe Mobilisation dans la syndicalisation des travailleuses et des travailleurs de Rémi Carrier par l’article de Guillaume Tremblay-Boily, « Pierre Beaudet et la revue Mobilisation : une méthode d’enquête originale », Nouveaux Cahiers du socialisme, n° 29, 2023.

 

La complicité du Canada avec le génocide doit cesser !

21 octobre 2025, par Coalition du Québec URGENCE Palestine — ,
Départ du Parc Lafontaine, à 13 h coin Cherrier et Parc Lafontaine (métro Sherbrooke) La mise en scène spectaculaire autour du « plan de paix » en 20 points de Donald (…)

Départ du Parc Lafontaine, à 13 h
coin Cherrier et Parc Lafontaine (métro Sherbrooke)

La mise en scène spectaculaire autour du « plan de paix » en 20 points de Donald Trump est venue créer des illusions de paix, mais elle ne remet aucunement en question l'importance et l'urgence de nous mobiliser en solidarité avec la Palestine. La manifestation du 26 octobre est évidemment maintenue.

En effet, le prétendu « plan de paix » imposerait à Gaza un nouveau mandat néocolonialiste, qui absout le génocide et évacue l'autodétermination palestinienne. C'est un nouveau plan de mainmise étrangère – des États-Unis directement cette fois-ci. Et alors qu'on en est seulement à la première phase du plan, on voit déjà Israël violer le cessez-le-feu en tuant plusieurs Palestinien·nes et en réduisant l'entrée convenue de l'aide humanitaire qui devait se faire sans entrave. Les négociations de la phase 2 du plan qui s'amorcent risquent simplement de servir de prétexte pour blâmer le Hamas pour la poursuite du génocide.
Lire le communiqué de la Coalition à ce sujet.

Face à tout cela, nous devons nous lever davantage au côté des millions de personnes qui manifestent partout dans le monde pour exiger la fin de cet horrible carnage. La mobilisation augmente au Québec et au Canada, mais elle demeure bien insuffisante pour mettre fin à la complicité du Canada.

Merci de contribuer à construire la mobilisation pour cette manifestation en relayant l'information dans vos réseaux. Pour cela, vous pouvez utiliser les outils visuels de mobilisation regroupés dans ce dossier. Vous y trouverez une affiche et des tracts, de même que des visuels pour Facebook et Instagram.

Nous ne nous tairons pas devant la famine, le massacre et la déportation des Palestinien.nes !
Carney : la complicité du Canada doit cesser !
Non à la mainmise des États-Unis sur Gaza !
Nous exigeons un maximum de sanctions contre Israël maintenant !

Les choix en matière de défense de Carney approfondiront la dépendance et affaibliront la souveraineté

21 octobre 2025, par Owen Schalk — ,
Pendant sa campagne pour devenir premier ministre, Mark Carney avait promis que l'ère de « l'intégration approfondie » entre les armées canadienne et américaine était « (…)

Pendant sa campagne pour devenir premier ministre, Mark Carney avait promis que l'ère de « l'intégration approfondie » entre les armées canadienne et américaine était « terminée ». L'irrespect ouvert du président américain Donald Trump envers les Canadien·ne·s — et sa promesse d'annexer le Canada par la force économique — avaient uni la majorité du pays contre les États-Unis et assuré la victoire de Carney face au chef conservateur d'extrême droite Pierre Poilievre.

15 octobre 2025 | tiré de Canadian dimension | Photo : Un chasseur F-35B Lightning II se prépare à décoller du pont d'envol de l'USS America dans la mer de Chine méridionale.
Photo : U.S. Pacific Fleet / Flickr.
https://canadiandimension.com/articles/view/canada-flying-in-lockstep-with-the-united-states

Les actions récentes du gouvernement Carney, toutefois — notamment l'achat presque certain d'avions de chasse F-35 fabriqués aux États-Unis — révèlent ce que valaient vraiment ses promesses de campagne : une manœuvre politique calculée.

Le parcours de Carney comme néolibéral orthodoxe, et son rôle directdans les efforts de déstabilisation dirigés par les États-Unis contre le Venezuela lorsqu'il était gouverneur de la Banque d'Angleterre, auraient pourtant dû tempérer les attentes de ceux et celles qui espéraient qu'il redéfinirait la politique étrangère canadienne ou défierait les élites économiques américaines.

Après l'élection, Carney a d'ailleurs publié la liste de ses avoirs : il détient des investissements dans 567 organisations, dont 92 % sont basées aux États-Unis.

Loin d'autonomiser le Canada face à une Maison-Blanche de plus en plus imprévisible, les politiques de Carney semblent renforcer l'alignement du Canada sur les États-Unis, tant sur le plan militaire qu'économique et diplomatique.

Sur le plan diplomatique justement, Carney ne tarit pas d'éloges à l'égard de Trump, qui a de nouveau affirmé le mois dernierson souhait d'annexer le Canada aux États-Unis.

L'approche « d'alignement » de Carney s'est pleinement affichée lors de sa visite à Washington le 8 octobre. Lors d'une conférence de presse conjointe avec Trump, il a offert une louange sans réserve au président, le qualifiant de « leader transformateur » et d'« artisan de la paix » — alors même que Trump faisait bombarder des bateaux civils dans les Caraïbes à l'aide de systèmes de détection fournis par le Canada. Carney a également réaffirmé le soutien d'Ottawa aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran, des actions illégales et non provoquées.

Le contrat des F-35 : un symbole de soumission

Peu de dossiers exposent aussi clairement la véritable nature des promesses électorales de Carney que le projet d'achat des F-35. En juin 2023, le gouvernement de Justin Trudeau a signé un contrat avec Lockheed Martin pour l'achat de 88 avions de combat F-35 pour 19 milliards $, avec un coût total sur le cycle de vie évalué à 73,9 milliards $. De nombreux·euses Canadien·ne·s s'opposent de longue date à cet achat pour plusieurs raisons : l'érosion continue de la souveraineté canadienne au profit des États-Unis ; l'imprudence de dépenser des milliards pour des avions de combat alors que l'insécurité alimentaire, l'itinérance et le coût de la vie augmentent ; l'impact environnemental de ces appareils très énergivores ; et le risque d'alimenter une nouvelle course aux armements dans un contexte de tensions croissantes entre grandes puissances.

Face à la belligérance de Trump, le gouvernement Carney a ordonné une révision du contrat F-35, certains rapports suggéraient que le Canada pourrait se tourner vers l'avion suédois Gripen. Les Canadien·ne·s préoccupé·e·s par le climat, les tensions internationales et la stagnation économique ont logiquement plaidé pour l'annulation pure et simple du projet. Remplacer les jets américains par des avions suédois aurait du moins permis de prendre un peu de distance vis-à-vis de l'armée américaine.

Mais Carney n'a donné aucun signe d'une telle intention. Le 12 octobre, sa cheffe d'état-major de la Défense, Jennie Carignan, a déclaré : « Nous travaillons en vue de cette acquisition. » ne sont qu'un élément de la liste. Le gouvernement libéral achèteégalement de l'équipement militaire américain pour des montants considérables : le système de roquettes HIMARS : 714 millions $ ; des systèmes de combat pour destroyers : 2,3 milliards $ ; 17 avions de surveillance Boeing : 10,4 milliards $ ;des véhicules tactiques légers américains : 220 millions $.

À cela s'ajoute la probabilité que le Canada participe au système antimissile Golden Dome du gouvernement américain, dont Trump affirme vouloir faire payer 61 milliards $ au Canada. Carney continue aussi de maintenir l'objectif de dépenses militaires à 5 % du PIB, objectif prôné par Trump.

Soumission aux exigences de Washington

Il est indéniable que Carney, l'homme élu pour résister à la pression américaine, a cédé à maintes reprises aux exigences de Trump en matière de dépenses militaires. Sa relation commerciale avec le président américain a elle aussi été marquée par une série de capitulations : par exemple,l'abrogation de la taxe sur les services numériques à la demande de Trump et la levée des contre-tarifs imposés aux États-Unis.

Étant donné cette attitude conciliante et l'orientation pro-américaine de longue date des Forces armées canadiennes, l'achat des F-35 semble désormais inévitable. Même le Government Accountability Office (GAO) américain a critiqué le programme F-35, qui est « en dépassement de 6 milliards $ et accusant un retard de cinq ans ». Son rapport souligne : « Après près de vingt ans de production, le programme F-35 continue de promettre trop et de livrer trop peu. »

L'armée canadienne n'en est pas à son premier dépassement de coûts.

Le programme de la Marine royale canadienne visant à construire 15 nouveaux navires de guerre connaît des retards constants et un gonflement des dépenses : de 26 milliards $ prévus initialement à 80 milliards $ aujourd'hui.
Comme pour les F-35, les É.-U. contrôleront les équipements clés de ces navires.

L'ambassadeur américain au Canada, Pete Hoekstra — dont la visite récente à Winnipeg a suscité de grandes manifestations— a déclaré qu'un éventuel abandon du contrat F-35 représenterait une menace pour le NORAD : « Si les Canadiens volent sur un avion et nous sur un autre, ce n'est plus interchangeable. Cela pourrait même menacer le NORAD. »

Si Carney annulait soudainement l'achat, il est facile d'imaginer la réaction de Trump : il accuserait le Canada de menacer la sécurité nationale américaine, en prétendant qu'Ottawa sape le NORAD.

Comme le note le journaliste du Ottawa Citizen David Pugliese : « Le F-35 est perçu par les officiers de l'armée de l'air canadienne comme un achat essentiel, car il leur permet de s'intégrer parfaitement à leurs homologues américains. L'appareil renforce aussi l'intégration du Canada dans le système militaire américain, puisque les États-Unis contrôlent toutes les mises à jour logicielles et possèdent les pièces des avions, même celles entreposées au Canada. »

Certains analystes avertissent que le contrôle américain sur les pièces pourrait permettre à Washington de prendre la main sur les avions détenus par le Canada, même si le caractère pro-américain des gouvernements précédents rend ce scénario peu probable. L'armée canadienne a longtemps soutenu les interventions américaines à l'étranger, de la Corée à l'Ukraine. Mais la déférence de Carney apparaît particulièrement marquante.

Plus de dépendance, moins de souveraineté

Au moment où les Canadien·ne·s espéraient un gouvernement capable de remettre en question l'influence américaine et de redéfinir la politique étrangère, ils constatent au contraire : plus de soumission à Washington, plus d'implication dans les conflits militaires, et plus d'achats d'armes qui lient encore davantage le Canada aux États-Unis, attisent les tensions mondiales et détournent des ressources vitales à la lutte contre les changements climatiques et les besoins sociaux urgents.

En résumé : rien ne change, sinon pour empirer.

Owen Schalk est l'auteur de Targeting Libya : Canadian Dams, Canadian Bombs, une étude sur le rôle central mais méconnu du Canada dans l'histoire de la Libye, publiée chez Lorimer Books.

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