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Écocide à Gaza : “c’est tout le vivant qui a été annihilé” – entretien avec William Mina

7 avril, par Jo Westphal, William Mina — , , , ,
À l'occasion de la journée de la terre, l'Agence Média Palestine s'est entretenue avec William Mina, médiateur et animateur de collectifs auprès d'acteurs de l'économie sociale (…)

À l'occasion de la journée de la terre, l'Agence Média Palestine s'est entretenue avec William Mina, médiateur et animateur de collectifs auprès d'acteurs de l'économie sociale et solidaire, aussi impliqué dans des mouvements d'écologie politique et de solidarité avec la Palestine et le Liban.

Tiré d'Agence média Palestine.

Durant les 6 premiers mois du génocide à Gaza, Israël a largué plus de 70 000 tonnes d'explosifs sur Gaza. Plus de deux ans plus tard, les bombardements sont loin d'avoir pris fin, et les dégâts tardent à être évalués. Quel impact écologique ont les guerres d'Israël en Palestine ?

À Gaza, l'impact est immense. C'est presque tout le vivant qui a été annihilé, et c'est important de comprendre que par là, toute capacité de subsistance a été annihilée, et à long terme.

Même si l'on reconstruit demain, le dommage est là, les eaux sont polluées, les écosystèmes côtiers sont affectés, la vie végétale est quasiment entièrement détruite. En septembre 2025, l'ONU a compté plus de 95% de vergers et de maquis détruits ou très endommagés, entre 80 et 90% des champs cultivés et des prairies, la quasi-totalité des animaux d'élevage.

Les déchets dus aux débris d'armement, à la destruction de bâtiments et à l'accumulation d'ordures ménagères s'accumulent sur plus de 350 décharges à ciel ouvert, dont 60% à proximité de tentes. Ces déchets contaminent l'air, les sols, l'eau et les écosystèmes côtiers en continu. Des ONG ont estimé que 84 000 tonnes d'eaux usées et de substances très toxiques comme l'amiante sont déversées chaque jour sur la côte. Un des résultats est que la biodiversité côtière va s'effondrer et c'est aussi toute la chaîne alimentaire qui est durablement intoxiquée, avec les poissons pêchés pour la subsistance des Gazaoui·es contaminé·es par ces substances.

La destruction de la végétation et le tassement des sols dus à l'activité militaire et aux passages de bulldozers va empêcher le rechargement des nappes phréatiques, ce qui va contribuer à polluer davantage les eaux côtières par accentuation du ruissellement à travers ces déchets.

Au-delà de cette pollution directe, c'est la capacité de survivre dans son environnement qui est affectée. L'eau est quasiment inaccessible, très polluée, avec pas plus de 2 litres d'eau potable par habitant·e par jour, et moins de 10 litres d'eau propre en moyenne, parfois moins, alors que le minimum préconisé par l'ONU pour la survie est estimé à 15 litres.

Cet accès catastrophique à une eau contaminée engendre des épidémies de maladies infectieuses : on a vu revenir le choléra et la polio, une forte augmentation de l'hépatite A. Il y a eu des centaines de milliers de cas de diarrhées aiguës chez les enfants, plus de cent mille cas de jaunisse, des maladies de peau comme la gale. La déshydratation favorise également les infections urinaires, alors que le système de santé est majoritairement détruit ou complètement saturé. Beaucoup de nourrissons, du fait de la rareté et de la pollution de l'eau et de l'obstruction à l'aide alimentaire qui concerne aussi le lait infantile, sont victimes de développement anormal avec des effets durables, irréversibles, sur leur santé physique et mentale.

Ces considérations générales ne doivent pas faire oublier que ces dégâts sur l'environnement se traduisent en souffrances inimaginables, avec des rats qui envahissent des tentes, des mères qui ne peuvent pas allaiter parce qu'elles sont déshydratées, ni soigner les maladies bénignes de leurs nourrissons car elles n'ont pas accès à de l'eau propre et aux produits d'hygiène les plus simples.

On parle d'écocide à Gaza, peux-tu nous parler de ce terme et des observations sur lesquelles il se base ?

C'est un terme qu'on entend effectivement de plus en plus et qui cherche à se faire une place notamment sur le plan juridique. Il n'est actuellement pas reconnu de manière distincte en droit international, mais il y a des tentatives de légiférer dessus.

C'était notamment une ambition, sabotée par la suite, de la Convention citoyenne pour le climat, que de définir juridiquement le terme, avec pour objectif de sanctionner les atteintes graves et durables à l'environnement, notamment celles causées par des entreprises ou des individus responsables. Mais dans ce cas-là, le texte me semble surtout s'orienter sur les atteintes au changement climatique, et mettre l'accent sur les neuf points de bascule consacrés dans cette perspective.

Dans la perspective de la destruction de Gaza, on peut envisager une autre utilisation du terme, et c'est d'ailleurs celle-ci que de nombreux écologistes ont en tête lorsqu'ils en parlent à propos de Gaza.

Certes, les bombardements à Gaza contribuent à émettre du CO2 et sont catastrophiques du point de vue du changement climatique, mais lorsqu'on parle d'écocide, on parle d'abord de la destruction délibérée du vivant, d'annihilation des écosystèmes et de privation de toute forme de ressource viable, que ce soit l'eau ou la terre. On parle surtout d'une annihilation d'une telle ampleur que toute restauration des écosystèmes est entravée à long terme.

Quand l'armée sioniste a expulsé les Palestinien-nes en 1948 et a détruit des centaines de villages pour les empêcher de revenir, il y a eu une logique similaire : l'écocide, c'est la tentative de destruction sans retour du vivant et en ce sens, de tout ce qui permet à un peuple d'habiter sur sa terre.

Les destructions israéliennes ont ciblé intentionnellement les terres agricoles et les infrastructures liées à l'eau. De quelle stratégie ces attaques relèvent-elles, et quelles en sont les conséquences à court et à long terme ?

Il y a d'abord la dimension systématique de ces attaques : les infrastructures agricoles et celles de l'eau sont détruites ou endommagées à grande échelle. C'est absolument tous les aspects liés à l'approvisionnement en eau et aux systèmes alimentaires qui sont instrumentalisés à des fins de nettoyage ethnique et d'extermination.

Dans le cas de l'eau, il y a la destruction de la majorité des stations de dessalement, des puits, des réservoirs, des stations de pompages et d'assainissement, des réseaux ; l'obstruction à la livraison de carburant qui ne permet plus d'actionner les infrastructures encore fonctionnelles ; les livraisons d'eau potable en provenance d'Israël qui sont interrompues ou sévèrement rationnées ; l'assassinat de professionnels venant réparer certaines unités ou de civils qui s'approvisionnent ; le déplacement forcé des populations loin des sites fonctionnels. Tous ces actes qui rendent l'eau rare et polluée font système.

Pour ce qui est du caractère intentionnel, à tous les niveaux de la chaîne de commandement israélienne, on a beaucoup d'indices du caractère délibéré et revendiqué de cette destruction. Dans de nombreuses déclarations génocidaires de membres du gouvernement et de leurs conseillers, l'objectif de privation d'eau est explicitement mentionné.

On a aussi des cas de soldat·es israélien·nes qui se filment en train de détruire des infrastructures majeures. Cela a été le cas en juillet 2024, quand des soldat·es se sont filmé·es en train de placer des explosifs puis les faire exploser, à Rafah, sur un réservoir en capacité d'approvisionner la moitié de la ville en eau. Plus récemment, juste avant l'accord de cessez-le-feu, alors que l'armée israélienne se retirait de la ville de Gaza, des soldat·es israélien·nes se sont filmés en train d'incendier une usine d'assainissement qui pouvait encore fonctionner partiellement. Il y a eu aussi la destruction par bulldozers des champs de panneaux solaires alimentant 4 des 6 unités de traitement des eaux usées de Gaza.

Ces destructions ne constituent pas des dégâts collatéraux. Elles participent d'une intention de rendre Gaza inhabitable, pour forcer le départ, et à défaut, faire mourir.

Comment articuler le prisme anticolonial dans les enjeux de la lutte pour l'environnement ?

Il y a dans les milieux écologistes différentes manières de l'approcher, mais pour moi, je dirais que l'écologie, en un sens, c'est l'inverse de la colonisation.

Il n'y a pas de colonisation sans dépossession, sans la volonté de couper un peuple de sa terre et des écosystèmes qu'il contribue à entretenir. C'est d'autant plus visible en ce moment en Cisjordanie, mais c'est un processus en cours depuis au moins 78 ans, un processus de spoliation et de dépossession continue des ressources, en particulier dans les zones les plus rurales.

Le processus colonial vise en premier lieu à accaparer, à capter un maximum de ressources. En ce qui concerne l'eau, il s'agit pour Israël d'approvisionner des colonies, mais aussi d'alimenter l'établissement d'espaces de production capitalistes, en particulier d'agriculture intensive. A partir de 1967 par exemple, la conquête du Golan par Israël a facilité un détournement massif des eaux du Jourdain et du lac de Tibériade vers des projets agricoles ou d'afforestation lointains, dans le désert du Naqab-Neguev. Il y a cet adage sioniste, “faire fleurir le désert”, qui passe la spoliation sous silence.

En parallèle de ce premier processus, il y a un second processus d'expulsion. Dans cette perspective, l'environnement n'est plus seulement une ressource à capter, un but, mais un moyen de vider un territoire de sa population autochtone. En entravant l'accès aux champs, en empêchant l'accès à l'eau, Israël retire toute capacité de subsistance autonome aux Palestinien·nes, et s'assure de l'extinction d'un commun social qui se manifeste notamment au moment de la récolte des olives.

Pour moi, la résistance anticoloniale se joue forcément en partie dans la perpétuation de pratiques de subsistance paysannes, et du lien social qu'elles structurent.

En juillet 2025, les locaux de la banque de semences de l'UAWC – le syndicat paysan palestinien – ont été détruits par l'armée d'occupation. Ce n'est pas un hasard que cette réserve de semences ait été attaquée, au sens où sauvegarder les cultures autochtones revient à perpétuer une agriculture paysanne, vivrière et autonome. Avec ces semences, il s'agissait de rendre possible une souveraineté alimentaire, de perpétuer le lien à la terre, de résister à la dépossession.

C'est important de dire, je pense, que cette résistance-là, qui passe par des modes de culture paysans, s'est aussi opposée à la politique de l'Autorité palestinienne (AP). Comme l'explique le chercheur en économie politique Taher Labadi, l'AP a tenté d'imposer une agriculture tournée vers l'exportation, avec des monocultures, l'usage important d'intrants chimiques et de semences importées, une agriculture à la fois très dépendante de l'extérieur et qui ne permet pas d'entretenir les milieux naturels. C'est aussi à cette orientation que des paysan·es palestinien·nes se sont opposé·es.

Si on élargit encore le prisme, il y a eu des études scientifiques, reprises notamment par l'ONU, qui ont montré que les peuples autochtones sont aujourd'hui les gardiens de la biodiversité. J'ignore si les paysan·nes de Cisjordanie entrent dans la catégorie “autochtone” de ces études, mais il me semble que le constat qui est dressé s'applique à leur cas.

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Talibans : des divisions internes qui fragilisent le pouvoir

7 avril, par Noorwali Khpalwak — , ,
Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans affichent une image d'unité. En coulisses pourtant, les divisions internes persistent, et dans certains cas, se sont (…)

Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans affichent une image d'unité. En coulisses pourtant, les divisions internes persistent, et dans certains cas, se sont accentuées, soulevant de sérieuses interrogations sur le futur de leur gouvernance de l'Afghanistan et de leurs rapports avec la communauté internationale.

Tiré du blogue de l'auteur.

L'histoire du pouvoir taliban est celle d'une succession de phases segmentées par les conflits. Fondé en 1994 par le mollah Mohammad Omar à Kandahar, dans un contexte de guerre civile, les talibans dirigent le pays entre 1996 et 2001. Ils entrent ensuite en lutte armée ou sont contraints à l'exil suite à l'intervention américaine.

En 2013, Mohammad Omar meurt. Longtemps dissimulée et sujette à de nombreuses théories du complot, cette disparition à un tournant stratégique de la guerre contre la coalition internationale déclenche la première d'une longue liste de tensions autour de la gouvernance du groupe. Son successeur, Akhtar Mohammad Mansoor, est reconnu par la plupart des membres, mais des dissensions persistent. Elles subsistent jusqu'à aujourd'hui malgré un retour en force des Talibans après le retrait américain en 2021.

Un groupe multi-factionnel

L'influence au sein des talibans se structure autour de plusieurs pôles concurrents. Au sommet se trouve le chef suprême, Hibatullah Akhundzada. Installé à Kandahar, il incarne la ligne la plus rigoriste du mouvement. Son entourage contrôle le système judiciaire, l'institution chargées de la “prévention du vice” et du respect des normes religieuses et morales, ainsi que des postes clés dans l'appareil sécuritaire.

Ce courant est à l'origine de certaines des politiques les plus largement dénoncées par la communauté internationale, notamment les restrictions quasi-totales sur la liberté d'expression, de circulation, d'association, d'accès aux soins et bien d'autres imposées aux femmes et aux filles.

Face à lui, un courant plus pragmatique — la “faction Doha” — s'articule autour d'Abdul Ghani Baradar, cofondateur du mouvement et figure centrale des négociations avec les États-Unis qui ont abouti à l'accord de Doha de février 2020. Ses partisans apparaissent plus favorables à une forme d'ouverture internationale, même si leur influence reste limitée.

Un troisième pôle gravite autour de Mohammad Yaqoob, fils du mollah Omar et actuel ministre de la défense. Fort du prestige de son nom, il bénéficie d'un soutien important au sein des forces militaires et est perçu par certains comme une figure de compromis.

Enfin, exerçant un rôle parallèle mais puissant, le réseau Haqqani, dirigé par Sirajuddin Haqqani, conserve une autonomie significative. Solidement implanté dans les réseaux insurgés et historiquement lié au Pakistan, il contrôle le ministère de l'intérieur et a joué un rôle déterminant dans la reconquête du pouvoir. Cette position indépendante l'a parfois placé en tension avec d'autres factions.

Des incidents révélateurs

Malgré les démentis officiels, de nombreux indices témoignent de fractures internes. Des désaccords opposent régulièrement les dirigeants de Kandahar à ceux installés à Kaboul, notamment sur la gouvernance, la politique étrangère et les relations internationales.

Ces divisions ne sont pas uniquement idéologiques. Elles s'inscrivent aussi dans des dynamiques ethniques et tribales. Les rivalités entre sous-groupes pachtounes, comme les Achakzai et les Nurzai, ainsi que les tensions avec des combattants non pachtounes, compliquent la répartition du pouvoir.

Ces tensions se traduisent parfois par des incidents concrets. Lors de la chute de Kaboul en août 2021, des unités du réseau Haqqani seraient entrées dans la ville sans coordination préalable. Des altercations entre hauts responsables ont été signalées, notamment entre Baradar et Sirajuddin Haqqani. Dans plusieurs provinces — Badakhshan, Panjshir, Takhar ou encore Sar-e-Pul — des différends liés aux nominations ont alimenté l'instabilité.

Les remaniements internes illustrent également ces rivalités. Plusieurs responsables, dont Abdul Baqi Haqqani ou Mawlawi Kabir, ont été écartés ou déplacés, tandis que d'autres figures ont renforcé leur emprise sur des secteurs économiques stratégiques, notamment les ressources minières. ;

Un contexte sous pression

Les pressions extérieures aggravent ces tensions. La crise économique, les sanctions internationales et la suspension de l'aide fragilisent la gouvernance du régime. Par ailleurs, les relations avec le Pakistan, longtemps allié clé, se sont récemment tendues, avec des assauts terrestres passés relativement inaperçus dans le contexte de la guerre en Iran.

Malgré tout, certains facteurs continuent de préserver l'unité du mouvement. La légitimité religieuse du chef suprême demeure un élément central, tout comme la conscience que toute fragmentation pourrait mettre en péril leur pouvoir. En période de crise, les loyautés tribales tendent à s'effacer au profit de la cohésion.

Plusieurs scénarios se dessinent à présent pour l'avenir. Les talibans pourraient maintenir un équilibre fragile en gérant leurs différends internes. Une montée en influence des factions pragmatiques pourrait également conduire à des ajustements limités, notamment pour obtenir une reconnaissance internationale et faire baisser l'opprobre lié aux violations des droits humains.

Cependant, le potentiel d'une fragmentation plus profonde demeure. Si les rivalités s'intensifient, certaines factions pourraient s'autonomiser, affaiblissant le pouvoir central. À l'inverse, un durcissement du leadership pourrait accentuer l'isolement du pays.

Une chose est certaine : ces divisions internes reflètent des désaccords fondamentaux sur la gouvernance, l'idéologie et l'avenir de l'Afghanistan, et continueront de façonner sa trajectoire, voire de menacer l'existence future du pouvoir taliban.


Noorwali Khpalwak est un journaliste et éditeur afghan avec plus de dix ans d'expérience. Anciennement délégué aux médias puis directeur de cabinet de la Commission Électorale Indépendante afghane, il supervise ensuite la stratégie média de l'Assemblée Nationale comme Directeur de l'Information.

En tant que journaliste, il produit et présente des programmes politiques pour Spogmai Radio et Kabul News TV, la première chaîne d'information en continu du pays. Il fuit l'Afghanistan en 2021, après la chute de la capitale, et arrive en France. Il y développe depuis son podcast, ‘Kabul Podcast', pour continuer à offrir une information indépendante et un espace d'expression aux Afghans.

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Israël. Frapper d’abord, décider ensuite

La guerre n'est pas une modalité de la politique menée par l'État israélien, elle est une constituante vitale de l'appareil d'État. Son poumon. C'est la politique qui est une (…)

La guerre n'est pas une modalité de la politique menée par l'État israélien, elle est une constituante vitale de l'appareil d'État. Son poumon. C'est la politique qui est une modalité de la guerre. Le fait accompli a force de loi. L'oubli et la terreur infusent la société israélienne. Dans les hautes sphères sécuritaires, pourtant, une dissonance se laisse entendre.

Tiré d'Orient XXI. Cet article a été initialement publié le 21 mars 2026 dans le quotidien libanais L'Orient-Le Jour sous le titre « Israël contre Clausewitz ».

Comme il advient chaque fois après l'assassinat d'un nouveau dirigeant « ennemi », l'euphorie et le sentiment de toute-puissance sont remontés de plusieurs crans au sein de la population israélienne lorsque a été annoncé celui d'Ali Larijani. Les dirigeants, eux, ont débordé de lyrisme. Israël Katz, le ministre de la défense, a clamé que le chef du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, perçu par beaucoup comme le nouvel « homme fort » du régime après la disparition d'Ali Khamenei, avait « rejoint les membres vaincus de l'axe du mal dans les profondeurs de l'enfer ». Benyamin Nétanyahou s'est voulu moins lyrique et plus projeté vers l'avant. « Nous avons accompli des exploits historiques. Nous sommes désormais une puissance redoutable, quasi mondiale » (1), a-t-il lancé.

Le spécialiste des questions de sécurité du quotidien israélien Haaretz, Amos Harel, est dubitatif. L'assassinat de Larijani, note-t-il, peut être vu comme un « succès militaire » qui s'ajoute aux nombreux autres en Iran, au Liban et ailleurs. Il rappelle que depuis juin 2025, plus de la moitié des hauts dirigeants d'Iran, son Guide suprême et ses conseillers, ses hauts responsables militaires, les scientifiques du nucléaire, etc., ont été tués. Mais il s'interroge : certes, l'Iran est affaibli, mais à y voir de plus près, quel bénéfice les Israéliens en ont-ils tiré ?

Depuis vingt ans, ils ont tué tous les chefs successifs du Hamas. Celui-ci n'a pas disparu. Mohammed Deif et les frères Sinouar ont été exécutés et le Hamas perdure. Il en va de même du régime iranien, qui est amplement plus fort que le Hamas. Et il faut bien constater que « le régime de Téhéran a fait preuve d'une résilience et d'une volonté de poursuivre le combat remarquables », conclut-il.

La vérité, première victime de la guerre

Ce n'est pas le discours qui convient à Nétanyahou ni celui que l'immense majorité des Israéliens veut entendre. On connaît le dicton : la première victime des guerres, c'est la vérité. Dans le cas d'Israël, la communication officielle est, sans surprise, très contrôlée. Pas tant parce que la censure militaire est une importante tradition israélienne, mais surtout parce que Nétanyahou impose une information qui se résume quasiment à ses seules directives, tant il est parvenu à réunir autour de lui, depuis le 7 octobre 2023, une coalition d'affidés à sa dévotion et une garde rapprochée restreinte. Ron Dermer, son ex-ministre des affaires stratégiques et ex-ambassadeur à Washington, en est la figure de proue. Nétanyahou vient de le rappeler au gouvernement pour gérer le dossier libanais. C'est avec lui et quelques rares autres conseillers qu'il partage ses projets et ses interrogations. Et ce groupe domine l'information comme la communication.

  • La population est tenue à distance d'une information globalement maîtrisée.

Difficile, dans cette situation, de connaître les débats au sein d'un gouvernement peu informé et transformé en organe d'application de décisions prises ailleurs en petit comité. Il en va de même, à un moindre degré, avec l'état-major et les services de renseignement intérieurs, Nétanyahou ayant choisi sans consultation de mettre à leur tête des personnes qui lui doivent tout. Résultat : la population, à de rares exceptions près, comme le journal d'opposition Haaretz, est tenue à distance d'une information globalement maîtrisée. De fait, nombre de nouvelles sur les positions des uns et des autres en Israël sont souvent issues de médias étrangers, essentiellement états-uniens et britanniques, où des dirigeants israéliens s'expriment généralement sans divulguer leur identité.

L'enjeu nucléaire

Sur quoi portent les débats dans les hautes sphères aujourd'hui ? La première controverse à laquelle est confronté Israël, selon ces informations « off », est de s'être potentiellement enferré : si les 440 kilogrammes d'uranium enrichi dont disposaient les Iraniens avant l'attaque de juin 2025 n'ont pas été détruits par leurs nouveaux bombardements, l'enjeu nucléaire peut devenir plus menaçant encore qu'il n'était sous Ali Khamenei. Après l'assassinat du Guide iranien, indique la correspondante à Jérusalem du quotidien britannique The Guardian, un « ex-haut responsable du renseignement israélien » lui a déclaré : « Avec Khamenei, on savait presque tout de son processus décisionnel » et « il n'a jamais pris la décision de foncer à tout prix » sur l'obtention de la bombe A. « Que fera son fils Mojtaba ? » Lui ou quelqu'un d'autre en position de diriger l'Iran « pourrait très bien se procurer une bombe dès maintenant » (2).

  • Le discours est si contradictoire qu'il donne le sentiment que Trump ne sait pas lui-même où il va, en Iran ou ailleurs.

Le Guardian cite aussi Yoav Rosenberg, ex-numéro deux du département de la recherche du renseignement militaire israélien, pour qui « le pire scénario de cette guerre serait qu'elle se termine sans qu'Israël soit parvenu à éradiquer l'arsenal nucléaire iranien. La situation serait pire qu'auparavant ». La campagne massive menée par Israël révélerait une victoire à la Pyrrhus. Et il serait plausible de voir un régime iranien humilié, mais toujours en place, s'entêter à fabriquer une bombe A, perçue par lui comme seul moyen de se préserver d'une nouvelle guerre occidentale à son encontre. S'il parvenait cette fois à se procurer ne serait-ce qu'une bombinette, même si le régime n'en use pas, cette guerre serait forcément perçue comme un fiasco des Occidentaux.

La deuxième inquiétude en Israël porte sur l'évolution de cette guerre. Un jour Trump laisse entendre que les États-Unis s'apprêtent à mener une longue guerre contre l'Iran, « peu importe le temps que cela prendra ni le prix à payer » (3). Une semaine après, il assure que la guerre s'arrêtera « assez vite ». Le lendemain, il évoque à nouveau une « capitulation » iranienne. Bref, le discours est si contradictoire, si confus, qu'il donne le sentiment que Trump ne sait pas lui-même où il va, en Iran ou ailleurs. À ce jour, l'alliance états-uno-israélienne semble sortir renforcée. Mais demain ?

Quels objectifs ?

Le troisième débat porte sur les objectifs de cette guerre. « Nous créons les conditions optimales pour la chute du régime », a déclaré Nétanyahou le 12 mars. Un regime change donc, comme disent les Américains. Mais pour la première fois, il a envisagé la possibilité d'un maintien du régime actuel en Iran et de l'impossibilité de le renverser par les seuls bombardements aériens. « Après tout, un régime doit s'effondrer de l'intérieur » (4), a-t-il poursuivi. Certains diront que le premier ministre israélien, à ce stade, ne pouvait rien faire d'autre qu'admettre une évidence de plus en plus diffuse de par le monde, aux États-Unis en particulier, et aussi parmi les spécialistes israéliens de l'Iran. Le sentiment grandit désormais : « L'espoir de renverser le régime reposait sur un optimisme excessif » et « lsraël est forcé de revoir ses attentes à la baisse », écrit le spécialiste des questions militaires Amos Harel (5).

Dans le Washington Post, David Ignatius, un très respecté commentateur américain des enjeux internationaux, introduit depuis longtemps dans les milieux sécuritaires israéliens, dit avoir conversé avec « quelques hauts responsables [qui] commencent à exprimer leurs inquiétudes face à l'escalade et la durée indéterminée de l'attaque contre l'Iran » (6). Les hommes semblent vraisemblablement issus des milieux du renseignement. L'idée exposée par Donald Trump d'une « victoire totale » et d'une « capitulation sans conditions » de l'Iran à l'issue de cette guerre est illusoire, estiment ces analystes. Les réponses iraniennes sur le terrain le confirment. Ignatius cite un « responsable israélien » selon lequel « personne ne peut souhaiter une histoire sans fin ». « Bien sûr, poursuit-il, nous souhaitons renverser le régime, mais cela n'est pas notre seul objectif. L'Iran ne capitulera pas, mais il peut envoyer des signaux pour accepter un cessez-le-feu. » Un cessez-le-feu que, visiblement, l'interlocuteur d'Ignatius appelle de ses vœux.

  • Nous ne voulons pas nous enliser dans un bourbier.
  • (Un anonyme issu du renseignement israélien)

Ce responsable israélien anonyme craint par-dessus tout une évolution de type Gaza, où Israël se retrouve à poursuivre une guerre et une occupation sans objectifs clairs. « Aller au sol », comme disent les militaires ? Des opérations conjoncturelles d'un ou deux jours, peut-être. Mais au-delà, s'interrogent nombre d'observateurs israéliens, ce serait le bourbier garanti. Israël n'est pas parvenu à « éradiquer le Hamas » sur une bande de terre de 365 kilomètres carrés où vivaient 2,3 millions de Gazaouis. L'Iran est un pays de 1,5 million de kilomètres carrés, 3 740 fois plus grand que Gaza, et une population de 93 millions de personnes, soixante-six fois plus importante…

Enfin, Ignatius relève, dans les propos de son interlocuteur, « résumant les analyses de services de renseignement états-uniens et israéliens », deux points débattus en Israël. Un : « on ne voit personne capable de renverser le régime » en Iran. La pire crainte de ces milieux sécuritaires est que Trump « semble ne pas avoir le moindre plan concret » pour parvenir à « l'anéantissement du régime iranien » qu'il promet. Deux : il existe un « risque que Nétanyahou ordonne des opérations terrestres d'envergure au Liban pour achever la destruction du Hezbollah ». « Nous ne voulons pas nous enliser dans un bourbier », a conclu son interlocuteur.

Invasion du Sud-Liban

Ces idées moroses quant au résultat final de la guerre ne disent cependant rien de ce que pensent Nétanyahou et son entourage, ni de la perception de la population israélienne. Au gouvernement, à l'état-major et dans les services de sécurité, on continue d'assurer que la guerre « existentielle » en Iran atteindra ses objectifs – hormis peut-être le renversement du régime, comme l'a admis Nétanyahou. Pour le reste, un thème occupe aujourd'hui le devant de la scène : s'emparer du Sud-Liban au moins jusqu'à la rivière Litani, pour garantir le retour des Israéliens qui ne veulent plus vivre dans le nord d'Israël tant qu'il n'aura pas été sécurisé face au Hezbollah. Autrement dit, le repousser d'au moins 30 kilomètres.

  • Israël a commencé d'envoyer ses forces au sol, au Sud-Liban, pour y « tondre la pelouse ».

« L'armée israélienne devra rester au Sud-Liban même après la fin des combats afin d'y maintenir des positions dominantes et sécuriser la zone frontalière. […] Nous n'avons pas confiance dans le gouvernement libanais. La responsabilité de la sécurité des résidents israéliens doit incomber entièrement à l'armée israélienne », a déclaré Asaf Langleben, chef du conseil régional de Haute-Galilée. Et malgré les diverses tentatives de médiation européenne, en particulier française, d'ailleurs refusée par Israël, le site d'information israélien YNet indiquait, le 16 mars, que l'armée resterait « aussi longtemps que nécessaire ».

Le même jour, Israël a commencé d'envoyer ses forces au sol, au Sud-Liban, pour « tondre la pelouse », comme ils disent. L'opération est « ciblée et limitée », a annoncé le porte-parole de l'armée. Pour cela, il a fallu mobiliser, en plus des soldats d'active, 110 000 réservistes. Israël Katz, le ministre de la défense, a été plus précis. Il s'agit de « détruire l'infrastructure terroriste des villages frontaliers proches de la frontière libanaise, exactement comme cela a été fait contre le Hamas à Rafah, à Beit Hanoun et dans les tunnels à Gaza ». Limitée, donc… comme à Gaza. Les craintes que peuvent avoir certains milieux sécuritaires israéliens, Nétanyahou et son entourage n'en ont cure. Car leur manière de voir, très prisée par les Israéliens, est très différente de la doxa guerrière usuelle.

La loi du fait accompli

Selon le célèbre adage de Clausewitz, théoricien prussien de la guerre moderne (1780-1831), « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ». Pour Nétanyahou, c'est la politique qui est la continuation de la guerre par d'autres moyens. D'abord, on frappe, dès qu'on le peut. On s'empare du maximum de terrain, entre autres bénéfices. Ensuite, on décide. Si on peut prendre plus, on avance. Si on doit reculer, alors que ce soit le moins possible. Si on doit revenir à la situation initiale, on le fait. Il y aura d'autres occasions à l'avenir. Aujourd'hui, une fois « la pelouse tondue », on pourra s'installer jusqu'au Litani. Si cela échoue, ce sera désagréable, mais on verra quoi faire. Et on reviendra dès qu'on le pourra. L'essentiel est de toujours garder l'initiative. Et d'user de la force, d'abord la force.

Dans le passé, Israël a déjà occupé une frange de territoire de taille mouvante au Sud-Liban durant vingt-deux ans, de 1978 à 2000, avant de s'en retirer. Le coût politique était alors jugé trop important pour la population israélienne. Mais l'ambition d'y retourner un jour n'a pas disparu.

L'occasion se présente de nouveau aujourd'hui, et Nétanyahou sait qu'il dispose d'un soutien indéfectible de la population juive israélienne dès qu'il s'agit de guerre et de sécurité. Selon un sondage de l'Institut israélien pour la démocratie, publié le 9 mars, 93 % des Juifs israéliens soutiennent les attaques de leur pays contre l'Iran. Un chiffre qui est similaire à ceux sortis des sondages sur la guerre menée à Gaza. On observera, au passage, combien la société israélienne peut être différente dans ses attitudes de son homologue états-unienne. Le dernier sondage Reuters indique que seul un quart des Américains — 27 % précisément — soutient la guerre contre l'Iran.

  • Nétanyahou sait comme personne jouer de la peur et de l'oubli.

Si cette guerre est « un événement sans précédent : la première guerre israélo-états-unienne conjointe », les Israéliens montrent qu'ils ne sont pas forcément « le 51e État des États-Unis », comme on l'entend souvent dire. « Les divergences entre les objectifs de Trump et ceux de Nétanyahou sont de plus en plus manifestes », analyse le Guardian (7).

Elles l'étaient en réalité depuis le départ, ce qui explique les disparités entre les deux sociétés. L'états-unienne aurait pu soutenir une intervention ponctuelle et peu coûteuse avec un Trump proclamant rapidement « victory ». Pas un blocage du détroit d'Ormuz et ses conséquences. L'israélienne, elle, est maintenue dans un état qui mêle des phases d'euphorie triomphante à d'autres alimentant les peurs, qui toutes deux amènent au soutien massif à l'ambition de Nétanyahou : « changer la face du Moyen-Orient » par le glaive.

Nétanyahou sait comme personne jouer de la peur et de l'oubli. Lorsque la guerre contre l'Iran les 13-24 juin 2025 prit fin, il déclara à ses compatriotes : « Nous avons écarté deux menaces existentielles : celle d'anéantissement par armes nucléaires et la menace d'anéantissement par 20 000 missiles balistiques. Si nous n'avions pas agi immédiatement, l'État d'Israël aurait rapidement été confronté au danger d'anéantissement » (8). Huit mois plus tard, ces menaces avaient à ce point réapparu qu'il fallait reprendre cette guerre au centuple. La guerre décide bien de la politique, et non l'inverse : les Israéliens ont été éduqués dans cet état d'esprit depuis leur enfance.

Notes

1- Amos Harel, « Israel's assassinations leave Iran with inexperience but resilient leadership », Haaretz, 18 mars 2026. Les citations des deux prochains paragraphes sont issues du même article.

2- Emma Graham-Harrison, « We attacked Iran with no clear plan for regime change, Israeli security sources say », The Guardian, 12 mars 2026.

3- Shawn McCreesh, Tyler Pager, Eric Schmitt, Helène Cooper et Abdel-Latif Dahir, « Trump signals US is prepared for long war against Iran », New York Times, 2 mars 2026.

4- Galit Alstein et Dan Williams, « Netanyahu says Iran regime change not guaranted after war », Bloomberg, 12 mars 2006.

5- Amos Harel, « With Iran undefeated and protesters cowed, Israel forced to lowed expectations », Haaretz, 13 mars 2026.

6- David Ignatius, « Israeli officials are growing concern », Washington Post, 9 mars 2026. Les citations des trois paragraphes suivants sont issues du même article.

7- Yousef Munayyer, « Israel and the US are fighting Iran together. Are they on the same page though ? », The Guardian, 12 mars 2026.

8- Dana Mills, « Compulsive repetition : How permanent war shapes the Israeli psyche », Local Call, 4 mars 2026.

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Israël : le retour de la peine de mort, une catastrophe

7 avril, par Réseau d'Actions contre l'Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) — , , ,
L'État d'Israël vient de rétablir la peine de mort pour toute personne « qui cause intentionnellement la mort d'une (autre) dans le but de porter atteinte à un citoyen ou (…)

L'État d'Israël vient de rétablir la peine de mort pour toute personne « qui cause intentionnellement la mort d'une (autre) dans le but de porter atteinte à un citoyen ou résident israélien, avec l'intention de mettre fin à l'existence de l'État d'Israël » Le RAAR (Réseau d'Actions contre l'Antisémitisme et tous les Racismes) condamne avec force son rétablissement en Israël et apporte son entier soutien à celles et ceux qui, en Israël, s'y opposent.

Tiré du blogue de l'auteur.

L'État d'Israël vient de rétablir la peine de mort pour toute personne « qui cause intentionnellement la mort d'une (autre) dans le but de porter atteinte à un citoyen ou résident israélien, avec l'intention de mettre fin à l'existence de l'État d'Israël ».

Le texte prévoit par ailleurs que le condamné devra être exécuté dans un délai de 90 jours après le verdict, délai que le Premier ministre israélien pourra renouveler une fois pour le porter à 180 jours, sans mesure de clémence possible.

Ce retour de la peine de mort, une peine encore appliquée dans des pays comme l'Iran, la Chine ou les États-Unis, est l'œuvre de l'extrême droite israélienne.

Le vote de la Knesset, sous l'impulsion notamment du ministre Itamar Ben Gvir et avec le soutien du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, montre son emprise croissante sur la société et les institutions israéliennes.

Une telle législation rompt avec les garanties fondamentales attachées au droit à la vie et au procès équitable.

Surtout, la réintroduction de la peine de mort constitue un recul de l'Etat de droit et des valeurs démocratiques. Le droit ne doit jamais relever de la vengeance.

Cette loi, adoptée par la Knesset, s'applique dans un cadre profondément inégalitaire : elle concerne en pratique des Palestinien·nes, notamment jugé·es devant des juridictions militaires en Cisjordanie, tandis que les violences commises par des colons israéliens ne relèvent pas du même régime.

Elle instaure ainsi une forme de justice différenciée selon l'appartenance nationale, en contradiction avec le principe d'égalité devant la loi.

Au-delà de cette seule loi, cette décision s'inscrit dans une politique globale de plus en plus déshumanisante à l'égard des Palestinien·nes, à Gaza comme en Cisjordanie qui alimente le cycle des violences.

Le RAAR, qui a apprécié l'hommage rendu à Robert Badinter en octobre dernier, rappelle son attachement indéfectible à l'abolition universelle de la peine de mort.

Il condamne avec force son rétablissement en Israël et apporte son entier soutien à celles et ceux qui, en Israël, s'y opposent.

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Mission Artemis-2 vers la Lune : un dangereux délire d’enfants gâtés

7 avril, par Vincent Lucchese — , ,
La conquête spatiale, avec Artemis-2, est avant tout une course à la puissance, pour coloniser de nouveaux territoires et exploiter des ressources. Un « délire d'adolescents (…)

La conquête spatiale, avec Artemis-2, est avant tout une course à la puissance, pour coloniser de nouveaux territoires et exploiter des ressources. Un « délire d'adolescents tyranniques » et nombrilistes, écrit notre journaliste dans cet éditorial.

Tiré de Reporterre. Photo : Lancement de la fusée Space Launch System de la NASA, pour la mission Artemus -2, dans la nuit du 2 au 3 avril 2026. NASA / Joel Kowsky.

L'être humain, durant son enfance, est traversé de sentiments de toute-puissance et d'immortalité. Puis il renonce à ses fantasmes, apprend à accepter sa finitude et devient adulte. Sauf s'il travaille à la conquête spatiale. Il reste alors manifestement bloqué au stade infantile.

Le programme Artemis de la Nasa, qui vise à construire une base sur la Lune en vue de son exploitation économique, incarne à merveille cet imaginaire astrocapitaliste, dans ce qu'il a de plus irrationnel et toxique. L'agence spatiale étasunienne vient de franchir une étape clé de ce programme, avec le lancement réussi de la mission Artemis-2, dans la nuit du 1er au 2 avril, dans un enthousiasme médiatique généralisé, largement dénué d'esprit critique.

Les quatre astronautes d'Artemis-2 vont survoler la Lune, a priori dans la nuit du 6 au 7 avril, prendre au passage quelques photos de sa face cachée, puis revenir sur Terre. L'expérience emmagasinée doit préparer les prochaines missions et l'alunissage des astronautes d'Artemis-4, promis par Donald Trump pour 2028, soit cinquante-six ans après les derniers pas de l'Homme sur la Lune.

Conquête et quête de puissance

Tout ça pour quoi ? Certainement pas pour la science. Celle-ci sert trop souvent de prétexte et de cache-misère à l'inutilité des vols spatiaux habités. La plupart des missions scientifiques d'exploration du cosmos sont tout aussi bien, voire mieux réalisables par des robots, à un coût infiniment moindre. C'est d'ailleurs ce que notait l'un des chercheurs interrogés par la revue scientifique Nature le 31 mars, témoignant du peu d'enthousiasme, voire du désintérêt d'une bonne partie de la communauté scientifique pour le programme Artemis.

Il convient de bien distinguer deux choses : l'exploration spatiale de la conquête spatiale. La première, animée par l'esprit de curiosité, la fascination pour les mystères de l'univers, le désir de mieux comprendre le monde, peut être pleine des vertus de la science, y compris dans le lancement de satellites d'observation, cruciaux aujourd'hui pour étudier le climat terrestre, entre autres.

La conquête spatiale, elle, relève d'une tout autre ambition. Il s'agit de coloniser de nouveaux territoires, de faire frémir les nationalismes en plantant des drapeaux et d'exploiter sans limites les ressources minérales des corps célestes. C'est d'abord et avant tout une course à la puissance et aux symboles de puissance.

  • Les milliardaires Elon Musk et Jeff Bezos, tels deux grands enfants narcissiques, jouent à qui aura la plus grosse fusée

Les milliardaires Elon Musk et Jeff Bezos, tels deux grands enfants narcissiques, jouent à qui aura la plus grosse fusée. Respectivement propriétaires des entreprises spatiales SpaceX et Blue Origin, toutes deux partenaires de la Nasa, ils se livrent une course de vitesse pour savoir qui aura l'illustre honneur de poser son module sur la Lune le premier. Les États-Unis, plus globalement, sont obsédés par l'idée de retourner sur la Lune avant la Chine.

La pathologie sévère qui touche ces leaders mondiaux de premier plan est à prendre au premier degré. Le lanceur spatial Starship de Musk fut d'abord baptisé la « Big Fucking Rocket » (la « Putain de grosse fusée »). La démesure, la volonté de puissance et de conquête dépassent toutefois leurs cas personnels : elles sont le syndrome systémique du capitalisme, de son hubris qui trouve dans l'espace son lieu d'expression idéal.

Entretenir le déni de réalité

En ce sens, l'aspect le plus important de la conquête spatiale n'est pas ce qu'elle réussit réellement à accomplir, mais ce qu'elle raconte. Son récit, sa vision du monde, toujours largement dominante, sont devenus indispensables pour justifier le comportement irresponsable de la classe capitaliste.

Tout le monde a bien compris qu'une croissance infinie sur une planète finie est impossible. La science montre que nous rendons la Terre inhabitable, nous dépassons déjà la plupart des limites planétaires, cela ne fait qu'empirer et pourrait même basculer très vite. Mais puisque le besoin d'accumulation croissante de capital est non négociable pour le système, écouter la science n'est pas une option.

Mieux vaut continuer comme avant et entretenir le déni de réalité. On se met alors à fabuler : à rêver de mondes infinis, de colonisation spatiale. On surexploite la Terre mais ce n'est pas si grave, on nous promet plein de planètes de rechange ! Le village lunaire permettra, nous dit-on, d'exploiter des métaux rares sur Terre, de collecter de l'hélium-3, carburant de futurs réacteurs à fusion nucléaire, autre fantasme capitaliste de source d'énergie infinie.

  • Ces délires démiurgiques d'adolescents tyranniques seraient risibles s'ils ne guidaient pas le monde

Mais la Lune n'est qu'une étape. Elle doit préparer la conquête de Mars, l'obsession d'Elon Musk. Ce dernier confiait même en février son désir de voir l'humanité « devenir une civilisation de type II sur l'échelle de Kardachev », c'est-à-dire être capable de capter toute l'énergie de son étoile. Son rival, Jeff Bezos, promet de son côté un avenir radieux fait de cités-vaisseaux cylindriques (pour simuler la gravité) contenant chacun des milliards d'humains, prêts à se disséminer dans l'espace. Ces « cylindres de O'Neill » sont un classique de la science-fiction, des romans d'Arthur C. Clarke au film Interstellar de Christopher Nolan.

Bien sûr, il s'agit de projets totalement irréalistes. Ces délires démiurgiques d'adolescents tyranniques seraient risibles s'ils ne guidaient pas le monde. Et si les défenseurs techno-idolâtres de ces visions du monde n'usaient pas d'une rhétorique fallacieuse pour faire taire les critiques : refuser ces imaginaires de space opera, ce serait être réactionnaire, être antiscience, vouloir revenir à l'âge de pierre et nier les potentialités émancipatrices du génie humain.

Revenir sur Terre

C'est pourtant tout l'inverse. La véritable leçon que nous livre l'astronomie, c'est que la Terre est irremplaçable pour l'humanité. Pour qui écoute vraiment la science, il est clair que la priorité absolue devrait être de nous concentrer sur notre planète et la dégradation cataclysmique de la biosphère que nous provoquons.

Loin d'être une ambition à la baisse, cela suppose au contraire de mobiliser des trésors d'ingéniosité humaine. Quoi de plus complexe et fascinant que d'essayer de comprendre la vie des millions d'organismes du sol et de les intégrer à un projet titanesque de révolution agroécologique mondiale ? Quelle aventure scientifique plus passionnante que de déchiffrer le chant des baleines et les pouvoirs secrets des arbres ? Quel défi pour l'imagination plus ambitieux que de trouver comment démanteler l'ensemble des multinationales pétrolières sans provoquer de crise financière globale ?

Ces grands enjeux n'ont qu'un défaut : ils ne favorisent ni ne génèrent aucun accroissement des profits du capital. Ce sont pourtant eux, et non les aventures frelatées de la propagande astrocapitaliste, qui mériteraient encore l'étiquette de « progrès ».

Il est plus qu'urgent de mener cette guerre des imaginaires, pour que davantage d'énergie et d'attention médiatique soient accordées à ces sujets qu'à la balade cosmique de quatre astronautes. Si cela advient un jour, l'humanité aura peut-être commencé à devenir adulte, et à accepter sa finitude, condition paradoxale de sa survie.

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No Kings Day : par millions contre la guerre de Trump et sa politique migratoire

7 avril, par Dan La Botz — , ,
Aux États-Unis, huit millions de personnes ont pris part aux 3 300 manifestations « No Kings » contre le président Donald Trump et sa politique, défilant dans les 50 États le (…)

Aux États-Unis, huit millions de personnes ont pris part aux 3 300 manifestations « No Kings » contre le président Donald Trump et sa politique, défilant dans les 50 États le samedi 28 mars. J'ai moi-même manifesté avec ma famille à Brooklyn, à New York.

Hebdo L'Anticapitaliste - 794 (02/04/2026)

Par Dan La Botz

Crédit Photo
28 Mar 2026 Richmond - Probonophoto.org Sammy Braxton-Haney

Il s'agissait de la troisième mobilisation de ce type, chacune plus massive que la précédente, démontrant l'ampleur du rejet populaire de la présidence Trump. Saint Paul, capitale du Minnesota et ville jumelle de Minneapolis, était le point central de cette journée nationale d'action, en raison de l'exemple particulièrement courageux de résistance populaire face aux actions violentes et illégales de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement). À Minneapolis, des agents de l'ICE ont tué deux citoyenNEs, Renee Good et Alex Pretti, en janvier, alors que la ville se soulevait dans des ­mobilisations pacifiques pour se défendre.

« Regime Change Here Now »

S'exprimant à Saint Paul, Bernie Sanders a déclaré : « Face à l'occupation sans précédent de cette ville par l'ICE, l'armée intérieure de Trump, cette communauté s'est levée et, avec une solidarité extraordinaire, a riposté et a gagné. Le Minnesota a montré au peuple américain, et au monde entier, ce qu'est la démocratie, ce qu'est l'action militante de terrain, et ce que signifie défendre les idéaux américains de liberté et de justice. » Sanders a également dénoncé l'oligarchie économique : « Nous ne laisserons pas ce pays basculer dans l'autoritarisme ou l'oligarchie. Aujourd'hui, nous ne disons pas seulement non à l'autoritarisme de Trump : nous disons non à M. Musk, non à M. Bezos et à M. Zuckerberg… Vous ne pouvez pas tout avoir. »

Comme toujours, les manifestantEs portaient leurs pancartes artisanales. Un slogan très répandu était : « No Kings, No War, No ICE ». D'autres proclamaient : « No Kings, No Fascists », ou encore : « Regime Change Here Now ». Il m'a semblé qu'il y avait moins de drapeaux américains que lors des deux précédentes mobilisations « No Kings », peut-être parce que, dans un mouvement devenu massif, les participantEs ne ressentent plus le besoin de prouver leur patriotisme.

Une démonstration de force collective

Cette mobilisation était plus importante, plus dense, plus profonde, plus large. Dans de nombreuses grandes villes, les manifestantEs ont convergé depuis leurs quartiers vers les centres urbains, signe d'une organisation locale en progression. Les syndicats, en revanche, étaient peu présents et la vie quotidienne n'a pas été fortement perturbée. La fonction principale de ces manifestations a peut-être été de donner un visage humain aux sondages qui montrent un recul de Trump et des Républicains. Mais ces mobilisations sont aussi essentielles parce qu'elles permettent à chacunE de s'exprimer et de prendre conscience de sa propre force collective.

Contre la guerre et le racisme

À sept mois des élections de mi-mandat, le mouvement « No Kings » a également pris une tournure plus ouvertement électorale, avec la participation de candidatEs du Parti démocrate venuEs mobiliser un électorat. La plupart des participantEs espèrent voir les Démocrates reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès. Selon eux, cela permettrait de mettre fin à la guerre contre l'Iran et de stopper les violences contre les immigréEs.

Les Afro-AméricainEs ne se sont pas mobiliséEs en grand nombre, bien que certainEs responsables noirEs les aient appeléEs à participer. John E. Warren, éditeur du journal San Diego Voice and Viewpoint, a écrit : « Les NoirEs, qui ne sont pas venuEs en grand nombre, doivent sortir et être comptéEs parmi celles et ceux qui manifestent. Nous sommes les victimes de la campagne “No Diversity, Equality and Inclusion” (DEI) lancée par le président contre nos programmes et notre culture… Seule notre participation électorale peut arrêter Donald Trump et ses efforts pour faire des États-Unis un pays semblable à la Russie ou à la Hongrie, avec un pouvoir autoritaire plutôt qu'une démocratie. Nous devons montrer à nos voisinEs et à nos adversaires que nous comptons toujours. Nous votons toujours et nous pouvons encore faire la différence lors de chaque élection. Plus d'excuses : place à la participation, dès ce week-end avec le No Kings Day. »

Les Démocrates pourraient bien reprendre le contrôle du Congrès, mais Trump restera président. La guerre contre l'Iran se poursuit, l'ICE continue ses attaques contre les immigréEs, les prix augmentent : les mobilisations devront donc se poursuivre.

Dan La Botz

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Quelle alternative face aux visions dominantes de Carney et Rubio ?

7 avril, par Thierry Parisi-Bienvenue
Par Thierry Parisi Bienvenue, correspondant À l’heure des crises globales, deux visions occidentales du monde s’affrontent. Dans leurs discours respectifs prononcés récemment, (…)

Par Thierry Parisi Bienvenue, correspondant À l’heure des crises globales, deux visions occidentales du monde s’affrontent. Dans leurs discours respectifs prononcés récemment, Marco Rubio, le 14 février à la Conférence de Munich sur la sécurité, et Mark Carney, le 20 janvier au Forum économique (…)

Perspectives pour la solidarité avec le peuple palestinien : pour un embargo sur les armes à Israël !

6 avril, par Marcelle Imelda Njiki
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Par Marcelle Imelda Njiki, collaboratrice Deux grands rassemblements se sont tenus à Montréal sur la Palestine dans lesquels Rima Hassan, eurodéputée de La France insoumise (LFI), était présente en vidéo. Le premier, le 30 mars, portait sur la perspective transnationale de solidarité avec les (…)

Hongrie : victoire sans équivoque de Péter Magyar sur Viktor Orban

6 avril, par Claire Comeliau
Un article de Claire Comeliau Au lendemain de l’élection hongroise, les résultats sont sans appel : Viktor Orban n’obtiendra pas de nouveau mandat en dépit de l’appui des (…)

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La réalité des manifestations No Kings aux États-Unis

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Bill Feltcher jr, Z Magazine Au lendemain des manifestations du 28 mars organisées à l’occasion du «No Kings Day», on constate un regain d’intérêt — et d’inquiétude — quant au fait que, dans de nombreuses villes, la participation des personnes de couleur en général, et des Noirs en particulier, (…)

Israël vote la peine de mort pour les Palestinien.nes uniquement : une nouvelle loi d’apartheid

5 avril, par Rédaction-coordination JdA-PA
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Par Meriem Laribi, pour l’Agence Média Palestine, le 31 mars 2026 Itamar Ben Gvir a sabré le champagne. L’adoption par le Parlement israélien, le 30 mars 2026, d’une loi instaurant la peine de mort pour les Palestinien·nes marque un nouveau tournant dans la politique d’apartheid de l’État (…)

Inquiétudes concernant les tensions au sein du pouvoir au Sénégal

4 avril, par Rédaction-coordination JdA-PA
Communiqué de Seen égal-e Seen égalité Seen égal-e Seen égalité, une plateforme progressiste panafricaine, souligne les 66 ans d’indépendance en publiant un communiqué qui fait (…)

Communiqué de Seen égal-e Seen égalité Seen égal-e Seen égalité, une plateforme progressiste panafricaine, souligne les 66 ans d’indépendance en publiant un communiqué qui fait écho aux enjeux des tensions au sein du pouvoir au Sénégal. Nous publions le communiqué qu’il a publié le 4 avril (…)

Quand l’environnement devient une arme de guerre au Liban

3 avril, par Amélie David
Amélie David, correspondante à Beyrouth Au Liban, comme ailleurs dans la région, les conflits armés ne se contentent pas de détruire les infrastructures et les vies humaines : (…)

Amélie David, correspondante à Beyrouth Au Liban, comme ailleurs dans la région, les conflits armés ne se contentent pas de détruire les infrastructures et les vies humaines : ils s’attaquent aussi aux ressources naturelles. Eau, forêts, terres agricoles… autant d’éléments devenus des enjeux (…)

D’autres mobilisations à venir pour les étudiants du Cégep St-Laurent

3 avril, par Comité de Montreal
Les étudiants du Cégep St-Laurent ont conclu vendredi dernier leur grève d’une semaine, mais ils promettent que ce n’est pas la fin de leur mouvement contre l’austérité. Après (…)

Les étudiants du Cégep St-Laurent ont conclu vendredi dernier leur grève d’une semaine, mais ils promettent que ce n’est pas la fin de leur mouvement contre l’austérité. Après des négociations… Source

Le PL89 ou quand la CAQ tire à boulets rouges sur le droit de grève

2 avril, par Rédaction

Le 29 mai 2025, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la version finale du projet de loi n° 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock­out[1] (PL89), porté depuis l’hiver par le ministre du Travail, Jean Boulet. Appuyé par la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral, ce projet est vu positivement par le monde patronal, mais suscite l’ire du mouvement syndical. On n’hésite pas à le qualifier de « manœuvre explosive[2] » ou encore de « bombe antisyndicale ». Que contient donc le PL89 et pourquoi crée-t-il autant de tensions ? Quelles sont les réelles intentions de cette initiative et que révèle-t-elle des dynamiques à l’œuvre dans le domaine des relations du travail, et plus largement dans les dynamiques politiques au Québec ?

Dès le départ, c’est l’annonce même du projet qui fait polémique. Au détour d’une entrevue dans la presse locale, à quelques jours des Fêtes de fin d’année, Jean Boulet annonce son intention de présenter ce projet de loi sans en avoir fait part au préalable aux organisations syndicales ou sans l’avoir abordé dans les instances où il les rencontre régulièrement. Les craintes syndicales sont confirmées quand le texte du projet de loi est finalement rendu public. Celui-ci élargit considérablement les possibilités pour le gouvernement de demander au Tribunal administratif du travail de limiter, voire de mettre fin, à une grève ou à un lockout et d’envoyer la négociation en arbitrage. Pour plusieurs, cette nouvelle disposition revient à reproduire dans la loi québécoise l’esprit de l’article 107 du Code canadien du travail, utilisé récemment pour forcer l’arrêt de conflits de travail dans des milieux sous juridiction fédérale.

Que dit concrètement le PL89 ? La loi comprend deux volets. Le premier vise à élargir considérablement les secteurs où des services pourraient devoir être maintenus en cas de conflit de travail. Cette disposition est déjà courante dans les domaines couverts par des lois sur les services essentiels. Toutefois ces dernières s’appliquent à des fonctions très précises et limitées, dont la perturbation pourrait entrainer un risque pour la santé et la sécurité de la population – on est notamment familiers avec l’utilisation de ces lois pour limiter le droit de grève des travailleuses et travailleurs de la santé.

La nouveauté, avec le PL89, est l’introduction de la notion très floue de « sécurité sociale, économique ou environnementale » de la population. Celle-ci pourrait être invoquée pour forcer la mise en place de services minimums de façon beaucoup plus large que dans le cadre des « services essentiels » que l’on connait déjà, mais aussi dans beaucoup plus de domaines. Si certains sont exclus de l’application de la loi – notamment Santé Québec, qui est toutefois déjà soumise aux services essentiels, ou encore la construction ou les ressources de garde en milieu familial, qui ne sont pas couvertes par le Code du travail –, des secteurs cruciaux sont désormais susceptibles de voir leurs activités de grève limitées, dont l’éducation ou les transports publics.

Le deuxième volet va encore plus loin dans l’ingérence politique dans les relations du travail. Intitulé « Pouvoir spécial du ministre », il permet au ministre du Travail de tout simplement ordonner l’arrêt d’une grève ou d’un lockout et de renvoyer la négociation devant un arbitre de différends, qui déterminera les termes de la nouvelle convention collective. Ce pouvoir tout à fait hors norme pourrait être invoqué dès que le ministre considère que le conflit de travail « cause ou menace de causer un préjudice grave ou irréparable à la population ». Sa portée, elle aussi, est exceptionnellement large. Si la fonction publique ainsi que les réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation sont exclus cette fois-ci, les pouvoirs spéciaux du ministre peuvent s’appliquer à tout autre milieu de travail couvert par le Code du travail, incluant donc le secteur privé.

Comme le titre du projet de loi l’indique, l’intention explicite du gouvernement est de limiter les impacts qu’une grève pourrait avoir sur la population. Les notes explicatives du projet de loi mentionnent en particulier les personnes en situation de vulnérabilité, et les membres du gouvernement n’ont eu de cesse, dans leurs représentations publiques, de mettre de l’avant des situations critiques supposément créées par des grèves, depuis des enfants à besoins particuliers privés de services jusqu’aux familles empêchées de faire le deuil de leurs proches en raison d’un arrêt de travail dans un cimetière, en passant par les travailleuses domestiques ne pouvant se rendre sur leurs lieux de travail lorsque les chauffeurs et chauffeuses d’autobus sont en grève[3]. Devant ces arguments anecdotiques, voire factices, les syndicats ont répliqué que l’intention réelle du gouvernement était bien entendu d’élargir la limitation du droit de grève afin d’affaiblir leur rapport de force, tant face à l’État employeur que face aux patrons du secteur privé, courtisés par la CAQ.

Au-delà du mouvement syndical, la vaste majorité des expertes et experts entendus en commission parlementaire ont dénoncé les conséquences potentielles de l’adoption du PL89. On distingue notamment trois types d’arguments : d’abord, ce projet est inutile car le système québécois de relations du travail fonctionne bien et que le PL89 viendrait briser son équilibre ; ensuite, ce projet serait très probablement contesté en cour et considéré comme contraire aux dispositions constitutionnelles et aux engagements internationaux du Canada ; finalement, l’intention tacite du projet de loi de venir limiter l’exercice du droit de grève aurait des conséquences importantes sur le plan politique et viendrait remettre en cause le modèle québécois de progrès social.

En matière de relations du travail, le mémoire déposé par les membres du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT)[4] démontre clairement que le besoin pour un projet tel que le PL89 n’existe pas. Il rappelle notamment qu’en comparaison avec d’autres juridictions, le droit de grève est déjà très encadré au Québec, notamment du fait qu’il ne peut être exercé qu’en période de renouvellement de la convention collective et à propos de celle-ci, et qu’il est déjà interdit ou très limité dans plusieurs secteurs, notamment ceux soumis aux services essentiels. Mais ce témoignage souligne également combien, du point de vue des partisanes et partisans de la « paix industrielle », le système québécois fait ses preuves puisque très peu de négociations collectives débouchent sur un conflit de travail. Malgré une légère remontée dans les dernières années (et qui n’est d’ailleurs pas limitée au Québec), plus de 90 % des négociations se concluent sans arrêt de travail. L’emphase mise sur l’augmentation du nombre de journées de grève s’est d’ailleurs retournée contre le gouvernement lorsqu’il a été révélé que des chiffres sur lesquels il se basait, diffusés notamment par l’Institut économique de Montréal, ont dû être retirés quand Statistique Canada a reconnu une erreur dans leur conception[5].

Sur le plan juridique, le PL89 a aussi été vastement critiqué. Un groupe comptant parmi les meilleur·es juristes du travail au Québec a ainsi déposé un mémoire en commission parlementaire montrant que les chances étaient très élevées que la loi soit invalidée par les cours, notamment du fait de son caractère potentiellement anticonstitutionnel[6]. Il faut en effet garder en tête que le paysage jurisprudentiel canadien touchant au droit de grève a fortement évolué dans les dernières années. En venant encadrer de façon beaucoup plus stricte la capacité des gouvernements à imposer des services essentiels en cas de conflits de travail (notamment avec ses arrêts Health Services de 2007 et Saskatchewan de 2015), la Cour suprême a ouvert la porte à une quasi-constitutionnalisation du droit de grève, en lien avec la liberté d’association. Il y a fort à parier que, dans ce contexte, les dispositions du PL89 soient renversées par les tribunaux quand elles seront contestées par les organisations syndicales.

Les juristes avancent en outre que la loi est en contradiction avec les obligations internationales du Canada, notamment les conventions no 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui ne prévoient que la mise en danger de la vie, de la santé ou de la sécurité de la population comme seule raison valide de limiter la grève par les services essentiels. Le recours à des formules aussi vagues et générales que la « santé sociale, économique et environnementale » ou « un préjudice grave et irréparable à la population » – prétexte pouvant être invoqué par le ministre pour se prévaloir de son nouveau pouvoir spécial – ne passe donc pas la barre fixée par l’OIT. Si ces conventions internationales n’ont pas force de loi, elles jouent un rôle très important dans l’interprétation que les tribunaux font des lois, notamment de la Charte canadienne des droits et libertés. Ceci pousse les juristes à considérer que les chances sont fortes pour que le PL89 soit considéré comme étant en contradiction avec les engagements internationaux du Canada.

Au-delà de ces éléments techniques, c’est bien entendu sur le plan politique que la discussion – et l’opposition – au PL89 doit s’articuler. Si, comme nous l’avons vu, l’argument de façade de contrer les impacts abusifs de la grève ne tient pas, c’est bien que l’intention réelle est en fait de saper le rapport de force syndical en s’attaquant à son principal outil. On peut même aller plus loin en avançant qu’en remettant ainsi en cause le droit de grève, la CAQ cherche à fossoyer le modèle québécois de progrès social[7]. L’histoire montre en effet clairement que les acquis sociaux des Québécoises et Québécois sont étroitement liés aux luttes menées dans les milieux de travail et en particulier aux grèves. Les luttes des allumettières de Hull, dans les années 1920, ont contribué à une meilleure reconnaissance du travail des femmes et de leurs droits. Celles des syndicats de l’amiante et de Murdochville, aux confins des années 1940 et 1950, ont été autant de coups de boutoir contre le duplessisme, pavant ainsi la voie à la Révolution tranquille. Le droit de syndicalisation et de grève dans le secteur public n’aurait jamais été acquis sans les grèves illégales des infirmières, et la loi anti-briseurs de grève et l’inclusion obligatoire de la formule Rand n’auraient jamais vu le jour sans la grève à la United Aircraft. Bien des caractéristiques que l’on considère aujourd’hui comme des marqueurs de l’identité politique québécoise sont le fruit de la grève. S’attaquer à elle, c’est donc miner ce qui distingue le Québec dans l’ensemble nord-américain, cette distinction allant bien au-delà de la langue française et de l’utilisation du droit civil.

Peu d’observateurs seront surpris de cette contradiction apparente, le nationalisme affiché de la CAQ en étant un de classe, aligné sur les intérêts du Québec inc. et sur une vision étriquée de l’identité nationale. Mais pourquoi, alors, proposer un tel projet à ce moment-ci  ? Pourquoi la CAQ, héritière de la très antisyndicale Action démocratique du Québec (ADQ), n’a-t-elle pas tenté plus tôt de sabrer ainsi dans le rapport de force syndical ? C’est ici que le contexte politique et social des dernières années doit être pris en compte. D’abord, après plusieurs décennies de diminution qui semblait inéluctable, la conflictualité dans les milieux de travail est effectivement remontée depuis quelque temps. Exaspérés de ne pas voir les retombées concrètes de la reconnaissance du caractère « essentiel » de leur travail tel que rabâché pendant la pandémie de COVID-19, mais aussi excédés de constater que les effets de l’inflation ne semblaient pas toucher les élites économiques alors qu’eux et elles avaient du mal à boucler leurs fins de mois, les travailleurs et travailleuses ont renoué avec l’outil qui a maintes fois fait ses preuves quand il s’agit de rétablir une certaine justice dans l’économie capitaliste. Et ces travailleurs et travailleuses l’ont fait avec succès, en gagnant régulièrement des augmentations de salaire significatives et en exigeant même plus de leurs propres syndicats, comme des cas de plus en plus fréquents de rejets d’entente de principe par les membres l’ont montré.

Si la tendance a été mondiale – venant entre autres de l’industrie automobile étatsunienne qui n’avait pas connu de conflit de travail depuis des lunes – le Québec ne resta pas en marge. On pense bien entendu notamment aux grèves du secteur public lors de la négociation de 2023 qui, qu’elles aient été convoquées par le Front commun ou par d’autres organisations, ont durablement marqué les esprits et permis des avancées significatives dans le contexte inflationniste du moment. Toutefois, ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement du Québec se trouve confronté à un front syndical combatif dans le secteur public. Habituellement, c’est la menace de la loi spéciale de retour au travail qui est brandie, et souvent appliquée[8]. Cette fois-ci, pourtant, elle n’a même presque jamais été évoquée par le gouvernement. Si le nouveau contexte juridique décrit plus tôt a été invoqué comme explication de la frilosité de Québec d’avoir recours à une loi spéciale, il y a fort à parier que le contexte politique a également joué. L’impopularité du gouvernement Legault n’a certes pas aidé, mais il faut rappeler combien les syndicats bénéficiaient de la sympathie du public. Celle-ci n’est pas anodine dans la mesure où elle tend à montrer qu’une vaste partie de la population se retrouvait dans les revendications des travailleuses et travailleurs du secteur public, même si elle n’en faisait pas partie. L’idée suivant laquelle les gains potentiels des employé·es de l’État serviraient de référence et permettraient d’aller en obtenir auprès d’autres employeurs, incluant ceux du secteur privé, faisait son chemin et rompait ainsi avec les divisions artificielles que la droite cherche régulièrement à créer entre les fonctionnaires « privilégié·es » et le reste de la population. Dans ce contexte, le prix politique à payer pour une loi spéciale était particulièrement élevé et la CAQ décida de ne pas explorer cette option.

Une autre source importante de frustration pour le gouvernement dans le cadre des négociations du secteur public fut précisément leur caractère centralisé, allié à l’unité relativement large du front syndical. Cette combinaison fait en effet en sorte que si l’exercice de la grève est très limité par les dispositions sur les services essentiels dans certains secteurs, notamment la santé et les services sociaux, il l’est beaucoup moins dans d’autres, en particulier l’éducation, et les uns peuvent donc « faire grève pour les autres » puisque plusieurs sujets sont traités à des tables centralisées. Cette dynamique relativement unique en Amérique du Nord fait d’ailleurs des envieux au sein du mouvement syndical ailleurs au Canada, et permet l’établissement d’un rapport de force malgré un cadre légal très contraignant. Tant dans la rédaction du PL89 que dans les interventions du ministre, il était évident que le secteur de l’éducation était l’un des premiers visés par le projet, notamment dans ses dispositions cherchant à élargir ce qui relève habituellement des services essentiels.

Finalement, il serait difficile de ne pas mentionner le soudain retour de l’article 107 du Code canadien du travail dans l’actualité pour mettre en contexte le PL89. Bien qu’elle soit apparue dans la loi fédérale en 1984, cette disposition n’avait été que très rarement utilisée jusqu’à ce que Steve McKinnon, à l’époque ministre du Travail, n’en fasse usage à plusieurs reprises en 2024 pour forcer la fin de conflits de travail et pour imposer un arbitrage dans plusieurs négociations sous juridiction fédérale, notamment dans le domaine des transports et à Postes Canada[9]. Bien que Jean Boulet ait fréquemment insisté sur le fait que le PL89 n’était pas un « copier-coller » de l’article 107, l’esprit de ces deux dispositions est le même : permettre à l’exécutif (en l’occurrence le ministre du Travail) de forcer l’arrêt d’une grève et de demander l’arbitrage (par le biais d’un tribunal administratif) sans avoir à passer par le législatif, c’est-à-dire en proposant une loi spéciale au Parlement. Le contexte à Ottawa est certes différent de celui de Québec, puisque le Parti libéral n’y dispose pas d’une majorité en Chambre depuis plusieurs années, ce qui expliquerait en partie le recours accru à l’article 107. Toutefois, l’intention est la même : face aux difficultés politiques d’un recours au législatif, on renforce les pouvoirs de l’exécutif, au point de bafouer un droit collectif fondamental et de politiser largement un processus censé au contraire consacrer l’autonomie des acteurs socioéconomiques.

Qu’en est-il de la situation depuis l’adoption du PL89 ? À l’heure d’écrire ces lignes, les nouveaux pouvoirs octroyés par la loi n’ont pas encore été utilisés puisque celle-ci n’entre officiellement en vigueur que le 30 novembre 2025. Toutefois, il est important de comprendre que les répercussions de ce genre de législation ne sont pas uniquement dans leur utilisation effective mais aussi dans leur pouvoir de dissuasion. D’une part, elles peuvent décourager des travailleuses et des travailleurs d’avoir recours à la grève quand elles et ils sauront pertinemment que celle-ci se verra considérablement limitée dans son impact, voire annulée, par le pouvoir politique. On n’attaque donc pas uniquement la grève mais aussi la possibilité de la grève, qui, même quand les syndiqué·es n’y ont pas recours, a fait ses preuves à maintes reprises comme outil permettant de faire débloquer, voire déboucher, une négociation difficile. Du côté patronal, le message est évidemment inverse. En garantissant l’inefficacité ou l’ineffectivité de la grève, on encourage les employeurs à ne pas réellement négocier de bonne foi et à se contenter d’attendre que le tout soit renvoyé en arbitrage. C’est d’ailleurs ce que le PDG d’Air Canada a reconnu dans une entrevue à la suite du refus du syndicat des agentes et agents de bord de retourner au travail, en affirmant que la compagnie ne s’était jamais préparée pour une grève car elle était convaincue que l’article 107 serait utilisé et… respecté.

À cet égard, on ne doit pas sous-estimer les effets de la décision prise par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) dans ce dossier. Quoi qu’on puisse penser du contenu de l’entente finalement négociée avec Air Canada, le geste courageux de ces travailleuses et travailleurs de ne pas respecter une décision qu’elles et ils considèrent comme illégitime vient mettre de sérieux bâtons dans les roues de dispositions du type de l’article 107 ou du PL89. Alors que les syndicats se concentraient jusqu’à présent sur les contestations juridiques, qui peuvent prendre des années à déboucher, le fait de les contester en pratique et de réussir ainsi à forcer le retour de l’employeur à la table de négociation risque d’inspirer d’autres syndicats qui seraient confrontés à la même situation. Le SCFP renoue ainsi avec une ligne tactique éprouvée du mouvement syndical, qui veut que lorsque les conditions sont réunies, la désobéissance civile à des injonctions illégitimes du pouvoir politique peut être considérée. Le large soutien dont le syndicat a bénéficié au sein du mouvement ouvrier démontre que l’importance de l’enjeu avait été clairement saisie dans l’ensemble des rangs syndicaux.

Terminons en revenant à la situation politique au Québec. Depuis l’adoption du PL89, le gouvernement Legault n’a eu de cesse de renforcer ses attaques à l’égard du mouvement syndical, dans la lignée de son « virage à droite » face à sa déconfiture dans les sondages. L’idée de « réformer le régime syndical au Québec » est même apparue de façon proéminente dans les discours entourant le remaniement ministériel de l’automne 2025 et des priorités annoncées pour la dernière année du mandat caquiste[10]. Au sommet de celles-ci, deux marottes traditionnelles de la droite que l’équipe Legault et le ministre Boulet tentent de ressusciter une nouvelle fois : imposer une « transparence » financière aux syndicats et limiter leur capacité d’action, en particulier dans le champ politique. Ces initiatives sont en fait les deux faces d’une même médaille. L’imposition d’une transparence financière rappelle clairement le projet de loi C-377 qui avait fait la manchette sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper[11]. Il avait alors été clairement établi que l’intention sous-jacente du législateur n’avait rien à voir avec la gestion comptable des syndicats, mais cherchait plutôt à forcer ceux-ci à distinguer dans leurs activités ce qui relève de la négociation collective de ce qui relève de l’action politique, comme si les deux pouvaient être clairement distinguées, et surtout comme si elles n’avaient pas d’influence l’une sur l’autre. Cette obsession de la séparation artificielle entre l’économique et le politique est au cœur des stratégies patronales depuis les débuts du capitalisme, et les attaques de la CAQ à l’égard de l’action politique du syndicalisme n’en sont que le plus récent avatar. Dans ce contexte, il devient évident que loin de chercher avant tout à protéger la « sécurité sociale, économique et environnementale » de la population, le PL89 n’est en fait qu’un des outils mobilisés dans l’arsenal antisyndical de la CAQ pour arriver à ses fins, soit la mise au pas d’un mouvement dont l’histoire a su montrer qu’il pouvait être un adversaire redoutable des vagues conservatrices et réactionnaires telle celle qui semble se dessiner au Québec.

Par Thomas Collombat, professeur titulaire de science politique à l’Université du Québec en Outaouais


  1. Assemblée nationale du Québec, Projet de loi n° 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock­out.
  2. Voir la lettre ouverte « Une manœuvre explosive », cosignée par les principales organisations syndicales québécoises et publiée dans La Presse le 14 mars 2025.
  3. On fait référence ici au témoignage du directeur général de la Fédération québécoise des municipalités en commission parlementaire au cours duquel il a affirmé que sa femme de ménage avait dû démissionner en raison d’une grève dans le Réseau de transport de la Capitale qui avait duré quatre jours. Voir <https://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-107823.html>.
  4. Gregor Murray, Mélanie Laroche et Patrice Jalette, Mémoire sur le projet de loi 89. Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out, présenté à la Commission de l’économie et du travail [CET-018M C.P. PL  9], 18 mars 2025.
  5. Martin Jolicoeur, « Les données de Statistique Canada sur les conflits de travail au Québec étaient fausses », Le Journal de Montréal, 17 juillet 2025.
  6. Michel Coutu, Maxine Visotzky-Charlebois, Dalia Gesualdi-Fecteau, Julie Bourgault, Louis-Philippe Lampron, Laura Dehaibi, Anne-Julie Rolland et Gilles Trudeau, Mémoire présenté à la Commission de l’économie et du travail, Projet de loi 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out [CET-013M C.P. PL 89], 17 mars 2025.
  7. C’est l’argument que l’auteur de ces lignes a défendu dans son témoignage devant la Commission de l’économie et du travail de l’Assemblée nationale lors de l’examen du PL89 : <https://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-107861.html>.
  8. Martin Petitclair, et Martin Robert, Grève et paix. Une histoire des lois spéciales au Québec, Montréal, Lux, 2018.
  9. Dale Smith, « L’ascension de l’article 107 », ABC National, 12 mars 2025.
  10. Tommy Chouinard, « François Legault annonce un “traitement choc” », La Presse, 10 septembre 2025.
  11. Thomas Collombat, « Le projet de loi C-377 : transparence financière ou programme antisyndical ? », Chronique internationale de l’IRES, n° 145, mars 2014, p. 19-28.

la CTROC et la TRPOCB répondent présentes avec les groupes !

2 avril, par Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC), Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) — ,
Québec, 2 avril 2026 - Alors que plusieurs milliers de personnes issues de toutes les régions du Québec convergent aujourd'hui vers l'Assemblée nationale, la Coalition des (…)

Québec, 2 avril 2026 - Alors que plusieurs milliers de personnes issues de toutes les régions du Québec convergent aujourd'hui vers l'Assemblée nationale, la Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) et la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) tiennent à souligner l'importance de ce rassemblement pour le milieu communautaire autonome.

Depuis le 23 mars, plus de 1 800 organismes communautaires sont en grève dans le cadre du mouvement Le communautaire à boutte. Partout au Québec, des milliers de travailleuses, travailleurs, bénévoles et citoyennes et citoyens sont mobilisés pour dénoncer une réalité devenue intenable : le communautaire est essentiel mais il est à bout de souffle.

Depuis des années, les organismes portent, de manière disproportionnée, une réalité qui ne cesse de s'alourdir. À force de composer avec des ressources insuffisantes et de devoir faire toujours plus avec moins, les équipes s'épuisent, les travailleuses et travailleurs quittent, alors que les besoins ne cessent d'augmenter. Encore une fois, le dernier budget du gouvernement ne suffit pas à répondre à l'ampleur de la crise. Les montants annoncés demeurent largement insuffisants pour assurer la pérennité des organismes et leur permettre de remplir pleinement leur mission. Tout le milieu communautaire réitère l'urgence d'un financement à la mission accru, stable et à la hauteur des besoins, permettant notamment d'avoir des salaires décents ainsi que d'une reconnaissance claire du rôle essentiel et fondamental des organismes.

En tant qu'interlocutrices nationales, la CTROC et la TRPOCB portent la voix des organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) au MSSS et à Santé Québec. Elles participent au mouvement le Communautaire à boutte en étant présentes aujourd'hui au rassemblement national à Québec, en plus d'avoir interrompu certaines de leurs activités cette semaine, notamment en ne participant pas aux rencontres prévues avec le MSSS et Santé Québec. Ces actions s'inscrivent dans un climat de travail difficile, marqué par un manque de respect de leurs expertises de la part de ces vis-à-vis.

Cette mobilisation du 2 avril constitue un puissant appel à la solidarité collective. Elle interpelle non seulement les décideurs publics, mais l'ensemble de la société québécoise. Parce que derrière chaque organisme, il y a des communautés vivantes, des réalités humaines uniques et tout un travail indispensable à la cohésion sociale. Il est temps de considérer le milieu communautaire comme un pilier essentiel du Québec.

La CTROC et la TRPOCB réaffirment leur pleine solidarité avec l'ensemble du mouvement Le communautaire à boutte et rappellent qu'investir dans le communautaire, c'est investir dans une société plus juste, inclusive et directement dans la qualité de vie des citoyennes et citoyens.

Le gouvernement doit maintenant répondre à cet appel avec sérieux, responsabilité et surtout, avec des gestes concrets.

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Un autre contrat CAQ-AWS, « c’est révoltant », dit un licencié d’Amazon

1er avril, par Comité de Montreal
Un an après le renvoi historique de milliers de travailleurs québécois par Amazon, les promesses de la CAQ de réévaluer ses relations avec le géant sont déjà mises de côté.… (…)

Un an après le renvoi historique de milliers de travailleurs québécois par Amazon, les promesses de la CAQ de réévaluer ses relations avec le géant sont déjà mises de côté.… Source

Panahi choisit la prison plutôt que l’exil : la dignité qu’aucun Oscar ne peut acheter

1er avril, par Isabel Cortés
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par Isabel Cortés, collaboratrice « Si je n’étais pas allé en prison, si je n’avais pas été écarté de ma société et si je n’avais pas affronté ces défis, ce film n’aurait peut-être jamais été réalisé. Ce qui signifie que ce régime, en me jetant en prison, m’a en quelque sorte offert ce film. (…)

Mobilisation nationale : Le communautaire à boutte devant l’ASSNAT

1er avril, par Le communautaire à boutte — ,
𝗗𝘂 𝟮𝟯 𝗺𝗮𝗿𝘀 𝗮𝘂 𝟮 𝗮𝘃𝗿𝗶𝗹 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝗹𝗲 𝗺𝗶𝗹𝗶𝗲𝘂 𝗰𝗼𝗺𝗺𝘂𝗻𝗮𝘂𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲 𝘀𝗲𝗿𝗮 𝗲𝗻 𝗴𝗿𝗲̀𝘃𝗲. Pas pour négocier des miettes. Pour exiger la reconnaissance, le financement et les conditions de travail (…)

𝗗𝘂 𝟮𝟯 𝗺𝗮𝗿𝘀 𝗮𝘂 𝟮 𝗮𝘃𝗿𝗶𝗹 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝗹𝗲 𝗺𝗶𝗹𝗶𝗲𝘂 𝗰𝗼𝗺𝗺𝘂𝗻𝗮𝘂𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲 𝘀𝗲𝗿𝗮 𝗲𝗻 𝗴𝗿𝗲̀𝘃𝗲.
Pas pour négocier des miettes. Pour exiger la reconnaissance, le financement et les conditions de travail que mérite notre rôle essentiel. Pour refuser l'épuisement systémique. Pour qu'on nous entende enfin.

📍 𝗟𝗲 𝗷𝗲𝘂𝗱𝗶 𝟮 𝗮𝘃𝗿𝗶𝗹 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝗰𝗼𝗻𝘃𝗲𝗿𝗴𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗹'𝗔𝘀𝘀𝗲𝗺𝗯𝗹𝗲́𝗲 𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹𝗲 𝗮̀ 𝗤𝘂𝗲́𝗯𝗲𝗰.
Ce jour-là, nous serons là, debout, ensemble.
Le communautaire s'adressera directement à nos élu·es.
Nous imposerons le respect qu'on nous refuse depuis trop longtemps.

✊ Réservez la date. Mobilisez vos équipes. Faites circuler.
Les détails suivront. Mais une chose est claire : nous ne reculerons pas.

Page facebook de l'événement

Qui : Évènement de Le communautaire à boutte

Quand : 2 avril 11 h à 14 h

Où : Devant l'Assemblée nationale à Québec

Réchauffons le printemps

31 mars, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Pendant que le Sud-Ouest des États-Unis connait des chaleurs record, créant des risques énormes pour un nouvel été enflammé, le Québec est pris dans un hiver de force, pour (…)

Pendant que le Sud-Ouest des États-Unis connait des chaleurs record, créant des risques énormes pour un nouvel été enflammé, le Québec est pris dans un hiver de force, pour reprendre le titre d'une des œuvres maîtresses de Réjean Ducharme. L'interminable saison polaire qui ne veut pas nous quitter a-t-elle à voir avec le vent de conservatisme qui souffle dans la province ? Autant on peut aimer accuser la CAQ de tous les maux, le grésil et le verglas ne sont pas tant de leur faute. Un peu tout de même, en ce sens qu'ils n'ont pas eu de préoccupations très marquées à l'encontre des changements climatiques, comme l'ensemble de la classe politique nord-américaine. Quel triste printemps !

Le mauvais temps n'a pas empêché un nombre record de groupes communautaires de faire la grève cette semaine. Nombreux ont été les témoignages des travailleurs et travailleuses qui sont à boutte. Le 2 avril, ils et elles nous invitent à une convergence nationale à l'Assemblée nationale. Nous les soutenons de tout cœur.

Le parti de la rue veut mettre la main à la pâte et contribuer à ce mouvement de mobilisation. Ainsi, nous organisons une soirée d'échanges avec d'excellents panélistes. Nous allons entendre quatre personnes engagées dans les luttes les plus importantes du moment et nous souhaitons que leur flamme nous inspire pour que d'autres groupes se joignent à l'action.

Nos invités :

- Laurence Guénette, coordonnatrice et porte-parole de la ligue des droits et libertés
- Chantal Ide, secrétaire générale du conseil central du Montréal métropolitain -CSN
- Zahia El-Masri du Collectif Femmes pour la Palestine et membre du CA d'Alternatives
- Francis Waddell, Front commun pour la transition énergétique.

C'est une excellente occasion pour entendre les dernières nouvelles sur les lois qui briment les libertés individuelles et collectives, autant celles qui ont été passées il y a quelques sessions parlementaires déjà, telle la loi 21 qui était contestée à la Cour suprême du Canada cette semaine, que celles qui sont présentement au feuilleton et qui risquent d'être adoptées, en tout ou en partie, d'ici à la fin mai. On discutera sans doute des stratégies syndicales pour s'opposer au recul des droits syndicaux.

Malheureusement, il semble que certaines centrales sont quelque peu frileuses à l'idée de sortir de chauffer la rue. À l'opposé, le Proche-Orient brûle et nous serons renseignés sur les mouvements d'opposition aux attaques en Iran et au Liban par les forces israéliennes épaulées par le gouvernement américain. Finalement, comme nous nous soucions des questions environnementales, nous apprendrons quelles initiatives se préparent, entre autres pour le Jour de la terre, le 22 avril prochain.

Notre rencontre se tient au Centre St-Pierre pour que nous puissions nous voir en personne. Évidemment, il est possible d'y assister virtuellement, car nous tiendrons une rencontre hybride. Nous vous invitons chaleureusement à vous joindre à nous, jeudi le 16 avril à 19h. Ensemble pour que nous puissions réchauffer le printemps !

Date et heure : Le jeudi 16 avril 2026, de 19h à 21h 30.
Ouverture des portes : 18h 30
Évènement hybride : En personne et en ligne :
https://us02web.zoom.us/meeting/register/6Jku4qzDReiRwrR-XvHSSw 
Lieu : Centre Saint-Pierre à Montréal,1212 rue Panet Montréal (métro Beaudry), salle # 303 Marguerite-Bourgeois

21 mars : Non à l’annexion, indépendance pour Kanaky !

31 mars, par Collectif solidarié Kanaky — , ,
Paris, 21 mars 2026 Manifestation réduite, en termes de nombre, mais très animée, avec une succession de prises de paroles, tout au long du trajet de République à la Nation. (…)

Paris, 21 mars 2026

Manifestation réduite, en termes de nombre, mais très animée, avec une succession de prises de paroles, tout au long du trajet de République à la Nation. Plusieurs interventions ont porté sur les dangers du texte de Bougival qui devrait être soumis au parlement dans les prochaines semaines, après son adoption au Sénat. Des témoignages aussi sur le soulèvement du peuple kanak, en 2024, sur la répression de la police et de l'armée déployée durant des mois en Kanaky. La représentante de l'USTKE a donné des éléments concrets sur la situation économique et sociale catastrophique pour les populations kanak ; les licenciements et la fin des indemnisations du chômage, sur les discriminations dont les kanak sont l'objet dans la province sud, aux mains des anti indépendantistes. Sur le chantage ignoble exercé par l'Etat et les anti-indépendantistes, sur le thème des investissements, de la reconstruction des écoles, la remise en route des transports publics… en échange de l'acceptation de Bougival.

Des informations ont été données sur la situation des prisonniers déportés kanak, dans les prisons françaises, sur le travail de soutien concret organisé par la commission du CSK. Steeve Unë, libéré mais toujours inculpé, comme le sont ses camarades de la CCAT qui avaient été déportés, a rappelé le sens de leur combat, qu'ils continuent aussi bien en Kanaky comme en France.
Plusieurs représentants d'organisations anti colonialistes qui avaient signé l'appel à manifester, ont expliqué leur combat : Théo, du « collectif du 10 mai », un représentant de la Réunion, du Sahara occidental… ainsi qu'un représentant de Boussole Palestine.
Ont également pris la parole, Survie, Nazione (Corse), le Mouvement des Kanak en France (MKF), la Cellule de mobilisation Paris pour Kanaky, Révolution Permanente, la FSE, notre parti et le NPA Anticapitaliste.
Dans les prochains jours, on saura si le gouvernement présentera le texte à l'Assemblée nationale et quelle sera la position des députés, notamment ceux du PS, qui avaient dit qu'ils ne voteraient pas la loi Bougival.

Cette description de la manifestation est tiré de la page Facebook du Parti communiste des ouvriers de France.

17 mars 2026 | ATTAC-France
https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/21-mars-non-a-l-annexion-independance-pour-kanaky

Manifestation nationale

Exigeons l'abandon immédiat du projet d'accord de Bougival et le respect du droit à l'autodétermination du peuple kanak : manifestation nationale à l'appel du Collectif Solidarité Kanaky (dont Attac est membre) et de la Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky.

Contexte

Depuis 1986, la Kanaky figure sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser de l'ONU. Après un 3e référendum imposé en 2021 par l'État français, qui a eu lieu lors d'une période de Covid et de deuil difficile pour le peuple kanak, et dont les conditions ne sont pas reconnues par l'ONU et le FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste), le pouvoir français intensifie ses efforts contre l'indépendance.
Après la tentative de dégel du corps électoral en 2024, la répression féroce de la mobilisation du peuple Kanak a engendré une catastrophe économique et sociale. Macron et l'État français essaient aujourd'hui un nouveau passage en force visant la sortie de l'Accord de Nouméa pour tenter de stopper le processus de décolonisation et l'indépendance.

Le nouveau point de friction, l'accord de Bougival :

Le projet d'accord de Bougival, signé en juillet 2025, prévoit un État de Kanaky - Nouvelle Calédonie dans la République française (donc l'annexion du territoire). Cet accord a été précipitamment imposé par le gouvernement français, qui a délibérément fait croire à un accord du FLNKS, alors que celui-ci n'avait consenti qu'à ouvrir des discussions, non à valider un texte qu'il rejette aujourd'hui fermement.
Cette manœuvre coloniale se traduit par la tentative de constitutionnaliser ce projet d'accord via un projet de loi. Celui-ci a déjà été adopté au sénat le 24 février 2026, et il sera discuté et voté à l'Assemblée Nationale fin mars 2026.

Le Collectif Solidarité Kanaky et la CMPK (Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky) appellent donc à une manifestation nationale à Paris, ce 21 mars 2026, à l'occasion de la journée internationale contre les discriminations raciales et l'ouverture de la semaine anticoloniale et antiraciste, en solidarité avec le mouvement indépendantiste mobilisé pour un rejet total de ce texte dénoncé par le FLNKS mais défendu par l'État et l'extrême droite coloniale locale.

Au-delà de peser sur le vote à l'Assemblée, cette mobilisation vise à construire un rapport de force favorable aux camarades kanaks, pour qu'iels puissent revenir en position de force à la table des négociations si l'accord de Bougival n'est pas voté.

Appel à manifestation nationale le 21 mars

Depuis 1986 la Kanaky - Nouvelle Calédonie figure sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser de l'ONU. Après un 3e référendum imposé en 2021 par l'État français, dont les conditions ne sont pas reconnues par l'ONU et le FLNKS, le pouvoir français intensifie ses efforts contre l'indépendance.

Après la tentative de dégel du corps électoral en 2024, la répression féroce de la mobilisation du peuple kanak a engendré une catastrophe économique et sociale ; Macron et l'État français essaient un nouveau passage en force, visant la sortie de l'Accord de Nouméa pour tenter de stopper le processus de décolonisation et l'indépendance.

En effet le projet d'accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 prévoit un État de Kanaky - Nouvelle Calédonie dans la République française (donc l'annexion du territoire).
Nous, le Collectif Solidarité Kanaky et la CMPK (Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky), appelons à une manifestation nationale, à Paris ce 21 mars à l'occasion de la journée internationale contre les discriminations raciales et l'ouverture de la semaine anticoloniale et antiraciste, en solidarité avec le mouvement indépendantiste mobilisé pour un rejet total de ce texte dénoncé par le FLNKS mais défendu par l'État et l'extrême droite locale.

Cette manœuvre coloniale se traduit par la tentative de constitutionnaliser ce projet d'accord via un projet de loi, celui-ci a déjà été adopté au sénat le 24 février 2026, et sera discuté puis voté à l'Assemblée Nationale fin mars 2026.

Exigeons massivement :
• l'abandon immédiat du projet d'accord de Bougival
• le respect du droit à l'autodétermination du peuple kanak

Manifestation nationale

Exigeons l'abandon immédiat du projet d'accord de Bougival et le respect du droit à l'autodétermination du peuple kanak : manifestation nationale à l'appel du Collectif Solidarité Kanaky (dont Attac est membre) et de la Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky.

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Lettre à la rédaction d’un médecin immigrant sorti d’un roman de Camus

31 mars, par Marc Simard
Ayant quitté les miasmes d’Oran pour les briques rouges de la Petite-Italie, je croyais, dans mon ingénuité de médecin exilé, que la peste n’était qu’un vestige de l’histoire. (…)

Ayant quitté les miasmes d’Oran pour les briques rouges de la Petite-Italie, je croyais, dans mon ingénuité de médecin exilé, que la peste n’était qu’un vestige de l’histoire. Je découvre ici, entre les étals colorés du Marché Jean-Talon où l’abondance des fruits semble masquer la disette des (…)

Prostitution, violence contre les femmes ou travail du sexe : deux analyses incompatibles A propos du livre « Les théories féministes » dirigé par Camille Froidevaux-Metterie

31 mars, par Geneviève Duché — , ,
Dans le livre dirigé par Camille Froidevaux-Metterie « Les théories féministes », Seuil, 2025, les deux textes « Les échanges sexuels tarifés » de Maria Nengeh Mensah et (…)

Dans le livre dirigé par Camille Froidevaux-Metterie « Les théories féministes », Seuil, 2025, les deux textes « Les échanges sexuels tarifés » de Maria Nengeh Mensah et Sex-War's : « pornographie et féminisme pro-sexe » de Julie Lavigne ont certainement été choisis en toute connaissance de cause à savoir leur positionnement clair pour un « travail du sexe » reconnu, assimilable aux divers services marchands constituant un secteur important de l'économie moderne, contre les abolitionnistes de la prostitution et de la pornographie.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Cette dernière est une forme de prostitution, les actes sexuels imposés à l'« actrice » sont réels et constituent des films et des images pouvant être achetés et vus durant toute la vie des femmes filmées.

Ce choix est étonnant, voire choquant, puisque ces articles ne sont pas contrebalancés par la théorie féministe abolitionniste du système prostitutionnel. Dans un livre universitaire on attendrait d'abord des données qui justifient les déclarations et assertions et s'il y a choix de présenter le féminisme « pro-sexe » ou plutôt pro-prostitution, on attendrait qu'il y ait un certain équilibre entre les tenant·es d'analyses opposées, ici pro-prostitution d'un côté et féministes abolitionnistes de l'autre. Rien de cela. Et chacun des chapitres indiqués se termine sur un paragraphe confortant, renforçant la « théorie » mise en valeur et soutenue.

Ce choix est en contradiction avec l'introduction « Les idées féministes : libération, révolution, résistance » de la coordonnatrice d'un ouvrage important et dans l'ensemble passionnant. Il y est écrit : « Toutes celles qui ont pensé le système de domination mis en œuvre par les hommes pour réduire les femmes et les personnes féminisées à une condition d'objectivation (être assignée à son corps-objet) et d'aliénation (être rendue étrangère à soi-même) ont édifié le champ des théories féministes dont nous avons voulu rendre compte dans cet ouvrage ».

Ou encore « Les théories féministes aspirent toutes à démanteler le système patriarcal par la destruction de son socle – l'assignation des femmes à leur corps sexuels et maternels – ». Or, la prostitution (pornographie comprise) est une fameuse et fort violente assignation des femmes à leur corps-sexuel. Pourquoi alors choisir cette théorie d'un travail sexuel qui « empouvoirait » les femmes ?

On ne peut accepter que les prétentions théoriques piétinent la réalité et l'oppression des femmes ainsi que les violences commises contre elles.

Voyons de plus près le texte intitulé « Les échanges sexuels tarifés » :

Dès la première phrase « la compréhension des échanges sexués (en fait actes sexuels tarifés) est importante pour penser la sexualité et le pouvoir des femmes » on voit le parti pris et surtout, rien de féministe ici ! Les violences prostitutionnelles, l'achat de l'usage d'un corps par les hommes pour leur propre plaisir n'ont rien à voir avec la sexualité des femmes et leurs désirs, et ne peut être un moyen de pouvoir pour les femmes, c'est le contraire ! Elles ont à voir avec la soumission des femmes aux désirs des hommes et à leur chosification ou marchandisation. La marchandisation étant à la fois la clé de voute et le combustible du système économique dominant, le capitalisme.

Maria Nengeh Mensah professeure à l'Ecole de travail social et chercheuse à l'Institut de recherches et d'études féministes à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) est spécialiste des dynamiques d'exclusion sociale liées à la santé et à la sexualité des femmes et des minorités sexuelles et de genres. Ses travaux portent sur l'action collective contre la stigmatisation et la création de contre-discours pour la reconnaissance sociale de tous·tes.

La prostitution qui existe au service des hommes, organisée par des hommes et qui contraint des millions de femmes et d'enfants dans le monde n'est pas une histoire de minorité sexuelle puisqu'elle n'est pas la sexualité des femmes. Elle est un usage particulier de leurs corps par les hommes dans un contexte de domination masculine, cette dernière n'est jamais questionnée dans le texte. Pourtant l'autrice est dans un institut d'études féministes.

Même les analyses de la directrice de l'ouvrage qui contient ce chapitre semblent être balayées d'entrée. Dans son livre « Un corps à soi », Seuil, 2021, Camille Froidevaux-Metterie différencie clairement ce qui arrive aux filles et aux garçons et qui soumet les unes au profit des autres : « Si les corps féminins et masculins sont toujours conçus à travers le prisme de leur sexuation, dans le cadre de la binarité à perpétuer, l'opération ne revêt absolument pas le même sens pour les uns que pour les autres… L'apparition des marqueurs sexués renvoie les filles à une immédiate objectivation qui place leur corps sous le signe de la disponibilité sexuelle quand elle initie chez les garçons un processus d'incarnation-subjectivation annonciateur de leur future autonomie. Si, des deux côtés, les mécanismes de l'enfermement dans les rôles de genre fonctionnent à plein, les effets produits quant aux possibilités d'action dans le monde et aux potentialités d'épanouissement des corps-sujets sont diamétralement opposés ».

L'apparent consentement de personnes prostituées à recevoir de l'argent contre des actes sexuels suffit-il à égaliser les potentialités masculines et féminines et à épanouir le corps-sujet de la prostituée ?

Catharine Mc Kinnon, oubliée dans le chapitre incriminé, écrit : « Le désir sexuel des femmes, au moins dans cette culture (Amérique du Nord) est construit socialement de telle sorte que nous en arrivons à souhaiter notre propre anéantissement, c'est-à-dire que notre soumission est érotisée comme féminine et féminité » (Traite, prostitution, inégalité. Editeur M, Québec, 2014).

Dans l'écrit de Maria Nengeh Mensah, on comprend vite qu'il ne sera pas question de personnes en situation de prostitution, d'êtres humaines réelles en fait, comme les femmes des premières nations soumises à la traite interne au Canada (voir Last girl first : une étude sur l'exploitation sexuelle ou système prostitutionnel et son impact disproportionné sur les personnes des communautés les plus discriminées, Ed. Libre, 2023), mais il sera question d'un fantasme de transgression et de résistance « brisant la règle patriarcale du service gratuit » !

Résistance à quoi ? au pouvoir des hommes, ceux qui ont l'argent, qui paient, qui commandent l'acte, ceux qui organisent le trafic et la coercition obligeant des femmes à la prostitution et à la soumission, coups, viols, violences psychologiques ? Tout est utilisé pour soumettre les femmes au commerce juteux de la prostitution.

L'autrice du chapitre n'a donc jamais entendu ou lu les clients s'échangeant leurs impressions et leurs envies entre mecs sur les réseaux sociaux ou dans les bistrots (Victor Malarek : Les prostitueurs, sexe à vendre, les hommes qui achètent du sexe Ed. M, 2013, voir aussi le livre de Zeromacho « Des bordels au forums, paroles d'hommes » qui sortira le 13 avril, Ed. La Trêve) ?

L'autrice du chapitre n'a donc jamais entendu des survivantes de la prostitution ou des femmes essayant de s'en sortir ?

Comment accepter qu'une violence sexuelle et sexiste, qu'une exploitation sexuelle mondiale prospère contre les personnes les plus vulnérabilisées par les systèmes de domination mondialisés soit théorisée par des universitaires comme un simple commerce de services ?

Ces universitaires imprègnent les étudiant·es qui les lisent ou assistent à leurs cours, de l'idée que le féminisme pourrait promouvoir l'asservissement sexuel comme un métier complexe et une liberté. Les universitaires ont la responsabilité de former le jugement des étudiant·es et de leur transmettre des moyens d'émancipation et non, de mon point de vue, de théoriser la liberté, sous l'influence nord-américaine, non plus comme « instrument de résistance à l'oppression » mais « outil même de la servitude volontaire » comme l'écrit Muriel Fabre-Magnan dans son livre « L'institution de la liberté », PUF, 2018.

Activité gratuite dans le mariage et service commercial pour la prostitution :

Pour le plus grand bonheur des hommes violents, des proxénètes et trafiquants, un groupe de personnes, d'associations pro-prostitution et d'intellectuelles et d'universitaires qui utilisent leur réputation « scientifique » et leur pouvoir, s'annoncent féministes en faisant croire aux femmes qu'en se comportant exactement de la manière dont les hommes veulent les traiter, elles regagneraient le pouvoir, qu'il serait empouvoirant de donner volontairement aux hommes ce qu'ils exigent d'elles. Ainsi elles ne tiennent pas compte de la double appropriation des femmes par les hommes dans le système patriarcal, l'appropriation privée par le mariage (corps féminins qui produisent des enfants, l'usage sexuel des corps féminins par les hommes, le corps des femmes qui nettoie, soigne, nourrit…) et l'appropriation collective par le viol, le harcèlement sexuel, la prostitution, la pornographie. La lecture de Colette Guillaumin serait utile à l'autrice.

Dans l'article « Les échanges sexuels tarifés » les féministes abolitionnistes sont critiquées parce qu'elles ne s'en prendraient qu'à la prostitution alors que le mariage serait pire oppression puisqu'imposant un travail gratuit. Une théorie féministe ne peut qu'analyser ces oppressions et les combattre toutes le deux. Les féministes abolitionnistes sont les plus actives dans la lutte contre toutes les formes de violences sexistes et sexuelles dont le viol dans le mariage par exemple.

Beaucoup de femmes sans autonomie financière ou assumant double ou triple journée de travail ou soumise à l'emprise du mari disent être bien dans cette situation ou y rester. Est-ce pour autant que nous ne pourrions remettre en question ce système de domination ? Les féministes l'ont fait et nous avons obtenu des progrès, des changements dans certains pays

Lorsque l'argent apparaît, la violence semble disparaître…Vive le commerce qui transforme les vulnérabilités subies par un très grand nombre de femmes et leur manque de liberté, en pouvoir de gagner fièrement leur vie ! Depuis Tabet, Pheterson et Rubin, qui déjà ne voulaient pas voir que la prostitution faisait partie des violences sexistes et sexuelles, des études et l'accompagnement des personnes en situation de prostitution (femmes les plus nombreuses, mais hommes et trans aussi) ont été multipliés et montrent comment les violences physiques, psychologiques et sexuelles (dont l'inceste) subies dans l'enfance et l'adolescence sont prégnantes dans la population des personnes prostituées. Elles montrent combien les proxénètes, les trafiquants, les clients ou acheteurs d'actes sexuels sont violents, combien les dommages à la santé des victimes sont importants et irréversibles. En France on pourra consulter : l'enquête pro-santé nationale de 2011, les travaux de Muriel Salmona, de Judith Trinquart, l'enquête participative santé et prostitution de 2025 réalisée par l'INSERM, le Mouvement du Nid en association avec l'Amicale du Nid, le livre Duché-Franjou en libre lecture sur le site de l'Amicale du Nid : « Pour un accompagnement féministe et abolitionniste des personnes victimes de la prostitution, une violence sexuelle et sexiste », 2023. La prostitution qu'elle soit déclarée consentie ou pas (le forçage, la coercition, le trafic concernent la grande majorité des personnes prostituées) détruit la santé physique, psychique et sexuelle des victimes. Tout cela est aujourd'hui bien documenté et ne peut être ignoré par les chercheuses en Sciences sociales et humaines dès lors qu'elles souhaitent publier sur ce sujet, sinon leur honnêteté peut être mise en doute. La prostitution n'est pas « une autonomie sexuelle » comme c'est écrit dans le texte, c'est un problème de santé publique.

Quant est citée dans l'article Paola Tabet (2009 : « Mais le rapport de pouvoir est à la base de l'entière organisation de la société », il faut savoir en tirer les leçons. Où est le pouvoir dans les relations femmes-hommes ? Et l'argent n'est-il pas essentiellement détenu par les hommes et au centre des rapports de pouvoir (tu n'en auras pas si tu ne fais pas ce que je veux !)

Service commercial complexe ou absence de choix des victimes de la prostitution :

Le chapitre objet de ma critique présente la prostitution comme un service parmi les autres services de consommation qui exige des savoir-faire complexes, de l'endurance physique, une connaissance sexuelle et anatomique de base. Certes les femmes en situation de prostitution sont fortes de supporter toutes ces violences, elles sont très résistantes pour survivre au nombre de passes quotidien, au mépris des clients, à la saleté des clients, aux coups des proxénètes, au peu d'argent reçu pour la majorité d'entre elles à tel point qu'une partie d'entre elles ne mangent pas à leur faim (les associations féministes abolitionnistes françaises reçoivent des milliers de femmes en situation de prostitution par an et connaissent très concrètement leur épuisement et leurs difficultés).

Essayons chacune de nous mettre à la place d'une femme prostituée, de nous représenter l'intimité mise en jeu dans cette rencontre avec chaque client et la peur constante que ça dégénère en violences supplémentaires. Le seul fait d'avoir à « offrir » son « corps » à des inconnus pour de l'argent est une violence en soi, et oblige à la dissociation qui détruit la santé.

Le stigmate qu'il faut savoir combattre, oui, est d'abord celui généré par les acheteurs d'actes sexuels ou prostitueurs.

La production de tant d'effets délétères pour la santé de celles qui « fournissent ce service » suffit à en interdire l'organisation. El il faut réclamer la même interdiction si d'autres services commerciaux produisent autant de dégâts humains. Le taux de personnes prostituées ayant des symptômes de psycho-trauma, 62,5%, est beaucoup plus élevé que celui des soldats ayant participé à des combats.

Quant à la connaissance sexuelle et anatomique du corps, les accompagnant·es des personnes prostituées se rendent compte que beaucoup ne connaissent pas leur propre anatomie, n'osent pas parler de leur corps, que beaucoup ont été violées et soumises à la prostitution très jeunes et n'ont pas eu de vie sexuelle autonome.

« Une ouverture d'esprit, une inclination à composer avec le mépris » voilà ce qui constituerait la valeur d'un « travail sexuel » alors que les prostituées se sentent violées, salies, manipulées, simples objets dans les mains d'hommes qui exigent parfois, en plus, d'être écoutés dans le déversement de leurs malheurs ou leur mal-être. Mais lisez donc les témoignages, écoutez les femmes au lieu de théoriser sans savoir ! C'est particulièrement grave lorsque cela concerne aussi le domaine du travail social.

Quant à la complexité des savoir-faire, ne va-t-elle pas exiger, pour reconnaître la valeur de ce service, l'organisation d'une formation, d'une filière scolaire ? et en particulier pour les plus démunies, les plus vulnérables qui ont seulement leur corps à vendre ou les mineures mal protégées dans les établissements des services sociaux, en France par exemple, où un grand nombre d'enfants dès 12-13 ans sont soumis·es à la prostitution. Un scandale certes, une ignominie, oui, et qui existe depuis bien longtemps. La soumission à la prostitution débute le plus fréquemment avant la majorité.

Il est difficile de sortir de la situation de prostitution non parce que la situation est bonne et pleine d'avenir mais parce qu'elle use et déprime, parce qu'elle accroit les vulnérabilités et bloque toute perspective d'avenir, parce qu'il faut prendre le risque de s'affronter aux proxénètes et trafiquants et de subir leur violence ou de la faire subir à sa famille. L'avenir, le hors prostitution est incertain, non connu, non appréhendé. Alors dans cette situation, il est logique d'entendre les personnes prostituées dirent qu'elles ont choisi cette activité, que ça leur convient, et qu'elles sont libres. Pour survivre, pour « retourner au turbin » tous les jours, comme certaines le disent, il faut bien se dire que l'on sert à quelque chose malgré la violence subie. Tant que l'on est soumise au système prostitutionnel on ne peut dire autre chose. C'est sur le chemin de sortie de la situation que l'on peut analyser l'oppression subie, et comprendre comment et par qui on a subi cette violence et petit à petit se réapproprier sa vie. Voilà ce que l'on sait et ce que l'on peut dire quand on passe du temps à accompagner les personnes en situation de prostitution. Et ce n'est pas une question de charité, c'est la volonté de réalisation d'une solidarité féministe qui propose aux femmes subissant des violences, d'en sortir.

La prostitution n'est pas un choix, elle est un piège tendu autant par celleux qui prétendent que c'est un travail à reconnaître que par celleux qui organisent et suscitent ce marché, les prostitueurs (un certain nombre de femmes sont proxénètes souvent pour pouvoir sortir elles-mêmes de la prostitution). La prostitution est une guerre contre les femmes comme l'écrit dans le titre de son livre Claudine Legardinier (Syllepse, 2015).

Il ne faut pas pénaliser les victimes mais abolir le système qui les produit.

Féminisme carcéral ou luttes féministes radicales contre les violences sexistes et sexuelles :

Sous ce titre « féminisme carcéral » l'autrice présente sommairement et faussement l'abolitionnisme qu'il faut bien distinguer de la prohibition qui criminalise les victimes que sont les personnes prostituées.

Pourtant l'abolitionnisme a fait et fait débat au Canada et au Québec et des associations féministes abolitionnistes accueillant de survivantes de la prostitution ou des femmes souhaitant en sortir ont fait connaître leur travail et la nature de l'exploitation sexuelle qu'est la prostitution.

L'abolitionnisme ou l'abolition de la prostitution est plus facilement comprise si on fait la comparaison avec l'esclavage et si on regarde de près la loi abolitionniste d'abolition du 13 avril 2016 en France : abolir l'esclavage signifie libérer les esclaves, interdire le trafic, le marché des esclaves, et interdire « leur utilisation » par des esclavagistes. Reviendrait-on sur l'abolition de l'esclavage si d'anciens esclaves en difficulté de trouver de quoi vivre disaient souhaiter retourner chez leur maître ? C'est arrivé aux Etats-Unis, par exemple, quand les esclaves ont été libéré·es mais démuni·es. Certain·es ne trouvaient pas d'emplois ou étaient plus mal traité·es par les industriels du nord qui les attendaient comme main d'œuvre corvéable.

Pour abolir un asservissement il faut en interdire la pratique à celleux qui en tirent profit, avantages et pouvoir et libérer les êtres asservis. Donc pour la prostitution cela se traduit par l'interdiction du marché des êtres à prostituer et l'achat des actes sexuels si vite justifié, dans nos sociétés, par de soi-disant « besoins sexuels irrépressibles » des hommes qu'aucune théorie féministe ne peut justifier. Dans le même temps cela nécessite la reconnaissance des personnes prostituées comme victimes de violences sexuelles et sexistes avec l'accompagnement nécessaire à la sortie de leur situation.

La loi abolitionniste française du 13 avril 2016 « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » inspirée du modèle suédois (pour plus de détail voir mon livre « Non au système prostitutionnel, une analyse féministe et abolitionniste », version février 2019, en libre lecture sur le site de l'Amicale du Nid), comprend quatre piliers :

La dépénalisation des personnes en situation de prostitution puisqu'elles sont victimes du système et leur accompagnement vers la sortie de la prostitution lorsqu'elles le désirent (parcours de sortie de la prostitution), avec étude des dossiers par des commissions départementales pour attribuer allocation et papiers pour les victimes étrangères ou « importées comme marchandises » par les trafiquants.

L'interdit de l'achat d'acte sexuel, ce qui est nouveau par rapport à l'abolitionnisme de 1949 (convention internationale luttant contre le proxénétisme et le trafic et considérant les personnes prostituées comme victimes) ; une contravention de de 1500 euros maximum. La récidive est punie de 3750 euros et devient un délit. Des stages de sensibilisation des acheteurs peuvent être imposés à la demande d'un juge.

Le renforcement de la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle

La prévention dans sa double dimension de la prévention santé des personnes en situation de prostitution et la prévention primaire des pratiques prostitutionnelles et du recours à la prostitution (prévention auprès des jeunes, ajout à l'éducation à la vie affective et sexuelle dans l'Education nationale).

Il reste à la faire appliquer complètement, cette loi, avec efficacité comme pour toutes les lois progressistes qui gênent les intérêts d'une classe ou d'un groupe, ici celui des hommes. Rares sont encore ceux qui luttent réellement contre la prostitution. Le procès de Mazan en France a montré la grande « tolérance » des hommes pour la chosification des femmes et leur viol.

Pourquoi faut-il toujours, trop souvent aussi auprès de femmes qui se disent féministes, justifier l'usage du mot victime, qualification d'une situation à un moment donné des femmes qui subissent des violences en particulier l'exploitation sexuelle ? Le terme n'est pas remis en question quand on parle de victimes de raz de marée, d'accidents de voiture ou de tuerie de masse. Etre victime n'est pas une identité.

Reconnaître une personne comme victime, c'est reconnaître qu'elle est sujet de droit, droit à ce que soit reconnu le préjudice subi. Reconnaître une personne prostituée comme victime c'est lui permettre de ne pas retourner la culpabilité contre elle comme c'est souvent le cas ; c'est lui permettre de comprendre ce qui lui est arrivé ; c'est lui permettre d'en parler et d'en faire l'analyse et contrairement à l'infantilisation, de recouvrer sa dignité piétinée par la chosification opérée par le système prostitutionnel. C'est favoriser la reconnaissance sociale tant attendue par les pro-prostitution d'un travail du sexe reconnu.

Les femmes déterminées du mouvement « MeToo » ne revendiquent-elles pas que l'on reconnaisse les violences subies, qu'on reconnaisse leur situation de victime et que l'on poursuive les auteurs de ces violences. Je ne les vois pas infantilisées, au contraire elles font face, se lèvent et doivent avoir un courage immense. Les femmes n'auraient-elle pas le droit à la justice, à la reconnaissance de crimes commis contre elles et punis ? que la honte change de camp !

Quant à l'accusation de féminisme carcéral visant les abolitionnistes : expéditif et pas sérieux !

Je doute souvent que la répression, la prison, soient les seules solutions et soient très efficaces pour changer la société mais que faire face à la criminalité, la violence contre les femmes en particulier ? Ne faut-il pas arrêter les violeurs, les auteurs de féminicides ou de violences conjugales, les pédocriminels ? Doit -on dire aux victimes : débrouillez-vous, nous préférons que votre agresseur ne soit pas arrêté parce que ce serait du féminisme carcéral ?

Les lois sont nécessaires pour faire changer les comportements, faire reconnaître les droits des femmes et les sortir de l'asservissement patriarcal, pour obtenir l'égalité réelle entre les femmes et les hommes (parité en politique, égalité au travail, dans le mariage etc.), la liberté pour les femmes (contraception et avortement), la protection (interdit du viol, des coups, de la prostitution et de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle…). Les lois qui facilitent l'émancipation sont des éléments incontournables, mais pas les seuls, pour la réinvention du monde que nous voulons, nous les féministes. Et dans nos revendications pour ces droits, notre complicité avec les appareils d'Etat ou les institutions est inexistante dans la mesure où nous sommes obligées tous les jours de revendiquer, exiger, manifester, écrire pour arracher la justice, pour animer une lutte contre l'asservissement, pour l'émancipation, qui se heurte aujourd'hui à des régressions mortifères.

Pour un féminisme conséquent, est indispensable la promotion des travaux d'universitaires qui forment au regard et à l'analyse critique de la violence prostitutionnelle comme pour les autres violences sexuelles et sexistes, au lieu de laisser penser qu'il s'agit d'une chance de reconnaissance sociale pour les femmes.

Geneviève Duché
Féministe, universitaire retraitée, ancienne présidente de l'Amicale du Nid.
Mars 2026
Transmis par l'autrice

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Le communautaire congédie la ministre Chantal Rouleau

31 mars, par Le communautaire à boutte, Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA) — ,
30 mars 2026 — Le Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA) et le mouvement Le communautaire à boutte annoncent, aujourd'hui, qu'ils retirent toute leur (…)

30 mars 2026 — Le Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA) et le mouvement Le communautaire à boutte annoncent, aujourd'hui, qu'ils retirent toute leur confiance envers la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire, madame Chantal Rouleau et demandent au premier ministre de nommer un nouvel interlocuteur dès maintenant.

Déconnexion et mépris

Vendredi dernier, des représentant·es du mouvement ont assisté à un exercice d'interpellation à l'Assemblée nationale. Pendant près de deux heures, la ministre Rouleau s'est contentée de défendre son bilan, plutôt que de discuter de la réelle détresse qui se vit actuellement sur le terrain. Madame Rouleau était accompagnée de ses deux collègues, députées d'Argenteuil et d'Abitibi-Ouest, qui nous ont répété à quel point leur gouvernement est à l'écoute et généreux, que nous ne vivons pas de sous-financement et que nous devons être plus efficients.

Madame Rouleau ne mesure pas la gravité de la situation. Alors que les témoignages poignants des travailleuses et travailleurs se multiplient, elle nous parle d'un plan d'action gouvernemental imminent qu'elle n'a même pas amorcé et qui pourrait prendre jusqu'à deux ans avant de voir le jour.

Au terme de cette interpellation, madame Rouleau a refusé de rencontrer les représentant·es qui étaient sur place, prétextant un horaire chargé. Elle s'est contentée de venir rapidement serrer des mains, détournant même le regard des représentants du mouvement Le communautaire à boutte.

« Avec ce geste, madame Rouleau a tourné le dos à plus de 1 800 organismes en grève et à plus de 20 000 travailleuses et travailleurs du communautaire. Une telle attitude, à l'intérieur des murs de l'Assemblée nationale, un lieu hautement symbolique, est indigne de la fonction qu'elle occupe. », expriment d'une même voix Caroline Toupin, du RQ-ACA et Mathieu Gélinas, du mouvement Le communautaire à boutte.

Les interlocuteurs conviés à une rencontre sans la ministre

Depuis une semaine, on attend un engagement clair de madame Fréchette et de monsieur Drainville pour la création d'une table de négociation sérieuse, mais sans réponse. Pendant ce temps, madame Rouleau a refusé de s'asseoir avec nous et nous renvoie à son personnel de cabinet. Cela démontre l'ampleur de son indifférence.

Le RQ-ACA et le mouvement Le communautaire à boutte exigent :

● La démission de madame Rouleau de ses fonctions ministérielles et la nomination d'une nouvelle personne interlocutrice.
● La mise en place urgente d'une table de négociation avec le premier ministre actuel ou le ou la prochaine première ministre pour travailler à un plan de rattrapage.
● Une partie des 250 millions de dollars de la marge de manœuvre discrétionnaire dont disposera le ou la future première ministre.
● Le maintien du Fonds d'aide à l'action communautaire autonome (FAACA), vital non seulement pour les groupes de défense collective des droits, mais aussi pour l'autonomie de l'ensemble du mouvement communautaire autonome.

Le milieu communautaire maintient l'escalade

Le milieu communautaire autonome demeure debout et uni. Tant que de véritables engagements ne seront pas pris par la Coalition avenir Québec, le mouvement maintiendra l'escalade de ses moyens de pression.


À propos Le communautaire à boutte

Mouvement de grève communautaire né à Shawinigan et à Mékinac, maintenant présent dans toutes les régions du Québec. Les travailleuses et travailleurs luttent pour des conditions de travail décentes et un financement à la hauteur du rôle essentiel du communautaire. www.aboutte.info

Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA)
Le RQ-ACA est l'interlocuteur privilégié du gouvernement en matière d'action communautaire autonome. Il représente 82 regroupements et organismes nationaux et rejoint au-delà de 4 500 organismes d'ACA partout au Québec. www.ra-aca.org

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Intervention d’Haroun Bouazzi à l’Assemblée nationale sur le budget Girard

31 mars, par Haroun Bouazzi — ,
Motion de grief : Que l'Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ et le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie pour son budget qui ne prévoit ni (…)

Motion de grief :

Que l'Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ et le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie pour son budget qui ne prévoit ni mesure de nationalisation des parcs éoliens ni investissements significatifs dans la transition écologique et qui prive le Québec de leviers stratégiques et de revenus essentiels pour l'État dans un contexte où investir massivement dans l'énergie propre et publique constitue à la fois une nécessité écologique et une opportunité économique majeure pour le Québec.

M. Bouazzi : Merci, M. le Président. Ça fait maintenant mon troisième budget et c'est avec la même consternation que je me lève devant vous pour le commenter. Car, M. le Président, les crises auxquelles nous sommes confrontés n'ont pas baissé au Québec et, d'ailleurs, dans le monde. Je rappelle que la crise climatique ne fait que s'accélérer, que la crise de l'habitation ne fait que s'accélérer, que, depuis l'arrivée de la CAQ au pouvoir, il y a eu 40 % d'augmentation en itinérance. Aujourd'hui même, deux personnes itinérantes sont mortes dans les rues de Montréal, sont mortes dans les rues de Montréal. Il n'y a pas... jamais eu autant de personnes qui font la file dans les banques alimentaires, pratiquement 1 million de Québécoises et de Québécois, et plus de Québécoises que de Québécois. M. le Président, pour un gouvernement qui nous parle, nous gargarise d'égalité, on fait la file dans les banques alimentaires.

Dans ma circonscription, le nombre de personnes qui font la file dans les banques alimentaires a doublé depuis l'arrivée de ce gouvernement. Il y a maintenant huit ans, la majorité des personnes qui faisaient la file étaient des personnes sur l'aide sociale ou qui avaient toutes sortes de handicaps dans la vie. Aujourd'hui, on voit une augmentation constante des retraités, des personnes qui travaillent à plein temps, d'étudiants. Et pour cause, M. le Président, près d'un Québécois sur deux, aujourd'hui à l'université, 44 % pour être précis, souffre d'insécurité alimentaire. C'est un problème de dignité. C'est un problème d'égalité. C'est un problème de santé publique auquel, encore une fois, ce gouvernement ne s'attaque pas.

Nous avons, devant nous, des services publics auxquels nous ne sommes pas capables de répondre avec le budget actuel. Mes collègues en ont parlé longuement. En matière d'éducation, nos écoles sont délabrées, le système à trois vitesses où aujourd'hui on sait... pire encore que juste financer le privé, que les augmentations en pourcentage du financement du privé augmentent plus vite que celles du public, alors que c'est dans le public où les besoins se font criants.

En matière de santé, nous avons vu les différents hôpitaux dans une situation dramatique : des rongeurs, des fuites d'eau, des chauves-souris, des rats. C'est terrible, M. le Président. Et, encore une fois, les investissements sont insuffisants. Nous avons même vu, dans les dernières années, des personnes mourir dans les salles d'attente, M. le Président, parce qu'il y a... ils ont mis des heures et des heures pour être rencontrées. Et malheureusement le devoir de l'État n'a pas été rencontré, et ces personnes-là, après des heures d'attente, sont décédées dans les salles d'attente.

Mais, aujourd'hui, je vais prendre le temps qui m'est imparti pour parler d'autres sujets dont on ne parle pas assez. Étant donné, à juste titre, l'importance de la santé et de l'éducation, je vais parler plus largement de l'état de nos infrastructures, de la question de la justice, de la question du numérique et de la question de l'énergie.

Donc, commençons d'abord par les questions de l'infrastructure. Et vous m'excuserez, M. le Président, étant donné ma formation d'ingénieur, je vais très largement citer le rapport de l'Ordre des ingénieurs,qui est sorti il y a maintenant quelques mois.

Nos infrastructures sont dans un état délabré. Et c'est normal, M. le Président, la plupart de nos infrastructures ont été construites pendant la Révolution tranquille, et leur durée utile... leur durée de vie utile ; ...nos infrastructures ont été construites pendant la Révolution tranquille et leur durée utile... leur durée de vie >utile arrive à sa fin à peu près toutes en même temps. Ce que nous dit l'Ordre des ingénieurs, c'est que la situation, actuellement, c'est... 46 % des infrastructures sont... québécoises sont dans un état inquiétant, une augmentation de 4 % par rapport à l'année dernière. Le déficit, le défi ne cesse de croître, puisqu'il est passé de 40 à 45 milliards de dollars depuis l'an dernier, un manque à gagner qui va s'élever, d'ici 2035, à 75 milliards de dollars.

Là, je ne leur demande pas d'être de gauche, M. le Président. Je leur demande juste de planifier quelque chose qui est simple à planifier, la mise à jour de nos infrastructures, celles qui existent déjà.Je comprends que c'est toujours mieux de couper des rubans quand nous sommes élus, mais, étant donné l'état de nos routes, de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos ponts, de notre transport en commun, il est largement temps de mettre de l'avant une planification à long terme, sur cinq ans, avec du financement adéquat. Nous ne sommes même pas capables de savoir quel est le réel état des infrastructures, et je rajoute que 60 % du parc des infrastructures, en fait, dépend des municipalités, et la vision qu'on a sur la situation est, pour le moins qu'on puisse dire, approximative.

En matière d'énergie, ce gouvernement continue à exercer un énorme transfert d'argent du public vers le privé puisqu'il s'entête à ne pas nationaliser les différentes éoliennes qui sont faites depuis l'année... le début des années 2000. Vous le savez comme moi, M. le Président, aucune des éoliennes qui a été construite n'appartient à 100 % à Hydro-Québec, et, j'espère que ce n'est un scoop pour personne ici, le privé est là pour faire de l'argent. Il se garde une cote à chaque kilowattheure, qu'il envoie aux actionnaires, quand il n'envoie pas carrément les revenus dans des paradis fiscaux, comme nous l'avons vu avec Brookfield, dont, jusqu'à récemment, un des anciens employés était chef de cabinet des deux derniers ministres de l'Énergie.

En matière d'énergie, nous allons aussi décider de mettre une énorme partie de notre énergie verte pour l'intelligence artificielle, d'énormes centres de données qui, vous le savez comme moi, n'apportent pas de nouveaux emplois. Nous n'avons toujours pas une politique, au Québec, qui encadre l'utilisation de l'intelligence artificielle, alors qu'on sait le coût exorbitant en matière d'eau potable, en matière d'énergie, en matière de minerai et en matière... sociaux, parce que je rappelle ici qu'un engin d'intelligence artificielle ne paie pas d'impôt et que ces compagnies-là se trouvent à l'étranger. Pour vous donner un ordre de grandeur, M. le Président, actuellement, il y a 82 centres de données, au Québec, qui consomment 150 mégawatts.L'objectif est de passer à 1 100 mégawatts, M. le Président, une augmentation de plus de 500 %.

Laissez-moi vous parler maintenant de la question de la justice.La situation est absolument dramatique. Il y a des coupes à tous les niveaux. Depuis novembre 2025, moins 7,9 % des effectifs au ministère de la Justice, moins 11,4 % au DPCP, moins 9 % des effectifs au Tribunal administratif du Québec, moins 6,6 % au Curateur public. Les centres de gestion des appels de la Sûreté du Québec sont débordés. 10 bureaux régionaux des infractions et des amendes ont été fermés dans les régions. Les centres d'appels du gouvernement, que ce soit au TAL, à l'IVAC et ailleurs, sont débordés aussi.

Et, pire encore, alors que la justice garantit notre pleine citoyenneté, à cause du manque... à cause du manque de ressources, tenez-vous bien, M. le Président, 46 %... non, 44 % des procureurs confirment avoir déjà renoncé à autoriser des poursuites criminelles ou avoir abandonné des poursuites en cours en raison d'un manque de ressources, c'est 55 % pour les tribunaux spécialisés en violence sexuelle et conjugale. C'est bien beau de parader devant les médias et nous dire qu'il y a des nouvelles... des nouveaux processus pour les personnes qui sont victimes d'agression sexuelle, mais, s'il n'y a pas les ressources pour pouvoir faire le suivi et mettre en place le processus, eh bien, on abandonne ces femmes.

On les abandonne aussi parce qu'il n'y a pas, malheureusement, assez de ressources quand elles sont victimes de violence et qu'elles fuient, elles fuient chez elles, puisque, malheureusement, nous ne sommes pas capables de les accueillir dans des environnements... dans des environnements sécuritaires.

Je pourrais continuer beaucoup. Laissez-moi dire un mot... Au Numérique, plus de 10 %, au ministère du Numérique, de baisse, malgré le fait que la première recommandation du juge Gallant, la première recommandation, c'est d'avoir une expertise bien payée, locale, pour éviter les centaines de millions de gaspillage de ce gouvernement qui a été fait. Même la recommandation n° 1 du juge Gallant n'a pas été suivie.

Malheureusement, l'argent existe, les milliardaires s'empiffrent, les gens les plus riches accaparent la grande majorité des augmentations.

Motion formulant un grief

Et laissez-moi... Je n'ai plus de temps, malheureusement, M. le Président. Laissez-moi vous lire la motion de grief que je propose :

« Que l'Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ et le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie pour son budget qui ne prévoit ni mesure de nationalisation des parcs éoliens ni investissements significatifs dans la transition écologique et qui prive le Québec de leviers stratégiques et de revenus essentiels pour l'État dans un contexte où investir massivement dans l'énergie propre et publique constitue à la fois une nécessité écologique et une opportunité économique majeure pour le Québec. »

Merci, M. le Président.

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Avi Lewis remporte la course à la direction du NPD avec une majorité claire

31 mars, par Nick Seebruch — ,
Lors de la dernière journée de la convention du NPD à Winnipeg, on a annoncé qu'Avi Lewis avait remporté la course à la direction du NPD haut la main. Ayant obtenu 56 % des (…)

Lors de la dernière journée de la convention du NPD à Winnipeg, on a annoncé qu'Avi Lewis avait remporté la course à la direction du NPD haut la main. Ayant obtenu 56 % des votes, Lewis a recueilli près du double des voix de sa plus proche concurrente, la députée d'Edmonton-Strathcona Heather McPherson.

29 mars 2026 | tiré de rabble.ca

Le décompte final du vote a révélé que près de 71 000 votes avaient été exprimés, dont la grande majorité en ligne.

Le NPD utilise un système de bulletin préférentiel pour son élection à la direction, où chaque électeur classe les candidats par ordre de préférence. Lewis était le choix privilégié de la majorité des membres votants.

La répartition des votes s'établit comme suit : Lewis a terminé avec 39 734 votes, Heather McPherson en a obtenu 20 899, Tanille Johnston 5 159, Rob Ashton est arrivé quatrième avec 4 193 votes, et enfin Tony McQuail en a reçu 945.

Dans son discours de victoire, Lewis a rapidement exposé sa vision pour le parti et pour le pays.

« Le premier ministre est très populaire, c'est un homme intelligent et la plupart des Canadiennes et Canadiens veulent lui accorder le bénéfice du doute. C'est juste. Mais je crois que lorsqu'on relie les points, ses gestes ne correspondent pas à la vision que les Canadiennes et Canadiens méritent vraiment en ce moment périlleux », a déclaré Lewis.

Il s'en est pris à plusieurs politiques du gouvernement libéral de Mark Carney.

Une vision de la puissance publique pour résoudre les problèmes de société

« Un demi-billion de dollars en une décennie pour faire du Canada un exportateur majeur d'armements dans un monde déchiré par les guerres ; des compressions dans nos précieux services publics ; des droits autochtones balayés du revers de la main ; fonce à toute vapeur, sans réglementation sur l'IA ni sur les pipelines », a-t-il dit. « Lors des dernières élections fédérales, les Canadiennes et Canadiens ont voté pour dire non à Trump et au trumpisme. Ce qu'ils obtiennent à la place, c'est un gouvernement qui suit les États-Unis vers un avenir de guerres, de combustibles fossiles et d'IA générative destructrice d'emplois. »

Lewis a affirmé qu'un gouvernement néo-démocrate miserait sur des alternatives publiques aux problèmes qui, selon lui, minent la société canadienne.

« Le NPD a une offre différente pour ce pays. Notre plan est de protéger l'économie contre Trump en investissant massivement dans l'indépendance économique canadienne, en mettant à profit la puissance incomparable de la propriété publique pour garantir les bases d'une bonne vie », a-t-il déclaré.

Il a promis des alternatives publiques pour l'alimentation, Internet, la téléphonie et le logement, ainsi qu'« un réseau électrique du 21e siècle, une révolution des autobus électriques et une thermopompe dans chaque foyer, construits avec de l'acier canadien, créant des dizaines de milliers d'emplois syndiqués ».

Pour financer son ambitieux programme social, Lewis a évoqué un autre volet de sa plateforme : une taxe sur la fortune.

« Il est temps — il est grand temps — de taxer correctement les sociétés et les milliardaires qui ont surfé sur une vague de profits », a-t-il dit. « L'argent est là. Nous avons besoin d'un gouvernement qui ait le courage d'aller le chercher pour nous tous. »

Une clarté morale sur la scène internationale

Lewis a également vivement critiqué l'incapacité de Carney à tenir tête au président américain Donald Trump et à condamner les actions du gouvernement israélien.

« Nous avons besoin d'un gouvernement qui ne se contente pas de parler de valeurs canadiennes sur la scène mondiale, mais qui agisse avec clarté morale lorsque c'est nécessaire », a-t-il déclaré. « Quand des bombes et des missiles tombent sur des écoles et des hôpitaux, quand Israël commet un génocide à Gaza, nous l'appelons par son nom et nous faisons tout en notre pouvoir pour y mettre fin. »

Le Dr Yipeng Ge s'est montré actif et engagé dans le mouvement pour mettre fin au génocide à Gaza. Ge a appuyé Lewis tôt dans la course à la direction et a affirmé que la clarté morale exprimée par celui-ci fait partie de ce qui l'a attiré vers sa campagne.

« Les positions d'Avi sur la Palestine et la clarté de son langage à un moment où l'apartheid et le génocide sont commis par Israël, et où le Canada continue de soutenir Israël dans cette entreprise, il est vraiment important de voir Avi réussir à la tête du NPD afin qu'il puisse servir de contrepoids aux conservateurs et aux libéraux qui continuent de soutenir Israël », a déclaré Ge dans une entrevue accordée à rabble.ca.

« Nous devons commencer à gagner maintenant »

Dans ses remarques de clôture, Lewis a dit être fier d'assumer la direction du NPD, qui avait été tenue par tant d'autres grands chefs du parti, dont son grand-père David Lewis. Il a évoqué l'engagement de son grand-père envers le parti ainsi que l'héritage de son propre père, Stephen Lewis, ancien chef du NPD de l'Ontario.

« Il m'a confié quelque chose d'un peu déchirant que son père, David, lui avait dit un jour », a déclaré Lewis à la convention. « David lui avait dit : "Fiston, pas de mon vivant, mais peut-être du tien." Récemment, mon père m'a dit la même chose : "Pas de mon vivant, peut-être du tien." Eh bien, papa, je refuse de dire ça à mon enfant. »

Avi Lewis a affirmé que le pays avait besoin d'un NPD fort et qu'il était temps que le NPD forme le gouvernement.

« Nous ne pouvons pas attendre une autre génération. Nous devons commencer à gagner maintenant », a-t-il conclu.

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Aux États-Unis, le peuple face à la guerre contre l’Iran

31 mars, par Dan La Botz — ,
Alors que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran entre dans sa troisième semaine, la population des États-Unis cherche encore à se faire une opinion sur ce (…)

Alors que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran entre dans sa troisième semaine, la population des États-Unis cherche encore à se faire une opinion sur ce conflit.

Hebdo L'Anticapitaliste - 792 (19/03/2026)

Par Dan La Botz

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Depuis le début de la guerre, la plupart des sondages montrent qu'elle est majoritairement désapprouvée, une situation inédite dans l'histoire récente du pays.

Un soutien historique aux guerres

La majorité de la population avait soutenu la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée et, au départ, la guerre du Vietnam. Après les attentats du 11 septembre 2001 — le gouvernement, avide de revanche — bénéficiait d'un large soutien lorsqu'il a lancé la guerre en Afghanistan. En 2003, lorsque l'administration de George W. Bush voulut attaquer l'Irak, elle fabriqua de fausses preuves affirmant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Trompée par Bush, près des trois quarts de la population ont alors soutenu la guerre.

Le peuple étatsunien, comme beaucoup d'autres peuples sans doute, a tendance à penser d'abord à lui-même… et aux autres plus tard. Notre pays — ou du moins une grande partie de sa population — a un sérieux problème avec la compassion et l'empathie. Des chrétienNEs de droite affirment que l'empathie est un péché qui pousse les gens à soutenir l'avortement, les droits des personnes LGBT ou l'immigration illégale. Le vice-président J. D. Vance parle d'« empathie toxique » et la condamne. L'ancien conseiller de Trump, Elon Musk, a même déclaré que « la faiblesse fondamentale de la civilisation occidentale est l'empathie ». On entend donc rarement les conservateurs exprimer de la compassion pour les PalestinienNEs tuéEs à Gaza ou pour les IranienNEs et les LibanaisEs dont les villes sont aujourd'hui bombardées. Rien ne dit que la mort de dizaines de milliers de ces personnes pousserait ces électeurEs à vouloir mettre fin à la guerre.

Et il est difficile de savoir si d'éventuels attentats islamistes aux États-Unis — il y en a déjà eu quelques-uns — conduiraient l'opinion à soutenir davantage la guerre ou au contraire à s'y opposer.

Les raisons du rejet de cette guerre

Pourquoi, aujourd'hui, les ÉtatsunienNEs s'opposent-ils à ce conflit ? D'abord parce que le président Donald Trump avait été élu en promettant de mettre fin aux « guerres étrangères sans fin pour des changements de régime ». Lui et son administration n'ont jamais pris le temps de s'adresser à la population pour justifier la guerre. Puis, dès le premier jour du conflit, les États-Unis ont bombardé une école de filles, tuant 150 enfants ainsi qu'une trentaine d'enseignantEs et de membres du personnel. Trump a nié que les États-Unis aient frappé l'école et a accusé l'Iran. Mais quelques jours plus tard, les médias et l'armée elle-même ont révélé qu'il avait menti et qu'un missile US avait bien tué ces 180 personnes. La population a manifestement été choquée par la mort de ces enfants et par le mensonge de Trump, ce qui explique peut-être qu'elle ne se soit pas précipitée pour soutenir la guerre.

Deux facteurs sont susceptibles de retourner l'opinion contre la guerre : la hausse du prix de l'essence et les pertes militaires. La destruction d'infrastructures pétrolières au Moyen-Orient, et surtout le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, ont fait grimper rapidement les prix à la pompe. L'essence coûte désormais environ 3 dollars le gallon partout dans le pays et pourrait rapidement atteindre 4 dollars si la guerre se prolonge — un niveau qui pourrait mettre en danger la majorité républicaine au Congrès.

Au moment où j'écris, le 15 mars, 13 soldats US ont déjà été tués et jusqu'à 150 blessés. Si les pertes continuent d'augmenter, elles pourraient pousser davantage de gens à se retourner contre la guerre, y compris parmi les électeurs de Trump.

Trump et son entourage ont violemment attaqué les médias, qualifiant leurs reportages et leurs critiques de « fake news » et d'« anti­patriotiques ». Le secrétaire à la Défense Hegseth a même exprimé l'espoir que Larry et David Ellison, milliardaires proches de Trump qui contrôlent déjà une grande partie des médias, puissent en prendre davantage le contrôle. De son côté, Brendan Carr, président de la Federal Communications Commission, a menacé de retirer leur licence à certains médias audiovisuels. Mais ils ne pourront pas cacher les immenses panneaux au bord des autoroutes qui affichent le prix de l'essence.

Dan La Botz

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Le climat mondial en état d’urgence

31 mars, par Michel Gourd — ,
Selon l'OMM, il y aurait actuellement une quantité record de chaleur accumulée sur la planète, ce qui pourrait causer des conséquences nuisibles pour l'humanité pendant des (…)

Selon l'OMM, il y aurait actuellement une quantité record de chaleur accumulée sur la planète, ce qui pourrait causer des conséquences nuisibles pour l'humanité pendant des siècles.

L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié le 23 mars un rapport de 46 pages décrivant en détail l'état du climat mondial. Les 11 dernières années, auraient été les plus chaudes jamais enregistrées, 2025 ayant une température moyenne d'environ 1,43 degré C. supérieure à la moyenne de la période allant de 1850 à 1900.

Cette évaluation intègre cette année une nouvelle variable décrivant la vitesse à laquelle l'énergie s'accumule sur la planète. En 2025, la chaleur moyenne des océans a atteint un record de 66 ans, soit depuis le début des observations faites à ce sujet. Chacune des neuf dernières années a battu la précédente au niveau de la chaleur des océans. Chose plus alarmante encore, la vitesse de réchauffement des océans entre 2005 et 2025, est plus du double de celle observée entre 1960 et 2005.

Activités humaines perturbantes

La secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo, considère que les activités humaines perturbent de plus en plus l'équilibre naturel. Partout sur la planète, des phénomènes extrêmes tels des cyclones tropicaux, de fortes pluies et des épisodes de chaleur intense ont nui aux économies de nombreuses régions.

Les concentrations de gaz à effet de serre tel le protoxyde d'azote, le méthane et le CO₂, ont atteint leur niveau le plus élevé depuis au moins 800 000 ans. La perte de masse des glaciers de référence s'est classée parmi les cinq plus importantes enregistrées au cours de l'année hydrologique 2024-2025. Cette situation s'inscrit dans une tendance à l'accélération de la fonte glaciaire observée depuis le début des relevés, en 1950.

L'année dernière, le niveau moyen de la mer à l'échelle mondiale était supérieur d'environ 11 cm au niveau enregistré au début des relevés en 1993. Les océans absorbent chaque année une partie de l'augmentation de température de la planète causée par les changements climatiques. Cette situation entraîne leur acidification. Selon le GIEC, il est possible d'affirmer avec une grande certitude que les valeurs actuelles du pH de surface sont sans précédent depuis au moins 26 000 ans.

Les variations du pH océanique présentent des différences régionales. Les plus importantes diminutions du pH de surface ont été relevées dans le nord du Pacifique tropical, l'est du Pacifique équatorial, les océans indien et austral, et des régions de l'Atlantique.

Activités humaines perturbées

Cette acidification nuit à la pêche, à la production alimentaire, à la biodiversité et aux écosystèmes. Le document inclut aussi une section portant sur les impacts de ces changements de température sur la santé. L'augmentation de la chaleur a un effet stimulant sur les populations de moustiques responsables de la dengue. Leur propagation géographique est actuellement la plus rapide au monde et le nombre de cas d'infection signalé atteint un record. Entre 100 et 400 millions de personnes sont infectées annuellement par cette maladie. Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ la moitié de la population mondiale est à risque.

L'augmentation de la température à des niveaux dangereux pour la vie est aussi un problème allant grandissant. Certaines régions de la planète sont actuellement aux prises annuellement avec des chaleurs dépassant les 50 degrés C. En fonction des taux d'humidité de l'air et de l'état de santé des personnes, l'exposition prolongée à des températures élevées peut aussi entraîner des coups de chaleur et la mort. Il y a actuellement 1,2 milliard de travailleurs qui sont dans des endroits ou ils peuvent subir de telles hausses de températures pouvant être dangereuses pour leur santé.

Les phénomènes météorologiques extrêmes nuisent aussi à la production agricole, entraînant des migrations de population, des maladies animales et la propagation d'insectes ravageurs. L'insécurité alimentaire liée au climat est maintenant considérée comme une des causes de l'instabilité sociale. Ces conséquences sont particulièrement importantes dans les régions touchées par des conflits. Privés du soutien de leur gouvernement ou même visées par celui-ci, les populations vulnérables peinent à se préparer à ces changements climatiques, ou même s'y adapter.

Le secrétaire général de l'organisme de l'ONU, Antonio Guterres, considère que tous les indicateurs climatiques clés de la planète sont actuellement dans le rouge. Selon lui, les données rendues publiques montrent que le chaos climatique s'accélère. Les terriens pourraient subir pendant des siècles les conséquences de cette situation allant s'aggravant.
Michel Gourd

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Guerre d’Iran : la religion n’est pas forcément là où on le pense

31 mars, par Jean-François Bayart — , ,
Dans la guerre israélo-américaine, l'ingrédient religieux n'est peut être pas là où on le pense. Aux côtés de Trump, il est un homme qui agit avec Dieu en tête : le très (…)

Dans la guerre israélo-américaine, l'ingrédient religieux n'est peut être pas là où on le pense. Aux côtés de Trump, il est un homme qui agit avec Dieu en tête : le très vindicatif ministre étatsunien de la Guerre, Pete Hegseth, qui inscrit ce conflit dans son imaginaire islamophobe et belliqueux.

Tiré du blogue de l'auteur.

À force d'ânonner depuis quarante ans la « République des ayatollahs » (ou, plus stupidement encore, « des mollahs ») et de ne voir le pays qu'à travers la focale de l'islam, beaucoup se sont interdit de comprendre le vrai rapport de force dans lequel se sont engagés, bien imprudemment, Israël et les États-Unis. Car, depuis longtemps, la République islamique n'est plus celle des « ayatollahs » ou des « mollahs », si tant est qu'elle ne l'ait jamais été.

Dès 1988, Khomeini avait fait prévaloir la raison politique sur la raison religieuse en instituant le Conseil de discernement de la raison d'État, organe collégial d'arbitrage entre les différents centres de pouvoir d'un régime polycentrique et factionnel, irréductible à l'idée de dictature personnelle, quel que soit son incontestable caractère répressif. De ce point de vue, la liquidation du Guide de la Révolution est vaine, sinon contre-productive.

Depuis, le personnel politique s'est largement sécularisé, à l'instar de la société elle-même. Il puise dans le répertoire nationaliste plutôt que dans celui de l'islam, même si la sensibilité mahdiste du chiisme duodécimain peut alimenter le premier, en particulier grâce à son culte du martyre. Et des martyrs, la guerre qu'Israël et les États-Unis imposent à l'Iran en produira vite beaucoup, surtout si les combats doivent se porter sur son sol.

Bref, la guerre sans but précis risque fort de devenir une « guerre sans fin », du type de celles que Donald Trump disait abhorrer mais dont Israël tire désormais sa domination régionale grâce aux armes, aux financements et à l'impunité que lui prodiguent ses alliés. L'Iran, quant à lui, conscient de ses faiblesses et rompu à l'exercice, s'est préparé à un affrontement asymétrique de longue durée en enterrant et en décentralisant sa défense, et en espérant pouvoir compter sur ses alliés au Liban et au Yémen.

L'élément frappant, après l'exécution extrajudiciaire d'Ali Khamenei, est bien l'absence de la dimension religieuse dans sa succession. Ce n'est certes pas pour son rang clérical ou ses compétences théologiques que son fils Mojtaba a été désigné, nonobstant ses blessures, apparemment suffisamment sérieuses pour qu'il ne puisse se montrer en public. Il a été choisi parce qu'il est le fils de son père, selon la logique de l'« État familial » (Julia Adams) qui prévaut en Iran.

Son simple patronyme est un bras d'honneur adressé à l'agresseur. Et la logique dynastique qui l'a emporté est peut-être une grimace à l'intention des monarchistes qui essaient de ressusciter politiquement les Pahlavi avec l'appui d'Israël, sur fond de retrouvailles symboliques entre Esther et le roi Xerxès, quitte à célébrer un Pourim sanglant dans le ciel de Téhéran.

Sur le plan intérieur, cette solution a l'avantage de différer la vraie succession d'Ali Khamenei qui empoisonne la vie politique iranienne depuis plusieurs années et qui met en jeu l'équilibre précaire entre les différentes forces constitutives de la République islamique. La prédominance des Gardiens de la Révolution – dans l'ombre desquels se tiendrait Mojtaba – est souvent évoquée, compte tenu de l'ampleur de leur assise économique et de leur puissance militaire. Encore ne faudrait-il pas surestimer leur unité. Tout comme les autres institutions, ils semblent divisés au fil des rivalités personnelles au sein de leur commandement, et selon les sensibilités politiques qui parcourent les autres composantes de la classe dirigeante.

En bref, la désignation de Mojtaba Khamenei comme nouveau Guide de la Révolution est toute politique et n'a pas grand-chose de religieux. Le silence, à ce propos, des « sources d'imitation », les principaux dignitaires du chiisme, est assourdissant. Tout comme est remarquable l'absence d'une fatwa de leur part invitant au djihad contre l'envahisseur. Les ayatollahs sont ailleurs…

Si l'on veut absolument trouver du religieux dans ce conflit, il faut se tourner vers Washington. Non, bien sûr, parce que Donald Trump se serait rallié à l'offensive israélienne pour complaire à sa base évangélique, dont rien ne dit qu'elle approuve ce saut dans l'inconnu. Pour mystérieuses et changeantes qu'elles soient, ses motivations sont probablement autres.

Mais, à ses côtés, il est un homme qui agit avec Dieu en tête : le très vindicatif ministre étatsunien de la Guerre, Pete Hegseth, qui inscrit ce conflit dans son imaginaire islamophobe et belliqueux. Il porte sur son torse un tatouage représentant la croix de Jérusalem, symbole des croisades médiévales, et sur son biceps la devise latine Deus Vult qui en était le cri de guerre. Un héritage que Pete Hegseth assume sans ambages dans son ouvrage American Crusade (2020). En 2015, il s'était d'ailleurs compromis dans un bar de l'Ohio en criant, ivre : « Tuez tous les musulmans ! » Désormais au Pentagone, il y organise des services religieux qu'il confie à des prédicateurs d'orientation « chrétienne nationaliste ». En février, il y a invité le pasteur extrémiste Douglas Wilson, qui prône une vision théocratique de la société selon laquelle les femmes doivent se soumettre à leur mari et ne pas disposer du droit de vote.

Pour l'historienne Diana Butler Bass, Pete Hegseth est un représentant du mouvement chrétien reconstructionniste dominioniste, qui entend instaurer dans les deux cents ans une société biblique et patriarcale aux États-Unis. De ce fait, estime un autre chercheur, Matthew Taylor, son appui forcené à la guerre contre l'Iran est moins inspiré par le sionisme chrétien que par le mythe des Croisades. En tout cas, ce ne semble pas être la charité qui l'habite. Après quelques jours de guerre, le 4 mars, il a fulminé contre l'Iran : « Ce n'était jamais censé être un combat équitable, et ce n'est pas un combat équitable. Nous les frappons alors qu'ils sont à terre, et c'est exactement comme cela devrait être. » Le 13 mars, il a annoncé que l'armée américaine ne ferait « aucun quartier », annonce de crimes de guerre programmés.

Enfin, la guerre d'Iran s'est affranchie de la religion civile censée présider aux destinées du monde, à défaut de lui assurer une « paix perpétuelle » : le credo du droit international que piétinent Israël et les États-Unis, sans susciter de vraie réaction de la part des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. C'est la force brute qui s'impose, celle d'un mélange de considérations dites géopolitiques dont la rationalité n'est pas toujours évidente, et d'intérêts particuliers, parfois triviaux, sinon sordides.

Louis Dupeux, l'historien de la révolution conservatrice allemande des années 1920, parlait à son sujet d'une « pensée sans frein », et notamment sans frein religieux. C'est bien ce à quoi nous assistons à nouveau de la part de différents régimes relevant de cette catégorie, quand bien même ils appellent Dieu à la rescousse pour légitimer leur expansionnisme militaire, à l'instar de Donald Trump ou de Vladimir Poutine.

Jean-François Bayart
Professeur à l'IHEID (Genève)

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Guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et le Liban : Etat de la situation

31 mars, par Coalition du Québec URGENCE Palestine — , , , , ,
La guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran et le Liban dure depuis presque un mois, ses répercussions dépassant largement la région. À ce jour, en Iran, on compte 1 937 (…)

La guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran et le Liban dure depuis presque un mois, ses répercussions dépassant largement la région. À ce jour, en Iran, on compte 1 937 morts, 24 800 blessés et plus de 3 millions de personnes déplacées ; au Liban, 1 094 morts, plus de 3 100 blessés et plus d'un million de personnes déplacées.

Tiré de l'infolettre #14 - 27 mars 2026
Coalition du Québec URGENCE Palestine

Au milieu des déclarations quotidiennes – honteuses, mensongères et contradictoires – du président Trump, les États-Unis sont en train de déployer entre 2 000 et 3 000 soldats de la Force de réaction rapide de la 82e division aéroportée et 5 000 'marines', laissant présager une possible opération terrestre en Iran. Trump a repoussé au 6 avril l'échéance de la destruction des sites énergétiques, à défaut de la capitulation de l'Iran.

Au Liban, les bombardements israéliens se poursuivent sur Beyrouth et le sud du Liban, où Israël a déjà rasé des dizaines de villages. En possible prélude à une invasion terrestre, l'armée israélienne procède à la destruction de tous les ponts sur le fleuve Litani (dont les eaux sont convoitées depuis longtemps par Israël), coupant le sud du Liban du reste du pays.

La zone d'évacuation obligatoire, de type « partez ou mourez », a été étendue au nord du Litani jusqu'au fleuve Zahrani, couvrant maintenant environ 14 % du territoire libanais et touchant plus de 100 villes et villages.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré lundi :
« Tout comme nous contrôlons 55 % de Gaza, nous devons faire de même au Liban », ajoutant que le Litani devait « devenir la frontière entre nous et le Liban ».

À Gaza, les bombardements et le blocus israéliens continuent, en violation constante du « cessez-le-feu » d'octobre 2025. 673 Palestinien·nes ont été assassinés par Israël depuis cette date. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme indique que les Palestinien·nes de Gaza vivent toujours dans des conditions de précarité et de déshumanisation. Le coût de l'électricité fournie par des génératrices privées est devenu totalement prohibitif du fait que seuls 14,7 % de la quantité de carburant convenue dans le protocole humanitaire du « cessez-le-feu » ont pu pénétrer à Gaza.

En Cisjordanie occupée, la violence routinière des colons et des soldats israéliens a explosé depuis le début de guerre contre l'Iran et le Liban. Alors que depuis le début de l'année 2026, 26 Palestinien·nes ont été tués et 260 ont été blessés, plus de la moitié de ces meurtres et plus de 100 des blessures ont été infligés entre le 28 février et le 16 mars.

Un projet de loi à l'étude au parlement israélien fera de l'exécution, sans exiger l'approbation unanime des autorités judiciaires, la peine principale en Cisjordanie pour les prisonniers palestiniens accusés d'avoir commis des meurtres qualifiés d'« actes terroristes ».

Les peines d'emprisonnement à perpétuité deviendront des cas exceptionnels relevant de l'autorité militaire.

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