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Iran : pour en finir avec le campisme

31 mars, par Somayeh Rostampour — , , ,
Somayeh Rostampour est sociologue et ses recherches portent sur le Kurdistan, l'Iran, le Rojava et la Turquie. Elle est l'autrice de Femmes en armes, savoirs en révolte. Du (…)

Somayeh Rostampour est sociologue et ses recherches portent sur le Kurdistan, l'Iran, le Rojava et la Turquie. Elle est l'autrice de Femmes en armes, savoirs en révolte. Du militantisme kurde à la Jineolojî (Agone, 2025) et poursuit son engagement en tant que chercheuse, Kurde et féministe. Elle est membre active de plusieurs collectifs internationalistes, féministes et issue de l'exil. Nous publions son analyse limpide et documentée de ce qu'est le campisme, que l'on peut définir comme une grille de lecture des évènements internationaux qui, sous prétexte de dénoncer l'impérialisme du nord, invisibilise et exclut les résistances internes aux régions du sud.

Tiré de Frustration Magazine
26 mars 2026

Par Somayeh Rostampour

Photo de Sajad Nori sur Unsplash

L'Iran traverse une phase d'une violence et d'une intensité exceptionnelles. Depuis le soulèvement de 2022, suite au meurtre policier de la jeune Jina Amini, la République islamique n'a cessé de chercher, dans chaque guerre et dans chaque crise géopolitique, les moyens de restaurer une part de l'autorité et de la respectabilité qu'elle avait perdues. La guerre menée par le colonisateur génocidaire israélien contre les Palestiniens, après le 7 octobre 2023, puis la première attaque israélo-américaine contre l'Iran en juin 2025, lui ont offert un premier cadre de recomposition. Le massacre de janvier 2026, au cours duquel des milliers de manifestants iraniens ont été tués en seulement quelques jours par les forces du régime théocratique, et ce pour avoir protesté contre la crise économique et la dictature politique, a cependant rouvert une crise aiguë de légitimité – à la fois interne et internationale.

Alors que l'Iran était encore en deuil et que nombre de familles n'avaient même pas pu récupérer les corps de leurs proches, les États-Unis et Israël ont déclenché, le 28 février 2026, une nouvelle invasion impérialiste. Plus violente encore. Elle a, paradoxalement, aidé le régime à regagner une partie de son crédit perdu par la répression sanglante du mois précédent. En ce sens, cette attaque américano-israélienne doit être comprise non comme l'antithèse de la violence du régime iranien, mais comme l'un des moments par lesquels cette violence trouve les conditions de sa reproduction politique. Ces événements ne constituent ni des séquences distinctes, ni deux violences opposées – l'une répressive et l'autre prétendument libératrice –, mais les moments successifs d'un même processus contre-révolutionnaire. Autrement dit : la guerre extérieure a prolongé et approfondi la contre-révolution intérieure, tout en permettant au régime iranien de resserrer la cohésion interne et d'étouffer, une fois de plus, la contestation populaire.

Le reconnaître ne minimise en rien le fait que l'Iran a été, et demeure, la cible d'une agression impérialiste et coloniale. Cela implique au contraire de lire cet assaut dans sa fonction politique profonde : d'une part, une entreprise de destruction meurtrière des vies civiles, des corps, des infrastructures et des territoires (menée sous de faux prétextes), prolongeant l'entreprise génocidaire menée à Gaza et la destruction du Liban ; et, d'autre part, la mise à disposition, pour la République islamique, de nouvelles ressources au service de sa reconstitution.

Qu'est-ce que le campisme ?

L'agression israélo-américaine renforce la militarisation de l'Iran, la répression et l'écrasement des soulèvements venus d'en bas. Elle accentue, en prime, une polarisation politique mortifère. D'un côté : une partie de l'opposition, notamment monarchiste, a salué les bombardements impérialistes au nom de son hostilité au régime théocratique. De l'autre côté : une partie des forces politiques est retombée dans l'orbite de la République islamique au nom de l'anti-impérialisme et du refus de la guerre.

Une impasse, donc.

Si la nature réactionnaire du premier courant pro-Israël et pro-génocide fait relativement consensus, celle du second demeure bien plus rarement interrogée. Elle est pourtant tout aussi réactionnaire. L'ambiguïté n'en persiste pas moins. C'est dans cette impasse que la question du campisme resurgit avec une acuité toute particulière.

Héritage de la guerre froide, le campisme réduit le monde à deux « camps » : l'impérialisme (États-Unis, OTAN, Israël et ses alliés) contre la « résistance » (Iran, Russie, Chine, Syrie d'Assad…). Toute force située hors de ces deux camps – des projets comme le Rojava aux soulèvements démocratiques – est écartée comme suspecte ou comme « cheval de Troie de l'ennemi ». Toute critique des dictateurs est aussitôt disqualifiée comme « complicité avec l'impérialisme ». Quant aux mobilisations populaires, elles se voient réduites à un simple « relais de l'Occident » ou se voient instrumentalisées (dès lors qu'elles peuvent servir un camp). La logique « l'ennemi de mon ennemi » se transforme en alibi : elle excuse la domination interne et détourne les luttes – y compris les manifestations contre les bombardements ou les sanctions occidentales – en les enrôlant dans une bataille géopolitique. Résultat : la solidarité internationale se retrouve paralysée, incapable de tenir ensemble l'anti-autoritarisme et l'anti-impérialisme. Sous prétexte de prévenir toute « exploitation impérialiste » des révolutions, les campistes tendent à privilégier une gauche structurellement marginalisée, « prudente » et parfois condamnée à la défaite perpétuelle. Il s'agit d'un un argument également développé par Gilbert Achcar et que Rohini Hensman mettait en lumière dans sa critique de la rhétorique pseudo-anti-impérialiste publiée en 2018.

Cet « anti-impérialisme identitaire » privilégie la loyauté envers les États « anti-occidentaux » plutôt que l'analyse du capitalisme mondial. Il justifie par là même la répression, le patriarcat, l'homophobie et le colonialisme interne « au nom de la résistance ». Les victimes deviennent des « dommages collatéraux » ; la priorité absolue va à la lutte contre l'impérialisme occidental. L'essayiste irlandais Fred Halliday qualifie ce type de pensée d'« anti-impérialisme des imbéciles » : un terme qu'il a utilisé pour critiquer la séquestration des diplomates américains à l'ambassade des États-Unis, à Téhéran (1979–1981). Au nom de son hostilité aux États-Unis, cette posture renforce violemment, en pratique, un régime de type théocratique qui réprime les gauches, les minorités nationales, les féministes et les conseils populaires. Ce concept a ensuite été repris par la militante syrienne Leila Al-Shami dans son livre Burning Country pour désigner les partisans de Bachar al-Assad, lors de la révolution arabe des années 2010. Du Budapest de 1956 à nos jours, cet anti-impérialisme des imbéciles n'en finit pas de masquer la violence et l'écrasement des révoltes par les États.

Une tendance similaire s'observe au sein de certains segments de la gauche blanche occidentale, mais aussi du mouvement décolonial. Elle relève de ce que l'on pourrait appeler le « blanchiment anti-impérialiste » (anti-imperialism-washing) : un usage stratégique de la rhétorique anti-impérialiste pour masquer, justifier ou minimiser les formes d'autoritarisme et de violence fasciste exercées à l'intérieur des frontières nationales – notamment lorsque ces régimes sont présentés comme des adversaires du pouvoir hégémonique occidental. Ce qui est rejeté n'est pas tant la logique coloniale elle-même que l'identité de ceux qui l'exercent. Car si ces discours dénoncent le colonialisme des puissances occidentales, ils restent largement aveugles, et même complices, au « colonialisme interne » – c'est-à-dire à la manière dont des peuples minorisés (comme les Kurdes) décrivent leur rapport au pouvoir étatique iranien. Cette pratique s'accompagne également souvent d'un gaslighting racial. Le “gaslighting” désigne à l'origine la manipulation d'une femme par la mise en doute de sa parole et de son état mental par l'époux. Devenu un mot-clé de la psychologie puis un outil critique du féminisme, il englobe désormais un type de langage politique mensonger et violent, voire négationniste. Autrement dit l'invalidation épistémique des savoirs subalternes : des communautés ayant historiquement subi la domination impériale et la répression interne se voient « enseigner », depuis des positions de privilège relatif, la « bonne » interprétation de l'impérialisme et de la résistance. Cette posture condescendante ne se contente pas de réinscrire les hiérarchies coloniales du savoir : elle délégitime les analyses et les expériences vécues de celles et ceux qui sont soumis à des systèmes de violence imbriqués.

Les conséquences sont pour le moins tangibles. La République islamique d'Iran instrumentalise ce discours pour externaliser ses contradictions internes, qualifier les manifestants de « terroristes » et durcir son appareil coercitif. Cette logique contribue aussi à justifier les politiques discriminatoires menées contre les migrants afghans : en les érigeant en menace intérieure, le régime déplace sur eux la responsabilité de difficultés qui relèvent en réalité de sa propre crise politique, sociale et économique.

Un régime en guerre contre le peuple

Après le génocide de Gaza et l'agression militaire d'Israël et des États-Unis contre l'Iran en juin 2025, cette logique campiste a dominé une partie de la gauche radicale mondiale. Aussi bien en Occident qu'en Amérique latine, en Afrique et dans le monde arabe. Elle a réduit la politique iranienne à un duel « Iran contre l'axe américano-israélien ». Les soulèvements populaires, réprimés dans le sang depuis 2017, ont été soit passés sous silence, soit redéfinis par le discours officiel : « infiltration du Mossad », « révolution colorée », « complot occidental », etc. Une telle saisie transforme les mouvements sociaux en menace sécuritaire et légitime la répression – de la violence de rue aux exécutions –, sous prétexte d'« état d'urgence » ou de « moment inopportun ». Ce « campisme stratégique » (dont la critique est menée notamment ici) accepte dans les faits le conservatisme au nom de la survie, et fait du peuple insurgé l'ennemi principal. Il se révèle pour ce qu'il est : profondément contre-révolutionnaire.

La dynamique géopolitique récente a offert aux campistes davantage de marges de manœuvre encore. Lors de la brève guerre d'Israël contre l'Iran en juin 2025, souvent désignée comme la « guerre des Douze jours », l'expérience concrète de la destruction a renforcé les tendances anti-guerre en Iran. Cependant, après le massacre sanglant de janvier 2026 commis par le régime, une partie de la société, épuisée et confrontée à l'impasse, a envisagé l'intervention étrangère comme un moyen de renversement et un « souffle d'espoir à court terme » – toutes les voies internes ayant été testées et le régime ne cédant sous aucune sorte de pression. Le massacre est largement perçu par la population comme une « guerre intérieure du régime contre le peuple », au cours de laquelle les manifestant·es ont été visé·es par des balles réelles. Il est souvent mis en parallèle avec la guerre Iran-Irak (1980-1988). Alors que ce conflit aurait coûté en moyenne 500 vies par jour (contre environ 100 lors de la guerre des Douze jours), le régime aurait tué en 2026, en deux nuits, « des dizaines de milliers » de manifestant·es. Un médecin reconnu a fait savoir qu'« au moins mille » interventions chirurgicales auraient été nécessaires, en une seule nuit et dans un seul hôpital, à Téhéran, pour tenter de sauver la vie des manifestant·es. Condamner la guerre extérieure ou l'intervention impérialiste sans dénoncer explicitement cette guerre intérieure constitue dès lors une rhétorique campiste, en plus d'un contresens politique complet.

Une trahison des mémoires du Sud

Depuis la contre-révolution islamique de 1979, une partie de la gauche nationale et internationale a subordonné l'analyse de classe et de genre à l'anti-impérialisme. Les protestations des femmes contre le port obligatoire du voile ont par exemple été marginalisées, contribuant involontairement à la consolidation de l'ordre religieux et patriarcal : celui-ci s'est vu présenter comme un gage d'« authenticité culturelle », un signe de distinction de l'Occident et un marqueur d'indépendance nationale. Une narration s'est imposée : elle considère la Révolution iranienne sous l'angle exclusif de l'anti-occidentalisme et, de ce fait, efface les forces séculières, féministes, queers, kurdes et socialistes. Notons que cet anti-impérialisme viriliste se montre structurellement incapable de reconnaître la légitimité des luttes internes au sein des régimes anti-occidentaux. Les expériences vécues, les mémoires collectives et les subjectivités politiques des groupes subalternes, femmes, minorités ethniques, communautés queer et classes populaires, sont systématiquement rejetées comme des agents de l'Occident ou des distractions insignifiantes. Cette violence épistémique, que Spivak a qualifiée d'« effacement du subalterne », constitue un trait récurrent des discours de la gauche mondiale qui n'a pas réussi à décoloniser ses propres cadres analytiques.

Après l'effondrement de l'URSS, en 1991, cette orientation a perduré sous la forme d'un tiers-mondisme étatiste : la loyauté des populations a été transférée vers les États « anti-américains », et les droits des femmes, des personnes queers et des minorités ont été subordonnés à l'« authenticité culturelle » et à l'« unité anti-impérialiste ». Cette approche, à la fois eurocentrée et orientaliste, ignore la subjectivité des peuples non occidentaux. Elle ne considère la violence comme sérieuse que lorsqu'elle émane de l'Occident. Elle refuse de reconnaître que les populations du Sud global peuvent lutter pour des droits et libertés démocratiques existant en Occident. Elle condamne uniquement les puissances « au label occidental » et occulte la domination non occidentale ; elle réduit volontiers les empires régionaux à un rôle de « supplétifs de l'Occident ». « L'unité anticoloniale » se transforme purement et simplement en autoritarisme nationaliste. Elle accompagne ainsi la logique d'« état d'urgence permanent » : priorité au pouvoir national, à la sécurité et aux leviers géopolitiques (exemple : « Nous combattons en Syrie pour ne pas combattre à Téhéran »).

Le campisme convertit la mémoire anticoloniale en instrument de légitimation des États postcoloniaux autoritaires. Il fait de l'État le sujet de la résistance et dépossède les peuples de leur légitimité comme de leur subjectivité politique. Ce faisant, il trahit des mémoires subalternes souvent constituées contre l'État lui-même. Paradoxalement, ces États, comme l'Iran, sont présentés comme « indépendants du capitalisme mondial » alors qu'ils demeurent des machines d'exploitation interne et de militarisme, soucieux, précisément, de s'intégrer au capitalisme global.

C'est très précisément dans son rapport aux marges colonisées de l'Iran que cette logique révèle le plus clairement sa violence. Car le campisme ne se contente pas d'effacer la pluralité des forces d'opposition iraniennes : il reconduit des hiérarchies internes, en reléguant au second plan, voire en disqualifiant, les luttes kurdes. À cet égard, il s'est souvent montré plus hostile aux Kurdes encore qu'aux Iraniens eux-mêmes, minimisant ou marginalisant la légitimité de leurs résistances. Ces violences symboliques s'inscrivent dans une histoire plus longue, aggravée par le soutien actif, ou le silence, d'acteurs du monde arabe et de certains segments d'une gauche se réclamant de l'anti-impérialisme ou de la décolonialité. Le génocide d'Al-Anfal, mené par Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak et ayant coûté la vie à environ 180 000 Kurdes en raison, simplement, de leur identité, illustre cette dynamique : au traumatisme lui-même s'ajoute le sentiment de trahison, renforcé par le soutien d'une partie du monde arabe et le silence ou la négation du fait par des intellectuels.

Plus récemment, en 2018, l'occupation d'Afrin, au Rojava, par l'armée turque a entraîné des violences systématiques, des déplacements et des destructions. Le Hamas a alors célébré cette occupation par la voix de Khaled Mashaal, cadre dirigeant historique : « La victoire à Afrin est un symbole de la volonté de la Turquie. Si Dieu le veut, nous produirons de grandes épopées pour aider notre peuple. » , avant de louer le leadership du président turc Erdoğan et de son parti au pouvoir depuis plus de 20 ans, l'AKP. Les événements ont malheureusement durablement rompu les liens entre les luttes kurdes et les luttes du monde arabe ou perse, ainsi qu'avec certaines parties de la gauche auto-proclamée anti-impérialiste, lesquelles ont trop souvent échoué à reconnaître et soutenir la lutte kurde – alors même que les mouvements kurdes ont historiquement soutenu la libération palestinienne et activement participé aux mouvements révolutionnaires régionaux.

L'instrumentalisation étatique des sanctions occidentales

Dans l'analyse campiste de l'économie politique iranienne – qu'elle soit le fait des intellectuels ou des figures décoloniales –, tout se réduit aux « sanctions » occidentales. Les protestations populaires sont interprétées comme de simples « mécontentements économiques » et la crise est entièrement attribuée aux pressions extérieures, occultant le rôle central des politiques du régime (On pourra lire, par exemple, ce texte écrit par un militant qui vit en Iran). La pauvreté découle en réalité de l'économie rentière et de la monopolisation des importations, que le régime instrumentalise. Les politiques sécuritaires et régionales ne sont pas de simples réactions à l'extérieur : elles relèvent de la logique de survie du régime, orientant les ressources vers les institutions coercitives et les projets idéologico-militaires – tandis que la population, elle, reste exsangue. Les sanctions contribuent ainsi à accroître la concentration des richesses au sein de l'oligarchie tout en consolidant les structures de pouvoir : transfert des coûts vers les plus vulnérables, justification de la répression et renforcement la richesse de l'oligarchie. Les politiques de choc économique (fluctuations du dollar, suppression du taux préférentiel) apparaissent comme des mesures calculées de « survie » dans un contexte de vulnérabilité.

Lorsque ce récit centré sur les sanctions est relayé par des médias proches du régime, le discours anti-sanctions se transforme en justification de la répression. La violence du régime contre le peuple est effacée. Et les meurtres, les tortures, les exécutions, les tirs sur les blessés dans les hôpitaux et les attaques contre des cérémonies du deuil sont légitimés. Cet anti-impérialisme autoritaire vide le langage de l'émancipation de tout contenu réel. C'est là une « gauche sans sujet de libération », comme le décrit la philosophe étasunienne Susan Buck-Morss.

Ces discours bénéficient, hors de France pour le moment, de relais médiatiques naguère incarnés par Russia Today ainsi que de soutiens directs émanant de réseaux liés à Roy Singham. Présenté comme un financeur transnational de médias, de réseaux et d'organisations de la gauche radicale aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Inde et ailleurs, Singham est également associé à Code Pink, un mouvement pro-palestinien et anti-guerre. Il facilite ainsi la diffusion de récits favorables à Pékin et à Téhéran. La présence récente de Code Pink à un congrès anti-guerre à Londres, aux côtés de figures campistes, de même que les interviews qui lui sont accordées sans mention explicite de son tropisme pro-chinois ou pro-iranien, illustrent les ambiguïtés politiques de ces circulations militantes. Lors de leur visite en Iran en 2008, les membres de ce groupe ont repris à leur compte le récit officiel en imputant la souffrance de la population aux seules sanctions occidentales. Leurs rencontres avec des responsables étatiques tels que Javad Zarif et leurs apparitions sur des médias liés au pouvoir (à l'instar de Fars News, notoirement associé à la diffusion d'aveux forcés) montrent comment la solidarité internationale peut être captée et mobilisée pour neutraliser la portée subversive du langage des droits humains. L'anti-impérialisme identitaire désarme les instruments critiques mêmes qu'ils prétendent défendre.

Arrêter de juger une cause à sa « récupération »

La diffusion du campisme autoritaire passe aujourd'hui largement par les réseaux sociaux. S'y entremêlent légitimation de régimes autoritaires, anti-occidentalisme réducteur et, dans certains cas, antisémitisme et schèmes conspirationnistes.

Malgré des asymétries objectives entre Israël (soutenu par l'Occident) et la République islamique (sous sanctions occidentales), des mécanismes politico-symboliques similaires opèrent : drapeaux américains/israéliens dans certains rassemblements « pro-Iran » ; drapeaux du régime iranien et portraits de Khamenei dans certaines mobilisations pro-palestiniennes. Autant de gestes susceptibles de transformer des luttes légitimes en justification de violence – tout en discréditant les résistances iranienne et palestinienne. La même logique vaut pour le désormais célèbre slogan « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadî). Récupéré par l'extrême droite occidentale ou diasporique iranienne ainsi que par des courants pro-génocide, il peut être instrumentalisé en vue d'appuyer la violence militarisée.

Les mouvements progressistes et radicaux du Sud global finissent trop souvent, une fois relayés en Occident, par être récupérés par la droite : on ne le sait que trop. Mais ce processus, que l'on pourrait qualifier d'« extractivisme de la résistance » par les pays occidentaux, reflète en miroir l'« extractivisme colonial ». On ne saurait évidemment conclure à l'abandon du devoir de solidarité. Le cas du mouvement queer l'illustre exemplairement : le pinkwashing n'annule ni sa portée libératrice, ni la nécessité de la solidarité. La légitimité d'une résistance ne dépend que de son contenu émancipateur et de son ancrage parmi les opprimés. Jamais de sa récupération.

Le campisme contribue très concrètement au maintien des injustices historiques et contemporaines. Il crée un vide politique par dispersion et fragmentation, progressivement comblé par la droite et l'extrême droite, dans la région comme dans le monde. L'extrême droite diasporique iranienne occupe ce vide en simplifiant la Révolution et en diabolisant l'« anti-impérialisme ». Elle peut du même coup se présenter comme la seule force de changement. En homogénéisant artificiellement des populations (« Tous les Ukrainiens résistants à la Russie sont nazis / Tous les révolutionnaires syriens sont djihadistes / Tous les Iraniens en révolte soutiennent Israël ou les monarchistes »), le campisme se fait tragiquement le complice de la montée des forces impérialistes et réactionnaires.

L'extrême droite est partout l'extrême droite

En France, aucune gauche conséquente n'accepterait de se ranger sous les drapeaux de l'extrême droite au motif qu'une puissance ennemie attaquerait le pays. Pourtant, lorsqu'il s'agit de l'Iran, certain·es jugent acceptable d'exiger des Iraniens qu'ils s'effacent derrière des forces réactionnaires, nationalistes, voire fascisantes. Une telle asymétrie implique, en creux, que les peuples du Sud devraient se satisfaire d'un choix entre domination impériale et barbarie intérieure. Or la République islamique constitue précisément un régime qu'il faut nommer pour ce qu'il est : une formation de type fasciste, une extrême droite non occidentale.

Si le critère est le nombre de crimes commis, alors allons jusqu'au bout : le régime iranien, en 40 ans, a commis bien plus de crimes que l'extrême droite française. La cohérence politique impose donc de refuser, pour les Iraniens comme pour tout autre peuple, la moindre injonction à composer avec le fascisme au nom du « moindre mal » géopolitique. Ne demandons pas aux Iraniens d'accepter politiquement ce que nous refuserions absolument pour nous-mêmes, ici, en France. Nous ne marchons ni avec les fascistes, ni sous leurs bannières : nous les combattons, y compris lorsqu'ils s'approprient le lexique de la liberté pour en inverser le sens.

À l'instar de l'expérience soviétique, qui a largement contribué à discréditer le socialisme, le campisme en Iran fragilise la gauche et favorise l'extrême droite. Il accentue, en même temps, le fossé Nord-Sud et légitime la répression des mouvements anti-tyranniques dans le Sud. Le résultat est l'isolement des forces émancipatrices, la défiance des exilés envers la gauche du Nord (même celle des décoloniaux) et l'effondrement de la solidarité internationale. Alors que des prisonnières féministes kurdes, condamnées à mort dans la prison d'Evin, sont capables d'exprimer leur solidarité avec la résistance palestinienne – au risque de perdre une partie de leur soutien en Iran –, les anti-impérialistes autoritaires et identitaires se montrent incapables, depuis leur confort en Occident ou ailleurs, de manifester une solidarité comparable avec les luttes populaires en Iran. Parfois, et de manière encore plus grave, l'ensemble de leurs souffrances est nié ou mis en doute, générant des traumatismes sérieux qui vont s'entrelaçant aux traumatismes historiques. La solidarité régionale et mondiale s'en trouve lourdement affaiblie.

En un mot : il est urgent de dépasser le campisme.

Sans quoi, c'est simple : nous ne parviendrons pas à reconstruire une gauche véritablement émancipatrice ni à revitaliser un internationalisme véritablement populaire. L'anti-impérialisme n'est authentique que s'il combat toutes les formes de domination, partout et pour tous.

L'autrice tient à remercier Joseph Andras pour sa relecture.

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Chemins de traverse : de Gaza à l’Iran

Les images en provenance d'Iran depuis le 28 février sont d'une familiarité consternante. Les dirigeants de la République islamique sont assassinés les uns après les autres. (…)

Les images en provenance d'Iran depuis le 28 février sont d'une familiarité consternante. Les dirigeants de la République islamique sont assassinés les uns après les autres. Les officiers de l'armée états-unienne ont recours l'IA pour choisir leurs cibles. Des bâtiments gouvernementaux, des commissariats de police et d'autres institutions publiques ont été détruits ; une frappe aérienne a touché une école primaire pendant les cours du matin, tuant 168 personnes, presque toutes des écolières.

Tiré d'À l'encontre.

Les dirigeants israéliens applaudissent l'offensive avec un zèle messianique. La guerre « nous permet de faire ce que j'aspire à faire depuis quarante ans », a déclaré Benyamin Netanyahou le 1er mars, « frapper le régime terroriste de plein fouet ». L'objectif n'est pas simplement d'affaiblir les dirigeants iraniens, mais de provoquer l'effondrement de l'État iranien.

Il n'est pas surprenant que l'opération « Roaring Lion » (« Lion rugissant », nom donné par Israël à sa campagne) et l'opération « Epic Fury » (« Fureur épique », nom donné par les États-Unis à la leur) portent la marque des offensives israéliennes sur la bande de Gaza. Depuis plus de deux ans, Israël a radicalement remodelé sa politique de gestion des conflits par ce qu'il appelle « tondre le gazon ». Depuis le 7 octobre 2023, ses dirigeants politiques et militaires ont adopté une approche bien plus ambitieuse et dévastatrice, qui a été testée à Gaza, puis reproduite au Liban et, dans une certaine mesure, au Yémen. Les Palestiniens et leurs partisans comparent depuis longtemps les territoires occupés à un « laboratoire » où Israël expérimente des tactiques militaires, des technologies de surveillance et des méthodes de contrôle de la population, avant de les appliquer ailleurs. La guerre contre l'Iran est une ambition de longue date de Netanyahou, mais c'est à Gaza que lui et ses généraux ont conçu le plan d'action qui est aujourd'hui suivi dans cette guerre.

La doctrine de la « tonte du gazon » soutenait que les dirigeants israéliens, pris dans de multiples conflits armés avec des groupes non étatiques, n'avaient d'autre choix que de contenir les menaces sécuritaires par la force, en partant du principe qu'ils ne seraient pas définitivement anéantis. Dans un essai bien connu publié en 2013, les universitaires Efraim Inbar et Eitan Shamir expliquaient qu'Israël « ne visait ni la victoire ni la fin du conflit », mais s'attachait plutôt à affaiblir et à dissuader indéfiniment ses ennemis. « Il n'est pas certain que les actions militaires israéliennes aient une incidence sur les courbes d'apprentissage [du Hamas] à Gaza ou [du Hezbollah au] Liban. Quoi qu'il en soit, l'effet immédiat est un certain calme », concluaient Inbar et Shamir. Lors d'une conférence sur la sécurité en 2018, le politicien israélien de droite Naftali Bennett l'a formulé plus succinctement : « Dans notre voisinage, ceux qui ne tondent pas le gazon se font tondre par lui. »

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Avant 2023, Israël veillait à équilibrer cette stratégie militaire par la diplomatie et les relations publiques. Parallèlement, il repoussait lentement les limites de ce qu'il pouvait se permettre. Les incursions militaires dans les villes palestiniennes et les camps de réfugié·e·s de Cisjordanie sont devenues plus fréquentes et plus brutales, érodant la juridiction de l'Autorité palestinienne, qui, en vertu des accords d'Oslo, était censée assumer la responsabilité de la sécurité dans les centres urbains. Au cours de l'été 2023, Israël a commencé à mener des frappes aériennes – sa méthode de prédilection à Gaza – en Cisjordanie pour la première fois depuis la deuxième Intifada au début des années 2000. Sa tolérance à l'égard des pertes civiles à Gaza s'est également accrue : l'opération Plomb durci de 2008-2009 a fait 1383 morts ; l'opération Bordure protectrice en a fait 2251 en 2014. Entre 2018 et 2019, pendant la Grande Marche du retour, des tireurs d'élite israéliens ont tiré à plusieurs reprises sur des Palestiniens pour la plupart non armés qui manifestaient près de la barrière frontalière de Gaza, tuant plus de 200 personnes et en blessant 34'000, dont beaucoup sont restées handicapées à vie.

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L'attaque du Hamas du 7 octobre a tout changé. Sous le choc des massacres dans le sud d'Israël et des erreurs de sécurité qui les ont rendus possibles, de nombreux Israéliens ont estimé que leurs méthodes précédentes n'étaient que des demi-mesures. Les responsables politiques et les commentateurs israéliens se sont déchaînés, appelant l'armée à détruire tout Gaza et à en expulser la population. Les Palestiniens ont été décrits comme un fléau et comparés aux Amalécites [confédération de tribus nomades sémites], les ennemis bibliques des Israélites. Les responsables de la sécurité et les analystes ont justifié les représailles comme une nécessité stratégique. Shamir, coauteur de l'essai sur la « tonte du gazon », a déclaré que cette politique avait échoué. Il était désormais « une nécessité urgente – voire un impératif de survie » d'éradiquer complètement l'ennemi. « Si Israël parvient à vaincre le Hamas et à démanteler ses capacités militaires, il prouvera sa capacité à infliger la seule punition possible en cas de défaillance de la dissuasion. Le coût d'une telle opération [comme celle du 7 octobre] contre Israël doit être clair pour tout le monde : la destruction de l'organisation ou du régime qui a commis l'attaque. Il n'y a pas de place pour la faiblesse au Moyen-Orient. »

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Gaza est ainsi devenue le terrain d'essai d'une approche bien plus dure. « Depuis les airs, on peut tondre le gazon », a déclaré Netanyahou au Wall Street Journal en 2024. « On ne peut pas arracher les mauvaises herbes. Nous sommes ici pour déraciner le Hamas – non pas pour porter des coups dissuasifs, mais pour le détruire. » Non content de frapper l'infrastructure militaire et le personnel du Hamas, la « guerre de rédemption » d'Israël, comme l'appelle Netanyahou, a rasé les villes de Gaza et morcelé le territoire. Elle a assassiné les dirigeants politiques du Hamas et les négociateurs du cessez-le-feu, qu'ils soient pragmatiques ou partisans de la ligne dure. Elle a démantelé l'appareil gouvernemental de Gaza et pris pour cible les fonctionnaires. Elle a utilisé l'IA pour générer des milliers de cibles de bombardement. Elle a saccagé les infrastructures essentielles : hôpitaux, approvisionnement alimentaire, lignes électriques, usines de dessalement, égouts. Pour saper le contrôle du Hamas, l'armée israélienne a collaboré avec des gangs armés locaux, qui ont détourné les livraisons d'aide humanitaire et en ont tiré profit. Le tissu social de Gaza s'est effiloché sous le poids des bombardements, des déplacements et de la famine. Lorsque la trêve est entrée en vigueur en octobre dernier, Gaza était méconnaissable : 2,1 millions de personnes avaient été entassées sur moins de la moitié de la bande de Gaza, et le reste avait été rasé. Le gouvernement israélien ne se souciait pas de mettre en place un arrangement politique qui émergerait le « lendemain » – il fallait brûler le gazon jusqu'aux racines.

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La campagne visant à renverser le régime iranien est le prolongement naturel de cette stratégie réorientée. L'opération « Lion debout » menée par Israël pendant douze jours en juin dernier – qui visait à affaiblir les capacités nucléaires et balistiques de l'Iran – pouvait être considérée comme une « tonte du gazon », mais l'opération « Lion rugissant » est nettement différente. Évoquant les assassinats du chef du Hamas, Yahya Sinwar, et de Hassan Nasrallah, du Hezbollah, ainsi que la chute de Bachar al-Assad, Netanyahou a déclaré aux Israéliens dans un discours vidéo le mois dernier : « Nous avons un plan organisé, comportant de nombreuses surprises, pour déstabiliser le régime [iranien] et permettre le changement. » Comme à Gaza, l'absence de plan clair pour l'après-conflit semble être un objectif en soi. Les décideurs israéliens sont passés maîtres dans l'art de tourner les conditions anarchiques à leur avantage. Le chaos est acceptable tant qu'il reste de l'autre côté du mur.

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On trouve également des preuves de cette approche à la frontière nord d'Israël. Depuis la chute d'Assad, Israël a maintenu une présence militaire dans le sud de la Syrie, soutenu des factions séparatistes druzes et fait pression contre l'allègement des sanctions à l'encontre du gouvernement d'Ahmed al-Charaa. Depuis que le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël le 2 mars, l'armée israélienne a donné l'ordre à près d'un million de personnes d'évacuer le sud du Liban et la banlieue de Beyrouth, Dahiya (la région a donné son nom à une autre doctrine de sécurité israélienne – doctrine Dahiya – appliquée pour la première fois lors de la guerre du Liban de 2006 puis à Gaza, consistant à cibler les infrastructures civiles afin de générer une pression publique suffisante pour forcer l'ennemi à se rendre). Israël bombarde désormais le pays depuis les airs et a lancé une invasion terrestre qui pourrait s'étendre jusqu'au fleuve Litani, voire plus au nord jusqu'au fleuve Zahrani. Les forces israéliennes ont également aspergé les terres agricoles du sud du Liban avec ce que les autorités libanaises décrivent comme des niveaux dangereusement élevés de glyphosate, un herbicide qu'Israël a également utilisé dans les champs le long de la barrière frontalière de Gaza, empêchant les agriculteurs d'accéder à leurs terres.

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Les responsables israéliens ne cachent pas ce qui inspire ces campagnes. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que l'armée avait reçu l'ordre d'opérer dans le sud du Liban, « tout comme cela a été fait contre le Hamas à Rafah, Beit Hanoun et dans les tunnels terroristes de Gaza ». Lors d'une visite à la frontière nord le 6 mars, Bezalel Smotrich, ministre des Finances d'extrême droite et vice-ministre de la Défense, a déclaré aux Libanais : « Vous vouliez nous faire vivre l'enfer, vous vous êtes infligé l'enfer. Dahiya ressemblera à Khan Younès. » À la télévision israélienne le même jour, Yair Lapid, le chef de l'opposition centriste et ancien Premier ministre, a affirmé que « au final, nous n'aurons d'autre choix que d'essayer de créer une sorte de zone stérile dans le sud du Liban – pas immense, mais quelque chose de similaire à la Ligne jaune à Gaza. C'est-à-dire une zone dépourvue de villages libanais, soit une bande de terre complètement vide entre le dernier village libanais et la première colonie israélienne. Oui, cela pourrait être inesthétique, voire déplaisant, de raser deux ou trois villages libanais, mais ils l'ont bien cherché, c'est leur problème. Personne ne leur a dit qu'ils devaient devenir l'État hôte d'une organisation terroriste. »

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L'opinion publique israélienne est massivement d'accord avec ces points de vue. Les sondages indiquent que plus de 90% des Israéliens juifs soutiennent la guerre contre l'Iran, alors même qu'ils se précipitent vers les abris anti-bombes ; la plupart se disent indifférents à la souffrance des civils iraniens. Les troupes et les commandants de l'armée sont plus à droite, plus nationalistes et plus religieux que par le passé, avec un nombre croissant de membres issus des colonies de Cisjordanie. Les généraux se méfient souvent des ministres du gouvernement et s'opposent à eux, mais finissent par exécuter leurs ordres. Malgré les nombreuses querelles politiques internes des Israéliens, ceux-ci parviennent généralement à s'unir pour infliger de la violence aux autres, ignorant toute voix dissidente venant de l'intérieur.

La dissidence venant de l'extérieur d'Israël, quant à elle, s'est avérée inoffensive. Les capitales arabes et européennes ont peut-être été indignées par les bombardements israéliens à Gaza et ont condamné sa politique d'affamement, mais leurs actions concrètes se sont limitées à des sanctions très restreintes. Les échanges commerciaux et les voyages entre Israël et l'Europe se sont poursuivis librement, tout comme le flux de la plupart des armes. Aucun État arabe n'a suspendu son accord de normalisation avec Israël. L'administration Trump, aussi imprévisible que son prédécesseur démocrate, a eu des différends avec Netanyahou, mais continue de fournir des armes lourdes et a fait pression sur ses alliés pour qu'ils ne prennent pas de mesures plus sévères contre Israël. Le plan de cessez-le-feu à Gaza ne ressemble en rien à une voie vers la paix. Le Conseil de la paix dirigé par Trump a vanté des visions dystopiques, générées par l'IA, d'une « nouvelle Gaza ». Pendant ce temps, l'armée israélienne attaque à sa guise, tuant plus de 650 Palestiniens depuis le début de la trêve et restreignant l'acheminement de l'aide dont la population a désespérément besoin. Faisant écho aux déclarations d'autres responsables, le chef d'état-major de l'armée israélienne, Eyal Zamir, a qualifié la « ligne jaune » – qui, en vertu de l'accord de cessez-le-feu, coupe près de 60% de la bande de Gaza – de nouvelle frontière d'Israël. En Cisjordanie, les attaques des colons et de l'armée ont chassé des milliers de personnes de leurs terres. Certains villages ruraux et camps de réfugié·e·s sont désormais en ruines. Le gouvernement Netanyahou accélère l'annexion du territoire sans rencontrer pratiquement aucune protestation de la part de l'opposition. Même l'Autorité palestinienne, qui a longtemps été un atout pour l'occupation, est désormais considérée comme une nuisance dont on peut se passer.

Bien que la plupart des États arabes et européens soient en privé indignés par l'offensive israélo-américaine en Iran, craignant de s'attirer les foudres de Washington, ils ont réservé leurs condamnations publiques aux actes de représailles de l'Iran (il y a des exceptions : le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié la campagne d'« injustifiée et dangereuse » ; Trump a répondu en menaçant de « couper tout commerce » avec ce pays). Les Israéliens estiment avoir encore plus de liberté d'action qu'ils ne l'imaginaient et semblent imperturbables face à ce que le monde pense de leurs actions. Le pays ne donne plus la priorité à la normalisation des relations avec des États du Moyen-Orient tels que l'Arabie saoudite, qui a de toute façon rejeté une telle perspective tant que la question de l'État palestinien n'est pas sur la table. Il tient pour acquis ses traités de paix avec l'Égypte et la Jordanie, et part du principe que l'alliance avec les Émirats arabes unis – l'un des partenariats les plus fructueux d'Israël depuis des années – est solide. Israël s'intéresse désormais moins à la mise en place d'une architecture de sécurité équilibrée avec ses voisins qu'à la consolidation de sa suprématie dans la région, aux côtés des États-Unis. Il veut une ligne de vue dégagée de Rafah à Téhéran, et pratique la terre brûlée entre les deux pour y parvenir.

***

Mais les Gardiens de la révolution iraniens ripostent de la même manière, étendant les combats à toute la région et bloquant des voies commerciales vitales comme le détroit d'Ormuz afin de faire payer à tout le monde le prix de la guerre. Les États-Unis ont donné une version confuse et incohérente de leurs objectifs de guerre, et le désir apparent de Trump de mener une campagne rapide et décisive a jusqu'à présent été démenti. L'opinion publique américaine, y compris une partie de la base républicaine de Trump, est majoritairement opposée à la guerre. Aussi hostiles qu'ils puissent être envers l'Iran, les États arabes et musulmans sont également furieux contre Israël et les États-Unis. Les ennemis d'Israël n'ont pas complètement disparu : le Hamas conserve le contrôle de certaines parties de Gaza, le Hezbollah continue de jouer un rôle dans la politique libanaise, les Houthis sont retranchés au Yémen, et une République islamique répressive et vindicative ne s'effondrera pas si facilement.

Reste à voir si tout cela reviendra hanter Israël. Deux ans et demi de guerre ininterrompue ont faussé son sens de la normalité. Des tensions politiques, économiques et sociales non résolues continuent de bouillonner, à l'approche des élections prévues d'octobre 2026. Les méthodes d'Israël sont considérées dans le monde entier comme des affronts à l'ordre mondial, tandis que la Cour pénale internationale (CPI) examine toujours les allégations selon lesquelles il aurait commis des crimes contre l'humanité. Alors que les missiles pleuvent à nouveau depuis l'Iran et le Liban, les Israéliens pourraient bien commencer à se demander si leurs doctrines militaires leur garantissent réellement la sécurité. Jusqu'à présent, cependant, la réponse a été de frapper encore plus fort. Si la Palestine est un laboratoire pour le nouvel ordre régional, le monde devrait être très inquiet. (Article publié par la London Review of Books dans son numéro du 2 avril, article écrit le le 20 mars 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)

Amjad Iraqi est chercheur auprès du International Crisis Group.

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La stratégie iranienne, moyens limités, impact maximum

Acculé, le régime iranien livre à des adversaires mieux dotés une guerre géoéconomique épousant une logique du « rendement maximal ». Celle-ci consiste à infliger, avec des (…)

Acculé, le régime iranien livre à des adversaires mieux dotés une guerre géoéconomique épousant une logique du « rendement maximal ». Celle-ci consiste à infliger, avec des ressources restreintes, un maximum de dégâts économiques. Pour Téhéran, l'enjeu de cette approche n'est autre que sa survie en tant qu'État souverain.

Tiré d'Orient XXI.

Piégée depuis sa fondation aux marges de l'économie politique internationale, la République islamique porte pourtant son combat actuel contre Israël et les États-Unis sur le terrain de la géoéconomie, autrement dit à la confluence des sphères de la géopolitique et de l'économie.

Cette option est d'autant plus surprenante si l'on tient compte de deux données. La première est que ce sont deux pays cumulant des nœuds géoéconomiques (1) de premier plan et profondément interconnectés qui lui livrent depuis le 28 février 2026 une guerre existentielle. La seconde est que la position de l'Iran aux marges de la mondialisation s'explique par la mobilisation à son encontre d'un instrument géoéconomique par excellence – celui des sanctions.

Or, en arsenalisant la géographie économique de son environnement immédiat, l'Iran a procédé à un renversement : porter la guerre qu'on lui fait sur son territoire – et dont l'enjeu est sa survie en tant qu'État souverain (2) – au cœur de l'économie internationale, et au sein du système politique et du tissu socioéconomique états-unien.

Faire de nécessité vertu

C'est peu dire que le rapport de force économique et technologique, qui informe la capacité à financer et mener la guerre, est défavorable à l'Iran. Face à l'échelle et à l'interconnexion des complexes militaro-industriels, écosystèmes d'innovation et marchés de capitaux des États-Unis et d'Israël, l'Iran fait figure de périphérie.

Même en faisant abstraction des États-Unis (3), Israël constituerait sur les plans économique et technologique un adversaire supérieur à la République islamique. En 2024, le produit intérieur brut (PIB) israélien était ainsi près de 14 % supérieur à celui de l'Iran, alors que la population iranienne est plus de neuf fois plus élevée.

Cette situation est en partie le résultat d'une articulation réussie d'Israël à trois grands pôles de l'économie politique états-unienne – politique, financier et technologique –, à savoir Washington, New York, et la Silicon Valley. C'est à Washington que se décide le soutien militaro-financier à Israël, premier pays récipiendaire de l'aide états-unienne – 300 milliards de dollars (260 milliards d'euros) en termes réels (4) depuis sa fondation en 1948, et 21,7 milliards de dollars (19 milliards d'euros) entre octobre 2023 et octobre 2025. À New York, Israël est le troisième pays étranger le plus représenté à l'indice boursier Nasdaq, intense en valeurs technologiques. Quant à la Silicon Valley, elle est le siège d'entreprises technologiques ayant réalisé des investissements conséquents en Israël. En 2025, les seules entreprises israéliennes de cybersécurité Wiz et CyberArk ont été acquises pour une enveloppe de 57 milliards de dollars (50 milliards d'euros) (5).

À l'inverse, par une idéologie glorifiant l'autosuffisance et du fait des sanctions qui lui sont imposées, l'Iran se trouve largement isolé des flux commerciaux, financiers et technologiques internationaux. Cette situation a dégradé le potentiel de croissance, d'innovation et donc de défense de l'Iran. Elle a poussé le pays à développer des programmes d'armement appuyés sur des capacités de recherche-développement domestiques et des chaînes d'approvisionnement alambiquées, à l'efficacité réduite. Or ces programmes ont eux-mêmes souffert d'un contexte économique déprimé par une mauvaise gestion économique dont les résultats délétères ont été amplifiés par le choc macro-économique des sanctions. Ainsi, le PIB iranien s'est contracté de plus du tiers entre 2012 et 2024.

En faisant de nécessité vertu, l'Iran décide de mener une « guerre pauvre ». Un des emblèmes de cette stratégie est le modèle de drone Shahed 136, production de son industrie de la défense, dont le coût unitaire est estimé entre 20 et 50 000 dollars (entre 17 et 43 000 euros). Son interception peut quant à elle coûter plusieurs millions de dollars. L'usage de drones navals ou celui, possible, de mines flottantes pour bloquer le détroit d'Ormuz, où transitent près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole et 19 % du commerce de gaz naturel liquéfié, s'inscrirait dans la même logique de rendement maximal.

La centralité du détroit d'Ormuz

Porter la guerre dans les monarchies du Golfe, dont le PIB cumulé équivaut à près de cinq fois celui de l'Iran, pousse la même logique à de nouveaux degrés.

L'extension du conflit à leur territoire implique, pour les États du Golfe, trois niveaux de dommages : les dégâts matériels directement subis, les pertes de revenus d'exportations de biens et services et les coûts futurs – par exemple, en matière d'investissements directs étrangers non-réalisés ou de primes d'assurance renchéries – liés à la dégradation de la réputation de ces pays comme environnements sûrs et propices aux affaires.

Si les dommages et pertes à date se chiffrent déjà à plusieurs dizaines de milliards de dollars, la banque Goldman Sachs a estimé qu'un prolongement de la guerre pendant deux mois pourrait entraîner des contractions du PIB pouvant atteindre 14 % du PIB pour le Koweït et le Qatar, plus dépendants du détroit d'Ormuz pour leurs exportations. Au-delà, les efforts de diversification des économies de la sous-région pourraient se trouver menacés, mettant en péril la prospérité des six monarchies dans l'ère de l'après-pétrole.

Cependant, les actifs des fonds souverains et fonds de pension publics des pays du Golfe, dont le montant dépasse les 6 000 milliards de dollars (5 200 milliards d'euros), devrait leur permettre de faire face à la crise et à l'incertitude à venir. Aussi, c'est l'insertion profonde des monarchies du Golfe dans la mondialisation, et la centralité du détroit d'Ormuz pour leurs exportations et le marché mondial de l'énergie, qui constituent l'enjeu principal de la guerre géoéconomique de l'Iran.

Au-delà de secteurs comme la logistique, le tourisme et les transports aérien et maritime, ce sont les désordres introduits dans le marché international de l'énergie – l'Agence internationale de l'énergie ayant décrit les perturbations actuelles comme le plus grand choc qu'ait connu le secteur dans l'histoire – qui ont logé la crise au cœur de la mondialisation. Plusieurs conséquences sont possibles. La première concerne une dégradation du pouvoir d'achat des consommateurs, notamment aux États-Unis, du fait d'une poussée inflationniste portée par la hausse des prix des carburants et autres dérivés des hydrocarbures (engrais, plastiques, autres produits chimiques). La deuxième verrait la crise se propager à la production, notamment en perturbant les chaînes d'approvisionnement industrielles, y compris dans des secteurs de pointe et pour des produits à haute intensité technologique, comme les semi-conducteurs. La troisième verrait la contamination s'étendre au secteur financier, la perspective d'une augmentation des taux directeurs par les banques centrales pour répondre à l'inflation déprimant le crédit, renchérissant les emprunts publics et pesant sur les cours boursiers.

Un pari coûteux et risqué

Par la guerre géoéconomique, l'Iran espère activer une série de forces de rappel pour freiner le président américain Donald Trump. Les consommateurs-électeurs, en cette année d'élections de mi-mandat aux États-Unis, les marchés financiers, les grands acteurs industriels – notamment dans le secteur de l'intelligence artificielle, gourmand en énergie – et des alliés européens et dans une moindre mesure, asiatiques seraient soudés dans leur mécontentement. Au-delà, l'Iran souhaite dissuader durablement les États-Unis de la tentation d'un changement de régime, provoquer une désolidarisation entre Washington et Tel-Aviv et forcer une négociation devant conduire au respect de sa souveraineté, à une acceptation de sa place dans la région et à une levée des sanctions économiques.

Mais cette stratégie n'est pas sans coûts. Elle nuit durablement aux relations entre l'Iran et ses voisins du Golfe. Elle pourrait aussi convaincre d'autres pays de se joindre à une coalition contre la République islamique pour mettre un terme à la prise en otage de l'économie internationale dont elle se rendrait coupable. Elle est également susceptible d'entraîner une pression supplémentaire sur les pays en voie de développement se relevant à peine des chocs économiques induits par la pandémie et la guerre en Ukraine, isolant l'Iran jusque dans le Sud global. Mais, acculé par une guerre existentielle, sans doute, ces coûts sont-ils apparus comme relatifs – et inévitables – à Téhéran.

Notes

1- La notion de nœud géoéconomique décrit des espaces concentrant des infrastructures stratégiques pour l'accumulation et la projection de puissance, tels l'énergie, la finance, l'industrie, la technologie et le transport.

2- Comme le rappelle le politiste étatsuno-iranien Vali Nasr dans une interview avec Bloomberg publiée le 13 mars 2026, la guerre actuelle n'est pas seulement existentielle pour le régime, mais aussi pour l'Iran. Donald Trump a ainsi déclaré que la carte de l'Iran pourrait changer. Et le soutien à des éléments séparatistes au sein des minorités a toujours été envisagé par Israël comme un moyen de déstabilisation. Voir « Why Iran Isn't Breaking : Vali Nasr on the Uprising That Isn't Coming », The Mishal Husain Show, podcast de Bloomberg, visible sur Youtube.

3- Le PIB états-unien est supérieur de plus de 60 fois à celui de l'Iran, qui est inférieur à celui du Minnesota.

4- NDLR. C'est-à-dire, en prenant en compte l'inflation.

5- NDLR. Wiz a été racheté par Google pour 32 milliards de dollars (près de 28 milliards d'euros) en mars 2025, et CyberArk a été acquise par Palo Alto Networks pour 25 milliards de dollars (21 milliards d'euros) en juillet 2025.

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Québec solidaire doit esquisser, dans le cadre de sa plate-forme, les orientations de sa politique internationale

31 mars, par Bernard Rioux — , ,
Le projet de plate-forme de Québec solidaire est quasiment muet sur les questions internationales et sur la politique militaire du gouvernement Carney. Pourtant, cette (…)

Le projet de plate-forme de Québec solidaire est quasiment muet sur les questions internationales et sur la politique militaire du gouvernement Carney. Pourtant, cette politique mobilise une bonne partie des richesses produites par la majorité populaire du Québec et du reste du Canada. Les sommes colossales consacrées à l'armement sont détournées de la lutte aux changements climatiques et du développement de services sociaux répondant aux besoins de la société canadienne.

Comme parti indépendantiste, Québec solidaire ne peut définir son projet de plate-forme dans le seul cadre des compétences définies par la Constitution canadienne, comme le ferait un parti provincialiste. La seule allusion à une politique internationale (Bloc 6, mesure 1) contient une formulation qui mérite d'être critiquée : l'engagement à « moderniser la doctrine Gérin-Lajoie » pour mener « une action internationale forte et autonome ». Cette perspective est notoirement insuffisante à l'heure où les guerres impérialistes se multiplient et où le réarmement de l'OTAN s'accélère. La doctrine Gérin-Lajoie, même modernisée, ne constitue pas une politique étrangère : elle définit une extension de compétences provinciales sur la scène internationale.

C'est pourquoi nous croyons qu'il serait important que la plate-forme de Québec solidaire définisse les bases de sa politique internationale et les orientations qu'il proposerait dans le cadre des débats de la constituante, qu'il promet par ailleurs d'instituer dès son premier mandat. Voici quelques pistes en ce sens.

Québec solidaire s'oppose fermement à la logique de réarmement permanent que porte l'État canadien, qu'elle s'exprime à travers l'OTAN ou d'autres cadres militaires impériaux. Ce refus se traduit concrètement par le rejet des objectifs de hausse des dépenses militaires, par une opposition sans concession aux armes nucléaires et par un engagement actif en faveur de leur abolition totale. Il implique également de nommer clairement ce qu'est la guerre dans le capitalisme contemporain : un marché lucratif et un instrument de domination au service du profit.

Québec solidaire exprime par ailleurs sa solidarité avec les peuples contraints de se défendre contre les agressions des puissances dominantes. Cela inclut la défense de Cuba face aux attaques de l'administration Trump, la défense du Venezuela et de l'Iran face aux violations du droit international, ainsi qu'une condamnation sans équivoque des comportements génocidaires du gouvernement Netanyahu contre le peuple palestinien.

L'antimilitarisme que défend Québec solidaire ne saurait se passer de l'implication active des travailleuses et des travailleurs de l'industrie de l'armement. Le parti soutient leurs luttes syndicales et promeut la reconversion de leurs emplois et de leurs savoir-faire vers des productions socialement utiles, au service du bien commun plutôt que de la guerre.

Dans cette perspective, Québec solidaire s'engage à contribuer à la construction d'un vaste mouvement antimilitariste capable de s'opposer à la remilitarisation austéritaire en cours au Canada. Ce mouvement devra s'attaquer au cœur même de l'idéologie militariste, c'est-à-dire à cette conception réductrice de la sécurité qui se résume à l'accumulation d'armes, à l'inflation des budgets militaires et au développement d'infrastructures de guerre.

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À nous la rue

31 mars, par Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent — , , ,
MONTRÉAL, le 24 mars 2026 — Hier soir, à la suite d'une occupation pacifique du pavillon principal du Cégep de Saint-Laurent par des membres de l'association étudiante, (…)

MONTRÉAL, le 24 mars 2026 — Hier soir, à la suite d'une occupation pacifique du pavillon principal du Cégep de Saint-Laurent par des membres de l'association étudiante, l'administration du Cégep a appelé la SPVM.

14 policiers ont encerclé notre campement avec un avis d'éviction un peu avant 19h et ont évincé les étudiants présents qui peignaient des affiches et mangeaient leur souper. Les étudiants sont sortis sans résistance malgré s'être faits bousculés dans la sortie.

Plus tard dans la soirée, la population étudiante et employée du cégep a reçu un MIO de la part de la direction. Celui-ci annonçait la levée des cours du 24 au 27 mars inclusivement et contenant les citations suivantes : « Les événements malheureux d'aujourd'hui amènent la direction à revoir le modèle de gestion de la grève des étudiants et des étudiantes dans un souci de bienveillance et de sécurité pour tous et toutes. [...] Par conséquent, les personnes étudiantes ne sont plus tenues de se présenter au Cégep pour le piquetage quotidien nécessaire à la levée de cours. Nous vous remercions de votre collaboration. » C'est une tentative claire de taire la population étudiante et insinue que nous ne voulons que manquer des cours. Mais nous avons des demandes claires, dont aucune n'a été cédée par l'administration.

Ce matin, en dépit des avertissements de la direction, le piquetage a recommencé dès 5h30.Un campement a été monté vers 6h15 et nous avons atteint une centaine de grévistes vers 7h30. Comme hier, les gens ont collectivement apporté du thé, du café et des pâtisseries.

Des étudiants musiciens ont apporté des instruments, ralliant les grévistes dans une ambiance festive. Une ligne humaine a été formée devant la porte principale pour bloquer l'entrée de la direction. Les étudiants étaient bien habillés et prêts à tenir la ligne pendant aussi longtemps que nécessaire.

Vers 9h15, avec la coopération de la police, les grévistes ont quitté le terrain du cégep pour manifester dans les rues environnantes. Nous avons monté la rue Du Collège, tourné sur Saint-Germain, descendu sur Decelles et sommes retournés au cégep par l'avenue Sainte-Croix. Nous avons scandé des slogans comme « à nous la rue » et autres chants anti-austérité avec un accompagnement musical étudiant. Nous allons continuer à nous
exprimer tout aussi haut et fort tant que nos demandes ne sont pas entendues.

*****
AU CÉGEP SAINT-LAURENT, ON TIENT LA LIGNE

MONTRÉAL, le 25 mars 2026 — Ce matin, le piquetage au Cégep de Saint-Laurent a recommencé vers 5h du matin. Les étudiants, comme pendant le reste de la grève, sont arrivés avant l'aube pour monter les infrastructures permettant la continuation du piquetage.
Hier, la barricade symbolique devant le cégep avait été partiellement construite à l'aide d'une
quarantaine de bacs de recyclage du cégep. Ceux-ci ont été déplacés par l'administration pendant la nuit vers l'intérieur du bâtiment dans la Grande salle, lieu auquel les étudiants n'ont toujours pas accès. Dans les mots d'Élisabeth « Zaz » Daragon, membre de l'AECSL, « les bacs de recyclage ont plus de droits que nous. C'est ridicule. » Malgré le froid et le mépris, la population étudiante toujours aussi mobilisée a fait preuve de créativité et de volonté pour reconstruire et même étendre la barricade à l'aide de nouveaux matériaux trouvés sur le campus du cégep.

Sur la ligne de piquetage, des tentes ont été érigées, des tables et chaises ont été amenées et des bannières ont été montées. L'ambiance reste toute aussi festive et militante ; il y a de la musique, de la nourriture, des jeux et des activités. Des pancartes portant des messages
anti-austérité décorent la barricade et une planche de contreplaqué récupéré peint avec le nom de l'AECSL en fleurs orne l'entrée au stationnement. Les étudiants sont motivés et prêts à rester aussi longtemps que nécessaire.

Les négociations avec l'administration ont été rouvertes aujourd'hui. Celle-ci a encore une fois demandé à l'AECSL de laisser entrer le personnel administratif et de gestion. Nous avons
refusé. L'administration manque de transparence et ne se sent clairement pas redevable envers les étudiants. Mais le cégep sans les étudiants, ce n'est qu'une bâtisse qui croule remplie de bacs de recyclage. Nos revendications sont claires et raisonnables. Nous ne bougeons pas tant qu'elles ne sont pas mises en place.

Source :
Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent

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TOUJOURS EN GRÈVE DANS LA PLUIE FROIDE DU MOIS DE MARS

MONTRÉAL, le 26 mars 2026 — La ligne de piquetage au Cégep de Saint-Laurent tient
toujours. Suite à la répression policière de lundi et après quatre jours de grève, à travers la pluie et le froid, les étudiants restent mobilisés et vaillants dans leur lutte. La barricade tient et tiendra jusqu'à ce que nos demandes soient entendues.

Ce matin, comme tous les jours, il y avait du café et des viennoiseries pour l'ensemble des
grévistes. La musique et les jeux continuent tout autant que la mobilisation étudiante. Des
véhicules passants klaxonnent pour montrer leur soutien. De plus, nous avons reçu une visite du Centre de Formation Politique qui a donné un atelier sur la mobilisation en plus des Cols bleus qui ont joué de la musique en solidarité avec notre ligne.

Nous sommes sortis dans les rues manifester vers 13h30. Accompagnés musicalement par des étudiants, nous avons fait entendre notre mécontentement dans la rue sous les
applaudissements des passants.

L'administration reste intransigeante face à nos revendications. Nous avons été clairs : nous
demandons un local pour du personnel infirmier, le retour des locaux d'étude à la bibliothèque, la conversion des postes précaires en postes permanents et que l'administration prenne position clairement et publiquement contre les politiques austères du gouvernement. Ceci n'est pas déraisonnable. Pourtant, l'administration refuse de céder.
Nous sommes prêts à la manifestation du 27 mars à 13 au Square Dorchester et comptons
amener un gros contingent d'étudiants pour exprimer nos griefs face à la CAQ côte-à-côte avec nos camarades d'autres associations étudiantes et syndicats.

L'Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent tient aussi à prendre publiquement position contre les interventions policières contre la Société générale des étudiantes et étudiants du Collège de Maisonneuve et l'Association générale étudiante du Collège Lionel-Groulx en plus des membres de l'AECSL présents à leurs actions. Il est inacceptable de traiter ainsi des étudiants faisant usage de leurs droits de grève et de manifestation. Cette répression dramatique de la part des forces policières et du gouvernement est un symptôme des problèmes endémiques à cette administration.

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BILAN DE LA SEMAINE DE GRÈVE DU CÉGEP DE SAINT-LAURENT

MONTRÉAL, le 27 mars 2026 — La semaine de grève de l'Association étudiante du Cégep de
Saint-Laurent vient à sa fin. La barricade a été déconstruite et le campement a été levé. Le
cégep retrouve son état normal et les activités reprennent dès demain.
Nous avons participé aujourd'hui à la manifestation de la CRUES (Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale) ayant commencé au Square Dorchester à 13h. Notre contingent était fort, composé de plus d'une centaine d'étudiants et accompagné de nos emblématiques musiciens. Nous avons manifesté ensemble avec des délégations du Cégep du Vieux-Montréal, du Cégep de Maisonneuve, du Collège Lionel-Groulx, et bien d'autres, en plus de plusieurs universités, afin de faire entendre nos voix plus fort par leur mise en chœur.

La grande leçon que nous avons apprise de cette grève, c'est que la population étudiante
laurentienne est forte, créative et vaillante. Nous avons fait preuve de volonté en nous levant au petit matin pour tenir la ligne de piquetage dès 5h30 et jusqu'à 18h tous les jours. Nous avons fait preuve de ressource en construisant notre barricade à partir de clôtures, de bacs et de palettes récupérés sur le terrain du cégep. Nous avons fait preuve d'inventivité en trouvant des façons de se garder au chaud et au sec tout en restant dehors à la merci des éléments jour après jour. Nous avons fait preuve de solidarité en se tenant les coudes et en organisant des petits-déjeuners et des dîners communautaires. Nous avons fait entendre nos voix à travers des manifestations proches du cégep et loin, au centre-ville avec nos camarades. Nous avons tissé des liens sociaux sur la ligne de piquetage ; nous avons dansé, chanté, joué et manifesté ensemble tout en n'oubliant pas que nous étions présents pour une cause et un combat qui nous rassemblent tous. Nous sortons de cette grève plus forts, plus soudés et prêts à continuer la lutte.

Nous ne perdons pas de vue que l'administration n'a toujours pas cédé à nos demandes. Nous demandons toujours un local pour le personnel infirmier, le retour des locaux d'étude à la bibliothèque, la conversion des postes précaires en postes stables et une prise de position
claire et publique contre l'austérité de la part du Cégep. Nous reviendrons le premier mai.

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« Venez nous voir, on va vous montrer comment vous en passer » (Les Cyniques, groupe humoristique des années 1961-1972)

31 mars, par Jean-François Delisle — , ,
Rien n'illustre mieux la distance qui sépare la classe politique d'une bonne partie de l'électorat que le discours qui sert à justifier les compressions budgétaires, discours (…)

Rien n'illustre mieux la distance qui sépare la classe politique d'une bonne partie de l'électorat que le discours qui sert à justifier les compressions budgétaires, discours tenu par l'actuel ministre caquiste des Finances, Éric Girard. Il s'agit peut-être d'un « budget jetable après usage », comme certains commentateurs l'ont soutenu. Mais il se situe dans la droite ligne de l'ensemble des budgets présentés par les ministres des Finances depuis les années 1980, c'est-à-dire axé pour l'essentiel sur l'équilibre budgétaire, et ce au détriment des mesures sociales et de la justice redistributive.

Présenté un budget « équilibré » et « responsable » est le but ultime de la gouvernance économique néo conservatrice, un objet de fierté de la part de la plupart des ministres des Finances .La qualité de vie de la population pour eux apparaît bien secondaire. C'est ce qui se cache derrière leurs exhortations aux gens à accepter « l'austérité », c'est-à-dire des politiques de pauvreté déguisées en discipline financière.

C'est là une orientation typiquement capitaliste et bourgeoise : les différents gouvernements, tant au fédéral qu'au provincial, suivent cette politique de restrictions budgétaires à divers degrés depuis la décennie 1980. On veut un État minimaliste, qui appuie l'entreprise privée et des dépenses publiques « sous contrôle ». Sans l'avouer, les différents gouvernements qui se sont succédé au Québec depuis 1981 conçoivent plus ou moins la gestion d'État sur le modèle du privé.

La coupure entre une bonne partie de la population et la classe politique est donc flagrante. Le fait que le dernier budget Girard contient certaines mesures comme investir dans les banques alimentaires ne serait pas nécessaire si la pauvreté n'était si répandue. Le gouvernement Legault devra affronter une grève de deux semaines de la part des travailleurs et travailleuses du communautaire, ce qui en dit long sur l'étendue et l'intensité des problèmes que ceux-ci doivent affronter avec des moyens de plus en plus réduits. Il ne faut pas confondre patience et résignation.

Posons-nous la question suivante : dans une entreprise privée, combien d'actionnaires maintiendraient en poste un gestionnaire qui accumulerait des pertes due à des dépenses inconsidérées au détriment des profits ? Éric Girard aurait été vite congédié...

Cette orientation qui sévit depuis trop longtemps provient en droite ligne de l'idéologie managériale, qui s'est imposée depuis 1979, avec l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et surtout des républicains de Ronald Reagan à la Maison-Blanche en 1980. Elle prend pour modèle le fonctionnement de l'entreprise privée et veut importer, du moins jusqu'à un certain point, ses méthodes de gestion dans le secteur public. Dans cette optique, les dépenses publiques sont moins des investissements sociaux que du gaspillage. Ses tenants prônent donc un État minimal et une soumission plus poussée de la main d'oeuvre aux employeurs privés. Nous sommes là en présence d'une rupture, au moins partielle avec le keynésianisme, qui valorisait au contraire les dépenses publiques pour contribuer à maintenir un pouvoir d'achat substantiel de la population et contribuer ainsi à faire rouler l'économie. Évidemment, on ne reviendra pas à la période pré-keynésienne, les programmes sociaux et les investissements publics vont continuer d'exister, mais ils ont subi d'importants reculs depuis plus d'une quarantaine d'années (notamment le système d'indemnisation du chômage).

La population, pour sa part, est relativement insensible à l'équilibre budgétaire. Elle juge le gouvernement sur l'amélioration de ses conditions de vie. Elle croit, avec raison, que si d'aventure un coup de barre s'impose pour rétablir un certain équilibre budgétaire, le parti au pouvoir doit réduire ses dépenses aux bons endroits et avec précaution, guidé par le constant souci de ménager les services publics, ce qui n'est guère le cas actuellement. On n'a qu'à examiner l'état du système hospitalier, le recours toujours plus fréquent aux banques alimentaires et aux friperies, sans oublier la crise du logement due à la complaisance du gouvernement Legault face aux spéculateurs immobiliers. De plus, les baisses d'impôt, si chères aux néoconservateurs, privent le gouvernement de revenus substantiels. On assiste de plus à la sous-prolétarisation d'une bonne partie de la main d'oeuvre.

Dans tout ce contexte, la notion d'austérité ne représente que l'élégant manteau qui dissimule (de plus en plus mal) des politiques de pauvreté. Les inégalités sociales explosent. Les préoccupations que révèle le budget Girard apparaissent très éloignées de celles des électeurs et électrices.

C'est comme le chien qui court après sa queue : « l'austérité » aggrave la pauvreté, car elle prive le gouvernement de revenus essentiels, ce qui compromet l'équilibre budgétaire vu qu'une proportion plus ou moins considérable de gens disposent de peu de moyens pour faire rouler l'économie. Cherchez l'erreur...

Jean-François Delisle

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La réalité des travailleuses dans le milieu communautaire : quand les chiffres masquent l’épuisement

31 mars, par Stéphanie Vallée — , ,
Alors que des voix s'élèvent en prétendant que le financement du secteur communautaire aurait atteint des niveaux « historiquement élevés » et qu'il faudrait désormais se (…)

Alors que des voix s'élèvent en prétendant que le financement du secteur communautaire aurait atteint des niveaux « historiquement élevés » et qu'il faudrait désormais se tourner vers la philanthropie, les travailleuses sur le terrain constatent une réalité toute autre. Derrière les tableaux statistiques, il y a des femmes, très majoritairement, qui portent chaque jour un système abîmé. Elles prennent soin des populations de plus en plus vulnérables, avec des moyens qui restent insuffisants pour répondre aux besoins en croissance constante.

Les besoins explosent plus vite que les budgets

Oui, les montants gouvernementaux ont augmenté ces dernières années. Mais dans nos milieux, personne ne voit d'amélioration durable. Ce que nous voyons, ce sont des détresses plus profondes, des files qui s'allongent et des interventions beaucoup plus complexes qu'il y a dix ans. Les violences faites aux femmes, la crise du logement, la hausse du coût de la vie, l'explosion des problèmes de santé mentale, l'isolement, la pauvreté : voilà ce que les travailleuses du milieu communautaire affrontent chaque jour.

L'argent supplémentaire (lorsqu'il est reçu !) sert en grande partie à éviter l'effondrement, non à répondre pleinement à la demande. Le prétendu « financement en hausse » disparaît aussitôt qu'il entre : loyers en augmentation, assurances plus chères, coûts de fonctionnement qui grimpent, besoin de rehausser des salaires historiquement bas pour retenir des travailleuses au bord du burnout.

Sur le terrain, nous ne voyons pas l'abondance. Nous voyons l'épuisement. Ce n'est pas en multipliant les demandes de financement, par exemple aux nombreuses fondations qui lèvent la main, que les travailleuses arriveront à remplir la mission que leur ont donnée leur conseil d'administration, leurs membres issus des communautés ! Sans compter les nombreuses redditions de comptes qui viennent avec ces subventions par projets et les ententes avec la philanthropie.

Non, ce n'est pas un bon calcul.

La générosité des Québécois mise à mal ?

Certains affirment que le problème serait un manque de dons de la population. Mais les travailleuses du milieu communautaire le savent : les Québécois ne sont pas moins généreux, ils sont plus pauvres. Les loyers avalent une part incontrôlable des revenus, la classe moyenne glisse vers la précarité, et les personnes en situation de vulnérabilité n'ont plus un dollar de marge. De plus, les impôts ne devraient-ils pas suffire au financement du filet social ?

Les organismes ne manquent pas d'appui populaire. Nous le constaterons le 2 avril prochain devant l'Assemblée nationale. Les communautés s'impliquent autrement, elles donnent du temps, participent aux actions collectives. N'oublions pas qu'une personne sur trois aura besoin d'un organisme communautaire au cours de sa vie et s'y impliquera.

La philanthropie ne remplace pas la mission des organismes communautaires AUTONOMES

C'est une drôle d'analyse d'affirmer qu'un financement gouvernemental adéquat menacerait l'autonomie du milieu communautaire autonome, alors que la philanthropie offrirait une liberté accrue. Dans la vraie vie des organismes, c'est tout le contraire.

Les dons privés sont instables, souvent orientés vers des projets qui plaisent aux donateurs plutôt que vers les besoins urgents ou politiques, et exigent une compétition injuste entre organismes. Pour les petites équipes, la philanthropie implique : plus d'administration, plus de reddition de comptes dispersée, plus de recherche de fonds, moins de temps pour la mission. En résumé, comme dans beaucoup de sphères de notre société, plus tu es riche, plus tu as de ressources pour trouver du financement. Le fonctionnement, l'essence même des organismes communautaires autonomes avec leur approche globale, large, axée sur les personnes, force les équipes de travail à prioriser les personnes qui fréquentent leur organisme plutôt que de faire des campagnes de financement ou remplir des demandes aux fondations. Les équipes restreintes sont consacrées au déploiement de leur mission.

En plus, cette charité préconisée est davantage une évasion fiscale. Des personnes riches qui décident ce que la société devrait financer (ce qui veulent financer et comment ils le veulent aussi), au lieu que cet argent soit soumis aux décisions collectives en étant placé, comme il le devrait, dans les coffres de l'État. Alors, quand on parle d'autonomie, c'est de l'autonomie de qui qu'on priorise, celle des organismes communautaires autonomes ou celles des bien nantis ?

Ce dont nous manquons aujourd'hui, ce n'est pas de charité, mais de justice sociale, de solidarité collective et de décisions politiques courageuses.

Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice à L'R des centres de femmes du Québec.
Endossent cette lettre, l'équipe de L'R des centres de femmes du Québec et son comité de coordination composé des représentantes de chaque région.

Pages reliées

La solidarité sociale n'est pas un gala de charité, Caroline Toupin, coordonnatrice du RQ-ACA

Milieu communautaire – En déficit de charité ou plutôt de reconnaissance ?, Noémie Barolet et Charles-Philippe Laperrière du Centre communautaire Val-Martin

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Plaidoyer pour le communautaire !

31 mars, par Mohamed Lotfi — ,
Depuis mon arrivée au Québec en 1982, je consomme du communautaire. Depuis 1985, je n'ai pas cessé d'en produire. La notion était totalement nouvelle pour moi. J'y ai trouvé (…)

Depuis mon arrivée au Québec en 1982, je consomme du communautaire. Depuis 1985, je n'ai pas cessé d'en produire. La notion était totalement nouvelle pour moi. J'y ai trouvé non seulement des services et des ressources, mais aussi un espace de création, de liberté et d'épanouissement.

Une manière joyeuse d'habiter le monde. Le communautaire a été ma porte d'entrée dans un Québec qui fut jadis le royaume du communautaire. Aujourd'hui, ce royaume est en train de perdre son trône. Il est, à juste titre, à boutte.

Derrière ce mot, communautaire, il y a encore des visages, des cuisines où l'on sert des repas chauds, des salles paroissiales transformées en refuges, des intervenants pour guider les jeunes vers des chemins moins dangereux. Des maisons bleus pour accueillir des jeunes femmes enceintes. Des intervenantes et des intervenants fatigués mais debout, encore, toujours.

Le communautaire est l'héritier d'un système autrefois porté par l'Église, qui veillait sur ses ouailles en les engageant dans une action à la fois spirituelle et concrète. L'action communautaire au Québec, c'est ce qui a traversé la disparition de l'Église pour continuer de servir le bien commun. Elle porte aussi, incontestablement, une part de l'héritage des Premières Nations. Ce qui relevait au départ du survivre ensemble s'est transformé, grâce au communautaire, en un véritable vivre-ensemble.

En 1994, Jacques Parizeau, au tout début de son mandat comme Premier ministre, plaçait l'action communautaire au cœur d'un projet social. Pour lui, un Québec souverain était un pays foncièrement communautaire. Dans son premier discours d'orientation, marqué par l'enthousiasme, il reconnaissait clairement le rôle essentiel du communautaire dans le tissu québécois. Il ne s'agissait pas d'un simple complément à l'État, mais d'un levier vivant, enraciné dans les réalités locales, capable de rejoindre là où les grandes structures échouent. Un discours conséquent, dans lequel Parizeau annonçait des investissements importants.

Cette reconnaissance n'était pas anodine. Elle traduisait une compréhension fine de ce que le communautaire incarne. Une proximité que les institutions ne peuvent pas toujours offrir. Une souplesse aussi. Là où les politiques publiques sont lentes, les organismes agissent vite. Là où les formulaires découragent, ils accueillent sans condition. C'est aussi là que les nouveaux arrivants peuvent cultiver leur appartenance citoyenne dans leur société d'accueil. Pour moi, le communautaire a été le meilleur remède contre le communautarisme. Contre l'enfermement.

Force est de constater aujourd'hui que le soutien politique à l'action communautaire s'est effrité. Le Québec est en train de se priver de ce qui le distingue profondément, de ce qui lui donnait une forme de souveraineté.

Le communautaire est désormais largement absent des discours politiques et médiatiques. Il est aussi de moins en moins présent dans les choix budgétaires. À titre d'exemple, le budget 2025-2026 ne prévoit qu'environ 22,9 millions de dollars pour l'ensemble du milieu communautaire, alors que les besoins sont estimés à 2,6 milliards. Dans certains cas, on observe même des reculs, comme une diminution de 4,2 millions pour les organismes soutenant l'intégration des personnes immigrantes. Ailleurs, les montants annoncés tiennent davantage du symbole que d'un réel soutien. Quelques millions dispersés entre différents secteurs, parfois à peine quelques centaines de milliers de dollars.

À cela s'ajoute une indexation insuffisante des subventions, bien en deçà de l'augmentation réelle des coûts, ce qui équivaut, dans les faits, à une coupure déguisée. Pendant ce temps, l'État impose des compressions globales et limite la croissance de ses dépenses, ce qui se répercute directement sur les organismes. Même lorsqu'il n'y a pas de coupures franches, il y a un étouffement progressif.

Oui, le communautaire est à boutte. Le slogan claque, brut, sans détour. Il ne cherche pas à séduire, il cherche à réveiller.

Les organismes communautaires répondent à la pauvreté, à l'isolement, à la détresse psychologique, à la violence, à l'insécurité alimentaire. Ils colmatent les brèches d'un système qui craque de partout. Mais leurs moyens, eux, n'ont pas suivi, ou si peu.

Pour avoir été à la fois témoin et acteur, je peux dire que les années 80 et 90 ont été un âge d'or du communautaire. La radio communautaire en portait l'écho, et les anciens regardent aujourd'hui cette époque avec une certaine nostalgie.

Lors d'un colloque tenu les 25 et 26 mars dans le cadre de la Semaine d'actions contre le racisme, Lela Savić, fondatrice, directrice générale et rédactrice en chef de La Converse, évoquait la situation actuelle. Pour elle, « le communautaire n'est pas à boutte, il est brûlé ». Son constat rejoint de nombreux témoignages recueillis ces dernières années. Des intervenants parlent d'épuisement chronique. L'un d'eux confiait que"le plus difficile est de devoir refuser une aide, fermer une liste d'attente, détourner le regard faute de moyens". Ce sont des blessures invisibles, mais profondes.

Le communautaire, ce n'est pas une abstraction. C'est une femme qui trouve enfin un endroit sécuritaire. C'est un jeune qui décroche moins parce qu'un adulte croit en lui. C'est un aîné qui mange chaud. C'est aussi un filet social qui empêche des chutes irréversibles. Quand ce filet s'effiloche, ce sont des vies qui basculent.

Le paradoxe est cruel. Plus les besoins augmentent, plus les ressources stagnent. Le financement est souvent précaire, fragmenté, conditionnel. Beaucoup d'organismes vivent au rythme des projets, des subventions temporaires et de redditions de comptes lourdes. On leur demande d'innover, tout en les maintenant dans une insécurité constante.

Certains sont aujourd'hui au bord du gouffre. D'autres envisagent carrément de fermer. Et ce ne sont pas de petites pertes. Chaque fermeture, c'est un quartier qui perd un repère. C'est une porte qui se ferme pour les plus vulnérables.

Ce qui frappe, c'est le décalage entre les discours et la réalité. On reconnaît l'importance du communautaire, on le cite comme faisant partie du modèle québécois. Mais dans les faits, on participe à son déclin.

Il y a quelque chose de profondément injuste à demander à des gens déjà engagés corps et âme de porter encore plus sans leur donner les moyens de tenir. Le dévouement ne peut pas être une politique publique. La bonne volonté ne remplace pas un financement stable.

Et pourtant, malgré tout, ils tiennent. Par conviction, par solidarité, par attachement à leur milieu. C'est admirable. Mais ce n'est pas durable.

Le slogan dit que le communautaire est à boutte. Il faut l'entendre comme un avertissement, pas comme une fatalité. Derrière l'épuisement, il y a encore une force immense. Mais cette force a besoin d'être reconnue autrement que par des mots.

Revenir à l'esprit de 1994 ne signifie pas céder à la nostalgie. Cela signifie retrouver une ambition. Celle de considérer le communautaire non pas comme un coût, mais comme un investissement. Non pas comme un dernier recours, mais comme une composante essentielle du vivre ensemble.

Le Québec s'est aussi construit à travers ces réseaux d'entraide. Les fragiliser, c'est fragiliser ce que nous sommes.

Alors la question n'est plus de savoir si le communautaire est important. Nous le savons déjà. La vraie question est simple. Sommes-nous prêts à lui donner les moyens de continuer à exister, pour vrai ?

Il y a dans le communautaire des êtres d'exception qui méritent notre reconnaissance. Organiser un gala annuel pour les récompenser, serait la moindre des choses. Une façon de célébrer une des plus belles activités humaines et lui donner une force politique. J'en ai croisé plusieurs lors de ce colloque de deux jours. Un des plus illustre est Mohamed Mimoun, appelé Momo, agent de mobilisation et de développement au Forum jeunesse de St-Michel. À lui seul, cet homme fait le travail d'une armée de fonctionnaires. La communauté lui doit beaucoup. En attendant qu'il reçoive très bientôt je l'espère la médaille de l'Assemblée Nationale, nous saluons tous son travail inestimable auprès des jeunes.

Celui qui m'a le plus impressionné à la fin de ce colloque est un jeune de 17 ans. Il s'appelle Amine Zakaria, formé en journalisme à l'école la Converse, fondée par Lela Savic. Organisme communautaire consacré aux jeunes. Son rap pour clore sa présentation est un hymne à la jeunesse québécoise.

« Je m'appelle Amine, je suis québécois et je vous emmerde ». Cette dernière phrase d'Amine, à elle seule, est la plus belle déclaration d'amour d'un citoyen issu de l'immigration à sa société d'accueil. C'est aussi le fruit d'une action magistralement communautaire.

Mohamed Lotfi

27 Mars 2026

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Pourquoi la grève et pourquoi la reconduire ?

31 mars, par Comité de mobilisation de l'ADÉPU — , ,
L'assemblée de L'Association des étudiantes et étudiants en philosophie de l'Université de Montréal (ADÉPUM) a voté le 25 mars en faveur d'une deuxième semaine de grève. À (…)

L'assemblée de L'Association des étudiantes et étudiants en philosophie de l'Université de Montréal (ADÉPUM) a voté le 25 mars en faveur d'une deuxième semaine de grève. À travers cette action, nous poursuivons les revendications de l'appel initial à la grève du 23 au 27 mars.

Ces dernières consistent en un soutien à la Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale (CRUES), qui milite contre les mesures d'austérité qui pèsent depuis 40 ans sur nos établissements postsecondaires. En concordance avec la CRUES, l'ADÉPUM milite également pour une réforme significative de l'aide financière aux études (AFE). Elle demande notamment le retrait du principe de contribution parentale, et que les dépenses de subsistance soient indexées au coût de la vie, car ce que l'AFE prévoit actuellement estloin de correspondre à la réalité vécue par nos membres 1. En outre, nous voulons également augmenter la pression en faveur de la rémunération des stages. Les stages non rémunérés obligatoires à la formation concernent directement notre population étudiante inscrite en enseignement de la philosophie au collégial. Pour cette deuxième semaine, l'ADÉPUM maintient son opposition militante à l'austérité dans le secteur public en solidarité avec le milieu communautaire 2 .

De plus, l'ADÉPUM affirme son opposition à la loi 94, qu'elle juge discriminatoire et antiféministe, considérant additionnellement qu'elle entrave les libertés d'expression et de croyance des travailleur·euse·s dans le secteur public. Nous voulons aussi profiter de cette seconde semaine pour s'opposer aux mesures autoritaires proposées par les projets de loi 1, 3, 7 et 13, qui limitent les droits à la manifestation et à la contestation démocratique. En même temps que le gouvernement nous oblige à travailler d'autant plus fort pour subvenir à nos besoins, il criminalise toute forme d'opposition à sa gouvernance délétère. Nous dénonçons donc avec vigueur l'ingérence dans la contestation dont fait preuve le gouvernement actuel, dans ce que nous considérons comme un effort de museler la voix d'une partie de la population.

C'est afin de souligner notre opposition, de mettre en place des initiatives de
sensibilisation et d'éducation, et de cultiver une résistance aux mesures autoritaires et antidémocratiques de la CAQ que l'ADÉPUM a voté une reconduction de la grève pour une semaine supplémentaire. Il s'agira, pendant cette semaine, de mobiliser et de sensibiliser en faveur d'une mouvance sociale plus large et de développer nos liens avec le milieu communautaire.

À cet égard, nous tiendrons une école populaire, qui aura lieu pendant notre semaine de grève supplémentaire. Son but est de discuter d'enjeux qui nous tiennent à cœur et nous inquiètent, en tant que personnes étudiantes, mais aussi de tisser des liens avec les membres des communautés étudiantes, enseignantes et militantes de Montréal. Nous voulons reprendre les moyens de notre éducation entre nos mains, et les partager avec nos communautés.

Cette rupture dans la routine quotidienne nous permettra de cultiver l'esprit critique qu'appelle notre époque politique, esprit critique que le gouvernement actuel tente d'écraser. Nous visons à nous hisser nous-mêmes et nos communautés environnantes à la hauteur des mouvements sociaux qui se préparent au sein du mouvement étudiant québécois, et partout ailleurs au soi-disant Canada, au nom d'une justice sociale qui refuse en amont une telle gouvernance.

Cette grève, pour nous, s'insère dans un contexte plus large. Le financement des études postsecondaires au Canada ne suffit pas à subvenir aux besoins de base des personnes étudiantes auxquelles on chante pourtant les louanges de l'éducation. Ainsi, l'éducation postsecondaire devient une denrée rare dont peu peuvent justifier l'achat. Les personnes étudiantes doivent subir une précarité fabriquée de toutes pièces par des gouvernements qui ne considèrent leurs universités que comme des entreprises privées afin d'obtenir un diplôme désormais incapable de garantir un emploi stable, voire un standard de vie décent.

Un coup d'oeil sur une revendication majeure : financement des études et niveau de vie Alors qu'en Ontario, le gouvernement Ford coupele Régime d'aide financière aux études de l'Ontario (RAFEO), et qu'en Nouvelle-Écosse, le gouvernement Houston coupe jusqu'à l'os dans les budgets des universités, nous nous joignons aux personnes étudiantes qui refusent de subir ces attaques frontales à plat ventre. Nous saluons les manifestations en Ontario tout comme lagrève toute récente des étudiantes et étudiants en Nouvelle-Écosse, la première en son genre dans la province maritime. Ensemble, nous luttons contre les mêmes structures iniques et liberticides qui affectent l'entièreté du pays. En effet, par ce geste de solidarité interprovinciale, nous critiquons les atteintes portées à l'éducation postsecondaire au Canada, qui sévissent depuis des décennies.

Afin de pallier ces coupures, les universités canadiennes dépendent depuis trop
longtemps de frais différentiels aberrants payés par les étudiantes et étudiants internationaux. Le modèle montrait déjà ses failles, mais l'année passée, lorsque le gouvernement fédéral a imposé un seuil arbitraire aux nombres de permis d'études octroyés aux étudiantes et étudiants internationaux — en les désignant comme boucs émissaires pour la crise du logement dont il est pourtant responsable — il réduisait d'autant plus la capacité des universités de financer leurs programmes, sans s'adresser à la cause première de la crise en éducation postsecondaire : le sous-financement des universités. Résultat ? Nos infrastructures s'effondrent, les heures d'ouvertures diminuent, nos programmes, lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes victimes des coupures, réduisent le nombre maximum d'inscrits et les frais de scolarité augmentent. Le modèle de financement actuel est insoutenable, d'où les coupures massives qu'annoncent les gouvernements provinciaux. Ce qu'il nous faut, au Québec comme partout au Canada, ce n'est pas l'exploitation continue de nos camarades internationaux ou domestiques, c'est plutôt un investissement massif dans le secteur public, c'est une fin à l'austérité.

La promesse de l'université est de nous éduquer sur le monde et sur nous-même. Un diplôme, nous dit-on, permet à une personne de s'orienter et de persévérer en elle-même comme dans sa communauté. Mais désormais, l'obtention d'un diplôme peine à garantir un emploi stable. Les universités deviennent des bêtes à profit, et ses étudiantes et étudiants — réduits au simple statut de clients — en paient littéralement le prix. Les personnes étudiantes se plient en deux afin de payer leurs études ; au lieu de se découvrir à l'université, elles s'y perdent sous une montagne de dettes, d'emplois à temps-partiel et de stress financier. L'aide financière aux études (AFE), ici comme ailleurs au soi-disant Canada, fait faillite. Nos membres, même s'iels reçoivent de cette aide financière, sont obligés de faire des sacrifices de plus en plus importants afin d'obtenir des diplômes qui leur assurent de moins en moins la possibilité de décrocher un emploi. C'est pourquoi nous demandons une réforme de l'AFE : nous exigeons un standard de vie digne pour nos membres et pour l'ensemble de la société. En effet, toustes méritent une éducation postsecondaire et une vie décente. Voilà un investissement dont un gouvernement démocratique digne de ce nom pourrait se vanter. Mais, au lieu de favoriser le développement de ses citoyens, il pince ses sous pour le secteur public, et déverse ses épargnes dans le secteur privé. C'est un choix qu'il fait sciemment, un très mauvais choix, que nous tenons à critiquer rigoureusement par la reconduction de notre grève.

En toute solidarité,
Le comité de mobilisation de l'ADÉPU

Notes
1.Par exemple, le modèle actuel de l'AFE suppose qu'une personne étudiante vivant chez ses parents ait des dépenses mensuelles de 648$, tandis qu'une personne étudiante ne vivant plus avec ses parents compterait des dépenses de 1348$ par mois (https://crues.org/wp-content/uploads/2026/03/Analyse_de_lAFE_final.pdf ).
2 https://aboutte.info/

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Global Sumud Canada dénonce le bâillonnement d’une voix pour la Palestine ; la députée européenne Rima Hassan interdite d’entrée

31 mars, par Global Sumud Canada — , ,
Global Sumud Canada - membre de la délégation canadienne de la prochaine mission civile vers Gaza - joint sa voix à celles de nombreux acteurs de la société civile québécoise (…)

Global Sumud Canada - membre de la délégation canadienne de la prochaine mission civile vers Gaza - joint sa voix à celles de nombreux acteurs de la société civile québécoise et canadienne pour dénoncer cette censure politique et la dérive répressive qui vise à réduire au silence les voix solidaires du peuple palestinien.

Le 30 mars 2026

Tiohtià:ke/Moonyang/Montréal – Global Sumud Canada, qui rassemble le soutien de plus de 130 organisations de la société civile à travers le Canada, dénonce la censure et l'interdiction d'entrée imposée par les autorités canadiennes à la députée européenne franco-palestinienne Rima Hassan, empêchée de se rendre à Montréal du 29 mars au 2 avril. Cette décision constitue un acte grave de censure politique et une atteinte directe à la liberté d'expression, révélateur d'un climat de plus en plus hostile envers les voix solidaires du peuple palestinien.

Selon les informations dont nous disposons, l'autorisation de voyage électronique de Rima Hassan, pourtant acceptée le 24 mars, a été suspendue arbitrairement à la veille de son départ vers le Canada. Cette décision opaque soulève de graves inquiétudes quant à l'indépendance des institutions canadiennes, face à des pressions politiques, notamment sionistes, qui semblent influencer des décisions relevant pourtant de l'intérêt public et du respect des droits fondamentaux. Global Sumud Canada dénonce les pressions contre la venue de Rima Hassan exercée par deux organisations sionistes qui défendent les intérêts d'Israël au Canada, B'nai Brith Canada et le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA).

Rima Hassan est reconnue internationalement comme une défenseure des droits humains et une voix majeure dans la lutte pour la justice et la libération du peuple palestinien. Dans le cadre de son mandat de députée européenne, elle devait participer à deux conférences publiques à Montréal les 30 et 31 mars, dont l'une aux côtés de la porte-parole de Global Sumud Canada, ainsi qu'à plusieurs rencontres avec des organisations de la société civile et des acteurs politiques engagés.

Il est particulièrement révélateur que cette interdiction intervienne précisément alors que les conférences prévues portaient sur la censure, la criminalisation des solidarités et la montée de l'extrême droite. Le message envoyé par cette décision est qu'au Canada, les voix qui dénoncent les politiques israéliennes et les complicités internationales sont ciblées, marginalisées et réduites au silence.

Le 1er avril 2026, Rima Hassan devait également prendre part à une conférence de presse organisée par Global Sumud Canada en soutien à la prochaine mission civile maritime vers Gaza prévue en avril 2026. Ayant elle-même participé à une mission précédente en 2025, sa présence incarnait un engagement concret pour briser le blocus illégal imposé à Gaza.

En agissant ainsi, le gouvernement canadien confirme une fois de plus sa complicité dans le maintien du statu quo, alors que le peuple palestinien continue de subir des violences coloniales et systémiques, et que les appels internationaux à la justice et à la fin de l'impunité se multiplient. Mais ces tentatives de censure ne feront pas taire le mouvement. Elles confirment au contraire que la mobilisation grandit, qu'elle dérange, et qu'elle est nécessaire.

Global Sumud Canada réaffirme son engagement à poursuivre la lutte pour la justice, la liberté du peuple palestinien et à défendre, ici même, les espaces démocratiques menacés. Même si l'entrée physique de Rima Hassan a été empêchée, sa voix continuera de se faire entendre, notamment à travers la tenue de ces événements à distance.

Parce que chaque tentative de censure renforce notre détermination.

Parce que chaque voix réduite au silence en appelle mille autres.

Par la mer. Par la terre. Dans les rues. Dans les campus.

La lutte continue.


Citation

« L'interdiction d'entrée de Rima Hassan au Canada ne peut être comprise en dehors d'un contexte plus large de répression croissante du mouvement de solidarité avec la Palestine au Canada. Elle s'inscrit dans une dynamique politique où des pressions constantes exercées par des groupes pro-israéliens influencent les décisions publiques, au détriment de la liberté d'expression, du débat démocratique et du droit à la solidarité internationale. Ce deux poids, deux mesures est d'autant plus frappant que des militaires israéliens sont régulièrement invités à intervenir dans des universités et dans les médias au Canada, sans faire l'objet des mêmes restrictions ni du même traitement. » déclare Safa Chebbi, porte-parole de Global Sumud Canada

Global Sumud Canada (GSC) est la délégation canadienne de la Global Sumud Flotilla, un mouvement international d'action coordonnée et non violente — par voie terrestre, maritime et à travers les frontières — visant à mettre fin au siège illégal imposé par Israël à Gaza, à dénoncer les complicités qui permettent la poursuite de l'occupation et à se tenir aux côtés du peuple palestinien.

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L’industrie des combustibles fossiles ressort son manuel de guerre de 2022

31 mars, par Nick Gottlieb — , ,
L'industrie et ses alliés politiques se servent une nouvelle fois des conflits mondiaux pour affirmer que le Canada doit accroître sa production de combustibles fossiles 11 (…)

L'industrie et ses alliés politiques se servent une nouvelle fois des conflits mondiaux pour affirmer que le Canada doit accroître sa production de combustibles fossiles

11 mars 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : Un incendie ravage le dépôt pétrolier de Shahran à Téhéran après que des frappes aériennes israéliennes ont touché le site. Photo gracieusement fournie par OSINTtechnical/X.

« Alors que de graves pénuries d'énergie s'aggravent en Europe, le rôle du Canada en tant que fournisseur mondial d'énergie progressiste et fiable pourrait faire partie de la solution énergétique, déclare un porte-parole d'une coalition citoyenne canadienne. »

« Le statut du Canada en tant que source de combustible politiquement fiable en fait une cible attractive pour les investissements visant à répondre aux besoins énergétiques futurs. »

« Le Canada figure parmi les leaders en matière de fourniture d'énergie fiable… Le Canada s'impose plus que jamais comme un partenaire de choix pour l'Europe ; et l'Europe a tout intérêt à signer des contrats à long terme et à investir massivement au Canada. »

Ces déclarations pourraient donner l'impression d'avoir été faites cette semaine. Mais elles datent de 2022, lorsque l'industrie des combustibles fossiles a lancé une campagne de communication et d'influence bien coordonnée visant à utiliser la guerre de la Russie en Ukraine pour détruire efficacement le mouvement climatique occidental.

L'industrie a considéré l'annexion de la Crimée en 2014 et ses répercussions sur les marchés énergétiques et la politique européens comme une occasion manquée, et elle a passé la décennie suivante à s'assurer d'être prête pour la prochaine crise. Lorsque la Russie a déclenché la guerre, elle était prête, et elle a pu diffuser rapidement un message coordonné à travers ses réseaux d'influence, notamment via les médias, les groupes de réflexion, les associations professionnelles et l'accès direct aux responsables politiques.

Aux États-Unis, l'industrie des combustibles fossiles et la droite ont lancé une campagne accusant le « programme écologique de Biden » et appelant à une expansion radicale de la production de combustibles fossiles. En Colombie-Britannique, nos deux principaux partis se sont affrontés à l'Assemblée législative pour savoir lequel soutenait le plus vigoureusement l'industrie du GNL. En Alberta, le premier ministre Jason Kenney a appelé à l'augmentation de la production pétrolière avec le slogan « Le pétrole de l'Alberta vaut mieux que le pétrole d'un dictateur ». À Terre-Neuve-et-Labrador, le premier ministre Andrew Furey a déclaré que leur pétrole offshore était nécessaire « pour soulager certains de nos partenaires de l'OTAN de la tyrannie de la Russie ».

En bref, l'industrie a réussi à contrôler efficacement la manière dont les effets de la guerre sur l'approvisionnement énergétique mondial seraient discutés et perçus dans la sphère publique. Elle a profité de l'occasion pour faire passer un message clé : que la seule réponse appropriée en Amérique du Nord était d'augmenter de manière agressive la production de combustibles fossiles. Aujourd'hui, l'attaque illégale des États-Unis et d'Israël contre l'Iran a déclenché une nouvelle crise énergétique aux répercussions encore plus importantes. Les représentants de l'industrie, les groupes de réflexion et les politiciens favorables aux combustibles fossiles à travers le Canada tentent de reproduire la même stratégie politique.

Dans les deux jours qui ont suivi l'annonce de la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran, le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson — qui siégeait jusqu'à récemment au conseil d'administration du géant des sables bitumineux MEG Energy — a déclaré aux journalistes : « Ce que cela [la guerre] signifie concrètement pour notre position dans le monde en tant que superpuissance énergétique et des ressources naturelles, c'est que nous sommes aujourd'hui encore plus importants qu'avant le week-end. » Il a qualifié cette attaque illégale, qui a déjà coûté la vie à plus d'un millier de civils iraniens, d'« opportunité » et a décrit le Canada comme un « producteur d'énergie stable, fiable, prévisible et fondé sur des valeurs ».

La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, n'a pas tardé à réagir non plus, déclarant le 2 mars qu'un nouveau pipeline reliant les sables bitumineux à la côte ouest était nécessaire pour fournir « à nos partenaires commerciaux et alliés […] une source d'approvisionnement stable ».

La CBC contribue à blanchir ce nouveau discours — tout comme l'ancien — sans même ajouter la réserve habituelle « selon les analystes » : « L'escalade de la guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix spot du gaz naturel en Europe et en Asie, soulignant le potentiel du Canada à jouer un rôle plus important en tant que fournisseur mondial stable. »

Les conservateurs fédéraux utilisent la situation non pas pour protéger les Canadiens contre les chocs de prix, ce dont le Canada est tout à fait capable, mais pour promouvoir la déréglementation et une expansion radicale des projets d'exportation.

La rhétorique, la stratégie politique et la reprise médiatique sont toutes étrangement similaires à celles de 2022. La dernière fois, l'industrie des combustibles fossiles a remporté une victoire sans équivoque : les subventions aux combustibles fossiles ont doublé, les compagnies pétrolières et gazières ont engrangé des bénéfices exceptionnels records (qui sont allés principalement aux actionnaires aux États-Unis), et la restriction de l'offre de combustibles fossiles a disparu de la boîte à outils de la politique climatique, remplacée par une politique énergétique dite « tout ce qui précède ».

Leur campagne a également donné naissance à une nouvelle forme de nationalisme fondé sur les combustibles fossiles en Amérique du Nord, qui a contribué à la fois à l'ascension de Trump 2.0 en 2024 et au nationalisme ostensiblement anti-Trump et pro-combustibles fossiles de la campagne de Mark Carney.

Malheureusement pour l'industrie, la situation semble un peu différente cette fois-ci pour les clients potentiels susceptibles d'acheter nos produits énergétiques « fiables » et « fondés sur des valeurs ». La demande de GNL en Asie est déjà en baisse. Les partisans ont paradoxalement misé sur le fait que l'excédent d'offre de GNL émergent (avant la guerre) ferait baisser les prix suffisamment pour convaincre les pays asiatiques de construire une quantité énorme d'infrastructures gazières, les enfermant ainsi dans une dépendance vis-à-vis des exportations canadiennes pour des décennies.
C'était déjà fragile il y a quelques semaines. Le premier importateur indien de GNL, par exemple, a déclaré en janvier que les prix devraient baisser à 6-7 $/mmBtu pour que la demande indienne de GNL augmente, un prix probablement inférieur au seuil de rentabilité pour les producteurs canadiens, dont les coûts sont élevés.

Mais c'est désormais absurde : les prix spot du GNL en Asie ont augmenté de 50 % pour dépasser les 15 $/mmBtu la semaine dernière.

Le calcul pour les décisions d'investissement en Asie du Sud et de l'Est, et même en Europe, est simple : investit-on dans des infrastructures de combustibles fossiles — coûteuses, exposées à la volatilité des marchés des matières premières, vulnérables aux campagnes de bombardements et aux chocs géopolitiques, et soumises aux caprices de régimes fascistes — ou investit-on dans les énergies renouvelables ?

La décision prise par l'Éthiopie en 2024 d'interdire les véhicules à moteur à combustion interne semble très prémonitoire à la lumière de la crise énergétique de 2026, et elle est probablement révélatrice de la direction que va prendre une grande partie du monde. La Chine, longtemps considérée comme un puits sans fond pour la demande en combustibles fossiles nord-américains, s'engage dans cette direction aussi vite qu'elle le peut, en partie en dépensant des dizaines de milliards de dollars dans un programme de type « prime à la casse » destiné à éliminer progressivement les véhicules à essence et diesel.

La question n'est pas de savoir si la tentative de l'industrie de reproduire sa stratégie de 2022 réussira à ramener le reste du monde vers les combustibles fossiles. Elle n'y parviendra pas. La question est de savoir si l'industrie — un bloc de capitaux intégré et transfrontalier qui s'étend à la fois aux États-Unis et au Canada — réussira à accentuer la progression du « fascisme fossile » au Canada et à lier notre destin au projet moribond d'une hégémonie américaine lubrifiée par le pétrole.
C'est là qu'interviennent la gauche canadienne et le mouvement pour le climat. L'industrie a remporté une victoire décisive en 2022 et a consolidé sa position politique au cours des années qui ont suivi. C'est à nous de riposter et de veiller à ce que cette même stratégie ne puisse pas être utilisée pour contraindre le Canada à couler avec le navire américain.

Nick Gottlieb est un journaliste spécialisé dans le climat basé dans le nord de la Colombie-Britannique et l'auteur de la newsletter Sacred Headwaters. Son travail vise à comprendre les dynamiques de pouvoir qui sous-tendent les crises interdépendantes d'aujourd'hui et à explorer les moyens de les surmonter. Suivez-le sur X @ngottliebphoto.

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Le projet de loi C-12 a été adopté par le Sénat, et les travailleurs migrants sont laissés pour compte

31 mars, par Gabriela Calugay-Casuga — , ,
Le projet de loi C-12 pourrait entraîner une réduction drastique de l'immigration au Canada, créant ainsi une incertitude dans les secteurs qui dépendent des travailleurs (…)

Le projet de loi C-12 pourrait entraîner une réduction drastique de l'immigration au Canada, créant ainsi une incertitude dans les secteurs qui dépendent des travailleurs migrants.

19 mars 2026 | tiré de rabble.ca
https://rabble.ca/labour/bill-c-12-passed-senate-and-migrant-workers-are-left-in-the-dust/

Le projet de loi C-12, une loi critiquée par les groupes de défense des droits humains pour son attaque contre les migrants, a été adopté en troisième lecture au Sénat la semaine dernière. Cette évolution a été qualifiée de « dévastatrice » par Amnesty International.

Le projet de loi contient une disposition qui donnerait au gouvernement le pouvoir de bloquer les nouvelles demandes d'immigration, de suspendre le traitement des demandes existantes ou de mettre fin à des demandes si cela est dans « l'intérêt public ». Le Conseil canadien pour les réfugiés a critiqué la formulation de cette disposition, la jugeant trop vague et dépourvue de garanties, ce qui pourrait exposer certains groupes à la discrimination. Ces nouveaux pouvoirs pourraient avoir un impact sur toutes sortes de demandes d'immigration, y compris les permis de travail.

Mehak Kapoor, éducatrice en garderie en Ontario et présidente de la section locale 5575 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP 5575), dénonce la manière dont les coupes dans l'immigration nuisent à la main-d'œuvre. Elle-même immigrante, Mme Kapoor s'est retrouvée dans une situation où elle a dû démissionner et se préparer à quitter le Canada après l'expiration de son permis de travail le 16 mars.

Même avant le projet de loi C-12, les immigrants étaient déjà plongés dans l'incertitude en 2024 lorsque le gouvernement a annoncé un plan de niveaux d'immigration visant à réduire la population d'immigrants.

Le syndicat dénonce les changements apportés par le gouvernement à la politique d'immigration, qui ont créé des conditions dans lesquelles de nombreuses personnes ont dû quitter des emplois où elles effectuaient un travail précieux. Le lieu de travail de Mme Kapoor, la Learning Enrichment Foundation à Toronto, est un exemple de la façon dont l'incertitude liée à l'immigration affecte les services de garde d'enfants. Le SCFP a indiqué qu'environ 20 % du personnel de la fondation sont des travailleurs migrants titulaires de permis de travail temporaires qui expirent cette année. Le syndicat a également souligné que le secteur de la garde d'enfants à travers le Canada dépend de la main-d'œuvre migrante.

La garde d'enfants au Canada a permis à davantage de parents, et plus particulièrement aux mères, de participer au marché du travail. Mais aujourd'hui, les centres de garde d'enfants voient leurs effectifs s'amenuiser.

Jess Tomas, président du SCFP 2484, a souligné que des éducateurs qualifiés sont contraints de partir en raison des changements apportés à la politique d'immigration du Canada.

« Nous manquons cruellement de personnel. Nous ne pouvons pas prendre de congés maladie. Nous ne pouvons pas prendre de vacances. Et pourtant, ces personnes qualifiées qui sont venues ici sont renvoyées chez elles », a déclaré M. Tomas. « Et devinez quoi ? Dans cinq ans, ils vont attirer une nouvelle vague ici. Et nous aurons une nouvelle main-d'œuvre immigrée et migrante invisible qui aura été exploitée puis rejetée. »

ÉCOUTEZ : Gabriel Allahdua sur le bilan du Canada en matière de droits des migrants

Au-delà de l'impact sur la charge de travail des personnes qui restent, Mme Kapoor a déclaré que l'incertitude liée à l'immigration aura des répercussions sur les enfants qui tissent des liens avec les éducateurs.

« Quand on travaille avec des enfants, les relations comptent. Les enfants font confiance à leur éducateur. Les familles font confiance aux personnes qui s'occupent de leurs enfants », a-t-elle déclaré. « C'est tellement déchirant parce que je ne veux pas quitter mes enfants. Ce sont eux qui prononcent leurs premiers mots, font leurs premiers pas, ou apprennent mon nom et m'appellent par mon nom, ou encore quand ils entrent, me voient et courent vers moi pour un câlin. »

Alors que le projet de loi C-12 est sur le point d'être adopté, son impact sur les migrants ne manquera pas de s'ajouter aux effets du Plan des niveaux d'immigration. Lors de la conférence annuelle du CUPE Ontario destinée aux travailleurs des services sociaux, Kapoor et Tomas ont exhorté leurs collègues du syndicat à se mobiliser en faveur des travailleurs migrants. Kapoor a déclaré que le syndicat était important pour elle car il lui apportait un soutien et lui donnait une voix. Elle a ajouté que le travail visant à renforcer la solidarité avec les travailleurs migrants devait se poursuivre.

« Nous devons reconnaître que les personnes qui travaillent avec un permis temporaire sont avant tout des travailleurs. Les droits du travail, la protection sur le lieu de travail et la dignité ne devraient jamais dépendre du statut d'immigration d'une personne », a-t-elle déclaré. « Nous avons besoin de voies claires et équitables vers la résidence permanente, en particulier pour les travailleurs des secteurs essentiels comme la garde d'enfants ou les services sociaux. Si quelqu'un étudie ici, travaille ici et contribue à la communauté, il devrait avoir une réelle opportunité de rester. »

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Des cennes noires pour mettre fin au « trou noir »

31 mars, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Alors que la montée du prix du pétrole et la guerre commerciale font tanguer l'économie canadienne, l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi, composée de syndicats et (…)

Alors que la montée du prix du pétrole et la guerre commerciale font tanguer l'économie canadienne, l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi, composée de syndicats et de groupes communautaires pour la défense des sans-emplois dans tout l'Est du pays, exige une réforme majeure de l'assurance-emploi et des mesures urgentes pour soutenir les multiples oublié-es de l'assurance-emploi, et en particulier les travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière.

Tiré de l'infolettre CSN En Mouvement

Photo :Présence de la CSN au Parlement du Canada.

Une délégation d'une vingtaine de personnes provenant de plusieurs provinces est aujourd'hui à Ottawa afin de livrer un message clair au ministre des Finances : il y a urgence d'agir pour nos régions ! Munis de jarres remplies de cennes noires, les membres de l'Alliance rappellent que mettre fin au « trou noir » de l'assurance-emploi ne coûterait que… quelques cennes.

Un système qui abandonne nos régions

Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse ou Terre-Neuve : partout dans l'Est du Canada, les travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière se retrouvent chaque année sans revenu pendant plusieurs semaines à cause de paramètres administratifs mal adaptés aux réalités des régions. Pourtant, ces personnes occupent des emplois essentiels à l'économie régionale : pêche, transformation du poisson, foresterie, construction, tourisme, pourvoiries, lutte contre les incendies… Le problème est connu : entre la fin des prestations d'assurance-emploi et le retour au travail, un vide se crée. C'est ce que l'on appelle le « trou noir ».

La coalition réclame une réforme en profondeur de l'assurance-emploi afin d'en élargir l'accès et de mieux contrer les aléas du travail saisonnier. À court terme, elle demande la prolongation et l'amélioration du projet-pilote qui prend fin en octobre 2026 et octroie cinq semaines supplémentaires de prestations aux travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière. Les différents groupes demandent que cette mesure soit non seulement maintenue, mais pérennisée et bonifiée de 15 semaines.

L'Alliance apporte l'argent nécessaire au ministre Champagne

Pour dénoncer l'inaction du gouvernement face à ce problème de longue date, l'Alliance interprovinciale a apporté des cennes noires récoltées auprès des employeurs, des travailleuses et travailleurs et de la population des régions concernées.

« En apportant nos cennes noires au ministre Champagne, on veut rappeler que le problème du “trou noir”, ce n'est pas un problème financier ni une fatalité, mais un manque de volonté politique. Les 15 semaines supplémentaires dont bénéficieraient les travailleuses et les travailleurs de l'industrie saisonnière ne coûteraient qu'une cenne par 100 $ de revenu. Alors, voici les cennes : on attend maintenant l'action politique ! », déclare Fernand Thibodeau, porte-parole de l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi.


Des travailleuses et des travailleurs laissés pour compte

Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles. Des travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière et des membres de l'Alliance sont venus témoigner pour que les députés comprennent la réalité en région :

« Le système d'assurance-emploi actuel nous abandonne complètement. On exige des heures impossibles à atteindre et on réduit nos prestations avec des calculs injustes. Les travailleuses et travailleurs de la mer méritent mieux », témoigne Mandy Symonds, de la Nova Scotian Seasonal Workers Association.

« On fournit le bois, le poisson et une destination touristique au Québec. On aime notre travail. Tout ce qu'on demande, c'est de pouvoir passer l'hiver dignement », souligne Audrey Boulianne, travailleuse de l'industrie saisonnière à Tadoussac.

« Les travailleuses et travailleurs saisonniers méritent un régime d'assurance-emploi qui tienne compte de leur véritable saison de travail et de la stabilité de l'emploi dans leur région, et non des taux en constante évolution. Il est essentiel de moderniser l'assurance-emploi et d'y ajouter des mesures de soutien en cas de crise pour protéger les communautés rurales et côtières », rappelle Johan Joensen, représentant de Fish, Food and Allied Workers Union (FFAW-Unifor) à Terre-Neuve-et-Labrador.

Une réforme nécessaire pour tous les citoyens

« De moins en moins de travailleuses et travailleurs sont couverts par l'assurance-emploi, alors même que le chômage augmente. Le gouvernement doit régler ce problème. La CSN salue la décision du gouvernement de prolonger les mesures temporaires pour faire face à la crise tarifaire, dont l'octroi de 20 semaines supplémentaires pour les travailleuses et travailleurs de longue durée, mais dénoncent que trop peu y aient accès. Par exemple, les jeunes, souvent les premiers mis à pied, n'ont pas droit à cette mesure », affirme David Bergeron-Cyr, vice-président de la CSN.

« Le régime actuel continue d'exclure celles et ceux qui en ont le plus besoin. Il est temps d'avoir le courage politique de faire une réforme en profondeur », ajoute Olivier Carrière, secrétaire général de la FTQ.

Pour l'Alliance, la question dépasse largement l'assurance-emploi : elle touche à l'avenir des régions. Sans solution, préviennent les organisations, les communautés côtières et rurales continueront de se vider, fragilisant des pans entiers de l'économie canadienne. Aujourd'hui, avec leurs cennes noires, les travailleuses et travailleurs envoient un message simple au gouvernement : les solutions existent, elles sont abordables — il ne manque que la volonté politique.

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Violence conjugale - l’inaction tue | L’APTS interpelle Québec pour l’octroi de 10 jours d’absence rémunérés aux victimes

31 mars, par Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) — , ,
Une délégation de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s'est présentée aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour (…)

Une délégation de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s'est présentée aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour accueillir les parlementaires et les sensibiliser à une revendication urgente : accorder 10 jours d'absence rémunérés aux personnes victimes de violence conjugale, protégés par la Loi sur les normes du travail.

« En moins de 3 mois, on recense déjà 7 féminicides en 2026 ! Représentant une majorité de femmes, nous sommes inquiet·ète·s. Derrière ces chiffres, des femmes tentaient de survivre à de la violence conjugale. Ce qu'on demande, c'est d'accorder aux victimes le temps nécessaire pour s'en sortir, sans avoir à choisir entre leur sécurité et leur salaire. Qu'attendons-nous pour freiner l'évolution alarmante de ces statistiques ? », dénonce Isabelle Mantha, vice-présidente de l'APTS.

Québec en retard sur d'autres provinces

Aux côtés de l'Alberta, le Québec accuse un retard important. Pourtant, cette mesure déjà éprouvée ailleurs au Canada peut sauver des vies. Elle enlève l'un des obstacles qui empêchent les victimes de passer à l'action en leur permettant de se mettre en sécurité, de consulter des ressources spécialisées ou même de participer à des démarches judiciaires.

« Pour nous, cette revendication dépasse le cadre de nos conventions collectives. Protéger les victimes, syndiquées ou non, c'est l'affaire de toutes et tous. Y compris des employeurs, parce que la violence ne s'arrête pas aux portes du travail », affirme-t-elle.

Rappelons qu'à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les parlementaires ont voté à l'unanimité pour dénoncer les féminicides et améliorer la prévention. Représentant plus de 68 000 personnes - dont des professionnelles et des techniciennes en santé mentale intervenant quotidiennement auprès des victimes - l'APTS pense qu'il est temps que les élu·e·s transforment ces engagements en actions concrètes.

« Le ministre du Travail nous répond que la mesure serait trop coûteuse. Mais pouvons-nous vraiment mettre un prix sur la vie des victimes et de leurs enfants ? La vie des femmes ne devrait pas avoir à être négociée ! », conclut-elle.

Cette revendication est portée en collaboration avec l'Intersyndicale des femmes.

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Évènement de Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale, Centre des femmes de la Basse-Ville et ROSE du Nord

31 mars, par Centre des femmes de la basse-ville, Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (Portneuf-Ouébec-Charlevoix) , Rose du Nord — , ,
Le 1er avril, les féministes seront dans la rue pour exiger un meilleur financement à la mission des organismes d'action communautaire autonome et des conditions de travail (…)

Le 1er avril, les féministes seront dans la rue pour exiger un meilleur financement à la mission des organismes d'action communautaire autonome et des conditions de travail décentes.

Tiré de Facebook

➡️ ➡️➡️Les femmes représentent 80% des travailleuses du communautaire. Des femmes qui tiennent à bout de bras des organismes sous-financés qui pallient au désengagement de l'état.

Nous sommes à boutte, en colère et mobilisées !

🪧Rejoignez-nous avec vos bannières et pancartes pour cette action de visibilité.

📍Rendez-vous entre 12h15 et 12h45 au coin Langelier et Charest
ACTION MIXITE - bienvenue à tout le monde !

Une invitation du Centre des femmes de la Basse-Ville, de ROSE du Nord et du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale.

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Pourquoi un mouvement permanent de la Marche mondiale des femmes ?

31 mars, par Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) — , ,
Voici un extrait de l'analyse de la conjoncture présentée aux membres lors du bilan de la 6e action de la MMF au Québec et qui rappelle l'importance d'un mouvement féministe (…)

Voici un extrait de l'analyse de la conjoncture présentée aux membres lors du bilan de la 6e action de la MMF au Québec et qui rappelle l'importance d'un mouvement féministe internationaliste.

Tiré de l'infolettre de la CQMMF Coordination du Québec de la Marche Mondiale des Femmes
https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDqcwLcwbckCwXCwcNDnfHjCsNDTQknpbSHFXnQrbTGpFCpLDDnDsDqcxcDMMZJrl

« La conjoncture internationale s'est grandement déglinguée depuis la dernière année. Les attaques aux droits démocratiques et aux droits humains sont en hausse dans plusieurs régions du monde. Les menaces et risques de guerre sont plus nombreux actuellement.

Cette conjoncture désolante nous oblige à poursuivre notre résistance féministe et à répandre nos messages de solidarité envers les femmes et les peuples qui élèvent la voix, qui se rassemblent et se mobilisent.

Pensons particulièrement à nos compagnes de la MMF aux États-Unis qui organisent la résistance aux côtés de l'ensemble des forces progressistes en descendant dans la rue. Par cette solidarité, elles visent à créer un front uni face à la répression. En collaboration avec des groupes de la société civile, elles mènent également une réflexion sur l'inclusion et l'organisation d'une grève générale.

✊Pensons aux femmes iraniennes qui vivent une répression sauvage mais qui continuent à choisir la liberté et la vie.

✊Pensons aux femmes palestiniennes, soudanaises, ukrainiennes, afghanes et à toutes celles qui subissent la violence au quotidien, qui vivent dans la peur et la terreur.

Nous devons continuer à dénoncer les injustices et les attaques subies par les femmes et les populations concernées.

Nous devons développer encore davantage la solidarité internationale féministe en dénonçant les attaques et les abus des régimes autoritaires et hégémoniques… »

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L’ultime legs de François Legault : des lois anti-démocratiques en faveur des pollueurs

31 mars, par Tessa Bernier — , ,
« Les discours des politiciens s'envolent, mais leurs lois restent. Si on ne se réveille pas à temps, l'ultime legs de François Legault sera une liasse de modifications (…)

« Les discours des politiciens s'envolent, mais leurs lois restent. Si on ne se réveille pas à temps, l'ultime legs de François Legault sera une liasse de modifications législatives au profit des pires pollueurs. Les dirigeants de Glencore et d'autres multinationales multimilliardaires ont de quoi se frotter les mains. La CAQ leur offre sur un plateau d'argent, au milieu d'un projet de loi mammouth, des modifications à 61 lois et 13 règlements. »

Et cela sans cris, sans larme, sans inquiétude pour les habitants de la ville. En cachette. On sacrifie + ou - 25 000 (secteur urbain) êtres humains pour des profits qui quittent le pays. Les coûts en santé, en éducation seront payés par nous. Pas par Glencore.

Personnellement, oui j'envisage de déménager de ce quartier maudit. De sacrer mon camp comme je me le fais dire tout le temps par plein de "gentilles personnes" sur les réseaux sociaux quand j'exprime mon inquiétude et mon indignation de ces décisions contre l'avenir et contre les chances égales de tous les enfants du Québec et de tous les habitants du Québec. Il y a donc des citoyens de premier ordre, de 2e ordre et à Rouyn-Noranda on est au dernier niveau d'ordre. On est de l'ordre de l'ordure ? Car il est faux de croire que ce ne sont que les habitants du quartier qui sont à risque. Et les autres citoyens de la ville s'en foutent de toute cette pollution, de cette contamination. C'est pourtant toute la population de Rouyn-Noranda qui l'est ; contaminée. Cependant, tout a augmenté, les loyers, les maisons. Qui voudra de ma maison si elle est près de la fonderie ? Comment on se sort de cette situation ? Comment on protége nos enfants ? Oui jai acheté une maison dans ce quartier en 2023 car j'étais naïve. Je croyais au projet Aeris. Je connaissais des gens de coeur qui travaillaient dans ce projet et ils y croyaient.

En plus, les nouvelles ententes particulières entre le GOUVERNEMENT (qui est sensé nous représenter, qui est sensé prendre soin de ses citoyens, qui est sensé protéger les enfants afin d'assurer un bel avenir à tous ces êtres humains) et Glencore (compagnie Suisse, qui exportent ses profits avec elle, qui enrichie ses actionnaires qui ne voient que des chiffres et non les Monique, les Serge, les Mathieu et j'en passe) sera catastrophique car non seulement l'arsenic ne baissera pas, mais en plus les autres métaux lourds présents pourront aussi être augmentés. Le melting pot de tout cela, les repercussions sur la santé des citoyens de Rouyn-Noranda n'est pas connus, ni documenté précisément.
J'ai mal à toute cette perte d'humanité de la part d'un Gouvernement. Qui s'est probablement fait menacer encore une fois d'une éventuelle fermeture et probablement fait offrir de belles opportunités.

L'argent ça nourrit pas le corps.
L'argent ne s'ingère pas pour prévenir des cancer.
L'argent ça ne se met pas en capsule pour traiter les retard de développement des bébés à naître à Rouyn-Noranda.
L'argent ne sauvera pas le monde.
L'argent mènera le monde à sa perte.

De cet argent, Rouyn-Noranda ne verra jamais sa couleur. Et nous on s'intoxiquera à petit feu.

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L’énergie éolienne au Québec : un gouffre financier sans fond

31 mars, par Claude Charron — , ,
Le 4 septembre 2024 à Rimouski, François Legault s'adresse aux élus de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) : « Je fais le pari que l'éolien sera payant un jour ; (…)

Le 4 septembre 2024 à Rimouski, François Legault s'adresse aux élus de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) : « Je fais le pari que l'éolien sera payant un jour ; ça veut dire qu'on peut dans les 10-20-30 prochaines années développer en masse d'éolien puis revendre ça à profit. »

M. Legault avoue ainsi implicitement que, depuis les 25 dernières années, tous les gouvernements ayant fait le même pari éolien ont contribué à cumuler plus de $10 milliards de pertes. Hydro-Québec confirme qu'à terme, en 2040, les surcoûts générés par la filière s'élèveront à $25 milliards.(1-2) En confiant le développement éolien à des promoteurs privés, ce sont $695 millions par année qui échappent à notre société d'État et au Trésor public, soit $1,9 million chaque jour ! (3). Dans le contexte où l'éolien est mis de l'avant au nom du développement régional, c'est l'équivalent de priver chacune des 1091 municipalités du Québec de redevances annuelles de $640 000.

Mais il y a pire.

Les 5e et 6e appels d'offres retenus récemment par Hydro-Québec entraîneraient des pertes de plusieurs centaines de millions par année. Depuis la pandémie l'augmentation effrénée du coût des matériaux, du transport, de la main d'œuvre et du capital fait en sorte qu'il en coûte au minimum 13 cents/kWh à Hydro-Québec pour intégrer l'énergie éolienne dans le réseau. La revente à 8 cents/kWh aux ménages québécois et à 5 cents/kWh à la grande industrie explique ce déficit. Le récent contrat de vente d'électricité au Massachusetts, transigé à 9 cents/kWh par année pendant 20 ans, fera économiser aux États-Uniens $150 millions par année sur leur facture d'électricité au détriment des abonnés d'Hydro-Québec qui, depuis dix ans, sont frappés d'une hausse de 10-15 % pour éponger les surcoûts de l'éolien (4).

Pire encore.

Au printemps 2026, Hydro-Québec s'apprête à lancer un 7e appel d'offres pour un approvisionnement éolien potentiel de 6 700 MW. Il s'agit de déployer 1 000 éoliennes gigantesques de 690 pieds de hauteur (250 pieds de plus que les éoliennes actuelles) assorties de 5 000 km de nouvelles lignes de transport, et cela dans les zones les plus densément peuplées du Québec et en territoire agricole protégé. Un scénario catastrophe pour les riverains, qui verraient leur milieu de vie transformé en zones industrielles. Non seulement auraient-ils à en subir les nombreux impacts, mais ils devraient, comme tous les Québécois, financer à perte ce projet pharaonique.

Selon l'analyste-expert en énergie Jean-François Blain : « même dans le meilleur des scénarios, les consommateurs se verraient refiler d'ici 10 ans une hausse de 50 % sur leur facture d'électricité. De plus l'attribution à des projets industriels de blocs d'électricité à un tarif inférieur à la nouvelle production d'énergie générerait un manque à gagner de $22 milliards sur 20 ans »(5).

L'ampleur du scandale financier de la filière éolienne n'a d'égal que les besoins criants de la province en santé, en éducation, en logements abordables, en infrastructures routières, en gestion de l'eau, alors que nos lacs et nos rivières sont fortement contaminés, etc.
L'adoption sous bâillon, en 2025, de la loi 69, non seulement confirme, mais consolide la participation du privé dans la gestion de nos ressources énergétiques, en plus d'accélérer son emprise sur le territoire. Les promesses d'Hydro-Québec de s'acquitter de la maîtrise du développement éolien, en conformité avec sa mission sociale, devront attendre. (6) Du même souffle, le rôle de la Régie de l'Énergie est amputé au profit de l'État dans sa poursuite d'un agenda énergétique accéléré, rigide et unilatéral, dirigé essentiellement vers un développement industriel énergivore.

Est-il légal d'agir en contradiction des statuts et de la mission d'Hydro-Québec en confiant le développement de nos ressources énergétiques à des firmes privées qui s'approprient la rente éolienne, une richesse collective ? Est-il légal pour les municipalités d'investir l'argent des contribuables, sans leur permission, dans des projets éoliens privés ? (7) Est-il légal d'autoriser des appels d'offres et des contrats déficitaires, de vendre à perte l'énergie nécessaire à notre propre développement ? La filière éolienne ne traîne pas seulement une lourde dette, mais également un lourd déficit démocratique.

Les enjeux énergétiques en lien avec l'occupation du territoire et la qualité de vie des citoyens doivent faire partie d'un débat de société global et inclusif. Un moratoire éolien immédiat s'impose, prévoyant notamment l'abandon de l'appel d‘offres d'Hydro-Québec visant le Sud du Québec. Doit-on cribler la province de structures industrielles démesurées, de la frontière américaine en passant par la vallée du Saint-Laurent jusqu'au rocher Percé ? Bien sûr que non. Sinon adieu la Belle Province, adieu la quiétude, la paix sociale, l'attrait rural ; beaucoup de rêves risquent de s'écrouler à l'ombre des éoliennes. (8)

En attendant de faire des choix éclairés et rassembleurs, il existe des alternatives. Les meilleurs gisements éoliens, bien identifiés, situés à proximité des barrages et des lignes de transmission, ne généreraient pas seulement de hauts rendements, mais également la nécessaire acceptabilité sociale et d'importantes économies d'échelle. Les premiers projets éoliens arrivent à échéance et offrent des centaines de sites dont le potentiel énergétique pourrait être rehaussé sous la responsabilité exclusive d'Hydro-Québec (rachat), en privilégiant les territoires non habités. Renforçons les mesures d'efficacité et d'économie. Rapatrions l'énergie de nos barrages jadis confiés au privé.

Le dictat de l'État, la croissance à tout prix et le culte du profit lié au privé caractérisent le carcan éolien qui étouffe le Québec. Le prochain gouvernement aura t-il la lucidité et le courage de rétablir la démocratie et les contre-pouvoirs, de mettre fin au saccage du territoire, de colmater ce gaspillage éhonté, ce scandale financier sans précédent dans l'histoire du Québec ?

Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de L'Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d'élus

(1) Michel Morin, $23 milliards sur 25 ans pour l'éolien déjà en place, JDM, 9 avril 2016
(2) Pierre Couture, $2.7 milliards pour brancher les éoliennes au réseau d'Hydro-Québec, TVA Nouvelles, 28 novembre 2018,
(3) IEDM, Les coûts croissants de la production d'électricité au Québec, Youri Chassin, juin 2013
(4) Sylvain Larocque, Électricité : les Américains économiseront $150 millions par année grâce à Hydro-Québec, JDM, 27 novembre 2025
David Descôteaux, Contrat d'électricité au Massachusetts, JDM, 17 janvier 2026
(5) Jean-François Blain, analyste-expert en énergie, Quelle transition ?, février 2026.
(6) IREC, La privatisation de l'énergie éolienne et l'impact sur la mission d'Hydro-Québec, Noël Fagoaga, Krystof Beaucaire, mars 2024
(7) IRIS, Énergie éolienne au Québec : une filière en manque de planification et de transparence, Krystof Beaucaire, 26 novembre 2025
(8) Francis Halin, « Ça nous pogne au cœur » : il voit son avenir disparaître dans l'ombre des éoliennes, JDM, 6 mars 2026

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Un moratoire maintenant : non au détournement du vent !

31 mars, par Regroupement vigilance énergie Québec — , ,
Laval, le 28 mars 2026 — Un regroupement de plus de 25 comités citoyens à travers le Québec unit sa voix pour réclamer un moratoire sur le développement éolien, et ce, jusqu'à (…)

Laval, le 28 mars 2026 — Un regroupement de plus de 25 comités citoyens à travers le Québec unit sa voix pour réclamer un moratoire sur le développement éolien, et ce, jusqu'à la tenue d'un BAPE générique sur la filière. (Consultez la liste des membres de cette coalition ici)

Plus de 800 éoliennes pourraient être implantées dans la vallée du Saint-Laurent au cours des prochaines années.

Rassemblements citoyens :

Laval : 28 mars 2026 à 8h30 au Château Royal, 3500 boulevard du Souvenir, Laval
En ligne : Image et vidéo en direct sur https://www.facebook.com/rvequebec/
La zone agricole principalement visée

La Montérégie, les Laurentides, Lanaudière, l'Estrie, le Centre-du-Québec et Chaudière-Appalaches sont visés par un appel d'offres éolien prévu en avril. Ces projets concernent majoritairement des territoires agricoles, comme l'illustre l'affiche de la mobilisation.

Les éoliennes projetées sont plus imposantes que celles des premiers parcs en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, tout en étant implantées plus près des habitations.

« Sommes-nous en train de sacrifier des communautés rurales et des terres agricoles pour une énergie dont la nécessité n'est pas démontrée ? » questionne Janie Vachon-Robillard, du Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ), qui coordonne l'action des différents comités à travers la province.


Une orientation précipitée et incohérente

Les récentes décisions en matière énergétique ont été prises sans vision d'ensemble ni réelle consultation démocratique : attribution de milliers de mégawatts à des projets industriels, accélération du développement éolien, ouverture accrue au secteur privé et affaiblissement de certains mécanismes d'évaluation environnementale.

Des nuisances et des risques insuffisamment évalués

Il est essentiel d'évaluer rigoureusement les impacts sur la santé humaine et animale, ainsi que sur les sources d'eau potable. Une distance adéquate entre les éoliennes et les habitations doit être assurée afin de garantir une intégration harmonieuse et socialement acceptable.

Sans ces conditions, les projets éoliens risquent de susciter une contestation croissante. Un BAPE générique permettrait de définir un cadre de développement responsable, respectueux des milieux de vie, des paysages, de la biodiversité et des terres agricoles.

Le faux motif de la décarbonation

Les comités dénoncent l'utilisation croissante de l'électricité québécoise pour soutenir une expansion industrielle énergivore — notamment les centres de données — alors même que les objectifs de réduction des GES sont repoussés. Dans ce contexte, l'éolien s'ajoute à la consommation d'énergies fossiles plutôt que de s'y substituer.

L'éolien doit servir le bien commun

Les citoyens rappellent que l'électricité québécoise est un bien commun stratégique, essentiel à l'atteinte des cibles climatiques. Les choix énergétiques doivent prioritairement reposer sur :

la réduction de la demande et la sobriété énergétique
l'électrification des transports et des bâtiments
la protection du territoire agricole et des milieux naturels
le respect des droits des Premières Nations
une planification démocratique et transparente

Ils soulignent également que le partage actuel des revenus de la production éolienne avec des intérêts privés se fait au détriment des finances publiques.

Un mouvement qui s'inscrit dans une mobilisation plus large

Cette demande s'inscrit dans la continuité des revendications formulées le 2 mars dernier par une large coalition d'organisations environnementales, d'acteurs de la société civile et de chercheurs, appelant à un changement de cap dans la planification énergétique du Québec. Elle rejoint également la demande de moratoire sur l'attribution de nouveaux mégawatts à des projets industriels énergivores.

Un appel aux partis politiques

Les comités demandent aux partis d'opposition de s'engager à convoquer un BAPE générique sur la filière éolienne avant toute poursuite de son développement.

« Il est impératif de définir collectivement un modèle conciliant décarbonation, justice sociale, viabilité économique et protection des écosystèmes », souligne Jacques Tétreault, porte-parole pour cette mobilisation du RVÉQ.

Les comités réaffirment que les choix énergétiques doivent être faits dans l'intérêt public, de manière démocratique et transparente, et non dictés par des impératifs industriels à court terme.

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Les citoyen.ne.s de la Rive-Sud face aux impacts du terminal Porter Airlines

31 mars, par Coalition Halte-Air Saint-Hubert — , ,
Longueuil, le 26 mars 2026. - On sait maintenant quand le terminal Porter Airlines va commencer à polluer des dizaines de milliers d'habitants. À partir du 15 juin 2026, avec (…)

Longueuil, le 26 mars 2026. - On sait maintenant quand le terminal Porter Airlines va commencer à polluer des dizaines de milliers d'habitants. À partir du 15 juin 2026, avec 40 vols par jour entre 7h et 23h, finis les barbecues tranquilles !

Si la presse a parlé en quelques mots de la pollution sonore, elle n'a pas évoqué ses conséquences sur la santé (maladies cardiovasculaires, troubles du sommeil, risques accrus de maladies métaboliques), ni les répercussions de la pollution de l'air (plomb, particules ultrafines) qui seront largement amplifiées par cette expansion et dont nous avons largement discuté sur nos plateformes en donnant des références scientifiques. À ce jour, il n'existe pas de suivi sérieux de ces polluants à l'échelle locale autour du site. Pas un mot non plus sur les émissions de GES à venir, personne n'y voyant une contradiction flagrante avec les engagements climatiques du Canada, du Québec et bien sûr de l'agglomération de Longueuil. Aucune photo des réservoirs de kérosène de 3.2 millions de litres. Et, bien sûr, pas un mot non plus sur les vols nolisés transfrontaliers existants qui, eux, n'ont pas à respecter les règles d'horaire, mais ajoutent à la pollution sonore et atmosphérique.
Seule l'économie semble compter, avec le nombre de prises USB du salon d'attente des voyageurs.

Pourtant, personne ne s'est interrogé sur le fait que le nombre de passagers des vols domestiques sur le grand Montréal n'est pas en augmentation, ayant chuté de 10% par rapport à 2019. Personne n'a confronté le directeur de l'aéroport avec ses déclarations
de 2023 où il annonçait l'arrivée de 5 compagnies aériennes : il n'y aura que Porter et, bien sûr, Pascan, dont le nombre de passagers est négligeable (moins de 75 000 depuis Saint-Hubert, selon Statistiques Canada). Le doublement du prix de construction du terminal n'a intrigué personne. Aucune question non plus sur la dépréciation immobilière pour des milliers de riverains. Certain.e.s se voient déjà partir du MET vers le soleil sans comprendre que le monopole de Montréal Trudeau pour les vols commerciaux internationaux n'est pas près de disparaître.

D'ailleurs, Montréal-Trudeau a annoncé des investissements massifs de 10 milliards et sera desservi dès 2027 par le REM, tandis que le fédéral a lancé le TGV entre Montréal et Toronto, destination principale de Porter depuis St-Hubert. Le terminal Porter sera lui desservi par des bus aux 30 minutes, et l'A30 n'est pas près d'être élargie. Heureusement les futurs embouteillages pourront être contournés avec une belle piste cyclable et l'installation d'une station BIXI !

L'aérogare Porter n'est pas un projet de son temps. Il a été conçu par des amateurs qui ont coulé dans le béton le futur éléphant blanc de la Rive-Sud, un "petit Mirabel" comme a déclaré Patrice Roy sur Radio-Canada.

Plus de mille citoyens suivent désormais nos publications sur les réseaux sociaux, et plus de 6000 personnes ont signé notre pétition. Tous les candidats aux élections municipales de Saint-Lambert et de Saint-Bruno étaient opposés au projet du terminal Porter, et le maire de Saint-Bruno a lui-même déclaré qu'il n'y avait pas d'acceptabilité sociale. Il n'y a rien d'étonnant : la consultation publique de 2022 a fait l'objet d'un maquillage politique de la part des élu.es de Longueuil, un maquillage qui a été décrit en détail dans le documentaire COLÈRE CITOYENNE : DÉTOURNEMENT DE L'ACCEPTABILITÉ SOCIALE .

Sans l'appui de différent.e.s élu.es locaux, provinciaux et fédéraux, ce projet n'aurait pas pu voir le jour. Il est temps qu'ils et elles assument les conséquences de leurs actes. Pour les élu.e.s provinciaux, la Coalition Halte-Air Saint Hubert se réjouit de voir que la plupart des élu.e.s de la CAQ qui ont soutenu sans discernement le projet n'osent même pas se représenter. Il est vrai que leur bilan est difficilement défendable.

Le 15 juin 2026 ne doit pas marquer le début d'une dégradation irréversible de la qualité de vie sur la Rive-Sud. La Coalition Halte Air Saint-Hubert continuera de défendre la santé des citoyens, la transparence des décisions publiques et une planification cohérente du transport dans la grande région montréalaise.

Source : Coalition Halte-Air Saint-Hubert
Pour information :
Courriel : coalition.halteair@gmail.com
Site web : http://coalitionhash.qc.lu
Facebook : https://www.facebook.com/coalitionhalteairSH
Instagram : instagram.com/coalitionhalteairsh/
Twitter : https://x.com/Coalition_YHU
Linkedin : http://www.linkedin.com/company/coalition-halte-air-st-hubert

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Péril en la demeure à la Pointe Langevin : Les résident(e)s crient au secours

31 mars, par Germain Dallaire — , ,
Il y a un peu plus d'un an, j'ai publié un article concernant la situation plus que précaire des résident(e)s de la Pointe Langevin située au confluent de la rivière Péribonka (…)

Il y a un peu plus d'un an, j'ai publié un article concernant la situation plus que précaire des résident(e)s de la Pointe Langevin située au confluent de la rivière Péribonka et de la petite rivière du même nom. Aujourd'hui, quelques mois avant le renouvellement du décret (pour 10 ans) concernant la gestion des berges de ce qu'on devrait appeler le réservoir Rio Tinto, les résidents de la Pointe Langevin alertent devant leur effacement total du débat public. Ils alertent avant leur effacement tout court.

Rappelons en gros les faits. Du côté nord de la Pointe Langevin arrive la petite rivière Péribonka qui frappe de plein fouet, en sens inverse, la rivière Péribonka. Cette dernière est harnachée depuis les années 50 et son débit est maintenu à un niveau anormalement élevé, particulièrement en hiver. Les effets ravageurs de ce débit élevé sont d'autant plus importants que le niveau du réservoir Rio Tinto est en moyenne dix pieds plus haut que celui du lac avant juin 1926.

Jusqu'en 2018, Rio Tinto réalisait des travaux réguliers permettant de stabiliser un tant soit peu l'érosion de la Pointe Langevin. En 2017, une crue exceptionnelle a provoqué des dégâts importants amenant même Rio Tinto à acheter à sa valeur marchande une propriété au bout de la Pointe. Avant le décret de 2018, Rio Tinto s'était engagé à poursuivre les travaux. Une fois que le décret a été adopté, Rio Tinto a effectué un virage à 180 degrés en se désengageant totalement de ce qui se passe à la Pointe Taillon. Voilà ce que vaut la parole de cette multinationale. Si le Saguenay lac Saint-Jean est un royaume comme aiment bien le dire les bleuets, Rio Tinto en est le roi. Pour cette multinationale, c'est le beurre, l'argent du beurre et même plus. Suffit de rappeler que Rio Tinto profite d'une subvention annuelle de 1,2 milliard aux frais des québécois à cause de son avantage comparatif au niveau de l'électricité, de son exemption touchant les GES et des congés d'impôt. Pour ce qui est du programme de stabilisation des berges, c'est un programme volontaire même si, comme tout monde le sait, il est la conséquence directe du niveau artificiellement élevé du réservoir Rio Tinto. Un programme qui, de surcroît, leur coûte sûrement moins cher que le salaire d'un haut dirigeant de Rio Tinto.

Depuis bientôt dix ans, les résident(e)s de la Pointe assistent impuissants à une érosion constante. Ils voient littéralement le sol se dérober sous leurs pieds. Suite au désengagement de Rio Tinto, c'est la ville de Dolbeau et le Ministère de la Sécurité Publique qui ont pris charge de la situation. Ils ont installé une clôture annonçant une zone dangereuse et Dolbeau a dévalué les propriétés pour aussi peu que 2 000$ pour trois d'entre elles. En 2017, Rio Tinto avait déjà détruit une résidence. En 2019, Dolbeau et le Ministère en ont détruit une autre. Ce printemps, une troisième démolition est prévue.

Rio Tinto, après une phase intense de rencontres avec les notables du coin, a fait connaître son programme pour le renouvellement du décret. La question de l'érosion autour de la Pointe Langevin y brille par son absence. Dire que les résidents sont inquiets est un euphémisme. Ils craignent que le programme de Rio Tinto, fort de l'appui des notables, conduisent à un statu quo jusqu'en 2037, un luxe qu'ils ne peuvent tout simplement pas se permettre. Près de dix ans de stress, ça gruge d'autant plus que la majorité de la vingtaine de résidents est à un âge relativement avancé.

Le Ministère de l'environnement a tenu une consultation préliminaire fin 2024-début 2025. 50% des commentaires portaient sur la Pointe Langevin. Tout est possible avec la CAQ, y compris de ne pas tenir de BAPE et renouveler le décret sur la base du programme produit par Rio Tinto.

Personne n'a les capacités de produire des imposants rapports comme le fait l'armée de communicants bien cravatés et bien gominés mais surtout bien payés par Rio Tinto. Personne… sauf des gens enracinés dans leur milieu qui le connaissent intimement et parlent avec leur cœur. Les résidents de La Pointe sont de cette pâte. Malgré la fatigue et le stress accumulés au cours des dernières années, ils puisent dans leur réserve d'énergie pour alerter la population, les organismes, les élus et les médias de l'injustice qu'ils subissent. Ils demandent à toutes et on tous 1-de refuser de renouveler le décret tant que la situation de Pointe Langevin n'est pas résolue. 2- Changer les règles de fonctionnement du programme de stabilisation des berges pour éviter que Rio Tinto puisse modifier unilatéralement le territoire couvert par le programme.

Leur campagne fonctionne. Il y a des oreilles à l'affût. L'allié de Rio Tinto est le silence et son ennemi principal est le mouvement social. Ils ont obtenu l'appui du Mouvement Onésime-Tremblay, de Climat Québec et d'un bon nombre de citoyennes et citoyens. Les rencontres avec les médias se multiplient. Toutes et tous, nous pouvons faire avancer les choses. Pour plus d'information, vous pouvez aller sur la page Facebook du comité (Érosion Pointe à Langevin) ou encore leur écrire directement à comitépointelangevin@gmail.com.

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Lettre à mon fils et à tous ceux et celles qui ne sauront peut-être jamais que notre territoire est (était) un jardin...

31 mars, par François Véronneau — , ,
Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères. Salut mon Grand, J'aurais pu (…)

Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères.

Salut mon Grand,
J'aurais pu t'envoyer un courriel ou un texto pour te dire la profonde inquiétude qui m'habite. Mais je crois que mon écriture la plus lisible, griffonnée sur cette feuille de papier que tu recevras dans une enveloppe adressée à ton nom, servira beaucoup mieux mon dessein.

Je voudrais d'abord évoquer ces noms d'il y a quelques générations, ceux de tes ancêtres, François-Xavier Véronneau, Ernestine Bernard, Ernest Véronneau ou Théoline Morel, fiers agriculteurs-paysans dans la campagne maskoutaine des XIXe et du XXe siècles. Leur empreinte dans cette terre si fertile est toujours perceptible, indélébile, imprégnée dans le paysage. Comme celui de ton grand-père Laurent, fier défenseur du fait français au Québec, de la souveraineté et de la nationalisation de l'électricité. Jamais il n'aurait oublié sa campagne natale de Saint-Hugues, et ses vallons sinueux le long de la rivière Chibouet.
Dès ta plus tendre enfance, j'ai voulu t'initier aux beautés du territoire, te montrer les nombreux profils du mont Yamaska, te faire découvrir le contraste des champs à perte de vue. Marcher aussi dans les boisés où l'érable est roi. Je t'ai appris à reconnaître le chant des oiseaux des prés, le vol caractéristique des rapaces, la majesté des voiliers d'outardes et d'oies blanches. Parcourir en canot le lit sinueux de la rivière Noire.

Mais aujourd'hui mon fils, ce territoire parsemé de villages séculaires et pittoresques, écrin d'un paysage jusqu'ici préservé, est menacé. Hydro-Québec, fleuron de l'hydro-électricité patrimoniale des Québécois, a en effet décidé au printemps 2026 de lancer un appel d'offres afin d'implanter des parcs d'éoliennes dans la vallée du Saint-Laurent. Cette première ronde de soumissions pourrait amener une augmentation de la production d'électricité de jusqu'à 6400 mégawatts (MW) d'ici 2035, dont 675 MW en Montérégie.

À ce jour, trois municipalités de la MRC des Maskoutains sont visées, Saint-Dominique, Saint-Valérien-de-Milton et Saint-Liboire. Une vingtaine d'éoliennes de 6 à 7 MW pourrait y être implantée. Ce sont des promoteurs privés, choisis à partir de soumissions (possiblement Innergex, une entreprise québécoise, ou Invenergy, une entreprise américaine), qui, à raison d'une contribution à 50 % des coûts en partenariat avec la MRC des Maskoutains (également à 50 %) et possiblement les communautés autochtones, seraient les maîtres d'œuvre et les bénéficiaires de ces éventuels projets. Hydro-Québec s'engage de son côté à racheter toute l'électricité produite.

Les éoliennes de 6-7 MW n'ont rien en commun avec les moulins à vent que combattait Don Quichotte… Elles mesurent de 200 à 220 mètres (m) de hauteur totale. À titre de référence, le sommet du mont Yamaska culmine en moyenne à 330 m de hauteur. Le mât de ces géants se dresse à 130 m de hauteur et mesure 7 m de diamètre à sa base. Une fondation en béton armé de plus de 30 à 40 m de diamètre, totalisant entre 600 et 800 m³ de volume, est enfouie sous la surface, et souvent pieutée au roc, pour assurer la stabilité de l'ouvrage. Comme ces éoliennes peuvent projeter des blocs de glace si les pales ne sont pas chauffées en hiver, une zone de sécurité de 417 m de diamètre est souvent établie autour de chacune d'elles. Des chemins d'accès doivent aussi être aménagés pour leur implantation et leur entretien. Enfin, un réseau électrique enfoui relie ces éoliennes au poste de transformation.
Bien que les promoteurs s'acharnent à convaincre les autorités chargées de la protection du territoire agricole et les agriculteurs (CPTAQ, UPA)2 de l'absence d'impacts négatifs de leurs futurs parcs éoliens, on peut en douter. Pensons seulement au paysage massacré pour des décennies ; aux restes éventuels des fondations de béton qui contamineront les terres ; aux impacts sur la nappe phréatique, à ceux de la rotation des pales sur la faune ailée et à ceux des infrasons sur les élevages riverains ; à la zizanie entre les bénéficiaires du projet et ceux qui s'y opposent ; à la dévaluation des habitations situées à la limite des distances séparatrices établies ; etc.

Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères. Crois-moi, mon fils, l'éolien n'a pas sa place en territoire agricole et habité. J'espère que ma lettre t'aura touché et qu'elle t'aura convaincu de l'urgence de se battre pour empêcher cela. L'intégrité et la beauté de notre territoire en dépendent.

François Véronneau
Saint-Pie, MRC des Maskoutains
1-https://www.hydroquebec.com/achats-electricite-quebec/plan-approvisionnement.html
2-Dossiers 451029-451030-451031-45103, Analyse et refus, CPTAQ/Kruger, Jardins de Napierville

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Quand l’illusion d’égalité entre les parties vole en éclats

31 mars, par Guylain Bernier, Yvan Perrier — , ,
Dans le conflit de travail au CPE Le Jardin de Robi, le tribunal administratif du travail a déclaré « suffisants » les services à maintenir pour assurer le bien-être de la (…)

Dans le conflit de travail au CPE Le Jardin de Robi, le tribunal administratif du travail a déclaré « suffisants » les services à maintenir pour assurer le bien-être de la population pendant « la grève en cours […] pour éviter que ne soit affectée de manière disproportionnée la sécurité sociale ou économique de la population, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité. »

photo CSN De nombreuses travailleuses du Jardin de Robi ont assisté à l'audience.

Ce que la décision prévoit comme services à offrir durant la grève

Durant la présente grève, « [l]es services de garde éducatifs seront offerts trois jours par semaine, les mercredis, jeudis et vendredis de 8 h 30 à 15 h 45 ». Les membres du tribunal mentionnent ceci : « [b]ien que les heures d'ouverture soient réduites et qu'il y ait une absence complète de services les lundis et mardis, l'entente permet aux parents et aux enfants d'avoir une stabilité et une prévisibilité. »

Inspiré par un élan de sagesse douteuse, qui ne déplaira pas au premier ministre du Québec, François Legault et à son ministre du Travail, Jean Boulet, les juges du tribunal administratif ont précisé ceci :

« Cependant, en ce qui concerne un éventuel nouvel arrêt de travail, advenant que la grève actuelle prenne fin, le Tribunal déclare que les services prévus dans l'entente intervenue entre les parties sont insuffisants. »

Nous laissons aux organisations syndicales le soin d'approfondir la portée sociale et juridique de cette décision. Une chose semble claire, une grève de deux jours sur une semaine de cinq jours de travail correspond, minimalement, à un arrêt de travail collectif « amputé » dans sa portée réelle. Il s'agit, à proprement parler, d'une « grève partielle » dont l'efficacité, pour la partie syndicale, est susceptible d'être fortement affectée pour ne pas dire grandement réduite.

Au sujet de l'impact de cette inique Loi 14 sur la Charte des droits et libertés de la personne : S'agit-il d'une nouvelle ère ?

Mais est-ce vraiment une nouvelle ère ou tout simplement un résultat inévitable qui planait depuis quelques décennies ? Chose certaine, la nouvelle ère présumée repose sur des actes concrets de législation, après avoir défini les Chartes canadienne et québécoise des droits et des libertés. D'ailleurs, Guy Rocher (1996) pour nous aider ici, soutient une expansion du droit public (qui gère les relations entre les citoyenNEs et l'État) sur le droit civil (les relations entre les citoyenNEs), y compris une montée des droits et libertés individuels. Cet état de fait se comprend, d'abord, dans la mesure où la vision de la société canadienne (et même québécoise) campe dans l'image d'une société capitaliste néolibérale, qui contribue à définir les rapports entre les personnes et les biens, mais aussi entre les personnes elles-mêmes, à cause de la primauté accordée à la propriété privée et au marché. Cette vision sert les tribunaux et se veut difficile à concilier avec une autre plus collectiviste du droit public, d'où des frictions avec le droit du travail et particulièrement avec les entités collectives, comme les syndicats, lors des négociations de travail. Par ailleurs, cette vision capitaliste de la société est également atomisée, faisant en sorte que « l'intérêt général » est souvent particularisé.

Si Rocher affirmait dans les années quatre-vingt-dix que la Charte canadienne était plus individualiste que la Charte québécoise, qui était alors plus « centrée » entre la personne et la collectivité, il semble donc qu'avec des gouvernements provinciaux successifs davantage favorables à l'idéologie économique en marche, la Charte québécoise tend désormais résolument vers la droite néolibérale qui flirte avec certains aspects de l'idéologie dite illébérale en regard, plus spécifiquement ici, avec la remise en question de certains droits et libertés.

Pour conclure

Avec cette décision du tribunal administratif du travail, l'illusion d'égalité entre la partie patronale et la partie syndicale lors d'une grève - illusion postulée par l'idéologie libérale - vient tout simplement de voler en éclats.

Guylain Bernier
Yvan Perrier
29 mars 2026
20h15


Références :

https://www.tat.gouv.qc.ca/uploads/tat_registres/1461070.docx_01.pdf. Consulté le 26 mars 2026.

https://www.tat.gouv.qc.ca/menu-utilitaire/actualites/cpe-le-jardin-de-robi-le-tribunal-declare-suffisants-les-services-a-maintenir-pour-assurer-le-bien-etre-de-la-population-pendant-la-greve-en-cours. Consulté le 28 mars 2026.

Rocher, Guy. 1996. Études de sociologie du droit et de l'éthique. Montréal : Les Éditions Thémis inc., 327 p.

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La FAE entendue à la Cour suprême sur la loi sur la laïcité de l’État

31 mars, par Fédération autonome de l'enseignement (FAE) — , ,
Le lundi 23 mars 2026, la FAE s'est fait entendre par la Cour suprême du Canada concernant certains éléments discriminatoires de la Loi sur la laïcité de l'État. Cette (…)

Le lundi 23 mars 2026, la FAE s'est fait entendre par la Cour suprême du Canada concernant certains éléments discriminatoires de la Loi sur la laïcité de l'État. Cette démarche, entamée en 2019, vise à contester des atteintes aux droits fondamentaux ainsi que la discrimination à l'embauche et à l'emploi, tout en défendant le droit du travail.

Publié le 24 mars 2026 | tiré du site de la Fédération Autonome de l'enseignement (FAE)
https://www.lafae.qc.ca/actualites/la-fae-entendue-a-la-cour-supreme-sur-la-loi-sur-la-laicite-de-letat

La FAE conteste également l'opération de dénombrement, menée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de la Loi en 2019, qui visait à recenser le port de signes religieux chez le personnel enseignant par un sondage. Cet événement a créé un sentiment de stigmatisation chez les minorités religieuses.

Au milieu du recours se trouve aussi la clause de droits acquis, qui limite la possibilité pour certaines personnes enseignantes de changer de poste ou d'établissement sans perdre leur droit de porter un signe religieux. Pour la FAE, cette disposition instaure un frein à la mobilité professionnelle et à l'accès à certains postes.

Tout en contestant ces aspects de la Loi, la FAE réaffirme son appui au principe de laïcité de l'État ainsi que son opposition à toute forme d'intégrisme et de prosélytisme.

Pour connaître l'historique de ce dossier, nous vous invitons à consulter la section qui y est consacrée sur notre site Web au https://www.lafae.qc.ca/fae-laicite-faits.

La FAE conteste également l'opération de dénombrement, menée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de la Loi en

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La loi 21 : La Cour suprême me du Canada accepte d'entendre l'appel de la FAE

Publié le 23 janvier 2025

La FAE, qui conteste quelques sections de la Loi sur la laïcité de l'État qu'elle considère discriminatoire, sera entendue par la Cour suprême du Canada au cours des prochains mois.

Prenant connaissance de l'annonce ce matin, Mélanie Hubert, présidente, a déclaré que la FAE était « satisfaite » de la décision rendue par la Cour suprême.

La FAE avait entamé cette démarche de contester des pans de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21) à l'hiver 2019. Plus précisément, la FAE conteste notamment deux éléments devant les tribunaux : l'opération de dénombrement orchestrée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de cette loi ainsi que la discrimination à l'embauche, la discrimination à l'emploi et le droit au travail.

Opération dénombrement

En novembre 2018, le ministère de l'Éducation a fait parvenir aux directions d'établissements scolaires un sondage, lequel visait à obtenir des informations quant au port de « symboles religieux » par les employés ainsi que le nombre et la nature de demandes d'accommodements demandés pour des motifs religieux, linguistiques ou ethnoculturels. On cherchait à connaître le nombre exact d'enseignantes et d'enseignants portant des signes religieux. Les minorités religieuses, plus particulièrement les femmes musulmanes portant le voile, avaient ressenti un effet de stigmatisation à la suite de l'opération de dénombrement.

Discrimination à l'embauche, discrimination à l'emploi et droit au travail

Une portion de l'article 27 du PL 21, communément appelée « clause grand-père », vient restreindre, par son libellé, ce droit acquis de porter un signe religieux en précisant qu'il demeurera tant que l'enseignant exercera la même fonction au sein de la même commission scolaire. Ainsi, une personne enseignante qui souhaiterait accéder à de nouvelles fonctions (ex. poste de direction) ou irait travailler dans un autre centre de services scolaire perdrait ce droit. Or, du fait de sa mission, la FAE se doit de protéger tant le droit au travail que l'accès à ce dernier.

Pour des institutions laïques

Afin d'éviter toute confusion, amalgame ou désinformation, la FAE tient à rappeler qu'elle est en faveur de la laïcité de l'État et qu'elle dénonce et s'oppose à toutes les formes d'intégrisme ainsi que de prosélytisme.

Pour rappel, à la suite de l'arrêt de la Cour d'appel rendu en février 2024, concernant la contestation de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21), la FAE a décidé d'en appeler de ce jugement. Ainsi, elle avait alors déposé une requête pour permission d'en appeler à la Cour suprême du Canada.

La FAE a non seulement la responsabilité de défendre les droits de ses membres, à plus forte raison leurs droits fondamentaux, elle a le devoir de le faire. Il faut se méfier de la distorsion qui est actuellement faite des chartes, canadienne et québécoise, et de la facilité avec laquelle les parlements suspendent nos droits fondamentaux en utilisant excessivement les clauses dérogatoires.

Baliser le recours à la dérogation

Les clauses dérogatoires (ou nonobstant) sont incluses dans l'une et l'autres des chartes des droits et libertés (art. 33 de la Charte canadienne et art. 52 de la Charte québécoise) et permettent aux parlements, sous certaines conditions, de supplanter, de contourner ou de suspendre temporairement certains droits de l'une ou l'autre des chartes.

La FAE n'est pas contre l'utilisation des clauses dérogatoires. Elle souhaite néanmoins que leur utilisation soit balisée. Cette utilisation devrait être faite avec parcimonie et de manière exceptionnelle. Un parlement qui y recourt devrait pouvoir démontrer que son objectif est clair et urgent. Là est l'un des principaux écueils du PL 21.

Une situation qui dépasse le Québec... et la laïcité

Si, au départ, la FAE a entamé cette démarche pour, notamment, défendre le droit au travail de ses membres, la banalisation de l'utilisation de la clause dérogatoire par plusieurs parlements provinciaux nous donne malheureusement raison d'être inquiets.

En effet, dans les dernières années au Canada, on a vu plusieurs cas de clauses dérogatoires utilisées sans avoir l'obligation de démontrer un objectif réel et urgent. Par exemple, le parlement ontarien a suspendu la liberté d'association en 2022, alors qu'en Saskatchewan, le parlement a invoqué la disposition de dérogation pour empêcher les enfants de moins de 16 ans de changer de prénom ou de pronom à l'école, sans le consentement de leurs parents.

Qui plus est, juste au sud de nos frontières, des états américains sont venus restreindre, voire dans certains cas interdire, le droit à l'avortement. Des personnes enseignantes risquent maintenant des mesures disciplinaires si elles affichent leur appartenance à la communauté LGBTQ2+, notamment en Floride, alors qu'on est aussi venu interdire, non seulement en Floride, mais aussi dans certains états, de parler des réalités LGBTQ2+ à l'école. Il est évident que le Québec ou le Canada ne sont pas à l'abri de tels reculs des droits fondamentaux. Il est primordial de demeurer vigilants.

Sociopolitique
Publié le 23 janvier 2025
La FAE, qui conteste quelques sections de la Loi sur la laïcité de l'État qu'elle considère discriminatoire, sera entendue par la Cour suprême du Canada au cours des prochains mois.

Prenant connaissance de l'annonce ce matin, Mélanie Hubert, présidente, a déclaré que la FAE était « satisfaite » de la décision rendue par la Cour suprême.

La FAE avait entamé cette démarche de contester des pans de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21) à l'hiver 2019. Plus précisément, la FAE conteste notamment deux éléments devant les tribunaux : l'opération de dénombrement orchestrée par le gouvernement Legault quelques mois avant l'adoption de cette loi ainsi que la discrimination à l'embauche, la discrimination à l'emploi et le droit au travail.

Opération dénombrement
En novembre 2018, le ministère de l'Éducation a fait parvenir aux directions d'établissements scolaires un sondage, lequel visait à obtenir des informations quant au port de « symboles religieux » par les employés ainsi que le nombre et la nature de demandes d'accommodements demandés pour des motifs religieux, linguistiques ou ethnoculturels. On cherchait à connaître le nombre exact d'enseignantes et d'enseignants portant des signes religieux. Les minorités religieuses, plus particulièrement les femmes musulmanes portant le voile, avaient ressenti un effet de stigmatisation à la suite de l'opération de dénombrement.

Discrimination à l'embauche, discrimination à l'emploi et droit au travail
Une portion de l'article 27 du PL 21, communément appelée « clause grand-père », vient restreindre, par son libellé, ce droit acquis de porter un signe religieux en précisant qu'il demeurera tant que l'enseignant exercera la même fonction au sein de la même commission scolaire. Ainsi, une personne enseignante qui souhaiterait accéder à de nouvelles fonctions (ex. poste de direction) ou irait travailler dans un autre centre de services scolaire perdrait ce droit. Or, du fait de sa mission, la FAE se doit de protéger tant le droit au travail que l'accès à ce dernier.

Pour des institutions laïques
Afin d'éviter toute confusion, amalgame ou désinformation, la FAE tient à rappeler qu'elle est en faveur de la laïcité de l'État et qu'elle dénonce et s'oppose à toutes les formes d'intégrisme ainsi que de prosélytisme.

Pour rappel, à la suite de l'arrêt de la Cour d'appel rendu en février 2024, concernant la contestation de la Loi sur la laïcité de l'État (PL 21), la FAE a décidé d'en appeler de ce jugement. Ainsi, elle avait alors déposé une requête pour permission d'en appeler à la Cour suprême du Canada.

La FAE a non seulement la responsabilité de défendre les droits de ses membres, à plus forte raison leurs droits fondamentaux, elle a le devoir de le faire. Il faut se méfier de la distorsion qui est actuellement faite des chartes, canadienne et québécoise, et de la facilité avec laquelle les parlements suspendent nos droits fondamentaux en utilisant excessivement les clauses dérogatoires.

Baliser le recours à la dérogation
Les clauses dérogatoires (ou nonobstant) sont incluses dans l'une et l'autres des chartes des droits et libertés (art. 33 de la Charte canadienne et art. 52 de la Charte québécoise) et permettent aux parlements, sous certaines conditions, de supplanter, de contourner ou de suspendre temporairement certains droits de l'une ou l'autre des chartes.

La FAE n'est pas contre l'utilisation des clauses dérogatoires. Elle souhaite néanmoins que leur utilisation soit balisée. Cette utilisation devrait être faite avec parcimonie et de manière exceptionnelle. Un parlement qui y recourt devrait pouvoir démontrer que son objectif est clair et urgent. Là est l'un des principaux écueils du PL 21.

Une situation qui dépasse le Québec... et la laïcité
Si, au départ, la FAE a entamé cette démarche pour, notamment, défendre le droit au travail de ses membres, la banalisation de l'utilisation de la clause dérogatoire par plusieurs parlements provinciaux nous donne malheureusement raison d'être inquiets.

En effet, dans les dernières années au Canada, on a vu plusieurs cas de clauses dérogatoires utilisées sans avoir l'obligation de démontrer un objectif réel et urgent. Par exemple, le parlement ontarien a suspendu la liberté d'association en 2022, alors qu'en Saskatchewan, le parlement a invoqué la disposition de dérogation pour empêcher les enfants de moins de 16 ans de changer de prénom ou de pronom à l'école, sans le consentement de leurs parents.

Qui plus est, juste au sud de nos frontières, des états américains sont venus restreindre, voire dans certains cas interdire, le droit à l'avortement. Des personnes enseignantes risquent maintenant des mesures disciplinaires si elles affichent leur appartenance à la communauté LGBTQ2+, notamment en Floride, alors qu'on est aussi venu interdire, non seulement en Floride, mais aussi dans certains états, de parler des réalités LGBTQ2+ à l'école. Il est évident que le Québec ou le Canada ne sont pas à l'abri de tels reculs des droits fondamentaux. Il est primordial de demeurer vigilants.

Pourquoi la FAE se rend-t-elle à la Cour suprême du Canada dans ce dossier ?

La FAE savait depuis le début de ce processus que ce dossier pouvait se rendre en Cour suprême du Canada, puisque cette cour est la seule, ultimement, à pouvoir modifier les règles de droit qu'elle a elle-même établies pour l'utilisation des clauses dérogatoires.

Par quels processus démocratiques la FAE a-t-elle décidé d'aller de l'avant dans ce dossier ? Les membres ont-ils été consultés ?

Puisque les droits des membres sont remis en question par le PL 21, la FAE avait l'obligation de les défendre. De plus, le Congrès de 2013 s'est prononcé en faveur de la défense des droits acquis de ses membres, comme des autres travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic, de porter des vêtements ou des accessoires ayant une connotation religieuse ou culturelle, à moins que ceux-ci ne contreviennent aux règles de base du professionnalisme et de sécurité qui régissent déjà l'exercice des différents métiers et professions concernés.

Enfin, à chacune des étapes, la FAE a fait état de ses démarches au Conseil fédératif et le Comité exécutif, conformément à ses attributions prévues aux Statuts, a pris la décision du recours.

Que sont les clauses dérogatoires ?Les clauses dérogatoires (ou nonobstant) sont incluses dans l'une et l'autre des chartes des droits et libertés (art. 33 de la Charte canadienne et art. 52 de la Charte québécoise) et permettent aux parlements, sous certaines conditions, de supplanter, de contourner ou de suspendre temporairement certains droits de l'une ou l'autre des chartes.

La FAE est-elle contre les clauses dérogatoires ?

Non. Toutefois, les clauses dérogatoires devraient être utilisées avec parcimonie et exceptionnellement. Un parlement qui y recourt devrait pouvoir démontrer que son objectif est clair et urgent.

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Le gouvernement tente de museler le chien de garde des droits de la personne et de la jeunesse

31 mars, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
La CSN dénonce vigoureusement l'intention du gouvernement caquiste d'intégrer le personnel de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) à la (…)

La CSN dénonce vigoureusement l'intention du gouvernement caquiste d'intégrer le personnel de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) à la fonction publique québécoise, tel que le stipulent des amendements adoptés mardi par la Commission des finances publiques dans le cadre de l'étude du projet de loi n°7.

Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/le-gouvernement-tente-de-museler-le-chien-de-garde-des-droits-de-la-personne-et-de-la-jeunesse/

25 mars 2026

« C'est ahurissant de voir ce gouvernement – l'un des plus impopulaires de l'histoire du Québec – persister à affaiblir l'état de droit et à museler les contre-pouvoirs », s'insurge la présidente de la CSN, Caroline Senneville, qui rappelle au passage que la CDPDJ s'est récemment montrée critique à l'endroit de plusieurs projets de loi controversés du gouvernement, comme la loi constitutionnelle et le projet de loi n°9 sur le renforcement de la laïcité. « En intégrant le personnel de la CDPDJ dans la fonction publique, le gouvernement porte sérieusement atteinte à son indépendance et donc à sa capacité à jouer son rôle de chien de garde et à protéger les enfants et les autres populations vulnérables. »

Constituée en 1976 par la Charte des droits et libertés de la personne, la CDPDJ a notamment pour mission d'assurer la promotion et le respect des principes de la Charte et de faire respecter la Loi sur la protection de la jeunesse et la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans les organismes publics. Dans l'exercice de son mandat, il arrive couramment qu'elle traite des plaintes et intente des recours contre des ministères et organismes de la fonction publique, en faveur des victimes et dans l'intérêt public, lorsqu'une atteinte aux droits protégés par la Charte leur est reprochée.

« Les membres du personnel de la CPDPJ ne sont pas des fonctionnaires », explique Marie-Iris Légaré, présidente du Syndicat des employé-es de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (SECDPDJ-CSN). « Depuis 50 ans, ils sont nommés par la CDPDJ, un organisme public indépendant du gouvernement. Le travail que nos membres réalisent en vertu du mandat inscrit dans la Charte implique notamment de remettre en question des décisions prises par le gouvernement qui sont contraires aux droits, de relever des dispositions de projets de loi qui ne sont pas conformes à la Charte et de faire valoir les droits de personnes discriminées, exploitées ou dont les droits en protection de la jeunesse n'ont pas été respectés. L'indépendance de la Commission est vitale pour réaliser sa mission. »

Une réforme effectuée sur un coin de table

Cette attaque frontale du gouvernement envers les droits et les libertés individuelles des Québécoises et des Québécois est d'autant plus inattendue en raison de la façon dont celle-ci a été faite selon Jessica Goldschleger, présidente de la Fédération des professionnèles (FP-CSN).

« Une réforme aussi importante, touchant une loi fondamentale comme la Charte québécoise, aurait dû faire l'objet d'une large consultation, dans la transparence, pour permettre à l'ensemble des parties prenantes de commenter la proposition et donner le temps aux membres de la Commission parlementaire de l'analyser, expose Mme Goldschleger. Proposer un tel changement sans avertissement simplement en présentant des amendements lors de la dernière séance d'étude du projet de loi est un autre exemple du mépris de ce gouvernement envers les institutions et les processus démocratiques », conclut-elle.

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La FEESP–CSN dénonce une situation intenable dans nos écoles

31 mars, par Fédération des employés et employées des services publics (FEESP-CSN) — , , ,
À peine une semaine après le dévoilement du budget de la CAQ, prévoyant moins de 1% d'investissement en éducation primaire et secondaire publique, la Santé publique de Montréal (…)

À peine une semaine après le dévoilement du budget de la CAQ, prévoyant moins de 1% d'investissement en éducation primaire et secondaire publique, la Santé publique de Montréal dévoile une hausse inquiétante de la violence envers les filles dans nos écoles.

Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/la-feesp-csn-denonce-une-situation-intenable-dans-nos-ecoles/
25 mars 2026

Des chiffres troublants dans le contexte où le personnel de soutien dévoilait, il y a quelques mois, des chiffres similaires concernant la violence subie par le personnel. Manque de ressources ; budget insuffisant ; personnel à bout de souffle et élèves victimes de violence : notre système d'éducation est une poudrière et la CAQ joue avec des allumettes.

« Notre réseau public manque déjà de ressources, dénonce Annie Charland, présidente du Secteur soutien scolaire de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN). On se remet à peine des allers et retours d'un demi-milliard de l'été dernier. Notre personnel est de plus en plus victime de violence, sous toutes ses formes, et on apprend, sans grande surprise, que la violence envers les filles augmente dans nos écoles. Et la réponse de la CAQ : donner des miettes au réseau ! »

« On l'a dit ; les profs l'ont dit ; les professionnel-les l'ont dit ; les directions le disent, mêmes les élèves le disent : le réseau de l'éducation n'a plus aucun moyen, il n'y a nulle part où couper. Comment voulez-vous qu'on aide les élèves victimes de violence si on n'a pas le personnel suffisant pour même assurer le service de base », poursuit Annie Charland.

La semaine dernière, le gouvernement du Québec se targuait d'octroyer un financement à hauteur de 2,4 % pour l'éducation. Or, en regardant plus attentivement le budget, on constate que seul 0,9 % d'augmentation est prévu pour les centres de services et les commissions scolaires. La balance de l'enveloppe globale de l'éducation est affectée à d'autres programmes ou projets.

« Au-delà du débat de chiffres, on n'a toujours pas les sommes suffisantes pour remplir adéquatement la mission du réseau et aider nos jeunes. Il faut comprendre que, depuis l'arrivée de la CAQ au pouvoir, le réseau de l'éducation est mis à mal. La CAQ le démonte tranquillement, à coups de gel d'embauche, de sous-financement chronique, de laisser-aller de nos établissements et d'improvisation. Il est grand temps que nous passions à autre chose et que les Québécoises et les Québécois aient un gouvernement qui pense à l'avenir et qui investit massivement en éducation. Il en va de la santé et de la sécurité de nos enfants », conclut Annie Charland.

À propos

La Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN) représente environ 69 000 membres dans près de 425 syndicats, dont 36 000 travailleuses et travailleurs de soutien dans le réseau scolaire dans 37 syndicats regroupés au sein de notre Secteur soutien scolaire, ce qui fait de la FEESP–CSN l'organisation représentant la vaste majorité du personnel de soutien au Québec.

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La Suisse rend des trésors pillés du Bénin

31 mars, par Patricia Bechard — , , ,
La Suisse s'apprête à restituer au Nigeria 28 bronzes issus de l'ancien Royaume du Bénin, pillés lors de l'expédition britannique de 1897. Cette décision, fondée sur un travail (…)

La Suisse s'apprête à restituer au Nigeria 28 bronzes issus de l'ancien Royaume du Bénin, pillés lors de l'expédition britannique de 1897. Cette décision, fondée sur un travail inédit de recherche de provenance, marque une avancée significative dans les politiques de restitution et la reconnaissance des violences coloniales.

Tiré de MondAfrique.

La décision marque un tournant discret mais significatif dans la gestion du patrimoine africain conservé en Europe. Trois musées suisses ont acté la restitution prochaine de 28 objets en bronze issus de l'ancien Royaume du Bénin, aujourd'hui situé dans le sud du Nigeria. Ces pièces, pillées lors de l'expédition punitive britannique de 1897, seront soit physiquement rapatriées vers Abuja, soit juridiquement restituées tout en restant exposées en Suisse sous forme de prêts de longue durée.

Cette double modalité illustre une évolution des pratiques muséales. Elle traduit une volonté de concilier restitution patrimoniale et continuité de l'accès public aux œuvres, tout en reconnaissant explicitement leur origine et les conditions violentes de leur acquisition.

Les objets concernés – défense royale sculptée, cloche d'autel ornée d'un léopard, pendentifs en cuivre et autres artefacts – témoignent de la richesse artistique et symbolique du Royaume du Bénin. Ils avaient été saisis lors d'une opération militaire britannique qui s'était soldée par la destruction de la capitale du royaume et le pillage systématique du palais royal. Par la suite, ces œuvres ont été dispersées sur le marché de l'art européen, intégrant collections privées et institutions muséales.

Longtemps, leur présence en Europe a été considérée comme acquise. Mais depuis plusieurs années, les débats sur la restitution des biens culturels spoliés ont profondément évolué, portés par des revendications politiques, académiques et éthiques.

La restitution annoncée repose sur un travail méthodique de recherche de provenance, mené dans le cadre d'un projet réunissant huit institutions suisses sous la coordination du Musée Rietberg, en collaboration avec des partenaires nigérians.

Ce travail d'enquête visait à retracer l'origine des objets, leur trajectoire depuis leur création jusqu'à leur entrée dans les collections suisses, et à déterminer dans quelles conditions ils avaient été acquis. Ce type de recherche, longtemps marginal dans les musées ethnographiques, est désormais au cœur des politiques de restitution.

Au total, 96 objets issus du Royaume du Bénin ont été identifiés dans les collections des institutions participantes. Parmi eux, plusieurs pièces conservées notamment au Musée d'ethnographie de Genève (MEG), au Musée Rietberg et au Musée d'ethnographie de l'Université de Zurich ont été formellement ou très probablement liées au pillage de 1897.

Sur les neuf objets conservés au MEG, trois ont ainsi été jugés suffisamment documentés pour justifier une restitution. Les autres institutions ont suivi la même logique, en s'appuyant sur des critères de preuve similaires.

Les directrices des musées concernés ont souligné dans un communiqué commun leur responsabilité éthique. Elles ont affirmé leur volonté de participer à la préservation et à la transmission de la mémoire nigériane, tout en engageant un dialogue avec les communautés d'origine. Cette prise de position s'inscrit dans un mouvement plus large de relecture critique des collections européennes.

Parmi les œuvres emblématiques concernées figure la défense d'autel Aken'ni Elao. Sculptée vers 1735, cette défense d'éléphant richement ornée était destinée à un autel royal du palais du Bénin. Elle était associée au culte des ancêtres royaux, où les objets sacrés servaient à honorer les souverains défunts.

L'analyse stylistique et historique attribue cette pièce à la guilde Igbesanmwan, un groupe d'artisans spécialisés travaillant exclusivement pour l'Oba, le roi du Bénin. Transmise de génération en génération jusqu'au règne d'Oba Ovonramwen, dernier souverain avant l'expédition britannique, elle constitue un témoignage rare de la continuité des traditions artistiques du royaume.

Autre objet notable, un masque de ceinture en alliage cuivreux, réalisé selon la technique de la cire perdue. Porté par des initiés de haut rang au sein du palais royal, cet ornement symbolisait le statut et l'autorité. Comme de nombreuses pièces issues du pillage de 1897, il a été rapidement mis sur le marché de l'art à Londres, avant de circuler en Europe et d'intégrer une collection suisse.

Des objets utilisés dans des rituels

La cloche d'autel Eroro illustre également la dimension symbolique de ces objets. De forme quadrangulaire et décorée de bas-reliefs représentant des figures du royaume et un léopard – symbole du pouvoir royal – elle était utilisée dans des contextes rituels. Les recherches ont établi qu'elle datait d'avant 1897, ce qui renforce la probabilité de son acquisition dans le contexte du pillage.

Ces objets ne relevaient pas de la production artistique ordinaire. Dans le Royaume du Bénin, les artisans spécialisés travaillaient sous l'autorité directe du roi. Les bronzes, souvent offerts à des dignitaires ou utilisés dans des rituels, participaient à la structuration du pouvoir et à la transmission de la mémoire royale.

La restitution de ces pièces ne constitue donc pas seulement un transfert matériel. Elle engage une dimension symbolique forte, liée à la reconnaissance des violences coloniales et à la réappropriation d'un patrimoine historique.

Cette démarche s'inscrit dans un contexte international marqué par une multiplication des restitutions. Plusieurs pays européens, dont la France, ont récemment engagé des processus similaires. Le Sénat français a ainsi adopté une loi visant à faciliter le retour d'œuvres acquises dans des conditions contestées pendant la période coloniale.

Le cas du Bénin est souvent cité comme pionnier dans ce domaine. Il a été l'un des premiers pays à obtenir des restitutions significatives de la part d'anciennes puissances coloniales. Cette dynamique contribue à redéfinir les relations culturelles entre l'Europe et l'Afrique, en introduisant des logiques de coopération et de reconnaissance mutuelle.

Au-delà des enjeux juridiques et diplomatiques, ces restitutions interrogent la fonction même des musées. Elles posent la question de la légitimité des collections constituées dans des contextes de domination, et de la manière dont ces institutions peuvent évoluer pour intégrer ces héritages.

En choisissant de restituer ces bronzes, tout en maintenant certains objets en prêt, la Suisse adopte une approche pragmatique. Elle reconnaît la propriété des œuvres par le Nigeria tout en préservant leur visibilité dans les espaces muséaux européens.

Ce modèle hybride pourrait préfigurer les formes futures de circulation du patrimoine. Il repose sur un équilibre entre restitution, coopération scientifique et partage culturel.

Dans ce cadre, la restitution des bronzes du Bénin apparaît comme une étape structurante. Elle ne clôt pas le débat, mais elle en redéfinit les termes, en inscrivant la question patrimoniale dans une perspective de responsabilité historique et de dialogue international.

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Qui l’eut cru ?

31 mars, par Zaz Pitit Dessalines — ,
Face aux intempéries l'imperméable je l'ai revêtu. À contre-courant je me suis débattue. Ma détresse, je l'ai tue. Les obstacles sur mon chemin se sont accrus. Mourir de (…)

Face aux intempéries
l'imperméable je l'ai revêtu.
À contre-courant je me suis débattue.
Ma détresse, je l'ai tue.

Les obstacles sur mon chemin se sont accrus.
Mourir de chagrin, j'y ai cru
quand la source d'inspiration a décru.

La mort en face, je l'ai vue.
L'ombre du passé, je l'ai revue.
Un pied dans la tombe, je me suis vue,
prise au dépourvu, dans cet air de déjà-vu.

J'errais parmi les rebuts de la société, sans but.
La mer à boire, je l'ai bu, à mes débuts.

La poussière, plus d'une fois, je l'ai mordue.
Mes biens, une fois de plus, j'ai tout perdu.
Bien qu'en cours de route, je me suis perdue,
me dépasser j'ai dû
m'accrocher au fil suspendu.

Sans toit, dans la rue, j'ai vécu.
Du mal de vivre, j'ai survécu.
Mes peurs handicapantes, je les ai vaincues.

Sous la brume, du chemin, j'ai parcouru
pour retrouver, ce qu'hier avait disparu
de mon champ de vision incongru.

Aujourd'hui, je me rue sur cette avenue.
J'accueille à bras ouvert, sans retenue
la lueur d'espoir revenue
illuminer ma cour intérieure bien entretenue.

À l'abri des regards inconnus,
cette fleur méconnue
est parvenue à mettre à nue
ce qu'elle est devenue

Dorénavant elle connait sa plus value
n'a plus peur des passages occlus.
Elle marche la tête haute vers son salut.
Elle évolue.

Zaz pitit Dessalines

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Basse-cour - Chronique d’une désillusion journalistique | À paraître le 8 avril

31 mars, par Héloïse Bargain, Éditions Écosociété — , ,
De Radio-Canada au Moscow Times en Russie, Héloïse Bargain relate son parcours de journaliste avec un esprit critique abrasif et une verve remplie d'humour. Un reflet souvent (…)

De Radio-Canada au Moscow Times en Russie, Héloïse Bargain relate son parcours de journaliste avec un esprit critique abrasif et une verve remplie d'humour. Un reflet souvent peu reluisant de la pratique du journalisme aujourd'hui. Idéalistes s'abstenir.

Le livre Basse-cour - Chronique d'une désillusion journalistique, d'Héloïse Bargain, paraîtra en librairie le 8 avril prochain.

À propos du livre

« Je m'en vais, régurgitant et ravalant ce dont je me suis goinfrée pendant sept ans. J'ai brûlé mon cul et ma jeunesse sur cette chaise en mousse des milliers d'heures pour allaiter le monstre et le spectacle de l'information en continu. [...] Après avoir passé la journée à découper des vidéos d'enfants morts en discutant de bol poké, on finit par rentrer chez nous se brûler un peu plus le cul et l'esprit devant une télé de CHSLD pour se faire accroire qu'on a encore fait "un ostie de bon show" et, même si on le veut, on ne change pas la machine. C'est elle, et elle seule, qui nous avale, nous digère et nous conchie. »

Voici comment s'ouvre le livre d'Héloïse Bargain. Dans un récit abrasif et plein d'humour, elle nous propose une incursion inédite dans les salles de nouvelles pour nous faire vivre de l'intérieur le quotidien d'une journaliste. Partant d'une vision critique d'un journalisme souvent tourné vers le spectacle et l'opinion, un journalisme qui peut aussi manquer, parfois, de rigueur et de sensibilité, Basse-cour raconte les désillusions qui ont jalonné son parcours, du Nouveau-Brunswick au Manitoba, en passant par Moscou.

Publireportages sur des cabanes à patates, passions macabres pour les faits divers, enquêtes impossibles à mener faute de temps, sujets pertinents mis de côté, burn-out (les journalistes sont quatre fois plus exposés à la dépression que le reste de la population)... Comme elle le souligne d'emblée, sa critique est destinée au système médiatique comme entité et non à ceux et celles qui le composent. Les noms et les lieux ont presque tous été changés, mais les anecdotes qu'elle raconte, elles, sont véridiques et illustrent de façon incarnée différentes facettes du journalisme d'aujourd'hui : « Les écrans sont allumés sur de grands tableaux bleus classant dans un top 20, comme aux courses de chevaux, les articles les plus populaires. En tête de course, ce n'était [pas] la fuite des Panamas Papers [...], mais plutôt "Une dame de Sherbrooke trouve un serpent caché dans un ananas"  ».

Avec un talent littéraire certain, l'autrice déploie également un bestiaire dans lequel, à défaut d'être elle-même devenue un chien de garde de la démocratie – comme les journalistes aiment se représenter –, elle se reconnaît plutôt dans la musaraigne, un animal qui peut littéralement mourir de peur : en cas de stress intense, son rythme cardiaque s'accélère tellement qu'elle se brise la cage thoracique et meurt sur le coup. De quoi faire un bon topo, d'ailleurs...

À propos de l'auteur

Héloïse Bargain a été journaliste pour Radio-Canada (au Manitoba, en Acadie et à Montréal) ainsi que pour le Moscow Times (en Russie). Après trois démissions et un épuisement professionnel, elle quitte définitivement le métier. Basse-cour est son premier livre.

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Décolonialité et résistances queers

31 mars, par Les Éditions du remue-ménage, Marianne Chbat — , ,
Décolonialité et résistances queers coordonné par Marianne Chbat | essai Parution le 31 mars 2026 au Québec | En librairie en Europe Illustration de la couverture pas (…)

Décolonialité et résistances queers
coordonné par Marianne Chbat | essai
Parution le 31 mars 2026 au Québec | En librairie en Europe
Illustration de la couverture pas Isadora Ayesha Lima

Tandis que l'autoritarisme et les discours réactionnaires gagnent du terrain, et que les communautés LGBTQ+ en subissent les violences répétées, la pensée critique se dresse comme un rempart.

Après Sexualités et dissidences queers, ce deuxième tome rassemble des chercheur·es et des militant·es qui inscrivent les résistances queers dans une approche frontalement décoloniale et transnationale. Du racisme sexuel aux effets du colonialisme, de la fragilité blanche à la question de la foi, des expériences de bispiritualités aux solidarités transféministes, en passant par la convergence avec les luttes palestiniennes, cet ouvrage propose un vocabulaire renouvelé pour combattre la haine et construire une réelle solidarité.

Avec des textes de Reem Alameddine, Samya Amrani, Anne C. (Gao Wen) Beaulieu, Marianne Chbat, Fadwa Cherraj, Xan Choquet, Joée Dufresne, Chacha Enriquez, Javi Fuentes Bernal, Siobhan Guerrero McManus, Farah Hafez, Ahmed Hamila, Diane Labelle, Edward Ou Jin Lee, Gwendoline Lüthi, Alexandra Pierre et Élise Ross-Nadié.

Marianne Chbat
Marianne Chbat est sociologue, chercheure et militante. Elle est professeure associée à l'École de travail social de l'Université de Montréal et directrice de la recherche au GRIS-Montréal. Elle a fait paraître en 2024 Famille queers. Récits et célébrations.

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