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Conférence de Porto Alegre : un bilan clair est indispensable

Le 14 mars dernier, nous avons publié une présentation de la « conférence antifasciste » de Porto Alegre, faite par le MES brésilien, le courant du PSOL le plus véritablement (…)

Le 14 mars dernier, nous avons publié une présentation de la « conférence antifasciste » de Porto Alegre, faite par le MES brésilien, le courant du PSOL le plus véritablement internationaliste, en vue d'y faire venir les internationalistes, c'est-à-dire celles et ceux pour qui l'ennemi « fasciste » n'est pas désincarné mais s'appelle avant tout Trump et Poutine, et nous résumions les grandes lignes du débat suscité dans le RESU/ENSU à ce sujet.

La conférence a eu lieu, et même si un bilan précis des camarades du RESU/ENSU et des quelques ukrainiens et russes qui s'y sont rendus est attendu, l'essentiel est dès à présent tout à fait clair et confirme les craintes que l'on pouvait avoir. L'expérience a été faite : ce fut une grande messe dans laquelle les internationalistes anti-poutiniens furent poliment noyés et réduits au silence, non pas seulement de par la manière coutumière d'organiser ce type de rassemblement (à l'image de l'altermondialisme du monde d'avant 2022, dont un Eric Toussaint se veut, en quelque sorte, le pape), mais très délibérément.

L'appel final, jamais discuté ni voté et manifestement écrit avant même la conférence, nomme Trump et évoque l'existence aux Etats-Unis du mouvement « No Kings », un tout petit peu plus que dans la dernière mouture de l'appel initial : ce dernier datait d'avant le cycle de guerres déclenchées par Trump depuis début 2026. En étant généreux, on peut tenter de voir là une évolution …

Il était en effet impossible de ne pas se centrer quelque peu sur Trump, toutefois vite ramené à l' « impérialisme américain » de toujours et toujours égal à lui-même. Et dans la suite du texte, fascisme et néolibéralisme sont largement confondus (ils sont bien entendu en rapport, mais toute rupture qualitative est ignorée).

Poutine reste l'innomé, en fait soutenu implicitement par les organisateurs. Pas un mot de solidarité pour le peuple ukrainien, dont les représentants furent poliment et folkloriquement relégués dans des « ateliers » périphériques. La seule solidarité précise sur laquelle il est fortement appuyé concerne Cuba, la Palestine et l'Iran, à savoir l'Etat iranien des mollahs contre la guerre des Etats-Unis et d'Israël : la plus grande répression fasciste ou fascisante des toutes récentes semaines, des dizaines de milliers de morts en Iran début janvier, est passée sous silence. Le soutien aux mollahs et le soutien à Poutine constituent la ligne de fond réelle, plus ou moins affichée, des organisateurs : elle n'a strictement rien d'antifasciste. Au contraire !

Cet indispensable bilan sans concessions ni illusions n'a rien de sectaire : il est clair que la masse des participants voulait absolument combattre contre le fascisme, pour la démocratie, l'écosocialisme et l'émancipation, et c'est précisément pour cela que la clarté est nécessaire. Divers articles, en nombre croissant, donnent bien des éléments, comme ceux d'Yvan Druri Zarin et de Sergio Bellavita repris ici sur le site du Réseau Bastille, le bilan nuancé d'un camarade ukrainien pour qui « il reste beaucoup à faire » pour construire un véritable internationalisme, la Gauche anticapitaliste de Belgique ayant regroupé également ces documents pour appeler à un débat en vue d'un bilan. Ceci s'impose en effet, et rapidement.

Quatre questions appellent des réponses précises.

Premièrement, cette conférence a-t-elle constitué un grand pas en avant dans la lutte antifasciste internationale, comme veut le croire Israel Dutra, du PSOL et du MES, qui, dans Inprecor, parle d'une « grande victoire politique » ? Était-ce là, comme il l'écrit aussi, « l'avant-garde » ?

On peut comprendre ce camarade qui a probablement investi bien des forces dans cette conférence et qui a lutté pour l'invitation d'ukrainiens et de russes, et l'on doit prendre en compte les regroupements et efforts organisationnels en cours au Brésil, mais …

Pour les camarades de la IV° Internationale ou beaucoup d'entre eux, les références à Lénine et à la III° Internationale ont sans doute quelques poids, alors donnons en une : rien ne ressemble plus à « Porto Alegre » 2026 que les conférences de reconstitution de l'Internationale socialiste, la « seconde », en 1919, ou de « l'Internationale deux et demi » un peu plus tard : là aussi, on se retrouvait dans l'amitié contre « le militarisme » en taisant l'union sacrée sous ses diverses formes nationales !

Bien qu'il faille le prendre avec quelque distance, avouons que le parallèle est frappant entre la volonté de refaire comme avant, en ce temps là comme avant 1914, à Porto Alegre comme avant 2022, le tout renforcé par le déni conscient ou inconscient de cette date, et de rester « tous ensemble », poutiniens, non-poutiniens, anti-poutiniens, dans le grand carnaval de l'affichage antifasciste et anti-impérialiste. Qui gagne dans cette partie de dupes ? Pas l'antifascisme.

Deuxièmement, Porto Alegre a-t-elle été un pas en avant du point de vue du combat actuel des peuples latino-américains ?

Les trois partis brésiliens qui ont été au centre de son organisation sont le PT au pouvoir, le PCdoB pro-Poutine et pro-mollahs, et le PSOL, le plus ouvert sur l'internationalisme effectif, mais tiraillé par de grands débats et de vraies contradictions sur ses rapports avec le gouvernement. Le PT lui-même reflète les contradictions de la ligne pro-Poutine de Lula qui ne peut plus continuer telle quelle, face à l'axe Trump-Poutine et aux formes prises en Amérique latine par l'offensive trumpiste, particulièrement la formation, au Venezuela, d'un régime compradore composé de 99% de l'appareil d'Etat et de l'appareil politique du ci-devant madurisme !

Inutile de dire que cette réalité latino-américaine fondamentale du moment présent, que tous les habitants du continent perçoivent ne serait-ce que par les millions et les millions de réfugiés vénézuéliens, n'a pas été éclaircie à Porto Alegre où les organisateurs se rangent aux côtés des gouvernants, cubains ou vénézuéliens, contre « l'impérialisme », même quand ces gouvernants le sont de moins en moins !

De ce point de vue, nous demandons à connaître le sort, s'il y en a eu un, des syndicalistes indépendants – même de culture stalinisante ! – du Venezuela notamment, à cette conférence. Quant aux iraniens, ils existent, mais il semble bien n'avoir jamais été invités.

Troisièmement, quel a été l'apport de la conférence à l'unité antifasciste pour empêcher tout retour de Bolsonaro ou des bolsonaristes au pouvoir au Brésil ? En fait, la venue au Brésil d'environ plusieurs milliers de militants du monde entier peut rasséréner les militants locaux, mais le contenu politique de la conférence n'a bien entendu apporté aucun éclaircissement aux tâches de l'heure : barrer la route au bolsonarisme demande en effet de combattre aussi le poutinisme et le trumpo-poutinisme, dont Bolsonaro est un soutien, et en même temps de défendre contre le gouvernement brésilien une politique de défense réelle des besoins sociaux et écologiques.

Quatrièmement, faut-il s'adapter aux militants et aux peuples d'Amérique latine ou d'autres parties du monde pour qui l'impérialisme et le fascisme ce sont forcément les Etats-Unis ? Cette question en appelle en fait une autre : ces militants et ces peuples ne se posent-ils pas de questions ? Ne voient-ils pas à l'œuvre le trumpo-madurisme au Venezuela, la violence coloniale russe contre-révolutionnaire et barbare au Mali, au Burkina, au Niger, en Centrafrique, au Soudan, la nature du régime au Nicaragua, ne voient-ils rien ? Bien sûr que non : en fait, la répétition comme un mantra que les « peuples du Sud » ne peuvent pas entendre une ligne anticampiste s'apparente quasiment à du paternalisme raciste, cherchant en réalité à bloquer les différentiations politiques en marche de Porto Alegre à Cotonou.

Par conséquent, dernière question : faire avancer la cause du véritable internationalisme peut-il se faire en cautionnant un cadre tel que celui de Porto Alegre, et les structures de coordination qui en sont issues et qui bien entendu vont organiser d'autres grandes messes en faisant en sorte que les flonflons étouffent toujours ce qui gêne les poutiniens parmi les organisateurs ? La réponse est bien entendu non, et cela ne signifie pas qu'il ne faut pas discuter avec les militants et prendre des contacts, bien au contraire.

Et nous ne doutons pas que bien des contacts et des discussions intéressants ont eu lieu à Porto Alegre, et qu'il faut en parler aussi, mais ceci ne doit pas cacher le bilan central : l'antifascisme, en dehors de l'affichage, a-t-il gagné quelque chose dans cette affaire ?

La vraie question est donc que le véritable internationalisme et le véritable antifascisme doivent prendre conscience d'eux-mêmes et ne pas se faire les suivistes des initiatives de ceux qui veulent perpétuer les oripeaux du vieux monde et ainsi se condamner à ne jamais grandir, mais prendre l'initiative eux-mêmes du regroupement, autour des réseaux pro-ukrainiens, des Iraniens, de no Kings, notamment. Il est là, l'antifascisme. Il doit s'assumer pour ce qu'il est et arrêter de vouloir suivre le carnaval du vieux monde.

Cela passe par la discussion, rapide, mais approfondie, sur la manière d'articuler les questions militaires – car la lutte antifasciste demande des armes, au sens propre – et la question du pouvoir. Objet de notrevisio publique de ce mardi 7 avril à 18 h !

VP, le 04/04/2026.

Source : https://aplutsoc.org/2026/04/04/conference-de-porto-alegre-un-bilan-clair-est-indispensable/

La première Conférence internationale antifasciste de Porto Alegre - Un pas en avant et deux pas en arrière

C'est par une longue étreinte collective sur la scène de l'amphithéâtre Atos de l'université de Porto Alegre que s'achève la première conférence internationale antifasciste. Un (…)

C'est par une longue étreinte collective sur la scène de l'amphithéâtre Atos de l'université de Porto Alegre que s'achève la première conférence internationale antifasciste. Un pari gagné en termes de participation à ces quatre jours de débats : des délégations venues de plus de 40 pays et une forte présence de jeunes de la gauche brésilienne et argentine, de collectifs, de syndicalistes et d'organisations politiques et militantes, sans oublier la présence historique de camarades qui ont joué un rôle important dans la saison des mouvements qui avait pris son essor précisément à Porto Alegre.

31 mars 2026 | tiré d'Europe solidaire sans frontières Sergio Bellavita
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78449

La tentative de renouer les liens d'un espace et d'un mouvement politique international, dans un contexte aussi complexe et dramatique que celui que nous traversons, a été globalement couronnée de succès. L'antifascisme a permis d'aborder tous les enjeux actuels, du retour des guerres de grande ampleur au génocide palestinien, en passant par la résurgence brutale de l'impérialisme, la montée mondiale de l'extrême droite et, par conséquent, les atteintes aux droits civiques, aux droits des travailleurs, à l'égalité des genres et à la démocratie elle-même.

Cependant, une part importante des contributions a privilégié un usage excessif de la rhétorique et des slogans plutôt qu'une analyse rigoureuse et une approche autocritique du rôle joué par la gauche ces dernières décennies.

Heureusement, quelques contributions ont tenté d'ouvrir un débat sur le profond fossé qui sépare les mouvements populaires ayant permis les victoires électorales de la gauche et les politiques gouvernementales. La rupture de la gauche avec sa base est précisément l'un des facteurs expliquant la croissance fulgurante de l'extrême droite. Un processus qui, dénoncé, concerne toute l'Amérique du Sud. Hormis ces tentatives pour faire face à la dureté de l'époque tout en reconnaissant nos propres limites, personne n'a cherché à définir des termes comme antifascisme et anti-impérialisme.

Que signifie le fascisme aujourd'hui ? Quelles caractéristiques en définissent la portée ? Comment se construit l'antifascisme ?

Tout cela a été passé sous silence, au profit d'aspects identitaires et autoréférentiels, du symbolisme, au prix d'une réalité bien plus vaste et complexe qu'on ne le souhaiterait.

C'est précisément dans ce décalage entre réalité et aspirations que réside le défaut majeur de la conférence.

Le document final dénonce en détail et de manière presque entièrement acceptable les atrocités actuelles, de l'agression contre l'Iran à l'enlèvement de Maduro, des crimes d'Israël à l'étouffement de Cuba ; pourtant, il passe sous silence la guerre impérialiste de Poutine et le massacre des manifestants iraniens par le régime des ayatollahs.

Il ne s'agit pas d'un oubli innocent, et encore moins d'un choix neutre impossible. Omettre la guerre contre l'Ukraine, qui entre dans sa cinquième année de barbarie – le plus long conflit au cœur de l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, avec ses deux millions de morts – apparaît comme le reflet obsolète et incompréhensible d'une proximité, dénuée de tout contenu progressiste et, de fait, inquiétante, avec le gouvernement despotique de Poutine. Si l'antifascisme est l'antithèse de l'oppression des femmes et des régimes autoritaires, pourquoi n'y a-t-il aucun soutien aux manifestantes iraniennes qui réclament la liberté et qui sont tuées par milliers ? Ceci sans préjudice de la ferme condamnation de l'agression impérialiste de Trump contre l'Iran.

Malheureusement, plus que l'antifascisme, le ciment de cette conférence semble être devenu l'anti-occidentalisme. Même son format de quatre jours nécessite une refonte en profondeur. Les plus de mille participants aux séances plénières et aux débats ont été réduits au rôle de simples spectateurs. Discours préparés à l'avance, débats formatés… Aucun espace d'expression libre : même le document final a été lu à la hâte, au milieu des accolades sur scène.

Ce n'est pas ainsi que l'on construit la participation nécessaire pour constituer une véritable alternative à la droite. Si l'organisation de la conférence a été un succès et a marqué un pas en avant, à l'instar du jeu de l'oie, les positions finales l'ont fait reculer de deux pas.

Sergio Bellavita, militant politique et social italien

P.-S.
• Traduit par Daniel Tanuro avec l'aide de Deepl.

Source : Il Refrattario e controcorrente, 31 mars 2026 :
https://andream94.wordpress.com/2026/03/31/un-passo-avanti-e-due-indietro/

Tous les chemins mènent à la stagflation

7 avril, par Michael Roberts — , ,
Dans sa dernière analyse sur l'impact du conflit au Moyen-Orient sur les économies mondiales, le FMI l'a résumé ainsi : « Même si la guerre pourrait affecter l'économie (…)

Dans sa dernière analyse sur l'impact du conflit au Moyen-Orient sur les économies mondiales, le FMI l'a résumé ainsi : « Même si la guerre pourrait affecter l'économie mondiale de diverses manières, tous les chemins mènent à une hausse des prix et à un ralentissement de la croissance ».

1 avril 2026 | tiré de vientosur.fin
https://vientosur.info/todos-los-caminos-llevan-a-la-estanflacion/

Le prix mondial de référence du pétrole est en passe d'enregistrer en mars sa plus forte hausse mensuelle de l'histoire, supérieure même à celle de 1990, lorsque l'Irak a envahi le Koweït. Le conflit pourrait prendre fin rapidement, comme l'affirment Trump et Rubio (vraisemblablement grâce à un accord avec l'Iran dans lequel ce dernier céderait essentiellement aux exigences des États-Unis). Ou, ce qui est plus probable, le conflit pourrait s'éterniser jusqu'en avril et au-delà, avec peut-être des troupes américaines sur le terrain tentant de briser le contrôle de l'Iran sur le détroit d'Ormuz et cherchant à mettre la main sur ses réserves nucléaires.

Quoi qu'il en soit, les prix du pétrole brut resteront élevés pendant un certain temps (et encore plus ceux des produits dérivés du pétrole, qui ont encore plus augmenté).

Cela signifie deux choses. À court terme, l'inflation mondiale va augmenter. Si le conflit s'éternise, à la hausse de l'inflation s'ajouteront un ralentissement de la croissance économique et la probabilité que même certaines des principales économies tombent en récession. La stagflation est inévitable et une récession inflationniste est possible.

Si les installations pétrolières et gazières subissent des dommages permanents ou sont hors service pendant une longue période, les prix du pétrole augmenteront encore davantage pour atteindre 150 dollars le baril — soit près de trois fois les niveaux d'avant-guerre — et les prix du gaz naturel s'envoleraient jusqu'à 120 euros par MWh, soit quatre fois le tarif d'avant-guerre. Une telle hausse serait comparable à la crise mondiale d'approvisionnement de la fin des années 1970, qui a contribué à une forte inflation et à une récession mondiale. Le ministre français des Finances, Roland Lescure, estime qu'entre 30 % et 40 % de la capacité de raffinage du Golfe a déjà été endommagée ou détruite par les frappes de représailles de l'Iran, ce qui laisse un déficit de 11 millions de barils par jour sur les marchés mondiaux du pétrole. M. Lescure a averti qu'il faudrait jusqu'à trois ans pour remettre en état les installations endommagées et plusieurs mois pour redémarrer celles qui ont été fermées d'urgence.

Les économistes de Goldman Sachs envisagent trois scénarios : le scénario de base est une interruption de six semaines au cours de laquelle le prix du brut grimpe à 120 dollars le baril avant de redescendre entre 80 et 100 dollars, sans dommages durables aux infrastructures. Le deuxième scénario est une guerre de durée moyenne (dix semaines) au cours de laquelle le prix du brut s'envole à 140 dollars le baril, se maintenant au-dessus de 95 dollars pendant dix semaines supplémentaires. Cela marqueraitla production de manière permanente. Le troisième scénario est apocalyptique (avec dix semaines de guerre et des dommages durables).

Dans ce cas, le prix du pétrole grimperait à 160 dollars le baril et ne redescendrait jamais sous la barre des 100 dollars dans un avenir prévisible en raison des dommages causés aux installations de production.

Les dernières perspectives économiques de l'OCDE ont déjà revu à la baisse les prévisions de croissance du PIB réel dans les principales économies pour cette année en raison de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Toutes les économies du G7, à l'exception des États-Unis, connaîtront une croissance plus lente que prévu cette année, le Royaume-Uni étant le plus touché, passant de 1,2 % à seulement 0,7 %. L'économie américaine connaîtra une croissance plus rapide que prévu, selon l'OCDE, grâce à l'augmentation de ses exportations de pétrole et de gaz. L'OCDE a également relevé ses prévisions d'inflation pour les principales économies du G20, passant de 2,8 % à 4 %. L'Argentine affichera le taux d'inflation le plus élevé du G20, avec 31 %, et la Chine le plus bas, avec 1,3 %. L'inflation aux États-Unis passera de 2,9 % actuellement à 4,2 %. Si la guerre se poursuit au cours du prochain trimestre, il faut s'attendre à ce que ces prévisions de croissance soient encore revues à la baisse et que celles de l'inflation soient revues à la hausse.

À mon avis, contrairement aux prévisions optimistes de l'OCDE concernant la croissance aux États-Unis, ce pays n'échappera pas à cette récession. Selon les économistes de la Banque Royale du Canada, si les prix du pétrole se maintiennent à 100 dollars le baril, la croissance du PIB réel américain pourrait reculer de 0,8 point de pourcentage (passant de 2 % par an actuellement à environ 1 %) et l'inflation américaine pourrait atteindre 4 % par an.

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoit que, si les prix de l'énergie restent durablement élevés, la croissance du commerce des marchandises cette année ralentira, passant de 1,9 % à 1,5 %. La croissance des exportations nord-américaines ralentira légèrement, passant d'une expansion de 1,4 % à 1,1 %, mais l'Europe sera fortement touchée, avec une contraction des exportations de 0,6 % au lieu d'une croissance de 0,5 %. L'impact sur la croissance sera tout aussi inégal : alors que le coût élevé de l'énergie pourrait stimuler la croissance du PIB en Amérique du Nord cette année, la faisant passer de 2,3 % à 2,5 %, il freinerait la croissance du PIB en Asie, la faisant passer de 3,9 % à 3,1 %.

En Europe, une guerre prolongée paralyserait presque complètement l'économie, freinant son expansion à 0,4 % contre une estimation précédente de 1,6 %. L'analyse de la BCE a également estimé qu'une guerre prolongée entraînerait une récession profonde et durable de la production, accompagnée d'une inflation persistante plus élevée. L'inflation annuelle de la zone euro a déjà atteint 2,5 % en mars, contre 1,9 % en février.

Ce chiffre représente le taux le plus élevé depuis janvier 2025, plaçant l'inflation au-dessus de l'objectif de 2 % de la BCE, les coûts énergétiques ayant bondi de 4,9 %, la première hausse annuelle en près d'un an et la plus forte depuis février 2023, sous l'effet du conflit au Moyen-Orient.

De plus, l'explosion des prix de l'énergie ne se contente pas de stimuler l'inflation globale, mais, à un certain stade, elle oblige les ménages et les entreprises à réduire leurs achats et leurs investissements pour pouvoir payer leurs factures d'énergie. Elle devient un frein à la croissance. Les coûts de financement, exprimés en termes de rendements des obligations d'État à long terme, sont déjà en hausse dans toutes les grandes économies.

Dans quelle mesure et pendant combien de temps les prix de l'énergie (et d'autres matières premières clés) doivent-ils augmenter pour qu'une récession se produise ? Les estimations divergent. Paul Krugman, l'économiste keynésien, considère que l'élasticité de la demande de pétrole brut est faible, c'est-à-dire que même des hausses importantes des prix n'entraînent que de légères baisses de la demande (et donc du PIB). Mais cette fois-ci, cela pourrait être différent. Il estime qu'une « perturbation faible » (prix du pétrole de 100 à 150 $/b) réduirait l'offre d'environ 8 % aux États-Unis. Une perturbation moyenne (prix du pétrole de 120 à 230 $/b) entraînerait une baisse de 12 % de la croissance économique aux États-Unis. Une perturbation forte (prix du pétrole de 155 à 370 $/b) réduirait l'offre américaine de 16 %.

Un conflit prolongé affecterait bien davantage le Moyen-Orient et l'Asie. Les pays du Golfe perdraient leur trafic touristique lucratif et les compagnies aériennes pourraient être contraintes d'éviter la zone pour le trafic mondial. Ce serait la fin des jours de luxe pour les étrangers dans ces régions. Les grands projets d'infrastructure des pays du Golfe étant dans la ligne de mire des attaques, les travailleurs et travailleuses migrants du secteur de la construction auront moins d'argent à envoyer chez eux, une perte qui affectera les ménages de tout le Moyen-Orient et de l'Asie du Sud. Les travailleurs et travailleuses des pays du Golfe envoient 88 milliards de dollars de transferts de fonds par an dans leur pays d'origine. Des pays comme l'Égypte, le Pakistan et l'Inde sont les principaux bénéficiaires, avec des dizaines de milliards de dollars par an, ce qui représente plus de la moitié de l'ensemble des transferts de fonds reçus par ces économies. L'Égypte, le Pakistan et la Jordanie reçoivent chacun plus de 4 % de leur PIB sous forme de transferts de fonds en provenance du Golfe.

La Société Générale estime que chaque hausse soutenue de 10 dollars du prix du pétrole aggraverait le déficit courant de l'Inde – qui avoisine actuellement 1 % du PIB – d'un demi-point de pourcentage et réduirait la croissance économique de 0,3 %. À 100 dollars le baril, cela signifierait un déficit courant de 3 % du PIB et une baisse de la croissance économique, qui passerait d'une prévision de 6,4 % pour 2026 à 5 %. Le Centre pour le développement mondial (CGD), une organisation basée à Washington, a dressé une liste des 17 pays les plus vulnérables aux répercussions de la guerre en Iran. Treize d'entre eux sont africains, notamment l'Angola, le Nigeria, l'Égypte, le Ghana et l'Éthiopie.

En Asie, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka sont considérés comme vulnérables, tandis qu'au Moyen-Orient, la Jordanie se distingue.

Dans l'ensemble, la hausse des prix du pétrole et la dévaluation du taux de change provoqueront une crise des termes de l'échange pour de nombreux pays, ce qui rendra difficile le remboursement de la dette extérieure et la constitution de réserves de devises. Les pays qui ont à la fois un service de la dette extérieure élevé et de faibles réserves seront particulièrement exposés. Par exemple, l'Égypte pourrait devoir refinancer plus de 4 milliards de dollars d'euro-obligations en circulation l'année prochaine ; la Jordanie et le Pakistan pourraient devoir refinancer environ 1 milliard de dollars chacun.
Environ 70 % des importations d'urée du Brésil et 40 % de celles de l'Inde – essentielles à leur secteur agricole – proviennent du Golfe via le détroit d'Ormuz. Les pays du Golfe importent la majeure partie de leur nourriture : 75 % de leur riz arrive par le détroit, ainsi que plus de 90 % de leur maïs, de leur soja et de leur huile végétale. En outre, des pays comme le Bangladesh, l'Inde et le Pakistan seront touchés par la chute inévitable des transferts de fonds de millions de leurs citoyens travaillant dans les pays du Golfe, car la guerre affectera l'économie régionale.

Trois pays seront moins touchés. Les États-Unis disposent d'abondantes réserves stratégiques et, bien sûr, de leur propre production nationale. Bien que la Chine dépende largement du pétrole du Moyen-Orient (principalement de l'Arabie saoudite), elle a constitué des réserves stratégiques précisément pour ce type de situation et en raison de ses craintes face aux sanctions américaines. L'année dernière, la Chine a importé environ la moitié de son pétrole brut et près d'un tiers de son gaz naturel liquéfié du Moyen-Orient. Mais elle a constitué de manière agressive des réserves stratégiques de combustibles fossiles. On estime que la Chine possède les plus grandes réserves d'urgence de pétrole au monde, avec un total de 1,3 milliard de barils.

La Chine a également réalisé d'importants investissements dans l'électrification. L'électricité représente 30 % de la consommation énergétique du pays – soit environ 50 % de plus qu'aux États-Unis ou en Europe –, ce qui le rend plus à l'abri de la hausse des prix mondiaux du pétrole 1. Un mix énergétique diversifié, de multiples fournisseurs et l'accès à des routes contournant le Golfe font que seulement environ 6 % de la consommation totale d'énergie de la Chine est directement exposée aux perturbations dans le détroit, estime Goldman Sachs.

La Chine est donc bien placée pour faire face à toute pénurie ; elle peut encore recourir à davantage d'importations de pétrole en provenance de Russie et d'Amérique du Sud, où elle a augmenté ses approvisionnements ces dernières années pour contourner le Moyen-Orient. Et, ironiquement, la Russie bénéficiera de l'augmentation des recettes tirées de ses exportations d'énergie.

Une étude récente portant sur toutes les guerres depuis 1870 a révélé que : « la production chute de près de 10 % dans l'économie du front, tandis que les prix à la consommation augmentent d'environ 20 % (par rapport aux tendances d'avant-guerre) ». Et « les économies des pays belligérants, et même celles des pays tiers, connaissent des dynamiques tout aussi défavorables si elles sont exposées au front par le biais de liens commerciaux ». La production des partenaires commerciaux les plus proches baisse de 2 % par rapport à la tendance. Cette guerre dépassera facilement ces moyennes si elle se prolonge encore longtemps.

La Semaine Sainte s'annonce comme un tournant crucial dans la guerre. Un accord sera-t-il conclu ou les États-Unis lanceront-ils une nouvelle phase du conflit avec des troupes terrestres ? Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : tous les chemins mènent à la stagflation.

TheNextRecession

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Les conséquences environnementales de la guerre : un expert de l’ONU dénonce les attaques contre les sites pétroliers et les usines de dessalement

7 avril, par Democracy now ! — ,
Nous examinons l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur l'environnement dans « l'une des régions les plus touchées par le stress hydrique au monde », avec Kaveh Madani, (…)

Nous examinons l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur l'environnement dans « l'une des régions les plus touchées par le stress hydrique au monde », avec Kaveh Madani, scientifique renommé des Nations Unies, ancien homme politique iranien et lauréat du Prix de l'eau de Stockholm 2026. Madani aborde les menaces qui pèsent sur les infrastructures civiles d'approvisionnement en eau dans la région du Golfe, la manière dont la crise du détroit d'Ormuz met en évidence la dépendance excessive des pays consommateurs vis-à-vis du pétrole et du gaz, ainsi que ses travaux primés sur les effets mondiaux de la « faillite hydrique ». Madani établit un lien entre les luttes contre la guerre et celles pour le climat, et appelle à une résistance populaire plus large face aux dommages environnementaux à long terme causés par la guerre mondiale. « Toutes les armes qui ont été produites ont laissé une empreinte carbone : les missiles qui volent, les avions à réaction, les chars qui sont détruits, les champs pétroliers qui sont attaqués et les gisements de gaz qui sont brûlés. Tout cela génère d'énormes émissions de gaz à effet de serre », explique-t-il. « Elles vont nous affecter à long terme. »

Kaveh Madani est directeur de l'Institut de l'Université des Nations Unies pour l'eau, l'environnement et la santé.

1er avril 2026 | tiré du de Democracy now ! | Photo : usine de désallement
https://www.democracynow.org/2026/4/1/iran_war_environmental_effects

AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org, The War and Peace Report. Je suis Amy Goodman. Plus d'un mois après le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, les inquiétudes grandissent quant aux conséquences à long terme de ce conflit sur la santé humaine, les écosystèmes terrestres et marins et les aquifères, ainsi qu'à son impact sur le réchauffement climatique. Parmi les nombreux incidents préoccupants, Israël a bombardé des installations pétrolières autour de Téhéran au cours des premières semaines de la guerre, provoquant des incendies qui ont brûlé pendant des heures et généré un épais nuage de fumée toxique au-dessus de cette ville de 10 millions d'habitants. De nombreux habitants se sont plaints d'avoir du mal à respirer alors que des gouttes de pluie noires chargées de produits chimiques toxiques tombaient sur la capitale.
Lundi, le président Trump a menacé de faire sauter des usines de dessalement en Iran. Il a écrit sur Truth Social : « Si le détroit d'Ormuz n'est pas immédiatement “ouvert au trafic”, nous mettrons fin à notre charmant “séjour” en Iran en faisant exploser et en détruisant complètement toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l'île de Kharg (et peut-être toutes les usines de dessalement !) que nous avons délibérément encore “épargnées” », a déclaré Trump. Dans le Golfe, le dessalement est la principale source d'eau potable, et des centaines d'usines de dessalement pourraient être menacées si le conflit s'intensifie.
Pour en parler plus en détail, nous recevons le scientifique environnementaliste iranien Kaveh Madani. Il est directeur de l'Institut des Nations Unies pour l'eau, l'environnement et la santé. Le mois dernier, il a reçu le Prix de l'eau de Stockholm 2026 pour ses travaux pionniers sur le concept de faillite hydrique. Auparavant, il occupait le poste de directeur adjoint du ministère iranien de l'Environnement, mais s'est exilé après que ses travaux sur la pénurie d'eau lui ont valu des accusations de sabotage. Il affirme que la guerre est le pire cauchemar pour quelqu'un qui se bat pour l'environnement. Il nous rejoint aujourd'hui depuis Toronto.
Pourquoi ne pas commencer par là ? Pourquoi la guerre est-elle le pire scénario pour quelqu'un qui espère sauver l'environnement ?

KAVEH MADANI : Nous savons que même en temps de paix, de nombreux gouvernements ont du mal à accorder de l'attention à l'environnement et à prendre des mesures sérieuses en la matière. Ainsi, en cas de guerre, les chances d'attirer l'attention des gouvernements et des sociétés seraient bien plus limitées. La société, les personnes qui se battent pour leur survie et tentent de rester en vie, ne penseraient pas aux générations futures et n'auraient même pas la capacité de réfléchir à l'environnement, à la qualité de l'air, à la gestion durable de l'eau, etc.

Il s'agit donc simplement d'une question de capacité d'attention et de dépriorisation — le fait que l'environnement serait écarté de la liste des priorités. Mais en plus de cela, pensez simplement aux conséquences à long terme des guerres : tous les résidus chimiques, tous les débris, les gaz à effet de serre résultant de la guerre, des explosions et de tout le reste. La guerre va donc nous faire reculer. Et c'est pourquoi toute personne qui se soucie de l'environnement devrait également se soucier de la paix.

AMY GOODMAN : Au fait, félicitations pour ce prix prestigieux que vous venez de remporter, Kaveh Madani, le Prix de Stockholm pour l'eau, considéré comme le prix Nobel de l'eau. Pouvez-vous réagir aux menaces de Trump de faire sauter davantage d'infrastructures civiles, y compris les usines de dessalement — il les appelle « usines de désalinisation » — en Iran ? Qu'est-ce que cela signifierait exactement ?

KAVEH MADANI : Tout d'abord, je tiens à dire que je ne vais pas partager mon prix avec lui.
Mais, vous savez, je pense que c'est… c'est vraiment effrayant, je veux dire, à plusieurs égards. Mais, vous savez, analysons la situation. Premièrement, nous savons que la guerre a commencé par une violation du droit international. Mais même si les ennemis de la République islamique considèrent cela comme justifié, les guerres ont… même les guerres ont des règles. Et il y a des règles à respecter même pendant les guerres. Attaquer des infrastructures civiles constitue une violation du droit international humanitaire, et cela peut être un crime de guerre. Donc, menacer de mettre — en substance, de compromettre la situation et de mettre en danger les civils qui n'ont aucun pouvoir d'action dans cette guerre, les civils que les agresseurs de la République islamique prétendent vouloir — vous savez, prétendent vouloir sauver, est contradictoire. Donc, cela ne sert à personne s'il y avait un changement de régime, s'ils veulent apporter la liberté en Iran. Un Iran sans ressources en eau ni en énergie ne serait pas dans une meilleure situation. C'est donc très déroutant, même pour ceux qui sont de fervents partisans de cette guerre du côté iranien.

Mais essayons de comprendre la situation. Tout d'abord, l'Iran ne dépend pas fortement du dessalement. Ce sont les autres pays de la région. Israël, les États du Golfe et l'Arabie saoudite dépendent fortement du dessalement. Ainsi, si la première usine de dessalement était attaquée, il y aurait des représailles, et toute la région serait en feu. Toute la région serait perdante. Et nous parlons ici de la vie de personnes qui n'ont aucune prise sur cette guerre, des conséquences sur l'eau potable, des implications sanitaires. Certains des petits États, contrairement à l'Iran, n'ont pas le luxe de disposer de différentes sources d'eau. Certains d'entre eux n'ont plus que quelques jours ou quelques semaines d'eau. Ainsi, si leurs usines de dessalement sont mises hors service, nous serons confrontés à une crise majeure.

Mais n'oublions pas qu'il existe d'autres moyens de perturber le système d'approvisionnement en eau. Si les réseaux électriques sont coupés, les pompes cessent de fonctionner, les stations d'épuration s'arrêtent, les réseaux de distribution d'eau tombent en panne. Ainsi, même en attaquant les infrastructures énergétiques, on peut perturber le système d'approvisionnement en eau. Et nous savons, nous avons entendu parler des problèmes d'eau en Iran. Nous avons entendu parler des problèmes d'eau dans le reste de la région. C'est l'une des régions du monde les plus touchées par le stress hydrique. De nombreux pays sont déjà en faillite hydrique. Et aggraver la situation ne va aider personne. Il n'y a donc aucun intérêt, aucun gain ni aucun avantage stratégique à proférer cette menace ou à la concrétiser. J'espère qu'il ne s'agit que d'un slogan sur les réseaux sociaux et non d'une action réelle.

AMY GOODMAN : Une analyse récente de la guerre a révélé que 5 millions de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre ont été rejetées au cours des deux premières semaines du conflit. L'analyse du Climate and Community Institute a montré que ces deux premières semaines ont épuisé le budget carbone mondial plus rapidement que 84 pays réunis. Pouvez-vous nous parler de ces impacts climatiques ? Vous avez dit que nous blâmons toujours les pays producteurs de pétrole pour les émissions de gaz, mais que nous ne blâmons pas l'acheteur. Mettez ces deux éléments en perspective.

KAVEH MADANI : Oui, je pense que c'est un argument valable. Dans le militantisme climatique, les pays de la région qui sont actuellement en guerre, à l'exception d'Israël, sont généralement accusés de vendre du pétrole. Maintenant que nous voyons le détroit d'Ormuz se fermer, nous savons qui sont les acheteurs, car nous voyons comment différents pays se plaignent. Et j'ai toujours dit que, vous savez, c'est… si vous voulez vraiment mettre fin à la production de pétrole et à la dépendance au pétrole, blâmez les acheteurs de pétrole. Et s'il n'y avait pas d'acheteurs de pétrole, ces pays ne vendraient pas de pétrole. C'est donc en quelque sorte un problème, ou une question éthique, que nous rencontrons dans les campagnes environnementales. Mais aujourd'hui, ces pays sont menacés. Ils ne peuvent pas vendre leur pétrole, comme nous le savons, ou du moins leur production de pétrole est très limitée.

Mais une guerre fait rage. Toutes les armes qui ont été produites ont laissé une empreinte carbone : les missiles qui volent, les avions à réaction, les chars qui brûlent, les champs pétroliers qui sont attaqués et les gisements de gaz qui sont incendiés. Tout cela génère d'énormes émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, on n'entend pas beaucoup de protestations. On ne voit pas de militants pour le climat descendre dans la rue pour réclamer l'arrêt de la guerre. Et, vous savez, de nombreux Iraniens m'ont interrogé sur ces questions par le passé : pourquoi constatons-nous une telle hypocrisie lorsqu'il s'agit du militantisme pour le climat ou de l'activisme environnemental ? Je n'accuse personne de quoi que ce soit, mais j'attends de voir davantage de personnes se battre pour la paix, défendre la paix et défendre l'environnement. Les conséquences sont durables. Ce que nous voyons au Moyen-Orient, comme nous le savons, nous affecte tous en ce moment, mais aussi dans les années et les décennies à venir. La pollution qui restera dans la région, les gaz à effet de serre qui s'échappent dans l'atmosphère, tout cela va nous affecter à long terme.

AMY GOODMAN : Et, Kaveh, avant de conclure, il ne nous reste qu'une minute, mais pourriez-vous nous parler de la « faillite hydrique » et de ce que cela signifie ?

KAVEH MADANI : La faillite hydrique, tout comme la faillite financière, décrit la situation dans laquelle nous nous trouvons : nous souffrons d'insolvabilité, ce qui signifie que la quantité d'eau utilisée dépasse largement le taux de renouvellement ou les ressources que la nature nous offre. Nous avons un compte courant : les eaux de surface. Nous avons le compte d'épargne : nos nappes phréatiques. Nous avons épuisé notre compte courant. De plus, nos comptes d'épargne s'amenuisent également partout dans le monde. En conséquence, nous assistons à la diminution des réseaux d'eaux de surface, des rivières, des zones humides, etc., au déclin des nappes phréatiques, à l'affaissement des sols, à la désertification, à la perte de biodiversité, aux feux de forêt, etc.

Et c'est une situation que nous ne pouvons plus qualifier de crise, car ces systèmes ne se rétabliront pas. Nous sommes entrés dans une ère appelée « ère de la faillite hydrique », dans laquelle les systèmes perdent leur capacité à retrouver leur état d'origine. Les mesures à prendre pour faire face à cette situation sont totalement différentes. Nous devons admettre que nous avons échoué, si nous voulons sauver l'avenir et le rendre possible ; il faut combiner l'atténuation avec l'adaptation à une nouvelle réalité plus contraignante qu'auparavant.

AMY GOODMAN : Kaveh Madani, nous tenons à vous remercier de votre présence parmi nous. Nous vous inviterons certainement à nouveau pour parler plus en détail de la faillite hydrique. Kaveh Madani est directeur de l'Institut pour l'eau, l'environnement et la santé de l'Université des Nations unies ; il a précédemment occupé le poste de directeur adjoint du ministère iranien de l'Environnement ; il vient de recevoir le Prix de l'eau de Stockholm 2026, souvent qualifié de « Nobel de l'eau » ; il s'adresse à nous depuis Toronto, au Canada. Il s'est exilé d'Iran.

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Une transition juste pour sortir des énergies fossiles

7 avril, par Badrul Alam — ,
Propositions politiques à l'échelle mondiale émanant des mouvements paysans dans une perspective de souveraineté alimentaire La crise de la civilisation humaine et la nécessité (…)

Propositions politiques à l'échelle mondiale émanant des mouvements paysans dans une perspective de souveraineté alimentaire La crise de la civilisation humaine et la nécessité d'une nouvelle voie de développement. La civilisation humaine du XXIe siècle se trouve à un tournant historique. Au cours des deux derniers siècles, depuis la révolution industrielle, l'humanité a réalisé des progrès extraordinaires dans les domaines de la science, de la technologie, de l'industrie et du développement mondial des moyens de communication. L'industrialisation a accru la production, accéléré l'urbanisation, transformé les transports et les modes de communication, et considérablement augmenté l'activité économique à l'échelle mondiale. Ces transformations ont profondément remodelé les sociétés humaines et modifié la relation entre l'homme et la nature.

9 mars 2026 | tiré d'Europe solidaire sans frontières

Pourtant, ces réalisations ont également engendré une crise écologique profonde. Le modèle dominant de développement économique s'est fortement appuyé sur l'extraction et la consommation de combustibles fossiles — charbon, pétrole et gaz naturel — qui ont servi de sources d'énergie primaires pour la production industrielle, la production d'électricité, les systèmes de transport et l'agriculture moderne. Les combustibles fossiles ont alimenté les usines, rendu possible le commerce international et stimulé l'expansion économique tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.

Cependant, ce modèle de développement porte en lui des contradictions profondes. Les combustibles fossiles sont des ressources limitées, et leur extraction et leur combustion à grande échelle libèrent d'énormes quantités de gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre. Au fil du temps, cette accumulation de gaz à effet de serre a perturbé l'équilibre naturel du système climatique de la planète. En conséquence, le réchauffement climatique et l'instabilité climatique sont apparus comme les défis majeurs de notre époque.

Aujourd'hui, les conséquences de ce modèle de développement sont de plus en plus visibles. La crise climatique ne relève plus d'une prédiction scientifique lointaine ni d'un scénario hypothétique pour l'avenir. Elle est au contraire devenue une réalité immédiate et tangible qui affecte les écosystèmes, les économies et les communautés à travers le monde.

Les phénomènes météorologiques extrêmes s'intensifient tant en fréquence qu'en gravité. Ouragans, cyclones, inondations, sécheresses, vagues de chaleur et feux de forêt perturbent les vies et les moyens de subsistance sur tous les continents. L'élévation du niveau des mers menace les zones côtières et les nations insulaires. Les glaciers fondent à un rythme sans précédent, ce qui modifie les régimes hydrologiques des eaux douces dont dépendent des millions de personnes. Les systèmes agricoles sont soumis à un stress croissant en raison de régimes pluviométriques imprévisibles, de la dégradation des sols et des fluctuations de température.

Ces évolutions soulèvent des questions profondes quant à la durabilité du paradigme de développement actuel. Les sociétés humaines peuvent-elles continuer à accroître leur production et leur consommation tout en s'appuyant sur les combustibles fossiles comme principale source d'énergie ? L'économie mondiale peut-elle maintenir sa trajectoire actuelle sans déstabiliser les systèmes naturels qui soutiennent la vie sur Terre ?

Un nombre croissant de preuves scientifiques indiquent que la réponse est non. La poursuite d'un modèle de développement dépendant des combustibles fossiles menace non seulement la stabilité écologique, mais aussi la survie à long terme de la civilisation humaine elle-même.

Dans ces circonstances, la sortie des combustibles fossiles est devenue l'une des tâches les plus urgentes auxquelles l'humanité est confrontée. Cependant, cette transition ne peut être comprise comme un simple changement technologique d'une source d'énergie à une autre. Elle représente une transformation plus profonde qui touche les systèmes économiques, les structures politiques, les relations sociales et les valeurs culturelles.

Pour des millions de petits agriculteurs, de communautés autochtones, de travailleurs ruraux et de populations marginalisées à travers les pays du Sud, la crise climatique est déjà une réalité vécue. Leurs moyens de subsistance dépendent directement des écosystèmes naturels : sols, eau, forêts et biodiversité. Lorsque ces systèmes sont perturbés par le changement climatique, les conséquences sont immédiates et graves.

Les petits agriculteurs sont confrontés à une baisse des rendements agricoles due à des précipitations irrégulières et à des sécheresses prolongées. Les communautés côtières sont aux prises avec le phénomène de salinisation causé par l'élévation du niveau de la mer. Les éleveurs font face à la réduction des pâturages à mesure que la désertification s'étend. Les pêcheurs subissent une diminution des réserves halieutiques due au réchauffement des océans et à la perturbation des écosystèmes.

Bien qu'elles ne contribuent que très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, ces communautés supportent le plus lourd fardeau de la crise climatique. Cette réalité met en évidence une injustice fondamentale inhérente au système économique mondial actuel.

La transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit donc être guidée non seulement par des considérations environnementales, mais aussi par les principes de justice sociale, d'équité et de participation démocratique. Les voix de celles et ceux qui sont les plus affecté.e.s par le changement climatique — les petits agriculteurs, les peuples autochtones, les travailleurs, les femmes et les jeunes — doivent être au cœur de l'élaboration des politiques et des stratégies qui définissent cette transition.

Les mouvements paysans et les mouvements pour la souveraineté alimentaire à travers le monde affirment depuis longtemps que les solutions durables à la crise climatique doivent s'attaquer aux causes structurelles de la destruction de l'environnement. Ces causes comprennent la concentration du pouvoir économique, l'expansion de l'agriculture industrielle, la marchandisation des ressources naturelles et la prédominance des intérêts des entreprises dans la prise de décision mondiale.

Dans cette perspective, la transition vers l'abandon des combustibles fossiles est indissociable des luttes plus larges pour la justice économique, la soutenabilité écologique et la gouvernance démocratique.

La réalité scientifique de la crise climatique

La compréhension scientifique du changement climatique a considérablement progressé au cours des dernières décennies. Des recherches approfondies menées par des climatologues du monde entier ont établi que les activités humaines — en particulier la combustion de combustibles fossiles et la déforestation — sont les principaux facteurs du réchauffement climatique.

Depuis le début de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle, la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre a considérablement augmenté. Les relevés effectués sur des carottes de glace, dans des stations de surveillance atmosphérique et à l'aide de modèles climatiques montrent que les niveaux de dioxyde de carbone sont passés d'environ 280 parties par million à l'époque préindustrielle à plus de 420 parties par million aujourd'hui.

Cette augmentation des concentrations en gaz a renforcé l'effet de serre, piégeant davantage de chaleur dans l'atmosphère terrestre et provoquant une hausse des températures mondiales. Selon les évaluations scientifiques, la température mondiale moyenne a déjà augmenté d'environ 1,2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

Bien que cette augmentation puisse sembler faible en valeur numérique, ses conséquences sont profondes. Même de légères variations de la température moyenne peuvent perturber les systèmes climatiques complexes qui régulent les régimes météorologiques, les courants océaniques et les phénomènes écologiques.

L'un des aspects les plus alarmants du changement climatique est le possible franchissement de points de bascule critiques. Ces points de basculement représentent des seuils au-delà desquels les systèmes naturels peuvent subir des changements rapides et irréversibles. Par exemple, la fonte des calottes polaires pourrait accélérer considérablement l'élévation du niveau de la mer. Le dépérissement des forêts tropicales pourrait libérer dans l'atmosphère d'énormes quantités de carbone stocké. Le dégel du pergélisol dans les régions arctiques pourrait libérer du méthane, un puissant gaz à effet de serre, ce qui intensifierait encore davantage le réchauffement climatique.

Les scientifiques soulignent que si l'augmentation de la température mondiale dépasse 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, les risques de tels changements irréversibles augmenteront considérablement. C'est pourquoi les accords internationaux sur le climat insistent sur l'importance de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C et de poursuivre les efforts pour le maintenir en dessous de 1,5 °C.

Cependant, les tendances actuelles des émissions mondiales restent bien supérieures aux niveaux requis pour atteindre ces objectifs. Malgré des décennies de négociations et d'engagements internationaux, les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d'augmenter.

Cet écart entre les recommandations scientifiques et l'action politique représente l'un des plus grands défis à relever pour faire face à la crise climatique.

Impacts visibles du changement climatique

Les répercussions du changement climatique sont déjà visibles dans différentes régions du monde. Ces répercussions varient en fonction des conditions géographiques, des structures économiques et des vulnérabilités sociales, mais plusieurs tendances se dessinent de plus en plus clairement.

L'un des effets les plus visibles du changement climatique est l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Les vagues de chaleur sont de plus en plus longues et intenses dans de nombreuses régions, ce qui expose la population à des risques sanitaires graves et perturbe la production agricole. Les sécheresses touchent de vastes zones d'Afrique, d'Asie et des Amériques, ce qui menace la sécurité alimentaire et l'approvisionnement en eau.

Parallèlement, les épisodes de pluies intenses se multiplient, provoquant des inondations et des glissements de terrain. Ces catastrophes détruisent des habitations, des infrastructures et des terres agricoles, et déplacent souvent des communautés entières.

Les régions côtières sont confrontées à la menace supplémentaire de l'élévation du niveau de la mer. À mesure que les températures mondiales augmentent, la dilatation thermique de l'eau de mer et la fonte des calottes glaciaires contribuent à la montée du niveau des océans. Les zones côtières de faible altitude et les nations insulaires sont particulièrement vulnérables à ce phénomène.

Pour des pays comme le Bangladesh, qui possède l'une des plus grandes régions de delta au monde, l'élévation du niveau de la mer et les marées de tempête font peser des risques importants sur des millions de personnes qui vivent dans les zones côtières. La salinisation des terres agricoles et des sources d'eau douce affecte déjà la production agricole et la disponibilité de l'eau potable.

Un autre impact majeur du changement climatique est la perturbation des écosystèmes et de la biodiversité. De nombreuses espèces végétales et animales peinent à s'adapter à des conditions environnementales en mutation rapide. Les changements de température et de régimes pluviométriques modifient les habitats, les routes migratoires et les cycles de reproduction.

La perte de biodiversité menace non seulement la faune sauvage, mais compromet également les fonctions écologiques qui soutiennent les sociétés humaines. La pollinisation, la fertilité des sols, la purification de l'eau et la régulation du climat sont toutes étroitement liées à la santé des écosystèmes.

Changement climatique et systèmes alimentaires

L'agriculture est à la fois un facteur qui contribue au changement climatique et l'un des secteurs les plus vulnérables à ses effets. L'agriculture industrielle moderne repose fortement sur les combustibles fossiles pour la mécanisation, la production d'engrais chimiques, les systèmes d'irrigation et le transport de denrées alimentaires sur de longues distances.

Dans le même temps, le changement climatique compromet la stabilité des systèmes de production agricole. La hausse des températures affecte les cycles de croissance des cultures, tandis que les régimes pluviométriques irréguliers créent de l'incertitude pour les agriculteurs qui dépendent des conditions météorologiques saisonnières.

Dans de nombreuses régions, les agriculteurs subissent déjà une baisse des rendements agricoles due à des facteurs de stress liés au climat tels que la sécheresse, les inondations et la dégradation des sols.

Ces changements menacent la sécurité alimentaire mondiale, en particulier pour les populations qui dépendent de l'agriculture à petite échelle tant pour leurs moyens de subsistance que pour leur approvisionnement alimentaire.

L'urgence d'une transition mondiale

Les preuves scientifiques et les expériences vécues par les communautés à travers le monde mènent à une conclusion claire : l'humanité doit s'affranchir des combustibles fossiles afin de stabiliser le système climatique et de protéger les fondements écologiques de la vie.

Cependant, le rythme et la direction que doit prendre cette transition restent très controversés. Les entreprises du secteur des énergies fossiles continuent d'exercer une influence politique et économique considérable, ce qui retarde ou affaiblit souvent les politiques climatiques. Parallèlement, de nombreux gouvernements sont confrontés à des défis économiques complexes en matière de sécurité énergétique, d'emploi et de priorités de développement.

Malgré ces défis, la dynamique en faveur du changement s'amplifie. Les technologies liées aux énergies renouvelables, telles que l'énergie solaire et éolienne, sont devenues de plus en plus abordables et accessibles. Les mouvements sociaux, les institutions scientifiques et les organisations de la société civile réclament des mesures plus fermes pour lutter contre la crise climatique.

Pour les mouvements paysans et les défenseurs de la souveraineté alimentaire, la transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit également inclure une transformation des systèmes agricoles, des relations foncières et des structures économiques.

C'est seulement grâce à une telle transformation globale que l'humanité pourra s'orienter vers un avenir durable et juste.

Inégalités mondiales, justice climatique et responsabilité historique des pays industrialisés

La crise climatique ne doit pas être considérée uniquement comme un problème environnemental. Elle est étroitement liée aux structures économiques mondiales, aux modèles historiques d'industrialisation et aux relations de pouvoir inégales entre les pays et les classes sociales. Dès le début de la révolution industrielle, le développement du capitalisme moderne a été étroitement lié à l'extraction et à la consommation de combustibles fossiles. Le charbon a alimenté les premières productions industrielles en Europe, tandis que le pétrole et le gaz sont ensuite devenus essentiels pour les transports, la production d'électricité et les systèmes industriels mondiaux.

Au cours des XIXe et XXe siècles, les pays industrialisés d'Europe et d'Amérique du Nord ont étendu leur puissance économique grâce à une industrialisation à grande échelle. Ces pays ont consommé d'énormes quantités de combustibles fossiles pour construire des usines, des réseaux de transport, des infrastructures militaires et des systèmes urbains. Au fil du temps, ce processus a généré une richesse économique colossale dans les pays du Nord tout en augmentant simultanément la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre.

Les données historiques sur les émissions de carbone montrent clairement que les pays industrialisés sont les principaux responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pendant plus d'un siècle, ces pays ont émis du dioxyde de carbone à des niveaux bien supérieurs à ceux du reste du monde. Même aujourd'hui, les émissions par habitant dans de nombreux pays développés restent nettement plus élevées que celles des pays en développement.

Dans le même temps, de nombreux pays du Sud ont connu un processus d'industrialisation beaucoup plus tardif et à une échelle bien moindre. L'histoire coloniale, les relations commerciales inégales et la dépendance financière ont limité leur capacité à développer des économies industrielles indépendantes. En conséquence, leurs émissions cumulées à l'échelle mondiale restent relativement faibles.

Malgré cette disparité en matière de responsabilité historique, les effets du changement climatique touchent de manière disproportionnée les pays en développement. Bon nombre de ces pays sont situés dans des régions très vulnérables à des risques climatiques tels que les cyclones, les sécheresses, les inondations et l'élévation du niveau de la mer. Leurs économies dépendent également fortement de secteurs sensibles au climat, comme l'agriculture, la pêche et la sylviculture.

Pour les petits agriculteurs et les communautés rurales du Sud, le changement climatique menace à la fois leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire. Lorsque les récoltes sont perdues à cause de la sécheresse ou des inondations, les agriculteurs perdent leurs revenus et les familles ont du mal à se procurer suffisamment de nourriture. Lorsque des tempêtes détruisent les infrastructures rurales, les marchés et les chaînes d'approvisionnement sont perturbés. Ces bouldversements créent des cycles de pauvreté et de déplacement dont il est difficile de sortir.

La répartition inégale des répercussions climatiques met en évidence une injustice fondamentale inhérente au système économique mondial. Ceux qui ont le moins contribué au problème subissent les conséquences les plus graves. Cette situation soulève des questions éthiques et politiques cruciales concernant la responsabilité, le devoir de rendre des comptes et l'équité dans la gouvernance climatique mondiale.

Le concept de justice climatique a émergé en réponse à ces questions. La justice climatique met l'accent sur le fait que la lutte contre le changement climatique nécessite plus qu'une simple réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle exige de s'attaquer aux inégalités historiques et structurelles qui façonnent à la fois les causes et les conséquences de la crise climatique.

Selon les principes de la justice climatique, les pays qui ont historiquement émis les plus grandes quantités de gaz à effet de serre doivent assumer une plus grande responsabilité dans la réduction des émissions et le soutien à l'action climatique mondiale. Cette responsabilité inclut la fourniture de ressources financières, d'un soutien technologique et d'une aide au renforcement des capacités aux pays en développement.

Les négociations internationales sur le climat ont de plus en plus reconnu l'importance de ces principes. Les accords conclus dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) reprennent le concept de « responsabilités communes mais différenciées », qui reconnaît que tous les pays partagent la responsabilité de lutter contre le changement climatique, mais que ces responsabilités doivent varier en fonction des émissions historiques et des capacités économiques.

Cependant, la mise en œuvre de ces principes a souvent été limitée et contestée. Les pays en développement ont souligné à maintes reprises qu'ils avaient besoin d'un soutien financier et technologique pour opérer la transition vers des voies de développement à faible émission de carbone tout en relevant les défis liés à la pauvreté et au développement économique.

L'un des mécanismes les plus importants proposés pour répondre à ces enjeux est le financement climatique. Le financement climatique correspond aux ressources financières fournies par les pays développés pour appuyer les efforts d'atténuation et d'adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Ces fonds peuvent soutenir le développement des énergies renouvelables, les infrastructures résilientes au changement climatique, l'agriculture durable et les programmes de préparation aux catastrophes.

Malgré les engagements internationaux, l'ampleur du financement climatique fourni jusqu'à présent est bien inférieure aux besoins. De nombreux pays en développement continuent de faire face à d'importantes contraintes financières qui limitent leur capacité à investir dans les énergies renouvelables et les programmes d'adaptation au changement climatique. En outre, une grande partie du financement climatique existant est fournie sous forme de prêts plutôt que de subventions, ce qui alourdit le fardeau de la dette de pays déjà vulnérables.

Pour de nombreux pays du Sud, la dette publique représente un obstacle majeur à l'action climatique. Les gouvernements consacrent souvent une grande partie de leur budget national au service de la dette plutôt qu'à l'investissement dans les services sociaux ou la protection de l'environnement. Cette situation restreint la marge de manœuvre budgétaire disponible pour la mise en œuvre des politiques climatiques.

La lutte contre la crise climatique nécessite donc des réformes du système financier mondial. L'allègement de la dette, des accords commerciaux équitables et des mécanismes financiers justes sont nécessaires pour permettre aux pays en développement de s'engager sur la voie du développement durable.

Dans le même temps, la justice climatique doit également s'attaquer aux inégalités au sein des pays. Les effets du changement climatique ne sont pas répartis de manière uniforme entre les différents groupes sociaux. Les particuliers et les entreprises fortunés ont souvent une plus grande capacité à s'adapter aux effets du changement climatique, tandis que les communautés pauvres et marginalisées restent très vulnérables.

Les travailleurs des industries des combustibles fossiles sont confrontés à des incertitudes à mesure que les systèmes énergétiques évoluent vers les sources renouvelables. Sans une planification rigoureuse, l'abandon des combustibles fossiles pourrait entraîner des pertes d'emplois et des bouleversements sociaux dans les régions dépendantes de l'exploitation du charbon, de l'extraction pétrolière ou des industries connexes.

C'est pourquoi le concept de « transition juste » est devenu central dans les discussions sur la politique climatique. Une transition juste, cela signifie que la transition vers des systèmes énergétiques durables doit protéger les travailleurs, soutenir les communautés touchées et créer de nouvelles perspectives économiques. Elle vise à garantir que l'action climatique n'aggrave pas les inégalités sociales mais contribue au contraire à bâtir des économies plus équitables et solidaires.

Les mouvements paysans et les mouvements sociaux ont joué un rôle significatif dans la promotion de l'idée d'une transition juste. Ces mouvements insistent sur le fait que les solutions climatiques doivent donner la priorité aux besoins et aux droits des citoyens ordinaires plutôt qu'aux intérêts des grandes entreprises ou des institutions financières.

Pour les petits agriculteurs, la crise climatique est étroitement liée à des luttes plus larges autour des droits fonciers, de l'accès à l'eau, du contrôle des semences et de conditions de marché équitables. L'agriculture industrielle et l'agro-industrie ont concentré le pouvoir économique entre les mains d'une poignée de multinationales, souvent au détriment des communautés locales.

De nombreux agriculteurs sont confrontés à un endettement croissant en raison de la hausse des coûts des engrais chimiques, des pesticides et des semences hybrides. Parallèlement, la volatilité des marchés mondiaux et les politiques commerciales inéquitables font souvent baisser les prix que les agriculteurs obtiennent pour leurs produits. Ces pressions contribuent à la pauvreté en milieu rural et à l'instabilité sociale.

Le changement climatique aggrave ces difficultés en accroissant l'incertitude qui pèse sur la production agricole. Les agriculteurs doivent faire face à des régimes pluviométriques imprévisibles, à des phénomènes météorologiques extrêmes et à des dynamiques parasitaires en mutation. Sans soutien ni ressources adéquats, de nombreux ménages ruraux peinent à s'adapter.

Dans ce contexte, la souveraineté alimentaire s'est imposée comme un cadre puissant pour lutter à la fois contre le changement climatique et l'injustice agricole. La souveraineté alimentaire met l'accent sur le droit des peuples à définir leurs propres systèmes alimentaires, à donner la priorité à la production alimentaire locale et à protéger les ressources naturelles.

Contrairement au concept de sécurité alimentaire, qui se concentre souvent principalement sur la garantie d'un approvisionnement alimentaire adéquat, la souveraineté alimentaire met l'accent sur le contrôle démocratique des systèmes alimentaires. Elle souligne l'importance des savoirs locaux, des traditions culturelles et de la durabilité écologique.

Les mouvements pour la souveraineté alimentaire affirment que les petits agriculteurs jouent un rôle crucial dans la protection de la biodiversité et le maintien de systèmes agricoles résilients. Les pratiques agricoles traditionnelles s'appuient souvent sur des systèmes de culture diversifiés, des techniques naturelles de gestion des sols et des variétés de semences adaptées aux conditions locales. Ces pratiques peuvent renforcer la résilience face à la variabilité climatique tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des intrants issus des énergies fossiles.

L'agroécologie est devenue l'un des piliers centraux des mouvements pour la souveraineté alimentaire

L'agroécologie intègre des principes écologiques aux pratiques agricoles afin de créer des systèmes d'agriculture durables qui fonctionnent en harmonie avec les processus naturels. Elle met l'accent sur la biodiversité, la santé des sols, la conservation de l'eau et l'utilisation des savoirs locaux.

Les systèmes d'agriculture agroécologique nécessitent souvent moins d'intrants externes et s'appuient davantage sur des processus biologiques tels que le cycle des nutriments et la lutte naturelle contre les ravageurs. Ils permettent ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en améliorant la fertilité des sols et la productivité agricole à long terme.

Outre ses avantages environnementaux, l'agroécologie favorise également la résilience sociale et économique. En réduisant leur dépendance vis-à-vis d'intrants chimiques coûteux, les agriculteurs peuvent diminuer leurs coûts de production et renforcer leur autonomie économique. Les marchés locaux et les structures coopératives peuvent consolider les économies rurales et créer des opportunités de développement communautaire.

La promotion de l'agroécologie et de la souveraineté alimentaire représente donc une voie importante pour lutter à la fois contre le changement climatique et les inégalités rurales. Cependant, ces approches se heurtent souvent à la résistance de puissants intérêts privés qui tirent profit du modèle agricole industriel actuel.

Les grandes entreprises agroalimentaires contrôlent une part importante des marchés mondiaux des semences, de la production d'engrais et des systèmes de distribution alimentaire. Leur influence sur les processus décisionnels peut orienter les politiques agricoles de manière à privilégier la production industrielle et l'agriculture orientée vers l'exportation.

La transformation des systèmes alimentaires dans le contexte de l'action climatique nécessite de s'attaquer à ces déséquilibres structurels. Elle requiert des politiques qui soutiennent les petits agriculteurs, protègent les droits fonciers, favorisent la biodiversité et encouragent les pratiques agricoles durables.

Au niveau mondial, la coopération internationale est essentielle pour faire progresser ces objectifs. Le changement climatique est un défi transfrontalier qui ne peut être relevé par les pays seuls. Des efforts coordonnés sont nécessaires pour réduire les émissions mondiales, protéger les écosystèmes et soutenir les communautés vulnérables.

Cependant, la coopération internationale doit être guidée par des principes d'équité et de participation démocratique. Les processus décisionnels mondiaux devraient inclure les voix des mouvements sociaux, des peuples autochtones, des organisations d'agriculteurs, des travailleurs et des groupes de la société civile.

Trop souvent, les discussions sur les politiques climatiques sont dominées par les gouvernements et les grandes entreprises, tandis que les points de vue des communautés locales restent marginalisés. La création de structures de gouvernance inclusives est essentielle pour garantir que les solutions climatiques reflètent les besoins et les aspirations de populations diverses.

Une autre dimension importante de la justice climatique concerne la protection des droits des peuples autochtones. Les communautés autochtones entretiennent depuis des générations des liens profonds avec leurs territoires et possèdent des connaissances précieuses en matière de gestion écologique. De nombreux territoires autochtones abritent une biodiversité et des ressources naturelles importantes, cruciales pour la stabilité climatique.

Cependant, ces communautés sont souvent confrontées à des menaces de la part des industries extractives telles que l'exploitation minière, le forage pétrolier et les projets d'infrastructure à grande échelle. La protection des droits fonciers autochtones et la reconnaissance des systèmes de connaissances autochtones sont donc des composantes essentielles de la justice climatique.

La transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit également prendre en compte les droits des générations futures. Le changement climatique présente des risques à long terme qui affecteront les enfants et les jeunes bien au-delà du moment présent. Les décisions prises aujourd'hui concernant les systèmes énergétiques, l'utilisation des terres et le développement économique façonneront les conditions environnementales dont hériteront les générations futures.

Partout dans le monde, les mouvements de jeunesse se mobilisent de plus en plus pour exiger une action climatique plus forte. Leurs actions mettent en évidence l'urgence de s'attaquer à la crise climatique et la responsabilité morale des générations actuelles qunat à la protection de la planète pour celles et ceux qui viendront après.

En résumé, la crise climatique est indissociable de questions plus larges d'inégalité mondiale, de responsabilité historique et de justice sociale. Lutter contre le changement climatique nécessite de transformer les systèmes économiques, de redistribuer les ressources et de donner du pouvoir aux communautés qui ont été historiquement marginalisées dans les processus décisionnels.

La section suivante examinera la relation entre la civilisation agricole, l'agriculture industrielle et les causes structurelles de la crise climatique, en accordant une attention particulière au rôle des communautés paysannes dans la construction d'alternatives durables.

Souveraineté alimentaire, agroécologie, terres et droits communautaires dans le contexte de la transition climatique

La crise climatique a mis en évidence les profondes faiblesses structurelles du système alimentaire mondial. Au cours du siècle dernier, l'agriculture a subi une transformation radicale sous l'effet de l'industrialisation, de la mondialisation et de l'influence croissante des grandes entreprises agroalimentaires. Cette transformation a considérablement accru la production alimentaire dans certaines régions du monde mais elle a également engendré de graves problèmes écologiques, sociaux et économiques qui sont les causes directes de l'urgence climatique.

L'agriculture industrielle est fortement dépendante des combustibles fossiles. Ceux-ci sont utilisés à de multiples étapes du système agricole moderne, notamment pour la production d'engrais chimiques et de pesticides, le fonctionnement des machines agricoles, les systèmes d'irrigation, les installations de transformation alimentaire, la réfrigération et le transport sur de longues distances. De ce fait, le système alimentaire mondial actuel est l'un des principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Les engrais azotés synthétiques, par exemple, sont produits par des procédés industriels à forte intensité énergétique qui reposent largement sur le gaz naturel. Lorsque ces engrais sont épandus dans les champs, ils libèrent du protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre nettement plus puissant que le dioxyde de carbone. De même, l'élevage industriel génère des quantités importantes de méthane, un autre puissant gaz à effet de serre.

L'expansion de l'agriculture industrielle s'accompagne également de déforestation, de dégradation des sols, de pollution de l'eau et de perte de biodiversité. Dans de nombreuses régions du monde, les forêts et les écosystèmes naturels ont été défrichés pour faire place à des plantations en monoculture destinées à la production de soja, d'huile de palme, de maïs et d'autres cultures de base destinées principalement aux marchés d'exportation.

. Ces pratiques ont affaibli la résilience des écosystèmes et réduit la capacité des milieux naturels à absorber le carbone de l'atmosphère. La dégradation des sols, en particulier, est devenue une préoccupation environnementale majeure. Des sols sains sont capables de stocker de grandes quantités de carbone et de retenir l'eau pendant les périodes de sécheresse. Cependant, les pratiques agricoles intensives qui reposent fortement sur les intrants chimiques et la monoculture continue dégradent souvent la structure des sols et réduisent leur teneur en matière organique.

Les conséquences environnementales de l'agriculture industrielle sont étroitement liées aux inégalités sociales et économiques. Les grandes entreprises agroalimentaires dominent les chaînes d'approvisionnement alimentaires mondiales, elles contrôlent des secteurs clés tels que la production de semences, les produits agrochimiques, la transformation alimentaire et la distribution au détail. Leur influence croissante a contribué à la concentration des terres et des ressources entre les mains d'un nombre relativement restreint d'acteurs puissants.

Les petits agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les travailleurs ruraux se retrouvent souvent marginalisés au sein de ce système. De nombreux petits agriculteurs sont confrontés à une baisse de leurs revenus, à une hausse des coûts de production et à un accès limité aux marchés. Dans certains cas, ils sont contraints d'abandonner complètement l'agriculture et de migrer vers les zones urbaines à la recherche d'un emploi.

L'accaparement des terres est devenu un problème majeur dans de nombreux pays en développement. De grandes entreprises et des fonds d'investissement ont acquis de vastes étendues de terres agricoles pour l'agriculture d'exportation, la production d'agrocarburants, l'exploitation minière et des projets de développement d'infrastructures. Ces acquisitions se font souvent sans consultation sérieuse des communautés locales et peuvent entraîner des déplacements de population et la perte de moyens de subsistance.

Face à ces problèmes, des mouvements sociaux à travers le monde ont développé des conceptions alternatives pour l'avenir de l'agriculture et des systèmes alimentaires. L'un des principes les plus significatifs développés par ces mouvements est le concept de souveraineté alimentaire.

La souveraineté alimentaire affirme le droit des peuples à déterminer leurs propres systèmes alimentaires et agricoles en fonction de leurs traditions culturelles, de leurs environnements écologiques et de leurs priorités sociales. Elle met l'accent sur le contrôle démocratique de la production, de la distribution et de la consommation alimentaires, plutôt que de laisser ces processus aux mains des marchés mondiaux et des intérêts des grandes entreprises.

Le système de souveraineté alimentaire reconnaît que les petits producteurs jouent un rôle central dans l'alimentation de la population mondiale. Malgré l'expansion de l'agriculture industrielle, des millions de petits agriculteurs continuent de produire une grande partie de l'approvisionnement alimentaire mondial, en particulier dans les pays en développement.

Ces agriculteurs pratiquent souvent une culture diversifiée en s'appuyant sur des savoirs traditionnels et des pratiques agricoles adaptées au contexte local. De tels systèmes peuvent renforcer la résilience face aux variations climatiques tout en préservant la biodiversité et en maintenant la santé des sols.

L'agroécologie s'est imposée comme une approche pratique et scientifique qui correspond bien aux principes de la souveraineté alimentaire. L'agroécologie intègre la science écologique aux savoirs agricoles traditionnels pour créer des systèmes agricoles qui sont durables sur le plan environnemental, équitables sur le plan social et viables sur le plan économique.

Plutôt que de dépendre d'intrants chimiques externes, l'agriculture agroécologique met l'accent sur des processus biologiques tels que le cycle naturel des nutriments, la diversification des cultures, l'agroforesterie et la lutte intégrée contre les ravageurs. Ces pratiques contribuent à restaurer la fertilité des sols, à préserver les ressources en eau et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les systèmes agroécologiques impliquent souvent la culture de plusieurs espèces végétales dans un même champ, une pratique connue sous le nom de polyculture. Cette diversité peut réduire la vulnérabilité des cultures aux ravageurs et aux maladies tout en améliorant la productivité globale de l'exploitation. Elle renforce également la résilience des systèmes agricoles face aux variations climatiques, car différentes cultures réagissent différemment aux stress environnementaux.

L'agroforesterie est un autre élément important des systèmes agroécologiques. En intégrant des arbres aux cultures et à l'élevage, les agriculteurs peuvent créer des espaces multifonctionnels qui fournissent simultanément de la nourriture, du combustible, du fourrage et des effets bénéfiques pour l'environnement. Les arbres contribuent à stabiliser les sols, à améliorer la rétention d'eau et à séquestrer le carbone de l'atmosphère.

La diversité des semences est également fondamentale en agroécologie. Les variétés de semences traditionnelles développées par les agriculteurs au fil des générations possèdent souvent des caractéristiques uniques qui leur permettent de s'adapter à des environnements locaux spécifiques. Cependant, l'expansion des marchés commerciaux de semences et des régimes de propriété intellectuelle a menacé de faire disparaître ces variétés traditionnelles.

La protection des droits des agriculteurs à conserver, échanger et développer des semences est donc un aspect essentiel de la souveraineté alimentaire. Les banques de semences communautaires et les programmes de sélection conduits par les agriculteurs sont apparus comme des initiatives importantes pour préserver la biodiversité agricole et renforcer les systèmes alimentaires locaux.

Une autre dimension clé de la souveraineté alimentaire concerne l'accès à la terre et aux ressources naturelles. La sécurité foncière est essentielle pour que les agriculteurs investissent dans des pratiques agricoles durables et la gestion environnementale à long terme. Sans droits fonciers garantis, les agriculteurs peuvent être réticents à adopter des pratiques agroécologiques qui nécessitent du temps et des efforts pour produire des résultats.

Les politiques de réforme agraire ont historiquement joué un rôle important dans la lutte contre les inégalités rurales dans de nombreuses régions du monde. En redistribuant les terres aux agriculteurs sans terre ou aux petits exploitants, ces mesures peuvent contribuer à réduire la pauvreté et à promouvoir un développement rural plus équitable.

Cependant, la réforme agraire reste politiquement contestée dans de nombreux pays. Les grands propriétaires fonciers et les intérêts des entreprises s'opposent souvent aux réformes qui menacent leur contrôle sur des ressources foncières précieuses. En conséquence, les inégalités foncières continuent de constituer un obstacle majeur au développement agricole durable.

Les ressources en eau constituent un autre élément essentiel de la sécurité alimentaire. Le changement climatique modifie les régimes pluviométriques et augmente la fréquence des sécheresses et des inondations dans de nombreuses régions. Des stratégies de gestion durable de l'eau sont donc indispensables pour garantir la résilience agricole.

Les systèmes traditionnels de gestion de l'eau mis en place par les communautés rurales fournissent souvent des enseignements précieux en matière de gestion durable des ressources. Ces systèmes mettent fréquemment l'accent sur la gouvernance collective, l'accès équitable et l'équilibre écologique à long terme.

Les droits communautaires et les processus décisionnels collectifs sont au cœur de nombreuses initiatives agroécologiques et de souveraineté alimentaire. Les coopératives d'agriculteurs, les organisations communautaires et les réseaux locaux peuvent renforcer les économies locales et offrir des plateformes de participation démocratique à la gouvernance des systèmes alimentaires.

Les femmes jouent un rôle particulièrement important dans la production alimentaire et les moyens de subsistance ruraux. Dans de nombreuses régions du monde, les femmes sont chargées de la plantation, de la récolte, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles. Elles jouent également un rôle clé dans le maintien de la sécurité alimentaire des ménages et la préservation des savoirs traditionnels en matière de semences, de plantes médicinales et de préparation des aliments.

Malgré leurs apports, les agricultrices sont souvent victimes de discrimination en matière d'accès à la terre, au crédit, à la formation et aux possibilités de prise de décision. La lutte contre les inégalités de genre est donc un élément essentiel de la mise en place de systèmes alimentaires durables et justes.

L'engagement des jeunes est un autre enjeu crucial pour l'avenir de l'agriculture. De nombreux jeunes ruraux migrent vers les villes car ils perçoivent l'agriculture comme une activité économiquement précaire ou socialement sous-valorisée. Créer des débouchés pour les jeunes agriculteurs grâce à la formation, à l'accès à la terre et à des politiques de soutien peut contribuer à revitaliser les communautés rurales.

L'éducation et l'échange de connaissances sont essentiels pour faire progresser les pratiques agroécologiques. Les réseaux d'apprentissage entre agriculteurs se sont révélés très efficaces pour diffuser des techniques innovantes et renforcer la solidarité communautaire. Ces réseaux permettent aux agriculteurs de partager leurs expériences, d'expérimenter de nouvelles pratiques et de surmonter collectivement les défis.

Outre les initiatives locales, des politiques publiques favorables sont nécessaires pour développer l'agroécologie et la souveraineté alimentaire. Les gouvernements peuvent promouvoir l'agriculture durable en investissant dans la recherche, les services de vulgarisation, les infrastructures rurales et les marchés locaux.

Les programmes de marchés publics qui privilégient les denrées alimentaires issues de la petite agriculture peuvent renforcer les économies locales tout en améliorant la nutrition dans les écoles, les hôpitaux et autres institutions publiques. De tels programmes peuvent également réduire l'impact environnemental du transport des denrées alimentaires en soutenant les systèmes alimentaires locaux.

Les politiques commerciales jouent également un rôle important dans la configuration des systèmes agricoles. Les accords commerciaux mondiaux privilégient souvent une agriculture axée sur l'exportation et les intérêts des grandes entreprises, parfois au détriment des producteurs alimentaires locaux. Il est essentiel de revoir ces politiques afin de protéger la production alimentaire nationale et les moyens de subsistance ruraux pour faire progresser la souveraineté alimentaire.

Les politiques climatiques doivent donc être étroitement intégrées aux politiques de développement agricole et rural. Le soutien à l'agriculture agroécologique et aux systèmes alimentaires locaux peut contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en renforçant la sécurité alimentaire et la résilience rurale.

La transition vers l'abandon des combustibles fossiles ouvre également des perspectives pour la transformation des systèmes énergétiques agricoles. Les technologies d'énergie renouvelable telles que l'irrigation solaire, les systèmes de biogaz et les réseaux énergétiques décentralisés peuvent soutenir les communautés rurales tout en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles.

Cependant, l'adoption des technologies d'énergie renouvelable doit être soigneusement conçue pour garantir qu'elles restent accessibles aux petits agriculteurs et ne soient pas accaparées par les grandes entreprises. Les projets énergétiques communautaires peuvent offrir des modèles plus équitables pour le développement énergétique rural.

En fin de compte, la transformation des systèmes alimentaires n'est pas seulement un défi technique, mais aussi le fruit d'un travail politique. Elle nécessite de modifier les rapports de force au sein des économies agricoles et de donner aux communautés les moyens de définir leurs propres voies de développement.

Les mouvements paysans, les organisations autochtones et les mouvements sociaux ruraux ont été à l'avant-garde de ces changements. Grâce à des actions collectives, ils ont remis en cause le soutien apporté à l'agriculture industrielle et promu des visions alternatives fondées sur la durabilité écologique et la justice sociale.

Leurs expériences démontrent que des réponses à la crise climatique sont déjà présentes au sein de nombreuses communautés locales. Ce qu'il faut, c'est une plus grande reconnaissance, un soutien accru et un engagement des pouvoirs publics pour déployer ces solutions à l'échelle nationale et mondiale.

La section suivante examinera le rôle des mouvements sociaux, de la coopération internationale et de la gouvernance mondiale dans la promotion d'une transition juste vers l'abandon des combustibles fossiles, tout en renforçant la souveraineté alimentaire et la justice climatique.

Mouvements sociaux, coopération internationale et voies vers une transition juste vers l'abandon des combustibles fossiles

La transition mondiale vers l'abandon des combustibles fossiles n'est pas un simple changement technologique des systèmes énergétiques. Il s'agit d'une profonde transformation sociale, économique et politique qui touche tous les secteurs de la société humaine. La production d'énergie, l'agriculture, l'industrie, les transports et les modes de consommation sont étroitement imbriqués dans le modèle économique actuel fondé sur les combustibles fossiles. Aller vers un avenir durable nécessite donc non seulement de nouvelles technologies, mais aussi de nouvelles formes de gouvernance, de coopération et d'action collective.

Dans ce contexte, les mouvements sociaux ont joué un rôle de plus en plus important dans l'orientation des débats mondiaux sur le changement climatique et la durabilité. Des organisations de base, des mouvements paysans, des communautés autochtones, des syndicats, des associations de jeunes, des organisations de femmes et des militants écologistes se sont mobilisés à travers le monde pour réclamer des politiques climatiques plus ambitieuses et des voies de développement plus équitables.

Ces mouvements ont insufflé une perspective critique aux négociations internationales sur le climat, soulignant que l'action climatique doit prendre en compte la justice sociale, les inégalités économiques et les droits humains. Ils ont également remis en cause la prédominance des intérêts des multinationales dans l'élaboration des politiques climatiques et plaidé en faveur d'une participation démocratique aux processus décisionnels.

Les mouvements paysans, en particulier, ont apporté une contribution significative au débat mondial sur le changement climatique. Les organisations qui représentent les petits agriculteurs ont mis en évidence les liens entre l'agriculture industrielle, la dépendance aux combustibles fossiles et la dégradation écologique. Elles soutiennent que des solutions climatiques efficaces doivent transformer les systèmes alimentaires et soutenir des pratiques agricoles durables ancrées dans l'agroécologie et la souveraineté alimentaire.

Le mouvement paysan mondial s'est considérablement développé au cours des dernières décennies, il ar créé des réseaux qui relient les organisations d'agriculteurs à travers les continents. Ces réseaux facilitent l'échange de connaissances, de stratégies et d'expériences liées à l'agriculture durable, aux droits fonciers et au développement rural.

Lors de forums et de campagnes internationales, les organisations paysannes ont défendu des politiques qui protègent les petits agriculteurs contre les pratiques commerciales déloyales, l'expropriation foncière et la destruction de l'environnement. Elles ont également promu l'agroécologie comme une méthode qui permet de réduire les émissions agricoles tout en améliorant les moyens de subsistance en milieu rural.

Les mouvements autochtones ont également souligné l'importance de protéger les terres, les forêts et les écosystèmes naturels. Les communautés autochtones entretiennent souvent des relations de longue date avec leurs territoires, fondées sur des traditions culturelles et des connaissances écologiques développées au fil des générations. Ces communautés jouent fréquemment le rôle de gardiennes de paysages riches en biodiversité qui jouent un rôle vital dans la stabilisation du climat mondial.

Cependant, les peuples autochtones continuent de faire face à des menaces venues des industries extractives, des projets de développement d'infrastructures et de l'accaparement des terres. Le forage pétrolier, les opérations minières et l'expansion agricole à grande échelle ont souvent empiété sur les territoires autochtones, sapant les moyens de subsistance traditionnels et la gestion écologique.

La protection des droits des peuples autochtones et la reconnaissance de leurs systèmes de connaissances sont donc des éléments essentiels de la justice climatique. De nombreuses communautés autochtones possèdent des connaissances précieuses en matière de gestion durable des terres, de conservation de la biodiversité et de résilience des écosystèmes. L'intégration de ces connaissances dans les stratégies climatiques peut renforcer la protection de l'environnement tout en respectant la diversité culturelle.

Les mouvements de travailleurs jouent également un rôle crucial dans la mise en œuvre de la transition vers l'abandon des combustibles fossiles. Des millions de travailleurs à travers le monde sont actuellement employés dans des industries liées à l'extraction, au traitement et à la distribution des combustibles fossiles. Ces travailleurs et leurs communautés dépendent souvent fortement de ces industries pour leur survie économique.

Une transition rapide et non planifiée vers l'abandon des combustibles fossiles pourrait donc entraîner d'importantes perturbations sociales si d'autres possibilités d'emploi ne sont pas créées. Le concept de « transition juste » met l'accent sur la nécessité de protéger les droits des travailleurs et de veiller à ce que les politiques climatiques créent des emplois décents et des moyens de subsistance durables.

Les stratégies de transition juste peuvent inclure des programmes de reconversion professionnelle, des mesures de protection sociale, des investissements publics dans les industries des énergies renouvelables et des programmes de diversification économique régionale. En impliquant activement les travailleurs et les syndicats dans la planification, les gouvernements peuvent contribuer à garantir que la transition vers des systèmes énergétiques durables profite à la société dans son ensemble.

Les mouvements de jeunesse se sont également imposés comme des voix puissantes dans les actions mondiales pour le climat. Partout dans le monde, les jeunes se sont mobilisés par le biais de grèves scolaires, de manifestations et de campagnes de sensibilisation pour exiger une action urgente de la part des gouvernements et des multinationales. Leur militantisme reflète une prise de conscience croissante du fait que le changement climatique fait peser des risques à long terme sur les générations futures.

Les jeunes activistes soulignent souvent la dimension morale de l'action climatique, affirmant que les dirigeants politiques actuels ont la responsabilité de préserver la planète pour ceux qui en hériteront. Leur énergie et leur détermination ont contribué à placer le changement climatique au premier plan dans le débat public à l'échelle planétaire.

Les mouvements de femmes ont également mis en évidence les dimensions de genre dans la crise climatique. Dans de nombreuses communautés rurales, ce sont les femmes qui sont chargées de subvenir aux besoins en eau, en combustible et en nourriture de leur famille. Les perturbations liées au climat, telles que les sécheresses, les inondations et la pénurie de ressources, peuvent donc imposer des charges supplémentaires aux femmes et aux filles.

Par ailleurs, les femmes possèdent souvent des connaissances précieuses en matière de gestion durable des ressources et de résilience communautaire. L'autonomisation des femmes par l'éducation, les droits fonciers et les possibilités de prendre des responsabilités peut contribuer à la fois à améliorer l'adaptation au changement climatique et à stimuler les efforts en faveur du développement durable.

Le rôle de plus en plus important joué par divers mouvements sociaux a élargi le champ des débats sur le climat au-delà des considérations techniques et économiques. Il a mis en évidence le fait que les solutions climatiques doivent aborder des questions fondamentales relatives au pouvoir, à la justice et à la participation démocratique.

La coopération internationale reste essentielle pour faire face à la crise climatique. Le changement climatique est un problème mondial qui transcende les frontières nationales. Les émissions de gaz à effet de serre rejetées dans un pays peuvent affecter les écosystèmes et les communautés partout dans le monde. Par conséquent, une action internationale coordonnée est nécessaire pour parvenir à des réductions significatives des émissions et protéger les populations vulnérables.

La gouvernance climatique mondiale s'organise principalement à travers des accords et des institutions internationaux. Ces cadres visent à faciliter la coopération entre les gouvernements, à établir des objectifs communs et à mettre en place des dispositifs de suivi des progrès.

Cependant, les négociations internationales sur le climat se heurtent souvent à des difficultés importantes. Les pays ont des priorités économiques, des intérêts politiques et des niveaux de développement différents. Concilier ces intérêts tout en maintenant des engagements climatiques ambitieux nécessite des négociations diplomatiques complexes.

Les pays en développement soulignent fréquemment l'importance de l'équité dans les accords climatiques mondiaux. Ils font valoir que les nations riches ayant une longue histoire d'émissions industrielles doivent assumer une plus grande responsabilité dans la réduction des émissions et fournir un soutien financier et technologique.

Le financement climatique est donc devenu un enjeu central dans les négociations internationales sur le climat. Les pays en développement ont besoin de ressources financières importantes pour mettre en œuvre des projets d'énergie renouvelable, renforcer la résilience climatique et soutenir des Initiatives agricoles durables.

Le financement des mesures d'adaptation est particulièrement important pour les pays qui subissent déjà de graves impacts climatiques. Les régions côtières confrontées à l'élévation du niveau de la mer, les communautés agricoles confrontées à la sécheresse et les petits États insulaires menacés par des phénomènes météorologiques extrêmes ont tous besoin d'investissements substantiels dans les infrastructures et la préparation aux catastrophes.

Le transfert de technologies est un autre élément important de la coopération internationale en matière de climat. De nombreux pays en développement n'ont pas accès aux technologies de pointe qui pourraient soutenir le développement des énergies renouvelables et les stratégies d'adaptation au changement climatique. Le partage des connaissances technologiques et la réduction des obstacles à l'accès aux technologies peuvent accélérer l'action mondiale en faveur du climat.

Des mesures de renforcement des capacités sont également nécessaires pour soutenir la mise en œuvre des politiques climatiques. Les programmes de formation, les collaborations en matière de recherche et les actions de consolidation institutionnelle peuvent aider les pays à acquérir l'expertise nécessaire pour concevoir et gérer des politiques climatiques efficaces.

Si les accords internationaux fournissent des cadres importants pour la coopération, l'action locale reste tout aussi indispensable. Les solutions climatiques doivent être adaptées à des contextes écologiques, culturels et économiques particuliers. Les initiatives communautaires jouent souvent un rôle clé dans la mise en œuvre de solutions concrètes sur le terrain.

Les collectivités locales, les organisations de la société civile et les mouvements populaires mènent fréquemment des projets innovants dans les domaines des énergies renouvelables, de l'agriculture durable, de la conservation des forêts et de l'adaptation au changement climatique. Ces initiatives démontrent qu'une action climatique significative peut être menée à plusieurs niveaux de gouvernance.

Les villes sont de plus en plus reconnues comme des acteurs importants de la politique climatique. Les zones urbaines représentent une part significative de la consommation énergétique mondiale et des émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, les municipalités disposent souvent du pouvoir de mettre en œuvre des politiques relatives aux transports, aux normes de construction, à la gestion des déchets et à l'efficacité énergétique.

Les communautés rurales jouent un rôle tout aussi essentiel dans la lutte contre le changement climatique. Les paysages agricoles, les forêts, les zones humides et les prairies jouent un rôle important dans la régulation du système climatique terrestre. La gestion durable de ces écosystèmes peut contribuer à la séquestration du carbone, à la conservation de la biodiversité et à la résilience climatique.

La transformation des systèmes énergétiques représente l'un des aspects les plus critiques de la transition climatique mondiale. Les technologies d'énergie renouvelable telles que l'énergie solaire, éolienne, hydroélectrique et géothermique constituent des alternatives aux combustibles fossiles susceptibles de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.

Ces dernières années, les coûts des technologies renouvelables ont considérablement baissé, ce qui les rend de plus en plus compétitives par rapport aux sources d'énergie fossiles. De nombreux pays investissent désormais massivement dans les infrastructures d'énergie renouvelable dans le cadre de leurs stratégies climatiques.

Cependant, le développement des énergies renouvelables doit également être géré avec soin afin d'éviter de créer de nouvelles formes de dégâts environnementaux et sociaux. Les projets d'infrastructure de grande envergure peuvent parfois affecter les écosystèmes locaux ou déplacer des communautés s'ils sont mis en œuvre sans consultation ni planification adéquates.

Les projets énergétiques renouvelables menés par les communautés offrent des modèles prometteurs pour des transitions énergétiques équitables. En incluant les populations locales dans la propriété et les processus décisionnels, ces initiatives peuvent répartir les bénéfices économiques plus équitablement tout en renforçant le soutien public au développement des énergies renouvelables.

Les mesures visant à améliorer l'efficacité énergétique jouent également un rôle essentiel dans la réduction des émissions. L'amélioration de l'isolation des bâtiments, la promotion d'appareils électroménagers à faible consommation d'énergie et le développement de systèmes de transport durables peuvent réduire considérablement la demande énergétique globale.

Les réseaux de transports publics, les aménagements cyclables et un urbanisme favorable aux piétons peuvent réduire la dépendance à l'égard des voitures particulières tout en améliorant la qualité de l'air et la santé publique. De telles mesures démontrent que les politiques climatiques peuvent générer simultanément de multiples avantages sociaux et environnementaux.

La transition vers des économies durables nécessite également de repenser les modes de consommation et de production. De nombreux systèmes économiques actuels reposent sur une croissance continue de l'extraction et de la consommation des ressources, ce qui exerce une pr

Dix ans après les « Panama Papers », les ultrariches dissimulent toujours des fortunes colossales dans les paradis fiscaux

7 avril, par Oxfam-Québec — , ,
Le 2 avril 2026 — Une nouvelle analyse d'Oxfam publiée aujourd'hui, à l'aube du 10e anniversaire des « Panama Papers », révèle que la fortune non imposée dissimulée dans les (…)

Le 2 avril 2026 — Une nouvelle analyse d'Oxfam publiée aujourd'hui, à l'aube du 10e anniversaire des « Panama Papers », révèle que la fortune non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux par les 0,1 % les plus riches est supérieure à la richesse totale de la moitié la plus pauvre de l'humanité, soit 4,1 milliards de personnes.

Ces révélations démontrent qu'une décennie plus tard, les ultrariches exploitent toujours les paradis fiscaux pour échapper à l'impôt et dissimuler leurs actifs, soulignant la nécessité urgente d'une action internationale coordonnée pour taxer les fortunes extrêmes et mettre fin à l'évasion fiscale. 

Oxfam estime qu'en 2024, 3 550 milliards de dollars de richesses non imposées étaient dissimulés dans des paradis fiscaux et des comptes non déclarés. Cette somme dépasse le PIB de la France et représente plus du double du PIB combiné des 44 pays les moins riches du monde. 

Les 0,1 % des personnes les plus riches détiennent environ 80 % de l'ensemble de la richesse non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux, soit environ 2 840 milliards de dollars. Les 0,01 % les plus fortunées détiennent à elles seules environ la moitié de cette richesse (1 770 milliards de dollars). 

Une question de pouvoir et d'impunité

« Les Panama Papers ont levé le voile sur le monde opaque des paradis fiscaux : un univers caché où les plus riches déplacent subrepticement d'immenses fortunes hors de portée de l'impôt et de tout contrôle. Dix ans plus tard, les ultrariches dissimulent toujours des fortunes colossales dans des paradis fiscaux », souligne Christian Hallum, responsable des questions fiscales chez Oxfam International.

 « Il ne s'agit pas seulement d'astuces comptables, mais de pouvoir et d'impunité. Lorsque des millionnaires et des milliardaires dissimulent des milliers de milliards de dollars dans les paradis fiscaux, ils s'affranchissent des obligations qui régissent le reste de la société. Les conséquences sont aussi prévisibles que dévastatrices : les écoles et les hôpitaux publics manquent de moyens financiers, le tissu social se déchire sous le poids des inégalités croissantes, et les gens ordinaires sont contraints de supporter les coûts d'un système manipulé par une poignée de personnes dont le seul but est de faire croître leur fortune. »


Bien que des progrès aient été réalisés pour réduire les richesses non imposées dissimulées à l'étranger, celles-ci représentent environ 3,2 % du PIB mondial. Ces avancées demeurent aussi profondément inégales : la plupart des pays du Sud sont exclus du système d'échange automatique d'informations (EAI), malgré leur besoin criant de recettes fiscales pour soutenir les services publics. L'EAI a permis de réduire la part des richesses non imposées au cours des dernières années. 

Oxfam appelle les gouvernements à :

* Renforcer la coopération internationale afin d'imposer les plus riches et de mettre fin aux paradis fiscaux dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale, tout en soutenant les initiatives régionales et internationales complémentaires.

* Renforcer les autorités fiscales et la transparence financière en dotant les gouvernements des outils nécessaires pour identifier et tracer le patrimoine des plus riches, notamment par la création d'un registre mondial des actifs. 

* Veiller à ce que les 1 % les plus riches soient soumis à des taux d'imposition effectifs nettement supérieurs sur les revenus provenant à la fois du travail et du capital, avec des taux encore plus élevés pour les multimillionnaires et les milliardaires. 

* Introduire des impôts sur les fortunes extrêmes à des niveaux suffisants pour réduire les inégalités, en ciblant en particulier les 1 % les plus riches. 

Notes

Téléchargez la note méthodologique d'Oxfam. 

La richesse dissimulée dans les paradis fiscaux a augmenté depuis la publication des « Panama Papers », atteignant environ 13 250 milliards de dollars (soit 12,48 % du PIB mondial) en 2023. Toutefois, la part de richesse non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux a considérablement diminué. Les chercheurs et chercheuses attribuent cette baisse au système d'échange automatique d'informations (EAI) mis en place vers 2016-2017. Si les années qui ont suivi ont été marquées par une forte baisse de la richesse non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux, le déclin a ralenti depuis 2018, se stabilisant à environ 2 à 4 % du PIB mondial.

À ce jour, 126 pays et juridictions ont adhéréà la Norme commune de déclaration (NCD/CRS), le standard mondial régissant l'EAI. Cependant, de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire inférieur restent exclus de cette initiative, bien qu'ils comptent parmi les plus durement touchés par l'évasion fiscale. 

En novembre 2024, les États membres de l'ONU ont approuvé les termes de référence d'une Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale. Les négociations ont officiellement commencé au début de l'année 2025 et devraient se poursuivre jusqu'en 2027.

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5. Ancien narco-président hondurien Hernández gracié, Maduro séquestré : le cynisme de Trump
6. Trump et la domination impérialiste décomplexée de l'hémisphère occidental
7. Hémisphère occidental : une histoire des États-Unis écrite par la guerre
8. Trump, Poutine et l'Ukraine : vers un partage des zones d'influence au détriment des peuples

Loin d'être présentée comme l'ennemi central de l'ordre mondial, Moscou est désormais traitée comme un adversaire secondaire avec lequel un arrangement serait possible. L'objectif de Washington est clair : empêcher que la Russie ne renforce davantage son alliance avec la Chine, considérée comme le rival systémique principal des États-Unis [1]. C'est une différence par rapport à son premier mandat et à celui de Joe Biden de 2021 à 2024.

Les documents stratégiques publiés par l'administration Trump entre décembre 2025 et le début de 2026 confirment ce tournant. La Russie y est décrite comme une menace « persistante mais gérable », tandis que les dirigeant·es européen·nes sont accusé·es d'exagérer le danger qu'elle représenterait et d'entretenir des attentes irréalistes quant à l'issue de la guerre en Ukraine. Dans le même temps, Washington affirme vouloir négocier une fin rapide de la guerre sous son égide.
Ce repositionnement ouvre la voie à un scénario lourd de conséquences : un arrangement entre puissances impérialistes – les États-Unis et la Russie – qui se fera au détriment du peuple ukrainien.

La politique de Trump à l'égard de la Russie

Depuis le début de son deuxième mandat, Donald Trump a obtenu de Vladimir Poutine que, au-delà des protestations verbales, il ne réagisse pas aux actes d'agression et de guerre perpétrés par Washington contre des alliés de Moscou, que ce soit le Venezuela ou l'Iran, ou encore par rapport au blocus total de Cuba appliqué depuis fin janvier 2026 [2]. Trump a opéré un tournant par rapport à la politique adoptée au cours de son premier mandat au cours duquel il mettait la Chine et la Russie sur un même plan en les considérant comme des adversaires voulant remettre en cause l'ordre international dominé par Washington.

Donald Trump envoie comme message à Poutine qu'il est disposé à accepter que Moscou use et abuse de la force dans son environnement géographique notamment en Ukraine tout comme Washington le fait dans les Amériques, au Proche-Orient et ailleurs. Trump affirme son droit à user de la force partout dans le monde et reconnaît de fait le droit de Poutine à faire de même dans un périmètre plus limité qui correspond à une partie du territoire de l'ex-empire russe du temps des tsars et de l'ex-Union soviétique. Cela correspond à une logique classique de partage implicite des zones d'influence entre grandes puissances impérialistes.

Trump cherche également à éviter de renforcer l'alliance entre la Russie et la Chine et pour cela, il ne met plus ces deux pays sur le même plan. C'est une différence par rapport à son premier mandat et à celui de Joe Biden de 2021 à 2024.

Trump a réduit le soutien militaire direct des États-Unis à l'Ukraine en faisant porter le poids de ce soutien à ses alliés d'Europe occidentale dans l'OTAN. En janvier 2026, il a invité Moscou et ses alliés de Biélorussie et de Hongrie à faire partie de son Conseil Mondial de la paix.

Le 5 mars 2026, Trump a annoncé qu'il permettait temporairement à la Russie d'exporter sans sanction son pétrole vers l'Inde qui le consomme ou le réexporte vers d'autres parties du monde, y compris l'Europe. Une des raisons non dites est de convaincre la Russie de se contenter d'émettre des protestations verbales à l'égard de l'agression massive de Washington et d'Israël contre l'Iran, son allié.

Trump in extenso

Trump révèle un certain nombre de positions à propos de l'Europe, de la Russie et de l'Ukraine dans le document sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale divulgué le 3 décembre 2025. Il considère que l'UE et la Grande Bretagne « bénéficient d'un avantage considérable en termes de puissance militaire sur la Russie, et ce, dans presque tous les domaines, à l'exception des armes nucléaires » [3] et que les dirigeants européens exagèrent la menace que représente la Russie.

Le document de l'administration Trump poursuit : « Suite à la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l'Europe et la Russie sont aujourd'hui fortement dégradées, et de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle » [4].

De la manière dont le texte est écrit, on peut en déduire que Trump dit aux gouvernements européens que la Russie n'est pas une menace existentielle pour eux. À certaines occasions, Trump a décrit la Russie comme une menace existentielle, mais ce n'est ni le cas dans le document de stratégie de sécurité nationale publié en décembre 2025, ni dans le document de stratégie de défense nationale publié fin janvier 2026.

Trump considère que l'UE et la GB doivent opter pour une approche différente de celle adoptée jusqu'ici dans les négociations avec la Russie en ce qui concerne les revendications de de cette dernière. C'est particulièrement clair dans ce passage :

« L'administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui nourrissent des attentes irréalistes quant à l'issue de la guerre, perchés au sein de gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l'opposition. »

Rappelons que Trump affirme que les gouvernements européens répriment les partis patriotiques, c'est-à-dire l'extrême-droite néofasciste [5].

Le texte de Trump poursuit :

« Une grande majorité d'Européens souhaite la paix mais ce désir ne se traduit pas en actes politique, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. »

et il ajoute :

« Ceci est stratégiquement important pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s'ils sont pris au piège d'une crise politique » [6].

Cela signifie que Trump déclare qu'il va de l'intérêt des États-Unis que les partis patriotiques (c'est-à-dire d'extrême-droite et néo fascistes) soient au gouvernement ce qui, selon l'administration en place, résoudrait la crise politique.

Il y a évidemment dans le passage qui précède, un désaveu très net à l'égard des gouvernements allemand, français, britannique, espagnol, danois, polonais, etc. En revanche, cela renforce la position du premier ministre hongrois Viktor Orban et du premier ministre slovaque Robert Fico, à qui Marco Rubio, ministre des Affaires étrangères des États-Unis, est allé rendre visite en février 2026 après la conférence de Munich sur la paix. Rappelons que ces deux gouvernements sont favorables à alléger les sanctions contre la Russie de Poutine et qu'ils expriment leur sympathie pour Trump.

Concernant les relations entre l'UE, la GB, la Russie et l'Ukraine, il est clair que Trump veut rester au centre du jeu diplomatique :

« La gestion des relations européennes avec la Russie exigera un engagement diplomatique américain significatif, à la fois pour rétablir les conditions de la stabilité stratégique sur l'ensemble du continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens » [7]. [8]

On peut aussi déduire du passage précédent que vu la supériorité militaire des pays de l'UE et de la GB sur la Russie, le rééquilibrage devrait se faire au profit de la Russie. La même idée se trouve dans le passage suivant :

« Il est primordial pour les États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d'empêcher une escalade ou une extension involontaire du conflit et de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie, ainsi que de permettre la reconstruction de l'Ukraine après les hostilités afin d'assurer sa survie en tant qu'État viable » [9]. [10]

Dans le passage précédent, Trump réaffirme qu'il veut une fin rapide des hostilités et il met la pression sur l'UE, la GB et l'Ukraine pour qu'elles fassent des concessions à la Russie, le tout sous les auspices de Washington.

La politique de Trump par rapport à l'Ukraine

Trump n'a aucune considération pour le droit du peuple ukrainien à défendre sa souveraineté. Or si l'invasion de février 2022 a été mise largement en échec, c'est parce que le peuple ukrainien a résisté et a montré son attachement à la souveraineté de son pays. Si le peuple ukrainien n'avait pas été massivement en faveur de la résistance, l'envoi des armes par les puissances occidentales aux autorités de Kiev n'auraient pas suffi à mettre en échec le plan initial de Poutine qui voulait arriver avec son armée à Kiev, changer le régime et prendre possession d'une portion importante du territoire ukrainien en commençant par l'Est du pays. Affirmer cela doit aller de pair avec la critique de la politique néolibérale et nationaliste chauvine du gouvernement de droite de V. Zelensky, avec la dénonciation de l'OTAN et des visées impérialistes de Trump et des Européens sur l'Ukraine. Il est important aussi de préciser que l'Ukraine n'est pas une puissance impérialiste.

Trump se moque totalement du droit international et considère qu'il peut par la force prendre le contrôle des ressources pétrolières du Venezuela ou celles de l'Iran après avoir agressé militairement ces pays. Il estime que la Russie de Poutine peut, dans son entourage immédiat, en faire autant du moment que cela ne porte pas préjudice aux intérêts étasuniens en Europe de l'Est. Trump est prêt à un arrangement avec Poutine sur le dos du peuple ukrainien. Poutine peut garder ou prendre le contrôle d'une partie du territoire, de la population et des ressources naturelles de l'Ukraine si les entreprises US obtiennent en contrepartie des avantages dans le reste du territoire ukrainien [11]. À cette condition, Washington serait prêt à protéger les autorités ukrainiennes affaiblies et le territoire sur lequel elles garderaient le contrôle à condition que les autorités de Kiev permettent aux entreprises étatsuniennes d'amasser un maximum de profits [12]. Ce que Trump propose est un accord entre deux puissances impérialistes prédatrices, les États-Unis et la Russie, qui s'accordent pour bafouer le droit des peuples à l'autodétermination et à l'exercice de la souveraineté sur leurs territoires et sur les ressources naturelles qui s'y trouvent. Les puissances impérialistes européennes sont mises largement de côté par Trump, bien qu'elles aussi cherchent à promouvoir leur propres intérêts et ceux de leurs grandes entreprises privées qui convoitent les ressources naturelles, les terres et le marché ukrainien.

La position de Trump à propos de la Russie

Trump considère que les administrations précédentes ont commis l'erreur de favoriser la constitution d'un bloc entre la Russie et la Chine, ce qui a renforcé la position de la Chine. Trump souhaite séparer la Russie de la Chine ou, en tout cas, réduire les liens entre ces deux puissances. Washington, qui désigne la Chine comme son adversaire principal et systémique, essaye donc de réduire la propension de la Russie à renforcer ses liens avec celle-ci [13]. Le NSS 2025 considère la Russie comme un adversaire militaire sérieux mais stratégiquement secondaire, à contenir sans l'ériger en ennemi civilisationnel, afin de concentrer les moyens (militaires et économiques) des États-Unis pour combattre la Chine.

La réaction du Kremlin à la publication du document de stratégie de sécurité nationale NSS 2025

Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, a commenté le document de stratégie de sécurité nationale lors d'une interview accordée au journaliste d'État russe le 7 décembre 2025, Pavel Zarubin pour la chaîne Rossiya 1, largement relayé par les médias russes telles qu'Interfax, Fontanka ou TASS : « Les ajustements apportés à la stratégie nationale de sécurité des États-Unis correspondent en grande partie à notre vision » [14].

La note de presse complète publiée par le media russe en ligne Fontanka.ru le 7 décembre 2025 précise :

« Peskov a commenté la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis. Les ajustements apportés à la stratégie de sécurité nationale des États-Unis correspondent en grande partie à la vision du gouvernement russe. C'est ainsi que Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a commenté la mise à jour du document au journaliste Pavel Zaroubin. Le porte-parole du président a exprimé l'espoir que la nouvelle stratégie permettra à Washington et à Moscou de poursuivre de manière constructive leur collaboration sur la question ukrainienne. La stratégie actualisée a été publiée vendredi 5 décembre par l'administration du président américain Donald Trump. Les relations avec l'Europe et le conflit en Ukraine occupent une place particulière dans le document. Il est également souligné que l'OTAN ne doit pas être une « alliance en expansion infinie ». Peskov a souligné qu'il fallait suivre de près la mise en œuvre de ce concept. » (Source : https://www.fontanka.ru/2025/12/07/76159504/ )

L'agence de presse Interfax quant à elle écrivait le 7 décembre 2025 :

« Le Kremlin a salué les formulations relatives à l'OTAN dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis. Medvedev voit dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis une tentative d'améliorer les relations avec la Russie. Le Kremlin salue les formulations de la stratégie de sécurité nationale américaine actualisée concernant le gel de l'élargissement de l'OTAN, mais suivra de près la mise en œuvre concrète de ce document. » [15].

Rappelons que Dmitri Medvedev est vice-président du Conseil de sécurité de la Russie et président du parti poutinien au pouvoir Russie unie.

L'évolution de Washington dans la description de la Russie en tant que menace entre Trump I et Trump II

Dans la Stratégie nationale de défense 2026 rendue publique fin janvier 2026 (NDS 2026), la Russie est identifiée comme « une menace persistante mais gérable » pour l'OTAN, un changement favorable à la Russie par rapport aux qualificatifs plus alarmants des documents précédents qui désignait la Russie en tant que « puissance révisionniste » (revisionist power), pendant le premier mandat de Trump en 2017 [16], et en tant que « menace immédiate pour l'ordre international » [17] et « menace aiguë » en 2022, pendant la présidence de Joe Biden. Le NSS 2022 de l'administration de Biden affirmait que la Russie « a brisé la paix en Europe ».

Dans le langage stratégique du gouvernement des États-Unis, « revisionist power » désigne un État qui cherche à modifier les règles, les institutions ou l'équilibre de pouvoir de l'ordre international existant dominé par les États-Unis. Dans les documents de la première administration Trump et de la présidence de Biden, la Russie et la Chine étaient présentés comme des puissances révisionnistes.

Voici quelques extraits du NDS 2026 qui concernent la Russie :

« la menace militaire russe se concentre principalement sur l'Europe de l'Est », « Moscou n'est pas en mesure de se fixer comme objectifs d'exercer son hégémonie sur l'Europe. L'OTAN européenne éclipse la Russie en termes d'économie, de population et, par conséquent, de puissance militaire latente » et « Heureusement, nos alliés de l'OTAN sont nettement plus puissants que la Russie, qui est loin derrière. À elle seule, l'économie allemande éclipse celle de la Russie » [18]

Les points communs entre Trump et Poutine

Malgré leurs rivalités géopolitiques, Donald Trump et Vladimir Poutine partagent un ensemble significatif de positions idéologiques et politiques.
Tous deux se caractérisent par un anticommunisme affirmé et par un soutien sans réserve au système capitaliste, y compris à ses formes les plus brutales d'exploitation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles.

Trump et Poutine sont des nationalistes affirmant la primauté des droits de la nation dominante dont ils font partie. Trump soutient les suprémacistes blancs et affirment la primauté des intérêts des étatsuniens par rapport aux nations étrangères qu'ils n'hésitent pas à traiter dans des termes racistes. Poutine affirme un chauvinisme grand russe et dénonce Lénine pour la « création » (sic) de l'Ukraine et la reconnaissance de son droit à la séparation de l'URSS au début des années 1920 [19].

Ils défendent également une politique énergétique fondée sur l'exploitation intensive des énergies fossiles, contribuant ainsi à l'aggravation de la catastrophe écologique mondiale en cours.
Sur le plan sociétal, leurs positions convergent vers des orientations homophobes et hostiles aux droits des personnes LGBTQIA+, accompagnées d'une promotion de valeurs conservatrices adossées à une vision réactionnaire du christianisme.

Dans le domaine international, Trump comme Poutine privilégient le recours à la force militaire pour imposer leurs objectifs politiques et économiques, et cela au mépris du droit international. Cette orientation s'accompagne d'un soutien déterminé au développement rapide et massif des industries d'armement, ainsi qu'à l'usage accru de la puissance militaire.

Leurs politiques extérieures reposent également sur l'utilisation répétée de prétextes contestables ou non fondés pour justifier le recours à la force. Tous deux cultivent en outre un chauvinisme de grande puissance et un nationalisme exacerbé, caractéristiques de projets politiques autoritaires.
Par ailleurs, ils entretiennent des relations étroites avec les forces d'extrême droite européennes, qui manifestent réciproquement une forte sympathie à leur égard.

Donald Trump apporte un soutien total au gouvernement israélien dirigé par Benjamin Netanyahou, qui est néofasciste et responsable d'un génocide à Gaza. Vladimir Poutine, pour sa part, maintient des relations cordiales avec Netanyahou et continue les exportations russes vers Israël – charbon, pétrole et céréales – sans remettre en cause les accords commerciaux existants [20].

Poutine a également accepté le principe de la création d'un Conseil mondial présidé par Trump et souhaite que la Russie en soit membre. Dans ce cadre, il demande aux États-Unis de lever le gel des avoirs russes afin que la Russie puisse verser la cotisation d'un milliard de dollars exigée pour devenir membre permanent de cet organe, considéré par ses détracteurs comme totalement illégitime.

Trump comme Poutine font un usage extensif et controversé du terme « génocide », tout en refusant de reconnaître ou de dénoncer le génocide du peuple palestinien. Trump affirme ainsi que le gouvernement de Pretoria serait responsable d'un « génocide des Blancs » en Afrique du Sud, tandis que Poutine soutient que le gouvernement de Kiev mènerait un génocide contre les populations russes en Ukraine.

Au-delà de ces convergences idéologiques et géopolitiques, Donald Trump et Vladimir Poutine présentent également des similitudes marquées dans leur manière d'exercer et de concevoir le pouvoir. Tous deux privilégient une forte personnalisation du leadership, centrée sur la figure d'un dirigeant présenté comme l'incarnation directe de la nation et de sa volonté. Leur discours politique s'appuie régulièrement sur une rhétorique opposant « le peuple » aux élites politiques, médiatiques ou économiques, accusées de trahir les intérêts nationaux. Dans ce cadre, ils manifestent une défiance prononcée envers les institutions multilatérales et le droit international lorsqu'ils sont perçus comme des obstacles à leurs objectifs stratégiques. Par ailleurs, leurs pratiques politiques s'accompagnent d'une critique constante des médias jugés hostiles et d'un recours intensif à des stratégies de communication visant à contourner ou délégitimer les contre-pouvoirs institutionnels. Ces éléments contribuent à inscrire leurs projets politiques dans une conception fortement personnalisée, impérialiste et autoritaire néofasciste du pouvoir.

Quelles différences entre Trump et Poutine ?

Une différence qui mérite d'être soulignée réside dans leur approche de la guerre et de l'usage direct de la force militaire. Donald Trump est persuadé qu'il est possible de remporter des conflits sans engager durablement des troupes étasuniennes au sol, en privilégiant la supériorité technologique, les frappes à distance et des opérations militaires limitées dans le temps, avec des pertes humaines quasi nulles du côté américain. Cette illusion de Trump est mise en échec dans sa guerre contre l'Iran en février-mars 2026.

À l'inverse, Vladimir Poutine a choisi une stratégie différente avec l'invasion militaire massive de l'Ukraine en 2022, impliquant le déploiement de très importantes forces terrestres et entraînant des pertes humaines extrêmement élevées, tant du côté russe que du côté ukrainien.
Une autre différence fondamentale concerne la place de leurs États respectifs dans la hiérarchie mondiale du capitalisme. Donald Trump dirige la principale puissance économique et militaire capitaliste et impérialiste de la planète, les États-Unis. Vladimir Poutine, quant à lui, est à la tête d'une puissance capitaliste impérialiste secondaire, affaiblie et en déclin relatif, mais qui demeure un acteur stratégique majeur en raison de la possession d'un arsenal nucléaire globalement comparable à celui des États-Unis.

Enfin, leurs ambitions géopolitiques diffèrent par leur échelle d'intervention. La politique impérialiste menée par Trump vise l'ensemble de la planète, tandis que celle de Poutine se concentre prioritairement sur l'espace post-soviétique et sa périphérie immédiate, même si la Russie a tenté d'étendre son influence dans d'autres régions, comme en Syrie – où elle a cependant subi un revers avec la chute du régime de Bachar el-Assad.

Trump et le complexe militaro industriel des États-Unis ont-t-ils intérêt à une fin rapide de la guerre en Ukraine ?

À ce stade de l'année 2026, Trump, contrairement à ses affirmations de campagne électorale ou de son début de mandat, n'a pas comme priorité de mettre fin à la guerre en Ukraine pour plusieurs raisons.

En effet, la poursuite de la guerre rend plus crédible l'argument des États-Unis pour obtenir des alliés européens de l'OTAN de continuer à augmenter très fortement leurs dépenses militaires, ce qui favorise les exportations d'armes des grandes entreprises privée US.

De plus, Washington a obtenu un accord très favorable à ses intérêts avec les pays européens de l'OTAN. Ceux-ci achètent aux États-Unis les armes qu'ils fournissent à l'Ukraine et qui sont utilisées à un rythme intensif tant que la guerre chaude continue. Trump a quasiment totalement mis fin aux nouvelles fournitures directes d'armes à l'Ukraine.

La poursuite de la guerre détourne également en partie l'attention par rapport aux agressions perpétrées par les États-Unis sous commandement de Trump dans le reste du monde.
La poursuite de la guerre en Ukraine et l'effort que cela représente pour l'économie russe et sa population empêche Poutine de déployer des forces militaires sur d'autres continents, sauf dans quelques pays d'Afrique sous la forme d'une armée privée russe.

Et enfin, Trump a allégé le 5 mars 2026 les sanctions contre la Russie en matière de vente de pétrole. Si on ajoute l'augmentation du prix des combustibles sur le marché mondial en conséquence de la guerre au Proche-Orient provoquée par Washington et Israël, la Russie de Poutine voit augmenter ses revenus d'exportation, ce qui permet de soutenir l'effort de guerre d'agression contre l'Ukraine.

Conclusion

En définitive, la politique menée par Donald Trump vis-à-vis de la Russie s'inscrit dans une logique classique de rivalité entre grandes puissances : réduire le rapprochement entre Moscou et la Chine, maintenir les États-Unis au centre du jeu diplomatique et faire supporter aux pays européens le coût principal de la guerre en Ukraine. Derrière le discours officiel appelant à une fin rapide des hostilités, Washington n'a pas nécessairement intérêt à une paix immédiate.

Dans ce contexte, la perspective d'un arrangement entre Washington et Moscou sur le dos du peuple ukrainien ne peut être exclue. Les convergences idéologiques et politiques entre Donald Trump et Vladimir Poutine – attachement à un capitalisme autoritaire, nationalisme de grande puissance, militarisme, impérialisme militaire agressif, mépris du droit international et proximité avec des forces d'extrême droite – facilitent une telle logique de rapports de force entre États.

Au-delà de leurs rivalités et de leurs différences de puissance, les deux dirigeants partagent une même vision du monde. Dans une telle configuration, les peuples – et notamment le peuple ukrainien – risquent d'être les principales victimes d'un nouvel équilibre géopolitique fondé sur le partage des zones d'influence.

Mais il ne faut pas exclure un possible virage de Trump dans le futur. S'il n'arrive pas à ses fins dans la négociation avec Poutine, il est capable d'adopter une attitude beaucoup plus dure et de désigner la Russie comme une menace beaucoup plus sérieuse que ce qui est dit dans les documents que nous venons d'analyser.

Ce qui est sûr, c'est que les négociations entre Trump et Poutine ne prennent pas en compte les intérêts et les droits des peuples. Il faut construire à partir d'en bas une solidarité entre les peuples afin de renforcer la résistance à la montée du néofascisme et à l'augmentation des agressions impérialistes d'où qu'elles viennent.

L'auteur remercie Sushovan Dhar, Antoine Larrache et Maxime Perriot pour leur relecture.

Notes
[1] « Pourquoi Washington a fait de la Chine son adversaire stratégique central », Éric Toussaint, 19 janvier 2026, CADTM. https://www.cadtm.org/Pourquoi-Washington-a-fait-de-la-Chine-son-adversaire-strategique-central

[2] La Russie a envoyé un pétrolier à Cuba qui est arrivé au port de Matanzas fin mars 2026 avec une cargaison de pétrole suffisante pour les besoins du pays pendant une quinzaine de jours. C'est le premier pétrolier ayant atteint Cuba depuis janvier 2026. Trump a laissé faire malgré l'embargo total décrété sur les livraisons de pétrole aux autorités de l'île. C'est probablement un geste de Trump à l'égard de Moscou en lien avec la guerre en cours au Proche-Orient.

[3] Extrait du document de Stratégie de sécurité nationale publié en décembre 2025, p. 25 (NSS 2025). https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf?internal=true Une version en français est disponible sur le site du Grand Continent. https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/06/strategie-de-securite-nationale-americaine-le-plan-de-la-maison-blanche-contre-leurope-texte-integral/

[4] NSS 2025, p.25.

[5] « Trump, l'Europe et l'internationale néofasciste : du soutien idéologique à la coordination politique », Éric Toussaint, 25 janvier 2026, CADTM. https://www.cadtm.org/Trump-l-Europe-et-l-internationale-neofasciste-du-soutien-ideologique-a-la

[6] NSS 2025, p. 33.

[7] NSS 2025, p. 25.

[8] NSS 2025, p. 25.

[9] NSS 2025, p. 25.

[10] NSS 2025, p. 25.

[11] « L'accaparement des ressources naturelles de l'Ukraine et de l'est de la République démocratique du Congo. Les impérialismes à l'offensive », Éric Toussaint, 15 mai 2025, CADTM. https://www.cadtm.org/L-accaparement-des-ressources-naturelles-de-l-Ukraine-et-de-l-est-de-la

[12] « L'accord minier signé entre l'Ukraine et les États-Unis reflète la volonté du capital américain d'accéder sans entrave aux ressources minérales ukrainiennes », Vitaliy Dudin, 13 mai 2025, CADTM. https://www.cadtm.org/L-accord-minier-signe-entre-l-Ukraine-et-les-Etats-Unis-reflete-la-volonte-du

[13] fontanka.ru. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie est devenue de plus en plus dépendante de la Chine sur le plan économique, notamment pour ses exportations d'énergie et ses importations technologiques, ce qui rend incertain l'objectif de Washington visant à affaiblir l'alignement Moscou-Pékin.

[14] Source fontanka.ru https://www.fontanka.ru/2025/12/07/76159504/

[15] Source Interfax. https://www.interfax.ru/russia/1061842..

[16] NSS 2017. https://trumpwhitehouse.archives.gov/wp-content/uploads/2017/12/NSS-Final-12-18-2017-0905.pdf

[17] NSS 2022. https://bidenwhitehouse.archives.gov/wp-content/uploads/2022/10/Biden-Harris-Administrations-National-Security-Strategy-10.2022.pdf

[18] NDS 2026, p. 10 et 11.

[19] Je développerai ce point dans un proichain article.

[20] « Pourquoi les BRICS ne dénoncent pas le génocide en cours à Gaza », Éric Toussaint, CADTM, le 7 août 2025. https://www.cadtm.org/Pourquoi-les-BRICS-ne-denoncent-pas-le-genocide-en-cours-a-Gaza

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Journée internationale des Roms et leur persécution à travers l’histoire

7 avril, par Ali Arayici — ,
La « Journée internationale des Roms » a été officiellement proclamée lors du quatrième congrès de l'Union internationale des Roms (URI), qui s'est tenu à Serock, en Pologne. (…)

La « Journée internationale des Roms » a été officiellement proclamée lors du quatrième congrès de l'Union internationale des Roms (URI), qui s'est tenu à Serock, en Pologne. La date du 8 avril a été choisie en référence au premier congrès international de l'URI, qui s'est tenu du 7 au 12 avril 1971 à Chelsfield, près de Londres, en présence de nombreux représentants de divers peuples roms.

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Depuis le 8 avril 1971, cette journée est célébrée dans le monde entier par diverses manifestations socio-culturelles et politiques.

L'objectif de cette journée, fixée au 8 avril, est de préserver la culture, la langue, les traditions et les coutumes roms, et d'attirer l'attention sur les problèmes auxquels les Roms sont confrontés aujourd'hui dans les pays où ils vivent. Tout au long de l'histoire, les Roms ont dû faire face à de nombreuses injustices et, malgré leur situation économique très difficile, ils ont perpétué leurs danses, leur musique, leurs traditions et leurs coutumes.

Chaque année, le 8 avril, Amnesty International, les organisations de la société civile et diverses associations roms nationales et internationales ont l'occasion de commémorer et de se souvenir du « génocide », de la discrimination et du racisme dont ont été victimes les Roms. Dans les pays où ils vivent, l'accent est mis sur toutes les formes de répression auxquelles ils ont été exposés au cours de l'histoire. Ils expriment clairement leur résistance face à la discrimination et aux attaques « d'altérisation », d'exclusion, racistes et fascistes auxquelles ils sont confrontés.

Décisions pénales et ordonnances officielles

Dans différents pays d'Europe, des sanctions pénales et des décrets visant les Roms ont commencé à être appliqués dès la fin du XVe siècle. Les sanctions à caractère politique ont été officiellement entérinées par diverses lois. À titre d'exemple, dans des pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas, des avis relatifs à la sanction des Roms ont été affichés sur des « panneaux » accessibles à tous et des brochures sur le sujet ont été distribuées.

Le résumé du texte figurant dans la proclamation est le suivant : « Les Roms qui commettent des délits en mendiant et qui sont livrés à la justice seront punis de la manière la plus sévère. »

En Angleterre, en 1554, une loi a été promulguée prévoyant la peine de mort pour les Roms ainsi que pour ceux qui les aidaient et les encourageaient. Élisabeth Ire a expliqué ainsi l'article de loi relatif à cette peine : « Ceux qui utilisent les Roms à des fins commerciales, qui les aident et les encouragent, doivent être punis immédiatement. »

Il convient ici de rappeler la politique menée par l'Espagne à l'encontre des Roms. Pendant des siècles, elle a considéré les Roms comme des « vagabonds » errant et envahissant les rues. En 1749, des actes « barbares » et inhumains ont été commis à l'encontre des Roms vivant en « nomade », notamment en Andalousie : modification de leur mode de vie, interdiction de leur langue maternelle et de leur culture, tortures en prison, amputation des mains et des oreilles, et exécutions.

Dans ce contexte, la déclaration et l'ordre humiliants, odieux, racistes et arrogants prononcés en 1783 par le roi Charles III d'Espagne évoquent bien des choses : « Les personnes se présentant comme des Roms n'ont aucune particularité. Je déclare que ces personnes sont des imposteurs. Comme ils sont en marge de la société, j'ordonne qu'il leur soit désormais strictement interdit de maintenir leur mode de vie, de parler leur langue maternelle et de porter leurs vêtements traditionnels »

Punitions primitives et barbares

À la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle notamment, les Roms ont été soumis, dans certains pays d'Europe, à diverses sanctions telles que l'amputation des mains et des oreilles, l'exécution, la répression et l'exil forcé, pour divers motifs. Dans de nombreux pays, on considérait que les Roms, qui vivaient de manière « nomade » aux XVIIe et XVIIIe siècles, constituaient un problème majeur. Toutes les politiques mises en œuvre reposent toujours sur une vision « anti-rom ». Cette politique s'est poursuivie pendant longtemps aux XIXe et XXe siècles.

En Allemagne, on a veillé à ce que les Roms soient punis, éliminés, exilés et chassés des lieux où ils vivaient. Comme l'a souligné Scott Macfie, spécialiste de l'histoire des Roms, « entre 1416 et 1774, 148 lois différentes relatives à la punition et à l'exil des Roms ont été promulguées en Allemagne ».

La Suède, l'Espagne, la France et d'autres pays européens n'ont pas été en reste en matière de sanctions à l'encontre des Roms. Une loi entrée en vigueur a scellé le sort de tous les hommes roms ayant commis un crime : la peine de mort. De même, au Danemark, une loi adoptée en 1589 sur ordre de Christian V prévoyait la peine de mort pour les Roms et leurs chefs reconnus coupables d'un crime.

En France, entre le XVIe et le XIXe siècle, les Roms (Bohémiens), en raison de leur différence, ont été jugés de manière très primitive et ont subi des pressions et de la discrimination.

Non seulement ils ont été exclus de la structure sociale, mais ils ont également été retenus en otages dans les hôpitaux. Ils ont été exilés dans d'autres pays. Ils ont été contraints d'effectuer des travaux pénibles. Comme si cela ne suffisait pas, on leur a coupé les oreilles, et ils ont été condamnés à la peine capitale.

Des événements similaires se sont produits en Tchécoslovaquie, où vivaient les Roms, ainsi que dans d'autres pays européens.

En Espagne, les lois répressives en vigueur à l'encontre des Roms du XVe au XXe siècle étaient très « barbares » et primitives. Afin de les soumettre à un processus d'« assimilation » totale ou de les contraindre à mener une vie « ordonnée », toutes sortes de mesures légales ont été mises en place : répression, intimidation, peines sévères, blessures et meurtres, exécutions, coupure des oreilles, interdiction de se loger et d'acquérir un logement. Une réglementation légale a été instaurée pour interdire totalement leurs langues maternelles et leurs cultures.

Étre victime d'un génocide

Les Roms ont connu leur plus grande vague migratoire en Europe occidentale au XVIe siècle. Certains pays n'ont pas hésité à les exiler vers leurs colonies d'Afrique et d'Amérique. Une partie importante des Roms d'Espagne, à l'instar des Juifs et des musulmans, a trouvé refuge dans l'Empire ottoman. Jusqu'au XXe siècle, les Roms entretenaient de bonnes relations avec les populations autochtones. Cette situation a changé avec l'arrivée au pouvoir du fascisme hitlérien. À cette époque, le racisme et l'anti-tsiganisme n'ont cessé de s'intensifier.

Pendant la « Seconde Guerre mondiale » et sous le régime fasciste d'Hitler, environ 50 millions de personnes ont perdu la vie à travers le monde. Des millions de démocrates, de révolutionnaires, de socialistes, de communistes et d'antifascistes ont été tués. Il ne fait aucun doute que ce chiffre comprend des millions de Juifs et des centaines de milliers de Roms. Il convient ici de souligner que le « génocide » perpétré contre les Juifs et les Roms figure parmi les questions les plus importantes à examiner.

La communauté rom a subi les pertes humaines les plus importantes au cours de cette guerre sanglante. Selon les données officielles, pendant la guerre, entre 500 000 et 600 000 Roms ont été victimes d'un « génocide » dans les « camps de concentration » et les « chambres à gaz » du fascisme hitlérien à travers l'Europe, et ont été brûlés vifs. La plupart des Roms ont été victimes de ce « génocide » dans les « chambres à gaz » de « camps de concentration » tels qu'Auschwitz, Ravensbrück, Berlin-Haselhorst et Sachsenhausen, où ils ont été brûlés vifs avec leurs familles.

Les politiques de répression, de terreur, d'intimidation, d'extermination et d'« assimilation » menées à l'encontre des Roms, fondamentalement racistes et chauvines, n'ont jamais véritablement cessé à aucune période de l'histoire. Au contraire, elles n'ont cessé de s'intensifier. Dans tous les pays d'Europe où vivent les Roms, ces politiques se manifestent activement. Cette « barbarie » inhumaine se poursuit encore aujourd'hui sous sa forme la plus « barbare », en particulier à l'encontre des Roms « bohémiens » et « tsiganes » vivant en Roumanie, en Serbie et en Bulgarie.

Les persécutions se poursuivent aujourd'hui

Aujourd'hui, quel que soit le pays du monde, l'image des Roms dans la structure sociale est légalement définie par des stéréotypes tels que mendiant, vagabond, escroc, clandestin et voleur. Une mentalité raciste, exclusionniste, discriminatoire et « assimilationniste » constitue l'essence même des politiques socio-économiques et culturelles menées par les pays à l'encontre des Roms. En raison de leur mauvaise image, ils sont confrontés à l'exclusion, au mépris, à la « marginalisation », aux sanctions, à la surveillance et à la discrimination.

Les Roms vivant en Europe font partie intégrante du tissu social. Aujourd'hui, cette réalité n'est toujours pas acceptée dans certains pays. Les Roms ne peuvent pas jouir des droits humains et des libertés fondamentales dans les mêmes conditions que les autres citoyens. Même s'ils souhaitent exercer ces droits, ils se heurtent à de nombreux obstacles sérieux, notamment des comportements d'exclusion, racistes et discriminatoires.

Les Roms sont confrontés à toutes sortes de formes de racisme et de discrimination dans les pays où ils vivent. Frantisek Kopriva, député tchèque au Parlement européen et rapporteur du Conseil de l'Europe sur le racisme et la discrimination à l'égard des Roms, a déclaré à ce sujet : « Au lieu de chercher des moyens supplémentaires pour protéger ces membres particulièrement vulnérables de notre société dans tous les domaines, certains responsables politiques attisent activement l'hostilité envers les Roms par le biais du racisme et de la discrimination. »

Les revendications des Roms, à savoir l'égalité pour tous, la non-discrimination et la non-exclusion, sont garanties par la Déclaration universelle des droits de l'homme et la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH). Malgré cela, on constate que dans certains pays européens, notamment en Roumanie, en Bulgarie, en Slovaquie, en Grèce, en Allemagne, en France, en Autriche, en Espagne, au Royaume-Uni et en Italie, les partis politiques d'extrême droite, fascistes et racistes gagnent en influence et prennent les Roms pour cible principale.

*Ali Arayici
Écrivain et Universitaire

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Prendre soin dans les moments difficiles : le choix cubain de l’alimentation communautaire

7 avril, par Marilys Zayas Shuman — , ,
Un regard sur la réglementation qui réorganise le Système de soins familiaux, avec la création de Maisons d'alimentation communautaires à Cuba Tiré de la page web de Capire (…)

Un regard sur la réglementation qui réorganise le Système de soins familiaux, avec la création de Maisons d'alimentation communautaires à Cuba

Tiré de la page web de Capire
https://capiremov.org/fr/analyse/prendre-soin-dans-les-moments-difficiles-le-choix-cubain-de-lalimentation-communautaire/
26/02/2026 |
Marilys Zayas Shuman


Revista Mujeres

Au milieu de l'une des situations économiques les plus complexes de ces dernières décennies, l'État cubain a la capacité de réorganiser, de hiérarchiser et de soutenir les politiques publiques essentielles. Ce n'est pas un petit geste : en période de pénurie, lorsque l'incertitude pèse sur les familles et que la vulnérabilité se multiplie, investir sur l'expansion et le renforcement des systèmes d'assistance révèle une volonté politique de mettre la vie au centre. C'est une décision qui parle à la fois de l'urgence du présent et de la vocation historique d'un projet qui, même en proie à des difficultés, choisit de prendre soin.

Les résolutions 8/2025 du Ministère du Commerce Intérieur (MINCIN) et 41/2025 du Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale (MTSS), publiées au Journal Officiel, marquent un tournant dans la politique sociale cubaine en matière de soins. Les deux réorganisent le Système d'aide aux familles (SAF) et créent les Maisons d'alimentation communautaires, une modalité inédite qui transfère les soins alimentaires vers des espaces domestiques qui concentrent la production pour les communautés dans les zones rurales, suburbaines ou difficiles d'accès.

C'est une action qui encourage l'un des programmes les plus sensibles du pays, à un moment où la vulnérabilité est devenue plus complexe et généralisée. Le SAF, créé dans les années les plus difficiles de la Période spéciale (années 1990), est apparu comme une réponse d'urgence pour assurer une alimentation de base aux personnes âgées, handicapées et aux familles incapables de cuisiner. Au fil du temps, il est devenu une structure permanente qui a suivi l'évolution de la situation de vulnérabilité dans le pays.

Les endroits qui ont enregistré une augmentation du nombre de demandes au SAF correspondent à ceux où les effets du vieillissement de la population, de la migration et de la précarité économique se font le plus sentir. Cependant, le programme a commencé à faire face à des problèmes structurels, tels que la détérioration des installations, l'insuffisance des ressources et une articulation institutionnelle faible. Les nouvelles résolutions cherchent à corriger ces distorsions et à les adapter à un pays qui, au cours des dernières décennies, a connu de profonds changements démographiques et des dynamiques communautaires.

Le vieillissement accéléré – plus de 22 % de la population a 60 ans ou plus – est l'un des facteurs qui exercent le plus de pression sur le SAF. La solitude dans la vieillesse, la féminisation de la longévité et la migration ont créé un scénario dans lequel de plus en plus de personnes âgées vivent sans soutien familial.

La majeure partie de cette population est composée de femmes touchant de faibles retraites, souffrant de maladies chroniques et de handicaps physiques. Les résolutions reconnaissent cette réalité et misent sur un modèle plus proche et plus flexible, capable d'atteindre ceux et celles qui ne peuvent pas se déplacer ou vivre dans des zones où les institutions traditionnelles n'arrivent pas.

La résolution 8/2025 du Ministère du commerce intérieur redéfinit les responsabilités des unités alimentaires du SAF : menus validés par des experts, conditions d'hygiène adéquates, registres de contrôle, supervision systématique et articulation avec les gouvernements locaux. Il diversifie également les sources d'approvisionnement – productions locales, centres d'élaboration, dons, saisies – pour assurer la stabilité dans un contexte économique complexe.

À son tour, la Résolution 41/2025 du MTSS introduit des Maisons d'alimentation communautaires, une modalité qui permet aux individus – principalement des femmes sans emploi – de fournir le service à domicile.

La décision reconnaît le rôle historique des femmes dans les réseaux de soins et officialise un travail resté invisible pendant des décennies. Les maisons servent jusqu'à dix personnes, avec un apport quotidien qui doit correspondre à au moins trente pour cent des besoins nutritionnels recommandés. La livraison à domicile, gratuite et obligatoire pour ceux et celles qui ne peuvent pas se déplacer, met en évidence la dimension éthique de cette modalité.

La ruralité et l'isolement territorial sont des éléments clés de cette réorganisation. Dans de nombreuses communautés rurales, la vulnérabilité alimentaire ne s'explique pas seulement par la pauvreté, mais aussi par la distance, le mauvais état des routes, la rareté des transports et la dispersion des services.

Dans ces endroits, les politiques sociales traditionnelles ne parviennent pas toujours à arriver à temps. Les Maisons communautaires permettent d'intervenir dans ces microterritoires avec une logique plus souple et humaine. C'est une façon de répondre aux inégalités historiques, telles que la réduction de l'accès aux services, la présence institutionnelle et les infrastructures. Les politiques sociales deviennent territoriales, décentralisées et plus sensibles aux particularités de chaque communauté.

Le coût des soins – économique, humain et structurel – traverse toute cette transformation. Nourrir, accompagner, cuisiner, distribuer, réparer et superviser ont un coût considérable dans un contexte de stress financier et de contraintes externes.

De plus, c'est un investissement : chaque repas servi est un moyen de prévenir des inégalités plus profondes, des maladies coûteuses et des fractures sociales difficiles à réparer. Les soins, lorsqu'ils sont considérés honnêtement, sont une forme de prévention, de cohésion et de vie.

Au cœur de ces transformations, une question éthique palpite : que signifie prendre soin à partir de l'État ? Lorsqu'elle est comprise comme une politique publique, la sollicitude est un énoncé de valeurs.

La vulnérabilité n'est pas un défaut personnel, c'est une condition humaine. La dignité n'est pas négociable ; la protection ne peut être différée. Les soins sont un pacte social avec l'affirmation que la vie de chacun et chacune est importante, quel que soit son âge, sa santé ou sa situation économique.

Penser les soins en tant que politique publique à Cuba implique de reconnaître une tradition qui traverse toute l'histoire du projet socialiste : la conviction que la vie humaine est un bien collectif.

Dans un monde où le néolibéralisme a privatisé les soins, les transformant en un luxe ou un fardeau individuel, Cuba insiste sur le fait que les soins sont un droit et un devoir partagés.

Les Maisons d'alimentation communautaires incarnent cette éthique : elles ne sont pas seulement une solution logistique, mais un pari moral. Elles sont la preuve que les politiques publiques peuvent être proches, sensibles et profondément humaines.

Au fond, tout ce que ces résolutions réorganisent pointe vers la même idée : le soin comme destin et l'action politique. D'un point de vue éthique, elles affirment que la protection des personnes les plus vulnérables n'est pas négociable.

D'un point de vue économique, elles révèlent que les soins sont un investissement dans la cohésion sociale. En ce qui concerne le genre, elles reconnaissent le rôle historique des femmes dans leur architecture. D'un point de vue territorial, elles comprennent que la vulnérabilité n'est pas la même partout et que la politique doit s'adapter à la géographie réelle de la vie. Et du point de vue du socialisme, elles réaffirment le principe fondamental selon lequel la dignité humaine est un droit collectif.

Pour cette raison, la réorganisation du Système de soins familiaux et la création de Maisons d'alimentation communautaires ne sont pas seulement des réformes administratives. Ils sont une déclaration de l'avenir.

Ils sont un pari sur un pays qui, même dans les moments difficiles, choisit de prendre soin et reconnaît que la dignité est dans la cuisine, dans l'accompagnement, dans la livraison à domicile, entre les mains des femmes, dans l'adaptation au territoire et dans le financement collectif. Cuba comprend que la compassion n'est pas une dépense, mais une forme de résistance éthique. Une forme de justice, d'espoir.

Parce que la bienveillance – dans sa dimension la plus humaine, politique et profondément socialiste – reste l'une des manières les plus fermes de dire : ici, personne n'est laissé seul.

Marilys Zayas Shuman est membre de la Marche Mondiale des Femmes à Cuba. Elle est rédactrice en chef du magazine Mujeres, dans lequel cet article a été initialement publié.

Édition et révision par Helena Zelic
Traduit du portugais par Andréia Manfrin Alves
Langue originale : espagnol

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Près des deux tiers des décès maternels se produisent dans les pays instables

Près des deux tiers de tous les décès maternels dans le monde surviennent dans des pays marqués par des conflits ou des situations de fragilité, a indiqué mardi l'Agence (…)

Près des deux tiers de tous les décès maternels dans le monde surviennent dans des pays marqués par des conflits ou des situations de fragilité, a indiqué mardi l'Agence sanitaire mondiale de l'ONU (OMS).

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/21/pres-des-deux-tiers-des-deces-maternels-se-produisent-dans-les-pays-instables/?jetpack_skip_subscription_popup

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la majorité des femmes ne meurent pas pendant leur grossesse en raison d'un manque de solutions médicales, mais en raison « des faiblesses structurelles des systèmes de santé », souvent liées aux conflits, aux crises et à l'instabilité.

Le risque qu'une femme vivant dans un pays touché par un conflit décède des suites d'une grossesse est environ cinq fois plus élevé pour chaque grossesse qu'elle subit par rapport à ses pairs vivant dans des pays stables.

Rien qu'en 2023, on estime que 160 000 femmes sont décédées de causes maternelles évitables dans des contextes fragiles et touchés par des conflits, soit 6 décès maternels sur 10 dans le monde, alors que ces pays ne représentent qu'environ un dixième des naissances vivantes dans le monde.

Hôpitaux en crise

Le taux de mortalité maternelle dans les pays touchés par des conflits était de 504 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 2023. Dans les contextes fragiles, il était de 368. En revanche, les pays n'appartenant à aucune de ces deux catégories affichaient un taux beaucoup plus faible, de 99.

« La grande majorité de ces décès pourraient être évités. Cet écart n'est pas une coïncidence. C'est le prix à payer pour la perturbation des services », a déclaré lors d'un point de presse à Genève, la Dre Jenny Cresswell, scientifique à l'OMS.

Cette nouvelle analyse confirme ce que des agences humanitaires constatent sur le terrain : les crises créent des conditions dans lesquelles les systèmes de santé ne peuvent pas fournir de manière constante des soins maternels vitaux.

En cause, des « hôpitaux endommagés, personnel de santé fuyant la violence, chaînes d'approvisionnement interrompues et femmes incapables d'accéder à des soins de qualité de manière sûre ou suffisamment rapide au moment où elles en ont besoin ».

Risque maternel pour les ados

Les conditions décrites entraînent directement ces décès évitables chez les femmes. C'est le cas des hémorragies ou des saignements excessifs liés à l'accouchement, des troubles hypertensifs tels que la prééclampsie, des infections et des complications liées à des avortements pratiqués dans des conditions sûres ou dangereuses.

Le document de l'OMS souligne également certaines disparités. Par exemple, une jeune fille de 15 ans vivant dans un pays touché par un conflit en 2023 avait 1 risque 51 de mourir d'une cause maternelle au cours de sa vie, contre 1 risque sur 79 dans un territoire touché par une fragilité institutionnelle et sociale, et 1 risque sur 593 pour une jeune fille de 15 ans vivant dans un pays relativement stable.

Cela signifie que les femmes et les filles vivant dans des zones de conflit ont dix fois plus de risques de mourir. « Il ne s'agit pas de statistiques abstraites. Elles reflètent la réalité de femmes, de familles et de systèmes soumis à de fortes pressions », a ajouté la Dre Cresswell.

Solutions innovantes

Malgré ces données préoccupantes, de nombreux pays font toutefois preuve de résilience et d'action. Des approches innovantes ont mises en œuvre en Colombie, en Haïti, au Myanmar, en Ukraine et en Éthiopie. Les soins prénatals ont fortement augmenté et les taux d'abandon ont été réduits de près de moitié.

En Éthiopie, où les conflits et la sécheresse se poursuivent et où les déplacements ont gravement perturbé les services de santé maternelle, l'accent est mis sur le rétablissement de la continuité des soins grâce à des équipes mobiles, des installations rénovées et des sage-femmes supplémentaires.

En Haïti, l'OMS et ses partenaires ont aidé à rétablir les services de santé maternelle et les sites d'accueil des personnes déplacées, notamment l'accès à des soins obstétricaux essentiels et à des césariennes gratuites, permettant à plus de 1 500 femmes de bénéficier de soins rien qu'en 2024.

En Ukraine, malgré plus de 2 800 attaques documentées contre le système de santé, la mortalité maternelle est restée faible, avec 15 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2023. Les femmes tirent ainsi profit des systèmes qui se concentrent sur la protection des services maternels essentiels, notamment l'amélioration des pratiques d'accouchement sûres ou la réorganisation des parcours des patientes vers des établissements plus sûrs.

https://news.un.org/fr/story/2026/02/1158422

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Israël et territoire palestinien occupé

Le génocide perpétré par Israël à Gaza inflige des préjudices exacerbés aux femmes et aux filles. Au cours des 29 derniers mois, les conséquences dévastatrices et multiples du (…)

Le génocide perpétré par Israël à Gaza inflige des préjudices exacerbés aux femmes et aux filles. Au cours des 29 derniers mois, les conséquences dévastatrices et multiples du génocide perpétré par Israël ont poussé les femmes et les filles dans la bande de Gaza occupée au bord du précipice, a déclaré Amnesty International le 10 mars 2026.

Tiré de Entre les lignes et les mots

-Les femmes et les filles sont les premières victimes de l'effondrement du système de santé et des déplacements de masse

Le personnel médical fait état d'une hausse exponentielle des pathologies maternelles et néonatales

Les traitements pour les femmes atteintes de cancers ou d'autres maladies mettant leur vie en danger sont interrompus ou inaccessibles

Les fermetures répétées du point de passage de Rafah restreignent encore davantage l'acheminement déjà limité de l'aide humanitaire et les évacuations médicales

Au cours des 29 derniers mois, les conséquences dévastatrices et multiples du génocide perpétré par Israël ont poussé les femmes et les filles dans la bande de Gaza occupée au bord du précipice, a déclaré Amnesty International le 10 mars 2026.

Alors qu'Israël impose délibérément des conditions de vie destinées à entraîner la destruction physique des Palestiniens et Palestiniennes à Gaza, les femmes palestiniennes subissent des conséquences aggravées et potentiellement mortelles, notamment des déplacements de masse, l'effondrement des soins de santé reproductive, maternelle et néonatale, des interruptions des traitements de maladies chroniques comme le cancer, une exposition accrue aux maladies et des conditions de vie dangereuses et indignes, ainsi que des préjudices physiques et psychologiques.

Les femmes à Gaza sont privées des conditions nécessaires pour vivre et donner la vie en toute sécurité –•Agnès Callamard, Amnesty International

Ces préjudices sont exacerbés par les restrictions qu'Israël continue d'imposer à l'acheminement vers Gaza de produits indispensables à la survie de la population civile, notamment une nourriture suffisante, des médicaments, du matériel médical et des dispositifs d'assistance, des matériaux pour les abris et des équipements nécessaires à l'assainissement de l'eau et à l'évacuation des décombres, des munitions non explosées et des déchets. Israël maintient ces restrictions alors que les retards des évacuations médicales mettent des vies en danger et que des organisations humanitaires internationales fournissant des services essentiels à des femmes et des filles ont vu leur agrément suspendu.

Des femmes ont été contraintes d'accoucher sans soins médicaux adaptés, de passer leur grossesse et leur convalescence post-partum dans un contexte de déplacement dans des sites surpeuplés et insalubres, et d'affronter la faim, la maladie et le traumatisme dans un contexte d'intimité et de protection limitées et de restriction de l'accès à des services essentiels, souvent tout en s'occupant d'autres personnes.

« Alors que les tensions au Moyen-Orient s'intensifient gravement au lendemain des attaques menées par les États-Unis et Israël contre l'Iran, nous ne devons pas oublier le génocide qui se poursuit à Gaza et le lourd tribut que paient les femmes et les filles. Pour les femmes enceintes et allaitantes, pour les mères de nourrissons et de jeunes enfants, pour les femmes souffrant de maladies chroniques, en situation de handicap ou se remettant de blessures irrémédiables, pour les veuves et les nombreuses femmes ayant perdu des proches, pour les femmes ayant été déplacées à plusieurs reprises, pour les femmes en période de règles, pour les femmes ayant perdu leur emploi et leur accès à l'éducation, la vie est devenue une lutte quotidienne pour survivre face à des catastrophes en cascade incessantes », a déclaré la secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard.

« Les femmes à Gaza sont privées des conditions nécessaires pour vivre et donner la vie en toute sécurité. Cette érosion systématique de leurs droits à la santé, à la sécurité, à la dignité et à un avenir n'est pas une simple conséquence malencontreuse de la guerre : c'est un acte de guerre délibéré visant les femmes et les filles. C'est également la conséquence prévisible de l'imposition par Israël de politiques et pratiques délibérées de déplacements de masse à répétition, de restrictions intentionnelles de l'accès à des biens de première nécessité et de l'aide humanitaire, et de deux années de bombardements incessants qui ont dévasté le système de santé de Gaza et décimé des familles entières. »

Dans son rapport de mars 2025, la Commission chargée d'enquêter dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et en Israël concluait que les autorités israéliennes avaient systématiquement et délibérément détruit le système de santé sexuelle et reproductive à Gaza, ce qui s'apparente à deux types d'actes interdits par la Convention sur le génocide : l'imposition de conditions de vie destinées à entraîner la destruction physique des Palestiniens et Palestiniennes et l'imposition de mesures destinées à empêcher les naissances.

Entre le 5 et le 24 février 2026, Amnesty International s'est entretenue avec 41 femmes, toutes déplacées à l'intérieur du pays, dont huit femmes atteintes de cancers, quatre femmes enceintes et 14 femmes ayant accouché après le « cessez-le-feu ». L'organisation s'est également entretenue avec 26 professionnel·le·s de la santé de six établissements médicaux des municipalités de Gaza et Deir al Balah, ainsi qu'avec quatre membres du personnel d'organisations internationales.

La catastrophe dans la bande de Gaza a des conséquences multiples et est exacerbée par les cataclysmes incessants : les déplacements continus et les frappes aériennes constantes, le système de santé détruit et manquant de ressources et l'effondrement total de l'économie. Le ministère de la Santé de Gaza fait état de 630 mort·e·s palestiniens, dont 202 enfants, 89 femmes et 339 hommes, entre la signature du « cessez-le-feu » en octobre 2025 et fin février 2026, qui s'ajoutent aux plus de 72 000 personnes tuées depuis le 7 octobre 2023. Bien que la menace imminente de famine se soit éloignée, la faim reste critique et la malnutrition persiste, ce qui a des conséquences désastreuses à long terme. Les habitations ayant été pour la plupart détruites ou gravement endommagées, et compte tenu du fait que 60% de la bande de Gaza se trouve à l'est de la « ligne jaune », zone physiquement contrôlée par les autorités israéliennes et des milices locales soutenues par Israël, la majeure partie de la population palestinienne de Gaza reste déplacée et n'a plus accès aux zones agricoles de production alimentaire.

Le 27 février, la Cour suprême israélienne a temporairement suspendu la mise en œuvre d'une décision du gouvernement d'interrompre les activités de 37 organisations internationales d'aide humanitaire travaillant dans le territoire palestinien occupé et dont la licence n'a pas été renouvelée. Cependant, les restrictions et l'incertitude quant à l'acheminement de l'aide humanitaire persistent, ce qui a des conséquences dévastatrices pour la population palestinienne, particulièrement les femmes palestiniennes, à Gaza.

Le 28 février, après avoir lancé son attaque conjointe avec les États-Unis contre l'Iran, Israël a fermé les trois points de passage permettant d'accéder à la bande de Gaza. La fermeture a interrompu l'acheminement déjà limité d'aide humanitaire et de produits commerciaux, ainsi que les évacuations médicales hors de la bande de Gaza. Le 3 mars, Israël a rouvert le point de passage de Kerem Shalom/Karem Abu Salem, autorisant « l'entrée progressive d'aide humanitaire ». Le point de passage de Rafah, entre Gaza et l'Égypte, qui n'avait été que partiellement rouvert début février, reste fermé. Cela intervient alors que les opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza, comme le pilonnage, les démolitions militarisées et les frappes aériennes, se sont poursuivies depuis l'accord de cessez-le-feu, infligeant de nouvelles souffrances humaines et endommageant davantage les infrastructures civiles.

Effondrement des services de santé maternelle et néonatale

Tout au long du génocide, l'accès des femmes aux soins de santé sexuelle et reproductive a été gravement entravé du fait des bombardements, des déplacements, de la destruction des services de santé reproductive et maternelle et des restrictions de l'acheminement de colis vitaux d'aide humanitaire et de produits d'hygiène imposés par Israël, dans un contexte de destruction des systèmes d'eau et d'assainissement de Gaza.

D'après l'OMS et le Groupe sectoriel pour la santé, près de 60 % de tous les points de service de santé sont hors d'usage, ce qui impose une pression considérable aux rares qui restent fonctionnels et à ceux, encore plus rares, qui fournissent des soins obstétricaux d'urgence.

Même après le « cessez-le-feu » et l'amélioration des flux d'aide, environ 46% des médicaments essentiels sont en rupture de stock, notamment des médicaments pour le déclenchement/la gestion des contractions, le travail et les hémorragies du post-partum, l'anesthésie et la gestion de la douleur, les infections et les problèmes respiratoires, d'après les dernières informations du ministère de la Santé. Depuis le « cessez-le-feu », le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et ses partenaires ont livré des quantités considérables de médicaments et de fournitures pour la santé maternelle et reproductive. Cependant, les besoins restent immenses et ne sont que partiellement satisfaits. D'après les dernières projections du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, 37 000 femmes enceintes et allaitantes souffriront par ailleurs de malnutrition aiguë et auront besoin de traitements avant mi-octobre 2026.

Les professionnel·le·s de la santé avec qui Amnesty International s'est entretenue ont déclaré que même après le « cessez-le-feu », les femmes qui ont accouché ont été confrontées à de graves pénuries de nourriture, de médicaments et de compléments nutritionnels pendant une grande partie de leur grossesse et de leur convalescence post-partum. Ils ont déclaré que la plupart des femmes qui venaient accoucher dans des hôpitaux souffraient d'anémie due à la malnutrition et de maladies transmises par l'eau, de vaginites et d'autres infections dues aux eaux polluées et à d'autres situations insalubres. Ils ne peuvent souvent pas mener les dépistages nécessaires pour les femmes en raison du manque d'équipements et ont parfois dû utiliser des médicaments anesthésiques périmés.

D'après des professionnel·le·s de la santé avec qui l'organisation s'est entretenue, le génocide perpétré par Israël a provoqué une augmentation exponentielle des problèmes de santé maternelle et néonatale au cours des 29 derniers mois. Parmi ces problèmes de santé figurent les accouchements prématurés, le faible poids à la naissance, la perte de poids et la malnutrition de femmes enceintes et allaitantes, le stress prénatal et la dépression post-partum, les problèmes respiratoires pendant la grossesse liés à l'exposition au froid et à une pollution accrue, les problèmes respiratoires chez les nouveau-nés liés, entre autres, à des accouchements avant terme, à un développement pulmonaire insuffisant, à des problèmes de santé de la mère pendant la grossesse et aux mauvaises conditions de vie après la naissance, particulièrement pendant les périodes de froid.

Nasser Bulbol, médecin spécialiste de néonatologie du service obstétrique d'al Helou, a déclaré que le nombre de grossesses à haut risque prises en charge par le service avait considérablement augmenté, car les systèmes immunitaires des mères ont été mis à mal par la malnutrition : « Les conditions de déplacement ont causé des maladies infectieuses et la plupart des femmes qui viennent ici sont en situation de stress, de traumatisme et d'incertitude, car elles ont été déplacées à plusieurs reprises, ont perdu des proches et ne parviennent pas à se procurer des aliments adaptés à leurs besoins nutritionnels. »

L'hôpital dispose de 12 couveuses, dont six destinées aux soins intensifs néonatals, mais aucune n'est équipée des moniteurs cardiorespiratoires nécessaires.

Partout à Gaza, les unités de soins néonatals sont confrontées à des difficultés similaires. Le responsable des soins infirmiers du service de soins intensifs et néonatologie de l'hôpital Shuhada Al Aqsa, à Deir al Balah, qui dispose de 24 couveuses en état de fonctionnement, a notamment déclaré à Amnesty qu'ils avaient dû réutiliser des fournitures médicales à usage unique, notamment des tubes ondulés pour les ventilateurs mécaniques.

D'après le FNUAP, dans l'ensemble de la bande de Gaza, les unités néonatales fonctionnent à 150-170% de leurs capacités, avec des couveuses parfois partagées par trois nouveau-nés.

L'obstruction et la possible suspension des activités d'organisations humanitaires internationales auront des conséquences dévastatrices pour les soins de santé reproductive et néonatale. Médecins Sans Frontières, l'une des organisations humanitaires concernées, a par exemple fourni aux services de maternité et de néonatologie en milieu hospitalier un soutien et des services essentiels en matière de soins prénataux et post-partum ambulatoires dont ont bénéficié des dizaines de milliers de femmes et de nourrissons depuis le début du génocide, ainsi qu'une aide nutritionnelle à de nombreuses femmes souffrant de malnutrition, et des traitements et un soutien à des victimes de violences liées au genre. Medical Aid for Palestinians fournit des soins néonatals, des soins néonatals intensifs, des soins de santé reproductive et obstétriques et des soins de suivi dans deux hôpitaux de la ville de Gaza (al Sahaba et Patient Friends Benevolent Society) et à l'hôpital al Nasser, à Khan Younès. L'organisation offre également un service de soutien psychologique et d'aide aux victimes de violences fondées sur le genre. Il sera très difficile pour le système de santé déjà anéanti de prendre en charge les services essentiels fournis par des organisations humanitaires, ce qui aura des conséquences pour des dizaines de milliers de femmes qui risquent d'en souffrir et de voir la continuité et la qualité des soins qu'elles reçoivent se dégrader encore davantage.

Les rêves de maternité sûre et digne anéantis

Amnesty International s'est entretenue avec des femmes enceintes et allaitantes vivant dans des sites pour personnes déplacées dans la ville de Gaza, à al Mawasi, dans la ville de Deir al Balah et dans le camp de Nuseirat. Si l'accès à la nourriture et aux produits d'hygiène personnelle, comme les serviettes hygiéniques, le shampoing et le savon, s'est amélioré dans une certaine mesure depuis janvier 2026, certaines femmes n'ont toujours pas les moyens de se procurer ces produits. Leur accès à de l'eau potable ou à l'eau courante est également très limité.

La plupart des jeunes mères avec lesquelles Amnesty International s'est entretenue ont déclaré qu'elles avaient activement cherché à obtenir des compléments nutritionnels pendant la grossesse, mais avaient eu du mal à se les procurer. Nombre d'entre elles avaient perdu beaucoup de poids, certaines ayant reçu un diagnostic de malnutrition et/ou d'anémie.

Hind*, 22 ans, qui vivait dans le camp pour personnes réfugiées de Jabalia, aujourd'hui presque entièrement détruit, et se trouve actuellement déplacée à al Mawasi, a donné naissance à un garçon le 19 janvier 2026. Elle a déclaré à l'organisation : « J'ai perdu beaucoup de poids. Je pesais seulement 43 kilos et à l'hôpital de campagne où j'ai accouché, ils m'ont dit que je souffrais de malnutrition. Mon bébé est né avec une double infection pulmonaire, il a passé plusieurs jours dans l'unité de soins intensifs et va maintenant un peu mieux, mais il ne peut toujours pas respirer correctement tout seul et est dans une couveuse. J'ai peur qu'il tombe encore plus malade parce que je vis dans une tente près de la mer et il a fait très froid et il n'y a pas de moyen de le garder au chaud. J'ai aussi un bébé de 18 mois qui a également été malade à cause du froid. »

Mariam*, une femme de 22 ans également déplacée à Deir al Balah, est une jeune mère en insuffisance pondérale souffrant de malnutrition et d'anémie, qui a accouché de son premier fils prématuré en décembre 2025. Elle ne produit pas suffisamment de lait pour allaiter et lutte maintenant pour pouvoir acheter du lait maternisé et garder son bébé au chaud dans une tente sans chauffage.

J'ai peur [que mon bébé] tombe encore plus malade parce que je vis dans une tente près de la mer et il a fait très froid et il n'y a pas de moyen de le garder au chaud. J'ai aussi un bébé de 18 mois qui a également été malade à cause du froid – Hind*, 22 ans, qui vivait dans le camp pour personnes réfugiées de Jabalia et se trouve actuellement déplacée à al Mawasi

Toutes les femmes enceintes avec qui Amnesty International s'est entretenue ont déclaré qu'elles n'avaient reçu des soins prénataux que de manière sporadique et nombre d'entre elles n'avaient pas été en mesure de se protéger et de protéger leur nouveau-né du froid exceptionnellement rude et des pluies torrentielles de ces derniers mois d'hiver. La plupart des femmes ont également déclaré que, pendant leur grossesse, elles avaient été exposées à des niveaux élevés de pollution, et particulièrement à une fumée très polluante provenant de l'incinération de plastique et d'autres matériaux, car elles ne disposaient pas d'autres combustibles pour cuisiner ou faire chauffer de l'eau pour se laver. Pendant les derniers mois de leur grossesse et après leur accouchement, elles ont eu des difficultés à supporter les toilettes de fortune surpeuplées et insalubres des camps de personnes déplacées où elles s'abritent.

Une infirmière diplômée de 24 ans enceinte de huit mois a déclaré à Amnesty International que, bien qu'étant anémiée, elle n'avait pas pu obtenir l'infusion de fer dont elle avait besoin ou se procurer des aliments riches en fer ou d'autres vitamines pendant sa grossesse. Elle a déclaré que, mi-2024, elle avait perdu son bébé, mort d'une infection car il n'avait pas obtenu de traitement médical adapté, et que son mari avait été tué dans une attaque près de leur domicile juste avant qu'elle n'apprenne sa grossesse actuelle. Elle a décrit la souffrance de vivre sa grossesse dans une tente, d'être constamment malade à cause du froid et de lutter pour accéder aux toilettes. Elle craint de ne pas pouvoir protéger le bébé des virus dans sa tente pleine de sable et d'insectes et de ne pas avoir les moyens d'acheter des couches, des vêtements pour bébé et des serviettes hygiéniques pour elle-même après l'accouchement.

Maysoun Abu Bureik, une sage-femme expérimentée de l'hôpital al Awda, a également évoqué les conséquences psychologiques pour les jeunes mères :

« Le pire, c'est quand on doit aider une mère qui a perdu son mari ou sa famille. Rien que l'on puisse dire ou faire ne peut l'aider. Elle doit gérer son foyer, elle doit assurer le soutien émotionnel de son bébé alors qu'elle en a elle-même désespérément besoin, et elle n'a généralement pas de logement auquel retourner. »

Interruptions des traitements contre le cancer et des évacuations médicales

Les autorités israéliennes continuent de contrôler et de sévèrement entraver le processus d'évacuation médicale alors même que plus de 18 500 Palestiniens et Palestiniennes à Gaza ont besoin de traitements urgents qui n'y sont pas disponibles, en raison principalement de la destruction du système de santé par Israël. Les évacuations médicales vers la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, sont presque complètement interdites depuis le 7 octobre 2023.

Depuis la réouverture partielle du point de passage de Rafah le 2 février 2026, l'ONU et des partenaires avaient contribué à l'évacuation médicale de 289 Palestiniens et Palestiniennes, accompagnés de leur famille, par les points de passage de Rafah et de Kerem Shalom. Si une masse de facteurs bureaucratiques et procéduraux peuvent ralentir le processus d'évacuation médicale, les sévères restrictions et délais imposés par les autorités israéliennes en restent des causes majeures, notamment le processus d'approbation arbitraire, vague et long, qui a entraîné des morts évitables et causé des souffrances énormes. Ce processus est complètement arrêté depuis le début de l'offensive conjointe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran.

Les femmes atteintes de cancers sont parmi les plus gravement affectées par l'obstruction des évacuations médicales. Les huit femmes atteintes de cancers avec qui Amnesty International s'est entretenue ont déclaré que leur traitement avait été affecté par des pénuries de fournitures médicales, notamment de médicaments de chimiothérapie. Pendant les périodes de bombardements intenses, les hôpitaux ont par ailleurs dû traiter en priorité les lésions traumatiques urgentes.

J'ai appris l'année dernière que je souffrais d'un cancer du sein et depuis, j'ai été déplacée à quatre reprises. Je pouvais à peine bouger, mais je devais aussi porter mes enfants. Le déplacement associé à la maladie vous tue – Iman*, une femme recevant un traitement contre le cancer à l'hôpital al Helou, dans la ville de Gaza

Une infirmière a déclaré à Amnesty International : « Aucun hôpital de Gaza n'offre actuellement de radiothérapie. Nous subissons également de graves pénuries d'équipement de diagnostic. Il n'y a pas une seule machine d'IRM en état de marche sur le territoire de Gaza. En l'absence de diagnostic initial, nous sommes par ailleurs contraints de continuer de deviner, ce qui met en danger la vie des patients et réduit l'efficacité de nos traitements. »

Dans son analyse de la réponse humanitaire, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a confirmé que certains des équipements de laboratoire et produits nécessaires aux diagnostics et à l'imagerie avaient été considérés comme des biens « à double usage » et interdits par les autorités israéliennes.

Une personne travaillant pour l'une des 37 organisations internationales d'aide humanitaire ayant été radiées a déclaré à Amnesty International fin février 2026 que plus de 1 000 patient·e·s souffrant de maladies non contagieuses, comme des cancers, n'avaient pas pu être traités, car l'organisation n'avait pas été autorisée à faire entrer de fournitures médicales à Gaza depuis le début de l'année.

Iman*, une femme recevant un traitement contre le cancer à l'hôpital al Helou, dans la ville de Gaza, a déclaré que ses séances de chimiothérapie avaient été repoussées à deux reprises, car les médicaments nécessaires n'étaient pas disponibles : « Lorsque j'ai la chance de recevoir la chimiothérapie, je dors ici un ou deux jours pour me rétablir, mais après, je dois retourner dans ma tente, où je dois boire de l'eau qui n'est pas propre, me laver avec de l'eau qui n'est pas propre, mais surtout, où je ne peux ni dormir ni me reposer. J'ai appris l'année dernière que je souffrais d'un cancer du sein et depuis, j'ai été déplacée à quatre reprises. Je pouvais à peine bouger, mais je devais aussi porter mes enfants. Le déplacement associé à la maladie vous tue. Je suis inscrite sur la liste des personnes attendant une évacuation médicale, donc j'attends. »

Nisrine, 49 ans, mère de sept enfants souffrant d'une tumeur du lobe frontal, a expliqué à Amnesty International qu'en plus d'avoir reçu un diagnostic de cancer, elle avait perdu sa mère et ses frères, tués par une frappe aérienne israélienne, et que son logement à Shuja'iya avait été détruit : « J'ai sombré dans une grave dépression. Les déplacements constants vous vident de toute vie, cela vous épuise. Le plus difficile est de recommencer à zéro à chaque fois. Pour nous, c'est encore pire, car nous sommes déjà physiquement vidés. »

Hani Ayyash, ancien directeur du service de consultations externes de l'Hôpital de l'amitié turco-palestinienne, dans la ville de Gaza, qui était le seul établissement de toute la bande de Gaza spécialisé dans le traitement du cancer, a été obligé de quitter son hôpital en octobre 2023 après des bombardements intenses. L'armée israélienne a ensuite utilisé cet hôpital comme base militaire et a fait exploser une partie de ses infrastructures en mars 2025.

« Perdre l'Hôpital de l'amitié turco-palestinienne a été très dur pour nous, car c'était de loin le centre de traitement du cancer le plus avancé de Gaza. Nous n'avons par ailleurs pu récupérer aucun des équipements de l'hôpital », a déclaré Hani Ayyash.

Les autorités israéliennes doivent lever les restrictions illégales et arbitraires qu'elles imposent à l'aide humanitaire, notamment aux médicaments et aux équipements médicaux, aux biens et aux services de première nécessité, et cesser leur obstruction des évacuations médicales. Elles doivent veiller à ce qu'une voie d'évacuation efficace et fiable vers d'autres parties du territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et vers Israël soit en place. Le gouvernement israélien doit en outre lever les restrictions des évacuations médicales hors du TPO, le cas échéant, et garantir la possibilité pour les personnes évacuées de revenir après avoir terminé leur traitement si elles le souhaitent. Il doit également autoriser l'entrée immédiate de fournitures et équipements d'imagerie diagnostique et de laboratoire, particulièrement ceux nécessaires pour le dépistage précoce de cancers et d'autres maladies.

« Les femmes à Gaza maintiennent les familles et communautés à flot dans des conditions conçues pour les détruire. Elles sont les enseignantes fournissant une éducation aux enfants dans des tentes, les médecins et les infirmières travaillant dans des hôpitaux de campagne sans être payées, et les garde-malades luttant sans relâche pour garder espoir dans ce contexte de génocide. Leur courage impose un immense respect et est une source d'inspiration pour toute l'humanité », a déclaré Agnès Callamard.

« Cette catastrophe d'origine humaine, que nous avons toutes et tous vue se dérouler sur nos écrans, a causé des souffrances énormes. Notre action et notre soutien n'ont que trop tardé ! Nous devons afficher une solidarité sans faille avec les femmes et les filles palestiniennes à Gaza et appeler de nouveau les États à prendre des mesures concrètes pour mettre fin au génocide perpétré par Israël et à l'occupation illégale imposée par le pays, notamment en veillant à ce que les femmes et les filles puissent bénéficier de leurs droits fondamentaux et en assurant un avenir dans lequel tous les Palestiniens et Palestiniennes peuvent vivre dans la dignité. »

Les États doivent prendre des mesures pratiques pour exercer une pression diplomatique et économique afin de pousser Israël à mettre un terme à ses attaques, à lever entièrement son blocus illégal et à autoriser les organisations humanitaires à mener leurs activités librement et en toute sécurité. Ils doivent assurer l'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive essentiels et renforcer le soutien et les financements accordés aux services de protection des droits économiques et sociaux des femmes et aux organisations dirigées par des femmes à Gaza.

* Les noms de certaines des femmes ont été remplacés par des pseudonymes à leur demande*

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2026/03/israels-genocide-in-gaza-inflicts-compounded-harms-on-women-and-girls/et territoire palestinien occupé.

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Trois défenseures des droits à l’avortement nous confient leur histoire porteuse d’espoir

Partout dans le monde, les gouvernements et d'autres acteurs font reculer des décennies de progrès en matière d'égalité des genres, notamment en ce qui concerne l'accès à (…)

Partout dans le monde, les gouvernements et d'autres acteurs font reculer des décennies de progrès en matière d'égalité des genres, notamment en ce qui concerne l'accès à l'avortement. Mais les citoyennes et les citoyens ripostent, déterminés à protéger les droits pour lesquels tant de personnes se sont battues avec tant d'ardeur.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/17/trois-defenseures-des-droits-a-lavortement-nous-confient-leur-histoire-porteuse-despoir/?jetpack_skip_subscription_popup

Alors que la Commission de la condition de la femme organise sa 70e session, trois courageuses défenseures des droits humains originaires du Burkina Faso, de Pologne et des États-Unis partagent leurs stratégies pour protéger l'accès à l'avortement, leurs espoirs pour l'avenir et les raisons pour lesquelles elles estiment que, malgré les difficultés qui s'accumulent, l'humanité doit toujours triompher.

Cécile Yougbaré, militante en Côte d'Ivoire : « Je refuse de laisser des femmes mourir à cause d'avortements clandestins alors que des solutions existent. »

Je suis défenseure des droits humains. Je suis spécialisée dans les problèmes liés à la santé des femmes parce que plusieurs facteurs, comme les avortements non sécurisés, continuent de causer des décès évitables parmi les femmes et les jeunes filles.

Depuis 20 ans, tant à travers mes engagements associatifs que professionnels, mon combat se concentre sur les droits des femmes et les droits en matière de santé sexuelle et reproductive, notamment l'accès à des avortements sécurisés, dans le cadre de mon travail au sein de l'association Médecins du Monde.

Les défenseur·e·s du droit à l'avortement sont confrontés à de nombreux défis, notamment à des violences psychologiques et physiques.

L'avortement reste un sujet tabou qui suscite beaucoup de rejet social. Même dans les pays où la loi l'autorise, comme au Bénin, la stigmatisation sociale et religieuse perdure.

Je viens d'une famille catholique très religieuse. Dans ma famille, on nous a enseigné la religion et la prière, et beaucoup de mes proches qui sont prêtres ou religieuses s'attendent à ce que nous incarnions la vertu de ceux qui n'encouragent pas l'avortement. Si vous allez à l'encontre de ces « valeurs familiales » et croyances, vous vous exposez au risque d'attaques personnelles et de violences psychologiques. Cependant, ma foi ne m'empêche pas d'œuvrer en faveur de la justice sociale et de sauver des vies en faisant baisser le nombre de décès évitables dus à des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses.

Les écueils

Les cadres juridiques sont restrictifs et parfois contradictoires, entraînant bien souvent des retards ou une absence totale de soins.

La réduction des financements constitue également un défi majeur. La plupart des fonds destinés aux organisations humanitaires excluent aujourd'hui explicitement l'avortement ou imposent des restrictions, tandis que les mouvements anti-droits bénéficient d'une aide croissante. La crainte de perdre des financements et l'insécurité générale poussent de nombreux militant·e·s à s'autocensurer.

Le travail de plaidoyer est l'une de nos principales stratégies, assorti à la collecte de preuves. Nous recueillons des preuves sur la mortalité maternelle afin de montrer aux autorités que certains décès sont dus à des causes évitables. Au niveau associatif, nous tâchons de simplifier le langage juridique afin de transformer un sujet tabou en une question de santé publique et de dignité humaine.

L'inspiration

Mon engagement est nourri par les témoignages des femmes qui ont survécu à des avortements clandestins et par le regard des jeunes femmes qui prennent conscience qu'elles ont enfin le droit de décider par elles-mêmes.

Ma motivation est simple : je refuse de laisser des jeunes femmes mourir à cause d'avortements clandestins alors que des solutions existent. Je suis très fière d'être une militante, car défendre les droits en matière de sexualité et de procréation, c'est défendre la dignité humaine, la liberté de choix et l'égalité. 

Kinga Jelińska, militante originaire de Pologne : « Nous proposons une approche différente des soins de santé, fondée sur la confiance et la dignité »

Je vis à Amsterdam, aux Pays-Bas, mais je suis originaire de Pologne.

En Pologne, l'avortement était un phénomène caché. Aux Pays-Bas, il est autorisé jusqu'à 22 semaines de grossesse. Ainsi je me suis rendue compte qu'on peut faire les choses de différentes façons, ce qui m'a incitée à œuvrer pour que l'avortement soit accessible à toutes. J'ai toujours milité pour les droits humains, et les droits des femmes me tiennent particulièrement à cœur et à l'âme.

Un paradigme erroné

Travailler sur l'avortement a quelque chose de fascinant, car s'efforcer de le réglementer n'a aucun sens. Tout le paradigme vise à exclure quelqu'un. Limiter l'accès à l'avortement est une question de politique, de stigmatisation, de patriarcat et de misogynie. Lorsque l'accès à des avortements sécurisés n'est pas autorisé, les personnes concernées ont recours à des méthodes dangereuses, souvent mortelles.

Reprendre le pouvoir

Je travaille avec l'organisation militante féministe internationale Women Help Women.

Nous nous concentrons sur l'avortement autogéré car il change véritablement la donne et pose un projet politique d'autonomie afin de lutter contre le patriarcat et la médicalisation.

Nous gérons un service d'assistance en ligne et envoyons les médicaments (la mifépristone et le misoprostol) à celles qui nous en font la demande partout dans le monde. Dans mon pays, la Pologne, nous sommes le premier fournisseur de soins liés à l'avortement. En 2024, selon le gouvernement, 128 avortements ont été pratiqués. Par comparaison, nous avons connaissance de 130 cas par jour. Nous proposons une approche différente des soins de santé, fondée sur la confiance et la dignité.

Une politique qui consiste à prendre soin

Nous sommes des défenseures des droits humains. Si quelqu'un vous dit « J'ai besoin d'aide », ce serait totalement inhumain de dire « Je refuse de vous aider ».

Une collègue en Pologne, Justyna Wydrzyńska, a fait l'objet de poursuites pénales pour avoir aidé à pratiquer un avortement qui n'a même pas eu lieu. Un bel exemple de la crise du système, qui criminalise l'empathie. En Pologne, ceux qui défendent le droit à l'avortement sont constamment harcelés et il n'y a aucune volonté politique de nous protéger. L'objectif est de nous harceler jusqu'à l'épuisement.

Des organisations comme Amnesty International agissent à la fois comme des organismes de surveillance et des caisses de résonance – elles dénoncent les violations des droits humains et s'assurent que le monde ne puisse pas les ignorer. L'accès à l'avortement sécurisé, y compris autogéré, n'est ni une zone grise ni un débat politique ; il s'agit clairement d'une question de droits humains fondée sur l'autonomie corporelle, la santé et la dignité. Amnesty contribue à faire en sorte que cette réalité soit nommée, documentée et défendue au niveau mondial.

Ce qui me motive, c'est la certitude que nous pouvons imaginer et faire mieux. Ma recette pour un militantisme durable consiste à saupoudrer une imagination positive d'une pincée de colère.

Nous disposons des outils et des connaissances nécessaires pour prodiguer de bons soins. Si nous avançons ensemble vers la pratique féministe de l'avortement autogéré, nous pouvons faire la différence. Je suis très fière d'être une défenseure des droits humains et de fournir des services d'avortement. Il s'agit d'autonomie, de soins, de soutien et de solidarité.

Erin Grant, codirectrice exécutive du Réseau des soins liés à l'avortement : « Notre stratégie principale est de bâtir une communauté »

Je suis codirectrice exécutive, aux côtés de Nikki Madsen, du Réseau des soins liés à l'avortement. Nous sommes la seule association de membres pour les prestataires indépendants de services d'avortement aux États-Unis. Ce réseau est une organisation, et ces prestataires indépendants sont des défenseur·e·s des droits humains, car ils fournissent la majorité des soins liés à l'avortement publiquement accessibles dans le pays, avec leurs alliés.

Une situation dévastatrice

Depuis l'annulation de l'arrêt Roe c. Wade (la décision qui a garanti le droit à l'avortement aux États-Unis), la situation est dévastatrice : 100 cliniques d'avortement ont fermé et seuls 14% des comtés états-uniens disposent de services d'avortement.

Cette décision a engendré une situation dans laquelle l'avortement est quasiment interdit pour un grand nombre de personnes, en particulier celles qui sont déjà marginalisées.

Les interdictions et le harcèlement constant ont l'effet escompté : ils rendent l'accès à l'avortement plus difficile, risqué, coûteux, inique et désormais, dans certains cas, criminel. Les gens sont contraints de parcourir des distances extrêmes, souvent des milliers de kilomètres, ce qui nécessite temps, argent et ressources.

 Par ailleurs, la surveillance numérique et les risques juridiques liés aux déplacements hors d'un État pour recevoir des soins suscitent de vives inquiétudes, ajoutant une couche de peur et d'insécurité. 

 Les cliniques indépendantes sont notre « ligne de front ». Elles sont constamment la cible d'attaques, de contestations et de harcèlement.

L'avortement n'est pas une question de légalité ou d'illégalité ; il existe, avec ou sans cliniques.

Bâtir une communauté

La stratégie principale du Réseau des soins liés à l'avortement consiste à lutter contre l'isolement imposé par les acteurs anti-droits en bâtissant une communauté. Nous partageons des ressources et des bonnes pratiques, et proposons un soutien psychologique.

Notre slogan est « Ensemble, nous sommes plus fort·e·s » ; le Réseau estime que les prestataires de services d'avortement ont besoin d'espaces conçus pour pouvoir faire communauté ensemble, normaliser les soins qu'ils prodiguent et multiplier les opportunités pour les cliniques, les employés et les personnes qui recourent à leurs services.

Une question vitale

Le mouvement anti-avortement s'appuie sur une série de tactiques très efficaces pour priver de leurs droits les personnes considérées comme « différentes ». Aux États-Unis, il existe un puissant mouvement suprémaciste blanc qui promeut l'idée que si vous n'êtes pas blonde, aux yeux bleus, mince, valide et si vous ne vous reproduisez pas, vous ne méritez pas de bénéficier de soins décents de la part de la communauté. Je n'adhère pas à cette théorie.

Tout le monde mérite d'avoir la possibilité de prendre ses propres décisions et de faire confiance à son corps. L'accès à la santé procréative et le droit à l'autonomie corporelle, tout comme l'avortement, doivent être considérés comme des questions vitales, au même titre que l'accès à l'eau, à la nourriture ou à un logement décent.

Amnesty International est un allié précieux s'agissant de faire reconnaître les soins liés à l'avortement comme une forme de travail en faveur des droits humains. Le Réseau des soins liés à l'avortement compte parmi ses membres des alliés qui ne fournissent pas ce type de soins, mais jouent un rôle crucial dans le domaine de la santé procréative, des droits et de la justice, comme des avocat·e·s, des artistes, des chercheurs·euses et des défenseur·e·s. Ils veillent également à ce que les prestataires indépendants de services d'avortement se sentent reconnus et soutenus. Les alliés jouent un rôle essentiel, tel Amnesty International pour proclamer que les soins liés à l'avortement et l'autonomie reproductive sont des pierres angulaires des droits fondamentaux et connecter l'histoire mondiale du droit à la santé. Grâce à sa portée immense, chacun·e sait que les prestataires de services d'avortement sont des personnes courageuses et résilientes, qui accomplissent un travail vital et générationnel.

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2026/03/three-abortion-rights-defenders-share-their-stories-of-hope/

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A Gaza, les femmes sont les premières victimes de l’effondrement du système de santé

7 avril, par Amnesty international France — , ,
« Je pesais seulement 43 kilos quand j'ai accouché. À l'hôpital de campagne, ils m'ont dit que je souffrais de malnutrition. Mon bébé est né avec une double infection (…)

« Je pesais seulement 43 kilos quand j'ai accouché. À l'hôpital de campagne, ils m'ont dit que je souffrais de malnutrition. Mon bébé est né avec une double infection pulmonaire… »
Hind*, 22 ans, déplacée à Gaza, a donné naissance à son fils en janvier 2026.

Tiré de l'Infolettre D'Amnesty France

Le témoignage d'Hind* illustre une réalité qui dépasse l'imaginable pour des milliers de femmes à Gaza.

Elles tentent de protéger leurs enfants, de survivre aux bombardements, de trouver de la nourriture, de l'eau, parfois un abri. Certaines sont enceintes, mais ne disposent d'aucun accès aux soins essentiels. D'autres accouchent dans des conditions inhumaines : hôpitaux détruits, manque de médicaments, coupures d'électricité…Beaucoup vivent chaque jour avec la peur de perdre leur bébé ou leur propre vie.

À Gaza, 60 % des services de santé sont hors d'usage et près d'un médicament essentiel sur deux manque. La faim aggrave encore la situation : 37 000 femmes enceintes ou allaitantes pourraient souffrir de malnutrition aiguë d'ici mi-octobre 2026.

En maintenant des conditions de vie qui condamnent la population palestinienne à une mort lente et calculée, les autorités israéliennes frappent d'abord et avant tout les femmes, premières victimes de l'effondrement du système de santé à Gaza.

Pour celles atteintes de maladies graves, comme le cancer, la situation est tout aussi alarmante : certaines ne peuvent plus recevoir leurs traitements, d'autres attendent en vain une évacuation médicale.

Face à cette urgence absolue, nous ne pouvons détourner le regard : nos équipes enquêtent et documentent les violations des droits humains sans relâche, malgré les obstacles.

Pour documenter ces violations, Amnesty International a mené une enquête approfondie. Nos équipes ont recueilli les témoignages de 41 femmes déplacées, ainsi que ceux de professionnel·les de santé et d'organisations humanitaires.

Aujourd'hui plus que jamais, les femmes de Gaza ont besoin que la réalité de leurs souffrances soit connue.

Merci de rester à leurs côtés.
Anne Savinel-Barras
Présidente d'Amnesty International France
Les noms de certaines des femmes ont été remplacés par des pseudonymes à leur demande*

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« {Le soin, c’est la base qui rend la vie possible} » : entretien avec LevFem sur les luttes féministes socialistes en Bulgarie

LevFem, collectif féministe socialiste bulgare né en 2018 en réaction à la vague réactionnaire contre la Convention d'Istanbul, articule dans un même cadre analytique (…)

LevFem, collectif féministe socialiste bulgare né en 2018 en réaction à la vague réactionnaire contre la Convention d'Istanbul, articule dans un même cadre analytique patriarcat, capitalisme et racisme. Cet entretien mené par Burcu Ayan pour la revue féministe turque Çatlakzemin explore les tensions entre féminisme libéral et féminisme socialiste dans la Bulgarie postsocialiste, la séparation préoccupante entre mouvements féministe et syndical, et les résultats d'une enquête sur le travail de care.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/29/le-soin-cest-la-base-qui-rend-la-vie-possible-entretien-avec-levfem-sur-les-luttes-feministes-socialistes-en-bulgarie/?jetpack_skip_subscription_popup

LevFem plaide pour des politiques publiques de soin redistribuant le fardeau de la reproduction sociale, et défend une solidarité féministe balkanique et internationale ancrée dans l'expérience des « damnés de la terre ». [AN]

Burcu Ayan : Comment LevFem a-t-il émergé, et quel contexte politique et social a façonné ses débuts ? À ce sujet, comment décririez-vous le paysage plus large de l'organisation féministe en Bulgarie aujourd'hui, et quelles stratégies ou tensions définissent le travail des organisations féministes dans le pays ?

LevFem est née en 2018 dans un moment très particulier d'essor et de renouveau dans l'histoire du mouvement féministe bulgare. Ce fut l'année durant laquelle nous avons connu une vague réactionnaire massive et bien organisée contre l'adoption de la Convention d'Istanbul [1] (alias « Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique »), que les réactionnaires d'Europe de l'Est ont accusée d'introduire une « idéologie du genre »). Des organisations, des partis et des acteurs politiques religieux et conservateurs menaient cette campagne et, en l'espace de quelques mois seulement, ils ont réussi à faire basculer radicalement le récit public sur la justice de genre, les droits des femmes et les droits des personnes LGBTQI+. La campagne était profondément homophobe, transphobe et misogyne dans sa nature, et s'attaquait spécifiquement à la définition du genre comme construction sociale inscrite dans la Convention d'Istanbul. En conséquence, même la Cour constitutionnelle du pays a déclaré que le genre en Bulgarie est, apparemment, une dichotomie biologique, ce qui rend très difficile de parler de genre, de rôles de genre, de division genrée du travail, de politiques spécifiques au genre, etc. Dans la foulée de cette vague réactionnaire, les droits féministes, et en particulier les droits des personnes LGBTQI+, ont subi une attaque massive ces dernières années, et les vies des personnes queer et trans ont été de plus en plus mises en danger.

Cependant, également à la suite de ce retour de bâton, depuis 2018, on a assisté à un essor de nouvelles organisations féministes, car nous avons vu à quel point les mouvements réactionnaires étaient organisés et puissants, et le sont encore. LevFem fait partie de cette « nouvelle vague féministe » en Bulgarie, née au lendemain de la bataille perdue pour l'adoption de la convention. LevFem a été initiée comme groupe informel comprenant quelques femmes et personnes queer issues de groupes de la nouvelle gauche qui s'étaient formés autour des centres sociaux, des publications progressistes et des mouvements des années 2010. Sa première action fut une petite campagne en ligne autour du 25 novembre 2018 – la Journée internationale contre la violence faite aux femmes. Nous avons appelé les camarades à écrire de courts articles sur la violence envers les femmes. Notre objectif était d'élargir le débat public sur le sujet et de thématiser la violence structurelle en tant que violence de genre : un aspect manifestement absent du débat public. Dans l'histoire moderne du mouvement féministe bulgare d'après 1989, la violence envers les femmes a été très étroitement définie comme la violence domestique dans le cadre d'une relation amoureuse, et laplupart des efforts des grandes organisations de femmes dans le passé ont porté sur le lobbying et la fourniture de services sociaux aux survivantes de violences domestiques [2]. Pourtant, nous savons que la violence envers les femmes est bien plus large que cela. L'exploitation dans le système capitaliste est une forme de violence envers les femmes ; le capitalisme racial ajoute la couche des politiques racistes et des régimes frontaliers racistes, qui sont également des formes de violence envers les femmes ; la pauvreté est une forme de violence ; et ainsi de suite. Le problème est bien plus vaste, et nous savions que si nous voulions le résoudre, nous devions nous attaquer aux systèmes qui permettent tous les aspects de la violence de genre – patriarcat, capitalisme et racisme. Tel est le contexte de notre émergence, et le message que nous nous efforçons de transmettre depuis lors.

Burcu Ayan : Vous articulez dans votre travail des perspectives féministes, socialistes et antiracistes. Dans un pays à passé socialiste et soumis à une transformation postsocialiste complexe, pourquoi est-il important pour vous de porter ces luttes conjointement ? Quelles tensions ou difficultés spécifiques surgissent du travail à travers ces perspectives dans un tel contexte ?

Nous percevons notre organisation comme faisant partie d'une lignée, notamment du féminisme marxiste autonomiste, dans lequel patriarcat, capitalisme et racisme sont appréhendés comme des systèmes d'oppression qui se sont croisés historiquement, socialement et politiquement pour façonner les formes spécifiques de subordination que vivent les femmes et les autres groupes marginalisés. Nous voyons cette tradition comme importante au sein de la nouvelle gauche postsocialiste, car elle nous permet à la fois de maintenir une analyse profondément structurelle, de reconnaître les avancées structurelles du passé socialiste, et de reconnaître certaines limites structurelles du « socialisme réellement existant », dans lequel les politiques et pratiques concrètes n'ont pas été à la hauteur du changement structurel profond nécessaire pour combattre le capitalisme, le patriarcat et le racisme. Pour nous, naturellement, dans le cadre de cette tradition politique, ne pas reconnaître les façons complexes dont ces systèmes interagissent signifierait que nous ne serons jamais en mesure de comprendre les racines des problèmes et d'y répondre efficacement. Par exemple, il est impossible de lutter pour la libération des femmes des attentes et des stéréotypes patriarcaux si l'on ne reconnaît pas que le capitalisme requiert le travail gratuit des femmes (garde des enfants, cuisine, ménage, etc.) pour garantir la reproduction sociale de la force de travail, ce qui impose une double journée sur les épaules des femmes travailleuses. De même, il est vain de lutter uniquement pour les droits des femmes sans comprendre comment le racisme institutionnel garantit l'existence d'une réserve de travailleuses et travailleurs racialisés qui ont moins de chances d'obtenir un emploi décent et sont donc plus faciles à exploiter – surtout s'ils sont des femmes [3].

Fonder notre militantisme politique sur un tel positionnement théorique pose quelques défis pour naviguer dans le champ féministe bulgare contemporain. L'orientation politique dominante parmi les organisations féministes en Bulgarie au cours des trente dernières années a été le féminisme libéral. Nous reconnaissons et respectons ce que ces organisations ont accompli, notamment en matière de réformes législatives contre la violence de genre. Pourtant, nous voyons aussi comment cette vision du monde limite le potentiel d'un programme féministe plus audacieux, allant au-delà de la lutte contre la violence domestique et du maintien de relations cordiales avec les détenteurs du pouvoir en vue d'un lobbying pour des changements juridiques mineurs. De plus, nous sommes une organisation ouvertement féministe et socialiste – cela entraîne de nombreuses associations négatives en raison du cliché répandu selon lequel le socialisme signifie nécessairement et toujours répression et absence d'initiative démocratique. Les sentiments anticommunistes sont très répandus parmi la classe moyenne libérale bulgare, ce qui affecte également certaines organisations féministes (en particulier celles actives avant la vague féministe de 2018 autour de la Convention d'Istanbul). Dans leur lecture, le socialisme a certes introduit certains changements positifs pour les femmes, mais ceux-ci ont été imposés par le haut ; le « vrai » mouvement féministe (c'est-à-dire semblable au féminisme d'Europe occidentale) aurait donc commencé dans les années 1990. Nous osons ne pas être d'accord. Le socialisme en Bulgarie (et ailleurs) est loin d'être un bloc monolithique de 45 ans – il y a eu des périodes plus libératrices et progressistes, ainsi que des périodes plus conservatrices. Le processus de prise de décision au sein du Parti communiste bulgare était bien plus complexe et nuancé, et les femmes luttaient activement dans les rangs du parti pour telle ou telle conquête féministe. Effacer complètement ces luttes est irrespectueux du travail et des réalisations de générations de femmes [4].

Toutefois, notre identité socialiste ne signifie pas que nous ayons la partie facile avec les acteurs politiques de gauche contemporains non plus. Le seul parti nominalement de gauche en Bulgarie – le Parti socialiste bulgare (PSB) [5] – a pris un cap très conservateur depuis 2016 et était parmi les partis qui s'étaient le plus vigoureusement opposés à la Convention d'Istanbul. L'évolution idéologique du PSB ressemble dans une certaine mesure à celle de SMER en Slovaquie [6], même si les résultats électoraux du PSB en Bulgarie sont tragiques (actuellement entre 5 et 7% des intentions de vote), tandis que SMER gouverne la Slovaquie. Il nous est plus aisé de communiquer avec certains membres et courants du PSB sur l'axe anticapitaliste et sur les droits des femmes ; cependant, dès que nous mentionnons la justice LGBTQI+, les choses deviennent très difficiles. La gauche hors partis est petite, fragmentée et peu puissante : en ce moment, LevFem est parmi les collectifs les mieux reconnus et les mieux organisés dans ce contexte.

Enfin, comme vous pouvez l'imaginer, nous sommes une cible pour différents acteurs réactionnaires et conservateurs, car nous représentons tout ce qu'ils détestent – des féministes conscientes des questions de classe et des antiracistes, qui luttent pour la libération queer.

Nous devons donc être astucieuses et ingénieuses pour naviguer dans le champ et chercher des allié·es – mais ce n'est pas une mission impossible et nous avons connu nos succès, notamment auprès de certaines organisations féministes plus progressistes, de politicien·nes, de syndicats, de travailleuses et travailleurs, et de jeunes militant·es.

Burcu Ayan : Comment comprenez-vous la lutte féministe pour le travail en Bulgarie aujourd'hui ? Quels défis les femmes travailleuses rencontrent-elles ? En tant qu'organisation féministe, quel est votre engagement avec les syndicats et les organisations de travailleurs ? Comment les perspectives féministes ont-elles été reçues dans ces espaces ?

Le mouvement féministe et le mouvement syndical livrent leurs batailles séparément, ce qui est, à notre lecture, un développement dangereux aux conséquences durables. C'est le résultat direct de la vision libérale du monde qui sépare les « droits humains » (dans lesquels le féminisme est généralement positionné) des droits du travail, et qui tente de nous convaincre que l'égalité est atteignable sans remettre en cause l'exploitation capitaliste. Par exemple, autour du mois de mars 2019, il y avait les manifestations féministes du 8 mars, les infirmières organisaient une manifestation nationale pour de meilleures conditions de travail, et les mères d'enfants handicapés descendaient dans la rue pour réclamer de meilleures structures de soins publics pour leurs enfants. Toutes ces luttes étaient menées séparément ; il n'y a pas eu de grande manifestation commune. Certes, certaines organisations féministes ont approché les infirmières et les mères d'enfants handicapés, mais ces dernières ont décidé de ne pas faire cause commune, car des acteurs clés de la mobilisation des infirmières étaient également affectés par la vague conservatrice anti-genre liée à l'adoption de la Convention d'Istanbul et percevaient les féministes comme une menace. C'est précisément là que nous plaidons pour un mouvement féministe-et-syndical capable de voir au-delà de la notion libérale de séparation des luttes. Cependant, nous avons également le sentiment que le puissant agenda réactionnaire contribue de plus en plus à diviser la classe ouvrière et à affaiblir notre pouvoir.

L'absence de lecture féministe au sein du mouvement syndical organisé contemporain en Bulgarie rend plus difficile pour les travailleuses la compréhension des façons spécifiques dont le genre affecte leur expérience au travail. Par exemple, très souvent, nous entendons des travailleuses dire : « Nous avons obtenu l'égalité, nous avons tous les droits que les hommes ont, pourquoi se préoccuper du féminisme ? » Derrière ces déclarations se cache pourtant la même vieille histoire du travail invisible des femmes, sous-reconnu et faiblement rémunéré : les femmes travaillent essentiellement dans des domaines mal rémunérés ; leurs salaires stagnent après le congé maternité ; la discrimination est omniprésente envers les femmes avec de jeunes enfants lors de la recherche d'emploi (« c'est une femme avec de jeunes enfants, ils tombent malades, elle sera constamment en congé pour s'en occuper, je ne peux pas gérer ça ») ; les femmes portent le fardeau du travail domestique, de garde des enfants et de soin aux personnes âgées au sein du foyer, de la famille élargie et du voisinage ; les retraites des femmes sont inférieures à celles des hommes en raison de l'écart salarial de genre persistant, les retraites étant calculées sur la base de salaires plus bas perçus tout au long de la carrière ; et bien entendu, le harcèlement sexuel au travail est une expérience genrée qui touche généralement les femmes.

Dans ce contexte, LevFem s'efforce d'agir comme l'agent politique qui introduit activement les questions du travail et la conscience de classe au sein du mouvement féministe, et qui pousse la vision féministe au sein du mouvement syndical. Alors que nos organisations syndicales agissent généralement comme des environnements fermés, centrés uniquement sur leur programme spécifique, nous avons réussi à établir des liens et à organiser ponctuellement des événements et des initiatives communs avec certains syndicats plus progressistes ou plus féminisés, représentant des travailleuses et des travailleurs sociaux et publics, des infirmières et du personnel médical, et des travailleurs agricoles. Nous invitons souvent leurs représentant·es à prendre la parole lors de nos événements, nous participons à leurs manifestations, et ils ont partagé certains de nos contenus et nous ont mis en contact avec des travailleuses et des travailleurs pour des entretiens. Pourtant, si nous constatons une sensibilité accrue aux perspectives féministes chez certains membres de syndicats et parmi des travailleuses et des travailleurs, pour l'heure, les effets se situent principalement au niveau individuel. Nous reconnaissons, bien sûr, qu'il s'agit d'un long processus qui requiert beaucoup de travail de construction de la confiance et d'engagement aux côtés des syndicats et des mouvements. Notre rêve est qu'un jour nous aurons en Bulgarie un grand mouvement féministe de travailleuses et de travailleurs qui remette en cause le système capitaliste patriarcal. Mais la route est semée d'embûches si nous sommes sérieuses dans notre volonté d'atteindre cet objectif.

Burcu Ayan : Votre rapport « Who Cares ? Feminised Care Labour and the Crisis of Social Reproduction in Post-Socialist Bulgaria » [7] (« Qui prend soin ? Le travail de care féminisé et la crise de la reproduction sociale dans la Bulgarie postsocialiste ») offre une analyse solide du travail de care rémunéré dans le pays. Sur la base de ce travail, où voyez-vous aujourd'hui les principaux sites de lutte autour du care ? Et quelles mesures concrètes vous semblent nécessaires pour progresser vers un care public, accessible et digne ?

Compte tenu de ce dont nous venons de parler, notre rapport sur le secteur du care en Bulgarie, fondé sur 40 entretiens avec des travailleuses du secteur, a été publié dans un vide de discours politique et public, et de prise de conscience, sur ce que nous considérons comme des sujets absolument centraux pour le mouvement féministe et le mouvement syndical : le travail de care et la reproduction sociale, leur déficit et leurs conditions déplorables en Bulgarie. Tout d'abord, nous définissons le secteur du care rémunéré de manière plutôt large, en incluant les systèmes de reproduction sociale – les soins de santé précliniques, la petite enfance, l'enseignement primaire et les services sociaux. Très souvent, le travail de care est défini, même parmi les féministes, comme l'acte de prendre soin physiquement de quelqu'un ; mais dans notre compréhension, le care doit être appréhendé à travers le prisme de la reproduction sociale – les systèmes qui rendent la vie possible. Cette compréhension théorique est utile pour percevoir les connexions entre des secteurs en apparence très différents, mais elle rend également très difficile la formulation de recommandations spécifiques, car la situation dans le système de santé est différente de celle dans le système éducatif, et les soins aux personnes âgées prennent de nombreuses formes formelles et informelles.

Il existe néanmoins certains traits communs observables dans toutes les sphères du secteur du care en Bulgarie. Par exemple, toutes ces sphères ont une main-d'œuvre très féminisée – et de surcroît, ce sont généralement des femmes plus âgées (plus de 50 ans) qui trouvent principalement un emploi dans le domaine du care. Les jeunes choisissent rarement ces professions car les salaires y sont généralement très bas. De plus, de nombreuses travailleuses du care choisissent d'émigrer vers l'Europe occidentale et méridionale à la recherche d'une meilleure rémunération, où elles continuent généralement à effectuer du travail de care et sont à nouveau soumises à des conditions de travail précaires et à des discriminations racialisées. Ces deux phénomènes entraînent une pénurie massive de main-d'œuvre en Bulgarie, qui crée une pression supplémentaire sur les travailleuses restées dans le système et génère un grave déficit de care. En conséquence, les habitant·es de Bulgarie ont de moins en moins accès à des soins décents, tandis que les femmes travaillant dans le secteur n'ont pas, elles non plus, de conditions de travail décentes. Le manque d'accès à des soins publics décents exerce une pression supplémentaire sur les familles individuelles (et en particulier sur les femmes) pour qu'elles effectuent davantage de travail de care non rémunéré à domicile, tandis que des prestataires privés sont également invités à « combler les lacunes », rendant ainsi l'accès à des soins décents dépendant de la situation financière des personnes qui en ont besoin. Ces problèmes ne sont pas propres à la Bulgarie – de nombreux autres pays d'Europe orientale et des Balkans sont confrontés à des problèmes similaires, tandis que le déficit de travailleuses et travailleurs du care est un phénomène mondial. Cependant, la Bulgarie est particulière en ce qu'elle partage certains des vices des pays à la fois du centre et de la périphérie de l'économie mondiale. En tant que pays périphérique, elle envoie des travailleuses du care à l'étranger. Pourtant, si elle a la population vieillissante d'un pays du centre, elle possède également un régime de travail migrant particulièrement restrictif qui ne lui permet pas de combler le manque de travailleuses du care émigrées par l'immigration.

Au-delà de cela, nous voyons deux autres défis majeurs devant nous. Premièrement, il n'y a pas de compréhension collective du secteur du care, si ce n'est comme des « professions humaines » dans lesquelles l'abnégation ou même le sacrifice de soi altruiste des femmes est considéré comme allant de soi. Tout aussi absente est une reconnaissance publique partagée du care comme droit humain et comme bien/intérêt public. Par ailleurs, dans un discours de re-traditionnalisation qui a explosé depuis la mobilisation conservatrice autour de la Convention d'Istanbul, les femmes sont considérées comme possédant des « qualités naturelles » les rendant plus aptes à fournir des soins. Ces notions ne sont pas que des préjugés, mais ont un impact sur les conditions matérielles du travail de care au travail comme à la maison. Il en résulte, premièrement, la féminisation des professions du care et un manque de travailleurs masculins ; deuxièmement, une rémunération faible et un statut social bas, ainsi que de mauvaises conditions de travail dans ces secteurs ; et enfin, la répartition inégale du travail de care à la maison, principalement effectué par les femmes.

Il n'existe pas de solution miracle pour résoudre tous ces problèmes complexes, mais il faut commencer quelque part. Dans notre analyse, nous identifions un certain nombre de mesures à prendre à court, moyen et long terme pour parvenir à des progrès sur cette situation complexe. Tout d'abord, il y a besoin d'une vaste campagne d'information qui sensibilise aux défis auxquels font face les travailleuses et les travailleurs du care. Elle devrait porter sur les liens entre le travail de care féminin « naturalisé », les mauvaises conditions de salaire et de travail dans le secteur, et le déficit national de care, et formuler des revendications concrètes de rémunération financière et de reconnaissance publique du travail dans ce domaine. À cette fin, l'une de nos unités est désormais engagée dans la présentation du rapport à travers le pays et dans l'élaboration de telles revendications avec des membres de groupes féministes et de syndicats dans le secteur du care. Deuxièmement, il est impératif d'augmenter la rémunération des travailleuses et travailleurs du care dans leur ensemble, mais aussi de réduire les différences entre les secteurs privé et public et les différences dans les hiérarchies d'emploi dans certains secteurs, notamment la santé. Nous trouvons inacceptable que les dirigeants votent des budgets qui subventionnent massivement la production militaire et la sécuritisation, car c'est une voie directe vers l'austérité dans tous les autres secteurs, y compris le secteur du care. Et spécifiquement pour la Bulgarie, il y a besoin d'une réforme fiscale, car nous avons souffert d'une politique d'impôt forfaitaire pendant une bonne partie de deux décennies. Nous avons besoin d'une fiscalité progressive qui mette le fardeau fiscal sur les épaules des entreprises et des élites économiques plutôt que des travailleurs pauvres, comme c'est le cas actuellement. Ainsi, une initiative féministe qui veut promouvoir le care comme la base qui rend la société possible doit également s'engager dans des revendications politiques pour une économie qui, au moins, mette le capitalisme militarisé en échec (et le démantèle entièrement à terme, bien entendu). Troisièmement, il y a également besoin de politiques efficaces, élaborées en concertation avec les personnes travaillant dans le secteur et leurs associations représentatives, visant à lutter contre la discrimination fondée sur le genre, l'âge, l'appartenance ethnique, etc. Enfin, dans notre analyse, au niveau international, il y a besoin d'une taxe de solidarité sur le care, payée par les pays plus riches qui attirent les travailleuses du care des pays plus pauvres comme la Bulgarie, qui envoient des travailleuses du care en migration et connaissent un grave déficit de care. Nous devons combler le déficit de travail de care. Nous aimerions voir une telle campagne se développer d'abord au sein de l'Union européenne, où les syndicats, les ONG et les politicien·nes bulgares ont la possibilité de faire de cette question un enjeu central de leurs efforts de mobilisation et de lobbying. Cependant, si elle réussit au niveau européen, une telle campagne devrait également passer à l'échelle mondiale, dans le cadre d'une lutte plus large pour la réparation dans le capitalisme colonial : nous voyons grand.

Burcu Ayan : Lorsque vous pensez à l'organisation féministe dans les Balkans, quels défis et possibilités communs vous viennent à l'esprit ? Et comment imaginez-vous la solidarité et la collaboration entre les mouvements dans des pays voisins comme la Bulgarie, la Turquie et la Grèce, qui font souvent face à des réactions politiques et sociales similaires ?

Les Balkans constituent un endroit très particulier avec 12 pays (selon la façon dont on les compte), au moins 4 groupes linguistiques différents, et diverses communautés ethniques et religieuses réparties sur un très petit territoire. Nous ne partageons même pas de langue commune comme le font, par exemple, les Latino-Américains, et la coordination et l'organisation entre nous doivent se faire en anglais. En même temps, nous avons des pays avec des passés politiques très différents : des projets impériaux, des luttes anti-impérialistes, d'anciens pays du bloc de l'Est avec des expériences diverses du socialisme, d'anciens pays du bloc de l'Ouest, des dictatures militaires et des coups d'État, des génocides, des guerres et des nettoyages ethniques entre voisins, et plus récemment des divisions selon les lignes de l'adhésion à l'OTAN et à l'UE. Tous les 200 km, on trouve des squelettes enfouis issus de conflits violents passés, ce qui rend l'organisation politique incroyablement difficile et les sentiments nationalistes très répandus. Cela dit, nous pouvons clairement constater que nous faisons face à des menaces très similaires – des vagues conservatrices qui copient pratiquement les mêmes discours anti-genre, de la Croatie à la Bulgarie en passant par la Turquie ; des gouvernements de plus en plus droitiers, voire autoritaires ; une violence d'État accrue aux frontières pour contrer la migration ; des structures capitalistes oligarchiques profondément enracinées et corrompues capturant les États [8].

Les Balkans sont également un endroit qui a produit de puissantes vagues de mobilisation ces dernières années – les étudiant·es serbes et leur mouvement ; les manifestations anticorruption en Roumanie et en Bulgarie ; les grèves des agriculteurs grecs ; les manifestations turques contre Erdoğan, ainsi que les mobilisations de travailleuses et de féministes autour du retrait du pays de la Convention d'Istanbul ; la campagne slovène (et paneuropéenne) « Mon corps, mon choix » qui a déferlé sur l'Europe. Il y a eu par le passé des initiatives cherchant à relier les luttes auxquelles nous faisons face, notamment la campagne de solidarité avec les migrants sur la route des Balkans, active depuis une dizaine d'années, et plus récemment le réseau féministe EAST (Essential Autonomous Struggles Transnational) [9]. EAST est un projet auquel LevFem a été fortement impliquée comme l'un des collectifs coordinateurs. Il s'agissait d'une tentative de connecter des organisations féministes, syndicales et de défense des migrants d'Europe de l'Est et au-delà, dans la période qui a immédiatement suivi la pandémie de Covid-19, afin que nous disposions d'un espace d'échange sur les luttes dans le secteur de la reproduction sociale auxquelles nous faisons face. C'était une infrastructure commune grâce à laquelle nous avons pu mieux comprendre ce qui se passait dans différents pays de la région, témoigner notre solidarité mutuelle, et apprendre des expériences stratégiques des unes et des autres. Malheureusement, le réseau n'est plus actif, mais ce type d'espace de coordination et d'échange commun est clairement nécessaire dans notre région. Nous devrions donc probablement commencer par là.

Enfin, au cours des trente dernières années, au moins dans de nombreux pays postcommunistes, nous avons été convaincues que nous devions « rattraper » l'Occident et être davantage (de l'Ouest) européennes pour avoir une vie décente. Cependant, les manifestations actuelles en Bulgarie montrent un changement dans cette notion. Bien que les appels à faire de la Bulgarie un « pays européen digne » soient populaires parmi de nombreux manifestant·es, il y a quelque chose de plus profond. Par exemple, nous voyons comment les manifestations sont décrites comme des manifestations de la « génération Z ». Si cette description est elle-même hautement problématique et pas du tout représentative de ce qui se passe dans les rues (où la génération Z n'est certainement pas le groupe le plus nombreux parmi les manifestant·es), c'est une tentative de créer et de mobiliser une identité collective qui dépasse le national et l'européen, et lie la Bulgarie à une vague mondiale de protestations parmi les jeunes – principalement dans le Sud global. Nous pensons que ce changement dans l'imaginaire collectif pourrait être productif pour la région dans son ensemble. Peut-être pouvons-nous commencer à penser à des identités qui dépassent le national et l'(blanc-)européen, et qui nous rattachent non pas tant aux hégémons et aux puissants, mais plutôt aux luttes des autres « damnés de la terre » – de la même façon que l'Union soviétique soutenait les luttes anti-impérialistes et anticoloniales dans le monde. Peut-être qu'une voie plus productive pourrait consister à construire une identité balkanique collective ancrée dans notre expérience des complexités et des traumatismes historiques, mais qui va au-delà du passé et cherche des connexions avec d'autres parias du monde dont nous pouvons partager la douleur et avec qui nous pouvons lutter ensemble.

Burcu Ayan : En regardant vers l'avenir, quelles sont les principales priorités de LevFem ? Sur quels types d'efforts politiques et organisationnels espérez-vous vous concentrer dans la période à venir ?

Nous souhaitons continuer à développer notre travail sur l'économie du care et mener si possible une campagne pour de meilleures conditions dans les secteurs du care autour du 8 mars, en espérant une coordination avec une coalition plus large d'organisations. Le 8 mars est généralement une petite manifestation à Sofia menée par des militant·es urbains – c'est un bon point de départ, mais il faut que ce soit bien, bien plus grand, avec des femmes de tous horizons (travailleuses du care, employées de bureau, travailleuses indépendantes, femmes pauvres, etc.) rejoignant la marche et exigeant le démantèlement des systèmes oppressifs patriarcaux, capitalistes et racistes. Nous n'avons pas d'expérience avec des campagnes plus grandes et plus reconnues, ce qui rendra la tâche à la fois difficile et stimulante. Nous souhaitons également développer notre capacité à lutter contre le mouvement anti-féministe et anti-genre : il a toujours constitué l'une de nos priorités, mais nous avons surtout eu une approche réactive – les conservateurs nous attaquent et nous répondons. Nous devons également réfléchir à des stratégies proactives, et une partie d'une stratégie proactive doit inclure l'éducation politique qui nous permet d'élargir notre base et de convaincre davantage de personnes auparavant non politiquement actives de rejoindre le mouvement.

LevFem est un collectif féministe socialiste et antiraciste bulgare fondé en 2018. L'entretien a été conduit par Burcu Ayan, chercheuse féministe et militante turque, contributrice à Çatlakzemin.
https://www.redthreads.media/p/care-is-the-basis-that-makes-life
Traduit de l'anglais et notes pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78334
Notes
[1] Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, dite « Convention d'Istanbul ». Sur les campagnes anti-genre en Europe de l'Est ayant ciblé cette convention, voir sur ESSF :
http://europe-solidaire.org/spip.php?article61034
[2] Mieke Verloo et coll., « Continuity in Rupture », IWM Junior Visiting Fellows' Conferences, Vol. XXXIII. Disponible à :
https://www.iwm.at/publications/5-junior-visiting-fellows-conferences/vol-xxxiii/continuity-in-rupture
[3] Sur les théories de la reproduction sociale féministe et leur portée stratégique, voir sur ESSF : Fanny Gallot, « La révolution féministe »,
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article55715
[4] Sur la contribution des femmes bulgares au mouvement féministe international durant la période socialiste, voir sur ESSF : « Les « grands-mères rouges » du mouvement international des femmes »,
http://europe-solidaire.org/spip.php?article58967
[6] Le Parti socialiste bulgare (PSB, en anglais Bulgarian Socialist Party, BSP) est le principal parti de gauche bulgare, héritier du Parti communiste bulgare. Depuis 2016, il a adopté une ligne très conservatrice, s'étant notamment opposé à la ratification de la Convention d'Istanbul. Il recueille actuellement entre 5 et 7% des intentions de vote.
[6] SMER (Direction – Social-démocratie) est un parti slovaque fondé par Robert Fico, qui gouverne la Slovaquie. Malgré son étiquette social-démocrate, il a adopté des positions nationalistes et conservatrices, notamment en matière de droits LGBTQI+ et de politique migratoire.
[7] LevFem, « Who Cares ? Feminised Care Labour and the Crisis of Social Reproduction in Post-Socialist Bulgaria » (2025). Fondé sur 40 entretiens avec des travailleuses du secteur du care, ce rapport analyse les conditions du travail de care rémunéré en Bulgarie. Disponible à :
https://levfem.org/who-cares-about-care/
[8] Sur les mouvements féministes dans les Balkans face aux violences et à la montée du conservatisme, voir sur ESSF : « Dans les Balkans, la parole contre les violences sexuelles se libère »,
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article56908
[9] EAST (Essential Autonomous Struggles Transnational, Luttes autonomes essentielles – transnational) est un réseau reliant des organisations féministes, syndicales et de défense des migrants d'Europe de l'Est et au-delà, actif notamment dans la période post-Covid-19 autour des crises de la reproduction sociale dans la région. Page Facebook :
https://www.facebook.com/EASTEssentialStruggles/

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Tunisie : un renouveau syndical en trompe l’œil

À l'issue de son congrès du 25 au 27 mars, l'UGTT a renouvelé sa direction et désigné Salah Eddine Selmi pour succéder à Noureddine Teboubi, très contesté, au poste de (…)

À l'issue de son congrès du 25 au 27 mars, l'UGTT a renouvelé sa direction et désigné Salah Eddine Selmi pour succéder à Noureddine Teboubi, très contesté, au poste de secrétaire général. La centrale syndicale espère ainsi mettre un terme à sa crise interne et reconquérir son rôle national face aux attaques du pouvoir. Mais les racines de la division sont profondes.

Tiré de MondAfrique.

À l'issue de son congrès, tenu à Monastir, l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), la centrale syndicale historique, s'est dotée d'une nouvelle direction et d'un nouveau secrétaire général, Salah Eddine Selmi. Il succède à Noureddine Taboubi qui occupait ce poste depuis janvier 2017. Le bureau exécutif et les commissions chargées du règlement intérieur et du contrôle des finances ont été en grande partie renouvelés.

Cette élection est à la fois l'épilogue d'une longue crise interne qui a déchiré et paralysé la centrale syndicale pendant plus de deux ans, et le prologue à des réformes annoncées dans le but d'assurer davantage de démocratie ainsi qu'une plus grande transparence et une meilleure représentativité des instances. Le tout dans l'espoir de restaurer le rôle national du syndicat dans la définition des orientations sociales de l'État et la défense de la démocratie.

Une centrale divisée et attaquée

L'UGTT est en effet dans le collimateur du pouvoir. Depuis la lutte pour l'indépendance, elle a toujours été organiquement liée à l'État. L'enjeu des tensions qui pouvaient l'opposer au pouvoir sous Bourguiba et Ben Ali était son contrôle. Forte du rôle décisif de sa base militante dans la révolution, elle avait renforcé son rôle dans la stabilisation politique durant la décennie de la transition, tout en restant l'interlocutrice obligée de l'État dans la définition du pacte social.

Mais sous Kais Saïed, le pouvoir ne cherche plus à la contrôler mais à l'exclure. La présidence entend définir seule les termes de l'équilibre social et éliminer tous les intermédiaires, perçus comme des groupes d'intérêt illégitimes, entre l'État et la société. La loi de finances 2026 a privé l'UGTT d'un de ses principaux leviers d'influence en supprimant les négociations sur les augmentations salariales, fixées désormais par décret. Dans le même temps, le gouvernement n'a pas émis la circulaire qui renouvelait chaque année le mécanisme du prélèvement à la source des cotisations sociales sur les salaires des travailleurs du secteur public, ce qui revenait de facto à un financement de l'UGTT par l'État. Celle-ci doit désormais collecter elle-même ses cotisations. Résultat : une baisse significative des adhésions et un manque à gagner de 1,3 million de dinars (environ 390 000 euros) par mois, alors que les caisses du syndicat sont vides. Or, pour faire face à ces attaques, la direction sortante était très affaiblie par la contestation de sa légitimité depuis la révision du règlement intérieur lors d'un congrès tenu en juillet 2021, en dépit d'une interdiction administrative, permettant à Noureddine Taboubi d'être reconduit à son poste de secrétaire général en février 2022.

La crise avait culminé cet hiver avec l'annonce de sa démission le 23 décembre, amenant la centrale au bord de l'effondrement, alors qu'un appel à la grève générale le 21 janvier risquait soit d'apporter la preuve flagrante de l'incapacité de la centrale, divisée, à mobiliser, soit de l'exposer à une répression brutale du pouvoir, voire les deux à la fois. Finalement, le projet de grève générale a été abandonné, Noureddine Taboubi a repris sa démission et il a accepté la tenue d'un congrès anticipé de onze mois, écourtant ainsi son mandat sans créer de vide institutionnel et s'assurant une sortie honorable.

Des dissensions persistantes

La première décision du congrès de Monastir a été de revenir à la limitation à deux mandats au sein du bureau exécutif, adoptée après la révolution de 2011. Pour la première fois de son histoire, le choix du nouveau secrétaire général n'avait pas été négocié à l'avance. Salah Eddine Selmi, ancien secrétaire général adjoint, membre de la puissante fédération de l'enseignement, faisait partie des opposants (le « groupe des cinq ») à Noureddine Taboubi, au sein du bureau exécutif. Après d'intenses tractations portant essentiellement sur la répartition des pouvoirs internes, il a été élu avec une large majorité (avec 344 voix sur 614 délégués). Le représentant de la ligne de la direction sortante, Farouk Ayari, n'a reccueilli que 150 voix.

Cette élection ne solde pas pour autant les dissensions internes. Des militants de sensibilité nationaliste arabe et proches du parti Watad (très représentés dans les rangs syndicaux) voient dans la nouvelle direction la reconduction de la « bureaucratie syndicale » et la prise de contrôle de l'UGTT par la mouvance du « Front salut national », la coalition d'opposants à Kais Saïed dont le parti Ennahdha. Une partie de la base, désignée comme « l'opposition syndicale », continue en effet d'adhérer au processus présidentiel du 25 juillet et à l'agenda de la lutte contre la corruption. Elle conteste la légalité d'un congrès négocié entre les deux factions du bureau exécutif, mais qui, selon son porte-parole Taïeb Bouaïcha, « ne répond ni aux exigences réglementaires du congrès ordinaire qui devait se tenir en février 2027, ni à celles du congrès extraordinaire, étant donné que sa tenue n'a pas été demandée par les deux tiers des membres du conseil national ».

Cette opposition défendait la nécessité de procéder, avant la tenue du congrès, à des réformes des structures sectorielles, locales et régionales, et à « l'assainissement » de l'organisation des éléments soupçonnés de corruption, sous l'égide d'une commission composée de membres des structures de l'UGTT et de personnalités extérieures. Cette « reconstruction », estime l'opposition syndicale, est une condition nécessaire pour redonner une crédibilité à l'organisation.

Une crise de modèle

La crise que traverse l'UGTT dépasse, en réalité, les aspects conjoncturels des luttes de pouvoir internes et de la volonté de la présidence de réduire son rôle. Elle tient, de manière plus structurelle, à l'épuisement du modèle sur lequel reposait son pouvoir, où l'État était le stratège du développement économique et le secteur public à la fois le moteur de la croissance et le vecteur de l'intégration sociale. Plus qu'un syndicat ouvrier dont elle aime à entretenir l'image, l'UGTT a toujours été et demeure avant tout le syndicat du secteur public, et plus particulièrement celui des fonctionnaires.

Le taux de syndicalisation est faible dans le secteur privé et, dans la pratique, les dirigeants syndicaux locaux ont plutôt tendance à monnayer le maintien de la paix sociale avec les employeurs qu'à défendre les droits des salariés du privé. Le lien organique entre l'État et l'UGTT a longtemps marché sur deux jambes : d'un côté la représentation des intérêts de sa base syndicale et de l'autre son rôle dans la co-gestion de l'État et l'accompagnement des orientations économiques. Son pouvoir sur le thermostat du climat social lui permettait d'obtenir toujours plus d'avantages, de primes, d'augmentations au profit de sa base, et accessoirement des bénéfices matériels au profit de sa « bureaucratie » (l'un des plus longs chapitres du rapport sur la corruption rédigé après la révolution de 2011 par Abdelfattah Amor concernait le secrétaire général de l'UGTT, Abdessalem Jrad). Sa légitimité interne dépend de sa capacité à maintenir le statut des travailleurs du public et à demeurer la voie d'accès privilégiée à l'emploi public grâce aux passe-droits et aux relations familiales.

Une rentière du système

Or, la base matérielle de ce rôle national a tendance, depuis vingt ou trente ans, à s'amenuiser en raison des mesures d'austérité, du désengagement de l'État, de la perte de rentabilité des entreprises publiques. Malgré tout, elle a cherché à reproduire le modèle économique dont dépend son pouvoir, elle a continué à orienter une bonne partie des ressources de l'État au profit des salariés du secteur public au détriment de mécanismes d'inclusion et de protection sociale au profit des travailleurs informels ou précaires. Elle a contribué ainsi à durcir le dualisme du modèle social tunisien et la fracture entre un secteur intégré aux mécanismes de protection sociale et un secteur informel et précarisé.

Dans un contexte de crise financière de l'État, de pression sur l'emploi public, d'appauvrissement et de dégradation des services publics, de la santé, des transports et de l'éducation en particulier, les avantages dont bénéficient les fonctionnaires paraissent de plus en plus indus aux yeux d'une bonne partie de l'opinion. L'UGTT est perçue comme une rentière du système et coresponsable de la dégradation des conditions sociales dont beaucoup de Tunisiens font l'expérience, en particulier depuis la révolution. Kais Saïed a donc un boulevard pour affaiblir son pouvoir et la détrôner de son piédestal.

Dans ces conditions, il faudra bien davantage qu'un changement de direction à la tête de la centrale syndicale pour qu'elle retrouve son rôle d'antan. C'est une redéfinition en profondeur du syndicalisme tunisien, une nouvelle appréhension du modèle économique et une transformation de sa relation à l'État qui pourra lui redonner l'importance qu'elle avait dans la définition du pacte social tunisien. Pour le moment, la grande UGTT n'est plus que l'ombre d'elle-même, divisée, impopulaire et réduite au silence.

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Renforcer les efforts de syndicalisation dans les industries manufacturières nigérianes

7 avril, par IndustriALL Global Union — , ,
Une délégation d'IndustriALL Global Union a récemment tenu des réunions consultatives avec ses affiliés nigérians afin de renforcer leurs efforts d'organisation syndicale et de (…)

Une délégation d'IndustriALL Global Union a récemment tenu des réunions consultatives avec ses affiliés nigérians afin de renforcer leurs efforts d'organisation syndicale et de consolider l'unité et la solidarité au sein du secteur manufacturier nigérian. Le Nigéria, pays le plus peuplé d'Afrique avec environ 242 millions d'habitants selon l'ONU, possède un tissu industriel diversifié qui englobe notamment l'énergie et l'électricité, le pétrole et le gaz, le textile et l'habillement, la chaussure, le caoutchouc et le cuir, la chimie, la sidérurgie et l'ingénierie.

Tiré d'Afrique en lutte.

Les discussions menées lors de la mission, du 9 au 11 mars, ont porté sur les violations persistantes de la liberté d'association et du droit à la négociation collective, notamment au sein des entreprises à capitaux chinois. Ces violations s'inscrivent dans un contexte de déficits généralisés en matière de travail décent, de précarité de l'emploi, d'érosion des salaires de subsistance et d'obstacles juridiques à la reconnaissance syndicale, en particulier chez Dangote Industries. Les délégués et leurs partenaires ont également examiné les difficultés rencontrées pour défendre les droits des travailleurs tout au long des chaînes d'approvisionnement, ainsi que les stratégies visant à accroître le taux de syndicalisation.

Cette mission a coïncidé avec un événement organisé à Lagos à l'occasion de la Journée internationale des femmes, par le Syndicat national des travailleurs du textile, de l'habillement et de la confection (NUTGTW), le 11 mars, sous le thème : « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. »

Réponses politiques pour le développement économique

La mission IndustriALL a constaté que la relance du secteur manufacturier nigérian se heurte à d'importants défis structurels. Des pénuries d'énergie chroniques, dues à la vétusté des infrastructures et aux pannes récurrentes du réseau électrique national, continuent de freiner la production industrielle. Au début de cette année, une quinzaine de centrales électriques étaient simultanément hors service, ramenant la production à environ 4 000 MW malgré une capacité installée bien supérieure.

La crise du coût de la vie a encore accentué l'érosion des revenus réels. Le salaire minimum national de 70 000 ₦ (51 $US) par mois, instauré en 2024, a été rapidement dépassé par une inflation persistante, incitant le Congrès du travail du Nigeria à exiger une révision urgente en 2026. Le chômage des jeunes demeure élevé, aggravant les tensions sociales dans un pays où l'économie informelle reste prédominante.

Cependant, les initiatives politiques soutenues par les syndicats offrent des perspectives d'avenir. Par exemple, la politique nationale du gouvernement pour le coton, le textile et l'habillement (CTG) vise à relancer une chaîne de valeur autrefois florissante, de l'exploitation agricole à l'usine, grâce à un financement ciblé via la Banque de l'industrie. La création d'un conseil de développement dédié a pour objectif de réduire les importations annuelles de vêtements, qui se chiffrent en milliards de dollars, et de créer des emplois indispensables. Des efforts d'industrialisation plus larges mettent l'accent sur le potentiel inexploité des réserves de pétrole et de gaz du Nigeria, notamment grâce au programme « Décennie du gaz », afin d'alimenter la production nationale et de positionner le pays comme un pôle énergétique régional.

Les accords commerciaux régionaux et internationaux pourraient amplifier ces progrès. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) promet un accès élargi aux marchés et le développement de chaînes de valeur transfrontalières. Par ailleurs, la Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), récemment reconduite pour un an, permet l'accès au marché américain, en franchise de droits, des marchandises éligibles.

Les syndicats ont indiqué que le niveau de syndicalisation dans le secteur manufacturier nigérian restait modeste, reflétant des obstacles à la fois juridiques et pratiques à l'organisation.

« Il existe de formidables opportunités pour renforcer l'organisation syndicale dans la plupart des secteurs manufacturiers au Nigéria. Pour que cela se concrétise, le respect des droits syndicaux et une véritable négociation collective sont essentiels. » a déclaré le secrétaire général adjoint d'IndustriALL, Kemal Özkan.

La délégation comprenait Rose Omamo, vice-présidente d'IndustriALL, et Paule-France Ndessomin, secrétaire régionale pour l'Afrique subsaharienne.

Les affiliés nigérians d'IndustriALL sont la Chemical and Non-Metallic Products Senior Staff Association (CANMPSSAN), le Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel (NUPENG), le Syndicat national des travailleurs du textile, de l'habillement et de la couture (NUTGTW), la Petroleum and Natural Gas Senior Staff Association (PENGASSAN), le Syndicat national des employés des produits chimiques, de la chaussure, du caoutchouc, du cuir et des produits non métalliques (NUCFLNANMPE), le Syndicat des travailleurs de l'acier et de l'ingénierie du Nigeria (SEWUN), le Syndicat national des employés de l'électricité (NUEE) et Dangote.

* Traduction automatique de l'anglais

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Afrique : le ravage de l’Agro-business

7 avril, par Paul Martial — ,
Le bilan de la révolution verte en Afrique est négatif pour le monde paysan et pour l'environnement. En revanche, elle a favorisé l'implantation des multinationales sur le (…)

Le bilan de la révolution verte en Afrique est négatif pour le monde paysan et pour l'environnement. En revanche, elle a favorisé l'implantation des multinationales sur le Continent.

Cela fait vingt ans que Bill Gates, par le biais de sa fondation, a lancé sa révolution verte pour l'Afrique sous l'acronyme Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA). Il s'agissait, selon lui, de moderniser l'agriculture africaine, de lutter contre la famine et d'améliorer le niveau de vie des paysans.

Idéologie productiviste

L'idée de base est simple : pour lutter contre la faim, il faudrait accroître la productivité agricole. Alors que les famines sont d'abord provoquées par les guerres, qui désorganisent l'activité agricole, ou par une répartition inégale des denrées disponibles.

L'AGRA préconisait une agriculture intensive fondée sur les monocultures, l'achat de semences modifiées censées résister aux aléas climatiques, et l'utilisation massive d'intrants chimiques.

Les études menées aboutissent toutes à la même conclusion : les objectifs fixés sont loin d'être atteints. Les sols ont été dégradés, les familles rurales se sont appauvries à cause de rendements bien inférieurs aux prévisions, rendant impossible l'achat de nouvelles semences et d'engrais. Parallèlement, les cultures vivrières locales comme le mil et le sorgho — résistantes à la sécheresse et à haute valeur nutritive — ont régressé.

Comme l'a souligné l'évêque de Durban à propos des partisans de l'AGRA : «  Ils se prétendent les sauveurs des affamés et des pauvres, mais ils ont lamentablement échoué dans leurs objectifs à cause de leur modèle d'industrialisation, qui dégrade les sols, détruit la biodiversité et privilégie le profit des entreprises au détriment des populations. C'est immoral, immoral et injuste.  »

Étouffer d'autres options

Grâce à sa puissance financière, Bill Gates a aussi empêché nombre d'États africains d'emprunter une voie alternative : celle de l'agroécologie. Contrairement à l'idée largement répandue par les industries agroalimentaires, l'agroécologie n'est pas une régression vers l'agriculture du passé. Bien au contraire, elle combine les savoirs du monde paysan aux connaissances scientifiques modernes.

Ce type d'agriculture respecte l'environnement et offre une garantie de souveraineté alimentaire aux populations. Il favorise également l'amélioration des semences grâce à une sélection progressive échangées au sein de marchés informels. C'est sans doute cet aspect — l'autonomie des producteurs et la non-dépendance vis-à-vis du marché industriel — qui dérange le plus l'écosystème capitaliste de l'agriculture mondiale.

L'AGRA a commandité une étude d'évaluation menée par le cabinet de conseil Mathematica. Conformément aux autres analyses, celle-ci confirme la faiblesse des résultats obtenus. Mais elle souligne comme fait positif la pénétration du marché africain par les semences génétiquement modifiées, les intrants artificiels et les pesticides produits par des multinationales occidentales. Mais peut-être était-ce là, finalement, le véritable objectif de cette révolution verte.

Paul Martial

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Divorce en vue à la tête du Sénégal

7 avril, par Mor Amar — , ,
Même s'ils continuent de cheminer ensemble dans le gouvernement, Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko se mènent de plus en plus une guerre ouverte et sans merci, (…)

Même s'ils continuent de cheminer ensemble dans le gouvernement, Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko se mènent de plus en plus une guerre ouverte et sans merci, à travers leurs partisans respectifs. Face au refus catégorique du PM de rendre le tablier, certains voient dans son limogeage la seule solution à cette crise, qui n'est pas sans conséquence dans le fonctionnement des institutions et de l'administration.

Tiré de MondAfrique.

Rien ne va plus dans le couple Diomaye-Sonko. La séparation semble de plus en plus actée, avec deux camps qui continuent de se regarder en chiens de faïences. Le dernier acte s'est joué le lundi 30 mars 2026, au stade Lat Dior de Thiès, dans la deuxième région la plus peuplée du pays, à l'occasion du lancement de la semaine nationale de la jeunesse. Le président de la République a été chaleureusement ovationné par les jeunes venus de plusieurs localités du pays. Le stade a vibré au rythme du slogan : « Nioune, Diomaye laniou beugue. Nioune Diomaye laniou beugue… » En français : « Nous, c'est Diomaye que nous aimons… »

Ce message d'amour improvisé a mis, visiblement, du baume au cœur du chef de l'État, lâché par la plupart de ses frères de parti, restés fidèles à son désormais « rival » politique Ousmane Sonko. Les deux mains levées vers le ciel, son visage s'illumine d'un sourire radieux qui témoigne de la joie ressentie à cet instant précis. Depuis ses dissensions avec son ami et Premier ministre, c'est presque la première fois que Diomaye jouit d'un accueil aussi vibrant. Le message était d'autant plus poignant qu'il avait l'air d'être spontané et sincère. Relayé et commenté massivement dans les médias, il a été diversement apprécié par le camp d'en face, celui de Ousmane Sonko.

Le son de l'amour et de la discorde

Alors que certains parlent de mise en scène, d'autres comme le journal d'opinion Yoor Yoor (proche du PM) ont essayé de dénaturer la réalité en parlant de « sonkorisation ». À la place de « nous aimons Diomaye », il entend « nous aimons Sonko ». Et le média pro-Sonko y voit un plébiscite pour le président de Pastef. « Sous le regard attentif du Président Bassirou Diomaye Faye, la jeunesse de Thiès a littéralement sonkorisé la cérémonie, muant le protocole républicain en un plébiscite vibrant pour le leader du PASTEF… » Le journal parle d'un pacte profond entre Sonko et la jeunesse de Thiès, même si Diomaye incarne encore l'autorité de l'État.

La réaction n'a pas tardé chez les partisans du président de la République qui dénoncent une vaine manipulation. « Nous rappelons un principe fondamental du journalisme : les faits sont sacrés, les commentaires sont libres. La diffusion d'informations inexactes à des fins politiciennes nuit gravement à la crédibilité de la presse et constitue une menace pour le bon fonctionnement de notre démocratie », fustige la cellule de communication de la coalition Diomaye président, qui renvoie aux différentes vidéos originales, qui attestent de la belle communion entre le chef de l'État et sa jeunesse.

Une guerre intense dans le fief de Diomaye

Cet épisode marque s'il en était encore besoin la fracture manifeste entre les deux camps. Les deux « frères » ne se font plus aucun
cadeau. Et de plus en plus, la confrontation se joue dans cette région de Thiès où les parties multiplient les offensives. Une région qui pourrait jouer un rôle décisif sur la suite même de la carrière politique de Bassirou Diomaye Faye. Originaire de la commune de Ndiaganiaw, dans le département de Mbour, dans cette même région, le Président devra s'appuyer sur ce terroir pour se construire la base politique indispensable pour rayonner dans l'espace politique.

Cela est d'autant plus vital que la région constitue la deuxième la plus importante électoralement après Dakar, avec plus de 957 000 électeurs sur un fichier de plus de 7,3 millions d'électeurs. Le département de Mbour, qui est le fief du chef de l'État, fait à lui seul plus de 334 000 électeurs, davantage que toute la région de Ziguinchor, fief du Premier ministre, qui en compte environ 308 000.

Les deux camps semblent parfaitement conscients de ces enjeux. Si pour Diomaye il en va de sa survie en 2029, pour Sonko, cette lutte est hautement stratégique pour couper les ailes à celui qui fut son poulain.

Depuis le début de l'année, le charismatique leader multiplie les apparitions jusque dans les communes limitrophes de celle du président de la République. Il est à nouveau annoncé dans le département de Mbour ce vendredi 3 avril, au stade Caroline Faye, où il clôturera la semaine nationale de la jeunesse. Déjà, certains y voient une réplique politique à Diomaye, pour montrer qui est le vrai boss.

La majorité parlementaire a choisi son camp

Cette bataille devenue ouverte se joue également à l'Assemblée nationale où, de plus en plus, les comportements des uns et des autres sont surveillés comme du lait sur le feu. Si les pro-Sonko n'hésitent pas à faire du bruit, à manifester que la majorité est « sonkoiste », comme ils le disent, les députés estampillés pro-Diomaye se font pour le moment plus discrets en jouant la carte de la neutralité et de l'esprit d'équipe, pour ne pas s'attirer la colère de Sonko et de ses militants, à quelques mois des élections locales. Mais ce combat semble difficile à gagner pour le camp du Président. Il faut noter que la plupart des députés doivent leurs postes au PM, qui avait profité de la démission de Diomaye de son poste de secrétaire général du parti pour composer les listes quasiment seul aux dernières législatives.

Les mêmes tendances sont observées au sein de l'équipe gouvernementale et chez les directeurs des sociétés publiques. Le PM parle de cohabitation douce qui peut virer à une cohabitation forcée ou une rupture totale. À ceux qui se demandent comment les deux personnalités peuvent encore cheminer ensemble dans un même gouvernement, le Premier ministre Ousmane Sonko a répondu, comme un avertissement : « On est dans une situation que je qualifie de cohabitation douce. Nous essayons de gérer avec des compromis. S'il y a rupture, soit ce sera une cohabitation plus forcée, soit on retourne dans l'opposition. »

Jusqu'ici, les deux parties parviennent à trouver des compromis pour sauver ce qui peut encore l'être. Mais cela n'est pas sans conséquence avec un Diomaye de plus en plus excédé par les attaques du camp de son PM, un Diomaye qui commence à se montrer de plus en plus ferme contre les poulains du PM qui bafouent son autorité. En moins d'un mois, il a limogé deux lieutenants de Sonko pour des critiques contre sa gestion de la justice, les mêmes critiques que son PM ne cesse de formuler sans être inquiété.

Une situation qui ne peut perdurer

Selon plusieurs sources, le chef de l'État semble avoir pris la résolution de mettre un terme à cette collaboration devenue toxique. Une telle option pourrait cependant provoquer des perturbations dans le fonctionnement des institutions. De ce fait, certains pensent que le Président pourrait être tenté d'attendre la fin de l'année, à l'anniversaire des deux ans des législatives, date à partir de laquelle il pourra dissoudre l'Assemblée nationale. D'autres estiment, en revanche, que le divorce pourrait survenir beaucoup plus vite.

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Tunisie - 1956-2026, 70 ans après l’indépendance

7 avril, par Ashraf Yourchid — , ,
Le 20 mars 1956, Pierre Mendes France signe le traité du Bardo qui accorde l'indépendance à la Tunisie après presque 75 ans de règne colonial de l'empire français. Mais au (…)

Le 20 mars 1956, Pierre Mendes France signe le traité du Bardo qui accorde l'indépendance à la Tunisie après presque 75 ans de règne colonial de l'empire français. Mais au printemps 2026, 70 ans après, l'État tunisien a décidé, sous de faux prétextes, d'emprisonner Saadia Mosbah à 8 ans de prison. Militante infatigable des droits des migrantEs subsaharienNEs, elle est visée alors que l'État persécute les militantEs de la flottille du Soumoud et que les peines pleuvent sur les défenseurEs des droits humains et les avocatEs opposantEs au régime de Kaïs Saïed.

Tiré d'Afrique en lutte.

Celui-ci multiplie les références nationalistes et les théories du complot racistes, dissimulant derrière un pseudo anti-impérialisme une politique nationaliste qui révèle les contradictions historiques du développement de l'État tunisien depuis l'indépendance.

Les années coloniales

Dans les années 1880, la Tunisie est un petit royaume beylical disposant d'une large autonomie au sein de l'empire ottoman. Elle subit rapidement la rapacité des puissances impériales, et la France obtient l'autorisation d'en faire un protectorat, avec une administration conjointe entre l'État français — via un contrôleur général — et le bey. Très vite, un régime colonial s'impose : les décisions sont entièrement prises par les autorités françaises ; un statut de citoyen tunisien, inférieur en droits, est instauré ; le « salaire colonial » est généralisé, justifiant au nom de l'« attractivité » des rémunérations et avantages supérieurs pour les fonctionnaires « européens » par rapport aux fonctionnaires tunisienNEs. Ce système, toujours utilisé ailleurs dans l'empire, sert aussi de tremplin de carrière à une partie de la classe dirigeante française. Sans être une colonie de peuplement, la France encourage l'installation de populations dites européennes — « blanches et chrétiennes » — venues de France, mais aussi d'Italie, de Malte, etc.

L'entre-deux-guerres

À la fin de la Première Guerre mondiale émergent les premiers groupes indépendantistes et anticoloniaux. L'opposition, comme « L'étudiant tunisien », reste d'abord limitée à des intellectuelLEs réclamant surtout l'autonomie et l'égalité avec les colons, mais n'échappe pas à la répression.

Le parti constitutionnel Destour est créé au début des années 1920. Face à l'intransigeance de l'État français, une nouvelle génération d'intellectuelLEs formés en France fonde dans les années 1930 le néo-Destour, qui devient la principale force de la lutte pour l'indépendance.

Dans le même temps, malgré son soutien de principe aux luttes nationales, la 3e Internationale se développe peu en Tunisie. Le parti communiste tunisien n'est créé qu'en 1939, et sa section des années 1920 reste majoritairement européenne. Le moment du Front populaire diffuse des aspirations à l'égalité dans les colonies, mais le gouvernement français et le Parti communiste — aligné sur Moscou — estiment que l'indépendance de la Tunisie « ferait le jeu des fascistes ». La répression sanglante des manifestations de 1938, qui fait plusieurs dizaines de morts, marque une rupture décisive et conduit à l'autonomisation du mouvement national tunisien autour de Bourguiba, emprisonné à l'issue de ces événements.

L'après-guerre et la fin de l'empire

La Deuxième Guerre mondiale constitue un tournant pour les aspirations nationales des pays colonisés : l'affaiblissement politique, économique et militaire de la France ouvre des brèches pour les mouvements de libération. Bourguiba, libéré par les Nazis mais opposé au fascisme, s'impose alors comme leader du mouvement national. Après les guerres coloniales à Madagascar et en Asie, la France doit concéder l'indépendance à la Tunisie en 1956, dans un contexte marqué aussi par celle du Maroc et le début de la guerre d'Algérie.

Les décolonisations desserrent partiellement l'étau impérial, mais révèlent la persistance d'une dépendance à un système capitaliste qui maintient ces pays dans la pauvreté. En Tunisie, l'indépendance se distingue par un relatif écart avec les normes sociales traditionnelles et des avancées notables en matière de droits des femmes, y compris en comparaison de l'ancien pays colonisateur. Mais ces évolutions coexistent avec une dérive autoritaire et une insertion subordonnée aux marchés mondiaux : Bourguiba se proclame président à vie en 1975 et, après 1968, réprime durement toute opposition, condamnant de nombreux militantEs d'extrême gauche à de longues peines de prison, après avoir promis de les « exterminer un à un ».

La fin du mythe du développement

Les révolutions nationales reposaient sur l'idée d'un développement, certes plus lent, des forces productives permettant à terme un rattrapage du niveau de richesse des pays occidentaux. Ce mythe s'effondre au tournant des années 1980. Les émeutes du pain en 1986, provoquées par la suppression des subventions sur la farine et la semoule, sont réprimées dans le sang, avant que Bourguiba ne soit contraint de reculer.

Dans le même temps, la dette se creuse et les pressions du FMI et de la Banque mondiale pour des restructurations s'intensifient. La Tunisie ne résout alors aucun des défis posés par le capitalisme et son tournant néo-libéral : chômage croissant des diplôméEs, déséquilibres persistants entre l'intérieur (pauvre) et le littoral (moins pauvre). En l'absence d'alternative à gauche, cette situation favorise aussi le développement de l'islam politique.

L'expansion néolibérale brutale et autoritaire

En 1987, par un « coup d'État médical », Ben Ali dépose Bourguiba pour sénilité. Il impose les réformes néo­libérales tout en s'enrichissant personnellement. Entre 1987 et 2016, des centaines d'entreprises publiques sont privatisées et l'économie est réorientée : 90 % de la production textile est destinée à l'exportation vers l'Europe, avec une forte hausse de l'emploi des femmes dans ce secteur. Mais cette évolution s'accompagne d'une dégradation des conditions de travail et des droits, tandis que la dette extérieure explose. La Tunisie adhère au GATT en 1990 puis à l'OMC en 1995.

Dans le même temps, la répression s'intensifie. Sous prétexte de lutte contre la menace islamique — en écho à la décennie noire en Algérie — Ben Ali élimine toute opposition et met l'économie au service de son clan. La libéralisation économique s'accompagne d'une dictature de plus en plus brutale. La crise de 2008 frappe durement le pays et relance les luttes sociales : dans les bassins miniers, grèves et mobilisations contre la corruption, les licenciements et les atteintes à l'environnement sont violemment réprimées. Des centaines de personnes sont emprisonnées, des dizaines tuées ou blessées. Gafsa constitue ainsi une répétition générale de la révolution à venir.

La révolution

En décembre 2010, la révolution tunisienne balaie en quelques jours un régime corrompu et ultra-violent. À l'origine du printemps arabe, elle transforme profondément la société sans pour autant lever les contradictions économiques et politiques. Les gouvernements successifs n'enrayent pas la spirale de la dette ni l'accaparement des richesses par une minorité.

Malgré une Constitution audacieuse et certaines avancées contre les oppressions, ils se discréditent, ouvrant la voie à Kaïs Saïed, qui accède au pouvoir total via un coup d'État en 2021 avec le soutien d'une partie majoritaire de la population. En agitant la menace islamiste, les complots étrangers et un racisme décomplexé, il s'impose dans une société fragilisée par la crise du Covid. S'il refuse les privatisations exigées par le FMI, il accepte les financements européens, notamment via Darmanin, pour sécuriser les frontières de l'Europe.

Son pouvoir se durcit : opposantEs emprisonnéEs, rhétorique des menaces « extérieures », souvent teintée d'antisémitisme et de racisme. Mais les contradictions économiques persistent et ne laissent entrevoir, pour maintenir le régime, qu'un recours accru à la répression.

France. Rima Hassan, nouvelle sorcière

Hier appréciée des médias, la députée européenne Rima Hassan en est désormais exclue. Le président du Conseil représentatif des juifs de France (CRIF) l'accuse sur Radio J (…)

Hier appréciée des médias, la députée européenne Rima Hassan en est désormais exclue. Le président du Conseil représentatif des juifs de France (CRIF) l'accuse sur Radio J d'être « un danger », tandis que des ministres et des élus du Rassemblement national réclament la déchéance de sa nationalité. Le tout à la veille des élections municipales de mars 2026 où son parti, La France insoumise, est particulièrement dans le viseur de la sphère médiatique. Pourquoi tant de haine ?

Tiré d'Orient XXI.

Rima Hassan cumule nombre de handicaps. Jeune, elle est vilipendée par les seniors qui occupent les principaux médias ; femme, elle est détestée par les machistes de tous poils ; racisée, elle est soupçonnée de communautarisme ; Palestinienne, elle est considérée comme porte-parole du Hamas ; musulmane, elle est inévitablement terroriste ; juriste, elle manipule le droit ; LFIste, elle est assurément antisémite.

Ces a priori discriminatoires, jetés ensemble dans le chaudron de la haine, façonnent un portrait de Rima Hassan, repris sur les réseaux sociaux, sur les chaînes de télévision en continu, et même en tags sur les murs de certains quartiers.

Longtemps, la députée européenne a incarné le modèle de l'immigrée qui a réussi. Conjuguant élégance, parole facile et réflexion intellectuelle affirmée, la jeune femme séduit. Les médias l'invitent. Elle fait partie d'une série d'organismes en raison de son expertise sur le droit international et les immigrés, dont le Conseil global pour la diversité et l'inclusion, instance consultative du groupe L'Oréal, temple de la beauté, qu'elle rejoint en 2023.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes tant que la fameuse « Diversité » (avec une capitale chez L'Oréal) reste tranquille et consensuelle. Mais les attaques de groupes palestiniens, dont le Hamas, le 7 octobre 2023 changent la donne.

De la diva à la paria

Palestinienne, Rima Hassan ne peut se taire devant le traitement unilatéral qui est fait de cette action conduite principalement par le Hamas — qui se traduit par la mort de 1 219 Israéliens et l'enlèvement de 251 otages —, et qui occulte les exactions et le nettoyage ethnique des Palestiniens depuis 75 ans. Elle s'exprime le jour même de l'attaque, écrivant sur son compte X qu'il est « moralement inacceptable de se réjouir de la mort de civils ». En juriste, elle précise : « Ce qu'a fait le Hamas tombe sous le coup de la loi internationale, en crimes de guerre, crimes contre l'humanité. » Elle reprend même à son compte le mantra du moment : « Le Hamas est une organisation terroriste. » Elle le répétera plusieurs fois tout au long de l'année qui suit l'attaque. Mais cela ne suffit pas.

Les médias qui l'appréciaient hier la rejettent avec violence. Le tout dans un climat généralisé d'interdiction de manifester toute solidarité avec Gaza : le gouvernement érige le soutien à la Palestine en manifestation d'antisémitisme. Les autorités et leurs porte-voix médiatiques exigent que l'on « transforme notre empathie naturelle à l'égard des victimes israéliennes en un soutien à l'État d'Israël », dénonce Rima Hassan. C'en est trop : de diva, elle devient paria.

Rima Hassan est née le 28 avril 1992 dans le camp de réfugiés palestinien de Neirab, près d'Alep, en Syrie, où les familles de son père et de sa mère se sont installées, après avoir été chassées de leurs villages lors de la création d'Israël en 1948 et de la Nakba (la « catastrophe » de l'exil forcé). Sa mère, institutrice, finira par quitter mari et camp pour atterrir à Niort, dans les Deux-Sèvres, comme femme de ménage. Il lui faudra plusieurs années pour obtenir l'autorisation de ramener auprès d'elle ses deux filles — dont Rima, 10 ans — et ses quatre fils. Nous sommes en 2001.

Huit ans plus tard, Rima Hassan obtient la nationalité française. À 18 ans, elle n'est plus apatride, comme le sont les Palestiniens réfugiés. Après avoir décroché un master de droit international et organisations internationales à l'université Panthéon-Sorbonne en 2016, elle entame une thèse sur « le droit applicable dans les camps de réfugiés », tout en travaillant à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Puis elle occupe, jusqu'en 2023, le poste de rapporteuse à la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) (1). En 2019, lasse de ne pas trouver d'informations fiables sur les réfugiés, elle crée l'Observatoire des camps de réfugiés, fondé sur un réseau de bénévoles chargé de collecter des informations, mais, aussi, d'enquêter, de cartographier et d'informer sur les camps de réfugiés à travers le monde. De la mobilisation civile à l'engagement politique, il n'y a qu'un pas, franchi dans le sillage des attaques du Hamas et de la riposte démesurée d'Israël.

Insultes et menaces de mort

En vue des élections au Parlement européen le 9 juin 2024, elle accepte de figurer sur la liste conduite par Manon Aubry (La France insoumise, LFI), afin de « faire entendre une voix palestinienne » à Bruxelles, explique-t-elle. Un an et demi plus tard, elle regrette de n'avoir pu obtenir les sanctions nécessaires contre Israël et notamment la suspension de l'accord d'association, conformément au droit international. Mais elle a réussi, avec d'autres, à faire du génocide en cours à Gaza un sujet central. « Qu'elle soit admirée ou critiquée, Hassan est devenue la voix d'une génération déterminée à confronter l'Europe à la politique de Gaza, et elle ne semble pas près de baisser le ton », affirme Politico (2), le journal en ligne, conservateur, fondé à Washington, qui l'a classée parmi les 28 personnalités les plus influentes de l'Union européenne (UE).

Mais ce choix de la députation européenne sur une liste LFI — le parti, à la différence des Verts, lui a proposé d'être candidate en position éligible — a un coût. Finis les portraits plutôt sympathiques dans Libération ou Le Monde — lequel devient très actif dans la chasse à cette nouvelle sorcière (lire l'encadré ci-dessous).

  • Dès l'annonce de sa candidature, son nom, l'adresse de son domicile et son numéro de téléphone sont diffusés sur les réseaux sociaux.

Elle est vilipendée pour oser parler d'apartheid et dénoncer la « politique génocidaire » du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Pourtant, au même moment, en janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) conclut explicitement à « un risque de génocide contre les Palestiniens à Gaza ». Une réalité aujourd'hui reconnue par plusieurs instances de l'Organisation des Nations unies (ONU), des historiens israéliens, des organisations non gouvernementales et nombre de juristes…

Dès l'annonce de son engagement électoral, son nom, l'adresse de son domicile et son numéro de téléphone sont diffusés sur les réseaux sociaux. Elle est menacée de viol ou d'assassinat, même dans la rue. Elle doit changer de lieu de résidence. La campagne est si violente que plus de cinq cents élus et personnalités politiques nationales et européennes publient une « Tribune en soutien à Rima Hassan » pointant que « ce que l'on veut faire taire, c'est la Palestine et toutes les voix qui la défendent » (Médiapart, 2 février 2024).

L'initiative est sans effet. Dans son livre sur Les Nouveaux Antisémites, Nora Bussigny, chroniqueuse pour Le Point, Marianne, ou la revue controversée Écran de veille, aurait débusqué la preuve irréfutable de son antisémitisme : quand elle était adolescente, son compte Facebook contenait, accolé à son nom, un double 8, symbole souvent utilisé par les néonazis. La fine limière aurait aussi pu conclure que Hassan était cornaquée par Pékin, les 8 y étant synonymes de chance et d'abondance… Ces chiffres sont plus prosaïquement ajoutés par l'algorithme lors de la création d'un compte Facebook…

La fabrique à polémiques

Les « affaires » montées de toutes pièces se succèdent. La chaîne Youtube Le Crayon extrait d'une interview de Rima Hassan un passage lui faisant dire que « les actes du Hamas [du 7 octobre] sont légitimes ». L'intervention intégrale démontrerait la supercherie, ses propos sur le Hamas ne portant pas sur le 7 octobre. La chaîne refuse de la diffuser.

La jeune militante tente l'exégèse. En vain. Comme le dit avec sa finesse habituelle l'avocat franco-israélien Gilles-William Goldnadel sur CNews le 30 avril 2024 : « Elle a peut-être dit autre chose lors de l'émission Le Crayon, il n'en demeure pas moins que pour Rima Hassan, l'action du Hamas est légitime. » Autrement dit : même si elle ne l'a pas dit, elle pourrait le dire et de toute façon elle le pense. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette croyance est aussi celle de ministres et de dirigeants politiques.

Anticipant les propos qu'elle pourrait tenir, la direction de l'université Paris-Dauphine, celle de Sciences-Po et l'université de Strasbourg annulent les conférences qu'elle devait animer, prévues respectivement les 6 mai, 22 et 28 novembre 2024, invoquant un « risque de trouble à l'ordre public ». Chaque fois, la censure reçoit le soutien de la ministre de l'enseignement supérieur Sylvie Retailleau puis de son successeur Patrick Hetzel ainsi que du ministre de l'intérieur Bruno Retailleau.

Dans le même temps, Rima Hassan, visée par plusieurs plaintes, va être entendue deux fois par la police dans le cadre d'enquêtes pour « apologie du terrorisme », en avril 2024 puis en avril 2025, où elle est interrogée pendant plus de onze heures d'affilée. L'une des plaintes, formée par le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), concerne un tweet adressé aux étudiantes et étudiants de Sciences-Po, les invitant « au soulèvement ». Un autre dépôt de plainte, pour « menaces », est relatif à un échange sur X avec l'eurodéputé des Républicains François-Xavier Bellamy, Hassan dénonçant la proximité de son groupe avec « le régime génocidaire israélien ». En revanche, silence radio sur le fait que, quelques jours plus tôt, le même Bellamy avait publiquement accusé la députée d'être « antisémite », l'empêchant d'occuper l'une des quatre vice-présidences de la commission des droits de l'homme du Parlement européen.

Une autre plainte contre Rima Hassan concerne une citation du psychiatre décolonialiste français Franz Fanon. Une autre, le célèbre poème « Carte d'identité » (1964) du poète palestinien Mahmoud Darwich :

Mais… si jamais on m'affame
Je mange la chair de mon spoliateur
Prends garde… prends garde
À ma faim
Et à ma colère !

La liste est longue et les prétextes aux accusations, divers…

La criminalisation du soutien à la Palestine

Les actions en justice se multiplient, leurs cibles aussi, alors que l'offensive israélienne s'intensifie, donnant corps à une forme de criminalisation du soutien à la Palestine.

L'Union juive française pour la paix (UJFP), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), la présidente d'Europalestine Olivia Zémor, le secrétaire général de la CGT du Nord Jean Paul Delescaut, l'islamologue François Burgat, ou les députées Mathilde Panot et Danièle Obono en feront les frais…

Il est impossible d'obtenir de données précises sur les plaintes, mais le nombre de jugements prononcés pour « apologie du terrorisme » explose : 131 jugements rendus entre janvier et octobre 2023 ; 452, entre octobre 2023 et novembre 2024 (3).

Ces « abus », selon l'expression de l'ex-juge d'instruction du pôle antiterrorisme Marc Trévédic, relèvent d'une stratégie soigneusement orchestrée. La démultiplication de ces procédures vise à étouffer toute voix critique de la politique d'Israël. Plus elles sont nombreuses, plus les chances d'en voir aboutir augmentent. Elles servent également de prétextes pour interdire conférences ou meetings de qui en fait l'objet.

  • Les « Israel Files » révèlent que le pouvoir israélien mène « une guerre juridique contre celles et ceux qui combattent les crimes israéliens devant la justice », en France et en Europe.

La grande majorité des dénonciations en justice proviennent d'une poignée d'organisations : l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), le CRIF, l'Observatoire des juifs de France, l'Organisation juive européenne (OJE), la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), quelques personnalités plus ou moins liées à Elnet France et l'inévitable députée de la macronie, représentant les Français de l'étranger dont ceux d'Israël, Caroline Yadan (4) — celle-là même qui manœuvre pour faire adopter par l'Assemblée nationale une loi criminalisant toute critique de la politique israélienne, avec la complicité de socialistes comme François Hollande et Jérôme Guedj (5). « C'est grâce à notre signalement que Rima Hassan a été convoquée [par la police] pour “apologie de terrorisme” », se vantait-elle sur Facebook, le 21 novembre 2025.

Ces vigies portent toutes, sans complexe, la parole d'Israël en France. En décembre 2024, Médiapart va révéler, avec les « Israel Files » (6), sur la base d'e-mails internes du ministère israélien de la justice, les moyens déployés par le pouvoir israélien « pour mener une guerre juridique contre celles et ceux qui combattent les crimes israéliens devant la justice », en France et en Europe, en s'appuyant sur la « participation active du CRIF », notamment contre les militants du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Curieusement, les médias français, qui ne se privent pas de pointer des ingérences russes ou chinoises, ne reprennent pas ces révélations. Le Parlement européen non plus. Le président de la commission spéciale sur l'ingérence étrangère dans l'ensemble des processus démocratiques de l'Union européenne, Raphaël Glucksmann, n'a, lui non plus, rien vu…

Le grand dénigrement

Bien sûr, les propositions de Rima Hassan se discutent, comme celle d'un État binational, qui n'est d'ailleurs pas la position officielle de LFI. Mais cela relève du débat politique. Certaines de ses formulations ne sont pas très heureuses : elle traite de « raclure » Gérard Larcher, président du Sénat, compare défavorablement le ministre français de l'intérieur à son homologue tunisien, soulignant que le premier veut la priver de sa nationalité quand le second « assure [sa] protection lors de [ses] déplacements » à Tunis — les prisonniers politiques tunisiens apprécieront…

La jeune députée n'évite pas toujours le piège des réseaux sociaux, qui poussent aux ripostes immédiates et aux formules chocs. Il est vrai qu'à l'exception de quelques radios et télés alternatives, elle est boycottée par la presse. Y compris quand elle fait partie des rares Français embarquant en juin 2025 sur l'une des flottilles internationales contre le blocus de Gaza, en l'occurrence le Madleen.

  • Alors qu'Israël arraisonne la flottille et arrête les militants, le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot fustige la « vacuité d'une opération de com » et les « gesticulations de Mme Hassan ».

La plupart des radios et télévisions publiques commencent par ignorer l'événement, quand, en juin 2025, Causeur ou Marianne, des journaux à la ligne réactionnaire et relais de la politique israélienne, ironisent. Alors qu'Israël arraisonne le bateau dans les eaux internationales et arrête les militants, au lieu de s'inquiéter de cet acte de piraterie, le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot fustige, à l'Assemblée nationale le 11 juin 2025, la « vacuité d'une opération de com » et en particulier les « gesticulations de Mme Hassan ». Même son de cloche de la part du secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel : « Nous ne sommes pas là pour faire du buzz, notre action fait moins de bruit qu'une flottille qui part pour Gaza avec quelques kilos de pâtes et de farine et qui n'y arriveront jamais » (24 juin 2025).

L'humoriste Sophia Aram parlera trois mois plus tard sur France Inter de « deux kilos de pâté végan, un pack de Palestine Coca, et trois boîtes de protection périodiques », portés par des « militants islamistes ++ ». Rima Hassan était alors à bord de la flottille Global Sumud qui a reçu de nombreux soutiens… à l'étranger — dont ceux des gouvernements espagnol et colombien.

Une nouvelle génération d'acteurs politiques

La légitimité de Rima Hassan, en tant que Palestinienne et « enfant de la Nakba », à porter la lutte pour le droit au retour des Palestiniens est aussi ce qui lui vaut une telle charge de la part des relais pro-israéliens. Quand, sur le plateau de C ce soir, l'émission de débat de France 5, le 30 janvier 2023, elle assure avec émotion : « Ici, chacun d'entre vous peut se rendre dans le village de ses grands-parents, au nom de quoi devrais-je en être privée ? », personne ne peut lui porter la contradiction.

Issue de la société civile et de l'immigration, la députée européenne représente une nouvelle génération d'acteurs politiques. Elle a rejoint les rangs de LFI forte de sa liberté de parole et de son expertise de juriste internationale. Cela en fait la cible de la quasi-totalité des partis politiques. Au premier rang de l'offensive se trouvent Emmanuel Macron et ses troupes, qui, après avoir fait imploser la droite, espéraient constituer un « extrême centre » (avec une partie des Républicains et une partie du Parti socialiste) lors de la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024. La promotion du Nouveau Front populaire par LFI a fait capoter le projet. Depuis, chacun de ses militants doit être déconsidéré.

  • Cette cabale contre Rima Hassan et LFI révèle un mal plus profond : la gangrène de l'islamophobie gagne progressivement la société.

Pas moins de six ministres ont dénoncé Rima Hassan, l'accusant, au choix, d'apologie du terrorisme, d'incitation à la violence et d'antisémitisme. Ils se sont retrouvés aux côtés de dirigeants et élus socialistes tels Jérôme Guedj, ou des Républicains tels Gérald Darmanin. Elle sert d'épouvantail pour que le cordon sanitaire électoral qui, hier, empêchait l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir frappe désormais LFI. Il s'agit de « faire barrage à LFI », commente le 10 juin 2024 la présentatrice de Radio J Eva Soto. Ce que résume parfaitement Le Point : « Jean-Marie Le Pen est revenu, il s'appelle Rima Hassan. »

Noël Buffet, ministre délégué à l'intérieur, et Patrick Mignot, ministre des relations au Parlement, sont allés jusqu'à réclamer, en mars 2025, sa déchéance de nationalité — ce qui est illégal, Rima Hassan ne bénéficiant pas d'une autre nationalité —, avec l'approbation de Bruno Retailleau. La déchéance est également exigée par Marion Maréchal, Jean-Philippe Tanguy puis Marine Le Pen. Il faut imaginer la violence symbolique que cela représente pour une jeune femme hier apatride. Aujourd'hui encore, Rima Hassan n'arrive pas à contenir son émotion quand elle en parle.

Mais que l'on ne s'y trompe pas. Cette cabale contre elle et LFI révèle un mal plus profond : la gangrène de l'islamophobie gagne progressivement la société. L'éditorialiste Nathalie Saint-Cricq peut assurer tranquillement sur France Info, le 3 décembre 2025, que des dirigeants LFI manient « l'antisémitisme pour séduire les électeurs musulmans » des banlieues qui, par essence, seraient antisémites. Quelques jours plus tard, Alain Minc, conseiller des puissants et théoricien de « la mondialisation heureuse », reprend l'accusation.

Comme le résume fort bien l'auteur étatsunien de romans graphiques Art Spiegelman dans un entretien croisé avec son alter ego Joe Sacco dans Libération, le 20 décembre : « L'antisémitisme est désormais un nom de code pour désigner toute sympathie envers les Palestiniens. » En France, il est devenu bien commode pour légitimer le racisme antimusulman et discréditer toute voix de gauche.

« Le Monde » dans ses œuvres

Avant d'être élue sur la liste La France insoumise aux élections européennes 2024, Rima Hassan était traitée dans le journal Le Monde comme une personnalité émergente dans le paysage français. Ses prises de position sur la Palestine et Israël étaient connues, comme en témoigne son portrait dressé dans M, le magazine du Monde (7). Un an après, celui dessiné sur une pleine page du quotidien par Christophe Ayad et Abel Mestre (8) ressemble plutôt à un réquisitoire tout en sous-entendus.

Dès le chapeau, les adjectifs donnent le ton : ses positions sont « radicales », ses réparties sont « cinglantes » et son usage des réseaux sociaux est « agressif ». Les deux portraitistes évoquent ensuite la déchéance de nationalité réclamée à son encontre par deux ministres du gouvernement Bayrou, mais aussi par Marion Maréchal et l'imam Hassen Chalghoumi : « Au lieu de se faire oublier, elle a répliqué », commentent-ils. Une accusée qui se défend !

Et quand elle est refoulée à son arrivée à Tel-Aviv, le 24 février 2025, dans le cadre d'une visite d'élus du Parlement européen en Israël et en Cisjordanie, ce n'est pas Israël qui doit rendre des comptes, mais l'élue : son « voyage tenait plus de la provocation que du projet mûrement préparé ». Quant à la contestation du narratif de Tel-Aviv, à laquelle l'eurodéputée procède sans relâche, ils assurent que « Rima Hassan accordera toujours plus de crédit à la version du Hamas qu'à celle de l'armée israélienne. Mais [qu']elle est aussi une élue française et semble parfois l'oublier »…

Le soupçon est permanent, qu'il porte sur l'existence de son mémoire de master ou sur son voyage en Syrie en janvier 2024, présenté comme « troublant », car, d'après les fins limiers, « il fallait alors de bonnes connexions avec le régime Assad pour pouvoir s'y rendre en tant que française ». Rima Hassan, agente secrète syrienne ou fille d'un père collaborateur ? « Elle n'a jamais pris position contre le régime d'Al-Assad », pointe l'article. La jeune femme y entreprenait un voyage de deuil : après la mort de sa mère, revoir son père dans son pays de naissance ; « un voyage personnel, intime, familial », d'après ses mots, ce qui, d'ordinaire, se respecte.

Bienveillants, les deux portraitistes finissent par s'inquiéter pour cette jeune femme. « Se rend-elle compte, écrivent les deux sachants, qu'elle est tout ce qu'exècre le Hamas : une femme, indépendante, de gauche, fumeuse et sans voile, décidée à mener sa vie privée à sa façon ? » Menteuse, palestinienne, pro-syrienne sur les bords, antisémite cachée, Rima Hassan est en plus complètement idiote. Merci de la démonstration.

Notes

1- La Cour nationale du droit d'asile est une juridiction administrative qui examine les recours des demandeurs du droit d'asile contre les décisions de l'Ofpra.

2- « The most powerful people in Europe, 28 Class of 2026 », politico.eu

3- Camille Polloni, « Apologie du terrorisme : des condamnations à la hausse depuis le 7-Octobre », Médiapart, 11 octobre 2025.

4- Caroline Yadan est élue de la 8e circonscription des Français de l'étranger qui comprend les 145 883 Français inscrits sur les listes consulaires dont 65 137 en Israël, 33 698 en Italie et 23 855 en Palestine, le reste étant réparti en Chypre, Grèce, Vatican, Turquie, Malte et Saint-Marin.

5- La proposition de loi « visant à lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme » signée par 120 députés (parmi les élus Renaissance, Les Républicains, Rassemblement national et quelques socialistes) n'a pu passer en procédure accélérée le 26 janvier 2026, mais pourrait être représentée prochainement.

6- Médiapart, 12-14 décembre 2024.

7- Benjamin Barthe, « Rima Hassan, la Palestine chevillée au cœur », M, le magazine du Monde, 14 janvier 2024.

8- « Rima Hassan, eurodéputée LFI, trois identités et une obsession : la Palestine », Le Monde, 14 mars 2025.

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La riposte au fascisme et à la militarisation ne doit pas attendre 2027

7 avril, par William Donaura — , ,
Droitisation accélérée, banalisation du racisme et marche à la guerre : l'urgence est de reconstruire des mobilisations unitaires pour imposer une alternative — sans attendre (…)

Droitisation accélérée, banalisation du racisme et marche à la guerre : l'urgence est de reconstruire des mobilisations unitaires pour imposer une alternative — sans attendre 2027.

2 avril 2026 | tiré de l'Anticapitaliste

De manière qui semble irrésistible, la droite et le centre poursuivent leur droitisation. Le RN sort des muni- cipales renforcé dans ses bas- tions et avec une implantation géographique élargie. L'union des droites est en marche : concrétisée à Nice avec l'élection du fasciste Ciotti, elle apparaît désormais tacitement acceptée tant à LR qu'au RN. Et c'est avec un ancrage à droite, voire très à droite, que les candidatEs issuEs du macronisme ont été éluEs ou ont réalisé de bons scores.

De quoi permettre à Attal de déclarer, en toute décontraction : « Il faut très vite que nous nous remettions à parler de la France aux Français ».

En face, la gauche apparaît pro- fondément divisée. D'un côté, un PS prêt à toutes les compro- missions pour gérer le système, du refus de la censure à celui d'alliance pour faire battre le RN, en passant par le relais des attaques de la droite et de la macronie contre les antifascistes et LFI. De l'autre, LFI, qui incarne une gauche de rupture en pro- gression, mais qui avance seule et reste focalisée sur l'échéance de 2027.

Contre le militarisme et la fascisation…

Le déferlement raciste suscité par l'élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis, en région parisienne, illustre l'ampleur de la banalisation des idées racistes. Cette séquence met en lumière la possibilité d'un basculement vers un pouvoir fasciste en 2027, d'autant que d'ici là, des accélérations comme celle observée après la mort de Quentin Deranque ne sont pas à exclure...

Les attaques contre les travail- leurEs et la marche à la guerre se poursuivent : aucune mesure contre la hausse des prix ; remise en cause du 1er Mai ; trois mois de droits au chômage en moins en cas de rupture convention- nelle ; « correction » du bud- get 2026 avec une rallonge de 8,5 milliards d'euros pour les armées ; hausse du nombre de têtes nucléaires (et secret sur leur nombre) ; mise en chan- tier d'un sous-marin et d'un porte-avion nucléaire (19 mil- liards d'euros de commandes en 2025 pour le groupe d'armement Naval Group) ; complicité avec le génocide à Gaza ; participa- tion à la guerre en Iran (drones et Rafale)…

Très prochainement s'ouvrira la discussion du budget 2027. Elle pourrait faire émerger une large unification politique autour d'un projet de « keynésianisme militaire vert » ou d'« écologie de guerre », prétendant arti- culer « transition écologique » et militarisation au nom de la « souveraineté énergétique ». ... par des mobilisations unitaires sans attendre 2027.

En 2024, le Nouveau Front populaire (NFP) a constitué une avancée, certes d'abord électo- rale, vers un front politique et social porteur d'une politique de rupture. Une avancée qui n'aurait sans doute pas été possible sans la mobilisation unitaire massive du printemps 2023 contre l'al- longement de l'âge de départ en retraite. Sans fétichiser cette expérience, elle montre néan- moins la force des dynamiques d'unification politique portées par les mobilisations.

Aujourd'hui, on voit bien com- bien la fragmentation politique à gauche pèse sur le déclenche- ment des mobilisations, tandis que leur absence favorise le repli des appareils sur leurs intérêts boutiquiers, avec le risque que la présidentielle capte l'essentiel des énergies et des stratégies. Pourtant, l'unité, sur la base d'un programme de rupture, reste nécessaire et constitue un horizon stratégique à ne pas abandonner. Par ailleurs, rien n'exclut une irruption de type Gilets jaunes ou Bloquons tout face à la dégradation de nos conditions d'existence.

La grève féministe du 8 mars 2026, à l'occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, ainsi que les manifestations antiracistes du 14 mars, ont montré qu'il existe un potentiel de mobilisation.

La solidarité avec la Flottille pour Gaza qui part le 4 avril, le 1er Mai comme rendez-vous antifasciste et antimilitariste, ou encore la grande manifes- tation du contre-G7 à Genève le 14 juin contre la marche à la guerre, sont autant d'échéances à construire dans l'unité la plus large possible. La riposte au fascisme et à la militarisation ne doit pas attendre 2027.

William Donaura

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La régularisation des migrants en Espagne marque un rare tournant progressiste en Europe

7 avril, par Kim Wilson — , ,
Par une matinée chaude et ensoleillée de février à Alicante, des dizaines de personnes se pressaient devant le consulat algérien, situé à côté du marché central de la ville. (…)

Par une matinée chaude et ensoleillée de février à Alicante, des dizaines de personnes se pressaient devant le consulat algérien, situé à côté du marché central de la ville. Presque exclusivement des hommes, pour la plupart jeunes ou d'âge mûr, ils fouillaient dans leurs documents et leurs passeports, s'exprimant en arabe à voix basse. Le spectacle qui se déroulait dans la rue ne pouvait passer inaperçu. De petits groupes de migrants sont désormais monnaie courante dans les villes espagnoles depuis l'annonce récente du Premier ministre Pedro Sánchez selon laquelle le gouvernement allait bientôt entamer le processus de régularisation des travailleurs migrants sans papiers vivant actuellement dans le pays.

24 mars 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : Des membres de Regularización YA célèbrent l'annonce du programme de régularisation espagnol, qui pourrait accorder un titre de séjour légal et des permis de travail à environ 500 000 migrants. Photo gracieusement fournie par Regularización YA.
https://canadiandimension.com/articles/view/spains-migrant-regularization-marks-a-rare-progressive-turn-in-europe

Le 27 janvier 2026, Sánchez, qui dirige le Parti socialiste des travailleurs (PSOE), a annoncé que les migrants vivant en Espagne sans papiers pourraient bénéficier d'une régularisation — processus par lequel les non-ressortissants vivant en situation irrégulière dans un pays se voient accorder un statut légal — s'ils y ont séjourné pendant au moins cinq mois consécutifs avant le 31 décembre 2025, ou s'ils ont déposé une demande d'asile avant cette date. Les demandeurs doivent prouver qu'ils n'ont pas de casier judiciaire dans leur pays d'origine au moment de la demande. Si leur demande est approuvée, ils se verront accorder un permis de séjour légal d'un an avec autorisation de travail, qui pourra ensuite être modifié ou prolongé.

Les enfants des demandeurs qui résidaient en Espagne depuis cinq mois consécutifs avant le 31 décembre seront admis et recevront un permis de séjour de cinq ans. Environ 500 000 personnes vivant et travaillant actuellement en Espagne devraient bénéficier de ce plan. La procédure de demande se déroulera de début avril au 30 juin de cette année.

Les membres progressistes du gouvernement de coalition ont exprimé leur soutien total à ce programme. La ministre espagnole de l'Immigration, Elma Saiz, a déclaré lors d'une conférence de presse que les personnes régularisées pourraient travailler dans n'importe quel secteur, partout en Espagne, et que ces changements apporteraient reconnaissance et dignité à ceux qui y vivent. Sánchez a également souligné que la faible natalité et le vieillissement de la population exercent une pression sur les systèmes de retraite et de sécurité sociale, mettant en avant la nécessité d'avoir davantage de travailleurs cotisants.

« Tout au long de l'histoire, la migration a été l'un des grands moteurs du développement des nations, tandis que la haine et la xénophobie ont été – et continuent d'être – les plus grands destructeurs des nations. La clé réside dans une bonne gestion », a déclaré le Premier ministre.

Irene Montero, ancienne ministre de l'Égalité et membre éminente de Podemos, le parti d'extrême gauche en coalition avec le PSOE, milite depuis longtemps en faveur de la régularisation des migrants et a fait écho à l'appel de Sánchez en faveur d'une réponse humaine à la migration. « Accorder des droits est la réponse au racisme », a déclaré Montero.

Mobilisation citoyenne et décret royal

Pourtant, ce ne sont pas Sánchez, le PSOE ou Podemos qui ont été à l'origine de la dernière initiative visant à régulariser les migrants, mais un groupe de citoyens actifs issus de la base. À la suite de la pandémie, un collectif socialiste, Iniciativa Legislativa Popular (ILP), désormais connu sous le nom de Regularización YA (Régularisation maintenant), a lancé une campagne de pétition visant à normaliser la situation de milliers de migrants sans papiers vivant et travaillant en Espagne.

Pendant et après la pandémie de COVID-19, un nombre croissant de migrants est arrivé dans le pays. Un groupe de réflexion conservateur, Funcas, a déclaré que le nombre de migrants sans papiers en Espagne avait été multiplié par huit entre 2017 et 2025, passant de 107 409 à 837 938. La majorité d'entre eux seraient originaires de Colombie, du Pérou et du Honduras. L'ampleur de la migration est indéniable — des milliers de personnes en difficulté, sans domicile ni emploi — et des organisations telles que Regularización YA ont fait pression sur le gouvernement pour qu'il agisse.

Ayant recueilli plus de 600 000 signatures, la pétition de l'organisation a imposé un vote au Congrès en 2024 afin d'examiner le projet de loi. Au total, 310 députés ont voté pour, y compris le Parti populaire (PP), parti d'opposition conservateur, qui a soutenu la pétition sous la pression de l'Église catholique, tandis que seuls 33 ont voté contre.

Malgré ce soutien massif, la décision a été bloquée pendant des mois en raison d'un manque de consensus. Finalement, sous la pression de Podemos et du mouvement citoyen au sens large, Saiz a annoncé que le programme de régularisation serait mis en œuvre par décret royal.

Il existe un précédent en matière de programmes de régularisation de masse en Espagne. Les trois premiers programmes de régularisation, lancés en 1986, 1991-1992 et 1996, ont permis de régulariser 174 000 personnes en une décennie, tous sous le gouvernement du PSOE du Premier ministre Felipe González. Plus tard, en 2000 et 2001, 503 000 personnes ont vu leur statut régularisé en seulement deux ans — fait remarquable, sous la direction conservatrice du Premier ministre José María Aznar du PP.

Le programme le plus récent, en 2005, a également été promulgué par décret royal. En peu de temps, le « proceso de normalización » a permis à 576 506 personnes d'obtenir des papiers pour travailler légalement en Espagne. Géré par le Premier ministre José Rodríguez Zapatero du PSOE, il exigeait un permis de séjour initial et une offre d'emploi. Ce fut la période de régularisation la plus réussie de l'histoire de l'Espagne, jusqu'à présent.

En 2026, pour la première fois en 20 ans, le gouvernement dirigé par le PSOE mettra en œuvre le septième programme de régularisation massive du pays. En moins de trois mois, l'Espagne devrait voir le plus grand nombre de migrants de son histoire obtenir des titres de travail.

Améliorer la vie des migrants

La régularisation améliore indéniablement la vie des migrants. Grâce à la possibilité de travailler dans des secteurs réglementés de la société, les travailleurs de nombreux secteurs bénéficient d'une meilleure protection par le droit du travail et la réglementation dont jouissent les autres.

L'un des plus grands groupes de migrants du pays travaille dans les services domestiques, notamment le nettoyage et la garde d'enfants. La plupart des travailleurs domestiques sans papiers sont des mères célibataires originaires d'Amérique latine. Elles vivent souvent dans des maisons privées, aidant des familles espagnoles dans les tâches quotidiennes de la gestion d'un foyer. Des témoignages de travailleuses domestiques vivant chez leur employeur suggèrent qu'on attend souvent d'elles qu'elles fournissent des soins à temps plein aux personnes âgées, ce qui ne leur laisse que peu ou pas de temps libre — les rendant presque prisonnières de la maison.

Les travailleurs domestiques sont notoirement peu protégés sur le plan de l'emploi. Pour tenter de remédier à cette situation, l'Espagne a adopté en 2022 un décret-loi royal reconnaissant le droit des travailleurs domestiques à percevoir des allocations chômage, bien que la loi exclue les personnes sans papiers. Les travailleurs vivant chez leur employeur sont depuis longtemps exposés à l'exploitation, les employeurs profitant de l'économie souterraine et outrepassant leurs limites. La régularisation change la donne : les travailleurs ont désormais accès aux allocations chômage, et beaucoup peuvent rejoindre des entreprises offrant de meilleurs salaires et une protection renforcée, rendant ainsi leur emploi plus sûr et plus stable.

Au-delà du travail domestique, les travailleurs agricoles constituent une autre partie essentielle de la main-d'œuvre. Dans la province d'Almería, dans le sud-est de l'Andalousie — la plus grande productrice d'huile d'olive, de fruits et de légumes du pays —, la crainte d'être expulsés est très répandue parmi les ouvriers agricoles. La région dépend fortement des travailleurs sans papiers pour récolter des produits d'exportation de grande valeur destinés à la consommation nationale et mondiale.

Juan Miralles Ortega est le président de CONVIVE Fundación Cepaim, une organisation basée en Andalousie qui se consacre à la promotion des droits humains des personnes vulnérables, en particulier des migrants. Mamadou, un jeune ouvrier agricole originaire du Mali vivant actuellement à El Ejido, dans la province d'Almería, a confié à Ortega que sans la crainte constante d'une expulsion, il pourrait enfin commencer à se construire une vie en Espagne. L'un de ses premiers objectifs est d'ouvrir un compte bancaire, ce qui est impossible sans contrat de travail et sans nómina, le document officiel détaillant le salaire et les retenues. La régularisation permettra non seulement d'alléger le stress lié à une éventuelle expulsion, mais aussi de fournir à Mamadou et aux autres travailleurs agricoles du sud les documents légaux dont ils ont besoin pour s'établir véritablement dans le pays.

Marche à Barcelone contre le racisme et les sentiments anti-immigrés, juillet 2025. Photo gracieusement fournie par Regularización YA/X.

Opposition et désinformation

Comme on pouvait s'y attendre, la régularisation a provoqué une vive réaction de la part de la droite. Malgré les avantages évidents du programme, l'annonce a rapidement été accueillie par une vague d'affirmations sensationnalistes et trompeuses, relayées par des figures de l'opposition et amplifiées par des influenceurs sur les réseaux sociaux. Connue sous le nom de bulos, cette désinformation s'est rapidement propagée, faussant le débat public dès le départ. Des influenceurs de droite ont affirmé que la régularisation des migrants surchargerait les services publics et influencerait les prochaines élections au profit du PSOE. En réalité, la régularisation n'accorde pas la citoyenneté aux demandeurs, qui ne peuvent donc pas voter.

En Espagne, la citoyenneté — et le droit de vote — nécessite généralement dix ans de résidence. Si certains demandeurs originaires d'Andorre, du Portugal, d'Amérique latine, des Philippines et de Guinée équatoriale peuvent déposer une demande après deux ans, ils ne pourront obtenir la citoyenneté au plus tôt qu'en 2028. Pourtant, les influenceurs d'extrême droite et les partis conservateurs nationaux comme Vox et le PP continuent d'affirmer que Sánchez tente de manipuler les élections de 2027, une accusation qui s'effondre à la moindre lecture de la loi espagnole.

Alberto Nuñez, leader populiste du groupe d'extrême droite Se Acabó la Fiesta (La fête est finie), est allé jusqu'à qualifier les efforts de régularisation de « coup d'État inconstitutionnel », appelant à des manifestations de rue et à un recours devant la Cour constitutionnelle. Alberto Nuñez Feijóo, chef du PP, a affirmé que le programme ferait entrer davantage de personnes illégalement dans le pays et « submergerait nos services publics », tandis que le chef de Vox, Santiago Abascal, a averti à plusieurs reprises qu'il faciliterait une invasion d'étrangers et remplacerait les Espagnols.

Pourtant, Sánchez reste inébranlable et sans remords, car les faits démantèlent les bulos de la droite. Cette annonce intervient à un moment où l'hostilité mondiale envers les migrants ne cesse de croître. Alors que les États-Unis procèdent à des expulsions massives et que les partis de droite enregistrent des gains électoraux à travers l'Europe, l'Espagne se distingue comme une rare exception en privilégiant l'intégration plutôt que la dissuasion. Alors que des politiques anti-immigration draconiennes se répandent dans des pays comme le Danemark, l'Allemagne et l'Autriche, les efforts de l'Espagne pour inclure les migrants sans papiers, malgré une opposition nationaliste persistante au niveau national, ont suscité un large écho positif.

Une voie à suivre

L'Espagne offre une voie progressiste à suivre face à la vague montante de politiques régressives et anti-immigration. Cette « exception espagnole » — portée par un gouvernement socialiste et soutenue par une société civile organisée et engagée — présente une alternative crédible pour les pays confrontés à des pressions et des responsabilités similaires. Malgré la position inébranlable du PSOE et de Podemos, la régularisation massive ne se fera pas sans difficultés. Sánchez doit encore composer avec les contraintes de l'Union européenne, où la politique d'immigration reste étroitement liée aux obligations liées à l'adhésion.

Pour les demandeurs, le processus lui-même présente des obstacles importants. Obtenir des extraits de casier judiciaire de leur pays d'origine — dont beaucoup sont confrontés à l'instabilité politique ou à des perturbations administratives — peut être long, complexe et, parfois, prohibitif.
Les foules d'Algériens devant leur consulat à Alicante trouvent un écho chez les Bangladais, les Pakistanais et les Latino-Américains qui se rassemblent devant les ambassades à Barcelone, Madrid et ailleurs — un rappel visible que les changements politiques audacieux exigent des efforts tout aussi ardus de la part de ceux qu'ils sont censés aider.

L'immigration, la régularisation et la documentation sont rarement simples. Pourtant, pour beaucoup, la possibilité de sortir de l'ombre et d'accéder à une reconnaissance légale rend ces difficultés acceptables.

Kimberly Wilson est membre du comité de coordination de Canadian Dimension. Kimberly étudie actuellement l'espagnol comme langue seconde à Barcelone, en Espagne, et travaille comme rédactrice et écrivaine indépendante. Elle est titulaire d'une maîtrise en études canadiennes et en études autochtones de l'Université Trent.

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La marche de Together contre l’extrême droite bat tous les records

7 avril, par Terry Conway — , ,
La marche de l'Alliance Together contre l'extrême droite, qui s'est déroulée samedi 28 mars, a probablement été la plus grande manifestation antifasciste de l'histoire (…)

La marche de l'Alliance Together contre l'extrême droite, qui s'est déroulée samedi 28 mars, a probablement été la plus grande manifestation antifasciste de l'histoire britannique. Elle était comparable à certaines des premières manifestations de solidarité avec la Palestine.

1 avril 2026 | tiré de Vientosur.info

Les organisateurs affirment qu'il y avait un demi-million de personnes ; difficile d'en être certain avec une foule aussi gigantesque, mais il s'est écoulé plus de deux heures et demie entre le moment où les banderoles en tête du cortège ont quitté Park Lane et celui où la queue a fait de même. Se déplacer dans la foule, c'était comme nager dans du miel !

Il s'agissait d'une manifestation cruciale après que 100 000 personnes se sont rendues à la manifestation Unite the Kingdom de l'activiste d'extrême droite Tommy Robinson en septembre dernier, avec une contre-manifestation modeste et démoralisante.

Bien qu'Anti Capitalist Resistance (ACR) ait critiqué Together Alliance pour son insistance sur des slogans modérés contre l'extrême droite, ainsi que pour l'inclusion de personnalités transphobes parmi ses principaux porte-parole, cette manifestation historique de solidarité dans les rues de Londres est un moment à célébrer et à saisir comme une occasion de construire la résistance au sein de nos communautés.

Les migrant·e·s et les demandeur·euse·s d'asile sont en première ligne dans cette lutte, et notre soutien doit être inébranlable. À eux s'ajoutent les personnes handicapées, trans, noires et autres personnes racialisées, ainsi que les femmes en général, qui sont les cibles de la nouvelle extrême droite, laquelle ne fait qu'accroître la violence institutionnelle et structurelle de l'État.

Diversité

La mobilisation était très diversifiée. Une vaste campagne de sensibilisation a été menée : des tracts ont été distribués pendant des semaines dans de nombreuses communautés et sur les lieux de travail, sans compter la couverture médiatique des jours précédents dans The Mirror, The Guardian et le London Evening Standard. Les gens ont entendu parler de l'événement et sont venus avec leurs amis. La musique a été un véritable pôle d'attraction. D'autres personnes sont venues par l'intermédiaire de Greenpeace, War on Want et d'autres ONG et organisations caritatives.

Une marche parallèle en solidarité avec la Palestine a rassemblé plusieurs milliers de personnes, et de nombreux drapeaux palestiniens flottaient tout au long du rassemblement. Les Democrats Abroad ont apporté des masques en papier mâché « No Kings », en référence aux manifestations massives qui avaient lieu aux États-Unis contre Trump ce même jour. Une fois de plus, les messages contre Trump étaient légion. Un important contingent d'Europe de l'Est a marqué la manifestation. Son message était simple : il faut lutter contre l'extrême droite non seulement en Occident, mais aussi en Europe de l'Est. De nombreux membres du contingent étaient ukrainiens, dont les amis et les proches se trouvent en première ligne pour résister à l'annexion de Poutine ou vivent sous des bombardements constants. L'un des slogans qu'ils scandaient était « De l'Ukraine à la Palestine, l'occupation est un crime ». La campagne de solidarité avec l'Ukraine était très visible avec ses drapeaux.

De nombreux syndicats s'étaient efforcés d'amener leurs membres et leurs banderoles dans les rues de Londres, NEU et UNISON étant les plus présents. Sans aucun doute, de nombreux militants se demanderont dans les semaines à venir pourquoi la participation à ces cortèges de la manifestation a été plus importante — formant un défilé d'une ampleur respectable en soi — que celle que ces mêmes syndicats ont mobilisée contre le génocide en Palestine.

Les partis

En ce qui concerne les partis politiques, la situation était plus compliquée. Rob Marsden rend compte de la présence du Parti vert

J'ai croisé de petits groupes de membres du Parti vert ou de personnes qui marchaient avec des amis et des proches, souvent avec des pancartes artisanales faisant référence à Zack Polanski, Hannah The Plumber ou jouant sur le slogan de la Menace verte.

Beaucoup de ces personnes étaient non seulement nouvelles au sein du Parti vert et de la politique organisée, mais dans de nombreux cas, elles n'avaient jamais participé à une manifestation auparavant. Espérons que l'ampleur impressionnante et le spectacle de la marche soient une source d'inspiration durable et un encouragement à poursuivre l'action.

Ceux d'entre nous qui avons rejoint le bloc officiel du Parti vert, à la fin de la marche, derrière un bataillon de percussionnistes de samba d'Extinction Rebellion, avons constaté qu'il comptait environ un millier de personnes et se distinguait par une multitude de banderoles locales du Parti vert, dont beaucoup étaient verticales, en forme de larme ou de plume. Les partis verts de toute la Grande-Bretagne étaient représentés, mais beaucoup, peut-être la majorité, n'ont actuellement pas leurs propres banderoles.

Et c'est là que réside un petit problème pour les Verts. Il n'y avait aucune banderole ni aucun tract du Parti vert produit au niveau central. Cela ne semble pas être une question de ressources. Par rapport à il y a quelques années, le Parti vert et ses sections locales croulent sous l'argent.

Il s'agit plutôt d'une question de culture du Parti vert et d'une focalisation excessive sur les campagnes électorales locales, au lieu d'une approche plus générale visant à rallier de larges segments de la population à la politique du Parti vert et à construire une base solide au sein des mouvements sociaux.

Your Party disposait également de son propre bloc, dont Dave Kellaway rend compte

On estime qu'il y avait environ 500 participants. Les organisateurs du bloc ont dénombré plus de 50 groupes de sympathisants venus de toute la Grande-Bretagne — de Glasgow au Devon —, dont beaucoup avaient leurs propres banderoles, et dont certains ne sont même pas arrivés jusqu'au bloc, qui, encore une fois, se trouvait très en arrière dans la foule. Your Party n'a rien fait au niveau central pour insister sur le fait que les membres devaient être visibles et s'organiser lors de l'événement, se contentant de mentionner la marche en passant dans un courriel du président le 23 mars.

Les superbes banderoles et affiches principales —Détestez les yachts, pas les embarcations de fortune, Le capitalisme divise, le socialisme unit et Notre solution = le socialisme— ont été organisées par des camarades de l'Assemblée des délégués de Tout Londres, plutôt que par la direction élue, qui s'est dérobée à ses responsabilités. De nouveaux liens ont été tissés avec des militants de différents endroits et la solidarité s'est renforcée. Une expérience positive face à l'abstention de la direction.

Pendant ce temps, le Parti travailliste n'a joué aucun rôle officiel dans la mobilisation pour cette journée. La direction aurait facilement pu s'investir dans la manifestation et envoyer un représentant de premier plan ; Starmer aurait pu lancer un message insipide contre la réforme, mais rien, zéro.
Même la gauche [du Parti travailliste], l'alliance Mainstream/Momentum, n'a pas joué de rôle marquant.
Trois ou quatre banderoles du Parti travailliste ont fait leur apparition : la bureaucratie n'a pas pu facilement réitérer le blocage des militants qui voulaient les porter lors des marches de solidarité avec la Palestine. Le Parti travailliste devrait s'inquiéter : beaucoup de ceux qui sont venus sont des personnes qui votaient autrefois pour lui, qui ne le font plus et qui s'organisent de plus en plus.

L'ACR a connu une large participation, avec des membres venus de toute l'Angleterre et du Pays de Galles présents ce jour-là, et beaucoup d'entre nous se sont ensuite rendus à Croydon pour manifester contre la venue de Nigel Farage dans cette ville, en indiquant clairement qu'il n'était pas le bienvenu dans nos rues. Nous avons distribué notre tract antifasciste, discuté avec d'autres manifestants et célébré la solidarité.

Tout comme pour nos tracts très appréciés sur la Palestine, beaucoup ont emporté le tract pour s'en servir de banderole ; certains ont réutilisé ceux qu'ils avaient déjà apportés à cette fin. Notre groupe a participé avec ses propres chants, dont beaucoup ont été repris en chœur par ceux qui nous entouraient.

Et maintenant ? Nous avons besoin de nombreux événements locaux dynamiques, axés en particulier sur les élections locales dans les zones où Reform est fort. Cela nécessite un travail de sensibilisation organisé, car la gauche elle-même est souvent faible dans ces zones.

Un problème pour la gauche est que Reform est souvent fort là où la gauche est faible, ce qui nécessiterait donc un travail de sensibilisation organisé. Nous devons profiter de la bonne ambiance de cette manifestation — un véritable coup de pouce pour la confiance et le moral des gens — et obtenir une nouvelle mobilisation massive de la gauche contre Tommy Robinson le 16 mai.

Les crises entrelacées du capitalisme, appelées « olcrise », qui englobent la reproduction sociale, l'économie et l'écologie, exigent un avenir écosocialiste. Le fascisme représente un défi direct à cet avenir que nous devons vaincre. Cela signifie plus que des manifestations ; cela signifie la résistance au sein de nos communautés et, à moyen terme, la construction d'un parti de masse capable d'arracher le pouvoir politique des mains des fascistes et de leurs complices.
Merci à Dave Kellaway et Rob Marsden pour leurs contributions.

AnticapitalistResistance
Traduction :Deepl

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L’extrême droite européenne toujours plus vassalisée par Washington

7 avril, par Jacopo Custodi — , ,
Habituellement champions autoproclamés de l'intérêt national, les partis d'extrême droite européens affichent aujourd'hui un soutien inconditionnel à la nouvelle guerre menée (…)

Habituellement champions autoproclamés de l'intérêt national, les partis d'extrême droite européens affichent aujourd'hui un soutien inconditionnel à la nouvelle guerre menée par les États-Unis et Israël. Alors qu'ils choisissent la vassalité, ce sont les forces pacifistes qui se révèlent être les véritables défenseurs de la souveraineté.

29 mars 2026 | tiré de la lettre Le Vent se lève | Photo : Giorgia Meloni et Donald Trump à la Maison Blanche en 2025. © Governo italiano

Depuis des années, les partis d'extrême droite en pleine ascension à travers l'Europe se drapent dans le discours de la souveraineté. Brandissant les couleurs nationales, ils promettent de placer l'intérêt de leurs pays et son identité au-dessus de tout autre considération. Tout leur vocabulaire politique repose sur une affirmation centrale : eux seuls feraient réellement passer la nation avant toute autre considération, intérieure comme extérieure.

Le génocide à Gaza et la guerre que mènent actuellement les États-Unis et Israël contre l'Iran et le Liban révèlent au contraire à quel point ce discours a toujours été creux. Aux États-Unis, la guerre a une nouvelle fois brisé l'illusion selon laquelle la droite de Donald Trump serait, d'une manière ou d'une autre, moins impérialiste, moins militariste ou plus attachée à la paix que l'establishment libéral auquel elle prétend s'opposer. De même, en Europe, elle a révélé que lorsque Washington ou Tel-Aviv les appellent à la rescousse, les soi-disant souverainistes perdent soudainement tout intérêt pour la souveraineté.

Cette guerre a déjà causé des milliers de morts, un bilan effroyable, et embrase l'ensemble du Moyen‑Orient, avec des conséquences dévastatrices pour la région et bien au‑delà. Elle touche également les Européens : la flambée des prix de l'énergie s'accentue, l'instabilité économique se renforce, et un continent déjà éprouvé par les répercussions de la guerre en Ukraine se retrouve désormais confronté à la perspective d'un second conflit majeur à ses portes, avec tout ce que cela implique. Les sondages récents montrent d'ailleurs une opposition massive de l'opinion publique européenne à cette guerre. Si l'extrême droite européenne croyait vraiment à son propre discours sur l'intérêt national et l'indépendance, c'est le moment de le prouver. Au contraire, elle se range docilement sur la ligne officielle.

En Italie, cette subordination a pris une tournure presque tragicomique. Lorsque la guerre a éclaté, Guido Crosetto – ministre de la Défense du parti Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, qui adore afficher sa proximité avec Trump – se trouvait à Dubaï, apparemment pour des raisons familiales. Il ignorait que la guerre était sur le point de commencer car, comme il l'a admis, les États-Unis ne l'avaient pas informé de l'attaque imminente. Il s'est retrouvé bloqué à Dubaï, alors que les représailles iraniennes battaient leur plein et que l'espace aérien était fermé. Le tableau était presque trop parfait : un ministre de premier plan d'un gouvernement obsédé par la puissance et le prestige national, pris au piège d'une guerre régionale dont le calendrier et l'escalade avaient clairement été décidés ailleurs.

Même cette humiliation n'a pas empêché le gouvernement d'extrême droite de Meloni d'autoriser l'utilisation de bases américaines sur le sol italien pour la guerre contre l'Iran, tout en énonçant des réserves vagues et superficielles quant aux limites du soutien technique ou logistique. Ces événements se sont produits au moment même où le Parlement italien approuvait une nouvelle loi controversée assimilant de nombreuses critiques à l'égard d'Israël à de l'antisémitisme.

Une telle situation est d'autant plus frappante qu'elle contraste avec l'histoire même de l'Italie. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, malgré les contraintes imposées par la Guerre froide, l'Italie avait développé une politique étrangère fondée sur le dialogue et la coopération avec le Moyen-Orient, notamment avec la Palestine et l'Iran. Cette approche lui avait conféré une certaine souveraineté en matière de politique étrangère ainsi qu'un certain poids dans la région, deux atouts aujourd'hui perdus au profit d'une soumission de plus en plus profonde aux États-Unis et à Israël.

On observe le même phénomène ailleurs. Aux Pays-Bas, le leader d'extrême droite Geert Wilders a félicité le génocidaire israélien Benjamin Netanyahou d'avoir rendu le monde plus sûr en bombardant Téhéran, allant jusqu'à réaffirmer qu'il méritait le prix Nobel de la paix, et a critiqué le gouvernement néerlandais pour ne pas avoir soutenu les États-Unis et Israël avec suffisamment de diligence et de rapidité ! En Grande-Bretagne, Nigel Farage, politicien anti-immigration, a accusé le Premier ministre Keir Starmer de mettre en péril la « relation spéciale » avec Washington en faisant preuve d'une certaine hésitation initiale dans son soutien, avertissant que sans les États-Unis, la Grande-Bretagne serait « sans défense ». En Espagne, Santiago Abascal, du parti ultranationaliste Vox, a déploré que le gouvernement espagnol ait « entravé » les frappes aériennes et provoqué la colère de Trump. Encore et encore, les partis qui prétendent faire passer la « nation avant tout » se sont révélés les plus prompts à trahir les intérêts de leur propre peuple afin d'apaiser Trump et Netanyahou.

Dans ce contexte, l'extrême droite s'est de plus en plus rapprochée de l'establishment libéral-conservateur qui dirige les institutions européennes. Le fossé qui les séparait ne cesse de se résorber d'année en année, et cette guerre a rendu cette convergence encore plus évidente. Depuis le début de la guerre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n'a cessé de qualifier chaque attaque iranienne dans la région d'« imprudente », d'« injustifiable » et d'« aveugle ». Elle s'exprime avec désinvolture, comme s'il ne s'agissait pas d'actes de représailles en réponse aux frappes américano-israéliennes, qui ne sont pratiquement jamais mentionnées et jamais condamnées. Elle a même salué la perspective de voir la guerre offrir « un regain d'espoir au peuple iranien qui souffre depuis si longtemps »…

On ne peut manquer de remarquer ici le double standard moral des institutions de l'Union européenne. En réaction à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, elles n'ont cessé d'invoquer l'opposition entre « l'agresseur et l'agressé », ainsi que le caractère sacré du droit international. Or, cette position a désormais été complètement abandonnée, d'abord face au génocide à Gaza, et aujourd'hui face à la guerre contre l'Iran.

Pourtant, dans ce paysage assombri, une position souveraine s'est faite entendre. Elle n'est pas venue de la droite nationaliste, mais de la gauche. Le gouvernement social‑démocrate espagnol de Pedro Sánchez, allié à son partenaire de coalition Sumar (gauche radicale, ndlr), s'est ouvertement opposé à la guerre. Il a qualifié l'attaque contre l'Iran d'illégale et d'injuste, a mis en garde contre les coûts économiques et politiques considérables pour l'Europe, et a refusé d'autoriser les États‑Unis à utiliser les bases militaires situées sur le territoire espagnol. Sans surprise, cette position a suscité la colère de Donald Trump et, dans son sillage, celle de l'extrême droite espagnole.

Rappelons cependant que Sánchez a tout de même été critiqué par la gauche de son parti pour ne pas avoir tiré toutes les conclusions qu'imposent une telle position pacifiste, notamment en ce qui concerne l'adhésion de l'Espagne à l'OTAN. Mais il faut aussi comprendre l'isolement dans lequel se trouve actuellement l'Espagne au sein de l'Europe sur cette question. À l'heure où presque tous les grandes puissances se sont rangées du côté de la guerre, la position de l'Espagne marque un pas dans la bonne direction, nous rappelant ce qu'est une véritable posture souveraine : non pas un nationalisme théâtral, mais la volonté de dire non à l'escalade impérialiste, même face à une pression considérable.

En définitive, c'est bien là la leçon que l'on peut tirer de la crise actuelle. Pour la gauche, la souveraineté n'a jamais signifié la stigmatisation des migrants, le militarisme ou la quête illusoire d'une homogénéité ethnique et culturelle. Elle renvoie à la souveraineté populaire – et donc au respect de la préférence clairement exprimée par les citoyens européens pour la paix – ainsi qu'à la souveraineté de l'État, pour son propre pays comme pour les autres. Une souveraineté conçue comme un fondement de la paix, de la coopération et du droit international. C'est cette conception, et elle seule, qui mérite véritablement le nom de souveraineté.

Article originellement publié par notre partenaire Jacobin, traduit par Alexandra Knez.

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Allemagne : Die Linke doit rester un parti de contestation

7 avril, par Manuel Kellner, Michael Heldt — , ,
Die Linke subit une pression constante visant à l'amener à s'aligner sur la façon de faire de la politique dominante. Il faut au contraire que ce parti se donne pour mission (…)

Die Linke subit une pression constante visant à l'amener à s'aligner sur la façon de faire de la politique dominante. Il faut au contraire que ce parti se donne pour mission prioritaire de canaliser le mécontentement à l'égard du gouvernement et des élites et de s'imposer comme la seule véritable force d'opposition.

22 mars 2026 | tiré du site Europe solidaire sans frontières | Photo : Heidi Reichinnek et Sören Pellmann au Bundestag allemand. IMAGO / Chris Emil Janßen
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78437

Pendant quelques mois, il a semblé que Die Linke, portée par le mouvement spontané, était sur la bonne voie. La solidarité avec la Palestine est devenue – après des décennies de querelles internes – une évidence pour le parti. Et au vu de ce que faisait le gouvernement « feu tricolore », il était impossible de continuer à rêver d'une coalition entre les sociaux-démocrates, Die Linke et les Verts.

Cela n'a pas suffi à freiner la montée en puissance du courant autoritaire – comment pourrait-il en être autrement, alors que celui-ci se nourrit en permanence de la dégradation des anciennes structures du pouvoir et de ses paratonnerres moraux : Lorsque l'OTAN s'effondre, que l'ONU est déclarée inutile – et pas seulement par Trump –, que l'idée des droits humains universels devient négociable, que les plus riches peuvent assouvir leurs perversions sans conséquence aux yeux du monde entier, alors l'ère des monstres a bien commencé.

En ces temps difficiles, les possibilités de diffuser l'espoir resteront limitées. Mais malgré tout, une nouvelle génération, dont on attendait depuis longtemps l'arrivée, est en train de faire son apparition, et avec elle l'espoir de pouvoir organiser une percée dans les années à venir.

Dans le même temps, nous observons – sans grande surprise – des tendances contraires. Elles reflètent en partie simplement les inévitables ambiguïtés au sein des différents mouvements. Dans la lutte contre l'extrême droite, dans le mouvement pour la justice climatique et, surtout, dans le mouvement socialiste naissant, les tensions sont manifestes, avec des conséquences politiques très concrètes ici et maintenant.

Le juste milieu, c'est la mort

Et pourtant, alors que la situation ne cesse de s'exacerber, il n'y a aucune raison de se replier sur le pragmatisme politique. L'heure est à la polarisation plutôt qu'à l'adaptation, à la rébellion plutôt qu'à la négociation : nous, le peuple, les gens ordinaires, notre classe, nos quartiers contre ceux d'en haut, contre le gouvernement et l'élite, contre le patron, contre la politique établie et ses sbires. La gauche radicale doit montrer qu'elle est sérieuse dans sa volonté de rupture, alors que l'extrême droite ne fait que feindre la rébellion ; elle doit se réjouir de la polarisation et de la remise en cause généralisée de cette prétendue « démocratie » ; elle doit défendre tous les droits et acquis, mais jamais cet État en tant que tel.

Ce n'est pas seulement une question de contradiction fondamentale entre les intérêts du capital et ceux des salarié·e·s. Le parti s'appuie à juste titre sur le slogan des « 99 % » contre le « 1 % » qui se trouve tout en haut. Les 99 % du bas sont très hétérogènes et ont des intérêts divergents. Mais la communauté d'intérêts, convoquée avec force par l'idéologie, entre les classes moyennes plus ou moins petites-bourgeoises et le grand capital repose en grande partie sur la tromperie et les illusions – et sur la promesse d'un avenir meilleur que les classes dirigeantes ne peuvent en réalité pas tenir. Les mots d'ordre dirigés contre les milliardaires pendant la campagne électorale ont été bien accueillis. Cela tient sans doute avant tout à l'inégalité galopante, que de plus en plus de gens jugent à juste titre grotesque. À présent, le parti se doit de réfléchir de manière approfondie à l'abolition réelle des fortunes de plusieurs milliards et d'agir concrètement en ce sens.

Le camp des salarié·e·s – ce qu'on appelle les « petites gens » et tous ceux et celles qui sont exclus de la grande propriété – a toutes les raisons de manifester son indignation. La gauche doit se placer à la tête de cette indignation et devenir ainsi le moteur des contradictions sociales. Facile à dire, mais manifestement pas si facile à mettre en pratique. La campagne sur la crise du logement, par laquelle Die Linke entend s'imposer comme le parti des locataires face à la mafia des logeurs, constitue sans conteste un début prometteur. C'est cela qu'il faut faire.

Mais c'est dans nos rapports avec l'extrême droite, et surtout avec l'AfD, qu'il existe des ambiguïtés qui ont un effet paralysant. Deux motivations s'affrontent dans le cœur des militant.e.s de gauche : dès lors qu'il y a ne serait-ce qu'un risque que l'AfD arrive au pouvoir, nous avons le réflexe de l'exclure et de la repousser, en collaboration avec toutes les autres forces politiques. Ce qui signifie donc, bien sûr, y compris avec les gardiens bourgeois de la domination du capital – c'est-à-dire ceux qui, par ailleurs, s'opposent toujours à nous. Mais cette stratégie ne permet pas de contrer la montée des forces autoritaires ; il s'agit simplement d'une réaction morale qui menace de couper l'herbe sous le pied de tout espoir de rébellion et de rupture.

Si Die Linke continue de coopérer au Bundestag avec le gouvernement bourgeois formé par les partis conservateurs et le SPD pour contrer les manœuvres de sabotage du groupe AfD, il est facile de deviner qui, aux yeux des masses, apparaîtra comme la force d'opposition au pouvoir établi : pas Die Linke, mais bien l'AfD.

On peut déjà entrevoir des scénarios dans lesquels l'AfD sortirait des élections avec la plus forte représentation et revendiquerait le rôle de premier parti au gouvernement. Très sincèrement, dans ce cas où ses voix seraient déterminantes, Die Linke devrait-elle prendre part à une coalition avec les partis bourgeois établis ou soutenir un tel gouvernement ? La compétition avec l'AfD serait alors perdue d'avance : c'est elle qui apparaîtrait comme l'opposition combative au pouvoir établi dans ce pays – à tort, mais à coup sûr.

Un positionnement clivant

Avant même que l'autoritarisme d'extrême droite ne commence à marquer le paysage politique, une partie de la gauche européenne revendiquait déjà l'ambition d'être une gauche antagoniste : une gauche qui ne fluctue pas au gré des rapports de force, mais qui constitue une véritable force d'opposition. Cette ambition n'a jamais été une garantie de succès – et pourtant, l'expérience historique a montré que là où les forces de gauche ont trahi cette ambition, la pression à l'adaptation s'est immédiatement accrue et leur ancrage social s'est érodé.

Aujourd'hui plus que jamais, dans un contexte de montée accélérée de l'autoritarisme, les rapports de force se redessinent : l'aggravation des tensions sociales rend certes l'adoption d'une posture antagoniste plus difficile, mais elle la rend aussi plus nécessaire et stratégiquement plus efficace. Elle nous fait prendre conscience qu'il n'y a aucun intérêt à s'adapter à l'ordre établi. Notre force ne naît pas de la promesse d'un succès assuré, mais de la décision consciente de ne pas contourner les lignes de fracture de la société, mais de les affronter en tant que force incorruptible, loyale et partisane.

En Allemagne, Die Linke a tout à gagner à se profiler comme la gauche antagoniste. Ne pas prôner le socialisme en paroles et pratiquer l'impérialisme en actes ; ne pas s'opposer aux milliardaires en paroles et co-gérer la domination du capital en actes. Il n'existe pas de modèle unique pour toutes les décisions dans chaque situation parlementaire délicate imaginable. Mais s'opposer en permanence aux représentants politiques du grand capital devrait l'emporter sur toutes les autres motivations. Ce n'est pas un dogme, mais une boussole. Ici, tout compromis cause du tort – et dans les conditions actuelles, où les tensions s'intensifient, cela peut rapidement devenir déterminant.

Ce principe directeur, qui consiste à susciter des clivages, s'applique également, dans une certaine mesure, à la détermination des positions au sein même du parti. Le soupçon selon lequel toute controverse profiterait à l'adversaire politique et affaiblirait Die Linke n'est pas toujours fondé. C'est un acquis du parti que l'existence de courants internes s'y soit depuis longtemps imposée comme une évidence. C'est bien mieux que d'empêcher la formation de courants par des mesures administratives d'uniformisation ou de se diviser en raison de divergences tactiques.

Toutefois, dans la tradition de démocratie interne de notre parti, tout ce qui brille n'est pas forcément d'or. Nous apprécions le fait que Die Linke soit un parti pluraliste. En même temps, la formation de « groupes de travail fédéraux » dans cette période mouvementée revient en quelque sorte à ce que chacun se replie sur soi-même, dans sa position minoritaire, et à négliger le débat d'idées dans l'ensemble du parti. Nous ne parlons pas ici de groupes de travail fédéraux (BAG) sur des thèmes spécifiques, mais de la constitution de courants sous forme de BAG, dotés par exemple du droit d'envoyer un certain nombre de délégués aux congrès du parti.

Dans le pire des cas, cela conduira, à l'occasion du débat programmatique engagé, au jeu habituel de négociations entre les BAG les plus divers – un marchandage bureaucratique plus ou moins dépolitisé dans les coulisses, avec des concessions insatisfaisantes pour tout le monde, au lieu de la recherche ouverte et large d'un consensus. Cela a créé une conjoncture qui préserve ces courants au-delà de la cohésion sur le fond et les transforme en réseaux de clientélisme destinés à l'obtention de postes et de mandats. Ce qui affaiblit les droits du reste des membres non « organisé.e.s » en courants.

Dans l'un des partis qui ont précédé l'actuel, le PDS, il avait été dit dans les débuts que le parti était ouvert à des membres aux orientations stratégiques différentes : aux réformistes comme aux révolutionnaires.

C'est précisément cela qui confère à la gauche sa valeur politique potentielle. Au-delà de toutes les convergences sur le fond, il est en effet judicieux et nécessaire de débattre de ces orientations stratégiques : voulons-nous une gauche conflictuelle, qui aspire à renverser le pouvoir du capital et qui, par conséquent, crée des clivages, ou non ? C'est sans aucun doute une question sur laquelle il vaut la peine de confronter les points de vue.

Populisme de gauche et vérité

L'opposition « eux là-haut, nous ici-bas » est une forme de populisme de gauche qui se distingue immédiatement et clairement du populisme de droite, lequel polarise précisément contre les couches de la population qui sont particulièrement défavorisées. Or, le terme de « populisme » a une connotation négative dans le contexte allemand. On y associe la manipulation, les personnages charismatiques utilisés comme supports de projection, les récits conspirationnistes, les simplifications trompeuses, etc. Dans l'espace anglo-saxon, en revanche – et également dans le langage des sciences sociales –, le terme populisme est plutôt utilisé de manière neutre. C'est pourquoi une clarification s'impose ici.

Le populisme ne consiste pas à manipuler et à induire en erreur, mais à énoncer clairement les vérités fondamentales. Un « socialisme des gens simples », par opposition à un « socialisme » confiné dans des bulles intellectuelles.

Dans la notion de populisme, il y a « peuple » – au sens français du mot. Il s'agit du peuple du mot d'ordre « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple ») [des manifestations de l'automne 1989 en RDA ndt], avant qu'il ne dégénère en ce cri de ralliement « Wir sind ein (nämlich deutsches) Volk » (Nous sommes un peuple, à savoir le peuple allemand) – c'est-à-dire d'une conception non nationaliste du peuple, qui désigne tous ceux et toutes celles qui sont exploité.e.s, opprimé.e.s et privé.es de perspectives attrayantes. Si ce peuple s'indigne, se soulève, se mobilise et destitue ceux qui ont jusqu'ici détenu le pouvoir, une société véritablement humaine peut voir le jour, dans laquelle tous et toutes peuvent vivre libres, et pas seulement ceux et celles qui peuvent se payer ce luxe.

Mais avant même qu'une telle perspective de changement social ne se profile, une gauche efficace doit tout mettre en œuvre pour en préparer les conditions. Pour cela, il est nécessaire d'organiser un contre-pouvoir en partant de la base : construire de véritables espaces de solidarité, créer une contre-opinion publique et mettre en place des lieux où les gens peuvent cultiver l'espoir, la capacité d'agir et la confiance en soi, loin de la tutelle de l'État et de la logique bourgeoise de la concurrence.

Dans de nombreux quartiers, on voit déjà comment cela peut fonctionner : la campagne « Urgence loyers » menée par Die Linke, par exemple, est un bon moyen de fédérer les luttes sociales, de mobiliser la population et de créer une base solide pour une résistance politique sur le long terme. C'est là que naissent les prémices d'un autre monde solidaire, qui oppose à l'atomisation quotidienne des individus par la logique du marché quelque chose de convaincant et d'efficace.

Dans les entreprises et les syndicats, en revanche, la tâche est fondamentalement différente. En cette phase actuelle de désindustrialisation – qui est encore aujourd'hui sous-estimée, voire niée, par de larges pans de la gauche sociale –, les stratégies syndicales classiques sont elles-mêmes confrontées à une crise structurelle. Le parti ne peut pas se substituer à ces luttes « de l'extérieur ». Il peut néanmoins apporter des contributions qu'il ne faut pas sous-estimer : s'intéresser au travail en entreprise, renforcer les luttes défensives – mais sans succomber à l'illusion qu'il peut lui-même définir l'avenir du syndicalisme combatif. Ce sont les approches qui s'inscrivent dans le long terme qui sont les plus intelligentes et les meilleures pour l'avenir : les secteurs de la santé, de la logistique, des services publics et de la distribution alimentaire continueront d'exister même dans cette nouvelle situation. Regrouper et concentrer les forces dans ces secteurs, c'est cela qui sera payant.

Ces deux éléments combinés – les luttes organisées dans les quartiers et le renouveau de la résistance syndicale – forment le socle indispensable à une gauche antagoniste. Ce n'est qu'à partir de ces espaces alternatifs d'opposition qu'une alternative à l'État actuel peut se construire depuis la base ; un État qui prétend agir au nom de la collectivité, mais qui, en réalité, protège les intérêts de la classe dominante et, si nécessaire, les impose par la force.

Au-delà du contenu, c'est aussi la forme que prend la communication qui importe. Dans ce contexte, vulgariser signifie avant tout être compréhensible pour les gens ordinaires. Comprendre l'analyse marxiste n'est pas chose aisée. Cela exige d'avoir appris à suivre des raisonnements assez complexes. Marx lui-même en était conscient, ce que montre sa conférence Salaire, prix et profit, publiée sous forme de brochure. Les idées de Marx sur la critique de l'économie politique du mode de production capitaliste n'ont pas la moindre valeur si elles ne touchent pas les masses. D'où la nécessité politique de les rendre compréhensibles. Non seulement par le biais d'un travail d'éducation, mais aussi par la propagande (diffusion politique de nombreuses idées de gauche auprès d'un public restreint) et par l'agitation (diffusion d'un nombre limité d'idées auprès de larges masses, dans le but de les inciter à une action collective contre l'ennemi de classe).

Au passage, ces formes de communication permettent également aux intermédiaires de clarifier leurs propres idées. En exprimant clairement ses idées, la gauche comprend mieux ce qu'elle veut dire et apprend, grâce à l'écho rencontré auprès du peuple, à les développer davantage.

Prolétarisation du parti

Le parti Die Linke ne veut pas être un parti pour la classe ouvrière, mais un parti de la classe ouvrière. C'est une bonne chose et un progrès historique. La classe est à nouveau le point de référence ; l'affirmation, longtemps répandue, selon laquelle, avec la « fin de l'histoire », la politique de classe serait certes intéressante dans les livres d'histoire, mais n'aurait plus d'avenir, est désormais dépassée.

Mais ce que le parti entend par « prolétarisation » n'est pas encore clairement défini : premièrement, il n'existe pas encore d'analyse partagée de la structuration des classes sociales, ni de distinction claire entre ouvriers, petites-bourgeois et fonctionnaires. Deuxièmement, il n'y a donc pas non plus de distinction entre luttes de classe et luttes populaires. Et troisièmement, l'intensification des conflits internationaux et les réorganisations de la domination impérialiste exigent une nouvelle compréhension de l'impérialisme et du colonialisme.

Mais c'est un problème qui peut être résolu, car en ce moment, le développement du parti et les axes pratiques qui se dégagent favorisent une clarification – au sein du mouvement des locataires, nous voyons comment les ouvrières, les petites-bourgeoises et les fonctionnaires se mobilisent autour de leurs intérêts communs, malgré des divergences d'intérêts en matière de politique de classe. Le mouvement de solidarité avec la Palestine instaure une attitude internationaliste qui replace nos luttes nationales dans leur juste perspective. Le travail en entreprise et dans les syndicats, en revanche, se trouve – bien au-delà de la gauche sociale – dans une phase de recherche d'identité qu'il ne faut pas vouloir accélérer arbitrairement, mais qui attire de plus en plus de camarades. Et tout cela déterminera les contours futurs de l'organisation de la gauche radicale.

Un parti de gauche ne peut rien sans une base prolétarienne. Il peut tout si sa direction est issue de cette base prolétarienne. C'est ce qui a fait la force du Parti bolchevique en 1917. Il s'agit de prendre conscience de la réalité de la structure de classe et de construire, dans les domaines vitaux de la valorisation du capital – logistique, santé, technologie, énergie, soins, etc. –, des noyaux capables de passer à l'action partout où une dynamique existe et où des conflits de classe, d'abord partiels et rudimentaires, peuvent éclater et se dérouler.

Cela nécessite une ligne de masse : aller là où le mouvement de classe naît et s'y impliquer. Ce n'est pas la minorité active que nous voulons organiser, dont nous formulons et défendons les intérêts, car nous n'avons d'autres intérêts que ceux de la majorité, qui, dans notre pratique quotidienne, détermine sans cesse notre orientation et met notre travail à l'épreuve.

Nous ne luttons pas « pour les travailleurs » – nous sommes des travailleurs. Ou, si nous appartenons nous-mêmes à la petite bourgeoisie, nous mettons alors notre situation privilégiée à leur service, même si cela signifie que nous abandonnons nos propres intérêts de classe.

Alors, Die Linke devrait-il envoyer des militant.e.s dans les entreprises en question ? Compte tenu de la désindustrialisation et d'autres circonstances défavorables qui prévalent aujourd'hui, les chances de succès seraient minces.

Mais l'on peut avoir une autre raison de se lancer dans de telles démarches, dans l'esprit de « l'établissement », c'est-à-dire pour acquérir de l'expérience et mieux comprendre comment la conscience de classe se développe à la base.

Nous, les auteurs de cet article, avons la chance d'avoir vécu de telles expériences à partir de perspectives diamétralement opposées. L'un n'a pas le baccalauréat, n'a pas fait d'études supérieures, a travaillé pendant de nombreuses années dans l'industrie en tant qu'ouvrier professionnel (outilleur), il a été délégué et responsable syndical. Il a été confronté à des intellectuels qui sont venus dans les entreprises pour donner des leçons aux travailleurs – c'est l'une des expériences les plus démoralisantes qu'il ait vécues. L'autre, à l'instar de nombreux militants de la gauche radicale des années 1970 et 1980, a suivi une formation de mécanicien-ajusteur après avoir obtenu son diplôme universitaire, a travaillé dans des usines de la métallurgie, a pris une part active dans la campagne pour la semaine de 35 heures menée par l'IG Metall dans la première moitié des années 1980 et a participé à l'organisation de la grève. C'est là qu'il a appris à se faire comprendre des gens ordinaires et comment naît la solidarité de classe.

De nos expériences et de nos réflexions, nous tirons la conclusion suivante : les cadres du parti doivent moins parler qu'écouter, et ce faisant, apprendre, apprendre et encore apprendre (comme l'a dit un jour Lénine). Pas d'idéalisation du milieu prolétarien ni d'arrogance qui nous distingue des classes populaires. Non : d'égal à égal. Il faut mettre en place des collectifs là où il y en a pas encore. Être là, soutenir et participer aux luttes qui se déroulent dans tous les domaines, pour apprendre au fur et à mesure. La participation active aux luttes quotidiennes dans les quartiers et les entreprises, l'exacerbation des conflits, le développement de réseaux et la création de milieux où s'exprime librement l'opinion, ainsi que le travail de communication qui en découle, sont autant d'éléments qui favorisent l'autonomie et la résilience.

Les techniques de « transformative organizing » ont une grande importance pour tout cela. Elles peuvent et doivent être transmises, car elles facilitent le travail des noyaux actifs. Cependant, ces techniques ne sont pas indépendantes des perspectives dans lesquelles elles sont utilisées. Elles peuvent tout aussi bien être mises au service de dirigeant.e.s qui se conforment à l'ordre établi, dont le but ultime est de contrôler les mouvements, de les neutraliser et de saper toute confrontation de classe sérieuse. À l'inverse, il importe de les associer à une perspective de transformation sociale, de confrontation révolutionnaire, imprégnée des réalités vécues par les travailleurs et non par les bureaucrates, et portée par des structures de contre-pouvoir et non par des experts en stratégie.

Michael Heldt et Manuel Kellner

P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde, publication avec l'aimable autorisation du comité de rédaction de l'édition allemande de Jacobin

Source - Jacobin (allemand), :
https://jacobin.de/artikel/antagonistische-linke-etablierte-politik

• Michael Heldt est ouvrier outilleur de formation ; syndicaliste, militant de de quartier, socialiste, il est passionné par la lutte collective pour un autre monde.

• Manuel Kellner est retraité. Il collabore régulièrement au mensuel Sozialistische Zeitung. Ses écrits portent sur le capitalisme, la bureaucratie, la critique de la religion et de l'ésotérisme, ainsi que sur les stratégies socialistes.

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Ukraine : y a-t-il une issue à la crise ?

Tiré de A l'Encontre 29 mars 2026 Par Vitaliy Dudin Illustration de Sotsialnyi Rukh. Le parlementarisme ukrainien est-il encore vivant ? Les rumeurs provenant de la (…)

Tiré de A l'Encontre
29 mars 2026

Par Vitaliy Dudin

Illustration de Sotsialnyi Rukh.

Le parlementarisme ukrainien est-il encore vivant ? Les rumeurs provenant de la Verkhovna Rada concernant des député·es qui se seraient « lassé·es » d'exercer leurs fonctions après sept (!) années de mandat ont suscité toute une série de réflexions pessimistes. Même le président de l'Ukraine a exprimé son inquiétude face à une éventuelle démission des élu·es, ce qui témoigne de signes réels d'une crise politique. Mais qu'est-ce qui se cache derrière tout cela ? Divers facteurs ont conduit à cette crise : la périphéricité de notre économie, la forme particulière des relations entre les pouvoirs, ainsi que les intérêts personnels des député·es. La crise s'est aggravée en raison de la tentative du gouvernement de faire passer les réformes fiscales exigées par le FMI, sans lesquelles le financement des besoins de l'État est menacé. Parallèlement, les parlementaires perdent toute motivation à travailler de manière disciplinée sans la perspective de recevoir des « primes » en liquide. Cependant, tous ces problèmes ne semblent être que les symptômes d'un mal plus profond : le capitalisme oligarchique a fait son temps, et le Parlement est incapable de mener les réformes qui serviraient les intérêts de la société.

Ce qu'exige le FMI

Un débat animé agite actuellement la nouvelle tranche du FMI de 8,1 milliards de dollars : il est question de l'introduction de la TVA pour les travailleur·euses indépendant·es, de taxes sur le commerce via des plateformes telles qu'OLX, de « prix du marché » de l'électricité inabordables pour la population, ainsi que de nombreuses autres décisions susceptibles d'enfoncer le peuple ukrainien dans l'endettement, de vider de sa substance l'idée même d'État social et, par conséquent, d'affaiblir la capacité à défendre sa souveraineté.

Le gouvernement présente l'approbation du programme du FMI comme une simple preuve de bonnes relations avec le monde. Mais derrière ces déclarations se cache une autre réalité : la politique économique du pays est de plus en plus déterminée non pas par la demande sociale, mais par les exigences des créanciers extérieurs. Et c'est précisément au moment où des millions de personnes ont perdu leur logement, leurs revenus et leur sentiment de sécurité que l'État est poussé à s'engager sur la voie de l'austérité. Ces changements risquent de nuire le plus aux personnes défavorisées, même si les petites entreprises subiront également des répercussions négatives.

La réaction de l'establishment politique ukrainien face à ces exigences est particulièrement révélatrice. Le Parlement, qui devrait être le lieu de représentation des intérêts de la société, se décharge en fait de ses responsabilités. Les député·es ne sont pas prêt·es à voter ouvertement en faveur de décisions antisociales – telles que le renforcement de la pression fiscale sur les travailleur·euses indépendant·es plutôt que sur le grand capital.

Il est vrai que le rejet catégorique de l'idée d'augmenter les impôts pour les entreprises correspond peu à la réalité : la guerre crée les conditions objectives d'une mobilisation fiscale. Si les député·es souhaitaient protéger les petits entrepreneur·es et les travailleur·euses indépendant·es, ils devraient plaider en faveur d'une imposition adéquate du grand capital. Mais ils ne proposent aucune alternative aux plans du FMI.

La crise de légitimité est-elle déjà là ?

L'instinct de survie des parlementaires renforce leur réticence à voter en faveur des initiatives du gouvernement (rédigées, bien sûr, à l'étranger). Le gouvernement souhaite leur faire porter la responsabilité des conséquences négatives de l'adoption du paquet de réformes du FMI.

L'impossibilité de rassembler les voix s'explique aussi autrement : en raison de l'attention portée par la NABU et la SAP [agences anti-corruption] aux député·es, ceux-celles-ci ont cessé de recevoir des « primes » en liquide, ce qui a fait disparaître leur motivation à voter. Cette explication est plausible, car le corps des député·es n'est en aucun cas composé de personnes idéologiques, mais d'égoïstes intéressés.

La question se pose de savoir dans quelle mesure le Parlement lui-même est légitime. Cet ensemble d'individus est loin de représenter le peuple qui se bat et travaille avec abnégation. Au cours des années d'invasion, la société ukrainienne a subi une profonde transformation et s'est enrichie d'une multitude de héros et d'héroïnes, mais ce sont toujours les mêmes serviteurs bornés du capital qui siègent à la Verkhovna Rada.

Le décalage total entre la 9e législature et la classe ouvrière est particulièrement frappant elle ne tient absolument pas compte des intérêts des salarié·es qui contribuent à la préservation de l'État et dont sont issus, pour la plupart, les soldat·es. Cela se manifeste comme suit : si un consensus s'est dégagé au sein de la Rada sur l'inadmissibilité d'une augmentation des impôts pour les entreprises, les voix en faveur des travailleur·euses sont quant à elles pratiquement inaudibles. L'attitude à l'égard du nouveau Code du travail de l'Ukraine, qui a été approuvé à la quasi-unanimité lors de la réunion de la commission compétente, est révélatrice. La sacralisation des droits des entrepreneur·es et le mépris des problèmes des travailleur·euses constituent un indicateur clair de classe que servent toutes les fractions de la Verkhovna Rada.

Le tableau d'ensemble

En somme, ce parlement est incapable de générer des idées progressistes et est insensible à la souffrance des gens ordinaires, et sa capacité d'action est remise en question. Cette situation rend l'Ukraine extrêmement vulnérable face aux défis actuels. Seule la prise de conscience du rejet total par la société des idées libertariennes et de soumission au marché oblige les député·es à s'abstenir de voter des lois qui profitent ouvertement aux employeurs ou aux créanciers. Les député·es sont contraints de faire preuve d'une certaine prudence en raison de la reprise des retransmissions des séances de la Verkhovna Rada, qui constituent un levier de contrôle démocratique.

Le déclin de l'industrie, combiné à la politique anti-ouvrière du pouvoir, les obligera à accepter les exigences du FMI, peut-être moins radicales que celles en cours. Compte tenu des efforts visant à préserver l'inviolabilité des biens des capitalistes, l'Ukraine a cruellement besoin de financements extérieurs.

Dans ce contexte, le nouveau programme du FMI ne résout pas le problème clé : la dépendance à l'égard de la dette. Il la renforce. L'Ukraine continue de suivre une trajectoire où les nouveaux crédits servent à rembourser les anciens, tandis que la question de l'annulation de la dette extérieure est reportée.

Des facteurs mondiaux viennent compliquer davantage la situation. L'escalade au Proche-Orient, y compris la guerre des États-Unis contre l'Iran, a conduit à revoir la politique de sanctions et à réintroduire les ressources énergétiques russes sur les marchés mondiaux. Cela affaiblit la position de l'Ukraine et réduit son pouvoir de négociation, rendant sa dépendance vis-à-vis des financements extérieurs encore plus profonde.

Au final, nous nous retrouvons dans un cercle vicieux : le gouvernement contracte de nouveaux emprunts, le coût social de cette politique augmente, et le parlement n'a d'autre choix que d'approuver des idées imposées, allant ainsi à l'encontre des intérêts de la majorité de la population. Mais les plus grands problèmes sont causés par le Conseil des ministres, qui cède ouvertement les intérêts de l'Ukraine aux grandes entreprises, échappe à tout contrôle public et, comme l'ont montré les événements récents, ne s'appuie pas sur la coalition. Si les député·es souhaitent relancer le système, ils et elles doivent poser la question d'un changement de gouvernement, qui conduit le pays sans contrôle vers une impasse.

Une voie alternative

Étant donné que des élections sont actuellement impossibles, la sortie de cette crise se situe sur deux plans.

Premièrement, il s'agit de la démission du Conseil des ministres de l'Ukraine, associée à une démocratisation radicale. La composition actuelle du Conseil des ministres est infiltrée par des agents du capital oligarchique et transnational. L'histoire de la Première ministre Yulia Svyrydenko, qui perçoit de la Kyiv School of Economics des honoraires supérieurs à son salaire, est révélatrice. La nomination de nouveaux ministres doit s'accompagner d'un débat public sur les candidatures lors des réunions des commissions parlementaires, avec la participation obligatoire de représentants des travailleur·euses. Afin de réduire les risques liés à la concentration du pouvoir entre les mains d'un parlement dont le mandat a expiré, il convient de mettre en œuvre (1) le transfert de mécanismes d'actions concrètes au niveau des collectivités locales, (2) l'implication des collectifs de travailleur·euses dans la gestion des entreprises stratégiques, (3) le refus de prendre des décisions d'importance sociale sans consultation préalable des syndicats.

Deuxièmement, la cessation de la coopération avec le FMI et la mobilisation des réserves internes de l'économie. Rien qu'en 2025, l'Ukraine a consacré des centaines de millions de dollars au remboursement de ses dettes envers le FMI. Si l'État renonce à rembourser ces prêts, la coopération avec le Fonds sera probablement remise en question. Dans ce cas, il est vital de redresser l'économie par le biais de sa socialisation : il s'agit d'une fiscalité progressive sur les revenus, du transfert des entreprises stratégiques dans le giron de l'État (l'exemple positif d'Ukrnafta [En 2022, en raison de plusieurs scandales de corruption, la société pétrolière d'Ukrnafta a été nationalisée – NdT] sert de référence) et d'une limitation stricte de la rémunération des dirigeants des monopoles (actuellement les revenus se chiffrant en millions, comme ceux du directeur général d'Ukrposhta [Entreprise publique ukrainienne chargée de la distribution du courrier – NdT], sapent les fondements de la justice). Les fonds ainsi obtenus doivent être affectés à la création d'emplois hautement rémunérés, à la réindustrialisation et aux besoins des Forces armées ukrainiennes.

Seule la combinaison de ces deux axes est capable de briser la logique de dépendance dans laquelle se trouve aujourd'hui l'Ukraine. Sans contrôle démocratique par le biais d'une représentation politique des collectifs de travailleurs à la base, toute « réforme » restera un instrument de redistribution au profit du grand capital, et sans changement de modèle économique, même la plus large participation politique ne donnera pas de résultats tangibles pour la majorité, c'est-à-dire précisément pour les travailleur·euses.

La ligne de conduite actuelle, imposée sous le prétexte de la « stabilisation », perpétue en réalité les inégalités et fait peser le fardeau de la guerre sur ceux qui ont déjà payé le prix fort. Il n'y a ni place ni temps pour les illusions : soit un enfoncement plus profond dans la dépendance à l'endettement et le démantèlement de l'État social, soit la construction d'une alternative fondée sur les intérêts du travail, la solidarité sociale et une véritable souveraineté économique.

Et ce choix ne peut être délégué ni au gouvernement, ni aux institutions internationales. Il doit faire l'objet d'une lutte politique au sein du pays – une lutte pour déterminer qui, et dans l'intérêt de qui, décidera de l'avenir de l'Ukraine. (Publié le 26 mars 2026 sur le site de Sotsialnyi Rukh https://rev.org.ua/news/, traduction Patrick Le Tréhondat)

Vitaliy Dudin, avocat en droit du travail, docteur en droit et président de l'organisation civique Sotsialnyi Rukh (Mouvement social).

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Violence liée au trafic de drogue et État narco dans le Mexique barbare et son capitalisme sauvage

Nous publions, les conclusions que l'auteur tire des affontements entre l'armée mexicaine et les groupes de narcotransfiquants qui se produisent dans le pays. Il précise la (…)

Nous publions, les conclusions que l'auteur tire des affontements entre l'armée mexicaine et les groupes de narcotransfiquants qui se produisent dans le pays. Il précise la réalité de ces groupes et leur place dans la réalité économico-politique du Mexique.

11 mars 2026 | Source : Rebelión
Pour lire l'ensemble de l'article, cliquez sur le lien suivant :
https://rebelion.org/narcoviolencia-y-narcoestado-en-el-mexico-barbaro-y-su-capitalismo-salvaje/

1. Le matin du 22 février, Guadalajara avait l'air d'un dimanche ordinaire : journée ensoleillée, atmosphère paisible. Mais un éclair dans un ciel serein s'est abattu sur la grande ville, déclenchant une agitation fébrile. Le bleu du ciel, à certains endroits de l'horizon urbain, commençait à s'obscurcir sous les colonnes de fumée que dégageaient des véhicules, des commerces et des banques en flammes. Malgré des affrontements armés entre cellules de narcotrafiquants et membres de la Garde nationale et de la police, le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG) a tenu la ville sous son emprise toute la journée, semant la terreur parmi la population.

La métropole de près de 5,5 millions d'habitants s'est transformée en champ de bataille : fusillades de toutes parts, commerces et véhicules incendiés pour ériger des barrages sur les grandes avenues. Troisième ville du pays après les zones métropolitaines de Mexico et de Monterrey, Guadalajara et sa région, ainsi que plusieurs municipalités de l'État de Jalisco, enregistrent depuis quinze ans le plus grand nombre de barrages routiers organisés par les narcotrafiquants dans tout le pays.

2. La population a été saisie de panique en apprenant, à la radio et à la télévision, l'opération menée par l'armée à Tapalpa — municipalité de Jalisco située à 133 kilomètres de Guadalajara — contre Rubén Oseguera Cervantes, dit « El Mencho », chef du CJNG. En quelques heures, la ville s'est totalement paralysée, la plupart des habitants cherchant refuge chez eux. Ce n'était pourtant pas la première fois que Guadalajara subissait une telle épreuve. Depuis 2011, le crime organisé y multiplie barrages routiers et incendies de véhicules ; en août 2012, seize barrages ont été érigés simultanément ; le 1er mai 2015 a été l'une des journées les plus violentes de son histoire, le CJNG incendiant véhicules, bus et commerces en divers points de la ville et abattant un hélicoptère de l'armée. D'autres épisodes violents ont ponctué les années suivantes, marqués par le vol de voitures civiles destinées à alimenter les feux et à bloquer les axes principaux.

3. Les « dommages collatéraux » causés par la violence narco-terroriste à Guadalajara et dans d'autres villes, depuis la capture et la mort d'El [Mencho]…(...)

Conclusions

Notre société tout entière vit une barbarie civilisée — ou, dit autrement, une civilisation de barbarie sociale. La violence engendrée par le capital imprègne tous les pores de la société. Dans toutes ses manifestations et toute son ampleur, la violence sociale fait partie intégrante du fonctionnement économique et politique du capital. Le capitalisme, en tant que régime social, ne peut exister sans les contradictions violentes qui lui sont constitutives. L'État, superstructure idéologique et politique, est l'expression la plus achevée du pouvoir du capital et de sa violence organique ; par sa nature même, il est gangrené par la corruption jusqu'à la moelle.

La mafia moderne, les cartels de la drogue, est née du développement historique du capital lui-même. La violence est au cœur de la production économique et des relations qui en découlent : la production de valeur, le profit capitaliste, repose sur l'exploitation du travail — violence économique immédiate exercée sur la main-d'œuvre salariée, qui se déploie sans relâche dans toutes les sphères sociales. Depuis au moins un siècle, le narco-capitalisme fait partie intégrante du système économique, dont les rouages sont huilés par la corruption politique. L'argent du trafic se blanchit dans l'industrie, dans ses usines ; il prend la forme de capital immobilier dans le secteur de la construction, l'une des branches économiques par excellence du blanchiment du narco-capital. La dynamique du système financier mondial, du capitalisme financier, est incompréhensible sans ces investissements colossaux. L'argent de la drogue est présent dans toutes les formes économiques du capital, passées, présentes et à venir ; mais cette reproduction, immédiate ou amplifiée, exige de la violence — notamment parce que la concurrence entre ces capitaux est extrêmement violente, hyperviolente même, car elle commande la domination et le contrôle du territoire de production et du marché.

Les cartels de la drogue sont des entreprises capitalistes. Leur seule particularité est d'être considérées comme illégales, en tant qu'organisations criminelles constituées en mafias ; mais leur fonctionnement est identique à celui de toute autre entreprise capitaliste. Ils sont tenus pour illégaux et criminels parce que leurs activités fondamentales « enfreignent » les lois nationales et internationales, « menacent » la sécurité de l'État et perpètrent de graves violations des droits de l'homme. Ce ne sont pas des organisations entrepreneuriales « légitimes », mais des réseaux criminels organisés, caractérisés par : le trafic et la production de substances illicites — cocaïne, méthamphétamines, fentanyl, etc. — prohibés par les législations de la plupart des pays et par les traités internationaux ; le recours à une violence extrême — assassinats, enlèvements, extorsions, disparitions forcées — pour protéger leurs itinéraires et leurs activités ; le blanchiment d'argent via des mécanismes financiers illégaux permettant d'introduire des fonds illicites dans l'économie formelle ; la corruption de policiers, de militaires, de juges et de politiciens, qui sape l'état de droit, les institutions et la sécurité nationale ; enfin, le trafic illégal d'armes de gros calibre, qui amplifie la violence dans les régions où ils opèrent. En résumé, les cartels opèrent en marge de la loi, recourant à la terreur et à la criminalité pour engranger des gains économiques, ce qui représente une menace directe pour la paix, la sécurité et la santé publique. Le CJNG en réunit toutes les caractéristiques.
L'insécurité citoyenne, l'un des maux sociaux les plus graves, est étroitement liée à l'hyperviolence sociale. Au Mexique, les disparitions de centaines de milliers de personnes et les homicides de milliers d'autres sont favorisés par la collusion entre organisations criminelles et agents des institutions du pouvoir politique. On peut parler d'un « sicariato » politique : ces tueurs à gages des cartels utilisés pour éliminer les opposants politiques. La corruption est inhérente à cette association. Jalisco détient le triste record du plus grand nombre de disparitions forcées : entre 15 000 et 20 000 cas recensés.
La « narcoculture » est désormais solidement ancrée au Mexique : narco-État, narco-politiciens, narco-entrepreneurs, narco-militaires, narco-policiers, narco-fosses, narco-corridos, narco-féminicides, narco-architecture, narco-littérature, narco-sectes, etc.

Un an après les événements du Rancho Izaguirre, dans la municipalité de Teuchitlán, à Jalisco — un camp d'entraînement et d'extermination —, les autorités à tous les niveaux n'ont toujours fourni aucune explication convaincante sur cette infamie. Ce « ranch » était un lieu d'entraînement et d'extermination du CJNG, bien que le Bureau du procureur général de la République nie, sans fondement, qu'il ait servi à des fins d'extermination. L'un des jeunes recrues, attiré par la ruse avec une offre d'emploi comme journalier à Guadalajara, a déclaré aux autorités que 80 % des recrues échouaient aux tests de maniement des armes et étaient assassinées. À ce scandale s'ajoutent désormais celui de Tapalpa et les barrages du 22 février à Guadalajara.

Le concept de narco-État est très débattu, mais nul ne peut nier que les structures du pouvoir politique au Mexique entretiennent, directement ou indirectement, des liens de complicité et de corruption. Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a affirmé à maintes reprises, durant son mandat, que le Mexique vivait sous un narco-État — sous les gouvernements précédents, en ciblant particulièrement Felipe Calderón (2006-2012). Mais une fois président, il a soutenu que cette situation avait cessé d'exister sous son administration (2018-2024) : l'État narco aurait disparu comme par enchantement. Dans cette rhétorique d'auto-disculpation, nulle responsabilité n'est assumée quant à la violence sociale engendrée par sa politique de militarisation ni quant à la « tolérance » à l'égard des groupes du crime organisé. Pourtant, des analyses et des rapports sécuritaires publiés en 2024 et 2025 ont signalé une extension du contrôle territorial du CJNG et d'autres organisations criminelles, mettant en cause la politique des « câlins plutôt que des balles ». Les scandales liant l'État au trafic de drogue — de Tabasco à Sinaloa, de Tamaulipas à Jalisco — se sont multipliés sous López Obrador comme sous sa successeure Sheinbaum. Sous l'emprise de la politique, la mafia prospère ; sous l'emprise de la mafia, la politique du pouvoir dominant prospère. Les profits du trafic de drogue et de ses cartels n'atténuent pas les liens avec la politique : ils les intensifient.

La pauvreté et la profonde décomposition sociale du pays ne sont pas seulement le résultat immédiat des politiques néolibérales — propres à un capitalisme sauvage — engagées au milieu des années 1980 ; elles sont aussi le fruit d'un long processus de développement capitaliste remontant, au moins, aux années 1940. Le « lumpendesarrollo » est une manifestation saillante de la crise civilisationnelle, d'une barbarie sociale dont la déshumanisation brutale se traduit par une hyperviolence dans presque tous les domaines de la vie nationale. Ce développement du sous-développement sauvage existe parce que nous avons une oligarchie — une lumpen-bourgeoisie — et un pouvoir politique — un lumpen-État — en état de décomposition accélérée.La seule perspective permettant à la population mexicaine de vivre dans la dignité et la sécurité est un passage urgent et radical vers un nouveau régime économique, politique et culturel fondé sur une véritable démocratie construite par la base — c'est-à-dire par les travailleurs des campagnes et des villes eux-mêmes.

Rebelión a publié cet article avec l'autorisation de l'auteur sous licence Creative Commons, en respectant sa liberté de le publier dans d'autres sources.

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Pour Cuba, contre l’impérialisme, contre la fascisation du monde, Pour l’autodétermination des peuples, Annou mobilizé !

7 avril, par Groupe Révolution Socialiste — , ,
Tiré de Inprecor 1 avril 2026 Par Groupe Révolution Socialiste © The White House En aggravant l'embargo qui pèse sur Cuba depuis plus de soixante ans, en interdisant la (…)

Tiré de Inprecor
1 avril 2026

Par Groupe Révolution Socialiste

© The White House

En aggravant l'embargo qui pèse sur Cuba depuis plus de soixante ans, en interdisant la fourniture de pétrole à l'île héroïque, l'impérialisme étasunien cherche à asphyxier un peuple pacifique, laborieux et solidaire de tous les peuples du monde.

Pour le sinistre Trump, le peuple cubain, symbole de résistance à l'injustice et à l'oppression, devrait courber l'échine, renoncer à sa dignité, se soumettre au lobby anti-cubain de Marco Rubio !

Nou pé pa aksèpté sa !

Dans la Caraïbe, en Amérique, dans le monde entier, les humanistes, les progressistes, les femmes et les hommes épris de justice comprennent qu'on ne peut rester les bras croisés quand un shérif, autoproclamé gendarme du monde, soutient et arme un génocide en Palestine, kidnappe et maintient en prison le président du Venezuela et son épouse, prend possession du canal de Panama, menace ses voisins, bombarde le Nigéria, l'Iran, toujours dans le même but : la prédation des ressources et la domination du monde.

Dans ce contexte, la solidarité avec Cuba est une urgence humanitaire absolue. C'est aussi une exigence politique contre l'impérialisme, contre la montée du fascisme, contre le génocide en Palestine, pour l'autodétermination des peuples et pour la paix.

Cuba, si ! Yankee, no !

L'actualité brûlante de Cuba, de la Caraïbe, du monde rendait nécessaire une réflexion reliant le présent à l'histoire, replaçant Cuba dans les enjeux planétaires, relançant le débat sur les expériences faites dans la marche pour l'émancipation humaine, rappelant encore et encore l'urgence de la solidarité politique et humanitaire pour que vive Cuba.

La brochure « CUBA, SI ! YANKEE, NO ! » est donc à mettre entre toutes les mains.

C'est pourquoi nous avons choisi de la mettre sous format numérique et ainsi de l'offrir à toutes celles et à tous ceux que ce combat concerne sans exclure les simples curieuses et curieux de savoir, comprendre et débattre.

Pour se la procurer, il suffit de la demander en fournissant son adresse mail ou son numéro WhatsApp.

Par ailleurs, c'est aussi l'occasion de faire un geste pour le GRS qui le mérite bien en envoyant un chèque
à l'ordre de Révolution Socialiste, B.P. 1031 97200 F-de-F.

Publié dans Révolution socialiste n°439 du 22 mars 2026

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Porto Rico : Pour l’unité des peuples contre le fascisme, contre tous les impérialismes et pour l’autodétermination des peuples

Le CADTM publie la communication faite par Rafael Bernabe ex sénateur, membre de Démocratie socialiste, lors de la 5e plénière de la conférence antifasciste et anti (…)

Le CADTM publie la communication faite par Rafael Bernabe ex sénateur, membre de Démocratie socialiste, lors de la 5e plénière de la conférence antifasciste et anti impérialiste de Porto Alegre

2 avril 2026 | tiré du site du CADTM

Le peuple portoricain est une colonie de l'impérialisme américain depuis près de 130 ans.

Il a été et reste un peuple privé du pouvoir politique nécessaire pour prendre les décisions cruciales qui affectent sa vie, avec une économie unilatéralement spécialisée et contrôlée par le capital étranger, une économie coloniale qui n'a jamais généré suffisamment d'emplois pour sa main-d'œuvre, ce qui a provoqué l'émigration d'une partie considérable de sa population.

Depuis plus d'un siècle, il existe une libre circulation des marchandises, de l'argent, des capitaux et des personnes entre Porto Rico et les États-Unis. Ce sont là les conditions qui, selon les théoriciens néolibéraux, devaient conduire au rattrapage des pays en retard par rapport aux pays avancés. Porto Rico est la réfutation vivante de ce dogme néolibéral : après 126 ans, nous avons un taux de pauvreté trois fois supérieur à celui des États-Unis et un revenu par habitant égal à celui de la moitié de leur État le plus pauvre.

L'un des aspects de la relation coloniale a été l'utilisation militaire de notre territoire. Par le passé, les installations situées à Porto Rico ont servi à attaquer Cuba, la République dominicaine, la Grenade, l'Amérique centrale, entre autres peuples.

Notre lutte contre ces abus renaît aujourd'hui dans la résistance contre la remilitarisation de Porto Rico, qui s'inscrit dans le cadre du déploiement militaire des États-Unis dans les Caraïbes.

Solidarité avec Cuba

Porto Rico entretient une fraternité particulière avec Cuba. Nous avons été les dernières colonies espagnoles en Amérique. Nous avons lutté ensemble contre le colonialisme espagnol et pour la confédération des Antilles. Nos deux pays ont été occupés par les États-Unis en 1898. Personne n'a été plus solidaire de l'indépendance de Porto Rico que Cuba. La solidarité avec Cuba est pour nous un devoir et doit être un axe central de la lutte anti-impérialiste aujourd'hui.

Cette lutte a également démontré que nos classes possédantes manquent de volonté anti-impérialiste.

Pour faire face à l'impérialisme, il faut donc un front unique des classes populaires et de tous les secteurs opprimés, en totale indépendance vis-à-vis de la bourgeoisie et de ses institutions. Cette indépendance doit s'étendre aux gouvernements dits progressistes. Aujourd'hui, nous les voyons hésiter à soutenir Cuba. Attendant l'autorisation de Trump pour envoyer du pétrole. Ne voient-ils pas qu'en permettant que l'indépendance de Cuba soit annulée, ils préparent l'annulation de ce qui pourrait rester de leur propre indépendance ; que ce que l'impérialisme fait aujourd'hui à Cuba, il le leur fera demain. Cuba a besoin de carburant et nous devons exiger que les gouvernements en mesure de lui en fournir le fassent immédiatement, au mépris du durcissement du blocus décrété par Trump.

Ce front unique est tout aussi nécessaire pour faire face au fascisme et à l'extrême droite. Aujourd'hui, nous voyons comment différents secteurs pensent neutraliser l'extrême droite en adoptant une partie de son discours. Nous ne pouvons pas faire confiance à ces classes qui ne peuvent ou ne veulent pas affronter les dangers qui nous menacent.

Nous devons construire des mouvements qui, à partir des préoccupations populaires les plus urgentes, conduisent à remettre en cause le contrôle privé de la production. La crise de la civilisation capitaliste (économique, politique, écologique, climatique) soulève la possibilité et la nécessité de lier la lutte antifasciste et anti-impérialiste à la nécessité de dépasser le capitalisme.

Contre tous les impérialismes

Camarades, notre lutte directe contre l'impérialisme et le colonialisme yankee à Porto Rico ne nous empêche pas de reconnaître qu'il existe d'autres formes d'impérialisme et d'autres puissances capitalistes désireuses de s'assurer des zones de contrôle et d'influence. Qu'il existe d'autres gouvernements répressifs et anti-ouvriers, outre les alliés de l'impérialisme yankee.

Nous dénonçons le génocide à Gaza et les agressions de l'impérialisme yankee en Amérique, son blocus contre Cuba, ses prétentions à la conquête du Groenland et à la reconquête du canal de Panama, sa guerre brutale contre l'Iran.

Nous condamnons la répression aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et dans d'autres pays à l'encontre de ceux qui protestent contre le génocide en Palestine. Nous soutenons la lutte pour l'indépendance du peuple sahraoui, dont le représentant est à nos côtés à cette table.

Mais nous dénonçons également l'invasion de l'Ukraine par la Fédération de Russie et la répression en Russie des opposants à cette invasion. Et, tout en protestant contre l'agression contre l'Iran, nous nous sommes solidarisés avec la lutte des masses contre le régime autoritaire et théocratique dans ce pays.

Nous connaissons les arguments qui sont parfois avancés contre ce que nous avons exposé.
Que Poutine réagit à l'encerclement de l'OTAN. Mais la réalité est que Poutine réagit, en tout cas, par sa propre agression impérialiste, que nous ne pouvons soutenir. Il est révélateur que cette agression s'accompagne d'une dénonciation explicite, par Poutine, de la doctrine léniniste du droit des nations à l'autodétermination.

Que le gouvernement de Zelensky soit réactionnaire et de droite, et il l'est, et c'est pourquoi nous ne le soutenons pas. Mais cela ne justifie pas l'invasion décrétée par Poutine, ni n'enlève de légitimité à la résistance contre cette invasion.

Que l'impérialisme cherche à fabriquer des oppositions aux gouvernements qu'il entend renverser. Et c'est vrai, l'impérialisme cherche à s'approprier les luttes en Iran et partout ailleurs, mais cela ne réduit pas les luttes populaires à une manipulation impérialiste.

Camarades, toutes les puissances impérialistes font appel à des idéaux admirables. Historiquement, l'impérialisme yankee agit au nom de la liberté et de la démocratie. Il est arrivé dans notre pays en prétendant nous libérer du despotisme espagnol. Mais ce n'est pas la seule politique trompeuse à laquelle nous sommes confrontés. Nous sommes également confrontés à des discours qui, au nom de la multipolarité, d'un prétendu réalisme géopolitique, de la remise en cause de l'eurocentrisme ou de la démocratie capitaliste occidentale, tentent de justifier le déni des droits démocratiques de la classe ouvrière, des femmes et d'autres secteurs.

Face à ce sophisme, nous affirmons que les droits syndicaux, la liberté d'expression, de réunion et d'association, le droit de grève, l'élection et la révocabilité des dirigeants ne sont pas des « valeurs occidentales », des « modèles libéraux » ou « eurocentriques » que l'impérialisme prétend imposer : ce sont des revendications historiques de la classe ouvrière internationale. Il ne s'agit pas de critères moralistes, mais de critères de classe. Il n'est pas possible de parler d'antifascisme sans défendre ces acquis ou ces aspirations.

Nous pouvons résumer notre position en trois postulats :

1. Rejet de tous les impérialismes et de toutes les occupations
2. Soutien au droit de tous les peuples à l'autodétermination
3. Soutien à la classe ouvrière et aux secteurs opprimés dans tous les pays.

Vive la solidarité avec Cuba, notre grande sœur !
Vive l'unité des peuples contre le fascisme !
Vive la lutte anti-impérialiste et pour l'autodétermination des peuples !

Auteur
Rafael Bernabe était le candidat du Parti des travailleurs (PPT) au poste de gouverneur de Porto Rico lors des élections de 2016. Il est coauteur, avec César Ayala, de l'ouvrage *Porto Rico au siècle américain : une histoire depuis 1898* (Chapel Hill : Université de Caroline du Nord, 2017).

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« La police israélienne réprime violemment nos manifestations anti-guerre, qui ne cessent de prendre de l’ampleur »

Tiré de A l'Encontre 1 avril 2026 Par Iddo Elam Des policiers arrêtent un manifestant lors d'un rassemblement contre la guerre entre Israël et l'Iran, sur la place Habima, (…)

Tiré de A l'Encontre
1 avril 2026

Par Iddo Elam

Des policiers arrêtent un manifestant lors d'un rassemblement contre la guerre entre Israël et l'Iran, sur la place Habima, à Tel-Aviv, le 28 mars 2026. (Flash90)

Depuis un mois, je me réunis avec d'autres militant·e·s de la gauche radicale israélienne sur la place Habima à Tel-Aviv pour manifester contre la guerre avec l'Iran. Ce qui a commencé comme une manifestation d'à peine 20 personnes n'a cessé de prendre de l'ampleur : samedi 28 mars, on comptait plus de 1000 manifestants, rejoints par une partie du mouvement de protestation antigouvernemental, plutôt centriste, tandis que des rassemblements parallèles se tenaient dans des dizaines de localités à travers le pays.

Cette ampleur croissante de nos manifestations contre la guerre semble avoir déstabilisé la police israélienne, qui a réagi par un recours à la force disproportionné et indiscriminé.

Dès le début, nous avons manifesté car les conséquences de cette guerre illégale étaient évidentes. Elle menaçait de déclencher un conflit régional qui ferait d'innombrables victimes civiles à travers le Moyen-Orient. Pour nous, ses objectifs déclarés faisaient écho aux tentatives occidentales catastrophiques de changement de régime, qui, par le passé, n'ont engendré que des périodes prolongées d'instabilité et une dévastation.

Pourtant, une grande partie des médias israéliens, ainsi que la quasi-totalité des députés juifs de l'opposition à la Knesset, ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire gober les mensonges de Trump et de Netanyahou au public israélien. Et malheureusement, ils y ont largement réussi.

Au début, la participation était très faible. Trois jours après le début de la guerre, nous n'étions qu'une poignée à nous tenir sur la place ; une semaine plus tard, nous étions près d'une centaine. À chacune de ces manifestations, la police a arrêté un seul manifestant et a violemment dispersé les autres – en nous bousculant, en nous frappant et en nous arrachant des mains nos pancartes.

Au cours des deux dernières semaines, bien que la forte présence policière se soit maintenue, les dispersions agressives se sont atténuées. Alors que notre nombre atteignait plusieurs centaines de personnes, les manifestations se sont poursuivies sans incident majeur. Mais samedi 28 mars, la situation a changé. Dès notre arrivée, il était clair que la police avait d'autres intentions.

Des centaines de policiers des frontières militarisés et d'agents de police réguliers ont encerclé la place, nous faisant face. Quelques minutes après nos premiers slogans lancés au mégaphone, ils ont commencé à jeter des gens à terre. Les arrestations ont suivi presque immédiatement. Parmi les personnes détenues figurait mon ami Itamar Greenberg, un objecteur de conscience qui avait déjà été arrêté lors de la première manifestation anti-guerre et soumis à une fouille corporelle illégale.

La police israélienne a affirmé, en réponse à la demande de précisions du magazine +972, que la manifestation était « interdite en vertu des mesures d'urgence » et que les agents avaient agi en réponse à un « risque réel pour la vie humaine » lié à la possibilité de sirènes d'alerte aux missiles. C'est manifestement faux. Cette démonstration de force gratuite a eu lieu alors même que la place se trouve au-dessus de l'un des plus grands abris anti-bombes publics de Tel-Aviv, qui dessert des milliers de résidents et aurait facilement pu accueillir tous les manifestants en quelques minutes. Le véritable problème, c'était notre message.

Un objectif commun, un adversaire clair

Malgré la répression policière rapide, ou peut-être à cause d'elle, il régnait samedi sur la place un sentiment palpable de solidarité. Même si nous n'étions pas d'accord sur grand-chose hormis la nécessité de mettre fin à la guerre, à ce moment-là nous nous tenions tous ensemble face à un adversaire commun.

Je me suis assis par terre avec plusieurs amis pour tenter de résister à la poussée de la police visant à évacuer la place. Cela n'a fait qu'attiser davantage la rage. Quatre agents de la police des frontières m'ont saisi par les bras et les jambes et m'ont traîné sur le trottoir. « Levez-vous, bon sang ! » a crié l'un d'eux, tandis qu'un autre me plaquait à plat ventre et qu'un troisième me tirait sur le côté. Je pouvais voir la haine et la colère dans leurs yeux. Leur violence ressemblait moins à une tentative de disperser une manifestation qu'à un effort pour semer le chaos et punir ceux d'entre nous qui refusaient de partir.

Alors que la foule se compactait sous la pression, nous nous sommes regroupés près d'une tribune improvisée, essayant de nous protéger du cercle de plus en plus serré des agents qui s'emparaient de tous les mégaphones à portée de main. Les députés du Hadash – Ofer Cassif et Ayman Odeh – ont invoqué leur immunité parlementaire, appelant les agents à apaiser la situation tout en continuant à scander des slogans contre la guerre depuis la tribune.

Pour la première fois depuis le début de la guerre, d'anciens députés de la Knesset issus du parti de gauche sioniste Meretz, aujourd'hui dissous, dont Mossi Raz, Gaby Lasky et Zehava Galon – qui devait prendre la parole avant que la police ne disperse la manifestation – étaient également présents. Les dirigeants actuels de l'opposition de centre-gauche, en revanche, étaient introuvables.

Des figures de proue de la gauche sioniste comme Yair Golan, ainsi que des membres de groupes de protestation antigouvernementaux tels que « Brothers and Sisters in Arms » (qui avaient auparavant déclaré leur refus de se présenter au service de réserve pour protester contre la réforme judiciaire de Netanyahou) ne se sont pas présentés pour une raison simple : ils ne s'opposent pas à la guerre. La triste réalité est qu'au-delà d'une poignée de députés palestiniens et juifs non sionistes, il n'existe aucune véritable opposition parlementaire à la guerre.

Pourtant, sur le terrain, quelque chose est en train de changer. La manifestation de samedi comptait de nombreux visages que je n'avais pas vus lors des manifestations précédentes. Certains m'ont confié qu'ils n'étaient pas opposés à la guerre à ses débuts. Ils n'étaient pas des militants de longue date contre l'occupation, et n'avaient même pas explicitement dénoncé le génocide à Gaza. Mais semaine après semaine, il leur est apparu clairement que cette guerre n'apportera pas la sécurité – ni aux Iraniens, ni aux Israéliens – et qu'elle n'atteindra pas ses objectifs déclarés, à savoir renverser le régime iranien ou détruire son programme nucléaire.

Les dirigeants du centre-gauche sioniste semblent toujours incapables, ou peu disposés, à comprendre cette frustration grandissante. Ils restent prisonniers d'une mentalité consistant à « mener à bien la mission » en Iran – ce qui n'est guère surprenant compte tenu des antécédents militaires de bon nombre d'entre eux. Pour ceux qui rejoignent aujourd'hui les manifestations, ce discours semble de plus en plus déconnecté de la réalité.

Ce qui s'est déroulé samedi sur la place Habima à Tel-Aviv n'était pas seulement une confrontation entre la police et les manifestants ; c'était aussi une confrontation entre une base électorale et un establishment politique de plus en plus insensible à une demande croissante au sein de sa propre base : mettre fin à cette guerre. (Publié par le magazine +972 le 1er avril 2026 ; Une version de cet article a d'abord été publiée en hébreu sur Local Call. Traduction rédaction A l'Encontre)

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