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Détournement de science. Être scientifique au temps du libéralisme

Jean-Marie Vigoureux, Détournement de science. Être scientifique au temps du libéralisme, Écosociété, 2020, 216 pages.
Le livre de Jean-Marie Vigoureux, enseignant-chercheur et vulgarisateur, est un plaidoyer pour une science citoyenne. Une science portée par des qualités et valeurs comme la justice, la curiosité, l'esprit critique, l'honnêteté intellectuelle et le partage.
Vigoureux s'emploie donc à tracer la ligne entre la science telle qu'elle devrait être et ce qu'il appelle le scientisme. Florissante aux 18e et 19e siècles, cette idéologie attribue aux méthodes de la physique et des sciences en général une portée illimitée. Elle conçoit que « le développement des connaissances va permettre d'organiser scientifiquement l'humanité pour le bonheur de tous ». D'une part, le scientisme envisage la maitrise potentiellement absolue de tous les éléments de notre environnement. D'autre part, il est intrinsèquement lié à l'idée d'un « progrès » qui entrevoit l'atteinte du bonheur par le développement de la raison et de la science. Vigoureux rappelle judicieusement que dans l'euphorie de jadis, il était à peine relevé que des générations entières étaient en train d'être sacrifiées sur l'autel du progrès, au profit d'une minorité. À cet effet, la condition ouvrière du 19e est un exemple patent.
Vigoureux constate que le scientisme a aujourd'hui laissé place à ce qu'il nomme économisme, une approche qui s'est substituée au scientisme dans ses prétentions d'explication absolues du monde. L'économisme s'inscrit dans une pensée libérale exacerbée, privilégiant égoïsme et cupidité. Il place la productivité, la rentabilité et le profit au cœur de ses objectifs. En somme, il lie la quête du bonheur à l'expansion du libre marché. Il s'exprime notamment par une soif des résultats, une importance accrue de la quantification, une conception de l'économie libérale comme mue par des lois naturelles et une bureaucratisation décuplée imposée notamment aux chercheur·euses en échange du financement de leurs travaux. Il entraine une marchandisation de la science, l'amenant à servir, par toutes sortes de stratagèmes, « davantage la finance et la grande industrie » que le bien commun.
J'ai particulièrement apprécié les passages du livre où l'auteur nous propose des exercices de nuance concernant certains lieux communs ou a priori vis-à-vis de la science. Par exemple, Vigoureux remet en question la propension qu'ont certains à faire entièrement reposer la responsabilité des dérives scientifiques sur les épaules de certains penseurs du passé. Il discute de l'exemple de Descartes qui envisageait comme allant de soi l'instrumentalisation et la subordination de la nature aux humains – et qui a amplement été critiqué pour cela. Mais Vigoureux nous demande : « est-ce la faute de Descartes si nous sommes devenus de mauvais maitres ? »
Ce questionnement fait écho au livre dans son entièreté, en ce qu'il s'agit d'un appel à la responsabilisation face à ce qu'est devenue la science. Elle est décrite comme une marchandise tenue en otage sur les marchés par des entreprises, le primat du profit corrompant ses visées et son développement. En remettant les pendules à l'heure, le livre nous enjoint aussi à considérer les espoirs pour le développement d'une science citoyenne. À ce propos, Vigoureux cite en exemple un laboratoire de recherche de l'Université Ouverte, auquel il a participé, qui réunissait des citoyen·nes amateur·trices de recherche et des enseignant·es chercheur·euses professionnel·les.
Au final, Vigoureux nous invite à prendre conscience de notre pouvoir collectif, pour changer de paradigme économique et espérer réorienter la science, pour qu'elle puisse servir la lutte contre la destruction de notre planète.

Pandémie. Traquer les épidémies, du choléra aux coronavirus

Sonia Shah, Pandémie. Traquer les épidémies, du choléra aux coronavirus, Écosociété, 2020, 329 pages.
Il faudra des décennies pour saisir l'ampleur et les ramifications de la pandémie de COVID-19. Nous sommes malheureusement encore trop près du drame pour pouvoir en tirer les conclusions nécessaires. Cependant, il est possible de se tourner vers le passé pour comprendre les raisons de l'apparition de ce virus et en éviter d'autres. Sonia Shah, journaliste scientifique pour le New York Times, le Wall Street Journal, Foreign Affairs et Le Monde diplomatique, avait écrit dès 2016 un livre sur les épidémies, du choléra aux coronavirus. L'ouvrage a été republié en 2020 et Écosociété nous offre une traduction de ce livre essentiel à nous tou·tes qui sommes devenu·es obnubilé·es par la science entourant la COVID-19.
Il est difficile de rester impassible devant les informations contenues dans cet essai. On y apprend entre autres qu'un certain consensus existait chez les épidémiologistes sur le fait qu'un virus ou une bactérie causerait une pandémie mondiale dans les années à venir et que cette pandémie risquait bien d'être due à un coronavirus. De plus, ce virus ou cette bactérie avait de fortes chances de nous être transmis par un animal – ce qu'on nomme une zoonose. Cette information est d'autant plus troublante que Sonia Shah débute son premier chapitre par le récit d'une enquête qu'elle a faite en 2011 dans un marché urbain d'animaux vivants et morts à Guangdong, en Chine : elle cherchait à expliquer l'apparition du syndrome respiratoire aigu sévère, ou SRAS, apparu en 2003 et dû… à un coronavirus.
L'auteure explore les différents problèmes pouvant causer une épidémie mondiale de l'ordre de la COVID-19. Elle présente notamment plusieurs épidémies de choléra, qui tue encore aujourd'hui des milliers de personnes chaque année. Les chapitres traitent en particulier de zoonose, de propagation des agents pathogènes, des effets multiplicateurs des villes, des problèmes capitalistes menant à de mauvaises réponses de la santé publique, des moyens de prévoir la prochaine épidémie et d'y remédier. Ce livre est donc une petite bible des pandémies et permet une compréhension plus approfondie à tou·tes les épidémiologistes amateur·es que nous sommes devenu·es. Une des grandes forces de cet ouvrage est le lien qui est fait entre les sciences sociales, les sciences de la nature et la biologie. Vivement et scientifiquement recommandé !

L’engagement pousse là où on le sème

Laurence Bherer, Geneviève Cloutier et Françoise Montambault, L'engagement pousse là où on le sème, Écosociété, 2021, 316 pages.
L'engagement pousse là où on le sème, c'est le récit d'un groupe de résident·es du quartier Rosemont–La-Petite-Patrie à Montréal, qui décident de s'unir pour créer un jardin collectif en permaculture sur un terrain vague jouxtant leur ruelle verte. Au fil du temps, une petite communauté se construit autour du partage de savoir-faire horticoles, de ressources physiques et des récoltes alimentaires du jardin. Le Carré Casgrain, comme on le nomme, devient ainsi lieu de rassemblement pour les gens du quartier à travers l'organisation de petits événements et la mise en place de mobilier accueillant. À petite échelle, ce groupe arrive à se mobiliser et à poser des actions concrètes pour le verdissement de son quartier.
L'ouvrage raconte aussi les obstacles rencontrés par ces citoyen·nes engagé·es. Ceux-ci découlent du fait que le terrain demeure une propriété privée et que le projet n'est que temporaire. Au-delà de l'initiative de départ du verdissement, les initiateur·trices du projet en viennent à prendre un rôle plus important que prévu à titre de représentant·es du quartier auprès des institutions locales, entre autres dans le cadre du projet de la Société de transport de Montréal qui souhaite construire un nouveau garage sur un terrain à proximité.
C'est sous la plume de trois chercheuses en sciences sociales, Françoise Montambeault, Laurence Bherer et Geneviève Cloutier, qui ont suivi le groupe de résident·es durant toute la durée du projet, que l'on en apprend davantage sur ce Carré Casgrain, passé de jardin ouvert à collectif citoyen. À travers le récit, on aborde les thèmes du verdissement, de l'urbanisme tactique, de l'éco-gentrification et des projets participatifs citoyens. Grâce aux lumières des chercheuses qui expliquent ces principes et amènent des exemples comparatifs de ce qui se fait ailleurs, on comprend mieux le contexte dans lequel s'inscrit le projet du Carré Casgrain.
La lecture est agréable et accessible à tous et toutes, d'autant plus que le texte est entrecoupé de témoignages d'Hélène, Alex, Hélia, Claude, Camille, Adeline, Charlotte et des deux Fabien qui ajoutent beaucoup de dynamisme et rendent le récit de cette aventure d'autant plus vivant. Ces citoyen·nes ont fait partie intégrante de ce projet et y apportent leur couleur, leur vécu et les diverses motivations qui les ont poussé·es à agir. Les illustrations d'Emanuelle Dufour contribuent aussi à imager cette histoire.
Seul bémol, l'organisation du récit amène certains passages à être répétitifs. À trop vouloir tout expliquer, on radote un peu. Somme toute, un ouvrage qui fait du bien à lire, qui redonne espoir en l'engagement collectif et qui pourrait inspirer toute âme écologique à mener une telle initiative citoyenne.
Une SPA scindée en quatre parties
Négociation dans les secteurs public et parapublic
Dans la présente ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic nous assistons par moment à une véritable offensive idéologique verbale du côté du gouvernement caquiste autour des chiffres. La cagnotte totale avancée est énorme, considérable même. À un certain point, il peut même être question d'un montant pharaonique ( « 9 milliards récurrents, à terme »). Mais quand on regarde les choses d'un peu plus près, cette somme colossale à première vue vaut fort peu de choses pour la personne qui touchera à la fin sa part, sa toute petite part.
Le milliard du Conseil du trésor
Dans un communiqué rendu public le 6 décembre 2023 par le cabinet de la ministre responsable de l'Administration gouvernementale et présidente du Conseil du trésor il est mentionné ceci :
« Le gouvernement du Québec annonce le dépôt d'une nouvelle offre aux tables centrales qui hausse les paramètres salariaux à 12,7 %, sur cinq ans. L'offre globale, quant à elle, passe à 16,7%.
C'est donc plus d'un milliard supplémentaire de l'argent des contribuables que le gouvernement ajoute sur la table l'offre globale actuelle représentant ainsi plus de 9 milliards récurrents, à terme ».
De 1 milliard $ annuellement à… 32$ par semaine !
Il serait intéressant de connaître les détails des calculs du Conseil du trésor qui sont à la base des chiffres qu'il fait circuler présentement. Ces milliards de dollars vont-ils être versés uniquement du côté des salarié.e.s syndiqué.e.s ou y a-t-il une partie qui sera dirigée du côté de l'enveloppe salariale des cadres, des député.e.s et des médecins ? Nous avons écrit à ce sujet aux responsables des communications du Conseil du trésor. En attendant leur réponse, demandons-nous ce que peut bien représenter concrètement un milliard de dollars pour chacune et chacun des 600 000 salarié.e.s syndiqué.e.s ?
1 000 000 000$ divisé par 600 000 = 1 666$
Pour chaque milliard que le gouvernement prétend ajouter annuellement dans la masse salariale des salarié.e.s syndiqué.e.s cela leur met individuellement dans leur porte-monnaie, en moyenne, 1 666 $, soit environ 32$ par semaine.
Conclusion
La cruelle réalité que se cache derrière les chiffres est triste à regarder car une fois le montant total réparti sur chacune et chacun des salarié.e.s syndiqué.e.s des secteurs public et parapublic il s'agit d'une très faible bonification de l'augmentation salariale. Une offre ridiculement basse pour les 600 000 personnes salarié.e.s, qui sont à environ 75% des femmes, surtout si elle ne couvre pas l'inflation annuelle et si elle ne permet pas non plus un véritable rattrapage salarial avec ce qui est observé dans les autres administrations publiques.
Morale de cette histoire
Il ne faut surtout pas se laisser intimider par une succession de zéro.
Yvan Perrier
6 décembre 2023
23h45
yvan_perrier@hotmail.com
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De 9% à 10,3 à 12,7% sur 5 ans… (Texte 2)
Le gouvernement du Québec vient tout juste de faire connaître sa troisième proposition d'augmentation salariale à ses 600 000 salariées.es syndiqué.es qui sont à environ 75% des femmes. Cette offre est passée, depuis le 15 décembre 2022, de 9% (décembre 2022), à 10,3% (octobre 2023), à 12,7% (décembre 2023), pour une période de 5 ans.
Les prétentions du gouvernement Legault
Cette offre de hausse salariale est conforme, selon le gouvernement Legault, aux prévisions de l'inflation pour 2023 et les quatre années suivantes. Il faut noter ici que cette proposition ne tient aucunement compte de la forte inflation de l'année 2022, année où se sont échues nos conventions collectives dans les secteurs public et parapublic. L'année 2022 a connu une très forte hausse des prix à la consommation, de 6,7%. Différents paramètres fiscaux, les rentes de retraite du Québec et les allocations de dépenses des député.e.s ont été indexées en 2023 pour corriger l'inflation réelle de 2022.
La réaction syndicale ne s'est pas fait attendre
Selon les dirigeantes du Front commun intersyndical CSN-CSQ-FTQ-APTS, les prévisions de l'inflation à partir de l'année 2022 et les quatre années suivantes s'élèvent à 18,1 %. La réponse des dirigeants.es syndicaux à la nouvelle proposition présentée par la présidente du Conseil du trésor, madame Sonia lebel, a été rejetée sur le champ.
Dans le communiqué syndical, mis en ligne sur les réseaux sociaux, nous pouvons lire ceci :
« Cette offre (de 12,7% sur cinq ans YP) aura toujours pour effet d'appauvrir les travailleuses et les travailleurs du secteur public. Sans une clause garantissant la protection du pouvoir d'achat et un enrichissement permettant un rattrapage salarial, il ne sera pas possible d'en arriver à une entente ».
Petit rappel au sujet des demandes salariales du Front commun
Les demandes d'augmentations salariales du Front commun, pour un contrat de travail d'une durée de 3 ans, se détaillent comme suit :
2023 : Indice des prix à la consommation (IPC) +2 %
2024 : CPI +3 %
2025 : IPC +4 %
Petit rappel au sujet d'un traitement d'augmentation salariale différentielle
Rappelons en terminant que le gouvernement caquiste a accordé des bonifications substantielles de 30 % aux élus.es de l'Assemblée nationale (avec une clause remorque en lien avec ce qui sera appliqué aux salarié.es des secteurs public et parapublic) ;
une hausse de 49,7 % aux juges de paix magistrats ;
et une hausse de 21% sur cinq ans aux policières et aux policiers de la Sûreté du Québec. Offre, doit-on le rappeler, qui a été rejetée par les membres de l'Association des policières et des policiers provinciaux du Québec (APPQ).
Yvan Perrier
6 décembre 2023
18h15
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Les plus récents développements aux tables de la FAE et de la FSE-CSQ (Texte 1)
Nous sommes manifestement dans ce qui a pour nom la dernière grande étape de la présente ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic. La présidente du Conseil du trésor, madame Sonia Lebel, a présenté à la FAE, (lundi le 4 décembre 2023 et le lendemain à la FSE-CSQ) une « proposition verbale d'entente sectorielle de principe exploratoire » accompagnée d'une annexe d 'une page et demi.
Les réactions syndicales
La présidente de la FAE, madame Mélanie Hubert, n'a pas encore commenté le contenu de la « proposition verbale exploratoire » portant sur les enjeux normatifs (organisation du travail, statut à l'emploi, tâche, affectations, etc.), alors que la présidente de la FSE-CSQ, madame Josée Scalabrini, a publiquement exprimé sa déception devant les pistes envisagées, à ce moment-ci, par le Conseil du trésor pour arriver à une entente de principe. Il s'agit, pour la présidente de la FSE-CSQ, d'une offre qui est loin de répondre aux attentes des enseignantes et des enseignants qu'elle représente. Bien qu'insuffisante pour déboucher sur un projet d'entente formelle, les ponts ne sont pas pour autant coupés entre les parties. La FSE-CSQ considère le « dépôt exploratoire » comme correspondant à un signal positif pour poursuivre les échanges avec le gouvernement.
En dernière heure, nous apprenons que le gouvernement du Québec doit présenter aux porte-parole du Front commun CSN-CSQ-FTQ et APTS une offre salariale bonifiée cet après-midi autour de 15h
Yvan Perrier
6 décembre 2023
13h45
Sources :
https://www.lafae.qc.ca/actualites/actu-proposition-verbale . Consulté le 6 décembre 2023.
https://www.facebook.com/search/top?q=fse-csq . Consulté le 6 décembre 2023.
Lexique
FAE : Fédération autonome de l'enseignement, environ 66 000 membres en grève générale illimitée.
FSE-CSQ : Fédération de syndicats de l'enseignement affilié à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). La FSE-CSQ négocie en ce moment avec l'Association provinciale des enseignantes et des enseignants du Québec (APEQ-QPAT). Ces deux regroupements comptent environ 100 000 membres et font partie du Front commun CSN-CSQ-FTQ et APTS.
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Un traitement par le gouvernement qui nourrit « notre indignation et renforcera notre mobilisation »
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Entrevue — comment les travailleurs de la SQDC ont fait plier le gouvernement
Entrevue — comment les travailleurs de la SQDC ont fait plier le gouvernement
Le corps en manifestation

L’environnement et l’interdépendance des droits
L'environnement et l'interdépendance des droits
Karina Toupin, Responsable de l'administration et des finances à la LDL Article rédigé à partir d’un texte de Sylvie Paquerot, professeure retraitée de l’Université d’Ottawa et ancienne membre du CA de la LDLRetour à la table des matières Revue Droits et libertés, printemps / été 2023
La Ligue des droits et libertés (LDL) a été fondée à une époque où le droit à un environnement sain en était à ses balbutiements. L’angle par lequel la LDL a abordé différents dossiers en lien avec l’environnement est marqué par le contexte plus global de développement des perspectives liant les enjeux environnementaux et les droits humains, et mérite que nous nous y attardions un moment. La façon dont la LDL a abordé ces enjeux à travers ses décennies d’activités reflète ce contexte plus large, en quelque sorte. Au fil de son histoire, la LDL est intervenue dans de nombreux dossiers liés, directement ou indirectement, à des enjeux environnementaux. Le lien entre droits humains et enjeux environnementaux a été abordé de front dès la conférence des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm, en 1972. Vingt ans plus tard, lors de la conférence de Rio, l’accent était mis sur la participation de toutes et tous, ouvrant ainsi le chemin à l’approfondissement de la dimension procédurale du droit à l’environnement et à la précision des droits civils et politiques qui y sont liés. Ainsi, il est reconnu que « la meilleure façon de traiter les questions d’environnement est d’assurer la participation de tous les citoyens concernés », ce qui implique la réalisation du droit à l’information, la possibilité de participer aux processus de prises de décisions et d’accéder à la justice. Il convient de se reporter à l’époque où la LDL fut créée : dans les années 1960 et 1970, les impacts des détériorations de l’environnement sur de nombreux droits humains et l’interdépendance des droits humains sont révélés par des affaires célèbres dans le monde entier, qui en fournissent des exemples dramatiques. Les années 1970 sont aussi marquées au Québec par la création du ministère de l’Environnement, le développement du droit de l’environnement (Loi sur la qualité de l’environnement, Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), etc.), l’essor du mouvement environnemental et la multiplication des groupes écologistes, qui se comptèrent bientôt par centaines à travers la province. Au départ, les interventions de la LDL évoquaient plutôt les droits des peuples autochtones, le droit à des logements salubres ou la liberté d’expression en lien avec certains dossiers environnementaux, sans référer spécifiquement au droit à un environnement sain. La LDL a abordé plus explicitement les enjeux environnementaux à la lumière des droits humains à partir de la fin des années 1990, notamment en approfondissant les enjeux sur le droit à l’eau1 et par sa participation à la mise sur pied de l’Association québécoise pour le contrat mondial de l’eau, en 1999. C’est avec le travail sur les poursuites-bâillons au milieu des années 2000 que s’amorce une véritable mise en relation de deux grands fronts de luttes citoyennes : celle pour les droits et l’écocitoyenneté. À partir du milieu des années 2000, la LDL est beaucoup plus active en ce qui concerne les dimensions procédurales du droit à un environnement sain. Les poursuites-bâillons, des actions judiciaires intentées contre des individus ou des groupes de pression en vue de les neutraliser, ont fait l’objet d’un imposant travail de la LDL et d’autres groupes. Cet important pan de son histoire est abordé dans l’article sur la liberté d’expression de la présente revue.Exploitation des gaz de schiste et interdépendance
Les débats entourant l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste au Québec permettent à la LDL de prendre la mesure des atteintes potentielles aux droits que recèlent beaucoup de projets de développement. On constate que celui-ci se planifie et se réalise bien souvent contre les populations et notamment celles des communautés autochtones directement touchées par cette exploitation. En effet, dès les premières démarches visant l’exploration et l’exploitation, on s’apercevra que des droits civils et politiques, comme des droits économiques, sociaux et culturels, sont directement menacés, voire déjà violés. En 2010, dans le cadre des travaux du BAPE, la LDL invoque notamment le paragraphe 51 de l’Observation générale numéro 14 concernant le droit à la santé du PIDESC2 pour questionner la décision du développement d’exploiter cette filière. La LDL porte son attention sur deux droits plus spécialement à risque dans ce dossier : le droit à la santé et le droit à l’eau. Dans le développement de son argumentation, la LDL innove dans la manière de lier enjeux environnementaux et droits humains, en opérant un lien complexe, fondé sur une analyse en termes d’interdépendance des droits. Le raisonnement va comme suit : en vertu de ses propres lois, le gouvernement a l’obligation de protéger ses ressources en eau et donc d’étudier préalablement l’impact des projets de développement qui les affectent. Par ailleurs, le gouvernement a l’obligation de fournir à la population toutes les informations nécessaires qui peuvent concerner sa santé. En conséquence, les études d’impact sur l’environnement, qui sont une obligation, doivent comprendre l’étude des impacts sur les droits humains des projets et non seulement les impacts sur l’environnement au sens strict. Cette analyse en termes d’interdépendance de tous les droits l’amènera à affirmer l’obligation du principe de précaution, malgré la faiblesse de l’intégration de ce principe en droit canadien et québécois.Le droit de dire NON
Dans la foulée des projets d’exploitation des gaz de schistes, la LDL publie en 2010 un important mémoire intitulé Le droit de dire NON. À travers les nombreux dossiers environnementaux qui ont suscité la controverse au Québec dans la dernière décennie, c’est bien la capacité des populations concernées de décider pour elles-mêmes de leurs choix de développement qui est gravement bafouée. La LDL souligne que cela constitue « une rupture de plus en plus profonde du lien de confiance entre la population et son gouvernement en matière d’exploitation de ressources, de projets de développement et de protection de l’environnement et du milieu de vie »3. Pour justifier son intervention devant un organisme consultatif en matière environnementale, la LDL invoque d’abord le fait que le gouvernement du Québec lui-même a, en 2006, intégré dans la Charte des droits et libertés de la personne un article spécifique, l’article 46.1, rédigé en ces termes : « Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité4 ». La LDL en déduit que : « l’intention du législateur est donc bel et bien, en ajoutant l’article 46.1 dans la Charte, de voir mieux garanti et mieux protégé le droit de vivre dans un environnement sain5 ». Son analyse en termes d’interdépendance amènera l’organisme à beaucoup plus de précision quant aux impacts sur les droits des dimensions environnementales de nos modes de développement. Lorsqu’elle se présente devant le BAPE, en novembre 2010, la LDL inscrit son intervention du point de vue des droits potentiellement atteints dans le développement de l’industrie du gaz de schiste au Québec6, mais également du point de vue du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cet enjeu soulève tout particulièrement la question du respect du droit à l’autodétermination et de la souveraineté des communautés autochtones situées sur les territoires touchés par ces développements. Au regard de ces choix de développement, la LDL attire également l’attention sur nos obligations face aux générations futures. C’est une réflexion sur la portée de cette affirmation que la LDL a amorcé dans le cadre de son intervention sur le développement des gaz de schiste au Québec.Conclusion
En 2014, la LDL publie sa brochure L’environnement, un enjeu de droits humains, visant à informer le public sur l’environnement comme condition de réalisation des droits humains, de même que sur les processus démocratiques essentiels à un environnement sain. Ce cadre d’analyse est déployé davantage dans la revue Écologie et droits humains, penser les crises, publiée en 2020. Elle se joint à la même époque au Front commun pour la transition énergétique, une vaste coalition œuvrant à mettre en place une transition écologique porteuse de justice sociale. La stratégie de liaison des enjeux environnementaux et de défense des droits semble fournir au moins deux leviers pertinents pour renforcer les luttes citoyennes pour la justice. D’une part, la compréhension des enjeux environnementaux en termes de droits humains permet aux écologistes de situer leurs revendications dans un cadre plus largement politique, liant luttes sociales et luttes environnementales, augmentant ainsi significativement leur auditoire, leur légitimité, et donc leur portée. D’autre part, elle met en scène les exigences de l’article 28 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule « Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puisse y trouver plein effet. » Le pouvoir politique doit donc assumer ses responsabilités en ce qui a trait à la mise en place et au maintien d’un tel ordre. Du point de vue de la défense des droits humains, cette mise en liaison permet d’élargir la compréhension de l’interdépendance de tous les droits, de l’illustrer concrètement avec une acuité extraordinaire.- Ligue des droits et libertés, Dossier : le droit à l’eau, Bulletin de la LDL, printemps En ligne : https://liguedesdroits.ca/wp-content/fichiers/bul-2006-05-00.pdf
- Le droit au meilleur état de santé susceptible d’être atteint (2000), Observation générale no 14, 22e session : 11/08/2000. E/C.12/2000/4.
- Le droit de dire NON : mémoire de la Ligue des droits et libertés déposé dans le cadre de la consultation portant sur le « Développement durable de l’industrie des gaz de schiste au Québec » devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), 2010.
- R.Q., chapitre C-12/2006, c. 3, a. 19.
- Le droit de dire non, cit., p. 5
- En ligne : https://liguedesdroits.ca/memoire_bape_gazdeschiste_ldl_20101116/
L’article L’environnement et l’interdépendance des droits est apparu en premier sur Ligue des droits et libertés.
PROJET DE GAZODUC ÉNERGIR / MÉGADÉPOTOIR WM de Ste-Sophie, une opération en voie de passer comme une lettre à la poste ?
Ce deuxième gazoduc (Papier Rolland#1) est un projet inutile et essentiellement destiné à des intérêts privés. Il se ferait au détriment de milieux humides et d'importants risques pour les aquifères environnants.
Ce projet avaliserait pour encore 20 ans le pire mode de gestion des matières résiduelles, le méga-enfouissement pêle-mêle de la matière organique. Il ferait de Ste-Sophie et de la MRC de la Rivière-du-Nord, la poubelle du Québec, avec près de 20 % de tous ses déchets annuels et 400 camions qui chaque jour déferlent sur cette localité.
Une plainte formelle à l'Office de la protection du consommateur a récemment été déposée contre Énergir pour « représentations fausses ou trompeuses » notamment sur la question du prétendu gaz naturel renouvelable, le « GNR ».
Une consultation publique et une enquête du BAPE ont été obtenues du ministère de l'Environnement par des citoyens, des citoyennes et des organismes environnementaux de la région.
POSER UNE QUESTION À ÉNERGIR, C'EST POSÉ UN GESTE CITOYEN POUR LA PROTECTION DE L'EAU, DES MILIEUX HUMIDES ET DU CLIMAT !
La première partie de cette consultation se tiendra les 5 et 6 décembre. Elle est destinée aux questions sur le projet. Elle est ouverte à tous et à toutes, en présentiel ou en virtuel.
(La deuxième partie des audiences, celle des opinions/mémoires débutera le 16 janvier 2024.)
Consultez cette liste, une suggestion de questions sélectionnées pour intervenir sur place ou virtuellement. (https://docs.google.com/document/d/1rjDynp2B3JhwmysAn7u59My8huPgueZQpMZI_xih4bI/edit?usp=sharing )
QUAND : mardi le 5 décembre dès 19h. et mercredi le 6 décembre 2023, dès 13h30 (19h = à confirmer)
OÙ : Salle Le Tapis Rouge, 348 rue St-Georges, J7Z 5A5 au centre-ville de Saint-Jérôme
Infos du BAPE sur le projet de gazoduc d'Énergir avec le mégadépotoir WM Ste-Sophie
https://www.bape.gouv.qc.ca/fr/dossiers/raccordement-complexe-valorization-biogaz-biomethanisation-ste-sophie-mirabel
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Un manifeste pour l’écosocialisme

C'est une somme, et elle est passionnante. Mon ami Hendrik Davi, à la fois biologiste, ancien syndicaliste et aujourd'hui député LFI, vient de publier Le capital c'est nous, un manifeste pour une justice sociale et écologique. Aussi érudit qu'accessible dans l'écriture, abstrait que concret, cet essai dresse les défis d'aujourd'hui pour un projet d'émancipation et prend à bras-le-corps la question stratégique. Un pari audacieux qui a le mérite de nous éclairer dans ces temps obscurcis…
5 novembre 2023 | tiré du site de la gauche écosocialiste
https://gauche-ecosocialiste.org/6343-2/
Tout au long de la lecture, j'ai été frappée par la proximité d'idées que je peux avoir avec cet animateur de la Gauche écosocialiste, avec ce qu'il analyse et ce qu'il propose comme chemin – et pourtant, nous n'y arrivons pas toujours avec les mêmes références, et nous n'avons pas le même parcours. Je retiendrai ici seulement quelques points saillants, en vous invitant à plonger dans le détail de son dense récit. Ce livre ne règle évidemment pas toutes les questions qui sont devant nous mais il débroussaille l'horizon et la méthode.
Capitalocène
D'abord, je signe et contresigne l'assertion première : la tension sur laquelle nous devons nous appuyer pour créer des dynamiques révolutionnaires, des « points de basculement des pouvoirs », c'est « la contradiction entre la préservation de la planète et la société de consommation ». Pour décrire la période actuelle, Hendrik Davi préfère parler de « capitalocène » que d' « andropocène ». Car « le régime d'accumulation capitaliste est responsable de l'ampleur qu'ont pris les désordres écologiques ». Il est donc nécessaire de dépasser le capitalisme pour retrouver de l'équilibre dans les rapports entre la nature et l'humanité, ce qui suppose de « transformer en profondeur notre appareil de production et nos modes de consommation ». Or ce changement est impossible « dans un monde où la logique d'accumulation du capital surdétermine les décisions économiques ». Cela ne veut pas dire que le capitalisme, vert, ne puisse pas résoudre une partie des défis environnementaux. Mais, comme le capitalisme va de pair avec la société de consommation, qui représente une base matérielle sur laquelle réaliser des profits, il existe une « contradiction insoluble » entre l'expansion infinie du capital et la résorption de la crise écologique.
Écosocialisme
Opposé à la logique d'effondrement qui supposerait que tout est perdu, partisan de la planification écologique, Davi s'attache à redéfinir la valeur monétaire d'une marchandise, dans une formule apparemment complexe : « temps de travail social incluant le capital constant et le capital variable, multiplié par l'empreinte écologique, inversement proportionnel à l'utilité social ». Autrement dit, le jeu de l'offre et de la demande sont aujourd'hui biaisés par le marketing et la publicité qui créent des besoins artificiels. Il ne permet pas, seul, de fournir le niveau d'utilité sociale de la marchandise. Davi propose donc d'inclure à la fois la valeur sociale du travail accompli et l'empreinte écologique : « plus une marchandise requiert de travail social, plus son empreinte écologique est forte, moins son utilité sociale est élevée, plus elle doit être chère ». Sage et juste proposition qui donne à voir l'articulation nécessaire entre le social et l'écologie et qui dit combien les règles communes, l'État, la loi peuvent décider de ne plus laisser le champ libre aux normes du marché.
Boussoles éthiques
Comme « les principes moraux guident les actions », Davi s'attache par ailleurs à fonder le projet émancipateur sur une éthique et des fondements philosophiques : il en va de notre « boussole ». L'auteur, qui cherche à réinsuffler du matérialisme dans le raisonnement de Kant, écrit : « le choix moral n'a d'intérêt social que s'il a une conséquence en acte ». Nous voici ramenés à une pensée qui m'est très chère, et depuis fort longtemps : l'existentialisme sartrien, « où les hommes et les femmes ne se construisent que par leurs actes », et j'ajouterai pour ma part gorzien, tant André Gorz fut un maître d'œuvre remarquable de cette théorie. Davi pose alors quatre principes pour fonder une éthique émancipatrice : un rapport apaisé et durable avec la biosphère (Gaïa), un développement harmonieux des sociétés humaines (égalité), la nécessaire réciprocité des engagements entre humains (solidarité), l'objectif de liberté matérielle et intellectuelle pour toute existence (émancipation).
Utilité de la démocratie
Pour parvenir à ces objectifs, tout au long de l'ouvrage, Davi déploie une panoplie d'arguments pour la démocratie. Au fond, il la prend très au sérieux, non pas comme un poncif ou un simple parti pris théorique mais davantage comme une méthode indispensable, pragmatique, pour parvenir à nos fins. Car, nous dit-il, « l'idéal démocratique part d'une hypothèse qui me semble juste : plus nous sommes nombreux à réfléchir à un problème, plus nous avons de chances de trouver les solutions les plus appropriées ». La multiplication des points de vue et la liberté de penser sont des forces, à condition que toujours plus de citoyens aient toujours davantage accès à l'éducation et à l'information : « plus le caractère démocratique est important, plus la décision est donc lente à prendre, mais elle a plus de chances d'emporter l'adhésion du plus grand nombre, ce qui accroît son efficacité ». Par ailleurs, Davi affirme ce qui peut sembler une évidence mais qui en réalité n'est pas si simple : « la transformation radicale de la société ne doit pas avoir lieu contre la majorité de la population ».
Éloge de la théorie et la dialectique
La seconde moitié du livre de Davi est consacrée aux stratégies révolutionnaires, avec pour question : « comment reprendre collectivement le volant d'un bolide fonçant dans un mur, à un conducteur ivre mort et shooté à la cocaïne ? ». La difficulté majeure est d'affronter les classes dominantes dont les intérêts sont liés aux modes de production et de consommation en place. Or, par définition, même si la bourgeoisie porte en elles des contradictions à saisir, celles-ci dominent idéologiquement, économiquement et politiquement. Pour nous orienter dans l'affrontement inéluctable avec ces classes dominantes, nous avons besoin de théorie politique. Davi la distingue de l'idéologie, cette « élaboration et reproduction d'un corpus fixe d'idées qui cassent le ressort idéologique », en rappelant que « ce que nous enseigne la trahison stalinienne, c'est aussi qu'une théorie de l'émancipation doit penser les garde-fous qui permettront d'éviter un retour de l'orthodoxie et une fossilisation de la théorie ». Face à la complexité du monde et à ses réalités mouvantes, nous avons donc besoin de « flexibilité radicale selon la situation ». C'est ainsi que Davi nous livre un éloge de la dialectique, qui doit s'ancrer dans la praxis. Permettant de « sans cesse redéfinir les concepts à la lumière des situations », la dialectique va à l'encontre d'une vision figée des choses. La tâche des dialecticiens, c'est à la fois de permettre de mieux démasquer les mécaniques d'imposture des classes dominantes, qui consistent notamment à dévier le sens des mots, et de produire un imaginaire commun alternatif, reposant sur des pratiques concrètes, des gisements de communisme au sein même de la société capitaliste – « en prouvant la faisabilité d'un autre monde, ils le rendent tangibles ».
Médiations et forme parti
En lisant ce livre, j'ai découvert que je partageais avec Davi une attention majeure pour les médiations. Syndicats, partis, associations doivent faire l'objet d'une réflexion approfondie sur leur mode de fonctionnement et sur leurs relations. Se prémunir des processus de bureaucratisation et de la captation des pouvoirs par un petit nombre n'est pas facile mais essentiel.
Si Davi développe sur les indispensables mobilisations sociales et sur le rôle des syndicats, je m'arrête ici sur son approche de la formation politique dont nous avons besoin. Défendant la forme du parti plutôt que le gazeux, il nous met en garde contre le caractère anti-démocratique d'un mouvement informel : l'un des avantages du parti sur celui-ci, c'est que le choix de la direction peut être décidé démocratiquement. La structuration donne moins libre cours aux mécanismes de domination et de captation des pouvoirs, à condition d'être « le lieu d'une véritable révolution permanente » avec des outils démocratiques tels que la rotation et le non-cumul des mandats.
Davi aborde avec justesse la place de l'intellectuel organique qu'il conçoit dans un mouvement de va-et-vient avec les militants : celui-ci doit « pouvoir nourrir l'organisation politique d'un arrière-plan théorique qui donne de la consistance, tant à la construction de l'horizon émancipateur qu'aux stratégies révolutionnaires. À travers la praxis, il est lui-même nourri par l'expérience collective ». S'il existe bien une séparation entre le travail intellectuel et le travail pratique, il ne doit pas y avoir de « séparation de classe » avec, d'un côté, « ceux qui collent les affiches », et de l'autre, « ceux qui rédigent les positions » de fond ou stratégiques : il faut des allers-retours entre les deux. Davi ajoute : « la formation intellectuelle est nécessaire mais elle ne peut se substituer à la formation par l'action militante et le débat démocratique ».
Par ailleurs, la prise du pouvoir central ne peut se concevoir sans imaginer aussi des moyens de prendre des positions dans les collectivités locales : « l'ancrage territorial est un autre élément clé de notre stratégie révolutionnaire ». À condition de se prémunir de la tendance des militants politiques qui participent aux institutions, locales ou nationales, à « faire corps avec l'idéologie dominante qui les imprègne ».
Au total, Davi plaide pour la reconstruction d'un « grand parti de masse apte à entretenir des relations confraternelles avec les autres organisations de gauche, les syndicats et des myriades d'associations. (…) Il faut éviter la subordination des autres forces qui composent notre écosystème de l'émancipation. Nous devons aussi approfondir le fonctionnement démocratique ». Et de rappeler que « la fossilisation stalinienne a limité la capacité du PCF à se transformer de l'intérieur en acceptant les critiques formulées par des générations de communistes : une démocratie vivace et la possibilité de faire vivre le pluralisme sont des conditions essentielles à la réussite d'une nouvelle force politique ».
Se préparer au jour d'après la victoire
Défenseur de la Nupes, surtout dans le cadre de la tripartition politique, Davi précise qu'« il nous faut toujours trouver le bon compromis entre le rassemblement le plus large possible et la clarté des revendications ou du programme. Nous l'avons vu dans de nombreux pays, gagner des élections sur un programme trop flou et avec une volonté politique trop molle, qui accompagne le capitalisme sans l'affronter, conduit à la démobilisation, notamment des classes populaires. » Davi nous met aussi en garde sur le jour d'après la victoire, qui ne peut être un impensé, notamment au vu des nombreux échecs de la gauche au pouvoir, en France et ailleurs. Il nous faut donc « nous préparer très minutieusement à l'affrontement qui vient ». Il en va de notre capacité à mettre en œuvre des solutions transitoires face à l'offensive des marchés, de notre rapport aux hauts fonctionnaires qui « organisent toujours avec le même zèle la casse des services publics » ou du débordement du gouvernement par le mouvement social et la rue, « condition pour que la lutte des classes avance dans la bonne direction ».
Rien d'exhaustif dans ma lecture ici livrée de ce manifeste pour une justice sociale et écologique. Conscient du caractère « périlleux » de son projet d'écriture et persuadé que « les meilleures synthèses sont collectives », Davi pose des jalons stimulants pour dégager le chemin de la victoire d'une gauche digne de ce nom.
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Andreas Malm s’attaque à la pensée de Latour et Descola

Dans son dernier essai, le géographe suédois Andreas Malm, ardent défenseur du sabotage, critique l'abolition de la distinction entre nature et culture, qui n'est pas en mesure de nourrir « une haine de classe écologique ».
Tiré de Reporterre
3 novembre 2023
Par Nicolas Celnik
(La traduction française de l'essai Avis de tempête du géographe suédois Andreas Malm vient d'être publié. Brandon Bell/Getty Images vis AFP)
C'est un intellectuel de premier plan qui n'a pas voulu voir l'évidence en face : en 1938, Sigmund Freud fut l'un des derniers à comprendre la menace de l'arrivée des nazis à Vienne. Il fallut l'exfiltrer d'Autriche au dernier moment, et plusieurs membres de sa famille payèrent le prix de son aveuglement. « L'analogie avec l'urgence climatique actuelle est évidente : quand on ne panique pas de façon appropriée, on ne peut pas prendre de mesures radicales en conséquence », écrit le géographe suédois Andreas Malm dans un essai daté de 2020 et traduit cette année en français, Avis de tempête — Nature et culture dans un monde qui se réchauffe (La Fabrique). Il s'agit donc, selon lui, de faire deux choses : paniquer, et le faire bien.
Andreas Malm a été érigé, un peu trop vite, en intellectuel de référence des Soulèvements de la Terre parce qu'il développait dans Comment saboter un pipeline (La Fabrique, 2020) une théorie justifiant le recours au sabotage et l'abandon du principe de non-violence par le mouvement écologiste. S'il continue d'affirmer qu'au vu de l'urgence, « il faut saboter », il prend cette fois le temps de clarifier le rôle que doit occuper la théorie dans le mouvement climat. Et selon lui, la théorie « peut faire partie du problème » si elle ne contribue pas à rendre clairs les objectifs. Un impératif qu'il traduit ainsi : « Toute théorie adaptée à l'état de réchauffement doit avoir comme point de repère pratique […] la lutte pour la stabilisation du climat — dont la première étape nécessaire est la destruction de l'économie fossile. Une telle théorie doit dégager des marges d'action et de résistance. »
« La première étape : la destruction de l'économie fossile »
Première étape de cette clarification : contredire les courants de pensée que l'auteur d'Avis de tempête juge contreproductifs dans la lutte pour la stabilisation climatique. L'intellectuel suédois désigne avant tout ceux qui affirment que la « nature » n'existe pas : soit parce qu'elle serait aujourd'hui trop artificialisée par les humains (c'est le constructionnisme du géographe britannique Neil Smith) ; soit parce qu'elle serait hybridée à la culture (c'est ce que défend le philosophe français Bruno Latour) ; soit parce qu'elle aurait une « puissance d'agir » qu'il s'agit de reconnaître (on retrouve là aussi Bruno Latour).
En visant ces courants de pensée, Malm s'attaque à un double patronage devenu central dans les sciences humaines françaises, celui de Bruno Latour et celui de l'anthropologue Philippe Descola. Tous deux appellent à penser Par delà nature et culture (d'après le titre de l'ouvrage de Philippe Descola, paru en 2005) afin de changer d'ontologie, c'est-à-dire de manière de se représenter le monde. Selon eux, ce changement est crucial pour arrêter de se penser maîtres et possesseurs de la nature. Ce « tournant ontologique » dans les sciences humaines a eu une influence considérable sur tout un pan des pensées de l'écologie. Il a donné naissance à la « philosophie du vivant » aujourd'hui animée par de nombreuses personnes, dont Baptiste Morizot, Nastassja Martin ou encore Vinciane Despret.
Andreas Malm bat en brèche la philosophie du vivant, tel que développée par Morizot ou Despret. © Mathieu Génon / Reporterre
Sauf que pour Malm, ce cadre de pensée « ne peut être que de très mauvais conseil » dans les circonstances actuelles : pour lui, « la tâche vitale de la théorie [est de] maintenir la distinction analytique afin de dégager la façon dont les propriétés de la société s'entremêlent avec celles de la nature ». Autrement dit, ce que les intellectuels doivent faire, c'est rendre claire la responsabilité des élites à la tête de l'économie fossile dans la catastrophe qui s'annonce.
Sans le citer, Malm reprend ce qu'écrivait Kant du « lieu commun » : « Il se peut que ce soit juste en théorie, mais en pratique, cela ne vaut rien. » Ainsi, quand Latour défend l'idée qu'« il n'existe pas un seul cas dans lequel il serait utile de distinguer entre ce qui est “naturel” et ce qui “n'est pas naturel” », Malm propose un exercice de pensée. Imaginons, écrit-il, une entreprise qui déverse une marée noire dans le delta d'une rivière. Plutôt que de se poser une question latourienne abstraite du genre « qui du pétrole ou de l'eau a englouti l'autre ? », comme Malm s'amuse à le penser, il faut étudier les « propriétés spécifiques » de la biodiversité du delta d'un côté (avec ses dauphins, oiseaux migrateurs, chaîne alimentaire, etc.), et, de l'autre, « les procédures opérationnelles de l'entreprise, les rouages de la recherche du profit, le niveau de concurrence dans l'industrie pétrolière », le premier terme étant bien évidemment « naturel » quand le second ne l'est pas.
« Nous avons ardemment besoin d'une haine de classe écologique »
Maintenir cette distinction analytique entre nature et culture est alors un enjeu stratégique : en bon écomarxiste, le Suédois soutient que rien ne vaut la dialectique pour séparer le bon grain de l'ivraie : « ExxonMobil dans un coin, et le pergélisol, vulnérable, dans un autre — et ensuite, passer à l'action. » Considérer que la nature est dotée d'une agentivité peut conduire à voir dans le réchauffement climatique une forme de vengeance des puissances telluriques, une révolte de la Terre contre l'humanité. Pour Malm, cette posture justifie une jouissance du désastre contre-productive : ceux qui pâtissent de la crise environnementale ne sont pas ceux qui la provoquent, cette histoire de vengeance semble donc mal troussée. Et c'est là où affleurent de nouveau les questions stratégiques : pour Malm, la nature ne peut pas être considérée comme un sujet révolutionnaire, parce que « ses retours de flamme sont aléatoires et non subjectifs », et que l'« on n'acclame pas un ouragan comme on acclame une grève ».
De ce monde de nouveau séparé entre nature et culture, Malm en vient à un éloge de la polarisation, avec des formules bien senties : « Sans politique de la polarisation ni façon de penser oppositionnelle, nous nous condamnons à une chute sans ressaut vers l'abîme. La guerre politique contre une classe dominante toujours plus mortifère nécessite des manuels remplis de dualités. » De ces manuels naîtra « une perception juste qui fonde le sentiment dont nous avons sans doute le plus ardemment besoin dans un monde en réchauffement : une haine de classe écologique dirigée contre les acteurs de l'économie fossile ».
Ambiguïtés
Avis de tempête est un livre fidèle à la volonté d'Andreas Malm de tracer des lignes claires, tant dans les fondements théoriques (un écomarxisme posant comme centrale et capitale la question du réchauffement) que dans les perspectives stratégiques du mouvement climat (arrêter l'économie fossile, par tous les moyens). Mais on y trouve aussi les ambiguïtés de l'auteur : d'abord, un « léninisme écologique », qui, convoquant l'urgence climatique pour justifier l'autorité, force à établir des lignes de partage claires et tire à boulets rouges sur des penseurs comme Bruno Latour sans penser l'inclure dans le « camp » des alliés potentiels.
Dans La chauve-souris et le capital (La Fabrique, 2021), Malm assurait que « l'État devrait se charger » d'imposer « des restrictions draconiennes » : une vision très verticale du pouvoir, à rebours des enjeux démocratiques, horizontaux et émancipateurs portés par tout un courant de l'écologie politique.
Ce que les intellectuels doivent faire, c'est rendre claire la responsabilité des élites à la tête de l'économie fossile dans la catastrophe qui s'annonce. © Twitter/Alternatiba Paris
Si Malm est précieux pour rappeler qu'il existe un pôle constitué par les élites des hydrocarbures, les solutions qu'il propose de mettre en place ont de quoi créer de nouvelles divisions. Pour lui, « le déploiement massif de technologies à émissions négatives [de CO2] » est « un projet révolutionnaire pour les quelques siècles à venir ». Position trouble du géographe sur un sujet qui ne l'est pas moins : faire l'éloge des technologies de stockage de carbone, dont l'efficacité à grande échelle n'est pas prouvée, sans mentionner des solutions fondées sur la nature, comme l'agroécologie, l'agroforesterie, etc., semble indiquer un désintérêt pour nombre des projets alternatifs déjà existants.
Comme le soulignait un long portrait consacré au géographe dans la revue Terrestres, vu l'importance prise par Malm récemment, « ses angles morts peuvent devenir nos angles morts, et ses limites nos limites ». Cet essai démontre qu'abolir la distinction nature/culture peut être contreproductif d'un point de vue stratégique, mais il illustre aussi, en creux, que différencier les « amis » des « ennemis de classe » est une posture risquée à bien des égards.
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Travailler moins ne suffit pas | Julia Posca

Alors que le Front commun du secteur public s'apprête à déclencher la grève, Julia Posca livre une réflexion audacieuse sur la réduction du temps de travail, une mesure aussi souhaitée qu'incomplète.
Le livre *Travailler moins ne suffit pas*, de la chercheuse à l'IRIS Julia Posca, va paraître *en librairie le 14 novembre 2023*.
*En bref : *Qui n'a jamais rêvé de travailler moins ? Pourtant, est-ce seulement le nombre d'heures travaillées qui pose problème ou la nature même de nos emplois ?
*À propos du livre*
Temps supplémentaire (obligatoire ou non), cumul d'emplois pour boucler les fins de mois, impératif de performance, conciliation travail-famille ardue : beaucoup de nos concitoyen·nes sont épuisés. En 2019, selon une enquête de Statistique Canada, environ le quart de la population du Québec identifiait le travail comme « principale source de stress de la vie de tous les jours », alors que « 70 % indiquaient que leur expérience en milieu de travail avait des répercussions sur leur santé mentale… ».
Dans ce contexte, la réduction du temps de travail apparaît comme une panacée. Par ailleurs, rarement a-t-on vu le Conseil du patronat du Québec et les syndicats manifester tous les deux un intérêt pour une même mesure, que ce soit afin de fidéliser la main-d'œuvre ou d'améliorer sa qualité de vie. En passant moins de temps au boulot, nous pourrions enfin reprendre notre souffle et consacrer plus de temps à nos relations sociales, aux tâches domestiques ou à l'engagement communautaire. Nous pourrions enfin nous épanouir… à l'extérieur du travail.
Mais suffit-il vraiment de travailler moins pour retrouver l'équilibre entre les différentes facettes de nos vies surchargées ? Cette solution serait-elle à même de « réenchanter » le travail, de lui redonner un sens et de permettre aux personnes salariées de se sentir utiles et valorisées ? Autrement dit, est-ce seulement le nombre d'heures travaillées qui pose problème ou bien le travail lui-même ?
Interrogeant notre rapport au travail, explorant sa nature et envisageant les voies à emprunter pour lui redonner un sens, Julia Posca propose ici une réflexion originale sur les finalités de notre économie. Une invitation à revoir l'organisation du travail pour qu'il réponde d'abord aux besoins les plus « authentiques » : assurer à tous et toutes une existence digne, entretenir des relations riches et léguer une vie bonne aux futures générations.
*À propos de l'autrice*
Julia Posca est sociologue et chercheure à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS). Membre du comité de rédaction de la revue Liberté, elle a notamment fait paraître *Le manifeste des parvenus* (Lux, 2018).
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Kamilya Jubran, pourvoyeuse d’accords de paix
Tiré de L'Humanité
https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/guerre-israel-hamas/kamilya-jubran-pourvoyeuse-daccords-de-paix
photo : La compositrice et chanteuse franco-palestinienne Kamilya Jubran à Paris, le 23 novembre 2023. © Marion Esquerré
La musicienne palestinienne a construit une œuvre à cheval entre l'Europe et son pays d'origine et de cœur. Elle assiste, effarée et désabusée, au drame qui s'abat à nouveau sur son peuple, sans perdre l'espoir de jours meilleurs. Elle jouera ce vendredi 1er décembre au festival /No Border/ de Brest.
Par Clément Garcia <https://www.humanite.fr/auteurs/cle...> , journal L'Humanité (France), pages culture et savoir, mise à jour 2023-12-02 à 10h02
www.humanite.fr/culture-et-savoir/guerre-israel-hamas/kamilya-jubran-pourvoyeuse-daccords-de-paix
Kamilya Jubran a le sourire des jours tristes. La musicienne palestinienne de 61 ans, oudiste virtuose à la voix de rossignol, peut pourtant s'estimer comblée. Qu'elle joue avec le trompettiste et musicien électro Werner Hasler, son complice depuis vingt ans, la prodige de la contrebasse Sarah Murcia, ou avec le trio de son projet Terrae Incognitae, c'est toujours avec le même entrain et sous les mêmes louanges. Mais comment s'extraire de l'actualité si brutale qui frappe à nouveau son peuple ? Un mélange de colère rentrée et de lassitude se lit sur son visage encadré d'une crinière blanche. Aujourd'hui, il lui faut penser au lendemain, au concert qu'elle donne à Hyères (Var), déclinaison pour la scène de l'album Wa, le troisième conçu avec Werner Hasler, en 2019.
Ce 1er décembre, c'est pour le festival No Border, à Brest <https://www.festivalnoborder.com/>
,, qu'elle s'envolera avec un autre projet dans ses bagages, la quatrième mouture de « Terrae Incognitae », avec la joueuse de koto Mieko Miyazaki et la harpiste Hélène Breschand. « C'est un projet en quatre volets avec un trio féminin, une sorte de plateforme de rencontres instantanées avec des musiciennes qui jouent librement. Une invitation ouverte et une rencontre de cultures et d'esthétiques différentes », détaille-t-elle.
Pour conduire le projet, Kamilya Jubran a fondé l'association Zamkana <http://www.kamilyajubran.com/projec...> , mot-valise qui signifie « lieu pour prendre son temps ». La structure avait déjà porté Sodassi, dialogue de six musiciens du Proche-Orient, libanais, égyptiens et palestiniens. « C'était une occasion pour ces jeunes artistes de se rencontrer pour se poser des questions. Depuis, chacun a sorti un album et tous réclament qu'on continue. Mais ce n'est pas facile de se retrouver… »
*Sabreen, groupe populaire dans les territoires occupés*
La passion que cette fille de luthier voue à la musique peut enfin s'exprimer quand, à la fin des années 1980, elle fonde, à Jérusalem-Est, le groupe Sabreen, phénomène populaire dans les territoires occupés et parmi la population arabe d'Israël. « Beaucoup de membres du groupe jouaient du pop-rock des années 1970, mais nous nous inspirions surtout de la musique séculaire du monde arabe, se remémore la musicienne. Dans la démarche, on était un groupe de rock très engagé, affilié à la vague de la chanson résistante, mais en évitant les slogans. De toute façon, le simple fait d'exister là-bas, c'est faire de la politique, il n'y a pas le choix. »
En vingt années d'existence et quatre albums qui empruntent les vers des poètes palestiniens – qu'elle tient à nous présenter – Samih al-Qâsim, Taoufik Ziyad, Fadwa Touqan, Hussein Al-Barghouti ou Mahmoud Darwich, le groupe se taille une réputation qui dépasse de loin les frontières précaires de son pays. Auréolée d'une gloire locale, Kamilya Jubran part pour l'Europe, en 2002, « recharger (ses) batteries ».
« La situation était très dure en Palestine, se souvient-elle. On a compris que le processus de paix était un mensonge. Et nous, les artistes, étions punis deux fois : par l'occupation et par les pays européens qui avaient stoppé leurs subventions. » La chanteuse atterrit en Suisse avec son oud, à la faveur d'une bourse, en pleine seconde Intifada, et prend la décision de ne pas retourner en Palestine. « Ça a été très dur, je me suis moi-même choquée », lâche-t-elle.
*« On ne veut pas de nous »*
C'est que Kamilya Jubran chérit la terre où elle a grandi, en Galilée, dans le village d'El Rameh. Une terre ballottée par une histoire qu'elle connaît par cœur et dont elle parle avec satiété : l'Empire ottoman, la Première Guerre mondiale, les mandats français et britannique, puis l'installation de l'État hébreu. Sa famille échappe à l'exode mais vit un exil intérieur. « Il fallait sans cesse demander des autorisations à l'armée israélienne. Je ne sais pas comment ils se sont soignés, par la musique sans doute. » C'est en fréquentant l'université hébraïque de Jérusalem, à 19 ans, qu'elle comprend « ce que c'est qu'être palestinienne : on ne veut pas de nous ».
Elle aimerait aujourd'hui retourner auprès de son peuple, en partager la souffrance, notamment avec ses amis de Gaza dont elle a perdu contact depuis l'entrée de l'armée israélienne dans l'enclave assiégée. « Mais je n'ai pas envie de passer par l'aéroport Ben-Gourion ( de Tel-Aviv – NDLR ). Dès que j'y passe, j'ai l'impression d'être coupable. Ce sentiment ne change pas, même si, aujourd'hui, j'ai moins peur. Se taire, baisser la tête font partie du projet idéologique. Le mot apartheid met une vérité là-dessus », accuse-t-elle.
Si la musicienne refuse de regarder les images horribles qui inondent les réseaux sociaux, c'est « pour ne pas perdre la raison ». Une raison qu'elle voit s'éloigner sans cesse, pointant dans l'État d'Israël « un projet qui se fatigue » et pour lequel « il est temps de faire une mise à jour ». « On a perdu notre sens de l'humanité, conclut-elle, mais je pense que chaque problème a sa solution, c'est pour ça que je continue d'y croire ».
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Négociation dans le secteur public - Le Front commun annonce une 3e séquence de grève du 8 au 14 décembre prochain

Le Front commun lance un ultimatum au gouvernement et annonce une nouvelle séquence de grève qui se tiendra du 8 au 14 décembre, inclusivement.
« Il s'agit d'une ultime séquence avant de déclencher la grève générale illimitée. Cette annonce témoigne de notre sérieux et de notre détermination à arriver à une entente avant les fêtes. Chaque fois, nous laissons place à la négociation, mais soyons clairs : nous maintiendrons la pression et poursuivrons notre stratégie qui consiste à déployer nos actions en crescendo. Et nous le ferons ensemble, en Front commun, et d'une seule voix ! », ont lancé les porte-paroles du Front commun, François Enault, premier vice-président de la CSN, Éric Gingras, président de la CSQ, Magali Picard, présidente de la FTQ, et Robert Comeau, président de l'APTS, en point de presse, mardi matin.
Avec 420 000 membres en grève pendant sept jours dans les secteurs de la santé et des services sociaux, de l'éducation et des cégeps, le Front commun rappelle que cette séquence serait la plus longue grève du secteur public depuis 50 ans.
« Tout le monde sait que nos conditions de travail ne sont pas acceptables, que nos tâches sont trop lourdes, que ce qu'on fait au quotidien n'est pas assez valorisé. Oui, il y a les salaires, et oui, il faut les augmenter. Mais ce sont toutes les conditions de travail qu'il faut améliorer dans nos réseaux », poursuivent les leaders syndicaux, faisant valoir que la population appuie les travailleuses et les travailleurs de nos réseaux publics, en éducation, au collégial et en santé et dans les services sociaux.
« Nos membres l'ont clairement senti sur les lignes de piquetage lors des trois jours de grève, la semaine dernière. Il se passe quelque chose au Québec, et le momentum est là, pour nos réseaux, pour les travailleuses et les travailleurs, pour les services et pour la population. Les pas de tortue sont insuffisants à cette étape-ci des négociations. C'est le temps d'ouvrir les moteurs, de faire descendre les mandats et d'arriver à un règlement à l'ensemble des tables de négociation. Tout est en place. Les organisations membres du Front commun ont même déjà prévu convoquer leurs instances respectives dans la semaine du 18 décembre prochain afin de faire le point sur la négociation et de s'assurer d'avoir une piste d'atterrissage, au besoin. »
Rappelons aussi que le Front commun a fait une demande de conciliation, le 16 novembre dernier, laquelle a généré un peu de mouvement. Les parties ont entrepris d'exposer chacune leur point de vue et de clarifier leurs positions. Les équipes de négociation accueillent favorablement ce changement à la table, mais cela n'exclut pas le besoin de maintenir la pression et de poursuivre la mobilisation pour que les choses progressent vers une entente concrète.
Le Front commun a toujours souhaité un règlement avant les fêtes, et le mandat voté par les membres permettait d'utiliser des séquences de grève selon les besoins de la négociation. C'est dans cette optique que cette ultime séquence de journées de grève se déploiera, mais il s'agit du dernier avertissement. « Si la négociation devait se prolonger, le gouvernement portera l'odieux des conséquences de son inaction et devra faire face à la mobilisation monstre de nos 420 000 membres. » Rappelons que le Front commun détient un mandat très fort, adopté à plus de 95 %, de déclencher une grève générale illimitée au moment jugé opportun.
Pour plus d'informations sur cette négociation : frontcommun.org.
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La bataille décisive du secteur public s’annonce pour la semaine du 8 au 14 décembre.

Le Front commun intersyndical FTQ-CSN-CSQ-APTS fort de 420 000 membres a annoncé le 28 novembre qu'il fera grève durant sept jours, du 8 au 14 décembre. La FIQ, représentant 80 000 infirmières, lui a emboité le pas en annonçant pour sa part quatre journées de débrayage, soit du 11 au 14 décembre. La FAE, syndicat d'enseignants de 60 000 membres hors du Front commun, est déjà en grève générale illimitée depuis jeudi dernier.
Le tableau est clair. Avec 560 000 salariés/es du secteur public potentiellement en grève pendant plusieurs jours, ça passe ou ça casse vers la mi-décembre.
Le rapport de force est présentement favorable aux travailleurs/euses du secteur public. La CAQ, à la baisse dans les sondages, est à son plus faible depuis son élection en octobre 2018. Cependant, l'opinion publique, comme le démontrent plusieurs sondages, appuie les revendications des travailleurs et travailleuses. Quant aux travailleurs et travailleuses du secteur public, leur niveau de mobilisation est à son plus haut. Les votes de grève à 95% ont donné lieu à d'immenses mobilisations partout à travers la province et les journées de grève tenues à date furent d'énormes succès.
Mais ce rapport de force bien que favorable reste fragile : une interruption prolongée de services dans les hôpitaux et les écoles pourrait amener un renversement rapide de l'opinion et un appel à une loi spéciale forçant le retour au travail.
Les directions syndicales le savent fort bien et elles sont décidées à forcer l'issue pendant le mois de décembre. Un conflit qui se prolongerait après la trêve des fêtes imposerait de reprendre la mobilisation des troupes en janvier et de rebâtir l'appui du public. C'est faisable mais risqué car cela donne aussi un moment de répit au gouvernement très antisyndical de la CAQ, gouvernement qui est présentement aux abois.
Le retour en catastrophe de la présidente de la FTQ, Magali Picard, de la COP 28 à Dubaï démontre que l'enjeu du 8 au 14 décembre est très sérieux. C'est fort probablement le moment décisif de cette ronde de négociations dans le secteur public.
Que peut faire Québec solidaire pour appuyer le mouvement ouvrier dans cette bataille capitale ?
1. Premièrement, la direction de QS doit prioriser la mobilisation de tout le parti pendant cette période cruciale. Elle doit faire suite aux résolutions d'appui adoptées au congrès de la fin de semaine dernière et lancer un appel aux associations locales du parti à se mobiliser en appui aux lignes de piquetage partout à travers le Québec. L'appel à se mobiliser lors des journées de débrayage du mois de novembre a été bien reçu par les militants à la base. Il s'agit maintenant de passer à une étape supérieure et organiser systématiquement la mobilisation en appuyant les efforts des comités de coordination locaux et régionaux du parti.
2. Deuxièmement, plus que jamais les douze députés de QS doivent devenir les tribuns du peuple et assaillir sans arrêt le premier ministre et son gouvernement, tant à l'Assemblée nationale qu'en public. Ils et elles doivent sauter sur toutes les occasions pour démontrer leur appui aux travailleurs/euses du secteur public et encourager la solidarité populaire avec cette lutte. Tout comme cela fut fait au courant des dernières semaines, les visites de nos députés sur les lignes de piquetage et leurs participations aux manifs syndicales doivent être priorisées et médiatisées.
Nous vivons présentement la plus forte mobilisation syndicale et ouvrière des 40 dernières années. Notre place en tant que parti de transformation sociale est dans la rue, auprès de ceux et celles qui se battent contre l'état et le patronat. Nous devons considérer les trois prochaines semaines comme un moment de grande mobilisation de Québec solidaire et nous engager dans une campagne politique d'appui aux travailleuses et travailleurs du secteur public.
Roger Rashi
Membre du Réseau intersyndical de Québec solidaire
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6 décembre : pour une prise de conscience collective

Tous les 6 décembre, nous soulignons la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes. Mais qu'en est-il des 364 autres jours de l'année ?
Chaque année, le 6 décembre marque une journée sombre de l'histoire du Québec : en 1989, 14 jeunes femmes tombaient sous la haine antiféministe.
Malheureusement, chaque année à l'approche du 6 décembre, le bilan des féminicides s'avère toujours trop lourd. Tout récemment, un rapport de l'Organisation des Nations Unies (ONU) qualifiait le féminicide de « tragédie mondiale aux proportions pandémiques ». Selon l'ONU, « beaucoup d'autres femmes risquent de mourir à cause de la violence sexiste parce que les États manquent à leur devoir de protéger efficacement la vie des victimes et d'assurer leur sécurité ».
Plus près de nous, des femmes et des filles continuent d'être tuées au Canada – environ une tous les deux jours, révèle l'Observatoire canadien du féminicide. Entre 2018 et 2022, les féminicides ont d'ailleurs bondi de 27 % au Canada. De plus, les femmes marginalisées, comme les femmes et les filles autochtones, continuent de courir davantage de risques de féminicide.
Derrière ces chiffres se trouve une femme : une maman, une sœur, une amie, une fille, une collègue de travail, une voisine. Ces chiffres ne révèlent pas non plus l'immensité de la perte ressentie par les proches de ces victimes et les conséquences sur ceux et celles qui restent.
Les mesures déjà prises par le gouvernement sur cette question – le Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale, les bracelets antirapprochements GPS et les sommes accordées aux groupes qui soutiennent les victimes – ne suffisent pas. Il faut en faire encore plus pour enrayer ce fléau.
Pour mieux prévenir cette haine des femmes, il importe de comprendre où elle prend sa source. Selon la professeure émérite de sociologie à l'Université du Québec à Montréal, Francine Descarries, le féminicide représente l'aboutissement fatal de ce que le patriarcat a toujours reproduit comme système de pensées et d'appropriation. Dans le reportage « F comme féminicides », cette pionnière en études féministes rappelle qu'il est primordial de nommer le féminicide comme tel pour le sortir des « faits divers » ou du caractère intime de ce qu'on appelait auparavant « crimes passionnels ». C'est de cette façon que nous pourrons mettre en place une véritable égalité entre les hommes et les femmes et stopper toutes les formes de violences faites aux femmes.
« Pas une de plus »
Tous les 6 décembre, nous soulignons la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes. Mais qu'en est-il des 364 autres jours de l'année ? Et si nous agissions toutes et tous sur nos lieux de travail, dans la rue, à l'école, dans toute la société, en ne baissant pas les yeux devant les paroles et les gestes méprisants qui banalisent la haine antiféministe ?
Ne rien faire devant ces situations contribue à les faire perdurer. En tant qu'organisation syndicale soucieuse du bien-être au travail, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) a développé la campagne Agis pour que ça cesse afin d'outiller ses membres. Nous pouvons toutes et tous contribuer à mettre un frein aux violences si nous agissons.
Caroline Senneville
Présidente de la Confédération des syndicats nationaux
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Négociation dans les secteurs public et parapublic : Le début de la dernière étape

Avec le dépôt, samedi matin le 2 décembre 2023, d'une contre-offre par la FAE au Conseil du trésor nous sommes maintenant officiellement entrés dans ce qui s'apparente à la dernière grande étape de la présente ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic. Étape qui devrait aboutir à la rédaction d'une entente de principe ou à l'adoption d'une loi spéciale d'ici la fin décembre ou quelque part avant l'adoption du prochain budget du gouvernement du Québec.
Le gouvernement devrait, à ce moment-ci, avoir une idée assez précise de l'organisation syndicale avec laquelle il souhaite s'entendre en premier avant d'imposer son cadre monétaire et certaines mesures dites de « souplesse » aux autres organisations ou regroupements syndicaux. Profitons de la présente occasion pour effectuer un retour partiel et partial sur huit événements très ciblés de la dernière semaine qui a été riche en rebondissements et tentons de dégager une conclusion provisoire sur la portée du mouvement historique qui se déploie sous nos yeux.
1.0 La rencontre entre Sonia Lebel avec les quatre dirigeant.e.s du Front commun
Il n'a pas transpiré grand-chose de la rencontre au sommet tenue la semaine dernière entre la présidente du Conseil du trésor, madame Sonia Lebel, et les quatre dirigeant.e.s syndicaux. Un tout petit commentaire du genre : « Nous nous sommes parlé dans le blanc des yeux ». Cette locution verbale n'est par ailleurs ni banale ni anodine. Elle signifie que les personnes qui ont pris part à la rencontre se sont regardées d'une manière intense en se disant - peut-être parfois même en haussant le ton - ce qui ne va pas et ce qui ne peut pas durer dans le présent processus devant mener au renouvellement des conventions collectives. Bref, « se parler dans le blanc des yeux » signifie clairement « se parler franchement, sans détour, se dire des vérités désagréables ». Une question se pose : quelles peuvent bien être ces vérités désagréables qu'ont pu échanger entre elles et entre eux Sonia Lebel (Conseil du trésor), Magali Picard (FTQ), François Énaud (CSN), Éric Gingras (CSQ) et Robert Comeau (APTS) ?
Du côté de Sonia Lebel nous suggérons à titre hypothétique possiblement ceci : « L'État employeur que je représente attend avec impatience votre contre-offre et voici jusqu'où le gouvernement est prêt à accepter et à tolérer vos arrêts de travail ».
Du côté du Front commun intersyndical, nous suggérons, ici aussi à titre hypothétique, ceci : « Dites-nous madame Lebel à quel moment au juste vos négociatrices et vos négociateurs vont-elles et vont-ils cesser de tergiverser aux tables de négociation et quand votre gouvernement va-t-il réellement nous soumettre une proposition sérieuse à partir de laquelle il nous sera possible de vous fignoler une contre-offre ? »
2.0 La contre-offre de la FAE
C'est justement le résultat auquel est arrivée la présidente du Conseil du trésor avec une des huit organisations syndicales impliquées dans la présente ronde de négociation. Elle a obtenu de la part de la FAE, dont les 65 000 membres sont toujours en grève générale illimitée, une contre-offre qui a été présentée samedi matin le 2 décembre aux négociatrices et négociateurs gouvernementaux. Nous ignorons quelle a été la durée de cette rencontre et nous ne savons pas non plus si les pourparlers entre la partie gouvernementale et la partie syndicale se sont poursuivis dimanche. Constatons seulement que l'embouchure de l'entonnoir semble se rétrécir de plus en plus sérieusement. La FAE dit même avoir rédigé une contre-proposition qui n'est pas « à sens-unique ». Lire : l'instance de la FAE qui accompagne le comité de négociation syndical aurait adopté une proposition qui tient compte de certaines priorités pour le gouvernement. Pour ce qui est du volet salarial, la présidente de la FAE, Mélanie Hubert, a précisé ceci : « On a eu des discussions autour des échelles salariales aussi, donc on pense être capables de continuer à faire un bout de chemin. » La FAE, sans égard pour les interventions intempestives et tonitruantes du premier ministre François Legault, ne suspendra pas sa grève générale illimitée.
3.0 Les déclarations malheureuses et surtout manipulatrices de François Legault
Il est à se demander de quel ventriloque au juste François Legault est-il la marionnette ? Qui lui a proposé de demander la fin de la grève des membres de la Fédération autonome de l'enseignement ? Le premier ministre accuse les enseignant.e.s de la FAE d'exercer un moyen de pression qui « fait mal à nos enfants ». Il ajoute qu'il est même prêt « à tout faire » pour suspendre cet arrêt de travail et réclame par conséquent qu'on « (arrête) cette grève ». Comment par contre mettre un terme à cet arrêt collectif de travail ? Par une loi spéciale ou en pressant la présidente du Conseil du trésor de négocier avec diligence et bonne foi en présentant des solutions porteuses d'avenir pour régler des problèmes toujours présents dans le réseau scolaire, problèmes qui découlent des choix ministériels qui ont été arrêtés et appliqués depuis la fin des années soixante-dix du dernier siècle ? Orientations gouvernementales qui ont souvent été imposées unilatéralement par les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir ? C'est précisément, ne l'oublions pas, « L'abc de la bonne gestion », dont se réclame le premier ministre François Legault, qui a été et qui est à l'origine de la dégradation et de la détérioration des conditions de travail et de rémunération dans l'administration québécoise et dans les réseaux de la santé et de l'éducation.
François Legault a une vision étriquée et subjective des négociations dans les secteurs public et parapublic. Cela fait maintenant plus de quatre décennies que les administrateurs de ces deux secteurs revendiquent, réclament et parviennent à imposer ce qui correspond à leurs yeux à des mesures qu'ils identifient à de la « souplesse » et à de la « flexibilité » dans les conventions collectives. Cela s'est fait via l'adoption d'un décret ou d'une loi spéciale (voir à ce sujet les rondes de négociation de 1982-1983 et de 2003 à 2005). Cela a pu se faire également dans le cadre d'un projet d'entente de principe conclu en fin de parcours après de longues et épuisantes heures de pourparlers entre les parties. Entente de principe comportant des mesures incluses uniquement parce qu'elles agréaient aux administrateurs des secteurs public et parapublic.
Il faut être profondément effronté pour soutenir aujourd'hui que les syndicats adoptent une position rigide ou corporatiste lors des négociations des conventions collectives. Les solutions improvisées par les gouvernements qui se sont succédé à Québec et par les administrateurs des réseaux de la santé et de l'éducation en vue d'obtenir plus de flexibilité ont eu pour effet de fragiliser ces deux réseaux en causant un exode des salarié.e.s vers le privé et en provoquant également des démissions en bloc qui ont généré un manque de personnel et nous en passons. La sous-rémunération de la main-d'œuvre a également joué un rôle important dans les difficultés de recrutement d'un personnel qualifié et, par la suite, dans sa rétention. Les conditions de travail sont réellement de plus en plus difficiles pour les personnes qui oeuvrent dans l'administration publique et les réseaux de la santé et de l'éducation. Ce n'est donc pas par hasard si les congés de maladie, les épuisements professionnels, l'exode du personnel vers le privé et les départs précoces à la retraite se multiplient dans les secteurs public et parapublic. Pour les 600 000 salarié.e.s syndiqué.e.s, dont 75% environ sont des femmes, travailler pour le gouvernement du Québec comporte un lot de difficultés réelles. Il ne faut pas voir dans la présente lutte entre les membres des huit organisations syndicales et le gouvernement Legault une simple lutte syndicale autour de l'enjeu salarial. Il s'agit également d'un mouvement d'opposition féministe au sujet de la fatigue physique et des violences mentales et psychologiques faites aux femmes sur les lieux de travail qui ont pour employeur un État, disons-le, exploiteur.
4.0 Les démentis apportés par les gestionnaires d'écoles.
Concernant plus spécifiquement la proposition d'affectation des professeur.e.s dès juin, au lieu du mois d'août, cette mesure prônée par François Legault, Sonia Lebel et le ministre de l'Éducation Bernard Drainville pour éviter une crise à chaque rentrée scolaire, ce sont les gestionnaires d'écoles eux-mêmes qui la trouvent trompeuse. Que dire maintenant de « l'aide à la classe » ? Il s'agit là d'une avenue qui ne semble pas susciter l'adhésion spontanée des membres de la FAE et de la FSE-CSQ en raison du fait qu'elle n'aura pas pour effet de réduire le nombre d'élèves par classe.
5.0 L'intervention de la Fédération des cégeps
Pour une rare fois, la Fédération des cégeps a décidé d'intervenir en vue de demander à la ministre de l'Enseignement supérieur, madame Pascale Déry, de ne pas les contraindre à suivre la norme rigide d'un calendrier scolaire de 82 jours. Rappelons que lors du conflit étudiant de 2012, le calendrier scolaire fut déclaré valide dans la mesure où il comportait 12 semaines de cours. Il faut quand même rappeler qu'une grève c'est une grève et il ne faut pas que l'employeur récupère, par une voie détournée, la prestation de service qui a été interrompue par l'arrêt collectif de travail, un moyen de pression - et d'opposition – maintenant protégé par la Charte des droits et libertés et reconnu par la Cour suprême du Canada.
6.0 L'étude annuelle de l'ISQ
Nous avons encore une fois été informés que les salarié.e.s de l'administration québécoise sont moins bien lotis que les autres travailleuses et travailleurs du Québec. Selon l'étude comparative annuelle de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) portant sur la rémunération dans le secteur privé et les secteurs publics (Rémunération des salariés - État et évolution comparés) quand il est question de la rémunération globale - ce qui inclut les salaires et les avantages sociaux -, le retard avec les autres personnes salariées du Québec est de 7,4 %. Lorsqu'il s'agit uniquement des salaires, le retard monte à 16,6 %. Fait étrange, lorsqu'il s'agissait d'un écart dans la rémunération favorable aux salarié.e.s syndiqué.e.s des secteurs public et parapublic, le gouvernement du Québec s'est empressé, en 1982-1983, de couper drastiquement leur salaire. Quand nous sommes en présence d'un écart qui leur est défavorable, l'État employeur prétend qu'il n'a pas les moyens de mieux rémunérer ses salarié.e.s et que les contribuables ne doivent pas être taxés davantage.
7.0 L'annulation du séjour à New York du ministre Girard et le moment budgétaire…
Il arrive souvent que les négociations dans les secteurs public et parapublic connaissent un dénouement un peu avant le temps des fêtes (pensons ici aux négociations qui ont eu lieu en 1979, en 1982-1983, en 1996, en 1999, en 2005 et en 2015). Dans le cadre du processus qui a pour nom « Élaboration du budget annuel » du gouvernement du Québec, le mois de décembre est le moment où se clôt l'examen des propositions soumises par les différents ministères au Conseil du trésor. Des arbitrages doivent se faire au sommet de l'État. Arbitrages qui impliquent le bureau du premier ministre, le ministre des Finances et la présidente du Conseil du trésor. Voilà ce qui explique un peu pourquoi le ministre Girard a décidé de renoncer à son voyage à New York où il devait rencontrer nul autre que le commissaire de la Ligue nationale de hockey et également des représentants des marchés financiers new-yorkais. Monsieur Éric Girard a même déclaré qu'il préfère rester au Québec pour la raison suivante : « Je vais rester ici pour le cadre financier des négos, pour assister Mme Lebel ». Ajoutons que le mois de janvier est consacré à la détermination des enveloppes budgétaires des plans ministériels. Ce qui suppose que les augmentations salariales des salarié.e.s des secteurs public et parapublic doivent être minimalement fixées avant la rédaction de la version finale du budget qui est habituellement présentée pour adoption à l'Assemblée nationale en mars ou en avril.
8.0 L'épuration lexicale
Last but not least, la présidente de l'Assemblée nationale, madame Nathalie Roy, aurait décidé, ex cathedra, à la suite d'une intervention de la députée de Québec solidaire du comté de Sherbrooke, madame Christine Labrie, qu'il sera désormais interdit à l'Assemblée nationale du Québec de mentionner que les femmes salariées sont exploitées par leur État employeur qui est nul autre que le gouvernement du Québec.
Conclusion
La dernière semaine a été riche en rebondissements. Il y a eu des événements qui ont fait couler de l'encre dans les journaux dont certains appartiennent à la presse à sensation et d'autres qui ont eu pour effet d'alimenter notre réflexion critique. Il y a donc eu différents événements au cours des sept derniers jours qui ont, dans certains cas, un caractère éphémère et d'autres qui ont incontestablement une signification plus profonde dans la longue durée. Il ne faut surtout pas se laisser distraire par des événements de nature secondaire et perdre de vue la nature de la présente lutte syndicale. La lutte des salarié.e.s syndiqué.e.s des secteurs public et parapublic est une lutte qui mérite pleinement d'être appuyée. Le non-octroi de l'indexation automatique des salaires correspond ni plus ni moins à une perte réelle et authentique de la valeur du travail. Donc à un appauvrissement au travail, ce qui est absolument inacceptable. De plus, il y a beaucoup trop de salarié.e.s précaires ou sous-rémunéré.e.s dans les secteurs public et parapublic. Il y a même des employé.e.s de soutien qui gagnent annuellement moins que 30 000$ (voir à ce sujet le communiqué de presse de la FPSS-CSQ reproduit ci-dessous). Ce qui est totalement inadmissible dans notre société dite d'opulence qui a les moyens de rémunérer adéquatement les personnes qui oeuvrent dans des secteurs dédiés au bien public. Lors du conflit de 1972, les 210 000 salarié.e.s du Front commun CSN-CEQ-FTQ revendiquaient une amélioration de leurs conditions de travail et de rémunération qui devait leur permettre de participer à la société du savoir et à la société de consommation. Ces personnes luttaient pour accéder au statut de membre de la classe moyenne. Aujourd'hui, il y a des centaines de milliers de salarié.e.s qui sont majoritairement des femmes et qui sont dans la rue pour obtenir un poste à temps plein qui leur assurerait un salaire minimalement décent pour vivre ou (et) pour rembourser leurs différentes dettes d'études. Dettes d'études contractées en vue d'acquérir les qualifications requises pour occuper les emplois disponibles dans les secteurs public et parapublic. Nous avons incontestablement assisté au cours des quarante dernières années à un processus de paupérisation de plusieurs centaines de milliers de salarié.e.s syndiqué.e.s des secteurs public et parapublic ainsi qu'à la persistance de la précarisation des postes disponibles dans ces deux secteurs de notre vie économique et sociale.
Les solutions mises de l'avant par l'État employeur depuis les années quatre-vingt du siècle dernier jusqu'à aujourd'hui en vue supposément de « régler » les problèmes de la fonction publique, de l'école publique et du réseau de la santé ont été et sont encore souvent mirages et illusions. Ces solutions s'inscrivent dans une idéologie. L'idéologie néolibérale - ou plutôt l'idéologie rétrolibérale - pour ne pas la nommer. Cette idéologie suppose diverses mesures dont, entre autres choses, l'affaiblissement du mouvement syndical en le discréditant auprès de la population et en refusant de négocier ou d'appliquer les propositions qu'il met de l'avant pour améliorer le quotidien des personnes au travail. C'est d'ailleurs au nom de cette idéologie rétrolibérale que les statuts à l'emploi se sont fragilisés ou si vous préférez précarisés et que les conditions de travail se sont détériorées. Il s'effectue plusieurs heures de travail gratuit en éducation et également du côté des professionnel.le.s de la fonction publique que ce soit chez les employé.e.s permanent.e.s ou les employé.e.s précaires. Du côté du réseau de la santé, le fait de détenir un poste semble être une licence aux administrateurs pour imposer de longues et épuisantes heures de travail via le « Temps supplémentaire obligatoire » (TSO).
À la fin de la présente ronde de négociations, François Legault aura à décider s'il remanie ou non son cabinet. Il se peut que certain.e.s ministres soient affecté.e.s à d'autres ministères ou relégué.e.s sur les banquettes arrière de l'Assemblée nationale. Mais, plus fondamentalement, François Legault aura à se demander s'il poursuit dans la voie idéologique dans laquelle il inscrit ses choix politiques ou s'il effectue un virage du côté de la sagesse populaire qui semble maintenant disposée à ce que l'État employeur se mette à rémunérer ses salarié.e.s syndiqué.e.s à la hauteur de la valeur de leur prestation de travail, à les sécuriser dans leur statut au travail et à améliorer leurs conditions de travail. Il aura, bref, à choisir entre poursuivre dans la voie de l'État exploiteur de sa main-d'œuvre principalement féminine ou améliorer les conditions de travail et de rémunération de ses employé.e.s syndiqué.e.s. Il devra également prendre conscience que la négation du vocable d'État exploiteur - négation maintenant officiellement exigée par la présidente de l'Assemblée nationale -, n'a pas pour effet d'éliminer ou de faire disparaître cette exploitation. Quoi qu'il en soit, nous sommes plusieurs à savoir que cette exigence du bien parlé parlementaire - ou de la langue épurée - fait partie d'une lutte à caractère classiste qui consiste à vider de sa substance économique et sociale la dure et intenable réalité de centaines de milliers de personnes qui résistent et luttent contre les exigences du modèle néolibéral au travail.
La nouvelle période de combativité syndicale que nous traversons correspond à un moment critique où des choix devront être et seront faits. Ces choix iront-ils dans les sens des intérêts de l'État exploiteur employeur ou des salarié.e.s syndiqué.e.s qui sont majoritairement des femmes à qui l'employeur refuse systématiquement la reconnaissance de la conciliation travail-famille, un statut d'emploi permanent et un salaire décent pour vivre ? Il sortira de tout ceci la permanence de « l'homme lige » (1) c'est-à-dire la dure exigence de la présence au travail de l'employé.e entièrement dévoué.e et soumis.e aux conditions imposées unilatéralement par l'État patron ou une victoire syndicale comme nous n'en avons pas assez connu depuis les années soixante-dix du siècle dernier. La pression est donc très forte du côté des dirigeant.e.s syndicaux en ce sens qu'elles et qu'ils ne peuvent pas décevoir les espoirs des 600 000 salarié.e.s syndiqué.e.s qui s'impliquent et participent actuellement en très grand nombre à un mouvement de grève historique au Québec.
C'est ce que nous serons en mesure de constater au terme de la présente et dernière étape de la ronde de négociations de 2022-2023 dans les secteurs public et parapublic : assistons-nous à une confrontation entre l'État employeur contre ses salarié.e.s syndiqué.e.s ou à une lutte historique de ces dernières et ces derniers contre l'État patron-exploiteur ?
À suivre…
Yvan Perrier
4 décembre 2023
10h30 AM
yvan_perrier@hotmail.com
(1) Homme lige : personne entièrement dévouée à.
Dernière heure
Nous apprenons à l'instant que le SPGQ aurait décidé, lors de sa réunion du 29 novembre avec les représentants du Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) et de madame Sonia Lebel, de réduire certaines demandes sectorielles du SPGQ pour son unité fonction publique. De plus, le comité de négociation aurait décidé de s'engager « à utiliser de manière judicieuse et mesurée » les moyens de pression et de reporter par conséquent à 2024 l'utilisation des moyens de pression.
Yvan Perrier
4 décembre 2023
11h23 AM
yvan_perrier@hotmail.com
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2030888/negociations-secteur-public-quebec. Consulté le 3 décembre 2023.
https://www.ledevoir.com/politique/quebec/802872/rencontre-sommet-aujourd-hui-entre-ministre-lebel-dirigeants-front-commun?. Consulté le 3 décembre 2023.
https://www.ledevoir.com/societe/education/803057/legault-demande-syndicats-enseignants-arreter-greve?. Consulté le 3 décembre 2023.
https://www.ledevoir.com/politique/quebec/802808/eric-girard-ne-rencontrera-pas-commissaire-lnh-gary-bettman?. Consulté le 3 décembre 2023.
https://www.newswire.ca/fr/news-releases/les-employes-de-l-administration-quebecoise-ont-un-salaire-et-une-remuneration-globale-inferieurs-a-ceux-des-autres-salaries-quebecois-833966485.html. Consulté le 3 décembre 2023.
https://ledevoir.pressreader.com/le-devoir/20231202/textview. Consulté le 3 décembre 2023.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2031065/affectation-enseignants-juin-gestionnaires-ecoles-negociations-greve#:~:text=Politique%20provinciale-,Impossible%20d%27affecter%20tous%20les%20profs%20dès%20juin%2C%20avertissent%20les,du%20nombre%20de%20postes%20vacants.. Consulté le 3 décembre 2023.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2031425/federation-cegeps-etudiants-session-greve. Consulté le 3 décembre 2023.
Le personnel de soutien scolaire est à quelques heures d'un point de rupture
MONTRÉAL, le 1er déc. 2023 /CNW/ - Le personnel de soutien scolaire vit une incertitude constante, en raison d'un nombre d'heures de travail insuffisant. Il n'est parfois qu'à quelques heures d'un point de rupture. Avec l'augmentation du coût de la vie, il est difficile de combler le budget lorsque tu travailles vingt (20) heures par semaine. Le président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), Éric Pronovost, réagit : « dans ces conditions, l'impact est direct et il est inacceptable que des travailleuses et des travailleurs se retrouvent en difficulté pour nourrir leur famille ».
Revenu viable
Les données du Conseil du trésor démontrent que la moyenne salariale du personnel de soutien scolaire en 2023 est de 26 484 $ par année.
Dans l'édition 2023 du revenu viable publiée par l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), le revenu viable calculé pour une personne seule varie entre 27 047 $ (Saguenay) et 37 882 $ (Sept-Îles). Pour un adulte et un enfant, ce qui est l'apanage des mères monoparentales, l'écart varie de 39 895 $ (Trois-Rivières) à 50 067 $ (Sept-Îles).
Éric Pronovost précise : « le premier ministre répète qu'il veut aider les personnes salariées de moins de 52 000 $, mais on ne voit pas l'argent poindre à l'horizon. C'est un enjeu de salaire horaire, mais également du nombre d'heures travaillées. On a encore des postes avec un petit nombre d'heures ».
Occuper un deuxième emploi ou changer d'emploi
« Nos membres sont durement affectés par la hausse du niveau de la vie, il y a donc des choix déchirants à faire : quitter son emploi ou en chercher un deuxième, avec les conséquences que cela crée. Il y a de la concurrence avec les autres secteurs d'activité. Même un salaire moindre ailleurs, mais avec un plus grand nombre d'heures est alléchant, il faut retenir ces personnes si nous ne voulons pas vivre un exode d'expertise », déclare M. Pronovost.
Les problématiques varient d'une région à l'autre. Par exemple, dans la région de Gatineau, il y a de grands besoins dans la fonction publique fédérale et le personnel administratif des centres de services scolaires pourrait gagner presque le double de leur salaire en effectuant les mêmes tâches. Dans d'autres régions, tel que sur la Côte-Nord, la concurrence avec le privé est très forte.
« Il y a une urgence pour corriger le tir et d'offrir de bonnes conditions de travail au personnel de soutien scolaire. L'attraction et la rétention du personnel de soutien scolaire passent par des emplois de qualité avec des postes à temps complet, la fin des horaires brisés, la valorisation de tous les emplois de soutien scolaire, la conciliation famille-travail et des salaires décents. La passion en éducation s'effrite lorsque les besoins minimaux ne sont pas comblés », conclut Éric Pronovost.
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SOURCE Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)
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Une usine d’assassinats de masse : Les bombardements calculés d’Israël sur Gaza

Des frappes aériennes autorisées sur des cibles non militaires et l'utilisation d'un système d'intelligence artificielle ont permis à l'armée israélienne de mener sa guerre la plus meurtrière contre Gaza, révèle une enquête de +972 et Local Call.
Tiré de 972Mag.
Traduction française Entre les lignes entre les mots. 1 décembre 2023.
L'autorisation élargie de l'armée israélienne de bombarder des cibles non militaires, le relâchement des contraintes concernant les pertes civiles attendues et l'utilisation d'un système d'intelligence artificielle pour générer plus de cibles potentielles que jamais auparavant semblent avoir contribué à la nature destructrice des phases initiales de la guerre actuelle d'Israël contre la bande de Gaza, comme le révèle une enquête menée par +972 Magazine et Local Call. Ces facteurs, décrits par des membres actuels et anciens des services de renseignement israéliens, ont probablement joué un rôle dans la réalisation de ce qui a été l'une des campagnes militaires les plus meurtrières contre les Palestiniens depuis la Nakba de 1948.
L'enquête menée par +972 et Local Call est basée sur des conversations avec sept membres actuels et anciens de la communauté du renseignement israélien – y compris des membres du renseignement militaire et de l'armée de l'air qui ont participé aux opérations israéliennes dans la bande de Gaza assiégée – ainsi que sur des témoignages, des données et des documents palestiniens provenant de la bande de Gaza, et des déclarations officielles du porte-parole des FDI et d'autres institutions de l'État israélien.
Par rapport aux précédents assauts israéliens contre Gaza, la guerre actuelle – qu'Israël a baptisée « Opération épée de fer » et qui a débuté à la suite de l'assaut mené par le Hamas contre le sud d'Israël le 7 octobre – a vu l'armée étendre de manière significative ses bombardements sur des cibles qui ne sont pas clairement de nature militaire. Il s'agit notamment de résidences privées, de bâtiments publics, d'infrastructures et d'immeubles de grande hauteur, que l'armée définit comme des « cibles puissantes » (« matarot otzem »).
Le bombardement de cibles électriques, selon des sources de renseignement qui ont eu une expérience directe de son application à Gaza dans le passé, est principalement destiné à nuire à la société civile palestinienne : pour « créer un choc » qui, entre autres choses, se répercutera puissamment et « conduira les civil·es à faire pression sur le Hamas », comme l'a déclaré une source.
Plusieurs de ces sources, qui ont parlé à +972 et à Local Call sous le couvert de l'anonymat, ont confirmé que l'armée israélienne dispose de fichiers sur la grande majorité des cibles potentielles à Gaza – y compris les habitations – qui stipulent le nombre de civil·es susceptibles d'être tué·es lors d'une attaque sur une cible particulière. Ce nombre est calculé et connu à l'avance par les unités de renseignement de l'armée, qui savent également, peu de temps avant de lancer une attaque, combien de civil·es seront certainement tué·es.
Dans un cas évoqué par les sources, le commandement militaire israélien a sciemment approuvé le meurtre de centaines de civil·es palestinien·nes pour tenter d'assassiner un seul haut commandant militaire du Hamas. « Les chiffres sont passés de dizaines de mort·es civil·es [autorisé·es] en tant que dommages collatéraux dans le cadre d'une attaque contre un haut responsable lors d'opérations précédentes, à des centaines de mort·es civil·es·en tant que dommages collatéraux », a déclaré l'une des sources.
« Rien n'arrive par hasard », a déclaré une autre source. « Lorsqu'une fillette de trois ans est tuée dans une maison à Gaza, c'est parce que quelqu'un dans l'armée a décidé qu'il n'était pas grave qu'elle soit tuée – que c'était un prix qui valait la peine d'être payé pour atteindre [une autre] cible. Nous ne sommes pas le Hamas. Il ne s'agit pas de roquettes tirées au hasard. Tout est intentionnel. Nous savons exactement combien de dommages collatéraux il y a dans chaque maison ».
Selon l'enquête, une autre raison du grand nombre de cibles et des dommages considérables causés à la vie civile à Gaza est l'utilisation généralisée d'un système appelé « Habsora » (« L'Évangile »), qui repose en grande partie sur l'intelligence artificielle et peut « générer » des cibles presque automatiquement à un rythme qui dépasse de loin ce qui était possible auparavant. Ce système d'intelligence artificielle, comme l'a décrit un ancien officier de renseignement, facilite essentiellement une « usine d'assassinats de masse ».
Selon les sources, l'utilisation croissante de systèmes basés sur l'IA tels que Habsora permet à l'armée d'effectuer des frappes massives sur des maisons résidentielles où vit un seul membre du Hamas, même s'il s'agit d'agents subalternes du Hamas. Pourtant, des témoignages de Palestinien·nes à Gaza suggèrent que depuis le 7 octobre, l'armée a également attaqué de nombreuses résidences privées où ne résidait aucun membre connu ou apparent du Hamas ou d'un autre groupe militant. Ces frappes, ont confirmé des sources à +972 et à Local Call, peuvent sciemment tuer des familles entières.
Dans la majorité des cas, ajoutent les sources, l'activité militaire n'est pas menée à partir de ces maisons ciblées. « Je me souviens avoir pensé que c'était comme si [les militants palestiniens] bombardaient toutes les résidences privées de nos familles lorsque [les soldats israéliens] rentrent dormir chez eux le week-end », a rappelé une source, qui a critiqué cette pratique.
Une autre source a déclaré qu'un officier supérieur du renseignement a dit à ses officiers, après le 7 octobre, que l'objectif était de « tuer autant d'agents du Hamas que possible », ce pour quoi les critères concernant les dommages causés aux civil·es palestinien·nes ont été considérablement assouplis. Ainsi, il y a « des cas où, sur la base d'un repérage cellulaire large de la cible, nous tuons des civil·es. Cela est souvent fait pour gagner du temps, au lieu de faire un peu plus de travail pour obtenir une localisation plus précise », a déclaré la source.
Le résultat de ces politiques est la perte stupéfiante de vies humaines à Gaza depuis le 7 octobre. Plus de 300 familles ont perdu 10 membres ou plus dans les bombardements israéliens au cours des deux derniers mois – un chiffre 15 fois supérieur à celui de la guerre la plus meurtrière d'Israël contre Gaza, en 2014. À l'heure où nous écrivons ces lignes, environ 15 000 Palestinien·nes ont été tué·es dans la guerre, et ce n'est pas fini.
« Tout cela se passe contrairement au protocole utilisé par les FDI dans le passé », a expliqué une source. « On a le sentiment que les hauts responsables de l'armée sont conscients de leur échec du 7 octobre et qu'ils sont occupés par la question de savoir comment donner au public israélien une image [de victoire] qui sauvera leur réputation ».
Un prétexte pour provoquer la destruction
Israël a lancé son assaut sur Gaza à la suite de l'offensive menée par le Hamas sur le sud d'Israël le 7 octobre. Au cours de cette attaque, sous une pluie de roquettes, les militants palestiniens ont massacré plus de 840 civils et tué 350 soldats et agents de sécurité, kidnappé environ 240 personnes – civil·es et soldat·es – à Gaza, et commis des violences sexuelles généralisées, y compris des viols, selon un rapport de l'ONG Physicians for Human Rights Israel (Médecins pour les droits de l'homme en Israël).
Dès les premiers instants qui ont suivi l'attaque du 7 octobre, les décideurs israéliens ont ouvertement déclaré que la réponse serait d'une ampleur totalement différente des précédentes opérations militaires à Gaza, avec pour objectif déclaré d'éradiquer totalement le Hamas. « L'accent est mis sur les dégâts et non sur la précision », a déclaré Daniel Hagari, porte-parole des FDI, le 9 octobre. L'armée a rapidement traduit ces déclarations en actions.
Selon les sources qui ont parlé à +972 et Local Call, les cibles à Gaza qui ont été frappées par l'aviation israélienne peuvent être divisées en quatre catégories. La première est celle des « cibles tactiques », qui comprend les cibles militaires standard telles que les cellules de militants armés, les entrepôts d'armes, les lance-roquettes, les lance-missiles antichars, les puits de lancement, les bombes de mortier, les quartiers généraux militaires, les postes d'observation, etc.
La deuxième catégorie est celle des « cibles souterraines », principalement les tunnels que le Hamas a creusés sous les quartiers de Gaza, y compris sous les habitations civiles. Les frappes aériennes sur ces cibles pourraient entraîner l'effondrement des maisons situées au-dessus ou à proximité des tunnels.
La troisième catégorie est celle des « cibles puissantes », qui comprend les gratte-ciel et les tours résidentielles au cœur des villes, ainsi que les bâtiments publics tels que les universités, les banques et les administrations. Selon trois sources de renseignement qui ont participé à la planification ou à la conduite de frappes sur des cibles de pouvoir dans le passé, l'idée derrière ces frappes est qu'une attaque délibérée contre la société palestinienne exercera une « pression civile » sur le Hamas.
La dernière catégorie est celle des « maisons familiales » ou des « maisons d'agents ». L'objectif déclaré de ces attaques est de détruire des résidences privées afin d'assassiner un seul résident soupçonné d'être un agent du Hamas ou du Jihad islamique. Cependant, au cours de la guerre actuelle, des témoignages palestiniens affirment que certaines des familles tuées ne comptaient aucun membre de ces organisations.
Au début de la guerre actuelle, l'armée israélienne semble avoir accordé une attention particulière aux troisième et quatrième catégories de cibles. Selon les déclarations du 11 octobre du porte-parole de l'IDF, au cours des cinq premiers jours de combat, la moitié des cibles bombardées – 1 329 sur un total de 2 687 – étaient considérées comme des « cibles puissantes ».
« On nous demande de chercher des immeubles de grande hauteur avec un demi-étage qui peuvent être attribués au Hamas », explique une source qui a participé aux précédentes offensives israéliennes dans la bande de Gaza. « Parfois, il s'agit du bureau du porte-parole d'un groupe militant ou d'un lieu où se réunissent des agents. J'ai compris que le plancher est une excuse qui permet à l'armée de causer beaucoup de destructions à Gaza. C'est ce qu'ils nous ont dit.
S'ils disaient au monde entier que les bureaux [du Jihad islamique] au 10e étage ne sont pas importants en tant que cible, mais que leur existence justifie la destruction de toute la tour dans le but de faire pression sur les familles civiles qui y vivent afin de faire pression sur les organisations terroristes, cela serait considéré comme du terrorisme. Cela, ils ne le disent donc pas », a ajouté la source.
Diverses sources ayant servi dans les unités de renseignement des FDI ont déclaré qu'au moins jusqu'à la guerre actuelle, les protocoles de l'armée ne permettaient d'attaquer des cibles électriques que lorsque les bâtiments étaient vides de résident·es au moment de la frappe. Toutefois, des témoignages et des vidéos en provenance de Gaza suggèrent que depuis le 7 octobre, certaines de ces cibles ont été attaquées sans que leurs occupants en soient informés au préalable, ce qui a entraîné la mort de familles entières.
Le ciblage à grande échelle des maisons résidentielles peut être déduit de données publiques et officielles. Selon le Bureau des médias du gouvernement de Gaza – qui fournit des bilans des morts depuis que le ministère de la santé de Gaza a cessé de le faire le 11 novembre en raison de l'effondrement des services de santé dans la bande – au moment où le cessez-le-feu temporaire est entré en vigueur le 23 novembre, Israël avait tué 14 800 Palestinien·nes à Gaza ; environ 6 000 d'entre elles et eux étaient des enfants et 4 000 étaient des femmes, qui représentent ensemble plus de 67% du total. Les chiffres fournis par le ministère de la santé et le bureau des médias du gouvernement – qui relèvent tous deux du gouvernement du Hamas – ne s'écartent pas beaucoup des estimations israéliennes.
Le ministère de la santé de Gaza ne précise d'ailleurs pas combien de morts appartenaient aux ailes militaires du Hamas ou du Jihad islamique. L'armée israélienne estime avoir tué entre 1 000 et 3 000 militants palestiniens armés. Selon les médias israéliens, certains des militants morts sont enterrés sous les décombres ou à l'intérieur du système de tunnels souterrains du Hamas, et n'ont donc pas été pris en compte dans les décomptes officiels.
Les données de l'ONU pour la période allant jusqu'au 11 novembre, date à laquelle Israël a tué 11 078 Palestinien·nes à Gaza, indiquent qu'au moins 312 familles ont perdu 10 personnes ou plus dans l'attaque israélienne actuelle ; à titre de comparaison, lors de l'opération « Bordure protectrice » en 2014, 20 familles à Gaza ont perdu 10 personnes ou plus. Au moins 189 familles ont perdu entre six et neuf personnes selon les données de l'ONU, tandis que 549 familles ont perdu entre deux et cinq personnes. Aucune ventilation actualisée n'a encore été fournie pour les chiffres des victimes publiés depuis le 11 novembre.
Les attaques massives contre des cibles électriques et des résidences privées ont eu lieu au moment où l'armée israélienne a appelé, le 13 octobre, les 1,1 million d'habitant·es du nord de la bande de Gaza – dont la plupart résident dans la ville de Gaza – à quitter leurs maisons et à se rendre dans le sud de la bande de Gaza. À cette date, un nombre record de cibles énergétiques avaient déjà été bombardées et plus de 1 000 Palestiniens·ne avaient déjà été tuées, dont des centaines d'enfants.
Au total, selon l'ONU, 1,7 million de Palestinien·nes, soit la grande majorité de la population de la bande, ont été déplacé·es à l'intérieur de Gaza depuis le 7 octobre. L'armée a affirmé que la demande d'évacuation du nord de la bande de Gaza visait à protéger la vie des civil·es. Les Palestinien·nes considèrent toutefois que ces déplacements massifs font partie d'une « nouvelle Nakba », c'est-à-dire d'une tentative de nettoyage ethnique d'une partie ou de la totalité du territoire.
Ils ont abattu un immeuble de grande hauteur pour le plaisir
Selon l'armée israélienne, au cours des cinq premiers jours de combat, elle a largué 6 000 bombes sur la bande de Gaza, pour un poids total d'environ 4 000 tonnes. Les médias ont rapporté que l'armée avait détruit des quartiers entiers ; selon le Centre Al Mezan pour les droits des êtres humains, basé à Gaza, ces attaques ont entraîné « la destruction complète de quartiers résidentiels, la destruction d'infrastructures et le massacre d'habitant·es ».
Comme le montre Al Mezan et de nombreuses images en provenance de Gaza, Israël a bombardé l'université islamique de Gaza, l'association du barreau palestinien, un bâtiment des Nations unies abritant un programme éducatif destiné aux étudiant·es exceptionnel·les, un bâtiment appartenant à la société de télécommunications palestinienne, le ministère de l'économie nationale, le ministère de la culture, des routes et des dizaines d'immeubles et de maisons, en particulier dans les quartiers nord de Gaza.
Au cinquième jour des combats, le porte-parole de l'armée israélienne a distribué aux journalistes militaires en Israël des images satellites « avant et après » de quartiers du nord de la bande de Gaza, tels que Shuja'iyya et Al-Furqan (surnommé d'après une mosquée de la région) dans la ville de Gaza, qui montrent des dizaines de maisons et de bâtiments détruits. L'armée israélienne a déclaré avoir frappé 182 cibles électriques à Shuja'iyya et 312 cibles électriques à Al-Furqan.
Le chef d'état-major de l'armée de l'air israélienne, Omer Tishler, a déclaré aux journalistes militaires que toutes ces attaques avaient une cible militaire légitime, mais aussi que des quartiers entiers avaient été attaqués « à grande échelle et non de manière chirurgicale ». Notant que la moitié des cibles militaires jusqu'au 11 octobre étaient des cibles électriques, le porte-parole de l'IDF a déclaré que « des quartiers qui servent de nids de terreur au Hamas » ont été attaqués et que des dommages ont été causés à des « quartiers généraux opérationnels », des « moyens opérationnels » et des « moyens utilisés par des organisations terroristes à l'intérieur d'immeubles résidentiels ». Le 12 octobre, l'armée israélienne a annoncé qu'elle avait tué trois « membres importants du Hamas », dont deux faisaient partie de l'aile politique du groupe.
Pourtant, malgré les bombardements israéliens effrénés, les dommages causés à l'infrastructure militaire du Hamas dans le nord de la bande de Gaza au cours des premiers jours de la guerre semblent avoir été très minimes. En effet, des sources de renseignement ont déclaré à +972 et à Local Call que les cibles militaires qui faisaient partie des cibles de pouvoir ont été utilisées à maintes reprises comme feuille de vigne pour blesser la population civile. « Le Hamas est présent partout dans la bande de Gaza ; il n'y a pas un bâtiment qui n'ait pas quelque chose du Hamas, donc si vous voulez trouver un moyen de transformer une tour en cible, vous pourrez le faire », a déclaré un ancien responsable des services de renseignement.
« Ils ne frapperont jamais un gratte-ciel qui ne contient pas quelque chose que nous pouvons définir comme une cible militaire », a déclaré une autre source de renseignements, qui a déjà effectué des frappes contre des cibles militaires. « Il y aura toujours un étage dans la tour [associée au Hamas]. Mais dans la plupart des cas, lorsqu'il s'agit de cibles puissantes, il est clair que la cible n'a pas une valeur militaire qui justifie une attaque qui ferait tomber tout un bâtiment vide au milieu d'une ville, avec l'aide de six avions et de bombes pesant plusieurs tonnes. »
En effet, selon des sources qui ont été impliquées dans la compilation des cibles de pouvoir dans les guerres précédentes, bien que le dossier de la cible contienne généralement une sorte d'association présumée avec le Hamas ou d'autres groupes militants, frapper la cible fonctionne principalement comme un « moyen qui permet de causer des dommages à la société civile ». Les sources ont compris, certaines explicitement et d'autres implicitement, que les dommages causés aux civil·es sont le véritable objectif de ces attaques.
En mai 2021, par exemple, Israël a été fortement critiqué pour avoir bombardé la tour Al-Jalaa, qui abritait d'importants médias internationaux tels qu'Al Jazeera, AP et AFP. L'armée a affirmé que le bâtiment était une cible militaire du Hamas ; des sources ont déclaré à +972 et à Local Call qu'il s'agissait en fait d'une cible électrique.
« La perception est que cela fait vraiment mal au Hamas quand des gratte-ciel sont détruits, parce que cela crée une réaction publique dans la bande de Gaza et effraie la population », a déclaré l'une des sources. « Ils voulaient donner aux habitant·es de Gaza le sentiment que le Hamas ne contrôlait pas la situation. Parfois, ils ont renversé des bâtiments, parfois des services postaux et des bâtiments gouvernementaux ».
Bien qu'il soit sans précédent pour l'armée israélienne d'attaquer plus de 1 000 cibles en cinq jours, l'idée de provoquer une dévastation massive des zones civiles à des fins stratégiques a été formulée lors d'opérations militaires précédentes à Gaza, affinée par la « doctrine Dahiya » de la deuxième guerre du Liban en 2006.
Selon cette doctrine, élaborée par l'ancien chef d'état-major des FDI, Gadi Eizenkot, aujourd'hui membre de la Knesset et du cabinet de guerre actuel, dans une guerre contre des groupes de guérilla tels que le Hamas ou le Hezbollah, Israël doit utiliser une force disproportionnée et écrasante tout en ciblant les infrastructures civiles et gouvernementales afin d'établir une dissuasion et de forcer la population civile à faire pression sur les groupes pour qu'ils mettent un terme à leurs attaques. Le concept d'« objectifs de puissance » semble émaner de cette même logique.
La première fois que l'armée israélienne a défini publiquement des cibles de pouvoir à Gaza, c'était à la fin de l'opération « Bordure protectrice » en 2014. L'armée a bombardé quatre bâtiments au cours des quatre derniers jours de la guerre – trois immeubles résidentiels de plusieurs étages dans la ville de Gaza, et une tour d'habitation à Rafah. Les services de sécurité ont expliqué à l'époque que ces attaques avaient pour but de faire comprendre aux Palestinien·nes de Gaza que « rien n'est plus à l'abri » et de faire pression sur le Hamas pour qu'il accepte un cessez-le-feu. « Les éléments que nous avons recueillis montrent que la destruction massive [des bâtiments] a été menée délibérément et sans aucune justification militaire », indiquait un rapport d'Amnesty à la fin de l'année 2014.
Dans le cadre d'une autre escalade violente qui a débuté en novembre 2018, l'armée a de nouveau attaqué des cibles du pouvoir. Cette fois, Israël a bombardé des tours, des centres commerciaux et le bâtiment de la chaîne de télévision Al Aqsa, affiliée au Hamas. « Attaquer des « cibles puissantes » produit un effet très important sur l'autre camp », avait alors déclaré un officier de l'armée de l'air. « Nous l'avons fait sans tuer personne et nous avons veillé à ce que le bâtiment et ses environs soient évacués ».
Les opérations précédentes ont également montré que le fait de frapper ces cibles n'a pas seulement pour but de saper le moral des Palestinien·nes, mais aussi de remonter celui des Israélien·nes. Haaretz a révélé que lors de l'opération « Gardien des murs » en 2021, l'unité du porte-parole des FDI a mené une opération psychologique contre les citoyen·es israélien·nes afin de les sensibiliser aux opérations des FDI à Gaza et aux dommages qu'elles ont causés aux Palestinien·nes. Les soldat·es, qui ont utilisé de faux comptes de médias sociaux pour dissimuler l'origine de la campagne, ont téléchargé des images et des clips des frappes de l'armée à Gaza sur Twitter, Facebook, Instagram et TikTok afin de démontrer les prouesses de l'armée au public israélien.
Au cours de l'assaut de 2021, Israël a frappé neuf cibles définies comme des « cibles puissantes », toutes des immeubles de grande hauteur. « L'objectif était l'effondrement des tours afin de faire pression sur le Hamas, et aussi pour que le public [israélien] voie une image de victoire », a déclaré une source de sécurité à +972et à Local Call.
Cependant, poursuit cette source, « cela n'a pas fonctionné. Ayant suivi le Hamas, j'ai appris de première main à quel point ils ne se souciaient pas des civil·es et des bâtiments détruits. Parfois, l'armée a trouvé dans un immeuble de grande hauteur quelque chose lié au Hamas, mais il était également possible d'atteindre cette cible spécifique avec des armes plus précises. En fin de compte, ils ont abattu un immeuble pour le plaisir d'abattre un immeuble ».
Tout le monde cherchait ses enfants dans ces tas.
Non seulement la guerre actuelle a vu Israël attaquer un nombre sans précédent de cibles puissantes, mais elle a également vu l'armée abandonner les politiques antérieures qui visaient à éviter de blesser les civil·es. Alors qu'auparavant, la procédure officielle de l'armée était qu'il n'était possible d'attaquer des cibles électriques qu'après que tous les civil·es en aient été évacué·es, des témoignages d'habitant·es palestinien·nes de Gaza indiquent que, depuis le 7 octobre, Israël a attaqué des tours avec leurs habitant·es encore à l'intérieur, ou sans avoir pris de mesures significatives pour les évacuer, ce qui a entraîné la mort de nombreuses et nombreux civil·es.
Selon une enquête menée par AP après la guerre de 2014, environ 89% des personnes tuées lors des bombardements aériens de maisons familiales étaient des résident·es non armé·es, et la plupart d'entre elles et eux étaient des enfants et des femmes.
Le chef d'état-major de l'armée de l'air, M. Tishler, a confirmé un changement de politique, déclarant aux journalistes que la politique de « frappe sur les toits » de l'armée – qui consistait à effectuer une petite frappe initiale sur le toit d'un bâtiment pour avertir les résident·es qu'il était sur le point d'être frappé – n'était plus utilisée « là où il y a un ennemi ». Le « Roof knocking », a déclaré M. Tishler, est « un terme qui s'applique aux rounds [de combat] et non à la guerre ».
Les sources qui ont précédemment travaillé sur les cibles énergétiques ont déclaré que la stratégie effrontée de la guerre actuelle pourrait constituer une évolution dangereuse, expliquant que l'attaque des cibles énergétiques était à l'origine destinée à « choquer » Gaza, mais pas nécessairement à tuer un grand nombre de civil·es. « Les cibles ont été conçues en partant du principe que les immeubles de grande hauteur seraient évacués, de sorte que lorsque nous travaillions sur [la compilation des cibles], nous ne nous préoccupions pas du tout du nombre de civil·es qui seraient blessé·es ; l'hypothèse était que le nombre serait toujours nul », a déclaré une source ayant une connaissance approfondie de la tactique.
« Cela signifie qu'il y aurait une évacuation totale [des bâtiments ciblés], ce qui prend deux à trois heures, pendant lesquelles les résident·es sont appelé·es [par téléphone pour évacuer], des missiles d'avertissement sont tirés, et nous vérifions également avec des images de drones que les gens quittent effectivement la tour », a ajouté la source.
Cependant, les preuves recueillies à Gaza suggèrent que certaines tours – que nous supposons avoir été des « cibles puissantes » –- ont été démolies sans avertissement préalable. +972 et Local Call ont localisé au moins deux cas durant la guerre actuelle où des tours résidentielles entières ont été bombardées et se sont effondrées sans avertissement, et un cas où, selon les preuves, une tour s'est effondrée sur des civil·es qui se trouvaient à l'intérieur.
Le 10 octobre, Israël a bombardé le bâtiment Babel à Gaza, selon le témoignage de Bilal Abu Hatzira, qui a sauvé des corps des ruines cette nuit-là. Dix personnes ont été tuées dans l'attaque de l'immeuble, dont trois journalistes.
Le 25 octobre, l'immeuble résidentiel de 12 étages Al-Taj, dans la ville de Gaza, a été bombardé sans avertissement, tuant les familles qui y vivaient. Selon les témoignages des habitant·es, environ 120 personnes ont été ensevelies sous les ruines de leurs appartements. Yousef Amar Sharaf, un habitant d'Al-Taj, a écrit sur X que 37 membres de sa famille qui vivaient dans l'immeuble ont été tués dans l'attaque : « Mon cher père et ma chère mère, ma femme bien-aimée, mes fils et la plupart de mes frères et leurs familles. Les habitant·es ont déclaré que de nombreuses bombes avaient été larguées, endommageant et détruisant également des appartements dans les immeubles voisins.
Six jours plus tard, le 31 octobre, l'immeuble résidentiel de huit étages Al-Mohandseen a été bombardé sans avertissement. Le premier jour, entre 30 et 45 corps auraient été retrouvés dans les ruines. Un bébé a été retrouvé vivant, sans ses parents. Les journalistes estiment que plus de 150 personnes ont été tuées dans l'attentat, car de nombreuses personnes sont restées ensevelies sous les décombres.
Le bâtiment se trouvait dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au sud de Wadi Gaza – dans la supposée « zone de sécurité » vers laquelle Israël dirigeait les Palestinienıes qui fuyaient leurs maisons dans le nord et le centre de Gaza – et servait donc d'abri temporaire pour les personnes déplacées, d'après des témoignages.
Selon une enquête d'Amnesty International, le 9 octobre, Israël a bombardé au moins trois bâtiments à plusieurs étages, ainsi qu'un marché aux puces ouvert dans une rue bondée du camp de réfugié·es de Jabaliya, tuant au moins 69 personnes. « Les corps étaient brûlés… Je ne voulais pas regarder, j'avais peur de voir le visage d'Imad », a déclaré le père d'un enfant qui a été tué. « Les corps étaient éparpillés sur le sol. Tout le monde cherchait ses enfants dans ces ruines. Je n'ai reconnu mon fils qu'à son pantalon. Je voulais l'enterrer immédiatement, alors j'ai porté mon fils et je l'ai sorti. »
Selon l'enquête d'Amnesty, l'armée a déclaré que l'attaque du marché visait une mosquée « où se trouvaient des agents du Hamas ». Cependant, selon la même enquête, les images satellites ne montrent pas de mosquée dans les environs.
Le porte-parole des FDI n'a pas répondu aux questions de +972 et de Local Call concernant des attaques spécifiques, mais a déclaré de manière plus générale que « les FDI ont donné des avertissements avant les attaques de diverses manières et, lorsque les circonstances le permettaient, ont également donné des avertissements individuels par le biais d'appels téléphoniques à des personnes qui se trouvaient sur les cibles ou à proximité (il y a eu plus de 25 000 conversations en direct pendant la guerre, ainsi que des millions de conversations enregistrées, des messages textuels et des tracts largués par avion dans le but d'avertir la population). En général, les FDI s'efforcent de réduire autant que possible les dommages causés aux civil·es dans le cadre des attaques, malgré le défi que représente la lutte contre une organisation terroriste qui utilise les citoyen·es de Gaza comme boucliers humains ».
La machine a produit 100 cibles en une journée
Selon le porte-parole de l'IDF, au 10 novembre, au cours des 35 premiers jours de combat, Israël avait attaqué un total de 15 000 cibles à Gaza. D'après de multiples sources, ce chiffre est très élevé par rapport aux quatre opérations majeures précédentes dans la bande de Gaza. Lors de l'opération Guardian of the Walls en 2021, Israël a attaqué 1 500 cibles en 11 jours. Lors de l'opération Bordure protectrice en 2014, qui a duré 51 jours, Israël a frappé entre 5 266 et 6 231 cibles. Lors de l'opération « Pilier de défense » en 2012, environ 1 500 cibles ont été attaquées en huit jours. Lors de l'opération « Plomb durci » en 2008, Israël a frappé 3 400 cibles en 22 jours.
Des sources de renseignement ayant participé aux opérations précédentes ont également déclaré à +972 et à Local Call que, pendant 10 jours en 2021 et trois semaines en 2014, un taux d'attaque de 100 à 200 cibles par jour a conduit à une situation dans laquelle l'armée de l'air israélienne ne disposait plus d'aucune cible de valeur militaire. Pourquoi, alors, après près de deux mois, l'armée israélienne n'a-t-elle pas encore épuisé ses cibles dans la guerre actuelle ?
La réponse se trouve peut-être dans une déclaration du porte-parole des FDI du 2 novembre, selon laquelle l'armée israélienne utilise le système d'IA Habsora (« L'Évangile »), qui, selon le porte-parole, « permet d'utiliser des outils automatiques pour produire des cibles à un rythme rapide, et fonctionne en améliorant le matériel de renseignement précis et de haute qualité en fonction des besoins [opérationnels] ».
Dans la déclaration, un haut responsable des services de renseignement est cité comme ayant déclaré que grâce à Habsora, des cibles sont créées pour des frappes de précision « tout en causant de grands dommages à l'ennemi et un minimum de dommages aux non-combattant·es. Les agents du Hamas ne sont pas à l'abri, quel que soit l'endroit où ils se cachent ».
Selon des sources de renseignement, Habsora génère, entre autres, des recommandations automatiques pour attaquer des résidences privées où vivent des personnes soupçonnées d'être des agents du Hamas ou du Jihad islamique. Israël mène ensuite des opérations d'assassinat à grande échelle en bombardant lourdement ces résidences.
Habsora, explique l'une des sources, traite d'énormes quantités de données que « des dizaines de milliers d'officiers de renseignement ne pourraient pas traiter » et recommande des sites de bombardement en temps réel. Comme la plupart des hauts responsables du Hamas se rendent dans les tunnels souterrains dès le début d'une opération militaire, l'utilisation d'un système comme Habsora permet de localiser et d'attaquer les maisons d'agents relativement peu expérimentés.
Un ancien officier de renseignement a expliqué que le système Habsora permet à l'armée de gérer une « usine d'assassinats de masse », dans laquelle « l'accent est mis sur la quantité et non sur la qualité ». Un œil humain « passera en revue les cibles avant chaque attaque, mais il n'est pas nécessaire de passer beaucoup de temps sur elles ». Étant donné qu'Israël estime qu'il y a environ 30 000 membres du Hamas à Gaza, et qu'ils sont tous marqués pour la mort, le nombre de cibles potentielles est énorme.
En 2019, l'armée israélienne a créé un nouveau centre visant à utiliser l'IA pour accélérer la génération de cibles. « La division administrative des cibles est une unité qui comprend des centaines d'officiers et de soldats et qui est basée sur des capacités d'IA », a déclaré l'ancien chef d'état-major de Tsahal, Aviv Kochavi, dans une interview approfondie avec Ynet plus tôt cette année.
« Il s'agit d'une machine qui, avec l'aide de l'IA, traite un grand nombre de données mieux et plus rapidement que n'importe quel humain, et les traduit en cibles d'attaque », a poursuivi M. Kochavi. Lors de l'opération « Gardien des murs » [en 2021], à partir du moment où cette machine a été activée, elle a généré 100 nouvelles cibles par jour. Vous voyez, dans le passé, il y a eu des périodes à Gaza où nous créions 50 cibles par an. Ici, la machine a produit 100 cibles en un jour.
« Nous préparons les cibles automatiquement et travaillons selon une liste de contrôle », a déclaré à +972 et à Local Call l'une des sources qui a travaillé dans la nouvelle division administrative des cibles. « C'est vraiment comme une usine. Nous travaillons rapidement et nous n'avons pas le temps d'approfondir l'objectif. L'idée est que nous sommes jugés en fonction du nombre de cibles que nous parvenons à générer ».
Un haut responsable militaire chargé de la banque de cibles a déclaré au Jerusalem Post au début de l'année que, grâce aux systèmes d'intelligence artificielle de l'armée, celle-ci peut pour la première fois générer de nouvelles cibles à un rythme plus rapide que celui des attaques. Selon une autre source, la volonté de générer automatiquement un grand nombre de cibles est une concrétisation de la doctrine Dahiya.
Les systèmes automatisés tels que Habsora ont ainsi grandement facilité le travail des officier·es de renseignement israélien·nes dans la prise de décisions au cours des opérations militaires, y compris le calcul des pertes potentielles. Cinq sources différentes ont confirmé que le nombre de civil·es susceptibles d'être tué·es lors d'attaques contre des résidences privées est connu à l'avance par les services de renseignement israéliens et apparaît clairement dans le fichier des cibles dans la catégorie des « dommages collatéraux ».
Selon ces sources, il existe des degrés de dommages collatéraux, en fonction desquels l'armée détermine s'il est possible d'attaquer une cible à l'intérieur d'une résidence privée. Lorsque la directive générale devient « Dommage collatéral 5 », cela signifie que nous sommes autorisés à frapper toutes les cibles qui tueront cinq civil·es ou moins – nous pouvons agir sur tous les dossiers de cibles qui sont au nombre de cinq ou moins », a déclaré l'une des sources.
« Dans le passé, nous ne marquions pas régulièrement les maisons des membres subalternes du Hamas pour les bombarder », a déclaré un responsable de la sécurité qui a participé à l'attaque de cibles lors d'opérations précédentes. À mon époque, si la maison sur laquelle je travaillais portait la mention « Dommage collatéral 5 », elle n'était pas toujours approuvée [pour l'attaque]. Selon lui, une telle approbation n'était donnée que si l'on savait qu'un haut commandant du Hamas vivait dans la maison.
« D'après ce que j'ai compris, ils peuvent aujourd'hui marquer toutes les maisons [de tout agent militaire du Hamas, quel que soit son rang] », a poursuivi la source. « Cela fait beaucoup de maisons. Des membres du Hamas qui n'ont aucune importance vivent dans des maisons dans toute la bande de Gaza. Ils marquent donc la maison, la bombardent et tuent tout le monde ».
Une politique concertée de bombardement des maisons familiales
Le 22 octobre, l'armée de l'air israélienne a bombardé la maison du journaliste palestinien Ahmed Alnaouq dans la ville de Deir al-Balah. Ahmed est un ami proche et un collègue ; il y a quatre ans, nous avons fondé une page Facebook en hébreu intitulée « De l'autre côté du mur », dans le but de faire connaître au public israélien les voix palestiniennes de Gaza.
La frappe du 22 octobre a fait s'effondrer des blocs de béton sur toute la famille d'Ahmed, tuant son père, ses frères, ses sœurs et tous leurs enfants, y compris les bébés. Seule sa nièce de 12 ans, Malak, a survécu et est restée dans un état critique, le corps couvert de brûlures. Quelques jours plus tard, Malak est décédée.
Au total, 21 membres de la famille d'Ahmed ont été tués et enterrés sous leur maison. Aucun·e d'entre elles et eux n'était un militant·e. Le plus jeune avait 2 ans, le plus âgé, son père, 75 ans. Ahmed, qui vit actuellement au Royaume-Uni, est désormais le seul rescapé de toute sa famille.
Le groupe WhatsApp de la famille d'Ahmed s'intitule « Better Together ». Le dernier message qui y figure a été envoyé par lui, un peu après minuit, la nuit où il a perdu sa famille. « Quelqu'un m'a fait savoir que tout allait bien », a-t-il écrit. Personne n'a répondu. Il s'est endormi, mais s'est réveillé en panique à 4 heures du matin. C'est le silence. C'est alors qu'il a reçu un message d'un ami lui annonçant la terrible nouvelle.
Le cas d'Ahmed est courant à Gaza ces jours-ci. Lors d'interviews accordées à la presse, les directeurs des hôpitaux de Gaza ont fait la même description : les familles entrent dans les hôpitaux comme une succession de cadavres, un enfant suivi de son père suivi de son grand-père. Les corps sont tous couverts de terre et de sang.
Selon d'anciens officiers du renseignement israélien, dans de nombreux cas où une résidence privée est bombardée, l'objectif est « l'assassinat d'agents du Hamas ou du Djihad », et ces cibles sont attaquées lorsque l'agent entre dans la maison. Les chercheur·es en renseignement savent si les membres de la famille ou les voisin·es de l'agent peuvent également mourir dans l'attentat, et ils savent comment calculer le nombre de victimes. Chacune des sources a précisé qu'il s'agissait de maisons privées où, dans la majorité des cas, aucune activité militaire n'est menée.
+972 et Local Call ne disposent pas de données concernant le nombre d'agents militaires qui ont effectivement été tués ou blessés par des frappes aériennes sur des résidences privées au cours de la guerre actuelle, mais il est amplement prouvé que, dans de nombreux cas, il ne s'agissait pas d'agents militaires ou politiques appartenant au Hamas ou au Djihad islamique.
Le 10 octobre, l'armée de l'air israélienne a bombardé un immeuble d'habitation dans le quartier de Sheikh Radwan, à Gaza, tuant 40 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants. Dans l'une des vidéos choquantes prises à la suite de l'attaque, on voit des gens crier, tenir ce qui semble être une poupée tirée des ruines de la maison, et se la passer de main en main. Lorsque la caméra zoome, on peut voir qu'il ne s'agit pas d'une poupée, mais du corps d'un bébé.
L'un des habitants a déclaré que 19 membres de sa famille avaient été tué·es lors de la frappe. Un autre survivant a écrit sur Facebook qu'il n'avait retrouvé que l'épaule de son fils dans les décombres. Amnesty a enquêté sur l'attaque et a découvert qu'un membre du Hamas vivait à l'un des étages supérieurs de l'immeuble, mais qu'il n'était pas présent au moment de l'attaque.
Le bombardement des maisons familiales où sont censés vivre des membres du Hamas ou du Jihad islamique est probablement devenu une politique plus concertée des FDI lors de l'opération Bordure protectrice en 2014. À l'époque, 606 Palestinien·nes – soit environ un quart des civils tués au cours des 51 jours de combats – étaient membres de familles dont les maisons ont été bombardées. Un rapport de l'ONU l'a défini en 2015 comme un crime de guerre potentiel et un « nouveau modèle » d'action qui « a conduit à la mort de familles entières ».
En 2014, 93 bébés ont été tués à la suite de bombardements israéliens sur des maisons familiales, dont 13 avaient moins d'un an. Il y a un mois, 286 bébés âgés d'un an ou moins avaient déjà été identifiés comme ayant été tués à Gaza, selon une liste d'identification détaillée avec l'âge des victimes publiée par le ministère de la santé de Gaza le 26 octobre. Ce nombre a probablement doublé ou triplé depuis.
Cependant, dans de nombreux cas, et en particulier lors des attaques actuelles contre Gaza, l'armée israélienne a mené des attaques contre des résidences privées, même lorsqu'il n'y avait pas de cible militaire connue ou évidente. Par exemple, selon le Comité de protection des journalistes, au 29 novembre, Israël avait tué 50 journalistes palestiniens à Gaza, certains d'entre eux dans leur maison avec leur famille.
Roshdi Sarraj, 31 ans, journaliste de Gaza née en Grande-Bretagne, a fondé un média à Gaza appelé « Ain Media ». Le 22 octobre, une bombe israélienne a frappé la maison de ses parents où il dormait, le tuant. La journaliste Salam Mema est également décédée sous les ruines de sa maison après le bombardement ; de ses trois jeunes enfants, Hadi, 7 ans, est mort, tandis que Sham, 3 ans, n'a pas encore été retrouvé sous les décombres. Deux autres journalistes, Duaa Sharaf et Salma Makhaimer, ont été tuées avec leurs enfants dans leur maison.
Les analystes israéliens ont admis que l'efficacité militaire de ce type d'attaques aériennes disproportionnées était limitée. Deux semaines après le début des bombardements à Gaza (et avant l'invasion terrestre) – après que les corps de 1 903 enfants, d'environ 1 000 femmes et de 187 personnes âgées ont été dénombrés dans la bande de Gaza – le commentateur israélien Avi Issacharoff a écrit sur Twitter : « Aussi difficile à entendre que cela puisse paraître, au 14e jour des combats, il ne semble pas que la branche militaire du Hamas ait été touchée : « Aussi difficile que cela puisse paraître, au 14e jour des combats, il ne semble pas que la branche militaire du Hamas ait subi des dommages significatifs. Le dommage le plus important pour la direction militaire est l'assassinat d'Ayman Nofal [commandant du Hamas] ».
Combattre des animaux humains
Les militants du Hamas opèrent régulièrement à partir d'un réseau complexe de tunnels construits sous de vastes étendues de la bande de Gaza. Ces tunnels, comme l'ont confirmé les anciens officiers des services de renseignement israéliens avec lesquels nous nous sommes entretenus, passent également sous les maisons et les routes. Par conséquent, les tentatives israéliennes de les détruire par des frappes aériennes risquent dans de nombreux cas d'entraîner la mort de civil·es. C'est peut-être une autre raison qui explique le nombre élevé de familles palestiniennes éliminées lors de l'offensive actuelle.
Les officier·es de renseignement interrogés pour cet article ont déclaré que la manière dont le Hamas a conçu le réseau de tunnels à Gaza exploite sciemment la population civile et les infrastructures en surface. Ces affirmations ont également été à la base de la campagne médiatique menée par Israël concernant les attaques et les raids sur l'hôpital Al-Shifa et les tunnels qui ont été découverts sous celui-ci.
Israël a également attaqué un grand nombre de cibles militaires : des agents armés du Hamas, des sites de lancement de roquettes, des tireurs d'élite, des escouades antichars, des quartiers généraux militaires, des bases, des postes d'observation, etc. Depuis le début de l'invasion terrestre, les bombardements aériens et les tirs d'artillerie lourde ont été utilisés pour soutenir les troupes israéliennes sur le terrain. Les experts en droit international estiment que ces cibles sont légitimes, pour autant que les frappes respectent le principe de proportionnalité.
En réponse à une demande de +972 et de Local Call pour cet article, le porte-parole des FDI a déclaré : « L'armée israélienne s'est engagée à respecter le droit international et à agir conformément à celui-ci ; ce faisant, elle attaque des cibles militaires et ne s'en prend pas aux civil·es. L'organisation terroriste Hamas place ses agents et ses moyens militaires au cœur de la population civile. Le Hamas utilise systématiquement la population civile comme bouclier humain et mène ses combats depuis des bâtiments civils, y compris des sites sensibles tels que des hôpitaux, des mosquées, des écoles et des installations de l'ONU ».
Les sources de renseignement qui ont parlé à +972 et à Local Call ont également affirmé que dans de nombreux cas, le Hamas « met délibérément en danger la population civile de Gaza et tente d'empêcher par la force les civil·es d'évacuer ». Deux sources ont déclaré que les dirigeants du Hamas « comprennent que les dommages causés par Israël aux civil·es leur donnent une légitimité dans les combats ».
Dans le même temps, même s'il est difficile de l'imaginer aujourd'hui, l'idée de larguer une bombe d'une tonne destinée à tuer un agent du Hamas et de finir par tuer une famille entière en tant que « dommages collatéraux » n'a pas toujours été aussi facilement acceptée par de larges pans de la société israélienne. En 2002, par exemple, l'armée de l'air israélienne a bombardé le domicile de Salah Mustafa Muhammad Shehade, alors chef des Brigades Al-Qassam, la branche militaire du Hamas. La bombe l'a tué, ainsi que sa femme Eman, sa fille de 14 ans Laila et 14 autres civil·es, dont 11 enfants. Ce meurtre a provoqué un tollé en Israël et dans le monde, et Israël a été accusé de commettre des crimes de guerre.
Ces critiques ont conduit l'armée israélienne à décider, en 2003, de larguer une bombe plus petite, d'un quart de tonne, sur une réunion de hauts responsables du Hamas – dont l'insaisissable chef des Brigades Al-Qassam, Mohammed Deif – qui se tenait dans un immeuble résidentiel de Gaza, malgré la crainte qu'elle ne soit pas assez puissante pour les tuer. Dans son livre « To Know Hamas », le journaliste israélien chevronné Shlomi Eldar écrit que la décision d'utiliser une bombe relativement petite est due au précédent de Shehade et à la crainte qu'une bombe d'une tonne ne tue également les civil·es dans l'immeuble. L'attaque a échoué et les officiers supérieurs de l'aile militaire ont fui les lieux.
En décembre 2008, lors de la première grande guerre menée par Israël contre le Hamas après sa prise de pouvoir à Gaza, Yoav Gallant, qui dirigeait à l'époque le commandement sud des FDI, a déclaré que, pour la première fois, Israël « frappait les maisons familiales » des hauts responsables du Hamas dans le but de les détruire, mais pas de blesser leurs familles. M. Gallant a souligné que les maisons ont été attaquées après que les familles ont été averties par un « coup sur le toit », ainsi que par un appel téléphonique, lorsqu'il est apparu clairement que des activités militaires du Hamas se déroulaient à l'intérieur de la maison.
Après l'opération Bordure protectrice de 2014, au cours de laquelle Israël a commencé à frapper systématiquement les maisons familiales depuis les airs, des groupes de défense des droits de l'homme comme B'Tselem ont recueilli des témoignages de Palestinien·nes qui avaient survécu à ces attaques. Les survivant·es ont déclaré que les maisons s'étaient effondrées sur elles-mêmes, que des éclats de verre avaient coupé les corps de celles et ceux qui se trouvaient à l'intérieur, que les débris « sentaient le sang » et que des personnes avaient été enterrées vivantes.
Cette politique meurtrière se poursuit aujourd'hui, en partie grâce à l'utilisation d'armes destructrices et de technologies sophistiquées comme Habsora, mais aussi grâce à un establishment politique et sécuritaire qui a relâché les rênes de l'appareil militaire israélien. Quinze ans après avoir insisté sur le fait que l'armée s'efforçait de minimiser les dommages causés aux civil·es, M. Gallant, aujourd'hui ministre de la défense, a clairement changé son fusil d'épaule. « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence », a-t-il déclaré après le 7 octobre.
Yuval Abraham
Le texte original en anglais comporte des développements supplémentaires concernant notamment la Grande-Bretagne et le rôle de la solidarité internationale. L'intégral anglais est disponible sur ESSF ( article 68812), A mass assassination factory' : Inside Israel's calculated bombing of Gaza.
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La gentrification des quartiers ouvriers et populaires à Montréal et ailleurs

Une savante étude universitaire a démontré que des cinq types de quartier de la Ville de Montréal, deux étaient sous l'emprise du capital financier. D'autres analyses des grandes villes canadiennes démontrent que les régions métropolitaines québécoises ne sont qu'au début du processus de gentrification, et d'autres que ce processus est encore plus avancé aux ÉU. La question se pose alors de l'inexorabilité de cette tendance ou bien de la possibilité que la lutte sociale l'infléchisse. Quelle seraient alors le programme, la stratégie et la tactique qui permettraient cette inflexion transformant le rapport de forces ?
« …la détention d'une part importante du parc locatif par des fonds d'investissement ou des entreprises est aussi considérée comme un facteur qui tire le prix des loyers vers le haut, étant donné le poids économique de ces acteurs et les objectifs financiers qu'ils poursuivent. » À cet égard, Montréal retarde sur les grandes régions métropolitaines du reste du Canada sans doute à cause de sa plus grande proportion de logis locatifs à basse densité signalée plus haut. « Des données de Statistique Canada montrent que, dans certaines provinces canadiennes, les investisseurs sont propriétaires d'entre 20,2 % (Ontario) et 30,5 % (Nouvelle-Écosse) du parc de logements locatifs. À Montréal, où 11,7 % des unités locatives sont détenus par des propriétaires financiarisés (ex. : fonds d'investissement ou société de gestion d'actifs), une équipe de recherche a montré que cette concentration de la propriété des logements locatifs avait une incidence à la hausse sur les loyers demandés dans la métropole. » (Julia Posca et Guillaume Hébert, Crise du logement : un marché locatif en manque d'encadrement, IRIS, 29/06/23).
Le nouveau visage de la propriété de logements jusqu'à et y compris le Fonds dit de solidarité
« Jusqu'à récemment, la plupart des études sur la financiarisation du logement se concentraient sur les impacts de la titrisation hypothécaire – le processus par lequel la dette est découpée et regroupée avec d'autres dettes et vendue à des investisseurs peu intéressés par l'actif physique lui-même. » On reconnaît là le processus qui a engendré la grande crise de 2008-2009 aux ÉU mais non au Canada. « Au cours de la dernière décennie, un nombre croissant de travaux de recherche ont commencé à examiner la financiarisation du logement locatif. Bien que la financiarisation ne soit pas un concept totalement établi, le logement locatif est généralement considéré comme financiarisé lorsqu'il appartient à des véhicules financiers tels que des Sociétés d'investissement immobilier cotée (REIT en anglais), des sociétés de capital-investissement, des investisseurs institutionnels ou des sociétés de gestion d'actifs ».
Montréal a la plus grande proportion de logements occupés par des locataires parmi toutes les grandes ou moyennes villes d'Amérique du Nord, à 63,3 % selon le recensement de 2016. Montréal a toujours été connue comme le paradis des locataires où une offre abondante de logements locatifs de faible hauteur a maintenu les loyers relativement bas et les taux d'inoccupation relativement élevés. Les paramètres d'abordabilité des logements locatifs ont commencé à se détériorer dans les années 2010, malgré une forte hausse de la construction de nouveaux logements locatifs construits à cet effet. De 2016 à 2020, Montréal a ajouté 13 500 logements locatifs spécialement construits (c.-à-d. non en copropriété) soit 38,2 % de tous les logements nouvellement construits au cours de cette période…
À partir du début des années 2000, les typologies d'habitations plus denses – en particulier les immeubles de grande hauteur vendus comme copropriétés – ont gagné en popularité à Montréal. Cette popularité s'est élargie pour inclure les locations spécialement construites à cet effet dans les années 2010. En raison de l'ampleur de ces projets, de nouveaux acteurs financiers ont fait leur apparition sur la scène du développement domiciliaire : des fonds d'investissement, dont le Fonds de solidarité FTQ, affilié au syndicat, ainsi que les acteurs commerciaux Claridge, Fierra Immobilier et Ipso Facto. (Cloé St-Hilaire, Mikael Brunila & David Wachsmuth (2023) High Rises and Housing Stress, Journal of the American Planning Association, DOI :)
Au Québec, le Fonds immobilier FTQ joue un rôle particulier dans la financiarisation. Le Fonds de solidarité auquel il est lié constitue le plus grand réseau québécois d'investissement en capital de développement. Il est alimenté par les épargnes de ses quelque 750 000 cotisants et cotisantes souvent en vue de leur retraite. Le Fonds immobilier investit du capital de risque dans des projets immobiliers, en collaboration avec des acteurs privés ou communautaires. Il s'implique dès le démarrage des projets, puis voit à leur gestion avec ses partenaires, dans le but « d'optimiser leur valeur marchande ». Il revend ses parts dans un horizon de 5 à 7 ans, selon la situation économique. Le Fonds immobilier est présentement impliqué dans un controversé projet au Bassin Peel, dans le secteur Bridge-Bonaventure du Sud-Ouest de Montréal, en collaboration avec de grands partenaires privés comme Devimco, Mach, Broccolini et COPRIM. Les promoteurs visent la construction de 7500 logements, dont 3800 sur des terrains publics fédéraux appartenant à la Société immobilière du Canada (SIC), une société d'état fédérale autofinancée. Des groupes communautaires du quartier et des alentours, appuyés largement par la population, s'opposent à un tel développement considéré comme une réplique de Griffintown, « avec ses tours de condominiums et un maigre pourcentage de logements sociaux », qui a « accentué la crise pour les mal-logés et exacerbé la gentrification » (FRAPRU, Crises du logement et droits humains au Québec, décembre 2022).
Bien que la participation de telles entités au développement de logements ne soit pas nouvelle en soi, leur implication récente s'est accompagnée de la création de ce que l'on appelle des sociétés en commandite, une tendance nouvelle. Dans une société en commandite, un promoteur et un fonds s'associeront pendant la durée d'un projet, créant ainsi une entreprise temporaire dont les deux parties sont actionnaires. […] En tant que partenaires, le fonds et le promoteur partagent les revenus, mais ces partenariats sont jugés plus risqués pour le fonds que le simple prêt d'argent au promoteur, car le remboursement n'est pas garanti. En conséquence, les fonds s'attendent désormais à des rendements beaucoup plus élevés sur leurs investissements, ce qui limite la production de nouveaux logements : seuls certains types de bâtiments peuvent générer des prix de vente ou des taux de location proportionnellement plus élevés. Ainsi, à mesure que la participation directe des fonds d'investissement à la production de logements locatifs s'est accrue, une plus grande proportion de logements locatifs est devenue soumise à une logique financière.
D'abord les quartiers riches puis la vulnérable clientèle étudiante prisonnière du court-terme
« Sur l'ensemble de la Ville de Montréal, le pourcentage de propriétés locatives appartenant à des propriétaires financiarisés en 2020 était de 1,4 % (2 277 sur 166 967). Toutefois, les propriétaires financiarisés possédaient des propriétés comportant plus de logements locatifs que la moyenne ; 11,7 % de tous les logements locatifs appartenaient à des propriétaires financiarisés (66 452 sur 566 582). » En toute logique, les propriétaires financiarisés ont d'abord pénétré les quartiers riches, un des cinq types de quartier de la Ville de Montréal. « 32,0 % des logements locatifs appartenaient à des propriétaires financiarisés [qui] étaient confrontés aux loyers les plus élevés de la ville mais, comme le revenu médian des ménages était également le plus élevé de la ville, beaucoup moins de locataires ont été confrontés à un stress lié au logement […] Plus de la moitié (54,6 %) des ménages […] vivaient dans des immeubles de cinq étages ou plus, mais la part globale des locataires était bien inférieure à la moyenne de la ville. Le pourcentage de copropriétés était le plus élevé parmi les cinq types (55,6 %, soit trois fois le taux de 18,5 % à l'échelle de la ville). [On y] comptait de loin le pourcentage le plus élevé d'unités locatives construites après 2005 : 28,4 %, contre 6,0 % à l'échelle de la ville. […] [On y dénombrait] la proportion la plus élevée de population âgée de plus de 65 ans. […] La population y était majoritairement blanche ».
[Dans l'autre type de quartier financiarisé,] les loyers médians et demandés étaient bien supérieurs aux moyennes de la ville, tandis que le revenu médian des ménages était le plus bas des cinq types. Ainsi, ce type de quartier comptait le pourcentage le plus élevé de ménages locataires confrontés à un stress lié au logement (62,2 % contre 35,8 % à l'échelle de la ville). Il comptait également le pourcentage le plus élevé de ménages locataires (87,5 % contre 62,7 % à l'échelle de la ville) et de ménages vivant dans des immeubles de cinq étages ou plus (69,0 %, soit plus de cinq fois la proportion de 12,8 % à l'échelle de la ville). De tous les types, il présentait la mobilité résidentielle la plus élevée ; plus d'un tiers (34,5 %) de ses ménages ont déménagé au cours de l'année écoulée, et près des trois quarts (73,1 %) ont déménagé au cours des cinq dernières années. Les parcelles de ce regroupement étaient situées au centre (en moyenne à 1,3 km du centre-ville) et adjacentes aux quatre universités de Montréal. Au total, 25,1 % des habitants de ce groupe avaient entre 18 et 24 ans, ce qui indique une importante population étudiante (la moyenne de la ville pour cette tranche d'âge n'était que de 9,1 %) (Cloé St-Hilaire, Mikael Brunila & David Wachsmuth (2023) High Rises and Housing Stress, Journal of the American Planning Association, DOI).
La gentrification par ses manœuvres sordides prépare le terrain à la financiarisation
…les parcelles [du troisième type] étaient situées dans un anneau autour du centre-ville (qui lui- même est principalement représenté par les types financiarisés 1 et 2). Ce type avait une proportion de locataires supérieure à la moyenne (70,3 %) mais la proportion la plus faible de propriétaires financiarisés (5,6 %). […] seule une petite proportion des logements locatifs de ce type était constituée d'immeubles de cinq étages ou plus (7,5 %). Pendant ce temps, il présentait la plus faible proportion de populations de minorités visibles et d'immigrants parmi les cinq types, une mobilité des résidents supérieure à la moyenne et une combinaison distinctive de loyers médians faibles et de loyers demandés élevés. Ces caractéristiques correspondaient au profil classique des quartiers gentrifiés.
On peut comprendre la gentrification comme une préparation de terrain pour la financiarisation par l'intermédiaire d'acquéreurs de paquet de logements prêts à toutes les manœuvres pour arriver à soit transformer leurs logements en condominiums soit de plus en plus à les louer à une couche sociale dite moyenne en mesure de payer la forte hausse de loyer. En effet, les condos ont rentabilisé la location et sans doute permis à des acquéreurs aux poches plus profondes à envahir le terrain :
La réalisation de condos a été très forte dans la région métropolitaine de Montréal, et particulièrement à Montréal même, des promoteurs comme Prével, Samcon, Devimco, Rachel Julien et autres se montrant gourmands. Cette arrivée massive de condos a alimenté la gentrification de plusieurs quartiers, contribuant entre autres à la hausse de la valeur foncière des immeubles locatifs et par, le fait même, des taxes et des loyers. C'est depuis 2015 que la construction de logements locatifs a réellement pris son envol. Pas moins de 161 025 appartements ont été mis en chantier jusqu'en 2021, pour une moyenne annuelle de 23 004. C'est 2,5 fois plus que la construction d'unités de condominiums qui, elle, s'est limitée à une moyenne de 9114. Non seulement les logements locatifs construits dans les dernières années au Québec sont-ils à loyers très élevés, s'inscrivant eux-aussi dans le processus de gentrification, mais, pour l'essentiel, ils ont été réalisés dans des édifices à logements multiples, propriétés de géants de l'immobilier jouissant de capitaux très importants. […]
Le cas du spéculateur Henry Savriyev en donne une idée. En cinq ans, il a acquis à lui seul une quarantaine d'immeubles totalisant 1200 logements dans différents arrondissements de Montréal. Il s'y est livré à des « rénovictions » qui lui ont valu 130 dossiers au Tribunal administratif de logement. D'autres individus ou sociétés, impliqués dans des cas de « rénovictions », possèdent aussi des centaines d'appartements. Ils ont tous en commun d'avoir acquis leurs immeubles moins d'un an auparavant. Une forme particulière de « rénovictions » s'est développée au cours de la dernière année. Il s'agit de la transformation de résidences privées pour aînés (RPA) en logements locatifs sans services. Le cas de la Résidence Mont-Carmel, située au cœur de Montréal, a maintes fois défrayé les manchettes au cours des derniers mois en raison du combat courageux qui y est mené par un groupe de locataires contre Zavriyev. Celui-ci est aussi impliqué dans au moins deux autres cas, l'un dans l'arrondissement de Montréal-Nord et l'autre à Québec. Au total, c'est plus de 1000 logements en RPA qui sont présentement touchés par de telles conversions, quel qu'en soit l'auteur.
Il est difficile d'avoir un portrait exact de l'ampleur du phénomène qui était au départ limité à Montréal, mais qui s'est depuis étendu à d'autres villes, notamment Québec et Gatineau. Le nombre de reprises de logement est lui-aussi en augmentation. Celles-ci sont permises au Québec si c'est pour s'y loger soi-même ou pour y loger son père, sa mère, ses enfants et quelques autres personnes bien définies. Elles sont autrement interdites Le nombre de ce type de demandes au Tribunal administratif du logement est en nette progression, étant passé de 1061 en 2018-2019, à 1484 en 2019-2020, à 1970 en 2020-2021 et à 2540 en 2021-2022. Or, l'expérience démontre que ce nombre ne représente qu'un pâle reflet de la réalité. Tout cela est aggravé par l'augmentation du nombre de flips, ces lucratives activités d'achats et de reventes rapides de logements encouragées par l'exemption de 50 % d'impôts accordé par les gouvernements sur les gains de capital. Une étude récente de la SCHL permet de constater que, dans le cas des « plex » de 2 à 5 logements, la proportion de logements revendus en l'espace d'un an à Montréal était de 3,2 % de l'ensemble des ventes au premier trimestre de 2021. Ce pourcentage est en hausse continuelle depuis 2016, alors qu'il était de 1,9 %.
On constate que la construction de logements locatifs, tendanciellement financiarisés, est partiellement annulée par la disparition de logements généralement à bon marché, ce qui crée une constante pression à la hausse des loyers. « Non seulement le nombre de logements locatifs n'augmente-t-il pas assez rapidement au Québec, mais des appartements continuent d'être perdus en raison de leurs conversions en copropriétés divises ou indivises, de leurs fusions pour fins d'agrandissement ou encore de leurs locations temporaires à des fins touristiques. Selon une compilation du FRAPRU à partir des données d'Inside Airbnb, au Québec, en avril 2022, 24 756 logements complets étaient affichés sur Airbnb dont près de 10 000 logements locatifs. Montréal en comptait la moitié à elle seule... » (FRAPRU, Crises du logement et droits humains au Québec, décembre 2022).
La financiarisation est en remorque de la disparition des logements populaires haussant les loyers
La même étude savante démontre que la financiarisation du logement n'a pas encore ou peu pénétré les deux autres types de quartier contrairement aux ÉU :
Les secteurs de recensement [de quatrième type] étaient pour la plupart situés à la périphérie de la ville. Ce pôle présente un taux de financiarisation du logement locatif (9,3 %) légèrement inférieur à la moyenne de la ville. Le [quatrième type] avait les loyers les plus bas et le deuxième revenu médian des ménages le plus bas. La plupart des logements locatifs étaient situés dans des immeubles à faible densité et la mobilité du logement était inférieure à la moyenne de la ville. [Le quatrième type] comptait les proportions les plus élevées de minorités visibles et d'immigrants et peut donc être décrit comme la périphérie non financiarisée des immigrants. […]
Le [cinquième type] présentait des caractéristiques typiques des zones suburbaines : faibles pourcentages de ménages locataires, faibles pourcentages de ménages vivant dans des immeubles de grande hauteur, faibles niveaux de mobilité résidentielle et grandes distances par rapport au centre-ville. Le loyer médian, le loyer demandé et la valeur moyenne des propriétés dans le [cinquième type] étaient inférieurs à la moyenne de la ville, mais les ménages avaient des revenus médians supérieurs à la moyenne montréalaise. La présence de relativement peu de locataires, la faible mobilité résidentielle et la faible densité de construction présentaient une géographie difficile dans laquelle les propriétaires financiarisés pouvaient investir. Cela peut expliquer pourquoi ce groupe de banlieues non financiarisées avait un pourcentage si faible de propriété locative financiarisée (6,6 %). […]
La différence entre ces deux zones géographiques pourrait refléter des modèles d'utilisation du sol différents (Montréal compte une quantité beaucoup plus élevée de logements multifamiliaux occupés par des locataires que la plupart des villes américaines) ou des réponses politiques différentes à la suite de la crise financière mondiale. Cela pourrait aussi indiquer que la financiarisation de la location des maisons unifamiliales n'est tout simplement pas encore arrivée à Montréal. […] Cette constatation contraste notamment avec les études américaines sur la financiarisation du logement qui ont constaté une tendance croissante à l'acquisition massive de maisons unifamiliales par des acteurs financiarisés (Cloé St-Hilaire, Mikael Brunila & David Wachsmuth (2023) High Rises and Housing Stress, Journal of the American Planning Association, DOI :).
Reste à savoir quelle sorte de propriétaire possède les logements multifamiliaux des quartiers à forte densité de minorités visibles comme Montréal-Nord. Et il n'est pas si certain non plus que la financiarisation de la propriété unifamiliale n'ait pas commencé à pénétrer les grandes métropoles canadiennes même si c'est dans une moindre mesure à Montréal ou à Québec (Nesto, Investors Account for 20% of All Home Purchases in Canada, 5/06/23). Certes, les loyers montréalais sont beaucoup moins élevés que dans les grandes métropoles canadiennes (voir le graphique ci-bas) mais il n'en reste pas moins que « [l]e loyer médian a augmenté de 12.5% au Québec et 13.3% à Montréal de 2016 à 2021 » (FRAPRU, Dossier noir, Logement et pauvreté au Québec, 8e édition, 2023) sans compter qu'ils sont en général plus élevés qu'ailleurs au Québec sauf Gatineau qui subit l'attraction d'Ottawa. La hausse des loyers n'a jamais été si élevée au Québec en 40 ans et l'écart par le haut de cette hausse par rapport au taux d'inflation global aussi élevé en 60 ans (Andrée-Anne St-Arnaud, Midi-Info, Radio-Canada,émission du 21/11/23).
Source : Yanick Lepage,Les clés pour comprendre les hausses des loyers, Radio-Canada, 9/10/23 Julia Posca et Guillaume Hébert, Crise du logement : un marché locatif en manque d'encadrement, IRIS, 29/06/23
La financiarisation et son corollaire, la gentrification, y sont pour beaucoup afin d'expliquer cette hausse en faisant disparaître les logements bon marché : « …au Québec, de 2016 à 2021, 116 000 logements locatifs abordables ayant un loyer inférieur à 750 $ par mois, ont été perdus, dont près de 90 000 à Montréal seulement et près de 16 000 à Québec ». Cette disparition a accentué l'écart de loyer entre les nouveaux et anciens logements d'autant plus que la législation québécoise le facilite : « La SCHL note d'ailleurs dans son Rapport sur le marché locatif – Janvier 2023 que « les loyers moyens des logements construits récemment sont plus chers que dans l'ensemble du marché (écart de 57 % pour les appartements de 2 chambres dans la RMR [de Montréal] en 2022) ». […] En raison de la clause F [un logement dans un immeuble neuf n'est pas assujetti pendant cinq ans à la grille du Tribunal administratif du logement], leurs loyers augmentent généralement de façon démesurée les premières années » (Mémoire du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) présenté au ministère des Finances du Québec dans le cadre des consultations pré-budgétaires 2023-2024, Février 2023).
Cette rareté faisant monter les loyers est illustrée par la baisse du taux d'inoccupation (voir graphique). « Le Québec a le taux d'inoccupation des logements le plus bas depuis 20 ans. Ce n'est pas arrivé du jour au lendemain. Le taux d'inoccupation est de 1,7 %, alors qu'il devrait être à 3 % pour être à un point d'équilibre, presque deux fois plus, donc » (Michel C. Auger, Les déconnectés du logement, La Presse, 25/06/23). Le ralentissement de la construction de logements locatifs dû à l'exigence de rentabilité de la financiarisation et la disparition de logements populaires due à son corollaire, la gentrification, n'ont pas été les seuls facteurs expliquant la hausse des loyers. Y a aussi contribué la baisse de l'accès à la propriété (voir graphique ci-bas) due à la croissance des prix de construction résidentielle soit, de 2017 à 2022, des deux tiers dans l'ensemble des régions métropolitaines du Canada — 50% à Montréal — (Statistique Canada, Indices des prix de la construction de bâtiments, selon le type d'immeuble). Y ont contribué la hausse du prix du bois de construction depuis la pandémie (Trading Economics, Lumber) sans oublier la spéculation foncière (Zacharie Goudreault,La spéculation immobilière fait gonfler la facture du réaménagement de Griffintown, Métro, 1/05/19) qui n'affecte pas seulement les terrains industriels dont le prix « a doublé entre 2020 et 2022 sur la Rive-Sud de Montréal » (Thomas Gerbet,Northvolt : voici les coulisses de l'achat record du terrain avec votre argent, Radio-Canada, 29/11/23).

Julia Posca et Guillaume Hébert,Crise du logement : un marché locatif en manque d'encadrement, IRIS, 29/06/23 --- Rebekah Young, L'abordabilité des logements au Canada mise à mal, Banque Scotia, 18/01/23
L'écart béant entre capacité de payer et loyer n'a pas encore gagné le Québec versus le Canada
« Plus d'un ménage canadien sur cinq (soit 3,1 millions de ménages sur 14,9 millions) a franchi ce seuil [frais de logement représentent 30 % ou plus des revenus avant impôts des ménages] dans le recensement de 2021. Pour les locataires, il s'agit d'un ménage sur trois (soit 1,6 million de ménages). En outre, ce chiffre tient déjà compte de l'aide au logement subventionné que touchaient alors 12 % des ménages locataires » (Rebekah Young, L'abordabilité des logements au Canada mise à mal, Banque Scotia, 18/01/23). Pour le Canada, une étude du Canadian Centre for Policy Alternatives (CCPA) basée sur le recensement de 2021 démontre l'écart parfois considérable entre le salaire minimum et le salaire horaire nécessaire pour payer le loyer moyen du marché. Font exception les trois moins importantes régions métropolitaines du Québec contrairement à Gatineau. C'est moins pire pour Montréal et Québec tout comme pour les grandes villes des provinces de l'Est sauf Halifax (voir graphiques ci-bas).

Facteur aggravant, le recensement de 2021, en pleine pandémie, incluait les relatives généreuses subventions au revenu. « …tout indique que la situation des ménages locataires à faible et modeste revenus n'a fait que se détériorer, à la suite de l'arrêt des transferts gouvernementaux liés à la COVID-19. […] tous les indicateurs démontrent une augmentation du taux de pauvreté au Québec depuis 2021, notamment en raison d'une forte poussée inflationniste et de l'insuffisance des prestations sociales de derniers recours. »
Les causes de la hausse des loyers n'ont rien à voir avec l'immigration, au pire un déclencheur
De commenter les auteurs de l'étude sur les causes : « les politiques de suppression des salaires, telles que le recours à des travailleurs étrangers temporaires comme moyen de pourvoir les postes vacants au lieu d'augmenter les salaires pour attirer les travailleurs nationaux ; une faible offre de logements à loyer contrôlé ; et une mauvaise réglementation du marché du logement qui donne la priorité à ‘'la réalisation de profits plutôt que la sécurité du logement''. Macdonald affirme que la situation empire rapidement en raison de la hausse des taux d'intérêt et du coût élevé de la construction, tandis que Tranjan a souligné la législation provinciale qui exacerbe les conditions du marché, notamment la décision de l'Ontario d'éliminer le contrôle des loyers pour les nouveaux logements et la tentative du Québec de mettre fin aux transferts de baux. » (Vanessa Balintec, Minimum wage couldn't land you a 1-bedroom unit years ago. Now, it's even worse. Here's why, CBC News, 18/07/23).
L'ensemble des causes évoquées par les auteurs de l'étude du CCPA est d'autant plus à signaler que dernièrement la seule cause explicative des hausses de loyer retenue par les analystes patentés est la hausse de l'immigration (Gérald Fillion, Analyse : La hausse de l'immigration alimente-t-elle la hausse des loyers ?, Radio-Canada, 23/11/23). Celle-ci est bien réelle (Oxford Economics, Housing spotlight : Surging newcomers initially boost rental demand, octobre 2023) mais elle concerne en grande partie les travailleurs temporaires pourtant (mal) logés par leur employeur attitré. Qu'importe, l'analyste de Radio-Canada, à contrario de son article, mentionne l'insuffisance du soutien au logement toutes catégories de la récente annonce de l'énoncé économique d'Ottawa. De son côté, l'analyse d'Oxford Economics souligne à double trait que pour le Canada « [a]u deuxième trimestre 2023, l'investissement résidentiel s'était contracté pendant cinq trimestres consécutifs [et prévoit un] ralentissement jusqu'à la mi-2024 [ce qui] entraînera une baisse globale de 25 % par rapport au par rapport au pic du 1er trimestre 2022. » La cause immédiate est peut-être l'immigration — dangereuse explication structurelle qui a servi à catapulter l'extrême-droite néerlandaise (Alex De Jong, Far-right electoral victory in the Netherlands, ESSF, 24/11/23) — mais celle structurelle est une question d'offre déficiente. La déficience du secteur privé s'explique tout simplement par l'absence de demande solvable telle que démontrée par l'analyse du CCPA. Selon l'ancien leader du FRAPRU, François Saillant, cette déficience est plus profonde, plus politique.
« Le prix moyen des logements à louer à Montréal est frappé par une hausse de 10% par rapport à octobre 2022. C'est clair que le marché, la crise comme elle est là, fait l'affaire des grands investisseurs, des fonds d'investissement immobiliers et à mon avis, c'est ce qui explique qu'à l'heure actuelle, on ne construit pas plus de logements, comme la logique le voudrait. […] À chaque fois qu'il y a des crises, il se construit très peu de logement. Au début des années 2000 il y avait une grande rareté dans le logement locatif. À ce moment-là il se construisait principalement des condos. Puis c'est juste dans les années 2010 que la construction de logements locatifs a repris. […] Une des particularités de la crise actuelle, si on la compare aux début des années 2000, c'est qu'aucun centre urbain n'est épargné. » (L'Étoile du Nord, Les promoteurs immobiliers renforcent la pénurie en baissant les mises en chantier, 13/11/23).
Ottawa saborde la construction de logements sociaux malgré une favorable situation budgétaire
Qu'en est-il du côté gouvernemental ? On remarque que l'évolution du marché du logement résidentiel se combine avec celle des politiques gouvernementales du logement qui vont à l'encontre de la première. Plus devient inaccessible le logement populaire produit par le marché, moins il se construit de logements sociaux. Tout a basculé il y a trente ans sous le gouvernement Conservateur : « Selon Cathy Crowe, une infirmière de rue de longue date travaillant auprès des populations sans logement, l'un des principaux facteurs de la pénurie de logements était un programme que le gouvernement fédéral a annulé en 1993. Le Canada avait jusqu'alors financé 20 000 nouveaux logements sociaux chaque année - mais depuis le programme a été supprimé, Crowe affirme que le pays a connu depuis 30 ans un déficit de nouveaux logements abordables, ce qui a entraîné des listes d'attente chroniquement longues pour accéder à un logement. Elle a été témoin des conséquences de cette crise. Chaque mois, elle voit entre 10 et 16 noms ajoutés au mémorial de Toronto pour les personnes décédées alors qu'elles vivaient sans logement. » (Emily Fagan, Homelessness in Canada has reached a humanitarian crisis level, experts warn, Ricochet, 28/08/23).
Cet abandon par les Conservateurs de la construction de logements sociaux n'a pas été corrigée par les Libéraux fédéraux. « ‘'Le gouvernement Trudeau semble oublier qu'il a mis sur pied une Stratégie nationale sur le logement qu'il présente lui-même comme un plan de plus de 82 milliards $ en dix ans, mais qui rate complètement la cible'', s'exclame Véronique Laflamme […] « c'est l'orientation même de la Stratégie qu'il faut revoir, puisqu'elle vise uniquement à construire de plus en plus de logements, sans se soucier de leur accessibilité financière pour les personnes et les familles qui sont les principales victimes de la crise ». […] ‘'…même les logements que la société d'état qualifie d'abordables sont beaucoup trop chers pour les ménages à faible et même modeste revenus'' […] seule l'Initiative pour la construction rapide de logements (ICRL), financée à trois reprises par le gouvernement fédéral pour un total de 4 milliards $, échappe aux critiques, puisqu'elle est dédiée à la réalisation de projets sans but lucratif pour les Autochtones, les personnes en situation d'itinérance et autres populations vulnérables. Or, le dernier budget fédéral ne contenait aucun nouvel investissement en sa faveur. […] …l'ensemble des sommes de la stratégie doivent être dirigées vers le secteur hors-marché » (FRAPRU, Retraite du cabinet fédéral : Ce n'est pas un Sommet qui va régler la crise du logement, 23/08/23).
Quand on se rend compte « que les loyers [abordables] sont fixés en fonction du marché environnant et ce, pour une période de temps limitée […], le logement abordable peut être le fait du secteur sans but lucratif, mais aussi de promoteurs privés à but lucratif ». L'allocation budgétaire fédérale au logement démontre sa basse priorité : « …le budget de la SCHL ne représente que 1,3 % de l'ensemble des dépenses publiques du gouvernement. En comparaison, celui du ministère de la Défense nationale du Canada y compte pour 6,5 % » (FRAPRU, Stratégie nationale sur le logement - Le grand négligé : le logement social, Printemps 2022). « C'est bien la pénurie de logements sociaux, ainsi qu'un manque d'encadrement du marché locatif privé qui sont les principaux responsables de l'effritement du parc locatif répondant à la capacité de payer des locataires. […] la part du logement social au sein du parc locatif québécois a diminué pour la première fois de son histoire entre les deux derniers recensements, passant de 11,2% à 10,1%. »
Le dernier énoncé économique du gouvernement fédéral « trop peu, trop tard » gardait le cap sur la même politique malgré une situation budgétaire des plus favorable vis-à-vis les autres pays du G-20 (voir graphiques ci-bas). « [L]e Conseil national du logement, constatait en avril dernier que cette politique [Stratégie nationale sur le logement] avait largement échoué. Il rapportait alors que le gouvernement n'a construit que 115 000 logements dans le cadre de cette stratégie entre 2017 et 2022 alors que le Canada a perdu 500 000 logements abordables entre 2011- 2021. L'approche libérale n'a jamais été suffisamment ambitieuse dans ce domaine (comme dans plusieurs autres, dont l'environnement, où le gouvernement avait pourtant été auréolé comme un visionnaire) et, comme au Québec, elle s'est essentiellement bornée à stimuler de l'investissement privé » (Guillaume Hébert, Mise à jour économique : pour l'instant, Freeland ne cède pas face à la démagogie, IRIS, 22/11/23).

Source : Testimony to House of Commons Finance Committee Pre-Budget Hearings, Center for Future Work, 20 octobre 2023 tiré de Guillaume Hébert cite plus haut
Ottawa et Québec substituent le soi-disant logis « abordable » soumis au marché à celui social
« À la suite d'ententes signées avec Ottawa, ce sont les provinces et les territoires qui ont pu décider de l'utilisation des sommes fédérales. […] Dans le cas du Québec, comme tous les logements sociaux qui y étaient réalisés jusque-là impliquaient des fonds fédéraux, leur développement est carrément tombé à zéro. […] Il a fallu les efforts combinés d'organismes communautaires et de grandes municipalités pour que le gouvernement québécois se laisse convaincre d'annoncer, en mars 1997, le financement de son propre programme [de logement social] baptisé AccèsLogis […] qui a jusqu'ici permis la livraison de près de 37 000 unités » en 25 ans soit un dérisoire 1500 logis par année en moyenne. « La réalisation de logements sociaux n'est cependant jamais revenue à la hauteur qu'elle avait à la fin des années 1980, avant qu'Ottawa ne commence à charcuter les budgets qui y étaient consacrés avant de s'en retirer unilatéralement […]
Or, depuis le milieu de la décennie 2010, le programme a souffert d'un sous-financement chronique qui l'a empêché de s'adapter à l'explosion des coûts dans le domaine de l'immobilier. Alors que 2800 nouveaux logements sociaux avaient pu ouvrir leurs portes en 2013-2014 en vertu de ce programme, ce nombre a diminué continuellement pour se situer autour de 660 en 2020-2021... (FRAPRU, Crises du logement et droits humains au Québec, décembre 2022). « [O[n ne peut que noter que, depuis son élection en 2018, le gouvernement Legault n'a financé que 4700 des 14 000 logements sociaux promis au Québec. […] La ministre responsable de l'Habitation, France-Élaine Duranceau, quant à elle, a déposé en fin de session un projet de loi très favorable aux propriétaires et qui ne tient pas compte des principales demandes des locataires, comme un registre des loyers. Devant le tollé, elle a soutenu que les locataires qui veulent pouvoir céder leur bail « n'ont qu'à investir en immobilier ». (Michel C. Auger, Les déconnectés du logement, La Presse, 25/06/23)
Ce sous-financement a servi d'excuse pour saborder AccèsLogis au profit d'un nouveau programme dont le nom en dit long : Programme d'habitation abordable du Québec (PHAQ). Est-ce que le remplacement du « social » par « abordabilité », d'autant plus qu'on mélange les deux, a été un gage de succès ? « Ce mois-ci [septembre 2023], ça fait un an que le PHAQ est officiellement en fonction. Combien des 41 projets financés il y a un an sont en chantier ? Trente ? Moins. Vingt ? Moins. Dix ? Moins. Un projet. Vous avez bien lu : un seul projet sur 41. […] Le problème, c'est l'attitude générale du gouvernement Legault, en particulier sa préférence pour le secteur privé. […] La subvention du privé a été rehaussée pour rejoindre celle des organismes sans but lucratif et coops d'habitation. […] Même si le programme a été conçu pour attirer le privé, celui-ci n'a pas l'air très intéressé : seulement 5 des 41 projets choisis en septembre 2022 provenaient du privé. Ce n'est pas étonnant. Il n'y a pas d'argent à faire à gérer des logements sociaux. […] Le principal problème : les montages financiers sont compliqués parce que Québec ne paie pas une portion assez importante du coût de construction d'un logement social. La subvention provinciale ne couvre que de 30 à 38 % des coûts réels de construction, alors que ça devait être 45 % dans le PHAQ et que l'objectif d'AccèsLogis au départ était de 50 % » (Vincent Brousseau-Pouliot, Un seul projet sur 41 en chantier, La Presse, 20/09/23).
Les municipalités davantage sollicitées n'en ont pas les moyens (Charles Lecavalier, La fin d'AccèsLogis critiquée par les villes et l'opposition, La Presse, 27/02/23) d'autant plus que la CAQ leur refile en grande partie les déficits du transport en commun et ne leur donne pas assez de sous pour la prise en mains des conséquences des extrêmes climatiques et de l'exacerbation des problèmes sociaux. Et quand elle s'y essaient, comme la Ville de Montréal l'a fait, l'efficacité n'est pas au rendez-vous tellement elles sont prises en souricière entre besoins sociaux criants et leur dépendance envers les promoteurs immobiliers source principale de leurs revenus budgétaires (André Dubuc, Le milieu des affaires tire à boulets rouges sur le règlement montréalais, La Presse, 10/11/23). Encadré par le désengagement gouvernemental et la course à obstacle qu'est le PAHQ, l'engagement de la construction de 8 000 logements abordables-sociaux sur 5 ans de la récente mise à jour économique du Québec, à moitié financés par Ottawa, ne feront pas long feu d'autant plus qu'ils sont nettement insuffisants « alors que près de 40 000 ménages sont sur une liste d'attente » des HLM (FRAPRU, Annonces sur le logement dans la Mise à jour économique : « Ça ne sera pas suffisant », estime le FRAPRU, 7/11/23). Quant à la sous-traitance au Fonds de solidarité FTQ et à Desjardins, elle n'est qu'un pis-aller.
Pour le contrôle des loyers du marché, le logement social doit damer le pion au logement privé
La politique du logement est devenue une politique de soutien à l'entreprise privée pour en définitive soutenir la financiarisation du marché du logement : « Pourtant les gouvernements diminuent leurs investissements dans la réalisation de nouveaux ensembles publics, coopératifs et sans but lucratif. Pire, ils détournent les sommes et les programmes jusque-là dédiés au logement social, pour les réorienter vers le marché privé, dans le but de construire un grand nombre de logements. Ils font le pari que les ménages qui prendront possession de ces logements neufs (et chers) en libéreront des moins chers, qui pourront être repris par des ménages moins fortunés. Or, cette stratégie est vouée à l'échec. Lors d'une crise du logement aussi profonde, les loyers des logements libérés ne restent pas "abordables" ; ils sont au contraire fortement rehaussés lors de la remise en location » (FRAPRU, Dossier noir, Logement et pauvreté au Québec, 8e édition, 2023).
Si l'on se fie à l'expérience suédoise d'avant l'ère néolibérale, il faudrait que 40% du stock de logements totaux, locatifs et en propriété, soit de caractère public ou coopératif pour que leurs loyers encadrent et soumettent, de par leur influence sur le marché, les loyers du secteur privé (Turner, Bengt ; Magnuson, Lena. Chapitre VIII. Suède, la fin d'un modèle ? In : Le logement social en Europe au début du xxie siècle : La révision générale, Presses universitaires de Rennes, 2010, spécialement le tableau 1 pour 1991). Étant donné la faible part du stock de logements sociaux au Québec, soit environ 10% des logements locatifs, il faudrait au grand minimum que la moitié des logements totaux construits au Québec chaque année soient de caractère social c'est-à-dire hors marché privé, soit au moins 25 000 par année et non pas les 5 000 l'an préconisé par Québec solidaire. À terme, le droit au logement l'emporterait sur le marché du logement où règne de plus en plus sa financiarisation tous azimuts. Si le logement est un droit et non une marchandise, on se demande d'ailleurs pourquoi l'ensemble des logements existants ne devraient-il pas être socialisés à commencer par ceux en location.
Le FRAPRU, le RCLALQ et les Solidaires abandonnent le logement populaire au marché financiarisé
Le FRAPRU émet une série de demandes très partielles pour corriger la situation :
• Toutes les sommes prévues pour les différents fonds et initiatives de la Stratégie doivent être utilisées pour du logement social.
• Les transferts aux provinces et aux territoires en matière d'habitation doivent être augmentés de manière à leur donner davantage de moyens pour réaliser un plus grand nombre de nouveaux logements sociaux, ainsi que pour rénover et réhabiliter tous ceux qui ont été réalisés par le passé.
• L'Initiative pour la création rapide de logements doit être récurrente et le gouvernement doit y ajouter du supplément au loyer quand c'est nécessaire.
• Le gouvernement fédéral doit financer l'acquisition d'immeubles à logements existants pour qu'ils soient socialisés, notamment dans le but de freiner l'effritement du parc de logements encore accessibles financièrement et lutter contre la marchandisation et la financiarisation.
• Ottawa doit allouer ses terrains fédéraux excédentaires à des projets de logement social.
• Toutes ces actions et d'autres qui pourraient être posées devraient contribuer à la socialisation d'une plus grande part du parc de logements locatifs au Québec et au Canada.
(FRAPRU, Crises du logement et droits humains au Québec, décembre 2022)Q
Ces revendications qu'on ne peut qu'appuyer n'ont pas cependant l'aspect percutant, précis et concret de la revendication phare du FRAPRU de l'ajout de 10 000 logements sociaux par année, perdue dans la brume du désespoir et de l'impuissance semble-t-il, que pourtant commande la crise actuelle s'installant à demeure. On retrouve cette revendication dans la plateforme électorale 2022 de Québec solidaire : « Québec solidaire s'engage à entamer un grand chantier de construction de 50 000 logements sociaux écoénergétiques en privilégiant la mixité sociale pour toutes les catégories de population et veillera à améliorer l'accès à un logement décent aux personnes autochtones vivant en milieu urbain ou en communauté. » S'y ajoute un engagement de « contrôle obligatoire des coûts de location appuyé sur un registre des loyers » pour atténuer l'information asymétrique entre propriétaires et locataires, ce qui cependant ne résout pas le pouvoir des propriétaires sur les locataires.
On remarque que les Solidaires combinent lutte sociale et lutte climatique en préconisant la construction de logements sociaux à consommation d'énergie quasi ou carrément nulle. C'est en ce moment tendanciellement possible même pour des maisons individuelles (Hélène Schaff, Consommation d'électricité : la sobriété énergétique, ça coûte vraiment cher, Journal de Montréal) d'autant plus pour du logement collectif. Récupérer ce gisement de « négawatts » coûterait beaucoup moins cher à nos gouvernements que les subventions gargantuesques pour la filière batterie et les investissements tout aussi gargantuesques en mégawatts qui en découlent. On ne peut cependant dire que cette revendication clef ait été exagérément soulignée par le parti tant au cours de la campagne électorale que depuis lors malgré une profusion de communiqués de presse sur la question du logement. On doit aussi déplorer un recul de la campagne électorale 2018 à celle de 2022 où il faudrait deux mandats et non un seul pour construire ces 50 000 logements sans compter que le parti s'est mis à mêler logements sociaux et logements abordables. Quant à la restauration écoénergétique des bâtiments existants, la plateforme du parti baigne dans le flou artistique sans plan et sans échéance.
La revendication de la socialisation du logement mêlant nouvelles constructions et expropriation du stock existant afin que le logement social en vienne à dominer le marché se doit d'être portée par le parti se revendiquant celui du prolétariat et du peuple-travailleur. Tout en y militant pour le construire, c'est là une bataille idéologique à mener par la gauche anticapitaliste et radicale tout comme en parallèle au sein des organisations luttant pour le droit au logement, lesquelles foisonnent au Québec, à commencer par les fédérations nationales que sont le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ). C'est d'ailleurs le seul moyen de rendre chaque logement écoénergétique car un logement loué où les frais de chauffage sont la charge du locataire devient un barrage infranchissable pour accomplir cette tâche à moins d'imaginer une coercition des propriétaires-locateurs ce qui est antinomique à un gouvernement défendant la propriété privée.
Cependant, le rapport de forces pour gagner la socialisation, ou tout simplement la hausse substantielle de la construction et l'acquisition de logements sociaux, dépasse les organisations populaires s'en réclamant. Il va y falloir un fort mouvement gréviste, au cœur duquel on voit bien les syndicats de la construction, associé au mouvement populaire et soutenu si ce n'est guidé par le parti prolétarien qui pourrait être Québec solidaire s'il renonce à ses amours avec la petite- bourgeoisie des PME. Ce serait là une grève combinant lutte sociale et lutte climatique, seule stratégie pour vaincre le capital immobilier allongeant ses tentacules jusqu'au logement populaire. Ce rejeton du capital financier est devenu la planche de salut, soutenu à fond par l'État, du capitalisme néolibéral en crise (Pierre Dubuc, Les requins de la finance se régalent d'avance, L'Aut'Journal, 19/06/20). Faudra-t-il un mouvement gréviste allant jusqu'à la grève générale pour mettre les épaules au plancher de cet ogre du business planétaire dont les pharaoniques constructions inutiles, inaccessibles et ruineuses le disputent à la prolifération des armements alimentant des guerres impérialistes confinant à la barbarie génocidaire. Tout comme le gigantisme immobilier luxuriant des Émirats arabes unis, hôte invraisemblable de la COP28, ces guerres ukrainienne et palestinienne, grosses de troisième guerre mondiale à moins de soutenir les peuples opprimés luttant pour leur libération nationale, doivent susciter ce même grand mouvement gréviste afin d'inverser le cours des événements vers la catastrophe.
Marc Bonhomme, 2 décembre 2023
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca
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Code Bleu : Des soignant-e-s organisent un die-in et manifestent devant le bureau du premier ministre pour exprimer leur solidarité avec leurs collègues en Palestine

Montréal, le 30 novembre 2023 - Des dizaines de soignant-e-s organisent un die-in et des centaines manifestent devant le bureau de François Legault pour dénoncer la dévastation ciblée des établissements de santé qui a fait des centaines de victimes parmi les travailleurs-euses de la santé en Palestine. Cette action s'inscrit dans le cadre d'une journée d'action pancanadienne menée par des travailleurs-euses de la santé exigeant un cessez-le-feu immédiat et permanent à Gaza, la fin des attaques visant le personnel et les infrastructures de santé, la fin du siège et du système d'apartheid israélien.
« Notre action Code Bleu d'aujourd'hui symbolise notre solidarité avec nos collègues de Gaza, dont des centaines ont été pris pour cible, blessé-e-s, détenu-e-s, ou tué-e-s par les forces israéliennes depuis le 7 octobre, et pour dénoncer la destruction délibérée et à grande échelle des infrastructures de santé à Gaza », a déclaré l'une des organisatrices, une infirmière communautaire qui a préféré garder l'anonymat en raison du climat intense de représailles qui vise les travailleurs de la santé.
Dans une lettre ouverte envoyée aujourd'hui au Premier ministre Trudeau, au ministre fédéral de la Santé Mark Holland et aux ministres provinciaux de la Santé, plus de 3300 travailleurs de la santé à travers tout le Canada exigent un cessez-le-feu immédiat et permanent, la fin des attaques visant le personnel et les infrastructures de santé, ainsi que la fin du siège de Gaza et du système d'apartheid israélien. L'action de Montréal met en lumière la responsabilité du Premier ministre du Québec, François Legault, dans le massacre en cours en refusant d'adopter une motion de cessez-le-feu et en maintenant les plans d'ouverture d'une délégation québécoise à Tel-Aviv alors qu'Israël commet un génocide.
« Plus de 14800 personnes ont été tuées et un blocus prive la population déjà assiégée à Gaza d'eau, de carburant, de nourriture, d'électricité, de communication, de soins de santé depuis des semaines, avec le soutien de nos gouvernements. En tant que soignant-e-s, nous avons la responsabilité morale d'agir pour mettre fin à ce génocide », a déclaré un médecin organisateur qui a préféré garder l'anonymat en raison des représailles vécues par ses collègues.
Gaza était déjà rendue « invivable » par un blocus de 16 ans et 56 ans d'occupation. Le déplacement forcé de plus de 1,7 million de personnes dans la bande de Gaza et les attaques croissantes contre les Palestinien-ne-s en Cisjordanie sont la continuation de l'occupation et de l'apartheid israélien, qui doivent cesser », a déclaré une étudiante en sciences de la santé participant à l'action.
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Blocage des voies ferrées de Montréal pour exiger un cessez-le-feu permanent à Gaza, la fin du génocide en cours et la fin de l’occupation de la Palestine.

Montréal, 1er décembre 2023 - Alors qu'Israël reprend ses attaques sur les habitant.e.s de Gaza après huits jours du "répit", des membres de la communauté montréalaise ont bloqué les voies ferrées en réponse à l'appel "Shut it down for Palestine ", réclamant que le premier ministre Justin Trudeau appelle à un cessez-le-feu immédiat et permanent dans la bande de Gaza. Cette action s'inscrit dans un mouvement de blocage des voies ferrées grandissant à travers le pays, afin d'interrompre le soutien canadien au génocide commis par Israël à Gaza et à la violence croissante contre les Palestinien.ne.s en Cisjordanie.
"Nous passons à l'action alors que le massacre recommence parce que le génocide doit cesser, a dit Sarah Aly une militante pour la décolonisation qui participe au blocus. Et pour que ça arrive, les Etats occidentaux, le Canada compris, doivent cesser de soutenir Israël et son occupation de la Palestine. Soyons clairs : Israël ne pourrait pas commettre tous ces crimes sans le soutien matériel et politique de l'Occident, y compris de notre gouvernement canadien. Il s'agit d'un nettoyage ethnique. C'est un génocide. Il doit y avoir un cessez-le-feu permanent dès maintenant !"
"L'ampleur de la dévastation est inimaginable. Plus de 15 000 personnes ont été tuées par les bombardements israéliens sur Gaza, dont plus de 6 000 enfants et 249 professionnel.le.s de la santé. Près de 1,6 million de personnes, dont la plupart sont des réfugié.e.s, ont été déplacées de force. Des quartiers et des villages, des hôpitaux, des ambulances, des camps de réfugiés et des écoles ont été complètement détruits, tandis qu'un siège a privé la population de Gaza d'eau, de carburant, de nourriture, d'électricité, de communication et de soins de santé. En même temps, les attaques se sont multipliées contre les Palestinien.ne.s de Cisjordanie, faisant au moins 240 morts et plus de 2 700 blessés, des violences qui se sont poursuivies malgré la trêve temporaire", a déclaré Aly.
"La complicité du Canada dans ces crimes s'incarne à travers l'augmentation des exportations militaires, le soutien militaire direct, le soutien politique et diplomatique continu, ainsi que l'opposition constante aux tentatives de poursuivre Israël pour crimes contre l'Humanité et pratique de l'apartheid devant la Cour Pénale Internationale", a ajouté Anas Hamid, un artiste également présent lors du blocus.
Hamid a participé à la création d'une installation artistique pendant le blocus représentant des villages détruits en Palestine.
"Les villages détruits en Palestine rappellent la première Nakba autant que la destruction actuelle de Gaza. Avec cette œuvre, nous voulons souligner le fait que le Canada et Israël sont tous deux des États colonisateurs. Le chemin de fer a joué un rôle clé dans la colonisation des terres autochtones ici. L'image des trains canadiens roulant sur les ruines des villages palestiniens symbolise de manière frappante le lien entre le colonialisme canadien et le colonialisme israélien. Les "valeurs communes" souvent mises de l'avant comme étant au cœur de l'alliance du Canada avec Israël incluent la volonté de maintenir les populations colonisées dans un état de peur et d'asservissement", a poursuivi M. Anas.
"Comme le dit l'un de nos slogans, du Canada à la Palestine, l'occupation est un crime !"
"Nous voulons particulièrement attirer l'attention sur les liens entre le CN et la société israélienne Zim Integrated Shipping Services, qui constituent un important canal de transport de marchandises entre les deux pays, avec des ports d'escale dans des villes canadiennes sur les côtes Est et Ouest, et dont les conteneurs sont envoyés par chemin de fer pour atteindre les marchés à travers le Canada."
"Notre action d'aujourd'hui fait écho aux blocages de 2020, lorsque des groupes autochtones et des sympathisant.e.s à travers le pays ont bloqué les rails pour protester contre les pipelines coloniaux", a déclaré Eitan Berg, un autre militant pour la décolonisation participant à l'événement.
"Nous sommes à nouveau ici pour stopper le colonialisme dans son élan. Tout
comme nous nous opposons au colonialisme en cours ici au Canada, nous nous
opposons à l'occupation coloniale qui a lieu en Palestine. Par le blocus et les perturbations économiques, nous interrompons aujourd'hui notre complicité dans la dépossession et l'assassinat des Palestinien.ne.s".
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Immigration : Les gens d’affaires avant le regroupement familial

Les exemples de l'approche utilitariste du gouvernement en matière d'immigration abondent. Cependant, la cerise sur le sundae se trouve dans la politique de planification de l'immigration pour 2024, annoncée le 1er novembre dernier. On y voit peut-être l'ultime pied de nez aux personnes immigrantes qui, aux yeux du gouvernement, ne sont pas « utiles » pour le Québec, c'est-à-dire celles de la catégorie du regroupement familial.
28 novembre 2023 | tiré de l'Aut'journal
https://lautjournal.info/20231128/immigration-les-gens-daffaires-avant-le-regroupement-familial
Dès la campagne électorale de 2018, le premier ministre mettait un accent particulier sur cette catégorie, répétant à plusieurs reprises qu'il fallait absolument que le Québec « rapatrie » l'ensemble des pouvoirs la concernant. Il n'était pas très clair sur les motifs. Il semblerait, à l'entendre, que cette catégorie était particulièrement néfaste pour l'avenir du français au Québec. Il s'agit d'un argument peu convaincant puisque cette catégorie ne représente qu'à peine 24 % de l'immigration permanente et que la moitié des personnes admises déclarent pouvoir communiquer en français lors de leur admission. De plus, la moitié sont des enfants de moins de 14 ans et seront donc inscrits dans les écoles françaises du Québec.
L'argent plutôt que les familles
Cinq ans plus tard, la planification annoncée par le gouvernement privilégie clairement l'argent au regroupement des familles québécoises. Car n'oublions pas que les personnes qui parrainent les conjointes ou conjoints et leurs enfants à l'étranger sont les Québécoises et Québécois « de souche » ou qui ont obtenu un statut permanent grâce à la sélection québécoise.
Le plan d'immigration pour l'année 2024 prévoit une croissance continue de la catégorie économique, tout en maintenant stable le seuil pour la catégorie familiale. De plus, il annonce l'admission de 6 600 personnes de la sous-catégorie « gens d'affaires » au-delà du seuil régulier de 50 000 admissions et des quelques 6 500 admissions additionnelles prévues dans le cadre du Programme d'expérience Québec-diplômés maintenant réservé à des jeunes diplômés ayant fait des études en français.
Il est légitime que le gouvernement sélectionne plus de personnes dans la catégorie économique. Mais la sélection économique génère les demandes de regroupement familial. Plusieurs témoignages ont souligné ce fait incontestable, lors des consultations devant la Commission parlementaire sur la planification de l'immigration.
Les demandes de résidence permanente dans la catégorie « regroupement familial » – dont les dossiers sont approuvés par le fédéral, les ententes de personne garante signées avec le Québec et les Certificats de sélection du Québec délivrés – s'accumulent à Ottawa parce que le gouvernement du Québec n'en reconnait pas la pertinence économique et refuse d'augmenter les seuils de cette catégorie.
Le résultat est aussi évident qu'inévitable. En date du 20 novembre 2023, le délai de traitement d'une demande de résidence permanente du Québec pour le parrainage d'un conjoint ou d'une conjointe déjà au Québec avec un statut temporaire était de 25 mois. Le délai pour la même demande émanant d'une autre province était de 10 mois. Lorsque le partenaire parrainé était toujours à l'étranger, l'attente au Québec était de 33 mois ; dans le reste du Canada, 13 mois. Pire encore pour le parrainage d'un parent ou un grand-parent ; au Québec, le délai à prévoir était de 47 mois, mais dans le reste du Canada, 22 mois.
Cette situation est inhumaine et inexplicable. Une des orientations du gouvernement pour les deux prochaines années est « de favoriser l'intégration sur le marché du travail des personnes issues de toutes les catégories d'immigration ». Le gouvernement sait très bien que la plupart des conjointes et conjoints ont l'intention de travailler dès leur arrivée. De plus, des modifications réglementaires annoncées au mois de mai feront en sorte que la personne garante s'engage à soutenir l'apprentissage du français de la personne parrainée.
Les gens d'affaires
La démarche gouvernementale est tout autre pour la sous-catégorie « gens d'affaires ». Dans ce cas, on sait qu'il y avait 15 400 de ces riches investisseurs et membres de leurs familles sélectionnées par le Québec en attente de leur résidence permanente à la fin de 2022.
Contrairement à la stabilisation des seuils pour la catégorie familiale, le gouvernement n'a pas cessé d'augmenter les seuils des admissions pour la sous-catégorie des gens d'affaires dans un effort pour réduire les dossiers en attente de demandes de résidence permanente des investisseurs.
En 2020 et 2021, le nombre d'admissions dans cette sous-catégorie n'avait pas atteint le seuil prévu. Pourquoi ? Parce que la vaste majorité des immigrants investisseurs sont originaires de la Chine et que la politique très restrictive de confinement de la Chine liée à la pandémie a empêché les personnes de quitter le pays.
Le Québec fait cependant rapidement du rattrapage. En 2022, les admissions additionnelles prévues en « rééquilibrage » postpandémie ont permis au gouvernement de dépasser le seuil prévu dans cette sous-catégorie – 5 196 admissions d'investisseurs avec un seuil établi à 4 300. En 2023, le rattrapage continue avec 5 035 immigrants investisseurs déjà admis à la fin septembre, même si le seuil a été maintenu à 4 300. Maintenant, dans le Plan d'immigration pour 2024, on voit un seuil établi entre 6 600 et 7 900 admissions de gens d'affaires, si on additionne les cibles « régulières » et celles « hors des cibles régulières ».
Rappelons quelques faits concernant les personnes admises dans la sous-catégorie « investisseurs ». Au cours de la décennie 2012 et 2021, seulement 16 % étaient toujours au Québec en janvier 2023. Originaires presque exclusivement de la Chine, celles qui attendent leur résidence permanente sont très peu nombreuses à déclarer pouvoir communiquer en français.
Le programme est suspendu depuis novembre 2019, mais renaîtra de ses cendres en janvier 2024 avec quelques nouvelles conditions, notamment un séjour d'un an au Québec avant de présenter une demande et une connaissance du français de niveau 7. Il faudra chercher ailleurs qu'en Chine pour en trouver.
Même avec ces nouvelles conditions, le programme demeure un mécanisme qui permet à des ultra-riches d'acheter la résidence permanente et donc la citoyenneté canadienne. L'émission Enquête de Radio-Canada a diffusé en septembre 2018 un reportage en profondeur peu flatteur du programme. Il présente des consultants qui expliquaient à des demandeurs, avec des fortunes parfois de source louche et sans une résidence au Québec, comment contourner les conditions d'admissibilité. Il note en même temps que « le programme est une manne pour les courtiers et les institutions financières, comme Desjardins et la Banque Nationale ». Le ministre d'alors, David Heurtel, a reconnu le problème de rétention, mais est cité pour avoir déclaré : « Même si l'immigrant investisseur va ailleurs au Canada, l'argent reste. »
Les valeurs québécoises
Récapitulons. Avec sa planification utilitariste de l'immigration, ce gouvernement met les bouchées doubles pour baisser les demandes en attente dans un programme qui attire l'argent des personnes de l'étranger, plutôt que les personnes elles-mêmes. En même temps, on ne voit pas la même préoccupation pour les demandes en attente qui permettront le regroupement des familles québécoises. Il est à se demander s'il trouve qu'il faudra trop investir dans tous ces enfants de l'étranger avant qu'ils ne deviennent rentables pour le Québec.
Le premier ministre a souvent laissé entendre que l'immigration pourrait avoir un effet néfaste sur les valeurs québécoises, comme stipulé dans notre Charte des droits et libertés de la personne. N'oublions pas que cette même Charte considère que « tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité et ont droit à une égale protection de la loi ».
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Il faut mettre fin à la crise du logement

Dans notre société le logement est considéré comme un objet d'affaires et de commerce lucratifs alors que c'est un droit fondamental reconnu par l'ONU. L'article 25 de la Déclaration des droits de l'Homme précise que « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité́ en cas de chômage, de maladie, d'invalidité́, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté́. »
La Ligue des droits et libertés rappelle que le droit au logement est consacré dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) auquel le Québec a adhéré. Nous pouvons donc affirmer que la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, à l'article 45, consacre implicitement le droit au logement : « Toute personne dans le besoin a droit, pour elle et sa famille, à des mesures d'assistance financière et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie décent ». 1
Or, il est évident que le droit au logement ainsi que l'ensemble des droits mentionnés à l'article 25 de la Déclaration de l'ONU et dans la Charte des droits et libertés du Québec sont très faiblement respectés lorsque nous constatons à quel point sont nombreuses les personnes privées d'un revenu adéquat pour accéder à un niveau de vie suffisant.
Pour sortir de la crise du logement il faut voir que cette crise est intimement liée aux inégalités sociales et économiques créées par le régime capitaliste et ses alliés politiques. Il importe donc que le logement cesse d'être considéré comme un objet de consommation, une source de profits pour des promoteurs peu soucieux de répondre aux besoins des personnes.
Le collectif La ville que nous voulons appuie les revendications de nombreux groupes et organisations qui visent à assurer de véritables dispositions pour protéger les droits des locataires, des gens à faible revenu, des personnes itinérantes. Le 27 novembre dernier le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS), le Comité logement d'aide de Québec Ouest (CLAQO), le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste et le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) réunis devant les bureaux du Conseil du trésor à Québec ont rappeler l'appauvrissement de dizaines de milliers de locataires de Québec. 2
Nous appuyons aussi le Collectif de Québec contre le projet de loi 31 du gouvernement du Québec qui attaque les droits des locataires en abolissant, à toute fin pratique, le droit de cession de bail. La ministre responsable de l'Habitation, France-Élaine Duranceau, a rejeté les revendications du Collectif opposé à ce projet de loi qui donnera des pouvoirs aux propriétaires qui en profiteront pour augmenter les loyers. La ministre, ex-spéculatrice immobilière a donc décidé de maintenir les dispositions de l'article 7 de son projet de loi, qui permet à un propriétaire de refuser une cession de bail sans « motif sérieux » 3
Quelques conditions essentielles pour sortir de la crise du logement
Les gouvernements doivent prévoir, à court terme, des investissements publics suffisants pour que soient construits des logements accessibles financièrement. Il faut un soutien financier pour la construction de logements sociaux ainsi que pour augmenter le nombre de coopératives de logement permettant aux membres de participer à la gestion de leur lieu de résidence.
La ville que nous voulons exige que soient interdite toute fermeture de maisons de chambre qui sont susceptible d'affecter gravement les personnes à risque d'itinérance qui se retrouveront sans ressources pour se loger. De plus, nous considérons que tout aménagement et projet de développement doit faire l'objet d'une acceptation par les citoyennes et citoyens des quartiers ou secteurs concernés ; ils doivent recevoir toutes les informations nécessaires pour exercer leur droit de décider.
Serge Roy
Pour le collectif La ville que nous voulons
Québec, 4 décembre 2023
Notes
1.PL31 – Un coup bas pour le droit au logement, Ligue des droits et libertés - https://liguedesdroits.ca/pl-31-un-coup-bas-pour-le-droit-au-logement/
2.Le FRAPRU et ses membres de la ville de Québec se mobilisent pour revendiquer des logements sociaux – Communiqué - https://www.frapru.qc.ca/rassemblement-chantier/
3. Pivot, https://pivot.quebec/2023/11/29/pl31-et-cessions-de-bail-acte-dernier/
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Espoir et solidarité, regard sur le congrès de Québec Solidaire de 2023

Les injustices sociales pullulent. La guerre, le racisme, l'insécurité alimentaire, le manque de solidarité sociale, l'effondrement de nos services publics, la difficulté pour toutes et tous à se loger décemment, le manque d'action face à la crise climatique, les enjeux d'accessibilité aux services et ressources, l'appauvrissement de la population, la précarité, les enjeux démographiques, et j'en passe.
Le climat pré-congrès était fébrile. Les membres portaient en elles et eux une multitude de préoccupations, qui dans le contexte actuel pouvaient prendre une ampleur considérable. Au final, plus de 800 membres ont répondu présent.e lors du congrès en présentiel à Gatineau, ce qui a représenté pour plusieur.e.s temps et argent, en plus du casse-tête qui peut accompagner cette absence de la maison (Qui gardera les enfants ? Serons-nous en mesure de prendre deux jours de congé ou plus pour faire la route jusqu'au congrès ? Etc.) Malgré les quelques places encore disponibles dans la salle, l'importance de ce congrès se faisait bien sentir et l'énergie des militantes et militants était au rendez-vous.
La conférence d'ouverture à propos de la transition énergétique, à laquelle participaient Adrienne Jérôme, de la communauté anishnabe de Lac-Simon, la professeure en géographie Cynthia Morinville et Jean-Philippe Meloche, professeur à l'École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal a permis d'entrer doucement et tranquillement dans cet enjeu épineux, notamment au travers du discours de Mme Jérôme (portant sur « les bouleversements » liés à la transition énergétique, pour reprendre les mots de cette sage dame), dont le rythme apaisant, évoquait celui des vagues caressant le sable, nous permettait une pause, un souffle avant cette fin de semaine qui s'annonçait chargée. Plusieurs autres représentant.e.s de communautés autochtones ont également été bien visibles lors du congrès, que ce soit lors d'ateliers, de prises de parole ou de conférences. La volonté de tisser des liens et de faire de la politique “avec” et non “pour” les peuples autochtones semblent continuer à faire son chemin au sein du parti.
Le panel animé par Haroun Bouazzi permettait finalement de mettre en valeur les conclusions de sa tournée sur l'avenir énergétique du Québec et de mettre la table pour les différentes propositions qui allaient être discutées le lendemain. Notons en particulier la sensibilité des délégué.e.s du congrès face aux inégalités régionales et financières qui peuvent être créées par certaines pistes de la transition. Bien sûr on ne souhaite pas, par l'élimination de la TVQ sur l'achat et la réparation des produits usagés, encourager la croissance du parc automobile. Les délégués du congrès ont toutefois convenu que l'amendement visant à exclure les véhicules usagés de cette proposition risquait de nuire de façon démesurée aux personnes à faible revenu et à leur capacité de se déplacer. Cela n'empêche en rien Québec Solidaire de miser en priorité sur les projets de transport collectif, enjeux par ailleurs soulevé lors du débat des candidates et très bien abordé par Christine Labrie.
Le congrès a par ailleurs été un moment d'échange sur des propositions qui touchent une grande partie de la population québécoise. Pour n'en nommer que quelques-unes, les membres ont pu se pencher sur la mise en place d'un programme d'alimentation scolaire universel dans les écoles primaires et secondaires publiques du Québec, le plafonnement des marges de profits des grandes chaînes d'alimentation, ou encore de la possibilité d'augmenter le salaire minimum à 20$ de l'heure afin de pallier à l'inflation et au coût de la vie.
La ligne d'arrivée
“Mais pourquoi ne parle-t-on pas de l'élection de la co-porte-parole féminine” vous demanderez-vous. Nous y arrivons.
C'est qu'il nous faut comprendre le contexte pour comprendre le choix des membres. Il faut comprendre comment les candidates ont rejoint le cœur des militantes et militants dans leurs préoccupations locales, régionales et, pourquoi pas, mondiales.
Alors que les trois candidates ont chacune fait une brillante campagne, une d'entre elles semble avoir répondu davantage aux attentes des solidaires. Il est vrai qu'Émilise n'a remporté la victoire que par quelques voix. Bien que nous pourrions débattre du pourcentage par lequel elle l'a obtenu (ou encore de l'absence d'une partie de son électorat potentiel engendré par les obstacles à la participation pour se rendre à Gatineau), nous aborderons plutôt ce pourquoi Émilise semble être la candidate toute désignée pour ce rôle. Par où commencer ? Chacune des candidates a fait une campagne à leur image. Ruba Ghazal a su inspirer les troupes par sa combativité, son expérience politique et son désir de s'aventurer dans des thèmes comme la culture, la langue et l'identité pour aborder de front le discours souverainiste que Québec Solidaire souhaite renouveler. Christine Labrie a quant à elle fait campagne sur la réactualisation du discours politique dans Québec Solidaire. Elle a mis de l'avant son efficacité et sa compréhension des enjeux bureaucratiques, lesquels pourraient permettre d'aller chercher un électorat peut-être plus libéral. Lors du débat final des candidates le 25 novembre au matin, Christine a été fidèle à elle-même et a tenu sa ligne directrice. Elle a misé sur l'importance à ses yeux de montrer à la population que Québec Solidaire a la capacité de bien administrer le Québec. Elle a su répondre de façon claire et concise à plusieurs questions posées, ajoutant à l'occasion une petite touche d'humour. De son côté, Ruba ne semblait pas avoir toute l'étendue de sa flamme habituelle. Elle a cependant réitéré plusieurs éléments fondamentaux de sa plateforme en répondant avec un vocabulaire s'adressant à un public plus large. Elle est revenue sur l'intérêt d'un nationalisme pour toutes et tous et sur l'importance d'élargir le vote vers une population vieillissante et vers les banlieues. Enfin, les trois candidates ont discuté brièvement de leur vision pour la prochaine campagne électorale de 2026, laquelle devrait s'inspirer de la campagne à succès de 2018.
C'est toutefois l'authenticité et la fougue d'Émilise, la candidate de la « rue[ralité] » qui auront su convaincre les solidaires que sa voix saurait nous porter plus loin. Son énergie et son aplomb sur scène n'auront pas manqué de rappeler la façon dont elle a mené son combat pour la santé de la population en se levant contre la multinationale Glencore (dans le dossier de la fonderie Horne). À entendre les réactions dans la salle, ce moment aura sans doute permis de convaincre les indécis qu'il pouvait encore y avoir à ce moment.
Il est vrai que Christine et Ruba auraient peut-être été des candidates possédant une vision se ralliant un peu plus à celle de Gabriel Nadeau-Dubois. Le pragmatisme de Ruba et les forces administratives de Christine ont plu à plusieur.e.s et ces qualités auraient sans nul doute été utiles en tant que co-porte-parole féminine. Mais au final, c'est la complémentarité du duo GND - ÉLT que les membres ont semblé souhaiter pour le mandat à venir. Ce duo s'inscrit dans la poursuite de la tradition d'un balancier représentant les urnes et la rue. Le côté extra-parlementaire permet de poursuivre l'intention initiale des fondateurs de Québec Solidaires d'accorder une importance égale à ce qui se passe au parlement qu'à ce qui se passe dans les rangs militants (et moins militants).
Lors du discours de Gabriel Nadeau-Dubois dédié à sa collègue et ex co-porte-parole féminine Manon Massé, ce dernier a verbalisé que Manon était là pour l'aider à se “grounder”. C'est sa différence, son approche plus expérientielle et son empathie qui, nous croyons, ont aidé Manon à tenir ce rôle. En ce sens, Émilise possède les mêmes cartes dans sa manche et, souhaitons-le, réussira à incarner un rôle de leader empathique et de femme du peuple, digne du legs de son prédécesseur féminin.
Qui plus est, l'authenticité rayonnante d'Émilise ranime non seulement la flamme militante, mais aussi la solidarité des membres. Émilise ne fait pas que nommer qu'elle est à l'écoute, elle le démontre. Elle dévoile sa compréhension des enjeux qui affectent les individus dans leur quotidien. Elle l'exprime avec brio à l'aide d'exemples concrets qui réfèrent à des êtres humains réels avec des difficultés réelles avec lesquels elle a pris le temps de discuter. Trop souvent en politique, les réponses semblent toutes faites, planifiées pour “fitter” dans le cadre prévu, pas celles d'Émilise. En s'exprimant, elle nous communique son sentiment sincère de faire partie de ce tout rassembleur. Elle ne fait pas simplement être à l'écoute des préoccupations des gens, elle le vit elle aussi. Émilise fait partie du peuple et ça se sent. C'est probablement pour cela que lorsqu'elle parle, on a le sentiment le plus profond qu'elle fera tout en son pouvoir pour incarner les valeurs solidaires.
Laure Frappier-L. avec la délégation de Qs Rimouski.
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Haroun Bouazzi questionne le refus du gouvernement Legault de maintenir le monopole d’Hydro-Québec

Harroun Bouazzi, député de Québec solidaire (Maurice-Richard) a dénoncé le refus du gouvernement de la CAQ de soutenir une motion défendant le monopole d'Hydro-Québec sur la production d'hydro-électricité. La réponse du ministre Pierre Fitzgibbon, malgré ses prétentions, démontre son encouragement à la remise en question de ce monopole. Assemblée nationale, 30 novembre 2023.
Extrait de la vidéo de l'Assemblée nationale sur cette période de questions.
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