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Halal et bien-être animal : l’angle mort de notre indignation

27 janvier, par Élie Beauchemin, Naïma Hamrouni — , ,
Ces dernières semaines, l'espace médiatique québécois s'est enflammé autour de l'offre de viande issue de l'abattage halal dans certains établissements publics et du (…)

Ces dernières semaines, l'espace médiatique québécois s'est enflammé autour de l'offre de viande issue de l'abattage halal dans certains établissements publics et du financement destiné à en soutenir la production au Canada.

Auteur-ices :
Élie Beauchemin, Cégep de Trois-Rivières
Naïma Hamrouni, Université du Québec à Trois-Rivières

La controverse s'est même invitée à l'Assemblée nationale : le projet de loi 9 sur le renforcement de la laïcité prévoit notamment interdire aux institutions publiques d'offrir exclusivement de la nourriture conforme à des préceptes religieux, mettant ainsi (sans le nommer) le halal et le casher dans sa mire.

La méthode d'abattage rituel en question consiste à sectionner, d'un coup de couteau et sans étourdissement préalable, les veines jugulaires et les artères carotides de façon à provoquer une saignée, entrainant l'inconscience puis la mort de l'animal. Cette technique, caractéristique de l'abattage halal pratiqué au sein de la communauté musulmane, mais aussi de l'abattage casher ou judaïque pratiqué par la communauté juive, vise à respecter les prescriptions religieuses encadrant la consommation de viande.

D'après le consensus scientifique, cette méthode entraîne effectivement davantage de souffrance que l'abattage avec étourdissement préalable. Cette dérogation à l'obligation d'étourdissement préalable, qui est par ailleurs imposée par les normes fédérales en matière de bien-être animal, suscite ces dernières semaines critiques et indignation chez plusieurs chroniqueurs à succès, certains y voyant une approbation implicite de la cruauté animale, qui viendrait « hypothéquer nos principes moraux ».

Dans ce texte, nous suggérons qu'en sensationalisant et survisibilisant une pratique minoritaire, cette indignation ciblée contribue à la fabrication de l'altérité musulmane au Québec, tout en entrenant l'illusion d'un engagement moral réel envers le bien-être animal. Offrant bonne conscience à peu de frais, cette indignation morale à géométrie variable nous épargne finalement d'examiner plus sérieusement les violences systémiques inhérentes à l'élevage et à l'abattage conventionnels auxquelles nous contribuons quotidiennement par notre consommation inquestionnée de produits d'origine animale.

Altérisation et « zoonationalisme »

Le retour sous les projecteurs de la polémique du halal depuis la polémique de 2012, alors que se préparait le projet de Charte des valeurs, n'a rien de fortuit. La question resurgit de manière cyclique au Québec, dans un climat politique et social où se multiplient les discours politiques et les dispositifs législatifs sur la laïcité de l'État qui, bien que neutres dans leur formulation, ciblent de facto les communautés musulmanes : cet automne, il s'agissait de la Loi visant à renforcer la laïcité de l'État.

L'éveil moral soudain autour des questions de bien-être animal, qui semble s'activer dès que la communauté musulmane est en cause, s'inscrit dans une dynamique de stigmatisation et d'altérisation de ces communautés qui s'observe tant au Québec qu'au Canada et ailleurs en Europe ces dernières décennies.

D'une part, ce type de discours sur le halal permet de resignifier, dans l'imaginaire social, une pratique religieuse minoritaire comme « barbare », preuve renouvelée d'une incompatibilité civilisationnelle insurmontable. D'autre part, il redéfinit implicitement les pratiques d'abattage majoritaires comme moralement supérieures, civilisées et respectueuses du bien-être animal. Cette indignation morale sélective fonctionne alors comme un dispositif de hiérarchisation symbolique et sociale : le discours sur le « bien-être animal » y sert moins les intérêts des animaux eux-mêmes qu'il ne contribue à fabriquer la figure de l'altérité qu'il s'agit de maintenir à distance.

De la même manière que les causes féministes et 2SLGBTQIA ont été instrumentalisées dans l'histoire récente pour légitimer des projets politiques ou des opérations militaires hostiles à l'islam (des phénomènes que les sociologues Sara Farris et Jasbir Puar ont respectivement qualifié de « fémonationalisme » et d' « homonationalisme »), on assiste aujourd'hui à une mobilisation similaire de la cause animale au service d'un projet politique nationaliste ancré dans un registre conservateur-identitaire. Par analogie, nous suggérons de désigner ce phénomène l'expression de « zoonationalisme ».

Paradoxe de la viande et dissonance cognitive

Le concept de « paradoxe de la viande » —un cas classique de dissonance cognitive en psychologie morale — renvoie à cette tension entre, d'un côté, notre souci éthique pour les animaux et, de l'autre, notre participation à des systèmes qui leur causent du tort.
L'indignation ciblée que suscite actuellement l'abattage rituel illustre l'un des mécanismes possibles de résolution de ce « paradoxe » : attribuer la cruauté à des pratiques religieuses minoritaires permet d'afficher une sensibilité morale pour les animaux, sans avoir à confronter les enjeux éthiques que posent plus généralement les conditions de l'élevage, du transport vers l'abattage et de l'abattage conventionnel qui sont pourtant, elles aussi, caractérisées par de très grandes souffrances, comme nous le verrons dans les prochaines lignes. Recentrer la faute morale ailleurs (sur l'abattage halal en particulier) permet de dissiper la dissonance cognitive et de s'alléger du poids d'une responsabilité autrement lourde à porter.

Souffrance ordinaire de l'exploitation animale

Bien avant l'abattage, le quotidien des animaux d'élevage – dont plus de 2,3 millions sont abattus chaque jour au Canada – est caractérisé par de graves atteintes à leur bien-être, la plupart étant exclus des principales protections légales.

Cette souffrance découle de pratiques routinières de l'industrie dont, faute d'espace, nous ne donnons ici qu'un bref aperçu : confinement dans des espaces restreints (parfois « à peine plus grands que leurs corps »), c'est notamment le cas pour les truies, les poules pondeuses et, contrairement à ce que suggère la très belle publicité qui roule ces jours-ci aux heures de grand écran et au cinéma, c'est aussi le cas pour la plupart des vaches laitières ; séparation précoce des petits veaux de leur mère, entraînant souffrance psychologique et symptômes de détresse ; multiples mutilations de routine pratiquées sans anesthésie qui entraînent douleurs, infections et menant parfois au décès (castration chirurgicale, taille des dents, tatouage, coupe de queue), ébourgeonnage et épilation thermique ; mise à mort par suffocation au dioxyde de carbone ou broyage vivants des poussins mâles, inutiles dans l'industrie des œufs – 30 millions connaissent ce sort chaque année au Canada.

À cela s'ajoutent les incendies d'élevage qui, au Québec, condamnent chaque année en moyenne 60 000 animaux à périr sous les flammes selon les données cumulées par Droit animal Québec. Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec ne compile malheureusement aucune données en la matière.

Ces faits documentés nous placent devant un constat : si nous nous préoccupons de bien-être animal, nous ne pouvons plus faire l'économie d'une réflexion collective sur la question plus large de la souffrance ordinaire inhérente à l'exploitation animale. Mais nous en préoccupons-nous vraiment ?

Un engagement cohérent pour le bien-être animal

Prendre au sérieux le bien-être animal implique de reconnaître ce que les sciences de l'éthologie, de la neurobiologie et de la neurophysiologie nous enseignent : les animaux d'élevage, comme la plupart des autres animaux, vertébrés et certains invertébrés (comme les pieuvres), sont sentients. La sentience des animaux non-humains désigne leur capacité à faire l'expérience subjective et consciente de ce qui leur arrive, à éprouver des sentiments positifs et négatifs et à ressentir le plaisir et la douleur. Parce que les animaux sont sentients, ce qui leur arrive leur importe.

En effet, dans une perspective d'éthique et de droit animal, la sentience confère des intérêts fondamentaux aux animaux, dont celui de ne pas souffrir inutilement, de ne pas vivre en captivité et de ne pas mourir prématurément. À l'heure actuelle, ces intérêts fondamentaux sont brimés tout au long de leur vie, jusqu'au seuil de l'abattoir.

Cette souffrance n'a pourtant rien d'inévitable. Si nous en sommes les principaux responsables, il est aussi en notre pouvoir d'y remédier. Il est déjà scientifiquement établi que la plupart d'entre nous pouvons nous tourner vers des alternatives aux produits d'origine animale sur le plan alimentaire tout en demeurant en excellente santé. C'est la raison pour laquelle tant de philosophes moraux convergent aujourd'hui vers une même conclusion : parce que l'exploitation animale cause de graves préjudices à des êtres sentients sans pour autant être nécessaire, elle devrait être abolie (voir, par exemple, Déclaration de Montréal sur l'exploitation animale).

En somme, si l'abattage rituel soulève des questions éthiques légitimes – comme toutes les formes d'abattage par ailleurs –, la focalisation du débat actuel sur cette seule question fait l'impasse sur des enjeux autrement plus fondamentaux. Elle permet surtout de mettre au jour la fonction symbolique de cette controverse publique : celle d'ériger certaines pratiques musulmanes en problème civilisationnel. Car si ce débat ne servait pas, consciemment ou non, à stigmatiser les musulmans et à figer dans l'imaginaire collectif la figure du « barbare » inassimilable, il n'aurait tout simplement pas l'écho disproportionné qu'on lui accorde dans l'espace public ces dernières semaines.

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Le communautaire se mobilise

27 janvier, par Sylvain Bérubé — , ,
Sous-financés depuis des années et privés d'indexation, les organismes en défense collective des droits pressent le gouvernement d'agir. Une vaste mobilisation, qui s'étendra (…)

Sous-financés depuis des années et privés d'indexation, les organismes en défense collective des droits pressent le gouvernement d'agir. Une vaste mobilisation, qui s'étendra jusqu'au budget de mars 2026, vise à obtenir des engagements financiers jugés essentiels à la survie de leurs missions.

Tiré du Journal Entrée Libre

20 janvier 2026
| Sylvain Bérubé

Les organismes en défense collective des droits (DCD) repartent en campagne afin de dénoncer un sous-financement qu'ils qualifient de « chronique et intenable ». Selon leurs constats, ces groupes n'ont reçu aucune indexation depuis plusieurs années, un recul qui les oblige à multiplier les appels à projets pour compenser, souvent au détriment de leurs missions centrales. Cette situation contribue à la surcharge de travail, à la précarité salariale et à la difficulté de maintenir des services stables.

Face à cet état de fait, les organismes portent trois revendications majeures :

155 millions de dollars supplémentaires par année pour financer adéquatement la mission des groupes, incluant des mesures pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles ;

Un mécanisme permanent d'indexation basé sur les couts réels du communautaire ;

Un processus transparent pour financer les nombreux groupes encore en attente.

Pour y parvenir, le mouvement adopte une stratégie d'escalade des moyens de pression, structurée en trois phases : mobilisation locale et régionale, actions coordonnées et démarches politiques ciblées auprès des ministres. L'objectif : créer un rapport de force avant le budget préélectoral de mars 2026. La mobilisation inclut également la possibilité de journées de grève communautaire, présentées comme un geste collectif symbolique visant à dénoncer le manque de financement et à rappeler que la défense des droits est un pilier essentiel du filet social québécois.

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Etats-Unis. « L’ICE mène une guerre de classe »

27 janvier, par Anthony Teso — , ,
L'Immigration and Customs Enforcement (ICE) n'est pas simplement une agence fédérale chargée de faire respecter les lois sur l'immigration. L'ICE symbolise les contradictions (…)

L'Immigration and Customs Enforcement (ICE) n'est pas simplement une agence fédérale chargée de faire respecter les lois sur l'immigration. L'ICE symbolise les contradictions au cœur de la société capitaliste des Etats-Unis, un système qui dépend de la main-d'œuvre immigrée tout en criminalisant et en exploitant ces mêmes travailleurs et travailleuses. Pour comprendre l'ICE, il faut examiner comment l'application des lois sur l'immigration sert les intérêts du capital en perpétuant les divisions au sein de la classe laborieuse et en fonctionnant comme un mécanisme de contrôle social. Cette dynamique nuit en fin de compte à tous les travailleurs et travailleuses, quel que soit leur statut de citoyenneté.

21 janvier 2026 | alencontre.org
https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-lice-mene-une-guerre-de-classe.html

Au cœur du capitalisme se trouve la demande d'une main-d'œuvre à la fois vulnérable et facilement exploitable, souvent fournie par des travailleurs et travailleuses sans papiers. Ces personnes sont largement embauchées dans des secteurs tels que l'agriculture, le conditionnement de la viande, la construction, l'hôtellerie et le travail domestique. Elles reçoivent souvent des salaires inférieurs au minimum légal [le salaire minimum, légalement, se situe à hauteur de 7,25 dollars de l'heure, ce qui peut être plus élevé dans divers Etats avoisinant parfois 15 dollars] et endurent des conditions qui violent les normes du travail établies. La menace constante d'expulsion les empêche de se plaindre du vol d'une partie de leur salaire, des conditions de travail dangereux ou du harcèlement sexuel, ce qui en fait des proies faciles pour l'exploitation.

L'ICE n'existe pas malgré cette exploitation, mais bien à cause d'elle. Cette agence veille à la création et au maintien d'une classe sociale défavorisée permanente de travailleurs et travailleuses qui ne peuvent défendre leurs droits sans risquer la détention ou l'expulsion. Cela profite au capital de deux manières significatives : premièrement, en fournissant aux employeurs une main-d'œuvre bon marché et exploitable ; et deuxièmement, en exerçant une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail de l'ensemble de la population laborieuse. La menace d'une intervention de l'ICE limite le pouvoir de négociation de la classe ouvrière, car les employeurs peuvent intimider les travailleurs et travailleuses qui tentent de s'organiser ou les remplacer par d'autres prêts à accepter des conditions et des salaires médiocres.

L'application des lois sur l'immigration comme outil de division

L'application des lois sur l'immigration n'est pas vraiment conçue pour protéger les travailleurs et travailleuses des Etats-Unis de la concurrence. Il s'agit plutôt d'un outil permettant de créer un marché du travail à plusieurs niveaux, où certains travailleurs peuvent être surexploités tandis que d'autres restent précaires et divisés.

Les frontières agissent comme des mécanismes de contrôle de la main-d'œuvre, dictant qui peut participer à la population active et dans quelles circonstances. La création de l'ICE en 2003, qui a suivi la réorganisation des services d'immigration après le 11 septembre 2001, n'a pas marqué le début de l'application des lois sur l'immigration. Elle a plutôt consolidé et militarisé des pratiques anciennes ancrées dans l'histoire, telles que le programme bilatéral Bracero (1942-1964 – qui devait combler le manque de de main-d'oeuvre durant la Seconde Guerre mondiale) qui a fait venir des travailleurs mexicains aux États-Unis [en particulier dans l'agriculture et les chemins de fer] sans leur offrir de voie d'accès à la citoyenneté ou à la garantie du travail. Même après la fin du programme, de nombreux travailleurs sont restés, rejoints par des membres de leur famille et d'autres personnes à la recherche d'opportunités économiques.

La loi sur la réforme et le contrôle de l'immigration de 1986 a offert la légalisation à certains, mais a criminalisé l'emploi de travailleurs et travailleuses sans papiers, les mesures de contrôle visant souvent ces derniers plutôt que les employeurs. Aujourd'hui, l'ICE mène des raids médiatisés qui expulsent les travailleurs et travailleuses, tandis que les employeurs ne subissent généralement que peu ou pas de répercussions. Ce schéma historique montre que l'application des lois sur l'immigration a toujours donné la priorité aux intérêts des entreprises plutôt qu'aux droits fondamentaux ou à la véritable sécurisation des frontières. La véritable fonction du système n'est pas de bloquer l'immigration, mais de garantir que ceux qui arrivent restent exploitables et vulnérables.

L'ICE, un mécanisme de répression étatique

Au-delà de son impact économique, l'ICE fonctionne comme un outil de répression étatique, exerçant des pouvoirs importants qui menacent les libertés civiles de tous. L'agence procède à des arrestations sans mandat, détient des personnes indéfiniment sans procès et gère un vaste réseau de centres de détention qui fonctionnent comme des prisons de facto pour les infractions civiles en matière d'immigration. Bon nombre de ces centres sont privés et gérés par des entreprises qui tirent profit des taux de détention élevés, ce qui les incite à maintenir les établissements pleins [en première ligne il s'agit des deux sociétés GEO Group et CoreCivic, dont les profits ont explosé]. Les conditions dans ces centres violent souvent la dignité humaine fondamentale, avec des cas documentés de soins médicaux inadéquats, d'abus sexuels, de séparation des familles et même de décès. Des enfants ont été enfermés dans des cages, séparés de leurs parents et soumis à des traumatismes aux effets durables. Il ne s'agit pas d'exceptions, mais d'éléments constitutifs d'un système conçu pour instiller la peur et le contrôle au sein des communautés immigrées.

Cette répression sert à discipliner la main-d'œuvre immigrée et à normaliser des pratiques autoritaires qui peuvent ensuite être appliquées à d'autres groupes marginalisés. L'infrastructure de surveillance, de détention et d'expulsion mise en place pour faire respecter les lois sur l'immigration jette les bases d'un contrôle social plus large. Permettre à l'État de traiter un groupe social comme s'il était jetable porte atteinte aux droits de tous les travailleurs.

L'idéologie de l'« illégalité » : diviser la classe ouvrière

Au cœur de la justification de l'ICE se trouve la classification de certaines personnes comme « illégales », une étiquette déshumanisante qui sert des objectifs idéologiques spécifiques. D'un point de vue socialiste internationaliste, l'idée même d'immigration illégale est intrinsèquement erronée. Les travailleurs et travailleuses ne sont pas responsables du chômage ou de la baisse des salaires ; ce sont plutôt les capitalistes qui favorisent ces conditions en payant des salaires bas et en encourageant la concurrence entre tous les travailleurs. La migration est une réponse naturelle aux inégalités socio-économiques mondiales [outre les situations de guerre, de répression et d'effets de la crise climatique] créées par le fonctionnement du capitalisme, car les gens cherchent à survivre et à trouver des opportunités face à l'extraction des ressources par les transnationales, aux pratiques de travail abusives et aux accords commerciaux destructeurs comme l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, modifié en 2020 par l'Accord Canada-Etats-Unis-Mexique ACEUM). Les frontières que l'ICE fait respecter ne sont pas neutres : elles renforcent les dynamiques de pouvoir mondiales en permettant au capital de circuler librement tout en restreignant la mobilité de la main-d'œuvre, ce qui rend plus difficile pour les travailleurs du monde entier de s'unir et d'exiger une rémunération dite équitable.

L'effet le plus néfaste de l'ICE est peut-être son rôle dans la division de la classe ouvrière. En cultivant la peur et le ressentiment envers les immigrants, l'ICE sape la solidarité nécessaire à une organisation syndicale efficace et à un changement politique. Lorsque les travailleurs nés dans le pays accusent les immigrants d'être responsables de l'instabilité économique plutôt que de s'opposer aux employeurs et aux systèmes responsables, leur colère est mal orientée. Cette division est intentionnellement encouragée par les politiciens et les médias qui font des immigrants des boucs émissaires, malgré les preuves que ceux-ci contribuent positivement à leurs communautés. Une telle propagande fracture l'unité de la classe laborieuse et empêche la formation de mouvements sociaux et syndicaux pour la justice économique.

L'histoire a montré que le succès des mouvements syndicaux dépend de la solidarité entre les races, les ethnies et les nationalités. Des organisations telles que les Industrial Workers of the World [IWW – créée en 1905 et très active au début du XXe siècle] et le mouvement des travailleurs agricoles dirigé par César Chávez [particulièrement actif dans les années 1950 et au milieu des années 1960] et Dolores Huerta [animatrice de mouvements sociaux et syndicaux dans les années 1950 et 60, en particulier dans le secteur des travailleurs latino-américains] ont reconnu l'importance d'unir tous les travailleurs, quel que soit leur statut de citoyenneté. L'ICE rend cette unité plus difficile en instillant la peur de l'expulsion, en décourageant la participation aux grèves et aux efforts d'organisation, et en terrorisant les communautés avec des raids. Ces résultats ne sont pas accidentels, mais constituent des caractéristiques fondamentales du système.

Une vision socialiste : solidarité et dignité

Compte tenu de cette analyse, les socialistes affirment que l'ICE est irréformable et doit être abolie [voir sur ce thème l'article de The Intercept publié sur ce site le 20 janvier https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-ice-la-guerre-de-trump-contre-les-droits-fondamentaux.html ]. Cette position s'inscrit dans le cadre de mouvements plus larges visant à abolir des institutions telles que les prisons et la police, affirmant que certains systèmes sont tellement injustes qu'ils ne peuvent être humanisés par des changements progressifs. Abolir l'ICE ne signifie pas ouvrir les frontières au chaos, mais plutôt repenser la politique d'immigration en se basant sur la dignité humaine plutôt que sur la punition et le profit. Cela impliquerait de dépénaliser la migration, de mettre fin à la détention et à l'expulsion comme réponses standard, de créer des voies d'accès à un statut légal pour tous les résidents, d'appliquer la législation du travail de manière équitable et de s'attaquer aux causes profondes de la migration par la solidarité internationale et la justice économique. Cela signifie également rejeter l'industrie lucrative de la détention, qui profite à des entreprises telles que Core Civic et GEO Group, qui tirent profit de la souffrance des immigrant·e·s et font pression pour que des politiques plus sévères soient mises en place.

Les opposants peuvent affirmer que l'abolition de l'ICE est politiquement impossible ou qu'une certaine forme de contrôle de l'immigration est nécessaire. Cependant, les réalités politiques sont façonnées par l'organisation et la lutte. La question clé n'est pas de savoir si un système doit exister, mais si ce système doit être fondé sur la criminalisation et la répression ou sur les droits humains et la justice.

Une approche socialiste de l'immigration reconnaît la liberté de circulation comme un droit humain fondamental et rejette la criminalisation de ceux qui recherchent des opportunités ou la sécurité. Elle s'attaquerait aux inégalités mondiales qui poussent à la migration en remettant en cause l'impérialisme, le commerce déloyal et l'extraction des ressources. Une telle politique étendrait les droits du travail à tous les travailleurs et travailleuses, supprimant ainsi l'incitation pour les employeurs à exploiter la main-d'œuvre « sans papiers ». Des voies d'immigration légales généreuses seraient basées sur les besoins humanitaires et le regroupement familial, et non sur la demande des employeurs en main-d'œuvre bon marché. Enfin, une véritable solidarité internationaliste unirait les travailleurs au-delà des frontières, reconnaissant que la lutte contre l'exploitation est mondiale. Lorsque les travailleurs et travailleuses s'organisent ensemble, quel que soit leur lieu de naissance, ils acquièrent un réel pouvoir.

L'ICE n'est pas simplement une agence défaillante qui a besoin d'être réformée. C'est une institution qui défend les intérêts du capital en créant une main-d'œuvre vulnérable, en divisant les travailleurs et travailleuses et en normalisant la répression étatique. L'application actuelle des lois sur l'immigration représente une violence organisée contre les travailleurs, affaiblissant leur pouvoir collectif. Un véritable changement nécessite plus que des ajustements politiques : il exige de repenser la société afin de donner la priorité aux besoins et à la dignité des êtres humains plutôt qu'au profit et au contrôle. L'abolition de l'ICE est une étape nécessaire vers un monde où tous les travailleurs et travailleuses pourront vivre en sécurité et dans la dignité. Il ne s'agit pas d'un rêve utopique, mais d'une exigence pratique pour construire le pouvoir de la classe laborieuse grâce à la solidarité et au démantèlement des institutions qui nous divisent et nous maintiennent dans la peur. (Article publié sur le site Tempest le 14 janvier 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)

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Générations Deboutte !

27 janvier, par Fédération des femmes du Québec (FFQ) — , ,
Il y a plus de 50 ans, le journal Québécoises deboutte ! faisait vibrer les rues et les consciences. Par ces deux mots, il portait la voix d'un féminisme émergeant déterminé à (…)

Il y a plus de 50 ans, le journal Québécoises deboutte ! faisait vibrer les rues et les consciences. Par ces deux mots, il portait la voix d'un féminisme émergeant déterminé à se faire entendre malgré les interdits de l'époque. Être deboutte, ce n'est pas une posture physique : c'est une position politique. Plus qu'un slogan, c'est un appel à l'action, un cri de ralliement pour une société plus juste, plus égalitaire et plus libre.

Tiré de l'infolettre de la Fédération des Femmes du QUébec
22 janvier 26

Aujourd'hui encore, les forces économiques, politiques et sociales divisent, oppressent, et cherchent à restreindre nos droits, à freiner nos avancées, à semer la peur et la haine. D'une génération à l'autre, nos appels se répondent, nos luttes s'entrelacent et nos victoires se tissent ensemble vers l'égalité. Le féminisme se renouvelle, s'enracine et se nourrit de la diversité. Pour contrer ces courants réactionnaires, allons puiser dans nos forces féministes vivantes, solidaires et multiples. Reprenons cet élan, ne tolérons aucun recul : Générations deboutte !

On est très fébriles de vous dévoiler la thématique qui guidera la suite : rassembler les générations d'hier, d'aujourd'hui et de demain pour faire circuler nos forces féministes.

C'est une invitation à se retrouver à travers les trajectoires, les savoirs, les élans et les héritages. À reconnaître que nos luttes ne commencent pas avec nous... et qu'elles ne s'arrêtent pas non plus ici.

Cette thématique, c'est un espace de rencontres entre celles qui ont ouvert la voie, celles qui la tiennent, et celles qui la transforment déjà. Et on a vraiment hâte de la faire vivre avec vous !!

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Réprimer, enfermer, tuer : la politique migratoire belge

27 janvier, par Elena Fernandez, Émeline — , ,
Le mouvement de lutte palestinien à Bruxelles est mené par la jeune diaspora palestinienne et leurs proches. Les luttes menées par la jeunesse, dont une grande partie est (…)

Le mouvement de lutte palestinien à Bruxelles est mené par la jeune diaspora palestinienne et leurs proches. Les luttes menées par la jeunesse, dont une grande partie est racisée, sont réprimées de manière constante par la police. Philippe Close, bourgmestre PS de la commune de Bruxelles, met les jeunes militant·es sous surveillance et mobilise un important appareil policier tous les jours, qui vient avec son lot de violences policières : intimidations, coups et blessures, arrestations.

15 janvier 2026 | tiré de la gauche anticapitaliste
https://www.gaucheanticapitaliste.org/reprimer-enfermer-tuer-la-politique-migratoire-belge/

Une répression politique ciblée

Ces derniers mois, l'appareil répressif est passé à un stade supérieur, Close s'alliant à Van Bossuyt (ministre de l'Asile et de la Migration) pour procéder purement et simplement à des kidnappings. La police a enlevé des militant·es chez elleux, dans la rue, dans le métro et même, comble de l'indignité, devant le CGRA (le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, organe fédéral qui, d'après sa propre présentation, « offre une protection aux étrangers qui craignent des persécutions, un conflit armé ou des violences dans leur pays d'origine »), avant de les arrêter pour les enfermer en centre fermé.

Police, Office des étrangers : une même chaîne répressive

Ne nous méprenons pas, Close est la main armée de l'Office des étrangers, enfermant des militant·es à cause de leur engagement politique. En effet, la majorité des personnes enfermées sont en procédure d'asile. Cela signifie que l'État leur doit accueil et protection ; à la place, elles sont enfermées sur la seule base de leur engagement. Les autorités utilisent les « troubles à l'ordre public », c'est-à-dire les manifestations, comme motif premier de leur enfermement. Ensuite, l'Office des étrangers applique la politique migratoire européenne raciste en voulant renvoyer les militant·es vers leurs premiers pays de transit, c'est-à-dire presque tout le temps la Grèce ou l'Italie.

On est face à un double mépris : l'Office des étrangers utilise la terreur pour priver du droit de manifestation des personnes victimes d'un génocide et pour appliquer plus rapidement sa politique migratoire toujours plus inhumaine.

Rafles, enfermement, politique migratoire raciste

Cette course à l'enfermement ne concerne pas que la diaspora palestinienne. L'État semble organiser des rafles par nationalités ; les Marocain·es, les Afghan·es et les Congolais·es ont d'ailleurs été massivement visé·es par ces rafles, la police embarquant même des personnes ayant leurs papiers par « inadvertance ». Ces techniques sont similaires à celles employées par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police migratoire aux États-Unis, et par nos voisins français, qui, sous la houlette de Retailleau, organisent des rafles de migrant·es dans toute la France depuis plusieurs mois.

La politique migratoire raciste de l'Union européenne a institutionnalisé la vente de morts. En effet, la politique migratoire européenne fait tout pour obliger les demandeur·euses d'asile à rester dans les pays de transit, donc nécessairement des pays ayant une frontière extérieure avec des pays hors de l'Union européenne. Ces pays n'ont ni les infrastructures ni la volonté politique de fournir un accueil digne aux demandeur·euses d'asile. Beaucoup ont déjà été condamnés pour leur traitement inhumain et dégradant.

Au lieu de permettre une répartition égale des demandeur·euses d'asile, l'Europe impose la pression aux frontières et se dédouane avec une obligation de contribution financière ridicule face aux sommes nécessaires pour mettre en place des infrastructures dignes de ce nom. Ces fonds peuvent en outre être dépensés à la guise de gouvernements capitalistes qui investissent plutôt dans des projets néolibéraux.

En parallèle, la Belgique renforce le mécanisme européen avec de nouveaux projets de loi qui traitent les demandes de personnes ayant transité par des pays de l'Union européenne comme des demandes ultérieures, c'est-à-dire que, sauf « éléments nouveaux », elles seront refusées. Ces projets marchent complètement sur le droit international en supprimant purement et simplement le droit à l'accueil pour les personnes dans cette situation.

On assiste ici à la rencontre d'un projet de répression des mouvements de lutte toujours plus grand, cristallisé par la loi Quintin, et d'une politique migratoire raciste qui ne respecte aucune de ses obligations internationales. Une politique qui s'est intensifié depuis la formation du gouvernement Arizona.

Torture, isolement, mort : la réalité des centres fermés

L'enfermement en centre fermé porte mal son nom, il s'agit ni plus ni moins de prison et l'État belge y pratique aussi régulièrement la torture comme outil de gestion des masses. En effet, plusieurs détenu·es nous ont fait état de traitements qui ne peuvent s'apparenter qu'à de la torture : coups répétés, personnes battues au point de perdre connaissance, sédations forcées, refus du droit à un·e médecin, placements en isolement, insultes et violences sexuelles. Les témoignages sont insoutenables, les conséquences sont prévisibles : le 7 octobre 2025, Mahmoud Farjallah, jeune Palestinien de 26 ans, est retrouvé sans vie dans sa cellule au 127 bis.

Son décès intervient après quatre tentatives de suicide, qui toutes ont été réprimées par un placement arbitraire en isolement et donc par une privation de soins. La détresse de Mahmoud n'a été accompagnée tout au long de son incarcération que de mépris et de violence. Sédaté de force, et ce même après une overdose, sans accès à des soins psychologiques et isolé, son décès n'est pas un drame humain comme le dit Van Bossuyt, mais la conséquence logique d'un système raciste qui déshumanise l'étranger et le tue, en toute impunité.

Cette opacité est bien organisée : tout se passe derrière des murs et des barreaux, avec un accès limité au public, y compris aux député·e·s qui, par droit constitutionnel, doivent pouvoir entrer dans les centres sans rendez-vous et sans prévenir. Or, il s'avère que lorsque plusieurs député·e·s se sont présenté·e·s devant les portes du 127bis, iels ont dû attendre plusieurs heures. Ce qui laisse le temps de dissimuler tout ce qui ne devrait pas être vu, et qui pourrait être perçu comme illégal et déshumanisant par un·e député·e.

Un État qui bafoue les droits humains

Les kidnappings, l'enfermement et les conditions de détention violent le devoir de protection de l'État belge, qui constitue un principe fondamental du droit international humanitaire et des droits humains. Ils portent atteinte à plusieurs droits fondamentaux, notamment :

  • le droit à la vie, et donc l'obligation pour l'État de ne pas porter atteinte à la vie et de porter assistance à des personnes en danger ;
  • le droit à l'accueil prévu par la Convention de Genève ;
  • l'interdiction des traitements inhumains et dégradants et de la torture ;
  • le droit à la vie privée ;
  • le principe d'égalité, c'est-à-dire que toute personne soit traitée de manière égale par la loi ;
  • le principe de légalité, c'est-à-dire que toute action des pouvoirs publics repose sur une base légale, sans discrimination arbitraire ;
  • le droit de manifestation ;
  • le droit à l'accès aux soins et à la consultation d'un·e médecin.

Un État qui hiérarchise les vies

Si les 18 000 condamnations de l'État belge pour non-respect de décisions de justice ne nous avaient pas mis la puce à l'oreille, l'État belge a manifestement décidé que l'État de droit ne s'appliquait pas aux personnes dites étrangères. Entre les arrestations arbitraires, les traitements inhumains et dégradants, les meurtres policiers légalisés, les projets de loi liberticides, les déclarations de ministres affirmant ne plus payer les astreintes liées aux décisions migratoires, ou encore notre Premier ministre qui signe une tribune demandant à la Cour européenne des droits de l'homme de ne pas « embêter les États souverains avec les droits humains en matière de migration », le constat est clair.

L'État, dans un projet profondément raciste, hiérarchise les humains et décide de retirer le bénéfice des droits fondamentaux à une partie de sa population. Nous n'avons plus besoin de l'histoire pour comprendre les dangers de cette politique : elle tue, ici, aujourd'hui et demain, toujours plus de personnes. Pour sortir de la complicité, une seule solution : l'organisation.

Face à cette politique de répression, d'enfermement et de mort, nos revendications sont claires :

  • Liberté de circulation pour toustes
  • Fermeture de tous les centres fermés
  • Régularisation de tous les sans-papiers
  • le respect des droit et libertés fondamentales de toustes
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Le Réseau des Groupes de Femmes de Chaudière-Appalaches publie une étude sur les modalités de la participation sociale des femmes de 65 ans et plus dans la région

27 janvier, par Réseau des groupes de femmes Chaudière-Appalaches (RGFCA) — , ,
En 2021, le Réseau des Groupes de Femmes de Chaudière-Appalaches (RGFCA) a lancé le projet Stop à l'âgisme envers les femmes en Chaudière-Appalaches. En effet, les femmes de 65 (…)

En 2021, le Réseau des Groupes de Femmes de Chaudière-Appalaches (RGFCA) a lancé le projet Stop à l'âgisme envers les femmes en Chaudière-Appalaches. En effet, les femmes de 65 ans et plus se trouvent à l'intersection d'au moins deux systèmes de domination : le sexisme et l'âgisme. « L'âgisme est le fait d'avoir des préjugés ou un comportement discriminatoire envers des personnes ou des groupes en raison de leur âge […] »

Tiré de l'Infolettre de l'R des femmes : Le Nouvel R 26 janvier 2026

Introduction

Ce projet a pour objectif de s'attaquer aux causes structurelles de l'âgisme et
de l'isolement des femmes de 65 ans et plus, exacerbées par la pandémie de
COVID-19, tout en révélant leurs vécus et expériences dans la région. Les résultats
de cette enquête permettront ensuite de faire ressortir des actions structurelles
concrètes à mettre en œuvre dans la région et, à partir des besoins et obstacles
révélés par les actrices elles-mêmes, de déployer sur le terrain des actions pour
contrer les effets de l'âgisme et favoriser la sécurité et l'inclusion des femmes de
65 ans et plus.

En effet, les femmes de 65 ans et plus se trouvent à l'intersection d'au moins deux
systèmes de domination : le sexisme et l'âgisme. Les stéréotypes de genre qui
découlent du sexisme « sont des idées préconçues qui assignent arbitrairement
aux femmes et aux hommes des rôles déterminés et bornés par leur sexe »
(Conseil de l'Europe, n.d.), tandis que « [l]'âgisme est le fait d'avoir des préjugés
ou un comportement discriminatoire envers des personnes ou des groupes en
raison de leur âge […] [ll] peut prendre de nombreuses formes, notamment des
comportements fondés sur des préjugés, des pratiques discriminatoires ou des
politiques et pratiques institutionnelles tendant à perpétuer les croyances de ce
type
» (Ligue de l'enseignement et de l'éducation permanente, 2019). L'âgisme et
le sexisme recouvrent donc une dimension structurale, mais aussi une expérience
quotidienne, et leurs effets peuvent se trouver soutenus selon que les femmes de
65 ans et plus soient aussi immigrantes, en situation de handicap, etc.

L'âgisme et le sexisme – avec les autres systèmes de domination – poussent aux
marges de notre société les femmes de 65 ans et plus tout en les empêchant
de participer pleinement à la vie sociale, politique et économique de notre
communauté. Explorer la participation sociale des femmes de 65 ans et plus
apparaît donc un bon baromètre pour comprendre les manifestations et obstacles
générés par l'âgisme dans leur vie quotidienne, et cela particulièrement depuis la
pandémie de COVID-19. La pandémie a, en effet, mis de l'avant l'âgisme qui existe
dans notre société, mais a aussi et surtout renforcé l'isolement, la marginalisation
sociale, la précarité des populations vulnérables dont font partie les femmes de
65 ans et plus.

Cette recherche se propose donc d'illustrer les modalités de la participation sociale
des femmes de 65 ans et plus dans la région de la Chaudière-Appalaches, afin
d'identifier les enjeux que les femmes rencontrent dans leur participation sociale
et les multiples formes que peut prendre cette participation. Il s'agit également
de mettre en exergue les différentes manifestations de l'âgisme dans leur vie
quotidienne, qu'elles découlent de logiques structurales, tels le gouvernement et les
médias, ou plus directement de leur entourage.

Pour lire le rapporten entier

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17 octobre 2025 : retour sur la manifestation du 25e anniversaire de la MMF (vidéo)

27 janvier, par Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) — , , ,
Le 17 octobre 2025 s'est tenue à Québec une grande manifestion pour la Journée internationale contre la pauvreté et pour le 25 ième anniversaire de la Marche Mondiale des (…)

Le 17 octobre 2025 s'est tenue à Québec une grande manifestion pour la Journée internationale contre la pauvreté et pour le 25 ième anniversaire de la Marche Mondiale des femmes . Voici une vidéo qui en montre le déroulement.

30 thèses sur le discours de Carney, entre rupture et exceptionnalisme canadian

27 janvier, par Jonathan Durand Folco — , ,
La question n'est donc pas de savoir s'il faut ou non une rupture, mais quel est le type de rupture que nous devrions accomplir sur le plan social, politique, économique et (…)

La question n'est donc pas de savoir s'il faut ou non une rupture, mais quel est le type de rupture que nous devrions accomplir sur le plan social, politique, économique et technologique ? La "rupture" proposée par Carney est une continuité du même logiciel capitaliste désuet, mais remis à jour in extremis face au technofascisme trumpiste. Les débats sur la transition socioécologique deviennent malheureusement caducs.

21 janvier 2026 | tiré de Métapolitiques | Photo : Markus Schreiber/The Associated Press. Source CBC Canada.

1. Le discours de Mark Carney du 20 janvier 2026 au Forum économique mondial de Davos est historique, comme le remarquent plusieurs. C'est un discours qui marque un point de rupture pour la politique étrangère du Canada, et il révèle Mark Carney en véritable "homme d'État". Il faut écouter ou lire le discours en intégralité pour en saisir la profondeur, le ton, la vision, et les pistes d'action pour la suite des choses face à l'impérialisme fasciste américain.

2. Néanmoins, c'est aussi un discours problématique et même dangereux, et je soulignerais quelques points de vigilance à garder en tête, même pour les gens du camp libéral, centriste et/ou progressiste qui seraient tentés d'encenser Carney pour sa franchise et sa vision stratégique.

3. J'ai moi-même eu des frissons en écoutant les premières minutes du discours de Carney qui m'a surpris en remettant en question l'hypocrisie de l'ordre mondial libéral et des puissances occidentales qui ont longtemps bénéficié de la protection des États-Unis au détriment des pays du Sud global. Je me serais attendu à ce genre de discours s'il avait été prononcé par une députée de gauche radicale ou un président progressiste latino-américain, mais pas d'un banquier qui gouverne à droite depuis son arrivée au pouvoir.

4. Cela dit, outre la force percutante de son discours et plusieurs points stratégiques pertinents au niveau des relations internationales, il y a plusieurs angles morts à souligner pour les forces émancipatrices au Canada, au Québec et à travers le monde. Faisons un bref récapitulatif pour identifier les mérites et les défauts de la vision du premier ministre canadien dans son discours de Davos, en 15 thèses simplifiées.

5. Mark Carney commence son discours avec une perspective anti-impérialiste et anti-autoritaire, en prenant l'exemple du dissident tchèque Václav Havel qui s'opposa au régime autoritaire et communiste de son pays à partir des années 1970. Il rappelle le fait que l'autoritarisme se met en place non seulement par la peur et la force, mais aussi par des mécanismes qui relèvent du conformisme, de l'obéissance préventive et de la servitude volontaire. Les gens obéissent et font semblant d'être d'accord avec le régime, tout en sachant intérieurement que tout cela est faux, afin d'éviter des ennuis. Cela est compréhensible, mais ce mimétisme fait en sorte que personne n'ose agir, par peur d'être mal vu, dénoncé ou persécuté. Le régime se maintient en place par ce consentement généralisé.

6. Carney tient ce discours à Davos parce qu'il sait pertinemment que le Canada est maintenant menacé par l'impérialisme américain, qui représente aujourd'hui, en 2026, une menace existentielle pour son intégrité économique, politique et territoriale, avec les menaces d'invasion du Groenland, les blagues sur le 51e État, l'invasion du Vénézuéla et les récents discours de Trump qui affirment que la seule loi qui compte, c'est la loi du plus fort.

7. Alors que des dizaines de pays du Sud global ont dénoncé l'impérialisme américain pendant des décennies, le Canada réalise soudainement qu'il se trouve lui aussi dans le viseur de l'Empire, un pays parmi d'autres à être méprisé, spolié, dominé ou annexé au besoin. Carney a bien essayé de négocier et de faire entendre raison à Donald Trump au début de son mandat, et il a vite réalisé que la belle entente historique Canada/États-Unis avait été jetée à la poubelle, de facto.

8. De façon tout à fait lucide, Carney admet que l'ordre mondial libéral, basé sur le multilatéralisme et des institutions comme l'Organisation des Nations Unies (ONU), l'OTAN, l'OMC, le FMI, etc., est aujourd'hui révolu. Il affirme à la fin de ce discours : "We know the old order is not coming back". Bref, il acte le fait que l'alliance de l'OTAN est morte et enterrée, que Trump est prêt à attaquer un pays de l'Union européenne, et que la belle alliance occidentale est déjà morte et enterrée.

9. Mais de façon plus surprenante, au lieu de déplorer la fin de cet ordre mondial qui a surtout bénéficié à l'Occident, Carney admet dans le même souffle que cette architecture du droit international reposait ultimement sur l'impérialisme américain.

10. Carney souligne que les puissances occidentales intermédiaires (comme le Canada et les pays européens) bénéficiaient d'une asymétrie structurelle entre le Nord et le Sud global, et se fermaient les yeux sur l'exploitation de plusieurs pays, avec de doubles standards, des formes de prédation et de domination qui reproduisaient des avantages pour le centre au détriment de la périphérie. Les membres de l'Occident bénéficiaient alors de bénéfices en termes de protection militaire, d'échanges inégaux au niveau du commerce international, et d'une application variable du droit international qui reposaient en dernière instance sur l'exceptionnalisme américain. Je reformule le discours de Carney dans mes mots, mais il dit clairement que la majorité des pays occidentaux ont été complices de cet ordre mondial asymétrique, en se fermant les yeux volontairement sur des aberrations, et que cela ne peut plus durer.

11. Ainsi, Mark Carney a admis cette vassalisation du Canada aux intérêts impérialistes des États-Unis comme aucun premier ministre avant lui. Ce n'est plus seulement la gauche et les pays du Sud global qui le disent, mais la droite libérale canadienne qui réalise que son rêve vient de tomber à l'eau. Bravo pour ce geste de lucidité. Il était temps.

12. Pour se sortir de cet effondrement de l'ordre mondial institutionnalisé créé suite à la Deuxième Guerre mondiale dans le sillage de l'impérialisme américain (je reprends ici le concept de ma conjointe Maïka Sondarjee dans son livre Perdre le Sud), Mark Carney appelle à un "value-based realism" qu'il emprunte à la politique étrangère de la Finlande.

13. Ce "réalisme fondé sur les valeurs" combine l'engagement en faveur de la démocratie, de l'État de droit et des droits humains (valeurs) à des actions pragmatiques et à une défense forte (réalisme) afin de protéger la sécurité, l'indépendance et le bien-être d'un pays dans monde complexe et incertain. Cette approche reconnaît que les défis mondiaux nécessitent une coopération et parfois des compromis, même avec des pays non-alignés, tout en maintenant une défense nationale solide et des liens étroits avec l'OTAN.

14. On comprend ainsi pourquoi Mark Carney a récemment signé un accord commercial avec la Chine au niveau des voitures électriques et des exportations agricoles, par souci de réalisme, et ce malgré les entraves aux droits humains et à la démocratie en Chine. Depuis son arrivée au pouvoir, le premier ministre multiplie les voyages à l'étranger et la signature d'accords commerciaux, politiques et militaires avec une série de partenaires de l'Europe, de l'Asie et d'autres continents pour essayer de diversifier son économie et de retrouver le plus rapidement possible sa souveraineté économique, qu'elle avait accepté de confier à la bienveillance des États-Unis pendant des décennies.

15. Ce souci de vouloir combiner un pragmatisme radical et de fortes convictions au niveau des relations internationales, en multipliant les relations bilatérales et les coalitions inédites en fonction de valeurs et d'intérêts communs sur des enjeux spécifiques, représente une stratégie géopolitique intelligente. Cela permet également de comprendre les récentes actions du gouvernement Carney, ses tentatives sincères mais ratées de négocier avec Trump sur les tarifs douaniers, et donc sa volonté de trouver d'autres partenaires et alliés pour se sortir de l'embarras.

16. Cela incarne un véritable point de rupture au niveau de la politique étrangère canadienne ; si elle n'était pas 100% alignée sur celle des États-Unis, le Canada cultivait une certaine amitié ou alliance entre les deux pays. Or, cette amitié est brisée pour bon, et Carney soutient qu'il faut reconstruire la souveraineté nationale sans tomber dans le piège des forteresses et du repli sur soi. Il faut arrêter de plaire aux grandes puissances pour espérer d'avoir leurs faveurs et protection, mais se tenir debout et créer de plus larges coalitions de "pays intermédiaires".

17. Aujourd'hui, Carney dit que nous ne sommes plus dans une ère de transition ou d'adaptation, mais dans une ère de ruptures. Le mot rupture vient plusieurs fois dans son discours, ce qui le rend d'autant plus percutant, tellement ce mot est étranger au vocabulaire politique canadien axé sur le consensus, la paix, et la candeur. Les fameux Casques bleus sont loin dernière nous.

18. Or, malgré son apparence de rupture au niveau de la politique étrangère canadienne, Mark Carney incarne le paroxysme du capitalisme canadien. Si Carney remet en question l'ordre géopolitique mondial fondé sur hypocrisie libérale et l'hégémonie des États-Unis, il reproduit à l'interne, au niveau domestique, les pires aberrations en termes de politiques économiques, sociales et environnementales.

19. Pour toute personne ayant une grille d'analyse moindrement de gauche, la deuxième partie du discours de Carney donne froid dans le dos. Depuis son arrivée au pouvoir, Carney se vante d'avoir baissé les impôts pour les ménages, mais aussi les entreprises privées et le gain en capital, d'avoir accéléré le libre-échange entre les provinces, d'avoir doublé le budget militaire du pays, d'avoir accéléré l'extraction des industries énergétiques (fossiles), des minéraux critiques sur son territoire et de stimuler le déploiement de l'intelligence artificielle. Si Carney change son fusil d'épaule au niveau des alliances internationales, il pèse sur l'accélérateur du capitalisme néolibéral, extractiviste et algorithmique, mais en diversifiant ses partenaires.

20. Carney répète enfin la belle ritournelle du Canada comme havre de paix, représentant un pays inclusif, diversifié et fonctionnel, avec un État de droit en santé, en engagement fort en faveur de la démocratie libérale et la durabilité. S'il venait de rejeter de façon nette le récit de l'exceptionnalisme américain, il répète aussitôt le mythe de l'exceptionnalisme canadien. Carney répète le discours creux du caractère moral et grandiose du Canada, en faisant fi non seulement de son passé et présent colonial, mais aussi de son rôle stratégique comme partenaire de l'impérialisme américain, des industries minières et des paradis fiscaux qui continuent de spolier le Sud global.

21. Qui plus est, si le Canada commençait tranquillement à se diriger vers un modèle de "capitalisme vert" inspiré du développement durable, de la finance verte et des politiques libérales de Steven Guilbeault, Carney a démoli les timides avancées environnementales de l'ère Trudeau en un claquement de doigts, au nom du "réalisme" et de compromis avec l'administration Trump. Beau gâchis. Il a adopté des lois et mécanismes permettant de contourner les contre-pouvoirs au niveau démocratique et environnemental pour les projets stratégiques "d'intérêt national", via la loi C-5 notamment. Il a resserré les politiques en matière d'immigration et de sécurité, en s'alignant sur les États-Unis, reproduisant ainsi une version adoucie de la logique autoritaire trumpiste. Est-ce qu'on a encore ici un exemple de "value-based realism" ?

22. Carney exprime une vérité sur l'impérialisme américain tout en réhabilitant aussitôt un mensonge sur le rêve canadien, comme havre de paix, de sécurité, de démocratie et de développement durable. Il se lève contre l'autoritarisme de notre voisin du Sud, récemment converti à la logique fasciste, mais pour appliquer aussitôt un néolibéralisme autoritaire plus mesquin à l'interne, au nom de l'économie canadienne, de la souveraineté et du "réalisme basé sur des valeurs". Il accélère la logique capitaliste, coloniale et extractiviste, mais à l'échelle canadienne, pour se soustraire à l'influence des États-Unis, mais en souhaitant diversifier ses partenaires commerciaux.

23. Au final, n'est-ce pas là une poursuite du libre-échange par d'autres moyens, ou un déguisement du néolibéralisme qui tente de suivre malgré l'effondrement de l'hégémonie de l'ordre mondial libéral issu de la Deuxième Guerre mondiale ? N'est-ce pas la dernière tentative, malgré un mea culpa de l'hypocrisie occidentale, de sauver l'Occident par des transactions libérales négociées entre des banquiers et des puissances intermédiaires, pour résister à l'impérialisme brutal de Trump tout en reproduisant une logique autoritaire à l'interne ?

24. On verra ce que l'avenir nous réserve. À mon avis, l'hypocrisie libérale et canadienne se répète, mais sous un habit de "rupture" et de soi-disant "souveraineté", avec des ententes à la pièce négociées entre banquiers, élites économiques et puissances intermédiaires. C'est le capitalisme médiocre et affolé d'un ordre mondial en déliquescence, qui cherche des voies de sortie tout en maintenant le même système économique sur le respirateur artificiel.

25. Le capitalisme canadian ressuscité par Carney reste un projet moins pire, comparativement au fascisme impérial délirant de l'administration Trump. Mais le projet reste au final une dystopie du moindre mal : un néolibéralisme local basé sur le réarmement massif, l'IA, le démantèlement de l'État social, l'extraction du pétrole et des minéraux critiques, pour résister tant bien que mal à l'autoritarisme des États-Unis, de la Chine ou de la Russie.

26. Le discours de Carney met la table pour un capitalisme algorithmique régulé par l'État, avec un souci minimal de l'État de droit et de l'environnement, basé sur la realpolitik plutôt que sur l'idéalisme diversitaire version Trudeau. Pour ma part, je préfère vivre dans ce monde dystopique canadien que dans le monde du technofascisme de l'administration Trump, avec ses forces paramilitaires qui capturent mes ami·e·s, mes voisins et mes camarades, et qui m'obligeraient à m'exiler pour sauver ma famille. Cela dit, ce n'est pas un rêve.

27. Carney a 100% raison de critiquer les discours mous et consensuels qui prônent "l'adaptation" ou la "transition", afin de ne pas faire peur à la population ou aux grandes puissances. Le premier ministre du Canada nous invite donc à rompre avec le conformisme et l'obéissance en faveur du statu quo, ce qui est une bonne chose en soi.

28. L'ère de l'hypocrisie libérale et des demi-mesures est bel et bien terminée. Or, la "rupture" prônée par Mark Carney est elle aussi une réaffirmation du capitalisme autoritaire et militarisé, sous un prétexte de rebâtir la souveraineté nationale face à l'hégémon américain.

29. La question n'est donc pas de savoir s'il faut ou non une rupture, mais quel est le type de rupture que nous devrions accomplir sur le plan social, politique, économique et technologique ? La "rupture" proposée par Carney est une continuité du même logiciel capitaliste désuet, mais remis à jour in extremis face au technofascisme trumpiste. Les débats sur la transition socioécologique deviennent malheureusement caducs.

30. Il est temps d'inventer un nouveau logiciel véritablement libre, démocratique et écologique. Nous ne faisons pas face à une, mais à trois ruptures possibles : 1) la rupture facho-trumpiste et techno-impériale, ; 2) la rupture néolibérale, carnyste et bilatérale ; 3) la rupture écosocialiste et internationaliste. C'est dans ces paramètres que les luttes dse classes, des groupes subordonnés et des peuples opprimés devront opérer dans les prochaines années.

Ne demandez pas à un parvenu de la finance d’entrer dans l’histoire

27 janvier, par Mohamed Lotfi — , ,
Mark Carney Premier ministre du Canada à Davos, en Suisse, mardi 20 janvier 2026. Un discours lisse bien habillé porté par le vocabulaire de la responsabilité de l'unité et de (…)

Mark Carney Premier ministre du Canada à Davos, en Suisse, mardi 20 janvier 2026. Un discours lisse bien habillé porté par le vocabulaire de la responsabilité de l'unité et de la souveraineté. Certains l'ont qualifié, sans ironie, de révolutionnaire. Moi j'y ai surtout entendu les mots attendus, ceux qui rassurent celles et ceux qui voient dans les appétits de Trump un danger existentiel, une menace mondiale. Ça rassure. Vraiment ?

Carney a invité les dirigeants occidentaux à se rendre à l'évidence. L'ordre mondial tel qu'on l'a connu n'existe plus. Les puissances moyennes doivent agir de concert car « Si vous n'êtes pas à la table vous êtes au menu ». Une phrase efficace sans doute. Une belle trouvaille pour un conseiller en communication.

Tant qu'à donner une ampleur historique à son propos, Carney aurait pu citer Castro. Il aurait même pu convoquer Che Guevara et la lutte contre l'impérialisme américain. Cela aurait ajouté du lustre à la scène. Un vernis révolutionnaire posé sur un discours rédigé dans un contexte précis. Cette ironie n'est pas gratuite. Elle révèle le vide. Un discours qui emprunte les codes des luttes tout en évitant soigneusement d'en assumer les portées universelles.

L'homme aux cheveux roux menace d'envahir des territoires dont celui du Canada, il était presque inévitable de parler de souveraineté territoriale. De la nécessité de la défendre. De renforcer les capacités militaires. D'investir dans l'armement pour faire face aux invasions. Qui peut contredire l'importance de défendre une souveraineté ? Le piège est précisément là. Cette souveraineté n'est jamais définie de manière universelle. Elle est invoquée pour certains peuples, les bons, et niée à d'autres, inexistants.

Carney a su parler longuement de l'Ukraine. De l'urgence de l'unité face à la Russie. Mais pas un mot sur la Palestine. Pas un mot sur Gaza. Pas un mot sur les appétits impérialistes et sionistes au Moyen Orient. Pas un mot sur un génocide. Ce silence n'est pas un oubli. C'est un choix politique.

C'est ici que Gaza devient le baromètre moral de l'occident. Un test que nos dirigeants échouent systématiquement. Nous proclamons des valeurs universelles mais nous les appliquons à géométrie variable. Nous dénonçons la force brute chez l'adversaire et nous la justifions chez l'allié. Nous pleurons certaines victimes et nous en invisibilisons des milliers d'autres.

Le discours de Davos n'est qu'une opération de communication. Rien de plus. Une manière d'habiller la continuité stratégique d'un langage de responsabilité. On parle de paix en parlant d'armes. On parle de droit international en fermant les yeux sur sa violation permanente à Gaza, en Palestine, dans les territoires occupés. On parle d'histoire sans jamais la regarder en face.

Avec Trump, il nous a été montré sans détour que seule la valeur de la force comptait. Aujourd'hui cette logique s'étend. Elle se pare d'un langage plus policé mais elle reste la même. Nos valeurs se redéfinissent autour de la puissance militaire et de la capacité à imposer un ordre. Le danger est que beaucoup mordent à l'hameçon. Qu'ils applaudissent sans lire entre les lignes.

Je refuse qu'un discours belliqueux déguisé en vision historique nous serve de boussole morale. L'histoire ne se construit pas dans les forums feutrés. Elle se construit dans les luttes. Dans les résistances. Dans les peuples qui réclament une souveraineté réelle et non conditionnelle.

Ne demandez pas à un parvenu de la finance d'entrer dans l'histoire. Il ne sait ce que c'est.

Mohamed Lotfi
21 Janvier 2026

https://www.facebook.com/mohamed.lotfi.90410/posts/pfbid0nbTk7eKJxVUn75UV4myJ8d9pk6GgfAfEt4H5Zzq4fcaimkGaqBhaM4cJEb5P5fBvl

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Repenser la « crise des étudiants internationaux indiens »

27 janvier, par Samuel Nithiananthan, Sheetala Bhat — , ,
Dans le centre-ville de Toronto, qu'il s'agisse du son d'une alerte d'application ou du bourdonnement de deux roues se faufilant dans la circulation aux heures de pointe, les (…)

Dans le centre-ville de Toronto, qu'il s'agisse du son d'une alerte d'application ou du bourdonnement de deux roues se faufilant dans la circulation aux heures de pointe, les visages que vous voyez livrer de la nourriture, remplir les rayons et occuper des emplois à bas salaire sont de manière disproportionnée ceux de migrants sud-asiatiques. Ce que le discours officiel appelle une « crise des étudiants internationaux » n'est pas principalement une crise de chiffres, mais une crise de main-d'œuvre : un approvisionnement structurellement produit et géré politiquement en travailleurs bon marché et précaires dont les universités, les employeurs et l'État canadiens sont devenus dépendants.

Tiré de Canadian dimension

21 janvier 2026

Alors que la politique fédérale a transformé l'enseignement supérieur en une source de revenus et que les restrictions en matière de travail fluctuent en fonction des besoins du marché du travail, des centaines de milliers d'étudiants internationaux ont été orientés vers l'économie des petits boulots, les entrepôts, les cuisines et les emplois dans le secteur des services, qui restent profondément sous-évalués, mais essentiels au fonctionnement de la vie quotidienne.

La frénésie autour de la migration « incontrôlée » occulte cette réalité. Plutôt qu'un afflux spontané de nouveaux arrivants opportunistes, la récente augmentation du nombre d'étudiants internationaux reflète une stratégie de main-d'œuvre soigneusement élaborée. Les étudiants sont présentés comme une aubaine économique – des frais de scolarité élevés qui soutiennent des établissements à court d'argent et des travailleurs qui comblent les pénuries de main-d'œuvre, petites ou grandes – mais leur précarité est traitée comme accessoire à la politique. Les salaires de misère, la migration financée par l'endettement et la menace de perdre son statut sont présentés comme le prix à payer pour poursuivre ses études ici, alors même que l'État et les entreprises comptent discrètement sur ces mêmes travailleurs pour alimenter des secteurs que les travailleurs canadiens délaissent de plus en plus.

Pourtant, alors même que les étudiants internationaux sont devenus très visibles au Canada, leur catégorisation inclut désormais, sans qu'ils le sachent et de manière assez trompeuse, ceux qui n'ont pas pu poursuivre leurs études pour diverses raisons, ceux qui ont obtenu leur diplôme et ceux qui sont devenus sans papiers. Rien qu'en 2023-2024, près de 7 000 articles de presse ont mentionné les étudiants internationaux. Pourtant, cette visibilité accrue cache plus qu'elle ne révèle. Une grande partie de la polémique autour des migrants sud-asiatiques occulte le fait que la figure du migrant sud-asiatique récent, souvent réduite à l'étiquette d'« étudiant international », est devenue un terrain d'essai pour l'expansion du travail précaire et occasionnel, ainsi que pour la consolidation du sentiment nationaliste canadien. Si la relation entre le capital et la nation est complexe et contestée, leurs intérêts communs exigent une lecture plus attentive du terme fourre-tout « étudiant international », qui masque délibérément les questions relatives au travail, à la position sociale et à l'exploitation.

L'« autre » dans la nouvelle vague nationaliste canadienne

La résurgence du nationalisme canadien au cours de l'année écoulée, apparemment en réponse aux droits de douane américains, a intensifié les inquiétudes raciales et sociales. Pour la première fois depuis que Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a commencé à mener des sondages en 1996, une majorité de Canadiens estiment qu'il y a trop d'immigrants qui arrivent dans le pays. Pour la première fois, les débats sur les étudiants étrangers ont occupé une place importante dans les campagnes électorales fédérales canadiennes de 2025, les conservateurs et les libéraux préconisant tous deux une réduction du nombre d'étudiants étrangers admis. Le discours public présente souvent les migrants sud-asiatiques récents ou les étudiants étrangers comme responsables de la hausse des prix de l'immobilier, de la pénurie d'emplois et d'un manque perçu d'intégration culturelle.

La rhétorique dite « Canada d'abord » prétend donner la priorité au bien-être des ressortissants canadiens. Lors d'une conférence de presse en 2024, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a décrit la « crise des étudiants étrangers » en déclarant : « Ce n'est pas une question d'immigration, c'est une question de mathématiques. » Son affirmation selon laquelle la crise du logement nécessite une répression de l'immigration occulte des problèmes structurels tels que la cupidité des entreprises et le fait que la crise du logement n'est pas causée par les étudiants immigrés, dont beaucoup vivent à huit ou quinze dans un appartement. Néanmoins, la simplicité de la rhétorique réactionnaire semble convaincante, car elle suggère qu'il n'y a tout simplement pas assez de ressources pour tout le monde.

Ce cadre occulte également une vérité plus dérangeante : l'État ne se contente pas de ne pas gérer la migration des étudiants internationaux, il en dépend activement. De hauts fonctionnaires fédéraux ont ouvertement reconnu que les étudiants étrangers comblent les pénuries de main-d'œuvre dans les secteurs du commerce de détail, de la restauration, de la logistique et d'autres secteurs à bas salaires, tout en payant des frais de scolarité exorbitants qui subventionnent des établissements sous-financés. Dans ce système d'exploitation contrôlé, les étudiants sont à la fois considérés comme un fardeau pour les ressources publiques et discrètement sollicités pour soutenir à la fois le marché du travail et le système d'enseignement supérieur.

Il est alarmant de constater que les étudiants internationaux d'Asie du Sud sont également utilisés comme un sujet de ralliement pour le recrutement et l'organisation de l'extrême droite au Canada. Une coalition montante de groupes suprémacistes blancs canadiens connue sous le nom de Diagolon a lancé une campagne de haine visant les étudiants indiens. Entre 2023 et 2024, les plateformes de médias sociaux de droite telles que 4chan, Gab et Rumble (une plateforme vidéo qui a officiellement hébergé les débats des primaires républicaines) ont enregistré une augmentation respective de 122, 251 et 6 300 % des discours haineux visant les Indiens. Jeremy Mackenzie, fondateur de Diagolon, répète fréquemment à ses partisans que les Indiens « prendront le contrôle du Canada », invoquant ce qu'on appelle la théorie du Grand Remplacement et utilisant des expressions telles que « Canindia » et « Le Canada n'existe plus », affirmant que les « criminels indiens » sont en train de remplacer les Canadiens blancs.

En réponse, les discours libéraux et progressistes ont souligné le caractère fallacieux de ces affirmations et mis l'accent sur la contribution des étudiants internationaux à l'économie canadienne. En 2022, les étudiants étrangers ont contribué à hauteur d'environ 37,3 milliards de dollars en frais de scolarité, de logement et autres dépenses. Les étudiants étrangers paient plus de cinq fois les frais de scolarité des étudiants nationaux et ont contribué à compenser les coupes budgétaires provinciales dans l'éducation. Pendant la pandémie, les restrictions sur le nombre d'heures que les étudiants étrangers pouvaient travailler, généralement limitées à 20 heures par semaine, ont été levées, et ces étudiants ont été encouragés à servir de main-d'œuvre essentielle, tandis que les Canadiens étaient invités à rester chez eux. Il existe une amnésie collective distincte et commode dans le discours public, qui est passé de l'éloge des étudiants internationaux en tant que travailleurs de première ligne pendant la pandémie à leur présentation comme des « voleurs d'emplois ». Le discours progressiste s'est également concentré sur une nouvelle vague de tensions raciales et de harcèlement sur les campus universitaires.

Que signifie réfléchir à la « crise des étudiants internationaux » depuis la gauche ? Premièrement, une perspective transnationale et transhistorique sur la migration étudiante a été largement absente. Deuxièmement, le travail a souvent été considéré comme secondaire par rapport à l'immigration et à l'équité raciale, plutôt que comme faisant partie intégrante des deux. Réfléchir à cette crise depuis la gauche signifie cesser de traiter la précarité des étudiants internationaux comme un phénomène nouveau et isolé, et situer plutôt la crise actuelle dans l'histoire plus longue du circuit mondial du capital, du travail et des migrations. Il exige également de placer le travail au centre des luttes, car c'est à travers lui que les régimes d'immigration et les hiérarchies raciales sont activement produits et contestés, et non simplement croisés.

Bref historique des politiques migratoires et du sous-continent indien

Pour comprendre la crise actuelle des étudiants internationaux, il faut retracer les différentes phases de la migration depuis le sous-continent indien et les dynamiques de classe qui ont façonné la formation des diasporas. Contrairement à la migration à grande échelle de l'Inde vers les États-Unis, qui a souvent été socialement et économiquement privilégiée, la diaspora sud-asiatique du Canada est plus ancienne et profondément liée à l'histoire du colonialisme et de l'engagement à terme. Cela inclut également les migrations de personnes d'origine indienne provenant de colonies britanniques telles que le Kenya, la Guyane et Trinité-et-Tobago.

Au Canada, les Sud-Asiatiques, principalement des sikhs, sont arrivés au début du XXe siècle en tant que sujets britanniques et ont été confrontés à de nombreuses politiques d'immigration coloniales, notamment la privation du droit de vote des ressortissants indiens n'étant pas d'origine anglo-saxonne en 1907 et la réglementation du « voyage continu » de 1908. Dans les années 1960, les critères raciaux de la loi sur l'immigration ont été supprimés pour répondre aux besoins économiques, permettant ainsi la migration de professionnels qualifiés qui ont bénéficié d'un nouveau système à points axé sur la profession, les compétences, la santé et la langue.

Néanmoins, pendant ce qu'on appelle les « longues années 60 » des mouvements politiques de gauche, c'est-à-dire depuis la montée du tiers-mondisme lors de la conférence de Bandung en 1955, jusqu'à la fin de la guerre du Vietnam en 1975 et la mort de Mao Zedong en 1976, il existait une conscience de classe distincte parmi les migrants sud-asiatiques et un désir de solidarité interraciale entre les classes, en particulier parmi les ouvriers agricoles punjabis. Les travailleurs punjabis de première génération ont établi des liens clairs entre les luttes de classe en Asie du Sud et leurs nouveaux lieux de travail et contextes sociaux. Le Comité de défense des Indiens de l'Est, fondé en 1973 pour contrer les attaques racistes croissantes contre les migrants sud-asiatiques à Vancouver et à Toronto, a vu le jour sous la direction de marxistes qui critiquaient ouvertement les dirigeants de la communauté sud-asiatique de la classe supérieure et mettaient en évidence les liens entre le racisme, le classisme et la nation colonisatrice. De même, les travailleurs sud-asiatiques ont participé au Comité de solidarité afro-asiatique latino-américain à Montréal. Bien que la diaspora fût hétérogène en termes de langue, de classe, de caste et de parcours migratoires, les migrants du sous-continent indien ont tissé des liens solides avec les luttes de classe mondiales.

À partir des années 1980, avec la néolibéralisation du Canada, les schémas migratoires en provenance d'Inde ont changé. Le Canada a attiré de plus en plus d'immigrants relativement riches du sous-continent indien jusqu'à la fin des années 2010, à l'exception des réfugiés tamouls du Sri Lanka. Cette période a également marqué l'émergence des étudiants internationaux en tant que migrants distincts.

À partir du début des années 1980, le Canada a mis en place des frais de scolarité différenciés pour les étudiants étrangers, attirant principalement des étudiants fortunés et remodelant la perception publique des étudiants étrangers comme des étrangers aisés plutôt que comme des bénéficiaires de l'aide étrangère. Dans les années 1990 et 2000, les établissements d'enseignement supérieur ont recruté de manière agressive des étudiants étrangers. Un rapport national de 2012 a déclaré que l'éducation internationale est « une exportation plus précieuse que l'aluminium brut ou les hélicoptères et les avions ». La stratégie canadienne de 2014 appelait les établissements à doubler le nombre d'étudiants internationaux d'ici 2022, pour atteindre plus de 450 000. Au cours de cette période, on a également assisté à une migration à grande échelle de travailleurs du secteur technologique en provenance d'Inde. Plus de 80 000 emplois dans le secteur technologique ont été créés dans le corridor Toronto-Waterloo, soit plus qu'à San Francisco, Seattle et Washington, DC réunis.

Au cours de la dernière décennie, cependant, les schémas migratoires ont de nouveau changé. Depuis la fin des années 2010, la hausse du chômage, la persécution des minorités, l'épidémie de drogue dans certaines régions de l'Inde et les troubles géopolitiques au Népal, au Pakistan, au Bangladesh et au Sri Lanka ont contribué à de nouvelles vagues migratoires provenant de milieux économiques plus diversifiés. Au cours des dernières années, de nouveaux établissements d'enseignement supérieur privés, souvent frauduleux, ont vu le jour, attirant de nombreux étudiants issus de milieux ouvriers et ruraux qui ont vendu leurs terres et d'autres biens familiaux pour émigrer à la recherche d'une vie meilleure. Depuis lors, ces établissements ont fait l'objet d'une répression qui a conduit à leur fermeture, laissant les étudiants dans une situation difficile et sans grand recours pour obtenir justice.

Selon un reportage de la CBC datant de 2024, les employés du Lotus Funeral and Cremation Centre à Etobicoke ont tiré la sonnette d'alarme concernant l'augmentation du taux de suicide chez les migrants récemment arrivés du sous-continent indien. Le fait que le salon funéraire rapatrie chaque mois les dépouilles de cinq à sept étudiants travailleurs témoigne d'un phénomène largement ignoré par la société et l'État, et des pressions financières et sociales insupportables auxquelles ces travailleurs sont confrontés. Ce nouveau groupe de migrants issus de la classe ouvrière fait partie du prolétariat mondial et offre de nouvelles perspectives pour la réflexion sur la politique de gauche.

Main-d'œuvre et « étudiants internationaux »

Les étudiants internationaux constituent désormais une part importante de la main-d'œuvre bon marché du Canada. Des petits boulots aux entrepôts Amazon en passant par les usines et les fast-foods, ils sont souvent prêts ou contraints de travailler pour un salaire inférieur au salaire minimum. Ces travailleurs sont délibérément déqualifiés afin de rester remplaçables. Amazon, par exemple, utilise des algorithmes pour organiser et gérer les processus de travail, en décomposant le travail en tâches simplifiées et standardisées qui rendent les travailleurs facilement remplaçables. Le travail à la demande, comme la livraison Uber Eats, offre une fausse promesse de flexibilité qui semble convenir aux étudiants ; pourtant, la plupart travaillent 10 à 12 heures par jour pour gagner leur vie, attendant dans les quartiers les plus fréquentés de la ville leur prochaine commande sur l'application et n'étant payés que lorsqu'ils livrent activement des repas. Ils sont mis en concurrence les uns avec les autres, rivalisant constamment grâce à une gestion algorithmique tout en acceptant des salaires inférieurs au minimum légal.

Il est urgent d'exercer une pression critique sur la catégorie des « étudiants internationaux » du point de vue du travail. Le statut d'étudiant permet au public et aux travailleurs eux-mêmes de considérer l'exploitation comme une phase temporaire et normale de la jeunesse. En réalité, ces travailleurs comprennent des diplômés, des personnes contraintes d'interrompre leurs études en raison de difficultés financières et des réfugiés travaillant à plein temps comme main-d'œuvre bon marché. Dans le centre-ville de Toronto, par exemple, les livreurs Uber Eats sont âgés de 20 à 40 ans. L'association du statut d'immigrant précaire aux conditions économiques, psychologiques et sociales impliquées par la catégorie « étudiant » produit une main-d'œuvre hautement exploitable. L'accent mis sur leur statut d'étudiant les positionne comme un cas particulier et obscurcit ainsi davantage leur rôle dans le réseau du travail capitaliste.

À y regarder de plus près, ce qui est souvent décrit dans ce discours de bon sens fabriqué comme une immigration à grande échelle « incontrôlée » semble s'aligner sur la fourniture de ressources matérielles cruciales aux intérêts nationaux et capitalistes. Alors que les courants économiques et politiques continuent de changer, ces étudiants migrants récents ont été la cible de la colère, notamment de la part d'autres communautés ouvrières et des diasporas sud-asiatiques établies. Plutôt que de simplement déplorer la répression à l'encontre des étudiants, cette situation offre de nouvelles possibilités d'organisation et de solidarité interraciale entre les classes ouvrières.

En mettant l'accent sur la position sociale des étudiants internationaux plutôt que sur leur statut d'étudiants, on les inscrit dans une perspective historique plus large de la main-d'œuvre migrante, ce qui permet de tracer des voies parallèles à celles des travailleurs racialisés et non racialisés. Alors que les emplois précaires et le capital transnational se disputent une main-d'œuvre moins chère et des conditions plus précaires, cela ouvre de nouvelles voies de lutte qui ne dépendent pas uniquement des circonstances exceptionnelles de la fermeture des universités ou de l'évolution des règles d'immigration. Cette réflexion critique permet de repenser ce qui est inévitablement nécessaire pour faire face à l'hégémonie toujours croissante des entreprises et aux programmes d'austérité : la réinvention des luttes syndicales et la construction d'une organisation collective de la classe ouvrière.

Recul sur la cible climatique : Le bilan climatique du gouvernement s’écroule, déplorent des organisations environnementales

27 janvier, par Collectif — , ,
Plusieurs organisations environnementales dénoncent le recul du gouvernement sur la cible climatique, qui va à l'encontre autant du consensus exprimé lors des consultations de (…)

Plusieurs organisations environnementales dénoncent le recul du gouvernement sur la cible climatique, qui va à l'encontre autant du consensus exprimé lors des consultations de l'Assemblée nationale que des recommandations scientifiques. Le milieu environnemental appelle toutes les formations politiques à renouer avec la responsabilité climatique et estime qu'un changement de cap est nécessaire afin de maintenir le leadership québécois en environnement.

« La crédibilité du gouvernement actuel en environnement s'écroule. Au printemps dernier, nous avons salué sa défense du marché du carbone qui constitue un pilier de notre politique de lutte aux changements climatiques. Or le recul sur la cible climatique fragilise la base même du marché du carbone et compromet la confiance des acteurs économiques envers la gouvernance climatique du Québec. Il faut corriger d'extrême urgence ce signal incohérent et démobilisant », déclarent les organisations environnementales rassemblées.

Une décision irresponsable

Les groupes tiennent à rappeler qu'une révision à la baisse de nos cibles dans un contexte de crise climatique n'est pas pragmatique. C'est une décision irresponsable qui amplifie le fardeau sur les prochaines générations. Opposer l'environnement et l'économie est un réflexe d'un autre âge.

Les organisations rappellent que chaque fraction de degré supplémentaire entraînera des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents et dangereux, entraînant des risques graves sur la santé et la sécurité de la population, et des coûts exorbitants pour les générations futures. À l'instar du Groupe d'experts en adaptation aux changements climatiques et du Comité conseil sur les changements climatiques, les organisations rappellent qu'il n'y aura pas d'économie prospère dans un monde où la santé et la sécurité seront compromises par un climat imprévisible.

« Tous les voyants sont au rouge. Alors que tout indique qu'il est urgent d'augmenter l'ambition climatique du Québec et d'adopter des changements structurels pour y arriver, le gouvernement choisit de reculer. C'est ajouter de l'huile sur le feu pendant que la maison brûle », déplorent les groupes.

Un recul incompatible avec le respect de l'Accord de Paris

Rappelons que le ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a tenu des consultations sur la cible climatique à la fin de l'automne dernier, tel que prévu par la Loi québécoise sur l'environnement. Or la loi prévoit que cette cible « ne peut être inférieure à 37,5% ».

« Repousser cette cible de cinq ans, alors même que nous vivons déjà et payons déjà pour les conséquences des dérèglements climatiques, cela constitue un recul majeur et un renoncement à l'Accord de Paris, auquel le Québec s'est déclaré lié. D'ailleurs, il y a à peine quelques semaines, l'Assemblée nationale adoptait une motion transpartisane pour réaffirmer l'engagement du Québec envers cet accord fondamental », rappellent les organisations.

Appel aux partis politique et aspirants premier ministre

Le milieu environnemental appelle chaque formation politique et chaque personne aspirant à assumer le rôle de premier ministre à réaffirmer le leadership québécois en environnement.

« Rappelons que les Québécoises et les Québécois sont massivement favorables à une action climatique responsable. Sondage après sondage, plus de 80% de la population demande des actions climatiques plus ambitieuses. Au Québec, ce n'est pas en proposant des reculs environnementaux qu'on gagne ses élections », concluent les organisations.

Organisations signataires

Vivre en Ville

Nature Québec

SNAP Québec

Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE)

Regroupement national des Conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)

Équiterre

Fondation David Suzuki

Réseau action climat Canada

Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)

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Report de la cible de réduction des émissions de GES : Un recul dangereux qui continue de négliger l’apport de la mobilité durable

27 janvier, par Alliance TRANSIT — , ,
Dans un contexte où les impacts et les coûts des changements climatiques s'accélèrent, l'Alliance TRANSIT, dédiée au financement des transports collectifs au Québec, dénonce le (…)

Dans un contexte où les impacts et les coûts des changements climatiques s'accélèrent, l'Alliance TRANSIT, dédiée au financement des transports collectifs au Québec, dénonce le report de la cible de réduction de 37,5 % des gaz à effet de serre (GES) 2030 à 2035.

Un report des responsabilités dangereux

Le recul annoncé aujourd'hui contredit directement l'engagement pris par le Québec envers la communauté internationale lors de l'Accord de Paris. Rappelons que l'Assemblée nationale avait pourtant adopté une motion unanime réaffirmant que le Québec « demeure pleinement engagé à respecter et à promouvoir les principes et les objectifs de cet accord ».

  1. « Non seulement le gouvernement reporte ses responsabilités, mais il mine la crédibilité des efforts passés, présents et futurs. Il sera plus difficile de susciter l'adhésion de la population et des entreprises aux mesures à venir, alors qu'elles sont les plus cruciales. », déclare Samuel Pagé-Plouffe, porte-parole de l'Alliance TRANSIT.

Le transport collectif, un vecteur d'atteinte des cibles climatiques négligé

L'atteinte des objectifs aurait pourtant pu être accélérée par un investissement ambitieux dans la mobilité durable, qui constitue un levier efficace et rentable pour s'attaquer à la première source des émissions québécoises, le secteur des transports, toujours en croissance.

  1. « L'absence de cibles sectorielles et d'une feuille de route pour le transport n'inspire pas confiance pour l'atteinte des cibles, qu'elles soient en 2030 ou en 2035. Plus on se mobilise tôt pour investir en transport collectif et actif, plus tôt on arrivera à réduire nos émissions », affirme Myriam Nadeau, directrice générale du Réseau des centres d'expertise en mobilité (RCEM) et porte-parole de l'Alliance TRANSIT.

Il est important de rappeler que les investissements en mobilité durable, incluant les transports collectifs, sont rentables et qu'il n'est pas efficace de miser exclusivement sur l'électrification pour réduire les GES en transport. L'électrification des transports ne permet pas de réduire la demande énergétique, les distances véhiculaires engendrées par l'étalement urbain, de maximiser les retombées locales, de réduire la congestion routière ou de réduire les décès et blessures suite aux collisions.

Une approche cohérente en transports débute par la Politique de mobilité durable 2030, qui cible notamment une réduction de 37,5 % des GES à l'horizon 2030, et une réduction de 20 % de la part des déplacements effectués en auto solo. Cette politique est toutefois sans suite depuis le Plan d'action 2018-2023, qui prévoyait une bonification de l'offre de service de transport collectif de 5 % par année.

Consultez le mémoire de l'Alliance TRANSIT présenté le 27 novembre 2025 à la Commission des transports et de l'environnement dans le cadre des consultations sur la cible de réduction des émissions de GES du Québec.

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Le Front commun pour la transition énergétique lance des Dialogues sur l’avenir énergétique

27 janvier, par Front commun pour la transition énergétique — , ,
MONTRÉAL, le 14 janv. 2026 /CNW/ - Le Front commun pour la transition énergétique, avec des membres et partenaires réunis au sein de la Coalition large sur l'énergie, lance un (…)

MONTRÉAL, le 14 janv. 2026 /CNW/ - Le Front commun pour la transition énergétique, avec des membres et partenaires réunis au sein de la Coalition large sur l'énergie, lance un projet de Dialogues sur l'avenir énergétique pour entamer une démarche de dialogue social sur les questions de production et de consommation énergétiques. Ces rendez-vous se dérouleront sur trois journées dans les régions du Québec, dont la première édition se tiendra à Shawinigan le 1er février prochain.


Un déficit de dialogue démocratique

Depuis maintenant trois ans, un large éventail d'organisations de la société civile réclame l'ouverture d'un dialogue social sur l'avenir énergétique du Québec. Jusqu'ici, le gouvernement a répondu par des processus marqués par un manque de transparence, de prévisibilité et d'ouverture, qui n'ont jamais permis une réelle participation de la population ni une appropriation collective des enjeux.

Dernier exemple en date, la consultation en ligne lancée à la fin de 2025, alimentant les scénarios envisagés pour le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE), comporte plusieurs questions orientées et offre peu d'informations sur les conséquences des différents choix énergétiques. Elle présente également les différents scénarios de façon biaisée et permet à une personne d'y répondre plusieurs fois. À l'inverse, le FCTÉ et ses partenaires estiment essentiel de créer des espaces permettant des échanges approfondis, éclairés et démocratiques.

Un projet pour outiller, écouter et construire collectivement

Le projet des Dialogues vise à favoriser les échanges entre organisations de la société civile et citoyen•nes, afin d'informer, d'outiller et de recueillir les préoccupations et propositions de la population sur les enjeux énergétiques.

Cette démarche contribuera à formuler des recommandations dans l'objectif de promouvoir une planification énergétique à la fois socialement acceptable et climatiquement viable. Ces échanges donneront lieu à la rédaction et à la diffusion d'un rapport public présentant les recommandations issues des Dialogues.

Trois dates pour la tournée

Le projet se déploiera sous forme de trois journées de rencontres dans trois régions du Québec : la Mauricie, la Côte-Nord et le Bas-Saint-Laurent, afin de refléter la diversité énergétique du Québec et de discuter des enjeux locaux propres à chaque région.

Shawinigan, le dimanche 1er février, à la Maison de la culture Francis-Brisson.
Baie-Comeau, le dimanche 22 février (salle à confirmer).
Rimouski, le dimanche 15 mars, à La Station.

PGIRE : des choix énergétiques déterminants pour le Québec

Le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie doit prochainement rendre public son Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE), prévu par le projet de loi 69 devenu la loi 24.

Ce plan fixera les grandes orientations concernant la production et l'usage de l'énergie pour les prochaines décennies. Il s'agit d'un outil de planification structurant, dont les impacts seront majeurs sur notre capacité à répondre à la crise climatique et sur l'ensemble de la société québécoise. Un tel exercice ne peut se faire sans une participation démocratique réelle.

Comment sortir des énergies fossiles ? Quelle place pour la sobriété ? Quels sont les scénarios possibles ? Quelle place pour la démocratie dans les choix énergétiques ? L'énergie est souvent présentée comme un enjeu technique réservé aux expert•es. Pourtant, derrière la transition énergétique, c'est bien un choix de société qui se joue. Le FCTÉ invite la population à se joindre aux Dialogues pour réfléchir collectivement à l'avenir énergétique du Québec.

Le projet Dialogues est rendu possible grâce au soutien de la Fondation Familiale Trottier. Pour tous les détails et pour s'inscrire aux Dialogues sur l'avenir énergétique :https://www.pourlatransitionenergetique.org/dialogues-sur-lavenir-energetique/

Le Front commun pour la transition énergétique

Le Front commun pour la transition énergétique est une coalition d'environ 80 membres, née en 2015 de la volonté d'une trentaine de groupes citoyens et d'organisations environnementales de se concerter afin de combattre plus efficacement les projets d'exploration, d'exploitation et de transports des énergies fossiles. Nous travaillons à mettre en place une transition vers la carboneutralité porteuse de justice sociale au Québec.

SOURCE Front commun pour la transition énergétique

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Québec : la CSI solidaire des syndicats face à une offensive antisyndicale sans précédent

27 janvier, par Confédération Syndicale Internationale (CSI) — , ,
La Confédération syndicale internationale (CSI) exprime son plein et entier soutien aux syndicats au Québec confrontés à une série d'attaques graves contre les droits syndicaux (…)

La Confédération syndicale internationale (CSI) exprime son plein et entier soutien aux syndicats au Québec confrontés à une série d'attaques graves contre les droits syndicaux et la démocratie.

Tiré du site web de la CSI

Le mouvement syndical québécois fait face à une utilisation répétée et abusive du pouvoir législatif par le gouvernement du Québec, visant à affaiblir l'autonomie des organisations syndicales, à restreindre le droit de grève et à réduire les contre-pouvoirs essentiels dans une société démocratique.

Pour la CSI, ces mesures constituent une dérive autoritaire incompatible avec les engagements internationaux du Canada.

« Ce qui se passe aujourd'hui au Québec n'est pas une simple réforme technique : c'est une attaque frontale contre la liberté syndicale et la démocratie. »
Luc Triangle, secrétaire général de la CSI

« Partout dans le monde, nous voyons des gouvernements chercher à museler les syndicats pour affaiblir la capacité des travailleuses et des travailleurs à se défendre. La CSI se tient aux côtés des syndicats – la CSD, la CSN, la CSQ et la FTQ – pour défendre leurs droits fondamentaux. La CSI appelle le gouvernement du Québec à revenir sur ces mesures antisyndicales et à respecter pleinement les droits du travail, la liberté syndicale et la démocratie sociale. Elle réaffirme sa solidarité indéfectible avec les travailleuses et les travailleurs du Québec et leurs organisations représentatives. »

Les organisations syndicales québécoises dénoncent notamment :

les ingérences dans leur fonctionnement démocratique interne ;

les restrictions imposées à l'exercice du droit de grève, pilier du rapport de force légitime dans toute négociation collective.

Ces mesures vont à l'encontre des conventions fondamentales de l'Organisation internationale du Travail (OIT), que le Canada s'est engagé à respecter.

« Pour la CSI, le cas du Québec s'inscrit dans une tendance mondiale inquiétante : sous couvert de gouvernance, de sécurité ou d'efficacité économique, des gouvernements cherchent à affaiblir le syndicalisme, à criminaliser la mobilisation sociale et à restreindre les droits collectifs. Ces attaques visent directement la capacité des travailleuses et des travailleurs à participer pleinement à la vie démocratique. »

« Défendre les syndicats, c'est défendre la démocratie elle-même. »

« La CSI continuera de se mobiliser, y compris au niveau international, pour rappeler aux gouvernements leurs obligations et pour soutenir les syndicats qui résistent à ces offensives. La solidarité internationale est plus que jamais indispensable », ajoute Luc Triangle.

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La CSN publie son palmarès des pires employeurs du Québec

27 janvier, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Conflits de longue durée, absence de volonté de négocier sérieusement, usage de briseurs de grève, fermetures entraînant des milliers de pertes d'emplois : nombreux sont les (…)

Conflits de longue durée, absence de volonté de négocier sérieusement, usage de briseurs de grève, fermetures entraînant des milliers de pertes d'emplois : nombreux sont les gestes antisyndicaux qui ont ponctué l'année 2025, faisant reculer les droits des travailleuses et des travailleurs québécois. Voilà les raisons qui amènent la CSN à publier son palmarès annuel des pires employeurs du Québec.

22 décembre 2025
Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement

« Les pires employeurs sont ceux qui ne daignent même pas respecter le cadre légal des relations de travail que nous avons au Québec. Les pires boss sont ceux qui bafouent la liberté fondamentale de se syndiquer et de négocier collectivement pour améliorer ses conditions de travail. Sans oublier ceux qui, une fois au pouvoir, voudraient modifier les lois du travail à leur avantage », de déclarer la présidente de la CSN, Caroline Senneville.

La palme du pire employeur de l'année revient sans conteste à la multinationale Amazon. En représailles à la syndicalisation d'un premier centre de distribution au Canada, Amazon n'a pas hésité, le 22 janvier dernier, à fermer l'ensemble de ses entrepôts situés au Québec, entraînant la perte de plus de 4500 emplois. La multinationale doit aujourd'hui se défendre devant le Tribunal administratif du travail (TAT) à la suite de la contestation de ces fermetures par la CSN.

« Jour après jour, les audiences du procès nous apprennent comment Amazon, dès la syndicalisation des employé-es de l'entrepôt DXT4, a réorganisé l'ensemble de ses opérations au Québec afin d'annihiler toute présence syndicale. Un geste totalement condamnable qui a eu des répercussions sur des milliers de vies », affirme Caroline Senneville.

Les entreprises québécoises ne sont pas en reste, la compagnie Béton Provincial et les librairies Renaud-Bray se partageant les 2e et 3e positions du palmarès.

À peine six mois après avoir acquis les usines de LaSalle et Longueuil, Béton Provincial a mis ses 50 employés en lock-out le 5 décembre 2024, les privant de prestations d'assurance-emploi à l'aube de la saison morte. Alors que certains revendiquent jusqu'à 30 années de service à ces usines, les employés sont toujours dans la rue après plus d'un an et refusent les conditions exigées par l'entreprise d'André Bélanger : un gel salarial de quatre ans, l'abolition de leur régime de retraite et la révision à la baisse de leur assurance collective.

Le groupe Renaud-Bray, déjà sanctionné par le TAT pour négociation de mauvaise foi et usage de briseurs de grève, refuse toujours de négocier autre chose qu'un salaire fixé à 15 sous au-dessus du salaire minimum. En grève depuis plus d'un an, les employé-es des succursales Laurier Québec et des Galeries de la Capitale avaient rejeté, en juillet, les dernières offres de l'employeur après que celui-ci ait demandé au ministère du Travail d'ordonner un vote sur celles-ci. Depuis, l'employeur n'a pas daigné se représenter à la table de négociation, préférant envoyer un avis de fermeture pour la succursale des Galeries de la Capitale.


Les attaques aux lois du travail en trame de fond

En maintenant une position inflexible à la table de négociation pendant plus de 120 rencontres, la Société de transport de Montréal (STM) a amplement mérité sa présence au palmarès des pires employeurs du Québec.

« Nous avions prédit en début d'année que la révision des balises sur les services essentiels du ministre Boulet allait avoir un effet paralysant sur une multitude de négociations. La STM avait tout intérêt à jouer le calendrier : elle savait qu'une nouvelle loi allait entrer en vigueur ; elle est restée campée sur ses positions et refuse toujours de s'entendre avec l'ensemble de ses employé-es », fait valoir Caroline Senneville.

À titre d'employeur, le gouvernement du Québec se hisse aussi parmi les pires du Québec.

« Que ce soit en services préhospitaliers, en milieu correctionnel ou à l'aide juridique, des milliers de travailleuses et de travailleurs n'ont eu aucune augmentation de salaire depuis 2022 : le gouvernement n'a aucune raison valable de laisser traîner ces négociations. Il n'y a aucune raison non plus que des milliers de travailleuses du réseau de la santé et des services sociaux ne reçoivent toujours pas les primes qui ont été négociées il y a maintenant deux ans », ajoute-t-elle.

En matière de santé et sécurité du travail, le ministre Boulet s'est encore une fois démarqué au cours de l'année en retirant, au sein des réseaux de santé, de services sociaux et d'éducation, les mécanismes de prévention pourtant prévus pour l'ensemble des travailleuses et travailleurs québécois. Sans parler de sa responsabilité directe dans le recul des droits des travailleuses et des travailleurs par l'entremise de la loi 14 et du projet de loi 3.

Fondée en 1921, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) regroupe 330 000 travailleuses et travailleurs des secteurs public et privé, et ce, dans l'ensemble des régions du Québec et ailleurs au Canada.

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Le SPGQ dénonce la microgestion du Secrétariat du Conseil du trésor

27 janvier, par Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) — , ,
Québec, le 22 janvier 2026 — À quelques jours de l'entrée en vigueur de la réduction du télétravail à deux jours par semaine dans la fonction publique, le personnel (…)

Québec, le 22 janvier 2026 — À quelques jours de l'entrée en vigueur de la réduction du télétravail à deux jours par semaine dans la fonction publique, le personnel professionnel de l'État s'est prononcé à 93 % contre cette mesure, annonce le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Le vote s'est déroulé du 14 au 21 janvier et le taux de participation était de 82 %.

« C'est un message clair d'insatisfaction quant à la décision annoncée par l'employeur avant même d'avoir consulté son personnel. Le retrait d'une journée en télétravail est un choix idéologique qui va à l'encontre des données publiées par le Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) lui-même dans son bilan de la politique-cadre. On va envoyer notre monde perdre du temps dans le transport sans réelle plus-value », juge Guillaume Bouvrette, président du SPGQ.

Élargissement aux organisations parapubliques

Et comme si ce n'était pas suffisant, le SCT a annoncé son intention d'imposer sa vision aux organisations parapubliques. « Le gouvernement crée des agences, les confie à des Top Guns et des conseils d'administration coûteux, supposément pour assurer une meilleure gestion, puis il passe par-dessus la tête de tout ce beau monde pour se mêler de la gestion des ressources humaines. C'est totalement absurde ! Le SCT fait de la microgestion », dénonce M. Bouvrette.

Pourtant, le bilan de la politique-cadre du SCT concluait que le télétravail hybride tel que vécu par le personnel de la fonction publique satisfaisait les hauts dirigeants. Il précise également que ce mode de travail comporte de nombreux avantages : diminution des dépenses, attractivité du milieu de travail, réduction de l'absentéisme en assurance-traitement, etc.

Arguments insensés

Le gouvernement n'a avancé aucune donnée probante pour expliquer son changement de cap. Dans lemémoire qu'il a remis au SCT, le SPGQ a donc fourni plusieurs faits pour alimenter sa réflexion.

Productivité : « selon les études les plus robustes publiées ces dernières années, un mode de travail hybride semble avoir un impact neutre (ou légèrement positif) sur la productivité », peut-on lire dans le bilan de la politique-cadre sur le télétravail du gouvernement. Le même document signale que « la majorité des gestionnaires estime que l'efficacité de leur équipe n'est pas influencée par le mode d'organisation du travail (58 %), alors qu'un peu plus du quart (27 %) considère que le télétravail améliore l'efficacité de leurs employés. » De plus, chez Revenu Québec, les indicateurs de performance montrent une amélioration soutenue des résultats au cours des dernières années, incluant les périodes où le télétravail et le mode hybride étaient largement implantés. L'absentéisme a aussi diminué au cours de la même période. « Pourquoi le SCT s'obstine-t-il à réparer quelque chose qui n'est pas brisé ? Pour faire plaisir aux chambres de commerces ? », questionne M. Bouvrette.

Fatigue numérique : le travail à l'écran se poursuit au bureau, rappelle le SPGQ dans son mémoire. De plus, le bilan du gouvernement ne fait mention de la fatigue numérique qu'à une seule reprise et il s'agit d'un commentaire des cadres qui relatent un temps trop court entre les réunions et une difficulté à se déconnecter. Cela ne semble pas un problème.

Absentéisme : la majorité des études suggèrent que le télétravail contribue à la réduction de l'absentéisme en augmentant la flexibilité au travail, selon un article scientifique rédigé par des universitaires québécois dans Frontiers in Public Health. « Les données du SCT lui-même ne montrent aucune augmentation jusqu'en 2023-2024. Ensuite, les chiffres sont indisponibles, mais s'il devait y avoir une hausse, elle serait plutôt attribuable à la surcharge qui découle du gel des embauches et des abolitions de postes », note M. Bouvrette.

La clé : la flexibilité

Dès 2022, les recherches menées auprès du personnel professionnel montrent que l'enjeu central est le degré de flexibilité et la valeur ajoutée du travail accompli dans les bureaux de l'employeur. « La réduction des espaces de travail, conjuguée à une présence trois jours par semaine, entraînera la perte de flexibilité, tout simplement parce qu'il va manquer de place certains jours. Ce manque de flexibilité était déjà au cœur des insatisfactions du personnel avant même la nouvelle mesure. Si une personne doit travailler à la rédaction d'un rapport, par exemple, n'est-elle pas mieux dans le calme chez elle que dans un espace partagé cacophonique ? Ne serait-il pas logique de se rendre au bureau pour des réunions d'équipe pertinentes ou faire du travail collaboratif, plutôt que pour faire des rencontres en visioconférence ? C'est le genre de réflexion que de nombreux gestionnaires ne font pas, à l'heure actuelle », constate M. Bouvrette.

Source
Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec

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Le Congrès du travail du Canada lance une nouvelle série de webinaires : Les enjeux et vous

27 janvier, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
Le Congrès du travail du Canada (CTC) lance une nouvelle série de webinaires en 2026, Les enjeux et vous, conçue pour approfondir la compréhension des travailleuses et (…)

Le Congrès du travail du Canada (CTC) lance une nouvelle série de webinaires en 2026, Les enjeux et vous, conçue pour approfondir la compréhension des travailleuses et travailleurs quant aux enjeux qui façonnent nos vies, nos syndicats et le mouvement syndical en général.

Cette série explorera les principaux défis auxquels sont confrontés les travailleuses et travailleurs — des combats que mènent les syndicats aujourd'hui, aux tendances mondiales touchant les travailleuses et travailleurs, en passant par ce que l'avenir réservera au mouvement syndical. Chaque session mettra en vedette des experts et des leaders du CTC partageant leurs opinions et analyses sur les enjeux qui importent le plus pour les travailleuses et travailleurs.

Le premier webinaire de la série portera sur la crise actuelle de la sécurité des retraites.

Les enjeux et vous : La crise de la sécurité des retraites actuelle

Mercredi 21 janvier 2026

13 h à 14 h, HE

Les personnes y participant écouteront Chris Roberts, directeur national du Service des politiques sociales et économiques du CTC et expert interne en matière de pensions et de sécurité des retraites. Le webinaire examinera pourquoi l'insécurité à la retraite demeure un obstacle majeur pour les travailleuses et travailleurs, même dix ans après la bonification du Régime de pensions du Canada (RPC), et ce que cela signifie pour eux actuellement.

Ce webinaire se déroulera en anglais, avec interprétation simultanée en français.

Inscrivez-vous ici

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Craignant l’appropriation israélienne, la Palestine soumet 14 sites à l’UNESCO

27 janvier, par Mohammad Mansour — , ,
L'Autorité palestinienne soumet des dossiers concernant le centre historique de Gaza et des sites emblématiques de Cisjordanie à la liste du patrimoine mondial des Nations (…)

L'Autorité palestinienne soumet des dossiers concernant le centre historique de Gaza et des sites emblématiques de Cisjordanie à la liste du patrimoine mondial des Nations unies, dans le but de protéger son patrimoine culturel contre les attaques et l'appropriation israéliennes.

Tiré d'Agence médias Palestine.

Pour les Palestinien·nes, préserver leurs terres et leur patrimoine, occupés par Israël depuis 1948, est devenu une priorité nationale. L'Autorité palestinienne a officiellement entrepris d'inscrire 14 nouveaux sites culturels et naturels sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO afin de protéger ses sites culturels et historiques contre l'appropriation et les attaques israéliennes.

  1. « La Palestine n'est pas seulement un espace de conflit politique, mais une civilisation enracinée dans l'histoire de l'humanité », a déclaré Marwa Adwan, directrice générale par intérim du patrimoine mondial au ministère palestinien du Tourisme, à Al Jazeera.

« La Palestine n'est pas seulement un espace de conflit politique, mais une civilisation enracinée dans l'histoire de l'humanité »

« Cette diversité est la réponse la plus forte aux tentatives de monopolisation du récit historique », a-t-elle déclaré, faisant référence aux tentatives israéliennes d'appropriation des symboles de la culture et de l'histoire palestiniennes.

La candidature annoncée par le ministère du Tourisme et des Antiquités le 1er janvier vise à obtenir la reconnaissance internationale des sites patrimoniaux menacés de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza, qui ont été dévastés par la guerre génocidaire menée par Israël. Plus de 200 sites historiques ont été détruits par les bombardements israéliens dans ce que les experts ont qualifié de « génocide culturel ».

La nouvelle liste porte à 24 le nombre total de sites palestiniens inscrits sur la liste indicative, couvrant une vaste période allant des cités-États cananéennes datant de 3 000 avant J.-C. au centre historique de Gaza.

Les 14 sites proposés

Le ministère du Tourisme et des Antiquités a confirmé la liste complète des sites proposés à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). La liste comprend des grottes préhistoriques, des itinéraires religieux et des œuvres d'architecture moderne. Les sites sont les suivants :

Le centre historique de Gaza, y compris la Grande Mosquée Omari et l'église Saint-Porphyre

L'église byzantine de Jabalia (Mukheitim)

Les cités-États cananéennes

La ville historique de Naplouse et ses environs

Les miracles de Jésus-Christ en Palestine

Les monastères du désert de Jérusalem (El-Bariyah)

Maqamat (sanctuaires) en Palestine

Système d'approvisionnement en eau de Jérusalem Qanat es-Sabeel

Jabal al-Fureidis / Hérodium

La vallée du Bas-Jordán

Palais archéologiques de Tulul Abu el-‘Alayiq

Paysage culturel des grottes préhistoriques de Wadi Kharitoun

Grottes d'habitation (Al-Maghayir) de Palestine

Architecture moderne en Palestine

Sauvegarder l'histoire de Gaza

Un élément crucial de cette candidature est la protection du patrimoine de Gaza, qui a subi des destructions catastrophiques pendant la guerre génocidaire menée par Israël. La liste comprend la Grande Mosquée Omari, construite il y a près de 1 400 ans, et l'église Saint-Porphyre, toutes deux prises pour cible lors des bombardements israéliens. L'église grecque orthodoxe a été construite en 425.

Mme Adwan a décrit cette initiative comme une étape stratégique pour « l'après-guerre ».

  1. « L'inscription de sites tels que la Grande Mosquée Omari […] constitue une première reconnaissance internationale de leur valeur universelle et de la nécessité urgente de les protéger », a-t-elle expliqué.

« Nous comptons sur l'UNESCO non seulement pour le financement, mais aussi pour documenter les dégâts comme source juridique internationale afin de préserver nos droits culturels. »

« Le patrimoine est un pont »

Cette initiative a suscité une vive réaction de la part du gouvernement israélien, en particulier en ce qui concerne les sites situés dans la zone C de la Cisjordanie, tels que Herodium (Jabal al-Fureidis), qui est sous contrôle militaire israélien total. La zone C représente plus de 60 % de la Cisjordanie.

Selon la chaîne israélienne Channel 14, le ministre israélien du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a envoyé mardi une lettre urgente au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qualifiant l'initiative palestinienne de « terrorisme archéologique ».

Eliyahu a exigé la création d'un groupe de travail gouvernemental pour bloquer cette initiative, arguant qu'il s'agit d'un « terrain stratégique pour un combat politique » visant à s'emparer de sites « d'importance historique pour les Juifs ».

« L'absence de réponse sera interprétée sur la scène internationale comme une acceptation tacite », a averti Eliyahu, affirmant que cette initiative est le prélude à des « ingérences juridiques internationales ».

Israël a été accusé d'effacer le patrimoine culturel palestinien et d'utiliser l'archéologie comme une arme pour s'approprier les terres palestiniennes. L'État hébreu a déclaré des dizaines de sites archéologiques palestiniens en Cisjordanie occupée comme « sites du patrimoine israélien » afin de s'emparer des terres palestiniennes et de consolider son occupation.

En septembre 2024, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution demandant à Israël de mettre fin à son occupation de la Palestine dans un délai d'un an. Cette résolution fait suite à la décision de la Cour internationale de justice qui a jugé illégale l'occupation israélienne des territoires palestiniens.

Les responsables palestiniens ont rejeté la version israélienne.

« Le patrimoine n'est pas une arme, mais un pont », a déclaré Mme Adwan à Al Jazeera. « Tenter de lier le patrimoine à la sécurité ou le qualifier de « terrorisme » est une déformation intentionnelle. »

Elle a précisé que les dossiers avaient été sélectionnés sur la base de critères techniques afin de mettre en valeur la diversité religieuse et culturelle de la Palestine, notamment l'itinéraire des « Miracles de Jésus » et les monastères du désert de Jérusalem (El-Bariyah).

  1. « Cela reflète un pluralisme culturel et religieux rare qui doit être préservé pour le bien de l'humanité tout entière », a ajouté Mme Adwan.

Rupture des liens avec l'ONU

La controverse sur le patrimoine survient alors qu'Israël s'apprête à rompre complètement ses relations avec le système des Nations Unies.

Lundi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a annoncé qu'Israël « romprait immédiatement tout contact » avec plusieurs agences de l'ONU, notamment ONU Femmes et le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, invoquant un « parti pris anti-israélien ».

L'année dernière, Israël a expulsé l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), considéré comme une bouée de sauvetage pour les Palestinien·nes des territoires occupés ainsi que pour les réfugié·es palestinien·nes accueillis dans les pays voisins. Plus de 750 000 Palestinien·nes ont été chassé·nes de leur terre natale à la suite du nettoyage ethnique qui a précédé la création d'Israël en 1948.

Cette décision fait suite à la récente décision de l'administration du président américain Donald Trump de se retirer de l'UNESCO pour la deuxième fois. Les États-Unis, l'allié régional le plus proche d'Israël, ont également coupé leurs fonds à l'UNRWA.

Malgré le climat diplomatique hostile, Mme Adwan a insisté sur le fait que la requête palestinienne était un « droit souverain ».

« Ce n'est pas une course contre la montre », a-t-elle déclaré, faisant référence à l'expansion des colonies israéliennes. « Il s'agit d'une mesure stratégique visant à intégrer ces sites dans des plans de protection avant qu'il ne soit trop tard.


Traduction : LD pour l'Agence Média Palestine

Source : Al Jazeera

7es Rencontres écosocialistes internationales à Bruxelles, du 15 au 17 mai 2026

Dans une période où la survie de l'humanité est en jeu, nous avons besoin d'un mouvement qui propose à nouveau une alternative porteuse d'espoir, face à l'extrême droite et au (…)

Dans une période où la survie de l'humanité est en jeu, nous avons besoin d'un mouvement qui propose à nouveau une alternative porteuse d'espoir, face à l'extrême droite et au néolibéralisme. C'est pourquoi nous appelons toutes celles et tous ceux qui luttent pour la dignité humaine et pour une alternative au capitalisme destructeur à se réunir à Bruxelles du 15 au 17 mai 2026, pour les 7es Rencontres écosocialistes internationales.

17 janvier 2026 | Tiré de Inprecor
https://inprecor.fr/7es-rencontres-ecosocialistes-internationales-bruxelles-du-15-au-17-mai-2026

Plus d'un siècle après l'alternative posée par Rosa Luxemburg « socialisme ou barbarie ? », la nouvelle donne du capitalisme extractiviste pousse l'humanité au bord du précipice avec une nouvelle équation : « Écosocialisme ou barbarie ».

Sept des neuf seuils de dangerosité qui conditionnent l'existence de notre espèce sur la Terre ont été dépassés : le changement climatique, l'intégrité de la biosphère, les changements d'usage des sols, le cycle de l'eau douce, les cycles biogéochimiques, les nouvelles pollutions chimiques, et le septième, l'acidification des océans, a été dépassé en 2025. En seulement quatre ans, la Terre a officiellement dépassé quatre de ces neuf seuils de dangerosité.

Concrètement, nous vivons déjà les premières années d'un nouveau climat plus dangereux. Chaque année, un nouveau record est battu en matière d'augmentation de la température mondiale. Chaque année, les catastrophes climatiques se multiplient à travers le monde. Les COP sur la biodiversité sont paralysées ; la destruction et la disparition des espèces se poursuivent.

Cette dégringolade n'est pas un effet naturel de « la Terre », mais le résultat d'une course au profit de plus en plus exacerbée, de la fuite en avant destructrice vers le « produire toujours plus » au détriment des êtres humains et de la nature.

Le soi-disant « capitalisme vert » est une supercherie qui sert de prétexte aux politiques néocoloniales et d'austérité des gouvernements néolibéraux, tandis que les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter. Il n'y a pas d'issue digne de ce nom sans rupture avec la logique de croissance destructrice inhérente au capital. Le temps de l'action ne peut tarder, le train fou du capitalisme doit être arrêté par la révolution écosocialiste.

L'agenda néolibéral, imposé au nom de la « rigueur budgétaire » et du remboursement des dettes publiques contractées auprès des marchés financiers, est aujourd'hui plus que jamais synonyme de destruction de l'État-providence, de catastrophe écologique et climatique et de transfert massif des richesses du Sud global vers le Nord, et des classes populaires vers les classes capitalistes. Cette logique empêche toute perspective de redistribution des richesses, indispensable pour réaliser les investissements cruciaux pour la justice sociale et la bifurcation écologique.

Inondations, sécheresses, incendies, températures invivables… Les phénomènes climatiques extrêmes, de plus en plus nombreux, violents et meurtriers, touchent en premier lieu les populations les plus appauvries de la planète, celles du Sud global, et en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées, surtout les personnes racialisées et indigènes.

La logique extractiviste exploite tant les corps que les territoires, menace les droits des travailleurs et travailleuses, aggrave la précarité des relations de travail, et la violence de genre va de pair avec la violence des propriétaires terriens, des grandes entreprises et des gouvernements contre les populations qui résistent à cette logique, parmi lesquelles les populations indigènes et les femmes, qui sont souvent en première ligne de la résistance.

Ces phénomènes, ajoutés au changement d'affectation des sols dans une logique de spoliation et d'accumulation de capital, d'urbanisation pour quelques-uns, génèrent des déplacements forcés de communautés paysannes et indigènes, poussant des millions de personnes à une migration forcée à travers le monde pour des raisons environnementales. Les gouvernements des pays riches soutiennent le développement de fausses solutions, le greenwashing et la fuite en avant technologique, tandis que l'extrême droite défend ouvertement le climato-négationnisme.

Organiser la résistance et faire converger nos luttes

Face à tout cela, il est indispensable d'organiser la résistance et la contre-attaque, en faisant converger nos luttes : écosocialistes, territoriales et décoloniales, luttes écosyndicales, pour la justice climatique, luttes écoféministes, anti-extractivistes… Mais aussi mettre en commun nos analyses, nos recherches et nos expériences, afin de construire une perspective écosocialiste et anticapitaliste, à l'échelle internationale, qui nous permette de reprendre l'initiative dans la construction d'une société plus juste qui place la vie au centre.

C'est dans cet objectif que la 2e Rencontre écosocialiste latino-américaine et caribéenne a eu lieu à Belém (Brésil) du 8 au 11 novembre 2025, à l'occasion de la COP30 et en réponse à l'impasse dans laquelle se trouvent les COP depuis des décennies. Cette rencontre a remporté un franc succès grâce à la participation et aux secteurs représentés, parmi lesquels des personnes afrodescendantes, des peuples originels d'Amazonie, des militant·es pour la défense de leurs territoires, des coalitions contre l'extractivisme, des paysan·nes sans terre, des militant·es politiques… Leurs propositions, leurs regards décolonisés depuis le Sud global, leurs alternatives écosocialistes enracinées dans leurs territoires et leurs luttes, seront fondamentales pour la construction de nos 7e Rencontres internationales, tout comme les conclusions et les résolutions des Rencontres précédentes.

Depuis 2014, le Réseau des Rencontres Écosocialistes s'est réuni sur deux continents et dans cinq pays différents. Après Buenos Aires (Argentine) en 2024, les 7e Rencontres auront lieu à Bruxelles en 2026 et seront l'occasion de réunir des organisations, des collectifs et des mouvements syndicaux, politiques, féministes, décoloniaux, de personnes migrantes, de chercheur·ses… de plusieurs continents, notamment d'Europe, d'Amérique latine et d'Afrique.

Face aux forces destructrices du capital, face à l'extrême droite, face aux politiques de réarmement généralisé et à l'augmentation des dépenses militaires, tant au sein de l'Union européenne et de l'OTAN qu'en Chine, en Russie et ailleurs, face aux guerres impérialistes menées par les États-Unis contre les peuples du monde, par la Russie en Ukraine, et face au génocide perpétré par Israël en Palestine, opposons la réponse des peuples, de celles et ceux qui font tourner le monde par leur travail, en prenant soin des êtres humains et des écosystèmes.

Face à la barbarie, rompons avec le capitalisme, opposons-lui la solidarité internationaliste et un projet de société écosocialiste.

Rendez-vous à Bruxelles du 15 au 17 mai 2026 !

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Les artisans de l’interculturel - Pratiques et approches des organismes communautaires de Montréal // En librairie le 23 février

27 janvier, par Ariane Le Moing — , ,
(Nous publions le tout début de l'introduction de celivre. pour vou saider à mieux en cerner le contenu.PTAG) Depuis l'intensification des flux migratoires dans la plupart (…)

(Nous publions le tout début de l'introduction de celivre. pour vou saider à mieux en cerner le contenu.PTAG)

Depuis l'intensification des flux migratoires dans la plupart des sociétés, nombreux sont les chercheurs en sciences humaines et sociales qui s'intéressent aux transformations culturelles et à l'hybridation des identités « selon des processus multiples, à l'articulation du local et du planétaire » (Wieviorka, 2007, 15). Dans des sociétés démocratiques libérales dites
multiculturelles, le phénomène particulier de revendications identitaires, tant du côté de la majorité que des minorités, traduit souvent une certaine tension entre un modèle de convergence des cultures et un modèle de reconnaissance et de valorisation des différences au sein de la société d'accueil (Sadjo Barry, 2023). C'est l'analyse de ce phénomène, particu
lièrement observable au Canada, qui marque le point de départ de notre réflexion. Le Canada est un pays d'immigration qui, depuis la création de la Confédération en 1867, a cherché activement à attirer des familles et des individus prêts à s'installer sur son territoire (Frozzini, 2022).

Depuis plus de vingt ans, par une démarche nourrie par la sociologie et les sciences politiques, nous avons porté une attention particulière aux relations entre les deux groupes majoritaires canadiens d'expression anglaise et française, d'une part, et, de l'autre, les minorités ethnoculturelles, issues d'une immigration plus ou moins ancienne, et les groupes
racisés (ou minorités visibles1). Nous nous sommes aussi intéressée aux 10 Les artisans de l'interculturel politiques d'aménagement de la diversité culturelle mises en place dès les
années 1970 et régulièrement contestées dans les discours médiatiques et scientifiques contemporains. Si le multiculturalisme canadien a façonné l'identité nationale sur le principe actif de l'unité dans la diversité et vise en premier la reconnaissance de droits différenciés des minorités, l'interculturalisme québécois, de son côté, « s'efforce de concilier la diversité
ethnoculturelle avec la continuité du noyau francophone et la préservation
du lien social
» (Bouchard et Taylor, 2008, 42).

Note
1. Selon la Loi sur l'équité en matière d'emploi fédérale, les « minorités visibles » sont définies comme « les personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n'ont pas la peau blanche ». Lors de son dernier recensement en 2021, Statistique Canada utilisait le concept de population « racisée », directement dérivé de la variable « groupe de minorités visibles », afin de mieux rendre compte de la diversité au sein de la population canadienne et des expériences de racisme et de discrimination vécues par ces groupes.

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Malmenées, maltraitées, ménopausées

27 janvier, par Éditions Hamac — , ,
Un collectif sous la direction de Martine Delvaux et Esther Laforce En librairie le 10 février 2026 Un recueil puissant où des femmes partagent, sans filtre, leurs vécus (…)

Un collectif sous la direction de
Martine Delvaux et Esther Laforce
En librairie le 10 février 2026

Un recueil puissant où des femmes partagent, sans filtre, leurs vécus de la ménopause et du vieillissement.

Ce collectif fait résonner des voix situées tout au bord ou en plein cœur de la ménopause, des voix qui l'ont traversée ou qui ne la traverseront jamais. Si son nom désigne plus strictement l'arrêt (progressif ou accompli, prématuré ou tardif) des règles, la ménopause est, surtout, une période-clé des changements liés au corps féminin vieillissant et à sa place dans la société. Ce collectif fait entendre une pluralité de voix d'écrivaines autour du vieillir au féminin, des femmes dont l'écriture arrive au bout de leur sang.

Avec des textes de Mélikah Abdelmoumen, Marie Célie Agnant, Anita Anand, Pascale Cormier, Véronique Cyr, Martine Delvaux, Lynda Dion, Yara El-Ghadban, Esther Laforce, Claudia Larochelle, Catherine Mavrikakis, Pénélope McQuade, Pascale Navarro, Virginia Pesemapeo Bordeleau, Anne Peyrouse, Monique Régimbald-Zeiber, Ching Selao et Marie-Ève Sévigny.

La co-directrice

Romancière et essayiste féministe, Martine Delvaux est l'autrice de nombreux ouvrages parmi lesquels Blanc dehors, Le monde est à toi, Thelma, Louise & moi et Pompières et pyromanes. Son essai Le boys club a remporté le Grand Prix du livre de Montréal. Son ouvrage Ça aurait pu être un film a été en sélection, en France, pour le Prix Médicis du meilleur essai. Il a aussi été finaliste pour le prix Janette Bertrand. Son dernier livre, en librairie en septembre 2025, s'intitule : Il faut beaucoup aimer les femmes qui pleurent.

La co-directrice

Esther Laforce prépare une thèse de doctorat sur la mémoire des chasses aux sorcières et la figure de la femme silencieuse dans les écodystopies féministes. Elle a publié deux romans, Aux premiers temps de l'Anthropocène et Tombée, ainsi qu'un essai, Occuper les distances, finaliste au Prix du Gouverneur général.

Extrait - Au bout de notre sang

« Or, je n'avais jamais pu écrire sur l'obsolescence programmée des femmes. Jamais avant aujourd'hui. Jamais avant de réaliser ma propre désuétude, à quelques jours du douzième anniversaire de ma fille, l'approche imminente de ses premières règles et l'absence des miennes depuis bientôt une année complète. »

« M'accrocher donc. M'accrocher et laver mes craintes, mes chaleurs, ma colère, mes peines, sûre d'y d'abandonner dans un sillage salvateur mes attentes impossibles de performance, d'être vue et désirable encore. »

« S'ACCROCHER ou l'année du poisson » - Claudia Larochelle

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Comptes rendus de lecture du mardi 27 janvier 2026

27 janvier, par Bruno Marquis — ,
Les Animaux dénaturés Vercors En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s'est joint un journaliste cherche le fameux « chaînon manquant » dans l'évolution du (…)

Les Animaux dénaturés
Vercors

En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s'est joint un journaliste cherche le fameux « chaînon manquant » dans l'évolution du singe à l'homme. En fait de fossiles, ils trouvent une colonie bien vivante. Une colonie de quadrumanes, donc de singes. Mais a-t-on jamais vue des singes troglodytes ? Enterrant leurs morts ? Vercors, de son vrai nom Jean Bruller, nous livre dans « Les Animaux dénaturés » une œuvre qui soulève d'importantes questions éthiques. Une des meilleures œuvres dans le genre, avec « La Planète des singes » de Pierre Boulle.

Extrait :

Le Vatican demeura muet. L'archevêque, dans une lettre que l'on jugea embarrassée, répondit « que cette affaire soulevait en effet un grave problème qui devait préoccuper et rendre perplexes toutes les consciences chrétiennes ; mais que, d'après ses informations, la nature des tropis allait sans doute constituer un important facteur dans un procès en cours ; et qu'ainsi, la chose étant subjudice, il sera certainement déplacé d'exprimer une opinion à son sujet ».

La lueur d'une bougie
Normand Baillargeon

La bougie dont il est question dans ce livre, c'est la raison. C'est un outil modeste, et elle ne serait sans doute à elle seule capable de résoudre tous nos problèmes, mais c'est ce que nous avons de plus précieux. Bien des voix voudraient nous y faire renoncer, mais succomber à ces sirènes serait aussi renoncer à l'idéal démocratique et livrer nos sociétés, nos enfants, notre avenir, aux forces obscures et à la barbarie… Excellent et nécessaire petit livre !

Extrait :

À propos du rationalisme et de la démocratie, je veux essentiellement montrer deux choses. La première c'est que les idées de raison et de rationalité sont présupposées par cette conception du politique qu'on appelle démocratie. La deuxième, c'est que la montée d'un fort courant d'irrationalisme dans nos sociétés est un phénomène d'autant plus troublant et lourd de déplorables impacts sur l'idéal démocratique qu'il s'accompagne d'une dénaturation profonde de certaines institutions responsables de la formation du citoyen.

Les anciens Canadiens
Philippe Aubert de Gaspé

C'est l'un des premiers romans québécois et un classique de notre littérature. Il a été publié en 1863 et se déroule aux environs de la Conquête, en 1759. Philippe Aubert de Gaspé y brosse un tableau des mœurs de l'époque et transmet aux futures générations la mémoire d'un mode de vie en voie de disparition. Le succès du roman a été immédiat et ne se démentira pas par la suite. C'est un roman historique que j'ai aimé du début à la fin.

Extrait :

Le capitaine Marcheterre, vieux marin aux formes athlétiques, à la verte allure, malgré son âge, s'en retournait vers la brume à son village de Saint-Thomas, lorsqu'il entendit, sur la rivière, un bruit semblable à celui d'un corps pesant qui tombe à l'eau ; et aussitôt après les gémissements, les cris plaintifs d'un homme qui appelait au secours. C'était un habitant téméraire, nommé Dumais, qui, croyant encore solide la glace, assez mauvaise déjà, qu'il avait passée la veille, s'y était aventuré de nouveau, avec cheval et voiture, à environ une douzaine d'arpents au sud-ouest du bourg. La glace s'était effondrée si subitement, que cheval et voiture avaient disparu sous l'eau. Le malheureux Dumais, homme d'ailleurs d'une agilité remarquable, avait bien eu le temps de sauter du traîneau sur une glace plus forte, mais le bond prodigieux qu'il fit pour échapper à une mort inévitable, joint à la pesanteur de son corps, lui devint fatal : un de ses pieds s'étant enfoncé dans une crevasse, il eut le malheur de se casser une jambe, qui se rompit au-dessus de la cheville, comme un tube de verre.

Les enfances de Fanny
Louis Dantin

Ce roman représente un cas unique dans les lettres québécoises. C'est un roman « américain », écrit en français, par un Canadien français volontairement exilé à Boston, et qui traite de la vie des Noirs aux États-Unis au début du dernier siècle. Louis Dantin, de son vrai nom Eugène Seers, nous y rappelle de façon romancée sa liaison amoureuse avec Fanny, une Noire originaire du sud des États-Unis. « Les enfances de Fanny », avant d'être un roman sur la ségrégation raciale, en est un de fraternité entre les hommes.

Extrait :

Une vie secrète commença pour Fanny : une vie d'effort constant pour dissimuler ses pensées, pour conserver un air joyeux que démentait le fond de son âme. Chaque jeudi surtout l'agitait d'un nouveau tourment. Elle savait maintenant à quelle heure de l'après-midi Monsieur Lewis allait rejoindre Martha Bledsoe ; elle se les figurait marchant, les mains liées, sous la voûte des grands ormes. Quand son mari rentrait, elle observait sa mine allègre et un certain éclat allumé dans ses yeux. Mais ce qui l'affligeait surtout, c'était la fausseté dont il usait à son égard, et qu'il s'abaissât à se cacher d'elle. Si seulement il lui disait tout, elle aurait le courage ! Puis, quel danger pour lui dans ces entrevues clandestines ! Si d'autres que Charlie Ross les remarquaient ! Ce seraient les langues déchaînées, le déshonneur frappant toute la famille. Les jeudis devenaient pour elle des jours de souci obsédant.

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Nul match n’est un match nul !

27 janvier, par Mohamed Lotfi — ,
Des montagnes de commentaires suivront ce match rocambolesque entre le Maroc et le Sénégal. Chacun y ira de sa petite lecture. Son opinion. Son idéologie. Sa frustration ou sa (…)

Des montagnes de commentaires suivront ce match rocambolesque entre le Maroc et le Sénégal. Chacun y ira de sa petite lecture. Son opinion. Son idéologie. Sa frustration ou sa joie. Ce qui aurait dû rester un simple match de football, avec à la fin un gagnant et un perdant, se transformera en controverse. Beaucoup d'encre coulera. Beaucoup de mots. Beaucoup de certitudes aussi.

Cela n'aurait pas eu lieu si les règles du jeu en football avaient évolué au point de prendre en compte d'autres facteurs que le simple fait de marquer un but pour déterminer le vainqueur d'un match ? Mais si jamais cela arrive un jour, le football restera-t-il le sport le plus populaire au monde ? Donc, il y a dans les injustices du football, une part de nous. Toute la question : Savons-nous toujours l'assumer ?

Personnellement, je me garde une certaine retenue. Une petite gêne. Non par indifférence, mais pour ne pas tomber dans le piège. Le piège d'oublier que malgré les enjeux politiques, économiques, stratégiques et psychologiques qui gravitent autour de ces compétitions, cela demeure fondamentalement un jeu. Un jeu à notre image, humain, imparfait, chargé d'émotions, mais un jeu tout de même. À trop vouloir y projeter nos fractures, on finit par trahir ce qu'il est censé offrir. Un espace de rencontre.

Dans ce tumulte, un geste a tout remis à sa place. Celui du capitaine de l'équipe du Sénégal, Sadio Mane. Sur les conseils de Claude Le Roy, il a ramené ses joueurs sur le terrain, en disant simplement "On restera des hommes". Il a choisi la dignité plutôt que la colère. Il est allé à contre-courant de la décision de son entraîneur Pape Thiaw, qui avait ordonné aux joueurs de quitter le terrain. Ce geste-là, à lui seul, a rétabli l'esprit sportif. Il a rappelé que le football n'est pas seulement une affaire de résultats, mais aussi de valeurs. Cela a-t-il joué un rôle pour déstabiliser l'équipe de Hakimi ? À l'exception du moment du penalty où Diaz a perdu ses moyens, le reste de la rencontre, y compris la prolongation, à mon avis, a montré deux équipes qui ont joué leur survie et tout donné.

Sadio Mane a sans doute compris qu'en quittant le terrain, le Sénégal aurait perdu plus qu'une finale. Il aurait perdu quelque chose de plus précieux. Le respect de soi. La reconnaissance de l'adversaire. La mémoire d'un moment qui dépasse le score. Il aurait aussi perdu l'occasion de gagner parce que tout n'était pas joué.

Tout le reste appartient à la logique du jeu. Aux erreurs. Aux regrets. Aux occasions manquées. Le but raté de Brahim fait partie de cette vérité simple. Cela arrive. Le football est fait de ces instants fragiles où tout peut basculer.

Bravo aux gagnants. Ils ont su aller au bout d'eux-mêmes. Bravo aux perdants aussi, car ils ont gagné autre chose. Une leçon de tenue. Une preuve de grandeur. Ce soir-là, au-delà du résultat, le football a retrouvé ce qu'il a de plus beau. Sa capacité à rassembler sans effacer les différences. À faire de la rivalité un langage commun. À rappeler que même dans la défaite, on peut rester debout. Ensemble.

Deux nations, deux histoires, deux fiertés, mais une même pulsation. Celle d'un continent qui avance, qui se raconte, qui s'affirme. Dans cette finale, il n'y a pas véritablement de perdant. Il y a un peuple qui jubile et un autre qui sait que sa victoire viendra, reviendra. Il y a surtout une certitude tranquille. Lorsque l'Afrique joue, lorsqu'elle rêve ensemble, elle gagne déjà.

Je ne dirais jamais que les joueurs du Sénégal sont des sauvages, comme je l'ai lu dans un commentaire. Ce sont des hommes qui ont joué face à d'autres hommes avec comme supporteurs, des hommes et des femmes.

Il ne faut pas oublier que le monde va mal. En Palestine. En Iran. Et dans tant d'autres coins meurtris de la planète. Si un match, aussi important soit-il, nous offre un moment de répit, il ne devrait jamais nous faire perdre de vue l'essentiel. Même le jeu, dans ce contexte, devient symboliquement un acte de résistance. Une façon fragile mais réelle de tenir tête à tous les appétits impérialistes de ce monde, d'où qu'ils viennent.

Là où j'étais pour regarder le match, un bébé jouait. Il tournait le dos à l'écran. Indifférent au score. Étranger aux cris.

C'est lui que je regardais. C'est vers lui que toute mon attention s'est tournée. Dans son insouciance, il y avait quelque chose de plus fort que la victoire et plus grave que la défaite. Il y avait l'avenir.

Toutes mes prières lui étaient destinées. Pour qu'il gagne le match de sa vie. Celui qui se joue loin des stades. Celui où l'on apprend à rester humain dans un monde qui oublie trop souvent de l'être.

Mohamed Lotfi
18 Janvier 2026

https://www.facebook.com/mohamed.lotfi.90410/posts/pfbid02xN9j9bTV9tKcWr8Syg35xbJBPAHjnycq86tsBdzKBFPtwLAHbyMAzaXvdUpg6EwYl
Nul Match n'est un match nul ! Des m... - Mohamed Lotfi
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Quand Mark Carney se prend pour Václav Havel

27 janvier, par Mohamed Lotfi — , ,
À Davos, Mark Carney nous a presque fait croire à un miracle. Là, au milieu des banquiers et des chefs d'états, il cite Václav Havel, ce prisonnier de conscience qui défiait un (…)

À Davos, Mark Carney nous a presque fait croire à un miracle. Là, au milieu des banquiers et des chefs d'états, il cite Václav Havel, ce prisonnier de conscience qui défiait un système oppressif, et soudain, Carney devient prophète. « Chaque matin, le commerçant place une affiche dans sa vitrine : “Travailleurs du monde, unissez-vous.” Il n'y croit pas. Personne n'y croit. Mais il place l'affiche quand même pour éviter les ennuis… ». Un passage qui fait réfléchir sur le courage, la vérité et le mensonge, et voilà notre ancien gouverneur de la Banque du Canada en maître de la morale politique. Les applaudissements fusent, certains parlent même de discours révolutionnaire. On s'attend presque à ce que les foules descendent dans les rues.

Deux jours plus tard, la réalité nous rattrape. À la Citadelle de Québec, Carney réécrit l'histoire comme un étudiant stressé devant un examen. « Les plaines d'Abraham symbolisent un champ de bataille, et aussi le lieu où le Canada a commencé à faire le choix historique de privilégier l'adaptation plutôt que l'assimilation, le partenariat plutôt que la domination… » Oui, adaptation, partenariat, collaboration… Une vraie boîte à concepts marketing historique. Havel se retournerait dans sa tombe. Carney ne se prend plus pour Havel, mais pour Dunham, et l'élégance du discours se transforme en pâte molle d'idéologie scolaire.

On peut imaginer le changement de conseiller en communication en deux jours, ou alors c'est simplement le syndrome du néophyte politique qui essaie de jongler avec des idées qu'il ne maîtrise pas. Dans tous les cas, le contraste est hilarant : d'un côté, l'homme qui cite un prisonnier de conscience et nous parle de vivre dans la vérité, de l'autre, le même homme qui transforme un champ de bataille historique en métaphore molle pour parler d'adaptation et de collaboration.

Révolutionnaire un jour, ordinaire le lendemain. Carney nous rappelle, avec un talent involontaire pour la comédie, que même les grands discours peuvent virer au sketch lorsque l'ego rencontre l'inexpérience politique. Et à en juger par ce rythme, nous n'avons clairement pas fini de rire.

Mohamed Lotfi
23 Janvier 2026

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Le ghetto israélien

27 janvier, par Jean-François Delisle — , , ,
Les sionistes (Juifs et Gentils) présentent l'État d'Israël comme une exceptionnelle réussite , un pays complet, ¨« le seul au monde dont disposent les Juifs ». On vante sa (…)

Les sionistes (Juifs et Gentils) présentent l'État d'Israël comme une exceptionnelle réussite , un pays complet, ¨« le seul au monde dont disposent les Juifs ». On vante sa supposée démocratie, ses réalisations, le tout au milieu d'un ensemble de pays musulmans autocratiques qu'on prend soin de dénigrer sans arrêt, et comme une société libre sans cesse menacée par le « terrorisme » palestinien.

Il y a toutefois une dimension qu'on néglige de souligner parce qu'elle échappe à bien des observateurs et analystes : l'État hébreu, censé constituer un refuge pour les Juifs du monde entier, forme par le fait même un ghetto, dans la droite ligne de ceux d'autrefois en Europe. Mais dans ce cas-ci, les anciennes victimes de pogroms et leurs descendants se sont transformées en bourreaux. Les sionistes ont utilisé à grande échelle la violence pour chasser de son pays la population arabe d'origine et se sont installées sans vergogne à sa place. Les dirigeants et une bonne partie de la population israéliennes se vantent des victoires militaires acquises contre certains pays voisins et des actions de représailles contre la résistance palestinienne.

Les responsables israéliens tentent par tous les moyens d'agrandir leur pré carré en Cisjordanie (rebaptisée « Judée-Samarie » par l'extrême-droite au pouvoir) pour reconstituer le frontières de l'Israël biblique, un projet sacré de leur point de vue. Quand ils évoquent les frontières du « Grand Israël », ils tiennent un langage de ghetto, sans s'en rendre compte peut-être. Ils veulent une terre réservée aux seuls Juifs, à l'exception de la minorité arabo-israélienne qui représente 20% de la population du pays. Ils travaillent et investissent une énergie folle dans l'entreprise d'exclusion des Palestiniens de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, lesquels sont incités par tous les moyens à aller refaire leur vie ailleurs. Il faut donc judaïser à tout prix ce qui reste aux Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, même si cela entraîne une politique constante de harcèlement à leur encontre.

Les sionistes cherchent à reconstituer un nouveau ghetto, cette fois « new look », sur une terre qui, au fond, demeure étrangère aux Juifs israéliens. Ceux-ci ne l'occupent en fait que depuis quelques générations. Les persécutés d'hier en Europe se sont transformés à leur tour en persécuteurs d'aujourd'hui vis-à-vis d'une population palestinienne innocente, dont le seul « crime » consiste à défendre ses foyers, à résister à sa dépossession avec les moyens du bord.

C'est pourquoi l'entreprise sioniste tourne en rond et qu'elle aboutit à une impasse : les Juifs israéliens demeurent entre eux, sans apporter grand chose au Proche-Orient. Ils se trouvent en conflit continuel avec leurs voisins palestiniens et ne récoltent donc que la guerre. Les opérations militaires officielles et les actions terroristes des colons-miliciens en Cisjordanie ressemblent aux pogroms anti-juifs d'autrefois en Europe. Les rôles sont inversés, tout simplement.

Jean-François Delisle

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La mobilisation populaire anti-Trump tarde à profiter du rejet par la bourgeoisie bien-pensante et par sa base moyenne-petite bourgeoise

27 janvier, par Marc Bonhomme — ,
The Times They Are A-Changin' comme le chantait Bob Dylan… mais dans le mauvais sens. La néo-fascisation du monde est à ce point troublante que les puissances moyennes, sous la (…)

The Times They Are A-Changin' comme le chantait Bob Dylan… mais dans le mauvais sens. La néo-fascisation du monde est à ce point troublante que les puissances moyennes, sous la conduite du gouvernement du Canada — croyez-le ou non —, réalisent qu'elles devront faire front vis-à-vis les grandes puissances en voie de se diviser le monde en zones de domination et d'influence. En parallèle, les inégalités de revenu et de richesse sont à ce point aiguisées queles petits oligarques multimillionnaires et ceux moyens milliardaires sonnent la révolte fiscale contre la poignée de multimilliardaires. Ces deux contradictions politique et économique au sein de la bourgeoisie mondiale sont révélatrices de l'intensité des contradictions planétaires… et une invitation à la gauche antilibérale et anticapitaliste à les instrumentaliser sans bien sûr s'y laisser prendre.

Le Canada, chef de file de la défense du droit international contre le néofascisme ?

Le Premier ministre Carney dans son discours retentissant de Davos — le plus important qu'un Premier ministre canadien ait jamais prononcé depuis Trudeau père selon la chroniqueuse Chantal Hébert — clame la fin de l'illusion commode de l'ordre internationale fondé sur des règles et la réalité brutale de la géopolitique des grandes puissances où « les forts font ce qu'ils peuvent et […] les faibles subissent ce qu'ils doivent. » De préciser Carney, « Nous savions que le récit de cet ordre international était en partie faux. Que les plus puissants s'en exemptaient lorsque cela les arrangeait. Que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et que le droit international s'appliquait avec une rigueur variable selon l'identité de l'accusé ou de la victime. » Tout un aveu de ce secret de Polichinel de la part de la tête dirigeante d'un pays du G-7.

D'en conclure Carney, « …de cette fracture peut naître quelque chose de meilleur, de plus fort et de plus juste. C'est la tâche des puissances moyennes, qui ont le plus à perdre d'un monde de forteresses et le plus à gagner d'un monde de véritable coopération. Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, de nommer la réalité, de renforcer notre position nationale et d'agir ensemble. » D'interroger l'économiste marxiste Michael Roberts, « Carney souhaite désormais que les puissances moyennes s'organisent séparément – un BRICS du Nord ? » Son vis-à-vis du Sud est plutôt un modèle d'impuissance : « …les BRICS défendent le multilatéralisme et le système des Nations Unies qui sont en pleine crise. Ils défendent également le mode de production capitaliste, productiviste-extractiviste qui exploite le travail humain et détruit la nature. […] S'ils voulaient mettre en œuvre un modèle de développement différent, ils auraient à leur disposition d'importants moyens pour le faire mais ce n'est pas dans leur intention et cela ne fait pas partie de leur pratique. »

Roberts en déduit l'impuissance de la stratégie Carney : « Il est fort probable que Trump parvienne à annexer le Groenland et devienne ainsi le premier président américain à étendre l'empire américain dans l'hémisphère occidental. Une intervention militaire est exclue, mais une guerre économique est envisagée à moins que les Européens ne capitulent – or, l'Europe est fortement dépendante des importations américaines de gaz naturel liquéfié pour son énergie et de la puissance militaire américaine pour poursuivre la guerre contre l'invasion russe de l'Ukraine. Un accord immobilier, en quelque sorte, est donc probable. »

Si le rapport de force ÉU-Europe est à ce point défavorable à l'Europe, celui ÉU-Canada est dévastateur on-sait-pour-qui. Avant 2025, 24% du PIB canadien (18% pour le Québec) était exporté aux ÉU soit environ les trois quarts de leurs exportations en biens et services. À contrario, les exportations canadiennes combinées à celles mexicaines ne comptaient que pour moins de 4% du PIB étatsunien. C'est dire la vulnérabilité des économies canadienne et québécoise à la guerre tarifaire des ÉU et particulièrement à la remise en question de l'ACEUM qui pour le moment sert de bouclier à leurs économies malgré la hausse de certains tarifs.

Le débat corsé et menaçant au sujet du Groenland, qui n'est que partie remise, laisse entrevoir que les visées de Trump sur le Canada ne sont pas qu'une farce plate. Tant pour le Groenland que pour le Canada Trump pourrait ne pas se satisfaire de garanties d'accès au territoire et ressources et de la hausse substantielle déjà engagée du budget militaire canadien en particulier pour l'Arctique pas plus qu'un renforcement de la sécurité des frontières. Face au contrôle russe, et éventuellement chinois via une mainmise de facto sur l'Extrême-Orient russe, sur le passage du Nord-Est, Trump vise un contrôle similaire sur celui du Nord-Ouest. Il ne se gênera pas pour exploiter les séparatistes failles albertaine et québécoise. Il a suffi d'une concession limitée du Canada pour l'entrée des bon marché et performants véhicules électriques chinois en faveur du canola saskatchewanais pour provoquer l'ire du Premier ministre de l'Ontario.

L'élastique des inégalités sous tension maximum trouble le sommeil bourgeois

Côté économique, à l'occasion du Sommet annuel 2026 de Davos, Oxfam a de nouveau rappelé au monde le clash sans précédent des écarts de richesse. « La fortune cumulée des milliardaires a bondi de 2500 milliards de dollars l'année dernière, soit presque l'équivalent de la richesse totale détenue par la moitié la plus pauvre de l'humanité (4,1 milliards de personnes). Il suffirait de seulement 65 % de cette fortune acquise au cours de l'année écoulée pour mettre fin à la pauvreté dans le monde, calcule Oxfam. »

Au Canada, la richesse totale des milliardaires a augmenté de 10 % en un an. Il faut seulement 47 minutes à un milliardaire canadien pour empocher le revenu annuel moyen d'un Canadien ou d'une Canadienne. 

Le Canada compte 12 milliardaires de plus qu'en 2024, pour un total de 77, dont la fortune cumulée s'élève à 561 milliards de dollars. Leur emprise se fait particulièrement sentir dans la distribution alimentaire et les télécommunications, des secteurs essentiels de l'économie dominés par un nombre restreint d'acteurs. Dans le même temps, l'insécurité alimentaire monte en flèche à travers le pays : en 2025, plus d'un Québécois sur trois vivait une forme d'insécurité alimentaire, et la hausse a été particulièrement marquée au sein de la classe moyenne.

L'éthique de quelques centaines de multimillionnaires et milliardaires en bas de l'échelle en est troublé… et sans doute sont-ils politiquement inquiets. Comme Warren Buffett qui en 2012 jugeait « scandaleux » que sa secrétaire paie deux fois plus d'impôts que lui, ils exigent d'être plus imposés.

Près de 400 millionnaires et milliardaires de 24 pays appellent les dirigeants mondiaux à augmenter les impôts sur les plus riches, face à l'inquiétude croissante que les plus fortunés de la société achètent une influence politique. Une lettre ouverte, publiée à l'occasion du Forum économique mondial de Davos, appelle les dirigeants mondiaux participant à la conférence de cette semaine à combler le fossé grandissant entre les ultra-riches et le reste de la population.

Eux comme Oxfam réalisent que « [l]e fossé grandissant entre les riches et le reste de la population se traduit par un déficit démocratique insoutenable. Les gouvernements font de mauvais choix pour satisfaire l'élite et favoriser les grandes fortunes, plutôt que d'investir dans la qualité des soins de santé, la lutte contre la crise climatique et l'équité fiscale. » C'est là une vérité de La Palice mais il est bon de rappeler ces inextricables liens organiques entre les sphères économique, sociale et politique que les économistes dominants et les chroniqueurs à la mode feignent d'oublier. Le capitalisme en soi inégalitaire ne peut supporter qu'une démocratie formelle aussitôt niée, au prorata de l'intensité des inégalités, par la bureaucratie étatique acquise à la bourgeoisie. Cette bureaucratie est sous la protection du sommet de la pyramide des gens élus au contrôle des partis disposant de l'arme monétaire. En dernier recours les armées, forces répressives et leur couverture judiciaire, entrent en jeu.

S'aiguisent les contradictions inter-bourgeoisie et vis-à-vis la petite bourgeoisie

Que peut le peuple-travailleur québécois, et de partout, contre ce tsunami néo-fasciste qui, pour employer la métaphore du Premier ministre canadien, met à son menu le bien-être si ce n'est la vie des peuples du monde ? Quoique ce dernier parlait plutôt des nations petites et moyennes, plus précisément des petits impérialismes dans le sillon de l'hégémon étatsunien. Le peuple-travailleur doit certainement mettre à contribution les contradictions au sein de la bourgeoisie dont celles signalées plus haut ne sont pas les seules. On remarque de plus en plus les reculades du trumpisme au point que plusieurs lui affublent l'acronyme de TICO (Trump Always Chickens Out). Ce qui parait une tactique de négociation pour déstabiliser l'adversaire est de plus en plus perçu comme un recul stratégique en particulier vis-à-vis la Chine, le grand ennemi stratégique. Sa riposte de restreindre les exportations de terres rares a fait plier l'échine aux ÉU sans compter que la Russie n'a rien cédé jusqu'ici en retour de la diminution de l'appui étatsunien à l'Ukraine. Plus profondément, les succès économiques et scientifiques de la Chine qui lui valent un boom d'exportation, semblent prendre de court les ÉU.

Si les résistances bourgeoises externes se raffermissent vis-à-vis Trump, elles commencent à le faire aussi à l'interne par l'intermédiaire des tribunaux, des gouverneurs et maires Démocrates et de la chambre basse du Congrès au fur et à mesure de sa perte de popularité. Cette cruciale perte auprès de sa base petite et moyenne bourgeoise centrée sur la marché national, laquelle a entraîné une partie du prolétariat col bleu la plus affectée par la désindustrialisation, s'explique par les insuccès de Trump. Sont loin d'être réglés tant l'inflation, surtout dans les secteurs cruciaux pour la classe populaire, que la crise du logement et le chômage malgré une hausse du PIB plus forte que pour les autres pays du G-7. Côté proprement politique joue un rôle non négligeable le rejet de l'establishment de Washington auquel l'affaire Epstein a associé Trump. Si les affrontements stratégiques contre la Chine et la Russie virent au vinaigre, Trump instrumentalise la paix génocidaire en Palestine et surtout la politique de la canonnière et du coup fourré dans les Caraïbes comme paravents pour tenter de renverser sa chute de popularité par l'intensification à l'ancienne du chauvinisme de grande puissance.

Ces contradictions restent inefficaces sans l'apport des mobilisations populaires

Ceci dit, ni la montée des résistances bourgeoises ni la désaffection d'une partie de son électorat petit-bourgeois ne sont en mesure d'arrêter l'offensive néofasciste de Trump et consorts quiébranle jusqu'à leur base non seulement l'hypocrite droit international — Carney dixit — mais la constitution et les institutions étatsuniennes. Celles-ci, sous leur vernie de démocratie défaillante et fort biaisée ont toujours protégé le suprémaciste blanc imprégnant jusqu'à la moelle la société étatsunienne dont Trump se fait sans fard le promoteur.

Durant ses 365 premiers jours à la Maison-Blanche, Trump ne s'est pas contenté de bafouer les normes et d'ignorer les lois visant à garantir l'équilibre des pouvoirs au sein du gouvernement. Il a imposé des droits de douane punitifs à des dizaines de pays (alliés comme ennemis), sapé l'indépendance de la Réserve fédérale et du ministère de la Justice, réduit le financement des universités et drastiquement diminué les effectifs de la fonction publique fédérale. Il s'est retiré de l'Accord de Paris sur le climat, a ouvert près d'un million de kilomètres carrés de fonds océaniques au forage et a tenté de bloquer de nouveaux projets d'énergie éolienne. Il a déployé la Garde nationale dans certaines villes américaines pour contrôler la population. Il a envoyé l'ICE et la police des frontières dans d'autres pour arrêter des immigrants. Il a fait tuer plus de 100 personnes qu'il accusait de trafic de drogue dans les Caraïbes. Il a destitué le dirigeant vénézuélien et déclaré que les États-Unis s'empareraient du pétrole de ce pays. Il a menacé d'annexer le Groenland par la force. (Voilà les changements principaux. Il y a aussi des dizaines de changements mineurs et surprenants.)

Cette résistance bourgeoise forte de son pouvoir institutionnel et cette réticence petite-bourgeoise forte de son pouvoir électoral ne peuvent devenir des forces effectives que si elles sont prises à bras-le-corps par de grandes mobilisations populaires comme en ont donné un aperçu celles « No Kings » et les confrontations jour après jour contre les voyous et malfrats de ICE devenu une milice raciste du gouvernement fédéral étatsunien. ICE va jusqu'à se substituer aux forces policières normales, qui n'ont pourtant rien de progressistes tant s'en faut, comme ces derniers temps à Minneapolis où s'est ébauché une brève grève civique. Toutefois, il en faudra beaucoup plus pour renverser la tendance forte vers des ÉU néofascistes et un Québec et un Canada soumis allant dans la même direction.

Il est temps de s'organiser à gauche-toute contre l'extrême-droite se consolidant

Il ne s'agit pas seulement de grands soulèvements soutenus dans le temps comme en a connu en vain jusqu'ici le dit printemps arabe ni même les indispensables comités de base dans les lieux de travail, d'étude et les quartiers qui ont émergé en Syrie et au Soudan avant leur chute dans la catastrophe. Il ne s'agit pas non plus de compromis avec les forces de l'extrême-droite qui au Soudan a pavé la voie au retour d'une dictature militaire sanguinaire laquelle a dégénéré en guerre civile génocidaire et encore moins de capituler au lieu de mobiliser comme l'a fait Syriza en Grèce en 2015. La gauche doit comprendre qu'on n'affronte pas la droite muant et s'organisant en extrême-droite en restant campé au centre déserté socialement depuis longtemps — les inégalités de revenu et de fortune en témoignent — et de plus en plus électoralement. L'heure est venue de s'organiser à gauche-toute.

C'est ce qu'ont électoralement compris les Democratic Socialists of America (DSA) de New York en mobilisant massivement contre le suprémacisme blanc sur la base d'une plateforme de rupture antilibérale concrète, concise et testable au bout du mandat. Dans le contexte frigorifiant des ÉU, cette plateforme social-démocrate est à comprendre comme ouverte sur l'anticapitalisme en autant que la DSA maintienne une mobilisation de grande envergure pour sa réalisation en particulier contre le capitalisme immobilier et financier de New-York et contre le gouvernement Démocrate de cet état. Ce n'est pas acquis étant donné que la majorité de la DSA se voit comme l'aile gauche du parti Démocrate ce qui amène le gouvernement Mamdani à pactiser avec ce parti et même avec Trump.

Rupture Solidaire avec le centrisme combinée avec la mobilisation anti-CAQ ?

Tel est l'exemple que Québec solidaire a devant les yeux tout comme le NPD fédéral, tous deux dans la cave du classement dont ils pourraient sortir rapidement comme l'a fait le parti de Gauche allemand (Die Linke). À court terme, la gauche doit œuvrer pour que le NPD sélectionne un chef clairement de gauche parmi les deux candidats qui ont ce profil. Quant à Québec solidaire, il doit se doter d'une plateforme à la Mamdani en vue de l'élection de l'automne prochain. Cette rupture avec le centrisme devrait lui donner la capacité de mobiliser la jeunesse apeurée par la perspective de la terre-étuve et du néofascisme outre-frontière, et en colère contre l'identitarisme, pour le dire poliment, du parti au gouvernement (CAQ) et de celui en tête des sondages (PQ). Il ne faudrait pas non plus oublier le parti qui se clame clairement de l'extrême-droite (parti Conservateur) et qui désormais dépasse les Solidaires dans les sondages. Et ne pas s'illusionner envers le parti traditionnel de la bourgeoisie (les Libéraux) incapable de se délivrer de l'Argent corrupteur et du statuquo.

Contrairement au DSA, les Solidaires n'ont pas à se démarquer d'un parti bourgeois à moins qu'il ne se laisse encore une fois tenter par une alliance avec le PQ cette fois non pas par « progressisme » commun mais à cause de l'indépendantisme. Le cas échéant, il faudra bien sûr réfléchir à une tactique de marcher séparément et frapper ensemble en tenant pleinement compte que le PQ aspire non à un Québec du soin et du lien en décroissance matérielle mais plutôt à un petit Canada extractiviste avec son « flag sul hood » dans le sillage des ÉU trumpiens. L'urgence cependant demeure la plateforme à la Mamdani dont même la gauche du parti ne comprend pas la nécessité. Elle propose plutôt un mini-programme de politiques générales grandiloquentes soupoudré de quelques revendications précises qui ne clivent rien.

Évidemment, une remobilisation sociale contre la panoplie de lois scélérates de la CAQ, annoncée par la manifestation syndicale et populaire des 50 000 en novembre dernier, contribuerait vraisemblablement à une remontée Solidaire. Et vice-versa en ce qui concerne un tournant Solidaire à gauche-toute que pourrait laisser voir le Conseil national de février. Annoncer une remobilisation sociale le Premier mai est un peu tard mais peut-être pas trop tard, espérons-le, pour influencer le congrès plateforme Solidaire qui se tiendra aussi en mai. Ni les ÉU ni le Québec et le Canada ne vont s'en tirer sans un grand et soutenu mouvement gréviste.

Marc Bonhomme, 23 et 26 janvier 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com

Halte à l’agression impérialiste au Vénézuela !

Aux premières heures du 3 janvier 2026, les États-Unis ont lancé une campagne de bombardements criminels sur Caracas, la capitale du Venezuela, ainsi que sur plusieurs régions (…)

Aux premières heures du 3 janvier 2026, les États-Unis ont lancé une campagne de bombardements criminels sur Caracas, la capitale du Venezuela, ainsi que sur plusieurs régions du pays.

Parallèlement, ils ont lancé une opération militaire terrestre dans le but déclaré et malheureusement atteint de séquestrer Nicolas Maduro. Nous condamnons fermement cette grave intervention militaire au Venezuela qui renvoie aux pires agressions impérialistes perpétrées par les États-Unis en Amérique latine tout au long des XIXe et XXe siècles. Cette invasion est l'aboutissement de pressions accrues au cours des derniers mois. Sous prétexte de mener des actions « anti-narcotrafic », les États-Unis ont déclaré unilatéralement une zone d'exclusion aérienne au-dessus du territoire souverain vénézuélien, ont déployé plusieurs navires de guerre et des milliers de soldats dans les Caraïbes, ont bombardé des navires civils en exécutant extrajudiciairement les occupants et, à la date de rédaction du présent communiqué, ont déclaré un embargo total sur les pétroliers vénézuéliens. Les vols récents de pétroliers par les États-Unis et le fait que le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde permettent de saisir les réelles motivations derrière ces attaques qui représentent toutes des violations flagrantes du droit international. Elles ont pour objectif d'attaquer la souveraineté du Venezuela et de renverser son gouvernement dans le but de réaffirmer l'hégémonie régionale des États-Unis, de prendre le contrôle des ressources vénézuéliennes et aussi d'isoler davantage Cuba.

Le retour en force de la doctrine Monroe assumée explicitement par la Maison-Blanche est alarmant, mais a le mérite d'être clair : les États-Unis souhaitent réaffirmer leur rôle de puissance économique dans l'Amérique et vont utiliser tous les moyens pour devenir le « partenaire de premier choix » et décourager les pays de la région de faire affaire avec la Chine, leur principal adversaire géopolitique. L'embargo américain contribue également à isoler davantage l'Iran, un partenaire commercial majeur du Venezuela qui fait l'objet de sanctions et de saisies similaires de la part des États-Unis. Les attaques au Venezuela sont à lire dans ce contexte d'ingérence dans la souveraineté des pays de l'Amérique latine et leurs alliés. Nous le voyons notamment dans la menace explicite de Trump à Petro, président de la Colombie : « Il sera le prochain ».

Soulignons que les États-Unis s'ingèrent depuis longtemps dans les affaires internes du Venezuela. Le 11 avril 2002, un coup d'État militaire soutenu par les États-Unis a tenté de renverser le gouvernement d'Hugo Chavez. Les États-Unis ont à plusieurs reprises incité et soutenu des mobilisations violentes au Venezuela, connues sous le nom de « guarimbas », en 2014, 2015 et 2017. En 2019, les États-Unis ont reconnu Juan Guaido, le président par intérim autoproclamé du Venezuela, comme le dirigeant de ce pays après la victoire électorale de Nicolas Maduro.

Le peuple du Venezuela a résolument résisté à tous ces actes d'agression impérialiste. À ce jour, il défend fièrement sa souveraineté et se mobilise par millions pour résister à cette nouvelle attaque !

Quant au Canada, il a activement soutenu les interventions impérialistes américaines contre la République bolivarienne et contre les gouvernements populaires et progressistes de toute l'Amérique latine. En particulier, le Canada a joué un rôle central dans la formation du Groupe de Lima, qui a été utilisé pour s'ingérer dans les affaires intérieures du Venezuela, tout en jouant un rôle destructeur et déstabilisateur au sein de l'Organisation des États américains.

Alors que la dernière vague d'agressions a suscité la condamnation des gouvernements du monde entier, y compris de la France qui a qualifié les frappes contre des navires civils « d'illégales », et a poussé des gouvernements pourtant historiquement proches des États-Unis, comme la Grande-Bretagne, à suspendre le partage de renseignements avec ces derniers, le gouvernement canadien, lui, se montre complice. Ottawa poursuit sa collaboration militaire dans le cadre de l'opération CARIBBE, un programme conjoint avec les garde-côtes états-uniens auquel participent la Marine royale canadienne et l'Armée de l'air canadienne. Tout en affirmant que ses renseignements sont « séparés et distincts », le Canada n'a rien fait d'autre que demander timidement à Washington de ne pas utiliser les informations partagées pour ses frappes meurtrières. Pire encore, le gouvernement libéral fournit une couverture diplomatique directe aux crimes de guerre états-uniens. Lorsqu'on lui a demandé si les frappes illégales contre des navires civils violaient le droit international, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a abdiqué toute responsabilité, déclarant qu'il appartenait « aux autorités américaines » de se prononcer à ce sujet. Soyons clairs, il ne s'agit pas ici de neutralité, mais bien de complicité active aux actions impérialistes des États-Unis.

À l'heure où les États-Unis exercent des pressions sur la souveraineté même du Canada et où les larges masses canadiennes exigent que le Canada rompe son alignement sur les États-Unis, la position du gouvernement canadien est hypocrite et honteuse.

Les signataires de ce communiqué, organisations et collectifs de la société civile canadienne et québécoise, condamnent avec la plus grande fermeté l'agression impérialiste contre le Venezuela, les Caraïbes et l'Amérique latine. Nous exprimons notre plus grande solidarité avec le peuple vénézuélien qui traverse depuis plusieurs années de grandes difficultés en lien avec les sanctions économiques imposées par les États-Unis et qui doit, encore une fois, défendre son droit à disposer de lui-même. Nous réaffirmons l'importance du respect de la souveraineté, la non-ingérence et l'autodétermination des peuples.

De même, nous dénonçons le silence complice du Canada face à cette agression de l'impérialisme américain. Nous appelons le gouvernement canadien à mettre immédiatement fin à sa collaboration avec les États-Unis et à se doter d'une politique étrangère ancrée dans le multilatéralisme, au service de la paix et du respect de la souveraineté des peuples du monde entier.

Non à l'agression impérialiste au Venezuela, dans les Caraïbes et en Amérique latine !

Libération immédiate de Nicolas Maduro !

Solidarité avec le peuple du Venezuela !

Déclaration rédigée par le Mouvement Québécois pour la Paix, le Collectif Solidarité Québec-Pérou, RECESS et CUAL-UQAM.

ORGANISATIONS SIGNATAIRES
1. Conseil central du Montréal métropolitain – CSN
2. Féministes racisé-e-s uni-e-s et solidaires
3. Palestinian Youth Movement
4. PINAY - Filipino Women's Organization in Québec
5. ILPS (International League of Peoples' Struggle) in Canada
6. Palestine Vivra
7. Students for Palestine's honour and Resistance - Concordia
8. SPHR McGill (Students for Palestine's Honour and Resistance)
9. Colectivo Estamos Aqui
10. Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC)
11. Socialist Unity
12. Collectif Paix, Territoire et Vie
13. Mychinatownmtl
14. Comité pour les droits humains en Amérique Latine (CDHAL)
15. Parti Vert du Quebec
16. Le droit de vivre en paix Montréal
17. Table de concertation de solidarité Québec-Cuba
18. Printemps Vert
19. Palestine Vivra
20. Canadian Foreign Policy Institute
21. Association des Travailleurs Grecs du Québec
22. Juritrans
23. Comité Palestine des Mères au Front
24. Mères au Front Basses-Laurentides
25. FRAP
26. NDG4Palestine
27. Alliance Ouvrière
28. Pan African Student Union
29. Solidarios con las luchas de Perú, Montreal- Canada
30. Anakbayan Montreal
31. Table des groupes de femmes de Montréal
32. L'écotheque
33. Association générale étudiante en sciences (AGES) (UdeS)
34. Femmes de Diverses Origines
35. Sudan Solidarity Collective - Montreal Chapter
36. Québec solidaire - Laval
37. Academics and Staff for Palestine - Concordia University
38. Chapitre Québécois de la Coalition pour les droits Humains aux Philippines
(ICHRP QUEBEC)
39. Montérégie Antifasciste
40. Montreal for a World BEYOND War
41. Voix Juives Indépendantes
42. Parti communiste du Québec
43. Fédération des syndicats de l'action collective (FSAC-CSQ)
44. Regroupement des Haïtiens de Montréal
45. Collectif Désinvestir pour la Palestine
46. South Asian Diaspora Action Collective (SADAC)
47. Action et Solidarité pour la Colombie et Ailleurs (AsoCol)
48. Coalition Haïtienne Contre la Dictature en Haïti (CHCDH)
49. ASFA (Arts & Science Federation of Associations at Concordia University)

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La fortune des ultrariches atteint des sommets inégalés et menace les principes démocratiques, alerte Oxfam

27 janvier, par Oxfam-Québec — ,
Le 18 janvier 2026 — La fortune des milliardaires à travers le monde a augmenté trois fois plus vite l'année dernière que la moyenne annuelle des cinq années précédentes, (…)

Le 18 janvier 2026 — La fortune des milliardaires à travers le monde a augmenté trois fois plus vite l'année dernière que la moyenne annuelle des cinq années précédentes, révèle Oxfam dans un nouveau rapport publié aujourd'hui. Leur richesse a augmenté de 81 % depuis 2020, alors qu'une personne sur quatre ne mange pas à sa faim et que près de la moitié de la population mondiale vit dans la pauvreté.

Le rapport Résister au règne des plus riches : Défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires est rendu public au moment où l'élite économique et politique se réunit au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. L'analyse présente des données saisissantes sur l'enrichissement exponentiel des ultrariches et montre comment ceux-ci accaparent le pouvoir politique pour façonner les règles économiques et sociales au service de leurs propres intérêts, au détriment des droits, des libertés et du bien-être économique des populations à travers le monde.

La hausse spectaculaire de la fortune des milliardaires coïncide avec des politiques résolument orientées en faveur des plus riches aux États-Unis. L'administration Trump a réduit les impôts des ultrariches, sapé les efforts concertés dans le monde pour taxer avec un impôt minimal les grandes entreprises, fait échouer les tentatives visant à lutter contre les monopoles et contribué à la croissance des activités liées à l'intelligence artificielle et aux industries extractives, véritable aubaine pour les investisseurs fortunés du monde entier.

La montée de l'oligarchie dans les démocraties dépasse les frontières des États-Unis. Selon l'analyse d'Oxfam, l'accroissement des inégalités économiques joue un rôle majeur dans l'érosion des principes démocratiques et crée un terrain fertile pour l'autoritarisme. Le rapport fait ressortir plusieurs constats inquiétants :

* Les milliardaires ont 4000 fois plus de chances d'occuper un poste politique que les citoyennes et citoyens ordinaires.

* Les milliardaires possèdent plus de la moitié des plus grands médias du monde, et la totalité des principaux réseaux sociaux.

* Les risques de recul démocratique, par exemple à travers l'érosion de l'état de droit ou la compromission des élections, sont sept fois plus élevés dans les pays où les inégalités sont plus prononcées.

La fortune cumulée des milliardaires a bondi de 2500 milliards de dollars l'année dernière, soit presque l'équivalent de la richesse totale détenue par la moitié la plus pauvre de l'humanité (4,1 milliards de personnes). Il suffirait de seulement 65 % de cette fortune acquise au cours de l'année écoulée pour mettre fin à la pauvreté dans le monde, calcule Oxfam.

Le Canada n'est pas épargné

Au Canada, la richesse totale des milliardaires a augmenté de 10 % en un an. Il faut seulement 47 minutes à un milliardaire canadien pour empocher le revenu annuel moyen d'un Canadien ou d'une Canadienne. 

Le Canada compte 12 milliardaires de plus qu'en 2024, pour un total de 77, dont la fortune cumulée s'élève à 561 milliards de dollars. Leur emprise se fait particulièrement sentir dans la distribution alimentaire et les télécommunications, des secteurs essentiels de l'économie dominés par un nombre restreint d'acteurs. Dans le même temps, l'insécurité alimentaire monte en flèche à travers le pays : en 2025, plus d'un Québécois sur trois vivait une forme d'insécurité alimentaire, et la hausse a été particulièrement marquée au sein de la classe moyenne.

Le fossé grandissant entre les riches et le reste de la population se traduit par un déficit démocratique insoutenable. Les gouvernements font de mauvais choix pour satisfaire l'élite et favoriser les grandes fortunes, plutôt que d'investir dans la qualité des soins de santé, la lutte contre la crise climatique et l'équité fiscale.

« Le Canada glisse vers une économie d'oligarques. On le voit à travers la concentration inquiétante du pouvoir économique dans des secteurs clés, l'accroissement des fortunes privées influentes, une forte inflation en partie causée par les oligopoles, une érosion du filet social et des mesures fiscales inéquitables. Nous devons prendre des mesures ici avant qu'il ne soit trop tard, et ces mesures passent par une économie qui ne laisse personne de côté », affirme Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Oxfam-Québec.

« Des solutions existent, il faut les mettre en œuvre. Les gouvernements doivent investir dans l'économie sociale et l'économie de soins, soutenir le développement de la finance durable et défendre le respect de l'état de droit et du droit international. »


Oxfam-Québec appelle les gouvernements canadien et québécois à :

* Imposer efficacement les ultrariches par des mesures telles qu'un impôt progressif sur la fortune et l'augmentation de la part imposable des gains en capital, dont les revenus serviraient à financer et à renforcer les services publics essentiels à la population – santé, logement, éducation – et la transition juste.

* S'assurer que les grandes entreprises fassent leur juste part, notamment en instaurant un impôt permanent sur leurs profits excédentaires et en imposant un plafond aux marges de profit des grandes chaînes d'alimentation sur les produits essentiels et aux entreprises polluantes comme le secteur des énergies fossiles.

* Mettre en place des mesures fortes pour protéger la sphère politique de l'influence des ultrariches et pour maintenir un espace civique ouvert et démocratique, en renforçant la réglementation sur le lobbyisme et le financement politique et en assurant un financement public indépendant et la liberté d'expression des organisations de la société civile. 

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La Chine creuse en Afrique : fer, dette et catastrophes environnementales

27 janvier, par Andrea Ferrario — , ,
Le projet de 20 milliards de Pékin pour le fer de Simandou marque un tournant : la Chine ne finance plus seulement les infrastructures, mais contrôle directement les mines, les (…)

Le projet de 20 milliards de Pékin pour le fer de Simandou marque un tournant : la Chine ne finance plus seulement les infrastructures, mais contrôle directement les mines, les chemins de fer et les ports africains.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
19 janvier 2026

Par Andrea Ferrario

Le gisement de Simandou, caché dans les montagnes du sud-est de la Guinée, contient l'une des plus grandes réserves de fer haut de gamme au monde. Pendant près de trois décennies, il est resté inutilisé malgré les études de faisabilité menées pendant des années par Rio Tinto, une multinationale anglo-australienne, qui a tenté à plusieurs reprises d'en lancer l'exploitation. Le problème n'était pas d'ordre géologique, mais logistique et économique. L'extraction du minerai nécessitait la construction simultanée d'une voie ferrée de 600 kilomètres, d'un port capable de gérer d'énormes volumes et de systèmes de transfert pour charger les navires. L'investissement nécessaire, estimé à l'époque à plus de 15 milliards de dollars rien que pour les infrastructures, décourageait tout investisseur ayant une approche traditionnelle. Mais en novembre dernier, le navire Winning Youth a quitté pour la première fois le nouveau port atlantique de Morebaya, sur la côte guinéenne, avec une cargaison de près de 10 000 tonnes de minerai de fer extrait de Simandou.

Cette expédition a marqué la fin d'un blocage qui a duré près de trois décennies. Le projet, dont le coût a entre-temps grimpé à 20 milliards de dollars, soit pratiquement l'équivalent du produit intérieur brut annuel de la Guinée, a été débloqué grâce à un modèle opérationnel qui intègre des capitaux, une ingénierie et un contrôle logistique entièrement chinois dans un système vertical allant de la mine au navire. Cette transformation marque un tournant décisif dans la présence économique de Pékin sur le continent africain. La Chine ne se contente plus de financer des infrastructures par le biais de prêts dans le cadre du programme des Nouvelles routes de la soie, mais exploite directement les gisements miniers en contrôlant l'ensemble de la chaîne de valeur.

Le tournant s'est produit lorsque le consortium Winning, dirigé par l'entrepreneur chinois Sun Xiushun, a obtenu en 2019 les droits sur deux des quatre gisements miniers. Sun avait déjà démontré sa capacité à construire des systèmes logistiques complexes en Guinée à travers l'extraction de bauxite, en développant depuis 2015 un réseau intégré de ports, de chemins de fer et de navires qui a fait de la Guinée le premier exportateur mondial de bauxite, qui assure environ 70 % des importations chinoises. L'application au fer des leçons apprises avec la bauxite a permis de débloquer un projet qui semblait irréalisable.

La rapidité d'exécution a surpris tout le secteur minier. En quelques années, des dizaines d'entreprises chinoises ont travaillé simultanément sur des chantiers complexes, souvent dans des conditions environnementales extrêmes. La nouvelle ligne ferroviaire transguinéenne, achevée dans des délais et à des coûts inférieurs aux prévisions initiales, est aujourd'hui l'une des infrastructures les plus ambitieuses du continent. Même les observateurs occidentaux ont dû reconnaître que les capacités opérationnelles chinoises, basées sur une forte coordination entre l'industrie, l'ingénierie et la logistique, ont longtemps été sous-estimées. À la base de cette capacité d'exécution se trouve un réseau dense de partenariats qui réunit de grands groupes publics chinois et des entreprises formellement privées. Grâce à une série de coentreprises, Pékin a réussi à exercer une influence significative sur les deux principaux volets du projet Simandou. Une fois qu'il sera pleinement opérationnel, le gisement deviendra une source importante de fer pour le marché mondial, offrira à la Chine une alternative stratégique aux approvisionnements traditionnels et renforcera son poids dans les négociations dans un secteur clé de l'économie mondiale.

Quand l'or noir devient poison

Quand l'or noir devient poison : catastrophes environnementales et stratégies d'endiguement

Les discours sur les prouesses de la Chine se heurtent toutefois à une réalité de terrain faite de pollution, de catastrophes et de tentatives systématiques de faire taire ceux qui en dénoncent les conséquences. En février 2025, l'effondrement en Zambie d'un barrage propriété de Sino Metals, contrôlée par China Nonferrous Mining, a provoqué le déversement dans l'environnement d'une quantité de déchets toxiques dont la société a initialement déclaré qu'elle s'élevait à 50 000 tonnes. Les enquêtes ultérieures ont révélé que le volume réel dépassait 1,5 million de tonnes, soit trente fois plus. L'arsenic, le cyanure et les métaux lourds ont contaminé plus de cent kilomètres du fleuve Kafue, l'une des principales ressources en eau pour des millions de personnes. Des milliers de poissons morts ont échoué sur les rives, tandis qu'à Kitwe, la ville universitaire en aval, des dizaines d'étudiant.e.s ont été hospitalisé.e.s après avoir bu de l'eau contaminée.

Neuf mois plus tard, en novembre, un scénario similaire s'est répété en République démocratique du Congo. La rupture du barrage de Congo Dongfang Mining, filiale de Zhejiang Huayou Cobalt, a déversé de l'eau acide dans la banlieue de Lubumbashi, la deuxième ville du pays. Les canaux le long des routes se sont remplis jusqu'à déborder, inondant les maisons et les marchés. L'eau a atteint le fleuve Lubumbashi, détruit la faune aquatique et contaminé les puits dont dépendent les familles qui n'ont pas les moyens de disposer de l'eau courante. La pauvreté généralisée a poussé certains habitants à manger les poissons morts ramassés sur les berges malgré les avertissements sur leur toxicité, simplement parce qu'ils n'avaient rien d'autre à donner à leurs familles ce jour-là. Il ne s'agit pas d'accidents fortuits, mais des conséquences prévisibles de pratiques bien établies. Au Ghana, le « galamsey », terme local désignant l'extraction illégale d'or contrôlée en grande partie par des opérateurs chinois, a détruit plus de 100 000 hectares de plantations de cacao, selon les informations fournies par l'association locale des cultivateurs.

Le manque de réglementation dans le secteur minier a causé des catastrophes environnementales dans toute l'Afrique, comme l'empoisonnement au plomb extrait illégalement dans l'État nigérian de Zamfara, qui a causé la mort de centaines d'enfants en 2010. En ce qui concerne plus particulièrement les activités des entreprises chinoises, la dévastation s'étend également au secteur forestier. Au Cameroun, la demande asiatique a favorisé la déforestation accélérée du bassin du Congo, le deuxième poumon vert de la planète. La demande mondiale pour les essences tropicales rares abondantes dans le bassin du Congo a intensifié l'exploitation industrielle depuis 1990. Lorsque l'Europe a mis en place des mesures pour garantir la légalité du bois en 2018, la demande s'est déplacée vers l'Asie. En 2019, la Chine était devenue le principal acheteur de bois camerounais, avec des importations d'un milliard de dollars. Les pratiques frauduleuses sont similaires à celles de l'exploitation minière : les opérateurs locaux obtiennent des permis non conformes utilisés pour couvrir les volumes extraits illégalement, le bois est transporté à travers des frontières poreuses vers les pays voisins, d'où il est ensuite exporté avec des documents falsifiés. Le Cameroun perd des milliards de francs CFA en taxes et en droits de coupe non perçus.

Confrontées au préjudice causé, les entreprises chinoises ont adopté des stratégies pour contenir les protestations. En Zambie, dans les mois qui ont suivi la catastrophe, des responsables de Sino Metals accompagnés de représentants du gouvernement ont offert aux habitants des sommes comprises entre 100 et 150 dollars en échange d'accords qui leur imposaient de ne pas parler de la catastrophe, de ne pas intenter d'actions en justice et de ne pas révéler l'existence même de l'accord, le tout accompagné de mesures judiciaires intimidantes. En mai dernier, la Chambre de commerce chinoise en Zambie a obtenu une injonction pour bloquer la diffusion d'un film documentaire d'investigation sur les problèmes environnementaux liés aux entreprises chinoises dans le pays. Reporters sans frontières a qualifié cette affaire d'exemple de poursuite-bâillon, c'est-à-dire de recours à une procédure judiciaire abusive pour réduire les journalistes au silence en les faisant crouler sous les frais de justice. En outre, Sino Metals utilise des drones dans la zone du site minier pour identifier les militant.es ; et les journalistes, tandis que la police a arrêté plus d'une dizaine de personnes.

Ces abus sont rendus possibles par la faiblesse structurelle des systèmes de réglementation et de contrôle. Les agences environnementales de nombreux États d'Afrique occidentale et centrale sont chroniquement sous-financées, dépourvues d'indépendance réelle et infiltrées par la corruption. Les fonctionnaires et les dirigeants politiques reçoivent des pots-de-vin ou délivrent des permis dans le cadre de procédures opaques, tandis que les évaluations d'impact environnemental, bien qu'obligatoires sur le papier, sont ignorées dans la pratique ou utilisées pour extorquer de l'argent. Le chevauchement des compétences entre les autorités fédérales, provinciales et locales crée également des zones d'ombre où les responsabilités sont diluées. De nombreux pays africains disposent d'une législation moderne, mais leurs capacités de contrôle sont inexistantes, ce qui permet aux entreprises, chinoises ou non, d'opérer sans enregistrement adéquat, protégées par des réseaux de complicité qui remontent jusqu'aux plus hauts niveaux de l'État.

Les zones d'ombre

Les zones d'ombre : extraction illégale, réseaux criminels et travailleurs chinois victimes

La corruption et la fragilité institutionnelle, qui permettent aux grandes entreprises d'opérer avec peu de contrôle, favorisent également le développement d'activités parallèles difficiles à surveiller. Parallèlement aux grands projets officiels, une industrie minière illégale prospère à l'échelle semi-industrielle, intégrée dans des réseaux transnationaux et souvent liée à des groupes criminels qui finit par entraîner une implication directe des travailleurs chinois et à leur porter préjudice. En novembre dernier, l'ambassade chinoise en République centrafricaine a diffusé un avertissement inhabituel à l'intention de ses ressortissants, rapportant des cas de confiscation de documents, de violences, de morts suspectes et de maladies contractées sur les sites d'extraction aurifère. Le tout dans un pays dévasté par plus d'une décennie de guerre civile, mais riche en ressources minières de grande valeur.

Les travailleurs chinois qui arrivent en Afrique, attirés par des promesses de gains faciles, découvrent souvent une réalité très différente de celle qu'ils imaginaient. Le ralentissement structurel de l'économie chinoise, avec un secteur de la construction en crise profonde et une demande intérieure stagnante, a laissé des millions de personnes sans perspectives d'avenir. Les histoires de fortune rapide faite en extrayant de l'or en Afrique circulent sur les réseaux sociaux et dans les provinces les plus pauvres de l'est de la Chine, incitant des personnes désespérées à investir les économies de toute une vie pour rejoindre des pays dont elles ne savent rien. Une fois arrivés à destination, ces gens se retrouvent dans des environnements où la violence est endémique, où les institutions étatiques sont inexistantes ou complices des trafiquants, et où les voies de sortie sont bloquées par les dettes accumulées et la confiscation des documents. La propagande nationaliste chinoise, qui, à travers des films commerciaux à succès tels que « Wolf Warrior 2 », alimente l'idée d'une Chine puissante prête à protéger ses citoyens où qu'ils se trouvent, se heurte à l'abandon réel dans lequel se trouvent ces travailleurs. Le communiqué de l'ambassade chinoise en République centrafricaine, qui reconnaît publiquement le risque d'esclavage, constitue un aveu inhabituel et embarrassant. Dans la plupart des cas, les autorités chinoises préfèrent garder le silence afin de ne pas nuire aux relations bilatérales avec les gouvernements africains et de ne pas remettre en question le discours officiel sur la coopération mutuellement avantageuse. Les travailleurs chinois deviennent ainsi à la fois les victimes et les instruments d'un système extractif qui opère en marge de la légalité, les exploitant eux-mêmes ainsi que les communautés locales au nom de profits qui finissent ailleurs.

Ressources stratégiques

Ressources stratégiques : concurrence, dette et avenir incertain

La vulnérabilité des travailleurs chinois et la destruction des communautés locales sont des phénomènes qui s'inscrivent dans une concurrence plus large pour le contrôle des ressources minières africaines. Cette concurrence oppose non seulement la Chine, mais aussi les États-Unis et l'Europe, engagés dans une course pour s'assurer un accès privilégié aux gisements grâce au financement d'infrastructures concurrentes. En novembre, le Premier ministre chinois Li Qiang s'est rendu en Zambie pour relancer la ligne ferroviaire Tanzanie-Zambie, une infrastructure historique aujourd'hui réactivée comme corridor stratégique vers l'océan Indien. Ce projet est en concurrence directe avec le corridor de Lobito, soutenu par les États-Unis et l'Union européenne, qui vise à acheminer les mêmes ressources minières vers l'Atlantique. L'enjeu n'est pas seulement le transport des matières premières, mais aussi le contrôle des flux commerciaux et des relations politiques tout au long de la chaîne logistique. Parallèlement, l'attention croissante portée à la sécurité des routes et des nœuds infrastructurels montre à quel point la concurrence économique est de plus en plus liée à une dimension d'influence et de présence sur le terrain.

Le modèle opérationnel que la Chine applique aujourd'hui en Afrique à travers des projets tels que Simandou a des racines qui aident à comprendre son évolution et les risques qui y sont liés. L'Angola occupe une place centrale dans le discours chinois sur le développement : un rapport publié en 2017 par l'université Renmin de Pékin le décrit comme le premier banc d'essai à grande échelle de ce qui allait être appelé le « modèle angolais », un système dans lequel les prêts destinés aux infrastructures sont remboursés par les exportations de ressources. Ce modèle est apparu au début des années 2000, alors que le pays sortait d'une guerre civile et était lourdement endetté. Il se présentait comme une alternative aux conditions strictes imposées par le Fonds monétaire international et le Club de Paris, avec des échéances plus longues et l'absence de contraintes politiques. Présenté comme mutuellement avantageux, ce modèle a toutefois été appliqué durant une période de prix élevés du pétrole, qui n'ont atténué que temporairement les tensions financières.

Aujourd'hui, l'Angola est l'un des principaux débiteurs africains de la Chine et, après l'effondrement des prix du pétrole, le service de la dette a progressivement réduit la marge de manœuvre budgétaire pour les dépenses publiques. Les évaluations des institutions financières multilatérales continuent de mettre en évidence une vulnérabilité structurelle. Des projets tels que le barrage de Laúca, souvent cités dans les discours chinois comme des exemples de coopération verte, illustrent bien ces ambiguïtés : si, d'un côté, l'hydroélectricité a augmenté la capacité de production, de l'autre, l'accès à l'énergie reste très inégal. De grandes infrastructures emblématiques coexistent ainsi avec la persistance de la précarité énergétique et des questions non résolues quant aux véritables bénéficiaires de ces investissements.

La volonté de la Chine de renforcer sa présence dans le secteur minier africain répond à des besoins stratégiques bien identifiés. La Chine importe plus de 70 % de son fer d'Australie et du Brésil, une dépendance que Pékin considère comme une vulnérabilité, accentuée ces dernières années par les tensions commerciales et diplomatiques avec Canberra. Les entreprises chinoises contrôlent aujourd'hui environ 8 % de la production mondiale de fer transporté par voie maritime, une part qui devrait augmenter considérablement avec la mise en service de Simandou et d'autres projets africains. Cette expansion s'inscrit toutefois dans un contexte contradictoire : la demande intérieure d'acier est en baisse, tandis que les nouvelles capacités de production risquent d'alimenter une offre excédentaire et de comprimer davantage les prix. En outre, les coûts d'exploitation de Simandou restent plus élevés que ceux des principaux gisements australiens et brésiliens, en raison des distances et de la complexité logistique. Les investisseurs chinois se trouvent donc dans une position ambivalente, tiraillés entre le gain d'influence stratégique à long terme et des rendements économiques incertains à court et moyen terme.

À cela s'ajoute l'utilisation de la dette comme instrument d'influence. Grâce à la restructuration des prêts et à leur conversion dans sa propre monnaie, Pékin offre à plusieurs pays africains, tels que le Kenya, l'Éthiopie et la Zambie, un soulagement financier immédiat, tout en renforçant son poids dans leurs budgets publics. Cette dynamique peut atténuer les tensions budgétaires à court terme, mais elle tend à accroître la dépendance politique et économique, ce qui complique les tentatives de diversification des partenaires et réduit la marge de manœuvre des gouvernements vis-à-vis des grandes entreprises chinoises actives sur le territoire.

Les promesses de transformation économique liées aux mégaprojets miniers se heurtent à des obstacles structurels qui rendent tout résultat incertain. Dans la littérature universitaire chinoise, Simandou est présenté comme un modèle vertueux de développement durable : un article publié en décembre dernier par la Lee Kuan Yew School of Public Policy le décrit comme un système intégré capable de surmonter les limites qui ont bloqué pendant des décennies les grands groupes miniers occidentaux. Dans cette vision, la Guinée acquerrait un corridor infrastructurel central pour son économie, utile non seulement pour le secteur minier, mais aussi pour l'agriculture, le commerce et le développement urbain, tout en bénéficiant de la possibilité de profiter de rendements à long terme et de compétences industrielles. Ce discours entre toutefois en contradiction avec les données disponibles. Le plan Simandou 2040 vise à quadrupler l'économie, et l'agence de notation Standard & Poor's a relevé la note souveraine à B+, citant le projet comme un tournant, tandis que le gouvernement a annoncé que 5 % des revenus miniers et 20 % des revenus ferroviaires seraient consacrés à l'éducation et aux bourses d'études dans un pays où plus de la moitié de la population reste analphabète. Cependant, les quelque 50 000 travailleurs employés pendant la phase de construction passeront à 10 000-15 000 une fois le projet achevé, ce qui laisse en suspens la question de la réinsertion des autres. Le précédent de la révocation d'une concession de bauxite en août dernier montre également que la junte de Mamadi Doumbouya n'hésite pas à intervenir de manière autoritaire contre les investisseurs jugés défaillants. Sur un horizon de trente ans, le risque de renégociations forcées ou de blocages locaux le long des 600 kilomètres de voie ferrée reste réel, surtout dans un contexte politique fragile.

L'expansion minière chinoise en Afrique repose donc sur des bases instables : l'interdépendance entre les investisseurs et les gouvernements hôtes ne garantit pas la stabilité, tandis que les coûts environnementaux et sociaux dépassent les avantages escomptés, et que le fossé entre les discours officiels et les réalités vécues par les communautés locales continue de se creuser.

Andrea Ferrario

P.-S.

• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro.

Source - Andrea Ferrario, 19 janvier 2026 :
https://andreaferrario1.substack.com/p/la-cina-scava-in-africa-ferro-debito

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Une planète empoisonnée par le plastique (III)

27 janvier, par Ian Angus — ,
« Pour chaque être humain vivant actuellement, il existe un peu plus d'une tonne de plastique jeté quelque part, dispersé sur terre, enfoui dans le sol ou à la dérive en mer. » (…)

« Pour chaque être humain vivant actuellement, il existe un peu plus d'une tonne de plastique jeté quelque part, dispersé sur terre, enfoui dans le sol ou à la dérive en mer. »

Les plastiques synthétiques fabriqués à partir de combustibles fossiles étaient pratiquement inexistants en 1950, lorsque l'Anthropocène a commencé. Aujourd'hui, ils sont partout. On les trouve au sommet de l'Everest et au fond de la fosse des Mariannes, la partie la plus profonde de l'océan (partie ouest-nord-ouest de l'océan Pacifique). Ils sont présents dans les aliments que nous mangeons, l'eau que nous buvons et l'air que nous respirons. Chaque personne sur Terre a des fragments de plastique microscopiques dans son sang et ses organes.

Karl Marx comparait le capitalisme à un dieu maléfique qui exige des sacrifices humains comme prix du progrès.[1] L'industrie du plastique en est un exemple flagrant.

20 janvier 2026 | alencontre.org
https://alencontre.org/ecologie/une-planete-empoisonnee-par-le-plastique-iii.html
Liens deux textes précédents :
https://alencontre.org/ecologie/la-production-lucrative-de-poisons-i.html
https://alencontre.org/ecologie/pfas-the-devils-piss-ii.html

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Le premier plastique synthétique, la bakélite, a été breveté en 1909. Le polystyrène, le polychlorure de vinyle, le polyéthylène et le nylon ont été inventés dans les années 1930, mais ce n'est qu'après 1950 que la combinaison du pétrole bon marché et des nouvelles technologies a déclenché des décennies de croissance spectaculaire, dépassant la production de tous les autres matériaux manufacturés : 2 millions de tonnes en 1950, 4 millions de tonnes en 1955, 8 millions de tonnes en 1960.[2]

Après 75 ans, ces chiffres semblent modestes. 504 millions de tonnes ont été produites en 2025 et l'OCDE prévoit que 1260 millions de tonnes de plastique brut seront fabriquées en 2060.[3]

Aujourd'hui, 8% de tout le pétrole et du gaz naturel sont utilisés pour fabriquer du plastique, la moitié comme matière première, l'autre moitié comme énergie. D'énormes usines hautement automatisées transforment les combustibles fossiles en une variété de molécules d'hydrocarbures aux caractéristiques physiques distinctes qui les rendent adaptées à différents usages, des sacs en plastique aux matériaux de construction. À partir des années 1950, écrit Susan Freinkel, « produit après produit, marché après marché, le plastique a défié les matériaux traditionnels et a gagné, remplaçant l'acier dans les voitures, le papier et le verre dans les emballages, et le bois dans les meubles ».[4] Aujourd'hui, les plastiques sont véritablement omniprésents, profondément ancrés dans tous les aspects de l'économie capitaliste et dans notre vie quotidienne.

Les avantages des plastiques sont indéniables. De nombreuses interventions médicales vitales seraient impossibles sans les dispositifs en plastique. Les appareils électroniques qui font partie intégrante de notre vie quotidienne sont en grande partie fabriqués à partir de plastiques. La liste des exemples pourrait s'allonger encore.

Mais il y a un côté sombre, un domaine de dommages environnementaux et sanitaires extrêmes qui contrebalance les avantages. Une étude publiée dans The Lancet en août 2025 ne mâche pas ses mots : les plastiques représentent aujourd'hui « un danger grave, croissant et sous-estimé pour la santé humaine et la santé de la planète ».

« Le monde est en proie à une crise du plastique. Cette crise s'est aggravée parallèlement aux autres menaces planétaires de notre époque et contribue au changement climatique, à la pollution et à la perte de biodiversité. Longtemps invisible et ignorée, l'ampleur de la crise du plastique est désormais largement reconnue, et ses implications pour la santé humaine et la santé de la planète sont de plus en plus évidentes. »[5]

Les plastiques peuvent être utilisés, et certains le sont, pour fabriquer des produits solides qui conservent leur forme pendant des décennies, voire des siècles. Mais les entreprises capitalistes ont rapidement compris qu'elles pouvaient réaliser des profits plus importants avec des produits jetables, des produits de base qui devaient être achetés encore et encore. Les produits en plastique conçus pour une utilisation à long terme, principalement les matériaux de construction, ne représentent que 17% des 8 milliards de tonnes de plastique produites depuis 1950. Le reste, soit plus de 6 milliards de tonnes, a été spécialement conçu pour être utilisé et jeté.[6] Sur ce total,

  • 50% sont enfouis dans des décharges ;
  • 19% sont incinérés ;
  • 9% sont recyclés ;
  • 22% sont dispersés quelque part dans l'environnement.[7]

L'historien Alexander Clapp écrit :

« Pour chaque être humain vivant actuellement, il existe un peu plus d'une tonne de plastique jeté quelque part, dispersé sur terre, enfoui dans le sol ou à la dérive en mer ; il ne fait aucun doute que la plupart de ces déchets survivront à notre présence sur la planète pendant des milliers, voire des centaines de milliers d'années. Dans l'océan seulement, il existe 21'000 morceaux de plastique par être humain, soit une masse équivalant à des sacs de supermarché, de cercles et de bouchons de bouteilles. D'ici 2050, cela dépassera le poids de tous les poissons réunis et devrait doubler tous les six ans dans un avenir prévisible. Pendant ce temps, en l'espace d'une minute, le temps de lire ce paragraphe, un million de bouteilles en plastique supplémentaires ont été jetées et un autre camion poubelle rempli de plastique a rejoint les mers. »[8]

Une grande partie des préoccupations de la population et des défenseurs de l'environnement concernant le plastique se concentre sur la présence visible de déchets plastiques dans l'environnement, en particulier dans les océans, et sur les dommages qu'ils causent à la vie marine. Au moins 52 millions de tonnes de déchets plastiques se retrouvent dans l'environnement chaque année, et une grande partie de ces déchets sont transportés par le vent et l'eau vers les océans,[9] où ils tuent des millions d'oiseaux et d'animaux chaque année. Plus de 1300 espèces marines, dont toutes les familles d'oiseaux marins, de mammifères marins et d'espèces de tortues marines, ingèrent du plastique, le confondant avec de la nourriture.

En 2025, une étude à grande échelle sur les animaux marins morts à l'état sauvage a révélé qu'environ 35% des oiseaux marins, 50% des tortues marines et 12% des phoques, otaries, dauphins et marsouins avaient du plastique logé dans leur tube digestif, ce qui leur causait des lésions internes ou les empêchait de digérer leur nourriture. Six morceaux de caoutchouc de la taille d'un petit pois suffisent à tuer une mouette, et une accumulation de la taille d'une demi-balle de baseball peut tuer une tortue caouanne.[10]

Cette étude s'est concentrée sur les morceaux suffisamment gros pour être facilement visibles, mais après 75 ans de pollution plastique, une grande partie a été fragmentée en morceaux beaucoup plus petits par le vent, le soleil et les vagues. La grande majorité des plastiques présents dans l'environnement aujourd'hui sont des microplastiques, plus petits qu'une gomme à crayon. Des milliards de morceaux plus petits qu'un cheveu humain proviennent de fragments provenant des tissus synthétiques utilisés dans la plupart des vêtements. Ils ne sont pas visibles, mais ils constituent une menace bien plus grande pour la santé animale et humaine. Petits, résistants et très légers, ils sont transportés partout par le vent et l'eau et sont facilement consommés par les animaux et les plantes au bas de la pyramide alimentaire, puis s'accumulent dans le corps des espèces situées au-dessus.

Une étude réalisée en 2024 a révélé la présence de microplastiques dans 88% des produits protéinés achetés dans les magasins alimentaires des Etats-Unis, notamment dans des morceaux de bœuf, de poulet, de porc et de produits d'origine végétale. Les auteurs estiment qu'un adulte américain moyen pourrait ingérer 3,8 millions de particules de plastique par an, rien qu'à partir des protéines.[11] L'air que nous respirons pollue également notre corps : une étude française de 2025 a révélé que les adultes inhalent environ 71'000 particules de plastique de différentes tailles chaque jour, chez eux et dans leur voiture. [12]

Une synthèse des recherches récentes indique que des particules de plastique « ont été trouvées dans le cerveau, le cœur, le sang, les poumons, les veines, le côlon, le foie, le placenta, le pénis, les testicules et le liquide amniotique humains. Elles sont présentes sur la peau et les cheveux humains. Elles ont également été détectées dans le lait maternel, les selles (y compris le méconium, les premières selles du bébé), le mucus, la salive et les échantillons de sperme. »[13]

La présence physique importante de plastique dans le corps des humains et des animaux suscite de vives inquiétudes, mais une menace encore plus grande est représentée par les milliers de produits chimiques toxiques qu'ils libèrent dans leur environnement et dans notre corps.

Les plastiques sont principalement composés de polymères, de très grosses molécules constituées de nombreuses entités identiques appelées monomères. Ils existent dans la nature (la cellulose en est un exemple courant), mais presque tous les plastiques sont à base de polymères synthétiques fabriqués à partir de pétrole, de gaz naturel ou de charbon. À eux seuls, ils ne permettent pas de fabriquer de bons produits en plastique : certains se détériorent au soleil, d'autres brûlent facilement ou perdent leur forme et leur stabilité. Ils sont donc de qualité inférieure au verre, au métal et aux autres matériaux qu'ils sont censés remplacer. La solution, découverte il y a 70 ans par l'industrie pétrochimique, consiste à ajouter d'autres produits chimiques qui confèrent les caractéristiques requises pour diverses applications.

« Pratiquement tous les produits à base de plastique contiennent une large gamme d'additifs chimiques, souvent en très grandes quantités. … Selon le produit, les additifs peuvent représenter 5 à 50% du poids des plastiques fabriqués. La plupart des additifs ne forment pas de liaisons chimiques fortes avec la matrice polymère. Ils peuvent donc s'échapper du plastique et contaminer l'air, l'eau et le sol, exposant ainsi les êtres humains. »[14]

Quelle est la gravité de la situation ? Il n'existe pas de registre central des produits chimiques utilisés par les fabricants de plastique, mais une étude récente et exhaustive des bases de données publiques existantes a identifié le nombre stupéfiant de 16'325 produits chimiques différents utilisés dans la production de plastique. Beaucoup d'entre eux sont des « produits chimiques préoccupants », ce qui signifie qu'ils sont connus pour avoir des propriétés intrinsèques qui présentent des risques pour la santé.[15] Il s'agit notamment de substances cancérigènes connues, de perturbateurs endocriniens, de substances chimiques persistantes (PFAS) et d'autres menaces avérées pour la santé humaine. Chacun des neuf principaux types de polymères utilisés dans les plastiques synthétiques est associé à plus de 400 substances chimiques préoccupantes.

Un résumé de cette recherche identifie sept conclusions principales.

  • Plus de 4200 substances chimiques présentes dans les plastiques, soit 25%, sont inquiétantes car elles sont dangereuses pour la santé humaine et l'environnement.
  • La moitié des produits chimiques commercialisés pour être utilisés dans les plastiques sont classés comme dangereux.
  • Moins de 1% des produits chimiques plastiques peuvent être classés comme non dangereux. Cependant, une évaluation complète des risques fait défaut, ce qui signifie que leur innocuité ne peut être déterminée de manière concluante.
  • 3651 produits chimiques plastiques dangereux ne sont pas réglementés à l'échelle mondiale. Ces produits chimiques requièrent la plus grande attention, et il est nécessaire d'examiner plus en détail les informations sur leur utilisation, leur production et leur statut réglementaire.
  • Quinze groupes de produits chimiques utilisés dans les plastiques ont été identifiés comme particulièrement préoccupants. Ces groupes contiennent un nombre élevé de produits chimiques à risque.
  • On sait que plus de 1800 produits chimiques à risque sont présents dans les plastiques. Cela inclut plus de 500 produits chimiques à risque qui sont libérés par les matériaux et les produits en plastique, ce qui indique un risque d'exposition pour l'homme et l'environnement.
  • Chaque type de polymère majeur contient au moins 400 substances chimiques inquiétantes. Le caoutchouc, les polyuréthanes, les polycarbonates et le PVC sont les plus susceptibles de contenir de tels composés.[16]

Le rapport 2025 deThe Lancet résume les dernières recherches sur les plastiques et la santé. Concernant les substances chimiques présentes dans les plastiques, les auteurs ont écrit :

« La plupart des produits chimiques présents dans les plastiques, y compris les additifs, ne sont pas liés chimiquement aux matrices polymères. Ils sont plutôt mélangés physiquement aux polymères et peuvent être libérés des plastiques dans l'environnement par lessivage, volatilisation et abrasion. Ces produits chimiques peuvent ensuite pénétrer dans le corps humain par ingestion, inhalation et absorption cutanée.

« L'exposition humaine aux produits chimiques contenus dans les plastiques est très importante. Des enquêtes nationales de biosurveillance détectent des niveaux mesurables de plusieurs centaines de produits chimiques synthétiques, y compris des produits chimiques contenus dans les plastiques, chez des personnes de tous âges, y compris des nouveau-nés exposés in utero, dans toutes les régions du monde…

« [Une récente étude globale] a mis en évidence des preuves cohérentes de multiples effets sur la santé à toutes les étapes de la vie humaine pour de nombreux produits chimiques présents dans les plastiques. Les nourrissons dans l'utérus et les jeunes enfants sont particulièrement exposés. Ces effets comprennent une altération du potentiel reproductif (par exemple, syndrome des ovaires polykystiques et endométriose), des effets périnataux (par exemple, fausses couches, poids réduit à la naissance et malformations des organes génitaux), une diminution des fonctions cognitives (par exemple, perte du quotient intellectuel), une résistance à l'insuline, de l'hypertension et de l'obésité chez les enfants, ainsi que du diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires, des accidents vasculaires cérébraux, de l'obésité et des cancers chez les adultes. »[17]

Les preuves de la nocivité des plastiques s'accumulent chaque jour. En avril 2025, des chercheurs ont rapporté qu'en un an 349 113 décès dus à une insuffisance cardiovasculaire avaient été causés par un seul produit chimique, le di-2-éthylhexylphtalate, qui s'était échappé d'un type de plastique, le polychlorure de vinyle (PVC).[18]

Une poignée de géants pétrochimiques sont responsables de la quasi-totalité de la production de plastique. Comme nous le verrons, ils se battent avec acharnement pour protéger leur droit de répandre du poison dans le monde entier. (Article publié par Ian Angus sur son blog le 3 janvier 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)


Notes

1. Karl Marx, “The Future Results of British Rule in India,” MECW, vol. 12, 222.
2. Hannah Ritchie, Veronika Samborska, and Max Roser. “Plastic Pollution,” Our World in Data, https://ourworldindata.org/plastic-pollution.
3. Global Plastic Outlook : Policy Scenarios to 2060, (OECD. 2025), 10.
4. Susan Freinkel, Plastics : A Toxic Love Story (Henry Holt, 2011), 4.
5. Philip J. Landrigan et al., “The Lancet Countdown on Health and Plastics,” Lancet, August 2025, 1044, 1056.
6. Paul Stegmann et al., “Plastic futures and their CO2 emissions,” Nature, December 2022.
7. Victoria Heath, “What actually happens to plastic ?” Geographical, January 24, 2025.
8. Alexander Clapp, Waste Wars : The Wild Afterlife of Your Trash, (Little, Brown, 2025), 18.
9. Joshua W. Cottom, et al., “A local-to-global emissions inventory of macroplastic pollution,” Nature, September 2024.
10. Erin L. Murphy et al., “A quantitative risk assessment framework for mortality due to macroplastic ingestion in seabirds, marine mammals, and sea turtles,” Proceedings of the National Academy of Sciences, November 2025.
11. Madeleine H. Milne, et al., “Exposure of U.S. adults to microplastics from commonly-consumed proteins,” Environmental Pollution, February 15,
12. Nadiia Yakovenko et al., “Human exposure to PM10 microplastics in indoor air,” PLOS One, July 30, 2025
13. “Microplastic Deluge : How These Small Plastic Particles Harm Our Health and the Environment,” Fact Sheet, Natural Resources Defense Council, June 2025. These findings should be considered preliminary : some scientists question the methods used to identify very small plastic particles in human organs.
14. Philip J. Landrigan et al., “The Minderoo-Monaco Commission on Plastics and Human Health,” Annals of Global Health, March 2023, 78.
15. L. Monclús et al., “Mapping the chemical complexity of plastics,” Nature, July 9, 2025. The term “chemicals of concern” refers to substances that have one or more of the following characteristics. Persistence : Survives for long periods in air, water, soil, or organisms. Mobility : Spreads easily in water and air. Bioaccumulation : Remains and accumulates in animals and/or humans. Toxicity : Causes harm to living organisms.
16. Martin Wagner et al., State of the science on plastic chemicals – Identifying and addressing chemicals and polymers of concern. (PlastChem, 2024) https://doi.org/10.5281/zenodo.10701705
17. Landrigan et al., “The Lancet Countdown,” 1049.
19. Sara Hyman et al., “Phthalate exposure from plastics and cardiovascular disease : global estimates of attributable mortality and years life lost,” eBioMedicine, July 2025.

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