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La prostitution des mineur.es, partie intégrante de l’industrie du sexe
Richard Poulin est professeur émérite de sociologie (université d'Ottawa) et professeur associé à l'Institut de recherches et d'études féministes (UQAM). Il est l'auteur d'ouvrages sur les industries du sexe, les questions ethnico-nationales, les violences meurtrières, ainsi que le socialisme et le marxisme. Il vient de publier la traduction et la préface du livre de Karl Kautsky « L'origine du christianisme » (Paris, Syllepse) et un roman co-écrit avec son fils sous pseudonyme, « On aurait dû vous croire » (Montréal, M Éditeur).
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/03/la-prostitution-des-mineur-es-partie-integrante-de-lindustrie-du-sexe/
Interview de Richard Poulin par Francine Sporenda
Avant de répondre à vos questions, j'aimerais préciser que mon livre Les enfants prostitués (publié par Imago) constituait le premier volet d'une étude sur l'exploitation sexuelle mondialisée des enfants. Le deuxième volet portait sur la pornographie. Il s'intitulait Sexualisation précoce et pornographie (publié par La Dispute). Outre l'analyse de l'exploitation sexuelle des enfants dans la pornographie, il s'attachait à montrer l'influence de la pornographie sur l'hypersexualisation des filles, et l'impact de la pornographisation sur les codes sociaux et culturels, ce qui joue un rôle fondamental dans la banalisation sociale et politique de la prostitution.
Dans les deux cas – prostitution et pornographie –, il y a un tronc commun, à savoir l'agression sexuelle lors de l'enfance. Environ 85% des femmes prostituées ont été victimes d'agressions sexuelles dans leur enfance. Il n'y a pas d'enquêtes similaires dans le cas des « stars » de l'industrie pornographique (les hardeuses), mais à lire leurs biographies et autobiographies, on s'aperçoit que les violences sexuelles subies dans l'enfance sont courantes. J'ai mené une enquête auprès de danseuses nues (échantillon de 25). Quelque 80 % d'entre elles m'ont révélé avoir été victimes de viols incestueux.
Ce facteur est important, voire décisif, pour expliquer le recrutement dans les industries du sexe. Pour survivre à l'agression sexuelle subie lors de leur enfance, les filles fuguent. Elles tentent ainsi d'échapper à leur enfer familial. Par ailleurs, pour survivre, elles développent une dissociation de soi qui protège leur esprit pendant que leur corps subit des avanies. Elles apprennent l'indifférence à leur propre corps et à ses sensations. Cela se traduit par une absence à soi-même, une anesthésie sensitive et une réactivité affective amoindrie, ce qui, en même temps, leur permet de survivre. Mais avec une piètre estime de soi.
Cet état de dissociation est souvent une condition essentielle à l'activité prostitutionnelle et pornographique. Rappelons que les proxénètes utilisent la violence sexuelle, notamment les viols à répétition et les viols collectifs pour briser psychologiquement les femmes et les filles qu'ils entendent prostituer chez eux ou à l'étranger. Pour survivre psychologiquement, les victimes de ces violences sexuelles à répétition finissent par dissocier leur moi de leur corps, arrivent à faire de leur corps un objet extérieur à elles-mêmes. Une fois ce processus achevé, ce corps peut être mis sur les marchés du sexe. Les proxénètes ont moins à utiliser de tels moyens avec les filles qui ont déjà subi des viols à répétition lors de leur enfance.
Les jeunes fugueuses sont facilement repérées et recrutées par les proxénètes comme le montre l'ensemble des études sur les « réseaux sexuels » criminalisés. Ce n'est donc pas surprenant que l'âge moyen de l'entrée dans la prostitution dans les pays capitalistes développés tourne autour de 14-15 ans (certaines études aux États-Unis estiment que l'âge de recrutement est de 13-14 ans). Il est encore plus jeune dans les pays du Sud, particulièrement dans les pays de tourisme prostitueur.
FS : Vous dites que la prostitution des mineur.es est, de pair avec la traite, partie intégrante de l'industrie du sexe. Peut-on réglementer ou décriminaliser « l'industrie du sexe » tout en combattant la prostitution des enfants ?
RP : Les organisations et les États favorables à la décriminalisation de l'industrie de la prostitution soutiennent qu'il existerait à côté de la prostitution « forcée » (dont la prostitution des enfants) qui, elle, serait insupportable et constituerait une violation des droits humains, une prostitution « volontaire » et donc acceptable, où la personne prostituée est définie comme une « travailleuse du sexe » et le proxénète comme un « manager » ou un « homme d'affaires ». « La liberté de se prostituer » ferait même partie pour certain.es des droits que les femmes doivent conquérir ! En fait, l'accès des hommes aux femmes, au moyen du sexe tarifé, est appelé liberté tant pour eux que pour elles.
Pour revendiquer la décriminalisation ou la réglementation de la prostitution, il s'agit de banaliser la prostitution (ainsi que la traite des femmes à des fins de prostitution) et d'en faire un « métier » comme un autre. Les organisations favorables au « travail du sexe » prétendent que les personnes prostituées font un choix économique rationnel. Elles expliquent que ce choix découle très souvent d'un désir d'échapper à une situation de pauvreté. Dans ce cadre, la traite des femmes est banalisée : elle devient une simple migration de femmes pour offrir des services sexuels. Cela sera dû à l'absence de perspectives d'emploi et de travail dans leur propre pays.
Ces organisations et États dénoncent à l'occasion la « prostitution forcée », qui ne peut être que très minoritaire, selon leur point de vue, tout en faisant la promotion de la prostitution comme travail ou métier. Ils sont d'accord pour dire que l'« exploitation sexuelle des enfants » est abominable et qu'elle relève du crime, même si tous n'ont pas la même définition de l'enfant et du crime.
L'âge de l'interdiction de la prostitution varie entre 14 et 18 ans en Europe. En Roumanie, les prostitueurs peuvent se payer des enfants âgés de 14 ans. En Russie, au Portugal, en Suisse, en Allemagne et au Royaume-Uni, les prostitueurs peuvent légalement se payer des enfants de 16 ans.
La prise de conscience internationale de l'intensification et de la massification de la prostitution des enfants, de leur traite à des fins de prostitution, qui est liée, entre autres, au tourisme prostitueur, et leur utilisation accrue dans la pornographie, a engendré des campagnes internationales contre l'« exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales ». Or, ces campagnes ont le défaut de ne pas cibler la prostitution et la pornographie comme les causes essentielles de cette « exploitation », mais de restreindre, pour des raisons qui relèvent peut-être de la stratégie, mais peut-être aussi de l'acceptation de l'exploitation de la prostitution des adultes, le problème à l'âge du consentement sexuel.
Limiter le combat contre l'« exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales » à la notion de consentement fait le jeu des réglementaristes pour qui cette notion est fondamentale dans la légitimation même de la prostitution.
Les victimes enfantines de l'industrie du sexe atteignent un jour leur majorité et, ce jour-là, elles cessent légalement d'être « exploitées sexuellement » : elles sont désormais, pour nombre d'États, des personnes qui font le commerce de leur corps de façon consentante, en toute liberté, en connaissance de cause. Si elles le font hors de leur pays, car victimes de la traite à des fins de prostitution ou de pornographie, elles sont criminalisées en tant qu'immigrantes illégales.
Combattre uniquement la prostitution « forcée », c'est mettre le fardeau de la preuve sur la personne prostituée, qui devra prouver cette contrainte. Combattre la prostitution des mineurs, c'est éviter de combattre celle des adultes. C'est également dédaigner la lutte contre la marchandisation de ces personnes. C'est l'acceptation de l'extension des valeurs marchandes au corps des femmes et des enfants.
FS : Vous signalez que le tourisme sexuel est florissant. La proportion d'enfants exploités dans le tourisme sexuel varie selon les pays mais elle tourne en moyenne autour de 30%. Qui sont ces enfants, et qui sont les individus qui sont les « clients » ?
RP : Les « clients » sont très majoritairement des hommes, sans doute à 95 ou à 96%, les prostitueurs internationaux sont issus de pratiquement toutes les classes sociales, à l'exception des plus pauvres. Pour nombre de touristes, qu'ils soient d'affaires ou de loisir, profiter de la prostitution des enfants constitue l'un des objectifs de leur voyage. Par ailleurs, les touristes sexuels d'occasion qui n'organisent pas nécessairement leur déplacement dans l'intention d'exploiter la prostitution d'enfants, des individus qui, une fois sur place, se laissent « tenter » et passent à l'acte.
Les touristes prostitueurs d'occasion sont nombreux. Leur achat du sexe d'un enfant ou d'une jeune personne résulte de plusieurs facteurs, qui dérivent de la situation particulière d'un voyage dans un pays étranger. Ils se permettent des actes qu'ils ne commettraient pas nécessairement chez eux. Loin de leur pays d'origine, ils se sentent libres des contraintes sociales et morales qui règlent leur comportement dans la vie quotidienne. Un homme qui n'aurait jamais envisagé de se rendre dans un bordel dans sa ville de résidence peut très bien le faire dans un pays étranger où il y a peu de chances d'être reconnu. Il a un sentiment d'impunité grâce à son anonymat. Selon un proverbe japonais, le voyageur ne connaît point de honte. En outre, les prostitueurs internationaux ont souvent un sentiment de suprématie sur les populations des pays du tiers-monde ou de l'Est du fait de leur supériorité économique. Ils désirent également vivre de nouvelles expériences, de l'« aventure », de l'exotisme. L'indifférence portée à la personne prostituée, la banalisation de l'acte tarifé, l'idée que, dans les pays du tiers-monde, les enfants sont sexuellement matures très jeunes, etc., sont des facteurs qui les désinhibent et leur permettent de passer à l'acte. Certains vont même jusqu'à se convaincre qu'ils aident financièrement ces enfants et leur famille, bref, qu'ils font une bonne action.
Selon une étude de l'Unicef, 10 % des touristes qui parcourent le monde auraient le sexe pour motivation.
Les enfants prostitués pour l'industrie du tourisme sexuel sont parfois vendus par leurs parents, entre autres, pour payer les dettes familiales. D'autres sont recrutés dans les rues. Ils peuvent aussi avoir été kidnappés. Certaines mineures sont séduites par de fausses promesses de mariage ou par la perspective d'un bon emploi. D'autres sont vendues à des temples pour devenir des « prostituées sacrées », particulièrement en Inde et au Népal, mais aussi au Togo, au Nigeria, au Bénin et au Ghana.
Les jeunes et les enfants sont la cible de prédilection des proxénètes trafiquants. Les enfants ont plusieurs avantages dont, entre autres, le fait qu'ils sont moins susceptibles d'avoir une infection sexuellement transmissible, d'où leur attrait particulier en ces temps de sida. Au Sri Lanka, sur 100 enfants d'une école, 86 avaient eu une expérience sexuelle à l'âge de 12 ou de 1 ans avec un touriste étranger. L'association anglaise Save the Children précise que de nombreux prostitueurs « recherchent des filles et des garçons de plus en plus jeunes, souvent vierges, et qui ont moins de chance d'avoir contracté le virus du sida ». Certains réseaux de prostitution infantile se targuent « de disposer d'enfants testés et déclarés séronégatifs ».
FS : Pour certains pays, comme la Thaïlande, le Cambodge, etc. la prostitution des jeunes filles et des enfants représente un pourcentage important de leur PIB et sont comme tels ouvertement favorisés par leurs gouvernements, et les prostitueurs protégés par leur police. Pouvez-vous nous en parler ?
RP : La prostitution enfantine n'est pas un phénomène nouveau. Ce qui est nouveau, c'est son internationalisation et son industrialisation. Par conséquent, la demande d'enfants pour les industries du sexe est en croissance partout dans le monde. Une véritable économie mondiale parallèle, ayant souvent pignon sur rue, s'est mise en place dans le dessein d'accroître l'offre prostitutionnelle et de stimuler la demande. Pour les États dont la monnaie ne vaut rien sur le marché mondial, il est impératif de développer des stratégies pour que des devises fortes affluent chez eux, d'où les recommandations de la Banque mondiale et du FMI, qui ont offert à ce sujet de généreux prêts : ces contrées devaient investir dans le tourisme et l'industrie du divertissement, étant entendu que ce « divertissement » ne consistait pas à ériger des parcs du style Walt Disney World Resort. Il s'agit ici de la Thaïlande, des Philippines, du Guatemala et de bien d'autres pays. Dans tous les cas, l'industrie de la prostitution a explosé et ces pays ont connu une forte croissance du tourisme, particulièrement du tourisme sexuel et pédocriminel. L'intérêt de la Banque mondiale et du FMI et, par conséquent, des pays capitalistes dominants est simple à comprendre : le remboursement de la dette ne peut être fait qu'avec des devises fortes.
Le royaume de la Thaïlande a déjà fait une promotion internationale pour attirer les touristes dans le pays en vantant ses « jeunes filles délicieuses ». Environ le tiers des personnes prostituées de Thaïlande est d'âge mineur.
En 1998 déjà, l'Organisation internationale du travail (OIT) a estimé que la prostitution représentait entre 2 et 14% de l'ensemble des activités économiques de la Thaïlande, de l'Indonésie, de la Malaisie et des Philippines. En 1998, l'OIT a évalué que de 0,25 à 1,5% de la population féminine de ces quatre pays d'Asie était livrée à la prostitution et que plusieurs millions de personnes tiraient directement ou indirectement un revenu de cette activité.
La prostitution en Thaïlande est illégale depuis 1960, mais les fonctionnaires du pays s'organisent pour qu'elle prospère. En fait, il y a une section spéciale de la police gouvernementale – la police des touristes – qui a été spécifiquement créée pour manipuler tous les « problèmes » de la mise en œuvre de la loi. Leurs devoirs sont de protéger les clients et de s'assurer que les touristes sexuels obtiennent ce pour quoi ils payent et ne payent pas pour ce qu'ils n'obtiennent pas.
FS : Pouvez-vous nous parler du phénomène des « enfants des rues » et du problème des mineur.es demandeurs d'asile dans les pays occidentaux et du lien de ces phénomènes avec la prostitution des enfants ?
RP : Les politiques néolibérales ont pour effet, entre autres, d'accroître les inégalités sociales tant sur le plan mondial qu'à l'intérieur des pays, ce qui implique un appauvrissement grandissant de certains secteurs de la population. Il y a donc eu depuis les années 1980 une multiplication des enfants des rues, estimés à plus de 100 millions par l'Unicef. C'est le vivier dans lequel les prédateurs sexuels — proxénètes et prostitueurs — plongent leurs filets. Des enfants, fillettes et garçons, qui peinent à survivre, vivotent dans les rues en mendiant, en volant, en faisant les poubelles, en s'organisant en gangs ou en étant embrigadés dans la prostitution. Ils sont des proies facilement détectables. Ceux qui forment des gangs de rue exploitent très souvent la prostitution des filles (j'y reviens plus loin).
Aux Pays-Bas, les travailleurs sociaux dans les centres de demandeurs d'asile ont remarqué que beaucoup de jeunes filles de pays d'Afrique occidentale disparaissaient peu après le dépôt de leur demande d'asile. La police a retrouvé certaines d'entre elles dans des maisons closes aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne, pays où la prostitution est réglementée.
Le nombre de mineurs non accompagnés demandeurs d'asile a considérablement augmenté. Chaque année, la part des mineurs non accompagnés demandeurs d'asile est toujours plus importante par rapport au nombre total de demandeurs d'asile. Plus de la moitié des enfants interpellés dans les rues des grands centres urbains de Grèce vivaient dans le pays sans leur famille et, dans leur grande majorité, avaient été amenés en Grèce par un tiers, qui les avait « achetés » à leurs parents. En Belgique, les jeunes filles et les jeunes femmes d'Europe orientale, qui sont vendues à des fins de prostitution, sont en grande partie des réfugiées.
FS : Frédéric Mitterrand, écrivain et neveu du président Mitterrand, n'a pas caché dans ses écrits (La Mauvaise Vie) avoir pratiqué le tourisme sexuel en Thaïlande, pourtant sa mort récente a été saluée par des commentaires élogieux. Vos commentaires ?
RP : Il y a quelque chose d'incompréhensible et de surréaliste dans les mœurs des élites bien-pensantes de France. Au Québec, on ne peut pas imaginer qu'un ministre de la Culture et de la Communication, poste qu'occupait Frédéric Mitterrand au moment où le scandale a éclaté, ne soit pas forcé de démissionner après avoir admis avoir été un touriste sexuel en Thaïlande. Mitterrand se défend d'avoir abusé d'un prostitué d'âge mineur en prétendant que, dans son livre, il utilisait les mots « garçon » et « gosse » dans le sens de jeune homme. Ce qui est douteux.
Son livre a été publié en 2005. Or, la loi française permet de poursuivre les ressortissants français touristes sexuels depuis 1994. Non seulement Mitterrand n'a pas été poursuivi, mais il a accumulé les honneurs. En 2016, il a été nommé président du Festival du cinéma américain de Deauville, puis il a été élu membre de l'Académie des beaux-arts en 2019.
Je ne peux pas m'empêcher de faire un parallèle avec le cas de Gabriel Matzneff. Dans ses livres ouvertement autobiographiques, il décrit ses rapports sexuels avec des enfants et de jeunes adolescent.es, qui sont, selon la loi au Canada, des agressions sexuelles aggravées, c'est-à-dire des viols. Il a bénéficié d'importants appuis dans la sphère littéraire et médiatique. Lui aussi a été couvert d'honneurs. Quand la Québécoise Denise Bombardier l'a dénoncé avec véhémence en 1990 à Apostrophes, l'émission littéraire animée par Bernard Pivot, elle a été violemment critiquée pour s'être opposée à l'apologue de la pédophilie. C'est elle qui a été ostracisée par l'élite bien-pensante française, pas l'agresseur pédocriminel, touriste pédosexuel qui plus est, qui a pu poursuivre sa carrière littéraire jusqu'à ce que l'une de ses victimes, Vanessa Springora, publie, en 2020, son ouvrage Le Consentement.
Heureusement, entre-temps, il y a eu la déferlante #MeToo… Et les Mitterrand et Matzneff et autres prédateurs sexuels de France n'ont plus les coudées aussi franches qu'auparavant, même si leur liberté d'action due à une justice défaillante est de loin supérieure à celle des prédateurs d'autres pays. Or, ils ont bénéficié d'une impunité totale avant le mouvement #MeToo et ont reçu l'appui indéfectible des élites médiatiques, culturelles et politiques du pays.
Le délabrement moral de cette élite donne froid dans le dos.
FS : Pouvez-vous nous parler de l'impact du développement de la prostitution dans une société, en particulier sur l'existence de réseaux mafieux ?
RP : Les industries du sexe sont largement contrôlées par le crime organisé. S'il en est ainsi, ce n'est pas parce que la prostitution est illégale ou prohibée. Dans les pays où la prostitution est réglementée – Allemagne, plusieurs provinces australiennes, Autriche, Grèce, Hongrie, Nevada (États-Unis), Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Suisse –, comme dans ceux où des bordels sont propriétés d'État – Indonésie, Turquie – ou dans les pays qui la reconnaissent comme une industrie vitale à l'économie nationale – Philippines, Thaïlande, etc. –, le rôle du crime organisé reste fondamental dans l'organisation des marchés. Toutefois, la réglementation de la prostitution dans plusieurs pays capitalistes dominants en Europe de l'Ouest et dans le Pacifique Sud a offert aux criminels des occasions de loin supérieures à celles qui prévalaient antérieurement pour rendre licites leurs activités. Elle a en outre permis de les légitimer comme des hommes d'affaires respectables, leur conférant ainsi une influence économique, sociale et politique inégalée ainsi qu'un pouvoir de corruption accru.
Les Pays-Bas avaient évoqué, parmi les raisons pour légaliser la prostitution en bordels et dans des zones de tolérance, la nécessité d'éradiquer le contrôle du crime organisé sur l'industrie. Toutefois, les autorités municipales d'Amsterdam, après enquête, ont conclu que la situation s'était dégradée à la suite de la légalisation du proxénétisme et de la prostitution en bordels et dans des zones de tolérance. La municipalité a adopté une série de mesures pour changer la vocation du célèbre quartier rouge de la ville. Selon les données de la municipalité, il y avait 142 bordels dans la ville, avec quelque 500 vitrines ; une bonne partie des bordels licenciés exploitant des femmes « immigrantes » illégales, c'est-à-dire des victimes de la traite criminelle à des fins de prostitution.
L'argument selon lequel la légalisation devait supprimer les éléments criminels de l'industrie du sexe par un contrôle strict s'est donc révélé faux. Le véritable développement de la prostitution en Australie, depuis l'entrée en vigueur de la légalisation, s'est produit dans le secteur illégal. Depuis le début de la légalisation, le nombre de maisons closes a triplé et leur taille a augmenté – l'immense majorité n'ayant pas d'autorisation, mais faisant sa propre publicité et opérant en toute impunité.
Le crime organisé est un monde de gars particulièrement machiste. Dans le milieu criminel, les femmes sont essentiellement des marchandises, des femmes-objets qui peuvent être offertes en cadeaux lors de « réunions d'affaires ». Le mépris à leur endroit est une règle universelle. En effet, les milieux criminels ont une piètre estime des femmes qui sont à la fois des trophées, prouvant leur virilité ultra-machiste, et des corps à utiliser et à exploiter, sauf bien évidemment dans le cas des femmes qui leur sont apparentées — mère, sœur, fiancée et épouse —, où la relation est privatisée et n'est pas l'objet d'une socialisation masculine, contrairement aux autres femmes.
Dans les gangs de jeunes criminels, comme chez les motards où d'autres groupes du même acabit, le partage des filles est la norme. Le gang bang ou viol collectif scelle la complicité masculine des membres du groupe. Cela a pour effet, notamment, comme dans tout viol opéré par les proxénètes, de conditionner les jeunes filles à leur prostitution future. Il est, entre autres, destiné à « initier » les jeunes filles à une sexualité non désirée, sans relation affective, et à leur enseigner la soumission au désir de tous les hommes.
Le viol collectif a également pour fonction de marquer l'appropriation du corps et du sexe des jeunes filles par le groupe tout en révélant la hiérarchie sociale des sexes au sein du groupe et en renforçant les connivences masculines. La participation des jeunes hommes de la bande au gang bang fait partie de la désensibilisation affective qui rendra possible l'apprentissage du métier de proxénète.
L'implication des gangs de rue dans la prostitution, qui est par essence une prostitution juvénile, c'est-à-dire des filles recrutées à l'adolescence, est le changement le plus marquant des dernières décennies. L'appartenance à un gang de jeunes criminels, qui est valorisée dans plusieurs milieux, joue un rôle d'attraction majeur pour nombre de jeunes filles qui risquent de plonger rapidement dans la prostitution et d'être victimes d'une vente et d'une revente à différents réseaux de proxénètes. Cette prostitution est le socle sur lequel se développe la traite des êtres humains à laquelle participent de plus en plus les gangs de rue criminels.
FS : Vous parlez au sujet de la prostitution des enfants et des jeunes filles dans le cadre du tourisme sexuel dans certains pays, d'une « recolonisation » de ces pays, d'un « impérialisme sexuel » des pays occidentaux. Pouvez-vous commenter ?
RP : Avec le tourisme sexuel, on assiste plus à une sorte de « recolonisation » des pays du tiers-monde par la prostitution des corps et des sexes des femmes et des enfants au profit du plaisir des prostitueurs, notamment des prostitueurs internationaux en provenance des pays impérialistes. C'est une exploitation de la misère des femmes et des enfants pauvres du monde entier.
L'intensification du sexe vénal en Thaïlande, qui a débuté en tant que lieu de repos et de récréation pour les soldats étatsuniens engagés dans la guerre au Vietnam, a entraîné des changements dans l'organisation de sa production. Son association avec le développement du tourisme international ainsi que son industrialisation grandissante ont engendré un accroissement général du contrôle des personnes prostituées. L'organisation du tourisme dans le Sud-Est asiatique au profit des pays industrialisés relève d'un « impérialisme sexuel » dont bénéficient les prostitueurs desdits pays industrialisés, ce qui entraîne des changements dans les structures sociales et mentales de la société, dont une prostitutionnalisation du tissu social. Cette prostitutionnalisation se traduit par une croissance importante du nombre de prostitueurs locaux. Désormais, 75 % des Thaïlandais sont des prostitueurs occasionnels ou réguliers. Dans le nord du pays, où les femmes et les fillettes des minorités ethniques sont victimes de la traite interne à des fins de prostitution vers le Sud, la prostitutionnalisation entraîne une valorisation des naissances féminines, car la naissance d'une fille est promesse, pour la famille, de revenus supplémentaires !
Le concept de recolonisation fait également référence aux faits que les femmes et enfants des minorités ethniques ou nationales sont surexploité.es par les industries du sexe. C'est notamment le cas des minorités ethniques du nord de la Thaïlande et au Myanmar. Les personnes originaires de la minorité hongroise en Roumanie, de la minorité russe dans les pays baltes et des minorités tsiganes un peu partout en Europe de l'Est sont surreprésentées parmi les personnes prostituées dans leur propre pays ainsi qu'en Europe de l'Ouest. Les Autochtones du Canada et ceux de nombreux pays latino-américains sont également « surreprésentées » parmi les personnes prostituées de leurs pays respectifs. C'est également le cas des Afro-Américaines aux États-Unis.
À l'échelle mondiale, les prostitueurs du Nord profitent de femmes et d'enfants du Sud et de l'Est, ainsi que des femmes et des enfants des minorités ethniques ou nationales. Au Sud, les prostitueurs nationaux exploitent sexuellement des femmes et des enfants de minorités nationales.
27 avril 2024
https://revolutionfeministe.wordpress.com/2024/04/27/la-prostitution-des-mineur-es-partie-integrante-de-lindustrie-du-sexe/
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76 ans de la Nakba : manifestation du Québec à Montréal
Quoi : 76 ans de la Nakba : manifestation du Québec à Montréal
Quand : 11 mai, 14 hres
Où : Consulat sioniste, 1 Westmount Square, Montréal
Cette année, le 76e anniversaire de la Nakba est marqué par un assaut violent contre notre peuple à Gaza, qui fait face à un génocide israélien soutenu par les États-Unis depuis plus de six mois. Ce dont nous avons été témoins ces derniers mois à Gaza se trouve dans le cadre d'un projet colonial permanent visant à nettoyer ethniquement les Palestiniens de leur terre depuis la Nakba, qui a débuté en 1947-1948. La Nakba a entraîné le déplacement de plus de 700 000 Palestiniens, le massacre de milliers d'entre eux et l'élimination de centaines de villages palestiniens.
Les Palestiniens du monde entier vont prendre les rue pour commémorer le 76e anniversaire de la Nakba, mais aussi pour commémorer la fermeté du peuple palestinien et sa résistance. Depuis plus de 76 ans, Israël et ses alliés impérialistes conspirent pour détruire la volonté de libération palestinienne et depuis plus de 76 ans, les Palestiniens résistent à leurs oppresseurs.
Cette Marche de libération pour la Nakba 76 rassemblera des personnes venant de toute la région du Québec et convergera vers Montréal pour exiger la justice. Ce sera le moment de renverser la vapeur et de mettre fin à la complicité du Québec dans le génocide et l'occupation sioniste. Ensemble, nous exigerons :
1- La fin du génocide à Gaza ;
2- La fin de tout soutien du Québec à l'occupation sioniste - de la livraison d'armes à l'érection du bureau du Québec à Tel Aviv ;
3- La libération de tous les prisonniers politiques palestiniens ;
4- Une aide humanitaire immédiate et un investissement dans les efforts de secours pour aider à reconstruire Gaza ; et
5- La fin de l'occupation sioniste de la Palestine.
Nous invitons toutes les organisations palestiniennes, arabes et progressistes ainsi que les personnes de conscience de la région du Québec à marcher avec nous pour la libération à Montréal ce 11 mai ! Nous invitons toutes les organisations à appuyer cette manifestation de masse en soutien à notre peuple en Palestine.

Une boss au secours du réseau de la santé ?
D'une réforme à l'autre, d'une mesure à l'autre, le projet politique de la CAQ se précise.
La nomination cette semaine à la tête de l'agence Santé Québec de Geneviève Biron, qui était avant présidente de Biron Groupe Santé, nous a rappelé combien la foi de ce gouvernement dans le secteur privé était grande. Après tout, c'est de là que viennent bien des membres de la députation caquiste, dont le ministre de la Santé Christian Dubé.
Certes, le réseau de la santé et des services sociaux est traversé par d'importants problèmes qui minent l'accès aux soins. C'est ce qui explique en partie que la population exprime des réserves quant à la manière dont sont gérés les deniers publics. Pour remédier à la situation, le gouvernement a imposé de manière autoritaire une réforme qui risque fort, cela dit, de rater sa cible. Adopté à la fin de 2023, le projet de loi 15 modifiera pour une énième fois la structure administrative du réseau, concentrera davantage le pouvoir dans les mains de ses gestionnaires (surtout les plus haut placés) et facilitera le recours aux entreprises privées pour la prestation de services.
Cette pénétration grandissante des méthodes et des acteurs du privé est inquiétante puisqu'il est bien connu que l'approche du secteur à but lucratif n'est pas adaptée au secteur public – et encore moins aux services qui reposent sur des relations humaines tels que les soins de santé ou les interventions psychosociales. Mais c'est aussi le fonctionnement extrêmement hiérarchique de l'agence Santé Québec qui est préoccupant. Croire qu'une personne pourra résoudre les problèmes d'un réseau de plus de 325 000 employé·e·s et 1500 installations est au mieux naïf, au pire dangereux. Dans une étude parue l'an dernier, nous avons au contraire montré que la gestion décentralisée (à l'échelle locale) et démocratique (impliquant le personnel et les usagers, les usagères) est plus efficace pour répondre aux besoins de la population, en plus de s'avérer moins coûteuse. En clair, les solutions existent, mais tout indique qu'elles ne sont pas compatibles avec les intérêts que défend la CAQ.
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Bonification annoncée d’Équimobilité
Québec, le 2 mai 2024 – Des organismes et regroupements communautaires applaudissent la bonification annoncée d'Équimobilité au 1er juillet 2024, qui marque une étape importante en termes d'amélioration de l'accessibilité et de l'abordabilité du transport collectif pour les personnes à faible revenu. Ayant collaboré sur le comité conseil sur la tarification sociale avec la Ville de Québec, nos organismes considèrent que la Ville s'est montrée à l'écoute de leurs demandes et des besoins du milieu.
À l'issue des rencontres du comité conseil, et ce dans un esprit de transparence et de collaboration, la Ville s'est engagée à réduire de près de 50% les tarifs pour les personnes admissibles à la mesure et à ce que le tarif demeure le même pour une période de 2 ans. « C'est une bonne nouvelle pour les personnes en situation de pauvreté, car cette réduction supplémentaire fera une bonne différence dans notre budget et permettra de se procurer la passe. Le fait d'avoir un chiffre rond et non un pourcentage de rabais, ça aidera la compréhension de beaucoup de monde ! » dit Monique Toutant, citoyenne utilisatrice du Réseau de transport de la Capitale (RTC), adhérente à ÉquiMobilité et membre du Collectif pour un transport abordable et accessible à Québec (TRAAQ).
Un comité conseil qui poursuit sa collaboration avec la Ville
Les groupes membres du comité conseil soulignent aussi que « cette bonification additionnelle d'ÉquiMobilité est une étape significative et qu'ils souhaitent poursuivre la collaboration avec la Ville afin de multiplier les efforts en termes de diffusion et de promotion de la mesure, mais aussi dans une perspective d'élargir le principe de tarification sociale à d'autres types de mobilité ».
« En comparant à d'autres municipalités québécoises, nous pouvons affirmer que la Ville de Québec a bien fait en termes de nombres d'inscriptions pour une première année d'implantation. En plus des moyens déjà déployés, tels que des représentations dans des événements communautaires, l'affichage dans les autobus, les capsules vidéo, plus d'actions doivent être entreprises afin que le programme se fasse connaître par un plus grand nombre de personnes admissibles. Cette bonification y contribuera certainement, » déclare Emilie Frémont-Cloutier, animatrice sociale pour le Collectif pour un transport abordable et accessible à Québec (TRAAQ).
« La clientèle « aînée » et admissible à ÉquiMobilité sera avantagée par cette phase 2 du programme, alors que les personnes à faible revenu de tout âge auront droit à un rabais augmenté » ajoute Nicole Laveau, représentante de la Table de concertation des personnes aînées de la Capitale-nationale.
« Partout, tous et toutes ne sont pas égaux en matière de mobilité. L'accessibilité financière des transports étant un frein à l'adoption de certains modes, nous considérons que cette bonification s'inscrit en toute cohérence avec le caractère essentiel du transport en commun. » dit Marie-Soleil Gagné, directrice générale d'Accès transports viables.
« Dans une ville où se déplacer à pied reste difficile pour de nombreuses personnes handicapées, l'accès à diverses mobilités à coût abordable est une nécessité. Équimobilité est un choix politique majeur dans la bonne direction. Travaillons désormais à l'étendre aux autres modes comme l'autopartage, àVélo et le taxi tout comme à rendre ces modes plus accessibles aux personnes handicapées ! » ajoute Véronique Vézina du Regroupement des organismes de personnes handicapées de la région 03 (ROP03)
« Nous tenons à souligner que la mise en place de parcours facilitateurs est un geste de reconnaissance et de soutien envers les personnes ayant des besoins particuliers, notamment pour une meilleure intégration des personnes nouvellement arrivées. » ajoute Aïcha Mansoor, Directrice générale du Service d'aide à l'adaptation des immigrants et immigrantes (SAAI).
Groupes signataires :
Accès transports viables
AGIR en santé mentale
Collectif pour un transport abordable et accessible à Québec (TRAAQ)
Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudières-Appalaches (RÉPAC 03-12)
Regroupement pour l'Aide aux Itinérants et Itinérantes de Québec (RAIIQ)
Regroupement des organismes communautaires de la région 03 (ROC-03)
Regroupement des personnes handicapées de la région 03 (ROP03)
Service d'aide à l'adaptation des immigrantes et immigrants (SAAI)
Table de concertation des personnes aînées de la Capitale-Nationale
Sources :
Marie Soleil Gagné
Directrice générale
Accès transports viables
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Pourquoi un tel mépris envers les personnes en situation de pauvreté ?
Québec, le 1er mai 2024. – Le salaire minimum augmente aujourd'hui de 0,50 $, pour passer à 15,75 $ l'heure. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté s'explique mal le mépris qu'affiche le gouvernement du Québec à l'égard de tous les travailleurs et travailleuses au bas de l'échelle qui, même en travaillant à temps plein, demeureront dans la pauvreté et, pour plusieurs, devront continuer de visiter les banques alimentaires.
Une invitation à fréquenter les banques alimentaires
Faut-il le rappeler, les travailleurs et travailleuses au salaire minimum arrivent tout juste à couvrir leurs besoins de base. En travaillant 35 heures par semaine à 15,75 $ l'heure, ces personnes compteront sur un revenu disponible d'environ 26 300 $. C'est à peine plus que le seuil de la Mesure du panier de consommation, qui est évalué à 24 200 $ pour une personne seule. Ce montant, c'est le strict minimum, le montant nécessaire pour arriver à couvrir ses besoins essentiels (logement, alimentation, transport, habillement et autres nécessités), ce qu'il faut pour atteindre « un niveau de vie modeste » selon Statistique Canada.
« En pleine crise du logement et avec une augmentation annuelle de près de 10 % du prix des aliments, cette hausse du salaire minimum est nettement insuffisante pour seulement faire face à la hausse du coût de la vie, rappelle le porte-parole du Collectif, Serge Petitclerc. Souvenons-nous que 10 % de la population québécoise a dû recourir aux banques alimentaires l'an dernier et que 18,5 % de toutes ces personnes avaient un emploi comme principale source de revenus. Aujourd'hui, avec sa hausse ridicule du salaire minimum, le gouvernement met la table pour une nouvelle augmentation du recours aux banques alimentaires. »
Ce qu'il faudrait pour sortir de la pauvreté
Le Collectif pour un Québec sans pauvreté soutient que le travail à temps plein devrait minimalement permettre aux travailleuses et aux travailleurs de sortir de la pauvreté. Il est difficile d'établir un seuil à partir duquel on sort de la pauvreté, mais le Revenu viable de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) nous donne une bonne idée du revenu dont devrait disposer une personne pour être considérée hors de la pauvreté. Il indique ce qu'il faut pour atteindre « un niveau de vie digne, au-delà de la seule couverture des besoins de base. Cela signifie notamment de pouvoir faire des choix et d'être en mesure de faire face aux imprévus. »
Le 29 avril, l'IRIS dévoilait que, pour disposer d'un revenu viable en 2024, « une personne seule qui travaille à temps plein [35 heures] doit avoir un salaire horaire entre 20 $ (Trois-Rivières) et 30 $ (Sept-Îles). » À Montréal, par exemple, il faudrait un salaire de 27 $ à une personne travaillant à temps plein par semaine pour atteindre le revenu viable.
Pour qui travaille ce gouvernement ?
« Devant de tels chiffres, le gouvernement devrait avoir honte de ne rien proposer de mieux qu'un salaire minimum à 15,75 $ l'heure, soutient Serge Petitclerc. En refusant de l'augmenter pour la peine, il encourage un système qui est brisé, où des travailleuses et des travailleurs peinent à couvrir leurs besoins essentiels et doivent fréquenter les banques alimentaires, même en travaillant à temps plein. Tout cela après que le premier ministre soit monté aux barricades pour défendre l'idée que les député.es, pour leur part, méritaient une hausse instantanée de 30 000 $ de leur salaire. Il est permis de se demander pour qui travaille ce gouvernement… »
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Communautaire : ÉcoeuréEs d’être mépriséEs
ÉcoeuréEs d'être mépriséEs, les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux s'affirment pour que cesse le saccage du filet social.
Montréal, le 1er mai 2024. La Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (Table) [1] invite les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) à participer aux actions de grève sociale se déroulant cette semaine. La pertinence de cette action était déjà grande en raison de l'insuffisance de l'indexation et du rehaussement accordé par le Budget, mais les propos entendus lors de l'Étude des crédits ont ravivé la motivation des OCASSS.
Par la campagne_ CA$$$H _(_Communautaire autonome en santé et services sociaux - Haussez le financement_), [2] la Table invite les OCASSS à participer aux actions prévues tout au long de la semaine en solidarité de tous les groupes participant au mouvement Ensemble pour la grève sociale [3]. Cette semaine d'actions se terminera par une journée de grève sous la thématique « Le renforcement du filet social et des
services publics bien financés, accessibles et gratuits pour toutes et tous », le vendredi 3 mai. Dans le cadre de cette journée bien spéciale, les OCASSS sont conviés au rassemblement national qui se tiendra devant les bureaux montréalais du Premier ministre François Legault, dès 11h30 [4].
Pour revendiquer la fin du saccage du filet social, la Table se joint au mouvement et prévoit réduire ses activités au minimum ce vendredi. Elle sera au rassemblement national vendredi et invite les OCASSS à la rejoindre pour créer une œuvre collective qui servira à imager l'écœurement ressenti au sein du mouvement communautaire. En vue de ce rassemblement, la Table invite les OCASSS à afficher l'illustration de
leurs besoins, telle qu'ils l'ont créée avec l'action On s'affirme [5] ! et à l'accompagner d'une affiche au slogan évocateur : [6] « Les OCASSS tissent le filet social. Bien les financer est une nécessité. ÉcoeuréEs du saccage…On s'affirme ! Ensemble ! » Cette affiche est aussi disponible pour la diffusion sur les réseaux sociaux, sous forme de vignette [7].
Les OCASSS sont écœurés pour plusieurs raisons.
Les OCASSS sont écœurés parce que le Budget de 2024 n'a ajouté que 10M$ aux subventions pour la mission globale du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) administré par le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). « Tant qu'un rehaussement substantiel ne sera pas injecté, les montants accordés ne pourront rejaillir sur les 3000 OCASSS, puisqu'ils ne permettent que de donner un peu d'air aux plus pauvres parmi les plus pauvres. Dans le contexte où la campagne _CA$$$H_ a estimé les besoins non comblés à 1,7G$, [8] les 10M$ annoncés sont vraiment insignifiants. N'ajouter que 1,27% à l'enveloppe actuelle montre clairement que le gouvernement ne comprend pas les réalités des OCASSS » s'insurge Stéphanie Vallée, présidente de la Table.
Les OCASSS sont écœurés parce que le gouvernement n'a indexé que de 2,7%, les subventions du PSOC pour la mission globale pour 2024. « L'Indexation accordée est famélique et ne permettra pas aux OCASSS d'assumer la hausse de leurs coûts de fonctionnement. La Table a pourtant développé une méthode d'indexation adaptée, l'Indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC) [9], qui aurait résulté
en une indexation de 3,6%. Il est temps que le gouvernement démarre des travaux pour discuter d'une indexation en phase avec les réalités des OCASSS » souligne Mercédez Roberge, coordonnatrice de la Table.
C'est justement pour concrétiser les réalités des OCASSS qu'un recueil contenant les illustrations produites dans le cadre de l'action _On s'affirme_ de la campagne _CA$$$H_ [10] a été remis, le 25 avril dernier, à Monsieur Lionel Carmant, Ministre Responsable des Services sociaux, « Les OCASSS n'en peuvent plus d'attendre. Chaque image de ce recueil rappelle leur sous-financement, auquel le budget de 2024 ne répond pas. Nous invitons le Ministre Carmant à le feuilleter pour constater l'ampleur de l'effort budgétaire nécessaire pour faire le « rattrapage », qu'il nous a indiqué vouloir accomplir durant l'année » rappelle Loc Cory, du comité de coordination de la campagne _CA$$$H._ La Table espère que le souhait du ministre se concrétisera, puisque des paroles semblables ont été prononcées à la même époque l'an dernier, sans résultat.
Ayant suivi les sessions d'Étude des crédits du Budget 2024, la Table a entendu des propos illustrant encore davantage l'ampleur de l'incompréhension du gouvernement face aux réalités des OCASSS. « Il était frappant d'entendre le ministre responsable des Services sociaux, la ministre Responsable de la solidarité sociale et de l'action communautaire, ainsi que par la Présidente du Conseil du Trésor amalgamer
systématiquement les montants budgétés pour rehausser les subventions avec ceux dédiés au versement de l'indexation annuelle. Or, il s'agit de deux choses bien différentes, dans leurs natures comme dans leurs retombées » de dire Madame Roberge. « Le rehaussement du PSOC découlant des choix budgétaires du gouvernement, il est variable selon les années et les conjonctures. Mais l'indexation annuelle des subventions doit être un mécanisme automatique qui ne dépend pas des choix budgétaires du gouvernement. L'indexation vise à assurer la continuité face à l'année précédente, afin que la hausse des coûts n'empêche pas la réalisation des actions et des activités d'un groupe. Il est très inquiétant de constater que des ministres propagent cette confusion pour gonfler les sommes, plutôt que de viser des solutions pérennes pour traiter les OCASSS et les membres de leurs communautés avec le respect qu'ils méritent » complète Madame Vallée.
Alors que le gouvernement démontre qu'il ne comprend pas les réalités des OCASSS, d'offrir la direction de l'agence Santé Québec à une entrepreneure ayant contribué à la privatisation du réseau de la santé et des services sociaux ne va pas dans la bonne direction.
Les OCASSS se reconnaissent pour diverses raisons dans le slogan de la semaine d'actions, « ÉcoeuréEs d'être mépriséEs ». La Table encourage chaleureusement les OCASSS à participer aux activités de la semaine et à faire connaître leur ressentiment face aux politiques et à la vision du gouvernement. Le saccage du filet social a assez duré. _On s'affirme !_ Ensemble !
Liens et notes
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Les 3 grands défis de la gauche de QS
Je pense à ceux et celles qui ont fondé Québec solidaire : à Amir Khadir et Françoise David bien sûr, mais pas seulement, à tous ces militants et militantes qui ont mis sur pied l'Union des Forces Progressistes et Option citoyenne et ont préparé la naissance de QS en 2006. Quelques soient leurs divergences et leurs sensibilités propres, ils avaient au delà de toutes les ambiguïtés du moment, un objectif très simple. Ils voulaient réunir la gauche sociale et politique du Québec et créer une formation politique qui puisse se faire entendre de manière professionnelle sur la scène électorale, mais sans rien oublier pour autant des aspirations à des changements structurels pensés par les différents mouvements sociaux : altermondialiste, autochtone, écologiste, féministe, indépendantiste, étudiant, syndicaliste, etc.
Il s'agissait, comme une évidence, de mener les deux tâches en même temps, de tenir les 2 bouts de la chaîne bien fermement, comme une impérative condition pour que les changements structurels envisagés puissent devenir effectifs et que le parti ne se transforme pas en un Parti québécois bis, social-libéralisé, ayant repoussé aux calendes grecques l'exigence de l'indépendance. Et il y avait pour cela une formule à QS qui en résumait la nécessité : « être un parti des urnes autant que de la rue ».
Un premier défi : être des urnes autant que de la rue
Voilà un premier acquis qu'il serait nécessaire de bien garder en tête dans le débat qui va se donner à QS dans le sillage des volontés déclarées de Gabriel Nadeau Dubois de faire de QS d'abord « un parti de gouvernement ».
Car ce qui fait partie de l'ADN historique de QS, ce n'est pas que QS se refuse d'aller au gouvernement —bien au contraire—, mais qu'il se donne les moyens d'y aller, en ayant en même temps stimuler et accumuler les forces sociales nécessaires pour disposer du rapport de force politique lui permettant de mettre en branle les changements structurels que son programme appelle.
La question aujourd'hui est donc tout autant celle d'améliorer notre présence dans les urnes, en ayant plus de députés, que de participer à une réactivation du mouvement social, à une relance des différents mouvements sociaux, à une résurgence joyeuse de la rue, condition de possibilité de tout changement sociétal de fond.
Ainsi, plutôt que de rêver de recentrage de QS ou de pragmatisme nécessaire, comme semble l'évoquer Gabriel Nadeau Dubois, cela devrait être la priorité numéro 1 de QS : renforcer la dimension parti de la rue de QS, la dimension mobilisation sociale de son intervention, comme d'ailleurs cherchait à sa manière à le faire Émilise Lessard-Therrien en se proposant d'être —ainsi qu'elle l'a fait contre les diktats de la fonderie Horne— la voix des régions oubliées, sanitairement, écologiquement, socialement, économiquement, etc.
Car à l'heure actuelle, la mobilisation sociale orientée autour d'objectifs communs, c'est ce qui nous manque le plus, c'est le domaine dans lequel s'est accumulé le plus de retard.
Et si bien sûr, comme beaucoup de femmes militantes l'ont fait remarquer, on est encore loin du compte en termes d'égalité effective hommes/femmes dans QS (tout comme d'ailleurs dans la société entière), il reste qu'un avancement réel à ce propos, passe nécessairement –y compris au sein de QS— par la convergence des luttes et la relance de la mobilisation sociale conduisant à des victoires en termes de justice sociale collective. D'où la nécessité d'avoir à QS une vision stratégique d'intervention politique pensée sur le long terme, pas simplement pour la prochaine élection, pas seulement sur le mode électoral, mais aussi sur le mode social, au sein même du tissus social de société québécoise.
Le second et difficile défi de l'indépendance
Les fondateurs et fondatrices de QS avaient cependant rencontré à propos de la question nationale une difficulté de taille. S'il était relativement facile de mettre de l'avant la question sociale face à la gestion économique sociale-libérale voire néolibérale du PQ, il était beaucoup plus difficile de parler d'indépendance, en se différenciant vraiment du PQ. Il avait d'ailleurs été difficile de convaincre Option citoyenne —une des organisations, avec l'UFP, fondatrice de QS— de prendre à bras le corps cette question.
QS y était cependant finalement arrivé en mettant de l'avant —dans le processus d'accès à l'indépendance— la nécessité d'une assemblée constituante ainsi qu'en imaginant cette assemblée comme un lieu d'expression démocratique privilégié de la volonté populaire, comme le moyen par excellence pour stimuler la mobilisation citoyenne, faire de la question de l'indépendance la question de tous et toutes, en faire un processus démocratique d'indépendance en acte à travers lequel toutes les questions sociales trouveraient en même temps leur place.
C'est là le second défi — très lié cependant au premier —qui se dresse devant celles et ceux qui souhaiteraient que QS garde son élan transformateur des origines et ne se transmue pas en une sorte de NPD progressiste et « provincialisé » (et dont d'ailleurs tant d'observateurs et médias institutionnels semblent souhaiter la venue !).
Avec la remontée du PQ dans les sondages, avec la probabilité non négligeable qu'il puisse arriver au gouvernement en étant minoritaire, le contexte politique qui s'offre à QS risquerait de devenir tout autre, tout comme la nécessité de se doter d'une orientation politique stratégique claire à ce propos. Dès lors, comment faire pour que l'indépendantisme de QS ne se transforme pas en un nationalisme de façade, et ne fasse que s'adapter mollement aux inéluctables compromissions dans lesquelles le projet péquiste -en l'état actuel des choses— à toutes les chances de s'engluer ?
On le voit, ce second défi apparait encore plus délicat que le premier. D'autant plus que depuis la fusion avec Option nationale, cette question de l'indépendance —aussi étrange que cela puisse paraître— a plutôt été mise de côté et n'a pas été collectivement approfondie au sein de QS, comme elle aurait dû l'être pour nous permettre de faire face à des situations devenues soudainement difficiles ainsi que nous les connaissons aujourd'hui.
Le 3ième défi : faire naître une alternative crédible
On comprendra dans ce contexte, qu'il ne s'agit pas de pointer seulement du doigt les abandons que sous l'égide de Gabriel Nadeau-Dubois, QS risquerait d'entériner à l'avenir, mais aussi d'être capable de travailler collectivement à dessiner au sein de QS des alternatives viables à un tel recentrage annoncé. Des alternatives politiques qui puissent convaincre, et être reprises par une majorité de militantes et militants de QS au congrès de l'automne 2024. Et qui puissent être susceptibles de l'emporter politiquement sur la vision pragmatique de Gabriel Nadeau-Dubois et de ceux et celles qui l'entourent ; eux qui sont déjà bien installés au commande du parti, prêts à toute éventualité pour avoir gain de cause.
À n'en pas douter, c'est là —pour ceux et celles qui se retrouvent dans le projet initial de QS – une bataille qui n'est pas gagné d'avance et qui sera loin d'être simple.
Le jeu n'en vaut-il pas cependant la chandelle, et ne faut-il pas oser parier sur ces volontés de changement structurel si nécessaires aujourd'hui ; celles-là même qui ont donné ses lettres de noblesse à QS et sont à l'origine de ce qu'il est devenu aujourd'hui ?
Pierre Mouterde
Sociologue, essayiste
Le 5 mai 2024
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Le ménage du printemps
Québec solidaire vit un moment de crise après plus de dix ans de domination des spécialistes de la comm sur le parti et l'échec consommé de leur stratégie.
Tiré de Pivot
PAR JUDITH LEFEBVRE ● CHRONIQUES ● 2 MAI 2024
Je n'ai jamais été fan de Québec solidaire, un parti sans grande substance et trop de compromis, jusqu'à l'impertinence consommée.
L'exemple le plus flagrant et certainement le coup de grâce pour les électeur·trices de gauche aura été cet appui grotesque au projet de loi 96 sur la langue française de la CAQ. Après avoir utilisé les nations autochtones pour le dénoncer, QS a finalement voté en faveur. Le message était clair : QS est un parti colonial.
Récemment, devant la montée de la droite, le parti se lançait d'ailleurs dans la promotion du nationalisme.
Pris collectivement dans un jour de la marmotte quelque part en 1995, les Canadien·nes français·es hors de l'île ne se suffisent plus du retour de La Petite Vie, illes veulent un nouveau référendum perdant, si on en croit QS. Question de redonner un peu de vigueur à notre religion du ressentiment qui a remplacé les soutanes il y a quelques décennies, et qui commence à perdre des ouailles après 30 ans.
L'art de la défaite
Pour les personnes un peu familières avec la politique interne de QS, il n'y a pas grande surprise aux déclarations successives de Catherine Dorion et Émilise Lessard-Therrien.
En 2012, devant la débandade du plus grand mouvement social de l'histoire du Québec (rappelons qu'une grève étudiante historique a débouché sur une hausse des frais de scolarité), un petit groupuscule de personnes beaucoup plus investies de la comm que de la lutte a réussi deux coups impressionnants : 1) faire passer le plus grand échec politique d'une génération comme une victoire ; et 2) se garantir un emploi à Québec solidaire par la même occasion.
Je comprends QS de s'être amouraché de cette clique, enfin mise en lumière par la co-porte-parole démissionnaire, puisqu'à l'époque, faire passer une hausse des frais de scolarité qui n'a jamais été acceptée par les assemblées générales pour une victoire politique après six mois de brutalité quotidienne, c'est du gaslighting digne d'un futur premier ministre.
Convaincre les gens
Gabriel Nadeau-Dubois doit quitter, mais pas seulement lui. Il y a trop de personnel de communication à Québec solidaire qui refuse de faire son travail et essaie de vendre GND comme on vend du Pepsi.
Si le parti veut éventuellement arrêter de plafonner dans les sondages, peut-être devrait-il se remettre au travail après cette longue pause. Plutôt que de convaincre les électeur·trices que son porte-parole est un bon père de famille comme tout le monde, que ce n'est pas tellement différent que de voter pour le PQ et qu'il va faire la guerre aux Montréalais·es au moins autant que les autres partis, peut-être devrait-il essayer de nous convaincre d'un projet politique ?
Parce qu'à ce jour, j'ai peine à comprendre à quoi ressemblerait un gouvernement solidaire.
Un parti de gauche sans la gauche
Et pour être honnête, le conservatisme apparent du parti m'inquiète. Toujours à parler des petites familles, de la classe moyenne, de la majorité francophone et du « vrai monde ». J'ai peine à croire que cette rengaine ait quelque intérêt pour la coalition de gauche qui s'est formée dans la société civile pendant que le parti dormait au gaz.
L'antiracisme, la décolonisation, les droits des personnes migrantes, les luttes trans, la décriminalisation du travail du sexe, le définancement de la police, le droit au logement, la justice écologique et les luttes anti-capacitistes sont les thèmes centraux de la gauche en ce moment. Ça et le génocide à Gaza.
QS ne représente, même vaguement, aucun mouvement social réellement actif. C'est une coquille vide, une machine à faire de communiqués, des mèmes et des vidéos TikTok du chef qui promène sa poussette avec un chandail des Canadiens. C'est probablement comique d'impertinence pour la génération Z, mais pour les vieilles comme moi, qui ont connu le parti de Françoise David et Amir Khadir, c'est une tragédie.
Je ne suis pas une grande porteuse de la stratégie électorale, mais je ne crois pas que nous ayons le luxe de choisir nos fronts de lutte en ce moment. Et avoir perdu toute forme d'appui sur le plan parlementaire est une situation périlleuse pour la gauche.
Émilise Lessard-Therrien devrait être célébrée par son parti pour avoir nommé l'innommable. GND et sa clique ont aliéné les mouvements sociaux, les jeunes et la gauche. En sacrifiant sa place comme co-porte-parole, la politicienne a mordu le fruit de la connaissance et a offert un immense cadeau aux militant·es du parti : celui du choix.
Choisir entre une stratégie de communication ruineuse dont les résultats sont décevants et tirent le parti vers la droite, ou alors revenir à une stratégie qui vise à convaincre le public des positions adoptées par les membres.
Auteur·e
JUDITH LEFEBVRE
Judith Lefebvre est une militante transféministe et queer. Elle fait des zines sur papier et des infographies sur Canva. Inspirée par celles qui l'ont précédée, elle se nourrit à la pensée de Sandy Stone, Emi Koyama et Viviane Namaste pour faire vivre une parole transféminine libérée du regard cishétéropatriarcal. À travers sa chronique, elle veut faire voir les pratiques, les ambitions et les contradictions de la communauté queer montréalaise.
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Lettre ouverte à Québec solidaire et à ses membres
Québec solidaire, précieux parti indépendantiste de gauche de mon cœur, Courageux parti-mouvement tissé d'espoir et de rêves porteurs, Parti d'humains à l'écoute des solutions terrain, faites maison et locales, pleines de bon sens et d'audace, Parti de révolution tranquille ou pas, mais pleine d'amour vrai, parti rempart contre la honte d'être qui nous sommes, Parti de la beauté qui sauvera le monde, Parti de la liberté contagieuse, Je t'aime.
Sol Zanetti, 4 mai 2014
C'est la crise. Ben oui. C'est douloureux, mais ce n'est pas désespérant : c'est l'occasion de faire des choix.
Le départ d'Émilise est une immense perte pour notre organisation et le minimum que nous puissions faire pour honorer son engagement lumineux et inspirant des six dernières années à nos côtés, c'est de faire les bilans politiques qui s'imposent afin d'émerger de cette crise collectivement plus sages.
Depuis le jour 1, je veux qu'on soit un parti de gouvernement, mais pas un parti ni un gouvernement comme les autres. Tout le monde que je connais à QS veut qu'on forme le gouvernement. Pour moi, il faut surtout discuter en profondeur de la manière d'y arriver.
La crise qui suit le départ d'Émilise nous force à trouver des solutions pour assurer l'égalité entre nos porte-parole féminin et masculin. Le problème que nous avons vécu dans les derniers mois, c'est qu'il y avait une grande inégalité de moyens et d'influence entre nos deux porte-parole. Ce n'est pas un problème insoluble. Notre présidente et notre directrice générale s'occupent de ce chantier et j'ai pleinement confiance en elles pour consulter la base militante et proposer les changements requis.
Lorsque notre parti-mouvement est entré au Parlement, il est entré dans le cadre de la monarchie parlementaire canadienne. Ce système est patriarcal et colonial, centralisateur et peu démocratique. Qu'avons-nous mis en place pour protéger nos valeurs féministes et démocratiques, et éviter de nous faire avaler par ce système ? Quelques coutumes démocratiques informelles de bonne foi, mais ce n'est pas suffisant, les événements des dernières semaines en témoignent.
Comment assurer une égalité entre nos porte-parole dans un pareil système ? Si nous sommes sérieux dans notre approche politique de transformation, nous allons au moins poser ces questions et doter l'aile parlementaire de statuts démocratiques. Créons notre propre cadre plutôt que de nous conformer à celui qui est là.
Un autre choix difficile nous attend : un choix que nous avons à faire pour ne plus perdre des Catherine et des Émilise. Il relève d'un enjeu plus fondamental, mais aussi plus difficile à nommer. Je vais faire de mon mieux, mais je compte sur notre intelligence collective pour le cerner dans les prochaines semaines.
Cet enjeu, c'est notre rapport au système politique dans lequel nous baignons et que nous voulons changer. Devons-nous nous conformer à ses exigences ou les questionner ? Devons-nous devenir bons dans ce cadre-là ou le faire évoluer en prenant le risque de mettre régulièrement un pied en dehors ? Je pense qu'il ne faut pas laisser le cadre nous araser. Il faut prendre la liberté de le dépasser. Si le fondement de notre action politique vise à changer un système que nous trouvons vicié et aliénant pour l'être humain, qu'avons-nous à gagner en nous soumettant toujours à ses exigences ? Ne risquons-nous pas ainsi de lui donner de la légitimité ? De lui donner une apparence de valeur ? N'allons-nous pas renforcer le système que nous voulons transformer ? S'il est évident que l'indépendance nécessitera de mettre un pied en dehors du système politique canadien, c'est aussi vrai pour la gauche.
Manon a fait évoluer le cadre étroit de la politique québécoise en prenant le risque d'être elle-même. C'est d'ailleurs lors de sa campagne comme aspirante première ministre que nous avons vécu la croissance la plus phénoménale. C'est à ce moment que je suis devenu député avec ma pote Catherine et le reste de la bande des 10. Un petit miracle politique.
On n'essayait pas de répondre aux exigences de la machine à temps plein. On a pris le risque d'assumer ce qui nous mobilisait pour vrai en sachant que certains allaient trouver ça ridicule, mais en espérant que d'autres salueraient notre courage, notre authenticité et notre sincérité.
Nous avons remporté ce pari et nous pouvons le remporter encore. Avec Gab, Christine, Ruba, Manon, tout le caucus. Avec les militantes et militants de 2006 et de 2024. Avec la gang qui a travaillé si fort pour faire élire Émilise. Les débats et les discussions s'en viennent à l'interne, la parole est à nous.
On est capables. J'y crois.
Nous sommes des bêtes féroces de l'espoir
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La crise à Québec Solidaire
Que ce soient les pragmatiques qui l'emportent ou les plus « idéalistes », i.e. le courant le plus à gauche, le problème de Québec Solidaire restera la social-démocratie.
Ce qui s'est avéré être la tare du PQ, c'est que, des courants qui cohabitent à l'intérieur, la droite peut l'emporter et c'est la trahison. Et quand la gauche l'emporte et que le parti se hisse au pouvoir, il n'a pas la référence de classe pour envisager un changement profond dans les rapports de production. Ce qui le guide, sans un parti communiste fort pour l'influencer, c'est l'idéologie petite bourgeoise qui vacille entre le capitalisme et le socialisme, entre des mesures qui confortent le statu quo ou l'ébranle, entre des mesures qui affrontent le patronat ou des politiques qui lui cèdent du terrain pour le maintenir au pouvoir, des décisions qui font reculer le capitalisme ou des aspiration à changer le système du tout au tout en direction d'un pouvoir sur leur vie plus grand pour les ouvriers.
La référence de classe n'est pas anodine puisque c'est elle qui décide qu'elle direction prendra le parti une fois au pouvoir. Déjà avant même la prise du pouvoir, on peut assister aux hésitations de la petite bourgeoisie dans les fondements même du parti. S'il n'y a pas de volonté au départ d'exproprier les capitalistes, on peut se demande à quoi rime un régime qui laisse intouchée la propriété des moyens de production. Maus encore là, on peut vouloir nationaliser les grands moyens de production et d'échange et se placer entre le capitalisme d'État et une gestion ouvrière de la production. C'est toute la différence entre une position de classe et un réformisme de bon aloi qui ne va pas plus loin qu'une adaptation du capitalisme à ce que la compétition engendre comme nouveauté dans le mode de production pour maintenir les rapports entre les classes ouvrière te bourgeoise. Sans ce bouleversement dans les structures de la société, la classe dominante l'emporte et se maintient toujours au pouvoir.
Ainsi que Québec Solidaire aille au pouvoir pace que les pragmatiques l'auront emporté dans la crise actuelle, la question de la classe et de l'histoire de la prise du pouvoir par cette classe restera en plan parce que le programme de Québec Solidaire reste celui de « dépasser le capitalisme » et non d'en finir avec celui-ci.
Bien sûr, comme pour le PQ, on peut s'attendre de Québec Solidaire qu'il provoque certaines réformes qui constitueront des progrès de société, mais les désistements enregistrés à la suite des démissions annoncent des dissentions insolubles entre une gauche réformiste qui est pressée d'exercer le pouvoir et une autre qui se concentre sur les luttes politiques qui forcent les changements indépendamment de qui exerce le pouvoir. On peut penser que la dernière lutte du Front Commun, si elle avait été menée à terme et conduite de manière à forcer le gouvernement par la grève, ou autrement grâce à l'opinion, à reculer pour des réinvestissements massifs dans le public, qu'elle aurait constitué une victoire notable de la classe ouvrière québécoise. Elle n'aurait pas en elle-même changé les rapports de pouvoir, mais elle aurait été une avancée majeure dans la façon dont les décisions se prennent à la tête de l'État de manière à renforcer la situation d'égalité entre les citoyens. Elle aurait ainsi accordé une plus grande marge de manœuvre aux travailleurs et aux autres classes dans la société.
Même si Québec Solidaire appuyait les travailleurs (le PQ le faisait aussi) il n'est pas dit que ce parti au pouvoir aurait consenti aux revendications de syndicats puisqu'il aurait été pris entre une volonté patronale, i.e. des propriétaires des grands moyens de production, de ne pas y céder et une volonté populaire d'y donner suite. Sur une lancée de mobilisation de la population peut-être y aurait-il acquiescer, mais ce serait immédiatement poser la question des revenus pour payer ces augmentations de salaires et d'investissements dans le public. Ce serait en même temps poser la question de la démocratisation des moyens de production pour consolider ces revenus. Qu'aurait fait Québec Solidaire ? On ne peut présupposer des résultats sans prêter mauvaise foi à la social-démocratie. Mais on peut supposer que sans la pression des communistes et d'une aile gauche radicale, les sociaux-démocrates auraient à nouveau penché en faveur du patronat. C'est l'éternelle question de classe qu'il y a à trancher.
Et le débat qui s'annonce à Québec Solidaire ne se posera pas en terme de quelle classe ce parti représente sinon pour répéter les bonnes intentions de ne jamais trahir et d'assurer à tout le monde que des réformes majeures suivront l'accession au pouvoir, mais la trace est déjà là pour confirmer que l'on restera entre la capitalisme et le socialisme que l'on conditionnera les réformes à la capacité de convaincre le patronat que celles-ci seront à son avantage pour maintenir son pouvoir intact.
De plus on peut se demander si, dans la compétition avec le PQ pour accéder au pouvoir, où le sectarisme de Québec Solidaire le conduira. Amènera-il ce parti vers une radicalisation qui irait dans le sens des expropriations ? On peut en douter, mais il ne faut jurer de rien et penser que la gauche radicale du parti réussira à convaincre du bien fondé de nationaliser, comme la démocratisation l'exige, les grands moyens de production et d'échange ainsi que le parc immobilier pour assurer le droit à un logement public.
Inscrit à son programme, la nationalisation serait la démarcation d'une social-démocratie à l'offensive qui marquerait une tournant en faveur des couches populaires. Et si les pragmatiques devaient l'emporter, ils n'iraient pas au pouvoir sans un programme à réaliser qui laisserait une marque historique sur un Québec indépendant.
Guy Roy












