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À Gaza, des activistes dénoncent un crime d’écocide

Agriculture détruite en grande partie, pollution, déchets… À Gaza, des voix s'élèvent pour dénoncer un écocide et demander des poursuites pénales contre Israël. Tiré de (…)

Agriculture détruite en grande partie, pollution, déchets… À Gaza, des voix s'élèvent pour dénoncer un écocide et demander des poursuites pénales contre Israël.

Tiré de Reporterre.

Beyrouth (Liban), correspondance - Des champs retournés, des arbres déracinés, une terre contaminée au phosphore blanc : à Gaza, l'environnement est la victime silencieuse de la guerre. À la place des vergers, des plages de sable et des champs de fraise, qui faisaient la fierté des Gazaouis, se dresse un paysage dystopique fait de bases militaires, de cratères et de ruines. « Nous vivons actuellement une catastrophe environnementale qui engendrera d'autres catastrophes à l'avenir », dit Samar Abou Saffia, activiste écologiste gazaouie.

Ses notes vocales, envoyées par WhatsApp à Reporterre, brossent un portrait sombre de la situation sur place. « Plus de 80 000 tonnes de bombes israéliennes n'ont épargné ni les champs, ni les oliviers, ni les citronniers. Ces destructions environnementales accompagnent les massacres et le génocide, dit celle qui vit maintenant sous une tente à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Lorsque les chars d'assaut pénètrent sur nos terres, ils en détruisent également la fertilité. »

Après l'attaque du Hamas du 7 octobre dernier, l'offensive israélienne à Gaza entre dans son huitième mois, tuant plus de 34 000 Gazaouis et faisant 77 000 blessés. Alors que plus de la moitié de la population de Gaza est au bord de la famine, des voix s'élèvent pour critiquer la destruction de l'environnement et de la production alimentaire à Gaza.

Une guerre contre l'environnement

« L'environnement n'est pas juste un dommage collatéral, mais bien une cible de l'armée israélienne », affirme Lucia Rebolino, coautrice d'une étude de Forensic Architecture, un collectif qui travaille avec des données satellites en open source.

« Des bulldozers rasent des champs et vergers pour dégager une zone tampon de plus de 300 mètres de profondeur » le long de la frontière au nord entre Israël et la bande de Gaza, explique-t-elle à Reporterre. « L'armée y construit des digues, des monts en terre, afin de protéger ses tanks et de dégager la vue. »

Les chiffres de son étude parlent d'eux-mêmes : sur les 170 km2 de terres agricoles que comptait Gaza avant la guerre — soit la moitié du territoire —, 40 % auraient été détruites. 2 000 sites agricoles, dont des fermes et des serres, ont été bombardés. Le nord de Gaza étant le plus touché, avec 90 % de ses serres disparues.

Une étude conjointe menée par l'Organisation des Nations unies (ONU), la Banque mondiale et l'Union européenne estime à plus de 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d'euros) les dommages causés à l'agriculture, aux aires naturelles et aux infrastructures de traitement des déchets — sans même compter la restauration et la reconstruction de l'environnement.

« Guerre herbicide »

Ces destructions sont partie intégrante d'une stratégie israélienne affirmée depuis une dizaine d'années, explique Lucia Rebolino. Lors des guerres de 2014 et 2021, Israël avait également pris des installations agricoles pour cibles, mais à moindre échelle.

« Nous avons régulièrement observé des avions israéliens larguer des herbicides sur des zones agricoles frontalières au début et à la fin des saisons de récolte de 2014 à 2019, profitant de vents favorables pour toucher le maximum de surface », témoigne-t-elle. Forensic Architecture a publié plusieurs rapports sur cette « guerre des herbicides », qui aurait ainsi détruit les moyens de subsistance de nombreux agriculteurs.

Un autre exemple frappant, plus au sud, est la réserve naturelle de Wadi Gaza, rivière dont les berges ont été nettoyées à grands frais par des ONG internationales quelques mois avant la guerre. « C'était redevenu une région pleine de vie et d'agriculture, dotée de bonnes infrastructures, dit Samar Abou Saffia dans une note vocale. Maintenant, tout est détruit et il est interdit aux Palestiniens d'y entrer, c'est très dangereux. » La zone est traversée par une route militaire qui sépare Gaza en deux, un no man's land de terre déblayé à coups de bulldozers et devenu un champ de bataille.

Pollution de l'eau, de l'air, des sols

Outre les objectifs militaires israéliens, la guerre génère une pollution importante. Les émissions de gaz à effet de serre générées au cours des deux premiers mois de la guerre à Gaza ont été plus importantes que l'empreinte carbone annuelle de plus de vingt des nations les plus vulnérables au climat dans le monde, selon une étude anglo-américaine. Elle équivaudrait ainsi à la combustion d'au moins 150 000 tonnes de charbon. De quoi enfoncer la région encore plus profondément dans la crise climatique.

L'ONU estime en outre que les bombardements ont créé 37 millions de tonnes de débris. « C'est plus que toute l'Ukraine en deux ans », souligne Wim Zwijnenburg, chercheur sur les effets des conflits sur l'environnement à PAX, une organisation néerlandaise. Or, les dangers sont multiples : contamination à l'amiante et aux métaux lourds, poussières et particules fines, déchets toxiques des hôpitaux et industries, les maladies propagées par les corps en décomposition… « Comment va-t-on disposer de tous ces débris, alors qu'il n'y a aucune infrastructure de tri des déchets encore debout ? »

Alors que la majeure partie des infrastructures publiques sont détruites, des décharges improvisées ont vu le jour un peu partout dans la bande de Gaza. « Grâce aux images satellites, on peut observer comment des milliers de polluants infiltrent les sols et les eaux souterraines, et même comment des fumées toxiques rendent l'air irrespirable », explique-t-il. En parallèle, plus de 130 000 m3 d'eaux usées seraient déversés chaque jour dans la mer Méditerranée, causant d'importants dégâts pour la faune et flore sous-marine, avertit l'ONU.

Accusations d'écocide

Des organisations accusent Israël de commettre un génocide doublé d'un écocide. « La destruction de la terre est une pratique génocidaire systématique au même titre que la destruction de la production alimentaire, des écoles, des hôpitaux », affirme ainsi Lucia Rebolino, de Forensic Architecture.

Pour Saeed Bagheri, conférencier en droit international humanitaire à l'université de Reading, en Angleterre, la réponse est moins tranchée. « Du point de vue juridique, l'écocide n'a pas de définition claire. La Convention de Genève et le Statut de Rome listent des crimes de guerre contre l'environnement et les civils, mais encore faut-il pouvoir remplir leurs critères », explique-t-il à Reporterre. La discussion entre juristes porte sur la notion de proportionnalité. « En vertu du droit international, même si l'on admet qu'Israël a le droit de se défendre en attaquant le Hamas, l'environnement naturel ne peut être pris pour cible, sauf nécessité militaire impérative ».

« Récupérer nos terres et rétablir nos sols, nos nappes phréatiques et notre mer »

C'est donc ainsi que l'armée israélienne tente de se justifier. « Le Hamas opère souvent à partir de vergers, de champs et de terres agricoles, explique ainsi un porte-parole, cité par le Guardian. L'armée ne porte pas intentionnellement atteinte aux terres agricoles et s'efforce d'éviter tout impact sur l'environnement en l'absence de nécessité opérationnelle. »

Mais, pour Saeed Bagheri, « le principe d'humanité prime sur tout le reste, c'est-à-dire l'obligation de ne pas causer de souffrances inhumaines et évitables » aux civils et à l'environnement. Et c'est là qu'Israël pourrait être poursuivi devant la Cour pénale internationale ou la Cour internationale de justice. « Dans tous les cas, il doit y avoir une enquête », affirme le juriste.

Signe de la gravité de la situation, l'ONU a ouvert une enquête sur la destruction de l'environnement. Ces démarches prendront du temps, et il faudra attendre la fin de la guerre pour en connaître les conclusions. C'est aussi ce qu'attendent les Gazaouis, piégés dans une dystopie sanglante. « Je souhaite seulement que la guerre prenne fin pour que nous puissions récupérer nos terres et rétablir nos sols, nos nappes phréatiques et notre mer, qui ont été détruits par les Israéliens », soupire Samar Abou Saffia.

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Anniversaire du Rana Plaza : les députés européens doivent soutenir la diligence raisonnable, aujourd’hui !

7 mai 2024, par industriall-union.org — ,
24 avril, 2024. Ce jour marque l'anniversaire de l'homicide industriel de 2013 qui a tué plus de 1 100 personnes et en a blessé des milliers d'autres, lorsque le Rana Plaza (…)

24 avril, 2024. Ce jour marque l'anniversaire de l'homicide industriel de 2013 qui a tué plus de 1 100 personnes et en a blessé des milliers d'autres, lorsque le Rana Plaza s'est effondré sur des ouvriers et ouvrières de la confection au Bangladesh, à Dacca. Cette année, cet anniversaire coïncide avec le vote final du Parlement européen sur la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité qui, si elle est adoptée, rendra obligatoire le respect des normes environnementales, des droits de l'homme et des droits des travailleurs tout au long des chaînes de valeur mondiales.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/02/anniversaire-du-rana-plaza-les-deputes-europeens-doivent-soutenir-la-diligence-raisonnable-aujourdhui/

Pour que cette diligence soit efficace, les accords contraignants suscitent un intérêt croissant, car il est de plus en plus admis que l'audit social volontaire est un mécanisme inefficace, tant en termes de protection des droits des travailleurs que de réduction des risques pour les acheteurs des marques multinationales et leurs investisseurs.

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d'industriAll Europe, a déclaré :

« Aujourd'hui, les députés européens ont la possibilité d'apporter un réel changement positif dans la vie des travailleurs et travailleuses, y compris dans le secteur international du textile, qui reste malheureusement tristement célèbre pour ses violations des droits des travailleurs. Tous et toutes méritent de travailler dans des environnements sûrs et dans des conditions décentes et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter une autre catastrophe comme celle de Rana Plaza. Nous avons besoin de règles européennes strictes en matière de diligence raisonnable afin que les entreprises soient tenues responsables de leurs chaînes d'approvisionnement, où qu'elles se trouvent ».

La directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité imposera aux entreprises européennes et non européennes réalisant un chiffre d'affaires d'au moins 450 millions d'euros dans l'UE de faire preuve de diligence en matière de droits de l'homme et d'environnement dans l'ensemble de leur chaîne de valeur.

Oliver Roethig, Secrétaire régional d'UNI Europe, a déclaré :

« La directive sur le développement durable apportera des avancées essentielles en garantissant qu'une entreprise ne puisse plus décider unilatéralement de son approche de la diligence raisonnable en matière de droits de l'homme. Au contraire, il sera obligatoire d'impliquer les syndicats de manière significative dans le processus de diligence raisonnable. Lorsque la directive entrera en vigueur, ces dispositions garantiront que les nouvelles exigences constituent un progrès substantiel par rapport aux approches ratées de la responsabilité sociale des entreprises ».

Créé à la suite de l'effondrement de l'usine de confection du Rana Plaza par des fédérations syndicales internationales, l'Accord international, juridiquement contraignant, pour la santé et la sécurité dans l'industrie du textile et de la confection a été signé à ce jour par plus de 200 des plus grandes marques et détaillants de mode du monde. Il a donné lieu à plus de 56 000 inspections indépendantes dans les usines des fournisseurs, plus de 140 000 problèmes de sécurité ont été résolus et 2 millions de travailleurs et travailleuses ont reçu une formation en matière de santé et de sécurité. L'Accord contribue aujourd'hui à sauver des vies au Pakistan.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

« Bien que nous soyons fiers du travail accompli dans le cadre de l'Accord, nous appelons à davantage d'actions au plan international pour que les marques de textile rendent des comptes. Si elle est adoptée, la directive européenne améliorera la vie de millions de travailleurs et travailleuses. L'ironie du fait que le vote final tombe le même jour que l'anniversaire du Rana Plaza n'est pas vaine et les travailleurs du textile au Bangladesh appellent aujourd'hui le Parlement européen à soutenir la directive et à faire en sorte que les marques internationales de textile rendent des comptes ».

Christy Hoffman, Secrétaire générale d'UNI Global Union, a déclaré :

« Tout comme UNI et IndustriALL sont entrés dans l'histoire lorsque nous avons négocié l'Accord il y a 11 ans, les députés européens qui votent aujourd'hui ont la possibilité de changer le paysage de la responsabilité de la chaîne d'approvisionnement dans le monde entier. L'Accord montre la différence que les syndicats et les entreprises peuvent faire lorsque nous élaborons des règles contraignantes ayant un impact sectoriel. La directive sur la responsabilité sociale des entreprises fait passer la responsabilité au sein des chaînes d'approvisionnement à un niveau supérieur et constitue un grand pas en avant pour faire en sorte que « Rana Plaza, plus jamais ça » devienne plus qu'un simple slogan »
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https://www.industriall-union.org/fr/anniversaire-du-rana-plaza-les-deputes-europeens-doivent-soutenir-la-diligence-raisonnable

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Iran : Défendons une augmentation générale des salaires, et contrecarrons les attaques anti-ouvrières du régime islamique et des employeurs

7 mai 2024, par Alternative workers news Iran — , ,
L'augmentation des salaires est devenue une nécessité inévitable étant données les conditions déplorables actuelles. Tiré de Entre les lignes et les mots (…)

L'augmentation des salaires est devenue une nécessité inévitable étant données les conditions déplorables actuelles.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/02/iran-defendons-une-augmentation-generale-des-salaires-et-contrecarrons-les-attaques-anti-ouvrieres-du-regime-islamique-et-des-employeurs/

Les salaires fixés par le régime islamique, via le ministère du travail et les soi-disant représentants des salarié.es nommés par le pouvoir au sein du conseil suprême du travail, ne permettent en aucun cas de couvrir les dépenses de subsistance de la classe ouvrière.

Depuis des années, les salarié.es se mobilisent contre cette paupérisation généralisée et le dénuement dans lequel ils/elles se trouvent. Dans les usines, les ateliers, les centres chargés de l'éducation et des soins de santé, ainsi que dans la rue, ils/elles expriment leurs revendications et leur volonté de faire valoir leurs droits

Les mobilisations hebdomadaires continuelles des retraité.es (qui forment une partie inséparable de la classe ouvrière), la grève de l'usine sidérurgique d'Isfahan, et celle de l'usine d'Ahwaz du groupe sidérurgique National Steel ces dernières semaines, sont des exemples de leurs mobilisations incessantes en faveur de leurs droits et le périmètre de leurs revendications.

Le principal objectif des travailleurs qui protestent est d'obtenir une augmentation des salaires et avantages liés à leur emploi.

Au cours de ses 45 ans de règne, le régime islamique a toujours défendu dans la lutte entre travailleurs/euses et patronat, les intérêts d'un capitalisme brutalement exploiteur.

La première raison en est que le régime islamique est lui-même le plus rapace des capitalistes.

La seconde est que son élite dirigeante dispose du monopole du pouvoir, de l'absence de mécanismes de contrôle, de l'absence d'audit, etc.

S'appuyant sur la corruption totale de ce régime réactionnaire, cette élite s'est emparée d'une grande partie des moyens de production, ainsi que des richesses du pays.

Toute personne réclamant des droits est combattue par la répression, l'emprisonnement et l'expulsion du lieu de travail.

Tant que la résistance et la lutte de la classe ouvrière à l'échelle nationale n'auront pas lieu, la condition des travailleurs/euses de notre société s'aggravera de jour en jour. Ceux qui sont à l'origine de l'extrême pauvreté et de l'impuissance de la majorité des 90% de la population de notre société ne veulent pas et ne peuvent pas prendre de mesures pour mettre fin aux souffrances des masses laborieuses. C'est pourquoi les travailleurs/euses eux/elles-mêmes doivent se préoccuper de leurs intérêts économiques, sociaux et culturels. D'autres forces n'ont pas la capacité de faire un tel effort ou ne le veulent pas, car leurs intérêts sont contraires à ceux de la classe ouvrière.

Les travailleurs/euses n'ont pas d'autre revenu que leur salaire, à condition bien sûr d'avoir un emploi. Mais leurs salaires ont toujours été quatre ou cinq fois inférieurs aux aux dépenses courantes d'une famille moyenne de salarié.e.

Par exemple, le dernier salaire minimum fixé par le régime islamique et le conseil suprême du travail pour l'année 2023 incluant l'ensemble des avantages liés à l'emploi – qui ne sont pas accordés à tous/toutes les salarié.es – était d'environ 135 euros par mois !

En 2023, ce montant couvrait à peine les dépenses hebdomadaires d'un ménage urbain moyen.

En effet, selon les statistiques officielles, les dépenses moyennes d'une famille de quatre personnes en 2023 étaient d'environ 562 euros par mois.

De même, sur la base des prévisions du taux d'inflation en 2024, le coût de la vie moyen d'un ménage urbain ne sera pas inférieur à environ 830 euros par mois.

Pour obtenir une augmentation des salaires, il n'y a pas d'autre moyen que de lutter sans relâche contre le régime islamique rapace, les employeurs réactionnaires et les capitalistes pilleurs.

Le régime islamique et les employeurs n'ont aucune intention d'augmenter les salaires. Avec tous les moyens légaux et illégaux dont ils disposent, ils essayent d'utiliser de fausses excuses pour empêcher les augmentations de salaires : lutter contre l'inflation, créer des emplois, favoriser la compétitivité, encourager des capitalistes à investir, ou ce mensonge flagrant selon lequel l'économie iranienne n'est pas capable de verser des salaires plus élevés que ceux actuellement perçus.

En contradiction avec la loi, le gouvernement soumet toute augmentation et tout versement de salaire à la définition préalable d'un « salaire conventionnel » réputé être basé sur un accord entre employeur et employé.

Les autorités veulent ainsi contourner la loi sur le salaire minimum, et ouvrir la voie à une exploitation accrue en retirant aux salarié.es des moyens pour résister en amendant le code du travail

* soit en y introduisant un alinéa
* soit en modifiant un alinéa
* soit en supprimant un alinéa

Les ouvrier.es et employé.es, ainsi que les membres de leur famille, représentent environ 60% de la population du pays. Plus de 80% de la production totale de la société est le fruit de leur travail.

Leurs salaires ne devraient pas être inférieurs au coût de la vie moyen d'un ménage urbain moyen.

Comme indiqué précédemment, le coût de la vie moyen d'un ménage urbain de quatre personnes devrait être en 2024 d'au moins 830 euros par mois.

Nous invitons donc tous les salarié.es de l'industrie, des services, de l'agriculture, de la construction, des mines, etc., dans les secteurs privé et public, à lutter sur leurs lieux de travail et de vie, pour un salaire minimum de 830 euros par mois.

Un autre point fondamental qu'il ne faudrait pas oublier est que dans la lutte pour l'augmentation des salaires, comme dans d'autres domaines de la lutte de classe, la solidarité et l'unité de la classe ouvrière sont indispensables. Pour cette raison, l'existence d'organisations durables (syndicats, associations professionnelles, ou organisations similaires) sont d'une importance capitale.

Simultanément, la lutte des travailleurs/euses dans les domaines économique et social ne peut à elle seule parvenir à atteindre les résultats souhaités. C'est pourquoi, parallèlement à la lutte pour les revendications économiques, la promotion, la formation et les activités pratiques pour la fondation de la lutte politique indépendante de la classe ouvrière et de ses organisations sont également nécessaires.

La lutte de classe des salarié.es n'est en effet possible que si elle est unie, organisée et basée sur des objectifs à long terme.

Pour cette raison, les objectifs immédiats de la classe ouvrière ne peuvent être atteints qu'avec la participation large et active des masses.

Syndicat du sucre de canne d'Haft Tappeh
Section des retraité.es du Comité de coordination d'aide à la construction d'organisations syndicales
Travailleurs/euses retraité.es du Khuzestan

Et aussi, sur le salaire minimum à 250 euros, l'expression du Syndicat des travailleurs/euses de la compagnie d'autobus de Téhéran et sa banlieue (Vahed)

Alternative workers news Iran
https://laboursolidarity.org/fr/n/3121/defendons-une-augmentation-generale-des-salaires-et-contrecarrons-les-attaques-anti-ouvrieres-du-regime-islamique-et-des-employeurs

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Témoignages de deux infirmières ukrainiennes au congrès de l’Union syndicale Solidaires

7 mai 2024, par Christian Mahieux — , ,
À l'occasion de son congrès national, qui se tenait du 22 au 25 avril 2024 à Labège (31), l'Union syndicale Solidaires a accueilli plusieurs délégations internationales. Dès (…)

À l'occasion de son congrès national, qui se tenait du 22 au 25 avril 2024 à Labège (31), l'Union syndicale Solidaires a accueilli plusieurs délégations internationales. Dès l'ouverture du congrès, la parole a été donnée à deux d'entre elles : celle venue d'Ukraine et celle venue de Palestine.

D'Ukraine, étaient présentes Yulia Lipich Kochirka et Oksana Slobodyana, représentantes du Syndicat régional de Lviv du personnel médical et de Sois comme Nina. Elles ont pu s'adresser aux quelque 400 syndicalistes Solidaires présent∙es. Cette invitation faisait suite aux contacts entretenus depuis avril 2022, à travers les trois convois du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, les échanges visio, les liens à travers le Réseau européen de solidarité avec l'Ukraine, les collectes solidaires, l'envoi de matériel, la présence à la 5e rencontre du Réseau syndical international de solidarité et de luttes en septembre dernier à São Paulo, etc. Nous reprenons ici les informations délivrées par les deux militantes, qui se sont aussi s'entretenues de manière informelle avec les délégué∙es au congrès.
Christian Mahieux, avril 2024.

La guerre en Ukraine dure depuis plus de deux ans. Le personnel médical joue un rôle important, notamment en première ligne et dans les villes de la zone de front. De nombreux et nombreuses membres de Sois comme Nina se trouvent actuellement dans la zone de guerre. Au péril de leur vie, ils et elles sauvent celle des soldats et des civil∙es.

Nous avons édité un document sur activités qui est à votre disposition, mais aujourd'hui je vous parlerai brièvement de certains et certaines de nos collègues qui ont consciemment changé leur blouse blanche pour un uniforme militaire. Leur témoignage direct est important.

Olena Lyasheva, une militante de Sois comme Nina, n'a pas de diplôme de médecine, mais au terme d'une lutte épuisante et prolongée, elle a été obligée de devenir infirmière pendant la guerre. « La situation sur la ligne de front est telle qu'aucune main ne sera superflue. J'ai milité toute ma vie d'adulte et la décision de m'engager dans l'armée était la suite logique de mon parcours de militante. Si nous voulons vivre dans une société juste, nous devons maintenant la protéger des occupants. Mon choix de spécialité a été largement influencé par la communication avec Sois comme Nina. Ces femmes incroyables se battent pour les droits sociaux et les droits du travail à la maison et dans l'armée. Et ce n'est pas une coïncidence si ce sont les infirmières qui sont en difficulté en Ukraine. Parce que la lutte est une question de soins, de protection et d'assistance mutuelle. Je me suis toujours sentie solidaire d'elles, et maintenant je suis moi-même en train de devenir personnel médical, bien que, malheureusement, dans le cadre d'une procédure accélérée dans les conditions de la guerre », nous a écrit Olena.

Maria Koroleva n'a que 26 ans. Elle est également infirmière de combat au front. Alors qu'elle n'avait pas du tout envisagé de lier sa vie à la médecine, elle a changé d'avis à cause de la guerre. « Au front, on se rend compte qu'il faut vivre ici et maintenant, car tout peut changer radicalement en une seconde. Nous avons admis un jeune homme avec trois amputations, des brûlures au visage et aux deux yeux – zéro pour cent de chance de voir sa vue restaurée. Avant la guerre, il était un jeune homme prospère avec de bonnes perspectives. Dans ces moments-là, on commence à apprécier la vie, chaque minute. En première ligne, le personnel médical s'épuise rapidement, ils et elles ne supportent pas psychologiquement. Mais nous n'avons pas le droit de nous concentrer sur nos expériences personnelles, surtout en temps de guerre », nous a dit Maria. Oleh Horoshenko a failli mourir dans la zone de combat. « Quatre fois pendant la guerre, j'ai cru que j'allais mourir. Étonnamment, cela ne vous fait pas peur. Vous le ressentez calmement : les regrets, les projets, la vie, mais sans horreur. À Irpin, ils ont commencé à nous tirer dessus au phosphore. J'étais allongé et j'ai réalisé que nous tous – huit personnes – allions brûler vifs. C'était pénible. Mais le vent nous a sauvés parce qu'il a balayé les flammes. J'ai été blessé dans le secteur de Kharkiv. Nous avons été bombardés par l'artillerie. Des éclats d'obus ont touché mon bras. En sautant du camion, j'ai endommagé les ligaments de mon genou. Je n'ai pas remarqué ma blessure au début, j'ai couru pour sauver la vie de mes camarades. Nous avons eu quatre morts et douze blessés. Dans des conditions de combat, il est très difficile de trouver les blessés. Parmi les morts, j'ai vu un combattant vivant. Il avait reçu une balle dans la jambe. Ils lui ont posé un garrot et un bandage, l'ont mis dans un minibus et l'ont emmené à l'hôpital. Quelques heures plus tard, ma jambe blessée a gonflé et je ne pouvais plus marcher. J'avais moi-même besoin d'une aide médicale », se souvient Oleh.

Les personnes du secteur de la santé sont des gens héroïques. Malgré leurs bas salaires et leur lourde charge de travail, lorsque la guerre a commencé, ils et elles n'ont pas fui à l'étranger ou ne se sont pas caché·es, mais ont revêtu l'uniforme militaire. Des centaines d'entre eux et elles ont déjà été tuées sur le champ de bataille. Cela n'a pas empêché leurs collègues de continuer à sauver des vies.

Sois comme Nina est une organisation créée en 2019 par des travailleuses et travailleurs de la santé. Il n'existait pas d'équivalent en Ukraine jusqu'alors. Depuis, l'association protège les droits des travailleuses et travailleurs de la santé, en luttant pour des salaires décents et des conditions de travail correctes. Quand les problèmes ne peuvent pas être résolus paisiblement, nous organisons des manifestations (actuellement, sous la loi martiale, elles sont interdites). La tâche principale de notre organisation est d'améliorer les conditions de travail et la formation des travailleuses et travailleurs du secteur médical. À cette fin, nous utilisons toutes les méthodes, dans le respect de la loi.

Le nom « Mouvement médical Sois comme Nina » vient du nom de l'initiatrice de la première protestation des infirmières, Nina Bondar. Travaillant dans un hôpital de Kyiv, Nina a décidé, un soir, de décrire son mécontentement quant à ses conditions de travail, à son salaire et à l'attitude des patrons envers les infirmières. Elle a publié ce message – un cri du cœur – sur Facebook. Du jour au lendemain, il a bénéficié de plus de 20 000 vues. Depuis, les professionnel∙les de la santé s'unissent pour défendre ensemble leurs droits professionnels. Comme Nina, tous et toutes veulent cesser de passer sous silence toutes les violations auxquelles ils et elles sont confronté·es sur leur lieu de travail.

Depuis lors, nous sommes devenus une communauté (Facebook) de 85 000 personnes. Notre organisation a été créée sans aucun soutien étatique ou de parti politique. Nous promouvons la création de syndicats dans toute l'Ukraine. Nous avons organisé les premières manifestations dans plusieurs villes au cours de l'hiver 2019. Nous avons exigé des salaires plus élevés pour les travailleuses et travailleurs de la santé, une augmentation des dépenses de santé en général, et que nos voix, les voix des travailleuses et travailleurs de la santé, soient entendues dans toute réforme des soins de santé en Ukraine. Nous avons répété ces manifestations en 2020 et 2021 et avons progressé. Ainsi, nous avons réussi à réintégrer des infirmières licenciées illégalement et à faire payer des arriérés de salaires dans plusieurs établissements.

Avant la guerre, la contre-réforme des soins de santé a commencé en Ukraine. Depuis, beaucoup d'établissements médicaux ferment, les hôpitaux sont « optimisés » et fusionnés. Cela a un impact important sur les travailleuses et travailleurs de la santé, qui perdent leur emploi. Ce processus ne s'est pas arrêté pendant la guerre. Au contraire, la situation s'est considérablement aggravée : de nombreux établissements médicaux ont été fermés à la suite de bombardements et de tirs d'artillerie. La perte d'emplois, l'occupation du territoire par les troupes russes, la migration à grande échelle et les licenciements ne sont pas les seuls problèmes auxquels nous sommes confronté·es aujourd'hui. Les économies réalisées par les autorités locales sur le soutien financier pour le droit à la santé, sur les salaires des infirmières et autres personnels médicaux, conduisent à l'appauvrissement de la population dont nous protégeons les droits.

La guerre à grande échelle qui a commencé le 24 février 2022 a causé encore plus de problèmes, non seulement pour les travailleuses et travailleurs de la santé, mais pour tous et toutes les Ukrainien·nes en général. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes. Des millions de personnes ont été contraintes de fuir vers les pays voisins et plus de 6 millions d'Ukrainien·nes ont été déplacé·es à l'intérieur du pays. Des villes et des villages ont été détruits. Nos hôpitaux et nos installations énergétiques ont été pris pour cible par l'ennemi.

Nous avons réalisé que nous ne pourrions pas faire face à cette situation sans l'aide de partenaires internationaux. C'est pourquoi nous avons convenu avec nos partenaires allemands de Medico International d'un projet commun pour aider les Ukrainien·nes touché·es par la guerre. Grâce à cette coopération, nous avons pu loger temporairement 45 familles avec de jeunes enfants et des parents retraités. 452 familles en situation très difficile ont reçu de la nourriture et des produits d'hygiène. Nous sommes également en mesure d'apporter un soutien psychologique et juridique. Il est également très important d'apporter une aide en matière de traitement médical. En effet, certaines personnes ont perdu tout espoir de guérison. Grâce à notre projet, elles ont amélioré leur état de santé et sont en mesure de travailler et de vivre à nouveau pleinement leur vie. Malheureusement, ce projet a pris fin le 31 décembre 2023. C'est pourquoi nous recherchons activement des organisations internationales avec lesquelles nous pourrions coopérer et continuer à aider les médecins, les infirmières, et les Ukrainien·nes en général.

Nous attendons la fin de la guerre et voulons nous rapprocher de la victoire par tous les moyens et toutes les méthodes. Nous sommes convaincu·es que nous parviendrons à reconstruire l'Ukraine, où les droits syndicaux seront respectés dans tous les secteurs et où les employé·es recevront des salaires décents et auront des conditions de travail satisfaisantes.

Ce ne sera pas facile. Mais vous avez vu notre force et notre engagement pendant la guerre.

Publié dans Les Cahiers de l'antidote : Soutien à l'Ukraine résistante (Volume 29)
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/28/lesprit-de-haymarket-square/

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Des violations des droits des enfants passées sous silence en raison de la crise de financement à l’ONU

Le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a annulé la tenue d'une session prévue Dans une décision sans précédent, le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a annulé la tenue (…)

Le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a annulé la tenue d'une session prévue

Dans une décision sans précédent, le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a annulé la tenue d'une série de réunions en raison d'un manque de fonds.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/28/des-violations-des-droits-des-enfants-passees-sous-silence-en-raison-de-la-crise-de-financement-a-lonu/

Ce déficit est dû au fait que certains États membres ne se sont pas encore acquittés de leurs cotisations.

Il s'agit du dernier exemple en date de la fragilisation du rôle de surveillance des droits humains de l'ONU en raison d'un manque de fonds budgétisés. Ceci fait suite au gel des recrutements au sein de l'organisation mondiale, et à une réduction forcée des enquêtes menées sur le terrain par ses experts en droits humains.

Lors de la session désormais annulée du Comité des droits de l'enfant, des experts devaient s'entretenir – dans un environnement sûr et confidentiel – avec des enfants, des organisations de la société civile et des agences des Nations Unies de la situation des droits de l'enfant dans huit pays.

Cette annulation se traduira par une surveillance diminuée de l'évolution de la situation en Équateur, où l'escalade de la violence et de la criminalité organisée a un impact désastreuxsur les droits des enfants, en particulier des filles dont le droit d'étudier en toute sécurité est menacé.

Cela signifie également que la situation en Éthiopie risque de passer encore plus inaperçue, même si des enfants y sont tués et blessés et font l'objet d'agressions sexuelles ; en outre, des écoles sontattaquées etutilisées par les forces militaires dans le cadre des conflits qui sévissent dans le nord du pays.

Les experts n'auront pas l'occasion d'en apprendre davantage sur certaines filles indonésiennes qui pourraient avoir été contraintes de quitter l'école sous une forte pression, en raison de leur décision de ne pas respecter laréglementation relative au port obligatoire du hijab.

Il sera désormais plus difficile pour le Comité d'en savoir plus sur les mauvais traitements infligés aux enfants dans les centres de détention gouvernementaux en Irak, ou sur la décision du gouvernement de ne pas interdire les châtiments corporelscontre les enfants.

Si le Comité n'est pas en mesure de prendre connaissance de ces problèmes, il ne pourra pas non plus formuler de recommandations en faveur de changements.

Les gouvernements mauvais payeurs qui n'ont pas encore versé leurs contributions au budget ordinaire de l'ONU devraient s'acquitter de leur quote-part, sous peine d'aider les auteurs de violations des droits de l'enfant à se soustraire à leurs responsabilités.

Bede Sheppard
Directeur adjoint, division Droits des enfants

https://www.hrw.org/fr/news/2024/04/05/des-violations-des-droits-des-enfants-passees-sous-silence-en-raison-de-la-crise-de

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La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe ne comprend pas les réalités du système prostitutionnel

Lettre collective Lettre ouverte de 14 organisations représentant plus de 2000 organisations de terrain, féministes et de survivantes en réponse au commentaire de la (…)

Lettre collective Lettre ouverte de 14 organisations représentant plus de 2000 organisations de terrain, féministes et de survivantes en réponse au commentaire de la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe sur la prostitution.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/30/la-commissaire-aux-droits-de-lhomme-du-conseil-de-leurope-ne-comprend-pas-les-realites-du-systeme-prostitutionnel/

Nous, organisations féministes, de terrain et de survivantes, sommes consternées par le commentaire de la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe sur la « protection des droits humains des travailleurs du sexe », tant du point de vue de la méthodologie utilisée que du contenu développé. Les femmes et les filles en situation de prostitution méritent mieux que ce qui ne peut être considéré autre qu'un tract de propagande déconnecté.

Une consultation opaque exclusivement ouverte aux organisations défendant le « travail du sexe » ? Nos 14 organisations, représentant plus de 2 000 associations féministes de terrain et de survivantes, ont soutenu l'année dernière plus de 18 000 personnes prostituées dans le monde entier, presque exclusivement des femmes et des filles issues des communautés les plus marginalisées. Etonnamment, aucune de nos organisations n'a été incluse dans les consultations ayant mené à cette déclaration, la Commissaire ayant priorisé l'accès aux organisations n'ayant aucune expérience sérieuse en matière de soutien de terrain sur le long terme aux personnes prostituées.

Le commentaire exclut donc les perspectives et expériences des personnes prostituées soutenues par nos organisations. La Commissaire promeut ainsi la Belgique comme modèle de référence alors que ce pays est une plaque tournante de la prostitution et de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle en Europe, et que des organisations locales ont alerté à plusieurs reprises sur l'impact désastreux de la législation belge sur les personnes prostituées.

Etant donné l'apparente incapacité de la Commissaire à contacter les associations de terrain et de survivantes, nous aimerions lui offrir notre aide sous la forme d'une proposition concrète : Madame la Commissaire, nous vous invitons à venir voir par vous-même les réalités de la prostitution, en Belgique ou ailleurs, en rencontrant une ou plusieurs de nos organisations de terrain et de survivantes. Les réalités que vous y découvrirez seront probablement très différentes du récit développé dans votre commentaire. Une explosion de violence et d'exploitation là où les recommandations de la Commissaire aux droits de l'homme ont été mises en œuvre.

Nos organisations observent au niveau local, l'impact désastreux des politiques décriminalisant les proxénètes et les acheteurs de sexe recommandées par la Commissaire aux droits de l'homme. En Allemagne, pays qui a légalisé la prostitution en 2002, les résultats sont sans équivoque :

Les plus hautes estimations évaluent à 400 000 le nombre de personnes en situation de prostitution dans le pays, seules 23 000 faisaient la demande pour le statut officiel de « travailleuses du sexe » en 2021 ;

81% des femmes officiellement enregistrées étaient étrangères en 2021 :

Les bordels tirent profit de l'exploitation des plus vulnérables : depuis la guerre en Ukraine, le nombre de femmes réfugiées ukrainiennes enregistrées dans le quartier rouge de Berlin a été multiplié par 5 ;

La décriminalisation de l'achat d'actes sexuels entraîne une explosion de la demande : en Allemagne 26% des hommes déclarent avoir acheté des actes sexuels au moins une fois dans leur vie, contre 7% en Suède ;

Pour s'adapter à cette demande, les bordels vendent des femmes à une échelle industrielle dans des « mégabordels » offrant des forfaits à 70€ comprenant une femme, une bière et un une saucisse ou des formules « à volonté ».

Les résultats néfastes de l'approche allemande conduisent à une prise de conscience collective et à un changement de paradigme dans le pays : le groupe parlementaire CDU/CSU et le chancelier (SPD) ont récemment pris position pour mettre fin à l'approche du « travail du sexe ».

Cette explosion et cette normalisation de l'achat d'actes sexuels ont un impact sur toutes les femmes et les filles et fait pression sur les plus marginalisées d'entre elles. Aux Pays-Bas, pays qui a légalisé la prostitution en 2000, il est désormais légal pour les moniteurs d'auto- école de proposer des actes sexuels à leurs élèves comme mode de paiement. Cette pratique est communément appelée « a ride for a ride ».

En Belgique, dans la rue d'Aerschot à Bruxelles, connue pour sa prostitution de rue, « chaque personne prostituée paie en moyenne 250€/jour aux gérants de bordels afin de louer une vitrine. Ce loyer est équivalent à 7500€/mois pour une personne payant chaque jour ces frais. Cela signifie que la personne prostituée doit endurer 150 actes sexuels « gratuits » avant de toucher 1 seul euro pour elle », selon l'ONg de terrain Isala.

Ainsi, au prétexte d'améliorer les conditions de vie des personnes prostituées, le modèle réglementariste de la prostitution renforce la mainmise des proxénètes – poliment rebaptisés « tiers » – par la Commissaire. Ils bénéficient de différents statuts juridiques, tels que « propriétaires de maisons closes » ou « entrepreneurs », et perpétuent l'exploitation sexuelle et économique des plus vulnérables en toute impunité.

Nous partageons le constat que la prostitution se situe à l'intersection de multiples discriminations et que les femmes et les filles les plus marginalisées sont surreprésentées dans ce système (70% des personnes prostituées en Europe sont des femmes migrantes).Cependant, contrairement à la Commissaire, nous ne mettons pas les victimes et les exploiteurs sur le même plan, les derniers exploitant les vulnérabilités des premières.

« Nous n'avons pas besoin de syndicats, d'assurance maladie ou d'un salaire minimum. Nous avons besoin de psychothérapie, de programmes de sortie, de protection et d'une aide financière. Nous n'avons pas besoin de droits du travail, mais nous avons besoin des droits qui découlent de notre reconnaissance en tant que victimes de violence ». Collectif de survivantes #Intedinhora (« #Pastapute »), Suède.

La prostitution dans le droit international des droits humains : ni un travail, ni du sexe, mais une violation de la dignité humaine ! Il est particulièrement troublant de constater que la Commissaire se réfère à une « approche fondée sur les droits humains » en ce qui concerne le « travail du sexe », sans citer un seul traité international de droits humains qui soutienne concrètement cette approche. Et pour cause, les traités universels des droits humains contraignants sont sans équivoque sur l'obligation faite aux États de criminaliser le proxénétisme et de décourager la demande qui favorise la traite à des fins d'exploitation sexuelle :

La Convention onusienne de 1949 reconnaît spécifiquement la prostitution comme « incompatible avec la dignité de la personne humaine ». Il est donc inconcevable qu'une activité violant la dignité humaine puisse être soudainement reconnue comme un travail par le Conseil de l'Europe, particulièrement quand celui-ci promeut et défend l'accès à un « travail décent » ;

Cette même convention oblige les États membres à ériger en infraction pénale toute personne qui « exploite la prostitution d'une autre personne même consentante et qui « tient, dirige ou, sciemment, finance ou contribue à financer une maison de prostitution » ou encore « donne ou prend sciemment en location, en tout ou en partie, un immeuble ou un autre lieu aux fins de la prostitution » ;

En outre, l'article 6 de la convention CEDEF impose aux États membres de réprimer l'exploitation de la prostitution des femmes et des filles, c'est-à-dire le proxénétisme.

L'article 9, paragraphe 5, du protocole de Palerm impose aux États membres de « décourager la demande qui engendre la traite à des fins d'exploitation sexuelle ».

La pénalisation du proxénétisme et de l'achat d'actes sexuels sont par ailleurs des mesures qui font l'objet d'un consensus quant à leur efficacité dans la lutte contre la traite à des fins d'exploitation sexuelle,recommandées par l'OSCE, le Parlement Européen, l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe, et la Rapporteuse Spéciale des Nations Unies sur la violence à l'égard des femmes.

« L'argument selon lequel la dépénalisation de la demande d'achat d'actes sexuels améliore la sécurité, la dignité et les conditions de vie des femmes prostituées ne semble pas être étayé factuellement. La prostitution entraîne de graves violations des droits humains pour les femmes et les filles concernées ». Rapporteure Spéciale des Nations unies sur la violence à l'égard des femmes, Reem Alsalem (2023)

Le langage agrée des Nations Unies et de l'Union européenne est et demeure « prostitution » et « personne en situation de prostitution ». Nous déplorons l'utilisation répétée du terme « travail du sexe » dans le commentaire, qui est un terme de propagande destiné à dissimuler la violence inhérente au système prostitutionnel et les schémas d'oppression sexiste, raciste et de classe qui l'alimentent ainsi qu'à promouvoir la légalisation de la prostitution.

« Notre conviction profonde, en tant qu'ONU Femmes, est que toutes les femmes impliquées dans cette industrie sont des victimes, peu importe si elles se revendiquent travailleuses du sexe, ou qu'elles considèrent cela comme un travail, nous les considérons comme des victimes et ceux qui achètent ce service comme des auteurs de violence à l'égard des femmes » Phumzile Mlambo-Ngcuka, ancienne directrice exécutive d'ONU Femmes (2020).

Il existe une (véritable) approche de la prostitution fondée sur les droits humains : elle protège les victimes et lutte contre l'impunité des auteurs. La Suède, la Norvège, l'Islande, l'Irlande, l'Irlande du Nord, le Canada et la France, ainsi que le Parlement européen, ont adopté une approche féministe et fondée sur les droits humains sur la prostitution. Ces pays reconnaissent la prostitution comme un système de violence et d'exploitation. Ce « modèle abolitionniste » différencie les victimes des exploiteurs : il décriminalise les personnes prostituées, leur donne accès à des programmes de sortie et pénalise l'achat d'actes sexuels – à la racine du système prostitutionnel – tout comme le proxénétisme.

En Suède, pays ayant adopté un modèle abolitionniste en 1999 :

La demande a réduit de moitié du fait de la pénalisation de l'achat d'actes sexuels. 13,6% des hommes en Suède déclaraient avoir acheté un acte sexuel une fois dans leur vie en 1996, contre 7% en 2023 ;

La baisse de la demande a fait de la Suède un territoire peu attractif pour les réseaux de traite qui s'en sont détournés ;

La loi a eu un effet normatif sur les mentalités : alors que 3⁄4 des suédois.e.s étaient contre la pénalisation des clients en 1996, moins de 10 ans après, en 2008, cette mesure est largement soutenue par 70% de la population ;

Depuis l'adoption de la loi, aucune personne prostituée n'a été tuée en Suède, contre au moins 84 en Allemagne. En France, pays ayant adopté le modèle abolitionniste en 2016 :

0 personne en situation de prostitution n'a été pénalisée depuis la loi ;

1 247 personnes ont bénéficié d'un parcours de sortie de la prostitution en mars 2023 donnant droit à un permis de séjour pour les victimes étrangères, un logement, une aide financière mensuelle, du soutien à la réinsertion professionnelle, un soutien psychothérapeutique avec un taux de réussite de 95% ;

de 8 000 clients ont été pénalisés d'une amende ou ont dû suivre un stage de sensibilisation aux réalités de la prostitution ;

+54% de hausse de procédures contre les proxénètes sont constatées entre 2016 et 2019 ainsi que 7 fois plus de compensation pour les victimes.

La constitutionnalité de la loi française a été entérinée par le Conseil Constitutionnel dans des termes forts. Le Haut Conseil à l'égalité en France a reconnu que cette approche « contribue à construire une société d'égalité formelle et réelle entre les hommes et les femmes » et des survivantes de plusieurs pays ont récemment exprimé leur soutien collectif à la législation. La Commissaire ne semble pas consciente de ces éléments et ne se réfère au droit français que dans le contexte d'une décision de recevabilité sur une procédure en cours, ce qui ne préjuge en rien de la décision de la Cour. Cette procédure est par ailleurs soutenue par les mêmes organisations auxquelles la Commissaire a réservé les consultations pour son commentaire. Nous convenons de la nécessité pour les États membres de veiller à ce que leurs lois soient conformes à la Convention européenne des droits de l'homme. Cependant, pour ce faire, ils doivent mettre en œuvre une approche aux antipodes de celle recommandée par la Commissaire. Alors que l'Europe connaît un changement de paradigme en faveur du modèle abolitionniste, le commentaire de la Commissaire appelant à la décriminalisation des auteurs de violence constitue un recul historique sur les droits des femmes. La voie à suivre ne peut être que l'abolition du système sexiste, raciste et de classe de la prostitution, et non sa « décriminalisation totale ».

Nous demandons donc à la Commissaire de réviser et d'amender son commentaire sur la base d'un processus de consultation éthique, objectif et inclusif.

Signataires : La Coalition pour l'abolition de la prostitution, Le lobby européen des femmes, le Réseau européen des Femmes migrantes, SPACE International, la Coalition Against Trafficking in Women, l'Initiative Féministe EuroMed, le Bruxxels Call, le Swedish Womens's lobby, la Coordination européenne du Lobby européen des femmes, Osez le féminisme !, Rights4Girls, le Bündnis Nordisches Modell, la Fédération Nationale Espagnole des Femmes Abolitionistes.

Courrier N°430 de la Marche Mondiale des Femmes

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Des réparations vont être versées aux survivantes de violences sexuelles commises pendant la guerre en Ukraine

7 mai 2024, par Weronika Strzyżyńska — , , ,
Les premiers paiements effectués dans le cadre d'un conflit en cours constituent « un pas important vers le rétablissement de la justice », a déclaré la première dame, Olena (…)

Les premiers paiements effectués dans le cadre d'un conflit en cours constituent « un pas important vers le rétablissement de la justice », a déclaré la première dame, Olena Zelenska.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/01/des-reparations-vont-etre-versees-aux-survivantes-de-violences-sexuelles-commises-pendant-la-guerre-en-ukraine/

Les premières réparations seront versées dans les prochaines semaines aux survivantes de viols commis par des soldats russes pendant l'invasion de l'Ukraine, une initiative que la première dame d'Ukraine, Olena Zelenska, a qualifiée d'« étape importante vers le rétablissement de la justice ».

Jusqu'à 500 Ukrainiennes ayant survécu à des violences sexuelles liées au conflit ont été identifiées et ont reçu des réparations provisoires cette année, notamment un soutien financier, médical et psychologique.

Mme Zelenska a déclaré : « Les réparations accordées aux victimes de violations flagrantes des droits des êtres humains, notamment aux victimes de violences sexuelles liées au conflit, ne se limitent pas à un soutien économique. Il s'agit d'une étape importante vers le rétablissement de la justice.

« Et cette justice n'est pas seulement nécessaire en Ukraine », a-t-elle ajouté. « La justice pour les victimes ukrainiennes de la violence est désormais un miroir pour le monde entier ».

Selon le Fonds mondial pour les survivant·es, qui gère le projet avec l'Ukraine grâce à des fonds provenant de gouvernements donateurs, ce sera la première fois que des survivant·es se verront accorder des réparations au cours d'un conflit actif.

« La réhabilitation et l'indemnisation sont un élément des réparations, mais ce que les survivantes trouvent très important, c'est la reconnaissance », a déclaré Esther Dingemans, directrice du fonds, qui a été lancé en 2019 par les lauréats du prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege et Nadia Murad, pour aider les survivantes de violences sexuelles liées à un conflit à accéder à des réparations.

« Le système de réparation offre une confirmation que ce qui leur est arrivé est officiellement reconnu. Cela envoie également un message à l'ensemble de la communauté », a ajouté Mme Dingemans.

Le nombre total d'Ukrainiennes ayant subi des violences sexuelles infligées par les forces russes est inconnu, car la plupart des survivantes ne signalent pas ces crimes. Le Global Survivors Fund l'estime à plusieurs milliers.

Pramila Patten, représentante spéciale des Nations unies pour les violences sexuelles dans les conflits, a accusé la Russie d'utiliser le viol comme « stratégie militaire », citant des cas de soldats « équipés de Viagra ».

Lyudmila Huseynova était l'une des huit civiles ukrainiennes libérées dans le cadre du premier échange de prisonnières exclusivement féminin avec la Russie, aux côtés de 100 soldats ukrainiens, en octobre 2022. Elle a été emprisonnée pendant trois ans par les forces séparatistes dans la province orientale de Donetsk.

« Je suis libre depuis plus d'un an et je n'arrive toujours pas à dormir la nuit », a-t-elle déclaré. « Je me réveille en ressentant la façon dégoûtante dont ils m'ont touchée ».

« Malheureusement, il y a encore beaucoup d'accusations portées à l'encontre des victimes, surtout dans les petites communautés rurales. Lorsque j'ai été libérée, nous ne savions même pas ce qu'était la violence sexuelle liée au conflit. »

Lorsque les forces séparatistes ont occupé sa ville natale de Novoazovsk, dans la province de Donetsk, en 2014, Huseynova s'est impliquée dans l'aide aux enfants orphelins sur la ligne de front en collectant des dons dans toute l'Ukraine. Mais les livres en ukrainien qu'elle fournissait aux enfants l'ont conduite en détention.

« Pendant trois ans et treize jours, j'ai été enfermée dans une prison surpeuplée », a-t-elle déclaré. « Je ne voyais pas le ciel et l'air était chargé de fumée de cigarette ».

« Lorsque j'ai été libérée, j'ai dû réapprendre à utiliser mes jambes et à respirer avec toute ma poitrine ».

Après sa libération, elle a été emmenée dans un hôpital militaire de Dnipro, mais le personnel n'était pas en mesure de s'occuper correctement d'une survivante de la torture sexuelle.

« L'hôpital était surpeuplé et manquait de personnel », a déclaré Huseynova. « Je ne blâme pas du tout les médecin·es, mais elles et ils n'étaient pas préparé·es à s'occuper d'une personne comme moi ».

« Elles et ils ne savaient pas comment m'approcher ou me parler, ce qui a causé plus de dommages psychologiques à long terme ».

C'est son expérience qui a poussé Huseynova à travailler avec le Fonds mondial pour les survivant·es et à défendre les survivant·es et les autres femmes encore emprisonnées. Elle espère que les victimes de violences sexuelles seront désormais entourées du soutien et de la compréhension dont elle n'a pas pu bénéficier.

« Les survivant·es quittent la détention sans rien », a-t-elle déclaré. « Elles n'ont pas de vêtements, pas de maison, pas de communauté. Souvent, tous leurs biens sont restés dans les territoires occupés et elles ne peuvent pas trouver de travail car tous leurs documents sont restés dans leur pays d'origine ».

« Les réparations peuvent aider, mais elles doivent inclure un soutien holistique en matière de santé physique et mentale. Les femmes doivent avoir accès à un psychologue – pas seulement pour quelques séances, mais aussi longtemps qu'elles en ont besoin. Le traumatisme de la violence sexuelle ne disparaît pas ».

Mme Huseynova a déclaré qu'elle restait en contact avec d'autres femmes de Donetsk qui avaient été détenues pendant des années. « Je fais de mon mieux pour leur envoyer des colis. Aucune mission humanitaire ne travaille là-bas. Aucune aide humanitaire n'y est envoyée. Lorsqu'elles ont leurs règles, ces femmes utilisent le rembourrage d'un vieux matelas ».

Dingemans a déclaré que la société civile ukrainienne et le gouvernement avaient réussi à lutter contre la stigmatisation des survivantes, soulignant le plaidoyer vocal de Mme Zelenska sur la question ainsi que les nouvelles lois en cours d'adoption par le parlement. Si elles sont adoptées, ces lois définiront les violences sexuelles liées aux conflits comme un crime distinct et mettront en place un registre national pour enregistrer les cas.

Des hommes et des garçons figurent également parmi les victimes présumées de viols commis par des soldats russes en Ukraine, des dizaines de cas de violence sexuelle ayant fait l'objet d'une enquête dans les mois qui ont suivi l'invasion.

Fedir Dunebabin, représentant du Fonds mondial pour les survivant·es en Ukraine, a déclaré : « Nous savons, grâce à d'autres contextes, que les hommes ayant survécu à des violences sexuelles liées à un conflit cherchent rarement de l'aide, mais il est surprenant de constater que ce n'est pas le cas en Ukraine. De nombreux survivants masculins se battent pour leurs droits et la justice ».

Mme Dingemans a déclaré qu'elle espérait que d'autres pays examineraient ce que faisait le gouvernement ukrainien et que la communauté internationale « pourrait soutenir les survivant·es d'autres conflits de la même manière qu'elle soutient les survivant·es en Ukraine, ce qui n'est pas le cas pour l'instant ».

Les organisations suivantes peuvent fournir des informations et un soutien à toute personne touchée par des problèmes de viol ou d'abus sexuels.
Au Royaume-Uni, Rape Crisis offre un soutien au 0808 500 2222 en Angleterre et au Pays de Galles, au 0808 801 0302 en Écosse ou au 0800 0246 991 en Irlande du Nord.
Aux États-Unis, Rainn offre une assistance au 800-656-4673.
En Australie, l'assistance est disponible au 1800Respect (1800 737 732). D'autres lignes d'assistance internationales sont disponibles sur https://ibiblio.org/rcip/internl.html

Weronika Strzyżyńska
https://www.theguardian.com/global-development/2024/apr/26/reparations-survivors-wartime-sexual-violence-by-russian-soldiers-ukraine-war-olena-zelenska
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

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Pour une loi générale sur les violences sexuelles

La victime de viol attend-elle de la justice une reconnaissance de son traumatisme ou que la justice lui fasse revivre et amplifie ce traumatisme ? La réponse à cette question (…)

La victime de viol attend-elle de la justice une reconnaissance de son traumatisme ou que la justice lui fasse revivre et amplifie ce traumatisme ? La réponse à cette question est évidente et, pourtant, la pratique judiciaire va à l'encontre de l'évidence. Il est temps d'améliorer le traitement judiciaire de ce crime trop ordinaire dans une loi générale sur les violences sexuelles.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/02/pour-une-loi-generale-sur-les-violences-sexuelles/

C'est le mythe de Sisyphe : les victimes de viol engagent des démarches dans l'espoir d'une reconnaissance des faits et de leurs souffrances mais la justice les ramène sans arrêt à leur traumatisme en le faisant revivre à travers la répétition du récit des faits, les confrontations, les expertises, les questions intrusives et suspicieuses…

Il est temps d'améliorer le traitement judiciaire de ce crime dans une loi générale sur les violences sexuelles, comprenant, d'une part, la redéfinition du viol et de l'agression sexuelle, et, d'autre part, l'effectivité de la procédure en prenant en compte le traumatisme des victimes.

Aujourd'hui, la loi ne prévoit pas que le viol ou l'agression sexuelle soit un acte « non consenti ». La loi laisse entendre : « dans le doute, si elle ne bouge pas, si elle ne dit pas non, je peux y aller ».

Pourtant, dans notre société le « non » ne peut pas toujours être librement exprimé : on peut être dominé économiquement, subir un contexte conjugal avec prégnance d'identités et/ou de comportements de genre, ainsi que d'autres types d'emprise. Quant à l'état de sidération, il caractérise l'incapacité à réagir de la victime ; on le retrouve dans 70% des cas, selon une étude suédoise.

Dès lors, exiger de « passer outre un refus » est inadapté pour caractériser un viol. Prouver la « violence, contrainte, menace ou surprise » exigée par le Code pénal est impossible dans certaines situations, notamment quand l'agresseur n'a pas eu besoin d'exercer une coercition active.

Le droit canadien, qui a introduit la notion de consentement dans sa définition du viol depuis plus de trente ans, nous ouvre la voie.

Concrètement, il ne s'agit pas de passer un contrat ; le consentement peut s'exprimer de multiples manières, y compris tacite. Mais dans la procédure canadienne, la personne mise en cause est questionnée sur les mesures raisonnables qu'elle a prises pour s'assurer du consentement de son partenaire. Si le mis en cause se contente de répondre qu'il l'a lu dans son regard par exemple, on peut en déduire qu'il ne s'est pas suffisamment assuré que la victime était consentante.

Cette interrogation supplémentaire sur le consentement laisse les magistrats se focaliser plus précisément sur la stratégie et le passage à l'acte de l'agresseur, sans pour autant écarter l'examen des circonstances entourant l'acte sexuel à savoir « violence, contrainte, menace ou surprise ».

Précisons que la France est signataire de la Convention d'Istanbul du 11 avril 2011 [11], de portée obligatoire, qui prévoit que : « Le consentement doit être donné volontairement comme résultat de la volonté libre de la personne considérée dans le contexte des circonstances environnantes. » mais n'a pas pour autant adapté son droit interne.

C'est pourquoi une redéfinition du viol et de l'agression sexuelle, ajoutant la notion de consentement ou d'accord volontaire, est nécessaire.

Mais cette redéfinition, bien que nécessaire, ne suffit pas ; elle doit s'intégrer dans une loi générale sur le traitement des violences sexuelles. Evidemment, les moyens mis en œuvre dans les enquêtes préliminaires pour les violences sexuelles devraient être augmentés. Actuellement certaines procédures peuvent durer 7 à 8 ans jusqu'à la mise en accusation, ce qui affaiblit le poids des preuves et des témoignages qui deviennent fragiles avec le temps. La recherche des éléments probants est aussi, souvent insuffisante.

Il ne s'agit bien évidemment pas de mettre à mal la présomption d'innocence ni les droits de la défense, mais d'interroger l'équilibre de notre procédure pénale au regard de l'obligation de mener une enquête effective (telle que rappelée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme – arrêt CEDH De Giorgi c. Italie, 16 juin 2022) avec un autre principe : la protection des victimes, souvent malmenées par la procédure (arrêt CEDH c Russie 7 févr. 2023).

Une loi générale sur les violences sexuelles s'impose pour une véritable amélioration du traitement judiciaire dans le respect de la personne victime fragilisée par les violences subies, avec pour objet avec pour objectif :
* une redéfinition des viols et agressions sexuelles prenant en compte le consentement,
* des moyens d'enquête renforcés,
* la création de centres d'accueil d'urgence pluridisciplinaires,
* la réduction de la répétition du récit, et les confrontations,
* l'audition de la victime à l'audience hors la présence du mis en cause si besoin,
* les expertises par des victimologues pour renforcer la parole de la victime,
* la prescription glissante pour les majeurs et l'imprescriptibilité pour les mineurs,
* l'interdiction de poser des questions et d'émettre des propos reprenant des stéréotypes de genre (vie intime ou mauvaise réputation de la victime),
* des formations sur les stéréotypes de genre pour compléter la formation des professionnels.

Notre pratique judiciaire peut et doit être améliorée. Encore faut-il qu'avocats, magistrats, politiques en prennent l'initiative, en ressentent l'impérieuse nécessité ou éprouvent « l'espoir d'un monde différent et qui pourrait être meilleur » (Benoîte GROULT).

[1] Entrée en vigueur en France le 1er novembre 2014

Carine Diebolt, avocate de victimes de violences sexuelles
https://blogs.mediapart.fr/sur-les-violences-sexuelles-par-carine-diebolt-avocate/blog/270424/pour-une-loi-generale-sur-les-violences-sexuelles

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Tunisie : Million de Femmes Rurales soutient les luttes pour la terre à Siliana

7 mai 2024, par Association Million de Femmes Rurales et les Sans-Terre — , ,
Le mouvement d'occupation des terres domaniales a débuté à Chouaïgui et Dakhla, dans le gouvernorat de Manouba. C'est là que l'Association Million de Femmes Rurales et les (…)

Le mouvement d'occupation des terres domaniales a débuté à Chouaïgui et Dakhla, dans le gouvernorat de Manouba. C'est là que l'Association Million de Femmes Rurales et les Sans-Terre a vu le jour, en dirigeant les mouvements et les protestations des paysan·nes sans terre pour récupérer les terres de leurs ancêtres et les soustraire aux mains des investisseurs capitalistes qui exploitent illégalement des centaines de milliers d'hectares.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/05/tunisie-million-de-femmes-rurales-soutient-les-luttes-pour-la-terre-a-siliana/

Cette mobilisation a entraîné une campagne de répression et d'emprisonnement, par crainte du pouvoir de voir se reproduire l'expérience réussie de Jemna, où les paysan·nes ont revendiqué et transformé ces terres en un paradis au service de la communauté.

L'expérience de Dakhla-Chouaïgui a suscité le soutien et l'engagement des avocats et des militant·es, avec à leur tête le martyr Chokri Belaïd.

En 2021, un groupe de femmes et d'hommes paysan·nes a lancé un mouvement pour récupérer des terres des investisseurs spéculateurs à Siliana, notamment à Henshir Laqasba. Des dizaines de travailleur·euses et agriculteur·rices y ont organisé un sit-in qui a duré des mois, entraînant une série d'arrestations et de procès impliquant neuf paysan·nes, dont leur camarade Turkia Chaibi, présidente de l'Association Million de Femmes Rurales et les Sans-Terre, qui les a soutenus et encadrés. Ce procès se poursuit depuis 2021.

La réponse a été l'organisation, avec la création d'une antenne régionale de l'Association Million de Femmes Rurales et les Sans-Terre à Siliana et cinq branches locales dans les profondeurs de Fériana. La solution réside dans l'organisation, la formation et l'éducation, avec l'organisation par l'association de sessions de formation en agriculture écologique et en promotion des droits des paysan·nes basés sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP).

Le 17 avril 2024, le procès en appel a coïncidé avec la Journée internationale des luttes paysannes. En conséquence, environ 100 paysan·nes membres de l'association et leurs partisans de plusieurs régions de Siliana se sont rassemblé·es devant le tribunal pour demander l'arrêt des poursuites judiciaires et la justice pour les paysan·nes. Ensuite, iels se sont dirigé·es vers le lieu de départ du sit-in, Henshir Laqasba, où ils ont été accueilli.es par les habitant.es et ont organisé une réunion publique où des discours ont été prononcés, notamment celui de Turkia Chaibi, qui a rappelé le 17 avril comme jour commémoratif des paysan·nes martyr·es ce jour-là, et a mis en lumière le mouvement de Million de Femmes Rurales et les Sans-Terre.

Des slogans ont été scandés devant le tribunal et au lieu du sit-in.

Les principaux slogans étaient :

Terre, Liberté, Dignité Nationale
Arrêtez les poursuites, mettez fin aux poursuites
Droit d'accès à la terre
Vive le 17 avril, journée internationale des luttes paysannes
l'Association Million de Femmes Rurales

https://viacampesina.org/fr/tunisie-million-de-femmes-rurales-soutient-les-luttes-pour-la-terre-a-siliana/

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Les féministes en défense de Bochra Bel haj Hmida pour préserver les droits, les libertés et nos acquis

7 mai 2024, par Association tunisienne des femmes démocrates,, Neyla Zoghlami — , ,
Nous, militantes de l'association tunisienne des femmes démocrates, réunies d'urgence en commission élargie, après que le comité de défense de l'association nous ait informées (…)

Nous, militantes de l'association tunisienne des femmes démocrates, réunies d'urgence en commission élargie, après que le comité de défense de l'association nous ait informées du contenu de l'ordonnance de clôture de l'instruction dans l'affaire dite du complot contre la sûreté de l'Etat, faisons état de notre profonde consternation quant au degré d'atteinte aux libertés et à l'absence totale de respect des standards du procès juste et équitable ainsi que de l'indépendance de la justice.

Tiré de Entre les lignes et les mots

L'instruction s'est clôt par la mise en accusation d'une quarantaine de personnalités politiques et de défenseur.e.s tunisiens des droits humains pour des crimes de terrorisme, de complot, d'offense au chef de l'Etat et d'autres crimes dont les peines peuvent aller jusqu'à la peine de mort, confirmant ainsi les rumeurs qui sont parvenues à l'association quant à la mise en accusation pour de tels crimes de leur ancienne présidente et fondatrice. L'association n'avait alors pas manqué de mettre en garde contre toute éventuelle implication de son ancienne présidente, la militante Bochra Bel haj Hmida, dans cette affaire concoctée de toutes pièces pour discréditer toutes les familles politiques et vider la scène politique de toute opposition au président de la République. Affaire qui n'est que dans la continuité du 25 juillet 2021 et de l'exercice de représailles sur tous ceux et toutes celles qui se sont opposé.e.s par des modalités variées et non violentes à l'abrogation de la Constitution de 2014, à la remise en cause de tous les acquis démocratiques dont la liberté d'expression et des composantes de l'Etat de droit. Après avoir pris connaissance de l'ordonnance de clôture de l'instruction, nous n'avons plus de doutes sur cette politique répressive tant celle-ci contient d'irrégularités et d'incohérences dont la seule explication est que la justice ne répond plus à aucun critère d'indépendance. A L'absence de respect de la procédure, au non-respect des standards minimum du procès juste et équitable, les autorités qui ont mis la justice au pas n'ont même pas daigné étayer la mise en accusation par des faits ou des éléments de droit pouvant imputer l'un quelconque de ces crimes à Bochra Bel haj Hmida et aux autres prévenu.e.s. Parce que le seul élément sur lequel se base la mise en accusation est que Bochra Bel haj Hmida a reçu la légion d'honneur française, laquelle a été attribuée à des centaines de tunisiens et de tunisiennes, il s'agit de fausses accusations de crimes dont elle est innocente.

Bochra Bel haj hmida a consacré sa vie entière à défendre les libertés publiques et individuelles ainsi que l'égalité. Députée dans le premier parlement élu après la révolution, elle a contribué à la réalisation de plusieurs acquis dont l'un des plus importants est l'adoption de la loi 2017-58 relative à l'élimination des violences contre les femmes et les enfants. Son parcours militant et professionnel, sa présidence la commission libertés individuelles et égalité (COLIBE), son engagement pour la défense des droits humains et ce, depuis plus de quatre décennies, lui ont valu sa grande popularité et la reconnaissance des institutions que ce soit en Tunisie ou à l'étranger.

La militante Bochra Bel haj Hmida a cessé toute activité partisane à la fin de son mandat parlementaire en 2019 et n'est restée présente sur la place publique qu'en tant qu'activiste en défense de la démocratie, des droits des femmes et des droits humains comme elle l'a toujours fait et ce, depuis les années 80. Quant aux malversations financières qui lui sont faussement imputés, sans preuve aucune, elles ne relèvent que de la volonté de discréditer auprès de l'opinion publique toute personne qui porte le projet sociétal progressiste et démocratique.

L'intégration de notre amie et camarade dans la liste des prévenus en fuite alors qu'elle n'a reçu aucune convocation légale ajoute à notre consternation de la voir mise en accusation pour terrorisme et complot, elle qui est connue depuis les années 80 pour son engagement non violent et résolu en faveur des droits humains et contre la peine de mort, elle qui a été l'une des cibles des terroristes. Elle encourt aujourd'hui la peine capitale, peine contre laquelle nous avons toujours mis en garde parce que nous savions qu'elle serait utilisée à des fins politiques par toutes les dictatures pour liquider les opposants et terroriser la population.

L'ordonnance de clôture de l'instruction est d'autant plus incohérente et absurde qu'elle commence par prononcer un non-lieu au profit de Bochra Bel haj Hmida pour absence de preuve ou de présomptions permettant de lui imputer l'un quelconque de ces crimes. Par la suite et dans cette même décision, elle est mise en examen pour pas moins de 17 crimes. Décider d'une chose et de son contraire n'est que la preuve d'une justice sous les ordres d'un régime qui n'hésite pas à exercer des représailles sur les juges qui tentent de maintenir un tant soit peu leur indépendance.

Au vu de ce qui précède, l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates déclare :
Sa fierté du parcours de la militante Bochra Bel Haj Hmida et de sa contribution passée et future à la consécration de l'égalité et des libertés et pour toutes les distinctions qui lui ont été attribuées du public ou des institutions, nationales ou étrangères, lesquelles ne sont qu'une reconnaissance minime de son combat contre toutes les formes de domination, de répression, d'injustice et de discrimination.

Sa solidarité inconditionnelle avec son ancienne présidente Bochra Bel Haj Hmida conforme à son approche féministe basée sur la solidarité avec toutes les victimes de la tyrannie politique et de l'injustice sociale et annonce son engagement ferme à la défendre en droit et par l'activisme basé sur les droits humains et ce, afin de préserver sa liberté, son retour sauf et digne à son pays et à son militantisme habituel pour les droits, l'égalité et les libertés.

Qu'il faut mettre fin aux arrestations et aux fausses accusations de toutes les voix critiques ou d'opposition et de prononcer un non-lieu à leur profit, d'infirmer l'ordonnance de clôture de l'instruction dans la dite affaire de complot contre la sûreté de l'Etat dont les incohérences et l'inconsistance portent atteinte à la crédibilité et à l'intégrité de l'institution judiciaire.

Son refus catégorique des procès politiques qui visent les activistes politiques et les défenseur.e.s des droits humains et dont l'objectif est de les éloigner de la place publique et de leur lutte pour la démocratie et des droits humains ; Et pour que cessent le harcèlement des centaines de tunisiens et de tunisiennes incarcérés ou contraints à l'exil et les procès faits aux apposant.e.s sans garantie aucune d'un procès juste et équitable ainsi que l'utilisation de la justice à des fins politiques.

Sa ferme disposition à la défense en droit et à l'activisme basé sur les droits humains pour une justice indépendante, un Etat de droit et une vie politique plurielle garantissant le droit à l'existence réelle d'une opposition pacifique, libre, sans atteintes aux libertés d'opinion et de réunion.

Invite toutes les organisations féministes, de défense des droits humains, de la culture et des jeunes de prendre acte de la gravité de la situation que traverse notre pays et de se mobiliser, solidaires, contre l'autoritarisme qui menace la stabilité de la Tunisie et l'union des tunisiennes et des tunisiens.

Pour l'association tunisienne des femmes démocrates,
Sa présidente,
Neyla Zoghlami

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