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La 6e Rencontre écosocialiste internationale et la 1re Rencontre écosocialiste d’Amérique latine et des Caraïbes se sont terminées
La ville de Buenos Aires a accueilli pendant 3 jours (9, 10 et 11 mai) environ 250 militant·es venu·es de 30 pays différents. Après plus d'un an de préparation, nous avons réussi à nous réunir dans l'Auditorium de l'ATE (Association des Travailleurs de l'État) pour discuter et essayer de penser à des stratégies pour alimenter la résistance dans la bataille contre le système capitaliste.
23 mai 2024 | tiré de site du CADTM
https://www.cadtm.org/La-6e-Rencontre-ecosocialiste-internationale-et-la-1re-Rencontre-ecosocialiste
Comme l'a dit Michael Löwy, cet événement écosocialiste est « historique ». "On perçoit que l'axe de l'écosocialisme mondial se déplace du centre vers la périphérie... car nous sommes confrontés à une crise écologique très grave qui affecte davantage le Sud.
Nous le constatons actuellement au Brésil, dans la région du Rio Grande do Sul, dont la capitale, Porto Alegre, a été inondée, faisant des centaines de mort·es, des disparu·es et des millions de sinistré·es. Cette catastrophe est étroitement liée à la déforestation en Amazonie (entre 2020 et 2021, l'Amazonie brésilienne perdra 8712 km2 de forêt), qui est à l'origine du réchauffement climatique, les sols n'absorbant pas. Ce phénomène est aggravé dans cette région par la substitution de la biodiversité par des méga-cultures de soja et des méga-productions bovines. Tout cela est encouragé par le banc ruraliste du Congrès fédéral, connu sous le nom de « banc de bœufs », qui s'emploie à détruire la « législation environnementale ».
De nombreuses questions ont été abordées au cours de ces journées intenses et enthousiastes. Elles ont commencé par le panel des histoires des Rencontres écosocialistes internationales avec Juan Tortosa de SolidaritéS (Suisse), Alice Gato de Climáximo (Portugal), Iñaki Bárcenas de EH Gune Ecosozialista (Pays basque) et la modératrice Vanesa Dourado d'ATTAC Argentine. Ils ont souligné la nécessité d'« agir globalement », d'avoir « un projet de société différent du capitalisme » et que la transition industrielle en Europe « ne peut se faire au détriment de l'Amérique latine et des Caraïbes ».
Plusieurs ateliers se sont déroulés simultanément : sur l'extractivisme dans le Cerrado brésilien et la restriction des ressources en eau, ou encore sur les débats écomarxistes avec Facundo Nahuel Martín, du CONICET Argentine, Iñaki Barcena de EH Gune Ecosozialista et modérés par Martina Eme Halpin de Poder Popular.
Enfin, au même moment, l'atelier Racismes environnementaux s'est tenu avec les camarades brésiliennes Natália Chaves, co-conseillère de la Banque féministe de São Pablo, du PSOL, et Joziléia Kaingang, Coordination nationale des femmes indigènes, et Gregorio Mejía du Syndicat des travailleur·euses et de la centrale unitaire des travailleur·euses de Colombie. Mejía a dénoncé le fait que « sans eau ni nourriture, à cause de la contamination de l'extractivisme, les gens sont la proie du trafic de drogue ». Cháves a déclaré : « La révolution sera indigène et noire ou ne sera pas ».
Pendant le déjeuner, les participant·es ont échangé les points de vue et les idées qui ont émergé au cours des différents ateliers. L'une d'entre elles est celle d'Evelyn Vallejos, de Catamarca, qui a déclaré « être venue avec l'intention de contribuer à la construction d'un programme commun et d'une stratégie mondiale avec lesquels nous pourrons faire face à la droite internationale ».
Les ateliers ont repris dans l'après-midi, l'un d'entre eux traitant de la réalité de la situation face à la dépossession : Spoliation des territoires et des corps, auquel ont participé Karina Navone de l'ISP (Argentine), Emilio Téllez du Sindicato Nacional del Bosque (Mexique), María Eva Koustsovits de l'ATE Nacional (Argentine), Iñigo Antepara de EH Gune Ekosozialista (Pays Basque), Edid Escobar du Congreso de los Pueblos (Colombie) et la participation virtuelle de Rafaela Pimentel de Territorio Doméstico (Espagne).
Simultanément, l'atelier Libre-échange et environnement : une tension insurmontable dans le capitalisme ? s'est tenu avec Luciana Ghiotto du Transnational Institute et d'ATTAC Argentine, Pablo Solón de l'Assemblée mondiale pour l'Amazonie (Bolivie), Julio Gambina de CPI/ATTAC Argentine et Francisca Fernández Droguett du Movimiento por el Agua y los Territorios MAT et de l'Escuela Popular Campesina de Curaco de Vélez (Chili).
Ce même après-midi, a eu lieu l'atelier sur le changement climatique et le militarisme, animé par Juan Tortosa de SolidaritéS (Suisse), avec la participation d'Elsa Bruzzone du CEMIDA (Argentine), de Tárzia Madeiros du Setorial Ecossocialista do PSOL (Brésil) et, virtuellement, de Nick Buxton du Transnational Institute.
Les ateliers se sont poursuivis par une série de débats sur le climat, la science et l'écosocialisme, avec la participation de José Seoane de l'IEALC (UBA) d'Argentine et de João Camargo de Climáximo (Portugal), tandis qu'Alexandre Araújo Costa de l'Universidade Estadual do Ceará du Venezuela et Liliana Buitrago de l'Observatoire d'écologie politique du Venezuela y ont participé virtuellement.
Parallèlement, un atelier sur la dette et la financiarisation de la nature a été organisé, animé par María Elena Saludas du CADTM/ATTAC Argentine, avec la participation de : Fernanda Gadea d'ATTAC Espagne, Éric Toussaint, porte-parole du CADTM International et Beverly Keene, membre de Dialogue 2000 et coordinatrice de Jubilé Amériques du Sud.
L'atelier sur le droit et la transition écosociale a suscité un grand intérêt, avec la participation des députés PSOL Brésil Renato Roseno de Ceará et Flavio Serafini de Rio de Janeiro, ainsi que Claudio Katz, économiste de la gauche argentine (EDI) et Joziléia Kaingang de l'Articulation nationale des femmes indigènes (Brésil). M. Katz a affirmé que « les scénarios de catastrophe environnementale n'ont pas de solution avec le capitalisme ». Il a été démontré qu'il est impossible d'humaniser le capitalisme. En ce sens, Roseno a expliqué que « la logique du capital a toujours été irrationnelle, le socialisme est la seule possibilité de survie » et que, par conséquent, « nous devons recréer les formes politiques ». « L'un des piliers de la droite est la propagande des valeurs conservatrices sous l'idée d'un passé meilleur », a-t-il ajouté, précisant que « notre défaite a été idéologique ». La jeunesse marginalisée de la périphérie a été éduquée avec des valeurs réactionnaires. La contre-culture a été cooptée par la droite. M. Serafini a ajouté une autre réflexion sur le scénario : « Nous ne pouvons pas céder à l'idée que Twitter est la liberté, qu'il a un propriétaire derrière lui, qu'il est de droite et qu'il intervient dans l'avenir politique des pays ».
L'après-midi, un atelier sur les luttes territoriales et la criminalisation a été présenté, modéré par Germán Bernasconi de Poder Popular et avec la participation de : Mariana Katz de l'équipe des peuples indigènes du SERPAJ (Argentine), Enzo Brizuela de l'Assemblée Algarrobo (Andalgalá, Argentine), Silvina Álvarez de Mar Libre de Petroleras Red de Comunidades Costeras (Mar del Plata, Argentine), Evelyn Vallejos de l'Unión de Trabajadores de la Economía Popular (UTEP) (Catamarca, Argentine), Matías Crespo de Marabunta (Chubut, Argentine), Mauricio Cornaglia de la Marcha de los Barbijos de Rosario (Argentine) et de l'Asamblea Popular por el Agua (Mendoza, Argentine).
La journée s'est terminée par une invitation à regarder l'excellent documentaire El Paraná : La Disputa por el Río au cinéma Gaumont. Ce film d'Alejo di Rissio et Franco González, qui se sont aventurés le long du bassin du Paraná pour explorer la réalité profonde des riverains, parle des projets d'exportation mondiaux et de la mesure dans laquelle ils affectent les pêcheurs, les insulaires et les communautés locales. Il met l'accent sur la perte absolue de souveraineté.
Le dernier jour de cette réunion cruciale s'est déroulé le samedi 11 avec la transmission en direct du débat écosocialiste avec la participation de : Suelma Ribeiro de la Rede Brasileira de Eccosocialistas (Brésil), Jawad Moustakbal d'ATTAC CADTM Maroc et la présence virtuelle de Michael Lowy de la IVe Internationale. La conférence était animée par Arlindo Rodrigues du Rede Brasileira de Eccosocialistas (Brésil). M. Lowy a déclaré que « le changement climatique est la pointe la plus dramatique de la crise environnementale, une menace sans précédent dans l'histoire de l'humanité ». Il a ajouté : « Nous sommes les passagers d'un train suicidaire appelé civilisation industrielle capitaliste moderne et la tâche urgente est de l'arrêter. C'est la révolution que nous devons faire ».
Puis ce fut le tour de l'atelier COP 30 : Premier entretien de la réunion d'Amérique latine et des Caraïbes, animé par Júlia Câmara de Subverta PSOL (Brésil) et dont les intervenants étaient : Pablo Solón de l'Assemblée mondiale pour l'Amazonie (Bolivie), Alice Gato de Climáximo (Portugal), Arlindo Rodrigues de Rede Brasileira de Eccosocialistas (Brésil) et Eduardo Giesen de Grupo Iniciativa Ecosocialista (Chili). Solon a déclaré : « Nous avons un consensus, personne ne croit aux COP. Par conséquent, nous devons proposer un accord différent de l'accord de Paris et aller de l'avant ». « Nous devons conclure un accord qui soit le fruit d'un débat avec les communautés et les mouvements », a proposé M. Rodrigues. Dans ce sens, Lexe a indiqué que « faire un contre-sommet, c'est profiter du fait que l'attention est là et que, depuis les socialismes, nous devons nous mettre au premier plan ». « Un contre-accord est fondamental, mais il doit être soutenu par une rupture écosocialiste. La COP doit être empêchée et brisée », a prévenu M. Gato.
Après le déjeuner, l'atelier Souveraineté alimentaire : l'agroécologie en tant que pratique politique a débuté, animé par Fernando González Cantero du CONICET (Argentine), avec la participation de Perla Britez de CONAMURI-Vía Campesina (Paraguay), de la Fédération rurale et de Damian Verzeñassi de l'Institut de la santé socio-environnementale. Après l'atelier, Mme Britez a déclaré : « Dans la Via Campesina, nous disons qu'il faut mondialiser la lutte et l'espoir, car la résistance est territoriale, mais le capitalisme est mondial ». Yanina Settembrino a ajouté qu'en Argentine, « 60% de ce que les familles consomment aujourd'hui est produit par l'agriculture familiale ».
Parallèlement, l'atelier Énergie et capitalisme s'est déroulé, sous la direction de Carla Isarrualde, de l'organisation 19 de Diciembre (Argentine). Les participants étaient Melisa Argento du Colectivo de Acción por la Justicia Ecosocial (CAJE) et de l'Asociación Argentina de Abogadxs Ambientalistas (Argentine), Nicolás Nuñez d'Ambiente en Lucha et membre de la Coordinadora BFS (Argentine). Nuñez a averti que « loin d'être d'accord avec l'hypothèse de l'effondrement, la crise environnementale ne détruira pas le capitalisme. Une crise environnementale ne détruira pas le capitalisme, mais celui-ci s'effondrera grâce à la pratique politique d'une lutte organisée ». Bertalot a expliqué : « D'une certaine manière, l'histoire du capitalisme est l'histoire de la consommation d'énergie fossile ». « Les énergies renouvelables au sein du capitalisme se font aussi sous la règle de l'extractivisme de l'accumulation par dépossession », a-t-il poursuivi, ajoutant qu'en plus de l'aliénation des travailleur·euses de ce qu'ils produisent, « on pourrait aussi parler d'une aliénation du flux d'énergie de la production grâce à la mécanisation ».
Deux ateliers simultanés ont suivi. L'un d'eux était Ecoféminismes, animé par Paula Delfino de Marabunta (Argentine) et auquel ont participé : Juana Antieco qui est Kimelfe (éducatrice traditionnelle de la communauté Mapuche Tehuelche Newentuaiñ Inchin de Costa Lepa), Francisca Fernández Droguett du Movimiento por el Agua y los Territorios MAT et de l'Escuela Popular Campesina de Curaco de Vélez (Chili), Natália Chaves, co-conseillère de la Banca Feminista de São Pablo du PSOL (Brésil), et Jessi Gentile de la Coordinadora de la Red Ecosocialista MST et membre de la Coordinadora BFS (Argentine). Juana Antieco a déclaré : « Il est fondamental de passer de la résistance à la construction politique ». Droguett a déclaré : "L'écoféminisme est pour et par les gens, pas seulement les femmes. Nous partons de nos propres expériences d'oppression, mais nous nous battons pour les gens.
Analía Zárate de l'Observatorio Petrolero Sur - FOL (Argentine), Ariel Moreno, travailleur de Secco PTS (Argentine) et Luján Rodriguez de Marabunta (Argentine) ont participé à l'atelier sur les perspectives de classe pour la transition énergétique. Il était animé par Martín Álvarez de l'Observatorio Petrolero Sur (Argentine). M. Zárate a lancé un avertissement : « Nous devons réfléchir à la transition énergétique en fonction des intérêts qui seront en jeu et de la manière dont nous allons nous positionner. Jusqu'à présent, il ne semble pas y avoir d'autre voie que l'extractivisme ». En ce sens, M. Moreno a déclaré : « Nous nous battons pour que la transition aille de pair avec la nationalisation des entreprises énergétiques, afin qu'elles soient sous le contrôle des travailleur·euses ».
Après de longs et puissants débats, le dernier panel, intitulé « Vers un grand mouvement écosocialiste international », a pris place. Il était modéré par Juan Tortosa de SolidaritéS (Suisse) et réunissait Vanessa Dourado d'ATTAC Argentine, Germán Bernasconi de Poder Popular Argentine, Felipe Gutiérrez Ríos de Marabunta et de l'Observatorio Petrolero Sur d'Argentine, et Sébastien Brulez de Gauche Anticapitaliste de Belgique, ce dernier représentant ceux qui accueilleront la prochaine Rencontre écosocialiste internationale qui se tiendra en 2026.
Dans le panel de clôture, Gutiérrez Ríos a expliqué que « le capitalisme a généré un concept d'environnement qui n'a pas d'histoire. Et c'est le cas. Le Pehuén (arbre sacré de la mythologie mapuche) d'aujourd'hui n'est pas le même qu'il y a 500 ans. Nous faisons partie de cette nature ». « Cela n'a pas de sens d'être dans le wagon de queue du progressisme actuel parce que nous savons, et cela a été démontré, qu'il ne sert pas à résoudre le problème entre le capitalisme et la nature », a-t-il averti. « Penser la préfiguration comme un espace de pouvoir. L'agroécologie, non pas comme un moyen de nourrir ma famille, mais comme un moyen de nourrir l'ensemble de la population », a-t-il prédit. Ce fut ensuite au tour de Vanesa Dourado d'ATTAC Argentine, qui a déclaré à propos de cette réunion : « Il est clair que nous avons des différences sur la façon dont le socialisme devrait être aujourd'hui. Mais nous sommes d'accord sur le fait que nous sommes en rupture, que nous sommes anticapitalistes. Il y a eu un accord sur le fait que les mouvements de lutte, les mouvements territoriaux, sont les lieux de lutte. C'est là que nous pourrons gagner », a-t-il déclaré. M. Brulez a mis en garde contre le fait que « le PS européen a réalisé l'agenda capitaliste avec l'aile droite », de sorte qu'« il est nécessaire de réinventer l'espoir ». C'est le monde écosocialiste. « Le changement systémique ne se produit qu'avec un mouvement de masse, c'est comme ça », a-t-il conclu.
Nous nous sommes quittés en rappelant les paroles de Felipe Gutiérrez Ríos :
« Maintenant, nous allons retourner dans nos territoires et nous allons nous réunir à nouveau, revenons avec des triomphes la prochaine fois. Faisons grandir nos organisations, que les capitalistes se méfient car nous allons nous réunir à nouveau et nous allons continuer à lutter où que nous soyons, sur n'importe quel continent ».
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L’historien Ilan Pappé sous interrogatoire à un aéroport américain et son opinion sur « l’effondrement du projet sioniste »
Amy Goodman : (…) nous (recevons) le renommé professeur d'histoire et directeur du Centre européen d'études sur la Palestine à l'Université Exeter. Il nous parle depuis Doha au Qatar. (…)
Democracy Now, 21 mai 2024
Traduction, Alexandra Cyr
Professeur Pappé, je veux que vous nous parliez de votre récent voyage aux États-Unis. Lorsque vous êtes arrivé à l'aéroport de Détroit vous avez été questionné pendant des heures par des agents fédéraux à propos de Gaza, du Hamas et d'autres sujets. Ils ne vous ont permis de rentrer dans le pays qu'après qu'ils aient copié les contenus de votre téléphone. Pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé ?
Ilan Pappé : Oui, je vais le faire. Mais si vous le permettez, je voudrais seulement dire qu'il y a plus important que la seule question de savoir si Israël est soumise ou non aux déclarations de la Cour pénale internationale. Je pense qu'il s'agit d'un moment de vérité pour les tribunaux internationaux comme celui-ci et la Cour internationale de justice. Nous sommes face à des gouvernements qui n'obtempéreront probablement pas, n'appliqueront pas les jugements parce qu'Israël a encore des alliés très solides. Je pense que le reste du monde, spécialement le Sud global, va vérifier si les termes « universels » et « international » veulent vraiment dire quelque chose. Je pense aussi que la Palestine n'est qu'un cas parmi beaucoup d'autres où nous devons vraiment nous battre pour redéfinir ce qui est universel, ce que sont les valeurs universelles et ce qu'est la justice internationale. Voilà ce qui donne à ce moment une valeur historique si importante.
Alors je reviens à ce qui m'est arrivé et qui n'est pas si important en soi mais qui, je pense, fait partie d'une situation plus étendue. Je suis arrivé à Détroit après huit heures de vol depuis Londres. Des agents fédéraux m'ont immédiatement amené dans une pièce à côté. Leurs questions portaient sur deux éléments : d'abord, mes vues sur le Hamas et sur ce qui se passe à Gaza. Par exemple est-ce que je qualifie cela de « génocide » ? Ils voulaient connaitre ma réaction au slogan : « La Palestine du fleuve à la mer ». Ils ont refusé de me dire pourquoi ils m'avaient intercepté et pourquoi je devais répondre à ces questions. L'autre versant de leurs préoccupations portait sur la communauté musulmane américaine, sur les Arabes américains.es et la communauté palestinienne aux États-Unis. Après cela ils m'ont pris mon téléphone pendant un bon moment. Ils m'ont fait attendre encore pendant qu'ils téléphonaient et m'ont ensuite permis de rentrer dans ce pays.
A.G. : Puis-je vous demander, Professeur Pappé, ce que vous leur avez répondu à la question de savoir ce que vous pensez de « La Palestine du fleuve à la mer » ? Et si vous pensez qu'un génocide est commis à Gaza ?
I.P. : D'accord ! À la question de savoir si je définie le Hamas comme une organisation terroriste, j'ai refusé de répondre. Je leur ai plutôt suggéré de se rendre à mes conférences au Michigan parce que j'y discute de cela. Pour ce qui est de la question du génocide, j'ai répondu laconiquement oui. Je qualifie les actions d'Israël à Gaza de génocide. Mais, encore une fois, je leur ai suggéré, s'ils voulaient entendre des analyses plus détaillées à ce sujet, de lire mes articles ou de venir à mes conférences au Michigan.
Et à la question de ma réponse au slogan, « La Palestine du fleuve à la mer » j'ai répondu que partout où il y a un fleuve et une mer, les peuples qui vivent entre les deux ils devraient être libres. Et ce fut un moment un peu comique et ironique. L'un d'entre eux m'a sorti ses connaissances en géographie et m'a demandé : « Alors, qu'en est-il de l'Arabie saoudite » ? J'ai donc corrigé ma phrase et dit : « OK, partout où il y a des pays entre deux sources d'eau, le peuple doit être libre ». Cela a semblé les satisfaire en ce moment particulier.
Je dois dire qu'ils ont été très polis. Je ne veux pas décrire cela comme une épreuve. Ils ont été polis. Mais ce qui me dérange particulièrement c'est : avaient-ils le droit de me questionner ? Quel était le sous-texte de toute cette affaire ? J'ai ma propre compréhension même si je n'ai pas tous les faits devant moi.
Juan Gonzalez (D.N.) : Professeur, vous vous êtes adressé à d'énormes foules de jeunes gens partout dans le monde, dont aux protestataires, aux étudiants.es qui s'opposent à l'aide américaine à la guerre à Gaza. Un de vos livres, The Ethnic Cleansing of Palestine, a beaucoup été lu au cours des derniers mois. Pouvez-vous nous en parler ? La Nakba, ou le nettoyage ethnique de la Palestine n'a pas commencé en 1948, on en voit le processus même durant la période du mandat britannique, où la révolte arabe de 1936 contre les règles britanniques a été réprimée.
I.P. : Oui, oui, c'est un fait. Le terme Nakba est un peu trompeur. En Arabe il signifie « catastrophe ». Mais, en réalité, ce que les Palestiniens.nes ont subi n'était pas une catastrophe nouvelle mais bien un nettoyage ethnique clairement motivé par une idéologie transparente. Cette politique faisait partie intégrante du programme sioniste pour la Palestine depuis les tous débuts de ce mouvement au début du 19ième siècle. Évidemment, au point de départ, les moyens de procéder à ce nettoyage ethnique n'existaient pas. Mais, déjà au milieu des années 1920, alors que la communauté sioniste était très limitée en Palestine, grâce à des achats de terres où se trouvaient plusieurs villages palestiniens, elle a pu convaincre le pouvoir mandataire britannique d'évincer les populations de 13 villages. C'était entre 1925 et 1926. Et, tranquillement, ce processus d'achat de terres et d'évictions de personnes qui vivaient là depuis des centaines d'années, a permis au mouvement sioniste de posséder au moins 6% de la terre palestinienne, ce qui n'était pas assez. Le gros du nettoyage ethnique s'est donc passé en 1948.
Et, nous le savons, ça ne s'est pas arrêté en 1948. Israël a continué d'expulser de leurs villages de 1948 à 1967 qui représentaient une minorité dans le pays, les habitants.es présumés.es citoyens.nes israéliens.nes. Israël a expulsé 300,000 Palestiniens.nes lors de la guerre des six jours en juin 1967. Depuis ce moment jusqu'à maintenant, environ 600,000 résidents.es de Palestine ont été déracinés.es par Israël. Donc, nous avons maintenant la mesure de ce nettoyage ethnique qui dépasse celui de 1948. Il n'y a aucun moment dans l'histoire de la Palestine, depuis l'arrivée des sionistes, où les habitants.es de cette terre n'ont pas été menacés.es de perdre leur maison, leurs champs, leurs entreprises et leur terre natale.
A.G. : Finalement, Ilan Pappé, comme vous l'avez dit, plus de Palestiniens.nes ont été tués.es durant les derniers mois, qu'en aucun moment au cours des 76 dernières années. Plus ont été forcés.es de se déplacer qu'ils ne l'ont été lors de la Nakba au moment de la fondation d'Israël. Où trouvez-vous l'espoir ? Vous êtes un historien israélien estimé partout dans le monde. En moins d'une minute….
I.P. : Ce qui me donne de l'espoir, c'est que le projet sioniste en Israël et en Palestine tel que nous le voyons aujourd'hui, n'en a plus pour longtemps. Je pense que nous sommes dans un processus important qui va mener à son effondrement. J'espère que le mouvement national palestinien et tous ceux et celles qui s'impliquent en Israël et en Palestine vont être capables de remplacer l'État d'apartheid, ce régime oppressif, par une vie démocratique pour les populations qui vivent entre le fleuve et la mer, pour tous les Palestiniens.nes qui ont été expulsés.es depuis 1948 jusqu'à maintenant. Je pense qu'un processus historique commence. Malheureusement, ça va prendre du temps et les deux prochaines années seront en équilibre instable et dangereuses. Mais à long terme, je suis convaincu qu'il y aura une vie différente pour les Juifs et les Arabes entre le fleuve et la mer dans une Palestine démocratique et libre.
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Kanaky : le gouvernement français tente de minoriser les indépendantistes kanak·es
Après l'avancement unilatéral du dernier référendum pour l'indépendance de 2021, largement boycotté par les Kanak·es, le projet de loi élargissant le corps électoral de la Kanaky attise les tensions, nie une fois de plus le droit à l'autodétermination des autochtones et met à nu la brutalité coloniale de l'Etat français.
23 mai 2024 | tiré du site de la Gauche écosocialiste
https://gauche-ecosocialiste.org/processus-de-decolonisation-en-kanaky-le-gouvernement-francais-tente-de-minoriser-les-independantistes-kanaks/
Ce lundi 13 mai 2024, l'Assemblée nationale votait le projet de loi constitutionnelle “portant modification du corps électoral pour les élections au congrès et aux assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie”1 présentée par le gouvernement français. Ce projet de loi élargit le corps électoral de la Nouvelle-Calédonie à quelques 25 000 citoyen·nes supplémentaires né·es ou résidant depuis plus de 10 ans sur le territoire pour les prochaines élections locales.
Il existe actuellement trois corps électoraux différents2 :
- La liste électorale générale
(concerne tous les citoyen·nes français·es majeur·es, pour les élections municipales, les présidentielles, les législatives, les européennes et les référendums nationaux)
- La liste électorale spéciale pour les provinciales
(concerne les citoyen·nes français·es majeur·es, justifiant de 10 ans de domiciliation sur le territoire depuis 1998 (accords de Nouméa) ou 10 ans de domiciliation sur le territoire depuis 2021 si un parent est inscrit·e sur la liste électorale générale, pour voter aux élections provinciales et à celles du Congrès)
- La liste électorale spéciale consultation
(concerne les citoyen·nes français·es majeur·es, ayant eu le droit de vote lors de la consultation de 1998, né-es en Kanaky, ayant le statut civil coutumier Kanak et justifiant de 20 ans de domicile continue depuis 2014, pour voter aux consultations concernant l'avenir de la Kanaky)
La Kanaky, un territoire singulier
Pour comprendre l'impact de ce projet, il est nécessaire de revenir brièvement sur l'histoire de ces territoires. Ce que l'Etat français appelle la Nouvelle-Calédonie est un ensemble d'îles et d'archipels de l'ouest de l'océan Pacifique. Territoire colonisé depuis 1853, il s'agit d'abord d'une colonie pénitentiaire où sont déporté·es les condamné·es à des peines de travaux forcés, puis les communard·es et les indépendantistes algérien·nes. Devenue colonie de peuplement, la Nouvelle-Calédonie est un territoire inscrit sur la liste des territoires non autonomes3 à décoloniser établie par les Nations Unies depuis 1986, à l'instar de la Polynésie française.
Habitant ces territoires depuis environ trois mille ans, les Kanak·es sont le peuple premier de la Kanaky. En 2019, on compte près de 271 407 habitants, dont 41,21 % de Kanak·es, 24,13 % d'Européen·nes et 11,33 % de métis. Les statistiques ethniques étant très encadrées dans le droit français, les populations de Kanaky sont une exception à la règle du fait de son histoire singulière.
Avec près de 171 ans de colonisation, cet archipel est marqué par des inégalités socio-économiques4 racialisées importantes. Majoritaires jusque dans les années 1970, les Kanak·es perdent la majorité numérique qualifiée sur leur propre terre du fait de l'arrivée de nouvelles populations lors du boom du nickel. 20 à 30 % des réserves mondiales de nickel5 se trouveraient en Kanaky, une richesse stratégique pour son usage (acier inoxydable, batteries…). Pourtant, le taux d'activité des Kanak·es est inférieur de 20 points à celui des Européen·nes en 2014 tandis que le taux de non-diplômé-es est 4 fois plus important chez les Kanak·es que chez les Européen·nes. Seulement 4,1 % des Kanak·es sont diplômé·es de l'enseignement supérieur, contre près de 40 % des Européen·nes en 2014.
La lutte pour l'autodétermination du peuple kanak
Dans leur lettre ouverte au peuple de France6, le peuple kanak revient sur l'histoire des luttes d'indépendance et ses nombreuses révoltes (1878, 1917, 1984/1988 pour ne citer que celles-ci). A Nainville-les-Roches, en juillet 1983, deux principes importants sont posés : la reconnaissance par l'Etat français du “droit inné et actif à l'indépendance” pour le peuple kanak et l'acceptation par le peuple kanak d'associer les différentes communautés au processus de décolonisation de la Kanaky. Ces deux principes sont intrinsèquement liés, le deuxième ne saurait être mis en œuvre en l'absence du premier.
En 1998, avec les accords de Nouméa7 l'Etat français reconnaît pour la première fois les violences coloniales et prévoit un transfert progressif de compétence vers la Kanaky, un plan de réduction des inégalités ainsi que 3 référendums pour déterminer l'indépendance de la Kanaky. Afin de préciser les éléments concernant les listes électorales présents dans ces accords, en 2006 est adopté le gel du corps électoral en Kanaky8, réservant le droit de vote aux élections provinciales et territoriales aux personnes installées sur le territoire depuis 10 ans à la date du 8 novembre 1998.
La continuité coloniale française à l'oeuvre
Aujourd'hui, le projet de loi constitutionnel devrait élargir de 14 % l'électorat local. Les groupes indépendantistes acceptent d'ajouter aux listes provinciales les personnes nées après 1998, mais refusent l'élargissement aux nouveaux arrivants de Kanaky. L'Etat propose ainsi une condition de résidence de 10 ans, sans pour autant fournir une étude d'impact de cette réforme sur les prochaines échéances électorales.
Ce projet de loi reste dans la continuité de la brutalité juridique de l'Etat. Prévus par les accords de Nouméa, trois référendums pour l'indépendance ont eu lieu : 2018 (56,7 % de non), en 2020 (53,3 % de non) puis le scrutin prévu initialement en 2022 a été avancé par E. Macron contre l'avis des populations locales en 2021, présentant une abstention record de 56,13%. Largement boycotté par les Kanak·es, ce référendum ne peut être considéré comme légitime, et le projet de loi du gouvernement n'est qu'une énième provocation Il n'est ainsi pas seulement question de l'élargissement du corps électoral, mais bien la remise en cause par le gouvernement du processus de décolonisation et la construction locale d'une communauté de destin en Kanaky.
Depuis lundi 13 mai, de nombreuses révoltes et barrages ont éclaté sur l'archipel à l'appel du peuple kanak. Une situation jugée insurrectionnelle par le gouvernement, qui a décidé de réprimer violemment une insurrection qu'ils ont eux-mêmes provoquée. L'état d'urgence a été décrété mercredi 15 mai, s'accompagnant de restriction des libertés et d'un ban de TikTok. Trois Kanaks ont été assassinés par balle lors des affrontements, a priori tués par des Européen·nes. Ce bilan sanglant aurait pu être évité si le gouvernement avait choisi de respecter le processus de décolonisation, au lieu de provoquer le peuple kanak.
Nora K-M.
Notes
1 Congrès et assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie (PJLC)
2 Les 3 listes électorales – Élections Nouvelle-Calédonie (elections-nc.fr)
3 Nouvelle-Calédonie | Les Nations Unies et la décolonisation
4 En Nouvelle-Calédonie, des inégalités entre Kanak et non-Kanak toujours criantes
5 Nouvelle-Calédonie : le nickel au cœur de la crise – Libération (liberation.fr)
6 Lettre ouverte du peuple Kanak au peuple de France
7 Préambule accords de Nouméa 5 mai 1998
8 Les députés adoptent le gel du corps électoral
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Gabriel Nadeau Dubois a-t-il remporté son pari ?
Gabriel Nadeau Dubois, a-t-il remporté son pari ? Si on s'en tient "au spin médiatique", c'est-à-dire aux grandes lignes de presse qui ont suivi le Conseil national de Québec solidaire des 24, 25 et 26 mai 2024 à Jonquière, la réponse est assurément affirmative. De quoi conclure sans ambages que malgré la démission fracassante de la co-porte-parole, Emilise Lessard Therrien, malgré les critiques de fond qui, depuis lors, ont fusé de tous côtés, le co-porte-parole masculin de QS serait arrivé à faire accepter la déclaration du Saguenay tout comme une actualisation du programme du parti, ouvrant ainsi, bien pragmatiquement, la voie à "une alternative crédible de gouvernement".
27 mai 2024
Tel est le narratif qui s'est imposé dans les médias et qu'a si bien résumé le journaliste "mordu de politique", Sébastien Bovet de Radio Canada ! Mais est-ce si sûr, et n'y-a-t-il pas là bien des raccourcis trompeurs, plus encore une manière de présenter les choses tendant à faire oublier les enjeux politiques de fond qui pourtant, en arrière plan, crèvent les yeux ?
Le fond du problème
C'est la première chose qu'il faut souligner et que justement le discours médiatique dominant pousse à occulter : depuis les résultats de la dernière élection de 2022 (où QS a obtenu 12 députés mais sans augmenter ses pourcentages électoraux de soutien et en rompant brusquement avec la parité hommes/femmes), se sont élevées bien des critiques à l'intérieur du parti sur son mode de fonctionnement insuffisamment transparent ou démocratique ou féministe, sur la place trop grande prise par la députation, sur le rôle omnipotent de son porte-parole masculin et de "son groupe de com". Le tout, renvoyant à une question de fond touchant à ce qui pouvait être considéré comme l'âme du parti : Qs est né comme "un parti des urnes et de la rue", aspirant bien sûr à être un parti des urnes (donc de gouvernement), mais sans jamais pour autant mettre de côté les aspirations au changement social de la rue, portées par les divers mouvements sociaux, féministe, indépendantistes, autochtone, altermondialiste, écologiste, sociaux, communautaires dont il cherchait à se faire l'écho au plan politique.
Etre tout à la fois un parti des urnes et de la rue, c'est là sans doute 2 préoccupations qui ne sont pas toujours faciles à conjuguer, mais c'est néanmoins, la condition sine qua non, la seule manière de pouvoir être capable un jour de gouverner "autrement", c'est-à-dire d'arriver au gouvernement, en ayant tout à la fois les appuis populaires et les rapports de force sociaux nécessaires pour mettre concrètement en route les transformations structurelles qu'on retrouve dans notre programme et qui sont exigées par les grands défis écologiques et sociaux qui se dressent devant nous.
Ce que la déclaration du Saguenay remet en cause
Or c'est justement ce que le recentrage initié par Gabriel Nadeau-Dubois est en train de saborder : cette unité entre l'un et l'autre. Et la déclaration du Saguenay montre comment ? En collant au plus près —non pas d'abord des revendication des mouvements sociaux les plus actifs et déterminés— mais des institutions et diverses associations de la société civile des régions qui ont actuellement pignon sur rue et qui électoralement pourraient éventuellement se rapprocher de QS, en votant pour lui. D'où toutes ces propositions ambigües que la direction a essayé de faire voter au conseil de Saguenay et qui ont d'abord pour but de gagner au plus vite des électeurs pour 2026. Mais dans l'impatience et sans grand principe, en oubliant autant l'histoire de Qs que celle des luttes sociales au Québec : ainsi en fut-il –à titre exemplaire— de la proposition de l'UPA où l'on nous demandait (sic !) de reconnaître le monopole syndical de l'UPA et de renoncer à réformer le syndicalisme agricole, en abandonnant l'idée même de pluralisme.
Ainsi en fut-il aussi de cette volonté affichée de « moderniser « en profondeur et en quelques mois le programme de QS, en faisant fi de tous les patients efforts qui en près de 15 ans avaient permis de le bâtir peu à peu.
Arrondir les angles
Il y a une chose que l'on peut dire cependant : sans rien casser et sans créer de divisions irréversibles, il a été possible depuis le plancher de la conférence et avec les efforts de bien des militants-es des circonscriptions de freiner et d'amoindrir le recentrage proposé par Gabriel Nadeau Dubois, d'en arrondir les angles, d'en supprimer les dimensions les plus dangereuses et symboliques. Ainsi on a pu faire retirer l'appui au monopole syndical de l'UPA. On a pu aussi faire rejeter la proposition principale de « modernisation » du programme, entendue comme une refonte totale en faveur plutôt de sa « réactualisation » entendue comme une mise à jour ciblée. On a pu enfin faire accepter un calendrier plus étalé donnant plus de temps pour mener les débats les plus délicats.
Ce sont des gains non négligeables. Mais eu égard au virage annoncé et surtout aux mécontentements et aux insatisfactions qui n'ont cessé de s'exprimer de multiples façons lors de ce conseil, elles sont loin d'être suffisantes et une garantie pour l'avenir. Il est vrai qu'il a été aussi voté un plan d'action (des plus vertueux !) pour améliorer nos pratiques démocratiques internes. Mais comme ce plan en reste à des mesures de type organisationnel ou éthique, sans toucher à la question politique de fond (celle de l'existence d'une concentration du pouvoir mise au service d'une stratégie de gouvernement dont on n'a pas pris le temps de mesurer démocratiquement et à travers un débat de fond toutes les incidences), il a peu de chance de résoudre ce qu'il cherche à solutionner.
Un vaste courant oppositionnel et démocratique
On comprendra, dans un tel contexte, qu'il reste bien des défis devant nous. Et d'abord celui de donner voix et force à toutes les oppositions qui s'expriment au sein du parti, mais de manière si fragmentée et dispersée qu'elles restent sans grande efficacité aux moments décisifs, comme on a pu le constater parfois lors des votes à Jonquière.
En fait il s'agirait de stimuler et de donner vie à un vaste courant oppositionnel, rassembleur et démocratique, mobilisé (comme le sont ces jeunes du réseau militant jeunesse de Québec solidaire tout juste reconnu officiellement) et susceptible de trouver cette voie de passage dont on ressent comme jamais la nécessité.
Oui c'est cela, redonner une voie –et une voie unie et forte— à tous ceux et celles qui ne se retrouvent plus dans l'orientation actuelle du parti et qui souhaiteraient qu'il soit certes un parti qui veuille gouverner, mais d'abord et avant tout un parti qui veuille gouverner autrement.
Pierre Mouterde
Sociologue, essayiste
présent lors de ce Conseil national comme un des délégués de Taschereau
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La Caisse de dépôt a doublé ses investissements dans l’apartheid israélien en 2023
Le « bas de laine » des Québécois·es finance des compagnies d'armement et de surveillance complices de la répression et des crimes de guerres en cours dans les territoires occupés palestiniens.
13 mai 2024 | tiré de pivot.québec | Premier plan : Édifice Jacques-Parizeau, siège de la CDPQ. Photo : Jean Gagnon (CC BY-SA 3.0). Montage : Pivot
Au courant de l'année 2023, la Caisse de dépôt et placement du Québec a doublé ses avoirs dans des entreprises ciblées par la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) menée pour mettre de la pression sur l'État d'Israël, et ce, malgré le lourd bilan de l'offensive guerrière en cours.
Selon les données du plus récent rapport annuel de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le fonds d'investissement qui gère la caisse de retraite de l'État québécois, a plus que doublé ses avoirs totaux dans onze entreprises liées à l'apartheid israélien. Ces sommes sont passées de 559,9 millions $ au 31 décembre 2022 à 1204 millions $ au 31 décembre 2023.
Ces chiffres concordent avec une analyse effectuée par le groupe Labour for Palestine, qui a noté plus spécifiquement que les avoirs de la CDPQ en titres émis par des entreprises sur le marché américain et impliquées dans l'apartheid israélien étaient passés de 444 millions $ US à 836 millions $ US entre le 30 septembre et le 30 décembre 2023.
L'actuelle campagne militaire d'Israël contre Gaza a été déclenchée suite à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Cette attaque a fait au moins 1160 morts. La réponse punitive israélienne a fait près de 35 000 morts, selon les autorités sanitaires locales, la majorité des civil·es. La population fait face à la famine, selon l'ONU, et 84 % des infrastructures médicales ont été détruites ou endommagées, selon un rapport de la Banque mondiale. Le 26 janvier dernier, la Cour internationale de justice a jugé qu'il y avait un « risque plausible de génocide » à Gaza.
La CDPQ a augmenté sa participation financière dans les compagnies suivantes : Hewlett-Packard, Intel, Leidos, General Electric, Caterpillar et Palantir. Elle possède également des investissements dans General Dynamics, Honeywell, Lockheed Martin, Boeing et Northrop Grumman.
Toutes ces entreprises contribuent aux efforts de guerre de l'armée israélienne, au contrôle quotidien des populations palestiniennes soumises à l'apartheid dans les territoires occupés, ou encore bénéficient de ce régime d'apartheid. C'est pourquoi elles sont ciblées par la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), une campagne internationale ciblant Israël et ses partenaires, appelant notamment à leur retirer tout soutien financier.
En réponse aux questions de Pivot concernant cette augmentation de l'investissement dans des compagnies ciblées par la campagne BDS, un représentant de la Caisse a répondu : « Nous suivons de près l'évolution du conflit et sommes évidemment préoccupés par son impact sur les populations dans la région.
Qui sont ces entreprises ciblées par la campagne BDS ?
Hewlett-Packard (HP) : Cette entreprise informatique est impliquée dans l'infrastructure technologique qui permet le système de contrôle de la population palestinienne. Elle fournissait les serveurs hébergeant les bases de données du système Aviv, contenant des données sur la population palestinienne dans le territoire occupé de Jérusalem-Est, mais ce programme touche à sa fin. L'entreprise fournit toujours des services de maintenance informatique pour les prisons et des serveurs pour les forces policières.
Intel : En décembre 2023, l'entreprise informatique et électronique a annoncé des plans pour la construction d'une usine de processeurs en Israël, un investissement historique évalué à 25 milliards $.
Leidos : Cette entreprise d'armement fournit des technologies de surveillance utilisées dans les points de contrôle dans les territoires palestiniens occupés. Elle fournit aussi les prototypes pour un mur de défense au laser.
General Electric (GE) : L'entreprise fournit des turbines et des services de maintenance pour des éoliennes dans les territoires occupés du Golan syrien. GE fournit des moteurs utilisés par plusieurs avions et hélicoptères de l'armée israélienne.
Caterpillar (CAT) : Les bulldozers de Caterpillar ont été utilisés pour démolir les maisons des Palestinien·nes dans les territoires occupés et pour la construction de colonies illégales. L'entreprise fournit des bulldozers blindés à l'armée israélienne.
Palantir : Cette entreprise logicielle, fondée par le milliardaire conservateur et libertarien Peter Thiel, offre des services de renseignement et de surveillance à l'armée israélienne. Elle offre également un service de « police prédictive », utilisant l'intelligence artificielle. En janvier 2024, Palantir a conclu un partenariat stratégique avec les forces armées israéliennes pour offrir du soutien lors de « missions de guerre ».
General Dynamics : Cette compagnie d'armement fournit Israël en munitions et en armements.
Honeywell : Cette entreprise aérospatiale fournit des moteurs pour l'aviation militaire israélienne. Ses usines fabriquent des composantes pour le l'avion F-35 de Lockheed Martin.
Lockheed Martin : Première compagnie d'armement mondiale, ses avions militaires F-16 et F-35 sont utilisés contre la population de Gaza. L'entreprise fabrique les missiles utilisés par les hélicoptères Apache de Boeing, employés durant le génocide plausible en cours.
Boeing : Cette entreprise aéronautique fabrique de l'armement vendu aux forces armées israéliennes. Des filiales canadiennes de Boeing fabriquent des composantes pour les hélicoptères Apache de la compagnie ainsi que les avions F-15 de Lockheed Martin.
Northrop Grumman : Cette compagnie d'armement fournit des systèmes de missiles pour les hélicoptères Apache et des systèmes de guidage au laser pour les avions de chasse.
Le courriel explique que les investissements de la CDPQ « dans la région » équivalent à moins de 0,1 % de ses actifs. Les compagnies ciblées ne sont pourtant pas des entreprises localisées au Moyen-Orient, mais plutôt des entreprises faisant affaire avec Israël et profitant du conflit en cours.
« La CDPQ est parmi les investisseurs les plus respectés au monde sur les critères ESG [environnementaux, sociaux et de gouvernance], qu'on applique de manière rigoureuse », ajoute la Caisse.
La campagne BDS
Omar Barghouti, co-fondateur du mouvement BDS et récipiendaire du prix Gandhi pour la paix en 2017, explique que ce mouvement non violent et antiraciste né en 2005 « est dirigé par la plus grande coalition dans la société civile palestinienne ». Ce mouvement s'est inspiré de la lutte victorieuse contre l'apartheid sud-africain.
« Bien avant le génocide, BDS a joué un rôle dans le désinvestissement de fonds d'investissement d'État géants en Norvège, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et ailleurs [pour qu'ils retirent leur argent] des compagnies et banques complices », rapporte M. Barghouti.
« L'impact du mouvement a grandi considérablement avec l'assaut d'Israël contre les 2,3 millions de Palestinien·nes dans le territoire occupé et assiégé de Gaza, ce que la Cour internationale de justice a qualifié de génocide plausible ».
Omar Barghouti rappelle qu'en février 2024, des expert·es en droits humains de l'ONU appelaient à un arrêt « immédiat » de l'exportation d'armes vers Israël, en raison du risque qu'elles soient utilisées pour commettre des violations sévères du droit international. Selon ces expert·es, les mesures à prendre par les États envers Israël pourraient inclure des « sanctions sur les échanges commerciaux, la finance, les voyages, la technologie et la coopération ».
Pour le porte-parole de la campagne BDS, le fait que l'État israélien dédie un ministère, le ministère des Affaires stratégiques, pour combattre la campagne de BDS est un gage de son efficacité. « Israël et ses groupes de lobbys aux États-Unis ont dépensé des centaines de millions $ au cours des dernières années », ajoute-t-il.
La CDPQ a déjà joué un rôle dans le désinvestissement
Nous avons demandé à M. Barghouti, comment il voyait l'augmentation des investissements de la CDPQ dans les entreprises ciblées par BDS. « Les Palestinien·nes ne mendient pas la charité au monde. Nous appelons à la solidarité, mais avant tout, nous appelons à mettre fin à la complicité. Au minimum, ne faites pas de tort », a-t-il répondu.
« Les syndicats et organisations progressistes au Québec ont déjà joué un rôle clé pour mettre fin à la complicité honteuse du Québec et du Canada dans l'apartheid colonial israélien. »
« L'année dernière, ce sont les pressions exercées sur la Caisse qui ont finalement contraint Allied Universal, la société mère du mammouth de la sécurité G4S, à complètement cesser ses activités en Israël », dit Omar Barghouti.
En effet, la campagne BDS avait lancé une campagne contre l'entreprise G4S en 2012. L'entreprise G4S est une multinationale de la sécurité acquise par Allied Universal en 2021. G4S possédait en partie une école de police israélienne et offrait également des services pour les prisons israéliennes et les postes de contrôle dans les territoires occupés.
La CDPQ avait investi dans Allied Universal dès 2019. En mai 2023, le député solidaire Haroun Bouazzi demandait à la CDPQ comment elle pouvait justifier un tel investissement, alors que des révélations de torture contre des prisonniers politiques, incluant des mineurs, étaient documentées en Israël.
Le patron de la Caisse avait répondu qu'il était d'accord et que son institution mettait de la pression sur l'entreprise, dont elle détenait alors 28 %.
La pression sur Allied Universal avait poussé l'entreprise G4S à cesser ses activités en Israël en juin 2023, citant des dommages réputationnels et des pertes de contrats en raison de la campagne BDS.
« Nous appelons les personnes de conscience au Québec, la société civile et les syndicats, à le faire de nouveau, à pousser la CDPQ à cesser ces investissements honteux dans des compagnies d'armement qui permettent le génocide en cours », dit Omar Barghouti.
« Le retour sur ces investissements est imprégné du sang palestinien, des villes, universités et hôpitaux rasés par les bombardements, des dizaines de milliers de Palestinien·nes massacré·es par les forces génocidaires israéliennes. »
Un projet de loi pour des investissements éthiques
Le député solidaire de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, a questionné le patron de la Caisse de dépôt à nouveau cette année, lors de l'étude des crédits budgétaires. « On a attiré l'attention de la Caisse sur des investissements qui sont tout à fait contraires à l'éthique », dit-il en entrevue.
Il rappelle qu'il a récemment déposé le projet de loi 299, qui propose que « la question du respect des droits de la personne et la question du respect des limites de la capacité de la planète, la lutte contre la crise climatique, soient intrinsèquement inscrites dans [la] mission [de la CDPQ] ».
Pour le député solidaire, « la Caisse doit revoir ces investissements dans un contexte où la Cour internationale parle de génocide plausible ».
Haroun Bouazzi ajoute qu'il y a quelques semaines, tous les partis ont « salué le courage de [l'ex-premier ministre canadien Brian] Mulroney dans la question du boycott de l'Afrique du Sud pour lutter contre l'apartheid ». Il se désole que cet hommage ne soit pas accompagné d'une véritable volonté politique et que le gouvernement décide de « fermer les yeux sur des investissements financiers qui ne font que contribuer à la politique de colonisation, aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanité, voire au crime de génocide ».
« On a montré qu'on est capable d'être meilleur que ce qu'on fait en ce moment », affirme le député Bouazzi. Mais il craint qu'on « va se retrouver à redire “ plus jamais ” devant un crime dont on a été témoin au jour le jour ».
Auteur·e
SAM HARPER
Sam Harper est journaliste d'enquête pour Pivot, depuis le Bas-Saint-Laurent. Il est passionné par la cybersécurité et les renseignements de sources ouvertes. Il s'intéresse également aux inégalités sociales et à l'extrême droite. Il est titulaire d'un doctorat en médecine et d'un DEC en techniques de l'informatique. Mastodon : mstdn.social/@acetum
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Mythes et réalité de la pénurie de main-d’œuvre en santé et services sociaux au Québec
L'objectif principal de cette note de recherche est de départager les mythes de la réalité et d'évaluer dans quelle mesure il est exact d'affirmer qu'il existe une pénurie de main-d'œuvre en santé et services sociaux.
Pour lire la note, cliquez sur l'icône
La présente analyse, qui tient compte du vieillissement de la population, démontre qu'à l'exception des infirmières et des médecins, pour lesquels on remarque une diminution ou une stagnation du nombre de professionnel·le·s par habitant·e, la main-d'œuvre totale en santé et services sociaux est actuellement plus abondante qu'au cours des 30 dernières années. Ce portrait de l'ensemble du marché du travail contraste toutefois avec un manque chronique de personnel au sein du système public de santé dans presque toutes les catégories d'emploi, confirmant ainsi l'existence d'un exode vers le secteur privé.
Faits saillants
01. Même en tenant compte du vieillissement de la population, la main-d'œuvre totale en santé et services sociaux (des secteurs public et privé) par habitant·e était 35 % plus élevée en 2022 qu'en 1991. Toutes proportions gardées, on compte actuellement l'équivalent de 131675 personnes de plus qui exercent leurs activités dans ce secteur qu'en 1991.
02. Ce constat général d'une main-d'œuvre abondante malgré l'augmentation des besoins due au vieillissement de la population, qui s'applique à toutes les catégories professionnelles en santé et services sociaux, comporte deux exceptions importantes. On observe du côté des médecins, particulièrement des omnipraticien·ne·s, une stagnation de leur nombre par habitant·e. Pour les infirmières, on constate une pénurie de maind'œuvre générale qui est encore plus aiguë au public.
03. Le virage ambulatoire et les mises à la retraite des années 1990 ont eu des conséquences dramatiques sur les effectifs du réseau public, qui ont été aggravées par les réformes subséquentes. Les pertes d'effectifs des années 1990 n'ont jamais été pleinement compensées malgré la forte croissance de la maind'œuvre totale en santé et services sociaux depuis la fin des années 1990. Cela est vrai dans presque toutes les catégories professionnelles. 04.En tenant compte des effets associés au vieillissement de la population, on peut affirmer que le réseau public a affronté la pandémie avec des effectifs 17 % moins élevés qu'au début des années 1990 et que, même à la suite des embauches massives effectuées durant la pandémie, la quantité d'employé·e·s par habitant·e dans le réseau public de santé est de 14 % inférieure au sommet observé en 1991.
Pour retrouver ce niveau, il faudrait ajouter 45362 employé·e·s aux effectifs actuels.
Anne Plourde, chercheuse
Cette publication est une production du Laboratoire de recherche et d'informations en santé et services sociaux (LaRISSS) de l'IRIS. LaRISSS
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Pratique de la médecine : Pourquoi nous défendons notre régime public
Les Médecins québécois pour le régime public réagissent à la lettre « Médecine de famille – Pourquoi j'ai choisi le privé(1) », de la Dre Marie-Lou Sauvé, médecin de famille travaillant au privé.
L'autrice est résidente finissante en médecine familiale et elle écrit au nom du conseil d'administration de Médecins québécois pour le régime public (MQRP).
Nous, médecins qui avons choisi de travailler dans le système public, trouvons un sens profond dans notre travail. Nous avons la chance de traiter une grande diversité de patients et de contribuer positivement à leur bien-être, sans qu'ils aient à se soucier des coûts associés à leurs soins.
Nous sommes conscients des problèmes d'accessibilité et d'organisation dans notre système. Nous voyons le privé non pas comme une bouée de sauvetage à ceux-ci, mais une des causes primaires de l'effritement des soins au Québec. Cela étant dit, la Dre Sauvé indique avoir choisi le privé faute de postes disponibles au public dans sa région. C'est un enjeu qui est de plus en plus rapporté par les médecins résidents qui terminent leur formation en médecine de famille et dans certaines autres spécialités, et qui devrait être reconnu et amélioré par notre gouvernement.
Contrairement à ce que suggère cette lettre, la rémunération des médecins de famille au Québec est plus que décente.
Selon l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), la rémunération moyenne des médecins de famille au Québec en 2022 était de 331 615 $ par année(2). Il nous semble exagéré de qualifier cette rémunération comme étant « non décente », encore moins de « déficitaire », même en prenant en compte les frais de cabinet.
En fait, notre salaire dans le secteur public est compétitif par rapport aux autres provinces canadiennes, et les données de l'ICIS suggèrent que les médecins canadiens sont parmi les mieux payés au monde(3).
Payer en double
Qui plus est, beaucoup d'entre nous ont opté pour des postes où la rémunération est au moins partiellement basée sur le temps de consultation. Cela nous permet de consacrer le temps nécessaire à chaque patient, surtout pour ceux qui ont des problèmes de santé complexes. Ce modèle est en constante évolution et en constante amélioration pour mieux répondre aux besoins des patients et des professionnels de la santé.
L'affirmation selon laquelle le fait de demander aux patients de payer améliore l'accès aux soins est erronée. Cela crée une barrière économique insurmontable pour la grande majorité de la population.
En fait, cela ne rend les soins accessibles qu'à une minorité capable de payer. Les « vrais malades », ceux qui ont des besoins complexes et continus, se trouvent dans le système public parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de doubler leurs dépenses de santé et parce que le privé ne les considère pas comme une source de profit qui en vaut la peine.
Nous payons déjà pour notre système de santé public par l'intermédiaire de nos impôts. Lorsque les patients se tournent vers le privé, ils paient en double pour des services qu'ils ont déjà financés par leurs impôts. Cette double facturation n'est pas seulement injuste, elle est également inefficace économiquement et n'améliore pas l'accessibilité. Beaucoup d'études portant sur l'accessibilité des soins dans des pays et provinces ayant des systèmes parallèles privé-public comme l'Australie(4) et l'Alberta(5) démontrent que le recours au privé ne fait qu'augmenter les temps d'attente populationnels.
Il est crucial de faire attention aux discours qui légitiment et normalisent le recours au privé. Ces discours peuvent insidieusement affaiblir notre système de santé public en accentuant les inégalités d'accès et en drainant des ressources essentielles.
Le recours au privé n'est pas une solution viable pour un système de santé accessible à tous.
Notes
1. Lisez « Médecine de famille – Pourquoi j'ai choisi le privé »
2. Consultez le site de l'Institut canadien d'information sur la santé
3. Lisez « Nos médecins parmi les mieux payés au monde »
4. Lisez « Does hybrid health care improve public health services ? Lessons learned from Australia » (en anglais)
5. Lisez « New study shows fewer surgeries performed under Alberta Surgical Initiative » (en anglais)
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Gains majeurs pour les locataires : La CAQ accepte des revendications historiques de Québec solidaire
Après avoir mené pendant des années le combat pour une meilleure protection des locataires aîné-es et pour combattre les évictions, Québec solidaire se réjouit des gains contenus dans le projet de loi présenté aujourd'hui par la ministre de l'Habitation.
« Grâce au travail que nous avons mené depuis l'adoption historique de la loi Françoise David en 2016 avec les groupes de la société civile comme la FADOQ et l'AQDR, la CAQ dépose enfin un projet de loi qui reprend nos revendications : renforcer la protection des locataires aîné-es en plus d'imposer un moratoire sur les évictions dans les villes où la crise du logement est la plus forte. C'est une très bonne nouvelle pour les locataires du Québec et une démonstration que les solutions que Québec solidaire amène à la crise du logement sont les bonnes ! » souligne la porte-parole solidaire et responsable du dossier des aînées, Christine Labrie.
Avec le projet de loi « limitant le droit d'éviction des locateurs et renforçant la protection des locataires aînés », le gouvernement de la CAQ reprend deux batailles historiques d'un parti d'opposition, un geste rarissime en politique :
– Renforcer la Loi Françoise David pour protéger plus de locataires aînés contre les évictions.
– Imposer un moratoire sur les évictions alors que le taux d'inoccupation est sous l'équilibre
« Le moratoire sur les rénovictions est une demande de Québec solidaire depuis 2019 et est une grande victoire pour les locataires du Québec. C'est le fruit d'un long travail de tous les groupes et toutes les personnes qui militent pour une meilleure protection des droits des locataires depuis des années. Cette mesure apportera un soulagement bien nécessaire en pleine crise du logement. Cette mesure, bien que temporaire, est clairement un pas dans la bonne direction » souligne M. Fontecilla, député de Laurier-Dorion et responsable en matière de logement pour Québec solidaire.
Rappel des événements marquants
21 mai 2015 : Dépôt du projet de loi n° 492, Loi modifiant le Code civil afin de protéger les droits des locataires aînés, par Françoise David
10 juin 2016 : Adoption à l'Assemblée nationale de la Loi Françoise David
20 octobre 2019 : Québec solidaire demande l'imposition d'un moratoire sur les rénovictions
10 février 2020 : Québec solidaire demande une loi d'urgence pour stopper les rénovictions
12 mai 2022 : Dépôt du projet de loi Françoise David 2.0 par Andrés Fontecilla
21 février 2023 : Dépôt du projet de loi Françoise David 2.0 par Christine Labrie
28 mars 2024 : Le gouvernement appelle le principe du projet de loi de Christine Labrie
5 avril 2024 : Lettre de Gabriel Nadeau-Dubois au premier ministre François Legault et point de presse avec des locataires aînés à Sherbrooke.
10 avril 2024 : Adoption d'une motion unanime où tous les partis s'engagent à collaborer de bonne foi afin d'améliorer la protection des locataires aîné-es vulnérables contre les évictions.
29 avril 2024 : Point de presse à Granby avec des locataires vulnérables pour réclamer un moratoire sur les rénovictions
22 mai 2024 : Dépôt du projet de loi « limitant le droit d'éviction des locateurs et renforçant la protection des locataires aînés » reprenant deux demandes historiques de QS
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Déclaration Urgence Palestine : exigeons des sanctions contre Israël !
Alors que des mandats d'arrêt sont en discussion à la Cour pénale internationale. la coalition du Québec Urgence Palestine appelle à signer une nouvelle déclaration pour exiger des sanctions contre Israël. Elle invite aussi à une nouvelle manifestation à Montréal, le dimanche le 9 juin, à 14 h. On peut retrouver le texte de la déclaration ici, que nous publions ci-dessous. Pour l'appuyer, il suffit d'envoyer un courriel à urgencepalestine.qc@gmail.com
21 mai 2024 | tiré du journal des Alternatives | Photo : Le secrétaire à la Défense Lloyd J. Austin III rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant à Tel Aviv, Israël, le 13 octobre 2023.
Ensemble pour Gaza et la Palestine : exigeons des sanctions contre Israël !
Depuis octobre 2023, les bombardements incessants, les ordres d'évacuation répétés et le blocus impitoyable d'Israël ont réduit en ruines la bande de Gaza et plongé sa population entière dans des conditions d'errance, de famine, d'insalubrité, d'épuisement, de traumatismes et de deuils. 70 % des infrastructures civiles ont été détruites, 35 562 personnes (civiles) tuées, 10 000 ensevelies sous les décombres, 79 652 blessées. (en date du 20 mai 2024)
Le 6 mai, Israël a refusé un accord de trêve négocié, que le Hamas venait d'accepter. Défiant toutes les mises en garde, Israël a amorcé son offensive annoncée contre la ville de Rafah, refuge ultime de 1,5 million de Palestinien.nes. Déjà 800 000 personnes ont été forcées de fuir Rafah vers des secteurs déjà ravagés, plus difficiles à rejoindre pour l'aide humanitaire et sans infrastructure pour les accueillir.
Jusqu'où ira l'odieuse complicité du Canada ?
Pendant des mois, le Canada s'est contenté de soutenir le droit d'Israël de se défendre, droit qui n'existe pas en droit international pour une puissance occupante. D'octobre à décembre 2023, il a autorisé un montant record d'exportations militaires vers Israël. Il a prétendu qu'il ne s'agissait que d'équipements militaires « non létaux », mais n'a fourni aux médias que des documents lourdement caviardés. Puis il a annoncé qu'il n'en autoriserait plus, mais qu'il allait respecter les ententes déjà signées… alors que la Cour internationale de Justice (CIJ) a statué, le 26 janvier, qu'il était plausible qu'Israël commette des actes de génocide à Gaza !
Avec l'accumulation des horreurs commises par Israël, le Canada a exprimé des « préoccupations » et finalement demandé un cessez-le-feu. Le 12 février, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a dit qu'une invasion militaire de Rafah serait « totalement inacceptable ». Mais pendant près de trois mois, le Canada n'a rien fait pour l'empêcher. Au contraire, il a continué de soutenir Israël. Le 10 mai, l'Assemblée générale des Nations Unies votait à une écrasante majorité en faveur de l'admission de l'État de Palestine à l'ONU. Le Canada, lui, s'est abstenu. Un « changement fondamental » de politique, selon Justin Trudeau !
Des sanctions contre Israël sont urgentes
Toutes les vies humaines sont sacrées. Toutes les violations des droits humains doivent être dénoncées, et les responsables répondre de leurs actes. L'inaction du Canada est odieuse et contraire à ses obligations internationales. Nous exigeons des sanctions sévères envers Israël, à commencer par un embargo sur tout matériel militaire. Les relations bilatérales privilégiées avec Israël, dont l'accord de libre-échange, doivent aussi être remises en question : continuer, comme si de rien n'était, n'est pas une option. Poursuivre la mise en place d'un bureau du Québec à Tel-Aviv, sous prétexte que la décision avait été prise avant octobre 2023, est une honte ! Les sanctions doivent être maintenues tant qu'une solution juste et durable n'aura pas été mise en place, concrétisant le droit du peuple palestinien à l'autodétermination et l'égalité des droits en terre de Palestine. Nous appelons la population québécoise à se méfier des tentatives occidentales — États-Unis en tête et le Canada derrière ! — d'imposer une solution « à deux États », dont l'un, palestinien, n'aurait aucune viabilité.
IL N'EST PAS ANTISÉMITE DE DÉFENDRE LES DROITS DU PEUPLE PALESTINIEN !
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Pour la suite du monde : appel à la mobilisation !
Quarante organisations de la société civile se sont réunies, sous l'impulsion du Mouvement Pour la suite du monde, pour lancer un appel à une vaste mobilisation environnementale l'automne prochain.
Tiré de Ma CSQ cette semaine.
Un vaste mouvement collectif !
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) est fièrement présente et active au sein de ce mouvement réunissant des organisations syndicales, environnementales, de santé, communautaires, étudiantes et des collectifs citoyens autour d'une vision démocratique de la transition environnementale et sociale. Rassemblant plus d'une quarantaine d'organisations, le mouvement représente plus de deux millions de personnes !
Pour un dialogue social en environnement
Avec ce lancement, le Mouvement Pour la suite du monde lance un appel au gouvernement afin d'organiser une rencontre et de mettre en place un réel dialogue social autour d'une transition écologique juste. Pour le collectif, il est clair que l'amorce de ce dialogue social doit se faire par la société civile. C'est d'ailleurs ce qui a motivé les organisations membres du collectif à prendre cette initiative.
On ne réinvente pas la roue !
Nul besoin de partir de zéro, des solutions existent déjà ! De fait, de nombreuses organisations de la société civile se sont penchées, et se penchent encore, sur des solutions concrètes et réalisables pour limiter l'impact social et économique des bouleversements climatiques ainsi que pour jeter les bases d'un avenir sécuritaire et viable pour tous. Quatre documents fondateurs contenant un ensemble de propositions et de solutions sont déjà sur la table.
Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité
La Feuille de route reflète les travaux de plus de 190 individus appartenant à 85 organisations dont une douzaine d'universités. La Feuille de route intègre l'impérative nécessité de tisser des alliances et des solidarités avec les premiers peuples et diverses autres populations particulièrement vulnérables.
Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable au Québec
Des groupes citoyens, écologistes, syndicaux, communautaires, scientifiques, professionnels et spécialistes de divers domaines s'unissent et présentent 14 revendications au gouvernement du Québec sous forme de « Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable »
L'Appel de Montréal est une invitation au dialogue sur les changements systémiques. Il se veut un appel aux parties prenantes du monde entier à poursuivre et à accélérer la réflexion sur les solutions permettant la mise en œuvre de changements à un modèle économique et à un système de valeurs dommageables pour la nature lors des futures COP, biodiversité et climat confondus.
45 propositions pour le bien-être au Québec
Le collectif G15+, composé d'une quinzaine d'organisations de la société civile du Québec, identifie 45 pistes d'action pour placer le bienêtre de la population au cœur des décisions. Il propose en priorité de lutter contre la crise de l'habitation, de revoir notre rapport à nos modes de déplacement, à la consommation d'énergie et de ressources et de protéger la biodiversité.
Les représentants du collectif ont d'ailleurs remis une lettre d'invitation, ainsi que ces quatre documents fondateurs, aux chefs des quatre partis politiques représentés à l'Assemblée nationale.
Le 27 septembre à l'agenda !
C'est dans ce contexte que se prépare une grande mobilisation, le 27 septembre prochain, aux quatre coins du Québec !
Pour rester informés des activités qui s'organisent dans les régions ou pour participer à leur organisation, n'hésitez pas à consulter le site : pourlasuitedumonde.ca
Événement du 27 septembre 2024
Groupes participants
Équiterre
FIQ - Santé
Eau Secours
Transition Energy
Mères au front
Nature Québec
FTQ
Fondation David Suzuki
Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Greenpeace Québecequebec
Eau Secours
Mères au front
Fondation Rivières
Oxfam-Québec
Regroupement vigilance hydrocarbures Québec
ENvironnement JEUnesse
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