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Guide sur les nouvelles « autorisations pour les travaux d’exploration à impacts »

14 mai 2024, par Coalition pour que le Québec ait meilleure mine ! — , ,
Le 6 mai 2024 entrera en vigueur une modification réglementaire au Règlement sur les substances minérales autres que le pétrole, le gaz naturel et la saumure. Cette (…)

Le 6 mai 2024 entrera en vigueur une modification réglementaire au Règlement sur les substances minérales autres que le pétrole, le gaz naturel et la saumure. Cette modification réglementaire vise à améliorer la prise en compte des préoccupations des populations affectées par la réalisation de travaux d'exploration dits « à impact ». Mais en quoi consistent ces changements concrètement ?

Télécharger le guide ici.

En bref :

Les travaux d'explorations dits « à impacts » nécessiteront l'obtention préalable d'une autorisation (autorisation pour les travaux à impacts, ou ATI) ;

Cette ATI nécessitera l'envoi, par le titulaire du titre minier (claim) à la direction-générale (DG) de la municipalité et/ou aux conseils de bande des communautés autochtones habitant le territoire concerné, d'une brève description des travaux qu'il souhaite réaliser. Sur réception de cet avis, la DG de la municipalité aura 10 jours et les communautés autochtones auront 30 jours pour faire parvenir leurs questions et commentaires au titulaire du titre minier. Le titulaire devra répondre à ces questions et commentaires, et recevra ensuite son ATI ;

Aucune forme de « consultation » additionnelle n'est prévue, il ne s'agit que d'un échange d'informations sur certains travaux d'exploration. Au sein des municipalités, seule la direction générale recevra ces informations de la part de l'entreprise. Pas les citoyen-ne-s ni les propriétaires ou locataires. Pareillement au sein des communautés autochtones ;

Les travaux d'exploration « à impacts » comprennent : « les travaux effectués avec de la machinerie utilisant la force hydraulique ou des travaux utilisant des explosifs » (excavation, décapage, échantillonnage en vrac, sondage, levés géophysiques sismiques de réfraction) et « les travaux effectués avec une pompe hydraulique à des fins d'orpaillage » (Analyse réglementaire, p.7). Ces travaux représentent à peine 3,75% des travaux d'exploration (ibid., p.6) sur l'ensemble de la province ;

Les demandes de permis d'exploration seront potentiellement jumelées aux demandes de « permis d'intervention forestier[s] dans les forêts du domaine de l'État » (ibid., p.20), et le ministère mettra, à disposition de l'industrie, « une prestation électronique de services » (ibid.) pour l'ATI et son renouvellement ;

Il est attendu qu'environ 130 demandes d'ATI réparties sur l'ensemble du territoire de la province soient déposées chaque année ;

Ni les municipalités, ni les communautés informées de la tenue de ces travaux, ni même la ministre des Ressources naturelles n'auront le pouvoir de refuser la réalisation de ces travaux « à impacts ». La ministre peut seulement imposer des conditions pour encadrer les travaux. Ces demandes d'ATI ne seront qu'un simple partage d'information, sans pouvoir discrétionnaire octroyé aux acteur-trice-s concerné-e-s.

Bien qu'elles témoignent d'une volonté du ministère d'informer les populations locales de la réalisation de travaux miniers, ces modifications réglementaires ratent leur cible devant l'importance d'obtenir le consentement préalable, libre et éclairé de toute population impactée par ces travaux à vocation économique. Considérant que les Premières Nations estiment que la Couronne contrevient à son obligation de les consulter dès le moment de l'émission des claims miniers, il est difficile d'affirmer que cette nouvelle procédure qui intervient après l'émission des claims miniers change la donne.

Voici ce que la description détaillée de chacun des travaux à impacts projetés par le promoteur doit inclure suivant le règlement :

La nature des travaux et la méthode de réalisation ;

La superficie visée et le volume de substances minérales à extraire ;

Le nombre de forages planifiées le cas échéant ;

La durée prévue des travaux et la période où ils seront réalisés ;

Le lieu où seront réalisés les travaux ;

Une description sommaire des mesures de restauration proposées le cas échéant.

Cependant, gardons à l'esprit qu'une consultation digne de ce nom devrait comprendre :

La tenue d'assemblées publiques, ouvertes à tous et à toutes, tenues à plus d'une occasion et permettant la présentation d'informations détaillées et indépendantes (qui ne soient pas uniquement produites par l'entreprise) sur les impacts qu'auront ses travaux ;

Une rétroaction transparente pour témoigner de l'intégration des commentaires et des questions dans la réalisation des travaux ;

Des détails sur les mesures de mitigation qui seront appliquées pour adresser les impacts attendus, ainsi que sur les zones sensibles ou éléments d'intérêt du territoire qui doivent être considérés dans la planification des travaux ;

Des détails sommaires sur la compagnie elle-même : de qui s'agit-il ? Quel minerai cherche-t-elle ? Son financement est-il de nature publique ou privée ?

En réponse à ces modifications, et en vue que ces échanges avec le promoteur soient le plus utiles possible, nous vous encourageons, selon votre intérêt ou vos besoins à :

Communiquer à la direction générale de votre municipalité ou à votre conseil de bande votre besoin d'être consulté-e lors de la réception des informations relatives aux ATI que leur enverront les compagnies minières ;

Communiquer au ministère (MRNF) votre intérêt à ce que des fonctionnaires de liaison soient mis à la disposition de la population pour obtenir le même niveau d'information et de réponses à vos questions et commentaires que l'industrie minière ;

Revendiquer que ces communications soient systématiquement mises en ligne, puisque ces travaux auront des impacts sur des éléments du bien commun (l'eau, le territoire, la qualité de vie, etc.).

Compléments

Pour en savoir davantage sur le développement et les impacts sur l'eau d'un projet minier, ainsi que sur l'élaboration d'une saine mobilisation citoyenne, nous vous invitons à consulter notre Guide citoyen traitant de ces enjeux.

Voir aussi nos commentaires conjoints avec Eau Secours et MiningWatch Canada d'octobre 2023 sur le projet de règlement avant qu'il n'entre en vigueur.

Ainsi que la Directive concernant l'autorisation pour travaux d'exploration à impacts du ministère des Ressources naturelles et des Forêts entrée en vigueur le 7 février 2024.

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Aéroport de Saint-Hubert : une assemblée sans acceptabilité sociale

14 mai 2024, par Coalition Halte-Air Saint-Hubert — , ,
Longueuil, 9 mai 2024. - Plus d'une centaine de citoyen.ne.s s'étaient rassemblé.e.s hier soir au Centre Labrosse de Saint-Hubert pour discuter du développement en cours à (…)

Longueuil, 9 mai 2024. - Plus d'une centaine de citoyen.ne.s s'étaient rassemblé.e.s hier soir au Centre
Labrosse de Saint-Hubert pour discuter du développement en cours à l'aéroport de Saint-Hubert, un
projet qui, rappelons-le, n'a jamais été déposé avec les études pertinentes (économiques, sanitaires,
environnementales et climatiques) pour être évalué publiquement, tel que l'avaient recommandé deux
rapports de consultation citoyenne en 2022 : le rapport Trudelet celui de l'Office de participation
publique de Longueuil
(OPPL).

L'assemblée a d'abord entendu une présentation de la Coalition Halte-Air Saint-Hubert et du Comité
antipollution des avions Longueuil (CAPAL) sur les impacts de ce développement sur la santé, à cause
de la pollution sonore et atmosphérique que cela va entraîner, mais aussi sur la dépréciation des
maisons des riverain.e.s que causera cette pollution.

Les participant.e.s stupéfaits n'en revenaient toujours pas de la façon dont ce projet a été imposé sans
tenir compte des avis citoyens exprimés. La mairesse Catherine Fournier a affirmé lors du lancement,
et répète depuis, qu'il y a acceptabilité sociale du projet parce que, dans un sondage Léger/Léger, les
gens s'étaient déclarés favorables à une augmentation des vols. Or, il s'agit du résultat à une seule
question sur 18. Jamais elle n'a fait mention de toutes les autres questions qui montrent pourtant les
préoccupations et inquiétudes de la population (voir le tableau à la fin). Il n'y a pas d'acceptabilité
sociale, comme enont déjà témoigné les maire et mairesse de Saint-Bruno-de-Montarvile et de Saint-Lambert dans ce reportage de Radio-Canada.

Plusieurs des personnes présentes ont témoigné de l'enfer qu'elles vivent à longueur de journée et
même la nuit, dont le papa d'un bébé de quelques mois seulement dont le sommeil est régulièrement
interrompu.

La mairesse et DASHL ont beau se vanter que les vols nocturnes des Boeing 737-200 de CHRONO
Airlines sont maintenant interdits, la suspension ne concerne que ce seul appareil, et non les vols
nocturnes d'autres appareils. D'ailleurs, CHRONO Aviation s'est empressé d'annoncer que ses vols
nocturnes vont reprendre le 6 août,à raison de 4 fois/semaine, sur ses bruyants Boeing 737-800.
De plus, la direction de DASHL et la mairesse vante le fait que l'interdiction des vols de nuit s'applique
de 23h à 6h, ce qui a fait dire à un participant hier : « Ça fait pas des longues nuits, ça. T'es mieux de
t'endormir tout de suite ! »

TVA Nouvelles était sur place, et leur reportage, après avoir rendu compte des inquiétudes des
citoyen.ne.s, a donné la parole à la mairesse. La machine à désinformer s'est remise en marche, mais
le disque est de plus en plus rayé et notre connaissance du dossier nous permet désormais de balayer
facilement ses arguments.

Pour la Coalition Halte-Air Saint-Hubert, il est plus que désolant que la mairesse s'entête à défendre ce
projet mortifère aux dépens de sa population.

Si le nouveau slogan de l'aéroport est « On est ailleurs ! », la mairesse, elle, n'est tout simplement
« pas là » pour ses citoyen.ne.s !

Note : La question dont la mairesse parle et celles dont elle ne parle jamais... (dans le
sondage LÉGER/Léger rapporté aux pages 24 à 26 du rapport de l'OPPL

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Taxer les piscines : un symbole positif

14 mai 2024, par Sylvain Vigier — , ,
Il n'existe pas grand monde pour défendre l'adoption par le conseil municipal de Sherbrooke le 9 avril dernier de la fameuse « taxe piscine ». À en croire les avis de nombreux (…)

Il n'existe pas grand monde pour défendre l'adoption par le conseil municipal de Sherbrooke le 9 avril dernier de la fameuse « taxe piscine ». À en croire les avis de nombreux citoyens et citoyennes sur les réseaux (dits sociaux) ainsi que les commentaires des médias généralistes, le choix du conseil municipal d'imposer une taxe de 80 $ aux personnes possédant une piscine sur leur propriété serait LE symbole du petit propriétaire à qui l'on fait toujours les poches ainsi que la preuve de l'idéologie décadente (on peut souvent lire « communiste ») de Sherbrooke Citoyen. « À l'impossible, nul n'est tenu », mais nous allons tenter le défi de donner un appui et de la valeur à ce genre de décision fiscale.

Tiré du Journal Entrée Libre
https://www.entreelibre.info/taxer-les-piscines-un-symbole-positif/

Sur le point de l'idéologie déjà, Sherbrooke Citoyen a eu l'intelligence de présenter cette taxe additionnelle non pas comme une taxe écologique, en liant la taxe avec un gaspillage de ressources (formel celui-ci) ou dans l'objectif de faire changer de comportement (utiliser les piscines municipales plutôt que les piscines privées), mais bien comme une taxe sur la richesse personnelle. La Ville ne pouvant évaluer les revenus de sa population sur la base des déclarations comme le font les gouvernements provinciaux et fédéraux, elle a fait la supposition que si vous possédez une maison avec une piscine, c'est que vos revenus sont probablement supérieurs à une personne qui n'a pas de maison ou à une personne qui n'a pas de piscine. Si plein de gros poissons peuvent passer à travers les mailles du filet, la supposition reste tout de même bonne pour éviter de surtaxer les personnes aux revenus les plus faibles. Et on pense en premier lieux aux locataires, car peu de locations viennent avec piscine, et si c'est le cas le 80 $ sera amorti par l'ensemble des locataires de l'immeuble.

Ainsi, cette taxe est faite pour apporter un surplus de revenus à la Ville de Sherbrooke en demandant une contribution supplémentaire à celles et ceux que l'on peut estimer en mesure de le faire. Pour cette tranche de la population, 80 $ en moins n'est pas censé mettre en péril le budget familial. Les personnes qui sont à 80 $ près sur un an n'ont très probablement pas de propriété et de piscine ! La Ville de Sherbrooke opère un nombre important de services, dont au moins 11 piscines publiques ouvertes gratuitement pendant la saison estivale. Le dernier budget a vu une augmentation de la taxe municipale de 3,13 %, soit en dessous de l'inflation estimée à 3,9 % en 2023. La taxe piscine permet aussi un rattrapage de l'année 2022 où l'inflation était de 6,8 % au Québec, et l'augmentation des taxes municipales de 3,0 %. Pour équilibrer un budget, on peut toujours diminuer dans les dépenses. Mais ceci implique nécessairement de perdre un service qui était disponible, que ce soit la gratuité des bibliothèques ou un tarif encadré du transport en commun, voire le déneigement et l'entretien des rues. Ou alors, on décide d'être créatif et d'aller chercher de l'argent là où il y en a. Certains se plaisent à dire que l'argent ne pousse pas sur les arbres, mais si l'on secoue bien le bon cocotier, on pourrait avoir de quoi se nourrir sans faire crever l'arbre en question.

Un juste retour de balancier

Car c'est également à l'échelle nationale que cette taxe piscine est aussi un symbole important. Depuis 1999, le taux d'imposition effectif des ménages au Québec (incluant les impôts provinciaux et fédéraux) a globalement diminué de 2,7 points de pourcentage (voir le blog Jeanne Emard pour une analyse fouillée et chiffrée). Depuis le début des années 2000, c'est avant tout un recul de la part et de l'action de l'État dans nos vies que l'on observe. Pensons à l'accès à la médecine ou à la crise dans le système scolaire. Cette crise vient d'un manque de financement chronique et criant des structures étatiques, qui s'est organisé par une baisse régulière des impôts, baisse étant encore plus exacerbée lorsque les impôts touchaient le capital. Ainsi, la « taxe piscine » à Sherbrooke n'est qu'un minime frein à l'augmentation en capital de quelques-uns qui se fait sur le dos du développement collectif de notre communauté. On souhaite un retour de balancier encore plus salutaire.

Sylvain Vigier,

Rédacteur en chef

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Le syndicat de la télévision belge remplace la diffusion d’Israël à l’Eurovision par des protestations pour Gaza

Le public de l'Eurovision a hué l'entrée d'Israël et scandé « Palestine libre » lors d'une répétition générale mercredi. La retransmission du concours Eurovision de la chanson (…)

Le public de l'Eurovision a hué l'entrée d'Israël et scandé « Palestine libre » lors d'une répétition générale mercredi. La retransmission du concours Eurovision de la chanson en Belgique a été interrompue jeudi par des membres d'un syndicat pro-Gaza qui ont diffusé un message condamnant les « violations des droits de l'Homme » commises par Israël et soutenant les Palestiniens.

Tiré de France Palestine Solidarité.

L'action a eu lieu juste avant la participation d'Israël à la demi-finale du concours, en raison du massacre d'au moins 34 904 Palestiniens à Gaza et de la destruction d'une grande partie de l'enclave.

La candidate d'Israël avait déjà été huée par la foule en Suède lors d'une répétition générale, en raison de la guerre brutale menée par son pays contre Gaza, tandis que des manifestations ont eu lieu à l'extérieur du studio de Malmö, avec la participation de l'activiste Greta Thunberg.

Diffusé en direct sur la chaîne belge VRT, le message de protestation était le suivant : « Il s'agit d'une action syndicale. Nous condamnons les violations des droits de l'Homme commises par l'État israélien. Israël détruit également la liberté de la presse. C'est pourquoi nous interrompons temporairement la transmission. »

« Nous sommes convaincus que l'État d'Israël commet un génocide et il est donc scandaleux qu'un candidat israélien participe au concours de l'Eurovision. »

« Nous espérons envoyer un signal au gouvernement israélien pour qu'il arrête les combats et les tueries, qu'il permette aux observateurs internationaux et à la presse d'entrer [à Gaza] et qu'il s'assoie pour trouver une solution négociée ».

Cette interruption intervient alors que des manifestants pro-palestiniens s'insurgent contre la participation de la chanteuse israélienne Eden Golan au concours.

Plusieurs pétitions ont été adressées à l'Union européenne de radio-télévision (UER) pour demander l'exclusion d'Israël, notant que la Russie a été interdite suite à son invasion de l'Ukraine en 2022.

L'UER a défendu sa décision de maintenir Israël dans la compétition, le directeur général adjoint Jean Philip De Tender déclarant qu'une interdiction serait contraire à la nature apolitique de l'organisation.

Fin mars, des candidats de neuf pays, dont le favori suisse, Nemo, ont appelé à un cessez-le-feu durable.

En décembre, le candidat britannique, Olly Alexander, a signé une déclaration accusant Israël de génocide, à la suite des mesures provisoires de la Cour internationale de justice exigeant d'Israël qu'il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher des actes génocidaires dans sa guerre contre Gaza.

À l'extérieur de la demi-finale organisée à Malmö, en Suède, quelque 10 000 manifestants se sont rassemblés sur la place principale de la ville pour protester contre la participation d'Israël.

« Je suis une fan de l'Eurovision et cela me brise le cœur, mais je boycotte » a déclaré à l'AFP une manifestante de 30 ans, Hilda, qui n'a pas voulu donner son nom de famille.

« Je ne peux pas m'amuser en sachant qu'Israël participe alors que tous ces enfants meurent. Je pense que ce n'est pas correct. »

Les manifestants ont également brandi des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Libérez la Palestine » et « L'UER légitime le génocide ».

Une cinquantaine de manifestants se sont rendus devant la Malmo Arena, avant d'être dispersés par la police.

Les manifestants ont également pénétré dans le Village Eurovision, installé pour permettre aux spectateurs de regarder le spectacle sur des écrans géants.

Ailleurs à Malmö, une centaine de contre-manifestants se sont rassemblés sous la protection de la police pour exprimer leur soutien à Israël.

Outre les protestations à l'extérieur de la salle, des membres du public ont hué et scandé « free Palestine » pendant la répétition générale de la chanson « Hurricane » d'Eden Golan, mercredi.

Eden Golan a également été accueillie par des huées, mais aussi par des acclamations, de la part d'un public de 9 000 personnes lors de sa prestation de jeudi, qui lui a permis d'entrer dans le set final pour samedi.

La société israélienne de radiodiffusion a déclaré qu'elle s'était plainte à l'UER de ces huées et a demandé à l'organisation de les empêcher à l'avenir.

Avant la prestation de Mme Golan, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a souhaité bonne chance à la chanteuse, déclarant qu'elle avait déjà gagné en défiant les manifestants, qu'il a accusés d'être antisémites.

La chanson originale d'Israël, intitulée « October Rain », a été modifiée après avoir été jugée trop politique par les organisateurs du concours pour avoir fait allusion à l'attaque du 7 octobre du Hamas contre Israël.

Après son entrée en finale, Golan a déclaré : « C'est vraiment un honneur d'être ici, sur scène, de jouer et de montrer notre voix, de nous représenter avec fierté et d'arriver en finale, c'est quelque chose de fou. »

Israël a fait ses débuts à l'Eurovision en 1973 et a remporté le concours à quatre reprises. Il rejoindra 25 autres pays, dont les favoris des bookmakers, la Croatie et la Suisse, en finale.

Traduction : AFPS

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L’affaire Meurice vue depuis le Québec : excès de rire ou excès de condamnation ?

14 mai 2024, par Pierre Rainville — , ,
En temps de crise, l'humour est une vigile et un suspect. L'humour dénonce, mais il expose également son auteur. En dit-il trop, s'exprime-t-il trop mal ? Comment dénoncer sans (…)

En temps de crise, l'humour est une vigile et un suspect. L'humour dénonce, mais il expose également son auteur. En dit-il trop, s'exprime-t-il trop mal ? Comment dénoncer sans se faire dénoncer ? Où situer la liberté d'expression ? Comment l'humour peut-il réformer, décrier, sans être emporté par l'interdit ? Le cas Meurice convie tous les acteurs du rire et ses contempteurs.

Tiré du blogue de l'auteur.

L'affaire Meurice cause confusion et convulsion. Quelques semaines après la barbarie funeste du Hamas et la riposte violente du gouvernement israélien, l'humoriste de France Inter, Guillaume Meurice, se livre à une chronique à l'aube d'Halloween. Appelé à dresser l'inventaire de « déguisements pour faire peur », il laisse tomber : « Alors, en ce moment, il y a le déguisement Nétanyahou, qui marche pas mal pour faire peur, Vous voyez qui c'est ? Une sorte de nazi, mais sans prépuce ».

Mesurée est la réponse initiale de la direction de la radio publique : sans condamner vertement l'humoriste, elle signale à raison sa sympathie envers le malaise ressenti par une partie des auditeurs. La direction procède également à une distinction : les propos prononcés n'ont pas outrepassé les balises posées par le droit tout en franchissant pourtant la limite « du respect et de la dignité ». Les secousses provoquées par l'éclat langagier de Guillaume Meurice amènent promptement une seconde salve plus percutante. En l'absence de contrition de l'humoriste, la direction de Radio France lui adresse un avertissement. L'humour ne saurait avoir pour vocation d'« ajouter de la division à la division », de professer la direction de la radio publique.

L'Arcom ne se tient pas en retrait et sert une mise en garde à Radio France pour les propos de son humoriste. Elle reproche à l'antenne nationale de s'être écartée de « ses missions » et d'avoir mis à mal « la relation de confiance qu'elle se doit d'entretenir avec l'ensemble de ses auditeurs ». Le réquisitoire se poursuit : « Les risques de répercussions sur la cohésion de notre société ne pouvaient être ignorés, tout particulièrement dans un contexte marqué par la recrudescence des actes à caractère antisémite ».

À l'inverse, la justice pénale ne trouve pas à redire et la plainte pour « provocation à la violence et à la haine antisémite » ainsi que pour « injures publiques à caractère antisémite » est classée sans suite.

Cette décision porte à conséquence : il n'y avait ni infraction, ni même matière à procès.

Ragaillardi – ou tout bonnement désireux de marquer le coup au nom de la liberté d'expression – l'humoriste reprend sitôt après les mêmes mots en ondes et est prestement convoqué par sa direction dans la perspective de nouvelles sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement.

L'affaire Meurice est, ni plus ni moins, le procès de l'humour.

Le rire, complice de la violence voire agitateur délétère délibéré ? Oui, parfois. La Cour européenne des droits de l'homme ne se défile pas au sujet de Dieudonné : un spectacle destiné à railler l'extermination des Juifs lors de l'Holocauste ne saurait bénéficier de la protection accordée à la liberté d'expression. Cet arrêt souligne à bon droit le travestissement de l'art en cause.

Il n'empêche : l'humoriste jouit, en temps normal, d'une latitude appréciable de manière à dénoncer, même de manière acerbe, des travers sociaux supposés ou avérés. La Cour suprême du Canada consacre ce droit constitutionnel à l'insolence artistique. Dans deux arrêts de principe, elle campe le décor avec précision et justesse. À moins d'être poussée à l'extrême, l'ironie ne saurait se prêter à une condamnation, sauf à entraver à l'excès la liberté d'expression (Whatcott). D'une part, l'humour « possède rarement l'effet d'entraînement requis pour susciter chez des tiers une attitude de haine et de discrimination » (Ward). D'autre part, la censure n'a pas lieu d'être, lorsque l'auditoire est en mesure de déceler le procédé humoristique à l'œuvre. En somme, la tentation de l'interdit est tout bonnement infondée lorsqu'elle mésestime le « discernement » de l'auditoire et sa capacité à « ne pas prendre tout ce qui est dit au pied de la lettre » (Ward).

Que reste-t-il, dès lors ? Des sentiments meurtris par certains propos jugés offensants. Or, ce préjudice émotionnel ne saurait suffire à museler quiconque : le droit de ne pas être offensé « n'a pas sa place dans une société démocratique », d'asséner sans ménagement la cour suprême canadienne.

Le contraste entre les réactions de l'ARCOM et de Radio France et les prises de position canadiennes en faveur de la liberté d'expression ne s'arrête pas là. À preuve cette affaire tranchée en 2023 par la magistrature canadienne à propos de l'emploi en ondes du titre d'un livre remarqué en son temps par la critique littéraire. Intitulé « Nègres blancs d'Amérique » ; le livre de Pierre Vallières paru en 1968 se faisait l'écho du prolétariat québécois francophone de l'époque. Ce titre est mentionné en ondes en 2020 dans une émission consacrée aux idées devenant taboues. Un auditeur s'en indigne et saisit l'équivalent canadien de l'ARCOM, le CRTC, qui fustige l'emploi répété de ce titre durant l'émission.

Dans le sillage du décès tragique de George Floyd, pareille mention en ondes, sans précaution aucune, ne contribuait pas « au renforcement du tissu culturel et social et au reflet du caractère multiculturel et multiracial de la société canadienne ». Partant, les radiodiffuseurs devaient redoubler de vigilance et instaurer « toutes les mesures nécessaires pour atténuer l'impact d'un propos pouvant être perçu comme offensant par son auditoire ». Ce raisonnement – qui n'est pas sans évoquer celui retenu par la direction de Radio France au nom de la nécessaire cohésion sociale – est salutairement invalidé par la Cour d'appel fédérale au motif qu'il occulte l'importance de la liberté d'expression ainsi que l'indépendance en matière de journalisme, de création et de programmation dont jouissent les radiodiffuseurs. Au surplus, la cour estime que l'équivalent canadien de l'ARCOM a tenté de s'arroger « un pouvoir discrétionnaire illimité sur ce qui peut et ne peut être dit sur les ondes ». Autant un organisme régulateur peut à bon droit intervenir au sujet d'excès, autant les mesures prônées ne sauraient l'être sans égard à la liberté d'expression.

Cette mise au point est également une mise en perspective. Il serait étonnant de condamner l'humour au motif qu'il porte en son sein la division lorsque des instances officielles investissent l'arène publique et lancent elles-mêmes des cris d'alarme. Le 5 novembre, dans un geste symbolique comme exceptionnel, plus de dix têtes dirigeantes d'entités onusiennes signaient collectivement une tribune publique réitérant l'atrocité des basses œuvres du Hamas tout en stigmatisant une riposte jugée indigne (« outrage » en anglais) au vu du nombre de civils tués et de ceux et celles privés de ressources essentielles en raison de bombardements décrits comme « inacceptables », vu l'ampleur des lieux visés : hôpitaux, lieux de culte, abris, demeures. L'horreur est décriée, de part et d'autre, dans un camp comme l'autre, en toutes lettres. Il est à se demander en quoi une condamnation émanant de sources officielles, visiblement concertée et forcément destinée à marquer les esprits, est moins à même de remuer l'opinion publique qu'une saillie humoristique.

La position canadienne est sans ambiguïté : les effets soi-disant nocifs de l'humour ne sauraient être exagérés. De surcroît, les organismes régulateurs ne disposent pas d'une capacité débridée de proclamer des oukases langagiers. Sous le couvert de vouloir tuer dans l'œuf des polémiques jugées néfastes au climat social, il est à se demander si l'ARCOM et la direction de Radio France ne condamnent pas, en réalité, l'effet dénonciateur de l'humour tout en laissant indemnes des propos d'instances officielles non moins ravageurs.

Pierre Rainville, Professeur titulaire

Cotitulaire de la Chaire de recherche France-Québec sur les enjeux contemporains de la liberté d'expression (FRQ / CNRS) - COLIBEX

Faculté de droit, Université Laval à Québec

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Crise à Québec solidaire Réinventer notre démocratie en faillite

14 mai 2024, par Collectif — , ,
Pour les cosignataires, le projet de Québec solidaire consiste à « se faire élire avec une véritable force démocratique qui souffle dans nos voiles, et opérer enfin de grandes (…)

Pour les cosignataires, le projet de Québec solidaire consiste à « se faire élire avec une véritable force démocratique qui souffle dans nos voiles, et opérer enfin de grandes transformations ».

Quarante cosignataires ayant milité ou travaillé activement pour Québec solidaire*

Qu'est-ce que le projet de Québec solidaire ?

Nous publions aujourd'hui cette lettre en réaction à la récente sortie de Gabriel Nadeau-Dubois pour une « gauche pragmatique », où il a laissé entendre qu'il existait à l'intérieur de Québec solidaire (QS) une autre gauche qui, elle, ne cherchait pas réellement à mettre le parti au pouvoir.

C'était induire le public en erreur, et il nous faut aujourd'hui démêler les pinceaux du porte-parole masculin de QS pour que le débat puisse se faire sur des bases intelligentes et respectueuses.

Rappelons qu'il y a sept ans, l'ancien leader étudiant, nouvellement élu porte-parole masculin du parti, s'exprimait ainsi : « Je pense que Québec solidaire, au moment où on se parle, ressemble encore un peu trop à un parti traditionnel et qu'il peut […] vraiment se transformer en un mouvement citoyen large, présent à la fois au Parlement et dans la société civile. »

Il se présentait à l'époque comme étant en phase avec ses prédécesseurs, Amir Khadir et Françoise David, qui écrivaient en 2009 dans le manifeste de QS : « Un autre monde est possible si l'on questionne sérieusement l'organisation et la culture capitalistes ; si l'on repense nos liens sociaux, nos solidarités ; si nous nous inscrivons dans des alternatives citoyennes et politiques. »

L'idée était que QS n'accède pas au pouvoir en s'appuyant uniquement sur les règles politiques habituelles, cette espèce de course de chevaux réglée par les sondages, le commentariat et le découpage du peuple en clientèles électorales et en microciblage.

Comme l'expliquait Émilise Lessard-Therrien, un gouvernement solidaire ainsi élu se retrouverait très faible face aux puissants lobbys qui attendent de pied ferme tous les gouvernements du Québec. Pour apporter des changements qui ne soient pas qu'une succession de « mesurettes » (le mot est d'Amir Khadir), il faudra donc absolument, derrière l'élection d'un gouvernement de QS, toute la puissance du « lobby du peuple » (Catherine Dorion) : un peuple bien mobilisé et bien réveillé, prêt à affronter la déroute capitaliste avec son gouvernement.

Se cantonner dans les institutions parlementaires actuelles ainsi que dans la soumission aux exigences médiatiques et algorithmiques, ça serait l'équivalent d'attendre par magie qu'un mouvement social fort se lève et que QS puisse simplement s'en faire le relais à l'Assemblée nationale. Ça serait attendre, encore une fois, des « conditions gagnantes » ou le « moment opportun » pour réaliser enfin ce projet de transformation sociale ambitieux qui est partagé par un très grand nombre de Québécoises et Québécois en quête de sens. Ça serait faire élire QS pour ensuite le mettre en mode stand-by… et faire en sorte que le parti patine à l'intérieur du système, déçoive et y perde son âme, et que tout soit à recommencer.

Le Québec a déjà joué dans ce film-là. La regrettée militante indépendantiste et féministe Hélène Pedneault racontait, dans La force du désir, « cette forme particulière d'énergie inébranlable qui monte quand on désire vraiment quelque chose ». Elle démolissait le faux pragmatisme du « moment opportun » péquiste en expliquant comment, « [q]uand on désire profondément, résolument quelque chose, on s'organise toujours pour “arranger” la conjoncture qui nous semble paresseuse ou hostile, afin qu'elle travaille pour nous et qu'elle devienne un outil et non un frein, une porte ouverte et non une porte blindée cadenassée à double tour, une permission d'être et de faire et non un rejet ».

« Arranger » la conjoncture pour dégager les possibles : c'est ça, depuis le tout début, le projet de QS. Utiliser une très grande partie de toutes les ressources gagnées via les élections (nos recherchistes, nos gens de comm, nos organisatrices et organisateurs, nos budgets) pour nourrir les luttes environnementalistes et sociales partout au Québec.

Se lier sincèrement, les manches retroussées et les deux mains dans la pâte, avec tout ce qui s'active en termes de mouvement social. Puis, une fois le peuple bien mobilisé avec nous, se faire élire avec une véritable force démocratique qui souffle dans nos voiles, et opérer enfin de grandes transformations.

C'est à ce parti-mouvement-là que nous avons été conviées et conviés, nous, signataires de cette lettre. C'est à ce parti-là que nous avons consacré temps, charge mentale, sueur, foi, et une grande quantité d'efforts résolus et sincères. Et si QS est ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire un outil capable d'espérer un jour prendre le pouvoir, c'est entre autres grâce à ce que nous avons travaillé à construire depuis 2006.

La gauche craintive se fait doubler partout en Occident

Le 1er mai dernier, journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs, le point de presse que tenait Gabriel Nadeau-Dubois devait répondre à la crise qui faisait rage à QS depuis la démission d'Émilise Lessard-Therrien. Il devait répondre à la pluie de dénonciations sur les réseaux sociaux qui a suivi quant à la concentration du pouvoir entre les mains de ses proches et l'exode des femmes lié à un climat malsain. Il n'a pas répondu à ces dénonciations : il a plutôt fait diversion et changé de sujet, ce qui est précisément l'inverse de « se mettre à l'écoute ».

« La gauche pragmatique », le mot était lancé. Gabriel avait choisi son camp. Le mouvement citoyen à bâtir avait disparu de son discours – il n'y est plus depuis longtemps. Il faut donc arriver au gouvernement, peu importe les conditions. À d'autres de travailler à construire un mouvement populaire et à faire naître les « conditions gagnantes ».

Or il faut se rappeler que la gauche « pragmatique », « efficace » et calculatrice, celle qui traite les autres de rêveurs et d'idéalistes – comme si c'était des défauts –, se fait doubler à l'heure qu'il est.

Elle se fait doubler partout en Occident par une droite qui n'a pas peur de soulever des foules et de déplacer le cadrage du débat politique vers la droite. Si cela fait peur à bien du monde, cela devrait surtout faire en sorte que la gauche, pour reprendre l'expression de Gabriel, se « regarde chaque matin dans le miroir » sans complaisance aucune.

Où nous mènera ce choix craintif de se tenir dans les limites du « pragmatisme » dictées par les élites médiatiques et économiques ? Notre ambition est beaucoup plus grande que ça. Bien sûr que nous voulons prendre le pouvoir. Mais ce n'est pas pour l'occuper tranquillement en y passant les quelques projets de loi que les élites dominantes voudront bien nous laisser passer.

C'est pour reprendre ce pouvoir à bras-le-corps et le faire redescendre vers le peuple ; c'est pour réinventer du tout au tout notre démocratie en faillite ; c'est pour réécrire à partir de zéro une Constitution nouvelle, celle d'un Québec indépendant qui soit en phase avec ce mouvement social chauffé à bloc auquel nous aurions œuvré au meilleur de nos capacités. En phase avec le peuple, pour une fois.

Et ça, ça ne se fera pas dans les limites de ce que les commentateurs média ou les évêques de la finance jugent « réaliste ». Ça ne se fera pas avec un seul discoureur habile ou avec une seule petite clique. Ça se fera avec beaucoup, beaucoup de monde. C'est au travail de rassembler cette immense gang-là pas seulement dans l'urne, mais aussi dans la vraie vie, qu'il faudrait que QS s'attèle.

Comme l'écrivait Émilise dans sa lettre de démission : il faut plonger les racines du parti dans toutes les régions du Québec, depuis là où le fleuve Saint-Laurent devient mer jusqu'au lac Abitibi, que partout on se reconnaisse en nous et pas juste là où on a des « chances de gagner ».

Autrement, si QS poursuit sa standardisation et continue à concentrer le pouvoir à sa tête, à l'image de ce système de domination qu'il avait été créé pour combattre, il faudra le considérer comme ce qu'il a manifestement été pour de trop nombreuses militantes et nombreux militants : un éteignoir plutôt qu'un catalyseur d'espoir.

* Signataires (en ordre alphabétique) : Jimena Aragon, candidate solidaire dans Chauveau en 2022 ; Gabrielle Arguin, attachée aux communications de l'aile parlementaire en 2022 ; Francis Baumans, membre du comité de coordination de Québec solidaire Mont-Royal–Outremont ; Vincent Boissonneault, membre du comité de coordination de Québec solidaire Jean-Lesage ; Sébastien Bouchard, candidat dans Jean-Lesage en 2012 et 2014, et ex-porte-parole régional de Québec solidaire dans la région de la Capitale-Nationale ; Joanne Boutet, membre du comité de coordination de Québec solidaire Jean-Lesage ; Alexandre Boutet-Dorval, membre du comité de coordination de Québec solidaire Jean-Lesage ; Pier-Luc Brault, militant de Québec solidaire dans Saint-François ; Rébecca Breton, militante et recherchiste à l'aile parlementaire en 2022 ; William Champigny-Fortier, militant de Québec solidaire dans Arthabaska ; Karine Cliche, candidate solidaire dans Sainte-Rose en 2022 ; Michelle Corcos, responsable de la Commission thématique Santé ; Antoine Côté, coordonnateur de l'association locale de Québec solidaire dans Mont-Royal–Outremont ; Catherine Cyr Wright, candidate dans Bonaventure en 2018 et 2022 ; Marie Dionne, membre du comité de coordination de Taschereau ; Catherine Dorion, députée de Québec solidaire de 2018 à 2022 et membre fondatrice d'Option nationale ; Amélie Drainville, militante solidaire et candidate dans Berthier en 2022 ; Jacynthe Drapeau, membre du comité de coordination de Québec solidaire Jean-Lesage ; Daniel Desputeau, attaché de circonscription dans Rosemont de 2018 à 2024 ; Charles-Émile Fecteau, militant de Québec solidaire dans Jean-Talon ; Jonathan Durand Folco, ancien responsable des orientations de Québec solidaire ; Pascale Fortin, candidate dans Arthabaska en 2022 et membre du comité de coordination de Québec solidaire Arthabaska ; André Frappier, ancien président et co-porte-parole de Québec solidaire ; Jonathan Gagnon, ancien employé de l'aile parlementaire et membre dans Roberval ; Christine Gilbert, membre du comité de coordination national et du comité exécutif de Québec solidaire en 2023, candidate solidaire dans Lotbinière-Frontenac en 2022 et candidate à l'investiture dans Jean-Talon en 2023 ; Carol-Ann Kack, candidate solidaire dans Rimouski en 2018 et 2022 ; Élisabeth Labelle, candidate solidaire dans Notre-Dame-de-Grâce en 2022 ; Raphaël Langevin, militant de Québec solidaire dans Verdun et économiste ; Myriam Lapointe-Gagnon, fondatrice de Ma place au travail et candidate solidaire dans Rivière-du-Loup–Témiscouata en 2022 ; Nicolas Lévesque, ex-directeur des communications de l'aile parlementaire de Québec solidaire ; Etienne Marcoux, militant solidaire dans Saint-François ; Eric Martin, responsable des communications de l'Union des forces progressistes (2004-2006) et au CCN de Québec solidaire (2006-2007), auteur, Un pays en commun, Écosociété ; Rabah Moulla, candidat solidaire dans Chomedey en 2018 et membre du comité de coordination national de Québec solidaire de 2020 à 2022 ; Philippe Pagé, candidat solidaire dans Richmond en 2022 ; Jean Pierre Roy Valdebenito, membre du comité de coordination de Québec solidaire Jean-Lesage ; Audrey Plamondon, membre du comité de coordination de Québec solidaire UdeM ; Terminal Smirnova, responsable de la mobilisation de l'association locale de Québec solidaire Mont-Royal–Outremont ; Victor Tardif, militant de Québec solidaire dans Sainte-Marie–Saint-Jacques ; Andrée-Anne Tremblay, membre du comité des femmes de la Capitale-Nationale et militante dans Taschereau ; Marie-Ève Turgeon, militante dans Prévost et illustratrice

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Afrique du Sud : la xénophobie et le sexisme, un héritage de la colonisation et de l’apartheid

14 mai 2024, par Aïssa Kadri, in Salim Chena — , ,
Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/09/afrique-du-sud-la-xenophobie-et-le-sexisme-un-heritage-de-la-colonisation-et-de-la

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/09/afrique-du-sud-la-xenophobie-et-le-sexisme-un-heritage-de-la-colonisation-et-de-lapartheid/

in Salim Chena & Aïssa Kadri, Routes africaines de la migration. Dynamiques sociales et politiques de la construction de l'espace africain, Paris : Éditions du Croquant, collection Sociétés et politique en Méditerranée, 7 mai 2024.
https://editions-croquant.org/societes-et-politique-en-mediterranee/990-routes-africaines-de-la-migration-dynamiques-sociales-et-politiques-de-la-construction-de-lespace-africain.html

En Afrique du Sud, les manifestations xénophobes sont récurrentes. En mai 2008, des émeutes racistes font soixante-deux morts. En 2015, des pillages à Johannesburg et à Durban visent des commerces tenus par des « étrangers » et font sept morts. En septembre 2019, le pays connaît une nouvelle flambée d'émeutes xénophobes. Les commentaires s'orientent vers les forts taux de chômage ou les niveaux élevés de pauvreté pour en expliquer la cause. Les images que renvoient ces mouvements – foule d'hommes armés de gourdins, de pierres, de machettes ou de haches, passant à tabac ou massacrant sur leur passage des « étrangers » (le plus souvent venus d'autres pays d'Afrique), détruisant leurs commerces ou brûlant des bâtiments – réfléchissent davantage les fortes violences de genre qui caractérisent le pays et qui se sont depuis accrues avec l'épidémie de Covid-19.

Extrait de l'introduction de l'ouvrage
par Salim Chena et Aïssa Kadri

Tandis que d'innombrables travaux traitent des migrations des Africains depuis l'Afrique vers l'Europe, peu évoquent les migrations intérieures au continent. Lorsque les migrations transsahariennes sont objets de recherches ou d'enquêtes, l'hypothétique destination européenne est habituellement au centre de la problématique. L'étude des migrations internationales, plus généralement, reste encore dominée par le paradigme des migrations Sud-Nord. Dans l'édition 2020 du rapport sur L'économie africaine, par exemple, le chapitre traitant de « la migration africaine », en dépit d'une volonté affichée de discuter les discours dominants, est consacré quasi-exclusivement aux pays de l'OCDE. Y compris lorsque l'impact sur les sociétés, économies et espaces d'émigration constitue un enjeu central de la recherche, le prisme des migrations en direction de l'Europe reste prégnant. Les récits qui traversent les constructions médiatiques et politiciennes des migrations des Africains sont, depuis longtemps, concentrés sur le présupposé d'une Europe menacée d'« invasion » par les traversées de la Méditerranée. Ce mot, « invasion », prononcé par Valery Giscard d'Estaing en 1991 s'est rapidement banalisé, et a été légitimé par sa reprise et sa diffusion. Il paraît bien faible à l'heure actuelle en comparaison du vocabulaire utilisé, de l'état du débat public, de l'orientation des politiques publiques et des résultats électoraux lorsqu'il est question des « immigrés » en Europe. La construction performative de l'invasion, de la menace migratoire, s'inscrit ainsi, à travers les caractéristiques des enjeux des mobilités interétatiques actuelles qu'elle révèle, dans un processus qui ressemble à une forme de « guerre ». Elle tend en tous les cas à travers des appropriations de la question migratoire, comme arme politique et symbolique, à l'établissement de nouveaux rapports de domination à l'échelle du monde. Il est nécessaire de mettre au jour comment se fabriquent, dans leurs interrelations et affichages publics, les assignations, dans un monde où l'exclusion vise de larges pans des sociétés. Il y a sans doute à revenir sur le prisme colonial et ses catégories, sur un certain ethnocentrisme « occidental » des sciences sociales dans la prise en compte et l'analyse des nouvelles migrations. Les thèmes et problèmes qui affichent de manière désinhibée le stigmate, deviennent récurrents, reproduits à l'envi, selon des schèmes et des stéréotypes qui font fi autant de l'histoire profonde, que des contextes actuels des circulations intra-régionales africaines, méditerranéennes et internationales.

https://joellepalmieri.org/2024/05/02/afrique-du-sud-la-xenophobie-et-le-sexisme-un-heritage-de-la-colonisation-et-de-lapartheid/

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Parler sexe - Se libérer des normes pour inventer la sexualité qui nous convient

14 mai 2024, par Éditions Écosociété, Maude Painchaud Major — , ,
Construire sa sexualité sans se soucier des normes, avoir et donner du plaisir sans tabous, développer une intimité sexuelle loin des obligations de performance... Il est temps (…)

Construire sa sexualité sans se soucier des normes, avoir et donner du plaisir sans tabous, développer une intimité sexuelle loin des obligations de performance... Il est temps ! Par chance, la sexologue et tiktokeuse Maude Painchaud Major publie cette semaine un essai rafraîchissant, Parler sexe - Se libérer des normes pour inventer la sexualité qui nous convient, dans la collection Radar. Tous les détails se trouvent ci-bas dans l'infolettre.

Comment parler sexe aux jeunes en 2024 ? Forte de son expérience comme conférencière et animatrice d'ateliers en milieu scolaire, Maude Painchaud Major le fait avec le plus grand des tacts. Bien que le livre ne prétende pas remplacer un précieux cours d'éducation à la sexualité, il en incarne un complément particulièrement efficace, un rempart rassurant en ces temps où les sources d'informations ne sont pas toutes des mines d'or.

L'autrice offre une visite guidée généreuse et bienveillante des différents aspects de la sexualité auxquels est confronté·e un·e ado : pression de performance, désir, plaisir, consentement, stéréotypes de genre, orientation sexuelle, pornographie, contraception, masturbation, etc. Aux questions sans réponse, aux inquiétudes d'avant l'expérience, elle suggère la communication : parler entre partenaires, parler entre ami·es.

Ouvrage de référence à la fois concis et pratique, ce n'est toutefois pas le lieu d'une accumulation de statistiques. En effet, l'autrice prend davantage le parti de s'intéresser aux préoccupations d'ordre qualitatif que ressentent les élèves du secondaire. « La taille du pénis, est-ce que c'est important ? », « Peut-on avoir des relations sexuelles en étant menstruée ? », « Être beau, ou belle, qu'est-ce que ça veut dire ? », mais surtout : « Suis-je normal·e ? ».

« Le plaisir devrait être le pilier de la sexualité, la fondation sur laquelle tout le reste se bâtit. Le plaisir de se donner du plaisir à soi-même, de connecter intellectuellement, émotionnellement et physiquement avec d'autres êtres humains, de découvrir d'autres corps, d'avoir du plaisir à donner du plaisir, de partager son intimité, d'explorer toutes sortes de pratiques sexuelles, etc. »

Maude Painchaud Major

Diplômée en sexologie, Maude Painchaud Major propose des ateliers et des conférences dans les écoles, centrés sur une éducation à la sexualité saine, positive et inclusive. Elle anime aussi une chaine Tiktok, pour répondre aux questions des ados sur la sexualité.

En librairie le 8 mai au Canada / 17 mai en Europe
Collection Radar (15 ans et +)

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Israël interdit Al Jazeera afin de cacher la réalité de plus en plus embarrassante que cette chaîne dévoile

14 mai 2024, par Ovide Bastien — , ,
Ovide Bastien, professeur à la retraite, Collège Dawson Le 5 mai, le gouvernement israélien ferme les bureaux d'Al Jazeera en Israël, confisque son matériel de diffusion, (…)

Ovide Bastien, professeur à la retraite, Collège Dawson

Le 5 mai, le gouvernement israélien ferme les bureaux d'Al Jazeera en Israël, confisque son matériel de diffusion, coupe cette chaîne de télévision des compagnies de câble et de satellite et bloque ses sites web.
Le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou justifie ce geste en déclarant qu'Al Jazeera agit comme « porte-parole du Hamas, incite à la violence contre ses soldats, et porte atteinte à la sécurité d'Israël ».

Le 6 mai, le Hamas étonne le monde en annonçant qu'après de nombreuses semaines de négociations ardues, il accepte finalement une proposition de cessez-le-feu égypto-qatarie pour Gaza. Le lendemain, Nétanyahou annonce que la proposition ne rencontre pas ses exigences et que l'armée israélienne va envahir Rafah « afin d'éliminer complètement le Hamas ».

Le 8 mai, le secrétaire américain à la défense Lloyd Austin annonce que les Etats-Unis, en désaccord avec la décision d'Israël d'envahir Rafah, suspendent la livraison de milliers de grosses bombes à Israël.
Se pourrait-il que la pression énorme provenant des milliers d'étudiants qui manifestent dans de nombreuses universités aux Etats-Unis, appelant à un cessez-le-feu et au désinvestissement de leurs institutions de toute entreprise livrant des armes à Israël, commence à porter fruit ? Même si ces manifestants sont qualifiés par Nétanyahou « d'antisémites et ennemis d'Israël » et même « de nazis » ?

*************
Avant le début novembre dernier, j'obtenais mon information au sujet de l'invasion de Gaza par Israël, déclenchée à la suite de l'attaque du Hamas le 7 octobre, uniquement de médias comme le Devoir, Radio-Canada, CBC, le Guardian, El País, et BBC.

C'est grâce à Nadia Kanji, une étudiante du profil Les Études Nord-Sud du Collège Dawson que j'accompagnais lors du stage étudiant au Nicaragua en décembre 2010, que j'ai commencé à suivre aussi la chaîne de télévision Al Jazeera.
J'y suis devenu rapidement accro.

« Ovide, je réside présentement aux États-Unis et travaille pour l'émission Upfront d'Al Jazeera, » m'écrit-elle octobre dernier. « Voici le lien où tu pourras visionner notre dernier épisode. »

J'ouvre le lien. La qualité de cet épisode m'impressionne. Le reporter Marc Lamont interroge, pendant une demi-heure et sans annonce aucune, l'auteur d'un livre sur la question palestinienne.

Je décide de consulter le programme régulier d'Al Jazeera.

Je suis étonné de voir la qualité de sa couverture de la guerre à Gaza. Celle-ci dépasse, et de beaucoup, à la fois en profondeur et étendue, celle de toutes les autres sources que je consultais auparavant. En plus, je suis agréablement surpris de voir qu'il est possible de visionner toute la programmation en direct sur Internet, et ce gratuitement et avec fort peu d'annonces.

Je découvre éventuellement qu'Al Jazeera a plusieurs émissions-débats, de qualité similaire à Upfront – The Bottom Line, Inside Story, Listening Post, Witness, etc. – ainsi que plusieurs excellents documentaires. Ces émissions et documentaires portent sur les principaux sujets de l'actualité internationale, mais la question palestinienne, sans doute à cause de la guerre en cours, occupe la place d'honneur.

L'expertise des reporters qui animent ces émissions ainsi que leur maitrise de l'anglais m'étonnent. M'impressionnent aussi la diversité et grande compétence des personnes invitées à participer aux débats. Il n'est pas rare de voir parmi celles-ci des Juifs critiques du sionisme comme les historiens Norman Finkelstein et Ilan Pappé, l'autrice et activiste canadienne Naomi Klein, l'ex-négociateur israélien dans le cadre du processus de paix d'Oslo Daniel Levy, et l'écrivain israélien et membre de la direction du quotidien Haaretz Gideon Levy. Apparaissent aussi régulièrement de hauts placés, actuels ou passés, de divers gouvernements. Des États-Unis, du Royaume-Uni, et de divers pays arabes, mais aussi, assez étonnamment, du gouvernement israélien lui-même et de militaires des forces armées israéliennes.
Bien qu'Israël n'autorise aucun journaliste étranger à entrer dans la bande de Gaza à moins qu'il ne soit intégré à son armée, Al Jazeera a de nombreux reporters palestiniens là. Ces derniers, peu étonnamment, soulignent que leurs reportages proviennent d'un territoire occupé et s'acharnent à documenter méticuleusement la guerre, présentant au monde entier des images de chaque bombardement occasionnant la destruction massive de résidences, d'hôpitaux, d'universités, de mosquées, etc., de chaque carnage (présentement il y a 34 900 morts, 70% femmes et enfants, et 78 200 blessés), d'enfants affamés (31 en sont morts jusqu'à maintenant) par le blocage systématique d'aide humanitaire à Gaza, de fosses communes (celle découverte à l'hôpital Nasser, le principal établissement médical du centre de Gaza, contenait près de 400 cadavres)...

Ces images difficiles à regarder incommodent énormément le gouvernement Nétanyahou. Non seulement sapent-elles sa crédibilité lorsqu'il affirme faire tout ce qui est humainement possible afin de limiter le nombre de victimes civiles, mais elles noircissent aussi substantiellement son image dans l'opinion publique internationale.

Le simple fait que plus de 140 journalistes et employés des médias aient été tués à Gaza depuis le 7 octobre 2023 démontre le courage impressionnant dont ils font preuve. Mais aussi, malheureusement, la grande détermination du gouvernement israélien à faire taire leurs voix.

Doit-on vraiment s'étonner de voir le gouvernement Nétanyahou procéder à l'interdiction d'Al Jazeera en Israël ?

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Réaction à l’Infolettre de QS intitulée « La suite des choses pour notre parti » ─ 6 mai 2024.

14 mai 2024, par Mario Charland — , ,
Ce qui ressort le plus, à mon sens, dans les dernières déclarations de GND ainsi que dans les prises de position de la direction de QS, et qui est aussi le plus problématique, (…)

Ce qui ressort le plus, à mon sens, dans les dernières déclarations de GND ainsi que dans les prises de position de la direction de QS, et qui est aussi le plus problématique, c'est le sentiment d'« urgence », voire de « panique » qui habite tout ce beau monde. Comme si les membres les plus influents du parti venaient de prendre conscience de l'ampleur de tous les problèmes soulevés (environnement, logement, services publics) et qu'il fallait, de ce fait, prendre le pouvoir à Québec « de toute urgence » pour remédier le plus tôt possible à la situation devenue alarmante. Comme si la volonté affirmée de résoudre au plus vite ces crises devenues « chroniques » allait pouvoir précipiter les événements en faveur d'un parti qui serait le seul à avoir les moyens d'en venir à bout. Comme si le fait, pour QS, de décréter l'« urgence » d'accéder au pouvoir parlementaire allait coïncider, comme par magie, avec ces autres « urgences » (climat, habitation, éducation, santé, etc.) Tout comme cette « foi » dans l'alignement favorable des planètes pour poser une action, prendre une décision, lancer un projet qu'on retrouve principalement dans l'ésotérisme ou l'astrologie, qui ne se sont pas des disciplines qui se démarquent particulièrement par leur caractère rigoureux, scientifique ou prédictif, on prend ses désirs pour la réalité et on veut une victoire électorale dans l'« immédiat ».

Pour quelqu'un qui veut faire prendre à QS un tournant « pragmatique », donc « réaliste », GND (appuyé semble-t-il par la nomenklatura du parti) fait preuve au contraire d'un très grand « idéalisme », pour ne pas dire d'un illusionnisme qui se détourne des fondements « idéologiques », « politiques » et « éthiques » de Québec Solidaire. Cet empressement subi à gravir les marches institutionnelles vers la gouvernance de la Belle Province est le symptôme, soit d'une perte de confiance dans le programme « progressiste » de QS, soit d'une montée de fièvre « politicienne », « partisane », « opportuniste » qui relègue au second rang les principes les plus élémentaires d'un mouvement social et populaire de « gauche ». Dans les deux cas, la seule réponse possible est la précipitation qui va toujours de pair avec l'improvisation. On s'interdit ainsi de mettre à profit le caractère potentiellement « rationnel » du libéralisme démocratique qui pourrait nous être favorable si on y adhère avec discernement.

Dans le contexte de cette démocratie libérale qui perd de plus en plus ses ancrages et d'un système parlementaire qui se fossilise en réaction au déclin du modèle (et du monde) occidental, ces tentatives de « recentrage », ce vocabulaire (« pragmatisme ») et cette méthode (« électoralisme »), directement inspirés du modèle stratégique « caquiste » (qui, comme on le sait, se démarque par ses « hauteurs de vue »), donnent l'impression d'une démission devant la lenteur du processus électoral qui n'est, somme toute, qu'un moyen parmi d'autres pour faire advenir la société à laquelle aspire la gauche québécoise. Avec la perspective pessimiste qui se fait jour depuis les dernières élections, le parti est confronté à faire des choix « difficiles », comme le disent notre chef, notre directrice et notre présidente, quoiqu'il faille interpréter ce constat en un sens fort différent de celui qu'ils veulent lui donner. Allons-nous nous enfoncer encore plus loin dans une optique « opportuniste » à partir de laquelle il faudra éternellement se questionner sur ce qu'il faut dire ou ne pas dire, comment le dire ou comment ne pas le dire, dans quelles circonstances il est bon d'affirmer ceci ou cela ou de ne pas l'affirmer (ou encore de l'affirmer sans vraiment l'affirmer), que maintient-t-on dans notre plate-forme électorale et que repousse-t-on aux calendes grecques ? Là est la question : comment se situer face au parlementarisme qui n'a pas que des qualités mais dont les militants progressistes ont accepté les règles en formant un parti en bonne et due forme (QS), quitte à redéfinir, en temps et lieu, au moment d'avoir en mains les rênes du pouvoir parlementaire, certains protocoles qui se sont empoussiérés depuis que l'Empire britannique nous a fait « cadeau » de son système électoral.

Étant donné la récente remontée du PQ dans les sondages qui pourrait se traduire par un retour au pouvoir du parti souverainiste et un déclassement de QS, avec comme conséquence une régression vers le troisième groupe d'opposition (ou peut-être même le quatrième), ce qui constituerait un recul encore pire qu'en 2022 où le pourcentage de votes en faveur du parti a diminué, il est compréhensible et même nécessaire de vouloir opérer un processus d'introspection (une sorte de « thérapie de groupe », si l'on veut), d'autant plus que les deux formations sollicitent à peu près le même électorat (une gauche plus ou moins modérée, souverainiste ou indépendantiste selon le cas, « progressiste » avec toutes les variantes sémantiques existantes qui peuvent qualifier cette expression).

Ceci dit, évitons de tomber dans l'auto-flagellation, la culpabilisation à outrance (mea culpa, mea maxima culpa), le remords de conscience, procédés que nous avons hérité de notre culture judéo-chrétienne (du moins, pour les plus vieux d'entre nous), car il semble bien que, déjà, nous ayons beaucoup d'éléments à portée de la main pour effectuer un questionnement « en-retour » sur les décisions (plus ou moins heureuses, plus ou moins pertinentes et avisées) prises depuis 2018 : a) Le résultat tangible de la stratégie de « recentrage » de la dernière campagne électorale, b) L'abandon du travail parlementaire par des éléments cruciaux du parti (Dorion, Lessard-Thérien), c) Les effets négatifs, perturbateurs, aliénants (et même « traumatisants ») de l'adoption, sans distance « critique », du rythme effréné imposé par l'appareil politico-médiatique qui dicte quasiment l'agenda du Parlement (ce qui constitue une entrave sérieuse à une démocratie parlementaire « libérée » des pressions extérieures indues exercées par des intérêts particuliers qui viennent en contradiction avec les intérêts de la Majorité, donc avec le Bien Commun) et, finalement, d) L'expérience, très parlante, de la surmédiatisation grandissante de GND qui a pour effet de concentrer l'attention sur le porte-parole masculin, au détriment, peut-être, des fondamentaux du programme, ce qui, de plus, nourrit faussement l'image d'un parti dirigé par un seul homme.

En résumé, même si la ferveur « citoyenne » (devrait-on dire « révolutionnaire » ?) est importante dans la militance, elle constitue une sorte de « carburant » pour se mobiliser, mener des actions, poser des gestes « concrets » et « significatifs », il faut garder la tête froide et prendre des décisions réfléchies à l'aune de nos valeurs, nos principes, notre sens de l'intégrité morale, éthique, politique. Dans ce qu'on peut lire, entendre, voir de la part des représentants « officiels » de QS (Internet, médias, réseaux sociaux), on perçoit assez bien une sorte d'irritation, de décontenance, d'impatience devant le piétinement que vit QS eu égard à la volonté populaire (toujours instable, il faut le dire) ; à l'inverse (comme on peut s'en rendre compte en consultant le site Presse-toi à gauche !), il ressort une vraie et grande sagesse venant de la base militante qui a à cœur de mener une réflexion rigoureuse en faisant la part des choses entre le réel « électoraliste » (dont il faut tenir compte) et la pureté « idéologique » (qu'on doit toujours garder à l'esprit). L'impasse dans laquelle semble se débattre actuellement le parti, autant au niveau des instances décisionnelles qu'au niveau du membership militant, va trouver sa résolution entre ces deux extrêmes…

Mario Charland
Shawinigan

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