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Russie. La solidarité plus forte que la répression : le cas de Boris Kagarlitsky

21 mai 2024, par Suzi Weissman — , ,
Boris Kagarlitsky a été désigné comme le premier lauréat du prix « Prisonnier de conscience » de la Fondation Daniel Singer [Daniel Singer 1926-2000, intellectuel polonais (…)

Boris Kagarlitsky a été désigné comme le premier lauréat du prix « Prisonnier de conscience » de la Fondation Daniel Singer [Daniel Singer 1926-2000, intellectuel polonais d'origine juive, journaliste-écrivain, d'orientation socialiste, ayant publié dans de très nombreuses revues].

11 mai 2024 | tiré du site alencontre.org
https://alencontre.org/europe/russie/russie-la-solidarite-plus-forte-que-la-repression-le-cas-de-boris-kagarlitsky.html

Boris Kagarlitsky est maintenant dans son lieu de détention « permanent » après avoir été déplacé deux fois pendant la période dite de quarantaine [voir sur ce site les articles publiés les 2 et 8 avril]. L'assassinat d'Alexeï Navalny par l'Etat russe souligne la nécessité d'une campagne mondiale pour la libération de tous les opposants au régime de Poutine, emprisonnés.

Le 13 février 2024, Kagarlitsky a fait l'objet d'un procès « en appel » inattendu, au cours duquel les procureurs ont demandé l'annulation des résultats du procès de deux jours qui s'est tenu en décembre 2023. Alors Kagarlitsky avait été libéré avec une amende après avoir passé 4,5 mois en détention provisoire dans la République des Komis, à 1000 kilomètres au nord de Moscou.

Il risquait une peine de 5,5 à 7 ans d'emprisonnement pour « apologie du terrorisme », mais il a été libéré moyennant une amende de 609 000 roubles, soit environ 6500 dollars. De prime abord, l'accusation était absurde. En fait, elle s'inscrivait dans le cadre d'une attaque généralisée contre le mouvement de la gauche russe dans son ensemble et contre l'organe de presse Rabkor de Kagarlitsky en particulier. Elle constituait une mise en garde aux opposants à la guerre et au régime : rompre le silence à propos de la guerre aurait de graves conséquences.

En effet, au moment de l'arrestation de Boris, quelque 21 000 personnes avaient déjà subi des représailles pour s'être opposées à la guerre du Kremlin contre l'Ukraine, dont plus de 2000 avaient été emprisonnées, selon Amnesty International.

Dans le cas de Kagarlitsky, l'accusation de justification du terrorisme portait sur des remarques ironiques qu'il avait faites dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et intitulée « Explosive Greetings from Mostik the Cat » (Salutations explosives de Mostik le chat). Les autorités n'ont pas compris la plaisanterie de Boris et ont soutenu que Kagarlitsky justifiait l'explosion du pont de Crimée.

Dans la vidéo, Boris Kagarlitsky note que la veille de l'attentat [attaque contre le pont de Crimée le 8 octobre 2022], des vœux de félicitations de Mostik le chat au président Poutine ont circulé sur les réseaux sociaux russes. Le chat étant la mascotte du pont saboté, Kagarlitsky a plaisanté sur le fait que Mostik avait agi en provocateur avec ses félicitations [1]. Boris a fait remarquer plus tard qu'il s'agissait probablement d'une mauvaise blague, mais que ce n'était pas un motif suffisant pour l'arrêter.

En réponse à la détention de Kagarlitsky à Syktyvkar, loin de Moscou pour empêcher les rassemblements en sa faveur, un vaste mouvement « Free Boris » a vu le jour à l'échelle internationale et, plus important encore, dans de nombreuses villes russes. Des manifestations spontanées ont eu lieu, des protestations en ligne, des graffitis « Free Boris » ont été peints sur les murs, et des actions internationales coordonnées ont été organisées à l'occasion de l'anniversaire de Kagarlitsky en août 2023.

Des milliers de signatures ont été recueillies auprès d'intellectuels, d'activistes et d'hommes politiques de premier plan. Le président brésilien Lula a critiqué la détention de Kagarlitsky, tout comme les dirigeants d'autres pays des « BRICS » que Poutine considère comme des alliés. La libération de Boris le 13 décembre 2023 a démontré que la pression et la solidarité internationales fonctionnent.

Le procès en appel, dont Boris s'attendait à ce qu'il confirme le verdict de décembre, s'est terminé par l'annulation du verdict de décembre et une condamnation à une peine de cinq ans dans une colonie pénitentiaire à régime général. Boris a été arrêté dans la salle d'audience.

Le prétexte

L'accusation a fait valoir que Boris Kagarlitsky était en procédure de faillite et ne pouvait pas payer l'amende imposée en décembre, de sorte qu'il devait purger la peine initiale.

Ces deux arguments sont faux : Rabkor a organisé un crowdfunding le lendemain de la libération de Kagarlitsky, et 700 000 roubles ont été collectés en une heure. […] Les frais de justice et les amendes subséquentes ont ajouté 710 000 roubles au montant que Kagarlitsky devait payer. Une fois de plus, le crowdfunding de Rabkor a permis de réunir la somme requise, soit 1 410 000 roubles (15 270 dollars).

Dans un geste presque comique, la banque a essayé de refuser l'argent lorsque Boris a payé l'amende. Il devait payer en personne, mais son nom figurait sur la liste des « extrémistes et terroristes » interdits de transactions financières. Finalement, il a pu payer l'amende, ce qui a mis à mal les arguments des procureurs.

Comme l'a déclaré Ilya Budraitskis, « il est inutile de discuter d'arguments juridiques, il n'y a aucune légalité dans le cas de Kagarlitsky, dans le cas de Navalny ou dans celui des nombreuses autres personnes détenues en raison de leurs opinions. Il n'y a pas de légalité, seulement des décisions politiques venant d'en haut et prises par des tribunaux qui n'ont aucune indépendance. »

Le résultat du procès en appel était inattendu, sévère et significatif. Trois jours plus tard, le 16 février 2024, Alexeï Navalny est décédé dans une colonie pénitentiaire du cercle arctique où il était détenu. Ces événements se sont produits dans le contexte du deuxième anniversaire de l'invasion de l'Ukraine, juste avant l'élection présidentielle pour le cinquième mandat de Poutine, alors que le Kremlin cherche à présenter les Russes comme unis derrière lui.

Kagarlitsky, pour sa part, a été autorisé à faire une déclaration après la décision du tribunal. Il a fait preuve de l'optimisme et de la détermination qui le caractérisent. Il a remercié Rabkor, a demandé plus de solidarité, mais ne s'est pas découragé. Il a déclaré : « Je suis comme toujours en pleine possession de mes moyens. Je continue à rassembler des données et des matériaux pour de nouveaux livres, y compris des descriptions de la vie en prison – maintenant dans des institutions moscovites [voir articles mentionnés]. Quoi qu'il en soit, à bientôt ! Je suis sûr que tout finira par s'arranger. Nous nous reverrons sur la chaîne Telegram et en personne. Nous devons juste vivre un peu plus longtemps et survivre à cette période sombre pour notre pays. »

Le média de Kagarlitsky, Rabkor, a lancé un appel au soutien :

« Boris est venu à l'audience avec son sac déjà fait. Hélas, ce n'est pas en vain. Il a été arrêté dans la salle d'audience. Boris Kagarlitsky n'est ni un extrémiste ni un terroriste, bien qu'il figure sur la liste des terroristes et des extrémistes établie par Rosfinmonitoring [agence de renseignement visant des questions dites financières et le terrorisem]. Boris Kagarlitsky n'a jamais justifié le terrorisme, y compris dans la vidéo et le message postés sur sa chaîne Telegram, qui, à la demande du Ministère public, ont constitué la trame de l'affaire pénale. Si vous voulez aider, vous pouvez utiliser Patreon… Toute aide est la bienvenue. »

La fille de Kagarlitsky, qui participait à un rassemblement impromptu en faveur d'Alexei Navalny, a fait cette déclaration au sujet de son assassinat par Poutine :

« Pour nous tous, c'est un signe particulier, surtout pour ceux qui ont des parents, des amis, des associés, entre les mains du régime de Poutine, nous ne sommes pas tous en sécurité. Maintenant que Boris est derrière les barreaux, il est particulièrement important de comprendre à quel point sa situation est dangereuse, et de faire preuve d'encore plus de solidarité avec Boris, avec son cas et avec des autres prisonniers politiques. Toutes mes condoléances à la famille d'Alexeï. Il m'est très difficile d'imaginer ce qu'ils vivent en ce moment, et c'est très difficile pour nous tous. »

Une déclaration publiée par le Mouvement socialiste russe se lit en partie comme suit : « L'affaire Boris Kagarlitsky est une parodie de justice. C'est aussi une gifle aux milliers de personnes qui ont exprimé leur solidarité avec lui : ils ont écrit des lettres, fait des émissions, collé des affiches. Dès que cela sera possible, notre rédaction publiera de nouvelles façons de soutenir Boris Yulievich. #Liberté pour Boris Kagarlitsky ! #Liberté pour tous les prisonniers politiques ! »

Le nombre de prisonniers politiques augmente à mesure que la Fédération de Russie réprime la dissidence. Vladimir Kara-Murza purge une peine de 25 ans pour trahison. A ce propos, OVD-Info informe sur le nombre de procédures et de détentions en date du 16 novembre 2023. Parmi ceux qui sont derrière les barreaux figurent des membres d'organisations de gauche, des socialistes, des communistes, des anarchistes et des démocrates de gauche non affiliés. Boris Kagarlitsky a rédigé une lettre en faveur d'une campagne de solidarité pour tous ceux qui s'expriment en faveur des droits sociaux et démocratiques et contre le militarisme et l'autoritarisme. Ils doivent être libérés immédiatement et sans condition. (Article publié dans la revue Against the Current, mai-juin 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)

Suzi Weissman est l'auteure d'une biographie politique de Victor Serge, traduite en français sous le titre Dissident dans la révolution, Ed. Syllepse, 2006.


[1] Les médias sociaux ukrainiens présentent de nombreux félins qui aident les soldats en termes émotionnels. Le thème est aussi utilisé sur les réseaux sociaux à propos des soldats russes. (Réd.)

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Le cas d'Oleg Orlov

Oleg Orlov, après le verdict, emmené par les policiers, 27 février 2024.

Par Dianne Feeley

Comme Boris Kargarlitsky, Oleg Orlov a été condamné en 2023. En octobre dernier, Olov, cofondateur du groupe de défense des droits de l'homme Memorial, aujourd'hui interdit [ont été visés Memorial International et ses « antennes régionales »], a été reconnu coupable d'avoir violé la loi russe contre le « discrédit des forces armées ».

Orlov avait écrit un essai anti-guerre intitulé « Ils voulaient le fascisme, et c'est ce qu'ils ont obtenu ». Cet essai a d'abord été publié en français par Mediapart en novembre 2022. Il l'a ensuite publié en Russie sur sa page Facebook. Il dénonce l'invasion de l'Ukraine par Poutine, qu'il qualifie de « meurtre de masse ». Il écrit :

« La guerre sanglante déclenchée par le régime de Poutine en Ukraine n'est pas seulement le meurtre de masse des habitants et la destruction des infrastructures, de l'économie et de la culture de ce merveilleux pays. Il ne s'agit pas seulement de la destruction des fondements du droit international. C'est aussi un coup dur pour l'avenir de la Russie. Le pays, qui s'est éloigné il y a trente ans du totalitarisme communiste, est retombé dans le totalitarisme, mais désormais fasciste. »

La condamnation d'Orlov s'est traduite par une amende de 150 000 roubles (environ 1630 dollars). Il a clamé son innocence et a refusé d'exprimer des regrets au sujet de son essai. Deux semaines plus tard, les procureurs de l'Etat ont requis un nouveau procès, affirmant que le motif de « haine politique et idéologique » sur lequel reposait l'article n'avait pas été pris en compte. Il a été déclaré « agent étranger » à la fin du mois de janvier 2024.

Depuis 1988, Orlov est actif dans la défense des prisonniers politiques et en tant qu'observateur dans les zones de conflit. Au milieu de l'année 1995, il a fait partie d'une délégation qui a résolu une prise d'otages à Boudionnovsk. Avec d'autres, il est devenu un otage volontaire afin de garantir un échange de prisonniers avec les séparatistes tchétchènes [alors dirigés par Chamil Bassaïev]. Grâce à ce compromis, la Russie accepte d'arrêter les actions militaires en Tchétchénie et d'entamer des négociations. Toutefois, ce tournant de la première guerre de Tchétchénie s'est soldé par une impasse, les pourparlers de paix ayant été rompus. Poutine a ensuite déclenché une deuxième guerre de Tchétchénie.

Memorial a été fondé à la chute de l'Union soviétique pour étudier les violations des droits de l'homme commises à l'époque de Staline. Sa mission a été élargie par la suite non seulement à l'étude de l'ensemble de la période soviétique, mais aussi à la protection des droits de l'homme dans la Russie d'aujourd'hui. Le centre a fait l'objet d'un contrôle plus approfondi après l'adoption de la loi russe sur les « agents étrangers » en 2012. Deux ans plus tard, son centre a été déclaré en tant qu'ONG « agent étranger » par le ministère de la Justice. En décembre 2021, le tribunal de la ville de Moscou a ordonné la fermeture du centre et la liquidation de ses biens. Les procureurs de l'Etat l'avaient accusé de soutenir le terrorisme et l'extrémisme.

Entre 2004 et 2022, le Memorial Human Rights Centre a reçu de nombreuses récompenses en matière de droits de l'homme. Avec des organisations de Biélorussie et d'Ukraine, Memorial a reçu le prix Nobel de la paix en 2022.

Le deuxième procès
Tout au long du nouveau procès de février 2024, Oleg Orlov a passé son temps assis dans la salle d'audience à lire Le Procès de Franz Kafka. Il a refusé de répondre aux questions tout au long des quatre jours. Son avocate, Katerina Tertukhina, a contesté le principe d'un nouveau procès, notant que les procureurs refusaient de préciser en quoi l'essai – cité ci-dessus – discréditait l'armée russe.

Deux membres du mouvement pro-Kremlin « Vétérans de la Russie », Vadim Mironenko et Sergey Bokhonko, qui ont porté les premières accusations contre Orlov, ont témoigné lors du second procès. Mironenko a déclaré qu'il avait suivi les travaux de Memorial et qu'il les avait trouvés « criminels et destructeurs ». Lorsque Orlov a refusé de l'interroger, Mironenko a répondu en accusant Orlov de se vanter de ses talents de négociateur lors de la crise de Boudionnovsk. Et il affirma qu'Orlov avait travaillé « pour épargner » des terroristes qui ont ensuite perpétré des attentats.

Mais le témoin clé de l'accusation, Maria Zueva, qui était censée procéder à l'examen linguistique actualisé de l'essai, s'est avérée être une stagiaire sans expérience préalable.

Le réquisitoire du procureur a maintenu qu'Orlov avait fait plus que partager ses opinions personnelles. L'avocate de la défense n'a fait qu'une bouchée de cet argument, soulignant que l'accusation portait sur la « formulation d'une opinion fausse » concernant l'armée russe. [En fait, la question de la liberté d'expression était posée.] L'avocate a affirmé : « Mais quelle est la menace que représente la formulation d'une fausse opinion ? Et comment une opinion même peut-elle être fausse ? Elle existe simplement ou elle n'existe pas. »

Oleg Orlov a fait une déclaration finale, alors qu'il pensait initialement y renoncer. Il a expliqué que la mort récente d'Alexeï Navalny l'avait incité à faire une déclaration finale : « Mais ensuite, j'ai pensé que tout cela n'était que les maillons d'une chaîne : la mort, ou plus précisément le meurtre d'Alexeï, les persécutions judiciaires d'autres critiques du régime (y compris les miennes), l'étouffement de la liberté dans ce pays et l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes. C'est pour cela que j'ai décidé de parler, après tout. »

Orlov a fait remarquer que depuis la publication de son article sur Facebook, les événements n'ont fait que confirmer les questions qu'il avait soulevées dans son essai : « Il est maintenant parfaitement clair que je n'ai pas du tout exagéré. »

La juge Elena Astakhova a ensuite condamné Orlov à deux ans et demi de prison pour avoir « discrédité » l'armée russe. Il a été immédiatement emmené par des policiers masqués, tandis que les supporters présents dans le couloir criaient « Nous t'aimons ! ». (Article publié dans la revue Against the Current, mai-juin 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)

Dianne Feeley est membre de la rédaction d'Against the Current. Elle a été très active dans le mouvement syndical, en particulier dans le secteur de l'automobile, entre autres dans la section Local 22 d'UAW à Detroit.

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Maïdan en Géorgie

21 mai 2024, par Argument pour la lutte sociale — , ,
La similitude entre la présente crise géorgienne et la crise ukrainienne démarrée fin 2013 est frappante. Fin 2013, la présidence ukrainienne qui, jusque-là, manœuvrait à la (…)

La similitude entre la présente crise géorgienne et la crise ukrainienne démarrée fin 2013 est frappante. Fin 2013, la présidence ukrainienne qui, jusque-là, manœuvrait à la fois avec Moscou et avec l'Union Européenne, avait tranché du côté de Moscou, déclenchant un soulèvement national et démocratique par refus de la soumission à l'empire colonisateur dont l'Ukraine cherchait à se défaire.

15 mai 2024 | tiré de
https://aplutsoc.org/2024/05/15/maidan-en-georgie/

De même, le gouvernement géorgien, issue d'un parti dit « pro-européen » (le « Rêve géorgien »), a basculé vers Moscou, par corruption et par soumission. Le point de rupture consiste dans une loi sur les « agents de l'étranger » qui est un décalque de la loi russe.

Au jour où sont écrites ces lignes, elle vient d'être adoptée, mais la foule tente de prendre d'assaut le parlement. La foule, ce sont jusqu'à 500 000 manifestants dans ce petit pays de 3,7 millions d'habitants, ce qui indique le caractère massif, total, d'une mobilisation dirigée aussi contre les oligarques, contre la corruption, contre la dictature. Inutile de dire, mais si, c'est utile alors disons-le, que drapeaux ukrainien et hymne ukrainien, telle la Marseillaise dans l'Europe de 1848, sont parmi les symboles des manifestants.

Une différence importante avec l'Ukraine, outre la taille du pays, est que les zones contrôlées par la Russie depuis 2008 ne sont ni « russophones », ni géorgienne, mais habitées par deux nationalités du Caucase, les Ossètes et les Abkhazes, que l'impérialisme russe a instrumentalisées contre la Géorgie, aidé de fait par les ultra-nationalistes géorgiens qui ne veulent pas comprendre qu'il s'agit de peuples distincts. Seule la démocratie peut permettre de régler les questions nationales.

Dans l'immédiat, cela passe par la lutte contre une répression qui s'intensifie, sous la formes d'hommes armées et cagoulés, appelés souvent « titouchki » comme en Ukraine sur le Maïdan, qui évoquent aussi les Bassidjis et autres nervis des régimes iranien et arabes. Les manifestants ne sont pas disposés à reculer, ce qui veut dire que le moment des combats de rue va arriver, avec la question des armes pour renverser le pouvoir en place.

Le 15/05/2024.

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Luc Trouche : « L’École chinoise ou les contradictions d’un système très centralisé »

21 mai 2024, par Lilia Ben Hamouda, Luc Trouche — , ,
Depuis 12 ans, Luc Trouche est engagé dans une collaboration de recherche avec la Chine, dans le fil d'une coopération ENS de Lyon - East China Normal University à Shanghai. (…)

Depuis 12 ans, Luc Trouche est engagé dans une collaboration de recherche avec la Chine, dans le fil d'une coopération ENS de Lyon - East China Normal University à Shanghai.
La Chine, qui a décidé d'un nouveau curriculum en 2022, publiera de nouveaux manuels scolaires liés à ce curriculum. Le professeur émérite en didactique des mathématiques à l'ENS de Lyon, de retour d'un séjour scientifique de deux mois à la Beijing Normal University (Pékin) revient sur ce nouveau curriculum et la façon dont la conception des manuels est étroitement encadrée par le ministère de l'Éducation dans ce pays. Il évoque aussi la relation élève-enseignant – alors qu'un débat sur l'autorité traverse l'École en France, et la place du numérique dans cette société connue pour son hyper surveillance vidéo. Il répond aux questions du Café pédagogique.

Tiré de Café pédagogique
www.cafepedagogique.net/2024/05/14/luc-trouche-lecole-chinoise-ou-les-contradictions-dun-systeme-tres-centralise/ <http://www.cafepedagogique.net/2024...>

Propos recueillis par Lilia Ben Hamouda, Le Café pédagogique, Paris, 14 mai 2024

*Quelles sont, selon vous, les questions majeures qui se posent au système d'enseignement chinois ?*

Je retiens deux éléments, qui sont revenus le plus souvent dans mes interactions avec des responsables du système : d'abord une question démographique – la chute de la natalité touche aujourd'hui les écoles primaires : par exemple plus de quarante d'entre elles devront fermer à la rentrée prochaine à Shanghai. Ensuite, une question de santé mentale des élèves.

*La santé mentale, et pour quelles raisons ?*

Il faut être prudent dans nos réponses : les raisons de la santé mentale des jeunes sont à chercher dans l'état général d'une société. De plus, il faut préciser qu'on ne dispose pas des résultats des évaluations nationales, qui sont considérés comme des données sensibles du système et, en général, inaccessibles aux chercheurs étrangers. Une hypothèse raisonnable est de considérer la démarche d'enseignement du « teach to test », et la culture générale de compétition qui en résulte, comme des conditions générant un stress général susceptible de toucher la santé mentale des élèves.

*Quel bilan peut-on faire de cette démarche de « concentrer l'enseignement pour préparer les évaluations » ?*

Elle a bien sûr une efficacité certaine pour tout ce qui est apprentissage de techniques. L'organisation des cours est parfaitement régulée, depuis la présentation d'un problème à traiter ( par exemple la résolution d'une équation ) jusqu'à la technique adéquate, son application dans une variété de contexte et sa mémorisation. Mais toute démarche exploratoire, toute spéculation sont souvent écartées comme perte de temps. C'est certainement une faiblesse de la formation mathématique actuelle des élèves chinois, et c'est la raison pour laquelle la réforme en cours préconise « le mode d'apprentissage par la démarche d'investigation qui, en s'appuyant sur les programmes, consiste à comprendre les situations, construire des modèles, trouver des solutions, faire des applications et susciter la réflexion et la généralisation » (article de Binyan Xu paru en 2023 <https://journals.openedition.org/ri...> ).

*Quelle est l'incidence de cet enseignement sur les relations enseignants-élèves ?*

Le respect des élèves, en Chine, pour les enseignants, ferait sans doute rêver beaucoup d'enseignants français. Je ne pense pas qu'il soit lié uniquement à la culture de l'évaluation, ni au contrôle social généralisé en Chine. Plus profondément, on peut le relier à la culture confucéenne qui imprègne la culture chinoise, et est caractérisée par le respect de l'élève pour le maître. J'ai assisté à la présentation d'un projet universitaire d'étude des interactions dans la classe de mathématiques. Le chercheur, pour analyser les vidéos de classe, distinguait 3 types d'interaction : prof-élève, prof-élève-prof – qui conclut l'interaction, et prof-élève-prof – qui relance l'interaction. Je l'interroge sur l'absence d'interaction dans le sens élève-prof, ou élève-élève. Selon mon interlocuteur, de telles interactions, dans les classes chinoises, n'existent que très peu. Le professeur a toujours l'initiative, et toute interaction est médiée par lui. Cette conception est parfaitement cohérente avec un enseignement centré sur l'apprentissage de techniques. Elle ne favorise, ni la réflexion, ni l'esprit critique – et donc devrait évoluer dans le cadre du nouveau curriculum.

La philosophie confucéenne a cependant un avantage si on l'étend aux relations à autrui. Ma première étudiante chinoise me répétait souvent ce précepte confucéen : « Quand tu marches avec deux personnes, pense toujours que tu marches peut-être avec deux maîtres », autrement dit, on a toujours à apprendre d'autrui. J'en ai vu souvent une illustration dans des séances de résolution de problèmes où, quand une démarche était proposée par un élève, l'attention de toute la classe, avant de proposer une démarche alternative, était tournée vers la compréhension de la première démarche proposée.

*On dit que la technologie est partout dans la société chinoise et nulle part dans les classes, c'est vrai, et, si oui, avec quelles conséquences ?*

Oui, c'est vrai ! Que la technologie soit partout présente dans la société – et dans l'école hors la classe, c'est un fait qui apparaît immédiatement, sous au moins deux formes :la vidéosurveillance – reconnaissance faciale à l'entrée des établissements scolaires et des bâtiments d'enseignement, caméras vidéo dans les classes, les couloirs, et les salles de réunion, et la plateforme WeChat, présente sur tous les smartphones, sorte de mélange de Whatsapp et Amazon. Les étudiants utilisent intensivement WeChat pour interagir avec leurs pairs, pour faire leurs commandes et payer en ligne… mais pas dans la classe. Que la technologie ne soit présente en classe que sous des formes très frustres apparaît aussi à tout observateur. Il y a certes dans les salles de classe des écrans, mais ils servent essentiellement à projeter les diaporamas du professeur. Dans le cours de mathématiques, l'utilisation de logiciels existe – ma dernière doctorante en a fait le sujet de sa thèse, mais reste marginale. L'article déjà cité le reconnaît : « En Chine, cette intégration des technologies intelligentes dans les classes de mathématiques en est à ses balbutiements. Elle soulève d'importants défis pour l'enseignement des mathématiques à l'école et appelle une évolution des pratiques et de la recherche ».

Il faut souligner aussi l'utilisation d'Internet très contrôlée, qui bride les démarches de recherche. Google est interdit – Bing, de Microsoft, est, quant à lui, accessible, au profit d'un moteur développé par la Chine, Baidu. Baidu, au dire de tous les utilisateurs que j'ai rencontrés, est très peu efficace, envahi par la publicité. Une plaisanterie circule : « Si tu consultes Baidu pour un problème de santé, il te diagnostiquera un cancer à un stade ultime d'évolution, et t'orientera vers une clinique privée pour une chirurgie immédiate qui te coûtera très cher ». Je l'ai testé avec mes étudiants, en posant la question à Bing et à Baidu : « Comment peut-on prouver le théorème de Pythagore ? ». Bing a proposé une variété de démonstrations, et Baidu a donné une seule démonstration, et une variété de notices historiques autour de Pythagore.

Un dernier exemple caractéristique de la non-utilisation de la technologie, ce sont les manuels scolaires, dont la version en ligne se résume à des fichiers PDF téléchargeables.

*Justement, les manuels scolaires. À l'heure où chez nous il est question de labélisation, qu'en est il en Chine ?*

On ne saura qu'en septembre la réalité des manuels scolaires produits dans le cadre du nouveau curriculum. Les manuels sont en effet proposés par des équipes – localisées dans une région donnée – composées de mathématiciens, de formateurs et de chercheurs dans le domaine de l'enseignement des mathématiques. Une commission ministérielle suit les différentes étapes de leur conception, dans une certaine opacité – ce que fait une équipe est ignorée par l'autre. Il peut exister des nuances entre les différentes versions d'un manuel donné. On peut craindre une certaine fermeture : pour trois disciplines sensibles – le chinois, l'histoire et l'instruction civique – il n'y aura qu'un manuel au niveau national. Et, en 2022, le ministère de l'éducation avait conduit « une évaluation complète de tous les manuels utilisés dans les écoles primaires et secondaires du pays, notamment en ce qui concerne leur contenu et leurs illustrations. L'évaluation [ visait ] à s'assurer qu'ils adhèrent à la bonne orientation politique et aux bonnes valeurs, qu'ils promeuvent la culture traditionnelle chinoise et qu'ils sont conformes aux goûts esthétiques du public, et tout problème constaté sera corrigé immédiatement », selon le communiqué. Labellisation et obligation de conformité politique vont ici de pair.

On peut se demander comment des enseignants peuvent « faire leurs cours » dans le cadre de consignes si strictes. Il faut garder en tête deux caractéristiques du système chinois d'enseignement des mathématiques.

La première, l'enseignement par la variation – des énoncés, des solutions. Le professeur doit savoir adapter les exercices à ses objectifs pédagogiques – il y a, en général, moins d'exercices dans les manuels scolaires chinois que dans les manuels français pour cette raison, sujet de la thèse de ma deuxième doctorante.

Et surtout, deuxièmement, le travail collectif des enseignants est très développé – sujet de la thèse de ma première doctorante : du temps leur est reconnu pour cela, des locaux aussi. Ils disposent d'une vaste salle, avec un bureau pour chacun d'entre eux. Des « groupes de préparation des leçons » se réunissent chaque semaine. Chaque établissement scolaire dispose ainsi d'un capital de ressources produit de l'expérience commune. La matière de l'enseignement est ainsi une combinaison des ressources locales et des ressources nationales – en particulier le manuel scolaire. C'est ce qui donne à ce système une capacité forte de faire face à des évènements imprévus (voir l'exemple de la pandémie, Trouche 2020 <https://www.cafepedagogique.net/202...> ).

Toutes ces questions que nous avons abordées sont largement discutées dans les équipes de recherche en éducation que j'ai pu rencontrer à Pékin, Shanghai ou encore Guangzhou (Canton).

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L’ombre de la Cour pénale internationale plane sur les dirigeants israéliens

Mise à jour. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a émis lundi 20 mai des demandes de mandat d'arrêt international contre le premier ministre israélien Benyamin (…)

Mise à jour. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a émis lundi 20 mai des demandes de mandat d'arrêt international contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ministre de la défense Yoav Gallant pour responsabilité pénale de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. L'émission de mandats d'arrêts contre les dirigeants israéliens par la CPI aurait des conséquences importantes, tant symboliques que pratiques. Mais la nouvelle relative à ces mandats, émanant de sources israéliennes, pourrait aussi bien participer d'une stratégie visant à remobiliser les alliés d'un État ayant perdu, au moins partiellement, la « bataille de l'opinion », voire d'une stratégie visant à intimider la juridiction pénale internationale

Tiré d'Orient XXI.

Interdit d'entrée en France alors qu'il devait participer à un colloque organisé le 4 mai par la sénatrice Raymonde Poncet Monge, le docteur Ghassan Abu Sittah a affirmé que les autorités allemandes, à l'origine de cette interdiction (1), cherchaient à l'empêcher de témoigner devant la Cour pénale internationale (CPI). Sa rétention à l'aéroport Charles de Gaulle intervenait alors que nous parvenait la nouvelle du décès, possiblement sous la torture, d'un autre médecin palestinien, Adnan Albursh, arrêté à Gaza par les forces israéliennes puis détenu en Israël. Par ailleurs, après le retrait des forces israéliennes de l'hôpital Al-Shifa et de l'hôpital Nasser, plusieurs charniers ont été découverts, témoignant apparemment d'exécutions sommaires en masse de patients et de soignants par les forces israéliennes. Cette découverte a suscité de vives réactions et, peut-être, accéléré une enquête de la CPI. Ces exécutions sommaires, ne sont toutefois qu'un aspect de la guerre au soin conduite par Israël à Gaza. Et, au-delà des mandats qui viseraient le premier ministre Benjamin Nétanyahou, le ministre de la défense Yoav Galant et le chef d'état-major Herzi Halevi, les enquêteurs de la cour semblent bien travailler sur la situation des hôpitaux de Gaza.

Guerre au soin et génocide

Dans le dernier rapport de la rapporteuse spéciale de l'ONU Francesca Albanese, il est rappelé que les hôpitaux et autres lieux de soins font l'objet d'une protection spéciale dans le droit des conflits armés. Attaquer un hôpital constitue un crime de guerre, et ceci dans tout type de conflit. A fortiori, le saccage et la destruction de ces infrastructures essentielles relève aussi de ce type de prohibition. L'assassinat ou les mauvais traitements infligés à des soignants ou à des personnes blessées, qu'elles soient civiles ou militaires, est également un crime de guerre.

Mais l'attaque contre les hôpitaux ou les personnes s'y trouvant peut aussi relever du crime contre l'humanité. La jurisprudence internationale fournit un précédent à cet égard : celui de l'affaire dite de l'hôpital de Vukovar, dans laquelle les forces serbes avaient, à l'issue du siège de la ville en novembre 1991, arrêté à l'hôpital puis exécuté en dehors de celui-ci près de deux cents combattants croates. Dans cette affaire jugée par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie en 2009, la qualification de crime contre l'humanité avait été discutée dès lors que l'exécution de ces combattants s'inscrivait dans une attaque plus large contre la population civile (2). À Gaza, l'attaque contre les hôpitaux peut être considérée comme systématique et doit être mise en lien avec le siège interdisant la délivrance de médicaments et de matériels essentiels. Il a par exemple été souvent rapporté que les médecins devaient pratiquer des amputations sans anesthésie, y compris sur des enfants.

S'agissant de Gaza, la qualification de génocide peut également être sérieusement envisagée au regard, notamment, de la systématicité des attaques, de leur sens, et de leur inscription dans une offensive plus large contre la population civile. Pendant ces longs mois, les morts civiles liées aux bombardements de zones d'habitations se sont accompagnées d'atteintes corporelles très lourdes. Le choix, inédit, de cibler particulièrement les hôpitaux, par-delà le fait qu'ils représentent des lieux organisés de la vie civile palestinienne et des lieux de refuge depuis le début de l'offensive israélienne, témoigne d'une volonté d'interdire le soin. Cette interdiction face à des blessures lourdes, condamne les blessés à la mort ou à un handicap permanent. Il pourrait donc s'agir de soumettre une partie du peuple palestinien à « des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle » ou de lui infliger des « atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale » (article II de la Convention sur le génocide) dans l'intention de la détruire.

L'impact de mandats d'arrêts visant les dirigeants israéliens

Cette guerre au soin semble donc être sous enquête devant la CPI. Celle-ci pourrait sans difficulté conduire à l'arrestation des dirigeants israéliens ayant ordonné les attaques contre les hôpitaux, les soignants, les patients, les familles réfugiées dans leur enceinte. C'est l'hypothèse la plus probable étant donné le niveau d'organisation de l'armée israélienne, qui se trouve sous le contrôle du pouvoir politique. L'arrestation de soignants, dont le docteur Adnan Albursh, et leur détention en Israël en est aussi un signe clair. Ce ne sont pas des éléments indisciplinés ou des bataillons agissant spontanément qui conduisent cette guerre au soin : il s'agit d'une politique délibérée. La responsabilité pénale des dirigeants pourrait encore être engagée sur la base de leur position de commandement, ce commandement pouvant être militaire ou civil. Le défaut de prévention ou de punition des crimes est alors suffisant pour retenir leur responsabilité.

Au regard de la réticence de la CPI à enquêter sur le comportement d'Israël depuis 2009, l'annonce de mandats visant d'importants responsables israéliens a été accueillie avec scepticisme par les observateurs (3). Elle a été clairement mise en scène par le premier ministre Nétanyahou, puis accompagnée de menaces contre la CPI et l'Autorité palestinienne de la part d'Israël. Les États-Unis ont suivi ce mouvement. Ils ont d'abord affirmé l'incompétence de la cour, un discours juridiquement bien peu convaincant dès lors qu'ils acceptent cette compétence s'agissant de la Russie, un État qui n'est pas plus partie au Statut de Rome instituant la CPI que l'État d'Israël. Puis, certains élus états-uniens ont menacé de faire adopter des sanctions contre la CPI. Les précédentes, adoptées sous l'administration de Donald Trump, réagissaient à l'enquête sur le comportement de l'armée américaine en Afghanistan mais aussi au regard porté par la cour sur la Palestine. Ces sanctions avaient été levées sous la présidence de Joe Biden, tandis que Washington commençait à apporter son concours à l'enquête sur la Russie, sans devenir partie au Statut de Rome.

Cette intense agitation autour de potentiels mandats a donné lieu, le 3 mai 2024, à une déclaration du bureau du procureur dénonçant les menaces et intimidations pesant sur la cour et son personnel. Plusieurs rapporteurs spéciaux du conseil des droits de l'Homme de l'ONU ont également exprimé leur « consternation » face aux déclarations des responsables israéliens et états-uniens (4). Il demeure néanmoins difficile de savoir si nous sommes en présence d'une rumeur construite ou si la cour est véritablement en train d'enquêter sur les dirigeants israéliens. La cour peut, il est vrai, maintenir secret des mandats d'arrêts ; en 2023, elle avait toutefois décidé de rendre publics ceux qui visaient de hauts responsables russes, « dans l'intérêt de la justice », afin de « prévenir de nouveaux crimes » (5). Mais, par ailleurs, le Statut de Rome permet à l'État dont les agents sont visés par une enquête d'entrer en relation avec le bureau du procureur. En effet, le principe dit de « complémentarité » reconnu par le Statut de Rome permet à tout État, même non partie au Statut, d'éviter la juridiction de la cour dès lors que cet État entend enquêter et connaître lui-même des crimes identifiés. Si l'on considère l'existence de ces probables échanges entre Israël et le procureur de la cour, ainsi que la passivité antérieure de la cour concernant les agissements d'Israël, on peut penser que l'émission de mandats contre les dirigeants israéliens demeure très incertaine.

Dès lors que la cour émettrait ces mandats, ils auraient un impact juridique et symbolique important. D'une part, tous les États parties au Statut de Rome, parmi lesquels de nombreux États européens soutenant Israël, seraient tenus d'arrêter les personnes visées présentes sur leur territoire. S'agissant du cas particulier du premier ministre israélien, qui jouit en droit international d'une inviolabilité rendant complexe son arrestation, les États parties au Statut de la cour pourraient se trouver en conflit d'obligations, l'obligation d'arrêter selon le mandat entrant en conflit avec la règle internationale d'inviolabilité. Le risque d'arrestation existerait néanmoins. D'autre part, l'identification des responsables israéliens comme suspects de crimes internationaux aurait un effet politique majeur.

Propagande israélienne et censure occidentale

Mais la rumeur relative aux mandats pourrait également s'inscrire dans la propagande israélienne , qui vise les juridictions internationales (6). L'importante ordonnance de la Cour internationale de justice (CIJ) du 26 janvier 2024, exigeant d'Israël l'adoption de mesures conservatoires au vu du risque de génocide à Gaza, a ainsi été décrite comme émanant d'un « tribunal antisémite » par le ministre israélien Itamar Ben Gvir (7). L'ordonnance a aussi été immédiatement invisibilisée par les accusations spectaculaires portées par Israël contre l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Une fois ces fausses informations démenties –- et alors que l'accusation se retournait puisque l'UNRWA révélait que ses personnels avaient été détenus et soumis à la torture par Israël - la portée de l'ordonnance de la CIJ a resurgi.

C'est à ce moment qu'un élément inédit a été avancé en faveur d'Israël : une interview de l'ancienne présidente de la Cour internationale de justice, Joan Donoghue, affirmant que la juridiction n'aurait pas reconnu une affaire plausible de génocide (a « plausible case of genocide »). Rappelons ici que, dans son ordonnance du 26 janvier 2024, la cour affirme que le droit des Palestiniens d'être protégés contre les actes de génocide est plausible (§§ 36, 54), et qu'il existe une urgence, c'est à dire un « risque réel et imminent » de préjudice irréparable causé aux droits revendiqués (§ 61, 74). Il s'agit bien d'un risque de génocide, même si la cour n'emploie pas la formule « affaire plausible de génocide ». Les médias se sont précipités sur les propos ambigus de Joan Donoghue pour minimiser le sens de l'ordonnance et réfuter l'emploi du terme génocide.

Cet incident renvoie au désaveu public, en 2011, de l'important rapport de la mission d'enquête sur Gaza par son propre président, le juriste Richard Goldstone (8). Les positions publiques de Joan Donoghue, tout comme celles de Richard Goldstone, suggèrent l'existence de fortes pressions exercées par Israël et ses alliés.

Plus largement, des formes d'intimidation et de censure relatives à l'analyse juridique sont perceptibles dans les pays occidentaux. Ainsi, en France, employer le mot de génocide serait un « cri de ralliement pour stigmatiser les juifs » (9) ce qui renvoie à l'infraction « d'incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination ». Analyser la notion de terrorisme, de légitime défense, présenter le droit international des conflits armés qui traite de la condition des mouvements de libération nationale, s'interroger sur le statut des combattants palestiniens, est aussi susceptible de relever des tribunaux sous la qualification « d'apologie du terrorisme » si l'on en croit la circulaire du ministre français de la Justice du 10 octobre 2023. Dès le 9 octobre 2023, la ministre de l'Enseignement supérieur, donnant une lecture politique des événements, se référait d'ailleurs à ces infractions en invitant les présidents d'Université à réagir à toute « action ou propos » relevant de « l'apologie du terrorisme, de l'incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination », par le moyen de procédures disciplinaires ou de signalements au procureur de la République.

La compréhension de la situation à Gaza s'est tout de même imposée, mais accompagnée d'une répression des étudiants protestant contre la politique de leurs États ou de leurs universités, aux États-Unis comme en Europe. C'est pourquoi la rapporteuse spéciale du Conseil de droits de l'homme de l'ONU, Irène Khan, a récemment estimé que la situation à Gaza donnait lieu à une crise globale de la liberté d'expression. Signalant un biais médiatique contre les manifestants pro-palestiniens, elle rappelait aussi qu'au regard du droit international relatif à la liberté d'expression, la critique des politiques conduites par Israël est parfaitement légitime (10)

Rafaëlle Maison, Agrégée des facultés de droit ; professeur des universités.

Notes

1- Une juridiction allemande a infirmé, le 14 mai, la décision des autorités.

2- Hervé Ascensio et Rafaëlle Maison, avec la collaboration de Chloé Bertrand, « L'activité des juridictions pénales internationales (2008-2009) », Annuaire français de droit international, 2009, pp. 377-379.

3- Voir par exemple l'analyse de Richard Falk, « War on Gaza : The ICC must seize this moment to hold Israel accountable », Middle East Eye, 6 mai 2024.

4- « Israël/Gaza : les menaces contre la CPI favorisent une culture de l'impunité, fustigent des experts de l'ONU », ONU info, 10 mai 2024.

5- Communiqué de presse du 17 mars 2023

6- Pour une analyse de la communication israélienne sur la longue durée, voir John Quigley, The international Diplomacy of Israel's Founders, Deception at the United Nations in the Quest for Palestine, Cambridge University Press, 2016. Sur la position israélienne aux États-Unis, voir John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2009.

7- Sam Sokol, « Un ‘déshonneur' pour la CIJ : réactions israéliennes suite au verdict de La Haye », The Times of Israël, 26 janvier 2024.

8- Sur cet épisode, lire Norman G. Finkelstein, Gaza, An Inquest into its Martyrdom, University of California Press, 2018, pp. 117-132.

9- Déclaration du président du CRIF, 6 mai 2024.

10- « Criticizing Israel is perfectly legitimate under international law », et « there is a bias against pro-palestinian support ».

Sur ce point, voir aussi la résolution du Conseil des droits de l'homme du 5 avril 2024 selon laquelle « il faut se garder de faire l'amalgame entre critique de la violation par Israël du droit international et antisémitisme » (point 24)

76 ans après la Nakba, construisons un mouvement international pour la Palestine !

21 mai 2024, par Bureau exécutif de la IVe Internationale — , , ,
L'attaque contre Rafah constitue un nouveau saut dans le processus génocidaire mis en œuvre par Israël. 1,5 million de Palestinien·nes, hommes, femmes, enfants, personnes (…)

L'attaque contre Rafah constitue un nouveau saut dans le processus génocidaire mis en œuvre par Israël. 1,5 million de Palestinien·nes, hommes, femmes, enfants, personnes âgées, ont été déplacé·es depuis octobre dernier, des dizaines de milliers sont mort·es, la famine et les maladies tuent chaque jour. Le gouvernement d'extrême droite au pouvoir en Israël se fixe clairement comme objectif d'éradiquer la population palestinienne de Gazah. C'est un projet qui s'inscrit dans la perspective plus globale du Grand Israël voulu par l'extrême droite israélienne, à l'idéologie fasciste et suprémaciste, fondée sur le sionisme, qui nie tout droit à la terre et à la souveraineté du peuple palestinien, qui nie son existence même en tant que peuple.

Tiré de Quatrième internationale
15 mai 2024

Par le Bureau exécutif de la Quatrième internationale

Une solidarité historique se développe par rapport à cette horreur. Les occupations d'universités sont devenues l'expression la plus visible de ce mouvement qui, dès le départ, a mobilisé massivement les jeunes, notamment les jeunes racisé·es des quartiers populaires, et même une partie des communautés juives refusant d'être assimilées aux politiques racistes et criminelles de l'extrême droite israélienne. Partie d'un mouvement de solidarité humaine, humanitaire, contre le génocide, les destructions, les images de carnages, la solidarité est devenue un mouvement politique dont l'envergure peut maintenant être comparée aux mouvements contre la guerre du Vietnam et contre la guerre en Irak. Ce mouvement se radicalise, dans le sens où il dévoile la complicité, voire le soutien actif, des grandes puissances impérialistes, avec le génocide, où il dénonce les mécanismes d'oppression à l'œuvre dans le capitalisme. Israël est, au Moyen-Orient, le bras armé des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne et bien d'autres au Moyen-Orient, Netanyahou est la pointe avancée des politiques autoritaires, racistes et belliqueuses avancées notamment par l'extrême droite dans divers pays du monde.

Une répression féroce s'abat sur le mouvement de solidarité : dans certains pays il s'agit d'une interdiction pure et simple des actions de solidarité, dans d'autres d'arrestations et de violences policières, de mises en examens ou d'interdiction de tenir des conférences ou même des concerts ! Il s'agit de faire taire la solidarité, dans un nouveau maccarthysme, où les classes dominantes et les États meurtriers accusent le mouvement de solidarité, un mouvement profondément humaniste et antiraciste, d'apologie du terrorisme ou d'antisémitisme.

La IVe Internationale met toutes ses forces dans la construction du mouvement de solidarité avec la Palestine, avec la résistance du peuple palestinien, contre le génocide en cours. Cette mobilisation est un mouvement des classes populaires du monde entier, contre le racisme, contre l'impérialisme, pour la justice. Nous voulons contraindre les grandes puissances à arrêter de soutenir politiquement, financièrement et militairement Israël. Le mouvement actuel a mis en grande difficulté Biden et Macron, deux des fers de lance de la complicité. Demain, il montrera la complicité des gouvernements des pays arabes avec Israël : des mobilisations commencent à y voir le jour, malgré la répression des manifestations et des réunions, les régimes arabes craignant, et ils ont raison, que la solidarité avec la Palestine ne relance les révolutions arabes.

Le mouvement que nous voulons construire doit développer un rapport de forces, avec des manifestations de masse, des grèves dans la jeunesse, l'action massive de boycott, de désinvestissement et sanctions contre Israël et les entreprises qui collaborent avec.

Il y a 76 ans, la Nakba, l'expulsion des Palestinien·nes de leur terre, a conduit à la création d'Israël comme un État colonial de peuplement. Elle a constitué le début d'une offensive colonialiste, raciste, impérialiste qui se poursuit et se renforce aujourd'hui, sous l'impulsion de pouvoirs d'extrême droite et des politiques des classes dominantes. La IVe Internationale se bat contre l'impérialisme, d'où qu'il vienne, pour les droits des Palestinien·nes, la fin de l'occupation, le droit au retour des réfugié·es, pour mettre fin au colonialisme israélien et pour un État démocratique et laïc où toutes et tous les citoyen·nes jouissent des mêmes droits.

Que la mobilisation continue pour la victoire de notre résistance anti-impérialiste !

Bureau exécutif

Le 15 mai 2024

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226e jour de la guerre contre Ghaza : Nouveaux massacres à Jabaliya et Nousseirat

Le directeur de l'hôpital Kamal Adwan, au nord de la bande de Ghaza, a indiqué à l'agence Wafa que son établissement a reçu 60 morts depuis samedi, des femmes et des enfants (…)

Le directeur de l'hôpital Kamal Adwan, au nord de la bande de Ghaza, a indiqué à l'agence Wafa que son établissement a reçu 60 morts depuis samedi, des femmes et des enfants dans leur écrasante majorité, qui ont péri dans le bombardement d'une zone d'habitation surpeuplée à Jabaliya.

Tiré d'El Watan.

Un raid aérien mené par l'aviation israélienne, et qui ciblait le camp de Nousseirat, au centre de la bande de Ghaza, a fait au moins 31 morts, selon la Défense civile palestinienne citée par l'agence Wafa. « Les équipes de la Défense civile ont recensé 31 morts et 20 blessés dans une maison appartenant à la famille Hassan, visée par les forces d'occupation israélienne dans le camp de Nousseirat », a affirmé la Défense civile de Ghaza hier, ajoutant que « les recherches de disparus se poursuivent ». La frappe meurtrière a eu lieu au milieu de la nuit de samedi à dimanche.

Les équipes de la Défense civile ont également signalé que « l'occupant a détruit plus de 300 habitations à Jabaliya » ces derniers jours, précisant que les équipes de secouristes « ont récupéré les dépouilles de centaines de martyrs de Jabaliya ». La même source prévient que « des centaines de personnes, dont certaines sont vivantes, sont toujours ensevelies sous les décombres et il est difficile de les atteindre ».

La Défense civile a fait état en outre de violents tirs d'artillerie dans le périmètre de l'hôpital Al Awda, dans la région de Tal Al Zaatar, à Jabaliya. Le directeur de l'hôpital Kamal Adwan, cité par Wafa, a indiqué de son côté que son établissement « a reçu 60 martyrs depuis samedi, des femmes et des enfants dans leur écrasante majorité, qui ont péri dans le bombardement d'une zone d'habitation surpeuplée à Jabaliya ». Il a ajouté que « de nombreuses victimes ont succombé à leurs blessures faute des fournitures médicales nécessaires », soulignant que « les équipes médicales sont fortement diminuées et prodiguent des soins malgré les attaques continues de l'occupant ».

« 70 morts en 24 heures »

D'après l'agence d'information palestinienne, des avions de combat israéliens ont poursuivi leurs attaques hier dans le périmètre de l'hôpital Kamal Adwan, tandis que des unités d'artillerie « pilonnaient le quartier Cheikh Zayed, Tellate Qalibou ainsi que la ville de Beit Lahia ». Des raids ont également ciblé plusieurs secteurs de la ville de Ghaza. Selon Wafa, trois civils ont été tués et d'autres ont été blessés suite à une attaque qui a visé une école abritant des déplacés à Haï Daraj, à l'est de la ville de Ghaza. Les victimes ont été évacuées à l'hôpital baptiste de Ghaza.

Wafa fait état également d'une autre personne qui a été tuée à Deir El Balah dans un bombardement aérien. D'autres attaques ont été signalées également dans le camp d'Al Bureij, au centre de la bande de Ghaza. L'agence Wafa rapporte aussi que « des hélicoptères de combat ont ouvert le feu à l'est de la ville de Rafah simultanément à un raid au centre de la même ville ».

L'agence palestinienne mentionne également des « tirs de la marine de guerre israélienne en direction de la zone côtière de Rafah ». Toujours dans le sud de la bande de Ghaza, deux Palestiniens ont été fauchés par le bombardement d'une zone d'habitation dans la localité de Khouzaa, à l'est de la ville de Khan Younès, tandis que l'artillerie a pilonné des maisons à l'est de la ville de Rafah. Selon le ministère de la Santé dans la bande de Ghaza, au moins 70 Palestiniens ont péri en 24 heures, entre samedi et dimanche, suite à des raids perpétrés par les forces sionistes.

Le bilan global général des victimes a ainsi grimpé à 35 456 morts et 79 476 blessés depuis octobre. D'après l'ONU, quelque 800 000 Palestiniens ont été forcés de fuir Rafah depuis le 6 mai, s'établissant autour de Khan Younès notamment. En raison du blocage du point de passage de Rafah, la situation humanitaire est extrêmement préoccupante dans la bande de Ghaza, d'autant que les négociations sont complètement rompues.

« L'acheminement de l'aide humanitaire est quasiment à l'arrêt depuis que l'armée israélienne a pris et fermé le 7 mai le passage de Rafah à la frontière égyptienne, entrée cruciale pour ces aides dont le carburant indispensable aux hôpitaux et à la logistique humanitaire. Les livraisons sont aussi largement entravées aux passages côté israélien de Kerem Shalom et d'Erez », note l'AFP. Vendredi, l'armée américaine a annoncé que la jetée temporaire construite à l'initiative des Etats-Unis à Ghaza est désormais opérationnelle.

De son côté, Chypre a fait savoir avant-hier qu'elle va assurer un flux continu d'aide humanitaire depuis le port de Larnaca vers Ghaza. C'est ce qu'a déclaré samedi Theodoros Gotsis, porte-parole du ministère chypriote des Affaires étrangères, rapporte l'APS.

« Les plans du projet Amalthea prévoient la livraison de 2000 tonnes d'aide humanitaire par semaine », a précisé M. Gotsis. « Amalthea » est le nom d'un corridor maritime humanitaire ouvert par Chypre en mars dernier pour acheminer de l'aide vers Ghaza. Un « Fonds Amalthea » a été créé pour financer le projet d'aide, a indiqué Theodoros Gotsis, en ajoutant que le projet Amalthea est ouvert à tous les pays qui souhaiteraient y contribuer.

L'ONU avertit contre des conséquences « apocalyptiques »

Le blocage de l'aide humanitaire dans la bande de Ghaza pourrait avoir des conséquences « apocalyptiques », a prévenu hier le chef des Affaires humanitaires de l'ONU, Martin Griffiths, en mettant en garde contre le risque de famine dans le territoire palestinien assiégé et dévasté par plus de sept mois d'agression sioniste. « Si le carburant vient à manquer, si l'aide ne parvient pas aux personnes qui en ont besoin, la famine, dont nous parlons depuis si longtemps et qui menace, ne sera plus une menace.

Elle sera présente », a-t-il déclaré à l'AFP, en marge d'une réunion avec des responsables qataris à Doha. « Notre préoccupation, en tant que citoyens de la communauté internationale, est que les conséquences seront très, très dures. Dures, difficiles et apocalyptiques », a ajouté le secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires de l'ONU.

Attaque d’un convoi humanitaire pour Gaza : l’autrice de la vidéo témoigne

Au moins sept camions d'aide humanitaire destinés à la bande de Gaza ont été vandalisés par des colons israéliens lundi 13 mai, à la frontière entre Israël et la Cisjordanie. (…)

Au moins sept camions d'aide humanitaire destinés à la bande de Gaza ont été vandalisés par des colons israéliens lundi 13 mai, à la frontière entre Israël et la Cisjordanie. Quatre personnes ont été arrêtées. La police israélienne a ouvert une enquête.

Tiré de Courrier international.

Des dizaines de colons israéliens ont pris d'assaut sept camions d'aide humanitaire à destination de la bande de Gaza, ce lundi 13 mai. L'incident a eu lieu près du point de passage de Tarqumia, dans le sud-ouest de la Cisjordanie. Une vidéo filmée sur place, et diffusée sur le compte YouTube du Guardian, montre les assaillants vider et jeter au sol toutes les denrées alimentaires présentes dans le camion.

“Nous avons des otages à Gaza, aucune aide humanitaire ne devrait être acheminée avant que nos proches ne soient rentrés chez eux sains et saufs”, a justifié l'un d'entre eux auprès du Times of Israel.

Si la police israélienne ne semble pas être intervenue pour mettre fin au pillage, elle a annoncé l'ouverture d'une enquête, laquelle a déjà mené à l'arrestation de quatre personnes, dont un mineur, rapporte la BBC. Selon plusieurs médias israéliens, les militants pourraient être des membres de Tsav 9, un collectif qui a déjà bloqué à plusieurs reprises des convois d'aide humanitaire à destination de Gaza.

“Ce que vous faites est mal”

Qualifiées d'“épouvantables” au Royaume-Uni, ou encore d'“inacceptables” aux États-Unis, ces attaques ont été unanimement condamnées par la communauté internationale. En Israël, pourtant, elles semblent profondément diviser l'opinion, comme l'explique l'avocate israélienne Sapir Sluzker Amran au micro d'Al-Jazeera.

Présente sur place, c'est elle qui a filmé le pillage et diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Elle est depuis victime de nombreuses menaces de mort. “Ces gens ne représentent pas notre judaïsme. […] De nombreux Israéliens veulent la paix et œuvrent à la paix, pour nous, pour nos enfants et pour tous ceux qui vivent sur cette terre”, explique-t-elle au média qatari avant de conclure : “Nous avons le devoir moral de combattre, avec notre peuple, avec notre sang, et de leur dire ‘Ce que vous faites est mal'. Nous ne pouvons pas laisser ce carnage se poursuivre !”

Courrier international

Le peuple kanak a droit à l’auto-détermination !

Couvre-feu entre 18 heures et 6 heures dans l'agglomération de Nouméa, interdiction de manifestations, dizaines d'arrestations, envoi en urgence d'escadrons de gendarmes, CRS, (…)

Couvre-feu entre 18 heures et 6 heures dans l'agglomération de Nouméa, interdiction de manifestations, dizaines d'arrestations, envoi en urgence d'escadrons de gendarmes, CRS, GIGN et RAID supplémentaires : Macron joue avec le feu en tentant de revenir par la force sur le droit du peuple kanak à l'autodétermination, que lui avaient assuré les accords signés en 1998 à Nouméa par le gouvernement français.

Hebdo L'Anticapitaliste - 708 (16/05/2024)

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Photothèque rouge / Milo

Ce qui se passe sur tout le territoire de Kanaky, c'est le soulèvement d'un peuple. Depuis le 13 mai, les salariéEs du port, de l'aéroport et de l'hôtellerie sont en grève et des barrages sont organisés sur les routes par les jeunes pour contrôler la circulation. En faisant tirer par la police sur les jeunes, Macron, Darmanin et leur politique répressive ont provoqué l'embrasement dont les images tournent en boucle dans les médias.

Une revendication unifie cette mobilisation : non au dégel de la loi électorale, non à la recolonisation que le gouvernement a mis en place en décembre 2021, en organisant unilatéralement, en pleine crise du covid le troisième référendum prévu par les accords de 1998. C'est bien la volonté du gouvernement d'arrêter le processus de décolonisation, ouvert en 1988 par les accords de Matignon, qui a ouvert la crise actuelle !

Depuis deux ans, l'USTKE, le FLNKS et la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) construisent des mobilisations sur tout le territoire de la Kanaky pour faire entendre la voix des coloniséEs. La réponse du gouvernement a été la répression (avec même des interpellations pour port du drapeau kanak) et la volonté de faire voter la loi Darmanin qui met définitivement un terme au processus issu des accords de Matignon en 1988, en mettant concrètement fin à la possibilité de l'autodétermination du peuple kanak avec l'ouverture du corps électoral.

Le NPA l'Anticapitaliste soutient les revendications portées par le FLNKS, la CCAT et la population kanak mobilisée : retrait de la loi Darmanin, retrait des forces de répression, respect du droit à l'autodétermination du peuple kanak, ouverture de discussions pour un processus de décolonisation. En Kanaky comme dans tous les territoires colonisés : pas de justice, pas de paix !

Kanaky : NON au dégel du corps électoral ! NON à la recolonisation !

21 mai 2024, par Collectif Solidarité Kanaky — , ,
Ce lundi 13 mai, veille du vote à l'assemblée nationale, les manifestations des indépendantistes contre le dégel du corps électorat se sont multipliées ; – routes (…)

Ce lundi 13 mai, veille du vote à l'assemblée nationale, les manifestations des indépendantistes contre le dégel du corps électorat se sont multipliées ; – routes bloquées ou barrages filtrants, grève très suivie au port et aéroport de Nouméa, fermeture de nombreuses administrations, feux allumés à différentes endroits, début de mutinerie dans la prison de Nouméa, heurts entre jeunes kanak et forces de l'ordre dans les quartiers populaires, nombreux blessés et arrestations en masse.

Tiré de Entre les lignes et les mots

C'est dans ce contexte insurrectionnel qu'aura lieu le vote à l'assemblée national ce 14 mai portant sur le dégel du corps électoral.

Pour tenter d'arrêter ce processus dangereux pour l'avenir du peuple kanak, les élus du congrès de Nouvelle Calédonie se sont réunis ce lundi 13 mai et sont parvenu à adopter, à la majorité, une résolution demandant le retrait de ce projet de loi sur le corps électoral. Les élus rappellent à l'Etat qu'ils sont majoritairement contre ce projet de loi.

30 ans après l'Accord de Nouméa, ainsi que du transfert des compétences et leur rééquilibrage, les inégalités restent très importantes, le non respect de la priorité à l'emploi local : dans beaucoup de secteurs, ce sont les métropolitains récemment arrivés en Nouvelle Calédonie, du fait de conditions attractives (niveau de salaire et indexation, avantages en terme de logement ou de soutien à l'installation), qui occupent des postes au détriment des travailleurs Kanak à compétences égales. Ainsi se perpétue une longue tradition de privilèges offerts aux Français partant travailler en Outre-mer.

Des conditions qui permettent de renforcer la colonie de peuplement qu'a toujours représenté pour l'État français ce territoire du Pacifique. Cela en violation totale du droit international. En effet, la Kanaky/Nouvelle-Calédonie reste un territoire non autonome au regard du droit international, à ce titre inscrit sur la liste des pays à décoloniser selon la résolution 15-14 des Nations Unies.

L'Accord de Nouméa est un accord de décolonisation. Il prévoyait 3 consultations référendaires d'autodétermination. Le deuxième référendum avait montré, en 2020, une poussée des voix indépendantistes à seulement 9000 voix près, le « Oui » à la pleine souveraineté de la Nouvelle Calédonie était majoritaire. Les conditions du troisième et dernier référendum, fin 2021, sont aujourd'hui toujours contestées par l'ensemble des courants indépendantistes, lesquels avaient demandé suite à l'épidémie du Covid et au confinement qui empêchait toute campagne, le report de la consultation et le respect tant de la promesse d'Edouard Philippe de le tenir en 2022 que de la période de deuil kanak. Ce 3ème référendum n'est pas reconnu par les indépendantistes qui n'ont pas participé au vote. Une plainte est prévue à ce sujet auprès de la Cour Internationale de Justice.

Aujourd'hui, le gouvernement français a décidé de passer en force. Il présente unilatéralement deux projets de lois sur l'avenir institutionnel de la Kanaky/Nouvelle-Calédonie qui mettent en jeu l'avenir du peuple Kanak, et la stabilité du pays. Ils visent une sortie dans des conditions très contestées et non consensuelles de l'Accord de Nouméa, avec pour conséquence une aggravation considérable des clivages.

Le premier projet de loi concernant le report des élections provinciales a été adopté en mars dernier, le second vise à modifier la constitution est central dans l'Accord de Nouméa, aucune modification ne devrait être faite par une décision unilatérale de l'État, sans un accord global entre les forces politiques locales.

Ces projets de lois renouent avec les pratiques éprouvées de mise en minorité du peuple Kanak dans son propre pays, au profit d'une droite locale qui voudrait par une modification des sièges au Congrès de Nouvelle-Calédonie y trouver une majorité en sa faveur. L'État s'engage dans une modification brutale de toute l'organisation de la vie démocratique de la Nouvelle-Calédonie. C'est une façon de favoriser la recolonisation du territoire et l'invisibilisation du peuple Kanak !

En réponse, en Kanaky/Nouvelle-Calédonie les mobilisations s'amplifient contre ces deux projets de lois. Plus de 80 000 personnes dans la rue le 13 avril dernier sur tout le territoire. Des mobilisations historiques qui sont impulsées par la CCAT (Cellule de Coordination des Actions de Terrain,) qui regroupe l'ensemble des courants indépendantistes. Les objectifs sont clairs : la demande du retrait du projet de loi sur le dégel du corps électoral, la non reconnaissance du 3ème référendum, et la poursuite de la trajectoire de décolonisation.

Ce passage en force de l'État français rappelle de tristes souvenirs et favorise une dynamique de tensions extrêmement dangereuse. La mobilisation du 1er mai a été massive et cette année marquée politiquement par ce contexte politique. Aujourd'hui la moindre étincelle peut embraser la pays.

La semaine du 4 mai 2024 jusqu'au 13 mai 2024, a été une semaine de mobilisations et d'actions continues de la CCAT. Débutée le 4 mai 2024 – pour l'anniversaire de la mort de Jean-Marie Tjibaou le 4 mai 1989, et l'anniversaire du massacre des 19 de la grotte d'Ouvéa le 5 mai 1988 – jusqu'à la présentation du texte à l'Assemblée Nationale ce 13 mai 2024. Des rassemblements devant toutes les gendarmeries du pays le 5 mai 2024, des marches dans différentes villes tous les jours. De nombreuses mines sont déjà bloquées comme à Houailou, à Thio.

La mobilisation entre dans sa 3ème phase.

Ce 13 mai 2024 les deux fédérations USTKE, T.H.T (Transports aériens et terrestres, Hôtellerie) et Ports & Docks entrent en grève, suivie à 99%. Au port, sortie uniquement de marchandises de 1ère nécessité (denrées périssables et médicaments), toutes les sociétés du port ont décidé de fermer a 15H. Ralentissement de l'économie aujourd'hui. La chefferie de Wetr à Lifou a décidé la fermeture de l'aéroport de l'île.

A l'aéroport à Tontouta, les vols des avions ont pris énormément de retard du fait que les salariés ont quitté leurs postes donc perturbant le fonctionnement des services sur l'aéroport. Les mobilisations de la CCAT sur les accès routiers ont perturbé aussi le Pays. Le Pays, se mobilise partout, avec des barrages filtrants.

Un début de mutinerie à commencé à la prison du camps Est, trois gardiens ont été pris en otage, intervention du RAID. Des jeunes ont affronté la police, les gendarmes mobiles, car ceux la même ont tiré aux flash-ball sur les jeunes provocant leur colère.

Le pays vit une tension extrême dans l'attente du vote à l'assemblée nationale.

Par ailleurs, la répression est forte. Plusieurs personnes poursuivies depuis la manifestation du 21 février dernier sont passées en procès le 19 avril au Tribunal de Nouméa, subissant de très lourdes condamnations, deux manifestants sont enfermés au camps Est, cinq autres manifestants sont libres mais avec bracelets électroniques. Depuis, il y a eu de nombreuses arrestations, certaines personnes ont été libérées mais avec des poursuites, d'autres sont en détention provisoire, ou gardés à vue.

Ce sont des prisonniers politiques !

Lundi 13 mai 2024, 18 personnes devaient passer en comparution immédiate le procès a été reporté, pour certains au simple motif de port du drapeau de Kanaky ! Du jamais vu … !

Le collectif Solidarité Kanaky, créé e 2007, regroupe différentes organisations associatives, syndicales et politiques avec l'objectif d'organiser en France la solidarité avec le peuple Kanak dans sa trajectoire de décolonisation. Aux côtés des différents courants indépendantistes, nous réaffirmons notre solidarité aux luttes syndicales et politiques des indépendantistes Kanak indépendantistes et non kanak, contre la situation coloniale, raciste, capitaliste et répressive de l'État français en Kanaky.

Nous en appelons aux parlementaires qui à l'Assemblée nationale vont avoir la responsabilité de se prononcer sur la loi portant dégel du corps électoral de Nouvelle-Calédonie.

La Kanaky/Nouvelle Calédonie n'est pas un territoire français, mais au regard du droit international un « territoire non autonome ». Le projet de loi constitutionnelle proposé unilatéralement en vue du dégel du corps électoral , en violation du droit international, conduit les parlementaires à assumer la responsabilité de décider, à plus de 22000 kms de lui, de l'avenir de tout un peuple. Voire d'un possible embrasement en Kanaky/Nouvelle-Calédonie.

Ce projet de loi doit être retiré. Exigeons la libération et l'abandon des poursuites pour les inculpés des mobilisations en cours. Engageons des actions de solidarité ici en France contre les deux projets de loi et en solidarité au mouvement actuel en Kanaky.

Solidarité avec la CCAT et le peuple Kanak mobilisé !

Nous appelons à la participation AU RASSEMBLEMENT CE MARDI 14 MAI 2024 de 14H à 18H Place Salvador Allende (plus proche autorisé de l'Assemblée Nationale) CONTRE LE VOTE SUR LE DEGEL DU CORPS ELECTORAL ET POUR LE RETRAIT IMMEDIAT DU PROJET DE LOI.

Le Collectif Solidarité Kanaky :

MJKF (Mouvement des Jeunes Kanak en France), USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanak et des Exploités (en France), Union syndicale Solidaires, CNT (Confédération Nationale du Travail), STC (Sindicatu di i Travagliadori Corsi), Association Survie, FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s), FUIQP (Front Uni des Immigrations et des Quartiers populaires), Ni guerre ni État de Guerre, UP (Union Pacifiste), Ensemble !, NPA (Nouveau Parti Anticapitialiste), PCOF (Parti Communiste des Ouvriers de France), PEPS (Pour une Ecologie Populaire et Sociale), PIR (Parti des Indigènes de la République), UCL (Union Communiste Libertaire).

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Le procureur de la CPI demande des mandats d’arrêt contre Benyamin Nétanyahou et Yahya Sinwar

Lundi 20 mai, Kharim Khan, le procureur de la Cour pénale internationale, a demandé que soient émis des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien, son ministre de la (…)

Lundi 20 mai, Kharim Khan, le procureur de la Cour pénale internationale, a demandé que soient émis des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien, son ministre de la Défense, le chef du Hamas à Gaza et deux autres responsables du mouvement palestinien. Un coup dur pour les dirigeants de l'État hébreu qui redoutaient cette décision et qui avaient tenté de s'y opposer, commente la presse internationale.

Tiré de Courrier international. Légende de la photo : Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Yoav Gallant sur la base militaire de Kirya à Tel Aviv, le 28 octobre 2023. Photo Abir Sultan Pool via Reuters.

Une décision historique. Lundi 20 mai, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Karim Khan a annoncé qu'il allait demander des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et contre le leader du Hamas, Yahya Sinwar, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, annonce le Washington Post.

Sont également concernés par ces poursuites le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, et deux autres hauts dirigeants du Hamas : Mohammed Deif, le chef des Brigades Al-Qassam, le bras armé du Hamas, et Ismaïl Haniyeh, le leader politique du mouvement palestinien, qui vit en exil à Doha, au Qatar.

“Sur la base des éléments de preuve recueillis et examinés par mon bureau, j'ai des motifs raisonnables de croire que Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre d'Israël, et Yoav Gallant, le ministre de la Défense d'Israël, portent la responsabilité pénale de crimes de guerre et crimes contre humanité commis sur le territoire de l'État de Palestine (dans la bande de Gaza) à partir du 8 octobre 2023 au moins”, est-il écrit dans un communiqué de la CPI, qui siège à La Haye, précise le quotidien suisse le Temps dans le live qu'il consacre à la couverture de l'actualité à Gaza.

Même si cette demande doit encore être approuvée par les juges de la CPI, explique The New York Times, “elle constitue un coup dur pour le gouvernement de Benyamin Nétanyahou et alimentera probablement les critiques internationales à l'égard de la stratégie d'Israël dans sa campagne de sept mois contre le Hamas et des conséquences de la guerre sur Gaza”.

Pressions israéliennes contre la CPI

Israël ne reconnaît pas la Cour pénale internationale – chargée de poursuivre les individus quand la Cour internationale de justice, elle, s'intéresse aux États – mais si ces mandats d'arrêt sont émis, chacun des 123 États membres de la CPI sera tenu d'arrêter les personnes visées qui pénétreraient sur son territoire et de les remettre à la Cour pour qu'elles soient jugées.

On comprend mieux l'inquiétude manifestée récemment par les dirigeants israéliens qui ont multiplié les pressions contre la CPI. Selon le site Axios, le Premier ministre israélien aurait ainsi exhorté le président Joe Biden à “intervenir” pour empêcher la Cour de La Haye d'émettre ces mandats, tout en menaçant de représailles contre l'Autorité palestinienne si la Cour pénale internationale allait de l'avant. “Cela fait plusieurs semaines que le ministère de la Justice [israélien] et les juristes de Tsahal se démènent pour empêcher que cela ne se produise” , expliquait récemment le quotidien Ha'Aretz dans un article traduit sur notre site.

Des manœuvres qui avaient provoqué une réaction rare du procureur Kharim Khan. Le 3 mai, dans un geste inédit, rappelait récemment Al-Jazeera, son bureau avait appelé à mettre fin à ce qu'il considérait comme une “intimidation” visant la CPI. Il sera allé finalement au bout de sa logique.

Lundi 20 mai, les familles des otages israéliens ont été parmi les premières à réagir, pour condamner fermement la décision du procureur de la CPI. “Nous rejetons l'assimilation des dirigeants israéliens aux terroristes du Hamas”, écrit le Forum des otages et familles de disparus, cité sur le live du quotidien Ha'Aretz. Même indignation du côté du chef de l'opposition Yair Lapid, qui qualifie de “désastre” cette annonce.

Courrier international

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