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Qu’est-ce-que l’approche des capabilités ?...

14 mai 2024, par Thierry Pauchant — ,
L'approche des capabilités est aujourd'hui de plus en plus utilisée dans différents domaines, en théorie de la justice, en développement, en santé publique, en éthique ou en (…)

L'approche des capabilités est aujourd'hui de plus en plus utilisée dans différents domaines, en théorie de la justice, en développement, en santé publique, en éthique ou en éducation. Elle a été introduite par l'économiste et le philosophe indien Amartya Sen en 1979. Celui-ci a reçu le prix Nobel d'économie en 1998. C'était la première fois que ce prix a été offert à un non-occidental. Son prix a été reconnu comme un plaidoyer pour un retour de l'éthique en économie [1] . Après avoir été professeur à Oxford et Cambridge, Amartya Sen est aujourd'hui professeur à Harvard.

tiré du Journal d'Attac Québec
Bulletin, avril 2024
https://quebec.attac.org/?qu-est-ce-que-l-approche-des&utm_source=Bulletin&utm_medium=Email&utm_campaign=2024-04-30&utm_content=Qu%27est-ce-que%20l%27approche%20des%20capabilit%C3%A9s%20?...

par Thierry Pauchant

La notion de capabilité provient d'une fusion entre celle d'être libre et celle d'être capable. Pour Sen, de nombreux mouvements qui invoquent la liberté ne sont que théoriques, les personnes n'étant pas réellement capables de réaliser ces libertés. Par exemple, même si des adeptes du néolibéralisme affirment que le libre marché fait en sorte que l'accès à la propriété est accessible à toute la population, dans de nombreux cas même des personnes travaillant à temps plein ne peuvent acheter un logement, leur prix étant devenu trop élevé. Pour Sen, différentes politiques - privées, publiques et associatives - doivent être développées pour permettre à toutes les personnes, nanties et modestes, d'accéder à un logement. Sa notion de liberté appelle donc aussi celle d'égalité. De façon similaire, l'anthropologue libertaire David Graeber a proposé que si la notion de liberté doit permettre à chaque personne de formuler ses propres choix, celle d'égalité doit permettre à chaque personne de pouvoir accéder à des ressources pour réaliser ces choix [2].

Dépasser le PIB

Amartya Sen a aussi proposé la notion de capabilité afin de dépasser celle d'utilité. Cette notion est centrale dans l'idéologie actuelle en science économique, qu'elle soit néoclassique ou néolibérale. Cette idéologie présuppose que l'être humain est un être qui calcule son utilité financière, c'est-à-dire son profit potentiel, avant chaque décision et action. Selon cette idéologie, la seule responsabilité demandée aux entreprises est de maximiser leurs profits, selon Milton Friedman. De même, pour les gouvernements, la chose la plus importante à réaliser est, prétendument, d'accroître la croissance économique. Par exemple, le gouvernement actuel du Québec nous exhorte à gagner les mêmes « gros salaires » qu'en Ontario. Cette obsession au rendement financier s'observe aussi dans de nombreux autres domaines. Aujourd'hui, certaines professions sont choisies non pas par choix personnel, mais parce qu'elles sont payantes. Et des livres à succès vantent l'enquête financière à réaliser sur une personne avant de tomber en amour avec elle.

Amartya Sen a conseillé de dépasser le PIB dès 1979. Avec des collègues, il a proposé l'Indice de Développement Humain (IDH) qui combine des mesures économiques avec des données sur la santé des populations et leur niveau d'éducation. Cet indice est calculé pour chaque pays et chaque année par le PNUD des Nations unis depuis 1990. Il démontre qu'une seule mesure économique mène à des conclusions biaisées. Par exemple, si les États-Unis avaient en 2021 le plus gros PIB de toutes les nations, l'IDH de ce pays n'était que 21ième au niveau mondial. Il est clair que le développement économique ne garantit pas à lui seul la santé et l'éducation des populations, sans parler de la santé de l'environnement naturel.

Même si cette mesure de l'IDH présente encore des limites, elle démontre qu'une alternative au PIB est effective depuis 1990. Aujourd'hui d'autres mesures et critères ont été proposés dans une tentative de mieux balancer les réalités économiques avec d'autres, incluant la santé, l'éducation, l'écologie, l'équité, la sécurité, etc.

Le développement comme un élargissement des libertés

Le travail de Sen et de ses collègues a aussi modifié durablement notre conception du développement, en rajoutant à l'utilité économique la notion plus large de capabilité. C'est ainsi que le développement est aujourd'hui considéré par les Nations Unies comme mettant « l'accent sur l'élargissement des libertés et des possibilités offertes à chaque être humain plutôt que sur la croissance économique » [3].

Elle est en train de révolutionner tranquillement et pacifiquement notre conception du développement. Cette approche a, par exemple, modifié les critères internationaux retenus pour évaluer le développement humain depuis 1990. Elle est, de plus, au centre des nouveaux « Objectifs de développement durable », définis par les Nations Unies en 2015, comme nous le verrons dans le prochain article. Sen et Nussbaum sont aussi tous deux fondateurs de la Human Development and Capability Association qui fait la promotion de cette approche à travers le monde.

Il est aussi important de souligner que, contrairement à la théorie de l'utilité, supposée objective et exhaustive, l'approche des capabilités n'est pas présentée comme universelle, c'est-à-dire identique à travers le temps et l'espace. Cette approche n'utilise donc pas une prétendue liste de biens premiers, supposés identiques pour toutes les personnes. De plus cette approche se refuse d'utiliser la pensée magique, prétextant qu'une seule variable est responsable du progrès, comme celle de la maximisation des profits. Ce faisant elle s'oppose de façon radicale à l'idéologie dominante en économie et en affaires.

Les contributions de Martha Nussbaum

Martha Nussbaum est l'une des philosophes les plus respectées au niveau international. Professeure de droit et d'éthique à l'université de Chicago, spécialiste de la philosophe antique, notamment Aristote, elle a beaucoup contribué à l'approche des capabilités, Elle reconnait qu'une liste définitive des capabilités est impossible à établir, vu les différences culturelles et sociales existantes entre les sociétés. Cependant, elle a proposé une liste tentative de 10 capabilités, qui se doit d'être adaptée à chaque situation [4] :

1. La vie. Être capable de mener une vie qui vaut la peine d'être vécue et d'une longueur normale.
2. La santé du corps. Être capable d'être en bonne santé, incluant une nutrition et un abri convenables. ;
3. L'intégrité du corps. Être capable de se déplacer librement, d'être en sécurité et d'avoir des possibilités de satisfaction sexuelle et de choix de reproduction.
4. Les sens, l'imagination et la pensée. Être capable de les utiliser de manière vraiment humaine, ayant reçu une éducation adéquate.
5. Les émotions. Être capable de s'attacher à des choses et des gens.
6. La raison pratique. Être capable de se former une conception du bien et du mal, ayant une liberté de conscience et de culte.
7. L'affiliation. Être capable d'être empathique avec autrui et avoir des bases sociales du respect de soi.
8. Les autres espèces. Être capable de vivre en relation avec les animaux, les plantes et le monde naturel.
9. Le jeu. Être capable de rire, de jouer, de jouir des loisirs.
10. Le contrôle sur son environnement. Être capable de participer à la vie politique, de jouir des droits de la propriété, de travailler de façon humaine et de recevoir une compensation financière adéquate et équitable.

Il est notable que la liste proposée par Martha Nussbaum, à titre indicatif, est résolument plurielle. Cette liste n'est pas définitive et ne tente pas d'évaluer si une politique est capabilisante ou non, en établissant un score optimal. Différemment, Nussbaum propose cette liste comme des possibilités susceptibles d'élargir les libertés des personnes et ainsi enrichir les décisions.

Libertés négatives et positives

Un trait essentiel, dans cette approche des capabilités, est sa conception large des libertés. Sen et Nussbaum font tous deux une distinction importante entre les libertés « négatives » et les libertés « positives » [5] . Les libertés négatives tentent d'exclure l'ingérence d'autrui. Par exemple, la volonté de réduire le plus possible le rôle de l'État, dans l'idéologie néolibérale, provient en partie de cet attachement à cette conception négative des libertés. Dans certains cas, la notion de liberté est alors réduite à celle de « libarté ».

Différemment, les libertés positives s'ajoutent à celles négatives et visent à accroître les capabilités des personnes, leurs possibilités concrètes de vie. Bénéficier d'une éducation gratuite ou peu coûteuse, par exemple, ou avoir accès à des soins médicaux de base, sont des libertés positives. Elles permettent potentiellement à des personnes d'exercer des choix auxquels elles attribuent de la valeur, car elles sont, dans l'exemple pris, capables de lire et de s'instruire, ou car elles demeurent en santé, grâce, en partie, à un système de santé publique.

Cette notion de liberté positive est très importante pour évaluer le rôle d'un État. L'accroissement du secteur privé dans le système de santé, par exemple, peut faciliter les soins aux classes nanties, mais aussi réduire les capabilités disponibles aux classes plus modestes, par manque de moyens financiers. De même, l'accroissement des frais en éducation peut favoriser la qualité de l'éducation dispensée aux classes nanties, mais aussi diminuer les capabilités des classes plus modestes, de nouveau par manque de moyens financiers.

Il est à noter qu'actuellement au Québec, le secteur privé gagne en importance à la fois dans le système de santé et celui de l'éducation. Cette tendance réduit ainsi les capabilités d'une partie importante de la population. Elle va, de plus, à l'encontre de ses droits pour recevoir de façon équitable des services adéquats en santé, en services sociaux et en éducation.

Thiery Pauchant est membre du C.A. d'Attac-Québec et professeur honoraire à HEC Montréal où il a fondé la Chaire de management éthique. Auteur de plus de 200 articles et de 13 livres, il fait la promotion de l'économie sociale et durable, notamment via Attac-Québec, le CIRIEC au Canada, l'Institut Veblen à Paris et l'UNDP aux Nations Unies.

Notes
[1] Amartya Sen, L'économie est une science morale, Paris, La Découverte, 1999.

[2] David Graeber, Comme si nous étions déjà libres (Trad. A. Doucet), Montréal, Lux Éditeur, 2014, p. 270.

[3] Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Indices et indicateurs de développement humain, 2018, p. iii, disponible en ligne.

[4] Martha Nussbaum, Capabilités, Paris, Climats, 2012, p. 55-57.

[5] Amartya Sen, L'Idée de justice, (Trad. P. Chemla), Paris, Champs Essais, 2012, p. 341-342.

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Au Soudan, la ville d’El-Fasher sous le feu meurtrier de la guerre

14 mai 2024, par Hamadou Gadiaga — , ,
Chef-lieu de la région du Darfour, la ville d'El-Fasher accueille quelque 800 000 personnes déplacées qui se retrouvent piégées dans la guerre entre l'armée soudanaise et la (…)

Chef-lieu de la région du Darfour, la ville d'El-Fasher accueille quelque 800 000 personnes déplacées qui se retrouvent piégées dans la guerre entre l'armée soudanaise et la milice des Forces de soutien rapide. Le quotidien burkinabè “Le Pays” déplore la “macabre détermination” de ces frères ennemis de ne pas déposer les armes.

Tiré de Courrier international. Article originalement paru dans lepays.bf Légende de la photo : Des déplacés internes font la queue pour récupérer des vivres à Gedaref, le 12 mai 2024. Les affrontements ont repris entre l'armée soudanaise et les RSF, à El-Fasher. Photo AFP.

C'est un pas de plus dans la descente aux enfers du Soudan qui a été franchi avec le siège de la capitale de la province du Darfour du Nord [le 11 mai] par les Forces de soutien rapide (RSF) du général [Dagalo dit] “Hemeti”, faisant redouter des risques énormes d'atrocités massives et de meurtres ethniques ciblés, notamment contre les populations non arabes entassées dans cette ville surpeuplée de réfugiés [les RSF, qui ont succédé aux milices arabes des janjawids, sont accusées de nettoyage ethnique, notamment à l'encontre de l'ethnie des Masalit].

La bataille engagée, hier dimanche [12 mai], par les RSF pour reprendre la ville aux forces loyalistes du général Al-Burhan [chef de l'armée soudanaise et chef d'État de facto] pourrait provoquer, en effet, un désastre humanitaire pire que celui de juin dernier [début des attaques contre la ville d'El-Geneina] dans cette ville d'El-Fasher et dans d'autres localités de la province [de juin à novembre 2023, la ville d'El-Geneina, dans l'ouest du Darfour, a été le théâtre d'épuration ethnique de la part des RSF], qui a révélé au monde entier l'horreur de cette guerre absurde avec un bilan effroyable de 10 000 à 15 000 civils qui y ont été massacrés.

L'inquiétude est d'autant plus grande que des combats à mort, rue par rue, ont été signalés jusqu'au centre de la capitale [Khartoum] qui abrite plus d'un million d'habitants, et qui est la seule ville à être tenue jusque-là par l'armée loyaliste, [laquelle] a dû se résoudre à renforcer ses positions et ses équipements par le biais de largages aériens.

Une bataille acharnée, donc, en perspective qui va probablement durer des semaines, possiblement plus, et qui va fatalement transformer El-Fasher en une cité de mise à mort à ciel ouvert, à moins qu'une hypothétique cessation des hostilités n'intervienne dans les prochaines heures.

L'impuissance internationale et le cynisme des diplomates

Malheureusement, les protagonistes ne semblent pas en prendre le chemin, bien au contraire, puisqu'ils ont répondu à l'appel désespéré du secrétaire général des Nations unies à respecter leur obligation de protéger les civils par des tirs d'armes lourdes dans plusieurs quartiers densément peuplés de la ville et de sa zone périurbaine.

L'on se demande d'ailleurs qui pourrait encore, dans ce chaos de corps et de cris, faire entendre raison à ces frères ennemis qui ont manifestement décidé d'aller jusqu'au bout de leur folie meurtrière et de leur macabre détermination de ne pas déposer les armes.

Personne, est-on tenté de dire, surtout quand on constate que tous les cessez-le-feu laborieusement obtenus se sont littéralement effondrés, ouvrant de nouveau la voie aux cohortes de combattants écervelés, aux chars et aux hélicoptères rugissants, pour commettre des crimes abominables contre des pauvres populations qui fuient éperdument vers les États qui bordent le Soudan.

Il ne faut surtout pas compter sur les diplomates aux ventres repus qui n'ont pas pu ou su empêcher d'autres pays avant le Soudan de sombrer, et qui se contentent de parler à la cantonade là où ils devraient plutôt taper du poing sur la table pour se faire entendre par les protagonistes.

Et si la solution la plus envisageable à cette crise soudanaise était de laisser le pays se déliter sous les feux croisés des généraux Al-Burhan et “Hemeti”, jusqu'à ce que l'un d'eux l'emporte sur l'autre et décide de quitter le pouvoir après sa victoire à la Pyrrhus, au nom de la réconciliation nationale ?

C'est peut-être un scénario cynique et improbable, mais sur les cendres du Soudan et des consciences des dirigeants des grandes puissances, un nouvel ordre politique pourrait ainsi miraculeusement naître, pour le bonheur et la sécurité durable des Soudanais.

Hamadou Gadiaga

Plus de 800 000 civils menacés

Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) a averti le 12 mai : des tirs à l'“arme lourde” ont eu lieu contre la ville d'El-Fasher, menaçant les quelque 800 000 civils qui y sont réfugiés. Dans ce chef-lieu du Darfour-Nord, au Soudan, la guerre entre l'armée soudanaise et la milice des RSF se fait meurtrière. Selon le Sudan Tribune, des frappes aériennes et des armes lourdes ont pilonné la ville ce 10 mai, du matin jusqu'à 18 h 30, marquant une escalade dramatique du conflit en cours.

Le titre soudanais décrit une ville où les combats en périphérie ont fini par gagner le centre-ville, le marché principal et les quartiers alentour, déclenchant des fuites et déplacements massifs. “L'hôpital El-Fasher Sud, le principal établissement médical de la ville, est submergé de blessés. L'hôpital de 100 lits peine à faire face au manque d'ambulances, de fournitures et de médicaments. Malgré le cessez-le-feu, les habitants craignent une reprise des combats”, poursuit Sudan Tribune.

À cette violence s'ajoute le drame des déplacés qui avaient trouvé refuge dans la ville, fuyant d'autres combats. “Plus de 40 600 personnes ont été déplacées dans la localité d'El-Fasher entre le 1er et le 18 avril en raison d'affrontements tribaux et de combats entre forces gouvernementales et rebelles. L'accès humanitaire à El-Fasher est sévèrement restreint, ce qui entrave l'acheminement de l'aide”, détaille le titre soudanais.

Au Darfour, 9 millions de personnes sont confrontées à des besoins humanitaires énormes, une situation exacerbée par le conflit prolongé et l'accès limité à l'aide.

Courrier International

Le trouble jeu de la Russie

On pensait la Russie solide alliée et principale pourvoyeuse d'armes des Forces de soutien rapide (RSF). Mais Middle East Eye affirme que Moscou sécurise ses intérêts stratégiques au Soudan, en fournissant aussi des armes aux Forces armées soudanaises (FAS) du général Al-Burhan tout en continuant à soutenir les paramilitaires des RSF du général Hemeti.

La Russie a montré jusque-là son soutien aux RSF, qui lui assuraient un approvisionnement en or soudanais. Moscou, via le groupe paramilitaire Wagner, avait sécurisé des mines aurifères soudanaises tout en soutenant les RSF. Mais, assure Middle East Eye, certains signes indiquent que la Russie “se concentre désormais davantage sur ses relations avec Burhan et le gouvernement aligné sur l'armée”.

Signe fort de ce rapprochement, en déplacement à Port-Soudan, ville dans laquelle s'est repliée l'armée soudanaise, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov a clairement indiqué en langue arabe que c'est le Conseil de souveraineté du Soudan, contrôlé par l'armée, qui représente véritablement le peuple soudanais. Le ministre russe, qui dirigeait une délégation composée d'officiers militaires, a également rencontré le général Al-Burhan, chef de facto de l'État soudanais, lui assurant le soutien russe.

Dans le même temps, le Sudan Tribune a rapporté que, lors de ces discussions, la Russie a offert aux Forces armées soudanaises “une aide militaire qualitative sans restriction”. Cette offre pourrait “impliquer une expertise spécialisée et, potentiellement, une présence russe au Soudan”. À Port-Soudan, la délégation russe a également discuté de la perspective d'une base navale russe sur la côte de la mer Rouge.

Courrier International

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Élections 2024 en Afrique du Sud : un appel au réveil pour la gauche

14 mai 2024, par Amandia ! — , ,
Les élections nationales et provinciales du 29 mai en Afrique du Sud s'annoncent les plus déterminantes depuis les « élections de la liberté » de 1994. Reste qu'encore une fois (…)

Les élections nationales et provinciales du 29 mai en Afrique du Sud s'annoncent les plus déterminantes depuis les « élections de la liberté » de 1994. Reste qu'encore une fois aucune force de gauche ou anticapitaliste crédible n'est en lice. Selon l'appréciation générale, l'ANC ne devrait pas remporter une majorité absolue, ce qui implique des possibilités de nouvelles configurations de pouvoir. L'incapacité de la gauche de se faire une place dans le cadre des élections qui arrivent en dit long sur son état et sur la situation des mouvements syndicaux et sociaux. Ces derniers ne sont guère que l'ombre des mouvements qui ont été si décisifs pour bouter le régime raciste du Parti national hors des « Union Buildings » (Siège du gouvernement sud-africain — NDT).

Tiré du Journal des alternatives.

Les 30 années de règne de l'ANC ont été un désastre pour notre pays et une catastrophe pour les pauvres et les travailleuses et travailleurs. Le taux de chômage a atteint des sommets inégalés. Les disparités sociales se sont aggravées au point d'être sans équivalent dans le monde. La violence à l'égard des femmes atteint des niveaux effrayants. En moyenne, une femme est violée toutes les 25 secondes et on compte un féminicide toutes les huit heures dans nos contrées. La plupart des municipalités sont incapables de fournir des services de base à la population locale en raison d'un manque de financement abyssal.

La corporisation et la marchéisation des entreprises publiques ont été un désastre. Eskom et Transnet se trouvent dans une spirale de mort. Extrêmement endettées, elles sont incapables de répondre aux besoins de la population et de l'économie en matière d'électricité et de transport. Presque toutes les autres sociétés d'État souffrent des mêmes symptômes.

Le vide à gauche

Il est donc tragique que la gauche, qui a développé une critique convaincante des politiques néolibérales, ne soit pas en mesure de promouvoir des voies véritablement nouvelles, au moment même où l'électorat réclame plus que jamais des solutions de rechange.

Tous les fragments de l'opposition à l'ANC (et chaque jour un nouveau fragment émerge) offrent des explications largement superficielles et fausses de l'état actuel de la nation. Pour l'Alliance démocratique (Democratic Alliance) et ses alliés, c'est la corruption et le placement des cadres dans les institutions de l'État qui sont en cause. Les populistes blâment soit l'immigraiton illégale, soit la protection défaillante des valeurs familiales chrétiennes. En ce qui concerne celles et ceux qui ont pris leurs distances par rapport à l'ANC, on dénonce le manque de prise de pouvoir économique de la population noire (Black Economic Empowerment — BEE) et déplorent que la transformation économique radicale prônée n'aille guère au-delà des mots.

L'incapacité de la gauche à constituer une force crédible a donné lieu à une situation grotesque : des populistes corrompus, qui ont autrefois dirigé l'ANC, se présentent de manière opportuniste comme des radicaux de gauche. Zuma et son parti MK (uMkhonto we Sizwe en zoulou/xhosa ; fer de lance de la nation) ne sont que les derniers d'une longue série à incarner cette tendance. Citons aussi Ace Magashule et son parti, le Congrès africain pour la transformation (African Congress for Transformation), le parti Mouvement du peuple pour le changement (People's Movement for Change) de Marius Fransman et, bien sûr, le parti Combattants pour la liberté économique (Economic Freedom Fighters – EFF), dernier en date auprès duquel Carl Niehaus a réussi à faire son nid. Quant aux nouveaux partis, comme l'Alliance patriotique (Patriotic Alliance) et l'Action pour l'Afrique du Sud (Action SA), ils ont pour stratégie électorale de faire appel aux pires sentiments d'un peuple désespéré par la crise socio-économique. Ils se livrent à une surenchère pour être les plus farouchement xénophobes, homophobes et durs à l'égard de la criminalité.

Les résultats désastreux du Parti socialiste révolutionnaire des travailleuses et travailleurs (Socialist Revolutionary Workers Party) aux élections de 2019 ont eu des répercussions pour l'ensemble de la gauche. Cette débâcle marque la fin de ce qu'on a appelé le « moment Numsa » (National Union of Metalworkers of South Africa, le syndicat national des métallurgistes de l'Afrique du Sud) de 2013 — une opportunité de renouveau pour une politique de gauche indépendante enracinée dans les mouvements populaires de masse. Ces déboires renforcent l'idée fausse selon laquelle il est difficile de construire des mouvements politiques démocratiques, radicaux, faisant appel aux masses et à même de percer dans les élections — l'idée selon laquelle la politique électorale n'est pas un domaine dans lequel la gauche devrait intervenir. De même, la dérive du parti EFF vers une politique nationaliste grossière et l'application d'un calque radical de l'ANC fera obstacle au renouveau d'une politique de gauche militante.

La conséquence pour une véritable gauche socialiste démocratique est que, même si elle était en mesure d'entrer dans la mêlée électorale, elle se retrouverait dans un champ des possibles encombré, à lutter pour se démarquer par rapport aux nombreux imposteurs.

Et puis il y a les électrices et électeurs en puissance de la gauche qui ont été tellement désillusionné.es par l'état des choses qu'ils et elles se sont retiré.es du jeu, ne prenant même pas la peine de s'inscrire sur les listes électorales.

Les élections nécessitent une considérable cagnotte. Trouver les fonds nécessaires pour rivaliser avec les partis bourgeois sans sombrer dans l'opportunisme, représente une énorme montagne à gravir pour une gauche qui dépend du soutien de celles et ceux qui ne possèdent rien.

Il est urgent de résoudre le problème de l'absence électorale d'une gauche crédible. Il faudra repenser en profondeur les perspectives et la stratégie de la gauche, ce qui provoquera une réorganisation substantielle de celle-ci.

La longue marche vers la construction d'un mouvement de gauche de masse susceptible de détourner l'électorat du camp politique nationaliste demandera de faire face à des décisions stratégiques et tactiques difficiles, en particulier dans le contexte d'un déclin des mouvements sociaux de la classe ouvrière, et notamment de l'affaiblissement et de la fragmentation du bloc travailliste.

Notre point de départ

Notre compréhension de l'absence d'un parti anticapitaliste aux prochaines élections doit aller au-delà de l'analyse de Steven Friedman, qui attribue cette absence à la centralité de la race et de l'inégalité raciale. Un bon point de départ serait de reconnaître la défaite de la gauche en Afrique du Sud. Le philosophe et militant socialiste français Daniel Bensaïd, en intervenant dans le cadre d'une évaluation de la stratégie révolutionnaire au tournant du 21e siècle a pointé ce qui suit : d'où venons-nous ? D'une défaite historique. Mieux vaut l'admettre et en mesurer la portée. L'offensive néolibérale du dernier quart de siècle est la cause de cette défaite, en plus d'en être la conséquence et l'aboutissement.

Quelque chose a été accompli au tournant du siècle, entre la chute du mur de Berlin et le 11 septembre. Mais de quoi s'agit-il ? De la fin du « court vingtième siècle » et de son cycle de guerres et de révolutions ? De la fin de la modernité ? De la fin d'un cycle, d'une période ou d'une époque ?

Il est clair que la gauche sud-africaine a souffert et qu'elle n'est pas la seule dans ce cas. Mais on peut relever des éléments qui lui sont spécifiques.

Tout d'abord, les déboires du pays émergent dans le sillage de l'effondrement de la distorsion socialiste de l'URSS et de ses États satellites, dont ils procèdent. Ensuite, comme l'a adéquatement expliqué Vishwas Satgar :

  • « Deux décennies de néolibéralisation sous la direction de l'ANC, qui a abandonné la démocratie, de même que le développement et la formation de l'État par rapport au capital, ont consacré la défaite stratégique de la gauche et de la classe ouvrière en Afrique du Sud. Le moment et le processus de la “National Union of Metalworkers of South Africa (Numsa)”, sous la houlette du plus grand syndicat d'Afrique du Sud (plus de 330 000 membres) et du plus militant aussi, ont constitué un vaste agrégat visant à faire face à cette défaite stratégique. Ce fut le ferment d'une bataille pour déterminer l'avenir de l'Afrique du Sud, une initiative stratégique pour la classe ouvrière du pays. »

Il n'en demeure pas moins que c'est l'effondrement de ce « moment Numsa » qui rend la situation de la gauche encore plus difficile et complexe. C'est comme s'il fallait reconstruire à partir de zéro. Comme le souligne le marxiste britannique Stuart Hall :
« Lorsqu'une conjoncture se déploie, il n'y a pas de “retour en arrière” possible. L'histoire change de palier. Le terrain se modifie. Vous êtes dans un nouveau moment. Vous devez approcher les choses avec “violence”, avec tout le “pessimisme de l'intellect” dont vous êtes capable, en phase avec la “discipline de la conjoncture”. »

La politique stalinienne a prévalu

Pourquoi la gauche anticapitaliste sud-africaine n'a-t-elle pas réussi à marquer ce moment de son empreinte ? Le dogme marxiste-léniniste à l'ancienne était dominant, avec son autoritarisme intrinsèque et son emprise sur d'importantes machines bureaucratiques telles que le parti communiste sud-africain (South African Communist Party ou SACP, en anglais), le Congrès des syndicats sud-africains (Congress of South African Trade Unions ou COSATU, en anglais) et le Numsa. Cette coupe réglée a exterminé les jeunes pousses d'une politique émancipatrice plus ouverte, démocratique et pluraliste.

Parmi les protagonistes à l'origine de la formation du parti EFF et de celui du SRWP, le Numsa, il y a pu y avoir rupture avec l'ANC/le SACP, mais pas avec les politiques et les pratiques du congrès/du stalinisme. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la régurgitation des notions de « révolution démocratique nationale » — la théorie étapiste du changement révolutionnaire — étayée par une alliance avec la bourgeoisie patriotique, au nom de la classe ouvrière. Les jeunes militant.es et cadres issus des luttes ouvrières, communautaires et étudiantes ont été absorbés par ces bureaucraties dans leur quête d'un revenu stable et d'une sécurité personnelle.

Reconnaître la défaite que nous avons subie, ce n'est pas se démoraliser. C'est plutôt reconnaître un échec sans capituler devant l'ennemi, en sachant qu'un nouveau départ est susceptible de prendre des formes inédites.

Vers un renouveau

Il n'y aura pas de voie rapide pour sortir de cet état de déclin. L'élection qui vient pourrait être déterminante dans la mesure où elle mettra, selon toute vraisemblance, un terme à la domination totale de la politique nationaliste. Partant, une telle évolution pourrait avoir de meilleures chances de structurer l'échiquier politique selon l'opposition entre classes. Mais dans une autre optique, de tels changements seront totalement insignifiants — ils n'auront aucun effet sur la vie matérielle de la classe ouvrière et des pauvres. Les canalisations d'eau et d'égout brisées ne se répareront pas pour autant. Les délestages, les longues coupures d'électricité quasi quotidiennes, ne cesseront pas demain la veille. Et surtout, cela n'éloignera pas le gouvernement de l'orientation néolibérale que partagent la plupart de ses opposants politiques.

Pour un véritable changement, il n'y aura pas d'autre option que de continuer à construire des organisations populaires, de lutter pour reprendre le mouvement syndical à sa direction bureaucratique et de lutter pour reconstruire l'unité du mouvement de la classe ouvrière afin d'en faire un mouvement pour le socialisme. Il ne doit plus y avoir d'élections sans représentation de la gauche sur le bulletin de vote. Et pour que la gauche fasse entendre sa voix, celle-ci doit être ancrée dans des organisations populaires actives.

Publiée sur le site d'Alternatives International et traduit par Johan Wallengren.

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Le Rwanda supplétif de l’Union européenne en Afrique

14 mai 2024, par Paul Martial — , ,
Le Rwanda devient une pièce maîtresse pour l'Union européenne (UE) tant dans la lutte contre l'immigration que pour la sécurisation de pays africains en proie aux attaques de (…)

Le Rwanda devient une pièce maîtresse pour l'Union européenne (UE) tant dans la lutte contre l'immigration que pour la sécurisation de pays africains en proie aux attaques de leur rébellion.

Tiré de Afriques en Lutte
7 mai 2024

Par Paul Martial

À la suite à leur accord, Rishi Sunak et Kagamé se disent impatients de voir au plus vite les premiers migrants de Grande-Bretagne expulsés au Rwanda, et tant pis si ce pacte déroge au droit international. Si on perçoit les intérêts électoraux pour Sunak de cette politique démagogique et raciste, qu'en est-il pour Kagamé ?

Argent contre migrant

Les intérêts sont d'abords financiers, et les autorités rwandaises ne s'en cachent pas. Les 300 premiers migrantEs transférés devraient rapporter au Rwanda 220 millions d'euros. À cela s'ajoutent 25 millions d'euros financés par l'UE dans le cadre du « mécanisme de transit d'urgence » pour des migrantEs évacués de Libye. En plus du gain financier, Kagamé bénéficie d'une tolérance pour ses violations systématiques des droits humains. Il va d'ailleurs entamer son quatrième mandat lors des prochaines élections présidentielle à l'été 2024, qu'il gagnera avec les mêmes scores soviétiques affichés lors des précédents scrutins. Les organisations de défense des droits humains ont pu dénoncer à maintes reprises les assassinats d'opposantEs à travers le monde, rien ne bouge.

Indulgence coupable

Cette mansuétude des pays occidentaux pourrait s'expliquer par la culpabilité. Celle de l'indifférence à un génocide qui se déroulait sous leurs yeux. Mais il y a surtout la diplomatie militaire du Rwanda. Il est le deuxième contributeur africain des opérations de maintien de la paix. Près de 4 600 soldats rwandais sont déployés dans les missions onusiennes au Sud Soudan et en Centrafrique. Dans ce pays, le Rwanda a envoyé ses forces spéciales en 2020 pour sauver le régime. Un soulagement pour l'Europe craignant de voir une nouvelle fois cet État tomber dans un chaos aux conséquences délétères pour la stabilité de la région.

Le nouveau gendarme

Le Rwanda s'est rendu indispensable pour la France en intervenant au Mozambique. Ses soldats ont repoussé les combattants islamistes de Cabo Delgado et assurent la sécurité de cette région stratégique pour TotalEnergies. La multinationale investit près de 15 milliards de dollars pour la production de gaz liquéfié.

Kagamé, c'est un peu le Wagner de l'occident. En effet l'armée française étant désormais indésirable à peu près partout en Afrique, le rôle de gendarme semble être dévolu au pays des milles collines. Ainsi le Bénin, qui subit des incursions des djihadistes du Burkina Faso voisin, vient de passer un accord militaire. Il ouvre la voie à une intervention de l'armée rwandaise. Si cette opération est un succès, il y a fort à parier que d'autres pays pourraient être demandeurs.

Les autorités rwandaises profitent de ce nouveau rôle pour mener leur politique d'agression et de pillage dans l'est de la République démocratique du Congo en soutenant la milice du M23, coupable des pires atrocités contre les populations sans risque de se voir sanctionner.

Paul Martial

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Afrique - RDC : les minerais de la honte

14 mai 2024, par Paul Martial — , ,
Il y a cent cinquante ans, le Congo belge, maintenant République démocratique du Congo (RDC), accompagnait l'essor industriel de l'Europe et des USA en fournissant des milliers (…)

Il y a cent cinquante ans, le Congo belge, maintenant République démocratique du Congo (RDC), accompagnait l'essor industriel de l'Europe et des USA en fournissant des milliers de tonnes de caoutchouc nécessaires à la fabrication des pneus, des courroies et tuyaux flexibles. Aujourd'hui ce sont le cuivre, le cobalt, l'étain, le cadmium, le niobium et bien d'autres minerais rares indispensables à la fabrication des batteries et au secteur industriel de haute technologie.

Tiré de Afriques en Lutte
7 mai 2024

Par Paul Martial

Conditions de travail périlleuses

Un siècle et demi plus tard, l'exploitation éhontée des populations est restée identique. Certes, les punitions corporelles comme les amputations des mains des travailleurEs ou de leurs enfants pour manque de rendement n'est plus de mise mais les conditions de travail restent terrifiantes dans les mines artisanales qui représentent pour le coltan 90 % de la ­production de la RDC. Les puits de mine peuvent atteindre 100 mètres de profondeur et deviennent, lors des saisons des pluies, de véritables pièges mortels par noyade ou ensevelissement si les bâches protégeant les cavités se déchirent sous le poids de l'eau. Pour les mineurs, appelés aussi creuseurs, pour les femmes qui lavent les minerais de cobalt, la présence de métaux lourds dans leur sang est avérée, entraînant des dommages oxydatifs de l'ADN, des fausses couches ou des malformations des fœtus. Le travail des enfants reste monnaie courante. La plupart des mines artisanales sont sous le contrôle de milices armées ou des militaires congolais. Dans les deux cas ils imposent aux populations un travail forcé.

Économie de guerre

L'extraction des minerais est un enjeu économique qui explique la pérennité des conflits. En 2000, le kilo de tantale se vendait 22 dollars US aujourd'hui il s'échange à plus de 400 dollars, le niobium à plus de 1 000 dollars. Les milices armées utilisent ces sources de financement pour leur guerre. Le Rwanda qui soutient un de ces groupes, le M23, profite de la situation pour accaparer une partie de la production de la RDC engendrant plus d'un milliard de dollars de recettes en 2023. Les grandes entreprises occidentales certifient à grands coups de label la non-­utilisation de ces « minerais de sang ». Impossible à garantir !

Si les mines industrielles et artisanales ont chacune en théorie des circuits distincts, le nombre important d'intermédiaires, acheteurs au détail, négociants en gros, courtiers, transporteurs, opacifie la chaîne d'approvisionnement, ce qui autorise le mélange de la production des deux circuits. D'autant que les minerais issus de l'industrie artisanale sont recherchés pour leur forte teneur en métaux car, faute d'instrument de mesure, les creuseurs les trient à l'œil nu.

Larmes de crocodiles

Officiellement il y a un consensus pour dénoncer les conditions de travail des mineurs artisanaux. Chacun y va de son couplet, que ce soient les dirigeants africains ou ceux de l'industrie électronique. Pourtant rien n'est fait alors que deux mesures pourraient être prises.

La première est d'arrêter la répression contre les mineurs artisanaux qui tentent de s'organiser en coopérative et d'améliorer ainsi leurs conditions de vie et de ­rémunération.

La seconde est la mise en place — par les multinationales d'industries de première transformation des minerais créant une valeur ajoutée pour la RDC — de mesures de protection des travailleurEs et de l'environnement.

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Mayotte Place Nette. Vers un monde inhabitable

14 mai 2024, par Daniel Gros — , ,
Mayotte serait-elle devenue la mauvaise conscience de la France, sa honte, sa dissimulation ? Le pire s'y passe tranquillement. Bien qu'y adviennent les événements les plus (…)

Mayotte serait-elle devenue la mauvaise conscience de la France, sa honte, sa dissimulation ? Le pire s'y passe tranquillement. Bien qu'y adviennent les événements les plus tragiques, les plus infamants et de fait les plus moralement discutables, les citoyens se réclamant Français et revendiquant la France pour leurs intérêts, expriment peu leur trouble quant aux maux infligés aux populations pauvres, qui composent tout de même la grande majorité des habitants de l'ile.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/09/mayotte-place-nette-vers-un-monde-inhabitable/

Pire encore, les citoyens les mieux traités récriminent contre le pouvoir et surenchérissent sur sa brutalité envers les plus pauvres, catégorie à laquelle appartiennent également les migrants.

Il devient particulièrement difficile de chroniquer les événements qui se chassent les uns les autres. Comment évaluer leur gravité tant le dernier épisode excède le précédent et accentue le harcèlement permanent dont sont affligés les indésirables désignés ?

Une population insulaire dont 80% vit sous le seuil de pauvreté ne peut se plier aux dictats d'une législation soucieuse de promouvoir les conditions de vie répondant aux critères du confort bourgeois. Des règles d'éligibilité aux prestations sociales qui excluent près de la moitié de la population, un marché de l'emploi qui n'occupe que le tiers des individus en âge de travailler, un cout de la vie supérieur à celui observé en métropole : voilà au moins trois conditions qui se combinent pour astreindre les laissés-pour-compte à se débrouiller avec les moyens à leur portée, opportunités qui ne font pas bon ménage avec la légalité. Puisque l'État les écarte de la solidarité nationale, ils n'ont d'autres choix que de se confiner dans l'économie informelle où ils puisent toutes les ressources nécessaires à la survie.

Depuis la mise en application de la loi Elan qui permet au préfet de Mayotte, et à celui de la Guyane, de détruire l'habitat insalubre, illégal ou indigne, adjectifs permutables en fonction de la justification souhaitée, 33 arrêtés de démolition sous couvert de la loi Elan ont été publiés et exécutés délogeant 11 585 personnes [1].

L'opération Wuambushu 2, inaugurée le 16 avril par la démolition de 220 habitations dans le quartier de Doujani 2, doit se poursuivre jusqu'à la fin du mois de juin et durer onze semaines. Comme l'an passé, rien n'a été préparé sauf les prétentions affichées : détruire 1300 cases en tôle durant cette période bien qu'un seul arrêté ait été publié à ce jour contre un quartier de Sada, village côtier sur le littoral ouest, que les services de la préfecture n'ont pas pris la peine de recenser. L'adjudant qui signe le rapport de gendarmerie annexé à l'arrêté confirme sans gêne qu'il « n'existe pas de recensement précis de la population dans ce village vu la nature des constructions, souvent illégales, et abritant des personnes en situation administrative irrégulière sur le territoire français[2] ».

Mais qu'importe puisque les gens ne sont pas le souci de l'administration. On ne les compte pas parce qu'ils ne comptent pas.

L'atteste la nouvelle appellation dont le Gouvernement affuble le Wuambushu nouveau à la périodicité printanière : « Mayotte Place nette ».

L'expression « place nette » est devenu récemment la marque de fabrique de toutes les actions de politique urbaine : ainsi l'opération « Place nette XXL » à Marseille vise à « renforcer la lutte contre la délinquance et plus particulièrement le trafic de stupéfiants [3] », même refrain à Strasbourg, à Nantes, dans leNord. Le pouvoir exécutif règle son action sur la dimension régalienne, la seule pour laquelle il semble avoir encore un peu d'imagination lexicale comme l'emploi à toutes les sauces du terme « réarmement » et les préfixes e « R » (refondation, révolution…) particulièrement affectionné par le président de la République, franchement belliqueux.

Pour Mayotte où s'applique depuis longtemps déjà une politique répressive sans alternative, la formule exprime toutes les menaces déclinées par le dictionnaire le Robert : « faire place nette, vider les lieux et fig. renvoyer d'une maison, d'une entreprise, tous ceux dont on veut se débarrasser ; rejeter ce dont on ne veut plus ».

Faire place nette, nettoyer (au “karcher” [4]), faire le vide, tel est le programme de coups de torchon périodiques promu en lieu et place d'une politique sociale solidaire et redistributive. Pareil traitement n'est pas réservé au petit confetti lointain perdu dans l'océan indien, dont la relation avec la France s'est transformée d'ancienne colonie à nouveau département sans que son sort en soit pour autant amélioré. Par population pauvre il faut de toute évidence comprendre les nationaux et les migrants dont les maltraitances administratives et gouvernementales finissent par s'équivaloir : harcèlements, accumulation d'atteintes aux droits et aux protections, travail forcé ou emplois dégradés, dénonciation d'une nationalité supposément extorquée, la liste reste à la mesure de l'imagination des dominants.

Outre la politique extrême de démolition des quartiers pauvres, dite à présent « décasages [5] », les deux autres volets complètent inlassablement le dispositif mis en place depuis des décennies dont l'inefficacité patente conduit les autorités à l'amplifier ad nauseam.

La lutte contre l'immigration clandestine imagine purger Mayotte des habitants venus des autres iles de l'archipel sans que les mesures mise en œuvre depuis des lustres n'aient la moindre incidence sur une démographie dont les données sont devenues un enjeu de lutte [6]. Contester les données de l'INSEE procure des avantages dans le rapport de force avec l'État français : les personnes non comptées figurant implicitement des hordes menaçantes de clandestins par définition cachés, les activistes des collectifs de citoyens et les élus font valoir une sous-estimation de la population pour aggraver la politique anti-comorienne et plus généralement anti-migratoire. La théorie du complot est appelée à la rescousse : obsessionnellement, les deux député·es fantasment et remâchent sur une offensive délibérée de l'État des Comores pour convaincre du grand remplacement en cours et radicaliser toutes les relations quotidiennes avec les migrants.

Et cela fonctionne au-delà de toute espérance : le gouvernement manipule la nationalité des habitants sans retenue, promet de supprimer ce qu'il reste d'un Droit du sol bien attaqué depuis la loi Asile de 2018 et concentre toute sa politique sur le rejet et le harcèlement des habitants venus des autres iles quel que soit leur statut administratif ; tout ceci au détriment de mesures favorables au développement et à l'intérêt général.

Immigration, délinquance, habitat insalubre. Guerre aux migrants, aux jeunes, et aux pauvres. La nouvelle entreprise baptisée « Mayotte, place nette », ritualisée dans une répétition annuelle de deux mois environ d'avril à juin, célèbre des politiques simplistes qui ne visent qu'à saper les fondements qui assurent la survie d'une société sinistrée.

Le programme des démolitions de quartiers pauvres reste pourtant le seul volet parmi la triade annoncée dont le gouvernement prétend faire valoir sa maîtrise et sur lequel il communique avec le plus d'assurance. Ainsi, le 16 avril, premier jour de l'opération Mayotte place nette, sur son compte X/Twitter, le préfet annonce : « Lancement de l'opération Mayotte Place Nette. Sécuriser, Décaser, Reconduire à la frontière. À Doujani, une opération de grande envergure s'est déroulée : l'objectif est de décaser + de 200 cases en tôle pour permettre l'émergence des projets de la collectivité [7]. » Ce jour-là, la lutte contre les délinquants s'est résumée là à « 6 interpellations d'individus hostiles à cette opération ».

La démolition du quartier avait été décidée par l'arrêté préfectoral du 2 janvier 2024 « portant évacuation et destruction des constructions bâties illicitement au lieu-dit Doujani, périmètre haut et bas, commune de Mamoudzou [8] ».

La plus grande imprécision recouvre cette opération.

Le document annexé à l'arrêté, signé le 11 décembre 2024 par le directeur de l'Association à la Condition Féminine et à la violence faite aux femmes (ACFAV) mentionne une proposition de logement provisoire à 39 familles sur 60 repérées sur le secteur ciblé, ménages dont la composition n'est jamais précisée. Mais dans la mesure où les parents sont désormais bien informés sur le risque que le déplacement fait courir sur la scolarité des enfants et sur les capacités de survie loin du réseau de solidarité constitué, ils ne sont pas enclins à renoncer à leur autonomie contre une vague promesse de relogement par des associations qui n'ont pas les moyens de la mission qui leur est confiée.

L'annexe 2 rédigée par l'Agence Régionale de la Santé (ARS) dont les agents ont visité les lieux pour rendre un rapport d'insalubrité se contentent de compter « plusieurs centaines de locaux à usage d'habitation ». Impossible d'en savoir plus.

La ministre déléguée aux Outre-mer se cale toujours sur l'objectif de détruire 1 300 cases durant les cent jours dévolus au Wuambushu 2, mais dans la mesure où seuls le gouvernement et ses représentants locaux contrôlent une information invérifiable, il est impossible de connaitre le nombre de personnes effectivement relogées. La presse, reprenant les indications de la préfecture, relate qu'entre 200 et 250 cases en tôle auraient été détruites. Qu'importe finalement le nombre d'habitants délogés puisqu'il n'est jamais question de les secourir, de les inclure dans un projet d'insertion d'ailleurs difficile à réaliser compte tenu des droits négatifs qui les frappent [9] ; seul vaut le nombre de logements à détruire à partir duquel sera évalué le succès de l'opération. Puisque personne ne compte, ni les journalistes, ni les associations neutralisées par la démesure des actions et la forfaiture des institutions, ni les autorités résolues à se concentrer sur des projets déshumanisés car sans humains dignes de ses décisions, le gouvernement ne risque plus de perdre la face.

Ainsi petit à petit, face à la permanence des brutalités qu'elle subit, la majorité des habitants de Mayotte s'habitue à la violence institutionnelle qu'elle affronte silencieusement. Sans doute les poussées de colère et de fureur s'expriment quotidiennement chez les jeunes qui font l'expérience, depuis leur plus jeune âge, qu'ils ont peu à perdre dont les actes de délinquance leur semblent le seul acte délibéré à leur portée. Mayotte est devenue pour les populations pauvres un État policier qui contrôle en permanence les identités et les visas dans une ile-frontière, qui exclut et renvoie dans les iles voisines, qui spolie les biens acquis « illégalement » dans des pratiques de pêche ou d'agriculture traditionnelles, qui poursuit et punit les solidarités et les systèmes d'entraide en tant qu'emplois non déclarés.

Les quelques-uns qui tirent avantage de leur position dans l'administration quasi-coloniale, principalement les fonctionnaires territoriaux, leurs parents et alliés, ne se privent pas de récriminer sans cesse contre l'État, non pour revendiquer une qualité de vie qui pourrait profiter à tous, mais pour exiger qu'on les débarrasse des indésirables qui envahissent leur territoire.

Une semaine après le début de « Mayotte Place Nette » et la démolition du quartier de Doujani, le préfet a procédé au démantèlement du campement de Cavani-stade. Ce démantèlement a simplement consisté à détruire les abris provisoires des migrants venus de l'Afrique des Grands Lacs, de fermer l'enceinte du stade et de condamner les sinistrés à se regrouper sur les trottoirs qui la bordent. Environ 300 personnes, hommes, femmes et enfants, vivent depuis à la rue dans le plus grand dénuement [10]. Pourtant le Gouvernement semblait résolu à gérer l'affaire de ce campement sans trahir ses obligations. A deux reprises, par les voix du ministre de l'Intérieur le 17 janvier et du premier ministre lui-même sept jours plus tard, il s'était solennellement engagé à respecter l'obligation internationale de protection à l'égard des réfugiés et des demandeurs d'asile. Le premier professa : « Il y a des gens qui sont réfugiés, qui sont reconnus comme réfugiés, je vais donner comme instruction de pouvoir les rapatrier dans l'Hexagone […] On a reconnu qu'[ils] avaient le droit à l'asile et mon travail est de les protéger désormais [11] » ; le second mit en garde la population contre les exactions éventuelles commises contre ces populations : « Le démantèlement du camp doit permettre le retour à un fonctionnement normal de l'ensemble des activités. C'est une attente forte des Mahorais, et nous le leur devons. Mais je veux aussi le dire : les violences à l'encontre des migrants ne sont pas acceptables [12] ».

Dès lors, le démantèlement du camp se fit de manière progressive en fonction des solutions : transfert des réfugiés vers la métropole et installation des demandeurs d'asile en hébergement d'urgence. Mais à la faveur du changement de préfet, le Gouvernement a renoué avec sa politique de brutalité à l'égard des populations vulnérables : démantèlement du camp sans solution pour les personnes mises à la rue le 21 mars.

L'État confirme ainsi son mépris du droit. D'une part il a défié l'ordonnance du tribunal administratif du 26 décembre qui rejetait la demande d'autorisation de démantèlement du camp de Cavani sans relogement préalable ; d'autre part il s'assied sans scrupule sur les déclarations ou engagements antérieurs prononcés au plus haut sommet de l'État.

Dans ce climat délétère qui fait place nette de tout scrupule moral et humanitaire, l'exemple du préfet qui détruit les abris des plus vulnérables qu'il a le devoir de protéger, est imité par des membres de collectifs de citoyens haineux et leurs recrues qui saccagent le campement de réfugiés à Massimoni, aux abords du siège de l'association Solidarité Mayotte. Ces brutalités, attribuées aux délinquants des quartiers voisins, commandités et rejoints par les riverains du village de Cavani, ont consisté à vandaliser les installations des Africains, à voler leurs biens, à brûler papiers et vêtements, matelas et bâches de protection, provoquant des incendies qui ont menacé le bâtiment associatif. Ces violences se sont répétées deux soirs de suite et ont contraint les migrants à rejoindre les sinistrés du camp de Cavani. Le responsable du campement raconte : « on a été attaqués par des monstres cagoulés la nuit du 21 avril. On a fui pour trouver refuge sur le trottoir qui longe le stade, avec ceux qui ont été chassés la semaine passée. »

Une maman, qui a fui le Rwanda il y a cinq ans avec sa fille aujourd'hui âgée de 13 ans scolarisée en collège, pleure sa détresse : « Ça ne va pas, on a été attaquée, on a peur, on a peur beaucoup, il faut prier. On a peur, la nuit, la journée. Ils sont venus pour nous tuer. Les policiers ils passent, les gendarmes ils passent, mais on a peur. J'ai la peur, je crois qu'on va me tuer avec mon enfant. Elle, ça ne va pas, je vais voir le psychologue parce que ça ne va pas. Je n'ai rien pour manger, il y a des gens qui viennent comme ça, qui me donnent un peu de pain. Mon enfant va abandonner l'école parce qu'elle ne dort pas, parce qu'elle ne mange pas. Ça ne va pas, ça ne va pas, je vais mourir avec mon enfant, j'ai fui mon pays, mon mari a été tué, je suis partie et on va me tuer ici. »

Ainsi il apparait que les autorités et les collectifs de citoyens dissimulés derrière des délinquants qu'ils rejoignent dans leurs forfaits contre les Africains livrés à eux-mêmes sans la moindre assistance, se sont tacitement associés pour faire place nette des migrants. Ni dans les instances judiciaires, ni dans la hiérarchie policière il ne s'est trouvé un responsable s'estimant légitime pour neutraliser, voire poursuivre et punir, les criminels qui ont ainsi pu semer la terreur deux soirs de suite sans la moindre retenue [13].

Tour à tour, les insatiables fauteurs de misère et de malheur, les élus et les autorités se sont relayés dans une connivence interminable. Le maire de Mamoudzou prend un arrêté d'interdiction d'occupation de la voie publique en vue de chasser les sinistrés des campements dévastés. Le vendredi 26 avril, au point du jour, la police et la gendarmerie sont intervenues pour disperser les gens regroupés sur les trottoirs. Il semble que l'aventure se soit terminée par une impasse.

La communication officielle parle à présent de nettoyage de la place.

Vers midi, dans un retour au calme précaire, un Congolais conclut : « finalement la préfecture et la Cadema [14] pour nettoyer et vider les poubelles ». D'autres se plaignent que leurs biens, papiers et argent, vêtements, ont été emportés en leur absence.

La politique en œuvre dans « Mayotte, Place nette », consiste simplement à rendre la terre inhabitable aux plus vulnérables, à ceux auxquels il n'est reconnu aucune place, devenus partout des indésirables. Dans les Outre-mer, et dans l'Hexagone.

[1] 35 habitants en 2019, 410 en 2020, 7800 en 2021, 598 en 2022, 1566 en 2023, et déjà 1175 en 2024. Voir à ce sujet les rapports annuels de la Ldh : « Mayotte, démolitions des quartiers pauvres sous couvert de la loi Elan ». Trois rapports ont d'ores et déjà été mis en ligne. Voir ici.
[2] « Arrêté n°2024-SG-303 portant évacuation et destruction des constructions bâties illicitement au lieu-dit quartier citadelle Mangajou, commune de SADA (23 pages) », Recueil des actes administratifs, Préfecture de Mayotte, voir ici.
[3] « Lancement des opérations “Place nette” XXL », Site de la police nationale, voir ici.
[4] Cette idée de régler les problèmes sociaux comme la délinquance et la pauvreté en déshumanisant semble érigée en valeur universelle.
[5] Le terme « décasage » désignait les soulèvements villageois violents contre les quartiers comoriens accompagnés de la destruction de leurs habitats. Les dernières survinrent en 2016. La loi Elan a signé le relais pris par l'État français dans ces exactions. Que le préfet et les journalistes suivis par la population reprennent le terme désignant ces exactions criminelles pour nommer les opérations de résorption de l'habitat insalubre ou illégal en dit long sur leurs intentions profondes.
[6] Jérome Talpin, « Mayotte, Marine le Pen polémique sur le nombre réel d'habitants ». Le Monde, du 5 et 6 mai 2024, p.10.
[7] Cliquer sur le lien suivant pour accéder au fil du préfet, voir ici.
[8] « Arrêté n°2023-SG-1015 portant évacuation et destruction des constructions bâties illicitement au lieu-dit DOUJANI périmètre haut et bas, commune de MAMOUDZOU », Recueil des actes administratifs, Préfecture de Mayotte, voir ici.
[9] Depuis le début des opérations de destruction, avant même la loi Elan, aucun des terrains libérés n'a été aménagé, ils sont retournés à la végétation. Il serait intéressant d'organiser des circuits touristiques à l'intention des journalistes pour constater ce phénomène.
[10] Lire à ce sujet mon précédent billet de blog : « Épilogue d'une revendication raciste : le démantèlement d'un camp de migrants », voir ici. L'histoire de ce campement a été relatée dans mes « Chroniques de l'inhospitalité » et dans divers billets antérieurs.
[11] « Le camp de migrants installé au stade de Cavani sera démantelé annonce ce mercredi le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. » Mayotte la 1ère, le 18 janvier 2024, lien ici.
[12] « L'État « déterminé » à évacuer le camp de migrants de Cavani, à Mayotte, assure Gabriel Attal », Mayotte la 1ère, le 24 janvier 2024, lien ici.
[13] Jérome Talpin, « Migrants africains à Mayotte : l'Etat face à la pression des collectifs de citoyens ». Le Monde, 30 avril 2024, voir ici.
[14] CADEMA : Communauté d'agglomération Dembeni, Mamoudzou,

Daniel Gros
Ancien Cpe du Lycée de Mamoudzou. Référent de la Ligue des droits de l'homme à Mayotte.

https://blogs.mediapart.fr/daniel-gros/blog/060524/mayotte-place-nette-vers-un-monde-inhabitable

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« VEYE YO ! PINGA ! » – Déclaration de la diaspora haïtienne

14 mai 2024, par Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti (CHCDH), Comité de Solidarité et de Résistance du Peuple Haïtien à Miami, Initiative citoyenne à New York pour soutenir l'accord du Montana — , ,
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a été installé le jeudi 25 avril dernier. Nous publions ci-dessous la Déclaration de la diaspora haïtienne de Miami, New York et (…)

Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a été installé le jeudi 25 avril dernier. Nous publions ci-dessous la Déclaration de la diaspora haïtienne de Miami, New York et Montréal, suivi de la Déclaration de la Coalition haïtienne du Canada contre la dictature en Haïti comme contribution collective aux échanges avec les groupes de Miami et New York.

Tiré du Journal des Alternatives
https://alter.quebec/veye-yo-pinga-declaration-de-la-diaspora-haitienne/?utm_source=Cyberimpact&utm_medium=email&utm_campaign=Des-nouvelles-de-votre-plateforme-altermondialiste-preferee-

Par Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti (CHCCD) -6 mai 2024

« Surveillez-les, arrêtez-les, il y a une loi pour ça ». Aujourd'hui, alors que le Conseil présidentiel de transition prend le pouvoir, il est crucial de rester vigilants !

Le peuple haïtien endure d'énormes souffrances. Nous refusons de retomber dans les mêmes erreurs qui ont causé notre situation actuelle. Les gangs continuent de semer la terreur en tuant, torturant, chassant les gens de chez eux, détruisant les hôpitaux, les universités, les commissariats de police, et bloquant les routes. Ils ont pris en otage l'État. La pauvreté et la faim se répandent. Notre capitale dépérit. Notre pays est en danger d'extinction.

Quand Dessalines parlait de « couper la tête, brûler la maison », il ne visait pas les maisons malheureuses, mais plutôt les misérables qui luttaient pour leur survie.

Durant ces trois dernières années, plusieurs organisations civiles représentatives du pays se sont réunies sous la bannière du groupe Montana pour proposer un changement radical s'opposant au régime PHTK. Ce régime qui, depuis 2010, a conduit le peuple vers la ruine, la mort, la corruption et l'impunité.

Le groupe Montana a fait de nombreuses propositions concernant la sécurité publique, la justice, la participation citoyenne et la décentralisation. Ces propositions ont servi de base à un accord politique facilitant la création d'un Conseil présidentiel transitoire pour promouvoir le changement.

Ce n'est pas toutes les propositions du Montana qui se retrouvent dans cet accord politique, mais ce groupe a compris qu'un COMPROMIS est nécessaire pour freiner cette machine de la mort et rétablir d'autres règles dans le jeu politique.

C'est une étape importante. À cet égard, nous saluons tous les participants ainsi que le CARICOM (Caribbean Community) qui ont rendu cet accord possible. Cependant, le peuple haïtien a beaucoup trop souffert pour que nous acceptions de jouer à ce jeu malicieux, et nous refusons que des acteurs peu crédibles soient une fois de plus au centre des affaires.
Le gouvernement démissionnaire d'Ariel Henri, qui est directement responsable de cette situation chaotique, a publié un décret formant le Conseil présidentiel de transition, en modifiant des détails importants de l'accord qu'ils avaient eux-mêmes signé.

NOUS EXIGEONS LA PUBLICATION DU TEXTE AUTHENTIQUE SANS AUCUNE MODIFICATION

Le gouvernement démissionnaire n'a aucun droit de modifier quoi que ce soit dans cet accord.

Nous estimons que le gouvernement de facto n'a aucune légitimité pour enseigner la Constitution aux citoyens. De même, nous pensons que ceux qui ont contribué à plonger le pays dans son état actuel ne peuvent pas prétendre être ceux qui le dirigent.

REGARDEZ-LES ! DÉMASQUEZ-LES ! Le peuple haïtien a trop souffert pour que nous tolérions un retour au même jeu corrompu où le pouvoir est détenu au bénéfice personnel, utilisant des gangs pour empêcher les gens de questionner l'origine de l'argent de Petro Caribbean.

L'Accord du Montana repose sur un ensemble de valeurs éthiques non négociables. C'est un document respecté nationalement et internationalement.

Ces valeurs doivent guider le conseil présidentiel de transition, tout en respectant la loi et la constitution de notre pays. En élisant les candidats du Montana au Conseil de transition, ces valeurs démontrent comment des élections transparentes peuvent se dérouler et également comment des Haïtiens de divers horizons peuvent s'asseoir ensemble, discuter et parvenir à un consensus en plaçant les intérêts nationaux au-dessus des intérêts personnels. C'est donc une source d'exaspération dans notre système actuel.

Nous, de la diaspora, soutenant l'accord du Montana, luttons contre toutes les politiques destructrices qui minent les institutions du pays depuis quatorze ans. Nous dénonçons les manœuvres dilatoires qui maintiennent le pays sur le chemin chaotique sur lequel il est.

Nous avons le droit de participer aux décisions qui nous concernent, nous, le peuple haïtien.

Nous avons besoin de deux personnes responsables pour diriger la transition avec succès : un coordinateur du conseil présidentiel et un premier ministre.

NOUS AVONS BESOIN DE PATRIOTES qui croient en notre pays, qui sont qualifiés et honnêtes, pour nous aider à sortir de la crise de mort et de destruction que nous vivons actuellement.

Le peuple haïtien souffre énormément. Il y a de l'espoir de changement. Ne le gaspillons pas.

NOUS RESTERONS VIGILANTS !

Groupes au sein de la diaspora haïtienne de Miami, New York et du Canada

Initiative citoyenne à New York pour soutenir l'accord du Montana : Daniel Henrys Daniel Huttinot Julien Jumelle, Lionel Legros Michèle Montas

Comité de Solidarité et de Résistance du Peuple Haïtien à Miami : Hudes Desrameaux, Abel Simon Zéphir.

Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti : Jean-Claude Icart Chantal Ismé, Richard Mathelier, Dominique Mathon, Walner Osna, Alain Saint-Victor.

La position de la Coalition haïtienne du Canada contre la dictature en Haïti

Nous, de la Coalition haïtienne du Canada contre la dictature en Haïti, signataires de l'Accord de Montana du 30 août 2021, sommes très préoccupés par la manière dont la communauté internationale impose ses propres règles du jeu aux acteurs haïtiens dans la mise en place d'une transition continue.

Nous sommes d'accord sur le principe de transition que l'accord du 30 août supportait. La transition radicale a une série de principes et de caractéristiques fondamentaux qui la caractérisent. Des principes comme la reconquête de la souveraineté du pays ne peuvent être négociés. Conserver la souveraineté, c'est abandonner toute forme d'occupation.

La CARICOM (Caribbean Community), qui est censée jouer un rôle intermédiaire, semble, par ses actions, être un acteur politique intéressé qui agit selon l'agenda des puissances qui dominent le pays, en collaboration avec les politiciens et les organisations politiques à l'intérieur du pays. Dans cette logique, l'occupation transnationale s'impose comme condition d'établissement de la transition. Cela ne correspond pas du tout à nos convictions et à nos principes.

Une transition radicale doit être claire du choix des personnes qui y participent. En ce sens, nous continuons de croire que le PHTK et ses alliés n'ont pas leur place dans un gouvernement de transition visant à retrouver la souveraineté du pays et à établir les conditions permettant au peuple haïtien de vivre dans la paix et la dignité. C'est ce régime qui nous a mis dans le bourbier dans lequel nous nous trouvons, dans le but de démanteler de fond en comble toutes les initiatives et mobilisations populaires du pays qui nécessitent un changement de système.

Le dicton populaire « Renverser le chaudron » exprime clairement la volonté et la détermination du peuple haïtien d'établir un autre modèle de société. Par conséquent, les personnes et les organisations des « bandits légaux » du PHTK et de ses alliés soutenus par la « communauté internationale » sont les responsables du chaos et de la situation terroriste d'aujourd'hui depuis plus d'une décennie. Le peuple haïtien dit c'est assez. Le PHTK et ses alliés sous la dictée du Core Group (États-Unis, France, Canada…) ne peuvent être a la base du chaos, des problèmes pour ensuite chercher les solutions. Ils mettent le feu et redeviennent pompiers.

Cela fait 13 ans que le régime PHTK est au pouvoir et bénéficie des bénédictions des pays du Core Group (en particulier les États-Unis, la France et le Canada), le peuple haïtien ne manque jamais une occasion de jeter ces gens à la poubelle de l'histoire pour les crimes financiers, les massacres, la corruption et toutes les mauvaises actions commises contre le peuple. Une transition radicale nécessite des personnes et des organisations crédibles, qui ne sont impliqués dans aucune mauvaise action, drogue, délits financiers, enlèvements, meurtres ; des personnes qui n'ont jamais été condamnées par la justice nationale ou internationale.

Une transition radicale doit avoir des gens qui ne sont soumis à aucune sanction nationale ou internationale, des gens qui n'ont jamais lié leurs saucisses au régime criminel du PHTK et qui n'ont jamais servi les intérêts des pays étrangers. Cela signifie que cette transition n'a besoin que de personnes et d'organisations intégrées, crédibles, honnêtes, patriotiques, fortes, compétentes et qui feront passer les intérêts d'Haïti avant tout. En ce sens, nous sommes très préoccupés par la présence du Montana dans le collège présidentiel de la CARICOM, car l'initiative de la CARICOM ne répond à aucune démarche vraiment radicale. À notre avis, l'objectif est de mettre fin à toutes les initiatives haïtiennes pour que le pays accède à sa propre souveraineté et d'empêcher Haïti d'apporter une solution haïtienne à la crise créée dans le pays.

Nous constatons que toutes les manigances que la CARICOM exécute au nom de ses employeurs sont contraires à tous les principes fondamentaux de la transition. Tout ce qui se passe ici répond aux objectifs des pays opprimant Haïti de renouveler et renforcer le régime du PHTK et ses alliés qui répondent comme des proxénètes aux projets des pays dominants Haïti. De plus, c'est une astuce pour maintenir et renforcer la dépendance et la domination du pays. Accepter cela, c'est vendre le droit souverain du pays.

Comme Montana l'a dit dans son programme initial, Haïti a besoin d'une transition radicale venant des Haïtiens. C'est une transition qui doit au moins créer les conditions pour dé-ghoster le pays dans toutes ses coutures (notamment économiques et politiques), rapatrier la souveraineté du pays en organisant de véritables élections sans dictature étrangère ni oligarchie locale. Toutes les transitions doivent être claires pour le peuple haïtien à partir du choix des personnes et des organisations qui y participent.

Cette transition doit créer les conditions permettant aux gens de vivre en paix, dans la dignité et poser les bases pour que les gens vivent comme les gens, les bases pour que les citoyens voient et fassent la politique d'une manière différente dans le pays et créent les conditions des procès à mener sur tous les crimes financiers et le massacre contre le peuple haïtien.

Toutes les démarches de la CARICOM sont contraires à ce projet. Et en ce sens, nous pensons que l'accord du 30 Aout doit lancer un processus de communication permanent pour expliquer à toutes les organisations signataires et au peuple haïtien en général ce qui se passe.

Quand on constate que ce qui se fait est contraire au projet de transition radicale, cela nous inquiète beaucoup. Tôt ou tard, et c'est encore plus triste, nous continuons de croire qu'à la croisée des chemins où nous nous trouvons, tous les vrais patriotes et organisations progressistes ont la responsabilité historique et éthique de se rassembler et de s'unir dans un front uni pour empêcher le pays de tomber dans un piège qui renouvellera PHTK et ses alliés et démanteler toutes les initiatives démocratiques et populaires.

Nous devons unir nos forces comme des adultes pour faire aboutir le projet de transition. C'est un rendez-vous que nous avons avec l'histoire, réagissons maintenant et assumons notre responsabilité.

Haïti avant tout ! Vive Haïti souverain ! Vive la lutte du peuple haïtien ! Ceux qui combattent ne meurent pas !

Pour la Coalition
Alain Saint-Victor, Walner Osna.

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Argentine. Grève générale du 9 mai : « Non à l’austérité, non à la Ley Bases »

14 mai 2024, par Movimiento de Agrupaciones Clasistas — , ,
La grève du jeudi 9 mai doit être vigoureuse. Elle enverra un message au gouvernement et à ses associés, mais sera aussi un point d'appui pour enclencher une continuité le jour (…)

La grève du jeudi 9 mai doit être vigoureuse. Elle enverra un message au gouvernement et à ses associés, mais sera aussi un point d'appui pour enclencher une continuité le jour où la Loi fondamentale (Ley Bases) sera examinée au Sénat. Ce jour-là, la CGT (Confederación General del Trabajo de la República Argentina) et la CTA (Central de Trabajadores de la Argentina) doivent appeler à une grève et à une mobilisation massives. Elle peut être gagnée. A bas la Ley Bases, la contre-réforme de la législation du travail, les privatisations, l'impôt sur les salaires, les attaques contre les retraites ainsi que l'éducation publique et les programmes sociaux.

Par le Movimiento de Agrupaciones Clasistas (MAC | PTS-Partido de los Trabajadores Socialistas – FIT-U-Frente de Izquierda y de los Trabajadores-Unidad + indépendants)

8 mai 2024 | tiré du site alencontre .org
http://alencontre.org/ameriques/amelat/argentine/argentine-greve-generale-du-9-mai-non-a-lausterite-non-a-la-ley-bases.html

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Les raisons ne manquent pas pour lancer une grève totale et puissante le 9 mai. Ils détruisent les salaires, les pensions et les programmes sociaux, les licenciements se multiplient ainsi que des hausses de tarifs, autrement dit le plan de Milei et du FMI est contre le peuple. En outre, les gouvernants viennent d'adopter au parlement, avec le PRO-Propuesta Republicana [de Mauricio Macri] et les blocs collaborationnistes (y compris des députés du Parti justicialiste-PJ, péroniste), la Ley Bases et le paquet budgétaire. Cela attribue des pouvoirs spéciaux au gouvernement de Milei. Ce dernier impose une réforme de la législation du travail qui nous rend plus flexibles et nous enlève plus de droits. Il élimine le moratoire sur la retraite en augmentant l'âge de la retraite pour les femmes. Il s'oppose à la souveraineté énergétique. Il permet la privatisation d'entreprises publiques comme Aerolíneas et Ferrocarriles, parmi d'autres. L'impôt sur les salaires est rétabli et le monotributo social [loi qui permet d'avoir accès à des œuvres sociales et à un système de retraites] est éliminé, tandis que les avantages sont accordés aux riches, avec le blanchiment de capitaux et les promotions économiques.

Tout cela s'est produit suite à la passivité des directions syndicales, qui n'ont pas appelé de suite à la mobilisation [une grève générale a eu lieu le 24 janvier, il a fallu attendre le 9 mai pour un deuxième appel des centrales syndicales à la grève]. Les députés d'Unión por la Patria [coalition péroniste] se sont limités à voter contre la Ley Bases, sans appeler à la mobilisation. Leur objectif politique est d'administrer le pays au service du FMI et des grandes entreprises, mais avec un peu plus de régulation étatique, comme nous l'avons vu lors du gouvernement précédent d'Alberto Fernandez [décembre 2019-décembre 2023]. Ils ne veulent pas mettre en échec, par l'action des travailleurs et travailleuses, l'ensemble du plan de Milei.

Depuis le Frente de Izquierda, nous nous battons au Congrès avec nos députés, mais aussi dans la rue avec les assemblées de quartier, les organisations sociales et les syndicats. Nous avons des propositions pour mettre en échec les mesures d'austérité et ces lois.

Tout d'abord, la grève du 9 mai doit être totale et puissante. Pour cela, la grève des transports est essentielle, y compris l'UTA [Union Tanviarios Automotor, qui représente tous les travailleurs des transports publics de l'Argentine]. Sans cela, les patrons écraseront des millions de travailleurs et travailleuses, en particulier celles et ceux précaires et informels. La direction du syndicat UTA a assuré qu'elle adhérerait à la grève [1], mais nous savons qu'elle a souvent pas tenu ses engagements. C'est pourquoi la CGT doit garantir que toutes les lignes de transport se joignent à la mesure.

Deuxièmement, si la grève a cette force vitale et cette vigueur, nous serons mieux à même de lui donner une continuité jusqu'à ce que toutes les mesures du gouvernement soient annulées. C'est pourquoi nous appelons la CGT, le CTA et tous les syndicats à une grève générale et à une mobilisation lors de l'examen de la loi organique et budgétaire (Ley Bases y Fiscal) au Sénat, pour descendre dans la rue comme nous l'avons fait pour la défense de l'enseignement public. Le 23 avril, lors de la grève des syndicats de l'université et de l'éducation publique, nous étions un million dans les rues [voir sur ce site l'article publié le 24 avril].

Dans ce but, nous avons besoin d'organiser des assemblées sur tous les lieux de travail afin de discuter ensemble de la manière de gagner ce combat. La colère est là. Mais nous devons transformer cette force en un mouvement. C'est nous qui faisons bouger le pays. Et c'est nous qui pouvons préparer la grève générale qui nous permettra de mettre en échec tout le plan de Milei, du FMI et des grandes entreprises afin de faire avancer une solution ouvrière et populaire.

Nous vous invitons à vous joindre à cette revendication et à promouvoir la pétition que nous diffusons dans les syndicats et sur les lieux de travail : « Depuis la base, nous exigeons : Grève et mobilisation face au Congrès le jour où la Ley Bases y Fiscal est examinée au Sénat ! » (Article publié par La Izquierdia Diario le 7 mai 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)

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Argentine : Deuxième grève générale en cinq mois

14 mai 2024, par Eduardo Lucita — , ,
L'Argentine vient de connaître sa deuxième grève nationale en cinq mois. Comme d'habitude, les bilans de la CGT et du gouvernement national sont différents. Pour la fédération (…)

L'Argentine vient de connaître sa deuxième grève nationale en cinq mois. Comme d'habitude, les bilans de la CGT et du gouvernement national sont différents. Pour la fédération des travailleurs, la grève a été énergique et a envoyé un message : cela ne peut pas continuer. Pour le gouvernement, la grève n'a pas atteint la dimension attendue et ne modifie en rien l'agenda et le cours général déjà esquissés.

11 mai 2024 | tiré de Viento sur

Une frappe à fort impact

Dans les médias officiels, il y a beaucoup d'arguments qui prétendent que la grève a été facilitée par le manque de transports, comme si les conducteurs de train, ceux qui conduisent des bus de moyenne et longue distance ou le personnel aéronautique ne faisaient pas partie de la classe ouvrière et que leurs syndicats n'adhéraient pas à la CGT ou aux centres alternatifs. Ils ont également appelé à la grève. Pour diminuer la dimension de la mesure de force, ils prétendent que certains magasins étaient ouverts (en fait, en particulier ceux qui vendent des produits anciens et certains supermarchés), mais ils ne disent rien que les quelques bus qui circulaient étaient presque vides et que les places et les parcs étaient remplis de familles entières comme s'il s'agissait de vacances.

L'appel de la CGT à une grève nationale s'est fait sans mobilisation, ce que l'on appelle habituellement ici une grève dominicale ; Cependant, dans de nombreuses villes de l'intérieur du pays, il y a eu des mobilisations, y compris des blocages de rues et de routes, que le gouvernement fait semblant d'ignorer.

La réalité indéniable est que les usines, les banques et les institutions financières, les écoles et les universités, de nombreux magasins, les différents moyens de transport ont été fermés ou n'ont pas fonctionné pendant 24 heures. Contradictoirement, le gouvernement a calculé que la grève a coûté 500 millions de dollars au pays, un calcul difficile à vérifier, comme beaucoup de données officielles, mais qui implique une reconnaissance implicite de ceux qui créent la richesse du pays que d'autres s'approprient.

Un nouveau lien

Le gouvernement insiste sur le fait qu'il n'y a pas de raisons à la grève, qu'il s'agit des intérêts personnels d'une direction syndicale très discréditée aux yeux de la société. Il y a un certain degré de vérité là-dedans, mais ce n'est pas une explication suffisante.

Pour l'instant, cette mesure de force est un nouveau maillon d'une chaîne de marches et de rassemblements, alors qu'en même temps il y a de multiples conflits syndicaux. Les rassemblements du 8M, Journée de la femme, et du 24M, l'anniversaire du coup d'État de 1976, ont été massifs, dépassant ceux des années précédentes, à la fois en nombre et en définitions politiques, mais ce sont des dates déjà inscrites dans l'agenda populaire. Au contraire, la manifestation 23A pour la défense des universités publiques et de l'éducation a été un événement politique majeur qui a pris le gouvernement par surprise. Deux mobilisations ouvrières complètent cette séquence. Le 24E, le syndicat a appelé à une grève nationale avec mobilisation. Une action inédite en raison de l'ampleur de l'appel (les deux CTA, les mouvements de défense des droits de l'homme, les mouvements de femmes, les écologistes, les minorités sexuelles et le retour des assemblées de quartier). Alors que le 1er mai, une foule de travailleurs a appelé, on estime que plus de 300 000 d'entre eux étaient présents, avec un document totalement critique à l'égard du gouvernement et ratifiant la deuxième grève nationale qui a eu lieu le 9 de ce mois. Tout cela en seulement quatre mois.

Les raisons de la grève

Avec les données officielles connues à ce jour, presque tous les analystes économiques n'hésitent pas à affirmer que la consommation a fortement chuté, que les dépenses publiques ont subi une réduction caractéristique sans précédent, que l'investissement est quasi nul pour l'instant et que les exportations sont dans l'attente d'une amélioration du taux de change ou d'une hausse des prix internationaux.

L'empressement du gouvernement à atteindre le déficit zéro signifie que depuis le 10 décembre, il n'a pas émis un seul peso ; Le résultat n'est autre qu'une récession, dont la profondeur et la portée sont plus grandes que ce que le gouvernement lui-même avait prévu, que de nombreux hommes d'affaires craignent de transformer en dépression.

La baisse des salaires réels, des retraites et des pensions, des programmes de protection sociale et des travaux publics est corrélée à la récession et à la perte d'emplois. Les dossiers du Secrétariat national du travail montrent une augmentation des demandes d'adhésion des entreprises aux procédures préventives de crise, un mécanisme installé à l'époque du ménémisme qui permet aux employeurs de suspendre ou de licencier des travailleurs sans coûts majeurs.

Tout cela est le produit de l'ajustement en cours, le plus grand de l'humanité selon le président Milei lui-même ; mais le projet de la LLA [La Libertad Avanza, le parti au pouvoir] va beaucoup plus loin. Elle implique une reformulation complète du pays en termes économiques, sociaux et politiques, ce qui implique un changement fort des rapports sociaux en faveur du capital.

C'est ce qui est implicite dans la Loi fondamentale et le paquet financier qui ont déjà la moitié de l'approbation des députés et qui sont maintenant discutés au Sénat. Bien que ces factures aient été réduites, elles maintiennent l'essentiel comme un régime plus que généreux d'incitations à l'investissement, une réforme de la loi sur les hydrocarbures adaptée aux compagnies pétrolières, une flexibilité du travail qui limite les compensations et légalise la fraude au travail, une réduction de l'impôt sur la fortune et un nouveau blanchiment plus permissif que les précédents. Avec la privatisation d'une douzaine d'entreprises publiques, ce ne sont là que quelques-uns des points qu'ils contiennent, qui, comme vous pouvez le constater, ne sont pas en faveur des travailleurs.

L'objectif n'est autre que de fournir un cadre juridique à ce que sont les exigences historiques des grandes entreprises. C'est l'explication de la raison pour laquelle le bloc des classes dirigeantes soutient ce gouvernement sans faille.

Il est à noter que des événements politiques de l'ampleur que nous traversons sont des signaux d'alarme pour le gouvernement, mais qu'ils ne l'amènent pas à modifier son agenda. Ils ne le font pas parce que le gouvernement n'a pas de plan B. À moins de petites concessions, il ne peut plus concéder au risque de mettre en péril son programme de grande envergure et de perdre le soutien des classes dominantes, de sorte que la confrontation avec les confédérations syndicales et le mouvement populaire se poursuivra jusqu'à ce qu'ils soient résolus en faveur de l'un ou de l'autre.

Ces faits n'ont pas pu être capitalisés par l'opposition jusqu'à présent. Cette absence d'alternatives politiques permet de maintenir des attentes pour l'avenir qui nourrissent l'adhésion au gouvernement, qui semble encore élevée.

C'est aussi l'explication de la raison pour laquelle cette grève nationale énergique est un nouveau maillon de la chaîne des mobilisations, mais pas le dernier. Le fait est que de plus en plus de secteurs de la société, à commencer par les syndicats, se rendent compte que le projet Milei implique une subordination totale au capital international, financier et extractiviste, réduisant le poids de l'industrie manufacturière et transformant le pays en une simple enclave d'exportation. Un pays soumis à la loi du profit, où la concurrence et l'individualisme seront dominants puisque le marché sera la mesure de la valeur de toutes les valeurs, un pays où les inégalités seront plus grandes qu'elles ne le sont actuellement.

Les grèves de la CGT et des autres confédérations peuvent servir de plate-forme pour forger les alliances tactiques nécessaires pour changer le rapport de forces en faveur des travailleurs. Et en cela, la gauche anticapitaliste est obligée de jouer un rôle décisif. C'est l'avenir de la nation et des classes subalternes qui est en jeu.

10/05/2024

Eduardo Lucita,
du collectif EDI – Économistes de gauche

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Brésil : Une tragédie historique et l’urgence de nouvelles perspectives

14 mai 2024, par Roberto Robaina — , ,
La catastrophe environnementale qui frappe le Rio Grande do Sul exige une solidarité immédiate et des mesures structurelles pour éviter qu'elle ne se reproduise. Tiré de (…)

La catastrophe environnementale qui frappe le Rio Grande do Sul exige une solidarité immédiate et des mesures structurelles pour éviter qu'elle ne se reproduise.

Tiré de Inprecor 720 - mai 2024
6 mai 2024

Par Roberto Robaina

Le Rio Grande do Sul vit la pire catastrophe environnementale de son histoire. Des dizaines de morts, des centaines de milliers de personnes luttant pour leurs conditions de vie, des déplacés, les quartiers les plus pauvres et les plus vulnérables sous les eaux.

Il faut renforcer la solidarité immédiate et la combiner avec la nécessaire mobilisation de la société autour d'une « nouvelle normalité » résultant du réchauffement climatique et de la dévastation de l'environnement. Une lutte contre le négationnisme climatique et contre les réformes néolibérales, qui réduisent les investissements sociaux destinés à défendre les populations les plus vulnérables.

Le modèle de développement basé sur la production de gaz à effet de serre est protégé et stimulé par l'agro-industrie, avec l'élevage extensif, la monoculture du soja et d'autres formes d'extractivisme prédateur. La destruction des biomes, des rivières et des forêts entraîne une dégradation de l'environnement. Il s'agit d'un problème concret, dont la facture est toujours payée par les plus pauvres.

Les tragédies du mois de mai ne sont qu'un nouveau chapitre. Le Rio Grande do Sul a connu ces derniers mois une série de catastrophes faisant des centaines de morts, comme celle de la vallée de Taquari en 2023 ou celle qui a frappé Porto Alegre pendant une semaine au début de l'année.

La ligne de l'extrême droite est évidemment négationniste sur le plan idéologique, mais elle a des implications politiques très concrètes. La politique de dérégulation de la législation environnementale et le lobby de l'agro-business rural ne font qu'aggraver les catastrophes environnementales, présentes ou à venir. La droite de São Paulo, par exemple, continue de s'appuyer sur le négationnisme pour privatiser un bien aussi précieux que l'eau, avec les négociations pour la vente de la SABESP au sein du conseil municipal de São Paulo. Et cette même bourgeoisie est incapable d'affronter les catastrophes lorsqu'elles se présentent.

Il faut agir maintenant pour sauver des vies et éviter que le peuple ne paie la facture

Des mesures urgentes s'imposent, un effort déterminé de solidarité active, avec plus de dons et la collecte de fournitures de première nécessité, de nourriture et de médicaments aux sièges des syndicats, des organisations de la société civile, des associations et des mouvements sociaux.

En outre, des actions sont nécessaires, qui vont de garantir immédiatement des conditions de base pour les personnes touchées – comme la suspension des factures d'électricité et d'eau pour les sans-abris, un plan d'installation et de logement d'urgence, des fonds pour la reconstruction de la logistique et des infrastructures, à un plan efficace de prévention des catastrophes. Dans le cadre du plan d'urgence, le pouvoir public a réquisitionné des embarcations, comme les motos aquatiques, les barques et les bateaux pour participer à l'effort de mobilisation.

Lula, Lira, Pacheco et les ministres ont rencontré Eduardo Leite dans le Rio Grande do Sul pour discuter des mesures budgétaires urgentes. Ce ne sont pas les pauvres qui doivent payer la facture de la tragédie, mais les riches, en mettant fin à l'ajustement fiscal et au plafond de dépenses prévus dans le cadre budgétaire. L'imposition des grandes fortunes pourrait être d'un grand secours.

Au delà de la solidarité – et nous demandons à tous nos lecteurs de participer à la campagne ci-dessous –, nous devons réfléchir à deux tâches supplémentaires. Nous avons besoin d'un nouveau modèle qui corresponde, malheureusement, à « la nouvelle normalité », avec une synthèse des propositions dans les domaines politique, social et économique. Comme le proposent déjà nos parlementaires, nous demandons des mesures qui exigent la suspension du paiement de la dette de l'État afin que ces ressources puissent être affectées à un plan de reconstruction, basé sur la petite propriété, l'agriculture familiale, une vaste réforme urbaine et la puissance publique comme garante des conditions de vie de la majorité.

La seconde est de renforcer – contre les négationnistes et les néolibéraux – la conscience que la réponse à la crise environnementale est une urgence et ne peut être répondue qu'en unissant la classe ouvrière et la jeunesse pour gagner une majorité sociale au service d'un autre projet, radical pour changer les couches les plus profondes du capitalisme néolibéral actuel, l'indéniable responsable de la catastrophe en cours.

Soutenez la campagne de solidarité avec les victimes des inondations dans le Rio Grande do Sul

Clé Pix : emancipamulher@gmail.com (au nom de Carla Zanella)

Point de collecte : Av. Senador Salgado Filho, 353, de 9h à 17h, à la permanence de la députée Luciana Genro et du conseiller Roberto Robaina (PSOL)

Le 5 mai 2024, publié par la revue Movimento, traduit par Luc Mineto.

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