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Conférence de Santa Marta en Colombie : les nouvelles pistes de la diplomatie climatique qui émergent hors des COP climat
Et si la diplomatie climatique se réinventait en dehors du format traditionnel des COP ? En Colombie, à l'occasion d'une conférence organisée à Santa Marta du 24 au 29 avril 2026, une dynamique alternative a émergé : plus ouverte, elle cherche à dépasser les blocages multilatéraux en plaçant la diversité des savoirs au cœur des décisions.
7 mai 2026 | tiré d'Europe solidaire sans frontières
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78757
S'il y a un constat sur lequel convergent les « climato-négationnistes » et les activistes climatiques radicaux, c'est l'inutilité des COP, organisées sous l'égide des Nations unies (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, UNFCC de son acronyme en anglais). Dans les deux cas, on leur reproche une inefficacité de plus en plus apparente, où les décisions sont nécessairement prises au consensus. En conséquence, le consensus devient tellement mou qu'il n'en exprime plus rien de significatif ni d'opératoire.
Ainsi le résume la bande-annonce d'un film documentaire à venir dans le courant de l'été 2026, en partenariat avec l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et l'Université nationale de Colombie.
Vidéo : Bande-annonce du documentaire De Los Andes a Belém (2026).
Du 24 au 29 avril 2026 à Santa Marta, en Colombie, une conférence inédite a voulu replacer enfin la sortie des combustibles fossiles au cœur de l'agenda international. Co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, elle a regroupé 57 États volontaires (et l'Union européenne en tant que telle, NDLR).
Qu'a-t-il été décidé à cette occasion ? À rebours des COP climat, où ce sont avant tout les textes finaux qui comptent, pesés au mot près, car votés par les représentants d'États, c'est ici surtout la méthode de travail qui diffère, beaucoup moins rigide. Elle ne s'accompagnait d'aucune obligation de production particulière, si ce n'est d'engager le processus de constitution d'une feuille de route pour la sortie des énergies fossiles. La rencontre a ainsi inauguré de nouvelles modalités de coopération mondiale sur les enjeux socio-environnementaux.
Dépasser le blocage des COP grâce à une coalition de volontaires
Le débat sur la paralysie des négociations multilatérales en général – et celle des COP climat en particulier – n'est guère nouveau. Leur répétition annuelle exacerbe les frustrations de ceux qui souhaitent réellement progresser sur les questions climatiques.
À la COP30 de Belém, en novembre 2025, une quarantaine de pays avaient exprimé leur mécontentement quant à l'absence de mention de la sortie des énergies fossiles dans la déclaration finale. Plus de 80 se sont associés à l'initiative encourageant à poursuivre les travaux d'élaboration d'une feuille de route en ce sens.
La Colombie et les Pays-Bas ont alors invité les États qui souhaitaient travaillaient sur ce point à se réunir dans une conférence en marge des COP. Autrement dit, la conférence de Santa Marta ne s'est certes pas tenue dans le cadre onusien, mais s'est toutefois inscrite dans le prolongement de la précédente COP climat.
Préparée dans un laps de temps exceptionnellement court (moins de la moitié d'une année, contre un an pour les COP climat), cette conférence inédite avait une organisation moins cadrée au plan organisationnel. Aux dires d'observateurs et de participants, on y percevait un petit côté brouillon : davantage d'improvisation, voire parfois un manque de clarté sur les livrables attendus et les prochaines étapes.
Pourtant, ces faiblesses – inhérentes au format de la conférence spontanée, point d'étape entre la COP30 du Brésil et la COP31 en Turquie – ont, aux dires des participants, pu être dépassées, notamment grâce à son caractère volontaire. Juan Carlos Monterrey Gómez, envoyé climatique du Panama, cité dans le Climate Diplomacy Brief, a par exemple déclaré :
« Santa Marta est un moment historique, car c'est la première fois que nous pouvons ouvrir nos cœurs, ouvrir nos esprits et avoir une véritable conversation sans ces stupides demandes de mise au vote, sans ces stupides procédures qui font dérailler toute la séance et ne nous laissent que dix minutes pour aborder le fond. »
La méthode Santa Marta ? Un bouillon de culture plutôt que des zones bleue et verte
Concrètement, la conférence a successivement réuni trois composantes : un panel académique (baptisé Academic Dialogue) où les scientifiques du monde entier ont pu émettre des recommandations, un « sommet des peuples », avec notamment des représentants associatifs, communautaires et syndicaux et, enfin, un segment de haut niveau (Transition Away from Fossil Fues, ou TAFF, regroupant essentiellement des représentants gouvernementaux spécialisés.
Cette concentration de thématiques, de compétences et de volontés dans des espaces restreints a favorisé un véritable bouillon de culture permettant des échanges fertiles. Il contraste avec l'organisation physique des COP, où plusieurs milliers de participants se retrouvent dans une multitude de pavillons, souvent sur plusieurs bâtiments. L'espace y est alors divisé entre zone bleue, réservée aux délégations nationales, aux organismes onusiens et aux ONG observatrices, et où se déroulent les négociations officielles de la COP28, et zone verte, ouverte à toutes les autres parties prenantes.
Contrairement aux COP, où ce sont les délégations nationales qui débattent (les discussions relatives à l'état de la science, par exemple, se déroulent à un autre moment, sous l'égide d'un organe subsidiaire, la conférence de Santa Marta a proposé une méthodologie transversale, impliquant en amont 15 groupes de travail transnationaux. Une grande hétérogénéité a caractérisé l'ensemble de ces groupes, allant des représentants des sciences à ceux de la société civile, en passant par les entités publiques à différentes échelles, ainsi que des agences de financement ou des entreprises multinationales.
Au cours des deux mois qui ont précédé la rencontre, ces derniers ont planché sur trois enjeux fondamentaux : la dépendance structurelle aux combustibles fossiles, l'action sur l'offre et la demande et les modalités de la coopération internationale et de la diplomatie climatique.
Malgré la diversité de statuts et d'intérêts des participants à ces groupes de travail, un certain nombre de points de convergence sont apparus :
• les progrès réalisés par les alternatives aux fossiles sont irréversibles,
• il est indispensable de mettre fin aux soutiens fiscaux et juridiques à l'extraction des combustibles,
• pour y parvenir, la concertation et la dialogue sont essentiels.
Remettre la science au centre, sans oublier les savoirs autochtones
À Santa Marta, la science a gardé un rôle fondamental, acté à la fin de la conférence par l'instauration d'un conseil spécifique. Sa fonction est de nourrir les processus de décision, à partir de connaissances élaborées de façon rigoureuse. Lors de la conférence, les participants ont exprimé leur foi dans une politique fondée sur les preuves (evidence based policy). Elle confère une responsabilité majeure à la communauté scientifique.
Mais, en parallèle, cette communauté est aussi de plus en plus sollicitée pour s'ouvrir à d'autres modes de connaissances (traditionnelles/ancestrales, locales…). D'aucuns verraient dans cette coopération des contradictions insurmontables, du fait d'une incompatibilité irréductible des savoirs. Mais dans les faits, ce cheminement commence déjà à porter ses fruits.
L'hétérogénéité de la participation des corps sociaux à la conférence a ainsi permis d'introduire de véritables porte-paroles des entités naturelles. Au-delà des chercheurs, régulièrement convoqués pour en expliquer les comportements et la dégradation, elles ont également mis à l'honneur les communautés indigènes, paysannes ou afro-descendantes
Le mariage cognitif entre ces savoirs hétérogènes requiert toutefois un travail transépistémique. Les épistémies varient considérablement entre celles fondées sur le scepticisme organisé (les disciplines scientifiques) et celles recourant aux explications traditionnelles parfois d'ordre religieux, qui font intervenir des entités spirituelles, par exemple. Pourtant, des convergences notables existent, notamment pour ce qui est de la conscience écologique, susceptibles d'influencer les positions politiques qui en découlent.
Malgré tout, une certaine hiérarchie a pu perdurer durant la conférence entre ces acteurs de la diversité culturelle et ceux de la gouvernance, inscrite dans la division successive des séquences (académique, société civile puis représentation gouvernementale) et leur degré d'exclusivité. Mais la tendance à l'ouverture et à l'inclusion manifeste plus qu'un changement idéologique : c'est aussi une modification (partielle mais réelle) des références objectives.
On retrouve en effet, dans la nouvelle diplomatie climatique portée à Santa Marta, une « esquisse du Parlement des choses », telle que décrite par Bruno Latour en 2018. Elle consiste à revoir les rôles attribués au politique, à l'expertise et à la technocratie, et où ce ne serait plus seulement les humains qui auraient le droit d'être représentés.
Ce concept pose de nouvelles questions au droit et à l'économie politique internationale. Un ouvrage à paraître prochainement, issu d'un projet européen et latino-américain sur la transition écologique auquel j'ai collaboré, entame la remise en question de la conception de la géopolitique centrée sur l'humain.
Vers une nouvelle géopolitique climatique ?
Les efforts déployés à Santa Marta ont transcendé les clivages nationaux, mais aussi nord-sud, d'une certaine manière. Avec une présidence bicéphale eurolatino (colombo-néerlandaise), et euro-océanique pour la prochaine conférence qui sera co-organisée par l'Irlande et Tuvalu, le grand partage manichéen des responsabilités historiques de l'empreinte écologique (qui, historiquement, est un point d'achoppement des COP climat) n'a, certes, pas été complètement effacé. Il a toutefois été adouci par le cadrage de la conférence sur la recherche de solutions.
Toutes les régions du monde étaient représentées, avec une majorité relative de l'Europe (plus d'un tiers des pays officiellement présents), suivie de l'Amérique latine, puis de l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie. Aucun des grands pays à prétention hégémonique n'était invité – ni les États-Unis, ni la Chine, ni la Russie – et le seul des grands émergents à participer était le Brésil.
En janvier 2026, le premier ministre canadien Mark Carney évoquait justement un tel modèle à l'occasion du Forum économique de Davos : celui où la volonté des pays intermédiaires permettrait de construire et de viabiliser des coalitions alternatives, face à l'imposition unilatérale de l'hyperpuissance.
Vidéo : Déclaration du premier ministre canadien Mark Carney, lors du Forum de Davos, en janvier 2026.
Mais la vision de la conférence de Santa Marta s'affirme et se distingue sur au moins deux points :
• le premier concerne l'importance accordée au Sud global,
• et le deuxième, l'irruption des non-humains dans le champ de la géopolitique.
Même si la prégnance du Nord demeurait dans les coordinations, la composition de l'assistance lors des réunions privilégiait naturellement la participation de ressortissants du Sud. Les sujets abordés reflétaient des enjeux qui les concernent au premier chef, puisque les impacts écologiques actuels les affectent en priorité. En mettant le Sud au cœur des débats, une telle rencontre participe du rééquilibrage de ces derniers et renouvelle la façon de les aborder.
Avec ce renouvellement de la contradiction à son endroit, le négationnisme climatique (qui peut, on l'a vu avec la sortie des États-Unis de l'accord de Paris, trouver des relais à l'échelle des États) a de fortes chances d'être progressivement confronté à un isolement accru. Ses velléités d'entraînement ont fait long feu à Belém, où aucun pays n'est sorti de l'accord de Paris. Elles pourraient se voir débordées par des initiatives telles que celles explorées à Santa Marta, qui a aussi voulu anticiper ses effets pervers. Des mécanismes ont ainsi été envisagés pour contrer l'augmentation de la demande d'hydrocarbures que pourrait générer une baisse des prix du fait de la croissance des énergies renouvelables.
La crise économique mondiale causée par les tensions sur l'approvisionnement en pétrole passant par le détroit d'Ormuz rappelle, dans tous les cas, l'urgence d'accélérer la transition énergétique.
Jean-Baptiste Meyer, Directeur de recherche (Centre Population et Développement),Institut de recherche pour le développement (IRD)
The Conversationhttp://theconversation.com/republishing-guidelines —>
P.-S.
• The Conversation. Publié : 7 mai 2026, 17:24 CEST.
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.
• Jean-Baptiste Meyer, Institut de recherche pour le développement (IRD)
Jean-Baptiste Meyer est directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et professeur dans divers universités d'Europe et d'Afrique. Il a coordonné des programmes de recherche et d'enseignement supérieur à l'université de Paris, l'Universidad Nacional de Colombia, la University of Cape Town, la Facultad Latino-Americana de Ciencias Sociales à Buenos Aires, ainsi qu'en Afrique du Nord et au Soudan plus récemment.
Ses travaux incluent : El nuevo nomadismo cientifico : la perspectiva latinoamericana (ESAP) ; Scientific Diasporas (IRD Editions) ; La société des savoirs : trompe l'oeil ou perspectives (Harmattan) ; A sociology of diaspora knowledge networks (COMCAD) ; Diaspora : hacia la nueva frontera (UDELAR, IRD) ;.Etudes doctorales africaines : diversité de situations et enjeux communs (IRD Editions).
Jean-Baptiste Meyer est actuellement professeur invité à l'Université Nationale de Colombie, Facultad de Minas, à Medellin, où il coordonne un programme de recherche et d'enseignement en sciences de la durabilité (sutainability sciences).
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Papouasie-Nouvelle-Guinée : « Si j’y retourne, ils me tueront ». Soutenir les femmes victimes de violences
En Papouasie-Nouvelle-Guinée comme dans de nombreux pays du monde, les survivantes de violences sexuelles et domestiques font face à l'exclusion et au traumatisme. Médecins Sans Frontières (MSF) renforce l'accès aux soins d'urgence et au parcours de soutien pour briser le cycle du silence.
Tiré de Entre les lignes et les mots
« Les violences sexuelles sont monnaie courante ici. Des hommes violent des jeunes femmes. La violence sévit aussi au sein des foyers », affirme Yen, une bénévole locale aux côtés de MSF. Pour les victimes, l'enjeu est double : survivre à ces agressions et trouver une aide dans un espace sûr avant que la peur et la stigmatisation ne les isolent définitivement.
État des lieux : l'ampleur des violences de genre en Papouasie-Nouvelle-Guinée
Dans le pays, 56% des femmes de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques, selon les dernières données démographiques (2016-2018).
Le fardeau est particulièrement lourd dans les Hautes Terres, où près d'un tiers des femmes déclarent avoir subi des violences sexuelles. Les discriminations sexistes et sexuelles, mais aussi les accusations de sorcellerie, sont les principaux facteurs de ces violences.
« Tout mon village s'est retourné contre moi après une simple accusation [de sorcellerie]. J'ai fui pour sauver ma vie. Si j'y retourne, ils me tueront », témoigne une survivante.
Pour les femmes qui ont subi des agressions, c'est le silence qui prédomine : 39% des survivantes n'osent ni chercher d'aide, ni parler de leur vécu autour d'elles.
Pourquoi les 72 premières heures sont cruciales après une agression sexuelle ?
En cas de viol ou d'agression grave, chaque seconde compte. La prise en charge dans les 72 premières heures est vitale pour :
– Administrer les soins médicaux d'urgence et traiter les blessures.
– Fournir la prophylaxie post-exposition (PPE) contre le VIH.
– Proposer une contraception d'urgence et prévenir les infections.
– Initier un soutien psychosocial immédiat.
« Un parcours d'orientation, c'est la promesse qu'une victime ne sera pas forcée de répéter son histoire et de revivre son traumatisme à chaque étape », souligne Rachel Wehrung, coordinatrice de projet MSF à Jiwaka.
Comment MSF améliore la prise en charge médicale des victimes
La province de Jiwaka est identifiée comme une zone prioritaire nécessitant une intervention humanitaire d'urgence. Afin de répondre aux lacunes du système de santé et de soutien aux personnes qui ont subi ces violences, Médecins Sans Frontières (MSF) collabore avec les autorités locales pour offrir des soins gratuits, confidentiels et respectueux.
Formation des agents de santé et sensibilisation
Entre septembre et décembre 2025, l'action de MSF s'est structurée autour de deux axes :
* Soutien aux professionnels de santé pour accompagner les survivantes : 164 agents de santé ont par exemple été formés dans neuf établissements pour garantir des soins sûrs et cohérents.
* Sensibilisation des communautés : plus de 4 000 personnes ont été sensibilisées via des séances d'information pour mieux connaître leurs droits et les services disponibles, et lever les tabous.
L'ouverture d'un centre de soutien pour les survivantes
Inauguré en septembre 2025, le Centre de soutien aux familles (FSC) de Minj est le pilier de cette stratégie. Il offre aux victimes un parcours clair, de l'accueil médical au suivi psychologique, évitant ainsi la dispersion des services.
Le rôle essentiel des femmes formées par MSF
Dans les zones reculées des Hautes Terres, l'accès aux cliniques de santé est entravé par le manque d'infrastructures et le coût des transports. Les bénévoles de santé formés par MSF dans les villages deviennent alors le premier maillon de la chaîne de prise en charge et de soutien.
« J'ai vu les ravages [de la violence] sur nos sœurs et nos mères. Des personnes comme moi doivent s'engager pour que les victimes puissent se faire soigner », assure Yen, bénévole locale. En formant des habitantes comme Yen, MSF s'assure que le message de prévention et d'aide est diffusé au sein des communautés, là où la stigmatisation est la plus forte.
MSF en Papouasie-Nouvelle-Guinée
Depuis 2024, Médecins Sans Frontières intervient dans la province de Jiwaka pour garantir l'accès à des soins gratuits et confidentiels aux survivantes de violences sexuelles et sexistes. En soutenant les structures de santé locales et en formant des volontaires communautaires, MSF renforce les parcours de soins pour assurer une prise en charge médicale et psychologique rapide.
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UE. Appel urgent lancé en faveur d’une loi européenne sur le viol fondée sur le principe « Oui, c’est oui » à la suite du vote du Parlement européen
En réaction au vote du Parlement européen sur un rapport réclamant une nouvelle fois une définition du viol fondée sur le consentement au niveau de l'Union européenne, Dinushika Dissanayake, directrice régionale ajointe pour l'Europe à Amnesty International, a déclaré : « Amnesty International salue le rapport du Parlement européen qui lance un nouvel appel sans équivoque en faveur d'une définition du viol fondée sur le consentement à l'échelle de l'Union européenne.
Tiré de Entre les lignes et les mots
« À l'heure où les gros titres font état d'académies du viol en ligne et de réseaux organisés d'exploitation sexuelle d'enfants, et où des victimes comme Gisèle Pelicot déploient des efforts considérables pour raconter leur histoire afin de sensibiliser les citoyennes et citoyens aux violences, cet appel devrait résonner avec force dans l'esprit des décideuses et décideurs européens.
La « culture du viol », qui repose sur des préjugés et des stéréotypes de genre délétères et les perpétue, cherche à banaliser, voire à justifier les violences sexuelles dans nos sociétés
Dinushika Dissanayake, directrice régionale ajointe pour l'Europe à Amnesty International
« La culture du viol « , qui repose sur des préjugés et des stéréotypes de genre délétères et les perpétue, cherche à banaliser, voire à justifier les violences sexuelles dans nos sociétés. Dans l'Union européenne, une femme sur six est victime de violences sexuelles à l'âge adulte, et une sur 10 sera violée au cours de sa vie.
« Au-delà d'une définition du viol fondée sur le consentement, la promotion d'une culture du consentement dans toute l'Union européenne reposera sur une approche intersectionnelle et centrée sur les victimes, sur une éducation complète à la sexualité et sur des campagnes de sensibilisation de la population et des programmes de prévention.
« La Commission européenne doit désormais proposer une législation en vue d'établir une définition du viol fondée sur le consentement à l'échelle de l'Union européenne. Enfin, les États membres de l'UE qui ne l'ont pas encore fait doivent rapidement aligner leur définition du viol sur celle inscrite dans la Convention d'Istanbul »
Complément d'information
Depuis des années, Amnesty International fait campagne en faveur de l'adoption d'une définition du viol fondée sur le consentement dans les législations et les politiques nationales. Des victoires ont été remportées dans de nombreux pays grâce aux victimes et aux militant·e·s qui se sont mobilisés pour faire évoluer la législation et les attitudes sociales, en s'appuyant sur une vérité simple : tout rapport sexuel sans consentement est un viol.
En 2018, alors qu'Amnesty International menait ses premières recherches sur les législations relatives au viol en Europe, seulshuit pays disposaient de définitions du viol fondées sur le consentement. Depuis, 13 autres en ont adopté : la Croatie, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, Malte, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque, la Slovénie et la Suisse. Dans certains pays, comme la Suède et l'Espagne, la loi inclut l'approche « Oui, c'est oui » : le consentement consiste à exprimer activement et de diverses manières, verbales ou non, le désir d'avoir un rapport sexuel.
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Le genre de la ville
Aujourd'hui je viens vous parler de l'essai « Violence basée sur le genre et la ville : cartographies féministes de la peur et de l'effroi » , de Juliana Toro Jiménez et María Ochoa Sierra, chercheuses colombiennes à l'université d'Antioquia.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Leur analyse s'est faite à Medellín il y a presque dix ans. Honnêtement, je pourrais n changer le nom pour Mexico, Ecatepec, Guadalajara, Monterrey ou Puebla et beaucoup de ces analyses demeureraient fonctionnelles.
Ces autrices partent de quelque chose de très fondamental mais très important : la violence contre les femmes ne se produit pas seulement « à domicile ». Il y a aussi une violence constante dans les rues, les bus, les parcs, les ponts piétonniers et les gares. Et souvent, elle n'est même pas reconnue comme violence car elle est déjà complètement normalisée.
En outre, ce texte nous dit que la peur féminine de traverser la ville ne naît pas naturellement. C'est une production culturelle. C'est de la pédagogie patriarcale. Les femmes apprennent à survivre à la ville en gérant le danger tout le temps. Elles sont toujours en train de changer d'itinéraires. De mesurer l'effet de leurs vêtements. De calculer des horaires. De simuler des appels. Toujours en train d'apprendre depuis leur prime enfance que l'espace public ne nous appartient pas entièrement.
Vous souvenez-vous de la chanson de la formation chilienne LASTESIS ?« Et ce n'était pas de ma faute, ni d'où j'étais ni de ce que je portais. » Eh bien, ce texte insiste justement là-dessus. La peur ne relève pas de la biologie féminine. C'est une façon socialement apprise d'habiter la ville.
J'ai également trouvé très importante les critiques qu'elles formulent à l'égard des institutions qui se concentrent et très mal sur les violences graves. Le féminicide apparaît ça et là. Le viol parfois. Mais le reste est réduit à des « choses qui arrivent ».
• Les commentaires sexuels.
• Les attouchements.
• Le harcèlement.
• Le monsieur qui se colle trop dans le métro.
• Le gars qui te suit durant tout un pâté de maisons.
Tout cela est tenu en dehors des statistiques importantes, même si cela organise l'expérience quotidienne de nombreuses femmes.
Donc Jualiana et Maria relient la peur à la citoyenneté. Parce que lorsqu'une femme modifie ses trajets, horaires, vêtements ou activités pour réduire les risques, elle ne change pas seulement sa mobilité physique. Son autonomie et son droit d'habiter la ville en toute tranquillité sont également restreints. Voici le résumé du résumé, c'est à mon tour de donner un exposé demain, donc je répète avec votre aide.
1. Violence fondée sur le genre, la peur et l'effroi en tant qu'éléments adaptatifs
Les autrices montrent que les hommes et les femmes n'habitent pas la ville de la même façon. En réponse à des questionnaires, beaucoup d'hommes parlaient de vols, de violence urbaine ou de gangs. Les femmes organisaient une grande partie de leur vie autour d'une autre dynamique de risque : le harcèlement sexuel, l'agression et le viol.
Résultat : la peur urbaine a un genre.
Les répondantes nous disent que les femmes se livrent à une sorte de « rituel » pour habiter la ville
* Pas sortir seule la nuit.
* Éviter les rues vides.
* Marcher rapidement.
* Dans le bus, s'asseoir près du conducteur ou des portes. Ignorer les commentaires sexuels en espérant qu'ils ne s'aggraveront pas.
Et le plus fort c'est que beaucoup de ces pratiques semblent déjà normales parce que la peur a été intériorisée. Levez la main celles qui ne se sont pas conformées à ces pratiques.
Je trouve aussi important comment elles expliquent qu'ignorer l'agresseur fonctionne souvent comme stratégie de survie. Parce que répondre peut conduire à une escalade de l'agression. Et pourtant, quand une femme confronte son agresseur, sa réaction finit souvent par être considérée comme exagérée, conflictuelle ou « folle ».
Les femmes ne prennent pas librement la plupart de ces décisions. Ce n'est pas « je préfère ne pas être en retard ». C'est « J'ai appris que sortir tard peut me mettre en danger ».
Vous vous souvenez du hashtag #LaNuitEstÀNous ? Eh bien, cela implique justement de désapprendre la peur. S'approprier l'espace public est aussi une combat politique.
2. Cartographies de la peur dans une perspective de genre
Ce paragraphe est très pénible parce qu'il montre que la peur produit aussi des cartes. Jualiana et Maria demandent aux femmes quels endroits elles ressentent comme sûrs, lesquels dangereux et lesquels elles évitent. Et on voit apparaître une ville complètement différente des discours officiels sur la modernisation urbaine.
Les lieux « sûrs » sont généralement des zones surveillées, éclairées et de classes moyennes ou supérieures : centres commerciaux, universités, et espaces hyper contrôlés.
Pendant ce temps, les quartiers populaires, les rues désertes, les ponts ou certains espaces nocturnes apparaissent associés au danger.
Et honnêtement, là on comprend que la peur urbaine est aussi traversée par la structure de classe et la racialisation. La ville « sûre » ressemble souvent trop à la ville blanche, surveillée et riche.
Elles parlent aussi d'espaces masculinisés : ateliers, terrains de foot, Coins de fumeurs, zones de taxi. Des rues pleines d'hommes où beaucoup de femmes savent déjà que des commentaires sexuels, du harcèlement ou des intimidations les attendent.
Ensuite elles développent des stratégies corporelles pour réduire leur exposition au danger, changer de banquette, couvrir son corps, baisser les yeux, marcher plus vite. Et le plus pervers, c'est que ça finit par se sentir normal.
3. Harcèlement sexuel dans l'espace public
Ici le texte devient encore plus lourd. Les autrices montrent que le harcèlement de rue ne se limite pas à des « compliments ». Elles parlent de persécutions, d'attouchements, d'intimidation et de masturbation dans les transports en commun.
Et ce qui est le pire, c'est que plusieurs de ces agressions ont lieu dans des espaces pleins de gens et pourtant personne n'intervient.
Les transports publics apparaissent constamment dans les témoignages. Les femmes racontent comment les hommes profitent de bousculades pour les toucher ou les harceler alors que tout le monde continue comme si de rien n'était.
Elles montrent aussi comment la peur opère sur le corps. Beaucoup de femmes deviennent paralysées ou ne savent pas comment réagir. Et socialement, on leur pose toujours une question horrible : « Pourquoi n'avez-vous rien fait ? », comme si la peur n'existait pas.
Les autrices insistent sur le fait que de nombreuses femmes apprennent qu'ignorer ces agressions est une stratégie de survie. Parce que réagir peut signifier que l'homme va devenir encore plus agressif.
Même d'autres femmes peuvent reproduire cette logique. Une participante raconte qu'adolescente elle se défendait contre des hommes qui la harcelaient et une amie lui a dit qu'elle avait l'air folle. Imaginez le niveau de normalisation. Ou rappelez-vous la dame du métro qui défendait son homme.
L'isolement est un autre phénomène très pénible. Beaucoup de femmes témoignent de situations de harcèlement où tout le monde autour a vu ce qui se passait et personne n'est intervenu. Personne ne leur a demandé si elles allaient bien. Personne ne s'est opposé à l'agresseur.
Ainsi, le harcèlement ne reste pas un « mauvais moment ». Il a des conséquences matérielles. Les femmes qui changent d'itinéraire, arrêtent de porter certains vêtements, abandonnent leurs activités ou même arrêtent d'étudier par peur ou à cause de menaces. Je me souviens avoir arrêté de m'habiller sexy pour porter des vêtements sport parce que toutes les 3 secondes je vivais du harcèlement. Mais mes amies me défendaient contre les saligauds.
Conclusions
Medellín peut être vendue comme ville innovante et transformée, mais cela ne signifie pas qu'elle a transformé les relations entre les sexes.
La peur continue d'organiser la façon dont les femmes habitent les villes.
De nombreuses stratégies d'« autoprotection » sont en réalité des restrictions à la liberté. Changer des itinéraires, éviter les horaires de nuit ou sortir accompagnés ne sont pas des décisions complètement libres. Ce sont des adaptations face à un environnement hostile.
La peur féminine s'apprend culturellement. Depuis toute petite, on nous apprend à prendre soin de nous, à nous limiter et à soupçonner l'espace public.
Et honnêtement, je pense qu'un des aspects les plus importants de cet article est de faire comprendre que le harcèlement sexuel et la peur urbaine sont des mécanismes quotidiens de contrôle du corps, de la mobilité et de l'autonomie des femmes.
Habiter l'espace public sans crainte est aussi un conflit de citoyenneté, d'autonomie et de liberté. Tellement…
Edith Lopez Hernandez sursa page FB
Traduit de l'espagnol par TRADFEM
https://tradfem.wordpress.com/2026/05/07/le-genre-de-la-ville/
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Celle que le patriarcat n’a pas réussi à faire taire
En 1986, une séance du conseil municipal de Minneapolis s'est transformée en champ de bataille à propos d'une question que personne n'osait poser à voix haute : Des images pouvaient-elles être une forme de violence ?
Tiré de Entre les lignes et les mots
Elle a dit que la pornographie n'était pas une forme d'expression, mais une violence. Tout le monde s'en est pris à elle. Mais ses questions n'ont jamais cessé de résonner.
Andrea Dworkin se trouvait au cœur de cette tempête. Elle n'était pas là pour se faire des amis. Ce n'avait jamais été son but.
Cette écrivaine féministe radicale venait de co-rédiger un projet de loi qui allait permettre aux femmes de poursuivre les pornographes pour violations de leurs droits civils. Pas pour obscénité.
Pas pour indécence.
Pour discrimination.
Elle a soutenu que la pornographie n'était pas une forme d'expression, mais une arme, un manuel d'entraînement à la domination masculine, une documentation de la subordination des femmes.
Son auditoire a fait éruption.
Les conservateurs ont adoré sa proposition pour toutes les mauvaises raisons : ils voulaient une censure fondée sur la moralité. Les féministes libérales l'ont accusée de trahir l'idée de liberté sexuelle. Les défenseurs de la liberté d'expression l'ont qualifiée de censeure. Les féministes sexe-positives ont déclaré qu'elle effaçait l'autonomie des femmes.
Dworkin n'a pas bronché.
Elle avait passé sa carrière à dire des choses qui mettaient les gens mal à l'aise. Que la violence contre les femmes n'était pas un phénomène aléatoire, mais systématique. Que l'égalité juridique ne signifiait rien si le corps des femmes restait un territoire de conquête masculine. Que le fait qu'on vous demandait de sourire face à votre propre oppression n'était pas une libération.
Ses livres se lisaient comme des actes d'accusation.
« La haine des femmes ». « Pornographie : Les hommes s'approprient les femmes ». « Coïts » — celui que tout le monde a interprété à tort comme affirmant que tout rapport sexuel était un viol, bien qu'elle ait insisté sur le fait que ce n'était pas ce qu'elle voulait dire.
Certaines des phrases résonnaient comme de véritables coups de poing :
« Être une femme dans notre monde, c'est avoir été privée de la possibilité de faire des choix humains par des hommes qui aiment nous haïr. »
Les attaques personnelles ne se firent pas attendre. Ses détracteurs ridiculisèrent son embonpoint, son apparence, tout sauf ses arguments réels. On la qualifia de misandre, de sexophobe, de dangereuse.
Certaines des attaques les plus cruelles vinrent d'autres féministes qui craignaient que son radicalisme ne détruise la crédibilité du mouvement.
Mais voici ce que personne ne put nier : les questions qu'elle posait n'allaient pas disparaître.
Que signifie le consentement quand toute votre vie a été façonnée par des systèmes conçus pour limiter vos choix ?
L'égalité au sein d'un système oppressif est-elle réellement une liberté ?
À quoi ressemblerait la vie des femmes si elles étaient réellement libérées, et non simplement protégées ou tolérées ?
Andrea Dworkin est décédée en 2005 à l'âge de 58 ans. Les débats qu'elle a lancés n'ont pas disparu. Dans chacun des débats sur les effets de la pornographie, sur la prostitution en régime capitaliste, sur la frontière entre protection et contrôle — elle a été la première à cartographier ce territoire.
Elle ne demandait pas qu'on soit d'accord avec elle. Elle exigeait que nous regardions ce que nous préférons ignorer.
Les ordonnances sur la pornographie qu'elle a co-rédigées ont immédiatement été annulées par des tribunaux au nom du Premier amendement de la Constitution américaine.
Elle a été vilipendée par presque tout le monde : les moralistes de droite qui voulaient utiliser son travail pour justifier la censure, les féministes libérales qui pensaient qu'elle nuisait à la cause, et l'industrie du sexe qui craignait de perdre de l'argent.
Mais ses questions sont demeurées pertinentes :
Une industrie fondée sur l'exploitation du corps des femmes peut-elle jamais être véritablement consensuelle sous le patriarcat ? Ou cette question elle-même est-elle une insulte à l'autonomie des femmes ?
Andrea Dworkin n'a jamais offert de réponses faciles. Elle posait des questions difficiles et mettait les gens au défi d'y réfléchir réellement au lieu de simplement y réagir.
Trente-cinq ans après cette séance du conseil municipal de Minneapolis, ses questions font toujours l'objet de débats. Son nom demeure invoqué — tantôt comme celui d'une méchante, tantôt comme celui d'une prophète, rarement avec nuance.
Elle ne voulait pas être aimée. Elle voulait être entendue.
Et que l'on soit d'accord avec elle ou non, elle a veillé à ce que l'on ne puisse pas passer outre à ce qu'elle disait.
Mis en ligne le 23 avril 2026 sur la page FB du site The Two Pennies.
Traduction : TRADFEM
https://scenesdelavisquotidien.com/2026/05/07/celle-que-le-patriarcat-na-pas-reussi-a-faire-taire/
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L’OIF devra choisir entre quatre futurs
Les quatre candidats au poste de direction de l'OIF offrent chacun une voie différente de développement pour la francophonie mondiale.
La fermeture des candidatures le 15 mai pour l'élection au poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) laisse quatre candidats sur les rangs. Ils auront six mois pour détailler leurs programmes avant l'élection qui se tiendra les 15 et 16 novembre lors du XXe congrès de l'organisation à Phnom Penh, au Cambodge.
Les candidats
Le 17 avril, la Mauritanie a officiellement annoncé, la candidature de Dr Coumba Bâ, âgée de 56 ans et actuellement conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Celle qui a été ministre aux Affaires africaines, de la fonction publique, de la Jeunesse et envoyée spéciale auprès de l'OIF pour son pays, propose une vision renouvelée pour l'avenir de l'OIF où la Mauritanie serait un carrefour géopolitique et culturel, à la fois africain, arabe et sahélien, capable de jouer un rôle de pont et de médiateur au sein de la Francophonie. Elle veut promouvoir des principes jugés essentiels pour la cohésion et le dynamisme de la Francophonie comme la responsabilité, l'action, l'écoute, le dialogue, l'équilibre et incarner une ambition de participer activement au renouvellement de la francophonie. Pour cela, elle veut mettre l'accent sur la souveraineté culturelle, le développement et la jeunesse. Une victoire mauritanienne pourrait amener à l'émergence d'un bloc africain plus autonome au sein de l'organisation.
L'ancien Premier ministre roumain de 2015 à 2017 d'un gouvernement technocratique, Dacian Ciolos âgé de 56 ans est le seul candidat hors Afrique. Celui qui a aussi été député européen et commissaire européen à l'Agriculture de 2010 à 2014 veut que la Francophonie soit un acteur crédible, plus moderne, plus uni et utile dans un monde en mutation. Dans le cadre de sa candidature, il a récemment fait une tournée diplomatique stratégique sur le continent africain pour rallier les soutiens des États membres et montrer son engagement envers les défis et les opportunités spécifiques du continent. Selon lui, l'issue de cette élection déterminera non seulement la direction future de l'OIF, mais aussi sa capacité à s'adapter et à prospérer dans un monde en constante évolution. Maîtrisant couramment le français et l'anglais, il se positionne comme un candidat capable de promouvoir une vision moderne, pragmatique et inclusive de la francophonie.
Présentée par le Président Félix Tshisekedi le 19 mars, Juliana Amato Lumumba de la République démocratique du Congo, deuxième pays francophone au monde avec plus de 57 millions de locuteurs, fait la promotion d'une Francophonie des peuples qui serait souveraine et tournée vers l'action. Âgée de 71 ans, elle est la fille de Patrice Lumumba, ex-premier ministre et héros assassiné en 1960 lors des luttes menant à l'indépendance de son pays. Diplômée de l'École des hautes études en sciences sociales de Paris et ancienne journaliste, elle a occupé plusieurs portefeuilles ministériels entre 1997 et 2001. Sa vision est celle d'une Francophonie des peuples résolument africaine, axée sur la solidarité, la diversité culturelle et un meilleur équilibre entre les États membres. Sa vision met l'accent sur la promotion de la langue française comme un pont pour valoriser les cultures et les langues africaines sur la scène mondiale, ainsi que sur l'intégration économique et le développement.
En poste depuis 2019, Louise Mushikiwabo âgée de 64 ans veut un troisième mandat. Ministre des Affaires étrangères durant près de dix ans du président rwandais Paul Kagame, elle est considérée comme la favorite, mais est coincée dans le conflit entre la RDC et le Rwanda. Elle affirme avoir hésité à se représenter, mais avoir finalement décidé de le faire en raison du soutien de plusieurs chefs d'État lors de la Conférence ministérielle de Kigali, en novembre de l'année dernière ou elle a perçu avoir beaucoup de soutien au sein de l'OIF. Elle fait la promotion de la Francophonie économique et affirme que les petites et moyennes entreprises se sentent en sécurité avec l'accompagnement de l'organisme et que le programme des missions économiques et commerciales connaît un grand succès. Elle considère que, bien qu'il faille mettre des limites, il est inévitable pour l'OIF d'aller vers le privé en raison du manque de fonds que lui accordent les États membres.
Quel futur pour la francophonie ?
Cette élection est une bataille géopolitique opposant des systèmes d'influence et des visions différentes de la Francophonie.
Juliana Lumumba veut une plus grande souveraineté africaine et une réorientation des priorités de l'organisation,
Dr Coumba Bâ l'émergence d'un bloc africain multilingue plus autonome au sein de l'organisation,
Dacian Ciolos une vision moderne, pragmatique et inclusive de la Francophonie et
Louise Mushikiwabo, incarne la continuité.
Le poids démographique de la RDC est l'argument central de Juliana Amato Lumumba. Sa force est qu'avec plus de 114 millions d'habitants et environ 57 millions de locuteurs de la langue de Molière, la RDC est le plus grand pays francophone au monde. Sa Francophonie des peuples suggère une décentralisation de l'OIF où les priorités africaines prendraient le pas sur les anciens agendas. Fille d'un symbole de l'indépendance, elle porte une grande charge émotionnelle et se présente comme la promesse d'une voix africaine plus forte.
En raison de son mandat l'obligeant de faire la promotion des droits de l'homme de l'éducation et de la coopération économique, l'OIF a une importance diplomatique considérable. Avec son budget d'environ 116 millions $ en 2026, l'organisme offre un accès à des opportunités économiques et à l'éducation pour des millions de jeunes africains en plus de faire la promotion du français à la grandeur de la planète.
L'OIF dispose d'atouts importants pour construire de nouvelles voies de progrès pour tous ses membres. À l'ère numérique, elle devra se réinventer et diffuser plus de contenu francophone si elle veut continuer à croître.
Michel Gourd
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Guerre au Soudan : Dubaï et Genève complices de l’ombre
Au-delà de son terrible bilan de plus de 150 000 morts et de 12 millions de personnes déplacées, l'analyse de la guerre qui fait rage au Soudan depuis trois ans ne peut pas être réduite à la rivalité de deux chefs de guerre. Dans l'ombre, des États s'activent, pour le contrôle du commerce de l'or.
Tiré de MondAfrique.
Pas de vainqueur mais d'innombrables victimes
Depuis avril 2023, le Soudan s'enfonce dans une guerre civile dont l'ampleur dépasse les rivalités internes. Derrière l'affrontement entre deux généraux, Abdel Fattah al-Burhan et Mohamed Hamdan Daglo dit « Hemedti », se joue une bataille pour le contrôle d'une ressource devenue centrale : l'or. Les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR), anciennes alliée lors du coup d'État de 2021, se sont retournées l'une contre l'autre dans un contexte de transition politique avortée. Ce qui aurait pu rester une lutte pour le contrôle de l'État s'est transformé en une guerre totale.
Le conflit entre dans sa quatrième année sans victoire décisive. L'armée soudanaise a repris Khartoum en mars 2025, mais en octobre 2025 les FSR ont pris el-Fasher, dernière grande ville gouvernementale au Darfour, après un siège de dix-huit mois, à la faveur d'atrocités d'une dimension génocidaire. Les combats se concentrent aujourd'hui dans le Kordofan. Le Soudan concentre plus de personnes en situation de famine que le reste du monde réuni.
Contrôle de l'or
Réduire cette guerre à une rivalité personnelle serait une erreur. Elle s'inscrit dans une logique économique précise. Depuis une dizaine d'années, l'or est devenu la principale richesse du Soudan. Il est exploité dans des conditions artisanales, notamment au Darfour, en dehors de tout contrôle étatique. Les FSR ont pris le contrôle de plusieurs sites aurifères, construisant un système parallèle de financement qui leur permet d'échapper à toute dépendance institutionnelle. L'or extrait est taxé, confisqué ou directement exploité par les réseaux liés à Hemedti, puis exporté via des circuits informels. En juillet 2025, les FSR ont annoncé la création d'un gouvernement parallèle basé au Darfour, accentuant la fragmentation d'un État déjà désagrégé.
Ce système reposait jusqu'à récemment sur une destination quasi-exclusive : les Émirats arabes unis. Les données de la Banque centrale du Soudan montrent que les Émirats importaient environ 90 % des exportations officielles d'or au premier semestre 2025. Mais, accusant les émirats d'armer son ennemi, le gouvernement soudanais a officiellement rompu ses relations diplomatiques avec Abou Dhabi en mai suivant. La conséquence a été immédiate : les exportations d'or vers les Émirats ont chuté, de 22,2 tonnes en 2024 à 8,2 tonnes en 2025. Khartoum a diversifié ses débouchés vers l'Égypte, Oman et le Qatar, mais cette orientation reste fragile et incomplète.
Mercenaires colombiens et trafic d'or
La rupture ne signifie pas que les Émirats se sont retirés du conflit. Une enquête du Conflict Insights Group, rendue publique par la BBC, a documenté pour la première fois un lien direct entre Abou Dhabi et les FSR, en retraçant les mouvements de plus de 50 mercenaires colombiens déployés au Soudan entre avril 2025 et janvier 2026 et recrutés par une société émiratie liée, selon le CIG, à des cercles proches du gouvernement d'Abou Dhabi. Ces mercenaires opéraient comme pilotes de drones et artilleurs et ont contribué directement à des opérations meurtrières contre des civils, dans le contexte d'une guerre de drones alimentée par des équipements essentiellement chinois acheminés via les Émirats.
En 2024, les Émirats ont importé 29 tonnes d'or directement du Soudan, auxquelles s'ajoutent les quantités transitant par des pays voisins : 27 tonnes via l'Égypte, 18 via le Tchad, 9 via la Libye. Une investigation de The Sentry a établi un lien entre des sociétés basées à Dubaï et le blanchiment illicite d'or du Soudan pour le compte de financiers des FSR. La chaîne s'étend jusqu'en Europe : entre janvier et septembre 2025, la Suisse a importé 316 tonnes d'or en provenance des Émirats, soit plus du double des volumes annuels habituels, dans une transparence très insuffisante sur l'origine réelle de ces métaux.
La crise du détroit d'Ormuz en prime
La crise du détroit d'Ormuz, consécutive aux frappes américano-israéliennes sur l'Iran, a aggravé l'instabilité. Les représailles iraniennes ont perturbé les infrastructures de Dubaï, affectant la connectivité du hub aurifère émirati. Surtout, elles ont désorganisé les marchés alternatifs que Khartoum cherchait à activer depuis la rupture diplomatique de mai 2025 : le Qatar est en plein chaos économique, l'Égypte et Oman sont fragilisés.
La crise fait s'envoler les prix de l'or sur les marchés mondiaux et aboutit à ce paradoxe : l'or soudanais vaut désormais davantage à la tonne, ce qui profite aux deux belligérants, quelle que soit la destination des exports.
Dans ce contexte, la guerre tend à s'auto-entretenir. Tant que l'extraction aurifère se poursuit et que des débouchés existent, même perturbés, les acteurs du conflit disposent des ressources pour continuer à se battre. Les efforts du « Quad » – qui réunit États-Unis, Émirats, Arabie saoudite et Égypte – ont échoué. L'or agit davantage comme un accélérateur que comme une cause première : il transforme une crise politique en guerre prolongée, en lui donnant les moyens de durer.
Un modèle de prédation continental
Le cas soudanais ne saurait être réduit à une singularité africaine. Il est la manifestation la plus documentée d'un modèle de prédation qui se réplique à travers le continent. Au Mali, l'Africa Corps, successeur du groupe Wagner depuis 2025 et directement contrôlé par Moscou, perpétue une logique d'extraction militarisée des ressources en s'appuyant sur des sociétés minières russes comme levier économique. En République centrafricaine, où le lien entre ressources et financement paramilitaire russe est le mieux connu, les mêmes circuits articulent extraction minière, présence militaire et opacité des flux.
Dans l'est du Congo, le coltan et les terres rares alimentent des groupes armés dont la longévité obéit à une logique purement économique. Ce qui relie ces conflits n'est pas la géographie, ni l'ethnicité, ni l'idéologie : c'est la structure. Une ressource à haute valeur marchande, une milice pour en sécuriser l'accès, un intermédiaire régional pour blanchir les flux et un marché international assez opaque pour absorber le produit sans poser de questions. La guerre, pour ceux qui la financent, est une industrie rentable.
Une traçabilité impossible ?
L'expérience du Processus de Kimberley, mis en place en 2003 pour enrayer le commerce des diamants de conflits, illustre à la fois ce qu'une volonté politique internationale peut accomplir et ses limites. Les « blood diamonds » (diamants du sang) représentaient environ 15 % de la production mondiale dans les années 1990 et moins de 1 % aujourd'hui. Mais ce résultat partiel repose sur une propriété physique unique du diamant : sa traçabilité. L'or, semble-t-il, est, lui, fongible. Il se fond, s'allie, se mélange, et son origine disparaît à chaque étape du raffinage. Aucun équivalent crédible du Processus de Kimberley n'existe pour l'or, et les experts estiment que ce modèle ne saurait être simplement transposé. Le cadre de diligence raisonnable proposé par l'OCDE reste volontaire, sans sanction réelle. Tant que cette lacune juridique persistera, la responsabilité des États importateurs, à commencer par les États européens, restera aussi commode à esquiver que l'origine d'un lingot fondu à Dubaï.
La situation soudanaise révèle, enfin, une réalité plus large. Dans un monde où les ressources circulent rapidement et où les marchés absorbent des flux issus de zones de conflit, les guerres locales ne sont jamais totalement locales. La rupture diplomatique entre Khartoum et Abou Dhabi a perturbé les circuits habituels sans mettre fin à l'économie de guerre. La crise du détroit d'Ormuz a ajouté de l'instabilité sans venir à bout de la logique profonde. Tant que ces chaînes resteront reconstituables, toute solution politique restera fragile. Au Soudan, l'or n'est pas seulement au cœur de la guerre. Il est l'une des conditions de sa possibilité.
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Des armes françaises dans la guerre au Soudan
Un système d'armement français sophistiqué est utilisé dans le conflit au Soudan, révélant les violations par le gouvernement français des conventions sur les ventes d'armes.
La guerre au Soudan continue et entraîne la plus grave crise humanitaire mondiale. Les chiffres sont effroyables : entre 150 000 et 400 000 morts, la destruction systématique des hôpitaux. Le nombre de déplacés s'élève à 15 millions, soit près d'un Soudanais sur trois sans compter la crise alimentaire qui touche la moitié de la population.
Système Galix
Cet affrontement meurtrier perdure entre les deux généraux, Burhan pour les Forces armées soudanaises (FAS) et Hemedti pour les Rapid Support Forces (RSF), car il est soutenu financièrement et militairement par l'Égypte et la Turquie pour les FAS, et par les Émirats arabes unis pour les RSF.
Les RSF se sont illustrées par des nettoyages ethniques de grande ampleur lors de la conquête des villes d'Al-Geneïna et d'El Fasher, pouvant s'apparenter à des actes génocidaires. Parmi leur armement figure le système Galix, produit par deux entreprises françaises, Lacroix Défense et KNDS France. Ce système est installé sur différents véhicules tels que des obusiers automoteurs, des véhicules de combat d'infanterie (VCI) ou des transports de troupes. Comme l'indique l'entreprise Lacroix Défense : « Le système Galix dissimule les véhicules de combat face à une menace imminente et protège les véhicules, les chars de combat principaux et les VCI », en utilisant des gaz fumigènes ou des leurres.
Amnesty International a repéré ce système sur les véhicules émiratis Nimr Ajban, utilisés par les RSF, notamment au Darfour, région soumise à un embargo sur les armes depuis 2004.
La grande muette
Sollicité par les journalistes, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, pourtant chargé du contrôle des exportations d'armes à l'étranger, indique ne pas être au courant. Des questions ont été posées par les députés du groupe La France insoumise et du groupe Écologiste et Social, sans qu'aucune réponse n'ait été apportée.
Ce silence révèle l'embarras du gouvernement avec le refus d'appliquer le Traité sur le commerce des armes dont la France est partie prenante. Ce traité instaure, dans son article 11, le certificat d'utilisateur final (CUF), afin que les armes vendues à un pays ne se retrouvent pas entre les mains d'une autre puissance. Cette protection est renforcée par la Position Commune de l'Union européenne, qui préconise un principe de précaution envers les pays ne respectant pas le CUF. C'est le cas des Émirats arabes unis. En effet, des armes achetées ont été transférées à des milices au Yémen ainsi qu'à l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar.
Business is business
Mais les autorités françaises préfèrent fermer les yeux pour des raisons commerciales : la France est le second fournisseur d'armes des Émirats arabes unis. Un contrat de 17 milliards d'euros a été conclu pour la vente de 80 Rafale et de 12 hélicoptères Caracal, ainsi que pour des raisons stratégiques. Des bases militaires françaises sont installées à Mina Zayed, à Al Dhafra et à Zayed Military City.
Au vu de la quantité de matériel militaire vendu aux Émirats arabes unis et de l'aggravation du conflit au Soudan, le risque de voir d'autres armes françaises entre les mains des RSF est réel.
Cela n'empêche nullement Paris d'organiser une conférence humanitaire internationale pour le Soudan en 2024 et d'exiger l'arrêt des interventions des pays étrangers, tout en évitant soigneusement de mentionner le nom des Émirats arabes unis.
Paul Martial
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Au Soudan du Sud, des milliers d’apatrides
Il y a bientôt quinze ans, le Soudan du Sud proclamait son indépendance. Depuis, l'administration tarde à régulariser ses ressortissants : selon le HCR, 90 % des Sud-Soudanais ne seraient pas encore enregistrés sur les bases de données officielles. Des millions d'entre eux pourraient se retrouver sans nationalité reconnue si rien n'était fait.
Tiré d'Afrique XXI.
Dans le café-galerie d'art de Juba où elle donne rendez-vous, Animu Athiei affiche sa bonne humeur habituelle. L'activiste sud-soudanaise, fondatrice de sa propre ONG, Animu Athiei Foundation (1), dédiée à la défense du droit à la nationalité, se trouve pourtant au cœur d'une bataille juridique. Depuis huit ans, elle est privée de passeport et de tout document d'identité. « Je fais partie d'une minorité ethnique, les Kelikos. Ce peuple transfrontalier se retrouve aussi en République démocratique du Congo, alors certains de mes détracteurs prétendent que je suis Congolaise », explique la femme politique au sourire communicatif.
Si la notoriété d'Animu Athiei lui permet d'être médiatisée, faisant espérer à terme une issue positive, des milliers de Sud-Soudanais sont eux aussi devenus apatrides au lendemain de l'indépendance de la plus jeune nation du monde, le 9 juillet 2011. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) distingue deux catégories : les personnes apatrides, qui seraient au moins 18 000 – bien que ce chiffre soit en cours de réévaluation –, et les ressortissants dont la nationalité n'a pas encore été déterminée. Ces derniers constituent la majorité des habitants du Soudan du Sud.
« Selon les statistiques officielles du gouvernement, plus de 90 % de Sud-Soudanais ne figurent pas encore dans la base de données des ressortissants enregistrés, alors que le Bureau national des statistiques du Soudan du Sud prévoit que le pays atteindra cette année les 16,3 millions de citoyens, résume Kumi Lobung, responsable adjoint de la protection au sein du bureau sud-soudanais du HCR. Nous nous concentrons principalement sur la prévention, car si rien n'est fait des millions de personnes pourraient se retrouver apatrides. »
Après l'indépendance, le Soudan dénationalise
Ce casse-tête administratif est le résultat d'une sécession mal préparée. Lors du référendum de janvier 2011, les Soudanais nés dans le sud du pays se prononcent à 99 % en faveur de l'indépendance. Six mois plus tard, la séparation des deux pays est actée. « Au moment de la sécession, le Soudan et le Soudan du Sud ont chacun adopté de nouvelles lois sur la nationalité. Le gouvernement soudanais a retiré la nationalité à toute personne dont il estimait qu'elle avait acquis la nationalité sud-soudanaise. Malheureusement, les personnes dénationalisées par le Soudan sur cette base ont eu du mal à faire valoir leur droit à la nationalité sud-soudanaise, ce qui les a laissées apatrides », détaille Tiana Xavier, chargée du plaidoyer au sein de l'Institute on Statelessness and Inclusion.
Cette ONG néerlandaise s'est associée à six autres organisations internationales via un communiqué publié le 18 février intimant au gouvernement sud-soudanais de « revenir sur sa décision et de rétablir la nationalité de Mme Animu, conformément aux obligations qui lui incombent en vertu du droit national, africain et international ». La déclaration commune rappelle qu'en août 2024 la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (un organe interne à l'Union africaine) a conclu (2) que les autorités nationales avaient arbitrairement privé Animu Athiei de sa nationalité.
« Le délai initial de 180 jours accordé pour se conformer à cette décision a expiré il y a trois mois, or le gouvernement du Soudan du Sud n'a encore pris aucune mesure », dénonce Tiana Xavier. De retour dans le café branché de Juba, Animu Athiei regrette l'inertie qui s'est ensuivie à la fois du côté du gouvernement et de celui du HCR. Interrogée, l'instance onusienne n'a pas souhaité commenter ce dossier. De son côté, l'État est empêtré dans une triple crise, économique, politique et sécuritaire, notamment à cause de la guerre qui ravage le Soudan depuis trois ans et qui perturbe les exportations de pétrole, dont le budget du Soudan du Sud dépend à 90 %.
Des exilés qui comptaient sur la nationalité sud-soudanaise
Pour ne rien arranger, le fragile accord de paix qui a fait taire les armes en 2018, après cinq années de guerre (3), est plus menacé que jamais. Les combats ont en effet repris début 2025 entre l'armée fidèle au président Salva Kiir et les forces soutenant le premier vice-président Riek Machar. Ce dernier a finalement été arrêté le 26 mars de la même année. Plus de 600 000 déplacés ont été jetés sur les routes, s'ajoutant aux 2 millions de personnes déplacées à l'intérieur du territoire. Mais aussi aux plus de 2,3 millions de Sud-Soudanais réfugiés à l'étranger. Ces déplacements à répétition compliquent la régularisation des cas d'apatridie.
« Beaucoup de personnes déplacées par la guerre avant la sécession vivaient dans d'autres pays, notamment en Ouganda et au Kenya. Elles ont fini par acquérir une nationalité de substitution, à laquelle elles ont renoncé au moment de l'indépendance, dans l'espoir d'obtenir la nationalité sud-soudanaise », détaille Michael Gyan Nyarko, le directeur exécutif adjoint de l'Institute for Human Rights and Development in Africa, une autre ONG signataire du communiqué du 18 février. C'est le cas d'Animu Athiei : réfugiée en Ouganda, elle abandonne ses papiers d'identité ougandais après la sécession et rejoint Juba, où elle obtient sa nationalité.
Comme tout prétendant à la nationalité sud-soudanaise, elle a dû prouver qu'elle descendait d'au moins un parent né sur le territoire fraîchement indépendant. « Mon père est décédé avant l'indépendance, mais j'ai pu prouver qu'il était d'origine sud-soudanaise. Ma mère vit en Tanzanie mais elle est en possession de documents attestant qu'elle est également d'origine sud-soudanaise. Mon oncle, avec qui je vis à Juba, était témoin lorsque j'ai finalement obtenu ma nationalité, en 2014, à l'issue d'un processus déjà anormalement long », raconte celle qui est amenée à beaucoup voyager en raison de ses engagements politiques.
Une « méfiance envers les groupes minoritaires »
En 2017, elle renouvelle son passeport, l'ancien ayant été rapidement rempli par les visas de ses voyages. Mais sur les réseaux sociaux, des posts mettent en doute sa nationalité. « Ce type d'accusations revient à chaque fois que je me vois attribuer une fonction à hautes responsabilités », constate la militante.
En 2018, Animu Athiei travaille depuis deux ans en tant que consultante au sein du bureau du premier vice-président de l'époque, Taban Deng, lorsqu'elle est de nouveau l'objet d'accusations d'usurpation de nationalité. Son passeport lui est alors confisqué. Trois ans plus tard, elle est toutefois nommée députée par décret présidentiel, comme il est d'usage dans la plus jeune nation du monde en attendant le tout premier scrutin (4), prévu en décembre. « Dix jours plus tard, j'ai été révoquée », déplore la politicienne au destin sans cesse contrarié. Les bruits qui courent sur la Toile finissent par convaincre les services d'immigration. Ces derniers entreprennent de la renvoyer en Ouganda. « Les autorités ougandaises ont refusé de m'accepter sur leur territoire car je ne dispose plus de titre de séjour ougandais… »
Derrière ce calvaire, Michael Gyan Nyarko, de l'Institute for Human Rights and Development in Africa, décèle « un certain degré de méfiance envers les groupes minoritaires ou les personnes qui ont été légalement liées à un autre État. Le gouvernement tente de les tenir à l'écart car il doute de leur loyauté. » Concernant Animu, Michael Gyan Nyarko estime que « les citoyens se sont sentis trahis quand elle a été nommée au Parlement puisqu'ils pensent qu'elle est de nationalité ougandaise ».
« C'est une souffrance invisible »
Sans documents d'identité, les portes se ferment automatiquement pour bénéficier des services les plus basiques, comme obtenir un acte de naissance, inscrire son enfant à l'école, obtenir un contrat de travail ou même se faire soigner.
« C'est assez triste, car c'est une souffrance invisible. J'ai l'air normale jusqu'à ce que j'ai envie de faire quelque chose de concret », synthétise l'ancienne députée. Avant d'ajouter : « J'ai eu la chance que mon dossier aboutisse à l'Union africaine grâce à mon réseau professionnel. Beaucoup se sont retrouvés exclus des processus politiques comme les élections ou de certains espaces publics. » Cette situation compromet la tenue du scrutin de décembre, pourtant confirmé par le gouvernement pas plus tard que le 21 avril, en dépit de l'absence de recensement à jour de la population.
L'espace civique est en outre plus bridé que jamais. Les opposants politiques s'exilent massivement dans les pays voisins depuis l'arrestation de Riek Machar. Et Tiana Xavier de conclure : « Cette instrumentalisation de la nationalité est devenue l'un des moyens les plus efficaces dont disposent les États pour cibler les minorités indésirables, les dissidents politiques et d'autres groupes. » Animu attend une nouvelle session de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, prévue du 11 au 20 mai, qui pourrait, ose-t-elle croire, contraindre le gouvernement sud-soudanais à lui rendre son passeport.
Notes
1- Voir le site la fondation ici.
2- Voir African Commission on Human and Peoples' Rights, « Communication 801/22 - Afekuru Animu Rasasi Amiati (Represented by Institute for Human Rights and Development in Africa) v. South Sudan (merits) », publiée sur le site internet le 18 novembre 2025, à lire ici.
3- Une guerre civile a éclaté en 2013, deux ans après l'indépendance. Elle a opposé le président Salva Kiir, issu du peuple dinka, et le vice-président Riek Machar, représentant des Nuers. Le bilan dépasse les 400 000 morts. En 2018, les deux belligérants ont signé l'« Accord revitalisé sur la résolution du conflit au Soudan du Sud », dont la mise en œuvre est sans cesse repoussée.
4- Il s'agit d'élections à sept niveaux : présidentielle, législatives, des gouverneurs des États, des Parlements des États, des commissaires à la tête des comtés, des conseils des comtés et des conseils municipaux. Leur tenue reste néanmoins très compromise, comme l'a rappelé le représentant des États-Unis auprès de l'ONU, Mike Waltz, le 30 avril.
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Mali : derrière la fracture Nord-Sud, la faillite d’un État capturé par ses élites
Parfois, certains témoignages valent davantage que de longs rapports d'experts ou des décennies de propagande officielle. Les propos de Hamma Ag Mahmoud, ancien ministre sous le régime de Moussa Traoré(1968-1991), ancien président de la Chambre de commerce et d'industrie du Mali et ancien préfet ayant servi durant plus d'une décennie dans plusieurs régions du sud du pays, viennent brutalement déconstruire l'un des récits les plus entretenus par les pouvoirs successifs à Bamako, celui d'un conflit fondamentalement ethnique entre le Nord et le Sud du Mali.
Par Mohamed AG Ahmedou
Dans une analyse lucide, nourrie par sa connaissance historique du Mali et son expérience de terrain, Hamma Ag Mahmoud affirme une vérité que beaucoup connaissent mais que peu osent dire publiquement : les populations rurales du sud comme celles du nord ont été victimes du même système de prédation étatique. Selon lui, les ressources destinées au développement des régions septentrionales ont rarement bénéficié aux populations locales. Elles auraient surtout alimenté des réseaux politico-administratifs concentrés à Bamako, au profit d'une classe dirigeante transversale, composée de hauts fonctionnaires, d'élites politiques et de clientèles économiques issues de plusieurs communautés.
Cette lecture est essentielle car elle rompt avec les simplifications raciales ou communautaires qui dominent souvent le débat malien. Hamma Ag Mahmoud rappelle que les populations du nord associent parfois l'État central à certaines élites noires du sud non pas en raison d'une hostilité raciale intrinsèque, mais parce que ce sont ces cadres administratifs ou militaires qui incarnent localement l'autorité, la répression ou l'échec de la gouvernance. Beaucoup d'entre eux étaient envoyés dans des régions dont ils ne maîtrisaient ni les langues, ni les usages sociaux, ni les équilibres historiques.Mais l'ancien ministre insiste sur un point fondamental, les responsables de la gabegie nationale appartiennent à toutes les communautés. Il évoque également des élites touarègues, arabes ou issues d'autres groupes qui ont participé aux détournements et aux compromissions du système centralisé malien. En cela, son analyse rejoint une réalité observable dans de nombreux États africains postcoloniaux, la concentration du pouvoir et des richesses dans les capitales au détriment des périphéries rurales.
Cette parole tranche avec le silence ou l'ambiguïté de nombreuses figures politiques dites « représentatives » du nord, souvent intégrées aux appareils successifs de l'État malien. Car depuis des décennies, beaucoup ont participé aux gouvernements, aux institutions et aux réseaux de redistribution du pouvoir tout en dénonçant ensuite les conséquences de ce même système.
Pour autant, reconnaître cette responsabilité partagée des élites ne doit pas conduire à nier les discriminations structurelles qui ont frappé les populations des régions nordiques, notamment les communautés touarègues et arabes. Depuis le régime de Moussa Traoré jusqu'aux présidences de Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré et Ibrahim Boubacar Keïta, les populations du nord dénoncent régulièrement des déséquilibres dans les recrutements de la fonction publique, dans l'accès aux responsabilités administratives et dans les structures de commandement militaire.
Dans les régions de l'Azawad, beaucoup considèrent que les rares avancées politiques ou sécuritaires obtenues par les populations locales l'ont été à travers les rapports de force imposés par les rébellions armées successives plutôt qu'à travers une volonté sincère de réforme de l'État central. Cette perception s'est renforcée au fil des décennies, notamment face à l'abandon chronique des infrastructures, au manque d'investissements publics et à l'insécurité grandissante.
Depuis le début des années 2000, l'implantation de groupes affiliés à Al-Qaïda dans les espaces saharo-sahéliens a encore aggravé le sentiment d'abandon. De nombreux habitants du nord estiment que Bamako n'a jamais véritablement construit une stratégie de sécurité adaptée aux réalités locales et aux dynamiques tribales, économiques et géographiques du Sahara malien.
Aujourd'hui, sous la transition militaire dirigée par Assimi Goïta, cette fracture semble avoir atteint un niveau inédit. Les accusations de violences massives contre des civils touaregs, arabes et peuls se multiplient dans plusieurs régions du pays. Pour de nombreux observateurs sahéliens, la stratégie sécuritaire actuelle repose moins sur une réconciliation nationale que sur une logique de militarisation brutale des territoires périphériques.
Le témoignage de Hamma Ag Mahmoud rappelle finalement une évidence souvent occultée, la crise malienne ne peut être réduite à une opposition simpliste entre communautés. Elle renvoie avant tout à l'échec historique d'un État centralisé, incapable de construire une citoyenneté équitable, une gouvernance territoriale inclusive et une redistribution juste des ressources nationales.Tant que cette question fondamentale ne sera pas affrontée avec lucidité, le Mali continuera de produire les mêmes fractures, les mêmes ressentiments et les mêmes cycles de violence.
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