Derniers articles

Quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine : déclaration du collectif éditorial Posle
Alors que la gauche et les syndicats québécois continuent d'ignorer magistralement les appels à l'aide de nos camarades Ukrainien·nes, voire pour certain·es reprennent sans honte, mot à mot, la propagande et les revendications des autorités russes, nous publions ici le communiqué de Posle, un collectif d'opposants Russes.
Une telle déclaration de solidarité provenant de militant·es Russes, qui met clairement en avant la complicité de Trump et de Poutine, contre le peuple d'Ukraine, tranche avec l'absence totale de solidarité du Collectif échec à la guerre (dont font partie Québec solidaire et de nombreux syndicats Québécois), incapable d'adopter une seule déclaration de solidarité avec nos camarades ukrainiennes qui ne cessent d'appeler à l'aide (contre les drones, les missiles ou simplement pour se chauffer). À croire que pour le Collectif, seul l'impérialisme états-unien existe et que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est à géométrie variable.
Martin Gallié
Présentation de Posle :
POSLE : Après l'invasion russe en Ukraine, la vie dans les deux pays ne sera plus jamais la même. Mais pour pouvoir continuer à vivre et à agir, nous devons trouver des réponses à certaines questions cruciales. Pourquoi cette guerre a-t-elle commencé ? Pourquoi est-il si difficile d'y mettre fin ? À quoi ressemblera l'avenir après la guerre ?
Posle (« après » en russe) tente de répondre à ces questions. En tant que communauté d'auteurs partageant les mêmes idées, nous condamnons la guerre qui a déclenché une catastrophe humanitaire, causé des destructions colossales et entraîné le massacre de civils en Ukraine. Cette même guerre a provoqué une vague de répression et de censure en Russie. En tant que membres de la gauche, nous ne pouvons pas considérer cette guerre indépendamment des immenses inégalités sociales et de l'impuissance de la majorité des travailleurs. Bien sûr, nous ne pouvons pas non plus ignorer l'idéologie impérialiste qui s'efforce de maintenir le statu quo et se nourrit du discours militariste, de la xénophobie et du sectarisme.
Déclaration :
Le quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie est marqué par les bombardements les plus intenses et les plus destructeurs des villes ukrainiennes depuis le début de la guerre. Plus de 1,2 million de foyers se retrouvent sans chauffage ni électricité en plein hiver rigoureux, et des centaines de milliers de personnes sont contraintes de vivre dans des conditions inhumaines. Les frappes de représailles ukrainiennes ont, à leur tour, entraîné des coupures d'électricité et des perturbations du chauffage à Belgorod. Pendant ce temps, les pertes russes ont atteint leur niveau le plus élevé depuis le début de la guerre, bien que l'armée russe n'avance que d'environ 15 mètres par jour. Selon les estimations de Mediazona, au moins 200,186 soldats Russes ont été tués depuis le 24 février 2022. Ce décompte ne comprend que les noms qui ont été confirmés ; le bilan réel est probablement beaucoup plus élevé. Néanmoins, il y a peu de raisons de croire que ces pertes, voire des pertes plus importantes, affaibliront la détermination du régime de Poutine à poursuivre la guerre.
Dans le même temps, le Kremlin considère le fossé grandissant entre l'UE et les États-Unis, ainsi que la volonté de l'administration Trump de conclure un accord bilatéral, comme une opportunité d'atteindre les « objectifs de l'opération militaire spéciale ». Lorsque les troupes russes ont envahi l'Ukraine en février 2022, la réaction mondiale a été sans équivoque : il s'agissait d'une guerre d'agression injustifiable, et la résistance de l'Ukraine était fondée non seulement sur le droit international, mais aussi sur les principes fondamentaux de moralité et de justice, des idées que l'humanité semblait avoir intériorisées après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, quatre années de carnage ont non seulement causé la mort de centaines de milliers de personnes, mais ont également entraîné un changement moral plus large. Les pourparlers initiés par l'administration Trump traitent la guerre comme « absurde » pour les deux parties — quelque chose à qui il faut mettre fin non pas en réaffirmant le droit international, mais en établissant un nouvel équilibre des pouvoirs. Dans cette vision du monde, il n'y a ni victimes ni agresseurs, ni bien ni mal — seulement les forts et les faibles, l'« équilibre » étant assuré par les concessions des seconds.
Ce changement moral dans l'opinion publique mondiale est peut-être la plus grande réussite de Poutine à ce jour. S'il devient le nouveau consensus, il ouvrira très certainement la voie à de nouvelles guerres plus destructrices, alimentées par le redécoupage des frontières des petits États et la réaffirmation du contrôle des grandes puissances sur leurs anciennes colonies. C'est pourquoi tout véritable mouvement anti-guerre doit aujourd'hui se tenir fermement et sans réserve aux côtés des victimes de l'agression. Il ne s'agit plus seulement de défendre le droit de l'Ukraine à l'indépendance, c'est le seul moyen crédible d'empêcher le monde d'être entraîné dans une spirale de conflits croissants.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Etats-Unis. « Bannon appelle l’ICE à intimider les électeurs lors des élections de mi-mandat »
Le 3 février, alors que Donald Trump redoublait d'efforts pour « nationaliser » les élections, Steve Bannon, le Raspoutine de MAGA, a promis à l'auditoire de son podcast War Room que des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) seraient déployés pour envahir les bureaux de vote lors des prochaines élections de mi-mandat le 3 novembre [1].
Tité de A l'Encontre
6 février 2026
Par Sasha Abramsky
(Capture d'écran)
« Vous pouvez être sûrs que l'ICE encerclera les bureaux de vote en novembre », a averti Bannon de manière inquiétante. « Nous n'allons pas rester les bras croisés et vous laisser voler à nouveau le pays. »
Pour être tout à fait clair, ni les propositions de Donald Trump ni celles de Bannon ne sont légalement recevables (ni fondées sur des faits). La loi interdit d'intimider les électeurs et électrices lorsqu'ils votent, et il est difficile de voir comment la présence d'agents armés et masqués appartenant à une organisation paramilitaire – qui n'a montré aucun scrupule à kidnapper et à tuer des personnes – pourrait avoir un quelconque autre objectif. De plus, la Constitution donne aux États le contrôle de leurs propres processus électoraux, ce qui contredit directement le souhait de Trump, exprimé dans une interview avec Dan Bongino, personnalité médiatique conservatrice, de voir le Parti républicain « prendre le contrôle » [« nationaliser les élections »] des systèmes électoraux d'au moins 15 États (The Hill, 2 février 2026).
Pourtant, Bannon et Trump sont très sérieux. Pour eux, toute élection qui ne se déroule pas comme ils le souhaitent est illégitime, et tous deux sont prêts à utiliser leurs vastes plateformes médiatiques pour inciter à des interventions armées dans les bureaux de vote. Tous deux sont apparemment indifférents aux normes démocratiques et prêts à pousser le système constitutionnel à ses limites pour arriver à leurs fins lors des élections de mi-mandat.
Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a répondu à la rhétorique enflammée de Bannon en niant que l'ICE envahirait les bureaux de vote en novembre, mais il a déclaré que si l'ICE visait des individus particuliers, il pourrait les arrêter à proximité des bureaux de vote. Les détracteurs de l'ICE n'ont guère été apaisés par cette déclaration et, en milieu de semaine, beaucoup ont demandé que tout accord de financement du Congrès pour le DHS [dirigé par Kristi Noem] et l'ICE inclue des interdictions spécifiques concernant les opérations de l'agence dans les bureaux de vote ou à proximité.
Si Bannon avait simplement parlé à brûle-pourpoint, il aurait été possible de rejeter sa menace pesant les bureaux de vote comme étant simplement une hyperbole de la « War Room » (cellule de crise). Mais le moment choisi pour ses propos, après des semaines pendant lesquelles Trump a intensifié ses déclarations autour des « élections volées » et de la « fraude » dans les bureaux de vote, suggère que les stratèges de Trump mènent une action coordonnée pour saper la confiance dans les élections de novembre.
Trump a récemment déclaré qu'il regrettait de ne pas avoir ordonné à la Garde nationale de saisir les urnes après les élections de 2020. Après avoir ruminé cette idée pendant plus de cinq ans, le président a ordonné la semaine dernière au FBI de se rendre dans le comté de Fulton, en Géorgie, pour perquisitionner les bureaux électoraux à la recherche de « preuves » attestant que les élections de 2020 avaient été entachées de fraude. Étonnamment, les agents du FBI étaient accompagnés de la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, qui a par la suite reconnu que Trump lui avait ordonné d'être présente pendant la perquisition. Plus étonnant encore, Tulsi Gabbard a ensuite appelé Trump sur son téléphone portable, lui a laissé un message et, lorsqu'il l'a rappelée, lui a fait parler directement avec les agents sur le terrain. Il s'agissait, a-t-elle déclaré plus tard aux journalistes, d'un bref appel, semblable à un discours d'encouragement de la part d'un entraîneur.
Vous vous souvenez de l'indignation suscitée lorsque les Clinton ont rencontré la procureure générale de l'époque, Loretta Lynch, sur le tarmac d'un aéroport pendant la campagne présidentielle de 2016, alors qu'Hillary Clinton faisait l'objet d'une enquête pour son utilisation d'un serveur de messagerie privé ? Vous vous souvenez des voix du Parti républicain qui réclamaient une enquête et exigeaient de savoir si les Clinton avaient fait pression sur Loretta Lynch pour qu'elle abandonne l'enquête ? Ce que Trump a fait en s'adressant aux agents du FBI dans le comté de Fulton (Géorgie) était bien plus inapproprié : il a essentiellement utilisé tout le poids de sa fonction pour pousser les agents à trouver des preuves d'un crime que de nombreuses enquêtes et procédures judiciaires antérieures n'avaient pas réussi à identifier. Et pourtant, les dirigeants républicains au Congrès sont restés totalement silencieux à ce sujet.
Le passé est bien sûr souvent le présage de l'avenir. La volonté de Trump de lancer le département de la Justice (DoJ) et le FBI à la poursuite des responsables électoraux de Géorgie et de saisir les bulletins de vote de cette élection (ainsi que la volonté de Pam Bondi du DoJ et Kash Patel du FBI de se prêter à cette sordide entreprise) suggère qu'il n'hésiterait pas à ordonner la saisie des urnes en novembre s'il pensait que le Parti républicain se dirigeait vers la défaite. Après tout, Trump sait que sans la majorité républicaine au Congrès, la protection dont il a bénéficié au cours de l'année écoulée disparaîtra et qu'il devra très probablement faire face à une troisième procédure de destitution.
Un nombre croissant de démocrates ont commencé à tirer la sonnette d'alarme à propos de ce scénario, suggérant une sérieuse inquiétude quant au fait que Trump n'acceptera tout simplement pas les résultats électoraux qui lui seront défavorables. Les récentes tentatives du département de la Justice d'accéder aux listes électorales des États à majorité démocrate n'ont fait qu'alimenter cette inquiétude. À ce jour, l'administration a poursuivi 24 États en justice afin de les contraindre à lui remettre des données électorales sensibles (State Democracy Research Initiative, 2 février).
Dans ce contexte, le soutien de Bannon à l'intimidation des électeurs revient à jeter de l'huile sur le feu. Le stratège en chef du MAGA, l'homme qui se vantait de « noyer la presse sous la merde » pour déstabiliser les médias et ses adversaires politiques, proclame que les républicains sont prêts à s'ingérer dans les élections de mi-mandat en intimidant les électeurs si nécessaire. Alors que de plus en plus de personnes réclament le « retrait de l'ICE de nos villes », elles pourraient bientôt devoir exiger le « retrait de l'ICE de nos bureaux de vote ». Pour préserver ce qui reste des élections libres et équitables, il est impératif que les électeurs et électrices ne se laissent pas intimider par ces manoeuvres autoritaires. (Article publié sur le site Truthout le 5 février 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)
[1] The Guardian du 6 février indique que : « Le sénateur démocrate de l'Arizona Ruben Gallego a appelé les Américains à organiser une grève générale qui “paralyserait le pays” au cas où Donald Trump tenterait de saboter les élections de mi-mandat. En effet, au début de la semaine, le président a appelé les républicains à « prendre le contrôle » et à « nationaliser » le vote dans au moins 15 régions non précisées, répétant ses fausses allégations selon lesquelles les élections seraient entachées de fraudes généralisées. Ruben Gallego a déclaré que les citoyens devaient se préparer au “pire scénario” lors des élections de novembre, comme l'arrêt du dépouillement des votes ou la saisie des urnes. Que signifie « nationaliser » le vote ? La Constitution américaine confère à chaque État la responsabilité de gérer ses élections. Trump semble demander au gouvernement fédéral d'organiser les élections, présentant cela comme un moyen d'empêcher les immigrants sans papiers de voter. L'affirmation selon laquelle les non-citoyens ont voté en nombre suffisant pour influencer une élection est un mensonge. » (Réd. A l'Encontre)
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Défendre LFI, faire front face à la fascisation
Le ministère de l'Intérieur a classé LFI à l'extrême gauche. Quand on milite dans une organisation révolutionnaire, il peut être tentant d'en plaisanter, de « fact-checker », de caractériser ce qu'est l'extrême gauche : la conscience que renverser le capitalisme et mettre fin aux systèmes d'oppression implique un affrontement ; la primauté accordée aux rapports de force par les mobilisations de masse plutôt qu'aux échéances électorales ; l'indépendance de classe plutôt que l'alliance avec des secteurs du patronat ; un internationalisme conséquent, qui ne cède rien au campisme ou à son propre impérialisme…
Hebdo L'Anticapitaliste - 788 (19/02/2026)
Par Olivier Lek Lafferrière
Crédit Photo
Wikimedia Commons
Copied to clipboard
Mais ce qui se joue ici n'est pas un débat interne à la gauche. La séquence politico-médiatique après les événements du 14 février à Lyon le confirme : l'objectif est de construire des chaînes d'équivalence infamantes : LFI = Extrême gauche = Antifa = Violence ; LFI = Extrême gauche = PropalestinienEs = Antisémitisme ; LFI = Extrême gauche = Islamogauchistes = AntirépublicainEs…
Le danger n'est plus seulement celui de la délégitimation morale. L'État peut dissoudre pour motifs politiques, comme avec le CCIF pour avoir dénoncé l'islamophobie d'État ou la Jeune Garde pour avoir organisé l'autodéfense face aux violences fascistes.
Toute une série de dispositifs permet d'étendre ces interdictions. La procédure contre la Jeune Garde vise LFI par association. La proposition de loi Yadan entend pénaliser des critiques d'Israël pour antisémitisme et, parallèlement, un projet de loi gouvernemental prévoit de rendre inéligible toute personne condamnée pour racisme — et donc avec la loi Yadan potentiellement tous les opposantEs au colonialisme israélien. L'empêchement électoral et légal de LFI devient un risque chaque jour moins invraisemblable.
LFI est au centre de l'offensive en raison de son poids politique et électoral. Mais les mouvements situés à sa gauche — antiracistes, féministes, LGBT, anticapitalistes — le sont plus encore.
Quelles que soient nos divergences, défendre LFI face aux attaques est un impératif. C'est tout le mouvement ouvrier, toute la gauche combative, tout le mouvement pour l'égalité et l'émancipation dont l'existence même est mise en cause par la fascisation en cours.
Renforcer les solidarités à tous les niveaux et constituer un véritable front unique antifasciste, c'est urgent et vital.
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Débat. « Retour sur 2025 »
Il y a un peu plus d'un mois, nous sommes sortis de l'année 2025 et, en même temps, du premier quart du XXIe siècle. Le monde est criblé de conflits meurtriers, dont les deux plus emblématiques sont l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine et la destruction systématique du peuple palestinien et de son territoire par l'État d'Israël, sans oublier les guerres civiles au Soudan, en Éthiopie, au Yémen, en R.D. du Congo, la régression des droits des femmes en Afghanistan et l'atroce répression en Iran. Les rapports de force internationaux sont chamboulés par l'affrontement entre les plus grandes puissances économiques et militaires, les États-Unis et la Chine, et celle qui voudrait bien être à leur hauteur, la Russie.
Tiré de A l'Encontre
19 février 2026
Par Jean-Marie Harribey
John Wilson Carmichael, The Irwin Lighthouse, Storm Raging, 1851
Le basculement géopolitique se produit au moment où l'édifice démocratique est lui-même ébranlé par la montée des mouvements d'extrême droite arrivant au pouvoir ou s'approchant de celui-ci. Il s'ensuit un affaiblissement général des régulations internationales fonctionnant jusqu'alors tant bien que mal, notamment celles concernant le changement du climat et le système monétaire. Les plaques tectoniques bougent sous l'effet conjugué de forces qui sont à la fois techno-économiques et socio-culturelles. Ces forces prennent des formes variables selon les pays et les régions du monde, mais, au-delà de leur diversité, il faut repérer ce qui leur donne une dimension systémique et structurelle.
Le petit bout de la lorgnette
Commençons par examiner le lieu commun de la plupart des discours économiques et politiques. Le cas de la France est particulièrement éclairant. Elle a connu en 2025 un taux de croissance économique de 0,9 %. Le gouvernement français se réjouit de cet exploit qui, naguère, serait passé pour un désastre. La productivité du travail, lit-on, « se redresse » depuis 2024 et 2025 et le redressement « devrait se prolonger en 2026 » [1]. Or elle n'a fait que retrouver le niveau de 2019 avant la pandémie. Le plein emploi que Macron devait atteindre à la fin de son second mandat ne sera jamais atteint. Le taux de chômage avoisine de nouveau 8 %. Et sa lente décrue de 2012 à 2022 n'était due qu'à la création d'emplois précaires et mal payés et à l'aide à l'apprentissage qui permettait aux jeunes d'avoir un emploi déguisé.
La plupart des commentateurs, et le gouvernement lui-même, répètent inlassablement que la faiblesse, pourtant chronique, de la progression de la productivité du travail, serait due à l'instabilité politique née de la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024 et du résultat des élections législatives suivantes. C'est vraiment regarder la situation par le petit bout de la lorgnette. C'est ne pas comprendre quelles sont les évolutions fondamentales du capitalisme en France, en Europe et dans le monde. Il suffirait de regarder ce qui se déroule en Allemagne pour ouvrir les yeux. Ce pays, présenté jusqu'ici comme le modèle envié, est dans l'impasse. Son modèle exportateur s'effondre dans les secteurs clés qui avaient fait sa force. En 2023 et 2024, son taux de croissance était négatif ; en 2025, il n'était que de 0,2 % [2].
Penser que nous sommes en face d'une crise conjoncturelle, c'est ignorer les transformations profondes du capitalisme qui ont structuré le dernier quart du XXe siècle et le premier quart de celui-ci. On lira avec intérêt l'analyse de Michael Roberts sur l'économie américaine qui confirme l'écart entre « dépenses colossales [d'investissements] et gains de productivité très incertains » ; les premières connaissant une évolution exponentielle depuis 20 ans, pendant que, « sans la technologie, l'économie américaine serait proche de la récession » et que le déficit commercial en biens et services s'est dégradé de 31 % pendant les sept premiers mois de 2025, comparativement à la période analogue de 2024. Hormis les très grandes entreprises, « dans l'ensemble, le secteur des entreprises non financières étatsuniennes commence à voir la croissance de ses bénéfices s'estomper. », ce qui conduit l'auteur à conclure à un « épuisement du modèle » [3].
La trame de la crise capitaliste
La trame des convulsions que traverse le capitalisme actuel est la crise d'un mode de production qui voit se rapprocher à grands pas les limites de son expansion qu'il voulait infinie [4]. Quand le travail prolétaire est malmené et quand s'étend la difficulté à utiliser les ressources naturelles menacées d'épuisement ou de dégradation irréversible, le résultat est un effondrement en cinquante ans de la progression de la productivité du travail, qui reste l'ultime source de la rentabilité du capital [5]. Pendant cette longue période, les idéologues du capital ont répété à l'envi que les nouvelles techniques d'information et de communication, la généralisation de l'usage de l'informatique et des ordinateurs, puis l'automatisation et la robotisation, allaient, d'ici peu, inverser la tendance et refaire partir la machine au galop. Peine perdue ! C'est au tour de l'intelligence artificielle de renouveler la même promesse. Qui y croit encore ? Sans doute pas vraiment les protagonistes de la Silicon Valley. En effet, les géants de la tech comme Amazon, Alphabet, Meta et Microsoft, annoncent qu'ils investiront 600 milliards de dollars en 2026 pour se doter, entre autres, de gigantesques data centers, en fermant les yeux sur leur rentabilité à venir.
Trois difficultés majeures se dressent qui risquent de perturber gravement la venue du miracle attendu. Premièrement, la rentabilité de ces énormes investissements n'est pour l'instant pas au rendez-vous. L'immense cash détenu par ses géants ne provient pas d'une profitabilité matérielle préalablement accumulée mais plutôt d'une centralisation des rentes récupérées, surtout par le biais de la captation de la publicité [6]. Deuxièmement, les capitaux investis dans l'organisation capitaliste numérique s'entrecroisent et leurs propriétaires s'achètent entre eux les services produits : « lorsque Netflix lui [à Amazon] règle sa facture annuelle – estimée à un milliard de dollars – elle ne verse pas un tribut féodal mais elle achète la machinerie numérique indispensable à son fonctionnement » [7]. On a donc affaire à un « capitalisme incestueux » [8] qui donne l'apparence d'une capacité de relance alors qu'il ne s'agit peut-être que d'une illusion. Troisièmement, le risque d'un éclatement de la bulle IA est devenu la hantise des financiers et des banquiers centraux. Par exemple, en dix jours, l'action Microsoft a perdu 18 %, partiellement regagnés ensuite, mais révélant ainsi la nervosité des spéculateurs sur l'IA. Autre signe : sur les 600 milliards d'investissements projetés en 2026, la moitié serait financée par emprunts. Quelle peut être la garantie de cette dette si la rentabilité réelle n'est pas au rendez-vous ? D'autant que le prix des microprocesseurs et surtout celui des puces à mémoire vive croissent rapidement. À ces contraintes de coûts vont s'ajouter celles au sujet des besoins en eau et en électivité pour faire tourner les centres de données.
Du côté des grands banquiers centraux, c'est le grand écart. La Réserve fédérale états-unienne interrompt la baisse de ses taux directeurs pour contrecarrer la chute du dollar, au grand dam du président Trump. La Banque centrale européenne vient de décider de ne rien faire puisqu'elle estime avoir (trop bien ?) rempli sa mission de réduire à presque zéro l'inflation. Mais cette valse-hésitation des banquiers centraux doit être reliée à leur volonté tardive de créer des monnaies numériques de banque centrale, qui soient à même de parer la tendance à ce que les crypto-actifs supplantent les monnaies souveraines, tendance soutenue par Trump qui y voit l'occasion pour les stablecoins assis sur le dollar de pérenniser encore la suprématie de ce dernier, principale arme économique de l'impérialisme américain [9].
L'impérialisme, vraiment stade ultime ? [10]
En 1902, l'économiste John A. Hobson crée le terme d'impérialisme pour critiquer la domination britannique dans le monde [11]. Le socialiste autrichien Rudolf Hilferding l'utilise en 1910 pour montrer la fusion du capital industriel et du capital bancaire et financier [12]. Lénine s'inspire des deux pour écrire en 1916 L'impérialisme, stade suprême du capitalisme [13] qui tente par l'exportation de capitaux de contrer la baisse tendancielle du taux de profit au fur et à mesure que la création de plus-value par la force de travail évolue moins vite que les investissements matériels. Mais, trois ans auparavant, en 1913, Rosa Luxemburg avait innové par rapport à l'analyse marxiste traditionnelle de Lénine en montrant que l'accumulation du capital [14] exige deux choses : l'anticipation par le crédit bancaire de la plus-value pour que le capital puisse vendre son équivalent de marchandises et le transformer en profit monétaire [15] ; et l'élargissement constant de la sphère du capital en intégrant de gré ou de force des secteurs et des territoires extérieurs à elle-même. De là résultent l'expansion coloniale, qui connaît un bond au XIXe siècle, et les formes modernes de l'impérialisme. Maints historiens ont vu dans cette lutte pour la conquête de nouveaux espaces, notamment entre la France et l'Allemagne, les ferments de la Première Guerre mondiale.
Les fondements de cette analyse sont restés pertinents pendant tout le XXe siècle mais ont intégré le fait que, en plus d'une domination économique des pays capitalistes développés sur les autres, s'exerçait une domination politique et culturelle. Pillage du tiers monde, échange inégal et développement inégal furent ainsi analysés notamment par André Gunther Franck, Arghiri Emmanuel et Samir Amin [16], mais, malgré les luttes anticoloniales, l'impérialisme économique se doublait de l'installation de pouvoirs locaux à la solde de la bourgeoisie impériale.
Aujourd'hui, les contradictions socio-économiques, écologiques et politiques se conjuguent. Poutine est obsédé par la reconquête de territoires de la défunte URSS, Netanyahou élimine Gaza et colonise toute la Cisjordanie, Xi Jinping lorgne sur Taïwan et Trump bombarde Caracas, kidnappe Maduro, incite les pétroliers à reprendre leurs activités profitables au Venezuela, avant peut-être de s'emparer du Groenland et de menacer le Canada, la Colombie et Cuba. Suivant la doctrine Monroe, l'Amérique est une chasse gardée des États-Unis. Le temps des empires est revenu où intérêts économiques et stratégiques se mêlent et aiguisent les tensions géopolitiques.
Partout, les métaux rares, les réserves de ressources dans l'Arctique ou ailleurs et la terre africaine sont convoités par les firmes et États impérialistes. Mais, comme il y a des limites objectives à l'exploitation de la force de travail et à celle de la nature, il s'ensuit que la production de valeur et donc de plus-value s'essouffle au point que les gains de productivité du travail s'érodent. Les palliatifs à cet enchaînement délétère sont l'élargissement de la sphère marchande pour compenser la baisse de la valeur unitaire de chaque marchandise, et la financiarisation pour concentrer la richesse : c'est la fuite en avant productiviste et financière. Et, afin de vaincre les résistances à l'exploitation et la domination générales, il faut jeter par terre l'État de droit et les règles du droit international. Ce n'est pas l'anthropocène, c'est plus que le capitalocène, c'est le capitalobscène.
Au chaos socio-économico-écologique s'ajoute un chaos géopolitique
Quatre années pleines que dure maintenant la guerre impérialiste de la Russie en Ukraine. Aussi longue que la Première Guerre mondiale. Presque autant que la Seconde, et ce n'est hélas pas fini, tant que perdureront la comédie des négociations entre Trump et Poutine et les atermoiements et les velléités des pays européens, surtout d'accord pour ne pas faire grand-chose.
En parallèle, et depuis bien plus longtemps encore, trois quarts de siècle de colonialisme d'une violence extrême de l'État d'Israël en Palestine visent à chasser les Palestiniens qui ne sont pas tués, à détruire leur territoire, et à empêcher définitivement tout projet d'État pour eux. Certaines voix prétendaient que le 7 octobre du Hamas était « une opération militaire d'envergure nécessaire qui a produit une modification brusque et radicale du rapport de force régional en faveur des Palestiniens » [17]. Je pense que, au vu des massacres du 7 octobre et de ceux à tendance génocidaire de la part de l'État d'Israël, le soi-disant « rapport de force en faveur des Palestiniens » était une vue funeste de l'esprit. La gauche et les gauches françaises se sont fracassées sur cette discussion. Ce n'est qu'une illustration de plus de leurs pannes théoriques et stratégiques.
Des pannes d'autant plus désarmantes que l'hypothèse d'une fin de la phase néolibérale du capitalisme devient crédible sans qu'une réponse à la hauteur ne s'esquisse. Les prémisses d'un tournant libertarien sont maintenant visibles. Le symbole est le massacre à la tronçonneuse des protections sociales, des services publics et du maximum de régulations en Argentine et aux États-Unis. Sur le continent européen, le massacre des espaces collectifs se fait avec une scie à main, mais, si c'est moins brutal, cela n'en pas moins d'effets à long terme. Au vu des restrictions apportées aux allocations chômage, du recul de l'âge de la retraite, du délabrement de l'hôpital, de l'école et de l'enseignement supérieur, la France en sait quelque chose. Et, par-dessus tout, la démocratie est remise en cause par les coups de boutoir de l'extrême droite, au pouvoir dans plusieurs pays européens ou sur le point d'y parvenir.
Le monde semble pris au dépourvu par ce chambardement, sinon par ce basculement. Pourtant, nous étions prévenus. Depuis les années 1930-1940, les Schmitt, Von Mises, Lippmann, Hayek et la Société du Mont-Pèlerin avaient défini la finalité ultime : imposer le marché absolu en tous domaines et en tous lieux, au nom d'une prétendue liberté totale des individus, débarrassés de tout enracinement collectif. L'utopie irréaliste parfaite car impossible, déniant aux humains leur caractère d'êtres sociaux [18]. L'anthropologue austro-hongrois Karl Polanyi avait averti que ce délire risquerait de conduire à la mort de la société [19]. Si celle-ci n'est pas advenue, on voit tout de même l'arrivée des « lumières de l'ombre » émises par un courant « néoréactionnaire » [20] qui a désormais pignon sur rue aux États-Unis jusque dans les allées du pourvoir trumpiste.
Répétons-le, on ne peut être certain de la fin d'une période et du début de la suivante qu'après coup. Raison de plus d'être en garde. Le capitalisme change, ce serait étonnant que l'altermondialisme lié à sa phase néolibérale en sorte intact et perdure comme si de rien n'était [21]. (Publié par Jean-Marie Harribey sur son blog sur le site d'Alternatives économiques le 11 février 2026)
Notes
1. Nathalie Silbert, « Portée par le numérique, la productivité de l'économie française se redresse », Les Échos, 10 février 2026.
2. Peter Wahl, « L'économie allemande dans une crise structurelle inouïe », Note pour les Économistes atterrés, février 2026.
3. Michael Roberts, « La bulle de l'IA et l'économie étatsunienne », Contretemps, 27 janvier 2026.
4. Jean-Marie Harribey, « Derrière la crise politique, une convulsion capitaliste », 7 décembre 2024 ; « Le monde penche du mauvais côté », 18 mars 2025.
5. Jean-Marie Harribey, En quête de valeur(s), Vulaines-sur-Seine, Éd. du Croquant, 2024.
6. Jean-Marie Harribey, « Capitalisme productif et/ou capitalisme rentier ? », 2 décembre 2025.
7. Evgeny Morozov, « Controverses sur le techno-féodalisme, Le numérique nous ramène-t-il au Moyen Âge ? », Le Monde diplomatique, août 2025.
8. Le mot se trouve dans Arnaud Leparmentier, « IA : la folle course des géants de la tech », Le Monde, 8 et 9 février 2026.
9. Voir le dossier « Basculement économique, monétaire et financier » dans Les Possibles, n° 43, automne 2025.
10. Ce paragraphe est issu de ma chronique « L'ère du capitalobscène », Politis, n° 1897, 15 janvier 2026.
11. John A. Hobson, Imperialism, A Study, 1902.
12. Rudolf Hilferding, Le capital financier, 1910.
13. Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1917.
14. Rosa Luxemburg, L'accumulation du capital, Paris, François Maspero, 1972.
15. Jean-Marie Harribey, « Karl Marx, Charles Dumont et Édith Piaf : « rien de rien » ou la réalisation monétaire de la production capitaliste », 16 mai 2018 dans le blog et Été 2018 dans Les Possibles, n° 17.
16. André Gunder Franck, Le développement du sous-développement, L'Amérique latine, Paris, Maspero, 1972 ; Arghiri Emmanuel, L'échange inégal, Paris, Maspero, 1969 ; Samir Amin, Le développement inégal, Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique, Paris, Ed. de Minuit, 1973.
17. Saïd Bouamama, « Palestine et Moyen-Orient : Buts officiels de guerre et buts réels », 12 mai 2025. La citation rapportée par l'auteur sur son blog dans la présentation de ce texte expliquant le refus de la revue Les Possibles que j'ai signé est exacte, sauf que ce texte n'avait pas été sollicité par les responsables de la revue. Il s'en est suivi une levée de boucliers de la part d'une petite poignée de personnes s'insurgeant contre une « censure », alors que toute direction de revue est en droit d'accepter ou de refuser une proposition. Surtout quand elle contient une bévue aussi tragique. [Voir dans le quotidien Le Monde du 5 février 2026 l'article de bilan critique sur le 7 octobre et ses conséquences fait par un ancien cadre du Hamas vivant à Gaza. – Réd.]
18. Jean-Marie Harribey, « Les racines intellectuelles du libertarisme et de la démocratie dite illibérale », Note pour les Économistes atterrés, octobre 2025.
19. Karl Polanyi, La grande transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, 1944, Paris, Gallimard, 1983.
20. Arnaud Miranda, Les Lumières sombres, Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris, Gallimard, 2026. Voir aussi Ugo Palheta, Comment le fascisme gagne la France, Paris, La Découverte, 2025.
21. Voir le dossier « Où en est l'altermondialisme dans un contexte de crise globale du capitalisme et de montée de l'extrême droite ? », Les Possibles, n° 40, Été 2024.
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

L’agression croissante des États-Unis est un symptôme du déclin impérial
Des Amériques au Moyen-Orient, les États-Unis déploient les formes les plus brutales d'agression impériale pour maintenir leur pouvoir. Il s'agit en fin de compte d'un signe de faiblesse plutôt que de force, car les fondations sur lesquelles reposait l'empire américain sont en train de s'effondrer.
22 février 2026 | tiré de la lettre de Jacobin | Photo : Privés de toute grande vision structurante, les impérialistes américains jettent tout ce qu'ils ont sous la main pour voir s'ils peuvent inverser leur dénouement impérial. (Leonard Ortiz / MediaNews Group / Orange County Register via Getty Images)
https://jacobin.com/2026/02/us-imperialism-decline-military-aggression
L'impérialisme américain est en roue libre. Sous Joe Biden, la Maison-Blanche a violé de manière flagrante le droit international en permettant le génocide du peuple palestinien par Israël. Aujourd'hui, Donald Trump est allé encore plus loin dans la même direction.
Jusqu'à présent, son administration a fait chanter les partenaires européens de Washington, lancé des frappes aériennes contre l'Iran, déclaré son intention d'occuper le Groenland et kidnappé le chef de l'État vénézuélien, tout en continuant à soutenir le génocide israélien.
Les États-Unis ont directement attaqué « l'ordre international fondé sur des règles » qu'ils avaient eux-mêmes contribué à établir, en affaiblissant les Nations unies, en se retirant de l'Organisation mondiale de la santé et en imposant des sanctions à la Cour pénale internationale.
Aussi terrifiantes que puissent paraître ces offensives impérialistes, elles sont le signe non pas de la force, mais de la faiblesse. Il ne s'agit pas simplement de la faiblesse des individus actuellement aux commandes, mais de celle des États-Unis dans leur ensemble. Si la sénilité de Biden et l'imprévisibilité de Trump ont certes joué un rôle, la trajectoire effrayante de l'impérialisme américain découle de dynamiques bien plus profondes.
L'imperium américain traverse aujourd'hui une crise grave. Ce que nous observons n'est pas sa résurgence, mais plutôt les symptômes de son déclin frénétique.
L'empire le plus puissant de l'histoire
Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs facteurs ont permis aux États-Unis de devenir l'empire le plus puissant de l'histoire. Il y avait bien sûr la domination militaire. Sa marine était plus importante que celles de tous les autres États réunis, il contrôlait un chapelet de bases à travers le monde et, pendant plusieurs années, il fut le seul pays à posséder l'arme nucléaire.
Cependant, la puissance militaire à elle seule ne suffit pas à faire un impérialisme solide. L'empire américain a largement bénéficié de l'avance technologique du pays et de sa puissance économique sans équivalent. À un moment donné, la moitié de tous les biens manufacturés de la planète étaient produits aux États-Unis.
Les États-Unis reposaient également sur de solides fondations de légitimité intérieure. Les deux principaux partis politiques s'accordaient sur la plupart des questions fondamentales et, pendant des années, la majorité des Américains faisait confiance à son gouvernement.
L'imperium américain traverse aujourd'hui une crise grave. Ce que nous observons n'est pas sa résurgence, mais les symptômes de son déclin frénétique.
Un autre facteur vital était le soutien international. Les États-Unis pouvaient agir avec une telle ampleur parce qu'ils commandaient l'allégeance d'un bloc impérial transcontinental relativement uni.
Au cœur de cette alliance se trouvaient les États-Unis. Autour d'eux, un noyau étroit composé du Japon, de l'Allemagne de l'Ouest et de la Grande-Bretagne. Puis venait une autre couche d'États capitalistes européens, rejoints par la suite par d'autres alliés comme l'Iran, Israël, la Corée du Sud et les Philippines. Washington s'engageait à protéger le capitalisme à l'échelle mondiale, et cette alliance impériale lui apportait le soutien nécessaire pour intervenir partout dans le monde afin de réprimer tout mouvement perçu comme une menace pour cet ordre capitaliste global.
Mais ce qui maintenait l'ensemble, c'était la grande vision « civilisationnelle » de l'État américain. Les fractions composant le bloc dirigeant américain ne cherchaient pas simplement à s'enrichir. Beaucoup croyaient que leur pays avait atteint le sommet de la civilisation humaine. La vie américaine était « la belle vie » : un emploi stable, une famille nucléaire, une montagne de biens de consommation abordables, des libertés civiles et des élections tous les quatre ans. Certes, il restait des problèmes, mais ils seraient résolus avec le temps.
De plus, les États-Unis affirmaient que leur modèle était universellement reproductible. Partout, les gens pouvaient eux aussi devenir « américains », pour ainsi dire, s'ils acceptaient de suivre le modèle que l'État américain avait découvert. Ils promettaient également d'aider à atteindre cette belle vie par l'aide, les prêts, les transferts de technologies et la formation dans leurs meilleures universités. Autrement dit, l'objectif de l'État américain n'était pas seulement de maintenir son pouvoir, mais de remodeler le monde à son image.
La réalité, bien sûr, a toujours été différente de ce qui était promis, et de nombreuses personnes à travers le monde détestaient l'impérialisme américain. Bien qu'il prétendît apporter la paix, la liberté et la prospérité, les États-Unis sont devenus le plus grand adversaire des mouvements émancipateurs partout dans le monde. Ils ont renversé des démocraties, soutenu des dictatures, massacré des millions de personnes et détruit toute alternative dès qu'elle apparaissait.
Pourtant, des millions de personnes ont néanmoins accepté volontairement le leadership américain durant les années d'après-guerre, car elles croyaient sincèrement que les États-Unis représentaient le sommet du développement humain. Elles voulaient vivre le « rêve américain ». C'est précisément pour cette raison que l'impérialisme américain était si puissant. Il ne gouvernait pas seulement par la terreur, mais par le consentement international.
Un impérialisme en déclin
Aujourd'hui, l'empire américain n'est plus ce qu'il était. Un à un, les facteurs majeurs qui faisaient autrefois sa puissance ont commencé à s'effriter. Les États-Unis ont perdu leur avance technologique dans de nombreux domaines, et la récente guerre de Trump contre les universités ne fera qu'élargir cet écart, retardant la recherche et le développement américains de plusieurs décennies.
L'économie américaine est également dans un état préoccupant. Le gouvernement accumule un déficit sans précédent, et une grande partie de l'économie est liée à des actifs spéculatifs comme l'immobilier, les actions, les métaux précieux, les cryptomonnaies et une bulle de l'intelligence artificielle. Des rivaux comme la Chine ne se contentent pas de rattraper les États-Unis : ils les dépassent sur des points essentiels. Les principales exportations chinoises vers les États-Unis sont des produits électroniques, tandis que la principale exportation américaine vers la Chine ces dernières années a été le soja.
Parallèlement, la légitimité intérieure de l'État américain s'est effondrée, et la confiance dans les grandes institutions — les médias, les universités, l'État lui-même — est à un niveau historiquement bas. Seuls 17 % des Américains font confiance à leur gouvernement pour « faire ce qui est juste ».
Un à un, les facteurs majeurs qui faisaient autrefois la puissance des États-Unis ont commencé à s'effondrer.
Le tissu de la vie américaine se déchire, avec une explosion du coût de la vie, un système de santé dysfonctionnel, des fusillades de masse incessantes et des descentes de l'ICE (la police de l'immigration). Pour beaucoup, ce pays n'est ni sûr, ni stable, ni agréable à vivre. Selon un sondage, seuls 13 % des jeunes Américains pensent que leur pays va dans la bonne direction.
Si des millions rêvaient autrefois d'émigrer vers la « terre des opportunités », beaucoup hésitent désormais. De nombreux Américains cherchent même à obtenir une double nationalité afin de pouvoir quitter ce navire en train de couler.
Ces problèmes intérieurs expliquent en grande partie pourquoi de nombreux Américains, tous bords politiques confondus, ne soutiennent plus les interventions américaines à l'étranger. Ayant vécu l'échec des guerres récentes, ils en sont venus à la conclusion qu'il est absurde que l'État américain gaspille leurs impôts dans des guerres inutiles à l'étranger alors que la vie intérieure se détériore.
Près de la moitié des Américains souhaitent que le gouvernement réduise son rôle dans le monde. L'époque où la majorité suivait docilement son gouvernement, de la Corée et du Vietnam à l'Afghanistan et à l'Irak, semble révolue.
Un bloc dirigeant fracturé
Malgré la détérioration évidente de la situation intérieure, aucune des principales fractions du bloc dirigeant n'a été disposée à engager de véritables réformes structurelles. Alors qu'autrefois l'État américain cherchait à obtenir le consentement par des programmes sociaux et des politiques économiques améliorant la vie de nombreux Américains, les dirigeants actuels se contentent de changements largement symboliques. Les démocrates ont nommé la première femme à la tête de la CIA et peint des drapeaux arc-en-ciel sur des fourgons de police ; les républicains nous ont offert le golfe d'Amérique et le Département de la guerre.
Dans le même temps, le bloc dirigeant américain est profondément divisé. Les dirigeants d'un camp poursuivent en justice ceux de l'autre, et les camps eux-mêmes sont devenus dangereusement incohérents. La coalition autour de Trump comprend des néoconservateurs qui veulent qu'Israël colonise le Moyen-Orient et des isolationnistes qui souhaitent s'en retirer complètement ; des milliardaires désireux de sabrer l'État social et des populistes voulant l'étendre ; des suprémacistes blancs qui veulent « purifier » le territoire et des immigrés voyant dans le Parti républicain un moyen d'ascension sociale ; des fondamentalistes religieux attendant l'Armageddon et des techno-oligarques athées rêvant de devenir des cyborgs.
Malgré la détérioration évidente de la situation intérieure, aucune des principales fractions du bloc dirigeant n'a été disposée à engager de véritables réformes structurelles.
Les États-Unis ont également gravement compromis leur alliance impériale. Ils ont aliéné leurs alliés européens, de toute façon bien plus faibles qu'ils ne l'étaient dans les années 1950 et 1960. Ils ont tendu leurs relations avec d'autres États alliés comme l'Inde et infligé des dégâts durables à l'ordre international qu'ils avaient construit après la Seconde Guerre mondiale. « Nous sommes au milieu d'une rupture, pas d'une transition », a récemment déclaré le premier ministre canadien Mark Carney à Davos. « Nous savons que l'ancien ordre ne reviendra pas. »
Le principal indicateur du déclin impérial américain est la désintégration de sa vision « civilisationnelle ». Le projet d'après-guerre qui soutenait l'ordre libéral international a disparu, et rien n'est venu combler le vide. Certains membres du bloc dirigeant ont proposé des substituts, mais au lieu de se rallier à une vision unique, ils se disputent autour de projets incompatibles : un État ethno-nationaliste suprémaciste blanc ou un multiculturalisme identitaire ; un capitalisme social rénové ou encore plus de néolibéralisme ; la renaissance des États-Unis comme centre manufacturier mondial ou leur dissolution dans un nouvel ordre post-national dirigé par les entreprises technologiques.
Le problème principal est que la plupart des éléments du bloc dirigeant, démocrates comme républicains, semblent ne même pas disposer d'une vision globale cohérente. Il semble parfois que certains des acteurs les plus importants de ce bloc — de l'initiée de la Bourse Nancy Pelosi au marchand de taudis Trump — veuillent simplement s'enrichir. Ils cherchent à gonfler le marché boursier, à remplir leurs poches avec autant de richesse sociale que possible et à extorquer des tributs à leurs États clients. On dirait que le pays est dirigé par une bande de vandales égoïstes.
Étant donné que l'un des piliers essentiels de l'impérialisme américain était une vision « civilisationnelle » relativement cohérente de l'avenir, partagée par la plupart des fractions du bloc dirigeant, soutenue par ses alliés à l'étranger et acceptée par des millions de personnes à travers le monde, l'absence totale d'une telle vision aujourd'hui ne peut qu'annoncer des difficultés pour l'impérialisme. Convaincus que les États-Unis n'ont plus rien à leur offrir, des millions de personnes se tournent ailleurs.
À terre, mais pas hors-jeu
Les États-Unis conservent encore certains atouts. Ils disposent de l'armée la plus avancée du monde, suffisamment puissante pour raser des pays entiers et massacrer des millions de personnes.
Washington possède également le dollar, qui demeure la monnaie la plus puissante. Il est devenu une arme redoutable contre des adversaires comme l'Iran. Même des rivaux de poids comme la Chine sont tellement imbriqués dans le régime du dollar qu'ils doivent réfléchir à deux fois avant de défier directement la suprématie financière américaine — du moins pour l'instant.
L'État américain est également relativement à l'abri de défis révolutionnaires internes. Historiquement, les troubles intérieurs ont contribué à la chute des empires. Bien qu'il existe un mécontentement généralisé et de nombreuses luttes importantes aux États-Unis, rien ne constitue encore une menace sérieuse pour l'empire américain.
Les États-Unis ne font pas non plus face à de véritables concurrents internationaux. Le Venezuela est en crise et a opposé peu de résistance à la capture illégale de son président. La Russie est empêtrée dans une guerre coûteuse, et ses propres aventures impériales ont sapé sa crédibilité. La République islamique d'Iran a une économie affaiblie et un front intérieur miné par la contestation. Bien que la Chine ait le plus grand potentiel pour déjouer les États-Unis, elle a jusqu'à présent évité toute confrontation directe, espérant que Washington s'épuisera de lui-même dans des engagements stériles, lui ouvrant ainsi la voie pour hériter du monde.
Bien que la Chine ait le plus grand potentiel pour surpasser les États-Unis, elle a jusqu'à présent délibérément évité toute confrontation directe.
Le plus grand avantage de l'impérialisme américain est qu'aucun de ses rivaux ne propose une vision crédible d'un nouvel ordre mondial capable de mobiliser des millions de personnes. Aucun n'a articulé un projet hégémonique véritablement fondateur. Malgré leurs différences réelles, ils représentent tous des variantes d'un même capitalisme autoritaire. Il n'existe pas encore d'alternative organisée.
Comment les empires prennent fin
Le bloc dirigeant sait que l'empire américain est en déclin et qu'il lui reste peu de cartes à jouer. Nombre de ses dirigeants ont conclu qu'il fallait tenter un coup audacieux avant qu'il ne soit trop tard. C'est pourquoi l'impérialisme américain est devenu si imprudent ces dernières années.
Privés de toute grande vision structurante, ou des moyens de la réaliser même s'ils en avaient une, les impérialistes américains lancent tout ce dont ils disposent pour tenter d'inverser leur dénouement impérial : soutien à un génocide, imposition de droits de douane, enlèvement d'un dirigeant étranger, pressions sur les vassaux européens, nouvelle guerre contre la drogue, attaques contre les immigrés, accélération des changements de régime à l'étranger, promotion de la suprématie blanche et destruction de l'ordre international. Aucune de ces manœuvres spectaculaires n'a résolu la crise de l'empire, alors ils continuent de surenchérir.
L'impérialisme américain est en déclin, mais il est loin d'être hors de combat, et ses efforts frénétiques pour se sauver risquent de le rendre encore plus dangereux dans les années à venir. Comme des bêtes acculées, les empires en déclin sont souvent audacieux et vindicatifs, frappant dans toutes les directions, prenant des risques inconsidérés, agissant sans plan cohérent et semant le chaos partout.
Les États-Unis sont l'empire le plus puissant qui ait jamais existé. Leur déclin continuera d'être inégal et prolongé, et il sera probablement destructeur. Pour celles et ceux qui se soucient de l'émancipation, ce processus de déclin fiévreux apporte à la fois des opportunités inédites et des dangers considérables. Le défi consiste à élaborer une stratégie qui reconnaisse simultanément les faiblesses de l'impérialisme américain tout en prenant très au sérieux sa puissance résiduelle

Fonderie Horne : quand les citoyens prennent le relais
Quand les autorités assouplissent les normes pour l'industrie, le fardeau retombe sur les citoyens. À Rouyn-Noranda, protéger sa santé est devenu un acte quotidien de vigilance.
17 février 2026 | tiré de The conversation | Photo : Manifestation contre le projet de relocalisation de citoyens qui résident à proximité de la fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, en mars 2023. La Presse canadienne/Stephane Blais
https://theconversation.com/fonderie-horne-quand-les-citoyens-prennent-le-relais-275780
Le 3 février dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelait que des millions de cancers sont évitables, notamment en réduisant l'exposition à des contaminants environnementaux comme l'arsenic. Deux jours plus tard, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a accepté de maintenir l'autorisation de la concentration d'arsenic de la Fonderie Horne à 45 ng/m3 pour 18 mois supplémentaires. Cela malgré les avertissements d'octobre dernier de la Direction régionale de la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue sur les risques sanitaires liés à ce niveau d'émissions. En modifiant sa position initiale, le gouvernement revient sur les normes imposées en 2023.
Pendant que le débat se cristallise autour d'un chiffre, l'expérience quotidienne des personnes vivant avec ce risque sanitaire s'efface. À Rouyn-Noranda, la gestion du risque ne se joue pas seulement dans les rapports d'experts : elle se déplace dans les cours arrière, les écoles, les corps. Et elle repose de plus en plus sur les citoyens eux-mêmes.
En tant que doctorante à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, je m'intéresse aux violences environnementales et aux formes de care citoyen – c'est-à-dire aux pratiques de vigilance, d'entraide et de protection mises en place par les communautés elles-mêmes – qui émergent face aux défaillances institutionnelles.
Choc citoyen et imprégnation à l'arsenic
En 2019, la population de Rouyn-Noranda apprenait que les enfants du quartier Notre-Dame étaient en moyenne 3,7 fois plus imprégnés à l'arsenic que ceux d'Amos. La toxicité de cette substance est connue depuis des siècles. Pourtant, malgré ces connaissances, la Fonderie a maintenu un seuil d'émission largement supérieur à la norme provinciale.
Les historiens des sciences Erik N. Conway et Naomi Oreskes ont montré comment certaines industries fabriquent le doute pour retarder l'action politique : multiplication d'études, brouillage des certitudes dans les médias, contestation des expertises scientifiques.
C'est ce qui s'est produit dans le cas maintenant célèbre de l'étude écrite par Monsanto sur le glyphosate. Il s'agit également du type de tactiques auxquelles nous semblons avoir assisté lorsque la Fonderie Horne a lancé son programme de biosurveillance sur l'arsenic. L'enjeu avec cette étude, hormis son manque d'indépendance, est qu'elle pourrait servir à contester les données indépendantes de la santé publique.
Lire plus :Fonderie Horne : quel rôle occupent les preuves scientifiques dans la décision politique au Québec ?
Contrôle du dicible
La pression ne se limite pas au terrain scientifique. Le 10 février, une citoyenne dénonçait au conseil municipal les pressions exercées de la part de certaines entreprises pour décourager la prise de parole critique contre la Fonderie Horne.
Quand la communauté d'affaires affirme ne pas croire la santé publique et que des citoyens se sentent surveillés ou rappelés à l'ordre, le signal est clair : certaines critiques dérangent. Dans ce climat, défendre la science et la santé publique devient difficile.
Dans les entretiens que j'ai réalisés avec des citoyens de Rouyn-Noranda, plusieurs dénoncent une forme d'omerta et l'imposition d'une alternative insoutenable. L'un dit :
La violence environnementale, c'est aussi l'omerta, la désinformation et la division de la communauté sur cet enjeu. Quand on proteste, qu'on parle publiquement contre le pollueur, on perd des amis de longue date et des membres de notre famille nous excluent.
L'enjeu est alors réduit à une question d'opinion ou de croyance – être pour ou contre la santé, croire ou non la santé publique. Pendant ce temps, les impacts concrets sur la population, y compris sur les travailleurs, passent au second plan.
Care entravé ou communautaire
Ces impacts s'inscrivent dans des histoires intimes, familiales, intergénérationnelles de problèmes de santé que plusieurs soupçonnent liés aux rejets historiques de contaminants de la Fonderie. Ce n'est d'ailleurs pas anodin que ce soient principalement des personnes touchées ou en rôles de soin (mères, parents, médecins) qui dénoncent l'injustice environnementale et sanitaire vécue.
Découvrir que l'on a été exposé, ou que ses proches ou ses patients l'ont été, est un bris dans leur relation de soin. Plusieurs parents de Rouyn-Noranda ont d'ailleurs exprimé un sentiment de culpabilité en réalisant avoir exposé leurs enfants sans le savoir. Ce sentiment de trahison fragilise la confiance envers l'État.
Pour les Mères au front, comme Jennifer Ricard Turcotte le développe dans Il en va de notre dignité(2025), se mobiliser pour protéger la santé de sa communauté est un geste d'amour et une nécessité face à un État perçu comme défaillant. Les pratiques de vigilance citoyenne et de sensibilisation du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) et des Mères au front visent alors à pallier aux lacunes des dispositifs institutionnels.
Lire plus : Le rôle stratégique et essentiel des métaux rares pour la santé
Quotidien altéré
Derrière le débat autour des chiffres, de la norme et des emplois se cache un quotidien altéré pour les personnes vivant près de la Fonderie. Prendre conscience du risque sanitaire transforme le quotidien et crée un stress important.
Cette situation impose des choix que la majorité des Québécois ne connaissent pas et ne connaîtront pas. Laisser ou pas son enfant jouer dans sa cour bien que son terrain est contaminé ? Prendre ou non une marche dans son quartier alors que le goût de la mine est présent ? Cette conscience du risque modifie les pratiques quotidiennes et instille une vigilance individuelle et collective.
Ajuster ses habitudes pour limiter l'exposition lorsque le risque est perçu comme plus important, s'avertir entre voisins lorsque les signes de rejets sont présents et alerter les autorités lors d'épisodes extrêmes de contamination, deviennent des mécanismes de protection.
Ce soin contraint, façonné par le risque, s'ajoute à une vigilance face aux stratégies de relations publiques de l'entreprise. Les documents promotionnels envoyés par la Fonderie aux résidents, vantant ses efforts environnementaux, réactivent l'incertitude sur le respect réel de ses engagements. Récemment, l'entreprise a conditionné ses investissements environnementaux à une permission gouvernementale de continuer à dépasser la norme d'arsenic pendant plusieurs années.
Joute politique et risque évitable
Dans les médias, le care communautaire quotidien, assumé par les personnes qui œuvrent à se défendre de l'injustice environnementale, demeure largement invisible. La couverture médiatique se concentre principalement sur la menace de fermeture brandie par la Fonderie, qui lie son avenir à une « prévisibilité » du seuil sur l'arsenic.
Le gouvernement de la CAQ a d'abord semblé tenir tête aux menaces de fermeture de la Fonderie. Mais les concessions récentes laissent planer le doute : cette posture de courage n'était-elle qu'un mirage ?
D'autant plus que cette décision s'inscrit dans une série d'accommodements face aux demandes de la multinationale suisse, dont l'assouplissement en 2022 de la norme sur le nickel. Elle illustre une fois de plus un compromis politique où les intérêts et considérations économiques du secteur industriel et extractif des minéraux critiques semblent avoir primé sur la santé publique, laissant à la communauté le fardeau de se protéger d'un risque connu.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Mémoire du MQRP sur le projet de loi N° 19 : Le statu quo, à quel coût ?
Au cours des derniers mois, le gouvernement du Québec a multiplié les réformes pour améliorer l'accès aux soins, notamment avec les projets de loi 83, 106, 2 et 19. Bien que le projet de loi 19 adopte un ton plus conciliant et atténue certaines mesures coercitives, suite à l'entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec=AZbMYALuhsr7Y4e88ocs5fB_7zxJfoar-ZHNtKQ61yH6ex8NOQhG59ptqCoKamKL-IBQ9RigwO1gqm-aFxZ23JlaJoGP6Q7_CJBWCO3XkgOhkt5dCuGoBF15PznnIq3YvIxqk6NjS78wsaqw3rleIF1B&__tn__=-]K-R] (FMOQ), il maintient essentiellement la même approche : tenter de résoudre un problème structurel d'accès à la première ligne par des ajustements liés à la rémunération médicale. Or, l'inscription administrative de patients et les primes de performance ne garantissent ni un accès réel aux rendez-vous ni une continuité des soins.
Médecins québécois pour un régime public (MQRP) estime qu'une amélioration durable passe par une réforme organisationnelle en profondeur : revoir le modèle des GMF, mettre fin aux structures à but lucratif en première ligne, renforcer les équipes interdisciplinaires inspirées du modèle public des CLSC et redonner une place aux réalités locales dans la gouvernance. L'accès aux soins exige une vision systémique centrée sur les besoins de la population, et non uniquement sur des incitatifs financiers.
Le mémoire
COMMENTAIRES SUR LE PROJET DE LOI N° 19
Un bref survol de la situation
Pour mieux comprendre le projet de loi, nous souhaitons exposer au lecteur la suite des événements des derniers mois :
● En février 2025, le gouvernement semble commencer à reconnaître l'ampleur des conséquences désastreuses de l'exode des médecins vers le secteur privé. Rappelons que le Québec est la province affichant le plus haut taux de médecins exerçant au privé au Canada : 98,5 % des médecins travaillant au privé au pays se trouvent au Québec, dans un contexte de croissance exponentielle des cliniques privées au cours des 25 dernières années. Christian Dubé présente alors le projet de loi 83, Loi favorisant l'exercice de la médecine au sein du réseau public de la santé et des services sociaux, visant à freiner cet exode et à retenir les médecins au Québec.
Tel que nous l'avons présenté dans notre mémoire en commission parlementaire, de façon étonnante, plutôt que d'utiliser les leviers législatifs déjà existants (dont l'article 30.1 de la Loi sur l'assurance maladie), le gouvernement choisit d'introduire des mesures contraignantes visant principalement à maintenir les nouveaux médecins en pratique au Québec pendant cinq ans. Un mécanisme est également instauré afin de limiter les affiliations et désaffiliations répétées qui fragilisent le réseau public. Toutefois, Santé Québec, responsable de cette gestion, accepte la majorité des demandes au cours de l'année suivante.
● En mai 2025, en pleine période de négociation avec la FMOQ et la FMSQ, le gouvernement dépose le projet de loi 106, Loi visant principalement à instaurer la responsabilité collective et l'imputabilité des médecins quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux. Ce projet de loi vise à corriger les enjeux d'accès aux services médicaux.
De façon surprenante, le gouvernement écarte les conclusions un rapport d'experts sur la première ligne qu'il a lui-même commandé, pour imposer diverses mesures de bonifications et de pénalités financières aux médecins — une méthode qui ne s'est pas révélée particulièrement fructueuse par le passé pour améliorer l'accès aux soins pour les patients.
MQRP témoigne alors en commission parlementaire et dépose un mémoire intitulé Construire plutôt que déstabiliser : propositions alternatives pour une réforme de la première ligne, dans lequel nous nous positionnons en faveur « d'une réforme de la première ligne et d'une refonte du mode et du montant de rémunération, à condition qu'elles favorisent réellement une meilleure prise en charge, par le bon professionnel, au bon moment, pour le bon patient ».
● En octobre 2025, devant l'échec du processus de négociation avec la FMOQ et la FMSQ, le gouvernement dépose le projet de loi 2, Loi visant principalement à instaurer la responsabilité collective quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux et à assurer la continuité de la prestation de ces services. Cette loi spéciale, adoptée sous bâillon, reprend les éléments clés (bonifications et pénalités liées à la performance, emphase sur la capitation) et ajoute des mesures coercitives, suscitant une vive réaction au sein du corps médical.
MQRP réagit en deux temps : nous publions Les angles morts du système public révélés par la loi 2, dans lequel nous mettons en lumière quatre axes de solutions ne reposant pas sur la rémunération médicale, puis nous réagissons à l'entente de principe intervenue entre la FMOQ et Santé Québec dans le texte Tout ça pour ça ? Une entente sans vision, ou quand le statu quo l'emporte sur les soins, mettant en lumière les limites du modèle actuel des groupes de médecine familiale (GMF), notamment le fonctionnement fondé sur la distinction entre patients inscrits et non inscrits.
● En février 2026, à la suite des démissions successives des ministres Lionel Carmant et Christian Dubé dans la foulée de la controverse soulevée par le projet de loi 2, ainsi que du départ annoncé du premier ministre François Legault, un nouveau projet de loi est présenté : le projet de loi 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la population, déposé par la nouvelle ministre de la Santé, Mme Sonia Bélanger.
Nous l'aborderons plus en détail, mais celui-ci vient essentiellement entériner l'entente intervenue avec la FMOQ en décembre 2025. À noter qu'au moment d'écrire ces lignes, la FMSQ a annoncé être dans une impasse dans ses négociations avec le gouvernement provincial.
Notre analyse du PL19
En tenant compte des événements des derniers mois, le projet de loi 19 semble surtout tenter d'apaiser les tensions créées par la loi 2. En reculant sur les mesures coercitives et sur d'autres aspects contestés de cette dernière (mécanismes de surveillance, pouvoir discrétionnaire du ministre quant à la fixation de la rémunération) et en troquant les pénalités financières pour des primes à la performance, le gouvernement semble vouloir privilégier la carotte plutôt que le bâton.
L'approche change de ton, mais non de logique : on mise toujours sur des incitatifs financiers pour orienter l'organisation des soins. Le gouvernement se réjouit de l'inscription possible de 500 000 patients additionnels, sur une base volontaire, avec des primes à la clé. « ‘'Les cibles restent là, elles sont établies différemment ', a indiqué la ministre, évoquant la mise en place prochaine de tableaux de bord ». Le ministère se félicite également de la modification de la proportion que représentera la capitation dans le futur, laquelle pourrait atteindre jusqu'à 50 % de la rémunération des médecins.
Rappelons que l'inscription administrative d'un patient ne garantit ni l'accès réel à un rendez-vous, ni la continuité de soins, ni leur qualité. Être « inscrit » auprès d'un médecin ou d'un groupe de médecine familiale, ou avoir été « affilié » à un GMF via le GAP, ne signifie pas nécessairement être pris en charge. Le modèle GAP, qui consiste à offrir des primes substantielles aux médecins afin qu'ils libèrent ponctuellement quelques plages horaires pour des patients orphelins, comporte son lot de problèmes : absence fréquente de disponibilité en clinique pour le patient (une seule plage annuelle par patient étant généralement prévue), limitation à un seul enjeu par rencontre, absence de suivi longitudinal et perte d'efficacité systémique, notamment lorsque les patients doivent consulter plusieurs médecins différents pour un même problème.
Nous ne pouvons que demeurer circonspects devant une approche consistant à accorder une rémunération accrue aux médecins en échange de l'inscription de patients sur une liste, sans pour autant leur donner les moyens concrets de voir ces patients. En effet, tout comme le projet de loi 106 et la loi 2, le projet de loi 19 ne prévoit aucune ressource supplémentaire susceptible de favoriser l'accès aux soins, telle que l'ajout de personnel administratif ou le déploiement accru d'autres professionnels de la santé. On ajuste la rémunération sans transformer les conditions réelles de pratique.
Le gouvernement persiste ainsi à traiter un enjeu systémique, l'accès à la première ligne, par un levier essentiellement financier. Or, les expériences récentes démontrent les limites de cette approche. Nous constatons l'absence d'une vision cohérente et structurante pour la première ligne. Nous constatons également que le rapport d'experts commandé par le gouvernement ne semble toujours pas avoir guidé les choix proposés.
Enfin, nous tenons à souligner que cette succession de projets de loi a davantage fragilisé le système public, ce qui accroît les occasions pour le secteur privé de recruter des professionnels de la santé. Cette gestion centralisée, déconnectée des multiples réalités du terrain, reposant sur une approche uniforme et assortie de contraintes souvent impraticables, combinée à une gestion fondée sur les primes et les pénalités et à l'un des cadres législatifs les plus permissifs au Canada en matière de médecine privée, crée un environnement particulièrement propice à la croissance du secteur privé.
CONCLUSION
Médecins québécois pour le régime public (MQRP) déplore la tendance lourde du gouvernement de légiférer à coup de réformes, souvent imposées sous bâillon. Il est préoccupant de constater que deux principes ayant déjà montré leurs limites dans les dernières décennies, au Québec comme ailleurs, continuent d'être privilégiés : la centralisation accrue du système de santé et la modulation de l'accès aux soins par la rémunération médicale.
Certes, le PL19 préserve le statu quo, mais à quel prix ? Peut-on réellement améliorer l'accès aux soins sans revoir en profondeur le modèle de première ligne ? L'organisation actuelle de la première ligne sur le modèle des groupes de médecine familial (GMF), dans sa configuration présente, semble atteindre un plafond structurel.
RECOMMANDATIONS
MQRP ne recommande pas d'amendement spécifique au projet de loi 19, qui rétablit essentiellement le statu quo dans les relations entre la FMOQ et le gouvernement.
Cependant, l'amélioration réelle de l'accessibilité aux soins, particulièrement en première ligne, nécessite des réformes structurelles dépassant la seule question de la rémunération médicale. À cet égard, MQRP formule les recommandations suivantes :
1. Réformer structurellement la première ligne Revoir le modèle des GMF et le système de patients « inscrits/non inscrits », et rétablir une responsabilité populationnelle inspirée du modèle public des CLSC.
2. Sortir d'une logique centrée sur la rémunération médicale Revoir les modes de rémunération pour corriger les incitatifs pervers, découpler le financement des cliniques des actes médicaux et mettre fin aux structures à but lucratif en première ligne.
3. Renforcer le caractère public et la gouvernance locale Accroître l'accès public aux professionnels de la santé et redonner aux équipes locales, incluant soignants et patients, un rôle réel dans l'organisation des soins. Utiliser l'article 30.1 de la LAM pour freiner l'exode des médecins au privé.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

S’engager collectivement pour la justice sociale au Québec
Saint-Lin-Laurentides, 20 février 2026 - La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) tient à souligner la Journée mondiale de la justice sociale, qui a lieu aujourd'hui le 20 février, dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, l'aggravation des inégalités et une fragilisation préoccupante de notre démocratie.
Proclamée en 2007 par l'Organisation des Nations Unies, cette journée repose sur des principes clairs : accès équitable aux ressources, respect des droits humains, travail décent, égalité des chances et pleine participation de toutes et tous à la vie économique, sociale et politique.
Or, dans un contexte prébudgétaire où le discours du gouvernement tend vers les coupures
budgétaires et le retour à l'austérité, la CTROC tient à rappeler que la justice sociale passe nécessairement par une véritable justice fiscale et qu'investir dans le communautaire, c'est investir dans la cohésion sociale.
En ce 20 février, la Coalition Main Rouge, dont la CTROC est membre, appelle à des actions dérangeantes partout au Québec. Ces mobilisations, portées dans toutes les régions, rappellent qu'une société équitable ne peut se construire sur l'exclusion, ni sur le désengagement de l'État. Les choix budgétaires ont des conséquences directes sur la vie des personnes et sur la solidité de notre filet social. Son renforcement passe par un réinvestissement massif dans les services publics et les programmes sociaux afin d'agir en amont des inégalités plutôt que d'en assumer les conséquences une fois qu'elles se sont aggravées. À l'inverse, le recours accru à la privatisation et aux compressions, trop souvent présentées comme des solutions, fragilise le tissu social et accentue les écarts.
Un tel réinvestissement doit s'appuyer sur une fiscalité plus juste et plus progressive, d'autant
que des alternatives fiscales existent : augmenter le nombre de paliers d'imposition, accroître la contribution des grandes entreprises, mieux taxer la richesse et certaines activités financières et lutter activement contre l'évitement fiscal.
La Journée mondiale de la justice sociale est l'occasion de reconnaître que la solidarité est un
choix politique et social et que les inégalités ne sont pas des fatalités individuelles, mais des réalités structurelles, qui exigent des réponses collectives.
Le Québec a les moyens de faire plus pour lutter contre les inégalités sociales.
La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) réunit 14 Regroupements régionaux d'organismes communautaires autonomes et représente plus de 3000 organismes enracinés dans toutes les régions du Québec. Elle a comme mission de soutenir les regroupements régionaux et leurs membres, de promouvoir l'action communautaire autonome et d'analyser l'organisation du réseau public de la santé et des services sociaux et ses impacts sur les organismes communautaires autonomes et
la population. La CTROC est interlocutrice privilégiée des organismes communautaires autonomes intervenants en santé et services sociaux auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Mémoire prébudgétaire 2026-2027 du Collectif pour un Québec sans pauvreté
En 2002, l'Assemblée nationale du Québec a adopté la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. L'objet de cette loi, adoptée à l'unanimité, est de « guider le gouvernement et l'ensemble de la société québécoise vers la planification et la réalisation d'actions pour combattre la pauvreté, en prévenir les causes, en atténuer les effets sur les individus et les familles, contrer l'exclusion sociale et tendre vers un Québec sans pauvreté ».
Presque vingt-cinq ans plus tard, et après quatre plans de lutte contre la pauvreté, un constat ressort : aucun des gouvernements successifs n'a pris au sérieux l'objet de cette loi, qui est d'aspirer à éliminer la pauvreté au Québec.
Pour espérer « tendre vers un Québec sans pauvreté », le gouvernement devra inévitablement changer de discours et reconnaître que la pauvreté est inacceptable, car elle constitue un déni des droits et libertés ainsi qu'une atteinte au respect et à la protection de la dignité des personnes qui la subissent.
Ce mémoire porte neuf recommandations regroupées en trois catégories :
Recommandations visant à améliorer le revenu des personnes en situation de pauvreté :
– Hausser les protections publiques de façon à assurer à tous les ménages un revenu au moins égal à la Mesure du panier de consommation (MPC).
– Augmenter le salaire minimum pour qu'une personne seule qui travaille 35 heures par semaine vive hors de la pauvreté.
– Recommandations visant à alléger le fardeau financier des personnes en situation de pauvreté :
Adopter une politique globale en habitation, basée sur la reconnaissance du droit au logement.
– Adopter une loi-cadre sur le droit à l'alimentation.
– Interdire le privé en santé et élargir la couverture du régime public d'assurance maladie à un plus grand nombre de soins de santé.
– Assurer la gratuité et l'accès universel à l'éducation, des centres de la petite enfance aux études supérieures.
Recommandations visant à réformer la fiscalité afin de la rendre plus progressive et ainsi accroître la marge de manœuvre du gouvernement :
– Faire passer de 4 à 8 le nombre de paliers d'imposition pour les particuliers.
– Instaurer un impôt sur le patrimoine.
– Imposer la totalité des gains en capital des particuliers.
Document PDF : mémoire prébudgétaire 2026-2027
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Danielle Smith annonce un référendum anti-immigration pour le 19 octobre
Les référendums de la première ministre de l'Alberta pourraient fonctionner à Ponoka, mais pas à Powell River ou à Peterborough – c'est probablement l'idée.
20 février 2026 | tiré de Rabble.ca | Photo : La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, lors de sa discussion au coin du feu sur l'économie de l'Alberta et ses projets de référendum. Crédit : Gouvernement de l'Alberta
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/danielle-smith-announces-anti-immigration-referendum-for-oct-19/
La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, a annoncé hier une série de questions référendaires pour le 19 octobre, exigeant l'ingérence de la province dans les compétences fédérales, la réduction des services aux nouveaux Canadiens et d'autres mesures anti-immigrés, et demandant des changements importants à la Constitution canadienne.
Il y aura cinq référendums politiques verbeux axés sur l'immigration et clairement conçus pour plaire à la base du Parti conservateur uni (UCP), mais formulés de manière à paraître raisonnables à première vue. Quatre questions supplémentaires demanderont aux électeurs d'approuver un effort de négociation de changements constitutionnels majeurs.
Il va sans dire qu'une fois éloigné d'une ou deux frontières des électeurs bien formés du Wild Rose Country, tout cela risque de faire long feu.
Mais si rien ne change dans la structure de la fédération, cela conviendra parfaitement à Mme Smith et à son groupe d'experts politiques. En effet, le plan décrit dans son message télévisé de 13 minutes hier soir à l'heure du dîner est clairement conçu pour réussir dans un premier temps, à savoir être adopté à la majorité par les Albertains qui prendront la peine de voter, puis pour s'enliser dans l'opposition des autres provinces et les complexités de la formule d'amendement de la Constitution canadienne. Cela fera avancer le programme séparatiste du Parti conservateur uni.
En attendant, en pointant du doigt la chute des prix du pétrole et les politiciens libéraux comme responsables de la hausse des coûts et de la réduction des dépenses en Alberta, son intervention télévisée d'hier soir a également été l'occasion de réduire les attentes concernant le budget provincial de jeudi prochain.
Comme l'a fait remarquer hier Keith Brownsey, professeur de sciences politiques à la retraite de l'université Mount Royal, après la diffusion de la vidéo, « nous avons ici une première ministre qui reproche aux immigrants l'incapacité de son gouvernement à maintenir les services de santé, d'éducation et autres services sociaux. Elle a oublié de mentionner que la plupart des « immigrants » en Alberta viennent d'autres régions du Canada. »
« Je peux vous garantir qu'il n'y aura pas de changements constitutionnels », a ajouté M. Brownsey. « Elle semble préparer la province à un vote sur l'indépendance. »
Mme Smith a reconnu que toutes les idées de référendum provenaient des tournées de promotion de la politique « Alberta Next » de son gouvernement, dirigées et remplies de partisans, mais elle a présenté cela comme une bonne chose.
Tout au long de cette discussion au coin du feu, elle a attribué la plupart des problèmes de la province aux prix du pétrole inférieurs aux prévisions, aux immigrants et à Justin Trudeau, sans nécessairement respecter cet ordre. L'accent mis sur l'immigration était largement attendu, en partie grâce à quelques publications intempestives sur les réseaux sociaux de certains de ses conseillers au cours des heures précédentes.
Mme Smith a désigné les politiques d'immigration de l'ère Trudeau comme la cause du manque de places dans les salles de classe pour les enfants des nouveaux Albertains. Peu importe que son gouvernement UCP n'ait pas su planifier la croissance que tout le monde savait depuis des années qu'elle allait arriver, ni la financer.
Et si elle a à peine mentionné le manque de capacité des hôpitaux de l'Alberta, qui les a plongés dans le chaos ces derniers mois, elle a passé sous silence le fait que cela fait plus de 40 ans qu'aucun nouvel hôpital n'a été construit à Edmonton, alors que la population de la capitale de l'Alberta a plus que doublé. Il aurait été difficile de nier que Trudeau a été premier ministre pendant moins d'un quart de cette période.
Naturellement, Mme Smith n'a pas non plus mentionné les millions de dollars que son gouvernement a gaspillés dans des projets idéologiques et des manœuvres politiques visant à s'approprier les libéraux à Ottawa, comme les 70 millions de dollars dépensés pour acheter du « Tylenot » pour enfants, pratiquement inutilisable, lors d'une brève pénurie nationale d'acétaminophène en 2022.Le Globe and Mail a rapporté hierque l'Alberta venait de dépenser 718 000 dollars supplémentaires pour détruire ce qui restait.
Smith n'a pas non plus mentionné son appel, il y a moins de deux ans, à doubler la population de l'Alberta pour atteindre 10 millions d'habitants, afin de mieux faire valoir notre poids au sein de la Confédération. Ni les campagnes publicitaires réussies de l'UCP appelant les résidents de l'Ontario et de la Colombie-Britannique à s'installer ici. Cela a attiré l'attention de la base MAGA très influente de son propre parti et, à l'été 2024, elle avait rejoint le mouvement anti-immigration.
Son rêve de voir Red Deer, une ville de 100 000 habitants surtout connue comme une halte pour prendre un café et faire le plein d'essence à mi-chemin entre les centres urbains de Calgary et d'Edmonton, atteindre bientôt le million d'habitants devra donc être mis en veilleuse pour longtemps.
« On ne peut plus demander aux contribuables de l'Alberta de continuer à subventionner l'ensemble du pays par le biais de la péréquation et des transferts fédéraux, de permettre au gouvernement fédéral d'inonder nos frontières de nouveaux arrivants et d'accorder ensuite un accès gratuit à nos programmes sociaux, les plus généreux du pays, à toute personne qui s'installe ici », s'est plainte Mme Smith, exploitant la méconnaissance populaire soigneusement entretenue par son gouvernement sur le fonctionnement des transferts fédéraux.
Il s'avère que la croissance démographique qu'elle réclamait il y a peu est « financièrement ruineuse et nuit à la qualité de nos soins de santé, de notre éducation et d'autres services sociaux ». Vous savez, comme les soins de santé publics, que son gouvernement s'efforce de démanteler.
De manière hilarante, la première ministre a assuré à ses auditeurs que malgré la baisse des prix du pétrole et le coût de tous ces immigrants, « les augmentations salariales approuvées pour nos médecins, infirmières et enseignants resteront en vigueur afin que nous puissions continuer à attirer les professionnels qualifiés nécessaires pour rattraper notre retard en matière de croissance ».
C'est bon à savoir. Je me demande qui lui a dit que, contrairement aux États-Unis qu'elle admire tant, même les gouvernements de ce pays doivent respecter les contrats légaux et l'état de droit ? Pouvez-vous imaginer ce qui se serait passé si l'UCP avait tenté de revenir sur les salaires qui venaient d'être négociés avec les professionnels de santé qualifiés ? Cela n'aurait pas été joli.
Voici donc les questions du référendum prévu par Mme Smith, dans ses propres mots :
- Êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta renforce son contrôle sur l'immigration afin de la ramener à des niveaux plus durables, en donnant la priorité à l'immigration économique et en garantissant aux Albertains la priorité pour les nouvelles opportunités d'emploi ?
- Êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta adopte une loi stipulant que seuls les citoyens canadiens, les résidents permanents et les personnes ayant un statut d'immigration approuvé par l'Alberta pourront bénéficier des programmes financés par la province, tels que la santé, l'éducation et d'autres services sociaux ?
- En supposant que tous les citoyens et résidents permanents continuent à bénéficier des programmes d'aide sociale, comme c'est le cas actuellement, êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta adopte une loi exigeant que toutes les personnes ayant un statut d'immigration légal non permanent résident en Alberta depuis au moins 12 mois avant de pouvoir bénéficier des programmes d'aide sociale financés par la province ?
- En supposant que tous les citoyens et résidents permanents continuent d'avoir droit aux soins de santé et à l'éducation publics comme c'est le cas actuellement, êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta impose des frais ou des primes raisonnables aux personnes ayant un statut d'immigration non permanent qui vivent en Alberta pour leur utilisation et celle de leur famille des systèmes de santé et d'éducation ?
- Êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta adopte une loi exigeant que les personnes fournissent une preuve de citoyenneté, telle qu'un passeport, un certificat de naissance ou une carte de citoyenneté, pour pouvoir voter aux élections provinciales afin de renforcer la position constitutionnelle et fiscale de l'Alberta au sein d'un Canada uni ?
Il va sans dire que, pour la plupart, ces mesures n'ont guère de sens lorsqu'on les examine de près. Il s'agit pour la plupart de mauvaises politiques qui ne permettraient pas de réaliser des économies et qui, dans certains cas, violeraient la Constitution actuelle. En outre, elles seraient mesquines et souvent cruelles. Le dernier point est une solution à la recherche d'un problème, même si les fantasmes des partisans de MAGA y croient fermement.
En outre, le gouvernement demandera l'autorisation de travailler avec « d'autres provinces volontaires » pour modifier la Constitution canadienne de quatre manières, a déclaré M. Smith. On ne sait pas très bien s'il s'agit d'une seule question référendaire avec quatre points ou de quatre référendums.
- Les gouvernements provinciaux, et non le gouvernement fédéral, devraient-ils sélectionner les juges nommés à la Cour du Banc du Roi et aux cours d'appel provinciales ?
- Abolir le Sénat fédéral non élu.
- Permettre aux provinces de se retirer des programmes fédéraux qui empiètent sur leurs compétences, telles que la santé, l'éducation et les services sociaux, sans perdre le financement fédéral associé à ces programmes pour leurs propres programmes sociaux provinciaux.
- Mieux protéger les droits des provinces contre l'ingérence fédérale en donnant la priorité aux lois provinciales traitant de domaines de compétence constitutionnels provinciaux ou partagés sur les lois fédérales en cas de conflit entre elles.
Toutes ces idées risquent d'être immédiatement rejetées par les autres provinces. Ce qui, comme indiqué précédemment, est probablement le but recherché.
L'opposition néo-démocrate a bêtement décidé d'attendre ce matin, après que l'actualité ait évolué, pour réagir. Cela correspond au souhait du chef Naheed Nenshi de faire de la politique en phrases complètes. Cela ne montre toutefois pas une grande compréhension de la manière dont le discours politique se déroule à notre époque. Je suis sûr que l'UCP s'en est réjoui.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Le nouveau pays dont rêve la minorité séparatiste de l’Alberta ne serait jamais une véritable démocratie.
Une hypothèse non avouée est très certainement partagée par les futurs dirigeants d'une Alberta « libre » : le nouveau pays qu'ils espèrent créer ne pourrait pas fonctionner comme une démocratie.
En effet, du point de vue des nombreux aspirants pères de la déconfédération (et de celui de la première ministre Danielle Smith, parmi le nombre extrêmement réduit de leurs homologues maternels), le nouveau pays ne doit pas être véritablement démocratique.
17 février 2026 | tiré de Rabble.ca |Photo : Les séparatistes albertains lors de leur grand rassemblement du 25 octobre 2025 – ne blâmez pas les chevaux pour le message grossier inscrit sur les drapeaux ! Crédit : David J. Climenhaga
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/the-new-country-albertas-separatist-minority-is-dreaming-of-would-never-be-a-real-democracy/
Comment pourrait-il en être autrement ? Comme tous les idéologues utopistes, la frange séparatiste américanisée qui contrôle désormais le Parti conservateur uni (UCP) de l'Alberta et domine tous les sous-groupes séparatistes de la province ne reconnaît pas, ne reconnaîtra pas et ne peut véritablement pas reconnaître ou accepter la légitimité des nombreuses philosophies politiques qui sont présentes, et souvent prédominantes, dans toute démocratie saine.
À l'instar des croyants de la seule véritable Église de votre choix, toutes les preuves disponibles indiquent que les partisans du séparatisme albertain partagent universellement le même dogme dystopique associé au mouvement « Make America Great Again » au sud de la plus longue frontière non défendue au monde. Toute opinion divergente est donc considérée comme nulle et non avenue, et quiconque la défend n'a aucun droit au pouvoir, quel que soit le nombre de voix qu'il peut obtenir.
Alors, comment un État peut-il avoir une démocratie qui fonctionne lorsque tous les courants de pensée politique en dehors du culte MAGA doivent être proscrits pour que l'idéologie officielle dominante reste au pouvoir ?
Au sud de la frontière canado-américaine, tout ce qui n'est pas MAGA n'a aucune légitimité politique aux yeux de l'administration Trump. Cela ressort clairement de son comportement. C'est ce qui motive l'invasion du Minnesota par l'ICE, le mépris affiché par les responsables de l'administration à l'égard du Congrès et les menaces de prison et de mort proférées par le président Donald Trump à l'encontre des politiciens démocrates qui s'opposent à ses politiques anticonstitutionnelles.
C'est cette même administration avec laquelle le trio non élu des fanatiques de l'Alberta Prosperity Project (APP) prétend désormais négocier le retrait de l'Alberta de la Confédération, contre la volonté de la grande majorité des Albertains. On peut supposer qu'ils vantent à leurs contacts anonymes à Washington l'accès facile à tout le pétrole, l'eau et les terres rares que le président Trump pourrait désirer.
Cette même administration qui complote pour purgerplus de 20 millions de citoyens américains, dont des millions de femmes mariées qui ont adopté le nom de famille de leur mari, des listes électorales des États en vue de voler les élections législatives de mi-mandat de novembre.
De toute évidence, la démocratie et l'État de droit ne sont pas très respectés dans les cercles MAGA de part et d'autre du 49e parallèle.
En Alberta, comme nous l'avons déjà vu avec l'opposition au gouvernement modéré de la première ministre Rachel Notley de 2015 à 2019, la droite MAGA naissante a avancé de manière stupide que le NPD n'avait pas le droit de mettre en œuvre ses propres promesses électorales.
Le porte-parole du Wildrose Party en matière de finances, Derek Fildebrandt, a déclaré en 2015 que le NPD avait « trompé les électeurs en leur faisant croire qu'il ne pencherait que légèrement à gauche ». (En fin de compte, c'est exactement ce qu'a fait le NPD. Il s'est orienté très légèrement à gauche.)
Fildebrandt publie désormais un site d'information en ligne que l'APP décrit comme un affilié. « Alors que l'APP construit le mouvement sur le terrain, le Western Standard fournit le journalisme percutant qui l'alimente », déclare l'APP sur son site web. Le Western Standard se décrit comme « une source indépendante d'informations et de commentaires » qui « se bat pour un Ouest canadien fort et libre ».
En 2016, le candidat à la direction du Parti conservateur du Canada, Chris Alexander, a mené une manifestation contre la taxe carbone du NPD en scandant « enfermez-la », la cible étant Notley et son « crime » d'avoir tenté de faire quelque chose contre le changement climatique. Et lorsque l'UCP, dirigé par Jason Kenney, a pris le pouvoir en 2019, promettant un « été d'abrogation », il s'est mis en tête d'abroger toutes les lois du NPD, bonnes ou mauvaises, imitant ainsi les efforts de M. Trump pour effacer l'héritage législatif de Barack Obama.
Tout cela s'est passé bien avant que le mouvement MAGA n'atteigne son niveau actuel de dérangement au sud de la Medicine Line et n'étende ses tentacules jusqu'en Alberta.
Aujourd'hui, en Alberta, la minorité qui souhaite que l'Alberta se sépare du Canada considère que les conservateurs progressistes, les conservateurs sociaux-libéraux et autres déviationnistes de droite n'ont pas plus le droit d'accéder au pouvoir que les néo-démocrates, les vieux démocrates, les simples démocrates ou, Dieu nous en préserve, les sociaux-démocrates !
Du point de vue du MAGA – et la cause séparatiste de l'Alberta est au cœur du MAGA –, aucun des camps politiques dans lesquels la majorité des Albertains se sentiraient à l'aise n'a sa place dans le nirvana idéologique qu'ils entendent construire. (De la même manière, ils ont été furieuxlorsqu'un sondeur a suggéréqu'un grand nombre d'Albertains quitteraient la province si leur projet aboutissait).
Pourquoi pensez-vous que les APP Traitor Tots affirment qu'une Alberta indépendante aurait immédiatement besoin d'une armée ?
Elle n'est pas nécessaire pour se défendre contre le Canada. Le Canada, peut-être imprudemment, s'est engagé dans un processus constitutionnel selon lequel toute province peut se séparer à condition qu'un référendum manifestement équitable soit organisé, que le résultat soit décisif et que les négociations qui s'ensuivent avec le reste du pays aboutissent à un accord sur le partage des actifs et des passifs.
Bien sûr, l'objectif avoué de nombreux séparatistes est de proclamer unilatéralement l'indépendance malgré la volonté de la plupart des Albertains et d'ignorer la constitution et l'état de droit avec le soutien de l'administration Trump. En effet, c'est la seule façon pour eux de réussir.
L'objectif de cette armée albertaine doit donc être de défendre le nouveau gouvernement contre les Albertains.
Pouvez-vous imaginer ce qui se passerait si, lors des premières élections après une déclaration unilatérale d'indépendance, les Albertains élisaient le NPD ? Ou un parti conservateur progressiste ?
Ou tout autre gouvernement engagé à demander la réadmission au Canada ? Eh bien, ces camps de travail et ces centres de déportation ne vont pas se surveiller eux-mêmes, n'est-ce pas ?
Écoutez, si les dirigeants de l'APP avaient un tant soit peu de respect pour la démocratie ou l'État de droit, ils n'auraient jamais franchi la frontière pour tenter de négocier la séparation de notre pays et obtenir un prêt pour financer leur prise de pouvoir.
Ce seul fait nous permet de savoir à quel point une démocratie fonctionnelle serait probable en Alberta après la séparation. Et cela sans tenir compte de leurs fréquentations aux États-Unis !
Donc, si vous soutenez la séparation de l'Alberta, vous avez le droit légal de le faire. Mais s'il vous plaît, n'essayez pas de persuader qui que ce soit que ce serait une démocratie !
Quelques commentaires positifs sur le Canada
Lorsque les séparatistes se sont effondrés à la suggestion d'un sondeur selon laquelle un pourcentage important d'Albertains quitteraient Dodge s'ils réussissaient, leurs robots en ligne n'ont cessé de se plaindre que personne ne présentait d'arguments positifs en faveur du Canada. C'était bien sûr une absurdité, comme beaucoup de propagande séparatiste. Mais le jour de la Saint-Valentin, en réponse à cette plainte, Lisa Young, politologue à [l'université de Calgary, et Duane Bratt, politologue à l'université Mount Royal, ont publié des commentaires en faveur du Canada-
>https://lisayoung.substack.com/p/sorry-not-that]. Le Dr Young a également ajouté un lien vers l'excellent article de la sénatrice Paula Simons, intitulé « The Case for Sticking Around » (Les raisons de rester). Ce sont tous d'excellents articles qui méritent d'être lus.
Cependant, une positivité joyeuse ne suffit pas lorsque les personnes avec lesquelles vous êtes en désaccord ont renoncé à la logique, aux faits et à la pensée critique et ont délibérément adopté la stupidité, la corruption, la malhonnêteté et, dans certains cas, la trahison pure et simple.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Sans-papiers et étudiant·es, même combat : un statut permanent pour tous et toutes
Tiohtià:ke/Montréal, le 21 février 2026 – Des personnes sans-papiers, des étudiant·es étranger·ères, des refugié·es et leurs allié·es se rassemblent *ce samedi le 21 février à 14h devant le bureau du MIFI à Montréal, situé au 1200 boulevard Saint-Laurent*, pour faire front uni contre les nombreuses politiques anti-migrantes au Québec. Le rassemblement exige un statut permanent pour toutes les personnes sans-papiers et à statut précaire, ainsi que le retrait de l'Entente sur les tiers pays sûrs avec les États Unis.
« Depuis des années, le Québec est gouverné par un populisme dangereux qui accuse les personnes migrantes de tous les maux sociaux. Ce populisme détourne l'attention du véritable problème : le fossé grandissant entre les classes populaires et une élite toujours plus riche et puissante, non seulement au Québec, mais partout au monde. » a dit Molly Connolly, une porte-parole pour Solidarité sans frontières.
« Le populisme de la CAQ se traduit par des politiques xénophobes aux conséquences dévastatrices pour la vie des immigrant·es au Canada et aux États-Unis. C'est la pression des élites du Québec qui a mené le gouvernement fédéral à fermer le chemin Roxham aux réfugié·es, qui sont désormais coincé·es aux États-Unis. Les personnes sans-papiers qui tentent de régulariser leur statut se trouvent dans une impasse à cause des délais interminables du CSQ. Les familles restent séparées à cause de la suspension du programme de parrainage familial. Les coupes dans les programmes sociaux pour les familles réfugiées, dans le contexte des délais ou refus de permis de travail au niveau fédéral, aggravent leur insécurité alimentaire et de logement. La fin des projets-pilotes pour les travailleurs étrangers temporaires, ainsi que la fin du PEQ, ferment la porte à un statut permanent pour beaucoup de personnes déjà installées » a expliqué Connolly. « Ces politiques plongent les migrant·es de la classe populaire et racisé·s dans des situations d'exploitation et de précarité encore plus désespérées dans les champs, les usines et les hôpitaux du Québec. » elle a continué.
« Au lieu d'abandonner le PEQ, le Québec devrait l'élargir pour inclure toutes les personne sans-papiers et à statut précaire au Québec » martèle Farid, un militant sans-papiers avec Solidarité sans frontières. « Voulez-vous de l'expérience québécoise ? Nous, les migrant·es sans-papiers et à statut précaire, possédons une expérience que la plupart des Québécois·es ne peuvent pas même imaginer - dans vos usines, vos champs, vos hôpitaux et CHSLD. La question qui s'impose est : pourquoi notre expérience ne compte-t-elle pas ? »
« Nous rejetons fermement le discours du « bon immigrant » qui oblige les migrant·es à prouver notre valeur. Nous nous unissons au-delà des différentes catégories dans lesquelles les gouvernements nous placent pour dénoncer le populisme déshumanisant et xénophobe du gouvernement de Québec. Tout le monde mérite la dignité, non pas en raison de ses compétences, mais parce que nous sommes des êtres humains avant tout. » a ajouté Connolly.
*Source * :
Solidarité sans frontières (SSF)
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Propulsé par les médias sociaux, le masculinisme sort de l’ombre et trouve un écho dans la sphère publique
En dix ans, le masculinisme est passé de la marge à la visibilité. Ses discours, amplifiés par les réseaux sociaux, façonnent désormais une partie de l'espace public. Léa Clermont-Dion ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Tiré de La Conversation
19 février 2026
Par Léa Clermont-Dion
L'autrice est professeure associée en éducation spécialisée en études féministes, Université Concordia.
« Cette liste des femmes à abattre est celle de Marc Lépine vue du ciel. » Cette phrase me revient parfois en boucle. Elle date d'il y a dix ans.
Cette assertion n'a rien de banal. Elle provient d'un homme aux affinités idéologiques proches du mouvement incel — les « célibataires involontaires » — appartenant à la grande mouvance masculiniste. Cet individu s'était cru légitime de la prononcer lorsque la romancière Marie-Hélène Poitras et moi avions publié Les Superbes : une enquête sur le succès et les femmes. Le plaidoyer avait le mérite d'être clair : celles que nous avions interviewées dans ce livre méritaient d'être éliminées.
La haine exprimée par cet homme sur le réseau social Twitter (aujourd'hui X) avait mené à une enquête de la Sûreté du Québec, classée sans suite. Ce commentaire annonçait déjà un environnement en ligne hostile.
Comme chercheuse à l'Université Concordia, j'étudie avec mon équipe les cyberviolences fondées sur le genre et la manosphère — cette constellation de forums, de groupes et d'influenceurs unit par une idéologie masculiniste et participant à l'orchestration d'attaques coordonnées sur les réseaux sociaux.
À lire aussi : « Elle l'a bien cherché » : que disent les incels de la série Adolescence ?
Prolifération des discours masculinistes
Une décennie plus tard, ce commentaire se noierait presque dans la masse des propos masculinistes que nous observons aujourd'hui en ligne tellement ils affluent. Le masculinisme est aussi un vecteur de cyberviolences faites aux femmes tel que démontré par le dernier rapport du Haut Comité sur l'égalité, en France. Doit-on rappeler que, selon une étude majeure publiée par The Economist Intelligence Unit, 85 % des femmes ont vécu de telles violences ?
Depuis la première apparition en ligne de ce type de propos, le masculinisme s'est popularisé. Par exemple, depuis 2016, Andrew Tate est devenu une figure de proue de ce mouvement. Ses vidéos ont été vues plus de 11,4 milliards de fois sur sa page TikTok, notamment par des jeunes de la génération Z. Parmi ses nombreuses déclarations incendiaires, Tate a notamment suggéréde retirer le droit de vote aux femmes parce qu'elles avaient voté en majorité pour Kamala Harris lors de la présidentielle américaine de 2024.
Si ce phénomène est largement répandu, il demeure mal compris. Pour plusieurs, le masculinisme est l'équivalant du féminisme. Il constitue plutôt un contre-mouvement politique qui s'oppose aux avancées des droits des femmes, comme le définissent les chercheurs de l'UQAM Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, invoquant ce qu'il qualifie de « crise de la masculinité ».
Cette « crise » est analysée par les adeptes de ce mouvement comme un recul des rôles masculins traditionnels dans la société. Les hommes y seraient relégués à des positions subalternes, piétinés par les femmes qui occupent une plus grande place dans les sphères de pouvoir et de l'économie. Ce discours victimaire forme le socle idéologique du masculinisme, qui revendique une réappropriation des privilèges et du pouvoir que les hommes auraient, selon ses partisans, perdu au profit des femmes.
À lire aussi : Il faut qu'on parle de la manière dont on parle des incels
Plusieurs adeptes du masculinisme usent de cyberviolences sexistes et racistes pour faire entendre leur voix. Cette violence en ligne a été largement documentée, notamment dans Je vous salue salope (2022), le film que j'ai cosigné avec Guylaine Maroist.
L'élection de Trump, un tournant
Que s'est-il passé depuis dix ans ?
D'abord, l'élection de Donald Trump en 2016 a marqué un tournant. Pour la première fois depuis longtemps, la principale puissance mondiale s'est retrouvée dirigée par une figure politique qui banalise l'insulte, la désinformation et des propos ouvertement racistes et sexistes. Le fait qu'une telle figure d'autorité puisse tenir ce type de discours a contribué à légitimer certaines formes de haine, en particulier à l'égard des femmes.
Au cours de son mandat, l'invalidation de Roe v. Wade a aussi constitué un recul majeur des droits reproductifs en retirant la protection constitutionnelle du droit à l'avortement. Plus largement, Trump a cristallisé un moment de fragilisation des droits des femmes. Depuis sa réélection en 2024, plusieurs observateurs s'inquiètent d'une dégradation du climat démocratique américain, notamment à la lumière de politiques migratoires répressives et de la montée d'une rhétorique autoritaire.
Dans ma lecture, le mouvement MAGA s'inscrit dans une dynamique masculiniste, une thèse avancée par l'historien Olivier Bourtin. On y retrouve plusieurs traits typiques de ces discours : un appel au rétablissement d'un ordre traditionnel entre les sexes ; la valorisation de la virilité, de la force et de la domination masculine ; une certaine légitimation de la violence symbolique ou réelle ; et enfin une rhétorique nataliste qui renforce l'assignation des femmes à leur rôle reproductif.
Pourtant, plusieurs cherchent encore à faire croire que le masculinisme serait marginal, réduit à des prises de position individuelles. Cette analyse est contestée par plusieurs chercheurs, dont le politologue Tristan Boursier, chercheur à l'UQO. J'estime que le masculinisme constitue un véritable contre-mouvement politique, dont les discours trouvent désormais un écho croissant jusque dans la sphère publique et politique.
Des femmes brandissent des rubans blancs lors d'une manifestation
Manifestation contre la violence faite aux femmes devant le palais de justice, à l'occasion du 22ᵉ anniversaire du massacre de l'École Polytechnique, le mardi 6 décembre 2011 à Montréal. Quatorze étudiantes ont été abattues par Marc Lépine. La Presse canadienne/Ryan Remiorz
Évolution des plates-formes numériques
Le contexte depuis dix ans s'est aussi transformé par le changement de réglementation des grandes plates-formes numériques. Depuis 2022, des réformes ont été menées sur les plates-formes comme X appartenant à Elon Musk ou celle de Meta détenue par Mark Zuckerberg. Au nom de la liberté d'expression, souvent mal interprétée par les « broligarches » de la Silicon Valley, qui ne cachent plus leur orientation libertarienne, on a affaibli sur ces plates-formes la modération humaine, réhabilité des comptes bannis et affaibli la vérification des faits (fact-checking).
À lire aussi : ‘ Adolescence ' est une critique poignante de la masculinité toxique chez les jeunes
Cet effritement de l'encadrement a favorisé la profusion de désinformation et la prolifération de propos haineux impunis. La violence masculiniste s'en est ainsi trouvée légitimée, autorisée et popularisée.
Ce n'est pas par hasard que le Haut Comité sur l'égalité en France a tiré la sonnette d'alarme en affirmant dans son dernier rapport que la menace masculiniste était la plus importante à surveiller au pays en matière d'égalité. Des influenceurs comme Andrew Tate comptent aujourd'hui des millions d'abonnés ; ses contenus sont jugés positivement par 23 % des garçons de 15-16 ans et 56 % des jeunes pères (25-34 ans) au Royaume-Uni. Plus de 60 % des vidéos recommandées sur YouTube Shorts et 35 % sur TikTok contiennent des propos toxiques après quelques interactions avec du contenu masculiniste.
D'autre part, une étude menée auprès d'élèves de plusieurs écoles secondaires à Montréalmontre que 34 % des jeunes adhèrent aux discours masculinistes.
Encadrer la haine
Le contexte est préoccupant et mérite d'être urgemment pris en compte par le gouvernement canadien. En 2023, nous déposions à la Chambre des communes, avec Guylaine Maroist, une pétition de 30 000 signatures réclamant une loi contre les contenus haineux en ligne. Elle est restée sans suite.
Depuis, les débats sur l'encadrement des plates-formes numériques polarisent Ottawa. Le projet de loi C-63 sur les préjudices en ligne, déposé en février 2024, vise à contraindre les plates-formes à limiter les contenus nocifs et à créer une Commission de la sécurité numérique dotée de pouvoirs de sanction. Un comité spécial sur l'antiféminisme, auquel j'ai participé, s'est également tenu en décembre dernier à la Chambre des communes.
Quoiqu'il en soit, le masculinisme doit être considéré pour ce qu'il est : non pas une simple opinion parmi d'autres, mais une idéologie politique qui fragilise notre démocratie, les droits des femmes et réifient les cyberviolences.
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Projet minier Matawinie : un nouveau rapport révèle des impacts sur l’eau de l’exploration pour un minerai « stratégique » dans Lanaudière
Saint-Michel-des-Saints, Montréal, le 27 mai 2025 – Des groupes citoyens et écologistes publient aujourd'hui un important rapport sur les impacts des activités d'exploration minière de la compagnie Nouveau Monde Graphite (NMG) en Matawinie. À la suite d'une campagne indépendante d'échantillonnage citoyen, le rapport identifie de nombreux cas de concentrations en métaux lourds dans les cours d'eau qui dépassent des critères de protection de l'environnement, vraisemblablement attribuables aux activités d'exploration. Le rapport dénonce également des erreurs méthodologiques préoccupantes dans les évaluations environnementales réalisées par NGM. Les organismes demandent au gouvernement provincial de revoir radicalement l'encadrement de l'exploration minière au Québec.
Une mobilisation citoyenne face aux minières
Préoccupés par les impacts de ces activités sur leur environnement et constatant l'absence totale du ministère de l'Environnement en termes de surveillance environnementale des activités d'exploration, des résidents de Saint-Michel-des-Saints, dont plusieurs sont sympathisants de la Coalition des opposants à un projet minier en Haute-Matawinie (COPH), se sont mobilisés pour effectuer une importante campagne d'échantillonnage des cours d'eau bordant le site exploré par la minière. Ces données ont ensuite été traitées par un laboratoire accrédité.
Ces démarches et la rédaction du rapport publié aujourd'hui ont été soutenues par Eau Secours, la Société pour vaincre la pollution (SVP), la Coalition Québec Meilleure Mine (QMM) et MiningWatch Canada.
Des conclusions préoccupantes
Les conclusions du rapport soulèvent notamment deux enjeux préoccupants. Tout d'abord, les évaluations environnementales de NMG présentent des failles méthodologiques préoccupantes au niveau de la caractérisation initiale du milieu. Ce que la compagnie décrit comme un « état initial » des cours d'eau semble plutôt être un état évalué après que ces cours d'eau aient été détériorés par certaines des activités d'exploration de la minière. Ceci engendre donc des risques que l'encadrement environnemental qui en découle s'en trouve faussé.
De plus, des indices clairs pointent dans la direction d'apports en métaux lourds et en soufre dans les cours d'eau bordant le site minier. Les échantillons présentent notamment une concentration inquiétante en cadmium de 0,69 mg/kg dans les sédiments d'un cours d'eau situé juste à proximité des zones forées, alors qu'aucune concentration en cadmium n'a été détectée dans les sédiments de la station de référence. Les ministères de l'Environnement provincial et fédéral estiment pourtant que dès 0,60 mg/kg, des effets néfastes sur la vie aquatique sont attendus.
Face au manque de rigueur et aux risques de détérioration des cours d'eau, les groupes s'inquiètent de la capacité de NMG à développer un projet minier respectueux de l'environnement, d'autant que les impacts attendus lors de la phase d'exploitation d'une mine éventuelle seraient sans commune mesure avec ce qui a été réalisé jusqu'ici.
Un resserrement de la surveillance environnementale nécessaire
S'appuyant sur les constats dressés dans le rapport, les groupes demandent à NMG de prendre acte des cas de détérioration des milieux hydriques identifiés et de mettre en place des mesures véritablement efficaces de contrôle de la pollution que génèrent ses activités. Il est également essentiel que la compagnie corrige ses erreurs méthodologiques identifiées dans le rapport.
À l'heure actuelle, les activités d'exploration échappent complètement aux processus d'évaluation environnementale et, sauf exception, aucune surveillance gouvernementale n'est prévue pour valider l'application de bonnes pratiques par les minières. Celles-ci bénéficient plutôt d'un régime d'auto-régulation qui leur est dangereusement favorable. Les organismes demandent donc au gouvernement provincial de revoir radicalement l'encadrement de l'exploration minière, en assujettissant tous travaux d'exploration minière à des consultations et des évaluations environnementales préalables.
Citations
« Il n'existe pratiquement rien qui documente les impacts observés de l'exploration minière sur les écosystèmes du Québec. Ce rapport est donc unique en son genre, puisqu'il contribue à créer de la littérature sur un sujet sous-évalué et dont les impacts multiples sont largement sous-estimés. » – Daniel Green, Société pour Vaincre la Pollution
« Il n'est pas normal que les citoyen·ne·s doivent prendre le rôle de chien de garde environnemental des minières. Cela témoigne de déficiences inquiétantes au niveau des capacités ou de la volonté du ministère de l'Environnement à jouer son rôle de gardien du territoire. » – Paul Comeau, Coalition des opposants à un projet minier en Haute-Matawinie
« À l'ère où le gouvernement provincial met les gaz à fond dans son « virage vert », la mobilisation citoyenne et écologiste démontre une fois de plus les dérapages d'un projet minier de la « filière batterie ». Sommes-nous donc à nouveau devant un énième projet soutenu davantage par la foi aveugle de notre gouvernement que par des garanties réelles, notamment en matière de protection de l'eau et des milieux naturels ? » – Émile Cloutier-Brassard, responsable des dossiers miniers, Eau Secours
« Une chose est sûre : les minéraux critiques et stratégiques n'ont rien de vert. Au lieu de chercher à « alléger le fardeau administratif », le gouvernement devrait renforcer la surveillance des activités minières et sanctionner les contrevenants. Encore plus pour cette filière où des centaines de millions de dollars des contribuables sont en jeu. » – Rodrigue Turgeon, avocat, coresponsable du programme national de MiningWatch Canada et co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine
Bref historique et éléments de contexte du projet
Nouveau Monde Graphite Inc. (NMG) projette l'exploitation d'un gisement de graphite à Saint-Michel-des-Saints dans la région de Lanaudière. L'exploitation du gisement devrait produire annuellement 100 000 tonnes de concentré de graphite, sur une durée de 26 ans.
De 2013 à 2019, NMG a mené de vastes campagnes d'exploration minière. La compagnie minière travaille à y développer ce qui pourrait devenir la plus grosse mine à ciel ouvert de graphite en Amérique du Nord. À ce stade, le projet n'est pas soumis à une évaluation environnementale du gouvernement. En 2020, alors que le projet est soumis aux évaluations du BAPE, Nouveau Monde Graphite réalise une étude d'impact comportant des erreurs méthodologiques préoccupantes.
Le rapport a été envoyé ce matin à la compagnie, au ministère de l'environnement et aux principaux investisseurs du projet minier – Panasonic, General Motors et Investissement Québec. Une présentation du rapport a été donnée à la municipalité de Saint-Michel-des-Saints hier et une invitation a été lancée à la communauté Atikamekw de Manawan.

54 000 000$ pour protéger le boisé ? Vraiment ?
Vous avez peut-être déjà lu cet articlerapportant le discours de la Ville selon lequel 66% du boisé des Châtels sera conservé pour 54 millions de $. Il est nécessaire de déconstruire ce discours.
Bonjour,
Rappelons d'abord que la première mouture du PPU (Plan particulier d'urbanisme) comprenait 2km2. Le PPU adopté comprend 1 km2. 1 km2, c'est 100 hectares ou 1million de m2. Il prévoit principalement la construction industrielle sur des milieux humides et la "protection" de 20% du territoire. Les espaces naturels résiduels seront fragmentés, notamment, par la construction d'un boulevard sud-nord à 4 voies.
L'investissement de 54 millions de $ par la ville comprend :
Secteur est (PPU actuel)
11 millions de $ pour un bassin de rétention. C'est un ouvrage d'ingénierie, destiné à recevoir les trop-plein d'eau, sur lequel on a placé une surface gazonnée ;
18 millions de $ pour 12 hectares, représentant environ7 fois le prix de l'évaluation. Un certain nombre de ces hectares n'étaient pas constructibles de toute façon :
– ligne de transmission d'Hydro-Qc
– abords d'un ruisseau.
– Secteur ouest (non visé depuis le remplacement de l'ancien PPU par la nouvelle version)
25 millions de $. Cela équivaudrait à 17 hectares, si la ville achète à un prix comparable aux 12 hectares dont il est question plus haut.
Pour ce qui est des 15 millions de dollars que le promoteur accorderait à la conservation du côté ouest, vous comprendrez que ça ne couvrira pas non plus une grande surface... Et que la ville les lui a déjà payés. À noter que ce don écologique comportera des avantages fiscaux.
Surtout, la ville a le pouvoir de réglementer pour protéger plutôt que payer et devenir propriétaire, ce qui aurait dû améliorer sa position pour négocier les prix*. En effet, l'article 245 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme protège les villes contre les poursuites reliées à l'atteinte au droit de propriété si l'acte vise la protection de milieux humides ou hydriques (ruisseaux), d'un milieu qui a une valeur écologique importante ou pour assurer la santé ou la sécurité des personnes.
Finalement, lorsque la ville affirme qu'elle protège 66% du boisé des Châtels, elle inclut la partie ouest qui a été exclue du PPU grâce à une forte mobilisation populaire. Mais ce territoire n'a acquis aucun statut de protection. Par contre, des négociations ont lieu entre le promoteur, la Ville et des organismes de conservation.
Cependant, comme la Ville s'est déjà entendue pour payer chèrement des parcelles au promoteur, il sera alors plus coûteux, pour les organismes de conservation, d'acheter d'autres portions du boisé des Châtels.
Ça ne vous tente pas de transmettre cette information au plus grand nombre ?
En action pour protéger le plus longtemps possible, le plus possible...
Des travaux récents nous ont été signalés, ce qui nous a mené à vérifier auprès du 311 si un permis avait été émis par la Ville. Quelques jours plus tard, la réponse était "non", mais la machinerie avait disparu. Voici donc, afin de s'assurer que les travaux cesseront dans des milieux humides (voir la carte), la meilleure démarche à suivre si vous apercevez de la machinerie dans le boisé :
– Demander à l'employé de vous montrer le permis qui l'autorise à entreprendre les travaux ;
S'il refuse ou est dans l'impossibilité de vous le montrer :
– Signaler la situation auprès du 311 en mentionnant que vous voulez porter plainte pour travaux non autorisés au motif que "la situation nécessite une intervention immédiate étant donné qu'elle menace, affecte ou est sur le point de détériorer la qualité de l'environnement" ;
– Rapporter votre démarche auprès du ministère de l'environnement au numéro d'Urgence Environnement 1 866 694-5454, toujours en mentionnant que vous voulez porter plainte pour travaux non autorisés pour la raison indiquée au point précédent, à savoir que "la situation nécessite une intervention immédiate étant donné qu'elle menace, affecte ou est sur le point de détériorer la qualité de l'environnement".
Dans tous les cas, que vous soyez ou non en position de procéder aux points 1 et 2, nous faire part de la situation en donnant le plus de détails possible afin que nous puissions en faire le suivi.
À noter que, dans le cas du boisé des Châtels, un endroit défini comme étant un boisé n'exclut pas qu'il puisse aussi s'agir d'un milieu humide.
Conservez votre vigilance, passez à l'action et informez-nous pour qu'on puisse travailler en synergie. Merci !
Mille et unes raisons de sauvegarder : préserver la beauté, le silence, la fraicheur de la ville + descentaines d'autres !
( * ) Le 18 février 2026, les ventes et échanges de parcelles n'avaient pas été effectuées, sinon les changements de propriétaires auraient dû apparaître au Registre foncier. Cela signifie que les transactions n'ont pas été finalisées. Une piste d'intervention que vous pourriez explorer, surtout que les parcelles en question sont maintenant zonées "récréation" dans le PPU.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Livre blanc citoyen sur l’éducation
Ce document est une version abrégée du livre blanc citoyen Pour une nouvelle « révolution tranquille » en éducation. Il contient les résumés de mise en contexte ainsi que les revendications et les orientations de la version complète. Les références apparaissent dans cette dernière et sont aussi disponibles dans la médiagraphie exhaustive des documents consultés, qui se trouve sur le site web de Debout pour l'école. Le communiqué accompagnant le lancement du document est publié au début.
Communiqué : Une mobilisation à la hauteur des changements nécessaires en éducation
MONTRÉAL, le 24 févr. 2026 - Le collectif Debout pour l'école dévoile aujourd'hui son livre blanc citoyen Pour une nouvelle « révolution tranquille » en éducation, fruit d'une vaste démarche de consultations menées entre 2023 et 2025 ayant mobilisé plus de 4 500 citoyennes et citoyens ainsi que des acteurs clés du milieu. À travers ce document, le mouvement appelle à une vigoureuse relance du système scolaire québécois et invite la population, les partenaires en éducation et la classe politique à appuyer quatre revendications claires, en amont d'un Grand rendez-vous citoyen sur l'éducation, qui se tiendra les 5 et 6 juin 2026 à l'UQAM.
Le collectif citoyen invite toutes les Québécoises et tous les Québécois à appuyer les quatre revendications :
1- Le réseau scolaire du Québec doit être commun et offrir à tous les élèves les mêmes conditions d'apprentissage de qualité ;
2- La gouvernance du système scolaire doit être plus démocratique ;
3- Il faut trouver les moyens pour faire un réinvestissement majeur, nécessaire et urgent en éducation ;
4- Le gouvernement doit convoquer rapidement des États généraux sur l'éducation.
Dans le livre blanc, ces revendications sont accompagnées de neuf orientations qui serviront de base à la discussion du Grand rendez-vous citoyen, organisé avec le soutien de l'Institut du Nouveau Monde, organisme non partisan œuvrant à accroître la participation citoyenne. La population, les partenaires en éducation ainsi que les élues et élus seront conviés à prendre part à cet évènement dès maintenant.
« Debout pour l'école s'appuie sur une mobilisation citoyenne soutenue par une expertise sérieuse en éducation et en politiques publiques. Il se préoccupe de tous les grands enjeux de l'école québécoise dans le but de proposer un projet d'avenir pour la société. Il y a de la place pour se joindre à nous ! », souligne Bernard Dufour, président du conseil d'administration de Debout pour l'école, ancien enseignant et cadre en éducation.
« En tant qu'étudiante, je suis aux premières loges pour prendre la mesure des défis en éducation et des opportunités ratées. Il est de mon devoir de mobiliser mes pairs et la jeunesse pour qu'ils et elles participent à cette nouvelle révolution tranquille ! », a déclaré de son côté Madeleine Patenaude, responsable de la mobilisation des organisations étudiantes et de jeunes, étudiante en éducation préscolaire et enseignement primaire à l'Université Laval.
« Le système d'éducation du Québec mis en place à la suite du Rapport Parent, lors de la Révolution tranquille, a peu à peu perdu ses repères en matière d'équité sociale. Il est grand temps d'y remédier. » - Guy Rocher, sociologue. Tiré de la préface du Livre blanc citoyen sur l'éducation.
Comité de rédaction : Christine Favreau, Madeleine Ferland,
Maude Jodoin, Madeleine Patenaude, Danielle Séguin, Jean Trudelle
Révision linguistique : François Lépine
Design, illustrations et mise en page : Ariel Borremans
Mise en couleur : Chencheng Cai
Février 2026
Debout pour l'école : https://deboutpourlecole.org
Pour la version intégrale, cliquez sur l'icône ci-dessous :
Revendication 1 – Un réseau scolaire commun
Notre système scolaire est inéquitable. Il ne s'agit pas là d'un énoncé idéologique, car la réalité de ce qu'il est convenu d'appeler une « école à trois vitesses » est tellement documentée qu'il s'agit d'un fait avéré et qu'on peut parler de ségrégation scolaire. Les effets délétères de cette situation sont dramatiques, en particulier pour les jeunes qui peinent à établir un rapport positif avec l'école, mais aussi pour celles et ceux qui sont responsables de les éduquer.
La solution le plus souvent évoquée, dans la situation actuelle, est de cesser le financement public des écoles privées. L'association citoyenne École ensemble a étudié la question et propose une autre option dans un plan détaillé visant la création d'un réseau scolaire commun. Ce plan développe l'idée que les écoles privées qui le souhaitent deviennent des écoles privées conventionnées, c'est-à-dire entièrement financées par l'État, en conservant leur autonomie administrative et en gardant les accréditations syndicales actuelles, mais sans possibilité de sélectionner leurs élèves et d'exiger des droits de scolarité. Les écoles qui le voudraient resteraient entièrement privées.
Revendication 1 – Le réseau scolaire du Québec doit être commun et offrir à tous les élèves les mêmes conditions d'apprentissage de qualité. En conséquence, le gouvernement doit transformer, de manière graduelle, les écoles privées qui le voudront en écoles gratuites et non sélectives, publiques ou privées conventionnées, et cesser le financement des écoles qui choisiront de demeurer privées non conventionnées.
Revendication 2 – Une gouvernance scolaire plus démocratique
Depuis une décennie, le gouvernement du Québec a considérablement centralisé la gestion du système scolaire. Au fil de lois parfois adoptées sous le bâillon, il a notamment élargi les pouvoirs du ou de la ministre, tronqué les mandats de l'organisme indépendant qu'est le Conseil supérieur de l'éducation et toléré, voire encouragé une forme d'omerta au sein des personnels et des administrations du système d'éducation. Pendant ce temps se multiplient sur le terrain les signaux de l'existence d'entraves à une participation active des principaux intéressés aux décisions qui les concernent.
La gestion de l'éducation, si elle doit respecter les champs de compétence de l'ensemble des intervenantes et intervenants (parents, enseignantes et enseignants, personnels professionnels et de soutien, directions, cadres, ministère) doit cependant tendre vers la meilleure démocratie possible. L'éducation est une affaire citoyenne.
Revendication 2 – Pour que la gouvernance du système scolaire soit plus démocratique, il faut :
• réviser les prérogatives de chacun des paliers (national, régional et local) pour rapprocher les lieux de décision des endroits où elles doivent s'appliquer ;
• assurer une gestion participative, respectueuse des rôles et des res-ponsabilités de chacun, en lien avec tous les groupes concernés : personnels scolaires, parents, élèves, organismes communautaires, citoyennes et citoyens ;
• rétablir l'organisme indépendant qu'est le Conseil supérieur de l'édu-cation dans son mandat initial visant le suivi de l'état de l'ensemble de l'éducation au Québec, selon une vision globale et sous toutes ses facettes, dans le but d'éclairer les décideurs des politiques publiques en éducation ; • reconnaitre le droit à la liberté de parole publique du personnel scolaire et que les autorités concernées s'en portent garantes
Revendication 3 – Se donner les moyens d'une éducation de qualité
Les besoins en matière d'éducation augmentent et une société soucieuse de l'avenir de sa jeunesse doit donner à l'école les moyens d'y répondre. Il est inacceptable qu'on laisse se dégrader, depuis si longtemps, les conditions dans lesquelles l'école québécoise tente, du mieux qu'elle peut, de relever les défis actuels.
Les chantiers ne manquent pas. Le nombre d'élèves ayant des besoins particuliers a explosé. Les conditions d'exercice de tous les personnels qui œuvrent à l'école sont devenues difficiles, comme en témoignent les pénuries qui touchent plusieurs corps d'emplois, en particulier celui des enseignantes et enseignants. Les besoins en francisation augmentent, le secteur de l'éducation des adultes ne peut répondre à la demande. Cela sans compter l'état déplorable du parc immobilier des écoles québécoises.Quand l'une des missions fondamentales de l'État est compromise, ce dernier doit envisager des stratégies pour augmenter ses revenus et, peut-être, les répartir différemment. L'éducation au Québec doit être davantage financée : nos enfants méritent mieux.
Revendication 3 – Un gouvernement responsable doit trouver les moyens d'un réinvestissement majeur, nécessaire et urgent en éducation. Ce réinvestissement doit servir notamment à alléger les tâches de tous les personnels scolaires pour rendre plus attractif le travail à l'école, à créer un programme complet de réfection des lieux scolaires, à donner aux centres de services scolaires et aux écoles les moyens de soutenir adéquatement les élèves ayant des besoins particuliers, à combler les besoins en francisation, à augmenter les budgets à l'éducation des adultes pour répondre à la demande et à augmenter les mesures de soutien à la réussite de tous les élèves.
Revendication 4 – Des États généraux sur l'éducation
Parallèlement aux nombreux problèmes, maintes fois relevés, qui persistent dans notre système d'éducation, nous assistons à des bouleversements sociaux qui transforment les attentes à l'égard de l'école. Nous sommes confrontés à l'émergence de nouveaux enjeux, par exemple ceux que posent l'omniprésence du numérique ou l'environnement.
Nous avons besoin d'une discussion collective pour revisiter la mission de l'école, repenser ce que l'on attend d'elle, renouveler la synergie entre les différents acteurs du monde de l'éducation et, finalement, permettre l'adéquation des services scolaires avec les attentes sociales à l'égard de l'école. Tout cela commande une réflexion d'envergure sur notre système d'éducation afin de convenir des changements nécessaires pour que l'école québécoise retrouve le chemin de l'équité, qu'elle soit à la hauteur des défis actuels et que nous puissions en être fiers.
Cette réflexion devrait prendre la forme d'États généraux. Il appartient au gouvernement de mettre en place une formule organisationnelle permettant aux travaux d'être menés en toute indépendance ainsi que de s'engager à donner suite aux recommandations qui découleront d'un tel exercice.
Revendication 4 – Le gouvernement doit rapidement mettre en place un comité indépendant formé de personnes crédibles, expérimentées en éducation et dotées d'expériences variées, qui aurait pour mandat d'organiser des États généraux sur l'éducation tenant compte en particulier des enjeux soulevés dans l'espace public. Le gouvernement doit donner à ce comité les moyens nécessaires pour mener cette réflexion d'envergure et s'engager à donner suite aux recommandations qui en découleront.
Orientation 1 – Socialiser, une mission incontournable pour former les citoyennes et les citoyens du 21e siècle
L'école québécoise doit pouvoir répondre aux défis contemporains tels que la crise écologique, les inégalités sociales, la montée de l'intolérance, la désinformation et les bouleversements technologiques. C'est pourquoi elle doit réaffirmer l'importance de l'axe « socialiser » de sa mission, trop souvent éclipsé par l'obsession de la performance et de la qualification.
Il est aujourd'hui difficile de sous-estimer l'ampleur des défis auxquels l'école est confrontée en matière de socialisation. Parmi ceux-ci, trois sont incontournables : former des citoyens et citoyennes responsables capables de vivre ensemble, d'agir de façon écocitoyenne et d'exercer une citoyenneté numérique éclairée.
Pour l'UNESCO, l'éducation du 21e siècle doit former des apprenants et apprenantes capables de pensée critique et de créativité, avec des compétences de collaboration et de communication qui permettront de penser et d'affronter les problématiques complexes d'aujourd'hui et de demain. Elle doit reposer sur le respect du vivant, la dignité humaine, la justice sociale et notre responsabilité collective de bâtir un avenir viable.
En matière de socialisation, l'absence d'attentes claires à l'égard de l'école empêche de jauger la pertinence et l'ampleur des moyens mis à sa disposition pour s'acquitter de ce volet de sa mission. Il est urgent de clarifier et d'actualiser l'axe « socialiser » de la mission de l'école sur la base d'un consensus social, afin que cette dernière puisse relever les défis qui se présentent à elle.
Orientation 1 – L'école québécoise doit réaffirmer l'importance de l'axe « socialiser » de sa mission et mettre davantage l'accent sur les défis contemporains dans une perspective de vivre-ensemble. Pour y arriver, il faut notamment :
• accorder plus d'importance aux apprentissages liés à la socialisation dans l'ensemble de la formation en assurant, entre autres, un enseignement pertinent, suffisant et systématique des compétences et savoirs socioémotionnels et en les reliant aux compétences du 21e siècle, l'écocitoyenneté et la citoyenneté numérique ;
• mieux définir les attentes, les moyens et les pratiques scolaires souhaités en matière de socialisation et ajuster en conséquence les ressources dévolues aux écoles pour s'en acquitter ;
• donner aux équipes-écoles la latitude nécessaire pour se concerter, pour interagir avec les élèves et pour créer des espaces de parole et de délibération où les élèves peuvent exprimer leurs idées, débattre et prendre part aux décisions collectives ;
• réfléchir collectivement sur le rôle de l'école dans le développement d'une citoyenneté numérique et prévoir des ressources financières et humaines suffisantes pour accompagner le personnel scolaire dans ce domaine.
Orientation 2 – Faire de la maîtrise du français un objectif majeur à l'école
Instruire, c'est amener les élèves, par l'acquisition de connaissances et le développement de compétences, à apprendre à réfléchir, à raisonner, à se questionner. Mais, outre des savoirs et des habiletés spécifiques, l'école développe les instruments de la pensée dont, en premier lieu, une langue, sans laquelle la pensée ne peut se construire ni être communiquée.
Une maitrise suffisante de la langue est un des instruments de base pour tous les apprentissages et la socialisation. C'est aussi une condition nécessaire de l'accès à la culture et de la participation pleine et entière à la vie citoyenne.
Dès le préscolaire, la lecture est un facteur déterminant de la réussite scolaire. C'est pourquoi le développement des compétences en français, particulièrement en lecture, devrait faire l'objet d'interventions ciblées dès le début de la scolarisation. Il faudrait aussi reconnaitre et soutenir le développement des compétences langagières dans toutes les matières, par une approche intégrée et transversale faisant appel à la concertation interdisciplinaire.
La valorisation de la culture québécoise dans toute sa diversité serait également un atout majeur pour l'acquisition de la langue française, que ce soit par la présence accrue de la littérature à l'école ou par le contact avec le milieu artistique et journalistique.
Pour la population immigrante, la connaissance du français demeure la clé d'une intégration réussie. Des services de francisation suffisants et un soutien linguistique approprié doivent être rétablis. L'apprentissage du français doit cependant aussi passer par la reconnaissance et la valorisation de la diversité des langues des élèves.
Orientation 2 – L'école doit s'assurer d'une bonne maitrise de la langue française, indispensable à la réussite éducative de tous les élèves, en favorisant une diversité de moyens pour apprendre. Pour y arriver, il faut :
• privilégier l'intervention précoce en lecture dès le préscolaire et le premier cycle du primaire étant donné que la réussite en lecture est un facteur déterminant de la réussite scolaire ;
• favoriser le développement des compétences langagières — en lecture, en écriture et en communication orale — au moyen d'une approche intégrée et transversale, en les inscrivant dans des contextes variés et signifiants ;
• encourager une concertation interdisciplinaire des enseignantes et des enseignants tant pour l'enseignement que pour l'évaluation du français ;
• rendre la culture québécoise plus présente et plus accessible dans le cadre scolaire.
Orientation 3 – Ramener l'évaluation à une échelle humaine en sortant d'une logique comptable
Le système éducatif québécois est conditionné par la gestion axée sur les résultats (GAR), inspirée du secteur privé, qui réduit l'évaluation à une logique comptable centrée sur la sanction et la performance. Cette approche, censée améliorer les taux de réussite, engendre plutôt des effets pervers tels que l'anxiété et la baisse de l'estime de soi chez les élèves ou la perte d'autonomie et la dévalorisation du rôle professionnel des enseignantes et enseignants.
Ce mode de gestion réduit l'apprentissage à des indicateurs chiffrés, favorise la compétition et la standardisation des pratiques, sans démontrer d'efficacité réelle à long terme sur la réussite. L'évaluation, qui devrait soutenir l'apprentissage en continu, devient un outil de contrôle, orientant l'enseignement vers la réussite aux épreuves ministérielles plutôt que vers le développement global des élèves.
Pour rendre l'évaluation plus humaine et plus équitable, il faut abandonner la GAR, diminuer le poids des évaluations formelles et standardisées et valoriser l'évaluation formative intégrée au processus d'apprentissage. Cette approche permettrait de suivre la progression des élèves, de répondre à leurs besoins diversifiés et de valoriser l'autonomie professionnelle du personnel enseignant.
Orientation 3 – Pour rendre l'évaluation plus humaine et plus flexible, il faut abandonner la gestion axée sur les résultats (GAR) dans nos écoles, ce qui aura pour effet de :
• réduire l'importance accordée aux évaluations formelles et standardisées qui entrave les apprentissages liés à l'ensemble du curri-
• culum, diminue le temps d'enseignement et réduit la réussite au seul résultat scolaire, comme l'épreuve ministérielle ;
• reconnaitre le rôle de professionnel des enseignantes et enseignants en valorisant l'évaluation formative, ce qui diminuera la pression de performance et permettra de suivre en continu la progression des élèves pour s'adapter à leurs besoins, notamment de celles et ceux qui éprouvent des difficultés.
Orientation 4 – Soutenir adéquatement tous les élèves à besoins particuliers
Devant la réalité des inégalités scolaires, les services adaptés peuvent faire toute la différence dans la motivation et la réussite des élèves en difficulté. Un gouvernement doit absolument les considérer comme un aspect essentiel de ce qui constitue l'éducation.
L'inclusion vise à fournir à chaque élève en situation de handicap, en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) les moyens qui répondent à ses besoins particuliers, en privilégiant un lieu d'apprentissage commun (la classe ordinaire) afin qu'il ou elle puisse socialiser avec les autres, s'épanouir et développer son plein potentiel. Parallèlement, certains élèves doivent être intégrés dans une classe spécialisée, adaptée à leurs besoins spécifiques où ils peuvent mieux évoluer et réussir.
Pour répondre adéquatement aux besoins spécifiques de tous les élèves à besoins particuliers, il faut s'en donner les moyens. Déjà, pour mieux réussir l'inclusion dans les classes ordinaires, s'attaquer à l'école à trois vitesses et à la sélection des élèves dans les programmes à projets particuliers permettrait de répartir plus équitablement les élèves HDAA dans toutes les classes. Pour tous les élèves à besoins particuliers, il faudrait aussi agir pour retenir ou ramener les personnels professionnels dans le réseau public et remédier à la lourdeur administrative du traitement de leurs dossiers, qui retarde la prise en charge de leurs besoins, que ce soit dans une classe ordinaire ou spécialisée. Dans les centres de formation professionnelle et à la formation générale des adultes, il faudrait davantage de mesures de soutien concernant l'accueil, l'intégration et l'accompagnement des élèves à besoins particuliers.
Orientation 4 – Il est urgent de donner aux établissements et à leurs personnels les moyens de répondre adéquatement aux besoins spécifiques de tous les élèves à besoins particuliers :
• dans le secteur général Jeunes, notamment en assurant une répartition équilibrée des élèves HDAA dans les classes et les écoles régulières et, dans ces classes comme dans les classes spécialisées d'une école régulière ou dans une école spéciale, en augmentant le personnel et les services professionnels en soutien aux élèves et aux enseignantes et enseignants, en accordant plus de temps aux équipes intervenant auprès des élèves pour se concerter et en corrigeant les rigidités administratives qui compromettent une répartition équitable des ressources et retardent l'accès aux services de soutien ;
• dans les centres de formation professionnelle et à l'éducation des adultes, en augmentant les services en soutien aux élèves ayant des besoins particuliers ;
• en menant une vaste enquête sur la situation des élèves à besoins particuliers dans les établissements scolaires québécois.
Orientation 5 – Encourager, mais encadrer des projets pédagogiques particuliers pour tous les élèves
Depuis plus de deux décennies, le gouvernement laisse s'implanter dans le réseau public des projets particuliers dont plusieurs sont sélectifs et payants. La sélection opérée et les frais afférents exigés dans beaucoup de cas pour la participation à un projet viennent pervertir l'intérêt de la formule en la réservant à une partie seulement des élèves, ce qui accentue la segmentation des effectifs scolaires.
Or, parce qu'ils ont le potentiel d'influer de manière positive sur la motivation et la persévérance scolaires, et parce qu'ils favorisent l'épanouissement et l'engagement des jeunes ainsi que le vivre-ensemble, ils devraient s'adresser à tous les élèves, y compris ceux et celles qui éprouvent des difficultés, être sans sélection et gratuits.
La croissance de l'offre de projets pédagogiques particuliers a aussi contribué à créer un véritable marché de l'éducation. Outre le stress que cela occasionne pour les familles et les élèves, c'est en complète contradiction avec le concept d'école de proximité. Celle-ci présente des avantages sur le plan écologique (moins de transport scolaire) et de la santé (davantage de déplacement à pied ou à vélo) ainsi qu'un encouragement pour les parents et la communauté à s'investir dans l'école de leur milieu de vie.
Le ministère de l'Éducation doit encadrer l'offre des projets pédagogiques particuliers. Leur finalité générale doit faire l'objet d'un consensus avec le milieu scolaire. Les déclinaisons multiples de projets pédagogiques particuliers devraient aussi constituer une raison pour donner aux écoles la flexibilité et le soutien nécessaires afin d'élaborer le modèle qui leur convient le mieux, tout en respectant la latitude permise par le régime pédagogique.
Orientation 5 – Après consultation pour convenir des finalités générales des projets pédagogiques particuliers, le ministère de l'Éducation doit donner aux CSS et aux écoles la latitude, les moyens financiers et les ressources humaines nécessaires pour mettre en place des projets pédagogiques particuliers gratuits, décidés par l'instance démocratique en place, exempts de pratiques sélectives et ouverts à tous les élèves, y compris celles et ceux qui éprouvent des difficultés.
Orientation 6 – Rapprocher l'école de sa communauté
L'éducation dépasse les murs de l'école. Dans le contexte social actuel, l'école gagnerait à s'appuyer davantage sur les ressources de son milieu, dans une logique de complémentarité et de collaboration. Une école enracinée dans la communauté contribue à développer et à maintenir un sentiment d'appartenance, tant à l'école qu'au milieu de vie. Cela est possible par un maillage avec les ressources locales : CLSC, organismes communautaires, centres de loisirs, bibliothèques, organismes culturels, résidences pour personnes âgées, regroupements de bénévoles, etc.
De nombreux organismes communautaires, partout au Québec, soutiennent les jeunes dans leur parcours éducatif : écoles de la rue, organismes de lutte au décrochage, maisons des jeunes, organismes famille, Carrefours jeunesse emploi, etc. Leur apport à l'éducation doit être reconnu à sa juste valeur, ce qui implique un financement stable, pérenne et suffisant.
Le ministère de l'Éducation doit réaffirmer sa volonté de développer le modèle d'école ancrée dans sa communauté et adopter des mesures concrètes pour soutenir sa mise en œuvre.
Orientation 6 – Pour favoriser le développement d'une école ancrée dans la communauté, il faut :
• réaffirmer l'importance de l'ouverture de l'école sur son milieu et de la collaboration entre l'école, les familles et la communauté ;
• assouplir le cadre scolaire, ce qui va de pair avec l'ajout de ressources humaines et matérielles pour établir un maillage plus serré entre l'école et sa communauté sans alourdir la tâche du personnel scolaire ;
• reconnaitre le rôle indispensable des organismes communautaires en leur accordant les moyens nécessaires au maintien de leur mission et à l'amélioration des conditions de travail de leurs personnels.
Orientation 7 – Mener des actions structurantes pour une réelle valorisation de la formation professionnelle chez les jeunes
Actuellement, la majorité des jeunes préfère suivre le parcours scolaire du secteur général Jeunes menant au diplôme d'études secondaires (DES), plutôt que de s'engager vers un diplôme de formation professionnelle (DEP). Pourtant de nombreux jeunes pourraient se réaliser et être utiles à la société dans un métier appris en formation professionnelle (FP). Il faut leur en faciliter l'accès au secondaire.
On pourrait instaurer, dans un cadre nouveau, un parcours scolaire régulier combinant un programme de FP et des cours de formation générale, parcours qui permettrait d'aller jusqu'à obtenir à la fois le DEP et le DES dans le cadre d'une grille horaire plus souple. L'existence d'une telle option amènerait tous les jeunes du secondaire à envisager la FP comme un nouveau champ d'intérêt possible sans devoir renoncer à poursuivre leur formation générale.
L'attrait de la formation professionnelle tient aussi beaucoup à la possibilité de choisir un métier qui intéresse. C'est pourquoi un gouvernement devrait maintenir une offre de programmes diversifiée dans toutes les régions du Québec et privilégier les programmes menant au DEP plutôt que les formations courtes, qui limitent chez l'élève sa polyvalence et son autonomie professionnelle.
Orientation 7 – En vue d'une réelle valorisation de la FP chez les jeunes, il faut :
• instaurer un parcours scolaire régulier combinant un programme de FP et des cours de formation générale à partir de la 4e secondaire, en encourageant et en facilitant la double diplomation du DES et du DEP, tout en faisant valoir le DEP comme une norme sociale au même titre que le DES ;
• maintenir la diversité de l'offre de programmes en FP et soutenir financièrement les programmes à peu d'effectifs, particulièrement en région, pour éviter leur fermeture ;
• changer le mode de financement à la sanction qui porte préjudice à l'ensemble de la FP ;
• privilégier les programmes menant au DEP plutôt que les formations courtes tout en retrouvant l'équilibre entre les besoins des entreprises et la mission éducative de l'institution scolaire.
Orientation 8 – Lever les obstacles rencontrés par les élèves négligés par le système
Certains groupes de jeunes se heurtent à d'importants obstacles dans leur parcours éducatif. Leurs difficultés se trouvent trop souvent invisibilisées et négligées par le système scolaire.
La proportion d'élèves autochtones quittant le secondaire sans diplôme ni qualification dépasse largement celle de l'ensemble des élèves qui fréquentent le réseau scolaire québécois. L'État doit impérativement mettre en œuvre une stratégie d'intervention pour favoriser la réussite éducative des élèves autochtones, notamment par la valorisation de leurs langues et de leurs cultures.
Pour les élèves nouvellement arrivés, la connaissance du français est essentielle à une intégration réussie, qui doit être aussi culturelle et sociale. C'est pourquoi les services d'accueil et de soutien linguistique sont indispensables aux élèves qui ne connaissent pas suffisamment le français. Il faut en améliorer l'offre et l'accès pour les élèves et leurs parents.
Plusieurs élèves décrochent au secondaire, mais la formation générale des adultes (FGA) leur offre la possibilité de réintégrer le réseau scolaire, à partir de 16 ans, pour suivre une formation de base qui peut les mener au DES ou au DEP. Il en est de même pour les organismes communautaires qui offrent des services de raccrochage scolaire répondant aux besoins des jeunes et des adultes qui n'ont pas les moyens de s'insérer dans un parcours scolaire régulier. L'État a la responsabilité de soutenir ces jeunes raccrocheurs que le système d'éducation n'a pas réussi à scolariser.
Orientation 8 – Le système d'éducation au Québec doit faire davantage pour aider les populations scolaires vulnérabilisées. Il faut en particulier :
• accorder une place plus importante aux cultures autochtones dans les programmes d'enseignement et mettre en œuvre une stratégie d'intervention pour favoriser la réussite éducative des élèves autochtones ;
• améliorer l'offre et l'accès des services de francisation et d'accueil de qualité pour les élèves issus de l'immigration et leurs parents ;
• reconnaitre les contributions essentielles de la formation générale des adultes et des organismes communautaires en raccrochage dans la continuité des parcours scolaires, tout en améliorant le soutien nécessaire à leur bon fonctionnement, et adopter une nouvelle politique gouvernementale d'éducation des adultes qui donne une place déterminante aux jeunes adultes en situation de vulnérabilité ou à risque d'exclusion et qui tient compte de leurs réalités et de leurs besoins spécifiques.
Orientation 9 – Ancrer l'éducation dans les réalités sociales et écologiques du monde contemporain
Face à l'accélération de la crise écologique et à l'inaction persistante des gouvernements, il est impératif de transformer notre système éducatif. Une éducation relative à l'environnement intégrée de façon transversale dans les programmes permettrait de former des citoyennes et citoyens conscients de leur interdépendance avec le vivant et capables d'agir pour un avenir viable. C'est une manière de penser et de vivre l'école qui transforme l'expérience scolaire.
Plus de 50 ans après l'essor de l'éducation relative à l'environnement à l'ONU, le Québec ne possède toujours aucune politique structurante en la matière. Les initiatives actuelles reposent sur la bonne volonté des personnels scolaires, sans soutien institutionnel, ce qui est insuffisant pour répondre à l'urgence. Cette carence contribue à l'écoanxiété des jeunes, les laissant parfois désespérés et fatalistes, alors que l'éducation devrait leur offrir des outils pour comprendre, s'engager et participer à un changement social nécessaire.
Orientation 9 – Pour ancrer l'éducation dans les réalités sociales et écologiques, il faut :
• intégrer les fondements et les pratiques d'une éducation relative à l'environnement comme dimension transversale des programmes ;
• valoriser et soutenir les initiatives d'éducation écologique dans les écoles ;
• développer une culture du partenariat éducatif avec les acteurs du milieu ayant une expertise ou une disponibilité en matière d'éducation relative à l'environnement (musées, parcs, centres de loisirs, bibliothèques, ONG environnementales, parents, etc.).
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Rapport de recherche "Enseigner dans les écoles face à la misogynie, l’homophobie et la transphobie"
Francis Dupuis-Déri, chercheur et professeur à la Faculté de science politique à l'UQAM, a mené, en collaboration avec la FAE, une recherche sur la montée des discours et comportements misogynes, antiféministes, homophobes et transphobes dans les écoles primaires et secondaires du Québec.
Les résultats ont été dévoilés au grand public lors d'une conférence de presse le 23 février 2026. L'étude, basée sur des témoignages d'enseignantes et d'enseignants de différentes régions du Québec, met en lumière des résultats inquiétants. Le constat est clair : il y a une hausse marquée des propos et des gestes haineux dans nos milieux scolaires, et ce, partout au Québec. Par ailleurs, l'analyse des témoignages recueillis démontre que cette hausse n'est pas liée à une origine ethnoculturelle ni à une appartenance religieuse particulière.
« Ce que les témoignages de nos membres ont fait ressortir, c'est toute l'ampleur de la problématique entourant les propos et les gestes homophobes, transphobes et misogynes dans nos établissements scolaires. Plus que jamais, il importe de prendre acte de cette réalité et d'agir. Il faut cesser de banaliser ces formes de violence et il faut outiller les milieux afin d'offrir à toutes les personnes qui œuvrent dans le réseau – élèves et personnel scolaire – un environnement sécuritaire, inclusif et respectueux », a déclaré Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle.
- "Il faut outiller les milieux afin d'offrir à toutes les personnes qui œuvrent dans le réseau – élèves et personnel scolaire – un environnement sécuritaire, inclusif et respectueux."
- Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle
Le personnel enseignant affirme que ces propos sont beaucoup plus présents qu'avant et sont exprimés ouvertement, généralement en groupe et sans gêne. Ceux-ci entraînent des répercussions sur le climat scolaire et fragilisent la dynamique. La hausse des propos problématiques se manifeste sous plusieurs formes : propos sexistes ou antiféministes, attaques verbales contre la diversité sexuelle et de genre, graffitis, intimidation collective, attaques contre des comités ou des activités liées à la diversité, dégradation de drapeaux arc-en-ciel et gestes à caractère haineux, incluant des saluts nazis.
Face à ces résultats, la FAE rappelle l'importance d'agir rapidement et de mettre en place des solutions concrètes afin de préserver un environnement scolaire sain, sécuritaire et inclusif.
Pour consulter la recherche complète, cliquez ici.

Les contre-pouvoirs dans la ligne de mire
Il y a plusieurs mois déjà, le gouvernement caquiste s'est mis à déposer à l'Assemblée nationale des projets de loi qui visent à affaiblir les contre pouvoirs et les libertés fondamentales. Selon l'expert rencontré, il y a lieu de s'inquiéter.
tiré du journal LE.POINT.SYNDICAL- HIVER.2026 | Par Julie Lampron-Lemire et Hubert Forcier
Illustration : Amélie Lehoux
« I l y a un fil rouge qui lie les projets de loi 1, 2, 3, 7 et 9. La Coalition avenir Québec (CAQ) complexi f ie la possibilité de s'opposer à la légalité de l'action gouver nementale, et ce, dans tous les secteurs », affirme LouisPhilippe Lampron, professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval, lors de son passage au bureau fédéral de la FNCC–CSN. On pourrait ajouter à cette liste la loi 14 (PL 89) et remettre en question le processus démocratique entourant l'adoption de la loi 28 (PL 101).
Selon M. Lampron, le gouvernement fait deux choses. Par son projet de constitution, il tâche de limiter la capacité des tribunaux à interpréter les droits et libertés de la per sonne, de manière à ce que, quand c'est l'As semblée nationale « qui parle », les tribunaux ne puissent intervenir pour remettre en cause les choix établis par l'institution. Ensuite, à travers ses projets de loi, le gouvernement caquiste s'attaque concrètement à la capacité de certains groupes de la société civile et des organisations publiques indépendantes d'assurer leur mission et de contester des lois.
Dans un État de droit comme le nôtre, nul n'est audessus de la loi, pas même le gouverne ment. Ainsi, il existe des contrepouvoirs pour ramener à l'ordre une organisation qui part en roue libre : les tribunaux, la société civile – dont les syndicats –, les organismes indé pendants, les citoyennes et citoyens – par des manifestations et des pétitions, par exemple –, les médias et les partis de l'opposition.
Les contrepouvoirs viennent protéger les droits de la population. Dans la pyramide des lois, il y a tout en haut la Charte des droits et libertés de la personne. Les droits et libertés consignés dans la charte priment toutes les autres législations. Avec ses nouveaux projets de loi, le gouvernement vient démanteler cette pyramide.
Les récentes actions de la CAQ cherchent à empêcher l'expression des travailleuses et des travailleurs comme de l'ensemble de la société civile, où le seul qui aurait son mot à dire sur les affaires de la cité serait le gouvernement.
Inonder la zone
La stratégie de la CAQ, selon M. Lampron, est littéralement d'inonder la zone par trop d'initiatives qui attaquent plusieurs groupes en même temps. Ce qui force une division à la fois des journalistes – qui ne sont pas capables de tout couvrir – et des groupes qui sont attaqués. « Le grand problème, quand on inonde la zone, c'est qu'on prend chacune des initiatives isolément sans voir le portrait global de la situation », croit le professeur.
De plus, le gouvernement ajoute du bruit et du brouillard en accolant des titres racoleurs. Par exemple, le projet de loi 3 : Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail. « Qui n'est pas en faveur de la démocratie syndicale ? Entre cette étiquette “ d'appât ”, pour que le projet de loi passe bien dans les médias, et la capacité des syndicats à justement jouer leur rôle dans la société… il y a une marge ! », prévient M. Lampron.
L'effritement de la démocratie
La loi 14, projet de loi 89 déposé par le ministre du Travail Jean Boulet, vient limiter le droit de grève des travailleuses et des travailleurs. En instaurant une nouvelle notion de « service assurant le bienêtre de la population », le Tribunal administratif du travail peut retirer à une partie des membres leur droit de grève et les forcer à revenir au travail, comme c'est le cas des secteurs régis par les services essentiels. Ça réduit considérablement l'effet de la grève en plus d'avantager les patrons.
Par la loi 28, le gouvernement modifie plu sieurs aspects qui encadrent les relations de travail, avec, entre autres, une réforme de l'arbitrage de griefs : nouveaux délais, médiation, divulgation de la preuve. Le gouvernement se défile ainsi des mécanismes de prévention à mettre en place pour protéger ses propres employées dans le secteur de la santé, des services sociaux et de l'éducation. « Dans une démocratie, le gouvernement doit écouter les acteurs du milieu. Dans ce casci, il est allé contre le consensus auquel patrons et syndicats étaient parvenus à la CNESST », soutient la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
Avec le projet de loi 1, la « constitution caquiste » comme LouisPhilippe Lampron aime l'appeler, le gouvernement muselle les contrepouvoirs et affaiblit les libertés fon damentales.
Selon le Barreau du Québec, ce projet de loi vient affaiblir le régime québécois de pro tection des droits fondamentaux, mettre à mal la séparation des pouvoirs et l'indépendance des tribunaux, soulever des enjeux constitu tionnels importants en plus de rouvrir le débat sur l'avortement. Rien de moins.
Mais ce qui choque le plus M. Lampron, c'est que le gouvernement normalise le recours à la disposition dérogatoire. Celleci permet aux législateurs de suspendre l'appli cation des droits et libertés. Au Canada, il y a une multiplication des recours à ces dispo sitions. En Alberta, par exemple, Danielle Smith a récemment cassé une grève et imposé un contrat de travail de quatre ans au per sonnel enseignant en utilisant une clause dérogatoire.
Avec le projet de loi 2, le gouvernement a voulu enlever le droit de négocier aux médecins en imposant un contrat de travail par une loi spéciale. Il mettait en place des mécanismes de surveillance « qui n'en finissaient plus ».
Au moment de son adoption en octobre 2025, la CAQ avait instauré « des mesures qui interdisaient de remettre en cause et de critiquer cette loi spéciale et tous ces mécanismes de surveillance. Ces mesures ne s'étendent pas seulement aux médecins, mais aussi à la grandmère, aux voisins, à l'ami ou au prof d'université. Dans ces conditions, on ne pourra contester ce régime sans pos siblement subir des sanctions pécuniaires », affirme M. Lampron.
Dans le projet de loi 3, le gouvernement érige des haies, des obstacles, pour empêcher les syndicats d'agir dans l'espace public. Par exemple, pour contester une loi qui vien drait brimer le droit des travailleuses et des travailleurs, le syndicat devra consulter ses membres. Il faudra convoquer une assemblée générale et atteindre le quorum. Combien de temps ça prendra ? Combien ça coûtera ? Pour LouisPhilippe Lampron, ce sont des haies qui ralentiront et qui empêcheront les syndicats d'agir dans l'espace public. Mais, selon lui, la principale source de difficultés concernant ce projet de loi, c'est l'idée selon laquelle le syndicalisme doit être enfermé dans une stricte case de relations de travail.
Le projet de loi 7 : Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité des hauts fonction naires, vient fusionner et couper des institu tions et des organismes importants à notre démocratie. « Ainsi, on limitera la protection contre la censure institutionnelle et on mettra f in à des obligations de reddition de comptes, préservées notamment par la Loi sur la liberté académique qui s'applique au milieu universitaire », souligne M. Lampron.
Il ajoute : « C'est une perte sèche pour la nature démocratique des décisions gouverne mentales. On a besoin de plus d'organismes avec de l'expertise, dans les différentes sphères où le gouvernement doit trancher, si l'on aspire aux meilleurs choix possibles et pas seulement à “ quelque chose ” qui se décide dans le bureau du premier ministre. »
Finalement, le projet de loi 9 vient, entre autres, étendre l'interdiction des signes reli gieux aux employées des centres de la petite enfance et interdire des pratiques religieuses dans l'espace public. Selon M. Lampron, c'est un cas classique de discrimination : « Parce que ceux qui vont subir les désavantages, ce sont les membres de groupes religieux minoritaires. »
Une mobilisation fondamentale
En plus de faire pression sur le gouverne ment, M. Lampron croit qu'il faut « accentuer la pression politique exercée sur les partis de l'opposition, pour qu'ils s'engagent dès maintenant à abroger des initiatives de cette nature. Ils ne se mouillent pas assez. La manif du 29 novembre, ce n'était pas un soulèvement contre le projet de loi 3, c'en était un contre les projets de loi 1, 2, 3, 7 et 9. Parce que c'est lié ensemble. Cette attaquelà, elle est tous azimuts. » ?
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Santé Québec – Un constat d’échec qui ne surprend personne
Lors de la création de Santé Québec, l'ancien ministre Christian Dubé assurait que la nouvelle agence permettrait de rendre le système de santé plus efficace et d'améliorer l'accessibilité du réseau. Après un peu plus d'un an, les résultats d'un récent sondage Léger rendu public dans La Presse démontrent clairement que le gouvernement et son agence ont échoué sur toute la ligne. Le jugement des Québécoises et des Québécois est sans appel : Santé Québec est un monstre bureaucratique inefficace, centralisateur et inutile.
https://www.csn.qc.ca/actualites/sante-quebec-un-constat-dechec-qui-ne-surprend-personne/
Affamer les services pour enrichir les cadres et le secteur privé
Ce constat d'échec n'est guère surprenant. Plus des trois quarts des personnes interrogées estiment que les soins offerts par les travailleuses et les travailleurs de la santé et des services sociaux sont de bonne qualité, mais que le réseau fonctionne mal. Pourtant, le gouvernement et les têtes dirigeantes de Santé Québec ont plutôt décidé de sabrer dans les services pour ériger une nouvelle mégastructure, lourde et gourmande.
Depuis sa mise en œuvre, Santé Québec impose systématiquement un régime minceur au personnel et aux services directs à la population, tout en multipliant les postes de cadre et les contrats accordés à des firmes privées à but lucratif.
De façon concrète, cela s'articule en un cercle vicieux particulièrement pervers. D'un côté, on abolit des postes sur le terrain et on coupe dans les services à la population, ce qui encourage la main-d'œuvre et la patientèle à migrer vers le secteur privé. De l'autre, on crée des postes de cadre généreusement rémunérés et on ouvre de plus en plus grand la porte aux cliniques privées, qui peuvent désormais s'enrichir sans vergogne en vendant à fort prix les services qui étaient auparavant accessibles gratuitement dans le réseau public.
La boucle est ainsi bouclée. Le réseau public continue de s'appauvrir à mesure qu'on lui impose des compressions et que le secteur privé le vampirise de son personnel et de son expertise. Il n'est alors plus en mesure de fournir les services dont la population a besoin, laissant ainsi toute la place au privé, qui continue de s'enrichir avec la maladie.
Donner un coup de barre avant de frapper l'iceberg
À la lumière de ce constat d'échec et du verdict populaire sans équivoque, il est évident qu'un changement de cap radical s'impose. Heureusement, en ce moment et pour les prochains mois, le contexte politique québécois est propice aux recalibrages et aux prises de positions courageuses et innovantes.
Par conséquent, nous demandons à toute personne et à tout parti politique aspirant à gouverner le Québec de s'engager à écouter la population et à renverser cette tendance qui menace notre système de santé et de services sociaux.
Les Québécoises et les Québécois veulent d'un gouvernement qui investit dans le personnel soignant plutôt que dans les structures administratives. Elles et ils veulent des soins et des services accessibles et gratuits, plutôt que des bris de services et des entreprises qui s'enrichissent grâce à leur maladie.
Donnons-leur maintenant, avant que notre réseau public ne soit réduit à une coquille vide.
David Bergeron-Cyr, vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ;
Françoise Ramel, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) ;
Luc Beauregard, secrétaire-trésorier de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ;
Sonia Bureau, présidente par intérim du Conseil provincial des affaires sociales du Syndicat canadien de la fonction publique (CPAS-SCFP) ;
Émilie Charbonneau, première vice-présidente de l'Alliance de personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ;
Réjean Leclerc, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN) ;
Jessica Goldschleger, présidente de la Fédération des professionnèles (FP–CSN) ;
Déreck Cyr, président de la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ) ;
Sylvie Nelson, présidente du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES) ;
et Martin Trudel, troisième vice-président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

« La décroissance EST la lutte de classes »
Le vendredi 20 février, le Syndicat de chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal (SCCCUM) a accueilli Yves-Marie Abraham pour une discussion sur la décroissance.
Kaveh Boveiri
Le 20 octobre 1968 marque un grand tournant dans la lutte de la classe ouvrière québécoise. Ce jour-là, Marcel Pepin, président de la CSN, livre son discours « Le deuxième front » aux membres de la confédération. Les enjeux immédiats de la lutte de la classe ouvrière étant, entre d'autres, le salaire, les conditions du travail, toutes formes d'assurance, le deuxième front est lié aux éléments qui dépassent cette immédiateté. La grève sociale, la grève solidaire, la solidarité internationale, les droits de minorités, les droits de femmes, les enjeux environnementaux, les enjeux d'ethnicités, toutes les formes de la prise de décision politique se trouvent dans cette catégorie. Cette dichotomie de la lutte de classe étant apparemment valide, le discours de Pepin vise à démontrer qu'une telle dichotomie n'est ni valide ni prometteuse !
Ainsi, Pepin se distingue de syndicats dirigés par ce qui en anglais est exprimé péjorativement Porkchoppers. Ce terme définit un syndicat ou un dirigeant syndical emprisonné dans sa myopie de l'amélioration immédiate de sa vie. Que le coltan dans son cellulaire soit exploité par les enfants de La République démocratique du Congo, que la récolte de son café quotidien soit le résultat de travail des femmes qui subissent un harcèlement sexuel quotidien pour un salaire de quelques dollars par jour, que les entreprises canadiennes jouent un rôle important dans le génocide à Gaza , n'intéressent pas aux Porkchoppers.
Malgré l'appui verbal, mais aussi pratique de l'importance des enjeux qui ne sont pas immédiatement liés à la vie syndicale de la part du lu Conseil Central du Montréal Métropolitain, ce n'est pas toujours facile pour un syndicat local de se mobiliser pour un tel enjeu.
Le vendredi 20 février, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal (SCCCUM) démontre la possibilité d'une telle mobilisation. Ce jour-là, Yves-Marie Abraham, professeur du département de Management de HEC Montréal, a livré sa présentation sur la décroissance.
Une quarantaine de personnes ont été présentes à cet événement auCafé Bar étudiant La Brunante. Les membres du syndicat, les étudiants, mais aussi les membres de grand public, par hasard présents à l'endroit, écoutaient la présentation.
Le titre de présentation étant « La décroissance OU la lutte de classe », le conférencier vise à développer une thèse diamétralement différente : « la décroissance est la lutte de classe ». Plus précisément, selon Yves-Marie Abraham, la lutte de classe peut être canalisée d'une manière la plus prometteuse dans le cadre général de la lutte décroissanciste. Une question s'impose : comment un tel projet peut-il être concrètement réalisé ? La réponse est donnée par un slogan trinitaire où ces éléments doivent être considérés comme les composants indissociables : « produire moins, partager plus, décider ensemble ».
Le premier volet de slogan, « Produire moins », vise à la dénotation immédiate du terme « décroissance ». Il faut mettre fin à « l'augmentation de la quantité de biens et de services (ayant une valeur monétaire) produits et vendus d'une année sur l'autre par la collectivité ». Articulée, plus brièvement, on peut dire : la croissance est infinie alors que le monde et ses forces sont finis. Un effort pour concilier les deux plans, écologique et économique croissanciste, pour maintenir cette « entreprise monde », est un effort pour concilier un cercle vertueux. Une distinction mérite d'être soulignée : ce slogan n'est pas synonyme ni réductible au « consommer moins ». Ce dernier hyperindividualise un enjeu social et transfère la responsabilité aux individus qui répondent, par la consommation, à leurs besoins.
Le deuxième aspect, « Partager plus », est étroitement lié au premier. Au lieu de continuer la production croissanciste, on peut aussi envisager l'utilisation commune de matériels déjà produits. Ainsi, un volet intersubjectif de l'être humain est également renforcé.
Pour le troisième composant, la décision commune, une transformation sociopolitique s'impose. Les exemples de communs, déjà existants, sont suggérés comme un point de départ prometteur.
Sans prétendre que tout est déjà clair, le conférencier avoue modestement que plusieurs aspects de la décroissance comme une alternative seront clairs à travers la lutte.
Une vingtaine de questions et de commentaires de la part de l'auditoire montre déjà le succès de cet événement.
Pour se familiariser davantage avec l'approche de ce conférencier, la personne lectrice est invitée à lire le livre du conférencier Guérir du mal de l'infini : produire moins, partager plus, décider ensemble (Ecosociété, 2020).
Les initiatives semblables de celle du SCCCUM peuvent nous aider à réaliser la position brillamment dépeinte par Marcel Pepin il y a 58 ans : la dichotomie entre le premier et le deuxième front de la lutte de classes n'est qu'une fiction.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Les organisations syndicales dénoncent une discrimination envers les travailleuses du Québec
Les organisations syndicales représentant les travailleuses et les travailleurs des réseaux de la santé, des services sociaux et de l'éducation déposent aujourd'hui devant la Cour supérieure des contestations constitutionnelles visant à faire invalider les dispositions discriminatoires de la Loi 28, Loi visant l'amélioration de certaines lois du travail, issue du projet de loi 101.
Cette loi exclut les travailleuses et les travailleurs de ces secteurs du régime général de prévention en santé et sécurité du travail, pourtant prévu pour l'ensemble des milieux de travail du Québec, les reléguant à des mesures de prévention inférieures. Les porte-paroles des organisations syndicales dénoncent d'une même voix une décision qui perpétue un désavantage historique envers les femmes, puisque cette exclusion frappe de plein fouet des secteurs où elles sont largement majoritaires.
« Le gouvernement sait très bien que ce sont les travailleuses de ces secteurs qui subissent les risques les plus élevés en santé et sécurité. Le ministre du Travail reconnaissait et dénonçait lui-même cette discrimination historique en 2021. Et pourtant, quatre ans plus tard, il choisit de les exclure du régime général de prévention. Cette discrimination et cette atteinte directe au droit à l'égalité ne peuvent être tolérées », déclarent conjointement les porte-paroles syndicaux Robert Comeau (APTS), Caroline Senneville (CSN), Éric Gingras (CSQ), Mélanie Hubert (FAE), Julie Bouchard (FIQ) et Olivier Carrière (FTQ).
Rappelons qu'en 2021, le Québec avait enfin modernisé son régime de santé et sécurité du travail grâce à la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail (LMRSST), permettant aux travailleuses de secteurs historiquement négligés d'obtenir les mêmes protections que celles offertes depuis 1979 aux milieux industriels. Le Règlement sur les mécanismes de prévention et de participation en établissement devait compléter ce déploiement en 2025, en tenant compte des risques réels et des réalités propres aux femmes. Or, en adoptant la Loi 28, le gouvernement a choisi de retirer les réseaux de la santé, des services sociaux et de l'éducation du régime, les reléguant à des mesures de prévention nettement inférieures, même à celles prévues pour les secteurs les moins à risque de l'économie. Et ce, malgré le fait qu'en 2024, plus du tiers de tous les accidents du travail reconnus au Québec provenaient des secteurs de l'éducation, des soins de santé et de l'assistance sociale. Et pourquoi ? Parce que ça coûterait trop cher au gouvernement.
« Nous refusons que les femmes qui soignent, enseignent, accompagnent et soutiennent notre société soient reléguées à un régime de seconde zone. Nous nous devons de dénoncer, de contester et de nous battre pour les travailleuses que nous représentons, pour notre société, mais aussi pour les patients, les enfants et l'ensemble de la population qui ont besoin de nos réseaux publics. »
Les organisations syndicales réaffirment leur détermination à obtenir justice et à faire reconnaître que l'exclusion imposée par la Loi 28 est non seulement injustifiée, mais qu'elle est aussi inconstitutionnelle. Elles réclament que l'article 46 de la Loi soit invalidé et que les travailleuses de la santé, des services sociaux et de l'éducation bénéficient enfin des protections auxquelles elles ont droit.
Organisations contestant la Loi 28 et prenant part au dépôt coordonné des recours
Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
– Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN)
– Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN)
– Fédération des professionnèles (FP-CSN)
– Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN)
Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
– Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ)
– Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)
– Fédération du personnel professionnel de l'éducation (FPPE-CSQ)
– Fédération du personnel de l'enseignement privé (FPEP-CSQ)
– Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ)
Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ)
Fédération autonome de l'enseignement (FAE)
Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
– Syndicat canadien de la fonction publique, SCFP (FTQ)
– Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau, SEPB (FTQ)
– Syndicat québécois des employées et employés de service, section locale 298, SQEES-298 (FTQ)
– Union des employés et employées de service, UES 800 (FTQ)

Décès de Jesse Jackson : les hommages affluent du monde entier
Les hommages affluent du monde entier pour le révérend Jesse Jackson, décédé mardi. Cette icône des droits civiques et deux fois candidat à la présidence était âgé de 84 ans. Juan González, de Democracy Now !, raconte son expérience en tant que journaliste ayant accompagné Jackson lors de ses visites à Cuba et à Porto Rico. « Jesse était toujours présent lorsque les gens luttaient pour une forme de justice sociale », explique González. « Parmi tous les dirigeants américains du dernier demi-siècle, je pense qu'aucun n'avait une vision aussi internationale et un engagement aussi fort en faveur de la justice sociale mondiale que Jesse Jackson. »
18 février 2026 | tiré de democrcy now !
L'évêque William Barber, président et maître de conférences de Repairers of the Breach, a rencontré Jackson il y a 40 ans alors qu'il était étudiant et qu'il avait demandé à travailler avec la campagne étudiante de Jackson lors de sa candidature à la présidence en 1984. Jackson « était quelqu'un qui prenait au sérieux l'union des gens pour sauver l'humanité — PUSHing — qui prenait au sérieux un programme d'amélioration », explique Barber.}
AMY GOODMAN : Les hommages affluent du monde entier pour le révérend Jesse Jackson, décédé mardi. Cette icône des droits civiques et deux fois candidat à la présidence était âgé de 84 ans.
Dans une déclaration, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a déclaré : « De Selma, dans le sud des États-Unis, à Soweto en 1979, où il s'est rendu après la mort de Steve Biko, Jesse Jackson a défié les architectes de l'apartheid et les exécutants de la brutalité pour déclarer que tous les êtres humains sont égaux et que la justice finirait par triompher de l'injustice. »
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué Jackson pour son « combat contre le racisme, contre l'apartheid et pour les droits de l'homme ».
L'ancien président Obama a évoqué les campagnes présidentielles de Jackson en 1984 et 1988, déclarant : « Au cours de ses deux campagnes présidentielles historiques, il a jeté les bases de ma propre campagne pour accéder à la plus haute fonction du pays. »
Voici un extrait du discours du révérend Jesse Jackson lors de la Convention nationale démocrate de 1988.
RÉVÉREND JESSE JACKSON : Lorsque vous voyez Jesse Jackson, lorsque mon nom est proposé à la nomination, votre nom est également proposé à la nomination. Je suis né dans un bidonville, mais le bidonville n'est pas né en moi. Et il n'est pas né en vous. Et vous pouvez y arriver. Où que vous soyez ce soir, vous pouvez y arriver. Gardez la tête haute. Bombez le torse. Vous pouvez y arriver. Il fait parfois sombre, mais le matin vient toujours. N'abandonnez pas ! La souffrance forge le caractère. Le caractère forge la foi. Au final, la foi ne vous décevra pas. Vous ne devez pas abandonner. Vous y arriverez peut-être ou peut-être pas, mais sachez simplement que vous en êtes capables, et tenez bon, persévérez. Nous ne devons jamais abandonner. L'Amérique ira de mieux en mieux. Gardez espoir. Gardez espoir ! Gardez espoir ! Demain soir et au-delà, gardez espoir. Je vous aime beaucoup. Je vous aime beaucoup.
AMY GOODMAN : C'était le révérend Jesse Jackson en 1988, lors de sa campagne présidentielle.
Dans un instant, nous serons rejoints par l'évêque William Barber. Mais d'abord, Juan, nous voulons nous tourner vers vous. Juan González couvre Jesse Jackson depuis des décennies. Pouvez-vous nous parler de votre expérience en tant que journaliste couvrant le révérend Jackson ici et dans d'autres pays ?
JUAN GONZÁLEZ : Oui, Amy. J'ai rencontré Jesse pour la première fois il y a plus de 40 ans, en 1983, alors qu'il préparait sa première campagne présidentielle. J'étais alors un jeune reporter au Philadelphia Daily News, et la première convention présidentielle nationale que j'ai couverte était celle du DNC à San Francisco en 1984, où Jesse a prononcé son premier discours désormais légendaire, exhortant le Parti démocrate à adopter un programme de véritable justice sociale.
Quelques années plus tard, en 1990, lors de la grève historique de cinq mois au New York Daily News, où je présidais le comité de grève du syndicat des journalistes, Jesse a joué un rôle essentiel dans le ralliement du soutien à notre cause. Il s'est joint au gouverneur Mario Cuomo, au cardinal O'Connor et au maire Dinkins pour prendre la parole lors d'un rassemblement massif en soutien à notre grève devant le Daily News.
Plus tard, pendant la semaine de Noël 1993, j'ai voyagé avec Jesse, le leader syndical Dennis Rivera et quelques autres personnes à Cuba, où nous avons rencontré le leader cubain Fidel Castro. Jesse a convaincu Fidel de permettre à sa petite-fille de quitter Cuba et de rejoindre les États-Unis, auprès de sa mère qui avait fait défection. J'ai été stupéfait de voir combien de personnes dans les rues de La Havane ont immédiatement reconnu Jesse et ont voulu lui parler, et il a passé du temps avec elles aussi. Et ma préférée —
AMY GOODMAN : Juan, pouvez-vous — nous montrons une photo, que vous ne pouvez pas voir, de Jesse Jackson assis dans un fauteuil à bascule. Pouvez-vous expliquer ce que c'est ? C'était à Cuba ?
JUAN GONZÁLEZ : Oui. Oui, c'était... C'est ma photo préférée de lui. Un matin, tôt, je suis descendu... Nous étions dans une maison d'hôtes à La Havane. Je suis descendu vers 7 heures du matin, et Jesse était là, en peignoir, dans un fauteuil à bascule, en train de lire la Bible. Il n'y avait personne d'autre dans la pièce à ce moment-là. Et...
AMY GOODMAN : Je vais maintenant donner la parole au révérend Jesse Jackson, puisque vous parlez de lui... Vous avez couvert Jesse Jackson lors de cette réunion que vous avez tous eue avec Fidel Castro. Voici Jackson s'exprimant à La Havane en 2013.
RÉVÉREND JESSE JACKSON : Nous ne représentons aucune menace sécuritaire rationnelle pour Cuba, puisque nous avons la base de Guantánamo à Cuba. La Russie n'est plus, comme nous la connaissions dans les années 60, à Cuba. Il n'y a pas... Poutine n'est pas là où Khrouchtchev était il y a 60 ans. Et qu'est-ce que cela signifierait pour nous, à part un marché pour les télécommunications, les voitures et le tourisme ? Et qu'est-ce que cela signifierait pour les Cubains ? De la nourriture et du développement. Nous avons tous à gagner à lever les blocus et à construire des ponts. ...
Je suis convaincu que si le pont – si le mur entre l'Afrique du Sud, les Blancs et les Noirs, a pu tomber, si le mur entre l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest a pu tomber, si nous avons pu recommencer à dialoguer avec l'Iran après 35 ans, alors le moment est venu de faire tomber celui-ci. Il y a un certain esprit diplomatique dans l'air. Nous devrions saisir cette occasion pour faire tomber cette barrière entre Cuba et les États-Unis.
AMY GOODMAN : C'était donc Jesse Jackson à La Havane en 2013, lors d'un de ses nombreux voyages là-bas. Juan l'accompagnait lors d'un de ces voyages. Juan ?
JUAN GONZÁLEZ : Oui. Et puis, en 1999, j'ai de nouveau voyagé avec Jesse dans un petit groupe vers l'île de Vieques, à Porto Rico, où nous avons rencontré les manifestants qui occupaient le champ de tir de la marine américaine à Vieques, exigeant que la marine quitte Vieques. Je me souviens particulièrement d'un moment, car Jesse a fait l'objet d'une grande couverture médiatique sur l'île à l'époque, où le commandant de la base navale de Roosevelt Roads a exigé une rencontre avec Jesse pour lui expliquer le point de vue de la marine. Le commandant n'a cessé de répéter l'importance de Vieques en tant que centre d'entraînement pour l'armée américaine. À un moment donné, Jesse l'a regardé et lui a dit : « Vous ne comprenez pas. Ces gens ne veulent pas de vous ici. Vous êtes comme un homme qui répète sans cesse « oui, oui, oui » à une femme qui lui répond « non, non, non », et vous ne voulez pas l'écouter. C'est fini. Vous devez partir. La marine doit quitter Vieques. » Et, bien sûr, un an ou deux plus tard, c'est finalement le président Bush qui a retiré la marine de Vieques.
En gros, Jesse était toujours là quand les gens se battaient pour une forme de justice sociale. On pouvait toujours compter sur lui pour se montrer et exprimer son soutien public. Et parmi tous les dirigeants américains du dernier demi-siècle, je pense qu'aucun n'avait une vision plus internationale et un engagement plus fort en faveur de la justice sociale mondiale que Jesse Jackson. Ceux d'entre nous qui l'ont connu sont tous meilleurs pour l'avoir connu, et son départ est une perte immense.
AMY GOODMAN : Juan, vous nous parlez depuis Chicago, sa ville natale de longue date. Nous allons maintenant nous rendre en Caroline du Nord pour continuer à parler de la vie et de l'héritage du révérend Jesse Jackson. Nous sommes rejoints par l'évêque William Barber, président et maître de conférences de Repairers of the Breach, coprésident de la Poor People's Campaign et directeur fondateur du Yale Center for Public Theology and Public Policy.
Même si vous vous joignez à nous aujourd'hui depuis New Haven, vous êtes généralement en Caroline du Nord. Jesse Jackson est né en Caroline du Sud, mais il a fait ses études en Caroline du Nord, tout comme vous. Pouvez-vous nous parler de l'importance, de la vie et de l'héritage de Jesse Jackson, évêque Barber ?
ÉVÊQUE WILLIAM BARBER II : Merci beaucoup, Amy et Juan.
Nous venons de terminer une marche de 80 km en Caroline du Nord, intitulée « It's Time to Love Forward Together : This Is Our Selma » (Il est temps d'avancer ensemble dans l'amour : ceci est notre Selma). À bien des égards, la façon dont nous l'avons organisée correspond à ce que j'ai appris avec Jesse Jackson : large et profonde, noire et blanche et brune, jeune et vieille, gay et hétéro, asiatique et autochtone et axée sur plusieurs politiques.
Jesse Jackson, lorsque je l'ai rencontré il y a 40 ans alors que j'étais étudiant, m'a demandé de travailler avec lui sur sa campagne étudiante lorsqu'il s'est présenté à la présidence en 1984. Ce que nous avons entendu en lui, ce n'était pas un politicien. Ce que nous avons entendu en lui, c'était quelqu'un qui prenait au sérieux l'union des gens pour sauver l'humanité — PUSHing — qui prenait au sérieux un programme d'amélioration. Nous ne l'avons pas entendu critiquer ou dénigrer ses adversaires, un message dont nous avons besoin aujourd'hui. Au contraire, il a donné une vision aux gens. Il a parlé de passer des combats pour les droits civiques à un terrain d'entente économique. Il a parlé de passer à un terrain moralement supérieur. Il a présenté les questions sous un angle moral, en s'appuyant à la fois sur les traditions judéo-chrétiennes et sur la Constitution.
Et Jesse avait une façon, comme l'a dit Juan, de dire : « Si vous pouvez abattre les murs en Allemagne, si vous pouvez abattre les murs en Afrique du Sud, vous pouvez abattre les murs ici à Cuba, vous pouvez abattre les murs qui maintiennent les gens dans la pauvreté et dans les ghettos ici même. » Et c'est ce qui fait son unicité.
Jesse ne se contentait pas de critiquer la question raciale. Il avait une critique raciale, mais il reconnaissait que la critique raciale seule était trop limitée. Il se souvenait de ce que le Dr King avait enseigné en 1965, à la fin de la marche de Selma à Montgomery, à savoir que la plus grande crainte des oligarques avides de ce pays était que les masses de Noirs, de Blancs pauvres et d'autres, les Latinos, s'unissent et forment un bloc électoral capable de modifier fondamentalement l'architecture économique de cette nation. Il nous a poussés, Amy, à connaître la politique, celle de nos adversaires et la nôtre, à connaître les deux côtés, et à ne pas rabaisser nos adversaires. Ce que nous devions faire, c'était donner aux gens une vision d'espoir, et pas seulement des rêves et des vœux pieux, mais le genre d'espoir qui naît de la construction d'un mouvement.
Vous savez, les gens disent qu'il a perdu. En réalité, il n'a pas perdu ces deux élections. Il a attiré 10 millions de nouveaux électeurs. Il a changé les règles au sein du Parti démocrate. Il a mis en avant un programme pour des personnes dont personne ne parlait. Il était l'un des rares candidats à parler ouvertement des pauvres, que ce soit dans l'Iowa, en Alabama, au Mississippi, à New York ou dans le nord de l'État de Connecticut. Où qu'il soit, il soulevait les gens. Et c'est là que réside son génie et le genre d'espoir qu'il a maintenu vivant encore et encore.
Et il n'a jamais cessé, même lorsqu'il est tombé malade. Nous étions au Texas, marchant 34 km pour soutenir les habitants du Texas, et Jesse Jackson est apparu il y a cinq ans, alors que nous étions en pleine pandémie de COVID. Alors que nous nous battions pour que les personnes pauvres et à faibles revenus soient traitées de manière équitable dans le cadre des crédits alloués à la COVID, Jesse Jackson est simplement arrivé un jour. Alors que nous nous battions pour le droit de vote et exigions que le projet de loi sur la COVID et le rétablissement du droit de vote soient adoptés en même temps, et que les politiciens ne voulaient pas le faire, Jesse est arrivé, et nous sommes allés en prison ensemble. Quand nous avons commencé, j'ai été arrêté avec lui.
Lorsque nous avons relancé la Poor People's Campaign, Jesse était maire de Solidarity City. Il est venu et a dit : « Je ne suis même pas ici pour la diriger. Je suis ici pour dire qu'il est grand temps que nous reprenions cela, 50 ans plus tard, et que c'est la bonne chose à faire », car il a compris que nous ne sommes pas actuellement dans une crise de la démocratie ou une crise d'un parti ; nous sommes dans une crise de civilisation. Il y a quelque chose de très malsain lorsque les gens pensent que la seule chose à faire avec le pouvoir est de faire du mal aux gens, de les expulser, de les déporter, de leur retirer leur couverture santé et leur salaire minimum vital. Le message de Jesse est nécessaire aujourd'hui. Je dirais que tout le monde devrait écouter les discours de 1984 et 1988, les écouter et s'en inspirer aujourd'hui afin que nous puissions sortir de la situation que nous vivons actuellement.
JUAN GONZÁLEZ : Et, révérend Barber, je me demande... Vous avez souvent dit que, comme Selma en 1965 et Birmingham en 1963, nous vivons aujourd'hui un moment moral. Pourriez-vous nous expliquer brièvement pourquoi ?
BISHOP WILLIAM BARBER II : Eh bien, vous savez, quand on écoute, par exemple, la fin du discours de Selma à Montgomery, lorsque le Dr King a prononcé son sermon sur les marches du Capitole de l'Alabama, il est intéressant de noter qu'il a élargi le sujet dont il parlait.
Il ne parlait pas seulement du droit de vote des Noirs. Il a exposé ce qui pourrait se passer si nous avions — si nous étendions le droit de vote. Il a expliqué comment cela changerait la démocratie elle-même.
Alors que nous sommes ici en ce moment, Jesse est décédé hier, et lorsque sa famille m'a appelé, son fils m'a appelé, alors que nous priions, alors qu'ils l'emmenaient, sa femme a dit : « Un lion puissant est tombé. » C'est ce que son fils m'a dit. Et je pense que le pouvoir moral de ce lion est à la fois de protéger et d'étendre la fierté. Eh bien, aujourd'hui, nous avons moins de droits de vote qu'au 6 août 1965, lorsque la loi sur le droit de vote a été adoptée pour la première fois. Et Jesse nous enseignait toujours que le droit de vote n'était pas réservé aux Noirs. Il nous enseignait ce qu'il apportait aux femmes blanches, ce qu'il apportait aux travailleurs. Nous n'avons toujours pas de salaire minimum vital, alors que nous créons des trillionnaires, des trillionnaires avides, et que nous donnons de plus en plus d'argent aux milliardaires et aux oligarques. Nous n'avons pas de salaire minimum vital. Plus de 140 millions de personnes sont pauvres et ont un faible salaire. 87 millions de personnes n'ont pas d'assurance maladie ou sont sous-assurées, à une époque où nous adoptons des lois importantes, horribles, mortelles et destructrices qui suppriment les soins de santé.
Nous vivons également à une époque où, même du côté démocrate, les politiciens n'osent pas prononcer le mot « pauvre ». Ils parlent d'accessibilité financière, mais ils n'osent pas dire le mot « pauvre ». Jesse, lui, l'aurait fait. Et il dirait qu'on ne peut pas simplement affirmer que la marée montante aide la classe moyenne et que tout le monde suivra. Il savait que certains bateaux étaient bloqués. Et il savait qu'il fallait remonter depuis le fond, pas vraiment avec la marée montante, mais remonter depuis le fond. Et il avait une méthode, dont nous avons besoin aujourd'hui. Nous devons faire savoir aux gens quelque chose qu'il disait souvent : si vous êtes noir et que vous ne pouvez pas payer votre facture d'électricité parce que vous ne gagnez pas un salaire suffisant pour vivre, ou si vous êtes blanc et que vous ne pouvez pas payer votre facture d'électricité parce que vous ne gagnez pas un salaire suffisant pour vivre, nous sommes tous noirs dans le noir, et la seule façon de sortir de l'obscurité est que tous ceux qui sont dans le noir exercent leur pouvoir.
Nous sommes enfin arrivés, Juan, à un moment moral critique, car 90 millions de personnes — avec tout cet autoritarisme et ce néofascisme qui sont vomis et mis en œuvre dans la politique de l'administration actuelle — 90 millions de personnes sont restées chez elles. Le Congrès actuel est composé comme il l'est à cause de seulement 7 000 voix. Et dans de nombreux États, très nombreux États, la marge de victoire est inférieure à 5 % du nombre de personnes pauvres et à faible revenu qui n'ont pas voté. Et elles ont dit qu'elles n'avaient pas voté parce que personne ne leur avait parlé. Jesse leur aurait parlé, et nous devons le faire aujourd'hui.
AMY GOODMAN : Évêque William Barber, nous tenons à vous remercier infiniment d'être avec nous, président et maître de conférences de Repairers of the Breach, directeur fondateur du Yale Center for Public Theology and Public Policy.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Soudan. Le Kadamoul, un symbole social et politique
Porté initialement pour des raisons climatiques, le kadamoul a depuis quelques décennies bien d'autres usages. Ce foulard, commun aux peuples du désert, concentre une charge symbolique, politique et culturelle forte que les belligérants de la guerre qui déchire le pays depuis bientôt trois ans ne manquent pas d'exploiter.
Tiré d'Afrique XXI.
Avant le début de la guerre au Soudan, le 15 avril 2023, Badr travaillait dans un magasin de matériel électronique. Il s'est reconverti peu de temps après les premiers affrontements en ouvrant une boutique spécialisée dans les vêtements et accessoires militaires, dans le Nord-Darfour. Le kadamoul compte parmi ses produits phares. Ce long turban que l'on enroule autour de la tête, de la bouche ou du cou, existe en différents modèles, dont le blanc en coton dit « civil » pour les grandes occasions (mariages, réunions familiales, etc.), et le beige et kaki pour les camouflages militaires. Ce dernier, le plus recherché par sa clientèle, est fabriqué en Chine et importé du Tchad voisin. En deux ans, les ventes n'ont pas cessé d'augmenter. Badr reçoit même des commandes depuis l'étranger. « Au départ, c'était plutôt des soldats de l'armée soudanaise ou ceux des forces conjointes [alliées de l'armée, NDLR] qui l'achetaient, mais maintenant c'est devenu un accessoire de mode pour les civils qui les soutiennent », constate le commerçant joint par téléphone. Une métamorphose qui ne passe pas inaperçue dans le paysage. Avant que le conflit éclate, peu d'habitants osaient s'afficher avec un kadamoul, militaire ou civil, surtout en ville, car les autorités l'associaient à la criminalité. Il l'est d'ailleurs toujours aux yeux de certains Soudanais.
Le kadamoul est un attribut commun aux peuples du désert du Sahara, et son nom varie selon les régions. Le fameux chèche des peuples touaregs s'appelle par exemple « tagelmust ». Le climat du Soudan est majoritairement sec et aride, la fonction du kadamoul est d'abord de protéger du soleil, de la poussière et des tempêtes de sable dans des régions désertiques telles que le Darfour et le Kordofan. Mais il est aussi porté ailleurs sur le territoire – principalement par des hommes. Bien que ce foulard soit perçu comme un héritage ancestral par ceux qui le revêtent, une partie de la population au Soudan le jugait comme un élément culturel « étranger ». « Au lycée, au moment de la semaine culturelle [célébration annuelle qui vise à promouvoir les traditions de chaque groupe ethnique du pays, NDLR], si tu venais avec un kadamoul on te disait “toi tu es tchadien, tu n'es pas soudanais, ça c'est le truc des Zaghawas” », se souvient Sadam, élève dans un lycée du Sud-Darfour dans les années 2010. Ces propos témoignent des discriminations envers certaines ethnies sous la dictature d'Omar Al Bachir, au pouvoir de 1989 à 2019.
L'ancien chef de l'État se présentait souvent avec une coiffe blanche en tissu, qu'un œil ignorant pourrait confondre avec un kadamoul. Ce couvre-chef, appelé imama, contient, lui, une dimension religieuse. Le port de ce turban s'inscrit dans une tradition prophétique, que califes ou souverains ottomans ont notamment embrassée. Arrivé au sommet de l'État par un putsch militaire en 1989, Omar Al-Bachir installe un pouvoir islamiste raciste, au profit des élites arabes de la capitale et du Nord-Soudan, renforçant un sentiment d'appartenance à la culture arabe et musulmane, dans un pays riche d'une grande diversité culturelle. Un recensement de la population de 1956 (1), date de l'indépendance du pays, dénombrait cinquante-six groupes ethniques principaux, tandis qu'il existe encore plus d'une centaine de langues en usage. En 2009, la Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt à l'encontre d'Omar Al-Bachir, l'accusant entre autres de nettoyage ethnique à l'encontre des populations noires telles que les Fours, les Masalits et les Zaghawas, dans le cadre de la guerre du Darfour, déclenchée en 2003 et qui n'a jamais véritablement cessé.
Sous Omar Al-Bachir, un code vestimentaire strict
Le régime de l'ancien président imposait un code vestimentaire strict, encadré par une loi dès 1991. Le Code pénal soudanais prévoyait une peine maximale de quarante coups de fouet pour quiconque « commet[tait] un acte indécent, un acte qui viol[ait] la moralité publique, ou port[ait] des vêtements indécents ». À ce titre, des dizaines de milliers de femmes ont été arrêtées (2) pour un pantalon jugé trop moulant. À Khartoum, l'espace urbain était divisé pour être mieux surveillé (3). Les membres des comités de quartier, partisans du régime placés à la tête de circonscriptions, étaient choisis en fonction de leur degré « d'arabité » et d'islamisation. Des polices les secondaient pour veiller aux bonnes mœurs, qui comprenaient la tenue vestimentaire.
Le manuel scolaire « Nos vêtements », un support d'étude pour les élèves de l'école primaire toujours utilisé, reflète cette idéologie islamiste suprémaciste. Parmi les illustrations se trouve une carte qui prétend exposer les différentes coutumes vestimentaires régionales. En réalité, elle donne une représentation homogène et exclusive, et, comme d'autres particularités vestimentaires locales, le kadamoul est absent de l'iconographie. La tenue masculine de référence se compose d'une galabiya pour les hommes et d'un thob pour les femmes.
Au cours de la guerre au Darfour, des décrets sont publiés dans plusieurs États de cette vaste région (Nord-Darfour (4), Ouest-Darfour) et d'autres localités, comme la capitale, pour interdire le port du kadamoul, sous peine de sanctions allant de peines d'amendes à l'emprisonnement. Cette mesure est justifiée par les autorités pour des raisons de sécurité. Elle cible directement les rebelles qui arborent le kadamoul comme une protection et un moyen de dissimuler leur visage, dans un contexte de lutte armée, mais aussi comme un emblème de leur révolte. Les opposants au régime fustigent notamment sa politique de marginalisation. Depuis l'indépendance, aucun président originaire des États du Darfour, de l'Est ou du Sud, n'a gouverné le pays. Tous viennent du Nord.
« Un symbole d'africanité marginalisée »
En mai 2008, la guerre qui oppose le gouvernement et les groupes rebelles marque un tournant car, pour la première fois, l'un d'entre eux, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), parvient à mener une attaque dans la banlieue de la capitale, Khartoum. Selon Mohamed Torchin, chercheur soudanais au Dimensions for Strategic Studies et spécialiste de la géopolitique africaine, cet événement a contribué à « donner une visibilité et une force au kadamoul ».
- Le kadamoul, associé aux sociétés africaines du Sahel, a ainsi été perçu comme un symbole d'africanité marginalisée au sein d'un État qui cherchait à se définir comme arabe. L'histoire du kadamoul nous montre comment les dynamiques de pouvoir, d'identité et de culture s'entrecroisent dans la construction du nationalisme soudanais et dans les politiques d'exclusion symbolique menées par le régime central.
Une décennie plus tard, en 2018, une révolution éclate. Omar Al-Bachir est renversé le 11 avril 2019. Parmi les contestations des manifestants : la politique identitaire du régime soudanais (5). Une critique qu'atteste le slogan « Nous sommes tous Darfouris ». Les manifestants défendent un Soudan afro-arabe inclusif et multiculturel. Les sit-ins, principalement à Khartoum, ont permis à des Soudanais de divers horizons de se rencontrer et de s'unir autour d'un objectif commun : la chute du régime et un transfert du pouvoir aux civils. Plusieurs initiatives artistiques et culturelles ont été organisées pour renforcer la cohésion sociale et l'interculturalité (6).
« À Khartoum, je lui déconseillerai de porter un kadamoul »
Un événement politique quelques années après, en octobre 2020, donne l'espoir d'une paix à venir : la signature d'un accord de paix à Juba, au Soudan du Sud, entre le gouvernement de transition né de la révolution et une partie des groupes rebelles. Tout au long du processus de négociations d'une paix au Darfour, les dirigeants des groupes rebelles portent le kadamoul, comme à Doha en 2013 ou à Juba. « Après la chute de Béchir, les autorités politiques estimaient que le kadamoul n'était plus une source d'anxiété ou de menace, mais plutôt le symbole d'une diversité culturelle, analyse Mohamed Torchin. Nous sommes dans une phase de transition où cette diversité peut s'exprimer et reste ouverte. »
Le conflit armé qui a éclaté en avril 2023 opposant les forces armées soudanaises (FAS) du pays, dirigées par Abdel Fattah al-Buhran, et les Forces de soutien rapide (FSR), menées par Mohamed Hamdan Dogolo, dit Hemetti, et leurs soutiens locaux et internationaux respectifs a balayé les aspirations populaires à voir naître un gouvernement civil. Depuis, le pays est plongé dans une nouvelle guerre meurtrière. Les deux camps ont commis des violations des droits humains et sont responsables de la mort de dizaines de milliers de civils. Dans ce contexte, le kadamoul est instrumentalisé par chacune des parties prenantes alors même qu'elles l'interdisaient auparavant dans leurs rangs. Les FSR en ont fait un signe de ralliement et d'unité, et les FAS, soutenues par plusieurs mouvements rebelles (les forces conjointes), s'affichent également avec le kadamoul, refusant sa récupération par les FSR. La différence majeure entre les deux est une nuance de couleur : les premiers préfèrent le beige, et les seconds le kaki. Ce turban traditionnel est ainsi devenu « un champ de bataille culturel, où se jouent la légitimité morale des combattants et l'avenir identitaire des peuples du Darfour », observe Mada El Fatih dans un article (7) du média numérique The New Arab. Le journaliste et chercheur au Centre d'études diplomatiques & stratégiques de Paris argue qu'« il ne s'agit pas uniquement d'un habit, mais d'un vecteur d'accusation ou de réhabilitation dans un conflit profondément enraciné dans les fractures ethniques, politiques et symboliques du Soudan ».
Sur les réseaux sociaux, les politiciens et activistes soupçonnés d'être du côté des FSR sont coiffés par les internautes d'un kadamoul, grâce à l'art du photomontage. Les dessinateurs qui chroniquent la guerre réduisent aussi souvent les paramilitaires à leur turban beige. « Si un ami part à Khartoum, je lui déconseillerai de porter un kadamoul », affirme Mada El Fatih, assurant que l'habit continue d'inspirer auprès de la population crainte et terreur. Les FSR ciblent des groupes ethniques en particulier (dont les Zaghawas, les Fours, les Masalits) et continuent de perpétrer des crimes contre l'humanité, selon la Cour pénale internationale (8), comme à El Fasher, en octobre 2025. Ces attaques sont comparables à celles perpétrées quelques années plus tôt par les Janjawid, milices arabes auxquelles Omar Al-Bachir a fait appel pour mater la rébellion au Darfour et asseoir sa politique d'arabisation. Hemetti, qui dirige les FSR, était l'un des chefs des Janjawid. Le même homme qui était au service de l'ancien dictateur, contre les groupes rebelles, prétend aujourd'hui être le défenseur des marginalisés s'opposant aux élites politiques et militaires de Khartoum.
« L'objectif est de transmettre un message politique »
Un revirement qu'illustre l'apparition du kadamoul sur la tête de ses hommes. Autrefois, le béret rouge composait l'uniforme des FSR, non le turban du désert. « Hemetti n'avait pas hésité à refuser le kadamoul aux combattants, puis il l'a ensuite autorisé, relève Mohamed Torchin. Je pense qu'il souhaitait que cet élément identitaire serve de porte d'entrée pour attirer tous les groupes présents dans la région du Darfour et à travers le Sahel. À travers le kadamoul, l'objectif est de transmettre un message politique visant à créer une nouvelle alliance ou de parvenir à une compréhension commune malgré les divergences politiques. » Des observateurs soudanais vont jusqu'à qualifier (9) la politique d'Hemetti de « République du kadamoul ». La réputation du chef de guerre a largement dépassé les frontières du Soudan, des mercenaires de différents pays de la région du Sahel comme le Niger ou le Tchad sont venus grossir les effectifs des FSR.
Du côté de l'armée, des figures de premier plan se sont montrées avec un kadamoul : Yasser al-Atta, commandant en chef adjoint des forces armées soudanaises, et le général Shams al-Din Kabbashi, chef d'état-major adjoint des FAS. Selon Hamid Hagar, général au sein des forces conjointes joint par Afrique XXI, il s'agit d'un message de « reconnaissance » envers les mouvements armés du Darfour qui se battent aux côtés des FAS depuis avril 2024 (principalement le Mouvement pour la justice et l'égalité et l'une des factions de l'Armée de libération du Soudan dirigée par Minni Minnawi).
- L'armée soudanaise a accepté à contrecœur le kadamoul dans le cadre de son accord avec les forces conjointes. Elle s'était auparavant opposée aux mouvements de lutte armée qui le portaient et n'avait pas reconnu les besoins environnementaux et culturels des populations du désert.
Il justifie ce mea culpa, « compte tenu de la nécessité des services des forces conjointes et de l'urgence de l'évolution de la pensée des chefs militaires concernant la région et leur respect des habitants des zones frontalières du désert du Darfour ».
Sur les réseaux sociaux, des civils au Soudan et dans la diaspora se drapent également avec le kadamoul kaki militaire pour encourager les forces conjointes. À des milliers de kilomètres de son pays natal, Sadam, exilé en France, est un peu surpris par cette nouvelle mode, qu'il doute être une véritable ouverture culturelle. Il juge l'attitude de l'armée opportuniste : « Pendant vingt-quatre ans, l'État a détruit économiquement et socialement le Darfour. Et maintenant, les gens nous aiment parce que les leaders des forces conjointes sont des Zaghawas et qu'ils se sont battus contre les FSR. Ce que je comprends, c'est que si tu as de la force on te respecte, sinon, non. » Depuis sa boutique sur le terrain, Badr affirme que les mentalités autour de lui évoluent : « La population réalise que le kadamoul n'a pas de lien avec la criminalité, comme certains l'ont prétendu auparavant, mais qu'il s'agit bien d'un symbole culturel. Dieu merci, le peuple a fini par comprendre. » Aujourd'hui, il enroule fièrement le kadamoul autour de la tête de son fils.
Notes
1- Abdu Mukhtar Musa, « Marginalization and ethnicization in the Sudan : how the elite failed to stabilize a diverse country », Contemporary Arab Affairs, 2010, disponible ici.
2- AFP, « Port du pantalon par les femmes au Soudan : une répression aléatoire », 8 septembre 2009, disponible ici.
3- Armelle Choplin, « Khartoum au défi de la paix, la capitale soudanaise entre violence urbaine et symbole de réconciliation », 25 septembre 2009, à retrouver ici.
4- Dabanga, « North Darfur sit-in achieves ban on motorcycles », 10 juillet 2020
5- Clément Deshayes, « Contester la politique identitaire du régime soudanais », Cahiers d'études africaines, 2020, disponible ici.
6- Comme le Festival de la diversité, qui s'est tenu au musée national du Soudan en 2021.
7- Mada al-Fatih, « Kadmul »... À propos des habits et de la guerre au Soudan, 21 octobre 2024, [à lire ici→https://www.alaraby.co.uk/opinion/الكدمول-عن-اللباس-والحرب-في-السودان].
8- Merve Aydogan, « International Criminal Court reports war crimes, crimes against humanity committed in Sudan », Anadolu Agency, 20 janvier 2026, à lire ici.
9- Joshua Craze et Raga Makawi, « The Republic of Kadamol, A Portrait of the Rapid Support Forces at War », Small Arms Survey, 2025, à lire ici.

Qatayef de Gaza
À quatorze ans, Khouloud a l'âge de faire Raman depuis déjà un an. L'an dernier, elle a essayé. Mais on jeûne mal sous les bombes. On attend l'iftar en comptant les explosions.
Cette année, le ciel se tient un peu mieux. Il reste des bruits, des manques, des silences lourds. Mais les bombes ne tombent plus chaque jour. Alors Khouloud a décidé. Elle fera Ramadan en entier cette année.
Son père lui conseille d'attendre. De reprendre des forces. D'attendre que la vie redevienne une vie. À Gaza, on manque de tout. D'eau, d'électricité, de travail. Lui n'a pas un sou. Pas même de quoi acheter des qatayef pour sa femme et sa fille qui ont survécu. Les bombes ont emporté deux autres filles.
Khouloud ne discute pas. Pour elle, Ramadan ne dépend pas d'une table pleine. C'est un exercice de l'âme. Elle veut jeûner pour elle. Pour devenir plus forte. Elle veut jeûner pour ses deux sœurs. Leur offrir chaque jour de faim comme une prière.
Le père la regarde. Il est fier. Il a peur aussi. Il ne dit rien. Il n'ose pas lui avouer qu'il tremble à l'idée de la perdre, elle aussi. On ne devrait pas craindre le jeûne de sa fille. On devrait craindre seulement qu'elle grandisse trop vite.
Khouloud n'est plus un enfant. Elle voit l'inquiétude de son père. Alors elle choisit l'arme qu'elle maîtrise le mieux pour le rassurer. L'humour.
« Cela fait deux ans que nous faisons Ramadan tous les jours. Je suis prête. Ne t'inquiète pas, papa »
Il sourit. Elle veut le voir et l'entendre rire.
« Et puis je dois surveiller ma ligne. Si je veux continuer à décrocher de bons rôles, je ne peux pas me laisser aller. Sinon on me donnera le rôle de la servante ».
Le père éclate de rire. Un rire franc. Un rire qui traverse les murs et les décombres.
« Très bien. Plus de qatayef alors. On attendra la fin du tournage » répond-il tout en riant.
Le mot tournage flotte dans la pièce. Comme si leur vie était un film trop long. Comme si la caméra allait enfin couper.
Dans un jour, c'est Ramadan, il n'y aura ni qatayef ni festin. Il y aura un peu de pain. Quelques dattes. De l'eau tiède. Et quelques mains qui se cherchent dans la pénombre.
Khouloud fermera les yeux avant la première gorgée. Elle pensera à ses sœurs. Elle pensera à demain.
À Gaza, on peut manquer de sucre. On peut manquer d'argent. On peut manquer de presque tout.
Mais tant qu'il reste un père pour rire et une fille pour jeûner avec fierté, il reste assez pour tenir jusqu'au prochain Ramadan.
Ramadan Karim
Mohamed Lotfi
17 Février 2026
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Transatlantique
Dans la salle des pas perdus
les m'as-tu-vu
passent en revue l'étendue de leurs statues,
défilent leurs attributs aux yeux des parvenus,
jadis exclus du menu,
qui peinaient à payer leur dû
à la table d'hôte des prévenus.
À leurs fins, ces sansus sont parvenus.
Ils nous ont dépouillés de nos dûs.
Au marché, ils nous ont vendus,
par-dessus le marché, ils nous ont mis à nu.
Chez eux, nous ne sommes plus les bienvenus.
Notre histoire reste méconnue.
Car si l'on savait tout ce qui nous est dû,
leur monde entier serait déchu.
Le vent des océans chante en continu,
le souffle d'espoir jamais rompu
sur la terre des ancêtres qui ont combattu
pour nous libérer du joug des sansus.
Un jour, nous rebâtirons l'Empire disparu.
Zaz pitit Dessalines
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Des milliards que le gouvernement doit aller récupérer
Au moment où l'économie québécoise est secouée par la guerre tarifaire américaine et où les services publics sont en crise, le gouvernement Legault doit récupérer les sommes astronomiques dont il se prive afin de redresser les finances publiques et répondre aux besoins de la population.
C'est le message envoyé aujourd'hui par la CSN, qui rencontrera, avec les autres centrales syndicales cet après-midi, le ministre des Finances, Éric Girard, dans le cadre des consultations prébudgétaires menées par celui-ci.
« Au cours des sept dernières années, le gouvernement de François Legault a fait des choix budgétaires qui ont gravement nui à la société québécoise », rappelle la présidente de la CSN, Caroline Senneville. « Des baisses d'impôts, qui ont profité surtout aux mieux nantis, une ouverture toujours plus grande au secteur privé qui englouti des sommes colossales, des millions perdus dans la filière batterie sans même qu'un seul emploi ne soit créé, sans parler de cet entêtement à rembourser la dette du Québec coûte que coûte, malgré les indicateurs révélant que celle-ci est sous contrôle… Ces choix ont un coût, et ce sont les travailleuses et les travailleurs qui en font les frais. »
« Alors qu'il termine son dernier tour de piste, le premier ministre Legault a l'occasion de réparer certaines erreurs de son gouvernement. Qu'il la saisisse », ajoute la leader syndicale.
Dans le mémoire qu'elle présentera au ministre Girard, la CSN rappelle que la baisse d'impôt octroyée dans le budget de 2023, qui a surtout favorisé les contribuables gagnant plus de 100 000 $, représente aujourd'hui un manque à gagner annuel de 1,8 G$. En vue du prochain budget du Québec, la CSN met de l'avant plusieurs recommandations : un renforcement de la progressivité de l'impôt sur les revenus des particuliers, une amélioration de la fiscalité sur le patrimoine et l'interruption des versements au Fonds des générations.
Ces sommes doivent être dévolues à la consolidation de nos réseaux publics, notamment en matière de santé et d'éducation. Rappelant que l'interruption du recours aux agences de placement a permis d'économiser près de 700 millions en un peu plus d'un an, la CSN invite le gouvernement à freiner l'ouverture toujours plus grande au secteur privé mise de l'avant par Santé Québec.
Alors que les établissements de santé et d'enseignement font couramment les manchettes en raison de leur vétusté, le gouvernement doit accroître ses investissements dans les infrastructures publiques. Cependant, l'aventure électoraliste du 3e lien, qui a déjà mené à la perte de millions en deniers publics et qui pourrait engloutir jusqu'à 11 milliards de dollars, ne reflète aucunement les besoins réels du Québec et doit être rayée du prochain budget, estime la CSN.
D'autres mesures figurent dans le mémoire présenté par la centrale syndicale : le retour à 2030, plutôt qu'à 2035 pour l'atteinte des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, jumelé à une augmentation des budgets alloués au transport collectif, permettront au Québec de faire face aux défis posés par la crise climatique.
Enfin, la CSN urge le gouvernement du Québec à mettre en place une politique structurante pour sauver l'industrie des médias et de la culture, ainsi qu'une seconde pour le secteur forestier, qui a déjà coûté des milliers d'emplois en région. La mise en branle d'un plan ambitieux de chantier en habitation, priorisant le logement social, lui permettrait de faire d'une pierre deux coups, estime la centrale syndicale.

Pour une paix juste et durable, solidarité avec l’Ukraine qui résiste !
Le 24 février 2022, Vladimir Poutine a lancé l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en pariant sur une victoire éclair : marcher sur Kiev, atteindre rapidement les frontières de l'Union européenne et ouvrir la voie à la réalisation d'un projet impérialiste de contrôle de l'Europe de l'Est et de démembrement de l'Europe. Cette stratégie s'est heurtée à la résistance déterminée du peuple ukrainien. La mobilisation de la société civile, la cohésion de l'État et la ténacité des forces ukrainiennes ont enrayé les plans initiaux de Moscou.
17 février 2026 |
Il est urgent de stopper la guerre !
De retour à la tête du gouvernement fédéral américain, Donald Trump rejoint Poutine dans son entreprise de destruction du droit international construit sur les leçons des deux guerres mondiales. Ces deux premières puissances nucléaires de la planète viennent également de mettre fin au système de régulation et de contrôle mutuel d'armement nucléaire en vigueur depuis 1972.
L'Ukraine paie un tribut humain immense à cette guerre. Des centaines de milliers de femmes et d'hommes ont été contraints de prendre les armes, tandis que les familles sont déchirées par la mort, l'exil ou l'occupation. Incapable de victoires militaires décisives, la Russie cherche à soumettre la population en bombardant sans relâche loin de la ligne de front, en s'attaquant délibérément aux infrastructures civiles, en instrumentalisant le froid, l'hiver et les pénuries. Dans les territoires occupés, la répression bat son plein : obligation de prendre un passeport russe sous peine d'expulsion et de refus d'accès aux soins et aux prestations sociales, expropriations arbitraires de logements, effacement forcé de toute identité ukrainienne, militarisation de l'enseignement dans les écoles.
Solidarité avec la résistance des travailleuses et travailleurs d'Ukraine et de leurs syndicats !
Les organisations syndicales françaises, la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l'UNSA, Solidaires et la FSU, participent activement au large mouvement de solidarité internationale avec l'Ukraine. Ensemble nous avons organisé trois convois humanitaires en direction des organisations syndicales ukrainiennes, la FPU et la KVPU, qui restent pleinement mobilisées pour la défense des droits des travailleuses et des travailleurs malgré les destructions causées par l'envahisseur russe et les restrictions des libertés publiques imposées par la loi martiale.
Nous exprimons notre profonde admiration et notre respect pour les travailleuses et travailleurs d'Ukraine, qui continuent à se rendre au travail et à faire fonctionner leur pays malgré la menace permanente des bombardements, en particulier celles et ceux qui entretiennent et réparent des infrastructures civiles au péril de leur vie.
Nous nous recueillons en mémoire de centaines de personnes mortes au travail, comme ces douze mineurs de fond de la région de Dnipropetrovsk, tués par un drone russe le 1er février dernier.
Nous témoignons du courage des réfugié.es ukrainien.nes qui travaillent aujourd'hui en Europe, contribuant aux économies des pays d'accueil, bien que portant l'angoisse quotidienne pour leurs proches restés en Ukraine.
Nous saluons la persévérance des enfants ukrainiens, dont les cours sont constamment interrompus par les alertes aériennes et qui supportent une double charge scolaire quand ils étudient en Europe : s'intégrer dans les systèmes éducatifs européens tout en poursuivant, souvent en ligne et au prix d'efforts considérables, le cursus ukrainien afin de préserver leur langue, leur culture et leur identité nationale.
Enfin, nous admirons la force de la société civile qui, après des années de guerre, s'est levée en juillet 2025 pour défendre l'indépendance des institutions anti-corruption et est parvenue à faire reculer le pouvoir, lui infligeant une leçon d'intégrité.
Respecter les libertés syndicales et le droit à la dignité au travail !
La détermination collective du peuple ukrainien à travailler, à apprendre, à se défendre et à faire vivre son pays agressé constitue un acte de résistance civique remarquable. Elle appelle notre solidarité active, des droits sociaux pleins et entiers, et des politiques publiques à la hauteur de cet engagement et de cette dignité, alors que les discussions d'adhésion à l'Union européenne sont ouvertes et qu'une grande conférence sur la reconstruction doit se tenir en Pologne au mois de juin 2026.
Or, les organisations syndicales ukrainiennes lancent un signal d'alarme. Le projet de code du travail présenté par le gouvernement au Parlement en ce début d'année 2026 n'a pas été élaboré dans le respect des règles de consultation des syndicats. Il comporte de graves reculs : restriction du droit de grève et des libertés syndicales, affaiblissement de l'inspection du travail, introduction du lock-out patronal, généralisation des contrats à durée déterminée, obstacles accrus aux recours en cas de salaires impayés, complexification de la reconnaissance du contrat de travail salarié, recul des normes de santé et de sécurité au travail.
Nous affirmons avec force que les libertés syndicales et les droits des travailleuses et travailleurs doivent constituer un pilier fondamental de l'avenir de l'Ukraine et de l'Europe. Ils ne peuvent pas être considérés comme des variables d'ajustement en temps de guerre ou de reconstruction : ils sont au contraire des garanties essentielles contre l'arbitraire, l'exploitation et les inégalités. Il ne peut y avoir de démocratie crédible sans le plein respect du droit d'organisation syndicale, de la négociation collective, du droit de grève et des conditions de travail dignes et sécurisées.
Pour qu'une paix juste et durable revienne sur le continent européen, l'intersyndicale française de solidarité avec l'Ukraine appelle à participer à la marche pour l'Ukraine qui aura lieu le samedi 21 février 2026 au départ de la place de la République à 14h en direction de la place de la Bastille.
Solidarité avec la résistance des travailleuses et travailleurs d'Ukraine !
Solidarité avec les syndicats ukrainiens !
A bas la guerre ! Troupes russes hors d'Ukraine !
Paix en Ukraine – Liberté en Russie et au Belarus !
Paris le 16 février 2026
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

La France victime de sa démocratie débridée ?
Les murs de Paris ne racontent pas des craques ! A force de glorifier l'Amérique, la France a hérité le doctoral de sa violence. On en est plus au slogan, mais à la vindicte. La mort de Quentin est un drame à méditer ! La Démocratie française signe -t- elle son déclin !
De Paris, Omar HADDADOU
Liberté irréfrénable, un Prince des ténèbres parmi le Peuple ?
Pousser la Gauche à la faute par la provocation ! Une stratégie ? Un aléa ?
Dans « l'Antre de Paris », la violence d'un dualisme gagne les esprits.
Avant que l'irréparable ne survienne, le 14 février 2026 à Lyon, Mélenchon et la Gauche ferraillaient pour une Justice sociale. Marine le Pen et Bardella, une doxa catho-bourgeoise. Sans effusion de sang !
A l'orée des Elections municipales, prévues 15 et 22 mars 2026, une guerre larvée sourdait déjà. Elle s'est déclarée au terme de l'exacerbation de vives hostilités entre la France Insoumise (LFI) et l'Extrême Droite (RN) de Marine le Pen – Bardella.
L'émergence des mouvements identitaires et extrémistes, a contribué à la mise en faillite de la Démocratie française, de plus en plus laxiste. Tous les coups sont aujourd'hui permis ! Oui, en vertu de la sacrosainte Liberté, il vous est toléré, dans les manifs, sur les plateformes de certains sataniques réseaux sociaux (Fléau du XXIème siècle) de vilipender avec force, de tourner en bourrique un Pape, un chef d'Etat, par une caricature, une vidéo...
C'est dans ce climat délétère qu'a lieu, à Paris, la confrontation des militants du collectif Némesis (extrême Droite) et la Jeune Garde (extrême Gauche), après le décès de Quentin Deranque. Vouer aux gémonies, les permanences de la France Insoumise sont violemment taguées, saccagés. Mélenchon a beau ramener les faits à leur véracité et juste proportion, pour dissiper toute calomnie à l'égard de LFI, accusée de complicité, il n'échappera pas aux foudres de ses opposants : « LFI complice, Antifas, assassins ! ».
Un syllogisme que le chef de file a du mal à accuser. Il dénonce une « déferlante pour interdire LFI ». Avec des charges aussi lourdes, toute la Gauche française s'enfoncer dans la fondrière ! Le discrédit est d'une telle densité qu'il pourrait ouvrir la voie à des primo votants (jeunes) de glisser un bulletin RN à l'Election présidentielle en avril 2027.
Flairant la disgrâce s'abattre sur la famille politique les Socialistes, Olivier Faure (PS) se dédouane : « Nous n'avons jamais été soumis aux Insoumis ! » D'où la sécheresse éternelle de sa cravate. Pour sa part, Marine Tondellier fer de lance des Ecologistes, parle de « deux poids deux mesures », après le mort de Quentin.
Si la responsabilité du Député (LFI) Raphael Arnault, selon le Procureur de la République Thierry Dran, est sans équivoque, des non-dits sur les circonstances transversales occupent le débat. Outré par la mise en cause, Jean Luc Mélenchon, plaide pour la décharge de son parti : « Les gens ne peuvent pas croire que ce sont nous, les Insoumis, qui avons tué un Jeune dans la rue. C'est une bataille de rue qui a mal tourné ! ».
Le Coordinateur Manuel Bompard renforce la digue et déclare : « Nous sommes dans un contexte hostile à la famille politique. Bien sûr que j'appelle au calme. Et je vois qu'il y a une partie de la classe politique qui veut plonger notre pays dans la guerre civile ! ».
Caressant l'espoir de voir la bourrasque s'évanouir au-dessus de la Gauche, l'ancien Président socialiste, François Hollande, flingue un potentiel rival ayant déjà déjà une balle dans le pied : « Mélenchon a une responsabilité morale et politique après son soutien à la Jeune Garde ! Une faute qu'il paiera ! » sentencie l'ex chef d'Etat français.
La provocation des Extrémistes a payé. Le temps de méditer les aveuglements, est arrivé !
O.H
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Tirer les leçons de la campagne nationale de syndicalisation de l’United Auto Workets (UAW)
Si le mouvement syndical veut survivre, il doit trouver des moyens de se syndiquer à grande échelle dans le secteur privé. La campagne nationale de l'UAW pour syndiquer l'enseignement supérieur et ses récentes initiatives chez Volkswagen et Mercedes offrent des pistes pour l'avenir.
Février 2026 | tiré de Jacobin.com
https://jacobin.com/2026/02/uaw-vw-mercedes-higher-ed
Chez Volkswagen, l'UAW a réalisé une percée historique : pour la première fois de son histoire, il a remporté une élection dans une entreprise automobile étrangère implantée dans le sud des États-Unis. (Elijah Nouvelage / Getty Images)
La « grève debout » de 2023 menée par l'United Auto Workers (UAW) contre Ford, General Motors et Stellantis a permis à nos membres d'obtenir des gains historiques. Mais ce qui s'est passé ensuite est tout aussi significatif. Avant même la fin de la grève, des milliers de travailleurs de l'automobile non syndiqués, principalement dans le sud du pays, ont commencé à signer eux-mêmes des cartes syndicales, en utilisant les liens vers des sites web de campagnes abandonnées. Pas de personnel. Pas de plan. Pas d'infrastructure. La grève a été l'étincelle. Les travailleurs s'en sont servis pour allumer leur propre feu.
Pendant des décennies, lancer une campagne syndicale dans une usine automobile du sud des États-Unis nécessitait des mois, voire des années, de travail préparatoire approfondi. Aujourd'hui, les travailleurs s'auto-organisent à une échelle que nous n'avions pas vue depuis des décennies. Nous pensions être entrés dans une phase de mouvement, une occasion rare où l'élan se propage plus vite que la peur et où l'action collective devient contagieuse.
Pour saisir cette occasion, nous avons lancé Stand Up 2.0, une campagne nationale visant à syndiquer plusieurs usines automobiles non syndiquées à travers le pays. Notre stratégie consistait à expérimenter de nouvelles approches syndicales (à savoir, la dynamique et la syndicalisation de travailleur à travailleur par opposition à la syndicalisation traditionnelle basée sur une structure) qui traitent la syndicalisation à grande échelle davantage comme un mouvement social que comme la constitution d'une armée de guérilla.
Modèles et méthodes d'organisation
L'« organisation basée sur l'élan » s'appuie sur des événements déclencheurs, c'est-à-dire des actions très médiatisées qui polarisent l'opinion publique et génèrent des vagues de participation. Elle prend rapidement de l'ampleur en donnant la priorité aux adhésions massives, à la mobilisation rapide et au leadership décentralisé. L'organisation de travailleur à travailleur, dans laquelle la responsabilité principale de la mise en place du comité d'organisation et de la campagne nécessaire pour gagner incombe aux travailleurs eux-mêmes plutôt qu'au personnel d'organisation professionnel, correspond parfaitement au modèle basé sur l'élan.
En revanche, l'« organisation basée sur la structure » est plus lente et plus méthodique. Elle met l'accent sur l'identification systématique des dirigeants, la constitution de comités, le soutien public majoritaire et des escalades soigneusement planifiées afin de renforcer la confiance et de surmonter la résistance des employeurs. Elle nécessite également beaucoup de personnel, le ratio idéal étant souvent d'un organisateur qualifié pour cent travailleurs.
Les usines automobiles, en particulier dans le sud des États-Unis, sont l'un des terrains les plus difficiles pour les travailleurs qui tentent de défier le pouvoir des entreprises. L'idée dominante, que j'ai toujours défendue pendant des années, était qu'il fallait toujours adopter une approche rigoureuse basée sur la structure. Mais ce n'est pas la voie que nous avons suivie après la grève debout.
Notre stratégie consistait à expérimenter de nouvelles approches syndicales qui considèrent la syndicalisation à grande échelle davantage comme un mouvement social que comme la constitution d'une armée de guérilla.
Lorsque Shawn Fain et d'autres réformateurs ont été élus à la direction de l'UAW, c'était pour lutter et développer le syndicat. C'est ce que nous avons fait, en organisant la grève debout et en obtenant des gains contractuels historiques qui ont ouvert la voie à la syndicalisation dans le sud. Mais des décennies de syndicalisme d'entreprise, le manque de confiance dans la syndicalisation et une culture du personnel façonnée par le clientélisme et le népotisme avaient laissé le syndicat mal préparé à relever ce défi.
De nombreux membres du personnel de l'UAW chargés de l'organisation n'avaient jamais été formés aux compétences fondamentales liées à la structure : organiser des conversations structurées pour sensibiliser les travailleurs à leurs problèmes, identifier et recruter des leaders naturels, diriger efficacement les réunions du comité d'organisation bénévole (VOC) ou mettre en place des actions démontrant le soutien massif du public. Étonnamment, certains avaient passé plus de dix ans au sein du personnel sans jamais avoir mené de campagne lors d'une élection du Conseil national des relations du travail (NLRB).
En termes simples, ce déficit important en matière d'expérience et de compétences au sein du département nous a laissés démunis pour organiser l'afflux massif de travailleurs désireux de se syndiquer. Compte tenu de l'ampleur de l'intérêt et de l'importance du déficit en personnel, nous avons été contraints de nous poser des questions difficiles : cet intérêt massif pour la syndicalisation pouvait-il se transformer en un mouvement de masse ? Pouvions-nous contourner certaines des règles de l'organisation structurelle dans les luttes difficiles contre les patrons et quand même gagner ? L'élan brut et l'organisation entre travailleurs pouvaient-ils dépasser et surmonter l'opposition des employeurs — et si oui, dans quelle mesure ?
Compte tenu de l'urgence de la situation — des milliers de travailleurs voulaient s'organiser dans les usines automobiles immédiatement — nous avons élaboré une stratégie basée sur notre expérience de la récente grève debout, qui a vu des dizaines de milliers de membres de l'UAW se préparer à la grève à une vitesse vertigineuse, et sur l'incroyable succès de l'UAW dans l'enseignement supérieur, où des dizaines de milliers de travailleurs diplômés, de post-doctorants et de chercheurs ont remporté des élections syndicales — souvent à une écrasante majorité — grâce à des campagnes fondées sur des méthodes de travail entre travailleurs qui ne nécessitaient qu'un personnel minimal. Nous allions voir jusqu'où nous pouvions aller avant que le mouvement ne touche à sa fin.
Stand Up 2.0 a été lancé dans le but d'unifier les travailleurs de tous les États et de toutes les entreprises en un seul mouvement avec des repères communs comme points de déclenchement coordonnés : rendre public le syndicat lorsque 30 % des travailleurs ont adhéré, se rassembler à 50 % et exiger la reconnaissance du syndicat et demander une élection à 70 %. En outre, toutes les deux semaines, le personnel organisait des réunions numériques au cours desquelles les membres de base du VOC partageaient leurs meilleures pratiques, s'encourageaient mutuellement et examinaient les problèmes communs. Cela a contribué à créer une culture nationale de solidarité et a renforcé le modèle de travail entre travailleurs consistant à s'enseigner et à s'entraider mutuellement.
Au moment du lancement officiel de la campagne, le 29 novembre 2023, près de trois mille travailleurs avaient déjà signé de leur propre initiative des cartes syndicales. À la fin du mois de janvier, ce nombre était passé à plus de dix mille dans treize entreprises non syndiquées.
Il ne s'agissait pas de chaos ou de spontanéité, et cette campagne n'était pas purement improvisée. Elle s'appuyait en partie sur des succès récents et concrets. Elle exigeait ce que j'appelle une « maîtrise stratégique », c'est-à-dire la capacité d'évaluer le terrain, d'anticiper la résistance et de choisir la bonne combinaison de modèles et de tactiques d'organisation pour gagner. Gagner sous pression ne consiste pas à rester fidèle à une seule méthode. Il s'agit de savoir quel outil utiliser, quand, où et comment.
Voici trois études de cas (l'enseignement supérieur, Volkswagen et Mercedes) qui retracent la trajectoire de Stand Up 2.0 : le modèle réussi dont nous nous sommes inspirés et sur lequel nous nous sommes appuyés, la victoire historique et les limites que nous avons rencontrées. Chez Volkswagen, nous avons réalisé une percée historique : pour la première fois dans l'histoire de l'UAW, nous avons remporté une élection syndicale dans une entreprise automobile étrangère implantée dans le sud des États-Unis. Chez Mercedes, nous avons été plus près que jamais de remporter la victoire dans une usine d'assemblage final en Alabama, mais nous avons finalement subi une défaite serrée et âprement disputée.
La densité syndicale dans le secteur privé est en déclin terminal et si le mouvement syndical espère survivre, sans parler de construire un véritable pouvoir pour la classe ouvrière, nous devons trouver des moyens de nous organiser à grande échelle. Ensemble, ces trois campagnes révèlent les choix stratégiques, les forces et les faiblesses organisationnelles, ainsi que les défis structurels qui ont façonné le résultat de la première tentative de syndicalisation à grande échelle de l'UAW au XXIe siècle. C'est la première fois que ces détails sont rendus publics, non seulement à titre d'analyse rétrospective, mais aussi comme appel à l'action. Si nous voulons saisir l'occasion, le mouvement syndical ne peut pas continuer à fonctionner à petite échelle. Nous devons tirer les leçons de nos expériences et passer à l'offensive comme jamais auparavant.
Le succès de l'organisation des travailleurs entre eux
Au cours des deux dernières années, l'enseignement supérieur a remporté certaines des victoires électorales syndicales les plus décisives du pays. Partout aux États-Unis, des dizaines de milliers de travailleurs diplômés, de chercheurs, de professeurs non titulaires et de post-doctorants se sont organisés.
Le modèle d'organisation de l'enseignement supérieur repose sur une stratégie allégée, axée sur les travailleurs, qui privilégie la rapidité, l'ampleur et le leadership de la base plutôt que l'implication profonde du personnel.
Les organisateurs de l'UAW dans l'enseignement supérieur ont mis au point un modèle d'organisation si efficace et efficient qu'au cours de la période de vingt-quatre mois allant de 2022 à 2024, ils ont mené avec succès vingt-quatre campagnes qui ont permis de syndiquer plus de 30 000 travailleurs, lesquels ont voté collectivement en faveur de leur syndicat à une majorité de 92 %.
Le modèle d'organisation dans l'enseignement supérieur repose sur une stratégie allégée, axée sur les travailleurs, qui privilégie la rapidité, l'ampleur et le leadership de la base plutôt que l'implication profonde du personnel. Avec un ratio personnel/travailleurs extrêmement faible, les organisateurs supervisent souvent plusieurs grandes campagnes à la fois. La majeure partie du travail est effectuée par des comités d'organisation bénévoles, le personnel agissant principalement en tant que formateurs et conseillers. Dans ce modèle, les « leaders » du comité ne sont pas identifiés et recrutés par le personnel à l'aide de méthodes traditionnelles basées sur la structure, telles que des conversations systématiques sur l'organisation et des évaluations basées sur l'action. Au contraire, les leaders du VOC sont des militants auto-sélectionnés qui se portent volontaires pour être formés et assumer des responsabilités en matière d'organisation. L'objectif des membres du personnel et du comité d'organisation bénévole naissant est d'atteindre une couverture de 90 % du comité, ce qui signifie qu'au moins un militant formé est chargé d'organiser et d'évaluer le soutien aux syndicats dans presque tous les domaines de travail.
Une fois cette infrastructure en place, les campagnes se déroulent rapidement de différentes manières : un lancement public du VOC (souvent avec des noms, des photos et des citations sur un site web), une campagne de collecte de cartes d'autorisation syndicale visant à obtenir 50 % de soutien avant que l'ensemble de la campagne ne soit rendu public auprès de l'employeur, et un seuil de 65 % de cartes pour déclencher le dépôt d'une demande d'élection.
Contrairement à l'organisation structurelle, où l'évaluation finale du soutien des électeurs à leur syndicat se fait par une action publique (porter un t-shirt ou un autocollant du syndicat, signer une pétition publique, etc.), dans le modèle de l'enseignement supérieur, seuls les leaders du VOC sont censés afficher publiquement leur soutien au syndicat, et ils prennent l'initiative de créer une dynamique par des actions privées, telles que des évaluations verbales, des promesses de vote et des engagements entre pairs. Le modèle de l'enseignement supérieur culmine dans un effort intensif de mobilisation électorale (GOTV), utilisant souvent des tactiques telles que les « vote parties », où le VOC obtient l'engagement de ses collègues à se réunir et à aller voter ensemble en groupe, afin de mobiliser les partisans connus. Dans un contexte favorable, ce modèle est rapide, évolutif et très efficace, mais il dépend de conditions dans lesquelles les évaluations verbales et le leadership militant sont suffisants pour résister à une résistance minimale de la part des employeurs.
Cette stratégie fonctionne très bien en raison du contexte spécifique dans lequel elle est déployée :
- Dans la plupart des cas, l'opposition des employeurs est minime. Les universités restent souvent neutres ou ne mènent que des activités antisyndicales modestes.
- Le terrain politique et culturel est favorable. Sur les vingt-quatre mois, une seule campagne a été menée dans un État républicain, l'Alaska. Les autres ont été remportées dans des États démocrates convaincus et dans un État indécis, la Pennsylvanie. Le terrain politique pour l'organisation syndicale peut varier considérablement d'un État à l'autre (par exemple, la Californie par rapport à l'Alabama), mais la culture universitaire est assez homogène et de nombreux campus universitaires se trouvent dans des zones plutôt démocrates, même dans les États républicains.
- Et surtout, l'électorat est autosélectionné. En moyenne, seuls 49 % des électeurs éligibles votent aux élections syndicales dans l'enseignement supérieur, et ceux qui le font sont très majoritairement favorables aux syndicats.
Tableau 1. Campagnes de l'UAW dans l'enseignement supérieur 2022-2024. Source : Les informations contenues dans ce tableau sont basées sur les recherches compilées par Max Fazeli, département de recherche de l'UAW.
Tableau 2. Comparaison des modèles et des méthodes. Source : les informations contenues dans ce tableau sont basées sur les recherches compilées par Max Fazeli, département de recherche de l'UAW.
Ce dernier point est particulièrement important. Les campagnes dans l'enseignement supérieur n'ont pas besoin de convaincre tous les travailleurs, ni même la majorité d'entre eux. Elles doivent identifier, mobiliser et faire voter la base pro-syndicale pour gagner. Et c'est exactement ce qu'elles ont fait.
Le succès du modèle de l'enseignement supérieur reflète le terrain sur lequel il prospère. Dans ce modèle, les militants formés, qui peuvent ou non avoir une grande influence sur leurs collègues, sont définis comme des leaders. Les conversations agitées sont très rares, et les membres du VOC sont explicitement formés à ne pas essayer de persuader ou de convaincre leurs collègues anti-syndicats.
Seul le VOC est censé mener des actions publiques. L'accent est mis sur la couverture militante, les campagnes de cartes et les délais électoraux rapides. Pour un organisateur traditionnel basé sur une structure, une grande partie de cela ressemblerait à une « mauvaise organisation ». Dans ce contexte, c'est très efficace et efficient. En fait, appliquer un modèle d'organisation rigoureux et intensif dans l'enseignement supérieur serait très inefficace et conduirait à encore moins de succès en si peu de temps.
Pour un organisateur traditionnel basé sur une structure, une grande partie de cela ressemblerait à une « mauvaise organisation ». Dans ce contexte, c'est très efficace et efficient.
Le modèle de l'enseignement supérieur fonctionne parce que le terrain le permet. Dans des environnements où la résistance est faible, l'élan et l'organisation des travailleurs par les militants sur le lieu de travail suffisent.
Mais l'organisation par l'élan ne se déroule pas toujours sur un terrain aussi favorable. La question à laquelle nous devions alors répondre était la suivante : ce modèle pourrait-il survivre lorsque l'opposition des employeurs, des politiques et de la communauté était beaucoup plus forte ?
Victoire chez Volkswagen : élan + pression
À l'usine Volkswagen (VW) de Chattanooga, dans le Tennessee, l'UAW a réalisé une percée : l'organisation de la première usine d'assemblage automobile étrangère et non syndiquée dans le Sud. La campagne a démarré sur les chapeaux de roue : inspirés par la grève debout, les travailleurs de Volkswagen ont relancé leur campagne pour obtenir leur syndicat et l'ont menée avec une rapidité et une confiance qui faisaient écho au meilleur du modèle de l'enseignement supérieur.
Mais le Tennessee n'est pas New York ou la Californie. L'opposition des employeurs, des politiques et de la communauté était présente, plus intense que dans l'enseignement supérieur, mais beaucoup moins brutale que celle à laquelle les travailleurs allaient être confrontés chez Mercedes. Les superviseurs faisaient courir des rumeurs de fermeture de l'usine. Un comité anti-syndical soutenu par l'employeur et dirigé par des salariés de l'usine menait une campagne contre la syndicalisation. Les politiciens locaux et régionaux attaquaient l'UAW et faisaient des déclarations alarmistes sur l'avenir de VW si les travailleurs se syndiquaient. L'entreprise a tenté de maximiser les votes négatifs en fermant les chaînes de production pendant les heures de vote afin d'encourager la participation électorale.
Chez Volkswagen, nous avons mis en œuvre le modèle d'organisation de l'enseignement supérieur avec beaucoup de succès. La campagne s'est appuyée sur une équipe réduite, loin de l'idéal d'un organisateur pour cent travailleurs qui caractérise l'organisation structurelle. Au lieu de cela, le personnel s'est concentré sur la création d'un comité d'organisation militant massif et très médiatisé qui a inscrit ses collègues sur des cartes et les a évalués verbalement.
Nous sommes également allés plus loin en organisant une campagne de pression globale pour freiner les mesures antisyndicales de VW. Grâce à notre alliance avec IG Metall, le syndicat industriel le plus important et le plus puissant d'Allemagne, et avec le comité d'entreprise mondial de l'UAW, nous avons réussi à faire taire la campagne antisyndicale de la direction et à limiter les représailles contre les travailleurs. Chaque fois que l'entreprise lançait une nouvelle attaque contre les travailleurs, par exemple en publiant des arguments antisyndicaux dans les bulletins d'information de l'entreprise qui étaient lus à haute voix au début de chaque quart de travail ou en partageant dans l'usine une URL renvoyant à une section antisyndicale du site web de l'entreprise, nous avons travaillé en étroite collaboration avec nos alliés en Allemagne pour y mettre fin.
Volkswagen n'a jamais été neutre, mais nous avons réussi à empêcher l'entreprise de reproduire la stratégie qu'elle avait utilisée en 2019, lorsque la direction de VW avait organisé des réunions obligatoires pour l'ensemble du personnel de l'usine (y compris une réunion tristement célèbre avec le gouverneur du Tennessee), menacé explicitement de fermer l'usine si les travailleurs se syndiquaient et remplacé soudainement un PDG très impopulaire.
Le 7 décembre 2023, nous avions obtenu 30 % des cartes de l'unité de négociation. Début février, nous en avions 50 %. Nous avons déposé une demande d'élection à la mi-mars avec 58 % des cartes. Au début de l'élection, le 17 avril, nous avions évalué verbalement que 12 % supplémentaires étaient favorables, ce qui portait notre soutien total prévu à 69 %.
La victoire chez Volkswagen a été durement gagnée et a défié les principes prudents de l'organisation structurelle.
Le 19 avril 2024, les 3 613 votes chez Volkswagen ont été comptés, avec 2 628 votes pour et 985 votes contre, ce qui signifie que 73 % des votants ont soutenu le syndicat. Les travailleurs de Volkswagen ont remporté leur syndicat haut la main.
Le graphique ci-dessous compare notre évaluation des votes aux résultats réels des élections, exprimés en pourcentage de l'ensemble des électeurs éligibles. Dans un scénario de participation à 100 %, nous avions prévu que 69 % voteraient pour le syndicat et 31 % contre. Le taux de participation réel a été de 84 %, ce qui a donné un poids supplémentaire aux votes positifs. Le résultat final a été une victoire du syndicat avec 73 % de soutien parmi ceux qui ont voté.
La victoire chez Volkswagen a été durement acquise et a défié les principes prudents de l'organisation basée sur la structure. Elle a prouvé qu'un modèle basé sur la dynamique et les relations entre travailleurs peut réussir lorsqu'il est associé à un levier externe permettant de neutraliser efficacement l'opposition de l'employeur et de maintenir la résistance à un niveau modéré.
Figure 1. Évaluations et votes chez VW en pourcentage de l'unité. Source : les informations contenues dans ce graphique sont basées sur les recherches compilées par Max Fazeli, département de recherche de l'UAW.
Volkswagen a été la preuve du concept, mais ce succès a créé une confiance dangereuse, qui allait être mise à l'épreuve lorsque nous sommes entrés dans l'un des environnements d'organisation les plus hostiles du pays : Mercedes à Vance, en Alabama.
Défaite chez Mercedes : le mur de l'opposition de l'employeur
Chez Mercedes en Alabama, les travailleurs n'avaient jamais été aussi près de remporter leur syndicat. La campagne était vraiment dynamique. L'organisateur de l'UAW, Brian Shepherd, a rencontré douze travailleurs de Mercedes le 22 novembre 2023. Ils ont commencé à distribuer des cartes le lendemain. À la fin du mois de décembre, ils avaient recruté 1 308 de leurs collègues. Au bout de deux semaines en janvier, nous avons annoncé 30 % de cartes. À la fin du mois de février, nous avons annoncé 50 %. Puis nous avons remporté la victoire chez Volkswagen — et nous espérions pouvoir profiter de cette dynamique en Alabama et remporter une deuxième victoire consécutive dans le Sud.
Nous savions que le terrain serait hostile, mais nous avons parié que l'élan et l'organisation entre travailleurs pourraient nous permettre de réussir. Les travailleurs de Mercedes s'étaient organisés à une vitesse fulgurante. Les sympathisants avaient signé des cartes pendant des mois avant l'arrivée du personnel. Les évaluations du personnel et du VOC montraient que notre soutien restait solide à 58 % (une combinaison de signatures de cartes (41 %) et d'évaluations verbales (17 %)), similaire à celui de VW, et nous pensions qu'après la victoire dans le Tennessee, un pourcentage important des personnes non évaluées se rallieraient à notre cause.
Mais deux différences clés distinguaient la campagne Mercedes de celle de Volkswagen.
Tout d'abord, nous avons déposé une demande d'élection sans disposer d'une liste claire et précise des effectifs. Nous pensions avoir évalué un soutien de 58 % dans l'ensemble de l'unité, mais lorsque la liste Excelsior (la liste des électeurs éligibles fournie par l'employeur au NLRB) est arrivée, il est apparu clairement que nous n'étions qu'à 41 %. Cela a révélé une lacune critique dans notre structure interne et notre visibilité.
Deuxièmement, nous n'avions pas le levier dont nous disposions chez Volkswagen pour contenir les attaques de l'employeur. Sans aucune pression pour les freiner, la direction de Mercedes a mené une campagne antisyndicale impitoyable et sans limites : réunions quotidiennes avec un public captif, pression directe des supérieurs hiérarchiques, messages menaçants, et certains militants ont été visés par des mesures disciplinaires, voire licenciés. Des consultants antisyndicaux ont envahi l'usine. Et dans les dernières semaines, l'entreprise a très publiquement remplacé son PDG dans une manœuvre flagrante visant à « nous donner une dernière chance de redresser la situation ».
[La campagne Mercedes] n'était pas un échec des travailleurs. C'était une erreur de calcul stratégique. Nous avons sous-estimé l'opposition.
Figure 2. Évaluations et votes Mercedes en pourcentage de l'unité. Source : les informations contenues dans ce graphique sont basées sur les recherches compilées par Max Fazeli, département de recherche de l'UAW.
Les milieux politiques et économiques de l'Alabama se sont ralliés à la direction de Mercedes dans sa guerre contre les travailleurs : ils ont inondé les ondes et les chaînes de télévision locales de messages antisyndicaux, acheté des panneaux d'affichage et organisé des conférences de presse.
Au final, nous avons perdu le vote par 2 642 voix contre 2 045. Nous avions perdu 30 % de notre soutien évalué au moment du scrutin, soit plus du double de la perte enregistrée chez VW. Non pas parce que les travailleurs ne voulaient pas du syndicat, mais parce que lorsque la direction les a attaqués de toutes ses forces, ils ne disposaient pas de la structure nécessaire pour s'imposer.
Notre modèle d'organisation reposait trop sur des évaluations verbales et des conversations privées, avec une action publique limitée. De nombreux travailleurs n'ont jamais été invités à prendre position de manière visible avant le vote. Cela signifiait qu'il n'y avait aucun moyen de tester notre soutien réel. L'absence d'une véritable liste a montré que notre portée et notre visibilité étaient trop limitées. Au final, ce manque de structure s'est traduit par une défaite de près de six cents voix.
En examinant les chiffres chez Volkswagen et Mercedes, plusieurs faits importants ressortent :
- Les deux campagnes ont connu une baisse du soutien dans les urnes, mais l'ampleur de cette baisse était très différente. VW a perdu 342 votes positifs entre les évaluations et les bulletins de vote, soit une baisse d'environ 12 % du nombre total de personnes évaluées comme favorables, et 8 % du total des unités évaluées comme favorables, dans le cadre d'une campagne anti-syndicale modérée. Mercedes a perdu 878 voix, soit 30 % du soutien évalué ou 17 % de l'unité totale, dans un contexte d'opposition extrême de la part de l'employeur.
- VW est entrée dans l'élection avec 11 % de plus de l'unité évaluée comme favorable et avait une part beaucoup plus importante de signataires de cartes que d'engagements verbaux. En outre, 84 % de l'unité a voté chez VW, contre 93 % chez Mercedes. Cela a donné plus de poids au vote favorable chez VW et a contribué à masquer une certaine érosion du soutien, tandis que la participation plus élevée chez Mercedes a amplifié toutes les faiblesses de notre structure et de nos évaluations.
Chez VW, nous avons décidé de demander la tenue d'un scrutin avec 58 % des votes favorables évalués, convaincus que l'annonce de cette demande servirait de nouveau déclencheur et générerait une énergie dont le VOC pourrait tirer parti pour continuer à accroître le soutien à son syndicat afin d'atteindre notre objectif de 70 %. Cela s'est avéré vrai.
Chez Mercedes, une fois que nous avons déposé notre demande, la tension dans l'usine n'a fait que croître et le soutien s'est effondré sous le poids de la campagne menée par l'employeur. Aucun des votes non évalués ne nous a été favorable et les évaluations modérées ont basculé sous la pression de la direction — exactement le type de résultat auquel s'attend le modèle plus prudent et méthodique basé sur la structure.
L'idéal aurait été de ne procéder à l'élection que si nous avions réellement atteint le seuil de 70 %. Cela met en évidence certaines des tensions centrales du modèle basé sur la dynamique et les relations entre travailleurs. Dans le cadre du modèle basé sur la dynamique, nous avons besoin d'un flux constant d'événements déclencheurs, tels que l'annonce de nouvelles cibles de grève debout et de nouvelles usines atteignant les objectifs d'organisation, afin de maintenir un niveau d'énergie élevé, de garder le public concentré sur la lutte et de continuer à inciter les travailleurs à passer de l'inaction à l'action. Et dans le cadre du modèle de syndicalisation de travailleur à travailleur, le personnel n'est qu'une voix parmi d'autres et ne doit pas dominer ou dicter la stratégie. L'objectif est de laisser les travailleurs prendre les devants, et il arrivera un moment où les travailleurs voudront voter, indépendamment de ce qui pourrait être idéal ou de ce que pense le personnel.
Le modèle basé sur la dynamique nous a permis de nous rapprocher de notre objectif chez Mercedes, plus que jamais auparavant. Mais face à l'opposition extrême de l'employeur, cela n'a pas suffi. Il fallait une approche plus structurelle : davantage d'organisateurs, une identification, un recrutement et un développement plus solides des dirigeants, des actions de plus en plus intenses aboutissant à une manifestation publique massive de soutien au syndicat, et une pression accrue sur l'employeur, y compris une influence mondiale comme celle qui a fonctionné chez VW.
Si le mouvement syndical veut développer l'organisation dans le secteur privé, il ne peut pas compter uniquement sur la dynamique ou la structure. Aucune méthode n'est la mieux adaptée à toutes les situations.
Ce n'était pas un échec des travailleurs. C'était une erreur de calcul stratégique. Nous avons sous-estimé l'opposition et surestimé ce que l'élan seul pouvait surmonter.
Cartographier le terrain
Ces trois campagnes — enseignement supérieur, Volkswagen et Mercedes — cartographient une partie du terrain de l'organisation moderne. Chacune reflète un niveau différent d'opposition de l'employeur, de contexte politique et de structure électorale. Et chacune démontre les limites de l'application d'un modèle unique dans tous les contextes. Nous n'avons pas gagné partout, mais nous avons acquis le type de connaissances que seule la lutte peut enseigner. Et nous avons fait un pas vers la construction de la capacité stratégique dont nous aurons besoin pour gagner la prochaine fois.
C'est la leçon fondamentale : si le mouvement syndical veut développer l'organisation dans le secteur privé, il ne peut pas compter uniquement sur l'élan ou la structure. Aucune méthode n'est la mieux adaptée à toutes les situations. Si le mouvement syndical veut inverser son déclin terminal, nous avons besoin d'une maîtrise stratégique, c'est-à-dire de la capacité à analyser le terrain en anticipant l'intensité de l'opposition à laquelle les travailleurs seront confrontés, la capacité d'organisation nécessaire et en adaptant notre approche d'organisation en conséquence. Le dogmatisme ne nous sauvera pas. La discipline, l'expérimentation et le courage d'échouer pourraient le faire.
L'organisation n'est pas un dogme. C'est une question d'adaptation.
Notre campagne nationale a commencé par des questions : l'élan et un modèle d'organisation moins intensif en personnel, de travailleur à travailleur, pourraient-ils surmonter la forte opposition des employeurs et réussir ? Pouvions-nous contourner les règles de l'organisation traditionnelle basée sur la structure et quand même gagner ?
Nous ne pouvions pas théoriser nos méthodes pour arriver à des conclusions. Nous avons tracé la voie en la parcourant, en testant des idées audacieuses dans des campagnes réelles, avec des enjeux réels, et en apprenant ce qu'il fallait pour gagner à grande échelle.
L'organisation de travailleur à travailleur peut permettre d'obtenir des victoires rapides et à grande échelle dans des environnements où l'opposition est faible, comme l'enseignement supérieur. Chez Volkswagen, l'élan et l'organisation de travailleur à travailleur ont été associés à un effet de levier mondial pour aboutir à une percée historique. Mais chez Mercedes, le modèle de l'enseignement supérieur et l'absence de campagne de pression internationale ont rendu les travailleurs vulnérables à l'offensive antisyndicale nucléaire de la direction de Mercedes. Le résultat n'était pas un échec de volonté, mais un décalage entre la stratégie et le contexte.
Tableau 3. Analyse comparative des campagnes de syndicalisation de l'UAW. Source : les informations contenues dans ce tableau sont basées sur les recherches compilées par Max Fazeli, département de recherche de l'UAW.
Dans un autre article intitulé « Is Labor at the Point of No Return ? » (Le mouvement syndical est-il à un point de non-retour ?), j'ai fait valoir qu'il était impératif que le mouvement syndical augmente de manière exponentielle sa capacité et son activité de syndicalisation, sous peine de disparaître. Nous n'avons pas gagné partout, mais nous avons acquis le type de connaissances que seule la lutte peut enseigner. Et nous avons fait un pas vers la construction de la capacité stratégique dont nous aurons besoin pour gagner la prochaine fois.
Le président de l'UAW, Shawn Fain, a appelé les syndicats de tout le pays à aligner les dates d'expiration de nos contrats afin de faire grève le 1er mai 2028. C'est l'occasion de déclencher un nouveau mouvement, mais à une échelle beaucoup plus grande. Si nous avons le courage de rêver en grand, de poser les bases dès maintenant et de prendre des risques encore plus importants, nous pourrions bien allumer le feu qui transformera le mouvement syndical pour toute une génération.
Republié à partir de New Labor Forum.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Vivre, libre.Exister au cœur de la suprématie blanche
Amandine Gay | essai
****
« Avec son récit personnel, l'autrice et réalisatrice revient sur tout ce qu'elle a traversé en tant que femme noire depuis sa naissance. Avec une énergie et une précision analytique impressionnantes, Amandine Gay bouscule les lecteurices, sidéré·es par la violence de sa vie marquée par la "suprématie blanche", mais aussi par sa capacité à l'inscrire dans une réflexion politique globale, nourrie de ses lectures de bell hooks, Audre Lorde ou Charles W. Mills. »
Comment vivre et s'émanciper dans un monde façonné par l'oppression raciale ? En commençant par en reconnaître la dimension systémique : plus qu'une idéologie de haine, plus qu'une question individuelle ou morale, c'est un régime politique, dont les fondements historiques et philosophiques continuent d'opérer aujourd'hui.
Dans ce livre, Amandine Gay en dévoile les ressorts à travers une exploration de son propre parcours et des classiques de la culture pop : de la domination adulte à la famille en passant par l'amitié, la sexualité ou le travail, elle identifie les manifestations quotidiennes de la suprématie blanche et les mécanismes de sa perpétuation. En observatrice sagace des rapports de pouvoir, elle pointe les formes ordinaires de la violence raciale mais aussi les moyens de s'en libérer. Dans le sillage des Jacobin·es noir·es dont elle reprend la déclaration d'indépendance postrévolutionnaire, l'autrice nous invite à nous décentrer et à nous engager dans un antiracisme actif, conditions indispensables d'une émancipation qui serait vraiment celle de toustes.
« Cet ouvrage est un condensé de ce que j'aurais aimé lire plus jeune. J'aurais aimé qu'on me dise que c'est normal d'avoir peur, tout le temps. [...] Bref, j'aurais aimé qu'on me dise que ma vie a de la valeur, en soi. Et surtout, commencer à y croire avant d'avoir 40 ans. »
© Enrico Bartolucci
Réalisatrice et productrice (Ouvrir la voix, 2017 ; Une histoire à soi, 2021), Amandine Gay est aussi activiste et autrice (Une poupée en chocolat, Remue-ménage, 2021). Elle intervient régulièrement comme conférencière à propos de l'afroféminisme, des industries culturelles ou de l'adoption.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre
gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.











