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Rendez-vous Faire front le 11 mars
Dans les prochaines semaines, la CSN tiendra des webinaires pour apprendre et échanger sur des grands enjeux qui touchent les travailleuses et les travailleurs. Ces moments seront aussi l'occasion de réfléchir à nos pratiques militantes.
5 mars 2026 | tiré du site de la CSN
https://www.csn.qc.ca/actualites/rendez-vous-faire-front-le-11-mars/
Alors que les gouvernements et les grands patrons nous attaquent plus que jamais, nous devons faire le point pour continuer de faire front. La formation militante des travailleuses et des travailleurs est cruciale pour accentuer notre mobilisation et remporter des gains.
Lutte politique et escalade des moyens de mobilisation
Le 11 mars de 12 à 13 heures, la CSN tient un webinaire de la campagne Faire front pour réfléchir ensemble sur l'escalade des moyens de mobilisation nécessaire pour revendiquer une société plus juste et plus équitable.
Après des années à subir des attaques des gouvernements et des patrons, nous devons répliquer. Les réformes et l'austérité font mal à nos services publics, alors que les droits des travailleuses et des travailleurs continuent d'être bafoués. En novembre dernier, nous étions plus de 50 000 dans les rues de Montréal pour exiger que le gouvernement change de cap. Comment poursuivre la bataille ensemble ? Ce webinaire vise à vous entendre sur les moyens de mobilisation à mettre en place pour faire front et obtenir des changements qui profitent à l'ensemble de la population.
Pour vous inscrire à ce rendez-vous sur l'escalade des moyens de pression, veuillez remplir ce formulaire.
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Susan George dans les combats altermondialistes
Beaucoup a déjà été écrit en positif à la mémoire de Susan George décédée le 14 février 2026 à l'âge de 91 ans. Aussi je vais me limiter à revenir sur quelques aspects de son action en relation avec les thématiques et les pratiques sur lesquelles nous avons convergé.
2 mars 2026 | tiré du site du CADTMt | Photo : Susan George, en juin 2007. Crédit photo : CC BY-SA 4.0, Raimond Spekking.
Susan George est une des auteures qui a joué un rôle très important pour faire connaître dans le Nord global la problématique de la dette réclamée aux pays du Sud global. Elle y a consacré deux livres percutants qui ont eu un écho important en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays industrialisés en général, il s'agit de Jusqu'au cou : enquête sur la dette du tiers monde, (La découverte, 1988, trad. de A Fate Worse Than Debt) publié en 1988, et de L'Effet boomerang, Choc en retour de la dette du tiers monde, (La Découverte/Essais, 1992), (ISBN 9782707121370) publié en 1992. On peut y ajouter Crédits sans Frontières, publié en 1994 qui aborde de manière critique l'histoire de la Banque mondiale et du FMI (col. Essais, La Découverte, Paris, 278 p.).
Avant cela, à partir des années 1970, elle avait consacré sa production littéraire à faire la lumière sur le thème de la faim dans le monde en réussissant à toucher au Nord un large public qui essayait de comprendre les causes des problèmes vécus par les peuples du Sud. Son ouvrage de référence sur ce thème est Comment meurt l'autre moitié du monde, (trad. de How the Other Half Dies : The Real Reasons for World Hunger, Penguin, 1976).
Susan George a toujours relié son travail d'investigation à de l'activisme dans la perspective du changement social en faveur des opprimé·es.
Dès que le Comité pour l'annulation de la dette du tiers Monde est né en 1990 en Belgique, elle a répondu positivement aux invitations que nous lui avons adressées. Elle a participé à plusieurs grandes conférences organisées par le CADTM aux côtés de l'économiste marxiste Ernest Mandel, de l'écrivain Gilles Perrault, de Vandana Shiva (Inde), de Rosario Ibarra
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rosar...(Mexique), de Nawal el Saadawi (Egypte), de l'évêque Jacques Gaillot, d'Albert Jacquard, … tous et toutes engagé·es dans le même combat pour l'annulation des dettes illégitimes et odieuses réclamées aux peuples du Sud. A ces conférences participaient en général 600 à 1200 personnes.
On a poursuivi une intense collaboration dans la deuxième moitié des années 1990 autour des activités alternatives au forum économique de Davos, opposées aux réunions annuelles du G7, des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI (notamment à Madrid en 1994 pour le cinquantième anniversaire des institutions de Bretton Woods) et aux sommets de l'OMC.
En 1998-1999, Susan George s'est investie avec conviction dans les débuts de l'association ATTAC et le CADTM y a participé activement notamment en aidant à la création d'ATTAC Belgique . Susan George et le CADTM ont été présents à de nombreuses rencontres internationales qui ont atteint une apogée entre 2001 et 2006 avec la création du Forum Social Mondial réuni pour la première fois en janvier 2001 à Porto Alegre au Brésil, et celle du Forum Social européen en 2002 à Florence.
Tout au long des années 2000 et 2010, la collaboration entre le CADTM et Susan George a été intense. Lors de la cinquième assemblée mondiale du réseau international CADTM tenue à Tunis, elle avait envoyé un message d'appui chaleureux que nous reproduisons :
« Le 26/04/2016 à 17:02, Susan George a écrit :
Depuis de longues années, pour tous ceux qui veulent connaitre la vérité sur la dette, le CADTM est une ressource indispensable. Quand dans les années 1980-1990 je travaillais sur la dette du Tiers Monde, le CADTM m'accompagnait à chaque étape.
Aujourd'hui, hélas, il reste une ressource indispensable. Pourquoi hélas ? Parce que de plus en plus de pays sont tombés dans le piège de la dette. Ils sont tous assujettis aux mêmes politiques dévastatrices d'« ajustement structurel », comme on disait autrefois et « d'austérité » comme on dit aujourd'hui.
Ces pays sont tous la proie du capital international et soumis aux diktats d'institutions comme le Fonds monétaire international. L'Europe n'y échappe pas et dans les pays européens, notamment en Grèce, la dette est un instrument de colonisation et d'oppression exactement comme elle l'a été — et souvent demeure — pour les pays du Sud. De ce fait, nous sommes toujours plus nombreux à avoir besoin de la recherche et de l'action du CADTM.
Les chiffres, on pourrait certes les trouver ailleurs. Mais la grande vertu du CADTM est de les placer toujours dans le contexte politique de la mondialisation du 21e siècle et d'agir à travers cette connaissance encyclopédique du sujet pour aider les victimes à s'en sortir.
A ses débuts, le CADTM était essentiellement un « one man show », puis quelques camarades ont rejoint Éric Toussaint et aujourd'hui c'est un réseau international qui tient son Assemblée mondiale à Tunis.Que de champs explorés ! Que de chemin parcouru ! Je suis certaine que vos travaux seront fructueux et que nous vous trouverons toujours dans les luttes que le néolibéralisme insatiable nous impose. Permettez-moi de saluer tout particulièrement Éric et Fathi Chamki et de souhaiter à toutes et tous une bonne Assemblée mondiale et longue vie au CADTM — au moins jusqu'au moment où il aura définitivement gagné le combat contre la dette qui asservit.
Susan George, Présidente d'honneur d'Attac France, Présidente du Transnational Institute [TNI] » (Source : https://www.cadtm.org/Messages-de-soutien-a-l-occasion )
Susan George avait de grandes qualités comme auteure : elle réussissait à rendre compréhensible pour un large public des problématiques comme celles de la faim, de la dette, de la marchandisation du monde, de l'offensive néolibérale,… Elle adoptait un style d'écriture fluide, facile d'accès mais toujours bien documenté sans jamais être « barbant ». Elle essayait également dans la plupart de ses livres et dans ses conférences de montrer que les citoyens et les citoyennes agissaient pour changer le monde et que chacun et chacune pouvait rejoindre le combat pour l'émancipation. Jean Ziegler faisait de même dans ses livres et nous convergions dans cette démarche. On ne peut pas se contenter d'analyser, de décrire et de dénoncer les injustices, on doit appeler à l'action pour y mettre fin.
En tant que conférencière, Susan George s'exprimait toujours de manière posée, jamais elle n'élevait la voix. Susan George n'haranguait pas, elle exposait.
Susan George n'était pas une révolutionnaire. Elle était favorable à de profonds changements mais préférait la voie des réformes modérées par étapes. C'est en cohérence avec cela qu'elle a participé en mars 2012 à la création du Collectif Roosevelt et qu'en 2013, elle adhéré au nouveau parti politique Nouvelle Donne aux côtés de Pierre Larrouturou.
En 2020, en pleine pandémie, nous avions cosigné un appel international pour une taxe Covid qui affirmait « il est urgent de mettre à l'ordre du jour la répartition des richesses, c'est-à-dire l'idée selon laquelle les hauts revenus et les grandes propriétés doivent être taxés dans l'intérêt de la collectivité. »
Dans les dernières années de sa vie, elle s'est radicalisée et a soutenu en 2022, la France Insoumise, le parlement de l'Union populaire et la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République (voir sa courte communication vidéo de 2 minutes 44').
Quelques souvenirs personnels. J'ai d'abord connu Susan George à travers ses livres en particulier Jusqu'au cou : enquête sur la dette du tiers monde publié en 1988. Cela m'a convaincu de l'inviter aux grandes conférences réalisées à Bruxelles par le CADTM. A partir de cette date, nous avons été en contact étroit et nous avons souvent partagé une tribune à différents endroits de la planète. On a eu l'occasion d'échanger nos points de vues assez régulièrement aux cours des années 1990 jusqu'à 2010 environ.
Je me souviens que le 20 décembre 2001 alors que la révolte qui avait éclaté en Argentine contre les politiques néolibérales était réprimée dans le sang (39 morts), j'ai reçu un coup de téléphone de sa part. Elle me disait : « Éric on doit faire quelque chose ensemble de manière urgente car le peuple argentin est entré en révolte contre la dette, contre le FMI et ses politiques ». Et bien sûr, nous avons unis nos énergies en soutien au peuple argentin. Je me souviens aussi d'une conversation entre elle et moi en 2003-2004, alors qu'elle avait appris que j'avais décidé de présenter une thèse de doctorat sur les enjeux politiques de l'intervention de la Banque mondiale et du FMI envers les pays du Tiers Monde. Elle m'a raconté les tourments qu'avait représenté pour elle le défi de rédiger une thèse de doctorat. En 2008, on s'est retrouvé au festival de Cannes pour présenter un film documentaire qui avait été sélectionné par la semaine de la critique. Le cinéaste Philippe Diaz dans ce film intitulé « La Fin de la pauvreté ? » avait fait appel aux témoignages de personnes comme Susan George, Amartya Sen, Joseph Stitglitz et moi pour réaliser son film qui posait la question « Avec tant de richesses dans le monde, comment peut-on avoir autant de pauvreté ? ». Susan George et moi avons présenté le film à Cannes et avons participé à une manifestation de rue pour faire passer le message qu'il contenait. Nous avons eu en cette circonstance l'occasion une fois de plus de faire le point sur la situation internationale et les actions que nous soutenions.
Susan George, le cinéaste Philippe Diaz et Éric Toussaint au Festival de Cannes en 2008 pour la présentation du film La fin de la pauvreté ?" Photo Denise Comanne - CADTM
Susan George était une personne très posée, presque réservée, elle n'était pas du genre à taper sur les épaules de ses connaissances mais en privé elle ne renonçait pas à rigoler. Dans ces conférences, généralement elle faisait preuve d'humour, et toujours elle était très attentive aux questions du public et tentait d'y répondre en cherchant à démontrer qu'on pouvait essayer de changer les choses. On a vraiment besoin de personnes comme Susan George.
Lire d'autres hommages à Susan George
– Riccardo Petrella, « Décès de Susan George : La Grande Dame de l'altermondialisme », publié le 2026/02/26 https://www.lautjournal.info/20260226/deces-de-susan-george-la-grande-dame-de-laltermondialisme
– Geneviève Azam, « Mort de Susan George, figure altermondialiste et écologiste visionnaire », Reporterre, publié le 23 février 2026, https://reporterre.net/Susan-George-une-altermondialiste-ecologiste-s-est-eteinte
– ATTAC France, « Notre amie et camarade Susan George nous a quitté·es », publié le 19 février 2026, https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/notre-amie-et-camarade-susan-george-nous-a-quitte-es

Apprendre à déranger
Le consensus apaise les conflits ; la politique, elle, commence quand on décide enfin de les assumer.
Il y a une scène banale que beaucoup d'entre nous ont déjà vécue.
Un souper de famille. Le temps des Fêtes. Une réunion publique. Une discussion qui s'échauffe un peu.
Au départ, on parle de tout et de rien, puis, presque sans s'en rendre compte, la conversation glisse vers le politique : le coût des loyers, le climat, la santé publique, la montée des inégalités, la fatigue démocratique. Les voix montent, les désaccords deviennent plus francs, les sourires mécaniques disparaissent.
Et, presque inévitablement, quelqu'un conclut, sur un ton faussement apaisant :
« Avec le temps, tu vas te calmer. Tu vas devenir plus raisonnable. »
« Calme-toi. »
« Faut rester raisonnable. »
« La politique, ça se fait dans le respect. »
Comme si la maturité consistait à baisser le ton.
Comme si comprendre le monde signifiait accepter qu'il change lentement.
Comme si la fougue était une maladie de jeunesse dont il faudrait guérir.
Cette petite phrase, qu'on croit bienveillante, n'a pourtant rien d'innocent. Elle véhicule une attente profondément intériorisée : celle selon laquelle grandir politiquement reviendrait à s'assagir, à arrondir les angles, à composer avec « la réalité » — bref, à faire la paix avec l'ordre existant.
Autrement dit, on ne nous demande pas simplement d'être plus polis ou moins dérangeants.
On nous demande d'être moins politiques.
Car très tôt, on nous apprend que la colère serait suspecte, que le désaccord serait excessif, que le conflit serait indécent. La politique devrait rester propre, mesurée, présentable.
Le problème ne serait jamais la violence sociale.
Seulement le ton.
On l'a même vu à l'Assemblée nationale : on tolère toutes les injustices, mais surtout pas un coton ouaté.
Derrière cette injonction à « se calmer » se cache donc une idée plus profonde : celle que la politique serait avant tout la recherche d'un consensus raisonnable, d'un terrain d'entente où personne ne heurte trop fort.
Or, c'est précisément l'inverse.
La politique n'a jamais été l'art du consensus.
La politique, c'est le conflit.
C'est ce que rappelle le philosophe Jacques Rancière, notamment dans La Mésentente et Dissensus avec une grande clarté : la politique commence quand celles et ceux qui ne comptent pas troublent l'ordre des choses, rendent visibles les torts qu'on préférait ignorer et brisent la tranquillité apparente.
La politique surgit lorsque des intérêts s'affrontent, lorsque des injustices deviennent visibles, lorsque celles et ceux qui subissent l'ordre établi cessent de le considérer comme naturel.
Autrement dit : dans le dissensus.
Si tout le monde est d'accord, ce n'est pas la démocratie qui triomphe.
C'est que quelqu'un a déjà gagné.
Et pourtant, malgré tout cela, on continue de nous répéter que la vertu suprême serait le « compromis ».
Qu'il faudrait toujours « couper la poire en deux ».
Qu'être responsable, ce serait se tempérer.
Qu'être crédible, ce serait rassurer.
Cette morale de la modération persiste alors même que les conditions matérielles de la vie se dégradent pour une part croissante de la population : les inégalités explosent, les services publics s'effritent, le climat s'emballe, les droits reculent, la précarité s'installe comme une norme.
Dans un tel contexte, exiger le calme n'a rien de raisonnable.
Réclamer le consensus au milieu de violences sociales aussi profondes, ce n'est pas rechercher la paix : c'est demander aux dominé·e·s de se taire.
Car cette injonction repose toujours sur la même fiction : celle que l'ordre existant serait naturel, qu'il constituerait l'horizon indépassable du possible.
Comme si les institutions, les hiérarchies, les exclusions relevaient de l'évidence. Et non du fait que l'Histoire est faite de rapports de force et de décisions politiques.
Le « bon ton », le décorum, la posture raisonnable ne servent alors plus à élever le débat.
Ils servent à le contenir.
À tracer des frontières invisibles autour de ce qu'il serait permis de contester.
Le consensus, dans ce contexte, ne signifie pas l'harmonie.
Il signifie la pacification.
Et toute pacification a ses gardiens.
Ces gardiens ont un nom.
Ils se présentent comme raisonnables, modérés, « ni de gauche ni de droite », ils ne sont jamais neutres.
On ne flotte pas au-dessus des rapports de force.
Dans une société traversée par des inégalités profondes, prétendre être au milieu, c'est déjà choisir le côté des plus forts.
Parfois par confort,
Parfois par intérêt,
Souvent par complicité active.
Ce « juste milieu » n'est pas neutre : il sert d'abord à préserver ce qui existe.
C'est ce qu'on peut appeler l'extrême centre.
L'« extrême centre ».
On les présente comme des modérés, des pragmatiques, des gestionnaires sérieux, situés au-dessus des idéologies. Ils se réclament du réalisme, de la responsabilité, du « gros bon sens ». Ils prétendent dépasser les clivages.
Ce bloc politique — ni ouvertement réactionnaire, ni véritablement émancipateur — constitue ce qu'on pourrait appeler l'extrême centre.
Un terme utilisé par le philosophe Alain Deneault a nommé, avec justesse, dans ces ouvrages La médiocratie et Gouvernance : un régime où l'on renonce à transformer le monde pour se contenter d'administrer l'existant, de gérer les dégâts, de rendre acceptable l'inacceptable.
Extrême, parce qu'il défend avec une rigidité remarquable la préservation de l'ordre établi.
Centre, parce qu'il se présente comme neutre, raisonnable, au-dessus des conflits.
Or, cette neutralité est un mythe.
Car lorsque cet ordre est réellement contesté, lorsque les intérêts dominants sont menacés, le centre révèle sa véritable fonction et délaisse son enfumage. Il se durcit, devient juridique et répressif, criminalise les luttes, décrédibilise les oppositions et les pathologise — les présentant comme irrationnelles, trop extrêmes ou dangereuses.
L'histoire est claire : en période de crise, ce prétendu centre, cet extrême-centre, préfère s'appuyer sur les droites autoritaires et l'extrême droite pour préserver l'ordre existant plutôt que de tolérer une transformation sociale profonde et les forces d'émancipation qui les accompagnent.
Le centre ne défend pas la démocratie :
Il défend sa stabilité.
Il ne protège pas la justice :
Il protège la spoliation.
C'est pourquoi l'idée même d'un « consensus politique » permanent relève moins d'un idéal démocratique que d'une stratégie de conservation, mais plutôt d'une illusion dangereuse.
BLOC BOURGEOIS
Derrière cette posture politique se trouve une base sociale bien réelle.
Les économistes Bruno Amable et Stefano Palombarini parlent d'un bloc bourgeois : une coalition formée des élites économiques, des milieux d'affaires, de la haute fonction publique, des cadres supérieurs, d'une partie des professions libérales, des directions médiatiques et de couches diplômées qui tirent profit de la stabilité du système.
Ces groupes peuvent diverger sur des questions secondaires, s'opposer sur des styles de gestion ou des sensibilités culturelles, débattre à l'infini des nuances budgétaires ou réglementaires et même électoraux.
Mais sur l'essentiel, ils parlent d'une seule voix.
Mais ils partagent l'essentiel :
Leurs intérêts dépendent du maintien de l'ordre économique et social : soit le capitalisme tardif.
Ce qu'ils appellent « responsabilité », « réalisme » ou « bonne gouvernance », c'est simplement la défense de leurs privilèges présentée comme intérêt général, le « réel », la « nature des choses ».
Bref, le consensus qu'ils prônent est toujours le leur.
Jamais celui des dépossédés
UNE CLASSE SOCIALE — LA BOURGEOISIE
Si ce bloc tient politiquement, c'est qu'il repose sur une base sociale durable.
Une classe.
La bourgeoisie — non comme invective, mais comme réalité sociologique.
Autrement dit, le centre n'est pas un simple tempérament modéré. Il s'ancre dans une structure sociale bien concrète.
Les travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont montré comment cette classe se reproduit sans cesse : transmission du patrimoine, accumulation du capital culturel, maîtrise des codes légitimes, contrôle des diplômes et des réseaux.
Les frontières sociales deviennent des évidences.
L'école trie.
La culture exclue.
Le privilège se déguise en mérite.
Mais cette reproduction n'a rien d'abstrait.
Les enquêtes de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, notamment dans « Sociologie de la bourgeoisie », lui donnent une épaisseur très concrète : quartiers protégés, écoles privées, clubs fermés, conseils d'administration imbriqués, réseaux d'influence.
On y vit entre soi.
On y recrute entre soi.
On y protège les siens.
La bourgeoisie n'est donc pas seulement une classe possédante.
C'est une classe organisée, solidaire, stratège.
Eux
Ils font de la politique.
En permanence.
UNE GAUCHE DE RUPTURE
Face à une telle cohésion, croire que quelques compromis bien formulés suffiraient relève moins du réalisme que de la naïveté.
Et la gauche doit faire un choix clair.
Soit elle accepte les règles du jeu du consensus — parler doucement, rassurer, promettre peu, ne pas trop déranger — et elle restera tolérée tant qu'elle ne change rien.
Soit elle assume une autre voie.
Une gauche de rupture.
Une gauche qui comprend que transformer la société signifie déplacer des rapports de force réels, et que ces déplacements ne se négocient pas à huis clos : ils s'arrachent.
Car les droits n'ont jamais été concédés par générosité.
Ils ont toujours été conquis par la lutte.
L'égalité ne naît pas d'un compromis poli.
Elle naît d'un affrontement politique assumé.
Pas une gauche du spectacle.
Pas une gauche de posture morale.
Une gauche organisée, enracinée dans les luttes sociales, solidaires des mouvements sociaux, capable de soutenir le conflit, capable surtout de construire du pouvoir populaire durable.
Parce qu'au fond, le choix est simple.
Si on accepte leurs réglée,
Si on parle leur langage,
Si on accepte leur définition de « raisonnable »
Si on recherche leur approbation.
Nous avons déjà perdu.
La politique ne commence pas quand tout le monde est d'accord.
Elle commence lorsque celles et ceux qui n'étaient pas censés parler prennent la parole et refusent de se taire.
C'est reconnaître que, face à des classes dominantes organisées et stratégiques, la modération permanente n'est pas une vertu, mais une défaite anticipée.
Autrement dit : si nous voulons réellement changer le monde, il ne suffira pas d'avoir raison.
Il faudra s'organiser pour gagner.
C'est précisément pour cela qu'il devient urgent de sortir de cette fiction du consensus.
Refuser de « se calmer », ce n'est pas être immature.
C'est peut-être, au contraire, commencer à faire de la politique pour de vrai.
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Des signes partout, du sens nulle part
Nous ne manquons pas d'informations. Nous manquons de repères.
La perte de sens qui traverse nos sociétés n'est pas une dérive culturelle ni une simple fatigue numérique : elle est le produit d'un système qui transforme les symboles en marchandises et dissout les lieux du commun. Pour retrouver un sens partagé, il ne suffit pas de mieux parler. Il faut reconstruire les conditions matérielles et culturelles qui permettent d'agir ensemble.
Le soir, on fait défiler l'écran sans fin.
Une vidéo chasse l'autre. Un débat remplace le précédent. Une indignation succède à la suivante. Tout semble urgent. Tout semble important.
Et pourtant, quand on ferme nos écrans, il reste une impression étrange : on a tout vu, mais rien n'a vraiment tenu.
Ce n'est pas seulement une fatigue numérique.
C'est peut-être le symptôme d'une perte plus profonde.
Nous ne manquons pas d'informations.
Nous manquons de repères.
Quelque chose comme un sens partagé s'est effrité.
On présente souvent cela comme une dérive culturelle : la polarisation, les réseaux sociaux, la post-vérité, la baisse de la littératie. Comme si nous étions simplement trop distraits ou trop émotifs pour nous comprendre. Comme si le problème venait de nos cerveaux ou de nos écrans.
Mais la confusion n'est pas psychologique.
Elle est matérielle. Elle est politique.
Nous avons perdu les lieux où nos expériences se reliaient.
Non pas le « bon sens ».
Mais le sens, le sens commun : ce qui faisait tenir nos vies ensemble.
***
On parle souvent de crise culturelle. Pourtant, cette fragmentation ne tombe pas du ciel.
Elle correspond très exactement à un système qui transforme tout en marchandise : nos mots, nos images, nos émotions, nos relations.
Le capitalisme tardif ne vend plus seulement des objets.
Il vend de l'attention, des symboles, des identités.
Même la culture devient du « contenu ».
Même la politique devient du spectacle.
Même l'art devient flux.
On ne fréquente plus des œuvres : on les consomme.
On ne construit plus des milieux : on suit des tendances.
On ne débat plus dans des espaces communs : on réagit, chacun de son côté.
Il y a longtemps déjà, Theodor W. Adorno, philosophe allemand de l'école de Francfort, parlait d'« industrie culturelle » pour décrire cette transformation de l'art en produit standardisé, privé de sa force critique. Ce qu'il pressentait s'est généralisé : la culture ne nous rassemble plus ; elle nous disperse.
Le résultat est paradoxal.
Nous sommes saturés de discours, mais pauvres en expériences partagées.
Nous ne manquons pas d'opinions.
Nous manquons de mondes communs.
Et comme l'a résumé Mark Fisher, il devient parfois plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. Même notre imaginaire semble bloqué.
***
Cette perte de sens traverse tout.
Elle est sociale : précarité, isolement, vies éclatées.
Elle est politique : personnalisation, coups médiatiques, indignations sans continuité.
Elle est culturelle : une effusion permanente de balados, vidéos, festivals, créations, initiatives réelles et souvent magnifiques, mais qui peinent à s'inscrire dans des pratiques collectives durables.
Le problème n'est pas que trop de gens créent.
Au contraire.
Le problème, c'est que ces créations flottent sans ancrage commun.
L'esthétique devient refuge.
L'expression devient défoulement.
La posture remplace la transformation.
L'abstraction peut protéger. Elle a parfois ouvert des brèches, desserré les carcans, permis d'inventer autrement. Mais lorsqu'elle devient un lieu où l'on se retire du monde plutôt qu'un moyen de le transformer, elle finit par tourner à vide.
Elle ne suffit pas à refaire monde.
***
Ce que nous vivons ressemble à ce que décrivait le politologue Bernard Manin dans Principes du gouvernement représentatif lorsqu'il analysait le passage de la démocratie des partis à la démocratie du public.
Les partis de masse n'étaient pas seulement des machines électorales.
Ils formaient, socialisaient, éduquaient.
Ils reliaient des individus à des milieux, à des classes, à des projets.
Ils produisaient du sens.
Sans nostalgie aveugle, il faut reconnaître cela : ils étaient des espaces de monde commun.
À mesure que ces médiations se sont effritées, les citoyens sont devenus des spectateurs. Et le sens s'est dissous avec elles.
***
D'autres vont plus loin encore.
Pour Pierre Dardot et Christian Laval, dans Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, le commun n'est pas une chose à posséder.
C'est une pratique.
Une activité par laquelle des gens décident ensemble comment ils vivent, produisent, partagent.
Le commun n'est pas un idéal abstrait.
C'est quelque chose qui se fait.
***
Si le langage s'effondre aujourd'hui, ce n'est donc pas d'abord un problème de mots.
C'est que les lieux où ces mots prenaient sens ensemble ont disparu ou se sont marchandisés.
On ne reconstruira pas un sens commun avec de meilleurs slogans ou plus de prises de position en ligne.
Il faut des conditions matérielles.
Des espaces où se réunir.
Des temps libérés pour réfléchir et agir.
Des ressources arrachées à la logique marchande.
Des idées, des possibles, des imaginaires à partir desquels inventer.
C'est à partir de là que les pratiques communes se sédimentent : elles deviennent culture, puis des analyses du réel, finalement symboles partagés.
Le sens commun ne précède pas ces pratiques.
Il en découle.
***
Cela peut être très concret.
Des médias indépendants ancrés dans des communautés.
Des podcasts, des radios locales, des chaînes en ligne qui servent d'outils d'organisation.
Des festivals, des foires, des maisons de la culture, des cafés militants, des bibliothèques, des ateliers, des syndicats, des comités de quartier.
Des lieux où l'on ne fait pas que parler politique — où l'on vit ensemble, où l'on apprend, où l'on crée.
Des espaces où la culture et la lutte cessent d'être séparées.
Parce que l'art peut redevenir cela aussi : non pas un flux de produits, mais une pratique collective qui fabrique des repères, des récits, des symboles communs.
Pas du contenu.
Un milieu.
***
Face à la perte de sens, deux tentations dominent : le cynisme ou la fuite.
Mais aucune des deux ne nous fera avancer.
Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de commenter le monde.
C'est de recommencer à le faire ensemble.
Refaire du commun.
Refaire des institutions vivantes.
Refabriquer des lieux où nos vies se rencontrent et prennent sens.
Le sens commun ne se décrète pas.
Il se construit.
Et il ne naît pas des écrans.
Il naît des pratiques partagées, des luttes, des solidarités, des œuvres, des institutions que nous faisons exister ensemble.
C'est là — et seulement là — qu'un autre monde peut redevenir pensable.
******
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Les talibans ne peuvent pas vous prendre votre stylo : le message de Margaret Atwood aux femmes afghanes
Les journalistes du Zan Times, un média afghan dirigé par des femmes en exil, m'ont demandé d'écrire une lettre aux femmes afghanes. J'ai accepté cette invitation parce que la situation critique des femmes en Afghanistan est importante. Il y a quarante ans, j'ai imaginé la République de Gilead dans La Servante écarlate, dans l'espoir de sensibiliser le public sur la facilité avec laquelle les femmes pouvait perdre leur statut social, leurs places et leurs droits humains.
Tiré de Entre les lignes et les mots
J'espérais que l'histoire d'Offred inspirerait les lecteurs et les lectrices du monde entier, non seulement à défendre les droits des femmes dans leur propre pays, mais aussi à prêter attention aux autres pays où les femmes sont intentionnellement et systématiquement rendues vulnérables, impuissantes et soumises à des abus et à la famine.
Je vous adresse cette lettre, à vous, femmes courageuses d'Afghanistan, qui luttez pour préserver quelques lambeaux de dignité humaine. Au cours des quatre dernières années, j'ai beaucoup lu sur les talibans et les restrictions croissantes qui définissent la vie quotidienne des femmes et des filles. Les portes des écoles et des universités leur sont fermées. Les femmes sont contraintes de rester à la maison. Elles sont réduites à leurs organes reproducteurs et à leur rôle de servantes domestiques, comme dans la République de Gilead.
En période de répression, lorsque manifester ouvertement signifie la mort, la résistance passe par la clandestinité. Si vous le pouvez, documentez ce qui se passe et conservez ce que vous avez accompli auparavant : un certificat, un diplôme universitaire, une récompense que vous avez reçue. Gardez ces documents près de votre cœur. Les talibans ne peuvent pas vous priver de vos pensées, de votre histoire, de vos mots, de votre plume. N'oubliez pas qui vous êtes, ce que vous avez accompli et l'espérance qui vous permet de continuer malgré toutes les difficultés.
Les talibans ne sont pas le seul régime théocratique qui ait jamais existé, et malheureusement, ils ne seront pas les derniers, car nous assistons à la montée de l'autoritarisme à l'échelle mondiale. Un combat important consiste à se souvenir de l'histoire – qui nous étions, ce que nous avons fait, les rêves que nous avions – et à la transmettre à la génération montante, aux filles, aux garçons et aux enfants qui naissent dans la république talibane de Gileadin Afghanistan. Ces enfants n'ont aucun moyen de savoir ce qui s'est réellement passé avant elles et eux. Pour elles et eux, ce que les talibans dictent et imposent comme loi est la réalité de la vie, telle qu'elle a toujours été pour elles et eux. Et la vision totalitaire de Dieu n'est pas la seule vision possible. Si Dieu est juste et miséricordieux, approuve-t-il la façon dont vous êtes traité·es ?
Chères femmes d'Afghanistan, vous qui êtes nombreuses à vous reconnaître en Offred et Moira, je suis sûre que vous comprenez que les talibans tentent d'effacer votre intellectualité, d'engourdir votre capacité à penser et à envisager un avenir meilleur pour les femmes. C'est ce dont les talibans ont peur. En écrivant, en continuant à diriger des écoles secrètes et des écoles en ligne pour vous éduquer et éduquer la prochaine génération, en documentant ce que font les talibans, vous faites déjà partie de Mayday, le mouvement de résistance clandestin de Gilead. Mais soyez très prudentes. Les totalitaires sont avides de pouvoir, ils prennent plaisir à détruire les gens, et ils sont à la fois impitoyables et sans foi ni loi.
J'ai souvent dit qu'il était difficile d'écrire un roman utopique : la vie humaine est imparfaite, et les personnes n'ont jamais été capables de créer un paradis parfait sur Terre, alors qu'elles n'ont aucune difficulté à créer l'enfer. Mais peut-être que les personnes qui vivent au sein d'une société dystopique sont les mieux placées pour imaginer, non pas une société parfaite, mais une société meilleure, où les individus·es seront respecté·es et où le potentiel humain pour le bonheur a davantage de possibilités.
Je vous adresse mes meilleurs vœux de solidarité, de force et de soutien dans votre combat pour les droits humains fondamentaux. Les droits humains fondamentaux incluent les femmes – elles sont des êtres humains à part entière, ce que certain·es considèrent comme une idée radicale.
Margaret Atwood est une autrice primée qui a publié plus de 50 ouvrages de fiction, de non-fiction et de poésie. Son classique dystopique, La Servante écarlate [The Handmaid's Tale], a été publié en 1985. Elle vit au Canada.
https://zantimes.com/2026/03/02/margaret-atwoods-message-to-afghan-women/
Traduit par DE
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La RD Congo et le panafricanisme de la photo
La photographie congolaise a 100 ans. L'occasion d'ouvrir un dialogue sur la manière dont l'œil étranger a illustré une narration nationale. Aujourd'hui, les photographes contemporains affirment une lecture décoloniale de cette histoire et revendiquent pleinement le droit à l'autoreprésentation.
Tiré d'Afrique XXI.
Célébré le 19 août 2025 à Kinshasa, à l'occasion de la Journée internationale de la photographie, le centenaire de la photographie congolaise a mis en lumière la vitalité du secteur en République démocratique du Congo (RD Congo). De l'approche artistique de Sammy Baloji ou de Léonard Pongo aux images « de mise en scène » de Pamela Tulizo en passant par la pratique journalistique d'Arlette Bashizi, la photographie congolaise se réinvente sans cesse, questionnant des codes imposés vus par beaucoup comme « eurocentrés ».
Indissociable de l'histoire de son pays, la photographie congolaise, pour exister pleinement, a dû se décoloniser. Dans un pays en proie à un manque criant de moyens et d'ambitions politiques dévolus à sa pratique, elle est depuis plusieurs années dynamisée par des artistes qui la font vivre dans le pays et grandir au-delà.
Une scène photographique qui change les codes
Avec sa série The Uncanny, réalisée entre 2011 et 2018, le photographe Léonard Pongo, qui vit entre la Belgique et la RD Congo, son pays d'origine, expérimente une expressivité délivrée d'un cadre normatif européanisé : « En suivant mes proches sur place, je me suis concentré sur des moments de vie hors du focus habituel de la presse internationale. Ces photographies émanent d'un ressenti plus que d'une tentative de narrativité univoque, un storytelling, qui serait proprement occidental. »
Lasse des photographies documentaires et questionnant sa propre pratique artistique, Pamela Tulizo développe la « photographie de mise en scène » dans son pays : « Je voulais faire de mes photographies des partitions de cinéma avec un plateau, un décor et des acteurs pour raconter une histoire autrement », explique-t-elle.
Les limites de l'imaginaire sont encore poussées plus loin avec la série Imaginary Trip I (2016), de Gosette Lubondo. « Troublée par les lieux à l'abandon où s'imprime la marque du temps », l'artiste photographe de 33 ans investit un train désaffecté en gare de Kinshasa dans lequel elle met en scène « des voyageurs imaginaires, dont l'expression et la tenue vestimentaire évoquent l'atmosphère qui imprégnait autrefois ce lieu », décrit la galerie parisienne Angalia, qui l'expose régulièrement.
- On ne veut pas de photographies de Blancs.
Dans leur pratique, les photographes contemporains se sont affranchis des codes préétablis. Les tendances de la photographie documentaire et de presse au Congo ont été établies par des photographes venus de l'extérieur, qui alimentaient en images des médias étrangers, eux-mêmes formatés. « Les photographes congolais ont une pratique très personnelle avec des codes qui leur sont propres. Que ce soit dans la publicité, le mannequinat ou encore dans l'événementiel, la photographie congolaise a sa propre identité », affirme Léonard Pongo.
Pamela Tulizo renchérit : « La ligne d'horizon, le cadrage, la construction de l'image sont bien différents en RD Congo et en Europe. » « Le couple qui se mariait a bien insisté sur le fait qu'ils ne voulaient pas de photographies de Blancs », ironise la photographe, relatant une anecdote du temps où elle pratiquait la photographie événementielle à Goma (Nord-Kivu).
Faire face au manque de moyens
Bien que les Beaux-Arts de Kinshasa se soient dotés d'un département photo en 2020, l'accès à l'apprentissage reste largement restreint, faute de filière et d'université spécialisée. Alors, grâce souvent à des bourses, les plus motivé·es, à défaut d'être richement doté·es, s'expatrient, notamment en Afrique du Sud. « Je suis partie étudier au Market Photo Workshop de Johannesburg, car je ne trouvais pas d'école ni de structure pour me former à Goma », nous confie Pamela Tulizo. Un constat que partage la photojournaliste multiprimée Arlette Bashizi, elle aussi originaire de la capitale du Nord-Kivu : « Moi, j'ai appris seule, en me formant sur les réseaux sociaux. »
Pour pallier ce manque, les photographes s'organisent en créant des structures inclusives. Depuis bientôt un an, l'association Efothô, basée à Goma, s'efforce de promouvoir la photographie congolaise à travers des enseignements bénévoles. « Nous souhaitions mettre en relation des photographes expérimentés avec des jeunes désireux de se lancer dans la photographie, afin de transmettre notre savoir, d'échanger et de raconter notre région de notre propre voix, pour parler de ce qui s'y passe avec dignité », nous explique le photojournaliste bientôt trentenaire Moses Sawasawa, l'un des fondateurs.
Marie-Jeanne Munyerenkana a participé à ces ateliers, ainsi qu'à l'exposition « Survivre », initiée par Efothô et présentée à Kinshasa fin 2025. « À Goma, il y a une carence en formation photographique. Avec Efothô, j'ai pu apprendre les bases du métier et visibiliser mon travail, notamment dans le cadre de l'exposition », développe-t-elle. Soutenu par les ambassades de Belgique et de Suisse en RDC, le projet « Survivre » (comme survivre à la guerre dans l'est du pays) a été présenté à l'Académie des beaux-arts de Kinshasa.
- Si on n'expose pas en Europe ou aux États-Unis, il est encore dur de se faire reconnaître à l'international.
Dans ce même élan de transmission et d'indépendance, Pamela Tulizo a créé en 2021 le Tulizo Elle Space à Goma, un centre de formation en art visuel réservé aux femmes. « C'est un lieu où les femmes peuvent apprendre en toute sécurité, sans jugement, et découvrir comment sortir du cadre traditionnel de la communauté. » Pendant quatre ans, le centre a accueilli des conférences, des formations et des programmes de diffusion autour de l'art féminin, notamment des formations en photographie, « mais son activité est réduite en raison de la situation sécuritaire, faute de subventions et d'aide de l'État », nous raconte la photographe.
Les photographes congolais·es trouvent de plus en plus leur place dans ces événements, mais « si on n'expose pas en Europe ou aux États-Unis, il est encore dur de se faire reconnaître à l'international », souligne Pamela Tulizo.
« Il faut des espaces créés par nous et pour nous », poursuit la photographe, qui a clôturé l'année 2025 en exposant Baadayee (« Après », en swahili) à la Cité internationale des arts à Paris. Cette série photographique porte sur des femmes demandeuses d'asile en France en mettant en lumière leur vie avant l'exil et celle qu'elles imaginent après.
Si les photographes ont su créer des espaces pour transmettre leur expérience, le manque d'institutions qui leur sont consacrées prive la photographie congolaise de la conservation et de la transmission de son histoire.
De l'art du colonisateur à l'image choisie
Peu de recherches ont été développées autour de la naissance de la photographie sur le continent africain, si bien que le voile qui drape cette discipline ne peut être levé que par des académicien·nes et des archivistes acharné·es, parfois secondé·es par la précieuse Revue noire, publication majeure entre 1990 et 2000, visant au rayonnement, sur tous les continents, de l'art contemporain africain.
C'est au cours des années 1920 que la photographie, jusque-là strictement réservée à l'administration coloniale belge, commence à gagner de jeunes Congolais·es, comme l'indique Sandrine Colard dans sa thèse Photography in the Colonial Congo, 1885-1960, en 2016. Ce tournant historique est aussi analysé par Baudouin Bikoko, professeur à l'Académie des beaux-arts de Kinshasa, dans son livre Photo comme écriture (2024) : « J'ai mis un point d'honneur à marquer la différence entre la photographie au Congo et la photographie congolaise », explique-t-il.
À l'aube du XXᵉ siècle, la photographie en RD Congo est dominée par l'administration coloniale belge et ses images dites « officielles », produites à destination de la métropole. Ces photographies véhiculent une vision profondément stéréotypée de la population congolaise, souvent déshumanisante, en la réduisant à des figures exotiques ou utilitaires. Elles ne s'intéressaient pas réellement « à notre culture ni à notre identité propre », ajoute Baudoin Bikoko, car « ce qui se passait dans la cité dite indigène n'intéressait pas vraiment les Blancs ».
- L'idée était de contraster les perspectives diverses de photographes européens et celles longtemps marginalisées de photographes africains.
Dans son exposition Recaptioning Congo, présentée au musée de la photographie FoMu à Anvers en 2022, Sandrine Colard présente une chronique de la longue et turbulente histoire de la photographie dans le Congo colonial. « L'idée de l'exposition était de contraster les perspectives diverses de photographes européens et celles longtemps marginalisées de photographes africains, dans un régime colonial belge qui a contrôlé et manipulé les images », explique Salomé Omanga, programmatrice culturelle de l'exposition.
Éclosion des studios photo d'artistes dans Kinshasa
Les recherches de Baudouin Bikoko lui permettent d'identifier Samuel Lema comme le premier photographe congolais, dont le premier cliché date de 1925, alors qu'il travaille pour une mission protestante suédoise dans le Kongo central. Dans cette région émergent également d'autres figures pionnières, telles qu'Antoine Freitas (1904-1966), d'origine angolaise. Photographes ambulants, ils sillonnent les provinces avec leurs « caméras box », non sans susciter une profonde méfiance : leur pratique, assimilée à la sorcellerie, leur vaut le surnom de « Muena Magimbu », « magicien sorcier », en langue tshiluba.
D'abord l'apanage des Européens, les studios photo tenus par des Congolais éclosent dans la capitale au milieu du XXe siècle, dans le sillage de la fièvre indépendantiste. Portée par une timide « ouverture » impulsée par l'administration coloniale et ses réformes administratives d'ordre culturel et social précédant l'indépendance, la photographie suscite un intérêt croissant.
- Les photographes congolais·es cherchent à saisir une ville en transformation permanente et en pleine effervescence.
Souvent installés en plein air, les studios photo donnent lieu aux premières photographies de famille, immortalisées notamment par le célèbre Jean Depara, qui installera plus tard son mythique studio, le Jean Whisky Depara, sur l'avenue Kato. À mesure que les pancartes des studios photo fleurissent le long des larges avenues de Kinshasa, la photo se développe entre les murs des boutiques, souvent sur le mode du portrait. C'est ainsi qu'Antoine Freitas ouvre Antoine Photo ou que Samuel Lema s'impose plus tard avec le Studio Less, sur l'avenue Bukaka. Peu à peu, les profondes mutations urbaines de la capitale façonnent la pratique photographique. Les photographes congolais·es cherchent à saisir une ville en transformation permanente et en pleine effervescence.
Des années 1950 aux années 1970, la vie nocturne en RD Congo est à son apogée, et les bars de la capitale résonnent au son de la rumba congolaise, glorifiant l'indépendance fraîchement acquise. L'appareil de Jean Depara capture cette ambiance festive et ses « belles nuits » en sillonnant les bars mythiques de l'époque, comme le Oui Fifi ou l'Afro-Negro. Il atteint une renommée internationale en devenant le photographe attitré du guitariste Franco.
Cette période voit aussi émerger des femmes photographes de renom, même si, comme le rappelle Bikoko, « dès les années 1920, le Nigeria et le Ghana comptaient déjà des femmes dans la profession ». Jacqueline Sudila Mpate, proche de Mobutu Sese Seko, devient ainsi la première femme congolaise à pouvoir photographier le Maréchal.
Si les photographies de la période coloniale ont été réunies dans des fonds, conservées, archivées, au contraire de la photographie congolaise depuis le début du XXe siècle, peu préservée, elles forment un matériel de travail entre les mains de la jeune génération de photographes. L'idée est maintenant d'« apporter de nouvelles légendes aux photographies coloniales en laissant parler les premiers concernés pour déconstruire la propagande coloniale », explique Salomé Omanga. Déconstruire l'Histoire, à défaut de pouvoir la refaire.
La photographie africaine sous tous les plans
Depuis quelques années, les événements autour de la photographie se multiplient en Afrique, « stimulant la création et les échanges entre les photographes africains », selon Léonard Pongo. Mais pas seulement : la renommée des photographes africains excède les limites de l'Afrique et bouleverse le cours des influences. En s'exposant, ils changent le narratif.
Le Festival Kokutan'Art au Congo-Brazzaville s'est imposé comme un rendez-vous incontournable pour la scène photographique africaine. Son édition 2025, sur le thème « Afrotopiques, ré-imaginer les possibles », a exposé une dizaine d'artistes qui interrogent la richesse, la vitalité et la résilience des sociétés africaines face aux bouleversements mondiaux.
Lagos Photo, qui a fêté en 2025 ses 15 ans, est désormais le plus grand festival international de photographie du Nigeria. Fondé en 2010 par Azu Nwagbogu, un ancien de National Geographic, l'événement draine chaque année un nombre exponentiel de visiteurs. Son succès non démenti l'amène à changer de dimension et à devenir à partir de 2025 une biennale de la photographie.
L'exposition Labphoto se tient à Bujumbura (Burundi) depuis le 21 février. Six photographes burundais y exposent la restitution finale de deux années de travaux menés dans le cadre de l'atelier Photo Lab, qui vise à la professionnalisation et à la diffusion du travail de photographes et d'artistes burundais.
La plate-forme en ligne Africa Foto Fair (AFF), créée par la photographe éthiopienne Aida Muluneh en 2022 afin de promouvoir les images d'artistes et de proposer des ressources aux apprenants, fait chaque année son festival. En 2025, sa 5e édition, qui s'est tenue à Grand-Bassam et Abidjan, en Côte d'Ivoire, a réuni plus d'une centaine d'exposants d'Afrique, d'Asie, d'Europe et d'Amérique, dont 67 artistes africains.
La biennale de Lubumbashi (Haut-Katanga) a, quant à elle, lancé un appel à projets pour sa 10e édition, cette année.

La primauté de la vie et la beauté du monde !
Notre monde bascule présentement dans une époque aliénante de distorsion métaphysique dans lequel on s'interroge à savoir si ce n'est pas la fin de l'Histoire et si l'avenir peut encore donner naissance à des lendemains souhaitables et viables ?
L'ère des prédateurs
Certains s'acharnent de plus en plus à manipuler les événements, les consciences et les esprits, altérer la marche du présent et réécrire le passé et tout en s'assurant d'oblitérer les traces de ses enseignements. Ainsi, le temps présent se retrouve constamment menacé de contamination par les bacilles de la tricherie et de la peur et secoué violemment par des vagues scélérates d'intolérance, de misogynie, de racisme et de terreur, particulièrement envers les déshérités et les minorités. L'humanité souffre de graves pertes de sens et elle s'enlise de plus en plus dans des sables mouvants de l'injustice générée par des pouvoirs autoritaires et illégitimes. Elle se gave et s'enivre dans l'ostentation Forbienne d'une quête effrénée de richesses colossales au seul bénéfice d'un insatiable et insensible Boys club d'autocrates et d'oligarques. Ces seigneurs ou barons de la Silicon Valley infiltrent et instrumentalisent les rouages des sociétés à leurs fins, s'attaquent frontalement aux droits et libertés des citoyens et des citoyennes, contrôlent leurs aspirations, exploitent leurs identités et vampirisent les ressources de la planète. Une cynique et insolente clique de dirigeants, souvent autoproclamés, s'affranchissant de toutes les règles de droit. Aux États-Unis MAGAnés d'Amérique, grâce à la servilité de l'administration en place, ils tirent à longueur de jour et de nuit les ficelles d'un pouvoir usurpé. Ils corrompent la réalité, contrôlent les réseaux sociaux, s'attaquent aux tribunaux et à la liberté de presse en censurant les médias, menacent et bâillonnent les réseaux du savoir, boycottent la science, distordent les faits et la vérité avec leurs faits alternatifs. Ils fourchent leurs discours avec leur novlangue version 2.0 et sèment à tout vent les graines d'un chaos numérique dans les méandres du cloud à l'aide de leur mètre étalon, le mensonge algorithmique. Ces prédateurs et marchands d'illusions confortés par leurs laquais de dirigeants qui, sous couvert de menaces, utilisent leur pouvoir financier et, si nécessaire, la force militaire couplés de manière insidieuse aux chimères de l'Intelligence Artificielle afin d'assoir leur autoritarisme libertarien. Ils peuvent subséquemment atteindre leurs ultimes objectifs non seulement de pouvoir et d'enrichissement, mais également de spoliation brutale des structures économiques, politiques et sociales actuelles. Tout cela avec pour graves conséquences de menacer l'État de droit et la société civile, de porter atteinte à nos libertés et de tracer ainsi les funestes sentiers de notre finitude.
« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges – TRUMP–, respectables les meurtres – ICE –, et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que vent – l'Âge d'or –. » George Orwell
Un monde dystopique
Nous sommes presque parvenus à un point de non-retour climatique annonciateur de désastres apocalyptiques pour l'humanité et la planète. Quant au climat géopolitique mondial, il est en train insidieusement de virer à tribord à toute vapeur noire avec son lot de conséquences catastrophiques. La diplomatie est placée sous scellés, les alliances fracturées, les accords enfouis sous le tapis et les traités envolés en fumée. Le discours ambiant devient guerrier et pendant que l'humanité n'en finit pas de sombrer dans la misère et le désespoir, des conflits et des guerres se multiplient et les pays engloutissent des sommes colossales dans la défense en se militarisant aveuglément à la vitesse grand « V » pour Violence et Victimes. Mais, générant cependant un immense fardeau sur le dos des générations qui n'ont même pas encore admirer un seul lever de soleil. Sans compter le péril nucléaire, ce tsunami radioactif silencieux et hautement dangereux pour des siècles à venir, qui est revenu hanter les chaumières des cités, faire saliver les banques et les conglomérats industriels et envoûter les esprits belliqueux en manque d'empathie des docteurs Folamourde ce monde. Nous nous retrouvons plongés au cœur de régimes où dorénavant tout, y compris les êtres humains, se marchandise à outrance pour être par la suite garocher sans vergogne dans les décharges de l'indifférence, abandonner dans les sombres cachots de l'oubli ou ferrer avec les chaines rouillées de la misère. Nous nous dirigeons de manière chaotique vers un monde dystopique, injuste, sinistrement cruel et sans partage et dans lequel le fascisme muselle la liberté de pensée, rapaille son nid et circonscrit ses territoires de prédation. Un monde à l'intérieur duquel le fossé marécageux entre les riches et les pauvres ne cesse outrageusement de se creuser. À preuve, fin 2025, les 10 % les plus riches de la population mondiale détenaient 75 % de la richesse totale (estimée à 353 000 milliards USD), alors que la moitié la plus pauvre de l'humanité n'en contrôlait que 2 %. – N'est-ce-pas là une édifiante et non équivoque démonstration de la réelle finalité de cet ultracapitalisme et de son essence destructrice ? –
« Quand les riches volent les pauvres, on appelle ça les affaires ; quand les pauvres se défendent, on appelle ça de la violence. » Mark Twain
L'entrée en résistance
Mais, face à ce monde dont la minuterie civilisationnelle semble s'être déréglée, la société civile doit se lever et agir fermement afin de mettre un terme à tout ce chaos et ses injustices. Pour cela, nous devons nous rassembler et entrer en résistance, prendre les rues d'assaut, envahir les diverses tribunes afin de ranimer les feux intérieurs de la solidarité et de propager nos valeurs universelles de dignité, de justice, de liberté, de respect et ressusciter la ferveur de nos profondes convictions. Et même, s'il le faut, ne pas craindre de marcher dans les pas de la désobéissance civile car la lutte des classes n'est pas terminée. Ensemble, nous sommes investis du pouvoir de rétablir les remparts de la justice, de restituer ses lettres de noblesse à la liberté et le devoir de relever les énormes défis qui nous attendent tels ceux de la faim, la santé, l'éducation, l'habitation et le travail et surtout, de réduire les inégalités partout dans le monde. Notre sort repose entre nos mains et nous devons impérativement combattre et chasser ces prédateurs de nos territoires intérieurs et de l'espace public, reprendre le contrôle matériel et spirituel de nos destinées et de nos identités ainsi que modifier nos modes de vie consumériste et extractiviste destructeurs. Tenons-nous la main au nom du bien commun en nous soutenant en toute équité, égalité et solidarité et en faisant preuve de courage et de bonne volonté et tout cela dans le respect des identités et des diversités. Nous foulons le sol de la même planète qui appartient à tous et toutes, et davantage à nos enfants, et qui nous a accueilli et tant donné, souvent même jusqu'à épuisement. Voilà pourquoi nous devons en prendre un soin infini car cette petite et merveilleuse planète azurine représente notre seul et magnifique jardin de luxuriance et de vivres ainsi que notre unique habitat et véhicule dans la Voie lactée. Et n'oublions pas que la terre c'est la vie et tout comme le proclament les Autochtones : elle est notre Terre Mère et nous lui devons notre naissance dans son ventre de mer !
« Le sens de la désobéissance civile, c'est de rappeler l'esprit des lois. » Hannah Arendt
Le triomphe du Genre humain
Tous les êtres de la terre appartiennent au même Genre humain ayant le même sang et de la même couleur qui coule dans leurs veines et dans leur cœur. Tous se nourrissent des mêmes espoirs et espérances : soit d'avoir le droit et la possibilité de vivre dignement, libre, en paix et en harmonie avec les leurs et leurs semblables. Cela, en accord avec le principe fondamental de l'universalité des droits tel que consacré à l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». En conséquence, pour ne pas souffrir de nos inactions et de notre propre turpitude, il nous faut continuer d'agir en solidarité afin d'éviter que la vie sur terre ne soit plus qu'injustice, souffrance, privation et destruction. Certes, l'humanité souffre et son cœur est meurtri, mais elle porte néanmoins au plus profond d'elle-même toutes les promesses et les fondements nécessaires à sa propre guérison. Ainsi, après 2,8 millions d'années d'évolution et 300,000 ans après l'apparition de l'Homo sapiens, nous devons continuer à consacrer toutes nos pensées et nos énergies afin de chérir et protéger la vie et lui restituer tout son sens existentiel et sacré ainsi que sa finalité. Nous devons perpétuer la mémoire de nos ancêtres – Soit environ 8 000 générations d'humains modernes (Homo sapiens) qui nous ont précédés. – et sauvegarder leur héritage afin de pouvoir le léguer à tous les enfants de la terre. En définitive, pour consacrer la primauté de la vie et sauver la beauté du monde, ce n'est point d'un coûteux et illusoire « Dôme d'or » que les humains ont vraiment besoin, mais bien d'un lumineux et chaleureux « Dôme de bienveillance et de résilience » !
« Le propre de l'homme est de toujours espérer le meilleur et d'éloigner le pire. » Edgar Morin
Gaétan Roberge

Quand les dirigeants se plient au boss accusé de pédophilie
Les enfants, les enfants et encore les enfants. Hier en Iraq. Puis à Gaza. Et maintenant en Iran. Minab est une petite ville au sud de l'Iran. Les gens de cette région, avec leur teint foncé, comme les gens du sud de l'Iran en général, sont connus pour être très accueillants.
Kaveh Boveiri
Minab a été presque oblitérée lors des Conquêtes mongoles en 13e siècle. Le 28 février, 15 000 membres d'armée américaine à côté d'armée génocidaire d'Israël lancent un assaut visant non seulement à l'oblitération de cette ville, mais du pays dans sa totalité.
Minab est tellement petite que même l'ensemble de morgues de la ville ne peut pas simultanément disposer 165 cadavres simultanément. C'est le nombre de personnes, majoritairement des filles de six à douze ans, qui ont perdu leurs vies lors de bombardement de l'école des filles de Shajareh Tayebeh. Les sacs à dos déchirés, les feuilles de dessins déchirées, les corps déchirés. Avec elles, sont tués également 14 membres du personnel d'enseignement. Leurs corps sont déposés dans des voitures réfrigérées jusqu'au moment de l'enterrement.
Cette fois c'est le temps de sauver les enfants de l'Iran. Mais, le projet de sauver les enfants non blancs n'est pas un nouveau projet. Save-The-Children nous dit que plus que 20 000 enfants sont tués lors de 23 mois de génocide à Gaza.
Lors de l'agression économique et militaire contre l'Iraq, plus de 500 000 enfants sont sauvés, c'est-à-dire tués. À cet égard, la journaliste Leslie Stahl pose une question à Madelaine Albright,l'ambassadrice des Nations Unies de 1993 à 1997, puis la secrétaire d'État des États-Unis entre 1997 et 2001 : « Nous avons entendu dire qu'un demi-million d'enfants sont morts. Je veux dire, c'est plus d'enfants que de morts à Hiroshima. Est-ce que le prix en vaut la peine ? » Albright a répondu : « Je pense que c'est un choix très difficile, mais le prix, nous pensons, le prix en vaut la peine. »
Le bombardement de l'école de Shajareh Tayebeh n'est qu'un commencement. À travers le pays, plusieurs d'autres écoles, hôpitaux, centres sportifs, même un monument de 400 ans, reconnu comme une partie de l'héritage d'UNESCO, sont également bombardés.
Et la réaction des dirigeants de pays occidentaux ? Ils se plient au boss accusé de pédophilie, entre d'autres, par Ted Lieu membre de la Chambre de représentants des États-Unis.
Et les soldats américains ? Ils sont persuadés que la guerre contre l'Iran estune partie de plan divin du Dieu, à réaliser par le même accusé.
C'est dans ces ténèbres atroces qu'un courriel sympathisant d'une personne étudiante prend un sens. Ce courriel se finit par un poème célèbre du poète iranien, Saadi du treizième siècle.
Les hommes (les enfants d'Adam) font partie du même corps,
Ils sont issus de la même essence.
Si le destin faisait souffrir l'un des membres,
Les autres n'en auraient pas de repos.
Toi qui es indifférent aux malheurs des autres,
Tu ne mérites pas d'être nommé un Homme.
Ironiquement, Saadi est né dans le même siècle de Conquêtes mongoles. Quand tous les dirigeants occidentaux non seulement indifférent à la souffrance des autres, mais ils en sont la cause et se plient, d'une manière ou l'autre, au projet génocidaire israélo-américaine, ces voix individuelles esquisse un autre horizon.
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Nos médias patinent avec Mark Carney
Mardi 3 mars, lors du panel animé par Patrice Roy sur RDI-Radio-Canada, les panélistes Louise Blais, Hélène Buzetti et Thomas Juneau ont « corrigé » l'animateur lorsqu'il a suggéré que le premier ministre Mark Carney avait « recalibré » en Australie sa position initiale d'appui à l'agression israélo-américaine contre l'Iran.
6 mars 2026 | tiré de l'Aut'Journal
https://www.lautjournal.info/20260306/nos-medias-patinent-avec-mark-carney
« Non ! Non ! Non ! se sont-ils exclamés. Il l'a tout simplement nuancée ». Bien plus, ils ne voyaient aucune contradiction entre son appui à l'agression et son discours de Davos.
À les entendre, ils n'ont retenu du discours que la phrase sur « la rupture de l'ordre mondial et le début d'une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n'est soumise à aucune contrainte. » Comme si le discours en était un d'approbation de cet état de fait.
Bien, au contraire, M. Carney affirmait : « Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales : souveraineté et intégrité territoriale, interdiction du recours à la force, sauf dans les cas prévus par la Charte des Nations Unies, et respect des droits de la personne. »
Des principes et des valeurs ouvertement bafoués dans sa déclaration d'appui à la guerre.
Nous entrons dans une période trouble. L'ordre international ne tient plus. L'ONU est mise à l'écart. C'est la loi du plus fort. Sauf quelques rares exceptions, les dirigeants occidentaux courbent l'échine devant Trump. Nos éditorialistes et commentateurs politiques essaient de nous convaincre que c'est la bonne et seule attitude à adopter.
L'ordre constitutionnel canadien
Il n'y a pas que l'ordre international qui est jugé obsolète. L'ordre constitutionnel canadien l'est tout autant. Le gouvernement Carney a adopté le projet de loi C-5 (la loi visant à assurer l'unité de l'économie canadienne), qui permet de suspendre certaines lois, notamment celles protégeant l'environnement, les droits des Premières Nations et ceux des provinces, pour permettre la réalisation de « grands travaux d'intérêt national ».
Pour éviter une possible confrontation Québec-Ottawa, le gouvernement Legault a adopté une loi calquée sur la législation fédérale.
Le bar est ouvert pour les multinationales étrangères – et même pour le Département de la Guerre américain. Elles pourront piller les ressources naturelles canadiennes et québécoises, plus particulièrement les minéraux critiques, essentiels pour l'armement.
Les projets miniers vont se multiplier et, comme l'extraction demande beaucoup d'énergie, Hydro-Québec sera mise à contribution. Et les centres de données des géants du numérique disputeront aux minières l'énergie disponible.
Les entreprises manufacturières québécoises se voient déjà refuser les blocs d'énergie nécessaires pour leur expansion ou la décarbonisation de leurs activités. Dans nos médias, leurs requêtes sont au bout du compte ignorées.
Le Québec a régressé au statut de semi-colonie.
Le projet indépendantiste réduit à un référendum
Le projet vert de transition énergétique est abandonné, remplacé par la militarisation de l'économie. Le Québec – son gouvernement, ses élites et ses médias confondus – se contente de réclamer sa part des contrats militaires. Quel beau projet de société !
Le projet indépendantiste est porteur d'une alternative écologiste, pacifiste et progressiste à toute cette dérive militaire. Mais il est réduit, par nos médias, à un « débat » sur la tenue ou non d'un référendum.
Des médias dépendants
Selon l'adage, la première victime d'une guerre est toujours la vérité. Et cette vérité déformée ne se limite pas aux champs de bataille. On la retrouve dans l'achat de matériel militaire, l'octroi de concessions minières, les projets hydro-électriques et de multiples autres domaines, dont le contenu des médias.
Ce n'est pas sans lien avec le fait que les médias traditionnels dépendent des gouvernements pour leur financement. Au Canada, les subventions gouvernementales comptent pour 35 % de la rémunération des journalistes de La Presse+, du Devoir, des Coops de l'information, du Journal de Montréal et de Québec. De plus, le gouvernement autorise La Presse+ et Le Devoir, par le biais de leurs fondations, à émettre des reçus pour déduction fiscale à leurs donateurs.
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« La force fondamentale du capitalisme le pousse vers le néofascisme »
Dans son dernier livre, Romaric Godin revient sur les crises provoquées par la domination du capital sur nos sociétés. Il estime, dans un entretien à « Reporterre », que le basculement néofasciste en cours en est la conséquence.
Dans Le problème à trois corps du capitalisme (éd. La Découverte, 2026), Romaric Godin, journaliste économique à Mediapart, analyse pourquoi la domination du capital dans nos sociétés ne peut qu'aboutir aux désastres que nous observons.
Le besoin d'accumulation infinie du capital le pousse dans une fuite en avant mortifère, accélérant les trois crises, économique, écologique et anthropologique [*] qui s'entremêlent et nous mènent vers le précipice. L'ouvrage, passionnant, conclut que le basculement néofasciste en cours est la conséquence inéluctable de cette impasse capitaliste, qui entre dans une nouvelle phase, autoritaire et hybridée à l'État, qu'il nomme « capitalisme d'état d'urgence ».
5 mars 2026 | tiré de reporterre.et | Photo : Romaric Godin, journaliste économique à mediapart, - Carole Lozano / La Découverte
https://reporterre.net/La-force-fondamentale-du-capitalisme-le-pousse-vers-le-neofascisme
Reporterre — Comment analysez-vous la violente campagne de diabolisation menée contre La France insoumise, depuis la mort du militant néofasciste Quentin Deranque ? Peut-on y voir une illustration de la radicalisation du camp du capital, que vous décrivez dans votre ouvrage ?
Romaric Godin — Complètement. On voit bien à quel point l'idée d'une gestion du capitalisme basée sur le partage et la lutte contre les inégalités, ce qui était le fonctionnement du capitalisme dans les années d'après-guerre [avec, par exemple, la mise en place de la Sécurité sociale], est devenu aujourd'hui inadmissible pour le capital.
On en a d'ailleurs vu des illustrations bien avant les évènements que vous mentionnez : dans les débats autour de la taxe Zucman, on a cherché à délégitimer Gabriel Zucman, à le présenter comme un économiste d'extrême gauche, alors qu'il en est quand même très loin. Il appartient plutôt à une école qui vise à mieux gérer le capitalisme pour le sauver…
Mais tout projet visant à limiter les inégalités est devenu inacceptable pour le capital, qui n'admet aujourd'hui plus qu'un seul débat : celui entre néolibéraux et capitalisme autoritaire. C'est-à-dire entre deux extrêmes d'un continuum capitaliste qui s'accorde sur l'essentiel : il faut tout faire pour soutenir l'accumulation du taux de profit pour les capitalistes.
Pour bien comprendre les enjeux, il faut saisir pourquoi la quête d'accumulation croissante et infinie de profits est une nécessité vitale pour le capitalisme. Comment expliquer simplement cette nécessité ?
Le besoin d'accumulation croissante et constante est ce qui différencie le capitalisme de toutes les autres formes d'exploitation et de domination. Les capitalistes n'investissent pas dans la production de marchandises pour les marchandises en elles-mêmes, mais pour produire de la plus-value, c'est-à-dire plus de capital. Le capital a pour objectif de se reproduire en s'élargissant.
Le taux de profit doit toujours être en augmentation, sinon, c'est la crise. D'une part, parce que si cette promesse d'accumulation, qui est le moteur de l'investissement, s'arrête, alors l'investissement s'arrête, il y a une panne générale du système. D'autre part, dans un contexte concurrentiel, la lutte pour amasser des parts du gâteau devient toujours de plus en plus forte car le besoin d'accumulation croît plus vite que le gâteau. Ça met sous pression les capitalistes et ça entretient ce véritable moteur du système qu'est la quête d'accumulation du capital.
Mais cette voracité provoque ses propres crises. En vous appuyant sur Marx et les économistes qui l'ont suivi, vous expliquez comment le capitalisme scie lui-même la branche sur laquelle il est assis…
Pour produire toujours plus de capital, il faut des gains de productivité permanents. C'est-à-dire produire plus avec moins de travail et donc dégager plus de plus-value. Cela passe notamment par la mécanisation de la production. Mais cela implique une tension entre la production qui peut sembler capable de se développer à l'infini et le processus de valorisation. Car l'enjeu, ce n'est pas de produire plus, mais d'augmenter en permanence le taux de profit.
Or, plus l'économie est mécanisée, plus ces machines représentent une forte masse de capitaux à investir, et plus cela rend difficile d'assurer cette croissance du taux de profit. C'est pour cette raison que dans le capitalisme tardif, les gains de productivité déclinent et que les taux de profit issus de la production classique de valeur sont sous pression permanente.
« La crise actuelle de l'économie est en réalité la crise de 2008 dont nous ne sommes toujours pas sortis »
Cela provoque des crises régulières. La crise actuelle de l'économie est en réalité la crise de 2008 dont nous ne sommes toujours pas sortis. Pour ma part, je défends l'idée que le capitalisme est en sous-régime depuis les années 1970. Pour lutter contre cette baisse tendancielle, le capital a tenté de lancer des contre-tendances favorisant l'accumulation. C'est notamment passé par la mondialisation, par la financiarisation de l'économie et l'accumulation de dettes, mais ces contre-tendances se sont complètement effondrées depuis la crise de 2008.
Les grandes dynamiques à l'œuvre un peu partout dans le monde (impérialismes, guerres et destruction de l'État social), sont-elles, pour le capital, autant de tentatives de trouver de nouvelles « contre-tendances », de nouvelles sources d'accumulation ?
Exactement. À partir du moment où le capital est en sous-régime, il ne peut plus se permettre de faire de concessions. Il entre en conflit avec tout, avec les besoins de service publics, avec les besoins humains, avec la nature. Il doit donc tenir la société sous cloche et devenir de plus en plus autoritaire. La force fondamentale qui pousse le capitalisme le pousse aujourd'hui vers une gestion autoritaire, violente, que j'appelle néofasciste.
Vous expliquez que la particularité de la crise actuelle du capitalisme est d'être dans une triple impasse. Une crise économique, une crise écologique, et une crise anthropologique [*], qui sont insolubles : tenter d'en résorber une en aggrave une autre, du moins dans le cadre du capitalisme…
On a parlé de la crise économique. La crise écologique est évidente, et vous savez bien à Reporterre à quel point le capitalisme dit vert est incapable de la résoudre. La crise anthropologique est aussi provoquée par le capitalisme.
Le corollaire du besoin permanent d'accumulation, c'est le besoin d'écouler toujours plus de marchandises. Une fois que l'essentiel des besoins des gens sont satisfaits, le capital doit donc continuer de leurs imposer de nouveaux besoins.
On voit bien, par exemple, comment un produit qui n'existait pas il y a vingt ans, comme le smartphone, est aujourd'hui devenu presque indispensable dans notre société. Guy Debord appelle cela la « survie augmentée » au sein de « la société du spectacle », qui est la forme contemporaine du capitalisme. Celui-ci maintient les individus en compétition entre eux pour satisfaire ces nouveaux besoins et atomise complètement la société.
La frénésie mondiale autour de l'intelligence artificielle peut-elle être perçue comme une tentative désespérée du capital de trouver une nouvelle source d'accumulation, et de résoudre le problème à trois corps ?
Il y a deux grandes promesses dans l'IA. La première est d'enfin réaliser une relance des gains de productivité. Notamment en mécanisant les services. Mais, d'une part, il n'est pas du tout dit que l'IA augmente la productivité. Et d'autre part, même si elle le faisait, cela ne ferait que repousser le problème et en créerait d'autres, notamment avec des déplacements d'emplois vers des secteurs faiblement productifs et des suppressions massives d'emplois.
Lire aussi : Ruée sur l'intelligence artificielle : une dangereuse illusion au service de la Big Tech
La seconde promesse, c'est celle de l'aliénation totale. L'IA générative pense à votre place, fait des choix à votre place et décide de vos besoins à votre place. Et évidemment, elle oriente ces besoins dans l'intérêt du système capitaliste. Cette double promesse de gains de productivité et d'aliénation de la société est très alléchante pour les capitalistes d'aujourd'hui.
Néanmoins, l'IA ne peut régler aucune de ces trois crises. La crise de l'emploi sera aussi une crise économique. L'usage de l'IA va aggraver la crise écologique et rendre encore plus vive la tension anthropologique causée par le capital. C'est une fuite en avant.
Dans les investissements autour de l'IA comme dans le démantèlement des services publics ou dans la montée de l'autoritarisme, on voit se dessiner ce que vous nommez « l'hybridation de l'État et du capital », c'est-à-dire un État de plus en plus contrôlé par le capital et prêt à tout pour le sauver. Cette nouvelle phase que vous nommez « capitalisme d'état d'urgence » nous entraîne-t-elle vers la guerre ?
La guerre est une contre-tendance à la baisse tendancielle du taux de profit, que le capital sait utiliser quand il en a besoin. La Première Guerre mondiale a suivi la grande dépression de la fin du XIXᵉ siècle, et la Seconde Guerre mondiale a suivi la crise de 1929. Le capitalisme s'adapte dans les crises et cherche toujours des contre-tendances.
Aujourd'hui, le réarmement n'est pas que le fruit de tensions géopolitiques mais aussi une manière pour le capital de gonfler ses profits via cette source de production industrielle. Et évidemment, plus on produit des armes, plus on est poussé à s'en servir. Cela accompagne bien la logique de plus en plus prédatrice des capitalismes nationaux, en réponse à leur difficulté croissante à accumuler via les logiques concurrentielles de marché.
« Le capitalisme ne s'effondrera pas tout seul si on ne lutte pas contre lui »
Il est important, cependant, de souligner que rien n'est inéluctable. D'un côté, le capitalisme crée lui-même les conditions de son affaiblissement mais il ne s'effondrera pas tout seul si on ne lutte pas contre lui. De l'autre côté, le pire n'est pas non plus certain. J'ai voulu montrer dans ce livre qu'il était impossible de sortir de cette triple impasse en restant dans le cadre du capitalisme. Mais il est très compliqué, depuis l'intérieur du capitalisme où nous sommes, d'imaginer un monde qui en soit libéré.
Il est impossible d'avoir une solution clé en main, ou bien il faut s'en méfier. La construction d'autre chose ne peut se faire qu'en marchant. Le dépassement du capitalisme commence par la compréhension que le capitalisme est un système total. Et par la prise de conscience de l'enjeu d'un combat total contre la centralité du capital.
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La France mobilise le Charles de Gaule, Trump et Netanyahou sèment le chaos !
Décapiter l'Iran et sa velléité d'accéder à l'arme nucléaire. Défendre les territoires de captation du pétrole et les zones d'influence, tels sont les enjeux stratégiques que se disputent Trump, Netanyahou et les Européens. Le géant chinois réagit ! La France adopte une position purement défensive !
De Paris, Omar HADDADOU
D'un embrasement à l'autre !
Main dans la main, Trump et Netanyahou mettent à feu et à sang le Moyen-Orient ! Se tenant au mépris de l'ONU et de la CPI, les deux desperados de la planète imposent leur Hard power, occasionnant une déflagration de l'équilibre mondial et un second choc pétrolier, après celui de 1973, survenu à l'issue de la guerre de Kippour.
A quelles fins ? Annihiler le programme d'enrichissement de l'Uranium de l'Iran pour l'empêcher de figurer dans le club fermé des Puissances nucléaires, et dans la foulée, désarmer le Hezbollah en vue d'assurer leurs hégémonies géostratégiques et leurs quotas en or noir.
Depuis le 28 février 2026 et après l'élimination du Guide suprême Ali Khamenei, auquel succèdera l'un de ses fils, Mojtaba Khamenei, les frappent israélo-américaines passent à la vitesse supérieure, avec « l'entrée dans la danse » des redoutables B2.
Le Liban, à l'heure où nous rédigeons ces lignes, est sous un déluge de bombes, après que le Hezbollah a fait allégeance à L'Iran. Dans ce déchaînement délirant de dislocation transversale des pays musulmans en plein mois sacré, le Premier ministre de l'Etat hébreux se veut inflexible à propos de l'un de ses principaux objectifs : Eliminer le successeur du Guide Suprême et tous les Dignitaires !
Quitte à réduire la région en cendres.
Si la puissance de feu s'articule en faveur de Trump et Netanyahou, le régime des Mollahs pourra -t-il compter sur le soutien du géant chinois qui vient d'afficher son positionnement, ces dernières heures. En effet, par la voix de son porte-parole, Guo Jiakun, ce dernier déclarait, hier 9 mars, : « La Chine s'oppose à toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays, sous quelque prétexte que ce soit, et la souveraineté, la sécurité et l'intégrité territoriale de l'Iran doivent être respectées ». L'Iran se réserve le droit de riposter à travers de différents leviers dont la fermeture du détroit d'Ormuz, la pose de mines flottantes, l'usage des missiles balistiques, etc.
Le passage assure 20 % des approvisionnements des stocks mondiaux.
Poussant son cynisme hégémonique à l'extrême, Donald Trump n'a pas hésité à éructer, encore une fois, une ineptie en beuglant à la face du monde « ne pas reconnaitre le nouveau Guide suprême iranien ». Son Secrétaire d'Etat enfonce le clou en attestant que « les Etats-Unis vont atteindre tous leurs objectifs ».
Craignant un glissement dans le chaos, la France s'évertue à protéger ses intérêts dans la région en jouant la carte de l'apaisement, sans pour autant s'affranchir de l'obligation ad-hoc de montrer ses muscles et de voler à la rescousse des monarchies du Pétrodollars avec lesquelles elles a signé des accords (Qatar, Koweït, Emirats Arabes-Unis) .
Hier, à bord du porte-avions Charles de Gaule, Emmanuel Macron, mettant en exergue la Solidarité européenne et plaidant pour une Liberté de circulation calibrée, soutenait mordicus que la position de son pays est « strictement défensive ». D'où le déploiement de l'arsenal militaire dans les eaux internationales de la Méditerranée : « Nous ne participons pas au conflit. La France œuvre pour la désescalade et l'ouverture du détroit d'Ormuz ».
Sous la hantise de l'asphyxie énergétique, le G7 se réunira, dans les plus brefs délais, pour discuter de l'utilisation des stocks stratégiques. En France, les Autorités ont promis de sévir sévèrement contre les spéculateurs et les stations de service affichant des majorations excessives.
Sous d'autres latitudes, Donald Trump comme Poutine tirent profits de la détresse européenne et vendent le baril au prix dicté par la crise, (il y a quelques heures), c'est-à-dire 120 dollars !
Une première depuis 2022.
L'artisan américain de la tectonique impérialiste dévastatrice, se réjouit des ravages occasionnés avec Bibi au Moyen-Orient : « Nous pourrions détruire l'Iran en un jour. Une excursion de courte durée. Nous allons frapper beaucoup, beaucoup plus fort, si les autorités bloquent l'offre de pétrole ! Le régime est décapité. Ils n'ont plus rien. Nous avons détruit 46 navires, 5 000 cibles en dix jours. Si nous n'avions pas anéanti leur potentiel nucléaire, ils auraient déjà eu l'arme nucléaire ».
Trump n'a cure d'un embrasement qui n'impacte pas significativement l'Amérique. L'important est de ne pas froisser Netanyahou et de s'approprier un butin énergétique : Le Pétrole !
O.H
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Nouveau point sur la repression et la situation des journalistes au Burkina
Nous avions déjà alerté, en avril 2025, sur ce même blog, des multiples atteintes à la liberté de la presse au Burkina Faso depuis le putsch dirigé par Ibrahim Traoré. Nous faisons aujourd'hui un nouveau point.
Tiré du blogue de l'auteur.
Nous donnerons quelques informations sur les difficultés de la presse au Burkina, qui subit de nombreuses attaques sous la dictature d'Ibrahim Traoré. Et dans deuxième temps, nous donnerons des informations personnalisée sur la situation d'une vingtaine d'entre eux, certains se trouvant en grand danger. Enfin nous alerterons sur les menaces qui pèsent sur le centre de presse Norbert Zongo, resté indépendant depuis sa création, véritable lieu de rencontre, de formations, d'information des journalistes où a toujours soufflé un vent de liberté et de lutte pour la liberté de la presse. Le point précédent d'avril 2025 est à https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/290425/dix-journalistes-enleves-et-disparus-au-burkina
Quelques informations sur la presse au Burkina
Commençons par un rapide retour, sur cette riche et longue histoire de la gestation d'une presse diversifiée, après des années de combat des médias, de la société civile et de certains partis politiques.
Le 19 décembre 1998, le journaliste Norbert Zongo, était assassiné avec des armes de guerre, par des soldats du triste RSP (régiment de sécurité présidentielle), le bras armé du régime de Blaise Compaoré. Il enquêtait sur un assassinat d'un employé, torturé à mort, de François Compaoré le petit frère de Blaise Compaoré, qu'il avait livré à des tortionnaires du RSP. L'assassinat du journaliste Norbert Zongo, sonna le réveil du mouvement social burkinabè qui n'a plus cessé, jusqu'à l'insurrection de 2014, de se révolter contre le régime, obtenant, à chaque soulèvement, des avancées significatives vers un peu plus de liberté. La presse était peu à peu devenue bien plus libre qu'elle ne l'est aujourd'hui.
La dictature d'Ibrahim Traoré n'a eu de cesse de détruire la justice et la presse, depuis son arrivée au pouvoir. Ce qu'il justifie par la lutte contre le terrorisme qui ne souffrirait aucune contestation du régime. Le Conseil supérieur de la communication, organisme totalement indépendant, auparavant géré collectivement par la presse a été repris en main. Ses animateurs, choisis par leurs collègues, sont nombreux parmi ceux que nous citons ci-dessous, comme les premières victimes de la répression du régime. Plusieurs titres ont disparu, comme l'Évènement ou Bendré, les autres étant totalement muselés. Il reste deux journaux d'investigation, Courrier Confidentiel et le Reporter. Ils savent qu'il ne faut pas enquêter sur les malversations de ce nouveau régime, de plus en plus militarisé, qui part en ce moment à l'assaut de l'économie. Un des médias en ligne les plus importants, lefaso.net s'est vu intimé l'ordre de ne plus accepter de critiques du régime dans les commentaires des articles ou régnait un des derniers espaces de liberté.
La presse est restée toujours fragile financièrement. L'arrivée d'internet, si elle a multiplié les titres, n'a fait qu'augmenter le phénomène. Les médias d'État, le quotidien Sidwaya et la TNB (télévision nationale burkinabè) font exception. Transformés en instrument de propagande, grassement financés par l'État, leur fonction est de vanter les projets et réalisations du pouvoir, dont la réalité est difficile à évaluer. La plupart du temps, ils communiquent sur les zones « libérées » mais évitent les informations sur le front. Mieux, ils transforment régulièrement des défaites de l'armée en victoire, comme ils viennent de le faire lors de l'attaque de la ville de Titao, dans le nord pays, dont la presse internationale et les réseaux sociaux, se sont fait l'écho, se soldant par la mort de dizaines de soldats et de VDP (volontaires pour la défense de la patrie), souvent en première ligne. Pendant ce temps. Les réseaux, les sont envahis de vidéos illustrant la permanence d'attaque du JNIM (Al Qaïda) particulièrement actif en ce moment ou de l'EIGS (Etat islamique).
La répression n'épargne pas les réseaux sociaux. De nombreux internautes, souvent méconnus sont enlevés pour avoir fait des publications hostiles au régime, et disparaissent, laissant leur famille sans nouvelle. La peur s'est installée et peu de Burkinabè restés au pays s'aventurent à exprimer leur opposition au régime. Les opposants très nombreux sur la toile, résident le plus souvent hors du Burkina. Mais la plupart des Burkinabè expatriés restent silencieux de peur de menaces contre leur famille ou craignant de ne plus pouvoir rentrer au pays comme ils le font régulièrement.
Depuis notre dernier article, plusieurs journalistes ou chroniqueurs ayant été enlevés ont été libérés. Certains, comme plusieurs militants de la société civile, ils avaient été envoyés au front. Ce ne serait qu'une simple application d'une loi de réquisition, selon le régime, alors que de nombreux volontaires pour intégrer les VDP ne sont appelés. Les enrôlements de force, se justifieraient pour faire connaitre la réalité de la guerre, à ceux qui critiquent le régime. Pourtant il leur est interdit aux journalistes libérés, de raconter ce qu'ils ont vu, ce qui n'est autre que le rôle d'un journaliste. Tous menacés, évidemment aucun ne s'aventure à s'exprimer en public. La seule personne s'y étant essayé, le docteur Arouna Louré, médecin anesthésiste, réquisitionné de force pour aller au front en septembre 2023, libéré trois mois après, a été de nouveau enlevé pour avoir réaffirmé, dans une déclaration publique, ses critiques au régime, accompagnées de propositions alternatives pour une transition inclusive. Aucune nouvelle de lui ne sont est parvenue depuis
Voilà comment petit à petit la peur s'est installée dans le pays. Difficile d'apprécier dans de telles circonstances la réalité du soutien à ce régime.
Pour être informé de la parution des nouveaux articles de ce blog, écrivez à bj.mediapart@gmail.com
Les journalistes réprimés ou inquiétés par le pouvoir
Journalistes enlevés et portés disparus
Atiana Serge Oulon, Directeur de publication du journal L'Évènement, est enlevé à Ouagadougou le 24 juin 2024 et porté disparu. Le 20 juin 2024, le CSC a suspendu, pour une période d'un mois sur tous ses supports de publication du journal d'investigation L'Evénement suite à la publication de l'article « 400 000 000 FCFA des VDP détournés : Le capitaine BOENA s'en est allé avec son témoignage », paru dans son numéro du 10 juin 2024. L'instance de régulation des médias a ordonné à L'Evénement de supprimer sans délai l'article incriminé de tous ses supports numériques. Quatre jours plus tard, le 24 juin 2024, Atiana Serge Oulon, est enlevé, au petit matin devant les membres de sa famille, alors qu'il s'apprêtait à se rendre au procès que le journal a intenté contre Adama Siguiré pour diffamation et injure. Rejetant la sanction du CSC, le journal va saisir le Tribunal administratif de Ouagadougou. Dans son jugement rendu le 11 juillet 2024, le Tribunal ordonnera la suspension de la décision du CSC et condamnera l'instance de régulation à lui payer la somme de 500 000 francs CFA (environs 760 euros). Une décision qui ne sera pas appliquée. La remise en liberté d'Atiana Serge Oulon a été annoncée à plusieurs reprises par des activistes du pouvoir. Son lieu de détention reste inconnu, mais nous savons qu'il a été gravement torturé, risquant de graves séquelles selon des informations fiables qui nous sont parvenues. Les tortionnaires ont tenté d'obtenir les sources de son article.
Bienvenue Apiou Kouara, de radio Bagrépole FM, est enlevé le 17 juillet 2024 à Bagré, dans le centre du pays et porté disparu. Bagrépole a été créée pour accompagner le pôle de développement de Bagré, dans le centre est du Burkina, à la suite de la création du barrage du même nom. Bienvenue Apiou s'était faire remarquer en couvrant pour radio Omega, créée en 2011, les manifestations qui ont conduit au départ du président Compaoré, en 2014. Il était alors une des figures de cette nouvelle forme de journalisme, au cœur de l'action, relatant les faits en direct.
Idrissa Barry, journaliste est enlevé le 18 mars 2025 à Saaba dans les locaux de Mairie de Saaba (près de Ouagadougou), où il avait rendez-vous, porté disparu depuis. Son enlèvement est intervenu après la publication, le 14 mars 2025, d'une déclaration du Mouvement Sens (dont il est l'un des membres dirigeants) dénonçant des massacres de populations civiles à Solenzo. Il fut par ailleurs, un des initiateurs du Balai citoyen. Il a longtemps collaboré comme journaliste au mensuel MUTATIONS, dont il travaillait à la renaissance.
Mamadou Ali Compaoré, journaliste enlevé le 24 décembre 2024 à Ouagadougou et porté disparu. Ancien membre du Conseil supérieur de la communication (CSC), ancien chroniqueur médias, plutôt proche de la mouvance soutenant Blaise Compaoré, Mamadou Ali Compaoré est enlevé, devant ses proches, le 24 décembre 2024. On est sans nouvelle de lui depuis cette date.
Moussaba Sarena de Fil Infos (https://filinfos.net) et Oméga Médias, est enlevé à Ouagadougou le 10 août 2025 et porté disparu. Le 30 juillet 2025, il avait posté, sur la page facebook, d'Oméga Médias dont il était administrateur, un article (adapté d'une brève diffusée sur Radio Oméga) relatif au décès de l'influenceur burkinabè Alino Faso en Côte d' Ivoire. Cette publication, comportait le terme « junte » pour désigner les autorités burkinabè. Le Conseil supérieur de la communication avait alors décidé de trois mois de suspension pour le groupe Oméga Médias pour « propos malveillants et discourtois vis-à-vis des autorités burkinabè » le 1er août 2025. L'auteur de la brève diffusée sur les ondes de la radio, Solomane Nikiéma, est interpellé le 9 août 2025 et libéré le 10 août 2025.
Les journalistes enlevés, envoyés au front puis libérés depuis
Phil Rolland Zongo, de la radio Fémina FM, est enlevé à Ouagadougou le 23 mars 2025 et envoyé au front. Il avait lu l'Appel à la libération des journalistes enlevés lors de la clôture du congrès de l'AJB le 21 mars 2025. Il est enlevé le 23 mars 2025 et fera quatre mois d'enrôlement forcé avant d'être libéré le 21 juillet 2025.
Guézouma Sanogo, journaliste détaché à la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB), enlevé à Ouagadougou le 24 mars 2025 et envoyé au front. Président de L'AJB, l'association des journalistes burkinabè, il avait dépeint la situation des médias et des journalistes, dénonçant la chape de plomb sur eux et appelant à la libération des confrères enlevés lors de la cérémonie de clôture de son congrès le 21 mars 2025. Sur les réseaux sociaux, les soutiens du pouvoir (BIR-C NDLR : Brigades d'intervention rapide de la communication), ont procédé alors à un lynchage médiatique contre lui et appelé à son enlèvement. Il sera enlevé le 24 mars 2025 aux environs de 10H30, au CNP-NZ (Centre national de presse Norbert Zongo), et envoyé au front. Il est libéré le 21 juillet 2025 après quatre mois d'enrôlement forcé dans l'Armée pour combattre les terroristes. L'AJB a été dissoute quelques jours après.
Bakari Ouoba, Coordonnateur du CNP-NZ, enlevé quasi situation de perte d'emploi au Centre national de presse Norbert Zongo où il assure le poste de Coordonnateur. En effet, l'exécution des activités du CNP-NZ a été suspendue suite à la suspension et au retrait de certains partenaires, après la dissolution de l'AJB décrétée par le gouvernement burkinabè. Il avait aussi longtemps collaboré comme journaliste au mensuel MUTATIONS.
Luc Pagbelguem, de la télévision BF1, est enlevé à Ouagadougou le 24 mars 2025, dans ses locaux et envoyé au front. Quelques jours auparavant, il avait couvert la cérémonie de clôture du congrès de l'AJB et signé un reportage diffusé dans le JT de 19H30 du 22 mars 2025 de BF1. Il a été libéré le 17 juillet 2025, après quatre mois d'enrôlement forcé dans l'armée.
Journaliste enlevé, libéré, porté disparu depuis
Adama Bayala, journaliste, a été enlevé en pleine rue à Ouagadougou, le 28 juin 2024 à Ouagadougou. Il était journaliste en service à l'Institut des sciences et techniques de l'information et de la communication (ISTIC) et chroniqueur de l'émission « Presse écho » de la télévision BF1. Adama Bayala est par ailleurs Président du Réseau national des consommateurs du Faso (RENCOF). Malgré sa libération dans la nuit du 16 au 17 septembre 2025, dans un état de santé critique, on est sans nouvelle de lui.
Journalistes enlevés, libérés depuis
Alain Traoré dit Alain Alain, de Oméga Médias, enlevé le 13 juillet 2024 à son domicile à Ouagadougou, par des individus armés encagoulés. Chef du Desk Langues nationales du groupe Oméga Médias, Alain Traoré dit Alain Alain, il animait aussi une émission satirique intitulée « Le défouloir d'Alain Alain ». Il a été libéré dans la nuit du 16 au 17 septembre 2024, après plus d'une année de captivité.
James Yazid Dembélé, animateur radio, enlevé à Bobo-Dioulasso dans la nuit du 12 au 13 janvier 2024. Animateur à la Radio municipale de Sya (Bobo-Dioulasso), James Yazid Dembélé est soupçonné, selon certaines sources, d'être à l'origine des fuites d'une conversation du responsable des services de renseignement avec des jeunes de la ville de Bobo-Dioulasso. Cette conversation a été publiée par la page Facebook « Henry Sebgo », le pseudonyme de Norbert Zongo, redoutée par le pouvoir qui a longuement cherché qui était derrière aurait été enlevé pour cette raison dans la nuit du 12 au 13 janvier 2024. Il a été libéré le 12 juillet2025, après six mois de captivité.
Journaliste licencié
Aboubakar Sanfo, journaliste détaché à la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB) est licencié le 19 décembre 2025. Il avait échappé de peu à son enlèvement le 24 mars 2024 au Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ), contrairement à deux de ses camarades, Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba enlevés une heure plus tôt. Il rentrer alors dans la clandestinité. Afin de donner suite à un communiqué de mise en demeure de la RTB, en date du 7 mai 2025, l'invitant à reprendre service dans un délai de 10 jours, il se présente à la Directrice des ressources humaines de la RTB le 16 mai 2025. En l'absence du DG de la RTB, il laisse un courrier expliquant les raisons de son absence. Lors d'un appel téléphonique avec le DG, le 23 mai 2025, ce dernier lui signifie alors avoir demandé au Ministère de la communication de mettre fin à son détachement à la RTB. Aboubakar Sanfo exprime, le 26 mai 2025, sa volonté de se mettre à la disposition du Ministère de la Communication et remet au Ministre un courrier à cet effet. Plus de six après, il reçoit, le 20 janvier 2026, un arrêté de licenciement, signé par le Ministre de la Fonction publique, daté du 19 décembre 2025.
Journaliste victime d'une tentative d'enlèvement
Siriki Dramé, journaliste correspondant de BBC Afrique, est victime d'une tentative d'enlèvement le 10 avril 2025. Le même jour, une publication sur une page Facebook soutien du pouvoir, accuse Siriki Dramé de comploter, avec d'autres personnes, pour renverser le pouvoir en place. Le journaliste va être alors l'objet de recherches policières non officielles en vue d'une tentative d'enlèvement. Il entre en clandestinité avant de réapparaitre quelques semaines plus tard. Il semble être, de nos jours, libre de ses mouvements.
Journalistes en exil
Newton Ahmad Barry, est l'un des plus anciens journalistes du Burkina, parmi les pionniers de l'investigation. Il a connu Norbert Zongo. Après son assassinat, il intègre l'équipe de l'Indépendant, son journal l'Indépendant, en difficulté. Il démissionne alors de la RTB (radio télévision du Burkina) où il était présentateur du JT de 20 heures et grand reporter. En 2001, il est un des créateurs de l'Évènement dont il a été longtemps été le rédacteur en chef. Il est candidat à la présidence de la Transition mise en place après l'insurrection de 2014, mais n'est pas élu. En 2016, il devient Président la CENI (commission électorale indépendante), démissionnant alors de l'Évènement pour éviter les conflits d'intérêt. Dès l'arrivée d'Ibrahim Traoré, il subit de nombreuses attaques, dont des accusations de malversation, mais gagne tous les procès que lance contre lui Ibrahim Traoré Il est alors accusé de vouloir renverser le régime. Après le putsch au Niger, pour avoir défendu le président Bazoum, séquestré depuis le coup d'État. Newton Barry est accusé d'être un terroriste de la part du régime d'Ibrahim Traoré. Soumis à de nombreuses menaces, il choisit l'exil en France où vit sa femme et ses enfants. Sa famille restée au pays est alors victime de harcèlement, sa mère malade est expulsée de sa maison, ses neveux sont enlevés, torturés et disparaissent. Il écrit encore quelques articles dans l'Évènement avant qu'il disparaisse et publie de nombreux posts sur facebook très virulents contre la dictature.
Issiaka Lingani, journalistes, a été contraint à l'exil dès fin 2023. Le 6 décembre 2023, saisi par trois personnes réquisitionnées par les autorités (à savoir le journaliste Issiaka Lingani, Rasmane Zinaba et Bassirou Badjo du mouvement « Le Balai citoyen »), le Tribunal administratif de Ouagadougou a déclaré illégal l'ordre de réquisition des plaignants. Selon le Tribunal, il violait les droits à la liberté d'expression et de mouvement et qu'il représentait un risque pour l'intégrité physique de ces derniers et demandé que son exécution soit suspendue. Nonobstant cette décision de justice, l'on a assisté à des enlèvements et disparitions forcées de ces citoyens tentant de résister aux réquisitions illégales. C'est ainsi que le 2 novembre 2023, une douzaine de Burkinabè, dont un politicien, des web activistes, des leaders d'OSC et des leaders syndicaux, ont fait l'objet de réquisitions par l'Armée. Ces réquisitions ordonnaient leur enrôlement « à l'effet de participer aux opérations de sécurisation du territoire national » au sein des forces armées pour « compter du 7 novembre 2023 pour une durée de quatre mois ». Les journalistes Issaka Lingani, chroniqueur de l'émission « Presse Echos » de la chaine BF1, et Yacouba Ladji Bama, journaliste d'investigation, Directeur de publication du journal en ligne Bam Yinga, figurent sur cette liste. L'avis de réquisition de Issiaka Lingani indiquait qu'il suivrait une formation militaire de deux à trois semaines et qu'il serait déployé sur le terrain jusqu'en février 2024. Issiaka Lingani a décidé de s'exiler afin d'y échapper.
Yacouba Ladji Bama, du journal en ligne Bam Yinga, se résout à l'exil dès fin 2023. Il fait partie de la liste des personnes réquisitionnées le 2 novembre 2023, que nous avons évoqué au paragraphe précédent. Yacouba Ladji Bama, journaliste d'investigation, était l'un des journalistes les plus en vue du Burkina, ayant collaboré à diverses rédactions avant de créer son propre journal en ligne, dont il est Directeur de publication, Bam Yinga. Yacouba Ladji Bama a décidé de s'exiler pour échapper à sa réquisition forcée.
Boureima Ouédraogo, Directeur de publication du journal Le Reporter, victime de menaces choisit préféré quitter le pays en janvier 2024. Boureima Ouedraogo a été Président de la Société des Editeurs de la Presse privée (SEP) et à ce titre, un des animateurs du centre de presse Norbert Zongo.
Inoussa Ouédraogo, Directeur de publication du journal en ligne Bendre, Ce journal, l'un des premiers journaux indépendants, créé au début du régime de Blaise Compaoré s'est toujours revendiqué d'obédience « sankariste ». Il a aussi été Président de la Société des Editeurs de la Presse privée (SEP) et à ce titre animateur du centre de presse Norbert Zongo. Victime de multiples menaces, Inoussa Ouédraogo, Directeur de publication du journal Bendre a dû quitter le pays en 2023.
Lookmann Sawadogo, journaliste en exil depuis 2023. A la fin du procès de l'affaire « appel à incendier le palais du Mogho, d'une troublante affaire de projets d'incendier la palais du Mogho Naaba, le chef des Mossis du centre, où le tribunal l'a renvoyé pour fin de poursuite et au bénéfice du doute, le 7 juillet 2023, Lookman Sawadogo a choisi de s'exiler.
Menaces sur le centre national de presse Norbert - Zongo et contre les organisations de la presse et des journalistes
Depuis l'enlèvement des premiers responsables de l'AJB, la présence des Renseignements Généraux (RG) est remarquée au CNP-NZ. Des éléments y sont postés et épient le CNP-NZ et les organisations membres. Il faut ajouter à la liste de ses responsables cités plus haut, le gestionnaire, du centre Abdoulaye Diallo, producteur de film, créateur du festival ciné droit libre et de plusieurs festivals culturels. Il a dû quitter le pays après avoir reçu de nombreuses menaces.
A cela s'ajoute le retrait des principaux partenaires du CNP-NZ, privant les structures de financements et handicapant du coup les activités du centre et des structures qui l'animent.
La situation est aggravée avec la prise de mesures liberticides visant à contrôler et asphyxier les organisations de la société civile et les syndicats. En effet, avec l'adoption d'une nouvelle loi régissant les associations, la loi n° 11-2025/ALT du 17 juillet 2025 portant liberté d'association oblige les OSC, syndicats et ONG à ouvrir des comptes bancaires à la Banque du trésor pour y loger leurs ressources.
Nombreuses parmi les personnes citées laissent leur famille sans ressource. Les aides financières sont bienvenues. D'autres ayant perdu leurs emplois du fait du retrait de partenaires du centre, sont à la recherche d'emplois.

Ne pas se laisser emporter par la vague
Menaces proférées à l'encontre du Canada et du Groenland, kidnapping brutal du président du Venezuela, génocide à Gaza, et maintenant attaque du haut des airs de l'Iran conduisant à une guerre généralisée au Moyen-Orient : du plus loin au plus près, c'est l'impression que l'heure est à la guerre et que partout "le monde d'avant" se défait comme un château de sable sous les vagues répétées d'une marée qu'on ne pourrait plus arrêter.
Le monde d'avant ? Celui qui s'était construit dans le sillage de la défaite du nazisme et au sortir de la dernière guerre mondiale (1945), et qui au-delà des horreurs d'Hiroshima et de l'Holocauste, avait quand même donné naissance à l'organisation des Nations Unies, à la Déclaration universelle des droits humains de 1948 et avait su vaille que vaille préserver, au sein de régimes politiques dits de démocratie libérale, non seulement quelques règles de droit international non négligeables, mais aussi et surtout les aspirations toujours vivantes des classes populaires à l'égalité sociale et politique, à la fin de toutes discriminations et à un autre monde possible, post-capitaliste.
Or avec ces politiques guerrières et mafieuses de l'Oncle Sam qui prennent tout le devant de la scène, on oublie que la montée des autoritarismes, la mise en berne des idéaux démocratiques, le sourd glissement de la société vers la droite, dépendent aussi et surtout de ce qui se joue dans la société civile ainsi qu'au travers des luttes collectives qui s'y donnent. Après tout Trump a bien été élu de manière relativement démocratique par deux fois (2016, puis 2024), Tout comme Bolsonaro, Kast et Milei en Amérique latine, et probablement comme Le Pen ou Bardella aux prochaines élections présidentielles françaises si la gauche ne réagit pas à temps, .
Un péril fasciste ?
Ce qu'il faut bien appeler "le péril fasciste", ne renvoie pas d'abord à un coup de force autocratique ou à une dictature militaire, mais à l'hégémonisation de secteurs importants de la population qui séduits par les discours de l'extrême-droite sont —par peur et aveuglement, par manque d'alternatives sociales et politiques adéquates, etc.— prêts à lui faire confiance, ne serait-ce que momentanément.
C'est ce qu'en ces temps de turbulences inquiétantes, il ne faut jamais perdre de vue. Avant qu'une société soit soumise à cette fusion inédite d'embrigadement massif et de terreur généralisée ( ce qu'on appelle fascisme historique), il y a toute une période incertaine, mais décisive où l'on a encore la possibilité –comme nous le montre ce qui s'est passé à Minneapolis— d'agir et de résister, de freiner, voire de mettre un holà à cette dérive. Quelque part, rien n'est définitivement joué, aux USA, comme d'ailleurs ici au Québec.
On ne le dira jamais assez : le Québec –ne serait-ce que par la proximité géographique qu'il entretient avec son puissant voisin états-unien— n'est aucunement immunisé contre un tel danger. Et si l'indéniable glissade vers la droite qu'il connaît déjà, n'a aucune mesure à voir avec ce qui se passe aux USA, il reste que les lois récentes ou projets de loi de la CAQ, sur les syndicats, la constitution, la laïcité, tout comme l'aval donné par tant de partis à l'industrie d'armement ou aux discours anti-immigrants, ne présagent rien de bon et ne peuvent que donner froid dans le dos.
Oser faire front ensemble
En fait le grand danger pour beaucoup d'entre nous c'est, soit d'en minimiser la portée, soit à l'inverse de considérer que tout est déjà joué et qu'il n'y a plus rien à faire. Ainsi, parce que ce processus est bien réel, on peut d'indignation en sur-évaluer les traits, ou au contraire, parce qu'il reste un processus en cours, le trouver anodin. Nous enfermant dans tous les cas dans la passivité, alors qu' il reste inachevé et pourrait être inversé ou pour le moins contenu. À la seule condition qu'à gauche et dans le secteurs progressistes, nous en prenions les moyens, et surtout que nous puissions croire aux forces que nous représentons lorsque nous nous coalisons autour de mêmes objectifs. Et là, toutes les voix comptent : celles bien sûr des journalistes, chroniqueurs et personnalités politiques ; mais aussi et plus particulièrement celles des mouvements sociaux (féministes, écologistes, autochtones, etc.), des organisations sociales et populaires, des syndicats, des partis de gauche qui à leur manière peuvent faire toute la différence.
Car c'est en osant faire front ensemble, en osant tricoter de nouveaux liens plus serrés entre les uns et les autres, qu'on se rassurera, puis en goûtant à la force d'être ensemble, qu'on osera prendre les moyens adéquats pour faire bouger les choses et contrecarrer le cours si inquiétant que le Québec tout entier pourrait être tenté de prendre.
Pour ne pas être emporté par la vague, n'est-ce pas ce qu'il faut se rappeler, se dire tous et toutes ensemble ?
Pierre Mouterde
le 09 mars 2016
Auteur avec David Murray de :
Avant d'en arriver là, Essai choral sur le péril fasciste
Montréal, Écosociété, janvier 2026

Avoir les pieds sur terre
Choisir de produire soi-même une grande partie de la nourriture dont on a besoin pour vivre, est-ce encore possible de nos jours ? Et si on souhaite le faire, par où commencer, combien de temps y consacrer et à quels résultats s'attendre ?
Oui, c'est possible, et ça prend moins de temps qu'on pourrait le croire, comme le démontre le paysan Dominic Lamontagne dans ce livre qui est moins un guide de jardinage qu'un guide d'autonomie élémentaire. Il partage ici tous ses secrets pour se lancer dans l'aventure et nous invite à oser la terre (et un mode de vie moins dépendant de l'argent).
Autrement dit, oui, il existe une agriculture de subsistance polyvalente, respectueuse de la Nature et surtout manuelle, qui n'est ni accablante ni rétrograde. Avec sa conjointe Amélie Dion, Dominic s'est installé dans les Laurentides, au Québec, sur une terre montagneuse, essentiellement forestière. Sans investir beaucoup d'argent et sans expérience agricole, ils ont su bâtir, lentement mais sûrement, une fermette écologique capable de leur procurer un niveau d'autonomie alimentaire enviable. Forts de leur expérience de « homesteading », ils produisent aujourd'hui plus de deux tonnes de nourriture par année (légumes, viande, œufs, lait) sur une surface d'environ 1 acre (légèrement plus petite qu'un terrain de football américain), en y consacrant 550 heures de travail à deux par année.
Au-delà de la production agricole, leur mode de vie alimente aussi une quête de sens, de savoir-faire et de savoir-être salutaire, un mode de vie qui ne les enferme pas totalement dans le cycle de l'argent et de la consommation de masse. Vous trouverez dans ce guide tout ce qu'il vous faut pour bien planifier votre projet, tout en réservant du temps pour vous, votre famille, votre carrière et vos loisirs.
« Lorsqu'on s'occupe à faire soi-même plutôt qu'à acheter l'essentiel des choses qui nous sont nécessaires pour vivre, on n'a plus besoin de gagner autant d'argent. Et quand on est moins occupé à gagner de l'argent, on gagne du temps. Oser la terre, c'est donc oser se donner plus de temps à soi-même. » – Dominic Lamontagne
En librairie le 10 mars
Dominic Lamontagne exploite une petite ferme de production vivrière avec sa famille à Sainte-Lucie-des-Laurentides et milite en faveur d'une omniculture responsable. Chez Écosociété, il est l'auteur de La ferme impossible (2015), L'artisan-fermier (2019) et de Toucher terre (2026), en plus d'être co-auteur de La chèvre et le chou (2022).
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La démocratie ne se défendra pas toute seule | Livre à paraître le 18 mars | Louis-Philippe Lampron
*La démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Les failles légales et constitutionnelles que Donald Trump exploite aux États-Unis pour s'arroger le pouvoir existent aussi dans les systèmes démocratiques canadien et québécois. Il existe cependant des moyens de renforcer nos démocraties. *
Le livre *La démocratie ne se défendra pas toute seule*, du juriste et professeur de droit Louis-Philippe Lampron, paraîtra *en librairie le 18 mars* prochain. Avec une préface d'Élisabeth Vallet, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean, directrice de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand et chroniqueuse au Devoir.
En bref / Qu'est-ce qui limite les pouvoirs des premiers ministres ? Quelles échappatoires nos dirigeants peuvent-ils utiliser pour contourner les lois et nous imposer leur volonté ? Sommes-nous vraiment à l'abri des abus de pouvoir au Québec ? Le professeur de droit Louis-Philippe Lampron expose les failles des institutions démocratiques québécoises et canadiennes, tout en offrant des moyens de les renforcer.
*À propos du livre*
Selon le professeur de droit Louis-Philippe Lampron et bon nombre de juristes, la démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Si la seconde administration Trump multiplie les attaques frontales contre les institutions démocratiques et tente de réaliser un coup d'État légal, il serait dangereux de nous croire à l'abri d'un tel délitement institutionnel sur la foi d'un quelconque exceptionnalisme québécois ou canadien.
Abus et privilèges de l'exécutif, ligne de parti, pouvoirs d'urgence, échappatoires légales… Les failles légales et constitutionnelles que le président américain exploite aux États-Unis existent aussi dans les systèmes démocratiques canadien et québécois. Le gouvernement caquiste ne
se prive d'ailleurs pas pour en utiliser : nombreux recours au bâillon, affaiblissement de la Charte québécoise des droits et libertés, contrôle de la branche législative grâce à la ligne de parti dans un contexte de super majorité issue d'une distorsion électorale, possible imposition d'une constitution, limitation de la capacité d'action des syndicats, etc. Si ces actions sont actuellement posées dans le cadre de la légalité – ce qui a de quoi surprendre –, cela ne garantit pas qu'elles soient pour autant légitimes.
Pour éviter de revivre des crises d'octobre ou de jouer dans le même film dystopique que nos voisins du sud, plusieurs réformes et actions concrètes peuvent être menées pour renforcer nos démocraties. Ce n'est plus possible de penser que nos droits fondamentaux sont fondamentaux... parce qu'ils sont fondamentaux. Sans nous, sans pression citoyenne, l'État de droit ne suffit pas. Make democracy great again !
« *Essentiel, cet ouvrage est à la fois une ode à la démocratie, un mode d'emploi de sa consolidation, un appel à l'action. Maintenant. * » - Élisabeth Vallet
*À propos de l'auteur*
Louis-Philippe Lampron est professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval et chercheur au Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ). Il est l'auteur, chez Somme toute, de *Maudites chartes !* (2022) et de *En toute collégialité !* (avec Simon Viviers, 2025).
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Chez elles.Histoires de résistance au temps de la crise du logement
Camille Toffoli | essai
Isabelle Caron | illustrations
Parution le 17 mars 2026 au Québec
Vous avez dit hygge, nesting ou cocon meublé avec goût ? Tandis que les injonctions mercantiles au bonheur domestique saturent les écrans, la question du logement, elle, se dépolitise. Pour ne pas finir à la rue, la classe politique suggère d'investir en immobilier. Voilà la solution !
Face à la réalité brutale de la crise actuelle, Camille Toffoli et l'illustratrice Isabelle Caron partent à la rencontre de locataires et de chercheuses pour exposer les failles d'un marché privé qui sacrifie l'humain – particulièrement les femmes et les communautés marginalisées – sur l'autel du profit.
Entre récits de résistance contre l'embourgeoisement et exploration de modèles alternatifs, se dessine un changement radical de paradigme : déconstruire le lien entre chez-soi et propriété pour faire du droit au logement un véritable pilier féministe.
Camille Toffoli a fait paraître S'engager en amitié (Écosociété, 2023) et Filles corsaires (Remue-ménage, 2021), qui a remporté le Prix des libraires 2022. Elle est organisatrice communautaire au Comité d'action des citoyennes et citoyens de Verdun. Artiste visuelle, Isabelle Caron est médiatrice culturelle à Montréal. Toutes deux sont engagées dans la lutte pour le logement social.
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Du droit et des droits
Les juges de la Cour suprême du Canada ont tranché – à huit contre un – qu'exclure les demandeurEUSEs d'asile des garderies subventionnées est discriminatoire à l'égard des femmes. Ce jugement met un terme à une longue procédure judiciaire amorcée en 2018 par une mère originaire de la République démocratique du Congo, Bijou Cibuabua Kanyinda, arrivée au Québec par le chemin Roxham avec ses trois enfants.
Que penser de ce jugement et de la réaction de certains membres de la classe politique québécoise et canadienne ? Où est la sagesse dans leur réaction nettement exagérée ? Mais est-elle réellement exagérée ? Oui ? Non ? Peut-être ?
Le jugement
La majorité des juges de la Cour suprême du Canada considère que la décision du gouvernement du Québec de limiter l'accès à un tarif réduit aux centres de la petite enfance (CPE) est discriminatoire et qu'il s'agit d'une discrimination fondée sur le sexe, ce qui va à l'encontre de l'article 15(1) de la Charte canadienne des droits et libertés[1].
La Cour d'appel du Québec avait préalablement tranché à ce sujet en précisant que ce sont principalement des femmes, parmi les demandeurs d'asile, qui se disaient empêchées de travailler faute d'avoir accès à un service de garde. À ce sujet, la juge Karakatsanis de la Cour suprême du Canada écrit ceci :
« [82] Je suis d'accord avec la Cour d'appel pour dire que, considérés dans leur ensemble, les éléments de preuve permettent de conclure de manière raisonnable que l'art. 3 RCR a un effet disproportionné sur les femmes qui demandent l'asile. Bien que tous les demandeurs d'asile se voient également refuser l'accès à des services de garde subventionnés, l'effet est différent sur les femmes. Les femmes continuent d'assumer une part plus importante des responsabilités relatives à la garde et aux soins des enfants, et l'accessibilité de services de garde abordables est directement liée à leur capacité de travailler — une réalité bien reconnue dans notre jurisprudence. Outre les éléments de preuve généraux au sujet des femmes, les éléments de preuve spécifiques sont révélateurs : chaque demandeur d'asile interrogé qui avait des enfants de moins de six ans et qui a déclaré que l'absence d'accès aux services de garde l'empêchait de travailler était une femme. » (https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/21399/index.do. Consulté le 7 mars 2026).
Mais qu'en est-il des hommes, surtout monoparentaux ? Bien que le cas soit spécifique à la condition des femmes et à une discrimination subie en raison de « l'effet différent sur elles » d'un refus à l'accès des services de garde subventionnés, et ce, pour un droit égal au marché du travail, la question précédente demeure aussi essentielle. La Charte canadienne des droits et libertés vise l'égalité de chaque personne humaine vis-à-vis les lois, le droit et les droits, ce qui signifie d'éviter les distinctions multiples avec des traitements de faveur ou de défaveur. Il y a cependant cette impression ou ce non-dit d'une inclination à vouloir corriger les erreurs du passé, au point souvent de créer un nouveau déséquilibre au profit de l'autre plateau de la balance. Cette préconception ne doit cependant pas obscurcir le jugement tenu ici, puisque le problème débattu se présentait sous une double considération : l'accès égal à un service public ainsi que l'accès égal au travail. Ainsi, l'interdiction à l'accès des services de garde subventionnés cause aussi, dans le cas traité, l'empêchement au travail. La correction du premier élément ramène à la normale la situation, voulant qu'une personne qui a le droit au travail puisse bénéficier d'outils (notamment un service de garde pour ses enfants), afin de travailler comme toute personne en âge de le faire et qui peut le faire en vertu des lois régissant le territoire québécois inclut dans celui canadien.
S'ajoute toutefois un autre élément : la personne en cause n'est pas québécoise ni canadienne, mais une demandeuse d'asile. Dès lors, la complication suivante : une demandeuse d'asile a-t-elle droit aux mêmes droits et libertés, donc aux mêmes privilèges, que la citoyenne et le citoyen possédant le statut de Québécoise et de Québécois, voire aussi de Canadienne et de Canadien ? Il importe alors de définir ce qui fait de la personne humaine une citoyenne ou un citoyen et, par la force des choses, ce qui la distingue de la personne humaine qui demande l'asile. Parce que l'accès normal à des services de garde subventionnés concerne la première. Or, la Cour suprême semble dire que l'accès au travail subordonne la citoyenneté, pour ainsi mettre en lumière une définition différente de la personne humaine ayant accès à tous les droits, libertés et services au pays, dans la mesure où ce n'est plus le statut de citoyenne ou de citoyen (de l'ordre de la nation et du politique), mais le statut de travailleuse ou de travailleur (de l'ordre de l'économie et de la force productive) qui sert à démêler le problème.
Et cette décision peut paraître ironique aux yeux des décideuses et des décideurs, dans la mesure où limiter l'accès des personnes humaines demandant l'asile aux services de garde subventionnés renforcerait l'idée des droits citoyens (comme nous le verrons dans la réaction politique de la prochaine section), mais contribuerait aussi à alléger les dépenses budgétaires au lieu de les augmenter par le besoin d'offrir un service plus étendu, alors qu'il peine déjà à suffire.
Vouloir toutefois s'en remettre à la dimension économique et donc à l'institution du travail demeure réducteur de la teneur du jugement, puisqu'il faut ajouter à la donne la dimension sociale (et humaine). Une société ne peut aspirer à se développer sans l'apport constant de nouvelles personnes, et l'institution du travail utile à l'économie ne pourrait subsister sans l'aide d'une autre, à savoir la famille. Ainsi, le jugement tient compte du fait qu'un support à la femme est un support aux enfants et à leur avenir, et ce de façon tout aussi importante que le support au travail et à l'économie. Il s'agit donc d'un bien pour l'ensemble de la société. Dans le cas qui a occupé la Cour suprême, il n'y a pas seulement une personne humaine en cause, mais plusieurs qui forment une famille et qui demandent l'asile, qui ont choisi de vivre au Canada et d'y contribuer. Et pour garantir leur intégration et leur contribution, le meilleur moyen demeure encore l'accès au marché du travail.
Reste maintenant l'épineuse question de l'immigration, qui sera bien sûr débattue plus loin.
Une victoire incontestable pour les demandeuses et demandeurs d'asile et une cuisante défaite pour les porte-parole de la droite conservatrice et réactionnaire
Les personnes humaines demandant l'asile viennent donc de remporter une victoire majeure devant la Cour suprême du Canada. Il va sans dire que ce jugement du plus haut tribunal du pays ébranle les convictions et les certitudes de certains membres de la classe politique au Québec et au Canada. Les deux candidatEs – Christine Fréchette et Bernard Drainville – qui aspirent à succéder à l'actuel chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, annoncent, dans le but explicite de se soustraire au jugement, la possibilité de recourir à la clause dérogatoire. Sous prétexte que ce jugement ne tient pas compte de la capacité fiscale du gouvernement du Québec, le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, y va à la fois d'une sévère dénonciation de ce jugement et affirme qu'il se réserve également le droit de recourir à la clause dérogatoire. Même chose du côté du chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, qui en ajoute en prétendant que « (l)es demandeurs d'asile n'ont pas à avoir des services subventionnés avant les Québécois ». Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilièvre, a également annoncé qu'il s'opposait à ce jugement : « Il est temps de réparer notre système d'immigration et de mettre fin aux faux demandeurs d'asile pour protéger l'accès aux services publics pour nos citoyens » aurait-il déclaré (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme. Consulté le 7 mars 2026). Cette réaction de certains membres de la classe politique se comprend, soit pour une raison idéologique défavorable à une entrée trop soutenue de migrantEs (d'étrangerÈREs), soit en vertu d'une décision législative passée et interprétée dans un sens restrictif.
De 2018 à aujourd'hui
On se rappellera qu'en 2018 l'ancien gouvernement libéral québécois, dirigé alors par Philippe Couillard, avait décidé de réinterpréter un règlement afin de limiter l'accès aux garderies aux parents qui détiennent un permis de travail et qui sont au Québec « principalement afin d'y travailler ». S'inscrivant dans ce sillage, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), dirigé par François Legault, l'homme du supposé « bon sens » (sic) et de l'obsessionnelle capacité fiscale des contribuables, avait maintenu cette décision et décidé de se rendre jusqu'en Cour suprême pour défendre cette orientation.
Sur les places disponibles et les contraintes budgétaires
Revenons sur l'ironie économique et budgétaire. Les magistrats de la Cour suprême reconnaissent qu'il est difficile pour tous les parents d'avoir une place dans un CPE, mais rappellent aux paragraphes 99, 188 et 198, que les contraintes budgétaires ne peuvent pas justifier des atteintes aux droits garantis par la Charte. Par conséquent, pour réduire les listes d'attente dans les Centres de la petite enfance, le gouvernement devrait investir davantage pour ce service au lieu d'en restreindre l'admissibilité, point à la ligne.
Gnoses philosophiques en lien avec le contexte politique, démocratique et migratoire actuel
Osons compléter notre propos tenu plus haut au sujet de la citoyenneté, des ripostes politiques et du phénomène migratoire notamment associé aux personnes humaines demandant l'asile. Disons d'abord ceci : nous vivons à l'ère de la mondialisation. Les déplacements de population d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre, sont fréquents. Il existe donc les nationaux et les « étrangères/étrangers » dont certainEs, parmi ce dernier groupe, ont parfois le statut de demandeurEUSEs d'asile. Dans la présente ère, les pouvoirs extérieurs à l'État-nation se multiplient. La pluralisation[2] du kratos (les pouvoirs) rend le demos (ou le laos[3] pour être plus précis) inassignable[4]. Dans l'histoire politique, le « peuple », voire le peuple politique qui accompagne l'État-nation, s'entend, surgit très tardivement sur la scène. Ce n'est que depuis peu, depuis très récemment donc, qu'il est question de « We, the people »… Mais justement, qu'en est-il du « peuple » et des « droits de citoyenneté » dans la présente période où les plus riches et les personnes les plus puissantes imposent leurs choix économiques et politiques à la majorité ?
Si le processus de démocratisation s'accompagne d'une dynamique de reconnaissance par l'État-nation à ses citoyennes et citoyens de « droits » (civils, politiques et sociaux selon Marshall) et de « droits à avoir des droits », ces mouvements d'inclusion ne vont pas sans un corrélat implacable, à savoir : la production de l'exclusion. Qui dit « actif », dit nécessairement « passif ». Qui est autorisé ultimement à trancher un enjeu en matière d'effectivité du droit ? Les parlementaires ou les juges ? En cas de désaccord de la part de certainEs parlementaires face à certains jugements de la Cour, le recours à la clause dérogatoire correspond-t-il à un geste démocratique ou relève-t-il de l'arbitraire et de l'autoritarisme parlementaire sans véritable assise démocratique ?
La « démocratie contemporaine », celle issue des révolutions anglaises, américaines et françaises, a pour limite la communauté nationale et la définition restrictive de la citoyenneté et des droits de citoyenneté. Se pose dès lors la question suivante : qu'est-ce que l'humanisme universel, surtout à l'ère des mouvements de population dans la foulée des guerres destructrices de la vie et des catastrophes qui découlent des dérèglements et des changements climatiques ? Cette question capitale doit alors nous amener à entrer au XXIe siècle et à redéfinir l'identité humaine, trop souvent attribuée à une citoyenneté. Si nous avons mentionné plus haut le besoin de définir la personne humaine québécoise et canadienne, dans le sens d'une distinction par rapport à la personne humaine demandant l'asile, cela se justifie justement dans un contexte où l'identité citoyenne en particulier se définit à partir d'une appartenance politique, nationale, territoriale et culturelle. Dans ce cadre, identifier une personne humaine comme étant quelqu'un qui demande l'asile suppose la perte de son identité citoyenne, sans rien considérer du côté administratif de l'identification à l'aide de documents ou d'un passeport, mais du fait que cette personne n'a plus nulle part où aller, justifiant sa demande d'asile. Dès lors se comprend la volonté d'inclure toute personne humaine à l'intérieur d'une identité universelle, de façon à dissiper les distinctions sujettes à créer des dualités d'intolérance entre les citoyenNEs ou les natifIVEs et les étangerÈREs. Il s'agit donc ici d'une considération humaniste, moraliste, éthique et sociale, à la rigueur philosophique, qui détonne d'un pragmatisme ou d'un matérialisme calculateur et politique.
Nous cherchons ici ce à quoi pourrait bien correspondre l'antidote à un nationalisme politique borné[5]. En matière de droits aux personnes humaines demandant l'asile, nous partageons l'avis majoritaire des juges de la Cour suprême du Canada. Il n'y a pas lieu d'en faire des personnes exclues. Par contre, la sagesse veut aussi que nous reconnaissions les limites de notre capacité à les accueillir, et ce, afin d'assurer les meilleures conditions pour leur intégration, c'est-à-dire avoir un toit sur la tête, un travail valorisant et un soutien adéquat au développement des enfants.
Pour conclure
La décision de la Cour suprême du Canada en matière de droits des personnes humaines demandant l'asile aux services de garderie fait réagir férocement certainEs membres de la classe politique québécoise et canadienne. Les prétentions du gouvernement du Québec ont été déboutées et c'est ce qui met en colère certains membres clairement identifiés à des courants politiques réactionnaires ou conservateurs.
Un recul analytique et juridique nous permet de voir à quoi peut et doit correspondre la mise en application des droits fondamentaux des personnes à l'ère des mouvements migratoires importants et pleinement justifiés.
Ce sont les droits démocratiques qui s'effacent quand les dirigeantEs politiques décident de faire primer leurs orientations idéologiques et certains de leurs choix politiques ou budgétaires, sans égard pour le respect des droits fondamentaux et des décisions des tribunaux. Il ne faut pas céder devant leurs positions biaisées. Entre la suprématie parlementaire de quelques-unEs et la primauté du droit pour toutes et tous, nous optons pour cette dernière.
Entre l'État moloch ou la République universelle des droits, notre choix est celui de la reconnaissance des droits et non leur application sélective et sexiste.
Guylain Bernier
Yvan Perrier
7 mars 2026
17h15
Notes
[1] En vertu des « Droits à l'égalité : 15(1) La loi ne fait acception de personne et s'applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques. » (https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-12.html. Consulté le 7 mars 2026).
[2] Et la multiplication des instances décisionnelles (informatiques, financières, etc.) extérieures aux États nationaux. Ce qui échappe au contrôle étatique à l'échelle internationale est nécessairement « anti-démocratique ». La société mondiale de la Tech et du Capitalisme financier, qui se définit sous nos yeux, est une société imposée par le haut (« Top-down »), par une oligarchie composée de ploutocrates.
[3] λαός (laós), signifie « peuple ». Contrairement à la croyance largement répandue, il ne faut pas confondre le laos (peuple) avec le demos (le plus grand nombre). Mono (un seul), aristo (une infime minorité) et le demos (le plus grand nombre). Manifestement, il n'y a pas que les copistes du Moyen Âge qui ont trafiqué les mots ou le sens des mots…
[4] Inassignable : adj. Qu'on ne peut assigner, déterminer avec précision.
[5] Sous-entendu implicite ici : la conception statique des droits de citoyenneté et d'accès aux services aux seuls nationaux.
Bibliographie
Castoriadis, Cornelius. 2010. Démocratie et relativisme. Paris : Mille et une nuits, 142 p.
Colliot-Thélène. 2011. La démocratie sans « Demos ». Paris : Presses universitaires de France, 213 p.
Colpron, Suzanne. 2026. Garderies subventionnées : La Cour suprême confirme l'accès des enfants de demandeurs d'asile. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-03-06/garderies-subventionnees/la-cour-supreme-confirme-l-acces-des-enfants-de-demandeurs-d-asile.php. Consulté le 7 mars 2026.
Labbé, Jérôme. 2026. Les demandeurs d'asile doivent avoir accès aux CPE, tranche la Cour suprême : Le gouvernement pourrait toutefois invoquer la disposition de dérogation de la Charte. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme. Consulté le 7 mars 2026.
Manin, Bernard. 2012. Principes du gouvernement représentatif. Paris : Champs essais 369 p.
Poirier, Nicolas (dir.). 2015. Cornelius Castoriadis et Claude Lefort : l'expérience démocratique. Paris : Le bord de l'eau, 187 p.
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Comptes rendus de lecture du mardi 10 mars 2026
Sœurs volées
Emmanuelle Walter
Lux Éditeur a récemment publié ce bouleversant récit paru une première fois en 2014. Depuis 1980, près de 1200 Amérindiennes canadiennes avaient alors été assassinées ou étaient portées disparues dans une indifférence quasi totale. (Ce chiffre scandaleux équivaudrait au Québec à 7 000 Québécoises et en France à 55 000 Françaises.) Cette enquête raconte aussi l'histoire de deux adolescentes disparues en septembre 2008 à Maniwaki, Maisy Odjick et Shannon Alexander. On se souviendra que les conservateurs en place à Ottawa refusaient à l'époque la tenue d'une enquête nationale sur le sujet. Il s'étaient aussi employés à plusieurs reprises à dénigrer le rapporteur officiel de l'ONU et l'ONU elle-même qui les presse d'enquêter sur les disparues.
Extrait :
La nuit est tombée sur le parc Nagishkodadiwin. Au micro, Bridget a demandé à Maisy et Shannon de rentrer à la maison. Les députés ont réclamé une enquête nationale sur les meurtres et disparitions de femmes autochtones - un serpent de mer, une revendication récurrente à laquelle le gouvernement Harper reste sourd. J'ai pris l'un des bus qui ramenaient les marcheurs tristes et silencieux sur le parking du Home Hardware.
Paradis sous terre
Alain Deneault et William Sacher
Ce livre demeure toujours grandement d'actualité tant le rôle du Canada n'a pas changé dans le domaine de l'industrie minière mondiale. Comme l'explique le résumé de cet essai décapant, le Canada est le refuge idéal de sociétés minières qui spéculent en Bourse et mènent à travers le monde des opérations controversées, voire criminelles. Elles y trouvent un système boursier-casino favorable à la spéculation, des exonérations dignes d'un paradis fiscal, des mesures législatives canalisant vers elles l'épargne des citoyens, une diplomatie de complaisance soutenant ses pires desseins, ainsi qu'un droit taillé sur mesure pour la couvrir à l'étranger, comme sur le front de la critique intérieure. Un livre qui nous aide, somme toute, à mieux comprendre le monde inégalitaire dans lequel nous vivons.
Extrait :
Comment en est-on arrivé là ? Un pays qui s'évertue à défendre sur la scène internationale les principes les plus vertueux qui soient, tellement qu'on a fini par le juger candide, se révèle aujourd'hui l'hôte de prédilection d'une industrie fort controversée, le secteur extractif mondial. Le Canada se présente à 75 % des sociétés minières du monde comme un pays les encadrant a minima . Ses politiques avantageuses ne font donc pas seulement la fortune des sociétés nationales, elles amènent les firmes d'autres pays du Nord à s'y enregistrer pour profiter des complaisances du régime. Ces dernières échafaudent ensuite depuis le Canada nombre de chantiers d'exploration et d'exploitation dont les torts relatifs seront occasionnés à d'autres. On ne compte plus les pays où se dressent des paysans outrés et des citoyens indignés par les projets insensés de sociétés minières canadiennes, cela au Sud comme en Europe de l'Est. Il n'est plus rare, dès lors, d'assister à des manifestations au centre desquelles des sigles canadiens se trouvent incendiés ou souillés. Le nombre de sociétés concernées par ces cas d'abus est large, les pays multiples, les allégations préoccupantes. Les autorités politiques canadiennes apportent néanmoins leur vigoureux concours à cette industrie et font d'elle leur secteur de prédilection dans la mondialisation économique.
Maria Chapdelaine
Louis Hémon
L'écrivain français Louis Hémon est mort à Chapleau en Ontario en 1913, à l'âge de 32 ans, frappé par une locomotive du Canadien National alors qu'il se dirigeait vers l'Ouest canadien dans l'intention d'y faire les moissons. Une épitaphe a été érigée à son intention dans le cimetière de la ville. « Maria Chapdelaine » est un beau roman, fort populaire, qui décrit la vie d'une famille qui s'établit sur une terre de colonisation au Lac-Saint-Jean. L'intrigue tourne autour de la jeune Maria Chapdelaine, âgée de 18 ans, et de ses trois prétendants : François Paradis, un bûcheron, Lorenzo Surprenant, un citadin des États-Unis, et Eutrope Gagnon, un colon comme son père. Ce roman servira plus tard de modèle pour inciter les colons canadiens-français à demeurer au pays ou encore à coloniser l'Abitibi.
Extrait :
Alors ils se mirent tous à parler une fois de plus de la saison qui s'ouvrait et des travaux qui allaient devenir possibles. Mai amenait une alternance de pluies chaudes et de beaux jours ensoleillés qui triomphait peu à peu du gel accumulé du long hiver. Les souches basses et les racines émergeaient, bien que l'ombre des sapins et des cyprès serrés protégeât la longue agonie des plaques de neige ; les chemins se transformaient en fondrières ; là où la mousse brune se montrait, elle était toute gonflée d'eau et pareille à une éponge. En d'autres pays c'était le renouveau, le travail ardent de la sève, la poussée des bourgeons et bientôt des feuilles, mais le sol canadien, si loin vers le nord, ne faisait que se débarrasser avec effort de son lourd manteau froid avant de songer à revivre.
Pour la révolution africaine
Frantz Fanon
« Pour la révolution africaine » regroupe les textes de Frantz Fanon publiés dans différents journaux depuis « Peau noire, masques blancs », en 1952, jusqu'à « Les damnés de la terre », en 1961. Fanon y décrit tour à tour la situation du colonisé, l'attitude de la gauche face à la guerre d'Algérie, les perspectives d'unification de la lutte de tous les colonisés et les conditions d'une alliance de l'ensemble du continent africain – d'où le choix du titre de ce recueil. On y réalise que Fanon gardait la certitude de la libération totale de l'Afrique. Aussi, son analyse et la clarté de sa vision nous aident encore aujourd'hui à comprendre la réalité africaine et les ressorts du colonialisme, puis du néocolonialisme. Il est important, je crois, de lire Fanon.
Extrait :
Le pétrole irakien a levé toutes les interdictions et actualisé les véritables problèmes. On a en mémoire les interventions violentes des forces armées américaines dans l'archipel des Antilles ou en Amérique latine, chaque fois que les dictatures appuyées par la politique américaine se sont trouvées en danger. Les Marines qui déferlent aujourd'hui sur Beyrouth sont les frères de ceux qui, épisodiquement, vont rétablir « l'ordre » en Haïti, à Costa-Rica, à Panama. C'est que les États-Unis estiment que les deux Amériques constituent un monde régi par la doctrine de Monroe, dont l'application est confiée aux forces américaines. L'article unique de cette doctrine stipule que l'Amérique appartient aux Américains, c'est-à-dire au Département d'État.
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Et si le voile n’était pas vraiment un signe religieux ?
Admettons un instant que ce foulard qu'on appelle voile islamique ne soit pas, au sens strict, une obligation religieuse formellement et unanimement prescrite. Admettons qu'aucun texte ne permette d'affirmer hors de tout doute qu'il s'agit d'un commandement divin explicite comparable à la prière ou au jeûne. Nous nous retrouvons alors devant une scène délicieusement paradoxale. Des gouvernements occidentaux, au nom du principe de neutralité de l'État, décident ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas. Ils tranchent là où les théologiens musulmans débattent encore. Ils définissent la nature théologique d'un tissu avec une assurance que les juristes musulmans eux-mêmes n'ont jamais affichée d'une seule voix. La neutralité de l'État consisterait-elle désormais à produire des fatwas administratives ?
Au Québec, Jean-François Roberge, ministre chargé de renforcer la laïcité, défend son projet de loi 9 au nom de l'émancipation des femmes. L'intention est présentée comme généreuse. Libérer. Protéger le principe d'égalité entre les hommes et les femmes. Mais l'ironie est saisissante. Voilà un ministre qui affirme avec aplomb que le voile est un signe religieux, alors même que le débat théologique n'a jamais été absolument homogène. Faudrait-il conclure qu'il est devenu plus musulman que les musulmans ? Plus catégorique que les exégètes ? Par décret parlementaire, l'État se hisserait-il au rang d'autorité doctrinale, celle qui consiste à connaître mieux l'intérêt des femmes que les femmes elles-mêmes ?
La question du voile, si l'on accepte de la regarder sans passion partisane, n'a jamais fait l'objet d'une unanimité absolue dans l'ensemble des communautés et des écoles musulmanes. La prière, elle, ne souffre aucune contestation sérieuse. Aucun juriste du Coran n'a osé en nier l'obligation. Elle est explicitement prescrite, répétée, ritualisée. Le jeûne du Ramadan et l'aumône légale bénéficient de la même clarté normative. Mais le voile ? Les versets invoqués, notamment dans les sourates 24 et 33, évoquent la pudeur, la décence, le fait de rabattre le khimar sur la poitrine. Ils ne décrivent ni uniforme standardisé ni insigne officiel de la foi. Ils s'inscrivent dans un contexte social précis et ont donné lieu, au fil des siècles, à des interprétations diverses.
En juin 2022, la théologienne marocaine et médecin de formation Asma Lamrabet a décidé de retirer son voile. Selon elle, « le Coran ne légifère en rien sur la nécessité d'un uniforme religieux qui serait strictement islamique. Il n'a jamais été question dans le Coran d'une quelconque obligation formelle liée à l'apparence vestimentaire. Imposer des normes vestimentaires standardisées va à l'encontre des principes du message universel et de son éthique spirituelle ». Elle est arrivée à cette conclusion après une recherche minutieuse dans le texte coranique. Elle n'est pas la seule à avoir mené cette réflexion.
Des penseurs contemporains ont insisté sur cette dimension historique et interprétative. Mohamed Arkoun rappelait que toute lecture du texte sacré est située dans le temps. Fatima Mernissi a montré comment certaines normes attribuées à la religion relèvent parfois davantage de constructions sociales et politiques que d'injonctions divines immuables.
Si aujourd'hui un consensus tend à considérer le voile comme un signe religieux, ce consensus demeure historiquement situé, circonstanciel, et dépendant d'un contexte précis. L'histoire montre à quel point ces qualifications peuvent évoluer. Dans l'Iran moderne, le même pays qui, depuis la révolution de 1979, impose aux femmes le port du voile au nom de la norme islamique avait, sous le règne de Reza Shah Pahlavi, entre 1935 et 1936, instauré par décret une politique de dévoilement obligatoire dans l'espace public. Le port du voile y était alors interdit et les autorités étaient chargées d'en faire respecter l'interdiction. Ce renversement spectaculaire rappelle que la signification religieuse, politique ou identitaire d'un vêtement n'est jamais figée. Elle se construit, se transforme et se reconfigure au gré des rapports de pouvoir et des contextes historiques.
Le voile est-il islamique ? C'est le titre d'un livre de Abdelaziz Kacem. Après le débat qui a agité la France sur cette question, ce texte nous éclaire enfin sur le contenu des deux versets coraniques évoquant le voile dit islamique et sur leur sens social inséparable du contexte de l'époque. Un sens social vieux de plus de 14 siècles et, par conséquent, destiné à être fondamentalement réinterprété.
On peut contester ces lectures. On peut les juger audacieuses, voire subversives. Mais on ne peut pas prétendre qu'elles n'existent pas. Dès lors, que signifie une loi votée dans un pays occidental qui affirme que le voile est un signe religieux indiscutable ? Elle choisit une interprétation parmi d'autres et l'érige en vérité officielle. Elle transforme un débat théologique en certitude juridique. Les femmes musulmanes, en tant qu'individus, sont libres de choisir l'une des interprétations du Coran au nom de la liberté de conscience. Mais pas l'État, pas un ministre qui ne cerne pas adéquatement le concept de laïcité et celui de neutralité religieuse.
Au Québec, on estime qu'environ 500 femmes sont directement touchées par ces dispositions. 500 femmes sommées de choisir entre leur emploi et un morceau de tissu dont la signification religieuse qui demeure historiquement et théologiquement discutée. L'ironie atteint son comble. On prétend renforcer la laïcité en tranchant une querelle d'exégèse.
On peut défendre la laïcité. On peut souhaiter un État strictement neutre. Mais encore faut-il reconnaître le vertige de l'ironie de la situation. Au nom de la neutralité, on adopte une position doctrinale. Au nom de la liberté, on contraint. Au nom de l'émancipation, on exclut.
Alors, et si le voile n'était pas un signe religieux au sens où on l'entend dans les lois ? Et si la certitude affichée n'était qu'une simplification commode ? Dans ce cas, l'histoire retiendrait peut-être qu'à une époque donnée, un ministre chargé de la laïcité aura défini avec plus d'assurance que les théologiens eux-mêmes ce que Dieu exigeait des femmes musulmanes.
Le plus étrange, dans ces débats interminables sur le port du voile, est peut-être ailleurs. On évacue presque toujours la crise géopolitique et civilisationnelle qui a donné naissance au phénomène contemporain du voile. Comme si elle n'existait pas. Comme si ce tissu était apparu spontanément, détaché des secousses de l'histoire. Quand ma mère et ma grand-mère portaient le voile dans leur jeunesse, ce n'était pas pour des raisons religieuses. C'était une coutume, une manière d'habiter l'espace social, parfois un simple prolongement du vêtement traditionnel. Personne n'y voyait un manifeste théologique. Personne n'en faisait un étendard identitaire. Dans l'histoire, le port du voile dépassait non seulement largement le monde musulman, il dépassait même celui des femmes.
Faites l'effort d'imaginer deux secondes. Allons-y pour dix. Si, par une sorte de miracle diplomatique, les guerres du Moyen-Orient disparaissaient. Si cette région du monde retrouvait soudainement la paix, une économie stable, des indépendances consolidées, des sociétés confiantes en leur avenir, souveraines de leurs économies. Pourquoi alors ses peuples, du moins une partie, éprouveraient-ils le besoin pressant de se distinguer, de marquer leur différence, d'ériger des signes identitaires en remparts symboliques ? Ce que j'essaie de dire est simple. Le monde obéit à des constructions où nos guerres et nos crises définissent nos comportements. Les replis identitaires ne tombent pas du ciel. Ils sont des réponses, parfois maladroites, parfois instrumentalisées, à des blessures bien réelles. Nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, responsables de ces guerres et de ces crises. Et nous sommes tout aussi responsables d'apporter des solutions. Ce n'est certainement pas en durcissant les lignes de fracture, en nourrissant les crises civilisationnelles, que nous contribuerons à les apaiser.
À la lumière de cette réflexion, ce qui se cache derrière le projet de loi 9 du gouvernement de la CAQ relève peut-être moins d'une volonté sereine de renforcer la laïcité que d'un réflexe de protection face à une identité et à une civilisation que l'on a, au fil des années, savamment diabolisées. Comme si la laïcité a été conçue spécialement contre l'islam. La peur a ceci de particulier qu'elle se déguise volontiers en principe. On parle de neutralité. On invoque l'égalité. On brandit la laïcité. Mais sous le vernis juridique affleure parfois une inquiétude plus profonde, celle d'un monde perçu comme étranger, menaçant, irréductible. Un monde dont les crises sociales, politiques et économiques ne sont pas sans liens avec des volontés de dominations et d'exploitations étrangères.
Il y a là une crise civilisationnelle qui dépasse largement un morceau de tissu. Elle traverse les discours, les plateaux de télévision, les campagnes électorales. Elle oppose des imaginaires plus qu'elle ne règle des problèmes concrets. Le voile devient le théâtre d'une angoisse collective. Il concentre des tensions qui ne sont pas nées dans une salle de classe ni dans un bureau de fonctionnaire. Il porte le poids symbolique de conflits géopolitiques, d'attentats, de migrations, de replis identitaires réciproques. Et l'on prétend régler tout cela par un article de loi.
Ce projet n'a alors plus grand-chose à voir avec les principes fédérateurs et rassembleurs de la laïcité. La laïcité, dans son esprit originel, visait à protéger la liberté de conscience, à empêcher l'État de privilégier une religion, à garantir un espace commun où croyants et non-croyants puissent coexister. Elle n'était pas conçue comme un instrument d'exclusion, encore moins comme un outil de stigmatisation. Elle était un rempart contre la domination d'une foi sur les décisions politiques, non une arme dirigée contre des minorités.
Il n'est pas anodin de constater que ce sont aujourd'hui des gouvernements de droite et d'extrême droite qui se sont accaparé le thème de la laïcité. Ce principe fondamental de la démocratie, historiquement porté par des courants progressistes soucieux d'émanciper l'individu des tutelles religieuses, se retrouve brandi par des mouvances identitaires qui en font un marqueur culturel. La laïcité cesse alors d'être un cadre juridique neutre pour devenir un drapeau. Et lorsqu'un principe devient drapeau, il sert moins à rassembler qu'à distinguer, diviser.
Certaines gauches auraient sans doute intérêt à faire un examen de conscience. En abandonnant le terrain de la laïcité, elles ont laissé s'installer une lecture défensive et identitaire du concept. En renonçant à en rappeler la vocation inclusive, elles ont permis qu'il soit redéfini comme un instrument de contrôle du corps et de l'apparence de l'autre. Or faire de l'autre un objet d'exclusion n'a jamais consolidé une démocratie. Cela l'a fragilisée.
Si la laïcité doit être défendue, qu'elle le soit pour ce qu'elle est. Un principe de liberté. Un espace commun. Un pacte de coexistence. Non un miroir de nos peurs. Non une réponse hâtive à des crises géopolitiques qui nous dépassent. À force de vouloir se protéger d'une identité fantasmée, on risque surtout d'abîmer la nôtre.
Ma conclusion est une question que j'adresse directement à Jean-François Roberge. Croyez sérieusement renforcer la laïcité au Québec en vous comportant comme plus musulman que les musulmans ?
Mohamed Lotfi
3 mars 2026
Post-scriptum
Je suis conscient que ce texte dérangera sans doute celles et ceux qui ont une position arrêtée, pour ne pas dire figée, sur la question du voile. Mon intention n'est pas de provoquer, encore moins de heurter. Elle est de déplacer le regard. Ces réflexions naissent précisément du désir de sortir le débat de son carcan idéologique et dogmatique. Je ne prétends pas détenir une vérité définitive. Je cherche simplement à interroger, à nuancer, à complexifier ce qui est trop souvent réduit à des certitudes commodes. Seule la recherche du bien commun guide ma démarche. Si je partage ces lignes, c'est avec l'espoir d'élargir les horizons, d'introduire un peu d'air dans un débat saturé, et, peut-être, de contribuer à faire tomber quelques murs. Mes réflexions découlent de mes nombreux échanges avec de nombreuses femmes musulmane sur le port de leur voile. Très souvent les raisons de le porter ou d'arrêter de le porter, dépendent de circonstances personnelles. Souvent, les décideurs politiques manquent totalement de perspectives historiques avant de voter des lois. C'est un défaut impardonnable.
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La double angoisse exitentielle
Benjamin Netanyahou, premier ministre d'Israël, résume bien un sentiment répandu dans son pays quand, en essayant de légitimer l'agression de son pays et celle de Donald Trump contre l'Iran, en invoquant l'ambition présumée du régime des mollahs de se doter de l'arme nucléaire, ce qui constituerait une menace mortelle contre l'État hébreu. Il fait référence à la « justification » suprême en la matière : l'angoisse existentielle qui tenaille la société israélienne devant cette possibilité.
Les tenants de cette thèse n'ont pourtant présenté aucune preuve convaincante de l'existence d'un processus de fabrication de l'arme nucléaire par Téhéran. Le président américain Donald Trump s'embrouille, comme d'habitude dans ses explications et justifications au sujet des bombardements aériens israélo-américains sur l'Iran. Il ne fait aucun doute que le gouvernement iranien et sans doute une bonne partie de son opinion publique détestent l'État hébreu. Peut-on pour autant en conclure que la direction iranienne (largement décimée par les récentes frappes aériennes) projetait d'acquérir l'arme nucléaire en vue d'éliminer l'État hébreu ? Rien n'est moins sûr.
Tout d'abord, Israël est lui-même une puissance nucléaire. Tout gouvernement qui utiliserait des missiles nucléaires pour le frapper s'exposerait à une riposte foudroyante. Même si l'on tient compte du fanatisme religieux et politique des strates dirigeantes iraniennes, risqueraient-elles l'existence même de leur pays pour détruire l'ennemi héréditaire ? À moins d'être animés par un fanatisme suicidaire, les dirigeants iraniens (présents et futurs) éviteront ce genre d'initiative où ils seraient les premiers perdants.
« L'angoisse existentielle » de type paranoïaque caractérise une bonne partie des citoyens et citoyennes israéliens s'explique par un long passé de persécutions et par les guerres qui ont marqué périodiquement leurs relations avec les peuples arabes avoisinants depuis la fondation de leur État, en particulier contre les Palestiniens et Palestiniennes.
Précisément, à ce sujet, ceux-ci éprouvent eux aussi une peur existentielle justifiée devant la politique agressive de colonisation du gouvernement israélien en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. L'extension des colonies de peuplement juives atteint aujourd'hui 42% du territoire ; 800,000 colons israéliens vivent au milieu de trois millions de Palestiniens, dépossédés de presque tout. Le gouvernement hébreu exerce un contrôle total sur cette portion considérable de la Palestine, et ce n'est pas terminé ; tout ceci sans même mentionner l'occupation militaire israélienne. On doit aussi faire référence au blocus imposé par Israël à Gaza et les souffrances intenses qui en résultent pour les Gazaouis.
Israël menace donc plus véritablement l'existence même de la nation palestinienne que l'Iran n'est en mesure de le faire pour l'État hébreu. Sans doute la classe politique israélienne se rend-elle compte qu'elle devra un jour rendre aux Palestiniens une partie de leur territoire, mais en s'efforçant que ce soit le moins possible. L'expansion territoriale israélienne au détriment du peuple palestinien (dont la cause est sacrée pour les opinions publiques arabes, à juste titre) représente le véritable empêchement de la pacification (même relative) de la région.
L'angoisse existentielle loge donc des deux côtés de la barricade israélo-palestinienne.
Jean-François Delisle
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Pétion-ville, Haïti, le 3/08/2026 Cri d’alarme...
Pétion-ville, Haïti, le 3/08/2026
Cri d'alarme de l'ECCREDHH face au calvaire de la population de la Plaine du Cul-de-Sac en ce 8 mars.
En cette journée internationale des droits des femmes, alors que le monde célèbre les conquêtes sociales, la Plaine du Cul-de-Sac s'enfonce dans l'horreur. Depuis l'aube de ce 8 mars, de violents affrontements opposent les groupes armés de Canaan et de « Chen Mechan » à ceux de Village Renaissance, Pierre 6 et Duvivier.
L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) dénonce avec la plus grande vigueur cette situation chaotique où la population civile, et particulièrement les femmes et les enfants, est chassée de ses foyers sous la menace des armes pour tenter de trouver refuge à Trois Mains.
Le constat est sans appel : l'État est absent
L'Organisme de Défense de Droits Humains (ECCREDHH) s'insurge contre l'absence totale des autorités compétentes et des institutions républicaines dans la zone. Ce vide sécuritaire livre des milliers de citoyens au bon vouloir de groupes criminels, bafouant ainsi les droits
fondamentaux les plus élémentaires.
Nous dénonçons le cynisme de ceux qui tiennent l'appareil d'État en otage, ignorant délibérément la détresse et les besoins vitaux de la population.
Face à cette tragédie humaine, l'ECCREDHH exige du gouvernement :
a) Une intervention immédiate et concrète pour mettre fin aux hostilités et sécuriser la zone de la Plaine du Cul-de-Sac.
b) Le rétablissement de l'ordre et de la paix afin de garantir le droit à la vie et à la libre circulation des citoyens.
c) Une prise en charge d'urgence des déplacés internes fuyant les violences.
Le temps des discours est révolu. L'État doit assumer ses responsabilités régaliennes. Le droit à la sécurité ne peut être un luxe, c'est une obligation constitutionnelle.
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La fiscalité peut-elle mettre un terme aux inégalités extrêmes ? 3 mars 2026 par Michael Roberts
Le dernier Rapport mondial sur les inégalités 2026 révèle l'ampleur vertigineuse du fossé entre riches et pauvres dans le monde, une division qui ne cesse de s'élargir jusqu'à des niveaux inimaginables. S'appuyant sur des données collectées par 200 chercheur·es réunis au sein du World Inequality Lab, le rapport conclut que moins de 60 000 personnes — soit 0,001 % de la population mondiale — contrôlent trois fois plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l'humanité.
3 mars 2026 | tiré d'inprecor.fr
https://inprecor.fr/la-fiscalite-peut-elle-mettre-un-terme-aux-inegalites-extremes
En 2025, les 10 % les plus riches de la population mondiale gagneront plus que les 90 % restants, tandis que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ne percevra moins de 10 % des revenus mondiaux totaux. La richesse — c'est-à-dire la valeur des actifs détenus par les individus — est encore plus concentrée que les revenus (salaires et revenus du capital), selon le rapport : les 10 % les plus riches possèdent 75 % de la richesse mondiale, tandis que la moitié la plus pauvre n'en détient que 2 %.
Le monde est extrêmement inégal Interprétation.
Les 50 % les plus pauvres de la population mondiale perçoivent 8 % du revenu total, mesuré en parité de pouvoir d'achat (PPA) de 2025. Les 50 % les plus pauvres détiennent 2 % du patrimoine mondial (en PPA 2025). Les 10 % les plus riches possèdent 75 % du patrimoine personnel total et captent 53 % du revenu total mondial en 2025. Il convient de noter que les principaux détenteurs de patrimoine ne sont pas nécessairement ceux qui perçoivent les revenus les plus élevés. Le revenu est mesuré après perception des pensions et des allocations chômage par les individus, et avant impôts et transferts. Sources et séries : wir2026.wid.world/methodology.
Selon le rapport, dans presque toutes les régions, le 1 % le plus riche est plus riche que les 90 % les plus pauvres, et les inégalités de patrimoine ont augmenté rapidement à l'échelle mondiale. « Le résultat est un monde dans lequel une petite minorité exerce un pouvoir financier sans précédent, tandis que des milliards de personnes restent exclues même de la stabilité économique de base », affirment les auteurs du rapport.
L'inégalité des fortunes persiste et croît Interprétation.
La part du patrimoine personnel détenue par les 0,001 % d'adultes les plus riches est passée d'environ 3,8 % du patrimoine total en 1995 à près de 6,1 % en 2025. Après une très légère hausse, la part du patrimoine détenue par la moitié la plus pauvre de la population stagne depuis le début des années 2000 autour de 2 %. Le patrimoine personnel net correspond à la somme des actifs financiers (par exemple les actions ou les obligations) et des actifs non financiers (par exemple le logement ou les terres) détenus par les individus, diminuée de leurs dettes. Sources et séries : Arias-Osorio et al. (2025) et wir2026.wid.world/methodology.
Cette concentration n'est pas seulement persistante : elle s'accélère. Depuis les années 1990, la richesse des milliardaires et des centimillionnaires a augmenté d'environ 8 % par an, soit presque le double du taux de croissance de la moitié la plus pauvre de la population. Les plus pauvres ont certes enregistré des gains modestes, mais ceux-ci sont éclipsés par l'accumulation extraordinaire au sommet. La part de la richesse mondiale détenue par le 0,001 % le plus riche est passée de près de 4 % en 1995 à plus de 6 %, tandis que la richesse des milliardaires a augmenté d'environ 8 % par an depuis les années 1990, presque deux fois plus vite que celle des 50 % les plus pauvres.
La fortune a crû beaucoup plus pour les extrêmement riches. Interprétation.
Les taux de croissance du patrimoine personnel net ont fortement varié selon les segments de la distribution mondiale entre 1995 et 2025. Alors que les 50 % les plus pauvres ont connu une croissance positive d'environ 2 à 4 % par an, leur faible niveau initial de patrimoine implique qu'ils n'ont capté que 1,1 % de la croissance totale du patrimoine mondial. À l'inverse, le 1 % le plus riche a enregistré des taux de croissance nettement plus élevés, compris entre 2 et 9 % par an, et a capté 36,7 % de la croissance mondiale du patrimoine sur la même période. Le sommet extrême de la distribution, incluant les 50 individus les plus fortunés, a connu les hausses les plus marquées. Le patrimoine personnel net est défini comme la somme des actifs financiers (par exemple les actions ou les obligations) et des actifs non financiers (par exemple le logement ou les terres) détenus par les individus, diminuée de leurs dettes. Notes. La courbe est lissée à l'aide d'une moyenne mobile centrée. Sources et séries : Arias-Osorio et al. (2025), Chancel et al. (2022) et wir2026.wid.world/methodology.
Au-delà de la stricte inégalité économique, le rapport montre que cette inégalité alimente les inégalités de résultats : les dépenses d'éducation par enfant en Europe et en Amérique du Nord, par exemple, sont plus de 40 fois supérieures à celles de l'Afrique subsaharienne, un écart environ trois fois plus élevé que celui du PIB par habitant.
Profondes inégalités des opportunités selon les régions Interprétation.
En 2025, les dépenses publiques moyennes d'éducation par individu en âge scolaire (de 0 à 24 ans) varient énormément selon les régions du monde, allant de 220 € en Afrique subsaharienne à 9 025 € en Amérique du Nord et en Océanie (PPA 2025), soit un écart de près de 1 à 41. Si l'on utilisait les taux de change du marché (TCM) plutôt que les PPA, ces écarts seraient 2 à 3 fois plus importants. Sources et séries : World Human Capital Expenditure Database (whce.world) et Bharti et al. (2025).
L'inégalité est également responsable d'une part croissante des émissions de gaz à effet de serre. Le rapport montre que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ne représente que 3 % des émissions de carbone associées à la propriété du capital privé, tandis que les 10 % les plus riches en représentent environ 77 %.
Les plus riches sont responsables d'une part disproportionnée des émissions globales Interprétation.
La figure montre la part des émissions mondiales de GES attribuable aux 50 % les moins riches et au 1 % le plus riche de la population mondiale. Les émissions sont distinguées selon deux approches : basées sur la consommation (émissions provenant de la production attribuées aux consommateurs finaux) et basées sur la propriété (émissions de scope 1 des entreprises et des actifs détenus par des individus). Les émissions privées basées sur la propriété (représentant environ 60 % des émissions totales) n'incluent pas les émissions liées aux activités et investissements publics, qui représentent généralement 30 à 40 % des émissions totales et sont neutres en termes de distribution (Bruckner et al., 2022). Les groupes sont définis respectivement selon les émissions basées sur la consommation et selon la richesse, mais les deux distributions sont fortement corrélées. Sources et séries : Bruckner et al. (2022) et Chancel et Rehm (2025b).
Les revenus sont inégalement répartis partout dans le monde : les 10 % les plus riches gagnent systématiquement beaucoup plus que les 50 % les plus pauvres. Mais en matière de richesse, la concentration est encore plus extrême. Dans toutes les régions, les 10 % les plus riches contrôlent plus de la moitié de la richesse totale, laissant souvent à la moitié la plus pauvre une part infime.
Les revenus, plus encore les fortunes, sont extrêmement concentrés au sommet dans chaque région Interprétation.
Dans toutes les régions, le revenu et la richesse sont très inégalement répartis au sein des régions. La richesse est beaucoup plus concentrée parmi les plus riches que le revenu. Les figures sont classées selon les parts des 10 % les plus riches. Le revenu est mesuré après que les individus ont reçu les prestations de retraite et de chômage, mais avant les impôts sur le revenu et autres transferts. La richesse nette personnelle correspond à la somme des actifs financiers (par ex. actions, obligations) et non financiers (par ex. logement, terrains) détenus par les individus, nets de leurs dettes. Notes. EASA : Asie de l'Est, EURO : Europe, LATA : Amérique latine, MENA : Moyen-Orient et Afrique du Nord, NAOC : Amérique du Nord et Océanie, SSEA : Asie du Sud et du Sud-Est, SSAF : Afrique subsaharienne, RUCA : Russie et Asie centrale. Sources et séries : wir2026.wid.world/methodology.
Ces moyennes mondiales masquent d'énormes disparités régionales. Le monde est divisé en niveaux de revenus clairement distincts : des régions à hauts revenus, comme l'Amérique du Nord, l'Océanie et l'Europe ; des groupes à revenus intermédiaires, comme la Russie, l'Asie centrale, l'Asie de l'Est, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ; et des régions très peuplées où les revenus moyens restent faibles, comme l'Amérique latine, l'Asie du Sud et du Sud-Est, et l'Afrique subsaharienne.
L'inégalité entre les régions est aussi énorme Interprétation.
Il existe d'énormes disparités de revenus entre les régions. Une personne en Asie du Sud et du Sud-Est a un revenu mensuel moyen de 601 €, tandis qu'une personne en Europe dispose d'un revenu mensuel moyen de 2 934 €. Cela représente un écart de 4,9 fois. Sources et séries : wir2026.wid.world/methodology.
Une personne moyenne en Amérique du Nord et en Océanie gagne environ 13 fois plus qu'une personne vivant en Afrique subsaharienne, et trois fois plus que la moyenne mondiale. Autrement dit, le revenu moyen quotidien y est d'environ 125 euros, contre 10 euros seulement en Afrique subsaharienne. Et il s'agit de moyennes : au sein de chaque région, de nombreuses personnes vivent avec beaucoup moins.
Selon le rapport, environ 1 % du PIB mondial est transféré chaque année des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches par le biais de flux nets de revenus liés à des rendements élevés et à de faibles paiements d'intérêts sur les dettes des pays riches — soit près de trois fois le montant de l'aide publique mondiale au développement. L'inégalité est également profondément enracinée dans le système financier mondial. L'architecture financière internationale actuelle est structurée de manière à produire systématiquement de l'inégalité. Les pays qui émettent des monnaies de réserve peuvent emprunter durablement à faible coût, prêter à des taux plus élevés et attirer l'épargne mondiale. À l'inverse, les pays en développement font face à la situation opposée : dettes coûteuses, actifs à faible rendement et sorties continues de revenus.
Le système financier international génère plus d'inégalités Interprétation. Ce graphique montre le revenu excédentaire, défini comme la différence entre le rendement des actifs étrangers et celui des passifs, exprimée en pourcentage du PIB national. La figure montre que le privilège exorbitant, autrefois réservé exclusivement aux États-Unis, est devenu un phénomène plus large parmi les pays riches. Les États-Unis conservent un privilège substantiel de 2,2 % en 2025. La zone euro suit avec 1 % en 2025. Le Japon se distingue avec un privilège de 5,9 % en 2025. En revanche, les pays des BRICS subissent un fardeau constant d'environ 2,1 %, soulignant leur rôle de fournisseurs nets de capital pour les économies les plus riches. Notes. Les valeurs positives représentent des gains de revenu liés au privilège financier ; les valeurs négatives représentent un fardeau financier. Les pays des BRICS comprennent le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Sources et séries : Nievas et Sodano (2025) et wir2026.wid.world/methodology.
Le pouvoir du capital s'exerce à l'échelle internationale, entre les nations. En excluant les pays de moins de 10 millions d'habitants, les dix pays les plus riches perçoivent des revenus nets positifs provenant de leurs investissements étrangers. À l'inverse, les dix pays les plus pauvres du monde sont d'anciennes colonies, pour la plupart situées en Afrique subsaharienne. Ils présentent des tendances opposées : la majorité d'entre eux versent d'importants revenus nets au reste du monde. En d'autres termes, ces pays envoient plus d'argent qu'ils n'en reçoivent des investissements étrangers. Cette fuite limite leur capacité à investir dans des domaines essentiels comme les infrastructures, la santé et l'éducation — conditions indispensables pour sortir de la pauvreté. Il n'est donc pas surprenant qu'ils ne puissent jamais rattraper les pays riches et combler l'écart avec le Nord global.
Peut-on faire quelque chose pour réduire les inégalités ?
Dans la préface du rapport, l'économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz réitère son appel à la création d'un panel international sur les inégalités, comparable au GIEC de l'ONU pour le climat, afin de « suivre l'évolution des inégalités dans le monde et de formuler des recommandations objectives fondées sur des preuves ». Les auteurs du rapport soutiennent que les inégalités peuvent être réduites par des investissements publics dans l'éducation et la santé, ainsi que par des politiques efficaces de fiscalité et de redistribution. Ils soulignent que, dans de nombreux pays, les ultra-riches échappent à l'impôt, et que les paradis fiscaux abondent. Un impôt mondial de 3 % sur moins de 100 000 centimillionnaires et milliardaires permettrait de lever 750 milliards de dollars par an, soit l'équivalent du budget de l'éducation des pays à revenu faible et intermédiaire.
Le rapport propose d'autres leviers politiques. L'un des plus importants est l'investissement public dans l'éducation et la santé. Un autre passe par des programmes redistributifs : « les transferts monétaires, les pensions, les allocations chômage et le soutien ciblé aux ménages vulnérables peuvent transférer directement des ressources du sommet vers la base de la distribution ». La politique fiscale est un autre levier puissant : instaurer des systèmes fiscaux plus équitables, dans lesquels les plus riches contribuent davantage par le biais d'impôts progressifs. Les inégalités peuvent aussi être réduites par une réforme du système financier mondial : « les accords actuels permettent aux économies avancées d'emprunter à bas coût et de garantir des entrées constantes, tandis que les économies en développement font face à des obligations coûteuses et à des sorties persistantes ». Les réformes proposées incluent l'adoption d'une monnaie mondiale, avec des systèmes centralisés de crédit et de débit.
Le rapport montre que les transferts redistributifs réduisent effectivement les inégalités, surtout lorsqu'ils sont bien conçus et appliqués de manière cohérente. En Europe, en Amérique du Nord et en Océanie, les systèmes fiscaux et de transferts réduisent systématiquement les écarts de revenus de plus de 30 %. Même en Amérique latine, les politiques redistributives introduites après les années 1990 ont permis de réduire les inégalités. Autrement dit, sans ces mesures, les inégalités seraient encore plus importantes.
Mais le rapport reconnaît un problème central : les taux effectifs d'imposition sur le revenu ont augmenté pour la majorité de la population, mais ont chuté drastiquement pour les milliardaires et les centimillionnaires. Les élites paient proportionnellement moins que de nombreux ménages à revenus bien plus faibles. Ce caractère régressif prive les États de ressources essentielles pour l'éducation, la santé et l'action climatique, et mine la cohésion sociale en sapant la confiance dans le système fiscal. La réponse des auteurs est claire : recourir à la fiscalité progressive, qui « permet non seulement de mobiliser des recettes pour financer les biens publics et réduire les inégalités, mais renforce aussi la légitimité des systèmes fiscaux en garantissant que ceux qui disposent de plus grandes ressources contribuent équitablement ».
En résumé, les réponses politiques proposées par le rapport sont :
surveiller les inégalités ;
redistribuer les revenus par la fiscalité progressive et les transferts sociaux ;
accroître l'investissement public dans l'éducation et la santé ;
créer un système monétaire mondial.
Que manque-t-il ici ?
Il n'existe aucune politique visant à transformer radicalement la structure socio-économique de l'économie mondiale ; autrement dit, le capitalisme doit continuer d'exister. Il ne faut pas toucher aux propriétaires du capital — banques, entreprises énergétiques, géants technologiques, grandes firmes pharmaceutiques et leurs actionnaires milliardaires. Il suffirait simplement de les taxer davantage et d'utiliser les recettes fiscales pour financer les besoins sociaux. La politique proposée relève donc de la redistribution des revenus et des richesses existantes, et non de la prédistribution, c'est-à-dire de la transformation de la structure sociale qui produit ces inégalités extrêmes : la propriété privée des moyens de production.
Dans des travaux antérieurs, j'ai montré que le niveau élevé des inégalités de patrimoine est étroitement lié aux inégalités de revenus. J'ai mis en évidence une corrélation positive d'environ 0,38 : plus l'inégalité de richesse est élevée dans une économie, plus l'inégalité des revenus tend à l'être. La richesse engendre la richesse ; plus de richesse produit plus de revenus. Une élite extrêmement réduite possède les moyens de production et la finance, et s'approprie ainsi la majeure partie de la richesse et des revenus. La concentration de la richesse est fondamentalement liée à la propriété du capital productif, des moyens de production et des institutions financières. Le grand capital — la finance et les grandes entreprises — contrôle les investissements, l'emploi et les décisions financières à l'échelle mondiale. Selon l'Institut fédéral suisse de technologie, un noyau dominant de 147 entreprises, à travers des participations croisées, contrôle 40 % de la richesse du réseau économique mondial, et 737 entreprises en contrôlent 80 %.
C'est cette inégalité-là qui est décisive pour le fonctionnement du capitalisme : le pouvoir concentré du capital. Et puisque l'inégalité de richesse découle de la concentration des moyens de production et de la finance entre les mains de quelques-uns, et que cette structure de propriété reste intacte, toute politique redistributive fondée sur une augmentation des impôts sur la richesse et les revenus restera toujours insuffisante pour transformer durablement la répartition de la richesse et des revenus dans les sociétés modernes.
On affirme souvent à ce stade que la propriété publique de la finance et des secteurs clés des grandes économies mondiales est impossible et utopique, et qu'elle ne pourrait advenir qu'à la suite d'une révolution populaire — laquelle n'adviendrait jamais. Ma réponse est que l'adoption de politiques prétendument moins radicales, comme la fiscalité progressive, un changement profond de l'investissement public, ou une coopération mondiale visant à rompre le transfert de valeur et de revenus du Sud global vers l'élite riche du Nord global, est tout aussi utopique.
Quel gouvernement du G7 est prêt à adopter de telles politiques ? Aucun. À quel point s'en sont-ils approchés au cours des dix ou vingt dernières années ? Pas du tout : au contraire, les gouvernements ont réduit les impôts sur les riches et les entreprises, les ont augmentés pour le reste de la population, et ont diminué l'investissement public dans les besoins sociaux.Existe-t-il une coopération mondiale pour mettre fin à l'exploitation du Sud global par les multinationales et les banques, ou pour arrêter la production de combustibles fossiles et l'usage des jets privés ?
Les auteurs du rapport affirment : « L'inégalité est un choix politique. Elle résulte de nos politiques, institutions et structures de gouvernance. » Mais l'inégalité n'est pas le produit de « nos » politiques, institutions et structures de gouvernance : elle est le résultat de la propriété privée du capital et de gouvernements voués à sa préservation. Tant qu'on n'y mettra pas fin, l'inégalité des revenus et des richesses, aux niveaux national et mondial, persistera et continuera de s'aggraver.
* Cet article est paru initialement dans la revue en ligne Climate and Capitalism, le 10 décembre 2025. Il a été traduit de l'anglais par Marx21.ch, ainsi que les intitulés et interprétations de tableaux.

Guerre en Iran, budgets militaires en hausse : « L’antimilitarisme devient vital »
Face aux investissements massifs des États dans l'industrie de la guerre, le sociologue Pierre Douillard-Lefèvre appelle l'écologie à renouer avec son antimilitarisme. Un engagement « vital », qui permet d'agir depuis la France.
2 mars 2026 | tiré de reporterre.net
Des budgets de l'armement qui grimpent en flèche, un nombre de conflits armés sans précédent depuis 1946 (61 dans le monde en 2024), et une situation qui ne semble pas se calmer avec une nouvelle attaque d'Israël et des États-Unis contre l'Iran déclenchée ce samedi 28 février. Dans ce contexte, Emmanuel Macron doit prononcer un discours très attendu, lundi 2 mars, dans lequel il pourrait notamment annoncer une extension de la force de dissuasion nucléaire française à l'ensemble de l'Union européenne.
Si elle est présentée comme « puissante et responsable » et « strictement défensive », la militarisation croissante du pays n'en reste pas moins aux antipodes des postures écologistes antimilitaristes. Pierre Douillard-Lefèvre, sociologue et auteur de Maudite soit la guerre (éd. Divergences, 2025), plaide pour un renouveau de l'antimilitarisme, qui a été fondamental pour l'écologie politique en France.
Reporterre — Comment tenir une position antimilitariste aujourd'hui, alors qu'il n'y a jamais eu autant de conflits armés dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme le rappelle le bombardement de l'Iran par Israël et les États-Unis samedi 28 février ?
Pierre Douillard-Lefèvre — Il y a un premier piège à éviter : Emmanuel Macron parle de « réarmement » — comme s'il y avait eu un désarmement — et affirme que nous aurions ces dernières décennies profité des « dividendes de la paix ». Mais, s'il y a indéniablement un grand nombre de conflits aujourd'hui, il n'y a pour autant jamais eu de période de paix : depuis les guerres d'indépendance à la fin des années 1960, la France a mené une soixantaine d'opérations militaires en Afrique, soit une par an en moyenne. Dans les pays du Sud global, la guerre n'a jamais pris fin.
En revanche, il est vrai que les investissements dans le complexe militaro-industriel augmentent massivement ces dernières années — les États-Unis de Donald Trump, premier budget militaire mondial, veulent augmenter leurs investissements de 50 % dans le secteur, quand l'Union européenne annonce avec ReArm Europe un plan de 800 milliards d'euros. Au niveau planétaire, les dépenses militaires n'ont jamais été aussi élevées.
« Il ne faut pas confondre antimilitarisme et pacifisme »
Or, comme le rappellent les exemples de la Première Guerre mondiale et des courses à l'armement lors de la Guerre Froide, qui a été émaillée de conflits par puissances interposées à travers le globe, lorsque les États vident leurs caisses pour s'équiper militairement, ils finissent tôt ou tard par se servir des armes dont ils se sont dotés.
Dans ce contexte, l'antimilitarisme devient vital. Mais il ne faut pas confondre antimilitarisme et pacifisme : le pacifisme est une posture morale, selon laquelle il faudrait refuser la violence quelles que soient les circonstances. Or la critique et le rejet des armes n'interdisent pas leur usage : dans des situations d'injustice, où un fort écrase un faible, un colon écrase un colonisé, le pacifisme revient à maintenir un statu quo.
Lorsqu'il s'est agi de défendre la république espagnole en 1936 ou de mener la résistance contre le nazisme en France ou le fascisme en Italie, des antimilitaristes comme la philosophe Simone Weil se sont contraints, à contrecœur et sans considérer cela comme une fin en soi, à prendre les armes. L'antimilitarisme n'est pas un refus abstrait de la violence, mais un refus de la militarisation de la population, de l'union sacrée et de l'obéissance aveugle à l'armée.
Mais on ne part plus fusil au poing aujourd'hui, lorsque la guerre est menée à coups de hautes technologies.
L'antimilitarisme, c'est le refus de toutes les guerres entre États. Depuis la révolution industrielle, une guerre entre États, ce sont deux appareils technologiques et industriels qui se font face, avec de la chair humaine entre les deux. Il faut aussi rappeler que 90 % des victimes des guerres modernes sont des civils : ce ne sont plus majoritairement des soldats qui meurent à la guerre aujourd'hui.
Mais il faut déplacer un peu le débat : la France est le deuxième exportateur d'armes dans le monde, et ses entreprises fournissent du matériel à la fois à l'Ukraine et à la Russie, à Israël, etc. On a donc un rôle particulier à jouer, depuis la France, sur le sujet de l'antimilitarisme, en dénonçant ces technologies produites par nos géants nationaux comme Thalès, Safran, Dassault, etc.
Il ne s'agit pas pour autant de reprendre des positions d'une partie de la gauche, comme Marine Tondelier [Les Écologistes] qui dit ne pas être contre des moyens de « financer l'effort de guerre », ou d'autres qui appellent à socialiser l'appareil de production de technologies militaires. En d'autres termes, un militarisme repeint en vert ou en rose. Mais c'est oublier que ce sont des technologies de pointe si spécifiques que, à l'instar du nucléaire, elles ne peuvent pas être démocratiques et socialisées, et qu'elles tombent dans le domaine de la raison d'État.
Alors, par où commencer ?
Le premier point, c'est de renouer avec une culture antimilitariste, en s'informant dessus et en en parlant autour de soi. C'était la colonne vertébrale de la gauche et des écologistes il n'y a pas si longtemps : souvenons-nous de Boris Vian qui chantait Le déserteur, du journal écolo La gueule ouverte qui était fondamentalement antimilitariste, et des manifestations contre l'invasion de l'Irak en 2003 qui ont réuni plusieurs millions de personnesdans le monde. C'est ce qu'essaie de faire revivre la coalition de collectifs Guerre à la guerre, aux côtés de laquelle il est utile de lutter.
Ensuite, il faut se souvenir que sans les travailleurs, la guerre est impossible : les technologies militaires modernes reposent sur des chaînes d'approvisionnement extrêmement complexes, mobilisent de grands nombres de sous-traitants, et c'est là une de leurs vulnérabilités.
Un bel exemple en a été donné lorsque les dockers de la CGT de Fos-sur-Mer ont décidé de bloquer des cargaisons d'armes à destination d'Israëlen juin 2025. D'autres associations comme Stop Arming Israël interviennent directement auprès des quelque 200 000 salariés de l'industrie de l'armement qui travaillent en France et dont certains équipements servent à bombarder la bande de Gaza.
Enfin, des coalitions peuvent être créées avec des mobilisations écologistes : il faut s'attendre à ce que, dans les années à venir, bon nombre de grands projets inutiles et imposés soient des extensions d'usine d'armement ou de nouvelles carrières ouvertes pour extraire des composants d'armements, ou pour produire des engins aux bilans écologiques catastrophiques : ce sont autant de nouveaux terrains de lutte écolos et antimilitaristes.
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Les écologistes refusent « la guerre pour le pétrole » en Iran
De Chicago à San Antonio, militants et organisations écologistes dénoncent l'offensive des États-Unis contre l'Iran, mais regrettent l'absence d'une mobilisation d'envergure nationale contre cette guerre.
San Antonio (États-Unis d'Amérique), correspondance
9 mars 2026 | tiré de reporterre.net |Photo : Des manifestants contre la guerre en Iran, le 8 mars 2026 près de la Maison Blanche aux États-Unis. - © Aashish Kiphayet / NurPhoto / NurPhoto via AFP
https://reporterre.net/Encore-une-guerre-pour-le-petrole-encore-une-region-sacrifiee-aux-Etats-Unis-les-ecologistes-contre-les-bombardements-en-Iran
Même dans les sphères Maga (Make America Great Again), l'offensive contre l'Iran suscite quelques crispations. La promesse faite par Donald Trump pendant sa campagne de mettre fin aux endless wars, ces conflits interminables au Moyen-Orient, semble aujourd'hui lui revenir comme un boomerang en pleine figure. « America First, ça ne voulait pas dire bombarder la moitié du Moyen-Orient », souffle l'un de ses plus fidèles partisans dans le sud du Texas, casquette rouge vissée sur la tête.
L'opération Epic Fury menée par les États-Unis depuis le 28 février avec Israël contre le régime islamique en Iran a suscité « beaucoup d'inquiétude et de colère » au sein du mouvement écologiste, racontent plusieurs activistes. « Cette guerre est inutile », fustige Amérika García Grewal, membre de l'Eagle Pass Border Coalition.
Cette militante écologiste, très active contre la militarisation de la frontière États-Unis - Mexique, regrette que « les actions illégales de l'administration Trump II appauvrissent et affaiblissent les États-Unis » et compromettent « sa capacité à nourrir sa population, à l'éduquer, à lui fournir des soins de santé et à assurer sa sécurité ».
Lire aussi : Trump II : « La pire offensive de l'histoire contre l'environnement »
Ce caprice du magnat de la Maison Blanche est aussi un nouveau coup de semonce porté à la lutte contre le réchauffement climatique et à la protection de l'environnement. « C'est un terrible sentiment de déjà-vu : encore une guerre pour le pétrole, encore une région sacrifiée, et encore une génération condamnée à vivre sur un champ de ruines pollué par les bombes, les hydrocarbures et les débris toxiques », résume Juan Sánchez, militant écologiste au sein de l'ONG environnementale Sierra Club, à San Antonio.
Plus qu'une nouvelle dérive du capitalisme, ce conflit au Moyen-Orient serait une « guerre de déstabilisation » stratégique, assure Oscar Sanchez, militant pour la justice environnementale dans l'Illinois. « Hier, on parlait des armes de destruction massive et aujourd'hui du pétrole : les justifications changent, mais l'objectif reste d'imposer des régimes dociles aux intérêts des États-Unis », poursuit le codirecteur du Southeast Environmental Task Force, une ONG environnementale basée à Chicago.
Lire aussi : Être écologiste en Iran : portraits croisés d'une exilée et d'un prisonnier
L'intervention militaire de Washington contre Téhéran viserait ainsi à bouleverser les équilibres géopolitiques de la région afin de mieux contrôler les flux pétroliers et, à terme, s'ouvrir au marché iranien. Dans cette logique impérialiste, l'Iran est particulièrement stratégique : il borde le détroit d'Ormuz, un corridor maritime par lequel transitent près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole et un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), selon une récente étude de l'Energy Information Administration (EIA), l'agence étasunienne de l'énergie.
Deux mois seulement après l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro pour prendre la main sur d'immenses réserves pétrolières, Donald Trump mobilise de nouveau le puissant complexe militaro-industriel « pour servir ses intérêts personnels », accusent plusieurs activistes. Une manière, selon eux, de « détourner l'attention de l'opinion publique de l'affaire Epstein », ce scandale de trafic sexuel impliquant le financier étasunien et plusieurs figures de l'élite politique et économique.
« La réaction violente et désespérée d'un dirigeant autoritaire en difficulté »
Cette guerre au Moyen-Orient est « la réaction violente et désespérée d'un dirigeant autoritaire en difficulté », estime pour sa part Caleb Batts, directeur exécutif du Sunrise Movement du Minnesota, un réseau de jeunes activistes pour la justice climatique. Pour ce militant originaire du Colorado, « les États-Unis seraient beaucoup moins impliqués au Moyen-Orient sans l'American Israel Public Affairs Committee », un puissant lobby étasunien pro-israélien.
Malgré ces critiques, une mobilisation d'envergure nationale tarde encore à émerger, regrette-t-on au sein de la mouvance écologiste. Contrairement au No Kings Day, cette journée de manifestations organisée l'an dernier par une large coalition de mouvements progressistes pour dénoncer l'autoritarisme du « roi Trump », aucune coalition n'est encore parvenue à fédérer les différentes composantes du mouvement contre cette guerre.
Connue pour son combat contre les PFAS et lauréate du prix Goldman pour l'environnement 2025, Laurene Allen appelle l'ensemble des militants et organisations écologistes à faire front commun, regrettant que certaines luttes écologistes avancent encore en ordre dispersé. « Certains ont l'impression que tout est déjà perdu, mais c'est justement maintenant qu'il faut se réveiller. Les gens ont du pouvoir, plus qu'ils ne le pensent. »
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Déclaration de la CIT sur la guerre en cours et l’urgence d’une action révolutionnaire.
L'assassinat d'Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs hauts responsables des Gardiens de la révolution et du régime, constitue un événement exceptionnel dans la trajectoire actuelle de l'Iran. C'est un coup fatal porté au cœur de la machine répressive et à l'épine dorsale de la République islamique. Pour des millions d'Iraniens, la mort d'un homme qui, pendant des décennies, a symbolisé le massacre, l'oppression, la pauvreté, le militarisme et la loi du plus fort a provoqué un soulagement immense, mêlant une rage longtemps contenue à une immense libération. La présence populaire dans les rues et la réaction sociale générale témoignent de la profondeur de la haine accumulée au sein de la société par des années de crimes et de massacres.
1 mars 2026 | tiré du site Arguments pour la lutte sociale
https://aplutsoc.org/2026/03/01/confederation-iranienne-du-travail-delegation-a-letranger-declaration-de-la-cit-sur-la-guerre-en-cours-et-lurgence-dune-action-revolutionnaire/
L'assassinat d'Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs hauts responsables des Gardiens de la révolution et du régime, constitue un événement exceptionnel dans la trajectoire actuelle de l'Iran. C'est un coup fatal porté au cœur de la machine répressive et à l'épine dorsale de la République islamique. Pour des millions d'Iraniens, la mort d'un homme qui, pendant des décennies, a symbolisé le massacre, l'oppression, la pauvreté, le militarisme et la loi du plus fort a provoqué un soulagement immense, mêlant une rage longtemps contenue à une immense libération. La présence populaire dans les rues et la réaction sociale générale témoignent de la profondeur de la haine accumulée au sein de la société par des années de crimes et de massacres.
Il ne s'agit pas de se réjouir de la guerre. Il ne s'agit pas de se réjouir des bombardements ni du meurtre d'enfants. Il ne s'agit pas de se réjouir d'une intervention étrangère. Il s'agit du soulagement amer de voir apparaître des fissures dans un monstre qui, il y a à peine deux mois, à Dey, a plongé le pays dans un bain de sang, abattant et massacrant des dizaines de milliers de personnes et plongeant la société dans un océan de chagrin et de colère. Les personnes qui respirent aujourd'hui sont les mêmes qui, hier, étaient battues, abattues et jetées en prison.
Pourtant, nous devons affirmer clairement la réalité : ce coup porté au sommet de l'État s'inscrit dans le cadre d'une guerre lancée d'en haut et contre la volonté du peuple. Une guerre qui menace des vies, transforme les villes en zones de mort et cherche à paralyser la société par la peur et la ruine. Les États-Unis et Israël ont joué un rôle direct par leurs attaques militaires et doivent être condamnés sans réserve. Aucun récit de « sauvetage » ni aucune justification « défensive » ne saurait blanchir le massacre de civils.
Parallèlement, il faut l'affirmer clairement : la République islamique et les Gardiens de la révolution ne sont pas les victimes de cette guerre, mais bien parmi ses principaux instigateurs. Un État qui, pendant des années, a instrumentalisé la société pour ses projets militaires et nucléaires en paie aujourd'hui le prix par un effondrement interne. La mort de Khamenei ne signifie pas la fin de la crise, mais elle démontre sans équivoque que ce système est désormais incapable de reproduire son autorité d'antan. Une structure dont le chef a été destitué, qui est maintenant en guerre et qui fait face à une société saturée de colère et de haine, est entrée dans une phase d'instabilité irréversible.
Il est crucial de garder à l'esprit un fait fondamental : une rupture au sommet de l'État ne signifie pas automatiquement que la volonté du peuple est respectée. C'est précisément dans des moments comme celui-ci que se mettent en œuvre des projets de contrôle de la société : « transition contrôlée », remaniement des élites et promotion d'alternatives imposées d'en haut, destinées à détourner la révolution et à soustraire le peuple à son pouvoir. Les tractations secrètes, la reproduction de la même structure sous un nouveau visage ou l'imposition de gouvernements fantoches sous couvert de « stabilité » et de « transition » sont autant de tentatives pour neutraliser l'élan révolutionnaire et bloquer le pouvoir populaire direct. Ces scénarios ne signifient pas la fin de la République islamique ; ils signifient la continuation du même ordre répressif sous une forme nouvelle.
Seule une organisation indépendante, nationale et ascendante peut empêcher ce dénouement.
En ces temps difficiles, la question centrale n'est pas simplement « l'opposition à la guerre ». La véritable question est de savoir si la société peut consciemment exploiter l'opportunité créée par la rupture au sommet de l'État pour faire progresser le renversement révolutionnaire. La guerre vise à terroriser la société et à suspendre la révolution ; la réponse du peuple doit être de reconstruire et d'organiser son pouvoir social en plein cœur de cette crise.
Travailleurs, salariés, jeunes, femmes et toutes les forces sociales doivent comprendre une vérité fondamentale : aucune puissance étrangère n'apportera la liberté. Seule une société organisée peut renverser définitivement ce système. Rejoindre les organisations sociales existantes, renforcer les organisations syndicales indépendantes et mettre en place des conseils, des comités locaux et des réseaux d'entraide ne sont pas un « choix » aujourd'hui, mais une nécessité urgente, à la fois pour protéger des vies humaines en temps de guerre et pour prendre collectivement en main l'avenir de la société.
La République islamique est blessée et instable. Ce n'est pas le moment de rester spectateur ou d'hésiter ; c'est le moment d'agir. La véritable fin de cette guerre ne viendra pas d'accords entre États, mais du renversement révolutionnaire d'un ordre qui a transformé la vie elle-même en un champ de bataille.
Nous appelons les peuples du monde entier, les mouvements ouvriers et les forces éprises de liberté à se ranger du côté du peuple iranien – et non du côté des États et des machines de guerre. La véritable solidarité implique de soutenir le droit du peuple à renverser la République islamique et à bâtir un ordre humain, libre et égalitaire.
La lutte entre dans une nouvelle phase. La répression s'est effondrée, la peur a été ébranlée et la possibilité d'avancer s'est ouverte. Une société qui a tant payé de sang a le droit – et le devoir – de bâtir son propre avenir.
Confédération iranienne du travail – Délégation à l'étranger
1er mars 2026
Source : https://iranlc.org/en/12023
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La grève générale du 12 février en Inde : les travailleurs face aux nouveaux Codes du travail
Le 12 février 2026, des millions de travailleurs indiens ont participé à une grève générale nationale contre quatre Codes du travail qui restructurent fondamentalement les rapports de force sur le lieu de travail en faveur des employeurs.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Sushovan Dhar soutient que la portée de cette grève dépasse la perturbation industrielle immédiate : elle représente un acte de défiance collective face à un environnement juridique de plus en plus restrictif, à un moment où restructuration néolibérale et gouvernance autoritaire convergent pour réduire l'espace d'organisation de la classe ouvrière. Il examine les revendications, la composition sociale, les méthodes tactiques et les limites stratégiques de la grève, la situant dans une confrontation plus longue entre le travail et un État aligné sur le pouvoir des entreprises. [MJ]
Le 12 février 2026, des millions de travailleurs à travers l'Inde ont participé à une grève générale nationale lancée par la plateforme conjointe des centrales syndicales. Mesurée uniquement par la participation, la grève s'inscrivait dans un répertoire familier de protestation industrielle de masse dans l'Inde contemporaine. Politiquement, cependant, sa signification se situe ailleurs. Elle s'est déroulée à un moment où le terrain institutionnel régissant les relations de travail avait connu un basculement décisif, avec des pressions juridiques, économiques et idéologiques convergeant pour réduire l'espace disponible pour l'action collective de la classe ouvrière.
Au cours des trois dernières décennies, l'accumulation du capital en Inde a progressé par la privatisation, l'expansion financière et une intégration plus profonde dans les réseaux de production mondiaux. Cela s'est accompagné d'une réorientation progressive des politiques étatiques vers la compétitivité et la confiance des investisseurs. La consolidation de la flexibilité du travail a de plus en plus coïncidé avec un rétrécissement de l'espace démocratique. Cela suggère que la restructuration économique et la gouvernance autoritaire ne sont pas des développements parallèles mais des processus qui se renforcent mutuellement [1]. Dans ce contexte, la grève du 12 février a revêtu une signification qui dépassait le simple arrêt du travail : elle représentait une tentative des travailleurs d'affirmer leur capacité d'action collective dans des conditions politiques et juridiques de plus en plus défavorables.
Dans plusieurs affaires récentes en droit du travail, les observations judiciaires ont de plus en plus fait écho aux préoccupations relatives au climat d'investissement et à l'efficacité économique, présentant implicitement les travailleurs organisés comme des obstacles à la croissance. Cela entre souvent en contradiction avec une jurisprudence antérieure axée sur la dignité du travail et la justice sociale. Parallèlement, de larges pans des médias présentent habituellement les protections sociales et la négociation collective comme des charges réglementaires, assimilant la flexibilité au progrès. Cela a créé un terrain qui influence la justification de la flexibilité du travail.
Dans cette optique, l'annonce de l'entrée en vigueur des quatre Codes du travail fin novembre dernier apparaît moins comme un changement de politique abrupt que comme la consolidation d'une orientation capitaliste émergente. Au fil du temps, les protections du travail ont été affaiblies non pas par une rupture unique mais par des notifications exécutives successives, des réinterprétations judiciaires et une dilution réglementaire. Les codes rassemblent ces transformations dispersées dans une architecture statutaire unifiée. Ils confèrent une sanction juridique formelle à une orientation qui évoluait progressivement à travers les politiques et les pratiques [2].
Les dispositions qui recalibrent collectivement l'équilibre des pouvoirs sur le lieu de travail comprennent :
* Rendre les grèves procéduralement plus difficiles
* Relever les seuils d'approbation préalable des licenciements
* Légitimer l'emploi à durée déterminée dans tous les secteurs
* Modifier les normes de reconnaissance syndicale.
Ces changements interviennent à un moment où le chômage reste élevé et l'informalisation généralisée, renforçant ainsi le pouvoir discrétionnaire patronal précisément quand le pouvoir de négociation des travailleurs est déjà sous pression.
Par conséquent, cette grève générale a cessé d'être un simple instrument conventionnel de négociation industrielle pour revêtir le caractère d'un acte politique accompli au mépris d'un environnement juridique de plus en plus restrictif. Face à des barrières juridiques croissantes et à la menace grandissante de sanctions pénales liées à l'action collective, les travailleurs qui ont fait grève ne l'ont pas fait simplement pour faire valoir des revendications économiques mais pour affirmer des droits démocratiques eux-mêmes en voie de rétrécissement.
Cette grève est peut-être moins spectaculaire que d'autres dans la longue histoire ouvrière de l'Inde, mais elle était opportune, nécessaire et politiquement révélatrice. Elle a signalé que même face à des cadres juridiques défavorables et à une hostilité institutionnelle, des sections de la classe ouvrière conservaient la capacité d'agir collectivement.
Revendications, alliances et composition sociale
La plateforme conjointe a formulé quatre revendications principales : (a) l'abrogation des quatre Codes du travail et de leurs règlements d'application ; (b) l'annulation des politiques affectant les garanties d'emploi rural et la restaurationet l'expansion du Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee Act (MGNREGA — Loi de garantie nationale de l'emploi rural Mahatma Gandhi) [3] ; (c) le retrait duprojet de loi d'amendement sur l'électricité et du projet de loi sur les semences ; et (d) la revalorisation des salaires minimums et des pensions et le retour en arrière sur la précarisation et la privatisation.
La grève a reçu le soutien de la coalition paysanne Samyukta Kisan Morcha (SKM — Front uni des paysans) [4], des syndicats de travailleurs agricoles, des organisations de femmes, des organisations étudiantes et de jeunesse, marquant une convergence visible entre ouvriers et paysans.
La grève s'est également déroulée peu après lesobservations orales du juge en chef Surya Kant lors d'une audience le 29 janvier, dans lesquelles les syndicats auraient été décrits comme des facteurs contribuant au ralentissement industriel et à la baisse de la confiance des investisseurs. Ces remarques sont rapidement devenues un point de contestation pour l'opposition politique concernant la grève. Les syndicats ont répondu en invoquant l'article 19(1)(c) de la Constitution [5], qui garantit le droit de former des associations, et en réaffirmant la position juridique bien établie selon laquelle le versement du salaire minimum est une obligation statutaire et constitutionnelle, et non un obstacle à la création d'emplois.
La participation a englobé un large spectre de l'économie. Les travailleurs du charbon, de l'acier, de l'ingénierie et de la construction automobile ont signalé des arrêts de travail et des manifestations, tandis que certains secteurs de la main-d'œuvre bancaire et de l'assurance ont répondu à l'appel à la grève. Les employés de la production et de la distribution d'électricité, ainsi que d'autres services publics de l'énergie, ont connu des degrés divers d'arrêt de travail. Les postiers et des segments des services gouvernementaux ont également participé. Une présence notable a été observée parmi les « scheme workers » [6], ainsi que parmi les travailleurs du beedi [7], les ouvriers du bâtiment et de nombreux travailleurs du secteur informel. Cela souligne l'étendue de la mobilisation qui a dépassé la main-d'œuvre industrielle organisée.
Les travailleuses du secteur informel étaient en première ligne des blocages routiers et ferroviaires. Les organisations étudiantes et de jeunesse se sont jointes aux actions en exigeant la création d'emplois et la défense de l'éducation publique.
La faible densité syndicale a limité les arrêts dans le secteur informatique, mais des formations émergentes, telles que les syndicats d'employés IT/ITeS, ont mobilisé des contingents visibles dans les grandes villes.
Perturbation de la production : s'organiser sous la contrainte
Dans les grands États industriels — notamment le Karnataka, le Tamil Nadu, le Maharashtra, le Bengale-Occidental, le Kerala, le Telangana et certaines parties du Nord de l'Inde — les syndicats ont signalé des degrés divers d'arrêt de production.
Les méthodes tactiques de la grève du 12 février à travers les régions industrielles ont été un élément déterminant. Dans plusieurs États, les travailleurs se sont rassemblés avant l'aube pour mettre en place des piquets matinaux, interceptant les transports vers les usines et persuadant les travailleurs acheminés dans les bus d'entreprise de rejoindre l'arrêt de travail. Devant de nombreux portails d'usines, les syndicalistes se sont rassemblés en grand nombre, se tenant aux entrées et sorties et pressant la direction de cesser les opérations pour la journée. Dans plusieurs régions, les travailleurs se sont également rassemblés à des carrefours stratégiques — autoroutes, grands ronds-points et routes d'accès reliant les zones industrielles — ralentissant ou bloquant la circulation des marchandises et les transports d'entreprise. Ces interventions ne se sont pas limitées à des usines isolées mais ont été menées à travers des bassins industriels entiers. Cela témoigne d'une planification préalable et d'une communication entre syndicats pour s'assurer que l'appel à la grève se traduise par une perturbation réelle de la production et de la distribution.
Dans plusieurs régions, les travailleurs permanents ont participé en grand nombre, tandis que les travailleurs contractuels ont souvent fait face à des pressions limitant leur pleine participation. Cela révèle la profonde fragmentation structurelle de la main-d'œuvre indienne.
L'automobile, l'ingénierie, l'électronique et les produits pharmaceutiques figuraient parmi les secteurs manufacturiers les plus touchés. Les services bancaires et d'assurance ont été partiellement perturbés. Dans les régions minières, des blocages routiers ont été signalés.
Les syndicats ont démontré leur capacité à perturber significativement les flux de production dans les industries dépendantes des chaînes d'approvisionnement, même lorsqu'ils n'ont pas obtenu un arrêt complet. Par conséquent, la signification du 12 février ne peut se limiter à l'ampleur de la participation ou à la perturbation temporaire de la production, mais réside dans ce qu'elle révèle sur la conjoncture actuelle du capitalisme indien. À un moment où l'accumulation dépend de plus en plus de la flexibilité du travail, de relations d'emploi fragmentées et d'une négociation collective affaiblie, même des formes limitées d'arrêts de travail coordonnés acquièrent une signification politique accrue. La grève a mis en lumière une contradiction centrale de la phase actuelle : alors que le capital exige une main-d'œuvre disciplinée et atomisée, intégrée dans les réseaux de production mondiaux, l'organisation collective continue de perturber ce projet par la réapparition de l'action collective.
Les Codes du travail et la restructuration du pouvoir sur le lieu de travail
Depuis l'adoption des quatre Codes du travail en 2019-2020 et leur mise en œuvre fin 2025, il y a eu six grèves générales nationales [8]. Les syndicats soutiennent que les quatre Codes du travail restructurent collectivement l'équilibre des pouvoirs au travail en faveur des employeurs. Les codes restreignent également le droit de grève en imposant des obligations de préavis qui déclenchent automatiquement des procédures de conciliation, rendant les grèves procéduralement difficiles.
En relevant le seuil d'approbation gouvernementale préalable pour les licenciements, les dégraissages et les fermetures de 100 à 300 travailleurs, les codes excluent la vaste majorité des usines de la surveillance réglementaire. La reconnaissance formelle de l'emploi à durée déterminée, sans garanties significatives, est perçue comme institutionnalisant la précarité, tandis que le rétrécissement et la redéfinition de la qualité de « travailleur » excluent de larges segments du personnel d'encadrement et technique des protections en matière de conflits du travail. Simultanément, le gouvernement a rendu plusieurs violations graves du droit du travail composables – ce qui réduit la responsabilité pénale à des sanctions pécuniaires. Les syndicats pointent également un contrôle renforcé de l'enregistrement, de la reconnaissance et du fonctionnement financier des syndicats, qu'ils estiment contraindre l'organisation indépendante. Enfin, malgré des références rhétoriques à l'inclusion, les travailleurs des plateformes numériques et de l'économie des petits boulots restent en dehors de la reconnaissance formelle de l'emploi, cantonnés à des dispositifs d'aide sociale plutôt qu'à des protections fondées sur les droits du travail.
Le projet de politique nationale du travail et de l'emploi(Shram Shakti Niti 2025) a encore intensifié les inquiétudes en requalifiant l'État comme « facilitateur de l'emploi » plutôt que comme garant réglementaire des droits du travail.
Crise industrielle et politique de la culpabilisation
La protestation contre les remarques judiciaires imputant aux syndicats la fermeture d'entreprises est devenue centrale dans la grève. En fait, lesdonnées du Bureau du travailréfutent l'affirmation selon laquelle la combativité syndicale serait responsable du déclin industriel. Le nombre annuel moyen de conflits du travail est passé de 354 entre 2006 et 2014 à seulement 76 entre 2015 et 2023. En outre, le nombre de journées-personnes perdues en raison de grèves et de lock-out a considérablement diminué, passant de 20,3 millions en 2006 à seulement 0,34 million en 2023.
De plus, les données parlementaires du ministèredes Affaires corporatives indiquent que plus de 204 000 entreprises privées ont fermé entre 2020-21 et 2024-25 ; une tendance liée à la restructuration, à l'insolvabilité et aux tensions du marché plutôt qu'à l'agitation ouvrière.
Récemment, le stress industriel a plutôt été largement attribué à des perturbations économiques structurelles qu'aux actions de la classe ouvrière. Le double choc de la démonétisation et de la mise en œuvre précipitée de la GST [9] a gravement déstabilisé les chaînes d'approvisionnement et les cycles de fonds de roulement, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. La fragilité du secteur des TPME [10], qui fonctionne avec des marges réduites, a été encore davantage exposée par le resserrement des conditions de crédit et les retards de paiement. La prévalence de l'endettement massif des grandes entreprises et des procédures d'insolvabilité dans le cadre du régime de faillite a mis en évidence des problèmes significatifs de surextension financière et de recouvrement insuffisant, indiquant des faiblesses du capital plutôt que de l'agitation ouvrière. En outre, l'influence croissante du capital spéculatif et financiarisé a détourné les ressources des investissements productifs. Ces facteurs sont sous-tendus par une demande intérieure durablement faible, tirée par la stagnation des salaires et un chômage élevé. Ceux-ci contraignent l'expansion industrielle bien plus décisivement que l'activité syndicale [11].
Inégalités, pouvoir d'État et espace démocratique
La grève s'est déroulée dans un contexte d'inégalités économiques croissantes. Selon le World Inequality Lab (2024), le 1% le plus riche des Indiens détient 22,6% du revenu national et 40,1% de la richesse nationale, les niveaux les plus élevés enregistrés depuis des décennies. En contraste saisissant, la moitié la plus pauvre de la population ne revendique que 15% du revenu total [12].
Lechômage des jeunes reste aigu. L'emploi permanent continue de se réduire, tandis que les emplois précaires et contractuels se multiplient. Dans ces conditions, les protections du travail ne fonctionnent pas comme des distorsions. Elles agissent comme des contrepoids à la concentration du pouvoir économique produite par les modes d'accumulation contemporains dans une économie marquée par une concentration extrême des richesses et une insécurité croissante de l'emploi.
Dans plusieurs États, la police a imposé des restrictions aux manifestations et détenu des manifestants. Des arrestations préventives, des barricades et des refus d'autorisation de rassemblement public ont été signalés dans plusieurs villes. Dans certaines régions, des gouvernements d'États dirigés par l'opposition ont publiquement critiqué les Codes du travail tout en poursuivant l'élaboration de règlements d'application pour les mettre en œuvre, révélant des contradictions politiques. La gestion des manifestations a aiguisé le débat sur l'espace civique, les droits démocratiques et le climat institutionnel auquel fait face le mouvement ouvrier organisé [13].
Ce que le 12 février a révélé
La grève a démontré que la classe ouvrière indienne conserve encore la capacité de coordonner une action à l'échelle nationale, malgré des années de fragmentation et de contraintes juridiques. Dans plusieurs secteurs clés, la grève a produit un impact industriel tangible, soulignant que le pouvoir stratégique des travailleurs aux nœuds critiques de la production n'a pas disparu. La convergence visible des syndicats avec les organisations paysannes a signalé une réarticulation de l'unité ouvriers-paysans, élargissant la grève au-delà d'un cadre industriel urbain. Les travailleuses et les personnes employées dans le secteur informel et les programmes gouvernementaux étaient présentes de manière visible, reflétant l'évolution de la composition sociale de la classe ouvrière. En même temps, la participation inégale des travailleurs contractuels et précaires a révélé la fragmentation structurelle produite par des décennies de précarisation.
La grève doit donc être comprise non comme un épisode isolé mais comme une expression précoce d'une phase plus large de confrontation susceptible de s'approfondir à mesure que la crise économique et la restructuration du travail progressent. Elle s'inscrit dans une confrontation plus longue et inachevée entre les travailleurs et un État de plus en plus aligné sur le pouvoir des entreprises. La crise économique s'approfondit ; les inégalités se creusent, le chômage des jeunes persiste, le travail précaire s'étend, et pourtant les protections du travail continuent de s'éroder. La contradiction est structurelle.
Au-delà de la grève rituelle
En même temps, la grève expose les limites stratégiques du mouvement syndical actuel. Depuis des décennies, des structures syndicales bureaucratisées ont trop souvent traité les grèves générales comme des manifestations ritualisées de protestation, plutôt que comme des moments d'une stratégie soutenue de consolidation de classe [14]. La répétition sans escalade risque le confinement symbolique, tandis que la mobilisation sans approfondissement organisationnel risque la dissipation.
Si les Codes du travail représentent l'aboutissement d'une longue offensive néolibérale, alors la résistance ne peut rester épisodique. Nous devons consciemment surmonter la fragmentation entre travailleurs permanents et contractuels, secteurs formel et informel, et travail urbain et rural. La convergence ouvriers-paysans visible dans cette grève doit être institutionnalisée, pas simplement célébrée. Les nouveaux secteurs — travailleurs des plateformes numériques et de l'économie des petits boulots, employés du secteur informatique — doivent être intégrés dans une stratégie de classe unifiée plutôt que traités comme périphériques.
La montée de l'extrême droite est indissociable de la restructuration de la main-d'œuvre. La gouvernance autoritaire prospère là où la classe ouvrière est divisée, démoralisée ou organisationnellement creuse. Les syndicats font face à une responsabilité historique : dépasser la protestation défensive et se réaffirmer comme instruments de la lutte de classe démocratique.
Que le 12 février devienne une note de bas de page ou un tournant ne dépendra pas du nombre de bus arrêtés ou d'usines fermées, mais de ce qui suivra. Que ces possibilités puissent être réalisées dépendra moins de la mobilisation épisodique que de la capacité du mouvement ouvrier à reconstruire des formes durables d'organisation dans des conditions de plus en plus hostiles à la politique collective.
Sushovan Dhar
Sushovan Dhar : Membre du comité de rédaction d'Alternative Viewpoint. Militant politique et syndicaliste basé à Kolkata.
D'abord publié dans Amandla, puis dans Alternative Viewpoint, 27 février 2026 :
https://altviewpoint.in/after-the-l…
Traduit et notes pour ESSF par Mark Johnson.
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78185
Notes
[1] Pour une analyse de la convergence entre néolibéralisation et nationalisme hindou comme projets se renforçant mutuellement dans l'Inde contemporaine, voir Alf Gunvald Nilsen, « Feast, Famine, and Hegemony : On Neoliberalisation and Hindu Nationalism in India », 19 juin 2023. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi…
[2] Lorsque les trois projets de loi sur les Codes du travail ont été adoptés par vote vocal en septembre 2020, l'opposition parlementaire était absente, protestant contre les lois agricoles. Les organisations de défense des droits des travailleurs les ont décrits comme instaurant un régime de « hire and fire » (embauche et licenciement à volonté). Voir « India : Here's Why Workers, Opposition Parties Are Protesting Against the 3 New Labour Laws », The Wire, 23 septembre 2020. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi…
[3] Le MGNREGA, adopté en 2005, accorde un droit juridiquement contraignant à 100 jours de travail rémunéré par an aux ménages ruraux. Il est reconnu pour avoir réduit la pauvreté rurale et renforcé le pouvoir de négociation des travailleurs. Le gouvernement Modi affiche une hostilité soutenue envers ce programme depuis 2014. Fin 2025, le gouvernement l'a effectivement remplacé par une législation qui supprime la garantie du droit au travail et donne au gouvernement central un contrôle discrétionnaire sur les allocations d'emploi. Voir « Statement (India) : On the Repeal of Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee Act (MGNREGA) », Radical Socialist, 2025. Disponible sur :
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[4] Le Samyukta Kisan Morcha est une coalition de plus de quarante syndicats paysans et de travailleurs agricoles formée lors des manifestations de 2020-2021 contre trois lois agricoles pro-entreprises. Le mouvement, qui a encerclé New Delhi pendant plus d'un an, a contraint le gouvernement Modi à abroger ces lois en novembre 2021. Voir Joël Cabalion et Delphine Thivet, « Révolte sans précédent des paysans indiens », Le Monde diplomatique, mars 2021. Disponible sur :
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[5] L'article 19(1)(c) de la Constitution indienne garantit à tous les citoyens le droit de former des associations ou des syndicats.
[6] Les « scheme workers » sont des personnes employées dans des programmes gouvernementaux de protection sociale ou de développement — tels que les Services intégrés de développement de l'enfant (ICDS) ou le programme des Activistes de santé sociale accréditées (ASHA) qui sont classées comme « travailleuses honoraires » ou « bénévoles » plutôt que comme employées gouvernementales reconnues. Elles reçoivent généralement des indemnités plutôt que des salaires et sont exclues des protections standard du travail.
[7] Les travailleurs du beedi roulent des cigarettes artisanales à partir de feuilles de tendu. La production de beedis est l'une des plus grandes industries non organisées de l'Inde, employant des millions de personnes — principalement des femmes et des travailleurs dalits — dans des conditions d'extrême précarité avec des salaires minimaux et aucune protection formelle du travail.
[8] En juillet 2025, une précédente grève nationale de plusieurs millions de travailleurs avait déjà visé les Codes du travail. Voir Côme Bastin, « Des millions d'Indiens se mobilisent contre une loi de régression sociale », Mediapart, 10 juillet 2025. Disponible sur :
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[9] La démonétisation désigne le retrait brutal par le gouvernement Modi de 86% de la monnaie en circulation en Inde en novembre 2016, qui a gravement perturbé l'économie informelle et les petites entreprises. La Goods and Services Tax (GST — taxe sur les biens et services), mise en œuvre en juillet 2017, a remplacé le système complexe de taxation indirecte multi-niveaux de l'Inde par une taxe nationale unique, mais a été largement critiquée pour son déploiement précipité et son impact négatif sur les petites entreprises.
[10] Très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), également désignées sous le sigle MSMEs (micro, small and medium enterprises) dans la terminologie politique indienne. Ce secteur représente environ 30% du PIB de l'Inde et emploie plus de 110 millions de personnes.
[11] Pour une analyse des limites structurelles de la croissance indienne et de la contradiction entre les promesses de développement du gouvernement Modi et la réalité de la précarité de masse, voir Romaric Godin, « L'Inde fait face aux limites de sa croissance », Mediapart, 11 juillet 2025. Disponible sur :
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[12] L'analyse par Sushovan Dhar du Budget de l'Union 2026-27 montre comment la politique budgétaire approfondit activement ces inégalités : l'État privilégie la formation de capital et la crédibilité auprès des marchés plutôt que la redistribution, l'emploi et les dépenses sociales. Voir Sushovan Dhar, « Consolidation sans redistribution : le budget et la refonte de l'État indien », Alternative Viewpoint, 8 février 2026. Disponible sur :
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[13] Pour une analyse récente de la manière dont les réglementations anti-pollution à Delhi sont déployées de façon à nuire de manière disproportionnée aux moyens de subsistance de la classe ouvrière tout en laissant intactes les causes structurelles, voir Sankha Subhra Biswas, « Delhi's Toxic Air Is a Political Choice, and Working-Class Lungs are Paying the Price », 20 décembre 2025. Disponible sur :
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[14] Pour une discussion critique de la subordination des grèves générales indiennes aux calculs électoraux des partis politiques, voir « Inde : Les partis politiques, les syndicats et leurs alliances dans la construction de contre-pouvoirs », 2019. Disponible sur :
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Règles au travail : aller au-delà du congé menstruel
En France, 15,5 millions de femmes entre 13 et 50 ans sont menstruées. Si le tabou des menstruations commence à être levé dans les discours, il reste beaucoup à faire pour garantir la santé des femmes au travail. Certes, pas moins de quatre propositions de loi ont été déposées, tandis que des expérimentations dans des entreprises et des collectivités locales se multiplient.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Avec l'aimable autorisation de l'autrice
Mais pour l'heure, on reste dans un certain flou juridique. Des collectivités locales ont vu leur congé menstruel remis en cause par les préfet·es, considérant que les congés de santé gynécologique ne pouvaient ouvrir droit à une « autorisation spéciale d'absence » (prévue pour des raisons familiales et non de santé).
Le phénomène des règles est naturel, mais il reste parfois très difficile à vivre, notamment au travail : douleurs, saignements anarchiques ou si abondants qu'ils conduisent à l'anémie, pathologies associées comme l'endométriose qui touche près de 10% des femmes et dont nous avons déjà parlé dans une chronique précédente.
Des initiatives, pas mais de cadre
Dans les entreprises, des accords égalité professionnelle incluent parfois des mesures en faveur de ce congé, mais pour l'heure, il n'y a aucune harmonisation sur les conditions d'éligibilité, la nécessité d'avoir un certificat médical ou pas… De nombreuses femmes en sont exclues, faute d'accords, notamment dans de petites entreprises ou dans le secteur informel.
Selon la sociologue Aliona Legrand, ce congé est parfois réservé aux femmes souffrant d'endométriose, alors que le délai de diagnostic de cette pathologie est particulièrement long. C'est le cas par exemple de Carrefour – première grande entreprise française à l'envisager, mais de façon limitée. Ailleurs, ce sont les femmes les mieux insérées, souvent dans des emplois support, de bureau ou même cadres, qui en bénéficient en priorité, et non toutes les travailleuses des services, dont les postes ne sont pas télétravaillables.
Des petites structures ont parfois ouvert la voie, comme l'entreprise toulousaine Louis, spécialisée dans le mobilier de bureau, qui permet aux « personnes menstruées » de « poser un jour de congé payé supplémentaire une fois par mois pour se reposer pendant les règles ». Depuis, des collectivités territoriales leur ont emboîté le pas, à l'instar de la Métropole de Lyon, ou encore des universités pour leurs étudiantes, mais pas pour les personnels comme à Angers, Paris-Est Créteil ou Bordeaux.
Pourquoi ces lenteurs dans la mise en œuvre de tels dispositifs en France, alors que ce principe date de 1947 au Japon et qu'il s'étend en Espagne depuis une loi de 2023 ?
Le nombre de bénéficiaires pourrait être explosif, dit-on. Les dysménorrhées, c'est-à-dire des règles douloureuses, concernent effectivement entre 40 et 90 % des femmes menstruées, ce qui en fait le trouble gynécologique le plus fréquent. Or,selon l'historienne Muriel Salle, seules 2,5% des 4 700 agentes de la Métropole de Lyon en ont bénéficié (soit 117 femmes).
Des risques de discriminations et de « rebiologisation » des femmes
De même au Japon ou en Espagne, ce congé est loin d'être systématiquement pris. L'historienne Fanny Gallot et la sociologue Pauline Sellier ont coordonné pour la revue Travail, genre et sociétésune controverse sur ce sujet. Effectivement, au Japon, c'est bien le risque de discrimination au travail qui explique qu'il n'y ait que 0,9% des femmes qui ont pris ce congé en 2019, d'après l'historienne Yuuri Horikawa.
En Espagne, les chercheuses Maribel Blásquez Rodríguez et Miren Guilló Arakistain soulignent que certaines femmes ne souhaitent pas que leurs menstruations soient identifiées, car cela risque de les pénaliser (contrats non renouvelés, harcèlement verbal…). Muriel Salle s'interroge même sur le fait de considérer une telle mesure comme favorable à l'égalité :
« Ne constitue-t-elle pas plutôt un risque du point de vue de l'égalité professionnelle, entretenant l'idée que les femmes ne sont pas adaptées au monde du travail en général, et aux postes à responsabilités en particulier ? »
Des enquêtes à la Métropole de Lyon montrent que certaines agentes ont peur de passer pour des « tire-au-flanc » et que la charge de travail de leurs collègues augmente, générant des tensions dans les organisations du travail.
« Historiquement, la dépréciation des femmes, empêchées par leur corps systématiquement présenté comme dysfonctionnel, n'est pas nouvelle, rappelle Muriel Salle. Elle leur a longtemps fermé l'accès aux responsabilités (sacerdotales, politiques, professionnelles, etc.), la possibilité de faire des études ou de prétendre à l'autonomie. »
Si prévoir des congés pour les règles douloureuses et invalidantes parait une mesure de protection nécessaire, on ne peut nier le risque d'une nouvelle « essentialisation » du corps des femmes, cette référence à la biologie pouvant être instrumentée pour réaffirmer leur infériorité. Les chercheuses espagnoles parlent d'ailleurs d'une crainte que des « stéréotypes de faiblesse » soient associés aux femmes prenant de tels congés.
Imaginer des mesures plus globales pour la santé au travail
Le congé menstruel n'est donc pas forcément la meilleure et l'unique solution. A commencer par le terme à retenir : il paraît plus juste de parler de congé de « santé hormonal » ou congé de « santé gynécologique », incluant ainsi les douleurs, mais aussi les hémorragies, la ménopause ou encore le syndrome prémenstruel et ses impacts sur la santé psychique.
Il convient également d'accompagner un tel congé d'une campagne de sensibilisation. Par ailleurs, des aménagements et des changements dans l'organisation même du travail pourraient compléter voire remplacer un tel congé : un aménagement des horaires de travail devrait être possible, par exemple ; la question du télétravail se pose également, même si des syndicalistes y voient un danger, puisqu'il s'agit de continuer à travailler…
A la Métropole de Lyon, on évoque des « espaces repos » permettant de s'allonger dans la journée, des bouillottes ou encore des postes de travail « assis-debout », de hauteur réglable.
Lors d'un débat organisé par le réseau de recherche « Marché du travail et genre » (Mage) le 9 décembre 2025, la CGT-Bibliothèque nationale de France (BnF) a proposé un congé de santé hormonale à hauteur de vingt jours par an, tout au long d'une carrière, sans délai ni justificatif médical ; un accès aux protections périodiques et à des salles de pause adaptées ; l'organisation de formations sur la santé au travail des femmes.
Le chantier des règles au travail est ouvert, il faut impérativement le poursuivre et l'élargir.
Rachel Silvera, 20 février 2026
Maîtresse de conférences à l'université Paris-Nanterre
Opinion publiée sur Alternatives Economiques
https://www.alternatives-economiques.fr/rachel-silvera/regles-au-travail-aller-au-dela-du-conge-menstruel/00117736
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Le féminisme ne peut pas se permettre de se taire
Pour la Journée internationale des droits des femmes, nous soulignons la force, la créativité et la détermination de toutes celles qui, depuis des générations, se lèvent pour transformer notre société.
Le slogan « Générations deboutte ! », adopté par le Collectif 8 mars pour cette année, résonne profondément avec notre histoire collective : celle de femmes qui refusent de se taire, qui s'organisent, qui bâtissent et qui ouvrent la voie aux suivantes.
Malheureusement, nous aurions aimé célébrer plutôt que de devoir dénoncer la montée du masculinisme, le perpétuement des violences faites aux femmes et les ambitions guerrières de certains dirigeants de ce monde. Le Québec n'échappe pas à cette ambiance. Ce Québec de moins en moins inclusif et accueillant alors qu'il est censé être une terre où toutes et tous peuvent prospérer dans l'égalité.
Il y a aussi la loi 94 en raison de laquelle des femmes perdent leur emploi au moment où vous lisez ces lignes. Sachant que cette loi discriminatoire, voire violente, qui élargit l'interdiction du port de signes religieux introduite par la loi 21 à tout le personnel scolaire, a un effet disproportionné sur les femmes portant le voile, nous ne pouvons passer sous silence cette plus récente atteinte à leurs droits à l'égalité, à l'autonomie et au travail. Nous sommes solidaires avec ces femmes qui ont le droit d'exister, de travailler et de s'épanouir.
Être « deboutte », c'est refuser la résignation.
C'est porter haut toutes les luttes féministes, qu'elles soient menées dans la rue, dans nos milieux de travail, dans nos familles ou au sein de nos mouvements politiques, qu'elles nous concernent directement ou non. C'est reconnaître que les droits aujourd'hui acquis ne sont jamais définitivement gagnés et que les inégalités persistent — dans les salaires, dans la charge mentale, dans l'accès au logement, dans la sécurité, dans la représentation politique.
Être « deboutte », c'est aussi se tenir ensemble.
C'est tisser des solidarités entre générations, entre femmes avec des identités diverses, entre celles qui ont ouvert la voie et celles qui prennent aujourd'hui le relais. C'est reconnaître la contribution essentielle des femmes autochtones, des femmes racisées, des femmes en situation de handicap, des femmes de la communauté 2SLGBTQIA+, des femmes immigrantes — toutes celles dont les voix doivent être entendues et amplifiées.
À Québec solidaire, nous savons que le féminisme n'est pas un slogan : c'est un projet politique.
C'est l'engagement à transformer les structures qui perpétuent les injustices comme la loi 94 ou la loi 21. C'est défendre des politiques ambitieuses pour lutter contre la pauvreté, assurer des services publics de qualité, atteindre une réelle égalité des genres, garantir des milieux de travail sécuritaires et reconnaître pleinement l'apport des femmes dans toutes les sphères de notre société.
– Commission nationale des femmes de Québec solidaire
Cette semaine Ruba Ghazal a annoncé qu'un gouvernement solidaire mettrait en place un service de première ligne pour freiner la cyberviolence et soutenir les victimes. Soutenez-nous pour faire taire la violence en ligne en signant notre prétition.

Femmes indonésiennes unies : résister à la destruction de nos corps
À l'approche de la Journée internationale des femmes 2026, l'Aliansi Perempuan Indonesia (API, Alliance des femmes indonésiennes) [1] — coalition de 93 organisations — publie une plateforme politique évaluant un an et demi du gouvernement Prabowo–Gibran du point de vue du vécu des femmes. La déclaration identifie trois formes imbriquées de destruction dirigées contre le corps des femmes : la violence et le féminicide rendus possibles par la négligence de l'État et le droit patriarcal ; l'exploitation économique à travers le travail précaire, le programme Makan Bergizi Gratis (Repas nutritifs gratuits) et le déni des droits des travailleuses domestiques ; et la destruction écologique par l'extractivisme qui brise le lien entre les femmes et la terre, l'eau et la forêt.
Tiré de Entre les lignes et les mots
L'Alliance met en garde contre la trajectoire militariste du gouvernement — y compris l'expansion des structures territoriales militaires et la pénétration de l'armée dans les institutions civiles — qui approfondira les violences contre les femmes, et appelle à l'unité des femmes en vue d'une action de masse « Panggung Perempuan » (Scène des femmes) le 8 mars 2026. [AN]
Les violences contre les femmes en Indonésie augmentent chaque année, mais la politique de l'État va dans la direction opposée. La destruction et le contrôle du corps, de la reproduction et de la sexualité des femmes provoquent leur mort, directement et indirectement. Les femmes sont tuées en raison des violences conjugales perpétrées par des partenaires intimes ou dans la sphère domestique, par haine (misogynie), au nom de « l'honneur », comme instrument de soumission dans les conflits, en lien avec la dot, et par le féminicide lesbophobe ciblant les femmes en raison de leur orientation sexuelle.
Les femmes meurent aussi en raison de la négligence de l'État en matière de prévention et de services de santé reproductive et sexuelle : décès dus à l'avortement non sécurisé, mortalité maternelle, décès résultant de l'excision, décès liés au crime organisé, et décès de filles ou de femmes par abandon, famine ou mauvais traitements. Malgré ces conditions, l'État n'a toujours pas mis en place d'observatoire des féminicides (femicide watch) pour documenter les cas et construire des mécanismes de prévention, de réponse, de protection et de rétablissement pour les victimes et leurs familles [2].
Le contrôle du corps des femmes dans le droit
Le contrôle du corps des femmes est inscrit dans le KUHP (Kitab Undang-Undang Hukum Pidana, Code pénal) [3] et le KUHAP (Kitab Undang-Undang Hukum Acara Pidana, Code de procédure pénale). Le Code pénal comporte de nombreuses dispositions qui positionnent les femmes comme objets de moralité plutôt que sujets juridiques égaux, avec des définitions restrictives du viol et des violences sexuelles. L'avortement y est réglementé par une approche de criminalisation et non comme un droit reproductif — révélant comment le corps des femmes est contrôlé par l'État plutôt que reconnu comme un espace d'autonomie.
Le Code de procédure pénale reste insensible aux réalités des femmes. Les femmes confrontées au système judiciaire sont souvent prises dans des situations à multiples couches : elles peuvent être simultanément survivantes de violences de genre, vivre dans la pauvreté ou faire face à d'autres vulnérabilités cumulatives. Le Code ne prévoit pas de mécanismes adéquats pour les femmes enceintes, allaitantes, âgées ou en situation de handicap en détention. Dans de nombreux cas, les femmes survivantes de violences sont au contraire traitées comme des auteures ou tenues pour responsables de leur propre victimisation.
L'austérité budgétaire a en outre privé les femmes de leur accès à la justice et au rétablissement. Les coupes budgétaires du gouvernement central répercutées sur les collectivités territoriales ont conduit à des politiques éliminant le financement des services médicolégaux pour les survivantes de violences contre les femmes [4]. Lorsque les budgets d'examen médicolégal pour les survivantes de violences sexuelles sont supprimés ou réduits, l'État affaiblit directement l'accès des femmes à la justice. Le gouvernement affirme fréquemment que l'austérité est nécessaire pour renforcer les grands programmes, tout en sapant simultanément les services de base qui constituent le socle du bien-être des femmes.
Le corps des femmes, cible de l'exploitation économique
L'orientation de la politique économique de l'État place les travailleur·euse·s dans un système de travail flexible caractérisé par l'absence de sécurité d'emploi et de certitude de revenus, faisant du corps des femmes une cible d'exploitation.
La précarité est systémiquement enracinée dans un cadre juridique fragile du droit du travail. Les ouvrières sont piégées dans des contrats à court terme, des dispositifs de sous-traitance et le travail informel qui les rendent faciles à licencier et rendent difficile la revendication de salaires, de droits de maternité, de protection sociale et de liberté syndicale. Cette précarité fonctionne comme un outil de contrôle, entretenant la peur de perdre son emploi. Les charges de travail excessives et les longues heures de travail aliènent les travailleuses de leur environnement social. La charge domestique qui pèse encore de manière disproportionnée sur les ouvrières produit un épuisement physique et mental sans fin.
Les travailleuses domestiques (Pekerja Rumah Tangga, PRT) vivent un silence similaire — travaillant dans des espaces privés sans surveillance ni mécanismes de plainte efficaces. La relation de travail, traitée comme personnelle, brouille les droits fondamentaux tels que les heures de travail, les jours de repos et un salaire décent, tandis que la loi n'est pas encore présente comme protection réelle. Le projet de loi sur la protection des travailleuses domestiques (Rancangan Undang-Undang Perlindungan Pekerja Rumah Tangga, RUU PPRT), qui fait l'objet d'un combat depuis 22 ans, n'est toujours pas considéré comme urgent par le gouvernement et reste en suspens, son examen inachevé [5].
Tant les ouvrières que les travailleuses domestiques vivent dans la vulnérabilité : leur pouvoir de négociation est affaibli, et la menace de perte d'emploi affecte non seulement elles-mêmes mais l'ensemble de leurs familles.
Le programme de repas nutritifs gratuits
Le programme Makan Bergizi Gratis (MBG, Repas nutritifs gratuits) [6] a eu des conséquences directes sur la santé des femmes et a transformé les modes de consommation. Une nourriture de mauvaise qualité nutritionnelle — emballée et ultra- — ni hygiénique ni servie dans les temps, a porté atteinte à la santé des femmes, y compris par des cas d'intoxication. Les corps des femmes enceintes, des mères allaitantes, des femmes âgées et des enfants sont devenus des victimes négligées par l'État.
Le système de chaîne d'approvisionnement du MBG a provoqué la perte des moyens de subsistance des femmes dans les cantines scolaires et leur a ôté la possibilité de s'approvisionner pour vendre des légumes, en raison de la concurrence avec les cuisines du MBG, ce qui a en retour fait grimper les prix des denrées de base sur les marchés. Des choix de menus qui ne reflètent pas les cultures et modes de consommation alimentaires locaux — historiquement entretenus et transmis par les femmes de génération en génération — ont été supplantés par une logique qui réduit la nourriture à ses composantes nutritionnelles, effaçant le respect du travail de soin et des savoirs des femmes.
Le budget total du MBG pour 2026 s'élève à un montant extraordinaire de 335 000 milliards de roupies (environ 17 milliards EUR), dont 83,4% provient du budget de l'éducation. En incorporant le MBG dans le budget éducatif, l'État détourne le sens de l'éducation d'un processus à long terme englobant la connaissance, la recherche et la qualité de l'enseignement vers la simple satisfaction de la consommation.
Extractivisme et destruction du lien des femmes avec la nature
Le lien fort entre le corps des femmes et la nature est détruit par les projets extractivistes. Les projets extractifs s'emparent des terres, de l'eau et des forêts qui sont les sources de vie des femmes. Les femmes sont les gestionnaires principales de l'alimentation, de l'eau et de la santé familiale. Lorsque leurs espaces de vie sont détruits, le corps des femmes supporte un fardeau écologique englobant la perte de ressources économiques, de santé et de dignité. La résistance des femmes aux mines et aux projets extractifs est fréquemment accueillie par l'intimidation, la criminalisation et même la violence — démontrant comment l'État et les entreprises s'allient pour réduire au silence la voix des femmes.
Militarisme et consolidation de la résistance des femmes
L'API estime que la Journée internationale des femmes 2026 constitue un moment crucial pour le mouvement des femmes afin de renforcer la consolidation et l'unité. Après plus d'un an de pouvoir de Prabowo, il est devenu de plus en plus évident que l'orientation et le moteur du développement en Indonésie reposera sur la puissance militaire. Au-delà de l'expansion par étapes des structures territoriales militaires prévue jusqu'en 2029, l'extension des fonctions militaires destinées à s'implanter à chaque niveau de l'administration civile est déjà bien engagée [7]. Le renforcement du pouvoir militaire et de l'idéologie militariste qu'il véhicule ne fonde pas seulement un gouvernement centraliste et hostile à la critique, mais renforcera également la reproduction et la perpétuation des violences contre les femmes.
À l'occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars 2026, l'API organisera un Panggung Perempuan (Scène des femmes) réunissant des centaines de militantes pour affirmer que la voix des femmes doit être entendue et que les violences contre les femmes doivent cesser.
Aliansi Perempuan Indonesia (API) est un espace de regroupement politique initié par des organisations et activistes féministes ainsi que par divers groupes de la société civile tels que journalistes, personnes handicapées, travailleur·euse·s domestiques, syndicats, groupes LGBTIQ+, étudiant·e·s, organisations de défense des droits humains et de l'environnement. L'API regroupe au moins 93 organisations de différentes régions de l'Indonésie. Femmes libres [8] est membre fondateur de l'Alliance.
https://mahardhika.org/perempuan-bersatu-melawan-penghancuran-atas-tubuh/
Traduit et notes pour ESSF par Wendy Lim et Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?
article78166
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La pleine égalité juridique pour les femmes reste un rêve
Qu'il s'agisse des dispositifs de protection contre la violence basée sur le genre ou de l'égalité salariale, les femmes et les filles continuent d'être confrontées à des inégalités devant la loi, alors que l'impunité pour les violations de leurs droits persiste dans le monde entier, a prévenu ONU Femmes dans un rapport publié mercredi.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Dans la perspective de laJournée internationale des femmes, célébrée le 8 mars, ONU Femmes lance une mise en garde mondiale : partout dans le monde, les systèmes judiciaires qui sont censés faire respecter les droits, ainsi que l'État de droit, manquent à leurs obligations envers les femmes et les filles.
À l'échelle mondiale, les femmes ne bénéficient que de 64% des droits juridiques dont jouissent les hommes, ce qui expose les femmes à la discrimination, la violence et l'exclusion à chaque étape de leur vie.
Il s'agit là d'une des conclusions du rapport du Secrétaire général de l'ONU, intitulé « Garantir et renforcer l'accès de toutes les femmes et de toutes les filles à la justice ».
Définition du viol
Ce rapport révèle également que dans plus de la moitié des pays à l'échelle mondiale (54%), le viol n'est toujours pas défini sur la base du consentement, ce qui signifie qu'une femme peut être violée sans que la loi ne reconnaisse cela comme un crime. Dans près de trois pays sur quatre, le droit national autorise le mariage des filles sous la contrainte.
De plus, 44% des pays n'ont aucune loi imposant l'égalité de la rémunération pour un travail de valeur égale, ce qui signifie qu'il est encore légal dans ces pays de verser aux femmes un salaire inférieur pour un même travail.
« Quand les femmes et les filles sont privées de justice, l'ampleur des préjudices va bien au-delà d'un cas isolé. La confiance du public s'érode, les institutions perdent leur légitimité et l'État de droit lui-même est affaibli. Un système de justice qui n'assume pas ses obligations envers la moitié de la population ne peut pas du tout prétendre œuvrer pour la justice », a déclaré la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Sima Bahous.
Accélération des violations des droits
Alors que les réactions hostiles contre les engagements de longue date en faveur de l'égalité des sexes s'intensifient, les violations des droits des femmes et des filles s'accélèrent, alimentées par une culture d'impunité à l'échelle mondiale, tant dans les tribunaux que dans les espaces en ligne et les contextes de conflit.
Les lois sont réécrites pour limiter les libertés des femmes et des filles, les faire taire et permettre les abus sans conséquence. Tandis que les technologies prennent le pas sur les réglementations, les femmes et les filles sont confrontées à une violence numérique croissante, dans un climat d'impunité où les auteurs de ces violences sont rarement tenus de répondre de leurs actes. Dans les conflits, le viol continue d'être utilisé comme une arme de guerre et les signalements de violences sexuelles ont augmenté de 87% en seulement deux ans.
Le rapport indique également que des progrès sont possibles : 87% des pays ont adopté des lois contre la violence domestique et plus de 40 pays ont renforcé les protections constitutionnelles accordées aux femmes et aux filles au cours des dix dernières années.
Toutefois, les lois ne suffisent pas. Les normes sociales discriminatoires telles que la stigmatisation, la culpabilisation des victimes, la crainte et la pression communautaire, continuent de réduire les survivantes au silence, de faire obstacle à la justice et de permettre aux violences, même dans leurs formes les plus extrêmes comme le féminicide, de rester impunies.
L'accès des femmes à la justice est également entravé par des réalités quotidiennes comme le coût, le temps, la langue et un profond manque de confiance dans les mêmes institutions qui sont censées les protéger.
https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158506
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gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.











