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Les périls de construire grand et vite

14 octobre 2025, par Ole Hendrickson — , ,
Beaucoup des prétendus « projets d'intérêt national » de Mark Carney auront des effets négatifs sur l'environnement. 8 octobre 2025 | tiré de rabble.ca La partie Building (…)

Beaucoup des prétendus « projets d'intérêt national » de Mark Carney auront des effets négatifs sur l'environnement.

8 octobre 2025 | tiré de rabble.ca

La partie Building Canada Act du projet de loi C-5 — désormais loi du pays — a suscité des inquiétudes en raison de son potentiel à contourner les obligations de consultation autochtone et de protection de l'environnement. L'annonce faite le 11 septembre par le premier ministre Mark Carney de cinq « projets d'intérêt national » (Projects of National Interest, PONI) et de la création d'un Bureau des grands projets a accentué ces inquiétudes.

Y a-t-il des projets réellement d'intérêt national, pouvant être réalisés rapidement et profitant aux Canadiennes et Canadiens de plusieurs provinces ? Probablement.

Y a-t-il parmi eux des projets qui gaspilleraient l'argent public, nuiraient à l'environnement et ne profiteraient qu'à une minorité ? Oui.

Malheureusement, certains de ces projets figurent dans l'annonce du premier ministre.

L'un d'eux — LNG Canada Phase 2, à Kitimat, en Colombie-Britannique — « doublerait la production de gaz naturel liquéfié de LNG Canada, en faisant la deuxième plus grande installation de ce type au monde ». L'article Here's how Canada's LNG exports could make your heating bill go up identifie les véritables bénéficiaires de ce projet : Shell, Petronas, Korea Gas, PetroChina et Mitsubishi. La fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz naturel (méthane) contamine les nappes phréatiques. Le méthane est le deuxième gaz à effet de serre le plus important. L'augmentation du trafic de méthaniers accroît les risques pour la faune marine. Est-ce vraiment dans l'intérêt national ?

Un autre « projets d'intérêt national », le projet nucléaire de Darlington, viserait à faire du Canada « le premier pays du G7 à disposer d'un petit réacteur modulaire opérationnel », censé « fournir une énergie fiable, abordable et propre ».

Fiable ? Ce réacteur est d'un modèle non éprouvé. Le réacteur GE-Hitachi BWRX-300 (non canadien) choisi par Ontario Power Generation (OPG) pour ce projet n'a jamais été homologué, encore moins construit, même si l'organisme de réglementation nucléaire canadien, notoirement accommodant, a accordé à OPG un permis de construction. Abordable ? Le gouvernement fédéral a déjà versé 970 millions de dollars à OPG pour ce « projets d'intérêt national ». Propre ? Les réacteurs nucléaires émettent des gaz radioactifs et produisent des déchets nucléaires insolubles.

On peut se demander en quoi les Canadiens vivant hors de la région de Toronto pourraient en bénéficier, et pourquoi ce serait un « grand » projet. Avec une puissance de 300 mégawatts, le BWRX-300 reste un « petit » réacteur modulaire relativement grand, mais qui ne représente qu'un tiers de la taille des réacteurs actuels d'OPG.

Les gouvernements fédéral et ontarien semblent parier que le BWRX-300 s'avérera un modèle miracle, construit rapidement, fonctionnant parfaitement, produit en série et exporté à travers le monde. L'industrie nucléaire cherche désespérément une issue à la stagnation décrite en détail dans le World Nuclear Industry Status Report. Elle espère sans doute aussi que le Canada égalera la Russie et la Chine en matière de financement public. Mais ces pays ont besoin de réacteurs pour leurs programmes d'armement — ce qui n'est pas notre cas.

Le premier ministre Carney a également annoncé six « projets d'intérêt national » potentiels « à un stade plus précoce ». L'un d'eux est Pathways Plus, un projet albertain de captage, d'utilisation et de stockage du carbone (CCUS).

Le CCUS est une forme de géo-ingénierie. David Suzuki explique que ces projets « permettent à l'industrie destructrice des combustibles fossiles de continuer à fonctionner ». Ils entretiennent l'illusion qu'il est possible de lutter contre les changements climatiques sans modifier nos modes de vie hyper-consuméristes. Ces projets souffrent d'un manque d'efficacité, de coûts exorbitants, de problèmes d'échelle et de délais, de risques environnementaux et de défis de gouvernance. Malgré le crédit d'impôt fédéral pour l'investissement dans le CCUS et le Carbon Capture Incentive Program de l'Alberta, l'industrie fossile n'a pas agi. Peut-être attend-elle encore davantage.

Un autre « projets d'intérêt national » potentiel, Wind West Atlantic Energy, viserait à « exploiter plus de 60 GW de potentiel éolien en Nouvelle-Écosse, et davantage encore dans l'Atlantique ». Celui-ci pourrait avoir du potentiel.

Les investissements dans l'énergie éolienne explosent à l'échelle mondiale, mais ont été freinés au Canada par des blocages politiques. En 2018, le gouvernement de Doug Ford a annulé des centaines de projets d'énergie renouvelable, pour se raviser six ans plus tard. L'Alberta a imposé de sévères restrictions l'année dernière. Certes, les projets éoliens comportent des enjeux environnementaux, mais d'autres pays semblent parvenir à les gérer efficacement. La syndicalisation devrait être encouragée pour accélérer la création d'emplois et améliorer la santé et la sécurité dans le secteur éolien.

Un autre « projets d'intérêt national » possible, Alto High-Speed Rail, est présenté comme « le premier chemin de fer à grande vitesse du Canada ». Cela dit, le gouvernement fédéral étudie le train à grande vitesse depuis plus d'un demi-siècle. La création d'un Bureau des grands projets changera-t-elle quelque chose ? Les voyageurs lassés de l'avion et des autoroutes congestionnées peuvent toujours espérer, mais qu'ils ne retiennent pas leur souffle.

D'autres pays que le Canada semblent capables de construire plus vite et plus intelligemment. Le gouvernement fédéral canadien, lui, ne construit pratiquement rien. Les gouvernements provinciaux et municipaux se limitent presque exclusivement aux routes. Pour la plupart des projets d'infrastructure, l'argent public est canalisé vers le secteur privé par des partenariats public-privé, des subventions, des allégements fiscaux, des prêts sans intérêt, et autres mécanismes similaires.

Plus grand ne veut pas dire meilleur. La construction nationale passe d'abord par le soutien aux personnes : éducation, santé, recherche scientifique, suivi environnemental, formation professionnelle. Des stratégies fondées sur des investissements communautaires, d'un océan à l'autre, procureront vraisemblablement plus d'avantages globaux que des investissements tournés vers l'exportation.

Nous devons notre gratitude aux peuples autochtones qui, depuis des millénaires, agissent comme gardiens de la nature. Les stratégies de développement national n'ont pas à reposer sur des infrastructures construites par l'humain. Nos magnifiques lacs, forêts, côtes et prairies — notre infrastructure naturelle — font du Canada une destination recherchée, tant pour les personnes que pour les entreprises.

Le projet de loi C-5 risque de ne pas définir correctement nos priorités nationales. Ne laissons pas la quête du profit économique mettre en péril la richesse naturelle du Canada. Plaçons les gens et la nature avant les profits des entreprises.

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Postes Canada face à deux avenirs : un service public revitalisé ou une machine à cash pour milliardaires

14 octobre 2025, par Dru Oja Jay — , ,
Le gouvernement libéral démantèle Postes Canada au profit de la classe des milliardaires, tout en ignorant les propositions audacieuses des postiers et postières pour (…)

Le gouvernement libéral démantèle Postes Canada au profit de la classe des milliardaires, tout en ignorant les propositions audacieuses des postiers et postières pour réinventer le service public

1ᵉʳ octobre 2025 | tiré de Breach media
https://breachmedia.ca/canada-post-faces-two-futures-a-revitalized-public-service-or-a-billionaire-cash-machine/

La semaine dernière, Mark Carney a déclaré que la poste n'était « pas viable » et a annoncé des plans pour mettre fin à la livraison porte-à-porte.

Le gouvernement entend remplacer les facteurs et factrices par des boîtes postales communautaires, accélérer les livraisons grâce à une main-d'œuvre de pigistes sous-traité-es, et céder discrètement les routes les plus rentables à des messageries privées.

Et pourtant, une entreprise Postes Canada renouvelée, tirant parti de son infrastructure publique essentielle, représente l'exemple même du genre de projet de « construction nationale » que Mark Carney prétend vouloir promouvoir.

Alors que les postiers ont cessé le travail la semaine dernière pour protester contre ses plans, les gros titres médiatiques se sont concentrés sur les déficits et les retards, occultant la véritable question : **qui profite de la perturbation — et qui en paie le prix**.

Ce contexte est crucial : les milliardaires ont tout à gagner du démantèlement de Postes Canada, et leur rôle caché façonne l'ensemble du conflit.

Une demande croissante, mais des conditions dégradées

La livraison à domicile est en fait plus demandée que jamais. Mais ce service essentiel est de plus en plus assuré par des travailleuse et des travailleurs surexploités plutôt que par des employé-es de Postes Canada.

Ces travailleurs et travailleuses, employé-es par des méga-entreprises comme Amazon et d'autres firmes technologiques antisyndicales, sillonnent les rues dans des véhicules polluants, aggravant la congestion, tandis que d'innombrables sous-traitants éphémères se livrent une course effrénée pour arracher chaque seconde de productivité à leurs employé-es épuisé-es.

Des milliardaires pro-Trump comme Jeff Bezos engrangent d'énormes profits tirés de cette exploitation des travailleuses et des travailleurs — profits réalisés au détriment du temps de déplacement, des pistes cyclables et de l'environnement.

Pendant ce temps, les responsables gouvernementaux déclarent gravement que Postes Canada doit réduire la livraison à domicile et fermer des bureaux de poste ruraux.

Mais alors que les milliardaires et leurs alliés politiques poussent à la privatisation, Postes Canada dispose des outils nécessaires pour mener à bien un projet bien plus ambitieux. Au-delà de la livraison du courrier et des colis, elle pourrait devenir un **centre de services communautaires**, une **source d'autonomisation économique locale**, et un **modèle d'infrastructure publique** au service des besoins des Canadien-nes plutôt que des actionnaires.

Ne regardez pas les milliardaires derrière le rideau

Toute cette casse syndicale, cette pollution et ces embouteillages urbains sont dissimulés dans une véritable poupée russe de relations de sous-traitance à la performance.

Plutôt que d'embaucher des employé-es — et de risquer qu'ils et elles se syndiquent ou réclament des droits élémentaires —, des entreprises comme Intelcom (qui livre une part importante des colis d'Amazon au Canada) font appel à des firmes anonymes dirigées par de petits entrepreneurs opportunistes.

Ces firmes peuvent elles-mêmes sous-traiter à des individus payés à la pièce, au colis livré. Résultat : des personnes dont les revenus dépendent de leur capacité à courir sans relâche, mettant en danger non seulement leur sécurité mais aussi celle des habitant-es des quartiers qu'elles desservent.

Le modèle d'Amazon ne se contente pas de remplacer des emplois postaux par du travail précaire et sous-payé ; il redéfinit à la baisse les normes de toute l'industrie. En tirant les salaires vers le bas, en normalisant la surveillance algorithmique et en traitant les travailleurs et travailleuses comme des variables jetables, Amazon force ses concurrents à imiter ses méthodes pour survivre.

Lorsque le gouvernement présente la question comme un moyen de rendre Postes Canada « compétitive », il dit en réalité que les postiers et postières devraient subir les mêmes cadences, la même précarité et le même antisyndicalisme qui caractérisent les opérations d'Amazon.

Des médias complices de la privatisation

Les médias et commentateurs-ices jouent, quant à eux, le rôle de sténographes des soi-disant évaluations « neutres » de la viabilité commerciale de Postes Canada.

Un récent panel de Radio-Canada a conclu que le syndicat ne pouvait pas gagner le débat sur l'avenir financier de Postes Canada. Peut-être. Mais ces mêmes observateurs contribuent à **occulter les acteurs-ices** qui profitent de l'offensive anti-ouvrière du gouvernement.

Ne parlez surtout pas des vassaux de Bezos qui se cachent en plein jour ! N'évoquez pas leurs liens étroits avec le Parti libéral ! Tel semble être le credo des journalistes couvrant Postes Canada.

Inutile même d'ouvrir le registre des lobbyistes pour comprendre ce qui se passe. **Intelcom**, par exemple, est dirigée par **Jean-Sébastien Joly**, frère de la « ministre de l'Innovation » **Mélanie Joly**. L'alliance du Parti libéral avec les démolisseurs du service postal est, littéralement, une affaire de famille.

Mais le duo des Joly n'est pas une exception. Un rapide coup d'œil au registre révèle des activités de lobbying du gouvernement par **UPS**, **Amazon**, **Pitney Bowes**, ainsi que par plusieurs banques (nous y reviendrons). Notre service postal prétendument « déclinant » attire en réalité beaucoup d'attention de la part des entreprises privées.

Une propagande comptable

Pour justifier son programme accéléré de privatisation de facto, le gouvernement répète que Postes Canada « perd 10 millions de dollars par jour ». Cette affirmation est douteuse : elle repose sur une année marquée par des conflits de travail non résolus et des coûts exceptionnels.

Mais surtout, **aucun autre service public n'est évalué de cette façon**. Par exemple, combien « perd » l'armée canadienne chaque jour ? Réponse : **169 millions de dollars**.

Faut-il accepter l'idée absurde que la valeur d'une infrastructure postale universelle se limite à sa capacité de générer des profits ? Bien sûr que non. Mais même si c'était le cas, prétendre que Postes Canada pourrait devenir viable en abandonnant les segments les plus rentables de l'économie — tout en sacrifiant l'accessibilité pour les citoyens et les citoyennes— relève du pur non-sens.

Alors que les postiers et postières affrontent un gouvernement allié aux pires abuseurs du travail et de l'environnement, **c'est peut-être la mise en lumière de ces liens avec les milliardaires** qui déterminera si ce service public inestimable survivra.

Inutile de le préciser : dans la grève à forts enjeux qui a débuté vendredi, **le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP)** mérite tout notre appui.

Pour atteindre l'avenir lumineux de Postes Canada, il faut franchir le « dernier kilomètre »

Tandis que les médias d'entreprise reprennent docilement les éléments de langage du gouvernement sur une poste à « privatiser de facto », les propositions innovantes des travailleurs et travailleuses, ignorées depuis des années par les gestionnaires nommé-es par l'État, restent sous le radar.

Les postiers et postières sont pourtant parmi les mieux placés pour comprendre la nécessité d'adapter Postes Canada. En marchant entre les maisons ou pendant leurs pauses au tri du courrier et des colis, ils ont eu une foule d'idées ingénieuses.

Sous la bannière **Livrer le pouvoir aux communautés (Delivering Community Power)**, ils et elles ont rassemblé certaines des meilleures de ces propositions.

Ils et elles n'ont pas seulement couché ces idées sur le papier mais aussi mené une campagne nationale, organisant des actions vibrantes dans les bureaux de poste du pays pour imaginer la poste de demain.

Parmi leurs propositions, déjà détaillées dans *The Breach* l'an dernier :

* la création d'un **service bancaire postal**,
* la production d'énergie et des **bornes de recharge rurales**,
* des **visites de courtoisie** aux aîné-es vivant seul-es,
* et la **transformation des bureaux de poste en centres communautaires** pour la prestation de services publics.

Le **service bancaire postal** est sans doute l'exemple le plus clair de la façon dont Postes Canada pourrait générer de nouveaux revenus tout en répondant à des besoins sociaux non comblés.

Pourtant, tant les gouvernements libéraux que conservateurs ont refusé de l'autoriser, redoutant une confrontation avec les grandes banques canadiennes.

Si Mark Carney était sérieux à propos de « l'investissement dans la construction nationale », c'est précisément ce genre de propositions qu'il devrait adopter. Au lieu de cela, on nous ressert le même programme éculé de bris syndical.

Pour sauver Postes Canada

Le meilleur moyen de sauver Postes Canada serait tout simplement **d'appliquer les normes de travail, les règles environnementales et les réglementations de sécurité** aux flottes de sous-traitants liés aux libéraux.

Mais une telle approche exigerait un courage politique que les gouvernements libéraux excellent à diluer jusqu'à rendre toute réforme inoffensive.

Un autre aspect des propositions des postiers et postières touche directement le cœur de l'attaque gouvernementale, et constitue le plus grand défi au modèle d'affaires des milliardaires américains et de leurs vassaux canadiens :

**Donner à Postes Canada le monopole des livraisons du dernier kilomètre**, avec de bons salaires pour les travailleurs et travailleuses, permettrait d'imposer des normes de travail, de réduire la congestion, d'améliorer la sécurité des quartiers et de redistribuer la richesse indue des barons voleurs américains.

Cela impliquerait aussi une confrontation directe avec certaines des plus puissantes machines politiques du pays.

Mais une fois démasquées pour ce qu'elles sont réellement, **on pourrait découvrir qu'elles sont beaucoup moins puissantes qu'elles ne le paraissent.**

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On ne protège pas les femmes à moitié

14 octobre 2025, par Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale — , ,
Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale lance aujourd'hui la campagne « On ne protège pas les femmes à moitié », une mobilisation portée par une (…)

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale lance aujourd'hui la campagne « On ne protège pas les femmes à moitié », une mobilisation portée par une cinquantaine de maisons d'aide et d'hébergement pour réclamer un financement structurant et pérenne pour ces organismes qui sauvent des vies.

Trois budgets ignorés, des vies en jeu

Malgré les cris du coeur répétés, l'explosion de la demande d'aide, les taux de refus alarmants, et les 31 féminicides conjugaux survenus entre 2023 et aujourd'hui, le gouvernement n'a pas bougé. Les budgets provinciaux de 2023, 2024 et 2025 ont ignoré les besoins criants des maisons d'aide et d'hébergement. Malgré les investissements consentis en 2020 et 2021, le manque d'accès aux services et l'absence de reconnaissance du travail essentiel accompli demeurent criants.

Les maisons atteignent un point de rupture. Des vies de femmes et d'enfants sont en jeu.

Ressources débordées, risques accrus

Chaque année, plus de 8 000 femmes et enfants sont hébergés dans les maisons d'aide et d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale à travers le Québec. Une demande sur deux est refusée. À cela s'ajoute une augmentation de 50 % des demandes de soutien sans hébergement, en seulement quatre ans. Malgré ce rôle vital, les maisons doivent composer avec un déficit de financement chronique : 30 % des besoins ne sont pas couverts.

Résultat : les listes d'attente s'allongent, des femmes et des enfants en danger sont laissés sans réponse, et les maisons peinent à maintenir leurs activités de prévention. Le secteur connaît aussi un taux de roulement de 33 %, compromettant la rétention d'un personnel qualifié et engagé.

« Les besoins augmentent, mais les ressources ne suivent pas. Chaque refus, chaque délai nous fait craindre le pire. Nos équipes mettent tout leur cœur et leur créativité pour trouver des solutions, mais ça ne suffit plus. On a un filet de sécurité troué en ce moment, on a besoin de sortir du mode ‘'plaster'', car la violence conjugale n'attend pas. »
– Annick Brazeau, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Les demandes de la campagne

Les maisons membres du Regroupement et les maisons alliées appellent le gouvernement du Québec à :

1- Accorder un financement récurrent stable de 57 millions de dollars sur 3 ans pour répondre aux besoins des femmes et des enfants et faire reculer la violence conjugale dans nos communautés

2- Assurer un financement équitable entre toutes les maisons.

3- Garantir une reconnaissance salariale juste et équitable, alignée sur les autres secteurs.

« Les maisons d'hébergement ne sont pas un luxe. La violence conjugale n'a que faire des impératifs budgétaires. Si la sécurité est une réelle priorité du gouvernement de Monsieur Legault, elle doit s'appliquer aussi aux femmes et aux enfants qui sont des milliers à vivre de la violence conjugale. On ne peut se contenter de les protéger à moitié. »
– Mélanie Guénette, déléguée régionale de Laval au Conseil des régions du Regroupement.

Pour en savoir plus sur la campagne « On ne protège pas les femmes à moitié » : cliquez ici.

La FQPN exige le retrait de l’article sur l’avortement du projet de loi constitutionnelle

14 octobre 2025, par Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), Ginette Lw — , ,
Montréal, 9 octobre 2025 - La Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) exige le retrait de l'article sur l'avortement du projet de loi constitutionnelle (…)

Montréal, 9 octobre 2025 - La Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) exige le retrait de l'article sur l'avortement du projet de loi constitutionnelle présenté aujourd'hui par le Ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette à l'Assemblée nationale. L'article 29 des principes fondateurs énonce que "L'État protège la liberté des femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse."

L'avortement est un droit fondamental, pas une liberté que le gouvernement devrait se permettre d'instrumentaliser à des fins électorales. Les femmes ont toujours eu et auront toujours recours à l'avortement, peu importe son statut légal. L'inscription de l'avortement dans [le projet de loi constitutionnelle est irresponsable et la FQPN rejette cette formulation hasardeuse qui n'a pas été rigoureusement évaluée par un comité d'expert.es. Les femmes du Québec ne sont pas des cobayes législatifs.

Considérant que cette "loi des lois" peut être modifiée comme n'importe quelle autre loi par majorité simple et peut donc être amendée pour inclure des restrictions, ce projet de loi constitutionnelle ouvre la voie à la judiciarisation. Les mouvements anti-avortement à travers le Québec et le Canada attendent un tel projet depuis 1988.

"Combien de fois allons-nous devoir éduquer le gouvernement de François Legault sur les dangers de légiférer sur l'avortement ? Dans son point de presse, M. Jolin-Barrette a remercié les centaines de femmes qui se battent pour le droit à l'avortement, mais visiblement il ne les écoute pas," dit Jess Legault, coordonnatrice générale de la FQPN. "Il n'est pas non plus anodin que le libellé propose une protection à la liberté des femmes d'avoir recours à l'avortement, se dédouanant ainsi de garantir le droit et l'accès."

Le rôle de la FQPN est la défense des droits sexuels et reproductifs, et a le devoir de prévoir plus loin que les prochaines élections. Elle refuse le sentiment d'urgence imposé par une année préélectorale, et se questionne sur la légitimité de toute constitution élaborée sans démarche de consultation citoyenne ni de débat public. Le Québec résiste à la Constitution canadienne depuis plus de quarante ans, donc la population québécoise peut certainement se permettre un moment de réflexion supplémentaire. Le risque de recul du droit à l'avortement est trop grand pour se précipiter.

La Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) est un regroupement national en défense de droits et d'éducation populaire en santé sexuelle et reproductive depuis 1972.

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Journée nationale des centres de femmes : Révolution’R pour transformer le monde !

14 octobre 2025, par L'R des centres de femmes du Québec — , ,
Montréal, le mercredi 8 octobre 2025 – Hier, comme tous les 1ers mardis de chaque mois d'octobre depuis maintenant 23 ans, L'R des centres de femmes du Québec et ses membres (…)

Montréal, le mercredi 8 octobre 2025 – Hier, comme tous les 1ers mardis de chaque mois d'octobre depuis maintenant 23 ans, L'R des centres de femmes du Québec et ses membres soulignaient leur journée nationale.

C'était sous le thème : Révolution'R pour transformer le monde ! que les centres ont célébré cette journée.

Des centres de femmes partout au Québec

Ce sont près de 75 centres de femmes, répartis sur l'ensemble du territoire québécois, qui ont ouvert leur porte pour accueillir les femmes de leur communauté lors de cette journée, soit par une activité porte-ouverte, pour l'inscription à leurs activités d'automne-hiver ou pour un évènement spécial.

« Les centres font un travail essentiel auprès des femmes de partout au Québec qui trouvent dans ces milieux de vie l'aide dont elles ont besoin. En plus d'offrir un espace d'accueil et d'entraide, les centres agissent collectivement pour bâtir un monde plus égalitaire » souligne Mme Nadia Morissette, co-coordonnatrice à L'R des centres de femmes du Québec.


En action avec la Marche mondiale des femmes 2025

En alliance avec les actions de la marche mondiale des femmes, cette journée nationale était aussi l'occasion de se mobiliser avec d'autres féministes vers une société plus juste.

« Dans le contexte socio-politique actuel, avec la montée des droites qui menace les droits des femmes et nos conditions de vie, il faut plus que jamais unir nos forces pour transformer le monde. » conclut madame
Morissette.

30-

L'R des centres de femmes regroupe près de 75 centres de femmes répartis dans les 17 régions du Québec. Ceux-ci travaillent à l'amélioration des conditions de vie des femmes par leurs services, les activités éducatives offertes et les différentes actions collectives auxquelles ils prennent part.

Agrandissement du port de Montréal à Contrecoeur : Un nouveau Northvolt ?

14 octobre 2025, par Germain Dallaire — , ,
En système capitaliste, il y a des lois implacables qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu Le Capital de Karl Marx pour comprendre. Parmi ces lois, il y a la recherche du (…)

En système capitaliste, il y a des lois implacables qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu Le Capital de Karl Marx pour comprendre. Parmi ces lois, il y a la recherche du moindre coût. C'est une loi dont l'application se vérifie dans le commerce maritime. Plus les navires sont gros, plus ils transportent de marchandise et moins ça coûte cher à l'unité. C'est ce qu'on appelle l'économie d'échelle.

Germain Dallaire

Quand on parle de transport maritime, on parle surtout de porte-conteneurs dont on calcule la capacité en nombre d'EVP (équivalents vingt pieds). La norme actuellement est de bateaux transportant 14 000 EPV mais il en existe pouvant contenir jusqu'à 25 000 EPV. Évidemment, plus les navires sont gros, plus ils demandent du tirant d'eau. C'est ainsi que ceux à 14 000 EPV ne peuvent remonter la voie maritime du Saint-Laurent en amont de Québec. Résultat, le port de Montréal est limité à des navires d'une capacité de 4 500 EPV. C'est un sérieux handicap qui ne date pas d'hier puisque la voie maritime du Saint-Laurent est en déclin depuis 25 ans. De 2001 à 2023, la part de conteneurs provenant du Midwest américain et transitant par cette voie est passée de 50% à 9%. Le présent et l'avenir est aux ports en eaux profondes permettant d'accueillir des super-navires toujours plus gros.

L'agrandissement du port de Montréal à Contrecoeur est dans les cartons depuis plusieurs décennies. Sûrement en bonne partie à cause de cette évolution du trafic maritime, on ne trouvait pas de gestionnaire privé. De plus, le dragage mettrait sérieusement en danger la survie du chevalier cuivré, cataloguée espèce en péril. Ce à quoi il faut ajouter la disparition d'un milieu naturel plus grand que le site de Northvolt avec tout ce que cela veut dire en terme d'abattage d'arbres, de disparition de milieux humides et de précarisation accrue de la rainette faux-grillon.

Au port de Montréal, les tendances fortes de l'économie n'ont pas changé. Le volume de transit des conteneurs est au mieux, stagnant. C'est dire, en 2024 les chiffres étaient inférieurs à ceux de l'année pandémique de 2020 : 1,5 million d'EPV comparé à 1,6. La capacité du port est de 2,1 millions d'EPV…

L'arrivée de Donald Trump au pouvoir et l'élection de Marc Carney a changé radicalement le portrait. Avec la loi c-5, les questions environnementales ont potentiellement pris l'bord et le développement des échanges commerciaux avec l'Europe est devenu la bouée de sauvetage. C'est ainsi qu'en l'espace de quelques semaines, l'agrandissement de Contrecœur est passé de vague fantasme de gestionnaire à une urgence nationale. Il est maintenant en tête de liste des grands projets industriels prioritaires. On parle d'investissements de 2,3 milliards. Les gouvernements ont allongé les millions (fédéral : 400, Banque d'Infrastructure Canadienne : 300, provincial : 260, port de Montréal : 480) et on a fini par dénicher un promoteur privé à des conditions qui sont secrètes mais qu'on peut deviner hyper-alléchantes. La société choisi est DP World de Dubai, une société écartée en 2006 de l'exploitation de 21 ports par le gouvernement américain pour des raisons de sécurité nationale et dénoncée en 2023 en Australie pour n'avoir pas payé d'impôt pendant huit ans. Cette société est reconnue pour l'automatisation des opérations portuaires. Si elle est moyen-orientale, elle a un vernis local puisque La Caisse détient 45% des actions des ses filiales au Canada, en Australie et en République Dominicaine.

Sur le terrain, ça bouge pas vite mais le relations publiques du Port semblent en mode hyper-vigilance un peu comme un enfant à qui on a donné un nouveau jouet qu'il n'espérait plus. À Contrecœur et Verchères fin juillet, c'était branle-bas de combat : soirées portes ouvertes avec une armée de relationnistes tout sourire, de belles photos et de beaux graphiques, biscuits santé et bouteilles d'eau en prime. On annonçait le début des travaux pour le 29 septembre. La date fatidique arrivée : rien. La semaine précédente cependant, on avait coulé des dalles de béton aux extrémités du site pour accueillir les enseignes. L'image avant tout ! Le 30, Alexandre Shields signe un article dans Le Devoir pour souligner l'absence de travaux. Le lendemain, montrant son extrême sensibilité, la direction du Port de Montréal tient une conférence de presse pour annoncer que l'année qui vient servira à la préparation du terrain, entendre abattage d'arbres, nivellement du terrain et aménagement de routes. Le surlendemain, la direction du port en ajoute une couche en annonçant qu'il pourrait accueillir des porte conteneurs transportant jusqu'à 8 000 EVP. Les riverains de Contrecoeur, Verchères et Varennes ont sûrement avalé leur café de travers en l'entendant puisqu'ils font déjà face à un problème sérieux d'érosion des berges. Cette annonce est pour le moins étonnante dans la mesure où c'est la première fois qu'on mentionnait une telle chose. Un navire transportant 6000 EVP a déjà atteint Montréal mais c'était expérimental. On savait la directrice du port très imaginative lorsqu'elle a parlé de construire des navires plus imposants que les 4 500 EVP pouvant « soulager » d'une partie de leur cargaison les super-conteneurs à Québec mais avec cette affirmation, elle se surpasse.

Tout çà sent évidemment la précipitation, la pensée magique et l'enfumage à plein nez. Comme pour Northvolt, on fait face à un projet hyper-dopé par un volontarisme politique débridé malgré des faiblesses majeures évidentes.

Financés par les fonds publics, les travaux de mise en forme du terrain semblent destinés à se réaliser. Par la suite, on devrait passer aux travaux en eaux qui s'annoncent colossaux pour un quai de 675 mètres et le dragage à une profondeur minimum de quarante pieds sur une superficie équivalente à 20 terrains de football. On entre ici dans l'os parce que c'est justement là l'habitat essentiel du chevalier cuivré. Ottawa n'a pas encore exercé le pouvoir discrétionnaire que lui donne C-5. Selon la direction du port, le dossier est complet et la décision de Pêche et Océan Canada devrait être connu dans les prochains mois. Pour compenser la destruction de l'habitat essentiel du chevalier cuivré, la direction du port met de l'avant une « solution » réputée inefficace consistant à créer de toute pièce un habitat ailleurs. Dans ce cas-ci, les Îles de Boucherville quarante kilomètres en amont et l'Ile aux Bœufs, une dizaine de kilomètres en aval. La protection de l'habitat de la rainette faux-grillon est également en jeu. Assistera-t-on à une décision tordue ou encore à un coup de force du fédéral ? La question se pose.

Quoiqu'il en soit, les embûches sont nombreuses et pour le moins consistantes. En bout de ligne, aboutirons-nous à un nouveau Northvolt (milieu naturel saccagé et arrêt du projet) ou encore à un port hyper-automatisé venant canibaliser le port de Montréal permettant ainsi d'affaiblir un syndicat dont la puissance a toujours représenté un irritant majeur pour le patronat ? Le comité Vigie citoyenne port de Contrecœur (vigieportdecontrecoeur.com) organise une manifestation le 26 octobre prochain.

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Fuite toxique chez STABLEX : plomb, mercure, cadmium, manganèse

14 octobre 2025, par Climat Québec, Coalition des citoyens de Blainville contre la cellule #6 de Stablex — , ,
Blainville, le mercredi 8 octobre 2025 – La Coalition des citoyens de Blainville contre la cellule #6 et Climat Québec dénoncent une fuite toxique d'un camion devant l'usine de (…)

Blainville, le mercredi 8 octobre 2025 – La Coalition des citoyens de Blainville contre la cellule #6 et Climat Québec dénoncent une fuite toxique d'un camion devant l'usine de Stablex.

Le 21 août, lors d'une vigie citoyenne, un camion sortant de l'usine a déversé plus de 1 300 litres de liquide toxique sur le boulevard Industriel. Le déversement s'est écoulé directement dans un égout pluvial menant au ruisseau Locke Head, sans traitement préalable, exposant la population et l'écosystème à des substances dangereuses.

« Comment se fait-il que ce soient les citoyens qui doivent surveiller Stablex, prélever les échantillons et payer de leur propres poches les analyses de laboratoire ? » s'indigne Marie-Claude Archambault, porte-parole de la Coalition.

« Deux sur deux ! C'est le deuxième échantillon que nous faisons analyser, et une fois encore ce n'est pas un petit mais des énormes dépassements des normes environnementales. Pendant ce temps, le gouvernement de la CAQ se rend complice de la pollution de Stablex en autorisant ses activités, et la mairesse Liza Poulin s'enlise dans le laxisme en se cachant derrière une autre firme en conflit d'intérêts avec sa campagne d'échantillonnage », dénonce Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec.

8 métaux dangereux pour la santé en dépassement des normes

Un échantillon prélevé par les citoyens et analysé par Bureau Veritas, puis évalué par l'écotoxicologue Daniel Green, confirme la présence de métaux lourds neurotoxiques et cancérigènes en dépassement des normes de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) selon le Critère C, « Rejet dans un cour d'eau ou égouts pluvial ».

Les résultats démontrent :

8 métaux en dépassement : Le plomb (42 fois la norme), le mercure (38 fois la norme), et le manganèse (8,7 fois la norme) sont des substances neurotoxiques affectant le système nerveux. Le cadmium (4 fois la norme) est cancérigène reconnu, toxique pour les reins et les poumons. Et finalement le cuivre (1.7 fois la norme) le zinc (2.7 fois la norme) et le sélénium (4 fois la norme) sont toxiques pour les poissons. Il y a aussi des dépassements pour l'aluminium (3.7 fois la norme).

2 autres polluants excédentaires : l'azote ammoniacal (3 fois la norme), toxique pour la faune aquatique, et les phénols, substances toxiques et corrosives qui sont tous deux des menaces directes pour la faune et la qualité de l'eau.

Une menace directe pour la population et l'environnement

Ce déversement, capté en photos et vidéos par les citoyens présents ce soir-là, constitue un danger immédiat pour la santé publique et les écosystèmes locaux. Le fait que les égouts pluviaux de Blainville se déversent directement dans le ruisseau Locke Head sans passer par un centre de traitement accentue considérablement le risque de contamination.

Les pompiers de Blainville complètement dépassés

Les citoyens présents ont contacté le 911 et Urgence-Environnement pour déclarer la situation. Ce sont les pompiers de Blainville qui se sont déplacés. Ils n'ont fait que le test de la languette qui a révélé un PH neutre et se sont permis de conclure que rien n'indiquait la présence de contamination possible. Cela dénote un manque de compétence flagrant concernant les analyses toxiques et démontre que les pompiers ne sont pas habilités à intervenir dans une telle situation. Climat Québec et la Coalition demande à ce que des experts toxicologiques d'urgence environnement soient mandatés pour intervenir dans l'avenir.

Deux en deux : les preuves s'accumulent contre Stablex

Depuis des années, les citoyens redoutent que Stablex relâche des substances toxiques dans l'environnement. Après l'échantillonnage citoyen de décembre 2023 confirmant la contamination des sols et de l'eau, voici une deuxième preuve documentée. La Coalition et Climat Québec s'interrogent : imaginez ce que révélerait une surveillance régulière des activités de Stablex ! Comment expliquer que la santé publique et le ministère de l'Environnement continuent de fermer les yeux ?

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Faire front pour le Québec

14 octobre 2025, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
De plus en plus de Québécoises et de Québécois ont du mal à se loger et à joindre les deux bouts. Nos services publics sont affaiblis par l'austérité et la centralisation. Nos (…)

De plus en plus de Québécoises et de Québécois ont du mal à se loger et à joindre les deux bouts. Nos services publics sont affaiblis par l'austérité et la centralisation. Nos gouvernements ne font rien face à la crise climatique. Nous ne pouvons rester silencieux devant des gouvernements qui jettent l'éponge au lieu de résoudre les problèmes qui préoccupent les gens. Nous devons faire front.

Pour le Québec

Nous devons faire front pour le Québec qu'on veut.

Nous allons faire front pour un Québec qui veut en mettre plus dans les poches des travailleuses et des travailleurs plutôt que de casser les syndicats. Faire front pour avoir un gouvernement qui passe moins de temps à se pavaner avec les patrons.

Nous devons faire front pour un Québec qui s'occupe de son monde et qui mise sur nos services publics en cessant de nourrir la bête de la privatisation.

Nous allons faire front pour la planète et pour que nos gouvernements cessent de remettre les actions à mener face à la crise climatique. Nous allons faire front pour un Québec qui se relève les manches et développe de grands projets de transport collectif.

La CSN fait front pour un autre Québec. Un Québec d'abord et avant tout pour celles et ceux qui le façonnent chaque jour : les travailleuses et les travailleurs.

Le 29 novembre, grand rassemblement public à Montréal

Dans les prochaines semaines, des actions se tiendront dans les différentes régions pour que le Québec fasse front avec nous. En nous faisant voir et entendre, nous nous assurerons que notre parole résonne.

Un grand rassemblement public est prévu le 29 novembre à Montréal à 13h30 à la Place du Canada, à la veille de l'entrée en vigueur de la loi 14 qui vient brimer le droit de grève. C'est un rendez-vous incontournable auquel toutes les forces vives de notre société sont conviées pour manifester haut et fort notre ras-le-bol devant l'attitude méprisante du gouvernement actuel.

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Les 3 thèmes

Faire front pour les travailleuses et les travailleurs

S'attaquer aux organisations syndicales, c'est d'abord et avant tout s'attaquer aux travailleuses et aux travailleurs. C'est s'attaquer aux préposé-es aux bénéficiaires, aux éducatrices en CPE et celles en éducation, aux enseignantes, aux employé-es en épicerie, aux travailleurs de la forêt.

C'est aussi s'attaquer aux contre-pouvoirs, puisque les organisations syndicales servent aussi de rempart afin de s'opposer aux positions politiques contraires au bien de toutes et de tous. La CSN a toujours soutenu les organisations communautaires et les groupes sociaux progressistes. Nous affaiblir c'est affaiblir l'ensemble de la société.

Les partis politiques doivent s'engager à retirer les lois et les projets de loi s'attaquant aux travailleuses et aux travailleurs.

Faire front pour l'Etat social

L'État social c'est la base de la solidarité et de l'équité.

L'État social, c'est ce qui nous permet de vivre ensemble et de redistribuer la richesse créée collectivement pour que tous et toutes puissent en profiter. Cette équité est fragile et doit absolument être préservée.

Nos services publics sont depuis des décennies sous-financés et ils se détériorent depuis trop longtemps. Que ce soit la présence de plus en plus pernicieuse du privé en santé, l'état pitoyable de nombreux bâtiments dans le réseau de l'éducation, ou les coupes touchant les services publics et les différents ministères, la détérioration de l'État social doit cesser.

Les partis politiques doivent s'engager à financer les services publics québécois à la hauteur des besoins de la population.

Faire front pour la planète

Les défis que nous impose la crise climatique sont immenses.

Les partis politiques au pouvoir depuis des décennies se sont refusés à prendre les moyens pour y faire face. Au contraire, on semble maintenant naviguer en sens contraire.

Ce ne sont pas des infrastructures encourageant une utilisation toujours plus répandue de la voiture – comme le 3e lien –, qu'il nous faut.

Les partis politiques doivent s'engager à prendre immédiatement les moyens d'assurer une transition juste pour créer des emplois d'avenir en, notamment, finançant les transports collectifs à la hauteur des défis auxquels nous faisons face.

Déclaration le Québec qu'on veut

Le Québec doit faire mieux.

→ Mieux pour les milliers de travailleuses et de travailleurs qui peinent à se loger malgré leur emploi.

→ Mieux pour celles et ceux qui peinent à joindre les deux bouts malgré leur travail.

→ Mieux que les scandales économiques coûteux qui font la manchette.

→ Mieux que les réformes qui centralisent nos services publics.

→ Mieux que l'austérité qui réduit l'état des services en éducation, en santé et des services sociaux.

→ Mieux pour les milliers de familles qui attendent une place dans les services de garde éducatifs.

→ Mieux aussi pour l'avenir de notre planète.

Nous voulons un Québec qui s'engage dans la transition juste en créant des emplois durables dans des secteurs économiques verts comme le transport collectif.

C'est le Québec que désirent des milliers d'entre nous. Mais ce n'est pas celui du gouvernement caquiste et de ses allié-es. Il arrive au vote avec un bilan loin d'être reluisant.

Plutôt que de traiter les problèmes qui préoccupent la population, il casse du sucre sur les travailleuses et les travailleurs et propose des projets de loi qui ne profitent qu'aux patrons.

Nous devons faire front ensemble pour un autre Québec. Un Québec d'abord et avant tout pour celles et ceux qui le façonnent chaque jour : les travailleuses et les travailleurs.

Nous devons exiger que tous les partis politiques s'engagent pour défendre les droits des travailleuses et des travailleurs, pour préserver l'État social et pour assurer l'avenir de notre planète.

Nous demandons aux partis politiques de s'engager à retirer les lois et les projets de loi s'attaquant aux travailleuses et aux travailleurs. Nous exigeons qu'ils s'engagent à financer les services publics québécois à la hauteur des besoins de la population. Nous leur demandons finalement de prendre immédiatement les moyens d'assurer une transition juste pour créer des emplois d'avenir.

Le Québec de l'avenir doit donner les moyens aux travailleuses et aux travailleurs de bien vivre. On imagine un Québec fier de consolider ses services publics et de bâtir une économie verte qui crée des emplois durables.

Citoyennes et citoyens, faisons front pour le Québec !

Pourquoi la CSN lance la campagne Faire front

Le gouvernement caquiste est en pleine débâcle et il a pris la décision de terminer son règne en se campant dans un programme résolument à droite, contre l'intérêt des travailleuses et des travailleurs et contre l'intérêt de la grande majorité de la population.

Les citoyennes et les citoyens ont perdu confiance dans les troupes de François Legault en raison de la crise du logement, de l'effritement des services publics, des scandales coûteux comme SAAQclic, Northvolt ou du troisième lien et de l'urgence climatique.

Mais le gouvernement ne cherche plus de solutions à ces problèmes, il pointe des coupables. Ces boucs émissaires préférés, ce sont les citoyennes et les citoyens issus de l'immigration et les syndicats. Ce gouvernement revanchard n'a pas digéré que des milliers de travailleuses et de travailleurs remportent des victoires syndicales majeures dans les dernières années. Après le projet de loi 89 qui réduit notre droit de grève, il s'en prend maintenant au droit démocratique de s'unir, pour faire taire toute opposition et pour faciliter la mise en place de son plan d'austérité et d'affaiblissement des services publics afin de mieux les livrer aux intérêts privés.

Une droite qui s'attaque aux travailleuses et aux travailleurs

Derrière ce gouvernement, il y a une droite plus conservatrice que jamais qui s'attaque au modèle québécois du vivre ensemble. Une droite qui agite des épouvantails créant la division. Pendant que la CAQ divise, elle s'unit derrière les patrons d'ici et même ceux venus d'ailleurs. Des patrons comme ceux d'Amazon qui préfèrent se priver de profits plutôt que de respecter nos lois. Des élu-es qui tentent par tous les moyens d'affaiblir nos services publics dans le but de faire plaisir aux partisans de la privatisation.

La population n'est pas dupe. Elle voit bien que les attaques contre les syndicats et les personnes issues de l'immigration ne sont qu'une tentative de diversion pour faire oublier un bilan désastreux. Qu'ont-ils bâti pendant sept ans au pouvoir pour les Québécois et les Québécoises ?

Avec l'élection de Trump et d'autres dirigeants et dirigeantes d'une droite dure partout dans le monde, on aurait pu espérer que nos élu-es, particulièrement de la part de ceux qui se vantaient d'être nationalistes, adoptent un autre ton. Plutôt que de se distancer des politiques effrayantes de nos voisins du Sud, le gouvernement prépare un DOGE québécois pour s'acharner contre nos services publics. Ses priorités sont de casser la voix des travailleuses et des travailleurs en attaquant les syndicats, de s'en prendre aux immigrantes et aux immigrants et de plaider pour la loi et l'ordre. Ce virage conservateur est à des lieux du Québec qu'on veut, du Québec dont nous sommes fiers.

Danger pour la santé des Québécois-e-s | La FIQ dénonce l’exode des perfusionnistes cliniques

14 octobre 2025, par Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — , ,
Il y a des chiffres qui devraient faire frémir n'importe quel ministre de la Santé. Près de la moitié des diplômées en perfusion clinique formées au Québec depuis 2018 ont (…)

Il y a des chiffres qui devraient faire frémir n'importe quel ministre de la Santé. Près de la moitié des diplômées en perfusion clinique formées au Québec depuis 2018 ont quitté la province. La cohorte 2023-2025, qui devait ajouter dix nouvelles perfusionnistes cliniques dans nos hôpitaux, en a déjà perdu cinq qui sont parties pratiquer ailleurs au pays.

Et pendant que ces professionnelles formées ici partent sauver des vies sous d'autres cieux, les Québécois-e-s attendent trop souvent une chirurgie cardiaque qui n'arrive pas à temps.
La réalité est brutale : le Québec forme des perfusionnistes cliniques avec l'argent public, mais ne leur offre pas les conditions nécessaires pour rester. On les perd à cause de conditions de travail peu attrayantes, de la surcharge de travail et d'un manque de reconnaissance flagrant. Et chaque départ fragilise un peu plus le réseau public de santé.

Le rôle de la perfusionniste clinique est pourtant vital. C'est elle qui fait fonctionner la machine cœur-poumon pendant une chirurgie cardiaque, maintenant en vie le ou la patient-e pendant que le cœur est arrêté. Sans perfusionniste, il n'y a tout simplement pas d'opération possible.

Or, notre réseau compte à peine 70 perfusionnistes pour tout le Québec. Une vingtaine de postes sont vacants, et l'âge moyen de la profession est de 44 ans. Cela veut dire que plusieurs approchent de la retraite, sans relève en vue. C'est une bombe à retardement qui met directement en péril l'accès à des soins spécialisés pour les Québécois-e-s.

Les écarts de salaires expliquent largement cet exode. Ici, une perfusionniste clinique débute à 27 $ l'heure, pour un maximum de 50,39 $ après plusieurs années d'expérience. En Ontario, le salaire moyen dépasse 67 $ l'heure. Aux États-Unis, il grimpe à 86 $ en moyenne, et peut atteindre plus de 150 $ l'heure. À ce tarif, on comprend que la tentation est forte.

Le gouvernement aime parler de modernisation, mais la vérité, c'est qu'il laisse dépérir des expertises essentielles. On investit des millions dans des mégaprojets informatiques, pendant que des perfusionnistes cliniques quittent leurs postes par épuisement ou par dépit. Ce n'est pas un logiciel qui fera battre le cœur d'un-e patient-e en salle d'opération.

Chaque perfusionniste clinique qui quitte le Québec, c'est une salle d'opération qui tourne au ralenti, un-e patient-e de plus sur la liste d'attente, un risque accru de décès évitable. Derrière les chiffres, il y a des visages, des familles et des drames.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ demande au gouvernement de réagir avant qu'il ne soit trop tard : améliorer les conditions de travail, reconnaître la complexité du rôle et stopper l'hémorragie. On ne peut pas prétendre protéger la santé des Québécois-es tout en laissant s'effondrer les fondations mêmes du réseau.

Chaque poste vacant n'est pas qu'une donnée dans un tableau : c'est un-e patient‑e qui attend, parfois en vain. Il est temps que le gouvernement comprenne que ce n'est rien de moins qu'une question de vie ou de mort.

Julie Bouchard
Présidente de la FIQ

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Déclaration de solidarité des organisations québécoises des arts de la scène avec la Palestine

Plus de vingt organisations québécoises des arts de la scène ont signé une déclaration de solidarité envers la Palestine initiée par le collectif theatre4palestine, qu'elles (…)

Plus de vingt organisations québécoises des arts de la scène ont signé une déclaration de solidarité envers la Palestine initiée par le collectif theatre4palestine, qu'elles ont lue le 26 septembre dernier au M.A.I. (Montréal, arts interculturels), dans le cadre de l'exposition The Lost Paintings : A Prelude to Return, réunissant 53 artistes palestinien·ne·s.

Nous, directions d'organisations québécoises des arts de la scène, prenons la parole pour répondre à l'appel à la mobilisation lancé par nombre de confrères et consœurs d'ici et d'ailleurs, activistes, artistes, spécialistes et organisations, qui unissent leur voix pour dénoncer l'occupation illégale de la Palestine par Israël. Tandis que nous entrerons dans quelques jours dans une troisième année d'un effacement méthodique de la population palestinienne, nous ne pouvons plus douter des intentions génocidaires du gouvernement israélien. Face à ce constat, le silence n'est tout simplement plus une option.

Si les journalistes ne sont pas autorisés en territoire palestinien et que la réalité vécue là-bas nous demeure cruellement cachée, certaines vérités ne peuvent plus être niées. Ainsi, le 22 août dernier, l'état de famine a-t-il été officiellement déclaré par l'ONU dans la bande de Gaza. Une population entière est forcée de se déplacer vers des camps coupés de toute aide humanitaire et pris comme cibles de bombardements. L'utilisation de la faim comme arme de guerre, la destruction massive des infrastructures civiles, dont les hôpitaux, et les frappes aveugles répétées contre la population confirment que nous sommes face à un génocide. Maintenant que l'ONU le reconnaît officiellement, il est impensable d'attendre les années qu'il faudra à la Cour internationale de justice pour en arriver à la même conclusion avant de choisir de quel côté de l'Histoire nous voulons nous tenir.

Si nous croyons que toute vie a une valeur égale, qu'elle soit canadienne, israélienne, palestinienne ou autre, il faut agir en cohérence contre la destruction programmée d'un peuple. Alignés sur les valeurs d'empathie et d'altérité qui animent nos lieux et nos oeuvres, nous plaidons pour l'égalité des droits pour toutes les personnes vivant sur le territoire israélo-palestinien​ et pour que cesse enfin l'occupation continue de la Palestine par Israël​ dans le respect du droit international.

Au lendemain de la décision du gouvernement canadien de reconnaître l'État de la Palestine, il est maintenant capital de nous assurer que cette affirmation dépasse la simple portée symbolique et devienne un véritable levier de changement. Tant qu'Israël sera en violation du droit international, nous demandons à Ottawa d'accompagner ses paroles de sanctions concrètes, qu'elles soient diplomatiques ou commerciales, et de mettre fin immédiatement aux ventes directes ou indirectes de matériel militaire à Israël. La solidarité internationale est une obligation morale face aux crimes contre l'humanité. Celle-ci exige de nous le courage de poser des gestes politiques francs et cohérents.

À notre tour, nous appelons chacune et chacun à joindre leur voix au concert de celles qui s'élèvent pour marteler que l'inaction est intenable et réclamer la fin de l'oppression du peuple palestinien.

Signataires

Sylvain Bélanger et Mélissa Pietracupa, Centre du Théâtre d'Aujourd'hui

Édith Patenaude et Mayi-Eder Inchauspé, Espace GO

Félix-Antoine Boutin et Julie Mamias, Espace Libre

Martine Dennewald, Jessie Mill et Sandra O'Connor, Festival TransAmériques (FTA)

Olivier Bertrand, La Chapelle, Scènes contemporaines

D. Kimm et Gaétan Paré, Les Filles électriques / Festival Phénomena

Claudel Doucet et Éva Patenaude, LA SERRE – arts vivants

South Miller et Jacob Brindamour, Les Sages Fous / La Fabrique de théâtre insolite

Camille Larivée, Montréal, arts interculturels

Kim-Sanh Châu et Mari Deckers, Studio 303

Julie Deschênes, Tangente

Charles Bender, Marco Collin, Marcelle Dubois, Olivier Ducas, Anne-Marie Guillemaine, Xavier Huard, Francis Monty, Marilyn Perreault, Annie Ranger, Claudine Robillard, Théâtre Aux Écuries

Catherine Vidal et Xavier Inchauspé, Théâtre de 4'SOUS

Jean-Simon Traversy, David Laurin et Amélie Duceppe, Théâtre Duceppe

Geoffrey Gaquère et Étienne Langlois, Théâtre du Nouveau Monde

Mani Soleymanlou, Théâtre français du CNA

Maxime Burgoyne-Chartrand et Michel Nadeau, Théâtre La Bordée

Philippe Lambert et Hélène Rioux, Théâtre La Licorne

Olivier Arteau et Marc-Antoine Malo, Théâtre Le Trident

Philippe Cyr et Vincent de Repentigny, Théâtre Prospero

Sophie Corriveau, Danse-Cité

Campagne pour la culture : Il est temps de se faire entendre

14 octobre 2025, par Coalition canadienne des arts — , ,
La Coalition canadienne des arts invite les Canadiens qui ont à cœur les arts et la culture dans leur communauté à ajouter leur lettre à notre campagne facile. Nous sommes très (…)

La Coalition canadienne des arts invite les Canadiens qui ont à cœur les arts et la culture dans leur communauté à ajouter leur lettre à notre campagne facile. Nous sommes très inquiets de voir le gouvernement fédéral ignorer son propre programme de renforcement de la culture canadienne à un moment où nous en avons le plus besoin, et risquer de réduire encore davantage nos principaux mécanismes de financement.

Plusieurs milliers d'artistes et d'organismes culturels à travers le Canada sont soutenus en partie par le Conseil des Arts du Canada et le ministère du Patrimoine canadien. Cela a un impact clair et tangible sur les économies, le tourisme, la santé et le bien-être, le sentiment d'appartenance et les identités partagées qui façonnent notre pays. Il est temps d'investir dans nos communautés, notre économie et notre nation en réinvestissant dans les arts et la culture.

Nous avons une campagne de lettres à laquelle vous pouvez consacrer 20 secondes ou quelques minutes de plus pour raconter votre histoire.

1. Envoyez votre lettre par le biais de notre campagne New/Mode

New/Mode est un programme qui vous fournit automatiquement notre modèle, vous permet d'indiquer votre code postal et la lettre est envoyée là où vous le souhaitez - à votre ainsi qu'au Premier ministre, au ministre des Finances, au ministre de l'Innovation, de la Science et de l'Industrie du Canada et au ministre du Patrimoine. C'est simple !

Nous savons que tout le monde est occupé, et si vous n'avez que la capacité de signer et d'envoyer, c'est très bien !

Si vous avez quelques minutes pour ajouter un court paragraphe en haut de la lettre type, c'est encore mieux. Les chiffres sont importants, mais ce sont les exemples concrets d'impact à travers le pays qui feront la différence.

Vous pouvez voir quelques exemples ici.

Tout ce que vous pouvez faire pour montrer au gouvernement que les arts sont importants pour vous et votre communauté. vous et votre communauté et qu'ils renforcent notre sentiment d'appartenance au Canada. Plus c'est tangible, mieux c'est.

2. Utilisez votre lettre pour parler à votre député

Maintenant que vous avez exposé votre point de vue dans votre lettre, vous disposez de toutes les informations nécessaires pour avoir une brève conversation avec votre député à ce sujet.

Faites suivre la lettre d'un appel téléphonique ou d'un courriel demandant un entretien à ce sujet. Ils ne prendront peut-être pas le temps, mais ils sauront que vous les avez appelés et pourquoi. C'est important.

Si vous voulez des faits et des chiffres à partager, voici les dernières informations sur l'impact de l'augmentation des investissements ! ENG / FR

Vous trouverez ici les coordonnées de votre député. Et vous pouvez nous contacter si vous avez besoin d'aide pour passer l'appel.

3. Partagez la campagne !

Nous avons besoin de tout le monde pour partager cette campagne. Partagez-la avec vos réseaux et publiez-la lorsque vous l'avez soumise !

Rendons les choses amusantes et mettons peut-être en avant votre propre histoire pour expliquer pourquoi vous participez à la campagne !

Partagez VOTRE histoire d'impact artistique dans vos réseaux sociaux lorsque vous partagez la campagne !

Assurez-vous de @canadiancoalition et @canada.council et utilisez les hashtags #onepercentforthearts #nocutstoarts #canadastrong

4. Pour les organisations : Partagez avec vos parties prenantes.

Utilisez nos échantillons pour aider votre communauté à répondre à l'appel ! Nous avons donné quelques idées sur la manière de communiquer avec les publics, les membres, les bénévoles, etc, ici.

Par ailleurs, si vous le pouvez, contactez votre député pour assurer le suivi, et accompagnez-le éventuellement d'un chef d'entreprise qui vous aidera à plaider votre cause !

Trouvez l'adresse électronique de votre député à l'adresse ourcommons.ca/members et assurez-vous de la copier dans votre courriel de soumission.

Si vous voulez des faits et des chiffres à partager, voici les dernières informations sur l'impact de l'augmentation des investissements ! ENG / FR

Informez-nous ! Vous pouvez utiliser notre formulaire simple pour nous faire savoir que vous avez envoyé votre candidature. Cela nous permet de savoir qui contacter dans quelle circonscription.

Voir les FAQ ici

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Le dernier homme

14 octobre 2025, par Mohamed Lotfi — , ,
Le dernier homme est tombé. Sa caméra est tombée avec lui. Un fracas sec, aussitôt étouffé par la poussière. Avec lui sont tombées les dernières paroles du dernier homme, un (…)

Le dernier homme est tombé. Sa caméra est tombée avec lui. Un fracas sec, aussitôt étouffé par la poussière. Avec lui sont tombées les dernières paroles du dernier homme, un souffle, un verset, un éclat de foi lancé à la face de ce qui reste du monde.

Pour annoncer le cessez-le-feu à Gaza, le dernier homme a chanté : « Lorsque vient le secours d'Allah ainsi que la victoire… » Il chantait à découvert, d'une voix bouleversante, d'un sourire éclatant, debout sous la lumière mourante d'un lampadaire survivant, tandis que les détonations lacéraient encore l'air. Il chantait pour croire que la parole pouvait précéder la paix, que le Verbe, peut-être, pouvait suspendre la main guerrière des hommes.

Mais le feu n'avait pas cessé. Cette fois, ce ne sont pas les explosions d'en face qui ont mis fin à ses jours. Ce sont les balles des siens. Sept balles ont traversé le corps du dernier homme. Les balles de ceux qui partageaient sa langue, sa poussière, ses prières. Ceux qui craignaient sa voix plus que les bombes de l'ennemi. Depuis un bon moment déjà, le dernier homme était dans leur mire. Paleywood, qu'on le surnommait, parce qu'il bougeait comme un acteur de Bollywood. Mais dans les coulisses de l'ennemi, on l'avait identifié comme « Danger » parce qu'Il révélait au monde, avec une légèreté désarmante, toute la laideur de l'ennemi.

On le jugeait trop dangereux, non parce qu'il portait une arme, mais parce qu'il portait la mémoire. Il filmait ce qu'on ne devait pas voir, rapportait ce qu'on ne devait pas dire. La vie des survivants, les morts, les blessés, des femmes et des enfants affamés, la peur et la dignité mêlées, ce qui reste d'un hôpital, d'une école, les ruines habitées, les gestes minuscules d'une humanité têtue. Ils étaient dix mille abonnés sur sa page au début du génocide, ils sont aujourd'hui des millions par le monde à pleurer sa mort.

Ses images circulaient en dehors du périmètre, glissaient sous les frontières du mensonge. Et dans ce passage interdit, il rapportait la nouvelle, sans savoir qu'un soir, juste après avoir annoncé la fin du feu, il allait devenir, lui-même, une nouvelle. Mauvaise pour les siens, bonne pour l'ennemi. Le dernier homme venait tout juste de chanter sourate An-Naṣr(la Victoire).

Le dernier homme s'appelait Saleh Jaâfaraoui, à qui Libération avait consacré un article un mois et demi après le 7 octobre 2023. Il n'est pas mort sous les bombes, ce sont les siens qui l'ont tué, une milice armée affiliée à l'ennemi. Ceux qui ont fait un pacte avec le diable, ceux qui ont préféré le confort de la lâcheté à l'effort de la résistance. Des collabos, oui, il y en a dans toutes les guerres, dans tous les camps, dans tous les siècles. Saleh avait vingt-sept ans.

Le dernier homme est tombé ce 12 octobre 2025, mais la caméra de son iPhone tourne toujours. Elle continue de filmer la poussière, la lumière qui s'éteint, le vent qui passe sur son visage. L'œil de verre, obstiné, refuse la nuit. Il capte encore le battement du monde, ce reste de vie qui circule entre les pierres.

Dans ce regard sans paupière, quelque chose survit : une promesse, une vérité, un fragment d'éternité.
Tant que la caméra tourne, le dernier homme parle et chante encore ses derniers versets :

إِذَا جَآءَ نَصْرُ ٱللَّهِ وَٱلْفَتْحُوَرَأَيْتَ ٱلنَّاسَ يَدْخُلُونَ فِى دِينِ ٱللَّهِ أَفْوَاجًۭافَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ وَٱسْتَغْفِرْهُ ۚ إِنَّهُۥ كَانَ تَوَّابًۢا

Mohamed Lotfi
13 octobre 2025

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Le 7 octobre !

14 octobre 2025, par Mohamed Lotfi — , ,
« Personne ne devrait venir au monde à cette date. » La phrase tombe comme une pierre dans le calme du parc. Elle me la lance avec un sérieux désarmant. L'arrivée de son (…)

« Personne ne devrait venir au monde à cette date. » La phrase tombe comme une pierre dans le calme du parc. Elle me la lance avec un sérieux désarmant.

L'arrivée de son bébé était prévue pour le 7 octobre. « Il est arrivé une semaine plus tôt, au dernier jour du mois d'août. Imagine ma joie, mon soulagement », ajoute-t-elle avec un soupir.

Elle n'aime pas cette date, ni aucune autre de ce mois, ni même celles des mois qui ont suivi pendant deux longues années. Pour elle, les octobres n'augurent rien de beau. Ils sont maudits. Ils ont toujours quelque chose d'obscur, de lourd, de noir.

Cela fait une demi-heure qu'elle marche dans les allées bordées d'érables, bercée par le bruit discret des feuilles rousses d'automne. Cela fait seulement quinze minutes que nous nous connaissons. Elle m'a demandé de remplir sa bouteille à l'abreuvoir pendant qu'elle allaitait son bébé sur un banc en bois clair, légèrement penché vers le lac.

Elle lui parlait dans un arabe oriental doux et chantant. « C'est un garçon ? » lui ai-je demandé. Elle a levé les yeux vers moi, esquissé un sourire. Sa réponse a été une porte entrouverte sur une histoire vaste.

Son père est palestinien, sa mère québécoise. Elle n'a jamais mis les pieds à Gaza, mais depuis le 7 octobre 2023, elle s'y sent liée comme à une racine qui remonte soudain à la surface.

Dix mille kilomètres la séparent des explosions, mais l'écho de Gaza bat dans sa poitrine. « Si je n'avais pas été enceinte, je serais partie dans la flottille vers Gaza », dit-elle sans hésitation. Puis elle ajoute avec détermination : « Ce n'est que partie remise. ».

Elle se promet d'y aller, de prendre part à la reconstruction. « Gaza sera encore plus belle qu'avant », ajoute-t-elle, le regard illuminé.

Nous marchons. Je n'ai presque rien dit ; elle, au contraire, déroule son récit comme si elle l'avait longtemps gardé pour un inconnu disponible.

Pour elle, depuis la date maudite, le monde a vacillé comme rarement dans l'histoire : entre les bombes et les tombes, l'humanité a perdu son reflet. Les fameux droits de l'homme se sont évaporés pour ceux qui crient famine dans les décombres de Gaza. Un droit international enterré dans les fosses communes. « Et pourtant, me suis-je permis de répliquer en regardant son bébé, ce jour-là, comme à chaque jour, des enfants sont venus et continue de venir au monde »

« C'est ça que les bombes n'ont pas compris. » Me répond-elle avec un rire doux avant de poser un léger baiser sur le front de son bébé qui s'est endormi, paisible contre sa poitrine.

À la sortie du parc, elle s'arrête et me regarde droit dans les yeux : « Le 7 octobre 2123, la Palestine, toute la Palestine, sera libre depuis longtemps Incha'Allah. Les gens de toutes religions y vivront en paix. Et Gaza sera une fleur du Moyen-Orient »

Elle marque une pause, puis, juste avant que le feu vert ne se rallume, elle ajoute : « Mon mari est architecte ».

Je n'ai pas demandé si son mari était palestinien.
Nous le sommes tous !

Mohamed Lotfi
7 Octobre 2025

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Lancement de la série vidéo Portrait communautaire de Saint-Léonard

14 octobre 2025, par Table de quartier Concertation Saint-Léonard — , ,
Une incursion inspirante au cœur du milieu communautaire du quartier La Table de quartier Concertation Saint-Léonard (CSL) est fière de lancer Portrait communautaire de (…)

Une incursion inspirante au cœur du milieu communautaire du quartier La Table de quartier Concertation Saint-Léonard (CSL) est fière de lancer Portrait communautaire de Saint-Léonard, une série de 15 capsules vidéo qui met en lumière le rôle essentiel des organismes communautaires dans le tissu social du quartier. Ce projet vise à renforcer le sentiment d'appartenance à une communauté solidaire et inclusive et accroître la visibilité des organismes de Saint-Léonard.

Réalisée avec sensibilité et engagement, cette série vous propose de partir à la rencontre de 15 organismes du territoire qui, chacun à leur façon, répondent aux besoins des résident.es de Saint-Léonard. À travers des projets concrets et des visages engagés, chaque capsule dévoile l'impact bien réel du travail communautaire sur la
vie des citoyen.nes.

La série complète est disponible dès maintenant sur lachaîne youtube de Concertation Saint-Léonard ainsi que sur le site internet de CSL. Au-delà des 15 organismes présentés à travers la série, plusieurs autres ressources
essentielles sont actives sur le territoire. Pour les découvrir, visitez :
https://concertationstleonard.com/ressources

Cette série est une idée originale de Concertation Saint-Léonard réalisé par le vidéaste Valentin Proult, en collaboration avec un comité consultatif composé de l'Accueil aux immigrants de l'est de Montréal, la Maison de la famille de Saint-Léonard et le Bureau coordonnateur des services de garde en milieu familial de Saint-Léonard.

À propos de La Table de quartier Concertation Saint-Léonard :

La Table de quartier Concertation Saint-Léonard est une instance locale de concertation intersectorielles et multiréseaux et un organisme sans but lucratif qui a pour mission de rassembler des citoyen.nes, des groupes et des organismes qui désirent travailler à l'amélioration du mieux-être de la collectivité léonardoise

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Une exposition unique mets en lumière **la lutte pour les droits des travailleuses du sexe à Montréal *

14 octobre 2025, par Stella, l'amie de Maimie — , ,
8 octobre 2025 – À l'occasion de son 30e anniversaire, Stella, l'amie de Maimie – l'organisme montréalaise de défense des droits des travailleuses du sexe – lance une (…)

8 octobre 2025 – À l'occasion de son 30e anniversaire, Stella, l'amie de Maimie – l'organisme montréalaise de défense des droits des travailleuses du sexe – lance une exposition passionnante de cinq mois qui retrace l'histoire de la résistance collective au cours des 30 dernières années. En collaboration avec le MEM - Centre de mémoires montréalaises, l'exposition offre au public un aperçu unique de la manière dont les communautés montréalaises tissent des liens et créent une communauté face à des adversités communes.

Souvent, là où l'oppression est la plus dure apparaît la résistance. Le quartier historique du Red Light de Montréal en est un exemple, car il a vu naître un mouvement de défense des droits des travailleuses du sexe au
début des années 1990. Connues pour notre esprit militant et notre créativité, nous, les travailleuses du sexe de Montréal, avons largement influencé la vie publique et politique, en repoussant les limites et en faisant preuve de résilience face à l'hypocrisie morale et aux entraves répressives imposées par la société.

Créée par et pour les travailleuses du sexe, cette expo invite les visiteurs à parcourir 30 ans de résistance collective pour défendre les droits des travailleuses du sexe. Les différents sujets mettent l'accent sur la diversité de notre communauté, sur notre résilience en présence de la criminalisation, de la stigmatisation, des préjugés et de la violence, ainsi que sur des liens avec d'autres mouvements sociaux comme ceux des communautés de personnes 2SLGBTQ+, de personnes utilisatrices de drogues, de personnes en situation d'itinérance, de personnes migrantes, d'artistes, de féministes et d'autres groupes de notre ville.

L'exposition est accompagnée d'une série d'événements publics. Suivez les réseaux sociaux du MEM et de Stella pour plus de détails.

*L'exposition se tiendra du 21 octobre 2025 au 15 mars 2026
au MEM - Centre des mémoires montréalaises, 1210, boulevard Saint-Laurent.

*https://memmtl.ca/programmation/resistance-travailleuses-du-sexe
<> *

Stella, l'amie de Maimie
IG : organismestella
FB, Twitter, Bluesky : @AmiesdeStella

MEM - Centre des mémoires montréalaises
IG, FB, Twitter : @memmtl

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Marche mondiale des femmes : le Québec se mobilise le 18 octobre

14 octobre 2025, par Mégane Arseneau
Mégane Arseneau, correspondante en stage La 6e action internationale du réseau de la Marche mondiale des femmes (MMF) appelle à la mobilisation pour défendre les acquis, (…)

Mégane Arseneau, correspondante en stage La 6e action internationale du réseau de la Marche mondiale des femmes (MMF) appelle à la mobilisation pour défendre les acquis, dénoncer les inégalités persistantes et revendiquer un avenir fondé sur la justice et la paix. Au Québec, le rendez-vous est (…)

Flottilles : recension des actions de solidarité

14 octobre 2025, par Les soulèvements de la terre — , , ,
Depuis que l'armée israélienne a arraisonné la Global Sumud Flotilla et kidnappé ses équipages, des millions de personnes sont sorties dans les rues des quatre coins du globe (…)

Depuis que l'armée israélienne a arraisonné la Global Sumud Flotilla et kidnappé ses équipages, des millions de personnes sont sorties dans les rues des quatre coins du globe pour manifester leur soutien. En France, des Carrefour ont été ciblés à St Nazaire, Montreuil, Givors, Saint Denis ; les bureaux de Thalès ont été temporairement bloqués par plusieurs dizaines de cyclistes... Dans cet article, nous tentons un recensement des principales actions dont nous avons eu connaissance.

Tiré du blogue de l'auteur.

Dans la nuit du 1er au 2 octobre, l'armée israélienne a, en toute illégalité, arraisonné la Global Sumud Flotilla dans les eaux internationales et kidnappé ses équipages.

En réponse, des millions de personnes sont sorties dans les rues des quatre coins du globe pour manifester leur soutien à Gaza et à la flottille. Quelques jours plus tôt, nous appelions à amplifier les actions en soutien au peuple palestinien en ciblant les entreprises complices du génocide et de la colonisation au moment où Israël entraverait une des flottilles. ​​​​​​​Depuis le 2 octobre, des carrefours ont été ciblés à St Nazaire, Montreuil, Givors, Lempdes et à Saint Denis où les manifestants ont même eu le temps de rendre visite à McDonald's dans la foulée, les bureaux de Thalès ont été temporairement bloqués à Genevilliers par plusieurs dizaines de cyclistes, une centaine de marseillais·es ont essayé de bloquer de nouveau Eurolinks avant que la police ne les interpelle, plusieurs collages et déploiements de banderoles ont eu lieu, Mac Donald a été tagué et a vu sa vitrine brisée à Rennes, la gare de Nantes a été bloquée, plus d'une centaine de personnes se sont rassemblées à l'aéroport Charles de Gaulle dans le terminal d'où un avion civil partait pour Jérusalem transportant un colis de composants destinés au fabricant d'armes israëlien Elbit Systems avant d'être repoussées par la police...

Dans cet article, nous tentons un recensement des principales actions dont nous avons eu connaissances (celles ou nous avons reçu des photos et des récits). Mais de nombreuses autres ont sûrement eu lieu sur tout le territoire français. Et de plus nombreuses encore sont en préparation, on n'en doute pas. À l'heure ou le génocide ne fait que s'amplifier, ou des dizaines des palestiniens meurent chaque jour et ou des centaines de militants des flottilles sont détenus et torturés dans les prison israélienne, il s'agit de ne plus rien lâcher, d'amplifier les mobilisation, les blocages, et les actions.

Faites nous parvenir vos photos et vos récits sur le compte signal @briserleblocus.71 et/ou le mail briserleblocus@systemli.org. Nous ferons de notre mieux pour les mettre en avant.

Blocage de Thalès à Gennevilliers

Dans la continuité du mouvement bloquons tout et en solidarité avec les flotilles humanitaires qui tentent de briser le blocus sur Gaza, ce matin, à vélo et à pied, nous avons investi la rue, entravé la circulation et bloqué l'entrée du site de Thales Six GTS à Gennevilliers.

❌Thales fournit à Israël des composants pour les drones qui surveillent et bombardent les palestinien·nes

❌Thales vend des technologies de guerre, de répression et de contrôle qui sèment la mort de par le monde

❌Thales touche des centaines de millions d'euros d'aides et de subventions alors que l'argent manque dans tous les services publics

❌Thales arrose ses actionnaires sans augmenter réellement les salaires de ses propres travailleur·ses

Carrefour Lempdes, complice du génocide !

À 20, nous avons bloqué quelques caisses pendant 30 minutes (et 1 caddie = 1 heure de rangement). Soyons plus nombreux.ses la prochaine fois pour cette action qui peut vraiment faire perdre du chiffre d'affaires à ces grands magasins complices du génocide, qui gavent leur actionnaires et détruisent les petits commerces. ✊

Saint Nazaire - Blocage de Carrefour

Saint-Nazaire répond à l'appel au boycott des entreprises complices du génocide à Gaza.

Alors qu'une nouvelle flotille s'apprêtait à briser le blocus imposé à la bande de Gaza pour livrer de l'aide humanitaire et dénoncer le génocide en cours, Israël s'est livré à des actes de piraterie dans les eaux internationales et à enlever les nombreuxSES militantEs qui y avaient pris part.

Pour dénoncer l'hypocrisie d'un gouvernement qui reconnaît un État de Palestine et ne fait rien pour protéger les PalestinienNEs, ni ceux et celles qui leur viennent en aide, ne prend aucune sanction contre les agresseurs mais aussi pour dénoncer les entreprises complices d'Israël comme Carrefour, une action a conduit à la fermeture du Carrefour à la suite de la mobilisation pour la justice sociale, fiscale et environnementale.

Givors - Boycott du carrefour et action sur le rond point

Solidarité avec Gaza, soutien aux flottilles de la liberté et appel à boycott des complices du génocide - Z.I Carrefour Givors

Nantes - blocage de la gare

Escortés par les klaxons des automobilistes et arrivés sans encombre sur le parvis, les manifestants envahissent la gare et scandent « Libérez les flottilles, Libérez la Palestine ».

La gare se remplit et les quais débordent. Les rails sont occupés. On entend chanter « Gaza, Nantes est avec toi ! » C'est un moment de force collective avant une arrivée fracassante des CRS qui ont rattrapé leur retard. Ils se mettent à courir pour effrayer les manifestants qui se retrouvent dans les escalators des quais, en les huant. Les CRS chassent les militants jusqu'à la sortie de la gare. La foule se disperse et les forces de l'ordre entourent la gare et filtrent les sorties. Réussir à bloquer ce lieu stratégique, même quelques instants, est déjà un exploit tant il est inaccessible et militarisé à chaque manifestation.

Récit et photo tirés du média Contre-attaque

Rennes - Méga-drapeau sur République et Mac Do attaqué lors de la manif

Ça commence donc par ce méga drapeau déployé sur République. 1500/2000 personnes en manifs. Beaucoup de crs qui serent fort les manifestants. Malgré cela 150 personnes réussissent à rejoindre le mac do sur la place du Colombier. Ça tag : "mac do collabo", "free palestine". Ça met des coups de pieds et une vitre tombe de peur. Puis dispersion et à nouveau manif sauvage. Un carrefour prend aussi des coups.

plus d'infos et de photos sur le site expansive.info

Lyon - Des lasers pour Gaza !

pendant le kidnapping de nos camarades de la Global Sumud Flotilla par l'armée génocidaire, des inscriptions sont mystérieusement apparues sur l'ancien palais de justice.

Aeroport Charles de Gaulle - Rassemblement contre une livraison d'armes à Saint-Nazaire

Une centaine de personnes se sont rassemblées à l'aéroport Charles de Gaulle dans le terminal d'où un avion civil partait pour Jérusalem transportant un colis de composants destinés au fabricant d'armes israëlien Elbit Systems avant d'être repoussées par la police.

Marseille - blocage d'eurolinks et interpellations de plus de 100 personnes

Pour la troisièmle fois en moins d'un mois, à Marseille, l'entreprise Eurolinks qui fournit des armes pour l'armée coloniale a été bloquée. La manifestation a malheureusement fini nassé et 120 personnes ont été interpellées

plus d'infos sur https://mars-infos.org/repression-de-la-manif-contre-8197

Saint Denis - Blocage de carrefour

Action de blocage ce jeudi 2 octobre au Carrefour Basiqique à Saint-Denis à l'initiative du Comité Palestine de Saint-Denis et « Bloquons tout Saint-Denis » en présence de BDS 93 ✊🇵🇸 Avec des prises de parole BDS sur chaque lieu de blocage dont Carrefour et Mc Donald's.

Montreuil - Blocage du carrefour

Ce samedi 04 octobre, le Carrefour de la Mairie de Montreuil très perturbé par solidarité contre le génocide en Palestine.

Après avoir bloqué celui de Saint-Denis jeudi 02/10, la Campagne BDS France Paris-Région Parisienne frappe à nouveau l'enseigne qui nourrit l'armée génocidaire et profite de la colonisation de la Palestine par ses filiales présentent dans 3 colonies illégales israéliennes depuis 2022.

Saint Denis - Blocage du mac do

Dimanche 5 octobre, plusieurs groupes aux couleurs de la Palestine font irruption depuis les allées du marché de Saint-Denis pour bloquer le McDo. Une cantine s'installe devant les portes, les drapeaux sont de sortis, la sono crache les tubes et les slogans s'enchainent pendant plus de 3 heures. On bloque les complices, pour briser le blocus !

Ce n'est pas fini !

Enfin, plusieurs collages et déploiements de banderoles ont eu lieu... et ce n'est pas fini !

Les premiers retours en image de cette semaine de mobilisation nous invites à amplifier la bataille contre les complices du génocide en Palestine. Continuons à cibler Thalès, Carrefour, Mc Donald, AXA et les autres entreprises jusqu'à faire plier l'appareil génocidaire, jusqu'à la libération de la Palestine.

Faites nous parvenir vos photos et vos récits sur le compte signal @briserleblocus.71 et/ou le mail briserleblocus@systemli.org. Nous ferons de notre mieux pour les mettre en avant.

Oxfam réagit à l’annonce d’un cessez-le-feu à Gaza

14 octobre 2025, par Oxfam-Québec — , , ,
Le 9 octobre 2025 — En réaction à l'annonce d'un cessez-le-feu à Gaza, le directeur général d'Oxfam International, Amitabh Behar, a déclaré : « L'annonce par toutes les (…)

Le 9 octobre 2025 — En réaction à l'annonce d'un cessez-le-feu à Gaza, le directeur général d'Oxfam International, Amitabh Behar, a déclaré :

«

L'annonce par toutes les parties de la première phase d'un accord de cessez-le-feu à Gaza est une mesure absolument nécessaire pour mettre fin au génocide perpétré par Israël à Gaza. Nous saluons la libération des otages à Gaza et des personnes détenues illégalement en Israël.

« Ce cessez-le-feu fragile doit être le début d'un effort soutenu et fondé sur des principes qui mènera à la fin de l'occupation et du blocus illégaux par Israël. Il doit être axé sur le rétablissement des droits et la reconstruction des vies. Tout éventuel plan politique ou de reconstruction ne doit pas renforcer l'occupation ni compromettre davantage la souveraineté palestinienne.

« La voie à suivre doit être dirigée par les Palestiniennes et les Palestiniens, et fondée sur le respect des droits fondamentaux. Les négociations sur l'avenir de Gaza doivent aller au-delà des questions relatives à la réparation des seuls dégâts matériels : elles doivent rétablir les fondements de la vie quotidienne, reconstruire les communautés brisées et offrir des voies vers la guérison et l'espoir. Cela doit aller de pair avec l'autodétermination du peuple palestinien, qui doit diriger la reconstruction et la gouvernance de Gaza et façonner son propre avenir sur l'ensemble du territoire occupé.

« Le cessez-le-feu doit immédiatement permettre un accès humanitaire complet et sans restriction à Gaza, avec le soutien de la communauté internationale qui veillera au maintien d'un cessez-le-feu durable.

« La communauté internationale doit également veiller à ce qu'Israël ouvre tous les points de passage et permette à l'aide et aux marchandises commerciales de circuler librement et en toute sécurité à grande échelle dans toute la bande de Gaza. Les efforts humanitaires doivent être menés par l'ONU et fondés sur des principes.

« Le recours délibéré par Israël à la famine, aux déplacements forcés et à la destruction des infrastructures civiles au cours des deux dernières années doit faire l'objet d'une enquête en tant que crime au regard du droit international, et les responsables doivent être traduits en justice. Un cessez-le-feu n'est qu'un début. Il met fin aux tueries et doit ouvrir la voie à la phase suivante : préparer le terrain pour une paix durable et une véritable réconciliation. Ce processus ne peut aboutir sans justice et responsabilité, afin d'empêcher l'impunité et de garantir que le cycle de la violence ne se répète pas.

« Ce moment doit marquer un tournant vers un processus authentique et inclusif fondé sur les droits humains, l'égalité et la dignité pour tous. Les dirigeants mondiaux doivent veiller à ce que ce cessez-le-feu soit respecté par toutes les parties, à ce que les auteurs de crimes de guerre fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites et à ce que le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination soit respecté. »

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Génération Z212

14 octobre 2025, par Mustapha Saha — ,
Paris. Lundi, 6 octobre 2025. Je reçois une photographie du Maroc. Une fille, poing levé, porte un tee-shirt gris floqué de l'inscription GenZ 212. T = A/O x V. PAR (…)

Paris. Lundi, 6 octobre 2025. Je reçois une photographie du Maroc. Une fille, poing levé, porte un tee-shirt gris floqué de l'inscription GenZ 212. T = A/O x V.

PAR MUSTAPHA SAHA.

T = A/O x V. EXTRAIT 1.

Le code m'intrigue. L'imaginaire s'emballe. Le cryptogramme énigmatique me paraît talismanique. La révolte de Génération Z 212 serait-elle un complot de sorcières métamorphosées en pythonisses webiques. Le Maroc pays de superstition, de fétichisme, de totémisme. Les sanctuaires des saints leurs secrets. Mais, qui sont ces jeunes, sortis de nulle part qui secouent, du jour au lendemain, les consciences dormantes ? Les réseaux drainent, à leur habitude, les rumeurs les plus folles. Les journaux surenchérissent. Certains parlent d'extraterrestres, d'humanoïdes, de golems téléguidés par l'intelligence artificielle. D'autres de conjurations occultes. En 1967, Henri Lefebvre analyse les risques encourus avec le technocratisme. Cf. Henri Lefebvre, Position contre les technocrates, éditions Gonthier. Il a l'intuition des cybernanthropes, enfantés par les ordinateurs, des individus conçus comme des processeurs informationnels autogérés, autorégulés, disposant d'énergies dont ils calculent minutieusement les applications. Ils n'investissent qu'à coup sûr. La vie affective est considérée comme une survivance archaïque, obsolète, caduque, une résurgence périodique, une faiblesse spasmodique. Les cybernanthropes mènent leurs projets avec une rationalité technicienne. Leur langage n'est accessible qu'aux initiés. La génération Z désire reconquérir son humanité, se libérer de l'enfermement numérique, s'investir dans la réalité des choses, à la base. La technologie de pointe se retourne contre son instrumentalisation ultralibérale.
On jette d'immenses ressources dans l'abîme, dans l'industrie militaire, l'aventure spatiale, l'intelligence artificielle. On lésine quand il faut nourrir, soigner, loger, éduquer. L'anthropologue David Graeber, un ami foudroyé dans la force de l'âge pendant la crise covidaire, a publié des ouvrages de référence sur ces enjeux. Voir : Mustapha Saha, David Graeber nous regarde, Revue du Mauss, Cnrs, 2023, disponible sur le web.

J'adapte le malicieux canular pseudo-épistémologique. La formule T = A/O x V définit les déséquilibres entre le rythme des désirs et l'ankylose des institutions. Elle sert à penser le seuil critique à partir duquel la tension devient un moteur de transformation. T désigne à la fois la tension et la transformation. A qualifie l'aspiration. O signifie l'opportunité. V indique la vitesse de réalisation des modèles mondialisés, digitalisés. Quand l'aspiration augmente plus vite que l'opportunité, la tension s'accroît. Elle aggrave la frustration. Le décalage entre les attentes de la jeunesse et les complications institutionnelles amplifie à la vitesse numérique des imaginaires. La société se retrouve dans une situation d'accélération sans synchronisation. Les diplômés n'ont le choix qu'entre sous-emploi et désœuvrement. L'antagonisme ainsi déclenché n'est pas forcément une impasse. Elle peut être une pertinence de changement. Une société sans dissonances est une société flaccide, figée, fossilisée. Le défi consiste à convertir la tension en énergie transformatrice, créatrice de nouveaux horizons. T = A/O x V est une métaphore dynamique, cinétique, opératoire. Elle pose les relations entre deux pôle antinomiques, entre thermodynamique et inertie, vitalisme et stagnation. Si l'énergie de la tension est judicieusement investie, elle ouvre des perspectives épanouissantes. Si elle est étouffée, elle explose en émeutes réelles. Quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que cette équation est une fausse équation mathématique, fortuitement fournie par l'intelligence artificielle. Et pourtant, elle contient une indéniable vérité sur l'absurdité du système. S'opposent, dans une dérive rhizomique, les sensibilités désirantes au machines planificatrices.

Les scénarios philosophiques de Gilles Deleuze et de Félix Guattari dans L'Anti-Œdipe, éditions de Minuit, 1972, et dans Mille plateaux, éditions de Minuit, 1980, s'accomplissent. Le rhizome se développe horizontalement dans toutes les directions. Il est polymorphe. Il n'a pas de centre. Sa progression peut être chaotique. Cette figure fractale s'oppose aux structures pyramidales. Elle ne se subordonne à aucune verticalité. Le rhizome est linéaire. Il se forme élément par élément, de proche en proche. Il se démultiplie sans plan prédéterminé. Il prolifère dans l'immanence. Son élasticité permet des mutations continuelles. Son hétérogénéité autorise des connexions tous azimuts. Sa ductilité génère des ramifications sans limites. En cyberculture, le rhizome est une mise-à-jour permanente. Il est souterrain, clandestin, illicite. Génération Z 212 est rhizomique par excellence. Elle joue à la révolution. Elle est la révolution. Elle décline, jour après jour, ses manifestations, ses démonstrations, ses proclamations. Elle se déploie, phase par phase, en carte avec ses nombreuses entrées, indéterminables d'avance. Elle est une équation à multiples inconnus. Elle contourne les certitudes, les confirmations, les infirmations. Elle évolue dans le mystère. Ses plausibilités se cueillent comme des fruits mûrs.

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Photo anonyme. Remastérisation Mustapha Saha.

Le Québec à l’aube d’un monde nouveau

14 octobre 2025, par Simon-Pierre Savard-Tremblay — , ,
Le Québec à l'aube d'un monde nouveau Simon-Pierre Savard-Tremblay Un nouveau regard sur l'indépendance du Québec et la place de notre province dans l'ordre mondial. Le (…)

Le Québec à l'aube d'un monde nouveau
Simon-Pierre Savard-Tremblay

Un nouveau regard sur l'indépendance du Québec et la place de notre province dans l'ordre mondial.
Le livre de Simon-Pierre Savard-Tremblay est un vibrant plaidoyer en faveur de la souveraineté du Québec. Ce livre s'inscrit dans une longue lignée d'écrits défendant la nécessité, pour le Québec, d'accéder à son indépendance. Il surgit dans un moment de crise et de remise en question de la mondialisation et du libre-échange, mais aussi au moment où les concepts (et les réalités) de nation et de souveraineté reviennent en force sur le devant de la scène.

Dans ce contexte, l'auteur entend faire le bilan de la situation et reprendre la réflexion sur la place que le Québec devrait occuper dans ce nouvel ordre mondial en tenant compte des défis que pose la nouvelle administration américaine, celle de Trump, et l'émergence de la nouvelle puissance chinoise.

Dans son livre, l'auteur brosse un portrait dévastateur du modèle politique et économique canadien et de son incapacité à défendre les intérêts du Québec et à respecter ses champs de compétences. Un Québec indépendant, avec son modèle économique et social, sa culture et sa vision francophone du monde, aurait, selon l'auteur, plus de chances de préserver ses acquis et serait en bien meilleure posture
pour défendre ses intérêts.

L'AUTEUR
Député pour le Bloc québécois depuis
2019,
Simon-Pierre Savard Tremblay vient tout juste d'être réélu pour un 3e mandat. Son implication politique remonte à 2010 alors qu'il présidait le forum jeunesse du Bloc québécois. À la Chambre des communes, il a siégé au comité permanent ducommerce international.

Il a été enseignant, chroniqueur, essayiste et auteur de plusieurs livres. Il est aussi détenteur d'un doctorat en
socio-économie du développement de L'EHESS à Paris.

Ce livre renouvelle la réflexion au sujet de la souveraineté du Québec ; Tient compte des récents enjeux et
défis que pose la nouvelle administration américaine ; Aborde des questions très actuelles : Le Canada comme 51ème État, l'abolition des barrières commerciales au Canada, les tarifs douaniers, la crise du libre-échange ; Raconte l'histoire de la mondialisation et la crise récente qui l'affecte

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Des sentiments mitigés

14 octobre 2025, par Jonathan Durand Folco — , ,
Quelle émotion formidable que de recevoir une boîte d'exemplaires de mon prochain livre Fascisme tranquille fraîchement sortis de l'imprimeur !

Quelle émotion formidable que de recevoir une boîte d'exemplaires de mon prochain livre Fascisme tranquille fraîchement sortis de l'imprimeur !

Photo : Spencer Platt Getty Images via Agence France-Presse. Des agents fédéraux, y compris des membres du ministère de la Sécurité intérieure et de la Patrouille frontalière, retiennent les manifestants tout en déployant une grenade fumigène à l'extérieur d'une installation de l'U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) au centre-ville, le 4 octobre 2025 à Portland. Tiré d'un article du Devoir du 5 octobre 2025

Cela dit, je dois avouer que mes sentiments de joie et d'excitation se mélangent à des émotions de tiraillement et d'inquiétude, car j'anticipe que ce livre provoquera aussi des remous dans un espace public déjà fortement polarisé.

Aujourd'hui même, j'apprends dans le journal The Guardian que l'historien et professeur américain Mark Bray vient de s'exiler vers l'Europe. La raison ? Il est l'un des rares spécialistes de l'antifascisme aux États-Unis, auteur du livre L'antifascisme : son passé, son présent et son avenir publié en français chez Lux, et il a été ciblé par la section locale de Turning Point USA suite à l'assassinant de Charlie Kirk. Quand des maisons d'édition comme Écosociété, Lux, M Éditeur, Moults Éditions et rue Dorion ont fait une sortie publique remarquée le 1er octobre pour exprimer leur inquiétude face à la vague de répression contre l'antifascisme désigné comme une forme de "terrorisme", en montrant leur solidarité envers les auteurs pouvant être la cible de représailles, il ne s'agissait pas d'une simple peur imaginaire :

Nous sommes particulièrement préoccupé·es par les répercussions possibles de cette décision politique sur la liberté d'expression et sur les formes culturelles et intellectuelles de l'antifascisme, qui incluent des ouvrages que nous publions ici même, au Québec, ainsi que ceux de nos camarades et ami·es aux États-Unis. Soyons clairs : il ne s'agit plus de simples menaces, l'exécution a commencé.

Ce n'est pas un simple incident ou un phénomène isolé qui se limite aux frontières des États-Unis. Au Québec, le militant d'extrême droite Alexandre Cormier-Denis a récemment ciblé différentes figures du "mouvement antifa" dont Francis Dupuis-Déri et Marcos Ancelovici (tous deux professeurs à l'UQAM), Xavier Camus (professeur au cégep) et Frédéric Bérard. Les personnes qui prennent parole publiquement contre le fascisme reçoivent actuellement une avalanche de haine et de violence en ligne, allant parfois jusqu'aux menaces de mort.

Bref, je sais qu'à partir de maintenant, je ne pourrai plus me rendre aux États-Unis tant que le régime autoritaire de Trump sera en place. J'ose espérer que je ne devrai pas craindre pour ma sécurité dans les prochaines semaines au Québec, car actuellement, même des politiciens et des chroniqueurs d'ici prennent pour cible les professeurs d'université et la fameuse "gauche radicale". Bref, je ne sais pas encore si ma face sera mise sur une autre liste d'intimidateurs de gauche, comme ce fut le cas en mai dernier sur la plateforme X.

Personne n'est immunisée contre cette vague autoritaire qui déferle partout en Occident, à différents niveaux d'intensité. La France s'enfonce dans une crise de régime sans précédent, avec l'extrême droite aux portes du pouvoir. Le gouvernement Legault continue de marteler un discours sécuritaire et alarmiste contre l'écriture inclusive, l'immigration et les "islamistes radicaux", avec la rhétorique de la "loi et l'ordre" et un projet de constitution présentée comme un "bouclier", mais qui sera en fait une "patente identitaire imposée par le haut".

Pendant ce temps, des jeunes comme Nooran Rezayi se font tuer par la police dans l'indifférence générale, avec unhommage où se mélange la peur et une manifestation sous haute surveillance policière. Au sud de la frontière, le tyran Trump déclare les villes démocrates comme des « zones de guerre » et met en acte une véritable occupation militaire. Parallèlement, le gouvernement de Mark Carney fraye aussi dans les eaux du libéralisme autoritaire, avec la loi C-5 qui concentre encore plus de pouvoirs et court-circuite les processus démocratiques, tout en faisant exploser le budget de l'armée.

Bref, les manifestations de cette vague autoritaire de droite ne manquent pas. La solution n'est de se taire ou d'obéir à l'avance, en laissant la peur nous envahir. Il nous faut plutôt un surplus de courage pour prendre parole publiquement, défendre la liberté académique, les droits sociaux et les quelques composantes de la démocratie libérale qui sont plus vulnérables que jamais.

Kamil Krzaczynski/AFP via Getty Images. Lors d'un rassemblement organisé à l'occasion de la fête du travail à Chicago, des manifestants ont protesté contre la menace de déploiement de la Garde nationale brandie par le président Trump.

Je ne dis pas que chaque personne a l'obligation de s'exprimer publiquement sur ces enjeux, mais qu'on doit toutes et tous faire preuve de solidarité en ces temps de basculements. Il faut développer une responsabilité partagée pour soutenir celles et ceux qui sont sur la ligne de front, que ce soit dans les médias ou dans la rue.

Enfin, je terminerais avec une célèbre réflexion de Michel Foucault tirée de son introduction du livre L'Anti-Oedipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Celle-ci m'a été rappelée par le philosophe Guillaume Le Blanc dans sa conférence intitulée Qu'est-ce qu'une vie non-fasciste ? Réflexions à partir de Foucault et Pasolini, qui fut prononcée le 7 octobre 2025 à l'Université Saint-Paul. Dans ce texte de 1977 qui résonne particulièrement aujourd'hui, Foucault écrit :

Cet art de vivre contraire à toutes les formes de fascisme, qu'elles soient installées ou proches de l'être, s'accompagne d'un certain nombre de principes essentiels, que je résumerais comme suit si je devais faire de ce grand livre un manuel ou un guide de vie quotidienne :
Libérez l'action politique de toute forme de paranoïa unitaire et totalisante ;
Faites croître l'action, la pensée et les désirs par prolifération, juxtaposition et disjonction, plutôt que par subdivision et hiérarchisation pyramidale ;
Affranchissez-vous des vielles catégories du négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pensée occidentale a si longtemps sacralisées comme forme du pouvoir et mode d'accès à la réalité.
Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l'uniforme, le flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n'est pas sédentaire, mais nomade ;
N'imaginez pas qu'il faille être triste pour être militant, même si la chose qu'on combat est abominable. C'est le lien du désir à la réalité (et non sa fuite dans les formes de la représentation) qui possède une force révolutionnaire ;
N'utilisez pas la pensée pour donner à une pratique politique une valeur de vérité ; ni l'action politique pour discréditer une pensée, comme si elle n'était que pure spéculation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pensée, et l'analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d'intervention de l'action politique ;
N'exigez pas de la politique qu'elle rétablisse des « droits » de l'individu tels que la philosophie les a définis, l'individu est le produit du pouvoir. Ce qu'il faut, c'est désindividualiser par la multiplication et le déplacement les divers agencements. Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit des individus hiérarchisés, mais un constant générateur de "désindividualisation" ;
Ne tombez pas amoureux du pouvoir.

Comptes rendus de lecture du mardi 14 octobre 2025

14 octobre 2025, par Bruno Marquis — , ,
Plastique : le grand emballement Nathalie Gontard avec Hélène Seingier Je me suis beaucoup inspiré de ce livre pour la rédaction de ma chronique d'octobre sur (…)


Plastique : le grand emballement
Nathalie Gontard avec Hélène Seingier

Je me suis beaucoup inspiré de ce livre pour la rédaction de ma chronique d'octobre sur l'environnement dans le mensuel Ski-se-Dit. La chercheuse Nathalie Gontard nous y raconte comment ce matériau, dont l'usage n'a cessé de croître depuis les années 1960 et particulièrement au cours des dernières décennies, pose aujourd'hui et pour les générations à venir d'immenses problèmes aux niveaux de l'environnement et de la santé. Elle nous éclaire sur les différents types de plastique, leur dissémination en infimes particules dans l'environnement, et l'inefficacité - sinon l'impraticabilité - de leur recyclage. Les seules solutions viables et nécessaires : passer de ce plastique à base de pétrole, persistant dans l'environnement, à un plastique facilement biodégradable à partir de résidus organiques et à la réutilisation d'autres matériaux et la réintégration d'autres pratiques. Un livre dont je vous recommande chaudement la lecture et qui, je le souligne, se termine sur une note très positive.

Extrait :

Le mécanisme est implacable : le plastique se charge en substances potentiellement toxiques, se dégrade jusqu'à une échelle infime, se multiplie s'invite dans notre environnement, nos aliments et s'installe ensuite dans nos organes pour interférer avec leur fonctionnement.
Démocratie - Histoire politique d'un mot

On nous tuera doucement
Frédéric Bérard

Je ne connaissais pas encore Frédéric Bérard il y a peu, même s'il est très présent dans certains médias. Je l'ai connu, ces derniers mois, à partir de ses courtes capsules vidéo dans lesquelles il défend avec verve l'état de droit en vilipendant Donald Trump et ses comparses et, chez nous, Mathieu Bock-Côté, personnages qu'il ne craint pas, à juste titre, de traiter de fascistes. Ces « chroniques sur nos dérives médiatiques, politiques et environnementales », écrites dans un style presque parlé, sont très instructives en matière de droit, à la lumière de la politique américaine et de la politique québécoise et canadienne. J'ai bien aimé, même si son interprétation de la guerre en Ukraine m'a semblé particulièrement manichéenne, en omettant complètement le rôle des États-Unis dans le conflit.

Extrait :

Mais il a fait quoi, depuis sa nomination à l'Environnement, Guilbeault ? Interdiction des pailles en plastique. Ou encore, des vidéos où on le voit nettoyant ses ustensiles, habitude, confesse-t-il, prise chez Équiterre. Bref, au diapason de son gouvernement, obsédé par l'image.

La Scouine
Albert Laberge

Ce fut le premier roman québécois à s'inscrire en faux contre le roman du terroir destiné depuis 1846 à promouvoir la vie paysanne et l'agriculture chez les Canadiens-Français. Il ressemble en cela d'une certaine façon, mais de manière beaucoup moins descriptive, au roman « La Terre » d'Émile Zola, qui donnait lui aussi, mais pour la France, une image beaucoup moins idyllique de la vie paysanne. « La Scouine » fut le seul roman d'Albert Laberge. Il mettra 18 ans à sa rédaction, de 1899 à 1917, et le publiera à compte d'auteur en 1918. C'est un roman réaliste et sombre qui décrit les scènes de la vie rurale de l'époque en jetant un regard dur et pessimiste sur les mœurs et coutumes des « habitants ». J'ai aimé.

Extrait :

De son grand couteau pointu à manche de bois noir, Urgèle Deschamps, assis au haut bout de la table, traça rapidement une croix sur la miche que sa femme Mâço venait de sortir de la huche. Ayant ainsi marqué du signe de la rédemption le pain du souper, l'homme se mit à le couper par morceaux qu'il empilait devant lui. Son pouce laissait sur chaque tranche une large tache noire. C'était là un aliment massif, lourd comme du sable, au goût sur et amer. Lorsqu'il eut fini sa besogne, Deschamps ramassa soigneusement dans le creux de sa main, les miettes à côté de son assiette et les avala d'un coup de langue. Pour se désaltérer, il prit une terrine de lait posée là tout près, et se mit à boire à longs traits, en faisant entendre, de la gorge, un sonore glouglou. Après avoir remis le vaisseau à sa place, il s'essuya les lèvres du revers de sa main sale et calleuse. Une chandelle posée dans une soucoupe de faïence ébréchée, mettait un rayonnement à sa figure barbue et fruste de travailleur des champs. L'autre bout de la table était à peine éclairé, et le reste de la chambre disparaissait dans une ombre vague.

Hollywood et la politique
Claude Vaillancourt

Militant altermondialiste et cinéphile de longue date, Claude Vaillancourt nous explique, dans ce brillant essai de moins de deux cents pages, comment le cinéma hollywoodien contribue à nous transmettre les valeurs américaines d'individualisme et une vision manichéenne du monde. Forgé au coeur même de l'empire américain, ce cinéma, nous dit-il, représente une puissante industrie qui carbure essentiellement au capitalisme. Un bon petit essai à lire, surtout pour ceux qui s'intéressent au cinéma.

Extrait :

Qu'ils le veuillent ou non, les cinéastes donnent un sens aux sujets politiques et sociaux qu'ils abordent. les spectateurs peuvent ne pas y réfléchir, n'y voir qu'un pur divertissement, se laisser happer par l'histoire et ses revirements sans s'attarder aux détails de la trame politique ni même revenir sur leurs propres réactions devant certains épisodes critiques. un certain message parvient toutefois à passer, des idées qui s'incrustent en douceur, des préjugés peut-être ou, au contraire, une ouverture d'esprit, des opinions que l'on vient à formuler sans en connaître la source.

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Nigeria : l’offensive anti syndicale battue en brèche

14 octobre 2025, par Paul Martial — , ,
Le milliardaire nigérian Dangote a échoué dans sa politique antisyndicale grâce à la mobilisation des salariés et de leurs organisations. Aliko Dangote est l'homme le plus (…)

Le milliardaire nigérian Dangote a échoué dans sa politique antisyndicale grâce à la mobilisation des salariés et de leurs organisations.

Aliko Dangote est l'homme le plus riche d'Afrique. Sa fortune s'élève, d'après le magazine Forbes, à plus de 23 milliards de dollars. Issu d'une famille très riche, s'il a commencé à faire fortune dans l'industrie du ciment, il a surtout bénéficié d'une page sombre du pays.

Tentative d'interdire les syndicats

En 1983 un coup d'Etat est mené. Les putschistes décrètent la « guerre contre l'indiscipline ». La répression frappe le pays. Les hauts fonctionnaires et les chefs d'entreprise accusés de corruption sont jetés en prison. Dangote en profite pour occuper de larges pans économiques laissés vacants.

En 2016 il a investi 20 milliards dans la construction de la plus grande raffinerie du Continent avec un potentiel de production de 650 000 barils par jour. En parallèle il a mis en place un nouveau système de distribution pour les stations-services du pays nécessitant la commande de 4000 camions pour acheminer les produits pétroliers avec les embauches correspondantes de chauffeurs. Dans leurs contrats de travail, figurait une clause interdisant l'affiliation au syndicat de la branche le Nigeria Union of Petroleum and Natural Gas Workers (NUPENG).

Une attaque syndicale parfaitement illégale. En effet, l 'article 40 de la Constitution du pays consacre la liberté d'affiliation et le Nigeria est signataire de la conventions 87 de l'Organisation Internationale du Travail garantissant la liberté syndicale. L'offensive de Dangote contre les droits des travailleurs s'est poursuivie. La direction de la raffinerie a licencié 800 salariés de l'encadrement qui avaient adhéré au Petroleum and Natural Gas Senior Staff Association of Nigeria (PENGASSAN) le syndicat des cadres de la branche pétrochimique. De plus, la direction ne cachait pas sa volonté de mettre en place un syndicat maison.

La riposte

Le NUPENG et la PENGASSAN avec le soutien du Nigeria Labour Congress ont lancé un arrêt de travail qui a paralysé la raffinerie, avec la menace d'une grève générale dans le pays.

Les perturbations dans l'industrie pétrolière, secteur primordial pour le pays, ont poussé le gouvernement à intervenir. Une première réunion a eu lieu le 6 septembre sans résultat, la délégation patronale quittant la table de négociation. Pendant ce temps, un début de pénurie commençait à frapper le pays. Après plusieurs réunions Dangote cède et un protocole d'accord est signé. La direction s'engage à respecter le droit syndical, abandonne le projet d'implantation d'un syndicat jaune et réintègre sans perte de salaire les 800 cadres à leurs postes.
Le président du NLC Joe Ajaero a souligné l'importance de cette bataille : « Une attaque contre un syndicat est une attaque contre tous. Si nous permettons au groupe Dangote de réussir, aucune industrie ni aucun travailleur au Nigeria ne sera en sécurité. Cela créera un précédent dangereux selon lequel le capital est au-dessus de la loi ».

Paul Martial

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Comment la nature est devenue un champ de bataille colonial

14 octobre 2025, par Alexandre-Reza Kokabi — ,
Plantations, barrages, réserves : les empires coloniaux ont façonné la nature autant que les sociétés. Une domination parsemée de révoltes et de négociations, montrent les (…)

Plantations, barrages, réserves : les empires coloniaux ont façonné la nature autant que les sociétés. Une domination parsemée de révoltes et de négociations, montrent les historiens Guillaume Blanc et Antonin Plarier dans un livre collectif.

Tiré de Reporterre.

Et si l'on relisait l'histoire coloniale par ses forêts, ses rivières, ses plantations et ses animaux ? C'est l'ambition d'Empires. Une histoire sociale de l'environnement, un livre collectif coordonné par l'historien Guillaume Blanc, professeur à Sciences Po Bordeaux, spécialiste des empires coloniaux et des politiques de conservation, et par Antonin Plarier, maître de conférences à l'université Lyon 3, qui travaille sur l'histoire environnementale et sociale des sociétés africaines.

L'ouvrage rassemble des textes fondateurs, pour la première fois traduits en français, et montre comment les entreprises coloniales ont profondément transformé les environnements qu'elles ont conquis. Des forêts indiennes mises sous contrôle à la création de réserves de chasse en Tanzanie, des plantations d'hévéa au Vietnam au barrage de Cahora Bassa au Mozambique, ces histoires révèlent un fait central : gouverner les hommes passait aussi par gouverner la nature.

Mais la domination n'a jamais été totale. Les populations colonisées ont résisté, négocié, parfois retourné les logiques coloniales contre elles-mêmes. Les paysages d'aujourd'hui portent encore l'empreinte de ces affrontements, et éclairent les inégalités environnementales actuelles. Nous avons interviewé Guillaume Blanc et Antonin Plarier pour comprendre ce que l'histoire environnementale des empires dit du passé colonial, et ce qu'elle révèle de notre présent.

Reporterre — Qu'est-ce qui vous a conduits à concevoir ce livre collectif ?

Guillaume Blanc — L'histoire environnementale de l'empire français reste encore largement à écrire. Alors qu'à l'inverse, celle de l'empire britannique est abondamment étudiée et enseignée.

Des chercheuses comme Hélène Blais ont ouvert des pistes, par exemple sur les jardins botaniques coloniaux, mais dans l'ensemble la recherche française a pris du retard. Avec Antonin, nous avons voulu contribuer à combler ce manque en rendant accessibles en français des textes majeurs qui font autorité dans le champ. Car nous avons aussi constaté que nos étudiantes et étudiants connaissaient très peu l'histoire environnementale des empires.

Pour comprendre en profondeur les rapports entre sociétés et nature, il faut pourtant saisir combien la colonisation a façonné ces rapports. C'est pourquoi nous avons sélectionné et traduit des textes importants, proposant un regard sur une pluralité de situations coloniales —françaises, mais aussi britanniques, portugaises ou allemandes —, et en assumant une perspective très claire : l'environnement est toujours un fait social. Notre fil directeur a été cette question : qu'ont fait les empires coloniaux à la nature, et qu'a fait la nature aux empires coloniaux ?

Concrètement, que signifie l'idée que « l'environnement est un fait social » ?

Antonin Plarier — Cela veut dire que la nature est toujours traversée par des usages, des conflits, des hiérarchies. Prenons l'exemple des forêts indiennes sous domination britannique : pour les populations locales, elles servaient à la culture sur brûlis, au pâturage, à l'artisanat, au bois de construction.

Les colons, eux, y voyaient avant tout une ressource commerciale, destinée notamment à l'exportation. Ces usages divergents ont créé une conflictualité permanente, parfois qualifiée de « guerre des forêts ».

On pourrait dire la même chose des rivières. Le barrage de Cahora Bassa au Mozambique, construit par les Portugais, en est un exemple frappant. Il a bouleversé non seulement les écosystèmes du fleuve Zambèze, mais aussi les modes de vie des populations rurales, en amont comme en aval.

Ce que nous voulons montrer, c'est que l'exploitation de la nature ne peut être dissociée de l'exploitation des humains. Les deux sont intimement liées en contexte colonial.

Vous montrez que la nature a été au cœur du projet colonial : à la fois ressource à exploiter et objet de contrôle social. Pouvez-vous expliquer ce que vous appelez « écologie impériale », et comment cela s'est traduit dans la vie des populations colonisées ?

Guillaume Blanc — Les sociétés coloniales ont bien sûr été diverses — l'Indochine française ne ressemblait pas au Nigeria britannique ou au Mozambique portugais —, mais elles reposaient toutes sur un projet commun : placer la nature au cœur de l'entreprise impériale.

Cela se traduisait par un double mouvement. D'un côté, une prédation systématique des ressources : bois, minerais, plantes, animaux sauvages. De l'autre, la mise en place de dispositifs de protection — forêts réservées, parcs naturels, règlements de chasse — qui visaient à contrôler l'accès aux ressources et à légitimer cette prédation. Protection et exploitation marchaient de pair : on préservait certaines ressources ici pour mieux continuer à les exploiter là-bas.

« Les colons imposaient un ordre écologique parallèle à l'ordre social »

Mais cette logique n'était pas seulement matérielle. Elle était aussi idéologique. En définissant ce qui relevait de la nature à sanctuariser et ce qui devait être exploité comme ressource, les colons imposaient un ordre écologique parallèle à l'ordre social. Ils décidaient quels étaient les bons et les mauvais usages, qui avait ou non le droit d'accéder à tel espace.

C'est cela que nous appelons « écologie impériale » : une science coloniale, celle de la « nouvelle écologie humaine » qui, dès les années 1920-1930, conceptualise la société comme un organisme vivant, avec ses équilibres et ses déséquilibres.

Les élites scientifiques et administratives se donnaient alors pour mission de planifier rationnellement l'exploitation de la nature et, par là même, le contrôle des hommes. Gouverner les populations colonisées passait par gouverner leur environnement.

Cette écologie impériale n'est pas une simple arrière-pensée du projet colonial : elle en est un pilier. La comprendre, c'est prendre au sérieux les bâtisseurs d'empire et leur ambition de gouverner — et de dominer — à la fois les hommes et la nature.

Vos récits montrent que les ambitions coloniales ont souvent été déjouées ou détournées : le figuier de Barbarie à Madagascar, le thé en Assam… Que racontent ces histoires sur la fragilité de la domination coloniale ?

Antonin Plarier — Le projet colonial n'a jamais été une machine parfaitement huilée. Les ingénieurs, agronomes ou gouverneurs généraux qui rêvaient de mettre la nature en ordre se heurtaient sans cesse aux réalités écologiques.

Prenons l'exemple du thé d'Assam, dans l'Inde britannique. Les théiers y existaient à l'état endémique, mais les colons britanniques refusaient d'y voir une production digne de l'Empire. Ils ont donc importé des plants et des experts chinois, au prix de décennies d'efforts et de dépenses colossales. Ce n'est qu'à la fin du XIXᵉ siècle qu'ils admettront que les plantes d'Assam étaient bien des théiers…indiens.

Des travailleuses dans une plantation de thé dans l'état indien d'Assam. Drashokk / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Quant au figuier de Barbarie, introduit par les Français à Madagascar au XVIIIᵉ siècle, il devait d'abord servir les besoins des colons. Le projet colonial échoua, mais la plante s'implanta durablement et fut utilisée par les populations locales pour l'élevage et même comme barrière défensive contre l'avancée coloniale. On a donc là un retournement complet de son usage.

Ces exemples rappellent que la domination coloniale, malgré sa violence, n'était pas toute-puissante. La nature et les sociétés locales imposaient sans cesse des marges d'incertitude.

Vous montrez également que les colonisés n'ont pas seulement subi : ils ont résisté, négocié…

Guillaume Blanc — La conclusion à laquelle nous arrivons, c'est qu'il y a toujours domination, mais qu'elle ne prend jamais la forme que l'on croit. Car le projet impérial est aussi mis en œuvre, quoique sous la contrainte, par les colonisés eux-mêmes. Cela crée une conflictualité permanente, à la fois sociale et environnementale.

L'exemple des forêts indiennes, étudié par Ramachandra Guha et Madhav Gadgil, est éclairant. Officiellement, l'ordre colonial britannique était vertical : des élites européennes appuyées sur des élites indiennes dominaient les populations rurales. En réalité, les élites indiennes oscillaient : parfois elles soutenaient les Britanniques, parfois elles rejoignaient les paysans qui protestaient contre les impôts ou l'exploitation forestière.

Elles tiraient parti de cette situation, devenant elles-mêmes des intermédiaires du capitalisme impérial. La domination coloniale n'était donc pas monolithique, mais traversée par des négociations et des conflits.

Un autre exemple vient de l'anthropologue Lynn Shumaker, qui a travaillé sur une mine de la Copperbelt, en actuelle Zambie. Pour expliquer la mortalité des mineurs, ceux-ci évoquent dans leurs récits oraux des serpents menaçants, symboles d'une propriété et d'un usage des sols et des sous-sols bouleversés par l'ouverture de la mine.

Les propriétaires britanniques, eux, se présentaient comme des sauveurs face à ces dangers, en construisant d'autres récits légendaires — des récits de chasseurs européens — pour légitimer leur présence. On voit là une hybridité culturelle et écologique : la représentation de la nature dans ce contexte illustre des conflits de propriété et d'appropriations des ressources naturelles.

Certaines populations ont même utilisé l'environnement comme arme. Que nous apprennent ces luttes sur la dimension écologique des révoltes coloniales ?

Antonin Plarier — Dans la dernière partie du livre, nous avons choisi trois luttes emblématiques. Le premier est l'insurrection « Maji Maji » en Afrique orientale allemande, au début du XXᵉ siècle. Elle est souvent présentée comme une révolte politique contre la domination coloniale. Mais si l'on regarde de près, elle est indissociable de la mise en place de réserves de chasse qui limitaient brutalement les pratiques locales de chasse. Sans cet aspect environnemental, on ne comprend pas la colère des populations.

Deuxième exemple : la guerre d'Indochine. Les plantations de caoutchouc y tenaient une place centrale. Elles symbolisaient l'exploitation coloniale la plus brutale, avec des taux de mortalité parfois effroyables parmi les ouvriers. Elles étaient aussi des espaces de monoculture intensive, où une espèce venue du Brésil — l'hevea brasiliensis — avait remplacé les forêts tropicales.

« Les symboles de la domination coloniale pouvaient être renversés, mais sans pour autant rompre avec la logique de mise en ordre de la nature »

Au début de la guerre, le Vietminh a choisi d'attaquer ces plantations, en détruisant massivement des hévéas, parce qu'elles incarnaient le cœur économique du pouvoir colonial. Mais à mesure que la perspective de l'indépendance se rapprochait, leur attitude a changé : ces plantations sont devenues un symbole national, une ressource économique à préserver pour le futur Vietnam. On voit bien ici que la lutte politique et la lutte écologique sont imbriquées.

Au Mozambique, dans les années 1960-1970, le barrage de Cahora Bassa représentait pour les Portugais la puissance coloniale à son apogée : domestiquer un fleuve, transformer la nature et déplacer des populations. Les nationalistes du Front de libération du Mozambique l'ont combattu, en tentant de saboter le chantier.

Une fois au pouvoir, en revanche, ils ont à leur tour repris ce barrage, en l'intégrant au projet national postcolonial. Là encore, on voit que les symboles de la domination coloniale pouvaient être renversés, mais sans pour autant rompre avec la logique de mise en ordre de la nature.

Vous établissez enfin un lien entre colonialisme environnemental et inégalités écologiques actuelles. Comment cette continuité éclaire-t-elle notre monde ?

Guillaume Blanc — Le concept d'« échange écologique inégal » permet de comprendre ce lien. L'idée vient du sociologue Immanuel Wallerstein, qui a montré que le système-monde reposait sur un échange économique inégal entre un centre et des périphéries. L'historien Alf Hornborg a prolongé ce raisonnement en montrant que cet échange était aussi écologique : certaines régions fournissent les ressources, d'autres en récoltent les profits.

Prenons l'exemple de la Tanzanie : les réserves et les parcs créés par les colons allemands puis britanniques pour contrôler l'ivoire sont devenues sources de revenus touristiques. Mais depuis l'indépendance, l'économie nationale repose toujours sur la satisfaction du besoin occidental de « nature africaine », au détriment, sur place, de l'agriculture ou de l'urbanisation.

Introduit par les Français à Madagascar au XVIIIᵉ siècle pour le projet colonial, le figuier de barbarie fut finalement plus utilisé par les locaux de l'île. Tanja Freibott / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Cet exemple n'en est qu'un parmi d'autres. On pourrait évoquer le caoutchouc vietnamien grâce auquel Michelin a construit une bonne part de sa fortune, jusqu'en 1975, ou encore l'uranium du Gabon et du Niger grâce auquel les foyers français ont de l'électricité. Autant d'exemples qui montrent que nos sociétés contemporaines prolongent des logiques héritées de l'époque coloniale, même si elles prennent de nouvelles formes.

Ce n'est plus du colonialisme environnemental à proprement parler, car les États africains et asiatiques sont souverains. Mais c'est bien une continuité dans les rapports inégaux, qui révèle à quel point l'écologie reste au cœur des relations de pouvoir mondiales.

Peut-on parler pour autant de néocolonialisme environnemental ?

Antonin Plarier — Le terme pose problème. L'époque coloniale est révolue et les élites locales sont devenues des acteurs à part entière. Elles reprennent parfois des politiques coloniales, mais dans une configuration nouvelle où elles ont leur propre pouvoir de décision.

Comme historiens, nous insistons sur la continuité des logiques, sans nier les ruptures. Autrement dit, si les indépendances n'ont pas fait table rase, il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité d'agir des élites postcoloniales, qui jouent désormais un rôle central.

Et, au-delà du regard historien, il y a une question politique : comment transformer ces rapports de domination hérités du passé ? Les enjeux extractivistes et écologiques actuels ont une profondeur historique, et le comprendre n'est pas qu'affaire d'érudition, c'est aussi regarder dans le rétroviseur pour mieux transformer nos sociétés actuelles.

Empires. Une histoire sociale de l'environnement, sous la direction de Guillaume Blanc et Antonin Plarier, aux éditions CNRS, 2 octobre 2025, 432 p., 27 euros.

Les syndicats kirghizes projettent une action de syndicalisation en commun

14 octobre 2025, par industriall-union.org — , ,
Les 18 et 19 septembre, s'est tenu près de la ville de Bichkek un atelier d'organisation à l'initiative d'IndustriALL pour ses affiliés kirghizes. Cet atelier était (…)

Les 18 et 19 septembre, s'est tenu près de la ville de Bichkek un atelier d'organisation à l'initiative d'IndustriALL pour ses affiliés kirghizes. Cet atelier était l'aboutissement d'un plan stratégique élaboré par les organisations syndicales kirghizes pour renforcer le pouvoir syndical sur les lieux de travail par une action commune de syndicalisation et d'unité, le but étant d'accroître l'efficacité de leurs efforts en matière de négociation collective.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/10/07/les-syndicats-kirghizes-projettent-une-action-de-syndicalisation-en-commun/

Lorsque le Kirghizistan a accédé à l'indépendance après l'effondrement de l'Union soviétique, les emplois ont disparu en masse. Les syndicats ont perdu leur influence et ont été contraints de se réinventer. Il y a quinze ans, ils ont décidé d'abandonner le modèle de l'offre de services pour celui de l'organisation et se sont efforcés de syndicaliser de nouveaux lieux de travail. Ils ont alors subi la répression du gouvernement. Pourtant, une action tripartite avec l'OIT a rendu le contexte plus propice, et les syndicats comptent bien en tirer parti.

Avec une répartition équilibrée entre femmes et hommes de ses 28 représentants des trois affiliés d'IndustriALL dans cette république d'Asie centrale, le syndicat des travailleurs de la mine et la métallurgie MMTUK, le syndicat de l'industrie légère et du textile RKet le syndicat de l'industrie et des services publics PRPKBOP, l'atelier comptait aussi un grand nombre de jeunes. Les syndicats kirghizes prévoient d'organiser ensuite un atelier pour les jeunes travailleuses et travailleurs dans le courant de l'année et de produire des médias, dont des podcasts et des articles pour réseaux sociaux, à destination des jeunes.

Les participants étaient issus d'un large éventail d'industries, comme les mines d'or, les services techniques du secteur public et les petits ateliers de confection.

La première journée a porté sur la stratégie d'organisation, à commencer par la nécessité de réaliser des recherches sur des entreprises ciblées. Vinrent ensuite des discussions sur la tenue d'entretiens individuels avec les travailleurs, le recrutement de leaders d'organisation et la constitution d'un comité d'organisation sur le lieu de travail.

Le deuxième jour était consacré à l'obtention d'un mandat des travailleurs pour négocier collectivement et s'est achevé par un jeu de rôles sur la négociation, les participants tenant à la fois les rôles des représentants de la direction et du personnel.

Le directeur d'IndustriALL en charge des campagnes et de la syndicalisation, Walton Pantland, qui présidait l'atelier, a déclaré :

« Il y a au Kirghizistan une réelle soif d'apprendre. J'ai été impressionné par l'engagement et le professionnalisme des participants, qui sont déterminés à travailler dur pour améliorer les conditions d'emploi dans le pays.
La stratégie consistant à se centrer sur les jeunes travailleurs est une bonne stratégie et assister au jeu de rôles sur la négociation était comme assister à une pièce de théâtre dans laquelle les acteurs testaient des tactiques telles que l'intimidation, les faux-semblants et les motions d'ordre pour prendre le dessus sur l'autre. Ce fut stimulant et très amusant. »

Le président du MMTUK, Zhakypov Almazbek Zhakypovich, a déclaré :

« Des activistes et des jeunes participent et échangent leurs expériences. Il y a du divertissement et des jeux, mais il y a aussi du travail. »

https://www.industriall-union.org/fr/les-syndicats-kirghizes-projettent-une-action-de-syndicalisation-en-commun

Kyrgyz unions plan joint organizing work
https://www.industriall-union.org/kyrgyz-unions-plan-joint-organizing-work

Sindicatos kirguises planifican una labor conjunta de sindicalización
https://www.industriall-union.org/es/sindicatos-kirguises-planifican-una-labor-conjunta-de-sindicalizacion

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Les femmes syndicalistes préparent le terrain pour l’égalité à l’approche de Sydney

14 octobre 2025, par industriall-union.org — ,
La conférence préparatoire des femmes d'IndustriALL a planté le décor pour un mouvement en force sur les questions d'égalité de genre, de droits des femmes, de participation et (…)

La conférence préparatoire des femmes d'IndustriALL a planté le décor pour un mouvement en force sur les questions d'égalité de genre, de droits des femmes, de participation et de représentation en prélude à la Conférence mondiale des femmes, sur le thème Toutes et tous pour l'égalité, et au Congrès de Sydney, en novembre.

Tiré de Entre les lignes et les mots

La réunion en ligne des 18 et 19 septembre, première session de la Conférence des femmes d'IndustriALL, a fait le point sur les progrès accomplis, montré les défis persistants et décrit les priorités des quatre prochaines années. La secrétaire générale adjointe Christine Olivier à invité les participantes à se pencher sur les résultats obtenus, faire face aux obstacles et définir les actions futures pour promouvoir l'égalité de genre.

« L'égalité de genre n'est pas une bataille des sexes ; il s'agit de bâtir l'unité, la force et l'inclusivité de tous les groupes. Nous ne progresserons pas sans l'engagement de toutes et tous, en particulier des dirigeants, qui doivent partager la responsabilité de construire des syndicats qui représentent vraiment tous les travailleurs », a déclaré Christine Olivier.

Pendant une discussion en panel des femmes ont fait part des expériences vécues dans leur région : au Maroc, Soumaia Moukir, de l'UMT Textile, a décrit les longues heures de travail, les bas salaires et l'absence de prestations sociales dans le secteur textile ; en Norvège, Emma Erlansen, du NITO, a souligné les barrières qu'elles doivent surmonter en STIM et les efforts pour stimuler les jeunes filles par le programme technologique qui leur est dédié ; aux USA, Randy Pearson, du Women of Steel de l'USW, et Roxanne Brown, vice-présidente internationale de l'USW et vice-présidented'IndustriALL pour l'Amérique du Nord, ont mis en garde contre les régressions politiques en matière de diversité, d'équité et d'inclusion et expliqué comment les syndicats résistent par la négociation, l'éducation et l'activisme dans les communautés.

Un exposé de Joyce Maku Appiah, du Public Utility Workers' Union (PUWU), a montré comment, au Ghana, des barrières systémiques font que les femmes gagnent 34,2 pour cent de moins que les hommes malgré des protections légales. La formation et l'éducation que le PUWU a négociées ont permis à 360 caissières d'accéder à des postes à responsabilité mieux rémunérés sans qu'il y ait eu de pertes d'emplois, d'obtenir des prestations pendant le congé de maternité et de faciliter un accès équitable des femmes aux promotions et aux postes techniques. L'action menée par le syndicat a montré que, pour combler l'écart salarial entre hommes et femmes, il faut une action intentionnelle, soutenue, s'appuyant sur la recherche, l'éducation et l'engagement des instances dirigeantes. Ira Laïla Budiman, du CEMWU, en Indonésie, a décrit l'état d'avancement des négociations en vue de l'adoption et de la mise en pratique de politiques de tolérance zéro en matière de GHBV dans 93 entreprises dans les secteurs de l'habillement, du textile, de la pharmacie, du ciment, de la pâte et du papier. Parallèlement, des refuges pour travailleuses ont été créés dans huit entreprises, ce qui a débouché sur une augmentation des cas signalés. Des employeurs prennent des mesurespréventives. Ces dispositifs assurent la liaison entre les mécanismes internes des entreprises et les institutions gouvernementales pour les cas emblématiques.

Dans une session sur les priorités syndicales et d'IndustriALL ,Alejandra Angriman, de la CNTI CTAA (Argentine), a insisté sur la nécessité de s'attaquer au fardeau inégal des tâches non rémunérées des aidants, de reconnaître les soins comme un droit humain et de redistribuer les responsabilités dans l'ensemble de la société. Tanja Lehtoranta, de PRO (Finlande), a souligné l'importance d'une santé professionnelle sensible au genre, s'agissant en particulier de la santé mentale et des risques psychosociaux, notamment ceux en rapport avec la violence domestique, et a noté le besoin d'approches personnalisées. Benedicta Opoku-Mensah, du PUWU (Ghana), a expliqué comment son syndicat a intégré les perspectives de genre dans la transition des entreprises, en obtenant un quota de 40 pour cent de femmes dans les programmes de formation et la parité hommes-femmes dans le recrutement en ingénierie.

Les participantes se sont demandé comment bâtir la puissance syndicale par des structures plus inclusives et égalitaires en genre, en mettant l'accent sur la mobilisation et le leadership des femmes. Sanjyot Vadhavkar, du SMEFI (Inde), a souligné le rôle du comité des femmes indiennes d'IndustriALL dans la création d'espaces sécurisés pour le travail en réseau, le mentorat et l'établissement de liens entre les femmes de la base et le leadership. La mobilisation et le recrutement des femmes nécessite parfois des stratégies audacieuses et taillées sur mesure. En Thaïlande, l'Auto Part and Metal Workers' Union s'est rapproché de femmes cols-blancs non syndiquées au moyen d'un tournoi sportif et a ainsi fait plus de 50 nouvelles adhérentes (Vipawan Boksantea).

Le changement doit être collectif et pas seulement initié par des femmes. Il est essentiel d'associer des alliés masculins. Au Pays basque espagnol, ELA a utilisé des pratiques du féminisme dans un processus participatif, en débutant par un diagnostic des préjugés structurels. Pour Aitor Gomez, cela a aidé les membres à prendre conscience de l'absence d'une réelle perspective de genre, ce qui a lancé des débats qui ont fait reculer la résistance des hommes. Cela les a aussi aidés à comprendre que le but n'était pas de les discriminer, mais de travailler ensemble pour changer la structure patriarcale de telle sorte que les femmes comme les hommes puissent jouir d'une plus grande liberté. Peter Greenberg (IAMAW), du Groupe de travail sur l'égalité des sexes d'IndustriALL, a également insisté sur la nécessité d'une formation pour sensibiliser les hommes aux combats des femmes.

Les sessions plénières ont mis en avant les pratiques syndicales inclusives, les activités respectant la famille, le renforcement du mentorat et le fait que ce soit aux pouvoirs publics et pas aux travailleurs qu'incombe la responsabilité de la protection sociale. Les déléguées ont souligné que l'égalité nécessite que les hommes occupant des postes de leadership partagent la responsabilité et que les syndicats représentent tous les travailleurs, y compris les communautés LGBTQI.

Ces conclusions orienteront la conférence des femmes du 3 novembre et nourriront les débats du Congrès mondial d'IndustriALL, qui se tiendra du 4 au novembre, auquel les femmes constitueront 40 pour cent des délégués et les jeunes travailleurs seront représentés pour la première fois. La conférence arrêtera le cadre que suivra IndustriALL pendant la période 2025-2029 en matière d'égalité de genre et de droits des femmes.

Les affiliées se sont aussi engagées à résister au recul des droits des femmes et à renforcer le leadership des femmes partout dans le monde.

https://www.industriall-union.org/fr/les-femmes-syndicalistes-preparent-le-terrain-pour-legalite-a-lapproche-de-sydney

Women trade unionists prepare ground for equality ahead of Sydney
https://www.industriall-union.org/women-trade-unionists-prepare-ground-for-equality-ahead-of-sydney

Las mujeres sindicalistas preparan el terreno para lograr la igualdad de cara a Sídney
https://www.industriall-union.org/es/las-mujeres-sindicalistas-preparan-el-terreno-para-lograr-la-igualdad-de-cara-a-sidney

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Les mobilisations ouvrières en Iran depuis la guerre de douze jours

14 octobre 2025, par iran-echo.com — , ,
Dans la suite immédiate de la guerre de douze jours, le choc provoqué par sa violence a également affecté les mobilisations sociales. Tiré de Entre les lignes et les mots (…)

Dans la suite immédiate de la guerre de douze jours, le choc provoqué par sa violence a également affecté les mobilisations sociales.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/10/11/les-mobilisations-ouvrieres-en-iran-depuis-la-guerre-de-douze-jours-texte-sur-les-enseignantes/

Recul post-guerre des luttes sociales

Le lourd bilan humain, les destructions massives, la fermeture temporaire ou définitive d'une grande partie des entreprises, la perspective d'une grande récession économique, la crainte de licenciements massifs et l'incertitude quant à l'avenir ont eu raison des luttes ouvrières. Des luttes qui, avant cette guerre, étaient dans une phase ascendante.

Simultanément, le pouvoir a renforcé la répression des opposant-es et des protestations sous prétexte de chasse aux espions. Les arrestations arbitraires et les exécutions se sont multipliées. Ce qui a renforcé le climat de terreur.

La combinaison de la répression et du choc post-guerre a entraîné une nette diminution des protestations ouvrières, entre fin juin et fin juillet, avec seulement quelques grèves éparses.

La reprise des mobilisations dans plusieurs secteurs

Mais les mobilisations ont repris progressivement depuis fin juillet, et une vague de protestations/grèves monte actuellement dans plusieurs secteurs :

Dans la pétrochimie, le pétrole, le gaz, la sidérurgie, les mines et l'automobile, les travailleur.euses se mobilisent contre les non-paiements de salaires, la précarité contractuelle, les discriminations salariales, la perte du pouvoir d'achat des salaires et la dégradation continue des conditions de travail. Ils/elles réclament le paiement intégral des salaires, ainsi que la revalorisation des rémunérations et retraites, la sécurité de l'emploi, la fin des contrats précaires, la sécurité au travail, la protection sociale et la garantie de retraites dignes.

La période d'août-septembre est marquée par plus de 80 grèves et rassemblements :
– la grève des ouvriers de l'aluminium Iralco qui a dépassé 40 jours et s'est accompagnée d'une grève de la faim,
– les mobilisations répétées des ouvriers de la sidérurgie d'Ahvaz,
– la mobilisation et la grève partiellement victorieuse des travailleurs de l'automobile Zamyad,
– les travailleurs du pétrole et du gaz à South Pars, Aghajari, Khark et sur plusieurs plateformes offshores, poursuivent leurs actions hebdomadaires et grèves face au mépris du pouvoir.
– des grèves se répandent au barrage de Karoun, dans le complexe pétrochimique Razi de Mahshar, à l'usine de tracteurs de Tabriz, à l'aciérie d'Esfahan, dans les mines de cuivre et d'or de Sefid Abad.

Des retraité.es protestent contre la baisse des pensions, la réduction des services médicaux essentiels et les projets gouvernementaux qui mettraient en péril leurs caisses de retraite. Ils/elles reprennent leurs « lundis de protestation » à Téhéran,

Shush, Ahvaz, Kermanshah. Les retraité.es du secteur des télécommunications rejoignent cette mobilisation.

Solidarité des travailleur/euses face à la répression

Parallèlement, le pouvoir continue d'abattre sa répression sur les travailleur/euses. En juillet, Les forces de sécurité ont attaqué l'assemblée générale du Conseil de coordination des associations d'enseignant.es à Shahreza, arrêtant plusieurs militants.

Parallèlement, de lourdes peines ont été prononcées contre des enseignants à Kerman, tandis que d'autres ont été licenciés au Kurdistan pour leur engagement syndical.

Toutes les organisations ouvrières indépendantes en Iran dénoncent et condamnent cette répression, les arrestations et les peines affligées aux travailleur/euses.

Des organisations comme le Syndicat des bus de Téhéran, le Syndicat de la sucrerie de Haft Tappeh, le Conseil de coordination des associations d'enseignant.es, des Unions de retraité.es, l'Union libre des travailleur/euses d'Iran, le Comité de coordination d'aide à la création d'organisations ouvrières, etc. ont vigoureusement condamné la confirmation de la peine de mort prononcée contre Sharifeh Mohammadi, militante ouvrière et défenseuse des droits des femmes.

1er octobre 2025
http://www.iran-echo.com/index.html

Iran, le mobilitazioni operaie dopo la guerra di Israele e degli Usa
https://andream94.wordpress.com/2025/10/05/iran-le-mobilitazioni-operaie-dopo-la-guerra-di-israele-e-degli-usa/

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Maria Corina Machado... vous avez dit... le prix Nobel de la paix 2025 ?

14 octobre 2025, par Pierre Mouterde — , ,
On sait que les prix Nobel de la paix décernés chaque année par le comité norvégien du Nobel ont pris souvent, au fil de l'histoire, une dimension très politique. Leur portée (…)

On sait que les prix Nobel de la paix décernés chaque année par le comité norvégien du Nobel ont pris souvent, au fil de l'histoire, une dimension très politique. Leur portée tout comme leur légitimité peuvent donc être directement liées aux enjeux ou soubresauts de la conjoncture internationale ainsi qu'aux implacables rapports de force et sordides tractations politiques qui la secouent. Et tel est bien le cas du Prix Nobel de la paix décerné en 2025 à la Vénézuélienne Maria Corina Machado.

Qu'on se souvienne à ce propos du prix Nobel de la paix remis à Henri Kissinger le 10 décembre 1973 saluant ses efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre du Vietnam ! L'événement avait déclenché un véritable scandale dans de larges fractions de l'opinion publique internationale, conduisant notamment à la démission de 2 membres du comité.

C'est que Henri Kissinger était alors le principal architecte de la politique étrangère des USA, et s'il avait reçu le prix en même temps que son vis-à-vis nord-vietnamien Lê Duc Tho (qui le refusa !), beaucoup s'interrogeaient sur la justesse de récompenser le ministre des affaires étrangères des USA, un pays aux menées aussi agressivement impérialistes.

Kissinger n'était-il pas le représentant officiel d'un pays qui était intervenu militairement dans un pays situé à cent lieux des Amériques pour y défendre un régime autoritaire et y mener une guerre totale parsemée de bombardements massifs de civils ? Sans même parler du fait qu'il venait de jouer un rôle clef dans le coup d'État mené au Chili contre l'Unité populaire de Salvador Allende, tout juste un mois avant la décision d'Oslo. Et cela, alors qu'il y avait aussi sur les rangs pour recevoir la récompense cette année-là, l'archevêque brésilien Dom Hélder Câmara, figure de la lutte non-violente contre la terrible dictature militaire brésilienne en place depuis 1964.

Le scandale Machado

52 ans plus tard. avec la nomination de Maria Corina Machado, on se retrouve quelque part devant la même logique et le même type de scandale. Sauf que cette fois-ci —courants de droite tout-puissants obligent— le phénomène semble susciter moins de réactions passionnées à gauche qu'à droite.
C'est ainsi que le président Trump qui espérait bien et avait tout fait —comme on le sait— pour en être le récipiendaire, ne s'est pas embarrassé de nuances pour affirmer que le prix de 2025 avait "fait passer la politique avant la paix". Mais comme cette récompense avait été refilée à une de ses plus fidèles alliées en Amérique du sud, et que celle-ci le lui avait aussitôt dédié, il a du faire contre mauvaise fortune bon cœur et baisser quelque peu le ton.

Car c'est ce qu'on ne dira jamais assez. Si le comité Nobel a salué "le travail inlassable de Maria Corina Machado pour promouvoir les droits démocratiques du peuple vénézuélien et sa lutte pour parvenir à une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie », il a fait en même temps l'impasse sur de larges pans de sa vie politique au Venezuela ; une vie qui est loin, très loin d'avoir toujours été en concordance avec les nobles objectifs de la paix ou de la promotion des droits démocratique.

Pour ne prendre qu'un exemple qu'on se garde bien de rappeler, il faut savoir que Maria Corina Machado, fut en 2002 partie prenante –et très activement !— d'une tentative de coup d'État ratée menée à l'encontre du président Hugo Chavez, élu pourtant démocratiquement en 1998 avec plus de 56 % des voix. Elle était même présente au palais présidentiel lors de l'investiture du "président par intérim" Pedro Carmona, président du syndicat patronal Fedecamaras et désigné par ses paires pour remplacer Chavez. Et elle fut signataire du décret Carmona qui a dissout l'assemblée nationale et destitué les responsables politiques élus. Elle avait donc en ce temps-là bien peu de soucis pour la démocratie vénézuélienne et ses valeurs concomitantes de paix.

Il faut dire qu'à l'époque et avant d'être démis pendant quelques jours de ses fonctions lors de cette tentative de coup d'État ratée menée par la haute société vénézuélienne, Hugo Chavez, s'était lancé dans un processus constituant —en tous points démocratique et balisé par un référendum d'entrée et un référendum de sortie (chaque fois validé par les urnes). Mais en plus, il s'était efforcé de reprendre le contrôle de la PDVSA, la compagnie nationale pétrolière vénézuélienne, pourtant nationalisée, mais dont une partie non négligeable des revenus avait été depuis 1976, soit détournée à travers la corruption, soit abandonnée à des intérêts privés.

Une manne pétrolière qu'on ne veut pas partager

Ce fut d'abord cette mesure de reprise de contrôle étatique des richesses pétrolières du pays qui mobilisa les grandes fortunes vénézuéliennes et leur complice états-uniens [1]. C'est ce qui les poussa à fomenter la tentative de coup d'État contre Chavez et à laquelle participa Maria Corina Machado. Car pour les uns comme pour les autres toutes les réformes démocratiques impulsées par Chavez ne pesaient pas lourd dans la balance eu égard à la manne pétrolière qu'il n'était pas question pour eux de partager et encore moins d'utiliser pour financer par exemple des programmes sociaux destinés en priorité aux classes populaires. Et malgré l'échec de cette première tentative, Maria Corina Machado ne cessa jamais –néolibéralisme oblige— de persister dans cette même voie oppositionnelle de droite. Et jusqu'à aujourd'hui.

Elle a ainsi travaillé à réunir 3 millions de signatures en 2004, pour exiger un référendum révocatoire pouvant destituer le président vénézuélien, (comme le permettait d'ailleurs —sous forme d'une innovation démocratique voulue par Chavez— la nouvelle constitution bolivarienne). Mais là encore sans succès, et malgré les fonds qu'elle avait reçu de la NED (National Endorsement for Democracy), une organisation états-unienne promouvant la démocratie libérale. Chavez l'emporta en effet haut la main à cette occasion, avec 58 % des voix. Plus tard, en février 2010, elle se fera élire comme député oppositionnel dans l'État de Miranda, puis lancera avec Léopoldo Lopez le mouvement « La Salida » pour promouvoir des mouvements de rue contre le gouvernement de Nicolas Maduro, successeur d'Hugo Chavez, dont elle ne reconnut pas l'élection.

Certes, depuis l'arrivée à la présidence de Maduro en 2014, puis de ses dérives autoritaires et dictatoriales chaque fois plus confirmées, on pourrait malgré tout être tenté de trouver en Machado cette égérie aux allures démocratiques dont aurait tant besoin le Venezuela. Et les élections frauduleuses de 2024 tenues par Maduro n'auront fait qu'alimenter de tels sentiments. Machado ne manquera pas d'ailleurs d'étonner par la persistance de ses engagements tout azimut à droite. Mais il ne faut jamais oublier que si elle peut aujourd'hui susciter cette impression c'est parce qu'elle s'est tenue, sans désemparer ni état d'âme, aux côtés des classes possédantes et de leurs alliés, les USA, soutenant notamment Juan Guaido, président auto-proclamé en 2019 et qui n'aurait pu persister dans cette voie sans l'appui déclaré des États-uniens.

À n'en pas douter, c'est ce qui permet de comprendre les raisons politiques du choix du comité Nobel de 2025. Il aurait été quand même fort de café –en ces temps encore si partagés quant aux frasques menaçantes de Trump— de donner tout de go à ce dernier le prix Nobel. D'autant plus qu'était aussi sur les rangs Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies. Mais en l'offrant à Maria Corina Machado, on fait une pierre deux coups : on ne se délégitime pas au point de récompenser Trump, mais on choisit une de ses alliées indéfectibles, pour se le garder dans sa manche et ne pas donner l'impression d'aller totalement à contre-courant des volontés des puissants d'aujourd'hui. Décidément, voilà où peuvent mener les petits calculs politiques de l'heure. Il n'y a pas à dire, les temps sont difficiles...


[1] Voir notamment le rôle très actif à Caracas joué par Otto Reich, sous-secrétaire d'État pour les Affaires interaméricaines, haut fonctionnaire étatsunien qui fut impliqué dans l'Irangate).

« Le pouvoir est au bout du fusil »

14 octobre 2025, par Michel Rogalski — ,
Dans les années qui suivirent l'effondrement du bloc soviétique, la presse se fit l'écho de quelques propos de commentateurs, analystes, journalistes voire hommes politiques (…)

Dans les années qui suivirent l'effondrement du bloc soviétique, la presse se fit l'écho de quelques propos de commentateurs, analystes, journalistes voire hommes politiques exprimant une certaine nostalgie du temps de la guerre froide.

Tiré de Recherches Internationales
Michel Rogalski *

Celle-ci représentant, certes avec ses tensions ou frictions, une époque où la scène mondiale était parfaitement décodable, prévisible et encadrée par une grammaire des relations internationales totalement maîtrisée par les deux Grands qui avaient su construire une architecture de la sécurité internationale compatible avec une course aux armements contrôlée par des accords et des traités qui évitaient les excès, entretenaient la confiance et permettaient de justifier de sa bonne foi.

Lors de la rencontre entre Poutine et Trump sur le sol de l'Alaska – qui s'est plutôt soldée par un échec pour amorcer un retour à la paix en Ukraine, mais par un succès de réhabilitation diplomatique pour Poutine – on assista à une petite provocation diplomatique de la part de Sergueï Lavroff. Le ministre des affaires étrangères russe afficha ostensiblement un tricot bariolé du sigle CCCP (acronyme en cyrillique de l'ex-Union soviétique), façon de rappeler le bon temps où les deux pays régentaient et contrôlaient le monde à eux seuls sans avoir à se soucier d'autres puissances. La délégation américaine n'a pas pipé mot, façon de faire savoir qu'elle aussi adhérait à l'idée que c'était le bon temps. Nostalgie partagée si l'on en croit le succès vestimentaire
de ce tricot en Russie et bien au-delà.

À l'époque de la guerre froide, l'idée dominait que tout conflit, à l'âge nucléaire, était devenu impossible entre grandes puissances nucléaires, car ne pouvant aboutir qu'à une destruction mutuelle, mais qu'il restait possible de grignoter des influences dans le reste du monde. C'est ainsi qu'on vît surgir les concepts de « stratégie
oblique » ou de « conflit de basse intensité » pour déstabiliser tel ou tel pays et y planter un drapeau pensant faire avancer ou reculer la révolution mondiale. Le Tiers monde en fut le principal terrain. La zone de l'affrontement s'était déplacée.

À partir des années 1990, la multiplication des conflits devint manifeste et surtout se rapprocha des pays du centre notamment avec la guerre de l'Otan contre la Serbie, lui arrachant le Kosovo. Les états-Unis s'en prirent à l'Irak, divisant l'Otan et l'Europe. Aujourd'hui deux conflits mondialisés, au cœur de l'Europe et au Moyen-Orient
traversent la planète autour de polarisations différentes et mettent à mal la liaison transatlantique. On ne parle plus de « stratégie oblique » ou de « conflit de basse intensité », mais de « guerre hybride ». Ce qui signifie que ce sont des grandes puissances qui s'affrontent mais par des moyens non-militaires dont l'éventail est infini de la cyber-attaque à la désinformation en passant par le sabotage ou la déstabilisation politique. Mais la conflictualité n'a pas baissé, bien au contraire. Les armements se modernisent et changent les réalités de la guerre qui
devient un champ d'expérimentation en temps réel permettant aux états-majors de s'adapter en continu. Les destructions s'accroissent, plus vite que le nombre de morts dont les tristes records (Shoah et massacre des Tutsis) n'ont pas forcément mobilisé les armes les plus performantes. La guerre civile du Rwanda, avec de simples machettes, armes de poing et grenades a pu faire 800 000 victimes en trois mois. Malgré leur horreur les guerres d'Ukraine et de Gaza, n'ont pas atteint un tel chiffre en trois ans.

Selon l'International Crisis Group, une douzaine de conflits seraient aujourd'hui en cours, prenant plusieurs visages. Le Sipri, lui en dénombre une cinquantaine dont quatre majeurs par l'importance des morts générés : les guerres civiles au Myanmar et au Soudan, les guerres entre Israël et le Hamas et entre la Russie et l'Ukraine. Les deux dernières sont déjà largement mondialisées. Faut-il s'étonner si D. Trump s'attribue le mérite d'en avoir résolu six, se comportant chaque fois en prédateurs à la recherche de ressources ou de contrats léonins. On peut en douter. Mais ce qui est révélateur c'est que le choix de ce créneau médiatique rencontre une préoccupation grandissante qui travaille les populations, nourries tout à la fois d'un mélange de crainte et d'aspiration à la paix.

Cette conflictualité croissante s'accompagne d'un développement des Sociétés Militaires Privées (SMP), phénomène qui gangrène la planète et participe à l'embauche de mercenaires – aujourd'hui appelés contractors, ce qui fait plus chic – qui s'organise au travers de réseaux internationaux de recrutement en marge de la légalité. Ces forces participent à l'accompagnement d'armées régulières qu'elles évitent de déployer, permettent de réduire le coût politique ou diplomatique d'une intervention, d'en garantir même le déni, et assurent des fonctions d'entraînement voire d'engagements directs. Les activités auparavant plutôt honteuses – comme marchands de canons – deviennent aujourd'hui des pratiques valorisées, encouragées, de même que la production massive d'armements.

Le monde semble prêt pour un nouveau paradigme, celui d'un chaos généralisé. Face à ce scénario un indice qui pourrait faire sourire est révélateur, celui de l'essor des ventes de bunkers ou d'abris en kit. Cette violence globalisée s'accompagne d'un même phénomène qui traverse nos sociétés, c'est celui que l'on désigne désormais sous le terme de violence désinhibée qui marque de nouvelles générations et qui est la marque de la prolifération de l'économie maffieuse se nourrissant de tous les trafics et n'hésitant pas à franchir de nouveaux
paliers dans la recherche de gains rapides. La contrepartie se traduit par une économie massive de la corruption et un recul de la fonction protectrice de l'état. L'ONU confirme que la criminalité organisée et la violence des bandes criminelles font plus de victimes que les conflits armés, les pays du sud étant plus fortement atteints.
Les conflits qui traversent le monde présentent un trait commun largement partagé. Ils piétinent le droit international et le droit international humanitaire qui se sont littéralement effondrés devant les formes prises par les deux conflits majeurs en cours, entre Israël et les Palestiniens ou celui qui oppose Russie et Otan sur le territoire ukrainien. Ces deux conflits qui semblent loin d'être terminés, sans compromis à portée de mains, confirment cet effondrement qui en vient même à être théorisé par l'usage du concept flou de guerre préventive qui supplante désormais celui de légitime défense parfaitement codifié celui-là. On nom de ce principe il devient
possible de déclencher une guerre en alléguant que l'on se sentait menacé. La « guerre des douze jours » déclenchée par Israël appuyé par les états-Unis contre l'Iran le fut au nom de ce principe entériné par la France sous le label juridiquement inexistant de « droit de se défendre ».

Les instances juridiques internationales comme la Cour pénale internationale (CPI) ou la Cour internationale de justice (CIJ) dont le rôle est de révéler les multiples et graves violations du droit, toutes deux saisies non sans courage par certains états, se sont exprimées avec vigueur. Aujourd'hui elles sont l'objet d'une vindicte suscitée
pas les états-Unis qui s'en prennent personnellement aux dirigeants de ces institutions. Défendre ce dernier filet de sécurité est une urgence absolue.

Cette violence désinhibitrice qui parcourt la planète et nos sociétés nous rappelle qu'après la Longue marche Mao affirmait en 1938 que « le pouvoir est au bout du fusil ». Le propos reste vrai et a été maintes fois illustré du Vietnam à l'Afghanistan en passant par le Sahel, le Moyen-Orient ou l'Ukraine. Mais il nuançait son propos
en ajoutant « le parti commande aux fusils ». La première remarque reste vraie. Il n'est pas certain que la seconde le soit encore.

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« Les universités, voilà l’ennemi » L’anti-intellectualisme depuis et avant le 7 octobre

14 octobre 2025, par Eric Fassin — ,
Depuis le 7 octobre 2023, aux États-Unis, les universités sont accusées de tolérer, voire d'encourager l'antisémitisme. C'est le prétexte d'un anti-intellectualisme politique. (…)

Depuis le 7 octobre 2023, aux États-Unis, les universités sont accusées de tolérer, voire d'encourager l'antisémitisme. C'est le prétexte d'un anti-intellectualisme politique. Cette rhétorique est un fer de lance dans l'offensive trumpiste contre la gauche académique. Mon texte publié par l'Agence Média Palestine s'inscrit dans une série intitulée : « Deux ans après : penser depuis le 7 octobre ».

Tiré du blogue de l'auteur.

Les universités en procès

Le 4 septembre 2025, l'Université de Californie à Berkeley notifiait cent soixante membres de la communauté universitaire, étudiant·es, professeur·es et personnel administratif, que leur nom apparaissait dans des rapports envoyés à la demande de l'administration Trump sur des « allégations d'incidents antisémites ».

Toutefois, aucune information ne leur était communiquée sur le contenu de ces dossiers. Judith Butler, qui figure dans cette liste, a été en position de le révéler publiquement pour dénoncer une logique kafkaïenne : « K espère désespérément bénéficier de protections équivalentes à celles offertes par le 6e et le 14e amendements de la Constitution, à savoir le droit à être défendu par un avocat, le droit à être présenté devant un jury impartial, et le droit à connaître l'identité de ses accusateurs, la nature des accusations portées contre soi et les preuves retenues pour instruire un procès. » Or le courrier du service juridique de l'université semble impliquer que « l'allégation n'a fait l'objet d'aucune enquête ni d'aucun jugement. » On est bien au pays de Kafka.

Depuis le 7 octobre 2023, aux États-Unis, les universités, et en particulier les plus prestigieuses, sont accusées de tolérer, voire d'encourager l'antisémitisme. C'est pour ce motif, ou plutôt sous ce prétexte, qu'à la suite d'auditions organisées deux mois plus tard par des élus républicains à la Chambre des Représentants, plusieurs présidentes de l'Ivy League ont été poussées à la démission : celle de l'Université de Pennsylvanie, puis de Harvard, puis de Columbia.

En 2025, sous le coup d'accusations similaires, les présidents de l'Université de Virginie et de Cornell ont subi le même sort. Aux unes comme aux autres, il est reproché de n'avoir pas su voire voulu empêcher les manifestations propalestiniennes sur leurs campus. La solidarité avec Gaza est ainsi identifiée à l'antisionisme, considéré comme une forme d'antisémitisme au nom d'une définition empruntée à l'International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). Dès lors, en dépit du soutien d'associations, d'étudiants et de professeurs juifs, ce qui est visé, c'est la critique d'Israël, et en l'occurrence de la guerre menée par son gouvernement.

L'extrême droite contre l'antisémitisme ?

Qu'il s'agisse d'un régime d'extrême droite est la clé : il s'agit bien en réalité de politique, plus que d'antisémitisme. Comment expliquer sinon qu'aux États-Unis la droite républicaine radicalisée se mobilise contre, tout en continuant de porter elle-même un discours antisémite ? Ce n'est pas un hasard si les discours de haine se sont multipliés après le rachat de Twitter par Elon Musk, non seulement contre les minorités sexuelles et raciales, mais aussi contre les juifs.

Ce milliardaire d'origine sud-africaine s'est fait le relais des campagnes xénophobes et racistes sur les réseaux sociaux contre le (supposé) Grand remplacement. Dans sa version états-unienne, aux remplaçants de couleur et aux remplacés blancs s'ajoute la figure du remplaceur – présumé juif. Autrement dit, ce sont des personnages comme George Soros qui se voient imputer la responsabilité d'une « submersion migratoire ». Elon Musk lui-même n'a pas hésité à reprendre à son compte cette version antisémite de la rhétorique du Grand remplacement, soutenu par d'éminentes figures de la droite radicale, comme Tucker Carlson ou Charlie Kirk, pour qui « le fondement philosophique du racisme anti-blanc a été en grande part financé par des donateurs juifs ». Qu'importe ce conspirationnisme : non seulement l'antisionisme serait antisémite, mais l'antisémitisme se réduirait, dans ce discours porté par l'alt-right, à l'antisionisme.

Ce qui vient légitimer cette double redéfinition de l'antisémitisme, par extension puis réduction à l'antisionisme, c'est d'une part, aux États-Unis, la validation par l'Anti-Defamation League (ADL), association historiquement engagée contre l'antisémitisme, et d'autre part, en Israël, l'appui de Benyamin Nétanyahou et son gouvernement, au nom des « valeurs judéo-chrétiennes ». Autrement dit, l'extrême droite a réussi à imposer une version qui lui sert d'arme de guerre contre la « gauche radicale », également redéfinie pour inclure, non seulement le mouvement antifa, déclaré terroriste, mais aussi le parti démocrate, jugé marxiste et communiste, nonobstant son ralliement au néolibéralisme.

La diabolisation de la gauche est ainsi l'envers de la dédiabolisation de l'extrême droite. Ce retournement rhétorique n'est pas propre aux États-Unis : en France aussi, il a réussi à s'imposer dans le jeu électoral pour le plus grand bénéfice du Rassemblement national : les enquêtes annuelles de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) n'ont-elles pas établi que, en miroir inversé de l'électorat de gauche, celui d'extrême droite est à la fois le plus antisémite par ses préjugés antisémites et le plus sioniste dans son soutien à Israël ?

Le modèle trumpiste

De fait, la droite française s'est employée à imiter les représentants républicains au Congrès en organisant, à l'Assemblée nationale comme au Sénat, des auditions pour malmener les présidents d'université en accusant pareillement leurs institutions de tolérer des manifestations d'antisémitisme. Sans doute l'intimidation n'a-t-elle pas eu le même succès qu'aux États-Unis, où des président·es ont été poussé·es à la démission par des conseils d'administration extra-universitaires ; en France, parmi leurs homologues, ce n'a pas été le cas. C'est que leur légitimité repose sur l'élection par la communauté universitaire. L'auto-gouvernement est en France, à la différence des États-Unis, au principe des libertés académiques. Reste que ces auditions ont amené le Parlement à adopter une loi sur la lutte contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur qui a failli reprendre à son tour la définition de l'IHRA.

Le modèle trumpiste fait la démonstration que la lutte contre l'antisémitisme n'est qu'un prétexte, non seulement parce qu'il s'accommode d'un complotisme antijuif, mais aussi du fait qu'il est le point de départ d'autres attaques. À UCLA, par exemple, l'enquête pour antisémitisme s'est conclue par des exigences de contrôle sur le recrutement des étudiant·es et des professeur·es, en même temps que sur des contenus pédagogiques, qu'il s'agisse de genre, de race ou plus largement de l'histoire nationale. C'est ainsi, par exemple, que les enquêtes lancées sur l'antisémitisme universitaire permettent au régime, du même coup, d'imposer sa politique transphobe. La rhétorique de la lutte contre l'antisémitisme joue un rôle de fer de lance dans l'offensive néofasciste contre la gauche académique.

De fait, les attaques anti-universitaires n'ont pas commencé le 7 octobre 2023. On est passé, pour reprendre le sous-titre de mon livre Misère de l'anti-intellectualisme, publié un an plus tard, « du procès en wokisme au chantage à l'antisémitisme. » L'imputation de wokisme, comme la dénonciation de la cancel culture, qui ont toutes deux traversé l'Atlantique, ou encore, spécificité française, l'accusation d'islamogauchisme, visent l'ensemble des savoirs critiques. Il s'agit de champs disciplinaires où, refusant l'exigence politique de neutralité, des universitaires dissipent l'évidence trompeuse de l'ordre social. En réaction, on a vu se monter des campagnes contre « l'idéologie du genre » (en France, on dit plutôt « théorie du genre ») puis contre la Critical Race Theory (en France, on parle d'intersectionnalité).

En finir avec la vérité

Reste que, avec la réélection de Donald Trump et les décrets présidentiels édictés dès son investiture, il a fallu se rendre à l'évidence : les savoirs critiques n'étaient qu'une première cible. Depuis lors, c'est aussi bien la science du climat que les savoirs médicaux, des vaccins à l'autisme, qui sont remis en cause par le pouvoir politique dans une version droitière du lyssenkisme. Autrement dit, ce n'est pas seulement la gauche universitaire ; c'est l'université en tant que telle. L'actuel vice-président, J.D. Vance, avait fait en 2021 un discours intitulé : « Les universités, voilà l'ennemi. » Il y faisait écho à Richard Nixon : « Les professeurs, voilà l'ennemi. » En 2025, c'est Christopher Rufo, l'homme de main du régime dans cette guerre anti-académique, qui revendique d'instiller une « terreur existentielle » au monde universitaire.

Comment comprendre la visée politique de cet anti-intellectualisme ? Sans doute s'appuie-t-il sur une forme d'anti-élitisme mobilisant le ressentiment populiste face à l'arrogance culturelle de certains mandarins ; mais il ne faut pas se laisser abuser par cette rhétorique. Les élites actuelles sont économiques, et non intellectuelles. Pourquoi s'en prendre alors aux universitaires ?

C'est d'abord que cette corporation forme la jeunesse qui reste la classe d'âge la plus éloignée, idéologiquement, de la tentation néofasciste. Autrement dit, les universitaires, à défaut d'exercer un véritable pouvoir, sont susceptibles d'avoir une certaine influence. C'est ensuite qu'au moment où l'édition et les médias tombent sous la coupe d'oligarques, le monde universitaire est un des derniers endroits où la critique peut se déployer avec une relative liberté. C'est enfin que le néofascisme veut en finir avec l'idéal de recherche de la vérité qui est censé définir le monde universitaire. Pour imposer leur vérité, ces régimes s'acharnent à saper l'autorité de la vérité en inondant l'espace public de ce que le philosophe Harry Frankfurt appelle bullshit – et que je traduis par « n'importe quoi » : non pas (seulement) les fake news, mais (aussi et surtout) les alternative facts.

C'est ainsi qu'il faut comprendre l'anti-intellectualisme politique actuel. Aux États-Unis, il résonne avec l'histoire du maccarthysme. Une fois encore, les intellectuels sont la cible, en même temps que la gauche. Toutefois, l'antisémitisme des années 1950 a cédé la place, dans les années 2020, à ce qui se présente comme une lutte contre l'antisémitisme. Aux États-Unis, les juifs ne s'y sont pas trompés. Alors que beaucoup s'inquiètent d'une poussée d'antisémitisme, 72% jugent que l'antisémitisme n'est qu'un prétexte de Trump pour attaquer les universités. Ce n'est donc pas un hasard si Judith Butler, qui revendique fortement son inscription dans l'histoire juive, est taxée d'antisémitisme. La lutte contre l'antisémitisme instrumentalisée par des antisémites contre des juifs, n'est-ce pas l'ultime assaut politique contre la vérité dans son principe même ?


Ce texte a été publié le 6 octobre 2025 par l'Agence Média Palestine. Il s'inscrit dans une série intitulée : « Deux ans après : penser depuis le 7 octobre. » En voici la présentation :

Le 7 octobre est en passe de devenir une expression semblable à celle du 11 septembre dans tous les médias. Il s'agit dans cet usage d'un raccourci-écran. L'expression « 11 septembre » focalise sur la destruction des deux tours et ses milliers de morts ; cependant, le raccourci « 11 septembre » cache tous les désordres du monde qui l'ont suivi, l'expansion des thèses néoconservatrices, le Patriot Act, Guantanamo, la destruction de l'Irak…

De même, parler du « 7 octobre » focalise sur les crimes commis à cette date, et les centaines de morts, mais occulte dans les esprits tout le reste, tout ce que cette date a enclenché, le génocide à Gaza, l'accélération de l'annexion de la Cisjordanie, l'implication internationale en soutien d'Israël, le mépris du droit international qui tente en vain de se faire entendre…

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