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Grève chez Tesla : un mouvement de solidarité qui s’étend

12 mars 2024, par Luc Allaire — , ,
Si les grèves sont rares en Suède, celle des employés de Tesla, qui s'étire depuis octobre 2023, marquera certainement l'histoire de ce pays de la Scandinavie. Tiré de Ma (…)

Si les grèves sont rares en Suède, celle des employés de Tesla, qui s'étire depuis octobre 2023, marquera certainement l'histoire de ce pays de la Scandinavie.

Tiré de Ma CSQ cette semaine.

Les employées et employés de Tesla en Suède sont en grève depuis le 27 octobre 2023, ce qui en fait la plus longue grève à avoir eu lieu dans ce pays scandinave depuis 1945. La raison de ce conflit ? L'entreprise refuse de signer des conventions collectives.

Le propriétaire de Tesla, Elon Musk, l'un des hommes les plus riches au monde, refuse de se conformer au modèle suédois où ce sont les négociations collectives, et non la loi, qui régissent les conditions de travail des travailleuses et des travailleurs. Par exemple, il n'y a pas de salaire minimum légal en Suède.

Les grèves sont pourtant rares dans ce pays, car une fois qu'un accord de travail entre en vigueur, le syndicat ne peut pas déclencher de grève. Cette garantie de paix industrielle a contribué à maintenir le nombre de jours de grève à l'un des niveaux les plus bas en Europe. Entre 2010 et 2019, la Suède n'a enregistré qu'environ 2 jours de travail perdus par an en raison de grève ou de lock-out pour 1 000 personnes salariées. À titre de comparaison, la Norvège en a compté 55 et la France, 128.

Une grève qui pourrait se poursuivre longtemps

La grève des salariées et salariés de Tesla en Suède touche environ 130 membres du syndicat IF Metall. Ce dernier dispose d'un fonds de grève bien garni de 15 milliards de couronnes suédoises, soit près de 2 milliards de dollars canadiens, ce qui lui permet d'offrir aux grévistes 130 % de leur salaire.

Tesla se vante d'offrir à ses salariées et salariés « des conditions équitables et un bon environnement de travail ». La réalité est cependant tout autre : le salaire moyen d'un mécanicien ainsi que les contributions patronales aux caisses de retraite y sont inférieurs à la moyenne nationale dans cette branche de l'industrie.

Les travailleuses et travailleurs de Tesla se sentent exploités alors que leur productivité individuelle est soumise à un système de notation de 1 à 5 qui permet de menacer de congédiement celles et ceux qui obtiennent la note de 1.

Une solidarité sans précédent

Les sondages démontrent qu'une majorité de Suédoises et de Suédois soutiennent la grève, considérée comme un moyen de défendre le mode de fonctionnement du pays.

Ce mouvement de solidarité s'est également étendu aux pays voisins, où les syndicats du Danemark, de la Norvège, de la Finlande, tout comme ceux de la Suède, se sont ralliés à IF Metall. Les débardeuses et débardeurs ont cessé de décharger les Tesla arrivées par bateau. Les travailleuses et travailleurs dans les ateliers ont suspendu les réparations de Tesla. Celles et ceux qui travaillent pour la poste ont interrompu la distribution de courrier concernant l'entreprise, y compris les plaques d'immatriculation. Les électriciennes et électriciens, de leur côté, se sont engagés à ne plus réparer les stations de recharge pour ces voitures.

Elon Musk se retrouve donc confronté à une solidarité entre les pays scandinaves qu'il n'avait probablement jamais imaginée. Il reste à voir comment tout cela se terminera.

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Le Canada peut assurer la justice de genre aux femmes en améliorant les soins

12 mars 2024, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
Les syndicats du Canada marquent la Journée internationale des femmes en incitant le gouvernement fédéral à mieux aider les femmes à survivre à la crise de l'abordabilité et à (…)

Les syndicats du Canada marquent la Journée internationale des femmes en incitant le gouvernement fédéral à mieux aider les femmes à survivre à la crise de l'abordabilité et à réduire ses effets genrés et intersectionnels.

Le nombre démesurément élevé de femmes qui vivent dans la pauvreté et leur manque d'accès à des services de soins sont profondément interreliés. L'établissement d'une stratégie nationale globale sur l'économie des soins contribuerait grandement à alléger le fardeau que les soins – tant rémunérés que non rémunérés – imposent aux femmes.

À mesure que se poursuit la crise du coût de la vie au Canada, de nombreux travailleurs et travailleuses et leurs familles ont de la difficulté à gérer la montée en flèche des coûts de la nourriture, du logement et d'autres nécessités. Les femmes et d'autres personnes qui sont disproportionnellement pauvres ou à faible revenu sont frappées le plus durement. Ces défis sont aggravés par la surreprésentation des femmes dans les emplois à bas salaire, à temps partiel et précaires, et par les soins qu'elles fournissent sans rémunération aux enfants, à leurs parents vieillissants et à leurs proches en situation de handicap.

« L'enjeu est la justice de genre. Tout le monde sait que les femmes accomplissent le gros du travail de soins non rémunéré et rémunéré, ce qui les oblige à occuper des emplois à temps partiel, précaires, temporaires ou au salaire minimum. La majorité des personnes travaillant au salaire minimum au Canada sont des femmes », déclare Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada. « Les répercussions du partage inégal du travail de soins sur la sécurité économique des femmes sont graves, et les actuelles crises de l'abordabilité et du logement rendent la vie encore plus difficile – particulièrement pour les femmes les plus marginalisées. »

Les femmes ont des taux d'insécurité du logement et d'insécurité alimentaire plus élevés que les hommes et sont moins susceptibles d'avoir droit à des prestations d'assurance-emploi. Les statistiques sont encore plus frappantes dans le cas des femmes vivant à l'intersection d'identités marginalisées multiples parce qu'elles sont autochtones, noires, de couleur, 2SLGBTQI, non binaires ou en situation de handicap.

« Il n'est pas étonnant qu'il y ait des crises de la main-d'œuvre dans les soins de santé, les services de garde à l'enfance et d'autres secteurs de soins. Les emplois consistant à fournir des soins aux enfants, aux adultes âgés et aux personnes en situation de handicap ont tendance à être sous-payés et précaires, et les salaires sont mangés par l'inflation dans l'économie des soins. Les emplois en question sont principalement occupés par des femmes, dont bon nombre sont des immigrantes et des femmes de couleur », dit Siobhán Vipond, vice-présidente exécutive du CTC. « Le règlement de la crise des soins aura un impact massif sur les emplois des femmes, leurs revenus et leur participation à la population active, ce qui sera favorable à l'économie canadienne. »

Les syndicats du Canada ont une vision de notre pays où tout le monde a droit aux soins dont il a besoin et les personnes qui fournissent les soins sont visibles, appréciées et appuyées. Le gouvernement fédéral doit établir une stratégie globale et intégrée sur les soins qui consacrerait le droit de toute personne aux soins dont elle a besoin pour vivre une vie pleine et digne, réduirait et redistribuerait la responsabilité disproportionnée qu'assument les femmes en matière de soins, appuierait les personnes fournissant des soins rémunérés et non rémunérés et renforcerait l'économie des soins du Canada dans tous les secteurs.

Le Canada doit créer une commission de l'économie des soins qui serait chargée d'étudier, de mettre au point et de recommander une stratégie nationale sur les soins visant à :

établir une stratégie globale et inclusive sur le marché du travail pour créer des emplois de qualité et équitables dans tous les secteurs des soins ;

examiner le travail de soins rémunéré et non rémunéré et dresser un plan permettant de répondre à la demande croissante de soins ;

réduire et redistribuer le travail de soins non rémunéré qu'accomplissent les femmes en améliorant l'accès à des services publics de soins pour les enfants, les personnes âgées et les personnes ayant un handicap.

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Budget en éducation : la FAE s’attend à un minimum de 7% d’augmentation

12 mars 2024, par Fédération autonome de l'enseignement (FAE) — , , ,
La FAE s'attend à une hausse minimale de 7 % en éducation dans le budget provincial qui sera dévoilé demain à Québec, plus précisément dans les secteurs préscolaire, primaire (…)

La FAE s'attend à une hausse minimale de 7 % en éducation dans le budget provincial qui sera dévoilé demain à Québec, plus précisément dans les secteurs préscolaire, primaire et secondaire, ainsi que dans les secteurs de la formation professionnelle et de l'éducation des adultes.

Un niveau de dépenses en deçà des coûts estimés sera considéré comme des compressions budgétaires, puisque la croissance des dépenses doit minimalement suivre l'augmentation des coûts.

Le 18 février dernier, en conférence de presse, le premier ministre François Legault avertissait la population que « ce choix qu'on a fait d'investir massivement dans les services publics va avoir des conséquences financières ».

Or, pour la FAE, ce choix ne doit pas se faire au détriment des services aux élèves, jeunes et adultes, et le gouvernement caquiste doit investir en éducation pour sortir le réseau scolaire québécois du marasme dans lequel il est plongé depuis des années.

"Les Québécoises et les Québecois ont décidé, il y a longtemps, de se doter de services publics, notamment de système de santé et d'éducation publics. La bonne chose à faire pour le premier ministre Legault est de les financer convenablement afin d'en assurer la qualité, l'accessibilité et la gratuité pour l'ensemble de la population."

« L'on subit encore aujourd'hui les conséquences du sous-financement chronique de nos réseaux publics, alors il serait impensable qu'il n'y ait pas un minimum d'investissements demain dans la part du budget consacrée à l'éducation. D'autant plus que le premier ministre martèle, depuis qu'il est au pouvoir, que l'éducation est sa priorité », déclare Mélanie Hubert, présidente de la FAE.

La FAE s'appuie sur une note de l'IRIS, qui a évalué les coûts de système pour l'année 2024-2025. Cinq facteurs expliquent la hausse de ces coûts, qui oscilleront entre 21 386 millions de dollars et 21 690 millions de dollars. Chacune de ces variables a une contribution différenciée à la croissance des dépenses en 2024-2025 :

Hausse salariale (37 %) ;

Hausse du nombre d'élèves (16 %) ;

Programme Offensive formation en construction (14 %) ;
Inflation (10 %) ;

Mesures récurrentes de soutien à l'enseignement (22 %).

« Assurer un financement pérenne de l'éducation, grâce à un mécanisme garantissant que le gouvernement québécois investit minimalement des sommes équivalentes à la hausse des coûts de système, peu importe qui est au pouvoir, constituerait un geste politique courageux de la part de François Legault, et enverrait surtout le signal que l'éducation serait désormais à l'abri de toute compression budgétaire. Toute somme investie au-delà des coûts témoignerait, à grande ou à petite échelle, de l'importance qu'accorde le gouvernement à l'éducation », déclare Mélanie Hubert, présidente de la FAE.

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Situation économique des femmes : entre améliorations et inégalités

12 mars 2024, par Minh Nguyen — ,
Malgré d'importants progrès, il y a encore beaucoup à faire pour améliorer le sort économique des femmes au Québec. Que reste-t-il à accomplir pour atteindre une économie juste (…)

Malgré d'importants progrès, il y a encore beaucoup à faire pour améliorer le sort économique des femmes au Québec. Que reste-t-il à accomplir pour atteindre une économie juste et équitable ?

Tiré de Ma CSQ cette semaine.

Pendant longtemps, les femmes ont été prises dans un cercle vicieux où les perspectives d'emploi limitées de leurs mères ne les encourageaient pas à poursuivre des études ni à aspirer à des carrières ambitieuses. Les luttes syndicales et celles du mouvement des femmes ont joué un rôle crucial dans l'amélioration de leur sort économique. Elles leur ont permis, entre autres, d'obtenir de meilleures conditions salariales et de travail ainsi que des politiques de congé parental, ce qui a contribué à réduire les inégalités de genre en milieu de travail.

Une disparité salariale encore présente

Au Québec, la Loi sur l'équité salariale (LES), adoptée en 1996 grâce aux revendications de groupes de femmes et d'organisations syndicales (dont la CSQ), a eu des effets positifs sur la rémunération. Au milieu des années 1990, les femmes qui occupaient un emploi à temps complet recevaient, en moyenne, 83 % du salaire des hommes. En 2021, ce ratio était plutôt de 91 %, avec une rémunération horaire moyenne de 27,39 $ pour les femmes, comparativement à 30,16 $ pour les hommes.

Bien que nous constations un progrès notable depuis l'adoption de la LES, le salaire des femmes demeure encore aujourd'hui généralement moins élevé que celui des hommes. L'un des facteurs expliquant cet écart persistant est la présence plus forte des femmes dans des secteurs moins reconnus et moins bien rémunérés.

Le travail invisible et la fiscalité

En début de carrière, les femmes ont tendance à travailler davantage à temps partiel que les hommes et ont un plus faible taux d'emploi permanent que ceux-ci. Ajoutons à cela le temps qu'elles consacrent au travail invisible et nous constatons que l'écart dans la rémunération s'agrandit encore davantage.

Qu'est-ce que le travail invisible ? Ce sont les tâches et les responsabilités non rétribuées, et souvent non reconnues, effectuées dans la sphère domestique. Il comprend les activités, comme les tâches ménagères, les soins aux enfants et aux personnes âgées, la gestion du foyer et les autres travaux qui contribuent au bien-être de la famille et de la communauté, mais qui ne sont pas formellement rémunérés. Selon Statistique Canada, la valeur économique du travail invisible se situait entre 516,9 et 860,2 milliards de dollars en 2019 au Canada, soit entre 25,2 % et 37,2 % du produit intérieur brut (PIB).

Le travail invisible comme activité économique principalement occupée par les femmes est un phénomène bien présent au Québec. En 2015, celles-ci consacraient plus de temps aux activités quotidiennes, soit 3,5 heures par jour comparativement à 2,5 heures par jour pour les hommes.

Cette présence du travail invisible dans la vie des femmes a des conséquences sur leur revenu annuel : en 2021, elles gagnaient en moyenne 37 500 $, soit seulement 82 % du salaire annuel des hommes (45 600 $). En 1996, ce taux était à 61 %. Cette amélioration s'explique en grande partie par l'adoption de la LES, mais aussi par la mise en place des services éducatifs à la petite enfance régis et subventionnés, en 1997, qui a facilité l'arrivée des femmes sur le marché du travail.

Malgré un écart de revenu qui s'amenuise, le patrimoine des femmes demeure moins important que celui de leur conjoint. Les hommes détiennent, en moyenne, 30 % plus de richesse nette. Cet écart est encore plus grand chez les couples non mariés. Du côté des conjoints de fait, par exemple, la richesse des hommes est 80 % supérieure à celle de leur conjointe, s'élevant en moyenne à 271 955 $ contre seulement 151 895 $ pour les femmes.

Le problème d'inégalité dans le patrimoine met en lumière une fiscalité par ménage qui tend à désavantager les femmes, selon plusieurs mouvements féministes. Ces derniers affirment que celle-ci ne prend souvent pas en compte les disparités économiques et les contributions spécifiques des membres du ménage, perpétuant ainsi les inégalités de genre sur le plan financier.

La fiscalité familiale tend à invisibiliser les femmes ainsi que leur contribution au ménage et à la société. En dissimulant la valeur du travail invisible, principalement effectué par les femmes, elle nuit également à la redistribution de la richesse.

Crises économiques et pauvreté

En 2022, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de se retrouver dans une situation de faible revenu (10,6 % d'entre elles contre 9,2 % d'entre eux). C'est mieux qu'en 2005, où le taux de faible revenu des femmes était de 12,4 % comparativement à 9,6 % pour les hommes. La situation tend donc à s'améliorer, mais elle le fait lentement.

Entre 2005 et 2022, les femmes étaient plus nombreuses à travailler au salaire minimum. Jusqu'en 2018, elles occupaient d'ailleurs 60 % de ces emplois. Depuis 2019, cette proportion tend à s'équilibrer. En 2022, les femmes ne représentaient plus que 53 % des effectifs.

La hausse de 0,50 $, qui fera passer le salaire minimum à 15,75 $ de l'heure à partir du 1er mai prochain, n'est cependant pas une bonne nouvelle pour les travailleuses et les travailleurs les plus pauvres. En effet, cette augmentation de 3,28 % demeure en deçà de l'inflation annuelle prévue, qui était de 4,5 % l'an dernier. Autrement dit, celles et ceux qui travaillent au salaire minimum verront leur pouvoir d'achat diminuer de 1,22 %. Leur portefeuille s'en verra d'autant plus affecté que les 2 postes de dépenses les plus importants seront fortement touchés : le logement locatif, avec une hausse de 5,8 %, et l'épicerie, avec augmentation prévue de 8,3 %. Si elle touche l'ensemble de la population, la baisse du pouvoir d'achat nuit particulièrement aux femmes.

Tout ceci se déroule également dans un contexte où l'économie risque de ralentir, le Québec étant techniquement en récession. Il est encore tôt pour savoir si le tout se dégradera en crise économique, mais, si tel est le cas, les femmes encaisseront les conséquences plus durement que les hommes.

Les femmes ont été plus fortement touchées par les crises économiques passées. L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques a d'ailleurs démontré que, historiquement, les réponses aux crises ont souvent favorisé les hommes. Entre 2008 et 2016, seulement 32 % des investissements ont été dirigés vers les femmes. La politique d'austérité budgétaire, instaurée par le gouvernement libéral de Jean Charest après la crise de 2008-2009, avec des compressions totalisant plus de 23 milliards de dollars, a particulièrement touché les secteurs de la santé, de l'éducation et de la fonction publique, où les femmes sont surreprésentées.

L'écart entre les investissements destinés à la relance et les compressions budgétaires imposées s'est élevé à 7 milliards de dollars. Tout cela, sans compter les répercussions économiques négatives de la pandémie, qui ont eu davantage de conséquences pour les femmes que pour les hommes.

En conclusion

En conclusion, la LES, la mise en place des services éducatifs à la petite enfance publics et les gains en matière des droits des femmes ont eu des répercussions positives sur le sort économique des femmes au Québec. Les différentes luttes menées par les syndicats et par le mouvement des femmes ont été payantes, mais il sera important de consolider ces gains.

Simone de Beauvoir disait qu'« il suffira d'une crise politique, économique et religieuse, pour que les droits des femmes, nos droits, soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez demeurer vigilante ». La vigilance implique le fait de continuer la lutte pour l'amélioration des conditions économiques des femmes et la consolidation des gains.

Avec la montée d'une droite misogyne, les enjeux économiques qui touchent les femmes nous paraissent d'une actualité brûlante. Le 50e anniversaire du comité d'action féministe nous offre une occasion de réfléchir à ces enjeux et aux façons dont le mouvement syndical peut poursuivre sa contribution à la lutte et à la promotion des changements significatifs pour un avenir juste et équitable pour les travailleuses au Québec.

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Nicolas Latteur : « Critique populaire de l’exploitation. Ce que devient le travail »

12 mars 2024, par Thomas Coutrot — ,
Nicolas Latteur s'est donné pour ambition de porter la voix de « ceux qui ne sont rien », mais qui tiennent notre société à bout de bras. Sa « critique populaire de (…)

Nicolas Latteur s'est donné pour ambition de porter la voix de « ceux qui ne sont rien », mais qui tiennent notre société à bout de bras. Sa « critique populaire de l'exploitation » donne la parole à des dizaines de travailleuses et travailleurs du rang, qui décrivent par le menu leur difficile condition au travail. Mais qui montrent aussi des chemins de résistances et d'alternatives.

Tiré de A l'Encontre
1 mars 2024

Nicolas Latteur : « Critique populaire de l'exploitation. Ce que devient le travail », Ed. Le Bord de l'Eau, 2023.

Par Thomas Coutrot (note de lecture)

Sociologue au Cepag (Centre d'Education Populaire André Genot), un mouvement d'éducation populaire proche de la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) – avec une forte présence syndicale progressiste en Wallonie –, Latteur nous propose ici un kaléidoscope de récits de travail, 27 chapitres fourmillant d'histoires vécues, ordonnées autour de plusieurs thèmes. La première partie décrit les modes de management dans le secteur privé (« dirigés à distance, contrôlés en permanence »). A travers les témoignages d'ouvriers, d'employés, mais aussi de managers, on touche du doigt l'insécurité permanente que font planer les restructurations, les externalisations, les délocalisations. On voit aussi comment les outils numériques servent l'intensification du travail et le travail dans l'urgence permanente. Ainsi Bénédicte, scripte dans le cinéma depuis de nombreuses années, explique qu'avec les caméras numériques, « tout va beaucoup plus vite. Il y a plus de sensibilité – et donc moins d'éclairage. (…) On peut commencer à tourner alors que rien n'est prêt. Cela permet d'engranger de la matière filmée. Il y a une sorte de pression constante. L'éclairage, la mise en place, la répétition, etc…, ont sauté depuis bien longtemps » (p. 35).

Le deuxième partie du livre (« Essentielles et méprisées ») s'intéresse aux services publics et professions essentielles. De façon très concrète, sont démontées les stratégies néolibérales de reconfiguration des services publics, de précarisation et déprofessionnalisation des agent·e·s, de mise à distance et disciplinarisation des usagers et usagères. Mais aussi les tensions internes aux collectifs, entre celles et ceux qui prennent encore à cœur leur tâche, et d'autres qui s'adaptent aux normes du management : « Je mets vingt minutes à faire une toilette au lieu de quinze. De ce fait j'ai des convocations au bureau parce que mes collègues se plaignent (…) Mes collègues que j'adore par ailleurs ne se rendent plus compte qu'elles sont dans la maltraitance et l'infantilisation » (p. 115).

La troisième partie (« Résister en milieu hostile ») rend compte des tentatives de résistance et de la répression féroce ou larvée à laquelle elles se heurtent le plus souvent. Particulièrement saisissant est le témoignage de Carmela (pp. 216-225), ouvrière et déléguée syndicale dans une entreprise de fabrication de sandwichs où les conditions de travail sont épouvantables – des horaires à rallonge, des températures frigorifiques, de lourds sacs à déplacer, l'obligation d'utiliser des produits parfois avariés (« Je suis parfois dégoûtée. Je ne vais pas aller manger ce que je produis »). Elle se heurte aux manipulations de son patron, qui dresse les salarié·e·s les uns contre les autres, réussissant même à susciter une pétition portée par un délégué syndical pour en faire licencier un autre. Parlant de la pression constante de l'employeur, « il souhaite me dégoûter afin que je parte de moi-même », sa santé en est fragilisée, elle ne va pas pouvoir tenir.

Mais Nicolas Latteur met aussi en visibilité des expériences plus encourageantes, où l'action militante permet de reconstruire du rapport de forces. Parfois en contournant des organisations syndicales enfermées dans des structures obsolètes. Ainsi l'association « Cordistes en colère » [spécialistes des travaux en hauteur ou difficiles d'accès équipés de cordes] s'est construite pour défendre spécifiquement les conditions de travail d'une profession risquée mais peu organisée et éclatée entre plusieurs fédérations professionnelles des syndicats « classiques » (CFDT puis CGT) avec lesquels les fondateurs de l'association avaient commencé à s'organiser. Souvent aussi, à partir d'équipes syndicales qui innovent dans la construction des liens avec les salarié·e·s en s'intéressant à leur expérience de travail réel. Ainsi la mise en œuvre d'« enquêtes ouvrières » permet de mobiliser l'intelligence individuelle et collective, comme dans le cas des aides-ménagères de Charleroi où Caroline, déléguée FGTB (pp. 273-274), estime avoir ainsi reconstruit un collectif conscient de sa force, y compris pour demander des améliorations salariales. Ou bien comme le relate Alice, élue CGT dans une grande entreprise de microélectronique proche de Grenoble : son syndicat met en œuvre une enquête sur les violences et discriminations sexistes et sexuelles, qui « construit un cadre où la sensibilité est plus grande. Cela permet de limiter les blagues sexistes et les autres phénomènes de violence, la tolérance devient plus faible » (p. 284).

Nicolas Latteur met en évidence « la légitimité de la délégation syndicale à définir elle-même son périmètre d'intervention », plutôt que de se laisser enfermer dans le « dialogue social » institutionnel : « par sa pratique de l'enquête, elle s'appuie sur les connaissances qu'ont les salarié·e·s de leur propre travail et déploie une dynamique participative. Les collectifs de travail peuvent ainsi être reconstitués – ne fût-ce que partiellement – par un syndicalisme qui se construit sur la base de l'expérience et de la connaissance qu'ont les salariés » (p. 284).

En définitive le travail de Nicolas Latteur est précieux en ce qu'il contribue à « constituer des caisses de résonance d'expériences de mobilisation dans lesquelles loin de se laisser abattre, ces salariés disputent à l'arbitraire sa toute-puissance » (p. 300). Multiplier ces expériences et les mettre en visibilité et en réseau, voici aujourd'hui une tâche centrale pour le mouvement social. Tant il est vrai que « le travail, son organisation et sa finalité apparaissent comme trois éléments centraux d'une perspective de réappropriation démocratique » (p. 306). (Cette note est publiée sur le site des Assises de la santé et de la sécurité des travailleurs–euses qui auront lieu à la Bourse du Travail à Paris les 13 et 14 mars 2024)

Thomas Coutrot est chercheur associé à l'IRES. Il a dirigé, de 2003 à 2022, le département Conditions de Travail et Santé à la Dares (Ministère du travail). Son dernier ouvrage : Redonner du sens au travail, une aspiration révolutionnaire (avec Coralie Perez), Seuil, 2022.

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L’origine du christianisme

12 mars 2024, par Editions Syllepse, Karl Kautsky — ,
Karl Kautsky est probablement le premier marxiste à s'intéresser à la fois au mouvement et à la personnalité énigmatique de l'homme qui fut crucifié par les autorités romaines. (…)

Karl Kautsky est probablement le premier marxiste à s'intéresser à la fois au mouvement et à la personnalité énigmatique de l'homme qui fut crucifié par les autorités romaines. Publié en 1908 et traduit en neuf langues, mais jamais imprimé en français, son livre permet de saisir dans sa matérialité historique l'expansion mondiale du christianisme. Il éclaire l'attrait du christianisme des origines.

Il oppose un récit matérialiste de la nouvelle religion à la mythologie chrétienne et, ce faisant, montre la capacité du marxisme à rendre compte d'un processus historique complexe, en interprétant un phénomène religieux en termes de lutte des classes.

Extrait de la préface :

La détresse religieuse est, pour une part, l'expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans coeur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l'auréole. KARL MARX

L'origine du christianisme de Karl Kautsky est une brillante analyse matérialiste historique et dialectique. Elle est malheureusement trop méconnue.

Publié en 1908, cet essai s'ouvre sur une courte section intitulée « La figure de Jésus », qui est tributaire des sources de l'époque. Lorsque Kautsky a écrit son essai, il n'avait accès à aucune preuve documentaire autre que les quatre Évangiles et les écrits de Flavius Josèphe. Mais au cours des dernières décennies, l'étude du christianisme primitif a été révolutionnée par la découverte des manuscrits de la mer Morte2 et d'autres manuscrits anciens dont la signification n'est que progressivement comprise. Aujourd'hui, grâce à l'archéologie, la figure du Christ et la nature du christianisme primitif peuvent être interprétées sous un jour nouveau et les hypothèses de Kautsky sont devenues éminemment pertinentes pour l'expliquer.

Malgré les parallèles frappants entre la secte chrétienne et la communauté de Qumrân, nulle part les manuscrits ne mentionnent Jésus, Jean-Baptiste ou tout autre personnage du Nouveau Testament. Les parchemins et les fragments de papyrus mettent en lumière le monde dans lequel Jésus était censé avoir vécu et fournissent un puissant soutien à la thèse de Kautsky selon laquelle la figure de Jésus dans les Évangiles ne représente pas un personnage historique, mais une image composite de plusieurs personnages différents. J'y reviendrai plus en détail. Le corps du livre est divisé en trois grandes parties à peu près d'égale longueur : « La société romaine à l'époque impériale », « Le judaïsme » et « Les débuts du christianisme ». Chaque partie est une analyse pénétrante des aspects sociaux, économiques, politiques et culturels des sujets traités. Chacune éclaire de façon remarquable les grandes questions importantes : l'analyse de la montée et du déclin de l'économie politique esclavagiste pour l'Empire romain, la question de la diaspora et du commerce pour les juifs et le communisme confus, mais énergique, des premières communautés chrétiennes pour le christianisme. Mais surtout, c'est une formidable analyse de l'évolution des mentalités. Elle explique les raisons pour lesquelles la secte chrétienne s'est finalement imposée et est devenue une religion « universelle », pourquoi des communautés juives, même celles hors de la Palestine, ont résisté à l'assimilation et quel rôle a joué la déliquescence morale de la société romaine dans le triomphe d'une religion qui promettait le paradis après la mort.

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Noor Hindi, écrivaine américano-palestinienne : “Ce sol me tourmente sans que je l’aie jamais foulé”

12 mars 2024, par Noor Hindi — , ,
Lettres de Palestine - La poétesse américaine d'origine palestinienne Noor Hindi signe un texte intime dans le magazine de gauche “The Nation”. Elle y confie sa difficulté à (…)

Lettres de Palestine - La poétesse américaine d'origine palestinienne Noor Hindi signe un texte intime dans le magazine de gauche “The Nation”. Elle y confie sa difficulté à être palestinienne en Occident et son attachement à une terre qu'elle n'a pourtant jamais foulée. Un sentiment qui se transmet de génération en génération, tout comme la douleur de l'exil.

Tiré de Courrier international. L.égende de la photo : Displacement - Cette toile de 2020, signée du peintre Gazaoui Mohamed Alhaj, a été exposée à Londres dans une exposition consacrée à la Palestine. Lire l'article original.

[Cet article est extrait du dossier publié dans notre hebdomadaire daté du 7 mars 2024 (CI n° 1740). Une sélection de témoignages, de récits et d'images de poètes, d'artistes et d'intellectuels palestiniens, qui donnent à voir la vitalité et la richesse de la culture, de l'histoire et de l'identité palestinienne alors que le conflit entre Israël et le Hamas entre dans son sixième mois.]

Il n'y a pas longtemps, j'ai posé une question très simple à mon père : “Y a-t-il encore de l'espoir ?” J'étais dans notre cuisine, à Dearborn, dans le Michigan, en train de couper des mangues, et je le voyais dans le salon, comme à son habitude, les yeux rivés sur son téléphone, affaissé sur le canapé, les traits tirés. Il était déjà en train de regarder les infos.

Je ne suis jamais allée en Palestine. Mais je ne connais que trop bien le chaos des informations en provenance de notre terre. Ainsi que ce passé qui nous hante. Quand j'étais enfant, je m'endormais sur les genoux de mon père au son d'Al-Jazeera. Lors des réunions de famille, j'écoutais nos histoires : celle de ma grand-mère qui a survécu à la Nakba à 5 ans, l'enfance de mon père dans le camp de réfugiés de Kalandia [village situé en Cisjordanie occupée], les arbres que mon arrière-grand-père avait plantés autour de sa maison à Al-Koubab (aujourd'hui Ramleh), l'un des 418 villages palestiniens détruits entre 1948 et 1949.

Une nuit, l'année dernière, j'ai rêvé de la Palestine. Dans mon rêve, j'étais agenouillée aux côtés de mon père, et j'avais dans la bouche une poignée de terre de Palestine. Je me suis réveillée, tourmentée par une soif brûlante, un manque qui me serrait la gorge et me vidait physiquement.

Une perte insondable

Je connais très bien ce sentiment de perte insondable, le néant du chagrin, son emprise autour de mon cou. J'ai appelé mon père un peu plus tard dans la journée. “Nous irons en Palestine, lui ai-je promis. En octobre 2024.” Il n'a exprimé qu'une seule exigence : il voulait y aller en août “pour la saison des figues”, et je pouvais l'entendre sourire à l'autre bout du fil.

Je veux pouvoir goûter l'amertume de la terre de Palestine. Depuis des années, ce sol me tourmente sans que je l'aie jamais foulé. Je veux trouver le lieu exact de ma souffrance, les coordonnées spatiales de ce manque. Je l'appelle de toutes mes forces. Et dernièrement ce besoin est devenu impérieux.

Récemment, lors d'une manifestation à Dearborn, j'ai dû m'éloigner de la foule et me mettre à l'écart sous un arbre. J'avais du mal à reprendre mon souffle. Mon corps me jouait des tours, je suppliais mes pieds de s'ancrer dans le sol, de trouver du réconfort dans ce pays pour lequel je ne suis pas faite. J'ai vu un père essayer de rattraper son fils. L'enfant était pieds nus. Il riait à gorge déployée. Il avait ramassé une feuille rouge et la lançait dans les airs. Un condensé de joie pure et de vie. J'ignore quel avenir nous allons lui laisser.

Depuis des mois, les Gazaouis s'assurent que les violences que leur inflige Israël sont indiscutables. Bien avant de faire leur deuil, de constater l'étendue de tout ce qu'ils ont perdu, avant même de prendre Allah à témoin, ils sortent leurs téléphones pour tout filmer et tout prendre en photo.

Des images indescriptibles

Je ne veux pas redonner vie à ces images ici. Et décrire l'indescriptible. Mais voilà ce que je peux dire. En octobre, des médecins de Gaza ont tenu une conférence de presse à l'hôpital baptiste Al-Ahli Arabi. Ils étaient entourés d'une mer d'enfants morts, des petits corps enveloppés dans des draps blancs. Pourtant Israël continue d'en tuer des milliers d'autres. Sous les yeux du reste du monde.

En novembre, les enfants de Gaza ont tenu leur propre conférence de presse devant l'hôpital Al-Chifa. Ils s'exprimaient en anglais. Ils nous suppliaient de les protéger. Pourtant Israël continue d'en tuer des milliers d'autres. Sous les yeux du reste du monde.

Le deuil empêché

Sur Instagram, des Gazaouis comme Motaz Azaiza [il a depuis quitté l'enclave palestinienne] et Bisan Owda, armés seulement de leur téléphone et de leurs témoignages, documentent leur propre génocide. Les bombardements incessants, les déplacements de masse, l'eau empoisonnée, la faim imposée, l'inconsolable peine. Pourtant, Israël continue d'en tuer des milliers d'autres. Sous les yeux du reste du monde. Que faut-il de plus ?

Nous, les Palestiniens, ne pouvons pas faire le deuil de nos morts. Nous devons prouver notre humanité, prouver que nos traumatismes sont bien réels, prouver encore et toujours que nous n'avons pas mérité notre sort. Cela fait soixante-quinze ans que ça dure. Telle est la genèse de ma frustration, cette anxiété personnelle qui s'invite dans le moindre de mes gestes du quotidien : nous n'avons rien d'autre que nos histoires à utiliser comme bouclier. Et ce n'est pas suffisant.

Il n'y a rien de plus éprouvant que d'assister impuissant au génocide de son peuple : sur Twitter, sur Instagram, dans les salles d'attente des médecins, à la radio et dans toutes les tâches les plus élémentaires de survie. Il n'y a rien de plus démoralisant que de voir le reste du monde nier cette violence pourtant constatée et diffusée par les gens qui la vivent au quotidien.

Malgré tout, l'espoir

Les titres des journaux m'agacent. Tout comme les “solutions”. Ou encore cette injonction de l'Occident à prendre en compte la “complexité” de la crise – une complexité qui ne vaut que pour les morts palestiniens – ou à forcément commencer toute conversation sur le sujet par le 7 octobre, alors que nous savons bien que cette date ne marque pas le début de la crise, tant s'en faut. Je refuse. Je veux qu'on me rende mon pays. Ce n'est pas compliqué.

J'écris en prévision d'un avenir dont j'ignore s'il est encore possible. Je mets mon art au service d'un avenir dont j'ignore s'il est encore possible. Je rêve d'une Palestine que je ne connaîtrai sans doute jamais. Pourtant je continue de rêver. Quand je demande à mon père s'il y a encore de l'espoir, il n'hésite pas une seconde. “Bien sûr qu'il y a de l'espoir. — Mais où ? — Je n'ai pas perdu espoir.”

C'est cela être palestinien. Dans cette vie, dans la prochaine et la suivante encore, nous choisirons toujours la Palestine. Rien ne peut nous faire renoncer à l'espoir. Face à l'inimaginable, je m'accroche à cette espérance.

Noor Hindi

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Et le massacre se poursuit pendant le Ramadhan !

12 mars 2024, par Omar Haddadou — , , , ,
Le rapport de force conforté par le soutien américain à Netanyahou, accentue le processus d'extermination des Palestiniens dans la bande de Gaza, au premier jour du Ramadhan. (…)

Le rapport de force conforté par le soutien américain à Netanyahou, accentue le processus d'extermination des Palestiniens dans la bande de Gaza, au premier jour du Ramadhan.

Face à l'hécatombe, Jean-Luc Mélenchon a pointé du doigt « les criminels », ce samedi, Place de la République.

photo montage https://www.flickr.com/photos/119524765@N06/albums/72177720315356715
Serge D'IGNAZIO

De Paris, Omar HADDADOU

Pas de trêve pour mettre un terme au génocide à Gaza !

Sous le siège israélien depuis le 7 octobre 2023, la bande de Gaza subit une situation humanitaire catastrophique. Outre le spectre de la mort (31 000 côté palestiniens), des déplacements (90%), des maladies, du déchirement de la cellule familiale et des troubles post-traumatiques, un autre constat fait état de 2, 2millions d'habitants de l'enclave sont menacés de famine.

Chaque jour apporte son lot de linceuls et le devoir d'actualiser la traçabilité du crime impuni sous le regard capitulard de certaines institutions qui se barricadent derrière des verbes et des épithètes pusillanimes. La déclaration, hier 11 mars, du Secrétaire général de l'ONU, traduit le rôle figuratif et ubuesque d'une grande Instance face à l'occupant. Monsieur Guterres se dit « atterré de la poursuite du conflit malgré le Ramadhan et outré que le conflit se poursuive à Gaza ». Son appel à l'arrêt des bombardements, à l'ouverture d'un corridor humanitaire et à libération les otages en ce mois sacré, reste un piteux prêche dans le désert.

Si le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh se dit « ouvert aux négociations » pour une trêve à Gaza en cette période de piété pour les Musulmans, le ministre de la Défense israélien n'a pas écarté l'obligation « de répondre à toute provocation ». En France, Macron a, depuis quelques heures, le bourrichon qui frétille de jubilation. Cela parait paradoxal, je vous l'accorde. Le drame humain offre aux Puissants une brèche, que dis-je ? une manne providentielle où l'on fait de bonnes et juteuses affaires au détriment des vulnérables.

Surclassant la Russie, il y a à peine 24 heures, l'Hexagone est devenue, pour la première fois, le deuxième exportateur d'armement dans le monde, avec une progression de ventes de 47% sur la période 2019-2023. L'avènement du conflit ukrainien le 24 février 2024, a occasionné un bond de 94% dans les importations européennes. Motus et bouche cousue !

L'obtention d'un cessez-le feu entre Israël et le Hamas est conditionné par nombre de prérequis dont l'échange de prisonniers. Conscient de l'ampleur et de l'intensité des atrocités, le Président des Etats-Unis tente une mascarade de médiation au moment où l'espace vital palestiniens, notamment dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et Khan Younes, est réduit en cimetière à ciel ouvert.

Point d'intransigeance ni de condamnation à l'égard du protégé, investi dans sa besogne macabre. Joe Biden joue sur le phrasé évasif et complaisant en se fendant de communiqués dénués de toute injonction péremptoire. N'est-ce pas une manière de dire « rase-moi tout ça ! On n'a pas le choix ». D'un ton presque aphone, il déclarait : « qu'un cessez-le feu entre Israël et le Hamas s'annonce difficile ».

Ce positionnement a sorti de ses gonds ce samedi, Place de la République, la France Insoumise, menée par Jean-Luc Mélenchon qui, en tribun révolté, a cloué au pilori Netanyahou, « sa politique d'occupation et d'extermination ». La benne d'un camion en guise de tribune, le Député frondeur s'indignait des atrocités infligées au peuple palestinien en dressant un réquisitoire au Premier ministre israélien digne du procès de Nuremberg : « Crosses en l'air, crosses en l'air ! Cessez- le massacre ! Stop aux livraisons des armes ! Nous sommes le peuple humain qui regarde ses frères et sœurs assassinés et qui pensent qu'aucune représaille, aucune vengeance ne rendent le génocide acceptable ! ».
Devant 60 000 manifestants (es) arborant les symboles de la lutte palestinienne et les slogans dénonçant un « crime contre l'Humanité », le cortège progressait jusqu'à la Place de la bourse dans le 2ème Arr. La foule scandait : « Gaza, Gaza, Paris et avec toi ! ». La participation de la gent féminine est impressionnante. L'élan militant cosmopolite recèle des familles, des jeunes mamans avec leurs bébés. Ici, une famille égyptienne avec une bru palestinienne, là un comorien musulman marié à une française, devant, des étudiants toutes nationalités confondues qui crient à l'unisson : « Netanyahou casse-toi ! la Palestine n'est pas à toi ! » ou « Palestine vivra, Palestine vaincra ! ».

Circonspect sur le drame de Gaza, Macron en perte d'influence et d'ambitions expansionnistes au Sahel, tente présentement une opération séduction au Maghreb, sous couvert de réconciliation et de coopération qui cachent mal l'instinct hégémonique aux relents prédateurs.
O.H

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Le Pen : la torture « républicaine » en colonie et le déni pour « vérité » mémorielle « apaisée »

12 mars 2024, par Fabrice Riceputi, Faris Lounis — , ,
Qui n'a pas vu, lu ou entendu ? Peu de temps avant, pendant et après les commémorations du soixantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, le cirque (…)

Qui n'a pas vu, lu ou entendu ? Peu de temps avant, pendant et après les commémorations du soixantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, le cirque politico-académique et sa gueule de bois médiatique de « la guerre des mémoires » a imposé le sentimentalisme de la « réconciliation des deux Rives » comme l'unique grille de lecture du moment colonial en Algérie. A force de mettre l'histoire au service du ressentiment d'Etat français et algérien, on en est même arrivé à oublier ce qu'était la colonisation et l'après-Libération, pour se perdre dans le désastreux mirage d'une histoire antihistorique, dite « apaisée » et contre la « repentance ».

Les premiers laissés pour compte de ce cirque ? La recherche universitaire, les chercheurs, les professeurs d'université et leurs travaux. Des bibliothèques entières réduites aux cendres des manipulations politiciennes de l'extrême droite et de l'autoritarisme. D'un côté, tout ce qui va à l'encontre du « gros bon sens commun » des « bienfaits de la colonisation » est taxé d'« autoflagellation », de « haine de la France », de « soumission aux minorités revanchardes », d' « islamo- gauchisme », de « wokisme » et, dans certains cas, d' « apologie du terrorisme du FLN » ; de l'autre, la roue de l'histoire doit se contenter de ressasser les pieuses légendes de l'avant-1962. Tout ce qui va au-delà risquerait de nuire, selon une certaine « vérité » pour d'aucuns irréfutable, à l' « intégrité de la nation et sa sécurité »…

Le temps est au confusionnisme chez nombre de politiques et d'« intellectuels » de plateaux de télévision, dans les médias (privés surtout) mensonges plus généralement. Marine Le Pen est désormais la pierre angulaire de « l'arc républicain » et il ne faut pas s'étonner d'écouter sur une radio publique une certaine musique révisionniste selon laquelle Le Pen n'aurait sans doute pas torturé en Algérie.

A l'occasion de la récente parution de Le Pen et la torture. Alger 1957, l'histoire contre l'oubli, Le Matin d'Algérie s'entretient avec Fabrice Riceputi, historien et chercheur associé à l'Institut d'histoire du temps présent, autour de ce déni colonial qui va à l'encontre de la vérité solidement établie par des faits historiques depuis plusieurs décennies.
***
Le Matin d'Algérie : Pourquoi avez-vous décidé d'écrire un livre sur le passé tortionnaire et criminel de Le Pen ? Est-ce le manque d'études consacrées à ce sujet qui a déterminé un tel choix, leur dispersion ou le contexte politique délétère dans lequel évolue la France actuellement ?

Fabrice Riceputi : Personne n'avait jamais songé à réunir l'ensemble du dossier historique relatif au passé tortionnaire de Jean-Marie Le Pen. Jusqu'aux années 2000, lorsqu'étaient publiées les dernières révélations à ce sujet, l'affaire paraissait suffisamment entendue. Et si quelques historiens ont travaillé sur la terreur militaro-policière à laquelle il a participé, aucun n'a logiquement jugé utile de s'intéresser à son cas particulier, qui est celui d'un tortionnaire mais parmi beaucoup d'autres, même s'il était député.

Mais plus de 20 années ont passé, les années de la « dédiabolisation » des Le Pen et du lepénisme. Et en février 2023, on a pu très sérieusement affirmer sur France Inter que « le soldat Le Pen n'a sans doute pas torturé » à Alger et qu'on n'aurait en tout cas « pas de preuves ». C'est là que j'ai réalisé la nécessité de faire ce travail, qui est aussi une manière de raconter au travers du cas Le Pen les premiers mois de ce qu'on appelle « la bataille d'Alger ». Désormais, ce dossier est à la disposition de tous et je suis heureux qu'il soit aussi publié en Algérie.

Le Matin d'Algérie : A quand remontent les premières accusations et revendications de la torture par Le Pen ?

Fabrice Riceputi : Les premières accusations remontent à juin 1957, c'est-à-dire deux mois après son départ d'Alger le 31 mars. Le périodique du FLN Résistance algérienne raconte le supplice infligé par le député parachutiste Le Pen à un certain « Dahman », à la Villa Les Roses sur les hauteurs d'El Biar, où cantonnait effectivement la compagnie de Le Pen. Puis, en 1962, Pierre Vidal-Naquet rend public le rapport du commissaire principal René Gille exposant deux plaintes pour torture déposées par deux Algériens contre Le Pen. L'un des deux a été conduit par Le Pen à la Villa Sésini parce qu'il refusait de lui ouvrir le bar de l'Hôtel Albert 1er à 2 heures du matin…Ensuite, plus rien jusqu'à ce que la presse française s'intéresse au passé d'un Le Pen devenu leader d'un parti à succès : le Front National.

Durant la guerre, Le Pen a fait l'apologie de la torture et, en 1962, a fièrement confirmé avoir lui-même torturé. Mais à partir des années 1980, face à des accusations très circonstanciées de plusieurs de ses victimes directes dans la presse, il doit réagir, alors qu'il brigue les plus hautes fonctions politiques : il attaque systématiquement en diffamation, nie avoir torturé lui-même, tout en jugeant totalement justifiée la torture « anti-terroriste ». L'impunité lui étant garantie par l'amnistie depuis 1962 et les faits eux-mêmes ne pouvant être jugés, il peut gagner ses premiers procès, avant d'en perdre trois autour de 2000, dont celui contre Le Monde, avec un jugement particulièrement définitif.

Le Matin d'Algérie : Pouvez-vous revenir sur le parcours de Le Pen durant « la grande répression d'Alger » (selon la formule de Gilbert Meynier pour parler de « la bataille d'Alger) ? Durant quelle période de l'année 1957 le « lieutenant Marco » a-t-il intensifié ses pratiques inhumaines sur les corps des colonisés ?

Fabrice Riceputi : Ce jeune militant nationaliste et anticommuniste s'engage d'abord en Indochine, où il reste un an. C'est là qu'il apprend comme beaucoup d'autres militaires français les méthodes de la guerre contre-insurrectionnelle qui vont être appliquées ensuite en Algérie. Notamment, l'usage de la torture. Elu député poujadiste en 1956, il s'engage à nouveau pour l'Algérie où il arrive comme lieutenant dans le 1er Régiment Etranger Parachutiste à la fin décembre 1956. Le 7 janvier 1957, le gouvernement du socialiste Guy Mollet lance près de 10 000 parachutistes sur Alger avec le projet d'en finir avec le nationalisme algérien dans la ville-vitrine de l'Algérie française. Leur première tâche est d'écraser la grève des 8 jours appelée par le FLN, dont le succès démontrerait au monde l'audience de ce dernier. Le mode opératoire mis au point est celui qu'on appellera plus tard, en Argentine, la disparition forcée. Les militaires enlèvent, détiennent, interrogent, exécutent parfois qui leur paraît « suspect », sans rendre de comptes à quiconque. Le Pen est des officiers qui font « du renseignement ». Dans la quinzaine de témoignages de ses victimes, on le voit traquer des « suspects », la nuit, dans tout Alger, et torturer, à domicile ou dans certains des très nombreux centres de torture dont Alger et sa région sont couverts : villa Les Roses, Villa Sésini, Fort-L'Empereur notamment. Il utilise surtout les méthodes très normées et enseignées alors aux officiers de renseignement que sont la torture par ingestion forcée d'eau souillée et celle à l'électricité, la « gégène », censées ne pas laisser trop de traces sur les corps des suppliciés. Certains témoins mentionnent aussi des exécutions sommaires. L'un d'eux le relie directement à Paul Aussaresses, qui dirigeait clandestinement les escadrons de la mort de l'armée française. Il est très possible que Le Pen ait agi sous les ordres de ce dernier. Au total, plusieurs dizaines de victimes lui sont imputées, en deux mois et demi de présence effective à Alger.

Le Matin d'Algérie : Que disent les victimes de la torture à propos de Le Pen ? L'historiographie de l'Algérie coloniale, quelle légitimité accorde-t-elle aujourd'hui à leurs témoignages

Fabrice Riceputi : Dans une sorte de prolongement de l'idéologie colonialiste, on a longtemps refusé en France de prendre en compte la parole algérienne sur ces questions. C'est ce que font certains commentateurs quand ils disent qu'il n'y a pas de preuves que Le Pen a torturé. Ils s'assoient sur les témoignages. Or, dans les contextes de crimes d'Etat niés et dissimulés, qu'il s'agisse de la torture en Algérie ou par exemple du génocide des Arméniens, l'historien doit avoir recours aux témoignages des victimes, qui sont la source quasi-unique dont on dispose. Il n'y a par définition rien ou presque dans les archives et les acteurs des répressions les avouent très rarement. Il faut bien sûr soumettre ces témoignages à la critique. C'est ce que j'ai fait avec les victimes de Le Pen, fort notamment de ma connaissance du contexte algérois en 1957, sur lequel je travaille depuis plusieurs années avec Malika Rahal. Et ma conclusion est qu'ils sont parfaitement crédibles.

Le Matin d'Algérie : Quand certains médias, politiques et « intellectuels » de plateaux de télévision critiquent Le Pen en France, ils parlent souvent de collaborationnisme, de nazisme et de racisme, mais jamais de colonialisme. Selon vous, qu'est-ce qui explique le déni de la matrice coloniale du lepénisme ? Ce déni, a-t-il un rapport avec le refus de l'Etat français de reconnaître officiellement, d'abord pour ses propres citoyens, le caractère inhumain de ses différentes entreprises coloniales et de rompre définitivement avec ses ambivalences vis-à-vis du mythe des supposés « aspects positifs de la colonisation » ?

Fabrice Riceputi : En France, il n'est pas jugé particulièrement infâmant d'avoir trempé dans les crimes coloniaux. Car c'est la chose la mieux partagée par tous les courants politiques ou presque. L'extrême droite, mais aussi les socialistes et les gaullistes. Aucun n'a fait le moindre inventaire critique de ce passé honteux. Les initiatives mémorielles de Macron évitent soigneusement cette question et perpétuent en réalité le légendaire déni français des crimes commis durant l'époque coloniale.
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Propos recueillis par Faris LOUNIS
Journaliste indépendant

Bibliographie sélective :

Ici on noya les Algériens, Lorient, Le passager clandestin, 2021.
Le Pen et la torture. Alger 1957, l'histoire contre l'oubli, Lorient, Le passager clandestin, 2023.
Fabrice Riceputi coanime le site « histoirecoloniale.net » et mène avec l'historienne Malika Rahal le projet « Mille autres » sur les enlèvements, la torture et les exécutions sommaires d'Algériens durant la grande répression d'Alger (la « bataille d'Alger »). Leurs publications sont consultables sur le site éponyme « 1000autres.org ».
Crédit : Serge d'Ignazio.
*Cet entretien a été publié pour la première fois, le 3 mars 2024, dans Le Matin d'Algérie.

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États-Unis. En 2023, les grèves importantes ont augmenté de 280%. Toutefois, la protection du droit de grève est très insuffisante

12 mars 2024, par Jennifer Sherer, Margaret Poydock — , ,
L'année dernière a vu une relance de l'action collective parmi les travailleurs et travailleuses. Plus de 16,2 millions d'entre eux et elles étaient représentés par des (…)

L'année dernière a vu une relance de l'action collective parmi les travailleurs et travailleuses. Plus de 16,2 millions d'entre eux et elles étaient représentés par des syndicats en 2023, soit 191 000 de plus qu'en 2022. Les travailleurs ont déposé des pétitions et votes pour établir des sections syndicales en nombre record. Ils ont obtenu des gains salariaux significatifs grâce à des débrayages, grèves et arrêts de travail et grâce à des négociations contractuelles. En outre, les efforts de syndicalisation se sont poursuivis dans divers secteurs, notamment les soins de santé, les organisations à but non lucratif, l'enseignement supérieur, les musées, le commerce de détail et l'industrie manufacturière (Shierholz et al. 2024).

1 mars 2024 | tiré du site alencontre.org

Les grèves ont été l'une des principales formes d'action collective en 2023. On parle de grève lorsque des travailleurs refusent de travailler pour leur employeur dans le cadre d'un conflit du travail. En refusant leur travail – travail dont les employeurs dépendent pour produire des biens et fournir des services – les travailleurs et travailleuses peuvent contrecarrer l'asymétrie de rapports de pouvoir existant entre eux et leur employeur. Les grèves constituent un moyen de pression essentiel pour les travailleurs lorsqu'ils négocient avec leurs employeurs des salaires et des conditions de travail correctes, lorsque les employeurs enfreignent le droit du travail ou lorsqu'ils refusent de reconnaître volontairement les syndicats.

Les données du Bureau of Labor Statistics (BLS) montrent que 458 900 travailleurs et travailleuses ont été impliqués dans des « arrêts de travail significatifs » en 2023. Le nombre de travailleurs impliqués dans des arrêts de travail significatifs a augmenté de 280% en 2023, retrouvant les niveaux observés avant la pandémie de Covid-19. Ces grèves ont touché des salarié·e·s de tout le pays, des ouvriers de l'automobile aux scénaristes et acteurs d'Hollywood, en passant par les infirmières et les enseignants des écoles publiques.

Un thème commun aux grèves de 2023 était la revendication d'une augmentation des salaires dans un contexte de chocs inflationnistes résultant de la relance après la pandémie, de crises mondiales, de bénéfices records pour de nombreuses entreprises et de rémunérations stratosphériques pour les PDG. Parmi les autres motifs de grève, citons des décennies de stagnation des salaires, l'érosion des soins de santé et des prestations de retraite [les deux liés à l'emploi], les longues heures de travail et les conditions de travail dangereuses (Bivens et al. 2023 ; Dickler 2023). Il n'est pas surprenant que les travailleurs et travailleuses entreprennent des actions collectives pour améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail, mais nous devrions nous demander pourquoi cela se produit maintenant. Depuis plusieurs décennies, l'économie des Etats-Unis se caractérise par une croissance inégale des revenus et une stagnation des salaires. Les recherches montrent que les syndicats et la négociation collective sont des outils essentiels pour lutter contre l'inégalité des revenus et améliorer les salaires, les avantages et les conditions de travail des travailleurs syndiqués et non syndiqués (Bivens et al. 2023). Toutefois, l'augmentation continue de l'action collective n'est pas susceptible d'accroître sensiblement le taux de syndicalisation, à moins que des changements politiques significatifs ne soient adoptés pour garantir à tous les travailleurs et travailleuses le droit de former des syndicats, de négocier collectivement et de faire grève.

Dans cette note, nous mettons en évidence les arrêts de travail survenus en 2023 et discutons des politiques nécessaires pour renforcer le droit de grève aux Etats-Unis.

Données sur les arrêts de travail « majeurs »

Le Bureau of Labor Statistics (BLS) définit les « arrêts de travail majeurs » comme ceux qui impliquent au moins 1000 travailleurs et durent un quart de durée de travail complète entre le lundi et le vendredi, à l'exclusion des jours fériés fédéraux. Les données du BLS montrent que 458 900 travailleurs ont été impliqués dans 33 arrêts de travail majeurs qui ont débuté et pris fin en 2023 (BLS 2024c). Il s'agit d'une augmentation de plus de 280% par rapport au nombre de travailleurs impliqués dans des arrêts de travail majeurs en 2022, qui était de 120 600. En outre, elle est comparable à l'augmentation observée dans les niveaux prépandémiques en 2018 et 2019, comme le montre le graphique A.

Notes : Le Bureau of Labor Statistics ne fait pas de distinction entre les grèves et les lock-out dans ses données sur les arrêts de travail. Toutefois, les lock-out (qui sont lancés par l'employeur) sont rares par rapport aux grèves, de sorte qu'il est raisonnable de considérer les données sur les arrêts de travail majeurs comme une approximation des données sur les grèves significatives. Les données concernent les travailleurs des secteurs public et privé.
Source : Bureau of Labor Statistics : Bureau of Labor Statistics, « Work Stoppages Summary » (communiqué de presse), 21 février 2024, et tableau connexe, « Annual Work Stoppages Involving 1,000 or More Workers, 1947-Present ».

Environ 75% des arrêts de travail majeurs en 2023 (25) ont eu lieu dans le secteur privé, dont plus de la moitié (14) dans le secteur de la santé. Les administrations publiques ont été à l'origine de cinq arrêts de travail majeurs, la majorité d'entre eux concernant des collèges et des universités publics. Les collectivités locales ont été à l'origine de trois arrêts de travail importants, qui concernaient des écoles primaires publiques.

Exemples d'arrêts de travail importants (majeurs) en 2023

Les données sur les arrêts de travail du Bureau of Labor Statistics comprennent une ventilation des organisations dans lesquelles se sont produits les principaux arrêts de travail. Ces données, combinées à un examen par l'EPI (Economic Policy Institute) des sources accessibles au public, suggèrent un éventail d'activités de grève en 2023. Les thèmes récurrents des principaux arrêts de travail survenus en 2023 sont les suivants : les travailleurs et travailleuses citent des décennies de stagnation des salaires réels (corrigés de l'inflation), l'érosion de l'assurance maladie ou des prestations de retraite, les longues heures de travail et les conditions de travail dangereuses ou stressantes comme motivation pour obtenir des améliorations significatives des salaires, des prestations et des conditions de travail. Voici quelques exemples d'arrêts de travail importants couverts par les données du BLS.

Grève « Debout » des United Auto Workers (UAW)

Le 15 septembre 2023, plus de 12 000 travailleurs se sont mis en grève chez General Motors, Ford et Stellantis après l'expiration de leur contrat [par grève debout, « Stand Up », on entend le choix des secteurs entrant en grève, à l'opposé de grèves mobilisant tous les travailleurs d'une entreprise]. Les travailleurs, représentés par le syndicat United Auto Workers, se sont mis en grève pour obtenir de meilleurs salaires et avantages sociaux après les concessions contractuelles accordées à la suite de la grande récession. Entre 2013 et 2023, les trois constructeurs automobiles ont vu leurs bénéfices augmenter de 250 milliards de dollars, alors que les membres de l'UAW n'ont pas bénéficié d'un ajustement du coût de la vie depuis 2009 (Hersh 2023).

Pendant l'arrêt de travail, l'UAW a appliqué une stratégie de « grève debout ». Au lieu de mettre les 150 000 membres en grève en même temps, ils ont choisi des sites spécifiques pour faire grève, d'autres sites étant prêts à « se lever » et à rejoindre la grève à mesure que les négociations se poursuivaient avec les trois constructeurs automobiles (UAW 2024). Au total, environ 53 000 travailleurs ont participé aux arrêts de travail. C'était la première fois que l'UAW se mettait en grève simultanément chez les trois constructeurs automobiles.

La grève a pris fin au bout de deux mois, lorsque les United Auto Workers et General Motors, Ford et Stellantis ont conclu des accords prévoyant des augmentations d'au moins 33% pour tous les travailleurs, l'élimination d'un système salarial à deux vitesses [avec des salaires d'entrée pouvant durer plus bas que la moyenne], la réouverture d'une usine Stellantis précédemment fermée, un engagement en faveur d'une transition équitable avec les véhicules électriques et des primes annuelles pour les retraités (UAW 2023). En outre, les travailleurs non syndiqués ont bénéficié des retombées des avancées de l'UAW. Par exemple, Toyota, Honda, Hyundai et Tesla ont augmenté les salaires de leurs travailleurs et travailleuses aux Etats-Unis (dont aucun n'est syndiqué) peu après que l'UAW a conclu un accord de principe avec General Motors, Ford et Stellantis (Brooks 2023 ; Kolodny 2024).

Grève des travailleurs de la santé de Kaiser Permanente

En octobre 2023, plus de 75 000 travailleurs de la santé de Kaiser Permanente, représentés par une coalition de plusieurs syndicats, ont entamé la plus grande grève de l'histoire des Etats-Unis dans le secteur de la santé (Isidore et Delouya 2023). La grève de trois jours a concerné des infirmières, des techniciens médicaux et du personnel de soutien dans des centaines d'établissements Kaiser dans sept Etats et dans le district de Columbia, les plus grands groupes de salarié·e·s (agents de santé) de Kaiser étant en grève en Californie (Reuters 2023).

Comme de nombreuses grèves dans le secteur de la santé ces dernières années, la grève des employé·e·s de Kaiser a attiré l'attention sur les propositions syndicales visant à remédier aux retards de salaires et à la crise du personnel. A l'issue de la grève de trois jours, les salarié·e·s ont conclu avec Kaiser un accord de principe prévoyant une augmentation générale des salaires de 21% sur quatre ans, des primes supplémentaires et une rétribution collective des objectifs fixés, ainsi que de nouvelles initiatives en matière de formation, d'éducation et d'embauche afin d'accroître les niveaux de personnel. L'accord qui en a résulté, ratifié par plus de 98% des membres en novembre 2023, a également fixé un nouveau salaire minimum pour les salarié·e·s de la santé de Kaiser à 23 dollars (qui sera fixé à 25 dollars d'ici 2026) en Californie et à 21 dollars (qui sera fixé à 23 dollars d'ici 2026) dans tous les autres Etats couverts par le contrat (Coalition of Kaiser Permanente Unions 2023).

Grève des employés diplômés de l'Université du Michigan

En mars 2023, environ 2200 employé·e·s de l'Université du Michigan se sont mis en grève. Représentés par la section locale 3550 de la Graduate Employees' Organization (GEO), ils comprennent des étudiants assistants et des assistants de troisième cycle répartis sur trois campus. Les employés ont voté en faveur de la grève afin d'améliorer leurs salaires et leurs avantages sociaux et d'obtenir des protections contre le harcèlement et des conditions de travail plus sûres (P. Lucas 2023).

La grève a été controversée, ce qui a conduit le GEO et l'Université du Michigan à porter plainte l'un contre l'autre pour pratiques déloyales de travail. Les accusations ont finalement été réglées entre les deux parties (Anderson 2023).

La grève de cinq mois a pris fin lorsque la Graduate Employees' Organization (GEO) et l'Université du Michigan ont convenu d'un nouveau contrat de trois ans qui prévoyait d'importantes augmentations de salaire sur les trois campus, des mesures de protection contre le harcèlement, un congé maternité rémunéré, une couverture d'assurance maladie pour les soins liés à l'affirmation du genre et une prime de 1000 dollars à l'embauche (Bruckner, 2023 ; Mackay, 2023). La grève a été le plus long arrêt de travail majeur en 2023 et la plus longue grève dans l'histoire du syndicat et de l'université (Bruckner, 2023). La grève de l'Université du Michigan est un exemple de la vague croissante d'actions syndicales parmi les étudiants diplômés ces dernières années (Bivens et al. 2023).

Grèves des travailleurs de Starbucks United lors de la « Journée de la tasse rouge » (Starbucks Workers United Red Cup Day)

Le 16 novembre 2023, plus de 5000 travailleurs de Starbucks se sont mis en grève pour protester contre le refus de l'entreprise de négocier de bonne foi un premier contrat. Cette grève d'une journée a été organisée pour coïncider avec la promotion « Red Cup Day » de Starbucks, qui est historiquement l'une des journées les plus chargées de l'entreprise. La grève du Red Cup Day de 2023 a été le plus grand arrêt de travail de Starbucks Workers United à ce jour, impliquant plus de 5000 salarié·e·s dans 200 magasins (Durbin 2023).

Depuis décembre 2021, les travailleurs de 43 Etats, dans 391 des magasins appartenant à Starbucks aux Etats-Unis, ont voté en faveur de la syndicalisation (More Perfect Union 2024). Depuis plus de deux ans, Starbucks refuse de négocier de bonne foi et n'a signé aucun contrat collectif avec ses magasins syndiqués. Au cours de cette période, les fonctionnaires du National Labor Relations Board ont déposé 105 plaintes alléguant que l'entreprise avait violé le droit du travail, y compris une procédure nationale accusant Starbucks de ne pas avoir négocié avec les travailleurs syndiqués dans les magasins à travers le pays (Saxena 2023). Peu après la grève du Red Cup Day de 2023, Starbucks a annoncé qu'elle souhaitait reprendre les négociations avec Starbucks Workers United afin de conclure un premier contrat en 2024 (A. Lucas, 2023).

Les arrêts de travail qui n'apparaissent pas dans les données du BLS

Les données du Bureau of Labor Statistics sur les arrêts de travail, bien qu'utiles, présentent une limitation majeure. Elles ne comprennent que des informations sur les arrêts de travail (grèves et lock-out) impliquant au moins 1000 travailleurs et durant une durée de travail complète entre le lundi et le vendredi, à l'exclusion des jours fériés fédéraux. En restreignant ainsi les données, on passe à côté d'une énorme quantité d'informations. Selon les données du BLS sur la taille des entreprises, près des trois cinquièmes (58%) des travailleurs du secteur privé sont employés par des entreprises de moins de 1000 salariés (BLS 2024b). Pourtant, toute activité de grève de ces travailleurs ne serait pas prise en compte dans les données du Bureau of Labor Statistics sur les arrêts de travail. Par exemple, une grève de six semaines impliquant 750 étudiants diplômés de l'Université Temple (située à Philadelphie en Pennsylvanie) n'a pas été prise en compte dans les données de 2023, car elle ne répondait pas aux limites de taille du BLS (AP 2023).

Ces limites de taille et de durée signifient que les données du Bureau of Labor Statistics ne tiennent pas compte des nombreux salarié·e·s qui ont débrayé en 2023 pour réclamer des salaires équitables et des conditions de travail sûres. Alors que les données du BLS font état de 33 arrêts de travail majeurs en 2023, l'ILR Labor Action Tracker de Cornell University montre que 470 arrêts de travail – 466 grèves et 4 lock-out – ont eu lieu en 2023 (Ritchie, Kallas, Iyer 2024).

Conclusion. Une action du pouvoir fédéral et des Etats est nécessaire pour garantir le droit de grève

Les données du BLS de 2023 sur les principaux arrêts de travail montrent que plus de 450 000 travailleurs ont exercé leur droit de grève pour obtenir des augmentations de salaire, de meilleurs avantages et des conditions de travail plus sûres. Il n'en reste pas moins que le droit du travail actuel ne protège pas de manière adéquate le droit fondamental de grève des travailleurs et travailleuses. Les politiques fédérales suivantes renforceraient le droit des travailleurs à se syndiquer et à négocier collectivement.

La loi Richard L. Trumka sur la protection du droit d'organisation (PRO) comprend des réformes essentielles qui renforceraient le droit de grève des salarié·e·s du secteur privé. La loi PRO élargirait le champ d'application des grèves en supprimant l'interdiction des grèves de solidarité et en autorisant le recours aux grèves intermittentes [elles sont sans protection légale]. Elle renforcerait également le droit de grève des salarié·e·s en interdisant aux employeurs de remplacer de manière permanente les salarié·e·s en grève.

  • La loi sur la protection des soins de santé des salarié·e·s en grève et subissant un lock-out empêcherait les employeurs d'interrompre la couverture médicale des travailleurs et des membres de leur famille en guise de représailles contre les grévistes.
  • La loi sur la sécurité alimentaire des grévistes (Food Secure Strikers Act) permettrait aux grévistes de bénéficier des prestations du programme d'aide à l'alimentation (Supplemental Nutrition Assistance Program – SNAP).
  • Le Congrès devrait également mettre en œuvre des politiques visant à étendre un droit de grève pleinement protégé aux salarié·e·s des chemins de fer, des compagnies aériennes, du secteur public, de l'agriculture et de l'économie domestique. Aucun de ces travailleurs n'a le droit fondamental de faire grève en vertu de la législation fédérale actuelle.

L'exclusion des salarié·e·s du secteur public, des employé·e·s de maison et des agriculteurs de la couverture du droit du travail fédéral signifie que les droits syndicaux fondamentaux de millions de travailleurs de ces professions sont laissés à l'appréciation des Etats. Pour remédier à une grande partie de ces exclusions, le Congrès devrait, dans un premier temps, adopter la loi sur la liberté de négociation dans la fonction publique (Public Service Freedom to Negotiate Act), établissant une norme minimale en matière de droits de négociation collective que tous les Etats et toutes les localités doivent accorder aux employés du secteur public.

En l'absence d'action du Congrès, les Etats devraient garantir les droits de négociation collective et protéger le droit de grève pour tous les travailleurs et travailleuses du secteur public, de l'agriculture et de l'économie domestique. A l'heure actuelle, seule une douzaine d'Etats accordent des droits de grève limités à certains travailleurs du secteur public. Les Etats devraient également rejoindre l'Etat de New York et du New Jersey en rendant les travailleurs et travailleuses en grève éligibles aux allocations de chômage (Perez 2024). (Article publié sur le site Economic Policy Institute le 21 février 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)

Références

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Bivens, Josh, Celine McNicholas, Margaret Poydock, Jennifer Sherer, and Monica Leon. 2023. What to Know About This Summer's Strike Activity : What's Spurring the Rise in Labor Actions ? Economic Policy Institute, August 2023.

Brooks, Khristopher J. 2023. “Hyundai, Honda and Toyota Have All Raised Worker Pay Since UAW Strike Ended.” CBS News, November 13, 2023.

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Hersh, Adam. 2023. “UAW-Automakers Negotiations Pit Falling Wages Against Skyrocketing CEO Pay.” Working Economics Blog (Economic Policy Institute), September 12, 2023.

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