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Les élections générales au Pakistan : résultats et contexte, l’armée et le FMI, les enjeux à venir
Les élections générales qui se sont déroulées au Pakistan le 8 février dernier se sont soldées par un vote partagé, aucun parti n'ayant obtenu de majorité claire au niveau national. Le scrutin concernait les 266 sièges de l'Assemblée nationale, ainsi que les quatre assemblées provinciales du Pendjab, du Sind, du Baloutchistan et de Khyber Pakhtunkhwa. Le taux de participation global a été de près de 48 % sur un total de 128 585 760 électeurs inscrits. Le vote a été divisé entre plusieurs partis de droite, ce qui témoigne d'un changement important dans la dynamique politique du Pakistan. Les résultats indiquent que les électeurs ont sanctionné les politiques du FMI et la répression menée par l'État, sous la direction de l'armée.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
21 février 2024
Par Pierre Rousset et Tariq Farooq
Les résultats officiels des élections législatives
Dans ce pays de 241 millions d'habitants (dont 128 millions sont inscrits sur les listes électorales), 5 121 candidats se sont présentés aux élections - dont 312 femmes - représentant pour la plupart 167 partis politiques (dont 44 « nationaux »).
Résultats pour l'Assemblée nationale
PML-N. La Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (Pakistan Muslim League - Nawaz, PML-N), parti de droite centriste, a bénéficié du soutien de l'establishment militaire, mais n'a pas réussi à séduire l'électorat. Elle n'a obtenu que 75 sièges, ce qui signifie néanmoins que son groupe parlementaire était le plus important par rapport à celui des autres partis reconnus, grâce au fait que le Pakistan Tehreek Insaaf d'Imran Khan n'a pas été autorisé à se présenter sous sa bannière et à participer à la campagne officielle.
Tehreek Insaaf. La Commission électorale du Pakistan a pris de nombreuses mesures pour rendre « invisible » le Pakistan Tehreek Insaaf (Mouvement pakistanais pour la justice, PTI) d'Imran Khan. Le parti n'a pas été autorisé à se présenter sous son nom et ses candidats « de facto » n'ont pas été autorisés à utiliser son symbole électoral : une batte de cricket (Imran Kahn est un ancien champion du monde de cricket !). Dans un pays où 75% de la population est analphabète, l'aspect visuel des symboles électoraux joue un rôle majeur dans l'identification des candidats. Le PTI n'a pas pu participer à la campagne officielle. Quant à Imran Kahn, il était confronté à de nombreux déboires judiciaires et à même fait l'objet de trois nouvelles condamnations pour des motifs politiques dans la semaine précédant les élections générales. Il était en détention, comme de nombreux autres dirigeants du PTI.
Malgré tous ces obstacles, le PTI a pu susciter et soutenir de nombreux candidats « indépendants » qui ont utilisé les réseaux sociaux pour se faire connaître. Ils ont connu un véritable succès. Ainsi, 102 « indépendants » ont été élus, dont la grande majorité (92) est identifiée au Tehreek Insaaf.
Le PPP. Le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Bilawal Bhutto Zardari a remporté 54 sièges.
Les partis politiques religieux ont subi des revers lors de ces élections, seul le Jamiat Ulema-e-Islam ayant réalisé des gains notables (4 élus). Le Tehreek Labeek a obtenu 5 à 7 % des voix dans chaque circonscription (aucun élu), tandis que la campagne indépendante du Jamaat-e-Islami n'a pas produit de résultats significatifs (aucun élu).
Un mot d'explication sur la répartition globale des sièges à l'Assemblée nationale. Seuls 266 des 336 sièges sont élus au suffrage direct. Les 70 sièges restants sont « réservés » aux femmes (60 sièges) ou aux minorités non musulmanes (10 sièges). Seuls les partis reconnus peuvent bénéficier de ces réserves, au prorata de leurs résultats. Les candidats indépendants n'y ont pas droit. Les « indépendants » du PTI ont donc rejoint le Sunni Itehad Council (un parti politique sunnite enregistré) pour bénéficier des sièges réservés.
Corruption et fraude. Les élections ont été entachées d'une corruption généralisée, tous les grands partis politiques ayant dépensé des sommes exorbitantes pour acheter des voix. La vente ouverte de votes pour des sommes allant jusqu'à 5 000 roupies (18 dollars) a encore affaibli le processus démocratique. Les campagnes électorales n'ont pas abordé les questions de fond, le PTI se concentrant sur la condamnation d'Imran Khan, le PML-N se ralliant autour du slogan « Donnez le Pakistan à Nawaz » et le PPP présentant Bilawal Bhutto comme un sauveur national.
Pendant les élections, le ministère de l'intérieur a temporairement bloqué l'accès à Internet au nom du maintien de l'ordre public (des attentats avaient eu lieu les jours précédents), ce qui a empêché de nombreux électeurs des centres urbains de réserver des taxis ou d'organiser leur famille pour aller voter. Les accusations de fraude électorale sont nombreuses. 28 personnes ont été tuées ce jour-là. Pendant le décompte des voix, lorsque l'avance des candidats « indépendants » pro-PTI est devenue évidente, ledit décompte des voix a été longtemps suspendu, ce qui a alimenté les soupçons de fraude massive orchestrée par les militaires.
Nous ne pouvons donc parler que des résultats officiels du scrutin.
Les assemblées provinciales
Le PML-N a conservé sa majorité à l'assemblée du Pendjab. Le PPP a remporté une large victoire dans l'assemblée du Sindh. L'assemblée du Baloutchistan a été divisée entre plusieurs partis nationalistes et fédéraux. Au Khyber Pakhtunkhwa, les candidats « indépendants » soutenus par le PTI ont dominé.
Un double rejet du FMI et de la répression étatique
Le résultat global des élections exprime un rejet des politiques du FMI, qui ont conduit à une hausse des prix sans précédent au Pakistan. Ils représentent également un rejet clair des responsables de leur mise en œuvre, des responsables de l'inflation et des politiques répressives qui l'accompagnent, en particulier le gouvernement conservateur du Mouvement démocratique pakistanais (PDM, une coalition), arrivé au pouvoir en avril 2022.
En août 2023, un cabinet intérimaire a été nommé pour préparer les élections, qui auraient dû se tenir trois mois plus tard, en novembre. Elles ont été inconstitutionnellement retardées jusqu'en février 2024, afin de redessiner les circonscriptions électorales. L'objectif était clairement de favoriser la Ligue musulmane-N.
Plus précisément, le résultat électoral montre une forte opposition à la répression exercée contre le PTI dirigé par Imran Khan. Cette perception de la victimisation d'Imran Khan, emprisonné, a mobilisé l'électorat contre la Ligue musulmane de Mian Nawaz Sharif. Sharif a été Premier ministre à trois reprises dans le passé. Il s'est exilé au Royaume-Uni pour échapper aux poursuites judiciaires. La fin de son auto-exil, accompagnée du classement rapide de toutes les affaires judiciaires le concernant, indique clairement son retour en grâce aux yeux de l'armée. Fort de cette nouvelle collusion, l'establishment militaire a stratégiquement orchestré la campagne électorale de la Ligue musulmane. Son échec constitue donc un sérieux revers.
Cependant, le résultat des élections met également en évidence la domination des idéologies de droite, bien que le vote ait manqué de ferveur et ait été principalement une réaction aux conflits internes de la droite plutôt qu'une division claire entre la gauche et la droite. Il ne s'agissait pas d'un vote anti-establishment « de principe », la position anti-establishment du PTI s'avérant circonstancielle, temporaire et sélective dans son opposition à l'oppression exercée par l'appareil d'État (ce parti est loin de défendre toutes les victimes de la répression de l'État !)
La gauche marginalisée
Bien que la gauche ait participé dans une certaine mesure à la bataille électorale, son influence a été limitée, avec moins de 40 candidats en lice.
La gauche a souffert de la popularité du Tehreek Insaaf, la plupart des votes contre l'establishment militaire et les politiques du FMI étant allés au PTI. Les candidats de gauche, y compris ceux du parti Haqooq Khalq, du parti Awami des travailleurs (Awami Wokers' Party) et du parti Brabri, n'ont pas réussi à obtenir un soutien significatif ou des sièges. En particulier, un siège à l'Assemblée nationale détenu par le marxiste Ali Wazir lors des élections générales de 2018 a été perdu cette fois-ci.
Les candidats du parti Haqooq Khalq, Ammar Jan, ont obtenu 3 % du total des suffrages exprimés (soit 1573) dans sa circonscription, Imtiaz Alam et Muzammil ont obtenu 1 %.
Ali Wazir a été élu au parlement national de la province de Khyber Pakhtunkhwa lors des élections générales de 2018, il était le seul parlementaire marxiste siégeant à l'Assemblée nationale. Il a perdu son siège en obtenant 16 000 voix, alors que le vainqueur en a obtenu 21 000.
Malgré ce revers, des partis comme Haqooq Khalq ont promis de continuer à intensifier leur mobilisation. Le principal domaine d'action de Haqooq Khalq est l'organisation des travailleurs et des paysans. Cependant, il a décidé de poursuivre ses activités électorales. Il prévoit de présenter plus d'une centaine de candidats aux prochaines élections législatives et de participer pleinement aux différentes élections locales.
Négociations parlementaires
L'élection du prochain Premier ministre montre qu'il est trop tôt pour se réjouir. L'issue des négociations parlementaires pourrait bien tourner à l'avantage des militaires.
La PML-N de Nawaz Sharif et le PPP de Bilawal Bhutto Zardari sont parvenus à un accord pour former un gouvernement, négociant un partage du pouvoir. Ils espèrent également coopter certains des candidats soutenus par le PTI d'Imran Khan, avec un certain succès.
Nawaz Sharif ne brigue pas le poste de Premier ministre : il préfère s'effacer derrière son frère Shahbaz Sharif. Nawaz traine beaucoup de casseroles derrière lui (dont certaines sont très récentes) et choisit de ne pas trop s'exposer. Son frère a également été chef de gouvernement à plusieurs reprises, mais dans un passé plus lointain. Nawaz peut gouverner dans l'ombre.
La majorité parlementaire est fragile, ce qui n'est pas forcément pour déplaire aux militaires, qui gardent la main. Aucun Premier ministre civil n'a jamais terminé une législature au Pakistan, ce qui est également fréquent dans les régimes présidentiels (voir France), mais moins dans les régimes parlementaires.
Néolibéralisme autoritaire
Si les élections du 8 février ont été l'expression forte d'un profond mécontentement populaire, elles n'annoncent pas de changement positif dans les mesures qui seront mises en œuvre. Les frères Nawaz, le PLM-N et le gouvernement s'apprêtent à approfondir les politiques néolibérales, à poursuivre la privatisation des institutions publiques et à exploiter davantage les classes populaires au nom du remboursement de la dette.
Le gouvernement accèdera aux demandes du FMI et de la Banque mondiale (sauf lorsqu'ils demandent que les riches soient également taxés pour contribuer à réduire le poids de la dette). Il privilégiera les intérêts des entreprises au détriment du bien-être de la population. L'essor de l'agro-industrie, facilité par le PML-N et les gouvernements intérimaires, risque d'exacerber encore davantage les inégalités économiques et ne répondra pas aux besoins des petits agriculteurs.
L'augmentation du coût de la vie affecte les biens les plus essentiels pour les classes populaires, tels que les légumes, le blé, le sucre et l'électricité, qui sont devenus inabordables. Le taux d'extrême pauvreté continue d'augmenter. Les jeunes cherchent le salut dans l'émigration (pour ceux qui ont les moyens de tenter l'aventure), même dans des pays d'accueil à haut risque. Les transferts de fonds des migrants vers leurs familles ne suffisent plus à compenser la crise du coût de la vie. En toile de fond, les crises climato-écologiques et sanitaires (notamment le Covid, mais pas seulement) survenues ces dernières années au Pakistan ont considérablement fragilisé le tissu social, plongeant davantage de familles et de villages dans l'extrême pauvreté.
Cette situation catastrophique a donné lieu à d'importantes manifestations, comme en septembre 2023, contre la hausse des prix de l'électricité. Malheureusement, les conditions ne sont pas réunies aujourd'hui pour qu'elles puissent se consolider, s'installer dans la durée, se renforcer et se relier entre elles.
Il appartient aux forces de gauche de s'impliquer dans les mouvements progressistes, sociaux et de genre, pour contribuer à enclencher une dynamique positive qui permettra de renforcer les organisations en faveur de la classe ouvrière, des femmes, des petits paysans et des gens ordinaires.
Farooq Tariq, Pierre Rousset
P.-S.
• Farooq Tariq est secrétaire général du Pakistan Kissan Rabita Committee et président du Haqooq Khalq Party. Il a précédemment joué un rôle de premier plan au sein du Parti Awami des travailleurs et, avant cela, au sein du Pakistan Labour Party (Parti travailliste pakistanais).
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Pourquoi les agriculteurs indiens ont-ils relancé leur mouvement de protestation ?
Des milliers d'agriculteurs indiens convergent cette semaine vers New Delhi sur des tracteurs, tentant de relancer le mouvement de protestation de 2020-2021 qui avait bloqué les autoroutes vers la capitale pendant plus d'un an.
16 février 2024 | tiré de Sciences et Avenir | Photo : Des agriculteurs bloquent les voies ferrées lors d'une manifestation pour exiger des prix minimum pour les récoltes, dans une gare de Rajpura,le 15 février 2024 en Inde NARINDER NANU / AFP
Le Premier ministre Narendra Modi avait alors été contraint de reculer et d'abroger des lois de déréglementation des marchés agricoles. Les syndicats agricoles affirment que le gouvernement n'a depuis pas fait assez pour résoudre leurs problèmes, ce qui les a poussés à reprendre leur mouvement. Des colonnes de police anti-émeute ont jusqu'à présent freiné l'avancée des manifestants avec des tirs de gaz lacrymogènes et des barricades en béton, mais les agriculteurs ont promis de continuer leur mouvement.
Quelle est la situation du secteur agricole en Inde ?
Le secteur agricole indien est gigantesque et plongé dans de multiples difficultés. Il emploie plus de 45% de la main-d'œuvre du pays et représente 15% de son produit intérieur brut (PIB). La "Révolution verte" des années 1970 avait fait de l'Inde, alors régulièrement confrontée à des pénuries alimentaires, un important exportateur de produits alimentaires.
La taille moyenne des exploitations reste modeste : plus de 85% des agriculteurs possèdent moins de deux hectares de terre. Et moins d'un agriculteur sur cent possède plus de 10 hectares, selon une enquête du ministère de l'Agriculture de 2015-2016.
Les pénuries d'eau, les inondations et des conditions météorologiques irrégulières liées au changement climatique, ainsi que l'endettement pèsent fortement sur les agriculteurs.
Plus de 300.000 d'entre eux se sont suicidés depuis les années 1990, selon les chiffres officiels, et les agriculteurs sont nombreux à déplorer un état de détresse financière constante.
"Nous travaillons de longues heures dans les champs et nous avons encore du mal à joindre les deux bouts", a indiqué à l'AFP Sandeep Kumar, 40 ans, en première ligne de la manifestation mercredi.
Les agriculteurs indiens ont néanmoins un poids politique important en raison de leur nombre : des dizaines de milliers de personnes avaient campé dans la banlieue de Delhi lors du précédent mouvement pour exiger que le gouvernement de Narendra Modi abandonne son projet de déréglementation de l'agriculture.
Que demandent les agriculteurs ?
Les agriculteurs indiens disposent déjà de garanties de longue date obligeant le gouvernement à acheter certains produits, notamment le riz et le blé, lorsque leur prix tombe au-dessous d'un certain niveau sur le marché. La principale revendication des syndicats est d'élargir ces prix minimum de soutien à toutes les cultures pour les protéger des fluctuations du marché.
Le gouvernement Modi avait promis d'examiner cette demande après les manifestations de 2021, mais les syndicats affirment que rien n'a été fait depuis. Ils veulent également que les poursuites contre les dirigeants syndicaux datant de ces manifestations soient abandonnées et qu'une pension mensuelle de 120 dollars soit versée aux agriculteurs de plus de 60 ans.
Plusieurs autres revendications visent une plus grande protection des agriculteurs face aux fluctuations du marché : allègement des dettes, retrait de l'Inde de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et des accords de libre-échange, ainsi que l'assurance que les subventions existantes, notamment l'électricité gratuite, ne seront pas supprimées.
Quelle a été la réponse du gouvernement ?
L'Inde dépense déjà plus de 50 milliards de dollars par an en subventions aux agriculteurs, selon des documents budgétaires. Ces subventions ont parfois aggravé le manque de productivité en encourageant des cultures inadaptées aux conditions locales, comme le riz qui a épuisé les nappes phréatiques dans l'État du Pendjab.
Les subventions et les achats publics de produits agricoles ont fréquemment été des facteurs de corruption et de gaspillage. Le gouvernement a tenu cette semaine plusieurs séries de négociations avec les syndicats pour désamorcer la crise, sans succès.
Le parti de M. Modi, le BJP, affirme que l'extension du système de prix minimum est régressive et inabordable, avec un coût estimé à au moins 140 milliards de dollars supplémentaires. Le gouvernement a plutôt cherché à contenir les manifestations afin d'éviter un mouvement de grande ampleur comme celui de 2020-2021, qui avait suscité une grande sympathie dans l'opinion publique.
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Impunité et politique coloniale d’Israël
J'ai publié un long entretien dans Le Matin d'Algérie avec le politologue Ziad Majed autour de l'impunité et de la politique coloniale d'Israël. Je vous le propose.
Faris LOUNIS.
Journaliste indépendant
Entretien avec Ziad Majed
La question de l'autoritarisme au Moyen-Orient et sa normalisation, tant par les dirigeants arabes que par les occupants israéliens en Palestine, ainsi que par les élites politiques européennes et nord-américaines, constitue l'un des fléaux majeurs de notre époque, marquée par une régression démocratique alarmante.
Aujourd'hui, nous sommes tous témoins, impuissants et consternés, des scènes sombres résultant des intégrismes, à la fois politiques et religieux, qui ont engendré un nihilisme destructeur. Hier, c'était la Syrie sous le joug du boucher de Damas ; aujourd'hui, c'est le génocide en cours à Gaza, perpétré par Israël avec le soutien politique et médiatique du prétendu « monde libre » au nom de la « civilisation » et de « la guerre contre le terrorisme » – des termes désormais galvaudés selon la nationalité et les affiliations politiques.
Ziad Majed, politiste et écrivain libanais, intellectuel de gauche et fin connaisseur du dossier palestinien, est professeur et responsable du programme des études du Moyen-Orient à l'Université américaine de Paris. Il partage aujourd'hui avec Le Matin d'Algérie ses réflexions sur Gaza et la Palestine, mettant l'accent sur l'universalité du droit international, un sujet qu'il a largement développé dans ses écrits et ses interventions politiques.
Le Matin d'Algérie : Pour commencer, pouvez-vous définir la notion d'« impunité » dans le contexte des sciences politiques ?
Ziad Majed : L'impunité des gouvernements et des États peut être définie comme le phénomène par lequel des dirigeants politiques ou des entités étatiques échappent à toute forme de sanction ou de responsabilité juridique pour leurs actions, lorsqu'elles sont contraires aux lois et au droit.
Les gouvernements ou les États peuvent bénéficier de l'impunité pour diverses raisons, notamment le contrôle qu'ils exercent sur les institutions judiciaires, l'influence qu'ils exercent sur les médias ou la protection par des puissances étrangères qui limitent les possibilités de poursuites juridiques internationales. L'impunité peut ainsi conduire à des violations des droits humains, à des abus de pouvoir, à la corruption et à de nombreux autres actes répréhensibles sans que les auteurs ne soient tenus de rendre des comptes.
En ce sens, l'impunité caractérise les régimes despotiques ou ceux où les élites sont au-dessus de la loi. Elle instaure une culture politique où tout est permis pour les privilégiés à condition qu'ils soient proches du pouvoir.
Dans les relations internationales, elle permet la violation sans crainte des droits humains, du droit international humanitaire et des conventions signées par la plupart des pays pour établir des mécanismes de punition des contrevenants.
Le Matin d'Algérie : Quelle est la spécificité de ce concept dans le monde arabe ? Peut-on en retracer sa généalogie ?
Ziad Majed : Dans la majorité des cas, les États arabes sont nés entre les deux guerres mondiales et surtout après la Seconde Guerre. Leur émergence, parfois à la suite de luttes de libération ou d'indépendance, s'est déroulée parallèlement à la création de l'État d'Israël sur les terres palestiniennes, soutenu par les puissances coloniales, ainsi qu'aux tensions de la guerre froide et à la polarisation qui en a découlé.
Ces facteurs ont contribué à l'avènement de régimes souvent non élus, évoluant dans des cadres où les institutions et les constitutions ont peu de poids. Leur légitimité a ainsi reposé sur le soutien d'acteurs puissants, internes (militaires, hommes d'affaires, banquiers, etc.) ou externes (puissances étrangères). Cette configuration initiale, les guerres régionales et les bouleversements socio-économiques ont favorisé par la suite des affrontements et des coups d'État militaires dans plusieurs pays, produisant des régimes despotiques, qui ont liquidé toute diversité politique, étouffé les quelques institutions souveraines ou non-contrôlées par les autorités politiques centrales, instauré une totale impunité, et surtout instrumentalisé la cause palestinienne pour s'offrir une légitimité politique.
Dans d'autres cas, comme celui des États du Golfe, les alliances internes et externes des familles dominantes ont également servi de bouclier d'impunité. Leur position a été soutenue par le prix élevé du pétrole en tant que matière première stratégique, leur permettant de maintenir leur pouvoir sans être remis en question quant à leurs rôles et aux mécanismes de distribution, de gestion et de partage des richesses.
Au fil des générations, la majorité des habitants de la région, et malgré plusieurs soulèvements populaires et actes de résistance politiques et culturels par des dizaines de milliers de militants, ont acquis la conviction que, quelles que soient les actions de leurs régimes, ces derniers étaient à l'abri de toute reddition de comptes, et qu'il était préférable de leur obéir sans les contester, de peur de subir des représailles sans limites. Cette condition a contribué à la pérennité du despotisme, qui n'a été véritablement mis en danger que par les révolutions populaires de 2011 et 2019. Cependant, ces révolutions ont été réprimés par des contre-révolutions, maintenant ainsi la culture de l'impunité des élites au pouvoir.
Le Matin d'Algérie : Cette impunité s'applique également à Israël. Ses politiques suprémacistes et ses crimes continuent de s'intensifier, et son génocide à Gaza sont soutenus par les gouvernements actuels du « monde libre » au nom de la « guerre contre le terrorisme » et du « droit à l'autodéfense ». Comment expliquez-vous ce soutien quasi inconditionnel ?
Ziad Majed : Israël bénéficie depuis sa création après la Seconde Guerre mondiale d'une impunité face à ses multiples graves violations des droits des Palestiniens. Cette impunité trouve ses racines dans l'alliance profonde entre Israël et les pays occidentaux, une relation façonnée dès les premiers jours du projet de colonisation de la Palestine par le mouvement sioniste.
L'histoire de cette alliance remonte officiellement à la déclaration de Balfour de 1917, dans laquelle la Grande-Bretagne exprimait son soutien à l'établissement d'un "foyer national juif" en Palestine. Elle s'est poursuivie avec la partition de la Palestine en 1947, ainsi qu'à travers des événements comme la guerre tripartite de 1956, où Israël s'aligna avec la France et la Grande-Bretagne contre l'Égypte. La consolidation des liens avec les États-Unis après la guerre de 1967 a encore renforcé cette alliance, le lobby pro-israélien devenant l'un des acteurs les plus influents de la politique étrangère américaine.
Outre cette alliance stratégique, Israël s'est présentée comme une "entité occidentale" au cœur du « tiers monde », en particulier dans le « monde arabe ». En Europe, s'ajoutent à tout cela des complexes de culpabilité liés à l'histoire de l'antisémitisme et la barbarie de l'Holocauste contribuant à une attitude de soutien parfois inconditionnel envers Israël.
Malgré les nombreuses résolutions de l'ONU rejetées ou non respectées par Tel Aviv, telles que la résolution 194 reconnaissant le droit au retour des Palestiniens chassés de leurs villes et villages lors de la Nakba de 1948, et la résolution 242 appelant au retrait d'Israël des territoires occupés en 1967, ou la résolution 425 exigeant le retrait israélien du Liban Sud en 1978, ni l'Union européenne ni les États-Unis n'ont agi pour faire respecter le droit international ou pour imposer des sanctions jusqu'à son respect. Pire encore, les européens ont continué à soutenir Israël économiquement même s'ils votaient depuis les années 1990 pour une solution à deux états, et les américains ont régulièrement utilisé leur droit de veto pour bloquer les résolutions condamnant Israël, tout en l'armant et la considérant comme premier allié stratégique.
Enfin, deux éléments contemporains ont également renforcé l'impunité d'Israël. Tout d'abord, l'hostilité occidentale croissante envers l'islam au cours des dernières décennies, sous le prétexte du « terrorisme », permettant à Israël de présenter la lutte palestinienne comme du « terrorisme islamique ». Ensuite, le soutien occidental à Israël n'a que rarement suscité de crainte de réactions de la part des états arabes, en termes de pressions économiques ou diplomatiques.
En somme, l'impunité d'Israël repose sur une combinaison complexe d'alliances historiques et de dynamiques contemporaines, créant un environnement où les violations des droits humains et les crimes de l'occupation, la colonisation et l'apartheid peuvent se perpétuer sans conséquences significatives.
Le Matin d'Algérie : Certains médias occidentaux, notamment dans le secteur audiovisuel privé, comparent souvent le Hamas à Daesh et occultent le contexte dans lequel s'est déroulée l'opération du 7 octobre (tout comme le font de nombreux « intellectuels » arabes qui se situent à l'extrême droite). Que pouvez-vous nous dire sur cette comparaison et le discours dominant qui l'accompagne ?
Ziad Majed : Les médias audiovisuels occidentaux ont largement couvert l'opération du 7 octobre, mais souvent en rejetant toute contextualisation et toute analyse complexe et nécessaire. De plus, nombreux sont ceux qui ont tenté de mettre en parallèle le 7 octobre avec des tragédies telles que les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ou ceux de novembre 2015 à Paris.
Cette approche a entraîné deux conséquences majeures.
Premièrement, elle a suscité la comparaison à laquelle vous faites référence entre le Hamas, mouvement islamiste palestinien, et des groupes comme l'État islamique (Daech), les plaçant sur le même plan dans une catégorisation simpliste et fausse car elle ignore la spécificité des contextes, des identités, des itinéraires et des objectifs. Deuxièmement, elle a relégué les enjeux politiques essentiels au second plan, occultant les droits des Palestiniens et minimisant l'impact de l'occupation israélienne ainsi que les autres violations du droit international. Le blocus imposé à Gaza depuis 2007 et ses conséquences catastrophiques sur la vie des palestiniens ont également été ignorés. En somme, cette approche a favorisé un récit teinté de préjugés, allant jusqu'à déshumaniser les palestiniens et considérer les milliers de victimes civiles à Gaza comme de simples « dommages collatéraux » dans une guerre israélienne de « légitime défense ».
Il est donc impératif de clarifier certains points. En ce qui concerne la comparaison entre le Hamas et des groupes comme Daech, il convient de noter que le Hamas est un mouvement palestinien, issu des Frères musulmans et fondé en 1987 (20 ans après le début de l'occupation israélienne de la bande de Gaza et de la Cisjordanie). Contrairement à des organisations comme Daech ou Al-Qaïda, le Hamas se concentre exclusivement sur la lutte contre Israël et n'a jamais mené d'attaques en dehors de la géographie israélo-palestinienne. De ce fait, le qualifier de mouvement "jihadiste" sans tenir compte de ce contexte politique et géographique est réducteur et biaisé.
Quant aux organisations djihadistes comme Daech, elles ne s'inscrivent ni dans la territorialité ni dans la temporalité des luttes, et adoptent un logiciel basé sur une interprétation extrémiste d'un islam de combat sur tous les territoires et sans aucune identité nationale.
Concernant le déroulement de l'opération du 7 octobre, il est clair qu'elle a visé en premier lieu l'armée israélienne, ce qui peut être perçu comme une action militaire légitime. Cependant, elle a par la suite visé des civiles et causé la mort de centaines d'entre eux, ce qui constitue une violation des Conventions de Genève et un crime de guerre selon les normes du droit international humanitaire. Cette opération s'est déroulée dans un environnement marqué par un blocus israélien criminel sur Gaza, en vigueur depuis 2007, ainsi que par quatre guerres israéliennes menées contre le secteur en 2008, 2012, 2014 et 2021, ayant entraîné la mort de milliers de civils palestiniens. De plus, elle s'est déroulée suite à une série d'escalades des violences israéliennes à l'encontre des Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ainsi que par le vol des terres par les colons de plus en plus puissants et impunis. Malgré ces réalités, les États-Unis et certains pays arabes ayant récemment normalisé leurs relations avec Israël ont fait peu de cas de la question palestinienne, refusant de prendre des mesures concrètes pour contenir l'agressivité israélienne et les projets apocalyptiques de l'extrême droite au pouvoir. Cette inertie internationale a renforcé l'impunité d'Israël, exacerbant ainsi la marginalisation des Palestiniens et leur invisibilité à la veille du 7 octobre.
Le Matin d'Algérie : Que signifie la requête de l'Afrique du Sud auprès de la Cour internationale de justice, accusant Israël du crime de génocide à Gaza ? L'histoire de cet État colonial retiendra-t-elle le procès "historique" des 11 et 12 janvier 2024 ?
Ziad Majed : La plainte déposée par l'Afrique du Sud contre Israël pour "génocide à Gaza" devant la Cour internationale de justice (CIJ) et la demande conjointe de l'Afrique du Sud, de la Bolivie, du Bangladesh, de Djibouti et des Comores (rejoints par le Chili) à la Cour pénale internationale (CPI) pour enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis par Israël dans sa guerre contre les Palestiniens représentent deux développements d'une importance capitale.
Revenons sur le premier développement, l'affaire portée par l'Afrique du Sud devant la CIJ, pour souligner quelques observations illustrant la portée de cette démarche.
Premièrement, cette affaire interroge la nature même de la guerre israélienne et la barbarie qui l'accompagne, avec l'utilisation de technologies avancées pour infliger des dommages humains et matériels massifs dans une zone géographique restreinte et sous blocus, bombardée par air, terre et mer, tuant des dizaines de milliers de palestiniens et détruisant leurs villes, villages et camps. Les juristes sud-africains ont caractérisé cette guerre comme une série de violations graves de la convention sur le génocide (visant les populations civiles d'un groupe et toutes les infrastructures leur permettant de vivre), détaillant les conséquences désastreuses sur la vie-même des Gazaouis. Ils ont également prouvé la responsabilité des plus hauts dirigeants israéliens, depuis le chef de l'État jusqu'aux soldats sur le terrain, dans la planification et l'exécution des actes qualifiés de génocidaires. Cette confrontation devant la plus haute juridiction internationale a mis Israël sur le banc des accusés, l'obligeant à justifier ses crimes devant le monde entier, une situation à laquelle il n'avait jamais été confronté auparavant.
Deuxièmement, cette action judiciaire revêt une importance politique et symbolique considérable. En tant que nation ayant battu l'apartheid sous la direction de Nelson Mandela, l'Afrique du Sud incarne désormais la lutte contre le colonialisme et l'oppression.
Troisièmement, cette démarche remet en question le « monopole occidental » de la défense du droit international humanitaire. Des pays comme l'Afrique du Sud, le Brésil, la Bolivie, le Chili et d'autres appellent à l'application équitable du droit international, mettant ainsi en lumière les efforts visant à rééquilibrer le pouvoir entre les nations, et en finir avec le principe de deux poids deux mesures.
En conclusion, l'audience historique qui s'est déroulée à La Haye en janvier 2024 restera gravée dans les annales, symbolisant un moment charnière dans l'histoire du droit international et des relations internationales. L'initiative prise par l'Afrique du Sud et ses alliés pour défendre les droits des Palestiniens et poursuivre Israël en justice représente un acte de courage et de détermination en faveur de la dignité humaine. Son soutien et la bataille juridique acharnée qui va se dérouler à la CIJ et à la CPI contribueront certes à fissurer le mur de l'impunité israélienne, et ce n'est qu'un début, malgré les obstacles et les réactions hostiles...
Bibliographie sélective :
Ziad Majed, Syrie, la révolution orpheline, Arles, Sindbad / Actes Sud, 2014.
زياد ماجد، سوريا. الثورة اليتيمة، شرق الكتاب، 2014.
Subhi Hadidi, Ziad Majed, Farouk Mardam-Bey, Dans la tête de Bachar al-Assad, Arles, Solin / Actes Sud, 2018.
صبحي حديدي، زياد ماجد، فاروق مردم بيك، في رأس بشَّارْ الأسد، سولان / آكت سود، 2018.
Les analyses et écrits politiques de Ziad Majed sont également disponibles sur le site du quotidien panarabe Al-Quds al-Arabî [القدس العربي].
***
Crédit : Zakaria AbdelKafi (Paris, février 2024).
* Cet entretien a été publié pour la première fois, en deux parties (le 19 et le 20 février 2024), dans Le Matin d'Algérie.
Propos recueillis par Faris LOUNIS
Journaliste indépendant
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Le gouvernement de Netanyahu poursuit sa politique d’agression : La colonisation s’accélère en Cisjordanie
Betsalel Smotrich, ministre ultra-nationaliste israélien, a qualifié l'approbation de la construction de 3000 logements en Cisjordanie de « réponse sioniste appropriée ». Profitant du chaos causé par la guerre à Ghaza, les implantations israéliennes prolifèrent à un rythme effréné en Cisjordanie. Israël annonce la construction de milliers de logements dans les colonies de peuplement de Cisjordanie. L'annonce a été faite suite à une fusillade ayant coûté la vie à un Israélien le jeudi 22 février et blessé 11 autres personnes. Betsalel Smotrich, ministre ultra-nationaliste israélien, a qualifié l'approbation de la construction de 3000 logements en Cisjordanie de « réponse sioniste appropriée ».
Tiré d'El Watan.
La plupart de ces logements seront situés à Ma'aleh Adumim, lieu de la fusillade. Il s'agira de la plus importante opération de colonisation depuis le déclenchement de la guerre israélienne contre Ghaza.
Dans les faits, le comité en charge du dossier devrait se réunir dans les deux semaines pour avaliser la construction de 2350 unités de logement dans la colonie de Ma'aleh Adumim (à l'est de Jérusalem-Est), d'environ 300 dans la colonie de Kedar (au sud-est de Jérusalem-Est) et de 700 unités dans la colonie d'Efrat (au sud de Jérusalem), a indiqué vendredi la Société israélienne de radiodiffusion (KAN).
L'accélération de la colonisation en Cisjordanie inquiète la communauté internationale, dont les Etats-Unis, allié traditionnel d'Israël. Le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, a déclaré vendredi que l'expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée est « contraire au droit international », marquant un retour à la politique américaine traditionnelle sur cette question, renversée par l'administration précédente de Donald Trump.
Pour rappel, en 2019, l'administration Trump avait soutenu « le droit d'Israël à établir des colonies en Cisjordanie », rompant ainsi avec quatre décennies de politique américaine. Blinken a ainsi exprimé le désaccord des Etats-Unis avec l'annonce par Israël de plans de construction de nouveaux logements en Cisjordanie occupée, affirmant qu'ils sapent la « réalisation d'une paix durable ».
700 000 colons
Il a ajouté que cette expansion coloniale « affaiblissait plutôt que ne renforçait la sécurité d'Israël ». Selon Peace Now, une organisation qui surveille la colonisation dans les territoires palestiniens, plus de 700 000 colons résident dans les colonies israéliennes de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est.
La situation s'est envenimée depuis le début de la guerre à Ghaza. Les violences contre les Palestiniens en Cisjordanie ont considérablement augmenté, que ce soit de la part de l'armée d'occupation israélienne ou des colons.
Les dernières données de l'ONU révèlent que les colons ont mené 573 attaques contre les Palestiniens et leurs biens depuis le 7 octobre. La pratique sioniste consiste à démolir des maisons appartenant à des Palestiniens dans les territoires occupés, qui a également entraîné le déplacement de 830 personnes, dont 337 enfants, et 131 maisons ont été démolies depuis le 7 octobre, selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).
Environ 95% des démolitions ont eu lieu dans les camps de réfugiés de Jénine, Nur Shams et Tulkarem, en Cisjordanie occupée, a précisé la source. En tout et pour tout, plus de 100 enfants sont tombés en martyrs en Cisjordanie occupée, depuis le 7 octobre 2023, a indiqué l'OCHA.
Hier, au moins 15 Palestiniens ont été arrêtés par les forces sionistes en Cisjordanie occupée, a rapporté l'agence palestinienne de presse Wafa. Les arrestations ont notamment eu lieu, dans les gouvernorats d'Al Khalil, Naplouse, Aréha, Jénine et Ramallah, selon la même source.
Les forces d'occupation israéliennes ont également pris d'assaut plusieurs villages et villes du gouvernorat de Ramallah et d'Al Bireh, et ont fermé l'entrée principale de la ville de Sinjil, au nord de Ramallah, selon l'agence Wafa.
Depuis le début de l'agression sioniste contre la Bande de Ghaza et la Cisjordanie occupée, le 7 octobre dernier, le bilan des détenus palestiniens s'est élevé à plus de 7210, selon la Commission des affaires des prisonniers et ex-prisonniers et le Club des prisonniers palestiniens.-
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L’Égypte tergiverse, sans toucher à sa relation avec Israël
Depuis le 7 octobre, l'Égypte brille par son silence sur la situation à Gaza. En plus d'une faible mobilisation de la rue et des médias, le Caire semble accepter le diktat israélien sur la limitation des entrées et des sorties des aides et des personnes par Rafah. Bien qu'une opération militaire terrestre semble se dessiner dans le sud de la bande, il y a peu de chance que le régime du président Abdel Fattah Al-Sissi monte au créneau.
Tiré d'Orient XXI.
Bien que la guerre lancée par Israël contre la bande de Gaza soit la plus violente depuis son retrait en 2005, l'Égypte - seul pays ayant des frontières avec l'enclave palestinienne - n'a pas haussé le ton dans ses déclarations, sauf lorsqu'il a été question du déplacement des Palestiniens vers le Sinaï. Ce changement a été perçu dans les milieux non officiels à l'approche du lancement d'une opération terrestre contre Rafah et de l'occupation de l'axe de Salah Al-Din – ou route de Philadelphie (1).
Depuis le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza, l'Égypte a maintenu la même position qu'au cours de la décennie du régime du président Abdel Fattah Al-Sissi (voir l'encadré à la fin de l'article). Ainsi, les points de passage côté égyptien ont été fermés aux personnes et aux aides. C'est ce qu'a révélé le président américain Joe Biden, affirmant que son échange avec Sissi a conduit à l'ouverture de ces points de passage, chose que le président égyptien s'est empressé de démentir. En réalité, l'aide autorisée par Israël demeure extrêmement limitée. Elle ne suffit pas pour mettre fin à la famine dans la bande de Gaza, ni pour assurer les services sanitaires de base pour les malades et venir en aide aux déplacés.
Un « médiateur neutre »
De nombreux témoignages palestiniens ont fait état de sommes mirobolantes demandées par une société considérée comme une façade de l'appareil de sécurité égyptien, afin de permettre aux Palestiniens de passer la frontière et d'échapper à l'enfer des bombardements. Le montant demandé aux Gazaouis s'élèverait aux alentours de 9 000 dollars. Ces accusations ont été rejetées par Dia' Rachwan, le chef du Service d'information de l'État, qui représente l'organe de communication officiel et des relations publiques de l'État.
Durant les années du président Hosni Moubarak, nous étions quelques milliers de personnes à préparer l'aide lors de chaque attaque israélienne contre la bande de Gaza, et à nous organiser pour accueillir les blessés dans les hôpitaux du Caire ou d'ailleurs, et permettre au public de leur rendre visite sans restriction. Malgré les critiques qui ont ciblé Moubarak concernant la relation de son régime avec les Palestiniens, la décision d'ouvrir le passage de Rafah a alors été une décision égyptienne, indépendante d'Israël.
Le général Nasr Salem, ancien chef du service de reconnaissance du renseignement militaire, explique ce changement de positions par le fait que « les États-Unis fournissent une couverture politique internationale à Israël, ce qui empêche tout pays de l'attaquer », illustrant son propos par les attaques américaines en Irak et au Yémen. Il estime ainsi que :
- L'Égypte joue un rôle de médiateur neutre car si elle prend position, Israël empêchera l'aide d'entrer à Gaza, ou rejettera la médiation égyptienne. La perte sera donc plus importante pour les Palestiniens que pour l'Égypte. C'est pourquoi le Caire accepte de ne pas pouvoir en faire davantage, car l'alternative est la guerre, autrement dit combattre les États-Unis et l'OTAN.
Pour lui, le régime égyptien ressemble à « celui qui tient l'eau dans sa main : s'il ferme le poing, il perd tout ».
Le poids des accords de Camp David
L'Égypte a clairement annoncé par l'intermédiaire du porte-parole de son ministère des affaires étrangères que les relations avec Israël étaient tendues en raison des dizaines de milliers de Palestiniens tués et blessés depuis le début de l'offensive israélienne, en plus de l'intention de Tel-Aviv d'attaquer Rafah, où s'entassent près d'un million et demi de déplacés. Ceux-ci pourraient se retrouver coincés entre l'armée israélienne et le Sinaï, ce qui les obligerait à franchir le mur séparant la bande de Gaza de l'Égypte.
L'autre aspect du différend égypto-israélien concerne la menace brandie par Israël d'une réoccupation de la route de Philadelphie, qui s'étend sur une largeur de 13,5 km de Kerem Abou Salem à la mer Méditerranée. Conformément aux accords de Camp David (1979), il ne peut y avoir qu'un armement léger dans cette zone. Une opération militaire d'envergure constituerait donc une violation des accords de paix, ce qui devrait impliquer une réponse égyptienne.
C'est le ministre des affaires étrangères Sameh Choukri qui a été le premier à réagir officiellement à ce sujet, lors d'une conférence de presse avec son homologue slovène Tanja Fajon, le 12 février 2024. Interrogé sur une éventuelle suspension par l'Égypte des accords de paix avec Israël - comme cela a été récemment évoqué dans certains médias -, il a indiqué :
- L'Égypte a maintenu les accords de paix avec Israël au cours des quarante dernières années. C'est en vertu de ces accords que les relations entre les deux pays ont été établies. Notre pays tiendra toujours ses engagements, aussi longtemps qu'ils resteront mutuels entre les deux parties. Aussi, je me garde de tout commentaire sur ce sujet.
Il a toutefois ajouté :
- Les politiques menées par Israël sur le terrain poussent vers le scénario du déplacement. Nous maintenons notre rejet total de toutes les manœuvres visant à déplacer les Palestiniens de leur territoire. Toute tentative de mise en œuvre d'un déplacement forcé et de liquider la cause palestinienne est illégale et ne sera pas acceptée.
Le général Ahmed Al-Awdi, président de la Commission de défense et de la sécurité nationale du Parlement égyptien a, pour sa part, déclaré que l'attaque contre Rafah conduirait simplement à la suspension du traité de paix entre l'Égypte et Israël, sans aucune autre réaction du côté du Caire, précisant que le Parlement ratifierait sa suspension si la question lui était soumise.
Israël « exporte ses problèmes »
Concernant cette éventualité, un ancien responsable du ministère des affaires étrangères a commenté : « Le droit international ne prévoit pas ce qu'on appelle la suspension des accords. Un accord est soit valide, soit il est annulé. Mais Israël peut accepter de geler temporairement le traité, avant de le "dégeler". »
Sur le plan juridique, l'ancien ministre adjoint des affaires étrangères chargé des questions juridiques internationales et des traités, l'ambassadeur Massoum Marzouk, confirme que :
- L'intervention militaire israélienne sur la route de Philadelphie porte atteinte au traité de paix entre l'Égypte et Israël. Dans la zone D ainsi que dans toutes les zones divisées, les obligations sont partagées. Si l'équilibre est rompu à la suite du manquement d'une partie à ses obligations, cela donne à l'autre partie le droit de se dégager complètement de ses engagements.
Le général Nasr Salem a pour sa part minimisé l'importance de la présence israélienne sur la route de Philadelphie, dès lors que cette zone ne se situe pas à l'intérieur des frontières égyptiennes. Néanmoins, il estime que pousser les Palestiniens vers l'Égypte serait considéré comme une « ligne rouge », et l'attaque contre Rafah conduirait à un « massacre ». Il affirme en outre que l'Égypte fournira de l'aide, mais que :
- la responsabilité première incombe à Israël car c'est un État occupant. Nous ne resterons pas silencieux si Israël exporte vers nous ses problèmes. D'autant plus que si elle déplace les Palestiniens, ils ne retourneront plus sur leur territoire. L'Égypte empêchera ce déplacement en renforçant le mur de séparation et en déployant plus de forces à cet endroit.
De son côté, Dia' Rachwan a affirmé lors d'un passage télévisé que l'Égypte « a les moyens de se défendre ». Il assure que le pays « ne se contentera pas de rappeler son ambassadeur s'il existe une menace sur la sécurité nationale ou un plan d'éradication de la question palestinienne ».
Des positions contradictoires
Ce qui ressort des déclarations officielles et officieuses, c'est qu'il existe deux positions différentes : l'une ferme, l'autre diplomatique. C'est ce qu'explique une source gouvernementale de haut rang, préférant garder l'anonymat :
La diffusion de messages aussi différents peut être intentionnelle, tout comme il peut y avoir une vraie divergence dans les points de vue, comme cela existe partout dans le monde. Au début de la guerre, Emmanuel Macron a appelé à la formation d'une coalition internationale pour combattre le Hamas, et aujourd'hui il réclame un cessez-le-feu. Itamar Ben Gvir a aussi fait des déclarations qui contredisent celles de Benyamin Nétanyahou.
S'il est vrai que ces divergences de discours existent dans de nombreux pays, ce n'est généralement pas le cas dans les régimes répressifs. Cela voudrait dire qu'il s'agit ici de changements de position dus à des évaluations différentes de la part des instances étatiques. À moins que ce ne soit des ballons d'essai pour voir les réactions que cela peut susciter.
On remarque cependant qu'il y a un dénominateur commun minimum dans les différentes déclarations : le refus de déplacer les Palestiniens. La divergence porte donc sur la réaction du Caire dans le cas où ce déplacement aurait lieu. Mais la source gouvernementale l'assure : « L'Égypte a des plans pour répondre à toutes les éventualités et ne les annoncera pas maintenant ».
Le poids de l'économie
Quelques doutes subsistent toutefois. Pour un ancien responsable des affaires étrangères :
- L'Égypte a des accords gaziers ainsi que des accords économiques comme le QIZ avec Israël, qui permettent à nos exportations d'entrer sur le marché américain. (2). Étant donné que certains hommes d'affaires ont des liens avec Israël, la décision ne sera pas facile. Une position ferme doit cependant être adoptée, incluant notamment des manœuvres militaires préventives pour sécuriser les couloirs et l'espace aérien. L'Égypte pourra les justifier par les déclarations belliqueuses des dirigeants israéliens exigeant la réoccupation du Sinaï.
En outre, des informations israéliennes ont affirmé que l'Égypte participait au pont terrestre censé réduire la pression sur les Israéliens, suite aux opérations militaires des Houthistes qui empêchent le passage de navires à destination d'Israël dans la mer Rouge. La société israélienne Trucknet a en effet annoncé avoir signé un accord avec la société égyptienne WWCS, appartenant à l'homme d'affaires égyptien Hicham Helmi, afin de prolonger le tracé du pont terrestre (qui va de Dubaï jusqu'à Haïfa) à travers le territoire égyptien.
D'autres éléments corroborant le manque de sérieux des pressions égyptiennes sont soulignés par Samir Alich, l'un des fondateurs du Mouvement civil démocratique (3) :
- Le régime égyptien a des liens avec Israël, comme en témoignent l'absence de réaction lors du déplacement de la capitale israélienne à Jérusalem, ainsi que le soutien affiché par Abdel Fattah Al-Sissi à « l'accord du siècle ». Il faut donc le soumettre à la pression populaire afin qu'il réagisse.
Or, les demandes d'autorisation de manifestation présentées par le Mouvement civil ont été ignorées par le régime. Outre ses relations avec Israël, « la position de l'Égypte s'explique aussi par l'appartenance du Hamas à l'organisation des Frères musulmans ».
L'ombre des Frères musulmans
Parallèlement à toutes ces déclarations, l'Égypte a commencé le lundi 12 février au matin, à construire une zone tampon confinée au nord entre le village d'Al-Massoura et un point sur la frontière internationale au sud du passage de Rafah, et au sud entre le village de Jouz Abou Raad et un point sur la frontière internationale au sud du passage de Kerem Abou Salem. Comme le rapporte la Fondation Sinaï pour les droits humains, les travaux ont démarré en présence d'officiers des services de renseignement militaire, mais aussi des membres de tribus armés affiliés à la milice Foursan Al-Haytham (4) transportés à bord de véhicules tout terrain près de la zone Goz Abou Raad, au sud de la ville de Rafah. La fondation mentionne qu'un grand nombre d'entrepreneurs locaux étaient aussi présents, ainsi que de nombreux équipements et bulldozers.
Un spécialiste du Sinaï explique que ces travaux visent à « préparer le lieu avant le début des constructions dans la zone vidée par l'armée sur 5 km à partir de la frontière avec la bande de Gaza en 2014, puis sur 10 km lors de l'opération globale Sinaï 2018. Mais ceux qui travaillent là-bas ne savent rien de tout cela ; ils nivellent les terres sans savoir pourquoi ils le font. »
Citant des sources sécuritaires égyptiennes, le Wall Street Journal a révélé que « la zone peut accueillir plus de 100 000 personnes. Elle est entourée de murs en béton, et se trouve loin de toute zone d'habitation » (5). Citant des responsables égyptiens, le journal poursuit : « Dans le cas d'un exode massif de Palestiniens de Gaza, l'Égypte cherchera à limiter le nombre de réfugiés à un niveau très inférieur à la capacité de la zone, soit idéalement entre 50 000 et 60 000 personnes. »
Ce chiffre renvoie à la proposition de « l'accord du siècle », qui stipulait que :
- Tout réfugié palestinien qui ne jouit de droits de citoyenneté dans aucun pays a trois options : soit retourner dans le nouvel État palestinien, selon les capacités disponibles, soit obtenir le droit de s'installer dans le pays où il réside sous réserve de l'approbation du pays en question, soit demander à être inclus dans le programme de répartition des réfugiés palestiniens sur les États membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), entendu que chaque pays accepte d'accueillir cinq mille réfugiés chaque année sur une période de dix ans.
L'Égypte sera encouragée à accueillir un tel nombre via des aides financières qui s'élèveraient jusqu'à 9,1 milliards de dollars.
Malgré le déni officiel égyptien, le régime Sissi penchera sans doute vers l'acceptation des demandes israéliennes. Aucun président égyptien n'a interagi avec un tel degré de complicité avec les Israéliens et d'hostilité à l'égard des factions palestiniennes, comme cela a été le cas au cours de la dernière décennie. La position égyptienne face aux restrictions israéliennes sur la sortie des blessés et l'entrée de l'aide suffit à clarifier le parti pris du régime de Sissi, considéré par Benny Gantz comme un partenaire dans les discussions préalables à l'opération militaire prévue à Rafah, visant à transférer les Palestiniens « vers des lieux protégés ».
- Après le coup d'État de Sissi à l'été 2013, sa proximité avec les Israéliens est apparue très tôt, lorsqu'un drone israélien a lancé un raid dans le nord du Sinaï le 9 août 2013, tuant cinq personnes, présentées comme des djihadistes. En septembre 2013, l'ancien ministre égyptien des affaires étrangères, Nabil Fahmi, a menacé d'une éventuelle intervention militaire dans la bande de Gaza « si nous estimons que certains membres du Hamas ou d'autres parties tentent de nuire à la sécurité nationale égyptienne ». Aucune déclaration d'une telle force n'a cependant été émise face aux violations israéliennes. Le président Mohamed Morsi a par ailleurs été accusé de collaboration avec le Hamas. Les activités de ce mouvement ont été interdites en Égypte le 4 mars 2014, et il a été listé comme « organisation terroriste » en janvier 2015. La qualification de terrorisme a ensuite été retirée par décision judiciaire, mais la citoyenneté égyptienne d'un des leaders du mouvement, Mahmoud Al-Zahar, et de onze membres de sa famille a été révoquée. En avril 2017, Sissi s'est présenté aux côtés de Trump pour annoncer son plein soutien à ce qu'il a lui-même appelé « l'accord du siècle », inventant ainsi le terme. Moins de trois ans plus tard, le projet final de ces accords a émergé, incluant la création d'un État palestinien démilitarisé, ainsi que l'annexion de plus d'un tiers de la Cisjordanie et de Jérusalem par Israël. Le ministère égyptien des affaires étrangères a aussitôt appelé les parties israélienne et palestinienne à étudier les termes de cet accord. Le site indépendant Mada Masr a alors révélé, citant des responsables égyptiens, que la présidence égyptienne avait supprimé de la déclaration du ministère des affaires étrangères la phrase « l'État palestinien sur les territoires occupés de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale ».
Notes
1- NDLR. Zone tampon entre la bande de Gaza et l'Égypte, en vertu des dispositions des accords de paix entre le Caire et Tel-Aviv.
2- NDLR. Abréviation de Qualified Industrial Zones (zones industrielles qualifiées). Il s'agit d'un accord commercial signé au Caire le 14 décembre 2004 entre l'Égypte, Israël et les États-Unis, permettant la création de zones industrielles qualifiées pour exporter des produits vers les États-Unis sans taxes douanières, à condition que chaque partie fournisse des composants locaux.
3- NDLR. Alliance politique établie en 2017 entre plusieurs partis.
4- Milice affiliée à l'union tribale du Sinaï et dirigée par l'homme d'affaires Ibrahim Al-Arjani
5- « Egypt Builds Walled Enclosure on Border as Israeli Offensive Looms », Summer Said et Jared Malsin, 15 février 2014.
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Guerre à Gaza. Israël de plus en plus isolé sur la scène internationale
L'aggravation de la crise humanitaire à Gaza soulève une vague de condamnations de l'opération militaire israélienne, tant à l'ONU que devant la Cour de justice internationale. Et fragilise jusqu'au soutien du plus indéfectible allié d'Israël que sont les États-Unis, analyse le “New York Times”.
Tiré de Courrier international. Article paru à l'origine en anglais dans le New York Times.
Quand, en 1955, David Ben Gourion, l'un des pères fondateurs d'Israël, a été prévenu qu'il s'exposerait à des représailles des Nations unies s'il mettait à exécution son projet de prendre la bande de Gaza à l'Égypte, il a affiché son mépris de l'ONU en la désignant par son acronyme hébreu, “Um-Shmum” [“le machin inutile”]. L'expression est restée pour illustrer ce penchant d'Israël à défier les instances internationales, dès lors qu'il estime ses intérêts menacés.
Près de soixante-dix ans plus tard, Israël essuie une nouvelle vague de condamnations à l'ONU, à la Cour internationale de justice (CIJ) et dans des dizaines de pays pour son opération militaire à Gaza, qui aurait fait 29 000 victimes palestiniennes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, et qui a réduit une grande partie du territoire à l'état de ruines.
La protection des États-Unis
Cette pression mondiale croissante a plongé le gouvernement israélien et son Premier ministre, Benjamin Nétanyahou, dans un profond isolement, bien qu'il n'ait pas encore plié, en grande partie parce qu'il bénéficie toujours du soutien de son allié le plus fidèle, les États-Unis.
Mais cette fois, l'État hébreu pourrait bien être lâché par Washington. L'administration Biden est en train de faire circuler un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies qui mettrait en garde l'armée israélienne contre une offensive terrestre à Rafah, à la frontière égyptienne, où plus d'un million de réfugiés palestiniens ont trouvé abri. “C'est un sérieux problème pour le gouvernement israélien, qui pouvait jusqu'à présent se retrancher derrière la protection des États-Unis”, souligne Martin S. Indyk, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël.
“La réprobation de l'opinion publique internationale, d'une ampleur et d'une intensité sans précédent, s'est étendue aux États-Unis, ajoute-t-il. Les progressistes, les jeunes et les Arabes Américains du Parti démocrate sont tous furieux et reprochent vertement à M. Biden son soutien à Israël.”
Le veto américain, jusqu'à quand ?
Jusqu'à présent, le président Biden n'a pas cédé à la pression internationale ou intérieure. Le 20 février, comme à leur habitude, les États-Unis se sont à nouveau dérobés en exerçant leur droit de veto au Conseil de sécurité pour bloquer une résolution, parrainée par l'Algérie, appelant à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza. C'est la troisième fois depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas que les États-Unis mettent leur veto à une résolution visant à forcer la main à Israël.
Depuis la création des Nations unies en 1945, trois ans avant la fondation de l'État hébreu, les États-Unis ont exercé plus de quarante fois leur droit de veto pour appuyer Israël face au Conseil de sécurité.
À l'Assemblée générale des Nations unies, où les Américains ne représentent qu'une voix parmi d'autres, les résolutions à l'endroit d'Israël sont monnaie courante. En décembre dernier, l'Assemblée a voté par 153 voix contre 10, avec 23 abstentions, en faveur d'un cessez-le-feu immédiat.
“Du point de vue des Israéliens, ces organisations sont liguées contre nous”, explique Michael B. Oren, ancien ambassadeur d'Israël aux États-Unis, en référence à l'ONU, à la CIJ et à d'autres institutions internationales. “Leur action n'a pour nous aucun impact stratégique, tactique ou opérationnel”, tient-il à préciser.
M. Oren a toutefois reconnu qu'une rupture avec les États-Unis, principal fournisseur d'armes à Israël, puissant allié politique et principal soutien international, serait une “tout autre paire de manches”.
Le tollé enfle à l'international
Alors que l'État hébreu subit de fortes pressions depuis le début de son offensive à Gaza, ces derniers temps, le tollé enfle dans les capitales étrangères.
L'illustration la plus frappante de l'isolement d'Israël vient peut-être de la Cour internationale de justice de La Haye, où les représentants de 52 pays se sont succédé à la barre, la semaine dernière, pour présenter leurs arguments dans le débat sur la légalité de “l'occupation, la colonisation et l'annexion” israéliennes des territoires palestiniens, y compris la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
La plupart s'en sont vivement pris à Israël, l'Afrique du Sud comparant le traitement des Palestiniens par Israël à “une forme extrême d'apartheid”. [En décembre dernier], Pretoria avait déposé une première requête auprès de la haute juridiction de La Haye, accusant Israël de génocide à Gaza.
Devant la CIJ, Washington a une fois de plus volé au secours d'Israël, adjurant la Cour de ne pas ordonner le retrait inconditionnel de l'État hébreu de ces territoires. Un avocat du département d'État américain, Richard C. Visek, a fait valoir qu'une telle décision rendrait encore plus difficile un accord de paix entre Israël et les Palestiniens, car elle ne tiendrait pas compte des intérêts sécuritaires d'Israël.
Devant la CIJ, l'Amérique a élevé une voix bien solitaire. Seule la Grande-Bretagne a présenté un argument similaire.
“La vérité est tout autre”, a de son côté martelé Philippe Sands, avocat spécialiste des droits de l'homme, s'exprimant au nom des Palestiniens. “Le rôle de cette Cour est de dire le droit : d'énoncer les droits et les obligations juridiques qui permettront une solution juste à l'avenir”, a-t-il proclamé, après avoir rappelé que la Cour avait déjà confirmé le droit des Palestiniens à l'autodétermination.
Une ordonnance de la CIJ n'aurait qu'une valeur consultative, et Israël a refusé de participer à ces débats.
Israël contraint de prêter l'oreille
Mais en dépit de sa défiance à l'égard des organismes internationaux, Israël ne les ignore pas complètement : dans un premier temps, le gouvernement israélien a rejeté la plainte de l'Afrique du Sud pour génocide en la qualifiant de “méprisable et méprisante”.
Selon certaines sources, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, avait envisagé d'envoyer Alan M. Dershowitz, l'avocat qui a défendu Donald J. Trump [lors du procès en destitution de 2020] et le financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, pour plaider la cause d'Israël − un choix qui aurait transformé l'audience en cirque. Israël s'est finalement fait représenter par une équipe de juristes de haut niveau, dirigée par un éminent avocat australo-israélien, Tal Becker, qui a accusé l'Afrique du Sud d'avoir présenté une “vaste description contrefactuelle du conflit”.
Dans son verdict provisoire rendu début février, la CIJ a ordonné à Israël de prendre des mesures pour empêcher et punir toute déclaration publique incitant à commettre un génocide et pour assurer l'acheminement de l'aide humanitaire à Gaza. Elle n'a cependant pas accédé à une demande essentielle de l'Afrique du Sud : la suspension de la campagne militaire d'Israël.
Mais même vis-à-vis des Nations unies, la tentation israélienne de brocarder “Um-Shmum” a ses limites. Israël manœuvre souvent en sous-main pour torpiller ou tempérer les résolutions du Conseil de sécurité, car il sait qu'elles pourraient déboucher sur des sanctions.
En décembre 2016, de hauts responsables israéliens avaient fait pression sur Donald Trump, tout juste élu à la Maison-Blanche, pour qu'il pousse le président sortant, Barack Obama, à mettre son veto à une résolution du Conseil de sécurité condamnant la colonisation juive en Cisjordanie (les États-Unis se sont abstenus, et la résolution a été adoptée). “Ils comprennent que l'opposition mondiale doit rester purement rhétorique, commente Daniel Levy, ancien négociateur de paix israélien, et qu'il ne faut surtout pas qu'elle puisse avoir une quelconque voix au chapitre sur les coûts et les conséquences.”
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Le numéro 27 de la publication "Soutien à l’Ukraine résistante" est disponible pour un téléchargement gratuit
Les éditions Syllepse ont publié le numéro 27 des cahiers de "Soutien à l'Ukraine résistante" en téléchargement gratuit. Suivez le lien pour vous procurer votre exemplaire.
Vous y retrouverai notamment les textes suivants :
Déclaration du RESU : Un triste anniversaire
Un appel de la Confédération des syndicats libres d'Ukraine
Un texte du comité français du RESU : Soutenir plus que jamais la résistance populaire armée et non armée en Ukraine
Un texte commun de la plupart des centrales syndicales de France : Pour une paix juste et durable : solidarité avec la résistance des travailleuses et des travailleurs ukrainiens
Un texte d'Hanna Perekhoda : Ukraine an III
Et plusieurs autres.
Pour télécharger le cahiers 27 des Brigades éditoriales de solidarité

Gaza : le syndicat des professeur.es de l’UQAM (SPUQ) interpelle sa direction et la CSN
Il est exceptionnel que des organisations syndicales de « base » se prononcent sur des questions de politique étrangère et plus encore sur des conflits armés.
C'est parfois le cas relève un spécialiste du syndicalisme étatsunien, Dan La Botz, quand ces questions deviennent un enjeu localement, « quand elles ont un impact direct sur l'emploi » ou sur le financement des services publics.
C'est avec ces éléments historiques en tête qu'il convient de mentionner deux résolutions provenant de la « base » syndicale au Québec. La première est une résolution de l'exécutif du Syndicat des travailleuses(eurs) des centres de la petite enfance de Montréal (STCPEML-CSN) adoptée le 28 novembre 2023 qui demande un cessez-le-feu immédiat et appuie des activités d'éducation populaire sur l'occupation et la colonisation de la Palestine , notamment.
La seconde résolution a été adoptée à l'unanimité le 16 février 2024 par le Conseil syndical du Syndicat des professeurs et des professeures de l'Université du Québec à Montréal (SPUQ-UQAM). Les délégué.es des 1 200 membres affirment notamment leur solidarité avec les syndicats et les organisations de la société civile tant en Palestine qu'en Israël qui sont en faveur d'un cessez-le feu immédiat et dénoncent la prolifération de propos et gestes racistes, antisémites, antipalestiniens, islamophobes.
Au-delà de ces déclarations, le Conseil syndical interpelle directement le Conseil d'administration, la Fondation et les responsables des fonds de pension (des retraites) de l'UQAM et leur demande de procéder à « un examen de leurs engagements et placements financiers pour s'assurer qu'ils ne contribuent pas au soutien d'entreprises et d'activités économiques directement liées à la poursuite des hostilités à Gaza ».
Le Conseil syndical demande également à la CSN, la Centrale syndicale qui représente plus de 320 000 travailleurs et travailleuses, « de solliciter et de coordonner des dons de la part de ses organisations membres en vue d'une contribution commune au fonds d'urgence de l'Organisation internationale du travail pour les personnes travailleuses à Gaza ».
Enfin, le Conseil syndical dénonce les autorisations de ventes d'armes à Israël par le Gouvernement canadien et demande « à la CSN de s'impliquer énergiquement dans le mouvement de dénonciation de ces autorisations ».
Cette dernière résolution syndicale a été adoptée le jour même où la Cour internationale de justice notait « que les évènements intervenus tout récemment dans la bande de Gaza, et en particulier à Rafah, “entraineraient une aggravation exponentielle de ce qui est d'ores et déjà̀ un cauchemar humanitaire aux conséquences régionales insondables” ». La CIJ estimait également que la situation exigeait « la mise en œuvre immédiate et effective des mesures conservatoires indiquées par la Cour dans son ordonnance du 26 janvier 2024 » et rappelait que « l'État d'Israël demeure pleinement tenu de s'acquitter des obligations lui incombant au titre de la convention sur le génocide ».
D'autres syndicats "de base" ont peut être adopté des résolutions sur le sujet. Nous n'en savons rien. On ne sait pas non plus le suivi qui sera fait de ces résolutions. Mais, compte tenu du silence quasi-absolu du patronat, des gestionnaires de fonds de pension et des centrales syndicales depuis le 7 octobre 2024, ces deux résolutions de la « base syndicale » nous semblaient mériter d'être rappelées.
Camille Popinot
Illustration : CISO, https://www.ciso.qc.ca

Des immigrants et des papillons
« Des immigrants et des papillons, est un documentaire de 52 minutes abordant en toute liberté, une question brûlante d'actualité : celle de l'immigration au Québec, mais au fil d'une passionnante conversation, menée à multiples voix entre gens d'ici et nouveaux arrivants, et touchant aux difficiles défis d'un vivre ensemble qui serait co-construit autant par les uns que par les autres.
Le projet, fruit d'une collaboration étroite entre le réalisateur et producteur audio-visuel Rodrigo Rodriguez, et le sociologue et essayiste, Pierre Mouterde — tous deux immigrants, mais l'un arrivé au Québec en 2011 et l'autre en 1973— a pris forme en décembre 2021 et a pu être finalisé en novembre 2023. » (Site de Rodrigo Rodriguez)
Entrevue avec Pierre Mouterde et Rodrigo Rodriguez sur leur film
Le film fait parler dans un premier temps, les personnes immigrantes sur les politiques des gouvernements canadien et québécois et sur leur vécu dans la société québécoise. Dans un deuxième temps, des personnes représentant la société d'accueil nous livrent leurs réflexions sur la société québécoise comme société d'accueil : ouverture, fermeture, xénophobie… Le film vise à permettre une prise de parole citoyenne sur la réalité de l'immigration dans la société québécoise.

Grand rassemblement pour soutenir les professionnelles en soin
Le 16 mars prochain, nous nous retrouverons à Québec pour le plus grand rassemblement de professionnelles en soins de la FIQ en soutien à la négociation nationale.
Venez manifester parce qu'il faut que ça bouge à la table de négo. Rappelons au gouvernement du Québec que nous sommes toujours en négociation et que les professionnelles en soins ont droit à une convention collective négociée qui répond à leurs attentes.
La manifestation sera suivie d'une prestation musicale.
Pour permettre à toutes de participer à l'activité, les familles de nos membres sont les bienvenues.
Quoi : « Faut que ça bouge » – Grand rassemblement FIQ
Quand : 16 mars 2024 à 12 h (midi)
Lieu de rencontre pour la manifestation : Musée national des beaux-arts du Québec (Plaines)
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