Presse-toi à gauche !
Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

De la parole aux gestes svp !
Une offensive militaire israélienne à Rafah où quelque 1,5 million de Palestiniens ont trouvé refuge serait « catastrophique », a affirmé tard le 14 février le premier ministre canadien.
Par Pierre Jasmin, secrétaire général des Artistes pour la Paix - 15 février 2024
Avertissements canadiens et internationaux bienvenus
Dans une déclaration commune avec les premiers ministres australien et néo-zélandais, Justin Trudeau déplore qu'une telle incursion à Rafah puisse générer des effets « dévastateurs », compte tenu de la situation humanitaire déjà désastreuse à Gaza.
« Nous exhortons le gouvernement d'Israël à ne pas s'engager dans cette voie. Les civils n'ont tout simplement nulle part où aller : 1,5 millions de Palestiniens sont bloqués à la frontière. On observe un consensus international croissant sur cette question. Israël doit écouter ses amis et la communauté internationale. On ne peut pas faire payer aux civils palestiniens le prix de la défaite du Hamas. »
Des avertissements similaires mais plus forts d'autres alliés occidentaux ont suivi ceux de l'Organisation des Nations unies. Le président américain Joe Biden a aussi déclaré que le gouvernement Nétanyahou ne devait pas lancer une éventuelle opération militaire à Rafah sans un plan « crédible » pour assurer la sécurité des civils.
Mardi matin, la ministre Mélanie Joly avait ainsi réagi : « Les civils de Rafah sont des personnes — ce sont des mères, des enfants. Ils ont des noms, des histoires — et ils existent. Leur demander de se déplacer à nouveau est inacceptable. Ils n'ont nulle part où aller. » Avant d'ajouter : « Nous avons besoin d'une entente sur la libération des otages, d'une augmentation de l'aide humanitaire à Gaza et d'un cessez-le-feu durable. »
Ces avertissements qualifiés d'hypocrites par les Palestiniens montrent plutôt un désarroi.
Nous déplorons l'absence de gestes significatifs
Pourquoi avoir attendu au 132e jour du conflit pour enregistrer de telles protestations qu'on pourrait aussi qualifier de remords de consciencei ? Et surtout pourquoi dès aujourd'hui ne pas sommer Israël d'obéir à la Cour Internationale de Justice (CIJ)ii, en menaçant, sinon, d'au moins rappeler notre ambassadrice Lisa Stadelbauer de Tel-Aviv ?
Dès le 1er novembre, l'Agora des Habitants de la Terre et nous avons donné mandat à maître Gilles Dévers de réclamer à la CIJ, parallèlement à la courageuse demande de l'Afrique du Sud, de se pencher sur les actes génocidaires perpétrés par Israël. Merci aux treize juges de la CIJ qui ont résisté aux immorales pressions politiques des puissants dont hélas le Canada, et aux critiques des extrémistes qui ont trouvé leur jugement timoré.
L'appel au cessez-le-feu de l'ONU a été endossé par le Canada le 12 décembre, alors que déjà 18 000 Palestiniens avaient été tués : nos éditorialistes furent déconcertés, après deux mois de nos propres déclarations censurées par les médias, vu notre usage du mot cessez-le-feu, toujours verboten pour l'Ukraine. Les Artistes pour la Paix avaient alors remercié la ministre Joly soutenue par le Bloc Québécois, le NPD et le Parti Vert, pour avoir voté avec 153 pays pour un cessez-le-feu entre le Hamas et Nétanyahou, réclamé par le Secrétaire général des Nations-Unies Antonio Guterres, bloqué au Conseil de Sécurité par le honteux veto des États-Unis isolés.
Nous avions alors dénoncé la CAQ et sa Ministre des Relations internationales Martine Biron, qui jugeait la demande de cessez-le-feu « prématurée ». Heureusement, le Parti Québécois et Québec Solidaire ont sauvé l'honneur du Québec, la députée d'origine palestinienne Ruba Ghazal déclarant : « Je suis tellement choquée. La CAQ brise la tradition pacifiste du Québec qui historiquement a toujours été du côté de la paix. La majorité des Québécois sont pour un cessez-le-feu. » Elle a déposé aujourd'hui à l'Assemblée nationale deux pétitions de 12 000 noms, dont ceux de plusieurs APLP, contre l'ouverture d'un Bureau du Québec en Israël, tant et aussi longtemps que ce pays endossera les actes criminels du régime Nétanyahou envers le peuple palestinien.
D'autre part, la décision canadienne de supprimer le financement pour l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) est une mauvaise décision, selon les mots-mêmes du secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères et député de la circonscription de Don Valley Ouest, à Toronto, Rob Oliphant - Mon cœur se brise, car le seul moyen d'obtenir une aide là-bas est l'UNRWA, a confié le député. Comme l'ensemble des grands syndicats canadiens, nous appelons donc le gouvernement - plutôt que de punir le député dissident - à rétablir le financement de l'UNRWA. Sa suspension était d'autant plus scandaleuse qu'elle avait été mise en vigueur le 26 janvier, tout de suite après les États-Unis, le jour où la CIJ a jugé recevable la plainte de l'Afrique de Sud contre Israël pour actes de génocide. On y voit cause à effet.
Les accusations israéliennes contre une dizaine des 28 000 employés de l'UNRWA (13 000 à Gaza) n'ont jamais été étayéesiii !
Les positions de paix noyées par les extrêmes, droites et gauches
La CIJ a ordonné que l'État d'Israël prenne des mesures immédiates et efficaces pour permettre la fourniture des services de base et de l'aide humanitaire nécessaires pour répondre aux conditions de vie défavorables des Palestiniens dans la bande de Gaza. Cette décision est contraignante pour tous les pays qui ont signé la convention sur le génocide, y compris le Canada.
Comme l'écrit Karim Kattan, écrivain palestinien, dans un essai émouvant pour Le Monde, il semble être devenu impossible pour certains soi-disant amis de la Palestine de « dire à la fois : les massacres comme ceux qui ont eu lieu le 7 octobre au festival de la Tribu de Nova sont une horreur scandaleuse, et Israël est une puissance coloniale féroce. » À une époque de défaite et de démobilisation, où les voix les plus extrémistes sont amplifiées par les médias sociaux, un culte de la force semble avoir envahi une partie de la gauche et court-circuité toute empathie envers les civils israéliens ».
La polarisation des voix a écarté la dénonciation de l'action terroriste du 7 octobre par l'extrême-gauche, ignorant la mort d'un millier de civils, dont plusieurs citoyens canadiens, causée par un extrémiste islamiste.
Le Hamas est l'ami de Nétanyahou qui l'a financé pour qu'il s'oppose au gouvernement palestinien (actuel premier ministre Mohammad Chtayyeh) : le fanatisme religieux, raciste et armé du Hamas dessert donc son propre peuple. Il est en outre devenu un prétexte pour que les Occidentaux de droite prétendent « que la guerre d'Israël n'est pas contre la Palestine mais uniquement contre le Hamas (voir le dessin approprié de notre APLP 2022, Jacques Goldstyn) et qu'on doit donc rejeter tout cessez-le-feu, tant que Tsahal n'aura pas exterminé les terroristes par la force brutale armée. Et on doit taire les interventions de l'ONU qui ne sont pas « objectives », ne reflétant pas la mentalité guerrière des « bons » pays alliés de l'OTAN qui réclament davantage d'armes ». À ce sujet, nous avons signé et tenté de faire connaître la pétition canadienne parlementaire du 3 janvieriv. Mais nous constatons aujourd'hui, au lendemain du fiasco de notre remise de prix pour la paix 2023, qu'il n'y a pas seulement les réseaux sociaux et les médias mainstream qui sont ennemis de la paix : nous promettons de vous revenir rapidement là-dessus.
Notre amie Elizabeth May m'a remercié aujourd'hui d'avoir appuyé « son appel à élargir notre cadre de référence - notre « carte mentale » politique - d'un système bipartite avec de mauvais choix et à reconnaître qu'au Canada, nous avons cinq partis au Parlement et qu'en 2025, nous élirons non pas un président comme aux États-Unis, mais un parlement que nous voulons diversifié avec PLUS de voix pour des politiques intelligentes et responsables. Donc moins de députés conservateurs et moins de libéraux et plus de tout le monde (évidemment, je veux plus de Verts), mais sur cette question, le Bloc a été formidable et nous devrions également avoir le soutien du NPD. » À bon entendeur, salut !
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

NARRATIF A LA SAUCE … ! Journaliste en herbe,...
NARRATIF A LA SAUCE … !
– Journaliste en herbe, tu as pondu un sacré papier ?
– Un point sur la situation, M. le Directeur (trice).
– Avec une désinvolture stendhalienne.
– Mon arme n'a pas autant de cran pour « tirer au milieu d'un concert ! »
- Nous sommes en guerre et les plumes aussi !
- Je l'sais.
– Ce que tu tiens entre tes doigts est plus redoutable qu'un missile hypersonique.
– Je n'en doute pas, M. le Directeur.
– Et tu sais pourquoi ?
- Impacte sur les l'états d'esprit.
– Et … ?
- …, Je n'sais pas.
– Moi je l'sais. Le cours de l'Histoire, jeune homme !
- M. le Directeur, serait-ce-un crime de s'en tenir à la réalité ?
– Tu n'iras pas plus loin que le bout de ton nez, crois-moi !
- A ma place, vous choisiriez quel camp, entre Démocratie mensongère et Résistante effective ?
- Je choisirais de la fermer quand mon paradigme révolutionnaire ne porte pas aussi loin qu'un pipi d'un gnard.
– Le couteau sous la gorge ?
- Oui Monsieur ! Une brebis qui s'enhardit en s'écartant du cheptel, se fait sauvagement bouffer par les loups. Alors ne joue pas au factieux et suis le mouvement grégaire !
- J'ai compris, Monsieur le Directeur. Je vais écrire avec des tournures tranchantes que « Le tapis de bombes sur la population est un montage ».
- Par exemple
– Que ces images de bébés, de femmes et de vieillards sous les décombres, sont le fruit de l'IA* à des fins de propagande.
– Y a pas photo !
- Mais j'hésite à rectifier le tir, Monsieur le Directeur.
– Pourquoi ?
– Je trahirais la cause de l'Histoire qui condamne toute abjection humaine, comme les massacres des Indiens et les compagnes génocidaires actuelles.
– Ecoute-moi bien Journaliste frondeur (se) ! Dans la voie ferrée, Il y a deux sens : L'aller et le retour. Tu choisirais lequel ?
- J'apprécie votre sens allégorique M. le Directeur. Allons-y pour l'aller.
– Ben voilà ! T'es quelqu'un qui avance dans la vie. Si tu veux rester parmi nous, t'as qu'à respecter la cadence et le sens de la progression de notre « Big boy » *. C'est logique, non ?
- C'est plus logique, M. le Directeur, de tirer sur le signal d'alarme et de quitter le wagon !
Texte et dessin Omar HADDADOU
*Intelligence artificielle. * Locomotive mythique, la plus grande à son époque.
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Le coup de baguette maléfique de la spéculation immobilière
La crise du logement bat son plein et bien de gens peinent à payer leur loyer. À présent, même des employés convenablement rémunérés une fois leur loyer acquitté, doivent fréquenter des supermarchés à rabais pour s'approvisionner, comme les Dollarama.
Avec raison, on a beaucoup dénoncé les "rénovictions", c'est-à-dire des gens à modeste et faible revenu chassés de leur appartement transformé ensuite en condo ou logement de luxe, à un prix inabordable. De vieilles usines abandonnées sont aussi livrées à la spéculation qui les fait muer, comme par un coup de baguette magique, en condos.
Il y a là une dimension de l'embourgeoisement des quartiers centraux jamais dénoncée. Ces usines désaffectées pourraient (ou auraient pu) devenir des HLM, des coopératives ou des logements à prix abordable. On l'a souvent souligné, et avec justesse. Mais l'aspect historique du problème paraît échapper à l'attention des militants et militantes communautaires du secteur de l'habitation.
En effet, des générations d'ouvriers et d'ouvrières ont bossé dans ces établissements souvent pour des salaires de misère. Montréal doit à cette main d'oeuvre bon marché une forte partie de sa puissance et de son statut de métropole du Québec (et autrefois du Canada). De plus, ces gens habitaient souvent à proximité de leur lieu de travail, dans des blocs appartements aujourd'hui "condoïsés¨ dans la plupart des cas.
Or, ces lieux "revampés" et mis au goût du jour sont aujourd'hui envahis par les nouvelles élites depuis que les spéculateurs immobiliers les ont transformés en condos. Ces gens y mènent une vie confortable alors qu'autrefois les accidents de travail se signalaient par leur fréquence. Les spéculateurs et les propriétaires de condos s'en fichent éperdument, si même ils en sont conscients. Il s'agit d'une sorte de scandale moral de nature historique. Murs refaits auxquels sont fréquemment accrochés des tableaux de maître (ou plus fréquemment leurs reproductions), planchers en bois verni, belles fenêtres panoramiques, mobilier sophistiqué... Tout un contraste avec la réalité d'autrefois !
Là où circulaient les ouvriers et ouvrières en habits de travail souvent couverts de poussière et effectuant un boulot suant, les nouveaux occupants des lieux sont des membres de ce qu'on appelle parfois la classe moyenne supérieure : des gestionnaires financiers, des administrateurs privés et publics, des patrons, des politiciens, parfois des professeurs d'université ; ils sont tous élégamment vêtus et sirotent durant leurs loisirs un verre de rouge ou une tasse de café importé. Ils y circulent avec aisance. Ce sont des profiteurs.
C'est donc sans complexe qu'ils s'approprient des locaux d'anciennes manufactures, comme si ça allait de soi.
Il faut donc garder à l'esprit cette dimension historique quand on passe à côté d'une usine transformée en condo.
Jean-François Delisle
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Souveraineté : La répartition des sacrifices
J'ai déjà évoqué dans un texte précédent la longue et difficile période de transition qui suivrait un OUI majoritaire à la souveraineté lors d'un hypothétique troisième référendum. Les indépendantistes, même ceux et celles de gauche, n'abordent jamais cette question difficile. Il suffit de relire l'ensemble des textes soutenant l'option souverainiste pour le constater du premier coup d'oeil.
On y parle abondamment de libérer le Québec de sa "soumission" au pouvoir fédéral, on y valorise la notion de "république sociale", on y lie souveraineté à émancipation de la nation québécoise en général et de ses travailleurs en particulier. Toutes ces idées se défendent certes et sont en partie fondées.
Cependant, un problème central est toujours escamoté : la répartition des sacrifices nécessaires à la réalisation du rêve indépendantiste. Même Québec solidaire n'y fait pas allusion, un parti qui s'est pourtant donné comme mission première de défendre les travailleurs et travailleuses, ce qui n'augure rien de bon pour ceux-ci en cas de victoire souverainiste.
Si cette hypothèse devenait réalité, les pressions financières, commerciales et politiques d'Ottawa sur Québec seraient énormes, lourdes et étouffantes. Concrètement, l'accession du Québec à son indépendance nécessiterait une détermination sans failles tant de la part de ses dirigeants que d'une majorité de la population.
Des compressions budgétaires majeures deviendraient inévitables de la part du gouvernement souverainiste, qu'il soit péquiste ou solidaire, ou encore une coalition parlementaire des deux. C'est ici que la dimension sociale serait incontournable . Qui en écoperait le plus ? Comment acquérir la certitude que le gouvernement indépendantiste respecterait les intérêts des travailleurs en général, et ceux des secteurs mous de l'économie, qui concentrent les plus démunis d'entre eux, c'est-à-dire des moins organisés et des plus vulnérables, là où la résistance se révélerait la plus faible face à une politique restrictive venant des pouvoirs publics ?
Une adhésion majoritaire de l'électorat à l'indépendance provoquerait inévitablement une forte instabilité économique et financière, ce qui frapperait durement un marché de l'emploi déjà ébranlé à l'heure actuelle. Les exclus n'ont aucune garantie que le gouvernement du Québec protégerait leurs intérêts économiques, même les plus minimaux.
Bien au contraire. Le cabinet péquiste n'aurait d'autre possibilité pour retenir au Québec d'indispensables compétences comme les administrateurs publics et le plus possible de gestionnaires privés, des architectes, des techniciens en tout genre et des ouvriers spécialisés que de ménager leurs intérêts en priorité, et ce d'autant plus que d'importantes et influentes associations professionnelles et syndicales défendent leurs intérêts. Ce n'est pas le cas des travailleurs non syndiqués et des exclus comme les chômeurs et les prestataires de la Sécurité du revenu (aide sociale). Pareil pour les régions les moins développées dont le cabinet négligerait les intérêts au profit d'autres plus favorisées. On peut aussi parler des retraités dont on ne ne sait trop quelle ligne de conduite Ottawa adopterait à leur égard. Se livrerait-il à du chantage sur leur dos contre le gouvernement "séparatiste" québécois dans l'espoir qu'ils le laissent tomber et le pressent de regagner le bercail fédéraliste ?
Le processus de transition vers la souveraineté, même s'il devait réussir, accentuerait des divisions déjà profondes au sein de la société québécoise. La majorité en faveur du OUI serait nécessairement assez faible. L'importante minorité qui aurait voté NON ne désarmerait pas facilement et on peut s'attendre à une alliance active et même agressive de son côté avec le gouvernement d'Ottawa contre les "séparatistes". Le débat fédéralisme-indépendance concerne moins le Canada anglais que le Québec français lui-même. C'est ici que les divisions, voire les déchirements qui accompagnent toute accession d'une nation à sa souveraineté se feraient le plus sentir.
Ces considérations sont encore spéculatives bien sûr, mais elles ont au moins le mérite de suivre le chemin de la vraisemblance. Pour la gauche sociale, il importe de talonner les formations indépendantistes à ce sujet. Elle le doit d'abord pour veiller aux intérêts fondamentaux de ceux et celles qu'elle défend : les travailleurs non syndiqués, les chômeurs, assistés sociaux et locataires à faible revenu.
Jean-François Delisle
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

La Saint-Valentin : un douloureux rappel pour les personnes assistées sociales
Québec, le 14 février 2024 – ROSE du Nord a répondu à l'appel à la signature massive de la pétition : Modernisation de la notion de vie maritale pour les prestataires de l'aide sociale lancé par son regroupement provincial le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ).
Depuis plusieurs années, notre organisme dénonce l'application des dispositions entourant la vie maritale pour les personnes assistées sociales. « La journée de la Saint-Valentin est une date symbolique pour notre regroupement et ses membres puisque les personnes assistées sociales n'ont pas le même droit à l'amour que le reste de la population à cause d'obstacles dans la loi de l'aide sociale. » mentionne Mélanie Ratté, militante impliquée au sein du FCPASQ.
Le statut de vie maritale à l'aide sociale, c'est lorsque deux personnes sont considérées être en couple aux yeux de la Loi. Lorsque ce statut est appliqué, pour la majorité des prestataires, les prestations sont amputées de 25% et une seule personne peut percevoir la prestation pour le couple.
Plusieurs conséquences aberrantes découlent de ce statut : atteinte à l'autonomie financière, risque de subir des violences de toutes sortes, enquêtes très intrusives, cumul de dettes injustifiées, choix à faire entre son histoire d'amour et ses prestations d'aide sociale, déménagement forcé avec une personne plus rapidement que prévu, être forcé.e de vivre seul.e, etc. « Ces dispositions sont un véritable frein à l'amour et à l'entraide. Plusieurs personnes choisissent de vivre seules plutôt que de devoir vivre dans une anxiété constante de se faire couper leurs prestations parce qu'elles sont considérées en couple. Et tout ça en pleine crise du logement ! », mentionne Mélanie Ratté. La militante impliquée ajoute qu' « à l'inverse, d'autres personnes sont forcées de rester dans une situation parce qu'elles n'ont pas de prestation pour pouvoir quitter. »
ROSE du Nord appui et porte la pétition lancée par le comité femmes du FCPASQ le 14 décembre dernier, visant à revendiquer la modernisation des dispositions entourant la vie maritale. Cette pétition s'inscrit dans une série d'actions organisées en vue de s'assurer que la ministre Chantal Rouleau inclut les revendications du regroupement dans la réforme de l'aide sociale qui est à paraître au printemps 2024. Quatre revendications sont mises de l'avant :
● D'administrer un chèque par personne et que celui-ci puisse couvrir les besoins de base en établissant les prestations sans tenir compte du revenu de la personne conjointe ;
● D'établir le statut de vie maritale seulement lorsque les personnes se déclarent conjointes et abolir les critères tels que l'entraide et la commune renommée ;
● De cesser la surveillance accrue des personnes ;
● D'abolir rétroactivement toutes les dettes en lien avec le statut de vie maritale en concordance avec les dispositions ci-haut.
Cette pétition, portée par le député de Laurier-Dorion Andrés Fontecilla, est disponible sur le site de l'Assemblée nationale jusqu'au 14 mars 2024. Mélanie Ratté conclut : « il est primordial que cet enjeu soit discuté à l'Assemblée nationale. Pour ce faire, nous avons besoin de récolter le plus de signatures possible. Allez signer la pétition, parlez-en autour de vous, faites-la circuler ! »
À propos :
ROSE du Nord est un collectif de femmes vivant en situation de pauvreté. Nous défendons solidairement les droits des femmes sans emploi ou à statut précaire et militons activement pour améliorer leurs conditions de vie dans une approche féministe-conscientisante.
Le Front commun des personnes assistées sociales du Québec regroupe des organismes de défense des droits des personnes assistées sociales partout au Québec. La principale mission du FCPASQ et de ses groupes membres est la promotion des droits économiques, sociaux et culturels des citoyen.ne.s du Québec exclu.e.s du marché du travail et qui vivent dans la pauvreté
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Action féministe : De l’indignation à l’action
Les diverses crises, inégalités et violences qui font obstacle à l'atteinte de l'égalité entre les femmes et les hommes ainsi qu'entre les femmes elles-mêmes ont été au cœur des discussions entre le Collectif 8 mars et la ministre responsable de la Condition féminine, Martine Biron, lors d'une rencontre organisée dans le cadre des activités entourant la Journée internationale des droits des femmes.
Tiré de Ma CSQ cette semaine.
La ministre a reconnu la pertinence du thème « Ça gronde ! », choisi cette année pour souligner la journée du 8 mars, et la nécessité de manifester notre indignation.
En tant que membre du Collectif 8 mars, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a participé à cette rencontre. Celle-ci a été l'occasion de faire un état des lieux des enjeux vécus par les femmes aujourd'hui encore. La ministre Biron en a profité pour exprimer sa volonté d'agir afin de faciliter l'accès à l'avortement et de lutter contre la violence conjugale.
« Nous comptons sur la ministre pour sensibiliser son collègue, Jean Boulet, ministre du Travail, afin qu'il ajoute, au projet de loi no 42 présentement à l'étude, la mise en place d'une banque de 10 jours d'absence rémunérés pour les victimes de violence conjugale », a dit la porte-parole du Collectif 8 mars, Virginie Mikaelian.
La réalité des femmes en situation d'itinérance a aussi été mise de l'avant lors de la rencontre. Exacerbée par l'actuelle crise du logement, l'itinérance touche les femmes de manière disproportionnée et spécifique, selon le Collectif, qui affirme que les solutions pour y remédier sont connues. « Il faut s'attaquer à la racine du problème, notamment en accélérant la construction d'un plus grand nombre de logements sociaux. Il s'agit d'une mesure structurelle pour contrer l'itinérance », avance Virginie Mikaelan.
La question du maintien de services publics accessibles et de qualité a également été abordée lors de la rencontre avec la ministre. Le Collectif a fait valoir que ce sont les femmes, en tant que travailleuses et utilisatrices des services publics, qui ressentent le plus les effets lorsque la qualité des soins de santé et des services sociaux et de l'éducation est fragilisée. « Nous aurions voulu lui parler plus longuement de la dégradation des services publics et de nos préoccupations concernant les récentes réformes adoptées en éducation et en santé et services sociaux », a dit la porte-parole du Collectif.
La ministre responsable de la Condition féminine a été très réceptive aux informations qui lui ont été présentées. Le Collectif 8 mars l'encourage fortement à utiliser tous les leviers à sa disposition à titre de ministre pour intervenir sur l'ensemble des enjeux touchant les femmes, que ce soit l'économie, l'environnement, l'habitation ou la santé et les services sociaux. Ses membres souhaitent poursuivre le dialogue et continueront de proposer des pistes de solutions pour veiller à la défense des droits de toutes les femmes au Québec.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

FFQ : Un petit tour d’horizon
Voici un extrait du message de la présidente de la FFQ publié dans l'infolettre de la Fédération des Femmes du Québec.
Tiré de L'infolettre
Chères membres et personnes alliées,
C'est avec grand plaisir que je saisis l'occasion pour m'adresser à vous aujourd'hui. Comme vous le savez sûrement, depuis mon arrivée en poste au printemps dernier, les événements se sont enchaînés les uns après les autres. L'équipe de travail et le conseil d'administration n'ont pas chômé ! Plusieurs enjeux nous ont interpelées dans les derniers mois, notamment, l'annonce de la ministre responsable de la condition féminine concernant la possibilité de légifération du droit à l'avortement. Heureusement, grâce à nos pressions et celles de plusieurs autres organisations féministes, celle-ci a fait volte-face à ce sujet, ce qui est une victoire majeure pour le respect des droits des femmes et leur accès aux services d'avortement.
D'autre part, il y a eu d'importantes mobilisations du Front commun du secteur public au cours de l'automne dernier. Cette lutte nous concerne toutes, étant donné les discriminations évidentes envers les femmes qui occupent majoritairement les emplois de ces secteurs, la sous-valorisation de leurs savoir-faire, de l'apport essentiel qu'elles offrent à toute la population. Nous avons donc soutenu activement le Front commun pour les secteurs publics dans leurs négociations avec le gouvernement.
De plus, il y a eu une augmentation de violence et des propos haineux envers les communautés LGBTQIA2s+, particulièrement envers les personnes trans et non binaires. Nous nous sommes donc mobilisées avec le Comité des pas-sages pour lancer un appel à soutenir un manifeste pour l'abolition du supposé « Comité des sages » mis en place par la Coalition Avenir-Québec. Je vous invite fortement à suivre leurs actions et à les soutenir.
Plusieurs autres sujets nous ont préoccupées, je vous les évoque rapidement, sachant que chacun de ces sujets est très important et demanderait un texte complet. Entre autres, la réforme de la santé proposée par le ministre Dubé et adoptée en décembre dernier aura certainement des impacts majeurs sur la pratique sage-femme et sur la santé des femmes plus globalement. Aussi, la crise humanitaire et le génocide qui se déroulent en ce moment, et ce depuis des mois, en Palestine sont alarmants. Nous devons continuer à dénoncer cela et continuer à soutenir la Palestine.
(....)
Au plaisir de vous voir sous peu et bonne lecture !
Sylvie
Présidente de la FFQ
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Motion de solidarité avec le peuple palestinien
Le RGF-CN et ses groupes membres, réunies en assemblée générale le 15 février 2024, joint sa voix aux soulèvements mondiaux en support au peuple palestinien.
Nous exigeons la fin de l'attaque génocidaire de celui-ci par le gouvernement sioniste israélien. Nous ne reconnaissons pas ce qui se passe à Gaza comme étant un conflit. Nous reconnaissons plutôt qu'il s'agit d'une phase avancée d'une opération d'extermination et de colonisation.
En date du 12 février, plus de 28 340 personnes ont été tuées à Gaza, depuis le 7 octobre 2023. Les femmes et les enfants représentent 70% des victimes. Ces mortes ne peuvent être considérées comme des dommages collatéraux puisque les cibles des bombardements sont des mosquées, des hôpitaux, des marchés, des écoles transformées en abri, des camps de réfugié.e.s et des zones résidentielles.
Nous dénonçons les violences sexistes et sexuelles envers les femmes et les filles commises de part et d'autre. La situation déjà désastreuse en Palestine, accentuée par ces violences, par l'absence de soins obstétricaux et de tout soins de santé, puis par l'insécurité alimentaire font des femmes et des filles les premières victimes de ce conflit.
Nous tenons à condamner tout amalgame haineux antisémite qui peut être fait à l'égard des communautés juives, dont d'ailleurs bon nombre s'oppose à l'occupation de la Palestine par Israël. Nous scandons notre honte vis-à-vis le refus du gouvernement du Québec d'exiger un cessez-le-feu permanent, qui aurait le potentiel d'empêcher la mort et le traumatisme de milliers de personnes palestiniennes.
Nous dénonçons l'armement et l'appui financier d'Israël par le Canada. Nous dénonçons le silence des médias québécois et canadiens sur les actions entreprises par le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien qui s'organise sans relâche depuis l'intensification des violences contre celui-ci.
En tant que regroupement féministe portant des valeurs décoloniales, antiracistes et antipatriarcales, nous dénonçons en plus du génocide des Palestiniennes et Palestiniens, les systèmes coloniaux dans leur ensemble, qui volent les terres, saccagent les corps, les territoires, les identités collectives et les lignées de transmission culturelle. Nous croyons qu'une des raisons de l'inaction des pays occidentaux face à de telles tragédies et celles qu'il s'agit d'un reflet de leurs propres agissements historiques et contemporains en tant que colonisateurs des Premiers Peuples.
Inspirée de la déclaration de la TGFBSL et adaptée
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Action de visibilité : un troisième féminicide en 2024
Québec, 14 février 2024 – Le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN) a organisé une action de visibilité suite à l'annonce du troisième féminicide de l'année 2024.
Lorraine Marsolais a été tuée par son conjoint le 12 février dernier à L'Épiphanie. L'action, qui a réuni plusieurs militantes au coin des rues St-Vallier et Marie-de-l'Incarnation sur l'heure du midi, visait à briser le silence, exprimer notre colère, visibiliser les féminicides et exiger du gouvernement de faire de la lutte aux violences faites aux femmes et aux enfants une priorité.
Les féminicides : des violences banalisées et normalisées
Les meurtres des femmes et des enfants par un proche comme, cette fois-ci, par un conjoint, font partie d'un continuum de violences conjugales normalisées et banalisées. Ces violences sont le fruit d'un rapport de domination des hommes sur les femmes que la société tolère et banalise.
Les femmes aux intersections de plusieurs systèmes d'oppression tels les femmes âgées, les femmes immigrantes, les femmes autochtones, celles en situation de handicap, les jeunes femmes, les femmes des communautés LGBTQIA, en situation d'itinérance, en situation de dépendance économique, et les femmes que la société racise sont parmi les plus à risque de subir une ou plusieurs formes de violences, elles sont surreprésentées dans les victimes de féminicides.
Pas une de plus
Il faut refuser de baisser les bras et d'accepter que d'autres femmes et enfants soient agressées, violentées, tuées. Des solutions pour mettre fin à la violence conjugale, il en existe ! Ça passe notamment par l'augmentation du financement en prévention, en accompagnement et en hébergement des femmes victimes de violences conjugales, sexuelles et genrées, par des formations obligatoires et continues sur la violence conjugale pour tous les acteurs et les actrices qui interviennent auprès des femmes et des enfants, par des changements en profondeur de la culture de notre système de justice où les agresseurs peuvent récidiver en attente de leur procès, par une éducation à la sexualité axée sur des modèles de relations positifs basés sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Les solutions sont multiples et doivent dénoncer le caractère inacceptable et criminel de la violence envers les femmes et renforcer la confiance des victimes et du public dans l'administration de la justice.
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Des nazis aux astrocapitalistes : l’histoire anti-écologique de la conquête spatiale
Dans « Une histoire de la conquête de l'espace », Irénée Régnauld et Arnaud Saint-Martin décortiquent les assauts spatiaux de l'humanité. Et montrent les biais idéologiques mortifères qui motivent les États et les milliardaires.
Tiré de Reporterre
8 février 2024
Par Vincent Lucchese
Il y a quelque chose de fondamentalement toxique dans la conquête spatiale. En remontant aux racines philosophies et industrielles de l'épopée spatiale, Irénée Régnauld, chercheur associé à l'université de technologie de Compiègne et Arnaud Saint-Martin, sociologue au CNRS, déroulent le fil d'un récit aussi fascinant qu'inquiétant. Dans leur récent livre, Une histoire de la conquête spatiale. Des fusées nazies aux astrocapitalistes de New Space (La Fabrique), on découvre la puissance et la constance d'une vision du monde empreinte de mysticisme. Une conception qui a structuré l'ensemble des projets spatiaux et dont les conséquences délétères continuent de nous toucher.
La contribution décisive du régime nazi à l'émergence de l'histoire spatiale est connue. Les ingénieurs du IIIᵉ Reich ont conçu les premières « bombes volantes » puis les premiers missiles balistiques, les V2, qui ont notamment frappé Paris et Londres à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Dès 1945, les Alliés s'arrachèrent ces spécialistes allemands de la balistique. L'enjeu était avant tout militaire, puisqu'il s'agissait de maîtriser au plus vite cette nouvelle technologie que constituaient les missiles. Mais ceux-ci ont rapidement été convertis en fusées, permettant d'envisager le développement des vols spatiaux. L'URSS, la France, le Royaume-Uni et bien sûr les États-Unis exfiltrèrent massivement des ingénieurs allemands, dont l'iconique Wernher von Braun, principal concepteur des V2, qui deviendra étasunien et développera les fusées Saturn V du programme Apollo.
À gauche, Wernher von Braun tenant une maquette de V2 en 1955. À droite, Joseph Goebbels (au milieu) et Albert Speer (à droite) assistant à un lancement de V2 depuis Peenemünde les 16 et 17 août 1943. Domaine public / Nasa via Wikimedia Commons ; Bundesarchiv, Bild 146-1992-093-13A / Hubmann, Hanns / CC-BY-SA 3.0
Ce que soulignent les auteurs, c'est que la parfaite acclimatation de ces savants allemands — dont bon nombre furent des nazis convaincus — aux bases militaires et spatiales étasuniennes, n'a rien d'un hasard. Les influences étaient fortes entre les deux côtés de l'Atlantique : le fordisme et le taylorisme étasuniens suscitèrent dès le début du XXᵉ siècle un fort engouement en Allemagne où ils servaient de modèle de rationalisation du travail et d'efficacité économique.
L'organisation autoritaire du travail dans les usines de Ford, lui-même antisémite, raciste, nationaliste et décoré par Hitler en 1938, symbolise la porosité entre les cultures managériales des deux mondes. Les ingénieurs nazis importés aux États-Unis y trouvèrent donc un terrain favorable pour y implanter leur organisation, décrite comme un « ordre féodal » centré sur le culte du chef charismatique, du « seigneur - ingénieur en chef ».
La « matrice organisationnelle » de tout le secteur aérospatial serait ainsi durablement marquée par ses racines allemandes. Sa philosophie et ses objectifs en sont également imprégnés. Wernher von Braun avait pour vision une colonisation de l'espace par l'humanité en quatre étapes : développer d'abord des navettes, puis une station spatiale, puis conquérir la Lune, puis Mars. Ce « paradigme von Braun » perdure jusqu'à aujourd'hui dans le discours de la Nasa et des États-Unis.
Étendre l'humanité au nom de Dieu
La mission de coloniser l'espace est une obsession qui transcende elle aussi les époques. Elle est teintée d'une forme de religiosité qui a précédé le régime nazi. Dès le XIXᵉ siècle, la science-fiction émergente qui imaginait la conquête de l'espace est bourrée de renvois à la religion, à l'instar du précurseur De la Terre à la Lune et de toute une partie de l'œuvre du « très chrétien Jules Verne », notent les auteurs.
La « destinée manifeste » de l'espèce humaine à s'étendre imprègne aussi l'idéologie calviniste, écrivent-ils, qui a confié aux États-Unis d'Amérique la « mission divine » d'expansion de la civilisation vers l'Ouest. Cette foi dans l'appel de Dieu à « bâtir un nouvel Israël dans un Nouveau Monde » serait ainsi un inépuisable moteur théologique, convoqué de la colonisation de l'Afrique à celle de la Lune, en passant par le mythe étasunien de la Frontière.
Le livre nous rappelle comment tout une élite savante, porteuse d'un fort tropisme occidental, masculin et techniciste, a religieusement entretenu et assuré la transmission de cet imaginaire messianique. Y compris via la mise en place de cérémonials quasi liturgiques autour des lancements de fusée et de l'adulation des astronautes. Un climax de cette évangélisation cosmique étant la lecture d'un extrait de la Génèse depuis l'orbite lunaire, par les astronautes de la mission Apollo 8, diffusée dans une émission de télé massivement écoutée le soir de Noël 1968.
Même les voyages sur la Lune se déroulent dans une optique colonisatrice, d'appropriation des ressources et de compétition avec les autres puissances. Nasa via Unsplash
Les mêmes désirs de « dissémination céleste » de l'humanité pour la sauver de l'extinction se retrouvent en Russie, sous la plume notamment de Constantin Tsiolkovski. Adepte du « cosmisme » russe, il est l'un des pères de la cosmonautique et auteur de la célèbre maxime expansionniste, devenu poncif pour start-uper en mal d'inspiration : « La Terre est le berceau de l'humanité, mais qui a envie de passer sa vie dans son berceau ? »
L'enracinement profond de cette foi dans le destin cosmique de l'humanité permet de mieux comprendre l'hubris et les délires démiurgiques des nouveaux milliardaires de l'aérospatial, dont les figures de proue Jeff Bezos et Elon Musk ne cessent de promettre des cités spatiales géantes et la colonisation de Mars.
« Celui qui contrôle l'espace contrôle la Terre »
L'autre pilier essentiel de l'industrie spatiale, incontournable pour comprendre les colossaux efforts financiers et techniques déployés depuis près d'un siècle, c'est la militarisation de l'espace. Après 1945, le potentiel de ces nouveaux missiles balistiques, associés aux bombes nucléaires, a incarné la menace ultime. États-Unis et URSS se lancèrent dans une course aux armements : pour éviter d'être anéanti par une pluie de missiles balistiques nucléaires, chacune des deux superpuissances devant rester à la pointe de la technologie pour assurer un sinistre équilibre de la terreur.
Or, une fusée est avant tout un missile, martèlent les auteurs dans leur ouvrage, à l'instar de cette filiation directe entre V2 allemandes et programmes lunaires. Tous les programmes spatiaux, façonnés par les États, sont passés par le prisme militaire de cette priorité stratégique.
Le fil directeur de décennies de conquête spatiale tient au concept « d'astrodéterminisme ». L'idée que « celui qui contrôle l'espace, contrôle la Terre » hante la course à l'espace et la course à la Lune entre les deux blocs. La crainte très actuelle d'une arsenalisation de l'espace, faiblement freinée par le droit, et l'utilisation massive de satellites espions, sont les catalyseurs du développement d'un « État sécuritaire global hypertrophié », « ivre de son hubris technophile », insistent les auteurs en citant Kristie Macrakis, l'une des historiennes des sciences convoquées dans leur démonstration.
Un long-termisme anti-écologique
Au-delà du danger sécuritaire et militaire immédiat, le projet du « complexe militaro-industriel-spatial » est aussi mortifère d'un point de vue purement ontologique, au travers de son discours mystique. Car il sous-tend une relativisation de l'importance de préserver la planète. Vu par le fantasme prométhéen de colonisation du cosmos, le « vaisseau spatial Terre » n'est plus si irremplaçable. Cela s'incarne notamment dans l'engouement pour le long-termisme, en vogue dans la Silicon Valley et dans le monde anglo-saxon.
Ce courant philosophique prétend défendre les intérêts du long terme de l'humanité par un calcul utilitariste : la vie de dix humains vaut plus que la vie d'un seul. Donc si 99 % des humains sont encore à naître — si l'on fait en sorte que l'espèce survive encore de nombreux millénaires —, ce plus grand nombre confère à leur bien-être plus de valeur qu'à celui des humains d'aujourd'hui. D'où une relativisation de la crise écologique : même si la catastrophe est immense, l'humanité devrait y survivre. Mieux vaut donc placer les efforts dans la lutte contre les menaces vraiment existentielles, en investissant dans les artefacts technologiques afin de rendre notre espèce multiplanétaire et donc immortelle.
Si l'Humanité s'étend à travers la galaxie, alors préserver l'habitabilité d'une planète - la Terre - n'est plus si important, raisonnent les promoteurs d'une conquête spatiale infine. Nasa via Unsplash
L'argumentaire colle parfaitement au récit des acteurs capitalistes du New Space. Les auteurs rappellent à ce titre que ces entreprises, à l'instar de l'emblématique SpaceX d'Elon Musk, sont largement subventionnées par les États, notamment par la Nasa aux États-Unis, et sont les héritières d'une longue histoire industrielle, loin du storytelling de l'acteur génialement disruptif surgi de terre ex nihilo.
Ces acteurs du New Space prolongent le projet presque centenaire du complexe militaro-industriel-spatial, tout en incarnant l'ultime étape du capitalisme : sur un monde aux ressources finies et qui s'épuisent, l'espace fait figure de dernière échappatoire pour garantir la poursuite de l'accumulation du capital. Tant du point de vue du discours (les promesses très incertaines d'exploiter des ressources minières de la Lune et des astéroïdes) que par l'ouverture plus concrète de nouveaux marchés, dans les télécommunications surtout, via les projets de mégaconstellations de satellites.
Ambitions fragiles et alternatives cosmosocialistes
La relecture de l'histoire spatiale qu'offrent Irénée Régnauld et Arnaud Saint-Martin est dense et convaincante. Elle échappe heureusement au fatalisme en soulignant que la poursuite du projet prédateur et mystique de l'« astrocapitalisme » repose sur des bases fragiles.
L'enthousiasme pour les startups du New Space ressemble d'une part à une énorme bulle spéculative qui pourrait bien éclater. Le modèle économique de SpaceX, dont est fortement dépendante la Nasa, est d'autre part lui aussi vacillant. L'entreprise poursuivrait une vertigineuse fuite en avant dans les investissements pour rentabiliser le développement de sa mégaconstellation de milliers de satellites. Or, pour se déployer à l'échelle et à un coût abordable, le projet dépend de l'arrivée du Starship, plus grande fusée du monde en devenir. Celle-ci prend du retard, a encore explosé en vol test fin 2023 et Elon Musk a lui-même dramatisé les enjeux existentiels de la réussite de ce projet pour son entreprise.
Surtout, les auteurs rappellent qu'une autre culture spatiale est possible. La science, souvent mise en avant de manière fallacieuse pour justifier l'hubris de conquête, reste une excellente raison d'explorer l'univers, mais questionne l'intérêt des coûteux vols habités face aux progrès de la robotique. La science du climat, par ailleurs, et toutes celles qui permettent de mieux comprendre et surveiller l'écologie terrestre, dépendent de données extrêmement précieuses récoltées par les satellites, qu'il s'agirait de pérenniser et prioriser face aux risques de saturation de l'orbite terrestre générés par les mégaconstellations.
Préserver l'orbite terrestre de la pollution et se débarrasser des œillères de « l'esprit de conquête », forme pour certains scientifiques la base d'une « éthique de l'espace ». Nasa via Unsplash
Face au discours hégémonique qui tend à naturaliser le concept de conquête spatiale, plusieurs récits alternatifs sont ainsi d'ores et déjà mobilisables. De plus en plus d'astronomes se fédèrent pour contester la pollution visuelle et l'appropriation du ciel par SpaceX et ses concurrents. L'astronomie elle-même peut réorienter sa mythologie et s'employer à tourner notre regard vers la Terre, comme nous le proposait l'astronome Frédéric Boone l'an dernier.
La montée des critiques, notamment face aux pollutions diverses, dans le ciel et sur les bases de lancement, rend de plus en plus audible le travail de chercheurs sur une « éthique de l'espace ». La prise en compte des cosmologies non occidentales, le remplacement de l'esprit de conquête par un mélange d'exploration et de contemplation astronomiques sont autant de pistes pour explorer d'autres astrocultures.
Une vision communaliste de la science astronomique, stimulée par la quête de connaissances littéralement universelles, pourrait même préfigurer l'avènement d'une nouvelle forme de socialisme cosmique, ose le chercheur Peter Dickens.
L'utopie peut faire sourire. Mais elle n'est probablement pas moins irréaliste que la promesse astrocapitaliste de mégapoles flottant dans le vide spatial. Et elle est, assurément, moins délétère.
Une histoire de la conquête spatiale. Des fusées nazies aux astrocapitalistes du New Space, d'Irénée Régnauld et Arnaud Saint-Martin, aux éditions La Fabrique, février 2024, 282 p., 20 euros.
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
















