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Les systèmes de prostitution dépénalisés sont un cancer qui s’est propagé à l’Union européenne et au Conseil de l’Europe

Lorsque la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, a publié le 15 février une déclaration appelant à la dépénalisation complète du (…)

Lorsque la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, a publié le 15 février une déclaration appelant à la dépénalisation complète du proxénétisme, de la tenue de maisons closes et de toutes les formes de profit par des tiers, elle a affirmé avoir « consulté des travailleurs et travailleuses du sexe partout en Europe, leurs organisations représentatives, des organisations internationales et des experts compétents… » – écrit Rachel Moran.

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/03/25/les-systemes-de-prostitution-depenalises-sont-un-cancer-qui-sest-propage-a-lunion-europeenne-et-au-conseil-de-leurope/

C'était une nouvelle pour celles d'entre nous qui sont impliquées dans des organisations composées de survivantes du commerce du sexe, de prestataires de services de première ligne, de militantes pour les droits des femmes et de spécialistes du droit qui se consacrent à la lutte contre les méfaits du commerce du sexe dans le monde. C'était une nouvelle parce qu'en fait,aucune d'entre nous n'avait été consultée.
Aussi bizarre que cela puisse paraître à certains, il n'y a rien de nouveau dans la promotion du proxénétisme sous la bannière des principes des droits de l'homme ; cette prétention est évidemment contre-intuitive, mais nous, dans le mouvement des droits des femmes, entendons cet argument depuis des années. Il y a de nombreuses embûches logiques à franchir pour adhérer à cette ligne de pensée, mais la première et la plus essentielle est la fiction selon laquelle le fait d'être malmenée, léchée, sucée et pénétrée par des inconnus au hasard n'est pas une violation en soi.

De nombreuses femmes font campagne depuis des années contre le commerce mondial du sexe. Certaines d'entre nous, comme moi, ont été exploitées dans les maisons closes et les zones de prostitution. Beaucoup d'autres, non. Ce qui nous unit toutes, c'est la vision selon laquelle le monde a besoin d'un système de décriminalisation partielle, où les personnes exploitées dans la prostitution sont décriminalisées, tandis que les proxénètes qui profitent d'énormes bénéfices et les prostitueurs qui achètent un accès sexuel au corps de femmes vulnérables sont tenus légalement responsables de leur comportement abusif et exploiteur.

Nous assistons depuis plusieurs années à un retour de bâton imaginatif de la part des profiteurs d'un commerce d'exploitation qui doit se réinventer dans le contexte des progrès législatifs réalisés dans ce domaine par les survivantes du commerce du sexe et les organisations de défense des droits des femmes. Le manteau des « droits de l'homme » était probablement à la fois la position la moins appropriée mais la plus influente qu'ils auraient pu choisir pour soutenir leur prétention. De temps en temps, cependant, le masque tombe d'une manière si dramatique qu'elle en devient amusante, comme lorsque l'association Amnesty International a été interrogée au parlement de l'Irlande du Nord en 2014 sur l'implication du proxénète britannique Douglas Fox dans l'élaboration de leur politique en matière de prostitution, ou lorsque la défenseuse des « droits des travailleurs du sexe » et conseillère pour la politique de l'ONUSIDA Alejandra Gil a été reconnue coupable de trafic sexuel au Mexique sur la base d'une série de chefs d'accusation si nombreux et si graves qu'ils lui ont valu une peine de quinze ans dans une prison mexicaine.

Les personnes qui plaident en faveur d'une dépénalisation de l'industrie du sexe ne sont pas toutes motivées par un intérêt personnel aussi évident. Certaines ont pour objectif de faire carrière dans le monde universitaire, des intérêts qui ne sont pas aussi apparents pour l'observateur occasionnel, mais qui sont à mon avis au moins aussi méprisables que les motivations des proxénètes. D'autres, ignorants mais sincèrement bien intentionnés, prônent une décriminalisation générale de tous les aspects du commerce du sexe dans le monde. Quelle que soient leurs bonnes intentions, il n'est pas possible d'adopter cette position sans occulter la nature abusive de ce qui est fait aux femmes qui sont prostituées. Ce n'est que dans cette optique gravement illusoire, lorsque l'idéologie domine et qu'est passée sous silence la réalité de ce qui arrive au corps, à l'esprit et à la psyché des femmes exploitées, que cette position peut avoir un sens. Il ne m'échappe pas qu'il s'agit d'une nouvelle forme de déshumanisation. L'industrie du sexe en est imprégnée ; pourquoi les arguments pour le défendre auraient-ils une saveur différente ?

Je n'ai jamais rencontré d'argument appelant à la décriminalisation totale de tous les aspects de la prostitution qui ne soit pas truffé d'inexactitudes pratiques, d'inversions linguistiques et de dissimulations délibérées. La déclaration de Mme Mijatović en est un bon exemple. Elle y note que « la Belgique est devenue le premier pays européen à décriminaliser le travail du sexe en 2022 » avant de se féliciter de cette décision comme d'un nouveau phare de la législation progressiste, en donnant l'exemple suivant : « La nouvelle loi décriminalise également les tiers qui ne risqueront plus d'être pénalisés pour avoir ouvert un compte bancaire pour des travailleuses du sexe ou loué un logement à cette fin, et elle permet aux travailleurs et travailleuses du sexe de faire de la publicité pour leurs services. » Elle ne mentionne jamais pourquoi une femme soi-disant autonome en prostitution aurait besoin d'un proxénète pour ouvrir un compte bancaire en son nom, ni les tarifs imposés aux femmes pour louer des chambres, à des montants souvent si exorbitants qu'elles doivent se laisser exploiter par sept ou huit hommes avant de pouvoir couvrir le loyer d'une seule journée.

Je suis rentrée de Belgique le 11 février, quelques jours avant la publication de cette déclaration. J'y étais allée pour une mission d'enquête, pour mener quatre entretiens planifiés à l'avance et pour me promener, accompagnée, dans la zone de prostitution. Cette zone est située à quelques pas du Parlement européen. Ce que j'y ai vu m'a bouleversée au-delà des mots et de toute mesure. Des dizaines et des dizaines de femmes, presque nues dans des vitrines, bordaient tout le côté d'une très longue rue, et beaucoup plus de femmes dans les rues secondaires qui y sont reliées et les rues au-delà, et des garçons pré-pubères jouaient dans ces rues secondaires, comme si jouer parmi des femmes exposées comme des objets sexuels à louer était un environnement naturel ou sain pour les enfants ; comme si le fait d'inculquer la perception des femmes comme des marchandises sexuelles dans l'esprit des garçons pouvait créer autre chose que de la violence et de la misogynie chez les hommes qu'ils deviendront.

Les femmes que j'étais allée interviewer représentaient différents domaines d'expertise. Mme Viviane Teitelbaum, vice-présidente du Parlement régional bruxellois, m'a parlé de ses collègues politiques qui ont contribué à créer la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui la Belgique : « Les politiciens qui ont voté pour la dépénalisation n'ont pas écouté les femmes. Ils ont voté pour un système qui profite aux proxénètes, aux trafiquants, à certains hommes… Ils ont ignoré tous les avertissements, fait fi de tous les messages d'organisations féministes, des femmes qui sont venues témoigner au Parlement. Ils se sont contentés d'écouter les représentants d'un système qui fait de l'argent à partir de la pauvreté des femmes. »

Pascale Rouges, elle-même prostituée depuis de nombreuses années en Belgique, a déclaré : « Vous vous donnez corps et âme. C'est ça le métier, si on peut appeler ça un métier. Tu donnes vraiment tout ton corps, rien ne t'appartient et tu perds ton âme. Je voudrais demander à ces hommes politiques s'ils aimeraient que ce soit une option pour leurs propres enfants. »

Alyssa Ahrabare est la responsable juridique du Réseau européen des femmes migrantes, basé à Bruxelles, qui regroupe plus de cinquante organisations travaillant dans vingt-trois pays de l'Union européenne. Je lui demande quel est le profil des femmes prostituées en Europe. Elle me répond que 70% des femmes prostituées en Europe sont des migrantes. Elle ajoute : « La réalité de la prostitution pour la majorité des femmes prostituées n'est rien d'autre que de la violence. Nous parlons beaucoup de liberté de choix et de liberté sexuelle, mais ce n'est pas ce qu'on observe dans le monde de la prostitution. Les femmes et les filles prostituées se voient dépouillées de leur désir, de leur individualité et de leur humanité. »

Mireia Cresto, directrice exécutive d'Isala, un service de première ligne basé à Bruxelles, déclare : « Il est évident que la nouvelle législation a créé un facteur d'attraction pour le commerce du sexe : les proxénètes et les trafiquants de sexe savent que le territoire belge est désormais propice à leurs profits. En première ligne, pour les femmes et les jeunes filles touchées par le système de la prostitution, la dépénalisation n'apporte ni statut ni protection supplémentaire, puisque pour condamner un proxénète, il faut prouver qu'il a bénéficié d'un profit ou d'un avantage anormal » ; anormal, c'est-à-dire au-delà de celui inscrit dans l'activité régulière de proxénétisme.

La décision du gouvernement belge d'autoriser la frénésie de violations des droits de l'homme dont j'ai été témoin dans les rues de Bruxelles démontre le décalage mortel entre une pensée élaborée en tour d'ivoire et la réalité du terrain. Ce qui est encore plus inquiétant, c'est que la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe se livre à une campagne coordonnée et déterminée visant à étendre la dépénalisation du commerce du sexe à l'ensemble de l'Europe.

La vérité sur les systèmes de prostitution dépénalisée est qu'ils sont un cancer sur cette terre, et en Europe, ses premières cellules sont apparues dans deux structures politiques très importantes, l'Union européenne et le Conseil de l'Europe. Les années à venir nous démontreront le courage ou non de nos hommes politiques, en déterminant s'ils exciseront cette tumeur avec détermination ou s'ils laisseront ce cancer social destructeur se propager sur l,ensemble du continent.

Rachel Moran, contributrice invitée, EUREPORTER, 18 mars 2024
Rachel Moran est une militante pour les droits des femmes, une autrice publiée (ci-dessous) et la directrice de la politique internationale et du plaidoyer au Centre international sur l'exploitation sexuelle, une filiale du Centre national sur l'exploitation sexuelle. Sur X : @NCOSE.
https://tradfem.wordpress.com/2024/03/18/les-systemes-de-prostitution-depenalises-sont-un-cancer-qui-sest-propage-a-lunion-europeenne-et-au-conseil-de-leurope/

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Une nouvelle année scolaire commence sans une seule fille en classe

2 avril 2024, par Mouvement spontané des femmes afghanes (SMAW) — , ,
Le régime des talibans a officiellement annoncé le début de la nouvelle année scolaire, au premier jour de l'année 1403 du calendrier persan (correspondant au 20 mars 2024). (…)

Le régime des talibans a officiellement annoncé le début de la nouvelle année scolaire, au premier jour de l'année 1403 du calendrier persan (correspondant au 20 mars 2024). Cette année, comme les deux précédentes, la cloche des écoles a sonné sans qu'aucune fille ne soit présente en classe. Aucune n'a été autorisée à entrer dans les écoles ni dans les universités. Elles attendaient, dépitées, derrière les grilles, les larmes aux yeux.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Lorsque Ahrar, 15 ans, frère aîné de Mahla, s'est joyeusement rendu à son école de Kaboul le matin pour entamer sa huitième année d'études, Mahla, 13 ans, le cœur brisé, a déclaré qu'elle aurait voulu être un garçon comme son frère, pour pouvoir aller à l'école et que son genre ne l'empêche pas d'étudier ! Mahla n'est pas la seule dont l'avenir a été volé par les talibans, elles sont des millions.

Selon l'UNICEF, cette année, 330 000 jeunes filles ayant terminé l'école élémentaire ne seront pas autorisées à poursuivre leurs études, rejoignant ainsi les millions de filles déjà exclues des écoles et de l'enseignement supérieur par les talibans, revenus au pouvoir en août 2021. Selon Care International, le nombre de jeunes filles afghanes en âge d'être scolarisées mais qui ne le sont plus s'élève à 2,5 millions.

Priver d'instruction des millions de jeunes filles trois ans consécutifs, interdire aux femmes de travailler et nier leur présence dans la société est une preuve évidente de l'apartheid de genre, pour lequel les autorités talibanes devront bien un jour rendre des comptes devant la justice.

Le Mouvement spontané des femmes afghanes (SMAW) condamne la politique misogyne et l'apartheid de genre imposés par les talibans et exige qu'il y soit mis fin sans délai. Les talibans, conformément à leurs enseignements religieux, ne respectent pas le droit des femmes à l'instruction, au travail et à la liberté, et ne sont pas prêts à abandonner leur politique médiévale : seule une lutte déterminée pourra y mette fin.

Bien que le SMAW fasse l'objet de menaces et de répression brutale de la part des services de renseignements talibans, bien que des dizaines de ses membres aient été arrêtées et torturées et que des centaines d'autres soient portées disparues, nous avons mis en place des dizaines d'écoles clandestines à domicile pour les jeunes filles à qui on interdit de sortir de chez elles.

Afin de maintenir nos 45 écoles en activité dans 12 provinces d'Afghanistan, où des centaines de jeunes filles reçoivent un enseignement, nous avons besoin d'une aide financière et de matériel éducatif. Nous demandons aux institutions et aux personnes qui défendent les droits des femmes, des enfants et aux organisations enseignantes, ainsi qu'à nos amis en Europe, en Amérique, en Australie et dans le monde, de comprendre notre souffrance et de nous soutenir.

– Soutenez la voix des femmes afghanes qui protestent contre les talibans pour obtenir le pain, le travail, la liberté et l'éducation !

– Participez activement à la campagne de collecte d'argent pour aider les écoles pour les jeunes filles afghanes !

Mouvement spontané des femmes afghanes (SMAW)
20 mars 2024, Kaboul – Afghanistan
https://defendafghanwomen.org/2024/03/26/une-nouvelle-annee-scolaire-commence-sans-une-seule-fille-en-classe/

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Le Chili approuve une loi intégrale contre les violences faites aux femmes

Le Chili vient d'adopter une loi intégrale pour prévenir, sanctionner et éradiquer les violences faites aux femmes. Une bonne nouvelle pour les féministes chiliennes qui (…)

Le Chili vient d'adopter une loi intégrale pour prévenir, sanctionner et éradiquer les violences faites aux femmes. Une bonne nouvelle pour les féministes chiliennes qui œuvraient depuis sept ans à ce projet.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
23 mars 2024

Par Agathe Ripoche

Depuis son élection en 2022 à la tête du Chili, Gabriel Boric avait assuré que cette loi contre les violences était une priorité législative pour le pays. Deux ans après, cette promesse se concrétise enfin. Elle est le fruit d'un travail acharné des féministes, ex-ministres, parlementaires et du ministère des Droits des femmes qui travaillent depuis sept ans avec un seul objectif : inscrire cette loi dans la Constitution chilienne. C'est donc chose faite depuis le 6 mars 2024, soit deux jours avant la journée internationale des droits des femmes, où la loi intégrale contre les violences faites aux femmes a fait son entrée dans la Constitution.

Loi intégrale contre les violences faites aux femmes

Jusqu'à présent au Chili, seules des mesures immédiates pouvaient être prises en cas de violences intra-familiales. Désormais, la loi étend son champ d'application aux délits et agressions qui surviendraient en dehors des relations familiales ou affectives. Elle renforce également le rôle juridique du Service national de la femme et de l'égalité de genre, service public chilien, qui pourra désormais agir plus rapidement en cas de féminicides ou suicides ​forcés, garantissant aide et représentation juridique gratuite aux victimes.

Le texte donne également une définition plus précise de la violence de genre. Sera donc considérée comme telle « toute action ou omission causant la mort, des blessures ou souffrances à une femme en raison de son genre, sans distinction du lieu où elle se trouve, que ce soit dans l'espace public ou privé ; ou une menace ». La définition de violence est même étendue plus largement aux différentes formes que peut prendre celle-ci. Par exemple, la loi entend ainsi par violence aussi bien des violences physiques que psychologiques, sexuelles, économiques ou encore gynécologiques. Le but étant avant tout d'œuvrer pour prévenir ces violences avec la mise en place de programmes et protocoles.

Un autre point important est à souligner dans ce texte. Ce dernier va plus loin que la protection des femmes puisqu'il reconnaît également comme violence de genre toute violence exercée sur les enfants et adolescentes dans le but d'atteindre leur mère ou tutrice. Ces derniers ne sont donc plus considérés comme des témoins mais comme des victimes.

Une loi attendue et saluée

C'est avec beaucoup d'émotion que cette nouvelle a été reçue au Chili. Après l'approbation de la loi, la ministre des droits des femmes, Antonia Orella, a d'ailleurs salué la lutte de toutes les femmes qui ont permis d'obtenir des droits et d'arriver aujourd'hui à adopter une telle loi : « Si nos grands-mères ont rendu possible le travail rémunéré, si les femmes ont pu récupérer la démocratie, si nous avons pu avoir les premières lois sur la violence et la création d'un ministère des droits des femmes, aujourd'hui, nous faisons un pas en avant pour la prochaine génération en adoptant la Loi intégrale contre les violences ». Sur son compte X, elle a aussi tenu à remercier plus particulièrement celles qui ont travaillé toutes ces années pour rendre ce jour possible.

Agathe RIPOCHE
Les Nouvelles News
P.-S.

• FAL. PUBLIÉ LE 23 MARS 2024 :
https://www.espaces-latinos.org/archives/119173

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Pour survivre, les travailleurs et les travailleuses d’Ukraine ont besoin de l’aide internationale

Alfons Bech s'est rendu à Kyiv à l'occasion du deuxième anniversaire de l'invasion de l'Ukraine par la Russie dans le cadre d'une délégation syndicale internationale (…)

Alfons Bech s'est rendu à Kyiv à l'occasion du deuxième anniversaire de l'invasion de l'Ukraine par la Russie dans le cadre d'une délégation syndicale internationale reçue par la FPU et la KVPU. Le syndicat espagnol UGT était le seul représenté physiquement à Kyiv, les autres ayant participé à la rencontre en visio. Il revient sur des témoignages entendus à cette occasion.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/03/28/pour-survivre-les-travailleurs-et-les-travailleuses-dukraine-ont-besoin-de-laide-internationale/

Je suis à Kyiv depuis quatre jours. Je faisais partie d'une délégation de solidarité internationale organisée par les syndicats FPU et KVPU. Le 22 février, il y a deux jours, nous avons tenu une conférence, en partie en visio et en partie en présentiel, au siège de la FPU. Bien qu'elle ait été organisée à la dernière minute, elle a été soutenue par la CES, la CIS et de nombreux syndicats nationaux y ont participé. La liste est longue et je ne l'ai pas sous la main mais, pour mémoire, 191 personnes ont participé.

La seule délégation internationale physiquement présente dans le hall de la Maison des syndicats de la place Maïdan était celle de l'UGT de Catalogne. Elle était soutenue par l'UGT de l'État espagnol. Le secrétaire général de l'UGT, Pepe Álvarez, est également vice-président de la CES.

Les interventions des différents délégués internationaux ont manifesté leur soutien à l'Ukraine et à ses syndicats. D'Europe, d'Amérique du Nord, d'Austra- lie, ils ont transmis des messages de solidarité en souhaitant que les travailleurs et les travailleuses puissent bientôt vivre dans de meilleures conditions. Á la fin de la rencontre, le président de la FPU a fait un discours et demandé à ses délégués de rester encore. Il a alors montré une valise contenant un drone et a déclaré que son syndicat faisait don de cet appareil qui aiderait à sauver la vie de ses propres collègues syndicalistes et d'autres travailleurs qui sont sur la ligne de front pour défendre l'Ukraine. C'était un acte intime et solennel ; des photos et des vidéos ont été prises des personnes présentes ainsi que du drone.

Les cheminots poursuivent leur mission de service public

Aujourd'hui, samedi [24 février], deux ans après l'invasion et la guerre totale, je suis allé voir les cheminots. Le camarade Oleksandr Skyba dirige le syndicat des chemins de fer de la KVPU. Nous nous étions rencontrés pour la première fois à Lviv en mai 2022. Et il m'avait promis de me présenter à d'autres camarades cheminots lors de mon prochain passage à Kyiv. Il y avait aussi le dirigeant du syndicat indépendant des cheminots Oleg Chkoliar. Et la camarade Natalia Zemlianska, du syndicat des producteurs et entrepreneurs FPU, qui organise les travailleurs des services ferroviaires et des entreprises auxiliaires, majoritairement des femmes très précaires. Ils voulaient tous savoir ce que faisaient les cheminots en Catalogne et en Espagne, comment ils et elles voyaient la situation en Ukraine. Pour les Ukrainiens et les Ukrainiennes, la vie a beaucoup changé avec la guerre. Tout d'abord, ils et elles doivent poursuivre leur mission de service public, qui est essentiel, tant pour le transport des personnes que pour l'armée. Les avions ne fonctionnent pas en Ukraine. En plus, il leur faut aussi défendre leurs membres dans un contexte où la guerre est parfois utilisée par l'entreprise et par l'État pour se décharger de leurs responsabilités à l'égard de leurs travailleurs ainsi que des familles fuyant les zones détruites. Un exemple de cette situation critique de négligence : le manque d'équipement dans de nombreuses parties du front. Les soldats doivent se procurer eux-mêmes des articles de base tels que des gilets pare-balles, des gants, des chauffe-mains ou de bons manteaux. Et ils m'expliquent à quel point certains appareils électroniques sont nécessaires à la survie dans la guerre actuelle. Comme ils et elles ne peuvent ni protester ni faire grève en raison de la loi martiale, les moyens de se plaindre au gouvernement, surtout en première ligne, leur font défaut.

Ils me parlent du cas d'un collègue cheminot qui est mort il y a quelques jours parce que sur le front, où il se trouvait, ils n'avaient pas un simple appareil pour se connecter à internet et ils n'ont pas su que des missiles étaient tirés sur leur position ; plusieurs jeunes soldats sont ainsi morts. Ces syndicalistes me demandent de les aider, d'expliquer aux syndicats pourquoi ils et elles ont besoin de ce genre de matériel. Sans être dans une position d'offensive, ils et elles sont là pour sauver la vie de celles et ceux qui résistent à un ennemi bien supérieur en matériel et en nombre. Sans cette aide des syndicats, me dit-on, nous sommes condamnés.

Le premier des droits : défendre leur vie

La conférence des syndicats et des syndicalistes a donné un bon coup de fouet au moral de tous les participants et syndicats ukrainiens. Cependant, Natalia me disait aujourd'hui qu'il ne suffit pas de faire une bonne déclaration de temps en temps. Il faut plus que de bonnes paroles. La situation militaire pèse sur tout et les premiers à comprendre qu'il faut résister et chasser l'ennemi impérialiste russe sont les travailleurs. Natalia veut que nous, syndicats occidentaux, interpelions notre gouvernement pour qu'il fournisse les armes dont ils ont besoin et qu'ils n'ont pas. Nous devons faire quelque chose, car des travailleurs meurent chaque jour et le premier droit des travailleurs est de pouvoir défendre leur propre vie et celle de leur famille. Sans ce droit, les autres droits pourront-ils être défendus ? me demande-t-elle.

La coordinatrice internationale de l'UGT catalane, Cati Llibre, a peut-être mis le doigt sur un point sensible lorsqu'elle a déclaré dans son discours, le dernier prononcé avant la clôture de cet événement :

Nous travaillons pour la paix, nous rejetons et condamnons fermement l'invasion russe de l'Ukraine. Nous sommes convaincus que le droit d'un peuple à se défendre contre une agression extérieure est un droit naturel inaliénable et que nous devons tous ici travailler pour aider nos frères et sœurs syndicalistes qui en souffrent. Nous devons mettre sur la table les moyens pour les aider et travailler ensemble pour lever les barrières qui limitent cette aide et qui nous lient les mains. Même s'il faut pour cela revoir des positions syndicales au niveau international qui ont pu sembler justes en temps de paix mais que les événements de ces dernières années nous obligent à revoir.

Si les agresseurs ne respectent pas les traités internationaux et que, dans le même temps, nous fixons des limites au type d'aide que nous pouvons apporter, nous ouvrons grande la voie à l'impérialisme, à la barbarie et au fascisme pour qu'ils se répandent dans le monde entier.

En tant que syndicalistes, fidèles à notre tradition de lutte pour les droits humains, les libertés et la démocratie, nous sommes obligés de faire nôtre la lutte des travailleurs et des travailleuses ukrainiennes pour leur liberté.

Alfons Bech
Syndicaliste catalan des CCOO, membre du RESU et coordinateur de sa campagne syndicale. Article paru dans Sin permiso, 25 février 2024, traduction Mariana Sanchez.
Texte publié dans Les Cahiers de l'antidote : Soutien à l'Ukraine résistante (Volume 28)
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/03/23/nous-ecrivons-depuis-lespagne/
https://www.syllepse.net/syllepse_images/soutien-a—lukraine-re–sistante–n-deg-28_compressed.pdf

La Conférence syndicale internationale de solidarité avec l'Ukraine et ses syndicats du 22 février 2024 : un bilan
https://www.pressegauche.org/La-Conference-syndicale-internationale-de-solidarite-avec-l-Ukraine-et-ses

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Les syndicats thaïlandais font avancer la campagne de ratification des conventions de l’OIT

2 avril 2024, par industriall-union.org — , ,
En remettant une lettre demandant la ratification des Conventions 87 et 98 de l'OIT au ministre thaïlandais du travail, Phiphat Ratchakitprakarn, dans les locaux du ministère (…)

En remettant une lettre demandant la ratification des Conventions 87 et 98 de l'OIT au ministre thaïlandais du travail, Phiphat Ratchakitprakarn, dans les locaux du ministère du travail à Bangkok, le coordinateur du réseau et Président de la CILT (Confédération du travail industriel de Thaïlande), Prasit Prasopsuk, a déclaré que la ratification de ces conventions était susceptible de créer un système de relations sociales équitable et offrir une meilleure qualité de vie aux travailleurs et travailleuses thaïlandais.

Tiré de Entre les lignes et les mots

« L'adoption des normes internationales du travail et la protection des droits des travailleurs donneront une bonne image de la Thaïlande au niveau international. Cela renforcera sans aucun doute notre compétitivité commerciale, attirera davantage d'investissements et stimulera la croissance économique. »

Le même jour, vingt syndicalistes de la CILT et du syndicat PTTLU ont également remis au Parlement une lettre au Président de la commission du travail, Saritphong Khruang, demandant au gouvernement d'accélérer la ratification de ces conventions de l'OIT.

En octobre 2023, le gouvernement thaïlandais a mis en place un comité tripartite et deux groupes de travail pour étudier la faisabilité de la ratification de la C87 et de la C98, ainsi que sa cohérence avec le droit du travail thaïlandais. L'étude de faisabilité devrait être achevée d'ici un an.

Toutefois, la Fédération des industries thaïlandaises s'est fermement opposée à la ratification des deux conventions, affirmant que la liberté syndicale entraînerait une augmentation du nombre de grèves. Le ministère de l'intérieur craint que si les travailleurs migrants sont autorisés à former des syndicats, cela ne constitue une menace pour la sécurité et ne dévaste l'économie.

Apsorn Krissanasmit, Président de la SEWFOT (Fédération des travailleurs des entreprises d'État de Thaïlande) et du PTTLU, a déclaré :

« En tant que membre du comité tripartite, j'engagerai continuellement les parties prenantes à ratifier les conventions et à amender le droit du travail, si l'on y trouve des obstacles à la ratification des conventions par le gouvernement et le parlement. Je m'engage à faire en sorte que les avantages que le pays tirera de la ratification soient mieux compris. »

Ramon Certeza, Secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-Est, a déclaré :

« IndustriALL apportera son soutien pour permettre à ses affiliés en Thaïlande de s'engager de manière significative dans le dialogue social en vue de la ratification de ces deux conventions que les travailleurs et travailleuses thaïlandais appellent de leurs vœux »

À l'avenir, le réseau de pilotage 8798 des conventions de l'OIT prévoit de produire davantage de contenus de communication et à destination des médias afin d'améliorer la compréhension des deux conventions par les travailleurs et la société dans son ensemble.

Ce réseau, qui comprend 26 syndicats et organisations de travailleurs, a été créé lors d'un atelier en août dernier.

https://www.industriall-union.org/fr/les-syndicats-thailandais-font-avancer-la-campagne-de-ratification-des-conventions-de-loit

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Pour un vrai mouvement internationaliste de défense des Palestiniens et des Ukrainiens !

2 avril 2024, par Vincent Présumey — , , ,
La journée du vendredi 22 mars a vu se produire plusieurs faits importants d'ordre militaro- diplomatique. Celui qui a fait le plus de bruit n'est pas le plus clair. Le (…)

La journée du vendredi 22 mars a vu se produire plusieurs faits importants d'ordre militaro- diplomatique. Celui qui a fait le plus de bruit n'est pas le plus clair. Le massacre d'environ 70 personnes dans une grande salle de concert de la périphérie de Moscou est revendiqué par Daesh après que les médias russes ont entrepris de le mettre sur le dos des Ukrainiens, et alors que l'ambassade US à Moscou alertait publiquement sur un risque d'attentat depuis quelques jours. Nous verrons comment, une semaine après sa prétendue « réélection » par une fraude d'État d'une ampleur historique, et un peu plus d'un mois après l'assassinat de Navalny et les manifestations massives qu'il a suscitées en Russie, le régime poutinien va utiliser cet attentat.

23 mars 2024 | tiré du site aplutsoc | Photomontage : À gauche, la voiture dans laquelle Hind Rajab (à droite), 6 ans, et cinq membres de sa famille sont morts. © Photomontage Armel Baudet / Mediapart avec AFP
https://aplutsoc.org/2024/03/23/pour-un-vrai-mouvement-internationaliste-de-defense-des-palestiniens-et-des-ukrainiens/

Auparavant, dans la journée, deux faits d'une grande importance s'étaient produits. En Russie, le pouvoir a officialisé l'emploi du terme « guerre » pour son « opération militaire spéciale », en prétendant que la guerre est menée, en Ukraine, par « l'Occident global » contre le « monde russe » (et ses alliés « multipolaires »).

Et une résolution pour un cessez-le-feu à Gaza, visant à bloquer l'offensive israélienne en préparation contre Rafah, c'est-à-dire l'achèvement de la destruction de tout habitat humain dans la bande de Gaza en vue d'en chasser les habitants, a été déposée au Conseil de sécurité de l'ONU. Elle a été, comme d'habitude, repoussée. Un non-évènement, un rituel ? Non, car la résolution était américaine. Les deux votes contre de membres avec droit de veto (plus l'Algérie) étaient ceux de la Russie suivie de la Chine. L'inverse du rituel habituel !

Le motif russe allégué : quand ce sont les États-Unis qui déposent une telle résolution, elle est « hypocrite » et il faut donc voter contre !

Formidable démonstration : il est montré au grand jour que jusque-là, TOUTES les résolutions appuyées ou proposées par la Russie et la Chine pour un cessez-le-feu l'ont été en escomptant bien qu'elles ne passeraient pas, bloquées par les États-Unis, lesquels, de 1967 au 22 mars 2024, ont en effet barré toute résolution exécutoire du Conseil de sécurité à l'encontre de la politique d'occupation israélienne avec ses conséquences : colonisation, ségrégation, crimes contre l'humanité.

Le but n'était pas, il n'a jamais été, de sauver et d'aider les Palestiniens. Il était, il a toujours été, de les utiliser comme moyen mondial de propagande au service de l'ordre existant, dans le monde arabe et partout. En escomptant bien que l'État et l'armée israéliens continuent à les persécuter !

Mais pourquoi ce changement dans la position des États-Unis ? Pas seulement parce que Netanyahou agace Biden. Mais parce que, dans la confrontation « multipolaire » des impérialismes, les États-Unis deviennent perdants au fur et à mesure que se prolonge le massacre à Gaza, et, pire encore, leur propre crise interne en est aggravée, Trump ayant affiché clairement la ligne de soutien total à la réalisation des menaces génocidaires visant tant les Ukrainiens que les Palestiniens.

Déjà engagé dans une confrontation avec l'Iran dont le principal terrain est l'affrontement avec les Houthis autour du détroit de Bab-el-Mandeb, les Etats-Unis ont reçu un clair signal d'alarme avec la rupture par le Niger, plusieurs mois après celle visant la France, de sa coopération militaire avec les États-Unis, imposant le prochain départ des troupes US d'Agadez. Poutine « réélu » semble préparer une mobilisation militaire plus importante et accentue la pression meurtrière sur l'Ukraine, menaçant de rompre le front soit vers Kharkiv, soit vers Odessa en relation, dans ce cas, avec les menaces visant la Moldavie. Et d'autre part le régime nord-coréen a créé depuis des semaines les conditions d'une crise dans la péninsule qui finirait de coincer la Chine dans l'alliance eurasiatique avec la Russie et l'Iran, alors même que son aviation militaire tourne autour de Taïwan.

Quelle est la voie efficace pour la défense des Palestiniens ? Le but immédiat doit bien sûr être un cessez-le-feu, au-delà des discussions sur les perspectives ultérieures permettant de garantir les droits démocratiques et nationaux des Palestiniens et des Judéo-israéliens. Jusque-là, le verrou contre un cessez-le-feu était à Washington. Le début de tournant de Washington, appelé depuis quelques jours d'ailleurs par la vice-présidente Kamala Harris, n'est pas provoqué par les manifestations dites pro-palestiniennes aux États-Unis ou ailleurs, mais par l'évolution géopolitique provoquée par la polarisation sur Gaza, au bénéfice du régime poutinien avant tout, et par ses répercussions sur la crise aux sommets aux États-Unis en pleine campagne présidentielle avec la « question Trump », et dans ce cadre par les risques de recul électoral des Démocrates dans des secteurs de la jeunesse universitaire et des couches afro-américaines et musulmanes.

Ces faits donnent une leçon. On a entendu répéter sur tous les tons, depuis le 7 octobre 2023, qu'on ne pourrait rien comprendre aux crimes du Hamas suivis des crimes de l'armée israélienne sans tout situer dans « le contexte » de la colonisation, remontant (au moins) jusqu'en 1948. La répétition d'un tel truisme avait en réalité pour fonction de tenter d'interdire de comprendre l'opération pogromiste du Hamas et ses suites prévisibles dans son cadre réel, qui ne se réduit pas au seul territoire palestino-israélien mais se situe dans le cadre mondial de la crise du capitalisme, de la lutte des classes et des confrontations entre États. Le 7 octobre a ouvert une phase mondiale de réaction, qui porte en elle la guerre mondiale et qui se heurte à la lutte sociale des opprimés – des grèves américaines à celles des collèges de Seine-Saint-Denis – et tout particulièrement à la résistance ukrainienne, qu'elle vise soit à submerger, soit à lui imposer un « cessez-le-feu » qui, ici, ne serait rien d'autre que la garantie de l'écrasement des populations (à l'inverse de celui qu'il faut exiger à Gaza).

La faillite du « mouvement pro-palestinien » est profonde : il ne sert à rien pour les Palestiniens tant qu'il est aligné sur la logique des camps géostratégiques en taisant le rôle du Hamas et en se focalisant sur le seul Genocide Joe que n'est pas Joe Biden, qui n'est pas non plus, bien sûr, le père Noël, mais seulement le chef d'État flageolant de la première puissance impérialiste en crise. Pire, le « mouvement pro-palestinien » tel qu'il s'est reproduit suite au 7 octobre 2023, ouvre les vannes de l'antisémitisme et interdit systématiquement de relier la cause palestinienne à la défense des autres peuples opprimés, non seulement les Ukrainiens, mais même les Palestiniens lorsqu'ils sont massacrés et torturés par des pouvoirs non juifs, comme en Syrie. La célébration du culte des « enfants massacrés » à Gaza suppose que le massacre continue : ainsi fétichisée, la « cause palestinienne » vise à se nourrir de la souffrance palestinienne (à condition que l'on puisse tenir les Juifs pour responsables), pas à les défendre sérieusement et à les aider à s'organiser eux-mêmes pour leur souveraineté et leurs droits démocratiques, contre Israël et contre le Hamas. Certes, toutes les organisations et tous les secteurs militants appelant à manifester ne sont pas à loger à la même enseigne, et beaucoup cherchent à agir pour un cessez-le-feu immédiat, mais la tonalité dominante et finalement retenue est malheureusement celle-ci, pour une raison politique : l'absence de toute « contextualisation » réelle des évènements se produisant en Palestine dans la situation mondiale.

Disons le brutalement, en comprenant bien sûr que des millions de jeunes et de moins jeunes cherchent sincèrement à agir dans ces manifestations : la répétition mécanique des « manifestations pro-palestiniennes » déclenchée par le 7 octobre n'a pas servi à protéger et à aider les Palestiniens. Oui, il faut manifester pour les Palestiniens, il s'agit de gagner et pas de reproduire l'ordre existant et la souffrance palestinienne !

Les Palestiniens ont besoin d'une solidarité internationaliste efficace. Une solidarité internationaliste efficace pour les Palestiniens doit taper là où ça peut craquer :

  • exiger de Joe Biden la pression pour un cessez-le-feu immédiat ;
  • stopper l'envoi d'armes à Israël alors que c'est l'Ukraine qui en a besoin ;
  • exiger que les moyens militaires et autres porte-avions français servent à sécuriser le ravitaillement de Gaza ;
  • lier le soutien aux Palestiniens au soutien aux Ukrainiens et, envers les Palestiniens, soutenir les revendications nationales démocratiques et pas les programmes islamistes visant à les opprimer ;
  • soutenir, dans le même esprit, la cause des femmes palestiniennes comme iraniennes ;
  • ne surtout pas taire la question des otages ou celles des viols commis le 7 octobre ;
  • rechercher systématiquement la solidarité syndicale concrète et les contacts intersyndicaux ;
  • soutenir les oppositions démocratiques dans la société israélienne et les mouvements tels que Standing together ;
  • ne pas faire du « sionisme » un objet fétiche diabolisé mais dénoncer frontalement le colonialisme, le racisme et l'apartheid.

Avec la question ukrainienne, la question palestinienne soulève douloureusement et immédiatement la nécessité de reconstruire le véritable internationalisme.

VP et OD, le 23/03/2024.

Appel à l’action 17 avril : Journée internationale des luttes paysannes

2 avril 2024, par Vía Campesina — ,
Le 17 avril, nous marquons la Journée internationale des luttes paysannes, notre journée d'action annuelle qui nous réunit pour commémorer le massacre d'Eldorado do Carajás* en (…)

Le 17 avril, nous marquons la Journée internationale des luttes paysannes, notre journée d'action annuelle qui nous réunit pour commémorer le massacre d'Eldorado do Carajás* en 1996 et honorer la résistance des paysan·nes du monde entier qui persistent dans leur lutte pour la justice sociale et la dignité.

Photo et article tirés de NPA 29

Affiche : Inspirée par la cosmovision andine, notre affiche cette année reflète l'interconnexion de tous les éléments de la nature, l'humanité étant une partie intégrante. Elle illustre comment la Mère Terre soutient les paysan·nes et leurs luttes, défendant leur existence et leurs droits. Selon cette vision, nous pouvons également être une offrande de la terre, en tant que mouvement collectif comme celui des paysan·nes. Représentée comme une force unificatrice, la Mère Terre nous soutient, aux côtés de ses expressions naturelles, les montagnes symbolisant nos ancêtres et notre mémoire collective.mouvement collectif comme celui des paysan·nes. Représentée comme une force unificatrice, la Mère Terre nous soutient, aux côtés de ses expressions naturelles, les montagnes symbolisant nos ancêtres et notre mémoire collective.

Suite à notre 8e conférence internationale en décembre dernier, nous, paysan·nes, jeunes, femmes, hommes et diversités, migrant·es, travailleur·euses du monde rural, peuples autochtones et sans terres, nous tenons debout avec un espoir et une force renouvelés, une conscience accrue, un engagement indéfectible, une unité organisée et une détermination à affronter les crises multiformes. Nous poursuivons une lutte sans relâche contre les génocides, les guerres, les violations de la souveraineté des peuples, les expulsions de familles paysannes, la criminalisation et la persécution des paysan·nes et leaders sociaux, ainsi que l'extractivisme et les violations des droits des paysans. Unis, nous protégeons notre mère la terre contre l'emprise des multinationales de l'agrobusiness, des néocolonialistes, et des forces fascistes et militaires répressives.

Cette dévastation implique de nombreux acteurs dans l'ombre, notamment les institutions néolibérales telles que l'OMC, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. Leur ingérence dans les politiques agricoles nationales, liées au commerce et à la protection sociale, est évidente. Les accords de libre-échange et d'autres cadres de partenariat économique imposent des conditions néolibérales liées aux prêts et aux programmes d'assistance financière, ou des mesures favorisant les intérêts des corporations, mettant en péril les moyens de subsistance des paysan·nes, des travailleur·euses agricoles et des migrant·es. Pourtant, ce sont les paysan·nes qui nourrissent 70 % de la population mondiale avec une alimentation saine et de qualité.

Assez avec le génocide, les expulsions et la violence !

Aujourd'hui, le monde est le témoin d'une multitude de crises qui touchent chaque aspect de la vie sur terre. Le système capitaliste révèle désormais sa véritable nature destructrice, poussant les paysan·nes en Asie et dans d'autres régions du monde au suicide en raison de dettes impayables. Il corrompt les gouvernements, qui tuent leurs peuples pour favoriser des intérêts privés, violant la nature et l'équilibre écologique, compromettant ainsi l'avenir de l'humanité. Ce système engendre des génocides, non seulement par le militarisme, mais aussi en refusant l'accès à la nourriture, en utilisant la famine comme arme de guerre, comme on le voit actuellement à Gaza. Il prend également la forme d'un génocide lent, comme celui subi par les populations haïtiennes avec des politiques anti-paysannes et une gangstérisation orchestrée pour faciliter une nouvelle intervention étrangère, permettant ainsi l'accaparement des terres paysannes et le pillage des communs.

Le néocolonialisme est inhérent à ce système, s'étendant également à des pays tels que le Niger, où les sanctions de l'Union européenne affectent le droit à l'alimentation des populations. Les conflits politiques et armés provoqués en Libye, en Syrie et au Soudan ont entraîné des déplacements massifs de populations, la destruction d'infrastructures, ainsi que des difficultés d'accès aux terres agricoles. Cette logique capitaliste mine luttes des paysan·nes pour leur droits, la souveraineté alimentaire, les méthodes de production agroécologiques durables et diversifiées, les exploitations agricoles familiales, la préservation de la biodiversité et la paix avec la justice sociale servant de solutions paysannes à la crise alimentaire et climatique**. Elle écrase la diversité sous toutes ses formes de genre et ethniques, et ignore les savoirs agricoles locaux et ancestraux, masquant ses véritables intentions derrière des solutions de développement ne servant que les intérêts économiques d'une minorité. Les capitalistes qui contrôlent et marchandisent nos biens communs entravent les jeunes paysan·nes à accéder à la terre et brisent l'autonomie des celleux qui la travaillent, les poussant vers des conflits agraires, la pauvreté, la famine et une agriculture sans paysan·nes.

Construisons la solidarité, uni·es pour la souveraineté alimentaire !

L'année 2024 a commencé avec les manifestations massives des paysan·nes en Europe, en Asie et dans d'autres parties du monde contre des politiques agricoles défavorables aux agriculteur·trices. Ces manifestations ne se limitent pas à la recherche de prix équitables et d'une vie digne pour les paysan·nes, mais expriment également la nécessité d'une société orientée vers un avenir où l'agroécologie paysanne l'emporte sur les méthodes de l'agrobusiness et où la justice sociale et la dignité de chacun·e sont garanties. Il est impératif de garantir que personne ne soit contraint de quitter sa terre, sa famille et sa culture pour chercher une vie meilleure ailleurs tout en sacrifiant sa vie pour nourrir sa famille.

Nos luttes paysannes, profondément enracinées dans les principes de la souveraineté alimentaire, visent à établir un système inclusif qui promeut les économies rurales et soutient les moyens de subsistance des paysan·nes, tout en cultivant l'espoir d'atténuer des tragédies telles que le suicide, les ruptures familiales et les migrations forcées dans les zones rurales. Reconnaissant la souveraineté alimentaire, l'agroécologie paysanne et l'accès à la terre, au territoire et aux biens communs comme de véritables solutions aux crises globales, La Via Campesina plaide ardemment en faveur de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), un instrument international crucial pour aborder les crises multiples auxquelles sont confrontés les paysan·nes. De plus, nous plaidons pour l'établissement d'un nouveau cadre commercial international basé sur la coopération et la souveraineté alimentaire pour défier le système commercial néolibéral qui perpétue la faim. Parallèlement, nous nous préparons pour le Forum mondial de Nyéléni en 2025, qui réunira le mouvement international pour la souveraineté alimentaire pour faire face aux défis de la faim et de la pauvreté en favorisant le développement et le renforcement des économies locales.

Le 17 avril, nous occuperons les rues et tous les espaces où les luttes paysannes se font sentir pour réaffirmer avec force notre voie paysanne et renforcer la souveraineté alimentaire dans nos territoires. Nous exhortons vivement tous les membres, alliés et sympathisant·es de La Via Campesina à se mobiliser dès maintenant et tout au long du mois d'avril, uni·es dans une seule voix de solidarité pour soutenir les luttes des paysan·nes contre les crises globales.

Construisons la solidarité ! Assez du génocide, des expulsions et de la violence !

https://viacampesina.org/fr/

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Présidentielle du 24 mars 2024 : Admirable peuple africain du Sénégal !

2 avril 2024, par Masieye Mbodj — , ,
La présidentielle du 24 mars 2024 a pris la forme d'un referendum pour ou contre la continuité du système néocolonial vermoulu de domination, de servitude volontaire, de (…)

La présidentielle du 24 mars 2024 a pris la forme d'un referendum pour ou contre la continuité du système néocolonial vermoulu de domination, de servitude volontaire, de prédation et d'autocratie.

Tiré d'Afrique en lutte.

Le peuple sénégalais, en toute souveraineté et maturité, a voté NON et a choisi massivement la voie de la formation rupture incarnée par le candidat Bassirou Diomaye Faye. Ce dès le premier tour, avec un score de plus de 2 400 000 voix, soit plus de 54 %, loin devant Amadou BA, le candidat du pouvoir, qui a obtenu environ 1 050 000 voix, soit 35,7%, pour un taux de participation légèrement supérieur à 61%, avec un total de 19 candidats en lice.

Par ce vote clair, les électeurs ont entendu couper court à toute incertitude, à tout mauvais calcul, à tout faux prétexte pour un éventuel coup fourré. Et cerise sur le gâteau, le tout dans la paix et la sérénité : admirable peuple du Sénégal ! Un fait inédit pour un opposant face à un candidat au pouvoir, un authentique tsunami- selon le mot du doyen des doyens Alla KANE, repris en quelque sorte par la presse internationale qui parle de « tremblement de terre », de « razzia », de « raz de marée » ou de « séisme » politique. Même Macron de la république de France s'est résolu à envoyer au Président démocratiquement élu, Bassirou Diomaye Faye, un message de félicitations en français et même … tenez- vous bien, en wolof !

C'est une loi de l'histoire : aucune révolution, ni même aucun changement significatif dans aucun pays au monde, n'a jamais pu se produire, dans l'histoire contemporaine des luttes des peuples, sans que n'aient été réunies les trois conditions suivantes i) le peuple ne veut plus être dirigé comme avant ; ii) le pouvoir ne peut plus gérer comme avant ; iii) des pans entiers du camp du pouvoir (‘'le système '') basculent peu ou prou, à un moment déterminé de l'exacerbation des antagonismes de classe, dans le camp opposé au pouvoir (‘'l'antisystème'')-CF na contribution : De la Gauche qui se meurt à la Gauche qui vit, in Le Quotidien, du 9 septembre 2021.

Dans ce cadre, il est essentiel qu'à toutes les étapes, le noyau dirigeant de la lutte sache garder le cap, « en restant stratégiquement ferme sur ses orientations de base, et en même temps lucide, ouvert et vigilant dans la conduite politique, autour d'objectifs pertinents, clairement définis et aptes à faire avancer réellement la lutte des masses populaires » (Idem, Ibidem). Sous ce rapport, aucune mauvaise querelle, aucun reproche hypocrite, ne sauraient être opposés à la démarche de la Coalition Diomaye Président, laquelle a su rallier à sa cause et unir autour d'elle l'essentiel des forces vives nationales décidées à en finir avec le régime de régression politique et sociale de l'APR-BBY.

D'un côté, le scrutin du 24 mars consacre, dans une osmose militante intergénérationnelle avec des segments importants parmi leurs devanciers, la montée en puissance de nouvelles générations de patriotes révolutionnaires, souverainistes, anti-impérialistes et panafricanistes, opposés au diktat du dogme néolibéral mondialisé. En même temps, le 24 mars signe l'enterrement de première classe ou, en d'autres termes, la descente aux enfers de certains ténors de ce que l'on appelle abusivement ‘'classe politique'', que ce soient les tenants de la politique politicienne de ‘'la droite classique'' et ses fragments épars, ou les personnages balafrés de ‘'la gauche plurielle'' capitularde.

Le 24 mars marque une importante victoire d'étape dans la lame de fond ou la dynamique politique de révolution démocratique, sociale et citoyenne amorcée plus nettement depuis le 23 juin 2011, prolongée et amplifiée depuis mars 2021. Ni hasard ni miracle spontané, la lutte prolongée d'un peuple debout, uni autour d'un leadership de progrès, de convictions fortes, tenaces et partagées, constitue la clé de la victoire contre le système, ses injustices et ses violences de toutes sortes, tant il est vrai que, sous nos tropiques, la république, l'état de droit et la démocratie restent encore largement un combat de tous les jours et une conquête permanente ; tout comme d'ailleurs la bataille contre le socle économique, social, culturel et idéologique du système, ses valeurs ou contre-valeurs, ses mécanismes de reproduction et de perpétuation, les mentalités et comportements secrétés par lui et sédimentés dans le corps politique et social.

Fort heureusement, soutenant la dynamique de la révolution politique enclenchée, une véritable révolution culturelle est en train de s'opérer à grands pas sous nos yeux, pour le changement positif des mentalités et des comportements, en rupture avec le mimétisme et l'élitisme complexé hérités de l'occident capitaliste. C'est pourquoi quand le président élu Bassirou Diomaye Faye oublie sa personne et déclare : « Le héros de la journée du 24 mars, c'est le peuple sénégalais », il se montre parfaitement en phase avec cette exigence de rupture paradigmatique.

Il en est de même quand, armé symboliquement d'un balai tout au long de la campagne, il déblaie la voie du Jub-Jubël-Jubbënti (Incarner soi-même la droiture -Amener chacun et chacune à pratiquer la droiture - S'employer à corriger tout comportement non conforme à l'esprit de droiture), selon la pédagogie par l'exemple et par le haut. Pareillement quand lui-même et le président Sonko s'engagent publiquement devant le peuple, non à distribuer ou à partager des privilèges ou prébendes, mais plutôt à travailler dur en vue de la réalisation collective des objectifs et engagements du Projet pour un Sénégal souverain, juste et prospère, dans une Afrique de progrès.

Félicitations appuyées et méritées à l'ensemble des composantes du peuple sénégalais des villes comme des campagnes, femmes comme hommes, jeunes comme personnes âgées, avec un accent particulier à l'endroit de nos exemplaires compatriotes de la diaspora.

À présent, le plus dur, le plus difficile, restent à faire et pour relever le défi, nous nous devons de changer nous-mêmes pour changer le Sénégal et l'Afrique. Ceux ou celles qui disent : « nous avons renversé la bourgeoisie, c'est maintenant à notre tour de nous servir », rendent un bien mauvais service à la cause ! En reconnaissance des énormes sacrifices consentis et à la mémoire de l'ensemble des martyrs de notre lutte commune, nous avons l'obligation et la lourde responsabilité de ne décevoir ni les attentes immenses ni le formidable espoir de tout un pays, de tout un continent, de tout un peuple, notamment de sa frange la plus vigoureuse, sa vaillante jeunesse.

Des chantiers prioritaires, divers et nombreux, sont à prendre à bras le corps par le président Diomaye et son équipe, comme : lutte contre la vie chère et le chômage ; réconciliation nationale, vérité et justice, non à l'impunité ; refondation des institutions, fin de l'hyper-présidentialisme néocolonial ; rationalisation et diminution de la dépense publique, lutte contre la corruption et l'enrichissement illicite ; état des lieux et concertations ciblées avec les divers secteurs pour la prise en charge efficiente de leurs préoccupations ; construction nationale, retour définitif de la paix en Casamance, développement endogène et souveraineté alimentaire ; éradication de l'analphabétisme, culture et communication du changement pour la promotion d'une citoyenneté nouvelle de discipline et de responsabilité ; mise en place du nouveau gouvernement pour faire face efficacement et sans retard aux urgences, entre autres.

Dans tous les cas, la mobilisation populaire et citoyenne pour la promotion du Projet politique porté par le Président Diomaye et, en toutes circonstances, pour la défense du nouveau pouvoir face à toutes manœuvres éventuelles de déstabilisation ou de retour en arrière, d'où qu'elles viennent, doit faire constamment l'objet, à tous les niveaux, de toute l'attention requise. Puisse le 4 avril 2024, dédié à la jeunesse et aux forces armées, constituer le coup d'envoi d'une authentique campagne de SET SETAL NATIONAL : setal suniy gox, sellal suniy jikko !
Dakar, le 27 mars 2024

Madieye Mbodj, membre de la Conférence des leaders de la Coalition Diomaye Président

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Rwanda : la France, « principal accélérateur du processus génocidaire »

2 avril 2024, par Paul Martial — ,
En 1994, la France, présidée par François Mitterrand, était au cœur du génocide des Tutsi au Rwanda. Trente ans après, il est de notre devoir de connaître et raconter le (…)

En 1994, la France, présidée par François Mitterrand, était au cœur du génocide des Tutsi au Rwanda. Trente ans après, il est de notre devoir de connaître et raconter le déroulement et les responsabilités dans cet évènement historique.

Photo et article tirés de NPA 29

Les colons belges en 1922 vont trouver au Rwanda un système politique fortement hiérarchisé socialement. Les dynasties tutsi vont s'imposer, contrairement au pays voisin le Burundi où un partage du pouvoir va s'opérer entre les lignages aristocratiques tutsi et hutu. Au Rwanda, la catégorisation tutsi et hutu revêt avant tout un caractère social :

« Il n'y a pourtant pas de “Hutu” sans “Tutsi” : l'un ne va pas sans l'autre. “Hutu” avait du reste un double sens puisqu'il désignait le dépendant ou l'inférieur dans un rapport de clientèle ou hiérarchique, fût-il lui-même un “Tutsi” »1.

Les colons reprennent à leur compte la théorie des Tutsi descendant·es d'une population hamite provenant d'Éthiopie envahissant le pays et asservissant des Hutu. Cette racialisation d'une domination sociale exercée par une élite tutsi s'intégrait dans les théories racistes issues des penseurs comme Gobineau. Les Tutsi étaient vus comme plus proches des populations européennes qu'africaines. Les colons belges vont donc s'appuyer sur eux pour gouverner le pays :

«  Les Batutsi étaient destinés à régner, leur seule prestance leur assure déjà, sur les races inférieures qui les entourent, un prestige considérable… Rien d'étonnant que les braves Bahutu, moins malins, plus simples, plus spontanés et plus confiants, se soient laissé asservir sans esquisser jamais un geste de révolte »2.

Cette idéologie se diffuse dans l'ensemble de la société. Dans les écoles gérées par l'ordre des Pères Blancs, la priorité est donnée aux élèves tutsi pour en faire des fonctionnaires tandis que les Hutu seront systématiquement orientés vers les tâches manuelles. Les colons belges introduisent une ségrégation sociale basée sur l'ethnie.

La « révolution » de 1959

En 1957 le Manifeste des Bahutu paraît. Il réclame la justice sociale et dénonce la situation de discrimination que vivent les Hutu. Cette critique s'intègre dans le cadre colonial et d'ethnicisme contre les Tutsi en dénonçant leur caractère allochtone (qui provient d'un endroit différent, a été transporté (s'oppose à autochtone), NDLR). À la suite de cette parution se forme le parti Parmehutu qui sera soutenu par les colonisateurs belges. Ce changement s'explique par leur volonté de maintenir leur influence au moment de l'indépendance du pays en 1962. Les colons évitent ainsi la formation d'une coalition d'intérêts entre Hutu et Tutsi. En effet, Kayibanda, le dirigeant du Parmehutu : « préféra unir les “Hutu” contre les “Tutsi”, plutôt que coaliser les “Hutu” pauvres et les “petits Tutsi” contre les nantis, “Hutu” et “Tutsi” confondus. »3

Une compétition se développe entre les formations hutu pour gagner le leadership, favorisant les discours de haine contre les Tutsi. En 1959, ce qui sera appelé révolution ne sera qu'un immense pogrom sur l'ensemble du pays, poussant des dizaines de milliers de Tutsi à prendre le chemin de l'exil.

Un pouvoir raciste

En 1962, le pays accède à l'indépendance, fortement encadrée, par la Belgique. Kayibanda est le premier président. Il exercera un pouvoir de plus en plus violent, y compris contre des opposants hutu. Sous son règne on assiste à des véritables campagnes d'épuration ethnique dans les écoles et les administrations contre la minorité tutsi. En juillet 1973, Juvénal Habyarimana prend le pouvoir par un coup d'État. À cette même époque, la France, sous l'impulsion de Giscard d'Estaing, prend pied dans le pays et l'intègre dans son pré-carré. Elle apporte au gouvernement une aide financière, diplomatique et surtout militaire.

En 1990, le Front patriotique rwandais (FPR), composé des Tutsi réfugiés en Ouganda mais aussi de quelques opposants hutu, lance une opération pour s'emparer du pouvoir.

Le FPR est décrit par Paris comme une agression ougandaise soutenue par le monde anglo-saxon. La France est partie prenante de cette guerre tout en prônant, au moins officiellement, une solution diplomatique qui prendra corps avec les accords d'Arusha en 1993. Ces derniers prévoient le démantèlement de l'apartheid anti tutsi, le partage du pouvoir et surtout le départ des militaires français. C'est une claque pour les généraux français.

Génocide

Au moins depuis 1990, les extrémistes partisans du « Hutu power » se préparent à l'extermination des Tutsi. Les responsables français ne pouvaient l'ignorer au vu de leur forte présence dans l'appareil sécuritaire rwandais. Cela est d'ailleurs confirmé par le général Jean Varret, ancien chef de la Mission militaire de coopération d'octobre 1990 à avril 1993. Lors de son témoignage à la commission parlementaire, il rapporte les propos du chef d'état-major de la gendarmerie rwandaise : « ils sont très peu nombreux, nous allons les liquider ».

Les milices et les Forces armées rwandaises (FAR) vont procéder à des exécutions de Tutsi en présence de l'armée française. Des témoignages font état de l'appui de militaires français lors des barrages routiers tenus par les miliciens en 1991 : «  Je me suis rendu compte que parmi les militaires il y avait des Français qui demandaient aussi les cartes d'identité des Rwandais où figurait la mention « hutu », « tutsi », ou « twa ». Les Tutsi se faisaient sortir de la voiture et les militaires français les remettaient aux mains des miliciens agacés qui les coupaient à coups de machettes et les jetaient dans une rigole au bord de la grande route asphaltée Ruhengeri-Kigali. »4

L'attentat contre l'avion présidentiel, lors duquel Juvénal Habyarimana trouvera la mort, n'a pas été la cause du génocide, tout au plus le déclencheur d'un processus préparé depuis longtemps. Par contre, cet attentat signe le début du coup d'État des extrémistes hutu. Ils liquident les partisans des accords d'Arusha – ainsi Agathe Uwilingiyimana, Première ministre, et Joseph Kavaruganda, président de la Cour constitutionnelle, et bien d'autres, seront assassinés–, ils forment le Gouvernement intérimaire rwandais (GIR), soutenu par la France. Le génocide des Tutsi commence de manière ordonnée et encadrée par les unités des FAR et les milices des Interahamwe.

Le soutien de la France

La France est le seul État à reconnaître le GIR, n'hésitant pas à recevoir ses membres à l'Elysée. Elle met tout son poids diplomatique aux Nations unies pour soutenir ce gouvernement d'extrémistes. Roméo Dallaire, général canadien en charge de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), tentera désespérément d'alerter la communauté internationale sur les massacres qui se déroulent au pays des mille collines.

Quant à la banque française BNP Paribas, elle autorisera les transferts d'argent pour l'achat d'armes, en plein embargo décrété par l'ONU.

Le Rwanda va connaître trois opérations militaires françaises. La première, Noroît, est déclenchée officiellement pour protéger l'ambassade et les citoyens français suite à l'offensive du FPR en 1990. Dans les faits, cette opération a pour but d'épauler les FAR contre les offensives du FPR. Pendant trois ans, les soldats français vont mener la guerre contre le FPR. Ils participeront aussi à la formation des miliciens5.

La deuxième est l'opération Amaryllis, débutée deux jours après l'attentat contre l'avion présidentiel. Le but est d'exfiltrer les ressortissants français. Elle laissera sur place les Tutsis travaillant pour l'ambassade de France et d'autres agences françaises. La plupart seront assassiné·es. Ce sont les militaires belges de l'opération Silver Back qui embarqueront près de deux cents Rwandais·es, essentiellement Tutsi, refoulé·es par les militaires français tandis que les miliciens entourent l'aéroport.

Enfin, l'opération Turquoise, composée essentiellement d'anciens de Noroît, est présentée comme une opération humanitaire. Elle servira dans un premier temps à tenter de stopper l'offensive du FPR6. Ce qui explique le refus, par cette opération, de sauver les Tutsi sur la colline de Bisero qui faisaient depuis le début du génocide l'objet d'attaques incessantes de la part des génocidaires. C'est seulement sous la pression conjointe de militaires et de journalistes que les officiers daignèrent intervenir. Turquoise est l'occasion pour les génocidaires de mettre en place une stratégie d'exode des populations qui leur offrait le double avantage de fuir sans difficulté face à l'arrivée du FPR et de maintenir les populations sous contrôle dans les camps de réfugiés au Zaïre. C'est à partir de ces camps que des milices sont organisées. Elles bénéficieront du transfert d'armes organisé par l'armée française.7

Cette présence des génocidaires hutu a aussi complétement déstabilisé la région de l'est du Zaïre puisque leur émanation armée, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), provoquent encore maintenant guerres et massacres contre les populations civiles congolaises.

Les dénégations de la France

Les autorités françaises n'ont eu de cesse de nier leurs responsabilités. Elles ont caché la guerre qu'elles menaient contre le FPR lors de l'opération Noroît. Elles ont ensuite tenté de contester le génocide en parlant de massacre interethnique, et lorsque les informations ont commencé à parvenir en France, les autorités ont parlé d'un double génocide, une manière de brouiller les pistes et d'occulter leurs responsabilités dans le soutien au GIR.

Au niveau juridique, avec l'aide du juge Bruguière, elles tenteront d'accréditer l'idée que l'attentat de l'avion présidentiel a été perpétré par le FPR sous le prétexte qu'il considérait les Tutsi comme des «  collaborateurs du régime Habyarimana »8. Doit-on rappeler que c'est le FPR qui a mis fin au génocide des Tutsi ?

La France va se draper dans son rôle de sauveuse des vies humaines avec Turquoise. Une façon de faire taire les critiques à l'international en utilisant le fait que le 21 avril 1994, en plein génocide, les Nations unies avaient retiré les Casques bleus. Sauf que la France a aussi voté pour ce retrait. Afin d'éviter de rendre des comptes, les manœuvres au parlement vont bon train. À la demande de la création d'une commission d'enquête parlementaire par les communistes et les Verts, les dirigeant·es socialistes allumeront un contre-feu en créant une commission d'information n'ayant pas les prérogatives d'investigation. Cette commission évitera autant qu'elle le pouvait de poser les questions embarrassantes. Manœuvres également du parquet pour prévenir, en vain, les procès contre des militaires français de Turquoise pour viol, toujours en cours, grâce à la ténacité d'une socialiste et humanitaire, Annie Faure.

Alors que dans la plupart des pays occidentaux, des génocidaires hutu ont été jugés et condamnés, « en France, le premier procès d'un homme accusé d'avoir participé au génocide n'a eu lieu qu'en… 2014 »9.Rappelons que la femme de Juvénal Habyarimana, une des ferventes partisanes du « Hutu power », vit en France. Mitterrand disait d'elle lors de son exfiltration par l'opération Turquoise : « elle a le diable au corps, elle veut faire des appels publics à la continuation des massacres. ». Cela n'empêchera pas le ministère de la coopération de lui verser 200 000 francs lors de son installation et surtout qu'elle ne soit nullement inquiétée par la justice. Il faudra les actions du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) pour que des génocidaires soient démasqués et enfin jugés.

Deux questions

Pourquoi la France s'est-elle tant impliquée au Rwanda ? il n'y a pas de réponse unique. On peut évoquer : le dessein d'être présent dans ce pays comme point d'appui à la politique de contrôle de la République démocratique du Congo (RDC), une volonté d'affirmation de la France vis-à-vis de ses partenaires anglo-saxons suite à la chute du mur de Berlin, la méconnaissance de l'histoire du pays. Védrine secrétaire général de l'Elysée comparait le pogrome de 1959 à la révolution française en parlant de « sans-culotte hutu »10. Il y a aussi l'exigence de montrer aux autres dictateurs africains du pré-carré que la France ne les abandonnait pas. Et, sur le plan personnel, Mitterrand appréciait Habyarimana pour sa francophilie. Les fils des deux présidents ont noué une amitié, Jean-Christophe Mitterrand était alors le conseiller Afrique de l'Elysée.

Comment la France a-t-elle pu être complice d'un génocide ? La présence de la France en Afrique est considérée comme allant de soi par la classe politique. Certes il y a des vues différentes mais l'idée dominante est que le passé partagé avec l'Afrique – du fait de la colonisation – impliquerait une responsabilité particulière, voire un avenir commun. C'est sur ce socle consensuel que toutes les dérives de la politique française en Afrique ont pu prospérer. D'autant qu'au-delà de ce consensus il n'y a ni information, comme on l'a vu avec l'opération Noroît au Rwanda, ni à fortiori de contre-pouvoir. Tout se décide au sein d'un cénacle de quelques personnes à l'Elysée.

Lorsque Habyarimana va demander de l'aide à la France, les soldats français vont être entraînés dans une dynamique de guerre. De la formation et l'encadrement ils seront rapidement sur le front au coté des FAR. L'idéologie anti FPR se diffuse chez les officiers supérieurs français. Les termes khmers noirs, agents de l'Ouganda ou tutsi seront utilisés pour désigner le FPR. La DGSE et même la Direction du renseignement militaire avertiront l'Élysée des massacres perpétrés contre les Tutsi. Mais dans la tradition des interventions françaises, les violations des droits humains sont monnaie courante pour soutenir les dictatures africaines ou les coups d'État. Sauf que là « la France s'intègre dans le mécanisme génocidaire parce qu'elle soutient le régime qui organise l'élimination de la minorité tutsi » et Vincent Duclert, président de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi, ajoute : « ce soutien inconditionnel au pouvoir d'Habyarimana, c'est même, je dirais, le principal accélérateur du processus génocidaire »11. Ce constat sans appel est une puissante condamnation de la politique africaine de la France qui, malgré ce drame, demeure inchangée.
Paul Martial

https://lanticapitaliste.org/

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Burkina Faso : Déclaration sur la situation nationale

2 avril 2024, par Collectif — , ,
C'est avec une profonde affliction que nos organisations font l'amer constat de ce que la situation nationale reste indéniablement marquée par la crise sécuritaire imposée à (…)

C'est avec une profonde affliction que nos organisations font l'amer constat de ce que la situation nationale reste indéniablement marquée par la crise sécuritaire imposée à notre pays, avec son lot de drames et de désolation.

Tiré du site du CADTM.

Au cours de ces trois derniers mois, nous avons à nouveau, enregistré de nombreux blessés et perdu des éléments de nos Forces de défense et de sécurité (FDS), des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ainsi que des civils, lâchement tués par des hordes sauvages qui écument nos villes et campagnes depuis bientôt une dizaine d'années.

Récemment encore, au cours du week-end du 24 au 25 février 2024 notamment, dans ses régions du nord et de l'est, notre pays a été endeuillé par des tueries à très grande échelle ayant occasionné des centaines de morts d'éléments des FDS, de VDP ainsi que de très nombreuses populations civiles. Plusieurs autres attaques ont été, par la suite, notées par nos organisations ; ce qui dénote du caractère délétère de la situation sécuritaire actuelle de notre pays.

En ces moments extrêmement douloureux et préoccupants pour la nation entière, nos organisations saluent respectueusement la mémoire des victimes, présentent leurs condoléances aux familles des disparus et souhaitent un prompt rétablissement aux blessés. Elles encouragent les FDS et les VDP qui, au prix d'énormes sacrifices, assurent la sécurité des Burkinabè.

Ces dures épreuves ne devraient en aucun cas émousser l'esprit de résilience, à fortiori entamer l'engagement du peuple burkinabè à vaincre l'hydre terroriste qui, voilà bientôt dix ans, endeuille nos villes et campagnes.

Hélas, alors qu'elle constitue une condition sine qua-non pour la victoire contre les forces du mal, la cohésion nationale tant souhaitée par les burkinabè est quotidiennement mise à rude épreuve par des actes de gouvernance sociopolitique négatifs, en total déphasage avec cette nécessité de l'heure.

En effet, le constat fait de la division systématique des burkinabè en deux catégories (les « patriotes » et les « apatrides ») constitue l'autre élément de préoccupation majeure du moment. Une division stigmatisante, généralement sous-tendue par des menaces de toute nature proférées par des groupuscules instrumentalisés, des arrestations et détentions arbitraires, des enrôlements forcés à des fins de traitements inhumains et dégradants de toute voix émettant une opinion critique négative sur la gestion actuelle du pouvoir d'Etat.

Aujourd'hui encore, il est ainsi loisible de constater qu'à la suite de la décision du tribunal administratif de Ouagadougou en date du 06 décembre 2023 (suspendant l'ordre de réquisition de Rasmané ZINABA, Bassirou BADJO et Issaka LINGANI), les ordres de réquisition jadis servis à la tête du client, semblent avoir fait place à une pratique tout aussi nocive et dangereuse qui a cours et s'amplifie en ces moments : celle d'arrestations de citoyens (parfois en pleine rue) par des individus vêtus de tenues civiles, encagoulés ou se présentant à visage découvert comme étant des éléments de Forces de sécurité intérieure (FSI).

S'opérant au mépris de toute procédure régulière prescrite par les lois et règlements de la République, ces pratiques ne constituent ni plus, ni moins, que des enlèvements, ainsi que les qualifient à juste titre nos organisations et l'opinion publique nationale et internationale.

En rappel, l'article 3 de la Constitution du Burkina Faso dispose que « nul ne peut être privé de sa liberté, s'il n'est poursuivi pour des faits prévus et punis par la loi » et que, « nul ne peut être arrêté, gardé, déporté ou exilé qu'en vertu de la loi ».
Or, les personnes enlevées le sont généralement sans motif officiel déclaré et sont détenues dans des lieux tenus secrets par leurs ravisseurs.

Il souviendra à tous les Burkinabè que, le vendredi 21 octobre 2022, devant les membres du Conseil constitutionnel, le Chef de l'Etat a solennellement pris l'engagement de respecter et de faire respecter la Constitution, en jurant devant le peuple burkinabè et sur son honneur, « de préserver, de respecter, de faire respecter et de défendre la Constitution, la Charte de la transition et les lois. De tout mettre en œuvre pour garantir la justice à tous les habitants du Burkina Faso ».

Bien qu'ayant été récemment révisée, notre Constitution n'a ni modifié, à fortiori retiré les dispositions de l'article 3 sus-citées de son corpus. Ces dispositions continuent donc de proscrire les violations des libertés individuelles et collectives, les arrestations arbitraires, les enlèvements et autres disparitions forcées.

De ce fait, il apparait impératif que soit respecté le serment du Chef de l'Etat, au nom des principes de l'Etat de droit, et que cessent ces enlèvements de citoyens burkinabè en totale violation de notre Constitution et des lois de la République.

De la longue liste de personnes (anonymes et connues, dont l'expert en sécurité informatique Younoussa SANFO) ainsi enlevées, nos organisations avaient, dans un communiqué publié le 29 janvier 2024 suite à la tentative d'enlèvement de Moussa DIALLO, Secrétaire général de la CGT-B, cité quelques noms, dont ceux de :

El hadj Mahamoudou DIALLO, Imam de la mosquée de Sikassossira,

Anselme KAMBOU, opérateur économique ;

Wahabou DRABO, ministre des sports sous le MPSR I ;

Docteur Daouda DIALLO secrétaire exécutif du CISC ;

Idrissa KABORE, habitant à Pouytenga ;

Docteur Ablassé OUÉDRAOGO, président du parti Le Faso Autrement ;

Lamine OUATTARA du MBDHP ;

Maître Guy Hervé KAM, avocat à la cour et coordonnateur du mouvement SENS.

Depuis, les agents commis aux enlèvements et arrestations arbitraires ont allongé cette liste, avec l'enlèvement de Rasmané ZINABA et de Bassirou BADJO, respectivement les 20 et 21 février 2024 et l'arrestation, le 19 mars 2024, de Gérard Ismaël SANOU, Secrétaire général du Mouvement Sauvons la Kossi (MSK).

Ces commis aux enlèvements semblent également avoir dorénavant mis le cap sur les campus universitaires de Ouagadougou avec l'enlèvement, fin janvier 2024, de Issaka OUEDRAOGO, Alexis NACOULMA, Ousmane TOU et Seydou SAWADOGO, et ceux de Paul DAMIBA et Hamidou SAVADOGO, tous deux délégués de promotion à l'UFR/SVT, mi-février 2024.

A ces enlèvements récurrents s'ajoute la défiance ouverte de l'Autorité judiciaire par les tenants actuels du pouvoir, avec le refus d'exécuter des décisions de justice, comme celles ordonnant d'une part, la suspension de l'ordre de réquisition de Rasmané ZINABA, Bassirou BADJO et Issaka LINGANI et d'autre part, la libération de Anselme KAMBOU et de Maître Guy Hervé KAM.

Il est temps que cela cesse ! Car, quand bien même serions-nous en situation de guerre, il importe de ne point en tirer prétexte mais plutôt, de veiller à ce que ne soient point remis au goût du jour, les pratiques des régimes d'exception d'antan, contre lesquelles le peuple burkinabè s'est vaillamment battu.

Avec de telles pratiques, suscitant rancœurs et aiguisant des sentiments de haine et de vengeance, les appels à l'union des forces des filles et fils du Burkina pour lutter contre le terrorisme risquent hélas d'être et de demeurer vains.

C'est pourquoi, nos organisations, tout en réitérant leur ferme condamnation des attaques terroristes, lâches et barbares contre notre peuple :

1) Dénoncent et condamnent la pratique des enlèvements de citoyens, qui ouvre la voie à toutes les dérives possibles ;

2) Appellent instamment le gouvernement à :

respecter et faire respecter l'ensemble des dispositions de la Constitution, ainsi que le Chef de l'Etat lui-même en a pris l'engagement lors de sa prestation de serment, le 21 octobre 2022 ;

faire procéder à la libération sans délai ni condition de toute personne illégalement arrêtée et arbitrairement détenue au regard de la loi ;

faire proscrire définitivement la pratique des enlèvements de citoyens et de leur détention illégale ;

asseoir une stratégie de lutte antiterroriste qui favorise une large adhésion et une implication effective et efficiente des populations sur l'ensemble du territoire national ;

veiller, dans ce contexte de lutte contre le terrorisme, à conformer les pratiques des Forces de défense et de sécurité aux principes des droits humains et aux règles de l'Etat de droit, afin de favoriser la nécessaire collaboration des populations, pour la victoire et la reconquête totale du territoire national ;

prendre des mesures spéciales et rigoureuses de protection des populations civiles, aussi bien contre les attaques des groupes terroristes que contre toutes dérives de FDS et/ou de VDP.

3) Encouragent fortement la Justice à enregistrer et traiter sans faiblesse, toute plainte pour enlèvement et détention arbitraire de citoyens ;

4) Appellent à nouveau leurs militants et sympathisants, ainsi que toute personne soucieuse du respect des droits humains à se mobiliser contre les enlèvements, détentions arbitraires et disparitions forcées de citoyens et pour la préservation des libertés démocratiques chèrement acquises.

• Non au terrorisme, source de violations des droits humains !

• Pour la mise en œuvre d'une politique intelligente et responsable de lutte contre le terrorisme, mobilisation et lutte !

Ouagadougou, le 27 mars 2024

Ont signé

Association des Journalistes du Burkina (AJB)

Association Kébayina des femmes du Burkina

Balai Citoyen

Coalition Nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l'impunité et pour les libertés – Section de Ouagadougou (CCVC/Ouaga)

Comité de Défense et d'Approfondissement des Acquis de l'Insurrection Populaire (CDAIP)

Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD)

Centre d'Information et de Documentations Citoyennes (CIDOC)

Collectif contre l'Impunité et la Stigmatisation des Communautés (CISC)

Centre National de Presse Norbert ZONGO (CNP/NZ)

Mouvement Burkinabè des Droits de l'Homme et des Peuples (MBDHP)

Réseau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC)

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