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Comité de santé et de sécurité du travail dans les entreprises non syndiquées : réelle participation ou utopie ?

26 mars 2024, par PTAG — , , ,
Le jeudi 21 mars, le Front de défense des non-syndiqué-e-s (FDNS) a animé un webinaire intitulé Comité de santé et de sécurité du travail dans les entreprises non syndiquées : (…)

Le jeudi 21 mars, le Front de défense des non-syndiqué-e-s (FDNS) a animé un webinaire intitulé Comité de santé et de sécurité du travail dans les entreprises non syndiquées : réelle participation ou utopie ?

Nous reproduisons ci-dessous les audios des interventions des panélistes (Félix Lapan, Pierre Lefebvre, David Mandel et Geneviève Baril-Gingras). Nous annexons les différents diaporamas que nous avons reçus. Nous publions en introduction un texte que David Mandel a bien voulu nous faire parvenir qui présente les problématiques soulevées lors de cette rencontre.

En automne 2021 l'Assemblée nationale a adopté une « Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail » qui, entre autres, devait étendre à tous les travailleurs, toute les travailleuses le droit de participer à la prévention. L'ancienne loi accordait déjà des droits – en fait, beaucoup plus importants - mais ils n'ont jamais été mis en vigueur pour la grande majorité des travailleurs et travailleuses. Pas surprenant - on vit dans une démocratie, mais elle est capitaliste, et la participation des travailleurs et travailleuses à la prévention coûte au patrons de l'argent et du pouvoir.

La nouvelle loi « de modernisation » marque un net et sérieux recul en prévention (et en réparation aussi) par rapport à la législation précédente, et elle a été à très juste titre condamnée universellement par les syndicats et par les autres organisations qui défendent les travailleuses et les travailleurs.

Au début de février un comité paritaire (moitié patronale, moitié syndicale) de la CNÉEST a publié un projet de règlements pour concrétiser les droits des travailleurs et travailleuses en prévention. En ce qui concerne les non-syndiqué.e.s, le projet ne fait que répéter ce qui était déjà inscrit dans les règlements temporaires d'avril 2022, à savoir : « Lorsque les travailleurs d'un établissement ne sont pas représentés par aucune association accrédités (lire : syndicat), les représentants des travailleurs au sein du comité de santé et de sécurité sont désignés par scrutin, lors d'une assemblée convoquées à cette fin par un travailleurs de l'établissement. » Le caractère illusoire d'un tel règlement ne devrait pas demander d'explication. Le texte qui suit critique la stratégie, ou si l'on veut – l'idéologie – qui a contribué à l'adoption d'un projet de règlement si déficient du point de vue des travailleurs et des travailleuses.

Audio de la présentation des panélistes et interventions de Félix Lapan et Pierre Lefebvre de l'UTTAM (Union des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades

Audio de l'intervention de David Mandel

Audio de la présentation de Geneviève Baril-Gingras

Documents des présentations

Présentation de Félix Lafan et Pierre Lefebvre -






Présentation de Geneviève Baril Gingras -






Message du FDNS

: Pour toute question concernant la relance du FDNS, n'hésitez pas à nous écrire à ce courriel-ci. fdns.qc@outlook.com. Vous pouvez aussi rester informé.e.s de nos activités à venir en suivant la page Facebook du FDNS.

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Le Canada doit s’attaquer au racisme et à la discrimination systémiques sur le marché du travail

26 mars 2024, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
À l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, le 21 mars, les syndicats canadiens demandent au gouvernement fédéral de prendre des (…)

À l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, le 21 mars, les syndicats canadiens demandent au gouvernement fédéral de prendre des mesures immédiates et concrètes pour lutter contre le racisme au sein de la population active. La première mesure à prendre consiste à actualiser la Loi sur l'équité en matière d'emploi en mettant en œuvre les réformes recommandées par le Groupe de travail sur l'examen de la Loi sur l'équité en matière d'emploi.

La Loi sur l'équité en matière d'emploi est un outil essentiel dans nos efforts pour lutter contre le racisme en milieu de travail et remédier aux inégalités dont sont victimes les travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et racialisés. Adoptée pour promouvoir l'égalité et éliminer les obstacles discriminatoires à l'emploi dans les lieux de travail régis par le gouvernement fédéral, la Loi fournit un cadre permettant aux employeurs de s'attaquer de manière proactive aux inégalités systémiques et d'assurer une représentation équitable de tous les groupes, y compris les peuples autochtones, les personnes ayant une incapacité, les femmes et les personnes racialisées – des groupes désignés en vertu de la Loi actuelle.

Si la Loi sur l'équité en matière d'emploi jette les bases du progrès, il reste encore beaucoup à faire pour réaliser pleinement son potentiel, qui peut être atteint par son actualisation. Le rapport du Groupe de travail sur l'examen de la Loi sur l'équité en matière d'emploi, publié récemment à l'issue de consultations avec de nombreuses parties prenantes, dont les syndicats canadiens, contient un certain nombre de recommandations visant à renforcer et à améliorer l'efficacité de la Loi, y compris des mesures destinées à lutter contre le racisme et la discrimination systémiques dans les pratiques d'embauche, de promotion et de maintien dans l'emploi.

« Nous sommes fermement déterminés à lutter contre le racisme et la discrimination systémiques sur le marché du travail, afin d'assurer un avenir où chaque personne sera traitée avec dignité, respect et égalité, a déclaré Larry Rousseau, vice-président exécutif du Congrès du travail du Canada. Les recommandations formulées par le Groupe de travail offrent une occasion importante d'éradiquer les iniquités profondément ancrées et de prévenir les iniquités futures, ce qui est absolument essentiel pour s'attaquer au racisme systémique et s'assurer que les travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et racialisés ne sont plus laissés pour compte. C'est ainsi que nous construirons une société exempte de discrimination, de racisme et de préjugés. »

Les recommandations du Groupe de travail comprennent l'investissement dans des initiatives ciblées pour soutenir le recrutement, la formation et l'avancement des groupes sous-représentés dans la main-d'œuvre, ainsi que la mise en place de mécanismes d'application robustes pour tenir les employeurs responsables du respect de la Loi.

La lutte contre le racisme et la discrimination sur le marché du travail est essentielle pour garantir l'équité pour tous les travailleurs et travailleuses. Les écarts de revenus en fonction de la race persistent, car les travailleuses et travailleurs autochtones, noirs et racialisés continuent d'être confrontés à des obstacles aux possibilités d'emploi, à des pratiques d'embauche discriminatoires, à des salaires inégaux et à des possibilités d'avancement limitées. Si l'on ne s'attaque pas à ces inégalités, on ne fera qu'exacerber les problèmes rencontrés par ces travailleuses et travailleurs et on perpétuera leur exclusion d'une participation pleine et équitable au marché du travail.

Les syndicats canadiens ont également un rôle à jouer en prenant des mesures proactives pour faire progresser l'équité en matière d'emploi au sein de leurs propres organisations. Il s'agit notamment de supprimer les obstacles à l'égalité des chances et à un traitement équitable, d'inscrire l'équité en matière d'emploi à l'ordre du jour des négociations et de veiller à ce que les personnes les plus concernées fassent partie des comités de négociation. D'autres mesures consistent à sensibiliser les membres à l'importance de l'équité en matière d'emploi, à former le personnel et les dirigeantes et dirigeants à cette question et à mettre en place des mécanismes de responsabilisation pour suivre les progrès de l'équité en matière d'emploi au sein de leur organisation. Enfin, il est essentiel que les syndicats défendent les politiques et les initiatives en faveur de l'équité en matière d'emploi, notamment en renforçant la Loi sur l'équité en matière d'emploi.

Le rapport complet du Groupe de travail sur l'examen de la Loi sur l'équité en matière d'emploi est disponible ici (en anglais seulement).

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Northvolt : exigeons un BAPE et de la transparence

26 mars 2024, par Patrick Bonin — , ,
La giga-usine de batteries de la compagnie Northvolt est en voie de s'implanter en Montérégie sans qu'il n'y ait d'évaluation environnementale par le Bureau d'audience publique (…)

La giga-usine de batteries de la compagnie Northvolt est en voie de s'implanter en Montérégie sans qu'il n'y ait d'évaluation environnementale par le Bureau d'audience publique sur l'environnement (BAPE). Comment se peut-il que le plus grand projet industriel privé de l'histoire du Québec ne soit pas évalué de manière indépendante ? Parce que, attention : scandale… le gouvernement Legault, qui est juge et parti car il injecte des milliards de dollars dans le projet, a délibérément aidé Northvolt à éviter un examen du BAPE ! C'est un grave déni de démocratie environnementale, un manque flagrant de respect pour l'environnement et la population et une manière de fonctionner digne des années 60.

Tiré du site de Greenpeace Canada.

On ne peut accepter ce grave précédent sans réagir. Si le plus grand projet industriel privé de l'histoire du Québec n'est pas assez “gros” pour qu'il y ait un BAPE, quel projet le sera ?

Exigeons de la transparence et une évaluation environnementale indépendante

👉 Envoyez un courriel à Benoit Charette

Le gouvernement Legault a déjà permis que Northvolt coupe près de 9000 arbres et remblaie 61 des 92 milieux humides présents sur son site, soit environ 60 000 mètres carrés de milieux humides détruits. Au total, ce sont plus de 950 000 m2 de milieux naturels qui seront détruits. Mais tout n'est pas joué, la compagnie a aussi demandé une autorisation pour la construction de l'usine et devra en demander une pour l'exploitation de l'usine.

Plusieurs groupes environnementaux et groupes citoyens ont demandé la tenue d'une évaluation environnementale indépendante depuis l'annonce de l'implantation de l'usine de Northvolt en octobre 2023. Au total, plus de 180 groupes environnementaux, de syndicats, de médecins, de groupes citoyens et d'universitaires ont demandé un BAPE au gouvernement. Une évaluation environnementale indépendante et des audiences publiques sont essentielles pour protéger les citoyens et l'environnement. Le ministre a le pouvoir discrétionnaire de déclencher une telle évaluation.

L'implantation de cette usine aura de nombreux impacts sur la biodiversité du secteur qui abrite plusieurs espèces menacées. Elle aura aussi des impacts sur la qualité de l'air et de l'eau et potentiellement sur la santé de la population. Et elle aura des impacts sur tout le filet social – augmentation de trafic, défi pour le logement et les infrastructures de santé et scolaire pour faire face à l'augmentation du nombre de travailleur.euses, etc.

Demandez au ministre Charrette de déclencher une évaluation environnementale par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur l'ensemble de ce grand projet pour bien en saisir tous les enjeux. La transition écologique ne peut sans évaluation indépendante et sans audience publique !

Voici aussi ci-dessous quelques autres moyens d'agir :

👉 Envoyez un courriel à Benoit Charrette

✉️ Pour envoyer un courriel à Benoit Charette, ministre de l'Environnement, et mettre PierreFitzgibbon, ministre de l'Économie, utilisez le texte ci-dessous que vous pouvez copiez-collez.⬇️

Destinataires : ministre@environnement.gouv.qc.ca ; ministre@economie.gouv.qc.ca ;

Exemple de titre de courriel : Un BAPE pour Northvolt

Exemple de texte de courriel pour vous inspirer (vous pouvez copier-coller) :

Monsieur Charrette,

Plusieurs personnes sont préoccupées par la façon dont le projet Northvolt se développe, soit sans audience du Bureau d'audience publique sur l'environnement (BAPE) sur l'ensemble du projet. Je vous demande qu'un processus d'évaluation environnementale indépendante et des audiences publiques soient mis sur pied pour bien tenir compte des enjeux sanitaires, environnementaux et sociaux de grands projets. Je demande un BAPE pour Northvolt.

Cette giga-usine de batterie est « le plus gros projet industriel privé de toute l'histoire du Québec ». Comment se fait-il qu'un tel projet puisse se faire sans BAPE ? Nous savons que l'implantation d'une marina de 100 places, nécessite la tenue d'un BAPE et Northvolt, le plus grand projet industriel au Québec, y échappe ! C'est inacceptable !

Comme vous savez, ce projet évolue rapidement par l'obtention de permis par étape. Vous pouvez utiliser votre pouvoir discrétionnaire pour déclencher un BAPE à chacune des étapes. En aurez-vous le courage ?

Plusieurs aspects de ce projet sont préoccupants :

les dommages causés présentement à la biodiversité sur le site

la destruction des milieux humides – parmi les derniers de la Montérégie

l'impact du déplacement de terres contaminées sur le site et le risque que les contaminants se retrouvent dans le Richelieu

l'impact des contaminants qui seront rejetés dans l'air et dans l'eau pour la santé humaine

l'impact de l'afflux de 3000 travailleurs sur les services de santé et dans les écoles

l'augmentation de circulation aux environs du site

la grande consommation d'hydroélectricité de cette usine et les lacunes créées pour d'autres projets

le dézonage des terres agricoles pour soutenir la croissance démographique

l'impact sur le territoire québécois en lien avec l'extraction des matières premières

l'inconnu sur les impacts concrets que l'usine aura sur notre carboneutralité

etc.

Par-dessus tout, le manque de transparence de votre gouvernement me préoccupe grandement. À chaque jour de nouvelles informations sont divulguées. Et à chaque jour des doutes se créent à cause de ce manque de transparence.

Vous avez le pouvoir discrétionnaire et mandater le BAPE. C'est ce que je vous demande, tout comme les plus de 180 groupes environnementaux, de syndicats, de médecins, de groupes citoyens et d'universitaires qui l'ont déjà fait.

Je vous demande, M.Charette, de déclencher un BAPE sur l'ensemble de ce grand projet pour bien en saisir les enjeux et bonifier ce projet s'il va de l'avant. La transition écologique ne peut plus se faire sur le dos de la Nature !

Insérer votre signature

***

👉 Autres moyens d'agir :

✏️ Signez la pétition du Comité d'action citoyenne sur le projet Northvolt qui demande au ministre de la tenue d'une enquête du BAPE.

✏️ Signez la pétition demandant au le ministre de l'Environnement fédéral d'initier des audiences publiques et entreprendre une évaluation environnementale approfondie pour le projet Northvolt.

***

👉 Quelques liens pour en savoir davantage sur Northvolt :

Dossier de presse (très complet) du COMITÉ ACTION CITOYENNE PROJET NORTHVOLT, mise à jour le 19 mars 2024

Dès l'annonce du projet nous avons revendiqué un BAPE

180 groupes environnementaux, de syndicats, de médecins, de groupes citoyens et d'universitaires exigent un BAPE : lettre et article

Un récent sondage nous a appris que 68% des gens sont d'accord à ce que le projet de Northvolt soit soumis à un BAPE (seulement 24% sont en désaccord) alors que la majorité des Québécois(es) rejettent l'approche du gouvernement qui a modifié la réglementation, ce qui a eu pour effet de soustraire le projet de Northvolt à la tenue d'un BAPE obligatoire.

Des groupes environnementaux et des groupes citoyens locaux dénoncent les méthodes nuisibles du gouvernement du Québec en matière de développement industriel

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Manif-Action Bloquons Assomption - Mobilisation 6600 Parc-nature MHM

26 mars 2024, par Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM — , ,
Montréal, 23 mars 2024** – Plus de 350 personnes ont bravé le froid pour manifester avecle mouvement citoyen Mobilisation 6600 Parc-nature MHM aujourd'hui en opposition (…)

Montréal, 23 mars 2024** – Plus de 350 personnes ont bravé le froid pour manifester avecle mouvement citoyen Mobilisation 6600 Parc-nature MHM aujourd'hui en opposition auprojet de prolongement du boulevard de l'Assomption et de l'autoroute Souligny dansMercier-Hochelaga-Maisonneuve.

**Après une marche dans le quartier, les manifestant.e.s ont bloqué symboliquement le boulevard de l'Assomption afin d'affirmer leur détermination à empêcher la réalisation du projet de prolongement mené par la Ville de Montréal et le Ministère des transports et de la mobilité durable du Québec.

« Le prolongement de ces routes vise à faciliter le transport de marchandises par camionet à servir ainsi les intérêts privés du Port de Montréal et de Ray-Mont Logistiques », a affirmé Anaïs Houde, co-porte-parole de Mobilisation 6600. « La Ville nous dit que cesroutes permettront d'apaiser la circulation. Il est pourtant prouvé scientifiquement que lacréation de nouvelles routes provoque le phénomène de « trafic induit ». La populationest très inquiète des impacts sur la santé et la qualité de vie du passage prévu de 22 000véhicules de plus par jour à proximité des résidences. Que ce soit clair : il n'y a aucune acceptabilité sociale au projet de prolongement Assomption-Souligny, et nous sommes déterminé.e.s à le bloquer », a-t-elle poursuivi.

Bien qu'un tiers du Boisé Steinberg ait été protégé par la Ville de Montréal à l'automne2022, le prolongement Assomption-Souligny menace directement la section la plus à l'estdu Boisé. « C'est inacceptable, même absurde, dans le contexte du réchauffementclimatique, que nos gouvernements dépensent pour construire une route de plus en pleine ville » a commenté Cassandre Charbonneau-Jobin, co-porte-parole de la mobilisation.

De plus, le prolongement de l'autoroute Souligny impliquerait la construction d'unéchangeur à 3 niveaux passant par-dessus les rails de chemin de fer du CN et de RayMont Logistiques. « Le projet de plateforme intermodale de Ray-Mont Logistiques nous pollue la vie : en plus du bruit, de la pollution atmosphérique et visuelle et de la vermine qu'il attire, il implique de réhabiliter une gare de triage à moins de 50 mètres d'habitations,de détruire des milieux naturels fréquentés par les habitant.e.s et de construire ces routes anachroniques. L'aménagement de notre quartier doit-il être décidé par une entreprise privée ? » demande Anaïs Houde.

La ville présentera son projet d'aménagement pour le secteur le 26 mars prochain, à 19h,au Cégep de Maisonneuve. « Nous serons là pour exprimer notre vision axée sur le droità un environnement sain, l'accès à la nature et l'innovation en matière de décontamination naturelle des sols et d'autonomie alimentaire. Une vision à mettre en contraste avec la bétonnisation qu'implique une route et l'expansion des activités industrielles lourdes qui en résultent. Aux projets de béton, nous opposons la protection du vivant » a affirméCassandre Charbonneau-Jobin.

La manifestation, festive et familiale, était organisée en collaboration avec le Conseil Central du Montréal Métropolitain – CSN, avec la participation de Rage climatique, lecirque Hors piste, le musicien SOV, la chorégraphe Karine Cloutier, Mères au front et l'Organisation Révolutionnaire Anarchiste (ORA).

À propos de Mobilisation 6600 Parc-Nature MHMMobilisation 6600 Parc-Nature MHM est un mouvement citoyen qui lutte depuis 2016 pour la préservation des espaces verts, de la santé et de la qualité de vie de la population de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Il revendique la création d'un Parc nature dans le quadrilatère Viau-Dickson-Hochelaga-Notre-Dame et s'oppose à l'installation de RayMont Logistiques.

Source : Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM

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Aéroport de Saint-Hubert (YHU) : Un de perdu, dix de retrouvés !

26 mars 2024, par Coalition Halte-Air Saint-Hubert — , ,
Longueuil, 22 mars 2024. - La décision de Transport Canada d'interdire à partir d'avril 24 les vols de nuit du Boeing 737-200 de Chrono Aviation à l'aéroport de Saint-Hubert (…)

Longueuil, 22 mars 2024. - La décision de Transport Canada d'interdire à partir d'avril 24 les vols de nuit du Boeing 737-200 de Chrono Aviation à l'aéroport de Saint-Hubert constitue, selon la Coalition Halte-Air Saint-Hubert, la preuve indiscutable que le pouvoir politique a bien une emprise réelle sur le développement de cet aéroport, contrairement à ce
qu'ont laissé entendre plusieurs élu.e.s municipaux, provinciaux et fédéraux depuis plus d'un an.

En réaction à la mairesse Catherine Fournier qui, hier sur les ondes de Radio-Canada,saluait le courage dont le ministre [Pablo Rodriguez]avait fait preuve, la Coalition s'interroge : à quel courage fait référence la mairesse ? Est-ce celui d'interdire d'un trait de plume au Boeing 737-200 de réveiller des milliers de résidentes et résidents à 2h30 du matin ? Il a fallu des années pour obtenir cette décision pourtant pleine de bon sens, demandée par de
nombreuses associations de riverains et les mairies du secteur. Une décision d'interdiction bien tardive qui se justifie amplement par les conséquences sanitaires que provoque une telle pollution sonore.

La Coalition rappelle que Boeing 737-200 de Chrono est un avion totalement obsolète, ultra-polluant et ultra-bruyant, dont le décollage s'entend à plus de 10 kms à la ronde, et qu'il est interdit depuis des années dans de nombreux aéroports américains et européens pour cause de pollution sonore excessive. Arrivant en fin de vie, ces coucous volants sont condamnés à brève échéance aux dires mêmes de leur propriétaire Chrono Aviation.

Selon la Coalition, en mettant l'accent sur l'interdiction de vol d'un seul avion, la mairesse C. Fournier tente de camoufler la réalité du développement du Terminal Porter qu'elle défend depuis maintenant plus d'un an. 4 millions de passagers à terme, 11 000 par jour par rapport à 11 000 par année actuellement, ce qui représentera une centaine de vols chaque jour, 6 à 8 chaque heure, effectués par 5 compagnies aériennes, comme l'a assuré Michael Deluce, qui dirige Porter Airlines.

La Coalition fait également remarquer que si les élu.e.s municipaux de l'Agglomération voulaient vraiment avoir du courage, ils et elles demanderaient que les travaux de construction à l'aéroport de Saint-Hubert soient stoppés immédiatement, et que le projet de développement de l'aéroport soit déposé entièrement avec toutes les études d'impacts économiques, sanitaires, environnementaux et climatiques, afin d'être évalué publiquement sur tous ces aspects, comme on pouvait le lire dans les conclusions du rapport Trudel en
octobre 2022, ainsi que dans le rapport de l'Office de Participation publique de Longueuil
(OPPL) du 1er novembre suivant.

Pour la Coalition, en ne respectant pas les conclusions de ces deux rapports de consultation, la mairesse et tout son conseil trahissent la confiance de la population. La mairesse et tout son conseil ne peuvent en aucune façon clamer qu'il y a acceptabilité sociale du projet.

Pour information : coalition.halteair@gmail.com
https://www.facebook.com/coalitionhalteairSH
https://www.instagram.com/coalitionhalteairsh/
https://twitter.com/Coalition_YH

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« Zone d’intérêt » entre la Palestine, la Syrie et la condition humaine

« Zone d'intérêt » est un film glaçant par son réalisme, et par son extraordinaire capacité à incarner le sens de la « déshumanisation » et ce qu'elle peut engendrer en termes (…)

« Zone d'intérêt » est un film glaçant par son réalisme, et par son extraordinaire capacité à incarner le sens de la « déshumanisation » et ce qu'elle peut engendrer en termes d'atrocités. Glazer a déclaré que la compréhension de son film ne se réduit pas seulement au traitement du passé ou des atrocités historiques, mais s'inscrit aussi dans le contexte de ce qui se passe à Gaza aujourd'hui.

Tiré du blogue de l'auteur.

Le film Zone d'intérêt du réalisateur britannique Jonathan Glazer, lauréat de l'Oscar de cette année, a suscité une vive controverse parmi les écrivains et les professionnels de la culture et du cinéma en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Non en raison de son contenu, de sa cinématographie ou de la construction de ses personnages, mais à cause des propos tenus par son réalisateur dans son discours à la cérémonie des Oscars.

Glazer a déclaré que la compréhension de son film ne se réduit pas seulement au traitement du passé ou des atrocités historiques, mais s'inscrit aussi dans le contexte de ce qui se passe à Gaza aujourd'hui. Il a exprimé son rejet de l'instrumentalisation de l' « Holocauste » pour justifier les guerres en cours, la déshumanisation et la perpétration de crimes.

En réponse à son discours, plus d'un millier de personnalités du cinéma s'identifiant comme juives ont rejeté l'analogie qu'il aurait – selon elles - faite entre l'Holocauste et la guerre en Palestine depuis le 7 octobre 2023.

Par ailleurs, des intellectuels et des organisations juives progressistes ont défendu Glazer, estimant que le refus de confronter le passé au présent et la confiscation de la mémoire de l'« Holocauste » ne sont rien d'autre que des tentatives de dissimulation des crimes et de la « guerre génocidaire » menée par Israël contre les Palestiniens.

Naomi Klein, journaliste et universitaire féministe canadienne, a écrit un article percutant dans The Guardian dans lequel elle évoque l'habituation des gens à vivre près du génocide dont ils savent qu'il est en train de se produire. Comme le montre le film, seul un mur les sépare de son horreur. Elle interpelle sur le fait qu'aujourd'hui, nous soyons à quelques murs de Gaza, où des actes de génocide se produisent depuis près de six mois, sans que personne n'intervienne pour les faire cesser.

Entre la banalité du mal et l'amour des roses

L'histoire de Zone d'intérêt décrit les détails quotidiens de la vie de la famille d'un officier nazi allemand qui dirigeait le camp d'Auschwitz, où, sur ses ordres, les nazis ont brûlé des milliers de prisonniers juifs, après les avoir réduits à l'esclavage, torturés et pillé leurs biens.

Elle renvoie d'emblée à l'idée de « la banalité du mal », ou sa normalité telle qu'évoquée par Hanna Arendt dans son livre sur Eichmann.

La famille vit dans une maison située à quelques mètres des usines de la mort, d'où s'élève parfois une fumée indiquant que l'incinération des cadavres est en cours. Ils dorment, se réveillent, font des fêtes aux buffets garnis, s'offrent des vêtements et cadeaux (ainsi que des biens volés), tandis que leurs enfants jouent dans une piscine au milieu des bruits, des cris, des coups et des tirs d'exécution provenant du camp voisin.

Le père - l'officier - semble doux et affectueux avec sa femme et ses enfants, en particulier ses filles, auxquelles il lit des histoires pour les border après une longue journée de travail routinier. Des journées à recevoir des instructions, à les exécuter avec diligence, à discuter avec ses supérieurs et ses subordonnés de l'« efficacité » des performances et de l'importance d'augmenter les chiffres (c'est-à-dire le nombre de personnes tuées), et de la meilleure stratégie d'organisation de la « solution finale » par l'usage des fours et leur refroidissement afin de les vider des cendres et les remplir de nouveau de cadavres dans un temps optimal.

Nous le voyons ensuite furieux, donner des ordres pour sanctionner les soldats allemands et les membres de la SS qui cueillent sans ménagement des fleurs dans les jardins, alors qu'ils sont sensés les entretenir pour embellir le camp [de la mort] et ses alentours.

Dans le même temps, nous apercevons l'épouse cultiver avec sérénité son jardin au pied du mur qui sépare leur maison d'Auschwitz, s'émerveiller de ses belles couleurs et initier son bébé à toucher et à sentir le parfum des fleurs.

Ainsi va la vie d'une famille allemande installée dans la Pologne occupée, vivant à côté du lieu de « travail » du père.

Son œuvre n'est rien d'autre que le « mal absolu », à savoir l'extermination de « l'autre », transformé en numéro ou en objet ou en matière dépourvue de tout attribut ou relation humaine. Les choses atteignent le paroxysme de la « banalité du mal » au moment où l'officier-père est sur le point de vomir, pour des raisons que le réalisateur nous laisse deviner, puis la caméra bascule soudainement dans l'instant présent.

On voit ce qu'est devenu Auschwitz aujourd'hui, l'on aperçoit des employées balayer des salles qui ont été témoins de massacres quotidiens il y a des décennies, et d'autres lustrer ce qui reste des fours crématoires, ou essuyer la vitre transparente qui sépare les visiteurs des milliers de chaussures appartenant à ceux qui sont morts dans l'une des tragédies les plus atroces de l'histoire contemporaine.

Les murs de Palmyre et le champ de bataille de Gaza

Mais la « banalité du mal », ou la complicité avec le mal pour ensuite en faire un sanctuaire ou un musée qui risque d'être coupé du monde contemporain et des crimes en cours, est ce contre quoi le brillant réalisateur Glazer s'élève.

Il a surtout insisté sur l'effet miroir entre l'horreur décrite dans son film et la guerre de Gaza d'aujourd'hui. Une guerre avec laquelle non seulement nous coexistons, mais qui conduit certains à évoquer le passé pour rendre acceptable l'extermination de l'humanité d'autrui.

Ce film, dans lequel le réalisateur a réussi à restituer l'intensité de la violence sans la moindre scène « sanglante », nous rappelle ce qu'écrivait Franz Fanon à propos d'un officier français chargé de torturer les prisonniers algériens pendant la guerre de libération, et de son quotidien bureaucratique dans les prisons, avant de rentrer chez lui pour retrouver normalement sa famille. Il sera plus tard hanté par des cauchemars.

On peut aussi imaginer comment les années ont passé et continuent de s'écouler dans la « Syrie d'Assad », où la vie se poursuit non loin des murs des prisons de Palmyre depuis les années 1980 ou de Saidnaya aujourd'hui-même. Ces usines de la mort où des dizaines de milliers de Syriens sont tués ou continuent d'y mourir sous la torture, transforment des êtres en chiffres ou en images insoutenables que l'on regarde parfois avec effroi sur Facebook, avant de poursuivre notre vie quotidienne et vaquer à nos occupations malgré l'horreur et la conscience des événements récurrents.

Bien sûr, nous pouvons comparer la roseraie du film, méticuleusement entretenue à côté du lieu de torture et d'extermination des prisonniers, avec tous nos jardins, ou les jardins des villes et villages où nous vivons, géographiquement proches du champ de bataille de Gaza, ou visuellement en contact avec ses événements, que nous suivons depuis des mois directement à travers les médias et les réseaux sociaux. Nous les suivons avec stupéfaction, colère, avec un excès de haine pour les auteurs et pour le monde qui leur permet de continuer. Nous les suivons avec tristesse et chagrin, tandis que notre impuissance nous demande d'essayer de d'oublier le matin ou le soir l'horreur, afin de pouvoir respirer et continuer à accomplir nos tâches quotidiennes.

En ce sens, on peut dire que Zone d'intérêt est un film qui échappe au cadrage, à la classification exclusive, à la géographie et au temps. Il s'agit sans aucun doute de l'Holocauste et d'Auschwitz, mais aussi, et dans la même mesure, des relations humaines quotidiennes et routinières qui se déroulent parallèlement au meurtre de masse et dans son ombre, de la trahison, du trouble, de l'ambition, de l'exploitation, de l'accoutumance au « mal » et de l'adaptation à ses scènes, comme s'il s'agissait d'un décor ou d'un bruit de fond toujours présent, dérangeant jusqu'à l'insomnie et pour autant domestiqué.

Zone d'intérêt est un film glaçant par son réalisme, par la froideur de ses personnages (à l'exception de la belle-mère de l'officier) et par son extraordinaire capacité à incarner le sens de la « déshumanisation » et ce qu'elle peut engendrer en termes d'atrocités et de cadavres brûlés.

Puis, une « jeune polonaise inconnue » s'invite et s'infiltre de nuit dans les événements du film. Le réalisateur la présente en « négatif », circulant secrètement et courageusement à bicyclette entre les champs autour d'Auschwitz, où les prisonniers sont contraints de travailler durement pendant la journée avant d'être tués. Elle y disperse des fruits et un brin de vie parmi les roses et les arbres, pour leur signifier que des gens ne consentent pas à les abandonner à leurs bourreaux sans rien faire et aux spectateurs silencieux qui assistent à la combustion de leurs os. Elle essaie de leur dire qu'à sa façon, elle refuse de les exclure de l'humanité commune.

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États-Unis : Les Oscars et la politique

26 mars 2024, par Dan La Botz — , ,
Environ 19,5 millions de téléspectateurs ont regardé la 96e cérémonie des Oscars, dimanche 10 mars, pour connaître les lauréats des meilleurs films, des meilleurs acteurs, etc. (…)

Environ 19,5 millions de téléspectateurs ont regardé la 96e cérémonie des Oscars, dimanche 10 mars, pour connaître les lauréats des meilleurs films, des meilleurs acteurs, etc. Ce fut un véritable spectacle et un événement très politique.

Hebdo L'Anticapitaliste - 700 (21/03/2024)

Par Dan La Botz

Crédit Photo
Wikimedia commons / MichaelEArth

Les nominés pour les meilleurs films étaient eux-mêmes, dans de nombreux cas, particulièrement politiques. De manière très différente, Barbie et Poor Things étaient tous deux des films féministes, le premier ridiculisant et renforçant de manière contradictoire les stéréotypes féminins et le second – une combinaison merveilleusement étrange de Frankenstein et de Pygmalion (My Fair Lady) – dépeignant la lutte pour le droit des femmes à l'indépendance par rapport au contrôle des hommes et défendant leur droit à cette indépendance.

Oppenheimer nous a amenés une fois de plus à nous concentrer sur la menace de la bombe atomique avec laquelle nous vivons depuis plus de trois quarts de siècle. Maestro, le film sur Leonard Bernstein, traite de la difficulté – même pour les riches et les célèbres – d'être homosexuel au milieu du 20e siècle (tout comme Rustin, le film sur Bayard Rustin, le militant des droits civiques, qui n'a pas été nominé pour le meilleur film). Et American Fiction, qui explore le racisme dans la littérature et la vie d'un point de vue noir. Enfin, Killers of the Flower Moon dépeint les meurtres commis par des colons blancs pour acquérir frauduleusement des terres indiennes riches en pétrole en Oklahoma dans les années 1920.

Des luttes des acteurs et scénaristes d'Hollywood à l'Ukraine

Venons-en à la cérémonie des Oscars elle-même. Lors de l'ouverture de la cérémonie, Jimmy Kimmel, l'animateur de l'émission Jimmy Kimmel Live, qui présentait les Oscars pour la quatrième fois, a utilisé les dernières minutes de son monologue comique d'introduction pour parler de la grève des acteurs et des scénaristes, qui a duré 148 jours, et des problèmes qu'elle soulève. Il a déclaré : « Au fond, Hollywood est une ville de syndicats ».

Dans la section « in memoriam » des Oscars, l'Académie a rendu hommage au leader de l'opposition russe Alexeï Navalny, dont le portrait a été dressé dans le film Navalny (2022), qui a remporté l'Oscar du meilleur documentaire en 2023. Le meilleur documentaire de cette année a été Vingt jours à Marioupol, le récit de l'attaque russe sur cette ville ukrainienne. En acceptant son Oscar, Mstyslav Tchernov, le réalisateur, a déclaré : « Je serai probablement le premier réalisateur sur cette scène à dire : “J'aurais aimé ne jamais faire ce film” ». Il a poursuivi en disant qu'il souhaitait que la Russie n'ait jamais attaqué l'Ukraine et occupé ses villes, et il a appelé le gouvernement russe à libérer ses prisonniers militaires et civils.

Déshumanisation d'hier et d'aujourd'hui

Le réalisateur britannique Jonathan Glazer, dont le film en langue allemande La Zone d'intérêt a remporté le prix du meilleur long métrage international, un film sur un commandant nazi et sa femme vivant dans une « zone d'intérêt » confortable du camp de concentration d'Auschwitz où plus d'un million de Juifs sont morts, a profité de son temps de parole pour parler de la Palestine : « Notre film montre le pire de la déshumanisation. Nous sommes ici comme des hommes qui refusent que leur judéité et le souvenir de l'Holocauste soient détournés par une occupation qui a conduit tant de gens à s'affronter. Que ce soient les victimes du 7 octobre en Israël ou l'attaque en cours sur Gaza, tous sont des victimes de cette déshumanisation - comment résister ? » Il a dédié son film à la jeune fille qui figure dans son film et qui a résisté.

Un grand nombre de participants à la cérémonie portaient des pin's avec la phrase « Artists for Ceasefire » (artistes pour un cessez-le-feu).

Hollywood, connu pour ses personnalités progressistes, produit de nombreux films politiques de qualité et certainEs Américains ont apparemment un appétit pour de telles vues critiques de notre pays. Même s'il est également vrai qu'Hollywood produit et que les Américains consomment beaucoup de cinéma de merde. Voilà, c'est tout. Je vais au cinéma.

Dan La Botz, traduction Henri Wilno

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Je marche sur les cadavres avec aisance

26 mars 2024, par Omar Haddadou — ,
– Appelez-moi Puissance ! – Moi qui marche sur les cadavres avec aisance. – Boursouflez mon P ! – Le galbe bien prononcé. – Soyez généreux ! – Au nom des malheureux. – Je (…)

Appelez-moi Puissance !
Moi qui marche sur les cadavres avec aisance.
Boursouflez mon P !
Le galbe bien prononcé.
Soyez généreux !
Au nom des malheureux.
Je marche sur les cadavres avec aisance.
Des femmes et des enfants réduits en semence.
Je m'abreuve du sang.
Du peuple innocent.
Je déroule l'horreur.
La famine et les maelstroms funestes sur la Patrie en pleurs.
Esgourdez la crépitation.
De ma résolue progression !
Oui ! Je marche sur les cadavres avec aisance.
L'Injustice comme cocarde en évidence.
Je suis la force étayée.
Par l'ami dominant respecté.
L'Institution obstrue ses oreilles.
Quand l'atrocité se veut réelle.
Elle a pour consolation.
La condamnation.
Je marche sur les cadavres avec aisance.
Quand l'âme prie avec déférence.
Rien ne sera comme avant !
Le néant vous attend !
( Essoufflée, les mains entachées à torrents de sang, la Puissance s'écrie avec démence )
Montrez-vous ! Où êtes-vous ? J'ai envie de marcher sur des cadavres avec aisance !
Livrez-moi obus, chars et drones de haute surveillance !
J'en ferai des cadeaux aux vieillards et la petite enfance.
Montrez-vous, j'vous dis ! Je suis la Suprématie auréolée de Démocratie.
( … )
Ne cherchez-pas Puissance ! Je suis nulle part et partout.
Qui êtes- vous ?
Je suis la Résistance, la Justice du Peuple, adoubée de la Volonté céleste qui aura raison de vous !

Texte et dessin : Omar HADDADOU Mars 2024

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Il faut sauver guignol du Champs de Mars

26 mars 2024, par Mustapha Saha — , ,
Après les bouquinistes des quais de Seine, préservés in extremis du désastre par une résistance opiniâtre et des indignations internationales, c'est au tour des activités (…)

Après les bouquinistes des quais de Seine, préservés in extremis du désastre par une résistance opiniâtre et des indignations internationales, c'est au tour des activités culturelles, ludiques, séculaires, d'être sommés de disparaître corps et biens par le lobbying olympique. Toute la vie parisienne est priée de céder la place à la surveillance algorithmique.

Julien Sommer, trente-huit, ans anime le guignol du Champ-de-Mars. Il exerce cette activité depuis l'adolescence aux côtés de Luigi Tirelli, marionnettiste pendant soixante ans, disparu en 2018 à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Il doit impérativement fermer son castelet. Son contrat est autoritairement rompu. Sans aucune indemnisation. En tant que gérant de théâtre, il ne peut même pas prétendre au chômage. La tyrannie municipale sévit tous azimuts. Les balançoires, les voitures à pédales, les manèges sont soumis au nettoyage par le vide. Place aux boutiques commercialisant des gadgets olympiques.

Le théâtre du Champ-de-Mars, dédié aux marionnettes gaine, est construit en 1902 dans le style Second Empire. Guignol, créé au début du dix-neuvième siècle par Laurent Mourguet (1769-1844), ouvrier dans une fabrique de soie, un canut, parle lyonnais. Sa truculence retient l'attention. Il porte une jaquette couleur marron et un chapeau de cuir plat. Ses cheveux son coupés en catogan. La natte est réunie sur la nuque par un nœud. Il défend les petites gens. Il dénonce les injustices. Il est accompagné de son épouse Madelon, vêtue tantôt en robe camisole de lainage fleuri, tantôt en tablier avec un fichu blanc sur les épaules. Elle est surnommée Mère-la-grogne. Gnafron, joyeux buveur de Beaujolais est le contradicteur complice. Une vingtaine des pièces de Laurent Mourguet sont recueillies et publiées en 1865 sous le titre de Théâtre lyonnais de Guignol par un magistrat, Jean-Baptiste Onofrio (1814-1892). Ces compositions d'origine s'intitulent Les Couverts volés, le pot de confiture, Les Frères Coq, Le Portrait de l'Oncle, Le Duel, Le Marchand de veaux, Le Dentiste, Le Marchand de picarlats, Les Valets à la porte, Le Déménagement, Le Testament, Le Marchands d'aiguilles, Les Voleurs volés, Tu chanteras, tu ne chanteras pas, L'Enrôlement, La Racine merveilleuse, Le Château mystérieux, Les Conscrits de 1809, Ma Porte d'allée, Les Souterrains du vieux château. Théâtre lyonnais de Guignol, recueil Onofrio, réédition récente Jeanne Laffitte, 1999.

Chaque spectacle de Guignol auquel j'assiste depuis l'enfance est une cure de désintoxication, une purification des pollutions mentales. Le castelet est une boîte magique. Les personnages surgissent et disparaissent par enchantement. Ils sortent du vide. Ils rentrent dans le vide. Ils s'engloutissent dans les entrailles de la terre, insaisissables, insondables, irrécupérables. Ils ne laissent que leur empreinte indocile, transgressive, subversive. Toutes les espiègleries, les bouffonneries, les pitreries, les diableries, les démoneries sont permises au nez et à la barbe des ploutocrates. Guignol a beau être persécuté, censuré, prohibé sous différents régimes, il est immortel. Le Second Empire tente en vain de l'ensevelir. Des plumes alertes, Victor Vuillerme-Dunand (1810-1876), Joanny Durafour (1853-1938), Gaston Baty (1885-1952), Albert Chanay (1874-1942), Pierre Neichthauser (1873-1953), Ernest Neichthauser (1876-1969) le ressuscitent, l'éternisent.

Paris. Vendredi, 8 mars 2024. Un titre saute à mes yeux chez un bouquiniste, Guignol philosophe de F. Vérax, publié à Lons-le-Saunier par l'imprimerie Julien Payet & Co en 1877. Un opus conservateur de trente pages. Je le lis d'une traite. Dialogue entre Guignol et son ami Gnafron. Le procédé contestataire est récupère par la bourgeoisie. Les manipulations de la presse sont toujours d'actualité. Plus un journal est argutieux, licencieux, scandaleux, plus il fait de bonnes affaires. « A peine arrive un fait tant soit peu scabreux, aussitôt le journal de la localité donne un coup de tam-tam. A ce signal, tous les journaux proclament cet acte avec de grosses caisses. Et le fait brodé, commenté, exagéré fait le tour du pays. Il est difficile de ne pas se laisser attraper par les artifices d'une certaine presse. Elle sait si bien jeter de la poudre aux yeux. Elle sait si bien flatter les mauvais instincts qui germent dans les esprits. Le plus grand nombre des lecteurs ne retirent que le bénéfice du corbeau. Impossible de réformer l'opinion publique, égarée, obscurcie par tant de nuages, de mensonges, de sophismes qui s'élèvent de cet abîme qu'on appelle la presse ». Que dire des réseaux sociaux où les fake news façonnent effrontément les jugements ?

Beaucoup de bouquinistes proposent, avant tout, des reproductions de la Tour Eiffel, en affiches, en magnettes, en casquettes, en porte-clefs, en tasses de café. Les amoureux des livres se font rares ; Les boutiques de souvenirs made in China supplantent les enseignes historiques. La Tour Eiffel, ultime survivance de la mythologie parisienne, s'enferme dans une clôture de verre. Militaires de l'opération Sentinelle et vigiles armés aux portiques. Files d'attente interminables. Fouilles des sacs et des corps. Dans La Vie Errante, 1890, Guy Maupassant ouvre déjà son premier chapitre sur ce constat amer : « Je quitte Paris, et même la France, parce que la Tour Eiffel m'ennuie trop. Non seulement on la voit de partout, mais on la trouve partout, faite de toutes les matières, exposée dans toutes les vitrines, cauchemar inévitable. Peu importe la Tour Eiffel. Elle n'est que le phare d'une kermesse internationale. La puissante émotion de l'art est éteinte. S'éveillent des esprits d'un tout autre ordre, inventeurs de machines de toute sorte, des appareils surprenants, des combinaisons stupéfiantes de substances. Les conceptions idéales, les sciences pures, désintéressées, sont désormais interdites. L'imagination paraît de plus en plus excitable par l'envie de spéculation. Le génie d'un Isaac Newton capable d'un bond de la pensée d'aller de la chute d'une pomme à la grande loi régissant le monde, semble né d'un germe plus divin que l'inspiration pragmatique du fabricant américain de sonnettes, de porte-voix, de projecteurs ».

A Tour Eiffel claquemurée, encagée, cadenassée. La crise se banalise, se commercialise, se rentabilise. Les innombrables entreprises de sécurité laminent le service public. La pensée n'est plus un recours pour sortir de l'impasse.

La technocratie verrouille les issues. Les références se dévalorisent. Les repères se volatilisent. La municipalité gère les risques, l'improbable possible, l'invraisemblable admissible, l'absurde. Les décisions s'oxymorisent. La crise covidaire enracine définitivement la peur dans les cerveaux La peur de disparaître sans préavis. Peur de l'inconnaissable, de l'indéterminable, de l'indéchiffrable. Le viralisme ne laisse aucune alternative, aucune perspective. Les survivants se perçoivent comme des miraculés. La peur se met cyniquement, sournoisement en scène, s'orchestre politiquement. Les crédulités désespèrent. Les charlatanismes prospèrent. Les citadins fantomatiques, masqués, étourdis, hallucinés tâtonnent dans le brouillard. La mort, occultée de mille manières, met chacun devant son miroir. Le Champ-de-Mars, phagocyté par le Grand Palais Éphémère, n'est plus une promenade. Les artistes, les poètes, les philosophes, les lecteurs, les rêveurs le désertent. Les monuments inamovibles s'investissent pêle-mêle de commémoratisme, de festivisme, de donquichottisme. Tout et son contraire.

Le Champ-de-Mars n'est plus ce qu'il était. Jusqu'au dix-huitième siècle, le terrain est consacré aux cultures maraichères, avant de devenir un champ de manœuvre dépendant de l'Ecole militaire. Pendant la Révolution française, le parc rebaptisé Champ-de-la-Fédération puis Champ-de-la-Réunion, attire les fêtes populaires. Le massacre du 17 juillet 1991, ordonné par le Maire de Paris Jean Sylvain Bailly, lui-même guillotiné deux ans plus tard, assombrit l'histoire de la plaine paisible. Le 8 juin 1794, 20 prairial an II, Jacques-Louis David célèbre la fête de l'Être suprême. Il plante l'arbre de la liberté, symbole du consensus révolutionnaire. Maximilien de Robespierre préside la cérémonie. La première fête de l'Olympiade de la Révolution s'organise le 22 septembre 1796, avec des courses à pied, des luttes, des compétitions de chevaux, de chars. Le site accueille plusieurs expositions universelles en 1867, 1878, 1889, 1900, 1937. Le jeudi 8 avril 1971, l'artiste peintre marocain meurt, à l'âge de quarante-et-un-ans, dans l'anonymat total, sur un banc du Champ-de-Mars. Il laisse plusieurs dessins prémonitoires représentant une Tour Eiffel renversée. Peut-on encore parler de vie parisienne ?. La cancel culture s'officialise. L'ostracisation se généralise. La mémoire se lessive à coup de marketing ravageur.

Mustapha Saha
Sociologue

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Marx, le communisme et la décroissance

26 mars 2024, par Daniel Tanuro — ,
Kohei Saito remet le couvert Dans « Marx's ecosocialism. An unfinished critique of the political economy », le marxologue japonais montrait comment le Marx de la maturité, (…)

Kohei Saito remet le couvert

Dans « Marx's ecosocialism. An unfinished critique of the political economy », le marxologue japonais montrait comment le Marx de la maturité, conscientisé à l'impasse écologique capitaliste par les travaux de Liebig et de Frass, avait rompu avec le productivisme [1]. Son nouvel ouvrage, « Marx in the Anthropocene. Towards the Idea of Degrowth communism », prolonge la réflexion. [2] Ce livre est remarquable et utile en particulier sur quatre points : la nature de classe, foncièrement destructive, des forces productives capitalistes ; la supériorité sociale et écologique des sociétés (dites) « primitives », sans classes ; le débat sur nature et culture avec Bruno Latour et Jason Moore, notamment ; la grosse erreur, enfin, des « accélérationnistes » qui se réclament de Marx pour nier l'impérieuse nécessité d'une décroissance. Ces quatre points sont d'une importance politique majeure aujourd'hui, non seulement pour les marxistes soucieux d'être à la hauteur du défi écosocial lancé par la crise systémique du capitalisme, mais aussi pour les activistes écologiques. Le livre a les mêmes qualités que le précédent : il est érudit, bien construit, subtil et éclairant dans la présentation de l'évolution intellectuelle de Marx après 1868. Il a malheureusement aussi le même défaut : il présente pour acquis ce qui n'est qu'hypothèse. Une fois encore, Saito force le trait à vouloir trouver chez Marx la parfaite anticipation théorique des combats d'aujourd'hui. [3]

Au commencement était la « faille métabolique"

La première partie de « Marx in the Anthropocene » approfondit l'exploration du concept marxien de « faille métabolique » (« hiatus métabolique » dans la version française du Capital). [4] Saito se place ici dans le sillage de John B. Foster et de Paul Burkett, qui ont montré l'immense importance de cette notion. [5] Saito enrichit le propos en mettant en évidence trois manifestations du phénomène - perturbation des processus naturels, faille spatiale, hiatus entre les temporalités de la nature et du capital - auxquelles correspondent trois stratégies capitalistes d'évitement - les pseudo-solutions technologiques, la délocalisation des catastrophes dans les pays dominés, et le report de leurs conséquences sur les générations futures (p.29 et sq.).

Le chapitre 1 se penche plus particulièrement sur la contribution au débat du marxiste hongrois István Mészáros, que Saito estime décisive dans la réappropriation du concept de métabolisme à la fin du 20e siècle. Le chapitre 2 est focalisé sur la responsabilité d'Engels qui, en éditant les Livres II et III du Capital, aurait diffusé une définition du « hiatus métabolique » tronquée, sensiblement différente de celle de Marx. Pour Saito, ce glissement, loin d'être fortuit, traduirait une divergence entre la vision écologique d'Engels - limitée à la crainte des « revanches de la nature » - et celle de Marx - centrée sur la nécessaire « gestion rationnelle du métabolisme » par la réduction du temps de travail. Le chapitre 3, tout en rappelant les ambiguïtés de György Lukács, rend hommage à sa vision du développement historique du métabolisme humain-nature à la fois comme continuité et comme rupture. Pour Saito, cette dialectique, inspirée de Hegel (« identité entre l'identité et la non-identité ») est indispensable pour se différencier à la fois du dualisme cartésien - qui exagère la discontinuité entre nature et société - et du constructivisme social - qui exagère la continuité (l'identité) entre ces deux pôles et ne peut, du coup, « révéler le caractère unique de la manière capitaliste d'organiser le métabolisme humain avec l'environnement » (p. 91).

Dualisme, constructivisme et dialectique

La deuxième partie de l'ouvrage jette un regard très (trop ?) critique sur d'autres écologies d'inspiration marxiste. Saito se démarque de David Harvey dont il épingle la « réaction négative surprenante face au tournant écologique dans le marxisme ». De fait, « Marx in the Anthropocene » rapporte quelques citations « surprenantes » du géographe étasunien : Harvey semble convaincu de « la capacité du capital à transformer toute limite naturelle en barrière surmontable » ; il confesse que « l'invocation des limites et de la rareté écologique (…) (le) rend aussi nerveux politiquement que soupçonneux théoriquement » ; « les politiques socialistes basées sur l'idée qu'une catastrophe environnementale est imminente » seraient pour lui « un signe de faiblesse ». Géographe comme Harvey, Neil Smith « montrerait la même hésitation face à l'environnementalisme », qu'il qualifie de « apocalypsisme ». Smith est connu pour sa théorie de « la production sociale de nature ». Saito la récuse en estimant qu'elle incite à nier l'existence de la nature comme entité autonome, indépendante des humains : c'est ce qu'il déduit de l'affirmation de Smith que « la nature n'est rien si elle n'est pas sociale » (p. 111). D'une manière générale, Saito traque les conceptions constructivistes en posant que « la nature est une présupposition objective de la production ». Il ne fait aucun doute que cette vision était aussi celle de Marx. Le fait incontestable que l'humanité fait partie de la nature ne signifie ni que tout ce qu'elle fait serait dicté par sa « nature », ni que tout ce que la nature fait serait construit par « la société ».

Destruction écologique : les « actants » ou le profit ?

Dans le cadre de cette polémique, l'auteur consacre quelques pages très fortes à Jason Moore. Il admet que la notion de Capitalocène « marque une avancée par rapport au concept de ‘production sociale de nature' », car elle met l'accent sur les interactions humanité/environnement. Il reproche cependant à Moore d'épouser que les humains et les non-humains seraient des « actants » travaillant en réseau à produire un ensemble intriqué - « hybride » comme dit Bruno Latour. C'est un point important. En effet, Moore estime que distinguer une « faille métabolique » au sein de l'ensemble-réseau est un contresens, le produit d'une vision dualiste. Or, la notion de « métabolisme » désigne la manière dont les organes différents d'un même organisme contribuent spécifiquement au fonctionnement du tout. Elle est donc aux antipodes du dualisme (comme du monisme d'ailleurs) et on en revient à la formule de Hegel : il y a « identité de l'identité et de la non-identité ». « Marx in the Anthropocene » s'attaque aussi aux thèses de Moore par un autre biais - celui du travail. Pour Moore, en effet, le capitalisme est mû par l'obsession de la « Cheap Nature » (nature bon marché) qui englobe selon lui la force de travail, l'énergie, les biens alimentaires et les matières premières. Moore se réclame de Marx, mais il est clair que sa « Cheap nature » escamote le rôle exclusif du travail abstrait dans la création de (sur)valeur, ainsi que le rôle clé de la course à la survaleur dans la destruction écologique. Or, la valeur n'est pas un « actant hybride » parmi d'autres. Comme dit Saito, elle est « purement sociale » et c'est par son truchement que le capitalisme « domine les processus métaboliques de la nature » (pp. 121-122).

Il est clair en effet que c'est bien la course au profit qui creuse la faille métabolique, notamment en exigeant toujours plus d'énergie, de force de travail, de produits agricoles et de matières premières « bon marché ». De toutes les ressources naturelles que le capital transforme en marchandises, la force de travail « anthropique » est évidemment la seule capable de créer un indice aussi purement « anthropique » que la valeur abstraite. Comme le dit Saito : c'est « précisément parce que la nature existe indépendamment de et préalablement à toutes les catégories sociales, et continue à maintenir sa non-identité avec la logique de la valeur, (que) la maximisation du profit produit une série de disharmonies au sein du métabolisme naturel ». Par conséquent, la « faille n'est pas une métaphore, comme Moore le prétend. La faille existe bel et bien entre le métabolisme social des marchandises ainsi que de la monnaie, et le métabolisme universel de la nature » (ibid). « Ce n'est pas par dualisme cartésien que Marx a décrit d'une manière dualiste la faille entre le métabolisme social et le métabolisme naturel - de même que la faille entre le travail productif et le travail improductif. Il l'a fait consciemment, parce que les relations uniquement sociales du capitalisme exercent un pouvoir extranaturel (alien power) dans la réalité ; une analyse critique de cette puissance sociale requiert inévitablement de séparer le social et le naturel en tant que domaines d'investigation indépendants et d'analyser ensuite leur emboîtement. » (p. 123) Imparable. Il ne fait aucun doute, encore une fois, que cette vision de « l'emboîtement » du social dans l'environnemental était celle de Marx.

Accélérationnisme vs. anti-productivisme

Le chapitre 5 polémique avec une autre variété de marxistes : les « accélérationnistes de gauche ». Selon ces auteurs, les défis écologiques ne peuvent être relevés qu'en démultipliant le développement technologique, l'automation, etc. Cette stratégie, pour eux, est conforme au projet marxien : il faut abattre les entraves capitalistes à la croissance des forces productives pour possibiliser une société de l'abondance. Cette partie de l'ouvrage est particulièrement intéressante car elle éclaire la rupture avec le productivisme et le prométhéisme des années de jeunesse. La rupture n'est probablement pas aussi nette que Saito le prétend [6] , mais il y a incontestablement un tournant. Dans Le Manifeste communiste, Marx et Engels expliquent que le prolétariat doit « prendre le pouvoir pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, centraliser tous les moyens de production aux mains de l'Etat et augmenter au plus vite la quantité des forces productives ». [7] Il est frappant que la perspective de ce texte est résolument étatiste et que les forces productives y sont considérées comme neutres socialement ; elles forment un ensemble de choses qui doit changer de mains (être « arraché petit à petit à la bourgeoisie ») pour grandir quantitativement.

Les accélérationistes sont-ils pour autant fondés à se réclamer de Marx ? Non, car Marx a abandonné la conception exposée dans le Manifeste. Kohei Saito attire l'attention sur le fait que son oeuvre majeure, Le Capital, ne traite plus des « forces productives » en général (anhistoriques), mais de forces productives historiquement déterminées - les forces productives capitalistes. Le long chapitre XV du Livre 1 (« Machinisme et grande industrie ») décortique les effets destructeurs de ces forces, à la fois sur le plan social et sur le plan environnemental. On pourrait ajouter ceci : il n'est pas fortuit que ce soit précisément ce chapitre qui s'achève sur la phrase suivante, digne d'un manifeste écosocialiste moderne : « La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production sociale qu'en épuisant en même temps les deux sources d'où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur ». [8] Il n'est plus question ici de neutralité des technologies. Le capital n'est plus saisi comme une chose mais comme un rapport social d'exploitation et de destruction, qui doit être détruit (« négation de la négation »). Notons que Marx, après la Commune de Paris, précisera que rompre avec le productivisme nécessite aussi de rompre avec l'étatisme.

Il est étonnant que Kohei Saito ne rappelle pas la phrase du Manifeste citée ci-dessus, où le prolétariat est exhorté à prendre le pouvoir pour « augmenter au plus vite la quantité des forces productives ». Cela aurait donné plus de relief encore à sa mise en évidence du changement ultérieur. Mais peu importe : le fait est que le tournant est réel et débouche au Livre III du Capital sur une magnifique perspective de révolution en permanence, résolument anti-productiviste et anti-technocratique : « La seule liberté possible est que l'homme social, les producteurs associés règlent rationnellement leur métabolisme avec la nature et qu'ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de force, dans les conditions les plus dignes de la nature humaine. La condition essentielle de cet épanouissement est la réduction de la journée de travail. » [9] L'évolution est nette. Le paradigme de l'émancipation humaine a changé : il ne consiste plus en la croissance des forces productives mais en la gestion rationnelle des échanges avec la nature et entre les humains.

Subsomption formelle et subsomption réelle du travail

Les pages les plus riches de « Marx in the Anhropocene », à mon avis, sont celles où Saito montre que le nouveau paradigme marxien de l'émancipation résulte d'un ample effort de critique des formes successives que le capital a imposées au travail. Bien qu'elle fasse partie des travaux préparatoires au Capital, cette critique ne sera publiée que plus tard (« Manuscrits économiques de 1861-1863 »). Sa clé de voûte est l'importante notion de subsomption du travail au capital. Insistons-y en passant : la subsomption est plus que de la soumission : subsumer implique intégrer ce qui est soumis à ce qui soumet. Le capital subsume le salariat puisqu'il intègre la force de travail comme capital variable. Mais, pour Marx, il y a subsomption et subsomption : le passage de la manufacture au machinisme et à la grande industrie implique le passage de la « subsomption formelle » à la « subsomption réelle ». La première signifie simplement que le capital prend le contrôle du procès de travail qui existait auparavant, sans apporter de changement ni à son organisation ni à son caractère technologique. La seconde s'installe à partir du moment où le capital révolutionne complètement et sans arrêt le procès de production - non seulement sur le plan technologique mais aussi sur le plan de la coopération - c'est-à-dire des relations productives entre travailleurs.euses et entre travailleurs.euses et capitalistes. Se crée ainsi un mode de production spécifique, sans précédent, entièrement adapté aux impératifs de l'accumulation du capital. Un mode dans lequel, contrairement au précédent, « le commandement par le capitaliste devient indispensable à la réalisation du procès de travail lui-même » (p. 148).

Saito n'est pas le premier à pointer le caractère de classe des technologies. Daniel Bensaïd soulignait la nécessité que « les forces productives elles-mêmes soient soumises à un examen critique ». [10] Michaël Löwy défend qu'il ne suffit pas de détruire l'appareil d'Etat bourgeois - l'appareil productif capitaliste aussi doit être démantelé. [11] Cependant, on saura gré à Saito de coller au plus près du texte de Marx pour résumer les implications en cascade de la subsomption réelle du travail : celle-ci « augmente considérablement la dépendance des travailleurs vis-à-vis du capital » ; « les conditions objectives pour que les travailleurs réalisent leurs capacités leur apparaissent de plus en plus comme une puissance étrangère, indépendante » ; « du fait que le capital en tant que travail objectivé - moyens de production - emploie du travail vivant, la relation du sujet et de l'objet est inversée dans le processus de travail » ; « le travail étant incarné dans le capital, le rôle du travailleur est réduit à celui de simple porteur de la chose réifiée -les moyens de préserver et de valoriser le capital à côté des machines - tandis que la chose réifiée acquiert l'apparence de la subjectivité, puissance étrangère qui contrôle le comportement et la volonté de la personne » ; « l'augmentation des forces productives étant possible seulement à l'initiative du capital et sous sa responsabilité, les nouvelles forces productives du travail social n'apparaissent pas comme les forces productives des travailleurs eux-mêmes mais comme les forces productives du capital » ; « le travail vivant devient (ainsi) un pouvoir du capital, tout développement des forces productives du travail est un développement des forces productives du capital ». Deux conclusions non productivistes et non technocratiques s'imposent alors avec force : 1°) « le développement des forces productives sous le capitalisme ne fait qu'augmenter le pouvoir extérieur du capital en dépouillant les travailleurs de leurs compétences subjectives, de leur savoir et de leur vision, il n'ouvre donc pas automatiquement la possibilité d'un avenir radieux » ; 2°) le concept marxien de forces productives est plus large que celui de forces productives capitalistes - il inclut des capacités humaines telles que les compétences, l'autonomie, la liberté et l'indépendance et est donc à la fois quantitatif et qualitatif » (p. 149-150).

Quel matérialisme historique ? Quelle abondance ?

Ces développements amènent Kohei Saito à réinterroger le matérialisme historique. On sait que la Préface à la critique de l'économie politique contient le seul résumé que Marx ait fait de sa théorie. On y lit ceci : « A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors. De formes de développement des forces productives qu'ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une période de révolution sociale ». [12] Il semble clair que Marx ne pouvait plus adhérer littéralement à cette formulation - et encore moins à celle du Manifeste sur l'augmentation quantitative des forces productives - dès lors que son analyse l'amenait à conclure que le développement des dites forces renforce l'emprise du capital et mutile l'agentivité de celleux qu'il exploite. Comme le dit Saito : « On ne peut plus assumer qu'une révolution socialiste pourrait simplement remplacer les relations de production par d'autres une fois atteint un certain niveau de forces productives. Puisque les forces productives du capital engendrées par la subsomption réelle sont matérialisées et cristallisées dans le mode capitaliste de production, elles disparaissent en même temps que le mode de production ». Transférer la propriété du capital à l'Etat ne changerait pas le problème : les forces productives restant inchangées, 1°) les tâches de conception devraient être assurées par une « classe bureaucratique », 2°) la destruction écologique continuerait. L'auteur en conclut que « la subsumption réelle pose un problème difficile de ‘gestion socialiste libre'. La vision traditionnelle du matérialisme historique, synthétisée dans la Préface, n'indique aucune piste de solution » et « Marx n'a pas été à même d'apporter une réponse définitive à ces questions, même dans Le Capital, de sorte que nous devons aller au-delà » (pp. 157-158).

« Aller au-delà » est ce qui est proposé dans la troisième partie de son ouvrage, et c'est elle qui soulève le plus de polémiques. La question de départ est simple : si l'émancipation ne passe pas par la libre croissance des forces productives, donc par ce que Daniel Bensaid appelait le « joker de l'abondance » [13] par où pourrait-elle passer ? Par « la réduction d'échelle et le ralentissement de la production », répond Saito (p. 166). Pour l'auteur, en substance, l'abondance doit s'entendre non comme pléthore de biens matériels privés - sur le modèle à la fois consumériste et excluant de l'accumulation de marchandises accessibles uniquement à la seule demande solvable - mais comme profusion de richesses sociales et naturelles communes. Sans cela, « l'option restante devient le contrôle bureaucratique de la production sociale, qui a causé l'échec de la voie soviétique » (p. 166).

Décroissance, économie stationnaire et transition

« Marx in the Anthropocene » entend donc plaider pour un « communisme de la décroissance », profondément égalitaire, axé sur la satisfaction des besoins réels. Selon Saito, ce communisme était celui des communautés dites « archaïques », dont certains traits ont subsisté longtemps sous des formes plus ou moins dégradées dans des systèmes agraires basés sur la propriété collective de la terre, en Russie notamment. Pour le Marx de la maturité, il s'agit de beaucoup plus que des survivances d'un passé révolu : ces communautés indiquent qu'après avoir « exproprié les expropriateurs », la société, pour abolir toute domination, devra progresser vers une forme plus élevée de la communauté « archaïque ». J'adhère pleinement à cette perspective, mais avec un bémol : Saito force gravement le trait en prétendant que « 14 années d'étude sérieuse des sciences naturelles et des sociétés précapitalistes » auraient amené Marx en 1881 à avancer « son idée du communisme décroissant » (p. 242) Cette affirmation est excessive. Prise littéralement, elle ne repose sur aucun document connu. Du coup, pour qu'elle ait malgré tout une once de plausibilité (et encore : à condition de la formuler comme une hypothèse, pas comme une certitude !) Saito est obligé de recourir à une succession d'amalgames : faire comme si la critique radicale de l'accumulation capitaliste par Marx était la même chose que l'économie stationnaire, comme si les communautés « archaïques » étaient stationnaires, et comme si l'économie stationnaire était la même chose que la décroissance. Cela fait beaucoup de « si », néglige des différences essentielles… et ne nous fait pas avancer dans le débat sur les enjeux de la décroissance au sens où elle se discute aujourd'hui entre anticapitalistes, c'est-à-dire au sens littéral de la réduction de la production imposée objectivement par la contrainte climatique. Voyons cela de plus près.

Laissons le PIB de côté et considérons uniquement la production matérielle : une société post-capitaliste dans un pays très pauvre romprait avec la croissance capitaliste mais devrait accroître la production pendant une certaine période pour répondre à l'énorme masse de besoins réels insatisfaits ; une économie stationnaire utiliserait chaque année la même quantité de ressources naturelles pour produire la même quantité de valeurs d'usage avec les mêmes forces productives ; quant à une économie décroissante, elle réduirait les prélèvements et la production. En mettant un signe d'égalité entre ces formes, Kohei Saito entretient une confusion regrettable. « Il devrait maintenant être clair, écrit-il, que le socialisme promeut une transition sociale vers une économie de décroissance » (p.242). C'est fort mal formulé, car la décroissance n'est pas un projet de société, juste une contrainte qui pèse sur la transition. Une « économie de décroissance », en tant que telle, cela ne veut rien dire. Certaines productions doivent croître et d'autres décroître au sein d‘une enveloppe globale décroissante. Pour coller au diagnostic scientifique sur le basculement climatique, il faut dire à peu près ceci : planifier démocratiquement une décroissance juste est le seul moyen de transiter rationnellement vers l'écosocialisme. En effet, étant donné qu'un nouveau système énergétique 100% renouvelables doit forcément être construit avec l'énergie du système actuel (qui est fossile à 80%, donc source de CO2), il n'y a en gros que deux stratégies possibles pour supprimer les émissions : soit on réduit radicalement la consommation finale d'énergie (ce qui implique de produire et transporter globalement moins) en prenant des mesures anticapitalistes fortes (contre les 10%, et surtout le 1% le plus riche) ; soit on mise sur la compensation carbone et sur le déploiement massif à l'avenir d'hypothétiques technologies de capture-séquestration du carbone, de capture-utilisation ou de géoingénierie, c'est-à-dire sur des solutions d'apprentis-sorciers entraînant encore plus de dépossessions, d'inégalités sociales et de destructions écologiques. Nous proposons l'expression « décroissance juste » comme axe stratégique des marxistes antiproductivistes d'aujourd'hui. Faire de la décroissance un synonyme de l'économie stationnaire n'est pas une option car cela équivaut à baisser le volume de l'alarme incendie.

La commune rurale russe, la révolution et l'écologie

La perspective d'une décroissance juste doit beaucoup à l'énorme travail pionnier de Marx, mais il n'y a pas de sens à affirmer qu'il en est le concepteur, car Marx n'a jamais plaidé explicitement pour une diminution nette de la production. Pour en faire le père du « communisme décroissant », Saito se base quasi exclusivement sur un texte célèbre et d'une importance exceptionnelle : la lettre à Vera Zasoulitch. [14] En 1881, la populiste russe avait demandé à Marx, par courrier, son avis sur la possibilité, en Russie, de s'appuyer sur la commune paysanne pour construire le socialisme directement - sans passer par le capitalisme. La traduction russe du Capital avait déclenché un débat sur cette question parmi les opposants au tsarisme. Marx rédigea trois brouillons de réponse. Ils attestent sa rupture profonde avec la vision linéaire du développement historique, donc aussi avec l'idée que les pays capitalistes les plus avancés seraient les plus proches du socialisme. A ce sujet, la dernière phrase est claire comme de l'eau de roche : « Si la révolution se fait en temps opportun, si elle concentre toutes ses forces pour assurer l'essor libre de la commune rurale, celle-ci se développera bientôt comme un élément régénérateur de la société russe et comme élément de supériorité sur les pays asservis par le régime capitaliste ».

Pour Saito, ce texte signifie que la dégradation capitaliste de l'environnement avait conduit Marx, après 1868, à « abandonner son schéma de matérialisme historique antérieur. Ce ne fut pas une tâche aisée pour lui, dit-il. Sa vision du monde était en crise. En ce sens, (ses) recherches intensives au cours de ses dernières années (sur les sciences naturelles et les sociétés précapitalistes, D.T.) étaient une tentative désespérée de reconsidérer et de reformuler sa conception matérialiste de l'histoire à partir d'une perspective entièrement nouvelle, découlant d'une conception radicalement nouvelle de la société alternative » (p. 173). « Quatorze années de recherches » avaient amené Marx « à conclure que la soutenabilité et l'égalité basées sur une économie stationnaire sont la source de la capacité (power) de résistance au capitalisme ». Il aurait donc saisi « l'opportunité de formuler une nouvelle forme de régulation rationnelle du métabolisme humain avec la nature en Europe occidentale et aux Etats-Unis » : « l'économie stationnaire et circulaire sans croissance économique, qu'il avait rejetée auparavant comme stabilité régressive des sociétés primitives sans histoire » (pp. 206-207).

Que penser de cette reconstruction du cheminement de la pensée marxienne à la sauce écolo ? Le narratif a beaucoup pour plaire dans certains milieux, c'est évident. Mais pourquoi Marx a-t-il attendu 1881 pour s'exprimer sur ce point clé ? Pourquoi l'a-t-il fait seulement à la faveur d'une lettre ? Pourquoi cette lettre a-t-elle demandé trois brouillons successifs ? Si vraiment Marx avait commencé à « réviser son schéma théorique en 1860 par suite de la dégradation écologique » (p.204), et si vraiment le concept de faille métabolique avait servi de « médiation » dans ses efforts de rupture avec l'eurocentrisme et le productivisme (p. 200), comment expliquer que la supériorité écologique de la commune rurale ne soit pas évoquée une seule fois dans la réponse à Zasoulitch ? Last but not least : si on peut ne pas exclure que la dernière phrase de cette réponse projette la vision d'une économie post-capitaliste stationnaire pour l'Europe occidentale et les Etats-Unis, ce n'est pas le cas pour la Russie ; Marx insiste fortement sur le fait que c'est seulement en bénéficiant du niveau de développement des pays capitalistes développés que le socialisme en Russie pourra « assurer le libre essor de la commune rurale ». Au final, l'intervention de Marx dans le débat russe semble découler bien plus de son admiration pour la supériorité des rapports sociaux dans les sociétés « archaïques » [15] et de son engagement militant pour l'internationalisation de la révolution que de la centralité de la crise écologique et de l'idée du « communisme décroissant ».

« Offrir quelque chose de positif »

L'affirmation catégorique que Marx aurait inventé ce « communisme décroissant » pour réparer la « faille métabolique » est à ce point excessive qu'on se demande pourquoi Kohei Saito la formule en conclusion d'un ouvrage qui comporte tant d'excellentes choses. La réponse est donnée dans les premières pages du chapitre 6. Face à l'urgence écologique, l'auteur pose la nécessité d'une réponse anticapitaliste, juge que les interprétations productivistes du marxisme sont « intenables », constate que le matérialisme historique est « impopulaire aujourd'hui » parmi les environnementalistes, et estime que c'est dommage (a pity) car ceux-ci ont « un intérêt commun à critiquer l'insatiable désir d'accumulation du capital, même si c'est à partir de points de vue différents » (p. 172). Pour Saito, les travaux qui montrent que Marx s'est détourné des conceptions linéaires du progrès historique, ou s'est intéressé à l'écologie, « ne suffisent pas à démontrer pourquoi des non-marxistes, aujourd'hui, doivent encore prêter attention à l'intérêt de Marx pour l'écologie. Il faut « prendre en compte à la fois les problèmes de l'eurocentrisme et du productivisme pour qu'une interprétation complètement nouvelle du Marx de la maturité devienne convaincante » (p. 199). « Les chercheurs doivent offrir ici quelque chose de positif », « élaborer sur sa vision positive de la société post-capitaliste » (p. 173). Est-ce donc pour donner de façon convaincante cette interprétation « complètement nouvelle » que Saito décrit un Marx fondant successivement et à quelques années de distance « l'écosocialisme » puis le « communisme de la décroissance » ? Il me semble plus proche de la vérité, et par conséquent plus convaincant, de considérer que Marx n'était ni écosocialiste ni décroissant au sens contemporain de ces termes. , Cela n'enlève rien au fait que sa critique pénétrante du productivisme capitaliste et son concept de « hiatus métabolique » sont décisifs pour saisir l'urgente nécessité actuelle d'une « décroissance juste ».

Vouloir à toute force faire entrer la décroissance dans la pensée de Marx est anachronique. Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire. Certes, on ne peut pas défendre la décroissance juste et maintenir en parallèle la version productiviste quantitativiste du matérialisme historique. Par contre, la décroissance juste s'intègre sans difficulté à un matérialisme historique qui considère les forces productives dans leurs dimensions quantitatives et qualitatives. Quoiqu'il en soit, nous n'avons pas besoin de la caution de Marx, ni pour admettre la nécessité d'une décroissance juste, ni plus généralement pour élargir et approfondir sa « critique inachevée de l'économie politique ».

Le problème de l'apologie

On peut se demander l'utilité d'une critique des exagérations de Saito. On peut dire : l'essentiel est que « (ce) livre fournit une alimentation utile aux socialistes et aux activistes environnementaux, indépendamment des avis (ou de l'intérêt même d'avoir un avis) sur la question de savoir si Marx était vraiment un communiste décroissant ou pas » [16]. C'est l'essentiel, en effet, et il faut le répéter : « Marx in the Anthropocene » est un ouvrage excellent, notamment parce que ses développement sur les quatre points mentionnés en introduction de cet article sont d'une actualité et d'une importance majeure. Pour autant, le débat sur ce que Marx a dit ou pas n'est pas à sous-estimer car il porte sur la méthodologie à pratiquer dans l'élaboration des outils intellectuels nécessaires à la lutte écosocialiste. Or, cette question-là concerne aussi les activistes non-marxistes.

La méthode de Kohei Saito présente un défaut : elle est apologétique. Ce trait était déjà perceptible dans « Marx's ecosocialism » : alors que le sous-titre de l'ouvrage pointait la « critique inachevée de l'économie politique », l'auteur consacrait paradoxalement tout un chapitre à faire comme si Marx, après Le Capital, avait développé un projet écosocialiste complet. « Marx in the Anthropocene » suit le même chemin, mais de façon encore plus nette. Pris ensemble, les deux ouvrages donnent l'impression que Marx, dans les années 70, aurait fini par considérer la perturbation du métabolisme humanité-nature comme la contradiction centrale du capitalisme, qu'il en aurait d'abord déduit un projet de croissance écosocialiste des forces productives, puis qu'il aurait abandonné celui-ci vers 1880-81 pour tracer une nouvelle voie : le « communisme décroissant ». J'ai tenté de montré que ce narratif est fort contestable.

Un des problèmes de l'apologie est de surestimer fortement l'importance des textes. Par exemple, Saito donne une importance disproportionnée à la modification par Engels du passage du Capital, Livre III, où Marx parle de la « faille métabolique ». La domination des interprétations productivistes du matérialisme historique au cours du 20e siècle ne s'explique pas avant tout par cette modification : elle découle principalement du réformisme des grandes organisations et de la subsomption du prolétariat au capital. Lutter contre cette situation, articuler les résistances sociales pour mettre l'idéologie du progrès en crise au sein même du monde du travail est aujourd'hui la tâche stratégique majeure des écosocialistes. Les réponses sont à chercher dans les luttes et dans l'analyse des luttes beaucoup plus que dans les Notebooks de Marx.

Plus fondamentalement, l'apologie tend à flirter avec le dogmatisme. « Marx l'a dit » devient trop facilement le mantra qui empêche de voir et de penser en marxistes au sujet de ce que Marx n'a pas dit. Car il n'a évidemment pas tout dit. S'il est une leçon méthodologique à tirer de son oeuvre monumentale, c'est que la critique est fertile et que le dogme est stérile. La capacité de l'écosocialisme de relever les défis formidables de la catastrophe écologiques capitaliste dépendra non seulement de sa fidélité mais aussi de sa créativité et de sa capacité à rompre, y compris avec ses propres idées antérieures comme Marx le fit quand c'était nécessaire. Il ne s'agit pas seulement de polir soigneusement l'écologie de Marx mais aussi et surtout de la développer et de la radicaliser.`

Daniel Tanuro
Le 10 mars 2024
(à paraître dans « Actuel Marx »)

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[1] Marx's ecosocialism. An unfinished critique of the political economy. Trad. Française « La nature contre le capital. L'écologie de Marx dans sa critique inachevée du capital », Syllepse, 2021

[2] Marx in the Anthropocene. Towards the Idea of Degrowth Communism. Cambridge University Press, 2022.

[3] Voir mon article « Marx était-il écosocialiste ? Une réponse à Kohei Saito »,gaucheanticapitaliste.org

[4] Karl Marx, Le Capital, Livre III, Moscou, éditions du Progrès, 1984, Chapitre 47, p. 848

[5] Lire en particulier Paul Burkett, Marx and Nature. A Red and Green Perspective. Palgrave Macmillan, 1999. John Bellamy Foster, Marx's Ecology. Materialism and Nature, Monthly Review Press, 2000

[6] On lit déjà dans L'Idéologie allemande (1845-46) : « il arrive un stade dans le développement où naissent des forces productives et des moyens de circulation [...] qui ne sont plus des forces productives mais des forces destructrices (le machinisme et l'argent) ». Karl Marx et Friedrich Engels, L'Idéologie allemande, Éditions sociales, 1971, p. 68.

[7] Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, in Oeuvres choisies, ed. De Moscou, tome 1, p.130.

[8] Le Capital, Livre I, Garnier-Flammarion, 1969, p. 363.

[9] Le Capital, Livre III, ed. De Moscou, chapitre 48, p. 855.

[10] Daniel Bensaïd, Introduction critique à ‘l'Introduction au marxisme' d'Ernest Mandel, 2e édition, ed. Formation Lesoil, en ligne sur contretemps.eu

[11] Michael Löwy, Ecosocialisme. L'alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Mille et une nuits, 2011, p. 39

[12] Marx-Engels, Oeuvres choisies, Tome 1, p.525.

[13] D. Bensaïd, op. cit

[14] Marx et Engels, Oeuvres choisies, op. cit. tome 3, p. 156.

[15] Une opinion partagée par Engels : cf. notamment son admiration pour les Zoulous face aux Anglais, dans L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat.

[16] Diana O'Dwyer, « Was Marx a Degrowth Communist », https://rupture.ie

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