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Le sport et les jeux olympiques de Paris
Par souci de clarté et à l'invitation de Jean-Marie Brohm, nous avons parfois réécrit et précisé des éléments de réflexion en s'inspirant de formules qu'il emploie dans son ouvrage « Théorie critique du sport », Quel sport ?, 2017.
Propos recueillis par Gary Libot, journaliste au Chiffon.
30 décembre 2023 | tiré du site Le chiffon
https://www.lechiffon.fr/entretien-avec-jean-marie-brohm-presque-plus-personne-ne-critique-lideologie-et-la-pratique-sportive/
Le Chiffon – Quand le sport apparaît-il ? Est-il consubstantiel à l'activité physique humaine ?
Jean-Marie Brohm – Il y a deux réponses possibles. La première provient de l'idéologie sportive traditionnelle. Des auteurs très sérieux expliquent que depuis des temps immémoriaux l'homme est un sportif qui pratique la natation, la course, la lutte, la boxe, etc.
La seconde réponse cherche à distinguer plusieurs choses. D'une part, elle rappelle qu'il y a des « activités corporelles » constitutives de l'humain depuis son hominisation. C'est ce que le grand anthropologue Marcel Mauss va appeler les « techniques du corps ». C'est le fait de savoir marcher, sauter, courir, nager, faire l'amour, accoucher, etc. Ces techniques du corps sont en partie variables d'une culture à l'autre et peuvent être considérées comme des activités physiques.
D'autre part, il y a le « sport » proprement dit, c'est-à-dire l'institution de la compétition physique codifiée. On le voit apparaître dans l'Antiquité. Mais il y a une césure très nette entre le sport dit « antique » (Grec) qui était un acte cultuel et le sport dit « moderne ».
Globalement, le sport moderne commence à se forger vers 1750 en Angleterre, c'est-à-dire là où le capitalisme s'ébauche . Les premiers sports institués avec des fédérations, des règlements, des records, vont être le rugby, le football, l'athlétisme, l'équitation et le tennis.
Le sport s'organise autour de trois caractéristiques majeurs. Primo, la compétition systématique comme finalité. Secundo, l'entraînement régulier comme préparation à la compétition. Tertio, l'insertion dans une structure institutionnelle organisant et contrôlant l'activité sportive (fédérations, clubs, comités, etc.) selon des règles strictes (classes d'âge et de poids, licences, conditions d'accès aux épreuves, etc.). Mais les frontières entre activités physiques et pratiques sportives peuvent être perméables. En outre, il y a une tendance à la professionnalisation (via le salariat) des sportifs, c'est-à-dire leur transformation en capital. C'est ce qu'entament les premiers clubs anglais de football qui vont ensuite s'exporter en France, notamment au Havre.
En somme, je distinguerais les « techniques du corps » spécialisées de l'être humain – que l'éducation physique contemporaine permet de stimuler – et le sport proprement dit qui est éminemment lié au capitalisme.
Pouvez-vous revenir sur les fondamentaux de la critique du sport ?
Rentrons un peu plus dans le détail. Le sport s'est avant tout organisé autour de la compétition qui est chronométrage (dimension temporelle) et mesure au millimètre près (dimension spatiale). Il faut la distinguer de l'agôn grecque qui était une confrontation dans l'effort physique sans découpage mesuré des performances.
Le sport moderne commence en Angleterre avec la chronométrie. Soit dit en passant, c'est pour cela que nous avions pour épigraphe de la revue Chrono enrayé « Les chronomètres n'ont fait jusqu'ici que mesurer les efforts aliénés de l'humanité, il s'agit à présent de les briser ». Cette compétition implique la lutte contre soi (dépassement de soi), contre les concurrents (dépassement des limites, quête de l'exploit suprême) et contre la nature (maîtrise des éléments et des situations).
Chez les Grecs, ce cadre compétitif n'était pas clairement défini. Même s'il faut noter que l'on a très peu d'information sur le déroulé des Jeux olympiques antique qui sont supposés avoir commencé au VIIe siècle avec J.C. dans la ville d'Olympie. Au début du XXe siècle, Pierre de Coubertin a profité de ce flou pour le combler par son imagination, forgeant l'idéologie olympique. Mais il a créé une vision imaginaire et fantasmée d'Olympie et des Grecs1.
Puis, il y a la professionnalisation. Dans les années 1920, il y avait des débats pour savoir si un sportif amateur pouvait être un vrai sportif. Les réponses apportées par les Étasuniens, les Anglais, les Allemands ou les Français ont tendu à dire que non. Lorsque Juan Antonio Samaranch, ex-franquiste, prend les rênes du Comité international olympique en 1980, il dit en gros « l'amateurisme c'est terminé », alors les sportifs vont de plus en plus être des salariés rémunérés pour faire carrière. Ça, c'est la structure globale du sport.
Ensuite, il y a ce que j'ai appelé la « sportivisation » de la société. C'est-à-dire que toutes les activités physiques aujourd'hui sans exception ont tendance à être transformées en sport. Par exemple les balades à vélo, la course à pied, le badminton, le ping-pong, etc. tendent à passer sous la coupe de la compétition. De plus en plus souvent, lors d'un jeu il faut savoir qui est le meilleur.
Le sport a en définitive pour caractéristique de cliver à l'infini le corps social : pratiquants et non pratiquants, hommes et femmes, jeunes et vieux, valides et invalides, vainqueurs et perdants, dopés et non dopés, professionnels et amateurs, masse et élite, experts et débutants, etc.
Je tiens à ajouter qu'en plus de cela, le sport a trois piliers idéologiques. À savoir : « Quel est le meilleur sportif de tous les temps ? », et ce pour chaque discipline. C'est ce sur quoi spécule très bien le journal L'Équipe par exemple. Ensuite : « Jusqu'où pourront aller les records ? » (« Plus vite – Plus haut – Plus fort », comme le dit bien devise olympique). Enfin : « Le potentiel du corps humain est-il illimité ? ».
C'est sur ce dernier point que se greffe entre autre la pratique du dopage qui cherche à augmenter les potentialités biologiques, psychologiques, alimentaires, cardiaques, respiratoires de l'être humain. Aujourd'hui, le dopage se prolonge dans les discours sur le « post-humain » qui s'appuient sur la recherche scientifique et technologique pour poursuivre avec de nouveaux moyens (prothèses, biotechnologies, etc.) l'« amélioration » des performances physiques.
La Théorie critique du sport a pour but de rappeler que le sport, c'est avant tout cela. Et il faut notamment le faire comprendre aux professeurs d'éducation physique et sportive (EPS). J'ai essayé d'expliquer à mes collègues à l'École émancipée2 que l'éducation physique ce n'est pas le sport. Que le sport n'est pas un moyen privilégié d'éducation physique puisque précisément, il consiste à éviter la solidarité, à augmenter la violence de la compétition et le narcissisme égotique.
L'une des objections que l'on pourrait vous faire consisterait à dire que le sport n'est pas le problème en prenant l'exemple de la danse ou des échecs qui sont eux aussi soumis à la compétition et à la professionnalisation de la pratique. Cela est-il pour autant néfaste ? Peut-on dire que la danse et les échecs sont des sports ?
Là, il faut revenir à des questions fondamentales. Que produit un sportif ? Pas grand-chose, à part de la sueur et du spectacle. Alors, vous me direz que les danseurs ou les joueurs d'échec produisent aussi sueur et spectacle. Mais la différence essentielle, c'est que les danseurs sont au service d'une œuvre. Si l'on prend un danseur du Sacre du Printemps mis en scène par Maurice Béjart, par exemple, il participe à une œuvre immortelle.
En contre-point, que produit du point de vue esthétique et culturelle le sportif ? Presque rien. Ce dernier tend à être oublié rapidement après son apogée, englouti dans le renouvellement incessant des champions.
À ce moment-là, il faudrait distinguer sport et culture. Quels seraient les critères pour séparer l'un de l'autre ?
Le sport n'est pas une culture. C'est comme si l'on disait que la guerre, c'est une culture. Nous pourrions aussi dire cela après tout ! Qu'il y a une « culture guerrière », une « culture militaire ». Mais si tout est culture, plus rien n'est culture.
Nombreux sont les philosophes, notamment Platon, à avoir fait la distinction entre ce qui élève l'intelligence (la noblesse d'âme, nous pourrions dire) et la culture de masse. Je dis qu'une culture de masse est rarement une culture. C'est un pléonasme. À contrario, le sport est aujourd'hui un élément de contrôle social massif.
Herbert Marcuse écrit dans Éros et Civilisation que l' « Éros » ce n'est pas seulement faire l'amour, mais que cela a à voir avec la culture comme force de pacification générale des sociétés. Il y a certes un côté utopique là-dedans. Nous sommes en tout cas bien loin de l'affrontement institué par la pratique sportive. La culture, c'est autre chose que l'affrontement de bovins qui font 120 kilos dans la première ligne de rugby en se rentrant dans le lard avec une violence inouïe. C'est autre chose que le rassemblement de meute de spectateurs. C'est autre chose que la violence et l'infantilisation émotionnelle des supporters. Ce n'est pas cela la culture.
Le sport est aussi un instrument de massification totalitaire. Aujourd'hui il n'y a pas un État, qu'il soit dit « libéral », autoritaire ou totalitaire, qui n'utilise massivement le sport. Et ce grâce à une homologie structurelle entre le défilé militaire et défilé sportif. Le tout pour la pérennisation des régimes en place. Le sport est un instrument d'asservissement politique et cela est vrai mondialement : à l'Est comme à l'Ouest (avec le sport dit « socialiste » comme « capitaliste » au XXe siècle), au Nord comme au Sud. Le sport joue le même rôle de stabilisateur de l'ordre établi, quels que soient les régimes politiques des sociétés qui sont toutes sous l'hégémonie du capital financier international. Cela ne fait pas du sport une culture.
Si l'on prend le Sacre du Printemps ou la cinquième symphonie de Beethoven, elle peut être utilisée par les pouvoirs en place (les nazis l'ont fait par exemple) mais l'œuvre transcende, dépasse largement ces régimes. Alors que la « culture de masse » dont fait partie le sport s'épuise dans le moule des régimes politiques, elle ne peut les dépasser. Elle en est le produit. C'est une des raisons pour laquelle c'est une culture abrutissante, une culture Prisunic. Ce qui est terrible, c'est qu'une grande partie de la jeunesse – et notamment gauchisante – passe une partie de son temps à la consommer, par l'intermédiaire des écrans entre autre.
Quels pourraient être selon vous les progrès dans l' « aliénation sportive » observables depuis dix ans ?
Aujourd'hui la critique du sport est ultra-minoritaire. Presque plus personne ne critique l'idéologie et la pratique sportive : nous passons pour des hurluberlus ! En 1980 aux Jeux olympiques de Moscou, ou en 2008 aux Jeux de Pékin, il y avait encore des comités de boycott. Aujourd'hui, ce type d'action et de critique me semble plus marginale. C'est ce qui me fait notamment dire que – par exemple – le passage de la flamme olympique dans les différentes bourgades françaises ne sera pas contesté.
Pour la quasi totalité des observateurs des pratiques sportives le sport serait en effet ni aliénation, ni émancipation, ni de gauche, ni de droite, ni répressif, ni permissif, ni réactionnaire, ni progressiste, mais tout cela à la fois dans un melting pot idéologique « à la carte ». Actuellement, nous pourrions évoquer les réflexions de Pascal Boniface, de Stéphane Beaud ou George Vigarello.
De la même manière, tous les syndicats sans exception [NDLR : la Confédération nationale du travail (CNT) et l'Union syndicale Solidaires s'opposent à la tenue des JO] ont accompagné l'accueil des JO de Paris et diront que cet événement est magnifique. Le problème dans tout cela c'est que l'idéologie sportive demeure largement impensée. Les gens peuvent admettre que le fascisme ou le libéralisme sont des idéologies politiques contestables. Mais le sport, lui, paraît propre, pur et universel. Et Pierre de Coubertin, je le rappelle, est la mère pondeuse de cette idéologie.
Votre analyse repose sur une vision du corps modelée par le freudo-marxisme, courant intellectuelle qui se structure dans les années 1950. Pouvez-vous nous en dire plus sur la manière dont vous définissez le corps et un quoi la pratique sportive l'aliène selon vous ?
Ma vision s'appuie sur celle de penseurs très importants comme Sigmund Freud, Herbert Marcuse ou Wilhem Reich. La question du corps est une question, au fond, philosophique. Il n'y a pas de corps en dehors d'une subjectivité. Et la subjectivité du sportif en tant que sportif n'existe pas, il ne fait que travailler sa capacité d'obéissance et de « résilience ». Sa subjectivité est atrophiée parce que le sportif est sous les ordres d'un entraîneur et contraint à un effort morcelé et rationalisé qui ne lui appartient pas.
Le corps se construit aussi dans l'intersubjectivité : dans le rapport aux autres. Et donc dans l'interculturalité, dans le rapport aux cultures dont sont porteur les autres. Le corps est une histoire, une singularité. La pratique sportive alliée à la publicité qui en est faite tend à homogénéiser les corps. La préoccupation devient la forme des muscles, le tracé des abdominaux, etc. Dans ce cadre, la subjectivité s'homogénéise, la dimension culturelle du corps est niée. Les corps perdent petit à petit leur histoire propre.
Dans la perspective du corps sportif, la question n'est plus : « Comment puis-je explorer mon corps, et m'épanouir à son contact ? », elle devient : « Comment peut-on augmenter mon corps ? ». Question qui a à voir avec les recherches menées dans le cadre du transhumanisme et du post-humain dont je viens de parler3. Ces dernières tendent aussi à nier le caractère biologique du corps, en plus de son caractère culturel. Le transhumanisme pense le corps comme une construction sociale modifiable à volonté pour se mettre au service des fins recherchées. Alors que le corps a un aspect biologique irrécusable. Il est en réalité un entremêlement de dimensions biologique, médical, psychologique, culturelle, spirituelle et philosophique. Et il faut bien dire que la pratique sportive encadre les pratiques corporelles et les aliènent à son principe de rendement.
À quoi pourrait ressembler une pratique physique qui soit émancipatrice ?
Je crois qu'il n'y en a pas pour l'instant. Pourquoi ? Parce que le fondement de la subjectivité corporelle, c'est d'une part la famille et d'autre part le travail. Tant que ce socle constitutif du corps n'aura pas été transformé en son fond, il n'y aura pas de libération de notre rapport à notre corps parce qu'il continuera d'être soumis à un principe de rendement, comme Herbert Marcuse en a d'ailleurs ébauché une critique remarquable.
En revanche, il est possible de trouver ici ou là des pratiques de transition qui ne soit pas totalement inféodées à la société capitaliste. À vrai dire, cela n'a rien de rédhibitoire de faire une partie de ping-pong entre copains, un peu de natation ou du canoë-kayak.
Mais si vous prenez une bande de potes qui jouent au foot le dimanche, très vite il va falloir trouver un arbitre parce que les deux équipes vont se chamailler pour gagner. Le principe compétitif est tellement implanté dans nos cervelles qu'il réapparaît automatiquement. Si on joue au ping-pong, c'est jamais marrant de se faire balader à gauche, à droite. On va alors rapidement se rebiffer et chercher à écraser l'autre.
Il faut bien comprendre que l'humain est porteur d'un principe de concurrence. Il faut l'accepter pour chercher à le détourner. C'est ce que le sport fait pour placer les uns vis-à-vis des autres en contradiction, en opposition. Il faut détourner cette concurrence – comme l'avaient fait les Grecs avec l'agôn – et tenter de la mettre au service de pratiques physiques imaginatives et profondément sociales.
Vous parlez dans l'un de vos ouvrages de la nécessité d'une transition d'un « corps fonctionnel » à un « corps ludique », que les aspects sensoriels du corps doivent primer sur les aspects moteurs, pouvez-vous revenir sur ces points ? Que pourrait donner ces pratiques physiques imaginatives ?
J'ai été pendant 25 ans professeur d'éducation physique et sportive. J'avais à m'affronter à des lycéens, globalement porteurs de l'idéologie de la compétition. J'essayais de leur faire comprendre, par le jeu, que l'on pouvait manipuler des ballons autrement que dans les règles instituées de la compétition, que c'est bien plus marrant et d'une certaine manière plus difficile.
Par exemple, je leur proposais de jouer au volley-ball avec un ballon de rugby, ce qui est loin d'être évident. Ou bien, je les faisais jouer au football (garçons et filles mélangées, ce qui n'était pas facile à l'époque) sur un terrain de basket. L'objectif était alors de toucher le poteau de basket avec la balle. Cela les stimulaient. Ensuite, je leur expliquais pourquoi nous explorions ces pratiques et cherchions à remettre en question le cadre. Vous imaginez que tout cela n'était pas très bien vu par mes collègues et surtout par l'inspection.
Ce qu'il faut bien avoir à l'esprit, c'est que le sport et le sportif sont aujourd'hui programmés. Il y a les catégories d'âge : minime, cadet, junior, senior, etc. avec un volume d'entraînement correspondant. Tel entraînement et régime alimentaire le matin, tel autre le soir. Cela n'est plus une vie. Nous retrouvons des logiques similaires avec les pratiques de coaching sportif où les gens forcent l'effort comme des malades mentaux, et se marrent bien peu . Il faut s'opposer dans notre vie quotidienne à cette programmation.
Mais tout cela est très difficile à critiquer. Il faut comprendre que le sport est un fait social total qui demande un certain nombre de références théorique pour être bien compris. Cela n'est pas évident, mais c'est cette compréhension que nous devons viser.
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Pas de Jeux olympiques ordinaires. Rejoignez la campagne pour #BanIsraël
Plus de 300 équipes sportives palestiniennes demandent l'exclusion d'Israël des Jeux olympiques en raison du génocide perpétré contre les Palestiniens de Gaza. Comme l'a dit le journaliste sportif Dave Zirin, « le Comité international olympique (CIO) n'agira pas tant que nous ne l'aurons pas fait ». Alors faisons-le.
20 février 2024 | Auteur : By Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI)
Rejoignez la campagne mondiale pour perturber pacifiquement la route vers Paris 2024 en appelant le CIO à #BanIsraël jusqu'à ce qu'il mette fin à ses crimes contre les Palestiniens et reconnaisse nos droits stipulés par l'ONU.
Inscrivez votre groupe pour participer à la campagne
Il ne peut y avoir de Jeux olympiques ordinaires tant qu'Israël continue d'intensifier son génocide contre les Palestiniens de Gaza et d'asseoir son régime d'apartheid. Les organismes internationaux dominés par l'Occident, comme le CIO, qui avaient exclu l'Afrique du Sud par le passé, autorisent aujourd'hui non seulement Israël, un Etat d'apartheid, à participer aux Jeux olympiques, mais ils défendent également sa participation avec véhémence ! L'hypocrisie coloniale n'a jamais été aussi grande.
Voici ce que vous pouvez faire.
Protester devant les bureaux olympiques
Répondez à l'appel des équipes palestiniennes à votre Comité national olympique, aux Fédérations sportives internationales et aux Fédérations sportives reconnues. Organisez des manifestations, des sit-in, des perturbations pacifiques ou des événements de sensibilisation aux attaques israéliennes contre les sports palestiniens. Inscrivez votre groupe pour plus d'informations.
Qualifications et épreuves olympiques
D'ici au début des Jeux olympiques en juillet, la route vers Paris sera jalonnée d'occasions de rappeler au CIO que les auteurs de génocides n'ont pas leur place aux Jeux olympiques. Au début du mois, quatre coureurs ont porté le message #CeasefireNow au marathon olympique de Floride, franchissant la ligne d'arrivée avec des drapeaux palestiniens. Trouvez des informations sur les épreuves olympiques chronométrées et les épreuves de qualification (également ici) ou d'autres événements liés aux Jeux olympiques dans votre région. Inscrivez votre groupe pour plus d'informations.
Chassez l'apartheid israélien du sport
Votre pays est-il signataire de la Convention internationale contre l'apartheid dans les sports ? Si c'est le cas, il a l'obligation de « prendre toutes les mesures appropriées pour obtenir l'expulsion d'un pays pratiquant l'apartheid des organismes sportifs internationaux et régionaux ». Inscrivez votre groupe pour savoir ce que vous pouvez faire.
Signez la pétition DiEM25 pour bannir Israël du sport mondial
Rejoignez plus de 92 000 personnes du monde entier qui ont signé la pétition appelant à bannir Israël du sport international.
Ajoutez votre signature ici
Signez la pétition Eko pour l'exclusion d'Israël des Jeux olympiques et de la FIFA
Rejoignez les 140 000 personnes qui ont demandé l'exclusion d'Israël du sport international, y compris des Jeux olympiques et de la FIFA.
Demandez à ce qu'il n'y ait pas de Jeux olympiques ordinaires tant qu'Israël, pays génocidaire, n'est pas banni.
Utilisez les hashtags #BanIsrael et #Paris2024. Partagez le texte ci-dessous à partir de vos comptes.
Dans le cadre de son #GazaGenocide, Israël commet également un sporticide, en tuant les entraîneurs et les athlètes palestiniens des @Olympiques et en détruisant les stades.
Joignez-vous et demandez « Pas de Jeux olympiques ordinaires » #BanIsrael
https://bdsmovement.net/banisrael
À Gaza, Israël a tué l'entraîneur de football olympique palestinien Hani Al Masdar, détruit les bureaux du Comité olympique palestinien et transformé des installations sportives en centres honteux de détention de masse et de torture.
Nous ne pouvons pas rester les bras croisés alors que le CIO permet à Israël d'utiliser les Jeux olympiques pour laver sportivement son génocide à Gaza et son régime d'apartheid contre les Palestiniens partout dans le monde. Soutenez l'appel des équipes palestiniennes. Rejoignez la campagne pour #BanIsraël des Jeux Olympiques et perturbez pacifiquement la route vers les Jeux de Paris 2024.
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Les Jeux olympiques n’ont pas eu lieu
Décortiquant la Charte olympique et les documents liants le Comité international olympique à ses partenaires, Marc Perelman décrypte ce qui s'avère être une idéologie autoritaire et plus soucieuse de profits que d'écologie, de santé publique, de respect des territoires, d'éducation, malgré des promesses vertueuses. Il analyse « le coeur du projet olympique et de ses valeurs, ainsi que les conséquences sociopolitiques sur nos territoires et dans nos vies ».
Non seulement les Jeux olympiques et paralympiques prévus à Paris en 2024 occupent d'ores et déjà une partie de l'actualité mais aussi le « terrain » avec pas moins de 7000 points de travaux en cours dans la capitale et la Seine-Saint-Denis, pour le plus vaste et le plus long chantier depuis Hausmann. Marc Perelman consacre un long chapitre à la confiscation mémorielle opportunément réalisée par la concordance décidée entre la date de l'ouverture des jeux et celle de la fin de la restauration de Notre-Dame de Paris. C'est toute la ville qui sera ainsi « durablement colonisée par l'olympisme » puisque cette « olympisation » (le terme est de Coubertin) s'étendra à d'autres monuments : compétitions d'équitation au château de Versailles, d'escrime au Grand Palais, de beach-volley près de la Tour Eiffel, de vélo sur les Champs Élysée, de tir à l'arc aux Invalides, de triathlon au Trocadéro, de nage libre dans la Seine,… La rénovation de l'île de la Cité préconise sa « mise en tourisme » pour la rendre « conforme à l'urbanisme de la capitale du XXIe siècle » c'est-à-dire en transformant « l'actuel piéton en superconsommateur ».
Le Dossier de candidature de Paris 2024 ne s'embarrasse pas d'euphémismes. Il s'engage « à réduire tout risque potentiel de perception négative des Jeux » ! Les quelques opposants politiques ne remettent jamais en question l'idéologie des Jeux, ni n'analysent « les JO comme une institution intégrée à l'ordre capitaliste, structurellement liée à la compétition qui en est la seule matrice ». Les Insoumis se contentent de dénoncer le mercantilisme et les écologistes parisiens proposent d'organiser des Jeux écolos. L'auteur s'attarde peu sur le budget annoncé, fixé à 6,8 milliards. Même s'il rappelle que ceux des Jeux précédents dépassaient en moyenne de 179% les prévisions. Il s'intéresse surtout à « la façon dont les JO parviennent à faire partager l'idéologie de la compétition des uns contre les autres au nom du bonheur d'être ensemble, de la citoyenneté partagée, de la santé, de l'éducation, de la culture pour tous, etc. » « Dans le sport, personne ne conteste la compétition, qui en est aussi le moteur et reste surtout son “point aveugle“. Et pourtant le sport de compétition ne ressemble en rien au jeu ou à l'activité ludique, qui eux font appel à la liberté de se mouvoir quand on veut et où on veut, à la gratuité, à la non discrimination entre les sexes, à l'accueil de corps différents, à l'indifférence quant aux résultats, aux refus de la performance, du record et de la prouesse, au rapport libre, organique et plastique avec une nature non artificialisée. » « Les JO fabriquent un monde à l'image d'une immense compétition. Ils fabriquent ou plutôt redoublent le monde de la compétition économique capitaliste par une compétition, pour le coup, musculaire entre les individus censés représenter leurs nations (il est pourtant précisé dans la Charte olympique que les compétitions se déroulent entre athlètes ou entre équipes, et non entre nations). »
La Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), créée en février 2017, s'est engagée à ce que les nouvelles constructions protègent et développent la biodiversité, atténuent le réchauffement climatique. Marc Perelman, architecte de formation, y voit surtout une « architecture sans âme, (…) subordonnée à l'urbanisme actualisé du greenwashing » et une smart city dont la consommation d'énergie ne sera certainement pas en baisse. Les organisateurs ne parlent que des « 100% de spectateurs se déplaçant en transports en commun », sans tenir compte des moyens utilisés pour rejoindre la capitale. Il est également permis de douter des promesses de « zéro imperméabilisation » des sols, de « 100% de l'alimentation » en filière locale (avec Coca Cola comme partenaire officiel !).
La lecture du contrat liant la ville hôte au CIO est affligeante : la ville est responsable de tout tandis que le CIO empoche des royalties, y compris sur l'utilisation des symboles olympiques, sans être jamais redevable d'impôts directs ou indirects. Aucun autre événement ne peut avoir lieu, avant ou après les Jeux, sans l'accord préalable du CIO. Le projet de loi relatif à l'organisation des Jeux a été voté en mars 2018 et se présente comme « l'ultime ordre de soumission aux oukases du CIO ». Article 10 : « les constructions, installations et aménagements directement liés à la préparation, à l'organisation ou au déroulement des Jeux olympiques et paralympiques 2024 et ayant un caractère temporaire constituent des réalisations dispensées de toute formalité au titre du code de l'urbanisme ».
La Charte olympique, véritable « codification de l'olympisme », défend une « philosophie de la vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l'esprit. Alliant le sport à la culture et à l'éducation, l'olympisme se veut créateur d'un style de vie fondé sur la joie dans l'effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels », dans le complet déni d'un olympisme « entaché de tant et tant de méfaits, de forfaitures, de mensonges réguliers, de dissimulations, de ruses, de mascarades, quand ce ne sont pas prévarications, concussions et malversations ». Quand elle évoque le « sport », elle ne parle que de compétition, « c'est-à-dire d'une activité codifiée, institutionnalisée, développant sa propre logique avec ses records, sa violence partout déployée », l'inverse du jeu, « une activité désintéressée, sans but lucratif, ludique, libre ».
Si toute forme de discrimination est proscrite, les JO ont bel et bien renforcé le régime nazi en 1936 et à Mexico, en 1968, quelques jours après le massacre de trois cents étudiants, Tommie Smith et John Carlos ont été exclus pour avoir levé leurs poings gantés de noir en signe de protestation contre le racisme aux États-Unis.
Si la Charte stipule donc bel et bien que les compétitions voient s'affronter des athlètes, « en épreuves individuelles ou par équipes et non entre pays », tout dans leur déroulement, depuis l'ouverture « quasi militaire », les hymnes nationaux, les classements, prouve le contraire.
L'auteur étudie ensuite l'impact des Jeux en Seine-Saint-Denis où la construction du village olympique, par exemple, implique le « déménagement » de vingt-cinq entreprises, d'une école d'ostéopathes, d'un foyer de migrants, d'un lycée professionnel, du réfectoire et de l'internat d'une école d'ingénieurs. Il rappelle le coût exorbitant de l'entretien du Stade de France pour 20 à 30 événements par an, réglé par les habitants, jusqu'à ce que la société d'e-sport Team Vitality (dont l'équipe de jeu vidéo de football Fifa !) ne s'engage comme club résident.
Pierre de Coubertin étant déjà l'objet de nombreuses études, l'auteur nous propose quelques échantillons significatifs de ses déclarations pour découvrir le personnage. Extraits :
« La théorie de l'égalité des droits pour toutes les races conduit à une ligne politique contraire à tout progrès colonial. Sans naturellement s'abaisser à l'esclavage ou même à une forme adoucie de servage, la race supérieure a parfaitement raison de refuser à la race inférieure certains privilèges de la vie civilisée. »
« Ô sport, tu es la Fécondité ! Tu tends par des voies directes et nobles au perfectionnement de la race en détruisant les germes morbides et en redressant les tares qui la menacent dans sa pureté nécessaire. »
Suivent vingt-et-une « thèses », série de réflexions philosophiques ou sociologiques sur les « ressorts structurels du sport », parmi lesquelles nous avons glané quelques bribes pour donner le ton et aussi envie d'en lire plus :
« Intégrée à l'ensemble des institutions que les hommes se sont donnés, et jusque dans l'école, la compétition assigne les individus de leur naissance à leur mort à une société dont la matrice politique est la lutte de tous contre tous. »
« Le sport nait à la fin du XIXe siècle et se déploie en tant que projet politique et idéologique dans un cadre économicopolitique capitaliste structuré par la forme compétitive de l'organisation globale des rapports sociaux. »
« Les manifestations sportives déversent sans interruption des flots de résultats, de statistiques et d'anecdotes qui saturent l'espace comme le temps. “Le sport ne s'arrête jamais“ afin qu'on “oublie la politique“, comme l'énonce la chaîne de télévision quatari BeIN sport ».
« Le dopage, la violence ou encore le racisme (antisémitisme inclus) sont consubstantiels au sport. Ils ne l'altèrent pas ; ils n'en sont pas des excroissances monstrueuses : ils sont la vérité du sport. »
« La critique du sport n'a pas de projet et elle n'est pas un projet puisque son seul objectif est la disparition de son objet : le sport. »
N'en doutons pas, cet ouvrage suscitera de nombreuses réactions. Il a l'immense mérite de pulvériser un discours dominant.
2024 – LES JEUX OLYMPIQUES N'ONT PAS EU LIEU
Marc Perelman
192 pages – 18 euros
Éditions du Détour – Bordeaux – Janvier 2021
editionsdudetour.com/index.php/2024-les-jeux-olympiques-nont-pas-eu-lieu
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État d’urgence olympique
Derrière la mise en place, pour la tenue des JO 2024, de mesures dites « exceptionnelles » visant au bon déroulement de l'exception, se profile un « état d'urgence olympique ». Sécurités, libertés et droits se voient reconfigurés, la « fête » olympique constituant avant tout la célébration d'un certain ordre, nouvelle étape de l'imposition d'un projet autoritaire, sous couvert de célébration sportive.
10 juin 2024 | tiré de la lettre d'AOC.media
« Exceptionnel ». Le mot est partout : à moins de deux mois des JO 2024. Fête exceptionnelle, cérémonies exceptionnelle, sites exceptionnels, ferveur exceptionnelle… Cette volonté d'ériger les Jeux de Paris en célébration de l'exception, affirmée dès l'origine (le mot figurait déjà 58 fois dans le dossier de candidature), se retrouve aujourd'hui dans une formule à la tournure proverbiale, dont la pauvreté langagière masque mal l'autoritarisme : « À événement exceptionnel, mesures exceptionnelles ».
Peut-être faut-il voir dans cette récurrence un aveu. On peut s'étonner en effet d'entendre qualifier aussi souvent d'exceptionnel un événement organisé tous les quatre ans, prévu depuis près de dix ans, planifié à la minute près, et qui n'a donc, en fait, rien d'un « événement » au sens propre du terme, du fait dont l'irruption nous surprend, du major event derridien déchirant la toile de nos jours.
Or, derrière cette maxime maintes fois répétée se cache aussi une équivalence entre les Jeux eux-mêmes, décrits d'avance comme un moment unique par ses dimensions et son retentissement, et les « mesures » adoptées depuis la désignation de Paris comme ville hôte et que l'on peut mieux décrire, selon une acception plus étroitement juridique, comme des mesures d'exception.
Il faut dire que la France a fait depuis près de dix ans l'expérience de l'extension progressive, et quasiment irrésistible, de l'exception au service du pouvoir. La vague d'attentats vécue au mitan des années 2010 – tout particulièrement ceux de Paris en janvier et novembre 2015 – a souvent été invoquée comme moment fondateur de l'unanimité autour de l'organisation de JO. Jusque-là, le projet suscitait en effet plutôt les doutes, voire les résistances (celle de la maire de Paris notamment, tardivement ralliée au projet). Or, ces mêmes attentats constituent aussi le point de départ d'une politique de l'urgence qui n'a pas seulement traduit une réponse au terrorisme, mais aussi, et peut-être d'abord, la généralisation d'une véritable technique de gouvernement, pour la mise en ordre d'un certain nombre de mouvements sociaux. On le sait en effet, les lois votées dans le cadre de l'état d'urgence antiterroriste et, par la suite, dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, ont largement accru les pouvoirs dont disposent les préfets et les forces de l'ordre : des pouvoirs exceptionnels en matière d'interdiction de rassemblements publics, ainsi que de contrôle et de restriction des déplacements, y compris individuels.
Très rapidement, les pouvoirs ouverts par l'état d'urgence déclaré au soir du 13 novembre furent ainsi très largement utilisés pour empêcher un certain nombre de manifestations et de rassemblements publics, politiques ou syndicaux. On peut ainsi rappeler que l'usage des pouvoirs d'urgence contre des mobilisations populaires a été observé dès la fin de 2015 lorsque, à l'occasion de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP 21), organisée à Paris du 30 novembre au 12 décembre, de nombreux militants écologistes se sont vus touchés par des assignations à résidence, avec obligation de pointer plusieurs fois par jour au poste de police. Même chose en 2016, pour endiguer l'opposition à la loi travail (ou « loi El Khomri ») portée par le président Hollande et le gouvernement Valls, étape majeure dans la destruction des droits des salariés. Contre la contestation syndicale et populaire, le gouvernement, par l'intermédiaire de ses préfets, a alors pris, en s'appuyant sur les pouvoirs exceptionnels ouverts par l'état d'urgence, pas moins de 574 mesures individuelles à l'encontre de militants, pour empêcher leur participation aux rassemblements prévus.
Ces usages ont persisté, et ont été amplifiés sous la présidence Macron, dont le premier quinquennat s'est déroulé en majeure partie (35 mois sur 60) sous régimes d'état d'urgence – celui régi par la loi de 1955, activé au lendemain des attentats et resté en vigueur jusqu'au 1er novembre 2017, et l'état d'urgence sanitaire créé en mars 2020. Le recours à l'état d'urgence et aux possibilités qu'il offre aux autorités est d'ailleurs souvent évoqué pour contrer des vagues de protestations populaires, comme à l'époque du mouvement des « gilets jaunes », ou encore pour répondre aux émeutes consécutives à l'assassinat du jeune Nahel Merzouk lors d'un contrôle de police en juin 2023, même si sa mise en œuvre la plus récente est plus localisée, retrouvant les origines coloniales du dispositif, dans le cadre du regain de tensions en Nouvelle-Calédonie.
Surtout, ces pouvoirs exceptionnels ont été pour leur plus grande partie intégrés au droit commun après l'adoption de la loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » en octobre 2017, et celle de la loi dite « sécurité globale » en mai 2021. C'est donc bien une transformation des mesures exceptionnelles en pouvoirs permanents qui a eu lieu, et cet arsenal juridique permet d'assurer de façon courante la restriction des libertés, en ciblant les mouvements sociaux et écologistes, souvent touchés par ces mêmes mesures de surveillance accrue, d'assignation à résidence, ou d'interdiction de déplacement. Ce fut de nouveau le cas à l'encontre des manifestations faisant suite au projet de réforme des retraites au printemps 2023, et violemment réprimées tandis que la loi était adoptée par recours à l'article 49.3 de la constitution. Ainsi appliqué, l'état d'urgence en France, et l'ensemble des mesures auxquelles il ouvre, souvent elles-mêmes rendues après coup permanentes, ont en premier lieu visé à saper les moyens de lutte sociale et de contestation contre différents projets d'inspiration néolibérale.
Or, après l'état d'urgence sécuritaire et l'état d'urgence sanitaire, la caractérisation des JO de 2024 comme un événement « exceptionnel » requérant des mesures « exceptionnelles » aboutit aujourd'hui à la formulation discrète, mais politiquement et juridiquement tangible, de ce que l'on pourrait appeler « état d'urgence olympique ».
Les JO sont l'occasion de l'instauration d'un véritable autant que discret régime d'état d'urgence.
Comme souvent par le passé, et d'une façon parfois particulièrement tragique, comme à Pékin ou à Rio – et quoi que l'on aurait pu espérer autre chose dans le cadre d'un État à référentiel démocratique – c'est dans le cadre des chantiers pour l'organisation des Jeux que l'exception a fait son entrée. En mars 2018, déjà, une loi avait allégé les procédures d'urbanisme pour les constructions des JO, que le président Macron lui-même avait décrite comme une « loi d'exception ». À cela s'ajoutent, de façon tout aussi classique (ce qui ne les rend pas moins discutables) un certain nombre de dérogations accordées pour l'occasion aux organisateurs, au Comité international olympique, aux sponsors, comme diverses exonérations fiscales, ou encore l'autorisation plus triviale de consommer de l'alcool dans les stades dans les espaces « VIP », en contradiction avec la loi Evin s'appliquant aux spectateurs lambda.
Mais pour les Jeux de Paris, l'exception olympique ne s'arrête pas là et a investi d'autres domaines, au point de produire un effet profond et durable sur la démocratie française elle-même. La loi du 19 mai 2023 relative aux Jeux olympiques et paralympiques (ou « loi JO ») a ainsi ajouté un grand nombre de mesures dérogatoires à celles existantes, y compris d'ailleurs des dérogations concernant le droit du travail, par exemple pour l'assouplissement des règles sur le travail dominical pendant la durée des Jeux. Les « besoins exceptionnels » résultant des Jeux permettront ainsi aux commerçants des communes où sont situés les sites, ou dans les communes limitrophes, de ne pas respecter l'interdiction du travail dominical, y compris dans le domaine de l'habillement, de l'électronique, ou encore pour les coiffeurs, même si l'on ne voit pas trop en quoi le repos dominical dans ces secteurs doit garantir la bonne tenue des Jeux olympiques.
D'autres mesures surtout concernent de façon importante la sécurité et le maintien de l'ordre, renforçant l'arsenal juridique formé cette dernière décennie et justifiant de reconnaître dans le contexte actuel un véritable « état d'urgence olympique » – alors même que le caractère organisé, planifié des JO, aurait dû nous préserver de toute la « suspension » de la normalité, de la rationalité, de la légalité, qu'ont pu entraîner les actes terroristes ou la pandémie de Covid, épisodes à côté desquels l'été olympique parisien tient plutôt du simulacre d'événement.
À ainsi été adoptée dans cette « loi JO 2024 » une technologie de « vidéosurveillance intelligente » permettant de détecter des comportements suspects grâce à un traitement algorithmique des images collectées par les caméras installées dans l'espace public, et par les drones équipant les forces de l'ordre. En somme, c'est bien une forme dite « atténuée » de reconnaissance faciale qui entre en vigueur, pour la première fois dans l'Union européenne d'ailleurs, un système dont les dangers pour la vie privée et la liberté d'expression ont été largement soulignés. Rappelons en particulier que tout système de vidéosurveillance algorithmique tend à renforcer des biais discriminatoires et racistes déjà très largement à l'œuvre dans les pratiques de maintien de l'ordre.
Ce dispositif annoncé comme « exceptionnel », c'est-à-dire en théorie temporaire, est entré en vigueur dès sa promulgation, et peut donc d'ores et déjà être utilisé (et il l'est) pour toute manifestation (sportive ou non), dans à peu près tout lieu fréquenté par le public. Elle restera par ailleurs applicable bien au-delà de la fin des Jeux olympiques, c'est-à-dire jusqu'à la fin mars 2025. Le temps, peut-être, sans doute même, d'en rendre l'usage définitif. Bien évidemment, il est en effet question que ce dispositif « temporaire », « exceptionnel », lié aux besoins « spécifiques » des Jeux olympiques soit rendu permanent, comme tant d'autres dispositifs exceptionnels avant lui. On peut imaginer (et frémir d'ailleurs à cette idée) l'usage très large qui pourrait être fait de ces technologies dans le cadre de la surveillance des manifestations contre les réformes économiques ou sociales du gouvernement, ou pour « encadrer » toutes sortes d'événements politiques et de rassemblement militants.
Le gouvernement français a d'ailleurs très rapidement après l'adoption de la loi JO évoqué, par la voix de la ministre des Sports et brièvement de l'Éducation nationale, Mme Oudéa Castera, son souhait de pérenniser ce dispositif s'il « fait ses preuves » pendant la période d'expérimentation. Cette condition est évidemment suffisamment floue pour ne pas manquer d'être remplie : qu'est-ce qu'un dispositif de sécurité qui fait ses preuves ? Si la sécurité est assurée, on pourra assurer que les caméras dites « intelligentes » y sont pour quelque chose. Si un quelconque événement survient, on y verra une raison de pérenniser ce moyen supplémentaire dans les mains des forces de l'ordre. Et si des excès surviennent dans les usages de cette technologie, voire des bavures, bien évidemment nous n'en saurons rien, et cela ne changera rien, puisque c'est là le quotidien de la police en France.
On peut aussi ajouter que si la vidéosurveillance « biométrique » a ainsi été autorisée par la loi JO de 2023, celle-ci ne constitue d'une certaine façon qu'une occasion pour la mettre en œuvre, puisque ce type de technologie lui-même était déjà connu, ayant été acheté depuis une dizaine d'années déjà par l'Intérieur comme par de nombreuses collectivités territoriales. La reconnaissance faciale a ainsi été expérimentée hors de tout contrôle et de tout encadrement juridique – la CNIL a lancé à ce sujet une procédure de contrôle en novembre 2023, dont les résultats restent attendus. Il ne restait donc plus qu'à autoriser cette technologie. Or, si les textes se limitent à la « vidéosurveillance intelligente », le logiciel Briefcam utilisé par les forces de l'ordre comprend aussi une fonction de reconnaissance faciale dont l'activation ne peut être totalement contrôlée. La France, premier pays de l'UE à autoriser ce type de technologie, a par ailleurs largement poussé, lors des débats sur l'IA Act (adopté par le Parlement européen le 13 mars dernier), contre toute interdiction totale de la reconnaissance faciale dans l'espace public. Que l'autorisation de la reconnaissance faciale ait vocation à être mise à l'ordre du jour ne fait donc aucun doute, et les mesures sécuritaires exceptionnelles adoptées pour les Jeux de Paris constituent, sur ce chemin, une étape décisive.
La cérémonie évoque les entrées royales qui élaboraient une représentation codifiée du pouvoir.
N'oublions pas enfin, parmi les mesures d'exception liées aux JO, les restrictions de circulation étendues à l'échelle de la région-capitale dans son ensemble, ainsi que quelques mesures notables de police sociale : les étudiants qui ont récemment dû libérer leur logement en pleine période d'examens, et trouver à se loger ailleurs jusqu'à l'automne ; ou encore la multiplication ces dernières semaines des actions des forces de l'ordre contre les campements de migrants, contre les sans domicile fixe, les personnes marginales, pauvres, qui dorment dans leur voiture, dans des squats ou des abris de fortune, et qui sont aujourd'hui victimes d'un nettoyage social silencieux mais méthodique et systématique, partout à Paris et en proche banlieue. La ville et ses habitants se trouvent ainsi soumis à Paris à une « violence olympique » récemment soulignée par la journaliste Jade Lindgaard dans son livre sur le sujet, Paris 2024 (éd. Divergences).
En cela, les JO sont bien l'occasion de l'instauration d'un véritable autant que discret régime d'état d'urgence propre au caractère artificiellement engendré de l'« exception » olympique. Au profit de qui ? Qu'est-ce qu'une fête populaire tournée contre les citoyens censés constituer cette fiction du peuple français ?
Toute fête est assurément politique. L'affirmation tient de la tautologie, en même temps qu'elle reste vague. La grande machinerie olympique ne peut quant à elle se défaire d'une logique de démonstration, de représentation d'un pouvoir pour lequel les Jeux représentent avant tout l'opportunité d'accroître les moyens légaux d'un autoritarisme de plus en plus affirmé. En cela d'ailleurs, la décision visant à faire sortir la cérémonie inaugurale du cadre habituel du stade (et qui ne faisait pas partie des plans annoncés dans la candidature parisienne) participe aussi d'un détournement de l'événement sportif vers une politisation radicale. Dans moins de deux mois, en effet, glissera sur la Seine le spectacle par lequel la ringardise du récit national, masquée pour l'occasion sous un accoutrement pop, s'offrira au reste du monde.
Par quelques aspects, la cérémonie prévue évoque quelques exemples historiques plus particuliers. Elle paraît tenir des entrées royales qui, à partir de la fin du Moyen Âge, avaient élaboré une représentation codifiée du pouvoir, comme l'ont jadis montré Bernard Guenée et Françoise Lehoux dans leur anthologie sur le sujet : à la fois « spectacle bruyant et coloré » et véritable « Fête-Roi », mettant en scène la rencontre du monarque et du peuple pour mieux asseoir, sous l'apparence du serment et de l'échange, la souveraineté du premier s'affirmant sur le second. Ou encore, de la festivité louisquatorzienne, véritable continuation de la politique (et de la guerre) par d'autres moyens, selon Louis Marin dans Le Portrait du roi, et moment par lequel « le coup d'État du Prince est représenté dans le miracle de la fête » – moment de révélation du pouvoir, de retour à son fondement, « apocalypse de son origine » retrouvée par le spectacle de la force.
Voilà donc ce à quoi l'on peut s'attendre, ce qui nous sera bientôt donné à voir : la représentation de l'ordre même, spectacle du pouvoir et de la fiction nationale s'imposant aux spectateurs conviés, chacun tenu à sa place et selon son rang social, depuis les spectateurs munis de billets gratuits et qui seront massés sur les quais haut, jusqu'aux ponts privatisés pour l'occasion, à 9 500 euros la place. Chacun, filmé, analysé par les algorithmes policiers, occasion vivante de mettre en œuvre à grande échelle les nouvelles mesures d'exception issues de cet « état d'urgence olympique » introduit clandestinement – et de faire la preuve de leur efficacité dans la perspective de leur intégration permanente au droit.
NDLR : Julien Le Mauff a récemment publié L'Empire de l'urgence, ou la fin de la politique aux PUF
Julien Le Mauff
HISTORIEN, POLITISTE, ATER EN SCIENCE POLITIQUE À L'UNIVERSITÉ DE LILLE
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Le RES avec le Front populaire
Le réseau éco-syndicaliste est né en 2021 à la suite d'un appel signé par plus d'une centaine de syndicalistes. Aujourd'hui plus que jamais, la mobilisation de toutes les forces progressistes, à commencer par les forces syndicales, alliées aux forces de l'écologie, dans un front populaire uni, est indispensable pour faire barrage au rassemblement national.
Tiré du blogue de l'auteur.
Le réseau éco-syndicaliste est né en 2021 à la suite d'un appel signé par plus d'une centaine de syndicalistes. C'est un réseau intersyndical qui fait le lien entre syndicalisme et écologie, entre justice sociale et justice environnementale, à partir des premier.es concerné.es, les travailleurs et travailleuses eux mêmes.
Aujourd'hui plus que jamais, la mobilisation de toutes les forces progressistes, à commencer par les forces syndicales, alliées aux forces de l'écologie, dans un front populaire uni, est indispensable pour faire barrage au rassemblement national et l'empêcher d'accéder au pouvoir dans les institutions, mais aussi dans la rue, sur nos lieux de travail, dans nos écoles, dans nos vies.
Depuis 3 ans, nous avons été aux côtés des travailleurs et des travailleuses les plus concernées par les questions sociales écologiques : soutien à la mobilisation des salarié.es de l ONF, tribune et aide logistique aux salarié.es des déchets pendant la réforme des retraites, participation active à la mobilisation des travailleurs sans papiers face à la loi immigration, soutien aux agricultrices et agriculteurs en colère face à l agro-industrie et aux supermarchés, soutien aux travailleurs de la logistique, campagne sur les accidents et les morts au travail avec les travailleurs de la construction, notamment dans la demande de justice pour Amara Dioumassy sur le chantier d'Austerlitz.
Ces salarié.es sont à la fois les premiers acteurs et les premier.es impacté.es par la destruction du vivant causée par l'activité humaine. Soumis à l'agrobusiness qui tue la terre et qui finira par tous nous affamer si nous ne faisons rien, les travailleurs et travailleuses agricoles sont aussi les premières victimes des cancers liés aux pesticides. Les salarié.es des déchets et de la propreté se mettent chaque jour en danger pour rendre vivables nos villes, face aux conséquences terribles de la croissance infinie qui engendre un telle production de déchets qu'elle pollue l'eau, le sol, et l'ensemble de la vie. Une semaine de grève des éboueurs et tout notre système sanitaire s'affole. Les travailleurs de la construction sont les premiers témoins de l'artificialisation des terres, mais aussi les premières victimes des accidents, morts au travail et maladies professionnelles liées aux produits toxiques et à l'usure des corps.
Ces trois secteurs d'activité : agriculture industrielle, déchets, construction, ont un impact considérable sur la qualité de l'air, de l'eau et des sols dont dépend notre survie pour boire, manger, et respirer. On ne fera pas d'écologie sans le monde du travail. C'est évident. C'est la raison d'être du RES.
On constate aussi que ces secteurs, les plus pénibles, sont particulièrement concernés par la division raciale du travail et le racisme environnemental : les travailleurs agricoles, des déchets, de la propreté, de la construction, sont souvent immigrés ou descendants de la colonisation française. Avec la catastrophe climatique, certain.es sont déjà des réfugié.es climatiques. Ils seront aussi les bouc émissaires et les premières victimes des actes racistes qui se multiplieront si l'extrême droite arrive au pouvoir.
Aujourd'hui l'extrême droite a gagné en partie la bataille des idées : elle reprend à son compte le slogan du front populaire de 1936 : pain, paix, liberté. Face aux ravages du néolibéralisme, elle promet aux travailleurs pauvres, aux laissé.es pour compte, que la vie sera plus facile si les entreprises produisent plus, et si les gouvernants instaurent la préférence nationale et le racisme en acte, renforcent la liberté d'opprimer.
– L'extrême droite au pouvoir, c'est le productivisme à outrance, le soutien à l'agrobusiness, aux énergies fossiles, à la destruction de la planète
– C'est la répression syndicale et politique, la casse du code du travail, l'impunité face aux discriminations
– C'est enfin le soutien à toutes les forces réactionnaires dans la rue et dans nos vies, les ratonnades, la peur de l'autre
Plus que jamais, il est indispensable que le syndicalisme, les forces de l'écologie et les forces anti racistes se conjuguent pour lutter contre l'extrême droite, dans la rue, dans les urnes, dans les entreprises, mais aussi dans dans la bataille des idées, avec nos familles, nos collègues qui sont tentés par les sirènes de Bardella.
Pour toutes ces raisons, le RES se tient aux côtés des travailleurs, travailleuses et des forces progressistes ce samedi 15 juin, mais aussi dans toutes les initiatives qui se tiendront par la suite.
L'assemblée de rentrée du RES aura lieu le samedi 21 septembre à Paris, et nous déterminerons ensemble, en fonction de la situation politique, la meilleure façon de contribuer à la lutte pour le respect de l'égalité des droits, du monde du travail et de la planète, notamment à travers les questions de racisme et de santé au travail.
Le RES, le 15 juin 2024
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EXISTANTES Pour une philosophie féministe incarnée
Cécile Gagon
Marie-Anne Casselot
Remettre à l'ordre du jour des sujets traditionnellement boudés par la philosophie occidentale : voilà le mandat que se donne cet essai écrit à quatre mains par des philosophes féministes. Elles y dévoilent les dynamiques de domination à l'œuvre dans les concepts classiques tels que la raison, la justice ou l'autonomie, et remettent en question le prétendu sujet universel.
Explorant une philosophie du quotidien, ancrée dans l'expérience sensible, les autrices tracent de multiples chemins vers une autre subjectivité politique. Ainsi se construit une pensée à la fois critique, vulnérable et incarnée, qui fait écho aux grandes idées qui traversent un champ en pleine effervescence.
Plusieurs théoriciennes sont ici présentées, notamment Simone de Beauvoir, Judith Butler, Elsa Dorlin, Kristie Dotson, Camille Froidevaux-Metterie, Emilie Hache, Patricia Hill Collins, Monique Wittig et Iris Marion Young.
Originaire de Québec, CÉCILE GAGNON est chargée de cours et doctorante en philosophie à l'Université de Montréal.
MARIE-ANNE CASSELOT est doctorante en philosophie à l'Université Laval. Elle a codirigé l'ouvrage Faire partie du monde : réflexions écoféministes.
photo ©Katya Konioukhova
En librairie le 28 mai 2024 | 22,95$ | 184 pages
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La crise du logement
La crise du logement fait régulièrement les manchettes depuis des mois, et pour cause, elle s'avère particulièrement aiguë depuis quelques années, en Europe comme en Amérique du Nord.
Que ce soit le récent moratoire de trois ans sur les évictions, mis de l'avant par la ministre de l'Habitation du Québec France-Élaine Duranceau, ou le mépris du gouvernement Macron pour la question du logement, les gouvernements ne s'attaquent pas aux causes du problème.
Selon David Madden et Peter Marcuse, auteurs de Défendre le logement. Nos foyers, leurs profits, (à paraître le 4 juin), la crise du logement est l'état normal, voire optimal, du marché immobilier en régime capitaliste. Les « solutions » temporaires ou technocratiques, comme le développement de meilleures technologies de construction ou l'accès facilité à la propriété, bien que parfois utiles, ne suffiront donc jamais. Le logement doit être considéré comme un besoin vital et exige des réponses radicales de réappropriation des espaces. Une lecture essentielle pour penser la crise en cours et la marchandisation sans précédent du logement.
À l'occasion de la parution de cet essai incontournable, la librairie La Livrerie (Montréal) et Écosociété organisent une causerie le mardi 11 juin avec Marcos Ancelovici (préfacier du livre) et ses invité⋅es.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la crise du logement n'est pas causée par le manque d'unités locatives, des taux d'intérêt élevés ou une conjoncture économique défavorable. Selon l'urbaniste Peter Marcuse et le sociologue David Madden, c'est l'état normal – voire optimal – du marché immobilier en régime capitaliste. Cela fait cent ans qu'il y a une « crise », notamment pour les plus vulnérables. Il s'agit d'une conséquence logique et prévisible de notre système économique : « [...] l'habitation n'est pas produite et répartie afin de fournir un toit à chacun, mais comme une marchandise destinée à enrichir une minorité. »
Défendre le logement nous plonge dans un conflit opposant deux conceptions du logement. D'un côté, on le considère – à juste titre – comme un droit fondamental, un foyer défini par sa valeur d'usage ; de l'autre, il devient sans problème un privilège, un bien immobilier qui possède d'abord et avant tout une valeur d'échange.
Cet ouvrage essentiel met ainsi le doigt sur les processus de marchandisation du logement qui, au cours des dernières années, ont atteint des sommets inégalés, notamment avec l'essor des plateformes comme Airbnb et l'utilisation de l'immobilier comme instrument d'accumulation financière. Une situation qui ne fait que creuser les inégalités dans la ville : quand le profit prend le pas sur le droit de se loger, les loyers augmentent, leur qualité diminue et les communautés sont confrontées à la violence des expulsions, de la gentrification, de la stigmatisation et de la honte. Voilà ce que Madden et Marcuse nomment l'aliénation résidentielle.
Essai incontournable pour comprendre les causes et conséquences du problème du logement, il fait aussi le point sur les solutions progressistes et montre combien cet enjeu ne peut être résolu par des solutions technocratiques : meilleures technologies de construction, aménagement plus intelligent du territoire, nouvelles techniques de gestion, accès facilité à la propriété... Parfois utiles, ces changements ne suffiront jamais. La crise du logement a des racines politiques et économiques profondes et nécessite une réponse radicale de réappropriation des espaces, une réponse qui dépasse la reconnaissance symbolique d'un droit. Le logement est d'abord politique.
David Madden est professeur assistant au département de sociologie et au programme des villes de la London School of Economics. Auteur de nombreux ouvrages, Peter Marcuse (1928-2022) était professeur émérite en urbanisme à la Graduate School of Architecture, Planning and Preservation de l'Université Columbia. Tous deux ont été publiés dans de nombreux journaux et magazines.
En librairie le 4 juin au Canada / 30 août en Europe
Préface de Marcos Ancelovici
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Julien Besse
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Résistances et ripostes contre l’ordre du monde
Nous avons le plaisir de vous présenter le No 17 de la revue
l'internationaliste sur le thème
Résistances et ripostes contre l'ordre du monde
Mai 2024
G7 et Sud global « philosophiques » : les conditions d'un dialogue juste et
équitable
*Nkolo Foé *
RASA, une initiative inspirant des stratégies et la réflexion prospective
aux souverainistes africains
*Cheikh Gueye *
Référentielles pour comprendre la crise actuelle en Ayiti
*James Darbouze *
« DU BLOCUS RENFORCÉ À LA RÉSISTANCE CRÉATRICE ». In-
interview du Président cubain Miguel Díaz-Canel
*Ignacio Ramonet *
Le Sahel africain entre attaques terroristes, crise de la démocratie et
revendications de souveraineté
*Téguewindé Sawadogo*
*CIRFA*
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PALESTINE Un féminisme de libération
Nada Elia
Pour reconnaître que la lutte palestinienne pour la liberté et l'autodétermination est, plus que jamais, un enjeu féministe.
Comment expliquer qu'Israël, malgré ses attaques meurtrières à Gaza et sa violation du droit international, reste à l'abri de toute véritable critique ? Pourquoi de nombreuses féministes du Nord global, si promptes à dénoncer l'impact du « fondamentalisme islamique » sur les femmes palestiniennes, restent-elles silencieuses quand il s'agit de décrier l'occupation et le génocide que perpétue l'État israélien en Palestine ?
En déconstruisant les associations fallacieuses entre antisionisme et antisémitisme, la professeure et militante palestinienne Nada Elia rappelle la place des femmes et des personnes queers dans la lutte pour la libération de la Palestine, et revendique le démantèlement des structures coloniales qui écrasent la population à Gaza et en Cisjordanie.
Palestinienne de la diaspora née en Irak, 𝗡𝗔𝗗𝗔 𝗘𝗟𝗜𝗔 vit aux États-Unis, où elle enseigne les études culturelles et arabo-américaines au Fairheaven College de l'Université
Western Washington.
Elle est notamment l'autrice
de 𝐺𝑟𝑒𝑎𝑡𝑒𝑟 𝑡ℎ𝑎𝑛 𝑡ℎ𝑒 𝑆𝑢𝑚 𝑜𝑓 𝑂𝑢𝑟 𝑃𝑎𝑟𝑡𝑠 : 𝐹𝑒𝑚𝑖𝑛𝑖𝑠𝑚, 𝐼𝑛𝑡𝑒𝑟/𝑁𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚, 𝑎𝑛𝑑 𝑃𝑎𝑙𝑒𝑠𝑡𝑖𝑛𝑒 (Pluto Press, 2023).
En librairie le 11 juin 2024 | 15,95$ | 128 pages
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Travailleuses de la résistance
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/06/04/travailleuses-de-la-resistance/
Contre les attentes de Kremlin, qui espérait que son opération militaire spéciale ne durerait que trois jours, l'Ukraine continue à présent à résister efficacement aux forces d'occupation. Si le rôle de la mobilisation populaire, à travers les innombrables initiatives bénévoles qui ont parsemé le pays, a souvent été souligné, nous ne disposons encore que de peu de travaux sur l'organisation concrète de cette résistance sur le plan local, ainsi que sur les rapports de classe et de genre qui la traversent.
En s'appuyant sur une enquête de terrain menée à Kriviy Rih, grand centre d'extraction minière et de métallurgie situé en Ukraine centrale, ce livre s'intéresse à la manière spécifique dont les hommes et les femmes des classes populaires, souvent russophones et anti-Maïdan, s'engagent dans le mouvement de solidarité avec l'armée et les populations civiles touchées par la guerre. Comment s'organisent-ils face à l'agression russe, quelles sont leurs motivations, leurs préoccupations, leurs activités et leurs modes de fonctionnement ? Quel est le degré d'autonomie de leurs initiatives et quels rapports entretiennent-elles avec l'Etat et les pouvoirs locaux, les partis politiques, les syndicats, les ONGI et les organisations des classes moyennes et supérieures ? Le choix méthodologique d'aborder le bénévolat sous l'angle de la sociologie du travail permet en outre d'interroger l'articulation entre le travail bénévole, le salariat et le travail domestique, et de montrer comment l'Etat s'appuie sur cet élan spontané de solidarité, qui met à sa disposition des masses colossales de travail gratuit, pour assurer les services publics cruciaux tout en poursuivant les réformes néolibérales entamées en 2014.
Le livre s'intéresse enfin plus largement aux points de vue exprimés par les membres des classes populaires sur la situation économique, sociale et politique de leur pays. Que pensent-ils des évènements qui secouent l'Ukraine depuis 2013 ? Comment évaluent-ils les réformes de ces dix dernières années, les batailles autour de la mémoire historique et de la question linguistique ?
Points fort : S'éloignant des approches géopolitiques de la guerre en Ukraine, l'ouvrage en éclaire les enjeux du point de vue de l'expérience de la résistance.
L'ouvrage s'appuie sur un travail de terrain de trois mois qui a permis de réaliser une quarantaine d'entretiens individuels et collectifs à Kriviy Rih et à Kiev. L'auteure a pu également observer et participer au travail de deux organisations bénévoles, et les accompagner dans plusieurs missions humanitaires. En se donnant pour objet l'activité bénévole des classes populaires à Kriviy Rih, l'auteure a voulu étudier un cas-limite de la résistance ukrainienne.
Les enquêtés étaient en effet en grande partie opposés au soulèvement de l'Euromaidan en 2013-2014 ; ils continuent à parler russe ou un mélange de russe et d'ukrainien, et ont de la famille en Russie ; la référence à l'URSS reste ancrée dans leur mémoire collective. L'ouvrage remet ainsi en question le stéréotype de la division profonde de l'Ukraine entre l'Ouest pro-européen à l'Est pro-russe. Grâce à l'apport méthodologique de la sociologie du travail bénévole, l'ouvrage aborde la résistance ukrainienne comme un phénomène social hétérogène traversé par des rapports de classe et de genre, ce que les approches en termes d'« engagement citoyen » ignorent généralement.
Biographie : Daria Saburova est née à Kiev en 1989. Elle est doctorante en philosophie au laboratoire Sophiapol (Université Paris Nanterre) et membre du Réseau européen de solidarité avec l'Ukraine.
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Mon livre « Travailleuses de la résistance » est parti chez l'imprimeur !
À paraître bientôt aux éditions du Croquant.
Ce livre est issu d'une enquête de terrain que j'ai menée entre janvier et mars 2023 à Kryvyï Rih. En prenant du recul par rapport aux approches géopolitiques de la guerre, je pose la question des rapports de classe et de genre qui traversent la résistance ukrainienne, en m'intéressant spécifiquement aux organisations bénévoles des femmes des classes populaires.
Merci à celles et ceux qui ont contribué à ce livre par les récits qui l'ont nourri, par les lectures et les relectures, les discussions et les encouragements !
Daria Saburova
https://www.facebook.com/people/Ukraine_CombArt/100090567559766/
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