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Résolution pour protéger la liberté de la presse*
Au Conseil de l'Europe, la résolution a été majoritairement adoptée avec 88 votes favorables, ce mercredi. Elle confirme le statut de prisonnier politique du journaliste australien, sa persécution et la nécessité de protéger la liberté d'expression face au secret d'État.
Par Vadim Kamenka <https://www.humanite.fr/auteur/vadi...>
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Tiré de L'Humanité, France, le mercredi 2 octobre 2024
Strasbourg (Bas-Rhin), envoyé spécial
Une ovation retentit. À 11 heures passées, l'hémicycle marron aux sièges bleus du Conseil de l'Europe connaît un moment rare. Sous le regard et les applaudissements de Julian Assange et de ses proches Stella Assange, Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de WikiLeaks, et Joseph Farrell, ambassadeur de WikiLeaks, la résolution a été adoptée avec 88 votes favorables, 13 contre et 20 abstentions.
« C'est une première étape. La résolution est complète avec un ensemble d'éléments qui doivent permettre une transcription judiciaire et législative. Nous devons prendre le relais de Julian Assange désormais. Sa lutte doit nous servir à lancer une grande bataille pour protéger nos nations d'attaques contre la liberté de la presse et nos institutions sont dans l'obligation de prendre le relais », commente Christophe Marchand, avocat qui a représenté le journaliste australien devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).
*Un bouclier nécessaire face aux États-Unis*
L'ensemble des membres de la commission des Questions juridiques et des Droits de l'homme du Conseil de l'Europe – qui réunit des parlementaires des 46 États – ont clairement alerté sur la jurisprudence de l'affaire Assange. « Nous devons être attentifs à ce que l'information soit accessible au public. Parce que l'information, c'est la première ressource de la démocratie. Un public informé est le seul à même de prendre des décisions éclairées », rappelle Christophe Brico ( PPE, Monaco ).
D'autres ont pointé le besoin d'une réponse collective face à une loi américaine qui peut poursuivre un journaliste australien en Europe. « Nous avons besoin d'un bouclier pour nous protéger de la loi sur l'espionnage dans les États membres du Conseil de l'Europe, pour protéger les organisations de la société civile, pour la protection de la liberté de la presse, pour ceux qui éditent et les publient et pour les lanceurs d'alerte », a réclamé le parlementaire allemand Julian Pahlke ( groupe des socialistes, démocrates et Verts, SOC ).
Plusieurs élus ont rappelé que l'activité du Conseil repose sur la convention européenne des droits de l'homme. Le droit à la liberté d'expression y est consacré par l'article 10 « sans ingérence et sans considération de frontière ». L'ensemble de l'Assemblée a félicité Thórhildur Sunna Aevarsdóttir, qui a soutenu le rapport. « Cette affaire signifie pour ceux qui risquent leur vie en dénonçant la corruption, les crimes de guerre et les violations des droits humains (…) que dans la lutte entre le pouvoir et la vérité, le pouvoir l'emportera. C'est un message que l'Assemblée doit rejeter avec force », prévient l'élue islandaise du Parti pirate ( SOC ).
Dans l'Hémicycle, un autre amendement a été particulièrement disputé, la reconnaissance du statut de « prisonnier politique » de Julian Assange durant quatorze ans. L'opposition d'une partie de la droite et des libéraux a été forte et illustrée par le lord britannique Richard Keen, affirmant que « de nombreux aspects de l'affaire restaient profondément troublants » et que « qualifier Assange de prisonnier politique est factuellement erroné et juridiquement incorrect ».
Il est vrai que « la Grande-Bretagne a malheureusement une longue histoire de refus du statut de prisonnier politique », a relevé l'élu irlandais Paul Gavan (GUE). Avec 65 pour et 31 contre, « c'est une victoire totale », a salué un membre de la commission.
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« Notre ami Kaïs Saïed. Essai sur la démocrature tunisienne » - Hatem Nafti
Essayiste franco-tunisien, Hatem Nafti répond à mes questions à l'occasion de la parution de son ouvrage « Notre ami Kaïs Saïed. Essai sur la démocrature tunisienne », préfacé par Gallagher Fenwick, aux éditions Riveneuve.
Tiré du blogue de l'auteur.
Vous parlez d'un populisme sans le peuple…
Si nous considérons la définition classique du populisme telle que formulée par le politologue néerlandais Cas Mudde, nous voyons que celle-ci s'applique parfaitement à Kaïs Saïed. En effet, Mudde définit le populisme comme « une idéologie peu substantielle (« thin ideology ») qui considère que la société se divise en deux camps homogènes et antagonistes, le peuple pur et l'élite corrompue, et qui affirme que la politique devrait être l'expression de la volonté générale du peuple ». Cette vision se retrouve jusque dans le slogan de campagne de 2019 du maître de Carthage : « le peuple veut » ( الشعب يريد).
Le problème, c'est que ce populisme n'est pas populaire si l'on considère les taux de participation aux scrutins organisés par le régime depuis le coup d'Etat du 25 juillet 2021. Le referendum constitutionnel de 2022 n'a attiré que 30% d'électeurs quand les élections législatives et locales ont été marquées par un taux d'abstention record, autour de 11%.
Il est toutefois important de souligner que cette abstention ne signifie nullement que 9 Tunisiens sur 10 rejettent Kaïs Saïed. Le président tunisien arrive à proposer un narratif qui sied à une partie significative de la population. Tous les problèmes de la Tunisie seraient le fruit d'un complot généralisé. Chaque complot désigne à la vindicte populaire un bouc-émissaire (anciennes élites, Etat profond, migrants, puissances étrangères, spéculateurs…). Ce narratif est angoissant dans la mesure où il maintient une tension permanente mais également rassurant car il permet de faire corps autour de ce président qui s'en prend à tous ces boucs-émissaires. Pour résumer, on peut dire que Saïed ne rassemble pas tant sur un projet qu'il n'agrège une série de rejets.
La question migratoire est devenue centrale ?
Les enjeux migratoires ont toujours revêtu une importance en Tunisie mais il est vrai que les bouleversements géopolitiques dans la région ont accru la question ces dernières années.
D'une part la déstabilisation de la Libye et l'instabilité au Sahel ont augmenté les déplacements de populations, d'autre part, des accords migratoires avec le Maroc, l'Égypte et la Turquie, ont fait de la Méditerranée centrale (Tunisie et Libye), le point de passage privilégié vers l'Europe. Rappelons que l'Italie est à moins de 150 kilomètres des côtes tunisiennes.
Ce qui a changé avec Kaïs Saïed, c'est l'approche raciste et complotiste du sujet. Le président tunisien explique tous les dysfonctionnements par un complot. En faisant sienne la théorie du « Grand remplacement », le président a exacerbé les tensions raciales et provoqué des drames. Le 21 février 2023, un communiqué du Conseil national de sécurité dénonce : « la horde de migrants clandestins d'origine subsaharienne » qui sont source « de violences, de crimes et de comportements inacceptables ». Le chef de l'État estime que ces flux feraient partie d'une « entreprise criminelle » remontant, dont l'objectif serait « la modification de la composition démographique tunisienne » dont « le but inavoué est de considérer la Tunisie comme exclusivement africaine au détriment de ses composantes arabes et musulmanes ». Le président accuse des « parties » d'avoir reçu « de grosses sommes d'argent depuis » dans le but d'aider au « peuplement des populations subsahariennes ». Après des scènes de « chasse à l'homme noir » qui ont duré une semaine, la situation s'est calmée. Depuis, des périodes d'accalmie succèdent à des épisodes de répression. Depuis le début de l'année 2024, ce sont les associations d'aide aux migrants qui sont dans le collimateur des autorités. Plusieurs dirigeants d'ONG sont incarcérés, accusés de blanchiment d'argent et d'aide à l'installation des migrants. L'État préfère se défausser sur ces maillons faibles que de tenir tête aux voisins algérien et libyen qui laissent passer les migrants et les Européens qui paient pour que la Tunisie les garde sur son territoire.
Régime autoritaire, comme sous Ben Ali, mais sans la croissance économique ?
Sous Ben Ali, il y avait une sorte de pacte tacite entre la population et les gouvernants qui peut se résumer dans « la liberté contre la stabilité économique ». Aujourd'hui, le pays fait face à une grave crise économique tout en ayant abandonné la liberté. Les pénuries alimentaires sont légion et Saïed attribue cela à des complots oudris par les ennemis du pays. Début 2023, le président a refusé un prêt du FMI au motif qu'il était conditionné à des réformes antisociales : baisse de la subvention des matières premières, restructuration des entreprises publiques et réduction de la masse salariale du secteur public. Pourtant, le pays continue à s'endetter et la baisse des compensations se fait par un moyen détourné : pour préserver sa réserve en devises, l'État rogne sur l'importation de certains produits de première nécessité, obligeant ainsi les citoyens à acheter des produits au prix du marché.
Kaïs Saïed entend également changer le système de production en introduisant le concept d'entreprises communautaires, sorte de coopératives territorialisées, chapeautées par l'État. Mais ce projet, censé résorber le chômage des jeunes, n'attire pas grand monde. Malgré de nombreuses incitations, seules 70 entreprises ont vu le jour en deux ans.
La France et l'Europe semblent accepter paisiblement la situation politique en Tunisie…
Mon livre est un clin d'œil aux ouvrages « Notre ami le roi » (G. Perrault, Gallimard, 1992) et « Notre ami Ben Ali » (N. Beau, et JP. Tuquoi, La Découverte, 2011), mais il fait également référence à une phrase d'Emmanuel Macron, tenue fin 2022 en marge du sommet de la Francophonie. Interrogé sur la répression croissante, le président français a indiqué son attachement au « mouvement » que connaît la Tunisie (en référence au coup d'֧État) et a qualifié d'ami son « homologue ». La position de la France et plus généralement de l'Europe s'explique d'abord par la question migratoire. En pleine répression des migrants subsahariens, en juillet 2023, Ursula von der Leyen, Giorgia Meloni et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte se sont déplacés à Tunis pour signer un mémorandum d'entente. Contre une meilleure coopération en matière migratoire, Bruxelles s'engage à verser des aides financières. Par ailleurs, les Occidentaux en général ne souhaitent pas voir Tunis, qui est arrimée à l'Ouest depuis Bourguiba, se tourner vers ses adversaires russes, chinois et iraniens. Cela explique la timidité de leur réaction face au tournant autoritaire.
Cet article est également disponible sur mon site et sur le site de l'IRIS.
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Soudan : L’obstination criminelle des généraux
La guerre des deux généraux s'intensifie, laissant le pays et les populations exsangues alors que la diplomatie internationale se gargarise de phrases creuses.
Tiré d'Afrique en lutte.
Les fortes précipitations pendant la saison des pluies, renforcées par le dérèglement climatique, ont provoqué de nombreuses inondations qui ont aggravé la situation déjà très précaire des populations. Autre conséquence : les routes et pistes impraticables ont figéles lignes de front de la guerre entre les Rapid Support Forces (RSF) de Hemedti et les Sudanese Armed Forces (SAF) dirigées par Al-Burhan.
Reprise des offensives
Depuis 17 mois de guerre, la quasi-totalité du pays a été touchée. Les RSF contrôlent la zone ouest et les SAF les parties sud et est. Avec le début de la saison sèche, les grandes offensives reprennent. Les FAS tentent de reconquérir la capitale Khartoum qui est en presque totalité aux mains des partisans d'Hemedti. Quant à ces derniers, ils ont lancé une attaque massive sur la ville d'El Fasher, capitale historique du Darfour. Au vu des massacres et des pillages dont ils se sont rendus coupables, une partie des civilEs a fait le choix de prendre les armes aux côtés des FAS pour défendre leur ville. D'autres groupes armés ont aussi joint leurs forces comme le SLM-Minawi (Sudan Liberation Army-Minawi), le JEM, des éléments du SLM-TC (Sudan Liberation Movement-Transitional Council), et des milices locales. Une alliance hétéroclite unie seulement par leur opposition aux RSF.
Ces manœuvres sont importantes pour chaque camp. La conquête de la capitale ne pourra que conforter Al-Burhan dans sa stature d'autorité légitime du Soudan, pour Hemedti, gagner El Fasher revient à contrôler l'ensemble du Darfour. Ces offensives signifient aussi que les deux généraux ont adopté une stratégie de guerre totale impliquant la destruction des infrastructures du pays, les hôpitaux, les écoles, les ponts, les aéroports, etc.
Discours hypocrites
Ainsi les deux camps utilisent l'artillerie lourde sur des zones densément peuplées. On compte désormais au bas mot 150 000 victimes. Près de 12 millions de déplacéEs et 25 millions de SoudanaisEs sont confrontéEs à une crise alimentaire aiguë.
Les efforts diplomatiques entrepris par les USA tournent au grotesque. Après le flop de sa conférence de Genève, Biden a signé avec Ben Zayed Al Nahyane président des Émirats arabes unis (EAU), une déclaration soulignant que « les deux dirigeants se sont déclarés alarmés par les millions de personnes déplacées par la guerre, les centaines de milliers de personnes souffrant de famine et les atrocités commises par les belligérants contre la population civile. Ils ont souligné qu'il ne peut y avoir de solution militaire au conflit au Soudan ». Alors que les EAU sont les principaux soutiens et pourvoyeurs d'armes des RSF.
S'il y a peu d'empressement de la part des pays voisins du Soudan tout comme du reste de la communauté internationale à mettre fin au conflit, c'est que cette guerre a au moins un avantage pour eux, celui d'avoir écrasé une révolution dont la dynamique émancipatrice remettait en cause l'ordre établi.
Paul Martial
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La presse algérienne dénonce le score « soviétique » du Président Tebboune
Le miracle s'est produit en ce jour de pluie et d'inondations sur la terre d'Algérie. Le président algérien sortant, Abdelmadjid Tebboune, a été réélu pour un deuxième mandat avec près de 95% des voix, a annoncé dimanche le président de l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie). Sur un total de 5.630 millions de « votes enregistrés, 5.320 millions ont voté pour le candidat indépendant » Tebboune, « soit 94,65% des voix », a déclaré Mohamed Charfi. Le président de l'Anie n'a pas fourni de nouveaux chiffres sur le taux de participation, après avoir annoncé dans la nuit « un taux moyen de 48% à la fermeture des bureaux », samedi à 20h00 (19h00 GMT).
Tiiré de MondAfrique.
Ce score du Président sortant est contesté par de nombreux observateurs. Abdelmadjid Tebboune aurait été gratifié d'une « réélection » avec un taux à la soviétique, d'après un éditorial de Yacine K. dans Le Matin d'Algérie
N'en jetez pas plus. Tebboune (79 ans) voulait être réélu avec un score qui ferait pâlir Kim Jong-un, le voilà bien servi ! Donc, l'Algérie est repartie pour 5 ans avec un chef d'Etat jamais avare de grandes déclarations… sans lendemains.
En revanche, ses faiseurs de roi n'ont eu aucune pitié pour ses deux lièvres,Youcef Aouchiche (2,16%) et Abdelaali Hassani Cherif (3,17 %). Ils les ont pourvus de taux particulièrement ridicules. Ils auraient pu leur renvoyer l'ascenseur pour services rendus. Même pas… Comme quoi, il n'y a absolument rien à attendre de ce régime.
Tout indiquait que cette élection n'en serait jamais une. Avec un ministre de l'Intérieur, comme directeur de campagne du chef de l'Etat, fallait-il attendre autre chose ? Le régime a tout balisé depuis des mois. Répression tous azimuts, musellement des voix dissidentes, association des médias lourds et journaux dans une entreprise de manipulation à grande échelle pour faire avaler les potions les plus imbuvables que pouvaient imaginer les crânes d'oeuf de Tebboune.
Ensuite, il y a eu l'épisode des annonces des taux de participation hier par Mohamed Charfi. Le taux de participation a commencé modestement le matin avant de bondir dans l'après midi. Puis à 17h, les chiffres s'affolent dans la bouche de l'auguste président de l'ANIE. Ils passent sans coup férir de 26,45% à 48,03%. Et 19,57% pour la communauté nationale établie à l'étranger. Ces taux restent provisoires ce soir.
Et comme les réjouissances ne sont pas finies, demain, le taux de participation au niveau national franchira allègrement les 50%. Voilà qui confortera l'oncle Tebboune qui s'estimait mal élu en décembre 2019. Ainsi, il pourra poursuivra, sans retenue, son oeuvre d'immobilisme mortifère du pays.
Quant à ses deux lièvres, finis les plateaux télé, les sorties publiques… ils se feront oubliés dès demain pour leur formidable participation à cette parodie.
*Source : Le Matin d'Algérie
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Arrêts de la CJUE sur le Sahara occidental : Le gouvernement Sanchez remis en question
La question du Sahara occidental, occupé par le Maroc depuis 1975, « n'a jamais été un ‘'différend régional'', comme le prétend le Maroc mais plutôt une question en suspens d'un processus de décolonisation que l'Espagne avait l'obligation d'administrer, sans céder à un autre intérêt que celui des Sahraouis eux-mêmes ».
Tiré d'El Watan.
En invalidant les deux accords commerciaux conclus entre le Maroc et l'Union européenne (UE), la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a statué sur une chose « évidente », a indiqué le Docteur et professeur en relations internationales à l'université de Madrid, Sebastian Ruiz-Cabrera. « La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a statué sur une chose évidente. Les accords de pêche et agricoles UE-Maroc ont violé les principes d'autodétermination du peuple sahraoui », a écrit Sebastian Ruiz-Cabrera dans un post sur les réseaux sociaux. « Les entreprises espagnoles qui en ont bénéficié, en paieront-elles le prix ? », s'est-il notamment interrogé.
Evoquant, par ailleurs, l'ampleur du pillage des ressources sahraouies, le Docteur et professeur en relations internationales à l'Université de Madrid a fait savoir qu'en 2019, « les captures dans les eaux du Sahara occidental se sont élevées à 1 067 000 tonnes pour une valeur totale de 496 408 millions d'euros (tandis que) les exportations vers l'UE au cours de la même année se sont élevées à 124 900 tonnes, pour une valeur de 434 437 millions d'euros ». « C'est la Cosa Nostra. Un banquet organisé par Bruxelles », s'est-il indigné, soulignant que, le 12 février 2019, le Parlement européen a approuvé le nouvel accord de collaboration sur la « pêche durable » entre l'UE et le Maroc avec une compensation économique de 153,6 millions d'euros pour quatre ans.
Dans ce contexte, Sebastian Ruiz-Cabrera a dit espérer que les arrêts rendus vendredi par la CJUE confirmant l'illégalité des accords commerciaux conclus entre l'Union et le Maroc puissent permettre à la population sahraouie d'exercer son droit à l'autodétermination. « Après la belle sentence de justice d'aujourd'hui (vendredi, ndlr), nous espérons un retour économique pour la population sahraouie afin qu'elle puisse gérer correctement son droit à l'autodétermination », a-t-il indiqué.
En septembre 2021, le Tribunal de l'Union européenne avait prononcé l'annulation des deux accords de pêche et d'agriculture liant le Maroc à l'Union européenne et étendus illégalement au Sahara occidental occupé, affirmant qu'ils ont été conclus en violation de la décision de la CJUE de 2016 et sans le consentement du peuple du Sahara occidental. Les Conseil et Commission européens avaient introduit un recours en appel devant la CJUE en décembre de la même année. Vendredi, la CJUE a rejeté ces recours, synonyme d'annulation des accords signés entre le Maroc et UE et étendus illégalement au Sahara occidental occupé.
Un pur processus de décolonisation
Dans le même sillage, le média espagnol ABC a écrit sur son site internet que la décision de la Cour de justice de l'Union européenne invalidant les deux accords commerciaux conclus entre le Maroc et l'Union européenne (UE) représentent non seulement un revers pour la Commission et le Conseil de l'UE mais aussi pour le gouvernement espagnol qui soutient le prétendu « plan d'autonomie » de Rabat.
Rendus vendredi, les arrêts de la Cour de l'UE « représentent non seulement un revers pour la Commission et le Conseil de l'UE, mais aussi un nouveau revers pour la flotte andalouse, bénéficiaire de la plupart des licences accordées par le Maroc pour pêcher dans les eaux sahraouies, mais remettent également en question le gouvernement de Pedro Sanchez, implicitement désavoué pour avoir soutenu il y a deux ans le (prétendu) plan d'autonomie conçu par Rabat pour assurer le contrôle du Sahara occidental », écrit ABC dans son éditorial.
La question du Sahara occidental, occupé par le Maroc depuis 1975, « n'a jamais été un ''différend régional'', comme le prétend le Maroc mais plutôt une question en suspens d'un processus de décolonisation que l'Espagne avait l'obligation d'administrer, sans céder à un autre intérêt que celui des Sahraouis eux-mêmes », souligne le média espagnol.
Le quotidien espagnol a rappelé que les arrêts de la CJUE annulent les accords commerciaux agricoles et de pêche signés entre l'UE et le Royaume du Maroc au motif que les deux traités ont été conclus sans le consentement du peuple sahraoui. Ainsi, poursuit la même source, « Rabat ne peut pas profiter économiquement, du moins sur le marché européen, des ressources d'un territoire qui ne lui appartient pas et qui, occupé depuis 1975, n'a pas encore organisé le référendum d'autodétermination auquel il a droit en vertu du droit international ». Et d'ajouter dans ce contexte que la « solide amitié » avec le Maroc que la Commission européenne insiste à proclamer « doit être compatible avec le respect du droit international et la reconnaissance du Sahara occidental comme territoire souverain, libre de décider de son avenir... »
Outre l'invalidation des deux accords commerciaux entre le Maroc et l'UE, la CJUE, dans un autre arrêt, s'est également prononcée sur l'identification et l'étiquetage des melons et des tomates du Sahara occidental. Elle y souligne, en substance, que cet étiquetage doit indiquer le seul Sahara occidental comme étant le pays d'origine de ces produits, à l'exclusion de toute référence au Maroc, afin d'éviter d'induire le consommateur en erreur quant à leur véritable origine.
Dans ses arrêts de vendredi, la CJUE rappelle d'abord l'ensemble des acquis de 2016 et de 2018 comme une base intangible, à savoir que le Sahara occidental dispose d'un statut séparé et distinct par rapport au territoire marocain et que le peuple sahraoui constitue un sujet de droit international tiers aux relations UE-Maroc, dont le consentement est incontournable.
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La dernière réforme d’AMLO, un cadeau empoisonné ?
Le 15 septembre dernier, fête nationale mexicaine, Andres Manuel Lopez Obrador a fait un discours « d'adieu » devant 300 0000 personnes enthousiastes rassemblées sur le Zocalo, la grande place de Mexico. Il quittera en effet ses fonctions le 1er octobre prochain et laissera sa place à la nouvelle présidente triomphalement élue en juin dernier, Claudia Sheinbaum.
30 septembre 2024 | Commission Amérique latine du NPA-A
https://inprecor.fr/node/4321
Il s'est félicité de ses six années au pouvoir. L'économie en termes généraux affiche des chiffres largement positifs : les mesures d'augmentation des salaires minimaux, des pensions, des bourses pour les jeunes n'ont pas été effacées par l'inflation qui reste très en dessous de celle de la plupart des pays d'Amérique latine.
Pour les travailleurEs, les communautés indigènes et la population pauvre du Mexique, on reste bien en dessous des promesses de la « Cinquième Transformation » du début du sexennat mais la différence est telle avec tous les gouvernements précédents depuis des dizaines d'années qu'Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) se « retire » dans sa propriété du Chiapas avec une cote de popularité à un niveau jamais atteint au Mexique (plus de 70 %).
La justice : bastion de la droite
Il laisse à celle qu'il a adoubée et aux parlementaires de son parti, MORENA, qui ont la majorité absolue au Parlement, le soin de faire appliquer la dernière grande loi constitutionnelle qu'il a fait passer au grand dam de l'opposition et de larges secteurs de la bourgeoisie. Il s'agit de la réforme du pouvoir judiciaire.
Au Mexique, jusqu'à cette loi, les juges, du haut en bas de la hiérarchie, étaient sélectionnés par des procédures complexes et souvent opaques. Ce qui laissait la place aux trafics d'influence, au népotisme et à une corruption très largement répandue. Le sommet du pouvoir judiciaire, la Cour suprême de Justice fonctionnait en outre comme une machine à couvrir les intérêts des classes privilégiées et avait plusieurs fois fait barrage à des lois sociales ou antilibérales qu'AMLO avait voulu promulguer. Bien qu'en tant que président il ait eu le pouvoir de désigner certains de ses membres, sur les 11 membres actuels de cette cour, seuls trois lui étaient favorables. D'une façon générale, le pouvoir judiciaire au Mexique représente clairement un bastion de la droite et des possédants. Et AMLO ou même la nouvelle présidente pouvaient craindre des « coups d'État institutionnels » comme ceux opérés au Brésil contre Lula ou Dilma Rousseff.
La population soutient la loi constitutionnelle
La loi qui vient d'être votée prévoit l'élection par la population de tous les juges au Mexique. Elle a été approuvée par des majorités qualifiées à la Chambre des députéEs et au Sénat (après quelques manœuvres tout sauf démocratiques). Mais elle s'est heurtée à l'opposition frontale non seulement de la coalition des partis de droite (PAN, PRI, PRD…) mais aussi de l'immense majorité des fonctionnaires et travailleurEs de la justice. Les 55 000 travailleurEs de la justice ont fait grève pendant plus d'un mois et manifesté par dizaines de milliers dans les rues contre cette loi. Bien sûr, ils ont été soutenus à grands cris par les partis de l'ancien régime et par les grands médias. Par contre, la grande majorité de la population soutient cette loi, parce qu'elle n'a aucune confiance dans le pouvoir judiciaire actuel et parce que c'est AMLO qui la propose et la droite qui s'y oppose.
Une loi imposée sans concertation
Cette loi pose cependant de nombreux problèmes sociaux, politiques et démocratiques. Si une bonne partie des travailleurEs de la justice, bien qu'étant pour beaucoup électeurs d'AMLO, s'y opposent c'est parce qu'elle leur a été imposée sans aucune concertation et qu'elle va mettre fin à de nombreuses possibilités de promotions internes. Il est évident que le parti de Lopez Obrador, va dans la conjoncture actuelle disposer du contrôle des trois pouvoirs — exécutif, législatif et judiciaire — notamment grâce à la procédure de sélection des candidatEs aux postes de juge qui reste très opaque et risque de n'empêcher ni les manœuvres ni la corruption à de nombreux échelons.
Au bout du compte cette réforme est caractéristique de la nature du gouvernement sous AMLO : une part de volonté transformatrice réelle, une application d'en haut et largement imparfaite s'appuyant sur le seul prestige du guide suprême et en aucun cas sur la mobilisation et le contrôle populaire.
Publié par L'Anticapitaliste le 26 septembre 2024
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Au Brésil, la difficile équation des mairies bolsonaristes
Malgré le volontarisme du président Lula pour améliorer les conditions de logement, le manque d'investissement de certaines mairies, toujours tenues par l'extrême droite, dans les transports complique l'accès à l'emploi. Les municipales du 6 octobre pourraient changer la donne.
Tiré de l'Humanité
https://www.humanite.fr/monde/bolsonaristes/au-bresil-la-difficile-equation-des-mairies-bolsonaristes
Publié le 3 octobre 2024
Paula Goselin
Malgré les politiques de logement social mises en place par Lula, le manque d'investissement dans les transports de certaines municipalités bolsonaristes prive les plus pauvres d'emploi.
Après avoir gravi trois étages de son immeuble sous la chaleur accablante de Rio de Janeiro, Roberta Fernandes s'affale sur le canapé en cuir beige de son salon. « Que c'est bien d'être chez soi ! » s'exclame la mère de famille de 47 ans, profitant du courant d'air qui pénètre par une petite fenêtre qui illumine son carrelage blanc.
Son appartement, situé à Magé, une municipalité en périphérie nord-est de la Ville merveilleuse, est pourtant modeste : un 45 mètres carrés avec deux chambres étroites. Mais pour cette mère divorcée avec deux enfants, il s'agit d'un rêve : elle n'avait jamais imaginé qu'elle aurait à nouveau son chez-soi, un jour.
« Maintenant, mes enfants peuvent inviter leurs amis !
Après son licenciement pendant la pandémie de Covid, de fortes précipitations s'étaient abattues sur la région, en 2022, détruisant la maison qu'elle avait construite sur le terrain de sa mère à Raiz da Serra, un quartier rural à 28 kilomètres à l'ouest de sa nouvelle résidence.
« J'ai tout perdu dans l'inondation », se souvient-elle. Sa mère l'ayant alors recueillie avec ses enfants, elle avait dû dormir dans le salon avec son fils sur un matelas donné par des assistants sociaux publics.
Roberta Fernandes s'était résignée à élever ses enfants dans ces conditions précaires. Cependant, grâce au programme public de logements populaires « Minha Casa, Minha Vida », elle a pu, en avril 2024, bénéficier d'un appartement gratuit, qu'elle a aménagé avec des meubles qui lui ont été donnés. « Maintenant, mes enfants peuvent inviter leurs amis ! » s'enthousiasme-t-elle en observant Theo, son fils de 15 ans, dévorer une énorme part de gâteau.
Le retour de Lula a réduit la pauvreté
Comme elle, 8,5 millions de personnes sont sorties de la pauvreté après le retour du président Luiz Inácio Lula da Silva, au pouvoir depuis 1er janvier 2023, permettant une baisse du taux de pauvretéde 27,5 % entre 2022 et 2023, selon un communiqué du ministère du Développement.
Dès son investiture, l'ancien métallurgiste a relancé les programmes emblématiques du Parti des Travailleurs (PT) abandonnés par sonprédécesseur d'extrême droite, Jair Bolsonaro : l'allocation de revenus « Bolsa Familia » (bourse famille), les logements populaires « Minha Casa, Minha Vida » ou encore le plan de santé « Pharmacie populaire ».
Le président Lula a aussi encouragé l'installation de cuisines populaires à travers le pays, inspirées d'une initiative du Mouvement des travailleurs sans toit, pour distribuer des repas gratuits aux plus démunis.
Les 5 millions d'habitants de la « Baixada Fluminense », comme on appelle les villes en périphérie de Rio de Janeiro, figurent parmi les principaux bénéficiaires de ces programmes – dans cette région gangrenée par le narcotrafic, la moitié de la population vit avec moins de la moitié du salaire minimum (234,78 euros).
Malgré les efforts, les défis restent conséquents
« Je suis de retour et je vais vous dire que nous allons investir à Rio de Janeiro plus que ce qu'a fait n'importe quel autre président ! » a promis Lula lors de l'inauguration des 832 appartements du complexe de deux résidences « Minha Casa, Minha Vida » à Magé, où vit maintenant Roberta Fernandes, le 6 février 2024. À l'occasion, il a aussi annoncé la construction d'un campus de l'Instituto Federal Fluminense à quelques minutes des résidences.
Cependant, malgré les efforts du gouvernement, les défis restent conséquents. Comme de nombreuses villes de la périphérie de Rio de Janeiro, Magé est connue pour être une ville-dortoir.
Roberta Fernandes a beau envoyer des candidatures dans des villes plus dynamiques, comme Niteroi, à 47 kilomètres de là, son dossier se voit toujours refusé. « Les entreprises craignent que je ne sois trop fatiguée pour être productive car je devrais me réveiller très tôt », se lamente-t-elle.
Les logements populaires mal desservis par les transports
En raison du manque flagrant de transports publics, les habitants peuvent mettre jusqu'à quatre heures pour se rendre à leur travail.
Ana Paula Barbosa, une grand-mère de 55 ans résidant au rez-de-chaussée de la résidence « Minha Casa, Minha Vida », y a aménagé un atelier de poupées pour des rituels umbandas, une religion afro-brésilienne proche du candomblé. D'après elle, ici, seul un microbus passe toutes les deux heures et un jour sur deux pour rejoindre le centre-ville, largement insuffisant pour 3 328 résidents.
Un isolement qui a même découragé certaines personnes précaires d'accepter de bénéficier du programme « Minha Casa, Minha Vida ». Dans la municipalité de Mauá, à une vingtaine de kilomètres des résidences populaires, la maison de Suely Soares, 54 ans, qui a été construite irrégulièrement, va être démolie par la préfecture pour rétablir d'anciennes voies ferrées historiques à proximité d'un ancien port abandonné de la baie de Guanabara.
Le problème des mairies bolsonaristes et du transport public
Au Brésil, les mairies sont les principales responsables des transports. Mais elles ne se sont pas toujours alignées sur les politiques du président Lula. Les 13 villes de la Baixada Fluminense sont de véritables bastions bolsonaristes : lors du scrutin présidentiel d'octobre 2022, Jair Bolsonaro a largement remporté l'élection dans toutes les municipalités.
À Magé, un autre complexe résidentiel de 420 résidences inauguré en 2014 a ainsi sombré dans le quasi-abandon. « Les partenariats avec les États et les municipalités sont d'une importance fondamentale si nous voulons remédier à la pénurie de logements », rappelle Hamilton Madureira, secrétaire national de l'Habitation, du ministère des Villes, dans un courriel.
La condamnation de l'ancien président pourrait changer la done
À l'approche des municipales du 6 octobre, la conjoncture pourrait évoluer. Face à la perte de popularité de Jair Bolsonaro, déclaré inéligible pour huit ans à la suite d'une condamnation pour « abus de pouvoir », certains élus changent d'allégeance.
À Magé, le maire Renato Cozzolino, descendant d'une dynastie qui a gouverné la ville pendant des décennies, a été élu en 2021 sous l'étiquette du Parti de la République de Jair Bolsonaro. Aujourd'hui, il a décidé de se présenter sous la bannière du parti progressiste, de droite, et a fait alliance avec le PT. Parmi ses propositions, « l'achat de 30 bus électriques, avec la création d'une société de transports publics ».
« Je n'ai jamais demandé à quel parti vous appartenez », suggérait le président Lula, sous-entendant que l'essentiel est de s'« occuper de ceux qui ont besoin du gouvernement ». Sa demande sera-t-elle entendue ?
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France. « Contre Barnier et le RN, la riposte en suspens »
Le 1er octobre, en France, avaient lieu à la fois la déclaration de politique générale de Michel Barnier, le Premier ministre déniché par Macron pour présenter un simulacre de changement, et la première journée de mobilisation syndicale suite à cette nomination. Elle était présentée par CGT, Solidaires, FSU (Fédération Syndicale Unitaire) comme le « début du match retour contre la réforme des retraites » (la réforme imposée en 2023, repoussant à 64 ans l'âge de départ à taux plein).
Tiré de A l'Encontre
5 octobre 2024
Par Léon Crémieux
Michel Barnier lors de sa déclaration de politique générale, le 1er octobre.
La déclaration de Michel Barnier a bien confirmé que ce gouvernement sera, en pire, la continuation des choix de classe de Macron. Du côté du mouvement social et de la gauche, le bilan du 1er octobre éclaire les difficultés à trouver un second souffle après les élections législatives et la mobilisation populaire de juin/juillet qui ont fait émerger le Nouveau front populaire (NFP) et ont opposé un barrage à l'extrême droite.
Le problème tant politique que social posé au mouvement ouvrier depuis les élections législatives, l'éviction de Julie Castet du poste de Première ministre et la mise en place du gouvernement Barnier (ou plutôt Barnier-Macron-Le Pen) est le suivant : comment continuer la bataille engagée dans l'unité dès le lendemain de l'élection européenne de juin. Les forces capitalistes et réactionnaires ont été déstabilisées un temps par la déroute de Macron aux élections européennes et législatives, la mise sur pied imprévue du Nouveau front populaire et le barrage populaire mis à l'accession du Rassemblement Nationale (RN) au gouvernement. Successivement, en quelques semaines, ce furent les projets de Macron et de Le Pen qui furent battus en brèche. Le spectre d'un gouvernement du NFP, rompant avec l'austérité, a hanté quelques semaines les couloirs de l'Elysée, les bureaux des dirigeants de droite et d'extrême droite. Dès lors, chacun à sa place, les forces de Macron, des Républicains et du Rassemblement national se sont disposées pour éviter ce scénario catastrophe. S'il était impossible (avant un an, d'après la Constitution) de procéder à de nouvelles élections législatives, il fallait au moins juguler toute possibilité d'un gouvernement de gauche. Cela imposait une double coalition : la coalition gouvernementale des deux formations sèchement battues dans les urnes aux législatives de juin/juillet 2024, le groupe macroniste (20% des voix et 150 député·e·s) et les Républicains (6.57% des voix et 39 député·e·s), et la coalition plus que tacite de ce gouvernement avec le RN sans l'assentiment duquel ce gouvernement tomberait dès la semaine prochaine avec le vote de la motion de censure présentée par le NFP. Marine Le Pen a clairement annoncé que son parti ne voterait pas pour faire tomber ce gouvernement, alors qu'évidemment elle l'aurait fait si un gouvernement du NFP avait été aux commandes.
Il y a donc aujourd'hui au gouvernement une coalition chaotique, sans programme commun de gouvernement et sans même le soutien explicite des macronistes (cela se fera « selon ses décisions » a déclaré Gabriel Attal, président du groupe parlementaire Ensemble). Cela importe peu, Barnier restera dans les ornières creusées par les gouvernements précédents de Macron. Le soutien passif du Rassemblement national permet à ce gouvernement de survivre tant que les député·e·s du RN ne voteront pas les motions de censure déposées par le NFP (une motion de censure qui recueille la majorité absolue des voix des député·e·s, soit 289 voix, provoque la chute du gouvernement).
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C'est donc explicitement une alliance sui generis entre Macron, les Républicains et le Rassemblement national. Un barrage anti-RN avait empêché en juillet l'accession du RN au gouvernement. Par ses manœuvres, Macron le remet au centre du jeu en faisant de Barnier l'otage politique de l'extrême droite. Cela est d'autant moins gênant pour Barnier et ses ministres qu'existent de nombreuses passerelles entre ce gouvernement et l'extrême droite, à commencer par celles tendues par Bruno Retailleau, sénateur LR, qui a le portefeuille de l'Intérieur et n'a rien à envier à Jordan Bardella et à Marine Le Pen en termes de politique sécuritaire, anti-immigration et de remises en cause des droits démocratiques. Cela est aussi le cas de nombreux ministres catholiques traditionalistes, anti-IVG, anti-LGBTQ…
La feuille de route annoncée par Barnier, le 1er octobre dans son discours de politique générale, ne laisse d'ailleurs guère de doutes.
Pour donner des impressions de changement, il a confirmé des choix faits dès les dernières semaines du gouvernement Attal [9 janvier au 5 septembre 2024], en juin :
. le report des élections provinciales en Kanaky et stopper le projet de loi dégelant le corps électoral visant à minoriser les Kanaks au profit des colons. Depuis mai dernier, la mobilisation des Kanaks contre ces projets colonialistes n'a pas cessé, 11 Kanaks ont été tués, victimes de l'Etat français.
. une ouverture de négociations sur « des aménagements » à la « réforme » de retraites rejetée en 2023 par 80% de la population, aménagements à la marge sans aucune remise en cause de l'âge de départ à 64 ans.
. l'élimination du projet de loi Attal sur l'assurance chômage qui réduisait davantage les droits à indemnisation des chômeurs… pour revenir à un accord MEDEF-CFDT/CFTC/FO [le patronat et ces trois centrales syndicales] de 2023 qui imposait déjà, sur ordre du gouvernement, des baisses de cotisations patronales et 2,3 milliards de réduction de droits pour les salarié·e·s âgées. Gabriel Attal, l'ex-premier ministre, avait lui-même suspendu son projet scélérat, le 30 juin, au lendemain de la débâcle électorale des législatives.
Dans le domaine fiscal, a été annoncé, comme s'il s'agissait d'une mesure d'extrême gauche, une contribution des 0,3% des foyers fiscaux les plus riches. Cette contribution très marginale existe déjà depuis 2011 (CEHR- Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus), rapportant 1,5 milliard. Là le gouvernement l'augmenterait pour en obtenir 3 milliards supplémentaires. D'un autre côté, l'annonce d'avancer de deux mois l'augmentation du SMIC de 2%, soit 28 euros net pour passer à 1426 euros net. Ces mesurettes maquillées en décisions de justice fiscale ne masquent pas l'orientation de classe, réactionnaire, de ce nouveau gouvernement provisoire.
Par ailleurs, rien n'a été dit concernant la lutte contre le changement climatique qui frappe là aussi en priorité les classes populaires.
Ce gouvernement sera, en pire, la continuation des choix de classe des gouvernements précédents de Macron. Concernant la question des violences faites aux femmes, des viols et des féminicides, cette réalité tristement éclairée par le procès des violeurs de Mazan (petite commune du Vaucluse, où un criminel a fait subir à sa femme, après l'avoir anesthésiée, des viols pendant des années, de la part de dizaines « d'hommes ordinaires », contactés dans son voisinage ou par internet). Cette affaire sordide révèle à la fois la présence profonde de cette violence machiste, sa banalisation dans la société et surtout le silence et l'inaction totale des partis gouvernementaux devant la question des violences sexuelles dans la famille qui, avec l'inceste, restent en France un tabou très lourd.
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Barnier prévoit une attaque budgétaire sans précédent avec 40 milliards de coupes dans les dépenses publiques (Bruno Lemaire, ministre des Finances des gouvernements précédents, avait déjà procédé à 20 milliards de coupes en 2024). Il en découlera : suppressions de postes dans la Fonction publique, 13 milliards amputés dans les dépenses de santé, recul de six mois de l'indexation des retraites de base sur l'inflation 2024, prévue initialement au 1er janvier 2025… d'où 3,7 milliards d'euros pris dans la poche des retraité·e·s. Pour les collectivités territoriales, l'objectif serait la suppression de 100 000 postes.
Ces choix budgétaires sont censés faire sortir les finances publiques de la France de son placement par la Commission européenne en « procédure de déficit excessif ». L'objectif est de se conformer à la règle des 3% de déficit en 2029 (6% du PIB prévus en 2024).
Tous ces choix confirment la politique de Macron depuis 7 ans consistant à financer avec le budget de l'Etat les grandes entreprises, alléger fortement leurs contributions fiscales et compenser ces diverses aides par une réduction constante des dépenses publiques correspondant aux besoins sociaux dans la santé, l'éducation et le logement.
Depuis 2017 et l'élection de Macron, ces choix au bénéfice des classes possédantes se sont multipliés : exonération de droits de succession, crédit impôt recherche (CIR) qui est une manne pour les grandes entreprises sans aucune contrainte en termes de « recherche », exonération des cotisations sociales jusqu'à 1,6 SMIC, soit quelque 157 milliards d'aides publiques annuelles aux entreprises privées sans contreparties selon une étude établie par un groupe de chercheurs du Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé) et de l'IRES (Institut de recherches économiques et sociales), publiée par l'IRES.
La conséquence de ces choix est un creusement constant des inégalités sociales : de 2010 à 202, selon l'INSEE, les 10% les plus fortunés ont accru de 41 à 47% leur part du patrimoine net des ménages. En 20 ans, de 2002 à 2023, les 500 plus grosses fortunes du pays ont multiplié leur richesse par 10 : de 124 à 1170 milliards d'euros.
Parallèlement, le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté (1158 euros par mois, soit 1090 CHF) ne cesse de croître, 14% de la population, plus de 9 millions en 2023. Les baromètres du Secours populaire de septembre 2024 viennent encore de témoigner de la précarité grandissante dans laquelle vivent les classes populaires, aggravée ces dernières années par les prix de l'énergie et de l'alimentation, avec les privations de soins, les restrictions sur l'alimentation et le chauffage. Les prestations familiales et de solidarité ont perdu plus de 4% de pouvoir d'achat entre 2021 et 2023 (Rapport du Haut Conseil de la famille, décembre 2023) à cause d'une faible revalorisation.
Cette aggravation des conditions de vie, ces injustices sociales sont les causes fondamentales du rejet des partis qui ont géré le pays depuis des décennies. Les partis comme les LR ou Ensemble ont été une nouvelle fois désavoués il y a quelques mois à cause de ces politiques qui frappent les classes populaires. Même si d'après plusieurs études 45% des couches les plus pauvres ne se sont pas déplacés pour aller voter, les votes des classes populaires ont tous été déterminés essentiellement par la question du pouvoir d'achat. L'immense mobilisation contre la réforme des retraites en 2023 traduisait la même préoccupation.
La place électorale prise par le NFP, comme malheureusement par le RN, est bien l'expression de cette situation sociale. Mais alors qu'elle est bel et bien le résultat de choix de classes, une partie importante des classes populaires adhérent au discours raciste et xénophobe faisant porter aux classes racisées et à l'immigration la responsabilité de la situation sociale dans laquelle vivent les salarié·e·s, notamment dans les régions rurales et périurbaines. Ce discours raciste, distillé chaque jour dans les médias a été aussi celui du gouvernement Attal, avec notamment le ministre de l'Intérieur Gerald Darmanin. Bruno Retailleau qui le remplace promet évidemment d'appliquer une politique similaire à celle du RN.
***
Cette situation sociale et politique impose au mouvement ouvrier de garder la place prise au début de l'été et d'avoir la conscience collective que tout sera fait pour empêcher dans les mois qui viennent que se construise une perspective politique anti-austérité.
Après les manifestations des 7 et 21 septembre contre le hold-up institutionnel de Macron, le 1er octobre était la première journée de mobilisation syndicale, avec des appels à la grève dans la Fonction publique et à la SNCF. 190 lieux de manifestations, 170'000 personnes dans la rue selon la CGT qui organisait cette journée avec la FSU et Solidaires (donc sans la CFDT et FO, les deux autres centrales importantes). Les exigences mises en avant étaient essentiellement les retraites, le pouvoir d'achat, mais derrière tout cela et dans les discussions, la question essentielle était celle des possibilités de contrer à la fois la dérive autoritaire et raciste annoncée par ce gouvernement ainsi que la menace d'une victoire de l'extrême droite dans les mois ou années à venir. D'autant plus que les forces réactionnaires comptent certes sur la démoralisation qui a plané après la mise à l'écart du NFP pour former le gouvernement. Le succès limité de cette mobilisation du 1er octobre, l'absence d'annonce pour l'instant de nouvelles échéances traduisent un peu l'incertitude sur les réponses à apporter.
Les problèmes existants avant juin dernier risquent de reprendre le dessus. Le mouvement syndical, unitairement, a annoncé le lancement d'une campagne contre l'extrême droite dans les entreprises pour contrer les idées racistes et les fausses solutions du RN à la crise sociale. De plus, l'axe est mis sur la question des retraites et certains vont vouloir se saisir des « négociations » proposées par le gouvernement comme point d'appui sur cette question et sur le dossier des allocations chômage. Cela traduit évidemment la volonté d'occuper le terrain syndical, et Solidaires comme la CGT mettent l'accent sur le retrait de la réforme des retraites qui a été le point commun d'exigence dans toutes les classes populaires. Sur cette question, dans les jours à venir, la question se posera aussi à l'Assemblée nationale avec un texte de retrait de cette réforme proposé par le NFP (alors que le RN a aussi déposé un autre projet). Par ailleurs, LFI continue une bataille parlementaire pour exiger la destitution de Macron (destitution qui imposerait un vote majoritaire à l'Assemblée et au Sénat).
Le problème est que le calendrier devrait exiger dès maintenant un plan d'action commun – syndicats, partis, mouvement démocratique et social – pour maintenir, reconstruire et élargir le front qui s'était construit en juin dernier, autour à la fois du rejet du RN et de l'exigence d'une politique de justice sociale illustrée par le programme du NFP. Les deux batailles se complètent car il n'y aura pas de remise en cause de la place prise par le RN sans construire une mobilisation populaire autour des exigences sociales et démocratiques, sans donner une crédibilité de masse à ces choix alternatifs, capable de balayer les solutions racistes et sécuritaires. Le mouvement syndical, les partis de gauche et le mouvement social étaient très largement unis en juin autour de ces deux préoccupations, occupant ainsi une place offensive dans la société et battant en brèche l'hégémonie réactionnaire. C'est cela qu'il faut essayer de reconstruire autour d'initiatives concrètes.
Répondre à ces enjeux impose que chacun ne reste pas dans son couloir, syndical et politique, cela suppose aussi de mettre en œuvre des mobilisations communes, réellement construites dans des cadres unitaires et non pas concurrentielles l'une à l'autre, comme ont pu apparaître les 7 et 21 septembre. Non seulement, ces cadres n'existent pas pour l'instant, mais pire, le débat dans la gauche politique semble plus être la préparation des élections présidentielles de 2027 et les batailles parlementaires que la construction d'un front commun de mobilisation avec des initiatives et des structures unitaires nationales et locales. Pourtant, seule la force conjuguée des énergies militantes existant dans les villes et les quartiers pourra créer cette mobilisation et redonner la main au mouvement populaire. (5 octobre 2023)
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France - Dix mesures de rupture pour un autre monde
Le Nouveau Front populaire a mis en avant des mesures d'urgence. Ce programme minimum, nous le soutenons. Mais il reste limité. Il le restera d'autant plus qu'il ne peut s'appliquer sans un grand mouvement social et l'auto-organisation de ceux qui produisent les richesses, les travailleurs·ses.
Revue L'Anticapitaliste n°159 (septembre 2024)
Par Antoine Larrache et Fabienne Dolet
Crédit Photo
Photothèque Rouge / Copyright : Martin Noda / Hans Lucas.
Parmi les mesures avancées par le NFP, il y a l'augmentation du Smic de 1 400 à 1 600 euros net, l'abrogation des décrets d'application de la réforme des retraites de 2023 (mais pas de la loi…) et « l'objectif commun du droit à la retraite à 60 ans ». Il indique la nécessité d'indexer les salaires sur l'inflation mais renvoie leur augmentation à une « grande conférence sociale sur les salaires, l'emploi et l'inflation », entre organisations des salarié·es et du patronat.
On trouve la fin de Parcoursup, la fin du service national universel (SNU)… mais on n'aborde ni l'augmentation des bourses et du nombre de boursiers, ni une allocation d'autonomie pour la jeunesse.
La neutralité carbone est visée pour 2050, les rénovations énergétiques sont encouragées mais le nucléaire est maintenu et on ne trouve aucune mesure contre les grandes entreprises de l'énergie, y compris les énergies fossiles… Des mesures d'accueil facilitées pour les migrant·es sont avancées, ainsi que le retour au droit du sol, mais on ne trouve ni mesure de régularisations massives des sans-papiers ni mesure pour l'égalité (ni au travail ni devant les urnes…).
On trouve enfin la convocation d'une assemblée constituante pour rompre avec la 5e République.
Un programme unifiant pour la classe
Ce programme est un outil pour défendre les droits des classes populaires remis en cause depuis 15 ans, et de façon accélérée et violente, face à Macron et à l'extrême droite… mais il n'apporte pas vraiment de solution à la crise du capitalisme et à ses conséquences désastreuses.
On voit mal comment sortir de la crise écologique sans réquisitionner les entreprises de l'énergie – car le fonctionnement marchand pousse nécessairement à réduire les coûts, donc polluer, et augmenter les tarifs – et sans un plan radical de développement des transports collectifs. Il semble difficile de résoudre la crise sociale sans augmenter les salaires de 300 ou 400 euros, sans garantir un revenu minimum (pas seulement les salaires) autour de 1 800 voire 2 000 euros net. Pour ne prendre que quelques exemples. Le niveau d'affrontement avec le capital indiqué par le programme du NFP est trop faible pour résoudre les inégalités majeures qui se creusent, la crise écologique, sociale et démocratique.
Cependant, ce programme peut donner confiance à l'ensemble des classes populaires pour un affrontement avec le capital, avec toutes les conséquences positives que cela comporte : cela mettrait un coup d'arrêt aux attaques de la bourgeoisie, cela homogénéiserait le prolétariat en défense de ses intérêts face à l'extrême droite.
En cela, ce programme est utile, malgré les énormités sur la « police de proximité », l'ambiguïté sur la recherche de « la paix » en Kanaky ou l'action pour « la libération des otages détenus depuis les massacres terroristes du Hamas », qui vient avant la libération des « prisonniers politiques palestiniens », reprenant ces terminologies et cet ordre de priorités…
Un programme doit être combiné à des objectifs de mobilisation
La grande faiblesse du programme du NFP est l'absence totale de travail à la mobilisation des classes populaires pour mettre en œuvre ce programme. Avec deux grandes illusions.
La première est qu'il serait possible d'appliquer ce programme, même minimal, sans affrontement avec les classes dominantes, et donc sans rapport de forces. On a vu avec les « Manifs pour tous » contre le mariage pour tous que, quand leurs positions sont menacées, les réactionnaires et les classes possédantes sont capables de se mobiliser, sans parler du Chili de 1973 ou des capacités de l'Union européenne, du FMI et des marchés de sanctionner la France si elle mettait en place le programme du NFP. Toute une série de transformations sociales ne passent pas par la seule voie législative ou juridique mais nécessitent une action par en bas, comme la lutte contre le racisme, le sexisme et les autres discriminations, qui sont profondément ancrées dans le système.
La seconde illusion tient au fait que le NFP n'a pas la majorité à l'Assemblée, ni dans la société, et que la mise en œuvre de ses mesures nécessite donc la construction de rapports de forces sociaux qui permettent de changer les rapports de forces politiques et d'imposer ces mesures à la classe dominante et aux couches réactionnaires. Mais ce n'est pas l'objet de cet article.
Les mesures de rupture avec le capitalisme que nous portons sont à la fois accessibles immédiatement mais posent le problème du rapport à la propriété privée – par des incursions dans les affaires de la bourgeoisie, au bénéfice de l'autogestion par les masses – et du rapport à l'État, au bénéfice d'une participation des masses qui remette en cause ce corps séparé de la société. La question du contrôle par en bas de toutes les dimensions de la société est une question décisive.
L'annulation de la dette publique, la saisie des banques privées
Une série de mesures nécessitent des investissements conséquents. Ceux-ci ne sont possibles qu'en empruntant, ce qui nécessite d'annuler la dette publique pour tous les pays qui le demandent, dont les banques se gavent depuis des décennies, et de réquisitionner les banques privées, qui rackettent les pauvres et les États du Sud global en empruntant à des taux bien plus bas qu'elle ne prêtent.
Dix mesures de rupture
1- Augmentation de tous les revenus de 300 euros net, SMIC à 2 000 euro nets et leur indexation sur l'inflation.
Nous voulons que les salaires, mais aussi les retraites, les allocations permettent de vivre correctement. En temps d'inflation, il faut protéger des augmentations des prix immédiatement. Cela sans effacer la nécessité de mesures de gratuité, dont les fonctions sont multiples, par exemple des transports, des premiers mètres cubes d'eau et des premiers kWh d'électricité.
2- Partage du temps de travail pour supprimer le chômage pour l'interdiction des licenciements
De plus en plus, le travail est partagé inéquitablement : certains, et surtout certaines, enchaînent les emplois précaires et les périodes de chômage, pendant que d'autres se tuent à la tâche. Nous voulons donc que le temps de travail soit réparti, sans baisse des salaires, pour permettre à toustes de vivre correctement. Les gains de productivité le permettent. Nous voulons des emplois utiles à toute la société.
3- Pour l'abrogation de la réforme des retraites de 2023, la retraite à 60 ans à 60 ans et la défense de la Sécu
Il faut imposer le retour à la retraite à 60 ans (55 pour les métiers pénibles) après 37,5 annuités de cotisation. Nous voulons également abroger la réforme de l'assurance chômage. Les éventuels besoins de financement de la Sécurité sociale doivent être compensés par des augmentations des cotisations patronales et il faut supprimer les exonérations de cotisations des entreprises. Contrairement à ce qui est prétendu, elles ne créent pas d'emplois mais contribuent à vider les caisses de la Sécu et de l'État (qui compense auprès de la Sécu une partie des exonérations). Les grands groupes pharmaceutiques doivent être réquisitionnés. Pour le 100 % Sécu pour la santé, les retraites et le chômage.
4- Pour la liberté de circulation et d'installation pour les migrant·es
Nous récusons l'idée que la France serait aux Français·es, la planète est à nous tou·tes. Ce pays est fait par tou·tes ceux et celles qui y vivent, s'y réfugient, y travaillent, y étudient. D'ailleurs, l'argument d'un soi-disant coût économique de l'immigration ne tient pas, les échanges, coopérations et immigrations apportent bien plus qu'elles ne coûtent, toutes les études le prouvent ! Nous voulons donc la liberté de circulation et d'installation pour tou·tes les migrant·es, le droit de vote pour les étranger·es, qui paient des impôts, cotisent et donc doivent pouvoir décider de l'avenir de ce qui est aussi leur pays.
5- Pour l'arrêt du colonialisme, notamment le droit à l'autodétermination pour les Kanak
La France n'a pas à s'imposer dans des régions qui veulent conquérir leur autonomie démocratique et économique. Il faut donc respecter le droit à l'autodétermination des peuples colonisés, que ce soit en Kanaky, en Guyane ou ailleurs. Nous voulons donc le maintien du gel du corps électoral en Kanaky, car c'est aux autochtones de décider de l'avenir de leur pays colonisé par les Européen·es.
6- La rupture de toute relation avec Israël pour défendre les droits du peuple palestinien
L'État, les entreprises, les universités et les institutions françaises maintiennent des relations diplomatiques, économiques, culturelles avec un État qui pratique un génocide à Gaza et en Cisjordanie. Nous voulons que toutes ces relations soient prohibées immédiatement, afin d'exercer une pression maximale sur Israël. Les entreprises qui collaborent avec Israël doivent être réquisitionnées. Une aide matérielle, financière et politique à la Palestine et au peuple doit être mise en place, ainsi qu'aux réfugié·es.
7- Pour le désarmement de la police
Les violences policières et racistes se multiplient ces dernières années. La police n'a pas besoin d'être armée au quotidien, mais seulement face au grand banditisme ou au terrorisme, qui sont des opérations très particulières. La police doit être sous le contrôle de la population et, dans l'immédiat, des instances indépendantes doivent remplacer l'IGPN et l'IGGN, la justice doit être faite pour les victimes des violences policières et racistes.
8- Pour Une planification écologique radicale
Nous voulons supprimer les productions inutiles et socialiser le secteur de l'énergie pour une réduction massive de la consommation, la sortie des énergies fossiles et l'arrêt du nucléaire. Nous voulons l'expropriation des usines les plus polluantes pour les mettre sous contrôle des salarié·es et des populations locales, et mettre en place un moratoire sur les projets écocides (infrastructures autoroutières, entrepôts logistiques…)
9- Un plan d'embauche d'un million de personnes dans les services publics et la réquisition des logements vides
Les besoins sont criants dans l'éducation, la santé, les services de proximité qui doivent redevenir des services publics (poste et télécommunications, transports…).
Contre la marchandisation, imposons que les biens communs soient financés par toutes et tous par un impôt juste et progressif, sur les revenus et le patrimoine.
Le logement est un droit, pas une marchandise. Gel des loyers ! Plafonnement des prix ! Plan de construction massive de HLM.
Le budget de la santé dépend de la défense et du renforcement de la Sécurité sociale, de l'augmentation des cotisations qui doivent découler mécaniquement des augmentations de salaires, du recul du chômage, et de l'augmentation des cotisations patronales.
10- L'annulation de la dette publique, la saisie des banques privées
Une série de mesures nécessitent des investissements conséquents. Ceux-ci ne sont possibles qu'en empruntant, ce qui nécessite d'annuler la dette publique pour tous les pays qui le demandent, dont les banques se gavent depuis des décennies, et de réquisitionner les banques privées, qui rackettent les pauvres et les États du Sud global en empruntant à des taux bien plus bas qu'elle ne prêtent.
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Grande-Bretagne - Dossier. Jeremy Corbyn : « l’austérité est le choix des travaillistes »
Après 14 ans de multiplication par deux de la richesse des milliardaires, le choix des élites politiques d'affamer les retraité·e·s [1] et les enfants montre que l'austérité est une véritable escroquerie.
Tiré de A l'Encontre
28 septembre 2024
Par Jeremy Corbyn
Keir Starmer lors du congrès du Labour Party à Liverpool, du 22 au 25 septembre 2024.
Chaque jour, mes électeurs et électrices font des choix difficiles. Des choix difficiles comme celui de savoir s'ils doivent chauffer leur maison ou mettre de la nourriture sur la table. Des choix difficiles comme contracter un prêt pour payer le loyer de ce mois-ci. Des choix difficiles comme vendre leur maison pour payer les charges sociales de leur famille.
Les gens doivent faire des choix difficiles parce que les gouvernements ont fait les mauvais choix. Nous avions averti que l'austérité des conservateurs affaiblirait notre économie et décimerait nos services publics. Nous avons été ignorés et ce sont les plus pauvres de la société qui en ont payé le prix. L'austérité n'est pas un simple mot à la mode. C'est la réalité actuelle et brutale pour des millions de personnes qui ont été poussées dans le dénuement. C'est le visage du désespoir et de l'anxiété de ceux et celles qui sont contraints à la spirale de l'endettement. C'est une nuit glaciale pour le nombre record de personnes qui dorment dans la rue. C'est le cimetière des personnes privées d'un soutien vital : plus de 300'000 décès en surnombre ont été attribués aux politiques d'austérité.
Nous parlons souvent de l'austérité en termes de « réduction des dépenses publiques », mais ce n'est qu'un aspect de la question. En privant les services publics de ressources, le gouvernement a créé une excuse commode pour leur privatisation. Nous l'avons vu de manière particulièrement aiguë avec le NHS (National Health Service) : un service public sous-financé n'entraîne pas seulement une dégradation des soins de santé publics, mais aussi une perte de confiance dans le principe même des soins de santé publics. L'austérité n'a jamais eu pour but d'économiser de l'argent (la dette du Royaume-Uni a augmenté chaque année sous les conservateurs). Il s'agissait de transférer de l'argent des plus pauvres vers les plus riches. Entre 2010 et 2018, la richesse agrégée du Royaume-Uni a augmenté de 5,68 billions de livres sterling : 94% sont allés aux 50% de ménages les plus riches ; 6% sont allés aux 50% les plus pauvres. Alors que la pauvreté infantile atteignait son niveau le plus élevé depuis 2007 (The Guardian,14 juillet 2022), déjà en 2025 les milliardaires britanniques ont plus que doublé leur richesse depuis la récession de 2009.
Cela relevait d'une décision politique de réduire, de démanteler et de vendre aux enchères nos services publics. Et ce sera une décision politique de répéter cette expérience économique ratée. Le 27 août 2024 [à propos du budget qui sera présenté en automne], le Premier ministre (Keir Starmer) a déclaré à la nation : « Cela va être douloureux », préparant le peuple à des « choix difficiles ». Les conservateurs l'ont-ils autorisé à réutiliser leurs slogans ? D'autres ministres sont allés plus loin, indiquant qu'ils n'avaient pas d'autre choix que d'appauvrir les enfants et les retraité·e·s. Maintenir les enfants dans la pauvreté est apparemment inévitable si l'on veut « rétablir » les finances publiques. La suppression de l'allocation de chauffage pour l'hiver [1] est une nécessité, nous a-t-on dit de manière, si nous voulons mettre un terme à l'effondrement de la livre sterling.
Il est stupéfiant d'entendre les ministres du gouvernement essayer de tromper la population. Le gouvernement sait que plusieurs choix s'offrent à lui. Il pourrait instaurer un impôt sur la fortune qui rapporterait plus de 10 milliards de livres sterling. Il pourrait cesser de gaspiller l'argent public dans des partenariats avec le privé. Il pourrait procéder à une redistribution fondamentale du pouvoir en faisant en sorte que l'eau et l'énergie deviennent des biens publics à part entière. Au lieu de cela, ils ont choisi de retirer des ressources aux personnes à qui l'on avait promis que les choses allaient changer. Il y a beaucoup d'argent, mais il est entre de mauvaises mains – et nous ne nous laisserons pas berner par les tentatives des ministres de feindre le regret face à des décisions cruelles qu'ils savent ne pas devoir prendre.
D'autant que, pour certains ministres, il n'y a pas lieu de regretter quoi que ce soit. Non, la suppression de l'allocation de chauffage en hiver est prétendument un choix progressiste, puisqu'elle retire l'aide à ceux et celles qui n'en ont pas besoin pour la diriger vers ceux qui en ont le plus besoin. La réalité est tout autre. La mise sous condition de l'allocation ne permet pas de s'assurer que l'aide va là où elle est le plus nécessaire. Seuls 63% des retraité·e·s qui remplissent les conditions pour bénéficier du « Pension Credit » [allocation en plus de la Pension d'Etat ] en font la demande. Si cela devient une règle pour les allocations de chauffage en hiver (Winter Fuel Payment], près d'un million de retraité·e·s les plus pauvres n'en bénéficieront pas. L'IFS (Institute for Fiscal Studies) a calculé qu'il en coûterait au gouvernement plus de 2 milliards de livres sterling pour garantir un taux d'utilisation de 100%, soit plus que le 1,4 milliard de livres sterling qu'il prétend économiser en procédant à cette réduction.
En outre, le prix à payer est bien plus élevé. Il s'agit de la destruction d'un principe fondamental : l'universalisme. Un système universel d'aide sociale réduit la stigmatisation des personnes qui en dépendent et supprime les obstacles pour ceux qui trouvent difficile de faire une demande (ces deux raisons expliquent pourquoi le taux d'utilisation des aides sous condition de ressources est si faible). Quelle sera la prochaine étape de la mise sous condition de revenus ? La pension d'Etat ? Le NHS ?
Si le gouvernement se préoccupe vraiment de l'inégalité des richesses, il ne s'attaquera pas au principe de l'universalisme. Il augmenterait les impôts sur les plus riches de notre société. De cette manière, nous nous assurons que tout le monde bénéficie du soutien dont il a besoin et que ceux qui ont les épaules les plus larges paient leur juste part.
La politique est une question de choix. Le Parti travailliste a été créé pour améliorer les conditions de vie des plus démuni·e·s ; ceux qui choisissent d'enfoncer les enfants et les retraités dans la pauvreté devraient se poser la question suivante : est-ce pour cela que mes électeurs et électrices m'ont élu ? Je suis fière de travailler avec d'autres députés au Parlement qui ont été élus pour défendre un monde plus égalitaire. Nous pensons que l'austérité est le mauvais choix – et notre porte est toujours ouverte à ceux qui veulent faire un choix différent.
Le principe de l'universalisme est le principe d'une société qui prend soin de chacun et chacune. C'est un principe qui vaut la peine d'être défendu. (Article publié dans le magazine Tribune le 10 septembre 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)
Jeremy Corbyn est député d'Islington North et membre du groupe des députés de l'Independent Alliance (créé le 2 septembre 2024 et composé de 5 députés).
[1] Lors du Congrès du Parti travailliste à Liverpool, l'option à ce sujet, entre autres, de la Chancelière de l'Echiquier est décrite de la manière suivante par Hugo Gye et Chloe Chaplain dans Inews le 23 septembre 2024) : « Rachel Reeves envisage de réduire le budget de l'aide sociale afin de consacrer plus d'argent aux investissements à long terme, alors qu'elle s'apprête à élaborer un budget visant à économiser de l'argent. Une source proche de la chancelière a déclaré : “S'il y a des économies à réaliser dans le budget de la protection sociale, elle souhaite les trouver” […] La chancelière a fait l'objet d'intenses pressions de la part de députés, des organisations caritatives et des syndicats pour qu'elle revienne sur sa décision de supprimer les aides aux dépenses de chauffage en hiver pour la plupart des retraité·e·s. Elle a toutefois défendu cette politique controversée en déclarant aux militant·e·s : “J'ai fait le choix d'évaluer les ressources de mes concitoyens. J'ai fait le choix de mettre sous condition de ressources la contribution de chauffage pour l'hiver, afin qu'elle ne soit versée qu'aux personnes qui en ont le plus besoin. Je sais que tout le monde – dans cette salle [lors du Congrès] ou dans le pays – ne sera pas d'accord avec chacune de mes décisions. Mais je ne me déroberai pas à ces décisions.” Rachel Reeves, qui a été mise en garde contre le retour de l'austérité, a cherché à modifier sa réputation de rhétorique négative en évoquant les avantages à long terme d'une approche stricte des finances publiques. » (Inews, 23 septembre 2024). Voir ci-après l'article de Andrew Fisher. (Réd.)
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Il existe une contradiction fondamentale au cœur de la stratégie économique du Labour
Par Andrew Fisher
La chancelière de l'Echiquier Rachel Reeves, lors du congrès du Labour.
L'austérité est-elle terminée ? C'est la question qui a dominé le discours de la Chancelière de l'Echiquier [responsable des finances et du trésor], Rachel Reeves [1], lors de la conférence du Parti travailliste [elle s'est tenue du 22 septembre au 25 septembre 2024, à Liverpool]. Le discours pessimiste sur un « budget douloureux » et le sempiternel refrain des « choix difficiles » ont été réduits au minimum. Au lieu de cela, Rachel Reeves a déclaré lors de la conférence du Parti travailliste : « Mon ambition pour la Grande-Bretagne ne connaît pas de limites parce que je vois le bénéfice que nous pouvons en tirer si nous faisons les bons choix, maintenant. »
Mais s'agit-il de la même matière enrobée d'un langage plus optimiste ? Du vieux vin dans de nouvelles bouteilles ? L'austérité avec un visage souriant ? Les « bons choix » sont-ils la nouvelle appellation des « choix difficiles » ?
Lors de sa tournée des médias ce matin [du 23 septembre], Rachel Reeves a promis de « ne pas revenir à l'austérité ». Interrogée sur ce qu'elle entendait par là, Rachel Reeves a déclaré à l'émission Today de la BBC Radio 4 qu'il n'y aurait pas de réduction des dépenses publiques en termes réels, mais qu'il s'agissait d'une décision prise au cours de la session du Parlement et non dans le cadre de l'élaboration du budget. Son porte-parole l'a confirmé après son discours.
Le professeur Simon Wren-Lewis [University of Oxford], qui fait partie des nombreux économistes [entre autres Mariana Mazzucato, University College London, Jonathan Portes, King's College London,Mohamed El-Erian, ancien CEO de Pimco !] de haut vol ayant écrit une lettre ouverte [Financial Times, 15 septembre] à la Chancelière de l'Echiquier pour lui faire part de leurs inquiétudes quant à la stratégie économique du Parti travailliste. Ils estiment que le point de référence (benchmark) devrait être plus élevé : « L'austérité concerne les niveaux des prestations publiques, pas les changements. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une austérité aiguë. La tâche des travaillistes est maintenant de commencer à y mettre fin, ce qui signifie que la part des dépenses publiques dans le PIB doit augmenter de manière significative au fil du temps. »
Nous ne saurons pas avec certitude quelles seront les augmentations de financement pour les services publics avant le budget, lorsque les « intellos » comme moi pourront se plonger dans le Livre Rouge du Budget-Budget Red Book [2] et l'analyse de l'OBR [Office for Budget Responsability], mais l'équipe de Rachel Reeves refuse d'exclure, cette année, des coupes dans les dépenses des ministères.
Sans le dire clairement, le message semble être que l'austérité est de retour, mais seulement temporairement, et que, contrairement à l'austérité des conservateurs, elle permettra en quelque sorte de « réparer les fondations ».
Rachel Reeves a déclaré ce matin à Sky News : « Nous équilibrerons les comptes », soulignant qu'une croissance économique soutenue doit être construite sur la base de la stabilité. Mais la stabilité pour qui ? Il n'y a rien de stable pour les millions de ménages qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts en raison des bas salaires, des prestations sociales de misère et, ne l'oublions pas, des retraites publiques les plus faibles d'Europe.
La réduction des allocations de chauffage pour l'hiver sera ressentie comme une mesure d'austérité par les ménages retraités alors que les prix de l'énergie augmenteront de 10% à partir du mois prochain [octobre]. Les fonctionnaires du Trésor annoncent également de manière inquiétante qu'il y a « des économies à réaliser dans le budget de la protection sociale ».
L'austérité que subissent les services publics depuis une quinzaine d'années freine la croissance économique. Les longues listes d'attente du NHS [National Health Services] empêchent des personnes en âge de travailler de le faire, et l'absence de services sociaux adéquats oblige de nombreuses personnes en âge de travailler à abandonner leur travail ou à réduire leur temps de travail pour s'occuper de leurs proches. Il en va de même dans de nombreux autres domaines du secteur public. L'investissement pourrait contribuer à stimuler la croissance.
Si l'accent a été mis sur la « confiture » de demain, la douleur d'aujourd'hui est sans aucun doute toujours présente. C'est cette même mentalité malavisée qui a conduit le Parti travailliste, avant les élections, à revoir à la baisse son plan vert pour la prospérité – les 28 milliards de livres sterling d'investissements supplémentaires que Rachel Reeves avait annoncés dans la même salle [à Liverpool] il y a trois ans. Lorsqu'il a été lancé à l'occasion de la conférence du parti en 2021, il a été présenté comme un moteur essentiel de la croissance. En 2023, Keir Starmer avait présenté sa « mission » pour que le Royaume-Uni atteigne la croissance soutenue la plus élevée du G7. La pierre angulaire de ce projet était, alors, « un plan de prospérité verte qui fournira l'investissement catalytique nécessaire pour devenir une superpuissance de l'énergie propre ».
Mais ensuite, après des mois de briefing et de contre-briefing, il a été expliqué que parce que l'économie allait mal, les propositions devaient être édulcorées – même si le plan était censé être la solution au fait que l'économie allait mal.
L'argument de Rachel Reeves semble être que « nous ne pouvons pas faire de bonnes choses tant que nous n'avons pas de croissance », mais ce sont les bonnes choses qui stimulent la croissance – en les retardant, on retarde la croissance.
Cette même inertie a entaché les premiers mois de gouvernement du Labour. Malgré toute la rhétorique sur l'investissement et la stratégie industrielle, les travaillistes sont restés les bras croisés face à l'effondrement des aciéries de Port Talbot [situées dans le Pays de Galles, le propriétaire Tat Steel supprime quelque 2800 emplois, comme conséquence du démantèlement deux hauts-fourneaux, avec délocalisation en Inde, pour l'émission de CO2] et de Scunthorpe [British Steel « ferme » deux hauts-fourneaux, avec réduction de 2200 emplois, suite une reconversion vers des fours électriques], à l'annonce de la fermeture [en 2025, 400 emplois en jeu] de la raffinerie de Grangemouth (Ecosse] et au fait que les chantiers navals Harland&Wolff (Belfast) sont sous le coup d'une ouverture de procédure de faillite.
Rachel Reeves a parlé de « choses fabriquées ici en Grande-Bretagne et exportées dans le monde entier ». Les métallurgistes et les travailleurs de la construction navale ne sont pas concernés. S'il existe une stratégie industrielle, sa nature n'est pas encore claire. Rachel Reeves a déclaré qu'elle publierait une stratégie industrielle le mois prochain, mais cela ne sera pas d'un grand réconfort pour les travailleurs de l'industrie qui perdent leur emploi aujourd'hui.
En n'inversant pas l'austérité maintenant (qu'il s'agisse de « choix difficiles » ou de « bons choix »), le parti travailliste risque de poursuivre sur la voie de la spirale descendante, au lieu de nous en sortir.
Le langage plus optimiste ne peut masquer cette contradiction fondamentale au cœur de la stratégie économique du Labour – et les mots plus rassurants de Reeves ne peuvent cacher cette contradiction. (Opinion publiée par I News le 23 septembre 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)
Andrew Fisher est un ancien directeur exécutif de la politique du Parti travailliste.
[1] Rachel Reeves est une économiste, membre du Parti travailliste, députée de la circonscription de Leeds West depuis 2010. Elle fut, dès 2013, Secrétaire d'Etat au Travail et aux Retraites du cabinet fantôme, jusqu'en 2015. Elle ne revient pas dans le cabinet fantôme, après un congé maternité, suite à l'élection de Jeremy Corbyn à la tête de Labour. Elle retrouve la position – de mai 2021 à juillet 2024 – de Chancelière de l'Echiquier du cabinet fantôme, une fois Keir Starmer à la direction du parti après qu'il eut écarté les partisans de Corbyn. Le 5 juillet 2024 Keir Starmer la nomme Chancelière de l'Echiquier de son gouvernement. (Réd)
[2] La mallette budgétaire est la mallette rouge recouverte de cuir qui contient le discours du budget. Traditionnellement, le jour du budget, le chancelier est photographié sur les marches du 11 Downing Street, brandissant la boîte budgétaire. (Red.)
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