Presse-toi à gauche !
Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Grande-Bretagne - Dossier. Jeremy Corbyn : « l’austérité est le choix des travaillistes »
Après 14 ans de multiplication par deux de la richesse des milliardaires, le choix des élites politiques d'affamer les retraité·e·s [1] et les enfants montre que l'austérité est une véritable escroquerie.
Tiré de A l'Encontre
28 septembre 2024
Par Jeremy Corbyn
Keir Starmer lors du congrès du Labour Party à Liverpool, du 22 au 25 septembre 2024.
Chaque jour, mes électeurs et électrices font des choix difficiles. Des choix difficiles comme celui de savoir s'ils doivent chauffer leur maison ou mettre de la nourriture sur la table. Des choix difficiles comme contracter un prêt pour payer le loyer de ce mois-ci. Des choix difficiles comme vendre leur maison pour payer les charges sociales de leur famille.
Les gens doivent faire des choix difficiles parce que les gouvernements ont fait les mauvais choix. Nous avions averti que l'austérité des conservateurs affaiblirait notre économie et décimerait nos services publics. Nous avons été ignorés et ce sont les plus pauvres de la société qui en ont payé le prix. L'austérité n'est pas un simple mot à la mode. C'est la réalité actuelle et brutale pour des millions de personnes qui ont été poussées dans le dénuement. C'est le visage du désespoir et de l'anxiété de ceux et celles qui sont contraints à la spirale de l'endettement. C'est une nuit glaciale pour le nombre record de personnes qui dorment dans la rue. C'est le cimetière des personnes privées d'un soutien vital : plus de 300'000 décès en surnombre ont été attribués aux politiques d'austérité.
Nous parlons souvent de l'austérité en termes de « réduction des dépenses publiques », mais ce n'est qu'un aspect de la question. En privant les services publics de ressources, le gouvernement a créé une excuse commode pour leur privatisation. Nous l'avons vu de manière particulièrement aiguë avec le NHS (National Health Service) : un service public sous-financé n'entraîne pas seulement une dégradation des soins de santé publics, mais aussi une perte de confiance dans le principe même des soins de santé publics. L'austérité n'a jamais eu pour but d'économiser de l'argent (la dette du Royaume-Uni a augmenté chaque année sous les conservateurs). Il s'agissait de transférer de l'argent des plus pauvres vers les plus riches. Entre 2010 et 2018, la richesse agrégée du Royaume-Uni a augmenté de 5,68 billions de livres sterling : 94% sont allés aux 50% de ménages les plus riches ; 6% sont allés aux 50% les plus pauvres. Alors que la pauvreté infantile atteignait son niveau le plus élevé depuis 2007 (The Guardian,14 juillet 2022), déjà en 2025 les milliardaires britanniques ont plus que doublé leur richesse depuis la récession de 2009.
Cela relevait d'une décision politique de réduire, de démanteler et de vendre aux enchères nos services publics. Et ce sera une décision politique de répéter cette expérience économique ratée. Le 27 août 2024 [à propos du budget qui sera présenté en automne], le Premier ministre (Keir Starmer) a déclaré à la nation : « Cela va être douloureux », préparant le peuple à des « choix difficiles ». Les conservateurs l'ont-ils autorisé à réutiliser leurs slogans ? D'autres ministres sont allés plus loin, indiquant qu'ils n'avaient pas d'autre choix que d'appauvrir les enfants et les retraité·e·s. Maintenir les enfants dans la pauvreté est apparemment inévitable si l'on veut « rétablir » les finances publiques. La suppression de l'allocation de chauffage pour l'hiver [1] est une nécessité, nous a-t-on dit de manière, si nous voulons mettre un terme à l'effondrement de la livre sterling.
Il est stupéfiant d'entendre les ministres du gouvernement essayer de tromper la population. Le gouvernement sait que plusieurs choix s'offrent à lui. Il pourrait instaurer un impôt sur la fortune qui rapporterait plus de 10 milliards de livres sterling. Il pourrait cesser de gaspiller l'argent public dans des partenariats avec le privé. Il pourrait procéder à une redistribution fondamentale du pouvoir en faisant en sorte que l'eau et l'énergie deviennent des biens publics à part entière. Au lieu de cela, ils ont choisi de retirer des ressources aux personnes à qui l'on avait promis que les choses allaient changer. Il y a beaucoup d'argent, mais il est entre de mauvaises mains – et nous ne nous laisserons pas berner par les tentatives des ministres de feindre le regret face à des décisions cruelles qu'ils savent ne pas devoir prendre.
D'autant que, pour certains ministres, il n'y a pas lieu de regretter quoi que ce soit. Non, la suppression de l'allocation de chauffage en hiver est prétendument un choix progressiste, puisqu'elle retire l'aide à ceux et celles qui n'en ont pas besoin pour la diriger vers ceux qui en ont le plus besoin. La réalité est tout autre. La mise sous condition de l'allocation ne permet pas de s'assurer que l'aide va là où elle est le plus nécessaire. Seuls 63% des retraité·e·s qui remplissent les conditions pour bénéficier du « Pension Credit » [allocation en plus de la Pension d'Etat ] en font la demande. Si cela devient une règle pour les allocations de chauffage en hiver (Winter Fuel Payment], près d'un million de retraité·e·s les plus pauvres n'en bénéficieront pas. L'IFS (Institute for Fiscal Studies) a calculé qu'il en coûterait au gouvernement plus de 2 milliards de livres sterling pour garantir un taux d'utilisation de 100%, soit plus que le 1,4 milliard de livres sterling qu'il prétend économiser en procédant à cette réduction.
En outre, le prix à payer est bien plus élevé. Il s'agit de la destruction d'un principe fondamental : l'universalisme. Un système universel d'aide sociale réduit la stigmatisation des personnes qui en dépendent et supprime les obstacles pour ceux qui trouvent difficile de faire une demande (ces deux raisons expliquent pourquoi le taux d'utilisation des aides sous condition de ressources est si faible). Quelle sera la prochaine étape de la mise sous condition de revenus ? La pension d'Etat ? Le NHS ?
Si le gouvernement se préoccupe vraiment de l'inégalité des richesses, il ne s'attaquera pas au principe de l'universalisme. Il augmenterait les impôts sur les plus riches de notre société. De cette manière, nous nous assurons que tout le monde bénéficie du soutien dont il a besoin et que ceux qui ont les épaules les plus larges paient leur juste part.
La politique est une question de choix. Le Parti travailliste a été créé pour améliorer les conditions de vie des plus démuni·e·s ; ceux qui choisissent d'enfoncer les enfants et les retraités dans la pauvreté devraient se poser la question suivante : est-ce pour cela que mes électeurs et électrices m'ont élu ? Je suis fière de travailler avec d'autres députés au Parlement qui ont été élus pour défendre un monde plus égalitaire. Nous pensons que l'austérité est le mauvais choix – et notre porte est toujours ouverte à ceux qui veulent faire un choix différent.
Le principe de l'universalisme est le principe d'une société qui prend soin de chacun et chacune. C'est un principe qui vaut la peine d'être défendu. (Article publié dans le magazine Tribune le 10 septembre 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)
Jeremy Corbyn est député d'Islington North et membre du groupe des députés de l'Independent Alliance (créé le 2 septembre 2024 et composé de 5 députés).
[1] Lors du Congrès du Parti travailliste à Liverpool, l'option à ce sujet, entre autres, de la Chancelière de l'Echiquier est décrite de la manière suivante par Hugo Gye et Chloe Chaplain dans Inews le 23 septembre 2024) : « Rachel Reeves envisage de réduire le budget de l'aide sociale afin de consacrer plus d'argent aux investissements à long terme, alors qu'elle s'apprête à élaborer un budget visant à économiser de l'argent. Une source proche de la chancelière a déclaré : “S'il y a des économies à réaliser dans le budget de la protection sociale, elle souhaite les trouver” […] La chancelière a fait l'objet d'intenses pressions de la part de députés, des organisations caritatives et des syndicats pour qu'elle revienne sur sa décision de supprimer les aides aux dépenses de chauffage en hiver pour la plupart des retraité·e·s. Elle a toutefois défendu cette politique controversée en déclarant aux militant·e·s : “J'ai fait le choix d'évaluer les ressources de mes concitoyens. J'ai fait le choix de mettre sous condition de ressources la contribution de chauffage pour l'hiver, afin qu'elle ne soit versée qu'aux personnes qui en ont le plus besoin. Je sais que tout le monde – dans cette salle [lors du Congrès] ou dans le pays – ne sera pas d'accord avec chacune de mes décisions. Mais je ne me déroberai pas à ces décisions.” Rachel Reeves, qui a été mise en garde contre le retour de l'austérité, a cherché à modifier sa réputation de rhétorique négative en évoquant les avantages à long terme d'une approche stricte des finances publiques. » (Inews, 23 septembre 2024). Voir ci-après l'article de Andrew Fisher. (Réd.)
*****
Il existe une contradiction fondamentale au cœur de la stratégie économique du Labour
Par Andrew Fisher
La chancelière de l'Echiquier Rachel Reeves, lors du congrès du Labour.
L'austérité est-elle terminée ? C'est la question qui a dominé le discours de la Chancelière de l'Echiquier [responsable des finances et du trésor], Rachel Reeves [1], lors de la conférence du Parti travailliste [elle s'est tenue du 22 septembre au 25 septembre 2024, à Liverpool]. Le discours pessimiste sur un « budget douloureux » et le sempiternel refrain des « choix difficiles » ont été réduits au minimum. Au lieu de cela, Rachel Reeves a déclaré lors de la conférence du Parti travailliste : « Mon ambition pour la Grande-Bretagne ne connaît pas de limites parce que je vois le bénéfice que nous pouvons en tirer si nous faisons les bons choix, maintenant. »
Mais s'agit-il de la même matière enrobée d'un langage plus optimiste ? Du vieux vin dans de nouvelles bouteilles ? L'austérité avec un visage souriant ? Les « bons choix » sont-ils la nouvelle appellation des « choix difficiles » ?
Lors de sa tournée des médias ce matin [du 23 septembre], Rachel Reeves a promis de « ne pas revenir à l'austérité ». Interrogée sur ce qu'elle entendait par là, Rachel Reeves a déclaré à l'émission Today de la BBC Radio 4 qu'il n'y aurait pas de réduction des dépenses publiques en termes réels, mais qu'il s'agissait d'une décision prise au cours de la session du Parlement et non dans le cadre de l'élaboration du budget. Son porte-parole l'a confirmé après son discours.
Le professeur Simon Wren-Lewis [University of Oxford], qui fait partie des nombreux économistes [entre autres Mariana Mazzucato, University College London, Jonathan Portes, King's College London,Mohamed El-Erian, ancien CEO de Pimco !] de haut vol ayant écrit une lettre ouverte [Financial Times, 15 septembre] à la Chancelière de l'Echiquier pour lui faire part de leurs inquiétudes quant à la stratégie économique du Parti travailliste. Ils estiment que le point de référence (benchmark) devrait être plus élevé : « L'austérité concerne les niveaux des prestations publiques, pas les changements. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une austérité aiguë. La tâche des travaillistes est maintenant de commencer à y mettre fin, ce qui signifie que la part des dépenses publiques dans le PIB doit augmenter de manière significative au fil du temps. »
Nous ne saurons pas avec certitude quelles seront les augmentations de financement pour les services publics avant le budget, lorsque les « intellos » comme moi pourront se plonger dans le Livre Rouge du Budget-Budget Red Book [2] et l'analyse de l'OBR [Office for Budget Responsability], mais l'équipe de Rachel Reeves refuse d'exclure, cette année, des coupes dans les dépenses des ministères.
Sans le dire clairement, le message semble être que l'austérité est de retour, mais seulement temporairement, et que, contrairement à l'austérité des conservateurs, elle permettra en quelque sorte de « réparer les fondations ».
Rachel Reeves a déclaré ce matin à Sky News : « Nous équilibrerons les comptes », soulignant qu'une croissance économique soutenue doit être construite sur la base de la stabilité. Mais la stabilité pour qui ? Il n'y a rien de stable pour les millions de ménages qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts en raison des bas salaires, des prestations sociales de misère et, ne l'oublions pas, des retraites publiques les plus faibles d'Europe.
La réduction des allocations de chauffage pour l'hiver sera ressentie comme une mesure d'austérité par les ménages retraités alors que les prix de l'énergie augmenteront de 10% à partir du mois prochain [octobre]. Les fonctionnaires du Trésor annoncent également de manière inquiétante qu'il y a « des économies à réaliser dans le budget de la protection sociale ».
L'austérité que subissent les services publics depuis une quinzaine d'années freine la croissance économique. Les longues listes d'attente du NHS [National Health Services] empêchent des personnes en âge de travailler de le faire, et l'absence de services sociaux adéquats oblige de nombreuses personnes en âge de travailler à abandonner leur travail ou à réduire leur temps de travail pour s'occuper de leurs proches. Il en va de même dans de nombreux autres domaines du secteur public. L'investissement pourrait contribuer à stimuler la croissance.
Si l'accent a été mis sur la « confiture » de demain, la douleur d'aujourd'hui est sans aucun doute toujours présente. C'est cette même mentalité malavisée qui a conduit le Parti travailliste, avant les élections, à revoir à la baisse son plan vert pour la prospérité – les 28 milliards de livres sterling d'investissements supplémentaires que Rachel Reeves avait annoncés dans la même salle [à Liverpool] il y a trois ans. Lorsqu'il a été lancé à l'occasion de la conférence du parti en 2021, il a été présenté comme un moteur essentiel de la croissance. En 2023, Keir Starmer avait présenté sa « mission » pour que le Royaume-Uni atteigne la croissance soutenue la plus élevée du G7. La pierre angulaire de ce projet était, alors, « un plan de prospérité verte qui fournira l'investissement catalytique nécessaire pour devenir une superpuissance de l'énergie propre ».
Mais ensuite, après des mois de briefing et de contre-briefing, il a été expliqué que parce que l'économie allait mal, les propositions devaient être édulcorées – même si le plan était censé être la solution au fait que l'économie allait mal.
L'argument de Rachel Reeves semble être que « nous ne pouvons pas faire de bonnes choses tant que nous n'avons pas de croissance », mais ce sont les bonnes choses qui stimulent la croissance – en les retardant, on retarde la croissance.
Cette même inertie a entaché les premiers mois de gouvernement du Labour. Malgré toute la rhétorique sur l'investissement et la stratégie industrielle, les travaillistes sont restés les bras croisés face à l'effondrement des aciéries de Port Talbot [situées dans le Pays de Galles, le propriétaire Tat Steel supprime quelque 2800 emplois, comme conséquence du démantèlement deux hauts-fourneaux, avec délocalisation en Inde, pour l'émission de CO2] et de Scunthorpe [British Steel « ferme » deux hauts-fourneaux, avec réduction de 2200 emplois, suite une reconversion vers des fours électriques], à l'annonce de la fermeture [en 2025, 400 emplois en jeu] de la raffinerie de Grangemouth (Ecosse] et au fait que les chantiers navals Harland&Wolff (Belfast) sont sous le coup d'une ouverture de procédure de faillite.
Rachel Reeves a parlé de « choses fabriquées ici en Grande-Bretagne et exportées dans le monde entier ». Les métallurgistes et les travailleurs de la construction navale ne sont pas concernés. S'il existe une stratégie industrielle, sa nature n'est pas encore claire. Rachel Reeves a déclaré qu'elle publierait une stratégie industrielle le mois prochain, mais cela ne sera pas d'un grand réconfort pour les travailleurs de l'industrie qui perdent leur emploi aujourd'hui.
En n'inversant pas l'austérité maintenant (qu'il s'agisse de « choix difficiles » ou de « bons choix »), le parti travailliste risque de poursuivre sur la voie de la spirale descendante, au lieu de nous en sortir.
Le langage plus optimiste ne peut masquer cette contradiction fondamentale au cœur de la stratégie économique du Labour – et les mots plus rassurants de Reeves ne peuvent cacher cette contradiction. (Opinion publiée par I News le 23 septembre 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)
Andrew Fisher est un ancien directeur exécutif de la politique du Parti travailliste.
[1] Rachel Reeves est une économiste, membre du Parti travailliste, députée de la circonscription de Leeds West depuis 2010. Elle fut, dès 2013, Secrétaire d'Etat au Travail et aux Retraites du cabinet fantôme, jusqu'en 2015. Elle ne revient pas dans le cabinet fantôme, après un congé maternité, suite à l'élection de Jeremy Corbyn à la tête de Labour. Elle retrouve la position – de mai 2021 à juillet 2024 – de Chancelière de l'Echiquier du cabinet fantôme, une fois Keir Starmer à la direction du parti après qu'il eut écarté les partisans de Corbyn. Le 5 juillet 2024 Keir Starmer la nomme Chancelière de l'Echiquier de son gouvernement. (Réd)
[2] La mallette budgétaire est la mallette rouge recouverte de cuir qui contient le discours du budget. Traditionnellement, le jour du budget, le chancelier est photographié sur les marches du 11 Downing Street, brandissant la boîte budgétaire. (Red.)
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

N’y a-t-il pas de genre dans l’armée ukrainienne ?
« Il n'y a pas de sexe/genre dans l'armée. » Si vous êtes une femme militaire, c'est une phrase que vous entendrez probablement beaucoup. Ceux qui la prononcent croient probablement que c'est là le but de l'égalité des sexes : rendre tout le monde pareil. Mais peut-être ne s'agit-il pas d'égalité, mais d'assimilation des femmes aux hommes ?
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/10/01/ny-a-t-il-pas-de-genre-dans-larmee-ukrainienne/
Le plus souvent, j'ai entendu « il n'y a pas de sexe/genre dans l'armée » lorsque j'ai fait remarquer que je ne suis pas un soldat, un militaire ou un frère, mais une soldate, une militaire et une demi-sœur. Souvent les hommes, indignés qu'une femme veuille être traitée comme une femme, ont déclaré sous le choc : « Il n'y a pas de genre dans l'armée ».
Cependant, dans la langue ukrainienne, les mots « militaire » ou « soldat » ne sont pas neutres en matière de genre : ils indiquent exactement le sexe masculin. Lorsque vous appelez une princesse, un prince, une professeure, un professeur ou une chanteuse, un chanteur, montrez-vous du respect à ces femmes ? Vous préférez les ignorer, rendant leur féminité plus invisible dans diverses sphères d'activité.
À propos, les mêmes hommes qui crient qu'ils vous traiteront de soldat et qu'il n'y a pas de sexe dans l'armée entament souvent un dialogue complémentaire avec vous par une cour indécente. Je me demande pourquoi le genre apparaît soudainement dans de tels cas ?
« Il n'y a pas de sexe/genre dans l'armée » = « Je pense comprendre ce que signifie l'égalité des sexes, mais en réalité mes connaissances sont primitives et superficielles, je ris timidement quand j'entends les mots « sexisme » ou « féminisme », je vis dans mon monde masculin confortable et laissons aussi les femmes y vivre, pourquoi même prendre en compte le fait que leurs besoins peuvent différer des miens ? »
Femmes invisibles
Le problème de l'assimilation des femmes aux hommes n'est pas nouveau et n'existe pas seulement dans l'armée. L'un des livres les plus célèbres sur ce sujet est Invisible Women : Exposing Data Bias in a World Designed for Men de Caroline Criado Perez. Il décrit des exemples de la façon dont le monde est conçu principalement pour les hommes et comment cela affecte les femmes dans divers domaines de la vie : de la médecine, des infrastructures urbaines, de la conception de produits à la politique et à l'économie. Je n'en citerai que quelques-uns.
Médecine
La plupart des recherches médicales ont été menées sur des hommes, ce qui conduit à un manque de compréhension de la physiologie féminine. Par exemple, les symptômes d'une crise cardiaque chez les femmes diffèrent souvent de ceux des hommes, ce qui peut retarder les secours. Les femmes sont 50% plus susceptibles de recevoir un diagnostic erroné après une crise cardiaque et 7% plus susceptibles de mourir dans l'année suivant une crise cardiaque. Tout cela est dû à un traitement inapproprié. De plus, les médicaments sont souvent testés sur des hommes, ce qui peut conduire à de mauvaise dose pour les femmes.
Sécurité automobile
Jusqu'en 2011, aux États-Unis, les crash tests étaient effectués uniquement sur des mannequins masculins. Par la suite, des mannequins « féminins » ont commencé à être utilisés, mais leur anatomie ne prend pas en compte toutes les différences physiologiques. Selon une étude, les femmes ont 17% plus de risques de mourir dans un accident et 73% plus de risques d'être gravement blessées, même lorsqu'elles portent la ceinture de sécurité. Les principales raisons : négligence des caractéristiques physiologiques des femmes dans la conception des voitures et les tests de sécurité.
Quel est le problème avec l'armée ukrainienne ?
Voici quelques-uns des principaux défis auxquels les femmes militaires peuvent être confrontées en raison de l'invisibilité, de la misogynie et des stéréotypes de genre.
Inadéquation des équipements militaires
Nous commençons à voir des uniformes féminins dans certains endroits (pas partout) : j'ai reçu un uniforme et des sous-vêtements féminins mais il n'y avait pas de hauts pour femmes. En outre, toutes les tailles ne sont pas disponibles et mon amie de petite taille n'a pas reçu les vêtements adaptés.
Ce qui me fait le plus mal (à la fois mentalement et physiquement), c'est le manque de protection féminine. Le gilet pare-balles est conçu pour une anatomie masculine, il peut exercer une pression sur la poitrine des femmes, il peut ne pas convenir en taille (peu importe la façon dont je le serre, il est toujours trop grand et les plaques renforcées ne couvrent pas la partie du corps qu'ils devraient). Et il ne s'agit pas seulement d'inconfort physique, il s'agit, encore une fois, d'un plus grand risque d'être tuée ou blessée à cause d'un design masculin du gilet. C'est la même chose avec les bottes : elles sont conçues pour le pied d'un homme. Pour la plupart des femmes, même si c'est leur pointure, la chaussure est trop large.
Reconnaissance insuffisante du rôle des femmes au combat
Bien que les femmes participent activement aux opérations militaires de première ligne, elles ne sont souvent pas reconnues dans leurs rôles au combat, ce qui affecte leur avancement professionnel et leur accès aux ressources. Il existe encore des cas où les femmes peuvent effectuer les mêmes tâches de combat que les hommes, mais formellement, leurs postes peuvent être classés comme « infirmière », « cuisinière », etc.
Assistance médicale et hygiène
Les femmes dans l'armée ne reçoivent pas de serviettes ni de tampons hygiéniques, les hôpitaux militaires et les hôpitaux n'ont souvent pas de gynécologues ni de mammologues.
Infrastructures inadéquates
Dans de nombreuses bases militaires et sur le terrain les besoins des femmes ne sont pas pris en compte : souvent, il n'y a pas de toilettes ou de douches séparées pour les femmes, ni de tentes et d'abris pour elles.
Stéréotypes de genre
Un jour, un officier est venu me voir pour me donner des « conseils ». Il a dit que je manquais de sagesse et de ruse féminines, que je devrais parler moins et argumenter, qu'une femme ne devrait pas être si bruyante et a fait d'autres illusions sexistes. Dans la limite de ses « conseils », il a même noté que je pouvais être tué par les miens.
Souvent, l'initiative et le souhait de participer activement aux discussions et aux processus de travail ne sont pas acceptés de la part des femmes. Souvent, les hommes veulent seulement diriger les femmes, mais ne sont pas prêts à les considérer comme des égales ou des dirigeantes. L'un des chefs de notre unité m'a dit qu'une femme dans l'armée n'était « pas naturelle ». Tous ces hommes misogynes développent des stéréotypes selon lesquels une femme est moins efficace dans les postes de combat, qu'elle ne peut pas bien planifier les tâches, assumer la responsabilité d'une unité, etc.
Harcèlement
Récemment, lors d'un transfert vers un nouvel endroit, l'homme qui m'a installé dans la tente des femmes a déclaré : « C'est bien que les femmes aient été évacuées, car il y a eu des cas où des hommes les ont attaquées. Et de tels cas ne sont malheureusement pas rares. Quand ma belle-sœur dormait dans un abri pendant un raid aérien, elle s'est réveillée avec un mec qui lui caressait les lèvres avec ses mains. Dans le même temps, les femmes ont souvent peur de raconter de telles histoires, car la société leur en impute la responsabilité. »
Récemment, la médecin militaire Oksana a parlé de harcèlement sexuel à son encontre et a fourni des preuves. La femme a révélé cette histoire dans l'espace médiatique. Ensuite, au lieu de punir l'agresseur, on a ignoré la situation et refusé de la transférer afin qu'elle n'ait pas à continuer à travailler avec l'auteur des violences. Imaginez combien de force et de courage il faut pour aller à l'encontre d'un commandement et commencer à en parler publiquement, et imaginez maintenant combien d'histoires de ce genre n'ont pas été racontées.
Que faire de tout ça ?
Surtout, ne sous-estimez pas l'importance de la lutte pour l'égalité des sexes. Cela est nécessaire à toute société civilisée, et à notre armée en particulier. Lorsqu'on me répète que ce n'est pas le moment de faire du féminisme, quand on dit qu'il y a une guerre dans le pays et qu'il faut s'occuper non pas des droits des femmes, mais d'un ennemi extérieur… je réponds avec confiance que le développement de l'égalité des sexes et du féminisme dans l'armée ukrainienne est nécessaire au développement des capacités des forces de défense.
Et ici, je veux avant tout m'adresser aux femmes. Les hommes peuvent rejoindre des mouvements féministes, être proféministes, mettre en œuvre des mécanismes pour lutter contre la misogynie et le sexisme, influencer d'autres hommes et essayer de rendre leur environnement masculin propice à l'égalité des sexes. Les hommes peuvent faire tout cela, mais ils ne seront jamais la force motrice de cette lutte. Nous sommes responsables de nos droits.
Nous devons développer un véritable sens de la solidarité, nous devons apprendre à nous soutenir sincèrement les unes les autres. Car, très probablement, les hommes n'auront pas le même état d'esprit sur ce chemin. Dans la plupart des cas, ils ne seront pas ceux avec qui nous pouvons lutter côte à côte, mais ceux qui seront une source d'humiliation et de dévalorisation des femmes. C'est pourquoi la lutte pour les droits des femmes dans l'armée est particulièrement difficile. Pour réussir, il faut que les femmes militaires, mais aussi les femmes civiles, s'unissent autour de cette question. Je crois qu'il est du devoir de chaque féministe ukrainienne d'aujourd'hui de prêter attention et de s'impliquer dans l'aide aux femmes dans l'armée. Nous devrions entamer des discussions à ce sujet dans nos cercles et dans l'espace public. Nous devrons soutenir des organisations impliquées dans l'aide aux femmes militaires (Veteranka, Arm Women Now, « Zemlyachki »). Si nous en avons la force et les connaissances, nous devrions créer nos propres mécanismes pour faciliter le parcours des femmes dans l'armée, être attentives à leurs sœurs et à leurs amies militaires, briser les rivalités entre femmes et développer l'entraide. Nous devons développer le courage de ne pas tolérer la misogynie, le sexisme et autres manifestations d'inégalité entre les sexes, nous devons être capables de les identifier et de les combattre.
Pour que la prochaine fois que quelqu'un vous dise qu'il n'y a pas de genre dans l'armée, vous puissiez répondre qu'il y a un genre dans l'armée. Et la femme n'est pas la même que l'homme, mais elle mérite le même respect et les mêmes droits, même si elle est différente et a besoin de solutions adaptées à son anatomie. Elle a besoin de mécanismes qui la protégeront des actions sexistes des hommes, elle a besoin de conditions dans lesquelles une femme peut suivre la voie militaire dans la dignité, sans humiliation ni dépréciation.
Oleksandra Sakharuk, militaire ukrainienne, 25 septembre 2024
Publié par https://hromadske.ua
Traduction Patrick Le Tréhondat
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre
Le programme PAFI, vous connaissez ? PAFI pour programme d'aide financière à l'investissement.

Entretien avec Carola Racketa sur la solidarité avec le peuple ukrainien
« Être de gauche signifie être du côté des opprimés, que ce soit en Palestine, au Kurdistan ou en Ukraine : c'est pourquoi l'UE doit continuer à livrer des armes à Kiev et autoriser des attaques sur le territoire russe ». C'est ainsi que l'ancienne capitaine de Sea Watch Carola Rackete, élue sans étiquette au Parlement européen sur la liste du parti DIE LINKE, explique pourquoi elle a voté en faveur de la dernière résolution du Parlement européen sur le soutien militaire à l'Ukraine.
L'interview de Marco Bresolini a été publiée le 28 septembre 2024 dans le quotidien italien La Stampa. Carola Rackete mérite un large soutien pour sa position cohérente.
L'avez-vous fait[en votant oui] pour marquer sa dissidence au sein du groupe « The Left » ?
« Il y a différentes positions dans notre groupe, et la mienne s'oriente vers celle des partis de gauche scandinaves : Finlande, Suède et Danemark. Être de gauche, c'est être solidaire des peuples opprimés et s'opposer aux dictatures, que ce soit en Russie, au Venezuela ou en Syrie. Il faut se placer du côté de ces gens et écouter leurs besoins. C'est ce que j'ai fait avec les ukrainiens:nes, avec les mouvements progressistes du pays : ce sont eux qui nous disent combien il est important d'obtenir des armes pour nous défendre. C'est pour cette raison que j'ai voté en faveur de la résolution ».
Ceux qui disent que la livraison d'armes ne fait qu'attiser la guerre et éloigner la paix ont-ils donc tort ?
« Mais il n'y a pas de paix sans justice. Si nous cessons de fournir des armes, l'Ukraine finira par ne plus être en mesure de se défendre et sera occupée par la Russie. Des millions de personnes seront contraintes de fuir et des millions devront vivre sous une dictature. Ceux qui disent qu'il faut déposer les armes pour obtenir la paix ne cherchent pas la justice. Moi aussi je veux la paix, les Ukrainiens aussi veulent la paix : ils n'ont pas demandé à être envahis ! Mais nous avons besoin d'une paix juste. Et la condition préalable à la paix est que Poutine retire ses troupes du territoire ukrainien. C'est pourquoi nous devons soutenir l'appel à l'autodéfense qui vient de Kiev ».
L'Ukraine demande également à pouvoir utiliser des armes occidentales pour frapper des cibles militaires en Russie : Presque tous vos collègues italiens ont voté contre ce point de la résolution, ce qui correspond à la position du gouvernement, alors que vous étiez pour. Et pourquoi ?
« Depuis deux ans et demi, la Russie bombarde les infrastructures civiles en Ukraine, faisant des victimes innocentes. Si nous voulons aider les Ukrainiens à se défendre efficacement, nous ne pouvons pas leur dire : attendez que les missiles passent la frontière et vous tombent sur la tête. Nous devons permettre aux Ukrainiens de détruire les cibles militaires à l'origine des attaques. C'était l'objet de la résolution, je n'aurais jamais voté pour un texte appelant à bombarder des civils....
« .Les gouvernements européens devraient-ils donc, selon vous, lever les restrictions ?
« Beaucoup de pays et de personnes en Europe disent qu'ils soutiennent l'Ukraine, mais ils le font en serrant le frein à main. Si nous sommes d'accord sur qui a raison et qui a tort, nous ne pouvons agir que de cette manière. J'ai toujours été critique envers l'OTAN, mais dans ce cas, la situation est claire comme de l'eau de roche : c'est la Russie qui a envahi l'Ukraine, pour la deuxième fois, après avoir également envahi la Géorgie. Poutine ne reconnaît pas la souveraineté de l'Ukraine et veut la détruire. Il y a un peuple clairement opprimé et il est de notre devoir de l'aider à se défendre ».
Vous n'avez toutefois pas voté pour l'envoi de missiles Taurus : Avez-vous également tiré le frein à main ?
« C'est un sujet très controversé, surtout en Allemagne, sur lequel je ne suis pas totalement convaincue. Mais sur ce point particulier, je n'ai pas voté contre, je me suis abstenue ».
La guerre en Russie a-t-elle changé votre attitude envers le pacifisme ?
« Cette guerre n'a pas commencé en 2022, mais en 2014. Je vivais alors en Russie et j'ai visité l'Ukraine à plusieurs reprises au cours des années suivantes, avant 2022. J'ai vu de mes propres yeux à quel point les Ukrainiens étaient en colère contre l'UE pour son manque de soutien et son désintérêt pour un conflit qui se poursuivait à l'est du pays. J'ai eu suffisamment de temps pour réfléchir à ce conflit ».
« Je continue à critiquer l'OTAN pour les erreurs qu'elle a commises, notamment en Afrique du Nord ou dans l'ex-Yougoslavie. Mais être de gauche, c'est être du côté des opprimés, que ce soit en Palestine, au Kurdistan ou en Ukraine. Je suis aux côtés des habitants de Hong Kong et de Taiwan, pour le droit à l'autodétermination et pour la démocratie. Ce n'est pas une question d'Est ou d'Ouest, de Russie ou d'OTAN. C'est une question d'impérialisme. Il faut aider les plus faibles à se défendre contre les abus des plus forts, et la Russie est clairement plus forte que l'Ukraine ».
Les menaces nucléaires de Poutine ne vous font-elles pas peur ?
« Je pense que c'est du bluff. Nous oublions souvent que les seuls à avoir lancé une bombe atomique sont les Etats-Unis, la Russie ne l'a jamais fait ».
Selon vous, l'UE n'est pas assez active pour soutenir Kiev ?
« Les sanctions décidées sont décevantes parce qu'elles sont insuffisantes et ridicules. Nous continuons à importer des combustibles fossiles comme le gaz et à financer ainsi la guerre de la Russie. Les sanctions devraient être plus sévères et mieux ciblées. La société civile devrait également en faire plus pour mieux comprendre la situation et les difficultés économiques des Ukrainiens : Il y a beaucoup de spéculation capitaliste dans la reconstruction de l'Ukraine ».
Informations sur le vote du PE (Parlement européen) auquel pareticipait Carola Rakete et commentaire de Christian Zeller (Emanzipation - Autriche)
Christan Zeller, Où va la gauche européenne ? Avec Carola Rackete !
Le 19 septembre, le Parlement européen a voté à une large majorité (425 pour, 131 contre, 63 abstentions) la résolution « Soutien financier et militaire continu des États membres de l'UE à l'Ukraine »[1] [ 2].
Les membres du groupe « The Left » ont voté en ordre dispersé : 20 députés ont rejeté la résolution, 9 l'ont approuvée et 12 se sont abstenus. Carola Rackete, élue en juin dernier au Parlement européen sans étiquette sur la liste du parti LA GAUCHE, a voté pour, avec les députés de gauche des pays nordiques. Carola Rackete s'est fait connaître internationalement en 2019 en tant que capitaine du navire de sauvetage Seawatch 3, lorsqu'elle a sauvé de nombreux réfugiés et tenu tête au ministre italien de l'Intérieur de l'époque.
Cette résolution demande :
1. que l'UE et ses États membres s'emploient à « maintenir et à susciter le soutien international le plus large possible en faveur de l'Ukraine et à trouver une solution pacifique à la guerre, qui doit être fondée sur le plein respect de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, sur les principes du droit international, sur l'obligation de rendre des comptes pour les crimes de guerre et le crime d'agression, et sur les réparations et autres paiements de la Russie pour les dommages massifs causés en Ukraine » ; demande que l'UE s'engage activement dans la mise en œuvre de la formule de paix de l'Ukraine et dans la mise en place des bases pour la tenue du deuxième sommet de paix. "
2. La livraison de suffisamment de munitions à l'Ukraine et l'autorisation d'attaques ukrainiennes contre des infrastructures militaires en Russie ;
3. l'application et l'extension des sanctions militaires contre la Russie et ceux qui la soutiennent ;
4. la confiscation des avoirs de l'État russe afin de compenser l'Ukraine pour les destructions ;
5. l'application d'un embargo total sur le gaz naturel liquéfié en provenance de Russie et des sanctions contre Gazprom et les compagnies pétrolières russes ;
6. que tous les États membres de l'UE et les alliés de l'OTAN s'engagent collectivement et individuellement à consacrer au moins 0,25 % de leur PIB par an à l'aide militaire à l'Ukraine.
7. La deuxième demande vise à ce que l'Ukraine puisse également attaquer des lanceurs de missiles en Russie avec des armes des pays de l'OTAN. Cela lui est jusqu'à présent interdit et signifie que la population ne peut pas être protégée efficacement contre les bombardements russes. Toutefois, la résolution s'inscrit dans la politique générale hautement problématique de l'UE et de l'OTAN[3].
Néanmoins, dans une perspective solidaire, écologique et émancipatrice, il est justifié de voter en faveur de cette résolution et Carola Rackete justifie son vote de manière claire et compréhensible dans une interview avec le journal italien La Stampa.
Les députés Andersson, Kyllönen et Saramo du Vasemmistoliitto (parti de gauche) finlandais, Clausen du Enhedslisten (parti rouge-vert) danois, Gedin et Sjöstedt du Vänsterpartiet (parti de gauche) suédois, Hazekamp du Partij voor de Dieren (parti pour les animaux) néerlandais, Omarjee de la France Insoumise et Rackete, sans étiquette, d'Allemagne, ont voté oui.
Les huit députés Antoci, Della Valle, Furore, Morace, Palmisano, Pedullà, Tamburrano et Tridico du Movimento 5 Stelle italien et Salis de la Sinistra Italiana (Gauche italienne), Arvanitis de la Syrzia grecque, Barrena Arza de la El Bildu basque ont voté contre, Botenga et Kennes du Partij van der Arbeid (Belgique), Montero et Serra Sánchez de Podemos et Galán de Sumar (Espagne), Martins du Bloco de Esquerda et Oliveira du Partido Comunista Português (Portugal), Everding du Tierschutzpartei (Allemagne) et Demirel de DIE LINKE.
Les députés Aubry, Carême, Chaibi, Fourreau, Hassan, Mesure, Saeidi, Smith (tous de la France Insoumise), Boylan et Funchion du Sinn Fein et Flanagan (indépendant) d'Irlande ainsi que Schirdewan de DIE LINKE se sont abstenus.
Il est frappant de constater le poids important du Mouvement 5 étoiles, un mouvement populiste difficile à cerner politiquement, qui défend parfois des positions de droite. Ainsi, 2019 a soutenu la politique raciste de Salvini, alors ministre de l'Intérieur, et ses attaques contre le sauvetage en mer de Carola Rackete.
Le journal Junge Welt, qui se fait depuis des années le porte-parole de l'impérialisme russe, a lancé après le vote une campagne malveillante contre Carola Rackete, à laquelle se sont joints sur les médias sociaux des membres du parti DIE LINKE et des collaborateurs/trices de la fondation Rosa Luxemburg.
Ceux qui attaquent Carola Rackete de manière calomnieuse et falsifiée et l'accusent même, de manière absurde et hors du contexte, de favoriser une guerre mondiale par sa position, refusent systématiquement de donner une réponse sur la manière dont les salariés ukrainiens peuvent se défendre contre l'attaque russe contre leur société.
Ces attaques calomnieuses contre Carola Rackete ne servent pas la paix, mais font finalement le jeu des tentatives de chantage du régime de Poutine et apportent de l'eau au moulin des racistes, des nationaux-conservateurs et des fascistes de toute l'Europe. L'arrivée des députés du Mouvement populiste italien 5 étoiles au sein du groupe de la gauche au Parlement européen déplace l'orientation de ce dernier nettement vers la droite et indique que certaines forces ne veulent délibérément pas établir de démarcation claire avec les positions souverainistes nationales.
Ces dernières années, Carola Rackete a suffisamment prouvé qu'elle s'opposait avec détermination et efficacité aux forces fascistes, racistes et nationales-conservatrices. Face aux pires menaces, elle a sauvé de nombreuses personnes. Qui, parmi les écrivains malveillants, a déjà réussi à s'opposer à un ministre de l'Intérieur raciste et à ses forces de répression ? Carola Rackete représente une résistance conséquente au racisme et se bat résolument pour le démantèlement et la socialisation des industries fossiles.
Il est juste de s'opposer à la vague de réarmement de l'OTAN et des pays de l'UE. On le fait de manière crédible si l'on se solidarise en même temps avec la résistance ukrainienne contre la menace existentielle de l'impérialisme russe. C'est ce que nous avons également affirmé dans notre déclaration internationale « Ukraine : A People's Peace not an Imperial Peace »[4].
C'est pourquoi il est juste de soutenir l'Ukraine, c'est pourquoi il faut s'opposer aux exportations d'armes vers d'autres États qui attaquent leurs propres populations et celles des pays voisins (par exemple Israël, la Turquie, l'Arabie saoudite). C'est pourquoi il faut socialiser l'industrie de l'armement afin de la contrôler démocratiquement et de déterminer ses produits ; enfin, la déconstruire de manière coordonnée au niveau transnational ou la transformer en une industrie utile sur le plan social et écologique.
J'ai présenté quelques réflexions plus approfondies dans l'article « Paix en Ukraine et perspectives écosocialistes en Europe » dans emanzipation. Il est évident qu'il est urgent d'entamer une discussion transnationale et européenne sur ces défis[5].
Références
L'interview a été publiée le 28 septembre 2024 dans le quotidien italien La Stampa et a été traduite en allemand par Christian Zeller.
[1] Parlement européen, 19 septembre 2024 : P10_TA(2024)0012. Soutien financier et militaire continu des États membres de l'UE à l'Ukraine https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2024-0012_DE.pdf
[2] MPE : L'Ukraine doit être en mesure d'attaquer des cibles militaires légitimes en Russie. Press Release 19 septembre 2024 MPEs : Ukraine must be able to strike legitimate military targets in Russia | News | European Parliament (europa.eu)
[3] Minutes - Résultats des votes par appel nominal. Thursday, 19 September 2024 - Strasbourg Poursuite du soutien financier et militaire à l'Ukraine par les États membres de l'UE https://www.europarl.e uropa.eu/doceo/document/PV-10-2024-09-19-RCV_EN.html ?fbclid=IwY2xjawFmg39leHRuA2FlbQIxMAABHUVXoHMr0rVWuR-bvF8vTNNM3CT8BS6AaqhJqe2bO_YxGOhPG5jVW3xVYg_aem_XUPNEi44pJXWU5AfY0KtuQ#169676#959974
[4] Déclaration internationale en allemand et 14 autres langues : Ukraine : A People's Peace not an Imperial Peace. https://emanzipation.org/2024/06/a-peoples-peace-not-an-imperial-peace/ Version en anglais avec liste des signataires, 6 juillet 2024 : https://emanzipation.org/wp-content/uploads/2024/07/2024_07_09_Ukraine_peace_conference_declaration_endorsements.pdf
[5] Christian Zeller, 25 juillet 2024 : Paix en Ukraine et perspectives écosocialistes en Europe. https://emanzipation.org/2024/07/frieden-in-der-ukraine-und-oekosozialistische-perspektiven-in-europa/
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Etats-Unis. Les dockers organisés dans l’ILA suspendent leur grève
En date du 2 octobre, nous avons publié un article présentant l'entrée en grève le mardi 1er octobre des dockers de la côte Est des Etats-Unis.
Tiré d'À l'encontre.
Cette grève allait mettre à l'arrêt 36 ports de la côte Est et du golfe du Mexique, dont 10 des ports les plus utilisés d'Amérique du Nord. Le conflit portait sur l'augmentation des salaires et sur les montants des primes pour les soins de santé comme sur le plan de retraite, ainsi que sur l'automatisation des terminaux de déchargement des conteneurs. Il mettait « face à face » l'International Longshoreman's Association (ILA) et l'U.S. Maritime Alliance (USMX, organisation des employeurs). Dès le 1er, la grève a touché 14 ports, soit 24 000 travailleurs.
Le débat politico-économique a porté de suite sur « le coût de la grève » pour l'économie des Etats-Unis, estimé par la presse économique jusqu'à 4,5 milliards de dollars par jour (selon la banque JPMorgan), ainsi que sur les potentielles pénuries découlant d'une possible paralysie complète des ports de la côte Est. De plus, les estimations étaient déjà faites du temps qui s'écoulerait pour résorber le volume des immobilisations de marchandises chargées sur les navires. Une journée de grève entraînerait un encombrement prenant de 4 à 6 jours pour être résorbé. A cela s'est de suite ajoutée une campagne des employeurs demandant à l'administration Biden d'utiliser la loi Taft-Harley (datant de 1947) pour contraindre, au nom de « l'urgence nationale », le syndicat ILA et ses 45 000 adhérents de se rendre sur leur poste de travail jusqu'à ce qu'un accord soit établi. Biden, à la veille des élections, se refusa à utiliser la loi Taft-Harley.
Le 3 octobre, un accord provisoire est intervenu entre la direction d'ILA et l'USMX, mettant fin à l'arrêt de travail qui a duré deux jours. Le contrat-cadre actuel est prolongé jusqu'au 15 janvier, puis des négociations reprendront sur « toutes les questions en suspens ». Biden, le jeudi 3 octobre, a déclaré : « L'accord de principe conclu aujourd'hui sur des salaires records et une extension du processus de négociation collective représente un progrès décisif vers la conclusion d'un contrat solide. Je félicite les dockers de l'ILA, qui méritent un contrat solide après avoir fait tant de sacrifices pour maintenir nos ports ouverts pendant la pandémie. Je félicite également les opérateurs portuaires et les transporteurs membres de l'Alliance maritime américaine pour leur travail acharné et leur offre solide. » Après avoir donné un premier appui à la direction de l'ILA – syndicat des plus modérés comparé à l'organisation syndicale de la côte Ouest, l'ILWU (International Longshoremen and Warehouse Union) – Biden et Kamala Harris ne pouvaient que se féliciter d'un tel « accord provisoire » intervenant un mois avant les élections du 5 novembre. Ce d'autant plus que les plus grandes compagnies maritimes du monde – AP Møller-Maersk (société danoise) et Hapag-Lloyd (dont le siège est à Hambourg) – ont vu leur action chuter respectivement de 5,34% et de 14% (4 octobre). Donald Trump n'a évidemment pas manqué de souligner, dès le début de la semaine, que « j'avais été à la Maison Blanche, cet arrêt de travail n'aurait jamais eu lieu » (Financial Times, 4 octobre).
La direction de l'ILA – qui initialement revendiquait une augmentation de salaire de 77% – a indiqué que l'accord provisoire avait été conclu sur la base de l'obtention d'une augmentation salariale de 61,5% pour le contrat collectif d'une durée de six ans. Sur cette revendication, l'USMX n'a pris aucun engagement public. Sur le thème de l'automatisation des terminaux (avec réduction du nombre d'emplois), l'introduction d'une « robotique portuaire », aux Pays-Bas et en Australie, fonctionne comme un élément concurrentiel utilisé par les grandes compagnies portuaires et de transporteurs et place les organisations syndicales face à un défi dont la dimension internationale est immédiate. (4 octobre 2024)
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Jill Stein, candidate à la présidence
Jill Stein, candidate à la présidence et Butch Ware, candidat à la vice-présidence pour le Parti vert font le point sur Gaza et la bataille contre « deux partis politiques zombies »
Tiré de Democrcy Now
https://www.democracynow.org/2024/9/25/green_party_jill_stein_butch_ware
Traduction Johan Wallengren
LE 25 SEPTEMBRE 2024
Democracy Now ! s'entretient avec Jill Stein et Butch Ware, qui se présentent respectivement comme présidente et vice-président pour le Parti vert à l'élection présidentielle. Un développement récent est le revers qu'a subi le Parti vert vendredi quand la Cour suprême des États-Unis a rejeté une demande de faire figurer Jill Stein sur les bulletins de vote dans le Nevada. Le Parti démocrate avait intenté une action en justice pour empêcher Jill Stein d'y figurer au motif qu'elle n'aurait pas soumis les formulaires appropriés. Au cours du présent cycle de campagne, les démocrates se sont battus pour empêcher le Parti vert d'être représenté à l'élection présidentielle, tandis que certains partisans de Trump, y compris un de ses anciens avocats, ont aidé le Parti vert avec l'accès aux bulletins. « Ils sont terrifiés à l'idée de nous affronter vraiment devant le tribunal de l'opinion publique et d'avoir un vrai débat sur les crises auxquelles le peuple américain est confronté et sur les vraies solutions que nous sommes les seuls à avoir mis sur la table, déclare Jill Stein. Le peuple américain est en crise dans pratiquement toutes les sphères de la vie citoyenne ». Cette troisième candidature de Jill Stein à la présidence reçoit le soutien de certains milieux en raison du refus de la vice-présidente Kamala Harris d'appeler à un embargo sur les armes à destination d'Israël. Le Conseil des relations américano-islamiques (Council on American-Islamic Relations ou CAIR) a récemment publié les résultats d'un sondage qui place Jill Stein devant Kamala Harris chez les électeurs musulmans dans trois États clés : Arizona, Michigan et Wisconsin. « Les efforts déployés pour tenter d'imputer la défaite inévitable des démocrates à des partis tiers ou à des musulmans est fallacieux, pour dire le moins, déclare M. Ware, historien et professeur musulman. Tous les efforts visant à protéger le camp bleu, à permettre aux démocrates de se dédouaner des forfaits dont ils sont les auteurs, sont les incarnations d'un même mal. »
Transcription
Ceci est une traduction de la version la plus immédiate de la transcription, qui pourrait ne pas être finale.
AMY GOODMAN : Bienvenue à Democracy Now !, democracynow.org, volet « Guerre, paix et présidence ». Mon nom est Amy Goodman et j'ai à mes côtés Juan González.
À moins de six semaines du jour du scrutin, nous recevons la candidate du Parti vert à l'élection présidentielle, Jill Stein, et son colistier, Butch Ware, professeur à l'Université de Californie à Santa Barbara (University of California Santa Barbara ou UCSB). Vendredi, le Parti vert a essuyé un revers quand la Cour suprême des États-Unis a rejeté la demande de faire figurer Jill Stein sur les bulletins de vote du Nevada dans le cadre de l'élection présidentielle. Le Parti démocrate avait intenté une action en justice pour empêcher Jill Stein de figurer sur ces bulletins de vote, au motif qu'elle n'avait pas soumis les formulaires appropriés.
Cette décision intervient alors que le soutien à Jill Stein s'est accru dans certains milieux en raison du refus de la vice-présidente Kamala Harris d'appeler à un embargo sur les armes à destination d'Israël. Le mois dernier, le CAIR a publié les résultats d'un sondage plaçant Jill Stein devant Kamala Harris parmi les électeurs musulmans dans trois États clés : Arizona, Michigan et Wisconsin. Le Conseil des affaires publiques musulmanes (Muslim Public Affairs Council ou MPAC) a par ailleurs récemment déclaré soutenir la candidate Stein.
C'est la troisième fois que Jill Stein se présente à une élection présidentielle. De nombreux démocrates la considèrent comme une candidate trouble-fête, pointant l'élection de 2016 où Hillary Clinton avait perdu de justesse face à Donald Trump – les voix qui lui manquaient face à Donald Trump en Pennsylvanie, dans le Michigan et dans le Wisconsin représentaient moins que celles obtenues par Jill Stein. Au cours du présent cycle de campagne, les démocrates se sont battus pour empêcher le Parti vert d'être représenté électoralement, tandis que certains partisans de Trump ont aidé le Parti vert avec l'accès aux bulletins. L'ancien avocat de Trump Jay Sekulow a récemment représenté le Parti vert dans le cadre de sa plaidoirie devant la Cour suprême des États-Unis pour être représenté sur les bulletins de vote du Nevada. Cependant, Jill Stein, comme Ralph Nader avant elle, a décrit sa campagne comme une lutte contre le duopole bipartite aux États-Unis.
Jill Stein se joint à nous depuis Boston, et Butch Ware, depuis Santa Barbara, où il enseigne l'histoire de l'Afrique et de l'islam, à l'UCSB).
Nous vous souhaitons à tous les deux la bienvenue à Democracy Now ! Pour commencer, Jill Stein, pouvez-vous nous dire pourquoi vous vous présentez à l'élection présidentielle ? Qu'est-ce qui est le plus important à vos yeux en ce moment ?
JILL STEIN : Eh bien, je vais vous le dire. Le peuple américain est en crise dans pratiquement toutes les sphères de la vie citoyenne, qu'il s'agisse de la crise des soins de santé ou de celle des produits pharmaceutiques inabordables. Quelque huit millions d'Américains n'ont pas les moyens d'acheter leurs médicaments. Dix-huit millions d'Américains sont tombés sous le seuil de pauvreté à cause du coût des soins de santé durant la dernière année pour laquelle des données sont disponibles. La moitié des Américains luttent pour garder un toit au-dessus de leur tête, subissant de lourdes pressions économiques et se débattant pour payer leur loyer. Et nous dépensons la moitié de l'argent du Congrès dans une machine de guerre insatiable, dont… la guerre génocidaire contre Gaza est un exemple de ce à quoi le peuple américain s'oppose avec véhémence.
Le peuple américain réclame d'autres options. Vous savez, personne n'est en droit de leur refuser ça et de prétendre que les deux partis politiques zombies, qui ont si mal servi le public américain, sont les seules options ! Vous savez, la démocratie repose sur la concurrence. Le peuple américain ne demande pas mieux que d'avoir d'autres options. Les américains ont le droit de savoir en quoi consistent ces options.
C'est révélateur au possible que les démocrates fassent feu de tout bois pour discréditer le Parti vert, notamment en se faisant trompeusement passer pour ses représentants, en louant les services d'infiltrateurs et d'espions – recrutés sur la place publique – et en engageant une armée d'avocats, selon leurs propres termes, pour littéralement empêcher leurs concurrents de figurer parmi les candidats à l'élection, tout simplement parce qu'ils sont terrifiés à l'idée de nous affronter vraiment devant le tribunal de l'opinion publique et d'avoir un vrai débat sur les crises auxquelles le peuple américain est confronté et les vraies solutions que nous avons été les seuls à mettre sur la table. Ces solutions comprennent un programme de soins de santé universel, des études supérieures gratuites dans le système public, un contrôle des loyers à l'échelle du pays et 15 millions de logements dits sociaux susceptibles de répondre à nos besoins en matière de logement, la réduction du budget militaire et, par-dessus tout, la fin de la guerre génocidaire contre Gaza – une écrasante majorité du peuple américain veut qu'on y mette fin – on n'est pas loin d'une super-majorité qui soutient un embargo sur les armes en ce moment même.
Et avec l'expansion de la guerre opérée par Israël, non seulement en Cisjordanie, mais aussi maintenant au Liban, la situation est extrêmement, extraordinairement dangereuse. Et quand nous entendons l'administration Biden-Harris dire que, oh, elle ne peut rien faire, elle a les mains liées, c'est absolument faux. Il suffirait de faire comme Ronald Reagan et de passer un simple coup de fil pour dire à Israël que c'en est fini de cette offensive génocidaire.
JUAN GONZÁLEZ : Jill Stein, je voulais vous demander… l'immigration et la protection des frontières sont devenues une question clé dans cette élection. Un débat fait rage au pays à ce sujet. En quoi vos propositions diffèrent-elles de celles de Donald Trump ou de Kamala Harris ? Comment vous démarquez-vous ?
JILL STEIN : Oui. Et en effet, nous avons vu Kamala Harris et le Parti démocrate virer à droite et continuer de marcher dans les pas de Donald Trump, en adoptant essentiellement les mêmes politiques. Nous avons une approche très différente. Selon nous, la chose la plus importante que nous puissions faire pour résoudre la crise migratoire est de cesser de la provoquer en premier lieu par des opérations de changement de régime, par le néocolonialisme et la domination économique, par la crise climatique et par la guerre contre les drogues.
Il y a des choses que nous pouvons faire dès maintenant pour obtenir un relâchement des pressions qui poussent les gens à chercher refuge à nos frontières. Parmi ces choses, dès le premier jour de notre administration, nous légaliserions la marijuana et nous agirions pour affaiblir le pouvoir des cartels de la drogue, qui sont à l'origine de violences et de ravages dans de nombreux pays, particulièrement dans ceux au sud de notre territoire. Nous ne renverserions pas d'autres gouvernements démocratiquement élus, comme ça a été fait, par exemple, avec la présidence d'Aristide en Haïti, que nous avons renversée à deux reprises – et par la suite, les États-Unis, sous l'administration de la secrétaire d'État Hillary Clinton, sont intervenus et ont annulé une loi sur le salaire minimum qui avait fait passer le salaire minimum d'un maigre 30 cents de l'heure à 60 cents de l'heure, mesure qui a été annulée par le pouvoir américain après que nous avons renversé le gouvernement démocratiquement élu d'Haïti.
Alors, vous savez, ce n'est pas une surprise, avec toutes les crises que les États-Unis ont provoquées par leur domination économique, leur néocolonialisme, leurs opérations de changement de régime, leur guerre contre la drogue – qui ont particulièrement touché les pays au sud de notre territoire – et leur incapacité à prendre des mesures réelles et concrètes pour lutter contre la crise climatique qui a poussé tant de millions d'agriculteurs à fuir parce qu'ils n'ont aucun moyen de subvenir à leurs besoins à cause de l'aggravation des sécheresses et d'autres manifestations de l'instabilité du climat. Il y a tant de choses que nous pouvons faire, non seulement pour réduire notre propre production de combustibles fossiles, qui a grimpé en flèche en fait, sous les administrations démocrates, bien plus que sous les administrations républicaines, et qui n'est pas traitée de manière adéquate par la Loi sur la réduction de l'inflation (Inflation Reduction Act ou IRA), qui donne plutôt la priorité aux combustibles fossiles – si nous avons le temps d'en parler – mais nous n'appliquons pas, savez-vous, les nombreuses solutions que nous pourrions apporter dès maintenant et qui permettraient de réduire la pression venant de la crise à la frontière.
Et la dernière chose à ajouter ici, c'est qu'au lieu de dépenser des milliards de dollars pour un mur, qui ne fait que tuer des gens, tuer la faune et la flore, détruire des écosystèmes, nous pourrions plutôt investir ces dollars de manière à veiller à ce que les procédures aux frontières – contrôle de l'identité et vérification des antécédents et puis délivrance des documents de travail – soient effectuées dans des délais serrés. En effet, une fois que les migrants sont entrés au pays avec des papiers qui leur permettent de travailler – où qu'ils décident de s'installer – ils représentent un formidable apport économique, qui se chiffre bel et bien en billions de dollars, pour ce qui est du développement économique. Si les migrants pouvaient obtenir du travail, nos communautés se feraient concurrence pour les attirer au lieu de les laisser sur la touche. Non seulement ceux-ci injectent de l'argent dans l'économie, mais c'est un fait qu'ils contribuent énormément au développement économique et aux revenus fiscaux de toute communauté qui les accueille.
JUAN GONZÁLEZ : Et, Dre Stein, je voudrais revenir à ce que vous avez dit tout à l'heure au sujet de Gaza. Ce mois-ci, le CAIR a publié un sondage qui vous place devant Kamala Harris parmi les électeurs musulmans dans des États clés, comme le Michigan, l'Arizona et le Wisconsin. Or, le National Uncommitted Movement, qui est un mouvement national qui choisit de ne soutenir aucun des candidats des deux grands partis, a également décidé de ne soutenir aucun candidat d'un parti tiers. Je me demande ce que vous en pensez.
JILL STEIN : [inaudible] et la communauté musulmane américaine n'est pas simplement homogène. Mais les sondages du CAIR étaient très complets. Il se trouve que ces personnes réfractaires ne représentent qu'un petit sous-ensemble de cette communauté plus large. Et ce que ressent cette communauté élargie est très clair. Les gens sont furieux parce que tant de membres de leur famille ont été tués, vous savez, des gens qui ont perdu des dizaines de membres de leur famille, voire bien plus, même des centaines.
Il serait facile pour les démocrates de récupérer ces votes s'ils le voulaient. Mais il est plus important pour eux de poursuivre le génocide à Gaza que de gagner cette élection. Et sans le soutien du vote musulman, ils ne gagneront pas cette élection, ils ne le peuvent tout simplement pas. C'est donc entre leurs mains. Ils ont le pouvoir de faire ce qu'il faut pour reconquérir ce vote très aliéné et désemparé, qui n'ira pas vers les démocrates tant qu'ils continueront de perpétrer ce génocide. Ça dépend donc d'eux. Ils ne peuvent pas rejeter la faute sur autrui. Ils ont perdu ce soutien. Et le peuple américain et les peuples du monde, vous savez, méritent… méritent une option qui est véritablement en accord avec la majorité de l'opinion américaine, pas seulement l'opinion des musulmans, mais la majorité de l'opinion américaine et du monde entier.
AMY GOODMAN : Dre Stein, avant que vous ne choisissiez Butch Ware comme colistier, plusieurs militants palestiniens et arabes de premier plan ont déclaré avoir été approchés par votre équipe, notamment Abed Ayoub, directeur du Comité américano-arabe contre la discrimination (American-Arab Anti-Discrimination Committee), et l'avocate et professeure palestino-américaine Noura Erakat. Professeure Erakat a tweeté : « J'ai proposé d'accepter d'être colistière s'ils étaient disposés à reporter leurs voix advenant que les démocrates remplissent leur promesse de cessez-le-feu permanent et d'embargo sur les armes. L'idée était d'utiliser la marge de Jill Stein dans trois États clés pour obtenir de telles concessions. Si nous sommes convaincus que les démocrates n'accepteront jamais de telles concessions, alors il n'y a rien à perdre. Ce serait aussi un signal clair à lancer à ceux qui n'hésiteraient pas à mettre une croix sur les Palestiniens, les Arabes américains et les musulmans américains : si vous perdez face à Trump, vous aurez été l'artisan de votre propre malheur. Le Parti vert a rejeté cette proposition parce qu'il doit tenir compte de sa base élargie et de la viabilité du parti. Je comprends ça, mais ma priorité à ce moment-ci est de faire tout ce que nous pouvons pour mettre fin au génocide en utilisant tout le potentiel d'influence que nous avons », a écrit Pre Noura Erakat. Quels sont vos commentaires, Dre Stein ?
JILL STEIN : Oui. Permettez-moi de dire que mettre fin au génocide à Gaza ne se fait pas en criant ciseau. Frederick Douglass l'a exprimé ainsi : « Le pouvoir ne concède rien si on ne lui demande rien. Il ne l'a jamais fait et ne le fera jamais ». Le Parti vert est là pour continuer à exercer cette pression. Juste arracher une promesse avant une élection est une manœuvre précaire. Les démocrates pourraient être d'accord pendant une semaine, puis se dire : « Oh, les circonstances ont fait que nous sommes revenus à la poursuite de la guerre. » Il ne faut donc surtout pas désarmer unilatéralement dans ce genre de situation. Ce serait extrêmement inefficace.
Plus de pouvoir à Noura Erakat, dont la voix puissante porte loin ! Certains d'entre nous sont, disons, dans l'arène politique depuis un bon bout de temps et ont eu le temps d'observer comment ces diverses stratégies fonctionnent ou ne fonctionnent pas. Et arracher une simple concession sans… vous savez, sans garantie permanente est une proposition très risquée, en particulier parce que, en tant que parti tiers indépendant, les obstacles à l'obtention du statut de candidat inscrit sont si énormes que si vous déposez simplement les armes et abandonnez la course, vous perdez votre statut de candidat inscrit, et vous perdez sur tous les tableaux, sans retour en arrière possible. En continuant à nous présenter aux élections présidentielles, nous conservons notre accès à ces élections et sommes en mesure de continuer à faire pression sur cet empire très imprudent et dangereux – ce qui est un problème non seulement à Gaza, vous savez, mais dans tout le Moyen-Orient et dans le monde entier. Nous sommes en ce moment même engagés dans deux guerres chaudes proches de devenir nucléaires et dans une troisième guerre froide proche de devenir chaude. Alors...
AMY GOODMAN : Laissez-moi...
JILL STEIN : … vous savez, ça n'a pas de sens -
AMY GOODMAN : … permettez-moi de vous poser une autre question.
DR. JILL STEIN : … de laisser aller tout ça. Oui ?
AMY GOODMAN : Je me dépêche juste parce que nous n'avons pas beaucoup de temps. Mais la députée démocrate de New York Alexandria Ocasio-Cortez a été interrogée lors d'une récente session Instagram Live sur le vote pour le tandem du Parti vert en novembre. Voici ce qu'elle a répondu.
ALEXANDRIA OCASIO-CORTEZ : Ce qui me pose problème, c'est que si vous vous présentez à l'élection présidentielle, vous êtes de facto le chef de votre parti. Et tout d'abord, vous pouvez me faire confiance, je me présente comme candidate d'un parti tiers à New York. Je me présente également en tant que candidate du Parti des familles travailleuses (Working Families Party ou WFP), en plus de ma candidature en tant que démocrate, parce que, croyez-moi, j'ai exprimé publiquement mes critiques à l'égard du système bipartite. Ce n'est donc pas de ça qu'il s'agit. Mais vous êtes chef de votre parti. Et si vous vous présentez pendant des années et des années et des années et des années de suite et que votre parti ne se renforce pas et que vous n'ajoutez pas de sièges à des conseils municipaux, ni de candidats aux scrutins inférieurs, ni non plus d'élus au niveau de l'État, c'est une mauvaise façon de diriger. Et ça, pour moi, c'est ce qu'il y a de dérangeant. ... Et tout ce que vous faites, c'est vous présenter une fois tous les quatre ans pour parler devant des gens qui sont à juste titre en colère, mais si vous ne faites que vous présenter une fois tous les quatre ans pour faire ça, c'est que vous manquez de sérieux. Vous n'êtes pas… pour moi, ce n'est pas perçu comme authentique. C'est perçu comme de la prédation.
AMY GOODMAN : Voilà donc les propos d'Alexandria Ocasio-Cortez, élue au Congrès et représentant une circonscription de New York. Dr. Jill Stein, pouvez-vous commenter ?
JILL STEIN : Eh bien, tout d'abord, nous ne disparaissons pas entre les élections présidentielles. Ce qui disparaît, c'est la couverture médiatique. Vous savez, je suis désolée si vous êtes seulement à l'écoute des médias grand public et que vous croyez à la propagande selon laquelle nous disparaissons... Non, nous sommes là. Nous travaillons. Nous faisons le travail.
Nous avons dans les faits élu quelque 1 500 fonctionnaires locaux au cours des deux dernières décennies environ. Nous avons actuellement 150 élus locaux. Nous devons nous présenter au niveau national, malheureusement, en raison des règles établies par les démocrates et les républicains. Ces règles nous obligent… pour conserver notre accès aux bulletins présidentiels et nous présenter en tant que Verts à des niveaux inférieurs, nous devons en fait nous présenter, dans de nombreux États, au niveau présidentiel. Alors nous n'avons pas le choix.
Par ailleurs, on ne peut pas comparer les Verts, qui sont un parti par et pour le peuple, ciblé par des attaques venant en bonne partie des démocrates, au WFP, qui n'est pas vraiment un parti tiers. C'est une échappatoire pour les démocrates qui veulent figurer sur un bulletin, soit pour des démocrates actuels, soit pour des indépendants en passe de devenir démocrates. Du fait de ce statut, il n'est pas attaqué par le Parti démocrate. Et ce qui détruit les partis tiers… et, soit dit en passant, les Verts sont le géant des partis tiers… alors c'est à tous les autres partis tiers authentiques, qui existent par et pour le peuple, que nous devrions être comparés.
Nous sommes les seuls à réussir à nous battre encore et, vous savez, à survivre jour après jour pour continuer la lutte. Et quand on se bat contre des vents contraires aussi puissants, il faut tirer fort sur les voiles pour développer ses soutiens. Et au cours des trois courses présidentielles auxquelles j'ai participé… et Alexandria Ocasio-Cortez a tort sur ce point : je ne me suis pas présentée tous les quatre ans, puisque je ne me suis pas présenté à la dernière élection… Mais il est très important que le parti continue sur sa lancée pour être reconnu comme la solution de rechange aux partis de la guerre et de Wall Street.
Ce n'est donc pas comme si nous ne bougions pas. Nous sommes en fait soumis à une pression énorme, qui a essentiellement tué les autres petits partis, parmi lesquels on peut citer : le Parti des travailleurs (Labor Party), qui a été lancé à peu près en même temps que les Verts ; le Parti paix et liberté (Peace and Freedom Party), qui n'a réussi à être représenté électoralement que dans 14 États (et il leur est arrivé, avec les vents contraires, de n'être représentés que dans deux États seulement) ; les partis socialistes, qui traditionnellement étaient représentés électoralement partout au pays… et qui ont été marginalisés au point de n'être représentés qu'à un conseil municipal ici ou là : ils ne sont représentés nulle part aux présidentielles, à l'exception du Parti du socialisme et du travail, euh non, de la libération (Party of Socialism and Liberation ou PSL), qui est représenté seulement en Californie. Ainsi, les vrais partis tiers qui existent par et pour le peuple, qui ne reçoivent pas leurs ordres de la machine de guerre, du Comité des affaires publiques Amérique-Israël (American Israel Public Affairs Committee ou AIPAC), des grandes pharmaceutiques, nous avons… nous sommes dans un tout autre bateau, que ne connaît pas Alexandria Ocasio-Cortez.
Et je vais juste, vous savez, faire un commentaire final. Le surnom que mon colistier a donné à Alexandria Ocasio-Cortez est « AOC Pelosi ». Que fait-elle exactement des batailles qu'elle a gagnées ? C'est ce qui nous incite à faire partie de la course ; notre objectif est de vraiment répondre aux besoins critiques et urgents du peuple américain.
JUAN GONZÁLEZ : Oui, j'aimerais faire intervenir le professeur Butch Ware dans la conversation. Professeur, pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez décidé de rejoindre le Parti vert et de vous présenter comme candidat à la vice-présidence ?
BUTCH WARE : Oui. Quand ma sœur d'armes, Dre Jill Stein, m'a invité à me jeter dans la mêlée, la décision a été facile à prendre. J'avais réalisé une session Instagram Live avec elle sur ma plateforme de médias sociaux. J'ai interrogé Dre Jill sur les réparations, après avoir récemment posté une vidéo de Kamala Harris dans laquelle elle a hésité, tergiversé et tourné autour du pot pendant deux minutes entières avant de se prononcer exactement en ces mots : « Je ne ferai jamais rien qui n'aide que les Noirs ». Quand j'ai interrogé Dre Jill Stein sur la question des réparations, elle a répondu : « Ils se comportent comme si c'était incalculable, mais ça a été calculé quantité de fois. C'est entre 10 et 13 billions de dollars américains. Et je suis en faveur de paiements en espèces ».
Quand j'ai interrogé Dre Jill sur sa résistance au génocide de Gaza, j'ai dit que tous mes collègues, ainsi que les activistes et les gens de la communauté universitaire, qui sont non seulement des défenseurs de la cause de la libération de la Palestine, mais aussi des gens qui vivent en eux les événements, qui sont corps et âme dans la situation, votaient tous pour Dre Jill Stein. Ce qui fait que je n'ai pas interrogé Dre Jill sur son soutien à la Palestine. Je l'avais vue se faire arrêter lors d'un rassemblement pro-Palestine, un rassemblement pour une Palestine libre. Je l'ai plutôt interrogée sur sa politique étrangère globale.
Et quand je l'ai interrogée sur sa politique étrangère globale, elle m'a répondu que l'approche du Parti vert consistait à vouloir démanteler l'empire américain. Et j'ai poursuivi l'entrevue, en tant qu'étudiant engagé pour la vie, représentant et enseignant de la tradition radicale noire, en déclarant : « Oui, et vous feriez mieux de vous dépêcher de le faire avant que quelqu'un d'autre ne le fasse à votre place », car il y a deux processus bien différents à distinguer. Retirer 700 bases militaires sur les 800 que nous avons autour du monde et qui ne servent en fait à rien d'autre qu'à contrarier les populations locales, et ensuite, vous savez, se retirer lentement des autres positions non stratégiques en veillant toujours à assurer la sécurité des Américains : cela donnerait les moyens de réinvestir les mille milliards de dollars ou, en réalité, 1,3 billions de dollars si on compte tous les coûts afférents, qui sont actuellement dépensés pour faire tourner sans fin la machine de guerre, ces fonds pouvant être réinvestis dans le logement social, dans les soins de santé, dans la réparation des routes et dans toutes les choses que le gouvernement américain pourrait faire pour la population américaine.
Ainsi, quand j'ai répondu à l'appel… quand j'ai été invité à participer à la lutte contre l'impérialisme, à la lutte contre la suprématie blanche, à la lutte contre l'exploitation capitaliste de mon époque, après avoir passé ma vie à enseigner cette tradition, à écrire sur cette tradition, à m'engager dans cette tradition à un niveau militant et en tant qu'organisateur communautaire, la décision a été facile à prendre.
Et avant de poursuivre, je dois absolument observer un moment de silence pour l'imam Marcellus « Khalifa » Williams, qui a été mis à mort hier par cet État impérialiste corrompu. Et nous n'avons pas entendu un bruit de la part de la femme noire qui cherche à mener ce pays et à le faire entrer dans une nouvelle phase, n'est-ce pas ? Nous n'avons pas entendu un son de la part du régime Biden-Harris, des gens qui pourraient au moins réagir, même s'il n'existe pas de mécanisme fédéral immédiat de clémence. Ce pays souffre d'un manque sidérant de leadership moral.
Et la dernière chose que je dirai, pour me présenter au peuple américain dans cette émission en particulier, c'est que tous les efforts visant à protéger le camp bleu, à permettre aux démocrates de se dédouaner des forfaits dont ils sont les auteurs, sont les incarnations d'un même mal. Si vous essayez de les protéger des conséquences électorales de plus de 200 000 morts à Gaza, des conséquences électorales de 11 mois de génocide, de l'augmentation des meurtres commis par des policiers chaque année depuis qu'ils sont au pouvoir, de l'envoi de troupes en tenue anti-émeute dans des villes et des États contrôlés par les démocrates pour enfoncer le crâne d'enfants, comme ils l'ont fait à l'Université de Californie à Los Angeles (University of California Los Angeles ou UCLA), de la même manière qu'ils ont envoyé des troupes en tenue anti-émeute sur mon propre campus, à l'UCSB, alors vous faites partie du problème. Réveillez-vous et débranchez la machine à propagande. Tout le monde est en train d'alimenter un climat de peur autour de Trump, comme si le fascisme n'était pas déjà là. C'est pourquoi je me suis engagé dans ce combat aux côtés d'une humanitaire, d'une militante pour la paix, d'une écologiste et d'une leader morale, Jill Stein, pour secouer l'Amérique et la sortir de sa stupeur. Vous avez d'autres choix que ceux du fascisme militarisé bleu ou du fascisme militarisé rouge. Vous pouvez en fait voter selon votre conscience, voter Vert.
Et la dernière chose que je dirai, c'est que, comme l'a mentionné Dre Jill, le Parti démocrate a déjà perdu les États clés du Michigan, de la Géorgie et de la Pennsylvanie. L'Institut pour la politique et la compréhension sociale (Institute for Social Policy and Understanding ou ISPU) dispose de données accessibles au public, que les démocrates ont certainement vues avant moi, qui indiquent que dans les États clés du Michigan, de la Pennsylvanie et de la Géorgie, Joe Biden a obtenu 65 % des voix en 2020 et que les démocrates obtiennent actuellement moins de 15 % des voix dans ces États. Ils n'auraient pas pu gagner l'élection sans ces États clés, et ils n'auraient pas pu remporter ces États clés sans les électeurs musulmans. Ces électeurs ont quitté le bateau. Ils ne reviendront pas. Le bateau est à la dérive. Les démocrates ne peuvent pas gagner.
Et Dre Jill et notre hôte, Amy, ont déjà cité l'enquête du CAIR. Mais l'Institut Yaqeen publiera cette semaine – et j'en ai eu connaissance grâce à mes relations de longue date au sein de la communauté musulmane en tant que musulman noir – des chiffres qui révèlent que plus de 53 % des musulmans interrogés à l'échelle nationale soutiennent désormais des candidats tiers, dont une proportion d'environ 80 % va au Parti vert, et que les appuis de la communauté musulmane se chiffrent à 15 % pour les démocrates et à 4 % pour Trump. Alors les efforts déployés pour tenter d'imputer la défaite inévitable des démocrates aux candidats de partis tiers ou aux musulmans est fallacieux, pour dire le moins – et pour peu qu'on ait un sens clair de ce qu'est l'intégrité morale, c'est de toute évidence une manipulation perverse (gaslighting, en anglais).
AMY GOODMAN : Dernière question à Dre Stein, sachant que nous n'avons que 30 secondes. Vous avez grandi dans un foyer sioniste. Comment répondez-vous à ceux qui disent que l'antisionisme est de l'antisémitisme, en tant que candidate juive à la présidence ? En 30 secondes seulement.
JILL STEIN : Oui. Donc, en bref, quand j'entends des gens assimiler l'anti-génocide, la résistance au génocide… en disant que c'est de l'antisémitisme, de mon point de vue, c'est la chose la plus antisémite qui puisse être dite, de laisser entendre que c'est antijuif de s'opposer au génocide. Le sionisme et le judaïsme, ce n'est pas du tout la même chose. Le sionisme a été controversé au sein du judaïsme pendant la majeure partie de son existence. Le sionisme est une idéologie politique. Ce n'est pas le judaïsme. Et Gaza, ce n'est pas une guerre entre juifs et musulmans. C'est une guerre menée par les sionistes contre les juifs, les musulmans et les chrétiens.
AMY GOODMAN : Jill Stein, candidate du Parti vert à l'élection présidentielle, et Butch Ware, candidat du Parti vert à la vice-présidence, professeur à l'UCSB, nous vous sommes très reconnaissants pour votre participation à l'émission.
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre
Le programme PAFI, vous connaissez ? PAFI pour programme d'aide financière à l'investissement.

Comment Joe Biden se fait mener en bateau depuis un an par Benyamin Nétanyahou
Au bout d'un an de guerre entre Israël et le Hamas, l'échec du président des États-Unis à faire valoir ses vues est patent, selon les commentateurs d'outre-Atlantique. Un allié relativement petit et dépendant dicte sa stratégie à Washington et pourrait même chambouler la politique intérieure du pays.
Tiré de Courrier international. Légende de la photo : Joe Biden et Bennyamin Netanyahou. à Tel-Aviv, lors de la visite du président des Etats-Unis en Israël le 18 octobre 2023, peu après les attaques du Hamas. Photo Miriam Alster/Reuters.
“Nétanyahou joue plus habilement des rouages de Washington que la plupart des politiciens aux États-Unis. Et il a n'a cessé de damer le pion à Biden”, a déclaré au Financial Times le chroniqueur israélien de Ha'Aretz Alon Pinkas, un an après les attaques du 7 octobre 2023 en Israël.
En 1996 déjà, le président des États-Unis Bill Clinton demandait à l'issue d'une rencontre avec Benyamin Nétanyahou, déjà Premier ministre d'Israël : “Quelle est la putain de superpuissance ici ?”
Près de trois décennies plus tard, la superpuissance semble se laisser dicter les décisions stratégiques par son protégé, déplore un commentateur de The Atlantic. Et la Maison-Blanche “se comporte comme un chien qui aurait décidé de courir derrière sa queue”.
“Biden s'est mis hors-jeu”
Le constat, sévère, est partagé par le chroniqueur de centre gauche Nicholas Kristof, du New York Times, alors que celui-ci voit plutôt d'un bon œil le président et sa politique étrangère. “Biden voulait la paix, il a pourtant permis la guerre”, résume-t-il.
“Biden plaide la retenue depuis un an mais il s'est mis hors-jeu en continuant de fournir les armes qui étaient employées au mépris de ses injonctions. Il en a appelé à la conscience de Nétanyahou, qui en est de toute évidence dépourvu”, estime le chroniqueur. Pourtant, “avant Biden, d'autres présidents des États-Unis ont été plus disposés à user du levier que constituent les livraisons d'armes à Israël”. Non sans effet.
- “Il m'est douloureux d'écrire cette chronique. Le fait est cependant qu'un an après les attentats du 7 octobre, la politique de Biden au Moyen-Orient apparaît comme un échec sur les plans pratique et moral.”
Comme l'a encore montré l'invasion du Liban par Tsahal en dépit des mises en garde de Washington, le président américain “ne cesse de se faire filouter par le Premier ministre israélien”.
Cet échec “entache son bilan”, et le pire est peut-être encore à venir, ajoute le journaliste du New York Times : “Je crains que Nétanyahou ne conduise Israël vers une guerre contre l'Iran et qu'il ne cherche à attirer les États-Unis dans la bataille”.
Et le chroniqueur d'écouter avec inquiétude certains “faucons” à Washington rêvant tout haut de “refaçonner le Moyen-Orient”. “Cela me rappelle les prévisions exaltées sur l'invasion de l'Irak, il y a vingt et un ans, qui devait ouvrir la voie à une nouvelle ère démocratique et paisible une fois Saddam Hussein chassé du pouvoir.” Entre autres exemples d'hubris aboutissant à un bourbier.
Nétanyahou tire les ficelles
Les tensions avec l'Iran laissent même envisager un scénario digne de la série House of Cards, écrit le chroniqueur du Financial Times Edward Luce. “À tout juste un mois de la présidentielle aux États-Unis, les événements du Moyen-Orient pourraient changer le résultat du 5 novembre.”
Après l'abondante salve de missiles lancée par Téhéran sur Israël, “une escalade entre les deux pays pourrait faire grimper en flèche les prix du pétrole, ce qui plomberait immédiatement le moral des consommateurs aux États-Unis, pile au moment où les électeurs se rendent aux urnes”.
De quoi mettre en péril les chances de Kamala Harris et, par conséquent, tout l'héritage de Joe Biden. Le président a déconseillé de frapper les sites pétroliers iraniens. Mais voilà : “c'est bien Nétanyahou, et non Biden, qui décide de la suite”.
Gabriel Hassan
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Iran : La République Islamique face à la remontée des luttes
Deux ans après le déclenchement du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » qui a ébranlé la République Islamique dans ses fondements, le pouvoir est plus que jamais crépusculaire.
Tiré d'Europe solidaire sans frontière.
Le mouvement qui avait suivi le meurtre de Jina Mahsa Amini par la « police des mœurs » avait embrasé le pays tout entier. A bien des égards, ce soulèvement était inédit. Et cela même si l'absence de grèves massives, ainsi que la faiblesse de la jonction avec le monde du travail en tant qu'acteur à part entière, ont fait partie de ses faiblesses notables.
L'ancrage territorial, la durée et la radicalité du processus « Femme, Vie, Liberté » ne pouvaient laisser indemne la mollahrchie. Deux ans après, rien n'est plus comme avant septembre 2022, et les braises du soulèvement sont toujours ardentes. Malgré le déchaînement de la répression, les femmes, les peuples d'Iran, la jeunesse et les travailleurs/euses ont aujourd'hui repris confiance dans leurs capacités de lutte.
L'intensification de multiples crises, une forte contestation populaire
Le refus toujours aussi vivace du voile obligatoire par les femmes, les luttes multiples, les grèves et les manifestations de travailleurs/euses, les combats démocratiques pour la défense des droits des prisonnierEs, la lutte contre les condamnations à mort et les exécutions, témoignent d'un rejet profond de la mollahrchie.
La faiblesse historique du taux de participation à la dernière élection présidentielle n'est pas due à un désintérêt populaire. Elle traduit un rejet massif du pouvoir et des institutions. C'est le régime dans son ensemble qui est considéré comme illégitime par la population.
Cette élection a vu la victoire de Massoud Pezeshkian, un soi-disant « modéré », succédant au « conservateur » Ebrahim Raïssi mort dans un accident d'hélicoptère.
Le choix fait par le régime de « mettre » à la présidence un prétendu « modéré » est davantage un message envoyé aux États-Unis qu'un signe d'ouverture à l'égard de la population. Il s'agit avant tout d'une main tendue à Washington, et ce afin de négocier un allégement des sanctions économiques, de tenter d'obtenir le dégel des milliards de dollars bloqués et de sanctuariser le programme nucléaire iranien.
L'économie est exsangue, du fait des sanctions mais surtout des orientations politiques et économiques catastrophiques, ainsi que de la corruption massive du régime et des Gardiens de la révolution (Pasdaran).
Les peuples d'Iran doivent faire face aux privations de liberté, à la répression, à une hyper inflation et à une misère grandissante, à de nombreux scandales de corruption touchant les sommets de la République Islamique. Cela alimente et accentue la crise politique, car une grande partie des couches traditionnellement acquises au régime s'en détachent depuis de nombreuses années.
La montée des luttes sociales et démocratiques
Sous les effets de la crise économique, sociale et politique nous assistons depuis plusieurs mois à un regain des luttes ouvrières. Divers secteurs se mobilisent régulièrement : les enseignantEs, les retraitéEs, des salariéEs de la pétrochimie…
Ces derniers mois, et cela est une première, ont eu lieu dans de nombreuses villes des manifestations et des grèves simultanées d'infirmières. Ces mobilisations pour des hausses de salaire et des conditions de travail plus dignes se poursuivent malgré la répression. Le niveau inédit d'organisation de cette lutte, ainsi que le soutien important de la population qui se reconnaît dans les revendications avancées, inquiète particulièrement le pouvoir qui craint une contagion.
Cette mobilisation, dont des femmes sont en première ligne, doit être considérée comme l'une des suites du soulèvement ayant suivi la mort de Jina Masha Amini. Cette lutte exemplaire se caractérise par un niveau de coordination nationale rarement atteint sous la dictature théocratique.
Le mouvement des infirmières comble en partie certaines faiblesses du soulèvement de 2022.
Pour la première fois, ce mouvement social qui traverse l'ensemble du pays, met sur le devant de la scène une lutte faisant converger, au travers d'un affrontement de classe, le combat des femmes et celui des minorités nationales. Il fait franchir un seuil décisif au combat contre les préjugés et méfiances régionales entretenus par le pouvoir.
Cette lutte exemplaire mérite amplement la solidarité des syndicats de la santé dans le monde entier, et plus largement de l'ensemble du mouvement ouvrier et démocratique.
Au même moment, sous l'effet du rapport de force, de la solidarité internationale et de la mobilisation de syndicats européens et notamment français (1), des figures de premier plan du syndicat Vahed (syndicat des travailleurs/euses des transports en commun de Téhéran et sa banlieue) ont été libérés.
Cela constitue un formidable encouragement pour les réseaux militants en exil, dont des organisations comme Solidarité Socialiste avec les Travailleurs d'Iran (SSTI) (2), qui n'ont cessé de militer pour que des actions de solidarité se développent à l'échelle internationale.
Enfin, dans les prisons, des détenuEs d'opinion et notamment des femmes mènent une lutte courageuse et quotidienne contre leur détention, contre la torture et les exécutions dont les prisonnierEs d'origines kurdes et baloutches sont les premières victimes, ainsi que contre la République Islamique.
Depuis l'élection de Pezeshkian, les exécutions de détenus ont augmenté, la répression des minorités nationales est permanente, le harcèlement des femmes et de la jeunesse est incessant. Le nouveau président s'inscrit à ce titre dans la lignée d'Ahmadinejad ou de Raïssi, celui que l'on a surnommé le « boucher de Téhéran » pour son rôle dans les exécutions de milliers de prisonniers/ières politiques à la fin des années 80. (3)
Le combat pour l'égalité, pour les libertés démocratiques, pour les droits des travailleurs/euses et la justice sociale sont indissociables.
Un affaiblissement de la position de la République islamique dans la région
Au cours de l'année écoulée, le régime a subi des attaques humiliantes de la part d'Israël qui poursuit sa guerre génocidaire contre le peuple palestinien, avec la complaisance des grandes puissances occidentales et des régimes arabes.
Israël est notamment parvenu à :
– éliminer en Syrie des commandants des Gardiens de la révolution (Pasdaran),
– assassiner le chef du Hamas Ismail Haniyeh en plein cœur de Téhéran.
Ces différentes opérations, et particulièrement l'élimination du dirigeant du Hamas, ont montré la faiblesse et l'impuissance de l'appareil de renseignement de la République Islamique, ainsi que l'importance de son infiltration par les services secrets d'Israël. Cela a mis en évidence la corruption institutionnalisée dans toute la structure politique et administrative de la République islamique, et ce jusqu'au sommet des services de renseignement des Gardiens de la révolution.
La course à l'armement du pouvoir, les milliards dépensés pour ses ambitieux projets nucléaire militaire et d'armement classique grèvent considérablement le budget de l'État. Néanmoins, celui-ci a été dans l'incapacité de riposter aux humiliations à répétition que lui a infligé l'État d'Israël.
Confrontée à une perte de légitimé irréversible, à l'accentuation de la révolte des femmes, à des luttes sociales et démocratiques de plus en plus fortes et à une incapacité de donner le change sur la scène régionale, la République Islamique d'Iran donne incontestablement des signes de faiblesses.
Les peuples d'Iran ne peuvent se libérer que par eux-mêmes. Il nous revient de les soutenir dans leur lutte pour l'émancipation, l'égalité, et la justice sociale.
Notes
1. https://solidaires.org/rechercher/?search=Iran
2. SSTI http://www.iran-echo.com/
3. Cela n'a pas empêché Youssef Boussoumah, l'un des co-fondateurs/trices du « QG décolonial » et de « Paroles d'honneur » d'appeler à prier pour que le président Raissi sorte indemne de son accident d'hélicoptère.
Pour sa part Houria Bouteldja, co-fondatrice de ces structures, avait présenté en 2016 Ahmadinejad comme étant « son héros ».
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Camarade président ? Changement et continuité au Sri Lanka
La victoire d'Anura Kumara Dissanayake (AKD) le 21 septembre en tant que candidat de la coalition de centre-gauche National People's Power (NPP) est extrêmement importante pour des raisons symboliques et de fond. Ses prédécesseurs appartenaient à l'élite sociale et politique qui a mal gouverné le Sri Lanka depuis son indépendance de la Grande-Bretagne en 1948. Certains sont nés au sein de cette élite, tandis que deux autres (Ranasinghe Premadasa, Maithripala Sirisena) s'y sont frayé un chemin par le biais de la politique avant d'accéder à la présidence. En revanche, la vie politique de Dissanayaka s'est déroulée en tant qu'outsider et critique de cette élite.
Tiré du site du CADTM.
Le nouveau président est né d'une famille rurale pauvre originaire des hauts plateaux avides de terres, qui, pour améliorer ses conditions d'existence, a émigré comme beaucoup d'autres dans la zone aride mais irriguée du centre-nord. Son père était un employé modeste d'un ministère et sa mère s'occupait d'une famille nombreuse tout en cultivant du riz sur leur lopin de terre. Il a été le premier de sa famille à faire des études supérieures : il a étudié les sciences physiques dans une université publique.
À la fin des années 1980, à l'université de Kelaniya, il militait au sein du Janatha Vimukthi Peramuna (JVP-Front populaire de libération), alors clandestin - interdit en 1983 par le régime de droite du Parti national unifié (UNP), puis sévèrement réprimé lors de sa deuxième insurrection contre l'État entre 1987 et 1989 - avant de devenir un militant politique à plein temps après la légalisation du parti. Il s'est attelé à le reconstruire, notamment par le biais de la politique électorale. En tant que membre d'une classe exploitée et marginalisée, et en tant que dirigeant d'un parti formellement marxiste-léniniste, son élection à la tête de l'État et du gouvernement dans le système gaulliste sri-lankais a brisé le moule.
Candidat du changement
Il a fait campagne non pas sur une plate-forme socialiste ou anticapitaliste, mais plutôt en lançant un appel au « changement » dans une culture politique dégénérée vieille de plusieurs décennies, que de larges pans de la population, toutes classes, sexes, ethnies et régions confondus, tiennent pour responsable de la catastrophe économique de 2021-2022, qui a culminé avec la faillite souveraine du Sri Lanka lorsqu'il n'a pas assuré le service de sa dette extérieure, qui s'élevait alors à 32 milliards de dollars américains.
Ceux qui ont voté pour lui, et beaucoup de ceux qui ne l'ont pas fait, s'attendent à ce que son gouvernement transforme une culture politique où les politiciens imposent leurs décisions sans égard pour le peuple entre les élections, se récompensent eux-mêmes, qu'ils soient au gouvernement ou dans l'opposition, par des privilèges et des avantages, tirent profit de leur fonction en concluant des accords et en versant des pots-de-vin à d'autres partis , à des entreprises locales et étrangères, et en accédant à des appels d'offres et à des contrats gouvernementaux et internationaux, et jouissent de l'impunité face aux enquêtes, aux poursuites et à l'emprisonnement pour les abus et les crimes qu'ils commettent dans l'exercice de leurs fonctions.
Tel était le sentiment du soulèvement populaire de 2022, connu sous le nom de janatha aragalaya (lutte du peuple en cinghalais). Bien que ce mouvement ait été de courte durée, il a largement contribué au bond de popularité de la coalition National People's Power, que le JVP a initiée en 2019 pour élargir sa base de classe, jusque-là, la classe ouvrière et la petite bourgeoisie de gauche, à des classes plus conservatrices, ouvrant ainsi la voie vers la présidence.
Comme son parti ne fait pas partie de la classe politique traditionnelle, qu'il n'est donc pas entaché de corruption et qu'il a fait de la lutte contre la corruption son slogan central depuis de nombreuses années, ceux qui souhaitaient ce « changement » ambigu et insaisissable se sont tournés vers lui. Ils ont rejeté à juste titre les candidats des deux principales alliances de droite (autour de l'ancien président Ranil Wickremesinghe et du chef de l'opposition parlementaire Sajith Premadasa).
Bien qu'il n'ait pas obtenu la majorité, le NPP a recueilli la plus grande part des voix, soit plus de 5,6 millions (42 %), et est arrivé en tête dans 15 des 22 circonscriptions électorales, à l'exception de celles où se concentrent les minorités ethniques dans les régions du centre, de l'est et du nord du pays. Sa base électorale est constituée en grande majorité par la nation cinghalaise majoritaire (75 % de la population). Mais cette fois, il a commencé à gagner des partisans parmi les minorités musulmanes et tamoules de l'île, en particulier parmi les jeunes.
Il ne compte que trois membres dans le corps législatif de 225 sièges, ce qui fait de son cabinet ministériel probablement le plus petit du monde. L'une des premières mesures prises par le nouveau président a été la dissolution anticipée du parlement (conformément à la constitution). Les élections générales auront lieu le 14 novembre et la première séance du nouveau parlement se tiendra une semaine plus tard. Le NPP a besoin de 113 sièges pour former un gouvernement. C'est un défi plus difficile à relever que de gagner la présidence.
La question de savoir si le gouvernement du NPP réinitialisera le système politique, comme l'espèrent ses partisans, ou s'il y sera assimilé, comme l'ont fait ses anciens rivaux de l'ancienne gauche, l'ex-trotskiste Lanka Sama Samaja Party (LSSP) et le parti communiste du Sri Lanka, reste ouverte.
La stabilité pour les riches
Le gouvernement de Ranil Wickremesinghe, qu'il a formé en partenariat avec la majorité parlementaire pro-Rajapaksa et les défections de l'opposition, a réussi à stabiliser l'économie et à relancer sa croissance, pour les classes aisées. L'inflation globale est tombée à 0,5 % le mois dernier. Les réserves de change utilisables atteignent 4,6 milliards de dollars. Le taux de change s'est renforcé pour atteindre environ 300 LKR pour un dollar américain. Le produit intérieur brut augmentera de près de 4 % cette année.
Si les pauvres comme les riches ne font plus la queue pour les produits de première nécessité que sont le carburant, la nourriture et les produits pharmaceutiques, les pauvres, contrairement aux riches, n'ont pas les moyens de les payer. Il n'y a pas de coupures d'électricité après que les tarifs ont été augmentés de 140 %, mais l'année dernière, un million de ménages ont été déconnectés du réseau parce qu'ils n'arrivaient pas à honorer leurs factures. Les prix des denrées alimentaires ont été multipliés par trois en moyenne, à la suite de la dernière invasion de l'Ukraine par la Russie et de la chute libre de la roupie lors du désastre économique de 2022, augmentant l'insécurité alimentaire à 24 % de tous les ménages. Un ménage sur quatre se trouve en dessous du seuil de pauvreté officiel.
En mars 2023, le Sri Lanka a conclu son 17e accord de prêt avec le Fonds monétaire international depuis 1965. La facilité de crédit étendue de 2,9 milliards de dollars US sur quatre ans est décaissée en tranches semestrielles qui sont conditionnées à la réalisation d'objectifs de progrès en matière de réforme structurelle de l'économie.
Les objectifs à atteindre sont les suivants :
– Un excédent budgétaire primaire (c'est-à-dire un excédent des recettes publiques sur les dépenses) de 2,3 % du produit intérieur brut d'ici à 2025 ;
– Réduire le besoin d'emprunt du gouvernement (besoins bruts de financement) à 13 % du produit intérieur brut entre 2027 et 2032 ;
– Réduire le ratio de la dette publique par rapport au produit intérieur brut à 95 % d'ici 2032.
En supposant que ces objectifs soient atteints - avec tous les coûts sociaux et politiques associés à la réduction des dépenses de l'État et au refus de stimuler la croissance de l'emploi et des revenus - l'encours total de la dette du Sri Lanka serait plus important en 2027 qu'il ne l'était en 2023 ; et le service de la dette extérieure engloutirait 30 % des recettes publiques en 2027, selon un ancien fonctionnaire du Trésor américain, ce qui rendrait plus probable, selon lui, l'inévitabilité d'un nouveau défaut de paiement de la dette souveraine.
Les réformes structurelles préconisées par le programme du FMI et soutenues avec enthousiasme par les acteurs politiques, administratifs et de la société civile visent à
– augmenter la fiscalité indirecte, qui est régressive puisque les pauvres paient de manière disproportionnée plus que les riches ;
– augmenter les taux d'intérêt bancaires, rendant l'emprunt plus coûteux, ce qui pénalise les micro et petites entreprises ;
– restructurer la dette intérieure, dont les fonds de retraite du secteur public étaient les principaux investisseurs, ce qui a entraîné une réduction drastique de la valeur finale des prestations ;
– réduire les effectifs du secteur public pour diminuer la masse salariale de l'État, ce qui érode encore plus les services publics et crée des opportunités de marché pour les prestataires du secteur privé ;
– supprimer les subventions sur les biens publics tels que le carburant pour le transport, la cuisine et l'électricité en laissant libre cours aux prix du marché ;
– démanteler le système de sécurité sociale au profit de « filets de sécurité sociale » qui « ciblent » des groupes spécifiques en fonction de leurs revenus et de leur patrimoine ;
– précariser le marché du travail par une déréglementation du code du travail ;
– consolider les terres agricoles en grandes exploitations pour les cultures commerciales (d'exportation) en délivrant des titres fonciers aux petits exploitants qui pratiquent actuellement la culture vivrière ; et
– geler les projets de dépenses en capital du gouvernement, avec des implications pour l'infrastructure publique, la fourniture de services publics, l'industrie de la construction et l'emploi.
Accord avec le FMI et orientation économique
Le JVP, qui est la principale composante de la coalition du National People's Power, est né de la radicalisation de la jeunesse des années 1960 en tant que parti socialiste révolutionnaire d'obédience guévariste et maoïste. Il est donc historiquement associé à une politique anti-impérialiste, hostile aux institutions de Bretton Woods telles que le FMI et la Banque mondiale.
Depuis que le JVP est entré dans la politique parlementaire à partir de 1994 - dans le contexte géopolitique de l'effondrement du bloc « socialiste » en Europe, précédé par la crise du socialisme en tant qu'alternative crédible au capitalisme, et le contre-modèle des réformes de marché de la Chine avec son intégration dans le capitalisme mondial et l'encouragement du capital privé - le parti a évolué vers l'acceptation d'une économie mixte, avec un rôle prépondérant de l'État dans l'économie. Récemment, il a cité le Viêt Nam comme l'exemple de réussite qu'il souhaite reproduire.
Bien que le JVP-NPP ne soutienne pas le néolibéralisme, il ne prône pas non plus un anti-néolibéralisme cohérent si l'on se réfère à sa campagne électorale de 2024, à son manifeste et à ses documents d'orientation. Plus important encore, le NPP - et le nouveau président l'a réaffirmé dans son premier discours au pays - s'est engagé à ne pas quitter le programme en cours du Fonds monétaire international. Il a déjà déclaré que l'accord était un fait accompli et qu'il constituait désormais une condition préalable aux négociations sur la restructuration de la dette avec les créanciers officiels et privés, ce qui laisse entendre qu'il a les mains liées et que l'opinion publique s'attend à ce que les deux accords soient menés à bien de manière satisfaisante.
Néanmoins, le NPP déclare qu'il réexaminera l'évaluation de la viabilité de la dette réalisée par le FMI, qui fournit la justification technique de ses conditionnalités politiques, y compris les mesures d'austérité draconiennes. Le nouveau gouvernement propose des changements dans le cadre actuel : réduction de l'imposition des pauvres et de la classe moyenne inférieure, maintien de certaines entreprises d'État (un secteur dans lequel le JVP a une présence syndicale importante) dans le giron public, tout en laissant la porte ouverte à la vente d'entreprises non stratégiques, et renforcement de la « consolidation fiscale » par la rationalisation des dépenses publiques et l'augmentation des recettes d'exportation tout en réduisant les dépenses d'importation grâce à l'intensification de la production intérieure, ce qui permettra d'augmenter les réserves extérieures du Sri Lanka.
De manière significative, il a également déclaré qu'il mènerait un « audit médico-légal » de la dette extérieure, ce qui suggère qu'il reconnaît qu'au moins une partie de celle-ci est odieuse et illégitime, et que les citoyens et les générations futures ne devraient pas en être accablés.
Il a insisté à plusieurs reprises sur sa fidélité à l'accord avec le FMI et au processus de restructuration de la dette en cours. Il s'agit en partie d'apaiser les craintes des responsables politiques et de larges pans de l'opinion publique, qui redoutent que la rupture de l'accord avec le FMI ne perturbe les négociations avec les créanciers extérieurs et n'entraîne une spirale d'instabilité économique. Il s'agit également de signaler que le parti souhaite être perçu, à l'intérieur et à l'extérieur du Sri Lanka, comme « responsable » plutôt que radical, et comme pragmatique plutôt que dogmatique.
Le NPP est également favorable au libre-échange, aux investissements étrangers et aux exportations. Il n'inversera pas l'expansion des services privés de santé et d'éducation, mais promet plutôt de les réglementer dans l'intérêt des utilisateurs. Il équilibre les principes néolibéraux classiques, avec des références à l'expansion de la production nationale (c'est-à-dire à la substitution des importations sans la nommer), à l'opposition à la privatisation des entreprises publiques et à l'élargissement des programmes sociaux et des allocations budgétaires pour les groupes vulnérables (personnes âgées, retraités, jeunes mères et femmes avec des enfants en bas âge, personnes handicapées et atteintes de maladies chroniques, etc.)
Il a également pris soin d'éviter toute référence au budget militaire pléthorique qui consomme 7 % du budget national, soit presque autant que la santé et l'éducation réunies. Ce scandale est politiquement inviolable en raison de l'idéologie de la sécurité nationale encouragée par l'État nationaliste cinghalais pendant près de trois décennies de guerre entre 1983 et 2009. Les références du NPP à la redistribution des richesses et des revenus sont discrètes, pour ne pas gêner les classes dont l'approbation lui importe tant.
Ce que l'on ne sait pas encore, c'est si la position du nouveau gouvernement s'effondrera lorsque le FMI insistera, comme il l'a toujours fait, sur le fait que son évaluation de la viabilité de la dette est méthodologiquement irréprochable et que son programme a été conçu de manière si parfaite qu'il ne peut être amélioré.
Comment le nouveau gouvernement va-t-il créer la marge de manœuvre budgétaire pour le niveau d'investissement public nécessaire à ses objectifs de dépenses, dans le carcan de l'accord avec le FMI ? Rouvrira-t-il les négociations récemment conclues (mais non scellées) avec les créanciers bilatéraux et commerciaux, afin d'obtenir une décote plus importante sur l'encours de la dette et, globalement, un meilleur accord que celui conclu à la hâte par le régime précédent pour contraindre le nouveau gouvernement ?
Dira-t-il au FMI et aux créanciers que sa priorité est de défendre le niveau de vie des personnes les plus durement touchées par la crise et les mesures d'austérité, et de faire croître l'économie d'une manière qui profite à la majorité ; au-delà des objectifs du FMI en matière d'excédent budgétaire primaire et de ratio de la dette au PIB, et du remboursement de la dette bilatérale et commerciale qui doit reprendre après 2027 ?
Questions relatives aux minorités
Les tensions ethniques se sont atténuées depuis le soulèvement populaire de 2022, au cours duquel des efforts conscients ont été déployés pour présenter une identité collective du « peuple » contre une « élite » décadente et son « système » qui sème la division sur la base de l'appartenance ethnique et de la foi. La campagne électorale de 2024 a été observée comme étant non seulement la plus pacifique, mais aussi celle où les tensions ethniques et religieuses (qui demeurent bien sûr) n'ont pas été attisées par les principaux candidats.
Le NPP n'est pas raciste et compte (même si ce n'est pas en grand nombre) des minorités ethniques - Tamouls originaires du nord-est, Tamouls des collines, musulmans (une identité ethno-religieuse au Sri Lanka) - parmi ses membres et ses dirigeants.
Alors que le manifeste du NPP identifie certaines des préoccupations urgentes des Tamouls du Nord et de l'Est touchés par le conflit, telles que l'abolition de la législation antiterroriste et la libération des prisonniers politiques, la vérité et la justice pour les familles des disparus, l'acquisition de terres par ll'État, le manifeste du NPP ne contient pas d'informations sur la situation des Tamouls au Sri Lanka, l'accès des tamoulophones aux services publics par la mise en œuvre effective de la loi sur les langues officielles ; la réactivation du système des conseils provinciaux pour une plus grande autonomie ; les préoccupations socio-économiques des Tamouls des collines (travailleurs des plantations et leurs descendants) en matière de logement, de terre, de santé et d'éducation ; de nombreux engagements sont vagues et ne sont pas assortis d'échéances.
Le JVP-NPP a courtisé les militaires à la retraite et le clergé bouddhiste et en a fait ses partisans. Ces deux groupes sont implacablement opposés aux enquêtes et à la responsabilisation des forces de sécurité de l'État pour les crimes de guerre, ainsi qu'à la reconstitution de l'État unitaire dans le sens du fédéralisme. Lors des réunions préélectorales, le nouveau président a insisté sur le fait que le statut prioritaire accordé au bouddhisme dans la constitution actuelle (proche du statut de jure de religion d'État) est sacro-saint, tout en rassurant les chrétiens, les hindous et les musulmans sur le fait que leur droit à la liberté de culte sera protégé par l'État.
Le nouveau président promet une nouvelle constitution démocratique qui abolira l'institution autoritaire de la présidence et déléguera davantage de pouvoirs aux régions, y compris aux zones habitées par des minorités nationales. Toutefois, à moins qu'il n'obtienne une majorité parlementaire lors des élections générales qui se tiendront dans quelques semaines, et/ou qu'il ne trouve des alliés dans d'autres partis politiques, il ne dispose pas des effectifs nécessaires pour agir de manière décisive dans ces domaines.
Son parti-alliance et lui-même sont parfaitement conscients que leur principale base électorale est imprégnée de suprémacisme cinghalais depuis la décolonisation. Cette base est au mieux indifférente, au pire hostile, à l'élaboration d'une constitution qui serait perçue comme accordant plus de droits et une plus grande part du pouvoir d'État aux minorités nationales.
Le soulèvement populaire de 2022 se répercute sur le résultat de l'élection présidentielle de 2024. Les perspectives de changement progressif au Sri Lanka dépendent de la dynamique politique et sociale des prochains mois, en particulier du réveil des luttes et des organisations de travailleurs.
Balasingham Skanthakumar
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

La victoire du mouvement de protestation au Bangladesh
Après une répression d'état qui a provoqué des centaines de morts au Bangladesh, les manifestations de masse ont renversé Sheikh Hasina. Mais le gouvernement intérimaire dirigé par Muhammad Yunus, le gourou du microcrédit, n'est pas en mesure de s'attaquer aux graves problèmes sociaux auxquels sont confrontées les classes populaires du pays.
Tiré du site du VADTM.
Après quinze ans au pouvoir, la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, a démissionné et fui le pays le 5 août, chassée par de jeunes manifestant·es. Ce mouvement commencé contre les quotas dans la fonction publique s'est transformé en un soulèvement général contre le pouvoir autocratique de Hasina et de son parti, la Ligue Awami (LA).
La situation a été bouleversée en cinq semaines, et la victoire finale a été obtenue au prix de plus de quatre cents vies et de plusieurs milliers de blessé·es et de disparu·es. La tournure des événements dans ce pays d'Asie du Sud évoque ceux survenus au Sri Lanka en 2022 ou la révolte de masse qui a contraint le président des Philippines, Ferdinand Marcos, à fuir le pays en 1986, après deux décennies de régime autocratique.
Le 5 août, Hasina n'a eu que 45 minutes pour démissionner et quitter le pays, alors que des centaines de milliers de manifestant·es sont descendu·es dans la rue, prêts à défier le couvre-feu à n'importe quel prix. La veille encore, elle refusait de voir que son mandat de Première ministre était terminé. Cependant, une marée populaire l'a emportée, comme un puissant tsunami. C'est le chef de l'armée qui a facilité sa fuite.
Un cycle complet
Avec l'éviction d'Hasina, un cycle complet de la politique de la Ligue Awami a été bouclé. La dernière phase de consolidation de la Ligue a commencé avec sa victoire aux élections de 2008, lorsque l'alliance de quatorze partis qu'elle dirigeait a remporté une majorité écrasante de 263 sièges sur 300. Bien que le parti ait été au pouvoir à deux reprises entre 1971 et 1975 et entre 1996 et 2001, il s'agissait d'une victoire historique.
Les élections parlementaires initialement prévues pour janvier 2007 avaient été suspendues après des mois de bouleversements politiques. Entre-temps, un gouvernement intérimaire soutenu par l'armée a continué à gouverner, ce qui a évoqué le spectre d'une autre dictature militaire, bien que sous la forme d'une mascarade. Au cours de ses vingt premières années d'existence, pendant près de seize ans, le Bangladesh a été soit directement dirigé par les militaires, soit administré par un gouvernement soutenu par l'armée.
Considéré comme une force laïque en raison de ses racines historiques et de son rôle de leader dans la guerre de libération, le parti a accédé au pouvoir en s'appuyant sur cette histoire. Depuis 2007, un nouveau mouvement de la société civile, soutenu par la LA, a intensifié les demandes de jugement des criminels de guerre ayant collaboré avec l'armée du Pakistan occidental.
Le parti d'opposition Bangladesh Nationalist Party (BNP), qui a gouverné entre 2001 et 2006, a participé aux élections en s'alliant avec Jamaat-e-Islami, un groupe islamique radical. Les observateurs ont également vu dans ces élections un rejet public des idéaux islamiques radicaux et une répudiation de la politique religieuse.
Deux tournants
En 1990, le mouvement pour la restauration de la démocratie (connu aussi sous le nom de Mouvement anti-autoritaire des années 90), après des années de régime militaire, constitue le premier tournant positif dans l'histoire du Bangladesh indépendant. À partir de novembre 1997, des millions de personnes ont défilé dans les rues pour réclamer le rétablissement d'un régime civil.
Le pays a été pris en otage par les militaires, de véritables gangsters, entre 1982 et 1990, dirigés par le chef de l'armée H. M. Ershad. Son régime a constitué un épisode sombre marqué par des meurtres et des agressions, des arrestations et des détentions arbitraires, la corruption et le pillage, ainsi que la destruction de la démocratie et des valeurs démocratiques. Un soulèvement populaire a chassé Ershad et ouvert la voie à la démocratie parlementaire.
Le mouvement a contribué à l'émergence d'une nouvelle conscience progressiste, en particulier chez les jeunes, ainsi qu'à certaines réformes constitutionnelles. Il a permis de délégitimer l'emprise de l'armée sur la politique. Les partis politiques sont parvenus à un consensus sur la future trajectoire démocratique de la nation – un consensus qui a été violé par la suite. La Ligue Awami et le BNP ont grandement bénéficié de la perception selon laquelle ils étaient à l'avant-garde de ces luttes.
Le deuxième tournant majeur, le mouvement de 2013 connu sous le nom de mouvement Shahbag, exigeait la peine capitale pour les criminels de guerre. La LA a d'abord soutenu cette mobilisation, car elle servait ses propres intérêts et objectifs. Cependant, les manifestant·es du Shahbag ont commencé à réclamer une démocratisation plus large de la société et la fin des injustices socio-économiques.
Dans un premier temps, la Ligue a tenté de contrôler le mouvement, mais n'y est pas parvenue. Elle en a alors retiré les cadres de son parti et a harcelé les dirigeants de Shahbag, tout en encourageant les querelles internes dans leurs rangs, ce qui a paralysé la lutte. La gauche bangladaise a continué à participer aux manifestations de Shahbag, mais les organisations de gauche étaient peu nombreuses et n'avaient qu'un impact limité.
En 2014, le mouvement a perdu son élan. Ce faisant, le pays a perdu l'une de ses plus grandes chances de parvenir à une véritable démocratisation et de s'attaquer aux injustices socio-économiques sous la pression des mouvements auto-organisés de la base. En fin de compte, le mouvement Shahbag a été anéanti.
Répression de l'opposition
Après avoir atteint cet objectif, la Ligue Awami a continué à démanteler son adversaire politique, le BNP. Pour la LA, le Jamaat-e-Islami et d'autres groupes islamiques étaient également un facteur à prendre en compte, mais le BNP était son adversaire électoral immédiat. Les dirigeants de la LA ont rapidement compris que le mécontentement à l'égard du bilan de leur gouvernance pouvait profiter au BNP sur le plan électoral.
Les dirigeants du BNP ont été arrêtés arbitrairement et des accusations ont été portées contre eux, ce qui a déstabilisé le parti. En outre, le BNP a longtemps bénéficié d'un soutien important de la part de l'armée. Toutefois, l'intérêt de l'establishment militaire pour le pouvoir civil ayant diminué, la force du parti s'est affaiblie.
Son bilan, lorsqu'il était au pouvoir entre 2001 et 2006, a été caractérisé par la corruption et des attaques violentes contre l'opposition, y compris une tentative d'assassinat contre Hasina, par une grenade, en 2004. Ce bilan a discrédité le parti et a contribué à son déclin constant, celui-ci étant combiné à l'utilisation impitoyable de l'appareil d'État par la Ligue Awami à l'encontre de son rival. Le BNP a tenté en vain de manipuler le système électoral pour s'accrocher au pouvoir en 2006, mais la Ligue a fait preuve d'une maîtrise supérieure dans ce domaine.
Le BNP s'est retiré des élections de 2014 au motif qu'elles se déroulaient dans des conditions inéquitables. Il a exigé la démission d'Hasina en tant que Première ministre pour laisser la place à une personnalité « impartiale » et « non membre d'un parti » pour superviser les élections. Cette abdication a simplement offert sur un plateau le pouvoir à la Ligue, 153 candidat·es sur 300 étant élu·es sans contestation.
La Ligue Awami a ensuite bloqué les activités politiques du BNP dans tout le pays, et des milliers de procès ont été intentés contre ses dirigeants et les militants, allant de la corruption à l'accusation de meurtre. Le parti n'a pas été en mesure de se remettre de toutes ces attaques et a recouru à la violence après 2014, ce qui a donné à la Ligue l'occasion de le cibler davantage. Khaleda Zia, deux fois Première ministre du BNP, a été emprisonnée pour corruption en février 2018.
Un tournant à droite
Dans le même temps, les forces de gauche engagées dans les mouvements populaires ont elles aussi été confrontées au harcèlement et à la répression. L'État a pris pour cible les dirigeant·es du mouvement Rampal en les accablant de fausses accusations et en les intimidant physiquement, et les mouvements de travailleurs/ses ont subi le même sort.
Les islamistes bangladais avaient l'habitude de soutenir le BNP lors des élections. Cependant, avec le déclin du BNP, ces forces ont commencé à participer aux joutes électorales sous leur propre drapeau. Pendant ce temps, la Ligue Awami a compromis ses références laïques historiques en formant une alliance tacite avec Hefazat-e-Islam, un groupe islamiste radical qui a été responsable du meurtre de blogueurs laïcs.
Le front politique dirigé par la LA comprenait plusieurs partis islamistes conservateurs. En outre, le gouvernement de Hasina a accordé certaines concessions aux forces islamistes, comme la validation des madrasas Qawmi, des écoles religieuses au programme conservateur qui ne sont pas réglementées par le gouvernement. Ces écoles se concentrent uniquement sur l'enseignement religieux et enferment les étudiant·es issu·es des couches les plus pauvres de la population dans des dogmes religieux mystiques. Tout cela a eu lieu malgré la prétention de la Ligue à être le sauveur suprême de la communauté religieuse hindoue minoritaire au Bangladesh.
La Ligue Awami a de plus en plus pris le contrôle de l'administration de l'État par le biais du processus des nominations de fonctionnaires et soumis les médias et l'intelligentsia à son contrôle grâce à un mélange d'incitations et de coercition. À la fin de l'année 2018, la LA possédait une emprise ferme sur la bureaucratie, le système judiciaire et même l'armée, traditionnellement considérée comme un soutien majeur du BNP.
Les résultats des élections de 2018 ont même dépassé les attentes les plus optimistes de la Ligue, ses candidats remportant 288 des 300 sièges en jeu. Les élections suivantes, en janvier 2024, ont été une mascarade, l'ensemble de l'opposition étant absente du scrutin. Cela a poussé la résistance dans l'arène extraparlementaire, culminant dans les manifestations qui ont évincé Hasina.
Le gouvernement intérimaire
Trois jours après le départ d'Hasina, l'économiste Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix en 2006, a prêté serment en tant que chef du gouvernement intérimaire du Bangladesh. Officiellement appelé « conseiller en chef », M. Yunus dirigera une équipe de dix-sept personnes, composée de bureaucrates et d'officiers militaires à la retraite, de personnalités d'ONG, d'avocats, d'universitaires et d'autres personnes, ainsi que de quelques leaders étudiants impliqués dans la rébellion. La composition de l'équipe est diversifiée, tant par l'origine de ses membres que sur le plan ethnique et religieux, bien qu'elle ne comprenne aucun représentant de la classe ouvrière.
L'érosion constante des institutions démocratiques au Bangladesh a suscité une haine profonde à l'égard des partis politiques existants. Yunus était une figure appropriée pour diriger le gouvernement intérimaire car il s'agit d'une personnalité connue, avec une image s'élevant au-dessus de la politique partisane tout en promouvant le développement national. Il a également été harcelé par le gouvernement d'Hasina et a failli être contraint de quitter le pays, ce qui a renforcé la sympathie à son égard.
Pour M. Yunus, cette aventure fait suite à de précédentes tentatives infructueuses d'entrer dans le champ politique. Alors que de grandes attentes sont désormais placées en lui, nous devons garder à l'esprit son rôle antérieur, en tant que promoteur des programmes de microcrédit. Loin de représenter un remède à la pauvreté rurale, ces programmes n'ont fait qu'imposer des charges supplémentaires aux pauvres. Sa défense zélée des politiques néolibérales a fait de Yunus la coqueluche des gouvernements occidentaux et de la Banque mondiale.
L'économie au cœur de la crise
Le Bangladesh, qui a longtemps été la figure de proue du développement économique de la région, a récemment connu des difficultés. Le pays a été gravement touché par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, à l'instar du Sri Lanka et du Pakistan.
On prévoit maintenant que la croissance du PIB du Bangladesh tombera en dessous de 6 % cette année et l'année prochaine. Auparavant, le pays avait connu une croissance constante de 6 à 8 % entre la fin de la crise financière mondiale et le début de l'épidémie. La valeur du Taka a chuté par rapport au dollar américain, les prêts diminuent en raison des nombreux mégaprojets emblématiques et certains secteurs du secteur bancaire semblent instables.
Comment M. Yunus va-t-il résoudre cette crise ? Fervent partisan du fondamentalisme de marché et du capitalisme néolibéral, il demandera un renflouement au FMI, sachant pertinemment que ce dernier imposera en échange de sévères mesures d'austérité. Si de nombreux commentaires sur l'agitation politique actuelle au Bangladesh ont porté sur la tyrannie et l'autoritarisme du gouvernement de Sheikh Hasina, ils ont largement minimisé, voire complètement oublié, le changement qui s'est opéré dans l'économie du pays.
Si c'est le système des quotas qui a déclenché la rébellion, les causes sous-jacentes sont liées à des problèmes politiques et économiques plus profonds. Le Bangladesh est confronté à un chômage chronique, les deux cinquièmes des personnes âgées de quinze à vingt-quatre ans étant sans emploi et non scolarisées, selon le Bureau des statistiques du Bangladesh.
Bien que Sheikh Hasina ait affirmé qu'un miracle économique avait permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté, l'essor de l'économie reposait en réalité sur le déclin de la rentabilité des capitaux bangladais. Avant la dépression provoquée par la pandémie en 2020, le rebond relatif de la rentabilité après la grande récession mondiale de 2008-2009 a commencé à s'éroder en 2013.
L'économie du pays peut-elle continuer à croître en se concentrant fortement sur la fabrication de vêtements et en exploitant une main-d'œuvre abondante et des salaires bas ? En outre, les mesures d'austérité du FMI vont recréer des conditions plus difficiles, une fois de plus, forçant les gens à descendre dans la rue après cette euphorie immédiate.
La Ligue Awami étant discréditée, les deux principales forces politiques restantes, le BNP et le Jamaat-e-Islami, espèrent que des élections anticipées les porteront au pouvoir. Cette dernière force, en particulier, semble être très bien organisée, avec des réseaux de militants dans tout le pays, et ne voudra certainement pas laisser passer cette chance.
Le soulèvement de juillet a été couronné de succès grâce à la participation d'un large éventail de forces sociales. Comme dans d'autres luttes contre des régimes autocratiques, l'aspiration populaire était celle de la liberté, largement exprimée de façon plutôt vague et abstraite. En d'autres termes, il ne s'agissait pas d'un mouvement guidé par des positions idéologiques clairement définies.
Les étudiant·es ont d'abord manifesté pour la réforme du système des quotas, mais la répression de l'État a déclenché un soulèvement de masse impliquant de larges pans de la classe ouvrière et de la classe moyenne bangladaises, qui s'est achevé par le soulèvement qui a balayé Hasina. Les étudiant·es ont gagné la confiance de la population et devront tracer la voie à suivre.
Le chemin à parcourir
On peut certainement espérer que l'esprit du mouvement étudiant contribuera à favoriser une prise de conscience plus claire de la nature d'un programme de transformation. Outre les demandes d'élections démocratiques et d'État de droit, les principaux points de ce programme comprendront des gains économiques tels que des salaires plus élevés et de meilleures protections sociales, ainsi qu'une action en faveur de la justice climatique – le Bangladesh est extrêmement vulnérable au changement climatique. On ne peut pas compter sur le gouvernement intérimaire ou ses successeurs probables pour relever l'un de ces défis.
À long terme, les événements de juillet ne déboucheront sur une issue positive que si la classe ouvrière et les autres groupes opprimés sont en mesure de jouer un rôle de premier plan, en surmontant les divisions religieuses et ethniques de la société bangladaise. Si les étudiant·es ont amorcé la révolution, les travailleurs devront veiller à ce qu'elle aboutisse. C'est là que réside le plus grand défi pour la gauche au Bangladesh.
Où va la gauche ?
Cependant, la gauche organisée est extrêmement faible au Bangladesh. Deux grands partis, le Parti des travailleurs du Bangladesh et une faction du Jatiya Samajtantrik Dal (JASAD), faisaient partie du gouvernement Hasina et sont complices de ses crimes. Il est vrai que les autres organisations de gauche, y compris le Parti communiste du Bangladesh, étaient dans la rue et que leurs cadres ont subi de nombreux meurtres et blessures, mais leur poids dans la politique bangladaise est extrêmement faible. La gauche, qui était autrefois une force puissante au Bangladesh, n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Il est difficile d'imaginer que la gauche a joué un rôle clé dans le mouvement linguistique de 1952 et dans le soulèvement de masse de 1969. À l'époque, elle exerçait également une influence inégalée sur les mobilisations paysannes et ouvrières. Toutefois, l'influence de la gauche s'est affaiblie après les années 1960, en partie à cause du conflit sino-soviétique qui a entraîné des divisions entre les partisans de Moscou et ceux de Pékin. Alors que l'influence chinoise a contraint une partie de la population à s'opposer activement à la guerre de libération, l'influence soviétique a poussé d'autres personnes à suivre aveuglément le premier président du Bangladesh, Sheikh Mujibur Rahman, et sa politique autoritaire. Les groupes qui s'opposaient au régime autoritaire ont été constamment persécutés. Des milliers de travailleurs/ses de gauche ont été tué·es et les espaces organisationnels tels que les syndicats et les associations d'étudiant·es ont été l'objet d'attaques violentes, une tendance qui s'est poursuivie sous le régime militaire.
Il faut une gauche indépendante
Historiquement, la gauche bangladaise a manqué de confiance pendant des années, dépendant du soutien extérieur de Moscou ou de Pékin. Au lieu de créer des organisations indépendantes et de s'unifier avec d'autres sections de la gauche dans les années 1980, elles ont mis leur force et leurs efforts au service de la Ligue Awami dirigée par Sheikh Hasina ou du BNP dirigé par Khaleda Zia, en donnant la priorité à leurs programmes plutôt qu'à ceux de la gauche.
En fait, tout au long de l'histoire du Bangladesh, les dirigeants – de Sheikh Mujibur Rahman à Ziaur Rahman, H. M. Ershad, Khaleda Zia et Sheikh Hasina – ont été en mesure d'obtenir le soutien inconditionnel de l'un ou l'autre parti de gauche. Cela a entraîné la liquidation de nombreux/ses dirigeant·es dans les partis de la classe dirigeante. Par conséquent, un nombre important d'individus de l'« ex-gauche » ont commencé à travailler pour la Ligue Awami, le BNP ou le Jatiya Parti. Actuellement, cette partie est plus importante que celle de la gauche militante. La plus grande partie de la gauche est piégée dans le crétinisme parlementaire, tandis que les autres petites organisations sont plus des ONG que des organisations politiques.
Dans ce processus, les questions de l'exploitation capitaliste ou les questions telles que les discriminations fondées sur le genre ou l'appartenance ethnique sont commodément oubliées. La seule chose positive à dire sur la gauche est qu'elle s'oppose à toute forme de fondamentalisme religieux ou de violence fondée sur l'appartenance ethnique. Le Bangladesh a besoin d'une nouvelle gauche anticapitaliste forte, dont la vision du socialisme dépasse les « socialismes réellement existants du 20e siècle », si bureaucratiques.
Une nouvelle gauche capable de faire face à la crise actuelle de la démocratie, à la montée des forces réactionnaires, à l'augmentation de la violence étatique et de la guerre, ainsi qu'à l'accroissement des inégalités, à la crise climatique, à la surveillance et au capitalisme du désastre. La gauche doit se réinventer, se réorganiser et s'unifier contre toutes les formes de domination bourgeoise. Une condition essentielle pour cela serait de défendre une identité indépendante et une vision claire et déterminée, associée à une politique créative. Une telle gauche, nouvelle, est plus que nécessaire aujourd'hui.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

La jubilation barbare d’Israël face à l’assassinat de Nasrallah est un nouveau coup bas pour la société israélienne
Un journaliste de Channel 13 News a distribué du chocolat à des passants dans la ville de Carmiel samedi matin, en direct à la télévision. Un journaliste des médias de masse, qui n'a pas la moindre idée de son travail, a distribué du chocolat à des personnes épuisées qui ne se souviennent pas d'un Israël différent. Jamais auparavant du chocolat n'avait été distribué en direct à l'occasion d'un assassinat ciblé. Jamais nous n'étions tombés aussi bas.
Tiré de France Palestine Solidarité. Photo : Le 23 septembre 2024, les forces aériennes israéliennes ont lancé une troisième vague de frappes aériennes sur le Liban © Euromed rights
Un autre journaliste, bien plus important et populaire, Ben Caspit, représentant de l'imposture du « centre modéré », a écrit sur X : « [Le chef du Hezbollah Hassan] Nasrallah a été écrasé dans sa tanière et est mort comme un lézard ... une fin appropriée ». Comme s'il avait lui-même défoncé le bunker.
Ce patriotisme barbare s'est manifesté samedi, Israël s'en est réjoui. Les nazis appelaient les Juifs des rats, et Nasrallah est un lézard. Qui pourrait s'opposer à cela ? Les fascistes les plus extrémistes étaient encore terrés dans leurs synagogues, attendant les trois étoiles du crépuscule pour cracher leurs blasphèmes et leur joie maladive, mais entre-temps, l'honnête et éclairé Ben Caspits a admirablement fait le travail.
« Shehehianu vekiamanu », a écrit l'un d'entre eux, en référence à une prière de gratitude - un sentiment partagé par beaucoup. L'ampleur des pertes causées par les 80 bombes américaines n'est pas encore connue, mais les chiffres n'auront aucun effet en Israël : 100 ou 1 000 civils innocents, même la mort de dizaines de milliers d'enfants, ne changeront rien à l'état d'esprit des Israéliens. Pourquoi pas une petite bombe atomique ? Après tout, nous avons tué Hitler.
Il n'est pas nécessaire d'être un rabat-joie en série pour s'interroger sur la joie et ses raisons. La situation d'Israël est-elle meilleure le dimanche matin que le vendredi matin ? L'humeur de la plupart des Israéliens s'est améliorée après une année morose ; nous avons recommencé à vénérer l'armée (tout le monde) et à vénérer le Premier ministre Benjamin Netanyahu (pas tout le monde), mais qu'est-ce qui a changé ? Hassan Nasrallah a été désigné pour mourir parce qu'il était un ennemi acharné d'Israël (et du Liban). Son assassinat ne sauvera pas Israël.
En cette première semaine sans Nasrallah, nous ferions bien de regarder autour de nous. La Cisjordanie est au bord de l'explosion ; Israël est coincé dans une bande de Gaza en ruine, sans issue en vue, tout comme les otages ; Moody's a rétrogradé l'économie au niveau plancher ; le massacre de masse qui a commencé à Gaza se déplace vers le Liban. Un demi-million de personnes ont été déplacées de leurs maisons, en plus des deux millions de leurs semblables dans la bande de Gaza qui errent ici et là, sans ressources. Mais bon, nous avons tué Hitler.
Il est préférable de ne même pas mentionner la position internationale d'Israël ; il suffisait de regarder l'Assemblée générale des Nations unies lors du discours de Netanyahou vendredi. La situation en matière de sécurité est également plus précaire qu'il n'y paraît. Attendez la guerre régionale qui pourrait encore éclater ; nous avons fait de grands pas dans cette direction vendredi. Pendant ce temps, le pays vit dans la terreur ; vendredi, les dizaines de milliers de personnes déplacées de leurs maisons dans le nord n'ont pas fait un pas de plus vers leur retour, mais Israël se réjouit de la chute de son ennemi.
Au cours de l'année écoulée, Israël n'a parlé qu'une seule langue, celle de la guerre et de la force débridées. Il est exaspérant de penser que des millions de personnes ont tout perdu à cause de cela. Pendant que les bombardiers bombardaient Dahiyeh, sous les applaudissements en Israël, des millions de personnes à Gaza, en Cisjordanie et au Liban pleuraient amèrement leur sort, leurs morts, leurs infirmes, leurs biens perdus et les derniers lambeaux de leur dignité. Il ne leur reste plus rien.
Telle est la réalité qu'Israël promet. Nasrallah mort ou vif, un jour le volcan entrera en éruption. Dépendant de l'Amérique, complice servile du massacre de Gaza et de la guerre du Liban - qui n'a rien fait pour les éviter si ce n'est les paroles du président Joe Biden et du secrétaire d'État Antony Blinken, impuissants face à Netanyahou -, Israël pense pouvoir continuer ainsi éternellement. Il ne voit pas d'autre option.
Ce serait impossible sans le soutien de Washington. L'Amérique ne restera pas éternellement ainsi, compte tenu de ses tendances isolationnistes. Que se passera-t-il alors ? Félicitations pour avoir tué Nasrallah, mazel tov, son successeur attend dans les coulisses et, à en juger par l'expérience passée, il sera encore plus dangereux. Et Israël ? Il le tuera aussi et distribuera du chocolat aux passants.
Traduction : AFPS
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :














