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Déclaration de Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada, au sujet des résultats de l’élection fédérale
Félicitations au Premier ministre Mark Carney pour sa victoire électorale hier soir. Les Canadiens et Canadiennes aux opinions politiques diverses ont livré un message clair : ils rejettent les politiques conservatrices à l'américaine de Pierre Poilievre. Ils ont choisi de défendre les valeurs qui nous définissent - des services publics solides comme les soins de santé, des emplois syndicaux stables et la conviction que les voisins prennent soin les uns des autres.
Maintenant, les Canadiens attendent de ce nouveau gouvernement qu'il agisse de toute urgence.
Les Canadiens comptent sur le Premier ministre Carney pour agir rapidement. L'heure n'est plus aux hésitations.
Nous assistons déjà à des pertes d'emplois dans tous les secteurs et un trop grand nombre de travailleuses et travailleurs sont laissés pour compte par un régime d'assurance-emploi désuet qui a besoin d'une réforme urgente. Les gens s'attendent à des investissements dans les soins de santé publics, dans le logement abordable et dans les services sur lesquels les familles comptent. Ils veulent un gouvernement qui réduira notre dépendance vis-à-vis des États-Unis, renforcera les industries nationales et créera de bons emplois syndicaux dans toutes les régions du pays, tout en respectant clairement les valeurs canadiennes.
Les coupures ne nous mèneront pas sur le chemin de la prospérité. Le moment est venu de bâtir - en investissant dans les gens et dans les systèmes publics qui les soutiennent.
Les syndicats du Canada, qui représentent plus de 3 millions de travailleurs et travailleuses, sont prêts à travailler avec le gouvernement pour réaliser de réels progrès. Nous savons qu'en travaillant ensemble, nous pouvons relever les défis de demain et bâtir une économie plus juste et plus résiliente qui fonctionne pour tous, ce qui comprend :
• Offrir des soins de santé publics, dont l'accès à un médecin ou à une infirmière praticienne pour chaque personne au Canada et élargir le régime public universel d'assurance-médicaments ;
• Réduire le coût de la vie en empêchant les entreprises de hausser excessivement les prix et en augmentant les salaires ;
• Investir dans les services publics sur lesquels les familles comptent ;
• Lutter contre la crise du logement en construisant des logements qui sont vraiment abordables ;
• Créer de bons emplois syndicaux en investissant dans les infrastructures sociales et physiques, l'énergie propre et la fabrication intérieure.
Mais soyons clairs : la menace des États-Unis n'est en aucun cas exclue. La volatilité économique, l'escalade des pressions commerciales et l'imprévisibilité croissante des marchés américains nuisent déjà aux investissements et à la confiance des entreprises ici au pays. Les industries et les travailleurs canadiens en ressentent les effets. Le Canada ne peut pas se contenter de rester les bras croisés. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'une réponse vigoureuse et ambitieuse - à la hauteur de la situation et avec l'ampleur et la gravité qu'elle requiert.
C'est un moment critique pour le Canada. Les choix qui seront faits dans les semaines à venir façonneront notre économie, nos collectivités et notre avenir pour des générations.
Les syndicats du Canada sont prêts à agir - avec urgence et détermination et en partenariat - pour s'assurer que le gouvernement offre le pays sûr, inclusif et prospère pour lequel les Canadiens ont voté.

Sid Ryan : Cette élection a été un désastre pour le NPD et les syndicats
Le résultat de l'élection fédérale a été un désastre pour le NPD, mais aussi une catastrophe pour l'ensemble du mouvement syndical. Il y a quelque chose de profondément défaillant dans le message que les syndicats transmettent à leurs membres. En ce jour, les sonnettes d'alarme devraient résonner au Congrès du travail du Canada et dans toutes les autres fédérations syndicales du pays.
30 avril 2025 | Canadian Dimension
https://canadiandimension.com/articles/view/sid-ryan-this-election-was-a-disaster-for-the-ndp-and-unions
Comment expliquer que les conservateurs aient remporté tous les sièges dans le corridor Hamilton-Windsor — le cœur industriel du pays ?
Manifestement, soit les syndiqués n'écoutent plus du tout leurs dirigeants syndicaux, à tous les niveaux du mouvement, soit les syndicats ont perdu la capacité de communiquer efficacement avec leur propre base.
Le NPD, de son côté, a eu tort de croire qu'il suffisait de s'adresser à une poignée de leaders syndicaux pour obtenir un succès électoral. Les conservateurs leur ont damé le pion en parlant le langage des travailleurs et en allant à leur rencontre sur leurs lieux de travail. Ce virage dans la stratégie conservatrice a commencé sous Erin O'Toole, s'est poursuivi avec Doug Ford et a été amplifié par Pierre Poilievre. Le mouvement syndical et le NPD n'ont rien fait, ou presque, pour contrer cette évolution.
En pleine campagne électorale, les Conservateurs ont publié une déclaration de politique indiquant clairement leur intention de mettre fin à la formule Rand et d'introduire des lois sur le droit au travail au Canada. De manière stupéfiante, le CTC (Congrès du travail du Canada) est resté pratiquement muet face à cette menace existentielle. C'était une occasion en or pour le mouvement syndical organisé de s'impliquer directement dans l'élection, mais il a raté le coche. La seule façon pour les conservateurs de faire une razzia dans le corridor Hamilton-Windsor, c'était que des métallos, des ouvriers de l'automobile, des enseignants, des travailleurs de la construction et des employés du secteur public votent massivement pour leurs candidats. Rappelons que cela s'est produit alors que les emplois dans l'automobile et la sidérurgie étaient menacés par les tarifs imposés par Donald Trump, et au moment même où Poilievre laissait entendre qu'il sabrerait massivement dans les services publics et les postes.
En 2014, lorsque le chef conservateur Tim Hudak a proféré des menaces similaires en Ontario, la Fédération du travail de l'Ontario avait mobilisé les syndiqués à travers la province et joué un rôle majeur dans sa défaite.
Les 54 syndicats membres du CTC doivent se remettre sérieusement en question et se demander comment un parti politique de droite peut aujourd'hui exercer plus d'influence sur leurs membres qu'eux-mêmes. À l'heure actuelle, le mouvement syndical ressemble davantage à une simple agence de perception de cotisations sans idéologie politique. Il est impératif que l'organisation se ressaisisse. Elle ne peut continuer à fonctionner avec une base divisée entre le NPD, les libéraux, les conservateurs et le Bloc québécois. La voix de 3,4 millions de syndiqués et de leurs familles a honteusement été absente de cette élection.
Quant au NPD, le message est clair : soit il retourne à ses racines, celles de la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC), et à sa raison d'être — représenter les intérêts des travailleurs et de leurs familles —, soit il plie bagage et rejoint les libéraux.
De plus, les bureaucrates centristes qui détiennent le pouvoir au sein du parti depuis deux décennies doivent être écartés et le parti reconstruit de fond en comble.
Dans les années 1960, la FCC et le CTC avaient uni leurs forces pour former un nouveau parti politique : le NPD. Les deux organisations doivent aujourd'hui retrouver cet esprit de combat pour redevenir une force politique. Sinon, elles dépériront et sombreront dans l'insignifiance et l'oubli.
Sid Ryan est l'ancien président de la Fédération du travail de l'Ontario.
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Grande manifestation pour le Jour de la Terre à Québec
Le 22 avril 2025, des centaines de manifestant-es ont entouré l'Assemblée nationale à Québec dans le cadre du Jour de la Terre. Ce rassemblement, initié par la Coalition régionale justice climatique et sociale, a été tenu pour attirer l'attention sur les défis environnementaux et sociaux et pour dénoncer l'irresponsabilité et l'inaction du gouvernement de la CAQ face à la crise climatique. Presse-toi à gauche présente ici les interventions des représentant-es de différents secteurs de la société (syndicats, organisations féministes, de jeunes, ...) . Ces interventions ont précédé la mise en place d'une chaîne humaine qui a entourné parlement pour signifier la volonté d'arrêter symboliquement un gouvernement écocidaire.
Des travailleurs de Vancouver observent le Jour de deuil sans leurs employeurs

Le Sommet de la santé et de la sécurité du travail des 15 et 16 avril 2025 : un moment clé dans une mobilisation unitaire et élargie !
Le Sommet sur la santé et la sécurité du travail 2025 s'est tenu les 15 et 16 avril au Centre des congrès de Québec, rassemblant plus de 1 500 participant.e.s issus des milieux syndicaux et communautaires, en particulier des organisations de défense de non-syndiqués. Cet événement d'envergure a été organisé conjointement par les quatre grandes centrales syndicales du Québec — la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) — en collaboration avec l'Union des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades (UTTAM).
L'objectif principal du sommet était de dresser un bilan critique des récentes réformes législatives, notamment la Loi « modernisant » le régime de santé et de sécurité du travail (le Projet de loi 59, devenu la Loi 27), qui a profondément modifié la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) et la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP). Au-delà du bilan, il s'agissait de renforcer et élargir la mobilisation commune aux groupes de femmes, de travailleurs accidentés, de non- syndiqués et de tous les syndicats, laquelle avait permis de limiter les reculs en indemnisation et augmenter les gains en prévention, tout au long des débats sur le PL59, de sa publication à l'automne 2020 à son adoption à l'automne 2021. On se rappellera que tous les partis d'opposition ont voté contre, et que toutes les organisations syndicales et populaires s'y sont opposées.
On le sait, la supposée « modernisation » a en fait consisté à échanger des reculs pour les travailleuses et travailleurs accidentés ou malades du travail et une réduction des coûts pour les employeurs, contre certaines avancées quant aux obligations de ces derniers en matière de prévention, et des outils pour la représentation des travailleur.euse.s, en particulier les « représentant.e.s en santé et en sécurité », disposant d'heures de libération pour agir auprès et pour leurs collègues, aussi en prévention. C'est cette dernière mesure qui constitue le principal gain des travailleur.euse.s, et en particulier des femmes, largement exclues jusque là de son application comme de celle du « programme de prévention », du « programme de santé » (des obligations de l'employeur d'identifier et d'éliminer sinon de contrôler les risques de manière systématique) et du « comité de santé et de sécurité du travail ». Cet événement est unique à plusieurs égards, et certainement important pour l'ensemble des travailleur.euse.s, alors que les risques ne font que s'accentuer avec l'intensification du travail et la précarisation de l'emploi.
Unique et important d'abord parce qu'il s'agit d'un événement intersyndical et communautaire, au-delà d'une simple manifestation où chacun reste dans son contingent, et parce que les difficultés des non-syndiqués à faire usage de leurs droits y ont été discutées tant en plénière que dans des ateliers : y étaient entre autres présents des militant.e.s de l'Union des travailleurs et travailleuses accidentés ou malades (parmi les organisateurs), d'autres organismes ou associations de défense des accidentés, du Réseau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles (RATTMAQ) et du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI). Les enjeux pour les travailleurs précaires et vulnérabilisés par leur statut d'emploi (travailleur.euse.s étrangers temporaires, travailleur.euse.s d'agence, etc.) ont été examinés. Ce fut l'occasion de réaffirmer la nécessité d'un soutien pour les non-syndiqués, autant pour l'exercice de leurs droits en matière d'indemnisation que de représentation en prévention.
Important aussi parce que les enjeux touchant particulièrement les femmes au travail, du fait de la nature des emplois qu'elles occupent, étaient bien visibles et largement reconnus par les participant.e.s., alors qu'ils sont en grande partie invisibilisés dans les statistiques de lésions indemnisées par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Les troubles musculosquelettiques et les lésions psychologiques sont en effet difficiles à faire reconnaître, et les accidents du travail et maladies professionnelles indemnisés par la CNESST ne représentent ainsi que la pointe de l'iceberg. La mobilisation autour du PL59 initial avait mis en évidence cette sous-estimation et mené au retrait de la répartition initiale des secteurs d'activité économique par niveaux de risque, qui reproduisait cette invisibilisation. En effet, le « niveau de risque » est le mécanisme introduit pour déterminer le nombre d'heures de libération pour les représentant.e.s des travailleur.euse.s en SST. Le gouvernement n'ayant pas voulu trancher au moment de l'adoption de la LMRSST, on s'est donc retrouvé avec un « régime intérimaire » laissant les comités réglementaires paritaires de la CNESST trancher, ce qui devait être fait avant l'automne 2024, sinon le gouvernement trancherait. On verra la suite plus bas.
Événement important également parce qu'il a été l'occasion de discuter de stratégies communes et de mobilisation. On a constaté que les quelques gains obtenus par la mobilisation unitaire et élargie, autour du PL59, dépassaient largement ce que les syndicats représentés au Conseil d'administration de la CNESST avaient pu gagner dans les débats à huis clos des comités réglementaires, ou encore au Conseil consultatif du travail et de la main-d'œuvre. Le rôle joué par le gouvernement, comme employeur dans les secteurs de l'administration publique, de la santé et de l'éducation, a été identifié : c'est bien ce qui avait freiné, en 1985, l'application à tous les secteurs des dispositions de la LSST, dont celles qui fournissaient des outils aux travailleur.euse.s pour faire entendre leur voix. Or, c'est encore ce qui se produit aujourd'hui en 2025 : quelques jours après le Sommet, le gouvernement de la CAQ a publié le Projet de loi 101 qui, s'il est adopté tel quel, exclura de grands pans des secteurs de la santé et de l'éducation de l'application du régime permanent, les conservant à un niveau de risque faible. Or, cela ne correspond pas à l'évaluation combinant des données lésionnelles et d'enquêtes populationnelles sur l'exposition aux risques. Les sous-secteurs de la santé se trouvaient en fait, dans le projet de Règlement sur les mécanismes de prévention et de participation, au niveau de risque « élevé » (4), classement que le gouvernement veut contourner avec le PL101. En effet, par exemple, l'Enquête québécoise sur la santé de la population 2020-2021 [1] montre que les femmes du secteur de l'enseignement ou du milieu de la santé sont plus nombreuses en proportion à faire face à une charge detravail importante et à se sentir peu reconnues au travail, une combinaison associée à des problèmes de santé psychique comme physique, en plus de l'exposition grandissante à la violence.
Enfin, toute une séance plénière a été consacrée à l'action collective et à la mobilisation, dans une approche inspirée de Labor Notes, appliquée à la santé et la sécurité du travail. Si la santé ne doit pas se marchander (contre du salaire ou des emplois, par exemple), les gains passent certainement par la proximité avec les collègues et la construction d'un rapport de force collectif, parfois lors de la négociation collective (comme l'ont fait les employés des hôtels pour réduire le nombre de chambres à nettoyer par jour). Des ateliers ont d'ailleurs fourni des exemples de telles mobilisations, dans les secteurs public et privé. Comme cela a été dit au Sommet, la santé et la sécurité sont une aspiration démocratique fondamentale, et à ce titre, un vecteur de mobilisation essentiel mais encore sous-estimé. Espérons que le Sommet contribuera à lui donner l'élan unitaire si nécessaire et à faire reconnaître le rôle central que pourrait jouer l'aspiration à un travail qui ne tue pas, ne blesse pas et ne rend pas malade, à la revitalisation du syndicalisme et de l'action collective autonome des travailleur.euse.s.

L’écologie politique du pape et les appels à sortir des énergies fossiles (1, 2, 3)
Nous republions trois billets de Jean Gadrey sur l'encyclique du pape François sur les changements climatiques. Ces billets permettent de bien apprécier le position du pape François sur cet enjeu essentiel. Ce texte a d'abord été publié sur Presse-toi à gauche en 2015. Il est tiré du blog de Jean Gadrey. (PTAG)
Les mauvaises nouvelles sur l'état et sur l'avenir du climat et de « la planète » se succèdent régulièrement, mais je les ai reportées à un billet ultérieur, car autant les « grands décideurs » semblent pour l'instant d'une faiblesse coupable, complice, ou criminelle, autant les choses bougent du côté de la société civile, laquelle vient de recevoir un puissant renfort avec l'encyclique du pape François (version intégrale ici en cliquant sur l'icône)).
Dans ce billet et dans les deux suivants je présente des extraits très brièvement commentés de CET ECRIT A MON SENS HISTORIQUE, y compris pour le non croyant et militant d'une écologie sociale radicale que je suis. J'y ai en effet trouvé beaucoup d'autres motifs d'accord que ce que j'ai lu jusqu'ici dans la presse, qui en a fait une lecture trop souvent édulcorante.
Dans ce premier billet, il ne s'agira que du chapitre 1, qui contient un diagnostic sans complaisance, remarquablement clair, argumenté sur une base scientifique, mais également socialement « engagé, à la fois de l'état de délabrement de la « maison commune », des risques d'effondrement, et des responsabilités humaines, mais pas de tous les humains… Les passages en majuscules sont de moi.
PREMIERS EXTRAITS : POLLUTIONS, CLIMAT, EAU
« La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir. »
« Le climat est un bien commun, de tous et pour tous… BEAUCOUP DE CEUX QUI DETIENNENT PLUS DE RESSOURCES ET DE POUVOIR ECONOMIQUE OU POLITIQUE SEMBLENT SURTOUT S'EVERTUER A MASQUER LES PROBLEMES ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique. Mais beaucoup de symptômes indiquent que ces effets ne cesseront pas d'empirer si nous maintenons les modèles actuels de production et de consommation. (p. 10-11) ».
Il faut réduire les émissions en « remplaçant l'utilisation de combustibles fossiles et en accroissant des sources d'énergie renouvelable ». (p. 11)
Commentaire personnel : le pape ne préconise pas le nucléaire comme voie de sortie…
La question de l'eau est traitée pages 11-12. Avec en particulier ceci : « Tandis que la qualité de l'eau disponible se détériore constamment, il y a une tendance croissante, à certains endroits, à privatiser cette ressource limitée, TRANSFORMEE EN MARCHANDISE SUJETTE AUX LOIS DU MARCHE. En réalité, l'accès à l'eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu'il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l'exercice des autres droits humains. »
LA BIODIVERSITE ET LE CERCLE VICIEUX DES INTERVENTIONS SUPPOSEES REPARER LES DOMMAGES
Vient ensuite le thème de « la perte de biodiversité », dont toutes les grandes dimensions sont traitées avec précision. Extraits : « il ne suffit pas de penser aux différentes espèces seulement comme à d'éventuelles « ressources » exploitables, en oubliant qu'elles ont UNE VALEUR EN ELLES-MEMES ».
« Les constants désastres provoqués par l'être humain appellent une nouvelle intervention de sa part, si bien que l'activité humaine devient omniprésente, avec tous les risques que cela implique. Il se crée en général un cercle vicieux où l'intervention de l'être humain pour résoudre une difficulté, bien des fois, aggrave encore plus la situation… en regardant le monde, nous remarquons que CE NIVEAU D'INTERVENTION HUMAINE, FREQUEMMENT AU SERVICE DES FINANCES ET DU CONSUMERISME, fait que la terre où nous vivons devient en réalité moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise, tandis qu'en même temps le développement de la technologie et des offres de consommation continue de progresser sans limite. Il semble ainsi que nous prétendions SUBSTITUER à une beauté, irremplaçable et irrécupérable, une autre créée par nous.
« On ne peut pas non plus ignorer les énormes intérêts économiques internationaux qui, sous prétexte de les sauvegarder, peuvent porter atteinte aux souverainetés nationales. De fait, il existe « des propositions d'internationalisation de l'Amazonie, qui servent uniquement des INTERETS ECONOMIQUES DES CORPORATIONS TRANSNATIONALES ».
INEGALITE PLANETAIRE (ECOLOGIE SOCIALE) ET DEMOGRAPHIE
« Aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu'une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit INTEGRER LA JUSTICE DANS LES DISCUSSIONS SUR L'ENVIRONNEMENT, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ».
« Accuser l'augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où UNE MINORITE SE CROIT LE DROIT DE CONSOMMER DANS UNE PROPORTION QU'IL SERAIT IMPOSSIBLE DE GENERALISER, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d'une telle consommation. En outre, nous savons qu'on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et « que lorsque l'on jette de la nourriture, c'est comme si l'on volait la nourriture à la table du pauvre ».
LA DETTE ECOLOGIQUE ET LA RESPONSABILITE DES MULTINATIONALES
Remarquable reprise ici des thèmes de la dette écologique (voir ce billet : La dette écologique du Nord vis-à-vis du Sud) et de la justice environnementale.
« Il y a, en effet, une vraie « DETTE ECOLOGIQUE », particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l'utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays. Les exportations de diverses matières premières pour satisfaire les marchés du Nord industrialisé ont causé des dommages locaux, comme la pollution par le mercure dans l'exploitation de l'or ou par le dioxyde de soufre dans l'exploitation du cuivre.
Il faut spécialement tenir compte de l'utilisation de l'espace environnemental de toute la planète, quand il s'agit de stocker les déchets gazeux qui se sont accumulés durant deux siècles et ont généré une situation qui affecte actuellement tous les pays du monde. Le réchauffement causé par l'énorme consommation de certains pays riches a des répercussions sur les régions les plus pauvres de la terre, spécialement en Afrique, où l'augmentation de la température jointe à la sécheresse fait des ravages au détriment du rendement des cultures. »
Ce qui suit est un terrible réquisitoire contre les multinationales :
« À cela, s'ajoutent les dégâts causés par l'exportation vers les pays en développement des déchets solides ainsi que de liquides toxiques, et par l'activité polluante d'entreprises qui s'autorisent dans les pays moins développés ce qu'elles ne peuvent dans les pays qui leur apportent le capital : « Nous constatons que souvent les entreprises qui agissent ainsi sont des multinationales, qui font ici ce qu'on ne leur permet pas dans des pays développés ou du dénommé premier monde. Généralement, en cessant leurs activités et en se retirant, elles laissent de grands passifs humains et environnementaux tels que le chômage, des populations sans vie, l'épuisement de certaines réserves naturelles, la déforestation, l'appauvrissement de l'agriculture et de l'élevage local, des cratères, des coteaux triturés, des fleuves contaminés et quelques œuvres sociales qu'on ne peut plus maintenir »
« La terre des pauvres du Sud est riche et peu polluée, mais L'ACCES A LA PROPRIETE DES BIENS ET AUX RESSOURCES POUR SATISFAIRE LES BESOINS VITAUX LEUR EST INTERDIT PAR UN SYSTEME DE RELATIONS COMMERCIALES ET DE PROPRIETE STRUCTURELLEMENT PERVERS. Il faut que les pays développés contribuent à solder cette dette, en limitant de manière significative la consommation de l'énergie non renouvelable et en apportant des ressources aux pays qui ont le plus de besoins, pour soutenir des politiques et des programmes de développement durable »
Commentaire : il serait bon que la pape se prononce sur les APE (accords dits de « partenariat économique » entre l'Europe et l'Afrique, voir ce billet) car j'ai peu de doute sur le fait qu'il ne pourrait que les condamner sévèrement.
LA FAIBLESSE DES REACTIONS POLITIQUES
Dans les dernières citations de ce chapitre, on ne trouve pas les termes de « capitalisme financier ». Mais vous en reconnaitrez aisément les traits caractéristiques.
« La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante. LA SOUMISSION DE LA POLITIQUE A LA TECHNOLOGIE ET AUX FINANCES se révèle dans l'échec des Sommets mondiaux sur l'environnement. Il y a trop d'intérêts particuliers, et très facilement l'intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l'information pour ne pas voir affectés ses projets. En ce sens, le Document d'Aparecida réclame que « dans les interventions sur les ressources naturelles ne prédominent pas les intérêts des groupes économiques qui ravagent déraisonnablement les sources de la vie ».
Commentaire : c'est bien pour cela qu'il faut condamner vigoureusement l'invitation faite à des multinationales « qui ravagent » l'environnement de soutenir la COP 21, et de s'en prévaloir dans leur communication, ce qui a déjà commencé. Voir ce billet : « Conférence sur le climat (COP 21) : la France déroule le tapis rouge pour les multinationales les plus polluantes ! ».
« Pendant ce temps, LES POUVOIRS ECONOMIQUES CONTINUENT DE JUSTIFIER LE SYSTEME MONDIAL ACTUEL, OU PRIMENT UNE SPECULATION ET UNE RECHERCHE DU REVENU FINANCIER QUI TENDENT A IGNORER TOUT CONTEXTE, DE MEME QUE LES EFFETS SUR LA DIGNITE HUMAINE ET SUR L'ENVIRONNEMENT ».
« Une plus grande attention est requise de la part de la politique pour prévenir et pour s'attaquer aux causes qui peuvent provoquer de nouveaux conflits. Mais C'EST LE POUVOIR LIE AUX SECTEURS FINANCIERS QUI RESISTE LE PLUS A CET EFFORT… Pourquoi veut-on préserver aujourd'hui un pouvoir qui laissera dans l'histoire le souvenir de son incapacité à intervenir quand il était urgent et nécessaire de le faire ? »
« L'espérance nous invite à reconnaître qu'il y a toujours une voie de sortie, que nous pouvons toujours repréciser le cap, que nous pouvons toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes. Cependant, DES SYMPTOMES D'UN POINT DE RUPTURE SEMBLENT S'OBSERVER, à cause de la rapidité des changements et de la dégradation, qui se manifestent tant dans des catastrophes naturelles régionales que dans des crises sociales ou même financières, étant donné que les problèmes du monde ne peuvent pas être analysés ni s'expliquer de façon isolée.
Certaines régions sont déjà particulièrement en danger et, indépendamment de toute prévision catastrophiste, IL EST CERTAIN QUE L'ACTUEL SYSTEME MONDIAL EST INSOUTENABLE DE DIVERS POINTS DE VUE, PARCE QUE NOUS AVONS CESSE DE PENSER AUX FINS DE L'ACTION HUMAINE ».
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L'écologie politique du pape et les appels à sortir des énergies fossiles (2)
Je poursuis dans la sélection de passages à mon sens particulièrement importants, souvent percutants, de cette encyclique historique. Les intertitres sont de moi. Petite histoire : selon Fox News, chaîne ultraconservatrice, ce pape est « l'homme le plus dangereux de la planète ». Un « sacré » compliment !
CHAPITRE 2 : EXTRAITS, SUR LES DROITS FONDAMENTAUX, LA PROPRIETE PRIVEE ET LES BIENS COMMUNS
« Quand on propose une vision de la nature uniquement comme objet de profit et d'intérêt, cela a aussi de sérieuses conséquences sur la société… Toute approche écologique doit incorporer une perspective sociale qui prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés. LE PRINCIPE DE SUBORDINATION DE LA PROPRIETE PRIVEE A LA DESTINATION UNIVERSELLE DES BIENS et, par conséquent, le droit universel à leur usage, est une « règle d'or » du comportement social, et « le premier principe de tout l'ordre éthico-social ».
« Tout paysan a le droit naturel de posséder un lot de terre raisonnable, où il puisse établir sa demeure, travailler pour la subsistance de sa famille et avoir la sécurité de l'existence. Ce droit doit être garanti pour que son exercice ne soit pas illusoire mais réel. Cela signifie que, en plus du titre de propriété, le paysan doit compter sur les moyens d'éducation technique, sur des crédits, des assurances et la commercialisation ».
« L'environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l'humanité, sous la responsabilité de tous… Les évêques de Nouvelle Zélande se sont demandés ce que le commandement « tu ne tueras pas » signifie quand « vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle manière qu'ils volent aux nations pauvres, et aux futures générations, ce dont elles ont besoin pour survivre »
CHAPITRE 3 : EXTRAITS SUR LA TECHNOSCIENCE, LE PRODUCTIVISME, LA CROISSANCE ILLIMITEE ET LA CULTURE ECOLOGIQUE
« La technoscience, bien orientée, non seulement peut produire des choses réellement précieuses pour améliorer la qualité de vie de l'être humain, depuis les objets usuels pour la maison jusqu'aux grands moyens de transport, ponts, édifices, lieux publics, mais encore est capable de produire du beau et de « projeter » dans le domaine de la beauté l'être humain immergé dans le monde matériel ».
Mais nous ne pouvons pas ignorer que l'énergie nucléaire, la biotechnologie, l'informatique, la connaissance de notre propre ADN et d'autres capacités que nous avons acquises, nous donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d'en faire usage, UNE EMPRISE IMPRESSIONNANTE SUR L'ENSEMBLE DE L'HUMANITE et sur le monde entier.
L'intervention humaine sur la nature s'est toujours vérifiée, mais longtemps elle a eu comme caractéristique d'accompagner, de se plier aux possibilités qu'offrent les choses elles-mêmes… Maintenant, en revanche, ce qui intéresse c'est d'extraire tout ce qui est possible des choses par l'imposition de la main de l'être humain, qui tend à ignorer ou à oublier la réalité même de ce qu'il a devant lui… DE LA, ON EN VIENT FACILEMENT A L'IDEE D'UNE CROISSANCE INFINIE OU ILLIMITEE, qui a enthousiasmé beaucoup d'économistes, de financiers et de technologues. Cela suppose le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète, qui conduit à la « presser » jusqu'aux limites et même au-delà des limites.
De fait, la technique a un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer, et l'homme qui possède la technique « sait que, en dernière analyse, CE QUI EST EN JEU DANS LA TECHNIQUE, CE N'EST NI L'UTILITE, NI LE BIEN-ETRE, MAIS LA DOMINATION : une domination au sens le plus extrême de ce terme ».
« … Le marché ne garantit pas en soi le développement humain intégral ni l'inclusion sociale. En attendant, nous avons un « surdéveloppement, où consommation et gaspillage vont de pair, ce qui contraste de façon inacceptable avec des situations permanentes de misère déshumanisante ».
« LA CULTURE ECOLOGIQUE ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d'apparaître par rapport à la dégradation de l'environnement, à l'épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle DEVRAIT ETRE UN REGARD DIFFERENT, UNE PENSEE, UNE POLITIQUE, UN PROGRAMME EDUCATIF, UN STYLE DE VIE ET UNE SPIRITUALITE QUI CONSTITUERAIENT UNE RESISTANCE FACE A L'AVANCEE DU PARADIGME TECHNOCRATIQUE… Chercher seulement un remède technique à chaque problème environnemental qui surgit, c'est isoler des choses qui sont entrelacées dans la réalité, et c'est se cacher les vraies et plus profondes questions du système mondial. »
« LA LIBERATION PAR RAPPORT AU PARADIGME TECHNOCRATIQUE REGNANT a lieu, de fait, en certaines occasions, par exemple, quand des communautés de petits producteurs optent pour des systèmes de production moins polluants, en soutenant un mode de vie, de bonheur et de cohabitation non consumériste ; ou bien quand la technique est orientée prioritairement pour résoudre les problèmes concrets des autres, avec la passion de les aider à vivre avec plus de dignité et moins de souffrances ».
Remarque (Jean Gadrey) : pour être honnête, je vous livre aussi cette citation qui ne peut susciter de ma part le même enthousiasme que la quasi totalité de l'encyclique :
« Puisque tout est lié, la défense de la nature n'est pas compatible non plus avec la justification de l'avortement ».
LA NECESSITE DE PRESERVER LE TRAVAIL ET LA PETITE PAYSANNERIE
« Dans n'importe quelle approche d'une écologie intégrale qui n'exclue pas l'être humain, il est indispensable d'incorporer la valeur du travail… dans la réalité sociale mondiale actuelle, au-delà des intérêts limités des entreprises et d'une rationalité économique discutable, il est nécessaire que « l'on continue à se donner comme objectif prioritaire L'ACCES AU TRAVAIL… POUR TOUS ».
« Les économies d'échelle, spécialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs à vendre leurs terres ou à abandonner leurs cultures traditionnelles… Les autorités ont le droit et la responsabilité de prendre des mesures de soutien clair et ferme aux petits producteurs et à la variété de la production. Pour qu'il y ait une liberté économique dont tous puissent effectivement bénéficier, il peut parfois être nécessaire de mettre des limites à ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier ».
LA CRITIQUE DES OGM
« Il est difficile d'émettre un jugement général sur les développements de transgéniques (OMG), végétaux ou animaux, à des fins médicales ou agropastorales…
Même en l'absence de preuves irréfutables du préjudice que pourraient causer les céréales transgéniques aux êtres humains, et même si, dans certaines régions, leur utilisation est à l'origine d'une croissance économique qui a aidé à résoudre des problèmes, il y a des difficultés importantes qui ne doivent pas être relativisées. En de nombreux endroits, suite à l'introduction de ces cultures, on constate une concentration des terres productives entre les mains d'un petit nombre, due à « la disparition progressive des petits producteurs, qui, en conséquence de la perte de terres exploitables, se sont vus obligés de se retirer de la production directe ». Les plus fragiles deviennent des travailleurs précaires, et beaucoup d'employés ruraux finissent par migrer dans de misérables implantations urbaines. L'EXTENSION DE LA SURFACE DE CES CULTURES DETRUIT LE RESEAU COMPLEXE DES ECOSYSTEMES, diminue la diversité productive, et compromet le présent ainsi que l'avenir des économies régionales. Dans plusieurs pays, on perçoit une tendance au développement des oligopoles dans la production de grains et d'autres produits nécessaires à leur culture, et la dépendance s'aggrave encore avec la production de grains stériles qui finirait par obliger les paysans à en acheter aux entreprises productrices ».
CHAPITRE 4 : UNE ECOLOGIE INTEGRALE « QUI A CLAIREMENT DES DIMENSIONS HUMAINES ET SOCIALES »
« Il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. Il n'y a pas deux crises séparées, l'une environnementale et l'autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale ».
« Il y a, avec le patrimoine naturel, un patrimoine historique, artistique et culturel, également menacé. Il fait partie de l'identité commune d'un lieu ».
« Il est indispensable d'accorder une attention spéciale aux COMMUNAUTES ABORIGENES et à leurs traditions culturelles. Elles ne constituent pas une simple minorité parmi d'autres, mais elles doivent devenir les principaux interlocuteurs, surtout lorsqu'on développe les grands projets qui affectent leurs espaces. En effet, la terre n'est pas pour ces communautés un bien économique, mais un don de Dieu et des ancêtres qui y reposent, un espace sacré avec lequel elles ont besoin d'interagir pour soutenir leur identité et leurs valeurs. Quand elles restent sur leurs territoires, ce sont précisément elles qui les préservent le mieux. Cependant, en diverses parties du monde, elles font l'objet de pressions pour abandonner leurs terres afin de les laisser libres pour des projets d'extraction ainsi que pour des projets agricoles et de la pêche, qui ne prêtent pas attention à la dégradation de la nature et de la culture ».
L'écologie politique du pape et les appels à sortir des énergies fossiles (3)
Ce troisième billet de la série est consacré aux deux derniers chapitres (5 et 6) de l'encyclique. Je rappelle que les intertitres sont de moi, mais pour le reste, je ne vois pas de différence notable, sur le fond, entre les citations de ce billet et les analyses d'Attac, des Amis de la Terre, du CCFD, des objecteurs de croissance, ou celles que je propose régulièrement sur ce blog ou encore dans mon livre récent (avec Aurore Lalucq) « Faut-il donner un prix à la nature ? » !
Le chapitre 5 propose « quelques lignes d'orientation ». Extraits :
« Pour affronter les problèmes de fond qui ne peuvent pas être résolus par les actions de pays isolés, un consensus mondial devient indispensable ».
« Nous savons que la technologie reposant sur les combustibles fossiles très polluants – surtout le charbon, mais aussi le pétrole et, dans une moindre mesure, le gaz – a besoin d'être remplacée, progressivement et sans retard ».
« La Conférence des Nations unies sur le développement durable, dénommée Rio + 20, a émis UN LONG ET INEFFICACE DOCUMENT FINAL. Les négociations internationales ne peuvent pas avancer de manière significative en raison de la position des pays qui mettent leurs intérêts nationaux au-dessus du bien commun général ».
« Il reste vrai qu'il y a des RESPONSABILITES COMMUNES MAIS DIFFERENCIEES, simplement parce que… les pays qui ont bénéficié d'un degré élevé d'industrialisation, au prix d'une énorme émission de gaz à effet de serre, ont une plus grande responsabilité dans l'apport de la solution aux problèmes qu'ils ont causés ».
DESOLE POUR JEAN TIROLE, MAIS LES MARCHES DE DROITS A POLLUER NE SONT NI JUSTES NI A LA HAUTEUR
« La stratégie d'achat et de vente de « crédits de carbone » peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l'émission globale des gaz polluants. Ce système semble être une solution rapide et facile, sous l'apparence d'un certain engagement pour l'environnement, mais qui n'implique, en aucune manière, de changement radical à la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un expédient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs ».
« Les pays pauvres doivent avoir comme priorité l'éradication de la misère et le développement social de leurs habitants, bien qu'ils doivent analyser le niveau de consommation scandaleux de certains secteurs privilégiés de leur population et contrôler la corruption. Il est vrai aussi qu'ils doivent développer des formes moins polluantes de production d'énergie, mais pour cela ILS DOIVENT POUVOIR COMPTER SUR L'AIDE DES PAYS QUI ONT CONNU UNE FORTE CROISSANCE AU PRIX DE LA POLLUTION ACTUELLE DE LA PLANETE.
Le XXIe siècle… est le théâtre d'un affaiblissement du pouvoir des États nationaux, surtout parce que LA DIMENSION ECONOMIQUE ET FINANCIERE, DE CARACTERE TRANSNATIONAL, TEND A PREDOMINER SUR LA POLITIQUE. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent être plus fortes et efficacement organisées, avec des autorités désignées équitablement par accord entre les gouvernements nationaux, ET DOTEES DE POUVOIR POUR SANCTIONNER ».
POLITIQUES NATIONALES ET LOCALES, SOCIETE CIVILE ET DEMOCRATIE
« Face à la possibilité d'une utilisation irresponsable des capacités humaines, PLANIFIER, COORDONNER, VEILLER, ET SANCTIONNER sont des fonctions impératives de chaque État ».
« En certains lieux, se développent des coopératives pour l'exploitation d'énergies renouvelables, qui permettent l'autosuffisance locale, et même la vente des excédents. Ce simple exemple montre que L'INSTANCE LOCALE PEUT FAIRE LA DIFFERENCE alors que l'ordre mondial existant se révèle incapable de prendre ses responsabilités. En effet, on peut à ce niveau susciter une plus grande responsabilité, un fort sentiment communautaire, une capacité spéciale de protection et une créativité plus généreuse, un amour profond pour sa terre ; là aussi, on pense à ce qu'on laisse aux enfants et aux petits-enfants ».
« La société, à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires, doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux. SI LES CITOYENS NE CONTROLENT PAS LE POUVOIR POLITIQUE – national, régional et municipal – un contrôle des dommages sur l'environnement n'est pas possible non plus ».
« Il faut cesser de penser en termes d'« interventions » sur l'environnement, pour élaborer des politiques conçues et discutées par toutes les parties intéressées ».
L'ECONOMIE, LA FINANCE, LE MARCHE ET L'ECOLOGIE
« La politique ne doit pas se soumettre à l'économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d'efficacité de la technocratie… Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et de réformer le système dans son ensemble, réaffirme UNE EMPRISE ABSOLUE DES FINANCES QUI N'A PAS D'AVENIR ET QUI POURRA SEULEMENT GENERER DE NOUVELLES CRISES après une longue, coûteuse et apparente guérison. La crise financière de 2007-2008 était une occasion pour le développement d'une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques, et pour une nouvelle régulation de l'activité financière spéculative et de la richesse fictive. Mais il n'y a pas eu de réaction qui aurait conduit à repenser les critères obsolètes qui continuent à régir le monde ».
« Dans ce contexte, il faut toujours se rappeler que « LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT NE PEUT PAS ETRE ASSUREE UNIQUEMENT EN FONCTION DU CALCUL FINANCIER DES COUTS ET DES BENEFICES. L'environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate ». Une fois de plus, il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l'accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus. Est-il réaliste d'espérer que celui qui a l'obsession du bénéfice maximum s'attarde à penser aux effets environnementaux qu'il laissera aux prochaines générations ? »
« De plus, quand on parle de biodiversité, on la conçoit au mieux comme une réserve de ressources économiques qui pourrait être exploitée, mais ON NE PREND PAS EN COMPTE SERIEUSEMENT, ENTRE AUTRES, LA VALEUR REELLE DES CHOSES, leur signification pour les personnes et les cultures, les intérêts et les nécessités des pauvres ».
UNE « CERTAINE DECROISSANCE » POUR LES PAYS RICHES
« De toute manière, si dans certains cas le développement durable entraînera de nouvelles formes de croissance, dans d'autres cas, face à l'accroissement vorace et irresponsable produit durant de nombreuses décennies, IL FAUDRA PENSER AUSSI A MARQUER UNE PAUSE EN METTANT CERTAINES LIMITES RAISONNABLES, VOIRE A RETOURNER EN ARRIERE AVANT QU'IL NE SOIT TROP TARD. Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n'est pas soutenable, tandis que d'autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine.
C'est pourquoi L'HEURE EST VENUE D'ACCEPTER UNE CERTAINE DECROISSANCE DANS QUELQUES PARTIES DU MONDE, METTANT A DISPOSITION DES RESSOURCES POUR UNE SAINE CROISSANCE EN D'AUTRES PARTIES ».
LA CROISSANCE DURABLE COMME TROMPERIE TECHNOCRATIQUE
« Il s'agit simplement de redéfinir le progrès. Un développement technologique et économique qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie intégralement supérieure ne peut pas être considéré comme un progrès. D'autre part, la qualité réelle de vie des personnes diminue souvent – à cause de la détérioration de l'environnement, de la mauvaise qualité des produits alimentaires eux-mêmes ou de l'épuisement de certaines ressources – dans un contexte de croissance économique. Dans ce cadre, le discours de LA CROISSANCE DURABLE DEVIENT SOUVENT UN MOYEN DE DISTRACTION et de justification qui enferme les valeurs du discours écologique dans la logique des finances et de la technocratie ; LA RESPONSABILITE SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE DES ENTREPRISES SE REDUIT D'ORDINAIRE A UNE SERIE D'ACTIONS DE MARKETING ET D'IMAGE.
QUAND LA QUETE DU PROFIT FAIT DES DEGATS NON PAYES PAR LES ENTREPRISES
« Le principe de la maximisation du gain… est une distorsion conceptuelle de l'économie : si la production augmente, il importe peu que cela se fasse au prix des ressources futures ou de la santé de l'environnement ; si l'exploitation d'une forêt fait augmenter la production, personne ne mesure dans ce calcul la perte qu'implique la désertification du territoire, le dommage causé à la biodiversité ou l'augmentation de la pollution. Cela veut dire que les entreprises obtiennent des profits en calculant et en payant une part infime des coûts ».
Je vais m'en tenir là dans cette sélection de citations qui a pu vous sembler longue mais qui m'a demandé en réalité un effort de réduction tant on trouve du grain à moudre dans ce texte. J'ai laissé de côté les messages religieux, nombreux, documentés, mais qui ne sont pas de mon ressort. Je ne doute pas qu'ils parleront aux croyants, ajoutant peut-être de la force politique aux messages, analyses et propositions du pape.
Je consacrerai le prochain billet, au-delà de cette encyclique, mais en accord avec elle, aux mouvements citoyens appelant à sortir des énergies fossiles. Tel pourrait bien être l'axe principal, même s'il n'est pas le seul, des mobilisations pour le climat en 2015 et sans doute ensuite.
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Tribune internationale d’intellectuels contre la criminalisation des solidarités avec les Palestiniens.
Paris. Mercredi, 23 avril 2025. Je reçois cette tribune contre la criminalisation des solidarités avec les palestiniens, signée par un millier d'intellectuels, de tous pays, dernières consciences vives et créatives de ce monde en perdition, où le colonialisme sioniste exerce le génocide à grande échelle sous blanc-seing des puissances occidentales.
François Burgat, soixante-dix-sept-ans, chercheur à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, directeur de recherche émérite au Centre national de recherche scientifique, islamologue connu et reconnu mondialement, doit comparaître, le 24 avril 2025, devant le tribunal d'Aix-en-Provence pour apologie du terrorisme. Un procès politique. La gouvernance technocratique, engoncée dans l'ignorantisme, ne connaît ni ses travaux ni ses ouvrages. Il est reproché à François Burgat de soutenir, depuis longtemps, que la violence islamique est la conséquence d'une histoire coloniale dont fait partie la création de l'entité sioniste en 1948. Une logique infernale dénoncée par Louis Massignon en son temps. L'islamologue est victime de l'amalgame, savamment entretenu, entre sionisme, idéologie colonialiste, raciste, ségrégationniste, et sémitisme, filiation originelle des juifs et des arabes. Toute condamnation des pratiques génocidaires de la gouvernance israélienne est jugée antisémite. François Burgat ne peut être jugé que sur ses livres, références irréfutables des recherches sur le monde arabe et musulman. L'Islamisme en face, éditions La Découverte, 1995, l'Islamisme à l'heure d'Al-Qaida, éditions La découverte, 2005, Comprendre l'Islam politique, une trajectoire de recherche sur l'altérité islamiste, éditions La Découverte, 2026, entre autres.
«
Tandis que Donald Trump s'attaque aux étudiants propalestiniens de Columbia, dix-huit militants de Palestine Action croupissent dans les prisons britanniques dans l'attente de leur procès. Des universitaires sont licenciés en Amérique et en Europe pour leurs positions éthiques, y compris en Suisse. La nouvelle coalition gouvernante en Allemagne durcit son offensive répressive. En France, le collectif Palestine Vaincra est dissous. Des manifestations sont interdites. Le 18 juin 2025, seront jugés deux membres de Révolution Permanente, dont son porte-parole Anasse Kazib, pour apologie du terrorisme.
En avril 2024, les deux activistes ont été convoqués par la police antiterroriste au même titre que l'avocate Rima Hassan, députée européenne, la présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée nationale Mathilde Panot, et d'autres personnalités. Le recours aux dispositions antiterroristes se banalise dès qu'il s'agit de la cause palestinienne. Entrée dans le code pénal en 2014 au nom de la lutte contre le djihadisme, cette loi permet de condamner des opinions politiques à des peines de prison.
Depuis octobre 2023, cette législation contestée par la Cour européenne des droits de l'homme, et par d'anciens juges comme Marc Trévidic, est actionnée pour réprimer les intellectuels comme François Burgat, étudiants, les syndicalistes comme Jean-Paul Delescaut, les étudiants, les élus locaux qui tiennent un discours différent de la rhétorique gouvernementale. Cette politique pénale s'accompagne d'une véritable persécution qui va jusqu'à la menace dé déchéance de nationalité. Poursuivre le porte-parole d'une organisation nationale est sans précédent. Si cette procédure débouche sur une condamnation, personne, opposant politique ou intellectuel critique, ne sera à l'abri de fichage fantaisiste et de poursuite arbitraire. Le combat contre l'oppression du peuple palestinien est indissociable de la lutte conte la criminalisation des propalestiniens ».
La liste des signataires est impressionnante. La philosophe et mythique combattante pour les droits civiques Angela Davis. Les philosophes Alain Brossat, Alex Callinicos, Antonino Infranca, Alexis Cukier, Christiane Vollaire, Etienne Balibar, Isabelle Garo, Jules Falquet, Lorenzo Menoud, Mathieu Renault, Nancy Fraser, Philippe Nabonnand, Stathis Kouvélakis. Les sociologues Ana Loustaunau, Alain Bihr, Alejandra Oberti, Antonio Carlos Mazzeo, Charles Post, Eric Fassin, Fabio Mascaro Querido, Jesus Ranieri, Kevin Anderson, Laura Meyer, Laurence de Cock, Marcello Musto, Marcelo Langieri, Marnix Dressen-Vagne, Michael Löwy, Miguel Angel Contreras, Nathanael James, Ricardo Antunes, Roberto Ayala, Roland Pfefferkorn. Les anthropologues Léo Manac'h, Théo Milin, Jean-Baptiste Thomas. Les historiens Alain Ruscio, Alessandro Stella, Anita Prestes, Armelle Mabon, David McNally, Elise Voguet, Frédéric Delarue, Frédéric Lordon, Juan Pablo Muñoz, Julien Théry, Laurent Cesari, Ludivine Bantigny, Luiz Bernardo Pericas, Marcel van der Linden, Massimo Modonesi, Sergio Grez, Tariq Ali. Les économistes Bernard Friot, Catherine Samary, Mireille Bruyère, Sofia Manzano, Stefano Palombarini. Les écrivains André Bernold, Andréas Malm, Alain Damasio, Annie Ernaux, Anton Jäger, Denis Robert, Doug Henwood, Eric Vuillard, Françoise Beaune, Françoise Bégaudeau, Jean-Claude Leroy, Joe Allen, Manuel Sandoval, Maria Lucia Barroco, Mona Aljalis, Norman Finkelstein, Richard Seymour, Serge Quadruppani. Les cinéastes Ariane Labed, Catherine Libert, Cédric Durand, Eyal Sivan, Franssou Prenant, Ken Loach, Miguel Valverde, Richard Sanchez Jaillita. Nkosi Zwelivelile Mandela, petit-fils de Nelson Mandela, ambassadeur du Globale Call to Retourn to Palestine, Appel mondial au retour des réfugiés en Palestine. Un nombre important d'universitaires. Les universités, sanctuaires de plus en plus désacralisés, dérégulés, privatisés, derniers refuges de l'indignation, de la protestation, de la rébellion. Les dinosaures des luttes contre la guerre du Vietnam, les vieux soixante-huitards rescapés du libertarianisme, se mobilisent. J'apporte ma griffe. Dans cette bataille, chaque goutte d'encre compte.
Mustapha Saha
Sociologue, poète, artiste peintre
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La joie comme acte de résistance dans un monde qui brûle

Vietnam, le 30 avril 1975 - Il y a 50 ans, une victoire historique, mais à quel prix…
L'indépendance du Vietnam a été proclamée une première fois en août 1945, et nous pourrions bientôt fêter son 80e anniversaire. De Gaulle en a décidé autrement, envoyant un corps expéditionnaire reconquérir sa colonie perdue. L'Indochine a dû subir deux dévastatrices guerres impériales successives, française, puis étatsunienne. Washington a mobilisé tous les moyens à sa disposition pour briser la révolution vietnamienne, certain qu'il l'emporterait – et a été vaincu. L'image est entrée dans l'histoire : le personnel de l'ambassade US à Saïgon exfiltré par hélicoptère. Le 30 avril 1975.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
26 avril 2025
Au moment où ont été signés les accords de Genève, en 1954, avec le gouvernement français de Pierre Mendès-France, le Vietminh était en position stratégique gagnante, les forces françaises ayant été décisivement défaites. Néanmoins, ces accords d'armistices lui ont été particulièrement défavorables. Ce sont les « grands frères » russe et chinois qui lui ont imposé l'abandon d'une grande partie de ses exigences. Il a dû replier ses troupes dans une « zone de regroupement temporaire » au nord du pays, alors que le régime de Saïgon était libre de redéployer son armée au sud.
Une élection devait se tenir sur l'ensemble du territoire, qui aurait vu le triomphe du gouvernement Hô Chi Minh. Bien entendu, elle n'eut pas lieu. Les Etats-Unis et le régime saïgonnais n'avaient même pas signé les accords, se gardant ostensiblement les mains libres. A leurs yeux, la division du pays devait devenir permanente, voire permettre une contre-offensive militaire pour renverser la République démocratique du Vietnam (RDVN). Le gouvernement Mendès-France a passé le relais à Washington en toute connaissance de cause.
Les accords de Genève sont l'un des exemples classiques d'armistices qui débouche sur une division territoriale permanente lourde de tensions purulentes (voir le cas de la péninsule coréenne, devenu un « point chaud » nucléaire) ou sur une nouvelle guerre, bien pire encore que la précédente (dans le cas du Vietnam, précisément).
Dans l'immédiat, le régime saïgonnais profita du repli des forces armées révolutionnaires pour lancer une campagne d'élimination des cadres du mouvement de libération au Sud et s'attaquer à leur base de masse, notamment dans la paysannerie et des tribus montagnardes des Hauts plateaux.
Stopper la dynamique révolutionnaire en Asie du Sud-Est
Les enjeux dépassaient la seule péninsule indochinoise. Washington voulait porter un coup d'arrêt à la dynamique révolutionnaire en Asie du Sud-Est. Il visait par l'ouest la Chine qui s'était déjà retrouvée menacée à l'est, lors de la guerre de Corée (1950-1953) et cherchait à consolider la suprématie mondiale de l'impérialisme US. La seconde guerre du Vietnam devait exemplifier la toute-puissance étatsunienne. L'affrontement au Vietnam est ainsi devenu le point nodal de la situation mondiale où se nouaient les rapports de forces entre révolution et contre-révolution d'une part, ainsi qu'entre blocs ¬dits occidental (Etats-Unis, Europe de l'Ouest, Japon…) et oriental (Chine-URSS).
Bien que bénéficiant d'une base sociale assurée, notamment, par les catholiques venus du Nord, le régime (corrompu et dictatorial) de Saïgon a déçu les attentes de Washington qui a dû s'engager toujours plus avant dans le conflit, jusqu'à mener une guerre totale, sur tous les terrains, d'une ampleur sans équivalent : envoi de centaines de milliers de soldats (les GIs, jusqu'à 550.000 hommes sur le terrain), bombardements en tapis de la République démocratique du Vietnam, contre-réforme agraire au Sud, épanchements massifs de défoliants (l'agent orange, toxique) sur les zones boisées, développement des technologies militaires pour débusquer les combattant.es caché.es dans les tunnels ou repérer les déplacements nocturnes de troupes…
Durant la Seconde guerre d'Indochine, toute la puissance économique et technologique des Etats-Unis a été mobilisée, déversée sur le Vietnam, un pays du tiers-monde de taille moyenne. Cependant, Moscou et Pékin se savaient dans la ligne de mire US, une aide militaire conséquente lui est parvenue, via le frontière chinoise, même durant la Révolution culturelle. Cette aide, aussi importante fût-elle, restait néanmoins qualitativement mesurée. Les armements les plus sophistiqués, qui auraient notamment permis de sécuriser le ciel du Nord-Vietnam, n'ont pas été fournis. Les « grands frères » ne voulaient pas une défaite de la RDVN, qui les aurait menacés, mais voulaient-ils la victoire ou la croyaient-ils possible ?
De l'offensive du Têt en 1968 à la chute de Saïgon
Le conflit a gagné une dimension internationale majeure, tant dans ledit tiers-monde que dans les citadelles impérialistes. Pour les révolutions russes ou chinoises, la solidarité est devenue pleinement d'actualité après la victoire. Pour la révolution vietnamienne (ou algérienne), elle a constitué un élément clé d'une stratégie en perpétuelle adaptation, qui a fini par conduire à la victoire.
La direction vietnamienne a compris l'importance de ce nouveau terrain d'action et le mouvement de libération national s'y est beaucoup investi, tant sur le plan diplomatique que celui de la solidarité militante. Avec beaucoup de savoir-faire, sollicitant tout le spectre politique solidaire. C'était l'une des caractéristiques de sa stratégie d'ensemble.
De quelque région du monde qu'elle s'exprime, la solidarité avait son importance, mais, bien évidemment, dans cette partition, un rôle particulier revenait au mouvement antiguerre des Etats-Unis.
D'aucuns en ont conclu que c'est le mouvement antiguerre qui avait défait Washington, en vue de défendre des thèses « pacifistes » sur l'inutilité de la lutte armée. Anachronisme trompeur. Pendant longtemps, la bourgeoisie étatsunienne a soutenu l'effort de guerre, ainsi que la majorité des scientifiques, chercheurs et ingénieurs appelés à fournir l'armée les technologies dont elle avait besoin. Les usines d'armement tournaient à plein. Les résistances à la guerre se sont certes considérablement renforcées durant la seconde moitié des années 1960, notamment dans la jeunesse. Cependant, pour que la contestation change décisivement de dimension, il a fallu que les pertes militaires deviennent trop lourdes, que le coût économique du conflit devienne trop grand, que la « légitimité » de l'impérialisme US dans le monde soit trop atteinte, que les mouvements d'anciens combattants se renforcent et que la crise politique éclate en 1972 avec le scandale du Watergate, forçant la démission de Richard Nixon.
Pour forcer des pourparlers ouvrant une fenêtre politique favorable à la victoire, après l'offensive du Têt en 1968 (défaite militaire, victoire politique et diplomatique), le mouvement de libération vietnamien a imposé une négociation en face-à-face : la RDVN (République démocratique du Vietnam) et le GRP (Gouvernement révolutionnaire provisoire) au sud d'un côté, les États-Unis et le régime de Saïgon de l'autre, excluant cette fois la présence des grandes puissances « amies » (Moscou, Pékin). Les négociations de Paris se sont ouvertes et se sont enlisées. Cependant, désireux de se désengager progressivement pour répondre à la crise intérieure, Washington a entamé la politique de « vietnamisation », retirant progressivement ses forces armées tout en tentant de consolider le régime saïgonnais. La signature à l'arrachée des accords de Paris, le 27 janvier 1973, a sanctionné le retrait des GIs. Deux ans plus tard, en 1975, l'offensive finale a été lancée, l'armée saïgonnaise s'effondrant. La guerre se termine alors enfin, presque sans combats. Comme un constat.
Trois décennies de guerre
Victoire historique d'une immense portée, mais pour laquelle le peuple vietnamien et les forces de libération ont payé un prix terriblement lourd. Trois décennies de guerre ont épuisé la société, écrasé le pluralisme politique, décimé les cadres implantés au sud, marqué en profondeur les organisations qui ont survécu à l'épreuve (à commencer par le PCV). Le Vietnam s'est libéré, la révolution l'a emporté, mais sous un régime autoritaire. Faute d'avoir été suffisamment soutenue en temps et en heure en 1945, en 1954, en 1968… « Soldat de toute première ligne », le peuple vietnamien a porté un combat dont les luttes populaires dans le monde — celles de ma génération —, ont, oh combien, bénéficié. Le prix payé a été lourd. Il mérite qu'on le soutienne encore aujourd'hui, y compris quand il est réprimé par son propre gouvernement.
Sévèrement défait, Washington n'a eu de cesse de se venger. Il a imposé l'isolement du Vietnam une décennie durant, avec, cette fois, le soutien chinois. A l'heure du grand schisme entre l'URSS et la Chine, Moscou devenait aux yeux de Pékin « l'ennemi principal ». Même si l'aide sino-soviétique (intéressée) avait été d'une très grande importance pour l'effort de guerre vietnamien, l'indépendance d'Hanoï était peu appréciée du régime pékinois. Dans un nouveau contexte géopolitique, le Vietnam s'est rapproché de la Russie, avant de devenir la victime directe des renversements d'alliances internationales, quand les USA et la Chine ont conjointement soutenu les Khmers rouges (!) dans une nouvelle guerre d'Indochine, en 1979. La realpolitik a alors atteint un de ses sommets.
Le Cambodge plongé dans le chaos
La « piste Ho Chi Minh » qui permettait de faire parvenir des armes aux combattants du sud passait en partie par le Laos et l'est du Cambodge, qui, sous l'égide du prince Norodom Sihanouk, n'avait pas été significativement impliqué dans la première guerre d'Indochine. Tout en affirmant sa neutralité, le prince tolérait la présence vietnamienne.
En bombardant massivement le Cambodge et en soutenant le coup d'Etat sanglant de Lon Nol (1969-1970), les Etats-Unis ont précipité dans la guerre et le chaos un royaume qui n'était préparé ni socialement ni politiquement à une « guerre du peuple » ; mais ils ont créé une situation de vide dont les Khmers rouges ont bénéficié. Le 30 avril 1975, ces derniers ont conquis la capitale. Dans la foulée, ils ont intégralement vidé la ville de sa population, en prévision de bombardements US, disaient-ils alors. Cependant, ils envoyaient sur les routes d'un exile intérieur des personnes hospitalisées qui ne pouvait survire à cette épreuve. La réalité est rapidement apparue. Les déporté.es ont été dispersé.es dans le pays, sans espoir de retour. Phnom Penh est devenu une ville Khmer rouge où opérait un centre de tortures soigneusement administré, chaque « interrogatoire » étant archivé.
Que se passait -il ? C'est à ce moment que nous avons réalisé à quel point nous ne savions quasiment rien de ce mouvement composite. Une aile des Khmers rouges avait collaboré pendant la guerre avec les Vietnamiens, de part et d'autre de la frontière. Elle a été victime de purges secrètes permettant à la fraction Pol Pot d'assoir son pouvoir. Il s'agissait d'un courant violemment ethnonationaliste, raciste, notamment antivietnamien. Sa base sociale ? Des tribus montagnardes du nord (la garde prétorienne de Pol Pot) et… l'armée dont il prend le contrôle. Les Khmers rouges ont été qualifiés de communistes radicaux (?) et de maoïstes, mais ils ont tout fait à l'inverse. De retour dans les centres urbain, le PCC s'est empressé de reconstituer une assise ouvrière (créant un statut particulier accordé aux ouvriers des entreprises d'Etat). Il a effectué une véritable réforme agraire et a pris des mesures emblématiques pour les femmes du peuple. Le tout, certes, en consolidant son monopole du pouvoir et son contrôle politique sur la société.
Une révolution cambodgienne n'aurait évidemment pas été le calque de ses consœurs chinoise ou vietnamienne. Mais de quelle révolution parle-t-on ? Paysanne, alors que les Khmers rouges mettent la paysannerie au travail forcé ? Ouvrière, sans aucune implantation, ne serait-ce que semi-prolétarienne ? Bourgeoise, alors qu'ils abolissent la monnaie ? Et comment définir cet Etat ? Par défaut, il a été qualifié dans bon nombre de milieux à gauche d'Etat ouvrier. Pour ma part, en 1985, j'avais avancé la formule d'une « fausse couche » d'un Etat ouvrier à naître. Un débat très alambiqué, c'est le moins que l'on puisse dire.
Et d'ailleurs, de quel Etat parle-t-on ? Dans quelle mesure existe-t-il ? Il est au mieux embryonnaire. Surtout, il n'a pas la base sociale sur laquelle il pourrait se construire. Une armée de paysans s'est coupée de la paysannerie. Devant un tel cas limite, mieux vaut ne pas se précipiter à brandir des concepts. L'histoire « inégale et combinée » de la Seconde guerre d'Indochine a provoqué au Cambodge l'émergence d'une situation chroniquement instable où une armée a mis la population en coupe réglée pour restaurer la grandeur d'antan du royaume, quitte à faire creuser un immense réseau de canaux… sans ingénieurs pour le penser (les intellectuels étant particulièrement visés par le nouveau pouvoir, ayant à sa tête une poignée d'intellectuels).
L'ordre khmer rouge s'est simplement effondré avec l'intervention militaire vietnamienne de décembre 1978-janvier 1979. L'une des raisons qui ont décidé Hanoi à agir était le sort fait aux populations vietnamiennes du Cambodge, menacées de génocide, à l'instar d'autres minorités. Cependant, cette intervention a été vécue par la majorité de la population comme une libération. Toutes et tous les déporté.es ont commencé à rentrer chez eux, spontanément. Le Vietnam a retiré ses troupes (les dernières quittent le pays en 1989), après avoir installé un gouvernement « ami » (mais pas client, comme la suite de l'histoire l'a montré).
Le pouvoir khmer rouge était irrémédiablement instable. Aurait-il pu se consolider à l'ouest et gagner un contenu social avec l'aide de l'armée, des trafiquants et des gangs thaïlandais ? Dans une telle hypothèse, il serait devenu bourgeois. Politique fiction.
La perspective qui aurait donné une chance progressiste à une révolution cambodgienne aurait été de l'inscrire dans une solidarité indochinoise, avec le Laos et le Vietnam. Un pan du mouvement khmer rouge y était peut être favorable. Le risque de se voir dominé par Hanoi était réel, mais rien ne pouvait être aussi terrible que ce qui s'est passé – des centaines de milliers de victimes – et qui a provoqué un profond trauma historique dont l'empreinte marque encore, insidieusement, le Cambodge d'aujourd'hui.
La Fédération socialiste des Etats indochinois n'a pas vu le jour. Ils étaient nombreux à ne pas le vouloir : Pol Pot, Pékin, Washington, l'ONU et Sihanouk qui s'est laissé instrumentaliser par la Chine et les Etats-Unis en donnant un vernis de légalité internationale à la sale guerre de 1979.
La guerre sino-vietnamienne
Les Khmers rouges polpotiens revendiquaient des droits historiques sur le delta du Mékong et avaient multiplié des incursions meurtrières en territoire vietnamien, avant qu'Hanoi ne décide de l'invasion de 1978.
En réponse au renversement du régime khmer rouge par Hanoi, la Chine a décidé d'une « expédition punitive » en février-mars 1979. Elle a duré un mois. La frontière, longue de 750 kilomètres, est pour l'essentiel montagneuse. L'armée chinoise a mené une attaque frontale à l'assaut des cols, appuyée par un barrage d'artillerie et des chars. Elle est arrivée à pénétrer en territoire vietnamien, mais l'opération s'est soldée par un double échec.
Un échec militaire, d'abord. La désorganisation de l'armée chinoise et ses défaillances (dans le renseignement ou la coordination du commandement) a surpris. Elle misait sur le fait qu'une grande partie des forces régulières vietnamiennes étaient au Cambodge, mais les milices locales se sont révélées capables de contrer l'offensive déclenchée par Pékin. La mise en évidence de ces incuries a ouvert une crise au sein de la direction du PCC. La modernisation en profondeur de ses conceptions et de son appareil militaire restait à faire.
Echec stratégique aussi. Hanoi n'a pas replié de troupes du Cambodge pour renforcer ses défenses au Nord-Vietnam. Pas de trêve pour les protégés khmers rouges de Pékin.
Le conflit sino-soviétique
La crise sino-khméro-vietnamienne représente l'un des points culminants du conflit sino-soviétique, sanctionnant aussi un spectaculaire retournement d'alliances internationales.
Les rapports entre Pékin et Moscou ont toujours été lourds de suspicions et tensions. La révolution chinoise s'était imposée (de même qu'au Vietnam) à l'encontre du partage des zones d'influence négocié entre les Etats-Unis et l'URSS à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Staline avait enjoint Mao de ne pas renverser le régime de Tchang Kai-check. Il voulait préserver son contrôle sans partage sur le mouvement communiste international. Enfin, question particulièrement litigieuse, il refusait à la Chine l'accession à l'arme nucléaire.
La Chine a fait les frais de la politique de coexistence pacifique préconisée par Nikita Khrouchtchev, qui soutint l'Inde lors du conflit sino-indien de 1962, dans la chaîne himalayenne. Il mit brutalement un terme à l'assistance technique assurée à l'économie chinoise. Le rapprochement entre Moscou et Washington se fit clairement aux dépens des Chinois. La rupture est définitivement consommée en 1969, avec les guerres frontalières sino-soviétiques.
Le schisme dudit « camp socialiste » a donné la main à Washington, libre de jouer l'un contre l'autre. En 1971, Henry Kissinger s'est secrètement rendu en Chine pour préparer la venue de Richard Nixon à Pékin, en 1972 – qui, dans la foulée, se rendra de nouveau à Moscou aussi.
Les conséquences délétères du conflit interbureaucratique sino-soviétique se sont fait sentir dans le monde entier. La victoire vietnamienne de 1975 ouvrait néanmoins une fenêtre d'opportunité, Washington n'étant alors plus en mesure d'intervenir militairement massivement à l'étranger. La crise sino-indochinoise de 1978-1979 annonce, pour sa part, le changement de période des années 1980 qui a vu ma génération militante défaite dans les « trois secteurs de la révolution mondiale » (tiers-monde, pays de l'Est, pays impérialistes).
Guerre et révolution (brèves notes complémentaires)
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'occupant japonais a détruit l'administration française, avant d'être lui-même défait sur le théâtre des opérations du Pacifique. Le Vietminh profite de ce bref « moment favorable », qu'il avait anticipé, pour déclarer l'indépendance. Il agit très rapidement et garde l'initiative politique, mais dans une situation fragile. Ses capacités militaires sont faibles et son autorité contestée, surtout de la part de sectes religieuses et de mouvements nationalistes anticommunistes.
Révolution sociale et réforme agraire
Avec l'accord de la Chine de Tchang Kaï-chek, le corps expéditionnaire français a bombardé le port d'Haiphong au nord du Vietnam en 1946. C'est ainsi qu'a commencé la première guerre du Vietnam. Les offres de négociations d'Hô Chi Minh ont été rejetées. Comme en témoigne un discours de Vo Nguyen Giap, à son retour de Paris, cette éventualité avait été prise en compte par la direction du Parti communiste vietnamien.
Vu le rapport des forces militaires, cette guerre a pris la forme d'une guerre révolutionnaire prolongée. Elle mobilise dans ce cadre la paysannerie. Le patriotisme ne suffit pas. L'appel à la réforme agraire s'avère indispensable. Dorénavant, libération nationale et révolution sociale sont imbriquées. Ce sera le socle permettant d'inscrire la résistance dans la longue durée.
Il y a des « modèles » stratégiques. Cependant, une stratégie doit prendre en compte l'évolution de la situation, les réactions de la force ennemie, le résultat des phases précédentes de la lutte... Dans la réalité, une stratégie concrète évolue et combine souvent des éléments qui appartiennent à des « modèles » différents. Les Vietnamiens n'ont cessé d'adapter leur stratégie.
Une stratégie combine des formes de luttes de nature différente. L'adaptabilité stratégique, c'est aussi savoir arrêter la lutte armée quand elle ne répond plus à une nécessité.
Une décision difficile
Après 1954, la relance de la résistance armée contre le régime saïgonnais a tardé. Cette décision, progressivement mise en œuvre dans la seconde moitié des années 1950, de la reprise de la lutte armée n'a pas dû être facile à prendre, sachant que cette fois, ce seront les Etats-Unis qui entreront en lice. Mais quelle était l'alternative ? Accepter a minima la division du pays ad vitam æternam, comme en Corée. Abandonner sans soutien les réseaux militants et les bases sociales du mouvement de libération au Sud, face à une dictature sans scrupule aucun. Laisser l'initiative à Washington, s'il décidait de s'attaquer à la République démocratique du Vietnam.
La perspective de l'émancipation sociale et démocratique
Quand des secteurs sociaux significatifs entrent en résistance armée, c'est que la violence des pouvoirs établis était insupportable. La guerre populaire ouvre (potentiellement) une dynamique d'émancipation sociale, qui risque cependant de s'épuiser quand elle dure longtemps. En Asie, où des conflits n'ont jamais cessé, la question posée n'est pas seulement historique. Des réponses concrètes doivent alors sans cesse être apportées à un double problème : comment éviter que des groupes armés ne dégénèrent (cela arrive…) ? Comment défendre concrètement, la liberté démocratique de décision et les droits des communautés populaires ou montagnardes que les combattant.es sont censés protéger ? Nous bénéficions d'expériences très riches en la matière, notamment avec nos camarades de Mindanao, au sud de l'archipel philippin.
En Birmanie, quand la junte militaire s'est emparée il y a quatre ans de l'entièreté du pouvoir, on peut dire que le pays (quasi) entier est entré en désobéissance civique, non violente. La junte aurait pu être renversée, pour peu que la « communauté internationale » lui apporte son soutien en temps et en heure. Ce ne fut pas le cas, une fois encore. Et la répression a fini par forcer la résistance dans la plaine centrale à rejoindre la lutte armée portée, notamment, par des minorités ethniques. Là encore, il ne s'est pas s'agit d'un choix a priori, mais d'une obligation.
Pierre Rousset
P.-S.
• Version longue, considérablement développée, a été mise en ligne le 26 avril 2025.
La première version, courte, était parue dans l'Hebdo L'Anticapitaliste - 751 (24/04/2025). Publié le Mercredi 23 avril 2025
https://lanticapitaliste.org/arguments/international/dun-colonialisme-lautre
https://lanticapitaliste.org/arguments/international/guerre-et-revolution
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1er mai 2025 – Journée internationale des travailleuses et travailleurs
Les mesures d'austérité fragilisent notre société, affectant en premier lieu les populations les plus vulnérables. Sous prétexte de rationalisation budgétaire, nos gouvernements procèdent à des coupes systématiques dans les services publics essentiels, affaiblissant ainsi le filet social et accentuant les inégalités.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement du Québec a fait le choix politique de l'austérité. La mise à jour économique de novembre dernier a confirmé que la province allait bel et bien être plongée dans un cycle de compressions budgétaires affectant ainsi directement la grande majorité de la population.
Pourtant, il n'y a pas si longtemps, ce même gouvernement caquiste avait préféré appliquer des baisses d'impôts et distribuer des chèques de centaines de dollars plutôt qu'investir dans les services publics et des programmes sociaux qui profitent à toutes et à tous.
Si le gouvernement a fait le choix de l'austérité, ce n'est certainement pas celui des travailleur-se-s. C'est un film dans lequel le Québec a déjà joué et dont les grands gagnants sont les mêmes qui votent ces mêmes mesures d'austérité : les riches.
À ce contexte provincial s'ajoute évidemment l'élection fédérale qui pointe à l'horizon. Quel sera le parti qui prendra le pouvoir et quelles seront ses grandes orientations ? Impossible également de passer sous silence la grande incertitude dans laquelle Donald Trump plonge le monde entier, y compris nous.
Pour cette édition de la Journée internationale des travailleuses et travailleurs, le message est sans équivoque : Toujours debout contre l'austérité.
– L'austérité et l'atteinte aux droits
– L'austérité et la fragilité des travailleur-se-s à statut précaire
– L'austérité et l'effritement des filets de protection sociale
– L'austérité et la dégradation des services publics
Activités
De nombreuses activités se tiendront aux quatre coins du Québec. Consulter la liste ci-dessous pour connaître les activités dans votre région. Des mises à jour sont apportées fréquemment.
Abitibi-Témiscamingue - Nord-du-Québec
Saguenay - Lac-St-Jean - Chibougamau-Chapais
Matériel à télécharger
Affiches pour la région de Montréal
Affiches nationales (avec espace blanc en bas)

Le Canada vote... pour plus de pétrole
Candidats au poste de Premier ministre du Canada lors des élections fédérales du 28 avril, le libéral Mark Carney et le conservateur Pierre Poilievre rivalisent d'arguments en faveur des énergies fossiles.
Tiré de Reporterre.
Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète, mais visiblement, les deux principaux candidats au poste de Premier ministre n'ont pas reçu le mémo. Dans leurs programmes, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, et celui du Pari libéral, Mark Carney — chef du gouvernement depuis la démission de Justin Trudeau le 14 mars — misent davantage sur l'extraction d'énergies fossiles que sur l'environnement pour le futur du pays. Les électeurs trancheront entre ces deux projets lors des élections fédérales, lundi 28 avril.
Le Canada est le quatrième producteur de pétrole brut au monde et sa production était en hausse de plus de 4 % en 2024, avec près de 300 millions de mètres cubes produits.
Pierre Poilievre, le « Trump du Nord »
Le second candidat dans les intentions de vote, Pierre Poilievre, a fait du pétrole un socle de son programme électoral. Les conservateurs veulent accélérer l'autorisation des nouveaux projets pétroliers pour qu'ils soient validés en moins de six mois, comptent supprimer le plafond d'émissions de gaz à effet de serre (jugé « destructeur d'emplois »), ainsi que le volet industriel de la taxe carbone, qui impose le principe du pollueur-payeur aux grandes industries du pays. Le message conservateur, nimbé de patriotisme économique, se résume ainsi, sur leur site internet : exploiter les ressources « afin que nous puissions être forts et autonomes, voler de nos propres ailes et tenir tête aux Américains ».
Ce programme n'est pas une surprise. Pierre Poilievre, que beaucoup qualifient de « Trump du Nord », est né à Calgary (Alberta), berceau de l'industrie pétrolière dans le pays, et les provinces qui vivent de l'or noir lui sont acquises. Les effets de ses politiques s'annoncent dévastateurs.
D'après le site spécialisé Carbon Brief, une victoire des conservateurs pourrait causer l'émission de près de 800 millions de tonnes de CO2 supplémentaires au cours de la prochaine décennie, soit l'ensemble des émissions annuelles du Royaume-Uni et de la France réunis. La facture est estimée à 150 milliards d'euros de dommages climatiques.
Mark Carney, l'ex-champion du climat converti au pétrole
Ne comptez pas sur son principal concurrent, Mark Carney, qui le devance d'une courte tête dans les sondages, pour sortir le Canada de sa dépendance à l'or noir. Dans son programme, qui insiste pourtant sur « le potentiel illimité » du pays en matière d'énergie propre et abordable, il prône « une extraction des minéraux et des métaux » accélérée et « le renforcement de la production de pétrole et de gaz », considérés comme « l'épine dorsale » de la richesse canadienne. Objectif : « construire l'économie la plus forte du G7 » sans perdre de vue « l'impact [...] sur nos enfants et nos petits-enfants ». Un grand écart climatique réservé aux professionnels, à ne pas tenter à la maison.
Mark Carney justifie, lui aussi, ce penchant pour le tout-fossile en raison de la relation, désormais conflictuelle, avec les États-Unis. Ceux-ci dépendent du pétrole canadien, bien que Donald Trump n'ait de cesse de répéter qu'ils n'ont besoin de rien en provenance de leur voisin du nord. Face à cette situation, Carney assure que les oléoducs sont devenus des « enjeux de sécurité nationale », car si le Canada finit par ne plus pouvoir exporter de pétrole aux États-Unis, il en faudra d'autres pour amener les énergies fossiles de l'ouest du pays, où elles sont principalement produites, vers l'est, pour exporter ces combustibles outre-Atlantique.
Avant de remplacer Justin Trudeau à la tête du pays, l'ex-gouverneur de la Banque d'Angleterre (2013-2020) véhiculait pourtant une image de champion du climat. Il a notamment été l'envoyé spécial sur le financement de l'action climatique aux Nations Unies et était considéré comme un apôtre de la « finance verte », qui favorise l'investissement des banques dans la transition énergétique.
- « Tout politicien qui veut gérer le Canada doit devenir propétrole s'il veut gagner »
Mais dès son élection au titre de chef du Parti libéral, le 9 mars, sa première décision, pour se dissocier de son prédécesseur Justin Trudeau, a été de supprimer la taxe carbone pour les consommateurs. Celle-ci, qui représentait 0,17 dollar canadien (0,11 euro) par litre d'essence acheté à la pompe (mais n'était pas payée dans toutes les provinces), était vivement critiquée par Pierre Poilievre. Elle était aussi perçue par certains comme un symbole de la déconnexion du Parti libéral sur la question du coût de la vie et contribuait à l'impopularité des libéraux dans l'Ouest.
Lors des élections de 2021, l'environnement faisait partie des principales priorités des électeurs et les partis s'étaient entendus, cette même année, pour voter une loi visant à rendre le pays neutre en carbone en 2050. La guerre commerciale en cours entre le Canada et les États-Unis et les envies de Donald Trump d'absorber le Canada ont-elles empêché que l'environnement ne s'impose comme un thème majeur de la campagne cette fois-ci ?
Le contexte a en effet changé, estime Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la chaire de gestion de l'énergie de HEC Montréal, mais l'apathie climatique était déjà bien perceptible auparavant. « Il y a des gens qui ne sont pas repoussés par le concept d'action climatique, mais qui ne veulent pas réellement agir, dans les faits, constate-t-il. On l'observe dans l'opposition à la taxe carbone lancée par Justin Trudeau, particulièrement dans l'ouest du pays. »
Et comment faut-il comprendre la mue de Mark Carney en amoureux du pétrole ? Est-ce simplement pour s'assurer de ne pas perdre trop de voix dans l'ouest du pays, avant un retour à la raison climatique une fois élu ? « Tout politicien qui veut gérer le Canada doit devenir propétrole s'il veut gagner. Mais s'il est honnête sur son ambition de faire du Canada un pays neutre en carbone, Mark Carney ne peut compter uniquement sur la captation de carbone, sur laquelle il insiste beaucoup : il faut réduire drastiquement les émissions de CO2 », dit Pierre-Olivier Pineau.
Le Canada a promis de faire baisser ses émissions de gaz à effet de serre de 40 à 45 % sous le niveau de 2005 d'ici 2030. Pour l'instant, il est loin du compte : elles n'ont baissé que de 8,5 %. Et quel que soit le vainqueur, lundi 28 avril au soir, il ne faut pas s'attendre à voir la courbe plonger.

Jour de la Terre 2025 : prise de parole
Si vous êtes toustes réunis ici aujourd'hui, c'est que le sort de notre terre vous préoccupe. Une préoccupation qui habite certaines personnes plus que d'autres, MAIS pas assez les pensées de notre premier ministre semble-t-il !
Mais nous, on la porte cette responsabilité, cette charge mentale qui nous pousse à agir. Agir au quotidien et dénoncer ici aujourd'hui l'inaction d'une élite politique et capitaliste qui ne la vit pas, cette charge mentale, l'écoanxiété des jeunes, l'inquiétude des mères, la charge mentale verte.
Cette charge mentale verte est fortement liée à la subsistance et à la gestion du foyer : manger sainement sans se ruiner, limiter ses déchets, limiter les contaminants et produits toxiques, acheter en vrac, préparer des repas bio, faire soi-même les produits ménagers, magasiner dans les friperies…vous me voyez venir : cette charge est principalement portée par les femmes.
Les rôles sociaux leur attribuent déjà la planification et l'organisation, et là on ajoute la charge morale d'être garantes de la conduite écoresponsable des ménages.
Il faut bien comprendre que le problème ce n'est pas la charge mentale verte, c'est sa non-reconnaissance, sa non-valorisation, le non-choix de la porter et le non-partage équitable qui représente une surcharge pour les femmes.
Il faut en finir avec des solutions qui font porter le fardeau aux femmes de transformer leurs comportements et leurs habitudes, ou qui impliquent le travail d'autres femmes dans des positions vulnérabilisées.
Notre avenir est collectif, donc cette charge doit l'être et ce sont nos gouvernements qui doivent agir ! On en a marre de se faire présenter la destruction des écosystèmes, la pollution et les impacts sur notre santé comme des dommages collatéraux obligés. On veut une société basée sur les valeurs féministes qui place l'économie au service du vivant !
On a le droit de vivre dans un environnement sain et respectueux des humains, des communautés et de la biodiversité ; et il est temps que nos ambitions soient entendues et répondues collectivement.
Aujourd'hui, nous sommes des centaines à montrer notre rapport de force, mais le 18 octobre, en solidarité avec les femmes du monde entier qui subissent les effets de la crise climatique de façon disproportionnée, sous serons des milliers dans la rue, devant ce même parlement, pour la Marche mondiale des femmes. Des milliers pour dénoncer le capitalisme responsable de la crise climatique et de l'effondrement de la biodiversité au détriment de la santé et de la vie des populations et celles des prochaines générations.
Merci d'être nombreux et nombreuses aujourd'hui et je vous invite à venir en grand nombre le 18 octobre, pour la Marche mondiale des femmes, car nous marcherons pour le droit de vivre dans un environnement sain et respectueux des humains, des communautés et de la biodiversité.
Nous marcherons pour affirmer que notre solidarité est plus forte que jamais.
Nous sommes en lutte pour transformer le monde, il en a urgemment besoin.
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24 avril, journée de solidarité féministe contre les entreprises transnationales
Le 24 avril, les féministes du Québec se mobilisent pour la journée de solidarité féministe contre les entreprises transnationales, en réponse à l'appel de la Marche mondiale des femmes. Cette journée commémore l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013, qui a tué plus de 1 100 personnes, principalement des femmes. Elle vise à dénoncer l'exploitation du travail des femmes et la destruction de l'environnement. Cette année, des actions décentralisées ont lieu partout sur le territoire. Pour soutenir ces actions, la CQMMF a publié divers outils, dont des vignettes sur l'industrie du textile, un tract de sensibilisation et une déclaration.
Déclaration
Le 24 avril 2013, l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh a tué plus de 1 100 personnes, majoritairement des femmes, en a blessé des milliers d'autres et mis en lumière les conditions de travail inhumaines imposées par les grandes entreprises transnationales. Cette tragédie nous rappelle que les femmes subissent de plein fouet les effets d'un modèle économique archaïque qui place le profit au-dessus de toute considération humaine et de l'environnement. Ce système engendre des violences systémiques : exploitation de la main-d'œuvre, destruction des écosystèmes, violation des droits fondamentaux.
Chaque 24 avril, la Journée de solidarité féministe contre les entreprises transnationales est l'occasion de dénoncer ces injustices, en mémoire des personnes décédées au Rana Plaza.
Au Québec, les militantes de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) rappellent que ces violences perdurent, sous diverses formes : conditions de travail précaires, accaparement des ressources, pollution des territoires — particulièrement ceux des communautés autochtones — et absence de reddition de comptes des grandes entreprises.
Les femmes sont en première ligne des crises environnementales en subissant les conséquences de manière disproportionnée. C'est pourquoi notre féminisme est résolument écologique. Nous exigeons un environnement sain, une justice climatique et sociale, ainsi qu'une transition juste qui respecte les droits de toutes et de tous, sans laisser personne derrière.
Dans le contexte actuel de campagne électorale fédérale, nous lançons un appel urgent à toutes et tous : où sont les engagements en matière de justice environnementale et sociale ? Alors que la planète vit une crise climatique sans précédent, les enjeux environnementaux sont relégués aux marges du débat, noyés dans les discours sur les baisses de taxes, l'inflation, les tarifs et surtout d'une relance économique qui oblitère les mises en garde scientifiques sur l'exploitation de nos ressources et qui, à terme, exacerbera les crises sociales et environnementales.
Une relance économique où la tarification du carbone recule, avec son abolition envisagée pour les consommateurs, et même la possibilité d'éliminer le prix du carbone pour l'industrie, favorisant ainsi les grands pollueurs. Une relance économique où les projets pétroliers et gaziers refont surface. Une relance économique où les cibles climatiques sont floues ou carrément absentes, et où l'on semble refuser de reconnaître, consciemment ou inconsciemment, la responsabilité humaine dans les changements climatiques, et ce, allant jusqu'à proposer le retrait du Canada de l'Accord de Paris.
Nous exigeons que nos choix d'une société respectueuse et nos valeurs féministes soient pris au sérieux et que l'on cesse la promotion d'un développement économique qui exploite le travail des femmes et l'environnement. Cela implique de dire non à l'exploration et l'exploitation pétrolière et gazière sur le territoire québécois. Cela implique aussi de mettre fin aux subventions des énergies fossiles, encore défendu directement ou indirectement par l'inaction. Cela implique de penser à l'avenir avec un projet et une vision de société digne pour les prochaines générations.
Et cette lutte prendra la rue. Le 18 octobre prochain, lors de la 6e action de la Marche mondiale des femmes 2025, des milliers de féministes marcheront dans les rues de Québec -et partout dans le monde- pour dénoncer tous les enjeux qui touchent les femmes : le droit des femmes de vivre en paix et en sécurité, l'accès aux services publics gratuits et de qualité, le droit de décider pour nous-mêmes, un revenu décent et des conditions de travail sécuritaires, un environnement sain.
À toutes les électrices et tous les électeurs : interrogez les partis, lisez leurs plateformes, posez des questions. Refusez le silence. Notre avenir, et celui de nos enfants en dépend.
Et à toutes les femmes du monde qui luttent encore pour leur dignité et leurs droits : vous n'êtes pas seules.
En solidarité,
Julie Antoine, Coalition féministe contre la violence envers les femmes et porte-parole de la Marche mondiale des femmes 2025 au Québec
Emilia Castro du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale et porte-parole de la Marche mondiale des femmes 2025 au Québec
Pénélope Guay, Maison communautaire Missinak et porte-parole de la Marche mondiale des femmes 2025 au Québec
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Les États généraux du syndicalisme : Entrevue avec Éric Gringras, président de la CSQ
Après avoir connu deux décennies de vaches maigres, le mouvement syndical québécois semble reprendre de la vigueur, depuis la pandémie. La victoire du Front commun de 2023, qui a réussi à obtenir une convention collective décente, est probablement le meilleur exemple de ce retour en force.
Dans la foulée de ce grand mouvement, plusieurs mobilisations à plus petite échelle ont aussi portées fruit, avec des ententes de principe avantageuses adoptées au municipal, au provincial, ainsi que dans le secteur privé, surtout dans les domaines de la construction et de l'hôtellerie.
Mais des nuages s'accumulent à l'horizon. Plusieurs membres de la fonction publique et parapublique demeurent sans contrat de travail.
Et si la CAQ est légèrement moins pingre que Parti libéral de Philippe Couillard, qui n'aurait jamais accepté la hausse salariale de 17,4% obtenue par le Front commun, son antisyndicalisme primaire s'exprime avec encore plus d'agressivité.
Alors que son prédécesseur, connu pour sa froideur comptable, agissait avec plus de retenue, François Legault affiche ouvertement son arrogance de gros boss d'entreprise et tente de supprimer toutes les instances démocratiques au sein de l'État. C'est ainsi qu'il a aboli les commissions scolaires (loi 40), saboté la CNESST (loi 59) et accéléré la centralisation en santé, ainsi qu'en éducation (lois 15/23). Son ministre du Travail cherche maintenant à limiter le droit de grève avec le projet de loi 89.
Face à cette attitude altière du gouvernement, les syndicats proposent un exercice axé sur le dialogue et la coopération, pour continuer d'alimenter l'élan positif amorcé depuis quelques années dans le monde du travail. C'est ainsi qu'ont débuté les états généraux sur le syndicalisme, auxquels toutes les grandes organisations sont conviées. Je m'entretiens avec Éric Gingras, président de la CSQ, sur sa participation à cet évènement historique.
Côté politique, la montée de l'extrême droite était beaucoup moins prononcée, il y a à peine dix ans, il faut le prendre en compte. On a senti un vent de positivisme par rapport à nos actions pendant le Front commun, mais il risque d'y avoir une réaction politique hostile.
23 avril 2025 | tiré de la lettre de l'Aut'journal
Pour retrouver les documents des États généraux du syndicalisme : https://syndicalisme.com
Orian Dorais : En commençant, Éric, est-ce que c'est la CSQ qui a convoqué ces états généraux ?
Éric Gingras : L'organisation d'états généraux est une tradition bien ancrée dans l'histoire des quatre grandes centrales, depuis maints congrès. Cette fois-ci, il faut donner à César ce qui est à César et souligner que la FTQ a amorcé l'exercice.
Mais dans le passé, nous avons parfois pris cette initiative, la CSN aussi, tout dépendant des éditions. Maintenant que le processus est entamé, toutes les organisations sont très actives pour favoriser le bon déroulement des activités, qui vont s'étaler sur un an et demi.
O. D. : Et quels sont les objectifs de la CSQ durant tous ces mois de délibérations ?
É. G. : Les neuf associations syndicales (CSQ, FTQ, CSN, CSD, APTS, FIQ, FAE, SPGQ, SFPQ) qui participent ont les mêmes objectifs et nous nous sommes entendus sur un protocole. On veut arriver avec des propositions tangibles pour renforcer le syndicalisme, pas juste avec des grandes déclarations de principes.
Tout va être sur la table : notre rapport aux membres, aux gouvernements, à la société civile, notre approche des communications, notre culture organisationnelle, les relations de travail et notre vision de la démocratie syndicale. J'ai pas besoin de vous dire que le monde du travail change à grande vitesse, avec les nouvelles technologies et le numérique, qui prend toujours plus de place.
O. D. : À ce propos, est-ce que vous allez aborder le projet de loi 89 pendant les états généraux ?
É. G. : C'est certain. La CSQ, la FTQ et la CSN se sont coordonnées pour déposer des mémoires sur le PL89, en commission parlementaire. Tous arrivaient à la même conclusion : le texte proposé n'est pas nécessaire et risque fortement d'être déclaré inconstitutionnel, car il est contraire à l'arrêt Saskatchewan de la Cour suprême du Canada, qui protège le droit de grève au pays.
Le ministre Boulet veut se donner les pouvoirs d'encadrer ce droit, en s'arrogeant l'autorité de mettre fin aux conflits de travail qui menaceraient les « services minimums » à la population.
Nous avons consulté des spécialistes ressources humaines, des experts en relations industrielles qui enseignent à l'université, et ils s'accordent pour dire que le projet de loi ratisse beaucoup trop large. Sa définition des services nécessaires est à ce point vague que le gouvernement peut, au final, intervenir dans une majorité des négos.
On reconnait qu'il faut protéger les services essentiels, mais ces derniers sont définis par l'Organisation mondiale du Travail. Est-ce que Jean Boulet en connait plus que l'ONU ? Il semble le croire, car il veut redéfinir et élargir les critères de ce qui compte comme un service essentiel.
Le gouvernement prétend que sa loi va passer le test des tribunaux, parce qu'il se base sur l'article 107 du code du travail fédéral, celui qui a permis de forcer un retour au travail à Postes Canada. Sauf que cet article de loi est aussi attaqué en justice et les experts pensent qu'il va tomber ! La loi 89 va le suivre de près et la CAQ ne peut pas l'ignorer.
La CSQ ne proposera pas d'amendements à une législation que nous jugeons illégitime, nous demandons au ministre de la retirer. Nous craignons qu'elle soit adoptée unilatéralement par le gouvernement, sans dialogue social. Le cas échéant, nous allons l'attaquer immédiatement, mais, pendant des années de procédures judiciaires, les syndicats ne pourront plus lutter à armes égales. On y voit un peu la vengeance de la CAQ sur le secteur public, après les succès du Front commun.
O. D. : Malgré ces vents contraires, est-ce que vous abordez les états généraux avec confiance ?
É. G. : Oui, quand même. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve, avec la CAQ au provincial, ni ce qui nous attendrait avec un Pierre Poilièvre au fédéral, ou même avec Mark Carney, dont on ne connaissait que le nom au déclenchement des élections.
Plus que jamais, il faut se reposer sur la solidarité intersyndicale, qui est très forte. Ça fait 25 ans que je m'implique dans différentes instances, dont quatre ans comme président de la CSQ, et je peux dire que le lien fort qui unit nos différentes associations fait chaud au cœur. On continue la lutte.
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L’aggiornamento raté du pape François
Jorge Mario Bergoglio, connu durant ses dernières années sous le nom de Pape François, est décédé. Il fait partie du rituel social, dans le contexte d'un décès, de rendre un hommage débridé à la personne, sincèrement ou hypocritement, ou de la dénigrer par rancœur. Dans le cas d'une personnalité devenue rien moins que le pape à l'ère de la polarisation, le clivage qui organisera son hommage sera le binôme fascisme ∕progressisme.
Tiré de Viento Sur
23 avril 2025
Brais Fernandez
Cependant, au-delà de l'étouffement provoqué par l'hyperpolitique, une brève réflexion est possible sous un autre angle. Le pape François a été nommé pontife dans un contexte de crise historique pour l'Église catholique. Bien qu'elle ait conservé de grandes propriétés et des concordats avec de multiples États, la crise de l'Église a des racines sociales et politiques profondes. Convertie en Occident en un front de sectes réactionnaires de riches, fondée davantage sur l'« ascription par distinction » que sur l'adhésion à une foi militante ou à une éthique chrétienne, l'influence hégémonique de l'Église n'a cessé de décliner.
Le pouvoir idéologique de l'Église en tant qu'institution provenait de sa capacité à se structurer comme institution particulière. Si les partis ouvriers et les syndicats fonctionnaient, avec toutes leurs limites, comme un embryon prométhéen d'un nouvel État à venir, l'Église fonctionnait comme un para-État complémentaire, capable de contenir toutes les classes, bien que dirigé par une caste réactionnaire. Mais sans comprendre ce caractère de contenant multi-classes, on ne peut comprendre ni sa fonction de domination, ni les fissures émancipatrices qui l'ont traversée au cours du XXe siècle. Sa capacité à générer du consensus reposait sur une combinaison de coercition dans la sphère morale et d'habitudes de vie dans les classes populaires, capables d'établir un lien politique.
Ces contradictions de classe qui traversent l'Église au cours du XXe siècle se sont exprimées très tôt - le bolchevisme blanc en Italie dans les années 1920, l'opposition de certains secteurs catholiques populaires au fascisme malgré la complicité et la passivité des dirigeants, l'expérience des prêtres ouvriers - et ont enfin explosé dans le feu de la vague révolutionnaire des années 1960, autour de la bataille soulevée par la théologie de la libération, qui cherchait à renouveler le christianisme et à se lier à la volonté de liberté des classes ouvrières et populaires.
Ce mouvement exceptionnellement chaleureux, riche et créatif a été écrasé par une alliance entre la hiérarchie de l'Église, dirigée par un anticommuniste militant nommé Karol Wojtyła, et les oligarchies réactionnaires locales. La restauration de l'ordre ancien dans l'Église a été célébrée comme une grande victoire pour les secteurs conservateurs, mais elle a eu des effets inattendus. Loin de restaurer l'ancien pouvoir de l'Église, elle a accéléré la dissolution des liens entre l'Église et les classes subalternes ; le rôle de l'Église a été progressivement réduit, remplacé par d'autres appareils idéologiques plus adaptés à la logique culturelle du capitalisme tardif. Le paradoxe est que, malgré les illusions du libéralisme progressiste, le déclin du catholicisme ne s'est pas accompagné de la disparition de la religion en tant que facteur politique : limitée à l'Occident, la montée de l'évangélisme a été le contrepoint inattendu de ce processus.
Dans une certaine mesure, l'élection d'un pape jésuite, argentin, philopéroniste, au discours nettement progressiste, a constitué une tentative de réponse à ce déclin. Cependant, cette tentative a été tardive et à contre-courant, discordante avec l'époque. Non pas tant parce que ses critiques du capitalisme, du bellicisme, ses appels à l'environnementalisme ou sa défense des migrants sont déplacés - au contraire, ils n'ont peut-être jamais été aussi pertinents - mais parce que le facteur décisif de tout processus de transformation réside dans la capacité à transformer les idées en force sociale. En ce sens, comme nous l'avons expliqué plus haut, la montée d'un pape comme François est intervenue après la liquidation du grand courant révolutionnaire qui a traversé le christianisme au cours du XXe siècle : la théologie de la libération.
La meilleure réflexion que j'ai entendue au sujet du pape a peut-être été formulée par un théologien de la libération dans un hommage à Gustavo Gutiérrez : « Le pape n'est pas l'un d'entre nous, mais il ne serait pas possible sans nous ». Cette phrase contient une revendication de l'héritage des vaincus, une reconnaissance tardive de l'exemple militant et révolutionnaire des milliers de chrétiens qui ont lutté pour fusionner avec les travailleurs et convertir le « peuple de Dieu » en un sujet actif de transformation sociale et politique, en l'insérant dans un vaste processus de changement en direction du socialisme. Mais elle exprime également la réalité selon laquelle, malgré la générosité avec laquelle il a été accueilli par des secteurs encore liés à la théologie de la libération, le pape François n'est pas apparu comme le point culminant d'un processus vivant, comme une victoire des secteurs chrétiens de base qui luttent pour l'émancipation.
Il est plutôt apparu comme l'aboutissement tardif d'un processus tragique d'aggiornamento, écouté avec sympathie par de nombreux secteurs de la société lassés du néo-fascisme, mais sans réelle possibilité d'impulser un processus de transformation. Il est difficile de savoir si le Pape a vécu ce processus consciemment, s'il s'est contenté d'apparaître comme une voix particulière dans un écosystème stérile, ou s'il s'est senti frustré par l'absence de corrélation entre ses discours et un mouvement réel.
Il s'agit sans doute d'une leçon politique classique : il n'est pas possible de réformer quoi que ce soit en profondeur sans faire de révolutions ; et il est évident que les papes n'en font pas et n'en feront pas. Il est toujours bon pour les marxistes de relire de temps en temps Le rôle de l'individu dans l'histoire, de ce bourru russe qui fut d'abord le professeur de Lénine, puis son ennemi politique intime : Gueorgui Plekhanov.
Cela dit, le pape n'a pas non plus réussi à rétablir les liens entre l'Église et les classes populaires. Comme le raconte Peter Brown dans son incroyable Through the Eye of a Needle - peut-être le livre le plus gramscien jamais écrit sans citer Gramsci - le pouvoir social et politique du christianisme dans la Rome antique s'est établi sur une double opération. D'une part, l'incorporation des pauvres exclus de la citoyenneté dans le peuple par le biais de sa structuration morale et matérielle autour de l'Église. D'autre part, une partie des riches voyait dans l'Église un moyen de construire un lien spirituel qui les projetait au-delà de ce monde, y déposant une partie de leur fortune comme un investissement pour accéder à l'autre rive.
Si c'est sur cette opération que l'Église a construit son pouvoir hégémonique, le pape François a échoué là où saint Ambroise a triomphé. Les classes populaires exclues se lancent dans d'autres aventures religieuses comme l'évangélisation ; les vrais riches ont depuis longtemps décidé que l'on peut accéder à Dieu sans intermédiaire en accumulant des sommes d'argent obscènes qu'ils n'ont pas l'intention de partager avec qui que ce soit.
Nous ne savons pas aujourd'hui qui sera élu pape. L'intérêt que cet événement suscitera ces jours-ci ne correspondra pas à l'importance décisive qu'il aura sur le déroulement effectif de l'histoire. L'héritage du pape François, qu'il soit loué ou vilipendé, sera avant tout discursif : ce qu'il a dit ou n'a pas dit sera évalué plus que ce qu'il a fait. Si le pape François a pu souligner, de manière très large et diffuse, que le mal sur terre est un produit systémique du capitalisme, la pratique émancipatrice du christianisme de libération ne s'est pas encore rétablie.
Le mot aggiornamento est un terme italien qui signifie littéralement "mise à jour" ou "adaptation au jour présent".
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Shoah. « À quoi penserai-je quand retentira la sirène »
Chaque année, le 27e jour du mois de Nissan, Israël commémore le Jour de la Shoah. Pendant une minute une sirène retentit et tout s'arrête dans le pays. À l'occasion de cette journée, Gideon Levy, membre de la direction du journal israélien Haaretz, a écrit sur sa colère concernant la guerre contre Gaza dans une chronique parue le 23 avril 2025, veille de la commémoration. Nous la publions ici.
Tiré d'Orient XXI.
Israël ne commet pas une Shoah contre le peuple palestinien. Pourtant, ces 19 derniers mois, il s'en est rapproché à une vitesse effrayante. Cela doit être dit, et avec encore plus d'insistance aujourd'hui.
Comme chaque année, je me tiendrai au garde-à-vous lorsque la sirène retentira, et mes pensées erreront. Elles passeront du souvenir de mes grands-parents, Sophie et Hugo, dont j'ai vu les noms gravés sur le mur commémoratif du vieux cimetière juif de Prague, aux images de Gaza, qui ne me quitteront plus.
Depuis mon enfance, j'ai toujours imaginé un grand incendie consumant tout pendant la sirène. Avant la guerre à Gaza, j'imaginais des juifs y brûler. Cette année, je reverrai aussi les bébés brûlés vifs la semaine dernière dans leur tente servant d'abri à Khan Younès, et avec eux les milliers d'enfants, de femmes et d'hommes qu'Israël a tués sans pitié.
L'exécution de quinze secouristes palestiniens
Comment peut-on rester au garde-à-vous aujourd'hui sans penser à l'horrible enquête de Yaniv Kubovich sur l'exécution de 15 secouristes palestiniens par des soldats israéliens, qui les ont abattus de sang-froid avant de détruire leurs ambulances et d'enterrer leurs corps dans le sable (1) ? Sans penser à l'habitant de Sinjil, en Cisjordanie, dont les maisons ont été incendiées par des colons, après quoi des soldats sont venus lui lancer des gaz lacrymogènes jusqu'à ce qu'il succombe à une crise cardiaque, comme l'a rapporté Hagar Shezaf mercredi [22 avril] (2). Sans penser à la communauté pastorale d'Umm al-Khair, dans les collines au sud d'Hébron, et aux pogroms incessants que ces paisibles habitants subissent de la part de l'armée et des colons, qui ont uni leurs forces pour les expulser de leurs terres ?
Comment ne pas penser à l'article courageux et choquant de la chercheuse Orit Kamir [Haaretz, version hébraïque, 22 avril] sur les Israéliens qui restent indifférents face à cette guerre, ce qui, selon elle, invalide leur droit de se plaindre des Allemands qui ont agi de la même manière, et être d'accord avec chaque mot qu'elle a écrit ? Ou à l'article non moins choquant de l'historien de la Shoah Daniel Blatman sur les enfants de Gaza et les enfants de l'Holocauste [Haaretz, version hébraïque, 23 avril] ? Il écrit que le jour où les combats ont repris à Gaza restera gravé comme une infamie dans l'histoire des juifs. On ne peut qu'espérer que ce sera bien le cas. Blatman écrit :
- J'étudie l'Holocauste depuis 40 ans. J'ai lu d'innombrables témoignages sur le pire de tous les génocides, perpétrés contre le peuple juif et d'autres victimes. Cependant, la réalité, celle des récits de massacres commis par l'État juif, par leur ressemblance effrayante, me rappelle les témoignages des archives de Yad Vashem ; cette réalité était impensable, même dans mes pires cauchemars.
Il ne s'agit pas là d'une comparaison avec l'Holocauste, mais d'un terrible avertissement quant à la direction que prennent les événements. Ne pas y penser aujourd'hui revient à trahir la mémoire de la Shoah et de ses victimes. Ne pas penser à Gaza aujourd'hui revient à renoncer à sa propre humanité et à profaner la mémoire de l'Holocauste. C'est un signal d'alarme quant à ce qui est à venir.
En Israël, on a tendance à prétendre que le 7 octobre est la pire catastrophe qui ait frappé le peuple juif depuis la Shoah. Il s'agit, bien sûr, d'une comparaison perverse qui dévalorise la mémoire de la Shoah. Il n'y a aucune similitude entre l'attentat meurtrier et unique du 7 octobre et la Shoah. Mais ce qui a suivi évoque bel et bien son souvenir. Il n'y a pas d'Auschwitz ni de Treblinka à Gaza, mais il y a des camps de concentration. Il y a aussi la famine, la soif, le déplacement des personnes d'un endroit à l'autre comme du bétail et un blocus sur les médicaments.
« C'est un bain de sang, pas un combat »
Ce n'est pas encore la Shoah, mais l'un de ses éléments fondateurs est en place depuis longtemps : la déshumanisation des victimes, qui s'était installée chez les nazis, frappe désormais de plein fouet en Israël. Depuis la reprise de la guerre [le 23 mars 2025], 1 600 Palestiniens ont été tués à Gaza. C'est un bain de sang, pas un combat. Il se déroule non loin de chez nous, perpétré par les meilleurs de nos fils. Il advient dans le silence et l'indifférence nauséabonde de la plupart des Israéliens.
Ariel Rubinstein, économiste et lauréat du Prix Israël (3), a publié un article profond et inspirant [dans Haaretz en version hébraïque, le 22 avril], dans lequel il explique pourquoi il ne se tiendra pas au garde-à-vous cette année pour la minute de commémoration. Moi, je me tiendrai debout et je penserai à mes grands-parents, mais surtout à Gaza.
Notes
1- Yaniv Kubovich, « Killing of Gaza Aid Workers : IDF Troops Fired Indiscriminately for Over Three Minutes, Some at Point-blank Range » Haaretz, 23 avril 2025.
2- Hagar Shezaf, « Palestinian Dies of Heart Attack After Settlers Burn Home, Soldiers Fire Tear Gaz at Him », Haaretz, 22 avril 2025.
3- NDLR. Prix décerné chaque année par l'État d'Israël à des personnalités israéliennes ou à des organisations ayant marqué l'année d'un point de vue artistique, culturel ou scientifique. Ariel Rubinstein l'a reçu en 2002.
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Le pays des non-libres ? Les attaques contre les étrangers au cœur de l’offensive trumpiste
Comme le montre le sort de Mahmoud Khalil, emprisonné aux États-Unis pour son activisme en faveur des droits des Palestinien·nes, la démocratie dans la première puissance mondiale risque de mourir dans l'obscurité des centres de détention.
Le philosophe Alberto Toscanomontre que, prolongeant une longue tradition de répression politique et de restriction des droits, les attaques actuelles contre les étrangers constituent la pointe la plus acérée de l'offensive contre les libertés publiques mise en œuvre par l'administration Trump.
A noter que l'expression « pays des non-libres » fait référence à l'hymne national des États-Unis dans lequel est évoqué « the land of the free » (« le pays des libres »).
23 avril 2025 | tiré de contretemps.eu
« Qui a le droit d'avoir des droits ? »
Telle est la question urgente posée par Mahmoud Khalil, le jeune diplômé de l'université de Columbia saisi chez lui le 8 mars, dans la lettre ouverte émouvante qu'il a dictée dix jours plus tard depuis un centre de détention des services de l'immigration et des douanes en Louisiane. Dans cette lettre, Khalil affirme son identité de « prisonnier politique » palestinien ainsi que sa solidarité avec tous ceux qui ont été jetés dans les limbes punitifs de la machine de détention et d'expulsion de l'administration Trump.
Depuis le début des campements universitaires, il était clair que des personnes comme Khalil – des étudiants internationaux engagés dans l'activisme universitaire pour la Palestine – n'auraient aucun droit à la liberté d'expression, de réunion ou de mouvement que le gouvernement américain doit respecter, et qu'ils deviendraient la cible d'une répression étatique accrue. Le programme de Trump, adopté par le Comité national républicain l'année dernière, comprenait l'un des 20 points suivants : « Expulser les radicaux pro-Hamas et rendre nos campus universitaires à nouveau sûrs et patriotiques ».
Le cas de Khalil – où son rôle de négociateur pour le mouvement de solidarité avec la Palestine de Columbia a été présenté comme un risque pour la sécurité nationale qui justifie la révocation de sa carte verte – aux côtés d'autres cas de déportation politique, comme ceux de Badar Khan Suri, Rasha Alawieh, Momodou Taal, Yunseo Chung et maintenant Rumeysa Ozturk, emmenés par des agents masqués dans une rue de Somerville, Massachusetts, le 26 mars 2025, est choquant, mais il ne devrait pas être surprenant. C'est un symptôme clair de l'usage de plus en plus autoritaire du droit migratoire par le pouvoir exécutif.
Il s'agit notamment de l'enlèvement et de l'expulsion, le mois dernier, de plus de 200 membres présumés de gangs vers les camps de prisonniers dystopiques du Salvador, en dépit du fait que nombre de ces expulsés n'ont pas de casier judiciaire et que certains se sont déjà avérés être des cas d'erreur d'identité. Les renvois profondément irréguliers, dans lesquels les personnes n'ont pas été informées de l'endroit où elles étaient envoyées, ni de la possibilité de déposer des recours en habeas corpus, ont conduit la juge Patricia Millett de la Cour d'appel fédérale des États-Unis pour le district de Columbia, à observer le 24 mars que « les nazis étaient mieux traités en vertu de l'Alien Enemies Act » – la loi de 1798 que l'administration de Trump a utilisée comme modèle juridique.
Nous pouvons également considérer ce que la journaliste Masha Gessen a judicieusement appelé la « dénationalisation » des citoyens transgenres – le refus de délivrer des passeports avec le marqueur de genre « X » ou de reconnaître l'identité de genre post-transition des individus, même si elle a été légalement modifiée – envoyant le message que « les personnes transgenres sont une menace pour la nation ».
L'administration Trump tire parti de dispositions légales qui facilitent depuis longtemps la persécution des ressortissants étrangers, y compris des résidents permanents, en raison de leur discours politique. Mais elle signale également son intention d'ignorer les contestations juridiques de ces actions, en s'appuyant sur la « doctrine de la toute-puissance exécutive » – la croyance contestée mais répandue selon laquelle la politique d'immigration de l'exécutif est largement à l'abri du contrôle judiciaire – pour revendiquer une suprématie incontrôlée.
Les dimensions profondément autoritaires de cette vision ont été mises en évidence par Sebastian Gorka, directeur principal de la lutte contre le terrorisme de Trump, qui a déclaré la semaine dernière : « Il n'y a qu'une personne […] qui a le droit de décider qui peut être en Amérique, qui sont les étrangers, qui sont les étrangers qui sont autorisés à entrer dans la nation, et qui nous pouvons empêcher d'entrer […] et cet homme, c'est Donald Trump ».
La lutte contre la solidarité palestinienne a une longue histoire aux États-Unis. Comme le Center for Constitutional Rights et Palestine Legal l'ont détaillé dans un rapport fondamental, le terme « terrorisme » a fait son entrée dans la législation fédérale en 1969, dans le but de restreindre l'aide fournie par l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA). La première loi américaine sur l'immigration à citer le « terrorisme » comme motif d'exclusion et d'expulsion visait également la défense de la cause politique palestinienne, en stipulant qu'« un étranger qui est un officier, un fonctionnaire, un représentant ou un porte-parole de l'Organisation de Libération de la Palestine est considéré […] comme étant engagé dans une activité terroriste ».
Mais il ne faut pas non plus sous-estimer les héritages du maccarthysme et de la chasse aux sorcières anticommuniste. L'ordonnance du ministère de la sécurité intérieure exposant les raisons pour lesquelles Khalil est « sujet à l'expulsion » invoque comme fondement juridique une section de la loi sur l'immigration et la nationalité qui permet au ministre des Affaires étrangères d'expulser tout ressortissant étranger dont il estime que la présence continue a « des conséquences négatives potentiellement graves pour la politique étrangère des États-Unis ».
Cette disposition remonte à la loi McCarran-Walter de 1952, qui prévoyait l'« exclusion idéologique » des étrangers jugés politiquement subversifs – ce qui signifiait principalement les communistes. Mais, comme l'a récemment noté l'historien Joshua Zeitz, cette loi était également motivée par l'antisémitisme du sénateur démocrate du Nevada Pat McCarran (1876-1954), comme en témoigne l'enracinement, dans cette législation, des systèmes de quotas préexistants qui désavantageaient les migrants juifs d'Europe de l'Est, souvent soupçonnés de sympathies marxistes.
La loi McCarran-Walter a également servi de précédent clair au cas de Khalil : celui de l'affaire d'expulsion de 1987 contre les « Huit de L.A. » – huit immigrés (dont la majorité étaient des étudiants palestiniens), parmi lesquels deux résidents permanents, accusés de soutenir le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), identifié comme une organisation prônant le « communisme mondial ». Les procureurs du gouvernement américain ont finalement abandonné l'affaire en 2007.
L'imbrication du racisme anti-palestinien, de l'islamophobie et des héritages de l'anticommunisme est profonde. Lorsque la Cour suprême a validé le « Muslim Ban » de Trump en 2017, elle a soutenu que l'exclusion de ressortissants étrangers relevait d'un “attribut souverain fondamental exercé par les branches politiques du gouvernement, en grande partie à l'abri d'un contrôle judiciaire”. Elle s'est explicitement appuyée sur un précédent : l'arrêt de 1972 Kleindienst v. Mandel de la Cour suprême des États-Unis, qui avait confirmé la décision de l'administration Nixon de refuser l'entrée sur le territoire à l'intellectuel trotskyste belge Ernest Mandel.
Il convient également de rappeler que, bien qu'il n'ait pas encore pris de décret à ce sujet, Donald Trump a promis pendant sa campagne d'invoquer une autre disposition de la loi sur l'immigration et la nationalité pour « ordonner à mon gouvernement de refuser l'entrée à tous les communistes et à tous les marxistes », en accord avec sa devise chauvine selon laquelle « ceux qui viennent profiter de notre pays doivent aimer notre pays ».
Dans son ouvrage important sur l'histoire des exclusions et expulsions idéologiques, Threat of Dissent, la chercheuse Julia Rose Kraut observe que les lois étatsuniennes sur l'immigration trahissent « une peur sous-jacente et perpétuelle de la subversion interne et externe… ainsi que la perception des étrangers comme source de subversion, responsables de l'instigation de la dissidence et de l'importation d'idéologies radicales ». Cette politique de la peur est alimentée par deux courants profondément liés du nativisme américain : l'anti-radicalisme et le racisme.
Pour voir comment cela fonctionne aujourd'hui, il suffit de considérer la rhétorique utilisée dans une fiche d'information officielle publiée en janvier par la Maison-Blanche, exposant son intention de « combattre l'antisémitisme » en « annulant les visas d'étudiants de tous les sympathisants du Hamas sur les campus universitaires, qui ont été infestés par le radicalisme comme jamais auparavant ».
Après l'enlèvement administratif de Khalil et la menace de son expulsion, l'analyste américano-palestinien Yousef Munayyer a averti que « la Palestine est le canari dans la mine de charbon » de « l'autoritarisme et de la répression » aux États-Unis. Et en effet, la question de la Palestine joue un rôle essentiel dans le projet de l'extrême droite de mettre au pas l'enseignement supérieur – un projet qui rencontre, jusqu'ici, un inquiétant succès, comme le montre clairement l'abdication de la liberté académique par l'Université Columbia.
Mais l'animosité anti-palestinienne est également un ingrédient politique important dans un régime d'expulsion dans lequel la désignation de « terrorisme » peut être étendue indéfiniment. C'est la leçon brutale des déportations du mois dernier vers le Salvador, alors que l'administration Trump a d'abord mis dans le même sac les gangs vénézuéliens et le gouvernement de Nicolás Maduro afin de déclarer les premiers comme entité terroriste, puis a utilisé cette désignation pour justifier son contrat sans précédent avec le président salvadorien d'extrême droite Nayib Bukele pour emprisonner les personnes expulsées par les États-Unis dans l'énorme « Centre de confinement du terrorisme » (Cecot) du Salvador, sans procédure légale ni procès.
Ce sinistre « accord » a déjà été contesté en justice – un recours que l'administration Trump aurait illégalement ignoré, et qui a presque immédiatement conduit à des signalements selon lesquels certaines personnes expulsées avaient disparu dans ces camps salvadoriens, sur la base de simples « preuves » comme des tatouages mal identifiés.
Les lois sur l'immigration et la nationalité ont toujours été un pilier central des politiques fascistes. En 1941, le théoricien du droit Ernst Fraenkel (1898-1975) identifiait le fascisme allemand comme générant un « double État » avec deux systèmes de justice et de droits : un « État normatif » pour les citoyens « aryens » et un « État de prérogative » pour tous les autres, considérés comme inférieurs ou étrangers. En 1926, le régime de Mussolini adopta une loi retirant la citoyenneté aux critiques antifascistes en exil, estimant que l'on pouvait être dénationalisé simplement pour avoir porté atteinte aux intérêts ou au prestige de l'Italie, « même si l'acte en question ne constitue pas un crime ».
On retrouve un écho sinistre de cette logique dans l'affaire Khalil, dont la détention n'est liée à une quelconque infraction légale (bien que son stage passé non rémunéré à l'UNRWA soit maintenant utilisé pour l'accuser d'avoir fraudé pour obtenir sa carte verte). Si le pouvoir de prérogative plénière de Trump est interprété aussi largement que le propose Sebastian Gorka, les droits des étrangers aux États-Unis, en particulier la liberté d'expression, deviendront lettre morte. Un tel développement reviendrait également à annuler de fait l'arrêt de la Cour suprême dans l'affaire de l'expulsion en 1945 du militant syndical australien Harry Bridges, selon lequel « la liberté d'expression et de la presse est accordée aux étrangers résidant dans ce pays ».
Le fait que certains agents des frontières interprètent déjà l'autorité exécutive de Trump comme absolue et les droits des ressortissants étrangers comme inexistants, ressort clairement de l'affaire très médiatisée du scientifique français du CNRS, spécialiste de l'espace, expulsé de l'aéroport de Houston le lendemain de l'arrestation de Khalil, au motif extrêmement mince que ses messages téléphoniques privés « reflétaient la haine envers Trump et pouvaient être qualifiés de terrorisme ».
La participation zélée des agents de l'État et de particuliers dans l'anticipation et l'exécution des volontés de l'exécutif a toujours été essentielle au succès des politiques autoritaires. Alors que nous tentons de répondre à la question de Khalil — et de lutter contre les visions nationalistes, racistes et excluantes de “qui a le droit d'avoir des droits” — nous ne devons jamais perdre de vue ceux qui rendent possible l'exercice liberticide du pouvoir de prérogative, qu'il s'agisse des petits fonctionnaires appliquant les décrets autoritaires ou des élites capitalistes soutenant la répression de la contestation.
La persécution de Khalil, comme l'explique l'universitaire Nadia Abu El-Haj, a été rendue possible par un large éventail de personnages comprenant les professeurs et les étudiants de Columbia qui ont explicitement poussé à son expulsion, les activistes et les donateurs sionistes qui ont répandu des mensonges sur le mouvement du campement, les membres de la faculté d'un groupe de travail du campus qui ont confondu l'antisionisme avec l'antisémitisme ; et, peut-être surtout, les dirigeants de l'université qui ont ignoré les appels au soutien de Khalil et qui ont depuis rapidement cédé, avec zèle, à la liste des exigences de l'administration Trump.
Sans cette complicité généralisée dans la persécution de la dissidence, par des individus et des institutions, la capacité de l'administration Trump à rejeter sa liste d'ennemis, qui ne cesse de s'allonger, dans un espace de non-droit serait bien plus faible.
La semaine dernière, certaines organisations savantes ont pris cette leçon à cœur, puisque l'Association des études du Moyen-Orient et l'Association américaine des professeurs d'université ont intenté une action en justice contre l'administration Trump, arguant , selon les termes de Vincent Brown, professeur à Harvard, que « l'enlèvement, la mise en cage et la déportation d'étudiants non citoyens pour des motifs idéologiques menacent l'objectif et la fonction de l'université, car la poursuite du savoir ne peut pas prospérer dans un climat de peur et de répression. »
Ou, comme nous le rappelle la lettre de Khalil, « les étudiants, les militants et les élus doivent s'unir pour défendre le droit de manifester pour la Palestine. Ce ne sont pas seulement nos voix qui sont en jeu, mais les libertés civiles fondamentales de tous ».
*
Alberto Toscano enseigne à la School of Communications de l'Université Simon Fraser et codirige le Centre for Philosophy and Critical Theory de Goldsmiths, Université de Londres. Il a récemment publié Late Fascism : Race, Capitalism and the Politics of Crisis(Verso), Terms of Disorder : Keywords for an Interregnum (Seagull) et Fanaticism : On the Uses of an Idea (Verso, 2010 ; 2017, 2e éd.). Il a également traduit les travaux d'Antonio Negri, d'Alain Badiou, de Franco Fortini et de Furio Jesi.
Publié sur le site In These Times. Traduit de l'anglais pour Contretemps par Christian Dubucq.
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Québec solidaire fait une campagne politique à la mode du Réseau militant intersyndical
Un responsable du Réseau militant intersyndical (RMI) de Québec solidaire est resté complètement éberlué par le « coup de théâtre », selon lui, qui s'est produit au dernier Conseil national de Québec solidaire du début avril, précisément le dimanche à 14h, quand « la direction du parti [a laissé] passer une résolution proposée par le Réseau militant intersyndical et appuyé par les associations de Viau et NDG qui prône le lancement d'une campagne publique contre le vent de droite. »
Voici le libellé essentiel de cette proposition :
Nous proposons
• que Québec solidaire appuie résolument par une campagne publique, tant au parlement que dans la rue, les mobilisations sociales en cours et favorise leur convergence dans un front uni des luttes contre l'antisyndicalisme, notamment du projet de loi 89, l'austérité et l'extrême droite.
• que le lancement d'une telle campagne publique contre le vent de droite est la meilleure façon de mobiliser nos membres, d'activer nos structures régionales et locales et d'accroitre notre appui populaire.
Cette proposition était complétée de trois résolutions d'urgence appuyant les campagnes syndicales contre Amazon et le projet de loi 89, provenant du RMI, et la grève en cours des CPE. La résolution pour la campagne fut « fortement soutenue par la très grande majorité des intervenants au micro [et] adoptée avec une substantielle majorité. » Le scénario se répéta pour les trois résolutions d'urgence « alors que la direction nationale approuv[ait] tacitement ces résolutions ».
D'analyser le militant du RMI : « [c]'est toute une volte-face pour une direction nationale qui affirmait jusqu'à tout récemment, contre vent et marée, que la seule issue aux multiples crises internes et à la dégringolade du parti dans les sondages se trouvait dans le pragmatisme politique et le recentrage programmatique. » De s'interroger l'analyste : « Mais est-ce un virage stratégique qui s'amorce ou simplement un changement de rhétorique » ? Puis de remarquer : « Depuis une quinzaine d'années, les porte-parole du parti tenaient toujours une conférence de presse à l'issue des instances nationales. Ce n'est point le cas cette fois-ci, alors qu'il n'y a même pas eu un simple communiqué de presse. De plus, rien n'a été annoncé à l'interne… » Il ne lui restait plus à conclure que le RMI s'était auto-piégé par une proposition de campagne politique qui n'engageait à rien sauf à corroborer ce que la direction du parti accomplissait déjà.
L'art de défoncer des portes ouvertes pour dérouler le tapis rouge à la direction
Le parti avait mobilisé un cortège tant pour la manifestation du 8 mars contre le trumpisme organisée par les Mères au front face au consulat des ÉU à Montréal puis il mobilisa de la même façon pour la manifestation citoyenne « Résistons aux menaces de Donald Trump » du début mai sans compter la conférence avec JeanLuc Mélanchon dénonçant l'extrême-droite. Quant à Amazon, bien avant l'annonce de la fermeture antisyndicale de ses centres de distribution au [Québec, « Québec solidaire a en juin 2023] déposé une pétition comportant plus de 7100 signatures qui réclame une enquête sur les conditions de travail dans les entrepôts Amazon. »
Puis il a mobilisé un cortège à l'occasion de la manifestation de février amorçant la campagne syndicale tout en déposant « une motion pour demander au gouvernement de ne plus octroyer de fonds publics supplémentaires à Amazon, une motion refusée par le gouvernement. » Immédiatement dénoncé par la députation Solidaire comme « une vengeance contre la grève du secteur public l'année passée », pendant que le mouvement syndical organisait une semaine de mobilisation contre le projet de loi 89, Québec solidaire arrachait au ministre Boulet l'engagement « de ne pas utiliser son dangereux projet de loi 89 pour briser la grève des travailleuses et travailleurs des CPE […] un premier recul de ce gouvernement… ».
Ajoutons la mobilisation d'uncortège contre Stablex et pour les CPE et pour le Jour de la terre. C'est à peine si on arrive à suivre. Par ses lettres aux membres, la direction du parti les invite à une série de zooms pour « actualiser son programme » et à joindre les nouveaux comités d'action politique (CAP). La résolution du RMI de campagne politique apparaît bien mièvre vis-à-vis ce concret flux d'activités mobilisatrices des membres tant externes qu'internes. Évidemment qu'au CN du début avril, la direction du parti a accueilli à bras ouverts ce défonçage de portes ouvertes afin de lui dérouler un tapis rouge ! Ce genre de résolutions que le CN a adopté à forte majorité sans opposition de la direction et de la députation leur rend service et dessert la cause de la gauche du parti tout en semant la confusion chez ses sympathisant-e-s. Cette résolution n'engage à rien de concret parce qu'elle ne comporte aucun élément de plan d'action. Ainsi elle dore la pilule à la direction qui peut s'en réclamer car le parti non seulement appuie déjà ces luttes mais a aussi appelé des mobilisations pour elles.
Par exemple, on aurait pu, minimalement, requérir de toutes les organisations du parti qui délèguent au CN de tenir une assemblée générale de leurs membres à propos de cette campagne pour proposer des plans d'action locaux en plus de contribuer à un plan d'action national à synthétiser lors du CN de juin prochain. On aurait pu réclamer que cette campagne occupe une place importante à l'école du parti en mai. On aurait pu demander que l'intervention de la porte-parole à l'assemblée publique avec Mélanchon porte sur cette campagne… ce qu'elle a faite et aurait fait de toute façon puisque que le front uni contre la droite et contre ses manifestations concrètes par la CAQ devient une évidence surtout pour un parti se réclamant « des travailleuses et des travailleurs ». Au niveau des revendications, à part Amazon et le PL89, il aurait fallu souligner la lutte féministe-syndical pour « le soin et le lien » et absolument l'incroyable charge islamophobe et antinoire de la CAQ, cautionnée par Carney, sous prétexte de fondamentalisme dans quelques écoles et de fuites éperdues d'Haïtien-ne-s se sauvant du trumpisme.
L'alternative disparaît derrière le train-train des réformes sociales-libérales
La gauche du parti, ou partie d'entre elle, ne semble pas avoir compris que Québec solidaire est un parti de centre-gauche qui fait relativement bien son travail. Ce n'est pas là que le bât blesse. Le problème crucial c'est que le parti des travailleurs et travailleuses ne leur présente aucun projet de société alternatif autre qu'une suite de réformes qu'on pourrait qualifier de sociales-libérales. Même celles-ci sont devenues nébuleuses avec la disparition réellement existante de son programme élaboré sur une dizaine d'années et de sa dernière plate-forme électorale, documents qu'on recherchera en vain sur le site web du parti… et même sur la « centrale » réservée aux membres. On leur a substitué une douzaine de revendications en quatre thèmes (onglet « Nos propositions »), toutes des réformes souhaitables en autant qu'elles soient précises — signalons la pauvreté du volet dit « vert » la disparition de l'indépendance — mais aucunement un projet de société.
Étant donné que la contradiction cruciale du XXIe siècle est celle écologique centrée sur les questions du climat et de la biodiversité, on reste sidéré de constater le silence Solidaire à propos de la filière batterie autour de Northvolt, de la promotion des autos solos électriques et du plan hydro-québécois de hausser de 50% la production d'électricité. Sauf à demander un BAPE et un peu plus de transport public hors seul et dispendieux, QS s'est enligné corps et âme derrière la CAQ. L'épine dorsale de la stratégie de développement socio-économique des partis néolibéraux et de celui social-libéral en devient la même à peu de choses près, soit le capitalisme vert avec son extractivisme minier mais aussi celui des hydrocarbures qui reste indispensable à l'orgie énergétique en découlant.
Où est l'horizon de la société du soin et du lien portée par la « grève sociale »
Comme l'urgence climatique, que l'on prétend oublier en ces temps de guerres tant militaires que tarifaires, nécessitera alors de réduite le carbone atmosphérique à coups de géo-ingénierie à subventionner massivement, les services publics et programmes sociaux sont condamnés à une austérité permanente qui sera imposée à coups de matraques et pire encore. Ne demandez pas à Québec solidaire de promouvoir un projet de société du soin et du lien à base de décroissance matérielle libéré du fardeau de la dette des ménages et de l'obsolescence programmée de la consommation de masse. Le culte de l'auto solo et du bungalow reste sacré bien que ces rêves fabriquées par la propagande capitaliste, appelée publicité, deviennent inaccessibles tout en créant moult frustrations.
C'est cette peur de l'alternative qui explique la démocratie tronquée de la direction Solidaire envers ses membres. On multiplie les forums mais on les encadre de présentations qui laissent peu de place à la libération de la parole des membres. Il suffit de prendre le temps d'examiner le déroulement de cette nouveauté qu'est « l'école solidaire 2025 » pour s'en apercevoir : la parole des membres y sera cadenassée par une longue liste de conférencier-ère-s et de présentateur-trices-s. On comprend qu'un parti qui a si peur de son ombre se contente de campagne politique bien délimitée se satisfaisant de queues de cortège dans les manifestations syndicales et de discours du dimanche quand on fait un « meeting » avec un maître en la matière. Alors qu'il faudrait proposer la construction d'un front anti-néofasciste ciblant CAQ et Conservateurs tout en critiquant les Libéraux qui leur mordent la queue et dont la « grève sociale » — cette grève politique à la québécoise — serait l'horizon.
Marc Bonhomme, 25 avril 2025
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca
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Soyons clivants !
Devenir une voix de la classe ouvrière, dénoncer le capitalisme, c'est nécessairement être « clivant » et s'aliéner les riches. Tant que QS reste incapable de prendre cette posture, il se condamne à l'insignifiance.
Hélène Bissonnette
Tiré du web Révolution Communiste
jeu. 24 avr. 2025
Le 16 avril dernier, je suis allée à la conférence « Comment combattre les droites ? » avec Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France Insoumise qui était de passage à Montréal, et Ruba Ghazal, la co-porte-parole de Québec solidaire.
Pour lutter contre la droite, la première chose que la gauche doit faire c'est de s'assumer en tant que gauche, a dit Mélenchon. Dans un contexte où la direction de QS modère son discours depuis des années, et plie sans cesse sous le poids de l'establishment capitaliste, j'ai trouvé cela rafraîchissant à entendre.
Ensuite, interrogé par Ghazal sur l'approche que QS et la gauche devraient prendre par rapport aux médias, Mélenchon a dit qu'il ne fallait pas pleurnicher que les médias ne soient pas nos alliés. « Ils sont dans l'autre camp », a-t-il dit. Il faut « renoncer à être bien vu », et « accepter d'être clivant ». Sans le savoir, Mélenchon a mis le doigt sur le problème de QS, qui cherche à garder une image « respectable » aux yeux de l'establishment politique.
Il a insisté sur la nécessité de « faire confiance à l'intelligence populaire » afin d'éventuellement déceler les mensonges de la droite contre la gauche. Mélenchon n'est certes pas un communiste, mais son message fait écho à une vérité profonde pour tout révolutionnaire : sachant que nous avons les bonnes idées et ayant pleinement confiance dans la classe ouvrière, jamais nous ne devrions avoir peur d'être clivants et de défendre nos idées haut et fort. C'est la seule façon de rallier des masses de gens à nos idées.
Cependant, le lendemain de cette conférence, Ruba Ghazal a donné une entrevue dans laquelle elle a expliqué ce qu'elle en a retiré. Ayant appris que la gauche doit « s'assumer », elle affirme cependant son désaccord avec Mélenchon sur une question : « En France, être clivant, ici au Québec, ce n'est pas la même chose. C'est-à-dire que la recherche du consensus social, ça fait partie des valeurs québécoises. »
Autrement dit, Ghazal n'a rien compris de ce que Mélenchon a expliqué. Surtout, elle n'a rien appris des déboires de QS. Le parti croupit dans les sondages précisément parce que la direction du parti s'imagine bêtement qu'il existe une telle chose qu'un « consensus social » et évite d'écorcher l'establishment détesté. Les efforts de QS pour plaire à tout le monde – alors que le capitalisme est de plus en plus discrédité – font en sorte qu'il ne plaît à personne.
En réalité, la société est clivée : en classes. Il y a les travailleurs et les pauvres d'un côté, et la minorité de riches banquiers et patrons de l'autre. Devenir une voix de la classe ouvrière, dénoncer le capitalisme, c'est nécessairement être « clivant » et s'aliéner les riches. Tant que QS reste incapable de prendre cette posture, il se condamne à l'insignifiance.
Cela dit, par-delà la grande éloquence de Mélenchon et son discours beaucoup plus acerbe que Ghazal contre la classe dirigeante, il n'a présenté aucun vrai plan pour lutter contre la droite, ni pour nous sortir de la crise du capitalisme. C'est malheureusement là où QS et La France insoumise se rejoignent. Si Mélenchon est très critique des vieux partis de gauche qui ont, a-t-il dit, « accepté le capitalisme », il n'a lui-même aucun plan pour sortir de ce système.
Ce qui manque pourtant à la gauche pour lutter contre la droite, c'est de proposer une véritable solution de rechange à la misère capitaliste. Cela passe par un programme socialiste, qui puisse couper court à la rhétorique de la droite « anti-establishment » et rallier des masses de jeunes et travailleurs. C'est ce discours pleinement « clivant » que nous, communistes, défendons fièrement !
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La CAQ nous handicap !
La CAQ nous handicape ! C'est le titre de notre campagne. Cette image illustre un visuel qui met de l'avant le titre et une France-Élaine Duranceau en parodie.
Tiré du site web Ex Aequo
En novembre dernier, le gouvernement du Québec annonçait la suspension temporaire du Programme d'adaptation de domicile (PAD), invoquant un manque de financement. Cette mesure, qui passe inaperçue pour une grande partie de la population, a pourtant des répercussions majeures sur la vie quotidienne de milliers de personnes en situation de handicap et de personnes âgées. En leur permettant d'adapter leur logement à leurs besoins spécifiques, le PAD garantit leur autonomie et leur sécurité, tout en contribuant à leur maintien à domicile.
La suspension de ce programme représente bien plus qu'un simple retard administratif : elle signifie des mois, voire des années d'attente supplémentaires pour des personnes qui ne peuvent plus utiliser leur salle de bain de façon sécuritaire, qui peinent à entrer et sortir de chez elles sans assistance, ou qui risquent des chutes aux conséquences irréversibles. Pire encore, cette interruption temporaire risque d'alourdir davantage un système déjà engorgé, créant un effet domino qui compliquera la reprise des services lorsque la suspension sera levée.
Dans cette lettre adressée aux décideurs politiques, nous soulignons les dangers de cette décision et l'urgence d'un réinvestissement immédiat. Non seulement la suspension du PAD compromet la qualité de vie et la dignité des personnes concernées, mais elle entraîne aussi des coûts sociaux et économiques bien plus élevés à long terme. Il est impératif que les responsables politiques prennent position pour assurer le rétablissement et le financement adéquat de ce programme essentiel.
Ex aequo vous invite à signer cette lettre. Vous pouvez aussi la transmettre à vos membres, partenaires et aux personnes de votre entourage afin de les encourager à la signer et à la diffuser. Plus nous sommes nombreux à signer cette lettre, plus nous revendiquons haut et fort la levée de la suspension du Programme d'adaptation de domicile et un financement suffisant de ce programme essentiel.
Rejoignez 4 ministres et 4 députées en participant ci-dessous ! (François Legault, Éric Girard, France-Élaine Duranceau, Andrés Fontecilla, Virginie Dufour, Joël Arseneau, Sonia Bélanger) + 1 députéEs selon votre adresse postale)
Veuillez notez que cette campagne est prolongée pour une durée indéterminée. (la date de fin initiale était le 3 avril)
Lettre
À l'attention de le nom complet du destinataire ira ici,
Je vous écris pour vous faire part de mon indignation concernant la suspension du programme d'adaptation de domicile (PAD) et son manque de financement.
En effet, le gouvernement du Québec a annoncé en novembre dernier la suspension temporaire du Programme d'adaptation de domicile, faute de financement. C'est à l'aide de cette subvention que les personnes en situation de handicap peuvent obtenir des adaptations de leur domicile pour que celui-ci demeure sécuritaire.
La suspension de ce programme est une catastrophe qui aura des conséquences désastreuses. Les délais d'attente pour obtenir les adaptations (déjà très longs) vont nécessairement exploser. En plus des mois où les nouvelles demandes ne seront pas traitées, la suspension va créer un goulot d'étranglement qui compliquera les démarches lorsque la suspension sera levée. En effet, il n'y a pas beaucoup d'entrepreneurs, en particulier dans certaines régions du Québec, qui sont en mesure de réaliser certaines adaptations. Ils ne seront pas en mesure de répondre à la demande et il est à prévoir que certains augmenteront leurs soumissions, ce qui fera en sorte que les travaux admissibles au PAD coûteront plus cher. De plus, une des raisons de la lenteur des démarches est que le temps d'attente pour qu'une ou un ergothérapeute du réseau de la santé puisse faire l'évaluation des besoins d'adaptations d'une personne est très long et celui-ci risque fort d'augmenter lorsque la suspension du programme sera levée.
Pour les personnes en attente d'adaptation, cette décision a des conséquences dramatiques. De nombreuses personnes attendent ces adaptations pour pouvoir se laver, et ce d'une manière sécuritaire, ou encore pour pouvoir sortir de leur logement sans devoir recourir à l'aide de proches, qui sont alors eux aussi à risque de se blesser. Une personne qui attend ces adaptations et doit continuer à habiter un logement qui ne répond pas à ses besoins est davantage à risque de blessures causées, par exemple, par des chutes.
Celles-ci peuvent entraîner une perte d'autonomie et une baisse de la qualité de vie globale. Elles sont également la principale cause d'hospitalisations liées à des blessures chez les personnes âgées au Canada. Pas moins de 69 % des chutes ayant entraîné une hospitalisation se sont produites à l'intérieur d'un bâtiment résidentiel. De plus, en 2019, les chutes ont représenté 61 % des décès par blessure, en moyenne 15 décès par jour au Canada. En 2019, le coût direct annuel des chutes a été estimé à 5,6 milliards au Canada. Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux évaluait à 300 000 par année le nombre de chutes chez les aînées.
Ce n'est peut-être pas le même ministère qui paiera la facture, mais la hausse des hospitalisations causées par les blessures et du nombre de personnes qui se retrouveront en CHSLD qu'engendrera nécessairement l'augmentation des délais pour obtenir la subvention du PAD coûtera beaucoup plus cher au gouvernement du Québec.
Le vieillissement de la population et le choix de favoriser le maintien à domicile rendent prévisible la hausse des demandes pour bénéficier de ce programme. Il est urgent que la suspension de ce programme soit levée et de s'assurer qu'il sera suffisamment financé à l'avenir pour répondre aux besoins de la population.
La pression sur ce programme est en plus exacerbée par l'abandon du programme Accès Logis, puisque les normes d'accessibilité et d'adaptabilité et les subventions qui y étaient associées dans ce programme n'existent plus dans le Programme d'habitations abordables Québec (PHAQ). Dorénavant, il n'est plus possible de prévoir l'installation d'adaptations dès le moment de la construction, ce qui coûtait beaucoup moins cher et permettait aux personnes d'emménager dans des logements qui répondent déjà à leurs besoins. Les personnes doivent maintenant attendre d'y déménager pour ensuite faire une demande au PAD.
L'augmentation du nombre de demandes reflète également une autre nécessité : l'adoption de normes de construction plus inclusives et plus rigoureuses en matière d'accessibilité et d'adaptabilité des logements. Il serait possible, par règlement, d'appliquer des exigences sans obstacle pour tous les nouveaux immeubles à logements.
La norme du logement minimalement accessible est désuète et insuffisante pour loger les personnes en situation de handicap ainsi qu'une population vieillissante. Il faut adopter des normes supérieures à celles prévues actuellement au Code de construction du Québec, par exemple en adoptant la norme CSA B 652 : 23 - logement accessible.
Je vous invite donc à prendre publiquement position en faveur des revendications suivantes :
Lever immédiatement la suspension du Programme d'adaptation de domicile (PAD) et qu'il soit suffisamment financé dès maintenant pour répondre aux besoins de la population dans des délais raisonnables.
Augmenter le montant destiné à la Ville de Montréal pour le PAD montréalais, dans le but de répondre aux besoins de la population dans des délais raisonnables.
Adopter des normes plus rigoureuses et inclusives en matière d'accessibilité et d'adaptabilité pour tous les nouveaux logements construits.
Appliquer les normes d'accessibilité et d'adaptabilité qui existaient dans le programme Accès Logis à tout projet d'habitation financé par des fonds publics.
Sincères salutations,
votre nom complet ira ici
votre email ira ici, votre résidence ira ici
* AGENCE DE LA SANTÉ PUBLIQUE DU CANADA,Rapport de surveillance sur les chutes chez les aînés au Canada, mars 2022, page 7.
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Le chantier inachevé du ministre (André) Lamontagne
Après une vaste consultation sur le territoire agricole, le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, a fait adopter la loi 86, la Loi visant à assurer la pérennité du territoire agricole et sa vitalité. Elle modifie une loi majeure de 1978 : la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA).
Voix citoyenne, Claire Binet
et 9 cosignataires :
Institut Jean-Garon, Simon Bégin, porte-parole
Protec-Terre, Hubert Lavallée, président
Comité citoyen, Action climatique et environnement Durham-Sud, Jean Falaise
SOS terres agricoles et milieu de vie Saint-Augustin-de-Desmaures, Denis Guénette
Groupe Forêt Charlesbourg, Martine Sanfaçon, co-porte-parole
Mouvement pour une ville Zéro Déchet, Michèle Dumas Paradis
Cercle citoyen au coeur de la cité, Renaud Blais, président
Les AmiEs de la Terre de Québec, Karen Busque, coordonnatrice
Villes et Régions Innovantes (VRIc) et Réseau de l'économie circulaire, Pierre Racicot, Ph. D., dg.
Le jeudi 24 avril 2025
Cette loi devait soutenir « Nourrir le Québec », le projet d'autosuffisance alimentaire de l'ex-ministre Jean Garon. Cet objectif est plus d'actualité que jamais avec la guerre économique planétaire déclenchée par le président américain. La gestion de l'offre, pilier de l'agriculture québécoise, est dans la mire des États-Unis et la Chine frappe une fois encore l'exportation de nos porcs. Parmi les actions du gouvernement québécois, la campagne publicitaire En achetant québécois, on ne se trumpe pas.
Un territoire agricole adéquatement protégé ?
Pour manger québécois, il faut d'abord avoir accès à un capital territorial protégé, accessible et pérenne. C'était le but de la loi 86, avec de nombreuses mesures, mais toutes ne répondent pas adéquatement aux enjeux.
Saluons les dispositions resserrant la surveillance du territoire agricole et sanctionnant plus sévèrement les contrevenants, une recommandation de la Commissaire au développement durable. Mais les ressources de la Commission de protection du territoire agricole devront augmenter substantiellement.
M. Lamontagne a timidement entrepris de remédier à la spéculation et à l'accaparement des terres agricoles, avec un moratoire transitoire limité à certaines parties du territoire agricole et visant seulement les non-agriculteurs. Cette situation permet aux grands domaines agricoles de continuer à s'accroître, en attendant les règlements complétant la loi, et pourrait contribuer à accentuer la hausse pharamineuse du prix des terres et les difficultés d'accès à la terre pour la relève agricole.
Le point d'achoppement majeur concerne l'élargissement des demandes à portée collective permettant la construction de résidences dans certaines parties de la zone agricole. Le ministre s'est montré intraitable devant la levée de boucliers de nombreuses organisations mais complaisant envers des revendications municipales. Pourtant, 40 000 maisons sont déjà autorisées dans 67 MRC ; moins de 15% auraient été construites. Le saupoudrage actuel de résidences sans lien avec l'agriculture pourra s'intensifier dans certaines MRC, affaiblissant davantage la zone agricole et menaçant sa pérennité.
Un territoire agricole méconnu, sous-utilisé et mal utilisé
Pour manger québécois, le territoire agricole doit être en production. Or, le MAPAQ a manqué à ses responsabilités depuis plusieurs décennies en ignorant l'enfrichement croissant des terres agricoles (estimation : plus de 60 000 hectares). Qu'attend le ministre pour agir, notamment afin de favoriser une relance agricole et du même coup faciliter l'établissement de la relève ?
Un développement optimal du territoire agricole requiert une fine connaissance de son état (propriété, utilisation, etc.). Des données existent : éparses, fragmentées, incomplètes. La création d'un Observatoire sur le territoire agricole a été vainement proposée, notamment dans la perspective de mieux composer avec les changements climatiques.
De plus, notre territoire agricole est en partie mal utilisé en raison de programmes qui n'ont pas évolué, comme le soutien de centaines de millions $ à la filière mais-soya-porc dont l'avenir est plutôt incertain. Nous sommes pourtant à un moment charnière : les changements climatiques déstabilisent la production agricole tandis que l'insécurité économique et politique mondiale inquiète grandement.
Un territoire agricole toujours sous pression
Malgré une loi protégeant le territoire agricole depuis 1978, les pressions persistent : urbanisation, infrastructures, projets économiques, spéculation. À plusieurs égards, les intérêts opposés en 1978 restent les mêmes : à défaut d'une réforme de la fiscalité municipale, le revenu principal des municipalités demeure la taxation foncière, moteur de l'étalement urbain.
D'autres interventions gouvernementales affectent aussi le territoire agricole, principalement la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme (LAU) de 1979. Le père de la LPTAA disait que ces lois de la même époque sont comme les deux rails d'une voie de chemin de fer : ils vont dans la même direction mais sans jamais se croiser. Cette image illustre la primauté de la LPTAA sur toute autre loi inconciliable en zone agricole, tel qu'inscrite dans la loi initiale. Si cette primauté a prévalu depuis, les actions récentes du gouvernement suscitent des doutes quant à ses intentions.
Ainsi, la LPTAA semble dorénavant plutôt considérée comme un chapitre en aval de la Politique nationale de l'architecture et de l'aménagement du territoire adoptée en 2023 et de la LAU alors modifiée. De plus, les nouvelles Orientations gouvernementales en aménagement du territoire découlant de la LAU accordent des pouvoirs aux MRC pour régir les activités agricoles, ce qui risque de susciter des tensions et d'altérer la primauté de la LPTAA ainsi que l'équité des conditions de production entre les entreprises agricoles d'une MRC à l'autre.
Malgré des avancées notables, la volonté politique semble manquer pour compléter le chantier afin d'assurer la pérennité et la vitalité du territoire agricole pour « Nourrir le Québec ».
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Tarification de services de soutien à domicile : on a déjà payé, Madame Bélanger !
MONTRÉAL, le 24 avril 2025 /CNW/ - Entre le fiasco SAAQclic, NorthVolt et les coupures dans le réseau de la santé et des services sociaux (RSSS), le gouvernement annonce qu'ilsonge à tarifer certains services de soutien à domicile (SAD).
Depuis plus de 30 ans, la Coalition solidarité santé se positionne contre toute forme de tarification. Pourquoi ? Parce que la tarification n'a pas sa place dans un système public accessible. Nous souffrons déjà des systèmes à plusieurs vitesses pour voir le médecin, pour nous faire opérer et pour envoyer nos enfants à l'école. « Il ne faut pas répéter cette erreur avec le soutien à domicile : ouvrir la porte à la marchandisation des services à la population, c'est ouvrir la porte aux inégalités », soutien Sophie Verdon, coordonnatrice de la Coalition solidarité santé.
Le SAD : un investissement et non une dépense
Les services de soutien à domicile doivent être intégrés au système de santé et des services sociaux, tout simplement. Les services de SAD servent à désengorger notre système de santé. Ce sont des investissements ainsi qu'une façon concrète d'exaucer le vœu de plusieurs usagers : rester chez soi et jouir de leur pleine autonomie. « Les services à domicile sont importants pour les aînés, mais aussi pour une grande proportion de personnes vivant avec un handicap. Faire payer pour le soutien à domicile, c'est taxer le handicap et la vieillesse », soutient Hugo Vaillancourt, président de la Coalition solidarité santé.
Financer les besoins des personnes et non ceux des entreprises
Nous proposons un réel virage vers un système de soutien à domicile fort, accessible et équitable. Pour ce faire, des investissements majeurs sont nécessaires. Si Mme Bélanger veut que des gens plus fortunés paient plus, elle n'a qu'à demander à son collègue Éric Girard d'augmenter les impôts des plus riches et de revoir la contribution des entreprises au Fonds des services de santé. C'est d'ailleurs ce qu'a proposé cet automne l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), pour financer un soutien à domicile à la hauteur des besoins à venir de la population.
Parlons le langage du gouvernement : d'un point de vue économique, le SAD est un investissement gagnant. Il réduit les coûts dans le reste du système de santé et des services sociaux. En effet, les travaux récents de l'IRIS démontrent que d'ici 2050, sans même améliorer les services, les dépenses en soins de longue durée au Québec, qui sont actuellement de 7,7 milliards de dollars, atteindront 25,6 milliards, si aucun changement n'est fait dans le modèle actuel de prise en charge de la perte d'autonomie. Ces mêmes estimations évaluent à plusieurs milliards de dollars les économies potentielles d'un virage réussi vers le SAD avec des services publics et accessibles.
« Le Québec est une société riche qui peut s'inspirer des meilleurs modèles dans le monde. Il suffit d'investir notre argent et nos ressources aux bons endroits, pour s'assurer d'un écosystème social qui peut subvenir aux besoins de tous et toutes. C'est non seulement possible ; c'est nécessaire », de conclure Sophie Verdon.
À propos
La Coalition solidarité santé est un regroupement québécois d'organisations syndicales, communautaires et de comités de citoyennes et citoyens. Elle comprend également des groupes féministes, de personnes âgées, de personnes en situation de handicap et de personnes proches aidantes. La défense des grands principes qui constituent les pierres angulaires du réseau de santé depuis sa mise sur pied, à savoir le caractère public, la gratuité, l'accessibilité, l'universalité et l'intégralité, sont à la base de toutes les interventions de la Coalition solidarité santé.
SOURCE Coalition Solidarité Santé
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