Archives Révolutionnaires

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RENDEZ-VOUS DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE

3 avril 2023, par Archives Révolutionnaires
Le 19 novembre 2022 se tenait la première édition du Rendez-vous des médias critiques de gauche. Ce fut l’occasion, pour les artisan·es d’une quinzaine de publications, de se (…)

Le 19 novembre 2022 se tenait la première édition du Rendez-vous des médias critiques de gauche. Ce fut l’occasion, pour les artisan·es d’une quinzaine de publications, de se rencontrer et de discuter des défis que nous vivons. Au cœur de cette première journée : les enjeux de fabrication, les questions politiques et l’idée d’une coopération afin de nous entraider, de dynamiser nos pratiques et de contribuer à l’instauration d’une société plus juste.

Aux origines d’une rencontre

Depuis longtemps, la nécessité pour les médias québécois de gauche de mieux se connaître s’impose. Face au fractionnement de notre milieu, et alors que l’isolement ordonné par l’état d’urgence sanitaire accentuait nos solitudes, l’idée de créer un événement rassembleur s’est développée avec plus de netteté. Imaginée par Pierre Beaudet (1950-2022)[1], militant socialiste de premier plan, la convergence a commencé à se structurer, dans le but de nous rapprocher et surtout de favoriser la mutualisation des ressources afin d’augmenter notre force de frappe.

À la suite du décès de Pierre, le projet s’est construit dans la continuité de sa vision, soit d’organiser une rencontre des médias permettant de surmonter l’éloignement et de nous renforcer collectivement. De janvier à juillet 2022, le comité organisateur s’est mis en place, rassemblant des représentant·es de six différents médias. Durant l’été, les médias québécois écrits, ayant une édition papier ou en ligne, et se réclamant de la gauche, ont été contactés. Le premier objectif était de nous connaître : partant, il deviendrait possible de trouver des horizons communs, voire des possibilités d’alliance.

Une journée de réflexions

Le 19 novembre, dès 9 h, les artisan·es des différents médias se retrouvaient au café l’Exode du Cégep du Vieux Montréal. Après nous être toutes et tous présenté·es, nous sommes entré·es dans le vif du sujet. La matinée, réservée aux membres des médias, était composée de deux tables rondes portant respectivement sur les enjeux de fabrication et sur les rapports que nous entretenons avec les mouvements et organisations politiques. Durant l’après-midi, qui était ouvert au public, une conférence intitulée Écrire et agir. Revues, journaux et organisations de gauche au Québec (1959-2001) était présentée par le collectif Archives Révolutionnaires[2]. En parallèle, une foire aux kiosques a permis aux médias de s’adresser au public tout en vendant leurs publications. La journée s’est terminée par un moment de réflexion quant aux suites à donner à la rencontre puis par une soirée festive où se poursuivirent les discussions.

En tout, seize médias se sont rassemblés, liés par leur ancrage commun à gauche, tout en représentant une grande diversité d’approches et de moyens déployés pour transmettre leurs idées. Il y avait des médias imprimés, des médias uniquement en ligne, de « grands » titres à l’histoire au long cours, de toutes nouvelles revues, des groupes s’identifiant comme révolutionnaires, d’autres plus réformistes, des publications à vocation scientifique ou encore des périodiques directement rattachés à des organisations politiques. Cette pluralité n’a pas été un frein à la discussion, au contraire. Par-delà nos différences, plusieurs enjeux nous sont communs, dont ceux de la participation à nos médias, de notre « santé financière » et de notre diffusion, ainsi que des problèmes engendrés par notre statut de militant·es de gauche dans une société néolibérale. Pareillement, notre vocation progressiste implique pour toutes et pour tous de réfléchir à notre relation avec les mouvements populaires et les organisations politiques. Par-delà notre hétérogénéité, nous avions donc beaucoup à nous dire[3].

Défis de la fabrication des médias de gauche

Un important défi, peut-être le plus fondamental, demeure celui de la fabrication d’un média reposant largement sur le travail bénévole de personnes ayant par ailleurs d’autres obligations. La question du travail bénévole se décline de deux manières : d’abord, la difficulté à recruter et à garder des membres, ensuite, l’épuisement des artisan·es de longue date. Il nous faut, pour recruter, miser sur le dévouement des militant·es, et nous imposer une surcharge de travail, souvent en soirée et les fins de semaine, afin de maintenir nos médias à flot. La nécessité de maîtriser de nombreuses compétences (théoriques, linguistiques, informatiques, etc.) complique aussi le recrutement tout en maintenant la pression sur celles et ceux qui produisent les médias. L’exigence d’une telle implication est parfois rebutante. De plus, un défi demeure autour de l’inclusion d’une diversité culturelle dans nos médias.

C’est pourquoi nous devons porter une attention particulière au recrutement, à la formation des nouvelles personnes impliquées, à la répartition des tâches moins gratifiantes, ainsi qu’à de possibles aménagements avec nos différentes obligations. Nous ne devons pas cacher le fait qu’en régime capitaliste, nous sommes forcé·es de travailler de façon salariée pour vivre et que le bénévolat n’est pas à la portée de toutes et de tous. La question monétaire se pose malheureusement pour les individus ainsi que pour le financement même de nos médias : services informatiques, graphiques, frais d’impression, de diffusion, etc. La tension entre nos valeurs anticapitalistes et les nécessités financières du monde actuel reste difficile à surmonter.

De nombreux médias, en raison de leur mode de fonctionnement alternatif, constatent que leur réalité n’est comprise ni par les organismes subventionnaires ni par les entreprises d’impression ou de diffusion. Plusieurs sont inadmissibles aux subventions même s’ils aimeraient en bénéficier. Dans ce contexte, les frais de production sont un enjeu constant. Certains se questionnent aussi sur l’avantage ou non d’une version papier considérant les frais d’impression et d’expédition. Pourtant, la baisse d’intérêt envers les revues papier, que l’on aurait pu soupçonner a priori, ne semble pas se concrétiser. Les abonnements permettent en fait une fidélisation et un revenu prévisible, ce qui est un avantage au final.

Quelques bonnes pratiques

Au-delà des enjeux liés au bénévolat et au financement, plusieurs pistes intéressantes ont émergé lors des discussions concernant la production. Il a été rappelé à plusieurs reprises l’intérêt de travailler en collaboration pour limiter le dédoublement du travail et pour mieux profiter des expertises les un.e·s des autres. La communisation de certaines ressources est une option réaliste et porteuse. Ainsi, nous pourrions acheter ensemble une imprimante, louer un local ou encore partager les frais d’un·e graphiste.

L’importance de la communauté a été soulignée, et pas seulement au sein des médias et entre nous. Le lien avec le lectorat est à valoriser, car ce sont les lectrices et les lecteurs qui nous font, en dernière instance, exister. Nous pourrions créer plus d’événements, suggérer un tarif d’abonnement solidaire, appeler directement au lectorat pour qu’il écrive dans nos médias, etc. Comme cela a été dit, nous avons aussi constaté que les abonnements forment la meilleure source de financement pour les médias payants, notamment imprimés. Nous avons tout à gagner à nous rendre mutuellement service pour favoriser la production de nos médias, leur visibilité et donc leur portée. En plus de diminuer notre charge de travail, cela augmentera notre influence sociale.

Médias de gauche et militantisme politique

Plusieurs questions se sont posées d’emblée quant aux liens entre nos médias, le militantisme, les mouvements sociaux et les organisations politiques. D’abord, quelle ligne éditoriale adopter : doit-on privilégier une ligne ferme ou miser, à l’intérieur d’un même média, sur le pluralisme ? Ensuite, quelle position adopter face aux groupes politiques : faut-il se lier à eux, est-ce une « nécessité » des médias de gauche ? Et puis, comment favoriser l’accessibilité à nos contenus, pour ne pas prêcher uniquement à des convaincu·es ? Quel niveau de langage adopter pour s’adresser à différentes classes sociales ?

Un point a clairement émergé : si nous tenons à produire un contenu rigoureux, nous avons vocation à donner une lecture progressiste et militante des faits traités. Nous assumons toutes et tous une posture engagée. L’objectivité des faits rapportés ne nous exonère pas d’un traitement politique de ceux-ci, au contraire. Nous existons parce que nous croyons qu’une lecture gauchiste des faits est plus à même de rendre compte du réel et de nous aider à le transformer, en vue d’instaurer une société plus juste. L’enrichissement de la lecture des faits par l’accrétion des traitements médiatiques multiples a aussi été souligné, éclairant le fait que notre variété est une force. Par contre, notre fractionnement n’aide pas nécessairement à notre visibilité, chacun·e ne rejoignant que « son » public particulier. D’où l’idée de ne pas fusionner (afin de préserver la richesse de notre diversité), mais de chercher des horizons communs, et possiblement de produire des textes ensemble sur des enjeux importants, afin d’augmenter l’impact de nos idées. Une question reste toutefois en suspens : comment augmenter notre influence sans nous plier aux diktats de la culture bourgeoise ?

De plus, nous avons discuté de l’importance de maintenir une perspective politique de transformation sociale. Il est important que notre travail reste axé, au final, sur la diffusion des idées de gauche dans le but avoué de changer la société. En ce sens, l’idée d’une coalition est intéressante, à la fois respectueuse de la diversité et unificatrice. L’ennui principal est de trouver un terrain d’entente suffisamment solide pour qu’une collaboration pérenne puisse en découler. Jusqu’où sommes-nous prêt·es à nous lier et quels compromis cela impliquerait ? D’un autre côté, la crainte, pour plusieurs, reste de perdre leur autonomie. C’est donc un travail de funambule – entre un degré d’unité idéologique fonctionnel et la volonté d’une majorité de médias de rester indépendants – qui nous attend si nous prenons au sérieux l’idée de nous coaliser.

Deux voies, non exclusives, se dessinent. La première, tenant pour acquis que nos positionnements à gauche sont suffisants pour entamer une collaboration, propose une mise en commun de certaines ressources, telle qu’énoncée plus haut, ou encore la création d’une plateforme web qui rediffuserait l’ensemble des articles des médias afin de permettre une consultation « unifiée ». La seconde suppose des orientations politiques communes qui permettaient de créer un organe de liaison, voire une structure fédérative, ralliant les médias de gauche. Un tel processus nécessitera, s’il se produit, une discussion transparente et minutieuse impliquant tous les médias intéressés, afin de déterminer précisément ce qui nous lie, ce que nous pouvons écrire et faire en commun, la manière dont nous pouvons nous fédérer et le fonctionnement technique que cela impliquerait. Enfin, il nous faudrait aussi, individuellement et collectivement, renforcer nos liens avec les milieux syndicaux, politiques, communautaires, universitaires et internationaux, afin d’affirmer notre présence et notre portée.

Pour la suite ?

À la fin de ce premier Rendez-vous des médias critiques de gauche, la nécessité de poursuivre le dialogue a fait consensus. Une prochaine rencontre aura donc lieu en mars 2023 afin de voir quelles formes de collaborations nous souhaitons nous donner. En resterons-nous à un dialogue courtois ou choisirons-nous de nous liguer plus sérieusement ? Allons-nous demeurer des analystes de la situation ou déciderons-nous de nous lier organiquement à des groupes politiques ? Peu importe la voie choisie, la nécessité de maintenir le dialogue et l’entraide resteront. Nous poursuivons donc le travail, de notre côté et ensemble, et espérons densifier les liens qui nous unissent. Nous sommes encore loin de la société juste à laquelle nous aspirons : il faudra travailler ensemble pour l’atteindre. Si vous faites partie d’un média qui était absent, n’hésitez pas à nous écrire pour vous joindre au mouvement. On se retrouve très vite pour continuer le combat.


Ce texte est originellement paru dans le no. 95 de la revue À bâbord. Un bilan complet de la journée du 19 novembre 2022 est également disponible.


Notes

[1] Le prochain numéro des Nouveaux Cahiers du Socialisme (no 29, printemps 2023) sera entièrement consacré au parcours de Pierre Beaudet.

[2] Le contenu de cette conférence sera diffusé sous la forme d’un article sur le site d’Archives Révolutionnaires (archivesrevolutionnaires.com) au printemps 2023.

[3] Un bilan détaillé du Rendez-vous sera disponible au printemps 2023 sur les sites de plusieurs des médias impliqués.

8 MARS. LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES – Québécoise Deboutte ! (1973)

7 mars 2023, par Archives Révolutionnaires
Cet article a été publié au mois de mars 1973 dans le journal de théorie féministe et révolutionnaire Québécoises Deboutte ! (QD). D’abord l’organe du Front de libération des (…)

Cet article a été publié au mois de mars 1973 dans le journal de théorie féministe et révolutionnaire Québécoises Deboutte ! (QD). D’abord l’organe du Front de libération des femmes (FLF, 1969-1971), Québécoise Deboutte ! devient ensuite la revue du Centre des femmes (1972-1975). Fondé par des militantes du FLF et du Comité ouvrier de Saint-Henri, le Centre des femmes est à la fois un groupe politique et un lieu d’organisation féministe qui s’adresse aux ménagères, aux travailleuses et aux étudiantes. L’équipe du Centre anime notamment une clinique de conseils en avortement dans un contexte où cette pratique médicale est illégale et inaccessible aux femmes des classes populaires, tout en éditant leur journal qui rejoint à l’époque plus de 2000 abonnées.

Par le biais d’enquêtes sur le terrain et sur les luttes des femmes à travers le monde, Québécoises Deboutte ! théorise l’exploitation capitaliste et l’oppression sexiste que vivent les femmes d’ici. Par leurs recherches historiques, les militantes de QD cherchent aussi à mettre en valeur les luttes passées, l’intelligence et la combativité des ouvrières, ainsi que l’engagement révolutionnaire de nombreuses militantes.

Voici donc, en réédition, un article publié par QD en 1973 qui rend compte de l’origine révolutionnaire de la journée du 8 mars et du lien qui existe entre cette journée et les luttes des ouvrières, qui dès la fin du XIXe siècle réclamaient de meilleures conditions de travail, le droit de vote et, plus globalement, l’égalité et la fin des discriminations à leur égard. L’article propose un historique succinct des grèves menées par les travailleuses d’ici depuis 1900.

Bien qu’elle naisse dans un contexte de luttes internationales au début du XXe siècle, la journée du 8 mars est célébrée uniquement par les pays socialistes jusqu’aux années 1960, la Russie soviétique étant le premier pays à l’officialiser en 1921. Les mouvements féministes qui émergent au tournant des années 1970 se réapproprient le 8 mars, avant que l’ONU en fasse une journée internationale en 1977. En insistant sur le caractère anticapitaliste de la Journée internationale des femmes, les militantes de QD réinscrivent les luttes féministes pour la dignité et l’égalité dans une perspective révolutionnaire. Elles cherchent ainsi la transformation radicale des structures sociales et du système économique qui permet d’envisager un monde débarrassé de l’oppression et de l’exploitation.

De gauche à droite : 10 mars 1984, par Robert Mailloux (BAnQ, fonds La Presse), manifestation en faveur du droit à l’avortement (BAnQ, Fonds Antoine Desilets), manifestation intersyndicale du 8 mars 1979 à Montréal, par Henri Rémillard (BAnQ, Fonds Ministère de la Culture et des Communications).

8 MARS : LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES

Québécoises Deboutte ! (vol.1, no.4, mars 1973)

Comme le 1er mai pour les travailleur·euse·s québécois·e·s, le 8 mars revêt peu de signification pour la majorité des femmes québécoises. À peine soulignée par les médias, tristement célébrée par les organisations féminines réformistes, la Journée internationale des femmes passe en douce. C’est que les exploiteurs n’ont pas intérêt à ce que les Québécoises commémorent les luttes qu’elles ont menées contre eux. Ils n’ont pas intérêt non plus à ce qu’elles affirment bien haut leur volonté de continuer le combat, liant leur lutte contre toutes les formes d’exploitation à celles que mènent les femmes partout dans le monde.

Mais nos intérêts ne sont pas les mêmes que ceux des exploiteurs. Les femmes d’ici et d’ailleurs ont toujours lutté pour le respect de leurs droits et l’amélioration de leurs conditions d’existence. Le combat que nous menons n’est donc pas nouveau et commémorer ces dures luttes ne peut que renforcir notre détermination à vaincre. C’est dans ce sens qu’il est important que nous fassions revivre la Journée internationale des femmes et que nous lui redonnions le contenu révolutionnaire qu’elle avait à ses origines.

8 mars : une tradition de luttes

Le 8 mars 1857 dans le Lower East Side de New York : des travailleuses du textile et du vêtement manifestent contre la journée de 12 heures, les bas salaires et les mauvaises conditions de travail. Quand le défilé sort des quartiers pauvres vers les secteurs plus riches de la ville, la police intervient et attaque les manifestantes. Plusieurs sont arrêtées, certaines sont piétinées par les chevaux dans la confusion qui s’ensuit. Trois ans plus tard, en mars 1860, ces femmes forment leur propre syndicat.

Le 8 mars 1908, sous l’instigation de militantes socialistes, des milliers de femmes de l’industrie de l’aiguille marchent de nouveau, encore à partir du Lower East Side de New York. À 51 ans de distance, les revendications sont sensiblement les mêmes : heures de travail plus courtes et meilleures conditions de travail. S’y ajoutent une condamnation du travail des enfants et la réclamation du droit de vote.

Deux ans plus tard, à Copenhague, au Congrès de la 2e Internationale socialiste, Clara Zetkin, une des dirigeantes du Parti socialiste allemand fait approuver une motion présentée par les militantes américaines proclamant le 8 mars, Journée internationale des femmes, en commémoration de la violente grève des travailleuses du textile de New York.

En 1911, pour la première fois, la Journée internationale des femmes est célébrée avec éclat en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Suisse et aux États-Unis.

Le 8 mars 1914, Clara Zetkin organise une manifestation à laquelle participent des milliers de femmes pour protester contre la course à la guerre en Allemagne, et l’arrestation de Rosa Luxembourg, militante socialiste (le Kaiser disait de Clara Zetkin qu’elle était « la plus dangereuse menace de l’Empire »).

Le 8 mars 1917, les travailleuses du textile de Petrograd se mettent en grève pour protester contre leurs mauvaises conditions de travail, la famine et les longues filées d’attente pour se procurer du pain. Des milliers de femmes descendent dans la rue. D’autres travailleurs manifestent leur solidarité avec la lutte des femmes et c’est bientôt la grève générale qui sera à l’origine de la révolution russe.

« les femmes

doivent conquérir

la moitié du ciel »

Mao

8 mars : la lutte continue

Le 8 mars, ça n’est donc pas une mini fête des Mères, ce seul jour dans l’année où l’on vient sanctifier notre rôle servile pour mieux nous y maintenir. Tout au contraire, la Journée internationale vient souligner l’extrême combativité des femmes à travers l’histoire et poser que c’est dans la lutte contre toute forme d’exploitation que nous trouvons notre dignité.

Travailleuses, ménagères, étudiantes québécoises rappelons-nous en ce jour les luttes héroïques des travailleuses québécoises, particulièrement celles des femmes du textile et du vêtement, qui depuis plus de cent ans s’opposent violemment à cette poignée de capitalistes qui surexploitent leur force de travail. Citons entre autres:

1900Grève de la Montreal Cotton Mills. 15 jours.
1900 Grève à la filature de Valleyfield. Les travailleuses doivent retourner au travail sous la pression de l’armée fédérale. L’année suivante, elles se remettront en grève.
1900- 
1908
Les travailleuses du textile mèneront plus de 40 grèves, extrêmement dures.
1934Les ouvrières de l’aiguille ferment 125 boutiques à Montréal. Matraquées par des fiers-à-bras, elles doivent « se défendre des charges policières, en enfonçant des épingles dans les chairs des chevaux ». Le lendemain, « les autorités publiques parlèrent d’émeutes et il y eut 12 arrestations: dix femmes et deux hommes[1] ».
1935-
1940
Le textile et la confection connaissent des grèves importantes. Trois-Rivières, Sorel, Sherbrooke, Saint-Hyacinthe, Acton Vale, Louiseville sont touchées. À Montréal, 4 000 ouvrières de la robe se mettent en grève du 16 avril au 6 mai 1937.
1946Grève du textile à Valleyfield ; 99 jours. Violence.
1947Grève à Ayers de Lachute ; 152 jours. Grève à Shuttle de Lachute ; 132 jours. Madeleine Parent est accusée de conspiration séditieuse et condamnée à 2 ans de prison.
1952Grève du textile à Louiseville. 321 jours. Violence.
1972Regent Knitting : occupation.
1973Susa Van Heusen de la Canadian Converters. Pierrette Troie accuse la CSD de ne pas être intervenue à l’avis de fermeture de l’usine. Elle est expulsée de son syndicat pour avoir sollicité de l’aide de l’extérieur.

Travailleuses, ménagères, étudiantes québécoises proclamons en ce jour notre détermination à poursuivre le combat jusqu’à ce que tous nos droits soient respectés. Québécoises Deboutte ! travaillons à mettre fin à toutes les formes d’exploitation, y compris la discrimination sexuelle exercée envers les femmes sur le plan social, économique politique et culturel.

Québécoises Deboutte !

LA LUTTE DES FEMMES CONTINUE


[1] Dumas, Évelyne. Dans le sommeil de nos os. Leméac, 1971. Page 170.

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