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Les chauffeurs de bus gagnent leur lutte pour de meilleures conditions de travail

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/06/greve_01-05-2024_1200px-1024x576.png7 juin 2024, par Comité de Montreal
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Depuis octobre 2023, les chauffeurs d'autobus scolaires du Québec sont de plus en plus actifs. Des centaines de travailleurs de plusieurs syndicats de la province ont déclenché des grèves qui ont permis d'améliorer considérablement les conditions de travail et d'obtenir des augmentations de (…)

Site web nonala20

7 juin 2024, par Marc Simard
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L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Un nouveau site web informatif a vu le jour le 25 mai 2024 portant sur le prolongement de l’autoroute 20. Il est le fruit du travail de bénévoles opposé.es au projet. En plus du site web, un dépliant informatif a également été conçu. Ces (…)

Luttes abolitionnistes et féminisme carcéral

7 juin 2024, par Ligue des droits et libertés

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

Luttes abolitionnistes et féminisme carcéral

Entrevue avec Marlihan Lopez, cofondatrice de Harambec et militante féministe Noire Propos recueillis par Delphine Gauthier-Boiteau, doctorante en droit et membre du comité de rédaction de la revue et du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes en détention de la Ligue des droits et libertés
À travers ses expériences personnelles et professionnelles, Marlihan Lopez révèle les failles du système judiciaire et carcéral dans la lutte contre les violences genrées et sexuelles, et propose une perspective abolitionniste comme voie vers une réponse plus juste et émancipatrice.

D’abord, peux-tu nous parler des liens entre féminismes et abolitionnismes ?

Comme féministe Noire, j’ai été très vite confrontée au fait que l’on s’appropriait et que l’on déformait certains des concepts les plus importants qui existent dans la tradition radicale Noire. Par exemple, en contexte francophone, il y a une cooptation de la notion d’abolition, c’est-à-dire une appropriation et un usage au sens retourné de ce terme par des groupes féministes qui militent pour la criminalisation et l’abolition du travail du sexe. Cet usage par ces groupes est dérangeant, parce qu’outre la cooptation et le renversement de sens de la notion d’abolition, les personnes que l’on veut criminaliser par cet usage sont celles que l’État rend les plus vulnérables à la criminalisation, la surveillance et aux violences systémiques. C’est aussi que ces mouvements, que l’on peut associer à un féminisme carcéral, n’ont pas de relations de solidarité vis-à-vis des luttes de libération Noires. Donc de coopter et de réutiliser ce terme de façon à nuire à nos communautés, c’est quelque chose qui m’a toujours heurtée. Et d’ailleurs, même si en réaction à l’assassinat de George Floyd, l’abolition et le définancement de la police ont été plus discutés dans l’espace public, aucune action ou aucun geste n’a été posé pour corriger le tort de cette cooptation de nos concepts. Pour nommer ce mouvement qui veut criminaliser le travail du sexe — composé surtout de femmes — j’emploie donc le terme prohibitionniste, que plusieurs groupes de défense des droits des travailleuses du sexe utilisent. Pour moi c’est vraiment important de me réapproprier l’abolitionnisme et de le renvoyer à ses racines radicales Noires, parce que désormais quand on se dit abolitionniste ou féministe abolitionniste, des personnes pensent qu’on est en faveur de la criminalisation du travail du sexe bien que cela soit à l’opposé des politiques abolitionnistes. Cette clarification est nécessaire chaque fois que j’écris sur ces thématiques parce que cette cooptation est non seulement locale, mais réelle en France et en Amérique latine.
Le féminisme abolitionniste et/ou anticarcéral adopte une approche intersectionnelle et systémique pour analyser et s’attaquer aux systèmes d’oppression. Les partisanes du féminisme abolitionniste comprennent que le système juridique pénal de l’État fonctionne comme il a été conçu : pour maintenir un ordre raciste, patriarcal et capitaliste de contrôle social par la violence. Elles ont souligné l’importance de développer des réponses à la violence genrée, qui ne s’appuient pas sur un système pénal sexiste, raciste, classiste et transphobe. – Marlihan Lopez

Quelles sont tes expériences des milieux féministes et des limites du système de justice pénale et carcérale à la lutte contre les violences genrées et sexuelles ?

J’ai travaillé pendant plusieurs années au sein d’un regroupement qui oeuvre contre les violences à caractère sexuel (VCS). Mon rôle était de travailler en parallèle avec des organismes communautaires qui desservent des groupes de femmes minorisées, tels que des femmes Autochtones, en situation de handicap, migrantes, racisées et/ou queers. Pendant la première vague du mouvement #moiaussi, j’ai vu comment l’impact sur ces groupes a été différent. Ici au Québec, ce mouvement a beaucoup porté sur la responsabilisation du système de justice face à ses échecs en réponse au traitement des VCS. Les stratégies de la plupart des organismes de ce milieu tournaient donc surtout autour de la réforme du système judiciaire pour mieux accompagner les victimes. Les groupes minorisés avec lesquels j’ai travaillé font face à des barrières systémiques d’une part, au dévoilement des violences sexuelles dans le contexte de #moiaussi et d’autre part, à une revictimisation par le système judiciaire qui se traduit par un nombre peu élevé de plaintes formelles. Au Québec, le mouvement #moiaussi ne visait pas les systèmes d’oppression tels que le colonialisme, la suprématie blanche, la transphobie et le capacitisme, qui rendaient certaines communautés plus vulnérables aux violences genrées. J’avais un autre regard sur le mouvement #moiaussi et j’ai commencé à explorer des alternatives à ce que le mouvement contre les violences faites aux femmes préconisait pour répondre aux VCS, soit la criminalisation et la judiciarisation. Il y a eu beaucoup de résistance lorsque j’ai tenté de mettre ça de l’avant. La plupart des organismes en VCS s’opposaient au fait de présenter d’autres options, telles que la justice réparatrice, aux personnes survivantes. J’ai aussi été chargée du dossier justice au moment où il y avait des appels à implanter le modèle de Philadelphie. Ce modèle renvoie à ce qui s’est passé dans cette ville, alors que la population a été alarmée par le fait que vraiment beaucoup d’agressions à caractère sexuel ont été considérées non fondées par la police. Des groupes de femmes travaillant dans le milieu de lutte aux violences genrées ont fait pression pour mettre en place un modèle qui implique qu’une alliance de groupes de défense des droits des femmes révise les dossiers jugés non fondés pour comprendre la cause. C’est une forme de mécanisme d’examen de l’enquête policière. Dans la dimension locale du mouvement #moiaussi, il y a eu une enquête du Globe and Mail qui mettait au jour le nombre important de cas jugés non fondés par les services policiers au Canada. Les organismes qui travaillent en lutte contre les VCS ont fait pression pour l’implantation du même modèle au Québec. Après des rencontres avec différents acteurs (DPCP, police, etc.), un projet devant répliquer le modèle de Philadelphie a été accepté. Dans les faits, cela n’avait rien à voir puisque des représentant-e-s de la police étaient étroitement impliqués dans le processus de révision ; choisissaient quels dossiers étaient soumis à une révision ; et limitaient la portée de ces révisions. Donc on se retrouve avec un mécanisme qui n’est pas indépendant et où, encore une fois, c’est la police qui audite la police. Dans ce contexte, il y a eu de la résistance à la présence de certains groupes, notamment ceux représentant des femmes autochtones — alors que c’était peu de temps après les dénonciations à l’égard de policiers de Val-d’Or, pour des VCS. C’était très délicat et les rapports de pouvoir étaient tangibles. Là encore, cela confirmait que le système judiciaire ne serait jamais une réponse appropriée pour les personnes survivantes de violences à caractère sexuel ou genré. Puis, encore une fois, mes expériences personnelles m’ont toujours dissuadée de faire appel à la police. La seule instance où j’ai considéré porter plainte, c’était dans le contexte d’un accompagnement que j’ai reçu par un organisme de lutte aux VCS, où on m’a encouragée à appeler leur agent sociocommunautaire — qui est un policier —, parce que je considérais avoir une responsabilité pour que la situation ne se reproduise plus étant donné l’implication de la serveuse du bar où l’intoxication involontaire que j’ai vécue s’était produite. Les agent-e-s qui sont venu-e-s me voir m’ont blâmée de ne pas avoir fait attention à mon verre ; m’ont dit qu’iels ne pouvaient pas faire grand-chose ; et m’ont invitée à faire l’enquête moi-même, c’est-à-dire à aller poser des questions à l’établissement afin de voir si cela s’était déjà produit. J’ai aussi donné le nom de témoins qui n’ont jamais été contactés ensuite. Cette expérience m’a simplement confirmé que ce n’était pas une réponse qui allait m’apporter la guérison ou une réparation à la violence vécue.

Qu’est-ce qu’une perspective abolitionniste peut apporter comme élément de réponse aux violences genrées et sexuelles ?

En réponse aux problèmes sociaux et aux violences de notre société et en lieu et place de life-affirming-programs axés sur la vie et l’épanouissement, on développe des programmes fondés sur la criminalisation, la surveillance et la punition. On n’a pas parlé des alternatives en termes de ce que permet la justice transformatrice, mais il y a plusieurs initiatives mises en place par des communautés qui connaissent la criminalisation et la surveillance policières, et qui sont très bien placées pour comprendre les dangers et violences du système carcéral et d’une réponse carcérale à la violence. Je crois qu’il faut surtout se demander, qui sont les personnes que l’on rend les plus vulnérables à ces systèmes ? Ce sont les personnes qui ont un historique en termes de colonisation et d’esclavage. La prison, en Amérique du Nord, est temporellement venue se substituer à l’esclavage lorsque celui-ci a été aboli. Il suffit de lire l’histoire pour comprendre où on est, et pour comprendre ce qu’il faut faire (et ne pas faire) pour en finir avec les violences, que celles-ci soient étatiques, systémiques ou interpersonnelles. C’est aussi pourquoi il faut éviter la rhétorique du système brisé ou à réparer. Il faut explorer l’abolition, comprendre que ces systèmes travaillent contre nous et pas pour nous, mais aussi qu’on ne peut pas les réformer parce qu’ils sont en train de faire ce qu’ils sont censés faire.  

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Qu’en est-il des systèmes carcéraux et des abolitionnismes ?

7 juin 2024, par Ligue des droits et libertés

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Qu’en est-il des systèmes carcéraux et des abolitionnismes?

Entrevue avec Marlihan Lopez, cofondatrice de Harambec et militante féministe Noire Propos recueillis par Delphine Gauthier-Boiteau, doctorante en droit et membre du comité de rédaction de la revue et du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes en détention de la Ligue des droits et libertés Nous avons discuté avec Marlihan Lopez, co-fondatrice de Harambec et militante féministe Noire, afin connaître son point de vue quant à l’abolitionnisme pénal. Son approche permet la remise en question de systèmes carcéraux au sens large, que ce soit la prison, l’école, les hôpitaux ou les centres jeunesses.

D’abord, peux-tu expliquer ce que l’abolition signifie pour toi?

Construire une société abolitionniste renvoie à l’abolition des systèmes carcéraux, mais surtout au fait de construire ce qui viendra exister à sa place. C’est un projet d’avenir dans lequel chacun-e de nous a un rôle à jouer. Pour reprendre l’imagerie de la militante Mia Mingus[1], c’est comme une terre sur laquelle il faut semer, pour en récolter les fruits plus tard. Mais ce territoire, il faut aussi le nettoyer pour être en mesure d’y planter les semences. Pour moi, cette image évoque la justice transformatrice. Si on me demande « quand commence l’abolition ? », je réponds que ça commence maintenant. Or, c’est aussi un projet d’avenir qui requiert de mettre en place des systèmes de vie (life-affirming-systems), en lieu et place des systèmes carcéraux. C’est donc de faire en sorte que l’enfermement ne soit plus une option envisageable et de rebâtir nos sociétés.

Pourrais-tu nous parler de ton parcours, de ta posture comme militante afroféministe et de ce qui t’a menée vers l’abolitionnisme?

Je me considère féministe Noire avec toutes les valeurs politiques que cela implique. Plusieurs expériences, dont certaines très tôt avec la police, m’ont amenée à chercher d’autres alternatives. Quand j’avais 13 ans, j’étais dans le sud des États-Unis et j’ai vécu une expérience très violente où un policier m’a poussée par terre et crié des insultes racistes. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de personnes Noires et Autochtones qui aient une image très favorable de la police, comme institution. Parce que tout le monde peut avoir un membre de la famille qui est policier, mais ce n’est pas un problème individuel, ça relève d’une dimension institutionnelle. Depuis que je suis arrivée ici, j’ai milité au sein de mouvements féministes et antiracistes. Je suis arrivée comme migrante sans statut, c’est-à-dire à statut non régularisé, et j’ai commencé à travailler au sein de milieux féministes ou de milieux préoccupés par la justice migrante comme Solidarité sans frontières. J’ai donc vu comment le système d’immigration fait partie du système carcéral, puisqu’il restreint la liberté de mouvement des personnes et criminalise[2] la migration, c’est-à-dire ce que les familles et les personnes font pour fuir la violence coloniale, la guerre, les violences économiques. Déjà à ce moment, j’avais des valeurs politiques abolitionnistes. Je militais beaucoup contre les violences genrées, et c’est une lutte très importante pour moi en tant que survivante. Même au sein de cette lutte et en lien avec mes expériences, la police, les prisons et les tribunaux n’étaient pas vraiment une option ou une solution pour répondre à la violence. Tout ça a vraiment éveillé en moi la curiosité de chercher des voies, des projets faits par des personnes issues de communautés qui ont un historique de criminalisation et de surveillance par l’État. J’ai donc commencé à m’informer sur les alternatives à ce qu’on appelle la justice pénale. Aussi, je n’ai pas grandi dans un environnement où appeler la police était un réflexe ou une option. Je viens d’un contexte où tu connais tes voisin-e-s, où la notion de communauté a un sens réel — que j’essaie toujours de retrouver ici, en contexte nord-américain néolibéral. Pendant la pandémie de COVID-19, on a pu prendre part à des initiatives d’aide mutuelles qui nous ont permis d’entrevoir un avenir où le sens de communauté serait incarné. On ne pouvait plus dépendre de l’État de la même manière, et ces initiatives ont constitué des pistes vers une nouvelle société qui aurait pu naître. Malheureusement, je pense que nous n’avons pas réussi à suivre ces pistes.

Tu parles parfois de système carcéral et parfois de systèmes carcéraux, peux-tu nous en dire plus?

Pour moi, l’abolitionnisme est une valeur politique qui permet de lutter contre le système carcéral, que l’on doit envisager sur un spectre comprenant différentes formes de policing et de surveillance, allant jusqu’aux prisons, mais qui est loin de s’y limiter. Ainsi, lorsque je parle de systèmes carcéraux, ou de continuum carcéral, ça comporte tous les lieux et les espaces où on pratique cette surveillance et où on répond à un tort par une logique punitive. Un des premiers espaces carcéraux est l’école : on y pratique une surveillance et on répond aux torts par la punition. Dans certains cas, on mobilise un vocabulaire carcéral, notamment lorsqu’on parle de detention en anglais. Des recherches montrent que les enfants Noir-e-s sont davantage discipliné-e-s à l’école, et qu’iels subissent un phénomène d’adultification, c’est-à-dire qu’iels sont pathologisés et traités comme des adultes malgré leur jeune âge. Iels ne peuvent pas commettre des erreurs sans punition, alors qu’un-e enfant blanc-he est excusé-e plus facilement. Le système scolaire doit être inclus dans notre compréhension du système carcéral et aux États-Unis le concept de school to prison pipeline évoque ce qui est à la fois créé par la surveillance et la criminalisation des jeunes à l’école, et par les inégalités sociales et raciales issues des systèmes d’oppression. Ce ne sont pas que les jeunes Noir-e-s, mais aussi ceux en situation de handicap. Mon fils est autiste et lors de la relâche, on devait l’envoyer dans une école spécialisée où il y avait des verrous extérieurs sur les portes des salles de classe (l’école justifie cette pratique dans une logique de sécurité). Outre le vocabulaire carcéral, on emprunte aussi à son architecture et on constate que la police est de plus en plus appelée à y intervenir. Cela traduit la présence de logiques carcérales dans le champ scolaire et le capacitisme vis-à-vis de personnes, jeunes ou moins jeunes, en situation de handicap. Par ailleurs, les expériences de personnes Noires et Autochtones dans le système de santé et les hôpitaux témoignent de processus de surveillance et de violences systémiques et, en particulier dans le champ de la psychiatrie, de la reproduction de logiques d’enfermement et de contrôle (par exemple : possibilités juridiques de traitement et d’enfermement contre le gré, usage disproportionné de mesures psychiatriques coercitives envers les hommes Noirs[3], etc.). Enfin, le système de protection de la jeunesse est le prolongement des écoles résidentielles, ce qui se traduit par la surreprésentation de familles Autochtones. C’est aussi le lieu d’une surreprésentation des familles Noires dans le nombre de signalements, ce qui est lié à la criminalisation de la pauvreté et au racisme anti-noir. Quand je suis arrivée, j’aurais pu être aux prises avec ce système-là. Mon fils prenait trois autobus pour aller à l’école, puisqu’il n’allait pas à l’école de quartier (faute de ressources adaptées dans celle-ci). Il faisait froid alors il portait plusieurs couches de vêtements. Une fois l’infirmière m’appelle, me met en attente et je me dis oh my god mon fils a eu un accident. Quand elle revient, elle me dit « j’essaie de trouver une interprète », je lui dis « mais pourquoi ? » et elle me dit « ah ! vous parlez français ». Elle enchaine avec la raison de son appel : « je ne sais pas d’où vous venez, mais ici au Canada on n’habille pas les enfants autant, parce qu’ils risquent plus de tomber malade ». Je lui dis « madame vous m’appelez à mon travail pour me corriger parce que j’ai trop habillé mon fils ? Est-ce que vous savez qu’il prend trois autobus pour arriver à l’école et que parfois on attend 20 minutes quand il fait -20 ou -25 ? ». Cela est un exemple ordinaire de situation qui pourrait mener à un signalement à la protection de la jeunesse, en particulier à partir du motif de négligence. Des personnes du milieu scolaire avec qui j’ai eu l’occasion de discuter m’ont dit qu’iels signalent des familles migrantes racisées juste pour « faire leur éducation », parce qu’iels considèrent que ça leur fera du bien. Tout cela s’insère dans un continuum carcéral, c’est-à-dire dans un éventail de pratiques de surveillance et de criminalisation des personnes et de leurs conditions matérielles précaires, lesquelles découlent de l’interaction entre plusieurs systèmes d’oppression.

Comment peut-on travailler vers ces abolitions?

Comme personne qui a déjà vécu des expériences de précarité importante, je sais que l’état de ma santé mentale est circonstanciel. Sans un travail comme celui que j’ai en ce moment, qui me permet de payer le tutorat de mon fils et sans l’obtention d’un statut migratoire moins précaire, je ne serais pas dans la même situation. Or, je sais que beaucoup de parents sont puni-e-s et criminalisé-e-s pour ces raisons. Plutôt que d’investir dans la présence de policiers à l’école et dans des programmes carcéraux, pourquoi ne pas investir auprès de ces jeunes-là et dans les communautés ? Il faut changer notre manière de répondre aux problématiques sociales. Si on veut que le mouvement abolitionniste progresse, il faut présenter des exemples concrets qui permettent de comprendre comment et pourquoi ces systèmes que l’on dit carcéraux se manifestent. On dit parfois que la justice sociale et les idées qui s’y rattachent viennent du milieu académique, mais c’est faux, cela vient de la rue et des mouvements sociaux. Il faut centrer la parole et les expériences des personnes concernées pour montrer les manifestations concrètes de ces systèmes, tant à l’école qu’à travers la DPJ, la psychiatrie, le système d’immigration et les prisons ou le système de justice pénale.
[1] Mia Mingus est une écrivaine, éducatrice et formatrice en matière de justice transformatrice et de disability justice. [2] Parler de criminalisation vise à rendre compte du fait que le cadre juridique entourant l’immigration entraîne un nombre important de violations des droits humains, notamment le profilage discriminatoire, l’arrestation et la détention arbitraires, la séparation des familles et l’impossibilité d’accéder à des soins de santé essentiels, au logement, à l’éducation et à d’autres droits. [3] Voir notamment : Phoebe Barnett et al, Ethnic variations in compulsory detention under the Mental Health Act: a systematic review and meta-analysis of international data, The Lancet 6, 2019.

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Plus vous faites chier les gens, plus ils vous feront chier

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/06/lockout-e1717722517312-1024x606.jpeg7 juin 2024, par Comité éditorial
La semaine dernière, La Presse publiait une chronique intitulée « La CSN embauche un bum ». Patrick Lagacé y déblatère sur l'embauche « dégueulasse » d'un syndicaliste qui (…)

La semaine dernière, La Presse publiait une chronique intitulée « La CSN embauche un bum ». Patrick Lagacé y déblatère sur l'embauche « dégueulasse » d'un syndicaliste qui aurait suivi jusque chez lui un cadre, responsable d'avoir mis tous les travailleurs de son usine en arrêt de travail forcé. (…)

Faire payer Facebook : un fiasco

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Ensemble pour Gaza et la Palestine

6 juin 2024, par Coalition du Québec Urgence Palestine — ,
Alors que des mandats d'arrêt sont en discussion à la Cour pénale internationale. la coalition du Québec Urgence Palestine appelle à signer une nouvelle déclaration pour exiger (…)

Alors que des mandats d'arrêt sont en discussion à la Cour pénale internationale. la coalition du Québec Urgence Palestine appelle à signer une nouvelle déclaration pour exiger des sanctions contre Israël. Elle invite aussi à une nouvelle manifestation à Montréal, le samedi 8 juin, à 14 h. On peut retrouver le texte de la déclaration ici, que nous publions ci-dessous. Pour l'appuyer, il suffit d'envoyer un courriel à urgencepalestine.qc@gmail.com

Ensemble pour Gaza et la Palestine : exigeons des sanctions contre Israël !

Depuis octobre 2023, les bombardements incessants, les ordres d'évacuation répétés et le blocus impitoyable d'Israël ont réduit en ruines la bande de Gaza et plongé sa population entière dans des conditions d'errance, de famine, d'insalubrité, d'épuisement, de traumatismes et de deuils. 70 % des infrastructures civiles ont été détruites, 35 562 personnes (civiles) tuées, 10 000 ensevelies sous les décombres, 79 652 blessées. (en date du 20 mai 2024)

Le secrétaire à la Défense Lloyd J. Austin III rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant à Tel Aviv, Israël, le 13 octobre 2023.
Le 6 mai, Israël a refusé un accord de trêve négocié, que le Hamas venait d'accepter. Défiant toutes les mises en garde, Israël a amorcé son offensive annoncée contre la ville de Rafah, refuge ultime de 1,5 million de Palestinien.nes. Déjà 800 000 personnes ont été forcées de fuir Rafah vers des secteurs déjà ravagés, plus difficiles à rejoindre pour l'aide humanitaire et sans infrastructure pour les accueillir.

Jusqu'où ira l'odieuse complicité du Canada ?

Pendant des mois, le Canada s'est contenté de soutenir le droit d'Israël de se défendre, droit qui n'existe pas en droit international pour une puissance occupante. D'octobre à décembre 2023, il a autorisé un montant record d'exportations militaires vers Israël. Il a prétendu qu'il ne s'agissait que d'équipements militaires « non létaux », mais n'a fourni aux médias que des documents lourdement caviardés. Puis il a annoncé qu'il n'en autoriserait plus, mais qu'il allait respecter les ententes déjà signées… alors que la Cour internationale de Justice (CIJ) a statué, le 26 janvier, qu'il était plausible qu'Israël commette des actes de génocide à Gaza !

Avec l'accumulation des horreurs commises par Israël, le Canada a exprimé des « préoccupations » et finalement demandé un cessez-le-feu. Le 12 février, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a dit qu'une invasion militaire de Rafah serait « totalement inacceptable ». Mais pendant près de trois mois, le Canada n'a rien fait pour l'empêcher. Au contraire, il a continué de soutenir Israël. Le 10 mai, l'Assemblée générale des Nations Unies votait à une écrasante majorité en faveur de l'admission de l'État de Palestine à l'ONU. Le Canada, lui, s'est abstenu. Un « changement fondamental » de politique, selon Justin Trudeau !

Des sanctions contre Israël sont urgentes

Toutes les vies humaines sont sacrées. Toutes les violations des droits humains doivent être dénoncées, et les responsables répondre de leurs actes. L'inaction du Canada est odieuse et contraire à ses obligations internationales. Nous exigeons des sanctions sévères envers Israël, à commencer par un embargo sur tout matériel militaire. Les relations bilatérales privilégiées avec Israël, dont l'accord de libre-échange, doivent aussi être remises en question : continuer, comme si de rien n'était, n'est pas une option. Poursuivre la mise en place d'un bureau du Québec à Tel-Aviv, sous prétexte que la décision avait été prise avant octobre 2023, est une honte ! Les sanctions doivent être maintenues tant qu'une solution juste et durable n'aura pas été mise en place, concrétisant le droit du peuple palestinien à l'autodétermination et l'égalité des droits en terre de Palestine. Nous appelons la population québécoise à se méfier des tentatives occidentales — États-Unis en tête et le Canada derrière ! — d'imposer une solution « à deux États », dont l'un, palestinien, n'aurait aucune viabilité.

IL N'EST PAS ANTISÉMITE DE DÉFENDRE LES DROITS DU PEUPLE PALESTINIEN !

Maintenir le cap !

6 juin 2024, par Valérie Beauchamp, Ricardo Peñafiel, Samuel Raymond, Claude Vaillancourt — , , , , ,
Depuis 20 ans, la revue À bâbord ! s'est obstinée à exister et à exprimer son esprit rebelle et ses idées résolument progressistes. À travers 100 numéros, nous avons voulu (…)

Depuis 20 ans, la revue À bâbord ! s'est obstinée à exister et à exprimer son esprit rebelle et ses idées résolument progressistes. À travers 100 numéros, nous avons voulu donner la parole à celles et ceux qu'on n'entend pas. Ces groupes et personnes se heurtent trop souvent au mur médiatique, car leurs paroles et actions sont couramment perçues comme trop radicales ou mal formatées pour convenir aux grandes tribunes.

Pour ce dossier, nous avons parcouru tous nos numéros afin de vous présenter une synthèse et quelques textes particulièrement significatifs de quatre périodes de cinq ans. Inutile de dire à quel point l'exercice a été difficile, douloureux, voire hasardeux. Comment nous limiter à quelques écrits, alors qu'abondent dans la revue les points de vue riches, signifiants et d'une grande diversité ?

Relire 20 ans d'À bâbord ! a été pour nous un captivant voyage dans le temps qui nous a permis de replonger dans les luttes les plus marquantes, mais aussi, dans leur multiplicité. Cela nous a aussi permis de constater à quel point, et sur de nombreux sujets, notre revue a été d'une grande pertinence, à l'avant-garde de plusieurs tendances et toujours très représentative des nombreux mouvements de la gauche.

Dans ce dossier, nous avons aussi voulu remonter à l'origine même de la revue, à sa naissance dans un contexte où la gauche cherchait à se réorganiser. Nous nous partagions entre une tendance prête à jouer le jeu de la politique partisane, associée à la création de Québec solidaire, et une autre, qui sera celle finalement adoptée, assurant à la revue son entière indépendance et cherchant à donner la parole aux divers courants présents dans les mouvements sociaux, sans pour autant ignorer les urnes.

Pour rappeler cette période, nous avons donné la parole à deux des fondateurs de la revue, Claude Rioux et Amir Khadir. Ricardo Peñafiel, également membre fondateur de la revue, signe le texte d'introduction de la période 2003-2008. Nous avons aussi invité Alexis Lafleur-Paiement, d'Archives Révolutionnaires, à nous proposer un regard critique sur les années fondatrices de la revue.

L'enracinement féministe de la revue fait l'objet d'un texte spécifique dans le dossier. Nous avons finalement tenu à expliquer, par celle qui en est maintenant la coordonnatrice, Isabelle Bouchard, le fonctionnement particulier de la revue, sans rédacteur·rice en chef, sans hiérarchie. Nous sommes la preuve que ce type d'autogestion permet de livrer une revue de qualité, et ce, pendant des années.

Ce retour sur nos 20 années d'existence a été un beau parcours de l'histoire récente du Québec, mais aussi celle élargie du monde où nous vivons. En étant profondément ancrée dans les mouvements sociaux et politiques du territoire, la revue À bâbord ! documente l'histoire de mouvements sociaux et politiques qui ne connaissent pas de frontières, et d'autres luttes marginalisées, dont nous sommes fièr·es de rendre compte.

Dossier coordonné par Valérie Beauchamp, Ricardo Peñafiel, Samuel Raymond et Claude Vaillancourt

Avec des contributions de Jade Almeida, Normand Baillargeon, Valérie Beauchamp, Isabelle Bouchard, Philippe de Grosbois, Yannick Delbecque, Martine Delvaux, Amir Khadir, Alexis Lafleur-Paiement, Nadine Lambert, Diane Lamoureux, Jean-Pierre Larche, Barbara Legault, Frédéric Legault, Ricardo Peñafiel, Samuel Raymond, Claude Rioux et Claude Vaillancourt

Infographie : Anne-Laure Jean

Le 100è numéro peut être commandé sur le site des Libraires.

Coup d’oeil sur la justice alternative à Kahnawà:ke

6 juin 2024, par Ligue des droits et libertés

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

Coup d'oeil sur la justice alternative à Kahnawà:ke

Entrevue avec Dale Dione, fondatrice et ex-coordonnatrice du programme de justice alternative Sken:nen A'Onsonton à Kahnawà:ke Propos recueillis par Nelly Marcoux, membre du comité Droits des peuples autochtones de la Ligue des droits et libertés

Comment le programme Sken:nen A’Onsonton a-t-il été créé?

Le projet est né d’un effort populaire. Les membres de notre communauté estiment que le système judiciaire n’est pas représentatif de la justice au sein de notre culture. Des recherches ont donc été menées sur les méthodes et philosophies Haudenosaunee1 pour aborder les conflits. Une vaste consultation communautaire a également eu lieu, au cours de laquelle on a demandé aux gens ce qui serait le plus utile à la communauté en matière de justice. Le programme a débuté en 2000. À l’époque, des membres de la communauté ont suivi des formations en justice réparatrice et ont endossé cette approche comme moyen de développer un programme de justice alternative à Kahnawà:ke. La justice réparatrice est une méthode autochtone de gestion des conflits, très proche de nos méthodes traditionnelles. Nous ne l’avions simplement pas utilisée pendant de nombreuses années, étant bombardés par le système judiciaire occidental.

Que signifie le nom Sken:nen A’Onsonton?

En anglais, Sken:nen A’Onsonton se traduit par to become peaceful again (redevenir paisibles). Dans notre langue2, ce terme a une signification très profonde. Supposons qu’un conflit survienne entre deux personnes qui avaient une relation proche, une amitié, ou qui étaient de simples connaissances. Le conflit brise la sken:nen (la paix). Comment pouvons-nous revenir à la situation antérieure ? Il faut que les gens se réunissent et, le mieux possible, essaient d’arranger les choses. Nous avons toujours vécu dans de petites communautés. Si un problème survenait, nous devions nous réunir et apporter des changements pour pouvoir avancer en tant que communauté ou en tant que nation. C’était une question de survie.

Comment le programme fonctionne-t-il? Quels en sont les principes fondamentaux?

La guérison collective est la pierre angulaire de la justice réparatrice. Cette approche encourage les gens à se parler, à assumer la responsabilité de leurs actes et à résoudre les problèmes ensemble. Le programme vise donc à rassembler les gens, à leur donner les moyens de prendre des décisions ensemble et à atteindre la paix et la guérison. Nous proposons des services non contradictoires, notamment la médiation et les cercles de justice. Le processus de médiation commence par une rencontre individuelle entre chacune des parties et les personnes facilitatrices. Les parties racontent leur histoire et expriment leurs attentes par rapport au processus. Les personnes facilitatrices analysent le conflit et identifient les points d’entente. Au cours de ces rencontres, vous entendrez souvent la douleur des parties. Lorsqu’elles se réunissent dans le cadre de la médiation, une grande partie de cette douleur s’est estompée. C’est une première étape très utile. Dans les cercles de justice, chaque partie est accompagnée d’une personne qui la soutient. Il peut s’agir d’un-e membre de la famille, d’un-e ami-e ou d’une personne affectée par la situation. Dans un premier temps, le processus est expliqué à chaque personne individuellement et des questions lui sont posées avant la tenue du cercle afin qu’elle puisse se préparer. Par exemple, on lui demande ce qui s’est passé, ou ce qu’elle pensait à ce moment-là. Chaque personne peut alors réfléchir à ce qu’elle veut communiquer au moment du cercle de justice. Pendant le déroulement des cercles, les personnes facilitatrices posent des questions et aident les participant-e-s à trouver une entente. Toutes les personnes présentes entendent ce qui s’est passé et ont leur mot à dire, ce qui est très important. Une personne n’aurait peut-être jamais imaginé l’impact de ses actions sur les autres, mais le fait d’entendre une autre personne exprimer à quel point elle a été profondément affectée peut aider à reconnaître cela. Tout est dit et entendu. À la fin, les participant-e-s sont invité-e-s à partager les suggestions qui, selon elles et eux, pourraient améliorer les choses. Tout le monde est inclus. Les deux parties reçoivent une copie de l’accord. En général, les parties elles-mêmes et les personnes accompagnatrices veillent à ce que l’accord soit respecté. En s’engageant dans ce processus, les gens assument la responsabilité de leurs actes, ce qui est une condition pour avoir accès au programme; à partir de là, l’emphase est sur la guérison collective. Il s’agit en outre d’un processus volontaire : toutes les parties doivent accepter d’y participer. Nous recevons des dossiers de notre propre cour et de la cour de Longueuil. Les gens peuvent également demander de l’aide pour vivre les situations. Le service est offert gratuitement par la communauté.

Pourquoi est-ce important d’avoir un programme de justice par la communauté, pour la communauté?

J’ai toujours considéré que la justice et l’éducation sont étroitement liées. Je crois qu’un système judiciaire doit refléter la culture et les valeurs d’une société. Nos valeurs ne sont pas reconnues ou soutenues dans le système occidental, un système qui crée des gagnant-e-s (généralement celles et ceux qui ont de l’argent et du pouvoir) et des perdant-e-s. Le système dont je parle est basé sur l’égalité de toutes et tous, sur le fait que chacun-e a son mot à dire et sur la recherche de solutions sur lesquelles il est possible de s’entendre.
La guérison collective est la pierre angulaire de la justice réparatrice. Cette approche encourage les gens à se parler, à assumer la responsabilité de leurs actes et à résoudre les problèmes ensemble.
Dans le système judiciaire occidental, on conseille souvent aux accusé-e-s de plaider non coupable, même si elles ou ils ont en réalité participé à l’évènement. C’est un principe qui va à l’encontre des façons d’être et des valeurs autochtones, notamment le principe de dire la vérité et d’être responsable de ses actes. Cela va à l’encontre de qui nous sommes. C’est très dommageable. Dans notre processus, c’est la victime qui est la plus importante. Dans le système occidental, si un événement violent se produit, on lui demande de porter plainte, souvent au pire moment possible, alors qu’elle peut être traumatisée. Ses déclarations écrites peuvent ensuite être utilisées pour mettre en doute sa crédibilité. Je n’ai jamais pu comprendre cela. Pour donner un autre exemple : les tribunaux traditionnels ne tiennent pas compte des possibles conséquences d’une décision sur la famille d’une personne. Un juge peut imposer une amende qui pourrait nuire à la capacité d’une famille à se nourrir et à payer son loyer. Dans notre processus, nous demandons : « Cette solution est-elle acceptable pour vous? » « Pouvez-vous faire cela? », car il ne sert à rien de donner des ordres si la personne ne peut pas les appliquer! Les parties respectent généralement leur entente parce qu’elles se sont réellement engagées. Finalement, les tribunaux extérieurs ne sont pas conscients de notre culture, de l’endroit où nous vivons, de la manière dont nous vivons. Les juges sont formés sur la base des réalités caractéristiques de populations plus nombreuses. Les Autochtones vivent dans leurs communautés, dans les réserves ; elles et ils se voient tous les jours dans la rue, dans les magasins. C’est une grande différence. Dans ce contexte, le processus accusatoire favorise la division au sein des communautés.

Quels sont les plus grands défis vécus par votre équipe dans l’accomplissement de votre travail ?

Renoncer à la punition pour aller vers la guérison et revenir aux anciennes façons de faire a été un véritable changement de paradigme. Au début, c’était très nouveau et très difficile car tout le monde est formé aux processus accusatoires, autant au sein de la police, que des Peacekeepers et des tribunaux, et même dans les écoles et les lieux de travail. Les gens avaient l’impression que ce processus était une solution facile, elles et ils étaient réticent-e-s à l’idée d’avoir à parler de leurs sentiments, ce genre de choses. Il était difficile de changer les façons de penser. Mais au fil des ans, les conséquences des problèmes multigénérationnels que nous avons vécus ont été de plus en plus reconnues. La colonisation. La perte de notre langue. La perte du territoire. La perte de notre eau, de notre rivière3. Nous avons subi tant de pertes au cours de notre histoire. Aujourd’hui, les gens se rendent compte que nous devons pouvoir parler de ces choses et que nous avons le droit de trouver des solutions entre nous. Grâce à l’éducation, les gens pensent différemment et la plupart d’entre eux sont désormais disposé-e-s à parler de ces choses. Les personnes qui participent aux processus de médiation ou aux cercles de justice sont étonnées de constater à quel point les choses ont changé pour elles. Elles voient les choses différemment. Elles laissent aller l’anxiété, la colère et tout ce

Quels sont vos espoirs pour l’avenir de la justice dans votre communauté ?

Lorsque j’ai commencé ce travail, je ne m’attendais pas à ce que les choses changent automatiquement. Je me suis dit que cela se produirait peut-être à la prochaine génération ou à la suivante, peut-être quand je ne serais plus là. Au moins, les semences de la paix seront plantées, il y a un processus qui peut être développé pour l’avenir. Il faut beaucoup de temps pour que les gens changent, surtout après des siècles d’imposition de ces systèmes accusatoires et punitifs dans nos communautés. Il faudra beaucoup de temps pour démanteler ces systèmes. J’espère que le programme Sken:nen A’Onsonton ramènera notre peuple à ses valeurs originelles, en travaillant ensemble pour éradiquer les divisions qui nous sont imposées. À l’heure actuelle, tout arrive du sommet de la pyramide. Nos valeurs originelles, elles, parlent d’un cercle où tout le monde est égal et où nous travaillons ensemble pour maintenir qui nous sommes pour les générations à venir. Mais aussi, pour retrouver tout ce que nous avons perdu — notre langue, notre territoire, notre culture. Je sais que c’est un grand souhait. Mais comme je l’ai dit, nous plantons des semences. J’ai des enfants, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants. Je me préoccupe du monde dans lequel elles et ils vivront lorsque je ne serai plus là.
  1. Le peuple Haudenosaunee, peuple des maisons longues communément appelé Iroquois ou Six Nations, forme une confédération de six Nations dont est membre la Nation Kanien’kehá:ka (communément appelée Mohawk), dont fait partie la communauté de Kahnawà:ke.
  2. Langue Kanien’kéha
  3. Pour en apprendre plus sur les impacts de la construction de la Voie maritime du Saint-Laurent sur la communauté de Kahnawà:ke, en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=aTRIqCgSxYQ
 

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Sommaire du numéro 100

6 juin 2024
Le 100è numéro peut être commandé sur le site des Libraires. Sortie des cales Solidarités noires face aux génocides / Jade Almeida Négociations de 2023 22 jours de (…)

Le 100è numéro peut être commandé sur le site des Libraires.

Sortie des cales

Solidarités noires face aux génocides / Jade Almeida

Négociations de 2023

22 jours de grève / Marion Miller

Bilan et avenir du Front commun / Thomas Collombat

Luttes

Palestine. Haro sur la censure / Isabelle Larrivée

Queer

Une sagesse qui se perd / Judith Lefebvre

Analyse du discours

La figure québécoise dite colonisée et l'invisibilisation autochtone / Mathieu Paradis

Travail

Secteur culturel. Formes, limites et possibilités de l'organisation collective / Laurence D. Dubuc et Maxim Baru

Féminisme

Précarité genrée, violences ignorées / Sylvie St-Amand et Mathilde Lafortune

Qui a droit à la romance ? / Kharoll-Ann Souffrant

Économie

Imposition accrue du gain en capital : critique de la critique réactionnaire de l'élite économique et de ses sbires / Colin Pratte

Coup d'œil

RÉCONCILIATION™

Médias

Un réseau de médias de gauche / Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

Dossier : Maintenir le cap !

Coordonné par Valérie Beauchamp, Ricardo Peñafiel, Samuel Raymond et Claude Vaillancourt

2003-2008. Retour vers le futur / Ricardo Peñafiel

N°16 Automne 2006 : Des hommes contre le féminisme / Barbara Legault

N°25 Été 2008 : Andy Srougi perd son procès contre À bâbord ! / Barbara Legault et Claude Rioux

N°12 Hiver 2006 : Fétichisme et marchandisation de la culture / Ricardo Peñafiel

2008-2013. À la défense des services publics ! / Claude Vaillancourt

N°36 Automne 2010 : Vous avez dit éducation ? / Normand Baillargeon

N°46 Automne 2012 : Désobéissance et démocratie / Diane Lamoureux

N°25 Été 2008 : Facebook, un ami qui vous veut du bien / Philippe de Grosbois

2013-2018. Austérité et crise démocratique / Valérie Beauchamp

N°58 Printemps 2015 : Une réforme en santé et services sociaux. Portes ouvertes pour le secteur privé / Nadine Lambert et Jean-Pierre Larche, FSSS-CSN

N°52 Hiver 2014 : Une fille, des loups / Martine Delvaux

2018-2024. De nouveaux horizons / Samuel Raymond

N°96 Été 2023 : L'illibéralisme, le nouvel encerclement / Claude Vaillancourt

N°86 Hiver 2020 : Racisme systémique. Pirouettes et bistouri / Jade Almeida

N°80 Été 2019 : Pourquoi faire la grève climatique ? / Frédéric Legault

Rétrospective

Une revue pour transformer notre société / Alexis Lafleur-Paiement

Merci d'exister ! / Amir Khadir et Claude Rioux

Sensibilités féministes / Valérie Beauchamp

Publier une revue sans rédaction en chef ! / Isabelle Bouchard et Yannick Delbecque

International

Les cibles culturelles du mouvement antiavortement / Laurent Trépanier Capistran et Véronique Pronovost

Le soulèvement de 2006. Un héritage révolutionnaire à Oaxaca / Alexy Kalam

Culture

À tout prendre ! / Ramon Vitesse

Recensions

Le 100è numéro peut être commandé sur le site des Libraires.

Couverture : Anne-Laure Jean

La prison, l’antichambre de la déportation

6 juin 2024, par Ligue des droits et libertés

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

La prison, l’antichambre de la déportation

Propos recueillis par Laurence Lallier-Roussin, anthropologue et membre du comité de rédaction de la revue et du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes en détention de la Ligue des droits et libertés La double peine est un concept utilisé pour désigner le fait de subir deux fois la conséquence d’un acte criminel : purger une peine à la suite à une condamnation criminelle, puis être expulsé du Canada après avoir purgé sa peine. Seules les personnes non citoyennes subissent cette double peine, puisqu’après avoir été déjà punies par le système judiciaire criminel, elles sont interdites de territoire et déportées. Comme en témoigne l’organisation Personne n’est illégal, les personnes qui sont renvoyées peuvent être des résident-e-s permanents depuis leur enfance, avoir une vie établie au Canada, un emploi et une famille et n’avoir peu ou pas de lien avec le pays vers lequel elles sont déportées1. Il s’agit en quelque sorte d’un système de justice à deux vitesses : en fonction de leur statut, les personnes vivant au Canada subissent des conséquences bien différentes pour un même acte criminel. La Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) stipule que les résident-e-s temporaires peuvent être interdits de territoire pour criminalité, et les résident-e-s permanents pour grande criminalité. Cela dit, Mᵉ Coline Bellefleur, avocate en immigration et criminaliste, souligne :

« La grande criminalité n’est pas toujours celle à laquelle on pourrait penser… Par exemple [...], conduire avec les facultés affaiblies par l’alcool ou le cannabis constitue de la grande criminalité, même si vous êtes juste condamné à payer une amende. Pourquoi? Parce qu’en théorie, il est possible d’être condamné à 10 ans de prison pour cela. La même règle s’applique pour toutes les infractions qui pourraient mener jusqu’à ce fameux 10 ans d’emprisonnement (ou plus), même si la personne concernée a dans les faits été poursuivie par procédure sommaire et n’a pas mis un seul orteil en prison2. »

Témoignage : dénoncer un système injuste

Le texte qui suit présente le témoignage d’Alexe, partenaire de Théo, un résident permanent qui a été déporté à cause de sa condamnation pour un acte criminel. Toutes les citations sont d’Alexe.

« Ils ont déporté le père de mes enfants. »

Alexe est en couple avec Théo depuis 14 ans et ils élèvent ensemble trois enfants quand il est accusé au criminel. S’il est reconnu coupable, sa peine sera double : la prison, puis la déportation. Théo est arrivé au Canada à 16 ans pour rejoindre son père qui avait obtenu le statut de réfugié. À la mi-trentaine, il avait toujours le statut de résident permanent. Il aurait pu demander la citoyenneté, ce qui lui aurait permis d’éviter la déportation.

« Son seul tort là-dedans, ça a été d’être procrastineux ou négligent. Si j’avais su la situation depuis day one, moi, j’aurais agi en conséquence, pour faire ses papiers pour devenir citoyen. »

Théo plaide coupable et est condamné à une sentence de deux ans moins un jour.

« Il a fait sa peine au grand complet, puis la journée de la libération, ils l’ont échangé de mains, puis il est reparti pour être détenu par l’immigration. »

Séparation de la famille et intérêt des enfants

La double détention de Théo (au provincial, puis par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) au Centre de surveillance de l’immigration à Laval) suivie de sa déportation, le séparent de sa famille et de ses enfants. Cette séparation démontre le peu d’égards du système d’immigration canadien envers les droits des enfants, alors même que l’intérêt supérieur de l’enfant est un principe inscrit dans la LIPR.

« C’est quoi le plan après ? On déporte les gens, mais ils ont des enfants.

« L’UNICEF, c’est juste pour ramasser des cennes noires à l’Halloween ? Qu’est qui est prévu pour nous ? Pour mes enfants ?

« Ça faisait 14 ans qu’on était en couple et qu’on habitait ensemble. On a deux filles ensemble et mon fils, il l’appelle papa et il le considère comme tel. On travaillait ensemble.

« Comment je fais pour prouver qu’il n’est pas juste un nom sur un certificat, que c’était une partie prenante de la famille ? C’est lui qui était à la première journée de prématernelle de mon fils. Tout le temps... on était toujours ensemble. »

Théo a d’ailleurs continué à soutenir sa famille durant sa détention en prison provinciale, en leur envoyant l’argent qu’il faisait en travaillant.

« Il a fallu qu’ils inventent une procédure à la prison, parce que lui, quand il travaillait, il faisait sortir de l’argent. Les gars, d’habitude, demandent de l’argent, en reçoivent, mais lui, il dit, : ‘’Moi, j’ai une famille, je travaille, bien j’envoie de l’argent.’’ »

Alexe était enceinte durant la détention de Théo au provincial.

« Je me souviens, c’était le jour de mon premier rendez-vous de grossesse pour notre dernière fille. Il est parti en taxi pour rentrer en prison, puis moi, je suis partie de l’autre bord à mon rendez-vous. »

Leur fille naît alors que son père est toujours détenu.

« J’ai accouché toute seule. Ils sont venus avec lui quand elle est née. Il avait les menottes aux pieds, aux mains, avec un masque dans la face. Ils ne l’ont même pas démenotté. Je lui ai mis ma fille dans les bras, mais il n’a même pas pu la toucher. Elle était juste posée. J’ai demandé si je pouvais prendre une photo. Ils m’ont dit non. Il devait avoir une sortie de plusieurs heures, mais il est resté 45 minutes. Ils l’ont fait marcher entre la maternité avec les deux agents, les menottes, les entraves. J’entendais dans le corridor : Cling, cling, cling. »

Quand Théo a pu revoir sa fille, elle avait un an. Alexe nous parle des conséquences sur ses enfants de la séparation d’avec leur père.

« C’est mes enfants qui réclament leur père ; ils ne comprennent pas pourquoi il n’est pas là... Tu sais, ma petite, elle dit : ’’Papa, il est plus loin, il est plus loin comme les dinosaures.’’ C’est lui qui était très joueur avec les enfants et il est très calme. On s’équilibrait. Toute seule, je trouve ça vraiment dur de donner du temps à trois enfants. Il n’y a personne d’autre pour les garder, je les ai tout le temps. Pendant la COVID, c’était infernal.

« Je suis pas du genre à faire des promesses, mais pendant ses détentions, je croyais tellement qu’il allait revenir, on a tellement tout essayé pour qu’il ne soit pas déporté que je leur disais qu’il allait revenir. Et là, il n’est pas là ; je me sens mal.

« Toutes les procédures, les avocats, les appels, ça a pris beaucoup de temps, je les ai presque comme négligés, tu sais... Je dormais pas la nuit pour faire les papiers, pour travailler sur ses dossiers. Ça a donné un coup à la famille en général. Puis là, bien, c’est les enfants qui me voient fatiguée, c’est moi qui est plus irritable... »

Expulsé hors du pays, Théo continue de jouer son rôle parental à distance, comme il peut. « Les enfants, ils s’ennuient. Même si on est plus down ou stressé, dès qu’il sait que les enfants sont là ou que je tourne le téléphone vers un kid, il sourit, il joue avec eux. Ils jouent à la cachette au téléphone. Moi, je tiens le téléphone, les enfants se cachent et lui il me dit : ’’droite-gauche’’. Nous, on est les quatre ensembles, puis on s’ennuie, mais lui il est tout seul depuis tellement longtemps. »

Connaître les conséquences

Lors de son procès, l’avocat criminaliste n’était pas certain des conséquences qu’aurait sa condamnation sur son statut au Canada.

« Théo, il savait pas que s’il plaidait coupable, ça allait à l’immigration. C’est pas tous les avocats qui sont sensibles à ça, puis qui sont intéressés par ça.

« On n’était pas certains si ça allait affecter son statut d’immigration. C’est quand on a passé en cour, l’avocat m’a appelée parce que le juge lui a demandé : ‘’Est-ce que votre client préfère 2 ans moins 1 jour ou 2 ans?‘’ L’avocat, il n’y avait jamais personne qui lui avait demandé ça. On a pensé qu’au provincial ce serait mieux, que ça toucherait pas à l’immigration. Mais en fait, ça change rien. Parce que, pendant sa détention, il a reçu une lettre disant qu’ils allaient devoir l’arrêter après, puis procéder aux mesures de renvoi. »

Alexe croit que les personnes non citoyennes et les avocat-e-s devraient être mieux informés des conséquences de certaines condamnations sur le statut d’immigration. C’est aussi ce qu’écrit l’avocate en immigration et criminaliste Coline Bellefleur3. Alexe souligne également l’injustice de ce double standard.

« Théo n’a eu aucun avis pendant toute sa détention en prison, ni pendant la détention par l’immigration, y compris les cinq tentatives de renvoi. Il n’a aucun truc de violence, aucun mémo, aucune note à son dossier. C’est comme, tu vois, il a fait toutes les thérapies qui étaient en son pouvoir.

« Tu sais, je comprends, t’as fait une erreur, c’est correct. Tu fais de la prison. Mais quand tu fais les thérapies, quand tu fais ton temps plein, quand t’as aucun manquement, quand t’as une famille, quand t’as une stabilité... c’est de l’acharnement.

« Les gens disent : s’ils l’ont déporté, c’est parce qu’il le méritait. Mais tu sais, les autres criminels, eux ? C’est comme si le statut surpasse la personne, ses actions, sa valeur.

« Pourquoi on te fait passer par le système carcéral si on n’a pas l’intention de toute façon de continuer ton séjour au pays ou quoi que ce soit ? »

Violations de droits en détention

Le conjoint d’Alexe est détenu par l’ASFC « mais ils n’arrivent pas à le renvoyer dans son pays d’origine, parce qu’il n’a pas de document de voyage ; l’immigration a perdu son dossier d’arrivée ». Une fois qu’il est clair que l’ASFC cherche à expulser Théo, la famille multiplie les démarches pour trouver un moyen légal de le faire rester au Canada. Ils contactent de nombreux avocat-e-s et des associations de soutien. Ils reçoivent notamment une aide précieuse de l’adjoint de circonscription de leur député fédéral, qui s’efforce de les soutenir. Durant sa détention par l’immigration, Théo collabore avec l’ASFC pour fournir son certificat de naissance et il est alors remis en liberté en attendant sa date de renvoi. À ce moment, il prend la décision désespérée de devenir sans statut afin de rester avec sa famille. Il ne se présente pas à l’aéroport pour son renvoi. Mais l’ASFC harcèle sa famille et il finit par retourner au centre de détention. « Ce n’était pas une vie, de se cacher tout le temps. » En détention, il est tellement désespéré qu’il fait une tentative de suicide.

« C’est là qu’ils m’ont appelée puis qu’ils m’ont juste dit : ‘’Votre conjoint est transporté dans un centre hospitalier, je peux pas vous dire où, je peux pas vous dire son état de santé.’’ J’ai dit : ‘’Mais il est encore en vie?’’ – ‘’Je peux pas vous le dire’’, qu’ils m’ont répondu. »

Il aura fallu cinq tentatives de renvoi avant que Théo soit finalement renvoyé dans son pays d’origine. Pendant sa détention par l’immigration, Alexe raconte comment Théo est victime de violations de droits, tant pour les soins de santé que pour l’accès à son avocat et à sa famille. Il subit notamment de la violence physique de la part des agent-e-s de l’ASFC lors de ses tentatives de renvoi, pour le forcer à collaborer.

« Mais ils auraient fini par le tuer ! Je suis convaincue qu’il y en a déjà, mais qu’on ne le sait pas parce qu’ils n’ont pas de personne comme moi qui est ici. Ce sont des gens qui viennent d’arriver ou qui n’ont pas de famille ou qui ne parlent pas la langue puis qui se font... Imagines-tu ceux qui n’ont même pas personne pour parler, ce qu’ils vivent? »

 
Cette séparation démontre le peu d’égards du système d’immigration canadien envers les droits des enfants, alors même que l’intérêt supérieur de l’enfant est un principe inscrit dans la LIPR.
 

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Prison et déficience intellectuelle, ça ne va pas !

6 juin 2024, par Ligue des droits et libertés

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Prison et déficience intellectuelle, ça ne va pas!

Samuel Ragot, analyste aux politiques publiques, Société québécoise de la déficience intellectuelle et candidat au doctorat en travail social à l’Université McGill Guillaume Ouellet, professeur associé, École de travail social, UQAM et chercheur au Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS) Jean-François Rancourt, analyste aux politiques publiques, Société québécoise de la déficience intellectuelle Dans les dernières décennies, les personnes ayant une déficience intellectuelle occupent de plus en plus leur place en société et y sont davantage incluses à part entière, que ce soit au travail, dans les activités de loisirs, ou dans leur rôle de citoyen. S’il est vrai que la déficience intellectuelle compte désormais ses ambassadrices et ses ambassadeurs en matière d’inclusion sociale, sur le terrain la situation est souvent moins rose. En effet, nos recherches et les échos qui nous parviennent des intervenant-e-s témoignent du fait qu’un nombre croissant de personnes ayant une déficience intellectuelle vivent dans des conditions d’extrême précarité (résidentielle, financière, relationnelle, judiciaire, etc.). Un profond fossé existe entre l’idéal projeté par les politiques sociales et les conditions objectives de vie dans lesquelles ces personnes évoluent.

Une société inclusive, vraiment?

Ce fossé est notamment lié à la tension entre, d’une part, la promotion de l’équité, de la diversité et de l’inclusion (EDI) dans toutes les sphères du monde social, et, d’autre part, les appels à être plus indépendant-e, plus productif, plus self-made, qui marquent nos imaginaires collectifs en lien avec ce qu’est la réussite dans une société capitaliste. En somme, l’aspiration à bâtir une société plus inclusive se heurte à un système de normes sociales qui demeure profondément capacitaire. Le capacitisme, comme le racisme, le sexisme ou l’âgisme, est un système d’oppression qui fait en sorte que bien des personnes en situation de handicap demeurent socialement stigmatisées et structurellement discriminées.  Conséquemment,  malgré  un apparent progrès sur le plan des droits, nous vivons encore et toujours dans une société capacitiste, pensée par et pour les personnes qui ne se trouvent pas en situation de handicap. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant qu’une part croissante de personnes ayant une déficience intellectuelle peinent à satisfaire les marqueurs de la réussite sociale. En fait, les personnes ayant une déficience intellectuelle se trouvent de plus en plus à l’intersection de systèmes d’oppression multiples qui les rendent plus susceptibles de vivre de la violence1, du sous-emploi2, de la pauvreté3 et de l’exclusion sociale4. Combinés, ces facteurs peuvent entraîner des conséquences graves pour les personnes ayant une déficience intellectuelle.
La déficience intellectuelle est un état, non une maladie, qui se manifeste avant l’âge de 18 ans. Elle se caractérise par des limitations significatives du fonctionnement intellectuel et du comportement adaptatif, notamment dans les habiletés conceptuelles, sociales et pratiques. Ces limitations peuvent, par exemple, se traduire par des difficultés à comprendre des concepts abstraits, à établir des interactions sociales ou à accomplir certaines activités quotidiennes. Ces difficultés varient d’une personne à l’autre en fonction du niveau de la déficience intellectuelle.
L’effet de ces systèmes est également décuplé par le désengagement de l’État dans la réalisation des droits sociaux et économiques pour tou-te-s, et l’inefficacité des programmes gouvernementaux visant à assurer une vie décente aux personnes les plus aux marges des marges, incluant les personnes ayant une déficience intellectuelle. Ces dynamiques affectent particulièrement les communautés les plus susceptibles d’être vulnérables. Rappelons que la vulnérabilité n’est pas un état permanent, mais plutôt une conjoncture qui évolue au fil du temps. Pour des raisons sociopolitiques, certaines communautés sont plus susceptibles de se retrouver en situation de vulnérabilité sans que la vulnérabilité devienne pour autant un trait qui les caractérise. Par exemple, malgré des décennies de mobilisation sur ces questions, les programmes d’assistance sociale sont encore de véritables trappes à pauvreté5 et les services sociaux sont en lambeaux. Quant à eux, les services d’adaptation et réadaptation permettant aux personnes de participer en société, de comprendre les codes sociaux, de différencier ce qui considéré acceptable de ce qui ne l’est pas ont fondu comme neige au soleil depuis les politiques d’austérité des années 2010. Signe des temps, la crise du logement frappe également de plein fouet les personnes ayant une déficience intellectuelle. Tant les ressources étatiques que privées sont insuffisantes, les listes d’attente sont infinies, les milieux de vie inadéquats, et la discrimination dans l’accès au logement bien présente. La crise frappe durement, fragilisant les personnes et leur entourage souvent vieillissant. Conjugués, ces facteurs font en sorte que certaines personnes ayant une déficience intellectuelle se trouvent dans des situations difficiles, parfois d’itinérance, parfois de dépendance. Ces situations peuvent mener à des dérèglements face à la norme sociale, à de la criminalité de subsistance, et ultimement à une judiciarisation et à la prison. Dans un tel contexte, l’emprisonnement des personnes ayant une déficience intellectuelle n’est finalement que le reflet le plus tragique et violent de l’échec des mécanismes d’inclusion sociale.
  Capacitisme : Attitude ou comportement discriminatoire fondé sur la croyance que les personnes ayant une déficience, un trouble ou un trouble mental ont moins de valeur que les autres (Office québécois de la langue française). Voir aussi le texte de Laurence Parent sur le capacitisme publié dans Droits et libertés au printemps 2021. Le capacitisme permet d’aller au‑delà de ce qui est légalement reconnu comme de la discrimination fondée sur le handicap et d’approcher le handicap d’une perspective critique pour ainsi mieux s’attaquer aux sources des injustices et des inégalités vécues par les personnes handicapées.  

La double peine

Bien entendu, la prison n’est pas la solution aux échecs sociétaux. Elle ne fait souvent qu’empirer le sort des personnes. Les personnes ayant une déficience intellectuelle se trouvent de plus en plus à l’intersection de systèmes d’oppression multiples qui les rendent plus susceptibles de vivre de la violence, du sous-emploi, de la pauvreté et de l’exclusion sociale. D’abord, dans les établissements provinciaux au Québec, les personnes n’ont pas davantage accès aux services dont elles ont besoin, tant à l’intérieur des murs de la prison qu’à l’extérieur. Non seulement le personnel n’est pas formé pour intervenir auprès des personnes ayant une déficience intellectuelle, mais le fonctionnement même de la prison exacerbe la vulnérabilité des personnes concernées. Pensons ici aux requêtes que doivent rédiger à la main les détenu-e-s pour avoir accès à des soins de santé ou encore aux nombreux codes sociaux implicites qui régissent les interactions entre les détenu-e-s. De plus, contrairement au système fédéral, où les informations d’un diagnostic sont intégrées sur le plan correctionnel, qui comprend des interventions et des programmes adaptés aux besoins du détenu, il n’existe aucun programme spécialisé pour la déficience intellectuelle au Québec. L’ensemble des normes capacitaires de la société continuent également de sévir au sein même de la prison, rendant difficile, voire impossible, la réadaptation et la réinsertion sociale.
[…] une meilleure prise en compte de la déficience intellectuelle au sein du système pénal […] ne viendrait toutefois pas remplacer la nécessité d’un filet social fort situé bien en amont de la filière pénale.
Par ailleurs, l’incarcération mène automatiquement à la perte des prestations d’assistance sociale et à la fin des services quand il y en a. Privées de tout soutien financier et psychosocial à leur sortie de prison, les personnes retombent souvent dans la criminalité de subsistance et dans des dynamiques menant à leur exclusion sociale. Le cycle se répète donc inlassablement : pauvreté, exclusion sociale, judiciarisation, prison, pauvreté, etc.

Quelles alternatives à la prison ?

Au Québec, au cours des trois dernières décennies, les dispositifs dédiés aux personnes composant avec des enjeux de santé mentale se sont multipliés. Successivement des équipes spécialisées en intervention de crise, des patrouilles composées de policières, de policiers, et d’infirmières et d’infirmiers, des tribunaux spécialisés en santé mentale sont apparus6. Ces initiatives, associées à ce qui se présente comme un tournant thérapeutique de la justice, témoignent d’une volonté d’offrir à ces personnes un traitement judiciaire plus juste et équitable. S’il est vrai qu’à travers ces nouveaux dispositifs, la justice tend à présenter un visage plus humain, peu d’indices laissent à penser que les conditions de vie dans lesquelles évoluent les personnes concernées s’en trouvent pour autant nettement améliorées. Ainsi, bien qu’une meilleure prise en compte de la déficience intellectuelle au sein du système pénal soit souhaitable et pourrait probablement rendre certains parcours moins désastreux pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, cela ne viendrait toutefois pas remplacer la nécessité d’un filet social fort situé bien en amont de la filière pénale. Il semble clair que de simplement injecter plus d’argent dans le système pénal et carcéral n’est pas une solution pour régler les manques de services. Si les mesures d’adaptation du système de justice peuvent être utiles, elles doivent être accompagnées d’une intervention étatique cohérente et soutenue pour restaurer un vrai filet de sécurité. Ce dont bien des personnes ont besoin, ce sont des services sociaux universels et de qualité, des mesures visant à rendre réellement inclusive notre société, et des programmes d’assistance sociale qui permettent de mener une vie réellement digne. Pas de plus de répression, de judiciarisation et de prison. En somme, ce dont ces personnes ont besoin, c’est que l’on reconnaisse leur humanité et qu’on leur permette de faire partie elles aussi de la collectivité d’égal à égal. La prison n’est certainement pas la solution pour y arriver.
  1. Codina, N. Pereda, G. Guilera. Lifetime Victimization and Poly-Victimization in a Sample of Adults With Intellectual Disabilities. Journal of Interpersonal Violence 37, no 5-6, 2022. En ligne : https://doi.org/10.1177/0886260520936372.
  2. Statistique Canada, Caractéristiques de l’activité sur le marché du travail des personnes ayant une incapacité et sans incapacité en 2022 : résultats de l’Enquête sur la population active, En ligne : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/230830/dq230830a-fra.htm.
  3. Eric Emerson, Poverty and People with Intellectual Disabilties, Mental Retardation and Developmental Disabilities Research Reviews 13, 2007. En ligne : https://doi.org/10.1002/mrdd.20144.
  4. Nathan J. Wilson et al., From Social Exclusion to Supported Inclusion: Adults with Intellectual Disability Discuss Their Lived Experiences of a Structured Social Group, Journal of Applied Research in Intellectual Disabilities 30, no 5, 2017. En ligne : https://doi.org/10.1111/jar.12275.
  5. En ligne : https://theconversation.com/au-quebec-comme-ailleurs-au-canada-les-programmes-dassistance-sociale-sont-des-trappes-a-pauvrete-211968
  6. G. Ouellet, E. Bernheim, D. Morin, “VU” pour vulnérable : la police thérapeutique à l’assaut des problèmes sociaux, Champ pénal, 2021. En ligne : http://dx.doi.org/https://doi. org/10.4000/champpenal.12988

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Pour la pérennité des revues indépendantes !

6 juin 2024, par Le Collectif de la revue À bâbord ! — , ,
La revue À bâbord ! a eu 20 ans au mois d'octobre 2023. Après cent numéros, la réussite de ce projet collectif est le résultat du travail acharné de ses membres pour offrir une (…)

La revue À bâbord ! a eu 20 ans au mois d'octobre 2023. Après cent numéros, la réussite de ce projet collectif est le résultat du travail acharné de ses membres pour offrir une plateforme qui fait écho aux actions collectives ainsi que pour organiser une riposte au capitalisme et aux multiples formes d'oppression qui l'accompagnent. Dans un contexte toujours difficile pour les revues indépendantes et autogérées, nous sommes fièr·es – et un peu surpris·es nous-mêmes – de tenir le fort depuis si longtemps.

L'importance des médias critiques alternatifs pour la santé de notre démocratie n'est cependant plus à démontrer. Devant les monopoles médiatiques qui tendent à uniformiser les discours politiques dans l'espace public, il est primordial d'avoir accès collectivement à une information offrant d'autres formes d'analyses et permettant d'alimenter la critique du système actuel et des inégalités qu'il génère.

Non seulement À bâbord ! propose des contenus différents, mais aussi un mode de fonctionnement unique : sans hiérarchie, sans rédacteur ou rédactrice en chef, toutes les grandes décisions, y compris le choix des articles et des sujets d'éditorial (et sa rédaction), sont soumises au collectif de rédaction. Cette façon de fonctionner permet à la revue d'appliquer dans son quotidien les valeurs qu'elle prône.

Si les médias indépendants et progressistes ont longtemps su profiter d'internet et du numérique pour élargir leur auditoire, ils sont aujourd'hui mis à mal, surtout dans leur forme papier, par des médias sociaux régis par le seul profit maximal. Le bannissement récent par les plateformes Facebook et Instagram de l'ensemble des médias canadiens rend encore plus difficile la circulation d'idées de gauche et de regard critique. À bâbord ! n'a pu échapper à cet effacement et il ne nous est plus possible d'être actifs sur les réseaux sociaux appartenant à Meta. Cela limite significativement notre capacité à rejoindre notre lectorat et à promouvoir nos actions. D'un autre côté, cela pose la question de notre dépendance à ces espaces numériques pour faire circuler l'information. En ce sens, défendre une version papier au sein de la production médiatique permet de conserver un espace journalistique à l'extérieur de l'univers numérique.

Peu d'aide de l'État est à attendre pour défendre une information libre et critique. Il est de plus en plus difficile d'obtenir des subventions assurant le fonctionnement de la revue alors que de grosses productions médiatiques peuvent compter sur l'aide étatique. Ainsi, une subvention de Patrimoine Canada qui nous a grandement aidés ces dernières années nous a été enlevée parce que l'on considère que la revue ne satisfait plus un critère d'admissibilité basée sur le nombre de numéros vendus. À notre grand désarroi, les copies vendues en lot à des membres d'organisations comme les syndicats ne sont plus comptabilisées, alors même que ces ventes constituent un moyen de financement pour une revue politique comme la nôtre.

Due à cette coupe, À bâbord ! doit faire face à des difficultés financières et est forcée de faire une demande de subvention à un nouveau programme, avec la part d'incertitudes et de craintes que cette opération implique. La mise à pied brutale de l'équipe de la revue Relations montre aussi une tendance à vouloir faire taire les voix critiques proches des mouvements sociaux. Comment justifier le désintéressement de l'État pour le maintien d'une diversité dans l'univers médiatique québécois ?

Les temps sont difficiles, mais les vingt ans d'implication des membres de la revue d'À bâbord ! démontre que des groupes sont prêts à se battre pour maintenir un espace médiatique consacré aux mouvements sociaux et aux analyses politiques critiques ! Ainsi, bien qu'il soit difficile de fonctionner dans cet horizon, l'enthousiasme qui règne dans la revue pour ce projet est porteur d'espoir.

Si À bâbord ! a réussi à se maintenir pendant toutes ces années, c'est grâce à votre soutien. Nous vous en remercions chaleureusement. Nous espérons pouvoir compter encore davantage sur ce soutien, dans une campagne de sociofinancement que nous lancerons à la suite de la parution de ce présent numéro, dans le but de nous donner les assises financières qui nous permettront de continuer pendant des années encore.

Le 100è numéro peut être commandé sur le site des Libraires.

Un portrait de la population carcérale

6 juin 2024, par Ligue des droits et libertés

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Dérouler le fil des logiques carcérales

Aurélie Lanctôt, doctorante en droit, membre du comité de rédaction et du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes en détention de la Ligue des droits et libertés

Établissements de détention au Québec

Au Québec, en 2021-2022, 19 976 personnes ont été prises en charge par les services correctionnels provinciaux, ce qui représentait une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente. Plus de deux tiers (68 %) des personnes admises en détention avaient entre 25 et 49 ans, une tranche d’âge qui regroupe 33 % de la population1, et seules 10 % de ces personnes étaient des femmes2. Une proportion de 11 % des personnes incarcérées avaient un problème de santé physique ou mentale, et 12 % vivaient avec un trouble de santé mentale seulement; 4 % des personnes étaient en situation d’itinérance déclarée; 4,5 % étaient des personnes autochtones et 3 % étaient Inuit, ce qui constitue une surreprésentation par rapport à leur poids dans la population totale (selon les données du recensement de 2021, les personnes autochtones représentaient 2,5 % de la population québécoise et les Inuit, 0,2%). Plus du tiers (38 %) des personnes avaient des antécédents judiciaires, et plus de la moitié (53 %) purgeaient des courtes peines (en moyenne 47 jours). Les Inuit et les personnes ayant un niveau secondaire d’études présentent les taux d’incarcération les plus élevés par rapport à leur population totale respective. Les causes d’incarcération les plus fréquentes étaient les infractions commises en contexte conjugal (16 %) – une catégorie qui a connu une augmentation de 5 % depuis 2020 –, le défaut de se conformer à une ordonnance de probation ou une omission de se conformer à un engagement, représentant 19 % des causes d’incarcération. Pour l’année 2022-2023, les peines discontinues (c’est-à-dire les peines purgées par périodes plutôt que de manière continue, parfois appelées peines de fin de semaine) constituaient la réalité d’une importante proportion des personnes incarcérées au Québec. Ces peines étaient purgées par des hommes dans 89 % des cas, et 15,75 % des personnes purgeant une peine discontinue déclaraient être en situation d’itinérance.

Surreprésentation des Autochtones et Inuit

Partout au Canada, Autochtones et Inuit sont surreprésentés au sein de la population carcérale, tant dans les prisons provinciales que dans les pénitenciers fédéraux. En 2020-2021, selon les données compilées par Statistique Canada, les adultes autochtones représentaient 33 % des admissions en détention, tant dans les établissements provinciaux que fédéraux, alors qu’elles et ils représentent environ 5 % de la population canadienne. On note aussi que les mineur-e-s autochtones représentaient 50 % des placements sous garde (alors qu’elles et ils ne sont que 8 % de la population totale des jeunes)3. Les données disponibles les plus récentes sur les Autochtones des Premières Nations incarcérées dans un établissement de détention provincial au Québec remontent à 2018-20194. Cette année-là, 629 Autochtones des Premières Nations purgeaient une peine en établissement de détention (hausse de 5 % par rapport à l’année précédente), 406 purgeaient une peine dans la communauté (augmentation de 40 %) et 322 purgeaient une peine discontinue. La grande majorité (81 %) purgeaient des courtes peines, et les infractions les plus fréquentes étaient le défaut de se conformer à une ordonnance de probation ou à un engagement. Au Québec, en 2018-2019, 5,1 % des femmes incarcérées étaient Inuit et 4,5 % étaient membres d’une Première Nation5. Si cela constitue une surreprésentation par rapport à leur poids au sein de la population québécoise, c’est au sein du système correctionnel fédéral que leur surreprésentation est la plus marquée. En effet, en 2019, alors que les femmes représentaient 6 % des personnes détenues dans les établissements du Service correctionnel Canada (SCC) à travers le Canada, les femmes autochtones constituaient 42 % de la population carcérale féminine, et 27 % des femmes placées sous surveillance dans la collectivité6. En 2023, le rapport de l’Enquêteur correctionnel (Enquêteur) soulignait que la situation s’était encore aggravée, alors que les femmes autochtones constituaient désormais près de 50 % de la population pénitentiaire féminine. On remarque par ailleurs que les femmes autochtones sont largement plus susceptibles de se voir attribuer une cote de sécurité plus élevée que les autres femmes.

Surreprésentation des personnes noires

Le ministère de la Sécurité publique du Québec ne transmet pas d’information quant à l’appartenance raciale des personnes détenues, outre les personnes autochtones. Les données compilées par Statistique Canada à partir des données transmises par certaines provinces esquissent cependant une tendance au sein de la population carcérale canadienne. En 2020-2021, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique compilaient des renseignements sur les adultes appartenant à une minorité visible admis en détention. Les personnes appartenant à une minorité visible représentaient 17 % des admissions, et, de manière saillante, parmi ce groupe, 61 % étaient des personnes noires. Au total, 10 % des admissions d’adultes en détention dans ces provinces concernaient des personnes noires, alors qu’elles ne représentent que 4 % de la population adulte dans ces provinces7. À noter que la représentation des personnes racisées était beaucoup plus importante chez les hommes admis en détention (18 %) que chez les femmes (9 %). En 2013, l’Enquêteur a indiqué que le nombre de personnes noires incarcérées avait bondi de 80 % en une décennie, (et de 46 % chez les personnes autochtones). Les personnes noires représentaient alors 9,5 % des personnes détenues dans un pénitencier fédéral, alors qu’elles ne formaient que 2,9% de la population. Les personnes noires étaient également plus susceptibles d’être placées en établissement à sécurité maximale, réduisant ainsi leur accès à différents programmes durant leur détention, et plus nombreuses à être placées en isolement. En 2022, l’Enquêteur soulignait que la tendance s’était maintenue : la représentation des personnes noires en détention dans un établissement fédéral a peu varié (9,2 %), tout comme leur poids au sein de la population totale. De plus, les incidents de racisme et de discrimination subis par des personnes noires détenues signalés au Bureau de l’enquêteur correctionnel ont augmenté dans les dernières années. Quant aux femmes noires, si elles étaient, en 2022, moins nombreuses que dans la décennie précédente à purger une peine dans un établissement fédéral, l’Enquêteur rapportait néanmoins qu’elles subissaient de nombreuses discriminations en détention (par exemple, une suspicion et une surveillance accrues, ou encore un accès défaillant à des articles d’hygiène corporelle appropriés).
  1. En ligne :https://statistique.quebec.ca/fr/document/population-et-structure-par-age-et-sexe-le-quebec/tableau/estimations-de-la-population-selon-lage-et-le-sexe-quebec#tri_pop=30
  2. Données issues du Profil de la clientèle carcérale 2021-2022, ministère de la Sécurité publique, Québec.
  3. Statistique Canada, Statistiques sur les services correctionnels pour les adultes et les jeunes, 2020-2021. En ligne : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/220420/dq220420c-fra.htm
  4. Profil des Autochtones des Premières Nations confiées aux services correctionnels en 2018-2019, ministère de la Sécurité publique, Québec.
  5. Profil des femmes confiées aux services correctionnels en 2018-2019, ministère de la Sécurité publique, Québec.
  6. Service correctionnel Canada, Statistiques et recherches sur les délinquantes. En ligne : https://www.canada.ca/fr/service-correctionnel/programmes/delinquants/femmes/statistiques-recherches-delinquantes.html
  7. Statistique Canada, Statistiques sur les services correctionnels pour les adultes et les jeunes 2020-2021. En ligne : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/220420/dq220420c-fra.htm

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Dérouler le fil des logiques carcérales

6 juin 2024, par Ligue des droits et libertés

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Dérouler le fil des logiques carcérales

Delphine Gauthier-Boiteau et Aurélie Lanctôt, doctorantes en droit, membre du comité de rédaction et du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes en détention de la Ligue des droits et libertés À l’automne 2022 se tenait le colloque De l’Office des droits des détenu-e-s (1972- 1990) à aujourd’hui : perspectives critiques sur l’incarcération au Québec, organisé par la Ligue des droits et libertés et son comité Enjeux carcéraux et droits des personnes en détention. Cet évènement a donné lieu à des discussions autour d’enjeux passés et présents en lien avec l’incarcération et les luttes anticarcérales au Québec. L’évènement, marquant à plu- sieurs égards, embrassait une définition large des systèmes et institutions que les luttes anticarcérales prennent pour objet. Il s’agissait alors de stimuler une réflexion vaste sur les transformations sociales visant à dépasser et à défaire les logiques qui produisent et reproduisent l’enfermement au sein de notre société. Ce dossier s’inscrit dans le sillon des réflexions qui ont émergé lors de cette journée. [caption id="attachment_19978" align="alignright" width="438"] Mes droits, ma charte des libertés par RVL | Projet Société Elizabeth Fry 2024.[/caption] Ce dossier se veut une invitation. D’abord, une invitation à reconnaître les violences inhérentes à la prison et aux institutions carcérales ainsi que ce que leur existence empêche, c’est-à-dire une prise en charge des problèmes sociaux à leur racine. La proposition qui en découle est de réfléchir à partir de l’idée que la prison, tout comme le système de justice pénale, ne peuvent constituer une réponse appropriée aux problèmes sociaux parce que ces institutions sont, avant toute chose et de manière inévitable, un lieu de reproduction des systèmes qui en sont l’assise. Du point de vue des personnes victimisées, cette réponse n’est pas, non plus, appropriée, car elle individualise les torts causés, la transgression sociale ainsi que la violence, et n’a pas pour fonction d’apporter une réparation. Ensuite, ce dossier est une invitation à poser un regard critique sur les logiques carcérales à l’œuvre au sein des institutions qui assurent une prise en charge de différents problèmes sociaux par l’État et dont le champ d’intervention repose sur des cadres juridiques distincts. Il s’agira donc de se pencher, certes, sur la prison, mais aussi les institutions psychiatriques, les systèmes d’immigration, de protection de la jeunesse ou encore d’éducation. Plutôt que de penser ces institutions en vase clos, il convient de dévoiler le fil de la carcéralité qui les traverse. Cela permet d’élargir notre compréhension des phénomènes de détention, de contrôle des corps et de surveillance des individus, au-delà des murs de la prison et de sa matérialité immédiate. Autrement dit, l’enfermement n’a pas lieu uniquement dans les prisons et les pénitenciers. Les contributions mises de l’avant dans ce dossier tentent d’esquisser une compréhension transversale des systèmes qui produisent l’enfermement, la déshumanisation et la mise à l’écart sous des prétextes multiples, mais dont le sous-texte commun est l’idée que la vie de tous et toutes n’aurait pas la même valeur. Par exemple, il sera question de la manière dont le statut d’immigration que l’État accorde à une personne lui permet d’infliger une double peine, c’est-à-dire de procéder à l’expulsion territoriale de personnes auxquelles on a déjà infligé une peine en vertu du système de justice pénale. Plus généralement, il s’agira de mettre en évidence la notion, souvent occultée, de gestion différentielle des illégalismes en fonction de la place qu’occupe un individu dans l’espace social, et de dévoiler ainsi la teneur politique des infractions prévues au Code criminel. Il s’agira de rendre visible, par la négative, les effets de courtoisie organisés par l’État à l’égard de certains groupes ; ou ce que le juriste Dean Spade appelle la distribution inégale des chances de vivre1. Cette notion renvoie notamment aux tensions entre, d’une part, le défaut de mise en œuvre des droits économiques et sociaux par l’État et, d’autre part, les interventions étatiques découlant de logiques carcérales : cela alimente la détérioration des conditions de vie des personnes, intensifie la surveillance et les profilages (racial, social et politique) puis, en dernière instance, la criminalisation ainsi que l’incarcération disproportionnées de certains groupes. L’expansion des logiques carcérales doit bien sûr être mise en lien avec des décennies de gouvernance néolibérale ayant laissé les services publics et communautaires dans un état de délabrement alarmant. En revanche, le présent dossier invite à ne pas voir les
[à] reconnaître les violences inhérentes à la prison et aux institutions carcérales ainsi que ce que leur existence empêche, c’est-à-dire une prise en charge des problèmes sociaux à leur racine.
atteintes graves aux droits humains relatées comme les effets délétères d’un système brisé. Les contributions démontrent plutôt que ces atteintes font partie intégrante de ce système ; en d’autres mots que la prison est un lieu de violations de droits et que l’on peut et doit juger ce système avant tout à partir de ses effets. Plutôt que comme des exceptions, nous devons les concevoir comme le résultat du croisement des systèmes d’oppression sur lesquels les logiques carcérales s’érigent. Enfin, ce dossier se veut une invitation à imaginer ce que pourrait être un autre monde, un ailleurs politique qui dépasse l’horizon de la carcéralité. Il s’agit en quelque sorte d’un exercice de répétitions pour vivre2. Le dossier adopte deux temporalités : l’ici et maintenant — pour réagir aux violences infligées au présent par les logiques carcérales — et l’avenir souhaité — pour repenser notre rapport à la carcéralité et à tout ce qui la permet.

Dérouler le fil

Afin de refléter une pluralité de réflexions au sujet des tensions qui traversent la critique radicale du recours à l’enferme- ment et des logiques qui rendent cette pratique possible, nous mettons de l’avant les voix et les savoirs des personnes touchées directement par les phénomènes carcéraux, leurs proches et les personnes œuvrant à leurs côtés pour la défense des droits humains. Le premier volet a pour objectif de dévoiler les violences dont la prison est le nom, en mettant en lumière le caractère mortifère de cette institution ainsi que l’indifférence des autorités à l’égard des dénonciations pourtant continuelles des atteintes aux droits et des violences qui surviennent derrière les murs. Il sera question du caractère cyclique et de la nature carcérale de la prise en charge des personnes qui vivent avec des problèmes de santé mentale ou avec une condition de déficience intellectuelle, ainsi que des enjeux soulevés par le paradigme de l’isolement en milieu carcéral. Il sera aussi question des conditions d’incarcération des femmes dans les prisons provinciales, des expériences des proches de personnes incarcérées ainsi que des limites de l’action du Protecteur du citoyen pour assurer le respect des droits des personnes incarcérées et intervenir sur le plan systémique au Québec. Le second volet pose un regard critique sur d’autres réalités d’enfermement : de la détention administrative des personnes migrantes au système dit de protection de la jeunesse, en passant par les formes de détention en lien avec la psychiatrie. Celui-ci montre bien comment la position de certaines personnes dans l’espace social favorise, à leur encontre, l’exercice de formes de contrôle qui découlent de plusieurs systèmes, parfois de façon simultanée. Le troisième volet tente finalement d’articuler une critique plus fondamentale du recours à l’incarcération et à l’enfermement, en explorant notamment l’apport des théories et pratiques abolitionnistes carcérales et pénales. Il sera question, notamment, du rôle du capitalisme racial et de l’organisation patriarcale et coloniale de la société dans la production du caractère jetable (disposable) de certaines personnes. Le dossier se conclut par des contributions sur le thème de la justice transformatrice, pour penser une saisie non pénale et non carcérale des violences patriarcales. Ces contributions, s’appuyant sur des expériences collectives et individuelles, montrent comment le système pénal et carcéral fait défaut de réparer les torts vécus par les personnes victimisées et d’ébranler les racines structurelles des violences commises. Elles traduisent qu'il perpétue les logiques des systèmes mortifères sur lesquels il repose, et confine les personnes victimisées, ainsi que leurs besoins, à la marge.
C'est là tout le paradoxe et de l'État pénal : l'architecture juridique pénale et constitutionnelle confère nécessairement aux personnes victimisées un statut de considération secondaire.
Mariame Kaba, militante féministe et abolitionniste, écrit que les structures pénale et carcérale s’opposent à la responsabilisation (accountability) individuelle et collective. D’un côté, la structure de ce système décourage la reconnaissance de torts causés, puisque reconnaître sa culpabilité emporte son lot de discriminations pour les personnes accusées et leurs proches. De l’autre, l’individualisation qui prévaut contredit une compréhension systémique et une réponse commune, à portée transformatrice. Pour finir, il va sans dire que ce numéro n’a aucune prétention à l’exhaustivité. Ce dossier se veut une contribution humble, ouverte, et forcément imparfaite, aux luttes collectives pour la défense des droits des personnes incarcérées et enfermées, ainsi qu’aux luttes anticarcérales. Nous avons pensé l’ensemble de ces contributions comme une parenthèse ouverte, qui traduit une nécessité et un désir de poursuivre le travail de réflexion critique sur la carcéralité, pour mieux contribuer aux luttes collectives toujours plus nécessaires. Bonne lecture !

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Comment l’oligarchie canadienne profite du chaos en Haïti

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/06/tentcities-1024x731.jpg6 juin 2024, par Comité de Montreal
Depuis le tremblement de terre de magnitude 7,0 qui a secoué Haïti en 2010, faisant plus de 100 000 morts et des milliards de dollars de dégâts, le Canada a envoyé plus de 2 (…)

Depuis le tremblement de terre de magnitude 7,0 qui a secoué Haïti en 2010, faisant plus de 100 000 morts et des milliards de dollars de dégâts, le Canada a envoyé plus de 2 milliards de dollars d'aide au pays. Près de 15 ans plus tard, cet argent semble toutefois avoir profité aux oligarques (…)

Élections européennes : une extrême droite « proche du peuple » ?

5 juin 2024, par Édouard DeGuise
Édouard de Guise – correspondant à Paris – maj 10 juin Les résultats des élections européennes sont tombés. En France le Rassemblement national est arrivé en premier avec 32 % (…)

Édouard de Guise – correspondant à Paris – maj 10 juin Les résultats des élections européennes sont tombés. En France le Rassemblement national est arrivé en premier avec 32 % des suffrages exprimés, un résultat prévu par les sondages. Emmanuel Macron a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale (…)

Quel avenir pour le projet de réforme de l’ONU ?

5 juin 2024, par Rébecca Decejour
Rebecca Decejour Depuis son entrée en fonction en janvier 2017, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a présenté des idées pour réformer l’organisation mondiale. (…)

Rebecca Decejour Depuis son entrée en fonction en janvier 2017, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a présenté des idées pour réformer l’organisation mondiale. Ces suggestions visent principalement à mettre l’accent sur la prévention et le maintien de la paix, à améliorer (…)

Le care et les abeilles

5 juin 2024, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Pour ce premier mois de verdure, plusieurs municipalités du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ont mené une campagne (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Pour ce premier mois de verdure, plusieurs municipalités du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ont mené une campagne de sensibilisation pour éviter la tonte dès mai. Par exemple, la ville de Matane a réalisé Le Défi Pissenlits. Il (…)

Mobilisation massive au Panama contre la minière canadienne First Quantum

5 juin 2024, par Ronald Cameron
Mining Watch Canada lance une pétition Entrevue avec Vivuana Herrera, Mining Watch Canada Des manifestations massives au Panama se sont produites à l’automne dernier contre un (…)

Mining Watch Canada lance une pétition Entrevue avec Vivuana Herrera, Mining Watch Canada Des manifestations massives au Panama se sont produites à l’automne dernier contre un nouvel accord que le gouvernement a annoncé avec l’entreprise canadienne First Quantum pour permettre la poursuite des (…)

Journée d’étude : l’antisémitisme instrumentalisé - Conclusions par Gilbert Achcar

5 juin 2024, par Colloques-conférences replay — , ,
Conclusions par Gilbert Achcar [University of London] introduit par Mateo Alaluf [Institut Marcel Liebman] Samedi 2 mars 2024 (9h30-18h, Université libre de Bruxelles) – (…)

Conclusions par Gilbert Achcar [University of London] introduit par Mateo Alaluf [Institut Marcel Liebman]

Samedi 2 mars 2024 (9h30-18h, Université libre de Bruxelles) – Journée d'étude L'antisémitisme, instrumentalisé, ou comment une lutte essentielle est détournée pour une mauvaise cause.

En ce moment, la noria des crimes contre l'humanité commis par Israël contre le peuple palestinien dépasse l'imaginable. Le capital de sympathie dont pouvait encore bénéficier l'État hébreu est en train de s'éroder, y compris dans l'opinion européenne qui lui était particulièrement favorable.

Pour restaurer son image, la riposte est particulièrement perverse : critiquer vigoureusement Israël serait la forme contemporaine de l'antisémitisme. Et l'Europe se prête à la manœuvre ! Des actions et des manifestations pacifiques sont interdites. De grandes associations de défense des droits humains, comme Amnesty International, Human Rights Watch ou la FIDH, se voient qualifiées d'antisémites, hier pour avoir documenté l'apartheid infligé au peuple palestinien, aujourd'hui pour avoir dénoncé un risque de génocide. Aux yeux des relais de la propagande israélienne, même le gouvernement belge n'échappe pas à l'opprobre tandis que l'extrême droite se frotte les mains.

Programme détaillé

9h30 | Accueil et présentation générale : Pourquoi cette journée ? – Mateo Alaluf [Institut Marcel Liebman], Simone Susskind [Actions in the Mediterranean] et Inès Taraft [Cercle du Libre Examen]

10h00 | Panel 1 : Antisémitisme et sionisme : adversaires ou complices ? – Nitzan Perelman [Université de Paris Cité] et Esther Benbassa [EPHE, Sorbonne]. Animation : Cécile Piret [ULB]

11h30 | Panel 2 : IHRA et déclaration de Jérusalem : la querelle des définitions – Patrick Charlier [UNIA] et François Dubuisson [ULB]. Animation : Florence Delmotte [FUSL]

13h30 | Panel 3 : Qui donne le ton en Europe : Allemagne, France…Belgique ? – Sonia Combe [Centre Marc Bloch, Deutsch-Französisches Forschungszentrum für Sozialwissenschaften], Henri Goldman [UPJB], Dominique Vidal [journaliste et essayiste]. Animation : Gregory Mauzé [ABP]

15h30 | Panel 4 : Géopolitique, antisémitisme, islamophobie – Sadia Agsous Bienstein [ULB et Sorbonne Nouvelle Paris 3], Sylvain Cypel [journaliste, Orient XXI] et Reza Zia-Ebrahimi [King's College London]. Animation : Julien Truddaïu [Bruxelles Laïque]

17h | Synthèse et conclusions – Gilbert Achcar [University of London]

17h30 | Visite commentée de l'exposition de photographies – « Palestine, de la Nakba 1948 à la Naksa 1967 à aujourd'hui »

Journée d'étude co-organisée par l'Institut Marcel Liebman, l'Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB), l'Association belgo-palestinienne (ABP), Bruxelles-Laïque, le Cercle du Libre Examen et Actions in the Mediterranean.

Ukraine-Russie : Quand la paix était à portée de main

5 juin 2024, par Par Pierre Dubuc
Quand nos médias gardent sous le boisseau un texte important

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Mine de graphite : Transition énergétique ou militaire ?

5 juin 2024, par Par Québec meilleure mine
La subvention par l’armée américaine d’un projet près de Montréal provoque la colère de la société civile

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Élections en Catalogne : une analyse des résultats

4 juin 2024, par André Frappier — , ,
Selon Carles Riera de la CUP [1], il s'agit sans aucun doute de mauvais résultats en termes d'agenda indépendantiste et social. Une réflexion collective est nécessaire pour (…)

Selon Carles Riera de la CUP [1], il s'agit sans aucun doute de mauvais résultats en termes d'agenda indépendantiste et social. Une réflexion collective est nécessaire pour faire face aux temps à venir et promouvoir un agenda social et national propre au pays.

"Le soutien explicite à l'indépendance est en déclin depuis des années. Nous pensons que cela est dû principalement au fait que le Parlement de Catalogne a été complètement déchu de sa souveraineté. C'est devenu une branche à Madrid, bien loin de l'époque où l'ordre du jour était fixé par le Parlement.

En bref, nous devons miser sur notre propre agenda, qui circule à la fois dans la rue et dans notre Parlement. Pour obtenir des droits, améliorer les conditions de vie des travailleurs et travailleuses, pour un changement radical du modèle de lutte contre le changement climatique et pour une solution démocratique au conflit par l'exercice de l'autodétermination. Parce que lorsque l'indépendance a été la plus forte, c'est dans la rue, menée de manière transversale.

Que fera la CUP ?

Nous prenons bonne note de ces résultats et pensons par conséquent qu'un exercice de réflexion est nécessaire au niveau des pays. En interne, nous avons déjà commencé il y a quelques mois le processus Garbí qui concerne notre processus de débat stratégique et organisationnel pour le nouveau cycle politique, avec la participation de nos militants et ouvert aux personnes et aux groupes qui sympathisent ou souhaitent contribuer à ce débat.

C'est un processus de débat ouvert sur l'avenir stratégique de l'organisation et de la lutte anticapitaliste et qui, maintenant, atteint la dernière phase : « une phase de réflexion et d'autocritique pour parvenir à un consensus et définir une ligne claire de stratégie politique ». Le Processus Garbí a débuté en octobre dernier, avec un Congrès national, cinq débats nationaux thématiques et une vingtaine de réunions ouvertes territoriales et locales et culminera avec une Assemblée nationale le 21 septembre de cette année. "

Des élections anticipées

La convocation des élections a été anticipée par rapport au terme naturel de la législature, après que le Parlement ait rejeté le projet de loi de finances pour 2024 proposé par le gouvernement minoritaire de Pere Aragonès (ERC), indépendantiste de gauche arrivé au pouvoir en 2021 avec le soutien d'une coalition de partis favorables à l'indépendance.

Cela concernait l'autorisation de construction d'un complexe hôtel-casino Hard Rock Cafe Le 13 mars, le Parlement repousse le projet de loi de finances en adoptant une motion de rejet par 68 voix pour et 67 voix contre. Pere Aragonès réunit aussitôt une séance extraordinaire du Conseil exécutif du gouvernement catalan. À l'issue de cette réunion, il annonce la dissolution du Parlement et la convocation d'élections anticipées pour le 12 mai suivant.

La CUP s'est positionnée contre le projet Hard Rock, une macro complexe de loisirs que Hard Rock Entertainment World projetait de construire entre Vila-seca et Salou (Tarragone) qui aurais inclus de nouvelles extensions du port, de l'aéroport, des circuits de F1 au prix de 2.000 millions d'euros, montant qui selon la CUP devrait être investi dans la défense de la santé et de l'éducation publique.

Les résultats électoraux

Les socialistes ont obtenu 42 sièges au Parlement de Barcelone - qui en compte 135 au total -, avec 27,9 % des voix. Ils sont loin devant Junts, le parti indépendantiste de droite de Carles Puigdemont (35 sièges et 21,62 % des voix), et la gauche républicaine ERC (20 sièges et 13,68 %). A la gauche du PSC, les Comuns auront six députés et les anticapitalistes indépendantistes de la CUP quatre, Laia Estrada, Laure Vega, Pilar Castillejo et Dani Cornellà.

A droite, le Parti populaire obtient 15 élus en récupérant l'espace électoral de Ciutadans (version catalane du Ciudadanos espagnol) qui disparaît du Parlement. Vox se maintient à 11 sièges et la nouvelle force xénophobe d'extrême droite indépendantiste Aliança catalana fait son entrée avec deux élus.

L'analyse de la CUP

La CUP s'inquiète du paysage politique auquel le pays est confronté après les élections des 12 derniers mois : "ce sont des résultats négatifs pour l'agenda indépendantiste et social". Les anticapitalistes considèrent que les politiques développées ces dernières années ont contrecarré les attentes du peuple générées par les assauts générés par le mouvement Indignada et le tsunami démocratique : "Nous avons essayé d'arbitrer dans une lutte permanente entre "ERC et Junts qui s'est révélée sans issue, mais nous sommes désolés et assumons la responsabilité de cette frustration".

C'est ce qu'a expliqué la députée Laia Estrada, laquelle a annoncé que dans ce contexte la CUP entamera une phase de rencontres avec diverses entités, mouvements sociaux et populaires, afin d'analyser conjointement la situation dans laquelle se trouve le pays : « Nous voulons analyser comment nous y sommes arrivés et partager avec ces entités et mouvements des propositions et des défis qui passent par la récupération de notre propre agenda national, faire de la politique à partir d'ici et légiférer en faveur du peuple et reconstruire un large mouvement indépendantiste ".

En Catalogne, il y a un reflux de la mobilisation, et un affaiblissement du mouvement indépendantiste en raison de la capitulation d'ERC et de Junts, qui ont mis le cap sur l'autonomisme et les pactes pour l'investiture de Sánchez. Ils négocient avec le PSOE, qui ne diffère du PP que par la tactique de la répression, puisqu'ils coïncident avec la stratégie de maintien de l'unité de l'Espagne et de liquidation de l'autodétermination.

Le problème ne réside pas dans la mobilisation populaire, mais dans la politique des directions majoritaires qui la freine et/ou la détournent. En ce sens, l'alignement sur les politiques bourgeoises, qu'elles soient espagnoles ou catalanes, affaiblit le courant politique de la classe ouvrière. Il est fondamental de construire une nouvelle direction révolutionnaire et cohérente qui pourra avoir une influence décisive parmi les masses laborieuses.

Référence :

CUP Candidatura d'Unitat Popular, https://cup.cat/

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[1] Candidature d'unité populaire (CUP) (en catalan : Candidatura d'Unitat Popular), est un parti politique indépendantiste catalan anticapitaliste.

M. Poilievre ne dira pas où il en est concernant la hausse de l’impôt sur les gains en capital

4 juin 2024, par Karl Nerenberg — , ,
Les conservateurs adorent leur slogan vide de sens « Ax the taxe », mais quelle est la position de Pierre Poilievre sur une taxe potentiellement populaire sur les super-riches (…)

Les conservateurs adorent leur slogan vide de sens « Ax the taxe », mais quelle est la position de Pierre Poilievre sur une taxe potentiellement populaire sur les super-riches ?

30 mai 2024 | tiré de Rabble.ca | Photo : Pierre Poilievre au congrès du Parti conservateur de 2023 avec un grand drapeau canadien en arrière-plan.

par Karl Nerenberg

Le chef conservateur Pierre Poilievre est peut-être en tête des sondages et fait des gains avec des promesses simplistes de « supprimer la taxe » et de « se débarrasser des gardiens de la réglementation », mais il déçoit certains qui pourraient autrement favoriser les Conservateurs.

Qui sont ces malheureux ? Ils représentent un segment important de la communauté d'affaires canadienne – et leurs acolytes bruyants, les médias grand public.

Et pourquoi sont-ils malheureux ?

C'est parce que si Poilievre est farouchement opposé aux taxes, en principe, et surtout à la taxe carbone, il y a une hausse de taxes sur laquelle le chef conservateur a maintenu une position résolument évasive.

Il s'agit de l'augmentation de l'impôt sur les gains en capital que les Libéraux ont incluse dans leur dernier budget.

En avril dernier, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé une hausse d'impôt sur les gains en capital de plus de 250 000 $ pour les particuliers et sur tous les gains en capital pour les sociétés. Ces augmentations entreront en vigueur le 24 juin.

Les gains en capital sont des bénéfices tirés de la vente d'actifs. Il peut s'agir de biens (à l'exception d'une résidence principale, dont la vente n'est pas imposée) et d'actions des sociétés.

À l'heure actuelle, les particuliers et les sociétés canadiennes ne paient de l'impôt que sur 50 p. 100, soit la moitié, de ces gains.

Les nouvelles règles signifient que les sociétés paieront de l'impôt sur les deux tiers de leurs gains en capital.

Les particuliers paieront de l'impôt sur les deux tiers des gains en capital supérieurs à 250 000 $. Jusqu'à 250 000 $, le taux d'inclusion des gains en capital, pour les particuliers, restera de 50 %.

De nombreux Canadiens, même modestes, réalisent des gains en capital au cours d'une année donnée, le plus souvent par la vente d'actifs dans leur portefeuille de placements de retraite ou par la vente d'une maison de vacances ou d'une autre propriété.

Cependant, seule une infime proportion réalise plus d'un quart de million de dollars de gains en capital en une seule année.

Le gouvernement Trudeau estime que moins d'un pour cent des Canadien-ne-s seront touchés par l'augmentation du taux sur le gain en capital. Mais les recettes pour le gouvernement seront importantes, de l'ordre de 7 milliards de dollars.

C'est un changement important. Pour ne citer qu'un exemple de ce que 7 milliards de dollars signifieraient en termes de dépenses gouvernementales : cette somme représente environ cinq fois l'allocation fédérale annuelle pour Radio-Canada.

Forte résistance des grandes entreprises

La communauté d'affaires et autres critiques de l'augmentation de l'impôt sur les gains en capital contestent les chiffres du gouvernement Trudeau.

Une équipe de six groupes d'affairistes, allant de la Chambre de commerce du Canada à l'Association canadienne des producteurs de canola, a envoyé une lettre ouverte à la ministre des Finances. Ils affirment qu'un-e Canadien-ne sur cinq sera « directement touché » par les nouvelles règles sur les gains en capital au cours de la prochaine décennie.

Ces groupes ne disent pas comment ils sont arrivés à ce chiffre, mais mentionnent que les nouvelles mesures fiscales « menacent les plans de retraite de millions de Canadiens qui ont basé leurs plans sur le produit de la vente d'un chalet familial ou d'une petite entreprise ».

En lisant cet argument, on pourrait imaginer que le gouvernement prévoyait confisquer 100 % des revenus de ces ventes.

La vérité, bien sûr, c'est qu'après le 24 juin, les Canadien-ne-s qui vendent leur chalet ne paieront encore de la taxe que sur la moitié du premier quart de million qu'ils réaliseront en sus du prix d'achat initial. Je le répète, ils devront payer des impôts sur les deux tiers de leurs bénéfices uniquement sur la partie excédant 250 000 $.

Pas si mal.

Si vous avez un chalet à vendre, vous pouvez toujours faire un bon profit, dont une bonne partie sera à l'abri de l'impôt. En revanche, si vous subvenez à vos besoins et à ceux de votre famille en travaillant pour gagner votre vie, plutôt que de vendre des actifs, vous devez payer des impôts sur 100 % de vos revenus.

La lettre des entreprises commerciales à la ministre des Finances semble exagérer considérablement le risque financier pour les propriétaires de chalets de la classe moyenne. Mais c'est de bonne guerre.

Il est plus facile de se peindre comme des gens ordinaires qui ont des maisons de campagne à vendre que comme membres de la classe des investisseurs, pour qui 250 000 $ de gains en capital serait un montant dérisoire.

Les auteurs de la lettre utilisent un argument différent pour convaincre le gouvernement d'épargner ces investisseurs aux poches profondes.

Ils disent que la question centrale n'est pas les profits de certaines personnes (très riches). Ce qui est en jeu, disent-ils, est beaucoup plus grand et plus important.

La question centrale est – et on le comprend – l'économie.

Le Canada ne peut pas se permettre ces taxes supplémentaires, écrivent les gens d'affaires dans leur lettre, parce qu'elles rendront ce pays « moins compétitif et moins innovant ».

Puis la lettre va plus loin et devient dramatique, voire mélodramatique.

Elle prévient qu'« à un moment où nous luttons déjà de toute urgence pour relancer la productivité à la traîne de notre pays, l'augmentation des impôts sur les investissements productifs et l'étranglement du potentiel canadien auront des répercussions profondes, durables et potentiellement irréversibles ».

Comprenez cela, vous qui taxez et dépensez, les Libéraux et les Néo-démocrates.

Vous pensez que vous introduisez une modeste mesure fiscale qui fera pencher la balance un tout petit peu plus loin des riches et des ayants droit vers les gens qui travaillent pour gagner leur vie.

Eh bien, pas si vite.

Cette modeste augmentation d'impôt causera des dommages irréversibles et permanents à l'économie canadienne – c'est du moins ce que nous disent les lobbyistes des milieux d'affaires, bien qu'ils ne nous fournissent ni faits ni chiffres pour étayer leur affirmation.

Où est Pierre ?

Certains commentateurs, comme John Ivison du National Post, ont exhorté Pierre Poilievre à rester fidèle à son identité anti-fiscale. Le chef conservateur devrait sortir de son silence et critiquer sans ambiguïté l'augmentation de l'impôt sur les gains en capital.

Et si, par hasard, Poilievre craignait que la nouvelle mesure fiscale visant les plus riches des riches soit populaire auprès de la plupart des Canadien-ne-s, Ivison souligne que certains sondages « indiquent que les électeurs n'ont pas été dupés par l'argument sur l'équité du gouvernement » – un argument qu'Ivison décrit comme « un flagrant vol d'argent destiné à financer des dépenses effrénées ».

Poilievre pourrait voir d'autres données des sondages qui racontent une histoire différente – ou il ne veut pas diluer son image populiste soigneusement conçue de défenseur du petit peuple.

Tôt ou tard, Poilievre devra montrer ses couleurs sur la question des gains en capital. Les Libéraux ont habilement retiré cette mesure du budget de 2024. Il y aura un vote autonome sur l'impôt sur les gains en capital, peut-être avant l'ajournement de la Chambre pour l'été.

Mais même si les Conservateurs se bouchent le nez et votent pour l'augmentation d'impôt – comme ils l'ont fait pour l'initiative du NPD visant à interdire les briseurs de grève dans les lieux de travail sous réglementation fédérale – beaucoup craignent ce que l'équipe de Poilievre fera si elle prend le pouvoir après les prochaines élections.

Parmi ceux-ci se trouvent les Conservateurs de l'Ontario de Doug Ford.

Selon certaines informations, le premier ministre Ford et ses collègues envisagent sérieusement la tenue d'élections anticipées, qui auraient lieu avant les élections fédérales, maintenant prévues pour l'automne 2025. La dernière élection ontarienne a eu lieu en 2022, et la prochaine n'est pas officiellement prévue avant 2026.

Il semble que les Conservateurs de l'Ontario soient tentés de déclencher un vote dans les mois à venir parce qu'ils craignent qu'un gouvernement Poilievre n'amorce des coupes profondes et impopulaires dans les transferts fédéraux pour la santé, les services sociaux et l'éducation.

Ford et son équipe craignent également qu'un gouvernement conservateur fédéral n'annule des milliards de dollars de subventions que le gouvernement fédéral et celui de l'Ontario ont promis pour de grands projets d'énergie verte, comme une usine de batteries pour véhicules électriques à Windsor.

Il semble qu'un bon nombre de Canadien-ne-s – même certain-e-s qui, aujourd'hui, disent aux sondeurs qu'ils voteront Conservateur – partagent les appréhensions de Ford quant aux véritables intentions de Poilievre.

La société de sondage Abacus montre une grande avance l'avance de l'équipe Poilievre dans les intentions mais, paradoxalement, également qu'il y a beaucoup d'inquiétude, voire de crainte, sur ce que les Conservateurs pourraient réellement faire une fois élus.

Les électeurs, malheureusement, semblent être d'accord avec l'élimination de la taxe sur le carbone. Et ils ont une vague impression que les Conservateurs feront quelque chose pour augmenter l'offre de logements. (Les Conservateurs n'ont pas encore dit avec précision comment ils feront construire plus de maisons.)

Mais d'autres initiatives politiques potentielles – qui pourraient motiver la base conservatrice – ne sont généralement pas populaires auprès de l'ensemble des Canadiens.

Il s'agit notamment de la réduction des budgets de la partie canadienne-anglaise de Radio-Canada, de la fin des régimes d'assurance-médicaments et de soins dentaires, de la réduction du programme national de garde d'enfants et de la restriction de l'accès à l'avortement et aux services de santé reproductive.

De plus, même si les Canadien-ne-s n'aiment pas la taxe sur le carbone, ils disent aux sondeurs qu'ils veulent que leurs gouvernements prennent des mesures concrètes et efficaces pour lutter contre les changements climatiques. Les Conservateurs n'ont pas encore présenté quoi que ce soit qui ressemble à un plan de lutte aux changements climatiques.

Poilievre s'en tire avec des slogans simplistes et des promesses sans substance depuis plusieurs mois maintenant.

Le vote à venir sur les gains en capital sera une occasion où il ne pourra pas s'appuyer sur la rhétorique et devra dire définitivement où il se situe.

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Sur la capitulation des médias de CBC face à HonestReporting Canada (HRC)

4 juin 2024, par Jonah Corne, Shiri Pasternak — , ,
Il y a un peu plus d'un mois, le Jewish Faculty Network (JFN) et l'Institut canadien de politique étrangère (ICFC) ont soulevé des préoccupations concernant la censure de (…)

Il y a un peu plus d'un mois, le Jewish Faculty Network (JFN) et l'Institut canadien de politique étrangère (ICFC) ont soulevé des préoccupations concernant la censure de l'émission de musique autochtone Reclaimed de Jarrett Martineau de CBC. Martineau a fait jouer une chanson intitulée « River 2 the Sea » et a exprimé sa « solidarité sonore » avec le peuple de Palestine. Sous la pression, l'épisode a disparu du site Web de la série.

27 mai 2024 | tiré de Canadian Dimension | Photo : Lorna Taylor/Flickr
https://canadiandimension.com/articles/view/on-cbc-media-capitulation-and-honest-reporting-canada

Nous savons que CBC était sous pression en raison de la campagne d'HonestReporting Canada (HRC), un organisme de surveillance des médias pro-israélien, qui a émis une « alerte action » à ses 60 000 abonné-e-s à l'infolettre lors de la diffusion de l'émission, et a revendiqué la victoire lorsque l'émission a été supprimée.

L'émission est discrètement revenue sur le site Web, mais l'expression de Martineau, « solidarité sonore », a été supprimée avec le titre de la chanson. Malgré le fait que près de 20 000 lettres aient été envoyées par des Canadien-ne-s préoccupés par la censure – une réponse déclenchée par les efforts de résistance de la PNJ et de la FCPI – CBC n'a publié aucune explication ou excuse pour le retrait de l'émission, et n'a inclus aucune déclaration de clarification concernant les modifications apportées à la version rétablie. Ils n'ont pas non plus reconnu l'indignation qui a découlé de leur censure.

Pourquoi la campagne de pression du HRC a-t-elle fonctionné, alors que celles du JFN et de CFPI n'ont pas fonctionné ?

Il y a deux points importants à retenir de cette situation, qui s'est répétée contre différentes cibles du CDH depuis le 7 octobre 2023. La première est que les plaintes et les campagnes de pression de HRC visant CBC ne concernent pas l'intégrité journalistique, mais portent plutôt des accusations d'antisémitisme si les médias s'écartent des points de vue de l'État israélien.

Deuxièmement, ces attaques du HRC sont des attaques collatérales qui sont basées sur une poussée plus large et conservatrice afin de privatiser les infrastructures sociales comme la CBC. Par conséquent, nous devons défendre la nécessité d'institutions médiatiques publiques tout en exigeant une réforme radicale, sinon nous tomberons dans le populisme régressif de la droite.

Responsabilisation vs campagnes de pression

Les plaintes du HRC concernant l'épisode de Reclaimed illustrent une pratique de campagne et d'appels à la censure que le HRC a intensifiée depuis le 7 octobre 2023. Il réfute toute donnée sur le nombre de morts ou les dégâts des bombardements israéliens à moins qu'elle ne soit publiée par Israël. Il réfute tout reportage axé sur les bombardements israéliens de Gaza, à moins qu'il ne soit encadré par le nombre de morts israéliens le 7 octobre. Il qualifie toute critique d'Israël d'antisémite et toutes les manifestations contre le bombardement israélien de Gaza d'affiliées au Hamas et approuvant donc l'attaque du 7 octobre. L'analyse de l'occupation militaire et du statut colonial d'Israël, ou les questions sur la légitimité d'Israël en tant qu'État ethno-nationaliste, se heurtent à un déni fondé sur l'affirmation selon laquelle le peuple juif est indigène à Israël, donc irréprochable.

Le CDH suit ouvertement cette direction d'Israël lui-même, s'engageant à agir comme « l'épée et le bouclier » du pays dans le paysage médiatique du Canada, tout en prétendant fonctionner avec autonomie et objectivité. Comment le HRC peut-il plaider avec véhémence pour Israël, alors qu'il prétend également être une « organisation populaire indépendante promouvant l'équité et l'exactitude dans la couverture médiatique canadienne d'Israël et du Moyen-Orient » ? Sa mission n'est pas seulement de défendre Israël ; son personnel est intégré à l'État israélien. Par exemple, l'un des membres est un ancien directeur exécutif de Hasbara Fellowships Canada, une organisation coparrainée par le ministère israélien des Affaires étrangères, dont la mission déclarée est de former et de soutenir les militant-e-s sionistes sur les campus universitaires en les envoyant en voyage en Israël.

La raison d'être de HRC, alignée sur l'État, ne devrait pas être considérée comme l'objectif des organisations médiatiques et des radiodiffuseurs canadiens. L'expression « River 2 the Sea » sur Reclaimed a été qualifiée d'antisémite par HRC, dépeignant ainsi Martineau avec le même pinceau. Mais le CDH est loin d'être la seule et ultime autorité détentrice du sens à donner à cet appel à la libération largement mobilisé, et s'en remettre à sa définition a de graves implications et conséquences pour les journalistes et la façon dont les informations sont rapportées.

Récemment, The Breach a publié un article d'un dénonciateur de CBC, écrit sous un pseudonyme comme rempart contre les menaces omniprésentes à l'emploi et à la recherche d'emploi qui ont été lancées contre les personnes qui critiquent Israël. L'auteur raconte qu'il y a eu 19 incidents distincts de HRC ciblant des journalistes de CBC au cours d'une période de six semaines dans la foulée du 7 octobre. En outre, elle note que HRC a revendiqué la responsabilité du licenciement de deux journalistes palestiniens dans d'autres médias, et fait des remarques sur « l'effet dissuasif » de ce pouvoir.

Elle écrit : « Les animateurs et les collègues seniors citent fréquemment la menace de plaintes comme raison de ne pas couvrir Israël-Palestine », et note que les journalistes seraient appelés à rendre des comptes pour leurs reportages sur la base des allégations de partialité du HRC, y compris au moins un cas dans lequel un travailleur précaire a vu son contrat résilié prématurément.

Bien que les campagnes du HRC contre CBC aient considérablement augmenté depuis le 7 octobre, ces efforts sont bien antérieurs à la guerre actuelle à Gaza. En juin 2022, une étudiante journaliste palestinienne, Rahaf Farawi, a publié un article sur les expériences des journalistes de CBC avec « l'exception palestinienne » et a trouvé une tendance qui fait fortement écho à celle décrite dans le récit du lanceur d'alerte de The Breach.

Farawi a rapporté que CBC s'attend à une réaction négative pour avoir présenté des voix palestiniennes dans sa couverture. Un journaliste de CBC lui a dit : « Cela dégénère immédiatement aux plus hauts niveaux, et ils doivent s'en occuper. Il y a beaucoup de crainte de réactions négatives de la part du lobby pro-israélien, [en particulier] des gens d'HonestReporting ». En conséquence, comme l'indique l'article, si les plaintes n'étaient pas traitées de manière satisfaisante, le HRC soumettait la situation à un examen public du bureau du médiateur.

Le HRC n'intervient pas seulement dans la nature de la couverture, mais détermine ce qui sera couvert lorsqu'il s'agit d'Israël-Palestine par un mécanisme d'autocensure qu'il infiltre dans ses cibles. Un autre journaliste a déclaré à Farawi : « Il est dit de manière assez flagrante : « Oh, si nous faisons cela, les gens d'HonestReporting vont s'en prendre à nous »... Cela ne veut pas dire qu'ils voient toujours cela comme un obstacle. Mais c'est clairement dans leur esprit. Cette notion de savoir si nous avons la capacité et les ressources nécessaires pour faire face à ce contrecoup dès maintenant. Ou peut-être que nous ajoutons une autre voix pour citer, entre guillemets, et équilibrer le tout ?

Intégrité dans les rapports

CBC n'a pas tardé à répondre à l'article du dénonciateur dans The Breach. Le lendemain, Brodie Fenlon, directeur général et rédacteur en chef de CBC News, a publié un billet de blogue affirmant que les « conclusions générales de l'article ne sont pas vraies ». Pourtant, la réponse de Fenlon donne l'impression d'un exercice de contrôle des dommages en matière de relations publiques, ne répondant pas aux principales préoccupations du lanceur d'alerte, y compris l'impact substantiel du HRC sur les opérations de la salle de rédaction.

Au lieu de cela, il a recours à une version de l'argument douteux des « deux côtés » qui ignore toute asymétrie entre ceux qui donnent et subissent de la domination coloniale et de l'occupation militaire, associée à des remarques sur la complexité et le caractère litigieux des questions censées les mettre à l'abri de la couverture critique.

Il écrit : « Notre couverture de cette histoire ne pourra jamais satisfaire les attentes de tout le monde parce que l'histoire elle-même est si personnelle et divisive. » Pourtant, satisfaire les attentes du public ne devrait pas être le mandat du journalisme. L'objectif devrait être la recherche de la vérité, aussi inconfortable que cela puisse mettre certains mal à l'aise, et même en dépit de ce que ressent la majorité des gens.

Les changements qui doivent être apportés à CBC/Radio-Canada pourraient donc l'être d'une manière qui ne contribue pas à la réaction de la droite contre les institutions publiques qui demandent de cesser de financer CBC/Radio-Canada, mais de l'obliger à respecter des normes plus élevées d'intégrité journalistique.

La capitulation répétée de CBC à un groupe de défense pro-israélien très biaisé comme HRC prend place dans le contexte plus large du populisme de droite en hausse au Canada aujourd'hui. Selon un marché implicite perçu, la décision de CBC d'apaiser les défenseurs d'Israël est un compromis pour une désescalade des menaces existentielles contre le radiodiffuseur public. Pourtant, CBC fait une grave erreur de calcul.

Malgré ses nombreuses capitulations devant HRC, mises en évidence par l'affaire Martineau, les révélations du lanceur d'alerte et l'enquête de Farawi avant le 7 octobre, CBC est toujours accusée par la plupart des politiciens conservateurs d'être désespérément injuste dans sa couverture d'Israël. La conclusion à tirer est qu'aucun apaisement ne sera jamais suffisant. L'apaisement est une illusion. Le cri de ralliement répété à l'infini pour « arrêter de gaspiller l'argent des contribuables » sur une institution de presse prétendument de gauche et intraitable fonctionne pour la droite comme un instrument beaucoup trop précieux pour galvaniser sa base.

Cela devrait fournir une raison suffisante pour que CBC mette fin à sa politique efficace du pire des deux mondes et cesse de s'incliner devant les forces de censure pro-israéliennes. Mais ce combat ne concerne pas seulement Israël et la Palestine. Dans l'attaque du HRC contre Martineau, ils n'ont pas seulement attaqué sa solidarité avec les Palestiniens, mais sa critique du Canada en tant qu'État colonial. La garantie plus large de la perte de cette bataille avec le CDH est la somme des luttes pour la justice dans toute la société. La droite ne s'arrêtera pas à la Palestine. Mais c'est le test décisif actuel contre le racisme au Canada aujourd'hui.

Jonah Corne est professeur agrégé au Département d'anglais, de théâtre, de cinéma et de médias de l'Université du Manitoba, où il est coordonnateur du programme d'études cinématographiques.

Shiri Pasternak est professeure au département de criminologie de l'Université métropolitaine de Toronto.

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Le Festival de la décroissance conviviale dans la forêt Steinberg

4 juin 2024, par Marc Bonhomme — ,
On connaît l'organisation citoyenne Mobilisation 6600 du quartier Hochelaga Maisonneuve à Montréal pour sa lutte acharnée pour la transformation en parc nature de l'immense (…)

On connaît l'organisation citoyenne Mobilisation 6600 du quartier Hochelaga Maisonneuve à Montréal pour sa lutte acharnée pour la transformation en parc nature de l'immense friche L'Assomption, assemblage contigu de plusieurs composantes (l'ancienne cour de triage du CN devenue une mini-forêt poussant à travers les rails, l'ancienne usine Canadian Steel Foundries achetée par Raymond Logistique qui a rasé la forêt naissante pour une plateforme de containers, la « forêt Steinberg » devenu emboisée depuis longtemps avec ses milieux humides vestiges du ruisseau Molson et le petit boisé Vimont devenu la forêt enchantée des enfants).

Depuis des années de lutte sans relâche, Mob6600 a créé des liens avec d'autres groupes menant des combats semblables et avec le mouvement écologique dans son ensemble. Son noyau militant s'est intéressé à la théorie écologique, à l'analyse des luttes écologiques et à leur stratégie. Telle était la raison d'être du Festival de la décroissance conviviale organisé dans la forêt Steinberg sur toute la journée du samedi 1er juin. La cinquantaine de gens y participant ont écouté et discuté avec des militants et militantes du groupe de recherche Polémos, de l'IRIS, de Rage climatique, de Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC) et de Mob6600. Ont clos la journée des conférences de Yves-Marie Abraham de Polémos à propos de « l'esquisse géographique d'un monde post-croissance » et de Dalie Giroux sur les « figures de gratuité » que j'ai ratées pour cause d'un vieux corps qui demandait son dû.

Incompatible avec le capitalisme, la décroissance exige quel mode démocratique ?

Louis Marion de Polémos a théorisé la décroissance comme signifiant produire moins, partager plus et décider ensemble. La décroissance implique une sortie du capitalisme du simple fait du partage et de la décision collective. Plus fondamentalement, aurait-t-il pu préciser, la croissance est inhérente au capitalisme. La compétitivité entre capitaux, aujourd'hui titanesque, conduit inéluctablement à leur accumulation par leur nécessaire réalisation en argent sonnant afin de recommencer à une plus grande échelle un cycle sans fin faute de périr par la banqueroute. Tel est le fondement de la consommation de masse, de la course aux armements et de plus en plus de la gargantuesque ingénierie de la résorption des GES. Dans une société de décroissance, la relation entre les gens primera sur celle vis-à-vis les choses dont la propriété combinera des droits conjoints tout en éliminant le droit de nuire implicite à l'exclusive propriété capitaliste.

Les choix politiques du décider ensemble s'élargiront à l'économie et à la technique. C'est là la planification démocratique. Reste en suspens les formes de la démocratie. Le conférencier récuse l'anarchie car même l'organisation confédérative ne règle pas la question clef de l'arbitrage entre base et sommet. L'État demeurerait nécessaire car il faudra que les experts éclairent les assemblées délibératives. Il me semble qu'il y a ici un danger d'un platonicien « gouvernement des sages » manipulateur. Ne serait-ce pas la dynamique de l'affrontement des partis qui aurait la capacité de corriger les erreurs des décisions collectives en autant que la dictature de quelque sage ne vienne la contrer ? Faire l'hypothèse que les assemblées populaires ne puissent adéquatement prendre en compte les intérêts des générations futures et de la nature ne révèle-t-il pas un préjugé de « sage » ? On peut penser que la sagesse collective sans cesse réajustée résultera en davantage de services publics et d'agriculture biologique et beaucoup moins d'énergivore production matérielle assise sur la sobriété, la consommation collective, la durabilité et la réparabilité.

Les mythiques croissance verte et économie circulaire contournent la difficulté

Ambre Fourrier aussi de Polémos a tâché de déboulonner les mythes de la croissance verte et de l'économie circulaire. Toutes les études démontrent que le découplage absolu entre croissance du PIB et croissance des GES sur le long terme et pour une proportion significative de la population mondiale est inexistant, y compris pour le « modèle » norvégien, malgré la croissance du rapport services versus produits tangibles, la prétention à l'intégration des externalités dans les coûts de production et surtout la légende urbaine de l'innovation technologique substituant l'immatériel au matériel. En plus, il faudrait mesurer le découplage non seulement par rapport aux réducteurs GES mais à l'incommensurable biodiversité. Il n'y a là rien de surprenant puisque le capitalisme prédateur ne se distingue pas par la rareté des produits mais par un trop-plein consumériste accaparé par certains, le 1%, le 10% et même jusqu'à un certain point le 40% de la dite classe moyenne, aux dépens de la majorité d'où l'apparence de rareté.

Si l'économie circulaire demeure une solution en dernière instance, elle est une fausse solution de prime abord. La production de masse et celle d'armements, circulaire ou non, reste un problème à résoudre. La minimisation des coûts pour fabriquer un produit technologiquement complexe (plastique, batterie) n'en fait pas un produit inhéremment ni facilement recyclable ni sans production minimum de déchets au cours de son processus de production, et ni durable. Tant le recyclage du produit final que celui des déchets, en autant qu'ils sont possibles, en deviennent énergivores et polluants. Le conte de fées de l'économie circulaire tricote une liaison fantaisiste avec le mode de production autochtone tout en permettant de dépolitiser l'économie c'est-à-dire de justifier le statu quo du tout marché et la prééminence des entreprises maîtresses du processus. Le recyclage n'est-il pas une invention de l'industrie du plastique ? Il ignore le principe scientifique de l'entropie qui prouve l'inéluctabilité de la dégradation de la production matérielle. Il reste silencieux sur la rigidité des filières du recyclage face au continuel changement des produits finaux, conséquence réellement existante de l'innovation technologique compétitive du capitalisme.

La coalition décroissanciste a besoin de la lutte des classes pour vaincre

Colin Pratte de l'IRIS a été frappé par l'absence de la référence à la lutte des classes de la part des penseurs de la décroissance tout en constatant la grande méfiance du monde du travail vis-à-vis cette idée. Il y voit deux explications. Le point d'entrée de la compréhension de la réalité des penseurs de la lutte des classes est le monde du travail où traditionnellement a été confinée la lutte des classes. Les tenants de la décroissance appréhendent plutôt la réalité par le biais des conditions d'existence, de la reproduction sociale, de l'écosphère. En résultent deux imaginaires opposés conduisant les uns vers le monde prométhéen du productivisme et les autres vers l'idéalisation du bucolisme. L'écosocialisme a beau tenter une réconciliation des deux imaginaires, il n'en découle pas la disparition de la méfiance ouvrière vis-à-vis le décroissancisme.

Cette contradiction a engendré une alliance de classe particulière, celle des intellectuels organiques de l'écologie avec la catégorie sociale des personnes exclues du système, en particulier les autochtones et les paysans surtout dans les pays dépendants, mais aussi le peuple travailleur en tant que villageois et résident de quartiers. Toutefois, sans l'apport de la classe ouvrière organisée sur les lieux de travail, cette alliance ne saurait remporter de victoires stratégiques pour lesquelles il faut un mouvement gréviste touchant l'appareil productif d'où origine le profit. Après tout, les millionnaires du monde, soit le 1%, grèveront au rythme actuel 75% du budget carbone restant pour ne pas hausser de façon pérenne de 1.5°C la température terrestre par rapport à l'époque préindustrielle. La lutte climatique est donc une lutte de classe. Ce sont ces millionnaires et milliardaires qui imposent cette consommation de masse qui, même réduite au seuil de pauvreté, ferait que l'ensemble de la population québécoise consommerait quand même deux fois plus de ressources naturelles que le minimum requis.

Comment convaincre le prolétariat organisé d'entreprendre cette lutte pour la survie de l'humanité mais qui paraît dans l'immédiat menacer son niveau de vie et même son emploi ? C'est la question que le conférencier a posé aux petits ateliers de quinze minutes après sa conférence. On a proposé des nationalisations, en particulier de Northvolt, le recyclage des emplois, le revenu de base garanti, le revenu maximum, même le rationnement comme lors de la Deuxième guerre mondiale. A aussi été proposée la baisse du temps de travail tout en expliquant que baisse du niveau de vie n'équivaut pas à baisse du niveau de bien-être si, par exemple, le prolétariat habite des logements collectifs de qualité dans des « quartiers 15 minutes » desservis par une infrastructure adéquate de transport actif et de transport en commun gratuit et fréquents jusqu'au moindre village.

Mobiliser tous les niveaux politiques et entreprendre la conquête des syndiqué-e-s

Cette deuxième conférence s'est terminée par un panel de militantes et militants de Rage climatique, des TJC et de Mob6600. On a constaté des modes d'organisation fort différents allant du mode anarchiste sans adhésion formelle ni mécanisme de fonctionnement collectif, sans même de direction élue, de Mob6600 jusqu'à celui démocratique traditionnelles des TJC en passant par celui en comités de travail, particulièrement sur Northvolt, de Rage climatique avec décision consensuelle en assemblées générales. Mob6600 pratique la diversité des tactiques pour s'adapter aux divers niveaux politiques allant de pétitions à des blocages en passant par des manifestations et une abondance d'activités culturelles qui sont presque sa marque de commerce. Rage climatique, constatant l'insuffisance du BAPE pour arrêter Northvolt, participe et pousse au blocage.

TJC, pour gagner les syndicalistes de l'éducation, secteur plus favorable aux luttes climatiques, mise sur la discussion lors des assemblées syndicales pour soit inclure une clause climatique dans les conventions ou initier une campagne « Sortir du gaz » des lieux de travail. Dans les milieux syndicaux plus difficiles à pénétrer, il faut miser sur le respect mutuel entre collègues et sur la rigueur démocratique des assemblées. Une travailleuse de Bombardier, membre des TJC à cause de l'avenir de son enfant, sera plus écoutée par ses collègues comme elle impliqués dans la fabrication de jets privés, peut-être le pire produit anti-climat qui soit. Le projet TJC d'états généraux sur l'éducation vise à poser la question cruciale de la formation de la jeunesse pour s'adapter au monde tel qu'il est ou pour le transformer de fond en comble. Plus fondamentalement se pose la question de la possibilité de transformer une organisation syndicale fort bureaucratisée ou la contourner.

Il y a loin de la coupe aux lèvres surtout quand dérape le soutien politique

Comment Mob6600 peut-il vaincre la grande coalition étatique-patronale du Port de Montréal sous juridiction fédérale et avec un conseil d'administration à majorité patronale, de Raymond Logistique, du gouvernement québécois et de la Ville de Montréal sans l'appui proactif jusqu'à la grève du syndicat des débardeurs et de la gent étudiante du Cégep Maisonneuve ? Comment Rage climatique peut-il arrêter la transnationale Northvolt ou changer sa vocation, celle-ci étant appuyée par les transnationales de l'automobile avides de batteries et étant soutenue par de les subventions milliardaires d'Ottawa et de Québec ?

Un peu au bout du rouleau lors de ce panel final, je n'ai pas été assez prompt pour souligner le grand oublié de la discussion soit la promotion de la décroissance sur la scène proprement politique ce qui devrait être la responsabilité de Québec solidaire. Bien que le comité de coordination élargi de la circonscription d'Hochelaga-Maisonneuve de Québec solidaire, où se situe la forêt Steinberg, ait proposé l'amendement d'ajouter au nouveau simili-programme Solidaire, dite Déclaration de Saguenay, la promotion de « la décroissance de la surproduction », celui-ci fut battu. De même fut défait l'amendement que l'usine Northvolt donne la priorité à la production de batteries pour le transport en commun alors que l'on sait que selon l'IRIS « [l]'Agence internationale de l'énergie prévoit qu'en 2030, 90 % des batteries produites dans le monde alimenteront des automobiles individuelles et seulement 3,5 % propulseront des autobus. »

Jusqu'où ira le recentrage centregauche à la NPD du grand parti de la gauche québécoise ?

Marc Bonhomme, 3 juin 2024
https://www.marcbonhomme.com

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