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Politiques d’immigration à deux vitesses : les petites phrases réactivant les frontières qui divisent

19 décembre 2023, par Carole Yerochewski, Cheolki Yoon — ,
Le coup d'éclat de Paul St-Pierre Plamondon, déclarant le 5 novembre dernier qu'une « crise sociale sans précédent » menace le Québec à cause du nombre d'immigrants, a fait (…)

Le coup d'éclat de Paul St-Pierre Plamondon, déclarant le 5 novembre dernier qu'une « crise sociale sans précédent » menace le Québec à cause du nombre d'immigrants, a fait long feu. Cependant, de petites phrases en petites phrases, les dirigeants politiques sur le spectre de droite construisent lentement mais sûrement une figure du bouc-émissaire en la personne de « l'immigrant ». Ainsi, la déclaration de St-Pierre Plamondon surenchérissait sur celle du ministre Jean Boulet qui avait lancé une fake news à l'automne 2022, en disant que « 80% des immigrants ne travaillent pas, ne parlent pas français, ou n'adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ». Il avait dû se rétracter, mais il est resté ministre, passant de l'Immigration au Travail. Après tout, lui-même ne faisait que s'inscrire dans les pas de son Premier ministre, François Legault, qui avait déclaré au printemps 2022 que l'on se dirigeait vers une « louisianisation » du Québec à cause des immigrants allophones.

Par Carole Yerochewski et Cheolki Yoon, membres du Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (CTTI), respectivement sociologue et professeur adjoint à l'Université St-Paul

Cette politique du bouc-émissaire que ne dément pas le gouvernement Trudeau – celui-ci a aussi rendu l'immigration responsable de la pression sur les capacités d'accueil et la crise du logement –, n'est peut-être pas destinée à fermer les portes du Canada comme les États-Unis l'avaient fait en 1921, plongeant dans le désespoir les européens et notamment les Allemands étranglés par leurs dettes de guerre. C'est à présent l'attitude de l'Union européenne, qui laisse périr en Méditerranée des milliers et milliers de migrants, aggravant dans les pays du Sud global les crises sociales et humanitaires qui résultent d'économies défaillantes et de la multiplication des conflits – des conflits qui sont souvent alimentés par les puissances occidentales. Mais le Canada peut-il se passer de l'immigration ?

Cependant, on ne peut pas ne pas s'inquiéter de voir se multiplier les petites phrases. Non qu'il faille croire que le « peuple » va se laisser berner et venir gonfler l'extrême-droite : il n'est pas si ignorant des ressorts de la pénurie de logements sociaux ou de celle de l'inflation ou des raisons du déclin du français, délaissé par de jeunes francophones abonnés aux diffuseurs d'images, de musiques et de jeux plus souvent anglophones. Il n'est en outre pas prouvé que la montée de l'extrême-droite en Europe repose sur les classes populaires ; celles-ci ont plutôt tendance à s'abstenir massivement faute de se sentir représentées.

En revanche, les classes aisées et dirigeantes, qui vont chercher des appuis partout, ne rechignent pas à passer des compromis avec ces personnages politiques peu ragoutants que sont les Giorgia Meloni, Rikka Purra, Geert Wilders conduisant des gouvernements ou y siégeant en Italie, Finlande, Pays-Bas, ou à accepter comme le ministre Darmanin en France des amendements d'extrême-droite dans un énième projet de loi sur l'immigration (trente en trente ans !). Car ni les unes ni les autres ne sont prêtes à perdre la main sur les politiques d'immigration : le contrôle des flux de main d'œuvre est au cœur du capitalisme, au risque sinon de déstabiliser les rapports de force entre les travailleurs et travailleuses et le Capital, comme Marx l'avait déjà bien souligné, en parlant de surpopulation et d'armée de réserve industrielle parmi un prolétariat n'ayant plus d'autre possibilité pour survivre que de vendre sa force de travail.

Ce que Marx n'avait pu anticiper, c'est que, compte tenu du colonialisme et des rapports de domination entre le Nord et le Sud, qui se sont approfondis au cours du 20ème siècle, l'armée industrielle de réserve s'est surtout concentrée dans ces pays du Sud global. Si bien que sa circulation de plus en plus importante vers les pays du Nord, en particulier vers le Canada, bouscule les fondements des politiques d'immigration construites au cours du 20ème siècle.

Grosso modo, au Canada, ces politiques reposent d'un côté sur une voie d'accès vers la résidence permanente et donc une forme de citoyenneté, surtout utilisée jusqu'il y a trente à quarante ans par des européens ou des francophones recherchés par le Québec (comme le montrent les données des recensements de Statistiques Canada) et, d'un autre côté, sur des programmes de permis temporaires qui se divisent en deux principaux volets : le Programme de mobilité internationale qui inclut différents cas de figure dont le déplacement de salariés entre filiales, les jeunes de certains pays signataires d'accords avec le Canada ou des situations spécifiques qui sont utilisées, dans bien des cas, pour des emplois considérés hautement qualifiés et principalement pourvus par des travailleurs du Nord ; le programme des travailleurs étrangers temporaires (TET) incluant les programmes restrictifs de permis temporaires qui s'adressent essentiellement aux populations du Sud global, car dépendants d'accords bilatéraux entre le Canada et certains pays comme les Philippines, le Mexique et le Guatemala. Les permis sont particulièrement restrictifs, ou dits « fermés », parce qu'ils sont émis pour un employeur unique, qui a le pouvoir de le rompre unilatéralement et donc de faire perdre le statut migratoire, ce qui mène en conséquence au renvoi dans leur pays des travailleuses et travailleurs qui demandent le respect de leurs droits. Jusqu'en 2002, ces programmes restrictifs de travail temporaire étaient principalement destinés à apporter de la main d'œuvre saisonnière dans l'agriculture, ou à fournir des aides familiales ; celles-ci, car il s'agit majoritairement de femmes, étaient les seules à avoir accès à la résidence permanente, mais devaient cependant attendre avant de pouvoir faire la demande et se faisaient (se font) entretemps durement exploiter (et d'autant plus que jusqu'en 2014, elles étaient obligées de vivre chez le particulier employeur qui abusait fréquemment de la situation).

Ce système de migration peut être qualifié d'héritage colonial. Il s'est perpétué au Canada avec notamment la création en 1966 d'un programme pilote destiné à faire venir de la main-d'œuvre jamaïcaine de Porto Rico en Ontario, pour répondre aux besoins des fermiers, tout en s'assurant que ces personnes ne resteraient pas au pays. Il n'est pas spécifique au Canada. D'autres pays du Nord recourent à la main d'œuvre du Sud selon le même schéma. Ces programmes bilatéraux ont été dénoncés à maintes reprises à l'issue de travaux de recherche pour leur sexisme et racisme car ils servent à mettre à la disposition des employeurs une force de travail (physique, émotionnel, etc.) choisie selon son sexe et sa nationalité, ces critères servant à attribuer des « compétences » auxquelles la main d'œuvre doit se conformer. Au Canada, cette forme d'exploitation genrée et racisée a connu un essor particulièrement important à partir de 2002, lorsqu'a été élargi aux emplois dits peu spécialisés le volet programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) d'abord réservé aux emplois qualifiés ou à certains emplois marqués par la rareté de la main-d'œuvre. En 2008, en incluant les étudiants étrangers qui sont aussi de plus en plus nombreux à venir des pays du Sud global, mais qui appartiennent dès lors à des classes sociales ayant les moyens de payer les frais d'inscription, le nombre d'entrées au Canada de personnes migrantes ayant un statut temporaire a dépassé le nombre d'entrées par la résidence permanente.

Depuis, la croissance des entrées de travailleuses et travailleurs temporaires ne s'est pas démentie, et ce malgré différentes interventions dont celle au Québec de la Commission des Droits de la Personne et des Droits de la Jeunesse, qui a clairement exprimé dès 2012 que ces programmes entretiennent la discrimination systémique à l'égard des populations migrantes en raison de leur sexe, de leur langue, de leur condition sociale, de leur origine et de leur « race » – la majorité des personnes occupant des emplois dits peu spécialisés proviennent du Guatemala, du Mexique et des Philippines. Même, le recours à ces programmes destinés à exploiter mais aussi à contrôler les flux de main-d'œuvre venant des pays du Sud global, a encore été facilité depuis le gouvernement Harper, en simplifiant les démarches des employeurs pour obtenir des autorisations à procéder à de tels recrutement ou en les en dispensant dans certaines conditions. Parallèlement, alors que les personnes issues des pays du Sud global constituent depuis plusieurs décennies la majorité des candidats empruntant la voie de la résidence permanente, les raisons d'être de cette politique ont a été en quelque sorte dénaturées à la fin des années 2010, tant par le gouvernement Trudeau que celui du Québec, puisque l'accès n'est plus ouvert à toutes et tous citoyens, mais a été restreint aux personnes dont l'intérêt pour travailler au Canada correspond aux besoins prioritaires de secteurs d'activité dans l'année où s'effectue la demande.

Ainsi, que l'on considère l'une ou l'autre des voies d'accès au Canada, on ne peut que constater qu'elles réduisent les personnes migrantes à leur utilité économique, qui est le plus souvent de combler à moindre coût les postes délaissés pour leur salaire insuffisant et leurs difficiles conditions de travail. A ainsi été franchie la ligne qui sépare les personnes considérées comme des êtres humains et comme des citoyen-ne-s à part entière, des autres, dont la vie compte moins.

Nombre d'organisations communautaires et syndicales ne s'y trompent pas, qui réclament à présent l'abolition de ce système d'immigration à deux vitesses, source d'abus, de sous-salaires et d'heures supplémentaires non payées, de violences et harcèlements psychologiques et sexuels, et d'accidents du travail. Un rapporteur spécial de l'ONU, Tomoya Obokata, venu au Canada en septembre dernier pour enquêter à ce sujet a clairement conclu que le « permis fermé » ouvrait la porte à des formes d'« esclavage moderne ». Et pour cause : le statut migratoire dégradé agit auprès des employeurs, qu'on le veuille ou pas, comme un signal stigmatisant celles et ceux qui les occupent, les épinglant comme des sous-citoyennes et sous-citoyens.

Depuis la visite du rapporteur de l'ONU, le Comité permanent sur la Citoyenneté et l'Immigration de la Chambre des Communes s'est saisi de ce sujet ainsi que de celui des personnes sans papier, très nombreuses au Canada (estimé entre 500 000 et 600 000) en raison de ces politiques. Car ce système d'immigration produit à grande échelle des pertes de statut. Si la vie des employeurs a été simplifiée, celle des détenteurs de permis temporaires fermés ne l'a été en aucun cas, malgré l'ouverture, formellement, de l'accès à la résidence permanente. En pratique, les obstacles sont nombreux, si bien que très peu de personnes titulaires du permis fermé arrivent à obtenir le statut de résident permanent (1 sur 14 entre 2015 et 2022). Cette proportion n'est qu'une moyenne : au Québec, les personnes occupant des emplois peu spécialisés continuent à quelques exceptions de se voir interdire l'accès à la résidence permanente – même les aides familiales ont vu la porte se refermer de ce fait – et se heurtent à l'insuffisance des moyens disponibles pour la francisation et à la difficulté des tests de français, ce que le gouvernement québécois a fini par reconnaître. Par ailleurs, nombre de personnes fuyant des employeurs abusifs ne réussissent pas à obtenir ce « permis ouvert pour personnes vulnérables » prévu par Ottawa dans les cas d'abus, car les démarches sont extrêmement lourdes, ou elles n'arrivent pas à obtenir de nouveau un permis « fermé » à l'issue de la durée d'un an accordé avec ce permis ouvert.

Outre la perte de statut, en raison de la nature même des politiques d'immigration qui institutionnalisent la précarité comme moyen de gérer les flux de main d'œuvre en provenance du Sud global, on peut aussi se retrouver sans-papiers, quoique dans une moindre mesure malgré ce que laisse croire la large couverture médiatique du « chemin Roxham », à cause de l'ineffectivité ou de l'insuffisance des politiques humanitaires, qui accordent trop souvent au compte-goutte la résidence permanente et la refusent pour des raisons aberrantes (voir le documentaire l'Audience, où le juge refuse le statut de réfugié à un couple avec enfants considérant qu'il « magasine » le pays dans lequel il veut vivre !). Et c'est sans compter les restrictions apportées à des programmes comme le parrainage collectif, victime de son engouement auprès d'une population prête à accompagner financièrement pendant un an des demandeurs d'asile une fois arrivés au Canada. Il faut aussi rajouter au tableau les quotas annuels imposés par Québec, qui restreint même les entrées par regroupement familial, retardant du coup la réunion des familles des années durant – des conséquences guère différentes de celles résultant de la politique « tolérance zéro » édictée par Trump envers les réfugiés provenant du Mexique et qui avait abouti à séparer près de 4 000 enfants de leurs parents.

Les annonces début novembre des gouvernements fédéral et québécois sur la planification de l'immigration n'ont pas montré de volonté de corriger ces politiques perpétuant la domination des travailleuses et travailleurs du Sud global. Les seuils d'entrées de résidents permanents sont comme « gelés » pour des raisons évoquées par les « petites phrases » mentionnées au début de cet article, soit le fait que l'immigration serait responsable des tensions sur les capacités d'accueil, de la crise du logement et, au Québec, du déclin du français. Dans le débat public, le seuil d'entrée avec le statut de résident permanent fait cependant fonction de l'arbre qui cache la forêt des personnes au statut temporaire, qui habitent ici et se débrouillent pour parler l'anglais ou le français afin de s'intégrer – rêve de toutes et tous les immigrants. Or, les annonces ont été totalement muettes sur cet enjeu majeur que constitue le devenir des personnes sans-papiers et de celles ayant un statut temporaire.

Pourtant, ces dernières représentent aujourd'hui près de 1,8 millions de personnes au Canada, dont environ 470 000 au Québec seulement, car la croissance des entrées de travailleuses et travailleurs temporaires est de loin la plus importante par rapport au reste du Canada, grâce aux encouragements du gouvernement qui en a facilité le recours. D'ailleurs la ministre de l'Immigration n'a pu éviter de parler de ces travailleurs temporaires dont l'ampleur avait été révélée par des médias quelques semaines avant l'annonce de la planification. Elle a ainsi indiqué vouloir mettre une condition de maîtrise minimale du français à l'oral pour obtenir un renouvellement au bout de trois ans d'un permis temporaire, ce qui a paru totalement indécent aux yeux des organisations syndicales et communautaires œuvrant avec les personnes migrantes, ou pour faire respecter leurs droits humains, puisqu'on ne leur donne même pas la possibilité de s'installer au Québec avec un statut permanent ! Cela semble aussi ingérable par les employeurs, qui devraient assurer des heures de français sur le temps de présence au travail alors que bon nombre d'entre eux ne respectent même pas les droits du travail.

Il est vrai que le 14 décembre dernier, Marc Miller a donné une interview au Globe and Mail rappelant la promesse faite par Trudeau, il y a déjà deux ans, concernant l'adoption d'un programme de régularisation de grande ampleur. Cependant, l'interview montre que les objectifs sont restreints là encore aux secteurs d'activité pour lesquels les immigrants sont économiquement utiles, comme la construction et la santé, où ils sont jugés « indispensables », et le processus serait très long (s'étirant jusqu'en 2026) pour des raisons explicitées dans l'interview, qui se réfèrent à la montée d'un sentiment anti-immigrant parmi la population – un sentiment que les dirigeants politiques sont en réalité en train d'amplifier. Tout se passe donc comme si cette annonce visait surtout à rassurer des employeurs confrontés à des pénuries de main-d'œuvre en raison des mauvaises conditions de travail qu'ils offrent et qui ont besoin de conserver une main-d'œuvre qu'ils auront formée. Car les organisations communautaires ou syndicales qui se mobilisent pour obtenir la régularisation des personnes sans papier demandent de leur côté un programme véritablement inclusif.

Longtemps, face aux politiques discriminatoires d'immigration et à leurs conséquences parfois lourdes sur l'état physique et mental des personnes, des organismes tels que le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants et le Réseau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec, ont œuvré de façon assez isolée dans leurs premières années, ne recevant un soutien que de la part d'autres organismes communautaires, puis, petit à petit, d'organisations syndicales. Mais avec la pandémie, qui a jeté une lumière crue sur toutes ces personnes migrantes, précaires ou sans-papier, qui ont dû continuer à travailler en s'exposant à l'épidémie, perdant parfois la vie, ces organisations de travailleuses et travailleurs migrants ont acquis une visibilité ou une reconnaissance indéniable, tandis que le sort de ces personnes alors qualifiées d'essentielles n'a pu rester dans l'ombre, et ce d'autant moins qu'elles ont été les premières à se mobiliser pour faire reconnaître leurs droits.

À présent, au Québec en particulier, les organisations syndicales sont impliquées dans la campagne pour la régularisation des personnes sans-papier, qui rassemble une trentaine d'organismes communautaires d'envergure provinciale et même internationale (voir comme exemple la lettre ouverte parue dans La Presse du 18 décembre 2023). En outre, le contenu de la campagne a commencé à s'élargir pour prendre en compte la situation des travailleuses et travailleurs temporaires et réclamer l'abolition du permis fermé au profit d'un permis ouvert et d'un statut permanent. Les organisations syndicales, qui ont décidé de se coordonner sur ces sujets, ont publié un communiqué après la présentation de la planification des seuils d'entrée de résidents permanents par Québec, dénonçant clairement l'absence de ces mesures et le silence radio sur ces personnes migrantes.

Un bras de fer s'est véritablement engagé entre ceux et celles – personnes migrantes, organismes qu'elles ont créés ou œuvrant à leurs côtés, organisations syndicales - qui réclament la fin de ce système d'immigration discriminatoire et raciste, et les classes dirigeantes qui cherchent sans pudeur à travers les responsables politiques des appuis ou des voix jusqu'à l'extrême-droite. Bien sûr, une partie du patronat qui est en panne de main d'œuvre est aussi prête à soutenir l'accord d'un statut permanent aux personnes migrantes. Certains, dans les petites et moyennes entreprises, ont tout de même des valeurs humanistes. Mais en tant que classe, ils n'ont aucun intérêt à ce que les travailleurs et leurs organisations gagnent ce bras de fer qui remet en cause leur contrôle des flux de main-d'œuvre provenant des pays du Sud global. Car c'est tout un modèle économique qu'il s'agit de préserver et qui repose sur une main-d'œuvre flexible et à bas salaires, permettant de vendre les fruits et légumes cultivés au Québec moins chers, de faire de la province un espace d'entreprises logistiques à moindre coût, entre autres exemples.

Aussi, on peut faire l'hypothèse que toutes ces « petites phrases » qui se multiplient depuis la fin de la pandémie sont une réponse à la montée des contestations de ces politiques d'immigration qui reposent sur la colonialité du pouvoir et qui entretient le racisme systémique. Ce n'est pas un hasard si, pour gagner ce bras de fer, les élus politiques n'hésitent pas à faire implicitement référence aux représentations racistes latentes en faisant de « l'immigrant » la figure du bouc-émissaire face aux différents défis que traversent le Canada et tant d'autres pays occidentaux qui ont tant et si bien joué ce jeu dangereux que certains se retrouvent avec des partis d'extrême-droite au gouvernement. En tout cas, si tant le gouvernement fédéral que celui du Québec se défendaient de poursuivre des objectifs racistes ou inconsidérés, il n'en reste pas moins que transformer les personnes migrantes en bouc-émissaire est un moyen de tenter de les isoler, de leur faire perdre un pouvoir de négociation qu'elles ont durement acquis ces dernières années.

L'issue du bras de fer dépendra des mobilisations en cours et donc aussi de l'engagement des syndicats, notamment au Québec (mais pas seulement). Feront-ils de ces enjeux une campagne prioritaire, en formant leurs conseillers et leurs syndicats locaux à connaître et faire valoir les droits des travailleuses et travailleurs migrants, en en expliquant les enjeux et en les appelant à se mobiliser sur ces sujets ? Car les syndicats côtoient de plus en plus souvent ces travailleuses et travailleurs temporaires, telle cette préposée aux bénéficiaires dans une résidence privée syndiquée où pourtant elle ne touche que le salaire minimum et non celui de la convention collective…

De tels exemples prolifèrent. Aussi, on aurait tort de considérer anodines ces « petites phrases » qui échappent des interventions médiatiques des responsables politiques. Elles parsèment le paysage d'appels au resserrement « des citoyens de souche » contre « l'autre ». Elles jouent sur le racisme systémique qui nourrit des représentations sociales par définition inconscientes, non intentionnelles, qui ne conduisent pas nécessairement à voter consciemment pour l'extrême-droite, mais peuvent aboutir à faire passer le respect des droits des « immigrants » au second plan. C'est cela qui ne doit pas se produire.

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Pourquoi Québec solidaire devrait immédiatement arrêter d’acheter de la publicité à Meta

19 décembre 2023, par Jonathan Durand Folco — ,
Alors qu'un vaste mouvement d'acteurs de la société civile et d'organisations médiatiques appelle au boycott de Meta suite à la décision de l'entreprise de bloquer les articles (…)

Alors qu'un vaste mouvement d'acteurs de la société civile et d'organisations médiatiques appelle au boycott de Meta suite à la décision de l'entreprise de bloquer les articles des médias canadiens et québécois en réaction à la loi-C18, Québec solidaire s'entête à garder ses publicités sur Facebook et Instagram.

Le parti justifie cette pratique à partir d'arguments faibles et incohérents qui ne résistent pas à l'examen critique et à l'épreuve des faits, comme en témoigne les piètres résultats obtenus lors de l'élection partielle dans Jean-Talon.

Cette position de QS est intenable d'un point de vue éthique et politique, car elle contrevient aux valeurs solidaires ; et elle s'avère inefficace voire contreproductive d'un point de vue stratégique, car elle ne permet pas d'atteindre les gains escomptés.

Commençons par identifier les arguments fallacieux de la direction du parti, afin de mieux les déconstruire.

Premièrement, la campagne de boycott de Meta serait purement symbolique et donc inutile. Le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a affirmé le 12 septembre dernier : « Je pense que, dans ce cas-là en particulier, on voit les limites de ce boycott-là. Vous avez vu les chiffres de trafic sur ces plateformes-là qui n'ont pas diminué, on voit les limites de ces gestes symboliques là. Nous, on pense qu'il faut du vrai courage politique pour remettre ce monde-là [Meta] à leur place. »

Or, en quoi une campagne de boycott serait-elle incompatible avec un « vrai courage politique » pour réguler les plateformes ? Cet argument ressemble étrangement à un faux dilemme : soit on boycotte Meta (avec une efficacité discutable), soit on décide d'encadrer les géants du numérique (avec une efficacité encore discutable, comme en témoigne le gouvernement canadien et sa loi C-18). Or, ne peut-pas pas marcher et mâcher de la gomme en même temps ?

Bien sûr, la campagne de boycott ne fera pas changer d'idée à Meta du jour au lendemain. Mais cela contribue à augmenter la pression sur l'entreprise, tout en incarnant des gestes de solidarité avec les acteurs concernés. Rappelons d'ailleurs que la loi C-18, malgré ses imperfections, a commencé à porter fruit, avec Google qui a accepté de verser 100 millions de dollars aux médias canadiens. QS semble croire que la décision unilatérale de Meta de bloquer les contenus médiatiques au Canada serait inéluctable, et là pour rester pour « des mois, voire des années ». Or, il s'agit d'abord du chantage d'une firme multinationale qui veut éviter de payer trop de redevances et d'empêcher la multiplication de législations contraignantes ailleurs dans le monde.

QS accepte donc ce chantage au lieu de se tenir droit et de trouver d'autres moyens de rejoindre son public. Si le trafic sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram est toujours aussi important dans les derniers mois, le fait de désinvestir d'une plateforme numérique hostile à l'écosystème médiatique d'ici représente un geste courageux qui indique la direction à suivre pour le reste de la société, au lieu de se mettre à la remorque d'un géant capitaliste.

Deuxièmement, dans un courriel officiel du parti, il est indiqué que : « 90% de la population québécoise est présente sur les réseaux sociaux. Cette proportion est encore plus grande chez les jeunes, notre public et base de soutien principale. Comme parti politique, nous avons à la fois la responsabilité de rejoindre l'électorat, mais aussi le besoin de le faire, pour la bonne santé de notre organisation. Lorsque l'on décide de ne pas faire de publicité sur Meta, on accepte de ne pas aller à la rencontre de nombreuses personnes. Or, le travail d'un parti, c'est d'aller à la rencontre des électeurs et des électrices, en période électorale ou non. »

Le parti fait donc appel à la « responsabilité » de rejoindre les électeurs, notamment les « jeunes », en affirmant que cela fait partie de la fonction centrale d'un parti politique. Or, l'idée présupposée ici est que sans publicité sur Meta, on ne pourra plus rejoindre les jeunes et l'électorat visé, nous condamnant ainsi à l'invisibilité médiatique. Cela est étrange, notamment parce que les jeunes désertent de plus en plus Facebook et Instagram (pour se tourner vers TikTok notamment), et l'électorat peut toujours être rejoint par d'autres canaux de communication : télévision, radio, porte-à-porte, d'autres outils et plateformes numériques. Tout se passe comme si QS était absolument obligé de passer par Meta pour rejoindre sa base électorale, comme s'il s'agissait d'une question de vie ou de mort pour l'organisation, alors que ce n'est pas le cas.

Troisièmement, il y a l'argument de la santé organisationnelle et financière, qui découle de la visibilité médiatique attribuable à la publicité sur les médias sociaux. Dans le courriel du parti aux membres en date du 16 septembre, on prétend que : « faire de la publicité sur Meta nous permet d'entrer en contact avec de nouvelles personnes, de recruter de nouveaux membres et de faire du financement populaire. Nous le faisons depuis des années. Ces trois actions sont fondamentales à la santé organisationnelle de Québec solidaire, et c'est dans cette vision à moyen et à long terme que nous avons fait ce choix. Depuis plusieurs années, nous utilisons également la publicité pour faire de la mobilisation politique.

Sans cette publicité, il serait vraiment ardu de rejoindre des gens que nous n'avons jamais contactés. »
Bref, la santé organisationnelle et financière de QS serait structurellement dépendante de la publicité achetée sur Meta, sans quoi les finances du parti seraient durement touchées. On voit ici un grave problème de dépendance du parti envers les GAFAM et les technologies addictives du capitalisme algorithmique : sans elles, nous ne pouvons être visibles, notre existence politique est menacée, nous ne pouvons être entendus, et nous sommes donc menacés de disparition. On voit là le sophisme de la pente glissante.

Quatrièmement, il y a l'argument du « nous ne sommes pas les seuls » à commettre une action problématique (ne pas boycotter dans ce cas-ci). Le courriel du 16 novembre souligne que : « de nombreux partis politiques fédéraux, toutes familles politiques confondues, ont maintenu leurs placements. Même certains médias québécois continuent de faire de la publicité sur Meta, comme Le Devoir, Noovo, Le Soleil ou la Montreal Gazette. Québec solidaire ne fait donc pas cavalier seul ; nous sommes toutes et tous dépendants de ces plateformes pour exister dans l'espace public et rejoindre les gens. »

Pour reprendre une analogie formulée par Catherine Dorion à l'égard du troisième lien, on voit ici l'argument de la « ligne de coke » : regardez, je ne suis pas la seule organisation accro aux algorithmes de Facebook ; il y a aussi tel individu, tel groupe et telle personne qui consomment tout autant que moi. Bref, nous sommes tous également addicts à ce système, donc je vais continuer à consommer et à garder le même comportement. Seul un vrai changement à grande échelle fera une différence, soit quand tout le monde décidera d'arrêter de consommer en même temps, ou quand on interdira la coke par la loi. Vous voyez l'analogie.

Malheureusement, ce piteux argumentaire ne tient pas la route d'un point de vue factuel, et la dure défaite de QS dans Jean-Talon devrait nous servir de leçon. Alors que QS avait récolté 8117 votes (23,76%) en 2022, il est passé à 4380 votes (17,42%) lors de la partielle de 2023 dans Jean-Talon. Qui plus est, le vote des jeunes n'est pas sorti lors de cette élection, ce segment de l'électorat semblant pour ainsi dire démobilisé. Le tout avec de la bonne publicité achetée sur Meta.

Pendant ce temps, bien que la CAQ ait perdu cette circonscription (passant de 32,5% à 21,5%), le PQ est passé de 18,7% à 44% de 2022 à 2023. Or, ces deux partis sont parvenus à ces scores sans faire de publicité sur Meta, alors que QS et le PLQ faisaient bande à part, témoignant de leur faiblesse politique. Tandis que la CAQ et le PQ étaient « solidaires » des médias québécois avec le boycott de Meta, QS et le PLQ apparaissaient comme de piètres joueurs, en difficulté sur la glace, ayant absolument besoin de la publicité achetée sur une plateforme numérique pour mobiliser leurs bases. Et les résultats montrent que ce « choix stratégique » n'a pas payé dans les urnes.

Qui plus est, un autre argument pragmatique en faveur de l'abandon des publicités sur Facebook et Instagram est le problème du « caillou dans le soulier » qu'une telle proposition représente sur le plan médiatique. Alors que QS devait déjà se justifier devant les médias (et auprès de ses membres mécontents) en septembre dernier face à cette décision discutable, le récent passage des porte-paroles à l'émission Tout le monde en parle du 3 décembre montre que cette décision embarrassante continue encore de miner la crédibilité du parti, en dévoilant son incohérence idéologique. Comme l'a bien rappelé Guy A. Lepage, cette position est difficile à défendre d'un point de vue de gauche.Gabriel Nadeau-Dubois a tenté de peine et de misère
de réitérer l'argument de la responsabilité et du « on est tous dépendants de ces plateformes, les autres le sont aussi comme nous », mais il continue encore ces rationalisations et verbiages de politicien pour défendre une position intenable. Et ça paraît, avec Émilise qui avait l'air inconfortable à côté de Gabriel sur le plateau de télé.

Bref, le soutien de QS à Meta est carrément devenu gênant, tant pour les membres que pour le parti dans l'espace médiatique. Et la même ritournelle risque de se poursuivre, tant que le parti n'aura pas changé sa position. Au lieu de faire des gains et passer à l'offensive en imposant ses idées, QS reste sur la défensive et donne une impression de faiblesse, de dépendance, de soumission face à l'ordre dominant.

Or, pourquoi le parti s'entête-t-il dans cette voie ?

Je fais l'hypothèse que des employé·e·s et responsables des communications du parti dépendent fortement de cette plateforme à cause des « indicateurs de performance » et des « métriques » que Meta permet en termes d'identification de nombre des vues, de profilage des individus et des électeurs, pour savoir qui sont les personnes qui sont « atteintes » par les messages et publicités du parti. Cela est fort utile certes d'un point de vue communicationnel, de recrutement et de financement, mais cela représente aussi des coûts importants pour le parti, notamment au niveau du temps, de l'énergie et des ressources financières investies dans Meta pour « rejoindre » les électeurs du parti.
Bien que ce phénomène ne soit pas nouveau, il est probable que les employé·e·s des communications fassent pression sur le comité de coordination nationale pour maintenir cette ligne pro-Meta, car abandonner la publicité sur cette plateforme les rendrait potentiellement « myopes » dans leurs fonctions.

Cela témoigne de deux choses : 1) les communications du parti sont devenues fortement dépendantes des fonctionnalités et du monopole radical des plateformes du capital algorithmique ; 2) le parti n'envisage actuellement pas d'autres alternatives en termes de moyens de communication pour rejoindre ses électeurs, comme la publicité dans les médias locaux et régionaux, l'utilisation d'autres outils numériques, l'embauche de personnel pour le travail de terrain, les appels téléphoniques, les assemblées de cuisine, le porte-à-porte, etc. Il s'agit là bien sûr d'activités plus chronophages que des dizaines milliers de dollars balancés dans la pub dans la méga-machine de Meta ; mais ces activités sont beaucoup stimulantes, concrètes et mobilisantes que du contenu sponsorié sur son fil d'actualité le matin.

Enfin, cette position est symptomatique de la faiblesse actuelle de QS par rapport à ses principaux rivaux politiques : si la CAQ commence à tomber en raison de ces décisions politiques nuisibles aux classes moyennes et populaires, aux services publics et à l'environnement, elle ne baisse pas en raison d'un retrait de publicités sur Meta. De son côté, le PQ bénéficie d'une image « d'intégrité politique » qui était celle de QS jadis, alors que QS apparaît maitenant comme un parti « opportuniste », bien intégré au système dominant, préférant respecter le cadre établi plutôt que de confronter les règles du jeu.

Cette inversion de rôles entre le pari de la « respectabilité » et celui du « risque » s'est joué notamment lors de la question du Serment au roi de l'Assemblée nationale à l'automne 2022. Ce geste « symbolique » a été particulièrement payant pour le PQ et son porte-parole Paul St-Pierre Plamondon, alors que QS faisait figure de deuxième joueur, préférant ne pas « boycotter » mais appuyer timidement cette mesure, au lieu de se tenir debout.

Résultat : le PQ, qui avait presque disparu de la carte électorale en 2022 est maintenant premier dans les intentions de vote des derniers sondages, devant la CAQ, et ce sans publicité achetée sur Meta. Seul le PLQ se retrouve dans la même position inconfortable que QS, avec la supposée nécessité de rester coûte que coûte sur Meta afin de ne pas trop reculer dans les sondages. Bref, on voit bien que la situation de dépendance aux publicités de Meta représente une position de perdant.
Rappelons que QS est un parti de gauche, qui prétend à la redistribution de la richesse, au dépassement du capitalisme, au financement adéquat des services publics, à la lutte contre les inégalités sociales, à la démocratisation des institutions politiques et de l'économie. Toutes ces positions sont en contradiction avec le soutien actif et financier à Meta, qui participe à la concentration de la richesse, à l'apothéose du capitalisme algorithmique, au sous-financement des médias publics et privés, à l'amplification des inégalités sociales, à l'effritement de la démocratie, etc.

Si l'argument « on n'a pas le choix » tenait la route, on pourrait comprendre. Malheureusement, d'autres partis ont décidé de boycotter Meta avec de bons résultats, et témoignent donc que cette posture fataliste n'est pas la seule option possible. Soutenir Meta dans ce contexte est un choix, un piètre choix, tant d'un point de vue moral que d'un point de vue stratégique. Cela nuit à l'image publique de QS, à l'intégrité du parti, et nous entête dans une dépendance malsaine à l'égard des plateformes capitalistes au lieu de nous pousser à explorer de nouvelles voies. En termes plus simples, on y voit là un signe d'acharnement, qui affaiblit le parti au lieu de lui donner des forces. L'argument de la « responsabilité » de rejoindre les électeurs sert de cache-sexe à un manque de courage politique, et représente donc, au final, un brin de lâcheté.

Pourquoi ne pas prendre l'argent dépensé dans la publicité sur Meta pour l'investir davantage dans les médias régionaux du Québec, en embauchant des responsables à la mobilisation locale, en soutenant les réseaux militants, ou encore en misant sur de nouvelles stratégies de communication qui outrepassent les algorithmes de Meta ?

QS manque actuellement d'imagination politique, et la dépendance à Meta amplifie ce problème. Un autre monde médiatique est possible, et cela commence par avoir le courage de ses convictions. Débarrassons-nous de ce caillou dans le soulier, et passons aux choses sérieuses. Trouvons de nouveaux canaux de communication, afin de respecter l'intelligence de nos membres, de nos militant·e·s et de l'électorat.

Comme le dit le dicton autogestionnaire : « le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui ». Idem pour Meta dans ce cas-ci : la compagnie a besoin de nous pour valoriser notre attention et générer des profits, mais nous n'avons pas besoin de Meta pour exister politiquement.

Ce texte a d'abord été publié sur la plateforme En commun, via mes Carnets politiques de réflexions stratégiques sur la gauche qui prendra le relais de mon blogue Ekopolitica. En commun est une plateforme numérique libre, développée par l'OBNL Projet collectif.
https://praxis.encommun.io/n/GMJ8N351elGW68EhmkLECtIT9Uo/?fbclid=IwAR1XLZy4j8aBkZ56qOHDiJ3igU3DNuC3jUDmGaJuzFXfGeK01ZBNpaKGooQ

Jonathan Durand Folco

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COP28. « Ahmed al-Jaber inscrit son nom dans l’histoire de l’enfumage capitaliste »

19 décembre 2023, par Daniel Tanuro — ,
Fumée blanche à la COP28 : les deux semaines de négociations climatiques ont débouché sur un accord unanime. Tout sourire sous les applaudissements, le président émirati du (…)

Fumée blanche à la COP28 : les deux semaines de négociations climatiques ont débouché sur un accord unanime. Tout sourire sous les applaudissements, le président émirati du sommet a estimé que le texte élaboré sous sa houlette était « historique ». Beaucoup de grands médias ont relayé ce message, avec l'appui de certains scientifiques très impliqués dans les travaux du GIEC. (C'est le cas dans le monde francophone de Jean-Pascal van Ypersele et de François Gemenne, respectivement ex-vice-président et « lead author » du 6e rapport d'évaluation du GIEC. Voir leurs déclarations dans « Déclic » RTBF-Radio Télévision Belge de la Communauté française, 12.12.2023.) Or, en réalité, rien, ou presque, ne justifie cet enthousiasme.

15 décembre 2023 | tiré du site alencontre.org | Photo : Ahmed al-Jaber. (KEYSTONE/XINHUA/Wang Dongzhen)
https://alencontre.org/ecologie/cop28-ahmed-al-jaber-inscrit-son-nom-dans-lhistoire-de-lenfumage-capitaliste.html

« Historique »

Ce qui est « historique », c'est qu'un sommet des Nations Unies sur le climat ait été mis entre les mains du président de la compagnie nationale des pétroles du septième pays producteur d'hydrocarbures. Ce qui est « historique » également, c'est que plus de trente années de négociations visant à juguler le changement climatique ont pu se dérouler sans mentionner une seule fois la responsabilité écrasante et évidente des combustibles fossiles dans le réchauffement global.

On peut donc considérer comme « historique » que les deux petits mots « fossil fuels » (combustibles fossiles) figurent pour la première fois dans le document adopté par la COP28. Mais il est « historique » aussi qu'ils apparaissent précisément à cette 28e conférence des Parties organisée par une dictature capitaliste et patriarcale féroce, dans une ville connue comme la Mecque du blanchiment de tous les trafics. D'autant plus « historique » que la réunion, plus que jamais couplée à une foire commerciale, a battu tous les records d'infiltration par les plus grands pollueurs de la planète – représentants de l'industrie fossile et de l'agrobusiness en tête…

Dans son rapport fameux publié en 2006, l'ex-économiste en chef de la Banque mondiale, le très néolibéral Nicholas Stern, décrivait néanmoins le changement climatique comme « l'échec le plus grave de l'économie de marché ». Avec le sommet de Dubaï, on mesure le chemin idéologique parcouru. Toute velléité d'autocritique, toute trace de scrupule ont disparu. Voilà le message « historique » délivré implicitement par la COP28 : il n'y a pas d'espoir en dehors du marché ; le capitalisme, sa croissance, ses fossiles et ses technologies sont la solution, quels que soient les régimes politiques. Foin donc de politique ! Laissons faire les hommes d'affaires et les gouvernants à leur service. Ecartons ces questions secondaires que sont les droits sociaux, les droits démocratiques, les droits des femmes…

Prestidigitation

Sultan Ahmed al-Jaber a toutes les raisons d'être fier de lui. Prince de l'enfumage, il a atteint son but : concéder une mention des combustibles fossiles dans le texte central adopté à la COP, tout en ne donnant pas la moindre prise à l'idée qu'il faudrait cesser d'extraire et de brûler du charbon, du pétrole et du gaz.

L'exercice était périlleux. Il a été réussi grâce à une formule de prestidigitateur : les Parties sont « appelées à contribuer aux efforts globaux », notamment en « s'éloignant des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, d'une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l'action au cours de cette décennie critique, de manière à atteindre le zéro net en 2050 conformément à la science ». Bel exemple de novlangue.

Le texte original en anglais utilise l'expression « transitioning away from fossil fuels ». Elle pose tellement de problèmes d'interprétation et de traduction que certains ont voulu la croire synonyme du « phasing out of Fossil fuels » (sortie des combustibles fossiles). Leurs souhaits relèvent d'une illusion. Il ne s'agit absolument pas de sortir des fossiles. Il s'agit, le texte le dit, « d'accélérer l'action visant au zéro net en 2050 ».

Accélération ?

Accélérer l'action ? Quelle action ? En trente ans de soi-disant « transition énergétique », la part des fossiles dans le mix énergétique global a à peine baissé (de 83% à 80% environ). La déclaration de Dubaï ne pose aucun « objectif » en la matière, elle demande seulement des « efforts globaux ». L'accélération de ceux-ci ne sera pas trop difficile à réaliser… Inutile d'attacher les ceintures. D'ailleurs, chaque Etat concevra « l'accélération » à sa manière, souveraineté nationale oblige.

Idem pour les compagnies pétrolières et gazières. Elles ont fait la bagatelle de 4000 milliards de dollars de bénéfices annuels en 2021-22, selon l'AIE. https://www.reuters.com/business/energy/oil-gas-industry-earned-4-trillion-last-year-says-iea-chief-2023-02-14/ . Toutes planifient l'augmentation de leur production fossile à court et moyen terme… en promettant le « zéro net » en 2050 (elles ne s'engagent à rien pour 2030). L'an dernier, elles n'investissaient que 2,5% de leurs profits dans les renouvelables (Financial Times, 22.11.2023). Ici aussi « l'accélération » ne posera guère de problèmes… Et chaque compagnie aussi la concevra à sa manière, libre entreprise oblige.

On se réjouit dans certains milieux des « appels aux Parties » à « contribuer aux efforts globaux » pour « tripler globalement les capacités de l'énergie renouvelable et multiplier le taux annuel moyen d'augmentation de l'efficacité énergétique, d'ici 2030 ». Les « efforts » dans ce sens sont certes louables mais ne remplacent pas les objectifs contraignants. De plus, la preuve est faite depuis trente ans que les renouvelables peuvent augmenter, voire exploser, sans que les fossiles reculent significativement.

Sans surprise, le texte approfondit l'amalgame entre « énergies renouvelables », « énergies sans carbone » (nucléaire) et « énergies décarbonées » (capture du CO2, balayé sous le tapis).

Manœuvre OPEP de dramatisation

Le diktat du grand Capital a été respecté : aucun calendrier, aucune contrainte, aucune quantification, aucune déclaration, même de principe, en faveur de la sortie des combustibles fossiles. Même pas pour le plus polluant de tous, le charbon : le texte adopté à Dubaï préconise seulement « d'accélérer les efforts vers la diminution de l'usage du charbon sans abattement » (sur le concept d'abattement, voir mon article « OPA fossile sur les COP »).

On a beaucoup glosé sur la lettre de l'OPEP enjoignant à ses membres à la COP de n'accepter aucune formulation « ciblant » les combustibles fossiles. (Coïncidence ? Cette lettre est sortie peu de temps après la visite éclair de Poutine aux Emirats et en Arabie saoudite…) Elle a provoqué un tollé et des réactions indignées des adeptes du « capitalisme vert ». Il est probable qu'il s'agissait d'une manœuvre de dramatisation afin de faciliter la tâche d'al-Jaber et le consensus autour de ses conclusions « historiques ». Words, words, words.

La carotte du financement

Outre la mention ou non des fossiles, l'autre grande question de cette COP devait être celle du financement. Il s'agissait notamment de mettre la pression pour que les pays développés honorent la promesse de verser 100 milliards de dollars/an au Fonds vert pour le Climat, d'une part, et de concrétiser l'accord de principe de la COP27 sur la création d'un fonds spécial pour les « pertes et préjudices » infligés aux pays les plus exposés aux catastrophes (qui sont aussi les moins responsables de celles-ci).

Aucun progrès significatif n'a été franchi sur ces questions. Les 100 milliards/an ne sont toujours pas sur la table. L'accord sur le fonds « pertes et préjudices », annoncé à grand renfort de trompettes au début du sommet de Dubaï, ne règle rien… hormis la satisfaction donnée aux Etats-Unis : ce fonds sera géré par la Banque Mondiale. Quelques centaines de millions ont été promis, alors que les besoins estimés tournent autour de 1000 milliards… Chers amis, chères amies des pays menacés par la montée des océans, revenez à la COP29.

Les promesses de financement, c'est la carotte pour faire avancer l'âne. Comme la plupart des financements sont ou seront sous forme de prêts, la carotte se transformera rapidement en bâton, sous la forme de dettes accrues.

Nous n'irons pas à Bakou

On se félicite du fait que le processus multilatéral lancé par la Convention cadre des Nations unies (Rio 1992) continue. Il continue en effet… comme le feu allumé sous la casserole où flotte la grenouille qui ne voit pas venir sa fin prochaine. Encore quelques COP « historiques » comme celle-là, et il sera définitivement impossible de rester sous 1,5°, et même sous 2°C de réchauffement… de sorte que le capitalisme mondial sera enfin débarrassé des « contraintes » de l'accord de Paris… (humour noir).

A la COP29, l'œuvre des EAU sera prolongée par l'Azerbaïdjan. Un autre Etat pétrolier, une autre dictature prendra le relais de l'enfumage. L'inspiration sera KGB plutôt que CIA ; mais, pour les peuples, cela ne fait aucune différence. Pour le climat non plus… La catastrophe ne sera pas arrêtée par ces COP, mais par les luttes, les convergences des luttes et leur coordination internationale. (Article écrit pour la Gauche anticapitaliste, Belgique)


En mars 2024, l'ouvrage Ecologie, luttes sociales et révolution de Daniel Tanuro, sera publié aux Editions La Dispute.

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À vous M. Legault alias Grinch,

19 décembre 2023, par David Jutras — , ,
Vous vous présentez comme un père de famille compréhensif du peuple ordinaire alors que vous n'en faites pas partie. Vous êtes en train de voler Noël non seulement de vos (…)

Vous vous présentez comme un père de famille compréhensif du peuple ordinaire alors que vous n'en faites pas partie. Vous êtes en train de voler Noël non seulement de vos employés de la fonction publique, mais également à toutes leurs familles comme vous l'avez fait à votre départ d'Air Transat. Vos anges gardiens sont en train de déserter vos réseaux et vous pensez qu'à coup de bâillon et d'omission de BAPE vous aurez notre compréhension et notre sympathie ?

Votre caucus, je m'excuse vous, parce que c'est seulement vous la CAQ ne peut être unanime sur vos décisions. Il est plus qu'évident que votre Parti a comme valeur et fondement la recherche de Pouvoir et que c'est pour cela que vous couvez un ministre s'étant parjuré ou encore étant le fou du roi des plaintes éthiques. Cela suffit de nous prendre pour des personnes qui vont encore avaler vos stratégies de communication : C'est la faute des anciens gouvernements, de la pandémie, des syndicats, de Trudeau… ou encore de l'immigration comme mentionnée lors de vos rassemblements caquistes.

Je vous demande une seule chose M. Grinch, pouvez-vous enfin continuer de faire ce que vous faites actuellement ?

C'est-à-dire montrer votre seul et vrai côté affairistes. Vous êtes comptable et adoré plus vos chiffres que vos citoyens. Parce que vous croyiez réussir en privatisant ou ignorant tous les mécanismes de défense sociétaux que nous avons créés, mais en réalité vous ne montrez que la réelle nécessiter et l'avancement que nous avons fait de les mettre en place. Le peuple aime leurs services publics et aime que l'on se soucie de nos voisins et d'un meilleur partage de la richesse. Arrêter de vous comparer à l'Ontario pour que l'on évite de vous évaluer singulièrement et assumer pleinement votre supposé nationalisme.

Par-dessus tout, je vous demande de respecter votre dernier slogan, continuer ! Parce que nous, peuple québécois, avons trop souvent besoin d'être confrontés en pleine face des choses pour qu'enfin que nous réagissions. Ça l'aura fallu presque deux décennies libérales et votre Changement-Continuation pour nous faire réaliser qu'on ne veut plus être gouverné comme vous le faites. Je ne me considère pas comme un intellectuel qui ne jase pas assez dans les autobus, mais s'il vous plait, vous avez encore la chance de quitter pour que l'on se souvienne d'une bonne chose que vous ayez fait. Je ne parle pas de votre gouvernance sous McKinsey ou encore le maintien de l'État d'urgence durant la pandémie en évitant l'Assemblée nationale. Je vous demande tout simplement d'agir en bon paternaliste que vous êtes et de tenir votre première promesse. Je ne parle pas d'embrasser votre sœur quand vous avez gagné les élections, mais bien d'effectuer la réforme du mode de scrutin électoral.

Parce que nous savons vous et moi, que vous faites de votre mieux et que demain d'autres tenteront de le faire et le problème n'est pas ça, mais il est que vous le faites en pensant pour nous et en tentant de nous convaincre de ce qui est bien, alors que nous tentons continuellement d'informer nos politiciens des solutions concrètes. Il est temps de remettre les cadeaux sous les sapins M. Legault, continuez de détruire nos solidarités sociales si vous le souhaitez, continuer d'économiser en maintenant nos familles, amis et collègues en grève, mais SURTOUT ne laisser pas une autre personne après 2026 de le faire au nom du peuple alors que nous tentons d'assumer pleinement notre démocratie et non la monarchie que vous semblez tout à coup aimer. Réformez le mode de scrutin !!

David Jutras

Un faux intellectuel, beau-père, époux d'une gréviste

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Un Bureau du Québec en Israël : pour y faire quoi, au juste ?

19 décembre 2023, par Yves Rochon — , , ,
L'ouverture éventuelle d'un Bureau du Québec en Israël vise-t-elle à y faire la promotion de notre sirop d'érable ou serait-ce plutôt celle de notre matériel militaire ? La (…)

L'ouverture éventuelle d'un Bureau du Québec en Israël vise-t-elle à y faire la promotion de notre sirop d'érable ou serait-ce plutôt celle de notre matériel militaire ?

La question se pose, notamment à la lecture d'un rapport se trouvant sur le site internet du Ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, lequel nous apprend que la plus grande part de nos exportations vers ce pays, et de beaucoup, provient du secteur économique désigné de l'appellation suivante : « avions, hélicoptères et autres véhicules aériens et spatiaux ». Or il serait étonnant qu'il s'agisse ici de matériel civil, Israël n'étant pas, à ce que je sache, une plaque tournante du tourisme international. Par contre, des centaines de ses avions et hélicoptères, équipés à la fine pointe de la technologie militaire, bombardent actuellement la population de Gaza. Se pourrait-il que ces engins proviennent d'ici, du moins en partie, et que ce soit leur commerce très lucratif qui motive notre classe politique et nos gens d'affaires à se faire ouvrir encore plus grandes les portes du marché israélien ? Se pourrait-il aussi que ces engins soient financés en grande partie par notre propre argent, celui que nous déposons dans nos fonds de pension ? Voyons l'exemple suivant pour le savoir.

Mars 2021, communiqué de la Caisse de dépôt et de placement du Québec : « La CDPQ annonce un investissement de 475 M$, dans le cadre d'un placement privé de reçus de souscription dans CAE, un chef de file mondial dans les solutions de formation et de soutien opérationnel dans les domaines de l'aviation civile, de la défense et sécurité, et des soins de santé. Cet investissement permettra à CAE de procéder à l'acquisition des activités de formation et de simulation en défense de la société américaine L3Harris Technologies ».

Que fait donc CAE dans la vie ? Son siège social est à Ville St-Laurent. Sa spécialité est la conception d'appareils de simulations de vols utilisés pour l'entraînement des pilotes d'avions et d'hélicoptères militaires. Un de ses clients est l'armée israélienne. Dans quelle mesure, impossible à dire évidemment, mais la compagnie ne se gêne pas pour afficher sur son site internet les commentaires élogieux du Ministère israélien de la Défense : « La technologie de CAE assurent une préparation à chaque mission, y compris pour assurer le ravitaillement en vol, les atterrissages en poussière, la collaboration avec les navires militaires, le levage de charges utiles et les vols à basse altitude ».

Et d'où vient donc cet argent qu'investit en notre nom la Caisse de dépôt ? Il vient essentiellement de nos cotisations à des fonds de pension, au premier chef au Régime de retraites du Québec (RRQ), puis à celui des employés de l'État, (le REGOP). En faisant le calcul sur 40 ans, soit durant toute leur carrière, et y ajoutant ce qu'elles verseront aux mêmes fins d'armement israélien par le biais de cet autre investisseur qu'en est le Régime de pension du Canada, j'en viens à la conclusion qu'une travailleuse ou un travailleur du secteur public québécois, actuellement sur des lignes de piquetage, auront placé entre 2 000 $ et 4 000$ de leur argent dans cet armement, sans le savoir le moindrement ni qu'on ne leur ait demandé leur avis sur cette utilisation.

Bien sûr, diront certains, le « retour sur cet investissement » sera bon, puisqu'il faudra bien renouveler ce matériel durant les années à venir pour continuer d'occuper la Palestine durant 70 années supplémentaires au moins. Ça fait rouler l'économie, dira notre premier ministre. Il nous faudra seulement oublier que cela détruit des vies humaines en passant…

Yves Rochon, Montréal

La référence du premier document mentionné est la suivante :
https://www.economie.gouv.qc.ca/bibliotheques/economie-et-commerce/notes-sur-leconomie-et-le-commerce/asie/note-sur-leconomie-et-le-commerce-disrael

Celle du deuxième, à savoir le site de la compagnie CAE qui reprend notamment le communiqué de la Caisse de dépôt, est la suivante :
https://www.cae.com/fr/defense-et-securite/

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Au Québec, on aime ça avoir mal aux dents !

19 décembre 2023, par Émilie Laurin-Dansereau — , ,
Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé lundi que les personnes âgées auront accès, en 2024, au régime fédéral d'assurance dentaire. Le ministre responsable des (…)

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé lundi que les personnes âgées auront accès, en 2024, au régime fédéral d'assurance dentaire. Le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-François Roberge, s'est empressé de dénoncer cette annonce arguant que « le Québec a déjà un régime de soins dentaires qui fonctionne très bien ». Ah oui ?

Émilie Laurin-Dansereau, conseillère budgétaire à l'ACEF du Nord de Montréal

La condition buccodentaire des Québécois et Québécoises est une des pires du Canada
Comment peut-il dire une telle chose alors qu'on sait que chaque année, des milliers de Québécois.e.s se privent de soins dentaires en raison du coût ? En effet, en 2016, plus du quart des Québécois.e.s se sont privés de soins dentaires faute de moyens financiers. Le Québec est d'ailleurs la province où les soins dentaires coûtent le plus cher.
Des études ont démontré que l'état de santé buccodentaire des Québécois et Québécoises, ainsi que leurs pratiques de consultation et d'adhésion à une protection via l'assurance sont moins favorables à une bonne santé buccodentaire que celles des personnes du reste du Canada. En effet, au Québec on retrouve
• plus de personnes édentées,
• plus de personnes portant des prothèses et des fausses dents,
• moins de personnes bénéficiant d'une assurance couvrant les frais dentaires,
• et moins de personnes ayant consulté sur une période de 12 mois (indépendamment du fait d'avoir ou pas une assurance).

Pourtant, une mauvaise santé buccodentaire a des impacts majeurs sur la santé globale. La bouche est la porte d'entrée vers tous les organes du corps humain. Une infection présente en bouche peut donc être transmise aux poumons, au cerveau, aux sinus, aux oreilles, à l'œsophage, à l'estomac, etc. Selon l'Ordre des dentistes du Québec, la carie et les maladies du parodonte sont au stade épidémique et constituent même une cause de mortalité chez les clientèles vulnérables.

Qu'attend le gouvernement pour agir ?

Chaque année, nous accompagnons des centaines de personnes avec leur budget. Parmi celles-ci, on retrouve un grand nombre de ménages à faible et moyen revenu pour qui l'accès aux soins dentaires est un enjeu majeur.

Dans les dernières années, les coûts des soins dentaires et les primes d'assurance ont augmenté plus vite que l'inflation. Rien n'indique qu'ils baisseront dans un avenir rapproché. Conséquence de cette situation ? Les adultes sont de plus en plus nombreux à se priver de soins dentaires. Sans surprise, les personnes à faible revenu sont les personnes qui souffrent le plus de problèmes buccodentaires et qui ont le moins accès aux soins de santé buccodentaire.

Le seul fait que des maladies systémiques puissent être causées ou reliées à des problèmes dentaires devrait forcer le gouvernement à considérer les coûts sociaux de la carie et de l'absence de mesures préventives. Quand les traitements ne sont pas effectués au moment nécessaire, les problèmes s'accentuent. C'est alors le système de santé qui devra en assumer la responsabilité.

Les intérêts du Québec ou les intérêts des Québécois.e.s ?

L'accès aux soins dentaires est le maillon faible du filet social en santé et ce, malgré qu'on sait que le manque de prévention et d'accessibilité engendre des coûts sociaux et médicaux importants. Si le gouvernement du Québec ne veut pas participer au régime fédéral, il doit de manière urgente ajouter les soins dentaires au panier de soins couverts par la RAMQ. Ce serait relativement économique si l'on tient compte de ce que ça coûte de soigner des maladies plus graves, comme les problèmes cardiaques, les ACV ou le diabète qui peuvent être causées par les maladies buccodentaires. Le mauvais état de santé buccodentaire est un problème de santé publique. Les maladies buccodentaires sont fréquentes, la morbidité est importante alors que des traitements préventifs et curatifs simples existent.

Non, le régime de soins dentaires ne fonctionne pas très bien. Suffit d'en parler aux milliers de Québécois.e.s qui ont mal aux dents pour le savoir. L'argument de la défense des champs de compétences semble n'être qu'un prétexte pour justifier l'inaction. Tous les individus devraient être égaux dans l'accès aux services de santé et ça inclut les soins buccodentaires. C'est une question de justice sociale.

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Une mauvaise décision pour la santé démocratique québécoise

19 décembre 2023, par Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) — , ,
Le 12 décembre 2023, Maria – La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) dénonce aujourd'hui l'adoption sous bâillon du projet de loi n° 15 visant à (…)

Le 12 décembre 2023, Maria – La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) dénonce aujourd'hui l'adoption sous bâillon du projet de loi n° 15 visant à rendre le système de santé et de services sociaux plus efficace.

Ainsi,sans tenir compte des recommandations lancées par différents acteurs et actrices de la société civile au cours des derniers mois, dont le milieu communautaire autonome, la CAQ choisit d'imposer sa réforme en laissant dans l'angle mort de nombreux questionnements.

Ce déficit démocratique s'ajoute aux ratés entourant les audiences publiques sur le PL n° 15 alors qu'un grand nombre d'organisations telles la CTROC se sont vu refuser la présentation de leur mémoire sous prétexte du manque de plages horaires disponibles. Pourtant, la mission de la CTROC consiste, entre autres, à faire l'analyse de l'organisation du réseau public de la santé et des services sociaux, ainsi que de ses impacts sur les organismes communautaires autonomes et sur la population. En outre, elle possède une perspective unique du fait qu'elle est constituée de regroupements régionaux qui, eux, représentent les organismes communautaires auprès des établissements régionaux actuels. Il est difficilement compréhensible que le ministre Dubé ait fait le choix d'ignorer ces connaissances et ces expertises mises à sa disposition.

La CTROC se joint aux dizaines de voix qui s'élèvent pour dénoncer le manque de respect de la CAQ envers les processus démocratiques dont la société québécoise s'est dotée. Elle tient également à rappeler que la réforme imposée à la population comporte des dangers liés, entre autres, à la centralisation des pouvoirs, à la disparition des structures décisionnelles dans les régions, et à l'ouverture de plus en plus grande faite à la privatisation des services. Il est actuellement difficile de prévoir quels impacts cette réforme aura sur l'autonomie des organismes communautaires, mais certains indices laissent présager des tentatives de récupération de leurs actions pour pallier les lacunes du réseau public alors qu'ils répondent d'abord et avant tout aux besoins signifiés par leur milieu.

Durant la période de transition, la CTROC suivra de près le ministre Dubé pour connaître ses intentions quant aux organismes communautaires, à leur financement à la mission qui constitue le principal moyen de garantir la préservation de leur autonomie, et aux marges de manoeuvre régionales réelles qui resteront suite à l'adoption de la réforme en santé et services sociaux.

Pour terminer, le gouvernement est fortement invité à faire appel à la CTROC, au milieu communautaire autonome, et aux acteurs et actrices de la société civile pour régler les questions et enjeux laissés en suspens à la suite de l'adoption du PL n° 15.

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Mise en demeure pour être en demeure

19 décembre 2023, par Collectif — , ,
L'incroyable augmentation de la précarité et le recul de nos droits fondamentaux, et ce dans l'ensemble de nos régions, est un bien triste legs de la Coalition avenir Québec. (…)

L'incroyable augmentation de la précarité et le recul de nos droits fondamentaux, et ce dans l'ensemble de nos régions, est un bien triste legs de la Coalition avenir Québec. Dans un esprit de saine démocratie, d'équité et de paix sociale, nous sommes d'avis que nous avons tous intérêt à régler cette situation à l'amiable. Cependant, sachez que si la situation perdure, nous demanderons que vous soyez évincé, délogé du pouvoir, et ce sans autre avis ni délai afin de rénover notre filet social.

Par courrier recommandé
Sous toutes réserves
SANS RÉSERVE

7 décembre 2023

À l'attention de :
François Legault, premier ministre du Québec
831, boulevard de l'Ange-Gardien Nord, Bureau 208
L'Assomption (Québec) J5W 1P5

France-Élaine Duranceau, ministre responsable de l'Habitation
197, rue Principale Est, Bureau 101
Sainte-Agathe-des-Monts (Québec) J8C 1K5

Mise en demeure pour être en demeure

Monsieur Legault et madame Duranceau,

La présente est pour vous mettre en demeure afin de vivre dans une demeure abordable et de qualité. Nous considérons que vous avez failli à vos responsabilités. Plusieurs citoyenNEs vivent une détresse sociale et économique sans précédent dans l'histoire récente de notre province. Avec l'explosion des demandes d'aide pour des besoins de bases et la difficulté de nombreux ménages à boucler leur fin de mois, nous sommes dans une situation se rapprochant des grandes crises économiques vécues par le passé.

Face à la crise du logement, force est de constater :

• La précarisation de l'habitation chez une pluralité de QuébécoisEs ;
• Une augmentation de 50 % de personnes en situation d'itinérance depuis 2018, au Centre-du-Québec et en Mauricie ;
• Un logement respectant notre budget, diminue l'insécurité alimentaire ;
• La santé physique et mentale des gens est affectée par la situation ;
• Les femmes sont affectées de manière importante due à une plus grande précarité
économique ;
• Les ressources pour personnes âgées ferment en grand nombre ;
• Des propriétaires abusent de leurs droits en discriminants, en augmentant indument les loyers ou en expulsant les locataires ;
• La « Vallée de la transition » exacerbant la crise du logement était prévisible. L'argent
octroyé est nettement insuffisant ;
• Les organismes communautaires manquent de ressources pour répondre à la grande
détresse sociale.

Nous exigeons des solutions durables telles que :

• Donner les moyens à l'ensemble des organismes communautaires autonomes afin
d'augmenter leur capacité d'agir. Ils offrent une approche globale et structurante afin defavoriser le maintien et la dignité des locataires ;
• Investir massivement dans l'aide au logement, dont la construction de 55 000 logements sociaux ;
• Remettre en place le programme Accès-logis et le bonifier (tel que promis par votre
gouvernement) ;
• Élargir les critères d'admissibilités de l'allocation au logement et le bonifier ;
• Établir un programme complet, pérenne et dédié uniquement au logement social ;
• Interdire les hausses de loyers abusives ;
• Empêcher les évictions pour agrandissement ou subdivision pendant la crise et instaurer une loi pour restreindre les rénovictions ;
• Mettre en place un registre des loyers obligatoires ;
• Abolir le projet de loi 31 et consulter les groupes en défense de droits afin de faire
progresser les droits et non le contraire ;
• Intervenir face aux fermetures de résidences pour personnes âgées afin de les maintenir en fonction ;
• Cesser les mesures d'austérité et les demi-mesures face à la crise sociale.

L'incroyable augmentation de la précarité et le recul de nos droits fondamentaux, et ce dans l'ensemble de nos régions, est un bien triste legs de la Coalition avenir Québec. Dans un esprit de saine démocratie, d'équité et de paix sociale, nous sommes d'avis que nous avons tous intérêt à régler cette situation à l'amiable. Cependant, sachez que si la situation perdure, nous demanderons que vous soyez évincé, délogé du pouvoir, et ce sans autre avis ni délai afin de rénover notre filet social.

VEUILLEZ VOUS GOUVERNER EN CONSÉQUENCE.

Sébastien Bois,
Porte-parole du comité régional « Engagez-vous pour le communautaire »
(Centre-du-Québec, Mauricie)
1060 Rue St François Xavier, Trois-Rivières, QC
CC Députés de la Mauricie et du Centre-du-Québec : Simon Allaire, Jean Boulet, André Lamontagne, Sonia Lebel, Éric Lefebvre, Donald Martel, Sébastien Schneeberger, Marie-Louise Tardif

À propos de la campagne nationale « Engagez-vous pour le communautaire » :

« Engagez-vous pour le communautaire » est une grande campagne nationale de
mobilisation qui unit les différents secteurs de l'action communautaire autonome de partout au Québec. Près de 4000 groupes y prennent part. Nous réclamons au gouvernement qu'il soutienne adéquatement l'action communautaire autonome (ACA) par l'augmentation de son financement et le respect de son autonomie, tout en réalisant la justice sociale, notamment en réinvestissant massivement dans les services publics et les programmes sociaux. https://engagezvousaca.org/

À propos de la campagne régionale d'Engagez-vous au Centre-du-Québec et en Mauricie :

Composé de 19 regroupements régionaux du territoire et de CDC, il vise l'adaptation,
l'organisation, la coordination et la participation des organismes communautaires de la
région aux activités liées à la campagne. Le Comité de coordination régional d' « Engagez-vous pour le communautaire » soutient la TROCCQM (Table régionale des organismes communautaires en santé et services sociaux, Centre-du-Québec, Mauricie) dans son mandat d'antenne régionale de la campagne nationale. Envoie par courrier recommandé et réception aux bureaux du premier ministre et de la ministre de l'Habitation

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« Le Premier ministre et la ministre de l’Habitation mis en demeure par le milieu communautaire »

19 décembre 2023, par Collectif — , ,
Centre-du-Québec/Mauricie, 15 décembre 2023 – Les organismes communautaires du Centre-du-Québec et de la Mauricie mettent en demeure le premier ministre François Legault et la (…)

Centre-du-Québec/Mauricie, 15 décembre 2023 – Les organismes communautaires du Centre-du-Québec et de la Mauricie mettent en demeure le premier ministre François Legault et la ministre de l'Habitation France-Élaine Duranceau. Le comité régional d'Engagez-vous pour le communautaire dénonce le laxisme du gouvernement face à la crise du logement et le manque d'appui aux organismes.

« La crise du logement menace carrément la santé physique et mentale d'une partie de la population de plus en plus nombreuse au Centre-du-Québec, en Mauricie et dans l'ensemble de la province », s'inquiète Madame Émilie Bélanger-Gagné, co-directrice à l'Association des groupes d'éducation populaire autonome au Centre-du-Québec et partenaire d'Engagez-vous.

« Pour vivre dignement chez soi, c'est plus qu'avoir un toit sur la tête. Cela implique un ensemble de facteurs structurants, dont le soutien offert par les organismes communautaires. L'augmentation des besoins sur le terrain impacte les groupes qui subissent une pression supplémentaire tant sur le plan humain que financier » constate Madame Amélie Dubuc, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Trois-Rivières et partenaire d'Engagez-vous.

« L'actuel gouvernement semble totalement décroché de la réalité des Québécois et des Québécoises. L'incroyable augmentation de la précarité des jeunes aux aînés, et le recul de nos droits fondamentaux, dont le droit au logement, est un bien triste legs que nous préparela Coalition avenir Québec », renchérit Monsieur Philippe Kubisiac, représentant des Maisons de jeunes au Centre-Du-Québec et partenaire d'Engagez-vous.

« Notre gouvernement doit cesser son discours d'austérité et les demi-mesures face à la crise sociale présente. Il est responsable de défendre nos droits et d'assurer à l'ensemble de la population un minimum pour vivre dignement. En ce sens, nous exigeons des actions rapides et structurantes de sa part », conclut Monsieur Sébastien Bois, porte-parole de la campagne régionale Engagez-vous pour le communautaire, au Centre-du-Québec et en Mauricie.

À propos d' « Engagez-vous pour le communautaire »

« Engagez-vous pour le communautaire » est une grande campagne nationale de
mobilisation qui unit les différents secteurs de l'action communautaire autonome de partout au Québec. Près de 4000 groupes y prennent part. Nous réclamons au gouvernement qu'il soutienne adéquatement l'action communautaire autonome (ACA) par l'augmentation de son financement et le respect de son autonomie. Nous réclamons davantage de justice sociale, notamment par des investissements massifs dans les services publics et les programmes sociaux. https://engagezvousaca.org/

À propos du comité régional au Centre-du-Québec et en Mauricie

Le Comité de coordination régional d' « Engagez-vous pour le communautaire » soutient la TROCCQM (Table des regroupements des organismes communautaires en santé et services sociaux, Centre-du-Québec, Mauricie) dans son mandat d'antenne régionale de la campagne nationale.

Composé de 19 regroupements régionaux du territoire et de CDC, il vise l'adaptation,
l'organisation, la coordination et la participation des organismes communautaires de la
région aux atteintes des objectifs de financement, de respect de notre autonomie et de
justice sociale.

Les partenaires régionaux sont :
Association des groupes d'éducation populaire autonome Centre-du-Québec
Corporation de développement communautaire Bécancour
Corporation de développement communautaire Bois-Francs
Corporation de développement communautaire Des Chenaux
Corporation de développement communautaire Drummond
Corporation de développement communautaire de l'Érable
Corporation de développement communautaire Haut St-Maurice
Corporation de développement communautaire Maskinongé
Corporation de développement communautaire Mékinac
Corporation de développement communautaire Nicolet-Yamaska
Corporation de développement communautaire Shawinigan
Centre de formation communautaire de la Mauricie
Regroupement des Maisons des jeunes Centre-du-Québec
Regroupement des Maisons des jeunes Mauricie
Regroupement des organismes d'éducation populaire autonome Mauricie
Regroupement d'organismes de personnes handicapées Centre-du-Québec
Regroupement d'organismes de promotion pour personnes handicapées Mauricie
Table de concertation du mouvement des femmes Mauricie
Table des regroupements des organismes communautaires en santé et services sociaux Centre-du-Québec

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Lancement de la Plateforme gauche media

19 décembre 2023, par André Frappier — , ,
La plateforme gauche media https://gauche.media a été officiellement lancée le 8 décembre dernier au Bar Brouhaha dans le quartier Rosemont. photos et articles André (…)

La plateforme gauche media https://gauche.media a été officiellement lancée le 8 décembre dernier au Bar Brouhaha dans le quartier Rosemont.

photos et articles André Frappier

Une bonne trentaine de personnes représentantes y assistaient dont celles représentant les médias membres soit : Archives Révolutionnaires, Journal des Alternatives, Journal le Mouton Noir, L'Étoile du Nord – La perspective du peuple, Liberté Ouvrière, Nouveaux Cahiers du socialisme, Presse-toi à gauche !, Revue À bâbord !, Revue Caminando, Revue Droits et libertés, Revue Possibles, Revue Relations

Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

La création de cette plateforme est le fruit d'un travail qui a duré plus de deux ans sous l'initiative de plusieurs personnes dont notre regretté camarade Pierre Beaudet. Ce regroupement des médias de gauche arrive à point nommé dans une situation où on aura besoin d'analyses, de reportages et de débats dans la gauche afin de permettre de mieux comprendre la réalité politique et ainsi dresser des perspectives alternatives.

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