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Les professionnelles en soins font pression sur les élu-e-s au Conseil général de la CAQ
De nombreuses professionnelles en soins se sont fait voir et entendre aujourd'hui à Saint-Hyacinthe lors du Conseil général de la CAQ. Elles voulaient ainsi rappeler aux député-e-s caquistes qu'elles sont toujours sans entente de principe pour le renouvellement de leur convention collective et que les élu-e-s caquistes ont un rôle à jouer auprès des ministres responsables de la négociation.
« Alors que le réseau craque de partout et qu'il manque cruellement de professionnelles en soins aux quatre coins de la province, le gouvernement a la responsabilité de leur offrir rapidement de meilleures conditions de travail et salariales. Pour le bien des 80 000 professionnelles en soins que l'on représente de même que pour celui des patient-e-s du réseau, il est plus qu'urgent que le gouvernement se concentre sur des solutions pérennes et souhaitées par celles qui donnent des soins au quotidien », de déclarer Roberto Bomba, trésorier de la FIQ.
Au nombre de ces solutions, on retrouve le volontariat avec incitatifs financiers pour répondre aux besoins d'accessibilité aux soins et permettre une plus grande stabilité des équipes de soins. « C'est d'ailleurs la proposition que nous avons faite à la table de négociation cette semaine. Si le gouvernement est prêt à instaurer une équipe volante publique élargie pour pallier entre autres au retrait de la main‑d'œuvre indépendante (MOI) dans l'ensemble des régions et des centres urbains du Québec, que ça répond à sa vision de mobilité et que ça permet de débloquer la négociation, nous répondons présentes », de poursuivre monsieur Bomba.
C'est aux côtés, entre autres, des membres du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) et de ceux du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) que les professionnelles en soins de la FIQ ont rendu visite aux député-e-s de la CAQ. « La défense des services publics est au cœur de nos revendications respectives. Tout comme nous, les collègues du SPGQ et du SFPQ espèrent une entente de principe qui sera satisfaisante et qui permettra ultimement d'améliorer les services offerts à la population. Tout le monde sera gagnant à ce que les négociations se terminent de manières positive et rapide : le gouvernement, les employé‑e‑s et les citoyen‑ne‑s », de souligner monsieur Bomba.
Une mobilisation qui se poursuivra
Comme elles l'ont fait aujourd'hui, les professionnelles en soins membres de la FIQ maintiendront les moyens de pression et continueront de se faire voir tant et aussi longtemps qu'il le faudra afin de soutenir leur Comité de négociation. « On parle ici de 90 % du personnel infirmier et cardiorespiratoire qui est sans contrat de travail. Le gouvernement doit les entendre et mettre en place des solutions à court, moyen et long termes s'il veut espérer attirer et retenir des professionnelles en soins dans toutes les régions du Québec », de conclure monsieur Bomba.
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« Comment Israël dévoie les allégations d’antisémitisme pour projeter ses propres crimes sur les Palestiniens »
Dans la foulée de la multiplication des campements d'étudiant·e·s pro-palestiniens sur les campus universitaires des Etats-Unis, les accusations d'antisémitisme sont de nouveau au centre du discours politique états-unien et mondial. Il ne fait aucun doute, comme Peter Beinart (Notebook, 28 avril 2024) et d'autres l'ont indiqué, que des expressions d'antisémitisme sont apparues dans certaines de ces actions, mais leur fréquence a été fortement exagérée. En effet, des personnalités juives et non juives influentes dans les médias et la politique ont délibérément cherché à créer une inquiétude morale publique en associant les critiques sévères d'Israël et du sionisme à de l'antisémitisme.
Tiré d'À l'encontre.
Cet amalgame est le résultat d'une campagne menée depuis des décennies par Israël et ses partisans dans le monde entier afin d'étouffer toute opposition aux politiques violentes d'occupation [Cisjordanie, Jérusalem-Est, Gaza…], d'apartheid et de domination de l'Etat sur les Palestiniens – qui, au cours des sept derniers mois, ont pris des proportions immenses, voire génocidaires.
Cette stratégie n'est pas seulement cynique, hypocrite et nuisible à la lutte essentielle contre le véritable antisémitisme. Elle permet également à Israël et à ses partisans, comme nous le soutiendrons ici, de nier les propres crimes et le discours violent d'Israël en les inversant et en les projetant sur les Palestiniens et leurs partisans, et en appelant cela de l'antisémitisme [1].
Ce mécanisme psycho-discursif d'inversion et de projection sous-tend le document fondateur de la prétendue « lutte contre l'antisémitisme » : la définition de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA-International Holocaust Remembrance Alliance), qu'Israël et ses alliés diffusent agressivement dans le monde entier [2].
En réponse aux protestations des étudiant·e·s, la Chambre des représentants des Etats-Unis a récemment adopté un projet de loi qui, s'il était approuvé par le Sénat, intégrerait cette définition dans la législation, et ce malgré le fait que l'IHRA elle-même la décrive comme une « définition de travail juridiquement non contraignante ».
Une définition par inversion et projection
L'IHRA est une organisation internationale influente composée de 35 Etats membres provenant principalement du Nord (y compris Israël et l'Europe de l'Est). L'organisation a adopté une définition de travail de l'antisémitisme en 2016 qui comprend une vague articulation de l'antisémitisme comme « haine envers les Juifs » ainsi que 11 exemples qui prétendent l'illustrer ; sept d'entre eux se concentrent sur Israël, assimilant essentiellement la critique d'Israël et l'opposition au sionisme à l'antisémitisme. Cette définition a donc suscité une énorme controverse dans le monde juif et au-delà, bien qu'elle ait été adoptée par des dizaines de pays et des centaines d'organisations, des universités aux clubs de football [3].
D'innombrables exemples ont été enregistrés au fil des ans pour montrer comment cette définition sert à restreindre la liberté d'expression, à faire taire les critiques à l'égard d'Israël et à harceler ceux qui les expriment. A tel point que Kenneth Stern, principal rédacteur de la définition, en est devenu le principal opposant. D'autres définitions, comme la Déclaration de Jérusalem sur l'antisémitisme (dont les auteurs de cet article ont été parmi les initiateurs et les rédacteurs), ont été proposées comme des outils plus précis et moins politiquement biaisés à utiliser à des fins éducatives dans la lutte contre l'antisémitisme.
La définition de l'IHRA met en évidence le mécanisme d'inversion et de projection par lequel Israël et ses partisans nient les crimes d'Israël et les attribuent aux Palestiniens. L'un des exemples de la définition stipule, par exemple, que « nier au peuple juif son droit à l'autodétermination » est antisémite. Pourtant, la politique officielle d'Israël en matière de colonisation, d'occupation et d'annexion au cours des dernières décennies a nié au peuple palestinien son propre droit à l'autodétermination.
Cette politique s'est intensifiée sous la direction de Benyamin Netanyahou qui, en janvier 2024, s'est publiquement engagé à résister à toute tentative de création d'un Etat palestinien. Les principes directeurs fondamentaux de la coalition gouvernementale déclarent en outre, en écho à la loi sur l'Etat-nation juif de 2018, que « le peuple juif a un droit exclusif et inaliénable sur toutes les régions de la Terre d'Israël ». Alors qu'Israël s'oppose activement à l'autodétermination des Palestiniens, la définition de l'IHRA inverse et projette cet état de fait sur les Palestiniens eux-mêmes, en la qualifiant d'antisémitisme.
Selon la définition de l'IHRA, « établir des comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des nazis » est un autre exemple d'antisémitisme. Ici aussi, le schéma d'inversion et de projection est évident, puisqu'Israël et ses partisans ne cessent d'associer les Arabes et surtout les Palestiniens aux nazis.
Il s'agit d'un discours profondément enraciné et très populaire en Israël. Il va de David Ben-Gourion, premier Premier ministre israélien, qui considérait les Arabes qui combattaient Israël comme les successeurs des nazis, à Benyamin Netanyahou, qui affirme que le Hamas représente de nouveaux nazis, en passant par le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui a récemment affirmé qu'il y avait deux millions de nazis en Cisjordanie occupée (Times of Israel,28 novembre 2023).
A la lumière de ce narratif inversé, l'affirmation de la définition de l'IHRA selon laquelle « appliquer deux poids deux mesures » dans les jugements moraux sur Israël est antisémite traduit un autre exemple de ce mécanisme d'inversion et de projection. La définition de l'IHRA elle-même utilise deux poids deux mesures : alors qu'Israël est autorisé à refuser aux Palestiniens leur droit à l'autodétermination et à les comparer aux nazis, la définition affirme que refuser aux Juifs le droit à l'autodétermination et établir des liens entre la politique israélienne et la politique nazie est antisémite.
Pour la défense du génocide
Ce mécanisme psycho-discursif va au-delà de la définition de l'IHRA, comme l'a révélé la récente audition au Congrès de trois présidents d'universités d'élite des Etats-Unis. Un moment clé s'est produit lorsque la députée républicaine Elise Stefanik a demandé aux présidents si leurs institutions toléreraient des appels au génocide des Juifs.
Je suppose que vous connaissez le terme « intifada », n'est-ce pas ? a demandé Elise Stefanik à Claudine Gay, présidente de l'Université de Harvard. « Et vous comprenez, a-t-elle poursuivi, que l'utilisation du terme intifada dans le contexte du conflit israélo-arabe est en fait un appel à la résistance armée violente contre l'Etat d'Israël, y compris la violence contre les civils et le génocide des Juifs. Le savez-vous ? »
Cette assimilation de l'intifada au génocide est sans fondement : l'intifada est le mot arabe qui désigne un soulèvement populaire contre l'oppression et pour la libération et la liberté (le verbe intafad signifie littéralement « se débarrasser »). Il s'agit d'un appel à l'émancipation qui a été répété à de nombreuses reprises dans le monde arabe contre des régimes oppressifs, et pas seulement en Israël. Une intifada peut être violente, comme l'a été la seconde intifada en Israël-Palestine entre 2000 et 2015, ou non violente, comme l'a été la majeure partie de la première intifada entre 1987 et 1991, ou l'« intifada WhatsApp » au Liban en 2019. Dans ces conditions, la seule allusion au génocide réside dans l'imagination d'Elise Stefanik et de ses semblables. Ce fut un moment douloureux : Stefanik a tendu un piège à Claudine Gay, et elle est tombée dedans.
Un autre exemple de fausse allégation pernicieuse est l'affirmation d'Israël et de ses partisans selon laquelle le slogan de libération palestinien « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre » est génocidaire et antisémite [voir l'article de Stephen Zunes publié sur ce site le 7 mai 2024]. Comme l'ont affirmé les historiens Maha Nasser, Rashid Khalidi et d'autres, la grande majorité des Palestiniens et de leurs partisans qui scandent ce slogan veulent simplement dire que la terre de la Palestine historique sera libérée politiquement – en rejet absolu de la réalité actuelle de l'absence de liberté pour les Palestiniens, sous diverses formes, entre le Jourdain et la mer Méditerranée. Cela pourrait prendre la forme d'un seul Etat avec des droits égaux pour tous, de deux Etats-nations pleinement indépendants ou d'une sorte d'arrangement binational ou confédéral.
Dans les deux cas, Israël et ses partisans trouvent un appel au génocide contre les Juifs là où il n'existe pas. Pourtant, en Israël, après les massacres et les atrocités du 7 octobre, de nombreux dirigeants israéliens, ministres du cabinet de guerre, hommes politiques, journalistes et rabbins ont appelé explicitement et ouvertement à un génocide à Gaza dans plus de 500 cas documentés rien qu'au cours des trois premiers mois (Law for Palestine, 4 janvier 2024), certains d'entre eux lors d'émissions de télévision à des heures de grande écoute. Cela a été exposé de manière bouleversante au monde entier dans la plainte que l'Afrique du Sud a déposée contre Israël en décembre 2023 devant la Cour internationale de justice (CIJ).
Il s'agit, par exemple, du président Isaac Herzog, du ministre de la Défense Yoav Gallant et du ministre du Patrimoine Amichai Eliyahu. Plus récemment, l'influent rabbin Eliyahu Mali a exhorté l'armée israélienne à tuer tous les enfants et toutes les femmes de Gaza, tandis que Bezalel Smotrich a appelé à l'anéantissement total des villes de Rafah, Deir al-Balah et Nuseirat. Ces voix représentent une large part de l'opinion publique israélienne et correspondent à ce qui se passe réellement sur le terrain.
Le 26 janvier, la CIJ a rendu un arrêt provisoire déclarant qu'il existe un « risque plausible » de violation du droit des Palestiniens à être protégés d'un génocide. La situation s'est encore détériorée depuis, Israël étendant son invasion à Rafah et affamant délibérément les 2,3 millions d'habitants de Gaza [4].
De nombreux spécialistes du génocide – parmi lesquels Raz Segal, Omer Bartov, Ronald Grigor Suny, Marion Kaplan, Amos Goldberg et Victoria Sanford – sont parvenus plus ou moins à la même conclusion que la CIJ. La rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a également affirmé, dans son récent rapport intitulé « Anatomie du génocide », qu'« il y a des motifs raisonnables de croire que le seuil indiquant qu'Israël a commis un génocide est atteint ».
Ainsi, ce qu'Israël et ses partisans accusent les Palestiniens d'inciter à commettre, les fonctionnaires et les personnalités israéliennes le déclarent explicitement et ouvertement, et l'armée israélienne le perpètre. Et tandis que les Palestiniens et leurs partisans chantent la libération « du fleuve à la mer », Israël impose la suprématie juive « du fleuve à la mer » sous la forme de l'occupation, de l'annexion et de l'apartheid.
Nous suggérons donc d'interpréter cette inversion et cette projection non seulement comme un cas classique de double standard hypocrite contre des Palestiniens, mais aussi – comme c'est souvent le cas avec les processus de projection – comme un mécanisme de défense et de déni. Comme Israël et ses partisans ne peuvent pas faire face à la structure d'apartheid oppressive de l'Etat, à sa délégitimation des Palestiniens ou à sa rhétorique et à ses crimes génocidaires, alors ils déforment ces allégations et les projettent sur les Palestiniens.
La prétendue « lutte contre l'antisémitisme » menée par Israël et ses partisans, fondée sur la définition de l'antisémitisme de l'IHRA, doit donc être considérée comme un moyen supplémentaire utilisé par un Etat puissant pour nier ses actes criminels et ses atrocités massives. Le gouvernement des Etats-Unis doit le refuser catégoriquement. (Article publié sur le site israélien +972 le 21 mai 2024 ; traduction rédaction A l'Encontre)
Amos Goldberg est professeur d'histoire de l'Holocauste. Ses ouvrages les plus récents sont Trauma in First Person : Diary Writing during the Holocaust (Indiana University Press, 2017) et un ouvrage coédité avec Bashir Bashir, The Holocaust and the Nakba : A New Grammar of Trauma and History (Columbia University Press, 2018).
Alon Confino est titulaire de la chaire Pen Tishkach d'études sur l'Holocauste à l'Université du Massachusetts, à Amherst. Son dernier ouvrage est A World Without Jews : The Nazi Imagination from Persecution to Genocide (Yale University Press, 2014).
Notes
[1] Henry Laurens, professeur au Collège de France, dans un entretien avec le quotidien Libération, à la question « L'usage du slogan « Du Jourdain à la mer » ou le symbole des mains ensanglantées sont-ils le signe d'une radicalisation des manifestants pro-palestiniens ? » répond : « Ce symbole est utilisé depuis des siècles et renvoie simplement à l'expression « avoir du sang sur les mains ». C'est le célèbre monologue de Lady Macbeth ! Quant au slogan « Du Jourdain à la mer », on a oublié que c'est aussi un vieux discours sioniste d'extrême droite. Il renvoie au droit à l'autodétermination des Palestiniens. Juridiquement, Israël n'a pas de frontières officielles. En 2004, un avis de la Cour internationale de justice déclare que ses frontières sont celles d'avant juin 1967 mais Israël ne le reconnaît pas et se revendique dans de nombreuses occasions comme le seul héritier territorial de la Palestine mandataire. Côté palestinien, le discours officiel depuis Oslo a toujours distingué un Etat à construire dans les territoires occupés libérés, et une Palestine historico-géographique, qui existe indépendamment de l'Etat palestinien à construire, comme une origine, un passé qui ne peut être effacé. La solution des deux Etats, une fois appliquée, implique des deux côtés l'abandon de toute revendication territoriale. » (Réd.)
[2] Voir l'ouvrage Whatever Happened to Antisemitism ? : Redefinition and the Myth of the ‘Collective Jew, d'Antony Lerman, Pluto Press, June 2022.
[3] A ce sujet, voir sur ce site la tribune « Antisémitisme : combattre le feu avec le pyromane ? », signée par Mateo Alaluf, Vincent Engel, Fenya Fischler, Henri Goldman, Heinz Hurwitz, Simone Süsskind. (Réd.)
[4] La Cour internationale de justice a ordonné, ce vendredi 24 mai 2024, à Israël d'arrêter « immédiatement » son offensive militaire à Rafah dans le sud de Gaza. Voir ONU Info. « La Cour considère également que, d'après les informations dont elle dispose, “les risques immenses associés à une offensive militaire à Rafah ont commencé à devenir réalité, et augmenteront encore si l'opération se poursuit”. Face à cette situation, dans son ordonnance du vendredi 24 mai, la Cour réaffirme, par 13 voix contre deux, les mesures conservatoires indiquées dans ses ordonnances des 26 janvier et 28 mars 2024, qui doivent être immédiatement et effectivement mises en œuvre. »
Dans ONU Info, il est aussi indiqué : « L'ordonnance de vendredi survient quelques jours après que le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, a demandé des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, son ministre de la Défense, Yoav Gallant, et trois dirigeants du Hamas, pour des crimes présumés commis à Gaza et en Israël. » (Réd.)
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« The Apprentice » de Ali Abbasi – Don’t feed the Trump
La force du portrait d'Ali Abbasi est d'opposer l'empathie à la cruauté, la force de l'enquête à l'impunité. Il déconstruit ainsi intelligemment le mythe du patriote américain. En compétition en sélection officielle au Festival de Cannes. « The Apprentice » d'Ali Abbasi, avec Sebastian Stan, Jeremy Strong, Maria Bakalova…
Tiré du blogue de l'autrice.
Dans The Apprentice, le réalisateur dano-iranien Ali Abbasi s'intéresse à la fabrique du monstre Donald Trump. C'est une nouvelle pierre à la déconstruction du mythe méritocratique, déjà entamée par le précédent documentaire "Trump, un rêve américain" qui se concentrait davantage sur les talents de Donald héritier pour accumuler les dettes et les procès. Ali Abbasi se concentre ici sur la genèse du magnat de l'immobilier, son apprentissage de l'agressivité et de la masculinité toxique, le développement de son phrasé caractéristique rempli d'hyperboles, de la candeur naïve de sa jeunesse jusqu'à son addiction au pouvoir et à l'argent.
La sortie du film est prévue à la mi-septembre, avant les élections américaines de novembre. Alors que Donald Trump, 77 ans, ancien président, est donné gagnant par la majorité des sondages, malgré les affaires qui le visent, son sexisme notoire, ses liens avec des groupuscules suprémacistes, et les mensonges qu'il a proférés, rien ne semble interférer avec son inexorable retour au pouvoir. Le biopic a donc l'ambition au moins d'expliquer et idéalement de contrer la nouvelle ascension jusqu'au pouvoir de celui que la moitié des Américains abhorre alors que l'autre moitié l'adore.
Pas étonnant de voir que cet homme, héritier de l'empire de son père, grandit dans le culte du self-made man, mais surtout avec des millions dans les poches. Ce que l'on ignore davantage c'est qu'il tient son éthique de requin à un illustre avocat, connu pour son agressivité redoutable. Pour Roy Cohn (les Français les plus malintentionnés y verront une déclinaison américaine d'un Nicolas Sarkozy, petit homme à la gouaille hargneuse criblé d'enquêtes pour corruption, aux mouvements de menton saccadés et au franc-parler provocateur), l'essentiel est de gagner. La vie se sépare en deux catégories, les killers et les losers. Pour cela, tous les moyens sont bons : l'attaque, l'argent, le mensonge. Toujours surenchérir. Tout s'achète. Toujours prétendre qu'on a gagné même quand on a perdu.
Le jeune Trump, qui paraît si inoffensif, suivra à la lettre la leçon fondatrice d'un délire narcissique botoxé au capitalisme décomplexé. Il y a les exemples que détaille le film : le chantage exercé sur un fonctionnaire pour gagner une affaire, la corruption et les menaces sur le maire de New York. Dans la catégorie masculinité toxique on retrouve : la Trump Tower que Donnie veut plus grande que les autres, l'achat du consentement d'Ivanka au mariage, le viol. Mais il y a aussi le hors champ, ces exemples que le film invoque immanquablement : les réalités alternatives, le gros bouton du nucléaire que Trump se dispute avec Kim Jong Un, et bien sûr la prise du Capitole par un groupuscule encouragé par un Trump contestant sa défaite.
pprentice » reprend le nom de la série de télé-réalité animée et produite par Donald Trump. C'est un trompe-l'œil ; face aux réalités alternatives propagées et revendiquées par Trump, le réalisateur convoque justement la seule arme qui vaille : l'analyse sociologique et la vérité. La prestation de l'acteur est époustouflante, autant dans les moues proéminentes qu'arbore le personnage que dans sa transformation d'un être méché, jamais éméché, d'abord complètement gauche puis si imposant. La force du parti pris est aussi celle d'un regard empreint de compréhension, presque de compassion face à la rudesse d'un père et aux moqueries d'un milieu impitoyable. Ali Abbasi nous rappelle qu'avant d'être un être abject, Donnie aussi a été innocent. La société, ou plus exactement le capitalisme et son agitation d'ego et d'ambitions débridés prête à tout écraser, est profondément responsable de phénomènes médiocratiques comme le trumpisme.
La force du portrait d'Ali Abbasi est d'opposer l'empathie à la cruauté, la force de l'enquête à l'impunité. Il déconstruit ainsi intelligemment le mythe du patriote américain s'élevant au-dessus d'une loi du Talion. Don't feed the troll qui s'engraisse des attaques et des coups bas. Dans un ultime pied de nez qui clot son film, le réalisateur convoque un journaliste chargé de tirer le portrait de Trump dans un livre. L'intéressé se moque un peu du résultat, pourvu que le livre fasse parler de lui. En conférence de presse, Abbasi persiste et signe : il n'est pas contre une rencontre avec le héros de son film. Il n'est d'ailleurs pas sûr que le film lui déplairait, « il serait probablement surpris ».
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Taylor Swift, l’icône pop qui influence la technologie
Tournée record, album record, personnalité de l'année… le phénomène Taylor Swift semble inarrêtable. Son influence est significative, en particulier dans le secteur de la technologie.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
2 mai 2024
Par Oihab Allal-Cherif
Taylor Swift en août 2023, à Los Angeles, lors de sa tournée « Eras ». Flickr/Paolo Villanueva, CC BY
Le 19 avril, Taylor Swift a sorti son onzième album Tortured Poets Department, qui bat tous les records. Elle avait déjà à son actif celui de l'album le plus streamé sur Spotifyen 24 heures, ses albums Midnights et 1989 étant maintenant respectivement en deuxième et troisième place. Elle est actuellement la première artiste à occuper les 14 premières places duBillboard Hot 100, après être devenue la première à occuper les dix premières places en 2022 avec son précédent album. Le 2 avril, Taylor Swift est également entrée dans le classement Forbesdes milliardaires uniquement grâce à sa musique, ce qui est exceptionnel pour une artiste. Sa tournée « Eras » se poursuit et elle sera en France du 9 au 12 mai pour quatre concerts à Paris La Défense Arena.
Youtube : Décryptage du « Eras Tour » de Taylor Swift.
Recordwoman absolue des albums classés N°1, Taylor Swift n'est pas seulement une chanteuse populaire et créative : c'est une artiste engagée et militante qui lutte pour changer certaines mauvaises pratiques des entreprises de la tech. Elle est aussi une inventeuse qui révolutionne l'industrie musicale et crée une nouvelle relation avec son public. Sa capacité à être en phase avec la société et la technologie a contribué à son succès exceptionnel. C'est sans doute ce qui a conduit à sa désignation comme[ personnalité de l'année 2023par le magazine Times.
L'amour-haine pour les plates-formes de streaming
Taylor Swift n'hésite pas à utiliser sa notoriété et son influence pour mettre en place un rapport de force avec les géants du numérique, les studios de cinéma, et les professionnels de la musique.
Si son dernier album est le premier au monde à atteindre 300 millions de streams en une seule journée, Taylor Swift n'a pas toujours eu de bonnes relations avec les plates-formes musicales, surtout gratuites. Fin 2014,Taylor Swift a retiré tout son catalogue de Spotify, Deezer, Google Play, Amazon Music et Tidal, pour manifester son mécontentement concernant le niveau de rémunération des artistes. Elle ne reviendra qu'au début de l'année 2018.
Pourtant, la consommation de la musique se faisait, et se fait toujours, essentiellement gratuitement via YouTubeou SoundCloud, sans parler du piratage. Bien que sa décision de boycott la prive de millions de dollars de revenus annuels,elle l'assume et explique défendre les jeunes artistes pour lesquels gagner 0,00029 dollar par écoute est inacceptable. Dans une tribune pour le Wall Street Journal, elle dénonce la valeur trop faible accordée à la musique par les services de streaming.
Une plus grande transparence sur les droits d'auteurs et certaines nouvelles règles comme le délai de deux semaines avant que les nouveaux titres soient accessibles, de même que les contraintes d'écoute pour les abonnés non payants ont contribué au retour de Taylor Swift sur ces plates-formes. La lutte de la chanteuse aura donc favorisé l'émergence d'un modèle de streaming plus juste. En 2023, Taylor Swift est devenue l'artiste mondiale de l'année de Spotify avec plus de 26 milliards d'écoutes sur la plate-forme.
Toutube : Taylor Swift est l'artiste la plus écoutée sur Spotify en 2023.
Lors du lancement d'Apple Music en 2015, Taylor Swift a annoncé qu'elle allait refuser que son album 1989 soit accessible sur la plate-forme de streaming qui avait prévu un essai gratuit de trois mois au cours desquels les droits de propriété intellectuelle ne seraient pas payés aux interprètes, auteurs, compositeurs et producteurs. À la suite de sa lettre ouverte sur Tumblroù elle dit très clairement « Nous ne vous demandons pas d'iPhones gratuits. Ne nous demandez pas de vous fournir notre musique sans compensation », Apple est revenu sur sa décision et a décidé de verser les droits d'auteurs pendant la période d'essai. Taylor Swift deviendra ensuite l'ambassadrice de la plate-forme.
L'innovation technologique au cœur des concerts
La tournée « The Eras Tour » de Taylor Swift est la plus lucrative de tous les temps, ayant déjà rapporté plus d'un milliard de dollars. Le spectacle de trois heures trente, qui rassemble une quarantaine de titres et nécessite 50 camions, a même causé un tremblement de terre de magnitude 2,3 à Seattle.Sa scénographie très élaborée se compose d'un écran géant et de trois scènes avec des plates-formes mobiles connectées par une rampe, le tout recouvert d'écrans pour générer des effets visuels. Viennent s'ajouter des projecteurs, des lasers, des lance-flammes, des canons à fumée, des feux d'artifice… dans une surenchère technologique.
Taylor Swift crée des images associées à ses musiques dans la foule grâce à des bracelets distribués aux spectateurs.La technologie LED de PixMoba aussi été utilisée par plusieurs artistes en 2022 comme Coldplay (« Music of the Spheres World Tour »), Lady Gaga (« Chromatica Ball »), Imagine Dragons (« Mercury World Tour »), The Weeknd (« After Hours til Dawn Tour ») et Bad Bunny (« The World's Hottest Tour »). Dès 2015, pour son « 1989 World Tour », Taylor Swift est une des premières à utiliser ces effets visuels, déjà très populaires dans la K-pop. Depuis, elle les intègre systématiquement à ses concerts, avec des fonctionnalités nouvelles à chaque tournée.
Youtube : Comment fonctionnent les bracelets LED utilisés aux concerts de Taylor Swift ?
Le dispositif s'appuie sur des fréquences radio, des signaux infrarouges ou le Bluetooth pour transmettre aux bracelets les couleurs qui forment des images dynamiques dans le public sans passer par la géolocalisation. Le public devient donc une extension du show dont il est cocréateur pour une expérience encore plus interactive. En tant que pionnière dans cet usage des bracelets LED, Taylor Swift a largement influencé les autres artistes qui l'ont adopté ensuite, tout comme la NBA pour les matchs de basket et la NHL pour ceux de hockey.
Taylor Swift a utilisé la reconnaissance faciale– autorisée dans tous les états sauf l'Illinois – lors de ses concerts américains pour la protéger des harceleurs. Les spectateurs passent par des kiosques qui sont capables de vérifier leur identité en moins d'une seconde. En plus de la dimension sécuritaire, la vidéosurveillance algorithmique permet d'établir des statistiques sur le profil des spectateurs des concerts.Les données démographiques sont collectées et exploitées à des fins marketing. Bien entendu, cet usage pose de nombreuses questions éthiques, même s'il s'agit d'événements privés. Malgré certaines menaces,la reconnaissance faciale reste interdite en France, y compris pendant les prochains Jeux olympiques.
Pour le film de sa tournée, Taylor Swift a eu recours à L.A. Drones, une entreprise spécialisée dansles prises de vues aériennes d'événements. La dynamique et l'esthétique des plans sont époustouflantes et ont favorisé le succès du film, proposé dans les cinémas d'une centaine de pays pour offrir aux fans qui n'auraient pas pu y assister en live un show hyperimmersif.
Youtube : The Eras Tour (Taylor's Version) – Bande-annonce officielle | Disney+
Taylor Swift a aussi innové en distribuant elle-même le film en partenariat avec la chaîne de salles de cinéma AMC, sans passer par un studio comme c'est l'usage. Taylor Swift : The Eras Tour est le concert filmé le plus rentable jamais diffusé au cinéma. Ce film bat le record de vente de billets en 24 heures d'AMC en 103 ans d'existence. Le film a également étéprojeté au Tech Interactive, renommé « Swift Interactive » pour l'occasion, un cinéma en forme de dôme avec un écran enveloppant de 840 mètres carrés et 13 000 watts de son surround numérique pour être au plus près des conditions réelles du concert.
Réalité augmentée et réalité virtuelle
Les « swifties » (comme se nomment les fans de la chanteuse) contribuent à l'accélération de l'adoption de nouvelles technologies comme la réalité augmentée et la réalité virtuelle. Depuis plus d'une décennie, Taylor Swift s'appuie sur les innovations technologiques pour faire évoluer la façon dont on consomme de la musique et en particulier pour stimuler la vente d'objets physiques face à la domination du digital.
Dès 2012, l'application officielle de Taylor Swift utilisait la réalité augmentéepour permettre à ceux qui faisaient l'acquisition de son album Red d'obtenir du contenu exclusif en 3D. Ce type d'expérience interactive ravit les fans qui se sentent privilégiés, modernes et complices de la star. Leur niveau d'engagement et de loyauté est donc significativement plus élevé.
En 2014, pour l'album 1989, Taylor Swift s'est associée à American Express pour lancer l'application Taylor Swift Blank Space Experience. Grâce à leur smartphone, les « swifties » sont emmenés dans un monde virtuel réplique du décor du clip de la chanson « Blank Space », où ils peuvent interagir avec des personnages et des objets qui représentent des souvenirs et révèlent des photos et des histoires.
Youtube : Taylor Swift Blank Space Experience, une exploration à 360° d'un monde virtuel.
Pour sa tournée « Reputation » en 2018, Taylor Swift a proposé à ses fans uneautre application en partenariat avec Glu, The Swift Life, elle aussi basée sur la réalité augmentée, pour leur donner accès à des filtres personnalisés, à des jeux associés à chaque chanson, et à des visites virtuelles des coulisses.
En 2022, pour l'album Midnights, Taylor Swift noue unpartenariat avec Snapchatet l'entreprise BLNK pour développer des lentilles de réalité augmentée qui projettent les « swifties » à Londres ou à New York afin d'y vivre une expérience basée sur l'imagerie de l'artiste. Toutes ces innovations permettent à Taylor Swift de donner plus d'originalité et de valeur aux albums physiques, CDs ou vinyles, et donc d'en augmenter significativement les ventes. En 2023, Taylor Swift areçu le Prix de l'Innovation aux iHeartRadio Awards pour sa contribution continue à l'industrie musicale.
Un modèle de marketing d'influence
Taylor Swift est uncas d'école de communication multicanalcohérente qui s'appuie sur un grand nombre de plates-formes et de technologies combinées pour donner une image faite pour paraître la plus authentique possible. La carrière de Taylor Swift a connu un essor très rapide en s'appuyant sur une maîtrise parfaite des réseaux sociaux et sur la consolidation progressive d'une relation intime avec sa communauté de fans.
Elle développe un puissant storytelling pour captiver son audience, transmettre des messages engagés, cultiver son originalité et construire sa légende. Star iconique, elle s'adapte continuellement aux nouvelles tendances de la technologie et anticipe même certaines évolutions pour rester à la pointe de l'innovation. Elle joue sans cesse avec les codes de la pop culture et avec son image pour créer le mystère et la frénésie autour de ses projets.
Taylor Swift utilise aussi les réseaux sociaux pourdiffuser un discours militant concernant la diversité, l'inclusion, l'égalité, et la protection de l'environnement, sans craindre de faire face aux controverses. Elle fédère sa communauté autour de ces valeurs partagées, ce qui se traduit en une mobilisation sans faille. Cependant, son engagement lui vaut d'être la cible de très nombreuses fake news et théories complotistes.Les « swifties » et leur icône pop pourraient bien [jouer un rôle décisif dans les prochaines élections présidentielles]https://theconversation.com/2024-taylors-version-taylor-swift-et-les-elections-americaines-224015) américaines.
Oihab Allal-Chérif, Business Professor, Neoma Business School
< !—> The Conversationhttp://theconversation.com/republishing-guidelines —>
P.-S.
• The Conversation. Publié : 2 mai 2024, 19:55 CEST.
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.
•Oihab Allal-Chérif, Neoma Business School
Oihab Allal-Chérif est professeur de Management à Neoma Business School. Ses recherches portent principalement sur le numérique avec des thématiques telles que : la transformation digitale des organisations, les nouvelles technologies, le côté obscure (menaces) des technologies, l'intelligence artificielle, le big data, le management des systèmes d'information, l'innovation, l'open innovation, l'open access/content, et la prospective des métiers. Il a également publié de nombreux articles sur le management des achats, la collaboration fournisseurs, les équipes multifonctionnelles, ou l'e-business. Il étudie principalement les secteurs de l'aéronautique, de l'automobile et de la culture, avec un intérêt particulier pour le gaming (e-sport, serious games, casual games, gamification,...), le digital dans les musées et les monuments, les plateformes de streaming, et les nouveaux modes de création et de diffusion d'objets culturels. Il travaille également sur des projets liés au leadership et à l'éthique dans le management.
• The Conversation est un média indépendant, sous un statut associatif. Avec exigence, nos journalistes vont à la rencontre d'expert•es et d'universitaires pour replacer l'intelligence au cœur du débat. Si vous le pouvez, pour nous soutenirfaites un don.
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L’Université populaire Al-Aqsa de l’UQAM dénonce la judiciarisation*
Pour une politique de boycott académique, maintenant !
*Montréal le 28 mai 2024* - L'Université Populaire Al-Aqsa de l'UQAM (UPA-UQAM) dénonce la voie que l'UQAM a choisie en déposant une demande d'injonction provisoire le 22 mai dernier afin de judiciariser la lutte palestinienne, portée notamment par les étudiant-es uqamien-nes au campement situé au Coeur des sciences. Ce choix constitue une attaque visant à taire les revendications pro-palestinniennes et à maintenir la
complicité de l'UQAM avec le gouvernement criminel israélien.
Plutôt que de répondre à notre revendication principale, à savoir l'adoption d'une politique de boycott académique, l'UQAM a choisi de détourner l'attention du fond de la question, vers des technicalités spatiales dites « sécuritaires », qui ne font que faciliter le profilage
politique des étudiant-e-s et empêcher tout réel dialogue.
Nous nous désolons aussi que l'attention soit portée presque exclusivement sur la répression de notre mouvement et non sur la violence extrême qui a cours en ce moment même en Palestine.
Hier, l'armée d'occupation israélienne a bombardé sans relâche le camp de réfugié-e-s de Rafah, causant un massacre indescriptible. La violence génocidaire de l'occupation par l'État sioniste doit cesser immédiatement.
Nous trouvons insupportable que les dirigeant-e-s et les médias préfèrent s'attarder sur des formalités judiciaires plutôt que d'informer réellement sur le génocide du peuple palestinien et ses conditions d'existence. Le gouvernement canadien tient actuellement une position de complicité dans la perpétuation de ce génocide, et refuse de sanctionner Israël pour ses crimes contre l'humanité.
Lorsque l'État sioniste avait évoqué au début du génocide des rumeurs de bébés décapités, sans fournir de preuves, ces allégations ont tout de même bénéficié d'une large couverture médiatique et du soutien des puissances impériales. Or, depuis hier à Rafah, nous sommes témoins de scènes d'horreur sans précédent à notre époque : des corps complètement brûlés, des bébés décapités en direct, le tout dans un silence total et avec la complicité de l'Occident. Ce traitement à double standard est révoltant et
nous refusons d'être complices de ce silence.
Nous déplorons également le harcèlement juridique et policier des campements étudiants et de toutes les personnes qui militent pour la Palestine.
Le campement s'est pourtant engagé depuis le 13 mai dernier, au lendemain de son installation, dans des pourparlers de bonne foi avec la direction de l'UQAM visant à adresser les enjeux de sécurité réels et pratiques liés aux sorties de secours et aux accès affectés par sa présence. Les solutions proposées, notamment la création d'un corridor de sécurité menant à la voie publique, avec l'appui logistique et moral du Festival TransAmériques (FTA) qui occupe le bâtiment jusqu'au 5 juin prochain, ont toutes été rejetées par l'UQAM. En effet, malgré ses interventions médiatiques à l'effet qu'elle recherche le dialogue et une résolution pacifique à la situation, la direction de l'UQAM n'a à aucun moment accepté les solutions concrètes sur les enjeux les plus urgents quant aux accès aux bâtiments.
Les syndicats de professeur-e-s et chargé-e-s de cours représentant la communauté universitaire de l'UQAM ont quant à eux multiplié les représentations afin de plaider pour une solution pacifique et offrir une médiation facilitant le dialogue entre le campement et la direction de l'UQAM.
Plutôt que de saisir les occasions de résolution proposées par le FTA et la communauté universitaire, l'UQAM a préféré avoir recours aux tribunaux. Cette judiciarisation nuit de façon effective au dialogue que l'UQAM prétend privilégier.
Nous considérons que la demande d'injonction provisoire de l'UQAM, bien qu'elle n'exige pas un démantèlement du campement, impose des mesures restrictives qui équivalent à un démantèlement "déguisé".
Nous ferons toutefois de notre mieux pour nous conformer aux ordonnances, en tenant compte de nos capacités et des ressources matérielles disponibles, tout en garantissant la sécurité de toutes et tous. Mais, il est important de noter que certains facteurs échappent à notre contrôle.
Nous exigeons aussi de recentrer l'attention sur le génocide en cours en Palestine et sur les véritables revendications du campement, dont l'adoption d'une politique de boycott académique contre toutes collaborations présentes ou futures avec les universités israéliennes.
Vive l'intifada étudiante, longue vie au mouvement des camps partout !
La Palestine sera libérée, de notre vivant !
Solidarité pour les droits Humains des Palestiniennes et Palestiniens
(SDHPP) basé à l'UQAM
sdhpp.uqam@gmail.com
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Appel urgent à l’action pour les Rohingyas de l’État de Rakhine, au Myanmar
Le Réseau des femmes pour la paix appelle à une action immédiate pour protéger la minorité ethnique et religieuse des Rohingyas dans l'État de Rakhine, ou Arakan, et empêcher que d'autres crimes atroces soient commis au Myanmar.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Le 17 mai 2024, à partir d'environ 22 heures (heure de Myanmar), l'armée de l'Arakan a mis le feu au centre-ville de Buthidaung et aux villages environnants, notamment Tat Min Chaung et Kyauk Phyu Taung, selon des informations provenant de ces localités. Des témoins ont raconté que des membres de l'AA avaient brûlé la grande majorité des quartiers de la ville, y compris les maisons, les écoles et d'autres édifices à caractère civil. Des centaines de Rohingyas auraient été tués ou mutilés, et près de 150 000 d'entre eux auraient été déplacés de force. C'est dans la commune de Buthidaung que l'on trouve la plus forte concentration de Rohingya – plus de 200 000 civils – dans l'État.
Selon ces rapports, l'attaque de l'Armée contre le centre-ville de Buthidaung, qui compte sept quartiers, n'a pas de lien direct avec le conflit armé en cours, qui s'intensifie, avec les militaires birmans dans l'État de Rakhine. Trois jours avant l'attaque de l'AA, les militaires birmans se seraient retirés du centre-ville de Buthidaung. L'Armée du Salut des Rohingyas de l'Arakan, dont il est connu qu'elle coopère avec l'armée, s'est retirée du centre-ville de Buthidaung quelques jours avant l'attaque. Les Rohingyas recrutés de force par l'armée, qui avaient brûlé plusieurs maisons que les habitants de l'ethnie rakhine avaient fuies il y a quelques semaines, n'étaient pas non plus présents dans la zone touchée.
Il est alarmant de constater que l'attaque de l'AA contre Buthidaung s'inscrit dans un contexte d'escalade des atrocités contre les civils rohingyas. Au cours des deux dernières semaines, le WPN a été informé de cas où l'AA a incendié des dizaines de villages rohingyas et a bombardé l'école secondaire d'éducation de base n°1 et le seul hôpital de la commune, où les Rohingyas déplacés à l'intérieur du pays cherchaient refuge. Des cas de massacres de familles rohingyas dans plusieurs villages de la commune ont également été signalés ; il s'agit notamment d'un groupe d'anciens rohingyas qui ont tenté d'engager des pourparlers avec les membres des AA présents dans le secteur dans le but de modérer les agressions des AA contre eux et leurs communautés. Ces attaques ont fait des centaines de morts et de blessés parmi les civils, et dans l'État de Rakhine, près de 100 000 Rohingyas ont été déplacés de force. Le WPN continue de vérifier les informations et de rechercher activement des preuves dans un contexte où les lignes téléphoniques et l'Internet sont constamment coupées arbitrairement dans l'État de Rakhine, assorti de la diffusion en ligne et hors ligne de fausses informations et de désinformation, de la promotion de discours de haine et de rhétorique génocidaire de la part d'acteurs tels que l'armée birmane et les dirigeants de l'AA, ainsi que d'actes visant à exacerber les tensions ethniques et à instrumentaliser (weaponize) les Rohingyas à l'encontre des objectifs et des efforts du mouvement pro-démocratique birman.
Il n'est sans doute pas nécessaire de rappeler que les centaines de milliers de Rohingyas déplacés, qui risquent de plus en plus de subir de nouvelles atrocités sont des victimes et des survivants des attaques génocidaires de 2017. Ils font également partie des 600 000 Rohingyas restés au Myanmar, dont environ 130 000 déplacés internes, dans des conditions de précarité extrêmes sur ple plan humain. Systématiquement privés de citoyenneté, de liberté de mouvement et d'autres droits fondamentaux, les Rohingyas n'ont aucun moyen de fuir ou de se protéger d'un régime d'apartheid, de la conscription forcée, d'actes généralisés d'enlèvement, de torture, de meurtre, ainsi que d'autres attaques ciblées de la part de l'armée birmane et d'autres acteurs. Dans le même temps, l'évacuation récente du personnel des Nations unies et de diverses organisations non gouvernementales internationales a privé les civils rohingyas de l'État de Rakhine de tout accès à l'aide humanitaire, notamment à la nourriture et aux produits de première nécessité. Les coupures généralisées des communications et des transports sont toujours d'actualité. La famine, en particulier pour les femmes et les enfants, est désormais imminente dans la région.
Le droit international doit être respecté pour que la situation dans l'État de Rakhine soit traitée de manière globale. Il est essentiel que toutes les mesures nécessaires soient prises pour protéger la minorité ethnique et religieuse rohingya, qui a été reconnu par la Cour internationalede justice comme un « groupe protégé » en vertu de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide
Une action immédiate est nécessaire pour mettre fin aux atrocités en cours dans l'État de Rakhine et pour empêcher que d'autres crimes atroces ne soient commis contre les Rohingyas. La communauté internationale ne doit plus laisser tomber les Rohingyas comme elle l'a fait dans les jours, les mois, les années et les décennies qui ont précédé les attaques génocidaires de 2017.
En conséquense, WPN appelle immédiatement :
– la communauté internationale à déployer des observateurs indépendants dans l'État de Rakhine afin que des experts puissent vérifier les faits et établir un rapport sur la crise actuelle ;
– les États membres de l'ONU et les gouvernements donateurs à fournir une assistance humanitaire aux Rohingyas déplacés de force par la crise actuelle dans l'État de Rakhine ;
– le Secrétaire général des Nations unies à invoquer l'article 99 de la Charte des Nations unies concernant la situation dans l'État de Rakhine et à faire en sorte que l'aide transfrontalière puisse être apportée aux communautés touchées ;
– le Conseil de sécurité des Nations unies à tenir une réunion publique sur la situation dans l'État de Rakhine, en mettant l'accent sur le non-respect des mesures conservatoires demandées par la CIJ ;
– les dirigeants du mouvement démocratique birman, y compris le gouvernement d'unité nationale, le Conseil consultatif d'unité nationale et les organisations révolutionnaires des communautés ethniques à prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l'escalade des atrocités contre la minorité ethnique et religieuse rohingya dans l'État de Rakhine, et à lutter activement contre l'utilisation manipulatrice des divisions ethniques par l'armée birmane contre le mouvement démocratique et ses efforts pôur aller vers une démocratie fédérale véritablement inclusive ; et
– l'AA et ses dirigeants à s'engager immédiatement et de manière significative auprès de la communauté rohingya dans le but bien circonscrit d'empêcher que d'autres atrocités soient commises à leur encontre, d'assurer leur protection, leur accès à la justice et aux responsabilités, de façon à établir une base solide pour la coexistence pacifique de toutes les communautés dans l'Arakan.
19 mai 2024
Réseau des femmes pour la paix
Déclaration au format PdF
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article70805
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeeplPro.
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Israël, fait colonial. Maxime Rodinson met KO Bernard-Henri Lévy
Dans son dernier ouvrage Solitude d'Israël comme dans les interventions médiatiques qui s'en sont suivies, BHL conteste la qualification d'Israël de « fait colonial », opérée en juin 1967 par l'orientaliste Maxime Rodinson dans un texte au titre éponyme. Les arguments farfelus et fallacieux que le philosophe mobilise à cet effet ne sont jamais contestés par ses interviewers. Mise au point.
Tiré d'OrientXXI
17 mai 2024
Par Alain Gresh
Le dernier opus de Bernard-Henri Lévy mérite-t-il ces quelques lignes et le temps gaspillé à sa lecture ? Les interviews complaisantes que l'auteur multiplie lui permettent de dérouler, la plupart du temps sans contradicteur – l'ignorance de ses interviewers est souvent abyssale -, sa routinière défense d'Israël, de ses crimes de guerre, de son armée ô combien morale. Tout en déplorant la solitude d'un État qui dispose — excusez du peu — d'un soutien robuste des États-Unis et de la plupart des pays occidentaux, dont la conscience est à peine ébréchée par les quelque 35 000 morts, en majorité civils, dénombrés à Gaza. Rien de bien nouveau dans le monde selon BHL.
Nous aurions donc pu dédaigner ce pamphlet, triste ramassis des éléments de langage du discours politique et médiatique dominant, qui se drape dans les habits de la dissidence. Pourtant, l'ouvrage vaut pour un seul point : il fait remonter à la surface un texte oublié de l'orientaliste Maxime Rodinson, paru dans la revue de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Les Temps modernes à la veille de la guerre de juin 1967, et intitulé « Israël, fait colonial ? ». BHL en cite la conclusion :
Je crois avoir démontré, dans les lignes qui précèdent, que la formation de l'État d'Israël sur la terre palestinienne est l'aboutissement d'un processus qui s'insère parfaitement dans le grand mouvement d'expansion européo-américain des XIXe et XXe siècles pour peupler ou dominer les autres terres.
Une phrase qui ne peut que susciter l'indignation de ce « Jean-Paul Sartre dévalué » que moquait Renaud dans sa chanson « L'Entarté ».
« De vieilles passions communistes au cœur d'Israël »
Les migrants sionistes n'étaient-ils pas animés par des idéaux de la révolution d'Octobre ? Ne brandissaient-ils pas le drapeau rouge ? N'entonnaient-ils pas des chants spartakistes ? Ne se réclamaient-ils pas pour certains du marxisme-léninisme ? Dans une lettre à son ministre des affaires étrangères datée du 29 novembre 1924, le consul de France à Jérusalem notait :
Dans les colonies coopératives tout est indivis, le sol, les instruments de travail, les bénéfices, le plus souvent les repas se prennent en commun, tous les enfants sont rassemblés dans une nursery où l'une des femmes s'occupe d'eux. Ce système a, sous le rapport de la culture, des inconvénients graves qu'il est superflu de signaler, mais les chefs sionistes s'y résignent parce qu'il satisfait cette espèce de curiosité, d'inquiétude des formules sociales nouvelles qui tourmente l'âme de la plupart de leurs recrues. (…) Le sionisme, ne vivant que d'un appel aux forces morales, aux traditions nationales, doit utiliser tout ce qu'il fermente de vieilles passions communistes au cœur d'Israël.
Les dirigeants sionistes surent, comme l'a démontré l'historien israélien Zeev Sternhell (1), manipuler ces « vieilles passions communistes » pour créer des kibboutz très militarisés – « une main sur la charrue, l'autre sur le glaive » – dont l'objectif réel était le maillage du territoire palestinien, premier pas vers sa conquête.
Marx écrivait qu'on ne juge pas un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même. On ne peut évaluer non plus un mouvement sur l'idée qu'il se fait de lui-même. Il ne s'agit pas de nier la sincérité de cette « passion communiste » qui animait (certains) émigrants juifs, mais d'analyser leur pratique politique réelle, nombre de massacres et de crimes se sont fait au nom du Bien et de « la civilisation ». Rodinson a bien mis en lumière le point aveugle de ces colons :
La suprématie européenne avait implanté, jusque dans la conscience des plus défavorisés de ceux qui y participaient [à l'émigration en Palestine], l'idée que, en dehors de l'Europe, tout territoire était susceptible d'être occupé par un élément européen. Le cas de l'utopie sioniste n'était pas, de ce point de vue, différent de celui des utopies socialistes du type de l'Icarie de Cabet (2). Il s'agit de trouver un territoire vide, vide non pas forcément par l'absence réelle d'habitants, mais une sorte de vide culturel. En dehors des frontières de la civilisation (…), on pouvait librement insérer, au milieu de populations plus ou moins arriérées et non contre elles, des « colonies » européennes qui ne pouvaient être, pour employer anachroniquement un terme récent, que des pôles de développement.
Ce sentiment de supériorité n'était pas propre au seul mouvement sioniste, on le retrouve dans le mouvement ouvrier à la fin du XIXe siècle et au cours du XXe siècle. Ainsi, les communards en Algérie qui se réclamaient de la Commune de Paris de 1871, saluaient la répression de l'insurrection en Kabylie, qui embrasait alors le pays (3). Les fédérations algériennes de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) votèrent massivement l'adhésion à l'Internationale communiste au congrès de Tours en 1920, tout en dénonçant le nationalisme indigène « rétrograde » et en prônant l'assimilation. Tous ces socialistes chantaient pourtant « L'Internationale », se réclamaient de « la dictature du prolétariat », appelaient au soulèvement des « damnés de la Terre » réduits aux seuls ouvriers européens. Il fallut la création de l'Internationale communiste pour que s'impose, non sans obstacles, le mot d'ordre « prolétaires de tous les pays et peuples opprimés unissez-vous », et pour rompre en paroles et parfois en actes avec les vieilles tendances coloniales de la social-démocratie.
L'Ancien Testament comme titre de propriété
Pour contester le caractère colonial de l'entreprise sioniste, BHL rabâche plusieurs thèses auxquelles le long texte de Rodinson dans Les Temps Modernes avait répondu par avance, mais qu'il ne s'est pas donné la peine de relire, ne serait-ce que pour les contester.
« Il y a toujours eu des Juifs sur la terre de ce qu'est aujourd'hui l'État d'Israël », écrit-il, depuis des milliers d'années, avant et après la destruction du Temple en l'an 70. Certes, ils n'étaient pas constitués en nation, concède BHL, mais « les autochtones arabes ne l'étaient pas davantage ». Ils n'acquirent ce statut, selon lui, que dans les années 1940, en même temps que les Juifs, ce qui permet, par un tour de passe-passe, d'apposer un signe d'égalité entre les aspirations des Palestiniens et celles des Juifs en Palestine. Cette logique amènerait à prétendre que les peuples autochtones amérindiens ou africains, qui n'étaient pas des communautés nationales, n'ont donc pas subi le colonialisme.
Et quelle est la légitimité d'une revendication juive sur la Palestine ? Rappelons que Theodor Herzl, le fondateur du sionisme politique, avait envisagé une installation des juifs en Argentine ou au Congo. BHL invoque la Bible désignée comme le « Malet et Isaac des sionistes », pour justifier cette prétention. Rappelons que Malet et Isaac est la collection de manuels d'histoire conçue par la République au début du XXe siècle, et qui a inventé plusieurs thèmes de la mythologie nationale, dont « nos ancêtres les Gaulois ». S'il relève plus de l'idéologie que de l'Histoire, il a quand même quelques rapports avec cette dernière, ce qui n'est pas le cas de la Bible, même s'il reste un texte majeur pour l'humanité. Et qui peut considérer, sauf quelques illuminés, l'Ancien Testament comme un titre de propriété ?
Évoquant les droits historiques des juifs sur la Palestine, Maxime Rodinson ironise : « Je ne ferai pas à mes lecteurs l'affront de les croire séduits par cet argument », ou alors — c'est nous qui complétons — on ouvrirait les portes à une guerre de mille ans, notamment en Europe, avec les revendications « historiques » de la Russie sur l'Ukraine, de la Serbie sur le Kosovo, voire de la France sur la partie francophone de la Belgique.
Dans sa préface à un livre que j'avais écrit sur l'histoire de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Rodinson avait illustré l'absurdité d'une revendication reposant sur les mythes développés par les mouvements nationalistes :
Qu'on cherche à s'imaginer les Tsiganes – peuple persécuté depuis des siècles et exterminé en masse par les hitlériens – réclamer un État dans le département des Bouches-du-Rhône où se situe un sanctuaire qu'ils révèrent, celui des Saintes-Maries-de-la-Mer, réaliser leur projet grâce à l'appui des États-Unis et de l'Union soviétique, après s'être constitué une base territoriale en achetant systématiquement des terres, après avoir vaincu militairement les forces françaises s'efforçant de résister. Qu'on pense à la réaction des habitants placés dans une position subordonnée, forcés d'apprendre le tsigane pour avoir une place dans l'État tsigane, poussés autrement à aller s'établir ailleurs (la France est grande, il y a 95 autres départements diraient les apologistes de l'État tsigane) (4).
Le rôle central de Londres
« Il y a un point, un au moins, sur lequel tous s'accordent, argumente ensuite BHL, la colonisation, c'est le vol. Or il n'y eut ni vol ni dol. Les terres acquises par les migrants non moins que par les autochtones juifs ne furent, sauf exception, pas ravies mais achetées. (…) Il n'est pas vrai que les terres constitutives du futur Israël aient été prises par la force ou au mépris de la loi. » Là encore, BHL n'a pas lu Rodinson qui explique comment en Afrique noire comme en Tunisie, l'acquisition des terres par les colons s'opéra le plus souvent légalement. À la veille du plan de partage de la Palestine voté par l'Assemblée générale de l'ONU le 29 novembre 1947, le pourcentage des terres cultivables de Palestine possédées par des Juifs ne représentait que 9 % à 12 % des terres cultivables ; il fallut la création de l'État d'Israël, « le vol et dol » des terres des réfugiés palestiniens, la « judaïsation » des propriétés des Palestiniens citoyens d'Israël pour bouleverser le cadastre. Résultat : à la veille de la guerre de 1967, 72 % des terres aux mains de Juifs israéliens avaient appartenu à des Palestiniens avant 1947 (5).
Ultime pierre du raisonnement de notre philosophe, « qui dit colonialisme dit métropole coloniale. Or la réalité c'est que la métropole, c'est-à-dire, en la circonstance, la Grande-Bretagne, s'opposa de toutes ses forces, ici comme ailleurs, à la dislocation de son empire. … [La naissance d'Israël] est un moment de l'histoire, non des empires, mais de leur dissolution ; et le sionisme n'est pas un impérialisme, mais un anti-impérialisme. » Ce raccourci qui trouverait sa place dans un Mallet et Isaac israélien occulte le rôle central de Londres. À partir de 1922, date du début de leur mandat sur la Palestine, les Britanniques ont encouragé non seulement une émigration massive juive, mais ont aidé le Yichouv — la communauté juive en Palestine — à se constituer en corps séparé, avec ses institutions politiques, sa vie économique reposant sur « le travail juif » et la séparation d'avec les Arabes, et bientôt ses milices armées par les Britanniques. Le Royaume-Uni ne le fit pas par « amour des juifs », nombre de défenseurs du projet sioniste, Lord Balfour en tête, étaient antisémites, mais parce que Londres voyait ces colons européens comme « un poste avancé de la civilisation » et un point d'appui pour la défense de ses intérêts dans la région.
Cette approche se modifia durant la Seconde guerre mondiale, quand le Royaume-Uni dut prendre en compte les demandes de ses commensaux arabes sur lesquels il régnait (Égypte, Transjordanie, Irak). L'utilisation du terrorisme par les groupes sionistes contre des intérêts et des soldats britanniques – qui soulevèrent une véritable indignation dans l'opinion publique du royaume - et la volonté du sionisme de s'appuyer sur les États-Unis élargirent le fossé entre les alliés d'hier. Peut-on parler pour autant d'une guerre de libération sioniste contre l'empire ? Il faudrait alors considérer comme un soulèvement anticolonial la révolte des pieds-noirs d'Algérie contre Paris en 1960-1962, et l'Organisation armée secrète (OAS) comme un mouvement anti-impérialiste. Ou saluer la sécession des Blancs de Rhodésie en 1965 de la tutelle britannique comme un coup porté à l'empire de Sa Majesté. L'engagement d'Israël contre tous les mouvements d'émancipation des peuples du tiers-monde, du Vietnam aux colonies portugaises en passant par l'Amérique latine, a confirmé l'inscription durable de ce pays dans « le camp impérialiste ». Comme l'illustre l'alliance stratégique tissée avec l'Afrique du Sud de l'apartheidà partir de 1948, que poursuivirent tous les gouvernements israéliens de « gauche » comme de droite, allant jusqu'à aider Pretoria dans son programme nucléaire militaire.
On ne conseillera pas à BHL de relire Maxime Rodinson dont le texte dense — même s'il est parfois un peu daté - fait voler en éclat ses piètres démonstrations. En revanche, les lecteurs y trouveront de quoi nourrir leur réflexion à un moment où le caractère colonial du projet sioniste apparaît dans toute son horreur à Gaza.
Notes
1. Zeev Sternhell, Aux origines d'Israël. Entre nationalisme et socialisme, Fayard, 1998.
2. Étienne Cabet, théoricien politique français (1788-1856), voulait construire une cité idéale ; il tenta une expérience au Texas.
3. Alain Ruscio, « Commune(s), communards, question coloniale », Cahiers d'histoire, n° 153, 2022.
4. Préface à Alain Gresh, OLP, histoire et stratégies. Vers l'État palestinien, Spag-Papyrus, 1983.
5. Lire John Ruedy, « Land Aliénation » dans The Transformation of Palestine, sous la direction d'Ibrahim Abu-Lughod, Northwestern University Press, Evanston, 1971.
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La France, tu l’aimes mais tu la quittes. Comment l’islamophobie travaille la société française
Dans un livre paru récemment au Seuil, Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin présentent les résultats d'une enquête sociologique vaste et inédite sur l'exil de Français·es de culture ou de confession musulmane, en réponse aux multiples discriminations et à la stigmatisation quasi-permanente, dans l'espace public, de l'islam et des musulman·es. S'inscrivant dans un champ de recherche en développement, les auteurs·rices nous invitent ainsi, à travers cet ouvrage, à prendre enfin toute la mesure des effets concrets de l'islamophobie sur la vie de millions de personnes vivant en France. Nous vous proposons d'en lire l'introduction.
23 mai 2024 | tiré de contretemps.eu
https://www.contretemps.eu/islamophobie-discriminations-exil-musulmans-france/
Introduction
Quand vous entrez dans l'amphi, il y a un silence de mort. Alors que quand c'est les autres, on les applaudit, parce que c'est un peu le bazar en médecine en fait, il y a comme un système de bizutage, mais nous, on n'entre pas dans ce délire‑là. On en est même exclues d'office. Voilà… alors qu'on s'en fiche, qu'on soit intégrées ou pas, on s'en fiche. Mais, je sais pas, c'est comme un non‑dit, c'est : “bon elle, elle est voilée, elle ne fait pas partie de notre monde”.
Appelons cette femme Ilham[1]. Installée à Salford près de Manchester au moment où elle nous accorde un entretien en 2021, elle se souvient avec émotion de son passage en faculté de médecine, où elle était la seule à porter un hijab[2]. L'exclusion dont elle témoigne est à la fois liée à ses origines, à sa religion visible dans l'espace public, mais aussi à sa classe sociale. Elle confie en effet qu'en bifurquant ensuite vers des études de sage‑femme, elle a côtoyé un milieu plus hétéro‑ gène, moins marqué par un entre‑soi blanc et bourgeois, et que sa religion est « mieux passée » auprès des étudiantes de sa nouvelle promo.
Elle se souvient tout de même d'un événement traumatique dans son cursus de sage‑femme, lorsqu'un professeur d'anatomie avait exigé qu'elle retire son foulard avant un examen. Elle avait beau avoir soulevé son voile un instant pour montrer qu'elle ne portait pas d'écouteurs dans le but de tricher, le professeur n'avait rien voulu savoir. Ilham a essayé de se défendre, car la demande de l'enseignant n'était pas légale. Mais rien n'y a fait.
Ilham est née et a grandi dans un quartier populaire d'Orléans. Ses parents sont marocains, son père a été ouvrier agricole, puis a travaillé dans le BTP et sa mère s'est occupée de ses sept enfants. Ses études supérieures ont validé sa trajectoire sociale ascendante, mais le port du foulard a donné lieu pour elle à de multiples discriminations, et a fait de son parcours en médecine un épisode douloureux. Elle a décidé de le porter peu après la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l'école.
Les controverses précédant la loi et la législation elle‑même ont cristallisé la volonté d'Ilham d'affirmer son islam publiquement, tout en respectant les règles du dévoile‑ ment à l'entrée du lycée : « Le fait d'avoir mis la lumière sur le voile, ça m'a fait réfléchir, oui. J'étais adolescente, j'avais deux amies qui le portaient déjà, et j'ai décidé de le porter. » Avant d'ajouter :
« Le symbole de devoir retirer ce voile avant l'école reste gravé dans ma mémoire parce que, j'utilise des termes un peu forts mais, au début, de devoir retirer son voile devant l'école, c'était un crève‑cœur, on avait l'impression de se trahir. Et de voir les autres nous regarder, ce n'était pas de la curiosité malsaine, les autres se demandaient juste, « mais qu'est‑ce qu'elles font ? C'est trop bizarre ! » »
Son diplôme de sage‑femme en poche, elle postule dans des hôpitaux à Orléans, à Montargis, travaille quelques mois mais les entretiens, souvent, se passent mal. La suspicion qui entoure le port du voile est forte. Un chef de service lui demande d'emblée : « j'espère que vous ne portez pas le voile ! », alors qu'elle garde les cheveux découverts sur le lieu de travail. Dans ce climat délétère, elle essaie de s'ins‑ taller en statut libéral, mais malgré ses efforts n'y parvient pas. Elle « tombe au RSA », est proche de la dépression. Elle rencontre alors son futur mari, un biologiste marocain, qui part faire une thèse de doctorat en Espagne, et qu'elle suit. Installée à Saragosse, elle a l'impression de revivre, son hijab ne posant plus de problème. Elle se dit abasourdie par le contraste entre les deux pays :
« Moi, en Espagne, je me sentais revivre, je l'ai dit à mon mari, “c'est fou ici, on est à la porte de la France. Il n'y a qu'une chaîne de montagnes qui nous sépare, mais c'est une autre mentalité”. »
Comme d'autres, elle sait qu'un autre pays européen, l'Angleterre, est connu pour être, pour « des gens comme nous », un « autre monde ». Elle finit par partir avec son mari à Salford, près de Manchester.
Deux années après son installation, elle raconte :
« Dès qu'on est arrivés, on s'est sentis à l'aise ici, moi je n'étais jamais allée en Angleterre, jamais. Tout ce qu'on m'avait dit sur le pays s'est confirmé ; en tant que musulmans on se sent comme des poissons dans l'eau, clairement. Le fait musulman n'est juste pas un problème ici » (E129)[3].
Elle est en cours de validation de son équivalence de diplôme de sage‑femme, et donne des cours de français, comme son mari donne des cours de biologie. Elle se dit heureuse que ses deux enfants grandissent dans une atmosphère trilingue, avec le français, grâce à elle, l'arabe, grâce à son mari, et l'anglais. Elle sait aussi que ses enfants ne connaîtront pas toutes les vexations qu'elle a subies.
Redouane habite pour sa part à Dubaï depuis 2016. Il se qualifie assez naturellement d'« expatrié ». De fait, il ne partage pas le vécu traumatique d'Ilham. Français d'origine marocaine, il est arrivé en France à l'âge de deux ans. Son père, mécanicien, est décédé quand il était enfant. Sa mère, préparatrice en pharmacie, a alors dû assurer l'éducation des quatre enfants :
« Elle a toujours suivi nos études dès le plus jeune âge ; elle nous a appris qu'il fallait bosser, travailler dur. »
Comme lui, ses frères et sœurs partagent une trajectoire sociale ascendante, grâce à de longues études. Redouane en est pleinement conscient, d'où son profond sentiment de gratitude :
« En France, on a pu grandir, on a pu vivre en sécurité, on a pu manger à notre faim, on a pu étudier, tous étudier sans jamais avoir eu besoin de payer quoi que ce soit. Tout ça, ce sont des choses qu'on n'aurait jamais pu avoir dans notre pays d'origine. »
Redouane a pu intégrer une classe préparatoire scientifique, puis une école d'ingénieur, où il est parvenu à s'imposer dans ce milieu dont il souligne lui aussi le caractère « blanc » et « bourgeois ». Étant musulman, il s'est toujours tenu à dis‑ tance des fêtes alcoolisées. En 2011, il a passé un semestre aux États‑Unis, qui lui a ouvert les yeux sur certaines réalités françaises, notamment sur les manières d'accommoder la religion musulmane :
« Là‑bas, j'ai vu des choses qui m'ont plu et des choses qui m'ont déplu ; et quand je suis rentré en France, j'ai découvert pas mal de choses, que je n'avais pas vues avant, des choses qui tournent pas forcément très rond ; des choses qu'on comprend quand on prend du recul et ça a été, disons, la première phase où j'ai commencé à réfléchir à quitter la France. »
Lors d'un road-trip dans le Golfe, il se pose la question de partir travailler à Dubaï. On est alors en 2016. Il s'informe sur les possibilités de faire un Volontariat inter‑ national en entreprise (VIE), qu'il obtient finalement. Il y rencontre une Marocaine, elle aussi en VIE. Ensemble ils ont un enfant, et semblent épanouis à Dubaï, dont ils louent le respect multiconfessionnel, entre membres d'une élite économique multiculturelle, où il est tout à fait banal de ne pas être autochtone :
« On est 80 % de la population et de fait, quelle que soit sa culture, sa religion, etc., tout est fait pour qu'on se sente à l'aise. Il faut travailler dur, c'est vrai. Il faut s'adapter. Mais comme je l'ai dit, tout est fait pour que ça marche bien. »
Même s'il a conscience de faire partie d'une élite économique, aux conditions de travail et de rémunération radicalement différentes de celles des ouvriers pakistanais ou philippins, Redouane s'épanouit dans un environnement musulman où sa religion n'est pas stigmatisée. Cela passe par des pratiques banales de la vie de tous les jours :
« J'ai ressenti énormément de respect vis‑à‑vis de ça, le genre de choses que je n'aurais jamais imaginées en France. Par exemple, lorsque je travaillais en France, j'allais manger à la cantine. Et il y avait cinq ou six choix différents de viande pour un à deux choix de légumes, dont des frites. Malgré cette diversité, je n'ai jamais demandé à avoir de la viande halal. J'étais à des millénaires, presque, de pouvoir revendiquer ce genre de choses, juste avoir un peu plus de légumes, pour avoir un menu végan ou avoir du poisson, plus de viande et ça m'était refusé, dans les années 2010‑2015. Ici, par contre, c'est le genre de question qu'on ne se pose pas » (E42).
Un récit collectif jamais sollicité
Les vécus, ressentis, comparaisons dont font état Ilham et Redouane sont au cœur de notre enquête, qui s'est déroulée entre 2021 et 2023. Quantitative et qualitative, elle repose sur un matériau original qui permet de comprendre pourquoi des milliers de Françaises et Français décident, sans doute de façon croissante, de quitter leur pays pour, notamment, fuir le racisme. On verra qu'il ne s'agit peut‑être pas de musulmans comme les autres, la grande majorité appartenant à une élite, hautement qualifiée, ayant connu des trajectoires d'ascension sociale. Reste qu'une fuite des cerveaux à la française se produit silencieusement sous nos yeux. Ce livre ambitionne d'en rendre compte.
Jusqu'ici, que des Français et Françaises de culture ou de confession musulmane quittent le pays pour aller vivre et travailler ailleurs n'a guère suscité l'intérêt des politiques, des médias et des universitaires. Quelques articles ont été publiés sur les départs en Angleterre, en Turquie, ou bien à Dubaï[4]. L'émission Les Pieds sur Terre sur France Culture s'est penchée sur la question. Enfin, deux thèses de doctorat ont été consacrées à cette thématique, en élargissant la focale à d'autres origines géographiques. Celle de Jérémy Mandin s'intéresse aux Français et aux Belges d'origine maghrébine installés à Montréal[5]. Celle de Jaafar Alloul observe les mobilités euro‑maghrébines aux Émirats arabes unis et suit la trajectoire de jeunes Hollandais, Français et Belges[6]. On notera au passage que ces thèses ont été sou‑ tenues hors de France.
Alors que la France est le pays européen comptant le plus de personnes de confession musulmane, on recense encore peu de travaux investiguant leur expérience minoritaire ordinaire, permettant aussi de comprendre les trajectoires d'exil et d'expatriation que nous avons cherché à documenter. Que notre objet soit jusqu'alors passé sous les radars médiatiques et politiques a été illustré par la publication, le 13 février 2022, d'un article du New York Times intitulé « Le départ en sourdine des musulmans de France », qui mentionne explicitement notre enquête. Par l'effet de ce que Pierre Bourdieu aurait appelé « la circulation circulaire de l'information », dès la publication de cet article, une quinzaine de médias nationaux – journaux, magazines, radios, chaînes d'info – ont contacté des membres de notre équipe pour en savoir davantage, avec un mélange de curiosité et parfois de suspicion.
La séquence des attentats de 2015‑2016 et plus tard, en 2020, celle qui a vu se succéder le discours des Mureaux d'Emmanuel Macron (2 octobre 2020) sur le « séparatisme », l'assassinat de Samuel Paty deux semaines plus tard (le 16 octobre), puis les restrictions des libertés associatives avec l'adoption de la « loi contre le séparatisme » en août 2021 ont constitué une véritable escalade dans un pays pourtant habitué aux controverses sur l'islam. Si le « problème musulman » a été construit de longue date[7], l'islamophobie (nous reviendrons sur l'usage que nous faisons de ce terme) a connu une forme d'accélération – attestée tant par les chiffres officiels des actes anti‑musulmans que par le ressenti des personnes interrogées – au cours de la dernière décennie. Ce n'est donc pas un hasard si, comme on le verra à l'aide de notre étude quantitative, la fuite des musulman·es français·es s'est accélérée depuis 2015.
Cette exacerbation des stigmatisations a été ressentie à l'université elle‑même. Pour preuve : la séquence polémique autour d'un « islamo‑gauchisme » imaginaire pourtant brandi comme une menace réelle sur « le vivre‑ensemble » par les ministres Jean‑Michel Blanquer et Frédérique Vidal[8]. La vie et le financement des associations n'ont pas été épargnés non plus.
Au‑delà des dissolutions du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), du Collectif contre le racisme et l'islamophobie (CRI) et de Baraka City, les associations musulmanes et leurs alliés ont fait l'objet d'une chasse aux sorcières, marquée par des coupes de subvention, des fermetures de mosquées jugées « séparatistes », des fermetures de comptes en banque et surtout par la disqualification de leurs membres perçus de manière indifférenciée comme « islamistes », « communautaristes » ou « séparatistes », toutes ces mesures contribuant à fragiliser les acteurs les mieux à même de prendre en charge les colères que suscitent les discriminations[9].
La stigmatisation d'un nombre croissant de personnes ou d'associations comme « ennemies de la République » illustre un rétrécissement inquiétant du pluralisme démocratique, où l'invocation mécanique de la « République » et de ses « valeurs » vaut rappel à l'ordre autoritaire et musellement des contestations[10]. Ce livre se penche sur ses conséquences, sur les trajectoires individuelles, les destins familiaux, les corps et les âmes des personnes touchées par cette violence ordinaire.
Dans ce contexte, beaucoup de personnes interrogées ont accueilli avec enthousiasme l'existence même de l'enquête, et la possibilité d'offrir des témoignages illustrant l'ampleur de ce racisme spécifique qu'est l'islamophobie. On peut jauger leur démarche à l'aide de la triade, classique dans les sciences sociales, proposée par l'économiste Albert Hirschman : exit, voice, loyalty. Selon Hirschman, quand un produit ou un service se détériore, le consommateur ou le citoyen peut choisir entre : la loyalty, où il renonce à l'action ; la prise de parole (voice) dans le but de faire connaître son mécontentement et de changer la situation ; ou enfin l'exit, c'est‑à‑dire la défection pure et simple.
On peut arguer dans notre cas qu'après l'exit, matérialisée par le départ de France, beaucoup de personnes interrogées ont eu recours à la prise de parole, voice, en répondant à nos questions, surtout quand ces individus partagent des vécus discriminatoires douloureux[11]. En voici quelques exemples :
Je veux commencer par dire que c'est assez extraordinaire qu'on nous donne la parole (Lamia, Ottawa, qui a quitté la France en 2007, E75).
Merci de faire ce travail parce que ça va aider. J'espère que ça va aider les politiques et, un petit peu, la société française à ouvrir les yeux (Mokhtar, New York, qui a quitté la France en 2012, E122).
Je trouve ça beaucoup plus impactant qu'un bulletin dans une urne. C'est beaucoup plus constructif que de mettre « Macron » pour faire barrage à « Le Pen » au deuxième tour (Sofiane, région de Birmingham, 2021, qui a quitté la France en 2016, E50)
Je trouve que c'est une super initiative de faire ce type d'étude. Les médias et les politiques sont obsédés par les musulmans, mais […] ils sont dans un monde imaginaire, avec leurs idées bien particulières sur ce que c'est les musulmans. Et ils ne comprennent pas la diversité de ce qui nous compose (Assia, Londres, qui a quitté la France en 2013, E137).
Qui sommes-nous ?
Cette attente crée une pression et pose la question de la relation entre enquêteurs et enquêtés, dont on mesure la complexité dans les pages qui suivent. Cette relation a été façonnée par les profils hautement qualifiés de la plupart des personnes interrogées : pour simplifier, des individus aux longs parcours universitaires répondaient aux questions d'autres individus aux parcours universitaires assez analogues, fût‑ce dans des disciplines différentes. Sans oublier que plusieurs membres de l'équipe ont accumulé, depuis des années, des séjours plus ou moins longs et répétés dans des pays anglophones qui sont des lieux de résidence des personnes enquêtées : Grande‑Bretagne, Canada, États‑Unis, Irlande, principalement.
Ainsi, régulièrement, selon les différences d'âge, de parcours personnel ou d'identité ethno‑raciale, les personnes interrogées basculaient spontanément d'un « vous » à un « tu »[12]. Sans que cela crée de connivences, ces similitudes facilitent la compréhension de situations vécues, des situations qui, de France, sont réifiées par des politiques et médias toujours avides de dichotomies faciles entre « les Anglo‑Saxons et nous »[13].
Encore plus centrale est la question de notre identité en tant que non‑musulmans pour coordonner cette enquête. Sans que nous ayons abordé le sujet d'emblée, il paraissait souvent préférable aux yeux des personnes rencontrées que ce travail soit mené par des non‑musulmans, condition à leurs yeux d'une plus grande légitimité des résultats produits. Car le fait est que la plupart des membres de notre équipe ne sont pas issus du groupe minoritaire faisant l'objet de cet ouvrage. Se pose donc pleinement la question de la « positionnalité », que Silyane Larcher envisage ainsi, en s'inspirant notamment d'un article important de Donna Haraway[14] sur la connaissance située (situated knowledge) :
« La positionnalité ne désigne pas le point de vue d'une identité essentialisée, sorte de posture figée, mais plutôt la perspective socialement et historiquement déterminée, donc changeante, à partir de laquelle le sujet de connaissance regarde le monde social et est en même temps façonné par lui. »[15]
L'écriture de cet ouvrage par des personnes subissant racisme et islamophobie au sein de la société française aurait peut‑être permis aux lecteurs de se faire une meilleure idée des expériences dont il sera question dans les pages qui suivent, ou de s'y retrouver plus fidèlement s'ils les partagent. Diverses raisons expliquent cette quasi‑absence de musulmans dans l'équipe à l'origine de ce livre. Tout d'abord, une présomption de partialité voire de militantisme pèse sou‑ vent sur les chercheurs et chercheuses qui travaillent sur un groupe auquel on estime qu'ils et elles appartiennent[16].
Cette question avait déjà été explorée par la chercheuse Philomena Essed au début des années 1990, à travers la figure de la Black angry woman aux États‑Unis[17], une critique qui n'épargne pas le travail des universitaires issus de minorités, sur lesquels pèsent, pour citer Audrey Célestine, des « soupçons d'être “trop près de leur objet” ou “trop concernés” »[18]. De fait, la nécessaire « neutralité axiologique » à laquelle invite le sociologue Max Weber[19] est souvent mal comprise. Elle est souvent caricaturée en une injonction à une neutralité de façade qui reviendrait à prétendre, lorsqu'on est universitaire, qu'on est capable de s'extraire du social, des rapports de force qui le traversent et le structurent.
Travailler sur ce qui n'est pas soi n'abolit pas la position sociale que l'on occupe et à partir de laquelle on porte un regard sur le monde social. Il n'existe pas de regard neutre, ce qui n'empêche pas d'objectiver les phénomènes sociaux. En second lieu, et plus concrètement, l'université française demeure un espace très majoritairement blanc où les personnes racisées sont largement sous‑représentées[20]. Enfin, les coûts sont réels dans une carrière universitaire lorsqu'on s'investit dans un projet jugé politiquement inflammable et entouré de soupçons.
Des collègues au statut précaire – qui sont de plus en plus nombreux, surtout en sciences sociales – prennent un risque en s'associant à ce type de projet. Dans ce contexte, ce n'est pas un hasard si un chercheur comme Abdellali Hajjat est désormais professeur de sociologie à l'Université libre de Bruxelles, expatriation universitaire qu'il a justifiée par les « grandes difficultés » qu'il a connues en France pour « mener un travail serein sur la question de l'islamophobie »[21].
Collectivement, nous pensons en outre que la charge raciale qui pèse sur la composante musulmane de la société française ne doit pas reposer sur ce seul groupe. Maboula Soumahoro définit cette « charge raciale », notion inspirée du pionnier de la sociologie américaine W. E. B. Du Bois (1868‑1963), comme la « tâche épuisante d'expliquer, de traduire, de rendre intelligibles les situations violentes, discriminantes ou racistes »[22] auprès du groupe majoritaire dans la société. Nous proposons modestement de partager cette charge raciale. Il nous semble également que notre ouvrage en dit au moins autant sur la France que sur les personnes interrogées, leurs trajectoires, leur identité ou leur foi. Or nous faisons partie de cette société et c'est donc aussi sur nous‑mêmes que nous avons travaillé.
Qu'on nous permette de faire un pas de côté pour mieux saisir ce qui se joue ici, en nous inspirant de l'expérience de l'historien canadien John Milloy. Auteur d'un ouvrage de référence sur les pensionnats (residential schools) imposés aux enfants des peuples autochtones jusque dans les années 1990 au Canada, et dont l'histoire tragique a suscité un traumatisme national, il insiste à la fin de son introduction sur le fait que son livre est « une histoire écrite par un non‑Aborigène, quelqu'un qui n'a jamais été envoyé de force dans un pensionnat », quelqu'un qui « n'a jamais ressenti le racisme ou dû subir le dénigrement de sa propre identité », mais que, en réalité, son ouvrage en dit davantage sur son propre pays que sur les peuples premiers du Canada.
Pour étayer son propos, Milloy précise qu'en 1965, lors d'auditions par le Bureau des affaires indiennes, un ancien élève d'un pensionnat appartenant à la nation Mohawk exprima « une vraie réticence » à témoigner, parce que, selon lui, « pour être honnête, cette histoire, ce n'est pas celle de mon peuple, mais c'est plutôt la vôtre »[23].
Islamophobie, une notion militante ?
Dans son ouvrage Why Race Still Matters (« Pourquoi la race est toujours d'actualité »), la théoricienne australienne Alana Lentin met en question la manière dont le racisme est défini, et surtout par qui. Elle note que ce sont toujours les élites politiques et médiatiques, qui dans leur majorité n'en souffrent pas, qui jouissent du pouvoir de définition officielle du racisme, tandis que ses victimes ont peu voix au chapitre dans l'espace public sur la nature des discriminations qu'elles subissent[24].
Notre enquête illustre la validité de cette thèse : alors qu'en France une bonne partie des élites politiques, au nom d'un universalisme abstrait, nie l'existence de cette forme majeure et spécifique de racisme, les premiers concernés utilisent le terme « islamophobie » de manière banale, à la mesure de la banalisation de ce racisme dans notre pays. Comme le dit Lila, qui travaille aujourd'hui dans la finance à Singapour après avoir quitté un emploi rémunérateur en France du fait d'une atmosphère devenue trop pesante :
« c'est clairement de l'islamophobie. Quand on a une discrimination envers une religion, c'est sûr, c'est du racisme. Et celui‑ci, plus particulièrement, s'appelle de l'islamophobie. Comment vous voulez appeler ça, vous ? » (E23).
On notera aussi que les rares personnes n'ayant pas fait d'études supérieures parmi notre échantillon l'utilisent tout autant que celles qui sont passées par les bancs de Sciences Po Paris ou l'École Centrale.
Nous entendons par islamophobie la stigmatisation de l'islam et des musulmans et ses conséquences concrètes : discriminations, micro‑agressions[25], violences verbales et physiques. À ce titre, et alors que le débat public s'est beaucoup concentré sur cette question ces dernières années, l'islamophobie ne relève pas de la « peur » de l'islam, et encore moins de la possibilité ou non de critiquer cette religion, pas plus que l'homophobie ne renvoie à la seule peur des homosexuels, mais à l'ensemble des actes discriminatoires ou violents qui les ciblent.
Le concept d'islamophobie est aujourd'hui reconnu par les sciences sociales à l'échelle internationale et mobilisé par de très nombreuses institutions nationales et internationales[26]. Les querelles sémantiques qu'il déchaîne en France paraissent donc exceptionnelles, et contribuent peut‑être à détourner l'attention des conséquences réelles de ce problème. Sans fétichiser le terme – au fond, « racisme anti‑musulman » est équivalent – il mérite peut‑être d'autant plus d'être conservé qu'il est attaqué et que son abandon ou son évitement reviendraient à délégitimer l'usage ordinaire dont nos entretiens témoignent.
Des mobilités internationales à part ?
D'autres concepts qu'« islamophobie » nous ont causé bien davantage de problèmes, à commencer par la manière de nommer ces musulmans français partis vivre à l'étranger. Est‑ce que ce sont des personnes émigrées, exilées, expatriées, et quel est le degré de porosité des situations auxquelles renvoient ces termes ?
La mobilisation de ces notions par les personnes interrogées est elle‑même assez hésitante. Ainsi, Monia, ingénieure installée à Düsseldorf depuis cinq ans au moment de l'entretien, est dubitative sur la pertinence du terme « expatriée » dans son propre cas. Assez politisée, elle souligne la dimension post‑coloniale du terme d'« expat » :
« Les “expats”, c'est un peu les cadres sup blancs après école d'ingé qui partent à l'étranger. […] Pour moi le mot “expat” je l'utilise de manière presque ironique. Fondamentalement, c'est de l'immigration, mais on aime bien faire une différence entre les expatriés et les immigrés » (E12).
Même hésitation sur le qualificatif d'expatrié pour Mourad, inscrit en thèse à Montréal depuis 2020 :
« Donc, quand je suis venu à Montréal, je me considérais comme… non pas un expatrié parce que j'ai l'impression qu'expatrié ça fait très référence à une migration liée à l'emploi, alors que dans notre cas, c'était plus lié aux études [réfléchit] Pour moi ce serait plus “Français de l'étranger”, mais honnêtement je n'ai pas de terme exact » (E16).
Le constat qu'aucun terme ne correspond parfaitement à sa situation est partagé par Charles, résident à Dubaï depuis 2015, converti depuis 2012 et diplômé d'une école de commerce toulousaine :
Je me dis : est‑ce que je me considère comme un expat ? Pour moi, un expat, c'est quelqu'un qui vient ici pour ramasser de l'argent et puis repartir en France. C'est pas moi, ce n'est pas mon délire. En fait, je suis plus… Est‑ce que je peux me considérer comme un immigré ici, parce que je ne pourrai jamais devenir un Émirati et je ne pourrai jamais vraiment m'intégrer à cette société ? Donc, en fait, je ne sais pas si je suis un expat. Je suis un immigré, et je n'ai pas l'intention de rentrer en France (E62).
Lamia, ingénieure d'origine syrienne installée depuis 2007 à Ottawa, récuse sans ambages le terme : « Expatriée, c'est vraiment quelqu'un qui a choisi de le faire, moi je pense que j'ai été un peu poussée à la porte » (E75). Certaines personnes, les plus attachées à leur religion, notamment des femmes coiffées d'un hijab partageant un vécu traumatique en France, se vivent d'une certaine manière comme des « réfugiées de la laïcité », en tant que celle‑ci prend la forme d'une « laïcité d'interdiction ».
La complexité des parcours personnels donc, dépendant surtout de l'importance du vécu discriminatoire en France, peut faire opter pour « exilé » plutôt qu'« expatrié ». Pour donner un exemple mentionné plus haut, Ilham nous semble correspondre à un profil d'exilée en Angleterre (Salford), alors qu'on classerait plus aisément Redouane parmi les « expatriés » à Dubaï. La frontière entre les deux, tout comme les motivations au départ, est souvent ambiguë, plusieurs raisons, professionnelles et économiques, mais aussi politiques, étant imbriquées.
Malgré les réticences exprimées dans ces extraits d'entretiens, les termes d'« expatrié » et d'« expatriation » restent les plus communément utilisés par les personnes interrogées, notamment celles qui exercent les métiers les plus rémunérateurs et paraissent les moins politisées. Ce n'est pas un hasard si le groupe Facebook des francophones musulmans au Royaume‑Uni produit un guide « du musulman expatrié » dans le pays, où l'on trouve, en 129 pages, neuf occurrences du terme « expatriation », et trois de celui « expatriés ».
D'une certaine manière, la mobilisation de ce vocabulaire est une façon de banaliser l'ascension sociale à l'étranger, d'inclure les Français et les Françaises de confession musulmane dans le groupe plus vaste des expatriés. Cela n'empêche pas que ces termes eux‑mêmes sont inappropriés, principalement d'ailleurs parce que l'expatriation présuppose un retour au pays. Or, nous le verrons, les personnes interrogées, dans leur grande majorité, ne souhaitent pas revenir en France.
Le terme de « diaspora », adopté en sous‑titre de notre livre, peut finalement s'avérer utile pour appréhender notre objet d'étude pris dans sa globalité, au‑delà des trajectoires individuelles. La littérature en sciences sociales a repris et étendu la notion de diaspora, historiquement dédiée à la dissémination du peuple juif dans le monde, pour décrire les mouvements transnationaux dans un contexte de mondialisation où se complexifient des réseaux de solidarités par‑delà les frontières nationales. « Diaspora » est également précieux puisqu'il permet à la fois de désigner un type de phénomène, une condition sociale et un processus d'affinités transnationales[27]. Ce sont des éléments sur lesquels nous reviendrons au chapitre 5.
Notre titre
Le titre de cet ouvrage et du projet de recherche dont il est l'aboutissement a fait l'objet d'âpres discussions, sur lesquelles nous souhaitons revenir brièvement. D'emblée, il peut sembler provocateur. Il reprend, pour le détourner, un slogan de la droite radicale française utilisé notamment en 2006‑2007[28], slogan lui‑même inspiré de la révolution conservatrice sous Nixon (America, you love it or leave it !)[29], mais en transformant « La France, tu l'aimes ou tu la quittes » en un « La France tu l'aimes mais tu la quittes ».
Le simple passage d'une conjonction de coordination (« ou ») à une autre (« mais ») permet au groupe stigmatisé de se réapproprier politique‑ ment une alternative perverse, dans laquelle une partie de la population française est publiquement soupçonnée de ne pas aimer assez, ou de ne pas aimer « comme il faut », son propre pays. Ce titre exprime bien le tiraillement de nombreuses personnes interrogées et leur identification paradoxale à la France, dans laquelle les sentiments de reconnaissance, de gratitude, de nostalgie vis‑à‑vis des amis et de la famille laissés derrière elles se mêlent à l'amertume, le ressentiment et l'hostilité vis‑à‑vis des élites politiques et médiatiques de leur pays.
Le sentiment paradoxal qui consiste « à aimer mais à quitter » a déjà été évoqué par Marwan Muhammad, fondateur du CCIF en conclusion de son ouvrage Nous (aussi) sommes la Nation[30], ainsi que par le journaliste Claude Askolovitch[31]. Il a aussi été souligné par un de nos enquêtés, Ali, qui habite à Alger et y travaille pour la même grande entreprise française qui l'employait en France. Dans un post intitulé « La France, elle m'aime ou je la quitte », publié sur le site LinkedIn en août 2018, il donne des détails sur sa décision de partir.
Les éléments qu'il fournit entrent en résonance avec de nombreux entretiens que nous avons menés. En outre, il rappelle le déferlement de haine dont il a été victime après sa publication, l'extrême agressivité de Génération identitaire, Riposte laïque, le Printemps républicain qui l'ont harcelé en ligne (E56). Il évoque également les nombreux soutiens qu'il a reçus de la part de personnes qui se sont reconnues dans son expérience, qu'elles envisagent ou non de quitter la France, comme lui.
Dans son texte, Ali se présente comme un jeune diplômé d'une école d'ingénieur en hautes technologies qui, « après des semaines de doutes, des mois de réflexion, des années de mal‑être, de tensions intérieures et de frustration », a pris une décision forte : « quitter mon pays, la France, pour d'autres horizons ». Puis il décrit de manière assez clinique et dépassionnée pourquoi l'atmosphère lui est devenue irrespirable :
« Ce sentiment s'est aggravé année après année jusqu'à en devenir insupportable aujourd'hui. Le sentiment de ne pas me sentir considéré comme un citoyen lambda. D'avoir droit à des traitements, des réactions, des regards, qui me mettent mal à l'aise et créent une atmosphère pesante dans laquelle j'étouffe. »
Il en veut « énormément aux médias et aux politiques de ce pays, qui jour après jour, entretiennent les divisions entre citoyens », avant de s'en prendre nommément à des figures médiatiques et politiques de l'islamophobie hexagonale. Il pose également la question :
Dois‑je avoir honte de dire que le Canada, pour y avoir vécu six mois, est le pays où je me suis le plus senti chez moi, le mieux accepté tel que j'étais ? Devant la France, pays où j'ai grandi, devant l'Algérie et l'Italie, pays de mes grands‑parents ? Que cette expérience m'a permis de prendre conscience que le mal-être que je ressentais jusque‑là en France n'était pas une fatalité, et que je pouvais probablement être plus épanoui au‑delà de ses frontières ?
Ces interrogations constituent l'essence même de notre ouvrage, dans lequel des gens comme Ali expriment leur sentiment d'injustice, leur mal‑être en France, leur sérénité (re)trouvée dans un pays dont beaucoup ne connaissaient presque rien au départ, leurs craintes également pour leurs proches restés au pays. Nous avons choisi de les suivre dans leur cheminement de façon chronologique, depuis leurs socialisations initiales en France, jusqu'à leur décision de partir, dans ses motivations immédiates et profondes, ses conditions pratiques et sa réalisation (choix du pays, premiers pas à l'arrivée, nouvel enracinement réel ou envisagé).
Nous finissons par le regard et le rapport pratique et symbolique que les personnes que nous avons rencontrées entretiennent désormais avec la France. On verra qu'elles évoquent souvent leur relation complexe d'attraction/répulsion vis‑à‑vis d'un pays où la grande majorité est née, selon qu'elles convoquent le souvenir de grandes figures nationales d'émancipation, de la littérature, de la culture populaire hexagonale dans laquelle elles ont baigné, ou, au contraire, qu'elles se souviennent du défilé d'éditorialistes sur CNews et de l'accumulation de polémiques depuis la première affaire du voile de Creil en 1989 jusqu'aux dernières sur le port de l'abaya dans les écoles en 2023, soit presque trente‑cinq ans plus tard.
*
Notes
[1] Tous les prénoms utilisés dans cette enquête ont été modifiés, en respectant leur consonance originelle. C'est pourquoi on a conservé, pour la version « pseudonymisée », soit une consonance manifestant l'appar‑ tenance confessionnelle et/ou ethnique (Mohammed, Karima), soit une consonance qui l'efface (Adam, Sofia), selon le prénom d'usage des per‑ sonnes interrogées. Ces choix de prénoms par les parents ne sont pas anodins, on le verra, ils reflètent l'intériorisation, par ces derniers, du fait que choisir certains prénoms qui sonnent « trop arabes » ou « trop musulmans » aurait des incidences négatives pour leur enfant, par exemple sur le marché du travail.
[2] Nous utilisons indifféremment « hijab », « foulard » ou « voile » dans cet ouvrage, et l'utilisons avec la voix active (« femme qui porte un foulard »), jamais à la voix passive (« femme voilée »). Ceci véhiculerait l'idée d'une absence de choix, d'une forme de soumission, qui ne corres‑ pond pas du tout à l'expérience des femmes interrogées.
[3] (E129) correspond à notre entretien n° 129. Pour une présentation succincte de chaque entretien (principales données socio‑démographiques de chaque enquêté·e), nous renvoyons à notre site Internet : https://love‑ leave.hypotheses.org/
[4] Entre autres : « “En France, j'avais le cul entre deux chaises” : Dubaï, terre promise pour les enfants d'immigrés », Le Parisien, 28 mars 2021 ; « Ces musulmanes portant le voile qui quittent la France pour trouver du travail en Angleterre », Slate, 30 novembre 2020 ; « Comment la Turquie courtise les Français musulmans », La Croix, 21 octobre 2020.
[5] Jérémy Mandin, « Leaving Europe : Emigration, aspirations and pathways of incorporation of Maghrebi French and Belgians in Montréal », CEDEM / Université de Liège, soutenue le 19 mars 2021, sous la direc‑ tion de Marco Martiniello.
[6] Jaafar Alloul, « Leaving Europe, Navigating Access : Status Migra‑ tion, Traveling Habitus, and Racial Capital in Euro‑Maghrebi Mobilities to the United Arab Emirates », soutenue le 02 juillet 2021 à l'Université de Louvain.
[7] Thomas Deltombe, L'Islam imaginaire. La construction médiatique de l'islamophobie en France, 1975-2005, Paris, La Découverte, 2007.
[8] Olivier Esteves, « Cartographier la vague réactionnaire dans les universités françaises », Médiapart, 14 février 2022 ; Michèle Zancarini‑ Fournel et Claude Gautier, De la défense des savoirs critiques. Quand le pouvoir s'en prend à l'autonomie de la recherche, Paris, La Découverte, 2022.
[9] Sur le sujet : Observatoire des libertés associatives, « Une nouvelle chasse aux sorcières », Enquête sur la répression des associations dans le cadre de la lutte contre l'islamisme, 2022 ; Julien Talpin, Bâillonner les quartiers. Comment le pouvoir réprime les mobilisations populaires, Ronchin, Les Étaques, 2020.
[10] Voir Haouès Seniguer, La République autoritaire. Islam de France et illusion républicaine (2015-2022), Bordeaux, Le Bord de l'eau, 2023.
[11] Albert Hirschman, Exit, Voice, and Loyalty : Responses to Decline in Firms, Organizations, and States, Cambridge (Mass.), Havard University Press, 1970.
[12] Sans oublier que pour les personnes installées à Montréal, Bruxelles ou Genève, le sens du vouvoiement et du tutoiement n'est pas le même qu'en France.
[13] Sur les problèmes inhérents à l'expression « pays anglo‑saxons » : Émile Chabal, A Divided Republic. Nation, State and Citizenship in Contemporary France, Cambridge, Cambridge University Press, 2016.
[14] Donna Haraway, « Situated Knowledges : The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective », Feminist Studies, vol. 14, n° 3, 1988, p. 575‑599.
[15] Dossier coordonné par Silyane Larcher, « Positionnalités des cher‑ cheur.e.s minoritaires », Raisons politiques, vol. 1, n° 89, 2023, p. 5‑24 (ici, p. 13).
[16] Delphine Naudier et Maud Simonet (dir.), Des sociologues sans qualités ?, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2011.
[17] Philomena Essed, Understanding Everyday Racism : An Interdisciplinary Theory, Londres, Sage, 1991, p. 7.
[18] Cité dans Audrey Célestine, Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l'Algérie, Paris, Textuel, 2018, p. 138‑139.
[19] Max Weber, Le savant et le Politique, 1919.
[20] Abdellali Hajjat, « Islamophobia and French Academia », Current Sociology, vol. 69, n° 5, 2021, p. 621‑640.
[21] Abdellali Hajjat revient sur son départ de France à l'occasion d'une controverse avec Nathalie Heinich dans l'émission Le Temps du débat (France Culture), https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le‑temps‑du‑debat/ le‑militantisme‑a‑l‑universite‑pose‑t‑il‑probleme‑9722930.
[22] Maboula Soumahoro, Le Triangle et l'Hexagone, Paris, La Découverte, 2020, p. 135.
[23] John S. Milloy, A National Crime : The Canadian Government and the residential School System, 1879 to 1986, Winnipeg, University of Manotiba Press, 2017 [1999], p. XLI, [notre traduction].
[24] Alana Lentin, Why Race Still Matters, Cambridge, Polity Press, 2020, p. 14 et p. 58‑59.
[25] Une micro‑agression peut se définir comme une parole, un geste, un comportement vécu comme hostile par un ou des membres d'un groupe minoritaire, souvent stigmatisé. D'apparence banale, la micro‑agression est perçue comme hostile même si elle ne provient pas nécessairement d'une volonté de blesser. Souvent, les micro‑agressions procèdent par accumulation : c'est leur multiplication qui est considérée comme intolérable.
[26] Sur le sujet : Houda Asal, « Islamophobie : la fabrique d'un nouveau concept. État des lieux de la recherche », Sociologie, vol. 5, n° 1, 2014, p. 13‑29.
[27] Voir Floya Anthias, « Evaluating “Diaspora” : Beyond Ethnicity ? », Sociology, vol. 32, n° 3, 1998, p. 557‑580 ; et plus généralement, Arjun Appa‑ durai, Modernity at Large : Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1996.
[28] « M. Sarkozy veut ravir ses électeurs au FN et au MPF », Le Monde, 23 avril 2006.
[29] Voir Romain Huret, De l'Amérique ordinaire à l'État secret. Le cas Nixon, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.
[30] Marwan Muhammad, Nous (aussi) sommes la Nation. Pourquoi il faut lutter contre l'islamophobie, Paris, La Découverte, 2017, p. 232.
[31] Claude Askolovitch, Nos mal-aimés. Ces musulmans dont la France ne veut pas, Paris, Grasset, 2013, p. 120‑121.
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Le tribunal sikh – Les systèmes judiciaires parallèles sont un danger pour les femmes
Les porte-paroles de la Cour sikhe la décrivent comme un mécanisme alternatif de résolution des conflits (ADR) fonctionnant dans le cadre des dispositions de la loi sur l'arbitrage de 1996. Ils s'attendent à ce qu'il traite principalement des questions familiales et des conflits liés aux gurdwara. Ils ont fait allusion à trois objectifs principaux préserver l'intégrité des mariages et des familles sikhs et réduire les taux de divorce réduire les frais de justice en facturant un montant minimal et en garantissant une résolution rapide des conflits aider les sikhs à éviter les retards dans le système judiciaire civil.
Ces actions sont présentées comme une forme de seva (service désintéressé) qui améliorera l'accès à la justice pour les Sikhs au Royaume-Uni.
Depuis plusieurs décennies, Southall Black Sisters (SBS), One Law for All et d'autres organisations au Royaume-Uni ont mis en évidence la manière dont les organismes religieux sapent et entravent activement l'accès à la justice et violent les droits des femmes minorisées, des enfants et des minorités religieuses au sein de ces communautés. C'est notamment le cas des victimes de violences domestiques et d'abus sexuels qui subissent des pressions constantes pour servir de médiateurs avec des partenaires violents et abusifs et des familles élargies, ainsi que pour céder aux demandes de droit de visite des enfants, même lorsque cela met en péril leur sécurité et le bien-être de leurs enfants. À ce jour, rien ne prouve que les institutions religieuses ont agi dans l'intérêt des plus vulnérables de nos communautés, quelque soit le nombre de femmes impliquées dans le fonctionnement de ces institutions. En revanche, il existe de nombreuses preuves qu'elles ont renforcé le pouvoir et le contrôle des maris, des membres masculins de la famille et des belles-mères, et qu'elles ont violé les droits des êtres humains.
En outre, les EIM religieux au Royaume-Uni ont été fondés par des hommes ayant une vision étroite, conservatrice et/ou fondamentaliste des femmes, du mariage et de la cellule familiale. Il s'agit de projets politico-religieux profondément investis dans l'institution du mariage et les structures familiales patriarcales et liés à des projets politiques plus vastes sur l'autonomie de la communauté. Rien ne prouve qu'il s'agisse d'agences apolitiques et bienveillantes motivées par la justice sociale et l'égalité. En effet, les exemples donnés par les porte-parole de The Sikh Court équivalent à un soutien au contrôle coercitif, à une atteinte significative à l'autonomie des femmes et au droit à la liberté de religion. Dans un exemple, la raison du divorce d'une femme sikhe est présentée comme une réaction mesquine au fait que son mari ne lavait pas ses propres sous-vêtements, alors qu'il s'avère que la femme luttait contre la présence autoritaire de sa belle-mère. Dans un autre exemple, une femme est critiquée pour avoir coupé ses cheveux et ceux de son fils, alors que les « droits religieux » de son ex-mari sont défendus.
Le SBS a présenté au gouvernement et à la Law Society des observations fondées sur des preuves. Ces soumissions citent une série d'exemples de cas (musulmans, hindous, sikhs et juifs) sur les pratiques discriminatoires des organismes d'arbitrage religieux qui instituent effectivement des systèmes juridiques parallèles sur les familles au sein des communautés minoritaires. Bien qu'il ait tenté de prendre ses distances avec le tribunal d'arbitrage musulman et les conseils de la charia en raison des critiques largement répandues à l'encontre de ces organismes, le tribunal sikh n'est pas différent dans ses objectifs.
Bien que les représentants du tribunal sikh affirment qu'ils ne sont pas un tribunal religieux parce qu'ils s'en remettent à l'Akal Takht d'Amritsar pour les jugements religieux, ils fonctionneront sur la base de « principes sikhs » instables qui sont eux-mêmes ouverts à l'interprétation et au débat. Ils revendiquent « l'égalité » et « l'intégrité » comme principes clés, mais si c'est le cas, pourquoi ne pas concentrer l'énergie sur la garantie que le système juridique britannique respecte ces principes ? Plus inquiétant encore, s'il ne s'agit pas d'un tribunal religieux, pourquoi ses membres ont-ils prêté serment d'allégeance au Panj Pyare et à l'Akal Takht, un édifice politico-religieux du Pendjab qui exerce une influence considérable sur les Pendjabis du monde entier.
Les conservateurs religieux cherchent à imposer leurs projets politiques et leur version particulière de la religion par le biais d'une série de voies juridiques, de projets éducatifs et de services d'aide sociale. Les SBS ont documenté la manière dont ils ont capitalisé sur les failles de la politique gouvernementale et sur le rétrécissement de l'État-providence, y compris les dispositions d'aide juridique sévèrement restreintes et une pression croissante sur le système judiciaire séculier, pour accroître leur propre capacité et légitimité à gouverner et à contrôler la vie des communautés minoritaires. En fait, le rapport du sommet sikh qui accompagne cette évolution présente précisément un plan d'autonomie élargie des communautés sikhes au Royaume-Uni. Les sikhs de Grande-Bretagne ne sont pas homogènes, mais une seule version du sikhisme est au cœur de ces initiatives. Cela conduira invariablement à l'institutionnalisation et au privilège de cette seule interprétation du sikhisme et donnera lieu à de nouvelles accusations de blasphème et d'apostasie contre ceux qui remettent en cause leur interprétation et leur autorité sur les sikhs du Royaume-Uni.
Nous, soussigné·es, appelons nos communautés et nos organismes publics à
* Renoncer à la nécessité d'un tribunal sikh et de tout autre tribunal religieux.
* Reconnaître que les organismes religieux pratiquent la discrimination à l'égard des femmes et des enfants.
* Exiger une loi unique pour toutes et tous.
* unir nos forces avec d'autres pour faire pression sur le gouvernement et sur les tribunaux civils et pénaux laïques existants afin de garantir que chacun ait accès à une bonne représentation et à une aide juridique et qu'il puisse faire valoir ses droits dans le cadre d'un système juridique laïque.
* Demander au gouvernement de ne pas autoriser l'utilisation de la loi sur l'arbitrage dans les affaires familiales, car cela constitue une discrimination à l'égard des femmes et des jeunes filles.
Les chefs religieux ne parlent pas en notre nom ! Une seule loi pour tous !
Signataires :
Southall Black Sisters (SBS)
One Law for All
Council of Ex-Muslims of Britain
Dr Sukhwant Dhaliwal
Professor Ravi K. Thiara
Professor Aisha K. Gill
Gurpreet Kaur Bhatti, Playwright
Professor Avtar Brah
Professor Virinder S. Kalra
Kiranjit Ahluwalia
Professor Kiran Kaur Sunar
Dr Permala Sehmar
Dr Sunny Dhillon
Baljit Banga
Yasmin Rehman
Rights of Women
Mandip Ghai, Solicitor
Juno Women's Aid
Women's Aid Federation of England
Anah Project
Advocacy After Fatal Domestic Abuse (AAFDA)
Respect
Kurdish and Middle Eastern Women's Organisation
IDAS (Independent Domestic Abuse Services)
Middle Eastern Women and Society Organisation (MEWSO)
Laïques Sans Frontières (LSF)
Professor Sundari Anitha
Professor Geetanjali Gangoli
Dr Fiona Vera-Gray
Jo Lovett, Researcher
Dr Maria Garner, Researcher
Dr Nikki Rutter
Professor Catherine Donovan
Pratibha Parmar, Filmmaker
Rana Ahmad, Atheist Refugee Relief Founder
Jayne Egerton, Broadcast Journalist
Mandana Hendessi, Author
Alice Bondi
Ibtissame Betty Lachgar, Alternative Movement for Individual Liberties (M.A.L.I.) Morocco
Annie Laurie Gaylor, Freedom From Religion Foundation Co-President
Dr Rose Rickford
Mariam Oyiza Aliyu, LETSAI NGO
Nadia El Fani, Filmmaker
Ahlam Akram, BASIRA British Arabs Supporting Universal Women's Rights
Dr Savin Bapir-Tardy
Paminder Parbha
Cinzia Sciuto, MicroMega
Maryam Namazie, Campaigner
Atieh Niknafs, Anti Theist Activist
Secularism Is A Women's Issue (SIAWI)
Marieme Helie Lucas, Campaigner
Professor Purna Sen
Dr Christophe Clesse
Professor Anna Seymour
Dr Windy Grendele
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
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Sénégal : Gouvernance masculine, démocratie bafouée
Le remplacement du ministère de la Femme par celui de la Famille est une régression. Aucun secteur n'échappe à la compétence, l'expérience et le dévouement des femmes
Tiré de Entre les lignes et les mots
Collectif des citoyen.ne.s pour le respect et la préservation des droits des femmes
Alors que le Sénégal s'est positionné comme pionnier de l'égalité de genre en Afrique, la nomination des membres du gouvernement laisse les organisations féminines circonspectes. Seulement 4 emmes sur 34 postes, une disproportion qui appelle des mesures correctrices selon un collectif des citoyen.ne.s pour le respect et la préservation des droits des femmes dont nous publions la déclaration ci-dessous :
« De la nécessité d'inclure les femmes dans les instances de prise de décision pour une gouvernance véritablement démocratique !
Nous avons accueilli avec une grande satisfaction l'élection du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. L'espoir fondé en ce président est à la hauteur de la rupture prônée.
Nous tenons aussi à rappeler le combat des femmes pour la tenue d'une élection présidentielle apaisée dans le respect du calendrier républicain. C'est au nom de ce même combat, en tant qu'organisations, personnalités indépendantes, et collectif de citoyen.ne.s soucieux du respect et de la préservation des droits des femmes, que nous alertons sur la nécessité d'une gouvernance démocratique inclusive avec une représentativité substantielle des femmes aux sphères de décisions publiques. La liste des membres du premier gouvernement, parue ce 5 avril 2024, laisse très peu de place aux femmes. Sur 25 ministres, 5 secrétaires d'État, et 4 membres du cabinet du chef d'État, soit 34 postes, seules quatre femmes sont présentes. Cette inqualifiable sous-représentation induit une perte intolérable d'intelligences et de visions que seuls le pluralisme et l'inclusion permettent de garantir. Il n'y a aucun secteur dans lequel on ne trouve des femmes qui allient compétence, expérience et dévouement de premier ordre.
Cette disproportion est d'autant plus regrettable que c'est le Sénégal qui, dès 2004, a proposé à la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'Union Africaine, l'adoption d'une Déclaration solennelle pour l'égalité de genre en Afrique, posant ainsi les jalons vers une Commission de l'Union africaine (CUA) paritaire pour ne citer que cet exemple. De plus, l'article 7 de notre Constitution dispose : « les hommes et les femmes sont égaux en droit. La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats et fonctions ».
Doit-on encore rappeler qu'à chaque étape de la construction de notre Nation, nous avons été présentes et avons été actrices incontournables dans toutes les luttes pour l'indépendance, l'émancipation, la justice sociale, le bien-être de tous ? Il est important de rappeler qu'aucun pays ne s'est développé en laissant en marge les femmes.
C'est pourquoi, outre la faible représentativité des femmes, nous sommes circonspectes sur le remplacement du ministère de la Femme, de la famille et de la protection des enfants par le ministère de la Famille et des solidarités. Cette appellation est une véritable régression. L'emphase portée sur les femmes et les enfants soulignait précisément l'urgence d'élaborer des politiques publiques destinées à mettre fin aux inégalités de genre (économiques, éducatives, sanitaires, politiques, foncières, etc.) et à améliorer les conditions de vie de celles qui demeurent encore les plus vulnérables à la pauvreté et à la violence, et sur qui, reposent toujours la charge du soin des plus petits et des plus âgés. Soulignons aussi de manière définitive ceci : bien que les femmes jouent un rôle central dans la cellule familiale, elles sont des êtres à part entière qui existent en dehors de la sphère familiale. Les assimiler à cette dernière, c'est nier leur droit à exister dans leur multidimensionnalité.
Pour toutes ces raisons, nous demandons que cette erreur de départ soit rectifiée par la nomination de femmes dans les directions nationales et les instances administratives. De surcroît, nous demandons le renforcement des cellules genre déjà présentes au niveau des différents ministères pour une mise en œuvre transversale de la Stratégie Nationale d'Équité et d'Égalité de Genre (SNEEG) en collaboration avec la Direction de l'équité et l'égalité de genre (Deeg) et le Programme d'appui à la stratégie d'équité et d'égalité de genre (pasneeg).
« Poursuivre, intensifier et accélérer les efforts pour promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux », c'est ce à quoi l'État du Sénégal s'était engagé dans le cadre de la Déclaration Solennelle pour l'Egalité de Genre en Afrique (DSEGA) et c'est à quoi nous invitons le nouveau gouvernement qui définit son projet de société comme panafricain.
Dans notre volonté de veiller à ce que ce nouveau gouvernement, celui de tous les Sénégalais et Sénégalaises, remplisse ses missions de rupture pour plus de gouvernance démocratique, de justice sociale, d'équité, nous continuerons d'alerter et de faire des propositions constructives sur le besoin d'inclusion des femmes et de représentation égalitaire. »
Voir la liste des signataires
https://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/senegal/article/senegal-gouvernance-masculine-democratie-bafouee
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