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Été 2024 : l’espoir apprend du désespoir

20 août 2024, par Michel Gourd — , ,
L'été qui vient de passer montre qu'il n'y a pas de plus grand professeur que son désespoir pour une personne qui cherche à changer les choses. Si vous avez passé l'été la (…)

L'été qui vient de passer montre qu'il n'y a pas de plus grand professeur que son désespoir pour une personne qui cherche à changer les choses.

Si vous avez passé l'été la tête dans le sable, loin de toutes les informations et autres tracas de la vie que vous venez de réintégrer en recommençant à travailler ou étudier, vous êtes béni des dieux. Voici en quelques mots le résumé de la situation qu'ont dû endurer ceux qui n'ont pas pu s'extraire des réalités de l'été 2024. La guerre en Ukraine s'enlise, les morts s'empilent à Gaza et au Soudan, le réchauffement climatique est un peu plus intense qu'en 2023. Des feux de forêts incontrôlables et des pluies qui déversent en quelques heures ce que les régions touchées reçoivent en des mois, quelquefois des années, détruisent des provinces entières. Tous les pourparlers pour changer ces situations s'enlisent et même la COP29 semble s'enligner pour être le plus grand festival de la peinture verte de tous les temps et n'avoir aucun effet bénéfique sur l'évolution du changement climatique. Bref, pour plusieurs personnes qui tentent de changer ces choses, le désespoir est devenu cet été leur chemin de vie et le fond du baril qu'ils espèrent atteindre pour rebondir se révèle toujours plus loin et inatteignable.

Suivez le guide

Devant toutes ces situations que l'on pourrait croire insolubles, certaines personnes ont cependant développé cet été une forme de résilience qui les pousse à l'action. Des gens qui n'avaient jamais manifesté prennent d'assaut les rues, pancartes à la main. D'autres occupent des endroits publics et font valoir pour la première fois leurs droits de faire connaître leur point de vue. Le désespoir qu'ils ont vécu, face à telle ou telle situation, est devenu un indicateur qui pointe tous les endroits où se cachent les choses qu'ils voulaient changer. Ce désespoir identifie tous les problèmes qui font que les gens baissent les bras, trouvent la tâche trop lourde et abandonnent.

Ces gens ont découvert qu'il suffit de trouver des solutions crédibles qui fonctionnent pour tous ces éléments qui suscitent le désespoir, pour renverser la perception de la situation et se mettre à agir. Une fois que tout ce qui crée le désespoir est identifié, l'importance même de ce désespoir motive à changer les choses. Plus il était profond, plus la motivation pour les changer est grande. Plus le danger est grand, plus le désir de le combattre est fort. Comme un vaccin, le désespoir peut servir à immuniser contre ses effets.

Passer à l'action

Tout un chacun d'entre nous peut faire la différence. Il n'y a pas de trop petite action pour changer les choses. La pierre la plus petite que jette une personne sur le tas de son choix a son importance et peut entraîner une situation à pencher en direction de ce qui suscite l'espoir. Si chacun agit pour aider la cause qu'il considère importante, toutes ces petites pierres peuvent remplir des camions qui les déverseront et pourront former une digue là où il y avait des courants destructeurs. Chaque larme qui entraîne une action peut devenir collectivement une pluie diluvienne qui éteindra un feu que l'on considérait incontrôlable.

Pour réaliser comment une petite action d'un citoyen ordinaire peut changer les choses, il n'y a qu'à penser comment une photo d'une jeune Vietnamienne fuyant les bras en croix, pour que rien ne touche ses brûlures, son village bombardé au napalm a pu changer la perception de la guerre du Vietnam et aider à l'arrêter. Nous avons tous le potentiel d'être à un moment donné le jeune enfant au milieu de la foule qui crie en toute innocence : le roi est nu ! Chacun de nous peut engendrer une prise de conscience d'une situation qui, avant notre commentaire, n'était pas bien comprise.

Identifier les désespérants

Le propre des personnes qui ne veulent pas qu'une situation change est de dire qu'elle ne peut en aucun cas être modifiée et surtout pas par vous. Mais quand tous ces camions de pierraille se déversent au milieu de leurs chemins de destruction, ou que de grands orages de larmes éteignent les feux qu'ils allument, ils peuvent réaliser qu'il vaudrait mieux aller voir ailleurs s'ils y sont, ce qui est toujours le cas, puisque les dommages qu'ils entraînaient étaient toujours chez vous. Ce chez vous peut être aussi bien votre personne, votre résidence, votre quartier ou votre planète. Tout ce qui suscite votre désespoir est toujours chez vous et nécessite votre attention et le désir de le changer si vous avez appris le courage d'agir en vivant un désespoir tel celui que l'été 2024 distillait dans tous les médias. Bon retour au travail, la pause est finie, retournez au boulot ou à vos études. Votre futur ne se fera pas tout seul.

Michel Gourd

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Les conseils pour une mairesse-mère-anthropologue

20 août 2024, par Kaveh Boveiri — , , ,
Madame la mairesse, le 5 juillet 2024 vous écrivez dans votre compte de X : « Comprenez-moi bien, on ne peut pas occuper de façon permanente et statique un lieu public, et ce (…)

Madame la mairesse, le 5 juillet 2024 vous écrivez dans votre compte de X : « Comprenez-moi bien, on ne peut pas occuper de façon permanente et statique un lieu public, et ce peu importe la cause. L'espace public doit rester public. » Les mots qui tombent des lèvres d'une mairesse sont porteurs de sens et implications.

Le résultat ?

Le vendredi 5 juillet 2024, 11 h 00. Les clôtures sont enlevées. Les tentes aussi. Les gens aussi. Leurs bruits ne sont plus là. Le campement d'Alsumut, qui a duré 13 jours, a été finalement démantelé. Le Square est dorénavant propre ou presque. À cette heure-là, il reste encore ici-là l'excrément des chevreaux des policiers. Ça, l'on peut l'effacer, avec un peu de liquide, un balai et de l'eau.

Plus que d'autres personnes, votre clin d'œil, madame de la mairesse, est très bien accueilli par Deep Saini, recteur et vice-chancelier de l'Université McGill.

Le résultat ?

Le démantèlement du campement de McGill, le mercredi 10 juillet. Le Free Store, le café gratuit, l'Université populaire, la musique, tous sont dorénavant une partie de notre mémoire collective.

Vous voyez, vos mots comptent. Cependant, dans votre conférence justifiant la fermeture du campement d'Alsumut, la même journée (le 5 juillet), vous dites que vous vous trouvez entre des millions qui se sentent powerless [impussiante].

Ce dernier constat de la part d'une personne honnête implique le besoin des conseils. Ci-dessous, vous en trouvez quelques-uns :

– Vous pouvez très facilement vous distinguer de la ministre des Relations internationales, Martine Biron, comme elle dit :« La décision d'ouvrir un bureau à Tel-Aviv ne doit en aucun cas être interprétée comme une prise de position dans ce conflit ».

– Vous pouvez facilement prendre une position forte concernant la demande des membres du collectif « Désinvestir pour la Palestine » (dont plusieurs sont les avocats) qui demande que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) à rompre ses liens financiers avec les entreprises israéliennes.

– Nous savons que vous avez déjà critiqué Deep Saini et d'autres membres d'administration à McGill. Vous pouvez cependant demander la fin de toutes les relations financières entre l'Université McGill et l'État d'Israël.

– Comme vous le savez Canada est parmi 145 membres de Nations Unies qui reconnait l'État de Palestine. Mais cet appui est bloqué par quelques pays. Une étape concrète visant à une telle reconnaissance de votre part est de reconnaitre Al-Quds (Jérusalem en arabe) et Montréal comme les jumelles. Ce dernier est immédiatement possible pour vous. Il prend cependant un peu de courage.

Madame la mairesse, comme une mère, mais aussi une anthropologue, vous savez mieux que nous que la pâte des enfants de Gaza n'est pas différente des enfants de notre ville.

Madame la mairesse, ce n'est pas une spéculation erronée de dire que la majorité des participants aux activités propalestiniennes qui votent dans l'élection municipale ont voté pour vous lors de la dernière élection. Pour les rassurer de leurs choix, ils ont besoin d'une prise de position plus forte de la part des personnes élues, particulièrement à ces moments difficiles.
Bon courage !

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Justice. Incarcération “inhumaine” : des milliers d’immigré-es poursuivent l’État canadien

20 août 2024, par Martin Gauthier — , ,
Un tribunal a donné le feu vert à un recours collectif de 8 360 immigré-es pour poursuivre le gouvernement canadien en justice. Ils dénoncent leur incarcération pendant de (…)

Un tribunal a donné le feu vert à un recours collectif de 8 360 immigré-es pour poursuivre le gouvernement canadien en justice. Ils dénoncent leur incarcération pendant de longues périodes, sans avoir été accusé-es d'aucun crime, et les conditions de cette détention, avec notamment des fouilles à nu et l'utilisation de chaînes et de menottes.

le 10 juillet 2024 | tiré de Courrier international | PHOTO NASUNA STUART-ULIN/NYT

Tyron Richard, originaire de la Grenade, a passé, en 2015 et 2016, dix-huit mois dans trois prisons à sécurité maximale de la province canadienne de l'Ontario. Et ce, relate Radio-Canada, “même s'il n'était pas considéré comme un danger”. Mais seulement parce qu'il avait immigré clandestinement au Canada, et “pour risque de fuite”. Dans une déclaration sous serment publiée par le diffuseur, il raconte notamment avoir subi des douzaines de fouilles à nu.

“Je devais me déshabiller, me retourner, me pencher, écarter mes fesses, subir une inspection de mon anus par un gardien muni d'une lampe de poche, et ensuite subir une inspection visuelle en dessous et autour de mes organes génitaux.”

L'utilisation des toilettes se faisait à la vue de tous dans sa cellule, et les visites se déroulaient sans contact physique mais à travers une vitre, et par l'intermédiaire d'un téléphone, ajoute-t-il. À présent résident permanent au Canada, Tyron Richard s'est dit “fier de pouvoir désormais [se] battre contre cette pratique inhumaine”.

Enchaînés et menottés

Un haut tribunal du pays vient de lui donner raison, ainsi qu'à beaucoup d'autres. La Cour supérieure de l'Ontario vient en effet d'autoriser contre le pouvoir fédéral d'Ottawa un recours collectif qui, précise le diffuseur, “représente 8 360 personnes qui ont été détenues dans 87 prisons provinciales ou territoriales par l'Agence des services frontaliers du Canada [ASFC] entre 2016 et 2023”.

En autorisant cette poursuite judiciaire, le juge Benjamin Glustein a rejeté tous les arguments présentés par les avocats du gouvernement canadien et déclaré que les personnes incarcérées à des fins d'immigration “faisaient face aux mêmes conditions que les détenus criminels, [comme] l'utilisation de chaînes et de menottes”.

À LIRE AUSSI : Opinion. “Vous venez au Canada ? Voici ce qui vous attend vraiment”

Comme l'a précisé l'organisme Centre justice et foi, qui promeut la justice sociale, l'ASFC a le pouvoir de détenir des migrant-es sur la crainte qu'ils ne se présentent pas à une future procédure d'immigration, si leur identité n'est pas établie, ou encore s'ils représentent un danger pour la sécurité publique. Mais, ajoute Radio-Canada, “les ressortissants étrangers et les résidents permanents qui sont détenus par l'ASFC en vertu de la loi sur l'immigration et la protection des réfugiés ne sont pas accusés d'un crime”.

Ottawa n'a pas encore annoncé s'il ferait appel de la décision du juge.

À LIRE AUSSI : Québec. La ville de New York finance le transport de migrants en route vers le Canada

Ce n'est pas la première fois que le gouvernement canadien est critiqué de la sorte.La chaîne de télévision de Toronto CP24 et la chaîne panarabe Al-Jazeera avaient rapporté, plus tôt cette année, qu'un autre recours en justice avait été entrepris contre les autorités par des travailleurs saisonniers agricoles étrangers. Ils accusent Ottawa de maintenir en place depuis les années 1960 des programmes d'emploi discriminatoires les concernant, qui les privent de bénéfices et qui les rendent sujets à être exploités par leurs employeurs.

Martin Gauthier

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L’énergie nucléaire : une fuite en avant

20 août 2024, par Bruno Marquis — , ,
L'énergie nucléaire ne se développe jamais au grand jour. Elle s'est implantée progressivement dans de nombreux pays dans le monde, sans débats publics, à l'abri des (…)

L'énergie nucléaire ne se développe jamais au grand jour. Elle s'est implantée progressivement dans de nombreux pays dans le monde, sans débats publics, à l'abri des discussions sur sa dangerosité, sur ses risques et sur la gestion à long terme des déchets radioactifs qu'elle génère.

(Ce texte a d'abord été publié dans l'édition de juillet du journal Ski-se-Dit.)

Le cas du Canada et du Québec ne diffère en cela en rien de ce qui s'est fait et se fait encore ailleurs dans le monde.

Ses promoteurs avancent principalement deux arguments en sa faveur en ce qui nous concerne : le fait que cette forme d'énergie, qui génère moins d'émissions de carbone dans l'atmosphère, produit peu de ces gaz à effet de serre responsables des changements climatiques ; puis la demande croissante d'énergie et particulièrement d'énergie électrique avec entre autres l'avènement des voitures électriques et, disons-le, d'une foule d'autres moyens de transport électriques individuels et d'appareils à piles rechargeables.

Pour répondre au premier de ces arguments, mentionnons que malgré ce que prétendent les défenseurs de l'industrie, l'énergie nucléaire est tout sauf propre. Elle est aussi tout sauf sûre. Les quantités et niveaux d'uranium, de tritium, de césium, de carbone 14 et de plutonium, ainsi que d'arsenic, d'amiante, de mercure, de plomb et d'autres métaux lourds présents dans les déchets nucléaires sont polluants et très dangereux pour la vie humaine et animale. On ne sait d'ailleurs pas encore comment bien disposer de ces dangereux déchets, malgré les nombreux projets et toutes les promesses en ce sens.

En ce qui concerne l'augmentation de la demande d'énergie, établissons d'abord que le développement de l'énergie nucléaire fait suite, dans l'ordre des choses, au développement de l'arme nucléaire à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle se déploie dans le contexte d'un monde en croissance continue, productiviste, conflictuel, et comme pour l'arme, aux vues à court terme. S'il existe des formes d'énergie plus propres et plus sûres que d'autres – et le nucléaire n'en fait pas partie – il est important de considérer que c'est au niveau de la demande d'énergie globale que le bât blesse : nous devons globalement stabiliser, puis réduire notre consommation d'énergie, de quelque source qu'elle soit. La croissance sans fin est insoutenable !

Et la sécurité ?

Dans cette course à la production d'énergie nucléaire, les infrastructures et mesures de sécurité se sont bien sûr améliorées à la suite d'accidents comme ceux de Three MIle Island aux États-Unis en 1971, de Tchernobyl en Union soviétique en 1986 et de Fukushima au Japon en 2011, pour ne nommer que les principaux. Selon la chercheuse Marie-Hélène Labbé, on assiste cependant depuis une vingtaine d‘années à la privatisation et au relâchement des contrôles en matière de sécurité, et cela bien sûr dans le contexte d'une augmentation du nombre de centrales nucléaires dans le monde.

Cette fuite en avant que traduit l'augmentation du nombre de centrales et ce relâchement des mesures de sécurité dans le monde, se manifeste avec d'autant plus d'évidence en ce qui concerne la gestion des déchets radioactifs. Seule jusqu'à maintenant la Finlande, un pays tout de même modeste, est depuis toutes ces années passé de façon semble-t-il sûre et efficace de la parole aux actes avec son site Onkalo de stockage en profondeur à très long terme de déchets de haute activité. Ce site devrait être opérationnel à compter de l'an prochain.

Les déchets radioactifs, définis comme étant de faible, de moyenne ou de haute activité en fonction des éléments impliqués et de la durée pendant laquelle ils restent radioactifs, peuvent rester dangereux pendant des milliers, voire des centaines de milliers d'années.

Chez nous, le fait est qu'après près de 80 ans de production de déchets nucléaires, le Canada n'a toujours pas de stratégie globale en matière de déchets nucléaires, ni bien sûr d'installations permanentes et sûres comme la Finlande pour leur stockage à long terme. Pis encore, l'ancien premier ministre canadien Jean Chrétien a été honteusement surpris par des journalistes de l'émission Enquête de Radio-Canada, il y a quelques années, à négocier en catimini l'éventuel stockage de déchets nucléaires étrangers en sol canadien, au Labrador. Autant d'inconséquence laisse pantois !

Le cas de Chalk River

En 2015, le gouvernement Harper a transféré le contrôle des Laboratoires de Chalk River de la société d'État Énergie atomique Canada à un consortium d'entreprises comprenant SNC Lavalin (devenu depuis Atkins-Réalis) et deux sociétés américaines, plaçant ainsi son contrôle entre les mains d'intérêts privés. Le gouvernement Trudeau, sans tambour ni trompette, a conservé le plan Harper et promeut malheureusement lui aussi l'énergie nucléaire comme solution aux changements climatiques.

C'est de cette suite de décisions politiques prises dans l'ombre, sans véritables consultations, où filtre peu d'information utile et priment les intérêts privés, que découle la décision d'établir un site de stockage de déchets nucléaires à Chalk River, en Ontario, à environ un kilomètre de la rivière des Outaouais qui se déverse dans le Saint-Laurent. Contrairement au site Onkalo en Finlande, il s'agit d'un risque important de contamination à court et à long termes, il va sans dire, pour les populations vivant le long de ces deux importants cours d'eau, pour une grande partie de la population du Québec en fait.
Ce projet de stockage qui aurait dû soulever une levée de boucliers décisive de la part de l'ensemble des populations concernées n'a en fait soulever que des oppositions isolées, parfois timides, de la part du gouvernement du Québec, d'administrations municipales, des Algonquins et d'organismes concernés par la question – même si certaines personnes se sont tout de même démenées pour que l'on revoit ce projet. Il n'est toutefois jamais trop tard pour bien faire et pour s'unir en très grand nombre et empêcher que l'on donne suite à ce projet. Comme il n'est jamais trop tard, ici comme ailleurs, pour s'opposer massivement à l'énergie nucléaire en général.

Un dernier point...

Il existe un dernier point fondamental qui devrait nous convaincre de rejeter l'énergie nucléaire comme solution à nos besoins énergétiques partout dans le monde, et c'est sa proximité avec l'arme nucléaire. Parce qu'à mesure que prolifèrent les centrales nucléaires dans le monde, à mesure augmente le nombre de pays se dotant de ce fait de l'arme nucléaire. Si nous n'avons plus cette crainte parfois oppressante d'une guerre nucléaire qu'avaient nos parents et grands-parents, le risque d'un conflit nucléaire n'en demeure pas moins présent... et même plus grand.

Neuf pays possède maintenant l'arme nucléaire : les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l'Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël. Cinq autres, sans la posséder, l'héberge tout de même sur leur territoire à la « demande » des États-Unis : la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et la Turquie...« »

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Mine de fer du Lac Bloom : le gouvernement fédéral autorise à son tour la destruction totale de 37 plans d’eau pour y déverser des déchets miniers alors que des solutions de rechange existent

20 août 2024, par Collectif — , ,
Montréal, le 11 juillet 2024 - Le 3 juillet 2024, le gouvernement fédéral a donné son aval au projet d'expansion des parcs à résidus miniers et des haldes à stériles de la mine (…)

Montréal, le 11 juillet 2024 - Le 3 juillet 2024, le gouvernement fédéral a donné son aval au projet d'expansion des parcs à résidus miniers et des haldes à stériles de la mine du Lac Bloom en ajoutant les lacs et rivières entourant le projet à sa liste d'exceptions à l'interdiction de détruire des habitats du poisson.

Ce sont donc 37 plans d'eau entourant le site minier, représentant 156 hectares d'habitat du poisson et bien davantage de milieux naturels en tous genres, qui seront détruits à perpétuité. Le gouvernement fédéral emboîte ainsi le pas au gouvernement provincial, à l'encontre de l'avis du BAPE, des scientifiques et de l'opinion publique, et crée un dangereux précédent.

Contre vents et marées populaires et scientifiques

Pour rappel, le projet d'augmentation de la capacité d'entreposage des résidus miniers et des stériles à la mine de fer du lac Bloom initié par le propriétaire actuel de la mine Minerai de fer Québec (MFQ) a été soumis à l'analyse d'un BAPE en 2021. Le projet proposait ainsi de sacrifier 156 hectares de lacs pour y déverser ses déchets miniers.Plusieurs groupes se sont opposés fermement à cette proposition de MFQ, une pratique ayant été graduellement abandonnée ou carrément interdite un peu partout à travers le monde, étant donné son caractère dévastateur, et compte tenu du fait qu'une alternative moins dommageable existe, soit le remblaiement des fosses minières à l'aide des déchets que ces fosses génèrent.

Le rapport du BAPEétait explicite : « la commission d'enquête est d'avis que l'initiateur n'a pas fait la démonstration que les solutions retenues pour la gestion des rejets miniers sont celles qui minimisent les impacts sur les milieux humides et hydriques […]. En conséquence, la commission recommande que le projet ne soit pas autorisé tel que présenté. »

De plus, un sondage Léger réalisé en juillet 2022 a démontré clairement qu'il n'y avait aucune d'acceptabilité sociale pour la destruction des lacs et milieux naturels pour entreposer des déchets miniers. Près de neuf personnes sur 10 au Québec (89%) se disaient en faveur d'« interdire le rejet de déchets miniers dans tout lac, rivière ou milieu écologique sensible ».

« Malheureusement pour les écosystèmes et pour les populations qui en dépendent et
revendiquent leur protection, c'est au nom de la préservation d'un « potentiel minéral » présumé – donc d'intérêts économiques hautement spéculatifs à ce stade-ci – que des alternatives comme le remblaiement des fosses ont été écartées et que la destruction de lacs et de cours d'eau de cette partie du territoire a été autorisée
», déplore Émile Cloutier-Brassard, responsable des dossiers miniers d'Eau Secours.

Les organismes environnementaux Eau Secours et Fondation Rivières ont par ailleurs produit, au printemps 2023, ladémonstration claire que ce projet s'est développé à coup de décrets en permettant des agrandissements à la pièce et s'appuyant systématiquement sur des promesses que ces expansions du site n'en provoqueraient pas d'autres. Cette démonstration a été soumise aux instances fédérales qui savaient donc pertinemment dans quel historique de faux engagements s'inscrit cette énième demande d'agrandissement obligeant cette fois au sacrifice de dizaines de plans d'eau.

Finalement, la législation fédérale est claire, statuant qu'il est interdit de rejeter de substances nocives dans les eaux où vivent des poissons sans y être autorisé par règlement (selon l'article 36 (3) de la Loi sur les pêches du Canada. En donnant son aval à la destruction de si grands lacs simplement pour y entreposer des déchets miniers, le gouvernement fédéral répète une fois de plus et accentue la portée d'un précédent dangereux qui facilite le contournement de sa propre loi.

On entretient ainsi une tendance au nivellement vers le bas, puisque cela envoie le message aux minières que la destruction d'habitats du poisson pour y déverser ses déchets miniers deviendrait une option plus fortement tolérée par les instances gouvernementales.
« L'acier vert » ne sera jamais bleu Le 19 avril dernier, le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie du Québec rencontrait le journal Les Affaires et y réaffirmait son désir de promouvoir « l'acier vert » que permet de produire le minerai de fer extrait notamment à la mine de fer du Lac Bloom. Les groupes signataires dénoncent que le ministre et le gouvernement affirment produire un acier « vert » et responsable alors que seront détruits 37 plans d'eau représentant plus de 157 hectares d'habitat de poissons.

« On le voit aujourd'hui, le prix à payer pour produire cet acier « vert », c'est le sacrifice de dizaines de lacs et de centaines d'hectares de milieux humides et hydriques. Des écosystèmes détruits et un environnement rendu invivable pour une réduction marginale des émissions de gaz à effet de serre de quelques gros industriels : on ne pourrait illustrer de façon plus claire les limites de cette vision orientée vers les seules technologies pour atténuer les effets de la crise climatique et de la crise de la biodiversité. Une réduction drastique de notre dépendance à l'extraction de minéraux vierges s'impose, et elle s'impose rapidement, car avec autant de lacs et de rivières inscrits sur sa liste noire, l'acier « vert » ne sera jamais bleu. » de conclure M. Cloutier-Brassard.

Citations

« Permettre de détruire un lac en y enfouissant des déchets miniers toxiques reste un crime contre l'environnement. Aucune mesure ne peut compenser ce crime. » Daniel Green - Société pour vaincre la pollution

« Autoriser la destruction de lacs, de rivières et de cours d'eau en s'appuyant sur la seule
demande de l'industrie est une honte nationale. Devant la multiplication de ces pratiques minières à l'échelle du Québec et du pays, les gouvernements doivent répondre de toute urgence avec un régime d'interdiction strict qui ne doit souffrir d'aucune exception
. », Me Rodrigue Turgeon, MiningWatch Canada et Coalition Québec meilleure mine

« Cette décision va totalement à l'encontre de l'intelligence collective qui s'est prononcée maintes fois par le biais des voix citoyennes, scientifiques, militantes et autochtones, elle ne dessert que l'industrie tout en détruisant la nature, c'est d'un déplorable aveuglement. » - Chantal Levert, RQGE

« Comme nous l'avions détaillé dans notre mémoire lors des audiences du BAPE sur ce projet (en 2020) : « la destruction de milieux humides et hydriques, les risques de contamination aquatique et atmosphérique, et les impacts sur la santé et le bien-être de la population locale engendrés par ce projet se doivent d'être soulignés, et ne peuvent se faire éclipser par les arguments économiques à court et moyen terme. » Nous sommes consterné.e.s que le gouvernement fédéral se range aux côtés du gouvernement québécois dans ce dossier, condamnant cette nature au profit d'une compagnie minière et de visions gouvernementales qui instrumentalisent des milieux naturels en les transformant en poubelles à résidus miniers. La création et le maintien d'emplois et l'économie locale sont certes importants, mais ne peuvent aller à l'encontre de la santé environnementale et
humaine, et de l'équité sociale et environnementale
. » - Patricia Clermont, organisatrice Ph.D, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME, membre de
l'Association canadienne des médecins pour l'environnement (ACME-CAPE))

Signataires (ordre alphabétique) :
● André Bélanger, Fondation Rivières
● Raymond Carrier, Coalition québécoise les lacs incompatibles avec l'activité minière (Coalition QLAIM)
● Émile Cloutier-Brassard, Eau Secours
● Patricia Clermont, organisatrice Ph.D, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)
● Danielle Descent, Mani-utenam
● Laura Fontaine, Innue de Mani-utenam
● Daniel Green, Société pour vaincre la pollution (SVP)
● Chantal Levert, Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE)
● Isabel Orellana, Centre de recherche en éducation et formation relatives à l'environnement et à l'écocitoyenneté, Université du Québec à Montréal
● Me Rodrigue Turgeon, MiningWatch Canada et Coalition Québec meilleure mine

En annexe :

1.Rapport rédigé par Eau Secours et Fondation Rivièreslors de consultations tenues par le
gouvernement fédéral sur la destruction planifiée de ces plans d'eau. (PDF)

2. Cartes des plans d'eau qui seront sacrifiés :
Figure 1 : Zone géographique qui sera inscrite à l'annexe 2 du Règlement sur les effluents
des mines de métaux et des mines de diamants (REMMMD) pour le parc à résidus (tiré de
la Gazette du Canada).
Figure 2 : Zone géographique qui sera inscrite à l'annexe 2 du REMMMD pour la halde de
stériles (tiré de la Gazette du Canada)

3.Image satellite de Google Maps du site afin d'en montrer l'étendue du site. Au centre se trouvent les fosses minières, tandis qu'au sud-ouest du site, la tache orange est le parc à résidus de la mine du Mont-Wright opérée par ArcelorMittal, soit un triste avant-goût du sort réservé aux 37 plans d'eau entourant le site de la mine du Lac Bloom.

4.Image du lac F, à la frontière avec le Labrador, d'une superficie de 88 ha (29 fois le Lac aux Castors du parc du Mont Royal à Montréal) qui sera rempli par des déchets miniers de la mine Lac Bloom de la compagnie Minerai de fer Québec. L'utilisation de lacs comme dépotoir minier doit cesser au Québec. Source : Société pour vaincre la Pollution.

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Nagasaki-Gaza

20 août 2024, par Artistes pour la paix — , , ,
Les Artistes pour la Paix ont notifié hier matin la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly qu'ils se joignent à la condamnation du 7 août par les Canadiens pour la (…)

Les Artistes pour la Paix ont notifié hier matin la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly qu'ils se joignent à la condamnation du 7 août par les Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient du grotesque et sinistre coup politique du Canada envers la commémoration de Nagasaki.

Ils sont consternés par les informations selon lesquelles l'ambassadeur du Canada au Japon boycottera la cérémonie de commémoration du bombardement atomique de Nagasaki, parce qu'Israël n'a pas été invité (1).

La ville de Nagasaki refuse d'inviter l'ambassadeur d'Israël, dont le gouvernement est impliqué dans le massacre de civils à Gaza. CJPMO et les APLP soutiennent que la présence d'Israël, dont des ministres actuels ont appelé au largage d'une bombe nucléaire sur Gaza, serait totalement inappropriée, et condamne le Canada pour cette déclaration diplomatique profondément offensante.

« Boycotter la cérémonie commémorative de Nagasaki pour protester contre l'exclusion d'Israël, un État qui commet activement un génocide, est incroyablement irrespectueux à l'égard des victimes civiles de la guerre au Japon et à Gaza », a déclaré Michael Bueckert, vice-président de CJPMO. Il est absurde que le Canada défende le droit d'Israël à participer à une cérémonie commémorative pour les victimes de la bombe nucléaire à Nagasaki, alors que des ministres du gouvernement Nétanyahou, par exemple le ministre israélien du patrimoine, Amichai Eliyahu, appellent avec désinvolture à larguer les mêmes armes sur les civils de Gaza.

Le Canada démontre que sa priorité n'est pas un cessez-le-feu, mais la défense des sensibilités et de la réputation d'un régime génocidaire qui a tué 40 000 personnes depuis le 7 octobre, dont plus de 15 000 enfants, et des milliers d'autres sont portées disparues et présumées mortes sous les décombres, selon les informations fiables de l'UNRWA – ONU. Un article paru dans The Lancet estime le nombre total de Palestiniens tués par la guerre de manière directe et indirecte à 186 000 personnes.

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La fin du néolibéralisme progressiste au Canada

20 août 2024, par Ricardo Tranjan — , ,
Pourquoi une alternative économique valable n'est-elle plus offerte au Canada. Les élections mettent en lumière des différences. En ce moment, Justin Trudeau et Pierre (…)

Pourquoi une alternative économique valable n'est-elle plus offerte au Canada. Les élections mettent en lumière des différences. En ce moment, Justin Trudeau et Pierre Poilievre semblent à l'opposé l'un de l'autre et ça ne fera qu'augmenter quand la période des élections sera à son apogée.

Ricardo Tranjan, Canadian Dimension, 3 août 2024
Traduction, Alexandra Cyr

Mais après les élections, les différences s'affadiront. Un gouvernement Poilievre changera certainement des choses, mais ce sera la continuité dans les zones les plus critiques.

C'est parce que les Conservateurs et les Libéraux partagent un engagement égal envers les marchés. Pour s'attaquer aux enjeux sociaux économiques, les deux Partis offrent des incitatifs aux entreprises en leur accordant des subventions, en s'abstenant de leur imposer de nouvelles régulations même là où c'est le moyen le plus direct et le moins couteux (pour résoudre une situation).

La philosophe politique Nancy Fraser a créé les termes « néolibéralisme progressiste » pour décrire les gouvernements qui publiquement, adoptent les idéaux d'équité et de diversité du mouvement social tout en défendant les intérêts des entreprises de production et financières. Bill Clinton a ouvert la voie à Barack Obama (pour administrer ainsi). Tony Blair en a été l'emblème au Royaume Uni. Et nous l'avons vu ici aussi.

Constamment, les Libéraux de J. Trudeau ont allié un discours progressiste tout en inspirant des plans sur la base des fondamentaux des marchés. C'est en matière de changement climatiques et dans les politiques de logement que cette approche est le plus visible. Il est probable qu'un gouvernement Poilievre annulerait une petite partie de ces changements positifs tout en continuant à défendre la primauté des marchés. Pour ce qui est du climat son plan central est « supprimer la taxe (sur le carbone) ».

La taxe fédérale sur le carbone est un mécanisme de marché basée sur des incitatifs et des restrictions. L'impact de ce système sur les émissions de GES au pays est très minime. Son prix est encore trop bas pour que les comportements changent sérieusement. L'application est aussi liée à des failles qui permettent à l'industrie de ne pas vraiment se soumettre au système.

Depuis 2015, le gouvernement fédéral a retiré une série de cadres réglementaires ce qui esquisse l'introduction de diverses régulations et des plans d'investissement en vue d'établir une économie plus économe en carbone. Ce ne sont que des plans pour le moment.

Le chercheur sur le climat, Hadrian Mertins-Kirkwood, démontre dans un chapitre percutant de son ouvrage : The Trudeau Record : Promise and Performance, que le gouvernement fédéral a manqué plusieurs occasions d'implanter ses plans sur le climat. L'an dernier, il a déclaré lors de la mise à jour économique de l'automne, que les Libéraux étaient allés aussi loin qu'ils le pouvaient pour ce qui est du financement des actions envers le climat. Il avait raison. Dans le budget 2024 on mentionne que 2 milliards de dollars seront investis au cours des 5 prochaines années. Pourtant, le Canada devrait investir environ 100 milliards de dollars par année en énergie propre pour atteindre les objectifs son but de zéro énergie fossile en 2050. Même si cette somme ne viendra pas que du gouvernement fédéral, il n'est reste pas moins qu'un gouvernement vraiment engagé investirait plus de 2 milliards au cours des cinq prochaines années.

En même temps, les Libéraux ont évidemment soutenu les industries pétrolières et gazières avec de généreuses subventions, des exemptions sur la taxe carbone et financé directement des oléoducs et autres infrastructures pour le pétrole. Ce soutien a permis à la production d'augmenter entrainant ainsi une augmentation des GES. Cela a annulé les progrès faits dans d'autres secteurs, comme la fin de l'utilisation du charbon. Sans aucun doute, P. Poilievre maintiendra cette politique de soutien à la production pétrolière et gazière.

En matière de logement, le plan de P. Poilievre est de bâtir, bâtir et bâtir encore. C'était aussi le focus des Libéraux qui ont fait plus que les gouvernements qui les ont précédés mais moins qu'ils ne le disent. La stratégie nationale pour le logement est centrée sur le soutien au secteur privé qui construit des logements pour la location. Ce qui, selon plus d'une analyse du gouvernement, ne rend pas le logement accessible à une majorité de locataires.

Les fonds pour l'aide aux sans abris se sont constamment réduits entre 2015 et 2020 pendant que le nombre de personnes dans cette situation, ne cesse d'augmenter. Le financement des projets de logements hors marché (Coop. Obnl et autres) a fondu bien en dessous de ce que les analystes estiment nécessaire. Dans le budget de 2024, on trouve un million et demi pour ce secteur alors que 15 millions sont prévus pour les développeurs privés.

Et en même temps, le gouvernement utilise un discours progressiste, reconnait que le logement est un droit humain, crée le Conseil national sur le logement, le Bureau du défenseur fédéral des droits au logement, promet une Charte des droits des acheteurs de maisons et une autre pour les locataires. Jusqu'ici tout cela n'a rien donné.

Même la promesse de la fin des enchères à l'aveugle dans le marché immobilier n'a pas été tenue à ce jour. La taxation du secteur immobilier qui aboutit à des profits excessifs dans le secteur locatif, devait être révisée. Le projet est mort. Le gouvernement a beaucoup enquêté sur ce secteur au cours des deux dernières années et il rétropédale.

Ce que nous savons des détails du plan de P.Poilievre se résume à imposer aux municipalités des obligations de permettre par tous les moyens aux développeurs d'augmenter les constructions. Les Libéraux en font plus : le fonds d'accélération de la construction à des buts mixtes allant de dézonages au gel des charges en matière de développement ce que le ministre du logement, M. Sean Fraser appelle abusivement, une taxe sur le logement.

Sur ces grands enjeux, un futur gouvernement conservateur n'aurait pas beaucoup de marge de manœuvre pour être plus pro-marché que l'actuel gouvernement.

Clairement, un gouvernement Poilievre serait différent. Les Conservateurs courtisent les groupes d'extrême droite, n'est pas précis sur l'avortement et est prêt à tester les limites de la Constitution. Tout cela pourrait générer des pertes de droits et de libertés. Mais la peur de l'avenir ne doit pas interférer dans notre jugement sur le présent.

Derrière les gestes progressistes des Libéraux, leurs politiques mitigées et leur financement parcimonieux des solutions non marchandes, il y a un engagement profond envers les approches marchandes. C'est cette idéologie qui affaibli l'État canadien depuis les années 1990.

Un gouvernement Poilievre se débarrasserait du vocable « progressiste » dans « néo libéralisme progressiste » en faisant confiance aux approches pro marchés qui empêchent tout progrès sur les enjeux que la population a à cœur.

Une véritable alternative économique serait concentrée sur l'augmentation des taxes et impôts des plus riches pour améliorer la qualité des services publics universels, sur la réglementation des marchés pour les empêcher de profiter des biens de base comme la nutrition, la santé, l'éducation et le logement. Elle renationaliserait les ressources naturelles et les infrastructures publiques.

Cette alternative n'est pas offerte au Canada en ce moment.

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Où vont les profits des entreprises canadiennes ? Ils ne sont pas de « retour au pays »

20 août 2024, par Martin Lukacs — , ,
Loblaw et d'autres géants de l'entreprise investissent moins de leurs profits que jamais auparavant, démentant la promesse du néolibéralisme. 11 juillet 2024 | tiré du site (…)

Loblaw et d'autres géants de l'entreprise investissent moins de leurs profits que jamais auparavant, démentant la promesse du néolibéralisme.

11 juillet 2024 | tiré du site du journal The Breach | Photo : Le président du conseil d'administration de Loblaw, Galen Weston Jr
https://breachmedia.ca/canadas-soaring-corporate-profits-reinvestment/

Le président du conseil d'administration de Loblaw, Galen Weston Jr, le visage incrédule de la richesse canadienne héritée, a souri sereinement aux parlementaires en expliquant pourquoi, en ce qui concerne la hausse des prix des denrées alimentaires, son entreprise était irréprochable.

S'adressant à un comité de l'agroalimentaire au printemps 2023, il leur a dit que les profits de Loblaw « retournent au pays ».

« Les profits que nous générons, nous les réinvestissons dans ce pays pour créer plus de magasins, plus de services et plus d'emplois », a déclaré M. Weston sur le même ton doux qu'il utilise pour vendre les produits du Choix du Président à la télévision.

Bien que Weston n'ait pas étayé ses affirmations par des chiffres, ses détracteurs n'en avaient pas non plus pour le contester.

Aujourd'hui, nous le faisons.

Deux nouveaux rapports, l'un rédigé par Canadiens pour une fiscalité équitable et l'autre par l'économiste du CTC, D.T. Cochrane, révèlent que Loblaw – et de nombreuses grandes sociétés canadiennes – utilisent principalement leurs profits pour enrichir leurs propriétaires déjà riches, au lieu de les utiliser au profit des Canadiens.

Les données montrent que, depuis les années 1980, les entreprises canadiennes ont réinvesti de moins en moins dans de nouveaux équipements ou produits, même si les bénéfices des entreprises ont augmenté de façon constante.

Il y a des décennies, ils consacraient jusqu'à un tiers de leurs bénéfices au réinvestissement. Aujourd'hui, ce rapport est tombé à dix pour cent.

Dans le cas de Loblaw, la baisse des réinvestissements est encore plus extrême : de 2020 à 2022, elle n'était que de un pour cent

Alors, où va l'argent ?

Selon les calculs de Canadiens pour une fiscalité équitable, les sociétés canadiennes utilisent plus des deux tiers de leurs profits pour verser des dividendes à leurs actionnaires et racheter leurs actions.

Cette dernière manœuvre fait grimper le prix de leurs actions (sans parler des bonus de dirigeants comme Galen Weston Jr, qui sont souvent liés au cours des actions) et injecte encore plus d'argent dans les poches de leurs investisseurs.

Ce qu'il ne fait pas, c'est contribuer à l'investissement productif.

En d'autres termes, et en contradiction catégorique avec Weston, pas plus de magasins, pas plus de services, ni plus d'emplois.

Voilà pour le « ruissellement » des bénéfices des entreprises

Pendant des décennies, on nous a dit que nous ne devrions pas nous inquiéter de la réduction sur brûlis des réglementations et de l'impôt sur les sociétés.

Des bénéfices plus élevés pour les entreprises et leurs riches propriétaires seraient censés se répercuter sur le reste d'entre nous sous forme d'investissements, ce qui créerait plus d'emplois et de meilleurs revenus.

Mais les chiffres trahissent ce dogme essentiel de l'ère néolibérale.

Malgré un environnement d'affaires favorable – en gros, un pouvoir et une liberté méconnus – les entreprises canadiennes investissent moins que jamais leurs profits.

L'économiste Jim Stanford écrit qu'il s'agit d'un « signe certain que les entreprises ont littéralement plus d'argent qu'elles ne savent quoi en faire ».

Il souligne que les géants de l'épicerie Loblaw, Empire et Metro « ont dépensé deux fois plus l'an dernier en rachats d'actions qu'il n'en aurait coûté à l'ensemble du secteur de la vente au détail d'aliments pour augmenter les salaires de tous les travailleurs des épiceries de 2 $ l'heure ». (Rappelez-vous quand les épiciers ont offert aux travailleurs et travailleuses une « prime de héros » de 2 $ pendant les premiers confinements de COVID, puis l'ont récupérée ?)

Les investisseurs peuvent comprendre que toute croissance majeure provenant de l'investissement rendra les travailleurs-euses avides d'une plus grande part du gâteau. Au lieu de cela, en freinant la croissance, ils peuvent maintenir les travailleurs-euses en permanence dans l'insécurité et les rendre plus conformes.

Mais quelle que soit la cause de la thésaurisation, le lien entre des profits plus élevés et des investissements plus importants a été brisé de manière retentissante.

Et malgré les douces promesses de Weston Jr, le temps des petites corrections est révolu.

Les deux rapports préconisent des augmentations importantes de l'impôt sur les sociétés et des impôts sur les bénéfices exceptionnels. Cela garantirait que les gains massifs des entreprises « retournent vraiment au pays », selon les mots de Weston.

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Après six ans, une autre rentrée sans que la CAQ soit capable de régler les problèmes en éducation

20 août 2024, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
« Le travail est loin d'être terminé avec la signature des nouvelles conventions collectives. Le gouvernement peut et doit poser des gestes dès maintenant pour réussir à régler (…)

« Le travail est loin d'être terminé avec la signature des nouvelles conventions collectives. Le gouvernement peut et doit poser des gestes dès maintenant pour réussir à régler toute une série de problèmes qui persistent et qui nuisent tant à l'attraction de personnel, à tous les niveaux d'enseignement, qu'à la réussite des élèves, des étudiantes et des étudiants du Québec », Caroline Senneville, présidente de la CSN. – Caroline Senneville, présidente de la CSN

14 août 2024 | tiré du site de la CSN

Malgré le renouvellement récent des conventions collectives avec les syndicats du secteur de l'éducation et d'une partie de l'enseignement supérieur, on constate encore une série de problèmes que le gouvernement de la CAQ est incapable de régler. La violence est en hausse dans les écoles, on manque de personnel à divers niveaux, les infrastructures, de l'école primaire à l'université, sont dans un état lamentable, les cégeps et les universités sont sous-financés et l'intelligence artificielle n'est toujours pas encadrée par des balises claires.

C'est la première rentrée scolaire avec la nouvelle convention qui prévoit une distribution plus hâtive des postes tant souhaitée par le gouvernement. Les problèmes récurrents du réseau de l'éducation et de l'enseignement supérieur demeurent cependant bien réels. On constate toujours un manque de main-d'œuvre et des situations qui nuisent à l'attraction et à la rétention du personnel persistent.

Inaction en enseignement supérieur

La CSN accueille favorablement l'annonce de la ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, Pascale Déry, sur la formation d'une instance de concertation nationale sur l'intelligence artificielle en enseignement supérieur. Alors que cette technologie se développe de façon expéditive et chaotique, la CSN espère que cette instance sera rapidement constituée et qu'elle sera permanente. La centrale entend y participer et faire part de ses recommandations pour des balises nationales, ayant elle-même développé une expertise en matière d'IA.

La nouvelle politique de financement des universités, déposée en juin dernier, est loin d'avoir fait ses preuves et la CSN s'inquiète des sommes importantes consacrées pour la diplomation dans des secteurs dits « prioritaires ». Le sous-financement de l'ensemble des missions universitaires se perpétue. La course aux primes à la diplomation n'augure rien de bon, ni pour les secteurs prioritaires ni pour ceux qui sont négligés. De plus, les chargé-es de cours de nos établissements universitaires revendiquent le déblocage de fonds pour financer leur contribution à la recherche.

En juin dernier, le ministère a rendu public le rapport du groupe de travail sur les cours défis au collégial. Alors que la ministre Déry avait ce rapport en sa possession depuis un an, la CSN estime qu'il est temps qu'elle s'engage dans la mise en œuvre des recommandations du rapport en collaborant avec l'ensemble de la communauté collégiale.

La CSN compte quelque 80 000 membres dans le secteur de l'éducation, dont 45 000 en enseignement supérieur. Elle représente 85 % des employé-es du milieu collégial.

CITATIONS

« Le travail est loin d'être terminé avec la signature des nouvelles conventions collectives. Le gouvernement peut et doit poser des gestes dès maintenant pour réussir à régler toute une série de problèmes qui persistent et qui nuisent tant à l'attraction de personnel, à tous les niveaux d'enseignement, qu'à la réussite des élèves, des étudiantes et des étudiants du Québec . Après six ans au pouvoir à répéter que l'éducation constitue une priorité nationale, il serait temps pour le gouvernement Legault d'être cohérent et d'agir enfin de manière conséquente. »

– Caroline Senneville, présidente de la CSN

« Alors que la CAQ se trouve à mi-mandat, il est grand temps que la ministre Déry passe à l'action face aux nombreux enjeux qui touchent le milieu de l'enseignement supérieur. Elle a déjà en main plusieurs idées, notamment sur les cours défis dans les cégeps. L'état des finances publiques ne saurait constituer une excuse pour abdiquer sa responsabilité de soutenir des réseaux collégial et universitaire à la fois accessibles et humains. Nos membres s'attendent à ce que la ministre défende vraiment ces derniers auprès de ses collègues et du premier ministre. »

–Benoit Lacoursière, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN)

« Du côté du personnel de soutien, ce qui retient notre attention tant dans le réseau scolaire que dans le réseau collégial, c'est la vétusté des établissements. Dans les documents liés au dernier budget du Québec, le gouvernement note que 56 % des écoles sont en mauvais ou en très mauvais état. Or, on apprend cet été une baisse de 400 millions de dollars dans ce que Québec devait allouer pour rattraper le déficit d'entretien des immeubles. Dans les cégeps, le Vérificateur général du Québec soulève que deux établissements sur trois sont en mauvais état et que les investissements déjà prévus ne suffiront pas à renverser leur dégradation importante. Le gouvernement agit de façon irresponsable en laissant les choses aller. »

– Frédéric Brun, président de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN)

« La nouvelle politique de financement des universités annoncées en juin ouvre la voie à un système d'enseignement supérieur à deux vitesses où les domaines d'études jugés prioritaires par le gouvernement auront le haut du pavé et certains autres seront négligés. Du côté des cégeps, on constate un manque important de professionnel-les dans tous les secteurs d'activité de nos établissements. À titre d'exemple, le nombre de professionnel-les dans les secteurs des services psychosociaux et de l'adaptation scolaire est insuffisant pour répondre aux demandes de nos étudiantes et de nos étudiants. Ce manque de personnel fragilise nos équipes, qui ne peuvent pas offrir le niveau de service dont notre population étudiante a besoin pour maximiser leurs chances de réussite. »

-Ryan William Moon, vice-président de la Fédération des professionnèles (FP–CSN)

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Un BAPE sur Northvolt est nécessaire

20 août 2024, par Louise Morand — , ,
On se souvient tous de l'empressement avec lequel le ministre québécois de l'Environnement, M. Benoît Charette, a autorisé la destruction d'un écosystème exceptionnel en (…)

On se souvient tous de l'empressement avec lequel le ministre québécois de l'Environnement, M. Benoît Charette, a autorisé la destruction d'un écosystème exceptionnel en bordure de la rivière Richelieu pour permettre à la compagnie Northvolt d'y construire une usine de composantes de batteries d'automobiles. Selon le ministre tout retard dans la mise en œuvre des travaux aurait pu amener le constructeur à vouloir s'établir ailleurs.

L'urgence d'accueillir la compagnie suédoise chez nous était telle que, en plus de lui octroyer généreusement 7,3 milliards de fonds publics, il fallait renoncer à étudier sérieusement les impacts environnementaux et socioéconomiques que pourrait avoir son projet sur la région et sur tout le Québec. Malgré les demandes répétées des experts, des scientifiques et de la population, les responsables de la CAQ ont obstinément rejeté les nombreuses demandes de BAPE sur le projet Northvolt et, plus largement, sur la transition énergétique.

Mais voilà qu'au début juillet, on apprenait qu'en raison de difficultés financières, la compagnie Northvolt décidait de reporter son projet en sol québécois. La compagnie préfère dorénavant concentrer ses ressources sur son usine principale en Suède. Non seulement il n'y a plus d'urgence, mais le projet Northvolt au Québec est reporté aux calendes grecques ! Maintenant que le site écologique a été détruit et que des milliards de dollars ont été engagés, peut-on enfin conclure que nos gouvernements ont fait preuve de négligence ?

Une étude du projet par le BAPE aurait sans aucun doute permis de mettre en lumière le peu de viabilité économique de cette usine géante, compte tenu des difficultés financières que connait la compagnie suédoise et de la déconfiture que subit présentement la filière batteries enEurope. Maintenant que nous savons qu'il n'y a plus d'urgence, ne serait-il pas judicieux de prendre tout le temps nécessaire pour évaluer correctement les impacts du projet s'il venait un jour à se concrétiser ?

À chaque semaine qui passe, de nouvelles informations parviennent aux groupes citoyens qui surveillent le dossier Northvolt, notamment de la part d'experts indépendants comme le biologiste et spécialiste en écotoxicologie Daniel Green. Ces nouvelles n'ont rien pour nous rassurer. En effet, si l'usine de Northvolt venait à être construite, il faudrait impérativement aménager des bassins de décantation pour contenir les eaux usées toxiques résultant de ses procédés. Les risques de pollution des eaux souterraines et de la rivière Richelieu sont réels. Un déversement ou une infiltration porterait atteinte de manière irréparable à la qualité de l'eau dont dépendent 350 000 personnes, de même qu'à la biodiversité de la rivière. Le site contient actuellement de l'arsenic et du cadmium, et la présence éventuelle d'autres contaminants soulève de vives inquiétudes. On craint notamment la présence de cobalt, de nickel (les abeilles sont très sensibles au nickel et les pomiculteurs de la région ont besoin de ces pollinisateurs), de manganèse et de composés perfluorés (PFAS).

Selon d'autres informations, les saumures toxiques que dégagerait le site pourraient être transportées jusqu'au dépotoir de déchets dangereux de Stablex à Blainville.
Malheureusement, ou plutôt heureusement, une commission du BAPE s'est déjà prononcée négativement sur le projet d'agrandissement du dépotoir deStablex. Il a en effet été démontré qu'en plus de détruire un milieu écologique particulièrement important, la technologie utilisée par Stablex pour contenir les matières toxiques n'est pas fiable. Des fuites pourraient polluer l'eau de la tourbière de Blainville et s'écouler du bassin versant vers le fleuve Saint-Laurent. À noter que, même si les commissaires du BAPE ont jugé le projet de Stablex trop peu sécuritaire pour être autorisé, le gouvernement de la CAQ n'en a pas moins décidé de l'autoriser.

Nombreux sont les exemples au Québec de projets désastreux résultant de l'entêtement des gouvernements à ignorer les conclusions des évaluations environnementales, les avis d'experts et les questions légitimes des citoyens et citoyennes. Mentionnons les expropriations forcées (en pure perte) de l'aéroport de Mirabel ; la centrale au gaz de Bécancour, qui coûte chaque année 120 millions de dollars à Hydro-Québec pour rester inactive ; ou encore la cimenterie de Port-Daniel, qui s'est avérée un fiascoéconomique et environnemental. L'usine de composantes de batteries de Northvolt sera-t-elle le prochain trophée à mettre au bêtisier de nos décideurs ?

Maintenant que la construction de l'usine de Northvolt est suspendue pour une durée indéterminée, le gouvernement québécois n'a plus aucune raison de s'opposer à ce que toute la lumière soit faite sur ses éventuels impacts environnementaux et socioéconomiques. Un BAPE sur Northvolt est aussi pertinent et nécessaire aujourd'hui qu'il l'était avant le début des travaux. Tout comme l'est également un BAPE générique sur la transition énergétique. L'environnement et la transition énergétique sont l'affaire de tous, citoyens et citoyennes. Les problèmes découlant de la crise du vivant sont trop importants pour être laissés à l'improvisation de quelques joueurs.

Louise Morand, L'Assomption

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