Presse-toi à gauche !

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Aller plus loin : batailler en commun pour imposer l’unité pour battre Macron, Barnier et Le Pen !

24 septembre 2024, par Arguments pour la lutte sociale — , ,
Il me revient de faire un compte-rendu des différents débats qui se sont déroulés à la Fête de l'Humanité 2024 au stand commun monté par L'APRES, GDS et Ensemble. (...) 18 (…)

Il me revient de faire un compte-rendu des différents débats qui se sont déroulés à la Fête de l'Humanité 2024 au stand commun monté par L'APRES, GDS et Ensemble. (...)

18 septembre 2024 | tiré du site Arguments pour la lutte sociale

Le cadre du stand avec sa grande banderole « Pour la Victoire du Nouveau Front Populaire » a illustré les possibilités d'avancer concrètement dès maintenant pour faire face aux défis politiques et sociaux de l'heure. Il serait idiot et réducteur de n'y voir qu'une heureuse mise en commun logistique pour avoir droit de cité dans la grande Fête de l'Huma qui, par delà les déboires et malheurs du PCF, demeure un événement populaire incontournable. Les débats menés principalement par L'APRES ont toujours associé d'une manière ou d'une autre les partenaires de la Gauche Démocratique et Sociale (GDS) et du mouvement Ensemble. Ils (voir le programme des activités ) ont aussi réuni des représentants de Génération-s, d'EELV et de Picardie Debout.

Le meeting de présentation de L'APRES, tenu samedi midi, a montré une association dont les figures fondatrices, issus du groupe des « purgés » ou « insurgés » de LFI en juin dernier, donnent une image équilibrée en termes de genre : les militantes expérimentées et solides sur leurs convictions que sont Clémentine Autain, Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Pascale Martin ne le cèdent en rien aux figures masculines du groupe (Alexis Corbière, Guillaume Ancelet, Hendrik Davi). Toutes et tous ont pris la parole lors de cet exercice de présentation.

Plutôt que de rapporter leurs propos, nous allons commenter les différents thèmes abordés. Pour commencer, on a le sentiment, positif, d'échapper à une posture perpétuelle d'orphelins déçus de LFI. Alexis Corbière a fait quelques solides mises au point sur les attaques mensongères ou venimeuses venues de la part de leurs anciens camarades. Ceci ayant été dit, tous se sont tournés vers l'avenir, c'est à dire les taches immédiates pour faire face à la crise politique.

L'impression qui se dégage des introductions comme des discussions est celle du sursis. Le puissant mouvement d'en bas a bloqué la tentative de Macron par la dissolution du parlement proclamée au soir du 9 juin de mettre Bardella à Matignon. Ce mouvement, comme l'ont rappelé plusieurs intervenants, s'est ainsi concrétisé dans la manifestation spontanée au siège d'EELV pour faire pression sur les dirigeants de la gauche pour qu'ils s'unissent.

L'unité réalisée à travers le Nouveau Front Populaire (NFP) a permis d'infliger une défaite à Macron [qui n'a pas réussi sa manœuvre délibérée de propulser le RN à Matignon] et à Le Pen [qui n'arrive qu'en 3ème position en termes de groupe parlementaire alors que la puissance du vote RN aux européennes du 9 juin pouvait lui faire espérer plus ..]. Mais ceci n'est qu'un épisode du feuilleton. La gauche n'en est pas quitte pour autant avec les défis qu'elle doit relever.

A commencer par la question d'éventuelles élections législatives en 2025, celle des prochaines municipales en 2026, et enfin surtout, surplombant le tout, le spectre des présidentielles, que celles-ci viennent à terme en 2027 ou soient avancées par une démission de Macron. L'enjeu est considérable : d'une part, empêcher l'accession au pouvoir d'un RN qui surfe sur son capital de 11 millions de voix, mais aussi, se débarrasser de Macron et de sa politique ultra-libérale et anti-démocratique. La thématique de candidatures uniques à gauche, des municipales aux présidentielles est omniprésente. Chacun comprend que la division ne peut que faire le jeu de Macron et de Le Pen mais comment y arriver : par la seule unité fragile des sommets des 4 partis (LFI, PS, PCF, EELV) ou par un élargissement du NFP à travers une structuration de comités de base du NFP partout, ouverts à tous, encartés et sans parti, y compris syndicats et associations.

Gérard Filoche a fait une vibrante intervention pour la réalisation de l'unité en évoquant les circonstances de la fondation de la SFIO en 1905 avec 11 tendances différentes représentant des divergences doctrinales certaines. On nous dira « oui mais Gérard, il nous fait la même [intervention] à chaque fois ! » sauf que présentement, les circonstances rendent un peu plus pertinents et pressants ses propos.

En tout cas, ceci pose immédiatement le besoin d'une force politique à gauche œuvrant pour l'unité, pour la structuration démocratique de cette unité, afin d'imposer le changement social et écologique, à partir des mesures inscrites dans le programme initial du NFP et surtout le changement démocratique en se débarrassant des institutions bonapartistes de la 5ème République. Ici la responsabilité des initiateurs de L'APRES est grande, mais elle incombe aussi à la GDS et à Ensemble.

La crainte du piège du juridisme ou de l'acceptation du cadre des institutions actuelles même pour en sortir, est cependant amoindrie quand on entend des interventions comme celle de Rachel Garrido évoquant la convocation d'une assemblée constituante. Ces propos méritent d'être plus discutés et approfondis car une authentique Constituante ne saurait être octroyée, surtout dans le cadre de la 5ème et même avec la meilleure volonté du monde.

L'opération « destitution de Macron » initiée par LFI souffre du cadre de la 5ème qu'elle prétend respecter .. pour la dépasser. Pire, elle s'inscrit dans une stratégie de candidature de JLM prétendant être le dernier président de la 5ème pour l'éternité sans égard du danger Le Pen et sans égard du maintien effectif de Macron d'ici 2027. Une stratégie présidentialiste enfermée dans l'indépassable cadre présidentiel.

Un angle aveugle de la discussion renvoie à la place du mouvement social dans ces perspectives. Résister à la déferlante anti-sociale de Macron, ce qu'ont fait à leur manière le mouvement des Gilets jaunes ou le mouvement contre la réforme des retraites du premier semestre 2023, ne saurait se limiter à une seule affaire de syndicalistes. Pour gagner contre l'agenda anti-social, les syndicalistes ne doivent pas craindre de mettre à bas le pouvoir, ainsi la grève générale de 1968 n'a pas seulement donné des accords de Grenelle, elle a aussi abouti au départ différé de de Gaulle en 1969, départ qui aurait pu être largement précipité si les directions politiques et syndicales de la gauche n'avaient accepté le cadre de la 5ème République et respecté ses institutions.

Pour ne pas être condamné à reproduire des journées d'action syndicale à l'infini, il faut ne pas se limiter à la seule préparation des échéances électorales. Il faut combiner politique et syndical (*) dans la perspective de l'affrontement social. C'est à cette condition que l'ambition de reconstruire un mouvement ouvrier sous ces multiples formes, politique, syndicale, associative, culturelle, intégrant les revendications et les besoins de toutes les couches et catégories du peuple travailleur, des tours aux bourgs !, se concrétisera et permettra d'arracher à la passivité les « résignés », à l'abstention les « déçus » ou à la tentation lepeniste les électeurs « fâchés ».

Trop de militants à gauche ne voient que le verre à moitié vide, ne captent pas l'ampleur et la valeur du coup d'arrêt infligé à Macron-Le Pen les 30 juin et 7 juillet. Pour que la gauche ne soit pas en sursis, il ne faut pas accorder de sursis à Macron jusqu'en 2027. Il faut être à l'offensive pour empêcher le projet austéritaire que Barnier, premier ministre minoritaire sans gouvernement depuis une semaine ni investiture, prétend élaborer avec des ministres, démissionnaires à perpétuité, à l'insu des parlementaires appelés à voter un budget 2025 en aveugle et à la va-vite. Barnier et Macron n'ont aucune légitimité à dégrader nos vies, qu'ils cèdent la place devant la démocratie !

Pour engager tout cela, les animateurs d'un certain stand de la Fête de l'Huma 2024 portent une responsabilité cruciale pour aider à la réalisation de l'unité et à la concrétisation de la démocratie à tous les étages du mouvement général. La qualité du débat démocratique ce samedi à Brétigny augure favorablement des possibilités. Maintenant, réalisons celles-ci !

OD, le 18/09/2024.

Notes :

* la formule « politique et syndical » ne vise pas à exclure les mouvements sociaux et revendicatifs qui portent sur les questions écologiques, féministes, anti-racistes, LGBT, etc … elle entend les intégrer en une forme concentrée

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Il y a une alternative à l’austérité budgétaire : c’est la justice fiscale, Monsieur Barnier

24 septembre 2024, par Collectif de signataires — , ,
Imposer les plus fortunés, supprimer les privilèges fiscaux nuisibles à l'environnement, renforcer les moyens de lutte contre l'évasion et les fraudes fiscales… Un collectif (…)

Imposer les plus fortunés, supprimer les privilèges fiscaux nuisibles à l'environnement, renforcer les moyens de lutte contre l'évasion et les fraudes fiscales… Un collectif d'associations et de personnalités de la société civile rappellent les divers moyens d'éviter l'austérité budgétaire.

19 septembre 2024 | tiré du site entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/19/il-y-a-une-alternative-a-lausterite-budgetaire-cest-la-justice-fiscale-monsieur-barnier/#more-85815

Engager des coupes budgétaires drastiques tout en se refusant « en même temps » d'imposer les plus riches et les grandes entreprises : telle est l'orientation de la politique fiscale injuste et inefficace impulsée par Emmanuel Macron. Le président de la République a eu beau reconnaître le problème que pose la diminution des recettes fiscales, il a pourtant déclaré qu'aucune augmentation d'impôt n'était envisagée. En qualifiant l'idée d'une hausse d'impôt de « maladie française », il a confirmé qu'il n'y avait, à ses yeux, aucune alternative à l'austérité budgétaire. Loin des aspirations des Français·es qui sont favorables, selon les enquêtes d'opinion, à des hausses d'impôts à condition qu'elles ciblent les entreprises qui font le plus de profits et les plus aisés.

Ce choix a déjà eu de lourdes conséquences : les financements des services publics, de la protection sociale et de la lutte contre le dérèglement climatique sont frappés de plein fouet. Si cette politique fiscale était maintenue, il est à prévoir que les besoins sociaux et écologiques seront une fois de plus sacrifiés sur l'autel de l'austérité, aggravant davantage les inégalités. Dans une période d'affaiblissement du consentement à l'impôt, de distension du lien social, d'inquiétude face à l'avenir, l'extrême droite ne peut que tirer profit de cette politique injuste et injustifiée. Le chef de l'Etat, qui entend imposer ces vues malgré des désaveux électoraux et une situation politique complexe qu'il a lui-même créée, porterait alors une responsabilité immense dans cet échec global, démocratique, social, économique et écologique.

Répondre aux urgences sociales et écologiques

Sourd aux attentes d'une immense partie de la population, le gouvernement a multiplié les attaques contre notre modèle social, pourtant déjà bien fragilisé. Il a engagé un plan de coupes budgétaires qu'il entend mettre en œuvre coûte que coûte pour 2025. Le financement des urgences sociales et écologiques est clairement dans le viseur : aux 10 milliards d'euros d'économies prévues pour 2024 [1] pourraient s'ajouter 16 milliards d'euros d'économies supplémentaires qui toucheraient notamment le travail et la transition écologique. Le choix des secteurs visés est éloquent… Pendant ce temps, des coups répétés sont portés au logement social, au financement de l'hôpital public et de la protection sociale, et le ministre démissionnaire de la Fonction publique, Stanislas Guerini, a engagé au cours des derniers mois un travail de sape de la fonction publique en remettant en cause le statut des fonctionnaires, l'un des piliers du modèle social français. Rarement un pouvoir n'aura été aussi dogmatique dans ses choix.

Face à cette orientation écologiquement, socialement et économiquement délétère, de nombreuses voix s'élèvent pour formuler des propositions à portée de la main visant à rétablir le principe de justice fiscale et rééquilibrer un système fiscal mis à mal par les politiques néolibérales. A l'évidence, un tel rééquilibrage permettrait de combattre les inégalités et de renforcer le consentement à l'impôt, pilier d'une démocratie digne de ce nom. Il permettrait également de dégager les recettes nécessaires pour répondre aux besoins sociaux, relever les défis écologiques et énergétiques et contribuer à la solidarité à l'égard des pays du Sud Global, en première ligne du dérèglement du climat.

Une solution : la justice fiscale

Pour faire face à ces enjeux, nous avons besoin d'une action publique ambitieuse et d'une meilleure répartition fiscale. Nous rappelons à ce titre plusieurs principes : l'action publique et la protection sociale doivent avoir les moyens nécessaires pour répondre aux besoins de la population et pour préserver l'environnement ; les choix fiscaux et budgétaires doivent poursuivre la satisfaction de l'intérêt général et non des intérêts particuliers, ils doivent faire l'objet d'un véritable débat citoyen ; une fiscalité plus juste suppose de mettre à contribution les personnes et les entreprises de manière progressive, en fonction de leurs richesses et de leurs capacités contributives. Cela suppose de rétablir l'égalité devant l'impôt et de combattre résolument son évitement.

Sur cette base, et pour répondre au « ras-le-bol des injustices fiscales », plusieurs pistes se dessinent pour engager, à court terme, un rééquilibrage : d'abord mettre davantage les plus fortunés à contribution à travers une imposition du patrimoine juste et efficace. Ensuite, mettre fin aux privilèges fiscaux nuisibles à l'environnement et bénéficiant aux plus riches, mieux imposer les rentes de toutes sortes, comme les superprofits et les superdividendes, défendre la nécessité d'une véritable taxe sur les transactions financières et d'un relèvement de l'imposition des multinationales au sein de l'Union européenne, et enfin renforcer à tous niveaux les moyens de lutte contre les différentes formes d'évasion et de fraude fiscales.

Ces mesures sont légitimes et nécessaires. Nous appelons à participer aux différentes initiatives qui seront engagées pour défendre leur mise en œuvre, en particulier à l'occasion de la discussion sur le projet de loi de finances 2025. Nous appelons également la population à s'emparer de ces questions qui n'appartiennent qu'à elle, pour qu'un vrai débat citoyen s'engage et débouche sur des mesures de justice qui permettraient ainsi de « refaire société ».

[1] Avec notamment 200 millions de coupes sur le budget de l'apprentissage et autant sur la formation professionnelle, 400 millions d'euros pour le Fonds vert censé aider les collectivités territoriales, un milliard d'économies sur la rénovation énergétique et autant sur l'aide au développement.

Les signataires
Alexandre Derigny, secrétaire général de la fédération CGT Finances
Vincent Drezet, porte-parole d'Attac
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit Au Logement
Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France
Soraya Fettih, chargée de campagnes France 350.org
Anne Guyot Welke, porte-parole de Solidaires Finances Publiques
Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération paysanne

Organisations syndicales
Nathalie Bazire, membre du Bureau confédéral de la CGT
Caroline Blanchot, secrétaire générale de l'UGICT-CGT
Bernard Dantec, secrétaire général CGT Caisses d'épargne Ile-de-France
Daniel Fayard, secrétaire national-e du Mouvement National Lycéen
Judith Krivine, présidente du Syndicat des Avocats de France
Florentin Martorell, secrétaire général de la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL)
Julie Ferrua et Murielle Guilbert, co-déléguées de l'Union Syndicale Solidaires
Hania Hamidi, secrétaire générale de l'UNEF
Ismaël Nureni Banafunzi, membre du groupe d'animation du Syndicat de la Médecine Générale
Kim Reuflet, présidente du Syndicat de la Magistrature
Eléonore Schmitt, porte-parole de l'Union Étudiante
Benoît Teste, secrétaire général de la FSU

Associations et collectifs
Ana Azaria, présidente de Femmes Egalité
Farid Bennaï, référent national du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)
Jean Marie Bonnemayre, président du Conseil National des Associations Familiales Laïques (CNAFAL)
Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre Solidaire Lucie Charlès, membre du bureau national des Effronté-es
Collectif d'Accès au Droit
Coordination Féministe
Fabien Cohen et Franck Gaudichaud, secrétaire général et co-président de France Amérique Latine
Marie Cohuet et Laura Thieblemont, co-présidentes des Amis de la Terre
Sandra Cossart, directrice de SHERPA
Marie-José Del Volgo, secrétaire générale de l'Appel des appels
Noura Elouardi, coordinatrice exécutive du CRID
Enima, Riposte Alimentaire
Catherine Faucogney, présidente du Comité de Vigilance pour le maintien des services publics de Haute Saône
Charlène Fleury, coordinatrice du réseau Rester sur Terre
Pascal Franchet, président du CADTM France
Antoine Gatet, président de France Nature Environnement
Karl Ghazi et Marie-Pierre Vieu, co-président·e·s de la fondation Copernic
Léa Geindreau, porte-parole d'Action Justice Climat
Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
Eddie Jacquemart, président de la Confédération Nationale du Logement
Stephen Kerckhove, directeur général de Agir pour l'Environnement
Christian Khalifa, président d'INDECOSA-CGT
Martin Kopp, coordinateur national de GreenFaith
Noam Leandri, président du Collectif ALERTE
Isabelle Mathurin, co-présidente de Convergence services publics
Laetitia Navarro, présidente nationale de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC)
Gaëlle Nourry-Gardien, porte-parole d'Action non-violente COP21 (ANV-COP21)
Claire Nouvian, fondatrice et directrice de BLOOM
Silène Parisse, porte-parole d'Alternatiba
Evelyne Perrin, présidente de Stop Précarité
Jean-François Quantin, co-président du Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (MRAP)
Suzy Rojtman, porte parole du Collectif national pour les Droits des Femmes
Kahina Saadi, secrétaire générale d'Anticor
Antoine Sueur, président d'Emmaüs France
Jérémie Suissa, délégué général de Notre Affaire à Tous
Eric Toussaint, porte-parole du réseau international CADTM
Marie Youakim, co-présidente de ritimo

Personnalités et universitaires
Christophe Alévêque, humoriste
Bruno Amable, économiste
William Bourdon, avocat
David Dufresne, fondateur du média Au Poste
Thomas Coutrot, économiste
Alexis Cukier, philosophe
Antoine Deltour, lanceur d'alerte
Bertrand Faivre, producteur de cinéma
Eric Fassin, sociologue
Bruno Gaccio, humoriste
Yannick Kergoat, réalisateur
Razmig Keucheyan, sociologue
Thierry Lambert, président de l'Institut international des sciences fiscales (2iSF)
Raphaël Liogier, professeur des universités, Sciences Po Aix-en-Provence
Yvan Le Bolloch', artiste
Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire
Lumi, vidéaste
Monté de Linguisticae, auteur et videaste
Noël Mamère, écologiste
Gustave Massiah, économiste
Guillaume Meurice, humoriste
Corinne Masiero, actrice
Gilles Peret, réalisateur
Edwy Plenel, journaliste
Denis Robert, journaliste
Anne-Sophie Simpere, journaliste et consultante
Alexis Spire, directeur de recherche au CNRS
Fanny Taillandier, écrivaine
Dominique Vidal, journaliste et historien

https://blogs.mediapart.fr/attac/blog/160924/il-y-une-alternative-lausterite-budgetaire-cest-la-justice-fiscale-monsieur-barnier

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Scandale post- mortem Abbé Pierre.

24 septembre 2024, par Omar Haddadou — , ,
C'est au Canada et aux Etats-Unis que les premiers actes déviants de la personnalité préférée des Français (es) auraient étaient décelés dès les années 50, puis tus par (…)

C'est au Canada et aux Etats-Unis que les premiers actes déviants de la personnalité préférée des Français (es) auraient étaient décelés dès les années 50, puis tus par l'Eglise catholique de l'époque. En France, le blackboulage de l'Icone est acté.

De Paris, Omar HADDADOU

Toute sa stature s'est affaissée comme un château de cartes !
Pauvre Abbé Pierre ! Le naturel concupiscent lui revenait au galop, et ce fut de trop ! Là où il repose, la violence médiatique ne l'épargne pas.

Le Saint Siège et les paroisses se sont réveillés, en ce mois de septembre 2024, sonnés par un « excédant de scandales » liés aux mœurs, enté aussi de quelques dépenses financières abstruses au sein de l'Eglise catholique.
Et ce, au moment où le souverain pontife François, entreprenait sa tournée de 32.000 km en 12 jours, en Océanie et aux anciennes colonies pour raviver la flamme de la foi chrétienne, actuellement en déclin.
L'Abbé Pierre serait-il victime de sa faiblesse spirituelle ou coupable de ses intempérances charnelles ? Lui, l'inlassable Humaniste luttant contre l'exclusion, la pauvreté, se dévouant sous la bannière de la Fondation Abbé Pierre - Emmaüs France - pour la cause des sans-abris, était constamment sous les feux de la rampe, approché étroitement par la junte féminine en proie à l'idolâtrie ou à la détresse.
La question sus - citée fait débat chez les Politiques, les philosophes, les étudiants (es), les pieux, les adeptes des diocèses et églises catholiques, peinant à la creuser, quand le sacro-saint est terni par un « Mythe ».
A Paris et dans toute l'Hexagone, l'opprobre est abyssal !

C'est une tuile de forte densité qui vient de tomber sur les 45 000 Eglises catholiques de France, se joignant aux forfaitures de la politique macaroniste. L'effet médiatique est démolissant.
Sévèrement endurée par ce lieu de culte, l'épreuve avilissante réside aussi dans la confrontation brutale des convictions et des exégèses. En témoigne le débat à couteaux tirés, ce samedi, dans une radio parisienne à forte audience sur la restauration de la cathédrale de « Notre Dame de Paris », après la tragédie patrimoniale causée par l'incendie. Les intervenants (es) ferrés en Christianisme, s'écharpaient sur la remise en état du monument cultuel, décriant l'incongruité des nouveaux vitraux.
Pour effacer l'affront, les statues à l'effigie du dévot sont déboulonnées. Pancartes commémoratives et autres supports éponymes retirés. Déconstruire ce que cet homme frêle a ouvragé comme valeurs humaines, c'est l'impératif d'une enquête en quête d'une Vérité ou de notoriété.
Oui, il y a du « Claude Gueux » de Victor Hugo dans cette exhumation fracassante ! Nul n'avait à l'esprit qu'on allât déterrer un défunt d'une aura humaniste et religieuse planétaire pour lui faire un procès post-mortem sur ses intempérances charnelles. Combien sont-ils qui en hauts lieux versent dans des péchés dissimulés ? Quelle est la statistique, la profondeur des attouchements et trahisons conjugales quotidiennes en Europe, aux Etats-Unis, au Canada et en Afrique, savourés en catimini dans les administrations, les hôpitaux, les entreprises privées et publiques ? Ils, elles n'ont pas de statues intemporelles et s'abreuvent de leurs déviations licencieuses comme un sommelier un bon cru !

Le mouvement Emmaüs crée et nommé par l'Abbé Pierre en 1949 pour des aides humanitaires, est éclaboussé par un rapport indépendant accablant, commandé par la Fondation dans lequel le prêtre est accusé par une vingtaine de femmes d'abus sexuels. Le Vatican en été informé, mais …

Depuis, la Fondation a décidé de changer de nom et le Conseil d'Administration l'a déchu de la mention « Fondateur Abbé Pierre » du logo. Plus violent, son nom est apparenté à celui « d'un prédateur sexuel », a reconnu le délégué général d'Emmaüs International Adrien Chaboche sur RTL, lundi 9 septembre.
Lors de son périple aux Etats-Unis en 1955, des femmes se plaignent de son comportement. Son image est aussitôt écornée et son séjour écourté. Quelques déboires de santé, suivis d'une déchéance in extrémis de décoration par le gouvernement pour son engament.

L'Archevêque de Paris adresse une missive péremptoire au Ministre : « Il vaut mieux ne pas parler de cet Abbé ! ».

Même scénario au Québec 1959-1963 où on lui enjoint de rentrer en raison de ses comportements déplacés. André Paul, théologien, témoigne : « Il m'a dit est-ce que tu es au courant ce qu'il s'est passé au Québec ? L'Abbé s'est livré à des agressions sexuelles vis-à-vis des femmes adultes ». Une consigne lui est alors notifiée, de ne plus y remettre les pieds.

L'Abbé Pierre avait récusé ses prétendues accusations. Les Evêques de France, lors de la récente Conférence, ont botté en touche, arguant que ces agissements « n'étaient pas connus de tous ».

Bataille des consciences pour une Vérité, ou quête de notoriété chez les Vivants ?
O.H

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Un gouvernement de droite XXL !

24 septembre 2024, par Omar Haddadou — , ,
La Gauche française voit sa victoire usurpée, les disqualifiés des Législatives devenir les heureux élus (es), dans un gouvernement fort en habilité manœuvrière, bricolé de (…)

La Gauche française voit sa victoire usurpée, les disqualifiés des Législatives devenir les heureux élus (es), dans un gouvernement fort en habilité manœuvrière, bricolé de coalitions dilettantes. Le casting ne passe pas ! Il est rejeté par le Nouveau Front Populaire lors de sa sortie, ce samedi à la Bastille.

France

De Paris, Omar HADDADOU

Macron fait la part belle à la Droite dure et conservatrice.

Mathilde Panot, frondeuse à en mourir et Présidente des Insoumis dans le cockpit du Nouveau Front Populaire, était à la manœuvre pour cette sortie de contestation à la Bastille, samedi 21 septembre 2024. La dissolution hâtive de l'Assemblée nationale le 9 juin 2024 avec un temps de vacance excessif pour la composition du nouveau gouvernement, témoigne de la crise institutionnelle que traverse la France.
Sous la menace d'une motion de censure portée par le Nouveau Front Populaire - jugée par certains observateurs d'inopérante - récupérée dans la foulée par le RN, Michel Barnier, désormais chef du gouvernement, l'artificier d'un jour, est appelé à désamorcer « la bombe des portefeuilles ministériels » et la crispation entre les Macronistes et les Républicains boudeurs (LR).

Il se voit assigner la tâche ardue de raccommoder les pièces de la politique générale, en particulier les batailles budgétaire et fiscale, les dépenses publiques, l'aménagement des niches fiscales, la lutte contre les superprofits, l'Ecologie, la Sécurité et l'Immigration, dans un contexte empreint de tragédie démocratique et de tiraillements véhéments au Palais Bourbon. Sans compter l'agenda de l'Europe, l'Ukraine et l'impact des tensions exacerbées au Moyen-Orient.
Macron fait fi de la doxa de ses adversaires qui lui claironnent qu'il est le seul Président de la V République à essuyer une mesure de destitution mettant en péril la direction du pays. Situation chaotique oblige, Barnier ne sera jamais libre de ses mouvements et pourrait à tout moment jeter l'éponge.
Le fait saillant dans la composition des 39 membres du gouvernement (Ministres et Secrétaires d'Etat) qui s'est réuni autour de Michel Barnier en Conseil des ministre ce lundi, est l'ardeur impudente de Bruno Retailleau, seul poids lourd dans un groupe de repêchés de circonstance.
Ce dernier s'est empressé à jouer le prélude sa partition intraitable au chef de l'Etat par des annonces abruptes en tant que nouveau Ministre de l'Intérieur issu de Droite inflexible, déterminé à faire sensation par une campagne imminente de décrets pour verrouiller l'immigration et supprimer des droits aux étrangers (es).
L'auteur de la sentence : « Français de papiers » « c'est dans les quartiers où il y a de forts taux migratoires », remet ça, à peine sa nomination Place Beauvau entérinée. En effet, pour en mettre plein la vue à un Macron en « désorbitation prononcée », le Ministre xénophobe veut demander aux Préfets « d'expulser plus et de régulariser moins ! ».
D'où le tollé, ce lundi 23 septembre du Coordinateur de la France insoumise, Emmanuel Bompard : « Bruneau Retailleau fait preuve de racisme ! ».

Un coup de gueule que Mathilde Panot a poussé place de la Bastille devant les manifestants (es) contre la légitimité du Gouvernement Macron-Barnier : « Nous marchons, dit-elle, pour réaffirmer qu'en République, il n'y a pas de Monarchie présidentielle. Seul le Peuple est souverain de son destin. Nous ne laisserons personne bafouer notre Dignité. Le Président refuse d'obéir au scrutin. Jamais nous cèderons et n'accepterons le coup de force ! (Ovation). La nomination de Barnier et l'annonce de quelques noms, est une insulte au Peuple. Nous nous sommes mobilisés pour barrer la route à l'extrême Droite, pas pour avoir un Ministre de l'Intérieur raciste qui n'a aucune légitimité à rester à ce poste. S'il y a un locataire à déloger, c'est celui de l'Elysées ! »
Le timbre vocal éraillé, elle conclut :

« Comme une promesse que nous tenons collectivement, nous ne laisserons jamais la Palestine disparaitre ! »

Mais la Palestine est livrée au génocide sous le regard approbateur des puissances occidentales et les Instances figuratives internationales.
O.H

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Ce que la percée ukrainienne de Koursk éclaire de la guerre

24 septembre 2024, par Antoine Rabadan — , ,
Le coup d'éclat de l'Ukraine, le 6 août, la percée de ses forces armées dans l'oblast de Koursk, produit toujours son onde de choc. Dans les limites de cet article 1, on (…)

Le coup d'éclat de l'Ukraine, le 6 août, la percée de ses forces armées dans l'oblast de Koursk, produit toujours son onde de choc. Dans les limites de cet article 1, on notera, avec Michel Goya, spécialiste reconnu des questions proprement militaires, que « les gains stratégiques sont déjà considérables et d'abord politiques » 2.

18 septembre 2024 | tiré de Hebdo L'Anticapitaliste - 721
https://lanticapitaliste.org/actualite/politique/ce-que-la-percee-ukrainienne-de-koursk-eclaire-de-la-guerre

L'action de Koursk inflige un démenti cinglant aux tenants de la dynamique de la défaite, quasiment irréversible selon certains (Emmanuel Todd ou Pascal Boniface), dans laquelle seraient engagéEs des UkrainienNEs en recul, voire en débandade, sur le front. Elle vise à modifier les rapports de forces militaires, conditions mêmes de négociations.

Les Russes ne progressent pas

Les UkrainienNEs se retrouvent certes dans une difficile position défensive sur la ligne de front, et l'avancée russe dans le Donbass est réelle. Mais elle se fait au prix de pertes exponentielles, dans une logique consommatrice de chair à canon inversement proportionnelle aux gains territoriaux. Les UkrainienNEs assument, eux, une tactique maîtrisée de défense des positions jusqu'à infliger le maximum de pertes à l'ennemi, en décrochant de quelques kilomètres vers des positions tenables dès que le coût humain devient trop élevé, et ainsi de suite. Et cela dans l'attente d'avoir tous les armements de leurs alliés leur permettant de repartir à l'offensive et de se retrouver en position de récupérer du territoire.

En fait, les Russes n'ont pas progressé de façon décisive sur le champ de bataille entre novembre 2022 et août dernier : sur seulement 1 030 km2, soit 0,17 % du territoire ukrainien d'avant 2014, incluant la Crimée et les autres territoires occupés (représentant 17,78 % de ce territoire national), selon le Monde 3. La laborieuse poussée russe sur la ligne de front depuis plus de deux ans pâtit de la comparaison avec le gain de quelque 1 300 km2 obtenu par les UkrainienNEs au sud de Koursk en quatre semaines.

L'emploi d'armes et d'équipements alliés n'a pas, comme c'était prévisible, provoqué la foudre russe sur les pays fournisseurs, et ceux-ci sont obligés de suivre.

Affecter la société russe

Cette offensive prend Poutine au piège de ne pas vouloir jouer à 100 % la carte d'une guerre, dont, significativement, il ne veut pas dire le nom, qui l'obligerait, vu la résistance des UkrainienNEs, à une mobilisation générale. « Vladimir Poutine a finalement montré qu'il avait finalement plus peur des réactions internes à une mobilisation guerrière que des UkrainienNEs », selon Michel Goya.

La signification politique de l'incursion de Koursk est d'abord de chercher à produire ce que Poutine redoute, à savoir que la part protégée de la société russe soit enfin affectée par la guerre. Il s'agit aussi de remonter le moral de la population ukrainienne, cible depuis près de trois ans de crimes de guerre mais aussi de la destruction d'infrastructures essentielles face à l'hiver qui vient.

L'autre aspect important de l'opération de Koursk est le coup de force par lequel l'Ukraine a franchi ce qui est paradoxalement la seule vraie « ligne rouge » dans cette guerre. Paradoxalement, parce la ligne rouge est celle dont les alliés font profiter les Russes aux dépens des UkrainienNEs, par leur refus d'autoriser l'Ukraine à viser les sites sur sol russe où Poutine tient au chaud ses armes de destruction massive de l'Ukraine. Or, à Koursk, cette ligne rouge, sans être totalement effacée, a ­commencé à voler en éclats.

Bien des questions restent ouvertes : le recul et les ripostes russes diront quels seront les effets de la percée ukrainienne sur le front de Pokrovsk. Et les luttes sociales en Ukraine se poursuivent sur plusieurs fronts 4.

Antoine Rabadan

Notes

1.Pour une approche plus complète de la situation militaire, voir https://entreleslignesen…
2. Des coups et des douleurs, https://lavoiedelepee.bl…
3. https://www.lemonde.fr/l…
4. Voir les déclarations de nos camarades de Sotsialny Rukh (Mouvement social) : https://lanticapitaliste… et sur la Fête de l'indépendance fin août : https://lanticapitaliste…

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Solidarité avec l’Ukraine : Une perspective féministe

24 septembre 2024, par Феміністична Майстерня — , ,
Plus de deux ans se sont écoulés depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine. Nous avons demandé à des féministes ukrainiennes d'expliquer pourquoi (…)

Plus de deux ans se sont écoulés depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine. Nous avons demandé à des féministes ukrainiennes d'expliquer pourquoi la lutte contre l'invasion impérialiste de la Russie ne concerne pas seulement l'Ukraine, mais aussi l'avenir de l'humanité et devrait concerner le monde entier !

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L’attaque israélienne contre le Liban s’inscrit dans une longue histoire et une stratégie de ciblage des civils

La dernière attaque d'Israël contre le Liban par l'explosion de milliers de bipeurs représente une extension de la doctrine Dahiya, qui vise intentionnellement les civils pour (…)

La dernière attaque d'Israël contre le Liban par l'explosion de milliers de bipeurs représente une extension de la doctrine Dahiya, qui vise intentionnellement les civils pour envoyer un message politique.

Tiré de l'Agence Média Palestine
18 septembre 2024

Par Jonathan Ofir

Les décombres au sud de Beyrouth, en 2006 après des frappes aériennes israéliennes massives sur la capitale libanaise.

L'attaque massivemenée au Liban contre des appareils électroniques personnels appartenant à des membres du Hezbollah, qui a déjà tué au moins 20 personnes et en a blessé environ 3 000, ne laisse planer aucun doute sur l'action d'Israël. L'attaque qui a commencé mardi s'est poursuivie pendant une deuxième journée, avec de nouveaux rapports faisant état de l'explosion d'autres appareils de communication personnels, tuant au moins neuf personnes et en blessant des dizaines d'autres mercredi, lors des funérailles de personnes qui avaient été tuées la veille lors de la première attaque.

L'attaque en cours, que l'on ne peut que qualifier de terroriste, est sans précédent par son ampleur et sa méthode, mais la nature de cette attaque aveugle est loin d'être unique pour Israël. En fait, la doctrine israélienne consistant à infliger des dommages massifs aux civils porte le nom d'un quartier de Beyrouth, Dahiya, où cette attaque était précisément centrée. Le développement le plus récent marque une avancée choquante dans le mépris total d'Israël pour la vie humaine, mais ce n'est pas nouveau, même si vous ne l'apprendriez jamais en lisant la presse occidentale.

L'interprétation des médias occidentaux

L'équipe du New York Times, composée de Patrick Kingsley, Euan Ward, Ronen Bergman et Michael Levenson, a couvert l'attaque et, bien qu'elle ait désigné Israël comme coupable, elle s'est efforcée d'inclure l'angle de communication manifestement faux d'Israël, à savoir qu'il s'agissait d'une attaque ciblée.

Le Times rapportece qui suit :
« Selon des responsables américains et autres informés de l'attentat, Israël a dissimulé des explosifs dans une cargaison de bipeurs de fabrication taïwanaise importés au Liban. L'explosif, qui ne pèse qu'une ou deux onces, a été inséré à côté de la batterie de chaque bipeur, ont déclaré deux de ces responsables. Les bipeurs, que le Hezbollah avait commandés à la société Gold Apollo de Taïwan, avaient été trafiqués avant d'arriver au Liban, selon certains des responsables. Selon un fonctionnaire, Israël a calculé que le risque de blesser des personnes non affiliées au Hezbollah était faible, compte tenu de la taille de l'explosif ».

Le Times écrit également que « les explosions semblent être la dernière salve dans un conflit entre Israël et le Hezbollah qui s'est intensifié après l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre », ce qui donne à cette affaire l'allure d'une simple activité militaire, plutôt que celle d'une attaque meurtrière et manifestement imprécise contre une population civile. Le lanceur d'alerte américain Edward Snowden, cité sur ce site hier, résume ainsi l'objectif et l'impact de l'attaque :
« Ce qu'Israël vient de faire est, quelle que soit la méthode utilisée, imprudent. Ils ont fait exploser un nombre incalculable de personnes qui conduisaient (c'est-à-dire des voitures hors de contrôle), faisaient des courses (vos enfants sont dans la poussette derrière lui dans la file d'attente de la caisse), etc. Il est impossible de les distinguer du terrorisme ».

L'analyste politique principal d'Al Jazeera, Marwan Bishara, fait ce rappel à la réalité, peut-être plus pertinent pour les téléspectateurs occidentaux :
« Pour nos téléspectateurs du monde entier, il est probablement utile de faire un jeu de rôle. Imaginez que 1 200 personnes, travaillant au Pentagone, au département d'État et à la CIA, se fassent exploser un bipeur au visage, au bras et à l'abdomen. Comment pensez-vous que les États-Unis réagiraient à cette situation ? »

Le Times souligne la « longue histoire de l'utilisation de la technologie par Israël pour mener des opérations secrètes contre l'Iran et les groupes soutenus par l'Iran », comme s'il s'agissait d'une réalisation technologique impressionnante. Mais en réalité, pour comprendre ce qu'Israël fait ici, nous devons examiner ses antécédents en matière d'attaques aveugles. En fait, cela n'est pas seulement pertinent d'un point de vue historique, mais aussi d'un point de vue stratégique et géographique.

De l'attaque aveugle au génocide

Le nom de la doctrine Dahiya provient du quartier Dahiya de Beyrouth, qu'Israël a ciblé et rasé pendant la guerre de 2006, un quartier où vivaient de nombreuses familles affiliées au Hezbollah. En 2008, Gadi Eisenkot, alors chef israélien du commandement du Nord (plus tard chef d'état-major et ministre centriste), a inventé la doctrine qui décrit « ce qui arrivera » à tout ennemi qui oserait attaquer Israël :
« Ce qui s'est passé dans le quartier de Dahiya à Beyrouth en 2006 se produira dans tous les villages d'où Israël essuie des tirs… Nous appliquerons une force disproportionnée sur [le village] et y causerons d'importants dégâts et destructions. De notre point de vue, il ne s'agit pas de villages civils, mais de bases militaires ».

Israël a déjà appliqué cette méthode lors de l'attaque de Gaza en 2008 et 2009. Le « rapport Goldstone » des Nations unies de 2009 a conclu qu'Israël avait mené une « attaque délibérément disproportionnée, conçue pour punir, humilier et terroriser une population civile », et a noté que la doctrine Dahiya « semble avoir été précisément ce qui a été mis en pratique ». Je le répète : « Punir, humilier et terroriser ». Ce dernier mot, « terroriser », devrait nous faire réfléchir, surtout dans ce contexte particulier.

Le récent assaut de Gaza a été, à sa manière, la mise en œuvre de cette doctrine dans le cadre d'un génocide à part entière. Ce n'est pas surprenant, puisque la veine des dommages délibérés aux civils en tant que logique de « guerre » fait partie de l'ADN de cette doctrine depuis le début.

Aujourd'hui, Israël fait donc exploser des bipeurs. La probabilité que les médias occidentaux qualifient cette action d'acte de terrorisme est très faible. Cette notion est encore considérée comme radicale lorsqu'il s'agit d'Israël, car la terreur est un terme politique qui n'est réservé qu'aux ennemi·es de l'Occident. Pour les lecteur·ices du New York Times, il s'agit simplement d'une « dernière salve » et non d'une réflexion sur la nature même d'Israël.

Jonathan Ofir, rédacteur chez Mondoweiss, est un musicien, chef d'orchestre et blogueur/écrivain israélien basé au Danemark.

Traduction : JB pour l'Agence Média Palestine
Source :Mondoweiss

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Israël-Liban. L’escalade sur le front nord

24 septembre 2024, par Adam Shatz, Rédaction A l'Encontre — , , , ,
Gilbert Achcar (professeur à la SOAS, Université de Londres), sur son blog de Mediapart, soulignait, déjà en juin 2024, à propos des « tambours de la guerre à venir à venir (…)

Gilbert Achcar (professeur à la SOAS, Université de Londres), sur son blog de Mediapart, soulignait, déjà en juin 2024, à propos des « tambours de la guerre à venir à venir contre le Liban » que « les deux parties, Netanyahou et l'opposition, estiment qu'il n'y a pas de troisième option sur leur front nord : soit le Hezbollah accepte de se retirer vers le nord […], soit ils mèneront une guerre dévastatrice contre le Hezbollah à un coût élevé qu'ils jugent tous nécessaire pour rétablir la capacité de dissuasion de leur Etat, considérablement diminuée sur le front libanais depuis le 7 octobre ».

Tiré d'À l'encontre. Introduction rédaction A l'Encontre

Il soulignait le 18 septembre : « Etant donné que l'Etat sioniste ne peut pas lancer une guerre à grande échelle contre le Liban sans la pleine participation des Etats-Unis, surtout que l'administration Biden l'a averti qu'une telle guerre se transformerait en conflagration régionale, il est difficile pour Netanyahou ou Yoav Galant (ministre de la Défense) de soutenir l'initiative de lancer une agression surprise à grande échelle contre le Liban sans feu vert de Washington. Israël n'aurait même pas pu mener sa guerre génocidaire contre Gaza sans la participation des Etats-Unis, et le Hezbollah est beaucoup plus fort que le Hamas et ses alliés à l'intérieur de la bande de Gaza. »

Intégrant cette dimension, Gilbert Achcar ajoute : « Netanyahou agit donc actuellement en gardant les yeux rivés sur les élections américaines : s'il estime que Trump va gagner, il attendra que ce soit confirmé, voire que Trump revienne à la Maison Blanche, avant de lancer une guerre contre le Liban en collusion avec lui et en préambule à une agression à grande échelle contre les réacteurs nucléaires en Iran même. Si, en revanche, il estime que la victoire de Kamala Harris est la plus probable, ou si cette victoire se produit lors des élections du 5 novembre, cela l'incitera à profiter du temps restant de la présence de Biden à la Maison Blanche pour faire escalader les choses jusqu'à l'état de guerre. Il est probable qu'il cherchera alors à s'assurer que Biden est impliqué dans le soutien à l'agression en donnant au Hezbollah un ultimatum avec un délai précis et court pour se soumettre à la pression et se retirer.

»Les récentes positions de Netanyahou, y compris son rejet du cessez-le-feu à Gaza et de l'échange de prisonniers demandé par l'administration Biden, ne peuvent en effet pas être comprises sans tenir compte des élections américaines. Contrairement aux analyses qui se sont concentrées sur la seule politique intérieure israélienne, il ne fait aucun doute que le refus de Netanyahou d'accorder à l'administration Biden ce qui semblerait être un succès politique au milieu de la campagne électorale américaine actuelle est un grand service rendu à Trump, dont Netanyahou cherchera à récolter les fruits si ce dernier remporte la présidence pour la deuxième fois. »

***

L'offensive qui se déroule ce lundi 23 septembre illustre, à sa façon, ce qui est exposé ci-dessus. Le Washington Post de cet après-midi en donne une version « factuelle » euphémisée : « Le ministère libanais de la Santé a déclaré qu'au moins 274 personnes avaient été tuées et au moins 1024 blessées lors des frappes israéliennes, faisant de ce lundi la journée la plus meurtrière du conflit au Liban depuis les échanges de tirs entre Israël et le Hezbollah qui ont débuté en octobre. Israël a déclaré qu'il menait des frappes “étendues et précises” contre le Hezbollah, notamment dans le sud et dans la vallée de la Bekaa, à l'est, et a appelé les civils à évacuer ou à s'éloigner des zones dans lesquelles le groupe armé opère. Le Liban n'a pas fait de distinction entre les civils et les combattants, mais a indiqué que des enfants, des femmes et des membres du personnel paramédical figuraient parmi les personnes blessées ou tuées. Le Hezbollah a tiré des dizaines de projectiles sur la frontière lundi, alors que les échanges menacent de dégénérer en une véritable guerre. »

La physionomie effective des attaques israéliennes est décrite avec plus d'exactitude par le secrétaire général – Jan Egeland – ­ du Conseil norvégien pour les réfugiés. Il a déclaré lundi que « les frappes aériennes israéliennes sur les villes et villages libanais lundi sont les plus violentes depuis 11 mois. Des zones résidentielles et des quartiers densément peuplés ont été bombardés, ce qui signifie que le bilan humain sera immense. On a dit aux familles qu'elles n'avaient que quelques heures pour quitter leur maison, et il y a maintenant de longues files de voitures alors que des familles terrifiées tentent de fuir vers Beyrouth. Plusieurs milliers de personnes seront déplacées aujourd'hui. » (Haaretz, 23 septembre)

Dans l'article d'Adam Shatz que nous publions ci-dessous, il remarque que le terme « terrorisme » ne figure pas dans les comptes rendus de cette guerre menée par Israël, le qualificatif n'est réservé qu'au Hezbollah. Dans une sorte de coïncidence chronologique, Ben Samuels, sur le site de Haaretz ce 23 septembre, écrit : « L'ancien directeur de la CIA, Leon Panetta, a qualifié de “terrorisme” l'opération de pose d'explosifs sur les pagers telle que menée au Liban la semaine dernière. Leon Panetta déclare : “Je ne pense pas qu'il y ait le moindre doute sur le fait qu'il s'agit d'une forme de terrorisme”. » (Rédaction A l'Encontre)

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« L'escalade est-elle, peut-être, précisément ce qu'Israël recherche ? »

Par Adam Shatz

Depuis le 7 octobre, l'administration Biden a donné à Israël pratiquement tout ce qu'il demandait, des avions de chasse F-15 aux bombes au phosphore blanc en passant par la complicité diplomatique dans le cadre des Nations unies. Joe Biden et Antony Blinken ont soutenu la destruction de Gaza et la « gazafication » de la Cisjordanie, où les forces israéliennes et les colons ont tué plus de 600 personnes au cours de l'année écoulée, parmi lesquels une citoyenne états-unienne de 26 ans, Ay ?enur Ezgi Eygi, abattu lors d'une manifestation pacifique près de Naplouse.[Voir à ce propos l'article de Jeffrey St. Clair publié sur ce site le10 septembre 2024.] (Les parents d'Eygi n'ont toujours pas reçu – lors de la rédaction de cet article – d'appel téléphonique de l'administration Biden, qui prétend « réunir les faits »). Avec l'apparente carte blanche de Washington, le gouvernement Netanyahou a également intensifié sa longue guerre de l'ombre avec l'Iran, en assassinant des responsables iraniens à Damas et le chef politique du Hamas, Ismail Haniyeh, à Téhéran.

***

Les Américains avaient toutefois établi une « ligne rouge », à savoir une guerre israélienne contre le Liban, pour laquelle le gouvernement Netanyahou aurait demandé l'approbation dans les jours qui ont suivi le 7 octobre. Netanyahou voulait ouvrir un deuxième front dans l'espoir de détruire l'organisation chiite libanaise Hezbollah [1], alliée du Hamas, mais les Américains s'y sont opposés et les Israéliens ont donc mis leurs plans en veilleuse. La guerre frontalière de faible intensité avec le Hezbollah s'est poursuivie, mais dans des limites largement respectées par les deux parties. Le Hezbollah a lancé des roquettes sur les villes frontalières du nord d'Israël, tuant deux douzaines de civils et forçant près de cent mille personnes à évacuer leur domicile. Israël a tué des centaines de personnes dans le sud du Liban, dont de nombreux civils, et en a déplacé plus de cent mille. Mais jusqu'à cette semaine, le Hezbollah et Israël semblaient calibrer leurs réponses aux attaques de l'un et de l'autre pour éviter une guerre à grande échelle. Alors que l'assaut d'Israël sur Gaza s'éternisait, son enthousiasme pour un second front semblait s'émousser : comment son armée pourrait-elle affronter le Hezbollah si elle n'était même pas capable de vaincre le Hamas ?

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a lui aussi de bonnes raisons d'éviter l'escalade. Il ne veut pas que se répète la guerre de 2006, qui a entraîné la dévastation d'une partie de Beyrouth, du Sud-Liban et de la vallée de la Bekaa, et la mort de plus d'un millier de civils libanais ; après cette guerre, Nasrallah a présenté des excuses extraordinaires pour avoir provoqué l'offensive d'Israël. Il sait également que l'Iran, son principal mécène et allié, ne veut pas que les missiles du Hezbollah, destinés à servir de bouclier contre une attaque israélienne sur le programme nucléaire iranien, soient gaspillés à Gaza : la solidarité avec la Palestine a ses limites, même pour le chef de « l'axe de la résistance ».

***

Pourquoi alors le Hezbollah a-t-il intensifié ses tirs de roquettes sur le nord d'Israël depuis le 7 octobre ? Les commentateurs israéliens ont affirmé que le Hezbollah était responsable de ce conflit parce qu'il ne s'est pas retiré jusqu'au fleuve Litani [qui coule au sud du Liban et se jette dans la Méditerranée] et parce que Gaza n'est, a priori, pas sa guerre. Mais Nasrallah insiste sur le fait qu'il respecte sa part de l'alliance du Hezbollah avec le Hamas, l'Iran et les Houthis (la stratégie dite de « l'unité des théâtres d'opérations »), et qu'il offre un minimum de soutien à la population assiégée de Gaza, qui a été pratiquement abandonnée par les autres régimes arabes. Il a également fait savoir que les roquettes cesseraient dès qu'un cessez-le-feu serait conclu à Gaza. Comme l'a noté Amos Harel, le correspondant militaire de Haaretz, Nasrallah a fait preuve d'une grande retenue face aux provocations répétées d'Israël, notamment l'assassinat [le 30 juillet 2024] de Fouad Chokr, l'un des principaux dirigeants du Hezbollah, à Beyrouth [dans le quartier Haret Hreik, dans la banlieue sud de la capitale].

***

Il est difficile de voir comment la prudence de Nasrallah survivra aux attentats perpétrés cette semaine à l'aide de téléavertisseurs (pagers) et de talkie-walkie (émetteur-récepteur portatif), qui ont tué au moins 37 personnes, dont quatre enfants, et en ont blessé des milliers d'autres. Avec cette opération – qui était en préparation depuis 2022, selon le New York Times, c'est-à-dire bien avant le 7 octobre – Israël a réussi, à tout le moins, à mener l'une des attaques simultanées les plus spectaculaires de l'histoire récente. Israël a frappé deux fois, en plusieurs jours consécutifs ; il n'a perdu aucun de ses hommes ; et il a forcé ses ennemis à abandonner ce que personne dans le monde moderne ne veut abandonner : leurs appareils électroniques. (Au Liban, on a vu des gens écraser leur propre téléphone). Le choc psychologique à court terme est incalculable.

***

Imaginons qu'une organisation militante, telle que le Hezbollah, ait perpétré un attentat similaire en Israël, en faisant exploser les téléphones de soldats et de réservistes et en assassinant des enfants israéliens. Les Américains n'auraient pas attendu de « réunir les faits » pour dénoncer l'attentat. La réaction d'une grande partie de la presse occidentale a également été frappante, pleine de fascination pour l'ingéniosité du Mossad. Ce que vous ne verrez pas dans ces comptes rendus, c'est le mot « terrorisme », qui est aussi tabou que le mot « génocide » lorsque l'auteur de l'attentat est Israël.

Le terrorisme, c'est-à-dire le recours à la violence contre des non-combattants pour atteindre des objectifs politiques, est une forme de propagande, un message adressé à la fois à l'ennemi et à ses propres électeurs. Quel est donc le message des attentats commis à l'aide de pagers et de talkie-walkie ? Pour le public juif israélien, encore traumatisé par le 7 octobre, et en particulier pour les Israéliens qui ont fui leurs maisons dans le nord, le message est qu'Israël rétablit la « dissuasion », le troisième pilier de l'idéologie au pouvoir (les autres étant le souvenir instrumentalisé de l'Holocauste [2] et la consolidation des colonies). Pour le Hezbollah et le peuple libanais, le message est qu'Israël peut frapper n'importe où, n'importe quand, et qu'il se soucie peu des victimes civiles (ce message est redondant, puisqu'Israël est déjà notoirement connu au Liban pour son indifférence à l'égard de la vie des Libanais).

Certains citoyens libanais hostiles au Hezbollah ont d'abord pris un plaisir indirect à ces attaques. Le Hezbollah contrôle en effet une grande partie du Liban, notamment l'aéroport de Beyrouth, et son influence est souvent mal perçue. Mais une fois qu'il est apparu clairement qu'il s'agissait d'une attaque contre le Liban et qu'elle pouvait être le prélude à une invasion israélienne – comme la destruction de l'armée de l'air égyptienne le 5 juin 1967, qui a précédé la guerre des Six Jours – les gens ont cessé de rire aux dépens du Hezbollah. Encore sous le choc de son effondrement financier et de l'explosion du port en 2020, le Liban a moins de chances de survivre à une invasion israélienne que le Hezbollah.

Nasrallah est dans l'embarras. Le système de communication du Hezbollah a été gravement endommagé et il pourrait y avoir des failles au sein de l'organisation. La reconstruction de ce système et l'éradication des « mouchards » seront ses priorités. Mais il ne peut pas répondre avec la patience des Iraniens, dont le style est de promettre des représailles et d'attendre des années avant de les mettre en œuvre, parce que le Hezbollah est en première ligne dans la bataille contre Israël. Si Nasrallah ne réagit pas, sa retenue passera pour de la lâcheté, ce qui n'est pas le message qu'il souhaite envoyer à ses partisans. Mais s'il commet une erreur de calcul ou s'il réagit d'une manière qui offre aux Israéliens un prétexte pour envahir le pays, il pourrait se retrouver avec une guerre sur les bras qui surpassera de loin la catastrophe de 2006 et mettrait en péril la position du Hezbollah au Liban.

***

Israël n'a pas assumé la responsabilité officielle des attaques, mais il pavoise. Le succès à court terme est difficilement contestable. Les attaques par bipeurs ont mis le Hezbollah et l'Iran sur la défensive. Elles ont détourné l'attention des horreurs qu'Israël continue de faire subir à Gaza et à la Cisjordanie, de l'obscénité de Sde Teiman, un centre de torture, et y compris de viol [voir le quotidien L'Orient-Le-Jour du 24 août 2024, article de Mouin Rabbani] dans le Néguev où des dizaines de prisonniers de Gaza ont été assassinés, et de l'épreuve des otages, la plus grande menace qui pèse sur le poste de premier ministre de Netanyahou. Mais quelle sera la suite ? Netanyahou parie-t-il sur une réaction démesurée du Hezbollah ? Essaie-t-il d'ouvrir un second front et d'entraîner les Iraniens – et les Américains – dans la guerre ? Les attaques font-elles partie de ses efforts pour ramener Donald Trump à la Maison Blanche, ou essaie-t-il simplement de rester au pouvoir en faisant une démonstration de force militaire ? La guerre à Gaza l'a rendu plus populaire que jamais, malgré les manifestations de masse en faveur d'un cessez-le-feu [concernant les otages civils du Hamas].

Quelles que soient ses motivations, Benyamin Netanyahou a rendu la guerre beaucoup plus probable, et ce serait une guerre beaucoup plus difficile que celle de Gaza pour les troupes israéliennes déjà épuisées et démoralisées. Le Hezbollah, qui est apparu à la suite de l'invasion israélienne du Liban en 1982, est un antagoniste redoutable, probablement la force de combat arabe la plus efficace à laquelle l'Etat juif ait été confronté depuis sa création. Ses quelque 45'000 combattants sont peut-être moins nombreux et moins bien armés que les Israéliens, mais, contrairement à ces derniers, ils ont l'avantage de se battre sur leur propre territoire. Les soldats israéliens ont passé deux décennies sous le feu du Sud-Liban avant que le Hezbollah ne les oblige à se retirer unilatéralement en 2000. L'attaque des pagers, un succès tactique à tout point de vue, apparaît à première vue comme une escalade imprudente, sans horizon stratégique.

***

Mais la ligne de démarcation entre tactique et stratégie n'est peut-être pas si utile dans le cas d'Israël, un Etat qui est en guerre depuis sa création. L'identité des ennemis change – les armées arabes, Nasser, l'OLP, l'Irak, l'Iran, le Hezbollah, le Hamas – mais la guerre ne s'arrête jamais, parce que l'existence entière d'Israël, sa quête de ce qu'il appelle aujourd'hui de manière éhontée « l'espace vital », est basée sur une guerre perpétuelle avec les Palestiniens, et avec tous ceux qui soutiennent la résistance palestinienne. L'escalade est peut-être précisément ce qu'Israël recherche, ou ce qu'il est prêt à risquer, puisqu'il considère la guerre comme son destin, voire sa raison d'être. Randolph Bourne [1886-1918] a fait remarquer un jour que « la guerre est la santé de l'Etat » [3], et c'est certainement le point de vue des dirigeants israéliens. Mais ce sont les civils, arabes et juifs, qui finissent par payer le prix de l'addiction de l'Etat à la force. La région continuera de s'embraser tant que l'intelligence et la créativité d'Israël seront consacrées à la poursuite de la guerre plutôt que de la paix. (Article publié le 19 septembre sur le blog de la London Review of Books ; traduction par la rédaction de A l'Encontre)

* Adam Shatz est le rédacteur en chef pour les Etats-Unis de la London Review of Books et un collaborateur régulier de la New York Review of Books, du New Yorker et du New York Times Magazine. Il est également professeur invité au Bard College et à l'Université de New York. Il est l'auteur d'une biographie de Frantz Fanon – intitulée Frantz Fanon. Une vie en révolutions – publiée en français par les Editions La Découverte, en mars 2024.

Notes

[1] Voir sur le Hezbollah l'ouvrage de Joseph Daher, Le Hezbollah, Ed. Syllepse, 2019. (Réd.)

[2] Voir à ce propos l'intervention d'Enzo Traverso intitulée « De l'usage politique de la mémoire » (vidéo) dans l'article daté du 19 avril 2024, sur le site alencontre.org. (Réd.)

[3] Son ouvrage le plus connu, resté inachevé à sa mort, a pour titre La santé de l'Etat, c'est la guerre. Version française publiée par les Editions Le passager clandestin, en mars 2012. (Réd.)

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« S’opposer à la militarisation américaine dans la région Asie-Pacifique ne devrait pas signifier rester silencieux face à l’impérialisme émergent de la Chine »

24 septembre 2024, par Au Loong-Yu — , ,
Au Loong-Yu est un militant politique et des droits du travail de longue date à Hong Kong. Auteur de L'essor de la Chine : force et fragilité et Hong Kong en révolte : le (…)

Au Loong-Yu est un militant politique et des droits du travail de longue date à Hong Kong. Auteur de L'essor de la Chine : force et fragilité et Hong Kong en révolte : le mouvement de protestation et l'avenir de la Chine, Au vit désormais en exil. Dans cette longue interview, Au discute du statut mondial de la Chine et de ses implications pour l'activisme en faveur de la paix et de la solidarité.

Tiré de Inprecor
17 septembre 2024

Par Au Loong-Yu

L'un des plus grands défis auxquels est confrontée la gauche est de s'attaquer au statut de la Chine au sein du système capitaliste mondial. L'ascension fulgurante de la Chine a conduit de nombreuses personnes à se demander si la Chine faisait toujours partie du Sud global ou si elle était devenue un pays impérialiste. Comment comprendre le statut de la Chine aujourd'hui ?

Le problème est qu'au cours des trois dernières décennies, la Chine n'a pas été un pays à part entière du tiers monde. D'un pays largement peuplé de paysans il y a 40 ans, il est aujourd'hui urbanisé à 60 % et entièrement industrialisé. Sa fabrication déploie des produits bas et haut de gamme. En conséquence, la Chine a franchi le seuil pour devenir un pays à revenu intermédiaire supérieur selon la Banque mondiale. Pourtant, dans le même temps, 600 millions de Chinois disposent d'un revenu mensuel de seulement 140 dollars américains.

La Chine contient simultanément de nombreux éléments, ce qui la rend tout à fait unique. Le simple fait de regarder le PIB par habitant ou le revenu mensuel pourrait vous amener à croire que la Chine fait partie du Sud global. Mais aucune mesure ou indicateur économique ne peut à lui seul nous fournir une réponse définitive sur le statut de la Chine. La Chine d'aujourd'hui présente encore des éléments qui rappellent ceux d'un pays du tiers monde, mais l'importance de ces éléments a diminué avec le temps. Nous ne pouvons pas les écarter, mais ils ne restent que des éléments de définition du statut de la Chine. Pour tirer une conclusion utile sur la Chine, il faut considérer le pays dans son ensemble, en prenant en considération tous ses éléments.

Mais si la Chine n'est plus un pays en développement ordinaire, cela signifie-t-il automatiquement que nous devrions la qualifier d'impérialiste ?

Le statut de la Chine est compliqué et désordonné. Il n'y a pas de réponse claire par oui ou par non ; la réponse est plutôt oui et non. Je décris la Chine comme un pays impérialiste émergent – ​​une puissance régionale très forte avec une portée mondiale. Elle possède l'intention et le potentiel de dominer les pays de moindre importance, mais n'a pas encore consolidé sa position dans le monde.

Pourquoi cette définition ? Eh bien, commençons par les critères de base de l'impérialisme. L'analyse de [Vladimir] Lénine a besoin de nombreuses mises à jour, surtout depuis la période de décolonisation d'après-guerre. Mais si nous prenons Lénine comme point de départ, il fait référence au degré de monopole, à la fusion du capital industriel et bancaire, à la formation du capital financier et au niveau des exportations de capitaux comme des caractéristiques déterminantes de l'impérialisme. Si l'on applique ces critères à la Chine, ils sont tous présents de manière très significative.

Par exemple, nous assistons actuellement à l'éclatement de la bulle du marché immobilier chinois. On oublie souvent que ce n'est que grâce à la privatisation des terrains urbains appartenant à l'État (ou plus exactement à la vente du droit d'usage du sol) que la méga-bulle du marché immobilier existe. Le régime des « terres domaniales » détermine également les principaux acteurs du marché : les municipalités, les banques (principalement publiques) et les promoteurs. Ensemble, ils ont formé une alliance de capitaux financiers fonciers pour faciliter l'enrichissement de la bureaucratie et de ses partenaires privés.

Alors que dans d'autres parties du monde, la logique impérialiste est motivée par le capital privé avec le soutien de l'État, en Chine, l'État et le capital d'État sont les principaux acteurs. Ceci malgré le fait que le secteur privé représente plus de la moitié de l'économie. Certains pourraient répondre : « Si les sommets de l'économie sont fortement monopolisés par les entreprises d'État, alors elles relèvent de la propriété sociale ou publique, ce qui est une caractéristique du socialisme ou, au minimum, la propriété de l'État est un rempart contre la recherche du profit. capitaux privés. » C'est oublier qu'il y a longtemps, Friedrich Engels s'est moqué de ceux qui pensaient que les projets de propriété d'État de Bismarck étaient une caractéristique du socialisme. En réalité, la propriété étatique et la propriété sociale sont deux choses très différentes.

L'État chinois est un État prédateur entièrement contrôlé par une classe exploiteuse dont le noyau est constitué de bureaucrates du Parti communiste chinois (PCC). Je qualifie cette classe exploiteuse de bureaucratie d'État bourgeoisisée. Cela signifie que nous avons en Chine une sorte de capitalisme d'État, mais qui mérite son propre nom. À mon avis, le capitalisme bureaucratique est le terme le plus approprié pour désigner la Chine car il capture la caractéristique la plus importante du capitalisme chinois : le rôle central de la bureaucratie, non seulement dans la transformation de l'État (d'un État hostile à la logique capitaliste – bien qu'il n'ait jamais été véritablement engagé en faveur du socialisme) — à un capitaliste à part entière), mais aussi à s'enrichir en fusionnant le pouvoir de coercition et le pouvoir de l'argent.

Cette fusion a donné un nouvel élan à la dynamique de la bureaucratie en faveur de l'industrialisation et des investissements étatiques dans les infrastructures. C'est pourquoi la restauration capitaliste de la Chine, menée par l'État et le PCC, s'est accompagnée d'une industrialisation rapide, contrairement à la chute de l'Union soviétique. C'est aussi la raison pour laquelle les entreprises publiques chinoises sont en pratique contrôlées par la bureaucratie du parti. Par son emprise sur le pouvoir d'État, il nie continuellement à la classe ouvrière ses droits fondamentaux de s'organiser. Sur le plan opérationnel, ces entreprises sont « détenues » par différentes sections et cliques de la bureaucratie, souvent via des arrangements hautement secrets.

Il convient de rappeler deux choses. Premièrement, la Chine impériale se caractérisait également par sa bureaucratie, au point que certains sociologues considèrent la Chine comme une « société bureaucratique ». L'absolutisme de l'empire n'a été possible que parce qu'il a réussi à remplacer la classe noble par des bureaucrates loyaux dans l'administration de l'État. Lorsque des tensions surgissaient entre la bureaucratie et l'empereur, l'empereur gagnait certaines batailles mais la bureaucratie gagnait la guerre, faisant de l'empereur son chef nominal. Deuxièmement, il convient également de rappeler la longue histoire d'entreprises d'État et d'entreprises d'État de la Chine impériale. Une grande partie de la richesse générée par ces entreprises est allée dans les poches des bureaucrates qui les géraient. Cette bourgeoisification d'une partie de la bureaucratie était visible dans la Chine impériale ; il était présent sous le règne du Kuomintang (KMT) ; et réapparut sous le PCC après 1979, devenant finalement une caractéristique dominante du capitalisme chinois.

L'État chinois présente-t-il également des caractéristiques expansionnistes, caractéristiques communes aux puissances impérialistes ?

En tant qu'État capitaliste bureaucratique fort, il porte nécessairement un fort impératif expansionniste qui n'est pas seulement économique mais politique. Considérez ceci : les importantes exportations de capitaux de la Chine, qui prennent souvent la forme d'investissements à long terme, signifient que Pékin a nécessairement besoin de leviers politiques mondiaux pour protéger ses intérêts économiques. Cela encourage objectivement une logique impérialiste visant à dominer les pays de moindre importance et à rivaliser avec les principaux pays impérialistes.

Mais il existe aussi une logique politique expansionniste. L'« humiliation nationale » de la Chine sous le colonialisme entre 1840 et 1949 a conduit les élites dirigeantes du PCC à jurer de renforcer le pays à tout prix. Le rêve du [président] Xi [Jinping] pour la Chine doit être interprété à la lumière du rêve de Mao Zedong de chaoyingganmei (超英趕美, dépassant la Grande-Bretagne et rattrapant les États-Unis). Même si le slogan ne doit pas être interprété littéralement, les dirigeants ultranationalistes chinois n'accepteront pas que la Chine reste une puissance de second ordre pendant encore un siècle. Cette ambition, née de l'histoire contemporaine de la Chine et du grand nationalisme chinois Han du parti, a conduit Pékin à rechercher une influence politique mondiale. Cela les amènera également, tôt ou tard, à rechercher une puissance militaire mondiale – si la Chine parvient à consolider son statut dans la période à venir.

Toute discussion sur la Chine et l'impérialisme ne peut pas se concentrer uniquement sur les aspects économiques ; au contraire, elle doit aussi prendre en compte cet aspect politique. Les dirigeants chinois contemporains, du KMT au PCC, ont tous voulu restaurer le territoire et l'influence de la Chine impériale sous la dynastie Qing. Bien avant que Pékin ne revendique la ligne à neuf traits sur la mer de Chine méridionale, le KMT avait déjà déployé sa revendication de la « ligne à onze traits » sur la même zone. En ce sens, le PCC suit les traces impériales, sans grand succès, du KMT – mais cette fois, cela a, jusqu'à présent, fonctionné bien mieux pour lui.

En se concentrant un instant sur les aspects économiques, cela signifie-t-il que la Chine n'offre aucune alternative à l'impérialisme américain pour les pays du Sud, comme semblent le suggérer les partisans d'un monde multipolaire ?

Je ne suis pas d'accord avec l'idée selon laquelle la Chine constitue une sorte d'alternative pour le Sud. Il suffit de voir ce qu'elle a fait au Sri Lanka lorsque ce dernier n'a pas pu rembourser son prêt : la Chine a obligé le Sri Lanka à céder un plus grand contrôle de son port d'Hambantota. Les entreprises chinoises, y compris celles qui appartiennent à l'État, ne fonctionnent généralement pas mieux – ni pire – que les entreprises de tout autre pays impérialiste.

Mais il faut analyser cette question à deux niveaux. La Chine, comme les États-Unis, entretient des relations avec la plupart des pays du monde. Aucune généralisation radicale n'est capable d'expliquer chacune des relations que ces deux pays entretiennent avec les autres. C'est encore plus vrai pour la Chine car elle n'est pas encore un empire mondial. Une critique générale de l'expansionnisme chinois ne doit pas nous empêcher de procéder à une analyse concrète de chaque relation. Chaque fois que nous sommes confrontés à un cas spécifique, nous devons être sceptiques quant aux actions de la Chine – et de celles de toutes les grandes puissances – mais aussi analyser la relation spécifique, en accordant une attention particulière aux voix et aux intérêts de la population locale. Ce n'est qu'en pesant à la fois le général et le spécifique que nous pouvons, en tant qu'étrangers, juger si ce que fait la Chine est bien ou mal.

Prenons par exemple l'initiative « la Ceinture et la Route ». Il est possible que certains des investissements chinois à l'étranger via ce projet profitent à d'autres pays, ou du moins causent plus de bien que de mal. Ici, les voix des populations locales peuvent nous fournir les informations les plus pertinentes dont nous avons besoin. Mais cela ne signifie pas que nous devons abandonner nos critiques générales à l'égard de l'initiative « la Ceinture et la Route ». Quel que soit le bien qu'un projet spécifique puisse apporter, il n'en reste pas moins qu'en général, l'initiative de la Ceinture et de la Route est motivée par la logique du profit et les intérêts géopolitiques du régime monolithique du PCC. Un scénario gagnant-gagnant pourrait émerger dans des cas spécifiques, mais il est hautement improbable que ce soit le cas pour la plupart des pays hôtes, que la BRI se solde finalement par un succès ou un échec pour la Chine.

Dans l'ensemble, la stratégie de mondialisation de la Chine, dans laquelle elle s'est lancée au début du siècle, représente une nette régression de la politique étrangère chinoise : d'un tiers-mondisme relativement progressiste à une priorité accordée aux intérêts commerciaux des entreprises chinoises et à l'influence mondiale de Pékin. Même si les performances de la Chine dans les pays en développement ne sont pas aussi mauvaises que celles des pays occidentaux, ce changement qualitatif de la promotion d'un développement autonome dans le tiers monde (comme le préconise Mao) à la recherche de profit dans le tiers monde est clairement un pas en arrière. De plus, l'entrée de la Chine dans la concurrence avec l'Occident pour les marchés et les ressources accélère nécessairement le nivellement par le bas pour les droits du travail et la protection de l'environnement.

Compte tenu de tout cela, pourriez-vous résumer votre vision du statut de la Chine aujourd'hui ?

En prenant tout cela en considération et bien d'autres encore, je pense que nous pouvons dire que la Chine est un pays impérialiste émergent. Elle est loin d'être consolidée en tant que puissance impérialiste, mais elle a le potentiel d'atteindre ce statut si elle n'est pas contestée de l'intérieur et de l'extérieur pendant assez longtemps.

Selon moi, le terme d'impérialisme émergent permet d'éviter certaines erreurs. Par exemple, certains soutiennent que puisque la Chine et les États-Unis ne sont pas sur un pied d'égalité, la Chine ne peut donc pas être impérialiste et que l'étiquette de « pays en développement » continue de s'appliquer. Cet argument ne parvient pas à rendre compte de la situation en constante évolution en Chine et dans le monde. Par exemple, l'ascension spectaculaire de la Chine jusqu'à devenir une nation industrialisée en moins de 50 ans est sans précédent dans l'histoire contemporaine.

C'est pourquoi il faut être capable d'appréhender à la fois l'universel et les particularités de la Chine. Son potentiel pour devenir une puissance impérialiste est immense. C'est également le premier pays impérialiste émergent à avoir été auparavant un pays semi-colonial. En outre, la Chine doit faire face au problème de son retard. Ces facteurs ont peut-être en partie contribué à son essor, mais certains aspects continuent également de paralyser sa capacité à se développer de manière suffisamment efficace et, surtout, de manière plus équilibrée.

Le PCC devra surmonter certains obstacles fondamentaux avant de pouvoir consolider la Chine en tant que pays impérialiste stable et durable. La clique de Xi sait qu'avant que la Chine puisse réaliser son ambition impériale, elle doit surmonter le fardeau de l'héritage colonial et du retard de la Chine. C'est pourquoi Pékin considère la « reprise » de Taïwan comme un élément stratégique pour sa sécurité nationale. Le fait que Taiwan soit restée séparée de la Chine continentale depuis que le Japon en a pris possession en 1895 hante le PCC.

Ici encore, les généralisations radicales ne nous aident pas lorsqu'il s'agit de « l'héritage colonial » de la Chine. Nous avons plutôt besoin d'une analyse concrète. L'héritage colonial de la Chine ne constitue pas dans sa totalité un fardeau pour son développement. Prenons le cas de Hong Kong. L'autonomie de Hong Kong permet à la ville de préserver son système juridique britannique, qui est sans aucun doute un héritage colonial. La Chine attaque le système juridique de la ville au nom du maintien de la sécurité nationale et du « patriotisme ». Pourtant, du point de vue du peuple, aussi imparfait que soit le système juridique britannique, il reste bien meilleur que celui de la Chine. De plus, le briser nuirait à l'intérêt collectif du capitalisme bureaucratique. C'est précisément cet héritage colonial qui a permis à la ville de devenir le centre financier dont la Chine dépend encore aujourd'hui : la moitié des investissements directs étrangers de la Chine transitent par la ville. Xi ne peut pas réaliser son rêve pour la Chine sans le capitalisme autonome de Hong Kong, du moins pour la période à venir.

Cela nous amène à la contradiction la plus flagrante que connaît aujourd'hui la Chine. Xi souhaite que la Chine fasse un grand pas en avant en termes de modernisation. Mais il n'a tout simplement pas les connaissances ni assez de pragmatisme pour transformer son rêve en plans cohérents et réalisables pouvant être mis en œuvre. L'acte insensé de se tirer une balle dans le pied lorsqu'il s'agit de Hong Kong reflète le retard culturel du parti ; son incapacité à établir une succession stable du pouvoir en est un autre exemple. Si l'on prend en compte l'échec du parti à moderniser sa culture politique de loyauté personnelle et de chefs de secte, nous comprenons pourquoi la capacité de la Chine à consolider sa position à la table des puissances impérialistes se heurte à des difficultés.

Que pouvez-vous nous dire sur les actions de la Chine en mer de Chine méridionale et comment, le cas échéant, elles ont contribué à la montée des tensions et à la militarisation dans la région Asie-Pacifique ?

La revendication chinoise de la ligne en neuf traits sur la mer de Chine méridionale a constitué un tournant fondamental, car elle a représenté le début de l'expansion de la Chine à l'étranger, politiquement et militairement. D'abord parce que sa prétention est totalement illégitime. La Chine, par exemple, revendique également l'île Senkaku, ce que conteste le Japon. Là, on peut au moins dire que la Chine a des arguments plus solides pour étayer ses affirmations, alors que le Japon n'a aucun fondement, que ce soit au regard du soi-disant droit international ou d'un point de vue de gauche. Il s'agit simplement d'une revendication impérialiste du Japon, en alliance avec les États-Unis. En revanche, la Chine n'a jamais gouverné efficacement toute la zone de la ligne en neuf traits qu'elle revendique (à l'exception de certaines îles, comme l'île Paracel). Sa revendication sur la majeure partie de la mer de Chine méridionale n'est pas seulement injustifiée, elle constitue également une déclaration de ses ambitions hégémoniques en Asie, qui sont parallèles à ses ambitions économiques mondiales représentées par la BRI.

Certains diront que les actions de la Chine en mer de Chine méridionale sont largement défensives et visent à créer un tampon contre la militarisation américaine dans la région. Dans quelle mesure cet argument est-il légitime ?

Je pense que c'était le cas des actions de la Chine avant sa revendication en neuf tirets. Même si nous acceptons que la Chine continue d'agir de manière défensive et se contente de répondre à l'agression américaine, vous ne le faites pas en envahissant d'immenses territoires qui n'ont jamais appartenu à la Chine et sur lesquels les pays voisins ont des revendications – y compris certains qui ont été victimes de l'agression de la Chine impériale pendant des années. des centaines d'années. Il s'agit d'une invasion des zones économiques maritimes de plusieurs pays d'Asie du Sud-Est. Elle ne peut plus être considérée comme défensive.

Il convient également de noter qu'il n'existe pas de Grande Muraille séparant les actions défensives des actions offensives, surtout si l'on considère la rapidité avec laquelle le contexte a changé en Chine et à l'échelle internationale. Aujourd'hui, Pékin a à la fois l'intention et la capacité de lancer une compétition mondiale avec les États-Unis. Du point de vue de l'intérêt collectif de la bureaucratie, il est clair que Xi a abandonné prématurément le conseil de Deng Xiaoping de « faire profil bas et d'attendre son heure ».

Bien sûr, nous devons continuer à nous opposer à l'impérialisme américain et à la militarisation dans la région, mais cela ne doit pas signifier soutenir ou garder le silence face à l'impérialisme émergent de la Chine. La question décisive à cet égard n'est pas de savoir dans quelle mesure la Chine est sur un pied d'égalité avec l'empire américain.

Comment Taiwan s'intègre-t-elle dans les tensions américano-chinoises ?

Le problème fondamental ici est que les revendications de la Chine sur Taiwan n'ont jamais pris en compte les souhaits du peuple taïwanais. C'est le point le plus important. Il y a aussi la question secondaire des tensions entre les États-Unis et la Chine. Mais ces tensions n'ont aucune incidence directe sur la question fondamentale.

Le peuple taïwanais a un droit historique à l'autodétermination. La raison est simple : en raison de leur histoire distincte, les Taïwanais sont très différents de ceux de la Chine continentale. D'un point de vue ethnique, la plupart des Taiwanais sont chinois. Mais il existe des minorités ethniques, connues sous le nom de peuples austronésiens, qui habitent de grandes parties de l'Asie du Sud-Est, y compris Taiwan, depuis des milliers d'années. Le PCC ne mentionne jamais ce fait ; il prétend que Taiwan a toujours été occupée par la Chine. Ce n'est pas vrai : les peuples autochtones existent à Taiwan depuis bien plus longtemps et leurs droits doivent être respectés.

Quant à ceux qui sont d'origine ethnique chinoise, nous avons en réalité affaire à deux groupes distincts. Environ 15 %, une minorité absolue, ne se sont installés à Taiwan qu'en 1949, après la révolution chinoise. La majorité a des descendants qui vivent à Taiwan depuis 400 ans. C'est très différent de Hong Kong, où une grande partie de la population est composée de Chinois du continent qui ont des parents en Chine continentale et considèrent toujours les Chinois du continent comme leur patrie. À Taiwan, la plupart des Chinois n'ont pas de tels liens avec la Chine continentale – de tels liens ont été rompus il y a des centaines d'années. Taiwan est une nation distincte depuis de nombreuses années. Elle jouit donc d'un droit historique à l'autodétermination.

La situation n'est pas tout à fait comparable, mais je dirais aussi qu'il en va de même pour Hong Kong. Il ne faut pas oublier que pendant 150 ans, la trajectoire historique de Hong Kong a également été très différente de celle de la Chine continentale : personne ne peut le nier, ni notre droit à l'autodétermination. Tout gauchiste occidental qui nie cela est soit mal informé, soit sa prétention d'être socialiste est tout à fait discutable.

Bien sûr, il est vrai que tout cela est désormais lié aux tensions entre les États-Unis et la Chine. En ce sens, la situation est similaire à la situation ukrainienne. Dans ce cas aussi, il y a ceux qui soutiennent la Russie ou qui ont une position neutre. À mon avis, ils ont tort. Il ne fait aucun doute que les États-Unis constituent un empire mondial qui poursuit son programme partout. Je comprends que certains gauchistes occidentaux ne veulent pas être perçus comme s'alignant sur leurs propres gouvernements impérialistes. Mais notre soutien au droit des petites nations à l'autodétermination – pour autant que nous le menions de manière indépendante – n'a rien à voir avec les États-Unis, ni avec la Chine d'ailleurs.

Nous soutenons ces luttes sur la base de notre principe d'opposition à l'oppression nationale. Nos principes ne doivent pas être compromis simplement parce que notre position peut parfois coïncider avec l'agenda américain. S'opposer à sa propre classe dirigeante ne devrait pas signifier donner la priorité à sa haine plutôt qu'à la résistance des peuples à l'oppression étrangère dans d'autres parties du monde. Voir la politique de cette façon reflète largement l'arrogance de chacun et, en même temps, un sentiment d'impuissance par rapport à sa propre classe dirigeante.

Sur quel type de campagnes de solidarité la gauche devrait-elle se concentrer lorsqu'il s'agit de Taiwan ou de la mer de Chine méridionale ?

Toute campagne de solidarité dans ces deux domaines – auxquels j'ajouterais Hong Kong – devrait comporter au moins trois points : respecter le droit des peuples taïwanais et hongkongais à l'autodétermination ; accepter que la revendication de la Chine en neuf traits dans la mer de Chine méridionale n'a aucun fondement ; et reconnaître que la capacité de s'opposer à la position de la Chine appartient avant tout aux peuples de ces trois régions et des pays voisins. En ce qui concerne les États-Unis, nous devrions rester sceptiques quant à leurs motivations mais, encore une fois, lorsqu'il s'agit de questions particulières, nous devons peser le pour et le contre de manière concrète, et surtout prendre en considération les souhaits du peuple. .

Par exemple, la question de l'achat d'armes par Taïwan aux États-Unis : nous devons être conscients que tous les scénarios de jeux de guerre suggèrent que Taïwan ne serait pas en mesure de résister à une invasion chinoise pendant plus d'une semaine et, dans le pire des cas, pendant plus d'une semaine. quelques jours . Il est évident que Taiwan doit acheter des armes aux États-Unis. Rien de tout cela ne signifie que nous soutenons les droits des États-Unis sur Taiwan. L'action doit incomber à ceux qui sont directement touchés – les habitants de Taiwan, de Hong Kong et de la mer de Chine méridionale et alentour.

Dans le cadre de leur campagne de guerre contre la Chine, les dirigeants occidentaux ont cherché à attiser le nationalisme et le racisme anti-chinois. En réponse, certains à gauche ont cherché à taire leurs critiques à l'égard de la Chine afin de ne pas contribuer à la campagne réactionnaire de leur gouvernement. Que pensez-vous de la manière dont la gauche des pays occidentaux peut s'opposer à la propagande de leur propre gouvernement sans devenir un partisan inconditionnel de la Chine ?

Le nœud du problème est que la notion campiste d'« anti-impérialisme » est non seulement timide, dans la mesure où elle cible uniquement les vieux impérialismes tout en ignorant les impérialismes émergents, mais également centrée sur l'État. Leurs préoccupations portent toujours sur tel ou tel État. Ils oublient que nous ne devrions jamais donner la priorité aux États plutôt qu'aux travailleurs, là où doit résider l'action – et cela s'étend même aux « États travailleurs ».

Les véritables socialistes devraient être centrés sur le peuple. Si quelqu'un refuse de voir comment le PCC traite les travailleurs chinois et se contente de répéter la propagande de Pékin ou refuse d'écouter la voix des travailleurs, alors je dirais qu'il n'est pas de véritables socialistes. Ils se contentent d'admirer certains États, les considérant comme une sorte de rempart contre leur propre gouvernement impérialiste. Leur impuissance les amène à applaudir tout État étranger en contradiction avec leur classe dirigeante et à abandonner ceux qui subissent la répression, simplement pour satisfaire leurs propres aspirations psychologiques.

Mais vous ne vaincrez jamais votre propre nationalisme en soutenant ou en tolérant le nationalisme chinois Han. Nous pouvons soutenir, dans certaines limites, le nationalisme des nations opprimées. Mais aujourd'hui, les Chinois Han ne sont opprimés par aucune nation étrangère ; au contraire, ils sont opprimés par leur propre gouvernement. Le nationalisme chinois Han n'a donc aucune valeur progressiste.

De plus, la version du « patriotisme » du PCC est une sorte d'ethno-nationalisme, ce qui le rend encore plus réactionnaire. Il cherche une sorte de journée (大一統, grande unification) n'est pas sans rappeler celle pratiquée par le fascisme, dans laquelle les pensées des gens doivent être placées sous le contrôle du gouvernement et les livres ne promouvant pas les valeurs officielles doivent être interdits. Garder le silence sur cette version du nationalisme chinois Han, c'est oublier l'immense tragédie des Chinois Han – désormais opprimés par leurs propres dirigeants au point qu'ils se moquent d'eux-mêmes en les considérant comme n'étant guère plus que des « poireaux chinois » attendant d'être récoltés par le parti. sur des bases régulières – et la répression brutale des minorités.

En soutenant ou en s'abstenant de critiquer un État totalitaire comme la Chine, nous creusons nos propres tombes. C'est une trahison de l'internationalisme fondamental et cela discrédite la gauche. L'internationalisme est avant tout une solidarité avec les travailleurs des différentes nations, et non avec les États, et c'est sur cette base que nous devons juger les relations entre les États, et non l'inverse.

Propos recueillis par Federico Fuentes pour Linkshttps://links.org.au/au-loong-yu-ho... le 2 décembre 2023, traduit par ESSF.

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Irak. Les débats sur le Code du statut personnel font rage

24 septembre 2024, par Zahra Ali — , ,
Les élites chiites, au pouvoir en Irak depuis 2003, essaient de remettre en cause le Code du statut personnel qui règle les affaires familiales pour tous les musulmans, chiites (…)

Les élites chiites, au pouvoir en Irak depuis 2003, essaient de remettre en cause le Code du statut personnel qui règle les affaires familiales pour tous les musulmans, chiites comme sunnites. Avec la nouvelle proposition, les Irakiens pourraient choisir le droit spécifique chiite qui, par exemple, accepte le mariage temporaire ou celui des enfants. Pour l'heure, une partie de la société civile s'oppose à cette fracture du droit qui fragiliserait le droit des femmes et les enfants.

Tiré d'Orient XXI.

Depuis une proposition d'amendement du Code du statut personnel soumise au Parlement au cours de l'été, des débats passionnés ont envahi la scène politique et médiatique irakienne. Adoptée en 1959, la loi 188 du statut personnel définit un ensemble de dispositions légales — distinct du Code civil — qui rassemble les droits et les devoirs des citoyens musulmans en matière de mariage, de divorce, de garde d'enfants et d'héritage. L'amendement proposé rompt avec le système actuel valable pour tous les musulmans et autorise des distinctions fondées sur les principes chiites et sunnites. Les mariages, par exemple, seraient contractés selon la jurisprudence choisie au lieu de se conformer à la loi existante.

D'un côté, plusieurs groupes islamistes chiites au pouvoir depuis l'invasion américaine de 2003 ont plaidé en faveur de l'introduction d'un code sectaire. Ils insistent sur l'importance d'aligner toutes les lois sur la charia et sur la jurisprudence Jaafari (1) pour les musulmans chiites. Ils accusent leurs opposants de remettre en cause les valeurs religieuses et culturelles fondamentales et d'être des agents de l'Occident. Récemment, ils ont également rejeté un article du Code du statut personnel qui accorde la garde des enfants à la mère, l'estimant en contradiction avec la « charia » qui l'attribue au père.

Entre-temps, des organisations de défense des femmes et des droits humains, un réseau d'intellectuels et de personnalités des médias, ainsi qu'un large éventail d'opposants politiques se sont fortement mobilisés contre cette proposition (2). Organisés autour de la coalition « Alliance 188 », ils ont fait valoir que cet amendement remettait radicalement en cause la loi 188 considérée comme équitable et unificatrice pour les musulmans chiites et sunnites : en l'état actuel, elle garantit les droits fondamentaux des femmes, tels que l'âge minimum du mariage, le droit au divorce et la garde des enfants. Autoriser des codes sectaires distincts est source de division, assurent-ils, dans un contexte déjà marqué par la prédominance des tensions entre communautés et l'augmentation, durant ces décennies des guerres, des normes misogynes et patriarcales, surtout lorsque la violence politique règne.

Les interprétations de l'école chiite dominante en Irak, la jurisprudence Jaafari, déterminent l'âge de la maturité pour les filles dès neuf ans et autorisent différents types de mariages précaires (3), avec très peu de droits pour les femmes. S'il est adopté, l'amendement proposé fournira un fondement juridique aux mariages d'enfants, un phénomène déjà répandu dans le pays, et aux unions matrimoniales qui n'offrent aucune protection juridique aux conjointes. En outre, l'Alliance 188 a souligné la faiblesse structurelle du Parlement et le recours, par les groupes politiques chiites, à des méthodes antidémocratiques telles que l'intimidation, la menace de violence et le manque de transparence, pour faire adopter l'amendement. (4)

Ces débats sont souvent présentés comme une lutte entre les forces religieuses qui tentent d'imposer les lois régressives et misogynes de la charia et les forces laïques qui s'opposent à la religion et défendent les droits des femmes. Mais il s'agit d'une caricature, qui ne permet pas de comprendre ce qui est réellement en jeu.

Un conflit entre forces laïques et religieuses ?

Le Code du statut personnel n'est pas une loi laïque : il ne place pas sous l'autorité du Code civil national les « questions personnelles » de tous les citoyens, de toutes les religions et de toutes les sectes. Il permet aux musulmans de bénéficier d'interprétations spécifiques des jurisprudences chiite et sunnite — lesquelles qui ont été négociées par plusieurs acteurs, y compris des oulémas (corps de savants musulmans) des deux écoles, au cours des décennies qui ont précédé l'établissement de la loi 88 en 1959.

En d'autres termes, ces débats se situent à l'intersection de la construction de l'État et de la nation aux époques coloniale et postcoloniale — un processus qui implique divers groupes sociaux et politiques en concurrence pour le pouvoir et la légitimité, et qui est profondément marqué par les questions de classes, de « races » et de genre.

Les mobilisations autour du Code du statut personnel ne sont pas nouvelles. Plusieurs groupes islamistes chiites ont fait des propositions similaires à celle de cet été, quasiment chaque année, depuis l'invasion et l'occupation menées par les États-Unis en 2003. Elles se heurtent toujours à une forte opposition de la part des féministes et des mouvements progressistes. Elles sont d'ailleurs largement rejetées par les Irakiens eux-mêmes, qu'ils soient chiites ou sunnites.

Cette obsession a commencé immédiatement après l'invasion, avec le décret 137 (5), à l'initiative d'Abdel Aziz Al-Hakim (1953-2009), alors chef du Conseil suprême islamique d'Irak, l'une des principales organisations islamistes chiites ayant pris le pouvoir à la suite de l'invasion américaine. Le décret 137 visait à abolir le Code du statut personnel et à le remplacer par des codes sectaires. Bien que cette tentative ait échoué, en partie en raison de la mobilisation des féministes, le décret a été réintroduit sous la forme de l'article 41 de la Constitution adoptée en 2005 : ce dernier prévoit la liberté pour les Irakiens de choisir leur « statut personnel » en fonction de leurs croyances religieuses et sectaires. Contesté à l'époque par les groupes féministes, l'article 41 est souvent cité par les partis politiques chiites comme fondement juridique de leur proposition d'amendement.

L'invasion de 2003 a engendré une dynamique ayant beaucoup de traits communs avec celle de l'établissement de l'État moderne pendant l'ère coloniale (6). Comme les Britanniques dans les années 1920, les Américains ont privilégié une version fragmentée, sectaire et tribalisée de la citoyenneté, en établissant un système politique basé sur des quotas communautaires, le système muhasasa, et en s'alliant avec les forces les plus réactionnaires.

À bien des égards, l'article 41, rédigé et voté dans le contexte d'une occupation brutale, et les propositions répétées visant à établir une loi sectaire sur le statut personnel, constituent une version « américanisée » du régime politique irakien que les groupes islamistes chiites au pouvoir se sont appropriés, tout comme son argument libéral de la « liberté de choix ».

Si la proposition d'amendement était adoptée, cela signifierait un retour à un système juridique remontant à l'époque de la monarchie et de ses tribunaux religieux, tribaux et sectaires, et l'effacement de l'héritage de la première République irakienne (1958-1968). Cet héritage a été façonné par la culture de gauche anti-impérialiste des années 1950 qui a établi l'autorité de l'État émergent sur diverses organisations politiques, y compris sur les puissances coloniales et sur les autorités religieuses.

En outre, l'établissement du Code du statut personnel a marqué la participation des groupes de femmes, représentés en 1959 par Naziha Al-Dulaimi (1923-2007) — communiste et dirigeante de la Ligue des femmes irakiennes, puis ministre —, à la négociation de leurs droits. Elle était alors considérée comme l'une des plus progressistes dans la région.

Au moment de sa rédaction, les groupes islamistes chiites, qui émergeaient lentement, ont contesté la loi, estimant qu'elle sapait leur pouvoir. Les principales organisations prônant une citoyenneté fondée sur l'égalité étaient les forces révolutionnaires de gauche. Dans les années 1940 et 1950, les plus radicales d'entre elles ont exigé que le « statut personnel » soit inscrit dans le Code civil, qui accorde des droits égaux à tous les citoyens, indépendamment de leur sexe, de leur secte ou de leur religion.

À bien des égards, on peut affirmer qu'en dépit de leur opposition affichée, les intérêts des groupes chiites islamistes coïncident avec ceux des puissances coloniales et néocoloniales d'hier et d'aujourd'hui sur un point fondamental : saper les forces politiques progressistes qui prônent une citoyenneté fondée sur l'égalité dans un État fort et souverain.

Toutefois, les partis chiites qui militent en faveur de cet amendement ne sont plus la minorité politique qu'ils étaient sous la monarchie soutenue par les Britanniques au siècle dernier. Ils sont, depuis 2003, au centre du pouvoir politique. On peut se demander ce que signifie pour eux l'affirmation de leur identité religieuse sectaire alors qu'elle est déjà hégémonique dans le pays.

Au cœur des systèmes de pouvoir

Depuis sa création, à chaque crise, à chaque tournant politique, le Code du statut personnel a fait l'objet de réformes. Le régime autoritaire du parti Baas l'a également utilisé comme outil politique à différents moments de l'histoire (7).

L'élite politique chiite portée au pouvoir en 2003, son idéologie et sa politique se sont révélées particulièrement antidémocratiques, brutales, corrompues, sectaires, misogynes et machistes. Elles ont permis la mise en place du système politique ethno-sectaire fragmenté et alimenté une violence politique à la fois sectaire et sexiste, par l'intermédiaire de ses divers groupes armés (dont beaucoup sont alliés au régime iranien). Après des décennies de guerre et de militarisation, la violence est le langage de la masculinité et du pouvoir.

Plus important encore, cette élite a également facilité le démantèlement de l'État et de ses institutions, ainsi que de tous les mécanismes de redistribution des richesses, la privatisation de tout ce qui soutient la vie urbaine, de l'accès à l'électricité, à l'eau, à la santé et à l'éducation.

Au cours de l'année écoulée, elle a lancé des attaques répétées contre les droits des femmes et l'égalité des sexes, depuis l'adoption d'une loi anti-LGBTQ jusqu'à l'interdiction de l'utilisation du mot « genre ». Les théories du complot anti-occidental et les paniques liées à la « moralité sexuelle » ont servi d'écran de fumée pour détourner l'attention de l'opinion publique et d'outil pour saper l'opposition et justifier la répression violente des manifestations comme de la dissidence.

À bien des égards, on peut considérer ces attaques comme une illustration de la perte progressive de popularité de ces groupes, perçus comme responsables des terribles réalités sociales, politiques et économiques du pays, ainsi que de la violence généralisée qui domine la vie quotidienne des Irakiens. Enfin, cette stratégie est également caractéristique de la concurrence entre chiites et chiites, chaque groupe cherchant à s'affirmer par rapport à l'autre, et de l'hégémonie de l'Iran dans les affaires politiques de l'Irak.

Ce débat montre aussi comment le pouvoir opère dans le pays et dans le monde contemporain. Les droits des femmes et les questions de genre sont au cœur des systèmes de pouvoir, un point focal sur lequel le pouvoir s'affirme, se déploie ou est confisqué. Les forces rétrogrades se présentent comme les porteurs de l'authentique culture locale et les protecteurs de la religion.

Toutefois, leur stratégie n'est qu'une version programmatique d'un discours classiquement masculiniste, néofasciste et d'extrême droite que l'on retrouve dans la région, mais aussi dans le monde — de la Hongrie au Japon en passant par les États-Unis et la France. Sans surprise, ces forces ont également en commun de supprimer toutes les protections sociales ainsi que les services publics et de priver les pauvres et les classes populaires de l'accès aux ressources et aux droits essentiels. La logique de privatisation du pouvoir, des services et des ressources est constitutive de la politique brutalement instaurée avec l'invasion américaine et mise en œuvre par ces groupes depuis 2003.

C'est ce que le soulèvement d'octobre 2019 (8) contre le régime a dénoncé avec force. Il a exigé un État démocratique, souverain, fort et fonctionnel qui traite ses citoyens sur un pied d'égalité, indépendamment de leur appartenance religieuse et de leur sexe, et qui redistribue les riches ressources du pays au profit des pauvres et des groupes marginalisés.

L'attaque systématique de l'élite politique chiite contre les mécanismes juridiques et politiques qui accordent des droits et des libertés, en particulier aux femmes et aux groupes marginalisés, a pour effet de maintenir les féministes et les groupes d'activistes progressistes dans un mode défensif : ils sont constamment obligés de se battre pour préserver les droits limités existants, au lieu de faire pression pour en obtenir davantage.

Le Code du statut personnel est patriarcal et, comme l'ont affirmé les militants dans leur campagne pour l'adoption d'une loi sanctionnant la violence domestique, les femmes et les groupes marginalisés ont besoin de plus de droits et de plus de protection. Jusqu'à présent, les efforts acharnés de l'Alliance 188 ont permis de retarder la discussion parlementaire sur la proposition d'amendement, et ainsi de travailler à son retrait pur et simple.

La mobilisation des femmes, d'un large éventail de militants et de forces intellectuelles en Irak autour de ces questions a montré que l'héritage progressiste du siècle dernier continue de resurgir contre vents et marées.

Notes

1- NDLR. Du nom de l'imam chiite Jafar Al-Sadiq (702-765), fondateur de la première école de l'islam.

2- « Iraqi women academics, writers, media professionals and artists reject proposed amendments to the Personal Status Law », Petitions.net, 14 août 2024.

3- NDLR. Les chiites reconnaissent le « mariage temporaire » dit aussi « mariage de plaisir » qui se termine sans aucune procédure au bout de la durée déterminée, théoriquement pour les deux époux mais pratiquement par les hommes.

4- Page Facebook d'Alliance 188, 3 septembre 2024, texte en arabe.

5- Zahra Ali,Women and Gender in Iraq, Cambridge University Press, 2018.

6- Lire Zahra Ali, « Genesis of the “Woman Question”.The Colonial State against Its Society and the Rise and Fall of the New Iraqi Republic (1917–1968) » in Woment and Gendrer in Iraq, op.cit.

7- Zahra Ali, « Women, Gender, Nation, and the Ba'th authoritarian regime », in Women and Gender in Iraq, op.cit.

8- Zahra Ali, « Theorising uprisings : Iraq's Thawra Teshreen », in Third WorldQuaterly, vol.45, n°10, 2023.

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