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Journée de l’égalité de rémunération : L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes dans le journalisme doit être comblé immédiatement

24 septembre 2024, par ifj.org — ,
Alors que l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes avoisine les 20% au niveau mondial, les femmes journalistes ne font pas exception à la règle et sont (…)

Alors que l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes avoisine les 20% au niveau mondial, les femmes journalistes ne font pas exception à la règle et sont systématiquement moins bien payées que leurs homologues masculins.

À l'occasion de la Journée internationale de l'égalité de rémunération, le 18 septembre, la Fédération internationale des journalistes et le Media Diversity Institute appellent les gouvernements à mettre en œuvre une législation comblant l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes dans le journalisme et au sein de l'industrie des médias et à adopter des politiques concrètes pour éradiquer la discrimination salariale.

À une époque où le journalisme joue un rôle crucial dans le maintien de la démocratie et la défense de l'égalité et du droit du public de savoir, les femmes journalistes du monde entier sont confrontées à une réalité troublante : bien qu'elles représentent une part importante de la main-d'œuvre journalistique, elles sont toujours moins bien payées que leurs homologues masculins. Cette inégalité porte atteinte non seulement aux droits des femmes sur le marché du travail, mais aussi à la crédibilité et aux normes éthiques de la profession dans son ensemble.

Une multitude d'études, y compris des rapports émanant d'organismes de surveillance du secteur, d'organisations syndicales et d'institutions universitaires, révèlent que l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes dans le journalisme s'étend à tous les continents, à toutes les organisations médiatiques et à tous les domaines.

Au Brésil, les femmes journalistes employées dans le cadre d'un contrat formel gagnent en moyenne 5,7% de moins que les hommes pour le même travail. Cette différence s'accroît à mesure que le poste est plus élevé. Dans le cas des rédacteurs en chef, par exemple, les femmes gagnent 41,3% de moins que les hommes à ce poste. Ces chiffres proviennent d'une enquête commandée par la FENAJ.Au Royaume-Uni, le rapport 2023de la BBC sur l'écart des rémunérations entre les hommes et les femmes a révélé une augmentation, portant l'écart à son niveau le plus élevé depuis 2018.

EnFrance, une étude menée de 2010 à 2021 révèle que les femmes sont plus nombreuses à être embauchées pour des contrats de courte durée (18% contre 10% pour les hommes).

En Australie, une publication datant de 2024 révèle que « l'écart de salaire de base dans le secteur des médias et de la publicité est de 14,5% entre les hommes et les femmes, alors qu'il atteint 19% une fois que les primes des cadres et autres sont prises en compte ». Dans l'ensemble des secteurs de l'UE, en 2022 « les salaires horaires bruts des femmes étaient en moyenne inférieurs de 12,7% à ceux des hommes ».

Le chiffre global est estimé à 20%, selon le rapport mondial 2023 de l'OIT. Cela signifie que les femmes gagnent en moyenne 80% du salaire des hommes. Au rythme actuel, il faudra attendre au moins jusqu'en 2086 pour atteindre l'égalité salariale dans le monde, selon les estimations de l'Organisation internationale du travail (OIT).

Dans le journalisme, l'une des raisons de cette disparité salariale est la faible présence des femmes aux postes de direction hautement rémunérés. Une étude réalisée par le Reuters Institute en 2024a révélé que le pourcentage de femmes occupant des postes éditoriaux de haut niveau « varie considérablement d'un marché à l'autre, allant de 0% au Japon à 43% aux États-Unis ». Le plafond de verre continue de limiter l' accès des femmes aux postes de direction, à la direction éditoriale et à la gestion. De nombreuses candidates sont orientées vers les secteurs moins bien rémunérés du journalisme, tels que les reportages sur le style de vie ou la culture, tandis que les hommes dominent les domaines mieux payés comme la politique, les affaires ou le journalisme d'enquête.

Les femmes journalistes sont plus susceptibles d'accepter des postes en free-lance ou à temps partiel leurs permettant de garder un équilibre avec leurs obligations familiales. Elles sont engagées sur des postes où la rémunération est souvent irrégulière, le temps et les frais de déplacement pour les travaux d'enquête et de rédaction sont non rémunérés, les avantages sociaux rares et la sécurité de l'emploi limitée, sans parler de la sécurité numérique et du peu de soutien des employeurs en cas de harcèlement en ligne.

L'écart de rémunération est encore plus prononcé pour les femmes de couleur, les personnes LGBTQ+ et celles issues de communautés marginalisées, qui sont confrontées à de multiples niveaux de discrimination.

Pour éradiquer l'écart de rémunération entre hommes et femmes dans le journalisme, la FIJ et le MDI recommandent de :

* conduire des audits dans toutes les organisations médiatiques afin d'évaluer l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes

* introduire des politiques de transparence des rémunérations obligatoires dans les entreprises de médias

* adopter des possibilités d'avancement équitables pour soutenir les femmes dans des rôles de premier plan et garantir qu'elles sont représentées de manière égale dans les postes de décision

* adopter des politiques de non-discrimination et des conventions collectives pour éliminer les préjugés, le harcèlement et la violence au travail et garantir un lieu de travail sûr

* mettre en place des politiques de rémunération équitable pour les freelances, y compris des salaires équitables, des avantages sociaux et la sécurité de l'emploi.

« En s'attaquant à l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes dans le journalisme, nous ne créons pas seulement une profession plus juste et plus équitable, mais nous garantissons également que les histoires qui façonnent notre monde soient racontées par des voix diverses, responsabilisées et rémunérées équitablement pour leurs contributions. La lutte pour l'équité salariale entre hommes et femmes dans le journalisme est une lutte pour l'équité, la transparence et la dignité dans le secteur et dans la société en général. Les syndicats ont un rôle important à jouer dans la promotion de conventions collectives et de politiques solides en faveur de l'équité salariale », a déclaré Maria Angeles Samperio, Présidente du Conseil pour l'égalité des genres de la FIJ.

« L'écart de rémunération dans l'industrie des médias tend à être plus prononcé pour les personnes issues de communautés marginalisées et diverses, ce qui limite leur rôle dans la production médiatique. Cette situation doit cesser immédiatement, car elle contribue à l'émergence de perspectives différentes, de récits biaisés et au renforcement des stéréotypes qui façonnent les perceptions du public et influencent les attitudes. Dans un monde de plus en plus polarisé, nous appelons les gouvernements à promouvoir l'égalité salariale pour tous et toutes et à réduire les inégalités qui alimentent les divisions au sein de la société », a déclaré Milica Pesic, directrice exécutive de l'ONG Media Diversity Institute.

https://www.ifj.org/fr/salle-de-presse/nouvelles/detail/category/communiques-de-presse/article/journee-de-legalite-de-remuneration-lecart-de-remuneration-entre-les-hommes-et-les-femmes-dans-le-journalisme-doit-etre-comble-immediatement

Equal Pay Day : Global gender pay gap in journalism must be addressed immediately
https://www.ifj.org/media-centre/news/detail/category/press-releases/article/equal-pay-day-global-gender-pay-gap-in-journalism-must-be-addressed-immediately
Día de la Igualdad Salarial : La brecha salarial global entre hombres y mujeres en el periodismo debe abordarse de inmediato
https://www.ifj.org/es/sala-de-prensa/noticias/detalle/category/comunicados-de-prensa/article/dia-de-la-igualdad-salarial-la-brecha-salarial-global-entre-hombres-y-mujeres-en-el-periodismo-debe-abordarse-de-inmediato

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Procès des viols de Mazan : plus de 200 hommes signent une feuille de route contre la domination masculine

24 septembre 2024, par Collectif — , ,
Beaucoup disent que le procès des 51 violeurs est en réalité le procès de la masculinité. Beaucoup s'en offusquent, trouvant de bon ton de s'indigner parce qu'ils sont mis dans (…)

Beaucoup disent que le procès des 51 violeurs est en réalité le procès de la masculinité. Beaucoup s'en offusquent, trouvant de bon ton de s'indigner parce qu'ils sont mis dans le même panier plutôt que de s'insurger face aux atrocités orchestrées par Dominique Pelicot et adoubées par tant d'autres hommes.

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/23/proces-des-viols-de-mazan-plus-de-200-hommes-signent-une-feuille-de-route-contre-la-domination-masculine/

Aujourd'hui pourtant, la question se pose : sept ans après le début de #MeToo, où en sommes-nous ? Qu'avons-nous appris ? Comment nous sommes-nous positionnés ? Où sommes-nous lorsque nos potes, nos collègues, nos frères ont des comportements ou des propos sexistes ? Où sommes-nous lorsque les femmes sont agressées ? Sans doute occupés à questionner la crédibilité de la victime, tout en affirmant que « pas tous les hommes », encore moins nous.

Pourtant, l'affaire Pelicot nous l'a prouvé, la violence masculine n'est pas une affaire de monstres, c'est une affaire d'hommes, de monsieur Tout-le-Monde.
Dire « tous les hommes », c'est parler de violences systémiques perpétrées par tous les hommes, parce que tous les hommes, sans exception, bénéficient d'un système qui domine les femmes. Et puisque nous sommes tous le problème, nous pouvons tous faire partie de la solution.

Mais alors par quoi commence-t-on lorsqu'on se rend compte que le patriarcat s'essouffle, que le vieux monde se meurt ?

Avant toute chose, on arrête de se croire indispensables. On comprend que les femmes n'ont pas besoin de nous et encore moins en ce qui concerne la libération féministe. Elles ont surtout besoin qu'on cesse de leur mettre des bâtons dans les roues. Comprenez que nos gros ego les empêchent d'avancer, que les « not all men » ne servent qu'à vous rassurer vous, pas elles. Il ne suffit pas de dire « moi je ne suis pas comme tous les hommes », ici les mots n'ont aucune valeur face à l'ampleur des violences. Aucune tant qu'ils ne sont pas suivis d'actions concrètes et quotidiennes.

Alors à ceux pour qui le procès Pelicot est le point de bascule. A ceux qui refusent de continuer à participer à un système qui, pour exister, a besoin de dominer la moitié de la population. Il est un peu tard mais il est encore temps. Toutefois, ne pensez pas que la mission consiste à jouer les héros, ne les libérez pas, cela fait des siècles qu'elles s'en chargent.

Il y a quelques mois, dans une interview, un acteur disait être prêt à mettre la main à la pâte mais demandaitune feuille de route.
La voici, donnée par un homme aux autres hommes parce qu'il va falloir arrêter de demander aux femmes de nous mâcher le travail.

Arrêtons de considérer que le corps des femmes est un corps à disposition. Assurons-nous toujours du consentement de nos partenaires, cessons de le considérer comme une entrave mais plutôt comme le fondement nécessaire à toutes nos relations.

Prenons en charge nos émotions, arrêtons de nous regarder le nombril, d'inverser la charge victimaire, acceptons de nous remettre en question.

Désapprenons ce que l'on nous a enseigné, raconté de la masculinité, arrêtons de penser qu'il existe une nature masculine qui justifierait nos comportements. Il n'y a pas de nature dominante mais bien une volonté de dominer.

Examinons nos très nombreux privilèges pour les mettre au service du bien commun puis, à long terme, acceptons de les perdre complètement. Pour rappel, l'objectif final étant d'en finir avec cette organisation genrée qui induit « une division hiérarchique de l'humanité en deux moitiés inégales ».

Eduquons-nous tout seul en continu et en profondeur, et arrêtons de penser que parce qu'on a lu un livre féministe, nous pouvons désormais mansplainer aux femmes les tenants et les aboutissants de leur lutte.

Apprenons à prendre au sérieux la parole féministe et pas uniquement lorsqu'elle sort de la bouche d'un homme. Nous ne faisons que répéter ce que les féministes disent depuis des siècles. Il serait alors de bon ton de commencer à croire directement celles qui sont à l'origine de ces théories sans attendre que la gueule du messager, parce qu'elle nous ressemble, nous revienne davantage.

Cessons de perpétuer les boys club, de protéger nos homologues masculins. Soyons solidaires avec les victimes, pas les agresseurs.

Comprenons que si aucune femme dans notre entourage ne se confie à nous sur les violences qu'elle a subies, cela ne sous-entend pas que ça n'existe pas. Par exemple, ce n'est pas parce que vous n'avez pas d'obus dans votre salon, que la guerre n'a pas lieu. La violence masculine est une réalité systémique. Il y a urgence à nous décentrer de nos propres expériences pour se forger une vision du monde plus ajustée. Il y a aussi urgence à nous montrer suffisamment dignes de confiance pour qu'elles puissent enfin nous raconter leurs réalités sans craindre nos réactions.

Ecoutons vraiment les femmes lorsqu'elles nous font part de leurs besoins et de leurs limites. Il est probable que si nous cessions deux secondes d'être en posture défensive, nous serions sans doute surpris par ce que l'on peut apprendre quand nous ne sommes pas occupés à nous justifier. N'acceptons pas uniquement de les écouter lorsque leur ton est plaisant. Elles sont tristes et en colère à raison, laissons-les nous l'exprimer.

N'attendons pas qu'une femme nous dise quoi faire pour nous mettre au travail. On a deux yeux pour voir et analyser notre environnement, on peut donc savoir ce qu'il est nécessaire de faire. Parce que c'est aussi une charge mentale de devoir nous dire les choses.

Et enfin : faisons tout ceci en silence, sans le crier sur tous les toits, sans attendre des applaudissements ou des félicitations.

On ne le dira jamais assez : « allié » n'est pas un statut qu'on s'auto-attribue, c'est un nom et un verbe. Il ne s'agit pas seulement de se dire mais d'agir et ce 365 jours par an. C'est un rôle qui devrait nous coûter, a minima, un peu de notre confort personnel. Et si tu souhaites te mobiliser tout de suite aux côtés des femmes dans la lutte contre les violences sexuelles, tu peux participer à la campagne #NotAllMen de la Fondation des femmes.
Alors voilà, tu l'as ta feuille de route. Tu ne pourras plus, aucun de nous ne pourra désormais dire qu'il ne sait pas quoi faire.

P.S : il est fort probable que d'autres hommes vous reprochent de mettre à mal votre virilité. Si tel est le cas, c'est un signe que vous êtes sur la bonne voie. Continuez.

Morgan N. Lucas, essayiste, spécialiste des questions de genre
Dernier ouvrage paru : Ceci n'est pas un livre sur le genre aux éditions Hachette Pratique.

Parmi les signataires : Guillaume Meurice Humoriste, Ouissem Belgacem Ecrivain, Gaël Faye Ecrivain, Gilles Lellouche Acteur, Eddy de Pretto Chanteur Bruno Sanchès Acteur Grégory Montel Acteur, Alexis Michalik Dramaturge, Alex Ramirès Humoriste, Julien Ménielle Youtubeur, Martin Winckler Médecin, Kevin Razy Humoriste, Waly Dia Humoriste, Cyril Dion Réalisateur, Juan Arbelaez Chef cuisinier, Marco Prince Musicien, Waxx Musicien, Mehdi Kerkouche Danseur, Pierre de Maere Chanteur, Mathieu Palain Journaliste, Jérôme Niel Humoriste, Maxence Lapérouse Musicien, Eloi Spinnler Chef cuisinier, Arnaud Gallais Cofondateur du mouvement M'endors pas et de Mouv'Enfants, Emmanuel Noblet Comédien et metteur en scène…
Retrouvez ici la liste complète des signataires.

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/proces-des-viols-de-mazan-plus-de-200-hommes-signent-une-feuille-de-route-contre-la-domination-masculine-20240921_TXUFM4QHOVAD7BOALPIKBKD6HE/

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Iran : plusieurs libérations de prisonniers ont été obtenues, dont celles des syndicalistes Reza Shahabi et Hassan Saeedi

24 septembre 2024, par Collectif — , ,
Nos organisations syndicales se félicitent des libérations de : – Reza Shahabi, et Hassan Saeedi, membres du Syndicat des travailleurs/travailleuses de la compagnie de bus de (…)

Nos organisations syndicales se félicitent des libérations de :

Reza Shahabi, et Hassan Saeedi, membres du Syndicat des travailleurs/travailleuses de la compagnie de bus de Téhéran et sa banlieue (VAHED) ;
Keyvan Mohtadi, écrivain et traducteur apportant son soutien au mouvement ouvrier.

17 septembre 2024 | tiré du site Solidaires

Shahabi, Saeedi et Mohtadi, ont été libérés le 1er septembre 2024 de la sinistre prison d'Evin où ils étaient détenus depuis mai 2022. Ils avaient été arrêtés en raison de leurs activités syndicales et de défense des droits des salarié.es. Ils ont été détenus à l'isolement et interrogés pendant des mois. Leur peine de six ans de prison a été finalement réduite en appel.

Nous continuons de suivre de près la situation en Iran et en particulier le sort des activistes des droits des salarié.es et des droits humains.

A cet égard, nous appelons à la libération immédiate de Davoud Razavi, Ebrahim Madadi, Reyhaneh Anssari et Anishah Assadolahi, Esmail Guerami et Rassool Bodaghi.

Nous sommes profondément préoccupé.es par la situation d'urgence des militantes et particulièrement celle de Sharifeh Mohammadi et Pakhshan Azizi, ainsi que de deux militantes féministes Varisheh Moradi et Nassim Gholami Fard, condamnées à mort. Nous demandons leur libération immédiate.

Notre mouvement syndical ne tolére pas le harcèlement des militants syndicaux où que ce soit dans le monde.

Nous sommes, déterminé.es à poursuivre notre combat sur la scène mondiale et à faire campagne pour que le gouvernement iranien respecte les libertés fondamentales dont les droits syndicaux.

L'ensemble des prisonnier.es politiques et d'opinion doivent être également libéré.es !

Confédération française démocratique du travail (CFDT)

Confédération générale du travail (CGT)

Fédération syndicale unitaire (FSU)

Union syndicale Solidaires

Union nationale des syndicats autonomes (UNSA)

Paris, le 16/09/2024

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« Les travailleurs et travailleuses de Boeing votent massivement en faveur de la grève, une défaite pour l’entreprise… déjà en difficulté »

24 septembre 2024, par Ian Duncan, Lori Aratani, Rachel Lerman — , ,
SEATTLE – Les travailleurs de Boeing ont dressé un piquet de grève devant les usines de la société Boeing dans l'Etat de Washington, tôt ce vendredi matin (13 septembre), après (…)

SEATTLE – Les travailleurs de Boeing ont dressé un piquet de grève devant les usines de la société Boeing dans l'Etat de Washington, tôt ce vendredi matin (13 septembre), après avoir voté massivement en faveur de la grève.

É13 septembre 2024 | tiré du site alencontre.org

Des dizaines de milliers de machinistes [94,6%] ont voté jeudi pour rejeter une proposition d'accord entre l'entreprise et le syndicat qui aurait augmenté de manière significative les salaires et les avantages sociaux, même s'il n'a pas répondu aux autres demandes du syndicat.

Quelque 96% des membres de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (International Association of Machinists and Aerospace Workers District 751- IAM) ont voté en faveur de la grève, soit bien plus que les deux tiers nécessaires pour déclencher l'arrêt de travail.

« Boeing doit cesser d'enfreindre la loi, doit négocier de bonne foi et nous reviendrons à la table des négociations chaque fois que nous pourrons nous y rendre pour faire avancer les dossiers que nos membres jugent importants », a déclaré Jon Holden, président du district 751 de l'IAM, devant une salle de machinistes réunis dans le local syndical de Seattle.

Il a été accueilli par des applaudissements nourris et un chant aux accents de « grève, grève, grève », dont beaucoup portaient des pancartes exigeant d'arrêter le travail.

Le débrayage est une rebuffade cinglante pour Boeing et pourrait représenter le défi le plus perturbant à ce jour pour une entreprise qui a passé la majeure partie de l'année à limiter les dégâts alors qu'elle passait d'une crise à l'autre.

La grève risque de faire échouer le redressement du géant de l'aérospatiale qui foit faire face aux défis financiers et aux problèmes de sécurité [de ses avions, entre autres]. Elle pourrait coûter à l'entreprise à court d'argent environ 1 milliard de dollars par semaine, selon les analystes. Les travailleurs syndiqués jouent un rôle clé dans l'assemblage de certains des avions les plus vendus de la société.

L'impact le plus direct concerne les usines d'assemblage de Boeing dans l'Etat de Washington, en particulier à Everett et à Renton. Un arrêt de travail prolongé pourrait également avoir un impact sur les fournisseurs de Boeing et éventuellement réduire sa part du marché dans l'aérospatiale.

Les machinistes de Seattle ont déclaré que la grève était envisagée depuis longtemps. « Nous voulons simplement être traités correctement et ils ne le font pas », a déclaré le mécanicien Charles Fromong, qui travaille pour Boeing depuis plus de 37 ans. « Alors je suppose que nous allons obtenir gain de cause ».

La direction deBoeing a déclaré tôt vendredi (13 septembre) qu'elle retournerait à la table des négociations. « Le message était clair : l'accord de principe conclu avec les dirigeants de l'IAM n'était pas acceptable pour les membres », a déclaré l'entreprise dans un communiqué. « Nous restons déterminés à rétablir nos relations avec nos employés et le syndicat, et nous sommes prêts à retourner à la table des négociations pour parvenir à un nouvel accord. »

Après une série de négociations tendues et marathoniennes au cours des dernières semaines, l'IAM et Boeing aient annoncé dimanche (8 septembre) qu'ils étaient parvenus à un accord de principe pour quatre ans, comprenant une augmentation de salaire de 25% sur quatre ans et une amélioration des prestations de santé et de retraite. Autre point important : si les travailleurs avaient voté en faveur de l'accord avant le contrat actuel, Boeing se serait engagé à construire ses prochains avions dans l'Etat de Washington, une revendication clé des syndicats. Les deux parties et les investisseurs avaient salué l'accord [1].

L'optimisme s'est toutefois avéré de courte durée. Lundi 9 septembre, Jon Holden de la direction de l'IAM a déclaré au Seattle Times que les membres rejetteraient probablement l'accord. L'opposition s'est accrue au fur et à mesure que les travailleurs et travailleuses organisaient des rassemblements et se retrouvaient sur les réseaux sociaux pour exprimer leurs frustrations face à la proposition de Boeing. Une copie d'un tract recueilli par le Washington Post invitait les membres à « VOTER POUR REJETER LE MAUVAIS ACCORD DE BOEING ». Il fut distribué dans de nombreuses usines de l'entreprise. Les machinistes ont également été irrités par la suppression de leur système de primes annuelles.

« Nous avons beaucoup d'influence, pourquoi la gâcher ? », a déclaré Joe Philbin, un mécanicien intervenant sur les structures des avions, devant la salle de vote à Renton, jeudi 12 septembre. Il travaille pour l'entreprise depuis six mois et souhaite que les règles relatives aux heures supplémentaires obligatoires soient modifiées.

Plusieurs membres du syndicat, transportés en bus depuis l'usine voisine de Renton, ont déclaré qu'ils votaient pour le rejet de l'accord parce qu'ils souhaitaient des augmentations de salaire plus importantes. « Quatre ans [avec 25%] ne suffisent pas à compenser les 16 dernières années », a déclaré Roger Ligrano, un ouvrier de Boeing, avant de voter. Il a ajouté qu'il votait pour la grève, en partie, pour donner aux membres du syndicat plus de temps pour aboutir à un accord.

Harold Ruffalo, qui travaille chez Boeing depuis 28 ans, a déclaré après l'annonce des résultats du vote que l'entreprise était trop cupide et que les travailleurs avaient besoin de plus d'argent pour vivre au moment où l'inflation [particulièrement sur l'alimentation, le logement…] affecte les salaires. « Ils doivent prendre soin de nous », a-t-il déclaré.

***

L'administration Biden surveille la situation. La secrétaire d'Etat au Travail par intérim [depuis le 11 mars 2023, sous-secrétaire depuis le 17 juillet 2021], Julie Su, est en contact avec les deux parties.

Les dirigeants de Boeing ont passé une bonne partie de la semaine à essayer de sauver l'accord, en exhortant les membres de l'IAM à mettre les plaintes passées derrière eux. « J'espère que vous choisirez l'avenir radieux qui s'offre à vous », a déclaré Robert Kelly Ortberg, PDG de Boeing [depuis août 2024 ; auparavant à la direction de Rockwell Collins, firme spécialisée dans l'avionique, les systèmes de pilotes automatiques et d'équipements] dans un message adressé aux employés mercredi.

« En travaillant ensemble, je sais que nous pouvons nous remettre sur de bons rails », a-t-il poursuivi. « Mais une grève mettrait en péril notre redressement conjoint, éroderait davantage la confiance de nos clients et nuirait à notre capacité à déterminer notre avenir ensemble. »

Mais les travailleurs ont rejeté son appel à la coopération.

« Je veux que l'entreprise soit juste avec nous », a déclaré T. E. Sue, qui travaille chez Boeing depuis plus de 35 ans et qui a déclaré qu'il s'agissait du « pire contrat » de son époque. « Nous sommes le pain et le beurre de la firme. »

***

A l'approche de la date limite de la grève, les « analystes » ont déclaré qu'ils s'inquiétaient de la durée de la grève. Selon eux, de nombreux travailleurs n'ont pas oublié les précédents cycles de négociations au cours desquels Boeing a obtenu des concessions – notamment la fin du programme de retraite traditionnel – afin de maintenir la production d'avions dans l'Etat de Washington.

Michael Bruno, rédacteur en chef du réseau Aviation Week, a déclaré que lors des précédents cycles de négociations, Boeing avait menacé de délocaliser la production d'avions dans d'autres Etats [où la présence syndicale est faible ou nulle] pour obtenir des concessions de la part du syndicat, ce qui avait envenimé les relations.

La dernière grève des membres de l'IAM remonte à 2008, avec un débrayage de 57 jours qui, selon Moody's [« gestion des risques » et analyse financière] a coûté à Boeing environ 1,5 milliard de dollars par mois. Boeing a rouvert les négociations sur ce contrat à deux reprises, en 2011 et en 2013, et a obtenu d'importantes concessions de la part des syndicats.

***

Boeing s'est efforcé de se remettre d'importants revers en matière de sécurité, de finances et de contentieux, qui ont commencé en janvier lorsqu'un panneau de porte d'un 737 Max s'est détaché du fuselage en plein vol, laissant un trou béant. Les multiples enquêtes menées sur cette catastrophe ont mis au jour de graves lacunes dans les systèmes de fabrication et de contrôle de la sécurité de l'entreprise. Elles ont conduit l'administration fédérale de l'aviation à limiter le nombre de jets 737 Max que Boeing pourrait construire jusqu'à ce qu'il atteigne certains objectifs de qualité et de sécurité.

En mai 2024, le ministère de la Justice a annoncé que Boeing n'avait pas respecté les conditions d'un accord qui le mettait à l'abri de poursuites pénales dans le cadre de l'accident d'un Boeing Max survenu en 2018 en Indonésie et d'un second en 2019 en Ethiopie, qui ont fait 346 morts. Boeing a accepté de plaider coupable face à une accusation de fraude criminelle [dans le processus de certification du 737 MAX] dans le cadre de cette affaire [ce qui doit lui permettre éviter un procès pénal]. Un règlement doit encore être approuvé par un juge fédéral.

L'entreprise a également connu d'importants revers dans le cadre de son programme spatial Starliner, qui a été marqué par des retards et des dépassements de coûts. La capsule spatiale est revenue sur Terre au début du mois, mais sans les deux astronautes qu'elle avait transportés jusqu'à la Station spatiale internationale, la NASA ayant décidé qu'il était trop risqué d'utiliser l'engin de Boeing.

Or, Robert Kelly Ortberg a pris ses fonctions le mois dernier, promettant un nouveau départ ! (Article publié par le Washington Post, le 13 septembre 2014, à 12h32 am ; traduction par la rédaction A l'Encontre)


[1] Le dirigeant, Jon Holden, du District 751 du syndicat IAM avait écrit aux syndiqué·e·s qu'il fallait accepter l'accord « car on ne pouvait pas obtenir plus avec une grève ». Selon la radio NPR du 13 septembre : « L'accord aurait permis d'augmenter les salaires de 25%, de réduire la part des salari·é·es dans les coûts des soins de santé et d'augmenter les cotisations de retraite de l'entreprise. En outre, Boeing avait promis que le prochain avion de la société serait construit dans ses installations du nord-ouest du Pacifique – plutôt que dans l'usine non syndiquée de Boeing en Caroline du Sud. Mais de nombreux syndiqué·e·s de la base n'étaient pas satisfaits par cette proposition. Elle n'atteignait pas les 40% d'augmentation salariale et la réforme des pensions que le syndicat réclamait ». (Réd.)
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Plus ça chauffe, plus ça brûle, plus ça brûle, plus ça chauffe !

24 septembre 2024, par Commission nationale écologie — , ,
Los Angeles est encerclée par trois mégafeux restés incontrôlables pendant plusieurs jours, détruisant des dizaines de milliers d'hectares et conduisant à l'évacuation de (…)

Los Angeles est encerclée par trois mégafeux restés incontrôlables pendant plusieurs jours, détruisant des dizaines de milliers d'hectares et conduisant à l'évacuation de milliers de personnes.

Hebdo L'Anticapitaliste - 721 (19/09/2024)

Par Commission nationale écologie

Au mois d'août, plus de 6 % de la surface de l'île de Madère ont brûlé pendant plus d'une semaine.

Les incendies, qui ont détruit plus de 10 000 hectares, causé la mort d'une femme et des dizaines de blesséEs, menaçaient la banlieue d'Athènes.

Le Brésil, déjà durement touché les années précédentes, connaît des records. En Amazonie, 38 226 incendies ont été détectés au cours du mois d'août. Le Cerrado, près de São Paulo, et le Pantanal, la plus importante zone humide du monde, située à l'ouest du pays, ont subi des feux très nombreux et importants.

Sécheresse et agrobusiness

Ces incendies sont directement liés à la sécheresse et aux chaleurs extrêmes. L'Amazonie paye le prix des records historiques de chaleur et de sécheresse de l'été 2023 qui ont fragilisé les écosystèmes forestiers (perte de verdure, stress hydrique…) Mais le changement climatique n'est pas le seul en cause. L'autre grand fléau au Brésil n'a rien de « naturel », il a pour nom l'agrobusiness. Les grands éleveurs industriels de bovins déclenchent volontairement des incendies pour transformer la forêt en zone de pâturage. Avec la chaleur et la sécheresse, ces incendies peuvent rapidement devenir incontrôlables. Les mêmes, qui sont de fervents partisans de Bolsonaro, sont aussi soupçonnés d'incendies criminels volontaires pour décrédibiliser la politique de protection de la forêt du gouvernement Lula. Une politique « zéro déforestation » qui n'est pas sans contradictions, puisque Lula prétend toujours concilier l'agriculture industrielle, productiviste et le « ­développement durable ».

Déforestation et consommation de CO2

La déforestation est la deuxième grande cause du basculement climatique — après les émissions dues à la combustion des énergies fossiles. Mais localement, elle est aussi directement responsable de l'asséchement, donc des incendies. Un cercle infernal qui rend de plus en plus menaçant le scénario de la savanisation de l'Amazonie qui aurait des conséquences sur la globalité du système climatique mondial.

L'inquiétude vient aussi de l'état des forêts boréales ravagées par les mégafeux de l'été 2023. 4 % de la surface forestière du Canada ont brûlé, faisant passer le Canada du 11e au 4e rang des pays les plus émetteurs de CO2. Pourtant comme l'indique une étude parue en mars 2024 dans la revue Science « même les modèles climatiques les plus avancés utilisés par le Giec ne prennent pas en compte les feux extrêmes ni leurs rétroactions. Cela nous pousse à surestimer le budget carbone restant dont nous disposons ».

Avec les incendies et les sécheresses, ce sont aussi les capacités d'absorption du CO2 par les puits de carbone que constituent les sols et les forêts, qui s'effondrent, de trois à cinq fois moindres en 2023.

Manifestations spectaculaires du bouleversement climatique, les mégafeux sont aussi au cœur des menaces de basculements irréversibles.

Commission nationale écologie

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La révolution verte de Bill Gates en Afrique : OGM, fertilisants et disettes

24 septembre 2024, par Simon Allison — , ,
Mettre fin à la faim… un rêve de philanthrope ou d'apprenti sorcier. Le fondateur de Microsoft mène ainsi une véritable révolution de l'agriculture africaine. Mais ses (…)

Mettre fin à la faim… un rêve de philanthrope ou d'apprenti sorcier. Le fondateur de Microsoft mène ainsi une véritable révolution de l'agriculture africaine. Mais ses expérimentations comme ses recommandations, quand elles ont été appliquées par des pays africains, ont engrangé moins de récoltes que les techniques traditionnelles jusque-là mises en œuvre, constate “The Continent”.

18 septembre 2024 | tiré du Courrier international | produit par The continent | Photo : Bill Gates, lors de la COP 28 à Dubaï, le 1er décembre 2023.Bill Gates, lors de la COP 28 à Dubaï, le 1er décembre 2023. PHOTO Getty Images / AFP
https://www.courrierinternational.com/article/enquete-la-revolution-verte-de-bill-gates-en-afrique-ogm-fertilisants-et-disettes_221836

La population d'Afrique est celle qui connaît la croissance la plus rapide. Et, à l'horizon 2050, le continent pourrait compter plus de 2,4 milliards d'habitants. D'ores et déjà, nourrir toutes ces bouches constitue le grand défi politique de tous les dirigeants africains.

Sur les 1,5 milliard de personnes qui vivent en Afrique aujourd'hui, environ 10 % se trouvent dans une situation d'insécurité alimentaire grave – concrètement, elles passent parfois des journées entières sans prendre un seul vrai repas. Des centaines de millions d'autres ne savent pas toujours d'où viendra leur prochain repas. Ajoutez à cela 900 millions de personnes. Il va de soi que quelque chose doit changer.

Lire aussi : Une du jour. Au Soudan, la guerre provoque “la pire crise humanitaire du monde”

L'idée de base est faussement simple : pour nourrir la population, il faut transformer les exploitations agricoles – en particulier les 33 millions de petites fermes du continent. Ces exploitations, qui produisent aujourd'hui 70 % de l'alimentation de l'Afrique, possèdent des rendements parmi les plus faibles de la planète. Mais comment améliorer les rendements tout en protégeant les communautés agricoles ?

La figure la plus influente de ce débat n'est pas un agriculteur ni un leader politique africain, non, c'est un ingénieur informatique venu des États-Unis, un ingénieur qui n'a jamais travaillé dans un champ de sa vie, même si des champs, il en possède, et pas qu'un peu : on estime à 109 000 hectares la surface des exploitations qu'il détient dans 19 États américains.

Un riche propriétaire agricole

Bill Gates, la septième des personnes les plus riches du monde, est passionné d'agriculture. Et il pense mordicus que l'agriculture industrielle moderne peut résoudre le problème de la faim dans le monde. Aux États-Unis, il a pioché dans sa fortune, estimée à 129 milliards de dollars [117 milliards d'euros], pour acheter une multitude de champs, au point d'être aujourd'hui le premier propriétaire de terres agricoles du pays.

L'agriculture américaine est fort différente de l'agriculture africaine. Aux États-Unis, les exploitations sont gigantesques : en moyenne, les fermes américaines sont 100 fois plus grandes que les fermes africaines. Elles ont aussi tendance à pratiquer la monoculture, par exemple du maïs ou du soja, à partir de semences “hybrides” génétiquement modifiées. Aussi, chaque année, elles doivent acheter de nouvelles semences – car celles-ci ne peuvent pas se reproduire – à des géants de l'agro-industrie comme Bayer ou Syngenta, ainsi que les engrais chimiques, les herbicides et les pesticides nécessaires à leur croissance.

Des pollinisateurs en or : Reportage. En Californie, la traque aux voleurs d'abeilles

Conséquence : c'est un modèle qui coûte cher, et les agriculteurs ont besoin de financements. Mais lorsque tout fonctionne, le jeu en vaut la chandelle : aux États-Unis, le rendement du maïs est d'environ 11 tonnes par hectare. Alors qu'au Kenya, par exemple, il ne dépasse pas 1,4 tonne.

D'après M. Gates, la solution à la faim en Afrique est évidente : il faut combler le fossé qui sépare encore l'agriculture africaine de sa cousine américaine. Pour nourrir un plus grand nombre de personnes, les agriculteurs africains doivent produire davantage de nourriture, et pour ce faire ils doivent apprendre les méthodes de leurs collègues américains. Les exploitations doivent s'agrandir. Elles doivent avoir accès aux semences hybrides modernes et à des capitaux pour les acheter. Les sols fatigués doivent être amendés avec des engrais chimiques, les cultures protégées contre les nuisibles et les maladies, et les récoltes être vendues plutôt que stockées pour être consommées par les fermiers.

L'échec zambien

C'est une véritable révolution de l'agriculture du continent, qui pratique depuis des siècles et des siècles les mêmes méthodes traditionnelles.

Et c'est bien une révolution que M. Gates propose aujourd'hui. En 2006, la Fondation Bill-et-Melinda-Gates et la Fondation Rockefeller ont créé l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (Alliance for a Green Revolution in Africa), ou Agra. À elles deux, elles ont investi plus de 1 milliard de dollars [910 millions d'euros] pour repenser de fond en comble les politiques agricoles nationales et continentales.

Sauf que la révolution ne s'est pas passée comme prévu. En juillet 2024, le Centre africain pour la biodiversité a publié un rapport sur cette question : le système alimentaire de Zambie est-il en train de s'effondrer ? Le fait est que le pays traverse l'une des pires sécheresses qu'il ait jamais connues. Près de la moitié des cultures de maïs ont été perdues, alors que le prix des aliments de base a augmenté de 30 %. Résultat : plus de 6 millions de Zambiens, sur une population totale de 20 millions, sont exposés à de graves pénuries alimentaires et à la malnutrition.

Lire aussi : Éthiopie. Le plus grand barrage d'Afrique bouleverse l'équilibre de la vallée de l'Omo

Tout cela ne faisait pas partie de la vision de Bill Gates. Les gouvernements successifs de Zambie ont été parmi les plus enthousiastes à adopter les politiques recommandées par la Fondation Gates et le pays est un élève modèle du projet d'industrialisation de l'agriculture africaine. En 2009, il a mis en place un programme de subventions incitant les agriculteurs à passer aux semences commerciales et à utiliser les engrais de façon intensive.

Plus de 1 million d'agriculteurs se sont lancés dans l'aventure. Mais, loin d'augmenter les récoltes, ces nouvelles méthodes n'ont fait qu'accroître la vulnérabilité des fermiers aux phénomènes climatiques extrêmes, comme l'actuelle sécheresse.

Une révolution vert-de-gris

Le recours aux semences hybrides et aux engrais importés a dégradé les sols, rendant leur mise en culture difficile. Et comme les cultures de subsistance traditionnelles ont été remplacées par des cultures commerciales – qui ont fait un fiasco –, les paysans n'ont rien à se mettre sous la dent.

“Avant, nous avions plusieurs cultures, explique l'agricultrice zambienne Mary Sakala, présidente de l'Assemblée rurale des femmes (Rural Women's Assembly), qui a commandé le rapport. Mais le gouvernement et l'agro-industrie ont poussé les fermiers à se mettre à la monoculture, qui repose sur l'achat d'intrants. Et leurs programmes nous ont tous rendus plus vulnérables.”

À écouter : Les Sentinelles. Assata Doumbia, en Côte d'Ivoire : “Nous permettons aux femmes d'avoir leurs propres revenus”

Le constat ne se limite pas à la Zambie : plusieurs études menées sur le continent mettent également en doute l'efficacité des politiques de l'Agra, y compris une étude commandée par la Fondation Gates.

Selon cette étude, publiée il y a deux ans, “l'Agra n'a pas atteint son objectif principal, qui est d'augmenter les revenus et la sécurité alimentaire de 9 millions de petits exploitants”.

Une autre étude, de l'université Tufts, aux États-Unis, n'a trouvé aucun élément dans les données nationales des 13 pays clés ciblés par l'Agra indiquant que ses “politiques de la révolution verte avaient une incidence positive significative sur le rendement des cultures ou la sécurité alimentaire”.

Bien qu'elle ait contesté ces résultats, l'Agra semble en avoir pris note, dans une certaine mesure : en 2022, elle a retiré “révolution verte” de son nom et se présente désormais sous ce seul acronyme.

Une action “immorale et injuste”

“Bill Gates et l'agrobusiness se prennent pour Dieu, clame l'évêque Takalani Mufamadi, de Durban, en Afrique du Sud. Ils prétendent être les messies des pauvres et de ceux qui ont faim, or c'est un échec cuisant : leur approche industrielle dégrade les sols, détruit la biodiversité et privilégie le profit des entreprises au détriment des personnes. Ce qu'ils font est immoral et injuste. C'est un péché.”

Mercredi 28 août, M. Mufamadi s'est exprimé au nom de l'Institut pour l'environnement des communautés confessionnelles d'Afrique du Sud (Southern African Faith Communities' Environment Institute), qui a demandé à la Fondation Gates de verser des réparations pour compenser les dommages causés par ses politiques d'industrialisation en Afrique. Il a dit que la fondation devait travailler main dans la main avec les populations lésées pour “réparer les sols et les nappes phréatiques”.

Cet appel a été repris en écho par l'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (Alliance for Food Sovereignty in Africa), un groupe de la société civile qui dit représenter plus de 200 millions de petits exploitants agricoles, pasteurs et groupes autochtones de tout le continent. Selon son coordinateur général Million Belay :

“L'agriculture vers laquelle ils nous entraînent est une agriculture dépendante des produits agrochimiques.”

Ce qui, dénonce-t-il, accentue la vulnérabilité des exploitants aux événements climatiques extrêmes et aux fluctuations des prix des intrants, comme les engrais, qui sont généralement importés. M. Belay va plus loin : selon lui, la Fondation Gates s'est servie de son immense influence politique et financière pour étouffer toutes les autres formes d'agriculture. “Je ne dis pas que les gouvernements d'Afrique n'agissent pas, car ils agissent, mais ils ont les mains liées par la dette et d'autres difficultés économiques, ce qui laisse la porte grande ouverte à la Fondation Gates et d'autres grands bailleurs de fonds, qui viennent influencer nos politiques et nos stratégies.”

Lorsque The Continent l'a contactée, la Fondation Gates a rejeté ces critiques. “Le soutien que nous apportons à de nombreuses organisations comme l'Agra aide les pays à prioriser, à coordonner et à mettre en œuvre efficacement leurs stratégies nationales de développement agricole sur la base de leurs plans nationaux.”

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France - L’extrême droite et les femmes

24 septembre 2024, par Aurélie-Anne Thos — , ,
Si l'extrême droite se caractérise notamment par son nationalisme exacerbé et sa défense d'un « intérêt » et d'une « identité nationale », elle est aussi marquée par une vision (…)

Si l'extrême droite se caractérise notamment par son nationalisme exacerbé et sa défense d'un « intérêt » et d'une « identité nationale », elle est aussi marquée par une vision conservatrice de la société prônant des rôles traditionnels aux femmes et aux hommes, rôles qu'elle va considérer comme naturels (1). Historiquement opposée aux avancées des droits des femmes, comment l'extrême droite a-t-elle fini par s'adresser spécifiquement à elles ?

Revue L'Anticapitaliste n° 158 (juillet 2024)

Par Aurélie-Anne Thos

Crédit Photo
Paris, 23 juin 2024, manifestation féministe contre l'extrême droite. © Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas.

De manière générale, les différents groupes d'extrême droite défendent chacun une « idéologie de genre » rigide selon laquelle les femmes doivent prendre en charge le soin à la famille et aux enfants en raison de leur capacité reproductrice tandis que les hommes sont associés au monde extérieur du travail et de la politique, sont chargés de gérer leur foyer « en bons pères de famille ». Cela s'accompagne de la vision fantasmée d'un passé regretté qui serait en train de définitivement disparaître, où les hommes seraient seuls pourvoyeurs de ressources pour la famille et où les femmes seraient des bonnes épouses dociles. Pour l'extrême droite, cette famille hétéronormée tendrait à disparaître, ce qui mettrait en danger la société tout entière.

Une pensée dominée par la peur

En particulier la pensée d'extrême droite est déterminée par la peur : peur de l'effondrement de la société et de la chute de la civilisation, peur du métissage et du « grand remplacement ». Il faut noter que si l'extrême droite ne parle plus ouvertement de race, elle déroule le même argumentaire xénophobe habituel concernant les étranger·es, les immigré·es, les musulman·nes au nom de différences culturelles et/ou religieuses, développant l'idée d'un « ennemi intérieur » qui viendrait ronger l'ordre établi. Mais cette idéologie repose aussi sur la peur de l'indifférenciation des sexes, de la destruction du masculin et de l'hétérosexualité. Éric Zemmour incarnera parfaitement cette pensée lorsqu'il parle par exemple de «  crise de la masculinité » et en revendique un retour aux anciens rôles de genre (2) ; tandis qu'en Allemagne, le parti d'extrême droite AFD luttera pour une «  masculinité renforcée  » (3).

Pour l'idéologie d'extrême droite, la famille joue un rôle privilégié. Elle est considérée à la fois comme la cellule de base de la société et à la fois comme le cadre dans lequel vont se transmettre les valeurs et l'identité nationale, d'où le mot d'ordre historique : « Travail, Famille, Patrie ». Or les femmes occupent un rôle central dans la famille : elles assurent la reproduction générationnelle et elles prennent en charge l'éducation des enfants. Dans ce contexte, les femmes représentent un moyen de répondre aux dangers créés et perçus par l'extrême droite : face au grand remplacement, il faut que les femmes (blanches et françaises) fassent des enfants ; face au risque de destruction de la famille, il faut que les femmes soient en couple (hétérosexuel) etc.

Les femmes comme instrument pour déployer l'idéologie

Cela signifie au fond que l'extrême droite a besoin de l'adhésion des femmes à son projet politique patriotique et réactionnaire. Or, de ce point de vue, l'extrême droite a longtemps été confrontée à un problème : les femmes s'engageaient moins auprès des groupes d'extrême droite et votaient moins pour leurs formations politiques. On parle alors de Radical Right Gender Gap. Ce fossé (gap) a longtemps existé : il trouvait probablement sa source dans la réticence des femmes à s'engager pour des idées extrêmes, par ailleurs souvent représentées par des hommes politiques particulièrement virulents et traditionnellement opposés à l'avancée des droits des femmes. On retrouvera d'ailleurs l'existence de ce même écart d'engagement entre les hommes et les femmes parmi le public d'Éric Zemmour, ce qui a poussé ce dernier à s'engager dans la campagne #LesFemmesAvecZemmour afin de gonfler son électorat. Pour les groupes d'extrême droite, ce Radical Right Gender Gap constitue deux difficultés majeures : d'abord, le projet porté par l'extrême droite repose en grande partie sur l'adhésion y compris idéologique de ces dernières, ensuite, sans le vote des femmes se pose la question de leur accession au pouvoir. Ainsi, en 2002, si seules des femmes avaient pu voter, Jean-Marie Le Pen ne serait pas parvenu au second tour de l'élection présidentielle. Gagner les voix des femmes est donc primordial.

Fémonationalisme et masculinisme

Pour répondre à ces difficultés, l'extrême droite a développé une rhétorique fémonationaliste (qui va parfois se décliner en homonationalisme, sous certaines conditions) qui vient instrumentaliser les droits des femmes dans l'objectif de défendre son projet raciste, xénophobe et islamophobe. Cette rhétorique se développe selon trois angles principaux : le choc civilisationnel, l'instrumentalisation des violences faites aux femmes et la proposition d'une forme protectrice du patriarcat.

Pour l'extrême droite, il s'agit d'abord de s'approprier les précédentes victoires obtenues par le mouvement féministe en France et en Europe, afin d'asseoir l'idée de la supériorité civilisationelle de l'Occident sur les cultures arabes, musulmanes ou africaines. Cela leur permet alors, tout en développant un discours raciste qui dénonce les autres cultures comme arriérées, et de défendre des lois antivoile en France au prétexte de « libérer  » les femmes musulmanes. Marine Le Pen déclarait par exemple en 2015 : « Si nous perdons, le voile sera imposé à toutes les femmes, la charia remplacera notre Constitution, la barbarie s'installera  ». On retrouve peu ou prou la même dynamique au sujet des violences sexistes et sexuelles : l'extrême droite s'est approprié les discours de lutte contre les violences faites aux femmes mais uniquement dans le but de servir sa propagande raciste. Ainsi, alors que l'écrasante majorité des violences sont commises par des hommes proches, connus de la victime, l'extrême droite choisit de se concentrer uniquement sur les agressions commises dans l'espace public, par des hommes racisés. Et ce discours va largement se diffuser : en avril 2024, Europe 1 titrait ainsi un article « Les étrangers à l'origine de 77 % des viols élucidés dans les rues de Paris en 2023 » (4) en parlant seulement des 28 viols élucidés à Paris et en oubliant les 93 970 autres ayant lieu en moyenne chaque année. Enfin, apparaît de plus en plus dans leur discours l'idée que le patriarcat serait un cadre de vie protecteur pour les femmes : le mariage et la famille leur offriraient un cadre de sécurité (financière et physique) et permettraient l'épanouissement. Cette tendance explose avec le mouvement Tradwife (contraction de Traditional Wife « épouse traditionnelle ») aux États-Unis qui a pris des proportions considérables durant le Covid où près de 860 000 femmes ont perdu leur emploi (contre 200 000 hommes) en popularisant l'image de la femme au foyer tout entière consacrée au bien-être de son mari et de ses enfants. En France, des influenceuses TradWife vont aussi faire leur apparition et se développer sur les réseaux sociaux : ainsi, l'influenceuse Thaïs d'Escufon, ancienne porte-parole de Génération identitaire, explique « Une femme vous aime pour le statut que vous lui apportez, le style de vie que vous lui offrez, le divertissement que vous lui procurez ».

Le déni de la réalité

Il faut bien noter que pour l'extrême droite il ne s'agit donc jamais de « coller au réel » : peu importe donc que la majorité des violences faites aux femmes se déroule dans leur propre foyer. Peu importe que les violences faites aux femmes trouvent leur source dans la domination patriarcale. Peu importe aussi les vraies disparités en matière de droits des femmes dans les pays d'Europe. Tout ce qui compte, au final, c'est le discours de peur déployé pour gagner : l'instrumentalisation de faits divers, la déformation de la vérité, le mensonge, l'aveuglement, ne sont que des tactiques consciemment utilisées pour prendre le pouvoir.

En miroir, l'extrême droite a aussi un projet pour les hommes et tend donc à s'adresser à eux au travers de discours masculinistes. L'idée étant d'abord de prétendre que le féminisme a mis les femmes en position de force et qu'aujourd'hui les hommes se retrouvent affaiblis, voire opprimés par les avancées de ces dernières années. À travers la rhétorique incel (célibataire involontaire), des pans entiers de l'extrême droite vont faire le lien entre le sexisme et le racisme. Si les femmes ne veulent pas avoir de rapport avec eux, c'est à la fois parce que le féminisme les a détournées des hommes mais aussi parce qu'elles choisissent les hommes noirs ou arabes5 plutôt que les hommes blancs. L'antiféminisme est ainsi lié à l'idéologie raciste et extrémiste. Ces mouvances vont jusqu'au passage à l'acte terroriste : à Montréal et aux États-Unis, l'extrême droite masculiniste tue.

Les femmes de plus en plus attirées vers l'extrême droite

En parallèle de ces discours politiques, les partis et les groupes d'extrême droite bénéficient des avancées féministes pour les femmes dans la société. Ainsi, Marine Le Pen déclarait par exemple, au sujet des lois sur la parité en politique : « J'étais assez contre mais, avec le recul, cette loi a permis aux femmes d'arriver en nombre dans ce monde ». Au fur et à mesure, de nouvelles figures féminines de la droite et de l'extrême droite émergent : Marine Le Pen, Marion Maréchal Le Pen, Doria Moutot, Thaïs d'Escufon etc. Ces femmes ont alors deux rôles : d'abord de propager la parole du Rassemblement national ou de l'extrême droite en général, ensuite de féminiser leur organisation et d'attirer vers elle d'autres femmes. Cette arrivée des femmes va accompagner et renforcer le processus de dédiabolisation de l'extrême droite et du RN en cours depuis plusieurs années.

Et cette technique finit malheureusement par porter ses fruits : les femmes se tournent de plus en plus vers l'extrême droite. Selon Christèle Marchand-Lagier : « Il y avait sept points d'écart entre les femmes et les hommes lors de l'élection présidentielle de 1988 et de 1995, six points d'écart en 2002, et trois en 2007. En 2012, il reste vraisemblablement un point d'écart  » (6). Ainsi, le RN aurait gagné dix points dans l'électorat féminin entre 2019 et 2024, passant de 19 % à 30 % (7). Selon elle, c'est auprès des femmes les plus dépendantes que le vote RN progresse le plus : moins diplômées, dans des emplois plus précaires ou sans emploi, mariées plus jeunes, avec de faibles ressources. Elle écrit : « C'est donc bien le rapport au monde politique mais également social et professionnel des classes populaires qu'il faut interroger pour comprendre le repli sur l'abstention ou le vote FN de ces femmes ». Pour ces femmes, l'extrême droite a donc réussi à s'imposer comme une option enviable.

Pourtant l'extrême droite représente une imposture et un piège total pour les femmes : attaques contre le droit à l'avortement comme en Italie, en Pologne ou aux États-Unis, attaques contre le droit à porter le voile et stigmatisation des femmes musulmanes, attaques générales contre les salaires, les aides sociales, qui porteront préjudice d'abord aux femmes. Tout le programme développé par l'extrême droite vise uniquement à maintenir les femmes dans leur foyer et à leur faire perdre leur autonomie.

Un espoir se porte toutefois sur la nouvelle génération de jeunes femmes qui se politisent en grande partie sur les réseaux sociaux et qui bénéficie d'un renouveau des luttes féministes et antiracistes : au sein de cette jeune génération, le Radical Right Gender Gap est en train de réapparaitre (8).

Notes

1. Juliette Léonard, « Féminisation de l'extrême droite. La comprendre pour mieux la combattre ? », Collectif contre les violences familiales et l'exclusion (CVFE asbl), décembre 2022.
2. Noémie Lair, « Nous avons exhumé 25 ans de sorties sexistes d'Éric Zemmour », France Inter, 4 novembre 2021.
3. « Antiféminisme », Kreatur. Le Magazine féministe d'Arte, épisode 13, disponible jusqu'au 2 mars 2051.
4. Jean-Baptiste Marty, « Les étrangers à l'origine de 77 % des viols commis dans les rues de Paris en 2023 », Info Europe 1, 18 avril 2024.
5. Pierre Gault, “MASCUS : Infiltration chez les hommes qui détestent les femmes”, france.tv slash / enquêtes, everprod, 2024. Documentaire complet disponible sur Youtube.
6. Christèle Marchand-Lagier, « Le vote des femmes pour Marine Le Pen. Entre effet générationnel et précarité socioprofessionnelle », dans Travail, genre et sociétés, n° 40, 2018/2, p. 85-106.
7. Agence France Presse, « En France, la fin du “fossé de genre” vis-à-vis du vote d'extrême droite », 14 juin 2024. Dépêche AFP disponible sur Mediapart.
8. « A new global gender divide is emerging », The Financial Times.

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La GPA : une conception patriarcale de la reproduction

24 septembre 2024, par Coalition Internationale pour l'Abolition de la Maternité de Substitution — , ,
Réponse à la tribune parue dans Le Monde du 4 Septembre 2024 intitulée « ll faut dépasser le débat binaire sur la GPA » Tiré de Entre les lignes et les mots (…)

Réponse à la tribune parue dans Le Monde du 4 Septembre 2024 intitulée « ll faut dépasser le débat binaire sur la GPA »

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/20/la-gpa-une-conception-patriarcale-de-la-reproduction/

Coalition Internationale pour l'Abolition de la Maternité de Substitution

Le 3 septembre 2024, une tribune intitulée « Il faut dépasser le débat binaire sur la GPA » paraissait dans le journal Le Monde. Cette tribune se présente comme progressiste et dégagée de schémas encore ancrés dans la société, mais la plupart des arguments s'appuient sur une conception patriarcale de la reproduction et de la filiation, et oublient que l'éthique ne se confond pas avec la morale.

Les auteurs affirment que « la GPA [gestation pour autrui] et la transplantation utérine sont les seules solutions médicales à l'infertilité utérine absolue ». Pour eux, une femme vivrait une grossesse, puis remettrait l'enfant à des commanditaires sans conséquence pour elle-même et l'enfant ! C'est faire fi de l'épigénique et du microchimérisme qui nous ont appris l'importance du lien materno-foetal [1]. De plus, la GPA ne soigne en rien l'infertilité des commanditaires et ne leur permet pas de donner naissance.

Dans un contexte où les femmes ont dû batailler pour faire reconnaître leurs droits, comme celui de transmettre leur nom en France, il nous semble surprenant de considérer comme progressiste une pratique dans laquelle la femme qui met au monde un enfant est privée de droits sur lui.

Critiques de cette tribune, nous sommes convaincues que divers modèles de famille peuvent coexister indépendamment de l'orientation sexuelle de leurs membres. Mais cette diversité ne doit pas servir à manipuler les concepts et les droits des femmes au nom de l'empathie à l'égard des « personnes sans capacité gestationnelle » désireuses d'obtenir un enfant issu de leurs gènes.

Depuis des millénaires, dans les sociétés patriarcales, les femmes accouchent au risque de leur santé et de leur vie pour donner des enfants aux hommes. Avec l'accès à la contraception et à l'IVG, elles ont enfin obtenu la capacité et la liberté de gérer leur propre fécondité et de s'abstraire de l'assignation à la reproduction. Avec la GPA revient, orchestré par un marché lucratif, l'utilisation des femmes à des fins procréatives, non pour leur propre projet parental, mais pour celui de tierces personnes.

La tribune évoque les « réflexions féministes autour de la maternité et de ses normes, que la GPA vient interroger ». Justement ! Un féminisme sans concession ne peut que dénoncer la misogynie de la GPA qui considère que les femmes y consentent naturellement par générosité, qualité assignée aux femmes dans les sociétés patriarcales.

C'est le mouvement féministe qui a permis de porter à l'agenda politique la criminalisation du viol, les questions d'accès à la contraception et à l'avortement, et aujourd'hui de lutte contre l'exploitation des femmes dans la prostitution et la GPA. La GPA ne relève pas de la « libre disposition de soi », mais organise la mise à disposition du corps et de la fécondité des femmes pour autrui. Le sens du slogan féministe « mon corps mon choix » est subverti en « mon corps, le choix des commanditaires ».

Il existe toute une série d'arguments autour de la valorisation du pragmatisme comme levier d'acceptation de la GPA. Parce que « l'interdiction n'endigue pas la pratique », il nous faudrait donc nous résigner à son inéluctable développement. Mais une interdiction n'a jamais abouti à la disparition d'une pratique, pensons par exemple à l'excision, l'inceste, l'esclavage qui survivent malgré tout. Une interdiction a d'abord pour fonction de poser des limites, de protéger les plus vulnérables et défendre notre humanité commune, ce que vise clairement l'abolition du recours à la GPA.

Le pragmatisme a conduit le Royaume-Uni, la Grèce, le Canada, à légiférer sur la GPA selon un modèle dit « altruiste ». Mais sous la pression du marché, les dispositions législatives en faveur des mères porteuses sont progressivement édulcorées. En Grèce des scandales en matière de GPA éclatent sporadiquement, la Rapporteuse spéciale des Nations Unis sur la violence contre les femmes et les filles vient de le dénoncer [2].

En matière de droits humains, la GPA relève des violences en raison de l'exploitation reproductive des femmes au même titre que la stérilisation imposée, l'absence d'accès légal à l'avortement et à la contraception ou encore l'avortement forcé.

Refuser l'instrumentalisation des femmes au profit de tierces personnes, refuser que des enfants deviennent objets de contrat pour être vendus et achetés ne relève pas de la morale, mais bien de conceptions qui ont émergé récemment : égalité entre les femmes et les hommes, intégrité de la personne humaine, justice sociale. La question de la GPA est éminemment politique et s'analyse au seul prisme des droits humains, et non en « problème relatif à la vie sociale d'individus », qui est la définition de la notion de « sociétal » employée par les auteurs de cette tribune. De plus, placer toute opposition à la GPA sous l'oripeau de la morale constitue une tentative éculée de discréditer toute critique, ce qui n'est pas pertinent dans une société démocratique.

Berta O. Garcia, Ana-Luana Stoicea Deram, Marie-Josèphe Devillers
Co-présidentes de la CIAMS, Coalition Internationale pour l'Abolition de la Maternité de Substitution.
https://abolition-ms.org/nos-actions-fr/institutions-nationales/france/la-gpa-une-conception-patriarcale-de-la-reproduction-reponse-tribune-du-monde-03-09-2024/
Cette coalition féministe rassemble 50 organisations actives dans 17 pays (Australie, Corée du Sud, Japon, Ukraine, Roumanie, Grèce, Autriche, Italie, Belgique, Suède, RU, Irlande, France, Espagne, Colombie, Canada, USA).
Ses actions en faveur de l'abolition de la GPA sont soutenues par plus de 500 ONG issues de près de 60 pays.

[1] https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/sante-et-biotech/microchimerisme-ces-cellules-etrangeres-qui-nous-veulent-du-bien/
[2] Rapport de Reem Alsalem :
https://spcommreports.ohchr.org/TMResultsBase/DownLoadPublicCommunicationFile?gId=29143.
Voire également l'Interview de Laila Agorram par Béatrix Moreau, la réalisatrice de Grèce, le prix d'un enfant, 2017.
https://www.publicsenat.fr/article/societe/grece-le-commerce-lucratif-de-la-gpa-75298
De nombreux scandales ont été mis à jour :
en 2013
https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/66-suspected-of-arranging-illegal-adoptions-and-surrogacies-and-human-egg-trafficking-in-greece.
En 2019
https://www.euronews.com/2019/09/27/greek-police-smash-alleged-500-000-baby-smuggling-network.
En 2023
https://neoskosmos.com/en/2023/08/14/news/greece/major-human-trafficking-and-baby-adoption-ring-dismantled-in-chania-greece

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Nouvelle-Calédonie : comment les exactions de l’État ont mené au chaos insurrectionnel

24 septembre 2024, par Luc Tournabien — , ,
« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable » J. F. Kennedy. Quelles sont les causes profondes du chaos insurrectionnel (…)

« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable » J. F. Kennedy. Quelles sont les causes profondes du chaos insurrectionnel actuel en Kanaky ? Une analyse synthétique.

Tiré du blogue de l'auteur. L'auteur est écrivain & militant indépendantiste en NC.

La France a le statut de « puissance administrante » du « territoire non autonome » de la Nouvelle-Calédonie, suivant le vote en 1986 de l'assemblée générale de l'ONU. Le peuple Kanak autochtone veut à 90 % son indépendance, éventuellement en lien avec la France, et tend la main aux non Kanak solidement établis pour construire le pays ensemble.

L'État veut empêcher cela, bien que l'opinion publique française y soit largement favorable. Il se livre ainsi à nombre d'exactions colonialistes d'un nouveau genre pour contrer cette « menace » apparue depuis 1956.

Il est important pour le proche avenir d'en faire une analyse synthétique qui mette en perspective les causes profondes du chaos insurrectionnel actuel.

Ce qui se passe depuis le 13 mai 2024

Le 13 mai 2024 éclate sur le Grand Nouméa une insurrection indépendantiste violente et spontanée.

Ce jour-là, l'Assemblée Nationale vote à Paris un projet de révision de la constitution pour modifier le corps électoral calédonien, ce que le Sénat a fait peu avant. La route est ouverte pour l'étape ultime : la réunion des deux assemblées en congrès à Versailles et le vote réitéré mais cette fois commun du même texte. La modification constitutionnelle serait alors entérinée.

Problème : ce corps électoral est partie intégrante de l'Accord de Nouméa - ADN - signé en 1998 par l'État, les indépendantistes et leurs ex opposants. Un ADN exceptionnellement inséré dans la constitution, qui édicte que « l'organisation politique » du pays est, jusqu'à la pleine souveraineté, « sans possibilité de retour en arrière, cette "irréversibilité" étant constitutionnellement garantie ».

Ce 13 mai 2024, le marbre de la constitution se fissure donc. La révolution pacifique vers la souveraineté est rendue impossible et le chaos insurrectionnel populaire commence, débordant largement les protestations plus conventionnelles des diverses structures indépendantistes.

Depuis ce jour l'agglomération du Grand Nouméa, essentiellement, a connu au moins 13 morts, presque tous par balle, presque tous Kanak : un massacre plus intense que lors des « évènements » 1984/1988 (80 tués en 4 ans), et équivalent à 3 250 (1) tués dans l'Hexagone.

Les dégâts matériels - plus de 1,5 milliard d'Euros - sont aussi massivement supérieurs. Plus de 600 entreprises, souvent métropolitaines, sont pillées et/ou incendiées, mais aussi des maisons, des écoles, des équipements miniers, parfois des biens de l'église catholique. Certains actes semblent ciblés, d'autres non.

Le tout sur moins d'un dixième du pays regroupant 2/3 de ses 270 000 habitants, pour l'essentiel allogènes. Les Kanak, 42 % de la population du pays et majoritaires ailleurs, y sont 26 % contre 16 % dans les années 1980.

Là se juxtaposent les quartiers pauvres d'Océaniens/Kanak, et des zones huppées regroupant surtout des « métros », avec trop souvent - pas toujours - leurs racismes et plaisanteries malsaines parfois light ou plus trash sur les cafards et autres singes. Les contacts entre ces gens et le monde kanak se font principalement avec leurs employé(e)s ; trop peu se déplacent vers la « brousse », trop kanak, inquiétante.

Ce racisme diffus est perçu avec un ressentiment croissant par des Kanak souvent jeunes - mais pas toujours -, viscéralement indépendantistes mais peu encartés, maintenant plus diplômés et plus citadins qu'aux précédentes révoltes plus rurales de 1984, et qui se voient minorisés, snobés, méprisés voire marginalisés dans leur pays.
Les inégalités sociales, fruit de politiques dures de droite au long terme exacerbent la montée d'une rage froide.

Ce qui s'était passé avant

Si le soulèvement en cours est une première sur la forme et le lieu, il ne l'est pas sur le fond.

Les Kanak, peuple premier du pays, sont contraints à d'incessantes luttes depuis la venue des « blancs » (J. Cook, 1774) : alors probablement près de 300 000, ils frôlent l'extinction par maladies, cantonnement en réserves, tueries et répressions d'une soixantaine de révoltes, incendies de villages, déportation de leaders (en Polynésie et jusqu'à Djibouti). Ils peinent plus d'un siècle mais remontent à 120 000 personnes de nos jours.

En 1956, ayant dû combattre lors de deux guerres mondiales pour le colonisateur, ils passent de sujets parqués à citoyens votants… et électoralement majoritaires. Une situation qui leur fait obtenir en 1958 une autonomie dont le but est de les dissuader de vouloir l'indépendance : aussitôt leur allégeance obtenue, l'autonomie est annulée et ils sont minorisés par des vagues d'immigration planifiées pour cela (1956 puis 1971).

Suite à la dernière révolte (1984-1988) ils parviennent, via les Accords de Matignon (1988-1998), à récupérer une bonne part de leurs terres, à bénéficier d'un certain rééquilibrage, et à prendre un chemin pacifique vers la liberté.

Car en 1998 la puissance administrante signe cet ADN avec les allochtones et les autochtones, en remplacement du référendum d'autodétermination promis cette année-là mais escamoté. Ce cheminement prometteur admiré dans le monde vise à une « complète émancipation (2) » progressive que « La France est prête à accompagner ».

Malgré la colonisation de peuplement qui les submerge toujours, les Kanak invitent alors les « citoyens » locaux désignés comme tels par l'ADN (arrivés avant 1998 et descendants) au processus de destin souverain commun.

Las, à côté de la signature indépendantiste de l'ADN - qu'ils appellent un « pari sur l'intelligence » -, la signature de leurs vis-à-vis se révèle progressivement être un pari cynique sur la duplicité.

Il y a bien quelques alertes lors des prémices de l'accord, ignorées dans l'euphorie. Certains ex adversaires de l'indépendance, inquiets du but final, interpellent leur leader Jacques Lafleur, lequel leur susurre discrètement sa certitude que les Kanak finiront par reculer devant les responsabilités. Son collègue Harold Martin, plus cash, invite les suspicieux au silence, faisant valoir qu'il leur donne ainsi 20 ans de rallonge à se remplir les poches.

Tic tac. Le temps passe et passe mal pour les dépendantistes (3) déguisés en indépendantistes.

Sans le secours de nouveaux arrivants, puisque le corps électoral est bloqué aux présents dans le pays avant 1998 (et leurs descendants), les résultats des élections locales (Provinces et Congrès) invalident peu à peu leurs pronostics secrets, au point de menacer leur tactique : il y eut 32,8 % de votes pro-indépendance aux Provinciales 1989 ; mais 39,9 % en 1999, puis 42,2 % en 2009, et 47 % en 2019 !

Ce qui a rallumé l'incendie

Les élus dépendantistes donc, majoritaires au Congrès et au gouvernement, en profitent 22 ans (jusqu'en 2021).

Et se renient peu à peu, dûment accompagnés par l'État qui espère in fine une « décolonisation dans la France » (sic) mais promet d'accompagner le pays vers sa pleine souveraineté. La duplicité s'amplifie en deux phases.

De 1998 à 2018 l'État et les droites savonnent la planche

En jouant la montre : il faut choisir des signes identitaires en commun, mais la 1e réunion n'est programmée qu'en 2007. L'État s'investit aussi dans quelques transmutations : le « les compétences suivantes seront transférées » de l'ADN est changé en « pourront être transférées » (assorti de conditions) dans la loi d'application : des transferts de compétences importants sont ainsi escamotés et les buts de l'ADN non finalisés.

En sapant l'ADN signé : M. Frogier, alors Sénateur RPR et cosignataire de l'ADN va jusqu'à contester publiquement que celui-ci soit un accord de décolonisation alors que le terme y est bien inscrit !

Il conteste aussi qu'il faille chercher un drapeau commun, exprimant sa crainte que cela crée un ciment national.

Le plus éhonté est la contestation du « gel » du corps électoral à 1998. Sur l'interprétation d'un mot ambigu de l'ADN, la loi d'application l'estime « glissant » : chacun pourrait voter après dix ans de présence. Le vote identique des deux chambres dès 1999 met les points sur les i, mais ça ne suffit pas aux dépendantistes, pas plus que la confirmation du parlement à 89 % à Versailles en 2007 : ils crient toujours à la trahison de… J. Chirac !

En gardant des circonscriptions législatives trafiquées : C. Pasqua les a charcutées dès 1986 et malgré la progression indépendantiste, les 2 députés ont depuis lors toujours été anti indépendance (4), jusqu'à 2024.

En contrôlant de plus en plus les médias : en 2013 trois fortunes locales dépendantistes rachètent l'unique quotidien de l'île, préparant ainsi la 1ère consultation sur la pleine souveraineté qui pouvait être déclenchée dès 2014 (5). La radio quasi officielle RPR/LR locale a toujours eu plus de subventions que toute autre, et la télévision d'État sous pression des droites se fait plus critique de l'indépendance à l'approche des scrutins, via des reportages, magazines « historiques », tables rondes favorisant les dépendantistes ou lectures sèches en porte-parole de documents fournis par l'État.

En minimisant le social pour se remplir les poches : l'autonomie économique leur permet des impositions sur mesure, des niches fiscales démesurées, des programmes sociaux plus mesurés qu'en France. Ils contournent la loi favorisant l'emploi local et ignorent l'exigence de l'ONU de « décourager ou prévenir l'afflux de colons... ».

Mais cela les a conduit à leur perte : à l'opposé des valeurs sociales océaniennes d'empathie, solidarité et entraide, ils provoquent la colère des trois élus d'un parti centriste d'océaniens auparavant inféodés, lequel s'allie au FLNKS (6) en 2021 : cette coalition rafle alors les présidences du Congrès et du gouvernement jusqu'en 2024.

De 2018 à ce jour, l'État et nos droites balayent les règles, de droit comme éthiques.

- Consultation du 4/11/2018

L'ADN affirme que « L'État reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d'une complète émancipation ». L'État doit donc l'accompagner. Mais lorsque le chef de l'État Emmanuel Macron vient à Nouméa début mai 2018… il lance la campagne du Non à l'indépendance !

Les sondages locaux, eux, ressemblent plutôt à des chiffres manipulés pour décourager les Kanak : le Oui à l'indépendance y oscille entre 14 et 22,5 %, selonI-scope (patronat local) ou Quid-Novi Kantar (France – le fils de Mme Macron en est alors un « senior vice président »).

Le Oui obtient finalement 43,3 % des voix, malgré tous ces obstacles, dont 85 % des électeurs Kanak, population théoriquement décisionnaire pour l'ONU.

- Consultation du 4/10/2020

Les dépendantistes croient piteux leur résultat 2018 (56,7 % de Non). Mme Backès, chef de file de la droite dure, accuse la droite modérée alors au pouvoir de mollesse voire de trahison ! Proche de l'extrême droite mais soutenue par la Macronie elle promet d'écraser le FLNKS, qui emporte pourtant en 2019 la majorité relative en sièges aux élections du congrès pour la 1e fois de son histoire.

« Pire », à la 2e consultation en 2020 le score du Oui s'améliore à 46,7 %, avec 84 % de votants !

En projection, cela ferait 50,41 % à l'ultime consultation prévue en 2022 ! Et l'hypothèse est crédible : le recensement 2019 a montré que l'émigration (européenne) l'emporte pour la 1ère fois sur l'immigration. Le nombre de jeunes Kanak atteignant la majorité augmente. Des quartiers pauvres votant peu commencent à basculer vers le FLNKS. C'est la panique en face, les magouilles s'amplifient.

- Consultation de 2022… 2021 !

Emmanuel Macron, qui vient d'écarter son 1er ministre Édouard Philippe, chargé de la Calédonie, confie alors le dossier au ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu, un obligé transfuge de LR.

Celui-ci bafoue aussitôt à la fois la parole de l'État et l'ADN en fixant la 3e consultation au 12/12/2021 :

La parole de l'État car Édouard Philippe avait signé, avec le Comité des Signataires 2019 (CDS, instance de suivi annuel créée par l'ADN7) pour une 3e consultation fin 2022, après les élections (présidentielle/législatives).

L'ADN car celui-ci prescrit expressément que l'intervalle de temps doit être le même que le précédent, soit deux ans.

L'intérêt ? Raccourcir la campagne Kanak, longue car de terrain, les médias étant pour la plupart contre eux. Diminuer les impacts du temps sur l'électorat dépendantiste. Peut-être espérer des désordres de protestation défavorables aux Kanak ? Le FLNKS conteste, hésite à boycotter, voit qu'il sera ainsi plus difficile de gagner, mais tente le défi.

Sébastien Lecornu entame aussitôt la campagne du Non, avec Sonia Backès (8) en caisse de résonance locale :

Il invente un futur invraisemblable en cas de Non : l'ADN serait caduc (il reste en vigueur), le pays serait rayé des territoires à décoloniser (l'ONU l'a confirmé). Mieux, les Kanak rentreraient dans le rang (!) via un « référendum de projet » dans les 18 mois

: encore une promesse improbable car la période inclut la présidentielle, les législatives, puis la formation d'un gouvernement. Son successeur Gérald Darmanin l'annulera aussitôt arrivé.

Il produit un document suggérant une catastrophe en cas de Oui, intitulé « les conséquences du Oui et du Non », bafouant l'ADN, la parole d'É. Philippe et les prescriptions de l'ONU : ses services le rédigent seuls (et mal) en 15 jours alors que l'ex 1er ministre et l'ONU le voulaient débattu (par exemple au CDS) voire consensuel.

Le 6 septembre 2021, le Covid arrive au pays.

Il y a des milliers de malades et 443 morts de plus sur cette fin d'année, essentiellement dans les populations paupérisées, Kanak et Océaniennes. Une hécatombe équivalente à 110 000 décès dans l'Hexagone. Sébastien Lecornu persiste : « en République les élections se tiennent à l'heure ». Le FLNKS puis le Sénat Coutumier et plusieurs pays du Pacifique demandent en vain le report. Le FLNKS finit par décider une « non participation pacifique » - les 22 maires FLNKS tiennent leurs bureaux de vote -, mais prévient qu'il ne validera pas le résultat.

L'État envoie pourtant 2 000 gendarmes supplémentaires, 2 hélicoptères, 130 véhicules dont 30 blindés VBRG… et des juges ! Tous repartiront, et ne reviendront pas aux prémices pourtant bien plus menaçantes du 13 mai 2024.

Le FLNKS et les groupes indépendantistes hors du Front créent alors un « Comité Stratégique Indépendantiste de Non Participation », héritier des Comités de Lutte de 1984 et précurseur de la CCAT (9), afin de fédérer toute la mouvance et d'intégrer les « inorganisés », pour plus de force et de cohésion voire de contrôle.

La campagne référendaire adverse, unilatérale, est odieuse et inclut des clips méprisants et racistes acceptés complaisamment par la chaîne publique.

Le 12 décembre n'enregistre pourtant que 42,5 % de votants (contre 84,6 % en 2020) ; un pitoyable 41 % des inscrits votent Non à l'indépendance.

Emmanuel Macron assène pourtant aussitôt ses constats improbables : « Les Calédoniens se sont prononcés massivement (sic) contre l'accès à la pleine souveraineté […] La Nouvelle-Calédonie restera donc française […]

L'ADN arrive à son terme juridique (?!) […] La promesse du destin commun […] n'a jamais été aussi tangible […] Nous pouvons être fiers de ce cheminement inédit et pacificateur (sic).

D'autres concluront différemment :

L'AG de l'ONU 2022 rejette indirectement ces résultats (résolution L22 du 16/06/2022), confirme l'opérationnalité de l'ADN, exige la poursuite des transferts, et demande une nouvelle consultation « conforme aux principes et à la charte de l'ONU ».

Le « Forum des Iles du Pacifique » (18 pays dont Australie et NZ) à son AG 2022 voit dans le résultat de la 3e consultation « une représentation inexacte de la volonté des électeurs inscrits ».

La mission d'information du Sénat français conclut à son retour à « l'absence de solution pérenne » car le processus « n'a pas tranché toutes les questions quant à l'avenir institutionnel », puis engage l'État à « un nouveau cycle de négociations » n'excluant « par principe aucun sujet de l'agenda ».

Malgré tout cela, les leaders de droite et leurs médias clament toujours qu'ils ont « gagné 3 fois », que l'ADN est caduc, que « la communauté internationale a validé la 3e consultation (10) », etc.

Et depuis 3 ans, l'État garde le cap d'un arrimage accru de la Calédonie dans la France.

La position indépendantiste est claire : vous n'avez pas gagné et vous avez abondamment triché.Le FLNKS pointe de surcroît la position doublement fallacieuse de l'adversaire : même si vous aviez gagné, cela n'entraînerait pas ce que vous prétendez faire car vous devez suivre les préceptes de l'ADN en ce qu'il prévoit pour ce cas de figure :

« Si la réponse est encore négative, les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée. »

« Tant que les consultations n'auront pas abouti à la nouvelle organisation politique proposée, l'organisation politique mise en place par l'accord de 1998 restera en vigueur, à son dernier stade d'évolution, sans possibilité de retour en arrière, cette "irréversibilité" étant constitutionnellement garantie ».

La « nouvelle organisation politique proposée » est celle du libellé de la proposition faite aux consultations : la pleine souveraineté. Celle-ci n'a pas encore « abouti », donc le pays est toujours en « transition (11) » vers ce but.

En bonne logique juridique, le pays reste à vivre sous les règles de l'ADN jusqu'à l'aboutissement de la pleine souveraineté ou à minima jusqu'à un accord qui le dirigerait vers l'aboutissement prévu.

En d'autres termes l'ADN constitutionnalisé et qui plus est à valeur de traité, interdit au législateur de défaire quoi que ce soit de ses règles et des avancées engrangées dans l'autonomie par ses prescriptions, jusqu'à la pleine souveraineté. Le corps électoral en est un élément constitutif clé reconnu par diverses juridictions.

Or, sous menace confirmée de finaliser la révision constitutionnelle unilatérale de dégel du corps électoral, Emmanuel Macron venu 18h au pays le 23 mai 2024 exige encore un accord global dont les contours reprennent en fait les demandes à minima d'une droite extrême qui préférerait aller jusqu'à la partition (!) :

Reprise en main de la citoyenneté calédonienne, plus ouverte aux arrivants plus récents.

Reprise en main de la priorité à l'emploi local, plus laxiste encore (déjà très galvaudée).

Reprise en main du foncier pour favoriser le développement par des non kanak sur foncier kanak.

Reprise en main du statut d'état civil coutumier Kanak, intégré au répertoire national.

Reprise en main du secteur Nickel (dévolu selon l'ONU au peuple autochtone) vers les intérêts français.

Reprise en main de la fiscalité, pour résorber les inégalités (?!)… en favorisant les entreprises !

Reprise en main des relations extérieures pour favoriser le rayonnement de la France et un improbable Indopacifique.

Renvoi d'un référendum d'autodétermination aux « calendes grecques » et finalisation du dégel à 10 ans.

Dès lors, pourquoi le FLNKS aurait-il souscrit à un accord colonial incluant de plus l'objet de son chantage ?!

In fine, une radicalisation populaire en désespoir de cause

Depuis nombre d'années, des groupes indépendantistes hors FLNKS se sont créés, frappant à sa porte de façon insistante, voire le bousculant. L'Union Calédonienne (12) a tenté en 2023 une voie médiane, espérant y rallier le Palika, arguant aussi du besoin d'organiser une lutte de terrain unitaire planifiée.

La CCAT, Cellule de Coordination des Actions de Terrain, est ainsi créée le 18/11/2023 entre l'UC et les partis non affiliés au FLNKS, suscitant aussi l'agrégation enthousiaste de nombreux indépendantistes non encartés.

Depuis lors la CCAT a organisé avec succès une centaine de réunions d'information et une quinzaine de mobilisations contre la réforme constitutionnelle, sous deux mots d'ordre : « restons discipliné et pacifique ».

En avril notamment, deux manifestations gigantesques d'au moins 20 000 participants (soit 5 M de manifestants en France) ont lieu à Nouméa, pacifiques voire bon enfant. Mais elles sont l'avertissement ultime d'une foule qui commence à grogner, alors que sénateurs puis députés débattent.

Dernier effort désespéré, le Congrès Calédonien vote le 13 mai 2024 une résolution demandant le retrait du projet.

Le même jour à Paris les députés l'entérinent pourtant. Souvent sur la simple consigne politique de leur groupe.

Dans la nuit la révolte rageuse déborde soudain, au-delà de tout contrôle (13), étrangère à toute prescription de boucs émissaires de la CCAT et de l'UC, désignés et emprisonnés ensuite par le procureur aux ordres de l'État.

Des prisonniers de facto politiques, car présumés innocents et pourtant pour certains déportés brutalement à 22 000 km de chez eux, en infraction à plusieurs règles de droit (14).

Une rage réduite au qualificatif « d'exactions » pour en invisibiliser le sens politique trop évident.

Des actions souvent ciblées, et bien des fois aveugles aussi, alimentées par l'empilement dans le temps des forfaitures de l'État, par son irrédentisme, puis par la férocité de sa répression qui humilie, mutile, et tue. Qu'elles soient cadrées par les décisions collectives de la CCAT qui conserve son éthique, ou spontanées et erratiques trop souvent, elles sidèrent aussi bien des Kanak, qui restent pourtant globalement solidaires malgré l'effarement et malgré des souffrances qui sont loin d'être les premières.

Le retour au projet de l'ADN, à sa conclusion de souveraineté, accompagnée par la France -voire partagée-, fermera logiquement la transition. C'est le seul chemin d'avenir prometteur pour toutes les parties.

Notes

1- La France a 250 fois plus d'habitants que la NC ( 67 millions contre 270 000).

2- Le terme « décolonisation » est inscrit une fois dans l'ADN, qui fait 8 pages ; celui de « pleine souveraineté » y est écrit 8 fois. Exemples : « Fondation d'une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun ». « Partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté ». « La France est prête à accompagner la Nouvelle- Calédonie dans cette voie ». « Les institutions de la Nouvelle-Calédonie traduiront la nouvelle étape vers la souveraineté ». « L'État reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d'une complète émancipation ».

3- L'ONU parle des « peuples dépendants » (Rés. 1514, 1960) ; il semble logique de dénommer dépendantistes ceux qui assument de conserver cette dépendance. Le terme « loyaliste » utilisé en fierté malgré sa connotation historique, est trop ambigu voire décalé.

4- Le découpage précédent donnait régulièrement un député de chaque bord. Les remodelages post 1986 évitèrent de toucher le pays. Quant aux Sénateurs, l'avantage proportionnel en grands électeurs de ville a agit de même … jusqu'en 2023 !

5- Ce journal « Les Nouvelles Calédoniennes » fut revendu juste après la dernière consultation : mission accomplie ?

6- Le Front de Libération Kanak et Socialiste, créé le 24/09/1984, signataire de l'ADN, regroupe divers partis indépendantistes, notamment l'Union Calédonienne -UC-, le Parti de libération Kanak -Palika-, l'Union Progressiste en Mélanésie -UPM-, et Rassemblement Démocratique Océanien -RDO.

7- Déjà existant dans les Accords de Matignon sous la forme d'un Comité de Suivi. Ces organes sont la clé de voûte de la concertation.

8- Elle sera remerciée en étant nommée secrétaire d'État à la citoyenneté (!) le 4/07/2022 ; son conseiller spécial était d'extrême droite.

9- Voir quelques paragraphes plus loin.

10- Radio Rythme Bleu – RRB -, la radio de LR, pour la énième fois le 16/08/24, lors de l'ITW du président de la Province Iles J. Lalié

11- La constitution française « héberge » l'ADN en son titre XIII intitulé « Dispositions transitoires relatives à la Nouvelle-Calédonie »

12- L'UC, forte d'environ 4 000 membres cotisants, est le plus ancien (1953) et principal parti indépendantiste en nombre

13- D'autant que les droites pilonnent avec des mots très durs et des mensonges dans les médias, et que les forces de l'ordre bloquent en plein parcours et sans explication un cortège pacifique sur un trajet autorisé.

14- La « déportation » semble avoir été organisée avant tout débat contradictoire légal. Les avocats n'ont pu faire valoir leurs arguments (contre ou report). Il y a atteinte au respect du procès équitable, à la dignité humaine, à la vie privée et familiale.

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Les femmes dans la lutte contre le fondamentalisme religieux au Zimbabwe

24 septembre 2024, par Marche mondiale des femmes — , ,
Une militante de la Marche Mondiale des Femmes au Zimbabwe présente un aperçu des impacts du fondamentalisme religieux sur la vie quotidienne. Tiré de Entre les lignes et (…)

Une militante de la Marche Mondiale des Femmes au Zimbabwe présente un aperçu des impacts du fondamentalisme religieux sur la vie quotidienne.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Le fondamentalisme religieux est l'approche des groupes religieux qui cherchent à donner une interprétation littérale aux textes et livres originaux – tels que la Bible, le Coran et la Torah –, estimant que les enseignements tirés de cette lecture doivent être utilisés dans tous les aspects politiques, économiques et sociaux de la vie. La plupart des gens qui pratiquent ces religions se font dire qu'ils doivent avoir une stricte obéissance à la doctrine. En Afrique, la croissance accélérée de nouveaux groupements religieux dirigés par des soi-disant hommes de Dieu a exacerbé les croyances fondamentalistes et conduit au développement d'une logique sectaire. Là d'où je viens, plus de 80% de la population est chrétienne. Quoi qu'il en soit, nous avons une petite minorité de la population qui appartient à d'autres religions, telles que les religions africaines traditionnelles, ou des personnes qui n'ont aucune religion. Quand on regarde le contexte politique de cette population, on voit que les femmes sont majoritaires dans nos églises – des institutions qui sont plus patriarcales qu'autre chose.

Fréquenter une église ne signifie pas être fondamentaliste ; les deux choses sont différentes. Aller à l'église est un acte de rencontre avec d'autres personnes qui professent la même foi que vous, par exemple, pour dire une prière le dimanche, effectuer d'autres activités et retourner à leurs places respectives avec l'espoir de revoir la congrégation la semaine suivante. Le fondamentalisme signifie adhérer complètement à ce que prêche le livre saint. Il faut promouvoir davantage d'efforts et de campagnes d'éducation pour parler du fondamentalisme religieux en tant que pratique négative.

Nous avons assisté à la montée du colonialisme dans différentes confessions. Nous avons été colonisées et colonisés par les Britanniques et aussi par les États-uniens à l'époque où le Zimbabwe était la Rhodésie. Ce sont les premiers missionnaires qui sont venus ici et ont dit que nous devions obéir à la Bible. Nous avons abandonné toutes nos pratiques traditionnelles et commencé à suivre leurs croyances. Ce n'est qu'après notre indépendance que nous avons vu la montée des religions traditionnelles. Il n'est pas mauvais d'avoir des églises traditionnelles ici, mais elles sont actuellement utilisées comme une structure politique au sein du parti au pouvoir ou utilisées par les politiciens pour obtenir du soutien. Ainsi, elles cessent d'être des églises, un mouvement religieux, et deviennent un addendum à un parti politique. Pendant les élections, tous les politiciens se sont précipités dans les églises traditionnelles pour obtenir un soutien total ou pour faire campagne pour un poste. Il n'y a pas de réglementation pour ces églises, et certains dirigeants de ces espaces sont même payés pour mobiliser, organiser et dire que tous ceux qui fréquentent l'église devraient voter pour un certain parti. De plus, les sociétés fondamentalistes religieuses peuvent recevoir un financement important d'organisations étrangères. Les organisations religieuses locales à but non lucratif gagnent de l'argent en menant des projets d'autonomisation économique destinés principalement aux femmes et aux jeunes, en offrant un accès aux prêts bancaires par le biais de programmes de subsistance en petits groupes. Dans ces espaces, les femmes et les filles sont manipulées. C'est aussi une stratégie colonialiste.

Dans l'ensemble, l'Afrique – et notamment le Zimbabwe – est aux prises avec le problème des enfants soumis au mariage. Les hommes qui dirigent ces églises soutiennent le mariage des enfants, affirmant qu'ils ont été envoyés par le Saint-Esprit. Donc, ce qu'on voit, ce sont des filles mariées à des vieillards. À cela s'ajoute la question des mariages polygames et de l'inceste au nom d'une soi-disant spiritualité soutenue par une culture sectaire. Pour en revenir à mon contexte, du Zimbabwe, un pasteur chrétien a dit à sa congrégation, composée d'une majorité de femmes, que ne pas autoriser le mariage polygame ne serait pas sacré. Il a été arrêté lorsque de nombreux autres cas d'abus, de viols et même de meurtres de femmes et de jeunes filles par des chefs religieux ont été révélés.

En février 2024, au Kenya, il y a eu un cas d'un chef religieux qui a dit à ses disciples de jeûner pour voir Jésus. Plus de 400 corps ont été exhumés et identifiés, pour la plupart des enfants et des femmes. Le gouvernement kenyan enquête toujours sur l'affaire. Le fondamentalisme religieux est un fléau. Et s'il n'est pas déraciné, nous connaîtrons une grave crise politique, économique et sociale.

Que ce soit votre sœur, votre mère, votre cousine, quand elles sont attrapées, elles semblent hypnotisées. Les femmes se détournent des personnes qui ne partagent pas leurs croyances. Aujourd'hui, nous avons des jeunes femmes qui ont rejoint une autre vague de jeunes prophètes. Notre lutte féministe dans chaque discours porte sur la manière de libérer les femmes qui vivent dans ces conditions. Le féminisme est considéré comme une approche radicale promue par des femmes qui ont échoué dans la vie, comme si elles cherchaient à avoir une certaine pertinence dans la société. Nous devons déconstruire ce récit et réinterpréter le sens du féminisme.

Nous devrions nous concentrer sur les femmes qui occupent la direction de ces églises, pour leur offrir plus d'informations et leur créer des espaces sûrs. Beaucoup de travail de plaidoyer est nécessaire pour identifier les personnes clés ou les femmes ayant une influence dans ces églises. Les inviter à des réunions communautaires. Nous devons également être patientes avec elles, à cause de la façon dont elles ont été endoctrinées. L'approche doit être conviviale, sans les attaquer, pour chercher à comprendre comment elles fonctionnent et collecter des informations internes.

La plupart de ces femmes fréquentent une église pour trouver un peu de réconfort face à des situations très difficiles et à des problèmes économiques et sociaux. Parfois, dans une plus large mesure, les femmes qui n'ont rien entendent des promesses de richesse et même de traitement médical ou d'accès à différentes ressources. Quand une femme est si affaiblie et appauvrie, elle courra vers quiconque lui tend la perche, sans même regarder les conditions dans lesquelles cet argent est donné. Nous devons donc rassembler les jeunes femmes et partager l'idéologie féministe, en particulier l'économie féministe. Pour les jeunes femmes, il est possible de réaliser une économie féministe si nous créons des espaces dans lesquels elles peuvent profiter des opportunités possibles, y compris la liberté sociale, économique et politique. Nous devons nous protéger de l'exploitation et œuvrer pour la justice sociale, et aussi nous engager à préserver l'environnement. Nous devons encourager l'autonomie pour renforcer la confiance et la résilience.

Cet article a été rédigé par une militante zimbabwéenne de la Marche Mondiale des Femmes qui verra son identité préservée pour des raisons de sécurité.
Édité par Bianca Pessoa et Helena Zelic
Traduit du portugais par Andréia Manfrin Alves
Langue originale : anglais

https://capiremov.org/fr/analyse/les-femmes-dans-la-lutte-contre-le-fondamentalisme-religieux-au-zimbabwe-2/

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