Presse-toi à gauche !
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Quand la Chine s’érige en guide suprême en Afrique
La Chine entend renforcer son influence économique et politique sur le continent africain en promouvant ses méthodes de gouvernement. Le 9e Sommet du Forum sur la Coopération sino-africaine s'est tenu à Pékin du 4 au 6 septembre. Il a rassemblé la quasi-totalité des pays africains autour de Xi Jinping qui a détaillé sa politique africaine.
Tiré d'Afrique en lutte.
Relation de dépendance
L'annonce choc, c'est évidemment les 50 milliards de dollars destinés aux pays du continent africain. Une somme certes importante mais à relativiser. Étalée sur trois ans, elle se décompose en 30 milliards de prêts, 10 milliards d'investissement d'acteurs privés et 10 milliards au titre de l'aide au développement.
Lors de son discours d'ouverture, Xi Jinping a tenté de répondre aux critiques nombreuses sur l'asymétrie des relations entre l'Afrique et l'empire du Milieu. À cette fin, il a annoncé des mesures comme la suppression des droits de douane pour les exportations agricoles des 33 pays africains les plus pauvres et la création d'un million d'emplois grâce aux investissements des entreprises chinoises. Les mêmes qui surexploitent les salariéEs africainEs dans des conditions de travail indignes.
Ces annonces sont loin de changer les rapports déséquilibrés entre le géant asiatique et l'Afrique, et elles sont similaires en tout point à une relation Nord-Sud se traduisant par des importations des matières premières et une exportation de produits manufacturés.
Source d'inspiration pour les dictateurs
Ce qui est passé plus inaperçu — pourtant affirmé comme objectif premier dans le discours de Xi Jinping — est la mise en avant de sa gouvernance comme une alternative au modèle occidental. Cette volonté s'accompagne d'une présence chinoise qui dépasse le strict domaine économique. Ainsi la Chine joue un rôle majeur dans la politique de maintien de la paix de l'ONU, comme première contributrice financière et seconde pour le nombre de soldats dans les différentes missions onusiennes. Elle renforce aussi son poids politique depuis quelques années à travers le lancement d'instituts de formation destinés aux cadres des partis politiques africains et des hauts fonctionnaires de l'État. L'idée défendue est que la démocratie est d'abord et avant tout le développement économique, rendu possible grâce à la domination du parti sur les structures d'État qu'elles soient civiles ou militaire. Un modèle politique aussi enseigné dans les formations militaires où les officiers supérieurs africains constatent que l'armée chinoise est au service non du gouvernement mais du parti dominant. Une politique, on s'en doute, qui n'est pas pour déplaire à nombre de dictateurs qui sévissent sur le continent.
On peut aussi légitimement se poser la question de la pertinence du besoin de ce type de formation, qu'elle soit d'ailleurs chinoise ou occidentale. En effet, elle reflète une vision condescendante et une méconnaissance de la riche culture politique de l'Afrique, nourrie notamment par des décennies de lutte pour sa libération.

Conflit du Sahara Occidental : Le Front Polisario et le PNR unissent leurs forces contre le makhzen
Le Front Polisario et le Parti national rifain (PNR) ont signé, samedi dernier à Bruxelles, en Belgique, une déclaration historique qui reconnaît leur droit mutuel à l'autodétermination, a révélé, hier, le quotidien Le Soir d'Algérie.
Tiré d'El Watan.
Signé à l'occasion de la commémoration du 103e anniversaire de la création de la République du Rif, l'accord en question reconnaît les « dénominateurs communs entre les peuples sahraoui et rifain et la reconnaissance de leurs droits à l'autodétermination ».
« Cette déclaration commune est le résultat des premières rencontres entre les membres et les représentants des deux parties en marge de la conférence qui s'est tenue à Bruxelles le 14 septembre courant, à l'occasion de la commémoration du 103e anniversaire de la déclaration de l'établissement de la République du Rif. Sur la base de la vision commune et du devoir de lutte qui nous imposent de coopérer et de nous coordonner pour surmonter les obstacles et les difficultés qui se dressent sur le chemin de leur lutte pour l'indépendance, sur le principe de l'unité de destin et de l'objectif commun », lit-on dans ce texte.
Ce dernier n'a pas manqué de fustiger « la situation déplorable dans laquelle les deux peuples vivent sous la même oppression et souffrent de toutes sortes d'injustices sociales, de discriminations, de persécutions, de tortures et de meurtres individuels ou collectifs ». Les deux mouvements ont décidé d'engager une coopération dans plusieurs domaines.
« La reconnaissance mutuelle de la République du Rif et de la République sahraouie représente un pas vers la correction des erreurs historiques et l'octroi aux deux peuples de leur droit légitime à la liberté et à l'indépendance. L'ouverture de canaux de coopération conjointe dans tous les domaines afin de réaliser les objectifs de liberté et d'indépendance des deux peuples », a fait savoir la même source. Ils ont aussi convenu de revenir aux textes fondateurs des Nations unies et de l'Union africaine. Ainsi, les deux parties prennent « en considération la Charte de l'Union africaine, qui stipule que la liberté, l'égalité, la justice et la dignité sont des objectifs essentiels pour réaliser les aspirations légitimes des peuples africains ».
Selon le journal algérien, il est probable que la coopération entre le Front Polisario et le PNR concerne également les domaines militaire et sécuritaire. Ils espèrent que cet accord soit une occasion pour renforcer davantage la stabilité au Maghreb.
« La solidarité des peuples rifain et sahraoui représente un bon exemple de l'unité des peuples face à des défis communs. Elle renforce la force de la lutte pour les droits de l'homme, la liberté et la justice.
La reconnaissance du droit du peuple sahraoui et du peuple rifain à l'autodétermination participera à l'instauration de la paix et de la stabilité dans la région et à la construction d'un avenir plus tolérant et plus pacifique pour les peuples de la région », a relevé le document.
En dernier lieu, les deux mouvements ont appelé « la communauté internationale et les gouvernements à reconnaître le droit du peuple sahraoui et du peuple rifain à l'autodétermination et à réhabiliter la République du Rif et à soutenir leurs efforts pour parvenir à la liberté, à la justice, à la paix et à la prospérité dans la région ».
Le PNR, fondé en 2023 en Belgique, milite pour la reconnaissance de la République du Rif au Maroc, proclamée en 1922 par Mohammed Ben Abdelkrim Al Khattabi.
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Le Sénégal partagé sur la dissolution de l’Assemblée
Même si la dissolution de l'Assemblée nationale était attendue depuis plusieurs semaines au Sénégal, la mesure divise désormais le pays impatient de voir le président Diomaye Faye appliquer enfin son programme.
Tiré de MondAfrique.
Au Sénégal, il y a des pour et contre les législatives anticipées du 17 novembre prochain. Depuis plusieurs semaines, la dissolution était pourtant devenue la seule clé de sortie possible face à la tension qui montait inexorablement entre le Chef de l'Etat, Bassirou Diomaye Faye et le Parlement dominé par l'opposition. La crise était d'ailleurs montée de plusieurs crans lorsque la majorité parlementaire a retoqué le projet de révision de la constitution destiné à supprimer le Haut conseil des collectivités territoriales et le Conseil économique, social et environnemental.
Le régime et le parti au pouvoir ont décidé « de dissoudre l'Assemblée, affirme Aïssatou Diallo, parce qu'ils y voient leur intérêt. Mais ce qui importe réellement, c'est de donner du temps au nouveau gouvernement pour mettre en œuvre son programme au bénéfice des Sénégalais ».
Les parrainages contournés
En revanche, du côté des partisans du Président, le discours n'est guère nuancé. Par exemple pour Seydou Sow, « la dissolution du Parlement est une bonne décision compte tenu de la configuration de l'Assemblée nationale qui ne correspond pas aux ambitions du projet du Pastéfien. Cette décision est normale et légale, car jusqu'à présent, le président n'a violé aucune loi ».
En revanche, l'opposition voit la dissolution est perçue comme un « bluff », juge Moussa Diakité, ancien député de la majorité parlementaire. La précipitation, ajoute-t-il, est une mauvaise chose. « Ils veulent que l'élection se tienne dans 60 jours, mais que faire de la loi sur le parrainage ? Où est l'avis du Conseil constitutionnel, qui devrait être rendu public ? Nous devons comprendre les subterfuges utilisés pour contourner le parrainage. Sinon, après avoir manipulé les Sénégalais tout en continuant dans le bluff, ils s'engagent dans une logique de tricherie et de vol aux prochaines élections. »
Une certitude, l'opposition doit lutter contre la multiplication des listes dans son camp, analyse André Bakhoum. Pour lui, une telle situation serait avantageuse pour le régime. Car « dans notre système, celui qui obtient le plus de voix remporte directement le département », prévient-il.
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Venezuela : la fuite en avant autoritaire
La crise politique vénézuélienne connaît un nouvel épisode avec une élection présidentielle frauduleuse par laquelle Nicolás Maduro tente de se maintenir au pouvoir au prix d'un nouveau saut en avant autoritaire. La répression étatique atteint des sommets sans précédent.
19 septembre 2024 \ tiré du site alencontre.org
http://alencontre.org/ameriques/amelat/venezuela/venezuela-la-fuite-en-avant-autoritaire.html
Les élections présidentielles vénézuéliennes du dimanche 28 juillet constituent une nouvelle étape dans la fuite en avant autoritaire de Nicolás Maduro. Le Conseil National Électoral (CNE), l'organe chargé d'organiser les élections, proche de Nicolás Maduro, a déclaré, sur la base de 96,9 % des bulletins dépouillés, que le président sortant avait emporté le scrutin avec 52,0 % des suffrages exprimés contre 43,2 % pour Edmundo González, son principal concurrent de la Plateforme Unitaire Démocratique (PUD). Le gouvernement affirme qu'un hacking l'empêche de publier des résultats plus détaillés depuis désormais six semaines (alors que l'article 155 de la Loi organique sur les processus électoraux exige une publication dans les trente jours suivant la proclamation du candidat élu). Les résultats sont supposés être transférés par voie analogique tout en conservant une preuve papier. Un hacking informatique ne peut expliquer cette absence de communication.
Pour sa part, l'opposition a mis en ligne ce qu'elle affirme être les procès-verbaux de 83,5 % des bureaux de vote qui lui permettent d'établir des résultats diamétralement opposés (67,1 % contre 30,5 %) [1]. Nicolás Maduro a déposé lui-même un recours devant le Tribunal suprême de justice (TSJ), qui lui est également acquis, afin de légitimer le résultat annoncé par le CNE. Nous n'avons pas d'éléments pour déterminer l'authenticité des procès-verbaux mis en ligne par l'opposition vénézuélienne, mais la non-publication de résultats détaillés par le CNE et le ressenti de la société vénézuélienne [2] laissent peu de doutes sur l'existence d'une fraude massive de la part du gouvernement.
Les annonces de résultats de l'opposition et du Conseil national électoral convergent sur un point : le taux de participation (60,08 % selon les premiers, 59,97 % selon le second). Si l'on excepte les millions de Vénézuéliens inscrits sur le registre électoral dans l'impossibilité de voter du fait de leur résidence à l'étranger, cette proportion d'électeurs inscrits approche les 80 %. Ces chiffres correspondent aux dynamiques ressenties sur le terrain, celles d'un retour d'une polarisation politique et d'une mobilisation importante du camp de l'opposition (ainsi que plus marginalement celle du chavisme).
Un contexte de crise multiforme
À la tête du Venezuela depuis onze ans et demi, Nicolás Maduro briguait un troisième mandat présidentiel dans un pays embourbé dans une crise multiforme. Le pays a subi une chute de son PIB de 80 % entre 2014 et 2021. Depuis trois ans, le Venezuela renoue avec la croissance, au prix d'une dollarisation rampante de l'économie qui favorise la consommation des plus riches, mais condamne à l'extrême précarité ceux qui ne bénéficient pas de remises envoyées par des proches depuis l'étranger. La production pétrolière se redresse lentement. Le Venezuela produisait autour de 2,4 millions de barils par jour (Mb/j) jusqu'à la fin de l'année 2015 selon les rapports mensuels du Monthly Oil Market Report de l'OPEP. À partir de cette date, la production quotidienne a chuté jusqu'à atteindre 0,4 Mb/j au 3e trimestre 2020 puis de remonter légèrement à 0,7 Mb/j depuis la fin 2021 et de dépasser 0,8 Mb/j depuis le début de l'année 2024 [3].
Le taux de pauvreté atteint, selon les dernières enquêtes, 82,8 % des foyers en 2023, dont 50,5 % en situation d'extrême pauvreté [4] : le salaire minimum est compris entre 3 et 4 dollars alors que le panier basique atteint les 550 dollars. Cet effondrement économique a débouché sur une crise migratoire d'une ampleur inégalée pour un pays qui n'est pas en guerre : 7,8 millions de Vénézuéliens vivent en dehors de leur pays, soit un quart de la population nationale [5]. Au cours de ces années d'effondrement économique et démographique, Nicolás Maduro s'est maintenu au pouvoir au prix d'une évolution vers un régime autoritaire [6].
La crise post-électorale voit le retour de la communauté internationale comme médiateur de la situation vénézuélienne. L'auto-proclamation de Juan Guaidó en 2019 avait déjà eu ce type d'effets avec des résultats peu probants [7]. Le Venezuela a subi des mesures coercitives unilatérales tendant au blocus de la part des États-Unis entre février 2019 et octobre 2023. Ces mesures ont eu des conséquences tragiques pour les Vénézuéliens, mais ont été contre-productives dans ses objectifs de changement de régime, rendant la population plus dépendante de l'aide alimentaire distribuée de manière clientéliste par le gouvernement [8]. Un gouvernement ayant déjà affronté de telles sanctions est peu susceptible d'évoluer lorsqu'elles se présentent à nouveau. Comme le disait Jorge Rodríguez, président maduriste de l'Assemblée nationale : « nous sommes ceinture noire cinquième dan en pression internationale [9] ». Les exportations de pétrole du Venezuela à destination des États-Unis, qui avaient été réduites à zéro durant la présidence de Donald Trump, continuent d'augmenter atteignant les 226'000 barils quotidiens en juin 2024 selon les données de l'Agence d'information sur l'énergie (EIA), un record depuis mars 2019.
Quel que soit le résultat des élections présidentielles étasuniennes de novembre prochain, un revirement de l'administration nord-américaine est possible face à la contradiction entre, d'une part, son lien avec l'opposition libérale vénézuélienne et, d'autre part, les intérêts propres des États-Unis. Le besoin d'un approvisionnement en pétrole géographiquement proche dans le contexte international tendu depuis l'invasion de l'Ukraine et la contention de la crise migratoire vénézuélienne constituent des enjeux majeurs pour la puissance nord-américaine. Les Vénézuéliens sont désormais, parmi les migrants qui remontent l'Amérique centrale et le Mexique jusqu'à la frontière étatsunienne, les plus nombreux. Au vu de l'importance de la question migratoire dans l'agenda politique des États-Unis, la nouvelle administration, qu'elle soit dirigée par Kamala Harris ou Donald Trump, aura pour objectif de ne pas accentuer le départ des Vénézuéliens de leur pays. Nicolás Maduro appelait à des négociations publiques pour mieux mettre au jour ces contradictions.
Durant cette crise post-élections présidentielles, des gouvernements de gauche attachés à la défense des libertés démocratiques, tels ceux de Gustavo Petro en Colombie, de Lula au Brésil et de Andrés Manuel López Obrador au Mexique, tentent de se poser en médiateurs. Ils exigent les résultats détaillés du scrutin, tout en reconnaissant le CNE comme instance légitime, alors qu'il s'agit d'une organisation inféodée à l'exécutif. Toutefois, cette position manque de soutien à l'intérieur du pays.
Ainsi, lorsque Lula a proposé la répétition du scrutin du 28 juillet pour trouver une solution à la crise politique, cette issue a été rejetée à la fois par Nicolás Maduro et par María Corina Machado, la principale dirigeante de l'opposition libérale, chacun invoquant sa victoire jugée à ses yeux incontestable, cette dernière faisant valoir, de surcroît, la répression dont ont été victimes ses partisans. Seul un changement de position de la part des grandes puissances liées à Nicolás Maduro (Russie et Chine) pourrait l'inciter à négocier son départ avec l'opposition vénézuélienne.
Une campagne irrégulière
Ce scrutin achève une campagne elle-même entachée de graves irrégularités. La candidature d'Edmundo González fut une candidature par défaut. La coalition de l'opposition avait organisé en octobre dernier une primaire qui avait consacré une victoire écrasante de María Corina Machado avec 92,3 % des suffrages exprimés [10]. Elle ne fut pas la candidate de l'opposition, ayant été déclarée inéligible pour des accusations concernant l'origine de ses fonds. Toutefois, le nombre de ces condamnations touchant les principaux opposants est tel qu'on peut raisonnablement supposer qu'il s'agit d'une instrumentalisation de la justice par le gouvernement Maduro pour disqualifier des concurrents.
Empêchée par la justice, María Corina Machado a proposé la candidature de Corina Yoris, universitaire n'ayant jamais eu de rôle politique de premier plan, pour la remplacer. Cette candidature a été retoquée par les instances électorales sans raison apparente. Face à ces obstacles institutionnels du pouvoir exécutif, l'opposition s'est réunie autour de la candidature d'Edmundo González, ancien ambassadeur du Venezuela en Algérie et en Argentine sans rôle politique de premier plan. Cette limitation dans la liberté de candidature ne s'est pas arrêtée aux cas mentionnés ci-dessus. Ainsi, Henrique Capriles, héraut des fractions plus conciliantes avec les gouvernements chavistes, est inéligible lui aussi jusqu'en 2032 pour de présumés faits de corruption dans l'affaire Odebrecht [firme de BTP brésilienne qui a développé une politique de corruption dans divers pays de l'Amérique du sud], accusations là aussi teintées de forts soupçons de manipulation. Les candidatures d'Andrés Giussepe ou celle de Manuel Isidro Molina, alors soutenue par le Parti communiste vénézuélien (PCV), qui souhaitaient représenter un chavisme critique de Maduro n'ont pas été validées par les instances électorales, sans que les motifs de rejet ne soient explicités.
Depuis 2012, seize partis politiques ont subi l' « intervention » du TSJ qui a substitué leur direction par une autre plus favorable au gouvernement maduriste. Ces mesures ont frappé plusieurs des principaux partis de l'opposition libérale (Acción democrática, Primero justicia, Voluntad popular), mais également le plus vieux parti vénézuélien qui tente d'organiser une opposition de gauche, le Parti communiste.
Le caractère non démocratique de cette élection peut aussi s'apprécier par les limitations dans le renouvellement du registre électoral. Ainsi, seuls 69'211 Vénézuéliens résidant à l'étranger, une partie du corps électoral jugée plus favorable à l'opposition, sont inscrits sur les registres électoraux contre 4,5 à 5 millions de Vénézuéliens résidant à l'étranger en âge de voter. Dans certains cas, l'illégalité de leur situation dans leur pays d'accueil suffisait à les exclure d'une inscription sur les registres électoraux. Dans d'autres cas, le gouvernement Maduro a limité au maximum l'inscription de ces Vénézuéliens dans les ambassades et consulats.
En outre, la campagne électorale d'Edmundo González a subi un fort harcèlement judiciaire : l'ONG Laboratorio de Paz a dénombré plus d'une centaine d'arrestations (de dirigeants du parti de María Corina Machado à des restaurateurs à qui il était reproché d'avoir accueilli M. González et Mme Machado dans leur établissement).
Même la date du scrutin a été choisie opportunément par le pouvoir, le 28 juillet, anticipée de plusieurs mois par rapport à l'échéance traditionnellement placée au mois de décembre, est la date anniversaire de la naissance d'Hugo Chávez. La routinisation du charisme du dirigeant défunt s'avère toutefois de plus en plus complexe, plus de onze ans après sa mort. Nicolás Maduro avait bien essayé de remobiliser la population le 3 décembre 2023 lors d'un référendum sur le rattachement de la Guyane Euséquibe, un enjeu relativement consensuel dans la société vénézuélienne. En vain, le taux de participation a été contesté et n'a pas changé l'agenda politique confirmant l'impasse stratégique dans laquelle se trouve le gouvernement Maduro.
La conversion de l'opposition libérale à la stratégie électorale
María Corina Machado a joué un rôle moteur dans la campagne présidentielle de M. González, appelant à l'organisation de Comanditos, d'équipes de campagne créées dans chaque quartier, dans chaque village pour susciter la participation citoyenne. La ferveur qu'elle suscite constitue une consécration paradoxale. Elle doit son succès à sa radicalité idéologique, co-signant des tribunes avec l'extrême droite espagnole de Vox [11], refusant de participer aux scrutins qu'elle jugeait, à juste titre, pipés, défendant le maintien des mesures coercitives unilatérales étasuniennes et même l'intervention militaire de ces derniers pour libérer le pays du joug maduriste. La conversion de María Corina Machado à la voie électorale est extrêmement récente : elle refusait encore de participer aux élections régionales de novembre 2021. Elle marque également un échec de l'opposition plus conciliante, en référence au peu de résultats obtenus par la voie des négociations avec le gouvernement et au fiasco de la tentative de « gouvernement par intérim » de Juan Guaidó. L'impasse stratégique de la ligne plus conciliante avec un gouvernement qui ne veut pas concéder grand-chose consacre la victoire d'une tactique plus radicale. C'est donc une dirigeante, qui a longtemps refusé le jeu électoral, qui est devenue la leader charismatique d'une force électorale, et ce malgré les obstacles institutionnels du pouvoir maduriste. Devenue principale dirigeante de l'opposition vénézuélienne, elle a opéré une modération stratégique en se convertissant à la voie électorale et a réussi à sortir du rôle de tribun des fractions les plus radicales. En quelques mois, elle est devenue une leader électorale, en mesure de mobiliser les masses.
Une mesure liée à une demande insatisfaite a été plébiscitée par de nombreux Vénézuéliens : le retour des 7,8 millions de compatriotes ayant fui à l'étranger. Même si l'application d'une telle proposition est largement utopique au vu des liens professionnels et familiaux que nombre de ces migrants ont pu nouer avec leur société d'accueil et des dynamiques migratoires, l'espoir de réunifier des familles séparées a mobilisé électoralement une partie substantielle de la population. Ce n'est pas un vote d'adhésion idéologique qui a marqué le vote pour Edmundo González, mais un vote-sanction rejetant la décennie de crise dont a souffert la société vénézuélienne durant la présidence de Nicolás Maduro.
Un exemple a mobilisé les espérances de l'opposition libérale. Lors des élections régionales de décembre 2021, la coalition maduriste, le Grand Pôle Patriotique Simón Bolívar, emporte 19 des 23 États à pourvoir dans un scrutin marqué par la division de l'opposition et une participation faible. Pourtant, dans l'État de Barinas, la région natale d'Hugo Chávez, gouverné par sa famille depuis 1998, l'opposition l'emporte une première fois avec moins de 0,4 point d'avance, mais le candidat vainqueur est rendu inéligible après le scrutin. Une nouvelle élection a lieu un mois et demi plus tard, le nouveau candidat de l'opposition gagne désormais avec plus de quatorze points d'avance. Ainsi, malgré les manœuvres autoritaires du pouvoir en place, la victoire du candidat unitaire de l'opposition libérale impacte les directions des partis opposés à Nicolás Maduro. Un slogan devient populaire parmi eux et marque les espérances de ce camp politique : « si Barinas a pu, Venezuela peut ».
Une répression post-électorale immédiate et implacable
Les deux jours suivant le scrutin présidentiel du 28 juillet, des protestations spontanées ont éclaté dans la plupart des villes vénézuéliennes accusant de fraudes le pouvoir en place, en l'absence des dirigeants de l'opposition libérale. Selon l'Observatoire vénézuélien de conflictualité sociale, 915 protestations ont eu lieu durant ces deux journées, en particulier dans les quartiers populaires des grandes villes longtemps acquis à Hugo Chávez puis à Nicolás Maduro. Le pouvoir fait montre d'une répression implacable. Outre les 27 morts comptabilisés, au 26 août 2024, l'ONG Foro Penal fait état de 1581 arrestations. Il est significatif de la volonté de terroriser les protestataires que Nicolás Maduro et ses soutiens fournissent des estimations du nombre de détentions plus élevé (plus de 2400 selon le ministère public). Le chef de l'État souhaite consacrer les prisons de haute sécurité de Tocorón et Tocuyito à l'incarcération, au travail forcé et à la « rééducation » des manifestants. Les forces de l'ordre multiplient les « opérations tun tun » dans lesquelles des contestataires sont arrêtés à leur domicile en dehors de tout cadre judiciaire.
L'étude des résultats mis en ligne par l'opposition confirme ce désalignement des classes populaires vénézuéliennes envers le chavisme. Pour la première fois depuis l'accession au pouvoir d'Hugo Chávez [élections victorieuses du 6 décembre 1998, avec 56,2% des suffrages], les classes populaires n'ont pas moins voté pour l'opposition que les classes possédantes.
Par peur de la répression ou par distance sociale avec les classes populaires, l'opposition a peu appelé à la mobilisation. Trois manifestations ont été organisées à l'intérieur et à l'extérieur du pays : le 3, 17 et 28 août. Ces marches ont été plus encadrées que celles des 29 et 30 août, à l'appel et en la présence de María Corina Machado cette fois-ci. Or, cette dernière agit désormais dans la clandestinité, car depuis inculpée dans une enquête criminelle pour « usurpation de fonctions, diffusion de fausses informations, incitation à la désobéissance aux lois, incitation à l'insurrection, association de malfaiteurs ». Quant à Edmundo González, il s'est exilé en Espagne après avoir été la cible d'un mandat d'arrêt émis par le TSJ pour avoir refusé de s'y présenter trois fois consécutives, rejet motivé par les menaces d'arrestations dont il faisait l'objet. L'opposition libérale semble revenir à la stratégie qui était la sienne en 2019 : l'appel à l'insubordination de l'armée et au soutien de la communauté internationale.
La répression est multiforme. Des dizaines de personnes ont été licenciées d'institutions publiques (l'entreprise pétrolière PDVSA, la chaîne de télévision Venezolana de Televisión, la station de radio Radio Nacional de Venezuela, le Métro de Caracas…) pour un simple message s'opposant à Maduro sur les réseaux sociaux [12]. Par ailleurs, ces dernières semaines, deux lois ont été adoptées dans ce sens. D'une part, la loi contre le fascisme, le néofascisme et contre ce qui s'y apparente a été promulguée pour limiter l'organisation de réunions, manifestations et partis qui promeuvent « le fascisme », sachant que ce qualificatif est utilisé à l'encontre de la plupart des opposants. D'autre part, la loi de fiscalisation, régularisation, action et financements des ONG limite leur financement, en particulier depuis l'étranger, sous un motif de transparence. La nomination de Diosdado Cabello, représentant l'aile la plus répressive du chavisme, au ministère de l'Intérieur le 27 août 2024 est le signal que le gouvernement Maduro souhaite poursuivre cette politique.
Quels secteurs pour soutenir Maduro ?
L'armée, devenue institution arbitre dans le Venezuela actuel, demeure loyale à Nicolás Maduro. Les hauts gradés bénéficient de largesses du pouvoir, dirigent et s'enrichissent par le biais de plus d'une soixantaine d'entreprises publiques [13]. Parallèlement, l'armée est une institution surveillée : 154 des 287 « prisonniers politiques » déterminés par l'ONG Foro Penal au 8 juillet 2024 étaient des militaires. Cette proportion d'une moitié de détenus à caractère politique provenant du secteur militaire est stable depuis plusieurs années et témoigne du rôle décisif donné à l'armée dans la vie politique vénézuélienne, tant par l'opposition libérale que par le camp présidentiel.
Un autre secteur s'est rallié au gouvernement Maduro, les nouvelles élites économiques. Depuis plusieurs années, l'exécutif a adopté une politique économique libérale : une dollarisation rampante à partir de l'automne 2019, une loi anti-blocus en octobre 2020 pour favoriser les investissements privés malgré les sanctions étasuniennes quitte à enfreindre les principes constitutionnels qui réaffirment la propriété étatique sur les sous-sols du pays, une loi sur les Zones économiques spéciales (ZES) en juin 2022 et la privatisation de terres au profit d'investisseurs prévenant d'Amérique latine ou des pays du Golfe [14]. Durant la campagne présidentielle, le candidat Maduro proposait d'éliminer l'impôt sur les grandes transactions financières (IGTF). De fait, les élites souhaitent davantage la reprise économique dans un cadre autoritaire que le retour des passions politiques et son risque d'instabilité. Fedecámaras, la principale organisation des employeurs vénézuéliens, avait dirigé l'opposition vénézuélienne durant la tentative de coup d'État contre Hugo Chávez en avril 2002. La vice-présidente, Delcy Rodríguez, a assisté pour la première fois en juillet 2021 à l'assemblée annuelle de Fedecámaras. En plus de la bolibourgeoisie [15], il existe désormais un secteur du patronat traditionnel baptisé les « optimistes anonymes » qui préconise une ouverture envers le pouvoir politique [16]. Que ce soit dans le rapport à la démocratie, à l'armée ou à la politique économique, le gouvernement vénézuélien a évolué depuis le début du chavisme vers un horizon conservateur [17]. Les visées révolutionnaires des années 2003-2006 sont reléguées au rang de lointain souvenir [18].
Où va le Venezuela ?
Au vu des sept semaines suivant l'élection présidentielle, le scénario le plus probable est celui d'une consolidation autoritaire de Nicolás Maduro à l'image de celle de Daniel Ortega au Nicaragua. Le Venezuela était jusqu'alors un État où des milliers de manifestations pacifiques avaient lieu chaque année et où une opposition politique pouvait mener publiquement une campagne politique (dans les conditions de répression arbitraire précédemment décrites). L'ampleur de la répression déployée depuis le 28 juillet pourrait laisser entrevoir la disparition des libertés démocratiques restantes dans une combinaison de libéralisme économique et d'autoritarisme politique. Les pressions des États-Unis et de l'Union européenne pourraient accélérer l'intégration du Venezuela dans les BRICS.
La reconnaissance par Nicolás Maduro de sa défaite électorale paraît chaque jour plus improbable. Elle aurait été de toute façon l'objet d'une négociation âpre parce que l'investiture pour le nouveau sexennat présidentiel jusqu'en 2031 n'aura lieu que le 10 janvier 2025. Avec un pouvoir judiciaire acquis à Nicolás Maduro, une Assemblée nationale qui lui est également favorable à plus de 90 %, des États régionaux à 80 % et plus de deux tiers des municipalités jusqu'aux « méga-élections » prévues pour l'année 2025, l'appareil de l'État lui était est largement dévoué quoi qu'il pût arriver.
Pour Nicolás Maduro et les dirigeants actuels, quitter le pouvoir était extrêmement périlleux. Ce serait non seulement la fin de l'accès à l'abondante rente pétrolière, mais également un risque de poursuites judiciaires pour les atteintes aux droits humains qui ont été commises ces dernières années. Le chef de l'État est poursuivi par la Cour pénale internationale et 15 millions de dollars sont promis par le Département d'État étasunien pour son arrestation au nom de présumés liens avec le narcotrafic. La consolidation autoritaire de Nicolás Maduro doit se comprendre à l'aune de l'impossibilité d'une alternance pacifique. (Article publié par le site La Vie des idées, le 17 septembre 2024)
Thomas Posado est maître de conférences en civilisation latino-américaine contemporaine à l'Université de Rouen Normandie, chercheur à l'ÉRIAC et fellow à l'Institut Convergences Migrations.
Notes
[1] Plateforme de l'unité démocratique, Resultados Elecciones Presidenciales, mis en ligne le 5 août 2024.
[2] Yoletty Bracho, « ”Tout le monde sait ce qui s'est passé”. Pour une approche de gauche des élections au Venezuela », ContreTemps, mis en ligne le 6 août 2024.
[3] OPEP, Monthly Oil Market Report.
[4] UCAB, ENCOVI 2023. Radiografía de la vulnerabilidad social de Venezuela y propuestas de políticas públicas, p. 66, publié en mars 2024.
[5] Pour un suivi approfondi de la crise migratoire vénézuélienne, voir : Plataforma de Coordinación Interagencial para Refugiados y Migrantes de Venezuela.
[6] Javier Corrales, « Authoritarian Survival : Why Maduro Hasn't Fallen », Journal of Democracy, vol.31, n°3, 2020, p. 39-53.
[7] Thomas Posado, « La “présidence” Guaidó : bilan critique d'une expérience inédite en relations diplomatiques », Annuaire Français de relations internationales, 2024, vol. XXV, pp. 397-411.
[8] Manuel Sutherland, « Impacto y naturaleza real de las sanciones económicas impuestas a Venezuela », PROVEA, publié le 27 mai 2019.
[9] « Jorge Rodríguez plantea “reformar leyes electorales” para evitar “injerencia extranjera” », aporrea.org, 14 août 2024.
[10] Thomas Posado, « Le retour de la polarisation politique au Venezuela », AOC, mise en ligne le 24 janvier 2024.
[11] Fundación Disenso, Carta de Madrid : En defensa de la libertad y la democracia en la Iberosfera, octobre 2020.
[12] « Autoritarismo. Despidos en PDVSA y otras instituciones del sector público por retaliación política », La Izquierda Diario, 19 août 2024.
[13] Javier Corrales, op.cit., p. 43.
[14] Pierre Mouterde, Patrick Guillaudat, « Comprendre la crise au Venezuela de Maduro », ContreTemps, 2 septembre 2024.
[15] La bolibourgeoisie (apocope de bourgeoisie bolivarienne) désigne ce secteur qui a accumulé des capitaux grâce à son lien avec le gouvernement Chávez puis Maduro.
[16] Tony Frangie Mawad, « Maduro, las elites y la « perestroika » venezolana », Nueva Sociedad, juin 2024, disponible en ligne sur : https://www.nuso.org/articulo/venezuela-elites-Maduro-fedecamaras/
[17] homas Posado, « Venezuela : The Authoritarian and Conservative Turn of Nicolas Maduro », in Olivier Dabène (sous la direction de), Latin America's Pendular Politics : Electoral cycles and Alternations, Cham, Palgrave Macmillian, 2023, pp. 341-357.
[18] Thomas Posado, Venezuela : de la Révolution à l'effondrement. Le syndicalisme comme prisme de la crise politique (1999-2021), Toulouse, Presses Universitaires du Midi, 2023.
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Couvre-feu à la Martinique : une répression coloniale pour étouffer la colère contre la vie chère
A la Martinique, la mobilisation contre la vie chère se poursuit et monte en intensité, tout comme la répression d'État, alors qu'un couvre-feu a été décrété dans certains quartiers de Fort-de-France. Une répression dans la pure tradition coloniale française.
19 septembre 2024 | tiré du site de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/Couvre-feu-a-la-Martinique-une-repression-coloniale-pour-etouffer-la-colere-contre-la-vie-chere
A la Martinique, la mobilisation contre la vie chère se poursuit et monte en intensité, tout comme la répression de l'État français qui vient de décréter un couvre-feu dans certains quartiers de Fort-de-France. Un pas qui ouvre la voie à la radicalisation du mouvement.
Mercredi, l'État français a décrété un couvre-feu dans certains quartiers de Fort-de-France et au Lamentin à la Martinique, alors que le mouvement contre la vie chère bat son plein. « J'ai demandé aux forces de sécurité intérieure de saturer les axes routiers et les ronds-points de leur présence et de procéder à un maximum d'interpellations » a déclaré le préfet Jean-Christophe Bouvier, en annonçant l'arrivée de troupes en plus de la centaine de gendarmes déjà venus renforcer le dispositif répressif sur l'île. Tout cela marque un net saut dans la répression coloniale qui s'exerce depuis le début du mouvement de contestation de la vie chère, avec des arrestations et des interventions policières brutales pour démanteler les barrages.
Cette répression est l'expression de la peur de l'Etat et de la bourgeoisie de l'île d'une radicalisation et d'une généralisation du mouvement. Mardi soir, un McDonald a été incendié et un hypermarché Carrefour a été envahi. Depuis début septembre, les attaques de commerces et les incendies de véhicules se multiplient. Ces actions témoignent de la colère face à la vie chère - les prix alimentaires sont 40% supérieurs à l'Hexagone - mais aussi face au mépris des autorités et des grands groupes de la grande distribution depuis le début de la mobilisation. Face à la colère, la France répond par le couvre-feu comme elle l'a toujours fait dans ses colonies, où elle oppose aux mouvements de contestation des attaques brutales pour empêcher toute remise en cause de son autorité.
Les grands groupes de la distribution, profiteurs de la misère coloniale
L'écart flagrant entre les prix alimentaires en Martinique et en France, une tendance qui frappe l'ensemble des colonies françaises, est d'autant plus visible à l'heure d'une inflation violente, alors qu'un Martiniquais sur quatre vit sous le seuil de pauvreté. Une situation impossible qui a conduit à l'ultimatum du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC), lancé le 1er juillet, exigeant que les prix des produits alimentaires en Martinique soient alignés sur ceux de l'Hexagone à partir du 1er septembre. La grande distribution a attendu plus de 50 jours pour répondre au communiqué, pour nier tout simplement sa responsabilité dans la hausse des prix.
La date passée, des centaines de manifestants entament des blocages du port de Fort-de-France, et sont rapidement réprimés par l'État français qui craint la généralisation de cette colère contre son ordre colonial. L'une des figures du mouvement, le président du RPPRAC Rodrigue Petitot, est arrêté, suscitant la mobilisation des dockers pour exiger sa libération. Il a depuis été relâché, mais les revendications restent lettre morte. Jeudi 12 septembre, les représentants du Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéennes (RPPRAC) ont quitté les négociations avec la préfecture au bout de cinq minutes car le préfet a refusé de retransmettre les échanges en direct.
Les prix exorbitants en Martinique profitent avant tout aux grands groupes de la distribution, notamment celui de Bernard Hayot, dont le chiffre d'affaires s'élevait en 2021 à 3 milliards d'euros. Le Groupe Bernard Hayot a été fondé grâce au capital familial accumulé grâce à l'exploitation du sucre par l'esclavage, puis de l'indemnisation versée par l'État lors de la libération des esclaves en 1849. Aujourd'hui, l'économie de comptoir de la Martinique profite à une poignée de grands groupes, qui comptent sur les blindés de la gendarmerie et la main ferme de la puissance coloniale pour maintenir leurs marges.
Alors que la colère augmente, l'État tente un semblant de négociation, annonçant une deuxième table ronde avec la proposition d' « une baisse de 20 % en moyenne du prix » de 2.500 produits de première nécessité. Des propositions cosmétiques et insultantes face aux revendications des habitants pour feinter une ouverture au moment où la répression passe un cap.
L'instauration du couvre-feu en Martinique fait écho à la situation en Kanaky, où le GIGN vient de tuer deux jeunes kanak. Le couvre-feu y est renforcé à l'approche de la mobilisation du 24 septembre, date anniversaire de la colonisation de l'île par la France, qui prend une teinte particulière après le déchaînement de violence colonial face à un peuple qui revendique son indépendance.
Couvre-feu, déploiement de blindés et de troupes spéciales, l'impérialisme doit montrer les muscles dans son empire colonial où les contestations se multiplient ces dernières années. Face à cette déferlante répressive, le mouvement ouvrier de l'Hexagone doit dénoncer avec force la mise en place du couvre-feu en Martinique et la répression que l'Etat français déploie sur les cinq continents contre ceux qu'il exploite et qu'il affame.
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Immigration : comment l’Europe se durcit
De plus en plus de pays de l'Union n'hésitent pas à prendre des mesures toujours plus sécuritaires et répressives concernant les demandeurs d'asile. Offrant un boulevard idéologique aux théories de la submersion migratoire.
18 septembre 2024 | tiré de Politis.fr, hebdo no. 1828
https://www.politis.fr/articles/2024/09/analyse-immigration-comment-leurope-se-durcit/
Le grand basculement. Depuis des mois, les politiques migratoires des États membres de l'Union européenne (UE) se durcissent à la chaîne. Les revendications de l'extrême droite trouvent un écho sans précédent sur le Vieux Continent. Et si l'Europe cédait définitivement ?
Dernier exemple : l'Allemagne. À la fin du mois d'août, le gouvernement du chancelier Olaf Scholz a expulsé 28 ressortissants afghans vers Kaboul. Tous condamnés « pour des infractions pénales », ayant fait l'objet d'un ordre de retour et ne détenant pas de titre de séjour, selon les mots du porte-parole du gouvernement, Steffen Hebestreit. C'est une première depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, il y a trois ans.
Le gouvernement allemand tente de faire un mimétisme avec les positions d'extrême droite.
M. Satouri
Plus récemment, la ministre allemande de l'Intérieur, Nancy Faeser, a annoncé, le 9 septembre, le retour temporaire des contrôles aux frontières intérieures pour lutter contre l'immigration illégale. Une décision prise deux semaines après l'attentat terroriste qui a fait trois morts et huit blessés à Solingen, le 23 août, quelques jours seulement après la percée de l'extrême droite lors des dernières élections régionales. Dans le Land de Thuringe, l'extrême droite de l'AfD est arrivée en tête avec 32,8 % des voix.
Dans le Land de Saxe, l'AfD (30,6 %) talonne la CDU (31,9 %). Sous la pression des conservateurs, de l'extrême droite et du récent parti de gauche, le BSW, fermement opposé à l'immigration qu'il juge « incontrôlée », Olaf Scholz a abdiqué. « Au lieu de tenir sur les valeurs et le respect du droit humanitaire, le gouvernement allemand tente de faire un mimétisme avec les positions d'extrême droite pour envoyer des messages aux électeurs », considère Mounir Satouri, eurodéputé écologiste et président de la sous-commission consacrée aux droits de l'homme à Bruxelles.
Un durcissement d'autant plus remarquable que l'Allemagne tenait le rôle de bon élève européen dans l'accueil des exilés. « En comparaison de la France ou, encore pire, du Royaume-Uni, l'Allemagne a été extraordinairement généreuse, rappelle François Héran, sociologue et titulaire de la chaire Migrations et sociétés au Collège de France, chiffres à l'appui. 53 % des Syriens qui ont demandé une protection en Europe l'ont fait en Allemagne. Contre 3 % seulement en France ! »
L'Allemagne semble donc désormais suivre le chemin tracé par le Danemark, où les socialistes au pouvoir assument depuis longtemps une politique migratoire très restrictive. « Les socialistes du Danemark donnent des gages à l'extrême droite car ils estiment que leur voisin, l'Allemagne, peut s'occuper de l'accueil à leur place », selon François Héran.
Surenchère sécuritaire
Ce basculement allemand est donc une nouvelle pierre dans une longue série de renoncements humanistes depuis 2015. « En Europe, l'extrême droite s'est bâtie sur une idée : la lutte contre l'immigration, avec un discours simpliste, et faux, qui associe l'immigration à l'insécurité, souligne Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public à l'université Jean-Moulin Lyon-III, spécialiste de la question migratoire en Europe. Et les échiquiers politiques ont endossé ce discours. Mais, en voulant contrer l'extrême droite sur son terrain, ce discours a été légitimé. Au détriment des personnes les plus vulnérables. »
Une dérive qu'a observée Sylvie Guillaume, eurodéputée socialiste de 2009 à 2024, ex-vice-présidente du Parlement européen et aujourd'hui présidente de l'association Forum réfugiés : « Une politique migratoire bascule parce que des forces politiques de droite et d'extrême droite, une fois au pouvoir, durcissent la ligne. Mais aussi parce que les autres gouvernements paniquent sous la pression de l'extrême droite. »
À partir de 2015, on a assisté à un tournant sécuritaire, et répressif .
M-L. Basilien Gainche
De la recherche d'un équilibre entre lutte contre l'immigration irrégulière et protection des demandeurs d'asile, la politique du Vieux Continent a, au fil des ans, jeté aux oubliettes l'un des deux objectifs. « À partir de 2015, on a assisté à un tournant sécuritaire, et répressif », note Marie-Laure Basilien Gainche, qui cite par exemple la création de « hot spots » en Grèce et en Italie, ou les accords avec des pays noneuropéens (Libye, Afghanistan, etc.) pour retenir les réfugiés hors de l'espace européen et les empêcher de partir.
Le parachèvement de cette radicalisation pourrait être le pacte asile et migration voté le 10 avril au Parlement européen. Un paquet de dix règlements et de trois recommandations qui ouvre la voie à un filtrage encore plus important des migrants aux entrées de l'Europe, à des contrôles renforcés et à la création de centres de rétention aux frontières. « L'Europe n'a jamais réussi à imposer une répartition égale de la charge. Les règlements de Dublin sont une manière, pour beaucoup de pays, d'éloigner ce “fardeau”. Mais ce pacte ne remet pas en cause ces règlements », regrette François Héran.
En outre, ce pacte a été voté alors que Frontex, l'agence de l'UE chargée du contrôle de la gestion des frontières extérieures de l'espace Schengen, estime que les entrées irrégulières dans l'UE ont chuté de 39 % depuis début 2024.
Jordan Bardella a soutenu que ce pacte allait permettre une invasion migratoire, alors même qu'il instaure un régime de contrôles des frontières incroyablement strict.
M-L. Basilien
« Ce paquet acte le fait que l'Europe est prête à un certain nombre de compromissions sur le respect du droit humain », juge David Cormand, eurodéputé vert. « Ces mesures ne mènent pas vers plus de solidarité entre Européens, plus d'humanité par rapport à ce que subissent les migrants en Méditerranée et dans la Manche, plus d'efficacité dans les politiques qui peuvent prévenir le recours à la migration des populations principalement africaines, renchérit Mounir Satouri. On est juste dans la surenchère sécuritaire pour essayer d'endiguer la montée de l'extrême droite en Europe. »
Et la fuite en avant n'a pas de fin. « On a voté le pacte asile et migration à la toute fin du mandat du Parlement européen. Mais il n'était même pas transposé que, déjà, un certain nombre d'États membres, sans surprise, contestaient la possibilité que ce pacte soit suffisant », dénonce Sylvie Guillaume. « Jordan Bardella a soutenu que ce pacte allait permettre une invasion migratoire, alors même qu'il instaure un régime de contrôles des frontières incroyablement strict, souffle Marie-Laure Basilien Gainche. L'extrême droite a vu ses desiderata intégrés pour l'essentiel dans le pacte, ce qui l'a conduite à faire de la surenchère. »
Droits humains bafoués
Trois semaines avant les élections européennes, quinze États membres ont adressé à la Commission européenne une lettre demandant à l'UE « d'identifier, d'élaborer et de proposer de nouveaux moyens et de nouvelles solutions pour prévenir l'immigration irrégulière vers l'Europe ». La lettre est signée par la Bulgarie, la République tchèque, le Danemark, la Finlande, l'Estonie, la Grèce, l'Italie, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, Malte, les Pays-Bas, l'Autriche, la Pologne et la Roumanie. Leur liste de courses est longue. S'inspirant de l'accord entre l'Italie et l'Albanie, ils souhaitent que l'Europe imagine des mécanismes permettant « d'intercepter et, en cas de détresse, de secourir des migrants en haute mer et de les emmener dans un lieu sûr d'un pays partenaire hors de l'UE ».
L'extrême droite européenne dit la même chose : l'UE a des normes de protection des droits humains qui seraient trop importantes.
D. Cormand
Mais ils demandent également une « réévaluation » du concept de « pays tiers sûr » dans la loi européenne sur l'asile. Ils veulent aussi multiplier les accords avec les pays tiers situés le long des routes migratoires, afin d'y transférer les migrants dont la demande d'asile a été rejetée, en attendant qu'ils soient renvoyés dans leur pays d'origine. Comme le partenariat conclu entre l'UE et la Turquie en 2016 et avec la Tunisie en 2023.
« Endiguer l'immigration à la source, c'est faire en sorte que les gens n'aient pas besoin de traverser pour leur survie. Endiguer l'immigration, c'est arrêter de ‘contractualiser' avec les dictateurs qui maltraitent leur population. Jamais les candidats tunisiens à l'immigration n'ont été aussi nombreux depuis que le régime autoritaire de Kaïs Saïed s'est mis en place. Doit-on vraiment croire que la solution à l'immigration s'appelle Kaïs Saïed ? C'est ahurissant. Toute la politique de coopération de l'UE est à revoir », cingle l'écologiste Mounir Satouri. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, ne semble pas aller dans ce sens. Le 18 juillet, elle a plutôt promis de renforcer Frontex et de tripler le nombre de garde-frontières et de garde-côtes européens.
Le 6 septembre en Hongrie, le secrétaire d'État auprès du ministère de l'Intérieur, Bence Retvari, a tenu une conférence de presse devant une rangée de bus à Roske, une ville proche de la frontière avec la Serbie. Le ministre de Viktor Orban a dénoncé l'amende de 200 millions d'euros infligée le 13 juin par la Cour de justice de l'UE pour non-respect d'un droit d'asile effectif.
Et il a menacé l'Europe d'envoyer des bus de migrants à Bruxelles : « Si Bruxelles veut des migrants, elle peut les avoir ! » « Giorgia Meloni, Matteo Salvini, Viktor Orban… L'extrême droite européenne dit la même chose : l'UE a des normes de protection des droits humains qui seraient trop importantes. Donc il faudrait remettre en question la charte des droits fondamentaux », analyse David Cormand.
Sur le même sujet : « Nous sommes voués à élargir notre vision de l'identité française »
Rien ne semble pouvoir freiner la course sécuritaire. Dans un jeu politique néfaste, les sociaux-libéraux d'hier n'hésitent plus à prendre des mesures toujours plus répressives à l'égard des exilés. Une stratégie politique dont l'efficacité interroge toujours plus, alors que les extrêmes droites continuent de progresser partout, ou presque, sur le Vieux Continent.
ZOOM : La France au diapason de l'extrême droite
Avec la nomination de Michel Barnier à Matignon grâce à l'assentiment du Rassemblement national (RN), le prochain gouvernement pourrait durcir une nouvelle fois la politique migratoire du pays. Neuf mois seulement après la très dure loi immigration qui limite le droit du sol et durcit l'accès aux prestations sociales pour les étrangers.
Car en 2021, alors candidat à la primaire de la droite, Michel Barnier défendait un « moratoire » de trois à cinq ans, adossé à un « bouclier institutionnel » et à un référendum sur le sujet migratoire, permettant à la France de freiner les régularisations et le regroupement familial sans être condamnée par l'UE. Selon François Héran, dans une tribune publiée dans Le Monde, Barnier a « succombé à la surenchère qui a jeté LR aux portes du Rassemblement national (1) ».
Il y a trois ans, Michel Barnier ne s'empêchait pas non plus d'établir un lien entre flux migratoires et terrorisme, plaidait pour la diminution du nombre d'étudiants étrangers et proposait d'ouvrir de nouvelles négociations en Europe pour lutter contre les frontières européennes qui étaient, selon lui, des « passoires ».
Lors des négociations pour la composition du gouvernement, l'idée du retour d'un ministère de l'Immigration a surgi, comme en 2007 sous Nicolas Sarkozy. Une rumeur démentie par Matignon. Après son rendez-vous avec le nouveau premier ministre, le 6 septembre, Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs républicains, lâche : « Sur l'immigration, j'ai senti que Michel Barnier voulait aller le plus loin possible. » Ça promet.
(1) Le 14 septembre 2024.
En France, la nomination de Michel Barnier (lire encadré ci-dessus) s'inscrit dans cette droite ligne. Que fera-t-il demain sur la question migratoire, alors que son gouvernement repose uniquement sur l'assentiment du Rassemblement national ? Dans une tribune publiée dans les colonnes du Monde, François Héran alerte sur les risques d'une énième surenchère. « À ce jeu, c'est toujours l'extrême droite qui gagne. »
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Le Portugal dans les flammes du néolibéralisme
Une centaine d'incendies simultanés dans le nord et le centre du pays et des pompiers dépassés : pour les Portugais, l'été indien a tourné à l'enfer. Parmi les premiers exposés aux effets du changement climatique, les « bons élèves de l'Europe », qui ont déjà presque tout perdu avec le plan de sauvetage de la troïka, craignent désormais de voir leur logement partir en fumée.
19 septembre 2024 | tiré d'aoc media
https://aoc.media/opinion/2024/09/18/le-portugal-dans-les-flammes-du-neoliberalisme/?loggedin=true
Leurs maisons brûlent et nous regardons ailleurs. Je vous écris sous le nuage de cendres qui depuis plusieurs jours voile le soleil du Portugal – certains ont même ressorti les vieux masques de la pandémie. De cette brume funeste a ressurgi le spectre de juin 2017 : plus de soixante morts et 500 000 hectares dévastés.
Le mois dernier encore, les autorités se félicitaient pourtant d'avoir réduit de plus de moitié le nombre d'incendies ruraux grâce à une campagne de sensibilisation via les médias et une opération porte-à-porte réalisée par les agents de la Garde nationale républicaine (Guarda Nacional Republicana), l'équivalent de notre gendarmerie. Le message ? On ne peut plus clair : « Le Portugal fait appel à vous », illustration magistrale de la sanctification de l'individualisme libéral comme philosophie du vivre-ensemble.
Comme chaque année lorsque les forêts s'embrasent, sur les plateaux des chaînes de télévision on tourne en boucle les mêmes interrogations – actes criminels ou erreurs humaines ? faute de moyens ou erreur de stratégie ? – tout en se félicitant de la solidarité européenne, qui s'est manifestée par l'envoi de huit Canadairs. A sério ? Certes, en remerciement des efforts colossaux effectués durant la récession de 2011, le Portugal voit aujourd'hui le robinet des crédits communautaires couler à gros débit. Et c'est avec le sentiment du devoir accompli que l'ancien Premier ministre António Costa rejoindra Bruxelles en décembre prochain pour succéder à Charles Michel à la présidence du Conseil européen : « Le pays réunit aujourd'hui les conditions financières pour réaliser de grands projets favorisant la compétitivité externe. » Comme, par exemple, la réalisation d'ici à 2031 d'une ligne TGV reliant Lisbonne à Porto. Mais qui montera dans ce train de la modernité ?
Le client des chemins de fer portugais, qui doit actuellement débourser une soixantaine d'euros pour un aller-retour en seconde classe sur cette ligne, a en effet d'autres préoccupations que celle de filer comme l'éclair du Tage au Douro. Car depuis que la troïka (Fonds monétaire international, Commission européenne et Banque centrale européenne) a visité la Lusitanie, les Portugais ont pour nombre d'entre eux de très faibles revenus.
Il y a d'un côté les chiffres toujours encourageants de l'OCDE et de l'autre la réalité salariale moyenne, que l'Institut national de la statistique (Instituto Nacional de Estatistica, INE) situe autour de 1 500 euros bruts par mois. Le salaire minimum portugais, bien que revalorisé à 820 euros en 2024, affiche l'un des pouvoirs d'achat les plus faibles du continent, en deçà du polonais. Le Portugal se situe même en queue du peloton européen en ce qui concerne la parité de pouvoir d'achat entre les personnes percevant le salaire minimum national. Également réévalué cette année, le minimum vieillesse atteint désormais royalement 319,49 euros. L'INE a calculé qu'en 1974, au sortir des années noires du salazarisme, il était de 260 euros (source : Eurostat).
C'est ainsi que des livreurs passent quinze heures sur la route six jours sur sept, que des chauffeurs Uber vous conduisant de nuit à l'aéroport vous expliquent qu'ils ont un autre job en journée, qu'un serveur vous annonce fièrement qu'il est derrière son comptoir depuis plus de cinquante ans et que des retraités de la fonction publique, incapables de survivre avec leur pension de 500 euros, se voient obligés de reprendre un travail. Près de deux millions de personnes vivraient actuellement sous le seuil de pauvreté, soit un cinquième de la population. Et tout ça, ça fait d'excellents Portugais, souvent cités comme les « bons élèves de l'Europe ».
Le Portugal est-il le synopsis du scénario néolibéral qui nous attend tous ? On n'a pas conscience à Bruxelles du sacrifice consenti. Sans doute parce que la mortification ne saute pas immédiatement aux yeux du touriste. Depuis la dictature, les gens d'ici ont développé une capacité à encaisser assez phénoménale et un sens de l'entraide peu commun.
Le nouvel Eldorado a peut-être des finances saines, mais, en attendant, le citoyen maigrement rémunéré doit en outre faire face à de lourdes charges. Si l'inflation a été ramenée officiellement à moins de 2 % le mois dernier, les prix du logement et de l'énergie ont au cours de la dernière décennie flambé comme des eucalyptus. C'est qu'en contrepartie des soixante-dix-huit milliards d'aides reçus en 2011, le Portugal a dû privatiser des pans entiers de son économie, dont précisément le secteur l'énergie. Le groupe chinois China Three Gorges a ainsi repris les 21 % détenus par l'État portugais dans Énergies du Portugal (Energias de Portugal, EDP), la principale entreprise de production d'électricité du pays. Essayez dans ces conditions d'exercer la moindre régulation.
Depuis l'Exposition universelle de Lisbonne en 2018 et l'organisation de l'Euro de football en 2004, le Portugal s'est couvert d'autoroutes à péages roulantes comme des billards, d'aéroports rutilants, de stades cinq étoiles et de centres commerciaux à l'américaine. Revers de la médaille : il a abandonné ses services publics. Après les incendies meurtriers de juin 2017, un rapport parlementaire pointait déjà la formation insuffisante des pompiers, en majorité volontaires (le Portugal compte moins de quatorze mille pompiers professionnels), un manque de moyens (seulement 0,3 % du budget consacré à la protection contre les incendies) et l'incapacité des gouvernements successifs à développer une politique concertée. Depuis, choix a donc été fait de responsabiliser les individus, en mode numéro vert pour réponse à tout.
Le projet Barroso Lithium prévoit un forage jusqu'à 1 700 mètres de profondeur sur une surface de 593 hectares […]. La pire méthode d'extraction qui soit, équivalente à celle du gaz de schiste, avec sa cohorte de dégâts collatéraux.
On aurait pourtant imaginé la réforme forestière grande cause nationale alors que le réchauffement climatique ne fait qu'aggraver la situation. « Sans un gouvernement qui assume l'importance de cette priorité, nous continuerons à être un pays fragile, à la merci d'un coup de vent qui réveille à nouveau l'enfer », écrit David Pontes, le directeur du journal Público, dans son éditorial du 17 septembre. Mais depuis deux ans, le Portugal a un autre chat à fouetter : le lithium. Selon un rapport de l'Institut d'études géologiques des États-Unis paru en 2023, le pays détiendrait les premières réserves européennes du nouvel or blanc et les huitièmes au monde. Durant la fin de son mandat, António Costa n'a cessé de répéter que le pays était assis sur un trésor. « La réalité c'est qu'il n'en sait pas plus que vous et moi car il s'agit de ressources déduites, coupe court Carlos Leal Gomes, professeur à l'Université du Minho et spécialiste du sujet. Cinquième, sixième, huitième place, pour l'heure on n'a rien du tout. On ne connaîtra ce rang que lorsqu'on commencera à produire. »
Peu importe, le coup est parti. Concession a été accordée au groupe britannique Savannah Resources Plc pour creuser en six endroits du pays, notamment dans la serra do Barroso, à l'extrême nord du Portugal, qui figure parmi les huit territoires européens classés à ce jour au Patrimoine agricole mondial par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Le projet Barroso Lithium prévoit un forage jusqu'à 1 700 mètres de profondeur sur une surface de 593 hectares et un cratère à ciel ouvert de 800 mètres de diamètre, à moins de 200 mètres des premières habitations. La pire méthode d'extraction qui soit, équivalente à celle du gaz de schiste, avec sa cohorte de dégâts collatéraux. L'extraordinaire forêt de pins qui avait réussi le prodige de se régénérer après un gigantesque incendie va encore être sacrifiée, mais délibérément cette fois. Sans compter qu'il va falloir laver ces minerais avant de les expédier, à raison d'un million de litres par tonne.
Cela tombe bien, la Communauté intermunicipale du Alto Tâmega, dont fait partie le Barroso, est l'abreuvoir du nord du Portugal. L'eau y est partout, en abondance, à tel point qu'on l'entend en continu chanter son fado. L'Office du tourisme en a d'ailleurs fait sa marque : « Le territoire de l'eau et du bien-être. » Mais l'éventration de la montagne va, bien sûr, venir perturber ce bel équilibre immémorial. Les plus anciens de la région se souviennent que l'exploitation durant la Seconde Guerre mondiale de la wolframite, minerai contenant du tungstène, métal utile à la fabrication d'armement, faillit déjà condamner la race bovine barrosã, dont le patrimoine génétique s'inscrit dans la nuit des temps. Dans l'objectif de moins polluer avec des véhicules électriques on va donc détruire tout un environnement. Comme toujours, l'oligarchie aux manettes préfère faire du profit en prétendant guérir que prévenir en s'attaquant à la cause du mal.
Dans ce contexte brûlant, les pompiers de service de l'extrême droite n'ont pas manqué de faire leur réapparition dans le foyer politique, pour la première fois depuis la révolution des Œillets et la chute de l'État nouveau (Estado Novo) en 1974. Fondé en 2019, le parti Chega [qui signifie Assez, ndlr], dirigé par André Ventura, est arrivé en troisième position aux élections législatives de mars dernier, avec 18 % des suffrages : un véritable choc dans ce pays brisé durant quarante-cinq ans. Oui, il y a le feu.
Nicolas Guillon
Journaliste
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Grande-Bretagne - Les fascistes bloqués par l’action de masse
La grande manifestation antifasciste qui s'est déroulée le 7 août à Walthamstow face aux agressions d'extrême droite survenues en Grande-Bretagne a révélé autant les capacités de résistances de la population que la passivité des organisations traditionnelles, en particulier du Parti travailliste.
Tiré de Inprecor 724 septembre 2024
22 septembre 2024
Par Dave Kellaway
À Walthamstow, en sortant du train aérien de Hackney à Hoe Street, il était évident que la manifestation contre l'extrême droite allait connaître une énorme participation. Les wagons étaient déjà remplis d'une foule de la même ampleur que celles que l'on avait vues lors de nombreuses marches de solidarité avec la Palestine.
Des jeunes, d'origines ethniques variées, mêlé·es à des vieux et vieilles militant·es de gauche aisément reconnaissables, méprisaient les conseils « officiels » dispensés par la police, les responsables locaux des mosquées, les députés locaux et, plus généralement, le Parti travailliste, qui leur conseillaient de rester à l'écart. Laissons cela à Sir Keir et à son fantastique gouvernement reconnu d'utilité publique. Des peines sévères, de nouvelles escouades de police anti-émeutes et des dénonciations des violences aveugles suffisaient à régler la situation – circulez, il n'y a rien à voir.
Une mobilisation antiraciste de masse
Dès que l'on sortait du train et que l'on voyait le bout de la rue principale, les gens marchaient de front à trois ou quatre sur les trottoirs. À sept heures et quart, il y avait déjà plusieurs milliers de personnes dehors pour défendre les immigrés que les fascistes avaient promis d'attaquer. À sept heures trente, on ne pouvait plus voir la fin de la manifestation qui occupait toute la rue. Quelqu'un a repéré l'agitateur d'extrême droite Calvin Robinson accompagné de quelques sympathisants, mais il est devenu rapidement évident que la droite ne pouvait pas assurer une présence réelle.
Des groupes de gauche comme le Parti socialiste (SP), le Parti socialiste des travailleurs (SWP), le Parti communiste révolutionnaire et AntiCapitalist Resistance y ont participé avec leurs banderoles. Certain·es manifestant·es portaient des pancartes, mais la grande majorité n'étaient pas membres ni même sympathisants des organisations, mais des Londonien·es consterné·es par ce que les fascistes avaient fait la semaine précédente. Des groupes sont venus depuis le sud de Londres ou des quartiers voisins. Il y avait aussi beaucoup de gens issus des communautés ethniques locales.
Des pancartes en carton faites maison avec des slogans originaux étaient brandies, un signe qu'il s'agit d'une véritable mobilisation de masse et pas simplement d'une manifestation de la gauche radicale. Stand Up to Racism (Dresse-toi contre le racisme) avait travaillé dur pour aider à coordonner les protestations. Il y avait quelques banderoles de sections syndicales locales. Au niveau national, en contraste complet avec le Parti travailliste, quelques dirigeants syndicaux avaient lancé des appels à venir et à soutenir les manifestations antifascistes.
La passivité des partis institutionnels
Les gens chantaient « Bienvenue aux réfugiés », « Quelles rues ? Nos rues ! », « Nous sommes le peuple », « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ». Personne ne scandait « Non aux violences aveugles », « des peines plus fortes maintenant » ou « plus d'escadrons de police anti-émeute ».
Starmer, avec du retard, a finalement ajouté « d'extrême droite » à l'expression « violences », au moment des manifestations. Mais à aucun moment le Parti travailliste n'a lancé d'appels pour que les gens manifestent contre les fascistes. Il n'a pas non plus prononcé le moindre mot en défense des réfugié·es ou des migrant·es, dont tout le monde peut pourtant voir qu'ils sont la cible principale des fascistes.
Aucun porte-parole du Parti travailliste n'a dit la vérité sur ce que faisaient les fascistes à Rotherham, Tamworth et ailleurs. C'étaient des pogromes fascistes contre les migrant·es, les demandeurs et demandeuses d'asile, les musulman·es et les Noir·es. Ce n'étaient pas, comme l'ont présenté de nombreux médias, des « protestations contre les immigrés », comme s'ils brandissaient des pancartes ou distribuaient des tracts. Non, ils étaient sortis pour mettre le feu à des hôtels pour réfugié·es, pour blesser et tuer des gens. Des blocages routiers improvisés vérifiaient les voitures pour voir s'il y avait des Blancs ou des Noirs à l'intérieur. Sur les réseaux sociaux, des publications appelaient ouvertement à cette violence.
La complicité de nos dirigeants
Aussi bien les Conservateurs que les Travaillistes ont échoué à contester le récit des fascistes sur les immigré·es et les demandeurs et demandeuses d'asile. Ils disent qu'il faut arrêter les bateaux, ils disent qu'il y a trop d'immigré·es et soutiennent les racistes locaux qui veulent fermer les hôtels qui sont « financés par le contribuable ». Le Parti travailliste est terrifié par le fait que l'on puisse le considérer comme trop conciliant avec les immigré·es. Au lieu d'assurer des voies d'accès sûres et légales aux demandeurs d'asile ou de reconnaître que les travailleurs/ses immigré·es sont essentiel·es aux services publics et à l'économie, le Parti travailliste parle de nouveaux escadrons anti-terroristes pour arrêter les bateaux et il s'engage à réduire le nombre d'immigré·es.
Lors des récentes élections, toute la stratégie du Parti travailliste a consisté à essayer de gagner des électeurs conservateurs, notamment dans les circonscriptions du Mur rouge où se sont produites certaines des pires violences fascistes. Plutôt que de contester les préjugés et de déployer une grande campagne basée sur la réalité des faits concernant les migrant·es, ils se sont adaptés aux opinions réactionnaires. Oui, ils ont largement remporté les élections, mais Reform UK, le mouvement d'extrême droite de Nigel Farage, a gagné 4 millions de suffrages et nous faisons maintenant face à une nouvelle dynamique des bandes fascistes dans les rues.
La nuit du 7 août donne quelques espoirs. On pouvait ressentir l'euphorie et la confiance de la foule qui percevait vraiment la possibilité de reprendre la rue. Sur le plan national, les fascistes ont échoué à poursuivre les violences de la semaine précédente, ce qui souligne leurs limites organisationnelles. Bien qu'ils soient capables de rassembler 15 000 personnes à Trafalgar Square pour une manifestation ponctuelle, ils sont incapables d'organiser et de coordonner des actions dans 40 villes différentes.
L'extrême droite est massivement issue de couches atomisées de la société, parfois radicalisées par le complotisme de type « alt-right » ou QAnon, qui inculque le racisme et une bataille idéologique sur les supposés dangers des vaccins, de l'immigration et des transgenres. Elles mènent une campagne sur les réseaux sociaux, mais aussi par le biais des médias classiques, par des politiciens opportunistes et des journalistes qui accordent du crédit à ces préjugés pour construire leurs carrières.
Les enquêtes judiciaires ont démontré que beaucoup d'entre eux sont des petits entrepreneurs, bien plus que des représentant·es d'une anxiété imaginaire de la classe ouvrière face à l'érosion de vagues abstractions nationalistes. Comme c'était le cas le 6 janvier lors de l'attaque du Capitole aux États-Unis, ceux qui ont participé étaient des gens privilégiés mais précaires, perméables aux discours de division des puissants, parce qu'ils entrent en écho avec leurs existences aliénées. Mais, presque aussi inquiétants que ceux qui sont venus pour terroriser des personnes vulnérables, bien d'autres se contentent de répéter sans esprit critique des idées racistes et fanatiques.
La peur change de camp
Face à un mouvement de masse antifasciste bien organisé, les faiblesses de ces formations ont été heureusement mises en lumière. Des milliers de personnes se sont également rassemblées un jour de semaine, le soir, dans un délai relativement court, dans les villes de Newcastle, Birmingham, Bristol, Liverpool, Finchley, Oxford, Sheffield et Brighton. Les médias et les politiciens ont exagéré le rôle des réseaux sociaux afin de minimiser la manière dont le discours anti-immigré·es et l'austérité avaient aidé les fascistes. Les réseaux sociaux se placent dans un contexte social beaucoup plus large, et jouent un rôle contradictoire : beaucoup de gens ont été informés des manifestations progressistes à travers les réseaux sociaux aussi bien que grâce aux efforts des organisations antiracistes traditionnelles.
Ce matin du 8 août, en regardant les matinales des différentes chaînes de télévision, on pouvait constater que la mobilisation victorieuse avait de nouveaux partisans… Les médias et la caste politique avaient dit aux gens de ne pas participer aux manifestations, mais toutes les Unes de la presse, y compris les très réactionnaires Daily Mail et Daily Express, qui publient souvent des histoires anti-immigré·es, exultaient sur la manière dont la population s'était débrouillées pour faire reculer la violence fasciste.
Durant la matinale de la BBC, au moins un ancien chef de la police a eu la bonne grâce et l'honnêteté de reconnaître que la mobilisation de masse avait été le facteur décisif, et pas les capacités de la police ou la dissuasion par le biais des peines sévères. La députée locale de Walthamstow, Stella Creasy, qui jusque-là avait demandé aux gens de ne pas participer aux manifestations a, par la suite, hypocritement, félicité la mobilisation.
Nos ressources pour construire un mouvement antifasciste
Ce qui n'est pas dit publiquement est une réalité importante. Des courants qui sont à l'extérieur du Parti travailliste ont une certaine capacité à mobiliser des milliers de personnes de manière indépendante. On l'a vu avec le mouvement de solidarité avec la Palestine ; on le voit aujourd'hui avec le mouvement antifasciste. Il y a maintenant un certain nombre de député·es indépendant·es qui peuvent soutenir de tels mouvements ; Jeremy Corbyn et les quatre député·es « Gaza » ont publié une déclaration soutenant les contre-mobilisations. Si la gauche radicale peut travailler d'une manière non sectaire, unitaire, alors nous pourrons réaliser des progrès significatifs.
Nous avons besoin de travailler au sein des mouvements sociaux qui ont émergé contre le racisme, en solidarité avec la Palestine, pour s'opposer au réchauffement climatique incontrôlable, ainsi qu'avec les député·es indépendant·es et le petit nombre de député·es travaillistes qui contestent Starmer et, par-dessus tout, au sein des syndicats pour continuer à construire une alternative de combat à un gouvernement qui mise tout sur un partenariat avec le capital. Ses politiques ne généreront pas le changement radical qui pourrait réduire les inégalités et couper l'herbe sous le pied des fascistes qui exploitent la colère du peuple provoquée par l'austérité et la désillusion vis-à-vis des politiciens.
Hier, nous avons remporté une bataille et, comme Socialist Worker l'a judicieusement écrit, la peur a changé de camp. Néanmoins, la menace fasciste demeure, de même que l'écosystème qui la nourrit – Reform UK et le consensus politique dominant qui définit les immigré·es comme étant « le problème ». Ce qui signifie qu'ils ne vont pas disparaître de sitôt. Notre site et des groupes comme Stand up to Racism vous tiendront informés des protestations à venir.
8 août 2024. Traduit par François Coustal.
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France - En quoi la gauche a fait fausse route et pourquoi il est grand temps de redresser la barre
Une des principales leçons de la faillite historique de la gauche au 20e siècle est le déficit démocratique dont elle a pâti, au détriment de l'auto-organisation des masses et de leur autogestion démocratique.
Tiré de l'Anticapitaliste
20 septembre 2024
Par Gilbert Achcar et Antoine Larrache
Crédit Photo
Photothèque Rouge
Il ne s'agit pas seulement de l'effroyable dégénérescence stalinienne d'une révolution russe au cours de laquelle s'était pourtant clairement manifestée l'aspiration à une démocratie radicale, mais aussi de l'impact de cette dégénérescence sur l'ensemble du mouvement ouvrier et de la gauche organisée, dont ni les conceptions politiques dominantes, ni les modes de fonctionnement organisationnel n'ont témoigné d'un attachement primordial à la démocratie.
L'importance d'une cohérence sur la question de la démocratie
Or, cet attachement est l'une des caractéristiques majeures des générations venues à la politique après l'effondrement du bloc soviétique, d'autant plus qu'elles sont munies, grâce à la révolution technologique, de moyens d'information et de communication incomparablement supérieurs à ceux du passé.
La gauche antisystème de notre temps doit placer la démocratie radicale au cœur de sa critique du système, de son projet et de son action militante, sur un pied d'égalité avec sa dénonciation des ravages en tous genres du capitalisme. La crise de la représentation dans les régimes de la démocratie « réellement existante » n'a jamais été plus manifeste que dans cette ère néolibérale où convergent les pratiques gouvernementales des courants de la droite traditionnelle et celles des courants issus de la social-démocratie. À présent, ils sont ainsi placés ensemble, dans l'entendement général, dans un « centre » dont la gauche ressemble à s'y méprendre à la droite. À chaque fois que le choix politique concret s'est résumé à la confrontation entre ces deux pôles « centristes », l'abstention a progressé. Le vice majeur de la démocratie représentative apparaît aujourd'hui plus nettement que jamais comme ne consistant dans le fond qu'en la faculté de « décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante doit “représenter” et fouler aux pieds le peuple » au Parlement ou à la tête de l'exécutif, comme l'avait bien résumé Marx dans son commentaire sur la Commune de Paris.
À l'opposé de cette pratique, nous encourageons toutes les actions par en bas, celles qui favorisent l'auto-organisation des masses et concourent à un exercice collectif et actif de la démocratie.
S'opposer en pratique au « coup d'État permanent »
Dans la France de 2024, critiquer les institutions de la Ve République sur le plan théorique et programmatique et revendiquer une VIe République ne suffit pas si cela ne s'accompagne pas d'une critique pratique de ces mêmes institutions. De même, dénoncer l'iniquité du mode de scrutin en vigueur ne saurait convaincre si l'on n'en tire pas toutes les conséquences. Il faut une cohérence des positions en la matière.
Or cette cohérence a fait malheureusement défaut dans les positions adoptées par LFI envers les institutions du pouvoir, et cela sur deux plans. Le premier est la fixation sur l'élection et la fonction présidentielles, qui pourtant constituent toutes deux le principal vice antidémocratique de la Ve République. Le second est l'incohérence dans l'attitude à l'égard du mode de scrutin législatif, la représentation déformée des opinions populaires qu'il engendre, et la possibilité éminemment antidémocratique qui en résulte de mettre en place un pouvoir qui ne s'appuie que sur le choix d'une minorité de la population.
Cette dernière possibilité peut se réaliser soit dans l'acquisition d'une majorité institutionnelle illégitime (comme celle d'une présidence ou d'une majorité parlementaire dont l'assise électorale réelle, telle que manifestée au premier tour, est minoritaire), comme ce fut souvent le cas sous la Ve République (ainsi Emmanuel Macron a été élu bien que n'ayant recueilli au premier tour que 21 % des voix des inscrit·es en 2022, et 19 % en 2017), soit dans l'exercice du pouvoir par une majorité institutionnelle relative, c'est-à-dire une minorité de fait, gouvernant en s'appuyant sur d'autres minorités au gré des circonstances, comme ce fut le cas pour la législature issue des élections de 2022.
Gouverner avec un tiers des voix ?
En ce sens, comme il a déjà été souligné, le RN a manifesté intransigeance programmatique et attachement au mandat majoritaire en prévenant qu'il n'accepterait de prendre les rênes du gouvernement que s'il disposait d'une majorité lui permettant la mise en œuvre de son programme.
LFI a malheureusement adopté une position beaucoup moins exigeante lorsqu'au soir du 7 juillet, Jean-Luc Mélenchon a appelé le NFP à se préparer à gouverner et à appliquer son programme, « tout le programme », alors que le NFP n'avait obtenu qu'une majorité relative d'un tiers des sièges à l'assemblée nationale et seulement 28,2% des voix exprimées au premier tour (sur 66,7% de l'électorat, un tiers s'étant abstenu). Depuis lors, le NFP aiguillonné par LFI, après être parvenu difficilement à s'entendre sur la candidature de Lucie Castets au poste de première ministre, s'est heurté au rejet unanime de l'ensemble des autres forces représentées à l'assemblée nationale. La participation de LFI à un éventuel gouvernement dirigé par le NFP a été d'emblée rejetée par les autres composantes de l'assemblée nationale.
Il était correct de faire preuve d'intransigeance dans l'opposition à un gouvernement du NFP avec les macronistes ou LR, à l'encontre des tentations qui pouvaient exister dans une partie de la gauche, en particulier dans le PS et le PCF. Mais l'ambiguïté maintenue pendant plusieurs semaines sur la possibilité d'un gouvernement dans lequel LFI jouerait un rôle central et qui serait néanmoins capable de gouverner, c'est-à-dire de ne pas être censuré à l'Assemblée nationale, a conduit à un double échec : celui de renforcer les tendances à la passivité des masses mobilisées pendant les élections, et celui de mettre en lumière l'incohérence de la position de la gauche vis-à-vis du pouvoir.
Jean-Luc Mélenchon a alors offert, le 24 août, de surseoir à la participation directe de LFI afin de lever la raison invoquée par les autres groupes parlementaires pour mettre leur veto à la formation d'un gouvernement du NFP. C'était trop tard. Comme il a été déjà expliqué (1), cette attitude aurait dû être celle de LFI dès qu'il est apparu que le NFP arrivait en tête des élections tout en restant loin d'obtenir une majorité absolue à l'assemblée nationale. C'est d'ailleurs la position classique du mouvement révolutionnaire, celle qu'avait adoptée le NPA vis-à-vis de la NUPES : nous soutiendrons toute mesure que vous prendrez qui va dans le sens des intérêts des travailleurs/euses, mais nous ne participerons pas à un gouvernement de coexistence avec le système.
La faiblesse politique de la gauche a mécaniquement favorisé l'extrême droite
De fait, l'enlisement du NFP dans une position incompatible avec la réalité des rapports de force, sans agir pour les modifier par la mobilisation populaire, a profité au RN. Si LFI avait adopté d'emblée l'attitude décrite plus haut, ses partenaires du NFP auraient eu le champ libre pour former un gouvernement dirigé par le PS et négocier un accord de non-censure avec les centristes dans le prolongement du « front républicain », puisqu'un tel compromis était imposé par les rapports de force au parlement. Il aurait été alors beaucoup plus difficile pour Macron de justifier son arrangement avec le RN. Mais puisque la censure du NFP était donnée pour acquise en cas de nomination autre que celle de sa candidate choisie avec LFI, alors que cette option était dès lors rejetée par les deux tiers de l'assemblée nationale, c'est la recherche d'un accord de non-censure avec le RN qui devenait automatiquement la condition sine qua non de la mise en place d'un nouveau gouvernement. Le point d'équilibre de la nouvelle coalition gouvernementale s'en est ainsi trouvé porté à droite. Le résultat a été la nomination de Michel Barnier.
Le NFP n'a cessé de crier au déni de démocratie. Il est sûr que Macron a joué sur l'absence de majorité à l'assemblée nationale pour agir à sa guise, comme à son habitude. Il se serait montré non seulement plus respectueux des règles démocratiques, mais aussi bien plus fûté politiquement (ce qu'il est loin d'être malgré sa vanité incommensurable) s'il avait nommé la candidate du NFP en sachant que si elle parvenait à former un gouvernement faisant consensus dans la coalition de gauche – ce qui était loin d'être facile – ce gouvernement serait renversé illico à l'assemblée nationale. Et si la gauche avait profité de quelques jours au gouvernement pour agir à coup de décrets contre les deux-tiers de l'assemblée nationale, faisant ainsi usage de l'une des ficelles les plus antidémocratiques de la Ve République, elle aurait considérablement affaibli sa propre critique du régime. Toutefois, en qualifiant d'antidémocratique le refus par Macron de nommer Lucie Castets, le NFP a pris une position qui embrouille la critique des institutions de la Ve République et risque de se retourner contre lui aux prochaines élections législatives.
Imaginons en effet ce qui se passerait au cas tout à fait possible où le RN obtenait la prochaine fois la majorité relative à l'assemblée nationale, d'autant que le « front républicain » de juillet dernier a bien peu de chances de se renouveler dans les mêmes conditions. Imaginons que Macron revienne alors à l'intention qui lui avait été prêtée avant le deuxième tour de juillet dernier de nommer Jordan Bardella au gouvernement (tout simplement parce que Macron a toujours cherché depuis 2017 à légitimer son rôle par contraste avec le RN) et que le dauphin de Marine Le Pen accepte cette fois-ci de former un gouvernement. Le NFP ne pourrait pas protester contre cette nomination sans contredire son discours actuel, alors que l'attitude qui devrait normalement être la sienne aurait été d'appeler à continuer à faire barrage au RN à l'assemblée nationale. Et si Macron choisissait plutôt d'écarter Bardella en invoquant le fait que la majorité de l'assemblée nationale a opposé son véto à sa nomination, comme il l'a fait pour Castets, le NFP dénoncerait-il alors un nouveau « déni de démocratie » ?
Comment faire pression
Ces hypothèses soulignent l'incohérence du NFP sur la question de la démocratie, de la critique des institutions et du rapport à l'auto-organisation des masses. Qu'un parti dit « de gouvernement » sous la Ve République tel que le PS trouve normal de gouverner sans majorité populaire et même sans majorité parlementaire, c'est dans l'ordre des choses. On aurait pu cependant espérer mieux de LFI, en tant que gauche de rupture appelant à une assemblée constituante et à une VIe République. Or, le cours que LFI a suivi depuis le 7 juillet risque fort de se retourner contre elle, de casser son élan populaire et d'aboutir à une rupture du NFP dans les plus mauvaises conditions. En revanche, la position qui aurait consisté pour LFI à se déclarer d'emblée prête à soutenir un gouvernement de coalition mené par le PS sans y participer lui aurait gagné la reconnaissance de ses partenaires du NFP et de l'opinion publique, tout en renforçant son image de gauche de rupture, radicalement démocratique et critique des institutions de la Ve République, consciente pour cette même raison de ce que la mise en œuvre de son programme radical nécessite le soutien de la majorité populaire.
La dynamique très différente qu'une telle position aurait créée dans les négociations postélectorales aurait peut-être conduit à la formation d'un gouvernement de coalition PS-Écologistes avec tout ou partie du « centre » (la coalition Ensemble). Il aurait suffi de 96 voix à l'assemblée nationale, en sus des 193 voix du NFP, pour défaire toute motion de censure déposée par la droite et/ou l'extrême droite. Un tel gouvernement aurait été tributaire des pressions contradictoires des centristes et de LFI, ce qui aurait néanmoins accordé à cette dernière un important moyen de pression. Elle aurait été en mesure de « mettre au pied du mur » ses partenaires du NFP pour l'application des mesures envisagées dans le programme commun, en combinant action législative (propositions de lois) et mobilisations sociales.
La position radicale ci-dessus relève plus de l'exemple portugais de soutien sans participation du Bloc de gauche (gauche radicale) au gouvernement socialiste minoritaire en 2015 que du soutien sans participation du PCF au gouvernement du Front populaire en 1936. Aussitôt exhumée des archives par les médias après la déclaration de Jean-Luc Mélenchon, qui fut interprétée comme un désistement de LFI par rapport à la participation à un gouvernement NFP, cette dernière analogie n'est pas la bonne. Non seulement parce que le Front populaire jouissait d'une solide majorité à la Chambre des députés et dans l'électorat (masculin) en 1936, mais aussi et surtout parce que le PCF était alors dans une démarche droitière de pression pour la modération des positions et mesures du Front populaire, se plaçant ainsi à la droite de la SFIO, ancêtre du PS. Or, la démarche préconisée ici aurait été, tout au contraire, celle d'une pression de gauche sur un gouvernement s'appuyant sur le NFP.
Renverser la table
La réaction de LFI à la position de Macron a été celle d'un appel à sa destitution – appel dont toute la presse a souligné qu'il n'avait strictement aucune chance d'aboutir par la voie constitutionnelle. Quel est donc l'objectif visé par une campagne pour la démission de Macron, puisque c'est de cela qu'il s'agit dans le fond ? Ce choix politique témoigne d'une fixation sur la fonction présidentielle et du souhait qu'une nouvelle élection ait lieu dans les plus brefs délais. C'est un pari extrêmement périlleux, car il prend le risque d'une victoire de Marine Le Pen dans le cadre de la monarchie républicaine qu'est la Ve République – une victoire tout à fait possible elle aussi, notamment après la crise déclenchée par Macron et l'attitude astucieuse adoptée par le RN, et plus probable en tout cas qu'une victoire de Jean-Luc Mélenchon s'il se présentait à nouveau. Dans ces circonstances, il faut impérativement combiner la campagne contre Macron avec la campagne pour le changement de constitution. Nous ne nous battons pas pour l'abdication du roi au profit d'un autre individu qui pourrait être pire encore, mais pour l'abolition de la monarchie !
Au-delà de la présidence et de l'assemblée nationale elle-même, une gauche de rupture devrait souligner les quatre principes suivants :
Le premier est que son combat principal se déroule sur le terrain des luttes sociales, pour le changement des rapports de forces politiques par l'action des masses. Les mobilisations du 7 septembre et du 1er octobre, mais aussi celle du 10 septembre dans l'éducation et les mobilisations contre tous les racismes et en solidarité avec les peuples palestinien et kanak, sont la principale voie à suivre.
Le deuxième est que l'action au sein des institutions existantes ne saurait être que l'écho et l'adjuvant de ces luttes-là, alors que la gauche a tendance à déconnecter l'action parlementaire (motions de censures, destitution, questions au gouvernement, amendements) des mobilisations dans la rue. Les élu·es de gauche doivent se faire concrètement les porte-paroles de leurs électeurs/rices en encourageant l'expression auto-organisée et permanente de la volonté de la base électorale.
Le troisième est que l'essence même des institutions de la Ve République est bonapartiste, antidémocratique et compatible avec l'extrême droite. Alors que les grands mouvements sociaux de ces dernières années – Gilets jaunes, retraites, etc. – ont montré la soif démocratique de la population et que la gauche s'est accordée sur la revendication d'une VIe République, il est important de mettre en avant la perspective de l'élection d'une assemblée constituante à la proportionnelle et d'un gouvernement du salariat, émanant de la majorité populaire et placé sous son contrôle direct et permanent.
Afin d'y parvenir, il faut enfin œuvrer à la construction d'une « contre-hégémonie » majoritaire dans la société et pour cela, pousser à l'organisation du front populaire à la base, avec des comités dans toutes les circonscriptions, dans les quartiers, les entreprises et les lieux d'études, prenant part aux débats politiques et aux luttes sociales et agissant pour la mise en œuvre du programme du NFP et son dépassement dans le sens d'une rupture radicale avec le système politique, social et économique en vigueur.
Gilbert Achcar et Antoine Larrache (2)
Le 8 septembre 2024
1. Gilbert Achcar, « Comment une gauche de rupture devrait agir dans les circonstances présentes ? » Site web lanticapitaliste.org, 24 juillet 2024.
2. Gilbert Achcar est professeur d'études du développement et des relations internationales à la SOAS, Université de Londres. Il est l'auteur, entre autres, de : le Marxisme d'Ernest Mandel (dir.) (PUF, Actuel Marx, Paris 1999), l'Orient incandescent : le Moyen-Orient au miroir marxiste (éditions Page Deux, Lausanne 2003), le Choc des barbaries : terrorismes et désordre mondial (2002 ; 3e édition, Syllepse, Paris 2017), Marxisme, orientalisme, cosmopolitisme (Sinbad, Actes Sud, Arles 2015), Symptômes morbides, la rechute du soulèvement arabe (Sinbad, Actes Sud, Arles 2017) et La Nouvelle Guerre froide : Etats-Unis, Russie et Chine, du Kosovo à l'Ukraine (éd. du Croquant, Paris, 2023). Antoine Larrache, membre du comité executif du NPA-A et membre de la direction de la IVe Internationale.
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Aller plus loin : batailler en commun pour imposer l’unité pour battre Macron, Barnier et Le Pen !
Il me revient de faire un compte-rendu des différents débats qui se sont déroulés à la Fête de l'Humanité 2024 au stand commun monté par L'APRES, GDS et Ensemble. (...)
18 septembre 2024 | tiré du site Arguments pour la lutte sociale
Le cadre du stand avec sa grande banderole « Pour la Victoire du Nouveau Front Populaire » a illustré les possibilités d'avancer concrètement dès maintenant pour faire face aux défis politiques et sociaux de l'heure. Il serait idiot et réducteur de n'y voir qu'une heureuse mise en commun logistique pour avoir droit de cité dans la grande Fête de l'Huma qui, par delà les déboires et malheurs du PCF, demeure un événement populaire incontournable. Les débats menés principalement par L'APRES ont toujours associé d'une manière ou d'une autre les partenaires de la Gauche Démocratique et Sociale (GDS) et du mouvement Ensemble. Ils (voir le programme des activités ) ont aussi réuni des représentants de Génération-s, d'EELV et de Picardie Debout.
Le meeting de présentation de L'APRES, tenu samedi midi, a montré une association dont les figures fondatrices, issus du groupe des « purgés » ou « insurgés » de LFI en juin dernier, donnent une image équilibrée en termes de genre : les militantes expérimentées et solides sur leurs convictions que sont Clémentine Autain, Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Pascale Martin ne le cèdent en rien aux figures masculines du groupe (Alexis Corbière, Guillaume Ancelet, Hendrik Davi). Toutes et tous ont pris la parole lors de cet exercice de présentation.
Plutôt que de rapporter leurs propos, nous allons commenter les différents thèmes abordés. Pour commencer, on a le sentiment, positif, d'échapper à une posture perpétuelle d'orphelins déçus de LFI. Alexis Corbière a fait quelques solides mises au point sur les attaques mensongères ou venimeuses venues de la part de leurs anciens camarades. Ceci ayant été dit, tous se sont tournés vers l'avenir, c'est à dire les taches immédiates pour faire face à la crise politique.
L'impression qui se dégage des introductions comme des discussions est celle du sursis. Le puissant mouvement d'en bas a bloqué la tentative de Macron par la dissolution du parlement proclamée au soir du 9 juin de mettre Bardella à Matignon. Ce mouvement, comme l'ont rappelé plusieurs intervenants, s'est ainsi concrétisé dans la manifestation spontanée au siège d'EELV pour faire pression sur les dirigeants de la gauche pour qu'ils s'unissent.
L'unité réalisée à travers le Nouveau Front Populaire (NFP) a permis d'infliger une défaite à Macron [qui n'a pas réussi sa manœuvre délibérée de propulser le RN à Matignon] et à Le Pen [qui n'arrive qu'en 3ème position en termes de groupe parlementaire alors que la puissance du vote RN aux européennes du 9 juin pouvait lui faire espérer plus ..]. Mais ceci n'est qu'un épisode du feuilleton. La gauche n'en est pas quitte pour autant avec les défis qu'elle doit relever.
A commencer par la question d'éventuelles élections législatives en 2025, celle des prochaines municipales en 2026, et enfin surtout, surplombant le tout, le spectre des présidentielles, que celles-ci viennent à terme en 2027 ou soient avancées par une démission de Macron. L'enjeu est considérable : d'une part, empêcher l'accession au pouvoir d'un RN qui surfe sur son capital de 11 millions de voix, mais aussi, se débarrasser de Macron et de sa politique ultra-libérale et anti-démocratique. La thématique de candidatures uniques à gauche, des municipales aux présidentielles est omniprésente. Chacun comprend que la division ne peut que faire le jeu de Macron et de Le Pen mais comment y arriver : par la seule unité fragile des sommets des 4 partis (LFI, PS, PCF, EELV) ou par un élargissement du NFP à travers une structuration de comités de base du NFP partout, ouverts à tous, encartés et sans parti, y compris syndicats et associations.
Gérard Filoche a fait une vibrante intervention pour la réalisation de l'unité en évoquant les circonstances de la fondation de la SFIO en 1905 avec 11 tendances différentes représentant des divergences doctrinales certaines. On nous dira « oui mais Gérard, il nous fait la même [intervention] à chaque fois ! » sauf que présentement, les circonstances rendent un peu plus pertinents et pressants ses propos.
En tout cas, ceci pose immédiatement le besoin d'une force politique à gauche œuvrant pour l'unité, pour la structuration démocratique de cette unité, afin d'imposer le changement social et écologique, à partir des mesures inscrites dans le programme initial du NFP et surtout le changement démocratique en se débarrassant des institutions bonapartistes de la 5ème République. Ici la responsabilité des initiateurs de L'APRES est grande, mais elle incombe aussi à la GDS et à Ensemble.
La crainte du piège du juridisme ou de l'acceptation du cadre des institutions actuelles même pour en sortir, est cependant amoindrie quand on entend des interventions comme celle de Rachel Garrido évoquant la convocation d'une assemblée constituante. Ces propos méritent d'être plus discutés et approfondis car une authentique Constituante ne saurait être octroyée, surtout dans le cadre de la 5ème et même avec la meilleure volonté du monde.
L'opération « destitution de Macron » initiée par LFI souffre du cadre de la 5ème qu'elle prétend respecter .. pour la dépasser. Pire, elle s'inscrit dans une stratégie de candidature de JLM prétendant être le dernier président de la 5ème pour l'éternité sans égard du danger Le Pen et sans égard du maintien effectif de Macron d'ici 2027. Une stratégie présidentialiste enfermée dans l'indépassable cadre présidentiel.
Un angle aveugle de la discussion renvoie à la place du mouvement social dans ces perspectives. Résister à la déferlante anti-sociale de Macron, ce qu'ont fait à leur manière le mouvement des Gilets jaunes ou le mouvement contre la réforme des retraites du premier semestre 2023, ne saurait se limiter à une seule affaire de syndicalistes. Pour gagner contre l'agenda anti-social, les syndicalistes ne doivent pas craindre de mettre à bas le pouvoir, ainsi la grève générale de 1968 n'a pas seulement donné des accords de Grenelle, elle a aussi abouti au départ différé de de Gaulle en 1969, départ qui aurait pu être largement précipité si les directions politiques et syndicales de la gauche n'avaient accepté le cadre de la 5ème République et respecté ses institutions.
Pour ne pas être condamné à reproduire des journées d'action syndicale à l'infini, il faut ne pas se limiter à la seule préparation des échéances électorales. Il faut combiner politique et syndical (*) dans la perspective de l'affrontement social. C'est à cette condition que l'ambition de reconstruire un mouvement ouvrier sous ces multiples formes, politique, syndicale, associative, culturelle, intégrant les revendications et les besoins de toutes les couches et catégories du peuple travailleur, des tours aux bourgs !, se concrétisera et permettra d'arracher à la passivité les « résignés », à l'abstention les « déçus » ou à la tentation lepeniste les électeurs « fâchés ».
Trop de militants à gauche ne voient que le verre à moitié vide, ne captent pas l'ampleur et la valeur du coup d'arrêt infligé à Macron-Le Pen les 30 juin et 7 juillet. Pour que la gauche ne soit pas en sursis, il ne faut pas accorder de sursis à Macron jusqu'en 2027. Il faut être à l'offensive pour empêcher le projet austéritaire que Barnier, premier ministre minoritaire sans gouvernement depuis une semaine ni investiture, prétend élaborer avec des ministres, démissionnaires à perpétuité, à l'insu des parlementaires appelés à voter un budget 2025 en aveugle et à la va-vite. Barnier et Macron n'ont aucune légitimité à dégrader nos vies, qu'ils cèdent la place devant la démocratie !
Pour engager tout cela, les animateurs d'un certain stand de la Fête de l'Huma 2024 portent une responsabilité cruciale pour aider à la réalisation de l'unité et à la concrétisation de la démocratie à tous les étages du mouvement général. La qualité du débat démocratique ce samedi à Brétigny augure favorablement des possibilités. Maintenant, réalisons celles-ci !
OD, le 18/09/2024.
Notes :
* la formule « politique et syndical » ne vise pas à exclure les mouvements sociaux et revendicatifs qui portent sur les questions écologiques, féministes, anti-racistes, LGBT, etc … elle entend les intégrer en une forme concentrée
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